Résultats : 14611 texte(s)
Détail
Liste
1702
p. 370-371
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. / Je m'attache sans cesse à ce qui me détruit ; [...]
Mots clefs :
Bougie
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGME.
Je m'attache fans ceffe à ce qui
me détruit ;
Etj'aylieu de craindre la nuit.
La grandeurfait durer ma vie ,
Sans qu'à mon fort on porte envie.
On me connoift tres-peu chez les petites
gens ;
Mais on me reçoit bien dans les
maifons des Grands.
En certains temps fans moy , l'on n'y
Pourroit rien faire ;
Je raffemble chez eux , les jeux &
les plaifirs
.
Quoique pour contenter leurs plus
preffans defirs
GALANT 371
On craigne mon miniftere ,
J'allifte cependant à bien plus d'une
affaire.
nouvelle.
ENIGME.
Je m'attache fans ceffe à ce qui
me détruit ;
Etj'aylieu de craindre la nuit.
La grandeurfait durer ma vie ,
Sans qu'à mon fort on porte envie.
On me connoift tres-peu chez les petites
gens ;
Mais on me reçoit bien dans les
maifons des Grands.
En certains temps fans moy , l'on n'y
Pourroit rien faire ;
Je raffemble chez eux , les jeux &
les plaifirs
.
Quoique pour contenter leurs plus
preffans defirs
GALANT 371
On craigne mon miniftere ,
J'allifte cependant à bien plus d'une
affaire.
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1706
p. 396-397
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle qui sera plus facile à / Quoy que mon secours soit vulgaire [...]
Mots clefs :
Chaise de commodité
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle qui fera plus facile à
deviner qu'à expliquer, & dont
plufieurs donneront peut- eftre
un fens enigmatique à leur explication
.
ENIGME.
Quoy que monfecours foit vulgaire
Il n'en eft pas moins falutaire 3
Celuy qui me vifite en mon appartement
>
Eftfort für d'y trouver quelquefou
lagement ;
Et
GALANT 397.
Et ce que l'on sçais eftre un devoir
neceffaire
Commodement par toutfans may ne
fepeutfaire.
Chez Pun & l'autre Sexe , on me,
croit fi difcret,
Que je fuis le dépofitaire ,
De ce qu'ils ont de plus fecret.
Auli fçay-je fi bien me taire
Qu'on me peut feurement confier fon
affaire, C 1 rrib
3.Sans en avoir aucun regretonid
Tel qui le plus m'abhorne ; & fuit
mon voisinage , o
à fe lia
Ne peut me refufer l'hommage,
Que l'on doit me rendre & pourpol
oqueyal
Nature qui paroififi (age:) msin
A- t-elle impofe cettes Loy hon?
Confultez Hypocrate , il le fçais
mieux que moy.
nouvelle qui fera plus facile à
deviner qu'à expliquer, & dont
plufieurs donneront peut- eftre
un fens enigmatique à leur explication
.
ENIGME.
Quoy que monfecours foit vulgaire
Il n'en eft pas moins falutaire 3
Celuy qui me vifite en mon appartement
>
Eftfort für d'y trouver quelquefou
lagement ;
Et
GALANT 397.
Et ce que l'on sçais eftre un devoir
neceffaire
Commodement par toutfans may ne
fepeutfaire.
Chez Pun & l'autre Sexe , on me,
croit fi difcret,
Que je fuis le dépofitaire ,
De ce qu'ils ont de plus fecret.
Auli fçay-je fi bien me taire
Qu'on me peut feurement confier fon
affaire, C 1 rrib
3.Sans en avoir aucun regretonid
Tel qui le plus m'abhorne ; & fuit
mon voisinage , o
à fe lia
Ne peut me refufer l'hommage,
Que l'on doit me rendre & pourpol
oqueyal
Nature qui paroififi (age:) msin
A- t-elle impofe cettes Loy hon?
Confultez Hypocrate , il le fçais
mieux que moy.
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1708
p. 388-389
ENIGME.
Début :
Voicy une Enigme nouvelle. / Quoyque par tout je porte & l'horreur & l'effroy, [...]
Mots clefs :
Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy une
Enigme nouvelle .
"
ENIGM E.
Quoyquepar tout je porte & l'horreur
l'effroy,
GALANT 389
L'on nepeutfe pafferde moy.
Je n'ay qu'un ennemy que je crains
fur la terre
;
Qui me fait en tout temps une
cruelle guerre ;
Lequel eft tellement le maistre de
mon fort ,
Que dés que je le fens il me caufe
la mort.
Enigme nouvelle .
"
ENIGM E.
Quoyquepar tout je porte & l'horreur
l'effroy,
GALANT 389
L'on nepeutfe pafferde moy.
Je n'ay qu'un ennemy que je crains
fur la terre
;
Qui me fait en tout temps une
cruelle guerre ;
Lequel eft tellement le maistre de
mon fort ,
Que dés que je le fens il me caufe
la mort.
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1709
p. 417-418
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. / A peine suis-je né, qu'ennemi de moi-même, [...]
Mots clefs :
Ver à soie
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle
418 MERCURE
(
ENIGMEN SAN
!
A peine fuis je nè , qu'ennemi de
moi- même
Je fonge à former man tombeau.
J'aime fort la verdure , & je ne bois
point d'eau danski spre
Dés qu'ilfaut travailler, mon plaifir
eft extrême.
Je ſuis toujours brun en naißant
Et je blanches engroſiſſant, odlook
Famufe lajeuneffe ; elle me cher
che & m'aime th
F'imite le ferpent & je change de
peau ,
Et quoique toûjours le même ,
Trois fois en moins d'un mois je
prens un air nouveau.
nouvelle
418 MERCURE
(
ENIGMEN SAN
!
A peine fuis je nè , qu'ennemi de
moi- même
Je fonge à former man tombeau.
J'aime fort la verdure , & je ne bois
point d'eau danski spre
Dés qu'ilfaut travailler, mon plaifir
eft extrême.
Je ſuis toujours brun en naißant
Et je blanches engroſiſſant, odlook
Famufe lajeuneffe ; elle me cher
che & m'aime th
F'imite le ferpent & je change de
peau ,
Et quoique toûjours le même ,
Trois fois en moins d'un mois je
prens un air nouveau.
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1710
p. 311-313
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. Elle est d'une personne / Dans les quatre saisons, je suis toûjours de même [...]
Mots clefs :
Poudre à poudrer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle. Elle est d'une perfonne
de diftinction .
312 MERCURE
ENIGM E.
Dans les quatre faifons , je fuis
toujours de mème
Les grands & les petits , je fers
également
Aux deux fexes , je donne un fragile
ornement ,
De qui ne peut m'avoir , la difette
eft extrême.
S
Mon teint approche moins du vermeil
que
du blème
Dans toutes les couleurs , je fais die
changement
Pourvu qu'on en excepte , une ou
deux feulement ,
On me trouve au village , & fous
le diadéme!
Je
GALANT
313
13.
LYON
H
312 MERCURE
aminelesbeaux
evallex
mours.
GALANT 313
Je n'aypas d'ennemyplus rude que le
vent ;
On ne fait aucun cas de moy dans
le Convent
Si tu fçais d'où tu viens tu connois
bien ma mere.
2
Mon pere fans me voir , me bat
foir & matin
Nous finirons tous trois , par un di -
vers defin
Rien plus commun que moy , rien fi
peu neceffaire.
nouvelle. Elle est d'une perfonne
de diftinction .
312 MERCURE
ENIGM E.
Dans les quatre faifons , je fuis
toujours de mème
Les grands & les petits , je fers
également
Aux deux fexes , je donne un fragile
ornement ,
De qui ne peut m'avoir , la difette
eft extrême.
S
Mon teint approche moins du vermeil
que
du blème
Dans toutes les couleurs , je fais die
changement
Pourvu qu'on en excepte , une ou
deux feulement ,
On me trouve au village , & fous
le diadéme!
Je
GALANT
313
13.
LYON
H
312 MERCURE
aminelesbeaux
evallex
mours.
GALANT 313
Je n'aypas d'ennemyplus rude que le
vent ;
On ne fait aucun cas de moy dans
le Convent
Si tu fçais d'où tu viens tu connois
bien ma mere.
2
Mon pere fans me voir , me bat
foir & matin
Nous finirons tous trois , par un di -
vers defin
Rien plus commun que moy , rien fi
peu neceffaire.
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1712
p. 370-372
ENIGME.
Début :
Nous sommes quatre enfans aussi vieux que le monde, [...]
Mots clefs :
Quatre éléments
1713
p. 351-353
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. / Je suis d'une haute naissance ; [...]
Mots clefs :
Marron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGM E.
Jefuis d'unehaute naiffance ;
Maispetit , d'un teinbazané ,
Tirantbeaucoupfur le tanné ;
Sanspareil, &fans reſſemblance ,
Si ce n'eft qu'on me prit pour un vray
heriffon ,
De tres petite & base mine
Ou bien pour un fagot d'épine ,
Piquat , & froid comme unglaçon.
Ggij
352 MERCURE
Quandj'étois encore en ma place,
Perfonne n'ofait m'aprocher ,
Nim'offenfer , ni me toucher ,
Tant jefaifois laide grimace :
Mais quand de mon Palais chaffé
par les deftins ,
Je tombe fans robe par terre ,
Tout le monde me fait la guerre
Et m'écrafe dans lesfeftins .
2
Je reprefente ainfi l'image
De ces efprits rudes &fiers ,
Qui n'écoutentpas volontiers
Ceux quifontd'unplus bas étage,
Et qui n'ont jamais fçu ce que c'eft
d'eftre humains ,
Que quandla Fortune trop laffe ,
Par une fubite difgrace
Vient à s'échaper de leurs mains .
2.
IN
553
Rs at
eux
lice
Lé
us.
路
352
MB
M
Et
GALANT 3537
1
De même , étantfur le pinacle ,
Bien enfermé dans mon donjon ,
Pour me faire devenir bon
ز
Il tefaudroitfaire un miracle
Maisfima chute , belas ! tupeux
attendre un peuvỷ van mno
Tuferas de moy tan delice ,
Quand j'auray fouffers le fuplice
Du glaive tranchant &dufeu .
nouvelle.
ENIGM E.
Jefuis d'unehaute naiffance ;
Maispetit , d'un teinbazané ,
Tirantbeaucoupfur le tanné ;
Sanspareil, &fans reſſemblance ,
Si ce n'eft qu'on me prit pour un vray
heriffon ,
De tres petite & base mine
Ou bien pour un fagot d'épine ,
Piquat , & froid comme unglaçon.
Ggij
352 MERCURE
Quandj'étois encore en ma place,
Perfonne n'ofait m'aprocher ,
Nim'offenfer , ni me toucher ,
Tant jefaifois laide grimace :
Mais quand de mon Palais chaffé
par les deftins ,
Je tombe fans robe par terre ,
Tout le monde me fait la guerre
Et m'écrafe dans lesfeftins .
2
Je reprefente ainfi l'image
De ces efprits rudes &fiers ,
Qui n'écoutentpas volontiers
Ceux quifontd'unplus bas étage,
Et qui n'ont jamais fçu ce que c'eft
d'eftre humains ,
Que quandla Fortune trop laffe ,
Par une fubite difgrace
Vient à s'échaper de leurs mains .
2.
IN
553
Rs at
eux
lice
Lé
us.
路
352
MB
M
Et
GALANT 3537
1
De même , étantfur le pinacle ,
Bien enfermé dans mon donjon ,
Pour me faire devenir bon
ز
Il tefaudroitfaire un miracle
Maisfima chute , belas ! tupeux
attendre un peuvỷ van mno
Tuferas de moy tan delice ,
Quand j'auray fouffers le fuplice
Du glaive tranchant &dufeu .
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1714
p. 346
ENIGME.
