Résultats : 480 texte(s)
Détail
Liste
401
p. 148-155
AVERTISSEMENT.
Début :
LES Spectacles font, sans contredit, l'objet le plus intéressant des amusemens [...]
Mots clefs :
Amusements, Affiches, Théâtres, Public, Louer, Journalistes, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
LES Spectacles font, fans contredit,
» l'objet le plus intéreffant des amufe-
» mens du Public , & la partie la plus,
» agréable de notre Littérature : rendre
» compte féchement de ce qui les con-
» cerne , n'en faire pour ainfi dire que.
» copier les affiches , feroit un travail
» ftérile à l'égard de ceux même qui fré-
» quentent habituellement nos Théâtres ;
» bien plus encore à l'égard de ceux®
» que l'abfence de la Capitale ou d'au-
» tres caufes privent de cet amuſement.
» On a donc cru devoir entrer dans cer-
» tains détails fur les ouvrages nou-
» veaux , fur la remife des anciens
» ainfi que fur les talens de ceux qui les
» repréfentent. Ces détails peuvent &
» doivent fatisfaire les Lecteurs qui ont
» affez d'efprit pour douter de leur ju-
» gement , & vouloir le conférer avec
"
?
JANVIER. 1763 . 149
"
» celui de la plus faine portion du Pu-
» blic , que nous confultons toujours
» avec foin , & qui dicte ordinairement
" tout ce que nous avançons . Combien
» ces mêmes détails deviennent-ils plus
» inftructifs pour les Lecteurs éloignés
» des Théâtres , defquels cependant
» ils ont quelques connoiffances , par
» la célébrité de plufieurs ouvrages &
» des talens diftingués dans nos jeux
dramatiques. Le foin d'être utile
» pour l'avenir aux recherches des
» Curieux , amateurs du Théâtre , feroit
» feul un motiffuffifant pour nous en-
» gager à en conferver , comme un dé-
»pôt , toutes les particularités , celles
» même qui paroiffent minutieufes dans
» le temps où elles font fous nos yeux .
» C'eft d'abord dans notre Journal
» qu'on va les chercher ; & nous remar-
» quons tous les jours que lorsqu'on ne
les y trouve pas auffi détaillées qu'elles
» pourroient être , on fait mauvais gré
» à ceux de nos Prédéceffeurs qui les ont
·» négligées. Nous connoiffons tous , par
» exemple , & l'on n'oubliera de long-
» temps encore la réputation de quel-
>> ques anciens Acteurs du Théâtre Fran-
» çois & de celui de l'Opéra ; mais une
tradition , déja fort incertaine , & qui
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
" s'obfcurcit de plus en plus en s'éloi-
» gnant , nous laiffe à peine diftinguer
» en quoi confiftoit fpécialement l'ex-
» cellence de chacun de ces grands ta-
»lens , & ce qu'ils pouvoient avoir de
» commun ou de diftinctif par rapport
» à ceux que nous admirons aujour-
» d'hui circonftances indifférentes au
» Lecteur indifférent lui-même fur cette
» matière , mais circonftances précieu-
» fes pour l'amateur éclairé , & qui de-
» vroient l'être encore davantage pour
» quiconque defire férieufement faire
» des progrès dans les mêmes talens.
» Nous avons reçu fréquemment tant
» de la Province que de la Capitale , des
» témoignages affurés de fatisfaction fur
» cette maniere de traiter l'Article du
» Théâtre . Mais elle nous engage dans
» une critique difcutée de bien des par-
»ties qui n'en paroiffent pas fufceptibles
» à tous les Lecteurs ; & par une autre
» néceffité , qu'indique l'honnêteté pu-
» blique à quiconque eft fait pour la
» connoître , cette critique nous a en-
" gagé dans des éloges étendus & réï-
» térés. La raiſon en eft facile à fentir .
» A l'égard des talens fupérieurs , ils
» font fouvent dans le cas de varier les
» motifs & les occafions de l'admiraJANVIER.
1763. 151
tion publique. Il nous avoit paru jufte
>>alors moins encore d'yjoindre la nôtre,
» que de conftater les différentes épo-
» ques de leur gloire. A l'égard des ta-
» lens inférieurs , même des talens mé-
» diocres ; nous avons penfé qu'il feroit
» fouvent cruel & toujours décourageant
» pour eux , de ne pas envelopper les
»juftes cenfures qu'exige leur propre
» intérêt , dans l'éloge de quelques par-
» ties où ils font des progrès & quelque-
»fois de difpofitions ou de facultés na-
» turelles , dont on les avertit par-là de
"
faire un meilleur ufage. C'eft une fem-
» me que l'on trouve laide ordinaire-
» ment , parce qu'elle fe néglige , que
l'on peindroit dans un moment heu-
» reux , où fes foins auroient embelli fa
» phyfionomie. Il eft à préfumer que ce
» Portrait l'engageroit à redoubler de
» pareils foins , à en prendre de nou-
» veaux , pour juftifier & furpaffer , s'il
» étoit poffible , l'art officieux du Pein-
» tre. Nous fommes & nous devons
» être fouvent ce Peintre à l'égard des
» gens de talens . Voilà ce que nos Lec-
» teurs ne veulent pas toujours affez con-
»fidérer. Ce ne font pas nos Portraits
» qu'il faut accufer d'être infidéles , lors
» même qu'ils font flattés , c'eſt aux
"
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
objets de nos peintures à qui il faut
» s'en prendre , s'ils ne font pas toujours
» conformes , & quelquefois fupérieurs
» au moment favorable que nous avons
étudié , & que fouvent nous avons eu
» tant de peine à faifir.
»
» Malgré des raifons qui nous fem-
» blent fi bien fondées, nous ne pouvons
» nous diffimuler ( & nous l'avons trop
» éprouvé ) qu'en général la louange
» entre Concurrens , ou qui prétendent
» l'être , eft l'écueil où fe brife toute
» prudence humaine.L'amour- propre de
» chaque particulier eft , fur cela , dans
» une oppofition perpétuelle au fenti-
» ment des autres , & prèfque jamais
» dans un rapport exact avec la vérité ;
»il n'en faut pas excepter les talens les
» plus modeftes . Il arrive donc que cha-
>> cun de ceux à qui nous diftribuons
» des éloges , ne trouve de trop reffer-
» rés que les fiens & tous les autres d'une
» prolixité injufte & fuperflue . Les amis
» de chaque Complaignant leur prêtent
"
obligeament leurs voix ; car il eft pro-
>> digieux combien on trouve d'amis pour
déprimer les autres , & fur-tout pour
» condamner un Journaliſte !
» Nous connoiffions tousles inconvé-
» niens de notre conduite ; nous les
JANVIER. 1763 . 153
» avons bravés. Ce n'eft ni par une or-
»gueilleufe indifférence fur le fentiment
» de ceux que nous avons toujours chefché
à obliger & que malheureufe-
» ment nous avons pu mécontenter , ni
» par la coupable négligence du premier
de nos devoirs , qui eft de fatisfaire
» le Public ; mais parce que nous avons
» regardé cette conduite comme la plus
» utile au progrès de l'Art dramatique :
» partie éffentielle de la gloire littéraire
» de notre Nation .
» Si les motifs que nous venons d'expofer
dans cet avertiffement , ne nous
» juftifient pas fur les moyens,aux yeux
» de l'amour-propre bleffé & encouragé
" par l'Envie ; nous nous flatons au moins
» qu'ils nous juftifieront fur l'intention,
auprès de tous les Juges défintéreffés .
» Cependant comme on doit éviter
les reproches les plus mal fondés ; confme
d'ailleurs la puérile jaloufie de quel-
» ques Ecrivains pourroit leur faire croire
» & peut- être faire dire par leurs amis ,
» qu'ils poffédent exclufivement à nous ,
» ce talent de l'efprit , dont nous ne
connoiffons point encore d'exemple
fur la terre , par lequel on puiffe fe concilier
un fuffrage unanime dans une
» inégale diſtribution d'éloges ; nous fe
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
» rons déformais plus moderés dans cette
» diſtribution, même à l'égard desTalens
» les plus fupérieurs , qui , peut- être en
» fecret , fe trouvent humiliés de n'être
» pas les objets uniques de toute efpéce
» d'attention .
» Nous donnons cet avis afin que. dans
les Provinces , on n'infére pas de no-
» tre filence fur ceux dont nous avons
» parlé fouvent avec éloge , que leurs ta-
» lens foient dégénérés , & qu'ils ayent
» ceffé d'en mériter journellement de
> nouveaux .
» Nous prévenons encore , que nous
>> ne nous reſtraindrons pas dans une fervile
contrainte fur ce que nous nous
» propofons ; relativement fur- tout aux
» Spectacles de la Cour. Aucune confi-
» dération perſonnelle ne nous détermi-
» nera à priver des Sujets affez heureux
» pour plaire à leur Souverain , du prix
de leur zéle & de leurs foins , en ne
» publiant pas cet ineftimable avantage.
» Nous ne nous difpenferons pas
» non plus , de continuer à donner fur
les Ouvrages nouveaux , des extraits
& des remarques affez étendues pour
»développer tout le mérite qui peut s'y
» trouver quelque fuperflu & quelque
» déplaifant que cela puiffe paroître à
JANVIER. 1763 . 155
» ceux de nos Auteurs dramatiques que
» le Public n'a pas accoutumés à fes ap-
-» plaudiffemens , & qui par conféquent
» ont eu peu à fe louer des Journalistes.
» l'objet le plus intéreffant des amufe-
» mens du Public , & la partie la plus,
» agréable de notre Littérature : rendre
» compte féchement de ce qui les con-
» cerne , n'en faire pour ainfi dire que.
» copier les affiches , feroit un travail
» ftérile à l'égard de ceux même qui fré-
» quentent habituellement nos Théâtres ;
» bien plus encore à l'égard de ceux®
» que l'abfence de la Capitale ou d'au-
» tres caufes privent de cet amuſement.
» On a donc cru devoir entrer dans cer-
» tains détails fur les ouvrages nou-
» veaux , fur la remife des anciens
» ainfi que fur les talens de ceux qui les
» repréfentent. Ces détails peuvent &
» doivent fatisfaire les Lecteurs qui ont
» affez d'efprit pour douter de leur ju-
» gement , & vouloir le conférer avec
"
?
JANVIER. 1763 . 149
"
» celui de la plus faine portion du Pu-
» blic , que nous confultons toujours
» avec foin , & qui dicte ordinairement
" tout ce que nous avançons . Combien
» ces mêmes détails deviennent-ils plus
» inftructifs pour les Lecteurs éloignés
» des Théâtres , defquels cependant
» ils ont quelques connoiffances , par
» la célébrité de plufieurs ouvrages &
» des talens diftingués dans nos jeux
dramatiques. Le foin d'être utile
» pour l'avenir aux recherches des
» Curieux , amateurs du Théâtre , feroit
» feul un motiffuffifant pour nous en-
» gager à en conferver , comme un dé-
»pôt , toutes les particularités , celles
» même qui paroiffent minutieufes dans
» le temps où elles font fous nos yeux .
» C'eft d'abord dans notre Journal
» qu'on va les chercher ; & nous remar-
» quons tous les jours que lorsqu'on ne
les y trouve pas auffi détaillées qu'elles
» pourroient être , on fait mauvais gré
» à ceux de nos Prédéceffeurs qui les ont
·» négligées. Nous connoiffons tous , par
» exemple , & l'on n'oubliera de long-
» temps encore la réputation de quel-
>> ques anciens Acteurs du Théâtre Fran-
» çois & de celui de l'Opéra ; mais une
tradition , déja fort incertaine , & qui
G iij
150 MERCURE DE FRANCE .
" s'obfcurcit de plus en plus en s'éloi-
» gnant , nous laiffe à peine diftinguer
» en quoi confiftoit fpécialement l'ex-
» cellence de chacun de ces grands ta-
»lens , & ce qu'ils pouvoient avoir de
» commun ou de diftinctif par rapport
» à ceux que nous admirons aujour-
» d'hui circonftances indifférentes au
» Lecteur indifférent lui-même fur cette
» matière , mais circonftances précieu-
» fes pour l'amateur éclairé , & qui de-
» vroient l'être encore davantage pour
» quiconque defire férieufement faire
» des progrès dans les mêmes talens.
» Nous avons reçu fréquemment tant
» de la Province que de la Capitale , des
» témoignages affurés de fatisfaction fur
» cette maniere de traiter l'Article du
» Théâtre . Mais elle nous engage dans
» une critique difcutée de bien des par-
»ties qui n'en paroiffent pas fufceptibles
» à tous les Lecteurs ; & par une autre
» néceffité , qu'indique l'honnêteté pu-
» blique à quiconque eft fait pour la
» connoître , cette critique nous a en-
" gagé dans des éloges étendus & réï-
» térés. La raiſon en eft facile à fentir .
» A l'égard des talens fupérieurs , ils
» font fouvent dans le cas de varier les
» motifs & les occafions de l'admiraJANVIER.
1763. 151
tion publique. Il nous avoit paru jufte
>>alors moins encore d'yjoindre la nôtre,
» que de conftater les différentes épo-
» ques de leur gloire. A l'égard des ta-
» lens inférieurs , même des talens mé-
» diocres ; nous avons penfé qu'il feroit
» fouvent cruel & toujours décourageant
» pour eux , de ne pas envelopper les
»juftes cenfures qu'exige leur propre
» intérêt , dans l'éloge de quelques par-
» ties où ils font des progrès & quelque-
»fois de difpofitions ou de facultés na-
» turelles , dont on les avertit par-là de
"
faire un meilleur ufage. C'eft une fem-
» me que l'on trouve laide ordinaire-
» ment , parce qu'elle fe néglige , que
l'on peindroit dans un moment heu-
» reux , où fes foins auroient embelli fa
» phyfionomie. Il eft à préfumer que ce
» Portrait l'engageroit à redoubler de
» pareils foins , à en prendre de nou-
» veaux , pour juftifier & furpaffer , s'il
» étoit poffible , l'art officieux du Pein-
» tre. Nous fommes & nous devons
» être fouvent ce Peintre à l'égard des
» gens de talens . Voilà ce que nos Lec-
» teurs ne veulent pas toujours affez con-
»fidérer. Ce ne font pas nos Portraits
» qu'il faut accufer d'être infidéles , lors
» même qu'ils font flattés , c'eſt aux
"
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
objets de nos peintures à qui il faut
» s'en prendre , s'ils ne font pas toujours
» conformes , & quelquefois fupérieurs
» au moment favorable que nous avons
étudié , & que fouvent nous avons eu
» tant de peine à faifir.
»
» Malgré des raifons qui nous fem-
» blent fi bien fondées, nous ne pouvons
» nous diffimuler ( & nous l'avons trop
» éprouvé ) qu'en général la louange
» entre Concurrens , ou qui prétendent
» l'être , eft l'écueil où fe brife toute
» prudence humaine.L'amour- propre de
» chaque particulier eft , fur cela , dans
» une oppofition perpétuelle au fenti-
» ment des autres , & prèfque jamais
» dans un rapport exact avec la vérité ;
»il n'en faut pas excepter les talens les
» plus modeftes . Il arrive donc que cha-
>> cun de ceux à qui nous diftribuons
» des éloges , ne trouve de trop reffer-
» rés que les fiens & tous les autres d'une
» prolixité injufte & fuperflue . Les amis
» de chaque Complaignant leur prêtent
"
obligeament leurs voix ; car il eft pro-
>> digieux combien on trouve d'amis pour
déprimer les autres , & fur-tout pour
» condamner un Journaliſte !
» Nous connoiffions tousles inconvé-
» niens de notre conduite ; nous les
JANVIER. 1763 . 153
» avons bravés. Ce n'eft ni par une or-
»gueilleufe indifférence fur le fentiment
» de ceux que nous avons toujours chefché
à obliger & que malheureufe-
» ment nous avons pu mécontenter , ni
» par la coupable négligence du premier
de nos devoirs , qui eft de fatisfaire
» le Public ; mais parce que nous avons
» regardé cette conduite comme la plus
» utile au progrès de l'Art dramatique :
» partie éffentielle de la gloire littéraire
» de notre Nation .
» Si les motifs que nous venons d'expofer
dans cet avertiffement , ne nous
» juftifient pas fur les moyens,aux yeux
» de l'amour-propre bleffé & encouragé
" par l'Envie ; nous nous flatons au moins
» qu'ils nous juftifieront fur l'intention,
auprès de tous les Juges défintéreffés .
» Cependant comme on doit éviter
les reproches les plus mal fondés ; confme
d'ailleurs la puérile jaloufie de quel-
» ques Ecrivains pourroit leur faire croire
» & peut- être faire dire par leurs amis ,
» qu'ils poffédent exclufivement à nous ,
» ce talent de l'efprit , dont nous ne
connoiffons point encore d'exemple
fur la terre , par lequel on puiffe fe concilier
un fuffrage unanime dans une
» inégale diſtribution d'éloges ; nous fe
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
» rons déformais plus moderés dans cette
» diſtribution, même à l'égard desTalens
» les plus fupérieurs , qui , peut- être en
» fecret , fe trouvent humiliés de n'être
» pas les objets uniques de toute efpéce
» d'attention .
» Nous donnons cet avis afin que. dans
les Provinces , on n'infére pas de no-
» tre filence fur ceux dont nous avons
» parlé fouvent avec éloge , que leurs ta-
» lens foient dégénérés , & qu'ils ayent
» ceffé d'en mériter journellement de
> nouveaux .
» Nous prévenons encore , que nous
>> ne nous reſtraindrons pas dans une fervile
contrainte fur ce que nous nous
» propofons ; relativement fur- tout aux
» Spectacles de la Cour. Aucune confi-
» dération perſonnelle ne nous détermi-
» nera à priver des Sujets affez heureux
» pour plaire à leur Souverain , du prix
de leur zéle & de leurs foins , en ne
» publiant pas cet ineftimable avantage.
» Nous ne nous difpenferons pas
» non plus , de continuer à donner fur
les Ouvrages nouveaux , des extraits
& des remarques affez étendues pour
»développer tout le mérite qui peut s'y
» trouver quelque fuperflu & quelque
» déplaifant que cela puiffe paroître à
JANVIER. 1763 . 155
» ceux de nos Auteurs dramatiques que
» le Public n'a pas accoutumés à fes ap-
-» plaudiffemens , & qui par conféquent
» ont eu peu à fe louer des Journalistes.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le texte traite de l'importance des spectacles dans les divertissements du public et la littérature. L'auteur estime que se contenter de reproduire les affiches des spectacles est insuffisant, surtout pour ceux éloignés des théâtres. Il décide donc de fournir des détails sur les nouvelles œuvres, les reprises d'anciennes pièces et les talents des acteurs, informations précieuses pour les lecteurs éloignés mais connaisseurs des œuvres et des talents dramatiques. L'auteur souligne la nécessité de conserver des particularités, même mineures, pour les recherches futures des amateurs de théâtre. Il mentionne la réputation des anciens acteurs et la difficulté de transmettre leur excellence à travers les générations. Il reçoit des témoignages de satisfaction pour cette manière de traiter l'article du théâtre, mais cela l'engage dans une critique délicate et des éloges répétés. Les éloges étendus visent à varier les motifs d'admiration pour les talents supérieurs et à encourager les progrès pour les talents inférieurs. L'auteur compare son rôle à celui d'un peintre qui met en valeur les qualités des personnes, même si celles-ci ne sont pas toujours conformes au moment étudié. Malgré les raisons bien fondées, l'auteur reconnaît les inconvénients de sa conduite, notamment les reproches des concurrents. Il justifie sa méthode par l'utilité pour le progrès de l'art dramatique, essentiel à la gloire littéraire de la nation. Pour éviter les reproches, il promet de modérer ses éloges, même envers les talents supérieurs. Enfin, le texte prévient que le silence sur certains acteurs ne signifie pas une dégénérescence de leurs talents. L'auteur ne se restreindra pas dans ses critiques, notamment pour les spectacles de la cour, et continuera à fournir des extraits et des remarques sur les nouvelles œuvres, même si cela peut déplaire à certains auteurs dramatiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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402
p. 155-159
SPECTACLES du ROI à Choisi.
Début :
LE Lundi 13 Décembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Théâtre du roi, Intermède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES du ROI à Choisi.
SPECTACLES du Roi à Choifi.
LEE Lundi 13 Décembre , les ComédiensFrançois
repréfenterent fur le Théâ
tre du Roi, dans fon Château de Choifi
en préfence de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale , Irène , Tragédie du
fieur BOISTEL , Tréforier de France à
la Généralité d'Amiens. On a vu par
l'extrait de cette Piéce dans le précédent
Mercure , qu'elle contient un rôle très-
.confidérable pour la Dle CLAIRON,,
aux rares talens de laquelle la Cour eft
auffi fenfible que la Ville.
Cette Tragédie fut fuivie du Legs ,
Comédie en un Acte en profe de M.
MARIVAUX de l'Académie Françoife
(a) . La Dlle DANGEVILLE & le
fieur PREVILLE y jouoient les rôles
,
(a) Certe Piéce fut donnée à Paris pour la pre-
-miere fois en 1736 , elle eft repriſe très-fouvent
toujours avec fuccès.
(G vi
1
156 MERCURE DE FRANCE .
dans lesquels ils font toujours un nouveau
plaifir .
Le lendemain 14 les mêmes Comédiens
repréfenterent le Complaifant
Comédie en cinq Actes en proſe , Auteur
anonyme ( b ) , & l'Epouxparfipercherie
(c) , Comédie en deux Actes ,
en vers de feu M. de Boissi , de l'Académie
Françoife.
,
Le fieur GRANDVAL retiré du
Théâtre de Paris , comme Penfionnaire
du Roi & rempliffant ce fervice à la
Cour , a joué le rôle qui donne le titre à
la premiere de ces deux Piéces. On lui a
retrouvé les mêmes talens que l'on a long
temps & conftamment applaudis en lui ,
particuliérement dans ce que nous entendons
par le haut-comique. Le fieur
BELCOUR , qui a remplacé le fieur
GRANDVAL dans fon emploi à la Comédie
, a joué avec fuccès dans la feconde
Piéce le principal rôle , qui exige
beaucoup d'art , & par lequel il a contribué
avec les autres Acteurs à rendre
cette Comédie très-agréable au Public
( b) Repréſentée pour la premiere fois à Paris
en 1732 , à la Cour en 1733 , repriſe en 1734
avec autant de fuccès que dans la nouveauté.
(c)L'Epoux par fupercherie a été donnée à Pa
ris pour la premiere fois en 1744 .
JANVIER. 1763. 157
1
Toutes les fois qu'on la repréfente à
Paris . Ce Spectacle a paru faire plaifir
à la Cour , dont le fuffrage femble auffi
confirmer le goût du Public pour les tálens
du fieur MOLÊ , qui a joué dans les
deux Piéces.
Le Mercredi 15 on fit exécuter fur le
même Théâtre par les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
deux Actes détachés d'Opéra en forme
d'intermédes. Le premier étoit Alphée
& Aréthufe ( d) , Poëme du feu lieur
DANCHET , mufique du fieur d'Au-
VERGNE . La Demoifelle ARNOULD
dont on connoît la touchante expreffion
dans la voix , dans le jeu & dans
la figure , repréfentoit Aréthufe . Le fieur
L'ARRIVÉE , dont les talens n'avoient
pas encore eu occafion d'être connus fur
les théâtres de la Cour , chantoit le rôle
d'Alphée. Le fieur GELIN , celui de
Neptune. La Demoifelle DUBOIS L.
chantoit le rôle de Vénus .
Le fecond intermédt étoit un Acte
des Fêtes de l'hymen & de l'amour ,
ballet intitulé Arueris ; Poëme du feu
(a Cet Acte fait partie des fragmens que l'on
a donné cet Eté fur le théâtre de l'Opéra , & que
l'on y continue tous les Jeudis,
158 MERCURE DE FRANCE.
fieur CAHUSAC ; Mufique du fieur RAMEAU.
Le fieur GELIOTE , Ordinaire de la
Mufique du Roi , retiré du Théâtre depuis
plufieurs années , a exécuté dans
cet interméde le rôle d'Arueris avec la
même voix & les mêmes talens qui l'ont
rendu fi célébre . La Dlle LEMIERRE ,
( époufe du fieur LARRIVÉE ) y chantoit
le rôle d'ORIE : elle s'en eft acquittée
d'une maniere à réaliſer la fiction
des rôles , par laquelle ARUERIS ,
Ordonnateur & Juge des jeux , où concourent
les talens dont il eft le maître
& le modéle couronne la jeune ·
ORIE pour le prix du chant . La Demoifelle
DUBOIS L. & le fieur BÊCHE , de
-la Mufique du Roi , repréfentoient un
Berger & une Bergère , perfonnages
acceffoires dans cet Acte .
Dans le premier interméde les pas
Teuls & les principales entrécs ont été
danfés par les fieurs LANI , LAVAL,
GARDEL , DAUBERVAL & GROSSET
, & par les Demoiselles ALLARD.,
PESLIN & DUMONCEAU. Dans le fecond
, les Demoifelles LANI , ALLARD
, PESLIN & DUMONCEAU, à la
place de la Demoiselle VESTRIS , malade.
Les fieurs VESTRIS , LANI, LA
JANVIER. 1763. 159
VAL, GARDEL , DAUBERVAL &
GROSSET.
On avoit ajouté à la fin de l'Acte d'ARUERIS
l'arriette & la belle chaconne
du fieur LE BRETON dans IPHIGENIE.
Ces deux morceaux firent la même impreffion
qu'ils font journellement fur le
Théâtre de Paris , & exciterent les plus
grands éloges , tant en faveur de l'Auteur
que de la Demoifelle LEMJERRE
qui chantoit cette Arriette , & du fieur
VESTRIS fur fa danfe dans la chaconne .
On a remarqué dans ce morceau, plusfenfiblement
que jamais , le talent fpécialement
propre à ce grand Danfeur, d'adapter,
avec une forte d'enthoufiafme poëtique
, fes pas au caractère & à l'expref
fion de la Mufique.
Sa Majefté , après le Spectacle , a eu
la bonté de déclarer publiquement la
fatisfaction qu'elle avoit eue des principaux
talens qui s'étoient diftingués en
divers genres dans l'exécution de ces
Spectacles.
LEE Lundi 13 Décembre , les ComédiensFrançois
repréfenterent fur le Théâ
tre du Roi, dans fon Château de Choifi
en préfence de Leurs Majeftés & de la
Famille Royale , Irène , Tragédie du
fieur BOISTEL , Tréforier de France à
la Généralité d'Amiens. On a vu par
l'extrait de cette Piéce dans le précédent
Mercure , qu'elle contient un rôle très-
.confidérable pour la Dle CLAIRON,,
aux rares talens de laquelle la Cour eft
auffi fenfible que la Ville.
Cette Tragédie fut fuivie du Legs ,
Comédie en un Acte en profe de M.
MARIVAUX de l'Académie Françoife
(a) . La Dlle DANGEVILLE & le
fieur PREVILLE y jouoient les rôles
,
(a) Certe Piéce fut donnée à Paris pour la pre-
-miere fois en 1736 , elle eft repriſe très-fouvent
toujours avec fuccès.
(G vi
1
156 MERCURE DE FRANCE .
dans lesquels ils font toujours un nouveau
plaifir .
Le lendemain 14 les mêmes Comédiens
repréfenterent le Complaifant
Comédie en cinq Actes en proſe , Auteur
anonyme ( b ) , & l'Epouxparfipercherie
(c) , Comédie en deux Actes ,
en vers de feu M. de Boissi , de l'Académie
Françoife.
,
Le fieur GRANDVAL retiré du
Théâtre de Paris , comme Penfionnaire
du Roi & rempliffant ce fervice à la
Cour , a joué le rôle qui donne le titre à
la premiere de ces deux Piéces. On lui a
retrouvé les mêmes talens que l'on a long
temps & conftamment applaudis en lui ,
particuliérement dans ce que nous entendons
par le haut-comique. Le fieur
BELCOUR , qui a remplacé le fieur
GRANDVAL dans fon emploi à la Comédie
, a joué avec fuccès dans la feconde
Piéce le principal rôle , qui exige
beaucoup d'art , & par lequel il a contribué
avec les autres Acteurs à rendre
cette Comédie très-agréable au Public
( b) Repréſentée pour la premiere fois à Paris
en 1732 , à la Cour en 1733 , repriſe en 1734
avec autant de fuccès que dans la nouveauté.
(c)L'Epoux par fupercherie a été donnée à Pa
ris pour la premiere fois en 1744 .
JANVIER. 1763. 157
1
Toutes les fois qu'on la repréfente à
Paris . Ce Spectacle a paru faire plaifir
à la Cour , dont le fuffrage femble auffi
confirmer le goût du Public pour les tálens
du fieur MOLÊ , qui a joué dans les
deux Piéces.
Le Mercredi 15 on fit exécuter fur le
même Théâtre par les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
deux Actes détachés d'Opéra en forme
d'intermédes. Le premier étoit Alphée
& Aréthufe ( d) , Poëme du feu lieur
DANCHET , mufique du fieur d'Au-
VERGNE . La Demoifelle ARNOULD
dont on connoît la touchante expreffion
dans la voix , dans le jeu & dans
la figure , repréfentoit Aréthufe . Le fieur
L'ARRIVÉE , dont les talens n'avoient
pas encore eu occafion d'être connus fur
les théâtres de la Cour , chantoit le rôle
d'Alphée. Le fieur GELIN , celui de
Neptune. La Demoifelle DUBOIS L.
chantoit le rôle de Vénus .
Le fecond intermédt étoit un Acte
des Fêtes de l'hymen & de l'amour ,
ballet intitulé Arueris ; Poëme du feu
(a Cet Acte fait partie des fragmens que l'on
a donné cet Eté fur le théâtre de l'Opéra , & que
l'on y continue tous les Jeudis,
158 MERCURE DE FRANCE.
fieur CAHUSAC ; Mufique du fieur RAMEAU.
Le fieur GELIOTE , Ordinaire de la
Mufique du Roi , retiré du Théâtre depuis
plufieurs années , a exécuté dans
cet interméde le rôle d'Arueris avec la
même voix & les mêmes talens qui l'ont
rendu fi célébre . La Dlle LEMIERRE ,
( époufe du fieur LARRIVÉE ) y chantoit
le rôle d'ORIE : elle s'en eft acquittée
d'une maniere à réaliſer la fiction
des rôles , par laquelle ARUERIS ,
Ordonnateur & Juge des jeux , où concourent
les talens dont il eft le maître
& le modéle couronne la jeune ·
ORIE pour le prix du chant . La Demoifelle
DUBOIS L. & le fieur BÊCHE , de
-la Mufique du Roi , repréfentoient un
Berger & une Bergère , perfonnages
acceffoires dans cet Acte .
Dans le premier interméde les pas
Teuls & les principales entrécs ont été
danfés par les fieurs LANI , LAVAL,
GARDEL , DAUBERVAL & GROSSET
, & par les Demoiselles ALLARD.,
PESLIN & DUMONCEAU. Dans le fecond
, les Demoifelles LANI , ALLARD
, PESLIN & DUMONCEAU, à la
place de la Demoiselle VESTRIS , malade.
Les fieurs VESTRIS , LANI, LA
JANVIER. 1763. 159
VAL, GARDEL , DAUBERVAL &
GROSSET.
On avoit ajouté à la fin de l'Acte d'ARUERIS
l'arriette & la belle chaconne
du fieur LE BRETON dans IPHIGENIE.
Ces deux morceaux firent la même impreffion
qu'ils font journellement fur le
Théâtre de Paris , & exciterent les plus
grands éloges , tant en faveur de l'Auteur
que de la Demoifelle LEMJERRE
qui chantoit cette Arriette , & du fieur
VESTRIS fur fa danfe dans la chaconne .
On a remarqué dans ce morceau, plusfenfiblement
que jamais , le talent fpécialement
propre à ce grand Danfeur, d'adapter,
avec une forte d'enthoufiafme poëtique
, fes pas au caractère & à l'expref
fion de la Mufique.
Sa Majefté , après le Spectacle , a eu
la bonté de déclarer publiquement la
fatisfaction qu'elle avoit eue des principaux
talens qui s'étoient diftingués en
divers genres dans l'exécution de ces
Spectacles.
Fermer
Résumé : SPECTACLES du ROI à Choisi.
Du 13 au 15 décembre 1763, des spectacles ont été présentés au théâtre du Château de Choifi en présence du roi et de la famille royale. Le 13 décembre, les comédiens ont interprété 'Irène', une tragédie de Boistel, suivie de 'Le Legs', une comédie en un acte de Marivaux. Le 14 décembre, ils ont joué 'Le Complaisant', une comédie en cinq actes d'auteur anonyme, et 'L'Epoux par surprise', une comédie en deux actes de Boissy. Les acteurs Grandval et Belcour ont été particulièrement applaudis. Le 15 décembre, des intermèdes d'opéra ont été exécutés, incluant 'Alphée & Aréthuse' de Danchet et d'Auvergne, et 'Arueris' de Cahusac et Rameau. Les interprètes notables comprenaient la demoiselle Arnould, le sieur Larrivée, le sieur Gelin, et la demoiselle Lemierre. Le roi a exprimé sa satisfaction après le spectacle, soulignant les talents des artistes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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403
p. 159-160
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Début :
LES changemens & augmentations qu'on a faits au Théâtre du Château, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
LES
ES changemens & augmentations
qu'on a faits au Théâtre du Château ,
n'ayant pû être finis plutôt , on n'a.com160
MERCURE DE FRANCE .
mencé à y repréfenter cet hyver que le
Mercredi 21 Décembre. Les Comédiens
Italiens y jouerent Arlequin Baron Suiffe
, Piéce Italienne , & le Cadi dupé ,
Opera- Comique , dans lequel le fieur
CAILLOT joue le rôle d'Omar Teinturier
, que jouoit le fieur AUDINOT
dans l'établiffement de cette Piéce.
Le lendemain 23 les Comédiens Fran
çois y repréſenterent Iphigénie en Tau
ride , Tragédie du feu fieur GU IMONT
DE LA TOUCHE , fuivie du Rendezvous
, Comédie en un Acte & en vers
du feu fieur FAGAN.
N. B. On rendra compte dans le
prochain Mercure des Spectacles de la
fin du mois de Décembre.
LES
ES changemens & augmentations
qu'on a faits au Théâtre du Château ,
n'ayant pû être finis plutôt , on n'a.com160
MERCURE DE FRANCE .
mencé à y repréfenter cet hyver que le
Mercredi 21 Décembre. Les Comédiens
Italiens y jouerent Arlequin Baron Suiffe
, Piéce Italienne , & le Cadi dupé ,
Opera- Comique , dans lequel le fieur
CAILLOT joue le rôle d'Omar Teinturier
, que jouoit le fieur AUDINOT
dans l'établiffement de cette Piéce.
Le lendemain 23 les Comédiens Fran
çois y repréſenterent Iphigénie en Tau
ride , Tragédie du feu fieur GU IMONT
DE LA TOUCHE , fuivie du Rendezvous
, Comédie en un Acte & en vers
du feu fieur FAGAN.
N. B. On rendra compte dans le
prochain Mercure des Spectacles de la
fin du mois de Décembre.
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Résumé : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Les spectacles de la Cour à Versailles ont débuté le 21 décembre 160. Les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin Baron Suiffe' et 'Le Cadi dupé'. Le 23 décembre, les Comédiens Français ont présenté 'Iphigénie en Tauride' et 'Le Rendez-vous'. Le rôle d'Omar Teinturier était interprété par le sieur Caillot. Le Mercure de France rendra compte des spectacles de fin décembre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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404
p. 136-141
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Début :
Le 29 Décembre, le Milicien, Comédie nouvelle, en un acte, mêlée [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Opéra bouffon, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
LE
29 E 29 Décembre
* le Milicien , Comédie
nouvelle , en un acte
*
, mêlée
d'Ariettes , fut repréfentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens ,
fur le Théâtre de la Cour. Cette Piéce ,
dans le genre moderne des Opéra bouffons
, n'avoit point encore été repré- ,
fentée à Paris, Les Paroles font du fieur
ANSEAUME ; la Mufique du fieur Du-
NY. Elle étoit précédée de quelqu'autre
Piéce du Répertoire courant.
JANVIER. 1763. 137:
Les Acteurs de la Piéce nouvelle étoient
la Dlle LA RUETTE , les fieurs
CAILLOT , CLAIRVAL , DEHESSE
& DESBROSSES.
Le Jeudi 30 , les Coméniens François
repréfenterent , fur le même Théâtre
, le Mariage fait & rompu , Comédie
en Vers en trois Actes , du feu ficur
DUFRESNI. (a) Cette Comédie fut trèsbien
jouée par les mêmes Acteurs qui
la jouent à Paris lorfqu'on la reprend &
parut amufer beaucoup.
On éxécuta enfuite un Acte d'Opéra
intitulé Philémon & Baucis , extrait
du Ballet de la Paix , (b) Poëme du
fieur Roi , Mufique des fieurs REBEL
& FRANCOEUR , Surintendans de la
Mufique du Roi . Le fieur GELIOTE Y
chanta le Rôle de Philémon & la Dile
ARNOULT celui de Baucis. Les fieurs
LARRIVÉÉ & PILOT , ceux de Jupiter
& de Mercure traveltis .
Cet Acte charmant en paroles & en
mufique › par l'expreffion d'un fentiment
naïf , mais délicat & touchant
dans le Rôle de Baucis , étoit très-bien
choifi pour faire valoir le genre de ta→
lent de la Dlle ARNOULT . Le fieur
( a ) En 1721. pour la premiere fois.
(b ) En 1738, ( 25 Mai, ')
138 MERCURE DE FRANCE .
GELIOTE, avoit fuppléé au peu d'étendue
de fón Rôle dans cet A&te , par une
Cantatille ajoutée au Divertiffement
d'une affez grande longueur, & qu'il éxécuta
avec l'art & l'agrément de la voix
dont on le connoît capable. Un choix
très-agréable d'airs , des mêmes Auteurs
de l'Acte , en ornoit & en étendoit le
Divertiffement. La Dlle LANI a dánfé
des pas feule où elle a fait autant de
plaifir que fi la perfection de fes talens
n'eût pas été déjà connue. Les
principales Entrées ont été danſées par
le's Diles DUMONCEAU , LAFONT &
PESLIN , & les fieurs LAVAL & GARDEL.
*
On fçait que le Théâtre de la Cour
à Verfailles n'eft qu'une efpéce de
Salle particuliere , en attendant la parfaite
conftruction d'une Salle de Spectacles
relative à la grandeur & à la magnificence
de ce fuperbe Palais. Jufqu'à
préfent le lieu où repréfentoient les
Acteurs n'y avoit été que comme une
Eftrade , dreffée dans une Chambre
poury jouer familiérement la Comédie.
On vient , en dernier lieu , d'y établir
un Théâtre avec des Chaffis de côté , &
tout ce qui peut admettre des Décorations;
mais on n'en doit pas moins d'éJANVIER.
1763. 139
loges aux foins induftrieux de ceux
qui dirigent ces Décorations , de trouver
les moyens , dans un efpace auffi
borné par toutes les dimenfions , d'y
opérer les changemens convenables aux
Repréfentations d'Opéra. Dans l'Acte
dont on vient de parler , un Palais defcendu
du Ciel par la puiffance de Jupiter
fuccéde à un Hameau. Ce Palais
étoit garni de diamants & de Pierreries
dans fa totalité , ainfi que l'étoit une des
parties feulement, d'un Palais de Vénus ,
au Théâtre de Fontainebleau ( c ) dans .
la repréfentation de Pfyché. Celui- ci
étant d'un ordre d'Architecture différent
, la diftribution des Pierréries étoit
différente. On doit encore cette difpofition
& l'entiere éxécution de ces britlans
ornemens au fieur LEVÊQUE
Garde-Magafin- Général des Menus-
Plaifirs du Roi , duquel nous avons
parlé dans notre relation des Spectacles
de Fontainebleau , & dont le travail a
mérité les mêmes éloges en cette occafion.
•
Ces derniers Spectacles ont terminé
l'année fous les ordres de M. le Duc
D'AUMONT , Pair de France , premier
( c) Voyez le Mercure de Décembre. Art. des
Spectacles.
140 MERCURE DE FRANCE.
Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
alors en éxercice .
un :
On donnera dans le Mercure de Février
, le détail des Spectacles du commencement
de la préfente année.
Nous allons inférer ici , comme nous
l'avions précédemment annoncé
état des perfonnes employées à la Direction
des principales parties des Spectacles
du Roi , afin de n'être pas obligés
d'en charger chaque article
les cas de mutation.
fauf
Les fieurs REBEL & FRANCOEUR ,
Surintendans de la Mufique du Roi ,
chacun dans le femeftre de leur éxercice
. Pour la difpofition , Direction &
éxécution de tout ce qui concerne la
Mufique , & en adjonction à ce fervice
, le fieur DE BURI , Surintendant
en furvivance . Les fieurs LAVAL père
& fils , Maîtres des Ballets de fa Majef
té , pour la compofition & Direction
des Danfes.
Le fieur Michel- Ange SLODTZ , célébre
Sculpteur, Deffinateur du Cabinet du
Roi , pour les Compofitions & Deffeins
de ce qui concerne le Décore. Les fieurs
ARNOULT & GIRAULD , pour la Direction
des Décorations , Invention
Jeu & conduite de toutes les Machines.
,
JANVIER. 1763. 141
Le fieur LECUYER , Panacher du Roi , dont le
goût & les talens finguliers pour la monture des
Plumes , font connus dans plufieurs Cours de
l'Europe , eft le feul à Paris de cette profeffion ,
qui foit chargé de l'arrangement des coeffures à
tous les Théâtres & Spectacles du Roi.
LE
29 E 29 Décembre
* le Milicien , Comédie
nouvelle , en un acte
*
, mêlée
d'Ariettes , fut repréfentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens ,
fur le Théâtre de la Cour. Cette Piéce ,
dans le genre moderne des Opéra bouffons
, n'avoit point encore été repré- ,
fentée à Paris, Les Paroles font du fieur
ANSEAUME ; la Mufique du fieur Du-
NY. Elle étoit précédée de quelqu'autre
Piéce du Répertoire courant.
JANVIER. 1763. 137:
Les Acteurs de la Piéce nouvelle étoient
la Dlle LA RUETTE , les fieurs
CAILLOT , CLAIRVAL , DEHESSE
& DESBROSSES.
Le Jeudi 30 , les Coméniens François
repréfenterent , fur le même Théâtre
, le Mariage fait & rompu , Comédie
en Vers en trois Actes , du feu ficur
DUFRESNI. (a) Cette Comédie fut trèsbien
jouée par les mêmes Acteurs qui
la jouent à Paris lorfqu'on la reprend &
parut amufer beaucoup.
On éxécuta enfuite un Acte d'Opéra
intitulé Philémon & Baucis , extrait
du Ballet de la Paix , (b) Poëme du
fieur Roi , Mufique des fieurs REBEL
& FRANCOEUR , Surintendans de la
Mufique du Roi . Le fieur GELIOTE Y
chanta le Rôle de Philémon & la Dile
ARNOULT celui de Baucis. Les fieurs
LARRIVÉÉ & PILOT , ceux de Jupiter
& de Mercure traveltis .
Cet Acte charmant en paroles & en
mufique › par l'expreffion d'un fentiment
naïf , mais délicat & touchant
dans le Rôle de Baucis , étoit très-bien
choifi pour faire valoir le genre de ta→
lent de la Dlle ARNOULT . Le fieur
( a ) En 1721. pour la premiere fois.
(b ) En 1738, ( 25 Mai, ')
138 MERCURE DE FRANCE .
GELIOTE, avoit fuppléé au peu d'étendue
de fón Rôle dans cet A&te , par une
Cantatille ajoutée au Divertiffement
d'une affez grande longueur, & qu'il éxécuta
avec l'art & l'agrément de la voix
dont on le connoît capable. Un choix
très-agréable d'airs , des mêmes Auteurs
de l'Acte , en ornoit & en étendoit le
Divertiffement. La Dlle LANI a dánfé
des pas feule où elle a fait autant de
plaifir que fi la perfection de fes talens
n'eût pas été déjà connue. Les
principales Entrées ont été danſées par
le's Diles DUMONCEAU , LAFONT &
PESLIN , & les fieurs LAVAL & GARDEL.
*
On fçait que le Théâtre de la Cour
à Verfailles n'eft qu'une efpéce de
Salle particuliere , en attendant la parfaite
conftruction d'une Salle de Spectacles
relative à la grandeur & à la magnificence
de ce fuperbe Palais. Jufqu'à
préfent le lieu où repréfentoient les
Acteurs n'y avoit été que comme une
Eftrade , dreffée dans une Chambre
poury jouer familiérement la Comédie.
On vient , en dernier lieu , d'y établir
un Théâtre avec des Chaffis de côté , &
tout ce qui peut admettre des Décorations;
mais on n'en doit pas moins d'éJANVIER.
1763. 139
loges aux foins induftrieux de ceux
qui dirigent ces Décorations , de trouver
les moyens , dans un efpace auffi
borné par toutes les dimenfions , d'y
opérer les changemens convenables aux
Repréfentations d'Opéra. Dans l'Acte
dont on vient de parler , un Palais defcendu
du Ciel par la puiffance de Jupiter
fuccéde à un Hameau. Ce Palais
étoit garni de diamants & de Pierreries
dans fa totalité , ainfi que l'étoit une des
parties feulement, d'un Palais de Vénus ,
au Théâtre de Fontainebleau ( c ) dans .
la repréfentation de Pfyché. Celui- ci
étant d'un ordre d'Architecture différent
, la diftribution des Pierréries étoit
différente. On doit encore cette difpofition
& l'entiere éxécution de ces britlans
ornemens au fieur LEVÊQUE
Garde-Magafin- Général des Menus-
Plaifirs du Roi , duquel nous avons
parlé dans notre relation des Spectacles
de Fontainebleau , & dont le travail a
mérité les mêmes éloges en cette occafion.
•
Ces derniers Spectacles ont terminé
l'année fous les ordres de M. le Duc
D'AUMONT , Pair de France , premier
( c) Voyez le Mercure de Décembre. Art. des
Spectacles.
140 MERCURE DE FRANCE.
Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
alors en éxercice .
un :
On donnera dans le Mercure de Février
, le détail des Spectacles du commencement
de la préfente année.
Nous allons inférer ici , comme nous
l'avions précédemment annoncé
état des perfonnes employées à la Direction
des principales parties des Spectacles
du Roi , afin de n'être pas obligés
d'en charger chaque article
les cas de mutation.
fauf
Les fieurs REBEL & FRANCOEUR ,
Surintendans de la Mufique du Roi ,
chacun dans le femeftre de leur éxercice
. Pour la difpofition , Direction &
éxécution de tout ce qui concerne la
Mufique , & en adjonction à ce fervice
, le fieur DE BURI , Surintendant
en furvivance . Les fieurs LAVAL père
& fils , Maîtres des Ballets de fa Majef
té , pour la compofition & Direction
des Danfes.
Le fieur Michel- Ange SLODTZ , célébre
Sculpteur, Deffinateur du Cabinet du
Roi , pour les Compofitions & Deffeins
de ce qui concerne le Décore. Les fieurs
ARNOULT & GIRAULD , pour la Direction
des Décorations , Invention
Jeu & conduite de toutes les Machines.
,
JANVIER. 1763. 141
Le fieur LECUYER , Panacher du Roi , dont le
goût & les talens finguliers pour la monture des
Plumes , font connus dans plufieurs Cours de
l'Europe , eft le feul à Paris de cette profeffion ,
qui foit chargé de l'arrangement des coeffures à
tous les Théâtres & Spectacles du Roi.
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Résumé : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Le 29 décembre, la pièce 'Le Milicien', une comédie mêlée d'ariettes, a été représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens au Théâtre de la Cour de Versailles. Cette œuvre, du genre des opéras bouffons, n'avait jamais été jouée à Paris auparavant. Les paroles étaient de Fleury Anseau et la musique de Du Ny. Les acteurs principaux étaient Mlle La Ruette, les sieurs Caillot, Clairval, Dehesse et Desbrosses. Le 30 décembre, les Comédiens Français ont joué 'Le Mariage fait et rompu', une comédie en vers en trois actes de Dufresny, très bien accueillie par le public. Ensuite, un acte d'opéra intitulé 'Philémon et Baucis', extrait du ballet 'La Paix', a été exécuté. Ce poème du roi, avec la musique de Rebel et Francoeur, a été interprété par Gelotte dans le rôle de Philémon et Mlle Arnoult dans celui de Baucis. Les rôles de Jupiter et de Mercure étaient joués par Larrivée et Pilot. La pièce a été suivie d'une danse par Mlle Lani et d'entrées dansées par les demoiselles Dumonceau, Lafont et Peslin, ainsi que par les sieurs Laval et Gardel. Le Théâtre de la Cour à Versailles était alors une salle particulière en attendant la construction d'une salle de spectacles plus adaptée. Des améliorations récentes ont permis d'ajouter des chaises et des décorations, mais des défis subsistent pour les changements de décors, notamment pour les représentations d'opéra. Par exemple, un palais descendant du ciel a succédé à un hameau dans l'acte mentionné. Les décorations, notamment les pierreries, ont été réalisées par Levéque, Garde-Magasin Général des Menus-Plaisirs du Roi. Ces spectacles ont marqué la fin de l'année sous la direction du Duc d'Aumont, Pair de France et premier Gentilhomme de la Chambre du Roi. Les responsables des différentes parties des spectacles du Roi ont été listés, incluant Rebel et Francoeur pour la musique, Laval père et fils pour les danses, Michel-Ange Slodtz pour les décorations, et Lecuyer pour les coiffures.
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405
p. 148-155
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES, ORDONNÉS par M. le Duc DE DURAS, Pair de France, premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, en exercice pendant l'année 1763, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des menus, Plaisirs & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
Début :
LE Mardi 4 Janvier, les Comédiens François représenterent l'Irrésolu, Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Rôle, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES, ORDONNÉS par M. le Duc DE DURAS, Pair de France, premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, en exercice pendant l'année 1763, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des menus, Plaisirs & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
ARTICLE V.
SPECTACLE S.
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
ORDONNES par M. le Duc DE DURAS,
Pair de France , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi, en exercice
pendant l'année 1763, & conduits
parM. PAPILLON DE LA FERTÉ,
Intendant des menus , Plaifirs & Affaires
de la Chambre de SA MAJESTÉ.
LEE Mardi 4 Janvier , les Comédiens
François repréſenterent l'Irréfolu , Comédie
en cinq Actes & en vers du feu
fieur NERICAULT DESTOUCHES (a) ,
& pour petite Piéce le Charivari , Comédie
en un Acte & en profe (b) du
feu fieur DANCOURT. Le lendemain
( a) L'Irréfolu , repréfentée pour la première
fois en 1723 , avoit eu fix Repréſentations , remife
nouvellement au Théâtre avec plus de
fuccès.
(b) Première
repréſentation en 1697.
FEVRIER . 1763. 149
,
5, les Comédiens Italiens repréfenterent
Arlequin & Scapin rivaux , Comédie
Italienne , fuivie du Soldat magicien
Opera-Comique ; paroles du fieur L. B.
D. S.... Mufique du fieur PHILIDOR
(c).
Il n'y a point eu de Spectacle le
Jeudi 6 , à caufe de la Fête. Le Mardi
11 , par les Comédiens François , le
Curieux impertinent , Comédie en cinq
Actes & en vers du feu fieur NERICAULT
DESTOUCHES , fuivie du Fat
puni , Comédie en un Acte en profe :
Auteur Anonyme ( d) .
Le Mercredi 12 l'Académie Royale
de Muſique , conjointement avec la
Mufique du Roi , exécuta Hilas &
Zélis , Paftorale en un Acte , Poëme
d'un Auteur anonyme ; Mufique du
fieur de Bury , Surintendant de la Mufique
du Roi (e ) . Le rôle d'Hilas étoit
chanté par le fieur LARRIVÉE : celui
de Zélis par la Dlle LEMIERRE ( épouſe
du fieur LARRIVÉE . ) Le rôle de l'Amour
par la Dlle DUBOIS . Les principaux
Danfeurs & Danfeufes , dans le
(c) Première Repréſentation en 1760 fur le
Théâtre de l'Opera- Comique,
•
(d) Premiére Repréſentation en 1739.
(e) Premiére Repréfentation en 1762 .
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
Ballet , étoient les fieurs LAVAL
GARDEL , & les Dlles ALLARD &
VESTRIS .
Nous avons parlé avec de très-juftes
éloges de la mufique de cette Paftorale
à la dernière reprife des Caractères de la
Folie , Ballet du même Muficien , auquel
on l'avoit jointe. Cette Paftorale
en mufique avoit été précédée du Retour
d'Arlequin , Piéce Italienne , repréfentée
par les Comédiens Italiens.
Le 13 les Comédiens François repréfenterent
Phédre , Tragédie du feu fieur
RACINE. La Dile DUMESNIL jouant
le Rôle de Phédre , & la Dlle HUSSE
celui d'Aricie , le fieur BRISARD Thefee
; le fieur MOLE , Hippolite , & le
fieur DUBOIS Théramène.
Cette Tragédie fut fuivie du Confentement
forcé, Comédie en un Acte &
en Profe du feu ficur GUYOT DE
MERVILLE. (e )
Le 18 par les mêmes Comédiens le
Tambour nocturne , Comédie en cinq
Aces & en Profe du feu fieur Néricault
DESTOUCHES. (f) Cette Comédie
, qui a fait tant de plaifir à Paris ,
(e ) Premiere Repréſentation en 1738 .
(f)Imprimée dans les OEuvres de l'Auteur ,
jouée feulement dans les Provinces , repréſentée à
Paris la premiere fois en 1762 , par les foins &
avec des changemens du freur BELCOUR .
FEVRIER. 1763 . ISI
,
n'a pas moins amufé la Cour , par le
talent original , le naturel & l'intelligence
du bon comique des principaux
Acteurs . On fait particuliérement avec
quelle fineffe & quel art le fieur PRÉ-
VILLE varie continuellement le jeu du
rôle de PINCÉ dont la plaifanterie
feroit très-monotone fans cela. Le fieur
BELLECOUR , dans le Baron ; le fieur
MOLÉ , dans le Marquis ; la Dlle PREville
, dans la Baronne ; & la Dlle
LE KAIN , dans le rôle de Catau , ont
eu chacun le fuccès dû au talent avec
lequel ils jouent dans cette Piéce.
Pour petite Piéce on repréfenta le
Triple mariage (g) Comédie en un Acte
& en profe du même Auteur. Le Mercredi
, 19 , on éxécuta pour la feconde
fois la Paftorale d'Hilas & Zélis : les
rôles furent très bien rendus par les
mêmes Acteurs de la repréfentation
précédente , & les beautés diftinguées
de la mufique ont paru réunir les fuffrages
de toute la Cour , & ont fait à
l'Auteur ( le fieur de Bury ) tout l'honneur
que mérite fon talent.
Cette feconde repréfentation avoit
été précédée de la Comédie Italienne ,
intitulée la Joute d'Arlequin & de Scapin.
(g) Premiere repréſentation en 1724.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le Jeudi 20 , les Comédiens François
repréſenterent Bajazet , Tragédie du
feu fieur RACINE . La Dlle CLAIRON
joué le rôle de Roxane , & la Demoifelle
Huss celui d'Atalide . Le fieur
MOLE le rôle de Bajazet le fieur
BRISART celui d'Acomat , & le fieur
DUBOIS Ofmin.
Après cette Tragédie , dont la repréfentation
intéreffa & toucha beaucoup
les Spectateurs , on donna le Philantrope
, Comédie en un Acte & en
profe du feu fieur LEGRAND ( h ) .
Mardi , 25 , les Comédiens François
repréfenteient la Piéce nouvelle , intitulée
Dupuis & Defronais , du fieur COLLÉ
(i ) , Comédie en vers & en trois
Actes , dont le fujet eft tiré des illuftres
Françoifes.
Un ouvrage dramatique où fe trouve
une connoiffance du monde la plus philofophique
& la plus délicate , où l'ef
prit ne femble prêter fon coloris que
pour fortifier le fentiment & orner l'inf
truction , où tout refpire les moeurs fans
trifteffe , & où tout infpire l'intérêt fans
( h) Jouée pour la première fois à Paris en
1724.
(i ) Cette Piéce avoit été repréfentée à Paris .
Voyez ci -après l'article de la Comédie Françoife.
FEVRIER. 1763. 153
affliger l'âme , ne pouvoit manquer
d'avoir un grand fuccès fur ce Théâtre .
Auffi la Cour a confirmé par fes fuffrages
la juftice que le Public avoit dérendue
à cette nouveauté. Il en a été
de même à l'égard du jeu des Acteurs
dont les trois principaux font la Dlle
GAUSSIN , pour le rôle de Mariane
: le fieur BRISART , pour celui
de Dupuis , & le fieur MOLÉ pour celui
de Desronais . Comme c'eft ce dernier
qui porte le plus de chaleur & de
mouvement dans la Piéce , nous ne
pouvons nous difpenfer de rapporter ,
fi l'on peut dire , le cri public , fur le
feu , fur le fentiment , le naturel & la
fine intelligence que met le fieur MOLÉ
jufques dans les plus petits détails de ce
rôle , qui ajoute encore à la réputation
qu'il s'étoit fi juftement acquife.
On donna pour feconde Piéce , le
même jour , les Folies amoureufes , Comédie
en vers , en trois Actes , du feu
fieur Regnard (k ). Le fieur BOURET
y joua le role de Crifpin.
Le Mercredi 26 les Comédiens Italiens
repréfenteremt Arlequin & Scapin
voleurs par amour , qui fut fuivie d'une
feconde repréfentation de Philemon &
(*) Première Repréfentation en 1704%
Gy
154. MERCURE DE FRANCE .
Baucis , Paftorale héroïque , exécutée ,
par l'Académie Royale de Mufique &
par la Mufique du Roi , telle qu'elle
l'avoit déja été ( & par les mêmes Acteurs
) le 30 Décembre dernier ( 1 ) .
L'exécution de toutes les parties de cet
Opera a été encore plus parfaite à cette
repréſentation ; & la Cour , qui l'avoit
redemandé , a paru y prendre un nouveau
plaifir. Le Poëme eft du fieur Roi ,
& la Mufique des fieurs REBEL &
FRANCEUR , Surintendans de la Mu--
fique de Sa Majesté.
Le Jeudi 27, les Comédiens François
ont repréfenté Ariane , Tragédie de
THOMAS CORNEILLE. La Dlle CLAIRON
jouoit le rôle d'Ariane , & la
Dlle Huss celui de Phédre. Les rôles
de Théfée & de Pirithoüis , par les fieurs
MOLE & BELCOUR.
On donna enfuite le Sage étourdi
Comédie en trois Actes & en vers du
feu fieur de BOISSI . ( m ) .
Les Lundi 17 & 24 Janvier il y a
eu Bal paré dans la Salle de la Comédie
du Roi , dont le parquet étoit monté au
niveau du Théâtre : elle étoit ornée de
( 1 ) Voyez le fecond Volume du Mercure de
Janvier.
(m ) Premiére repréſentation en 1748 .
FEVRIER. 1763. 155
,
beaucoup de luftres , foutenus & réunis
par des guirlandes de fleurs . Leurs
MAJESTÉS , M. le DAUPHIN Madame
la DAUPHINE & la Famille
Royale affiftent à ces Bals. Les Princes
du Sang , les jeunes Seigneurs & les
Dames de la Cour y danfent en divers
quadrilles , des entrées & ballets figurés,
dans les habits de caractères relatifs aux
fujets qu'ils ont choifis pour ces Ballets
, qui ont été extrêmement applaudis.
Le temps qu'ont duré ces Bals , depuis
11 heures & demi du foir , jufqu'à 6
ou 7 heures du matin , prouve combien
ils font agréables à ceux qui les compofent
& à ceux qui y affiftent.
SPECTACLE S.
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
ORDONNES par M. le Duc DE DURAS,
Pair de France , premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi, en exercice
pendant l'année 1763, & conduits
parM. PAPILLON DE LA FERTÉ,
Intendant des menus , Plaifirs & Affaires
de la Chambre de SA MAJESTÉ.
LEE Mardi 4 Janvier , les Comédiens
François repréſenterent l'Irréfolu , Comédie
en cinq Actes & en vers du feu
fieur NERICAULT DESTOUCHES (a) ,
& pour petite Piéce le Charivari , Comédie
en un Acte & en profe (b) du
feu fieur DANCOURT. Le lendemain
( a) L'Irréfolu , repréfentée pour la première
fois en 1723 , avoit eu fix Repréſentations , remife
nouvellement au Théâtre avec plus de
fuccès.
(b) Première
repréſentation en 1697.
FEVRIER . 1763. 149
,
5, les Comédiens Italiens repréfenterent
Arlequin & Scapin rivaux , Comédie
Italienne , fuivie du Soldat magicien
Opera-Comique ; paroles du fieur L. B.
D. S.... Mufique du fieur PHILIDOR
(c).
Il n'y a point eu de Spectacle le
Jeudi 6 , à caufe de la Fête. Le Mardi
11 , par les Comédiens François , le
Curieux impertinent , Comédie en cinq
Actes & en vers du feu fieur NERICAULT
DESTOUCHES , fuivie du Fat
puni , Comédie en un Acte en profe :
Auteur Anonyme ( d) .
Le Mercredi 12 l'Académie Royale
de Muſique , conjointement avec la
Mufique du Roi , exécuta Hilas &
Zélis , Paftorale en un Acte , Poëme
d'un Auteur anonyme ; Mufique du
fieur de Bury , Surintendant de la Mufique
du Roi (e ) . Le rôle d'Hilas étoit
chanté par le fieur LARRIVÉE : celui
de Zélis par la Dlle LEMIERRE ( épouſe
du fieur LARRIVÉE . ) Le rôle de l'Amour
par la Dlle DUBOIS . Les principaux
Danfeurs & Danfeufes , dans le
(c) Première Repréſentation en 1760 fur le
Théâtre de l'Opera- Comique,
•
(d) Premiére Repréſentation en 1739.
(e) Premiére Repréfentation en 1762 .
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
Ballet , étoient les fieurs LAVAL
GARDEL , & les Dlles ALLARD &
VESTRIS .
Nous avons parlé avec de très-juftes
éloges de la mufique de cette Paftorale
à la dernière reprife des Caractères de la
Folie , Ballet du même Muficien , auquel
on l'avoit jointe. Cette Paftorale
en mufique avoit été précédée du Retour
d'Arlequin , Piéce Italienne , repréfentée
par les Comédiens Italiens.
Le 13 les Comédiens François repréfenterent
Phédre , Tragédie du feu fieur
RACINE. La Dile DUMESNIL jouant
le Rôle de Phédre , & la Dlle HUSSE
celui d'Aricie , le fieur BRISARD Thefee
; le fieur MOLE , Hippolite , & le
fieur DUBOIS Théramène.
Cette Tragédie fut fuivie du Confentement
forcé, Comédie en un Acte &
en Profe du feu ficur GUYOT DE
MERVILLE. (e )
Le 18 par les mêmes Comédiens le
Tambour nocturne , Comédie en cinq
Aces & en Profe du feu fieur Néricault
DESTOUCHES. (f) Cette Comédie
, qui a fait tant de plaifir à Paris ,
(e ) Premiere Repréſentation en 1738 .
(f)Imprimée dans les OEuvres de l'Auteur ,
jouée feulement dans les Provinces , repréſentée à
Paris la premiere fois en 1762 , par les foins &
avec des changemens du freur BELCOUR .
FEVRIER. 1763 . ISI
,
n'a pas moins amufé la Cour , par le
talent original , le naturel & l'intelligence
du bon comique des principaux
Acteurs . On fait particuliérement avec
quelle fineffe & quel art le fieur PRÉ-
VILLE varie continuellement le jeu du
rôle de PINCÉ dont la plaifanterie
feroit très-monotone fans cela. Le fieur
BELLECOUR , dans le Baron ; le fieur
MOLÉ , dans le Marquis ; la Dlle PREville
, dans la Baronne ; & la Dlle
LE KAIN , dans le rôle de Catau , ont
eu chacun le fuccès dû au talent avec
lequel ils jouent dans cette Piéce.
Pour petite Piéce on repréfenta le
Triple mariage (g) Comédie en un Acte
& en profe du même Auteur. Le Mercredi
, 19 , on éxécuta pour la feconde
fois la Paftorale d'Hilas & Zélis : les
rôles furent très bien rendus par les
mêmes Acteurs de la repréfentation
précédente , & les beautés diftinguées
de la mufique ont paru réunir les fuffrages
de toute la Cour , & ont fait à
l'Auteur ( le fieur de Bury ) tout l'honneur
que mérite fon talent.
Cette feconde repréfentation avoit
été précédée de la Comédie Italienne ,
intitulée la Joute d'Arlequin & de Scapin.
(g) Premiere repréſentation en 1724.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Le Jeudi 20 , les Comédiens François
repréſenterent Bajazet , Tragédie du
feu fieur RACINE . La Dlle CLAIRON
joué le rôle de Roxane , & la Demoifelle
Huss celui d'Atalide . Le fieur
MOLE le rôle de Bajazet le fieur
BRISART celui d'Acomat , & le fieur
DUBOIS Ofmin.
Après cette Tragédie , dont la repréfentation
intéreffa & toucha beaucoup
les Spectateurs , on donna le Philantrope
, Comédie en un Acte & en
profe du feu fieur LEGRAND ( h ) .
Mardi , 25 , les Comédiens François
repréfenteient la Piéce nouvelle , intitulée
Dupuis & Defronais , du fieur COLLÉ
(i ) , Comédie en vers & en trois
Actes , dont le fujet eft tiré des illuftres
Françoifes.
Un ouvrage dramatique où fe trouve
une connoiffance du monde la plus philofophique
& la plus délicate , où l'ef
prit ne femble prêter fon coloris que
pour fortifier le fentiment & orner l'inf
truction , où tout refpire les moeurs fans
trifteffe , & où tout infpire l'intérêt fans
( h) Jouée pour la première fois à Paris en
1724.
(i ) Cette Piéce avoit été repréfentée à Paris .
Voyez ci -après l'article de la Comédie Françoife.
FEVRIER. 1763. 153
affliger l'âme , ne pouvoit manquer
d'avoir un grand fuccès fur ce Théâtre .
Auffi la Cour a confirmé par fes fuffrages
la juftice que le Public avoit dérendue
à cette nouveauté. Il en a été
de même à l'égard du jeu des Acteurs
dont les trois principaux font la Dlle
GAUSSIN , pour le rôle de Mariane
: le fieur BRISART , pour celui
de Dupuis , & le fieur MOLÉ pour celui
de Desronais . Comme c'eft ce dernier
qui porte le plus de chaleur & de
mouvement dans la Piéce , nous ne
pouvons nous difpenfer de rapporter ,
fi l'on peut dire , le cri public , fur le
feu , fur le fentiment , le naturel & la
fine intelligence que met le fieur MOLÉ
jufques dans les plus petits détails de ce
rôle , qui ajoute encore à la réputation
qu'il s'étoit fi juftement acquife.
On donna pour feconde Piéce , le
même jour , les Folies amoureufes , Comédie
en vers , en trois Actes , du feu
fieur Regnard (k ). Le fieur BOURET
y joua le role de Crifpin.
Le Mercredi 26 les Comédiens Italiens
repréfenteremt Arlequin & Scapin
voleurs par amour , qui fut fuivie d'une
feconde repréfentation de Philemon &
(*) Première Repréfentation en 1704%
Gy
154. MERCURE DE FRANCE .
Baucis , Paftorale héroïque , exécutée ,
par l'Académie Royale de Mufique &
par la Mufique du Roi , telle qu'elle
l'avoit déja été ( & par les mêmes Acteurs
) le 30 Décembre dernier ( 1 ) .
L'exécution de toutes les parties de cet
Opera a été encore plus parfaite à cette
repréſentation ; & la Cour , qui l'avoit
redemandé , a paru y prendre un nouveau
plaifir. Le Poëme eft du fieur Roi ,
& la Mufique des fieurs REBEL &
FRANCEUR , Surintendans de la Mu--
fique de Sa Majesté.
Le Jeudi 27, les Comédiens François
ont repréfenté Ariane , Tragédie de
THOMAS CORNEILLE. La Dlle CLAIRON
jouoit le rôle d'Ariane , & la
Dlle Huss celui de Phédre. Les rôles
de Théfée & de Pirithoüis , par les fieurs
MOLE & BELCOUR.
On donna enfuite le Sage étourdi
Comédie en trois Actes & en vers du
feu fieur de BOISSI . ( m ) .
Les Lundi 17 & 24 Janvier il y a
eu Bal paré dans la Salle de la Comédie
du Roi , dont le parquet étoit monté au
niveau du Théâtre : elle étoit ornée de
( 1 ) Voyez le fecond Volume du Mercure de
Janvier.
(m ) Premiére repréſentation en 1748 .
FEVRIER. 1763. 155
,
beaucoup de luftres , foutenus & réunis
par des guirlandes de fleurs . Leurs
MAJESTÉS , M. le DAUPHIN Madame
la DAUPHINE & la Famille
Royale affiftent à ces Bals. Les Princes
du Sang , les jeunes Seigneurs & les
Dames de la Cour y danfent en divers
quadrilles , des entrées & ballets figurés,
dans les habits de caractères relatifs aux
fujets qu'ils ont choifis pour ces Ballets
, qui ont été extrêmement applaudis.
Le temps qu'ont duré ces Bals , depuis
11 heures & demi du foir , jufqu'à 6
ou 7 heures du matin , prouve combien
ils font agréables à ceux qui les compofent
& à ceux qui y affiftent.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES, ORDONNÉS par M. le Duc DE DURAS, Pair de France, premier Gentilhomme de la Chambre du Roi, en exercice pendant l'année 1763, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des menus, Plaisirs & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
En 1763, sous la direction du Duc de Duras et de Papillon de La Ferté, plusieurs spectacles ont été organisés à la cour de Versailles. Le 4 janvier, les Comédiens Français ont interprété 'L'Irrésolu' de Néricault-Destouches et 'Le Charivari' de Dancourt. En février, les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin & Scapin rivaux' et 'Le Soldat magicien'. Le 11 février, les Comédiens Français ont présenté 'Le Curieux impertinent' de Néricault-Destouches et 'Le Fat puni'. Le 12 février, l'Académie Royale de Musique a exécuté 'Hilas & Zélis', une pastorale avec des rôles interprétés par Larivière, Mlle Lemierre et Mlle Dubois. Le 13 février, les Comédiens Français ont joué 'Phèdre' de Racine et 'Le Consentement forcé' de Guyot de Merville. Le 18 février, ils ont représenté 'Le Tambour nocturne' de Néricault-Destouches et 'Le Triple mariage'. Le 20 février, ils ont joué 'Bajazet' de Racine et 'Le Philantrope' de Legrand. Le 25 février, ils ont présenté 'Dupuis & Desronais' de Collé et 'Les Folies amoureuses' de Regnard. Le 26 février, les Comédiens Italiens ont joué 'Arlequin & Scapin voleurs par amour' et 'Philemon & Baucis'. Le 27 février, les Comédiens Français ont représenté 'Ariane' de Thomas Corneille et 'Le Sage étourdi' de Boissy. Des bals parés ont également eu lieu les 17 et 24 janvier, avec la participation de la famille royale et des membres de la cour.
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406
p. 174-177
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
Début :
LE Mardi 1 Février les Comédiens François représenterent le Glorieux [...]
Mots clefs :
Comédie, Spectacles, Ballet, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
SPECTACLES DE LA COUR A VER
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
En février et mars 1763, la cour de Versailles a organisé divers spectacles. Le 1er février, les comédiens français ont joué 'Le Glorieux' de Néricault Destouches, avec Belcour dans le rôle principal, et 'Les Orignaux' de Fagan. Le 3 mars, ils ont représenté 'Zulime' et 'L'Indiscret' de Voltaire, avec Clairon dans le rôle-titre de la première pièce. Le 8 mars, 'L'Esprit follet' de Hauteroche et 'Le Cocher supposé' ont été présentés. Le 9 mars, les comédiens italiens ont joué 'La Cantatrice', suivi du ballet 'Vertumne et Pomone' de l'Académie Royale de Musique. Le 10 mars, 'Mérope' de Voltaire et 'Le Galant Coureur' de Le Grand ont été présentés. Le 15 mars, les sujets de la comédie italienne ont exécuté les opéras-comiques 'Le Roi et le Fermier' de Sedaine et Moncigni. Le texte mentionne également des bals de la cour et des représentations théâtrales ordinaires.
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407
p. 178-181
SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a remis au Théâtre le Mardi 22 Février [...]
Mots clefs :
Opéra, Musique, Prologue, Ouvrage, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
SPECTACLES DE PARIS.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a remis au Théâtre le Mardi 22 Février
TITON & L'AURORE, Paftorale Héroïque
en en 3 Actes, précédée d'un Prologue,
dont le Sujet eft PROMETHEE animant
des Statues d'hommes & de femmes
avec le feu du Ciel qu'il a dérobé .
Cet Opéra a été repréſenté pour la
première fois , au mois de Janvier 1753 .
Il eut alors le fuccès le plus éclatant &
le plus longtemps foutenu , qu'on ait
vu fur ce Théâtre. Une époque mémorable
, mais affligeante pour les Amateurs
de ce Spectacle , ajoute encore à
fa célébrité , en ce que cet Opéra a été
le dernier dans lequel M. GELIOTE
a chanté fur le Théâtre de Paris.
Le Public a prouvé dès la première
repréſentation de cette Remife que l'ouvrage
devoit à fon propre mérite , &
non pas aux circonftances , l'avantage
de lui plaire. M. PILLOT qui joue le
rôle de Titon , eft applaudi avec juftice
dans plufieurs endroits éffentiels de ce.
MARS. 1763 . 179
,
rôle. La mémoire récente encore de
M. GELIOTTE , & renouvellée journellement
par les repréſentations de la Cour
eft une ennemie qui fait honneur , même
en triomphant , au talent & à l'application
de M. PILLOT , bien moins
fecondé par l'organe que fon célébre
Prédéceffeur. Mlle LE MIERRE ( époufe
de M. LARRIVÉE ) fans avoir eu
les mêmes obftacles de comparaifon à
vaincre fe fait beaucoup d'honneur
dans le rôle de l'Aurore qu'elle chante
& qu'elle joue avec un égal fuccès . Les
rôles de Palès & d'Eole , quoique moins
intéreffans dans le fujet que les deux précédens
, font beaucoup d'effet , & font
très bien rendus ; le premier , par Mlle
CHEVALIER ; l'autre , par M. GELIN.
Ce dernier eft particuliérement très -applaudi
dans le grand morceau du fecond
Acte Vents furieux , &c , dans
lequel fa belle voix eft déployée avec
tous fes avantages. Mais ce qui , avec
beaucoup de plaifir , fait l'étonnement
& l'attention du Public , c'eft la manière -
dont M.MUGUETchante la célébre Ariette
du Dieu des coeurs &c. On peut avec
autant de justice lui attribuer ce que
nous venons de dire à l'occafion de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. PILLOT , puifque cette Ariette étoit
exécutée par M. GELIOTE , & faifoit ,
une partie très - brillante du rôle de
Titon. On doit ajouter au fujet de
M. MUGUET qu'en donnant de juftes
éloges aux foins qu'il a pris de
chanter avec art ce Morceau , il eft redevable
auffi à l'avantage de fa voix du
plaifir que le Public trouve à l'entendre.
Cette favorable circonftance doit
fans doute encourager ce Sujet à redoubler
d'efforts & d'application pour
profiter du même avantage dans d'autres
occafions , & pour faire valoir par le
talent la faveur que la Nature lui a donnée
du côté de l'organe.
Nous ne parlerons point des parties
acceffoires dans cet Opéra ; les vers
& la Mufique fuffifent au fuccès de
l'ouvrage .
Les vers du Prologue font de feu M.
de la MOTHE . Le Poëme de feu M. de
la MARRE , Auteur du Poëme de Zaïde
(a). La Mufique de M. de MONDONVILLE.
(a)Nous ignorons par quel motif dans l'édition
des paroles de cet Opéra , on n'a fait ,
contre l'uſage mention uniquement que de
Auteur de la Mufique . Comme nous n'avons
aucune raifon pour priver la mémoire de feu Made
?
MAR S. 1763. 181
L'Extrait du Poëme fe trouve au Mercure
de Février 1753 .