Début :
Comme ce n'est pas la richesse des rimes que l'on cherche dans / Quoy qu'issu de bas lieu dans mes commencemens, [...]
Mots clefs :
Bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Comme ce n'eſt pas la richeffe
des rimes que l'on cherche dans
une Enigme , je vous envoye
celle qui fuit.
ENIGM E.
Quoy qu'iffu de bas lieu dans mes
commencemens
د
Je deviens grand dans le cours de
ma vie :
L'efpece me diverfific ,
Dans tous les climats differens ;
En moy tout fe rencontre utile ,
Mêmejusqu'à mon excrement.
Ainfi c'est à bon droit qu'avec
empreffement ,
On me recherche aux Champs , on
me recherche en Ville.
des rimes que l'on cherche dans
une Enigme , je vous envoye
celle qui fuit.
ENIGM E.
Quoy qu'iffu de bas lieu dans mes
commencemens
د
Je deviens grand dans le cours de
ma vie :
L'efpece me diverfific ,
Dans tous les climats differens ;
En moy tout fe rencontre utile ,
Mêmejusqu'à mon excrement.
Ainfi c'est à bon droit qu'avec
empreffement ,
On me recherche aux Champs , on
me recherche en Ville.
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1716
p. 358-359
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. / Mon corps n'est composé que de longues arrestes, [...]
Mots clefs :
Éventail
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGM E.
Mon corps n'est composé que de longues
arreftes ,
Etje n'eus de tout temps que la peau
fur les os
Je brille en compagnie , &fans aucun
repos ,
Dans lefort de l'Efté jefuis de toutes
Feftes.
Parun petit effort je caufe un doux
plaifir ,
Et dans plufieurs replis tout mon
carpsfe raffemble;
GALANT
359
feurs
gé à
= les
gme
i
Lj
YOON
AIR NOUVEAU.
Plus je bois , plus j'ayfoif, plus j'ay
foif,plus je bois .
358
MERCURE
Par un petit effort je caufe un doux
plaifir
Et dans
plufieurs replis tout mon
carpsfe raffemble;
GALANT
359
Mes os par un feul nerffe tiennent
tous enfemble ,
Etfans lesfeparer on peut les defunir.
Sans avoir du Serpens la Prudence
en partage ,
Comme luy quelquefois je puis
changer de peau ,
Et répandant aux yeux un nouvel
étalage
L'on ne me connoift plus tant je parois
nouveau.
nouvelle.
ENIGM E.
Mon corps n'est composé que de longues
arreftes ,
Etje n'eus de tout temps que la peau
fur les os
Je brille en compagnie , &fans aucun
repos ,
Dans lefort de l'Efté jefuis de toutes
Feftes.
Parun petit effort je caufe un doux
plaifir ,
Et dans plufieurs replis tout mon
carpsfe raffemble;
GALANT
359
feurs
gé à
= les
gme
i
Lj
YOON
AIR NOUVEAU.
Plus je bois , plus j'ayfoif, plus j'ay
foif,plus je bois .
358
MERCURE
Par un petit effort je caufe un doux
plaifir
Et dans
plufieurs replis tout mon
carpsfe raffemble;
GALANT
359
Mes os par un feul nerffe tiennent
tous enfemble ,
Etfans lesfeparer on peut les defunir.
Sans avoir du Serpens la Prudence
en partage ,
Comme luy quelquefois je puis
changer de peau ,
Et répandant aux yeux un nouvel
étalage
L'on ne me connoift plus tant je parois
nouveau.
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1717
p. 344-346
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle que vous ne trouverez / Je n'ay ni mains, ni pieds, ni teste ; [...]
Mots clefs :
Melon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle que vous ne trouverez
pas hors de ſaiſon .
ENIGME.
Je n'ay ni mains , ni pieds , ni
tefte ;
GALANT 345
Fe ne fuis Volatille , Arbre , Poiffon
, ni Fleur ,
Et cependant j'ay de l'odeur ,
De l'humeur , de la chair , auſſi
bien qu'une beſte;
De l'écorce & de la couleur.
Fefuis du nombre des Reptiles ,
Et bien fouvent j'impofe aux
yeux des plus habiles.
On n'a pas lieu de craindre mon
venin ;
On me voit dans mon temps des
premiers au feſtin;
Mais aprés tout , mon malheur eft
extrême ,
Croiroit-on que celuy qui m'aime
346 MERCURE
Ne fait point de difficulté
Pour contenter fa volupté
De mettre contre moypar un fenfible
outrage
Le fer l'acier en uſage.
nouvelle que vous ne trouverez
pas hors de ſaiſon .
ENIGME.
Je n'ay ni mains , ni pieds , ni
tefte ;
GALANT 345
Fe ne fuis Volatille , Arbre , Poiffon
, ni Fleur ,
Et cependant j'ay de l'odeur ,
De l'humeur , de la chair , auſſi
bien qu'une beſte;
De l'écorce & de la couleur.
Fefuis du nombre des Reptiles ,
Et bien fouvent j'impofe aux
yeux des plus habiles.
On n'a pas lieu de craindre mon
venin ;
On me voit dans mon temps des
premiers au feſtin;
Mais aprés tout , mon malheur eft
extrême ,
Croiroit-on que celuy qui m'aime
346 MERCURE
Ne fait point de difficulté
Pour contenter fa volupté
De mettre contre moypar un fenfible
outrage
Le fer l'acier en uſage.
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1718
p. 361-363
ENIGME.
Début :
L'Enigme qui suit m'a esté envoyée par un bel esprit de / On ne sçauroit nombrer mes freres & mes soeurs, [...]
Mots clefs :
Arbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme qui fuit m'a eſté
envoyée par un bel efprit de
Saint Brieu.
Octobre 1709 .
Hh
362 MERCURE
ENIGME.
On nesçauroit nombrer mes freres
mes foeurs ,
Tant il s'en trouve dans le
monde.
F⋅ procure aux Mortels mille &
mille douceurs
,
Queje portefur terre , &j'apporte
fur l'onde.
Quoy quefenfible à la froidure ,
Pendant l'Hyverje fuis tout nú :
Et par ma bizarre nature
Fattends pour me vêtir que le
chaudfoit venu.
GALANY 363
Ma livrée eft pour l'un un titre
respectable,
Etpour l'autre ignominieux :
Le Cordon en eft honorable ;
Le Bonnet en eft odieux.
Jamais tant queje vis je ne chante
&ne dance ;
Mais le caprice de mon fort
Veut que quelquefois en cadence
Je chante & dance aprés ma
mort.
envoyée par un bel efprit de
Saint Brieu.
Octobre 1709 .
Hh
362 MERCURE
ENIGME.
On nesçauroit nombrer mes freres
mes foeurs ,
Tant il s'en trouve dans le
monde.
F⋅ procure aux Mortels mille &
mille douceurs
,
Queje portefur terre , &j'apporte
fur l'onde.
Quoy quefenfible à la froidure ,
Pendant l'Hyverje fuis tout nú :
Et par ma bizarre nature
Fattends pour me vêtir que le
chaudfoit venu.
GALANY 363
Ma livrée eft pour l'un un titre
respectable,
Etpour l'autre ignominieux :
Le Cordon en eft honorable ;
Le Bonnet en eft odieux.
Jamais tant queje vis je ne chante
&ne dance ;
Mais le caprice de mon fort
Veut que quelquefois en cadence
Je chante & dance aprés ma
mort.
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1721
s. p.
« Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...] »
Début :
Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...] »
Com
Omme il eft impoffible dans la conjoncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement les frais , on ne peut fe difpenfer d'en augmenter auffi le prix, Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront dorefnavant 18. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
Ies Mercures.
さ
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy.
Omme il eft impoffible dans la conjoncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement les frais , on ne peut fe difpenfer d'en augmenter auffi le prix, Ainfi les
volumes qui feront reliez en veau fe vendront dorefnavant 18. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez en parche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
Ies Mercures.
さ
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy.
Fermer
Résumé : « Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...] »
En 1709, les prix des publications du Mercure augmentent en raison des coûts de production. Les volumes reliés en veau coûtent 18 sols, ceux en parchemin 35 sols. Les Relations ont le même prix que les Mercures. Les publications sont disponibles chez Michel Brunet au Palais, à Paris, avec le privilège du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1722
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
Il y a lieu de croire qu'on ne lit plus l'Avis qui a [...]
Mots clefs :
Caractères lisibles, Port
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuistantd'années.
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puifque malgréles prieres réiterées qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quifetrouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on níglige de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
A ij
AULECTEUR
dedéfigurez, etant impoffible
dedevinerlenom d'une Terre , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertitencore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires, & quel'on employera
tous lesbonsOuvrages àleur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent perfonne , &que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent leport
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuistantd'années.
aucommencement de chaque
Volume du Mercure , puifque malgréles prieres réiterées qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quifetrouvent dans
les Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on níglige de le faire , ce qui eft
caufe qu'il y en a quantité
A ij
AULECTEUR
dedéfigurez, etant impoffible
dedevinerlenom d'une Terre , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertitencore qu'on neprend
aucun argent pour ces Memoires, & quel'on employera
tous lesbonsOuvrages àleur
tour , pourvu qu'ils ne defobligent perfonne , &que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent leport
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Résumé : AU LECTEUR.
L'éditeur du Mercure déplore la mauvaise habitude de ne pas écrire les noms propres de manière lisible dans les mémoires envoyés. Il rappelle l'importance de bien orthographier les noms pour éviter toute confusion. Le Mercure ne rémunère pas les mémoires reçus et publie tous les bons ouvrages à condition qu'ils ne nuisent à personne et que les auteurs en assument les frais d'envoi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1723
p. 5-27
Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
Début :
Si vous avez esté contente des Ouvrages composez à [...]
Mots clefs :
Éloge, Souverain, Justice, Ordres, Sagesse, Roi, Mazarin, Orateur, Père Cottin, Royaume, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
I vous avez eſté contente
des Ouvrages compofez à
la gloire du Roy, & des Eloges
de Sa Majesté prononcez en
divers lieux & en diverfes occafions que je vous envoyay
A iij
6 MERCURE
le mois dernier , vous ne devez
pas prendre moins de plaiſir à
Îire l'Article qui fuit , où vous
trouverez un Abregé de tout
ce que ce Monarque a fait de
grand pendant la vie , & particulierement pour le bien de
Les Sujets.
Le Pere Cottin , Profeſſeur
d'Eloquence dans le petit College de la Ville de Lyon , prononça le jour de Saint André
un Eloge du Roy, en preſence de M' le Prevoft des Marchands & de tout le Confulat ;
l'amour paternel de ce Prince
pour les Sujets , & ce que cet
GALANT 7
amour luy a fait faire firent la
divifion de ce Difcours , qui
reçus de grands applaudiffemens. Avant que d'entrer dans
la premiere partie , il fit un
Compliment à Mrs du Confulat fur le zele avec lequel ils
rempliffent les bonnes intentions du Roy pourfon peuple ,
en faifant voir que quelques
bonnes que fuffent ces intentions & quelque affection que
le Souverain cut pour fon
peuple , il luy feroit preſque
impoffible de les executer ; &
d'en faire gouter les fruits à
fes Sujets , fi fes Miniftres &
1
A iiij
8 MERCURE
ceux qui font chargez de
l'execution de fes ordres dans
les Provinces , n'entroiene fur
cela dans fes veües , & n'étoient
animez du même efprit . Cette
penfée fut délicatement maniée ; & elle luy fournit un
champ fecond d'Eloges pour
Mr Ravat Prevoft des Marchands , & pour les Echevins
dont l'Adminiſtration a efté
d'autant plus difficile que la
faifon a elté des plus fterile &
des plus rigoureufe. Avant de
prouver lamour paternel de
Sa Majefté pour fes Sujets &
de mettre dans une pleine •
GALANT 9
évidence cette qualité fi glorieuſe à un Souverain , & que
les Rois doivent plus eftimer
que tous les lauriers dont ils
peuvent couronner leur tête ,
il fit de ce Monarque , un
portrait auffi beau que naturel;
il le fit voir par tous les endroits qui découvrent en luy
Heroilme , & qui dans le
Paganifme ou dans la folle
Antiquité luy auroit fait meriter à plus jufte titre qu'à plufieurs Empereurs , les honneurs de l'Apotheofe. Il parla
des glorieufes campagnes qu'il
a faites en Perfonne & fur
10 •
MERCURE
ce Printout de celle de 1672. dont
il fut l'ame & le mobile par fa
prudence , fon activité & la
fageffe de fes ordres. Il parla
enfuite de l'amour quece
ceatoûjours eu pour la juftice,
l'exactitude avec laquelle il
l'a toujours fait rendre &
même contre fes interefts ; fa
prudence dans les Confeils où
il a toujours prefidé en perfonne ; fa penetration , & fa
fagacité qui ont brillé d'une
maniere fi extraordinaire dans
les conjonctures les plus difficiles , & dans les affaires les
plus délicates ; enfin fa modé
GALANT II
la
ration dans les profperitez les
plus rapides , & la fermeté
dans les revers les moins meritez & les plus accablans pour
un Prince toujours accoûtumé
à vaincre, fournirent au jeune,
mais éloquent Orateur.
matiere d'un Eloge également
folide & délicat. Il dit enfuite
que toutes ces vertus , & toutes ces qualitezquelques éclatantes
qu'elles fuffent , auroient esté
ternies , ou du moins qu'il leur
auroit manqué quelque chofe , fi
elles n'avoient efté relevées par
l'amour vrayment paternel de ce
Prince pour fes Sujets ; amour
12 MERCURE
auffi effectifque veritable &auffi
veritable qu'il a efté foutenu par
mille traits qui l'ont découvert
durant tout le cours d'un regne
que la Providence n'apermis qui
futfi long que pour en faire le
modele d'un bon & jufte regne
pour montrer à la pofterité en la
perfonne de Louis le Grand
l'image du meilleur Prince qui
fut jamais ; mais d'autant plus
digne des louanges de ceux qui
viendront aprés nous que Sa
bonté a esté naturelle & acqufe.
Louis le Grand a esté bon par
nature ; il n'a fait que fuivre
fon penchant lapensée defon.
,
2
GALANT 13
cœur quand il a aiméfon Peuple;
mais il s'eft auffi fait une étude
particuliere de cet amour ; il l'a
regardé comme le devoir le plus
indifpenfable de fa condition fuprême , & il s'eft dit tous les
jours defa vie , que regner fans.
amour c'eftoit expofer la Royauté
à degenerer en tirannie ; que
rien ne rereffembloit mieux à l'oppreffion que le pouvoir arbitraire
l'amour ne tempere point ;
que l'amour paternel du Roy
parut dés les premieres années de
fon regne ; & que lespremieres
que
étincelles defaraifon furent , pour
ainfi dire , les premieres fignes de
14 MERCURE
l'amour qu'il avoit pour le Peuple dont la nature l'avoit fait
naître le maître ; que cet amour
l'avoit rendu dans tous les temps
defa vic , & prefque dans toutes
les heures de lajournée , accefible à
fes Sujets également prêt à
écouter leurs plaintes & à leur
rendre juftices que le moment où
on l'a veu preferer à un devoir
fi effentiel , maisfifouvent négli
ge, les foins de fa gloire où des
paffions attachées à l'humanité.
eft encore à naître ; mais qu'infenfiblement il anticipoit fur la
deuxième partie. Il la commença en faiſant voir les mar-
GALANT 15
ques de cet amour paternel
que le Roy donna dés qu'il
gouverna par luy- même auffitôt que le Cardinal Mazarin
cur les yeux fermez. Il ajoûta
qu'alors tout futfurfon compte;
& que comme on n'auroit pas mis
fur le compte du Miniftre qui ne
voyoit pas ce qu'il y auroit pú
avoir de plus réprehenfible dans
le Gouvernement fi on y eut remarqué quelque chofe de pareil ,
qu'auffi ne devoit on mettre que
furlefeul compte de ce Monarque
les traits de bonté qui échapoient
en foule defon cœur dés ce tempslà ; il continua ainfi ; ces fages
16 MERCURE
le
judicieufes Ordonnances ont
fait revivrela majefté des Loix ;
ont donné uneformeſtable &
conftante à laJurifprudence Francoife,qui varioitfelon la difference
des Tribunaux , & ont affuré
repos des familles. Loix dont
lafageſſe met leur Auteur au deffus de Licurgue , tant chanté des
Lacedemoniens , des Acheniens , dont l'utilité , & les
avantages éleventLouis le Grand,
non-feulement au- deffus de ces
Legiflateurs Romains ; mais auffi au deffus du celebre Roy des
نوع
Atheniens Codrus , de bonne
d'éternelle memoire , qui pour
GALAN 17
remplir l'Oracle fatal fe dévoüa
pour le falut de fa Patrie ; &
qui ayant efté ledix-feptiéme Roy
de ce Peuple enfut auffi le dernier.
Les Atheniens pour honorer Ja
memoire pour reconnoître autant qu'il eftoit en eux le facrifice de ce genereux Roy abolirent
la Royauté , defefperant d'avoir
un auffi bon Prince pour Souverain. De là le Gouvernement des
Archontes , dont le fils du bon
Codrusfut lepremier. AMANTI
NIL DIFFICILE a dit
un Ancien ;
auffi Louis le
Grand , n'a rien trouvé de difficile quand il a fallu fatisfaire
Janvier 1710.
B
18 MERCURE
l'inclination qu'il a pourfon Peuple ; de cette tendreffe , de cette
"bontépaternellefontnez tant d'Edits pour affurer le repos de fes
Sujets , pour éteindre parmi cette
generofité cruelle & feroce qui
détruifoit la Nobleffe du Royaume ; jeparle de l'Edit des Duels ;
Edit quifoûtenu par la feverité
de la Loy aenfin détruit cettepefte
publique ; de cette bonté paternelle
font forties tant de fages Ordonnances pour la Police exterieure
du Royaume , pour le Reglement
des conditions , &pour donner des
bornes au luxe exceffifauquelfe
livroit infenfiblement la Nation:
GALANT 19
qu'onon ne nous vanteplus , s'écria
l'Orateur, le zele de l'Orateur
Romain ; l'amour de la Patriequi
animoit Ciceron & qui luy fit
découvrir l'horrible conjuration de
Catilina ; la tendreffe que Jules
Cefar conferva pour fes Compa
triotes dans les terreurs delaguer
re qui déchiroit fa malheureuſe
Patrie ; tendreffe qui luy fit recommander à la Bataille de Pharfale qu'on épargnât les Citoyens
Romains ; ne voulant pas qu'unfi
noblefangcoulât àfesyeux quilui
fit envier la mortdufageCaton &
qui luyfit répandre des larmes à la
vue de la teftefanglante de PomBij
20 MERCURE
pée; qu'on ne vante plus fur cette
mort la bontéde celui ci qui deffenditfi long-temps la liberté de
Rome & qui la vit finir avecfa
vie dans cette journée memorable
qui decida du fort de l'Univers ;
que les Panegyriftes deTite & de
Trajan fe taifent , puifque de l'aveu même dupremier ily a euune
journée inutile qui luyfit regretter de n'avoir rien fait pour fes
Sujets , en difant à quelques -uns
de fes Courtifans ; Mes Amis ,
nous avons perdu ce jour ; &
que lefecond contre ce qu'il avoit
écrit au Senat à son élevation à
l'Empire , que jamais par fes
GALANT 21
ordres un homme de bien ne
feroit condamné à la mort , ne
$
donna que trop de preuves de la
haine qu'il portoit aux Chreftiens,
quoy qu'il aff. ctât de ne point publier d'Edit contr'eux : Louis
Le Grand a furpaffé tous ces
modeles de bonté. L'Orateur fit
alors un détail fuivi & foûtenu
par le feu de fon imagination
& par toutes les fineffes de
l'Art , de toutes les marques
de bonté que ce Prince a don
nées à fon peuple. L'Europe fi
fouvent pacifiée dans les temps
où le torrent de fes profperitez luy pouvoit faire tout ef
22 MERCURE
perer de la continuation d'une
guerre jufte. Sa prévoyance
comme un autre Jofeph, àfaire
remplir les greniers publics
dans les temps de fterilité ,
& à envoyer chercher du
Grain dans un autre Hemifphere,dans des terres éloignées
& que nous ne connoiffons
que fur la foy des Relations ;
&fon aplication à rendre par
une heureufe induftrie à fon
Peuple ce que la terre fterile &
infidelle luy refufe , furent des
morceaux habilement maniez.
Il rapella en cet endroit les
horreurs de l'année de calami-
GALANT 23
té qui fit éprouver tant de
rigeurs fur la fin du dernier .
ficcle ; & dont on fe fouviendroit encore avec une espece
de frayeur , fi une calamité &
plus preffante &auffi plus prefente n'en étoufoit le fouvenir. Cefut en cet endroit que
de Pere Cottin fe furpaffa &
que piqué d'une noble émulation contre luy-même , il
tâcha autant de s'élever aúdeffus de luy-même qu'il s'étoit élevé au commencement
de fon Difcours audeffus des
Orateurs ordinaires ; mais le
chef- d'œuvre de l'Art & où
24 MERCURE
il fit de plus grands efforts pour
s'élever & pour loüer plus
magnifiquement fon Heros
c'eft dans le chef d'œuvre de
fa vic , c'eft à dire , dans l'extinction de l'Herefie :il loüa
& avec juftice ce Monarque
d'avoir purgé fes Etats d'un
Monftre qui a efté plufieurs
fois preft àles bouleverfer. Ce
qu'il dit à ce fujet des troubles
que les nouveautez Calviniennes exciterent en France ; &
les defordres aufquelles elles
donnerent licu fur la fin du
16 fiecle , fut curieux & recherché. La fermeté de ce
Prince
GALANT 25
Prince à refufer les offres les
plus éblouiffantes & les plus
capables de tenter une ame
moins grande que la fienne
auprix même de fon repos ;
en quelque maniere de fa
pre gloire , fut mife dans le
plus beau jour qu'elle pouvoit
&
prorecevoir. La France armée
pour la défenſe de la Religion
contre des Princes qui ont
toûjours fait une oftentation
orgüeilleuse de Catholicité &
qui la veulent oprimer en établiffant le culte d'une fauffe
Religion & de toutes les fectes
impies que l'enfer a vomis dans
Fanvier 1710.
C
26 MERCURE
l'Angleterre ; & qui la veulent
oprimer dans le Royaume le
plus Catholique qui ait jamais
efté , donna une belle matiere
& ouvrit un beau champ à
l'Orateur. On connut bien
qu'il parloit de l'Espagne des
fecours & de la protection
donnez au Roy Catholique
& à celuy d'Angleterre , & ces
endroits furent délicatement
touchez. Ce morceau refervé
pour la fin & pour donner
un nouveau relief à toutes les
vertus & à l'amour paternel
de Louis le Grand , eftoit
un effet fufceptible de toutes
GALANT 27
les beautez de l'éloquence
& plus l'Orateur fe trouva en
cet endroit comme en beaucoup d'autres endroits de fon
Difcours , au deffous du fujer
qu'il traitoit , plus onle trouva
digne de le traiter ; & iléprouva en cette occafion que ceux
qui ont le plus d'efprit font
ordinairement ceux qui font
toujours moins fatisfaits d'euxmêmes ; & cependant il a dû
l'eftre des grands applaudiffemens qu'il a reçus.
des Ouvrages compofez à
la gloire du Roy, & des Eloges
de Sa Majesté prononcez en
divers lieux & en diverfes occafions que je vous envoyay
A iij
6 MERCURE
le mois dernier , vous ne devez
pas prendre moins de plaiſir à
Îire l'Article qui fuit , où vous
trouverez un Abregé de tout
ce que ce Monarque a fait de
grand pendant la vie , & particulierement pour le bien de
Les Sujets.