On continue les Fêtes Grecques & :
Romaines les Jeudis . Le Public y entend
avec beaucoup de plaifir entr'autres
talens de ce Théatre M. LARRIVÉE
dans le rôle d'Alcibiade , ainfi que
dans le rôle de Prométhée au Prologue
de Titon & l'Aurore.
la MARRE de la gloire d'un ouvrage auffi agréable,
nous avons cru , conformément à tous les Journaliſtes
& les Bibliographes de ce Théâtre, devoir
la lui reftituer ici .
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a remis au Théâtre le Mardi 22 Février
TITON & L'AURORE, Paftorale Héroïque
en en 3 Actes, précédée d'un Prologue,
dont le Sujet eft PROMETHEE animant
des Statues d'hommes & de femmes
avec le feu du Ciel qu'il a dérobé .
Cet Opéra a été repréſenté pour la
première fois , au mois de Janvier 1753 .
Il eut alors le fuccès le plus éclatant &
le plus longtemps foutenu , qu'on ait
vu fur ce Théâtre. Une époque mémorable
, mais affligeante pour les Amateurs
de ce Spectacle , ajoute encore à
fa célébrité , en ce que cet Opéra a été
le dernier dans lequel M. GELIOTE
a chanté fur le Théâtre de Paris.
Le Public a prouvé dès la première
repréſentation de cette Remife que l'ouvrage
devoit à fon propre mérite , &
non pas aux circonftances , l'avantage
de lui plaire. M. PILLOT qui joue le
rôle de Titon , eft applaudi avec juftice
dans plufieurs endroits éffentiels de ce.
MARS. 1763 . 179
,
rôle. La mémoire récente encore de
M. GELIOTTE , & renouvellée journellement
par les repréſentations de la Cour
eft une ennemie qui fait honneur , même
en triomphant , au talent & à l'application
de M. PILLOT , bien moins
fecondé par l'organe que fon célébre
Prédéceffeur. Mlle LE MIERRE ( époufe
de M. LARRIVÉE ) fans avoir eu
les mêmes obftacles de comparaifon à
vaincre fe fait beaucoup d'honneur
dans le rôle de l'Aurore qu'elle chante
& qu'elle joue avec un égal fuccès . Les
rôles de Palès & d'Eole , quoique moins
intéreffans dans le fujet que les deux précédens
, font beaucoup d'effet , & font
très bien rendus ; le premier , par Mlle
CHEVALIER ; l'autre , par M. GELIN.
Ce dernier eft particuliérement très -applaudi
dans le grand morceau du fecond
Acte Vents furieux , &c , dans
lequel fa belle voix eft déployée avec
tous fes avantages. Mais ce qui , avec
beaucoup de plaifir , fait l'étonnement
& l'attention du Public , c'eft la manière -
dont M.MUGUETchante la célébre Ariette
du Dieu des coeurs &c. On peut avec
autant de justice lui attribuer ce que
nous venons de dire à l'occafion de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. PILLOT , puifque cette Ariette étoit
exécutée par M. GELIOTE , & faifoit ,
une partie très - brillante du rôle de
Titon. On doit ajouter au fujet de
M. MUGUET qu'en donnant de juftes
éloges aux foins qu'il a pris de
chanter avec art ce Morceau , il eft redevable
auffi à l'avantage de fa voix du
plaifir que le Public trouve à l'entendre.
Cette favorable circonftance doit
fans doute encourager ce Sujet à redoubler
d'efforts & d'application pour
profiter du même avantage dans d'autres
occafions , & pour faire valoir par le
talent la faveur que la Nature lui a donnée
du côté de l'organe.
Nous ne parlerons point des parties
acceffoires dans cet Opéra ; les vers
& la Mufique fuffifent au fuccès de
l'ouvrage .
Les vers du Prologue font de feu M.
de la MOTHE . Le Poëme de feu M. de
la MARRE , Auteur du Poëme de Zaïde
(a). La Mufique de M. de MONDONVILLE.
(a)Nous ignorons par quel motif dans l'édition
des paroles de cet Opéra , on n'a fait ,
contre l'uſage mention uniquement que de
Auteur de la Mufique . Comme nous n'avons
aucune raifon pour priver la mémoire de feu Made
?
MAR S. 1763. 181
L'Extrait du Poëme fe trouve au Mercure
de Février 1753 .
On continue les Fêtes Grecques & :
Romaines les Jeudis . Le Public y entend
avec beaucoup de plaifir entr'autres
talens de ce Théatre M. LARRIVÉE
dans le rôle d'Alcibiade , ainfi que
dans le rôle de Prométhée au Prologue
de Titon & l'Aurore.
la MARRE de la gloire d'un ouvrage auffi agréable,
nous avons cru , conformément à tous les Journaliſtes
& les Bibliographes de ce Théâtre, devoir
la lui reftituer ici .
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
Le 22 février, l'opéra 'Titon et l'Aurore' a été représenté à l'Académie Royale de Musique à Paris. Cet opéra pastoral héroïque en trois actes, précédé d'un prologue, raconte l'histoire de Prométhée animant des statues avec le feu du ciel. Créé en janvier 1753, il a connu un succès retentissant et fut le dernier opéra dans lequel M. GELIOTE chanta à Paris. Le public a apprécié l'œuvre pour son mérite propre, indépendamment des circonstances. M. PILLOT, interprétant Titon, fut acclamé, bien que comparé à M. GELIOTE. Mlle LE MIERRE, épouse de M. LARRIVÉE, a également reçu des éloges pour son rôle d'Aurore. Les rôles de Palès et d'Éole, joués par Mlle CHEVALIER et M. GELIN, furent bien accueillis, ce dernier étant particulièrement applaudi pour son interprétation des 'Vents furieux'. M. MUGUET fut remarqué pour son interprétation de l'ariette 'Dieu des cœurs'. Les vers du prologue sont de M. de la MOTHE, le poème de M. de la MARRE, et la musique de M. de MONDONVILLE. Les fêtes grecques et romaines continuent les jeudis, avec des performances notables de M. LARRIVÉE dans les rôles d'Alcibiade et de Prométhée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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408
p. 181-182
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 26 Février on joua pour la 17e représentation Dupuis & des Ronais [...]
Mots clefs :
Éloge, Édition, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE
$
E 26 Février on joua pour la 17ª
repréſentation Dupuis & des Ronais
Comédie dont nous avons déja parlé
dans le Mercure précédent. Il eft , depuis
longtemps fi peu d'exemples d'un
pareil nombre de repréſentations fur ce
Théâtre , que cette feule circonstance
fait mieux que tout ce que nous
pourrions ajouter l'éloge le moins
fufpect de cet Ouvrage. L'analyfe
que nous en donnons ici , n'eft que
pour fatisfaire la première curiofité des
,
182 MERCURE DE FRANCE:
Lecteurs qui n'auroient pu fe procurer
l'édition de cette Piéce. Quand nous.
aurions étendu davantage notre Extrait
nous aurions toujours fait perdre trop
de
plaifir aux Lecteurs & fupprimé trop
de beautés dans le coloris de l'Ouvrage
, pour difpenfer de recourir à l'Ouvrage
même.
FRANÇOISE.
LE
$
E 26 Février on joua pour la 17ª
repréſentation Dupuis & des Ronais
Comédie dont nous avons déja parlé
dans le Mercure précédent. Il eft , depuis
longtemps fi peu d'exemples d'un
pareil nombre de repréſentations fur ce
Théâtre , que cette feule circonstance
fait mieux que tout ce que nous
pourrions ajouter l'éloge le moins
fufpect de cet Ouvrage. L'analyfe
que nous en donnons ici , n'eft que
pour fatisfaire la première curiofité des
,
182 MERCURE DE FRANCE:
Lecteurs qui n'auroient pu fe procurer
l'édition de cette Piéce. Quand nous.
aurions étendu davantage notre Extrait
nous aurions toujours fait perdre trop
de
plaifir aux Lecteurs & fupprimé trop
de beautés dans le coloris de l'Ouvrage
, pour difpenfer de recourir à l'Ouvrage
même.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le texte évoque la 17e représentation de la comédie 'Françoise' le 26 février, un exploit rare pour ce théâtre. Il propose une analyse pour les lecteurs absents, tout en déconseillant les résumés étendus pour préserver le plaisir de la découverte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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409
p. 183-200
EXTRAIT DE DUPUIS ET DES RONAIS, Comédie en trois Actes en vers libres ; par M. COLLÉ, Lecteur de Monseigneur le Duc d'Orléans.
Début :
PERSONNAGES. M. DUPUIS, homme de Finance, père de MARIANE, ACTEURS. M. Brisard. MARIANE [...]
Mots clefs :
Amour, Cœur, Mariage, Tendresse, Hymen, Sentiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE DUPUIS ET DES RONAIS, Comédie en trois Actes en vers libres ; par M. COLLÉ, Lecteur de Monseigneur le Duc d'Orléans.
EXTRAIT
DE DUPUIS ET DES RONAIS,
Comédie en trois Actes en vers libres ;
par M. COLLÉ , Lecteur de Monfeigneur
le Duc d'Orléans.
PERSONNAGES.
M. DUPUIS , homme de Finance ,
père de MARIANE ,
MARIANE , fa fille , amoureuſe
de DES RONAIS ,
DES RONAIS , auffi Financier
ACTEURS.
M. Brifard.
Mlle Gauffin.
amoureux de MARIANE , M. Mollé.
CLÉNARD , ci - devant Précepteur du
feu neveu de DUPUIS ,
GASPARD , Notaire ,
M. Dubois.
M. d'Auberyal.
LAVIOLETTE , Valet de Chambre.
La Scène eft à Paris , dans le Salon de M. Dupuis.
LEE vieux Dupuis a deſtiné fa fille à
Des Ronais . Les deux Amans , qui s'aï
ment avec une égale tendreffe , n'afpirent
qu'après le jour de leur union ,
& fe flattent que cet hymen n'eſt pas
éloigné. Mariane a vingt - cinq ans ;
184 MERCURE DE FRANCE.
Dupuis approuve leur amour & defire
ce mariage ; il a engagé Des Ronais
qu'il aime , à venir demeurer dans fa
maifon il fe dépouille en fa faveur
d'une Charge de Finance qu'il a occupée
l'espace de trente - deux ans: il a fait venir
un Notaire ; Des Ronais & Mariane
ont ordre de fe rendre dans fon appartement
; tout cela femble annoncer un
mariage prochain , & ce mariage néanmoins
paroît devoir être encore différé;
en voici la raifon .
DUPUIS.
A cet hymen fije donnois les mains ,
Abandonné dans ma vieilleſſe ,
Réduit à cet état dont j'ai cent fois frémi ,
Je vivrois feul & mourrois de triſteſſe ,
De perdre en même temps ma fille & mon ami.
C'eft cette jufte défiance
Que je renferme dans mon ſein ,
Dont j'épargne à leur coeur la trifte connoiſſance,
Qui ne feroit qu'augmenter leur chagrin :
Et pour donner en apparence
Quelque motif à mes délais ,
Sur les exploits galans j'attaque Des Ronais.
Ce n'eft qu'un voile adroit pour couvrir le myf
tère
Que de mon ſecret je leur fais.
C'est dans ces quatorze vers qu'et.
MARS. 1763. 185
renfermé tout le fujet de cette Comédie..
Dupuis , pour juſtifier ſes délais , dont
il vient d'expofer le motif, attribue à
Des Ronais des intrigues galantes qui
pourroient faire le malheur de fa fille
fi elle devenoit fon époufe. Cette galanterie
de Des Ronais n'eft pas une
pure fuppofition ; & les bruits qui s'en
répandent ne font point fans fondement.
On fait qu'une Comteffe lui a fait
des avances , auxquelles il a paru répondre
; & le hazard veut qu'une Lettre
de cette femme à Des Ronais tombe
entre les mains du vieux Dupuis , qui
triomphe d'avoir cette piéce à oppofer
aux inftances des deux Amans . La Scène
où il leur fait part de cette Lettre , a
paru un chef-d'oeuvre. Nous en rapporterons
quelques traits qui pourront en
donner une idée .
DUPUIS à Mariane.
། Ecoute
Le billet qu'on écrit à cet homme galant :
Tu verras que tantôt j'avois raiſon fans doure.
Pour l'époufer fi vîte il eft trop fémillant.
( il veut lire. )
Ce Lundi.....
la
DESRONAIS , l'interrompant , & le tirant par
manche , en fe cachant de Mariane ; & voulant
l'empêcher de lire.">
186 MERCURE DE FRANCE .
Eh ! par grace ! ...
DUPUIS ,fecouant la tête.
Oh ! non pas. Sans votre façon dure ,
Vos reproches amers fur ma mauvaiſe foi ,
Ce n'eût été qu'entre vous ſeul & moi ,
Que j'cuffe fait cette lecture.
Mais , pour me difculper de tous mes torts , je voi
Qu'à ma fille , à préfent , malgré moi je la doi .
› ( Se retournant vers fa fille:)
Lifons donc , pour cela , la lettre de la Dame.
( Il lit. )
Ce lundi.
Comment donc ! depuis plus d'un mois , vous
tournez la tête à votre Comteffe ; & il y a huit
grands jours qu'elle n'a entendu parler de vous.
Voilà une bonne folie ! ceci auroit tout l'air d'une
rupture , fi je voulois y entendre ; furtout depuis la
dernière lettre que j'ai reçue de vous , & qui étoit
fi gauche. Mais finiffons ceci ; les ruptures m'excédent
; tout cela m'ennuie ; & je vous pardonne.
Au fond , pourtant , c'eſt une bonne femme !
Quelle clémence ! la belle âme !
( Il continue de lire. )
C'eftjeudi lejour de ma loge à l'Opéra ; venezy.
Je reviens exprès de la Campagne , ce jour-là ,
pour fouper avec vous ; je vous menerai & vous ramenerai
. A jeudi , donc ; je le veux ; entendez-
·vous queje le veux ? Tâchez de quitter vos Dupuis
debonne heure.. S'interrompant , vOS DUPUIS ? ·
Je vous défends , furtout , de me parler de cette
MARS. 1763. 187
&
petite fille , ( Il ôte fon chapeau à Mariane ) ,
de m'en dite tant de merveilles . Il y a dequoi en
périr d'ennui ; ou , ce qui feroit cent fois pis encore
, il faudroit en devenirjaloufe. A jeudi , mon
cher Des Ronais . Rancune tenanté , au moins.
( Il les regarde,& ils reftent tous un moment fans
parler. )
Qu'est-ce ? Eh bien ! ... ...
pétrifiés !
Vous voilà tous deux
Ma fille , vous voyez , fans que je le prononce ,
Tous mes délais juftifiés.
( A Des Ronais , en lui remettant la lettre de la
Comtete. )
Comme un homme poli , vous vous devez
réponſe
"
Ace billet galant , vif & des plus inftans ;
Er pour la faire , moi , je vous donne du temps :
Mais , mais , beaucoup ;.... un temps confidé
rable.
MARIANE ,
du ton dufentiment .
Quoi ; vous me trompiez ? Vous ! Quoi ! vous ,
Des Ronais , vous ! .
DUPUIS , d'un ton de gaîté . '
Eh vraiment , il nous trompoit tous !
DES RONAIS , d'un air modefte & afflige.
Eh ! Monfieur ! eft- ce à vous de me trouver coupable
? ...
J'aurois bien des moyens pour me juſtifier :
Si je n'avois en vous un Juge qui m'accable ,
188 MERCURE DE FRANCE.
Et qui ne veut que me facrifier.
MARIAN E.
avec un peu de dédain,
Vous vous juftifiriez !
On peut l'en défier .
DUPUIS , d'un air triomphant.
DES RONAIS , vivement.
Non , vis-à-vis de vous , divine Mariane ,
Je fuis un criminel qui tombe à
Je mérite votre courroux ;
VOS genoux;
Et moi-même je me condamne
Je m'abhorre. Qui ? moi !... J'ai pu bleſſer l'amour! ..
L'amour que j'ai pour vous ! par un juſte retour
Puniffez-moi , foyez impitoyable ;
De votre colère équitable
Faites-moi fentir tous les coups ,
Je ne m'en plaindrai pas. Mais vous , Monfieur,
mais vous !
Si vous ne cherchiez pas des prétextes plaufibles ,
Pour pallier vos réfus éternels ,
Tous mes torts , à vos yeux , feroient moins
criminels ,
Ils feroient moins irrémiſſibles.
DUPUIS.
DESRONAIS.
Vous le
croyez ?
Oui , fans cela , Monfieur ,
Nous ne me feriez pas un crime d'une erreur,
Que l'on pardonne à l'âge , & qu'il m'a fait come
mettre.
MARS. 1763. 189
Vous me juſtifîriez vous - même , & par la lettre,
Dont ici , contre moi , vous venez d'abuſer.
Dupuis marquefa furprife .
Rien n'eſt plus vrai , vous avez trop d'uſage ,
D'habitude du monde , & vous êtes trop fage,
Pour que ce vain écrit , qui fert à m'accufer ,
Ne pût , fi vous vouliez , tourner à m'excuſer.
Èxaminons- le , & voyons ce qu'il prouve ,
Voici d'abord ce que j'y trouve : ;
( Il lit. )
Comment donc ! depuis plus d'un mois , vous
tournez la tête à votre Comteffe.
Depuis un mois. Ce fut au Bal de l'Opéra.
Que s'engagea cette fotte aventure ...
Voyez ... Mais , pefez donc fur le temps qu'elle
dure.
(Il lit. )
Et il y a huit grands jours qu'elle n'a entendu
parler de vous... ( Plus bas. ) Ceci auroit tout l'air
d'une rupture ... Oui ! L'air d'une rupture ;
C'en eſt une , bien une , une qui durera ,
Une bien complette , bien fure ,
Ou jamais femme n'y croira.
MARIANE ,
en foupirant & fans le regarder.
Comment vous croire , vous ?
DES RONAIS.
Que vous m'affligeriez
Si vous penfiez qu'en cette aventure fatale ,
190 MERCURE DE FRANCE.
Elle ait , un feul inftant , été votre rivale;
Ne l'imaginez pas . Vous vous dégraderiez.
DUPUIS.
Qu'il connoît bien le coeur des femmes !
Il eft vif, éloquent. Je ne fuis plus ſurpris ,
S'il fait tourrner la tête à de fort grandes Dames
MARIAN E.
Infidéle ! eh ! voilà le prix ...
DUPUIS.
Voilà comme l'amour échauffant fes efprits ;
Et lui prêtant fon éloquente ivreſſe ,
Il enflâma cette Comteſſe ,
Dont il étoit; & dont il eft encore épris.
DES RONAIS.
Moi ! de l'amour pour elle ! Eft-ce ainſi qu'on
profane
Le nom d'amour : Le plus profond mépris
Eft le feul fentiment ; oui , le feul , Mariane ,
Qu'elle ait excité dans mon coenr.
Je le prouve encor , par fa lettre :
Surtoutje vous défends de me parler de Mariane...
DUPUIS , l'interrompant.
Ah ! tout beau ! daignez me permettre ;
Lifez comme on a mis
mettre.
Cette petite Fille.
>
comme on a voulu
DES RONAIS.
Eh bien ! foit. Oui , Monfieur.
( ILIA. 5
MARS. 1763.
Surtout je vous défends de me parler de cette
petite Fille. ( Il mâchonne les derniers mots à
» Mariane . ) Et de m'en dire tant de merveilles .
>
Pendant le peu de temps qu'a duré mon erreur
Je n'étois plein que de vous- même ;
Je ne lui parlois que de vous ;
De votre coeur , de mon amour extrême ,
De nos fentimens les plus doux ;
Du defir vif , & du bonheur fuprême
De me voir un jour votre Epoux ....
Son orgueil ; non , fon coeur meparoiffoit jalous
De ces objets toujours préfens à ma pensée ,
Mais fans ceffe mon coeur les lui préfentoit tous !
Et quoiqu'au fond de l'âme , elle enfût offenſée , ]
Elle- même , elle étoit forcée
De ne me parler que de vous.
Pendant le couplet précédent , Mariane s'atten
drit par degrés , & prépare le foupir qui doit lui
échapper à la fin de ce même couplet.
Hélas !
MARIANÉ.
DUPUIS , du ton du dépit.
Tu t'attendris
Quelle foibleffe extrême !
MARIANE , pleurant prèfque.
Moi ! je m'attendris , moi !
DUPUIS.
Eh ! mais , fans doute. Eh ! parbleu ! je le voi.
93. MERCURE DE FRANCE.
Pauvre dupe ! .... crois-tu que fans partage il
aime?
MARIAN E.
Mon Père! Eh , Je ne crois rien , moi.
DESRONAIS , à Marianne.
Ah! croyez que vous feule & toujours adorée ,
Vous regnates toujours fur ce coeur emporté ,
Par une folle ardeur de fi peu de durée ....
( S'adreffant à Dupuis . )
Et pour vous pénétrer de cette vérité ,
Regardez Mariane ... Et voyez , d'un côté ,
La décence & l'honnêteté ,
Le fentiment ; une ame .... Eh ! quelle âme adorable
!
Sa tendreffe pour moi ; .... mais que j'ai mérité
De perdre , en me rendant coupable ...
Et voyez de l'autre côté .....
DUPUIS..
Phoebus , que tout cela !
MARIANE ,
Mais non. En vérité ,
Je fuis bien loin , ici , de prendre fa défenſe ;
Ni même , dans l'aveu de fon extravagance ,
De vous faire obſerver , au moins , ſa bonne foi.
Non , la légèreté m'offenſe ;
Je fuis fenfible ; je ia voi ;
vous mon Père , hélas ! pourquoi
En
MARS. 1763. 193
Èn montrez - vous encor plus de courroux que
(
moi ?
Malgré toute la complaiſance ,
Et le refpect que je vous doi ,
Voulez-vous enfin que je penfe! ...
DUPUIS.
Quoi donc ! Que penfes-tu ? ( à part. ) J'enrage.
MARIANE.
Mais je croi ,
Sans m'éloigner trop de la vraisemblance
Que les torts , ( trop réels ) de Monfieur Dès Røg
nais ,
Vous fervent bien dans les projets ,
Que vous vous étiez faits d'avance.
DUPUIS.
Quels projets ! Ma conduite eft toute fimple. Eh !
mais ,
C'eſt le fait feul qui parle , & que je te préfente ;
Des Ronais aime ailleurs.
MARIAN E.
Aimer ! c'eft bientôt dit.
Aimer ! Que votre âme eft contente
D'appuyer fur ce mot , ( à part. ) que mon coeur
contredit !
DUPUIS.
Eh ! Oui , flatte-toi donc que cette grande Dame
N'a plus aucuns droits fur fon âme ,
Et ne lui fera pas négliger les Dupuis.
Et la petite Fille ?
I
194 MERCURE DE FRANCE.
1
DES RONAIS.
Ah ! Monfieur , je ne puis
Tenir à ce reproche horrible.
MARIANE , à part.
Eh ! Son projet eft bien viſible !
DES RONAIS.
Mariane , de mille coups ,
Je percerois ce coeur, s'il eût été fenfible ,
Un feul inftant , pour un autre que vous.
DUPUIS.
Bon ! bon ! difcours d'amans . Ils fe reffemblent
tous.
MARIANE.
Non , ceux-là font fentis.
DES RONAIS.
Sans doute , & c'est mon âme ,
Qui parle , qui vous peint , qui veut, en traits de
flâme ,
Dans votre coeur graver mon repentir,
Dans le mien le remords s'eft déja fait ſentir ;
Ce n'eft pas d'aujourd'hui , que mon amour réclame
Contre l'erreur qui l'a furpris.
Si vous fçaviez tout le mépris
Que , dès cet inſtant- là , j'ai conçu pour moimême,
Pour ma fatuité , pour ma foibleffe extrême ;
Qui , Mariane , ici , je le jure à vos pieds
MARS. 1763.
195
Malgré votre courroux , malgré vos juftes
plaintes ,
Si vous aviez pu voir mes remords & mescraintes;
Vous-même vous me plaindriez.
Sena MARIANE.C
Ecoutez , Des Ronais : je veux votre parole
De ne revoir jamais la Comteffe ...
DES RONAIS.
Ah !l'honneur
L'amour font le ferment ! Et fi je le viole ,
Que je perde à la fois la vie & votre coeur.
MARIAN E.
^ Je le reçois , & vous pardonne.
DES RONAIS , voulant fe jetter aux pieds
to ban stunde Marianers.
Trop généreufe Amante!
MLA D´UPUIS.
Eh ! comment donc ! comment !:
C'eſt au moment où je vous donne
Une preuve invincible.
MARIANE.
Oui , c'eſt dans ce moment ,
Mon Pere , ou dans l'aveu naïf de ſa foiblefſe ,
Je vois moins fon aveuglement
Que fes remords & fa tendreſſe :
Où , de ce même égarement ,.
Je crois voir & trouver la caufe , ou in
Et l'excufe de vos délais.
I йj
196 MERCURE DE FRANCE .
DUPUIS.>
Parbleu ! ceci n'eft pas mauvais ,
Et c'eft fort bien prendre la choſe !
D'après cet éclairciffement ,
Qui contre moi tourne directement ,
Vous verrez que c'eſt moi qui fuis coupable. Enforte
...
MARIANE...
Men pere , pardonnez ! je fens que je m'emporte
;
Mais vous m'aimez ; vous voulez mon bon
heur ;
Moi -même à nous unir fouffrez que je vous
porte ;
•
L'hymen m'affurera de fa conftante ardeur.
Des Ronais eſt rempli d'honneur ;
Mon pardon généreux fur l'âme de Monfieur
Doit faire une impreffion forte ;
Et je vous réponds de fon coeur.
DUPUIS.
Quelle eſt'ta caution ? L'amour qui te tranſporte ?
C'eſt une déraison qui me met en fureur .
Non , non , ce n'eft qu'après les plus longues
épreuves
Que je ferai de Monfieur Des Ronais ,
Qu'il fera ton époux. Je veux qu'il le foit. Mais ,
De fa bonne conduite , il me faut d'autres
preuves.
MARS. 1763. 197
Bien perfuadés que les galanteries de
des Ronais ne font qu'un faux prétexte
pour différer leur mariage , les deux
Amans font auprès de Dupuis les plus
vives inftances pour l'obliger à s'expliquer
fur le véritable motif de fes délais,
DUPUIS , après avoir réfifté quelque temps .
Il vient d'un fentiment que vous croirez biſarre ,
( Quoique très-vrai pourtant ) & qui n'eſt point ſi
Mais
rare ;
que dans la jeuneffe , on n'a point , mon .
ami :
C'eft la défiance des hommes
Qu'en moi l'expérience a trop bien affermi ,
Surtout dans le fiécle où nous fommes.
C'eſt en partant d'après ce principe ennemi ,
Que j'entends, que je veux que votre mariage
Que vous preſſez tous deux fi fort ,
Ne fe falle qu'après ma mort.
Nous regrettons de ne pouvoir rapporter
toute la Scène qui fuit cette explication
; elle eft à la fois vive , noble,
ingénieufe & attendriffante. M. Dupuis
entreprend d'abord de juſtifier ſa façon
de penfer , & dit aux deux Amans :
Quand vous , Des Ronais , vous , ma fille
Vous ferez occupés d'abord de votre amour ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Qu'après cela viendront les foins d'une famille ;
Qu'aux devoirs les plaifirs fuccédant tour-àtour
,
Vous recevrez chez vous & la Ville & la Cour
Que pour fuffire à ce brillant commerce
1
Tous vos momens feront comptés ;
Qu'enfuite enfin des deux côtés
Les paffions viendront à la traverfe ;
Je dois beaucoup compter fur vos bontés.
L'amitié des enfans paffe alors comme un fonge.
C'eſt dans le tourbillon où le monde les plonge ;
Hélas ! c'eft dans ces temps de travers & d'écart,
Qu'à peine la jeuneffe fonge
A l'existence d'un vieillard.
Ma fille , on ne voit dans le monde
Que des pères abandonnés
A leur folitude profonde ,
Pardes enfans... fouvent qui les ont ruinés.
Mais en voit -on d'affez bien nés ,
Pour ofer en public , faire leur compagnie
De ces Vieillards infortunés ??
Ils leur feront , & par cérémonie ,
Une vifite ou deux par mois ;
Seront diftraits , rêveurs , immobiles & roids ;
Dans un fauteuil viendront s'étendre ;
Parleront peu , ne diront rien de tendre ,
Et s'en iront après avoir bâillé vingt fois.
" ! 2 ། " C
1
MARS. 1763. 199
Encore font-ce les plus honnètès ;
Qui , commandés par l'abfolu pouvoir
Que fur ces Meffieurs- là peuvent encore avoir
Des bienséances méchaniques ,
Viennent ainfi fe rendre en mauvais politiques ,
A ce qu'ils nomment leur devoir ;
Nous donner , en fuivant des ufages antiques ,
Par décence , & bien moins pour nous que pour
autrui ,
De ces preuves périodiques
De leur ingratitude & de leur froid ennui.
Des Ronais ne croit pas devoir combattre
les idées de ce vieillard ; il connoît
la bonté de fon coeur , & c'eft
par le fentiment & la tendreffe qu'il effaye
de vaincre fa réſiſtance.
Non , vous n'êtes point infenfible..
Ne vous dérobez point aux tendres mouvemens ,
Très-refpectable ami , qu'il eſt prèſque impof
fible
Que vous n'éprouviez pas dans d'auffi doux momens.
Que l'amour paternel , notre commune flâme ,
Qu'une fille , un fils , deux amans ,
Que l'amitié , l'amour , la nature en votre â me ,
Par la réunion de tous ces fentimens ,
En l'embrafant du feu qui nous enflamme ,
Y fallent tout céder à leurs tranfports charmans
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt votre coeur lui ſeul , lai feul que je reclame:
Vous vous vous attendriffez. Mon père , à vos
genoux ,
Je lis dans vos regards que j'obtiendrai de vous
Ce doux confentement où je force votre âme.
Dupuis ne fe rend point encore ; &
cette réfiftance qui met l'impétueux
Des Ronais hors de lui-même , ne lui
permet plus de fe contenir. La douceur
de Mariane , & tout ce qu'elle montre
de tendreffe , d'attachement & de foumiffion
pour fon père , triomphe enfin
de l'obſtination du vieillard qui lui dit :
Le
Je ne veux point laiſſer à ma raiſon fidèle
temps de refroidir ma fenfibilité.
Qu'aujourd'hui votre hymen fe falſe ;
Aujourd'hui donne lui la main ...
Je ne répondrois pas demain
De t'accorder la même grace.
Ainfi finit cette Piéce intéreffante .
DE DUPUIS ET DES RONAIS,
Comédie en trois Actes en vers libres ;
par M. COLLÉ , Lecteur de Monfeigneur
le Duc d'Orléans.
PERSONNAGES.
M. DUPUIS , homme de Finance ,
père de MARIANE ,
MARIANE , fa fille , amoureuſe
de DES RONAIS ,
DES RONAIS , auffi Financier
ACTEURS.
M. Brifard.
Mlle Gauffin.
amoureux de MARIANE , M. Mollé.
CLÉNARD , ci - devant Précepteur du
feu neveu de DUPUIS ,
GASPARD , Notaire ,
M. Dubois.
M. d'Auberyal.
LAVIOLETTE , Valet de Chambre.
La Scène eft à Paris , dans le Salon de M. Dupuis.
LEE vieux Dupuis a deſtiné fa fille à
Des Ronais . Les deux Amans , qui s'aï
ment avec une égale tendreffe , n'afpirent
qu'après le jour de leur union ,
& fe flattent que cet hymen n'eſt pas
éloigné. Mariane a vingt - cinq ans ;
184 MERCURE DE FRANCE.
Dupuis approuve leur amour & defire
ce mariage ; il a engagé Des Ronais
qu'il aime , à venir demeurer dans fa
maifon il fe dépouille en fa faveur
d'une Charge de Finance qu'il a occupée
l'espace de trente - deux ans: il a fait venir
un Notaire ; Des Ronais & Mariane
ont ordre de fe rendre dans fon appartement
; tout cela femble annoncer un
mariage prochain , & ce mariage néanmoins
paroît devoir être encore différé;
en voici la raifon .
DUPUIS.
A cet hymen fije donnois les mains ,
Abandonné dans ma vieilleſſe ,
Réduit à cet état dont j'ai cent fois frémi ,
Je vivrois feul & mourrois de triſteſſe ,
De perdre en même temps ma fille & mon ami.
C'eft cette jufte défiance
Que je renferme dans mon ſein ,
Dont j'épargne à leur coeur la trifte connoiſſance,
Qui ne feroit qu'augmenter leur chagrin :
Et pour donner en apparence
Quelque motif à mes délais ,
Sur les exploits galans j'attaque Des Ronais.
Ce n'eft qu'un voile adroit pour couvrir le myf
tère
Que de mon ſecret je leur fais.
C'est dans ces quatorze vers qu'et.
MARS. 1763. 185
renfermé tout le fujet de cette Comédie..
Dupuis , pour juſtifier ſes délais , dont
il vient d'expofer le motif, attribue à
Des Ronais des intrigues galantes qui
pourroient faire le malheur de fa fille
fi elle devenoit fon époufe. Cette galanterie
de Des Ronais n'eft pas une
pure fuppofition ; & les bruits qui s'en
répandent ne font point fans fondement.
On fait qu'une Comteffe lui a fait
des avances , auxquelles il a paru répondre
; & le hazard veut qu'une Lettre
de cette femme à Des Ronais tombe
entre les mains du vieux Dupuis , qui
triomphe d'avoir cette piéce à oppofer
aux inftances des deux Amans . La Scène
où il leur fait part de cette Lettre , a
paru un chef-d'oeuvre. Nous en rapporterons
quelques traits qui pourront en
donner une idée .
DUPUIS à Mariane.
། Ecoute
Le billet qu'on écrit à cet homme galant :
Tu verras que tantôt j'avois raiſon fans doure.
Pour l'époufer fi vîte il eft trop fémillant.
( il veut lire. )
Ce Lundi.....
la
DESRONAIS , l'interrompant , & le tirant par
manche , en fe cachant de Mariane ; & voulant
l'empêcher de lire.">
186 MERCURE DE FRANCE .
Eh ! par grace ! ...
DUPUIS ,fecouant la tête.
Oh ! non pas. Sans votre façon dure ,
Vos reproches amers fur ma mauvaiſe foi ,
Ce n'eût été qu'entre vous ſeul & moi ,
Que j'cuffe fait cette lecture.
Mais , pour me difculper de tous mes torts , je voi
Qu'à ma fille , à préfent , malgré moi je la doi .
› ( Se retournant vers fa fille:)
Lifons donc , pour cela , la lettre de la Dame.
( Il lit. )
Ce lundi.
Comment donc ! depuis plus d'un mois , vous
tournez la tête à votre Comteffe ; & il y a huit
grands jours qu'elle n'a entendu parler de vous.
Voilà une bonne folie ! ceci auroit tout l'air d'une
rupture , fi je voulois y entendre ; furtout depuis la
dernière lettre que j'ai reçue de vous , & qui étoit
fi gauche. Mais finiffons ceci ; les ruptures m'excédent
; tout cela m'ennuie ; & je vous pardonne.
Au fond , pourtant , c'eſt une bonne femme !
Quelle clémence ! la belle âme !
( Il continue de lire. )
C'eftjeudi lejour de ma loge à l'Opéra ; venezy.
Je reviens exprès de la Campagne , ce jour-là ,
pour fouper avec vous ; je vous menerai & vous ramenerai
. A jeudi , donc ; je le veux ; entendez-
·vous queje le veux ? Tâchez de quitter vos Dupuis
debonne heure.. S'interrompant , vOS DUPUIS ? ·
Je vous défends , furtout , de me parler de cette
MARS. 1763. 187
&
petite fille , ( Il ôte fon chapeau à Mariane ) ,
de m'en dite tant de merveilles . Il y a dequoi en
périr d'ennui ; ou , ce qui feroit cent fois pis encore
, il faudroit en devenirjaloufe. A jeudi , mon
cher Des Ronais . Rancune tenanté , au moins.
( Il les regarde,& ils reftent tous un moment fans
parler. )
Qu'est-ce ? Eh bien ! ... ...
pétrifiés !
Vous voilà tous deux
Ma fille , vous voyez , fans que je le prononce ,
Tous mes délais juftifiés.
( A Des Ronais , en lui remettant la lettre de la
Comtete. )
Comme un homme poli , vous vous devez
réponſe
"
Ace billet galant , vif & des plus inftans ;
Er pour la faire , moi , je vous donne du temps :
Mais , mais , beaucoup ;.... un temps confidé
rable.
MARIANE ,
du ton dufentiment .
Quoi ; vous me trompiez ? Vous ! Quoi ! vous ,
Des Ronais , vous ! .
DUPUIS , d'un ton de gaîté . '
Eh vraiment , il nous trompoit tous !
DES RONAIS , d'un air modefte & afflige.
Eh ! Monfieur ! eft- ce à vous de me trouver coupable
? ...
J'aurois bien des moyens pour me juſtifier :
Si je n'avois en vous un Juge qui m'accable ,
188 MERCURE DE FRANCE.
Et qui ne veut que me facrifier.
MARIAN E.
avec un peu de dédain,
Vous vous juftifiriez !
On peut l'en défier .
DUPUIS , d'un air triomphant.
DES RONAIS , vivement.
Non , vis-à-vis de vous , divine Mariane ,
Je fuis un criminel qui tombe à
Je mérite votre courroux ;
VOS genoux;
Et moi-même je me condamne
Je m'abhorre. Qui ? moi !... J'ai pu bleſſer l'amour! ..
L'amour que j'ai pour vous ! par un juſte retour
Puniffez-moi , foyez impitoyable ;
De votre colère équitable
Faites-moi fentir tous les coups ,
Je ne m'en plaindrai pas. Mais vous , Monfieur,
mais vous !
Si vous ne cherchiez pas des prétextes plaufibles ,
Pour pallier vos réfus éternels ,
Tous mes torts , à vos yeux , feroient moins
criminels ,
Ils feroient moins irrémiſſibles.
DUPUIS.
DESRONAIS.
Vous le
croyez ?
Oui , fans cela , Monfieur ,
Nous ne me feriez pas un crime d'une erreur,
Que l'on pardonne à l'âge , & qu'il m'a fait come
mettre.
MARS. 1763. 189
Vous me juſtifîriez vous - même , & par la lettre,
Dont ici , contre moi , vous venez d'abuſer.
Dupuis marquefa furprife .
Rien n'eſt plus vrai , vous avez trop d'uſage ,
D'habitude du monde , & vous êtes trop fage,
Pour que ce vain écrit , qui fert à m'accufer ,
Ne pût , fi vous vouliez , tourner à m'excuſer.
Èxaminons- le , & voyons ce qu'il prouve ,
Voici d'abord ce que j'y trouve : ;
( Il lit. )
Comment donc ! depuis plus d'un mois , vous
tournez la tête à votre Comteffe.
Depuis un mois. Ce fut au Bal de l'Opéra.
Que s'engagea cette fotte aventure ...
Voyez ... Mais , pefez donc fur le temps qu'elle
dure.
(Il lit. )
Et il y a huit grands jours qu'elle n'a entendu
parler de vous... ( Plus bas. ) Ceci auroit tout l'air
d'une rupture ... Oui ! L'air d'une rupture ;
C'en eſt une , bien une , une qui durera ,
Une bien complette , bien fure ,
Ou jamais femme n'y croira.
MARIANE ,
en foupirant & fans le regarder.
Comment vous croire , vous ?
DES RONAIS.
Que vous m'affligeriez
Si vous penfiez qu'en cette aventure fatale ,
190 MERCURE DE FRANCE.
Elle ait , un feul inftant , été votre rivale;
Ne l'imaginez pas . Vous vous dégraderiez.
DUPUIS.
Qu'il connoît bien le coeur des femmes !
Il eft vif, éloquent. Je ne fuis plus ſurpris ,
S'il fait tourrner la tête à de fort grandes Dames
MARIAN E.
Infidéle ! eh ! voilà le prix ...
DUPUIS.
Voilà comme l'amour échauffant fes efprits ;
Et lui prêtant fon éloquente ivreſſe ,
Il enflâma cette Comteſſe ,
Dont il étoit; & dont il eft encore épris.
DES RONAIS.
Moi ! de l'amour pour elle ! Eft-ce ainſi qu'on
profane
Le nom d'amour : Le plus profond mépris
Eft le feul fentiment ; oui , le feul , Mariane ,
Qu'elle ait excité dans mon coenr.
Je le prouve encor , par fa lettre :
Surtoutje vous défends de me parler de Mariane...
DUPUIS , l'interrompant.
Ah ! tout beau ! daignez me permettre ;
Lifez comme on a mis
mettre.
Cette petite Fille.
>
comme on a voulu
DES RONAIS.
Eh bien ! foit. Oui , Monfieur.
( ILIA. 5
MARS. 1763.
Surtout je vous défends de me parler de cette
petite Fille. ( Il mâchonne les derniers mots à
» Mariane . ) Et de m'en dire tant de merveilles .
>
Pendant le peu de temps qu'a duré mon erreur
Je n'étois plein que de vous- même ;
Je ne lui parlois que de vous ;
De votre coeur , de mon amour extrême ,
De nos fentimens les plus doux ;
Du defir vif , & du bonheur fuprême
De me voir un jour votre Epoux ....
Son orgueil ; non , fon coeur meparoiffoit jalous
De ces objets toujours préfens à ma pensée ,
Mais fans ceffe mon coeur les lui préfentoit tous !
Et quoiqu'au fond de l'âme , elle enfût offenſée , ]
Elle- même , elle étoit forcée
De ne me parler que de vous.
Pendant le couplet précédent , Mariane s'atten
drit par degrés , & prépare le foupir qui doit lui
échapper à la fin de ce même couplet.
Hélas !
MARIANÉ.
DUPUIS , du ton du dépit.
Tu t'attendris
Quelle foibleffe extrême !
MARIANE , pleurant prèfque.
Moi ! je m'attendris , moi !
DUPUIS.
Eh ! mais , fans doute. Eh ! parbleu ! je le voi.
93. MERCURE DE FRANCE.
Pauvre dupe ! .... crois-tu que fans partage il
aime?
MARIAN E.
Mon Père! Eh , Je ne crois rien , moi.
DESRONAIS , à Marianne.
Ah! croyez que vous feule & toujours adorée ,
Vous regnates toujours fur ce coeur emporté ,
Par une folle ardeur de fi peu de durée ....
( S'adreffant à Dupuis . )
Et pour vous pénétrer de cette vérité ,
Regardez Mariane ... Et voyez , d'un côté ,
La décence & l'honnêteté ,
Le fentiment ; une ame .... Eh ! quelle âme adorable
!
Sa tendreffe pour moi ; .... mais que j'ai mérité
De perdre , en me rendant coupable ...
Et voyez de l'autre côté .....
DUPUIS..
Phoebus , que tout cela !
MARIANE ,
Mais non. En vérité ,
Je fuis bien loin , ici , de prendre fa défenſe ;
Ni même , dans l'aveu de fon extravagance ,
De vous faire obſerver , au moins , ſa bonne foi.
Non , la légèreté m'offenſe ;
Je fuis fenfible ; je ia voi ;
vous mon Père , hélas ! pourquoi
En
MARS. 1763. 193
Èn montrez - vous encor plus de courroux que
(
moi ?
Malgré toute la complaiſance ,
Et le refpect que je vous doi ,
Voulez-vous enfin que je penfe! ...
DUPUIS.
Quoi donc ! Que penfes-tu ? ( à part. ) J'enrage.
MARIANE.
Mais je croi ,
Sans m'éloigner trop de la vraisemblance
Que les torts , ( trop réels ) de Monfieur Dès Røg
nais ,
Vous fervent bien dans les projets ,
Que vous vous étiez faits d'avance.
DUPUIS.
Quels projets ! Ma conduite eft toute fimple. Eh !
mais ,
C'eſt le fait feul qui parle , & que je te préfente ;
Des Ronais aime ailleurs.
MARIAN E.
Aimer ! c'eft bientôt dit.
Aimer ! Que votre âme eft contente
D'appuyer fur ce mot , ( à part. ) que mon coeur
contredit !
DUPUIS.
Eh ! Oui , flatte-toi donc que cette grande Dame
N'a plus aucuns droits fur fon âme ,
Et ne lui fera pas négliger les Dupuis.
Et la petite Fille ?
I
194 MERCURE DE FRANCE.
1
DES RONAIS.
Ah ! Monfieur , je ne puis
Tenir à ce reproche horrible.
MARIANE , à part.
Eh ! Son projet eft bien viſible !
DES RONAIS.
Mariane , de mille coups ,
Je percerois ce coeur, s'il eût été fenfible ,
Un feul inftant , pour un autre que vous.
DUPUIS.
Bon ! bon ! difcours d'amans . Ils fe reffemblent
tous.
MARIANE.
Non , ceux-là font fentis.
DES RONAIS.
Sans doute , & c'est mon âme ,
Qui parle , qui vous peint , qui veut, en traits de
flâme ,
Dans votre coeur graver mon repentir,
Dans le mien le remords s'eft déja fait ſentir ;
Ce n'eft pas d'aujourd'hui , que mon amour réclame
Contre l'erreur qui l'a furpris.
Si vous fçaviez tout le mépris
Que , dès cet inſtant- là , j'ai conçu pour moimême,
Pour ma fatuité , pour ma foibleffe extrême ;
Qui , Mariane , ici , je le jure à vos pieds
MARS. 1763.
195
Malgré votre courroux , malgré vos juftes
plaintes ,
Si vous aviez pu voir mes remords & mescraintes;
Vous-même vous me plaindriez.
Sena MARIANE.C
Ecoutez , Des Ronais : je veux votre parole
De ne revoir jamais la Comteffe ...
DES RONAIS.
Ah !l'honneur
L'amour font le ferment ! Et fi je le viole ,
Que je perde à la fois la vie & votre coeur.
MARIAN E.
^ Je le reçois , & vous pardonne.
DES RONAIS , voulant fe jetter aux pieds
to ban stunde Marianers.
Trop généreufe Amante!
MLA D´UPUIS.
Eh ! comment donc ! comment !:
C'eſt au moment où je vous donne
Une preuve invincible.
MARIANE.
Oui , c'eſt dans ce moment ,
Mon Pere , ou dans l'aveu naïf de ſa foiblefſe ,
Je vois moins fon aveuglement
Que fes remords & fa tendreſſe :
Où , de ce même égarement ,.
Je crois voir & trouver la caufe , ou in
Et l'excufe de vos délais.
I йj
196 MERCURE DE FRANCE .
DUPUIS.>
Parbleu ! ceci n'eft pas mauvais ,
Et c'eft fort bien prendre la choſe !
D'après cet éclairciffement ,
Qui contre moi tourne directement ,
Vous verrez que c'eſt moi qui fuis coupable. Enforte
...
MARIANE...
Men pere , pardonnez ! je fens que je m'emporte
;
Mais vous m'aimez ; vous voulez mon bon
heur ;
Moi -même à nous unir fouffrez que je vous
porte ;
•
L'hymen m'affurera de fa conftante ardeur.
Des Ronais eſt rempli d'honneur ;
Mon pardon généreux fur l'âme de Monfieur
Doit faire une impreffion forte ;
Et je vous réponds de fon coeur.
DUPUIS.
Quelle eſt'ta caution ? L'amour qui te tranſporte ?
C'eſt une déraison qui me met en fureur .
Non , non , ce n'eft qu'après les plus longues
épreuves
Que je ferai de Monfieur Des Ronais ,
Qu'il fera ton époux. Je veux qu'il le foit. Mais ,
De fa bonne conduite , il me faut d'autres
preuves.
MARS. 1763. 197
Bien perfuadés que les galanteries de
des Ronais ne font qu'un faux prétexte
pour différer leur mariage , les deux
Amans font auprès de Dupuis les plus
vives inftances pour l'obliger à s'expliquer
fur le véritable motif de fes délais,
DUPUIS , après avoir réfifté quelque temps .
Il vient d'un fentiment que vous croirez biſarre ,
( Quoique très-vrai pourtant ) & qui n'eſt point ſi
Mais
rare ;
que dans la jeuneffe , on n'a point , mon .
ami :
C'eft la défiance des hommes
Qu'en moi l'expérience a trop bien affermi ,
Surtout dans le fiécle où nous fommes.
C'eſt en partant d'après ce principe ennemi ,
Que j'entends, que je veux que votre mariage
Que vous preſſez tous deux fi fort ,
Ne fe falle qu'après ma mort.
Nous regrettons de ne pouvoir rapporter
toute la Scène qui fuit cette explication
; elle eft à la fois vive , noble,
ingénieufe & attendriffante. M. Dupuis
entreprend d'abord de juſtifier ſa façon
de penfer , & dit aux deux Amans :
Quand vous , Des Ronais , vous , ma fille
Vous ferez occupés d'abord de votre amour ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Qu'après cela viendront les foins d'une famille ;
Qu'aux devoirs les plaifirs fuccédant tour-àtour
,
Vous recevrez chez vous & la Ville & la Cour
Que pour fuffire à ce brillant commerce
1
Tous vos momens feront comptés ;
Qu'enfuite enfin des deux côtés
Les paffions viendront à la traverfe ;
Je dois beaucoup compter fur vos bontés.
L'amitié des enfans paffe alors comme un fonge.
C'eſt dans le tourbillon où le monde les plonge ;
Hélas ! c'eft dans ces temps de travers & d'écart,
Qu'à peine la jeuneffe fonge
A l'existence d'un vieillard.
Ma fille , on ne voit dans le monde
Que des pères abandonnés
A leur folitude profonde ,
Pardes enfans... fouvent qui les ont ruinés.
Mais en voit -on d'affez bien nés ,
Pour ofer en public , faire leur compagnie
De ces Vieillards infortunés ??
Ils leur feront , & par cérémonie ,
Une vifite ou deux par mois ;
Seront diftraits , rêveurs , immobiles & roids ;
Dans un fauteuil viendront s'étendre ;
Parleront peu , ne diront rien de tendre ,
Et s'en iront après avoir bâillé vingt fois.
" ! 2 ། " C
1
MARS. 1763. 199
Encore font-ce les plus honnètès ;
Qui , commandés par l'abfolu pouvoir
Que fur ces Meffieurs- là peuvent encore avoir
Des bienséances méchaniques ,
Viennent ainfi fe rendre en mauvais politiques ,
A ce qu'ils nomment leur devoir ;
Nous donner , en fuivant des ufages antiques ,
Par décence , & bien moins pour nous que pour
autrui ,
De ces preuves périodiques
De leur ingratitude & de leur froid ennui.
Des Ronais ne croit pas devoir combattre
les idées de ce vieillard ; il connoît
la bonté de fon coeur , & c'eft
par le fentiment & la tendreffe qu'il effaye
de vaincre fa réſiſtance.
Non , vous n'êtes point infenfible..
Ne vous dérobez point aux tendres mouvemens ,
Très-refpectable ami , qu'il eſt prèſque impof
fible
Que vous n'éprouviez pas dans d'auffi doux momens.
Que l'amour paternel , notre commune flâme ,
Qu'une fille , un fils , deux amans ,
Que l'amitié , l'amour , la nature en votre â me ,
Par la réunion de tous ces fentimens ,
En l'embrafant du feu qui nous enflamme ,
Y fallent tout céder à leurs tranfports charmans
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt votre coeur lui ſeul , lai feul que je reclame:
Vous vous vous attendriffez. Mon père , à vos
genoux ,
Je lis dans vos regards que j'obtiendrai de vous
Ce doux confentement où je force votre âme.
Dupuis ne fe rend point encore ; &
cette réfiftance qui met l'impétueux
Des Ronais hors de lui-même , ne lui
permet plus de fe contenir. La douceur
de Mariane , & tout ce qu'elle montre
de tendreffe , d'attachement & de foumiffion
pour fon père , triomphe enfin
de l'obſtination du vieillard qui lui dit :
Le
Je ne veux point laiſſer à ma raiſon fidèle
temps de refroidir ma fenfibilité.
Qu'aujourd'hui votre hymen fe falſe ;
Aujourd'hui donne lui la main ...
Je ne répondrois pas demain
De t'accorder la même grace.
Ainfi finit cette Piéce intéreffante .
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Résumé : EXTRAIT DE DUPUIS ET DES RONAIS, Comédie en trois Actes en vers libres ; par M. COLLÉ, Lecteur de Monseigneur le Duc d'Orléans.
La pièce 'De Dupuis et des Ronais' est une comédie en trois actes en vers libres écrite par M. Collé. Elle met en scène M. Dupuis, un homme de finance, sa fille Mariane, et Des Ronais, un autre financier. Mariane et Des Ronais sont amoureux et s'attendent à se marier prochainement. Dupuis, bien que favorable à cette union, retarde le mariage en prétextant des intrigues galantes de Des Ronais. Dupuis découvre une lettre compromettante adressée à Des Ronais par une comtesse, ce qui le conforte dans sa méfiance. Lors d'une scène clé, Dupuis lit cette lettre en présence de Mariane et Des Ronais, révélant ainsi les avances de la comtesse. Des Ronais, bien que troublé, explique que cette relation est terminée et que son cœur appartient uniquement à Mariane. Mariane, émue, finit par pardonner à Des Ronais après avoir obtenu sa promesse de ne plus revoir la comtesse. Dupuis, convaincu par les remords et la sincérité de Des Ronais, reconnaît finalement ses propres torts et accepte le mariage. La pièce se conclut par la réconciliation des personnages et la préparation du mariage entre Mariane et Des Ronais. Cependant, Dupuis exprime ses craintes concernant l'ingratitude des enfants envers leurs parents. Il refuse de consentir au mariage avant sa mort, redoutant que les jeunes époux, occupés par leurs devoirs et plaisirs, finissent par négliger leur vieillard de père. Des Ronais et Mariane insistent, mais Dupuis résiste, évoquant l'abandon des pères par leurs enfants dans la société. Finalement, ému par la tendresse et la soumission de Mariane, Dupuis consent au mariage, mais à condition qu'il se fasse immédiatement, sans garantie pour le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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410
p. 201-204
OBSERVATIONS sur la Comédie de DUPUIS & DES RONAIS.
Début :
COMBIEN il seroit agréable pour nous de n'avoir jamais à rendre compte au Public, que d'Ouvrages [...]
Mots clefs :
Action, Genre, Comédie, Personnages
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur la Comédie de DUPUIS & DES RONAIS.
OBSERVATIONS fur la Comédie de
DUPUIS & DES RONAIS.
COMBIEN il feroit agréable pour nous de n'avoir
jamais à rendre compte au Public , que d'Ouvrages
tels que celui dont nous venons de faire l'Extrait
! Certains de n'être pas contredits fur les
éloges , nous aurions la fatisfaction d'exercer une
critique , utile au progrès de l'art , fans bleffer
l'amour-propre des Auteurs.
Dans ce que nous avons déja dit au fujet de
cette Comédie ( a ) , nous avions réfumé à- peuprès
ce que le Public avoit le plus applaudi , & ce
qu'il a confirmé depuis par des fuffrages réfléchis.
Intérêt touchant fans trifteffe ; morale fans
pédanterie ; détails toujours agréables fans affectation
de tours brillans , d'où réſulte la jufteſſe
& la facilité dans le Dialogue ; par - tout un fentiment
puifé dans la nature & non dans le Roman
du coeur. Telle eft l'idée générale qui nous a paru
refter de cette Piéce à tous ceux qui la connoiffent.
Qu'il nous foit permis , pour notre
propre inftruction, d'y ajouter quelques réflexions.
particulières que l'ou vrage nous a fait naître.
Le fujer eft fort fimple. L'emploi qu'en a fair
l'Auteur pour fournir à trois Actes , fait d'autant
plus d'honneur à fon talent , qu'il ne laifie
appercevoir aucune extenfion forcée. Examinons
fes moyens.
Il ne pouvoit y avoir dans cette Piéce beaucoup
(a) Voyez le Mercure de Février , Article des
Spectacles de la Cour,
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
de ce qu'on appelle communément ACTION . Un
Sujet auffi peu compliqué ne pouvant & ne devant
admettre la multiplicité des incidens , ni un
mouvement bien apparent dans la marche ou
dans la conduite du Drame . Mais quand d'autres
Modernes , furtout parmi les François , ne
nous auroient pas appris par leurs fuccès qu'il
y a différens genres d'ACTION , cette Piéce fuf
firoit peut-être pour nous le faire appercevoir.
Je ne fais fi l'on ne trouvera pas trop d'affectation
dans les termes , lorfque nous diftinguons
l'ACTION DRAMATIQUE en action phyfique & en
action morale. Je crois au moins pouvoir m'af
furer qu'il y a de la vérité dans la diſtinction
& que la Comédie dont il s'agit eft du genre
d'ACTION morale.
"
Ne pourroit-on pas confidérer comme action
phyfique ou matériele , celle qui par la force de
l'intrigue , par l'enchaînement des incidens , met
les perfonnages dans des fituations opposées.
l'une à l'autre , celle qui change alternativement
la fortune de divers projets , par des événemens
préparés mais imprévus , & enfin par
d'autres événemens indépendans de la volonté
'ou des fentimens de quelques perfonnages , rapproche
le terme ou dénoûment que cette même
ACTION avoit tendu à éloigner ?
Il devoit le rencontrer très - peu d'ACTION
de ce genre dans la Comédie de Dupuis & Des
Ronais. Tout ce qui peut avoir rapport au premier
genre eft l'incident très - ingénieu fement
trouvé , & très - habilement mis en oeuvre ) de la
Lettre de la Comtelle à Des Ronais entre les
mains de Dupuis , Nous reviendrons au mérite
de ce moyen.
Au contraire , ne pourroit- on pas placer dans
MARS. 1763. 203
le fecond genre d'ACTION , qu'on nous permertra
de nommer morale ou métaphysique , les ob f
acles qui résultent feulement du contraſte des
caractères ou d'un intérêt actif & puiffant oppofé
aux vues & aux défirs des perfonnages intérel
fans ?Ne peut- on pas ranger dans la même claſſe
un jeu de refforts que produit la feule gradation
de fentiment entre les perfonnages , & qui donne
aux uns une certaine force , indépendante des
événemens , fur les volontés des autres ? Le mouvement
qui résulte de cette forte de moyens
n'a fon principe & fon action que dans le coeur
& ne peut être fans doute bien ſaiſi que par l'efprit.
C'eft de ce fecond genre , tel que nous éffayons
de le définir , que l'Auteur a tiré le plus grand
parti dans fa Piéce . C'eſt par là que l'incident de
la lettre , qui pouvoit donner à Dupuis les plus
fortes armes contre l'importunité des deux Amans ,
& qui femble devoir , finon détruire , au moins
altérer cruellement le concert de leurs fentimens ,
devient au contraire l'occafion du triomphe qu'ils
remportent fur la volonté la plus obſtinément
affermie. C'eft la jufteffe avec laquelle Marian.
voit l'égarement momentané de fon Amant ,
dans la conviction d'un fait que les feuls foupçons
auroient pu lui exagérer ; c'eft le pardon
généreux & tendre qui en réfulte ; c'eft enfuire
la violence de Des Ronais qui donne lieu au facrifice
héroïque, mais naturel , que fait cette fille de
l'amour le plus légitime & le plus ardent , à la
feule manie de fon Père , qui , en le touchant invinciblement,
améne par une voie fort naturelle au
dénoûment qui paroiffoit défefpéré ; fans qu'aucun
des Perfonnages foit forti du caractère primitif
que l'Auteur leur a donné.Voilà des moyens
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
qui tiennent tous au coeur , fans fecours d'evénement,
Voilà donc cette gradation , ce reffort
de fentiment qui agit avec une force pour
ainfi dire coactive , & qui opére toute la condutte
& le dénoûment de ce Drame dont le fond eſt
un des plus fimples qui foit au Théâtre.
En applaudiflant avec tout le Public au talent
de l'Auteur & à l'art qu'il a employé dans cette
Comédie , nous n'en exhorterons pas moins les
Auteurs à fe défendre de la féduction de l'exemple.
Nous nous garderons bien d'encourager à
courir les hazards d'un genre , où les chûtes
feroient fans reffources , & où il ne faut pas moins.
qu'un fuccès auffi décidé pour juſtifier la hardielle
de l'entrepriſe.
Le Public , après avoir quelque temps balance
fur le caractère fingulier de Dupuis , ſemble avoir
reconnu combien il étoit néceffaire au jeu des
autres caractères . Peut- être on ne le foupçonnoit
pas dans la Nature , que par faute de réfléxions
, & encore plus faute de cette bonne foi
dont on manque avec foi-même auffi fouvent
au moins qu'avec les autres. D'ailleurs , on eft
obligé de convenir que tout ce que l'art le plus
délicat & le mieux raifonné peut fournir , a été
employé pour adoucir ce que ce caractère offre
d'abord d'injurieux à l'humanité.
N. B. En publiant la Lettre fuivante fur un
événement qui doit caufer tant de regrets au Public,,
nous tâchons de continuer de marquer notre empreffement
fur le tribut d'éloges qu'on doit aux per
fonnes célèbres . Ongoûte une espéce de confolation ,
en lifant l'hommage qu'on leur rend ; & notre
recenoiffance envers elles nous fais fouhaiter que
la pofléritéfe les repréfente telles que nous les avons
mais cela eft impoffible à l'égard de l'Actrice
charmante dont la perte nous eft fi ſenſible.
DUPUIS & DES RONAIS.
COMBIEN il feroit agréable pour nous de n'avoir
jamais à rendre compte au Public , que d'Ouvrages
tels que celui dont nous venons de faire l'Extrait
! Certains de n'être pas contredits fur les
éloges , nous aurions la fatisfaction d'exercer une
critique , utile au progrès de l'art , fans bleffer
l'amour-propre des Auteurs.
Dans ce que nous avons déja dit au fujet de
cette Comédie ( a ) , nous avions réfumé à- peuprès
ce que le Public avoit le plus applaudi , & ce
qu'il a confirmé depuis par des fuffrages réfléchis.
Intérêt touchant fans trifteffe ; morale fans
pédanterie ; détails toujours agréables fans affectation
de tours brillans , d'où réſulte la jufteſſe
& la facilité dans le Dialogue ; par - tout un fentiment
puifé dans la nature & non dans le Roman
du coeur. Telle eft l'idée générale qui nous a paru
refter de cette Piéce à tous ceux qui la connoiffent.
Qu'il nous foit permis , pour notre
propre inftruction, d'y ajouter quelques réflexions.
particulières que l'ou vrage nous a fait naître.
Le fujer eft fort fimple. L'emploi qu'en a fair
l'Auteur pour fournir à trois Actes , fait d'autant
plus d'honneur à fon talent , qu'il ne laifie
appercevoir aucune extenfion forcée. Examinons
fes moyens.
Il ne pouvoit y avoir dans cette Piéce beaucoup
(a) Voyez le Mercure de Février , Article des
Spectacles de la Cour,
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
de ce qu'on appelle communément ACTION . Un
Sujet auffi peu compliqué ne pouvant & ne devant
admettre la multiplicité des incidens , ni un
mouvement bien apparent dans la marche ou
dans la conduite du Drame . Mais quand d'autres
Modernes , furtout parmi les François , ne
nous auroient pas appris par leurs fuccès qu'il
y a différens genres d'ACTION , cette Piéce fuf
firoit peut-être pour nous le faire appercevoir.
Je ne fais fi l'on ne trouvera pas trop d'affectation
dans les termes , lorfque nous diftinguons
l'ACTION DRAMATIQUE en action phyfique & en
action morale. Je crois au moins pouvoir m'af
furer qu'il y a de la vérité dans la diſtinction
& que la Comédie dont il s'agit eft du genre
d'ACTION morale.
"
Ne pourroit-on pas confidérer comme action
phyfique ou matériele , celle qui par la force de
l'intrigue , par l'enchaînement des incidens , met
les perfonnages dans des fituations opposées.
l'une à l'autre , celle qui change alternativement
la fortune de divers projets , par des événemens
préparés mais imprévus , & enfin par
d'autres événemens indépendans de la volonté
'ou des fentimens de quelques perfonnages , rapproche
le terme ou dénoûment que cette même
ACTION avoit tendu à éloigner ?
Il devoit le rencontrer très - peu d'ACTION
de ce genre dans la Comédie de Dupuis & Des
Ronais. Tout ce qui peut avoir rapport au premier
genre eft l'incident très - ingénieu fement
trouvé , & très - habilement mis en oeuvre ) de la
Lettre de la Comtelle à Des Ronais entre les
mains de Dupuis , Nous reviendrons au mérite
de ce moyen.
Au contraire , ne pourroit- on pas placer dans
MARS. 1763. 203
le fecond genre d'ACTION , qu'on nous permertra
de nommer morale ou métaphysique , les ob f
acles qui résultent feulement du contraſte des
caractères ou d'un intérêt actif & puiffant oppofé
aux vues & aux défirs des perfonnages intérel
fans ?Ne peut- on pas ranger dans la même claſſe
un jeu de refforts que produit la feule gradation
de fentiment entre les perfonnages , & qui donne
aux uns une certaine force , indépendante des
événemens , fur les volontés des autres ? Le mouvement
qui résulte de cette forte de moyens
n'a fon principe & fon action que dans le coeur
& ne peut être fans doute bien ſaiſi que par l'efprit.
C'eft de ce fecond genre , tel que nous éffayons
de le définir , que l'Auteur a tiré le plus grand
parti dans fa Piéce . C'eſt par là que l'incident de
la lettre , qui pouvoit donner à Dupuis les plus
fortes armes contre l'importunité des deux Amans ,
& qui femble devoir , finon détruire , au moins
altérer cruellement le concert de leurs fentimens ,
devient au contraire l'occafion du triomphe qu'ils
remportent fur la volonté la plus obſtinément
affermie. C'eft la jufteffe avec laquelle Marian.
voit l'égarement momentané de fon Amant ,
dans la conviction d'un fait que les feuls foupçons
auroient pu lui exagérer ; c'eft le pardon
généreux & tendre qui en réfulte ; c'eft enfuire
la violence de Des Ronais qui donne lieu au facrifice
héroïque, mais naturel , que fait cette fille de
l'amour le plus légitime & le plus ardent , à la
feule manie de fon Père , qui , en le touchant invinciblement,
améne par une voie fort naturelle au
dénoûment qui paroiffoit défefpéré ; fans qu'aucun
des Perfonnages foit forti du caractère primitif
que l'Auteur leur a donné.Voilà des moyens
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
qui tiennent tous au coeur , fans fecours d'evénement,
Voilà donc cette gradation , ce reffort
de fentiment qui agit avec une force pour
ainfi dire coactive , & qui opére toute la condutte
& le dénoûment de ce Drame dont le fond eſt
un des plus fimples qui foit au Théâtre.
En applaudiflant avec tout le Public au talent
de l'Auteur & à l'art qu'il a employé dans cette
Comédie , nous n'en exhorterons pas moins les
Auteurs à fe défendre de la féduction de l'exemple.
Nous nous garderons bien d'encourager à
courir les hazards d'un genre , où les chûtes
feroient fans reffources , & où il ne faut pas moins.
qu'un fuccès auffi décidé pour juſtifier la hardielle
de l'entrepriſe.
Le Public , après avoir quelque temps balance
fur le caractère fingulier de Dupuis , ſemble avoir
reconnu combien il étoit néceffaire au jeu des
autres caractères . Peut- être on ne le foupçonnoit
pas dans la Nature , que par faute de réfléxions
, & encore plus faute de cette bonne foi
dont on manque avec foi-même auffi fouvent
au moins qu'avec les autres. D'ailleurs , on eft
obligé de convenir que tout ce que l'art le plus
délicat & le mieux raifonné peut fournir , a été
employé pour adoucir ce que ce caractère offre
d'abord d'injurieux à l'humanité.
N. B. En publiant la Lettre fuivante fur un
événement qui doit caufer tant de regrets au Public,,
nous tâchons de continuer de marquer notre empreffement
fur le tribut d'éloges qu'on doit aux per
fonnes célèbres . Ongoûte une espéce de confolation ,
en lifant l'hommage qu'on leur rend ; & notre
recenoiffance envers elles nous fais fouhaiter que
la pofléritéfe les repréfente telles que nous les avons
mais cela eft impoffible à l'égard de l'Actrice
charmante dont la perte nous eft fi ſenſible.
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Résumé : OBSERVATIONS sur la Comédie de DUPUIS & DES RONAIS.
La critique de la comédie de Dupuis et Des Ronais met en lumière son succès auprès du public et des critiques. La pièce est louée pour son intérêt touchant, sa morale sans pédanterie, et ses dialogues naturels et justes. L'intrigue, bien que simple, est efficace et ne nécessite pas d'extensions forcées. La critique distingue deux types d'action dramatique : l'action physique, basée sur des événements extérieurs, et l'action morale, basée sur les caractères et les sentiments des personnages. La comédie de Dupuis et Des Ronais appartient à cette seconde catégorie, utilisant des obstacles résultant du contraste des caractères et des intérêts opposés. Par exemple, l'incident de la lettre devient une occasion de triomphe pour les amants grâce à la justice et au pardon de Marianne. Le dénouement est naturel et respecte les caractères initiaux des personnages. La critique conclut en exhortant les auteurs à éviter les dangers d'un genre où les échecs sont sans recours, tout en reconnaissant le talent de Dupuis et l'art employé dans la pièce. Le public a finalement reconnu la nécessité du caractère singulier de Dupuis pour le jeu des autres personnages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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411
p. 205-207
LETTRE de M. DE SAINT FOIX à M.****
Début :
Vous me demandez mon sentiment, Monsieur, sur l'idée d'un tableau auquel [...]
Mots clefs :
Actrice, Sentiment, Comédie, Talent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE SAINT FOIX à M.****
LETTRE de M. DE SAINT FOIX &
V
M.****
ous me demandez mon fentiment,
Monfieur , fur l'idée d'un tableau auquel
vous travaillez . Il repréfentera
dites-vous , Thalie éplorée , qui fait tous
fes efforts pour retenir une Actrice qui
veut la quitter. Je ne doute point de
l'habileté de votre pinceau ; je vous
dirai feulement qu'il y a des objets qui
font moins du reffort de l'imagination
que du fentiment ; je fuis perfuadé que
Thalie aura l'attitude & toute l'expreffion
convenables ; mais l'Actrice
Monfieur cette A&trice divine
, fon front , fes yeux , fon nez
fa bouche, tous fes traits fi délicatement
affortis pour lui compofer la phifionomie
la plus aimable & la plus piquante ;
fa taille de nymphe ; fon maintien libre ,
aifé & toujours décent , Mademoiſelle
Dangeville enfin ( car fa retraite duThéâtre
eft le fijet de votre tableau ) Mademoifelle
Dangeville , Monfieur , peuton
eípérer de la bien peindre ! Avec de
l'intelligence , du fentiment , de l'étude
& de la réflexion , on peut fe perfection-
,
&
206 MERCURE DE FRANCE.
bien rare ,
ner le goût , & devenir une Actrice trèsbrillante
; mais l'Actrice de génie eſt
& il y a la même différence
qu'entre Moliere & un Auteur qui n'a
que de l'efprit. Nous avons vu Mlle
Dangeville jouer dans les caractères les
plus oppofés , & les faifir toujours de
façon que nous en fommes encore à
ne pouvoir nous dire dans lequel nous
l'aimions le plus. On aura de la peine à
s'imaginer que la même perfonne ait
pû jouer avec une égale fupériorité l'Indifcrète
dans l'Ambitieux ; Martine dans
les Femmes fçavantes ; la Comteſſe dans
les Moeurs du temps ; Colette dans les
trois Coufines ; Me Orgon dans le Complaifant
; la fauffe Agnès dans le Poëte
campagnard ; la Baronne d'Olban dans
Nanine ; l'Amour dans les Grâces , &
tant d'autres rôles fi différens . Combien
de fois,à la premiere repréfentation
d'une Comédie , a-t-elle procuré des applaudiffemens
à des endroits où l'Auteur
n'en attendoit pas ! Je me fouviens
que le célébre Néricaut Deftouches
dont on alloit jouer une Piéce nouvelle,
craignoit pour un monologue & quelques
traits dans le cinquiéme A&te ; il
vouloit les fupprimer : donnez- vous- en
bien de garde , lui dit- elle , je vous réMAR'S.
1763. 207
ponds que ces traits & ce monologue feront
très- applaudis. En effet , elle joua
le tout avec un naturel , des grâces , une
naïveté qui déciderent la réuffite , &
triompherent de tous les efforts qu'une
indigne cabale avoit faits , pendant les
quatre premiers Actes , pour faire tomber
cette Comédie. Ce qui acheve de
caractèrifer la perfonne de génie dans
Mlle Dangeville , c'eft qu'elle eft fimple
, vraie , modefte , timide même ,
n'ayant jamais le ton orgueilleux du talent
, mais toujours celui d'une fille
bien élevée ; ignorant d'ailleurs toute
cabale , & dans le centre de la tracafferie
, n'en ayant jamais fait aucune.
J'ai cru Monfieur , puifque vous me
confultiez , que je devois vous communiquer
mes idées fur fon caractère , parce
qu'il me femble qu'il faut commencer
par connoître celui de la perfonne que
l'on veut peindre. Je fouhaite que vous
réuffiffiez ; je fouhaite que vous puiffiez
faifir cette âme fine , naturelle , délicate
& fenfible , qui vit , qui parle , qui voltige
& badine fans ceffe dans fes yeux
fur fa bouche & dans tous fes traits. Je
fuis , Monfieur , votre très- humble &
très-obéiffant Serviteur
,
SAINT FOIX,
V
M.****
ous me demandez mon fentiment,
Monfieur , fur l'idée d'un tableau auquel
vous travaillez . Il repréfentera
dites-vous , Thalie éplorée , qui fait tous
fes efforts pour retenir une Actrice qui
veut la quitter. Je ne doute point de
l'habileté de votre pinceau ; je vous
dirai feulement qu'il y a des objets qui
font moins du reffort de l'imagination
que du fentiment ; je fuis perfuadé que
Thalie aura l'attitude & toute l'expreffion
convenables ; mais l'Actrice
Monfieur cette A&trice divine
, fon front , fes yeux , fon nez
fa bouche, tous fes traits fi délicatement
affortis pour lui compofer la phifionomie
la plus aimable & la plus piquante ;
fa taille de nymphe ; fon maintien libre ,
aifé & toujours décent , Mademoiſelle
Dangeville enfin ( car fa retraite duThéâtre
eft le fijet de votre tableau ) Mademoifelle
Dangeville , Monfieur , peuton
eípérer de la bien peindre ! Avec de
l'intelligence , du fentiment , de l'étude
& de la réflexion , on peut fe perfection-
,
&
206 MERCURE DE FRANCE.
bien rare ,
ner le goût , & devenir une Actrice trèsbrillante
; mais l'Actrice de génie eſt
& il y a la même différence
qu'entre Moliere & un Auteur qui n'a
que de l'efprit. Nous avons vu Mlle
Dangeville jouer dans les caractères les
plus oppofés , & les faifir toujours de
façon que nous en fommes encore à
ne pouvoir nous dire dans lequel nous
l'aimions le plus. On aura de la peine à
s'imaginer que la même perfonne ait
pû jouer avec une égale fupériorité l'Indifcrète
dans l'Ambitieux ; Martine dans
les Femmes fçavantes ; la Comteſſe dans
les Moeurs du temps ; Colette dans les
trois Coufines ; Me Orgon dans le Complaifant
; la fauffe Agnès dans le Poëte
campagnard ; la Baronne d'Olban dans
Nanine ; l'Amour dans les Grâces , &
tant d'autres rôles fi différens . Combien
de fois,à la premiere repréfentation
d'une Comédie , a-t-elle procuré des applaudiffemens
à des endroits où l'Auteur
n'en attendoit pas ! Je me fouviens
que le célébre Néricaut Deftouches
dont on alloit jouer une Piéce nouvelle,
craignoit pour un monologue & quelques
traits dans le cinquiéme A&te ; il
vouloit les fupprimer : donnez- vous- en
bien de garde , lui dit- elle , je vous réMAR'S.
1763. 207
ponds que ces traits & ce monologue feront
très- applaudis. En effet , elle joua
le tout avec un naturel , des grâces , une
naïveté qui déciderent la réuffite , &
triompherent de tous les efforts qu'une
indigne cabale avoit faits , pendant les
quatre premiers Actes , pour faire tomber
cette Comédie. Ce qui acheve de
caractèrifer la perfonne de génie dans
Mlle Dangeville , c'eft qu'elle eft fimple
, vraie , modefte , timide même ,
n'ayant jamais le ton orgueilleux du talent
, mais toujours celui d'une fille
bien élevée ; ignorant d'ailleurs toute
cabale , & dans le centre de la tracafferie
, n'en ayant jamais fait aucune.