Le Pere Cottin , Profeſſeur
d'Eloquence dans le petit College de la Ville de Lyon , prononça le jour de Saint André
un Eloge du Roy, en preſence de M' le Prevoft des Marchands & de tout le Confulat ;
l'amour paternel de ce Prince
pour les Sujets , & ce que cet
GALANT 7
amour luy a fait faire firent la
divifion de ce Difcours , qui
reçus de grands applaudiffemens. Avant que d'entrer dans
la premiere partie , il fit un
Compliment à Mrs du Confulat fur le zele avec lequel ils
rempliffent les bonnes intentions du Roy pourfon peuple ,
en faifant voir que quelques
bonnes que fuffent ces intentions & quelque affection que
le Souverain cut pour fon
peuple , il luy feroit preſque
impoffible de les executer ; &
d'en faire gouter les fruits à
fes Sujets , fi fes Miniftres &
1
A iiij
8 MERCURE
ceux qui font chargez de
l'execution de fes ordres dans
les Provinces , n'entroiene fur
cela dans fes veües , & n'étoient
animez du même efprit . Cette
penfée fut délicatement maniée ; & elle luy fournit un
champ fecond d'Eloges pour
Mr Ravat Prevoft des Marchands , & pour les Echevins
dont l'Adminiſtration a efté
d'autant plus difficile que la
faifon a elté des plus fterile &
des plus rigoureufe. Avant de
prouver lamour paternel de
Sa Majefté pour fes Sujets &
de mettre dans une pleine •
GALANT 9
évidence cette qualité fi glorieuſe à un Souverain , & que
les Rois doivent plus eftimer
que tous les lauriers dont ils
peuvent couronner leur tête ,
il fit de ce Monarque , un
portrait auffi beau que naturel;
il le fit voir par tous les endroits qui découvrent en luy
Heroilme , & qui dans le
Paganifme ou dans la folle
Antiquité luy auroit fait meriter à plus jufte titre qu'à plufieurs Empereurs , les honneurs de l'Apotheofe. Il parla
des glorieufes campagnes qu'il
a faites en Perfonne & fur
10 •
MERCURE
ce Printout de celle de 1672. dont
il fut l'ame & le mobile par fa
prudence , fon activité & la
fageffe de fes ordres. Il parla
enfuite de l'amour quece
ceatoûjours eu pour la juftice,
l'exactitude avec laquelle il
l'a toujours fait rendre &
même contre fes interefts ; fa
prudence dans les Confeils où
il a toujours prefidé en perfonne ; fa penetration , & fa
fagacité qui ont brillé d'une
maniere fi extraordinaire dans
les conjonctures les plus difficiles , & dans les affaires les
plus délicates ; enfin fa modé
GALANT II
la
ration dans les profperitez les
plus rapides , & la fermeté
dans les revers les moins meritez & les plus accablans pour
un Prince toujours accoûtumé
à vaincre, fournirent au jeune,
mais éloquent Orateur.
matiere d'un Eloge également
folide & délicat. Il dit enfuite
que toutes ces vertus , & toutes ces qualitezquelques éclatantes
qu'elles fuffent , auroient esté
ternies , ou du moins qu'il leur
auroit manqué quelque chofe , fi
elles n'avoient efté relevées par
l'amour vrayment paternel de ce
Prince pour fes Sujets ; amour
12 MERCURE
auffi effectifque veritable &auffi
veritable qu'il a efté foutenu par
mille traits qui l'ont découvert
durant tout le cours d'un regne
que la Providence n'apermis qui
futfi long que pour en faire le
modele d'un bon & jufte regne
pour montrer à la pofterité en la
perfonne de Louis le Grand
l'image du meilleur Prince qui
fut jamais ; mais d'autant plus
digne des louanges de ceux qui
viendront aprés nous que Sa
bonté a esté naturelle & acqufe.
Louis le Grand a esté bon par
nature ; il n'a fait que fuivre
fon penchant lapensée defon.
,
2
GALANT 13
cœur quand il a aiméfon Peuple;
mais il s'eft auffi fait une étude
particuliere de cet amour ; il l'a
regardé comme le devoir le plus
indifpenfable de fa condition fuprême , & il s'eft dit tous les
jours defa vie , que regner fans.
amour c'eftoit expofer la Royauté
à degenerer en tirannie ; que
rien ne rereffembloit mieux à l'oppreffion que le pouvoir arbitraire
l'amour ne tempere point ;
que l'amour paternel du Roy
parut dés les premieres années de
fon regne ; & que lespremieres
que
étincelles defaraifon furent , pour
ainfi dire , les premieres fignes de
14 MERCURE
l'amour qu'il avoit pour le Peuple dont la nature l'avoit fait
naître le maître ; que cet amour
l'avoit rendu dans tous les temps
defa vic , & prefque dans toutes
les heures de lajournée , accefible à
fes Sujets également prêt à
écouter leurs plaintes & à leur
rendre juftices que le moment où
on l'a veu preferer à un devoir
fi effentiel , maisfifouvent négli
ge, les foins de fa gloire où des
paffions attachées à l'humanité.
eft encore à naître ; mais qu'infenfiblement il anticipoit fur la
deuxième partie. Il la commença en faiſant voir les mar-
GALANT 15
ques de cet amour paternel
que le Roy donna dés qu'il
gouverna par luy- même auffitôt que le Cardinal Mazarin
cur les yeux fermez. Il ajoûta
qu'alors tout futfurfon compte;
& que comme on n'auroit pas mis
fur le compte du Miniftre qui ne
voyoit pas ce qu'il y auroit pú
avoir de plus réprehenfible dans
le Gouvernement fi on y eut remarqué quelque chofe de pareil ,
qu'auffi ne devoit on mettre que
furlefeul compte de ce Monarque
les traits de bonté qui échapoient
en foule defon cœur dés ce tempslà ; il continua ainfi ; ces fages
16 MERCURE
le
judicieufes Ordonnances ont
fait revivrela majefté des Loix ;
ont donné uneformeſtable &
conftante à laJurifprudence Francoife,qui varioitfelon la difference
des Tribunaux , & ont affuré
repos des familles. Loix dont
lafageſſe met leur Auteur au deffus de Licurgue , tant chanté des
Lacedemoniens , des Acheniens , dont l'utilité , & les
avantages éleventLouis le Grand,
non-feulement au- deffus de ces
Legiflateurs Romains ; mais auffi au deffus du celebre Roy des
نوع
Atheniens Codrus , de bonne
d'éternelle memoire , qui pour
GALAN 17
remplir l'Oracle fatal fe dévoüa
pour le falut de fa Patrie ; &
qui ayant efté ledix-feptiéme Roy
de ce Peuple enfut auffi le dernier.
Les Atheniens pour honorer Ja
memoire pour reconnoître autant qu'il eftoit en eux le facrifice de ce genereux Roy abolirent
la Royauté , defefperant d'avoir
un auffi bon Prince pour Souverain. De là le Gouvernement des
Archontes , dont le fils du bon
Codrusfut lepremier. AMANTI
NIL DIFFICILE a dit
un Ancien ;
auffi Louis le
Grand , n'a rien trouvé de difficile quand il a fallu fatisfaire
Janvier 1710.
B
18 MERCURE
l'inclination qu'il a pourfon Peuple ; de cette tendreffe , de cette
"bontépaternellefontnez tant d'Edits pour affurer le repos de fes
Sujets , pour éteindre parmi cette
generofité cruelle & feroce qui
détruifoit la Nobleffe du Royaume ; jeparle de l'Edit des Duels ;
Edit quifoûtenu par la feverité
de la Loy aenfin détruit cettepefte
publique ; de cette bonté paternelle
font forties tant de fages Ordonnances pour la Police exterieure
du Royaume , pour le Reglement
des conditions , &pour donner des
bornes au luxe exceffifauquelfe
livroit infenfiblement la Nation:
GALANT 19
qu'onon ne nous vanteplus , s'écria
l'Orateur, le zele de l'Orateur
Romain ; l'amour de la Patriequi
animoit Ciceron & qui luy fit
découvrir l'horrible conjuration de
Catilina ; la tendreffe que Jules
Cefar conferva pour fes Compa
triotes dans les terreurs delaguer
re qui déchiroit fa malheureuſe
Patrie ; tendreffe qui luy fit recommander à la Bataille de Pharfale qu'on épargnât les Citoyens
Romains ; ne voulant pas qu'unfi
noblefangcoulât àfesyeux quilui
fit envier la mortdufageCaton &
qui luyfit répandre des larmes à la
vue de la teftefanglante de PomBij
20 MERCURE
pée; qu'on ne vante plus fur cette
mort la bontéde celui ci qui deffenditfi long-temps la liberté de
Rome & qui la vit finir avecfa
vie dans cette journée memorable
qui decida du fort de l'Univers ;
que les Panegyriftes deTite & de
Trajan fe taifent , puifque de l'aveu même dupremier ily a euune
journée inutile qui luyfit regretter de n'avoir rien fait pour fes
Sujets , en difant à quelques -uns
de fes Courtifans ; Mes Amis ,
nous avons perdu ce jour ; &
que lefecond contre ce qu'il avoit
écrit au Senat à son élevation à
l'Empire , que jamais par fes
GALANT 21
ordres un homme de bien ne
feroit condamné à la mort , ne
$
donna que trop de preuves de la
haine qu'il portoit aux Chreftiens,
quoy qu'il aff. ctât de ne point publier d'Edit contr'eux : Louis
Le Grand a furpaffé tous ces
modeles de bonté. L'Orateur fit
alors un détail fuivi & foûtenu
par le feu de fon imagination
& par toutes les fineffes de
l'Art , de toutes les marques
de bonté que ce Prince a don
nées à fon peuple. L'Europe fi
fouvent pacifiée dans les temps
où le torrent de fes profperitez luy pouvoit faire tout ef
22 MERCURE
perer de la continuation d'une
guerre jufte. Sa prévoyance
comme un autre Jofeph, àfaire
remplir les greniers publics
dans les temps de fterilité ,
& à envoyer chercher du
Grain dans un autre Hemifphere,dans des terres éloignées
& que nous ne connoiffons
que fur la foy des Relations ;
&fon aplication à rendre par
une heureufe induftrie à fon
Peuple ce que la terre fterile &
infidelle luy refufe , furent des
morceaux habilement maniez.
Il rapella en cet endroit les
horreurs de l'année de calami-
GALANT 23
té qui fit éprouver tant de
rigeurs fur la fin du dernier .
ficcle ; & dont on fe fouviendroit encore avec une espece
de frayeur , fi une calamité &
plus preffante &auffi plus prefente n'en étoufoit le fouvenir. Cefut en cet endroit que
de Pere Cottin fe furpaffa &
que piqué d'une noble émulation contre luy-même , il
tâcha autant de s'élever aúdeffus de luy-même qu'il s'étoit élevé au commencement
de fon Difcours audeffus des
Orateurs ordinaires ; mais le
chef- d'œuvre de l'Art & où
24 MERCURE
il fit de plus grands efforts pour
s'élever & pour loüer plus
magnifiquement fon Heros
c'eft dans le chef d'œuvre de
fa vic , c'eft à dire , dans l'extinction de l'Herefie :il loüa
& avec juftice ce Monarque
d'avoir purgé fes Etats d'un
Monftre qui a efté plufieurs
fois preft àles bouleverfer. Ce
qu'il dit à ce fujet des troubles
que les nouveautez Calviniennes exciterent en France ; &
les defordres aufquelles elles
donnerent licu fur la fin du
16 fiecle , fut curieux & recherché. La fermeté de ce
Prince
GALANT 25
Prince à refufer les offres les
plus éblouiffantes & les plus
capables de tenter une ame
moins grande que la fienne
auprix même de fon repos ;
en quelque maniere de fa
pre gloire , fut mife dans le
plus beau jour qu'elle pouvoit
&
prorecevoir. La France armée
pour la défenſe de la Religion
contre des Princes qui ont
toûjours fait une oftentation
orgüeilleuse de Catholicité &
qui la veulent oprimer en établiffant le culte d'une fauffe
Religion & de toutes les fectes
impies que l'enfer a vomis dans
Fanvier 1710.