J'ai cru Monfieur , puifque vous me
confultiez , que je devois vous communiquer
mes idées fur fon caractère , parce
qu'il me femble qu'il faut commencer
par connoître celui de la perfonne que
l'on veut peindre. Je fouhaite que vous
réuffiffiez ; je fouhaite que vous puiffiez
faifir cette âme fine , naturelle , délicate
& fenfible , qui vit , qui parle , qui voltige
& badine fans ceffe dans fes yeux
fur fa bouche & dans tous fes traits. Je
fuis , Monfieur , votre très- humble &
très-obéiffant Serviteur
,
SAINT FOIX,
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Résumé : LETTRE de M. DE SAINT FOIX à M.****
La lettre de M. de Saint Foix répond à une demande d'avis sur un tableau représentant Thalie éplorée tentant de retenir une actrice qui souhaite quitter la scène. L'auteur admire l'habileté du peintre mais estime que certains sujets nécessitent plus de sentiment que d'imagination. Il exprime des doutes sur la possibilité de bien représenter Mademoiselle Dangeville, connue pour sa retraite du théâtre. Saint Foix décrit les qualités exceptionnelles de cette actrice, soulignant sa capacité à incarner divers personnages avec une égale maîtrise, allant de l'Indiscrète dans *L'Ambitieux* à la Comtesse dans *Les Moeurs du temps*. Il raconte également un épisode où elle a sauvé une pièce grâce à son interprétation remarquable. Saint Foix loue son génie, sa simplicité, sa modestie et son absence de cabale. Il conclut en espérant que le peintre réussira à capturer l'essence de cette actrice exceptionnelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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412
p. 208-210
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a repris sur ce Théâtre Sancho-Pança dans fon Isle, Opéra bouffon [...]
Mots clefs :
Comédie, Acte, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE..
ONa Na repris fur ce Théâtre Sancho-
Pança dans fon Ifle , Opéra bouffon
dont la Mufique admirable de M. Philidor
avoit fait le fuccès.
On a continué pendant le mois précédent
les repréfentations de la jolie
Comédie , mêlée d'Ariettes intitulée
Te Guy de Chêne , dont nous avons déja
parlé.
,
Le 4 Février on donna la première
repréſentation de l'Amour Paternel, ou
la Suivante reconnoiſſante, Comédie Italienne
en 3 Actes en profe de M. GOLDONI.
C'eft la première que ce célebre
Auteur ait compofée & fait repréſenter
depuis fon féjour en France . Elle a été
très-applaudie par les Spectateurs en état
de fentir les beautés de la langue Italienne,&
le genre caractériſtique de ce théâtre
, on pourroit dire même en général
celui de la vraie Comédie , que l'illuftre
M. GOLDONI a rétabli dans fa Patrie.
Cette Piéce a été interrompue après la
deuxiéme repréfentation par l'indifpofition
fucceffive de plufieurs Acteurs
qui ne pouvoient y être remplacés.
MARS. 1763. 209
Le 10 on donna la première & l'unique
repréfentation de la Bagarre ,
Comédie en un Acte , mêlée d'Ariettes.
Dans quelque indulgence que le goût
du Public l'eût entraîné jufqu'alors pour
certains Drames de quelques Opéra-
Comiques du nouveau genre , il n'a pas
jugé apparemment devoir faire grace à
celui-ci , qui a éprouvé toute la justice
de fes jugemens & la févérité de fes
cenfures. Il n'a pas réparu fur le théâtre.
Cette Piéce a été le premier Opéra-
Comique qui ait éprouvé ce fort ,
depuis la réunion au théâtre Italien.
Par une jufte prévoyance , l'Auteur
des paroles les avoit fait imprimer
avant la repréſentation . Il y a joint
une Préface , où en fe plaignant
de ce qu'il appelle les petits chagrins
qu'il a reçus du Public , il lui laiffe entrevoir
trop clairement l'opinion qu'il a
de fon goût & de fes jugemens. Il ménage
encore moins ( par la même prévoyance
) les Journaliſtes forcés par
état de rendre compte des petits chagrins
de certains Auteurs .
Il faut bien remarquer à l'égard de
cette Piéce , que la Mufique , dont il
refte une idée favorable , ne doit pas
être confondue dans la chûte.
210 MERCURE DE FRANCE .
Le 19 le Bon Seigneur , Comédie
nouvelle en un Acte en profe , mêlée
d'Ariettes , fut donnée pour la première
fois fur ce théâtre , & n'eut pas un fuccès
heureux mais il eft jufte d'obferver
que cette Piéce a éprouvé en cela,
le fort commun à tous les ouvrages faits
pour une fociété & pour une circonftance
particulière. Tout le mérite qu'ils
avoient eft perdu auprès du Public , qui
ne peut y être fenfible. C'eft une erreur
dans laquelle font tombés tant d'Auteurs
, dont la réputation même étoit
conftatée , qu'elle ne doit ni ne peut porter
atteinte à celle des Auteurs de cet
ouvrage , ni prévenir déſavantageuſement
fur leurs talens.
On a donné le 22 la troifiéme repréfentation
de l'Amour paternel , que l'on
continue depuis avec fuccès , ainfi que
celles d'Arlequin cru mort , Comédie
Italienne en un Acte de M. GOLDONI
repréſentée pour la première fois, le 24,
avec beaucoup d'applaudiffemens . L'abondance
des matières nous contraint à
remettre au Mercure prochain le plaifir
de parler avec plus d'étendue des ouvrages
& du génie de cet Auteur.
ONa Na repris fur ce Théâtre Sancho-
Pança dans fon Ifle , Opéra bouffon
dont la Mufique admirable de M. Philidor
avoit fait le fuccès.
On a continué pendant le mois précédent
les repréfentations de la jolie
Comédie , mêlée d'Ariettes intitulée
Te Guy de Chêne , dont nous avons déja
parlé.
,
Le 4 Février on donna la première
repréſentation de l'Amour Paternel, ou
la Suivante reconnoiſſante, Comédie Italienne
en 3 Actes en profe de M. GOLDONI.
C'eft la première que ce célebre
Auteur ait compofée & fait repréſenter
depuis fon féjour en France . Elle a été
très-applaudie par les Spectateurs en état
de fentir les beautés de la langue Italienne,&
le genre caractériſtique de ce théâtre
, on pourroit dire même en général
celui de la vraie Comédie , que l'illuftre
M. GOLDONI a rétabli dans fa Patrie.
Cette Piéce a été interrompue après la
deuxiéme repréfentation par l'indifpofition
fucceffive de plufieurs Acteurs
qui ne pouvoient y être remplacés.
MARS. 1763. 209
Le 10 on donna la première & l'unique
repréfentation de la Bagarre ,
Comédie en un Acte , mêlée d'Ariettes.
Dans quelque indulgence que le goût
du Public l'eût entraîné jufqu'alors pour
certains Drames de quelques Opéra-
Comiques du nouveau genre , il n'a pas
jugé apparemment devoir faire grace à
celui-ci , qui a éprouvé toute la justice
de fes jugemens & la févérité de fes
cenfures. Il n'a pas réparu fur le théâtre.
Cette Piéce a été le premier Opéra-
Comique qui ait éprouvé ce fort ,
depuis la réunion au théâtre Italien.
Par une jufte prévoyance , l'Auteur
des paroles les avoit fait imprimer
avant la repréſentation . Il y a joint
une Préface , où en fe plaignant
de ce qu'il appelle les petits chagrins
qu'il a reçus du Public , il lui laiffe entrevoir
trop clairement l'opinion qu'il a
de fon goût & de fes jugemens. Il ménage
encore moins ( par la même prévoyance
) les Journaliſtes forcés par
état de rendre compte des petits chagrins
de certains Auteurs .
Il faut bien remarquer à l'égard de
cette Piéce , que la Mufique , dont il
refte une idée favorable , ne doit pas
être confondue dans la chûte.
210 MERCURE DE FRANCE .
Le 19 le Bon Seigneur , Comédie
nouvelle en un Acte en profe , mêlée
d'Ariettes , fut donnée pour la première
fois fur ce théâtre , & n'eut pas un fuccès
heureux mais il eft jufte d'obferver
que cette Piéce a éprouvé en cela,
le fort commun à tous les ouvrages faits
pour une fociété & pour une circonftance
particulière. Tout le mérite qu'ils
avoient eft perdu auprès du Public , qui
ne peut y être fenfible. C'eft une erreur
dans laquelle font tombés tant d'Auteurs
, dont la réputation même étoit
conftatée , qu'elle ne doit ni ne peut porter
atteinte à celle des Auteurs de cet
ouvrage , ni prévenir déſavantageuſement
fur leurs talens.
On a donné le 22 la troifiéme repréfentation
de l'Amour paternel , que l'on
continue depuis avec fuccès , ainfi que
celles d'Arlequin cru mort , Comédie
Italienne en un Acte de M. GOLDONI
repréſentée pour la première fois, le 24,
avec beaucoup d'applaudiffemens . L'abondance
des matières nous contraint à
remettre au Mercure prochain le plaifir
de parler avec plus d'étendue des ouvrages
& du génie de cet Auteur.
Fermer
Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
En février 1763, plusieurs œuvres théâtrales ont été présentées. Le 4 février, la comédie italienne 'L'Amour Paternel, ou la Suivante reconnaissante' de Carlo Goldoni a été jouée pour la première fois et a été très applaudie. Cependant, elle a été interrompue après la deuxième représentation en raison de l'indisposition de plusieurs acteurs. Le 10 mars, 'La Bagarre', une comédie en un acte mêlée d'ariettes, a été représentée une seule fois et n'a pas été bien accueillie par le public, bien que la musique ait été jugée favorablement. Le 19 mars, 'Le Bon Seigneur', une comédie nouvelle en un acte en prose mêlée d'ariettes, a été donnée sans succès notable. Le 22 mars, 'L'Amour Paternel' a été rejoué avec succès. Le 24 mars, 'Arlequin cru mort', une comédie italienne en un acte de Goldoni, a été représentée pour la première fois avec beaucoup d'applaudissements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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413
p. 211
CONCERT SPIRITUEL du 2 Février, Fête de la Purification.
Début :
On a éxécuté deux grands Motets, l'un le Magnificat de feu M. BELISSEN, l'autre In exitu de [...]
Mots clefs :
Motet, Musique, Chapelle du Roi, Concerto
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL du 2 Février, Fête de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL
du 2 Février , Fête de la Purification .
On a éxécuté deux grands Motets , l'un le Magnificat
de feu M. BELISSEN , l'autre In exitu de
M. BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. M. BESCHE a chanté dans ces deux
Motets. M. JOLY a chanté avec fuccès Coronate
petit Motet de M. LE FEVRE , & felon l'ufage ,
Mlle FEL n petit Motet italien . M. GAVINIES
joua un nouveau Concerto de fa compofition qui
fut très- applaudi. On parut content de l'éxécution
& de la compofition de M. LE GRAND dans le Concerto
qu'il éxécuta fur l'Orgue. Le concours de
monde à ce Concert ainfi qu'aux précédens , continue
de marquer la fatisfaction du Public.
du 2 Février , Fête de la Purification .
On a éxécuté deux grands Motets , l'un le Magnificat
de feu M. BELISSEN , l'autre In exitu de
M. BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. M. BESCHE a chanté dans ces deux
Motets. M. JOLY a chanté avec fuccès Coronate
petit Motet de M. LE FEVRE , & felon l'ufage ,
Mlle FEL n petit Motet italien . M. GAVINIES
joua un nouveau Concerto de fa compofition qui
fut très- applaudi. On parut content de l'éxécution
& de la compofition de M. LE GRAND dans le Concerto
qu'il éxécuta fur l'Orgue. Le concours de
monde à ce Concert ainfi qu'aux précédens , continue
de marquer la fatisfaction du Public.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL du 2 Février, Fête de la Purification.
Le concert spirituel du 2 février a célébré la Fête de la Purification avec deux grands motets : le Magnificat de Belissen et In exitu de Blanchard. Besche a chanté dans ces deux motets. Joly a interprété Coronate de Le Fèvre, et Fel a chanté un motet italien. Gaviniès a joué un concerto applaudi, et Le Grand a bien exécuté un concerto à l'orgue. Le public a montré sa satisfaction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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414
p. 167-178
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
Début :
LE Jeudi 17 Février, les Comédiens François représenterent Inès de Castro, [...]
Mots clefs :
Comédie, Rôle, Pièce, Théâtre, Représentation, Comédiens
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
SUITE DES SPECTACLES DE LA
COUR A VERSAILLES .
L E Jeudi 17 Février , les Comédiens
François repréfenterent Inès de Caftro ,
Tragédie du feu fieur LA MOTTE ( a ) ,
& pour feconde Piéce l'Ecole amoureu--
fe , Comédie en un A&te & en vers du
fieur BRET ( b ).
Dans la Tragédie , le rôle d'Inès fut
( a) Première repréſentation d'Inès en 1720 ;
32 repréſent. de fuite.
(b) L'Ecole amoureuse en 1747. & repréſent.
168 MERCURE DE FRANCE .
joué par la Dlle GAUSSIN , celui de la
Reine par la Dile DUBOIS , & celui de
Conftance par la Dlle Huss. Le fieur
BELCOUR joua le rôle de Rodrigue , le
fieur MOLÉ , celui de D. Pedre , le fieur
BRIZART ,Alphonfe , le fieur DUBOIS,
l'Ambassadeur de Caftille , & le fieur
DAUBERVAL , le rôle de Henrique.
Le fieur MOLÉ , les Dlles Huss
PRÉVILLE , BELCOUR & LE Kain,
jouerent dans la Comédie.
Le Mardi 22 Fevrier , les mêmes Comédiens
repréſenterent les Femmes fçavantes
, ( c ) Comédie en vers , en cinq
Actes , de MOLIERE , Cette excellente
Piéce fut très-bien rendue ; elle fit fur
les Amateurs du vrai genre comique ,
l'effet qu'on doit toujours attendre des
Ouvrages de l'inimitable génie qui a
créé & en même temps . perfectionné
le Théâtre François , lorfqu'on apportera
, en remettant ces chefs-d'oeuvres ,
toutes les attentions qu'ils méritent .
La Dlle DUMESNIL jouoit le rôle
de Philaminte. Les Dlles PRÉVILLE &
Huss , ceux des deux filles. Belife
étoit jouée par la Dlle DROUIN , & la
Dlle BELCOUR jouoit le rôle de la
Servante Martine . Chrifalde & Arifte ,
( c ) Première repréſentation en 1651 .
par
AVRIL . 1763 . 169
2
par les fieurs BONNEVAL & DAUBERVAL.
Le rôle de Clitandre étoit joué
par le fieur BELCOUR ; ceux de Trillotin
& Vadius , par les fieurs DANGEVILLE
& ARMAND ; & celui de Julien,
par le fieur BOURET.
Cette Piéce fut fuivie de la Famille
extravagante ( d ) Comédie en un Acte
& en Vers du feu fieur LEGRAND.
Plufieurs des mêmes A&teurs & Actrices
de la grande Piéce repréfentoient
dans celle-ci , excepté le rôle de Cléon
Amant d'Elife , joué par le Sr MOLÉ ,
celui d'Elife par la Dlle DESPINAY , &
le rôle de Soubrette par la Dlle LE
KAIN. Le lendemain on repréſenta
pour la feconde fois Vertumne & Pomone
, Ballet extrait des Elémens, dont
nous avons parlé dans le Mercure de
Mars. Cette repréſentation d'Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne intitulée
le Diable boiteux , jouée par les
Acteurs de ce Théâtre.
Le 2 Mars on donna un Ballet en
un Acte intitulé la Vue , extrait du
Ballet des Sens; Poëme du fieur ROI
Mufique du feu fieur MOURet.
La Dlle LE MIERRE , ( époufe du
fieur LARRIVÉE , ) chanta le rôle de
( d ) Première repréſentation en 1709.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
T
l'Amour , la Dlle VILLETTE , du
Théâtre des Italiens , ( époufe du feur
LA RUETTE ) chanta le rôle de Zé
phire. La Dile DUBOIS , l'ainée , celui
d'Iris , & le fieur LARRIVÉE celui
d'Aquilon. Une indifpofition accidentelle
dans la voix de la Dlle LE MIERRE
mit l'éxécution de ce Baliet en rifque de
n'être pas achevée , & nuifit à fon fuccès.
La Dlle LANI & le fieur GARDEL
danferent des Pas feuls ; le fieur LAVAL,
la Dile VESTRIS , les fieurs LANI
DAUBERVAL , les Dlles ALLARD &
PESLIN danfoient différens Pas
toutes les principales Entrées.
la
La repréſentation de cet Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne
nouvelle , en un A&te , intitulée Arlequin
cru mort , par le fieur GOLDONI .
Cette Comédie fit plaifir ; & l'on rendit ,
par des fuffrages très -honorables
même juftice aux talens de ce célébre
Etranger , que l'on avoit déjà rendue à
la repréfentation de l'Amour Paternel.
Le lendemain Jeudi 3 Mars
".
Comédiens François repréfenterent les
Déhors trompeurs ou l'Homme dujour,(e)
( e ) Premiere repréſentation en 1740. 17
repréſentations,
,
les
AVRIL 1763. 171
Comédie en cinq Actes & en Vers
du feu fieur DE BOISSY . Le Baron
étoit joué par le fieur BELCOUR ; le
Marquis , par le fieur MOLÉ ; M. de
Forlis , par le fieur BONNEVAL ; &
Champagne , par le fieur PREVILLE ;
le rôle de la Comteffe , par la Dlle DANGEVILLE
; ceux de Lucile & de Céliante,
par les Diles HUSS & PREVILLE;
celui de Lifette , par la Dlle BELCOUR .
La feconde Piéce étoit l'Ile déferte ,
Comédie en un A&te & en Vers , du
fieur COLLET. Le fieur MOLE y jonoit
le rôle de Ferdinand, le fieur BELCOUR,
celui de Timante ; & le fieur PRÉVILLE,
le Matelot ; les rôles de Conftance & de
Silvie , furent joués par les Diles PRÉ-
VILLE & HUSS.
Le Mardi , 8Mars , par les mêmes Comédiens,
le Dépit amoureux , Comédie
de MOLIERE en 5 Actes en Vers. (f)
Erafte étoit joué par le fieur BELCOUR
, & Gros- René , fon valet , par
le fieur ARMAND ; Valére , par le fieur
MOLÉ & Mafcarille ,, par le fieur
BOURET ; les deux Vieillards , par les
fieurs BONNEVAL & BLAINVILLE ;
le Pédant , par le fieur DANGEVILLE ;
Lucile, par la Dlle GAUSSIN , fa Sui-
(f) En 1658.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vante , Marinette , par la Dlle DANGEVILLE
, Afcagne , par la Dlle DUBOIS ,
& fa Suivante Frofine , par la Dlle LE
ΚΑΙΝ,
Pour feconde Piéce,on donna Annette
& Lubin , Comédie en un Acté , mêlée
d'Ariettes , de la Dlle FAVART & du
fieur L ***, Cette Piéce fut repréſen
tée par les Comédiens du Théâtre Italien
, ainfi qu'elle l'eft à Paris & par
les mêmes Acteurs.
Le lendemain , Mercredi , 9 Mars ,
après la repréſentation du Barbier paralitique
, Comédie Italienne , on éxécuta
le Devin du Village , ( g ) intermède ,
Paroles & Mufique du fieur ROUSSEau.
Le rôle de Colin , étoit parfaitement
rempli par le fieur GÉLIOTE, qui ne doit
rien du plaifir extrême que font fa voix &
fes talens à la difficulté d'en jouir depuis
fa retraite ; la Dlle VILLETTE
( époufe du fieur LARUETTE , ) a joué
& chanté très- agréablement le rôle de
Colette , dans lequel elle avoit déjà eu
du fuccès fur le Théâtre de l'Opéra ,
avant de paffer à celui de la Comédie
Italienne. Le fieur CAILLOT , Acteur
de ce dernier Théâtre , & des talens duquel
nous avons fi fouvent occafion de
( g ) Première repréſent . à l'Opéra en 1753•
AVRIL 1763. 173
parler avec de nouveaux éloges , a fort
bien chanté auffi le rôle du Devin dans
cet Interméde. On a pû reconnoître
quoique dans une petite étendue d'action
, ce que prête d'avantage au jeu
d'un chanteur l'habitude & l'art de la
Comédie . On parlera ci-après du Divertiffement
de la fin de cet Intermé-.
de , à l'Article de la feconde repriſe.
Le jour fuivant , 10 Mars , les Comédiens
François repréfenterent Brutus,
(h) Tragédie du Sr VOLTAIRE. Brutus
& Valérius , par les fieurs BRISART &
BLAINVILLE ; Arons , par le fieur
DUBOIS ; Titus , Fils de Brutus , par
le fieur LE KAIN ; Meffala , par le fieur
PAULIN ; Proculus , par le fieur DAUBERVAL
; Tullie , par la Dlle Huss , &
Algine , par la Dile DESPINAY.
Pour petite Piéce , l'Esprit de contradition,
Comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur DUFRESNI ( i ) . Le fieur
MOLE y jouoit le rôle de Valére ; le
fieur PAULIN , celui de Lucas ; le fieur
BONNEVAL , Oronte ; le fieur DANGEVILLE
, Tibaudois ; la Dlle DROUIN ,
Mde Oronte; & la Dlle Huss, Angélique.
(h ) Première Repréſentation en 1730.
35 repréfentations.
(i ) Première repréfent. en 1700. 16 repréf.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
f
Le Mardi 15 , les Comédiens François
donnerent Mélanide , ( k ) Comédie en
Vers en cinq Actes , du feu fieur DE
LA CHAUSSÉE . Lefieur BRISART repréfentoit
le Marquis d'Orvigny ; le
fieur DUBOIS , Théodon ; le fieur BELCOUR
, Darviane , la Dlle GAUSSIN
Melanide ; la Dlle DROUIN , Dorifées
& la Dlle Huss , Rofalie.
A la fuite de cette Piéce les Acteurs
de la Comédie Italienne éxécuterent le
Bucheron , Comédie mêlée d'Ariettes.
Mufique du fieur PHILIDOR , Paroles
du fieur GUICHARD & du fieur C***
Cette efpèce d'Interméde comique ,
très-ſuivi à Paris & duquel nous parlerons
plus en détail ci- après , parut agréable
à la Cour ; ceux. mêmes qui n'approuvent
pas l'application des tours &
de l'accent de la Mufique Italienne aux
Paroles Françoiſes rendirent juftice aux
grands talens du fieur PHILIDOR : & le
fieur CAILLOT , qui a l'art de rendre
aimable tout ce qu'il éxécute , en adouciffant
cet accent mufical étranger à l'expreffion
de notre langue , réunit les
fuffrages des Amateurs de l'un & de
l'autre genre. On donnera connoiffance
de cet Ouvrage dans l'Article des
Spectacles de Paris.
( k) Première repréſent . en 1741. 16 repræl
AVRIL. 1763. 175
>
Le lendemain , 16 Mars , a été , pour
afnfi dire , un jour de fête diftinguée fur
le Théâtre de la Cour , par la réunion
des deux plus agréables Ouvrages en
Mufique & en Paroles dans différens
genres ,
éxécutés par les plus rares ta
lens propres à ce Spectacle. La troifiéme
repriſe de Vertumne & Pomone ,
Ballet , & la deuxième du Devin
du Village occupérent entiérement fa
Scène. Les Acteurs , dont on a parlé cideffus
parurent dans l'un & l'autre
Ballet s'être furpaffés. Le Divertiffement
de Vertumne & Pomone , compofé comme
tous ceux des autresSpectacles qu'on
avoit donnés , de plufieurs morceaux
choifis dans divers Opéra ou autres
Ouvrages , étoit particuliérement ajusté
pour donner beaucoup d'airs de différens
genres au fieur GÉLIOTE , qui
les chanta tous avec la même voix
qu'on a tant admirée & avec un
naturel dans les tours de fon chant &
des graces que peut- être , fans illufion ,
on pourroit regarder comme nouvellement
acquifes & ajoûtées encore à tout
ce qu'on lui connoiffoit de fupériorité
dans ce talent.
Le Divertiffement dans le Devin du
Village , fubftitué à celui de cet Inter-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
méde , étoit charmant par la variété &
par la gaîté des morceaux dont il étoit
compofé. Le fieur CAILLOT y chantoit
une Ariette compofée pour cet objet
par le fieur PHILIDOR : mais ce qu'il
y avoit de plus faillant & d'unique en
fon genre , étoit un Pas de quatre Villageois
& Villageoifes
, éxécuté par le
fieur LANI , la Dlle ALLARD , le fieur
DAUBERVAL
& la Dlle PESLIN . Ces
quatre Sujets dont l'affortiment
du genre
, des tailles & des talens , feroit impoffible
à raffembler
dans toute l'Europe
, éxécutoient
ce Pas avec une double
préciſion de jufteffe & de graces co miques, qui méritoient
toute l'admiration
dont ils furent honorés & qui comblerent
le plaifir que faifoit l'enſemble
de ce Spectacle.
Ces divertiffemens étoient arrangés
ainfi que tous les précédens , par le fieur
REBEL , Surintendant de la Mufique
du Roi , de fémeftre depuis le premier
Janvier. Le goût du choix & la plus délicate
analogie dans les rapports de genre
avec les Ouvrages auxquels ces Divertiffemens
étoient adaptés , ont reçu
& mérité de très-juftes éloges .
Le Jeudi , 17 Mars , on donna Zaïre , (1)
(4) Prem. Repréfent, en 1732. 30 Repréfent.
AVRIL 1763. 177
1.
Tragédie du fieur de VOLTAIRE
Orofmane , repréfenté par le fieur LE
KAIN ;Lufignan, par le fieur BRISART;
Néreftan & Chatillon , par les fieurs
MOLE & DUBOIS ; Zaïre , par la Dlle
GAUSSIN ; Fatime , par la Dlle PRÉ-
VILLE .
Ce même jour , qui étoit , felon l'ufage
, celui de la clôture des Spectacles
à la Cour , fut auffi marqué par une repréfentation
très- intéreffante fçavoir
celle de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en un Acte , en Vers libres , du fieur
FAVART , à l'occafion de la Paix , repréfentée,
à Paris pour la premiere fois ,
le Lundi précédent , on diroit avec le
plus grand fuccès , fi celui qu'elle a eu à
la Cour n'avoit été en quelque forte encore
plus éclatant. Nous parlerons
dans l'Article de Paris , de cette Piéce
nouvelle dont l'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté au Roi .
P
N. B. On a éxactement nommé , dans
cettefin du Journal des Spectacles de la
Cour , tous les Acteurs qui ont repréſen
té dans chaque Piéce du Théâtre François
, afin de conftater en même temps
les Sujets éxiftans à ce Théatre pendant
cette derniere année & le fervice qu'ils
Ну
178 MERCURE DE FRANCE .
ont eu l'honneur de remplir en préfence
de leurs Majeftés.
COUR A VERSAILLES .
L E Jeudi 17 Février , les Comédiens
François repréfenterent Inès de Caftro ,
Tragédie du feu fieur LA MOTTE ( a ) ,
& pour feconde Piéce l'Ecole amoureu--
fe , Comédie en un A&te & en vers du
fieur BRET ( b ).
Dans la Tragédie , le rôle d'Inès fut
( a) Première repréſentation d'Inès en 1720 ;
32 repréſent. de fuite.
(b) L'Ecole amoureuse en 1747. & repréſent.
168 MERCURE DE FRANCE .
joué par la Dlle GAUSSIN , celui de la
Reine par la Dile DUBOIS , & celui de
Conftance par la Dlle Huss. Le fieur
BELCOUR joua le rôle de Rodrigue , le
fieur MOLÉ , celui de D. Pedre , le fieur
BRIZART ,Alphonfe , le fieur DUBOIS,
l'Ambassadeur de Caftille , & le fieur
DAUBERVAL , le rôle de Henrique.
Le fieur MOLÉ , les Dlles Huss
PRÉVILLE , BELCOUR & LE Kain,
jouerent dans la Comédie.
Le Mardi 22 Fevrier , les mêmes Comédiens
repréſenterent les Femmes fçavantes
, ( c ) Comédie en vers , en cinq
Actes , de MOLIERE , Cette excellente
Piéce fut très-bien rendue ; elle fit fur
les Amateurs du vrai genre comique ,
l'effet qu'on doit toujours attendre des
Ouvrages de l'inimitable génie qui a
créé & en même temps . perfectionné
le Théâtre François , lorfqu'on apportera
, en remettant ces chefs-d'oeuvres ,
toutes les attentions qu'ils méritent .
La Dlle DUMESNIL jouoit le rôle
de Philaminte. Les Dlles PRÉVILLE &
Huss , ceux des deux filles. Belife
étoit jouée par la Dlle DROUIN , & la
Dlle BELCOUR jouoit le rôle de la
Servante Martine . Chrifalde & Arifte ,
( c ) Première repréſentation en 1651 .
par
AVRIL . 1763 . 169
2
par les fieurs BONNEVAL & DAUBERVAL.
Le rôle de Clitandre étoit joué
par le fieur BELCOUR ; ceux de Trillotin
& Vadius , par les fieurs DANGEVILLE
& ARMAND ; & celui de Julien,
par le fieur BOURET.
Cette Piéce fut fuivie de la Famille
extravagante ( d ) Comédie en un Acte
& en Vers du feu fieur LEGRAND.
Plufieurs des mêmes A&teurs & Actrices
de la grande Piéce repréfentoient
dans celle-ci , excepté le rôle de Cléon
Amant d'Elife , joué par le Sr MOLÉ ,
celui d'Elife par la Dlle DESPINAY , &
le rôle de Soubrette par la Dlle LE
KAIN. Le lendemain on repréſenta
pour la feconde fois Vertumne & Pomone
, Ballet extrait des Elémens, dont
nous avons parlé dans le Mercure de
Mars. Cette repréſentation d'Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne intitulée
le Diable boiteux , jouée par les
Acteurs de ce Théâtre.
Le 2 Mars on donna un Ballet en
un Acte intitulé la Vue , extrait du
Ballet des Sens; Poëme du fieur ROI
Mufique du feu fieur MOURet.
La Dlle LE MIERRE , ( époufe du
fieur LARRIVÉE , ) chanta le rôle de
( d ) Première repréſentation en 1709.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
T
l'Amour , la Dlle VILLETTE , du
Théâtre des Italiens , ( époufe du feur
LA RUETTE ) chanta le rôle de Zé
phire. La Dile DUBOIS , l'ainée , celui
d'Iris , & le fieur LARRIVÉE celui
d'Aquilon. Une indifpofition accidentelle
dans la voix de la Dlle LE MIERRE
mit l'éxécution de ce Baliet en rifque de
n'être pas achevée , & nuifit à fon fuccès.
La Dlle LANI & le fieur GARDEL
danferent des Pas feuls ; le fieur LAVAL,
la Dile VESTRIS , les fieurs LANI
DAUBERVAL , les Dlles ALLARD &
PESLIN danfoient différens Pas
toutes les principales Entrées.
la
La repréſentation de cet Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne
nouvelle , en un A&te , intitulée Arlequin
cru mort , par le fieur GOLDONI .
Cette Comédie fit plaifir ; & l'on rendit ,
par des fuffrages très -honorables
même juftice aux talens de ce célébre
Etranger , que l'on avoit déjà rendue à
la repréfentation de l'Amour Paternel.
Le lendemain Jeudi 3 Mars
".
Comédiens François repréfenterent les
Déhors trompeurs ou l'Homme dujour,(e)
( e ) Premiere repréſentation en 1740. 17
repréſentations,
,
les
AVRIL 1763. 171
Comédie en cinq Actes & en Vers
du feu fieur DE BOISSY . Le Baron
étoit joué par le fieur BELCOUR ; le
Marquis , par le fieur MOLÉ ; M. de
Forlis , par le fieur BONNEVAL ; &
Champagne , par le fieur PREVILLE ;
le rôle de la Comteffe , par la Dlle DANGEVILLE
; ceux de Lucile & de Céliante,
par les Diles HUSS & PREVILLE;
celui de Lifette , par la Dlle BELCOUR .
La feconde Piéce étoit l'Ile déferte ,
Comédie en un A&te & en Vers , du
fieur COLLET. Le fieur MOLE y jonoit
le rôle de Ferdinand, le fieur BELCOUR,
celui de Timante ; & le fieur PRÉVILLE,
le Matelot ; les rôles de Conftance & de
Silvie , furent joués par les Diles PRÉ-
VILLE & HUSS.
Le Mardi , 8Mars , par les mêmes Comédiens,
le Dépit amoureux , Comédie
de MOLIERE en 5 Actes en Vers. (f)
Erafte étoit joué par le fieur BELCOUR
, & Gros- René , fon valet , par
le fieur ARMAND ; Valére , par le fieur
MOLÉ & Mafcarille ,, par le fieur
BOURET ; les deux Vieillards , par les
fieurs BONNEVAL & BLAINVILLE ;
le Pédant , par le fieur DANGEVILLE ;
Lucile, par la Dlle GAUSSIN , fa Sui-
(f) En 1658.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vante , Marinette , par la Dlle DANGEVILLE
, Afcagne , par la Dlle DUBOIS ,
& fa Suivante Frofine , par la Dlle LE
ΚΑΙΝ,
Pour feconde Piéce,on donna Annette
& Lubin , Comédie en un Acté , mêlée
d'Ariettes , de la Dlle FAVART & du
fieur L ***, Cette Piéce fut repréſen
tée par les Comédiens du Théâtre Italien
, ainfi qu'elle l'eft à Paris & par
les mêmes Acteurs.
Le lendemain , Mercredi , 9 Mars ,
après la repréſentation du Barbier paralitique
, Comédie Italienne , on éxécuta
le Devin du Village , ( g ) intermède ,
Paroles & Mufique du fieur ROUSSEau.
Le rôle de Colin , étoit parfaitement
rempli par le fieur GÉLIOTE, qui ne doit
rien du plaifir extrême que font fa voix &
fes talens à la difficulté d'en jouir depuis
fa retraite ; la Dlle VILLETTE
( époufe du fieur LARUETTE , ) a joué
& chanté très- agréablement le rôle de
Colette , dans lequel elle avoit déjà eu
du fuccès fur le Théâtre de l'Opéra ,
avant de paffer à celui de la Comédie
Italienne. Le fieur CAILLOT , Acteur
de ce dernier Théâtre , & des talens duquel
nous avons fi fouvent occafion de
( g ) Première repréſent . à l'Opéra en 1753•
AVRIL 1763. 173
parler avec de nouveaux éloges , a fort
bien chanté auffi le rôle du Devin dans
cet Interméde. On a pû reconnoître
quoique dans une petite étendue d'action
, ce que prête d'avantage au jeu
d'un chanteur l'habitude & l'art de la
Comédie . On parlera ci-après du Divertiffement
de la fin de cet Intermé-.
de , à l'Article de la feconde repriſe.
Le jour fuivant , 10 Mars , les Comédiens
François repréfenterent Brutus,
(h) Tragédie du Sr VOLTAIRE. Brutus
& Valérius , par les fieurs BRISART &
BLAINVILLE ; Arons , par le fieur
DUBOIS ; Titus , Fils de Brutus , par
le fieur LE KAIN ; Meffala , par le fieur
PAULIN ; Proculus , par le fieur DAUBERVAL
; Tullie , par la Dlle Huss , &
Algine , par la Dile DESPINAY.
Pour petite Piéce , l'Esprit de contradition,
Comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur DUFRESNI ( i ) . Le fieur
MOLE y jouoit le rôle de Valére ; le
fieur PAULIN , celui de Lucas ; le fieur
BONNEVAL , Oronte ; le fieur DANGEVILLE
, Tibaudois ; la Dlle DROUIN ,
Mde Oronte; & la Dlle Huss, Angélique.
(h ) Première Repréſentation en 1730.
35 repréfentations.
(i ) Première repréfent. en 1700. 16 repréf.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
f
Le Mardi 15 , les Comédiens François
donnerent Mélanide , ( k ) Comédie en
Vers en cinq Actes , du feu fieur DE
LA CHAUSSÉE . Lefieur BRISART repréfentoit
le Marquis d'Orvigny ; le
fieur DUBOIS , Théodon ; le fieur BELCOUR
, Darviane , la Dlle GAUSSIN
Melanide ; la Dlle DROUIN , Dorifées
& la Dlle Huss , Rofalie.
A la fuite de cette Piéce les Acteurs
de la Comédie Italienne éxécuterent le
Bucheron , Comédie mêlée d'Ariettes.
Mufique du fieur PHILIDOR , Paroles
du fieur GUICHARD & du fieur C***
Cette efpèce d'Interméde comique ,
très-ſuivi à Paris & duquel nous parlerons
plus en détail ci- après , parut agréable
à la Cour ; ceux. mêmes qui n'approuvent
pas l'application des tours &
de l'accent de la Mufique Italienne aux
Paroles Françoiſes rendirent juftice aux
grands talens du fieur PHILIDOR : & le
fieur CAILLOT , qui a l'art de rendre
aimable tout ce qu'il éxécute , en adouciffant
cet accent mufical étranger à l'expreffion
de notre langue , réunit les
fuffrages des Amateurs de l'un & de
l'autre genre. On donnera connoiffance
de cet Ouvrage dans l'Article des
Spectacles de Paris.
( k) Première repréſent . en 1741. 16 repræl
AVRIL. 1763. 175
>
Le lendemain , 16 Mars , a été , pour
afnfi dire , un jour de fête diftinguée fur
le Théâtre de la Cour , par la réunion
des deux plus agréables Ouvrages en
Mufique & en Paroles dans différens
genres ,
éxécutés par les plus rares ta
lens propres à ce Spectacle. La troifiéme
repriſe de Vertumne & Pomone ,
Ballet , & la deuxième du Devin
du Village occupérent entiérement fa
Scène. Les Acteurs , dont on a parlé cideffus
parurent dans l'un & l'autre
Ballet s'être furpaffés. Le Divertiffement
de Vertumne & Pomone , compofé comme
tous ceux des autresSpectacles qu'on
avoit donnés , de plufieurs morceaux
choifis dans divers Opéra ou autres
Ouvrages , étoit particuliérement ajusté
pour donner beaucoup d'airs de différens
genres au fieur GÉLIOTE , qui
les chanta tous avec la même voix
qu'on a tant admirée & avec un
naturel dans les tours de fon chant &
des graces que peut- être , fans illufion ,
on pourroit regarder comme nouvellement
acquifes & ajoûtées encore à tout
ce qu'on lui connoiffoit de fupériorité
dans ce talent.
Le Divertiffement dans le Devin du
Village , fubftitué à celui de cet Inter-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
méde , étoit charmant par la variété &
par la gaîté des morceaux dont il étoit
compofé. Le fieur CAILLOT y chantoit
une Ariette compofée pour cet objet
par le fieur PHILIDOR : mais ce qu'il
y avoit de plus faillant & d'unique en
fon genre , étoit un Pas de quatre Villageois
& Villageoifes
, éxécuté par le
fieur LANI , la Dlle ALLARD , le fieur
DAUBERVAL
& la Dlle PESLIN . Ces
quatre Sujets dont l'affortiment
du genre
, des tailles & des talens , feroit impoffible
à raffembler
dans toute l'Europe
, éxécutoient
ce Pas avec une double
préciſion de jufteffe & de graces co miques, qui méritoient
toute l'admiration
dont ils furent honorés & qui comblerent
le plaifir que faifoit l'enſemble
de ce Spectacle.
Ces divertiffemens étoient arrangés
ainfi que tous les précédens , par le fieur
REBEL , Surintendant de la Mufique
du Roi , de fémeftre depuis le premier
Janvier. Le goût du choix & la plus délicate
analogie dans les rapports de genre
avec les Ouvrages auxquels ces Divertiffemens
étoient adaptés , ont reçu
& mérité de très-juftes éloges .
Le Jeudi , 17 Mars , on donna Zaïre , (1)
(4) Prem. Repréfent, en 1732. 30 Repréfent.
AVRIL 1763. 177
1.
Tragédie du fieur de VOLTAIRE
Orofmane , repréfenté par le fieur LE
KAIN ;Lufignan, par le fieur BRISART;
Néreftan & Chatillon , par les fieurs
MOLE & DUBOIS ; Zaïre , par la Dlle
GAUSSIN ; Fatime , par la Dlle PRÉ-
VILLE .
Ce même jour , qui étoit , felon l'ufage
, celui de la clôture des Spectacles
à la Cour , fut auffi marqué par une repréfentation
très- intéreffante fçavoir
celle de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en un Acte , en Vers libres , du fieur
FAVART , à l'occafion de la Paix , repréfentée,
à Paris pour la premiere fois ,
le Lundi précédent , on diroit avec le
plus grand fuccès , fi celui qu'elle a eu à
la Cour n'avoit été en quelque forte encore
plus éclatant. Nous parlerons
dans l'Article de Paris , de cette Piéce
nouvelle dont l'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté au Roi .
P
N. B. On a éxactement nommé , dans
cettefin du Journal des Spectacles de la
Cour , tous les Acteurs qui ont repréſen
té dans chaque Piéce du Théâtre François
, afin de conftater en même temps
les Sujets éxiftans à ce Théatre pendant
cette derniere année & le fervice qu'ils
Ну
178 MERCURE DE FRANCE .
ont eu l'honneur de remplir en préfence
de leurs Majeftés.
Fermer
Résumé : SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
Du 17 février au 9 mars 1763, la cour de Versailles a accueilli plusieurs spectacles présentés par les Comédiens Français. Parmi les pièces jouées figurent 'Inès de Castro' de La Motte, 'Les Femmes savantes' et 'Le Dépit amoureux' de Molière, ainsi que 'Les Déhors trompeurs' de De Boissy. Le 3 mars, une représentation du ballet 'La Vue' a été interrompue en raison d'une indisposition. Le 9 mars, après une comédie italienne, 'Le Devin du Village' de Rousseau a été interprété par Géliote et la Dlle Villette. En avril 1763, les représentations ont continué. Le 10 mars, les Comédiens Français ont joué 'Brutus' de Voltaire et 'L'Esprit de contradiction' de Dufresny. Le 15 mars, ils ont présenté 'Mélanide' de La Chaussée, suivie de 'Le Bucheron' par les acteurs de la Comédie Italienne. Le 16 mars, des reprises de 'Vertumne et Pomone' et du 'Devin du Village' ont été données. Le 17 mars, 'Zaïre' de Voltaire et 'L'Anglais à Bordeaux' de Favart ont été joués. Un document officiel, probablement publié dans le 'Mercure de France', a reconnu les sujets ayant servi au théâtre durant l'année précédente. Il a confirmé les individus présents sur scène et les rôles qu'ils ont honorablement remplis devant leurs Majestés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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415
p. 148-169
EXTRAIT DE L'ANGLOIS A BORDEAUX.
Début :
Représenté pour la premiere fois par les Comédiens François, le 4 Mars 1763. [...]
Mots clefs :
Valet, Marquise , Anglais, Combat, Fierté, Maître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE L'ANGLOIS A BORDEAUX.
M. Malé.
La Marquife de FLORICOURT , 1
Soeur de DARMANT , Mlle Dangeville.
Mylord BRUMTON , M. Belcour.
CLARICE , Fille du Mylord, Mlle Huff.
ROBINSON , Valet du Mylord ,
M. Armand.
SUDMER , riche Négociant Anglois, M.Préville.
La Scène eft à Bordeaux , dans la Maiſon
de Darmant.
MYLORD BRUMTON s'embarque à
Dublin pour aller à Londres avec
CLARICE fa fille , il tranſporte avec lui
la plus grande partie de fa fortune :
fon Vaiffeau eft attaqué par une Fré- +
AVRIL 1763. 149
E
gate Françoife commandée par DARMANT.
Après un combat très -vif , le
Vaiffeau Anglois coule à fonds ; on n'a
que le temps de fauver les gens de
1'Equipage qui font conduits à Bordeaux.
Le Mylord & fa fille font logés
chez DARMANT , qui employe tous les
moyens poffibles pour adoucir le fort
de fes prifonniers ; mais BRUMTON ne
veut accepter aucuns fecours .
Tous ces détails font exposés dans
la prémiere Scène entre DARMANT &
la Marquife de FLORICOURT,
L'Officier François fe plaint à fa
foeur , de la fierté fuperbe & dédaigneufe
du Mylord qui aime mieux expofer
fa fille aux befoins que d'accepter
un bienfait des mains d'un ennemi.
Mais mon frere , dit la Marquife , en
cherchant à rendre fervice au Mylord ,
ne fongeriez - vous point à fa fille ?
Cette Angloife eft charmante. DARMANT
avoue qu'il adore CLARICE ;
mais il veut qu'elle l'ignore.
,, L'amour dégraderoit la générofité.
LA MARQUISE
5
Qui vous fait donc agir ?
DARMA N. T.
L'humanité.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
La Marquife fe moque de fa difcré
tion , elle lui confeille de fe déclarer à
Clarice & de faire enforte de gagner
la bienveillance du Mylord.
» Devenez fon ami.
DARMANT.
" Mes foins font fuperflus ;
>>Ses principes outrés d'honneur patriotique ,
» Sa façon de penfer qu'il croit philofophique ,
» Sa haine contre les François ;
>> Tout met une barrière entre nous pour jamais.
POLA MARQUISE.
>> Je prétens la brifer , j'entreprens le Mylord ,
» Nous verrons donc ce Philofophe ,
» Et s'il veut raiſonner ; c'eſt moi qui l'apostrophe.
» Cependant obligez le Mylord en filence
» Et cherchez des moyens fecrets.....
ל כ
DARMANT.
>>J'ai déja commencé ; mais n'en parlez jamais ,
D'un bienfait divulgué, l'amour-propre s'offenfe,
>> Le Valet Robinſon eſt dans mes intérêts ;
» Par fon moyen , fon Maître a touché quelques
>> fommes.
AVRIL. 1763 151
Sous le nom fuppofé d'un Patriote Anglois.
LA MARQUISE.
»Voilà comme il faudroit toujours tromper les
» hommes.
Robinson paroît :
LA MARQUISE.
Que fait ton Maître ?
ROBINSON.
Il penſe ,
DARMAN T.
Et Clarice ,
ROBINSON.
Soupire.
DARMANT demande à ROBINSON
ce que le Mylord penſe de la lettre de
change qu'il lui a fait parvenir ; le valet
lui répond que fon Maître n'a aucun
foupçon à cet égard , & qu'il croit que
le bienfait vient de SUDMER à qui il a
promis fa fille . ROBINSON ajoute : mon :
Maître
>> Convaincu qu'il lui doit ce fervice
Hâtera le moment de lui donner Clarice.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
DARMANT.
» Clarice à Sudmer ?
ROBINSON.
» Oui.
DARMANT.
» Va-t-en.
ROBINSON fe retire ; c'eft par ces
mots que l'intérêt de la Pièce s'établit
& que fe forme le noeud.
La Marquife encourage fon frère.
CLARICE paroît ; elle vient prier Madame
de FLORICOURT de tirer fon père
de la profonde mélancolie où il eft
plongé ......
Il vous a entendu
(continue Clarice).
>> Jouer au Clavecin un concerto d'Indel ;
» Notre Mufique Angloiſe éxcite ſes tranſports
» Pour la premiere fois je vois ici , Madame ,
Le plaifir dans fes yeux & le jour dans ſon âme
DARMAN T.
» Ma foeur , ma foeur , courez au Clavecin .
La Marquife fait connoître qu'elle a
AVRIL. ་
153 1763 .
un autre projet ; elle quitte la Scène.
CLARICE veut rentrer ; DARMANT
l'arrête. Ils ont enſemble un entretien
qui développe l'intérêt. L'un & l'autre
épris de l'amour le plus tendre , diffimulent
leurs fentimens & font tous leurs
éfforts pour fe cacher les mouvemens de
leurs coeurs . Cette fcène filée n'eft point
fufceptible d'un extrait , parce qu'elle
dépend des gradations & des nuances; on
citera feulement ces vers qui la terminent
, & dits fupérieurement par M.
'MOLÉ.
> Le coeur reconnoît- il un Pays différent ?
C'eſt la diverfité des moeurs, des caractères,
Qui fit imaginer chaque Gouvernement.
>> Les Loix font des freins falutaires
» Qu'il faut varier prudemment ,
Suivant chaque climat , chaque tempérament ;
» Ce font des régles néceffaires ,
&
>
Pour que l'on puiffe adopter librement
→ Dės vertus même involontaires.
» Mais ce qui tient au Sentiment ,
N'a dans tous les Pays qu'une Loi , qu'un lan
" gage :
» Tous les hommes également .
» S'accordent pour en faire usage.
François , Anglois , Efpagnol , Allemand
Vont au- devant du noeud que le coeur leur
Gy
t
» dénote ,
154 MERCURE DE FRANCE.
>> Ils font tous confondus par ce lien charmant
» Et quand on eſt ſenſible , on eſt compatriote
>> Malheur à ceux qui penſent autrement ;
>> Une âme féche , une âme dure
» Devroit rentrer dans le néant:
» C'eſt aller contre l'ordre. Un Etre indifférent
>> Eft une erreur de la Nature.
DARMANT fe retire à la vue de
ERUMTON ; ce Mylord eft furieux de
ne voir que des jeux , jeux , de n'entendre que
des ris , des férénades , & d'être étourdi
de chanteurs qui avec leurs maudits tam-.
bourins paffent inceffamment exprès
fous fes fenêtres , pour le troubler dans
fes ennuis.
» Tandis
que la Difcorde en cent climats divers
» De tant d'infortunés écrafe les afyles ,
» Le François chante , on ne voit dans fes Villes
Que feftins , jeux , bals & concerts.
» Quel Dieu le fait jouir de ces deftins tranquilles
Dans lefein de la guerre il goûre le repos.
→ Sans peines , fans befoins & libre fous un Maître
» Le François eft heureux & l'Anglois cherche à
» l'être.
CLARICE.
20. Vous pouvez l'être auffi.
AVRIL 1763. 155
BRUMTON fait rentrer fa fille ; il:
gémit de fe voir retenu chez un peuple
frivole ; il fe précipite dans un fauteuil
& porte les yeux de tous côtés.
>>Tout ne préfente ici qu'un luxe ridicule.
( Il arrête fes regards fur une Horloge : .)
>>Quoi l'art a décoré jufqu'à cette pendule ?:
>> On couronne de fleurs l'interprête du temps ,
» Qui diviſe nos jours & marque nos inftans !
>>Tandis que triftement ce globe qui balance
>> Me fait compter les pas de la mort qui s'avance.
>>Le François entraîné par de légers defirs-
» Ne voit fur ce cadran qu'un cercle de plaifirs.
On tire le Mylord de fes réfléxions ,
en lui apportant de l'argent : BRUMTON
relit la lettre attribuée à SUDMER .
Mylord , je vous envoye une lettre de
change, &c.
Après en avoir fait la lecture , le Mylord
forme le deffein de ne plus demeurer
chez DARMANT. Il charge
fon valet d'aller lui chercher un autre
logement.
5. Pour vivre feuls dans l'ombre & le filénce.
La Marquife paroit , Brumton veutfe retirer
elle l'arrête :
G.vj
156 MERCURE DE FRANCE.
» En qualité d'homme qui penſe ,
» Je ne crois pas que Monfieur fe difpenfe
›› D'éclairer ma raiſon , mon coeur & mon efprit.
» Vous êtes Philofophe , à ce que l'on m'a dit.
D
·
» Communiquez un peu votre ſcience.
LE MYLORD.
Je pense pour moi feul.
LA MARQUISE. ·
» Ah ! quelle inconſéquence i
En vain le Sage réfléchit ,
Si la fociété n'en tire aucun profit ;
>>On doit la cultiver pour elle, pour foi- même.
Eh ! laiffez -là vos fonges creux ;
>> La meilleure morale eft de fe rendre heureux,
>>On ne peut l'être feul avec votre.ſyſtême ,
» Mon inftin &t me le dit & mon coeur encor
>> mieux !
>>La chaîne des befoins rapproche tous les hom
> mes ;
» Le lien du plaifir les unit encor plus.
>> Ces noeuds fi doux pour vous font-ils rompus?
>> Pour être heureux, fayez ce que nous fommes,
LE MYLOR D.
Connoiffez mieux l'Anglois ,Madame, ſon génie
Le porte à de plus grands objets.
AVRIL. 1763. 157
Politique profond , occupé de projets,
Il prétend à l'honneur d'éclairer fa patrie.
» Le moindre Citoyen , attentif à fes droits ,
Voit les papiers publics , & régit l'Angleterre ;
Du Parlement compte les voix ,
>>Juge de l'équité des Loix ,
Prononce librement fur la paix ou la guerre ,
» Peſe les intérêts des Rois ,
Et du fond d'un Caffé leur meſure la terre.
LA MARQUISE.
Jouiffez comme nous.
LE MYLORD.
Mais d'un fi doux lonfir
Quel eft le fruit ?
LA MARQUISE
Le plaifir.
LE MYLORD.
Le plaifir
LA MARQUISE
Je parois ridicule à vos yeux , je le voi.
Mais tout confidéré , quel eft le ridicule ?
Sous des traits différens dans le monde il ci-
>> cule.
Mais au fond, quel eft-il une convention ,
158 MERCURE DE FRANCE.
» Un phantôme idéal , une prévention.
Il n'éxifta jamais aux yeux d'un homme fages
Se variant au gré de chaque Nation ,
» Le ridicule appartient à l'ufage :
L'uſage eft pour les moeurs , les habits , le lan
22
gage .
» Mais je ne vois point les rapports--
»Qu'il peut avoir avec notre âme ;
» L'homme eft homme par -tout : fi la vertu l'en
» flamme ,
» C'eſt mon héros , je laiffe les dehors.
>> Quoi ! toujours notre efprit fantafque
»Ne jugera jamais l'homme que fur le maſque
Nous avons des défauts, chaque Peuple a les fiens.
»Pourquoi s'attacher à des riens?
» Eh ! oui , des riens , des miſéres , vous dis- je ,
Sa Qui ne méritent pas d'exciter votre humeur ;
»C'eſt d'un vice réel qu'il faut qu'on fe corrige :
>>Les écarts de l'efſprit ne font pas ceux du coeur.
BRUMTON eft frappé des lumières
philofophiques qui percent à travers le
tourbillon de la gaîté.
La Marquife dit du bien des Anglois
.
> Comment donc vous penſez &
~fs'écrie Brumton , enfaififfant la main de la Mare
quife. )
Ah ! vous mefédujrjez & vous étiez Angloiſes
AVRIL, 1763. 159
Madame de FLORICOURT qui con
noît dans ce moment tous les avantages
qu'elle a fur le Mylord , va plus loin ;
elle veut l'engager à figurer dans un
ballet. BRUMTON eft indigné de la
propofition ; la Marquife lui replique
vivement.
>> Et pourquoi chercher des raifons
» Pour nourrir chaque jour votre milanthropie
» Vous pensez , & nous jouiſſons :
Laiffez-là , croyez - moi , votre Philofophie ,
Elle donne le fpléne , elle endurcit les coeurs
» Notre gaîté que vous nommez folie ,
» Nuance notre efprit de riantes couleurs
» Par un charme qui fe varie ,
Elle orne la Raifon , elle adoucit les moeurs
»C'eſt un printemps qui fait naître les fleurs
» Sur les épines de la vie.
Madame de FLORICOURT quitte
BRUMTON en ne lui donnant qu'un
moment pour fe déterminer. Mylord
refté feul , fe reproche d'avoir marqué
trop d'aigreur à la Marquife ; car malgréfon
inconféquence , dit- il ,
» Je m'apperçois qu'elle a bon coeur ,
» Et fans qu'elle y fonge elle penfe.
44
» Allons , allons , Mylord , il faut quetu t'apaiſes,
160 MERCURE DE FRANCE.
Fais effort fur toi- même & pardonne aux Fran
çoiſes ;
t
On peut s'y faire....
DARMANT s'avance , il annonce au
Mylord que l'on va renvoyer des prifonniers
Anglois pour pareil nombre
de François , & qu'il l'a fait comprendre
dans l'échange. Qui vous en a prié ?
dit BRUMTON ; je ne veux rien devoir
qu'à ma Nation. J'ai fait des dépêches
pour Londres ; je trouverai fans vous la
fin de mes malheurs . DARMANT remarque
un nouvel accès d'humeur dans
BRUMTON.
DARMANT.
Ah ! je vois ce que c'eft : vous avez vû ma ſoeur
Ses airs évaporés & la tête légére....
MYLORD , à part.
» Veut-il interroger mon coeur ?
DAR MANT.
Oui je conçois qu'elle a pu vous déplaire.
LE MYLORD.
A quoi bon votre foeur ? je l'excufſe aiſément.
a Elle eft femme.
1
AVRIL. 1763. 160
DARMANT.
Son caractere...
LE MYLORD.
M'en fuis-je plaint ?
DARMAN T.
Non , poliment.
LE MY LORD.
Je ne fais point poli.
DARMANT.
Scachez que fon fyftême
»Eftde vous confoler,de vous rendre àvous-même,
»Si je ne l'arrêtois , Monfieur , journellement
Vous feriez obfédé.
LE MYLORD.
Monfieur , laiffez-la faire.
•
DARMANT demande à BRUMTON
fon amitié ou du moins fon eftime. Le
Mylord repart.
» Eh ! malgré moi , Monfieur , vous avez mos
» eſtime ; &c.
162 MERCURE DE FRANCE .
On annonce un Anglois ; c'eft SUDMER
; il fe précipite dans les bras du
Mylord , il fe retourne vers DARMANT ,
il le reconnoît pour fon bienfaiteur.
DARMANT n'a aucune idée d'avoir vu
SUDMER . Celui-ci lui dit :
>>>Je ſuis affez heureux moi ,pour vous reconnoître .
» Rappellez-vous que je vous dois la vie.
>>Vous changeâtes pour moi la fortune ennemies
( Portant la main fur fon coeur:)
» Voilà le livre où font écrits tous les bienfaits.
>>Vous êtes mon ami , du moins je fuis le vôtre
» C'eſt par vos procédés que vous m'avez lié :
›› Je m'en fouviens , vous l'avez oublié ,
as Nous faiſons notre charge en cela l'un & l'autre,
Il raconte les obligations qu'il a a
DARMANT. BRUMTON reproche à
SUDMER l'accueil qu'il fait au François.
Vous n'êtes pas Anglois,
SUDMER.
Je fuis plus ; je fuis homme.
Qu'avez-vous contre lui ? cette froideur m'af
>>fomme ;
Efclave né d'un goût national ,
AVRIL. 1763. 163
"
» Vous êtes toujours partial !
N'admettez plus des maximes contraires ,
Et comme moi voyez d'un oeil égal , ""
" Tous les hommes qui font vos frères.
J'ai détesté toujours un préjugé fatal.
,, Quoi ! parce qu'on habite un autre coin de terre
‚ Il faut ſe déchirer & ſe faire la guerre.
" Tendons tous au bien général ;
5, Crois- moi , Mylord , j'ai parcouru le monde ,
Je ne connois fur la machine ronde
» Rien que deux Peuples différens §.
Sçavoir les hommes bons & les hommes mé→
,, chans.
,,Je trouve par- tout ma patrie
Oùje trouve d'honnêtes gens
,, En Cochinchine , en Barbarie ,
,, Chez les Sauvages mêmes ; &c.
SUDMER invite DARMANT à être
de fa nôce ; BRUMTON fe retire pour
aller avertir fa fille de l'arrivée de
SUDMER. DARMANT ne peut cacher
fon trouble ; SUDMER le foupçonne
d'être fon rival: il veut s'en éclaircir.
DARMANT le quitte .
CLARICE paroît avec fon père ;
SUDMER la trouve charmante ; il lui
demande s'il aura le bonheur d'en être
aimé ; la réponſe de CLARICE donne
encore lieu à des foupçons. BRUMTON
164 MERCURE DE FRANCE.
répond pour fa fille. Je fçais , dit-il ,
comme ma fille penfe , & la reconnoiffance
qu'elle fent comme moi de vos
rares bienfaits , doit l'attacher à vous tendrement.
Quels font ces bienfaits ? re-:
plique SUDMER. Le Mylord lui montre
la lettre qu'il a reçue de fa part ; le Négociant
n'y comprend rien.
Je fais dans un courroux extrême , dit-il, )
Comment , quelqu'an a pris mon nom ,
Pour faire une bonne aЯtion
Que j'aurois pû faire moi-même ?
Il fort pour aller demander des éclairciffemens
au Banquier qui a payé la
lettre de change.
Dans la Scène fuivante le Mylord interroge
fa fille fur les difpofitions de
fon coeur ; elle lui répond avec une franchife
Angloife , qu'elle eft prête à obéir
à fon père ; mais qu'elle n'a pu fe défendre
d'aimer DARMANT. Le Mylord
eft frappé d'étonnement : fa fille le
raffure en lui difant que rien n'a fait
connoître fes fentimens à l'Officier François
, & qu'elle ignore de même les
fiens.
SUDMER arrive ; il n'a pû rien fçavoir
du Banquier. On appelle ROBINAVRIL.
1763. 169
SON ; ce valet forcé par des menaces
de découvrir la vérité , déclare que DARMANT
eft l'auteur des bienfaits que le
Mylord a reçus
"2
LE MYLORD.
O Ciel ! aimeroit-il ma fille ?
ROBINSON.
, Oh ! non , Mylord , iln'oferoit
C'est générosité toute pure.....
Le Mylord demande à CLARICE £
elle eft inftruite ; elle protefte que non.
La Marquife arrive ; fon frère la fuit.
Elle annonce que la paix eft ratifiée &
fait une peinture très-vive de la joie
publique. BRUMTON dit à DARMANT.
Nos Nations font réconciliées .
Par vos traits généreux vous m'avez corrigé,
Et l'amitié furmonte enfin le préjugé :
Que par cette amitié nos maiſons foient liées.
,,Pour vous marquer combien vous m'êtes cher,
Vous fignerez le Contrat de ma fille ""
,, Que dès ce ſoir je marie à Sudmer.
DARMANT eft confterné. La Marquife
rit ; le Mylord en demande la
raiſon; ta Marquise découvre l'amour de
166 MERCURE DE FRANCE .
fon frère pour CLARICE. SUDMER dit
à BRUMTON qu'il pourroit faire une
fottife d'époufer fa fille ; il ajoute :
"
""
Mon rival doit au fond avoir la préférence ,
Sous mon nom il a fçu faifir l'occafion
› D'avoir pour vous ,Mylord , un procédé fort bont
Si je deviens le mari de Clarice ; ""
,, Il eft homme peut-être à rendre encor fervices
„, Je ſuis accoutumé d'être ſon prête-nom .
Le Mylord donne fa fille à DARMANT
& lui- même épouſe la Marquiſe.
SUDMER applaudit à cette double al
liance & dit au François.
,,Daignez , mon cher Darmant , en cette circon .
,, ftance ,
,, Me foulager du poids de la reconnoiffance :
,,Jefens queje fuis vieux,je me vois de grands biens,
Je n'ai point d'héritiers ; foyez tous deux les
"
""
miens....
Point de remerciment , ce feroit une offenfe.
,, Si je vous fçais heureux , mes amis , c'eſt affez ,
C'est vous , c'est vous qui me récompenfez.
La Marquife termine la Pièce
"
quatre vers fuivans.
39
par
les
Lecourage & l'honneur rapprochent les pays,
,,Et deux Peuples égaux en vertus , en lumières,,
De leurs divifions renverfent les barrières
"> Pour demeure toujours amis.
AVRIL. 1763. 167
OBSERVATIONS SUR L'ANGLOIS
A BORDEAUX.
Il ne nous refte que peu de chofes à ajouter
à ce que nous avons dit fur cette Piéce dans le
précédent Mercure , auquel nous prions les Lecteurs
de vouloir bien permettre que nous les
renvoyons.
Tout le monde conçoit aifément ce que doit
être un Drame fait & conftruit pour une circonftance
à laquelle , action , intrigue , carac
tères , fituations , jeu de Théâtre , & furtout le
dénoûment doivent ſe rapporter. On peut donc
fentir par la difficulté de l'ouvrage , le prix de
l'intelligence & de l'art qui regnent dans celleci
; puifqu'en y faifant la plus légére attention ,
on apperçoit que cette Comédie fans éprouver
beaucoup de changemens , & fans aucun renverfement
de conftruction ni dans le fond ni dans
les détails , deviendra une Comédie de tous les
temps , & une Comédie toujours agréable.
On fe difpenfera de répondre à ceux qui ju
geroient le caractère du Mylord trop obstinément
mifanthrope. Il y a dans la conſtitution du
Drame & dans la néceflité des contraſtes , dequoi
juftifier à cet égard la touche un peu forte de ce
caractère. On doit fe prêter aux difficultés de
l'art pour nuancer le fond d'un caractère national
, de manière à produire par les conféquences
des mêmes principes , des fentimens , une humeur
& une conduite auffi oppofés qu'on les voit
à tous momens entre Sudmer & ce Mylord . L'ef168
MERCURE DE FRANCE .
fet qui en réſulte eft fans contredit affez agréable
pour ne pas s'attacher à en critiquer fcrupuleufement
les moyens , d'autant qu'ils ne préfentent
rien de forcé au premier afpect .
Les détails du rôle de la Marquife le rour
agréable de fa Philofophie , ce qu'il prêtoit au
plaifir de voir & d'entendre plus longtemps Mlle
Dangeville , l'objet de regrets fi juftes & fi vivement
fentis par le Spectateur, tout devoit nous
empêcher d'examiner s'il n'y auroit pas eu quelques
moyens de rendre les progrès de la conquê
te fur le Mylord un peu plus fenfibles dans leur
gradation.
Nous avons déja parlé précédemment du coloris
de cette Piéce. Aujourd'hui que nous venons
d'en mettre une partie fous les yeux du Public ,
ce feroit faire tort à l'Auteur , que de prévenir
les éloges qu'il recevra de chaque Lecteur ,
éloges plus fateurs pour lui que ceux que nous
répéterions ici.
Les Comédiens François ont fait l'ouverture
de leur Théâtre,Lundi 11 Avril,
par Sémiramis , Tragédie de M. DE
VOLTAIRE & le Somnambule.
Nous ne pouvons plus nous diffimuler
, ni au Public , la perte que nous
avions différé de conftater. Toutes les
follicitations , les offres les plus avantageufes
& les plus honorables , l'attrait
de fa propre gloire , attrait renouvellé
autant de fois que paroiffoit Mademoifelle
DANGEVILLE rien n'a pû la
détourner du projet annoncé de fa retraite,
,
AVRIL. 1763. 169
traite , malheureuſement trop indiſpen :
fa fanté.
fable
pour
Le Public , amateur du Théâtre , a eu
d'autres regrets à joindre à celui - ci , par
la perte de Mademoiſelle GAUSSIN.
M. DANGEVILE , frère de l'admirable
Actrice dont on ne peut fe confoler ,
vient auffi de fe retirer.
Le Compliment que M. DAUBERVAL
a prononcé à l'ouverture du Théàtre
, contenant le jufte tribut d'éloges
que nous nous propofions de payer
aux deux A&trices dont on vient de
parler nous allons le rapporter en
entier.
La Marquife de FLORICOURT , 1
Soeur de DARMANT , Mlle Dangeville.
Mylord BRUMTON , M. Belcour.
CLARICE , Fille du Mylord, Mlle Huff.
ROBINSON , Valet du Mylord ,
M. Armand.
SUDMER , riche Négociant Anglois, M.Préville.
La Scène eft à Bordeaux , dans la Maiſon
de Darmant.
MYLORD BRUMTON s'embarque à
Dublin pour aller à Londres avec
CLARICE fa fille , il tranſporte avec lui
la plus grande partie de fa fortune :
fon Vaiffeau eft attaqué par une Fré- +
AVRIL 1763. 149
E
gate Françoife commandée par DARMANT.
Après un combat très -vif , le
Vaiffeau Anglois coule à fonds ; on n'a
que le temps de fauver les gens de
1'Equipage qui font conduits à Bordeaux.
Le Mylord & fa fille font logés
chez DARMANT , qui employe tous les
moyens poffibles pour adoucir le fort
de fes prifonniers ; mais BRUMTON ne
veut accepter aucuns fecours .
Tous ces détails font exposés dans
la prémiere Scène entre DARMANT &
la Marquife de FLORICOURT,
L'Officier François fe plaint à fa
foeur , de la fierté fuperbe & dédaigneufe
du Mylord qui aime mieux expofer
fa fille aux befoins que d'accepter
un bienfait des mains d'un ennemi.
Mais mon frere , dit la Marquife , en
cherchant à rendre fervice au Mylord ,
ne fongeriez - vous point à fa fille ?
Cette Angloife eft charmante. DARMANT
avoue qu'il adore CLARICE ;
mais il veut qu'elle l'ignore.
,, L'amour dégraderoit la générofité.
LA MARQUISE
5
Qui vous fait donc agir ?
DARMA N. T.
L'humanité.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
La Marquife fe moque de fa difcré
tion , elle lui confeille de fe déclarer à
Clarice & de faire enforte de gagner
la bienveillance du Mylord.
» Devenez fon ami.
DARMANT.
" Mes foins font fuperflus ;
>>Ses principes outrés d'honneur patriotique ,
» Sa façon de penfer qu'il croit philofophique ,
» Sa haine contre les François ;
>> Tout met une barrière entre nous pour jamais.
POLA MARQUISE.
>> Je prétens la brifer , j'entreprens le Mylord ,
» Nous verrons donc ce Philofophe ,
» Et s'il veut raiſonner ; c'eſt moi qui l'apostrophe.
» Cependant obligez le Mylord en filence
» Et cherchez des moyens fecrets.....
ל כ
DARMANT.
>>J'ai déja commencé ; mais n'en parlez jamais ,
D'un bienfait divulgué, l'amour-propre s'offenfe,
>> Le Valet Robinſon eſt dans mes intérêts ;
» Par fon moyen , fon Maître a touché quelques
>> fommes.
AVRIL. 1763 151
Sous le nom fuppofé d'un Patriote Anglois.
LA MARQUISE.
»Voilà comme il faudroit toujours tromper les
» hommes.
Robinson paroît :
LA MARQUISE.
Que fait ton Maître ?
ROBINSON.
Il penſe ,
DARMAN T.
Et Clarice ,
ROBINSON.
Soupire.
DARMANT demande à ROBINSON
ce que le Mylord penſe de la lettre de
change qu'il lui a fait parvenir ; le valet
lui répond que fon Maître n'a aucun
foupçon à cet égard , & qu'il croit que
le bienfait vient de SUDMER à qui il a
promis fa fille . ROBINSON ajoute : mon :
Maître
>> Convaincu qu'il lui doit ce fervice
Hâtera le moment de lui donner Clarice.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
DARMANT.
» Clarice à Sudmer ?
ROBINSON.
» Oui.
DARMANT.
» Va-t-en.
ROBINSON fe retire ; c'eft par ces
mots que l'intérêt de la Pièce s'établit
& que fe forme le noeud.
La Marquife encourage fon frère.
CLARICE paroît ; elle vient prier Madame
de FLORICOURT de tirer fon père
de la profonde mélancolie où il eft
plongé ......
Il vous a entendu
(continue Clarice).
>> Jouer au Clavecin un concerto d'Indel ;
» Notre Mufique Angloiſe éxcite ſes tranſports
» Pour la premiere fois je vois ici , Madame ,
Le plaifir dans fes yeux & le jour dans ſon âme
DARMAN T.
» Ma foeur , ma foeur , courez au Clavecin .
La Marquife fait connoître qu'elle a
AVRIL. ་
153 1763 .
un autre projet ; elle quitte la Scène.
CLARICE veut rentrer ; DARMANT
l'arrête. Ils ont enſemble un entretien
qui développe l'intérêt. L'un & l'autre
épris de l'amour le plus tendre , diffimulent
leurs fentimens & font tous leurs
éfforts pour fe cacher les mouvemens de
leurs coeurs . Cette fcène filée n'eft point
fufceptible d'un extrait , parce qu'elle
dépend des gradations & des nuances; on
citera feulement ces vers qui la terminent
, & dits fupérieurement par M.
'MOLÉ.
> Le coeur reconnoît- il un Pays différent ?
C'eſt la diverfité des moeurs, des caractères,
Qui fit imaginer chaque Gouvernement.
>> Les Loix font des freins falutaires
» Qu'il faut varier prudemment ,
Suivant chaque climat , chaque tempérament ;
» Ce font des régles néceffaires ,
&
>
Pour que l'on puiffe adopter librement
→ Dės vertus même involontaires.
» Mais ce qui tient au Sentiment ,
N'a dans tous les Pays qu'une Loi , qu'un lan
" gage :
» Tous les hommes également .
» S'accordent pour en faire usage.
François , Anglois , Efpagnol , Allemand
Vont au- devant du noeud que le coeur leur
Gy
t
» dénote ,
154 MERCURE DE FRANCE.
>> Ils font tous confondus par ce lien charmant
» Et quand on eſt ſenſible , on eſt compatriote
>> Malheur à ceux qui penſent autrement ;
>> Une âme féche , une âme dure
» Devroit rentrer dans le néant:
» C'eſt aller contre l'ordre. Un Etre indifférent
>> Eft une erreur de la Nature.
DARMANT fe retire à la vue de
ERUMTON ; ce Mylord eft furieux de
ne voir que des jeux , jeux , de n'entendre que
des ris , des férénades , & d'être étourdi
de chanteurs qui avec leurs maudits tam-.
bourins paffent inceffamment exprès
fous fes fenêtres , pour le troubler dans
fes ennuis.
» Tandis
que la Difcorde en cent climats divers
» De tant d'infortunés écrafe les afyles ,
» Le François chante , on ne voit dans fes Villes
Que feftins , jeux , bals & concerts.
» Quel Dieu le fait jouir de ces deftins tranquilles
Dans lefein de la guerre il goûre le repos.
→ Sans peines , fans befoins & libre fous un Maître
» Le François eft heureux & l'Anglois cherche à
» l'être.
CLARICE.
20. Vous pouvez l'être auffi.
AVRIL 1763. 155
BRUMTON fait rentrer fa fille ; il:
gémit de fe voir retenu chez un peuple
frivole ; il fe précipite dans un fauteuil
& porte les yeux de tous côtés.
>>Tout ne préfente ici qu'un luxe ridicule.
( Il arrête fes regards fur une Horloge : .)
>>Quoi l'art a décoré jufqu'à cette pendule ?:
>> On couronne de fleurs l'interprête du temps ,
» Qui diviſe nos jours & marque nos inftans !
>>Tandis que triftement ce globe qui balance
>> Me fait compter les pas de la mort qui s'avance.
>>Le François entraîné par de légers defirs-
» Ne voit fur ce cadran qu'un cercle de plaifirs.
On tire le Mylord de fes réfléxions ,
en lui apportant de l'argent : BRUMTON
relit la lettre attribuée à SUDMER .
Mylord , je vous envoye une lettre de
change, &c.
Après en avoir fait la lecture , le Mylord
forme le deffein de ne plus demeurer
chez DARMANT. Il charge
fon valet d'aller lui chercher un autre
logement.
5. Pour vivre feuls dans l'ombre & le filénce.
La Marquife paroit , Brumton veutfe retirer
elle l'arrête :
G.vj
156 MERCURE DE FRANCE.
» En qualité d'homme qui penſe ,
» Je ne crois pas que Monfieur fe difpenfe
›› D'éclairer ma raiſon , mon coeur & mon efprit.
» Vous êtes Philofophe , à ce que l'on m'a dit.
D
·
» Communiquez un peu votre ſcience.
LE MYLORD.
Je pense pour moi feul.
LA MARQUISE. ·
» Ah ! quelle inconſéquence i
En vain le Sage réfléchit ,
Si la fociété n'en tire aucun profit ;
>>On doit la cultiver pour elle, pour foi- même.
Eh ! laiffez -là vos fonges creux ;
>> La meilleure morale eft de fe rendre heureux,
>>On ne peut l'être feul avec votre.ſyſtême ,
» Mon inftin &t me le dit & mon coeur encor
>> mieux !
>>La chaîne des befoins rapproche tous les hom
> mes ;
» Le lien du plaifir les unit encor plus.
>> Ces noeuds fi doux pour vous font-ils rompus?
>> Pour être heureux, fayez ce que nous fommes,
LE MYLOR D.
Connoiffez mieux l'Anglois ,Madame, ſon génie
Le porte à de plus grands objets.
AVRIL. 1763. 157
Politique profond , occupé de projets,
Il prétend à l'honneur d'éclairer fa patrie.
» Le moindre Citoyen , attentif à fes droits ,
Voit les papiers publics , & régit l'Angleterre ;
Du Parlement compte les voix ,
>>Juge de l'équité des Loix ,
Prononce librement fur la paix ou la guerre ,
» Peſe les intérêts des Rois ,
Et du fond d'un Caffé leur meſure la terre.
LA MARQUISE.
Jouiffez comme nous.
LE MYLORD.