C
26 MERCURE
l'Angleterre ; & qui la veulent
oprimer dans le Royaume le
plus Catholique qui ait jamais
efté , donna une belle matiere
& ouvrit un beau champ à
l'Orateur. On connut bien
qu'il parloit de l'Espagne des
fecours & de la protection
donnez au Roy Catholique
& à celuy d'Angleterre , & ces
endroits furent délicatement
touchez. Ce morceau refervé
pour la fin & pour donner
un nouveau relief à toutes les
vertus & à l'amour paternel
de Louis le Grand , eftoit
un effet fufceptible de toutes
GALANT 27
les beautez de l'éloquence
& plus l'Orateur fe trouva en
cet endroit comme en beaucoup d'autres endroits de fon
Difcours , au deffous du fujer
qu'il traitoit , plus onle trouva
digne de le traiter ; & iléprouva en cette occafion que ceux
qui ont le plus d'efprit font
ordinairement ceux qui font
toujours moins fatisfaits d'euxmêmes ; & cependant il a dû
l'eftre des grands applaudiffemens qu'il a reçus.
Fermer
Résumé : Prelude qui renferme un abrégé de tout ce que le Roy a fait de grand pendant sa vie. [titre d'après la table]
Le texte relate la satisfaction du destinataire concernant les œuvres et éloges en l'honneur du roi, précédemment envoyés. Il annonce un article résumant les grandes actions du monarque au profit de ses sujets. Le Père Cottin, professeur d'éloquence à Lyon, a prononcé un éloge du roi lors de la fête de Saint-André, en présence du prévôt des marchands et du consulat. Cet éloge mettait en avant l'amour paternel du roi pour ses sujets et les actions entreprises pour leur bien-être. Le discours était divisé en deux parties. La première rendait hommage aux ministres et échevins pour leur zèle et leur administration difficile dans un contexte stérile et rigoureux. La seconde partie soulignait l'héroïsme, la justice, la prudence, la pénétration et la modération du roi, illustrées par ses campagnes militaires, notamment celle de 1672. Le Père Cottin a souligné l'amour paternel du roi, naturel et acquis, qui tempère le pouvoir arbitraire et prévient la tyrannie. Il a évoqué les premières manifestations de cet amour dès les débuts du règne, après la mort du Cardinal Mazarin. Le roi a promulgué des ordonnances sages et justes, assurant la majesté des lois et le repos des familles. L'orateur a comparé Louis le Grand à des législateurs antiques comme Licurgue et Codrus, soulignant son dévouement pour son peuple. Il a mentionné divers édits et ordonnances pour assurer la paix et la justice, comme l'édit contre les duels et les régulations contre le luxe excessif. Le discours a également abordé la prévoyance du roi en temps de disette, rappelant les rigueurs de la fin du XVIIe siècle. L'orateur a loué le roi pour avoir purgé le royaume de l'hérésie et pour sa fermeté face aux offres tentantes, notamment en défendant la religion catholique contre les princes protestants. Enfin, le Père Cottin a conclu en soulignant la grandeur de l'amour paternel du roi, illustrée par ses actions en faveur de la France et de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1724
p. 27-73
Extrait de l'Oraison Funebre de Madame de Maubuisson, non pas de la maniere ordinaire, mais dont la lecture ne doit pas moins attacher & faire de plaisir que feroit celle de l'Histoire la plus curieuse. [titre d'après la table]
Début :
Quoyqu'il s'agisse d'une Oraison funebre dans l'article qui suit, [...]
Mots clefs :
Oraison funèbre, Madame de Maubuisson, Plaisir, Exorde, Électeurs, Histoire, Princesse Louise Hollandine Palatine, Maison Palatine, Abbé Maboul, Gloire, Religion, Dieu, Éloge
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Oraison Funebre de Madame de Maubuisson, non pas de la maniere ordinaire, mais dont la lecture ne doit pas moins attacher & faire de plaisir que feroit celle de l'Histoire la plus curieuse. [titre d'après la table]
Quoyqu'il s'agiffe d'une Oraifon funebre dans l'article Cij 28 MERCURE qui fuit, vous le trouverez bien different de ce qui regarde ordinairement ces fortes d'ouvrages qui contiennent plus de traits d'éloquence & de loüanges que de faits , ceux qui s'y trouvent n'yétant prefque toujours rapportezque pour donner lieu de briller à l'éloquence de l'Orateur ; mais ce que vous allez lire doit être regardé comme l'Hiftoire entiere d'une vie remplie d'incidens merveilleux & de l'hiftoire d'une converfion encore plus mer veilleufe , & dont la lecture ne doit pas moins attacher GALANT 29 & faire de plaifir , que feroit celle de l'hiftoire la plus curieufe. On a fait un Service magnifique dans l'Eglife de l'Abbaye de Maubuiffon , pour la Princeffe Loüife Hollandine , Palatine , dernière Abbeffe de cette Abbaye. Mr l'Evêque de Beziers officia ; & Mr l'Abbé 'Maboul , Grand Vicaire de Poitiers , & nommé à l'Evêché d'Alet , prononça l'Oraiſon funebre en prefence de Madame la Princeffe. Mr l'Evêque d'Alet prit pour texte ces paroles du 44. Pfeaume : OMNIS GLOC iij 30 MERCURE 1 les RIA EJUS FILIE REGIS AB INTUS. Toute la gloire de la Fille du Roy vient de fon cœur. Lefaint Efprit , dit- il , dans fon Exorde , parlant dans l'Ecriture de la Fille du Roy , ne fait entendre dans fon éloge , ni les avantages de la naiſſance , ni preeminences du rang: il ne la louë ni par la majefté de fes traits, ni parla dignité defa perfonne ; il ne luy fait un merite ni de l'éclat de fes richeffes , ni de la magnifi cence defa Cour: il ne la chèrche, il ne la regarde qu'en elle- même, il met toutefa gloire dansfon cœur. Chargé du glorieux , mais GALANT 31 difficile Miniftere de rendre à la Fille d'un Roy un jufte tribut de louange , me fera-t - il permis de chercher hors d'elle- même les titres de fa gloire ? Vousparleray je de la nobleffe de ce Sang illuſtre, qui deHeros en Heros a coulétout pur dans fes veines ? Affembleray - je fur fon tombeau les lauriers que fes Anceftres ont ceüillis en tant d'occafions ? Vous reprefenteray-je la hauteur de tant de Trônes , au milieu defquels elle est née ? Feray-je le dénombrement det Empereurs , des Rois , des Electeurs que fa Maiſon a donnez à l'Europe &qui ont rempli le monde C iiij 32 MERCURE entier du bruit de leur nom? Elle-même m'en défavoüeroit , & elle me défend encore aprés fa mort de la revêtir de ces grandeurs hereditaires , & dont elle s'eft pendant fa vie figenereusement dépouillée ? Cette Princeffe étoit feconde fille de Frederic V. dit le Contant , Electeur Palatin , & élú Royde Boheme , d'Elizabeth Stuart , fille de Facques 1. Roy d'Angleterre. L'Ŏrateur tira le partage de fon Difcours de l'Hiftoire de la Converfion de cette Princeffe. Egalement fuperieure , dit-il , e aux obftacles & aux devoirs , CALANT 33 elle furmonte ces obftacles par la grandeur de fafoy ; elle remplit &furpaffe même fes devoirs , par l'étendue de fa charité. L'herefte continua- t- il au commencement de la premiere partie , qui comme un torrent impetueux , innonda dans le penultiémefiecle toute l'Allemagne & qui foûtenu par les interrefts d'u ne politique mondaine , entraîna prefque malgré eux , tous les plus puiffans Princes de l'Empire , s'étoit fait du Chef de la Marfon Palatine un de fes plus grands Protecteurs. ( C'étoit l'Ayeul de Madame l'Abbeffe de Maubuif- 34 MERCURE fon ) devenue comme hereditaire dans cette augufte Maifon , elle paffa auxPrinces fes defcendans , elle fe vantoit d'avoir en eux fes plus fermes appuis , & de trouver dans leur haute valeur, dans leur faux zele autant que des armes pour pouffer plus loin fes conqueftes. Vous le permites. ainfi, o mon Dieu , pourſuivit Mr d'Alet , non pour détruire, maispour purifier votre Eglife : Vousfiftes de ces Princes , les nobles inftrumens de vôtre Justice : Vous empruntates leurs bras pour châtier Ifrael, y établirparces falutaires effets de vôtre colere pa- GALANT 35 ternelle, la pureté de vôtre culte... Le Duc de Brunſwick & la Republique d'Hollande prefenterent au Baptême le Princeffe Loüife , ces Princes , continua- t- il , quifuivant lafage Inftitution de cette ancienne ceremonie auroient dú répondre à l'Eglife de l'integritéde fa foy , fervirent de caution & d'interpreftes de fon dévouement au Calvinisme. Il parla enfuite de l'éducation que lui donna Sybille de Keller de la Maifon des Ducs de Curlande, qui avoit auffi eu ſoin de celle du Roy de Boheme fon pere. Faifant de la droiture du 36 MERCURE cœur, dit- il , en parlant de cette Dame & de la pureté des moeurs , du mépris de la vanité de l'horreur du menfonge ; de lacompaffion pour les pauvres , de la tendreffe pour les malheu reux ; de la crainte de Dieu & de fon amour , fes plus familieres inftructions , elle verfoit dans cette amo tendre lepoifon de l'erreur avec d'autant plus de facilité , qu'à lafaveurde ces grandes vertus , ils y trouvoientplus d'accés & qu'ils fe prefentoient à elle fous les noms empruntez de verité & de Religion.... Les préjugezde la Princeffe, continua t - il, GALANT 37 pour groffiffoient encore par lapolitique des Miniftres attentifs à les cultiver : découvrant de jour en jour en elle de nouvelles vertus qui meuriffoient avec l'âge , comprenant tout ce qu'ils devoient en attendre l'honneur de la fecte pour leurpropre reputation , ils s'accrediterentde plus en plus auprés d'elle fous la qualité uſurpée d'Envoyez du Seigneur , & couvrant leur fauffe doctrine de la parole de Dieu , pour elle toujours reſpectable , ils n'oublioient rien pour luy en faire une religieufe habitude , toujoursplusforte plus infurmontable que la 38 MERCURE . nature même. Il dit enfuite , que la lecture affiduè de l'Ecriturefainte commença à diffiper fes tenebres , & il oppofa l'utilité de cette lecture au danger inévitable de celle des Romans , & autres Livres profanes. Cet endroit fut délicatement touché , & aprés quelques foli- · des réflexions fur la témerité des Proteftans , qui prétendent être feuls les Juges & les Interpretes de l'Ecriture. Il fit voir le premier moyen dont la Providence fe feroit pourtoucher le cœur de la Princeffe , la conference qu'un Medecin Catho- GALANT 39 lique de la Reine de Boheme eut en preſence de ces deux Princeffes fur le Baptême des enfans , & il dit : Que le Mini tre étant demeuré fans replique , demanda huit jours poury répondre, qu'à la fin de ce terme ayant manqué au rendez- vous s'excufant fur des affaires ; enfin preffé par la Reine , il luy avoia qu'aprés une longue attention & un penible travail , il n'avoit rien trouvédans la Bible de quoy répondre aux objections du Medecin ; que la Princeffe alors âgée de huit ans s'enfouvint toûjours depuis que la grace luy en fit 1 40 MERCUKE tirer dans un ageplus avancé des motifs de converfion. La mauvai fe foy d'un Miniftre , ajoûta ce Prélat , dont dans un âge tendre , elle avoit esté un