Mais d'un fi doux lonfir
Quel eft le fruit ?
LA MARQUISE
Le plaifir.
LE MYLORD.
Le plaifir
LA MARQUISE
Je parois ridicule à vos yeux , je le voi.
Mais tout confidéré , quel eft le ridicule ?
Sous des traits différens dans le monde il ci-
>> cule.
Mais au fond, quel eft-il une convention ,
158 MERCURE DE FRANCE.
» Un phantôme idéal , une prévention.
Il n'éxifta jamais aux yeux d'un homme fages
Se variant au gré de chaque Nation ,
» Le ridicule appartient à l'ufage :
L'uſage eft pour les moeurs , les habits , le lan
22
gage .
» Mais je ne vois point les rapports--
»Qu'il peut avoir avec notre âme ;
» L'homme eft homme par -tout : fi la vertu l'en
» flamme ,
» C'eſt mon héros , je laiffe les dehors.
>> Quoi ! toujours notre efprit fantafque
»Ne jugera jamais l'homme que fur le maſque
Nous avons des défauts, chaque Peuple a les fiens.
»Pourquoi s'attacher à des riens?
» Eh ! oui , des riens , des miſéres , vous dis- je ,
Sa Qui ne méritent pas d'exciter votre humeur ;
»C'eſt d'un vice réel qu'il faut qu'on fe corrige :
>>Les écarts de l'efſprit ne font pas ceux du coeur.
BRUMTON eft frappé des lumières
philofophiques qui percent à travers le
tourbillon de la gaîté.
La Marquife dit du bien des Anglois
.
> Comment donc vous penſez &
~fs'écrie Brumton , enfaififfant la main de la Mare
quife. )
Ah ! vous mefédujrjez & vous étiez Angloiſes
AVRIL, 1763. 159
Madame de FLORICOURT qui con
noît dans ce moment tous les avantages
qu'elle a fur le Mylord , va plus loin ;
elle veut l'engager à figurer dans un
ballet. BRUMTON eft indigné de la
propofition ; la Marquife lui replique
vivement.
>> Et pourquoi chercher des raifons
» Pour nourrir chaque jour votre milanthropie
» Vous pensez , & nous jouiſſons :
Laiffez-là , croyez - moi , votre Philofophie ,
Elle donne le fpléne , elle endurcit les coeurs
» Notre gaîté que vous nommez folie ,
» Nuance notre efprit de riantes couleurs
» Par un charme qui fe varie ,
Elle orne la Raifon , elle adoucit les moeurs
»C'eſt un printemps qui fait naître les fleurs
» Sur les épines de la vie.
Madame de FLORICOURT quitte
BRUMTON en ne lui donnant qu'un
moment pour fe déterminer. Mylord
refté feul , fe reproche d'avoir marqué
trop d'aigreur à la Marquife ; car malgréfon
inconféquence , dit- il ,
» Je m'apperçois qu'elle a bon coeur ,
» Et fans qu'elle y fonge elle penfe.
44
» Allons , allons , Mylord , il faut quetu t'apaiſes,
160 MERCURE DE FRANCE.
Fais effort fur toi- même & pardonne aux Fran
çoiſes ;
t
On peut s'y faire....
DARMANT s'avance , il annonce au
Mylord que l'on va renvoyer des prifonniers
Anglois pour pareil nombre
de François , & qu'il l'a fait comprendre
dans l'échange. Qui vous en a prié ?
dit BRUMTON ; je ne veux rien devoir
qu'à ma Nation. J'ai fait des dépêches
pour Londres ; je trouverai fans vous la
fin de mes malheurs . DARMANT remarque
un nouvel accès d'humeur dans
BRUMTON.
DARMANT.
Ah ! je vois ce que c'eft : vous avez vû ma ſoeur
Ses airs évaporés & la tête légére....
MYLORD , à part.
» Veut-il interroger mon coeur ?
DAR MANT.
Oui je conçois qu'elle a pu vous déplaire.
LE MYLORD.
A quoi bon votre foeur ? je l'excufſe aiſément.
a Elle eft femme.
1
AVRIL. 1763. 160
DARMANT.
Son caractere...
LE MYLORD.
M'en fuis-je plaint ?
DARMAN T.
Non , poliment.
LE MY LORD.
Je ne fais point poli.
DARMANT.
Scachez que fon fyftême
»Eftde vous confoler,de vous rendre àvous-même,
»Si je ne l'arrêtois , Monfieur , journellement
Vous feriez obfédé.
LE MYLORD.
Monfieur , laiffez-la faire.
•
DARMANT demande à BRUMTON
fon amitié ou du moins fon eftime. Le
Mylord repart.
» Eh ! malgré moi , Monfieur , vous avez mos
» eſtime ; &c.
162 MERCURE DE FRANCE .
On annonce un Anglois ; c'eft SUDMER
; il fe précipite dans les bras du
Mylord , il fe retourne vers DARMANT ,
il le reconnoît pour fon bienfaiteur.
DARMANT n'a aucune idée d'avoir vu
SUDMER . Celui-ci lui dit :
>>>Je ſuis affez heureux moi ,pour vous reconnoître .
» Rappellez-vous que je vous dois la vie.
>>Vous changeâtes pour moi la fortune ennemies
( Portant la main fur fon coeur:)
» Voilà le livre où font écrits tous les bienfaits.
>>Vous êtes mon ami , du moins je fuis le vôtre
» C'eſt par vos procédés que vous m'avez lié :
›› Je m'en fouviens , vous l'avez oublié ,
as Nous faiſons notre charge en cela l'un & l'autre,
Il raconte les obligations qu'il a a
DARMANT. BRUMTON reproche à
SUDMER l'accueil qu'il fait au François.
Vous n'êtes pas Anglois,
SUDMER.
Je fuis plus ; je fuis homme.
Qu'avez-vous contre lui ? cette froideur m'af
>>fomme ;
Efclave né d'un goût national ,
AVRIL. 1763. 163
"
» Vous êtes toujours partial !
N'admettez plus des maximes contraires ,
Et comme moi voyez d'un oeil égal , ""
" Tous les hommes qui font vos frères.
J'ai détesté toujours un préjugé fatal.
,, Quoi ! parce qu'on habite un autre coin de terre
‚ Il faut ſe déchirer & ſe faire la guerre.
" Tendons tous au bien général ;
5, Crois- moi , Mylord , j'ai parcouru le monde ,
Je ne connois fur la machine ronde
» Rien que deux Peuples différens §.
Sçavoir les hommes bons & les hommes mé→
,, chans.
,,Je trouve par- tout ma patrie
Oùje trouve d'honnêtes gens
,, En Cochinchine , en Barbarie ,
,, Chez les Sauvages mêmes ; &c.
SUDMER invite DARMANT à être
de fa nôce ; BRUMTON fe retire pour
aller avertir fa fille de l'arrivée de
SUDMER. DARMANT ne peut cacher
fon trouble ; SUDMER le foupçonne
d'être fon rival: il veut s'en éclaircir.
DARMANT le quitte .
CLARICE paroît avec fon père ;
SUDMER la trouve charmante ; il lui
demande s'il aura le bonheur d'en être
aimé ; la réponſe de CLARICE donne
encore lieu à des foupçons. BRUMTON
164 MERCURE DE FRANCE.
répond pour fa fille. Je fçais , dit-il ,
comme ma fille penfe , & la reconnoiffance
qu'elle fent comme moi de vos
rares bienfaits , doit l'attacher à vous tendrement.
Quels font ces bienfaits ? re-:
plique SUDMER. Le Mylord lui montre
la lettre qu'il a reçue de fa part ; le Négociant
n'y comprend rien.
Je fais dans un courroux extrême , dit-il, )
Comment , quelqu'an a pris mon nom ,
Pour faire une bonne aЯtion
Que j'aurois pû faire moi-même ?
Il fort pour aller demander des éclairciffemens
au Banquier qui a payé la
lettre de change.
Dans la Scène fuivante le Mylord interroge
fa fille fur les difpofitions de
fon coeur ; elle lui répond avec une franchife
Angloife , qu'elle eft prête à obéir
à fon père ; mais qu'elle n'a pu fe défendre
d'aimer DARMANT. Le Mylord
eft frappé d'étonnement : fa fille le
raffure en lui difant que rien n'a fait
connoître fes fentimens à l'Officier François
, & qu'elle ignore de même les
fiens.
SUDMER arrive ; il n'a pû rien fçavoir
du Banquier. On appelle ROBINAVRIL.
1763. 169
SON ; ce valet forcé par des menaces
de découvrir la vérité , déclare que DARMANT
eft l'auteur des bienfaits que le
Mylord a reçus
"2
LE MYLORD.
O Ciel ! aimeroit-il ma fille ?
ROBINSON.
, Oh ! non , Mylord , iln'oferoit
C'est générosité toute pure.....
Le Mylord demande à CLARICE £
elle eft inftruite ; elle protefte que non.
La Marquife arrive ; fon frère la fuit.
Elle annonce que la paix eft ratifiée &
fait une peinture très-vive de la joie
publique. BRUMTON dit à DARMANT.
Nos Nations font réconciliées .
Par vos traits généreux vous m'avez corrigé,
Et l'amitié furmonte enfin le préjugé :
Que par cette amitié nos maiſons foient liées.
,,Pour vous marquer combien vous m'êtes cher,
Vous fignerez le Contrat de ma fille ""
,, Que dès ce ſoir je marie à Sudmer.
DARMANT eft confterné. La Marquife
rit ; le Mylord en demande la
raiſon; ta Marquise découvre l'amour de
166 MERCURE DE FRANCE .
fon frère pour CLARICE. SUDMER dit
à BRUMTON qu'il pourroit faire une
fottife d'époufer fa fille ; il ajoute :
"
""
Mon rival doit au fond avoir la préférence ,
Sous mon nom il a fçu faifir l'occafion
› D'avoir pour vous ,Mylord , un procédé fort bont
Si je deviens le mari de Clarice ; ""
,, Il eft homme peut-être à rendre encor fervices
„, Je ſuis accoutumé d'être ſon prête-nom .
Le Mylord donne fa fille à DARMANT
& lui- même épouſe la Marquiſe.
SUDMER applaudit à cette double al
liance & dit au François.
,,Daignez , mon cher Darmant , en cette circon .
,, ftance ,
,, Me foulager du poids de la reconnoiffance :
,,Jefens queje fuis vieux,je me vois de grands biens,
Je n'ai point d'héritiers ; foyez tous deux les
"
""
miens....
Point de remerciment , ce feroit une offenfe.
,, Si je vous fçais heureux , mes amis , c'eſt affez ,
C'est vous , c'est vous qui me récompenfez.
La Marquife termine la Pièce
"
quatre vers fuivans.
39
par
les
Lecourage & l'honneur rapprochent les pays,
,,Et deux Peuples égaux en vertus , en lumières,,
De leurs divifions renverfent les barrières
"> Pour demeure toujours amis.
AVRIL. 1763. 167
OBSERVATIONS SUR L'ANGLOIS
A BORDEAUX.
Il ne nous refte que peu de chofes à ajouter
à ce que nous avons dit fur cette Piéce dans le
précédent Mercure , auquel nous prions les Lecteurs
de vouloir bien permettre que nous les
renvoyons.
Tout le monde conçoit aifément ce que doit
être un Drame fait & conftruit pour une circonftance
à laquelle , action , intrigue , carac
tères , fituations , jeu de Théâtre , & furtout le
dénoûment doivent ſe rapporter. On peut donc
fentir par la difficulté de l'ouvrage , le prix de
l'intelligence & de l'art qui regnent dans celleci
; puifqu'en y faifant la plus légére attention ,
on apperçoit que cette Comédie fans éprouver
beaucoup de changemens , & fans aucun renverfement
de conftruction ni dans le fond ni dans
les détails , deviendra une Comédie de tous les
temps , & une Comédie toujours agréable.
On fe difpenfera de répondre à ceux qui ju
geroient le caractère du Mylord trop obstinément
mifanthrope. Il y a dans la conſtitution du
Drame & dans la néceflité des contraſtes , dequoi
juftifier à cet égard la touche un peu forte de ce
caractère. On doit fe prêter aux difficultés de
l'art pour nuancer le fond d'un caractère national
, de manière à produire par les conféquences
des mêmes principes , des fentimens , une humeur
& une conduite auffi oppofés qu'on les voit
à tous momens entre Sudmer & ce Mylord . L'ef168
MERCURE DE FRANCE .
fet qui en réſulte eft fans contredit affez agréable
pour ne pas s'attacher à en critiquer fcrupuleufement
les moyens , d'autant qu'ils ne préfentent
rien de forcé au premier afpect .
Les détails du rôle de la Marquife le rour
agréable de fa Philofophie , ce qu'il prêtoit au
plaifir de voir & d'entendre plus longtemps Mlle
Dangeville , l'objet de regrets fi juftes & fi vivement
fentis par le Spectateur, tout devoit nous
empêcher d'examiner s'il n'y auroit pas eu quelques
moyens de rendre les progrès de la conquê
te fur le Mylord un peu plus fenfibles dans leur
gradation.
Nous avons déja parlé précédemment du coloris
de cette Piéce. Aujourd'hui que nous venons
d'en mettre une partie fous les yeux du Public ,
ce feroit faire tort à l'Auteur , que de prévenir
les éloges qu'il recevra de chaque Lecteur ,
éloges plus fateurs pour lui que ceux que nous
répéterions ici.
Les Comédiens François ont fait l'ouverture
de leur Théâtre,Lundi 11 Avril,
par Sémiramis , Tragédie de M. DE
VOLTAIRE & le Somnambule.
Nous ne pouvons plus nous diffimuler
, ni au Public , la perte que nous
avions différé de conftater. Toutes les
follicitations , les offres les plus avantageufes
& les plus honorables , l'attrait
de fa propre gloire , attrait renouvellé
autant de fois que paroiffoit Mademoifelle
DANGEVILLE rien n'a pû la
détourner du projet annoncé de fa retraite,
,
AVRIL. 1763. 169
traite , malheureuſement trop indiſpen :
fa fanté.
fable
pour
Le Public , amateur du Théâtre , a eu
d'autres regrets à joindre à celui - ci , par
la perte de Mademoiſelle GAUSSIN.
M. DANGEVILE , frère de l'admirable
Actrice dont on ne peut fe confoler ,
vient auffi de fe retirer.
Le Compliment que M. DAUBERVAL
a prononcé à l'ouverture du Théàtre
, contenant le jufte tribut d'éloges
que nous nous propofions de payer
aux deux A&trices dont on vient de
parler nous allons le rapporter en
entier.
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Résumé : EXTRAIT DE L'ANGLOIS A BORDEAUX.
La pièce de théâtre se déroule à Bordeaux, dans la maison de Darmant, où Lord Brumton et sa fille Clarice sont hébergés après avoir survécu à un naufrage causé par un navire français commandé par Darmant. Brumton refuse toute aide, malgré la générosité de Darmant, qui est secrètement amoureux de Clarice. La Marquise de Floricourt, sœur de Darmant, encourage ce dernier à se déclarer à Clarice et à gagner la bienveillance de Brumton. Darmant aide secrètement Brumton financièrement, en se faisant passer pour un patriote anglais via son valet Robinson. Clarice, inquiète de la mélancolie de son père, joue du clavecin pour le distraire. Une scène entre Darmant et Clarice révèle leur amour mutuel, bien que tous deux tentent de le dissimuler. Brumton, frustré par l'insouciance des Français, est confronté par la Marquise, qui défend la joie de vivre française contre la philosophie austère de Brumton. Sudmer, un riche négociant anglais, reconnaît Darmant comme son bienfaiteur et critique l'attitude nationaliste de Brumton. Dans une autre scène, Sudmer rencontre Clarice et lui demande si elle pourrait l'aimer, mais la réponse de Clarice laisse place à des soupçons. Brumton répond à sa place, affirmant que sa fille est reconnaissante des bienfaits de Sudmer. Sudmer découvre qu'il a reçu une lettre de change en son nom, ce qui le met en colère. Robinson révèle que Darmant est l'auteur des bienfaits. Clarice avoue à son père qu'elle aime Darmant, mais nie toute connaissance des sentiments de ce dernier. La Marquise annonce la ratification de la paix et propose que sa nièce, Clarice, épouse Sudmer. Cependant, Sudmer reconnaît la générosité de Darmant et accepte que Clarice épouse Darmant. Le lord épouse alors la Marquise. Sudmer applaudit à cette double alliance et offre ses biens à Darmant et Clarice. La pièce se termine par une réflexion sur la manière dont le courage et l'honneur rapprochent les peuples, abolissant les divisions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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416
p. 169-173
COMPLIMENT prononcé par M. DAUBERVAL, à l'ouverture du Théatre François, le 11 Avril 1763.
Début :
MESESSIEURS LA fonction aussi flateuse qu'honorable que j'ai à remplir, met celui qui [...]
Mots clefs :
Acteurs, Comédie, Actrice, Art, Regretter , Théâtre français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT prononcé par M. DAUBERVAL, à l'ouverture du Théatre François, le 11 Avril 1763.
COMPLIMENT prononcé par
M. DAUBERVAL , à l'ouverture du
Théatre François , le 11 Avril 1763 .
MESESSIEURS , JRS ,
" LA fonction auffi flateufe qu'hono-
» rable
que j'ai à remplir , met celui qui
» en eft chargé à portée d'ofer vous ren-
» dre compte de fon zèle , de fes efforts
» pour mériter vos bontés , & de folliciter
» votre indulgence dont perfonne n'a plus
II. Vol.
"
H
170 MERCURE DE FRANCE.
» befoin que moi. C'eft en connoiffant &
» en fentant tout le prix de ce précieux
» avantage , que je ne puis cependant
» me diffimuler qu'aujourd'hui il de-
» voit regarder un des Acteurs le plus
» en poffeffion de vous plaire ; vous
» feriez moins affectés des pertes qu'il
» vous apprendroit , fi vous aviez fous
» les yeux une des reffources qui vous
reftent. Vous préffentez aifément ,
» Meffieurs , que je vais parler de Ma-
» demoiſelle GAUSSIN & de Made-
» moiſelle DANGEVILLE.
"
» On a l'obligation à la premiere d'un
» genre nouveau de Comédie ; fa figure
» charmante , les graces ingénues de fon
» jeu , le fon intéreffant de fa voix ont
» fait imaginer de mettre en action des
» tableaux anacréontiques : fes yeux
parloient à l'âme ; & l'amour fembloit
l'avoir fait naître pour prouver
» que la volupté n'a pas de parure plus
piquante que la naïveté . Cette perte
» étoit affez grande ; celle de Mademoi-
» felle DANGEVILLE achève de nous
accabler.
"3
»
» Cette Actrice fi pleine de fineffe
» & de vérité , qui renfermoit en elle
» feule de quoi faire la réputation de
» cinq ou fix A&trices , cette favorite
AVRIL. 1763 . 171
des grâces à laquelle perfonne ne
» peut reffembler , puifque dans tous
» les rôles elle ne fe reffembloit pas elle-
» même : Mademoiſelle DANGEVILLE
» fe dérobe à fa propre gloire , & fair
» fuccéder vos regrets à vos acclama-
» tions .
» Vous n'avez rien épargné , Mef-
» fieurs , pour la retenir ; vos applau-
» diffemens réitérés exprimoient ce que
»vous paroiffiez en droit d'en éxiger ,
» & fembloient lui dire , vous faites nos
" plaifirs ; Thalie vous a ouvert tous
» fes tréfors ; elle vous a difpenfé les
» richeffes de tous les âges ; vos per-
» fections toujours nouvelles triomphe-
» ront dutemps . Pourquoi nous quittez-
» vous ?
»
» Les Auteurs lui répétoient fans
» ceffe : nous trouvons fi rarement un
» Acteur pour chaque caractère , vous
» les faififfez tous ; nous avons tant de
» peine à vaincre les cabales , votre
préfence les enchaîne . Notre art eft fi
» difficile , vous applaniffiez nos obſta-
» cles , vous n'en rencontrez point pour
» atteindre l'excellence du vôtre ; &c
vous fçavez fi bien le ménager , qu'il
» femble que ce foit la nature même
» qui vous en épargne les frais. Pour
"
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
"" chère
» quoi nous abandonnez - vous ? Enfin
» Meffieurs , vous regrettez un Actrice
» qui vous enchantoit , & nous ne nous
» confolons pas de nous voir privés
» d'une Camarade qui nous étoit auffi
que précieufe. Au lieu d'avoir
» le fafte trop ordinaire au grand ta-
» lent , elle ignoroit fa fupériorité &
» doutoit d'elle - même quand nous la
prenions pour modèle . Elle fçavoit
» par le liant de fon caractère fe con-
» cilier tous les efprits ; & fans fe don-
» ner aucun foin pour ſe faire un parti ,
» elle n'en avoit que plus de partiſans :
» nous l'admirions & nous l'aimions .
" Sa famille eft depuis long-temps ,
Meffieurs , en poffeflion de vous plaire;
», & fon frère , qui fe retire auffi , vous
a tracé fouvent le fouvenir d'un oncle
fon modèlé. L'un & l'autre ont
39
"
prouvé par leurs fuccès, dans ces rôles
» peu brillans par eux- mêmes, qu'aucun
» genre comique n'eft ftérile , que lorf-
», que l'on manque de talens .
Ces pertes multipliées , au lieu de
nous décourager , Meffieurs , vont-ré-
» doubler notre application pour avoit
droit à vos fuffrages : ce n'eft qu'en
» vous offrant des progrès dans nos ta
lens , ce n'eft qu'en en découvrait
AVRIL. 1763. 173
de naiffans , que l'on peut vous con- .
» foler , Meffieurs , de ceux que vous
» aurez peut-être trop long-temps fujet
» de regretter. »
M. DAUBERVAL , à l'ouverture du
Théatre François , le 11 Avril 1763 .
MESESSIEURS , JRS ,
" LA fonction auffi flateufe qu'hono-
» rable
que j'ai à remplir , met celui qui
» en eft chargé à portée d'ofer vous ren-
» dre compte de fon zèle , de fes efforts
» pour mériter vos bontés , & de folliciter
» votre indulgence dont perfonne n'a plus
II. Vol.
"
H
170 MERCURE DE FRANCE.
» befoin que moi. C'eft en connoiffant &
» en fentant tout le prix de ce précieux
» avantage , que je ne puis cependant
» me diffimuler qu'aujourd'hui il de-
» voit regarder un des Acteurs le plus
» en poffeffion de vous plaire ; vous
» feriez moins affectés des pertes qu'il
» vous apprendroit , fi vous aviez fous
» les yeux une des reffources qui vous
reftent. Vous préffentez aifément ,
» Meffieurs , que je vais parler de Ma-
» demoiſelle GAUSSIN & de Made-
» moiſelle DANGEVILLE.
"
» On a l'obligation à la premiere d'un
» genre nouveau de Comédie ; fa figure
» charmante , les graces ingénues de fon
» jeu , le fon intéreffant de fa voix ont
» fait imaginer de mettre en action des
» tableaux anacréontiques : fes yeux
parloient à l'âme ; & l'amour fembloit
l'avoir fait naître pour prouver
» que la volupté n'a pas de parure plus
piquante que la naïveté . Cette perte
» étoit affez grande ; celle de Mademoi-
» felle DANGEVILLE achève de nous
accabler.
"3
»
» Cette Actrice fi pleine de fineffe
» & de vérité , qui renfermoit en elle
» feule de quoi faire la réputation de
» cinq ou fix A&trices , cette favorite
AVRIL. 1763 . 171
des grâces à laquelle perfonne ne
» peut reffembler , puifque dans tous
» les rôles elle ne fe reffembloit pas elle-
» même : Mademoiſelle DANGEVILLE
» fe dérobe à fa propre gloire , & fair
» fuccéder vos regrets à vos acclama-
» tions .
» Vous n'avez rien épargné , Mef-
» fieurs , pour la retenir ; vos applau-
» diffemens réitérés exprimoient ce que
»vous paroiffiez en droit d'en éxiger ,
» & fembloient lui dire , vous faites nos
" plaifirs ; Thalie vous a ouvert tous
» fes tréfors ; elle vous a difpenfé les
» richeffes de tous les âges ; vos per-
» fections toujours nouvelles triomphe-
» ront dutemps . Pourquoi nous quittez-
» vous ?
»
» Les Auteurs lui répétoient fans
» ceffe : nous trouvons fi rarement un
» Acteur pour chaque caractère , vous
» les faififfez tous ; nous avons tant de
» peine à vaincre les cabales , votre
préfence les enchaîne . Notre art eft fi
» difficile , vous applaniffiez nos obſta-
» cles , vous n'en rencontrez point pour
» atteindre l'excellence du vôtre ; &c
vous fçavez fi bien le ménager , qu'il
» femble que ce foit la nature même
» qui vous en épargne les frais. Pour
"
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
"" chère
» quoi nous abandonnez - vous ? Enfin
» Meffieurs , vous regrettez un Actrice
» qui vous enchantoit , & nous ne nous
» confolons pas de nous voir privés
» d'une Camarade qui nous étoit auffi
que précieufe. Au lieu d'avoir
» le fafte trop ordinaire au grand ta-
» lent , elle ignoroit fa fupériorité &
» doutoit d'elle - même quand nous la
prenions pour modèle . Elle fçavoit
» par le liant de fon caractère fe con-
» cilier tous les efprits ; & fans fe don-
» ner aucun foin pour ſe faire un parti ,
» elle n'en avoit que plus de partiſans :
» nous l'admirions & nous l'aimions .
" Sa famille eft depuis long-temps ,
Meffieurs , en poffeflion de vous plaire;
», & fon frère , qui fe retire auffi , vous
a tracé fouvent le fouvenir d'un oncle
fon modèlé. L'un & l'autre ont
39
"
prouvé par leurs fuccès, dans ces rôles
» peu brillans par eux- mêmes, qu'aucun
» genre comique n'eft ftérile , que lorf-
», que l'on manque de talens .
Ces pertes multipliées , au lieu de
nous décourager , Meffieurs , vont-ré-
» doubler notre application pour avoit
droit à vos fuffrages : ce n'eft qu'en
» vous offrant des progrès dans nos ta
lens , ce n'eft qu'en en découvrait
AVRIL. 1763. 173
de naiffans , que l'on peut vous con- .
» foler , Meffieurs , de ceux que vous
» aurez peut-être trop long-temps fujet
» de regretter. »
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Résumé : COMPLIMENT prononcé par M. DAUBERVAL, à l'ouverture du Théatre François, le 11 Avril 1763.
Le 11 avril 1763, M. Dauberval prononce un discours à l'ouverture du Théâtre François. Il exprime son honneur et son zèle à remplir sa fonction et sollicite l'indulgence du public. Dauberval évoque la perte récente de deux actrices, Mademoiselle Gaussin et Mademoiselle Dangeville, dont les talents sont grandement regrettés. Mademoiselle Gaussin est louée pour son rôle dans un nouveau genre de comédie, ses charmes et sa voix intéressante. Sa disparition est comparée à celle de Mademoiselle Dangeville, actrice reconnue pour sa finesse et sa vérité, capable de briller dans tous les rôles. Le public et les auteurs regrettent son départ, soulignant son talent unique et sa capacité à surmonter les obstacles. La famille de Mademoiselle Dangeville, notamment son frère, est également reconnue pour ses succès. Malgré ces pertes, Dauberval encourage ses collègues à redoubler d'efforts pour mériter les suffrages du public, en offrant des progrès et en découvrant de nouveaux talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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417
p. 173
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LES Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur Théâtre le même jour [...]
Mots clefs :
Comédiens italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE
S Comédiens Italiens ont fait l'ouverture
de leur Théâtre le même jour,
11 Avril, par les Soeurs Rivales , le Bucheron
, & Arlequin crú mort.
LEE
S Comédiens Italiens ont fait l'ouverture
de leur Théâtre le même jour,
11 Avril, par les Soeurs Rivales , le Bucheron
, & Arlequin crú mort.
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418
p. 173-174
OPERA.
Début :
LA Salle de l'Opéra, comprise dans l'incendie qui a consumé (le Mercredi [...]
Mots clefs :
Salle, Académie royale de musique, État, Incendie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
LA Salle de l'Opéra , compriſe dans
l'incendie qui a confumé ( le Mercredi
6 de ce mois ) quelques parties des Bâtimens
du Palais Royal , ayant été
totalement détruite par la violence
des flammes , en moins d'un quart
d'heure , l'Académie Royale de Mufique
n'a pu reprendre le cours de fes repréfentations
dans le temps accoutumé.
Cependant, l'attention du Gouvernement
pour tout ce qui peut intéreffer le
Public , n'a pas laiffé un moment d'incertitude
fur le fort d'un Spectacle auffi
néceffaire à l'amufement des Citoyens,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE,
que convenable à la fplendeur de la Ca
pitale . Dès le lendemain de l'embrâſement
, M. le Comte de S. Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , adreffa aux
fieurs Rebel & Francoeur , Directeurs de
cette Académie , des ordres par écrit à
l'effet d'affurer les Sujets qui la compofent
, de la continuité de leur état , en
enjoignant à chacun d'eux de ne fe pas
écarter , & d'être prêts à reprendre l'exercice
de leurs talens inceffamment ,
dans le lieu qui aura été déterminé ,
en attendant qu'on ait pris les mefures
& les moyens convenables pour la
conftruction d'une nouvelle Salle.
LA Salle de l'Opéra , compriſe dans
l'incendie qui a confumé ( le Mercredi
6 de ce mois ) quelques parties des Bâtimens
du Palais Royal , ayant été
totalement détruite par la violence
des flammes , en moins d'un quart
d'heure , l'Académie Royale de Mufique
n'a pu reprendre le cours de fes repréfentations
dans le temps accoutumé.
Cependant, l'attention du Gouvernement
pour tout ce qui peut intéreffer le
Public , n'a pas laiffé un moment d'incertitude
fur le fort d'un Spectacle auffi
néceffaire à l'amufement des Citoyens,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE,
que convenable à la fplendeur de la Ca
pitale . Dès le lendemain de l'embrâſement
, M. le Comte de S. Florentin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat , adreffa aux
fieurs Rebel & Francoeur , Directeurs de
cette Académie , des ordres par écrit à
l'effet d'affurer les Sujets qui la compofent
, de la continuité de leur état , en
enjoignant à chacun d'eux de ne fe pas
écarter , & d'être prêts à reprendre l'exercice
de leurs talens inceffamment ,
dans le lieu qui aura été déterminé ,
en attendant qu'on ait pris les mefures
& les moyens convenables pour la
conftruction d'une nouvelle Salle.
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Résumé : OPERA.
Le 6 mai, un incendie a ravagé la Salle de l'Opéra du Palais Royal en moins de quinze minutes, empêchant l'Académie Royale de Musique de reprendre ses représentations à la date prévue. Le gouvernement, reconnaissant l'importance de ce spectacle pour le divertissement des citoyens et la splendeur de la capitale, a réagi promptement. Le lendemain, le Comte de Saint-Florentin, Ministre et Secrétaire d'État, a envoyé des instructions écrites aux directeurs de l'Académie, Rebel et Francoeur, leur ordonnant de maintenir la disponibilité des membres pour reprendre les activités dès qu'un nouveau lieu serait trouvé, en attendant la construction d'une nouvelle salle.
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419
p. 174-179
SUITE des Concerts Spirituels.
Début :
Il y a eu Concert tous les jours de la Semaine Sainte. [...]
Mots clefs :
Musique, Concert, Public, Chœurs, Talents, Applaudissements, Célébrité, Concerto
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Concerts Spirituels.
SUITE des Concerts Spirituels.
Il y a eu Concert tous les jours de la Semaine
Sainte.
"
;
Dans les premiers , on a repris quelques- uns
des Moters à grand choeur qui avoient été éxécutés
précédemment Inclina Domine , de M.
BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. Confitemini , autre Moter à grand choeur
de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître de Mufide
l'Eglife de Paris ; le Deus venerunt Moter
a grand choeur de feu M. FANTON , d'une belle
& fçavante diftribution & d'un grand effet. Le
Lundi Saint on avoit éxécuté pour la première
fois Dixit Dominus Domino meo , Motet àgrand
choeur del Signor Leonardo Leo , Ouvrage d'un
que
AVRIL. 1763. 175
affez beau travail pour l'harmonie & d'un genr
qui porte le caractère du temps où la Mufique
Italienne n'avoit pas encore été corrompue par
l'extravagance des faillies & par la furabondante.
affluence des tours d'éxécution .
On éxécuta le Mercredi Saint , l'admirable
Stabat de PERGOLEZE . Mademoiſelle HARDI ,
dont nous avons déja parlé , & M. AIUTO de la
Mufique du Roi y récitoient . On connoît le mérite
de ce célébre Motet ; on l'a donné les deux
autres jours fuivans , & il a été tous les jours trèsbien
éxécuté . Mademoiſelle HARDI y a eu beaucoup
d'applaudiffemens. Les autres grands Motets
qu'on a donnés avec le Stabat , n'ont ni moins
de mérite ni moins de célébrité dans leur genre.
Le même jour , on éxécuta le Miferere de feu
M. de LALANDE. Mademoiſelle ARNOULD y
chanta le récit Sacrificium Deo , avec cette expreffion
touchante qui eft naturelle à la qualité
de fa voix & au caractère de fon talent ; les applaudiffemens
qu'elle y reçut , font garans de cet
éloge. Le Jeudi , on donna le Motet connu fous
le nom de Meffe de GILLES ; ouvrage dont la
célébrité difpenfe d'ajouter aux éloge sde tous
les connoiffeurs.
Ce même jour ( Jeudi Saint ) M. AIUTO ,
par quelqu'accident imprévu , n'ayant pu arriver
de Verfailles pour le temps du Concert , M. BBSCHE
fe prêta à y fuppléer dans le Stabat. L'art
avec lequel il s'acquitta de l'éxécution de cette
partie , mérite autant d'éloges que fa bonne volonté.
Sans beaucoup de connoiffance en mufique
on conçoit facilement de quelle difficulté il eft
de convertir fur le champ une partie de deffus
en haute-contre , en n'altérant point la modu
lation d'un chant auffi précieux que l'eft
H. iv
176 MERCURE DE FRANCE.
celui du Stabat . C'eft ce que fit M. BESCHE avec
une préciſion , une fageffe & un goût qui attirerent
les applaudiffemens de tous les auditeurs.
Le Vendredi Saint , on donna le De profundis
de M. REBEL , Sur- Intendant de la Mufique du
Roi. Nous avons déja eu occafion de parler de
ce Motet , dont la célébrité eft actuellement établie
avec juftice. Il fut fort bien éxécuté & fit un
très- grand effet . On finit par le Stabat.
Les Moters du Samedi Saint furent Regina
cali , de M. l'Abbé TOUSSAINT , Maître de Mufique
de la Cathédrale de Dijon , qui parut être
goûté ; & un Salve Regina à grand choeur ,
de
M. KOHAULT , duquel nous avons parlé à l'occafion
des Duos de Luth & de Violoncelle avec
M. DUPORT. Ce Motet avoit été éxécuté le Jeudi
précédent entre les deux grands Moters & jugé
très digne d'être au même rang & de ter
miner un Concert. Le génie , le goût & l'agrément
regnent dans toute la compofition de ce
morceau : il eft travaillé d'une manière brillante ,
mais fans bifarrerie . Mlle FEL y chantoit des récits
avec un accompagnement de Violoncelle
obligé , éxécuté par M. DUPORT. C'étoit avoir
réuni tout ce qui eft le plus agréable au Public
dans un Motet qui par lui -même méritoit les
fuffrages.
Le jour de Pâques, on éxécuta Dominus regnavit,
de feu M. DE LALANDE . Mlle ARNOULD Y chanta
un récit. On finit par Deus venerunt , de feu M.
FANTON . Nous avons parlé plus haut de ce motet.
Il nous refte à ajouter que le Public & les connoiffeurs
paroiffent aimer beaucoup la musique de
cet Auteur & regretter que l'on n'en donne pas
plus fouvent.
M. BESCHE fit beaucoup de plaifir dans le pe
tit Motet de M. Mouret Benedictus .
AVRIL 1763. 177
Le Lundi , le Concert commença par Notus in
Judæa, de la compofition de M. MATHIEU , le fils ,
Ordinaire de la Mufique du Roi , & finit par Lauda
Jerufalem , de M. l'Abbé GIROULT , Maître de
Mufique de la Cathédrale d'Orléans.
Le Mardi de Pâques , Cantemus , motet de M.
GIRAULT , Ordinaire de la Mufique du Roi & de
l'Académie Royale , dans lequel il y a beaucoup
de chofes agréables & bien travaillées , qui furent
applaudies . Le Dixit , da Signor LEO .
Le Vendredi , après les Fêtes , il y eur Concert.
On y reprit le Miferere , de M. DE LA LANDE, dans
lequel Mile ARNOULD , avec plus de fuccès encore
que la premiere fois ,y chanta l'admirable recit Sacrificium.
L'impreffion qu'elle fit fur le Public
dans ce morceau fut univerfelle & de la plus
grande vivacité ; les applaudiffemens qu'on lui
donna exprimerent d'une manière inconteftable
la juftice que nous rendons ici aux grands talens
de Mile ARNOULD pour tout qui ce porte le caaractère
du Sentiment. i
2
On termina cé Concert par Mifericordias Domini
, Motet de M. BLANCHARD , digne du
métite reconnu de cet Auteur.
Le Dimanche de Quafimodo , jour de la clôcure
des Concerts , on commença par Lauda
Jerufalem de M. DE LALANDE Mlle ARNOULD
y chanta un récit. On reprit le Motet Mifericordias
Domini..
3
1.K
&
Ce Concet fut remarquable par une nowveauté
très - intéreſſante pour le Public ,
qui par le fuccès lui devint on ne peut pas plus
agréable . Mlle DUBOIS , de la Comédie Fran
çoife , dont nous avons eu occafion d'annoncer
les progrès dans le grand art de la Déclama
tion tragique, fit l'eflai le plus flatteur pour elle
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
de fes autres talens , en chantant à ce Concert
un Motet à voix feule de feu M. MOURET , avec
une très -belle voir, la plus belle articulation ' ,
la juftelle des fons & la précifion des mouvemens
, qu'on loueroit dans une Cantatrice confommée
& journellement exercée. On conjecture
facilement combien elle fut applaudie..
Les divers talens , foit fymphoniſtes , foit chanzeurs
qui font habituellement les plaifirs du Public
à ce Concert , ne nous fçauront pas mauvais
gré ne de pas répéter ni détailler ici tout ce
qu'ils ont reçus & mérités de nouveaux éloges.
M. GAVINIES , M. BALBASTRE , M. DUPORT "
prodige fur lequel nous n'avons plus d'expref
fions ) ont joué chacun des Concerto ou dés
Sonates dans plufieurs de ces Concets. Les Duos
entre M. KOHAUT fur le Luth & M. DUPORT
fur le Violoncelle , ont été fréquemment répétés
& jamais trop applaudis au gré du Public.
M. LE MIERRE , M, CAPRON , déja connus &
arès-goûtés du public, ont éxécuté fur le violon des
morceaux de diſtinction à pluſieurs de ces Concerts.
M. MAYER , dont on a parlé ci - devant, a
joué de la Harpe au dernier Concert , avec le
même fuccès qu'il avoit eu cet Hyver.
M. LEGRAND a éxécuté un Concerto fur l'Or
gue, qui a été généralement approuvé.
M. BOUTEUX joua le Vendredi 8 , un Concerto
de Violon dans lequel il eut beaucoup
d'approbateurs .
M. FELIX REINER , ordinaire de la Mufique
du Duc de BAVIERE , a éxécuté plufieurs fois .
divers morceaux fur le Baffon , avec beaucoup
de talent & une grande pratique de cet inftru
ment .
Nous croyons nous être rappellés les nou
AVRIL. 1763. 170
veautés en talens qui ont contribué à l'agrément
& à la beauté des Concerts pendant les trois
femaines de Pâques.
Nous ne devons pas obmettre que le jeune
M. DUBUT , cité dans le précédent Volume , a
paru dans prefque tous les Concerts fuivans , où.
il a toujours fait plaifir .
>
Mlle HARDI , qui a chanté à tous les Concerts,
& dont nous avons parlé au commencement du
mois , paroît avoir été la nouveauté intéreffante
cette année qui a fixé l'attention & les fuffrages
des Auditeurs. Il eft honorable pour ce
jeune Sujet d'avoir par une épreuve auffi peu
fufpecte que l'approbation univerfelle , prouvé
qu'elle mérite les bienfaits de fes auguftes Protecteurs.
Mlle ROZET a chanté plufieurs Moters à voix
feule avec une très- belle voix & les marques
d'un progrès fenfible dans l'art.
Mlle BERNARD , de laquelle on a parlé dans
plufieurs Mercures , a chanté auffi quelquefois.
Ce font Mlle FEL , Mrs GELIN , BESCHE &
MUGUET qui ont foutenu feuls , cette année, le
fonds de la Mufique pour les grands récits pendant
tout le cours des Concerts.
Le Public paroît confirmé dans l'opinion avan -
tageufe qu'il avoit conçue d'abord des nouveaux
Directeurs du Concert , par le bon choix des
ouvrages & des talens qui ont paru pendant
ces trois ſemaines de Pâques.
Il y a eu Concert tous les jours de la Semaine
Sainte.
"
;
Dans les premiers , on a repris quelques- uns
des Moters à grand choeur qui avoient été éxécutés
précédemment Inclina Domine , de M.
BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. Confitemini , autre Moter à grand choeur
de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître de Mufide
l'Eglife de Paris ; le Deus venerunt Moter
a grand choeur de feu M. FANTON , d'une belle
& fçavante diftribution & d'un grand effet. Le
Lundi Saint on avoit éxécuté pour la première
fois Dixit Dominus Domino meo , Motet àgrand
choeur del Signor Leonardo Leo , Ouvrage d'un
que
AVRIL. 1763. 175
affez beau travail pour l'harmonie & d'un genr
qui porte le caractère du temps où la Mufique
Italienne n'avoit pas encore été corrompue par
l'extravagance des faillies & par la furabondante.
affluence des tours d'éxécution .
On éxécuta le Mercredi Saint , l'admirable
Stabat de PERGOLEZE . Mademoiſelle HARDI ,
dont nous avons déja parlé , & M. AIUTO de la
Mufique du Roi y récitoient . On connoît le mérite
de ce célébre Motet ; on l'a donné les deux
autres jours fuivans , & il a été tous les jours trèsbien
éxécuté . Mademoiſelle HARDI y a eu beaucoup
d'applaudiffemens. Les autres grands Motets
qu'on a donnés avec le Stabat , n'ont ni moins
de mérite ni moins de célébrité dans leur genre.
Le même jour , on éxécuta le Miferere de feu
M. de LALANDE. Mademoiſelle ARNOULD y
chanta le récit Sacrificium Deo , avec cette expreffion
touchante qui eft naturelle à la qualité
de fa voix & au caractère de fon talent ; les applaudiffemens
qu'elle y reçut , font garans de cet
éloge. Le Jeudi , on donna le Motet connu fous
le nom de Meffe de GILLES ; ouvrage dont la
célébrité difpenfe d'ajouter aux éloge sde tous
les connoiffeurs.
Ce même jour ( Jeudi Saint ) M. AIUTO ,
par quelqu'accident imprévu , n'ayant pu arriver
de Verfailles pour le temps du Concert , M. BBSCHE
fe prêta à y fuppléer dans le Stabat. L'art
avec lequel il s'acquitta de l'éxécution de cette
partie , mérite autant d'éloges que fa bonne volonté.
Sans beaucoup de connoiffance en mufique
on conçoit facilement de quelle difficulté il eft
de convertir fur le champ une partie de deffus
en haute-contre , en n'altérant point la modu
lation d'un chant auffi précieux que l'eft
H. iv
176 MERCURE DE FRANCE.
celui du Stabat . C'eft ce que fit M. BESCHE avec
une préciſion , une fageffe & un goût qui attirerent
les applaudiffemens de tous les auditeurs.
Le Vendredi Saint , on donna le De profundis
de M. REBEL , Sur- Intendant de la Mufique du
Roi. Nous avons déja eu occafion de parler de
ce Motet , dont la célébrité eft actuellement établie
avec juftice. Il fut fort bien éxécuté & fit un
très- grand effet . On finit par le Stabat.
Les Moters du Samedi Saint furent Regina
cali , de M. l'Abbé TOUSSAINT , Maître de Mufique
de la Cathédrale de Dijon , qui parut être
goûté ; & un Salve Regina à grand choeur ,
de
M. KOHAULT , duquel nous avons parlé à l'occafion
des Duos de Luth & de Violoncelle avec
M. DUPORT. Ce Motet avoit été éxécuté le Jeudi
précédent entre les deux grands Moters & jugé
très digne d'être au même rang & de ter
miner un Concert. Le génie , le goût & l'agrément
regnent dans toute la compofition de ce
morceau : il eft travaillé d'une manière brillante ,
mais fans bifarrerie . Mlle FEL y chantoit des récits
avec un accompagnement de Violoncelle
obligé , éxécuté par M. DUPORT. C'étoit avoir
réuni tout ce qui eft le plus agréable au Public
dans un Motet qui par lui -même méritoit les
fuffrages.
Le jour de Pâques, on éxécuta Dominus regnavit,
de feu M. DE LALANDE . Mlle ARNOULD Y chanta
un récit. On finit par Deus venerunt , de feu M.
FANTON . Nous avons parlé plus haut de ce motet.
Il nous refte à ajouter que le Public & les connoiffeurs
paroiffent aimer beaucoup la musique de
cet Auteur & regretter que l'on n'en donne pas
plus fouvent.
M. BESCHE fit beaucoup de plaifir dans le pe
tit Motet de M. Mouret Benedictus .
AVRIL 1763. 177
Le Lundi , le Concert commença par Notus in
Judæa, de la compofition de M. MATHIEU , le fils ,
Ordinaire de la Mufique du Roi , & finit par Lauda
Jerufalem , de M. l'Abbé GIROULT , Maître de
Mufique de la Cathédrale d'Orléans.
Le Mardi de Pâques , Cantemus , motet de M.
GIRAULT , Ordinaire de la Mufique du Roi & de
l'Académie Royale , dans lequel il y a beaucoup
de chofes agréables & bien travaillées , qui furent
applaudies . Le Dixit , da Signor LEO .
Le Vendredi , après les Fêtes , il y eur Concert.
On y reprit le Miferere , de M. DE LA LANDE, dans
lequel Mile ARNOULD , avec plus de fuccès encore
que la premiere fois ,y chanta l'admirable recit Sacrificium.
L'impreffion qu'elle fit fur le Public
dans ce morceau fut univerfelle & de la plus
grande vivacité ; les applaudiffemens qu'on lui
donna exprimerent d'une manière inconteftable
la juftice que nous rendons ici aux grands talens
de Mile ARNOULD pour tout qui ce porte le caaractère
du Sentiment. i
2
On termina cé Concert par Mifericordias Domini
, Motet de M. BLANCHARD , digne du
métite reconnu de cet Auteur.
Le Dimanche de Quafimodo , jour de la clôcure
des Concerts , on commença par Lauda
Jerufalem de M. DE LALANDE Mlle ARNOULD
y chanta un récit. On reprit le Motet Mifericordias
Domini..
3
1.K
&
Ce Concet fut remarquable par une nowveauté
très - intéreſſante pour le Public ,
qui par le fuccès lui devint on ne peut pas plus
agréable . Mlle DUBOIS , de la Comédie Fran
çoife , dont nous avons eu occafion d'annoncer
les progrès dans le grand art de la Déclama
tion tragique, fit l'eflai le plus flatteur pour elle
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
de fes autres talens , en chantant à ce Concert
un Motet à voix feule de feu M. MOURET , avec
une très -belle voir, la plus belle articulation ' ,
la juftelle des fons & la précifion des mouvemens
, qu'on loueroit dans une Cantatrice confommée
& journellement exercée. On conjecture
facilement combien elle fut applaudie..
Les divers talens , foit fymphoniſtes , foit chanzeurs
qui font habituellement les plaifirs du Public
à ce Concert , ne nous fçauront pas mauvais
gré ne de pas répéter ni détailler ici tout ce
qu'ils ont reçus & mérités de nouveaux éloges.
M. GAVINIES , M. BALBASTRE , M. DUPORT "
prodige fur lequel nous n'avons plus d'expref
fions ) ont joué chacun des Concerto ou dés
Sonates dans plufieurs de ces Concets. Les Duos
entre M. KOHAUT fur le Luth & M. DUPORT
fur le Violoncelle , ont été fréquemment répétés
& jamais trop applaudis au gré du Public.
M. LE MIERRE , M, CAPRON , déja connus &
arès-goûtés du public, ont éxécuté fur le violon des
morceaux de diſtinction à pluſieurs de ces Concerts.
M. MAYER , dont on a parlé ci - devant, a
joué de la Harpe au dernier Concert , avec le
même fuccès qu'il avoit eu cet Hyver.
M. LEGRAND a éxécuté un Concerto fur l'Or
gue, qui a été généralement approuvé.
M. BOUTEUX joua le Vendredi 8 , un Concerto
de Violon dans lequel il eut beaucoup
d'approbateurs .
M. FELIX REINER , ordinaire de la Mufique
du Duc de BAVIERE , a éxécuté plufieurs fois .
divers morceaux fur le Baffon , avec beaucoup
de talent & une grande pratique de cet inftru
ment .
Nous croyons nous être rappellés les nou
AVRIL. 1763. 170
veautés en talens qui ont contribué à l'agrément
& à la beauté des Concerts pendant les trois
femaines de Pâques.
Nous ne devons pas obmettre que le jeune
M. DUBUT , cité dans le précédent Volume , a
paru dans prefque tous les Concerts fuivans , où.
il a toujours fait plaifir .
>
Mlle HARDI , qui a chanté à tous les Concerts,
& dont nous avons parlé au commencement du
mois , paroît avoir été la nouveauté intéreffante
cette année qui a fixé l'attention & les fuffrages
des Auditeurs. Il eft honorable pour ce
jeune Sujet d'avoir par une épreuve auffi peu
fufpecte que l'approbation univerfelle , prouvé
qu'elle mérite les bienfaits de fes auguftes Protecteurs.
Mlle ROZET a chanté plufieurs Moters à voix
feule avec une très- belle voix & les marques
d'un progrès fenfible dans l'art.
Mlle BERNARD , de laquelle on a parlé dans
plufieurs Mercures , a chanté auffi quelquefois.
Ce font Mlle FEL , Mrs GELIN , BESCHE &
MUGUET qui ont foutenu feuls , cette année, le
fonds de la Mufique pour les grands récits pendant
tout le cours des Concerts.
Le Public paroît confirmé dans l'opinion avan -
tageufe qu'il avoit conçue d'abord des nouveaux
Directeurs du Concert , par le bon choix des
ouvrages & des talens qui ont paru pendant
ces trois ſemaines de Pâques.
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Résumé : SUITE des Concerts Spirituels.
Durant la Semaine Sainte de l'année 1763, des concerts spirituels ont été organisés quotidiennement. Les premiers concerts ont repris des motets à grand chœur déjà exécutés, tels que 'Inclina Domine' de M. Blanchard, 'Confitemini' de l'Abbé Goulet, et 'Deus venerunt' de M. Fanton. Le lundi saint, le motet 'Dixit Dominus Domino meo' de Leonardo Leo a été exécuté pour la première fois. Le mercredi saint, le célèbre 'Stabat Mater' de Pergolèse a été interprété par Mademoiselle Hardi et M. Aiuto, suscitant de nombreux applaudissements. Le même jour, le 'Miserere' de M. de Laland a été exécuté avec Mademoiselle Arnould chantant le récit 'Sacrificium Deo'. Le jeudi saint, le motet 'Messe de Gilles' a été joué, et M. Besche a remplacé M. Aiuto dans le 'Stabat Mater'. Le vendredi saint, le 'De profundis' de M. Rebel a été exécuté. Le samedi saint, les motets 'Regina caeli' de l'Abbé Toussaint et 'Salve Regina' de M. Kohault ont été interprétés, avec Mademoiselle Fel chantant des récits accompagnés par M. Duport au violoncelle. Le jour de Pâques, les motets 'Dominus regnavit' de M. de Laland et 'Deus venerunt' de M. Fanton ont été exécutés. M. Besche a interprété le petit motet 'Benedictus' de M. Mouret. Les concerts se sont poursuivis après Pâques avec divers motets et concerts instrumentaux, notamment des œuvres de M. Mathieu, l'Abbé Giroult, et M. Girault. Plusieurs artistes ont été salués pour leurs performances, notamment Mademoiselle Dubois, M. Gaviniès, M. Balbastre, M. Duport, M. Legrand, M. Bouteux, et M. Felix Reiner. Mademoiselle Hardi a été particulièrement remarquée pour ses interprétations. Le public a apprécié le choix des œuvres et des talents présentés par les nouveaux directeurs du concert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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420
p. 153
« DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...] »
Début :
DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...]
Mots clefs :
Concert spirituel, Spectateurs, Applaudissements, Violon, Spectacle, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...] »
DANS ANS le dernier Mercure , à l'Article du Concert
Spirituel , en rendant compte des différen
tes perfonnes qui ont mérité les applaudiffemens
des Spectateurs , nous avons omis de parler de
M. VOGIN. Ce Violon s'y est beaucoup diftingué
Ies Avril , & a obtenu l'attention ainfi que
les fuffrages des Auditeurs en exécutant un
Concerto de la compofition. Il eſt flatteur pour
lui , la première fois qu'il a paru dans ce Spectacle
, d'avoir confirmé le jugement avantageux.
qu'on avoit déja porté fur fes talens & la capacité
Spirituel , en rendant compte des différen
tes perfonnes qui ont mérité les applaudiffemens
des Spectateurs , nous avons omis de parler de
M. VOGIN. Ce Violon s'y est beaucoup diftingué
Ies Avril , & a obtenu l'attention ainfi que
les fuffrages des Auditeurs en exécutant un
Concerto de la compofition. Il eſt flatteur pour
lui , la première fois qu'il a paru dans ce Spectacle
, d'avoir confirmé le jugement avantageux.
qu'on avoit déja porté fur fes talens & la capacité
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Résumé : « DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...] »
Le dernier numéro du Mercure a omis de mentionner M. Vogin, violoniste ayant interprété en avril un concerto de sa composition au Concert Spirituel. Sa performance a été bien accueillie par le public, confirmant ainsi les jugements positifs sur ses talents et sa capacité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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421
p. 153-156
OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique, tant pour exercer les Sujets qui la campofent [...]
Mots clefs :
Opéra, Académie royale de musique, Concerts français, Palais des Tuileries, Concerts spirituels, Bals, Incendie, Danseurs et danseuses de l'Opéra, Palais royal, Spectacle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique ,
tant pour exercer les Sujets qui la campofent
, que pour répondre à l'empref
fement que le Public a marqué de jouir
de leurs talens , donne chaque femaine
des Concerts François , au Palais des
Thuileries , dans la même falle où s'éxé
cutent les Concerts Spirituels.
Elle a donné le premier de ces Con
certs Vendredi , 29 AAvvrriill , avec beau
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
coup de fuccès. Le plaifir qu'ont fait
le choix & la belle éxécution des morceaux
dont il étoit compofé , donne
lieu de croire que le Public goûtera
beaucoup cette efpèce de dédommagement
, jufqu'à ce qu'il puiffe jouir
du Spectacle de l'Opéra.
Les Bals , au profit des Acteurs , qui
avoient été annoncés pour le 12 du
mois précédent , n'ayant pû avoir lieu
à caufe de l'incendie de la Salle de
Opéra ; le Roi a bien voulu permettre
qu'on les donnât au Palais des
Thuilleries dans la même Salle des
Concerts. Ces Bals font donnés nonfeulement
en confidération du bénfiéce
qui peut en réfulter pour les Sujets de
cette Académie , mais afin que tous
les genres de talens qui forment le
Spectacle de l'Opéra , ayent occafion
de s'éxercer & de s'entretenir pendant
la vacance des Repréfentations . Ainfi
les Danfeurs & Danfeufes de l'Opéra ,
y éxécutent des Ballets , dans les ha
bits convenables aux caractères ; ce
qui , en même temps , rend ces Bals
beaucoup plus brillans. On a dû donner
le premier Bal le Dimanche premier
de ce mois; & l'on continuera les
Dimanches fuivans , jufqu'au nombre jufqu'au_nombre
M A I. 1763. 155
de trois. Le Mai & la Noce de Village,
font le Sujet du Ballet Pantomine éxécuté
dans ce Bal , par les premiers Sujets
de l'Académie pour ce genre de
danfes.
On rendra compte avec plus de détails,
dans le prochain Mercure , de l'éxécution
& du fuccès des Concerts &;
des Bals.
L'emplacement de la nouvelle Salle
d'Opéra , que la Ville doit faire conftruire
, eft déterminé au même lieu où
étoit l'ancienne ; c'est-à- dire toujours.
adhérente au Palais Royal : mais la dif
pofition de cet édifice doit être fur un
autre plan;enforte que ce fera l'extrémité
de la Salle oppofée au Théâtre qui fe joindra
à la partie latérale du Palais Royal ,
par laquelle on communiquoit dans
cetre Salle & où étoient les loges de
M. le Duc d'ORLEANS. Ainfi , l'édifice
de cette Salle , felon ce qu'on fçait
actuellement des premiers projets , s'étendroit
depuis ce point de jonction au
Palais Royal , le long de la rue S. Ho
noré , jufqu'à la rue des Bons - Enfans..
A mesure qu'il nous parviendra quelques
connoiffances certaines fur tout ce
qui concernera cette nouvelle conftruction
nous en ferons très-exactement: part
•
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à nos Lecteurrs , cet objet paroiffant aujourd'hui
intéreffer beaucoup le Public..
En attendant cette nouvelle conftruction
, dont on ne peut efpérer de
voir la perfection , que dans un temps.
trop éloigné pour priver jufques-là le
Public du Spectacle de l'Opéra ; S. M.
a daignépermettre que l'on établit provifoirement
fur la partie du Theâtre de
fa magnifique Salle de Spectacles aux
Thuilleries , une Salle & un Théâtre en
charpente éxactement dans la même forme
& dans la même diftribution de
Loges , que celle qui vient d'être brûlée.
Cette feule partie du Théâtre de la Salle
des Thuilleries étant plus étendue que
n'étoit la totalité de celle de l'Opéra ,
la Salle que l'on y conftruit fera fur les
mêmes dimenfions , & peut- être même
plus commode à certains égards . On
travaille avec tant de diligence à cet
établiffement , que l'on efpére le mettre
en état d'y pouvoir repréſenter
POpéra à la fin du mois prochain , ou
au plus tard au commencement de
Juillet
L'ACADÉMIE Royale de Mufique ,
tant pour exercer les Sujets qui la campofent
, que pour répondre à l'empref
fement que le Public a marqué de jouir
de leurs talens , donne chaque femaine
des Concerts François , au Palais des
Thuileries , dans la même falle où s'éxé
cutent les Concerts Spirituels.
Elle a donné le premier de ces Con
certs Vendredi , 29 AAvvrriill , avec beau
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
coup de fuccès. Le plaifir qu'ont fait
le choix & la belle éxécution des morceaux
dont il étoit compofé , donne
lieu de croire que le Public goûtera
beaucoup cette efpèce de dédommagement
, jufqu'à ce qu'il puiffe jouir
du Spectacle de l'Opéra.
Les Bals , au profit des Acteurs , qui
avoient été annoncés pour le 12 du
mois précédent , n'ayant pû avoir lieu
à caufe de l'incendie de la Salle de
Opéra ; le Roi a bien voulu permettre
qu'on les donnât au Palais des
Thuilleries dans la même Salle des
Concerts. Ces Bals font donnés nonfeulement
en confidération du bénfiéce
qui peut en réfulter pour les Sujets de
cette Académie , mais afin que tous
les genres de talens qui forment le
Spectacle de l'Opéra , ayent occafion
de s'éxercer & de s'entretenir pendant
la vacance des Repréfentations . Ainfi
les Danfeurs & Danfeufes de l'Opéra ,
y éxécutent des Ballets , dans les ha
bits convenables aux caractères ; ce
qui , en même temps , rend ces Bals
beaucoup plus brillans. On a dû donner
le premier Bal le Dimanche premier
de ce mois; & l'on continuera les
Dimanches fuivans , jufqu'au nombre jufqu'au_nombre
M A I. 1763. 155
de trois. Le Mai & la Noce de Village,
font le Sujet du Ballet Pantomine éxécuté
dans ce Bal , par les premiers Sujets
de l'Académie pour ce genre de
danfes.
On rendra compte avec plus de détails,
dans le prochain Mercure , de l'éxécution
& du fuccès des Concerts &;
des Bals.
L'emplacement de la nouvelle Salle
d'Opéra , que la Ville doit faire conftruire
, eft déterminé au même lieu où
étoit l'ancienne ; c'est-à- dire toujours.
adhérente au Palais Royal : mais la dif
pofition de cet édifice doit être fur un
autre plan;enforte que ce fera l'extrémité
de la Salle oppofée au Théâtre qui fe joindra
à la partie latérale du Palais Royal ,
par laquelle on communiquoit dans
cetre Salle & où étoient les loges de
M. le Duc d'ORLEANS. Ainfi , l'édifice
de cette Salle , felon ce qu'on fçait
actuellement des premiers projets , s'étendroit
depuis ce point de jonction au
Palais Royal , le long de la rue S. Ho
noré , jufqu'à la rue des Bons - Enfans..
A mesure qu'il nous parviendra quelques
connoiffances certaines fur tout ce
qui concernera cette nouvelle conftruction
nous en ferons très-exactement: part
•
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à nos Lecteurrs , cet objet paroiffant aujourd'hui
intéreffer beaucoup le Public..
En attendant cette nouvelle conftruction
, dont on ne peut efpérer de
voir la perfection , que dans un temps.
trop éloigné pour priver jufques-là le
Public du Spectacle de l'Opéra ; S. M.
a daignépermettre que l'on établit provifoirement
fur la partie du Theâtre de
fa magnifique Salle de Spectacles aux
Thuilleries , une Salle & un Théâtre en
charpente éxactement dans la même forme
& dans la même diftribution de
Loges , que celle qui vient d'être brûlée.
Cette feule partie du Théâtre de la Salle
des Thuilleries étant plus étendue que
n'étoit la totalité de celle de l'Opéra ,
la Salle que l'on y conftruit fera fur les
mêmes dimenfions , & peut- être même
plus commode à certains égards . On
travaille avec tant de diligence à cet
établiffement , que l'on efpére le mettre
en état d'y pouvoir repréſenter
POpéra à la fin du mois prochain , ou
au plus tard au commencement de
Juillet
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Résumé : OPERA.
L'Académie Royale de Musique organise des concerts hebdomadaires au Palais des Tuileries pour former ses membres et répondre à la demande publique. Le premier concert, le 29 avril, a connu un grand succès. En raison de l'incendie de la salle de l'Opéra, les bals prévus pour le 12 du mois précédent ont été déplacés aux Tuileries. Ces bals permettent aux danseurs de l'Opéra de s'exercer. Le premier bal a eu lieu le premier dimanche du mois et continuera les dimanches suivants jusqu'à trois fois. Le ballet pantomime exécuté lors de ce bal est intitulé 'Le Mai & la Noce de Village'. La ville prévoit la construction d'une nouvelle salle de l'Opéra à l'emplacement de l'ancienne, adjacente au Palais Royal, avec une disposition différente des plans précédents. En attendant, le roi a autorisé l'installation provisoire d'une salle et d'un théâtre en charpente aux Tuileries, reproduisant les loges de l'ancienne salle. Les travaux avancent rapidement, permettant d'espérer une réouverture de l'Opéra à la fin du mois prochain ou au début de juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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422
p. 157-158
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 14 Avril, un Acteur nouveau débuta avec beaucoup de succès par le [...]
Mots clefs :
Acteur, Intelligence, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LEE 14 Avril , un Acteur nouveau débuta
avec beaucoup de fuccès par le
rôle de Dave , dans l'Andrienne , & par
celui de la Branche , dans Crifpin rival
de fon Maître. Il a continué fon
Début par Mafcarille , dans l'Etourdi ;
& le Valet dans le Retour imprévu ;
Frontin , dans le Muet ; Merlin , dans
les trois Frères rivaux , & c.
Cet Acteur , ( M. A UGÉ ) n'avoit
point encore paru fur le Théâtre de la
Capitale. Il eftjeune , d'une figure agréable
, bien fait , facile & léger dans tous
ſes mouvemens , on lui trouve de l'intelligence
, beaucoup de feu , la Pantomine
comique fans caricature , fuffifamment
formé au Théâtre , pour y
remplir avec agrément toutes les parties
de l'emploi dans lequel il a débuté.
Le Public l'a vu avec fatisfaction & en
attend encore des progrès . M.AUGE a été
reçu aux grands appointemens très-peu
de jours après fon premier début.
•
Le 18 du même mois , on a donné
la première repréfentation du Bienfait
rendu ou le Négociant , Comédie en
158 MERCURE DE FRANCE.
cinq Actes & en Vers dont l'Auteur eft
inconnu. Cette Piéce a été bien reçue &
avec applaudiffemens. On en a continué
les Repréſentations . Nous faififfons
avec plaifir l'occafion de prouver à nos
Lecteurs , l'attention que nous avons
toujours à les fatisfaire fur les nouveautés
, lorfque cela nous eft poffible ,
en mettant dans ce Mercure l'Extrait
fuivant.
LEE 14 Avril , un Acteur nouveau débuta
avec beaucoup de fuccès par le
rôle de Dave , dans l'Andrienne , & par
celui de la Branche , dans Crifpin rival
de fon Maître. Il a continué fon
Début par Mafcarille , dans l'Etourdi ;
& le Valet dans le Retour imprévu ;
Frontin , dans le Muet ; Merlin , dans
les trois Frères rivaux , & c.
Cet Acteur , ( M. A UGÉ ) n'avoit
point encore paru fur le Théâtre de la
Capitale. Il eftjeune , d'une figure agréable
, bien fait , facile & léger dans tous
ſes mouvemens , on lui trouve de l'intelligence
, beaucoup de feu , la Pantomine
comique fans caricature , fuffifamment
formé au Théâtre , pour y
remplir avec agrément toutes les parties
de l'emploi dans lequel il a débuté.
Le Public l'a vu avec fatisfaction & en
attend encore des progrès . M.AUGE a été
reçu aux grands appointemens très-peu
de jours après fon premier début.
•
Le 18 du même mois , on a donné
la première repréfentation du Bienfait
rendu ou le Négociant , Comédie en
158 MERCURE DE FRANCE.
cinq Actes & en Vers dont l'Auteur eft
inconnu. Cette Piéce a été bien reçue &
avec applaudiffemens. On en a continué
les Repréſentations . Nous faififfons
avec plaifir l'occafion de prouver à nos
Lecteurs , l'attention que nous avons
toujours à les fatisfaire fur les nouveautés
, lorfque cela nous eft poffible ,
en mettant dans ce Mercure l'Extrait
fuivant.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le 14 avril, M. Augé a débuté avec succès sur la scène parisienne dans plusieurs rôles, incluant Dave dans 'L'Andrienne', la Branche dans 'Crispin rival de son maître', Mascarille dans 'L'Étourdi', le Valet dans 'Le Retour imprévu', Frontin dans 'Le Muet', et Merlin dans 'Les Trois Frères rivaux'. M. Augé est décrit comme un jeune homme agréable, bien fait, doté d'une grande agilité, d'une intelligence scénique, d'énergie et d'une pantomime comique sans exagération. Le public l'a bien accueilli et s'attend à ses progrès futurs. Rapidement après sa première performance, il a été engagé avec un salaire élevé. Le 18 avril, la comédie 'Le Bienfait rendu ou le Négociant' a été présentée pour la première fois. Cette pièce en cinq actes et en vers, d'auteur inconnu, a été bien reçue et acclamée par le public. Les représentations ont continué, et le Mercure de France a publié un extrait de cette pièce pour informer ses lecteurs des nouveautés théâtrales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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423
p. 159-185
EXTRAIT du BIENFAIT RENDU, OU LE NÉGOCIANT, Comédie en cinq Actes & en Vers, représentée par les Comédiens François pour la première fois le Lundi 18 Avril 1763.
Début :
AUTEUR ANONYME. PERSONNAGES. ACTEURS. LE COMTE DE BRUYAN COURT. M. Brisart. LA COMTESSE. [...]
Mots clefs :
Observations, Succès, Anonyme, Versification, Drame, Amour-propre, Comédie, Actrice nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du BIENFAIT RENDU, OU LE NÉGOCIANT, Comédie en cinq Actes & en Vers, représentée par les Comédiens François pour la première fois le Lundi 18 Avril 1763.
EXTRAIT du BIENFAIT RENDU
ou LE NÉGOCIANT , Comédie en
cinq Actes & en Vers , repréſentée
par les Comédiens François pour la
première fois le Lundi 18 Avril 1763 ,
AUTEUR ANONY ME .
PERSONNAGES. ACTEURS.
LE COMTE DE BRUYAN
COURT. M. Brifart.
LA COMTESSE. Mlle Drouin
ANGÉLIQUE , Fille du Comte &
de la Comteffe. Mlle Hus.
LE CHEVALIER , Frère d'Angélique.
M. Molé.
JULIE , Amie d'Angélique . Mlle Préville.
LISIMON , Père de Julie . M. Dubois.
à Angélique.
Comte ..
VERVILLE , Commerçant deſtiné
ORGON , Oncle de Verville.
DUBOIS , Vales - de- Chambre du
JASMIN , Valet de Verville.
UN NOTAIRE.
La Scène eft à Paris chez le Comte
M. Belcour.
M. Préville .
M. Dauberval.
M, Bouret
160 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE , en arrivant de Bordeaux
à Paris pour conclure le mariage
projetté par fon oncle avec la fille du
Comte de BRUYANCOURT , a perdu
le portefeuille qui contenoit toute fa
fortune. Cet accident l'avoit retenu pendant
un mois caché dans une auberge
à Paris. Il avoit envoyé fon valet JASMIN
fur la route faire des perquifitions.
Un vieillard refpectable avoit rapporté
à VERVILLE ce précieux portefeuille ,
fans vouloir recevoir de lui aucune
marque de reconnoiffance , ni même
lui dire fon nom. Auffitôt que VERVILLE
a recouvré fa fortune , il ſe préfente
dans la maifon du Comte pour
exécuter les ordres de fon oncle.
C'est dans ce moment , & avant que
d'avoir vu le Père d'ANGÉLIQUE que
commence l'action de la Piéce . JASMIN
rend compte de l'inutilité de fes recherches
, fur quoi VERVILLE le confole
en lui apprenant l'action du vieillard
de laquelle il exagére beaucoup le mérite.
Quelques détails fur l'impertinence
des Domeftiques du Comte préviennent
fur le caractère des parens d'ANGELIQUE.
La Scène du CHEVALIER
DE BRUYANCOURT avec VER
M A I. 1763.
161
VILLE confirme encore davantage cette
expofition. Ce Chevalier déclare à '
VERVILLE très-durement qu'il doit renoncer
à l'honneur de s'allier à fa
famille , & qu'il fera bien de s'en défifter
volontairement , pour éviter l'affront
d'un refus abfolu.
VERVILLE répond avec la plus grande
fermeté , qu'il étoit par lui- même fort
éloigné de courir les hazards d'une pareille
alliance ; qu'il ne s'y prêtoit que
pour obéir aux ordres d'un Oncle auquel
il doit tout , mais que le ton abfolu
du Chevalier détermine fon irréfolution
, & qu'il eft difpofé à faire voir
au Comte le plus grand empreffement
pour terminer cette affaire ; le Comte
père d'ANGÉLIQUE , ne fait pas un
accueil plus favorable à VERVILLE.
On annonce au Comte l'arrivée d'un
homme dont la figure , les manières ,
& furtout la familiarité , paroiffent fort
extraordinaires à toute fa maifon . Il reconnoît
avec chagrin ORGON , l'oncle
de Verville ; l'impatience le fait paroître
pour venir chercher le Comte & fon
neveu ; il anonce dès fon entrée fon caractère
vif , libre & franc ; il croit fon
neveu déja inſtallé dans la maiſon ; il
eft fort étonné du froid qu'il remarque .
R
162 MERCURE DE FRANCE.
entre le Comte & lui , encore plus de ce
que ce neveu a pa Té un mois à Paris fins
s'être préfenté chez le Comte & fans
avoir avancé l'affaire de fon mariage ;
VERVILLE dit qu'il lui en apprendra
la caufe. Pour réparer le temps perdu
par la goutte qui l'a empêché d'arriver
plutôt, ORGON veut aller complimenter
la Comteffe & fa niéce future ....
Et , ( dit-il au Comte , ) cela feroit fait déja ;
>> fi ma figure
» Eût eu le don de plaire à Meſſieurs vos Valets ;
Maisje n'ai jamais pu me procurer d'accès , &c.
Il a rencontré JULIE qu'il prenoit
pour ANGÉLIQUE , & illa trouvée fort
à fon gré ; mais il apprend du Comte,
que cette JULIE eft une amie d'ANGEEIQUE
; qu'elle eft fille d'un Officier ,
homme de qualité , fort maltraité de la
fortune . Il emmene le Comte fort embarraffé
de cet hôte incommode.
Le Chevalier , frère d'ANGÉLIQUE ,
a conçu pour JULIE une paffion qu'il
lui a déclarée ; ce qui l'a déterminé à
prier fon Père de la retirer dès le foir
même de la maifon du Comte . VERVILLE
vient trouver JULIE , fçachant
M.A I. 1763. 163
ge
qu'elle eft l'amie d'ANGÉLIQUE. La
confiance avec laquelle il l'interrofur
le caractère de fon amie , eft ,
dit il , l'effet du fentiment dont il a été
prévenu pour elle à la première vue;il lui
déclare en même - temps avec un regret
affez vif, que fon oncle feul a tout fait ,
& que malgré lui , on a promis fa main
& fa foi pour ANGÉLIQUE . JULIE fe
défend de répondre aux queftions de
VERVILLE ; elle lui confeille de juger
plutôt par lui-même. Celui - ci lui repréfente
que la pétulance de fon oncle ne
lui laiffe pas efpérer qu'il confente à aucun
délai , & qu'il faudra peut- être conclure
dès le lendemain ; qu'en fe dédifant
au moment de la conclufion , il ſe trouveroit
chargé de tous les torts de la rupture ,
au lieu que s'il étoit inftruit que l'orgueil
d'ANGÉLIQUE fût révolté de ce mariage
, il pourroit faire défifter fon oncle
dans le tems furtout où la bile de ce
vieillard eft déja irritée contre les procédés
de toute cette famille. JULIE cédant
à cette raifon , ne peut plus lui cacher
qu'en effet ANGÉLIQUE eft nourrie dès
fon enfance des préjugés de la nobleffe ;
elle fe retire après cet aveu , quoique.
VERVILLE veuille la retenir.
Le Comte vient avec ORGON & la
164 MERCURE DE FRANCE.
Comteffe ; celle - ci n'eft point informée
des engagemens du Comte , qui l'exhorte
tout bas à ne rien brufquer. Quelques
fragmens de cette Scène en apprendront
les raifons & peindront le caractère
d'ORGON .
ORGON.
» Je difois donc , qu'iffu de parens ordinaires ,
» Je ne puis me vanter des honneurs de mes pères.
» Et que tout bonnement , commerçans comme
» moi ,
» Ils n'ont fait parler d'eux que par leur bonnefoi ;
Titre qui devroit bien être en ligne de compte ,
» Avant les qualités de Marquis & de Comte :
» Mais la fottiſe humaine en ordonne autrement.
LA COMTESSE répond avec mépris , en difant :
· Il feroit beau vraiment
» Qu'on vit au même rang, fans nulle différence,
>> Marcher & gens titrés , & commerce & finance.
ORGON . - ·.
→ Ne.craignez rien , Madame ; allez , vous garde-
>> rez
Ces frivoles honneurs par l'orgueil confacrés.
Quant à moi je ferai conſiſter ma nobleſſe
» A me montrer exact à tenir ma promeſſe ;
>>
M A I. 1763 . 165
» A ne point m'arroger un droit humiliant
Sur les Sots qui pourroient me prêter de l'argent,
» Et m'affranchir furtout du chagrin, de la honte
» Qu'un huiffier.
LE COMTE , bus à Orgon.
»Ah ! paix donc.
ORGON.
» Vous m'entendez , cher Comte ;
» Il eft fâcheux fans doute , il faut en convenir ,
» Qu'un Seigneur de chez lui ne puiffe pas fortir ;
» Sans craindre qu'un Sergent avec fa digne eſcorte
» Au mépris de fon rang ne l'enleve à fa porte.