témoin nonfufpect , vint fortifier fes doutes.... Cesfalutaires doutes , ces heureufes inquiétudes croiffoient encore lorfque lifant dans l'Ecriture les terribles vengeances que Dieu jaloux de l'honneur de fon Culte, exerce contre les Rois qui l'ont abandonné, elle enfaifoit une trifte mais juſte application aux difgraces du Royfon pere. L'Orateur fit en cet endroit un détail des mécontentemens des Etats de GALANT 41 Boheme, qui appellerent à leur fecours l'Electeur Palatin , & le firent leur Roy ; & dit que l'on trouvoit l'éloge de ce ' Prince terminé par cette penLéc. Quel Prince plus digne du trônefi l'herefie ne luy avoitfervi de premier degré pour y monter. Il fit enfuite un détail de la bataille de Prague ( en 1620) que Maximilien , Duc de Baviere , ayeul de l'Electeur de ce nom , gagna fur le Roy de Boheme : Bataille , continuat-il,dontlesfuitesfurentfifuneftes pour ce dernier &fi avantageufespour lepremier , puifque la Janvier 1710. D 42 MERCURE dignité Electorale fut transportée de la branche aînée dans la branche cadete de la Maiſon Palatine de Baviere ; pendant que les Courtisans , continua le Prélat, regardoient ces évenemens commed'injuftes caprices d'une aveuglefortune, la Princeffe yadoroit lesJugemensprofonds d'unefecrette providence, la grace fe me lant à fes réflexions , luy faifoit appercevoir dans ces malheursdomeftiques , les malheurs inévita bles que doivent craindre toft ou tard les protecteurs de l'Herefie. Il parla enfuite des Révolutions d'Angleterre, qui furent GALANT 43 pour la Princeffe un champfecond de falutaires reflexions : >> Ce Schifme fameux ', dit - il , d'un Roy , qui comme un autre Salomon abandonna la Sageffe pourfacrifierauxIdoles d'une bon teufe volupté ( il parloit d'Henry VIII.) & qui pour ferrer de plus prés les liens fcandaleuxqu'- une aveuglepaffion avoitformez, rompit les nœuds facrez qui l'attachoient à l'Eglife. Ce Schifme qui par une malheureufe fecondi. té produifit dans un Royaume autrefois fi fidelle ces monstrueuses Sectes , qui divifées entre ellesmêmes , ont donné prefque de nos Dij 44 MERCURE Į jours le plus horrible fpectacle ( il parloit de la mort tragique du Roy Charles I. oncle maternel de cette Abbeffe ) que tous les crimes enfemble puiffent donner à l'Univers : ce Schifme lafunefte origine des malheurs d'une Royale Maifon dont les plus heroïques vertus unies aux droits du fang n'ont pú la garentir. Cette Princeffe inftruite par des pieces - authentiques, & d'autant moinsfufpectes , parce qu'elle les tenoit des mains même les plus intereffées à les cacher, ne pût voir fans horreur les que nomsfpecieux de pureté &de reforme , qui l'avoient GALANT 45 n abufée , n'avoient efté que le maf que de l'ambition & de l'intereft; le zele qu'une aveugle fureur; lafeparation de l'Eglife , qu'une revolte declarée contre les Puiffances legitimes , E... Aidée, dans lafituation où ces reflexions la mettoient , des confeils de la Princeffe d'Oxeldre , fon illuftre Amie, quefon merite plus quefa naiffance luy avoit justement acquife ; éclairée de Miniftresfideles ( des Preftres Ecoffois ) enfin pleinement convaincuëpar la lecture d'un livre où l'herefie forcée dans fes derniers retranchemens , fe trouve accablée fous le poids 46 MERCURE immenfe de l'éternelle verité(c'eft un Traité écrit en Langue Flamande contre les Miniftres de BofLeduc ) elle fe declara àfes Confi dens : Catholique dans le cœur , il ne manquoit àfaparfaite converfion qu'uneprofeffion publique. Réjouiffez- vous , s'écria le Prelat en cet endroit , Anges du Ciel, la Brebis égarée eft fur les épaules du Pafteur ; la dragme perduë eſt retrouvée ; l'enfantprodigue va revenir dans la maiſon paternelle. Il fit enfuite un éloquent détail des combats interieurs que la Princeffe eut à foûtenir pour manifeſter ſa GALANT 47 1 que creance. Latendreffe paternelle , les préjugez , & les liens l'éducation luy avoit formez dans Lafamilles les hommages les deferences refpectueufes qu'unepuifSante Republique luy rendoient ; la note d'ingratitude qu'elle alloit encourir ; le regret de l'avoir efti mée prendre la place de l'eftime qu'on a eu pour elle; foûtenirfeu · le contre tous une Religionprofcrite décriée, fefaire de tous ceux qu'elle connoiffoit & qu'elle aimoit fes plus implacables ennemis. Quelle tentation ! quelle épreuve ! fondez vous icy, Grands dumonde , s'écria l'éloquent Prelat , 48 MERCURE interrogez vos cœurs nous dites quels efforts il en coûteroit à voftre Foy, fi au préjudice des plus forts des plus anciens engagemens ;ft au préjudice des liaifons les plus tendres ; jîau préjudice de vôtrefortune & de vôtre gloire ; fi au préjudice des plus flatteufes efperances elle avoit à fe declarer.... Une tentation encore plus forte s'éleva , la crainte de déplaire à une Mere Angufte qu'elle aimoit uniquement & dont elle eftoit tendrement aimée , qui faifoitfeule toutefajoye , &dont elle eftoit reciproquement la plus douce confolation ; cette crainte formée GALANT 49 formée par les plus nobles & les plus religieuxfentimens luy deffendoit de fe découvrir : elle fe défia d'elle - même ; elle apprehendoit deftre trahie par fa propre tendreffe ; elle redoutoit des larmes puiffantes; elle craignoit une douleur refpectable & n'ofant s'expofer à un combat trop inégal , elle fermapour lapremierefois defa vie à la Reinefa mere lefanctuaire de fon cœur.... Mais une voix evangelique luycriafans ceffe que quiconque ne haïfſoit pas fon pere & fa mere ne pouvoit eftre Difciple de Jefus Chrift. La Princeffe fe réveilla à cette Janvier 1710. E So MERCURE voix, penetrée de cette importante maxime, fit taire la nature pour n'entendre que la Grace & quoy qu'il en puft coûter à fon cœur , elle s'arracha par une fuite genereufe du fein de la Reine pour Je réunirà l'Eglife. Ce Prelat fit enfuite le détail de la fuite de cette Princeffe , qui déguiféc traverfa toutes les rues de la Haye, & fans aucun fecours ny aucune des précautions que la prudence peut fuggerer en pareille occafion , arriva à Anvers où elle fe jetta dans les Carmelites Angloifes. Le détail de cette fuite fut fuivi de GALANT 51 1 celuy de la defolation où fe trouva la Cour de Boheme , touchant l'éclypfe de la Princeffe , & fur tout aprés qu'on en cut reconnu le motif par un billet trouvéfur la toilette, & où eftoient écrits ces mots: Je paffe en France pour me faire Catholique merendre Religieufe ( paroles courtes , s'écria MrdAlet) mais admirables , dignes d'eftre tranfmifes à la pofteri té dans les Annales de l'Eglife , paroles marquées dufceau de l'Ef prit de Dieu qui les a dictées qui refpirant cette noble fimplicité de l'Evangile qui ne connoift ny E ij 52 MERCURE de déguisement , ny artifice , font un miroirfidelle de la candeur lapureté du cœur de la Princeffe qui les a écrites..... Aprés s'eftre affermie , ajoûta - t - il , de plus enplus fous la conduite d'un Miniftre habile & fidelle ( un Pere Jefuite) quicomme un autre Ananie , luy ouvrit deplus en plus les yeuxfur la verité de nos Myfteres , elle renonça publiquement à l'Herefie , qu'elle avoit depuis long-temps abjurée dansfon cœur. Il parla enfuite de fon exactitude fur les moindres pratiques de la Religion Catholique. Point de doutes inquiets , GALANT 53 dit-il , point de curiofité indifcrette , point d'orgueilleufe fingularité ; respectant jufques dans les moindres Ceremonies l'autorité de l'Eglife , toutluyenparoiftgrand, tout luy en paroift auguste. elleParlant cutduitedu defir qu fe confacrer à Dieu dans la Religion , il rapporta ſon voyage en France , & dit qu'elle fut reçue à Rouen par Edouard Prince Palatin fonfrere. Vous diray-je , s'écria-t - il , quels furent les tranfports de leur mutuelle amitié , qui formée par les plus purs fentimens de la nature empruntoit de nouvelles forces de E ij 54 MERCURE la conformité de Religion ? ( ce Prince ayant abjuré la Religion Proteftante) vousreprefenteray je les tendres mouvemens de fon cœur, lorfquepaffantpar la Royale Abbaye de Maubuiffon , elle embraffa les trois Princeffes fes nieces , Marie-Loüife Princeffe de Salms , AnnePrinceffe de Condé , devant qui Mr d'Alet pare loit , Benedicte de Brunswick, mere de l'Imperatrice & de la Ducheſſe de Modene; &que dans leurs vertus naiffantes elle appergutpar un heureuxpreffentiment , tout ce que l'Europe en devoit attendre , non-feulementpour le bon- GALANT 55 heur des Etats où la Providence les deftinoit mais plus encore pour lagloire & l'édification de l'Eglife. gue Il fit enfuite un éloge court, mais vif , d'Anne de Gonzaleur mere, & belle-four de Me de Maubuiffon. Enfin dit- il , la Princeffe arrivée à la Cour fut prefentée au Roy par Henriette-Marie de France , Reine d'Angleterre , Princeffe plus celebre par lagrandeur defon courage que par la fingularité de fes malheurs. Ce Prince , en parlant du Roy , joignant aux bien-faits l'accueil le plus gratieux , fit conE iiij 56 MERCURE noiftre par ce noble effai defa bondefa liberalité Royale qu'il té feroit deformaisle Protecteur, & lazile des Princes perfecutez pour laJustice, &que malgré la duretédes temps les plus difficiles il leur fourniroit du fonds de fes propres befoins dequoy foutenir avec éclar la majesté des Rois & l'honneur de la Religion. La Prin ceffe fe retira enfuite à la Vifitation de Chaillot auprés de la Reine d'Angleterre fa tante , & aprés y avoir affermifa vocation pendant une année , elle alla fe renfermer àMaubuiffon. Mr d'Alet commença faſe- GALANT 57 conde Partie par une peinture de l'état Monaftique, qui fut vi ve & touchante & qu'il finis par ces paroles : quel prodige de voir une Princeffe de 36. ans qui joignoit à la noble fierté qu'elle avoit puifée dans fon fang, un efprit folide & élevé ; & qui accoûtumée aux douceurs d'une Courflatenfe voyoit l'obeiffance courir au-devant d'elle de la voir , dis-je ,fe plier tout d'un coup àdes obfervancesfi penibles ; courir à fon tour au devant de L'obeïſſance , & oublier ce qu'elle eftoit néepour defcendre à ce qu'il yadeplus bas er de plus humi1 58 MERCURE Veut liant dans la Religion ; en vain une Sage Abbeſſe ( Catherine Angelique d'Orleans ) ménager une foy naiffante & épargnerà un temperament délicar ce que la Religion à de trop auftere ; la Princeffe n'y peut confentir leur charité en cela peu d'accord fe manifefte également dans la Superieure par la prudence & dans la Novice par la ferveur. Il prit à témoin de fa ferveur & de fon exactitude de fon humilité ; & de fes autres vertus Religieufes les Vierges fes compagnes qui luy ont furvécu. рец GALANT 59 Me de Maubuiffon , dit-il , attaquée d'une maladie mortelle & dépofitaire des vœux unanimes de fa Communauté dont tous les regards eftoient fixez fur la Princeffe , écrivit au Roj pour luy reprefenter des vœux fi juftes. Ce Prince , ajoûta-t il , qui dans le choix des Miniftres de l'Eglife a plus d'égard à la grandeur de la vertu qu'à éclat de la naiffance , les trouvant réünis au plus haut degré dans la perfonne de la Princeffe, la nomma à cette a Abbaye choix le bonheur de ce Monaftere ilpropofa àtousceuxdu Royaume affurant par ce noble 60 MERCURL من unmodele duplus fage du plus heureux Gouvernement. L'Orateur , fit enfuite un portrait de la nouvelle Abbeffe dont il oppofa la conduite à celle de quelques autres Abbelfes dont la digniténe fait qu'amollir la vertu ; & aptés les avoir peintes d'aprés le naturel , il s'écria, plut au Cielque ce nefût icy qu'un portrait defantaifie qui ne trouvat point de reffemblance; & ayant encore chargé celuy de la nouvelle Abbeffe de Maubuiffon de nouveaux traits,il le finit ainfi : contente de porter la Croix de Jefus- Chrift, GALANT 61 dans le cœur , elle ne portajamais celle qui eftant dans l'inftitution un fymbole de penitence , eft devenue dans l'opinion des hommes un ornement de dignité : confentant à peine d'eftre la premiere dans le Choeur , elle defcendit de Chaire qui l'élevoit au-deffus des autres pouryplacer l'Image de la Sainte Vierge , ofterpar cette fage conduite à celles qui viendront aprés elle jusqu'à la tentation d'y remonter ; elle effaça elle-mêmefes Armes qu'on avoit peintes à coté d'un Autel , perJonne n'ofant toucher à un monumentfirefpectable ; ce qui don. 62 MERCURE na occafion à l'Orateur de dire , qu'elle fçavoit peindre ; & que dansfes heures de loifir , elle avoit fait un grand nombre de Tableaux dont l'Eglife & fa Maifon font remplies , & qu'elle en avoit donné pluſieurs auxParoiffes , & Communautez voifines. En parlant de fon humilité, il raporta une délicate conceffion qu'elle fit à une autre Abbeſſe , ſur la fimplicité d'une naïve réponfe. Cette Abbeffe voulant venir àMaubuiffon , fit demander à la Princeffe fi elle luy donneroit la droite , Me de GALANT 63 Maubuiffon répondit : depuis que je fuis Religieufe je ne connois ni la droite ni lagauche que pourfairelefigne de la Croix. Un Orateur continua t'il la montrant elle-même dans un portrait fidelle , tout le monde s'y reconnoift , elle feule ne s'y trou ve pas , elle regarde un éloge délicat & détourné comme un innocent moyen pratiqué avec Art pour l'inftruireplus poliment de fes devoirs. Mr d'Alet s'étendit fur les fruits & l'utilité du bon exemple : les hommes, dit il , naturellementportez à l'imitation ne s'ac- 64 MERCURE ! coutument qu'à ce qu'il voyent, &l'obéiffance aux loix penibles rigoureufes par elles - mêmes ne leur devient fuportable & facile qu'autant qu'elles font gardées par ceux mêmes qui les ontfaites. Cela fut precedé d'un détail circonftancié de l'exactitude & de la pureté des mœurs de Me de Maubuiffon ; ce qu'il dit de fa douceur eftoit peint d'aprés le naturel , &il finit cet endroit par ces paroles : cette fage Abbeffe naturellement incapable des foupçons inquiets & des injurieufes défiances qui font plus d'Hypocrites que de Saints GALANT 65 Reg Jaiffoit à fes filles une liberté honnefte qui loin de dégenerer en abus ne fervoit qu'à donner de l'éclat plus de merite à la ferveur. La familiarité avec laquelle elle vivoit avec fes + Religieufes & l'accés qu'elle leur donnoit en tout temps auprés d'elle , fournirent de beaux traits à l'Orateur , mais par quel fecret pensez- vous ajouta t il , qu'elle ait entretenu danscettefainte Maiſon ( Maubuiſſon ) cette auftere regularité qui depuis tant d'années ne s'eft jamais démentie & qui fervant d'exemple aà toutes les CommuJanvier 1710, F 66 MERCURE nautez de fon Ordre , en eft en même temps l'admiration ; cefut parunrare & prudent defintereffe ment une attention particuliere à n'y admettre que des filles d'une vocation éprouvée. Il s'éleva alors contre les maximes de quelques Superieures qui fous le nom tant vanté du bien du Monaftere cachant fouvent une infatiable avarice qui met à prix l'entrée du Sanctuaire , &font un indigne trafic du vœu de pauvreté , & qui jaloufes de fignaler leur Gouvernement par de fuperbes édifices , le font peu de GALANT 67 former des temples vivans au Saint8 Elprit. Le refte fut également fort & foutenu &ce fut undes plus beaux endroits du Difcours. Jamais Traité jamais Convention , ajoutatil , en parlant de Me de Maubuiffon , dans la reception desfujets , elle laiffoit à la difcretion des parens ce que leur tendreffe ou leur charité leur infpiroit & les recevant comme une aumofne elle ne l'exigea jamais comme une dette. Ce qu'elle faifoit pour examiner la vocation des filles fut extraordinaire & éloquemment traité Fij 68 MERCURE & en parlant de fon amour pour les Pauvres , il poursuivic de la forte: dans une année de calamité dont le trifte fouvenir dureroit encore , s'il n'eftoit étouf fé fous lepoids d'une calamitéprefente , plus longue & plus rigoureufe, Mde Maubuiffonfe trou vaaffiegée parune infinité de malheureuxque lafaim, lanudité,les maladies , plus encore la répu tation de ce charitableMonafterey attiroientde toutes parts ; lesfonds prefque épuifez, &fa Communauté prête à tomber dans l'indigence qu'elle avoit voulu faire éviter aux autres , elle voit croî- GALANT 69 tre toutd'un coup les reffources & cette providence aux promeffes de qui elle avoit eftéfidelle foutenir fa Communautéallarméefans que les paurores ceffaffent d'eftre fecourus , ce qui donna lieu à M d'Alet de s'élever avec force contre les riches avares qui fe refuſent aux befoins connus • d'une mifere prefente pour prévenir les befoins incertains d'une mifere à venir. Cet endroit fur fort applaudi , & à l'occafion des vœux que M de Maubuiffon faifoit con. tinuellement pour l'extirpation de l'Herefie , & la part 70 MERCURE qu'elle prenoit aux malheurs de ceux qui errent dans la foy, l'Orateur dit qu'elle redoubloit chaque jour fes prieres & fes vœux pour la Perfonne Sacrée du Roy. L'Herefie vaincuë par fes bontez & profcrite parfapuiffance , les Nouveautez confonduës ; la Veritéprotegée , la Pieté en honneur ; la Religion affife avecluy fur le Trône ; ces merveilles toujours prefentes àſon efprit , luy faifoient compter les triomphes de la Foy par les jours de Louis le Grand, e fa charité en cela d'accordavec fa reconnoif fance , luyfaifoit un devoirpar- GALANT 71 ticulier & perfonnel d'implorer fans ceffe de nouvelles Benedictionsfurfon regne & de demander à Dieu la confervation d'un Prince fi cher à fes fujets , & fi neceffaire à l'Eglife. A des vœux fi legitimes &fi faints , continua l'eloquent Prelat , fe joignoit un zele ardent pour les Princes de l'Augufte Maifon Pa latine. Zele qui formépar la tendreffe & la charité unies enfemble, avoit moins pour objet leurs profperitez temporelles , que leur fanctification. Zele glorieufement récompenfe parla converfion d'une grande Princeffe ( Mr l'Evê 72 MERCURE que d'Alet parloit en cet endroit de S. A. R. Madame ) qui dans la place la plus proche du premier Trône du monde , ne s'y fait pas moins aimer parfes rares bontez, qu'elle y eft admirée par le brillant éclat de fes heroiques vertus. Cet endroit fut extrê mement applaudi , & il convenoit d'autant plus de louer ces deux Princeffes , que Madame & M la Princeffe qui eftoir prefente à la Ceremonie , font toutes deux niéces de feuë M de Maubuiffon , & filles de fes deux freres , feu M' l'Electeur Palatin & le feu Prince Edouard. GALANT 73 douard. Ce Prelat finit par un Compliment qu'il fit à M˚ la Princeffe ; par des éloges de la Maifon de Condé , & par un détail de la mort de cette illuftre Abbeffe à laquelleelle s'étoit preparée pendant une maladie de fept ans
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Résumé : Extrait de l'Oraison Funebre de Madame de Maubuisson, non pas de la maniere ordinaire, mais dont la lecture ne doit pas moins attacher & faire de plaisir que feroit celle de l'Histoire la plus curieuse. [titre d'après la table]
L'oraison funèbre pour Louise Hollandine, princesse palatine et dernière abbesse de l'abbaye de Maubuisson, se distingue par son accent sur les faits plutôt que sur l'éloquence. Prononcée par l'abbé Maboul, grand vicaire de Poitiers et nommé à l'évêché d'Alet, cette oraison relate la vie de Louise Hollandine, marquée par des événements remarquables et une conversion religieuse significative. Louise Hollandine était la seconde fille de Frédéric V, électeur palatin et roi de Bohême, et d'Élisabeth Stuart, fille de Jacques Ier, roi d'Angleterre. Son éducation rigoureuse l'avait formée aux valeurs de droiture, de pureté et de compassion. La princesse avait été influencée par des lectures assidues des Écritures saintes et par des ministres, ce qui avait conduit à sa conversion au catholicisme. Cette conversion fut le résultat de réflexions profondes et de rencontres, notamment avec un médecin catholique, et elle dut surmonter des obstacles intérieurs et sociaux pour manifester sa foi. Après sa conversion, Louise Hollandine quitta la Cour de Bohême pour se rendre en France. Elle fut influencée par un ministre jésuite et renonça publiquement à l'hérésie protestante. En France, elle fut reçue à Rouen par son frère, le prince Édouard Palatin, également converti au catholicisme. Elle exprima son désir de se consacrer à Dieu et fut présentée au roi de France par Henriette-Marie de France, reine d'Angleterre. Le roi promit de protéger les princes persécutés pour la justice et la religion. Louise Hollandine se retira ensuite à la Visitation de Chaillot auprès de sa tante, la reine d'Angleterre, avant de s'installer à l'abbaye de Maubuisson. Elle y affirma sa vocation pendant une année avant de devenir abbesse. Malgré son rang noble, elle s'adapta aux observances monastiques avec humilité et ferveur. L'orateur loua sa sagesse, son humilité, son exactitude et sa charité envers les pauvres. Elle maintint une austère régularité dans l'abbaye, formant des 'temples vivants au Saint-Esprit'. Louise Hollandine priait continuellement pour l'extirpation de l'hérésie et la protection de la foi. Son zèle se manifesta également par ses prières pour la famille palatine et pour la conversion de la princesse Madame. La princesse s'était préparée à sa mort pendant une maladie qui avait duré sept ans. L'oraison funèbre se conclut par des éloges à la princesse présente lors de la cérémonie.
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1725
p. 73-77
Mr Dom Joseph Antonio de Amezaga, est fait Chevalier d'Alcantara, dans le grand Convent des Augustins. [titre d'après la table]
Début :
L'Article qui suit doit vous paroistre curieux, le 20. Novembre [...]