LE COMTE , bas à Orgon.
» Vous voulez donc me perdre ?
ORGON.
» Oh ! que non.
LA COMTESSE.
ORGON.
»Que dit -il?
»Je conviens que le trait ne feroit pas civil :
Mais quand on pouffe à bout....
LE COMTE , à Orgon. part.
» Epargnez-moi .....j'enrage.
166 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE à part.
J'imagine à la fin entendre ce langage.
ORGON à la Comteffe.
>> Vous neconcevez rien , Madame , à ces propos ?
LA COMTESSE.
Non ; & pour dire vrai , je les trouve affez
» fots.
Sans doute.
ORGON, riant.
LA COMTESSE.
Et n'y vois point quel eft le mot pour rire.
ORGON .
Vous n'avez pas la clef de ce que je veux dire :
» Mais le Comte , s'il veut , pourra vous mettre au
≫ fait , &c.
ORGON revient à fon projet de mariage
dont il preffe la conclufion ; la Comteffe
continue fes dédains. Lorfqu'elle eft
retirée , le Comte cherche à l'excufer auprès
d'ORGON , fur ce qu'il n'avoit pas
encore communiqué fes engagemens à la
Comteffe. Le vieil oncle menace de
M A I.. 1763, 167
faire repentir le Comte de fes procédés,
s'il ne tient promptement fa parole.
» Eh quoi ! ſuffira-t-il qu'une fuite d'Ayeux
» Nous ait tranſmis un nom qu'ils ont rendu fa
›› meux ,
›› Pour nous autoriſer à manquer de parole ?
» Des titres & du rang l'avantage frivole
» Peut- il donner ainſi l'indigne faculté
>>.De ſe moquer des Loix de la Société !
VERVILLE s'étonne avec raifon
que
fon oncle s'obftine à la conclufion de
ce mariage mal-afforti ; celui- ci en donne
la raison & apprend le noeud des
engagemens du Comte qui lui doit cent
inille écus d'argent prêté dans fes preffans
befoins. ORGON dit que comptant
peu fur le recouvrement de cette dette,
cela lui avoit fait naître le projet de
confondre leurs communs intérêts en
uniffant fon neveu à la fille du Comte .
Il convient qu'il avoit peut-être fait en
cela une fottife, mais que le Comte ayant
paru d'abord accepter ce parti avec
empreſſement & reconnoiffance , il ne
veut pas en avoir le démenti.
Dans le temps que JULIE vient d'avoir
une explication avec le Chevalier
168 MERCURE DE FRANCE .
en préfence d'ANGÉLIQUE fur les mo
tifs de fa retraite , la Comteffe vient fe
plaindre à fes enfans , des égards que
marque le Comte leur Père pour ORGON.
Elle parle fort mal de l'oncle &
du neveu ; elle accufe même le dernier
d'avoir auffi peu d'efprit que de monde ;
ANGÉLIQUE paroît vouloir le juftifier
à cet égard. Sa mère la foupçonne de
prévention en faveur de VERVILLE ;
ANGÉLIQUE S'en défend , en affurant
que , fans lui faire injuftice , elle fçait
fe refpecter & connoît trop l'intervalle
que le fort a ' mis entr'elle & ce jeune
homme. La Comteffe le voit paroître &
fe propofe de le congédier définitivement.
On peut juger par le caractère
de cette Comteffe , avec quelle hauteur
elle traite VERVILLE dans cette Scène
; celui - ci n'employe jamais qu'une
honnêteté qui , fans l'avilir , feroit fentir
à tout autre qu'à cette femme prévenue
, combien il mériteroit d'autres
procédés ; il s'adreffe à ANGELIQUE
elle-même pour fçavoir fes fentimens
fur lefquels il promet de régler fes démarches
auprès du Comte fon Père.
ANGÉLIQUE héfite de répondre
; elle en eft difpenfée par l'arrivée
du Comte & d'ORGON.
Ce
M A T. 1762. 169
Ce dernier annonce à la Comteffe
que tout étant oublié de fa part fur
la réfiftance qu'on avoit apportée au
mariage de fon neveu , neveu , on va travailler
dans l'inftant au contrat . La Comteffe
fe récrie contre cette alliance ; le
Comte la preffe de plus en plus d'y confentir
. ORGON reproche au Comte la
foibleffe avec laquelle il écoute les propos
de fa femme & de fon fils. VERVILLE
veut engager fon oncle à folliciter
les fuffrages d'ANGÉLIQUE . Or-
GON traite cela de Jargon de Cythère ,
dont il fe moque , en ajoûtant que l'opulence
aura bientôt confolé ANGÉLIQUE
du frivole avantage d'un titre
faftueux...
» Une bonne maiſon où régne l'abondance
>> Vaut bien à tous égards la trompeufe elégance
De ces Palais brillans , où l'or partout femé
>> Infulte aux Créanciers d'un Seigneur affamé ;
Et qu'il eft plus flatteur d'obliger tout le monde,
» Et d'être de bienfaits une fource féconde ,
>> Que d'avoir le talent fi commun aujourd'hui
» De faire grand fracas , mais aux dépens d'autrui.
A quoi le
plus de vérité
Chevalier répond avec
que
de décence .
» Eh ! comment voulez -vous que faffſe la nobleſſe ?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
(
+
» Tout l'or eft dans les mains des gens de votre
» efpéce ,
Pour avoir notre part , nous n'avons qu'un
» moyen ;
C'eft d'emprunter beaucoup ,& de ne rendre rien.
Le Comte refté feul avec la Comteffe
& fes enfans , les inftruit enfin
de la néceffité de cette alliance qui
teur paroiffoit fi bizarre . Si cet obſtiné
vieillard réalifoit les menaces de le pourfuivre
; dans l'inftant tous ces autres
Créanciers dévoreroient le refte de fa
fortune & ne lui laifferoient
• 33 Que la honte & l'ennui
>> Que l'orgueil abbaiffé doit traîner après lui .
Il preffe fa fille de fe prêter à cet
hymen qui peut feul le tirer d'embarras.
La Comteffe , allarmée de perdre
le fafte qui fait feul fon bonheur , change
à l'inftant de façon de penfer , elle
trouve alors VERVILLE fort aimable ,
Oncle un peu bourgeois , mais au
fond eftimable : la reconnoiffance , ditelle
, la décide ; on pourra décorer VERVILLE
de quelque grande charge ,
acheter un Régiment au Chevalier , que
'on fera payer au bon- homme d'Oncle ;
MAI. 1763 . 171
tout cela lui donne alors beaucoup d'impatience
de voir conclure cette utile alliance.
Tout étant d'accord , VERVILLE
n'en devient que plus inquiet fur le mariage
qu'il va contracter avec ANGÉ-
LIQUE . En confultant fon coeur , il reconnoît
que l'impreffion qu'a faite fur
lui JULIE , eft la caufe la plus forte de
fon irréfolution . ORGON le furprend
dans cette rêverie ; lui reproche fa nonchalance
dans cette conjoncture , lui
parle avantageufement d'ANGELIQUE,
dont il efpére que l'on fubjuguera la
raifon, Il lui affure toute fa fucceffion ,
& par d'autres arrangemens , en attendant
, il lui fait envisager la certitude
d'une vie fort agréable , & interrompt
ainfi les remercîmens de fon
neveu Set 173
» Va , va , je te difpenfe
D'étaler les tranfports de ta reconnoillance.
» Quand elle eft véritable , on s'en apperçoit bien;
» Quand elle ne l'eft pas , les grands mots ne font
>>rien.
Un vieil Officier furvient, VERVILLE
le reconnoît & l'annonce à fon oncle
- pour celui à qui il doit fa fortune par
-le recouvrement de fon portefeuille.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ORGON l'embraffe avec cordialité. Ce
vieillard leur dit qu'il font trop de cas
d'une chofe ordinaire ; il leur apprend
qu'il s'appelle LYSIMON , qu'il eft ancien
militaire , peu riche , & père de Ju-
LIE. ORGON le félicite fur le mérite de
fa fille elle paroît dans ce moment ,
VERVILLE s'empreffe en allant à elle
de lui témoigner la reconnoiffance qu'il
doit à fon père . Celui- ci continuant toujours
de fe défendre modeftement , engage
l'oncle & le neveu à fe taire fur
une action auffi commune que la fienne.
VERVILLE en prend occafion d'exprimer
ce qu'il fent pour JULIE .
Par générofité vous m'impoſez filence ;
J'y foufcris : mais pour moi , quel chagrin
» quand je penſe
» Qu'il n'eft aucun moyen qui puiffe m'acquitter,
(regardant Julie . )
» Ou qu'il n'en feroit qu'un queje ne puis tenter !
î
Ces derniers mots deVERVILLE éclairent
LYSIMON ; refté feul avec fa fille
il l'interroge fur fes difpofitions à l'égard
de VERVILLE ; JULIE les laiffe entrevoir
par l'empreffement qu'elle marque
de hâter fa retraite ; fon père l'applaudit
d'oppofer tant de raifons à un pen-
1
MAI. 1763. 173
chant qui pourroit être fi fatal à fon
bonheur. ANGÉLIQUE , qui furvient
lui reproche inutilement la réfolution où
elle cft de fe féparer d'elle ; elle ne peut
croire que ce foit la paffion de fon frère
qui la porte à cet éloignement . JULIE
dit que fon père fçait tous fes fentimens
& connoît comme elle la néceffité de
la réfolution qu'elle a prife . Elle parle
à ANGÉLIQUE de fon prochain mariage
; celle - ci découvre à cet égard fes
vrais fentimens fur le prétendu aviliffement
dans lequel elle croit que la plon
geroit cette alliance ; ce fentiment eft
combattu par Julie : mais ANGÉLIQUE
s'explique déterminément fur le compte
de VERVILLE.
Sans mépris , je ne veux point de lui
Je ne fuis point injufte , & je conviens d'avance
»Que j'ai quelque regret qu'il n'ait point de naif-
30
»fance ;
Mais je ne connois rien qui couvre ce défaut.
ORGON vient, un écrain de diamans à
la main , qu'il préfente fans façon à ANGÉLIQUE
; elle paroît fort choquée du
titre de fa niéce qu'il lui donne par avance
, & ſe refuſe à prendre l'écrain , ce
qui fcandalife fort ORGON. Dans le mo-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
ment où JULIE cherche à excufer ANGÉLIQUE
fur ce refus , arrive la Comteffe
qui trouve l'écrain fort beau,& félicite
fa fille fur la magnificence avec
laquelle elle fera parée. ORGON dit
qu'il eft fort aife d'avoir fait connoiffance
avec le Marchand qui lui a vendu
les diamans ; il en fait un éloge que nous
nous reprocherions de fouftraire au
Lecteur.
Tout refpire chez lui la vertu , la décence.
Il eſt riche vraiment , & la fimplicité
» Régne dans fa maiſon avec l'honnêteté,
Ses ayeux ont de père en fils dans cette Ville
Depuis cent cinquante ans le même domicile
Et quoiqu'il pût fort bien donner à fes enfans.
De quoi leur procurer des états plus brillans ,
>> Dans fa profeffion il veut les faire vivre ;
Et fon fils à quinze ans tient déjà longrand livre.
» Sa femme me paroît une femme d'honneur ,
> Pleine de fentimens , de bon fens , de candeur..
»Je dois la préfenter quelque jour à ma nićce.
ANGELIQUE , à part.
>> Croit-il que je verrois des gens de cette eſpéce ?
» Je fuis au défefpoir ! ১১
Ce peu de mots décide la folle manie
M A 1. 1763. 175
d'ANGÉLIQUE; ORGON préfente LYSIMON
à la Comteffe , comme le bienfaiteur
de fon neveu ; la franchiſe net
lui permet pas de fe taire fur la morgue
& la hauteur qu'il remarque dans
ANGÉLIQUE , & que tout naturellement
il dit qu'elle tient de fes parens, mais dont
il efpérede la guérir par la fuite. ANGÉLIQUEpiquée
de ce reproche fe défend contre
ORGON de l'orgueil dont il l'accuſe ;
elle prétend que les gens du commun
ne cherchent à détruire l'intervalle qui
les fépare des grands, que par amourpropre
.
Jaloux de notre état , cette philofophie
Eft ordinairement le mafque de l'envie ,
» Qui , juſqu'à la grandeur ne pouvant s'élever ;
>>Jufques à fon néant voudroit la ravaler.
Elle continue , en déclarant très - ouvertement
à ORGON que cette alliance
ne fera jamais qu'un effort de raiſon
de fa part & l'effet de fa foumiffion
pour fon père ; ce qui détermine ORGON
à rompre entiérement , malgré les
efforts que fait la Comteffe , pour
calmer fa colère.
» Non , ( dit-il , ) je ne veux pas lui faire violence ;
&
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
> Et je commence à voir que Verville a raiſon
» Ce feroit fur fes jours répandre le poiſon
"Que de l'affocier avec une Princeffe
» Qui le regarderoit du haut de la nobleſſe.
Le Comte furvient , qui cherche à le
calmer , en excufant fa fille , dont il
fe rend caution, On a mandé le Notaire
. ORGON céde par bonté , n'ayant
pas , dit- il , le don de tenir fa colère.
ANGÉLIQUE murmure tout bas , ORGON
s'en offenfe & menace encore de
rompre ; mais elle fait une promeffe authentique
d'obéiffance qui racommode
tout. Le Comte la fait remarquer à ORGON
; ce dernier protefte que les égards
qu'on aura pour lui régleront fes procédés
; qu'il ne veut plus être humilié; que
VERVILLE , il eſt vrai , eft honoré par
ce mariage , mais qu'il ne fe foumettra
pas à d'éternels mépris
» Ne vous y trompez pas , ( pourfuit- il , ) · les gens
>> de notre eſpéce ,
Sans ces vieux parchemins de l'antique nobleſſe
» Comme elle , à mille égards ont droit de fe flat-
» ter
» De fervir la patrie & d'en bien mériter.
A Bordeaux vous verriez vous- même , mon che
22 Comte
M A I. 1763. 177
» Si mon état me doit inſpirer de la honte.
» Vous verriez Officiers , Soldats & Matelots
»Entretenus par moi fur nombre de Vaiffeaux ,
Par leurs travaux heureux enrichir la Province
» Et fouvent aux dépens des ennemis du Prince,
» Enfin fi notre étoile , en fecondant nos foins ,
»Nous a donné des biens par- delà nos beſoins ,
Ils ne font pas le fruit d'une induſtrie obſcure.
Leur fource ne fut point l'avarice , l'ufure ,
L'art d'apauvrir le Peuple & de tromper le Ror..
» Tous ces honteux moyens font inconnus de moi.
A travers les dangers j'ai conquis ma fortune ,
-59
00
Qu'à mes concitoyens j'ai fçu rendre commune,
» Cela vaut bien, je crois , la noble oifiveté
» D'un Seigneur orgueilleux bouffi de qualité ,
» Et qui prétend qu'en lui tout le Public révère
→ Cet honneur fi douteux d'être fils de fon père.
»J'ai dit : allons figner . Mais retenez furtout
Qu'il feroit dangereux de me pouffer à bouts
Tout prêt pour la fignature , le Comte
s'eft retiré précipitament avec le
Notaire ; ce Seigneur fe félicite d'avoirtrouvé
un moyen de rembourfer ORGON
, & de lui ôter par là tous les
droits qu'il avoit fur lui ; il en fait part :
à la Conteffe . Elle marque d'abord
toute fa joie d'être débarraffée d'une
alliance qui répugnoit tant à fa vanité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Mais comme le Comte lui dit en même
temps que le moyen d'abforber cette
créance , n'eft qu'en en contractant une
<nouvelle , & que cela laiffe toujours fa
fortune auffi engagée qu'auparavant ; da
crainte d'aller habiter un vieux Château
fait que la Comteffe exhorte fon
mari à tenir fa parole . Cependant le
Comte l'ayant affurée qu'à tout événement
, il n'eft pas plus difpofé qu'elle à
la retraite ; elle rechange encore de fentiment
; elle confent avec plaifir que
l'on rompe ce mariage . VERVILLE qui
vient de la part de fon oncle chercher
le Comte & fçavoir la raison de ce
nouveau délai , reçoit fon congé du
Comte avec la politeffe la plus méprifante.
LYSIMON , préfent à cet entretien
, marque à VERVILLE toute fa
furpriſe & fon indignation fur l'ingråtitude
du Comte & de la Comteffe .
VERVILLE faifit cette occafion pour
déclarer à LYSIMON le defir d'obtenir
JULIE .
•
1
Il le preffe de confentir à fon bonheur
, mais il croit devoir l'avertir que
pour un temps le hazard le prive de la
moitié du bien contenu dans le potefeuille
qu'il lui a remis . LYSIMON répond
que le plus ou le moins eft égal
M A I. 1763 . 179
lorfqu'on eft au- deffus des befoins ; mais
il demande feulement que l'on différe
cet hymen qui auroit l'air d'une vengeance
& d'un projet concerté.ORGON
avoit prévenu les defirs de fon neveu à
l'égard du mariage avec JULLE ; il eſt
enchanté que leurs idées fe trouvent fi
conformes. LYSIMON oppofe les mêmes
raiſons pour différer , qu'il avoit
données à VERVILLE ; mais elles ont
peu de poids fur ORGON. JULIE vient
elle-même ; c'eft l'oncle de VERVILLE,
c'eft le bon ORGON , piqué , qui ſe
charge de la déclaration de fon neveu
pour JULIE, & qui en fait lui - même la
demande. VERVILLE , encore incertain
des difpofitions de JULIE , a lieu
d'être fatisfait des affurances honnêtes
de LYSIMON. La fille achéve de combler
l'espoir de cet Amant inquiet &
délicat en difant :
(
L'obéis , mais Monfieur , jamais l'obéiffance
» N'a trouvé dans un coeur fi peu de réſiſtance .
ORGON apperçoit le Comte , & , ditil
, fes cent mille écus.
En effet le Comte apporte des effets
pour la valeur de cette fomme . En regardant
ces papiers , ORGON marque
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
de la furpriſe & demande au Comte
de qui il les tient . En même temps ik
demande à VERVILLE s'il n'avoit pas
ces mêmes effets en arrivant de Bordaux
? VERVILLE en convient , & répond
qu'il en a difpofé , qu'apparemment
ces billets ont paffé en différentes
mains . ORGON eft par-là confirmé
dans fes foupçons & reconnoît que
fon neveu a fait prêter au Comte cette
fomme pour le remboursement de fa
créance . Le Notaire qui arrive éclaircit
ce mystère en déclarant que VERVILLE
lui a remis ces effets. ORGON
approuve l'action de fon neveu qui l'a
tiré de fon yvreffe. Il veut qu'il rende
au Comte l'obligation qu'il avoit de la valeur
des billets . Le Comte eft confondu..
ORGON , pour ſe vanger,lui apprend que
le mariage de VERVILLE eft arrêté avec
JULIE . Elle y met pour condition
qu'ORGON confirmera au contraire le
projet de VERVILLE en faveur du
Comte. ORGON refufe d'y confentir ;
VERVILLE demande de fon côté qu'il
mette au moins quelque délai à fes
pourfuites contre le Comte; ORGONréfiſte
encore;JULIE déclare ne pouvoir confentir
à s'allier avec lui , s'il veut perfécuter
fes bienfaiteurs. VERVILLE fe
M A I. 1763.
18t
,
joint à JULIE ; ORGON fe laiffe fléchir
, & rend fon neveu le maître de
difpofer de fes effets en renonçant
même à la dette ainfi qu'à la famille
du Comte . Ce dernier fortant de fa
confufion , reconnoît fon aveuglement,
confeffe ne mériter aucune grace de
la part d'ORGON , & follicite cependant
la continuation de fon amitié ; il
ordonne au Notaire de vendre tous
les biens qu'il pofféde encore pour l'acquitter
envers ORGON .
" Non que de fes bienfaits ( dit - il y
Le fouvenir me paffe & s'efface jamais,
Il embraffe ORGON , qui dans l'excès
de fa tendreffe , dit au Comte :
" Ah ! fi c'eſt là l'orgueil que la Nobleffe inſpire
» Par combien de refpects aurai- je à réparer
» Tout ce que le dépit m'avoit fait proférer ? ...
32. Oubliez ...
Le Comte l'engage à faire chez lui la
nôce de VERVILLE & de JULIE .
22.
ORGON termine la Piéce par ces vers.
Soit : mais d'un vain eſpoir vous vous êtes flatta,
Si vous comptez me vaincre en générosité,
182 MERCURE DE FRANCE .
OBSERVATIONS.
CETTE Piéce a des beautés qui ont mérité le fuc
cès d'applaudiffemens qu'elle a eu & qui en même-
temps ont donné beaucoup de curiofité ſur le
nom de l'Auteur , lequel perfifte conſtamment à
refter anonyme. Le Lecteur a dû remarquer dans
ce que nous avons rapporté des détails de la Comédie
du Négociant une forte d'énergie , qui n'eft
pas commune aux Dramatiques du temps. Il a
dû remarquer auffi dans la verfification un tour ,
qui a laiffé foupçonner qu'elle pourroit être l'ouvrage
de quelqu'Auteur expérimenté dans le ftyle
propre à la Comédie. Quelques négligences dans
cette verfification , ont déconcerté les conjectures
, fans néanmoins les détruire , parce qu'il yen
a de fi peu conciliables avec les grands traits ré
pandus dans le corps de la Piéce , que l'on feroit
tenté de regarder ces négligences comme volontairement
affectées.
Puifque nous fommes entraînés à parler du
coloris de ce Drame avant de traiter du fonds
de l'action & de la conduite ; nous placerons ici
l'obfervation faite par tous les Connoiffeurs fur
T'extrême différence de juftelle qui fe trouve entre
la manière dont on y fait parler les perfonnages de
qualité d'avec celle qui caractériſe les commerçans
ou les perfonnages bourgeois . Autant ces
derniers font bien vus & rendus avec vérité, autant
les autres paroiffent n'avoir été qu'apperçus de fort
loin & chargés par l'imagination des couleurs les
plus groffieres non pas qu'il n'y ait dans la nature
morale de ces caractères trop véritablement
ſemblables a ce qu'on en dit ; mais l'expreffion
n'en eft pas à beaucoup près auffi dure que
M A I. 1763. 183
telles , dont fe fert P'Auteur de cette Comédie.
11 eft vrai que l'yvreffe de la naiffance & la haute
chimère de la diſtance des conditions , peuvent
aveugler & n'aveuglent que trop ordinainent
ceux qu'elles diftinguent , au même degré que
tetre Comédie nous préfente toute la famille des
Bruyancourts ; mais il n'eft pas vrai que ce travers
fe manifefte avec une infolence auſſi outrée
que l'Auteur a mis dans tous ces Perſonnages ,
fans diftinction d'âge , de fexe , & de fituation .
Ce travers , dans les retraites obfcures de la campagne
a fans doute & doit avoir des nuances d'autant
plus âpres , qu'il eft fouvent la feule vengeance
que certains hommes peuvent prendre de la mifère
réelle de leur vie ; mais dans la poſition où
l'Auteur met les Bruyancourts , la politeffe , ce
miel perfide qui couvre l'aiguillon de l'orgueil ,
fait à l'amour- propre des inferieurs , ( ou de ce
qui eft réputé tel , ) des bleffures peut - être plus
profondes , mais dont les coups font bien moins
groffiers que dans cette Comédie .
Paffant à la conftitution du Drame , nous
croyons avoir remarqué , que l'on a trouvé le
fondement de l'action & du dénoûment. porter
à faux étant établi fur un prétendu bienfait , qui ,
dans la vérité des principes & même de nos ufages
"encore exiſtans, n'eſt qu'un devoir d'exactitude de la
part de LYSIMON , auquel tout homme d'une probité
ordinaire ne peut manquer , fans le dégrader
à fes propres yeux & fans rifquer d'être à jamais
déshonoré ; ainfi tout l'édifice établi fur le
prétendu merveilleux du caractère de ce vieil Officier
, tombe à cette réfléxion , & par conféquent
tombe en même temps une grande partie de
l'action de cette Piéce .
On ne peut pas fe diffimuler plus facilement
184 MERCURE DE FRANCE .
1
l'embarras & le froid que jette dans la marché
de cette action , l'épifodique paffion du Chevalier
pour JULIE ; & ce qu'elle complique , fans
néceté pour l'intrigue & fans effet pour le dénoùment
; car ce dénoûment , dépendant de la
paffion fecrette de VERVILLE , de l'oppofition du
caractère de cette honnête & douce JULIE avec le
caractère infupportable de la fuperbe ANGÉLIQUE ,
que fait la fantaisie du Chevalier , que fait la fage
réfiftance de JULIE ?
C'eft peut-être à ce que nous venons d'obſerver
& à quelques autres parties de la conduite de
cette Comédie , qu'on doit attribuer ce qu'il a
manqué de vivacité dans fon fuccès . Nous croyons
devoir compter au nombre des beautés de cette
Piéce tout le rôle du vieil commerçant ORGON ,
fait en apparence fur le modèle de quelques caractères
qui ont contribué au ſuccès de Pièces célébres
, que nous admirons encore , tels que le
Glorieux & d'autres excellens Ouvrages du même
Auteur. On remarque cependant une fupériorité
dans le caractère d'ORGON ,, d'autant plus
précieuſe , qu'il eſt auffi comique & plus vif encore
que ceux dont nous voulons parler , fans
être borné à la brufque franchiſe du ton , on pourroit
dire peut- être du jargon . Celui - ci au contraire
eft plein de chofes , plein d'idées , & des vérités
les plus effentielles Nous ne pourrions fans injuſtice
nous diſpenſer d'ajouter , que ce caractère , rendu
par M. Préville reçoit auffi des talens de la fineffe &
de l'inimitable intelligence de cet Auteur , une
tranfcendance , fi l'on peut dire , fur les caractères
à peu près du même genre, qu'on avoit vu jouer autrefois
, qui donne à ce rôle- ci , toute la perfection
dont il eft fufceptible , & qui ne doit néanmoins.
rien faire perdre des éloges que méritele Poëte.
M. A I. 1763. 185
Le caractére de VERVILLE , honnête , ferme ,
toujours modefte & jamais bas ni rampant , plein
de raiſon & de fentiment , eft encore dans cette
Piéce , une des chofes qui mérite des louanges à
jufte titre , & qui fait autant d'honneur à l'efprit
& à l'âme de l'Auteur qu'à l'intelligence de l'Acteur*
qui l'a rendu auffi intéreffant qu'il pouvoit être
* M. Belcourt.
Le 22 Avril une Actrice nouvelle a
débuté dans l'Enfant Prodigue & dans
le Procureur arbitre par les rôles de Mde
Croupillac & de la Baronne , dans lef
quels elle a eu des applaudiffemens.
Nous ne pouvons nous difpenfer
d'inférer la Lettre fuivante , d'autant que
l'Auteur nous paroît diſpoſé à la publier
par une autre voie .
ou LE NÉGOCIANT , Comédie en
cinq Actes & en Vers , repréſentée
par les Comédiens François pour la
première fois le Lundi 18 Avril 1763 ,
AUTEUR ANONY ME .
PERSONNAGES. ACTEURS.
LE COMTE DE BRUYAN
COURT. M. Brifart.
LA COMTESSE. Mlle Drouin
ANGÉLIQUE , Fille du Comte &
de la Comteffe. Mlle Hus.
LE CHEVALIER , Frère d'Angélique.
M. Molé.
JULIE , Amie d'Angélique . Mlle Préville.
LISIMON , Père de Julie . M. Dubois.
à Angélique.
Comte ..
VERVILLE , Commerçant deſtiné
ORGON , Oncle de Verville.
DUBOIS , Vales - de- Chambre du
JASMIN , Valet de Verville.
UN NOTAIRE.
La Scène eft à Paris chez le Comte
M. Belcour.
M. Préville .
M. Dauberval.
M, Bouret
160 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE , en arrivant de Bordeaux
à Paris pour conclure le mariage
projetté par fon oncle avec la fille du
Comte de BRUYANCOURT , a perdu
le portefeuille qui contenoit toute fa
fortune. Cet accident l'avoit retenu pendant
un mois caché dans une auberge
à Paris. Il avoit envoyé fon valet JASMIN
fur la route faire des perquifitions.
Un vieillard refpectable avoit rapporté
à VERVILLE ce précieux portefeuille ,
fans vouloir recevoir de lui aucune
marque de reconnoiffance , ni même
lui dire fon nom. Auffitôt que VERVILLE
a recouvré fa fortune , il ſe préfente
dans la maifon du Comte pour
exécuter les ordres de fon oncle.
C'est dans ce moment , & avant que
d'avoir vu le Père d'ANGÉLIQUE que
commence l'action de la Piéce . JASMIN
rend compte de l'inutilité de fes recherches
, fur quoi VERVILLE le confole
en lui apprenant l'action du vieillard
de laquelle il exagére beaucoup le mérite.
Quelques détails fur l'impertinence
des Domeftiques du Comte préviennent
fur le caractère des parens d'ANGELIQUE.
La Scène du CHEVALIER
DE BRUYANCOURT avec VER
M A I. 1763.
161
VILLE confirme encore davantage cette
expofition. Ce Chevalier déclare à '
VERVILLE très-durement qu'il doit renoncer
à l'honneur de s'allier à fa
famille , & qu'il fera bien de s'en défifter
volontairement , pour éviter l'affront
d'un refus abfolu.
VERVILLE répond avec la plus grande
fermeté , qu'il étoit par lui- même fort
éloigné de courir les hazards d'une pareille
alliance ; qu'il ne s'y prêtoit que
pour obéir aux ordres d'un Oncle auquel
il doit tout , mais que le ton abfolu
du Chevalier détermine fon irréfolution
, & qu'il eft difpofé à faire voir
au Comte le plus grand empreffement
pour terminer cette affaire ; le Comte
père d'ANGÉLIQUE , ne fait pas un
accueil plus favorable à VERVILLE.
On annonce au Comte l'arrivée d'un
homme dont la figure , les manières ,
& furtout la familiarité , paroiffent fort
extraordinaires à toute fa maifon . Il reconnoît
avec chagrin ORGON , l'oncle
de Verville ; l'impatience le fait paroître
pour venir chercher le Comte & fon
neveu ; il anonce dès fon entrée fon caractère
vif , libre & franc ; il croit fon
neveu déja inſtallé dans la maiſon ; il
eft fort étonné du froid qu'il remarque .
R
162 MERCURE DE FRANCE.
entre le Comte & lui , encore plus de ce
que ce neveu a pa Té un mois à Paris fins
s'être préfenté chez le Comte & fans
avoir avancé l'affaire de fon mariage ;
VERVILLE dit qu'il lui en apprendra
la caufe. Pour réparer le temps perdu
par la goutte qui l'a empêché d'arriver
plutôt, ORGON veut aller complimenter
la Comteffe & fa niéce future ....
Et , ( dit-il au Comte , ) cela feroit fait déja ;
>> fi ma figure
» Eût eu le don de plaire à Meſſieurs vos Valets ;
Maisje n'ai jamais pu me procurer d'accès , &c.
Il a rencontré JULIE qu'il prenoit
pour ANGÉLIQUE , & illa trouvée fort
à fon gré ; mais il apprend du Comte,
que cette JULIE eft une amie d'ANGEEIQUE
; qu'elle eft fille d'un Officier ,
homme de qualité , fort maltraité de la
fortune . Il emmene le Comte fort embarraffé
de cet hôte incommode.
Le Chevalier , frère d'ANGÉLIQUE ,
a conçu pour JULIE une paffion qu'il
lui a déclarée ; ce qui l'a déterminé à
prier fon Père de la retirer dès le foir
même de la maifon du Comte . VERVILLE
vient trouver JULIE , fçachant
M.A I. 1763. 163
ge
qu'elle eft l'amie d'ANGÉLIQUE. La
confiance avec laquelle il l'interrofur
le caractère de fon amie , eft ,
dit il , l'effet du fentiment dont il a été
prévenu pour elle à la première vue;il lui
déclare en même - temps avec un regret
affez vif, que fon oncle feul a tout fait ,
& que malgré lui , on a promis fa main
& fa foi pour ANGÉLIQUE . JULIE fe
défend de répondre aux queftions de
VERVILLE ; elle lui confeille de juger
plutôt par lui-même. Celui - ci lui repréfente
que la pétulance de fon oncle ne
lui laiffe pas efpérer qu'il confente à aucun
délai , & qu'il faudra peut- être conclure
dès le lendemain ; qu'en fe dédifant
au moment de la conclufion , il ſe trouveroit
chargé de tous les torts de la rupture ,
au lieu que s'il étoit inftruit que l'orgueil
d'ANGÉLIQUE fût révolté de ce mariage
, il pourroit faire défifter fon oncle
dans le tems furtout où la bile de ce
vieillard eft déja irritée contre les procédés
de toute cette famille. JULIE cédant
à cette raifon , ne peut plus lui cacher
qu'en effet ANGÉLIQUE eft nourrie dès
fon enfance des préjugés de la nobleffe ;
elle fe retire après cet aveu , quoique.
VERVILLE veuille la retenir.
Le Comte vient avec ORGON & la
164 MERCURE DE FRANCE.
Comteffe ; celle - ci n'eft point informée
des engagemens du Comte , qui l'exhorte
tout bas à ne rien brufquer. Quelques
fragmens de cette Scène en apprendront
les raifons & peindront le caractère
d'ORGON .
ORGON.
» Je difois donc , qu'iffu de parens ordinaires ,
» Je ne puis me vanter des honneurs de mes pères.
» Et que tout bonnement , commerçans comme
» moi ,
» Ils n'ont fait parler d'eux que par leur bonnefoi ;
Titre qui devroit bien être en ligne de compte ,
» Avant les qualités de Marquis & de Comte :
» Mais la fottiſe humaine en ordonne autrement.
LA COMTESSE répond avec mépris , en difant :
· Il feroit beau vraiment
» Qu'on vit au même rang, fans nulle différence,
>> Marcher & gens titrés , & commerce & finance.
ORGON . - ·.
→ Ne.craignez rien , Madame ; allez , vous garde-
>> rez
Ces frivoles honneurs par l'orgueil confacrés.
Quant à moi je ferai conſiſter ma nobleſſe
» A me montrer exact à tenir ma promeſſe ;
>>
M A I. 1763 . 165
» A ne point m'arroger un droit humiliant
Sur les Sots qui pourroient me prêter de l'argent,
» Et m'affranchir furtout du chagrin, de la honte
» Qu'un huiffier.
LE COMTE , bus à Orgon.
»Ah ! paix donc.
ORGON.
» Vous m'entendez , cher Comte ;
» Il eft fâcheux fans doute , il faut en convenir ,
» Qu'un Seigneur de chez lui ne puiffe pas fortir ;
» Sans craindre qu'un Sergent avec fa digne eſcorte
» Au mépris de fon rang ne l'enleve à fa porte.
LE COMTE , bas à Orgon.
» Vous voulez donc me perdre ?
ORGON.
» Oh ! que non.
LA COMTESSE.
ORGON.
»Que dit -il?
»Je conviens que le trait ne feroit pas civil :
Mais quand on pouffe à bout....
LE COMTE , à Orgon. part.
» Epargnez-moi .....j'enrage.
166 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE à part.
J'imagine à la fin entendre ce langage.
ORGON à la Comteffe.
>> Vous neconcevez rien , Madame , à ces propos ?
LA COMTESSE.
Non ; & pour dire vrai , je les trouve affez
» fots.
Sans doute.
ORGON, riant.
LA COMTESSE.
Et n'y vois point quel eft le mot pour rire.
ORGON .
Vous n'avez pas la clef de ce que je veux dire :
» Mais le Comte , s'il veut , pourra vous mettre au
≫ fait , &c.
ORGON revient à fon projet de mariage
dont il preffe la conclufion ; la Comteffe
continue fes dédains. Lorfqu'elle eft
retirée , le Comte cherche à l'excufer auprès
d'ORGON , fur ce qu'il n'avoit pas
encore communiqué fes engagemens à la
Comteffe. Le vieil oncle menace de
M A I.. 1763, 167
faire repentir le Comte de fes procédés,
s'il ne tient promptement fa parole.
» Eh quoi ! ſuffira-t-il qu'une fuite d'Ayeux
» Nous ait tranſmis un nom qu'ils ont rendu fa
›› meux ,
›› Pour nous autoriſer à manquer de parole ?
» Des titres & du rang l'avantage frivole
» Peut- il donner ainſi l'indigne faculté
>>.De ſe moquer des Loix de la Société !
VERVILLE s'étonne avec raifon
que
fon oncle s'obftine à la conclufion de
ce mariage mal-afforti ; celui- ci en donne
la raison & apprend le noeud des
engagemens du Comte qui lui doit cent
inille écus d'argent prêté dans fes preffans
befoins. ORGON dit que comptant
peu fur le recouvrement de cette dette,
cela lui avoit fait naître le projet de
confondre leurs communs intérêts en
uniffant fon neveu à la fille du Comte .
Il convient qu'il avoit peut-être fait en
cela une fottife, mais que le Comte ayant
paru d'abord accepter ce parti avec
empreſſement & reconnoiffance , il ne
veut pas en avoir le démenti.
Dans le temps que JULIE vient d'avoir
une explication avec le Chevalier
168 MERCURE DE FRANCE .
en préfence d'ANGÉLIQUE fur les mo
tifs de fa retraite , la Comteffe vient fe
plaindre à fes enfans , des égards que
marque le Comte leur Père pour ORGON.
Elle parle fort mal de l'oncle &
du neveu ; elle accufe même le dernier
d'avoir auffi peu d'efprit que de monde ;
ANGÉLIQUE paroît vouloir le juftifier
à cet égard. Sa mère la foupçonne de
prévention en faveur de VERVILLE ;
ANGÉLIQUE S'en défend , en affurant
que , fans lui faire injuftice , elle fçait
fe refpecter & connoît trop l'intervalle
que le fort a ' mis entr'elle & ce jeune
homme. La Comteffe le voit paroître &
fe propofe de le congédier définitivement.
On peut juger par le caractère
de cette Comteffe , avec quelle hauteur
elle traite VERVILLE dans cette Scène
; celui - ci n'employe jamais qu'une
honnêteté qui , fans l'avilir , feroit fentir
à tout autre qu'à cette femme prévenue
, combien il mériteroit d'autres
procédés ; il s'adreffe à ANGELIQUE
elle-même pour fçavoir fes fentimens
fur lefquels il promet de régler fes démarches
auprès du Comte fon Père.
ANGÉLIQUE héfite de répondre
; elle en eft difpenfée par l'arrivée
du Comte & d'ORGON.
Ce
M A T. 1762. 169
Ce dernier annonce à la Comteffe
que tout étant oublié de fa part fur
la réfiftance qu'on avoit apportée au
mariage de fon neveu , neveu , on va travailler
dans l'inftant au contrat . La Comteffe
fe récrie contre cette alliance ; le
Comte la preffe de plus en plus d'y confentir
. ORGON reproche au Comte la
foibleffe avec laquelle il écoute les propos
de fa femme & de fon fils. VERVILLE
veut engager fon oncle à folliciter
les fuffrages d'ANGÉLIQUE . Or-
GON traite cela de Jargon de Cythère ,
dont il fe moque , en ajoûtant que l'opulence
aura bientôt confolé ANGÉLIQUE
du frivole avantage d'un titre
faftueux...
» Une bonne maiſon où régne l'abondance
>> Vaut bien à tous égards la trompeufe elégance
De ces Palais brillans , où l'or partout femé
>> Infulte aux Créanciers d'un Seigneur affamé ;
Et qu'il eft plus flatteur d'obliger tout le monde,
» Et d'être de bienfaits une fource féconde ,
>> Que d'avoir le talent fi commun aujourd'hui
» De faire grand fracas , mais aux dépens d'autrui.
A quoi le
plus de vérité
Chevalier répond avec
que
de décence .
» Eh ! comment voulez -vous que faffſe la nobleſſe ?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
(
+
» Tout l'or eft dans les mains des gens de votre
» efpéce ,
Pour avoir notre part , nous n'avons qu'un
» moyen ;
C'eft d'emprunter beaucoup ,& de ne rendre rien.
Le Comte refté feul avec la Comteffe
& fes enfans , les inftruit enfin
de la néceffité de cette alliance qui
teur paroiffoit fi bizarre . Si cet obſtiné
vieillard réalifoit les menaces de le pourfuivre
; dans l'inftant tous ces autres
Créanciers dévoreroient le refte de fa
fortune & ne lui laifferoient
• 33 Que la honte & l'ennui
>> Que l'orgueil abbaiffé doit traîner après lui .
Il preffe fa fille de fe prêter à cet
hymen qui peut feul le tirer d'embarras.
La Comteffe , allarmée de perdre
le fafte qui fait feul fon bonheur , change
à l'inftant de façon de penfer , elle
trouve alors VERVILLE fort aimable ,
Oncle un peu bourgeois , mais au
fond eftimable : la reconnoiffance , ditelle
, la décide ; on pourra décorer VERVILLE
de quelque grande charge ,
acheter un Régiment au Chevalier , que
'on fera payer au bon- homme d'Oncle ;
MAI. 1763 . 171
tout cela lui donne alors beaucoup d'impatience
de voir conclure cette utile alliance.
Tout étant d'accord , VERVILLE
n'en devient que plus inquiet fur le mariage
qu'il va contracter avec ANGÉ-
LIQUE . En confultant fon coeur , il reconnoît
que l'impreffion qu'a faite fur
lui JULIE , eft la caufe la plus forte de
fon irréfolution . ORGON le furprend
dans cette rêverie ; lui reproche fa nonchalance
dans cette conjoncture , lui
parle avantageufement d'ANGELIQUE,
dont il efpére que l'on fubjuguera la
raifon, Il lui affure toute fa fucceffion ,
& par d'autres arrangemens , en attendant
, il lui fait envisager la certitude
d'une vie fort agréable , & interrompt
ainfi les remercîmens de fon
neveu Set 173
» Va , va , je te difpenfe
D'étaler les tranfports de ta reconnoillance.
» Quand elle eft véritable , on s'en apperçoit bien;
» Quand elle ne l'eft pas , les grands mots ne font
>>rien.
Un vieil Officier furvient, VERVILLE
le reconnoît & l'annonce à fon oncle
- pour celui à qui il doit fa fortune par
-le recouvrement de fon portefeuille.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ORGON l'embraffe avec cordialité. Ce
vieillard leur dit qu'il font trop de cas
d'une chofe ordinaire ; il leur apprend
qu'il s'appelle LYSIMON , qu'il eft ancien
militaire , peu riche , & père de Ju-
LIE. ORGON le félicite fur le mérite de
fa fille elle paroît dans ce moment ,
VERVILLE s'empreffe en allant à elle
de lui témoigner la reconnoiffance qu'il
doit à fon père . Celui- ci continuant toujours
de fe défendre modeftement , engage
l'oncle & le neveu à fe taire fur
une action auffi commune que la fienne.
VERVILLE en prend occafion d'exprimer
ce qu'il fent pour JULIE .
Par générofité vous m'impoſez filence ;
J'y foufcris : mais pour moi , quel chagrin
» quand je penſe
» Qu'il n'eft aucun moyen qui puiffe m'acquitter,
(regardant Julie . )
» Ou qu'il n'en feroit qu'un queje ne puis tenter !
î
Ces derniers mots deVERVILLE éclairent
LYSIMON ; refté feul avec fa fille
il l'interroge fur fes difpofitions à l'égard
de VERVILLE ; JULIE les laiffe entrevoir
par l'empreffement qu'elle marque
de hâter fa retraite ; fon père l'applaudit
d'oppofer tant de raifons à un pen-
1
MAI. 1763. 173
chant qui pourroit être fi fatal à fon
bonheur. ANGÉLIQUE , qui furvient
lui reproche inutilement la réfolution où
elle cft de fe féparer d'elle ; elle ne peut
croire que ce foit la paffion de fon frère
qui la porte à cet éloignement . JULIE
dit que fon père fçait tous fes fentimens
& connoît comme elle la néceffité de
la réfolution qu'elle a prife . Elle parle
à ANGÉLIQUE de fon prochain mariage
; celle - ci découvre à cet égard fes
vrais fentimens fur le prétendu aviliffement
dans lequel elle croit que la plon
geroit cette alliance ; ce fentiment eft
combattu par Julie : mais ANGÉLIQUE
s'explique déterminément fur le compte
de VERVILLE.
Sans mépris , je ne veux point de lui
Je ne fuis point injufte , & je conviens d'avance
»Que j'ai quelque regret qu'il n'ait point de naif-
30
»fance ;
Mais je ne connois rien qui couvre ce défaut.
ORGON vient, un écrain de diamans à
la main , qu'il préfente fans façon à ANGÉLIQUE
; elle paroît fort choquée du
titre de fa niéce qu'il lui donne par avance
, & ſe refuſe à prendre l'écrain , ce
qui fcandalife fort ORGON. Dans le mo-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
ment où JULIE cherche à excufer ANGÉLIQUE
fur ce refus , arrive la Comteffe
qui trouve l'écrain fort beau,& félicite
fa fille fur la magnificence avec
laquelle elle fera parée. ORGON dit
qu'il eft fort aife d'avoir fait connoiffance
avec le Marchand qui lui a vendu
les diamans ; il en fait un éloge que nous
nous reprocherions de fouftraire au
Lecteur.
Tout refpire chez lui la vertu , la décence.
Il eſt riche vraiment , & la fimplicité
» Régne dans fa maiſon avec l'honnêteté,
Ses ayeux ont de père en fils dans cette Ville
Depuis cent cinquante ans le même domicile
Et quoiqu'il pût fort bien donner à fes enfans.
De quoi leur procurer des états plus brillans ,
>> Dans fa profeffion il veut les faire vivre ;
Et fon fils à quinze ans tient déjà longrand livre.
» Sa femme me paroît une femme d'honneur ,
> Pleine de fentimens , de bon fens , de candeur..
»Je dois la préfenter quelque jour à ma nićce.
ANGELIQUE , à part.
>> Croit-il que je verrois des gens de cette eſpéce ?
» Je fuis au défefpoir ! ১১
Ce peu de mots décide la folle manie
M A 1. 1763. 175
d'ANGÉLIQUE; ORGON préfente LYSIMON
à la Comteffe , comme le bienfaiteur
de fon neveu ; la franchiſe net
lui permet pas de fe taire fur la morgue
& la hauteur qu'il remarque dans
ANGÉLIQUE , & que tout naturellement
il dit qu'elle tient de fes parens, mais dont
il efpérede la guérir par la fuite. ANGÉLIQUEpiquée
de ce reproche fe défend contre
ORGON de l'orgueil dont il l'accuſe ;
elle prétend que les gens du commun
ne cherchent à détruire l'intervalle qui
les fépare des grands, que par amourpropre
.
Jaloux de notre état , cette philofophie
Eft ordinairement le mafque de l'envie ,
» Qui , juſqu'à la grandeur ne pouvant s'élever ;
>>Jufques à fon néant voudroit la ravaler.
Elle continue , en déclarant très - ouvertement
à ORGON que cette alliance
ne fera jamais qu'un effort de raiſon
de fa part & l'effet de fa foumiffion
pour fon père ; ce qui détermine ORGON
à rompre entiérement , malgré les
efforts que fait la Comteffe , pour
calmer fa colère.
» Non , ( dit-il , ) je ne veux pas lui faire violence ;
&
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
> Et je commence à voir que Verville a raiſon
» Ce feroit fur fes jours répandre le poiſon
"Que de l'affocier avec une Princeffe
» Qui le regarderoit du haut de la nobleſſe.
Le Comte furvient , qui cherche à le
calmer , en excufant fa fille , dont il
fe rend caution, On a mandé le Notaire
. ORGON céde par bonté , n'ayant
pas , dit- il , le don de tenir fa colère.
ANGÉLIQUE murmure tout bas , ORGON
s'en offenfe & menace encore de
rompre ; mais elle fait une promeffe authentique
d'obéiffance qui racommode
tout. Le Comte la fait remarquer à ORGON
; ce dernier protefte que les égards
qu'on aura pour lui régleront fes procédés
; qu'il ne veut plus être humilié; que
VERVILLE , il eſt vrai , eft honoré par
ce mariage , mais qu'il ne fe foumettra
pas à d'éternels mépris
» Ne vous y trompez pas , ( pourfuit- il , ) · les gens
>> de notre eſpéce ,
Sans ces vieux parchemins de l'antique nobleſſe
» Comme elle , à mille égards ont droit de fe flat-
» ter
» De fervir la patrie & d'en bien mériter.
A Bordeaux vous verriez vous- même , mon che
22 Comte
M A I. 1763. 177
» Si mon état me doit inſpirer de la honte.
» Vous verriez Officiers , Soldats & Matelots
»Entretenus par moi fur nombre de Vaiffeaux ,
Par leurs travaux heureux enrichir la Province
» Et fouvent aux dépens des ennemis du Prince,
» Enfin fi notre étoile , en fecondant nos foins ,
»Nous a donné des biens par- delà nos beſoins ,
Ils ne font pas le fruit d'une induſtrie obſcure.
Leur fource ne fut point l'avarice , l'ufure ,
L'art d'apauvrir le Peuple & de tromper le Ror..
» Tous ces honteux moyens font inconnus de moi.
A travers les dangers j'ai conquis ma fortune ,
-59
00
Qu'à mes concitoyens j'ai fçu rendre commune,
» Cela vaut bien, je crois , la noble oifiveté
» D'un Seigneur orgueilleux bouffi de qualité ,
» Et qui prétend qu'en lui tout le Public révère
→ Cet honneur fi douteux d'être fils de fon père.
»J'ai dit : allons figner . Mais retenez furtout
Qu'il feroit dangereux de me pouffer à bouts
Tout prêt pour la fignature , le Comte
s'eft retiré précipitament avec le
Notaire ; ce Seigneur fe félicite d'avoirtrouvé
un moyen de rembourfer ORGON
, & de lui ôter par là tous les
droits qu'il avoit fur lui ; il en fait part :
à la Conteffe . Elle marque d'abord
toute fa joie d'être débarraffée d'une
alliance qui répugnoit tant à fa vanité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Mais comme le Comte lui dit en même
temps que le moyen d'abforber cette
créance , n'eft qu'en en contractant une
<nouvelle , & que cela laiffe toujours fa
fortune auffi engagée qu'auparavant ; da
crainte d'aller habiter un vieux Château
fait que la Comteffe exhorte fon
mari à tenir fa parole . Cependant le
Comte l'ayant affurée qu'à tout événement
, il n'eft pas plus difpofé qu'elle à
la retraite ; elle rechange encore de fentiment
; elle confent avec plaifir que
l'on rompe ce mariage . VERVILLE qui
vient de la part de fon oncle chercher
le Comte & fçavoir la raison de ce
nouveau délai , reçoit fon congé du
Comte avec la politeffe la plus méprifante.
LYSIMON , préfent à cet entretien
, marque à VERVILLE toute fa
furpriſe & fon indignation fur l'ingråtitude
du Comte & de la Comteffe .
VERVILLE faifit cette occafion pour
déclarer à LYSIMON le defir d'obtenir
JULIE .
•
1
Il le preffe de confentir à fon bonheur
, mais il croit devoir l'avertir que
pour un temps le hazard le prive de la
moitié du bien contenu dans le potefeuille
qu'il lui a remis . LYSIMON répond
que le plus ou le moins eft égal
M A I. 1763 . 179
lorfqu'on eft au- deffus des befoins ; mais
il demande feulement que l'on différe
cet hymen qui auroit l'air d'une vengeance
& d'un projet concerté.ORGON
avoit prévenu les defirs de fon neveu à
l'égard du mariage avec JULLE ; il eſt
enchanté que leurs idées fe trouvent fi
conformes. LYSIMON oppofe les mêmes
raiſons pour différer , qu'il avoit
données à VERVILLE ; mais elles ont
peu de poids fur ORGON. JULIE vient
elle-même ; c'eft l'oncle de VERVILLE,
c'eft le bon ORGON , piqué , qui ſe
charge de la déclaration de fon neveu
pour JULIE, & qui en fait lui - même la
demande. VERVILLE , encore incertain
des difpofitions de JULIE , a lieu
d'être fatisfait des affurances honnêtes
de LYSIMON. La fille achéve de combler
l'espoir de cet Amant inquiet &
délicat en difant :
(
L'obéis , mais Monfieur , jamais l'obéiffance
» N'a trouvé dans un coeur fi peu de réſiſtance .
ORGON apperçoit le Comte , & , ditil
, fes cent mille écus.
En effet le Comte apporte des effets
pour la valeur de cette fomme . En regardant
ces papiers , ORGON marque
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
de la furpriſe & demande au Comte
de qui il les tient . En même temps ik
demande à VERVILLE s'il n'avoit pas
ces mêmes effets en arrivant de Bordaux
? VERVILLE en convient , & répond
qu'il en a difpofé , qu'apparemment
ces billets ont paffé en différentes
mains . ORGON eft par-là confirmé
dans fes foupçons & reconnoît que
fon neveu a fait prêter au Comte cette
fomme pour le remboursement de fa
créance . Le Notaire qui arrive éclaircit
ce mystère en déclarant que VERVILLE
lui a remis ces effets. ORGON
approuve l'action de fon neveu qui l'a
tiré de fon yvreffe. Il veut qu'il rende
au Comte l'obligation qu'il avoit de la valeur
des billets . Le Comte eft confondu..
ORGON , pour ſe vanger,lui apprend que
le mariage de VERVILLE eft arrêté avec
JULIE . Elle y met pour condition
qu'ORGON confirmera au contraire le
projet de VERVILLE en faveur du
Comte. ORGON refufe d'y confentir ;
VERVILLE demande de fon côté qu'il
mette au moins quelque délai à fes
pourfuites contre le Comte; ORGONréfiſte
encore;JULIE déclare ne pouvoir confentir
à s'allier avec lui , s'il veut perfécuter
fes bienfaiteurs. VERVILLE fe
M A I. 1763.
18t
,
joint à JULIE ; ORGON fe laiffe fléchir
, & rend fon neveu le maître de
difpofer de fes effets en renonçant
même à la dette ainfi qu'à la famille
du Comte . Ce dernier fortant de fa
confufion , reconnoît fon aveuglement,
confeffe ne mériter aucune grace de
la part d'ORGON , & follicite cependant
la continuation de fon amitié ; il
ordonne au Notaire de vendre tous
les biens qu'il pofféde encore pour l'acquitter
envers ORGON .
" Non que de fes bienfaits ( dit - il y
Le fouvenir me paffe & s'efface jamais,
Il embraffe ORGON , qui dans l'excès
de fa tendreffe , dit au Comte :
" Ah ! fi c'eſt là l'orgueil que la Nobleffe inſpire
» Par combien de refpects aurai- je à réparer
» Tout ce que le dépit m'avoit fait proférer ? ...
32. Oubliez ...
Le Comte l'engage à faire chez lui la
nôce de VERVILLE & de JULIE .
22.
ORGON termine la Piéce par ces vers.
Soit : mais d'un vain eſpoir vous vous êtes flatta,
Si vous comptez me vaincre en générosité,
182 MERCURE DE FRANCE .
OBSERVATIONS.
CETTE Piéce a des beautés qui ont mérité le fuc
cès d'applaudiffemens qu'elle a eu & qui en même-
temps ont donné beaucoup de curiofité ſur le
nom de l'Auteur , lequel perfifte conſtamment à
refter anonyme. Le Lecteur a dû remarquer dans
ce que nous avons rapporté des détails de la Comédie
du Négociant une forte d'énergie , qui n'eft
pas commune aux Dramatiques du temps. Il a
dû remarquer auffi dans la verfification un tour ,
qui a laiffé foupçonner qu'elle pourroit être l'ouvrage
de quelqu'Auteur expérimenté dans le ftyle
propre à la Comédie. Quelques négligences dans
cette verfification , ont déconcerté les conjectures
, fans néanmoins les détruire , parce qu'il yen
a de fi peu conciliables avec les grands traits ré
pandus dans le corps de la Piéce , que l'on feroit
tenté de regarder ces négligences comme volontairement
affectées.
Puifque nous fommes entraînés à parler du
coloris de ce Drame avant de traiter du fonds
de l'action & de la conduite ; nous placerons ici
l'obfervation faite par tous les Connoiffeurs fur
T'extrême différence de juftelle qui fe trouve entre
la manière dont on y fait parler les perfonnages de
qualité d'avec celle qui caractériſe les commerçans
ou les perfonnages bourgeois . Autant ces
derniers font bien vus & rendus avec vérité, autant
les autres paroiffent n'avoir été qu'apperçus de fort
loin & chargés par l'imagination des couleurs les
plus groffieres non pas qu'il n'y ait dans la nature
morale de ces caractères trop véritablement
ſemblables a ce qu'on en dit ; mais l'expreffion
n'en eft pas à beaucoup près auffi dure que
M A I. 1763. 183
telles , dont fe fert P'Auteur de cette Comédie.
11 eft vrai que l'yvreffe de la naiffance & la haute
chimère de la diſtance des conditions , peuvent
aveugler & n'aveuglent que trop ordinainent
ceux qu'elles diftinguent , au même degré que
tetre Comédie nous préfente toute la famille des
Bruyancourts ; mais il n'eft pas vrai que ce travers
fe manifefte avec une infolence auſſi outrée
que l'Auteur a mis dans tous ces Perſonnages ,
fans diftinction d'âge , de fexe , & de fituation .
Ce travers , dans les retraites obfcures de la campagne
a fans doute & doit avoir des nuances d'autant
plus âpres , qu'il eft fouvent la feule vengeance
que certains hommes peuvent prendre de la mifère
réelle de leur vie ; mais dans la poſition où
l'Auteur met les Bruyancourts , la politeffe , ce
miel perfide qui couvre l'aiguillon de l'orgueil ,
fait à l'amour- propre des inferieurs , ( ou de ce
qui eft réputé tel , ) des bleffures peut - être plus
profondes , mais dont les coups font bien moins
groffiers que dans cette Comédie .
Paffant à la conftitution du Drame , nous
croyons avoir remarqué , que l'on a trouvé le
fondement de l'action & du dénoûment. porter
à faux étant établi fur un prétendu bienfait , qui ,
dans la vérité des principes & même de nos ufages
"encore exiſtans, n'eſt qu'un devoir d'exactitude de la
part de LYSIMON , auquel tout homme d'une probité
ordinaire ne peut manquer , fans le dégrader
à fes propres yeux & fans rifquer d'être à jamais
déshonoré ; ainfi tout l'édifice établi fur le
prétendu merveilleux du caractère de ce vieil Officier
, tombe à cette réfléxion , & par conféquent
tombe en même temps une grande partie de
l'action de cette Piéce .
On ne peut pas fe diffimuler plus facilement
184 MERCURE DE FRANCE .
1
l'embarras & le froid que jette dans la marché
de cette action , l'épifodique paffion du Chevalier
pour JULIE ; & ce qu'elle complique , fans
néceté pour l'intrigue & fans effet pour le dénoùment
; car ce dénoûment , dépendant de la
paffion fecrette de VERVILLE , de l'oppofition du
caractère de cette honnête & douce JULIE avec le
caractère infupportable de la fuperbe ANGÉLIQUE ,
que fait la fantaisie du Chevalier , que fait la fage
réfiftance de JULIE ?
C'eft peut-être à ce que nous venons d'obſerver
& à quelques autres parties de la conduite de
cette Comédie , qu'on doit attribuer ce qu'il a
manqué de vivacité dans fon fuccès . Nous croyons
devoir compter au nombre des beautés de cette
Piéce tout le rôle du vieil commerçant ORGON ,
fait en apparence fur le modèle de quelques caractères
qui ont contribué au ſuccès de Pièces célébres
, que nous admirons encore , tels que le
Glorieux & d'autres excellens Ouvrages du même
Auteur. On remarque cependant une fupériorité
dans le caractère d'ORGON ,, d'autant plus
précieuſe , qu'il eſt auffi comique & plus vif encore
que ceux dont nous voulons parler , fans
être borné à la brufque franchiſe du ton , on pourroit
dire peut- être du jargon . Celui - ci au contraire
eft plein de chofes , plein d'idées , & des vérités
les plus effentielles Nous ne pourrions fans injuſtice
nous diſpenſer d'ajouter , que ce caractère , rendu
par M. Préville reçoit auffi des talens de la fineffe &
de l'inimitable intelligence de cet Auteur , une
tranfcendance , fi l'on peut dire , fur les caractères
à peu près du même genre, qu'on avoit vu jouer autrefois
, qui donne à ce rôle- ci , toute la perfection
dont il eft fufceptible , & qui ne doit néanmoins.
rien faire perdre des éloges que méritele Poëte.
M. A I. 1763. 185
Le caractére de VERVILLE , honnête , ferme ,
toujours modefte & jamais bas ni rampant , plein
de raiſon & de fentiment , eft encore dans cette
Piéce , une des chofes qui mérite des louanges à
jufte titre , & qui fait autant d'honneur à l'efprit
& à l'âme de l'Auteur qu'à l'intelligence de l'Acteur*
qui l'a rendu auffi intéreffant qu'il pouvoit être
* M. Belcourt.
Le 22 Avril une Actrice nouvelle a
débuté dans l'Enfant Prodigue & dans
le Procureur arbitre par les rôles de Mde
Croupillac & de la Baronne , dans lef
quels elle a eu des applaudiffemens.
Nous ne pouvons nous difpenfer
d'inférer la Lettre fuivante , d'autant que
l'Auteur nous paroît diſpoſé à la publier
par une autre voie .
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Résumé : EXTRAIT du BIENFAIT RENDU, OU LE NÉGOCIANT, Comédie en cinq Actes & en Vers, représentée par les Comédiens François pour la première fois le Lundi 18 Avril 1763.
La pièce 'Le Bienfait rendu' est une comédie en cinq actes représentée pour la première fois le 18 avril 1763. Elle met en scène plusieurs personnages, dont le Comte de Bruyan, la Comtesse, leur fille Angélique, le Chevalier, Julie, Lisimon, Verville, Orgon, Dubois, Jasmin et un notaire. L'intrigue commence lorsque Verville, arrivé de Bordeaux à Paris pour un mariage arrangé avec Angélique, perd son portefeuille contenant sa fortune. Un mois plus tard, il le récupère grâce à un vieillard anonyme. Verville se présente chez le Comte pour exécuter les ordres de son oncle Orgon, mais le Chevalier et le Comte refusent cette alliance. Orgon, impatient, rencontre Julie qu'il confond avec Angélique. Le Chevalier, amoureux de Julie, demande à son père de la retirer de la maison. Verville révèle à Julie qu'il doit se marier avec Angélique sur ordre de son oncle. Julie, après avoir révélé les préjugés nobles d'Angélique, quitte Verville. Les discussions entre les personnages révèlent les différences sociales et les motivations financières derrière le mariage. Orgon souhaite l'union pour des raisons économiques, car le Comte lui doit une somme importante. La Comtesse et le Chevalier montrent du mépris envers cette alliance. Orgon insiste sur l'importance de tenir sa promesse, tandis que le Comte est contraint par ses dettes. La Comtesse traite Verville avec mépris, mais Angélique tente de le défendre. Finalement, Orgon annonce que le contrat de mariage sera signé malgré les résistances. Cependant, des tensions surgissent lorsque Verville exprime son amour pour Julie. Lysimon, reconnaissant envers Verville, minimise son geste. Julie accepte finalement de se marier avec Verville, et Orgon approuve cette union. La pièce se conclut par la résolution des conflits familiaux et l'acceptation des unions basées sur les sentiments plutôt que sur les intérêts financiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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424
p. 185-189
A M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles. A Paris, ce 22 Avril 1763.
Début :
MONSIEUR, Aucun de ceux qui fréquentent le Théâtre & qui s'intéressent à ses progrès [...]
Mots clefs :
Théâtre, Costume, Comédiens français, Public, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles. A Paris, ce 22 Avril 1763.
A M.
DELAGARDE , Auteur du
Mercure pour la partie des Spectacles .
A Paris , ce 22 Avril 1763.
MONSIEUR ,
Aucun de ceux qui fréquentent le
Théâtre & qui s'intéreffent à fes progrès
, n'ignore que c'eft à vous que
F'on doit cette obfervance du coftume,
186 MERCURE DE FRANCE.
que
l'on
y voit
régner
depuis
quel- ques
années
, & la fuppreffion
de
quantité
d'ufages
ineptes
qui le défiguroient
. C'est
vous
qui , le premier avez
fait voir
dans
l'Opéra
d'Alcefte repréſenté
d'abord
à la Cour
, des combats
& des pompes
funèbres
dans
le
jufte
coftume
de l'antiquité
: & la fatiffaction
qu'on
en eut , fut , pour
ainfi
dire , le fignal
du changement
heureux
que
nous
avons
vû depuis
fur notre
Scène
. Cette
obfervance
du coftume fi néceffaire
& en même
temps
fi vainement
defirée
jufques
-là , toute
fenfée
qu'elle
étoit
, ne s'eft pas établie
fans de
grandes
difficultés
. Il y a des
ufages
auxquels
on tient
par
habitude
, en
même
temps
que la réfléxion
les condamne
; & nous
n'ignorons
pas tout
ce qu'il
vous
en a coûté
pour
vaincre les préjugés
qu'il
les avoient
confacrés
fur notre
Théâtre
. Le foin
avec
lequel
vous
traitez
dans
le Mercure
l'Article
des Spectacles , ne permettant pas de
douter de l'intérêt que vous y prenez ,
& fpécialement à notre Théâtre national
nous avons cru ,
Monfieur , que
c'eft à vous que l'on doit naturellement
s'adreffer pour faire entendre le cri public
fur la manière dont on continue
MA I. 1763. 187
de repréfenter l'Andrienne. Le Début
9
d'un nouvel Acteur fort intéreffant
vient de faire remettre cette Piéce
dont il eft inutile de rappeller ici le mérite.
Dans des temps qu'on peut appeller
barbares , quoique fort prochains
encore , lorfqu'on voyoit fur la Scène
Françoife Agamemnon , dans le camp
des Grecs , enveloppé d'une espèce de
baril à franges , ôtant fon chapeau poliment
aux Dames , conduire au bûcher
fa trifte fille Iphigénie en robe de
Cour fur un vafte panier , avec de
beaux gants blancs pour la décence ;
il étoit affez fimple de voir repréſenter
une Comédie Gréque au milieu d'Athénes
, avec des perruques nouées &
des habits à la françoi e . Mais aujourd'hui
, Monfieur , tous les gens de goût
demandent par quelle violence , par
quelle tyrannie fecrette , les Comédiens
François, qui ont été les premiers à adopter
l'ufage du coftume qui l'ont même
étendu fur toutes les parties de la repréfentation
théâtrale dans le tragique,
Toit pour les Piéces nouvelles , foit pour
les anciennes , font encore fi finguliérement
attachés aux routines de leurs
Anciens dans les repréfentations du
comique ? Comment ne fent- on pas de
188 MERCURE DE FRANCE.
و
quel dégoût il doit être , pour tout ef
prit fenfé , de voir des petits- maîtres ,
des vieillards , des femmes , des valets
françois dans Athènes , agir, parler felon
les moeurs & les ufages des anciens
Grecs ; enfin ces Grecs eux-mêmes ainfi
ridiculement traveftis ? Pourquoi un
Dave , un esclave , en Mézettin ? Quels
principes infenfés ont pu regler cet antique
ufage ? On perd cependant
l'avantage précieux de renouveller une
Piéce , du nombre de celles qui pour
le fond doivent toujours fervir de modéles
au bon Comique , & à l'art fi
difficile dont les Anciens nous ont donné
les préceptes , & les exemples dont
nous ne pouvons nous écarter jamais
fans nous écarter du vrai & de la perfection.
par
J'oubliois de vous dire que ce qui
augmente l'étonnement du Public fur
la façon dont on repréfente l'Andrienne,
c'eft d'avoir vû il y a quelques années ,
tous les Acteurs de ce même Théâtre
vêtus à la Grecque dans la Fille d'Ariftide
, Piéce d'un très-médiocre fuccès
, pour ne pas dire pis.
J'aurois bien encore quelques réfléxions
à faire fur la ridicule difparate
qui fe trouve dans le traveftiffement du
là
MA I. 1763 . 189
Valet de l'Homme à bonne fortune.
toutes les fois que l'on joue cette Comédie
. J'ofe me flatter que vous ne négligerez
pas , Monfieur , d'inférer ces
obfervations dans votre Article du prochain
Mercure , fans quoi j'aurois pris
d'autres mefures pour qu'elles ne ref
taffent pas ignorées.
J'ai l'honneur d'être , & c.
MALLET.
DELAGARDE , Auteur du
Mercure pour la partie des Spectacles .
A Paris , ce 22 Avril 1763.
MONSIEUR ,
Aucun de ceux qui fréquentent le
Théâtre & qui s'intéreffent à fes progrès
, n'ignore que c'eft à vous que
F'on doit cette obfervance du coftume,
186 MERCURE DE FRANCE.
que
l'on
y voit
régner
depuis
quel- ques
années
, & la fuppreffion
de
quantité
d'ufages
ineptes
qui le défiguroient
. C'est
vous
qui , le premier avez
fait voir
dans
l'Opéra
d'Alcefte repréſenté
d'abord
à la Cour
, des combats
& des pompes
funèbres
dans
le
jufte
coftume
de l'antiquité
: & la fatiffaction
qu'on
en eut , fut , pour
ainfi
dire , le fignal
du changement
heureux
que
nous
avons
vû depuis
fur notre
Scène
. Cette
obfervance
du coftume fi néceffaire
& en même
temps
fi vainement
defirée
jufques
-là , toute
fenfée
qu'elle
étoit
, ne s'eft pas établie
fans de
grandes
difficultés
. Il y a des
ufages
auxquels
on tient
par
habitude
, en
même
temps
que la réfléxion
les condamne
; & nous
n'ignorons
pas tout
ce qu'il
vous
en a coûté
pour
vaincre les préjugés
qu'il
les avoient
confacrés
fur notre
Théâtre
. Le foin
avec
lequel
vous
traitez
dans
le Mercure
l'Article
des Spectacles , ne permettant pas de
douter de l'intérêt que vous y prenez ,
& fpécialement à notre Théâtre national
nous avons cru ,
Monfieur , que
c'eft à vous que l'on doit naturellement
s'adreffer pour faire entendre le cri public
fur la manière dont on continue
MA I. 1763. 187
de repréfenter l'Andrienne. Le Début
9
d'un nouvel Acteur fort intéreffant
vient de faire remettre cette Piéce
dont il eft inutile de rappeller ici le mérite.
Dans des temps qu'on peut appeller
barbares , quoique fort prochains
encore , lorfqu'on voyoit fur la Scène
Françoife Agamemnon , dans le camp
des Grecs , enveloppé d'une espèce de
baril à franges , ôtant fon chapeau poliment
aux Dames , conduire au bûcher
fa trifte fille Iphigénie en robe de
Cour fur un vafte panier , avec de
beaux gants blancs pour la décence ;
il étoit affez fimple de voir repréſenter
une Comédie Gréque au milieu d'Athénes
, avec des perruques nouées &
des habits à la françoi e . Mais aujourd'hui
, Monfieur , tous les gens de goût
demandent par quelle violence , par
quelle tyrannie fecrette , les Comédiens
François, qui ont été les premiers à adopter
l'ufage du coftume qui l'ont même
étendu fur toutes les parties de la repréfentation
théâtrale dans le tragique,
Toit pour les Piéces nouvelles , foit pour
les anciennes , font encore fi finguliérement
attachés aux routines de leurs
Anciens dans les repréfentations du
comique ? Comment ne fent- on pas de
188 MERCURE DE FRANCE.
و
quel dégoût il doit être , pour tout ef
prit fenfé , de voir des petits- maîtres ,
des vieillards , des femmes , des valets
françois dans Athènes , agir, parler felon
les moeurs & les ufages des anciens
Grecs ; enfin ces Grecs eux-mêmes ainfi
ridiculement traveftis ? Pourquoi un
Dave , un esclave , en Mézettin ? Quels
principes infenfés ont pu regler cet antique
ufage ? On perd cependant
l'avantage précieux de renouveller une
Piéce , du nombre de celles qui pour
le fond doivent toujours fervir de modéles
au bon Comique , & à l'art fi
difficile dont les Anciens nous ont donné
les préceptes , & les exemples dont
nous ne pouvons nous écarter jamais
fans nous écarter du vrai & de la perfection.
par
J'oubliois de vous dire que ce qui
augmente l'étonnement du Public fur
la façon dont on repréfente l'Andrienne,
c'eft d'avoir vû il y a quelques années ,
tous les Acteurs de ce même Théâtre
vêtus à la Grecque dans la Fille d'Ariftide
, Piéce d'un très-médiocre fuccès
, pour ne pas dire pis.
J'aurois bien encore quelques réfléxions
à faire fur la ridicule difparate
qui fe trouve dans le traveftiffement du
là
MA I. 1763 . 189
Valet de l'Homme à bonne fortune.
toutes les fois que l'on joue cette Comédie
. J'ofe me flatter que vous ne négligerez
pas , Monfieur , d'inférer ces
obfervations dans votre Article du prochain
Mercure , fans quoi j'aurois pris
d'autres mefures pour qu'elles ne ref
taffent pas ignorées.
J'ai l'honneur d'être , & c.
MALLET.
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Résumé : A M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles. A Paris, ce 22 Avril 1763.
Dans une lettre datée du 22 avril 1763, adressée à Delagarde, rédacteur du Mercure pour la partie des Spectacles, Mallet félicite Delagarde pour ses efforts visant à promouvoir l'utilisation de costumes historiques sur scène, notamment dans l'Opéra d'Alceste, ce qui a constitué une avancée significative pour le théâtre français. Toutefois, Mallet exprime son insatisfaction concernant la représentation actuelle de l'Andrienne, une œuvre classique, où les acteurs portent des vêtements modernes au lieu de costumes grecs authentiques. Il critique également la persistance des comédiens à adopter des tenues anachroniques dans les pièces comiques, alors qu'ils respectent les costumes appropriés dans les tragédies. De plus, Mallet souligne une incohérence dans la mise en scène de La Fille d'Aristide, où les acteurs étaient vêtus à la grecque malgré le peu de succès de la pièce. Il espère que Delagarde traitera ces observations dans son prochain article du Mercure afin de sensibiliser le public et les comédiens à l'importance de l'authenticité des costumes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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425
p. 189-190
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 11 Avril, on donna la première Représentation d'Arlequin héritier ridicule [...]
Mots clefs :
Comédie italienne, Nouveauté, Public, Fécondité, Journaliste du théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE II Avril , on donna la première
Repréſentation
d'Arlequin héritier ridicule
, Comédie Italienne, en cinq A &tes,
de M. GOLDONI .
Le 21 du même mois , on a riſqué
fur ce Théatre une Nouveauté dont
le fort n'a pas été heureux. C'étoit
Appelle & Campafpe , Piéce nouvelle
> en deux Actes & en Vers mêlée
d'Ariettes. Par l'Auteur de la Bagarre ,
dont nous avons été obligés d'annoncer
la difgrace dans un des derniers
Mercures.
Le Public nous a mis dans la même
néceffité fur cette derniere production ,
1
190 MERCURE DE FRANCE.
C
qui a éprouvé encore plus de défagrémens
que la précédente . Il étoit "fort
fimple qu'Alexandre-le- Grand , jouất
un rôle confidérable dans le Sujet de
cette Piéce ; mais il n'a pas paru auffi
fimple apparament aux fpectateurs de
voir ce Prince fur la Scène de l'Opéra-
comique , en parler le langage &
s'énoncer en Ariettes. Cette circonftance
a cependant produit une efpéce
de révolution dans les efprits , fur le
compte de ce fameux Conquérant , en
ce qu'elle juftifiera fa mémoire du reproche
d'un orgueil infenfé , d'avoir
voulu n'être peint que par Appelle.
Ce qui eft arrivé à cette repréfentation
prouve que la précaution d'Alexandre
étoit fondée , & qu'elle n'auroit
pas été même de trop de la part
d'Appelle pour fon compte , fi l'un &
l'autre euffent prévû ce qui leur arriveroit
tant de fiécles après eux.
Au refte la fécondité de certains Auteurs
eft fort commode pour les Journa
liftes du Théâtre , en ce qu'elle les difpenfe
du pénible travail des Extraits
LEE II Avril , on donna la première
Repréſentation
d'Arlequin héritier ridicule
, Comédie Italienne, en cinq A &tes,
de M. GOLDONI .
Le 21 du même mois , on a riſqué
fur ce Théatre une Nouveauté dont
le fort n'a pas été heureux. C'étoit
Appelle & Campafpe , Piéce nouvelle
> en deux Actes & en Vers mêlée
d'Ariettes. Par l'Auteur de la Bagarre ,
dont nous avons été obligés d'annoncer
la difgrace dans un des derniers
Mercures.
Le Public nous a mis dans la même
néceffité fur cette derniere production ,
1
190 MERCURE DE FRANCE.
C
qui a éprouvé encore plus de défagrémens
que la précédente . Il étoit "fort
fimple qu'Alexandre-le- Grand , jouất
un rôle confidérable dans le Sujet de
cette Piéce ; mais il n'a pas paru auffi
fimple apparament aux fpectateurs de
voir ce Prince fur la Scène de l'Opéra-
comique , en parler le langage &
s'énoncer en Ariettes. Cette circonftance
a cependant produit une efpéce
de révolution dans les efprits , fur le
compte de ce fameux Conquérant , en
ce qu'elle juftifiera fa mémoire du reproche
d'un orgueil infenfé , d'avoir
voulu n'être peint que par Appelle.
Ce qui eft arrivé à cette repréfentation
prouve que la précaution d'Alexandre
étoit fondée , & qu'elle n'auroit
pas été même de trop de la part
d'Appelle pour fon compte , fi l'un &
l'autre euffent prévû ce qui leur arriveroit
tant de fiécles après eux.
Au refte la fécondité de certains Auteurs
eft fort commode pour les Journa
liftes du Théâtre , en ce qu'elle les difpenfe
du pénible travail des Extraits
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 2 avril, la première représentation de 'Arlequin héritier ridicule', une comédie italienne en cinq actes de Carlo Goldoni, a eu lieu. Le 21 avril, la pièce 'Appelle & Campaspe' a été présentée au théâtre. Cette œuvre, en deux actes et en vers mêlés d'ariettes, est écrite par l'auteur de 'La Bagarre', déjà disgracié. Le public a manifesté un mécontentement accru par rapport à la précédente représentation. La pièce mettait en scène Alexandre le Grand, mais les spectateurs ont jugé incongru de voir ce prince parler et chanter en ariettes sur la scène de l'opéra-comique. Cette représentation a confirmé la prudence d'Alexandre, qui souhaitait être peint uniquement par Apelle. La fécondité de certains auteurs est bénéfique pour les journalistes de théâtre, car elle leur évite de rédiger des extraits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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426
p. 182
SPECTACLES DE LA COUR.
Début :
PENDANT le séjour de la Cour à Marli, il y a eu deux Concerts par la [...]
Mots clefs :
Musique, Cour, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR.
SPECTACLES DE LA COUR .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR.
À Marly, deux concerts ont eu lieu. Le 11 mai, des extraits des 'Indes galantes' de Rameau ont été joués par Mademoiselle Larrivée, Gelin, Larrivée et Besche. Le 14 mai, le ballet 'Alcimadure' de Mondonville a été présenté par Mademoiselle Fel et les frères Besche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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427
p. 183-189
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
LES Concerts françois que cette Académie continue de donner les Vendredis [...]
Mots clefs :
Opéra, Concerts, Ballet, Morceaux, Public, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique organise des concerts hebdomadaires les vendredis au Château des Tuileries, attirant un large public. Ces événements visent à revitaliser l'appréciation de la musique française, souvent critiquée pour sa corruption ou son caractère débauché. Les morceaux joués, bien connus du public, sont sélectionnés avec soin et arrangés méticuleusement. La qualité de l'exécution musicale est reconnue comme étant la meilleure en Europe, combinant précision et finesse. Les concerts sont dirigés par MM. Rebel et Franceur, avec M. Le Berton responsable du rythme et M. Rebel supervisant l'exécution. Chaque concert inclut divers extraits d'opéras, répartis en quatre parties, tels que des morceaux de 'La Paix', 'Zoroastre', 'Pygmalion', 'Hippolyte et Aricie', 'Enée et Lavinie', 'Tarsis et Zélie', 'Dardanus' et 'Iphigénie'. Des bals pour les acteurs ont été organisés les 1er, 8 et 15 mai, avec des danses et des contredanses composées par M. Lani, très appréciées du public. La salle des Tuileries, dédiée aux représentations de l'Opéra, est en cours de reconstruction pour améliorer sa solidité et ses commodités, et devrait être terminée à la fin août ou au début septembre. En juin 1763, des plans sont en cours pour reconstruire une salle de théâtre au Palais Royal. Contrairement aux projets initiaux, la nouvelle salle sera orientée dans le même sens que l'ancienne et s'étendra davantage sur le terrain du palais, mis à disposition par le duc d'Orléans. Elle empiétera également sur des terrains acquis par le prince dans la rue Saint-Honoré. Cette salle décorera l'une des ailes de la première cour du Palais Royal, qui sera entièrement reconstruite. L'architecte de la ville, M. Moreau, est chargé de cette construction et bénéficie de la confiance du duc d'Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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428
p. 189-195
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Bienfait rendu ou le Négociant, Comédie en 5 Actes en vers, de laquelle [...]
Mots clefs :
Comédie, Actrice, Débutante, Représentation, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE,
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'Le Bienfait rendu ou le Négociant', une comédie en cinq actes en vers, a connu un succès notable avec neuf représentations consécutives et est disponible chez Prault le jeune. Cette œuvre est appréciée pour sa qualité et son absence de défauts. Le 3 mai, Mlle Doligny a fait ses débuts dans 'La Gouvernante' et 'Zénéïde', obtenant un succès immédiat et unanime, comparable à celui des grandes actrices retirées. Elle a ensuite interprété plusieurs rôles, notamment Lucinde dans 'L'Oracle', Lucile dans 'Les Dehors trompeurs', Nanine dans 'Nanine', et Marianne dans 'L'École des Mères'. À 15 ans et demi, elle est décrite comme ayant une taille élégante, une figure agréable et une physionomie expressive. Son jeu est naturel et gracieux, et elle montre une application constante à la scène. Avant ses récents débuts, elle avait joué sous le nom de Mlle Maiconneuve et avait reçu des conseils de Mlle Gaussin. Elle avait également joué à Rouen avant de revenir à Paris, encouragée par des personnes influentes de la cour. Le texte souligne l'importance de consigner par écrit une pièce de théâtre pour éviter de se fier uniquement à la mémoire. Il mentionne également le début de carrière de Mlle Luzzi à la Comédie Française le 26 mai 1763, où elle a interprété des rôles de soubrettes dans 'Le Tartuffe' et 'Les Folies amoureuses'. Sous la direction de M. Préville, Mlle Luzzi a été applaudie par le public, qui espère voir ses progrès futurs. Cependant, il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives après ce premier début.
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429
p. 195-196
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 17 Mai on a donné la première représentation de la Famille en discorde [...]
Mots clefs :
Comédie nouvelle, Famille, Discorde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE
17 Mai on a donné la première
repréſentation de la Famille en difcorde
, Piéce nouvelle Italienne de M. GOLDONI.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 21 , celle des Deux Coufines , Comédie
nouvelle en 1 Acte, mêlée d'ariettes
, & le 27 la première repréſentation
de l'Eventail , Comédie nouvelle en 3
Actes de M. GOLDONI , dans laquelle
il y a beaucoup de choſes amusantes ,
qui doivent faire eſpérer qu'elle fera
ſuivie. Nous donnerons plus de détails
fur ces Nouveautés dans le Mercure
prochain.
LEE
17 Mai on a donné la première
repréſentation de la Famille en difcorde
, Piéce nouvelle Italienne de M. GOLDONI.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 21 , celle des Deux Coufines , Comédie
nouvelle en 1 Acte, mêlée d'ariettes
, & le 27 la première repréſentation
de l'Eventail , Comédie nouvelle en 3
Actes de M. GOLDONI , dans laquelle
il y a beaucoup de choſes amusantes ,
qui doivent faire eſpérer qu'elle fera
ſuivie. Nous donnerons plus de détails
fur ces Nouveautés dans le Mercure
prochain.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Du 17 au 27 mai, trois œuvres de Carlo Goldoni ont été présentées : 'La Famille en discord', 'Les Deux Cousines' et 'L'Éventail'. Cette dernière, une comédie en trois actes, est jugée amusante et prometteuse. Des détails supplémentaires paraîtront dans le prochain numéro du Mercure de France.
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430
p. 196-197
CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
Début :
Dans le premier de ces Concerts, les deux grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor [...]
Mots clefs :
Concerts, Motets, Applaudissements, Pentecôte, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
CONCERTS SPIRITUELS
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
En juin 1763, deux concerts spirituels ont été organisés lors du jour de l'Ascension et du dimanche de Pentecôte. Le premier concert a présenté les motets 'Dixit Dominus' de Leo et 'Deus venerunt gentes' de Fanton, ce dernier ayant été particulièrement applaudi. Le second concert a inclus les motets 'Magnificat' de Belissen et 'Judica Domine' de l'abbé Goulet, tous deux bien exécutés et appréciés. M. Mayer a interprété avec succès un concerto pour harpe de sa composition, tandis que M. Balbastre a joué un concerto pour orgue acclamé. Mile Hardi a chanté des airs italiens avec succès lors des deux concerts. M. Gaviniès a impressionné les auditeurs par son talent. Des trios de Stamitz ont été exécutés, mettant en valeur l'émulation entre les symphonistes. Enfin, Mile Fel a interprété un motet solo pour la fête de la Pentecôte, sa voix et son talent étant encore en pleine maturité.
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431
p. 197-199
LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
Début :
MONSIEUR, Malgré les préjugés qui semblent favoriser partout la Musique nouvelle, le [...]
Mots clefs :
Musique, Acteurs, Entrepreneur, Danseurs de l'Académie royale, Ballets, Affluence, Spectateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
LETTRE écrite de Rouen , à M. DELAGARDE
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
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Résumé : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
La lettre, envoyée depuis Rouen à M. Delagarde, auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles, décrit les succès des spectacles donnés durant la dernière semaine de Carême à Rouen. M. Bernaut, entrepreneur des spectacles, a prouvé que la musique française pouvait rivaliser avec les préjugés contre la musique nouvelle grâce à un choix judicieux de morceaux et d'acteurs talentueux. Pour attirer le public, il a invité des artistes parisiens renommés comme M. Larrivée et Mlle Lemière, ainsi que la troupe locale, incluant la demoiselle Fontenay. Plusieurs œuvres ont été interprétées, telles que 'Isméne', 'Églé', 'Bacchus et Érigone', 'Alcibiade', 'Titon et l'Aurore', 'Le Devin du village' et 'Alcimadure'. Ce dernier opéra n'a pas rencontré le succès attendu en raison de la langue utilisée. Les ballets ont été exécutés par les danseurs de l'Académie Royale, avec une mention spéciale pour la chaconne d''Iphigénie' dansée par M. Gardel. La direction musicale était assurée par M. Le Berton, avec des musiciens de l'Académie Royale. Malgré l'affluence, les bénéfices étaient minimes car seuls les acteurs chanteurs ont reçu des honoraires, les autres ayant agi de manière désintéressée.
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432
p. 200-207
PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Début :
La première est Ninus second, Tragédie. Cette production qui est aussi la [...]
Mots clefs :
Auteur, Comédie, Pièce, Philosophes, Œuvres, Genres, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
PIECES de Théâtre de M. PALISSOT
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
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Résumé : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Le texte présente un recueil des œuvres théâtrales de Charles Palissot. La première pièce mentionnée est 'Ninus fécond', une tragédie écrite à l'âge de 19 ans et représentée le 3 juin 1751, caractérisée par une versification noble et énergique. Le recueil comprend également 'Les Tuteurs', une comédie en vers représentée le 5 août 1754 et révisée la même année, ainsi que 'Le Barbier de Bagdad', une facétie inspirée des 'Mille et une nuits'. Une autre œuvre notable est 'Les Méprises ou le Rival par ressemblance', une comédie en vers. Le second volume est consacré à 'La Comédie des Philosophes', qui a connu un grand succès mais aussi des controverses. La pièce 'Les Méprises' a provoqué un tumulte lors de sa première représentation, entraînant son retrait. Palissot a reconnu les risques de revenir trop rapidement sur scène après ce succès. 'La Comédie des Philosophes' est célèbre pour ses traits satiriques, que l'auteur a défendus en utilisant un ouvrage de M. de la Marche-Courmont. Le recueil illustre la maîtrise de Palissot des principes de l'art théâtral et la diversité des genres abordés. Il inclut également une lettre de Palissot adressée aux Comédiens Français et leur réponse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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433
p. 207-208
LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
Début :
Je vous présente, Messieurs, un Recueil de mes Ouvrages. Ceux que j'ai composés pour le Théâtre [...]
Mots clefs :
Honneur, Exemple, Contribuer, Projet, Théâtre, Bibliothèque, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
LETTRE DE M. PALISSOT ,
J
à MM. les Comédiens François ordinaires
du Ro1.
B vous préſente , Meſſieurs, un Recueil de mes
•Ouvrages. Ceux que j'ai compoſés pour leThéâ208
MERCURE DE FRANCE .
>> tre vous appartiennent ; les autres ſont un
ود
gage de la reconnoillance que je dois à vostalens.
Je ne m'abuſe point furla valeur du préſent
>> que je vous fais; mais je ſuis bien-aiſe de donner
>> le premier un exemple qui peut contribuer à
>> réaliſer un projet quej'aidepuis long- temps pour
>> l'honneur de notre Théâtre.
>> Il me ſemble , Meſſieurs , qu'il vous manque
>>une Bibliothéque Dramatique , & que vous êtes
>>>d'autant plus intéreſles à vous en former une ,
>> qu'elle contiendroit en quelque forte , les archi-
>> ves de votre propre gloire. En effet le Théâtre
>> ne vous doit- il pasle divin Moliere & beaucoup
>> d'autres Auteurs juſtement célébres ? Je ne con-
>> nois aucune Société Littéraire qui puiſſe ſe pré-
> valoir d'avoir enrichi la Scène d'un auſſi grand
>> nombre de productions diſtinguées.
>>>Ce projet auroit auffi ſon utilité , même pour
2 les Gens de Lettres , qui pourroient puiſer dans
>> cette Bibliothèque des reſſourcesqui ne font pas
toujours à leur portée. Les frais n'en feroient pas
très-diſpendieux ; car enfin cette collection n'eſt
point immenſe ; & tous les Auteurs modernes ſe
> diſputeroient l'honneur de contribuer à cet éta-
>>>bliſſement par un tribut de leurs Ouvrages.
C'eſt l'exemple que j'ai voulu donner , & qui
• vous prouvera du moins combien je ſuis ſenſible
à la gloire des Arts , & particulièrement
à la vôtre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J
à MM. les Comédiens François ordinaires
du Ro1.
B vous préſente , Meſſieurs, un Recueil de mes
•Ouvrages. Ceux que j'ai compoſés pour leThéâ208
MERCURE DE FRANCE .
>> tre vous appartiennent ; les autres ſont un
ود
gage de la reconnoillance que je dois à vostalens.
Je ne m'abuſe point furla valeur du préſent
>> que je vous fais; mais je ſuis bien-aiſe de donner
>> le premier un exemple qui peut contribuer à
>> réaliſer un projet quej'aidepuis long- temps pour
>> l'honneur de notre Théâtre.
>> Il me ſemble , Meſſieurs , qu'il vous manque
>>une Bibliothéque Dramatique , & que vous êtes
>>>d'autant plus intéreſles à vous en former une ,
>> qu'elle contiendroit en quelque forte , les archi-
>> ves de votre propre gloire. En effet le Théâtre
>> ne vous doit- il pasle divin Moliere & beaucoup
>> d'autres Auteurs juſtement célébres ? Je ne con-
>> nois aucune Société Littéraire qui puiſſe ſe pré-
> valoir d'avoir enrichi la Scène d'un auſſi grand
>> nombre de productions diſtinguées.
>>>Ce projet auroit auffi ſon utilité , même pour
2 les Gens de Lettres , qui pourroient puiſer dans
>> cette Bibliothèque des reſſourcesqui ne font pas
toujours à leur portée. Les frais n'en feroient pas
très-diſpendieux ; car enfin cette collection n'eſt
point immenſe ; & tous les Auteurs modernes ſe
> diſputeroient l'honneur de contribuer à cet éta-
>>>bliſſement par un tribut de leurs Ouvrages.
C'eſt l'exemple que j'ai voulu donner , & qui
• vous prouvera du moins combien je ſuis ſenſible
à la gloire des Arts , & particulièrement
à la vôtre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
Dans une lettre adressée aux comédiens français ordinaires du Roi, Monsieur Palissot présente un recueil de ses œuvres, précisant que certaines pièces appartiennent aux comédiens tandis que d'autres sont offertes en signe de reconnaissance. Il propose la création d'une bibliothèque dramatique pour le théâtre, visant à préserver les archives de la gloire théâtrale, notamment les œuvres de Molière et d'autres auteurs célèbres. Cette bibliothèque serait également bénéfique pour les gens de lettres, leur offrant des ressources souvent inaccessibles. Les coûts de ce projet seraient modérés, et les auteurs modernes seraient honorés de contribuer. Palissot exprime ainsi son attachement à la gloire des arts et du théâtre en particulier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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434
p. 209
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
Début :
MONSIEUR, Nous avons reçu avec plaisir le Recueil de vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi [...]
Mots clefs :
Ouvrages dramatiques, Comédies, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
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Résumé : RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
Les comédiens de la Comédie Française ont accueilli favorablement le recueil d'ouvrages de M. Palissot. Ils soulignent l'absence d'une bibliothèque complète au sein de la troupe et apprécient l'initiative de M. Palissot. Ils expriment leur gratitude et leur honneur de correspondre avec lui. La lettre est signée le 16 mai 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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435
p. 165-166
SPECTACLES DE LA COUR. A CHOISY.
Début :
ON a donné dans la Salle du Château de Choisy, divers Spectacles, en [...]
Mots clefs :
Spectacles, Opéra, Temple, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR. A CHOISY.
SPECTACLES DE LA COUR .
A CHOISY.
ONNa donné dans la Salle du Château
de Choify , divers Spectacles , en
préſence de Leurs Majeftés . Le premier
( le 13 Juin ) étoit Ifmene & Ifménias
ou la Fête de Jupiter , Opéra en trois
Actes , compofé exprès pour fervir aux
Divertiffemens de la Cour. Le fujet de
cet Opéra eft tiré des Amours d'Ifmene
& d'Ifménias . Ce qu'on a emprunté
de ce Roman , fe réduit à l'é166
MERCURE DE FRANCE.
poque de la Fête de Jupiter célébrée
par les Peuples d'Euricome. Ils affembloient
tous les ans dans le Temple de
ce Dieu tous les jeunes Garçons de
leur Ville , qui n'avoient point encore aimé
; on en choififfoit au fort parmi eux
pour aller annoncer le jour de la Fête
aux villes voilines. Le fort étoit regardé
comme la voix du Ciel , c'eft ce
qui fait nommer dans l'Opéra Ifménias,
l'Envoyé des Dieux. Il falloit que ces
Envoyés revinffent indifférens comme
ils étoient partis ;, fi quelqu'un manquoit
à ce devoir éffentiel de fon emploi , un
châtiment févère attendoit le Prévaricateur
à fon retour. Ifmènias choifi pour
célébrer cette fête Ifméne chargée
de le recevoir & de lui rendre les honneurs
au nom du Peuple & l'amour
mutuel de l'un & de l'autre , font les
incidens que le Poëte a faifis comme les
plus propres à conferver l'unité de lieu.
dans fon Sujet.
,
La Scène eft à Euricome.
A CHOISY.
ONNa donné dans la Salle du Château
de Choify , divers Spectacles , en
préſence de Leurs Majeftés . Le premier
( le 13 Juin ) étoit Ifmene & Ifménias
ou la Fête de Jupiter , Opéra en trois
Actes , compofé exprès pour fervir aux
Divertiffemens de la Cour. Le fujet de
cet Opéra eft tiré des Amours d'Ifmene
& d'Ifménias . Ce qu'on a emprunté
de ce Roman , fe réduit à l'é166
MERCURE DE FRANCE.
poque de la Fête de Jupiter célébrée
par les Peuples d'Euricome. Ils affembloient
tous les ans dans le Temple de
ce Dieu tous les jeunes Garçons de
leur Ville , qui n'avoient point encore aimé
; on en choififfoit au fort parmi eux
pour aller annoncer le jour de la Fête
aux villes voilines. Le fort étoit regardé
comme la voix du Ciel , c'eft ce
qui fait nommer dans l'Opéra Ifménias,
l'Envoyé des Dieux. Il falloit que ces
Envoyés revinffent indifférens comme
ils étoient partis ;, fi quelqu'un manquoit
à ce devoir éffentiel de fon emploi , un
châtiment févère attendoit le Prévaricateur
à fon retour. Ifmènias choifi pour
célébrer cette fête Ifméne chargée
de le recevoir & de lui rendre les honneurs
au nom du Peuple & l'amour
mutuel de l'un & de l'autre , font les
incidens que le Poëte a faifis comme les
plus propres à conferver l'unité de lieu.
dans fon Sujet.
,
La Scène eft à Euricome.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR. A CHOISY.
Le texte relate des spectacles organisés au château de Choisy en présence de Leurs Majestés. Le 13 juin, un opéra intitulé 'Ismène et Isménias ou la Fête de Jupiter' a été présenté, spécialement composé pour divertir la cour. L'intrigue de cet opéra est basée sur les amours d'Ismène et d'Isménias, se déroulant lors de la fête annuelle de Jupiter célébrée par les habitants d'Euricome. Lors de cette fête, les jeunes garçons de la ville, n'ayant jamais aimé, se rassemblaient au temple de Jupiter. Un d'entre eux était choisi pour annoncer la fête aux villes voisines, incarnant la voix du ciel et devant revenir indifférent sous peine de châtiments. Dans l'opéra, Isménias est désigné pour cette mission et Ismène doit l'accueillir et lui rendre les honneurs au nom du peuple. Leur amour mutuel constitue les principaux événements de l'histoire, permettant au poète de maintenir l'unité de lieu à Euricome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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436
p. 167-184
ANALYSE d'ISMENE & d'ISMÉNIAS, Opéra.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. (a) AZARIS, Roi d'Euricome, le Sr Gelin. ISMÉNIAS, Envoyé des Dieux, le Sr Jéliote. THÉMISTHÉE, Père d'Isménias [...]
Mots clefs :
Amour, Temple, Cour, Dieux, Zèle
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texteReconnaissance textuelle : ANALYSE d'ISMENE & d'ISMÉNIAS, Opéra.
ANALYSE d'IS MENE &
d'ISMENIAS , Opéra.
PERSONNAGES.
(a ) AZARIS , Roi d'Euricome ,
ACTEURS.
le Sr Gelin.
ISMÉNIAS , Envoyé des Dieux , le Sr Jéliote.
THEMISTHÉE , Père d'Ifménias
& grand Sacrificateur , le Sr Larrivée.
ISMENE , Princeffe d'Euricome, la Dlle Arnoud.
La PRETRESSE du Temple
de l'Indifférence ,
L'AMOUR ,
UN BERGER ,
}
la Dlle Dubois L.
Le Sr Dubut.
CHOEURS de divers Peuples , de Sacrificateurs ,
de Prêtres , de Prêtreffes , de Nymphes , ' de
Plaifirs , d'Ombres , &c .
Dans le premier Acte le Théâtre repréfente
le Palais des Miniftres de Jupiter
à Euricome.
•
(a )Pour refferrer l'action dans les bornes de la
Fête de Jupiter & mettre Ifménias dans la néceffité
de perdre Ifméne ou de lui faire ſon aveu
l'Auteur lui a donné ce Roi pour rival , quoiqu'il
n'en foit pas mention dans le Roman. Il a
penfé auffi devoir fubftituer au Perfonnage de
Crathiftène ami d'Ifménias celui de fon Père
Themifthée , comme plus intérellé à veiller fur
la gloire de fon fils & pluséclairé fur les périls.
168 MERCURE DE FRANCE.
SMÉNIAS promet à Thémifthée fon
père , qui le félicite fur les honneurs.
qu'il va recevòir , d'être fidéle à fes
fermens & de triompher quoiqu'en gémiffant,
des efforts de l'amour. Themifthée
apprend à fon fils qu'Azaris , Roi d'Euricome
, va nommer une Reine , &
que cette cérémonie l'appelle au Temple.
Ifménias refté feul , fe rappelle
l'amour qu'Ifmène lui avoit infpiré ; il
fent que fon retour rallume en lui des
feux que l'abfence , plutôt que le devoir
, avoit affoupis . Il attend Ifmène ,
il s'excite à retenir au moins dans le
fecret de fon coeur un amour que les
circonftances rendroient criminel. Ifmène
vient à la tête de la jeuneffe d'Euricome
rendre hommage à Ifménias .
La fuite d'Ifmène étant retirée , vous,
femblez, dit - elle alors à Ifménias , peu
fenfible aux honneurs que vous rend un
Peuple qui vous aime. Ifménias commence
à s'expliquer ainfi fur fa fituation
avec Ifmène.
» Rien n'eft égal à ma gloire fuprême :
›› Couronné dans ce jour des mains de la Beauté ,
» L'excès de ma félicité
» Séduiroit Jupiter lui-même.
» Mais
JUILLET. 1763 .
169
» Mais quand il faut toujours longer
A ſe garder , à fe défendre
Du plaifir trop fateur que le coeur peut y
» prendre ,
» La gloire cft bien près du danger.
Ifmène feint de croire que l'amour
voudroit en vain foumettre Ifménias ,
celui-ci craignant de la laiffer dans cette
erreur , & craignant en même -temps
de fe trop déclarer , répond :
Epris d'un zéle téméraire ,
Je jurai d'échapper à fon enchantement.
>> Le croiriez-vous ? chaque moment m'éclairè
» Sur l'imprudence du ferment.
7
Cette Scène eft interrompue par les
Peuples qui viennent annoncer à Ifmène
qu'elle eft choifie pour Reine. Elle fe
défend de répondre à d'autres qu'au Roi
fur cette proclamation , & pendant cette
fête , plongée dans une profonde rêverie
ainfi qu'Ifménias , l'un & l'autre
s'obfervent mutuellement. Azaris ( le
Roi ) arrive. Lui-même invite fes Peuples
à reconnoître Ifmène pour leur Souveraine
, en faisant l'éloge de la Beauté
qu'il termine par ces jolis vers.
I.
Voi
H
170 MERCURE DE FRANCE.
» De l'Univers quand on fit le partage
» L'Amour n'eut point d'Empire limité
» Il ne voulut pour appanage
» Que la Beauté .
Ifmène rejette modeftement l'offre
du Trône & demande qu'il lui foit permis
de fe confacrer à l'Indifférence .Azaris
la fuit en fe promettant de perfifter
dans fes tendres projets. Ifménias inquiet
, interroge fon père fur le fuccès
de cet événement ; la gloire de préfider
à l'union du Roi avec Ifmène loin de
flater fon coeur le déchire,& lui arrache
l'aveu de fon amour c'eft-à-dire en
ce moment , d'un crime que lui-même
regarde avec éffroi. Il implore la fagefle
& les confeils de fon père , qui de fon
côté fait tous fes éfforts pour ranimer
fon courage. Ce qui donne lieu à des
Duo croifés qui terminent cet A&te.
Au 2 Ace , le Théâtre repréſente
des bois confaerés à Diane fous le titre
de Déeffe de l'Indifférence . On voit
dans le fond le Temple de cette Déeffe .
Les Prêtreffes chantent les avantages
de l'Indifférence. Ifmène vient pour
entrer dans ce Temple , la grande Prêtreffe
l'exhorte à mériter par un prompt
facrifice les . faveurs , de la Déeffe &
JUILLET. 1763. 171
l'introduit dans le Temple. Ifménias
vient auffi de fon côté chercher la paix
du coeur dans cet afyle. Le Temple
s'ouvre & lui laiffe voir Ifmène prête à
y prononcer fes voeux , au milieu des
Prêtreffes qui tiennent le voile qu'elles
lui deftinent . Ifménias & elle font troublés.
La Prêtreffe cherche à raffurer
Ifmène fur le fecours que celle - ci n'efpére
& même ne defire déja plus . Elle
évoque les ombres des Amans malheureux
pour retracer les images des maux
que produit l'Amour ; ce qui donne
lieu à un très-beau Ballet figuré , pour
lequel le Théâtre change & repréfente
une Place publique de la Ville de Corinthe.
Ce Ballet peint la cataſtrophe
tragique des nôces de l'infortunée Créi
fe avec Jafon ; la Jaloufie , le Défefpoir
& la Vengeance y font perfonifiés
& conduifent toute l'action par laquelle
Médée empoifonne le don fatal qui doit
donner la mort à Créife ; après quoi
elle vient fur fon char jouir de fa vengeance
, & pour la combler , jette à Jafon
le poignard dont elle vient d'égorger
fes enfans. Le Défefpoir s'empare de
ce malheureux Prince , tandis que les
Miniftres infernaux des fureurs de Médée
enflamment & détruifent le Palais
de Créon. Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
Dans ce Ballet , qui doit être regardé
comme une épiſode Pantomime liée au
Sujet , Médée étoit repréſentée par la
Dlle LYONOIS ; Jafon par le fieur
VESTRIS ; Créüfe par la Dlle VEStris ;
la Jaloufie par la Dlle ALLAR D ; la
Vengeance par- la Dlle PESLIN ; le Défefpoir
par le Sr LAVAL . Les autres
Perfonnages des Entrées générales par
les Danfeurs & Danfeufes du Corps de
Ballets du Roi & de l'Académie Royale
de Mufique. Après que le Choeur des
Ombres malheureufes a exhorté les mortels
à brifer les chaînes de l'Amour ,
tous ces objets funeftes difparoiffent ,
& l'on fe retrouve devant le Temple de
Diane , dont la Prêtreffe , infpirée, rend
un double Oracle qui met Ifmène &
Ifménias dans une fituation encore plus
embarraffante qu'auparavant. S'adreffant
à Ifménias.
•
- Ifménias , à l'amour le plus tendre
» Vainement dans ces lieux on voudroit t'arra-
>> cher ;
» Ifmène feule peut te rendre , .
» Le calme heureux que tú viens y chercher.
à Ifmène.
»De ce coeur agité combattez la tendreſſe ;
JUILLET. 1763. 173
Peignez-lui lestourmens de l'empire amoureux,
» C'eft l'épreuve que la Déeſſe
»Attend pour recevoir vos voeux.
Après cet Oracle prononcé , la Prêtreffe
fe retire dans le Temple. Ifméne
& Ifménias étonnés de cet Oracle en fe
confultant l'un l'autre , fe déclarent involontairement
leurs feux.-
"
>>Qui croiroit ( dit Ifménias à Ifmène ) que le Ciel
→ yous choiſit en ce jour ,
» Pour m'inſpirer de l'indifférence !
Eh qui choifiroit-il pour fervir fa puiſſance
» S'il vouloit m'inſpirer l'amour !
Cet aveu entraîne celui d'Ifmène ;
mais Ifménias apprend d'elle en mêmetemps
, que preffée par les pourfuites
du Roi, Ifmene va fe confacrer à Diane ;
& pour arrêter fes progrès dangereux
& faire rentrer Ifménias dans le devoir
en lui ôtant tout efpoir , elle commence
le ferment.
›› Je jure. …………
>
Elle eft interrompue par l'arrivée du
Roi qui , par les invitations les plus ten-
H üj
174 MERCURE DE FRANCE.
dres cherche à l'arracher des Autels
de Diane. Ifmene n'en paroît que plus
affermie dans fa réfolution . Ifménias annonce
au Roi que dans ce moment les
Prétreffes vont déclarer fi Diane veut
recevoir les voeux d'Ifmène . Azaris jure
de s'immoler fur l'Autel où fe confacreroir
Ifmene. Le Temple s'ouvre. La
Prêtreffe en écarte les Prophanes , & s'adreffant
à Ifmène lui dit de la part de
la Déeffe .
» Et toi , dont l'amour eſt vainqueur ,
» Porte loin de ces lieux ton ardeur criminelle ,
» Cours au Temple où l'hymen t'appelle ;
» Dans les noeuds que tu fais va chercher ton
» bonheur.
Le Roi , trompé par cet Oracle dont
il s'applique le fens , croit être l'objet
de cet amour fecret d'Ifmène . Sans
lui donner le temps de s'expliquer il
la preffe de venir aux Autels célébrer
l'hymen qu'il propofe , & charge Ifménias
d'en recevoir le ferment. Ifménias
termine cet Acte par la prière qu'il
adreffe à Jupiter.
Epargne-moi , Maître des Immortels ,
La foudre gronde fur ma tête.
JUILLET 1763.
175
Le troifiéme A&te fe paffe dans le Temple
de Jupiter. Ifmène y vient déplorer le
fort qui menace Ifménias & l'horreur
de leur mutuelle fituation . Themiftée
veut en vain faire croire à Ifménias que
la Princeffe le facrifie volontairement à
l'éclat du Thrône , il eft perfuadé qu'elle
ne fe facrifie qu'à la confervation de fes
jours , mais fa tendreffe s'en irrite ...
"
>> C'eft une barbarie ( dit-il )
» Que de vouloir me fecourir.
>> Par une telle perfidie ,
Il falloit oublier les dangers de ma vie ,
M'aimer, me leprouver en me laiffant mourir.
Tout le Peuple fe raffemble pour la
fête ; Azaris & Ifméne y paroiffent , chacun
préfente fes offrandes & fes voeux
aux Autels de Jupiter ; c'eft Ifmènias
qui préfide à cette religieufe cérémonie ;
c'eſt lui qui invite à chanter ce Dieu ,
relativement aux divers fujets repréfentés
dans de grands tableaux dont le
Temple eft orné. Après les hommages
& les prières adreffées au Dieu , le Roi
preffe Ifmène de venir ferrer les noeuds
de l'union dont il fait fon bonheur.
Ifmène , fans ofer lever les yeux fur
Ifménias , le prie d'implorer pour elle
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
les bontés du Ciel. Les Peuples lui demandent
en choeur d'achever la cérémonie
: mais Ifmène interdite , n'ofe
approcher de l'Autel ; elle y eft prefqu'entraînée
par le Roi. Dans l'inftant
qu'avec lui elle dit » fur ces Autels je
jure Ifménias ne pouvant achever
& tombant dans les bras de Thémistée
interrompt le ferment par ces vers.
» Ofez -vous bien , cruelle
» Pour former ces coupables noeuds ;
» Choifir l'Amant le plus fidéle ?
Azaris , Themifthée & Ifmène s'écrient
chacun en même-temps.
Qu'entends- je , ô Ciel !
Ifménias ne ménage plus rien , &
répond dans fon défeſpoir.
» L'aveu d'une ardeur criminelle .
ISMENEà Ifménias.
» Cruel , tu veux mourir !
ISMÉNIAS.
» Et pour une infidelle.
ISMEN E vivement.
» Je ne l'étois fauver ces jours.
que pour
AZARISà Ifmène.
» Perfide , vous ofez répondre à fes amours ?
C'est l'arrêt de fa mort.
1
JUILLET. 1763. 177
ISMENE en l'arrêtant.
» C'eſt l'arrêt de la mienne.
Malgré les inftances d'Ifmène , malgré
les prieres de Themiftée , des Sacrificateurs
enchaînent Ifménias à l'Autel ;
mais au moment qu'ils vont l'immoler
l'Amour paroît dans un nuage qui s'entrouve
& arrête la fureur des Peuples &
de's Sacrificateurs. Jupiter n'eft armé ,
leur dit- il , que pour venger l'outrage
qu'on fait à l'Amour...
.
Servir l'Amour , c'eft imiter les Dieux.
Ce Dieu unit lui - même Ifmène &
Ifménias ; & pour ne pas laiffer Azaris
malheureux , il éteint dans fon coeur la
flâme dont il brûloit , & le rend tout
entier à la gloire . Azaris invite fes Peuples
à rendre hommage à l'Amour par
leurs plaifirs. Ainfi naît la fête qui termine
cet Opéra d'une façon auffi brillante
qu'agréable.
REMARQUES.
Le Poëme eft da Sr Laujon , Secrétaire des
Commandemens de S. A. S. Mgr. le Comte de
Clermont. Nous prions cet Auteur de pardonner
à la néceffité de nous reftreindre , le tort que nous
luja faifons en fupprimant beaucoup de détails
1
་
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
heureux , répandus dans cet Ouvrage & qui
foutiennent avantageufement la réputation qu'il
s'eft déja acquife dans ce genre.
La Mufique eft d'un Anonyme , qui avoit prouvé
déja par d'autres Ouvrages qu'il eft poffible
d'atteindre à des fuccès flateurs dans un Art qu'on
n'exerce que par goût & pour fon amuſement.
Dans la mufique de cet Opéra , remplie de chofes
fçavantes & agréables , l'Auteur a fait entendre
ce que peut ajoûter au talent naturel le defir de
plaire à un Maître pour lequel le zéle redouble
à mesure qu'on a l'honneur de le fervir de plus
près.
Nous avons nommé les principaux Danfeurs qui
éxécutoient le Ballet du zme Acte , Pantomime
du grand genre , de la plus belle compoſition &
peint avec toute la vérité & l'énergie dont l'art
eft capable. Dans les autres Actes les pas diftingués
étoient éxécutés par les mêmes Danfeurs
& par les Srs Lani , Gardel , & la Dlle Guimard,
Le
lendemain 14 , les Comédiens
François repréſenterent
fur le même
Theatre le Tartuffe , Comédie en cinq
Actes & enVers de MOLIERE
. Les rôles
étoient diftribués comme elle avoit été
donnée à Paris quelques jours auparavant.
(a ) Le fieur Laujon eft Auteur de plufieur Poëmes
lyriques qui ont été repréſentés devant le
Roi, en diverfes occafions & toujours avec fuccès .
JUILLET. 1763. T 179
PERSONNAGES.
ORGON ,
DAMIS ,
ACTEURS. [
le fieur Bonneval.
le fieur Molé.
CLEANTHE , Beau-frère
d'Orgon ,
-VALERE ,
TARTUFFE ,
L'EXEMPT
LOYAL Sergent .
Le St Blainville.
Le St Bellecour,
… ་
Le Sr Auger ( alors débutant
à la Cour.
Mde PERNELLE , mèreosc
d'Orgón ,
ELMIRE , femme d'Orgon ,
MARIANE , fille d'Orgon ,
DORINE , Soubrette ,
Les Srs Dauberval &
Bouret.
La Dlle Drouin.
La Dile Préville.
La Dile Boligni,
( débutante à la
Cour.
La Dlle Luzzi, débutante.
CETTE Piécè, fut
généralement trèsbien
jouée. On ne rifque point d'éxagérer
en donnant entr'autres les plus grands
éloges à la maniere dont le rôle d'Elmire
fut rendu par la Demoifelle PREVILLE.
On connoît l'extrême délicateffe
dont eft ce rôle , furtout dans le
moment critique où le mari eft fous le
tapis. Il eft impoffible d'imaginer l'ac-
H vj
480 MERCURE DE FRANCE.
cord que cette A&trice conferve entre
la décence la plus régulière , & tout ce
qui rend cette fituation piquante à l'imagination
du Spectateur. Un naturel vrai
& toujours conforme au fens des rôles
eft à préfent le caractère diftinctif du jeu
de la Demoifelle PRÉVILLE . Dans
tout ce qu'elle repréfente , la Comédienne
s'éclipfe totalement , dn ne
voit , on n'entend plus que le perfonnage
même.
La Demoiſelle DROUIN , qui n'avoit
pas eu encore occafion de paroître à la
Cour dans des rôles importans de caractères
, a reçu des témoignages très- flateurs
fur celui de Madame Pernelle ,
qu'elle vient d'y jouer.
Le fieur AUGER , déja admis à l'effai
avec appointemens , a été aggrégé entierement
au , nombre des Comédiens
ordinafres du Roi , après fon début à
Ja Cour. Les talens & les difpofitions de
la Demoiſelle LUZZI y ont été fort goûtés
, & elle a été reçue aux appointemens
de 2000 liv. Nous aurons occafion
de parler plus amplement , dans l'ar
ticle des Spectacles de Paris , de ce qui
concerne cette jeune Débutante .
Le Tartuffe fut fuivi d'une repréfentation
de l'Oracle , Comédie en un A&te
JUILLET. 1763. 181
& en Profe du fieur SAINT- FOIX . Cette
Piéce fi connue & toujours fi juftement
applaudie fit un très- grand plaifir , & le
fuccès de la Demoifelle DOLIGNI y fut
au moins égal à celui qu'elle avoit eu
dans fon début à Paris. Nous en avons
rendu compte dans le Mercure précédent
; qu'il nous foit permis d'y renvoyer
nos Lecteurs , & de nous applaudir en
même tems des éloges que nous avons
donnés à ce jeune Sujet , puifque nous
avons eu la fatisfaction de les voir confirmer
par toute la Cour , avec autant
d'étendue qu'ils l'avoient déja été par le
Public de la Ville. Dans cette feconde
Piéce le rôle d'Alcindor ou Charmant
étoit joué par le fieur Molé , &
celui de la Fée par la Dlle DROUIN.
Le lendemain 15 , on repréſenta
Manco Tragédie , par le fieur le
.Blanc , dont la premiere repréſentation
venoit d'être donnée à Paris deux
jours auparavant. Les Acteurs qui repréfenterent
dans cette Tragédie , étoient
les fieurs BRISART , leKAIN , MOLÉ ,
BELCOUR , BLAINVILLE , PAULIN
D'AUBERVAL , DU BOIS , les Demoifelles
DU BOIS & D'ESPINAY . On
parlera de cette Piéce dans l'Article de
2
Paris.
182 MERCURE DE FRANCE .
Après la Tragédie , on donna l'Anglois
à Bordeaux , Comédie en un
Acte , en Vers libres , du fieur FAVART.
Piéce compofée à l'occafion de
la Paix , dont on avoit donné quelques
repréſentations à Paris au mois de
Mars dernier (a). Les mêmes Acteurs , y
compris la Demoiſelle Dangeville , retirée
de la Comédie , jouoient dans cette
Piéce les rôles qu'ils avoient remplis
lors de fa premiere repréſentation . Ils
ont été tous admirablement éxécutés .
Il eft inutile de dire les graces , le naturel
& la fineffe que la Demoifelle DANGEVILLE
met dans celui de la Comteffe
, & le plaifir qu'elle a fait à la Cour ,
ainfi que le fieur PREVILLE , qui fembloit
avoir encore ajouté de nouveaux
agrémens au talent avec lequel on l'avoit
vu rendre le rôle de Sud-mer à Paris.
Cette Comédie a fait autant d'honneur
à fon Auteur par les fuffrages unanimes
de la Cour , & le plaifir qu'elle y
a procuré , que par les applaudiffemens
( a ) Voyez l'Extrait de cette Piéce dans le ze
volume d'Avril & le compte que l'on y rend des
applaudiffemens avec lefquels elle fut reçue.
L'Edition de l'Anglois à Bordeaux , dédiée à
M. le Duc de Praflin , le trouve à Paris chez Duchefne
, rue S. Jacques.
JUILLET. 1763. 183
•
& l'affluence qu'elle attire au Théâtre
de Paris.
Rien ne doit auffi contribuer davantage
à l'encouragement du Théâtre
François , que la bonté avec laquelle le
Roi a daigné s'expliquer , pendant ce
voyage , fur les talens de fes Comédiens
actuels & fur la fatisfaction qu'ils
avoient eu l'honneur de lui procurer.
,
Le Jeudi 16 , il devoit y avoir une
feconde repréſentation de l'Opéra d'Ifmène
& d'Ifménias , qui avoit été redemandé
; mais l'indifpofition de la Demoiſelle
ARNOULD qui y chantoit le
principal rôle , mit obftacle à fon éxécution.
On choifit pour fuppléer à ce Spectacle
l'Acte de Vertumne & de Pomone
& celui du Devin du Village , qui
avoient été donnés cet hyver à la Cour
fur le Théâtre de Verfailles . le Ballet
Pantomime de Médée & Jafon ( b ) du
fecond Acte d'Ifmène & Ifménias fut
danfé entre ces deux Actes ; & l'on
ajouta l'Ariette du troifiéme Acte de
cet Opéra au divertiffement du Devin
du Village.
( b ) Ce Ballet ( ainfi que tous ceux des Opéra
qui s'exécutent à la Cour , eft de la compofition
des Srs Laval , père & fils , Maîtres des Ballets
de S. M.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le zéle de chacun des Sujets qui compofoient
ce Spectacle , & qui concouroient
à toutes les parties de fon éxécution
, fuppléa au peu de temps qu'on
avoit eu pour le préparer ; & cette éxécution
, qui fut très- belle, parut fatisfaire
tous les fpectateurs .
M. le Dauphin , Madame la Dauphine,
ainfi que Meſdames de France , étoient
à Choify.
Dans l'Acte de Vertumne & Pomone ,
le fieur JELIOTE éxécutoit le rôle de
Vertumne , le fieur GELIN celui de
Pan , & la Demoiſelle le MIERRE
(épouse dufieur Larrivée ) celui de Pòmone..
Tous ces Spectacles ont été donnés
( ainfi que tous ceux de la Cour ) fous
les ordres de M. le Duc de DURAS ,
premier Gentilhomme de la Chambre
en éxercice , & conduits par M. Papillon
de la Ferté , Intendant des menus ,
plaifirs & affaires de la Chambre , & c.
L'éxécution de tout ce qui concerne
la Mufique dirigée par le fieur Rebel ,
Surintendant de la Mufique du Roi
de femeftre .
N. B. La Salle du Théâtre de Choify
a été dorée depuis l'année derniere , &
eft actuellement décorée- avec autant de
goût que de magnificence.
d'ISMENIAS , Opéra.
PERSONNAGES.
(a ) AZARIS , Roi d'Euricome ,
ACTEURS.
le Sr Gelin.
ISMÉNIAS , Envoyé des Dieux , le Sr Jéliote.
THEMISTHÉE , Père d'Ifménias
& grand Sacrificateur , le Sr Larrivée.
ISMENE , Princeffe d'Euricome, la Dlle Arnoud.
La PRETRESSE du Temple
de l'Indifférence ,
L'AMOUR ,
UN BERGER ,
}
la Dlle Dubois L.
Le Sr Dubut.
CHOEURS de divers Peuples , de Sacrificateurs ,
de Prêtres , de Prêtreffes , de Nymphes , ' de
Plaifirs , d'Ombres , &c .
Dans le premier Acte le Théâtre repréfente
le Palais des Miniftres de Jupiter
à Euricome.
•
(a )Pour refferrer l'action dans les bornes de la
Fête de Jupiter & mettre Ifménias dans la néceffité
de perdre Ifméne ou de lui faire ſon aveu
l'Auteur lui a donné ce Roi pour rival , quoiqu'il
n'en foit pas mention dans le Roman. Il a
penfé auffi devoir fubftituer au Perfonnage de
Crathiftène ami d'Ifménias celui de fon Père
Themifthée , comme plus intérellé à veiller fur
la gloire de fon fils & pluséclairé fur les périls.
168 MERCURE DE FRANCE.
SMÉNIAS promet à Thémifthée fon
père , qui le félicite fur les honneurs.
qu'il va recevòir , d'être fidéle à fes
fermens & de triompher quoiqu'en gémiffant,
des efforts de l'amour. Themifthée
apprend à fon fils qu'Azaris , Roi d'Euricome
, va nommer une Reine , &
que cette cérémonie l'appelle au Temple.
Ifménias refté feul , fe rappelle
l'amour qu'Ifmène lui avoit infpiré ; il
fent que fon retour rallume en lui des
feux que l'abfence , plutôt que le devoir
, avoit affoupis . Il attend Ifmène ,
il s'excite à retenir au moins dans le
fecret de fon coeur un amour que les
circonftances rendroient criminel. Ifmène
vient à la tête de la jeuneffe d'Euricome
rendre hommage à Ifménias .
La fuite d'Ifmène étant retirée , vous,
femblez, dit - elle alors à Ifménias , peu
fenfible aux honneurs que vous rend un
Peuple qui vous aime. Ifménias commence
à s'expliquer ainfi fur fa fituation
avec Ifmène.
» Rien n'eft égal à ma gloire fuprême :
›› Couronné dans ce jour des mains de la Beauté ,
» L'excès de ma félicité
» Séduiroit Jupiter lui-même.
» Mais
JUILLET. 1763 .
169
» Mais quand il faut toujours longer
A ſe garder , à fe défendre
Du plaifir trop fateur que le coeur peut y
» prendre ,
» La gloire cft bien près du danger.
Ifmène feint de croire que l'amour
voudroit en vain foumettre Ifménias ,
celui-ci craignant de la laiffer dans cette
erreur , & craignant en même -temps
de fe trop déclarer , répond :
Epris d'un zéle téméraire ,
Je jurai d'échapper à fon enchantement.
>> Le croiriez-vous ? chaque moment m'éclairè
» Sur l'imprudence du ferment.
7
Cette Scène eft interrompue par les
Peuples qui viennent annoncer à Ifmène
qu'elle eft choifie pour Reine. Elle fe
défend de répondre à d'autres qu'au Roi
fur cette proclamation , & pendant cette
fête , plongée dans une profonde rêverie
ainfi qu'Ifménias , l'un & l'autre
s'obfervent mutuellement. Azaris ( le
Roi ) arrive. Lui-même invite fes Peuples
à reconnoître Ifmène pour leur Souveraine
, en faisant l'éloge de la Beauté
qu'il termine par ces jolis vers.
I.
Voi
H
170 MERCURE DE FRANCE.
» De l'Univers quand on fit le partage
» L'Amour n'eut point d'Empire limité
» Il ne voulut pour appanage
» Que la Beauté .
Ifmène rejette modeftement l'offre
du Trône & demande qu'il lui foit permis
de fe confacrer à l'Indifférence .Azaris
la fuit en fe promettant de perfifter
dans fes tendres projets. Ifménias inquiet
, interroge fon père fur le fuccès
de cet événement ; la gloire de préfider
à l'union du Roi avec Ifmène loin de
flater fon coeur le déchire,& lui arrache
l'aveu de fon amour c'eft-à-dire en
ce moment , d'un crime que lui-même
regarde avec éffroi. Il implore la fagefle
& les confeils de fon père , qui de fon
côté fait tous fes éfforts pour ranimer
fon courage. Ce qui donne lieu à des
Duo croifés qui terminent cet A&te.
Au 2 Ace , le Théâtre repréſente
des bois confaerés à Diane fous le titre
de Déeffe de l'Indifférence . On voit
dans le fond le Temple de cette Déeffe .
Les Prêtreffes chantent les avantages
de l'Indifférence. Ifmène vient pour
entrer dans ce Temple , la grande Prêtreffe
l'exhorte à mériter par un prompt
facrifice les . faveurs , de la Déeffe &
JUILLET. 1763. 171
l'introduit dans le Temple. Ifménias
vient auffi de fon côté chercher la paix
du coeur dans cet afyle. Le Temple
s'ouvre & lui laiffe voir Ifmène prête à
y prononcer fes voeux , au milieu des
Prêtreffes qui tiennent le voile qu'elles
lui deftinent . Ifménias & elle font troublés.
La Prêtreffe cherche à raffurer
Ifmène fur le fecours que celle - ci n'efpére
& même ne defire déja plus . Elle
évoque les ombres des Amans malheureux
pour retracer les images des maux
que produit l'Amour ; ce qui donne
lieu à un très-beau Ballet figuré , pour
lequel le Théâtre change & repréfente
une Place publique de la Ville de Corinthe.
Ce Ballet peint la cataſtrophe
tragique des nôces de l'infortunée Créi
fe avec Jafon ; la Jaloufie , le Défefpoir
& la Vengeance y font perfonifiés
& conduifent toute l'action par laquelle
Médée empoifonne le don fatal qui doit
donner la mort à Créife ; après quoi
elle vient fur fon char jouir de fa vengeance
, & pour la combler , jette à Jafon
le poignard dont elle vient d'égorger
fes enfans. Le Défefpoir s'empare de
ce malheureux Prince , tandis que les
Miniftres infernaux des fureurs de Médée
enflamment & détruifent le Palais
de Créon. Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
Dans ce Ballet , qui doit être regardé
comme une épiſode Pantomime liée au
Sujet , Médée étoit repréſentée par la
Dlle LYONOIS ; Jafon par le fieur
VESTRIS ; Créüfe par la Dlle VEStris ;
la Jaloufie par la Dlle ALLAR D ; la
Vengeance par- la Dlle PESLIN ; le Défefpoir
par le Sr LAVAL . Les autres
Perfonnages des Entrées générales par
les Danfeurs & Danfeufes du Corps de
Ballets du Roi & de l'Académie Royale
de Mufique. Après que le Choeur des
Ombres malheureufes a exhorté les mortels
à brifer les chaînes de l'Amour ,
tous ces objets funeftes difparoiffent ,
& l'on fe retrouve devant le Temple de
Diane , dont la Prêtreffe , infpirée, rend
un double Oracle qui met Ifmène &
Ifménias dans une fituation encore plus
embarraffante qu'auparavant. S'adreffant
à Ifménias.
•
- Ifménias , à l'amour le plus tendre
» Vainement dans ces lieux on voudroit t'arra-
>> cher ;
» Ifmène feule peut te rendre , .
» Le calme heureux que tú viens y chercher.
à Ifmène.
»De ce coeur agité combattez la tendreſſe ;
JUILLET. 1763. 173
Peignez-lui lestourmens de l'empire amoureux,
» C'eft l'épreuve que la Déeſſe
»Attend pour recevoir vos voeux.
Après cet Oracle prononcé , la Prêtreffe
fe retire dans le Temple. Ifméne
& Ifménias étonnés de cet Oracle en fe
confultant l'un l'autre , fe déclarent involontairement
leurs feux.-
"
>>Qui croiroit ( dit Ifménias à Ifmène ) que le Ciel
→ yous choiſit en ce jour ,
» Pour m'inſpirer de l'indifférence !
Eh qui choifiroit-il pour fervir fa puiſſance
» S'il vouloit m'inſpirer l'amour !
Cet aveu entraîne celui d'Ifmène ;
mais Ifménias apprend d'elle en mêmetemps
, que preffée par les pourfuites
du Roi, Ifmene va fe confacrer à Diane ;
& pour arrêter fes progrès dangereux
& faire rentrer Ifménias dans le devoir
en lui ôtant tout efpoir , elle commence
le ferment.
›› Je jure. …………
>
Elle eft interrompue par l'arrivée du
Roi qui , par les invitations les plus ten-
H üj
174 MERCURE DE FRANCE.
dres cherche à l'arracher des Autels
de Diane. Ifmene n'en paroît que plus
affermie dans fa réfolution . Ifménias annonce
au Roi que dans ce moment les
Prétreffes vont déclarer fi Diane veut
recevoir les voeux d'Ifmène . Azaris jure
de s'immoler fur l'Autel où fe confacreroir
Ifmene. Le Temple s'ouvre. La
Prêtreffe en écarte les Prophanes , & s'adreffant
à Ifmène lui dit de la part de
la Déeffe .
» Et toi , dont l'amour eſt vainqueur ,
» Porte loin de ces lieux ton ardeur criminelle ,
» Cours au Temple où l'hymen t'appelle ;
» Dans les noeuds que tu fais va chercher ton
» bonheur.
Le Roi , trompé par cet Oracle dont
il s'applique le fens , croit être l'objet
de cet amour fecret d'Ifmène . Sans
lui donner le temps de s'expliquer il
la preffe de venir aux Autels célébrer
l'hymen qu'il propofe , & charge Ifménias
d'en recevoir le ferment. Ifménias
termine cet Acte par la prière qu'il
adreffe à Jupiter.
Epargne-moi , Maître des Immortels ,
La foudre gronde fur ma tête.
JUILLET 1763.
175
Le troifiéme A&te fe paffe dans le Temple
de Jupiter. Ifmène y vient déplorer le
fort qui menace Ifménias & l'horreur
de leur mutuelle fituation . Themiftée
veut en vain faire croire à Ifménias que
la Princeffe le facrifie volontairement à
l'éclat du Thrône , il eft perfuadé qu'elle
ne fe facrifie qu'à la confervation de fes
jours , mais fa tendreffe s'en irrite ...
"
>> C'eft une barbarie ( dit-il )
» Que de vouloir me fecourir.
>> Par une telle perfidie ,
Il falloit oublier les dangers de ma vie ,
M'aimer, me leprouver en me laiffant mourir.
Tout le Peuple fe raffemble pour la
fête ; Azaris & Ifméne y paroiffent , chacun
préfente fes offrandes & fes voeux
aux Autels de Jupiter ; c'eft Ifmènias
qui préfide à cette religieufe cérémonie ;
c'eſt lui qui invite à chanter ce Dieu ,
relativement aux divers fujets repréfentés
dans de grands tableaux dont le
Temple eft orné. Après les hommages
& les prières adreffées au Dieu , le Roi
preffe Ifmène de venir ferrer les noeuds
de l'union dont il fait fon bonheur.
Ifmène , fans ofer lever les yeux fur
Ifménias , le prie d'implorer pour elle
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
les bontés du Ciel. Les Peuples lui demandent
en choeur d'achever la cérémonie
: mais Ifmène interdite , n'ofe
approcher de l'Autel ; elle y eft prefqu'entraînée
par le Roi. Dans l'inftant
qu'avec lui elle dit » fur ces Autels je
jure Ifménias ne pouvant achever
& tombant dans les bras de Thémistée
interrompt le ferment par ces vers.
» Ofez -vous bien , cruelle
» Pour former ces coupables noeuds ;
» Choifir l'Amant le plus fidéle ?
Azaris , Themifthée & Ifmène s'écrient
chacun en même-temps.
Qu'entends- je , ô Ciel !
Ifménias ne ménage plus rien , &
répond dans fon défeſpoir.
» L'aveu d'une ardeur criminelle .
ISMENEà Ifménias.
» Cruel , tu veux mourir !
ISMÉNIAS.
» Et pour une infidelle.
ISMEN E vivement.
» Je ne l'étois fauver ces jours.
que pour
AZARISà Ifmène.
» Perfide , vous ofez répondre à fes amours ?
C'est l'arrêt de fa mort.
1
JUILLET. 1763. 177
ISMENE en l'arrêtant.
» C'eſt l'arrêt de la mienne.
Malgré les inftances d'Ifmène , malgré
les prieres de Themiftée , des Sacrificateurs
enchaînent Ifménias à l'Autel ;
mais au moment qu'ils vont l'immoler
l'Amour paroît dans un nuage qui s'entrouve
& arrête la fureur des Peuples &
de's Sacrificateurs. Jupiter n'eft armé ,
leur dit- il , que pour venger l'outrage
qu'on fait à l'Amour...
.
Servir l'Amour , c'eft imiter les Dieux.
Ce Dieu unit lui - même Ifmène &
Ifménias ; & pour ne pas laiffer Azaris
malheureux , il éteint dans fon coeur la
flâme dont il brûloit , & le rend tout
entier à la gloire . Azaris invite fes Peuples
à rendre hommage à l'Amour par
leurs plaifirs. Ainfi naît la fête qui termine
cet Opéra d'une façon auffi brillante
qu'agréable.
REMARQUES.
Le Poëme eft da Sr Laujon , Secrétaire des
Commandemens de S. A. S. Mgr. le Comte de
Clermont. Nous prions cet Auteur de pardonner
à la néceffité de nous reftreindre , le tort que nous
luja faifons en fupprimant beaucoup de détails
1
་
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
heureux , répandus dans cet Ouvrage & qui
foutiennent avantageufement la réputation qu'il
s'eft déja acquife dans ce genre.
La Mufique eft d'un Anonyme , qui avoit prouvé
déja par d'autres Ouvrages qu'il eft poffible
d'atteindre à des fuccès flateurs dans un Art qu'on
n'exerce que par goût & pour fon amuſement.
Dans la mufique de cet Opéra , remplie de chofes
fçavantes & agréables , l'Auteur a fait entendre
ce que peut ajoûter au talent naturel le defir de
plaire à un Maître pour lequel le zéle redouble
à mesure qu'on a l'honneur de le fervir de plus
près.
Nous avons nommé les principaux Danfeurs qui
éxécutoient le Ballet du zme Acte , Pantomime
du grand genre , de la plus belle compoſition &
peint avec toute la vérité & l'énergie dont l'art
eft capable. Dans les autres Actes les pas diftingués
étoient éxécutés par les mêmes Danfeurs
& par les Srs Lani , Gardel , & la Dlle Guimard,
Le
lendemain 14 , les Comédiens
François repréſenterent
fur le même
Theatre le Tartuffe , Comédie en cinq
Actes & enVers de MOLIERE
. Les rôles
étoient diftribués comme elle avoit été
donnée à Paris quelques jours auparavant.
(a ) Le fieur Laujon eft Auteur de plufieur Poëmes
lyriques qui ont été repréſentés devant le
Roi, en diverfes occafions & toujours avec fuccès .
JUILLET. 1763. T 179
PERSONNAGES.
ORGON ,
DAMIS ,
ACTEURS. [
le fieur Bonneval.
le fieur Molé.
CLEANTHE , Beau-frère
d'Orgon ,
-VALERE ,
TARTUFFE ,
L'EXEMPT
LOYAL Sergent .
Le St Blainville.
Le St Bellecour,
… ་
Le Sr Auger ( alors débutant
à la Cour.
Mde PERNELLE , mèreosc
d'Orgón ,
ELMIRE , femme d'Orgon ,
MARIANE , fille d'Orgon ,
DORINE , Soubrette ,
Les Srs Dauberval &
Bouret.
La Dlle Drouin.
La Dile Préville.
La Dile Boligni,
( débutante à la
Cour.
La Dlle Luzzi, débutante.
CETTE Piécè, fut
généralement trèsbien
jouée. On ne rifque point d'éxagérer
en donnant entr'autres les plus grands
éloges à la maniere dont le rôle d'Elmire
fut rendu par la Demoifelle PREVILLE.
On connoît l'extrême délicateffe
dont eft ce rôle , furtout dans le
moment critique où le mari eft fous le
tapis. Il eft impoffible d'imaginer l'ac-
H vj
480 MERCURE DE FRANCE.
cord que cette A&trice conferve entre
la décence la plus régulière , & tout ce
qui rend cette fituation piquante à l'imagination
du Spectateur. Un naturel vrai
& toujours conforme au fens des rôles
eft à préfent le caractère diftinctif du jeu
de la Demoifelle PRÉVILLE . Dans
tout ce qu'elle repréfente , la Comédienne
s'éclipfe totalement , dn ne
voit , on n'entend plus que le perfonnage
même.
La Demoiſelle DROUIN , qui n'avoit
pas eu encore occafion de paroître à la
Cour dans des rôles importans de caractères
, a reçu des témoignages très- flateurs
fur celui de Madame Pernelle ,
qu'elle vient d'y jouer.
Le fieur AUGER , déja admis à l'effai
avec appointemens , a été aggrégé entierement
au , nombre des Comédiens
ordinafres du Roi , après fon début à
Ja Cour. Les talens & les difpofitions de
la Demoiſelle LUZZI y ont été fort goûtés
, & elle a été reçue aux appointemens
de 2000 liv. Nous aurons occafion
de parler plus amplement , dans l'ar
ticle des Spectacles de Paris , de ce qui
concerne cette jeune Débutante .
Le Tartuffe fut fuivi d'une repréfentation
de l'Oracle , Comédie en un A&te
JUILLET. 1763. 181
& en Profe du fieur SAINT- FOIX . Cette
Piéce fi connue & toujours fi juftement
applaudie fit un très- grand plaifir , & le
fuccès de la Demoifelle DOLIGNI y fut
au moins égal à celui qu'elle avoit eu
dans fon début à Paris. Nous en avons
rendu compte dans le Mercure précédent
; qu'il nous foit permis d'y renvoyer
nos Lecteurs , & de nous applaudir en
même tems des éloges que nous avons
donnés à ce jeune Sujet , puifque nous
avons eu la fatisfaction de les voir confirmer
par toute la Cour , avec autant
d'étendue qu'ils l'avoient déja été par le
Public de la Ville. Dans cette feconde
Piéce le rôle d'Alcindor ou Charmant
étoit joué par le fieur Molé , &
celui de la Fée par la Dlle DROUIN.
Le lendemain 15 , on repréſenta
Manco Tragédie , par le fieur le
.Blanc , dont la premiere repréſentation
venoit d'être donnée à Paris deux
jours auparavant. Les Acteurs qui repréfenterent
dans cette Tragédie , étoient
les fieurs BRISART , leKAIN , MOLÉ ,
BELCOUR , BLAINVILLE , PAULIN
D'AUBERVAL , DU BOIS , les Demoifelles
DU BOIS & D'ESPINAY . On
parlera de cette Piéce dans l'Article de
2
Paris.
182 MERCURE DE FRANCE .
Après la Tragédie , on donna l'Anglois
à Bordeaux , Comédie en un
Acte , en Vers libres , du fieur FAVART.
Piéce compofée à l'occafion de
la Paix , dont on avoit donné quelques
repréſentations à Paris au mois de
Mars dernier (a). Les mêmes Acteurs , y
compris la Demoiſelle Dangeville , retirée
de la Comédie , jouoient dans cette
Piéce les rôles qu'ils avoient remplis
lors de fa premiere repréſentation . Ils
ont été tous admirablement éxécutés .
Il eft inutile de dire les graces , le naturel
& la fineffe que la Demoifelle DANGEVILLE
met dans celui de la Comteffe
, & le plaifir qu'elle a fait à la Cour ,
ainfi que le fieur PREVILLE , qui fembloit
avoir encore ajouté de nouveaux
agrémens au talent avec lequel on l'avoit
vu rendre le rôle de Sud-mer à Paris.
Cette Comédie a fait autant d'honneur
à fon Auteur par les fuffrages unanimes
de la Cour , & le plaifir qu'elle y
a procuré , que par les applaudiffemens
( a ) Voyez l'Extrait de cette Piéce dans le ze
volume d'Avril & le compte que l'on y rend des
applaudiffemens avec lefquels elle fut reçue.
L'Edition de l'Anglois à Bordeaux , dédiée à
M. le Duc de Praflin , le trouve à Paris chez Duchefne
, rue S. Jacques.
JUILLET. 1763. 183
•
& l'affluence qu'elle attire au Théâtre
de Paris.
Rien ne doit auffi contribuer davantage
à l'encouragement du Théâtre
François , que la bonté avec laquelle le
Roi a daigné s'expliquer , pendant ce
voyage , fur les talens de fes Comédiens
actuels & fur la fatisfaction qu'ils
avoient eu l'honneur de lui procurer.
,
Le Jeudi 16 , il devoit y avoir une
feconde repréſentation de l'Opéra d'Ifmène
& d'Ifménias , qui avoit été redemandé
; mais l'indifpofition de la Demoiſelle
ARNOULD qui y chantoit le
principal rôle , mit obftacle à fon éxécution.
On choifit pour fuppléer à ce Spectacle
l'Acte de Vertumne & de Pomone
& celui du Devin du Village , qui
avoient été donnés cet hyver à la Cour
fur le Théâtre de Verfailles . le Ballet
Pantomime de Médée & Jafon ( b ) du
fecond Acte d'Ifmène & Ifménias fut
danfé entre ces deux Actes ; & l'on
ajouta l'Ariette du troifiéme Acte de
cet Opéra au divertiffement du Devin
du Village.
( b ) Ce Ballet ( ainfi que tous ceux des Opéra
qui s'exécutent à la Cour , eft de la compofition
des Srs Laval , père & fils , Maîtres des Ballets
de S. M.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le zéle de chacun des Sujets qui compofoient
ce Spectacle , & qui concouroient
à toutes les parties de fon éxécution
, fuppléa au peu de temps qu'on
avoit eu pour le préparer ; & cette éxécution
, qui fut très- belle, parut fatisfaire
tous les fpectateurs .
M. le Dauphin , Madame la Dauphine,
ainfi que Meſdames de France , étoient
à Choify.
Dans l'Acte de Vertumne & Pomone ,
le fieur JELIOTE éxécutoit le rôle de
Vertumne , le fieur GELIN celui de
Pan , & la Demoiſelle le MIERRE
(épouse dufieur Larrivée ) celui de Pòmone..
Tous ces Spectacles ont été donnés
( ainfi que tous ceux de la Cour ) fous
les ordres de M. le Duc de DURAS ,
premier Gentilhomme de la Chambre
en éxercice , & conduits par M. Papillon
de la Ferté , Intendant des menus ,
plaifirs & affaires de la Chambre , & c.
L'éxécution de tout ce qui concerne
la Mufique dirigée par le fieur Rebel ,
Surintendant de la Mufique du Roi
de femeftre .
N. B. La Salle du Théâtre de Choify
a été dorée depuis l'année derniere , &
eft actuellement décorée- avec autant de
goût que de magnificence.
Fermer
Résumé : ANALYSE d'ISMENE & d'ISMÉNIAS, Opéra.
L'opéra 'Isménias' se déroule dans le royaume d'Euricome et présente plusieurs personnages clés : Azaris, roi d'Euricome, Isménias, envoyé des dieux, Thémistée, père d'Isménias et grand sacrificateur, et Ismène, princesse d'Euricome. Dans le premier acte, Isménias promet fidélité à ses serments malgré les tentations amoureuses. Thémistée révèle qu'Azaris va nommer une reine, et Isménias se souvient de son amour secret pour Ismène. Ismène refuse le trône et souhaite se consacrer à l'Indifférence. Dans le deuxième acte, Ismène se rend au temple de Diane pour cette consécration. Isménias avoue son amour à Ismène, qui doit se consacrer à Diane pour éviter les poursuites du roi. Azaris tente de convaincre Ismène de l'épouser, mais elle reste déterminée. Un oracle ordonne à Ismène de partir pour un hymen, interprété par Azaris comme un mariage avec lui. Lors de la cérémonie au Temple de Jupiter, Ismène refuse de prononcer ses vœux et Isménias révèle leur amour secret. Jaloux, Azaris condamne Isménias à mort, mais l'Amour apparaît et unit Ismène et Isménias. Azaris est apaisé et la fête se termine joyeusement. En juillet 1763, plusieurs représentations théâtrales ont eu lieu. Le 14 juillet, les comédiens français ont joué 'Le Tartuffe' de Molière, avec une distribution similaire à celle de Paris. La pièce a été bien accueillie, notamment grâce aux interprétations d'Émilie Préville et de la demoiselle Drouin. Le débutant Auger a été intégré aux comédiens ordinaires du Roi, et les talents de la demoiselle Luzzi ont été reconnus. 'Le Tartuffe' a été suivi par 'L'Oracle' de Saint-Foix et la tragédie 'Manco' de Le Blanc. Le roi a exprimé sa satisfaction envers les talents des comédiens. Le 16 juillet, une représentation de l'opéra 'Iphigénie et Iphigenie' a été annulée en raison de l'indisposition de Mademoiselle Arnould. À la place, des extraits de 'Vertumne et Pomone' et du 'Devin du Village', ainsi qu'un ballet pantomime de 'Médée et Jason', ont été présentés. Tous les spectacles étaient organisés sous les ordres du duc de Duras et dirigés par M. Papillon de la Ferté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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437
p. 185-187
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. CONCERTS FRANÇOIS.
Début :
ON a repris le Vendredi 3 Juin, le Concert, commençant par l'ouverture [...]
Mots clefs :
Concerts, Palais, Amphithéâtre, Statue du roi, Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. CONCERTS FRANÇOIS.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
CONCERTS FRANÇOIS .
O
Na repris le Vendredi 3 Juin , ! e Concert
, commençant
par l'ouverture
de Pigmalion
, & c. donné pour la premiere
fois le 6 Mai.
Le 10 , on a repris un Concert donné
le 27 Mai , commençant par l'ouverture
des Talens Lyriques , &c.
Le 10 , reprife du Concert commençant
par le Prologue de Tarfis & Zélie ,
& c. donné le 20 Mai .
Le Vendredi 24 , on a donné un Concert
nouveau qui méritoit le fuccès brillant
qu'il a eu. Il a commencé par l'Accord
des Dieux , PROLOGUE de NAïs
à l'occafion de la Paix ; différens morceaux
d'Opéra plus agréables lés uns
que les autres fuivirent ce début. Le
Concert fut terminé par des fragmens ,
dans lesquels on chanta partie du divertiffement
du troifiéme Acte d'Iffé.
Mademoiſelle CHEVALIER Y chanta
avec beaucoup de diſtinction , ainſi que
186 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle ARNOULD qui porte partout
jufques au Concert le charme du
fentiment qu'elle exprime. Mademoifelle
LARRIVÉE fit très-grand plaifir ,
dans un Roffignol , morceau du genre
qui lui eft fpécialement propre , & dans
lequel cette Cantatrice peut toujours
compter fur les fuffrages du Public .
Meffieurs GELIN , LARRIVÉE & DURAND
, chanterent auffi dans le même
Concert avec le fuccès que méritent
proportionellement leurs talens & leurs
voix .
Le zéle des Directeurs pour le choix ,
l'arrangement & l'éxécution de ces Concerts
ne s'étant point démenti juſqu'à
préfent , l'empreffement du Public a
toujours été le même ; enforte que neuf
Concerts , depuis deux mois ont produit
de recette la fomme de 28392 liv .
L'Académie - Royale de Mufique
n'ayant point actuellement de Théâtre ,
& n'ayant pû conféquemment donner ',
fuivant l'ufage,des marques de fon zéle
dans les réjouiffances publiques , par la
repréſentation gratis de fon Spectacle ;
on y a fuppléé par un très- grand concert
de fymphonie , éxécuté le 20 , ( jour de
l'inauguration de la Statue du Roi ) dans
Te jardin du Palais des Thuilleries, fur un
JUILLET. 1763 . 187
Amphithéâtre illuminé , conftruit contre
la façade du Palais.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
CONCERTS FRANÇOIS .
O
Na repris le Vendredi 3 Juin , ! e Concert
, commençant
par l'ouverture
de Pigmalion
, & c. donné pour la premiere
fois le 6 Mai.
Le 10 , on a repris un Concert donné
le 27 Mai , commençant par l'ouverture
des Talens Lyriques , &c.
Le 10 , reprife du Concert commençant
par le Prologue de Tarfis & Zélie ,
& c. donné le 20 Mai .
Le Vendredi 24 , on a donné un Concert
nouveau qui méritoit le fuccès brillant
qu'il a eu. Il a commencé par l'Accord
des Dieux , PROLOGUE de NAïs
à l'occafion de la Paix ; différens morceaux
d'Opéra plus agréables lés uns
que les autres fuivirent ce début. Le
Concert fut terminé par des fragmens ,
dans lesquels on chanta partie du divertiffement
du troifiéme Acte d'Iffé.
Mademoiſelle CHEVALIER Y chanta
avec beaucoup de diſtinction , ainſi que
186 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle ARNOULD qui porte partout
jufques au Concert le charme du
fentiment qu'elle exprime. Mademoifelle
LARRIVÉE fit très-grand plaifir ,
dans un Roffignol , morceau du genre
qui lui eft fpécialement propre , & dans
lequel cette Cantatrice peut toujours
compter fur les fuffrages du Public .
Meffieurs GELIN , LARRIVÉE & DURAND
, chanterent auffi dans le même
Concert avec le fuccès que méritent
proportionellement leurs talens & leurs
voix .
Le zéle des Directeurs pour le choix ,
l'arrangement & l'éxécution de ces Concerts
ne s'étant point démenti juſqu'à
préfent , l'empreffement du Public a
toujours été le même ; enforte que neuf
Concerts , depuis deux mois ont produit
de recette la fomme de 28392 liv .
L'Académie - Royale de Mufique
n'ayant point actuellement de Théâtre ,
& n'ayant pû conféquemment donner ',
fuivant l'ufage,des marques de fon zéle
dans les réjouiffances publiques , par la
repréſentation gratis de fon Spectacle ;
on y a fuppléé par un très- grand concert
de fymphonie , éxécuté le 20 , ( jour de
l'inauguration de la Statue du Roi ) dans
Te jardin du Palais des Thuilleries, fur un
JUILLET. 1763 . 187
Amphithéâtre illuminé , conftruit contre
la façade du Palais.
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. CONCERTS FRANÇOIS.
Le document décrit les activités de l'Académie Royale de Musique à Paris, notamment les 'Concerts François'. Le premier concert a repris le 3 juin avec l'ouverture de 'Pigmalion'. Les 10 juin, deux concerts ont eu lieu : l'un avec l'ouverture des 'Talens Lyriques' et l'autre avec le prologue de 'Tarfis & Zélie'. Le 24 juin, un concert a débuté par 'L'Accord des Dieux', un prologue de 'Naïs' célébrant la paix, suivi de divers morceaux d'opéra et se terminant par des fragments du troisième acte d''Iphigénie'. Les artistes Mademoiselle Chevalier, Mademoiselle Arnould, Mademoiselle Larrivée, ainsi que les messieurs Gelin, Larrivée et Durand ont été applaudis pour leurs performances. Les directeurs ont été félicités pour leur organisation et exécution des concerts, qui ont rapporté 28 392 livres en neuf concerts sur deux mois. En l'absence de théâtre, l'Académie a organisé un grand concert de symphonie le 20 juillet dans le jardin du Palais des Tuileries pour l'inauguration de la statue du Roi, avec un amphithéâtre illuminé contre la façade du palais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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438
p. 187-208
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Mercredi premier Juin, on a donné la premiere représentation de la Manie [...]
Mots clefs :
Comédie, Musique, Protecteur, Tragédie, Arts, Attention, Philosophe
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE Mercredi premier Juin , on a donné
la premiere repréſentation de la Manie
des Arts , ou la Matinée à la Mode ;
Comédie en un Acte en Profe , par
M. ROCHON DE CHABANNES . Cette
Piéce fut reçue avec beaucoup d'applaudiffemens
, & fon fuccès s'eft conftament
foutenu pendant dix repréſentations
, nombre auquel il a été reſtraint ,
non par la fatiété du Public , mais par les
circonftances qui ont exigé , comme on
le verra ci-après , la remife d'un Ouvrage
confacré à la réjouiffance publique.
Cette agréable Nouveauté eft un enfemble
de Scènes pittorefques fur une
manie dans nos moeurs actuelles , & qui
par conféquent ne doit pas être jugée d'après
les loix des Drames réguliers . Nous
allons tâcher d'en donner une idée aux
Lecteurs par l'analyſe ſuivante.
188 MERCURE DE FRANCE.
UNE COMTESSE Bel-efprit ,
PERSONNAGES.
FORLISE ;
Mde FORLISE , mère de
Forlife .
ACTEURS.
M. Bellecour.
Mlle Huff
Mile Dumefnit.
UN PHILOSOPHE, M. Brifat.
DU COLORIS , Peintre , - M. d'Aubeval
ALLEGRO , Muficien M. Bouret.
M. Molé
M. Auger.
DORILAS , Poëte ,
UN GASCON ,
DUMONT , Valet de Chambre
de M. Forlife
LAQUAIS , Perſonnages muets.
M. Préville,
Là Scène eft dans un Salon de M. Forlife.
MR de Forlife eft un homme de condition
, Amateur & Artiſte qui fe pique
de tout , & ne fe doute de rien . Ila un
Poëte qui fait des Vers pour lui , un Muficien
qui compofe la Mufique , un Peintre
qui barbouille en fon nom. Le fond
de cette Piéce n'eft qu'une audience du
marin . Un homme fenfé ouvre la Scène.
Ila rencontré M. Forlife dans une mai-
( a ) Cette Piéce imprimée fe vend chez Sébaftien
Jorry , Imprimeur , rue & vis - à-vis la
Comédie Françoiſe. Le prix eft de 24 fols.
JUILLET. 1763 . 189
fon , on lui a annoncé un Protecteur
des Arts , il s'eft prévenu en fa faveur ,
M. Forlife s'eft paffionné pour lui, & ces
difpofitions favorables leur ont fait fouhaiter
de lier connoiffance enſemble.
L'homme fenfé vient voir & admirer
M. de Forlife. Tout ce qu'il apperçoit
en entrant chez notre Protecteur diminue
bien de l'eftime qu'il avoit conçue
pour
lui. C'est un Protecteur Artifte . Il
voit de mauvaife Mufique fur le bureau ,
un Tableau déteftable fur le chevalet ,
des inftrumens répandus çà & là dans le
Salon , tout cela lui annonce la manie
de M. Forlife , & le caractère de fes
Protegés ; il prend le parti de les attendre
, de les examiner & d'en rire .
-
Un Peintre & un Muficien entrent.
Notre homme s'écarte & les écoute. Ils
débutent par dire du mal de M. de Forlife.
Le Philofophe s'en amufe. Ils lui
font aujourd'hui baffement leur cour
fe, difent ils entr'eux , mais patience ,
quand ils auront fait leur chemin , ils lejmeneront
comme un petit Monfieur. Le Philofophe
les interrompt pour les encourager
, ils font un peu étourdis de fon aparation
, mais il les raffure en leur difant
qu'il ne veut pas leur nuire. Il les perfifle
cruellement , il voudroit bien voir
190 MERCURE DE FRANCE.
entrer M. de Forlife , ils feroient une
bonne fcène enfemble , à ce qu'il s'imagine
, On ouvre , c'eft M. Dumont , le
Valet-de- chambre de M. de Forlife , ils
s'en étoient plaints , & ils volent au-devant
de lui . Notre homme fenfé qui ne.
croit pas cette Scène moins curieuſe à
voir que celle du Maître , s'affeoit à l'écart
& laiffe agir nos lâches. M. Dumont
les reçoit avec morgue & impudence ,
ils l'accablent de complimens , de politeffes
, de fadeurs , ils le font affeoir , &
fe tiennent debout devant lui. M. Dumont
les entretient leftement. Cependant
il est démonté par l'afpect du Philofophe
qui tranquillement affis , l'obferve & fe
moque de lui . Il veut l'entreprendre
mais il ne s'en trouve pas bien. L'homme
fenfé le fait rentrer en terre & fe
retire fans vouloir voir fon Maître .
Cette Scène déconcerte un peu M.
Dumont , qui tâche à fe remettre de fon
trouble vis - a-vis de fes Protégés : fon
Maître arrive & le tire d'embarras.
M. de Forlife entre en robe de chambre
fuivi d'un nombreux domestique .
C'est une Scène d'impertinences. Il fe
fait habiller , parle à Dumont , à fes
Protégés , fait des queftions , n'attend
pas les réponſes, joue la diftraction , l'inJUILLET.
1763. 191
folence , la fottife , & renvoie le Pein-
& le Muficien. M. Allegro lui laiffe fon
Opéra , & ille charge en s'en allant d'en
remettre les parties copiées à fes Muficiens,
il en exécutera quelque chofe s'il
a un moment à lui .
Forlife refté feul avec Dumont , ordonne
qu'on faffe entrer Dorilas s'il
fe préfente , c'eft fon Poëte. Il veut lui
montrer une Tragédie qu'il vient de
faire ; il en eft enthouſiaſmé. Il ordonne
à Dumont de le laiffer tranquille ;
fon démon le faifit , il entre en verve
il va mettre la derniere main à ce chefd'oeuvre.
Dumont lui obéït & s'amufe
à faire de petits vers.
L'arrivée de Dorilas les tire de cette
occupation . Forlife congédie Dumont
charge Dorilas du foin de corriger fa
Piéce , & vole à fon tableau qu'il veut
finir. Dorilas qui trouve la Piéce déteftable
, & qui ne veut pas fe donner la
peine de la corriger en dégoûte affez
adroitement le Marquis , en lui perfuadant
qu'il y a des idées trop fortes dans
fon ouvrage , que jamais cela ne paffera.
Forlife le croit , le remercie de la
fageffe de fes confeils , & renonce à fa
Tragédie. Il lui propofe de s'attacher à
lui , d'accepter fon Secrétariat , qui eſt
192 MERCURE DE FRANCE ,
vacant. Ils feront les plus belles chofes
du monde enfemble. M. Dorilas accepte
la propofition du Marquis qui lui
demande s'il eft Muficien , & tout de
fuite lui racle un mauvais air fur le
violon.
Une femme de qualité de fes amies
arrive fur ces entrefaites , défend à Dumont
de l'annoncer , & furprend M. le
Marquis faifant de la Mufique . Elle veut
voir ce que c'eft. Le Marquis lui dit
qu'il éxécute un air d'un Opéra de fa
façon ; la Comteffe examine , parcourt
l'Opéra , trouve une Arriette de fon
goût ; on l'engage à la chanter , elle y
confent. M. le Marquis veut l'accompagner
, mais il a une paralyfie dans fes
doigts , il n'eft pas en train , il fait entrer
fes Muficiens & la Comteffe
chante avec eux. Dumont vient annoncer
ici Madame Forlife la mère. C'eſt
une femme ſenſée & raiſonnable , tous
les vifages fe refrognent ; cependant on
fait bonne contenance . Elle entre
vient parler à fon fils en faveur d'un
homme d'un vrai mérite , l'engage à le
préfenter au Miniftre. M. de Forlife ne
lui prête qu'une légère attention , il n'a
point de crédit , il n'importune guères
le Miniftre. La Comteffe confirme le
difcours
JUILLET. 1763. 193
7
difcours de M. de Forlife ; il y a fix mois
qu'elle perfécute M. le Marquis pour
préfenter un de fes protégés qui a fait
les Vers charmans pour fa Chienne , &
M. le Marquis eft encore à faire un pas.
Madame Forlife hauffe les épaules ,
prie fon fils d'avoir égard à fa recommandation
& fort. Entre alors un Gafcon
impudent qui vient fe préfenter
pour Secrétaire ; il fait les honneurs de
fa perfonne , & détaille tout fon petit
mérite dans un petit Placet qu'il a fait
en petits Vers ; on l'écoute : il le chante
, on eft enchanté , il le danſe , on n'y
peut plus tenir ; on oublie Dorilas , &
on lui donne fa place. Cependant Dumont
entre avec une lettre de Valere ;
c'eſt un Auteur comique de fa connoiffance
qui lui a lu , pour fe moquer de
lui fans doute , quelques Scènes épifodiques
d'une Comédie intitulée la Matinée
à la mode , & qui lui envoye demander
un dénouement. M. Dumont
toujours habilè en expédiens , dit que
l'Auteur n'a qu'à envoyer dîner fes
Acteurs , que c'eſt là le dénouement
d'une matinée. On convient qu'il a raifon
, M. de Forlife le prie de les envoyer
auffi dîner , il dit qu'on a ſervi ;
le Marquis donne la main à la Com-.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
teffe , engage Dorilas & le Gafcon à
diner . Le Gafcon accepte , & Dorilas
fe retire en renoncant pour jamais aux
Grands & à leur matinée.
Nous voudrions , pour le plaifir des
Lecteurs & pour rendre juftice aux talens
de l'Auteur , que les bornes de nos
Extraits nous permiffent de rapporter
ici tous les détails fpirituels , philofophiques
& agréablement écrits
dont cette Piéce eft remplie . Nous nous
contenterons de tranfcrire , trois Scènes
priſes indiftin&tement , pour donner une
idée du Dialogue de la Piéce à ceux qui
ne pourroient s'en procurer la lecture.
Scènes pour donner une idée du
Dialogue.
L'Auteur introduit fur la Scène deux protégés
de M. For life , qui difcourent enfemble , pendant
qu'un homme raifonnable & tiré dans un coin ,
les obferve & les écoute .
UN PHILOSOPHE. Mrs DU COLORIS
& ALLEGRO .
ALLEGRO .
Si c'eft du bel air que de fe faire attendre ,
il faut convenir que M. Forlife attrape mieux
cer air- là que perſonne.
DU COLORIS .
Il ne fait pas apparemment , que le temps
JUILLET. 1763. 195
qu'un Grand fait perdre à l'attendre , eft toujours
employé à parler mal de lui ,
Bon.
LE PHILOSOPHE à part.
D. C ,
Je ne connois rien de plus ridicule que ce perfonnage.
A. L.
D. C.
Dites de plus impudent.
Il a la manie de tout fçavoir , & ne fçait -
rien .
A L.
Il veut être Artifte , Muficien , & nous le fommes
pour lui..
LE PHIL. à part.
Voilà deux Lâches qui font le portrait d'un Sot .
A L.
Et avec tout cela il ne nous ménage pas.
D. C.
Il nous traite avec orgueil , avec mépris .
Patience que j'aie fait mon chemin .
AL.
Que je me voye au- deſſus de mes affaires
D. C.
Comme je vous le méne ce petit Monfieur .
196 MERCURE DE FRANCE .
A L.
Comme je lui fais changer de ton. Je ne veux
plus qu'on me parle Mufique.
D. C.
Ni moi , Peinture.
A L.
Je me refufe aux empreffemens des Sots.
D. C.
On me retient à dîner trois mois d'avance ,
& je manque.
A L.
Moi j'y vais ; mais c'eft pour boire , manger ,
& ne dire mot ; fi je chante , ce n'eft que par
contradiction .
LE PHILOSOPHE les abordant.
bravo ! mes bons amis, bravo , rampans d'abord,
impertinens après ; c'eft dans l'ordre , voilà le
caractère des gens médiocres.
Scène du Protecteur. Son entrée.
FORLISE fuivi d'un nombreux Domestique .
ALLEGRO, DUCOLORIS. DUMONT ,
fon Valet de chambre.
FORLISE.
lui donnant un rouleau
de papier.
Mille pardons , Meffieurs , mille pardons, ..
tenez M. Dumont.
DUMONT.
Malpefte ! c'eft la Tragédie.
JUILLET. 1763. 197
FORLISE.
Point de curiofité M. Dumont ; mettez tout
cela fur mon bureau qu'on m'habille ....
à Dumont.
Vous permettez ....
à propos , as- tu porté ce
Livre chez la Ducheffe ?
DUMONT.
Oui. Je lui ai dit qu'il étoit d'un de vos Amis ,
qu'il falloit qu'elle le trouvât bon.
A merveille .
FORLISE.
DUMONT.
Elle m'a remis celui- ci , qu'il faut que vous
trouviez mauvais.
FORLISE.
C'eft jufte...eh bien, mon cher M. Ducoloris ,
que dites-vous de notre Tableau ?
remarqué ? ...
D. C.
Des changemens confidérables .
FORLISE.
... avez-vous
Dont vous êtes content fans doute
D. C.
Mais oui , l'on ne peur nier
FORLISE .
.....
Dumont , je fors à trois heures , ayez foin d'en
prévenir mon Cocher .....
DUMONT.
Mais M. le Marquis , vous ne fçauriez fortir.
FORLISE.
Comment : ... mon habit ... vous ne finiffez
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
...
pas entre nous ce que vous faites , mon cher
Ducoloris ce Tableau avoit grand befoin
d'être retouché ... je ne fçaurois fortir, M. Dumont
... ma montre ... apportez- vous notre
Opéra , mon cher Allegro ?
Le voici.
ALLEGRO.
FORLISE.
Qu'est - ce qui me retient donc , M: Damont
qu'eft- ce qui me retient donc? répondez ...
DUMONT.
A qui répondre ? ......
..
FORLISE. à Allegro.
Avez-vous fait copier les parties ? ..
Oui , Monfieur.
ALLEGRO.
1
Toute la Scène eft fur ce ton-là ; & finit pa
ce trait : M. de Forlife veut aller rendre vifite à
Montfort. C'est un jeune Artifte qu'il veut mettre en
réputation , c'eft une vifite effentielle , cela marquera
. Comment faire ? il eft retenu chez lui , il a dumonde
à diner Dumont lui dit.
Vous voilà bien embarallé , envoyez votre caroffe
à la porte , cela lui fera autant d'honneur
que fi vous y.alliez vous niême.
SCENE X I.
Madame Forlife la mère vient s'intéreЛler pour
un homme de mérite. M. de Forlife lui prête une
légère attention... Envoyez - moi votre homme,
iui dit-il , que je le voye , que je caule un peu
avec lui. Sa mère lui répond que ce n'eft pas un
homme à fe morfondré dans une antichambre.
JUILLET. 1763 . 199
Une Comteffe qui eft là demande ironiquement
à Mle Forlife s'il ne faut pas que le Marquis
aille au -devant de fon Protégé .
M. FOKLISE.
Eh pourquoi non , Madame , il faut quelquefois
aider le talent , aller au- devant du mérite. L'hom ·
me pour qui je m'intéreffe , craint le mépris des
Sots , le jargon des beaux - efprits , la table des
Riches , l'audience des Grands , & la Toilette des
femmes.
LA COMTESSE.
Et avec toutes ces petites frayeurs - là , on n'attrape
rien ; les places fe donnent aux gens qui
les demandent , qui les follicitent.
M. FORLISE.
Quelquefois à ceux qui les méritent ; il eſt encore
des Riches & des Grands qui ne donnent pas aux
Flateurs & aux Sots les places qui appartiennent
au mérite & à la vertu , vous les voyez chercher
avec emprellement le grand homme , lui tendre
une main bienfaifante , le protéger , l'enhardir ,
& vaincre fa milantropie par la délicatelle de leurs
procédés . Ils dédaignent l'encens , les pe its foins ,
& la fervile adulation des gens mé fio.res , ils eftiment
, its aiment même la fimplicité & la franchife
des hommes de génie . Voilà les Protecteurs
que je révére , voilà ceux à qui je voudrois que
vous reflemblaffiez , mon fils , ils font les foutiens
des Arts & de la Littérature , les autres en font
lés fléaux & les detrufcurs . Le véritable Protecteur
eft un Dieu bienfaifant qui purge un champ
de mauvaiſes herpes , pour en ranimer les plantes
falutaires
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES.
S'il y a du danger à jetter un ridicule fur la
protection de goût que les Grands & quelques
gens riches accordent aux Arts & aux Artiſtes : il
y a certainement un grand avantage à dégoûter,
s'il eft poffible , quelques Fats de l'efpéce de M.
de Forlife de la honte dans laquelle ils les font
tomber , foit par une forte de tyrannie qu'ils
exercent fur les Artiftes , foit par le mauvais
choix que ces ridicules Protecteurs prétendus Artiftes
eux-mêmes font de leurs Protégés . Choifis
ordinairement dans un ordre affez médiocre
pour fervir avec baffeffe leur vanité ; malheureufement
ils donnent , par des intrigues ou
par des prodigalités , des dégoûts rebutans aux
talens fupérieurs . Le motif général de cette petite
Piéce doit donc être approuvé par tous les
vrais Amateurs. Il eft fâcheux peut-être que
l'Aureur air eu la facilité pour lui-même de fe
renfermer dans un fi court efpace , & de s'autorifer
par- là à ne pas étendre plus loin les peintures
vives & bien faifies des caractères dont ce
Sujet eft fufceptible. Heureux cependant le Poëte
Dramatique auquel on n'a d'autres reproches à
faire que de s'être arrêté trop tôt dans fon travail
! Combien l'amour- propre de tant d'autres
a lieu de fe repentir de s'être impoſé des travaux
trop étendus !
Mademoiſelle LUZZI a continué fon
début pour les rôles de Soubrette
dans les Bourgeoifes à la mode , & le
Cocher fuppofé. Enfuite par le rôle de
Cléanthis dans Démocrite , & la SouJUILLET.
1763. 201
brette dans le Galant Jardinier. Dans
les Trois Confines , par le rôle de Colette
, où elle a eu affez de fuccès pour
être redemandée après fon début fini .
Y
Les autres Piéces de ce début ont été
les Menechmes , la Serenade , le Légataire
, &c. Plus cette jeune Débutante
a paru fous les yeux du Public & des
Connoiffeurs éclairés , plus elle a rempli
l'efpoir qu'on avoit conçu de fes
talens , & l'on eft généralement confirmé
aujourd'hui dans celui qu'on doit
attendre de fes progrès . La forme extérieure
, comme nous l'avons déja annoncé,
n'a rien en elle que de très - favorable
, une taille légère & de la hauteur
précisément convenable au fexe . De
très-beaux yeux , propres à marquer
fenfiblement toutes les expreffions. Il
ne dépend même que de cette jeune perfonne
de reftituer à fa phyfionomie toute
la fineffe dont elle eft fufceptible , à la
place de ce qu'elle offre aujourd'hui
d'un peu trop grave , en fupprimant le
ridicule abus , introduit parmi les femmes
de nos jours , des chevelures élevées
& cannelées, fur le front, comme les
Buftes de quelques Romaines du temps
des Céfars ; genre de coëffure , qui ne
fera jamais d'accord avec le caractère
I v
292 MERCURE DE FRANCE .
à
d'une Soubrette Françoife . Les difpofitions
du côté du talent ne font pas
moins avantageufes ; & cultivées , comme
elles font par les foins du plus grand
Acteur comique de nos jours * , elles doivent
porter ce Sujet en peu
de temps
la perfection. Quoique l'on ait reconnu
dans la Débutante , les principes éclairés
qui la dirigent , on n'a pas moins apperçu
qu'il y a en elle un fond naturel d'intelligence
, de facilité , & de jufteffe
dans le débit du Dialogue , qui a concouru
à rendre les leçons plus fructueufes
, & qui donnera en propre à cette
jeune éléve les lumières que lui a
prêtées l'art de fon Maître.
Le Lundi 13 , on donna fur ce Théâtre
Manco , premier Ynca du Perou ,
Tragédie de M. le Blanc. Cette Piéce
parut longue , on y applaudit beaucoup
d'endroits. On en retrancha plufieurs
Vers , & elle fut repréfentée ainfi avec
ces retranchemens le Mercredi fuivant à
la Cour & le lendemain à Paris , où elle
a été continuée pendant fix repréſentations
jufqu'à la repriſe de la Piéce faite
à l'occafion de la Paix .
Le fond du fujet de cette Tragédie
améne naturellement dans les détails
des difcuffions entiérement philofophi-
* M. Préville .
JUILLET. 1763.
203
ques fur l'établiffement des fociétés , &
fur la préférence du frein des Loix civiles
à la liberté vague & fans bornes de la
vie purement animale . Nous ferons part
à nos Lecteurs de quelques-uns de ces
détails , qui méritent & de l'attention &
des éloges , auffi-tôt qu'on nous aura
donné les moyens d'en rendre compte ,
& de les rapporter avec la précifion &
l'exactitude convenable.
Le 21 , les Comédiens François fignalerent
, felon leur ufage , leur zéle dans
les rejouiffances publiques , par une repréfentation
gratis du Mercure Galant ,
qui fut fuivi des Trois Coufines , avec
les trois divertiffemens de cette Piéce.
Le Peuple qui y courut avec affluence ,
y parut prendre le plus grand plaifir , par
l'attention que les Auteurs eurent à tout
ce qui pouvoit y contribuer. les Spectateurs
marquoient à tous momens les
tranfports de leur fatisfaction par des
cris réitérés de Vive le Roi. A la fin du
Spectacle on leur livra le Théâtre fur lequel
ils danferent , ainfi que dans le
Parterre pendant très- longtemps , jufqu'à
ce que comblés de joie , ils allaffent les
uns après les autres en répandre les mouvemens
dans la Mille! b
Le Lundi 27 , on donna fur ce même
I vj
204 MERCURE DE FRANCE,
Théâtre la premiere repréſentation de la
repriſe de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en trois Actes en Vers libres de
M. FAVART , avec un divertiffement de
la compofition de M. VESTRIS , éxécuté
par les Danfeurs du Roi & de l'Opéra.
Nous avons parlé de cette Piéce (a) ,
nous en avons donné un extrait détaillé
ainfi il ne nous refte à rendre compte
que de l'extrême plaifir qu'en fait la reprife
, & de la perfection avec laquelle
elle eft rendue , ainfi qu'elle l'avoit été
précédemment à la Cour.
On n'a point vu & l'on ne peut voir
de plus grande affluence à aucun Spectacle
qu'en a attiré celui - ci . L'Anglois à
Bordeaux étoit précédé du Mifantrope ,
qui fut très-bien joué par M. BELCOUR
faifant le principal rôle , & par tous les
Acteurs principaux qui repréfentoient
dans ce chef- d'oeuvre de notre Théâtre .
Après cette grande Piécé , M. MOLÉ
s'avança comme pour les annonces
erdinaires , & fit au Public le difcours
fuivant :
,
- (@ V.le II. Vol. d'Avril & l'Article précé
dent des Spectacles de la Cour.
omom
JUILLET. 1763. 205
MESSIEU ESSIEURS
» Nous vous avons annoncé la retraite
de Mlle DANGEVILLE. Sa
» fanté ne lui a pas permis defuivre plus
longtemps la carrière laborieufe du
裴» Théâtre ; mais elle y reparoît avec
» tranfport , dès qu'il s'agit de prendre
» part à la joie publique . C'eft un ef-
"fort que fes Supérieurs ont defiré ;
» fes camarades en ont fenti tout le prix
» fon coeur s'eft trouvé d'accord avec
» eux. L'occafion étoit trop intéreffante
pour n'êtrepas faifie par une ame fenfible.
C'eft un tribut que Mlle DAN-
» GEVILLE paye au bonheur général
» & à la reconnoiffance qu'elle conferve
des bontés dont vous l'avez honorée.
»
22.
Nous devons auffi , Meffieurs , aux
talens diftingués qui compofent les
2. Ballets du Roi & de l'Académie Royale
» de Mufique , le témoignage du zéle
» avec lequel ils ont bien voulu concou-
» rir à décorer un Spectacle que tous ceux
» qui peuvent y contribuer , defireroient,
» Meffieurs , vous rendre auffi agréable
" par fa représentation que par fon
»principe.
Auffitôt que Mlle DANGEVILLE ,
206 MER CURE DE FRANCE.
dont le rôle ouvre la Piéce avec celui
de Darmant , parut fur le Théatre , des
applaudiffemens univerfels & continués
pendant très-longtemps l'empêcherent
de continuer ; on eut lieu de craindre
même , à l'état de trouble où cette circonftance
mettoit fa modeftie , que cela
ne lui occafionnât une révolution qui
mît obſtacle à fa bonne volonté. Le
filence le plus éxact ayant enfin fuccedé
à ce tranfport , cette incompara-
&trice joua comme on l'a toujours
vu jouer , c'eft- à-dire au plus
haut degré de perfection que l'imagination
puiffe concevoir dans l'art de la
Repréfentation Théâtrale . Elle fut fecondée
admirablement par tous les
autres Acteurs de cette Comédie, entre
autres par M. PREVILLE dans le rôle
de Sudmer , encore plus nouveau , encore
plus finguliérement agréable quë
la première fois qu'on l'a vu paroître
dans ce rôle.
SUJET du Ballet de la compofition de
M. VESTRIS , exécuté à la fin de
Anglois à Bordeaux,
Le fond du Théâtre eft dans l'obfcurité ; tout
y peint l'horreur de la guerre , on entend le
bruit des armes joint à celui du canon . Des OuJUILLET.
1763. 207
vriers de tout métier , des Matelots occupés au
débarquement des navires font dans l'abbattement.
Un groupe de nuages traverſe les airs ; il
paroît porter une Divinité. Tout le Peuple le
fuit des yeux ; ils voyent MINER VE en defcendre
, elle porte des branches de Laurier & d'Olivier
entrelacées ; elle va parler , les Peuples
font attentifs : elle annonce le retour de la Paix .
Les bruits de la Guerre cellent ; tous les travaux
reprennent leur activité générale ; furtout ceux
des Sculpteurs occupés à dégroffir une maffe de
rochers , fur laquelle eft affife une Tour qui porte
un Phare pour éclairer les vaiffeaux qui entrent
dans le Port. Apollon ( repréfenté par le Sigur
VESTRIS , ) fuit Minerve , comme Dieu des
Arts , il préfide aux travaux des Sculpteurs qui
fe propofent d'ériger un monument. Pour en accélérer
l'exécution , il frappe la Tour , elle s'écroule ,
on voit à la place la Statue équefire de LOUIS
XV, qui décore la Place de Bordeaux . Ce même
Dieu raffemble les François , les Espagnols , &
les Anglois , qui par leurs danfes variées & brillantes
, célébrent le commun bonheur de l'Europe,
ce qui forme ce Ballet , un des plus magnifiques
qu'on ait vu fur ce Théâtre , tant par la diftinction
des talens fupérieurs qui le compofent , que
par le nombre & la compofition des entrées ,
ainfi que par la magnificence & là galanterie des
habillemens.
On a continué avec le même faccès & le même
concours de Spectateurs , les repréſentations
de ce Spectacle intéreffant,, On doit remarquer
à la louange des Comédiens François , l'attention
qu'ils ont pour l'intérêt du bon goût, d'avoir
faifi cette occafion , pour remettre Tous les yeux
des Spectateurs François aflemblés en grand nom208
MERCURE DE FRANCE.
bre , les admirables productions de MOLIERE ,
afin de faire connoître à plufieurs d'entre eux qui
ſe contentoient de l'entendre dire , les modéles du
fublime Dramatique , & les monumens les plus
glorieux de la Nation dans ce genre de Littéra
ture.
FRANÇOISE.
LE Mercredi premier Juin , on a donné
la premiere repréſentation de la Manie
des Arts , ou la Matinée à la Mode ;
Comédie en un Acte en Profe , par
M. ROCHON DE CHABANNES . Cette
Piéce fut reçue avec beaucoup d'applaudiffemens
, & fon fuccès s'eft conftament
foutenu pendant dix repréſentations
, nombre auquel il a été reſtraint ,
non par la fatiété du Public , mais par les
circonftances qui ont exigé , comme on
le verra ci-après , la remife d'un Ouvrage
confacré à la réjouiffance publique.
Cette agréable Nouveauté eft un enfemble
de Scènes pittorefques fur une
manie dans nos moeurs actuelles , & qui
par conféquent ne doit pas être jugée d'après
les loix des Drames réguliers . Nous
allons tâcher d'en donner une idée aux
Lecteurs par l'analyſe ſuivante.
188 MERCURE DE FRANCE.
UNE COMTESSE Bel-efprit ,
PERSONNAGES.
FORLISE ;
Mde FORLISE , mère de
Forlife .
ACTEURS.
M. Bellecour.
Mlle Huff
Mile Dumefnit.
UN PHILOSOPHE, M. Brifat.
DU COLORIS , Peintre , - M. d'Aubeval
ALLEGRO , Muficien M. Bouret.
M. Molé
M. Auger.
DORILAS , Poëte ,
UN GASCON ,
DUMONT , Valet de Chambre
de M. Forlife
LAQUAIS , Perſonnages muets.
M. Préville,
Là Scène eft dans un Salon de M. Forlife.
MR de Forlife eft un homme de condition
, Amateur & Artiſte qui fe pique
de tout , & ne fe doute de rien . Ila un
Poëte qui fait des Vers pour lui , un Muficien
qui compofe la Mufique , un Peintre
qui barbouille en fon nom. Le fond
de cette Piéce n'eft qu'une audience du
marin . Un homme fenfé ouvre la Scène.
Ila rencontré M. Forlife dans une mai-
( a ) Cette Piéce imprimée fe vend chez Sébaftien
Jorry , Imprimeur , rue & vis - à-vis la
Comédie Françoiſe. Le prix eft de 24 fols.
JUILLET. 1763 . 189
fon , on lui a annoncé un Protecteur
des Arts , il s'eft prévenu en fa faveur ,
M. Forlife s'eft paffionné pour lui, & ces
difpofitions favorables leur ont fait fouhaiter
de lier connoiffance enſemble.
L'homme fenfé vient voir & admirer
M. de Forlife. Tout ce qu'il apperçoit
en entrant chez notre Protecteur diminue
bien de l'eftime qu'il avoit conçue
pour
lui. C'est un Protecteur Artifte . Il
voit de mauvaife Mufique fur le bureau ,
un Tableau déteftable fur le chevalet ,
des inftrumens répandus çà & là dans le
Salon , tout cela lui annonce la manie
de M. Forlife , & le caractère de fes
Protegés ; il prend le parti de les attendre
, de les examiner & d'en rire .
-
Un Peintre & un Muficien entrent.
Notre homme s'écarte & les écoute. Ils
débutent par dire du mal de M. de Forlife.
Le Philofophe s'en amufe. Ils lui
font aujourd'hui baffement leur cour
fe, difent ils entr'eux , mais patience ,
quand ils auront fait leur chemin , ils lejmeneront
comme un petit Monfieur. Le Philofophe
les interrompt pour les encourager
, ils font un peu étourdis de fon aparation
, mais il les raffure en leur difant
qu'il ne veut pas leur nuire. Il les perfifle
cruellement , il voudroit bien voir
190 MERCURE DE FRANCE.
entrer M. de Forlife , ils feroient une
bonne fcène enfemble , à ce qu'il s'imagine
, On ouvre , c'eft M. Dumont , le
Valet-de- chambre de M. de Forlife , ils
s'en étoient plaints , & ils volent au-devant
de lui . Notre homme fenfé qui ne.
croit pas cette Scène moins curieuſe à
voir que celle du Maître , s'affeoit à l'écart
& laiffe agir nos lâches. M. Dumont
les reçoit avec morgue & impudence ,
ils l'accablent de complimens , de politeffes
, de fadeurs , ils le font affeoir , &
fe tiennent debout devant lui. M. Dumont
les entretient leftement. Cependant
il est démonté par l'afpect du Philofophe
qui tranquillement affis , l'obferve & fe
moque de lui . Il veut l'entreprendre
mais il ne s'en trouve pas bien. L'homme
fenfé le fait rentrer en terre & fe
retire fans vouloir voir fon Maître .
Cette Scène déconcerte un peu M.
Dumont , qui tâche à fe remettre de fon
trouble vis - a-vis de fes Protégés : fon
Maître arrive & le tire d'embarras.
M. de Forlife entre en robe de chambre
fuivi d'un nombreux domestique .
C'est une Scène d'impertinences. Il fe
fait habiller , parle à Dumont , à fes
Protégés , fait des queftions , n'attend
pas les réponſes, joue la diftraction , l'inJUILLET.
1763. 191
folence , la fottife , & renvoie le Pein-
& le Muficien. M. Allegro lui laiffe fon
Opéra , & ille charge en s'en allant d'en
remettre les parties copiées à fes Muficiens,
il en exécutera quelque chofe s'il
a un moment à lui .
Forlife refté feul avec Dumont , ordonne
qu'on faffe entrer Dorilas s'il
fe préfente , c'eft fon Poëte. Il veut lui
montrer une Tragédie qu'il vient de
faire ; il en eft enthouſiaſmé. Il ordonne
à Dumont de le laiffer tranquille ;
fon démon le faifit , il entre en verve
il va mettre la derniere main à ce chefd'oeuvre.
Dumont lui obéït & s'amufe
à faire de petits vers.
L'arrivée de Dorilas les tire de cette
occupation . Forlife congédie Dumont
charge Dorilas du foin de corriger fa
Piéce , & vole à fon tableau qu'il veut
finir. Dorilas qui trouve la Piéce déteftable
, & qui ne veut pas fe donner la
peine de la corriger en dégoûte affez
adroitement le Marquis , en lui perfuadant
qu'il y a des idées trop fortes dans
fon ouvrage , que jamais cela ne paffera.
Forlife le croit , le remercie de la
fageffe de fes confeils , & renonce à fa
Tragédie. Il lui propofe de s'attacher à
lui , d'accepter fon Secrétariat , qui eſt
192 MERCURE DE FRANCE ,
vacant. Ils feront les plus belles chofes
du monde enfemble. M. Dorilas accepte
la propofition du Marquis qui lui
demande s'il eft Muficien , & tout de
fuite lui racle un mauvais air fur le
violon.
Une femme de qualité de fes amies
arrive fur ces entrefaites , défend à Dumont
de l'annoncer , & furprend M. le
Marquis faifant de la Mufique . Elle veut
voir ce que c'eft. Le Marquis lui dit
qu'il éxécute un air d'un Opéra de fa
façon ; la Comteffe examine , parcourt
l'Opéra , trouve une Arriette de fon
goût ; on l'engage à la chanter , elle y
confent. M. le Marquis veut l'accompagner
, mais il a une paralyfie dans fes
doigts , il n'eft pas en train , il fait entrer
fes Muficiens & la Comteffe
chante avec eux. Dumont vient annoncer
ici Madame Forlife la mère. C'eſt
une femme ſenſée & raiſonnable , tous
les vifages fe refrognent ; cependant on
fait bonne contenance . Elle entre
vient parler à fon fils en faveur d'un
homme d'un vrai mérite , l'engage à le
préfenter au Miniftre. M. de Forlife ne
lui prête qu'une légère attention , il n'a
point de crédit , il n'importune guères
le Miniftre. La Comteffe confirme le
difcours
JUILLET. 1763. 193
7
difcours de M. de Forlife ; il y a fix mois
qu'elle perfécute M. le Marquis pour
préfenter un de fes protégés qui a fait
les Vers charmans pour fa Chienne , &
M. le Marquis eft encore à faire un pas.
Madame Forlife hauffe les épaules ,
prie fon fils d'avoir égard à fa recommandation
& fort. Entre alors un Gafcon
impudent qui vient fe préfenter
pour Secrétaire ; il fait les honneurs de
fa perfonne , & détaille tout fon petit
mérite dans un petit Placet qu'il a fait
en petits Vers ; on l'écoute : il le chante
, on eft enchanté , il le danſe , on n'y
peut plus tenir ; on oublie Dorilas , &
on lui donne fa place. Cependant Dumont
entre avec une lettre de Valere ;
c'eſt un Auteur comique de fa connoiffance
qui lui a lu , pour fe moquer de
lui fans doute , quelques Scènes épifodiques
d'une Comédie intitulée la Matinée
à la mode , & qui lui envoye demander
un dénouement. M. Dumont
toujours habilè en expédiens , dit que
l'Auteur n'a qu'à envoyer dîner fes
Acteurs , que c'eſt là le dénouement
d'une matinée. On convient qu'il a raifon
, M. de Forlife le prie de les envoyer
auffi dîner , il dit qu'on a ſervi ;
le Marquis donne la main à la Com-.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
teffe , engage Dorilas & le Gafcon à
diner . Le Gafcon accepte , & Dorilas
fe retire en renoncant pour jamais aux
Grands & à leur matinée.
Nous voudrions , pour le plaifir des
Lecteurs & pour rendre juftice aux talens
de l'Auteur , que les bornes de nos
Extraits nous permiffent de rapporter
ici tous les détails fpirituels , philofophiques
& agréablement écrits
dont cette Piéce eft remplie . Nous nous
contenterons de tranfcrire , trois Scènes
priſes indiftin&tement , pour donner une
idée du Dialogue de la Piéce à ceux qui
ne pourroient s'en procurer la lecture.
Scènes pour donner une idée du
Dialogue.
L'Auteur introduit fur la Scène deux protégés
de M. For life , qui difcourent enfemble , pendant
qu'un homme raifonnable & tiré dans un coin ,
les obferve & les écoute .
UN PHILOSOPHE. Mrs DU COLORIS
& ALLEGRO .
ALLEGRO .
Si c'eft du bel air que de fe faire attendre ,
il faut convenir que M. Forlife attrape mieux
cer air- là que perſonne.
DU COLORIS .
Il ne fait pas apparemment , que le temps
JUILLET. 1763. 195
qu'un Grand fait perdre à l'attendre , eft toujours
employé à parler mal de lui ,
Bon.
LE PHILOSOPHE à part.
D. C ,
Je ne connois rien de plus ridicule que ce perfonnage.
A. L.
D. C.
Dites de plus impudent.
Il a la manie de tout fçavoir , & ne fçait -
rien .
A L.
Il veut être Artifte , Muficien , & nous le fommes
pour lui..
LE PHIL. à part.
Voilà deux Lâches qui font le portrait d'un Sot .
A L.
Et avec tout cela il ne nous ménage pas.
D. C.
Il nous traite avec orgueil , avec mépris .
Patience que j'aie fait mon chemin .
AL.
Que je me voye au- deſſus de mes affaires
D. C.
Comme je vous le méne ce petit Monfieur .
196 MERCURE DE FRANCE .
A L.
Comme je lui fais changer de ton. Je ne veux
plus qu'on me parle Mufique.
D. C.
Ni moi , Peinture.
A L.
Je me refufe aux empreffemens des Sots.
D. C.
On me retient à dîner trois mois d'avance ,
& je manque.
A L.
Moi j'y vais ; mais c'eft pour boire , manger ,
& ne dire mot ; fi je chante , ce n'eft que par
contradiction .
LE PHILOSOPHE les abordant.
bravo ! mes bons amis, bravo , rampans d'abord,
impertinens après ; c'eft dans l'ordre , voilà le
caractère des gens médiocres.
Scène du Protecteur. Son entrée.
FORLISE fuivi d'un nombreux Domestique .
ALLEGRO, DUCOLORIS. DUMONT ,
fon Valet de chambre.
FORLISE.
lui donnant un rouleau
de papier.
Mille pardons , Meffieurs , mille pardons, ..
tenez M. Dumont.
DUMONT.
Malpefte ! c'eft la Tragédie.
JUILLET. 1763. 197
FORLISE.
Point de curiofité M. Dumont ; mettez tout
cela fur mon bureau qu'on m'habille ....
à Dumont.
Vous permettez ....
à propos , as- tu porté ce
Livre chez la Ducheffe ?
DUMONT.
Oui. Je lui ai dit qu'il étoit d'un de vos Amis ,
qu'il falloit qu'elle le trouvât bon.
A merveille .
FORLISE.
DUMONT.
Elle m'a remis celui- ci , qu'il faut que vous
trouviez mauvais.
FORLISE.
C'eft jufte...eh bien, mon cher M. Ducoloris ,
que dites-vous de notre Tableau ?
remarqué ? ...
D. C.
Des changemens confidérables .
FORLISE.
... avez-vous
Dont vous êtes content fans doute
D. C.
Mais oui , l'on ne peur nier
FORLISE .
.....
Dumont , je fors à trois heures , ayez foin d'en
prévenir mon Cocher .....
DUMONT.
Mais M. le Marquis , vous ne fçauriez fortir.
FORLISE.
Comment : ... mon habit ... vous ne finiffez
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
...
pas entre nous ce que vous faites , mon cher
Ducoloris ce Tableau avoit grand befoin
d'être retouché ... je ne fçaurois fortir, M. Dumont
... ma montre ... apportez- vous notre
Opéra , mon cher Allegro ?
Le voici.
ALLEGRO.
FORLISE.
Qu'est - ce qui me retient donc , M: Damont
qu'eft- ce qui me retient donc? répondez ...
DUMONT.
A qui répondre ? ......
..
FORLISE. à Allegro.
Avez-vous fait copier les parties ? ..
Oui , Monfieur.
ALLEGRO.
1
Toute la Scène eft fur ce ton-là ; & finit pa
ce trait : M. de Forlife veut aller rendre vifite à
Montfort. C'est un jeune Artifte qu'il veut mettre en
réputation , c'eft une vifite effentielle , cela marquera
. Comment faire ? il eft retenu chez lui , il a dumonde
à diner Dumont lui dit.
Vous voilà bien embarallé , envoyez votre caroffe
à la porte , cela lui fera autant d'honneur
que fi vous y.alliez vous niême.
SCENE X I.
Madame Forlife la mère vient s'intéreЛler pour
un homme de mérite. M. de Forlife lui prête une
légère attention... Envoyez - moi votre homme,
iui dit-il , que je le voye , que je caule un peu
avec lui. Sa mère lui répond que ce n'eft pas un
homme à fe morfondré dans une antichambre.
JUILLET. 1763 . 199
Une Comteffe qui eft là demande ironiquement
à Mle Forlife s'il ne faut pas que le Marquis
aille au -devant de fon Protégé .
M. FOKLISE.
Eh pourquoi non , Madame , il faut quelquefois
aider le talent , aller au- devant du mérite. L'hom ·
me pour qui je m'intéreffe , craint le mépris des
Sots , le jargon des beaux - efprits , la table des
Riches , l'audience des Grands , & la Toilette des
femmes.
LA COMTESSE.
Et avec toutes ces petites frayeurs - là , on n'attrape
rien ; les places fe donnent aux gens qui
les demandent , qui les follicitent.
M. FORLISE.
Quelquefois à ceux qui les méritent ; il eſt encore
des Riches & des Grands qui ne donnent pas aux
Flateurs & aux Sots les places qui appartiennent
au mérite & à la vertu , vous les voyez chercher
avec emprellement le grand homme , lui tendre
une main bienfaifante , le protéger , l'enhardir ,
& vaincre fa milantropie par la délicatelle de leurs
procédés . Ils dédaignent l'encens , les pe its foins ,
& la fervile adulation des gens mé fio.res , ils eftiment
, its aiment même la fimplicité & la franchife
des hommes de génie . Voilà les Protecteurs
que je révére , voilà ceux à qui je voudrois que
vous reflemblaffiez , mon fils , ils font les foutiens
des Arts & de la Littérature , les autres en font
lés fléaux & les detrufcurs . Le véritable Protecteur
eft un Dieu bienfaifant qui purge un champ
de mauvaiſes herpes , pour en ranimer les plantes
falutaires
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES.
S'il y a du danger à jetter un ridicule fur la
protection de goût que les Grands & quelques
gens riches accordent aux Arts & aux Artiſtes : il
y a certainement un grand avantage à dégoûter,
s'il eft poffible , quelques Fats de l'efpéce de M.
de Forlife de la honte dans laquelle ils les font
tomber , foit par une forte de tyrannie qu'ils
exercent fur les Artiftes , foit par le mauvais
choix que ces ridicules Protecteurs prétendus Artiftes
eux-mêmes font de leurs Protégés . Choifis
ordinairement dans un ordre affez médiocre
pour fervir avec baffeffe leur vanité ; malheureufement
ils donnent , par des intrigues ou
par des prodigalités , des dégoûts rebutans aux
talens fupérieurs . Le motif général de cette petite
Piéce doit donc être approuvé par tous les
vrais Amateurs. Il eft fâcheux peut-être que
l'Aureur air eu la facilité pour lui-même de fe
renfermer dans un fi court efpace , & de s'autorifer
par- là à ne pas étendre plus loin les peintures
vives & bien faifies des caractères dont ce
Sujet eft fufceptible. Heureux cependant le Poëte
Dramatique auquel on n'a d'autres reproches à
faire que de s'être arrêté trop tôt dans fon travail
! Combien l'amour- propre de tant d'autres
a lieu de fe repentir de s'être impoſé des travaux
trop étendus !
Mademoiſelle LUZZI a continué fon
début pour les rôles de Soubrette
dans les Bourgeoifes à la mode , & le
Cocher fuppofé. Enfuite par le rôle de
Cléanthis dans Démocrite , & la SouJUILLET.
1763. 201
brette dans le Galant Jardinier. Dans
les Trois Confines , par le rôle de Colette
, où elle a eu affez de fuccès pour
être redemandée après fon début fini .
Y
Les autres Piéces de ce début ont été
les Menechmes , la Serenade , le Légataire
, &c. Plus cette jeune Débutante
a paru fous les yeux du Public & des
Connoiffeurs éclairés , plus elle a rempli
l'efpoir qu'on avoit conçu de fes
talens , & l'on eft généralement confirmé
aujourd'hui dans celui qu'on doit
attendre de fes progrès . La forme extérieure
, comme nous l'avons déja annoncé,
n'a rien en elle que de très - favorable
, une taille légère & de la hauteur
précisément convenable au fexe . De
très-beaux yeux , propres à marquer
fenfiblement toutes les expreffions. Il
ne dépend même que de cette jeune perfonne
de reftituer à fa phyfionomie toute
la fineffe dont elle eft fufceptible , à la
place de ce qu'elle offre aujourd'hui
d'un peu trop grave , en fupprimant le
ridicule abus , introduit parmi les femmes
de nos jours , des chevelures élevées
& cannelées, fur le front, comme les
Buftes de quelques Romaines du temps
des Céfars ; genre de coëffure , qui ne
fera jamais d'accord avec le caractère
I v
292 MERCURE DE FRANCE .
à
d'une Soubrette Françoife . Les difpofitions
du côté du talent ne font pas
moins avantageufes ; & cultivées , comme
elles font par les foins du plus grand
Acteur comique de nos jours * , elles doivent
porter ce Sujet en peu
de temps
la perfection. Quoique l'on ait reconnu
dans la Débutante , les principes éclairés
qui la dirigent , on n'a pas moins apperçu
qu'il y a en elle un fond naturel d'intelligence
, de facilité , & de jufteffe
dans le débit du Dialogue , qui a concouru
à rendre les leçons plus fructueufes
, & qui donnera en propre à cette
jeune éléve les lumières que lui a
prêtées l'art de fon Maître.
Le Lundi 13 , on donna fur ce Théâtre
Manco , premier Ynca du Perou ,
Tragédie de M. le Blanc. Cette Piéce
parut longue , on y applaudit beaucoup
d'endroits. On en retrancha plufieurs
Vers , & elle fut repréfentée ainfi avec
ces retranchemens le Mercredi fuivant à
la Cour & le lendemain à Paris , où elle
a été continuée pendant fix repréſentations
jufqu'à la repriſe de la Piéce faite
à l'occafion de la Paix .
Le fond du fujet de cette Tragédie
améne naturellement dans les détails
des difcuffions entiérement philofophi-
* M. Préville .
JUILLET. 1763.
203
ques fur l'établiffement des fociétés , &
fur la préférence du frein des Loix civiles
à la liberté vague & fans bornes de la
vie purement animale . Nous ferons part
à nos Lecteurs de quelques-uns de ces
détails , qui méritent & de l'attention &
des éloges , auffi-tôt qu'on nous aura
donné les moyens d'en rendre compte ,
& de les rapporter avec la précifion &
l'exactitude convenable.
Le 21 , les Comédiens François fignalerent
, felon leur ufage , leur zéle dans
les rejouiffances publiques , par une repréfentation
gratis du Mercure Galant ,
qui fut fuivi des Trois Coufines , avec
les trois divertiffemens de cette Piéce.
Le Peuple qui y courut avec affluence ,
y parut prendre le plus grand plaifir , par
l'attention que les Auteurs eurent à tout
ce qui pouvoit y contribuer. les Spectateurs
marquoient à tous momens les
tranfports de leur fatisfaction par des
cris réitérés de Vive le Roi. A la fin du
Spectacle on leur livra le Théâtre fur lequel
ils danferent , ainfi que dans le
Parterre pendant très- longtemps , jufqu'à
ce que comblés de joie , ils allaffent les
uns après les autres en répandre les mouvemens
dans la Mille! b
Le Lundi 27 , on donna fur ce même
I vj
204 MERCURE DE FRANCE,
Théâtre la premiere repréſentation de la
repriſe de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en trois Actes en Vers libres de
M. FAVART , avec un divertiffement de
la compofition de M. VESTRIS , éxécuté
par les Danfeurs du Roi & de l'Opéra.
Nous avons parlé de cette Piéce (a) ,
nous en avons donné un extrait détaillé
ainfi il ne nous refte à rendre compte
que de l'extrême plaifir qu'en fait la reprife
, & de la perfection avec laquelle
elle eft rendue , ainfi qu'elle l'avoit été
précédemment à la Cour.
On n'a point vu & l'on ne peut voir
de plus grande affluence à aucun Spectacle
qu'en a attiré celui - ci . L'Anglois à
Bordeaux étoit précédé du Mifantrope ,
qui fut très-bien joué par M. BELCOUR
faifant le principal rôle , & par tous les
Acteurs principaux qui repréfentoient
dans ce chef- d'oeuvre de notre Théâtre .
Après cette grande Piécé , M. MOLÉ
s'avança comme pour les annonces
erdinaires , & fit au Public le difcours
fuivant :
,
- (@ V.le II. Vol. d'Avril & l'Article précé
dent des Spectacles de la Cour.
omom
JUILLET. 1763. 205
MESSIEU ESSIEURS
» Nous vous avons annoncé la retraite
de Mlle DANGEVILLE. Sa
» fanté ne lui a pas permis defuivre plus
longtemps la carrière laborieufe du
裴» Théâtre ; mais elle y reparoît avec
» tranfport , dès qu'il s'agit de prendre
» part à la joie publique . C'eft un ef-
"fort que fes Supérieurs ont defiré ;
» fes camarades en ont fenti tout le prix
» fon coeur s'eft trouvé d'accord avec
» eux. L'occafion étoit trop intéreffante
pour n'êtrepas faifie par une ame fenfible.
C'eft un tribut que Mlle DAN-
» GEVILLE paye au bonheur général
» & à la reconnoiffance qu'elle conferve
des bontés dont vous l'avez honorée.
»
22.
Nous devons auffi , Meffieurs , aux
talens diftingués qui compofent les
2. Ballets du Roi & de l'Académie Royale
» de Mufique , le témoignage du zéle
» avec lequel ils ont bien voulu concou-
» rir à décorer un Spectacle que tous ceux
» qui peuvent y contribuer , defireroient,
» Meffieurs , vous rendre auffi agréable
" par fa représentation que par fon
»principe.
Auffitôt que Mlle DANGEVILLE ,
206 MER CURE DE FRANCE.
dont le rôle ouvre la Piéce avec celui
de Darmant , parut fur le Théatre , des
applaudiffemens univerfels & continués
pendant très-longtemps l'empêcherent
de continuer ; on eut lieu de craindre
même , à l'état de trouble où cette circonftance
mettoit fa modeftie , que cela
ne lui occafionnât une révolution qui
mît obſtacle à fa bonne volonté. Le
filence le plus éxact ayant enfin fuccedé
à ce tranfport , cette incompara-
&trice joua comme on l'a toujours
vu jouer , c'eft- à-dire au plus
haut degré de perfection que l'imagination
puiffe concevoir dans l'art de la
Repréfentation Théâtrale . Elle fut fecondée
admirablement par tous les
autres Acteurs de cette Comédie, entre
autres par M. PREVILLE dans le rôle
de Sudmer , encore plus nouveau , encore
plus finguliérement agréable quë
la première fois qu'on l'a vu paroître
dans ce rôle.
SUJET du Ballet de la compofition de
M. VESTRIS , exécuté à la fin de
Anglois à Bordeaux,
Le fond du Théâtre eft dans l'obfcurité ; tout
y peint l'horreur de la guerre , on entend le
bruit des armes joint à celui du canon . Des OuJUILLET.
1763. 207
vriers de tout métier , des Matelots occupés au
débarquement des navires font dans l'abbattement.
Un groupe de nuages traverſe les airs ; il
paroît porter une Divinité. Tout le Peuple le
fuit des yeux ; ils voyent MINER VE en defcendre
, elle porte des branches de Laurier & d'Olivier
entrelacées ; elle va parler , les Peuples
font attentifs : elle annonce le retour de la Paix .
Les bruits de la Guerre cellent ; tous les travaux
reprennent leur activité générale ; furtout ceux
des Sculpteurs occupés à dégroffir une maffe de
rochers , fur laquelle eft affife une Tour qui porte
un Phare pour éclairer les vaiffeaux qui entrent
dans le Port. Apollon ( repréfenté par le Sigur
VESTRIS , ) fuit Minerve , comme Dieu des
Arts , il préfide aux travaux des Sculpteurs qui
fe propofent d'ériger un monument. Pour en accélérer
l'exécution , il frappe la Tour , elle s'écroule ,
on voit à la place la Statue équefire de LOUIS
XV, qui décore la Place de Bordeaux . Ce même
Dieu raffemble les François , les Espagnols , &
les Anglois , qui par leurs danfes variées & brillantes
, célébrent le commun bonheur de l'Europe,
ce qui forme ce Ballet , un des plus magnifiques
qu'on ait vu fur ce Théâtre , tant par la diftinction
des talens fupérieurs qui le compofent , que
par le nombre & la compofition des entrées ,
ainfi que par la magnificence & là galanterie des
habillemens.
On a continué avec le même faccès & le même
concours de Spectateurs , les repréſentations
de ce Spectacle intéreffant,, On doit remarquer
à la louange des Comédiens François , l'attention
qu'ils ont pour l'intérêt du bon goût, d'avoir
faifi cette occafion , pour remettre Tous les yeux
des Spectateurs François aflemblés en grand nom208
MERCURE DE FRANCE.
bre , les admirables productions de MOLIERE ,
afin de faire connoître à plufieurs d'entre eux qui
ſe contentoient de l'entendre dire , les modéles du
fublime Dramatique , & les monumens les plus
glorieux de la Nation dans ce genre de Littéra
ture.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'La Manie des Arts, ou la Matinée à la Mode' de M. Rochon de Chabannes a été présentée pour la première fois le 1er juin 1763 et a été jouée pendant dix représentations. Cette comédie satirique critique la mode contemporaine et ne respecte pas les règles des drames classiques. Les personnages principaux incluent une comtesse, Mme Forlise, sa mère, Forlise, un poète, un musicien, un peintre, et plusieurs autres acteurs. L'action se déroule dans le salon de M. Forlise, un amateur autoproclamé qui se vante de maîtriser tous les arts sans réelle compétence. La pièce met en scène des critiques des artistes et des comportements impertinents de M. Forlise. Plusieurs scènes montrent la Comtesse acceptant de chanter à l'opéra, le Marquis de Forlife incapable de l'accompagner, et Madame Forlife recommandant un homme de mérite à son fils. Un secrétaire obtient un poste en chantant et dansant un placet en vers, éclipçant ainsi le protégé de la Comtesse. Dumont, le valet, suggère à l'auteur comique Valère d'inviter les acteurs à dîner, ce que le Marquis approuve. Le texte critique les dangers de ridiculiser la protection des arts par les grands et les riches, soulignant les choix de protecteurs qui favorisent les médiocres. La pièce vise à dissuader les faux protecteurs de tomber dans la honte. En juillet 1763, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde théâtral, incluant des représentations gratuites et des succès comme 'L'Anglais à Bordeaux' de M. Favart. Mlle Dangeville a été acclamée pour sa performance exceptionnelle, et un ballet de M. Vestris a célébré le retour de la paix. Un ballet exceptionnel a été joué sur une scène théâtrale, distingué par la qualité des talents impliqués, la variété des entrées et la splendeur des costumes. Les représentations ont rencontré un grand succès et attiré un public nombreux. Les comédiens français ont été particulièrement applaudis pour leur sens du bon goût, profitant de cette occasion pour rappeler aux spectateurs les œuvres remarquables de Molière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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439
p. 208-209
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON n'a point donné de nouveautés sur le Théâtre de la Comédie Italienne [...]
Mots clefs :
Comédie, Pièces, Peuple, Spectateurs, Menuet, Contredanse, Symphonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ONN n'a point donné de nouveautés
fur le Théâtre de la Comédie Italienne
depuis notre précédent volume ; on
en attend une fort intéreffante par fon
objet & par fes Auteurs , puifqu'elle eft
composée à l'occafionde la Paix , & que
le Poëme eft de M. FAVART & la Mufique
de M. PHILIDOR.
Le Mercredi 22 Juin , troifiéme jour
des Réjouiffances publiques , on donna
pour le GRATIS les Caquets , Comédie
en trois actes , le Retour d'Arlequin,
petite Piéce Italienne en un Acte , &
le Bucheron , Comédie en un A&te , mêlée
d'Ariettes , avec le Ballet des Pierrots.
On voit par le nombre & par le choix
de ces Piéces , que les Acteurs de ce
Théâtre n'ont rien épargné de tous les
genres qu'embraffe aujourd'hui leur
Théâtre , pour en régaler le Peuple dans
une occafion fi éclatante.
JUILLET. 1763. 209
Le Spectacle a commencé à 11 heures
du matin & n'a fini que fur les trois heu
res après midi .
Les Spectateurs qui étoient en trèsgrand
nombre ont beaucoup applaudi
& ont danfé des menuets & contredanfes
pendant les entr'Actes & après la
fin de toutes les Piéces. Malgré l'affluen
ce du Peuple & le tumulte de la joie ,
tout s'y eft paffé dans le meilleur ordre.
L'ouverture du Théâtre fe fit par une
Symphonie de M. DAUVERGNE avec
Timballe & Cors- de- Chaffe qui fit un
très grand plaifir & excita beaucoup
d'applaudiffemens.
ONN n'a point donné de nouveautés
fur le Théâtre de la Comédie Italienne
depuis notre précédent volume ; on
en attend une fort intéreffante par fon
objet & par fes Auteurs , puifqu'elle eft
composée à l'occafionde la Paix , & que
le Poëme eft de M. FAVART & la Mufique
de M. PHILIDOR.
Le Mercredi 22 Juin , troifiéme jour
des Réjouiffances publiques , on donna
pour le GRATIS les Caquets , Comédie
en trois actes , le Retour d'Arlequin,
petite Piéce Italienne en un Acte , &
le Bucheron , Comédie en un A&te , mêlée
d'Ariettes , avec le Ballet des Pierrots.
On voit par le nombre & par le choix
de ces Piéces , que les Acteurs de ce
Théâtre n'ont rien épargné de tous les
genres qu'embraffe aujourd'hui leur
Théâtre , pour en régaler le Peuple dans
une occafion fi éclatante.
JUILLET. 1763. 209
Le Spectacle a commencé à 11 heures
du matin & n'a fini que fur les trois heu
res après midi .
Les Spectateurs qui étoient en trèsgrand
nombre ont beaucoup applaudi
& ont danfé des menuets & contredanfes
pendant les entr'Actes & après la
fin de toutes les Piéces. Malgré l'affluen
ce du Peuple & le tumulte de la joie ,
tout s'y eft paffé dans le meilleur ordre.
L'ouverture du Théâtre fe fit par une
Symphonie de M. DAUVERGNE avec
Timballe & Cors- de- Chaffe qui fit un
très grand plaifir & excita beaucoup
d'applaudiffemens.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
En juin 1763, le Théâtre de la Comédie Italienne n'a pas présenté de nouvelles pièces depuis le précédent volume, mais une œuvre est attendue pour célébrer la paix, avec un poème de M. Favart et une musique de M. Philidor. Le 22 juin, lors des réjouissances publiques, trois pièces ont été données gratuitement : 'Les Caquets' en trois actes, 'Le Retour d'Arlequin' en un acte, et 'Le Bucheron' en un acte, suivi du ballet des Pierrots. Cette programmation variée montre l'effort des acteurs pour offrir divers genres au public. La représentation a commencé à 11 heures du matin et s'est terminée vers 15 heures. Les spectateurs, nombreux, ont applaudi et dansé pendant les entractes et après les pièces. Malgré l'affluence, tout s'est déroulé dans l'ordre. L'ouverture du théâtre a été marquée par une symphonie de M. Dauvergne, accompagnée de timbales et de cors-de-chasse, suscitant un grand plaisir et des applaudissements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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440
p. 209-210
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
LE Concert commença par une Symphonie de Stamtiz. Ensuite Mlle ROZET chanta un motet à [...]
Mots clefs :
Motet, Concert, Théâtre, Divertissement, Statue de Louis XV, Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL
Du Jeudi 2 Juin.
LE Concert commença par une Symphonie de
Stamtiz. Enfuite Mlle ROZET chanta un motet à
voix feule . M. MAYER joua une Sonate de Harpe
de fa compofition. On éxécuta enfuite un Trio
de Stamitz, Mlle FEL y chanta un motet à voix
feule , & Mlle HARDI un air Italien . M. CAPRON
joua un Concert de Violon ; & le Concert finit
par Omnes gentes , motet à grand Choeur.
N. B. Lepeu d'efpace qui nous refle , nous empêche
de placer dans ce volume l'état actuel des Acteurs
& Actrices qui compofent les deux Comédies. Ilfera
inferé dans le volume prochain , & comme cela nous
210 MERCURE DE FRANCE.
.
a été demandé pour guider les Dictionnaires ou autres
Ouvrages de Bibliographie fur les Théâtres ,
lefquels tombent quelquefois dans des erreurs à cet
égard , dorénavant on placera chaque année ces
états dans un des volumes de Juillet . On donnera
celui de l'Opéra , lorfque ce Spellacle fera l'ouverture
defon nouveau Théâtre.
N. B. En rendant compte , dans le
précédent Mercure des OEuvres de Théâtre
de M. PALISSOT DE MONTENOY ,
imprimées à Paris chez Duchefne , rue
S. Jacques , nous avions obmis de parler
de la Comédie intitulée le Cercle ou
les Originaux , faifant partie d'un divertiffement
éxécuté fur le nouveau
Théâtre de Nanci le jour de la Dédicace
de la Statue de Louis XV par ordre
du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , le 26 Novembre 1755 .
Non-feulement le rapport de la circonftance
qui a donné lieu à ce divertiffement
avec celle des jours de fêtes
qu'on vient de célébrer , doit exciter la
curiofité fur cette Piéce , mais encore
les Préfaces , les Mémoires & autres
Morceaux qui l'accompagnent,dans lefquels
on trouve la fource & le développement
de tout ce qui a donné lieux aux
querelles envenimées excitées entre
F'Auteur & quelques Gens de Lettres.
C'eft une des parties de ce Recueil dont
la lecture eft la plus intéreffante .
Du Jeudi 2 Juin.
LE Concert commença par une Symphonie de
Stamtiz. Enfuite Mlle ROZET chanta un motet à
voix feule . M. MAYER joua une Sonate de Harpe
de fa compofition. On éxécuta enfuite un Trio
de Stamitz, Mlle FEL y chanta un motet à voix
feule , & Mlle HARDI un air Italien . M. CAPRON
joua un Concert de Violon ; & le Concert finit
par Omnes gentes , motet à grand Choeur.
N. B. Lepeu d'efpace qui nous refle , nous empêche
de placer dans ce volume l'état actuel des Acteurs
& Actrices qui compofent les deux Comédies. Ilfera
inferé dans le volume prochain , & comme cela nous
210 MERCURE DE FRANCE.
.
a été demandé pour guider les Dictionnaires ou autres
Ouvrages de Bibliographie fur les Théâtres ,
lefquels tombent quelquefois dans des erreurs à cet
égard , dorénavant on placera chaque année ces
états dans un des volumes de Juillet . On donnera
celui de l'Opéra , lorfque ce Spellacle fera l'ouverture
defon nouveau Théâtre.
N. B. En rendant compte , dans le
précédent Mercure des OEuvres de Théâtre
de M. PALISSOT DE MONTENOY ,
imprimées à Paris chez Duchefne , rue
S. Jacques , nous avions obmis de parler
de la Comédie intitulée le Cercle ou
les Originaux , faifant partie d'un divertiffement
éxécuté fur le nouveau
Théâtre de Nanci le jour de la Dédicace
de la Statue de Louis XV par ordre
du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , le 26 Novembre 1755 .
Non-feulement le rapport de la circonftance
qui a donné lieu à ce divertiffement
avec celle des jours de fêtes
qu'on vient de célébrer , doit exciter la
curiofité fur cette Piéce , mais encore
les Préfaces , les Mémoires & autres
Morceaux qui l'accompagnent,dans lefquels
on trouve la fource & le développement
de tout ce qui a donné lieux aux
querelles envenimées excitées entre
F'Auteur & quelques Gens de Lettres.
C'eft une des parties de ce Recueil dont
la lecture eft la plus intéreffante .
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le document relate un concert spirituel organisé le jeudi 2 juin. Le programme débuta avec une symphonie de Stamitz, suivie par une chanteuse, Mlle Rozet, interprétant un motet à voix seule. M. Mayer exécuta ensuite une sonate pour harpe de sa composition. Un trio de Stamitz fut joué, puis Mlle Fel chanta un motet à voix seule et Mlle Hardi interpréta un air italien. M. Capron joua un concerto pour violon, et le concert se conclut par 'Omnes gentes', un motet à grand chœur. En raison de contraintes d'espace, la liste des acteurs et actrices des deux comédies ne peut être publiée dans le volume actuel. Elle apparaîtra dans le volume suivant, et il est décidé que dorénavant, ces listes seront publiées annuellement dans un volume de juillet. La liste de l'Opéra sera publiée lors de l'ouverture du nouveau théâtre. Le document corrige également une omission concernant la pièce 'Le Cercle ou les Originaux' de Palissot de Montenoy, jouée au nouveau théâtre de Nancy le 26 novembre 1755 lors de la dédicace de la statue de Louis XV. La pièce inclut des préfaces, mémoires et autres écrits relatant des querelles littéraires entre l'auteur et certains gens de lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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441
p. 133
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
LE Vendredi premier Juillet, le Concert commença par l'ouverture de [...]
Mots clefs :
Concert, Divertissement, Fragments, Musique vocale, Musique instrumentale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE...
LEE Vendredi premier Juillet , le.
Concert commença par l'ouverture de
Zaïs , fuivie de Fragmens , dâns lefquels.
on exécuta le Divertiffement des Bergers
du premier Acte de Camille ; &
après différens morceaux , le Concert
finit par une partie du quatriéme Acte.
de Dardanus. Et le Choeur , il eft temps
de courir aux armes , du même Opéra.
Celui du 8 de ce mois , a commencé
par des Fragmens , compofés de différens
morceaux tant en Mufique vocale
qu'inftrumentale , & tirées en partie
des fêtes de l'Hymen & des fêtes de
Polymnie. On exécuta enfuite le Divertiffement
de l'Enchantement du quatriéme
Acte de Canante. Le Concert finit
par le deuxiéme Acte d'Hyppolite &
Aricie.
Dans ces deux Concerts Miles CHE
VALIER , ARNOUD , LARRIVÉE &
DUBOIS chanterent ainfi que MM
LARRIVÉE , GELIN & MUGUET.
LEE Vendredi premier Juillet , le.
Concert commença par l'ouverture de
Zaïs , fuivie de Fragmens , dâns lefquels.
on exécuta le Divertiffement des Bergers
du premier Acte de Camille ; &
après différens morceaux , le Concert
finit par une partie du quatriéme Acte.
de Dardanus. Et le Choeur , il eft temps
de courir aux armes , du même Opéra.
Celui du 8 de ce mois , a commencé
par des Fragmens , compofés de différens
morceaux tant en Mufique vocale
qu'inftrumentale , & tirées en partie
des fêtes de l'Hymen & des fêtes de
Polymnie. On exécuta enfuite le Divertiffement
de l'Enchantement du quatriéme
Acte de Canante. Le Concert finit
par le deuxiéme Acte d'Hyppolite &
Aricie.
Dans ces deux Concerts Miles CHE
VALIER , ARNOUD , LARRIVÉE &
DUBOIS chanterent ainfi que MM
LARRIVÉE , GELIN & MUGUET.
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442
p. 134
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
ON a donné sur ce Théâtre le Lundi II de ce mois la septiéme représentation [...]
Mots clefs :
Comédie française, Représentation, Danseurs, Danseuses, Public, Talents, Retraite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
O N a donné fur ce Théâtre le Lundi
II de ce mois la feptiéme repréfentation
de l'Anglois à Bordeaux , fuivie du Ballet
de M. VESTRIS , exécuté par les
Danfeurs & les Danfeufes de l'Opéra .
Mlle DANGEVILLE a continué de jouer
dans cette Piéce , & , le Public par conféquent
continue & fon empreffement
& fon affluence , d'autant que le mérite
de l'ouvrage concourt auffi à perpétuer
le plaifir des Spectateurs , & l'infatiable
avidité , fi l'on peut dire , de jouir
encore des talens inimitables de cette
Actrice après fa retraite .
O N a donné fur ce Théâtre le Lundi
II de ce mois la feptiéme repréfentation
de l'Anglois à Bordeaux , fuivie du Ballet
de M. VESTRIS , exécuté par les
Danfeurs & les Danfeufes de l'Opéra .
Mlle DANGEVILLE a continué de jouer
dans cette Piéce , & , le Public par conféquent
continue & fon empreffement
& fon affluence , d'autant que le mérite
de l'ouvrage concourt auffi à perpétuer
le plaifir des Spectateurs , & l'infatiable
avidité , fi l'on peut dire , de jouir
encore des talens inimitables de cette
Actrice après fa retraite .
Fermer
443
p. 134-147
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE Lundi 4 de ce mois on a donné la première représentation des Fêtes de la [...]
Mots clefs :
Abbé, Paix, Femme, Bourgeoise, Scène, Mari, Grenadier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Lundi 4 de ce mois on a donné la
première repréſentation des Fêtes de la
Paix , Divertiffement nouveau en un
acte , paroles de M. FAVART , mufique
de M. PHILIDOR. A cette première
repréſentation , la Piéce parut un peu
trop chargée de chants & de danfes ;
on en a fupprimé quelques parties &
changé quelque chofe dans la diftribuJUILLET.
1763. 135
tion , ce qui en a développé davantage
l'agrément , & lùi a procuré un fuccès
qui continue de fe foutenir. Nous allons
donner une Analyfe fommaire de ce
Divertiffement , dans laquelle il convient
de prévenir , que perdra beaucoup
un Ouvrage arrangé pour recevoir de
nouvelles grâces par celles du chant &
des danfes.
ANALYE des Fêtes de LA PAIX ,
DIVERTISSEMENT NOUVEAU.
PERSONNAGES.
UN HERAULT D'ARMES ,
DEUX SUISSES chantans.
COLAS , petit Berger ,
BABET petite Bergère ,
UN FAUX ABBÉ ,
UNE BOURGEOISE ,
UN GRENADIER , Mari
de la Bourgeoife ,
UN MAITRE de Penfion ,
UNE BOUQUETIERE ,
UN JARDINIER ,
GOMBAULT vieux Soldat
retiré au Village
MACÉ . femme de Gombault ,
L'OFFICIER , fils de Gombault
ACTEURS.
M. Cailleau.
Mlle Riviere.
Mlle la Ruette.
M. Clairval.
Mile Bognioli.
M. la Ruette.
M. Rochart.
Mlle Favart.
M. Chanville.
M. Cailleau.
Mlle Favart.
M. Lobreau.
Mlle Louifon Thomaffin.
UN CARILLONNEUR ,
& de Macé ,
La petite- fille de Gombault
& Macé
La femme du Carillonneur ,
UN ARTIFICIER ,
M. la Ruette.
Mlle Defglands.
M. Cailleau
CH UR de gens de tous états.
136 MERCURE DE FRANCE.
EE Théâtre représente une grande place.
environnée de Portiques ; des Trophées
font fufpendus entre les Colonnes , &
fur des Gradins de pierre difpofés en
Amphithéâtre, comme dans un Cirque ,
on voit des Statues repréſentàns les
Grands Hommes qui ont illuftré la
France dans tous les genres . Au milieu
de cette Place eft repréfentée la Figure
Equeftre du Roi avecfon Pied- d'Eftal
& les Ornemens qui l'accompagnent,
telle qu'on la voit dans la Place de
Louis XV..
A l'ouverture de la Scène , des Suiffes très-bien
caractérisés par les tailles & par les habits , paroiffent
s'opposer au tumulte du Peuple qui veur
approcher ; ce qui forme un Choeur bruyant dans
lequel les gens du Peuple diſent en chantant que
la Fête eft pour eux ; qu'ils ont droit d'approcher;
& les Suilles répétent la défenſe d'approcher.
Ce Choeur eft interrompu par la marche des
Héraults d'Armes , vêtus en habits de cérémonie,
tels qu'on les a vus à la Publication de la
Paix. Ils approchent au fon des Timballes
Fifres & Trompettes. Le Chef de ces Héraults
vient annoncer la Paix par une Ariette dans laquelle
il impofe filence à ces Inftrumens guerriers
qui ne doivent plus épouvanter la terre , &
continue en chantant.
»Jouiffez tous d'un fort tranquille ;
Ma voix vous annonce la Paix ;
JUILLET. 1763. 137
» La Paix régne dans cet afyle ;
D'un Roi qui vous la donne , honorez les bien
>> faits.
Le tumulte entre le Peuple & les Suiffes , recom
mence. Le Chef des Hérauts-d'Armes ordonne de
laiffer paffer tous ceux qui veulent approcher
de la Satue du Roi , & continue de chanter
» Dans ce jour où tout profpère ,
» Il n'eft point d'Etats différens
» Laiſſez entrer Petits & Grands ;
» Laiffez les coeurs fe fatisfaire ;.
» Doit-on empêcher des Enfans
>> De venir voir leur Père ?
}
Des Jardiniers & des Bouquetières arrivent ,
en danfant & en chantant. Les Jardiniers plantent
des Oliviers autour de la Statue du Roi
qu'ils environnent de guirlandes de fleurs. Les
danfes des uns & des autres font interrompues
par des Chanfons en couplets , dont nous ne
rapportons que les premiers de chacune..
Premier Couplet de la Chanfon des Bou
QUETIÉRES.
» Offrons tous nos Bouquets
» C'eſt l'Amour qui les a faits ,
» De même que nos offrandes 34
> Nos coeurs font épanouis.
» Pour notre bon Roi LOUIS
» L'Amour en fait des guirlandes
Offrons , &c..
138 MERCURE DE FRANCE.
Premier couplet des JARDINIERS.
>>Jarnigué
J'avons le coeur gai ,
» Ce mois eft pour nous le mois de Mai.
Ne faites point ici les fières ,
» Nous voulons y être les premiers ;
» Sans nous autres bons Jardiniers ,
>> On n'auroit point de Bouquetières.
Les Jardiniers & les Bouquetières retirés , la
petite Bergère Babet vient attendre Colas , petit
Berger du même âge , qui lui a donné parole.
Ce qu'elle fait entendre dans une espèce de
Romance qu'elle chante , dont le fujet eft l'inclination
qu'elle fe fent à livrer fon coeur , &
la peine qu'elle aura de s'en défendre dans un
jour où chacun fe livre au fentiment. Colas a
pris un nid d'oifeau au Bois de Boulogne , il
les apporte dans fa chemife . Cette fcène trèsdélicate
& très-naïve , prête beaucoup à unjeu
très-agréable , par lequel Colas l'engage à prendre
elle-même ces petits oifeaux dans fa chemife
, fans lui dire ce que c'eft : après bien des
craintes & des difficultés , lorfque Babet a enfin
découvert elle - même les oifeaux que cachoit
fon Berger , elle eſt touchée de leur fort & de celui
de leur Mère ; elle veut leur donner la volée ,
ce qui amène une Ariette très-agréable & trèsbien
chantée , qui commence par ces mots.
Volez, volex , petits oifeaux , &c. Cette fcène eft
fuivie d'une autre dans le genre Comique qui
produit un effet fort amufant , entre une Bourgeoife
& un jeune Homme habillé en Abbé ,
avec un furtout de campagne.
JUILLET. 1763. 139
La scène commence par un Duo , dans lequel
la Bourgeoife marque fes fcrupules & fa délicateffe
fur la propofition que lui fait l'Abbé de
lui donner le bras ; & celui - ci s'efforce de lui
perfuader la ridiculité de fes craintes . La Bourgeoife
appréhende qu'on ne croye que l'Abbé
eft amoureux d'elle , d'où celui- ci en prend occafion
de lui déclarer fes feux ...... cédez ( dit
l'Abbé ) cédez à mes voeux ; à quoi la Bourgeoife ,
d'un ton de prude , replique ....... Monfieur ,
» Je n'ai jamais cédé , je fuis honête femme.
Mais l'Abbé déclare qu'il eft Homme à l'époufer:
la Bourgeoife marque fon étonnement :
L'Abbé en expliquant fon prétendu Etat , dit :
» Je fuis libre , j'ai du bien ;
Cet habit- là , Madame , & rien ,
» C'eſt à- peu-près la même chofe :
On le prend pour tromper les yeux ;
Plus d'un ainfi que moi , par ce dehors impofe ,
Sans engagement férieux.
Vous
LA BOURGEOISE.
n'en avez aucuns ?
L'ABBÉ.
>> Aucun ; s'il faut vous dire
Je me confie à vous , à peine fçai-je lire ;
J'ai pris cet attirail par prudence , par goût ;
» Enfin , comme un paffe -partour ,
» Car on en tire un fort grand avantage ;
» C'eft moins pour moi , Madame , un Etat
» qu'un maintien ;
140 MERCURE DE FRANCE .
» Heureux qui fçait en faire ufage ;
Par -là je tiens à tout en ne tenant à rien.-
» On nous reçoit fans conféquence;
» Infenfiblement on s'avance.
→On nous goûte en faveur de la frivolité
» C'eſt en elle aujourd'hui que mon état conſiſtez-
» Avec quatre doigts de Baptifte
Nous acquérons le droit de l'inutilité ;
Et pouvon sêtre oififs en toute liberté.
LA BOURGEOISE.
Mais tous ces oififs- là demandent de l'ouvrage,
L'ABBÉ
» Notre régne n'eft pas tombé ,
Nous nous infinuons toujours dans le ménage
» Chaque maifon a fon Abbé .
Ily donne le ton , y joue un perfonnage ,
Pour les Valets il eft Monfieur l'Abbé ,
» Pour le Mari , Mon cher Abbé
Pour la Femme , l'Abbé..
LA BOURGEOISE.
Vous connoiſſez l'ufage
» C'est le fecrets de parvenir .
&c. &c.
Lorfque la Bourgeoife , fenfible aux propofi
Nons de l'Abbé , regrette de n'être pas affurée
du fort de fon mari , qu'elle croit mort ; ce
mari qui eſt un Grenadier , vient & la ſurprendi
P
JUILLET. 1763. 141
avec l'Abbé. La Bourgeoile eft prête de s'évanouir
de frayeur & de chagrin , le bon Grenadier
prend cela pour un effet de la tendreffe
de la femme. Elle fe plaint de toutes les inquiétudes
qu'il lui a caufées ; il dit n'être arrivé que
de la veille ; elle lui reproche fon peu d'empreſſement
, & le querelle de ce qu'il eft déjà
yvre ; il en canvient , mais c'eſt , dit-il , par
Sentiment qu'il s'eft grife ; il a bu avec les Camarades
à la fanté de tous les Peuples de la Terre ,
qui font nos bons amis , puifque la Paix eft générale.
L'Abbé veut appuyer les reproches de la
Femme. Le Mari demande quel eft cet original
? La Femme répond que c'est un de fes amis.
Après quelques plaifanteries , le Mari qui prend
la chofe plus férieufement , contraint l'Abbé de
quitter la partie. En fe retirant il déclare au
Grenadier , avec un air de menace , qu'il fera
tout auffi Militaire que lui quand il voudra ; ce
qui fait entendre à celui-ci , que ce n'est qu'un
Homme ordinaire déguifé en Abbé.
» Commment diable !
( dit le Grenadier. ) Il prend un habit reſpectable ;
Pour être un mauvais Sujet , un mauvais
» citoyen , לכ
» Etre à charge au Public , en un mot , bon
» à rien.
La femme dit que c'est précisément cet habit
qui l'a trompée ; qu'elle a pris cet homme pour
un de ces beaux efprits diftingués qui le por
tent , & qui méritent l'eftime de tous les honnêtes
gens. Le mari lui pardonne & finit certe
fcène par une Ariette , qui peint très – bien la
142 MERCURE DE FRANCE .
façon de s'énoncer d'un homme dont la tête
& les organes font embarraffés par les fumées
du vin. Ce que l'Acteur éxécute très - plaifamment
dans fon chant. Le refrain du Rondeau de
cettte Ariette eſt ainfi.
» Il faut que la paix foit bien grande ,
» Elle régne entre les époux.
Cette Scène eft fuivie d'un Ballet , après le
quel un Précepteur vient au milieu de fes écoliers
à qui il montre la Statue du Roi , en diſant ,
O ! Pueri , Pueri venite .
Levez les yeux , & plaudite.
Qu'à jamais dans votre mémoire ,
» Plus encor dans vos coeurs foient imprimés
> les traits
» D'un Roi qui vous donne la paix . ·
» La vaſte ambition , l'orgueil de la victoire
« Ne rendent point un Monarque plus grands
Un Prince pacifique efface un Conquérant.
» Le temple de la Paix eft celui de la ' Gloire,.
» Voyez encor ces hommes revérés &c.
Le Précepteur leur montre les figures des hom
mes illuftres qui rempliffent les gradins du portique
; il leur en nomme quelques - uns dans chaque
genre.
Tout un Village eft arrivé à Paris pour 'voir
la Statue du Roi & les fêtes publiques . Au
nombre des habitans de ce village , eft un vicillard
avec fa femme ils chantent en duo le bon
JUILLET. 1763. 143
•
temps dont on va jouir. Ses compatriotes le
prient de les mener voir le Roi en perfonne ,
pour admirer de près celui qui fait leur bonheur.
Gombault ( ainfi fe nomme ce vieillard )
eſt un ancien Militaire , il a été ſoldat juſqu'à
ce que le poids des années l'ait contraint à fe
retirer. Il raconte & détaille les dangers qu'a
partagés le Monarque avec fes foldats , que fes
regards encourageoient dans les horreurs de la
guerre. Sa petite fille ( Louifon) lui demande ce
que c'eſt que la guerre. Il en expofe tous les
malheurs par la comparaifon d'un horrible ouragan
, qui quelques années auparavant avoit
ravagé tout le canton. Ce qui fait le fujet d'une
très-belle Ariette où le Muficien a fuivi avec
une admirable énergie , l'image que préfentent
les paroles. Le vieillard bénit avec tous les habitans
la bonté du Roi , qui avoit épargné à toutes
les Provinces les calamités que produit ce
fléau , en les laiffant cultiver la terre dans le
fein du repos. Les épanchemens de coeur de
ces bonnes gens , font interrompus par le bruit
d'un Tambour : c'eft François fils de Gombault
qui s'étoit mis dans le fervice quand fon Père s'en
elt retiré. Il a fervi , en franc Soldat , avec tant
de valeur &de fa geffe qu'il a mérité le grade d'Officier
& la croix , faveur du Prince qui achève ce
que l'honneur a commencé. L'Officier fe propofe
de faire fervir la penfion dont il eft gratifié à
procurer à fa familleune vie plus commode , &
fe difpofe lui-même à les aider dans les foins de
la culture des terres tant que la Paix lui en laiffera
le loifir. En s'adreſſant à des Grenadiers qui furviennent
& le reconnoiffent pour un de leurs anciene
camarades , l'Officier dit :
Prenez part à mon allégreffe ,
$44 MERCURE DE FRANCE
Amis , je fuis le fils de ces bons Payfans3
» Que je les vois avec tendreffe !
» Je ne dois qu'à leurs fentimens
Mes premiers degrés de Nobleſſe.
Il prefente fa famille aux Grenadiers qui pren
nent dans leurs bras la petite Louifon , la fille ,
& l'élévent pour lui faire voir de plus près
comme elle le fouhaite , la Statue du bon Roi.
La Fête villageoife recommence avec les inftrumens
champêtres. Les Grenadiers s'y joignent
& chantent des couplets galamment grivois.
Succeffivement la Place fe remplit d'une multitude
de gens de tout âge & de tous Etats.
La Fête devient générale & finit par un Ballet
quipeint le tumulte de la joie ; au milieu duquel
un Carillonneur , fa Femme & un Artificier
chantent des morceaux qui caractériſent leurs
fonctions.
REMARQUES.
Nous avons répété plufieurs fois des
réfléxions fur l'efpéce de mode qui s'eſt
introduite depuis quelque temps , de
mêler le chant avec le fimple récit de
la Comédie. Nous croyons avoir , dans
l'événement de la première repréfentation
des Fêtes de la Paix , une preuve
du préjudice que cela fait aux Ouvrages
dramatiques , furtout lorfque le
chant vient interrompre le dialecte naturel
de la Comédie. La Piéce commençoit
JUILLET. 1763. 145
çoit après les Ariettes du Hérault d'armes
& les choeurs de la multitude , qui
ne font que des annonces , par un
dialogue prèfqu'entiérement récité.
On dut s'appercevoir de l'impreffion
fâcheufe que fit la fuite des chants
qui fuccédoient à cette Scène. Ces
chants étoient néanmoins agréables ,
la plus part a reçu depuis des applaudiffemens
, & quelques- uns même
l'admiration qu'ils méritoient. La caufe
de cet effet eft donc dans l'efpéce d'habitude
que l'efprit avoit contracté par
ce commencement de Comédie , & la
peine d'en être diftrait par un autre genre.
On n'a fait que tranfpofer cette
Scène , on l'a placée après d'autres où
le chant domine , où le plaifir des oreilles
a eu pour ainfi dire le temps de prendre
toutfon empire fur l'imagination de
l'Auditeur. De là , tout l'Ouvrage a
paru changer de face , & depuis ce changement
, les applaudiffemens les plus
continuels & les plus univerfels ont vengé
le Poëte & le Muficien de la mépriſe
des premiers jugemens .
M. FAVART n'auroit rien perdu de
la gloire fi juftement acquife par tous fes
autres Ouvrages, quand même dans le moment
qu'applaudi avec tranſport , fuivi
II. Vol
G
146 MERCURE DE FRANCE .
avec une affluence perpétuelle au Théâtre
François dans l'Anglois à Bordeaux , il
n'auroit pas eu l'honneur , très- difficile ,
de réuffir à un autre Théâtre fur le même
fujet. Le fuccès a juftifié le courage,
on pourroit peut- être dire la témérité
de l'avoir entrepris . On reconnoît dans
la Scène de la Bourgeoife & de l'Abbé
ce tour fin & délicat d'une fatyre légère
& pittorefque des moeurs , qui convient
fi bien à Thalie , & dont l'Auteur a fait
un fi heureux emploi dans l'Anglois à
Bordeaux . On retrouve dans la Scène
de Gombault ce fentiment éclairé par
la Philofophie , cette tendreffe d'une
belle âme , première fource de toutes
les vertus & furtout des vertus patrio-
/ tiques. Dans les Couplets & dans toutes
les parties de ce même Divertiffement ,
on apperçoit fouvent les traits des mê
mes grâces qui ont orné tant d'Ouvrages
lyriques de cet Auteur. Nous devons
rendre témoignage en même temps , de
la juftice que le Public rend journellement
à plufieurs morceaux diftingués de
M. PHILIDOR dans cette Piéce; plufieurs
font marqués au coin du génie & de la
grande intelligence dans la Science harmonique.
Nous n'en conclurons pas
moins cependant , en général , que ce
JUILLET. 1763. 147
genre mixte a des vices effentiels , que
peut dérober quelquefois au fentiment
du Vulgaire la féduction d'un certain
luxe de Spectacle : mais qu'au jugement
du bon goût & de la faine critique , il
fera toujours plus perdre que gagner
au Poëte comique qui , comme M. FAVART
, n'auroit pas befoin du fecours
d'un vain fard,pour en impofer fur la réalité
de fes agrémens ; ainfi qu'aux grands
Muficiens qui pourroient fe paffer des interruptions
de la Scène & occuper agréablement
leur Auditeur pendant toure
l'étendue d'un Spectacle confacré à leur
Art , tel que feroit par exemple celui de
l'Opéra.
LE Lundi 4 de ce mois on a donné la
première repréſentation des Fêtes de la
Paix , Divertiffement nouveau en un
acte , paroles de M. FAVART , mufique
de M. PHILIDOR. A cette première
repréſentation , la Piéce parut un peu
trop chargée de chants & de danfes ;
on en a fupprimé quelques parties &
changé quelque chofe dans la diftribuJUILLET.
1763. 135
tion , ce qui en a développé davantage
l'agrément , & lùi a procuré un fuccès
qui continue de fe foutenir. Nous allons
donner une Analyfe fommaire de ce
Divertiffement , dans laquelle il convient
de prévenir , que perdra beaucoup
un Ouvrage arrangé pour recevoir de
nouvelles grâces par celles du chant &
des danfes.
ANALYE des Fêtes de LA PAIX ,
DIVERTISSEMENT NOUVEAU.
PERSONNAGES.
UN HERAULT D'ARMES ,
DEUX SUISSES chantans.
COLAS , petit Berger ,
BABET petite Bergère ,
UN FAUX ABBÉ ,
UNE BOURGEOISE ,
UN GRENADIER , Mari
de la Bourgeoife ,
UN MAITRE de Penfion ,
UNE BOUQUETIERE ,
UN JARDINIER ,
GOMBAULT vieux Soldat
retiré au Village
MACÉ . femme de Gombault ,
L'OFFICIER , fils de Gombault
ACTEURS.
M. Cailleau.
Mlle Riviere.
Mlle la Ruette.
M. Clairval.
Mile Bognioli.
M. la Ruette.
M. Rochart.
Mlle Favart.
M. Chanville.
M. Cailleau.
Mlle Favart.
M. Lobreau.
Mlle Louifon Thomaffin.
UN CARILLONNEUR ,
& de Macé ,
La petite- fille de Gombault
& Macé
La femme du Carillonneur ,
UN ARTIFICIER ,
M. la Ruette.
Mlle Defglands.
M. Cailleau
CH UR de gens de tous états.
136 MERCURE DE FRANCE.
EE Théâtre représente une grande place.
environnée de Portiques ; des Trophées
font fufpendus entre les Colonnes , &
fur des Gradins de pierre difpofés en
Amphithéâtre, comme dans un Cirque ,
on voit des Statues repréſentàns les
Grands Hommes qui ont illuftré la
France dans tous les genres . Au milieu
de cette Place eft repréfentée la Figure
Equeftre du Roi avecfon Pied- d'Eftal
& les Ornemens qui l'accompagnent,
telle qu'on la voit dans la Place de
Louis XV..
A l'ouverture de la Scène , des Suiffes très-bien
caractérisés par les tailles & par les habits , paroiffent
s'opposer au tumulte du Peuple qui veur
approcher ; ce qui forme un Choeur bruyant dans
lequel les gens du Peuple diſent en chantant que
la Fête eft pour eux ; qu'ils ont droit d'approcher;
& les Suilles répétent la défenſe d'approcher.
Ce Choeur eft interrompu par la marche des
Héraults d'Armes , vêtus en habits de cérémonie,
tels qu'on les a vus à la Publication de la
Paix. Ils approchent au fon des Timballes
Fifres & Trompettes. Le Chef de ces Héraults
vient annoncer la Paix par une Ariette dans laquelle
il impofe filence à ces Inftrumens guerriers
qui ne doivent plus épouvanter la terre , &
continue en chantant.
»Jouiffez tous d'un fort tranquille ;
Ma voix vous annonce la Paix ;
JUILLET. 1763. 137
» La Paix régne dans cet afyle ;
D'un Roi qui vous la donne , honorez les bien
>> faits.
Le tumulte entre le Peuple & les Suiffes , recom
mence. Le Chef des Hérauts-d'Armes ordonne de
laiffer paffer tous ceux qui veulent approcher
de la Satue du Roi , & continue de chanter
» Dans ce jour où tout profpère ,
» Il n'eft point d'Etats différens
» Laiſſez entrer Petits & Grands ;
» Laiffez les coeurs fe fatisfaire ;.
» Doit-on empêcher des Enfans
>> De venir voir leur Père ?
}
Des Jardiniers & des Bouquetières arrivent ,
en danfant & en chantant. Les Jardiniers plantent
des Oliviers autour de la Statue du Roi
qu'ils environnent de guirlandes de fleurs. Les
danfes des uns & des autres font interrompues
par des Chanfons en couplets , dont nous ne
rapportons que les premiers de chacune..
Premier Couplet de la Chanfon des Bou
QUETIÉRES.
» Offrons tous nos Bouquets
» C'eſt l'Amour qui les a faits ,
» De même que nos offrandes 34
> Nos coeurs font épanouis.
» Pour notre bon Roi LOUIS
» L'Amour en fait des guirlandes
Offrons , &c..
138 MERCURE DE FRANCE.
Premier couplet des JARDINIERS.
>>Jarnigué
J'avons le coeur gai ,
» Ce mois eft pour nous le mois de Mai.
Ne faites point ici les fières ,
» Nous voulons y être les premiers ;
» Sans nous autres bons Jardiniers ,
>> On n'auroit point de Bouquetières.
Les Jardiniers & les Bouquetières retirés , la
petite Bergère Babet vient attendre Colas , petit
Berger du même âge , qui lui a donné parole.
Ce qu'elle fait entendre dans une espèce de
Romance qu'elle chante , dont le fujet eft l'inclination
qu'elle fe fent à livrer fon coeur , &
la peine qu'elle aura de s'en défendre dans un
jour où chacun fe livre au fentiment. Colas a
pris un nid d'oifeau au Bois de Boulogne , il
les apporte dans fa chemife . Cette fcène trèsdélicate
& très-naïve , prête beaucoup à unjeu
très-agréable , par lequel Colas l'engage à prendre
elle-même ces petits oifeaux dans fa chemife
, fans lui dire ce que c'eft : après bien des
craintes & des difficultés , lorfque Babet a enfin
découvert elle - même les oifeaux que cachoit
fon Berger , elle eſt touchée de leur fort & de celui
de leur Mère ; elle veut leur donner la volée ,
ce qui amène une Ariette très-agréable & trèsbien
chantée , qui commence par ces mots.
Volez, volex , petits oifeaux , &c. Cette fcène eft
fuivie d'une autre dans le genre Comique qui
produit un effet fort amufant , entre une Bourgeoife
& un jeune Homme habillé en Abbé ,
avec un furtout de campagne.
JUILLET. 1763. 139
La scène commence par un Duo , dans lequel
la Bourgeoife marque fes fcrupules & fa délicateffe
fur la propofition que lui fait l'Abbé de
lui donner le bras ; & celui - ci s'efforce de lui
perfuader la ridiculité de fes craintes . La Bourgeoife
appréhende qu'on ne croye que l'Abbé
eft amoureux d'elle , d'où celui- ci en prend occafion
de lui déclarer fes feux ...... cédez ( dit
l'Abbé ) cédez à mes voeux ; à quoi la Bourgeoife ,
d'un ton de prude , replique ....... Monfieur ,
» Je n'ai jamais cédé , je fuis honête femme.
Mais l'Abbé déclare qu'il eft Homme à l'époufer:
la Bourgeoife marque fon étonnement :
L'Abbé en expliquant fon prétendu Etat , dit :
» Je fuis libre , j'ai du bien ;
Cet habit- là , Madame , & rien ,
» C'eſt à- peu-près la même chofe :
On le prend pour tromper les yeux ;
Plus d'un ainfi que moi , par ce dehors impofe ,
Sans engagement férieux.
Vous
LA BOURGEOISE.
n'en avez aucuns ?
L'ABBÉ.
>> Aucun ; s'il faut vous dire
Je me confie à vous , à peine fçai-je lire ;
J'ai pris cet attirail par prudence , par goût ;
» Enfin , comme un paffe -partour ,
» Car on en tire un fort grand avantage ;
» C'eft moins pour moi , Madame , un Etat
» qu'un maintien ;
140 MERCURE DE FRANCE .
» Heureux qui fçait en faire ufage ;
Par -là je tiens à tout en ne tenant à rien.-
» On nous reçoit fans conféquence;
» Infenfiblement on s'avance.
→On nous goûte en faveur de la frivolité
» C'eſt en elle aujourd'hui que mon état conſiſtez-
» Avec quatre doigts de Baptifte
Nous acquérons le droit de l'inutilité ;
Et pouvon sêtre oififs en toute liberté.
LA BOURGEOISE.
Mais tous ces oififs- là demandent de l'ouvrage,
L'ABBÉ
» Notre régne n'eft pas tombé ,
Nous nous infinuons toujours dans le ménage
» Chaque maifon a fon Abbé .
Ily donne le ton , y joue un perfonnage ,
Pour les Valets il eft Monfieur l'Abbé ,
» Pour le Mari , Mon cher Abbé
Pour la Femme , l'Abbé..
LA BOURGEOISE.
Vous connoiſſez l'ufage
» C'est le fecrets de parvenir .
&c. &c.
Lorfque la Bourgeoife , fenfible aux propofi
Nons de l'Abbé , regrette de n'être pas affurée
du fort de fon mari , qu'elle croit mort ; ce
mari qui eſt un Grenadier , vient & la ſurprendi
P
JUILLET. 1763. 141
avec l'Abbé. La Bourgeoile eft prête de s'évanouir
de frayeur & de chagrin , le bon Grenadier
prend cela pour un effet de la tendreffe
de la femme. Elle fe plaint de toutes les inquiétudes
qu'il lui a caufées ; il dit n'être arrivé que
de la veille ; elle lui reproche fon peu d'empreſſement
, & le querelle de ce qu'il eft déjà
yvre ; il en canvient , mais c'eſt , dit-il , par
Sentiment qu'il s'eft grife ; il a bu avec les Camarades
à la fanté de tous les Peuples de la Terre ,
qui font nos bons amis , puifque la Paix eft générale.
L'Abbé veut appuyer les reproches de la
Femme. Le Mari demande quel eft cet original
? La Femme répond que c'est un de fes amis.
Après quelques plaifanteries , le Mari qui prend
la chofe plus férieufement , contraint l'Abbé de
quitter la partie. En fe retirant il déclare au
Grenadier , avec un air de menace , qu'il fera
tout auffi Militaire que lui quand il voudra ; ce
qui fait entendre à celui-ci , que ce n'est qu'un
Homme ordinaire déguifé en Abbé.
» Commment diable !
( dit le Grenadier. ) Il prend un habit reſpectable ;
Pour être un mauvais Sujet , un mauvais
» citoyen , לכ
» Etre à charge au Public , en un mot , bon
» à rien.
La femme dit que c'est précisément cet habit
qui l'a trompée ; qu'elle a pris cet homme pour
un de ces beaux efprits diftingués qui le por
tent , & qui méritent l'eftime de tous les honnêtes
gens. Le mari lui pardonne & finit certe
fcène par une Ariette , qui peint très – bien la
142 MERCURE DE FRANCE .
façon de s'énoncer d'un homme dont la tête
& les organes font embarraffés par les fumées
du vin. Ce que l'Acteur éxécute très - plaifamment
dans fon chant. Le refrain du Rondeau de
cettte Ariette eſt ainfi.
» Il faut que la paix foit bien grande ,
» Elle régne entre les époux.
Cette Scène eft fuivie d'un Ballet , après le
quel un Précepteur vient au milieu de fes écoliers
à qui il montre la Statue du Roi , en diſant ,
O ! Pueri , Pueri venite .
Levez les yeux , & plaudite.
Qu'à jamais dans votre mémoire ,
» Plus encor dans vos coeurs foient imprimés
> les traits
» D'un Roi qui vous donne la paix . ·
» La vaſte ambition , l'orgueil de la victoire
« Ne rendent point un Monarque plus grands
Un Prince pacifique efface un Conquérant.
» Le temple de la Paix eft celui de la ' Gloire,.
» Voyez encor ces hommes revérés &c.
Le Précepteur leur montre les figures des hom
mes illuftres qui rempliffent les gradins du portique
; il leur en nomme quelques - uns dans chaque
genre.
Tout un Village eft arrivé à Paris pour 'voir
la Statue du Roi & les fêtes publiques . Au
nombre des habitans de ce village , eft un vicillard
avec fa femme ils chantent en duo le bon
JUILLET. 1763. 143
•
temps dont on va jouir. Ses compatriotes le
prient de les mener voir le Roi en perfonne ,
pour admirer de près celui qui fait leur bonheur.
Gombault ( ainfi fe nomme ce vieillard )
eſt un ancien Militaire , il a été ſoldat juſqu'à
ce que le poids des années l'ait contraint à fe
retirer. Il raconte & détaille les dangers qu'a
partagés le Monarque avec fes foldats , que fes
regards encourageoient dans les horreurs de la
guerre. Sa petite fille ( Louifon) lui demande ce
que c'eſt que la guerre. Il en expofe tous les
malheurs par la comparaifon d'un horrible ouragan
, qui quelques années auparavant avoit
ravagé tout le canton. Ce qui fait le fujet d'une
très-belle Ariette où le Muficien a fuivi avec
une admirable énergie , l'image que préfentent
les paroles. Le vieillard bénit avec tous les habitans
la bonté du Roi , qui avoit épargné à toutes
les Provinces les calamités que produit ce
fléau , en les laiffant cultiver la terre dans le
fein du repos. Les épanchemens de coeur de
ces bonnes gens , font interrompus par le bruit
d'un Tambour : c'eft François fils de Gombault
qui s'étoit mis dans le fervice quand fon Père s'en
elt retiré. Il a fervi , en franc Soldat , avec tant
de valeur &de fa geffe qu'il a mérité le grade d'Officier
& la croix , faveur du Prince qui achève ce
que l'honneur a commencé. L'Officier fe propofe
de faire fervir la penfion dont il eft gratifié à
procurer à fa familleune vie plus commode , &
fe difpofe lui-même à les aider dans les foins de
la culture des terres tant que la Paix lui en laiffera
le loifir. En s'adreſſant à des Grenadiers qui furviennent
& le reconnoiffent pour un de leurs anciene
camarades , l'Officier dit :
Prenez part à mon allégreffe ,
$44 MERCURE DE FRANCE
Amis , je fuis le fils de ces bons Payfans3
» Que je les vois avec tendreffe !
» Je ne dois qu'à leurs fentimens
Mes premiers degrés de Nobleſſe.
Il prefente fa famille aux Grenadiers qui pren
nent dans leurs bras la petite Louifon , la fille ,
& l'élévent pour lui faire voir de plus près
comme elle le fouhaite , la Statue du bon Roi.
La Fête villageoife recommence avec les inftrumens
champêtres. Les Grenadiers s'y joignent
& chantent des couplets galamment grivois.
Succeffivement la Place fe remplit d'une multitude
de gens de tout âge & de tous Etats.
La Fête devient générale & finit par un Ballet
quipeint le tumulte de la joie ; au milieu duquel
un Carillonneur , fa Femme & un Artificier
chantent des morceaux qui caractériſent leurs
fonctions.
REMARQUES.
Nous avons répété plufieurs fois des
réfléxions fur l'efpéce de mode qui s'eſt
introduite depuis quelque temps , de
mêler le chant avec le fimple récit de
la Comédie. Nous croyons avoir , dans
l'événement de la première repréfentation
des Fêtes de la Paix , une preuve
du préjudice que cela fait aux Ouvrages
dramatiques , furtout lorfque le
chant vient interrompre le dialecte naturel
de la Comédie. La Piéce commençoit
JUILLET. 1763. 145
çoit après les Ariettes du Hérault d'armes
& les choeurs de la multitude , qui
ne font que des annonces , par un
dialogue prèfqu'entiérement récité.
On dut s'appercevoir de l'impreffion
fâcheufe que fit la fuite des chants
qui fuccédoient à cette Scène. Ces
chants étoient néanmoins agréables ,
la plus part a reçu depuis des applaudiffemens
, & quelques- uns même
l'admiration qu'ils méritoient. La caufe
de cet effet eft donc dans l'efpéce d'habitude
que l'efprit avoit contracté par
ce commencement de Comédie , & la
peine d'en être diftrait par un autre genre.
On n'a fait que tranfpofer cette
Scène , on l'a placée après d'autres où
le chant domine , où le plaifir des oreilles
a eu pour ainfi dire le temps de prendre
toutfon empire fur l'imagination de
l'Auditeur. De là , tout l'Ouvrage a
paru changer de face , & depuis ce changement
, les applaudiffemens les plus
continuels & les plus univerfels ont vengé
le Poëte & le Muficien de la mépriſe
des premiers jugemens .
M. FAVART n'auroit rien perdu de
la gloire fi juftement acquife par tous fes
autres Ouvrages, quand même dans le moment
qu'applaudi avec tranſport , fuivi
II. Vol
G
146 MERCURE DE FRANCE .
avec une affluence perpétuelle au Théâtre
François dans l'Anglois à Bordeaux , il
n'auroit pas eu l'honneur , très- difficile ,
de réuffir à un autre Théâtre fur le même
fujet. Le fuccès a juftifié le courage,
on pourroit peut- être dire la témérité
de l'avoir entrepris . On reconnoît dans
la Scène de la Bourgeoife & de l'Abbé
ce tour fin & délicat d'une fatyre légère
& pittorefque des moeurs , qui convient
fi bien à Thalie , & dont l'Auteur a fait
un fi heureux emploi dans l'Anglois à
Bordeaux . On retrouve dans la Scène
de Gombault ce fentiment éclairé par
la Philofophie , cette tendreffe d'une
belle âme , première fource de toutes
les vertus & furtout des vertus patrio-
/ tiques. Dans les Couplets & dans toutes
les parties de ce même Divertiffement ,
on apperçoit fouvent les traits des mê
mes grâces qui ont orné tant d'Ouvrages
lyriques de cet Auteur. Nous devons
rendre témoignage en même temps , de
la juftice que le Public rend journellement
à plufieurs morceaux diftingués de
M. PHILIDOR dans cette Piéce; plufieurs
font marqués au coin du génie & de la
grande intelligence dans la Science harmonique.
Nous n'en conclurons pas
moins cependant , en général , que ce
JUILLET. 1763. 147
genre mixte a des vices effentiels , que
peut dérober quelquefois au fentiment
du Vulgaire la féduction d'un certain
luxe de Spectacle : mais qu'au jugement
du bon goût & de la faine critique , il
fera toujours plus perdre que gagner
au Poëte comique qui , comme M. FAVART
, n'auroit pas befoin du fecours
d'un vain fard,pour en impofer fur la réalité
de fes agrémens ; ainfi qu'aux grands
Muficiens qui pourroient fe paffer des interruptions
de la Scène & occuper agréablement
leur Auditeur pendant toure
l'étendue d'un Spectacle confacré à leur
Art , tel que feroit par exemple celui de
l'Opéra.
Fermer
444
p. 147-152
ÉTAT actuel des deux Théâtres des Comédiens ordinaires du ROI. AVIS.
Début :
LE nombre des Curieux d'Anecdotes du Théâtre est considérable aujourd'hui [...]
Mots clefs :
Acteurs, Talents, Actrices, Théâtre, Rôle, Soubrette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉTAT actuel des deux Théâtres des Comédiens ordinaires du ROI. AVIS.
ÉTAT actuel des deux Théâtres des
Comédiens ordinaires du Ror.
LE
AVIS.
E nombre des Curieux d'Anecdotes
du Théâtre eft confidérable aujourd'hui
; ce qui a fait multiplier les Dictionnaires
, Tablettes , Almanachs &
autres Ouvrages de Bibliographie dramatique
dans ce nombre de Curieux ,
il en eft plufieurs attachés à l'éxactitude
de ce qui concerne les Acteurs de
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
haque Théâtre. On fe plaint fouvent
ce trouver à cet égard des contradicdons
& des erreurs dans les Ouvrages
ti ue nous venons de citer ; & les Auqeurs
de ces Ouvrages eux- mêmes ſe
plaignent de n'avoir aucun dépôt littéraire
où l'on puiffe , avec confiance ,
puifer fur ce fujet des connoiffances
certaines. On nous a fait remarquer
à cette occafion que dans notre
Journal fe trouvant un Article deſtiné
aux Spectacles avec plus de détails que
dans tout autre , il conviendroit que ce
fût dans celui-là, que l'on pût avoir cette
efpéce de dépôt de faits & de dattes
hiftoriques. Comme rien ne nous intéreffe
davantage que de fatisfaire à tous
les goûts & à tous les genres de curiofité
de chacun de nos Lecteurs , nous
placerons dorénavant des Etats , pareils
à ceux que nous donnons aujourd'hui ,
chaque année à pareil temps , parce que
c'eft le point de l'année Théatrale où il
y a ordinairement moins de variations.
Par ce moyen , fans faire de recherches
particulières dans les Articles de chaque
mois , on trouvera tout ce qu'on défirera
fur cet objet , raffemblé fous un feul
point de vue ; & par la fuite , en confultant
dans les Mercures ces Etats de chaJUILLET.
1763. 149
que année , on vérifiera facilement des
dattes & des faits fur lefquels on contefte
fouvent dans la co nverfation .
N. B. Nous ne donner ons cette année
l'Etat du Théâtre de l'Opéra , que lorfqu'il
reprendra fes Spectacles ordinaires
dans la Salle que l'on prépare au Palais
des Thuilleries. Ce qui arrivera, vraifemblablement
le plutôt qu'il fera poffible ;
mais encore trop tardpour l'impatience
du Public.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Acteurs & Actrices à Part , demi part ,
&c , fuivant l'ancienneté de
leurs réceptions.
LES SIEURS.JLES DLLES.
ARMAND .
DUBOIS .
DUMESNIL .
DROUIN .
BONNEVAL.
PAULIN.
LE KAIN .
BELLECOUR.
BLAINVILLE .
PRÉVILLE .
BRISAR .
MOLÉ.
AUGER .
D'AUBERVAL.
CLAIRON .
BELLECOUR.
Huss.
PRÉVILLE .
LE KAIN .
DUBOIS .
D'ÉPINAY
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Acteurs & Actrices à appointemens.
LE SIEUR.
BOURET .
LES DLLES.
D'OLIGNY .
DE LUZZY .
Acteurs & Actrices retirés au mois de
Mars de lapréfente année 1763.
Les Dlles DANGEVILLE , ( a )
( a ) Mlle DANGEVILLE , Niéce & Eléve de
Mile DESMARES , à peine âgée de 14 ans , débuta
le 28 Décembre 1729 , par le rôle de Soubrette
dans le Médifant ; & les jours fuivans
dans la Soubrette da Cocher fuppofé ; Cléantis
dans Démocrite , la Soubrette du Florentin , Laurette
de la Mère coquette ; la Soubrette des Folies
amoureufes ; celle d'Efope à la Ville : Toinette
du Malade imaginaire & Lifette de la Sérénade.
Après avoir joué à la Cour , elle fut reçue
avec beaucoup d'agrément , d'abord à demie
part , au mois de Mars 1730. Le 24 Juin de
cette même année , elle prouva la variété de fes
talens , par la façon dont elle joua le Rôle
d'Hermione dans Andromaque , qui lui procura
beaucoup d'applaudiffemens & d'admiration ,
& dans lequel elle montroit de très grandes
difpofitions pour le Tragique , genre que les
circonftances de la retraite de Mile DESMARES.
lui firent abandonner pour ſe livrer entièrement
à celui dans lequel elle excelloit déja. Cette
Actrice , que le Public avoit vue avec tant de
plaifir , dès fon enfance , dans tous les Rôles
de cet âge , ainfi que dans la danſe où elle
s'étoit exercée avec fuccès , faifoir efpérer dès-lors
-
JUILLET 1763. 151
1
GAUSSIN , ( b ) & le Sr DANG EVILLE.
( C )
un Sujet qui orneroit la Scène Françoife. Ses débuts
confirmerent avec éclat cette favorable conjecture.
Elle est devenue depuis , & en fort peu
de temps , le Chef- d'oeuvre de l'Art Théâtral.
II y a lieu de croire que la rare perfection
de fes talens fera long - temps de plus grand
modèle qu'on puille propofer à toutes celles
qui entreront dans la carrière du Théâtre , par
les rôles de fon emploi. Nos faftes littéraires
font remplis des éloges fincères & continuels de
cette admirable Actrice , fans crainte qu'on nous
les reproche , car les Amateurs des Talens fublimes
les reliront toujours avec plaifir , furtout
ceux qui auront eu celui de l'admirer fur la
Scène Françoile.
( b) Mlle GAUSSIN débuta le 28 Avril 1731
dans Britannicus par le Rôle de Junie ; la jeuneffe
, les charmes de fa figure & ceux de fa
voie tendre & touchante , auroient fuffi pour lui
procurer tous les applaudiffemens , fi les talens
& les difpofitions déja formées pour le genre
où elle s'eft diftinguée , ne lui euffent , dès- lors ,
attiré tous les fuffrages. Elle fuivit ſon début
dans Chimène , dans Monime , dans Andromaque
& dans Iphigénie. On la vit au développer
dans le haur Comique , les talens fupérieurs
qu'on a continué d'admirer en elle , encore les
derniers jours qui ont précédé la retraite . Actrice
intéreffante jufqu'à la féduction , dans les Rôles
qui lui étoient perfonnellement propres , elle
les jouoit avec une expreffion fi naturelle & fi
vraie, qu'on étoit porté à croire qu'elle en avoit
infpiré le caractère eux Auteurs. Telle est l'idée
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
Acteurs & Actrices de la Comédie Ita
lienne , à part & demi part , &c.
Les Sieurs.
DE HESSE.
CIAVARELLI .
ROCHARD .
CARLIN.
CHAMPVILLE
LE JEUNE
CAILLOT
LÁNUZZY.- Zen
COLLALTO .
LA RUETTE.
CLAIRVAL.
BALLETTI .
L'OBREAU.
Les Demoifelles.
FAVART .
CATINON FOULQUIER
(f.Rivière. )
CAMILLE .
PICCINELLI.
VILLETTE (f. la
Ruette. )
DESGLANDS.
DESCHAMPS.
BOGNIOLY .
SAYY
Acteurs & Actrices à appointemens.
Les Sieurs.
DES BROSSES.
SAVY.
Les Demoiselles.
CARLIN.
LAFOND.
COLLET .
PLACIDE .
que la Poftérité confervera de l'A&rice , dont
nous regrettons encore journellement les talens.
( c ) M. DANGEVILLE , frère de l'Actrice de ce
nom , avoit débuté le 21 Mars 1730 avec applaudiffemens
dans le principal rôle de la Tragédie
dė Polieudte & du François à Londres.
Comédiens ordinaires du Ror.
LE
AVIS.
E nombre des Curieux d'Anecdotes
du Théâtre eft confidérable aujourd'hui
; ce qui a fait multiplier les Dictionnaires
, Tablettes , Almanachs &
autres Ouvrages de Bibliographie dramatique
dans ce nombre de Curieux ,
il en eft plufieurs attachés à l'éxactitude
de ce qui concerne les Acteurs de
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
haque Théâtre. On fe plaint fouvent
ce trouver à cet égard des contradicdons
& des erreurs dans les Ouvrages
ti ue nous venons de citer ; & les Auqeurs
de ces Ouvrages eux- mêmes ſe
plaignent de n'avoir aucun dépôt littéraire
où l'on puiffe , avec confiance ,
puifer fur ce fujet des connoiffances
certaines. On nous a fait remarquer
à cette occafion que dans notre
Journal fe trouvant un Article deſtiné
aux Spectacles avec plus de détails que
dans tout autre , il conviendroit que ce
fût dans celui-là, que l'on pût avoir cette
efpéce de dépôt de faits & de dattes
hiftoriques. Comme rien ne nous intéreffe
davantage que de fatisfaire à tous
les goûts & à tous les genres de curiofité
de chacun de nos Lecteurs , nous
placerons dorénavant des Etats , pareils
à ceux que nous donnons aujourd'hui ,
chaque année à pareil temps , parce que
c'eft le point de l'année Théatrale où il
y a ordinairement moins de variations.
Par ce moyen , fans faire de recherches
particulières dans les Articles de chaque
mois , on trouvera tout ce qu'on défirera
fur cet objet , raffemblé fous un feul
point de vue ; & par la fuite , en confultant
dans les Mercures ces Etats de chaJUILLET.
1763. 149
que année , on vérifiera facilement des
dattes & des faits fur lefquels on contefte
fouvent dans la co nverfation .
N. B. Nous ne donner ons cette année
l'Etat du Théâtre de l'Opéra , que lorfqu'il
reprendra fes Spectacles ordinaires
dans la Salle que l'on prépare au Palais
des Thuilleries. Ce qui arrivera, vraifemblablement
le plutôt qu'il fera poffible ;
mais encore trop tardpour l'impatience
du Public.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Acteurs & Actrices à Part , demi part ,
&c , fuivant l'ancienneté de
leurs réceptions.
LES SIEURS.JLES DLLES.
ARMAND .
DUBOIS .
DUMESNIL .
DROUIN .
BONNEVAL.
PAULIN.
LE KAIN .
BELLECOUR.
BLAINVILLE .
PRÉVILLE .
BRISAR .
MOLÉ.
AUGER .
D'AUBERVAL.
CLAIRON .
BELLECOUR.
Huss.
PRÉVILLE .
LE KAIN .
DUBOIS .
D'ÉPINAY
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Acteurs & Actrices à appointemens.
LE SIEUR.
BOURET .
LES DLLES.
D'OLIGNY .
DE LUZZY .
Acteurs & Actrices retirés au mois de
Mars de lapréfente année 1763.
Les Dlles DANGEVILLE , ( a )
( a ) Mlle DANGEVILLE , Niéce & Eléve de
Mile DESMARES , à peine âgée de 14 ans , débuta
le 28 Décembre 1729 , par le rôle de Soubrette
dans le Médifant ; & les jours fuivans
dans la Soubrette da Cocher fuppofé ; Cléantis
dans Démocrite , la Soubrette du Florentin , Laurette
de la Mère coquette ; la Soubrette des Folies
amoureufes ; celle d'Efope à la Ville : Toinette
du Malade imaginaire & Lifette de la Sérénade.
Après avoir joué à la Cour , elle fut reçue
avec beaucoup d'agrément , d'abord à demie
part , au mois de Mars 1730. Le 24 Juin de
cette même année , elle prouva la variété de fes
talens , par la façon dont elle joua le Rôle
d'Hermione dans Andromaque , qui lui procura
beaucoup d'applaudiffemens & d'admiration ,
& dans lequel elle montroit de très grandes
difpofitions pour le Tragique , genre que les
circonftances de la retraite de Mile DESMARES.
lui firent abandonner pour ſe livrer entièrement
à celui dans lequel elle excelloit déja. Cette
Actrice , que le Public avoit vue avec tant de
plaifir , dès fon enfance , dans tous les Rôles
de cet âge , ainfi que dans la danſe où elle
s'étoit exercée avec fuccès , faifoir efpérer dès-lors
-
JUILLET 1763. 151
1
GAUSSIN , ( b ) & le Sr DANG EVILLE.
( C )
un Sujet qui orneroit la Scène Françoife. Ses débuts
confirmerent avec éclat cette favorable conjecture.
Elle est devenue depuis , & en fort peu
de temps , le Chef- d'oeuvre de l'Art Théâtral.
II y a lieu de croire que la rare perfection
de fes talens fera long - temps de plus grand
modèle qu'on puille propofer à toutes celles
qui entreront dans la carrière du Théâtre , par
les rôles de fon emploi. Nos faftes littéraires
font remplis des éloges fincères & continuels de
cette admirable Actrice , fans crainte qu'on nous
les reproche , car les Amateurs des Talens fublimes
les reliront toujours avec plaifir , furtout
ceux qui auront eu celui de l'admirer fur la
Scène Françoile.
( b) Mlle GAUSSIN débuta le 28 Avril 1731
dans Britannicus par le Rôle de Junie ; la jeuneffe
, les charmes de fa figure & ceux de fa
voie tendre & touchante , auroient fuffi pour lui
procurer tous les applaudiffemens , fi les talens
& les difpofitions déja formées pour le genre
où elle s'eft diftinguée , ne lui euffent , dès- lors ,
attiré tous les fuffrages. Elle fuivit ſon début
dans Chimène , dans Monime , dans Andromaque
& dans Iphigénie. On la vit au développer
dans le haur Comique , les talens fupérieurs
qu'on a continué d'admirer en elle , encore les
derniers jours qui ont précédé la retraite . Actrice
intéreffante jufqu'à la féduction , dans les Rôles
qui lui étoient perfonnellement propres , elle
les jouoit avec une expreffion fi naturelle & fi
vraie, qu'on étoit porté à croire qu'elle en avoit
infpiré le caractère eux Auteurs. Telle est l'idée
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
Acteurs & Actrices de la Comédie Ita
lienne , à part & demi part , &c.
Les Sieurs.
DE HESSE.
CIAVARELLI .
ROCHARD .
CARLIN.
CHAMPVILLE
LE JEUNE
CAILLOT
LÁNUZZY.- Zen
COLLALTO .
LA RUETTE.
CLAIRVAL.
BALLETTI .
L'OBREAU.
Les Demoifelles.
FAVART .
CATINON FOULQUIER
(f.Rivière. )
CAMILLE .
PICCINELLI.
VILLETTE (f. la
Ruette. )
DESGLANDS.
DESCHAMPS.
BOGNIOLY .
SAYY
Acteurs & Actrices à appointemens.
Les Sieurs.
DES BROSSES.
SAVY.
Les Demoiselles.
CARLIN.
LAFOND.
COLLET .
PLACIDE .
que la Poftérité confervera de l'A&rice , dont
nous regrettons encore journellement les talens.
( c ) M. DANGEVILLE , frère de l'Actrice de ce
nom , avoit débuté le 21 Mars 1730 avec applaudiffemens
dans le principal rôle de la Tragédie
dė Polieudte & du François à Londres.
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445
p. 151
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
ON continue tous les Vendredis les Concerts François avec les mêmes applaudissemens [...]
Mots clefs :
Concerts, Musique, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
ON continue tous les Vendredis les
Concerts François avec les mêmes applaudiffemens
& le même fuccès .
ON continue tous les Vendredis les
Concerts François avec les mêmes applaudiffemens
& le même fuccès .
Fermer
446
p. 151-153
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
ON a remis sur ce Théâtre, le Lundi 18 Juillet, la Mort de César, Tragédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Tragédie, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON a remis fur ce Théâtre, le Lundi
18 Juillet , la Mort de Céfar , Tragédie
en trois Actes de M. de Voltaire. La reprife
de cette Tragédie , comme on de
voit s'y attendre , a produit un effet plus
avantageux que dans fa nouveauté. Le
goût des Spectateurs François a acquis
un peu plus de fermeté ' , & l'on conçoit
aujourd'hui que l'âme peut être
vivement affectée au Théâtre par d'autres
motifs que les intrigues ou l'intérêt
d'amour. Ainfi , quoiqu'il paroiffe
encore affez étrange à une partie de ce
qu'on appelle nos Dames , & à ceux de
G iv
152 MERCURE DE FRANCE .
nos Meffieurs qui en ont les foibleffes
fans avoir leurs agrémens , de voir une
Scène totalement occupée par de grands
hommes , qui confpirent contre un autre
grand homme ; cette Piéce a été fort
applaudie. On devoit fe promettre que
pour la repréſentation d'une telle Tragé
die le Coſtume , qui devenoit plus néceffaire
que jamais , feroit plus fidélement
obfervé. On ignore, pourquoi
tous les Sénateurs Romains y ont paru
en Domino d'étoffes d'argent ' garnis
comme des robes de femmes , à l'excep
tion de Brutus qui étoit vêtu d'une manière
plus mâle , fans aucun rapport cependant
à l'habillement Romain . On
ignore de même pourquoi on a négligé
l'occafion de faire voir la Tribune aux
Harangues avec les Attributs fi connus
qui lui étoient propres. Au furplus cette
Tragédie a été repréfentée de la part des
principaux Acteurs , avec une perfection
de jeu , qu'on ne pourroit trop louer.
M. LE KAIN dans le rôle de Brutus a
été admirable , & il feroit difficile d'exprimer
quel art & quel pathétique M.
DUBOIS a mis dans celui d'Antoine.
M. BRIZART a paru fort noble & fort
intéreffant dans le rôle de Céfar. Nous
avons pour garants de ces éloges tous.
AOUST. 1763. 153
ceux qui ont vu cette Piéce , dont la reprife
a été continuée affez longtemps .
On a donné , le Samedi 23 du même
mois , la douziéme & dernière repréfentation
de la repriſe de l'Anglois à Bordeaux
, dans laquelle Piéce , comme
nous l'avons déja dit , Mlle DANGEVILLE
, retirée du Théâtre , jouoit par
extraordinaire. Cette dernière repréfentation
, ainfi que celles qui l'avoient précédées,
a eu la même affluence de Specta
teurs & les mêmes applaudiffemens que
la première.
Ön attendoit à la fin du mois précédent
la première reprefentation de la
Préfomption à la Mode , Comédie nouvelle
en Vers & en cinq Actes .
ON a remis fur ce Théâtre, le Lundi
18 Juillet , la Mort de Céfar , Tragédie
en trois Actes de M. de Voltaire. La reprife
de cette Tragédie , comme on de
voit s'y attendre , a produit un effet plus
avantageux que dans fa nouveauté. Le
goût des Spectateurs François a acquis
un peu plus de fermeté ' , & l'on conçoit
aujourd'hui que l'âme peut être
vivement affectée au Théâtre par d'autres
motifs que les intrigues ou l'intérêt
d'amour. Ainfi , quoiqu'il paroiffe
encore affez étrange à une partie de ce
qu'on appelle nos Dames , & à ceux de
G iv
152 MERCURE DE FRANCE .
nos Meffieurs qui en ont les foibleffes
fans avoir leurs agrémens , de voir une
Scène totalement occupée par de grands
hommes , qui confpirent contre un autre
grand homme ; cette Piéce a été fort
applaudie. On devoit fe promettre que
pour la repréſentation d'une telle Tragé
die le Coſtume , qui devenoit plus néceffaire
que jamais , feroit plus fidélement
obfervé. On ignore, pourquoi
tous les Sénateurs Romains y ont paru
en Domino d'étoffes d'argent ' garnis
comme des robes de femmes , à l'excep
tion de Brutus qui étoit vêtu d'une manière
plus mâle , fans aucun rapport cependant
à l'habillement Romain . On
ignore de même pourquoi on a négligé
l'occafion de faire voir la Tribune aux
Harangues avec les Attributs fi connus
qui lui étoient propres. Au furplus cette
Tragédie a été repréfentée de la part des
principaux Acteurs , avec une perfection
de jeu , qu'on ne pourroit trop louer.
M. LE KAIN dans le rôle de Brutus a
été admirable , & il feroit difficile d'exprimer
quel art & quel pathétique M.
DUBOIS a mis dans celui d'Antoine.
M. BRIZART a paru fort noble & fort
intéreffant dans le rôle de Céfar. Nous
avons pour garants de ces éloges tous.
AOUST. 1763. 153
ceux qui ont vu cette Piéce , dont la reprife
a été continuée affez longtemps .
On a donné , le Samedi 23 du même
mois , la douziéme & dernière repréfentation
de la repriſe de l'Anglois à Bordeaux
, dans laquelle Piéce , comme
nous l'avons déja dit , Mlle DANGEVILLE
, retirée du Théâtre , jouoit par
extraordinaire. Cette dernière repréfentation
, ainfi que celles qui l'avoient précédées,
a eu la même affluence de Specta
teurs & les mêmes applaudiffemens que
la première.
Ön attendoit à la fin du mois précédent
la première reprefentation de la
Préfomption à la Mode , Comédie nouvelle
en Vers & en cinq Actes .
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447
p. 153-154
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 25 Juillet, on a donné sur ce Théâtre la première représentation des [...]
Mots clefs :
Représentation, Chasseurs, Fêtes, Scènes, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE. ›
L E 25 Juillet , on a donné fur ce
Théâtre la première repréſentation des
Deux Chaffeurs & de la Laitiere , Fables
dialoguées & mêlées d'Ariettes , fuivie
de la neuviéme repréſentation des Fêtes
de la Paix , auxquelles on a ajouté de
nouvelles Scènes & un Ballet qui ont
fait beaucoup de plaifir . On continue ce
même Spectacle avec un très- grand fuc-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
cès ; nous rendrons un compte plus dé
taillé dans le prochain Mercure de la
Piéce nouvelle des Chaffeurs , & des
Scènes , ainfi que du Ballet ajoutés aux
Fêtes de la Paix.
L E 25 Juillet , on a donné fur ce
Théâtre la première repréſentation des
Deux Chaffeurs & de la Laitiere , Fables
dialoguées & mêlées d'Ariettes , fuivie
de la neuviéme repréſentation des Fêtes
de la Paix , auxquelles on a ajouté de
nouvelles Scènes & un Ballet qui ont
fait beaucoup de plaifir . On continue ce
même Spectacle avec un très- grand fuc-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
cès ; nous rendrons un compte plus dé
taillé dans le prochain Mercure de la
Piéce nouvelle des Chaffeurs , & des
Scènes , ainfi que du Ballet ajoutés aux
Fêtes de la Paix.
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448
p. 179
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
ON continue toujours les Concerts François, les Vendredis de chaque Semaine [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Concerts français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
O N continue toujours les Concerts
François, les Vendredis de chaque Semaine
; ce qui aura lieu jufqu'après le
voyage de la Cour à Fontainebleau.
O N continue toujours les Concerts
François, les Vendredis de chaque Semaine
; ce qui aura lieu jufqu'après le
voyage de la Cour à Fontainebleau.
Fermer
449
p. 179-180
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Lundi, premier Août, on a représenté pour la première fois la Présomption [...]
Mots clefs :
Comédie française, Comédie en vers, Amateurs, Actrice, Talent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE,
*
LE Lundi , premier Août , on a repréfenté
pour la première fois la Préſomption
à la mode, Comédie en vers en cinq
Actes , qui n'a eu que cette feule repréfentation.
Nous n'avons à rendre compte d'aucune
autre Nouveauté fur ce Théâtre , mais
d'un événement au moins auffi intéref-
-fant pour les Amateurs,que feroit la première
repréſentation de l'ouvrage le plus
impatiemment attendu ; c'eft le rétablif
fement de la fanté de Mademoifelle Clairon
& le plaifir univerfel des Specta-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
teurs de la voir reparoître fur la Scène..
Elle a joué les huit , dix & treize Août
dans Zelmire; elle a continuédans Cinna,
Rodogune , &c. On trouveroit avec raifon
une prolixité fuperflue à nous- étendre
fur l'efpèce de raviffement avec.
lequel cette célébre Actrice a été reçue
du Public ; il n'eft aucun de nos Lecteurs
qui ne doive le fuppofer , les uns
d'après leur propre fentiment , les autres :
d'apres la réputation de ce fublime talent ..
*
LE Lundi , premier Août , on a repréfenté
pour la première fois la Préſomption
à la mode, Comédie en vers en cinq
Actes , qui n'a eu que cette feule repréfentation.
Nous n'avons à rendre compte d'aucune
autre Nouveauté fur ce Théâtre , mais
d'un événement au moins auffi intéref-
-fant pour les Amateurs,que feroit la première
repréſentation de l'ouvrage le plus
impatiemment attendu ; c'eft le rétablif
fement de la fanté de Mademoifelle Clairon
& le plaifir univerfel des Specta-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
teurs de la voir reparoître fur la Scène..
Elle a joué les huit , dix & treize Août
dans Zelmire; elle a continuédans Cinna,
Rodogune , &c. On trouveroit avec raifon
une prolixité fuperflue à nous- étendre
fur l'efpèce de raviffement avec.
lequel cette célébre Actrice a été reçue
du Public ; il n'eft aucun de nos Lecteurs
qui ne doive le fuppofer , les uns
d'après leur propre fentiment , les autres :
d'apres la réputation de ce fublime talent ..
Fermer
450
p. 180-187
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
LE 8 Août on a donné la seiziéme & dernière représentation des Fêtes de la Paix [...]
Mots clefs :
Musique, Honneur, Scène, Procureur, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE..
LEE 8 Août on a donné la feiziéme
& dernière repréfentation des Fêtes de la
Paix. Nous avons rendu compte par Extrait,
dans les précédens Mercures, de cet
agréable divertiffement de M. Favart.
Ilyavoit ajouté depuis , des Scènes d'un
genre de Comique très - vif & très-gai ,
d'autant plus faites pour le fuccès , qu'elles
ont eu , qu'elles étoient convenables
au Site de la Scène , & paroiffoient naturellement
amenées par les Fêtes populai
res , à l'occafion defquelles cette Piéce a
été composée & repréfentée. Voici une
idée des nouvelles Scènes.
SEPTEMBRE. 1763. 187
Jacot , artifan groffier , appaife les reproches de
Javotte , la femme , dans un Duo contradictoire ,
en lui difant que fa befogne aujourd'hui eft de bien
boire :
» Ce n'eft pas à tes dépens: ( dit Jacot en chantant
» Monfieur le Prevôt des Marchands
Qui ne fe moque pas
des g
s gens ,
Veut qu'on boive & qu'on danfe ,
» Il nous baille du vin pour çà ,,
» Et des Violons de l'Opéra
La , la , la , la , la , &c..
Javotte, qui n'a pas d'éloignement pour lė vir
& pour la joie , fe prête facil ment à cette idée..
Jacot a ramallé des gros & des petits écus , que,
dit- il , des Meffieurs dorés jet : oient à la douzaine..
Cette abondance réjouit fort Javotte , & lui
donne bacoup l'amitié pour (on Mari ; elle lui
demande bien des petits préfens pour fon ajuſtement
; Jacot s'en effraye il n'aura plus rien pour
lui . Sa femme le ratfure , en lui ditant qu'un ma--
ri qui a une femme aimable ne doit fe plaindre
de rien . qu'il faut être brave à Paris , qu'il le de--
mande à ces Bourgeois..
» Femme fur le bon pied fait honneur aux Marisè .
A quoi Jacot répond pas toujours , pas toujours.. :
Il vient un Chanfonnier avec fon Tableau qu'
fait voir , & dont il détaille les Sujets . Il invitoit
àvenir écouter & acheter fes Chanſons ; nous rap
182 MERCURE DE FRANCE.
porterons une de ces Chanfons , pour faire voir
comment par le choix & l'arrangement des paroles,
on peut le prêter à la vérité de l'image en Mufique.
» Voyez fur ce Cabriolet ,
» Ce Petit Fringant à plumet ș
» Qui roule fans dire gare , gare ,
» En faiſant clic-clac , claquer fon fouet,
C Au milieu d'une bagare.
» Il perce,
» Traverſe ,
>> Renverfe
>>> La foule ;
» Il roule ,
» Il paffe ,
» Caſſe ,
» Fracaffe,
» La glace ,
» D'un vis-à -vis.
» Arrête , arrête , M. le Marquis ,
Marchand du quartier S. Denis ;
V' là l'zaventures ›
Lure , lure , lure , lure ,
V' là l'zaventures
De Paris.
7
Cerefrein fert à plufieurs couplers d'une critique
gaye & fans fiel . Jacot & Javotte forment avec
le Chanfonnier un trio pour marchander & achejer
fes Chanfons.
A cette Scène fuccéde celle d'un Procureur & de
fa femme qui veulent prendre place fur un
SEPTEMBRE. 1763.
183
Echaffaut, pour mieux jouir du coup d'oeil de la Pla
ce. Javotte en embarraffe l'entrée , la Procureufe s'en
plaint avec cette hauteur qu'une Bourgeoile affecte
pour les gens du Peuple. La Loueufe de chaife dit
qu'elle va appeller un Suiffe pour faire faire paffage.
La querelle s'engage entre Javote , la Procureuſe, le
Procureur & le Suiffe ; dans cette Scène ou le Jargon
Poitlardeft très-bien imité, Javotte n'épargne pas
tous les farcalmes que fouvent les Gens de ſon eſpèce
mployent lorsque l'efprit naturel eft échauffé par
un peu de colère . La Procureufe quitte la partie
pour aller s'évanouir , & Javotte triomphante s'égaye
fur le compte du Procureur. C'eft après
cette Scène que l'on avoit replacé celle du faux
Abbé & de la petite Bourgeoife précieuſe , que
nous avons tranfcrite prèſqu'en entier dans le volume
où nous avons rendu compte des Fêtes de la
Paix.
La Mufique de ces Scènes a fait le plus grand
plaifir.
On a continué fur ce même Théâtre
avec un fuccès très - foutenu , les deux
Chaffeurs & la Laitière,Fables dialoguées
mêlées d'Ariettes .
Le bon goût qui a infpiré l'idée de
mettre au Théâtre ces deux jolies Fables
du plus naïf & du plus élégant de
nos Poëtes , femble avoir conduit auffi
l'Auteur de ce Drame à ne point charger
ce fujet d'épifodes & d'intrigues
étrangères à fon texte ; il n'a fait que le
mettre en action de la manière la plus
naturelle , & qui en devient par-là trèsagréable
.
184 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne donnerons qu'une très- légere
idée feulement du moyen qu'a
pris
pris l'Auteur Dramatique , pour réunir
les actions de ces deux Fables en une..
Colas & Guillot font des Payfans fort pau
vres , qui le font affociés pour tuer l'Ours dont
ils comptent vendre la peau. L'un d'eux a dejà
emprunté du vin fur le prix qu'ils croyent en
retirer , & l'autre l'aide à le boire. Ils s'impatientent
de ne pas voir paroître cet Ours , en
fe promettant chacun l'honneur de le mettre à
bas . Mais aux approches de l'Animal ils ſont
toujours faifis de frayeur , & chacun prend des
prétextes pour fe dérober au danger . Pendant
que Colas eft à la quête de l'Ours , Guillot , qui
fe plaint de la maladreffe de fon Camarade
qui leur a fait manquer cette proie , s'amuſe à
fumer. Il apperçoit une femme , c'eſt Perrette
la Laitiére , qui va vendre ſon lait au marché.
Il lui conte fleurette ; mais Perrette le dédaigne
à cause de la mifére où elle le voit. Elle fait
l'énumération de tout ce que lui vaudra fon lait :
dans le projet économique qu'elle détaille elle
aura des poulets ; de l'argent des poulets , des
brebis , les brebis , en multipliant , feront un
troupeau des produits du troupeau des vaches
& des chevaux &c. Guillot fe vante auffi de
l'argent qui lui reviendra de l'Ours , Perrette
s'en moque , parce qu'il ne tient pas l'Ours &
qu'elle tient fon lait ; fur quoi elle quitte le
pauvre Chaffeur pour continuer fa route. Enfin
Colas revient pouſuivi par l'Ours ; Guillot fe
fauve fur un arbre ; Colas , tombe par terre &
fait le mort. Voilà l'Ours manqué deux fois .
Colas , qui a penſé en être la victime , s'eft fauvé
SEPTEMBRE. 1763 . 185
>
fur une mazure où il s'eft endormi . Guillot def
cendu de fon arbre , ne fçait où eft fon camarade
; parce qu'il a cherché à s'éloigner du voifimage
de cet Ours. La petite Laitiére a renversé
fon pot & répandu tout le lait qu'il contenoit ;
elle revient , en pleurant fon malheur. Guillot de
fon côté dans fon défeſpoir ne voit plus d'autre
parti pour lui que de fe pendre avec fon Baudrier
qui doit lui fervir de licol . En voulant
l'attacher pour cela à la mafure les coups qu'il
donne pour y enfoncer un morceau de bois la
font tomber , & Colas tombe avec la mafure. Les
trois Perfonnages de l'action fe trouvant enſemble
, déplorent leur défaftre. Guillot preffe la
Laitiere de l'époufer au moins par charité , &
ne fût-ce que pour garder les moutons . Perrette
eft devenue moins fière , & tous trois reconnoiffent
qu'il ne faut pas trop compter fur des efpérances
mal fondées. Colas leur dit que l'Ours
lui a parlé. On le preffe de rapporter ce qu'il
lui a dit . c'eſt une leçon qu'il n'oubliera jamais.
Cette leçon eft la moralité de la Fable qui établit
les refreins d'un joli Vaudeville par lequel .
cette Piéce eft terminée..
Colas chante le premier Couplet .
» J'étois gifant à cette place ,
» Et je tremblois de tout mon coeur
» Pour aujourd'hui je te fais grace ,
» M'a-t- il dit , calme ta frayeur.
» Mais va- t- en dire à ton Confrère
» Qu'un fol eſpoir trompe toujours &
» Et ne vendez la peau de l'Ours
» Qu'après l'avoir couché par terre..
"
186 MERCURE DE FRANCE.
·
Dans le nombre des autres Couples
Perrette chante celui- ci :
Sur la vertu la plus auftère ,
Un Epoux fonde fon bonheur ;
Il croit que fa femme préfére
Aux faux plaifirs fon cher honneur.
Pauvres Maris n'y comptez guère ,
Un Amant s'empare du coeur ;
La tête
tourne , & par malheur
Voila le por au lait par terre.
Les paroles de cette Piéce font de M.
ANSEAUME. La Mufique,de M. DUNI,
eft applaudie avec d'autant plus de juftice
, qu'elle a le fuffrage du fentiment naturel
. On retrouve particuliérement dans
cet Ouvrage le caractère de chant par
lequel cet Auteur , Italien de Nation ,
s'étoit annoncé dans fes premiers Ouvrages,
qui confifte en une jufteffe d'expreffion
& des grâces plus analogues au
caractère de notre langue , que dans la
Mufique imitatrice du genre Italien que
plufieurs Muficiens François ont affecté
d'adopter.
Le To, on a donné la première fepréfentation
des Deux Talens , Comédie
en 2 Actes mêlée d'Ariettes , par M.
SEPTEMBRE. 1763. 187
BASTIDE . Cette Piéce n'a eu que deux
repréſentations , elle a été fufpendue ,
& l'on attend la repriſe pour en rendre
compte.
N. B. La Piéce des Deux Chaffeurs & la Laitière
par M. Anfeaume , Mufique de M. Dani ,
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques , 24 f
avec la Mufique.
LEE 8 Août on a donné la feiziéme
& dernière repréfentation des Fêtes de la
Paix. Nous avons rendu compte par Extrait,
dans les précédens Mercures, de cet
agréable divertiffement de M. Favart.
Ilyavoit ajouté depuis , des Scènes d'un
genre de Comique très - vif & très-gai ,
d'autant plus faites pour le fuccès , qu'elles
ont eu , qu'elles étoient convenables
au Site de la Scène , & paroiffoient naturellement
amenées par les Fêtes populai
res , à l'occafion defquelles cette Piéce a
été composée & repréfentée. Voici une
idée des nouvelles Scènes.
SEPTEMBRE. 1763. 187
Jacot , artifan groffier , appaife les reproches de
Javotte , la femme , dans un Duo contradictoire ,
en lui difant que fa befogne aujourd'hui eft de bien
boire :
» Ce n'eft pas à tes dépens: ( dit Jacot en chantant
» Monfieur le Prevôt des Marchands
Qui ne fe moque pas
des g
s gens ,
Veut qu'on boive & qu'on danfe ,
» Il nous baille du vin pour çà ,,
» Et des Violons de l'Opéra
La , la , la , la , la , &c..
Javotte, qui n'a pas d'éloignement pour lė vir
& pour la joie , fe prête facil ment à cette idée..
Jacot a ramallé des gros & des petits écus , que,
dit- il , des Meffieurs dorés jet : oient à la douzaine..
Cette abondance réjouit fort Javotte , & lui
donne bacoup l'amitié pour (on Mari ; elle lui
demande bien des petits préfens pour fon ajuſtement
; Jacot s'en effraye il n'aura plus rien pour
lui . Sa femme le ratfure , en lui ditant qu'un ma--
ri qui a une femme aimable ne doit fe plaindre
de rien . qu'il faut être brave à Paris , qu'il le de--
mande à ces Bourgeois..
» Femme fur le bon pied fait honneur aux Marisè .
A quoi Jacot répond pas toujours , pas toujours.. :
Il vient un Chanfonnier avec fon Tableau qu'
fait voir , & dont il détaille les Sujets . Il invitoit
àvenir écouter & acheter fes Chanſons ; nous rap
182 MERCURE DE FRANCE.
porterons une de ces Chanfons , pour faire voir
comment par le choix & l'arrangement des paroles,
on peut le prêter à la vérité de l'image en Mufique.
» Voyez fur ce Cabriolet ,
» Ce Petit Fringant à plumet ș
» Qui roule fans dire gare , gare ,
» En faiſant clic-clac , claquer fon fouet,
C Au milieu d'une bagare.
» Il perce,
» Traverſe ,
>> Renverfe
>>> La foule ;
» Il roule ,
» Il paffe ,
» Caſſe ,
» Fracaffe,
» La glace ,
» D'un vis-à -vis.
» Arrête , arrête , M. le Marquis ,
Marchand du quartier S. Denis ;
V' là l'zaventures ›
Lure , lure , lure , lure ,
V' là l'zaventures
De Paris.
7
Cerefrein fert à plufieurs couplers d'une critique
gaye & fans fiel . Jacot & Javotte forment avec
le Chanfonnier un trio pour marchander & achejer
fes Chanfons.
A cette Scène fuccéde celle d'un Procureur & de
fa femme qui veulent prendre place fur un
SEPTEMBRE. 1763.
183
Echaffaut, pour mieux jouir du coup d'oeil de la Pla
ce. Javotte en embarraffe l'entrée , la Procureufe s'en
plaint avec cette hauteur qu'une Bourgeoile affecte
pour les gens du Peuple. La Loueufe de chaife dit
qu'elle va appeller un Suiffe pour faire faire paffage.
La querelle s'engage entre Javote , la Procureuſe, le
Procureur & le Suiffe ; dans cette Scène ou le Jargon
Poitlardeft très-bien imité, Javotte n'épargne pas
tous les farcalmes que fouvent les Gens de ſon eſpèce
mployent lorsque l'efprit naturel eft échauffé par
un peu de colère . La Procureufe quitte la partie
pour aller s'évanouir , & Javotte triomphante s'égaye
fur le compte du Procureur. C'eft après
cette Scène que l'on avoit replacé celle du faux
Abbé & de la petite Bourgeoife précieuſe , que
nous avons tranfcrite prèſqu'en entier dans le volume
où nous avons rendu compte des Fêtes de la
Paix.
La Mufique de ces Scènes a fait le plus grand
plaifir.
On a continué fur ce même Théâtre
avec un fuccès très - foutenu , les deux
Chaffeurs & la Laitière,Fables dialoguées
mêlées d'Ariettes .
Le bon goût qui a infpiré l'idée de
mettre au Théâtre ces deux jolies Fables
du plus naïf & du plus élégant de
nos Poëtes , femble avoir conduit auffi
l'Auteur de ce Drame à ne point charger
ce fujet d'épifodes & d'intrigues
étrangères à fon texte ; il n'a fait que le
mettre en action de la manière la plus
naturelle , & qui en devient par-là trèsagréable
.
184 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne donnerons qu'une très- légere
idée feulement du moyen qu'a
pris
pris l'Auteur Dramatique , pour réunir
les actions de ces deux Fables en une..
Colas & Guillot font des Payfans fort pau
vres , qui le font affociés pour tuer l'Ours dont
ils comptent vendre la peau. L'un d'eux a dejà
emprunté du vin fur le prix qu'ils croyent en
retirer , & l'autre l'aide à le boire. Ils s'impatientent
de ne pas voir paroître cet Ours , en
fe promettant chacun l'honneur de le mettre à
bas . Mais aux approches de l'Animal ils ſont
toujours faifis de frayeur , & chacun prend des
prétextes pour fe dérober au danger . Pendant
que Colas eft à la quête de l'Ours , Guillot , qui
fe plaint de la maladreffe de fon Camarade
qui leur a fait manquer cette proie , s'amuſe à
fumer. Il apperçoit une femme , c'eſt Perrette
la Laitiére , qui va vendre ſon lait au marché.
Il lui conte fleurette ; mais Perrette le dédaigne
à cause de la mifére où elle le voit. Elle fait
l'énumération de tout ce que lui vaudra fon lait :
dans le projet économique qu'elle détaille elle
aura des poulets ; de l'argent des poulets , des
brebis , les brebis , en multipliant , feront un
troupeau des produits du troupeau des vaches
& des chevaux &c. Guillot fe vante auffi de
l'argent qui lui reviendra de l'Ours , Perrette
s'en moque , parce qu'il ne tient pas l'Ours &
qu'elle tient fon lait ; fur quoi elle quitte le
pauvre Chaffeur pour continuer fa route. Enfin
Colas revient pouſuivi par l'Ours ; Guillot fe
fauve fur un arbre ; Colas , tombe par terre &
fait le mort. Voilà l'Ours manqué deux fois .
Colas , qui a penſé en être la victime , s'eft fauvé
SEPTEMBRE. 1763 . 185
>
fur une mazure où il s'eft endormi . Guillot def
cendu de fon arbre , ne fçait où eft fon camarade
; parce qu'il a cherché à s'éloigner du voifimage
de cet Ours. La petite Laitiére a renversé
fon pot & répandu tout le lait qu'il contenoit ;
elle revient , en pleurant fon malheur. Guillot de
fon côté dans fon défeſpoir ne voit plus d'autre
parti pour lui que de fe pendre avec fon Baudrier
qui doit lui fervir de licol . En voulant
l'attacher pour cela à la mafure les coups qu'il
donne pour y enfoncer un morceau de bois la
font tomber , & Colas tombe avec la mafure. Les
trois Perfonnages de l'action fe trouvant enſemble
, déplorent leur défaftre. Guillot preffe la
Laitiere de l'époufer au moins par charité , &
ne fût-ce que pour garder les moutons . Perrette
eft devenue moins fière , & tous trois reconnoiffent
qu'il ne faut pas trop compter fur des efpérances
mal fondées. Colas leur dit que l'Ours
lui a parlé. On le preffe de rapporter ce qu'il
lui a dit . c'eſt une leçon qu'il n'oubliera jamais.
Cette leçon eft la moralité de la Fable qui établit
les refreins d'un joli Vaudeville par lequel .
cette Piéce eft terminée..
Colas chante le premier Couplet .
» J'étois gifant à cette place ,
» Et je tremblois de tout mon coeur
» Pour aujourd'hui je te fais grace ,
» M'a-t- il dit , calme ta frayeur.
» Mais va- t- en dire à ton Confrère
» Qu'un fol eſpoir trompe toujours &
» Et ne vendez la peau de l'Ours
» Qu'après l'avoir couché par terre..
"
186 MERCURE DE FRANCE.
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Dans le nombre des autres Couples
Perrette chante celui- ci :
Sur la vertu la plus auftère ,
Un Epoux fonde fon bonheur ;
Il croit que fa femme préfére
Aux faux plaifirs fon cher honneur.
Pauvres Maris n'y comptez guère ,
Un Amant s'empare du coeur ;
La tête
tourne , & par malheur
Voila le por au lait par terre.
Les paroles de cette Piéce font de M.
ANSEAUME. La Mufique,de M. DUNI,
eft applaudie avec d'autant plus de juftice
, qu'elle a le fuffrage du fentiment naturel
. On retrouve particuliérement dans
cet Ouvrage le caractère de chant par
lequel cet Auteur , Italien de Nation ,
s'étoit annoncé dans fes premiers Ouvrages,
qui confifte en une jufteffe d'expreffion
& des grâces plus analogues au
caractère de notre langue , que dans la
Mufique imitatrice du genre Italien que
plufieurs Muficiens François ont affecté
d'adopter.
Le To, on a donné la première fepréfentation
des Deux Talens , Comédie
en 2 Actes mêlée d'Ariettes , par M.
SEPTEMBRE. 1763. 187
BASTIDE . Cette Piéce n'a eu que deux
repréſentations , elle a été fufpendue ,
& l'on attend la repriſe pour en rendre
compte.
N. B. La Piéce des Deux Chaffeurs & la Laitière
par M. Anfeaume , Mufique de M. Dani ,
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques , 24 f
avec la Mufique.
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