Mots clefs :
Joseph Antonio de Amezaga, Espagne, Chevalier de l'Ordre d'Alcantara, Église
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texteReconnaissance textuelle : Mr Dom Joseph Antonio de Amezaga, est fait Chevalier d'Alcantara, dans le grand Convent des Augustins. [titre d'après la table]
L'Article qui fuit doit vous
paroiftre curieux , le 20. Novembre1709. M DomJoſeph
Antonio de Amezaga , natif
de la Ville de Bilbao , dans la
Seigneuriede Bifcaye , fe trouvant enFrance , & ne pouvant
aller en Espagne , fut fait par
difpenfe Chevalier de l'Ordre
Fanvier 1710.
G
74 MERCURE
d'Alcantara en vertu de deux
Patentes du Roy Catholique
Philippe V. comme Adminiftrateur perpetuel Apoftoliquedes trois Ordres Militaires,
Saint Jacques , Calatrava , &
Alcantara , par lefquelles Sa
Majefté Catholique donne
plein pouvoir & permiffion à
tous Commandeurs où Chevaliers Profés d'Alcantara ou
de Saint Jacques , s'il s'en trouve à Paris ou ailleurs , de le faire
& armer en fon nom & par
fonautorité Chevalier de l'Ordre d'Alcantara ; pareille permiffion & pouvoir cftant ac-
GALANT 75
cordé au Prieur des grands Auguſtins de luy en donner l'Habit & la Marque auffi en fon
nom , & par fon authorité ,
avec toutes les folemnirez accoûtumées , la Ceremonie fut
faite dans l'Eglife des grands
Auguftins , où Mr Dom Jofeph Franciſco de Cañas , Chevalier Profés de l'Ordre de S.
Jacques , accompagné du R.
P. Raft , Docteur de Sorbonne , & Prieur deſdits Religieux,
de Mrs Dom Juan de Goyneche, & Dom Piedro de Zuniga ,
Chevaliers de S. Jacques ;
de Dom Jofeph de Amezaga
G ij
76 MERCURE
& de Mr le Maequis de Saint
André, Chevaliers de Calatrava, & de Mr le Comte deCaf
telblanco , Chevalier d'Alcantara , revêtus de leurs grands
Manteaux blancs de l'Ordre ,
fit & arma Chevalier d'Alcantara ledit Afpirant Dom Jofeph Antonio de Amezaga ,
fuivant les Statuts & Regle
mens de l'Ordre , aprés qu'il
eut fait tous les fermens qui fe
pratiquent en pareille occafion ; le tout en prefence de
tous les Religieux affemblez
dans leur Eglife à cet effet.
Aprés cette Ceremonie Mrs
*
GALANT 77
*
,
&
DomJofephdeAmezaga, Dom
Juan de Goyneche & le Comte de Caftelblanco attacherent
les Eperons à l'Afpirant , &
Mr Dom Joſeph Franciſco de
Cañas luy mit l'Epée au cofté ,
enfuite de quoy le P. Raft
Docteur de Sorbonne
Prieur des grands Auguftins ,
luy donna l'Habit & la Marque de l'Ordre , en faifant les
Benedictions & les Oraifons
accoûtumées, &ainfi Mr Dona
Jofeph Antoine de Amezaga
fut fait & armé Chevalier
d'Alcantara
paroiftre curieux , le 20. Novembre1709. M DomJoſeph
Antonio de Amezaga , natif
de la Ville de Bilbao , dans la
Seigneuriede Bifcaye , fe trouvant enFrance , & ne pouvant
aller en Espagne , fut fait par
difpenfe Chevalier de l'Ordre
Fanvier 1710.
G
74 MERCURE
d'Alcantara en vertu de deux
Patentes du Roy Catholique
Philippe V. comme Adminiftrateur perpetuel Apoftoliquedes trois Ordres Militaires,
Saint Jacques , Calatrava , &
Alcantara , par lefquelles Sa
Majefté Catholique donne
plein pouvoir & permiffion à
tous Commandeurs où Chevaliers Profés d'Alcantara ou
de Saint Jacques , s'il s'en trouve à Paris ou ailleurs , de le faire
& armer en fon nom & par
fonautorité Chevalier de l'Ordre d'Alcantara ; pareille permiffion & pouvoir cftant ac-
GALANT 75
cordé au Prieur des grands Auguſtins de luy en donner l'Habit & la Marque auffi en fon
nom , & par fon authorité ,
avec toutes les folemnirez accoûtumées , la Ceremonie fut
faite dans l'Eglife des grands
Auguftins , où Mr Dom Jofeph Franciſco de Cañas , Chevalier Profés de l'Ordre de S.
Jacques , accompagné du R.
P. Raft , Docteur de Sorbonne , & Prieur deſdits Religieux,
de Mrs Dom Juan de Goyneche, & Dom Piedro de Zuniga ,
Chevaliers de S. Jacques ;
de Dom Jofeph de Amezaga
G ij
76 MERCURE
& de Mr le Maequis de Saint
André, Chevaliers de Calatrava, & de Mr le Comte deCaf
telblanco , Chevalier d'Alcantara , revêtus de leurs grands
Manteaux blancs de l'Ordre ,
fit & arma Chevalier d'Alcantara ledit Afpirant Dom Jofeph Antonio de Amezaga ,
fuivant les Statuts & Regle
mens de l'Ordre , aprés qu'il
eut fait tous les fermens qui fe
pratiquent en pareille occafion ; le tout en prefence de
tous les Religieux affemblez
dans leur Eglife à cet effet.
Aprés cette Ceremonie Mrs
*
GALANT 77
*
,
&
DomJofephdeAmezaga, Dom
Juan de Goyneche & le Comte de Caftelblanco attacherent
les Eperons à l'Afpirant , &
Mr Dom Joſeph Franciſco de
Cañas luy mit l'Epée au cofté ,
enfuite de quoy le P. Raft
Docteur de Sorbonne
Prieur des grands Auguftins ,
luy donna l'Habit & la Marque de l'Ordre , en faifant les
Benedictions & les Oraifons
accoûtumées, &ainfi Mr Dona
Jofeph Antoine de Amezaga
fut fait & armé Chevalier
d'Alcantara
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Résumé : Mr Dom Joseph Antonio de Amezaga, est fait Chevalier d'Alcantara, dans le grand Convent des Augustins. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'investiture de Dom Joseph Antonio de Amezaga comme Chevalier de l'Ordre d'Alcantara, le 20 novembre 1709. Né à Bilbao, Amezaga résidait en France et ne pouvait se rendre en Espagne. Il fut nommé Chevalier par dispense en janvier 1710, grâce à deux patentes du roi Philippe V d'Espagne, lui conférant le pouvoir d'administrer les Ordres Militaires de Saint Jacques, Calatrava et Alcantara. La cérémonie eut lieu dans l'église des Grands Augustins à Paris. Dom Joseph Francisco de Cañas, Chevalier Profès de l'Ordre de Saint Jacques, présida l'événement, accompagné de plusieurs autres Chevaliers. Après les serments requis, Amezaga fut fait et armé Chevalier d'Alcantara. Les Éperons lui furent attachés par Dom Joseph de Amezaga, Dom Juan de Goyneche et le Comte de Castelblanco, tandis que l'Épée lui fut remise par Dom Joseph Francisco de Cañas. Le Père Rast, Docteur de Sorbonne et Prieur des Grands Augustins, lui remit l'Habit et la Marque de l'Ordre, accompagnés des bénédictions et prières habituelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1726
p. 77-81
Portrait d'un honneste homme. [titre d'après la table]
Début :
Je vous envoye le Portrait d'un parfaitement honneste-homme [...]
Mots clefs :
Portrait, Honnête homme, Salut, Vertus héroïques, Énigme, Deviner
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait d'un honneste homme. [titre d'après la table]
Je vous envoye le Portrait
Giij
78 MERCURE
d'un parfaitement honneftehomme; & quoy qu'il puiffe
eſtre appliqué à beaucoup de
perfonnes , on prétend néanmoins qu'il a efté fait d'aprés
nature. Je ne vous en nomme
point l'Original , & vous l'envoye feulement comme une
Enigme à deviner pour avoir
le plaifir de voir fi dans les
noms que l'on m'enverra ,
l'Original fe trouvera. Ce fera
faire honneur à ceux que l'on
nommera , & quand ce portrait n'auroit pas efté fait d'aprés eux, ce fera une marque
qu'ils luy reffembleront beaucoup.
1
GALANT 79
toutes les digni
Préfererfon falut à toutes les
Couronnes &
tezdu monde ; aimerla verité es
dérefter toutce qui aproche de l'erreur; fe déclarer ennemy de l'impieté de l'hypocrifie & du
menfonge ; avoirpour guide dans
fes actions , la Foy, l'Esperance,
la Charité; adorer avec humilité les œuvres de Dieu que
l'efprit humain ne peut comprendre; porter à l'Agneau fans tache immolé fur l'Autel des vœux
finceres , des penfees pures &
des affections Spirituelles ; renoncer àfes defirs , & à fes inclinations ; trouver dans laparfaite
a
G iiij
80 MERCURE
es
foumiffion aux ordres de Dieu ,
une paix veritable une
folide confolation ; méprifer les
faux plaifirs du fiecle & goûter
paravance lesdouceurs dufouverain bien avant que d'en avoir
la poffeffion ; mettre fes délices
dans la priere , dans le recüeillement dans la retraite ; rendre
fa vie conforme à fa créance ;
fuir la moindre aparence du mal
purifier fes fautes par une
fevere penitence ; eftre humble
fans baffeffe fimplefans fuperfti
tion , exact fans fcrupule &fublimefans prefomption ; conduire
fa langue avecprudence ; obferver
GALANT 8r
la Loy du Seigneur dans toute
fan étendue ; fe retrancher de fon
• neceffaire pour fecourirles Pauvres dans leurs preffans befoins ;
pardonnerà fes ennemis rendre
le bien pour le mal; fe nourrir du
paindes Anges pourfe fortifier
fe difpofer au voyage de l'éternité; attendre avec vigilance
avec joye la diffolution de fon
corpspourfe réunirà Dieu ; gémir
comme étranger fur la terre' ;
foupireraprés le celefte patrie ; &
acquerirpardes vertus Heroïques
les récompenfes éternelles. C'eft
remplir les devoirs de l'honnefte
homme, &du veritable Cheftien
Giij
78 MERCURE
d'un parfaitement honneftehomme; & quoy qu'il puiffe
eſtre appliqué à beaucoup de
perfonnes , on prétend néanmoins qu'il a efté fait d'aprés
nature. Je ne vous en nomme
point l'Original , & vous l'envoye feulement comme une
Enigme à deviner pour avoir
le plaifir de voir fi dans les
noms que l'on m'enverra ,
l'Original fe trouvera. Ce fera
faire honneur à ceux que l'on
nommera , & quand ce portrait n'auroit pas efté fait d'aprés eux, ce fera une marque
qu'ils luy reffembleront beaucoup.
1
GALANT 79
toutes les digni
Préfererfon falut à toutes les
Couronnes &
tezdu monde ; aimerla verité es
dérefter toutce qui aproche de l'erreur; fe déclarer ennemy de l'impieté de l'hypocrifie & du
menfonge ; avoirpour guide dans
fes actions , la Foy, l'Esperance,
la Charité; adorer avec humilité les œuvres de Dieu que
l'efprit humain ne peut comprendre; porter à l'Agneau fans tache immolé fur l'Autel des vœux
finceres , des penfees pures &
des affections Spirituelles ; renoncer àfes defirs , & à fes inclinations ; trouver dans laparfaite
a
G iiij
80 MERCURE
es
foumiffion aux ordres de Dieu ,
une paix veritable une
folide confolation ; méprifer les
faux plaifirs du fiecle & goûter
paravance lesdouceurs dufouverain bien avant que d'en avoir
la poffeffion ; mettre fes délices
dans la priere , dans le recüeillement dans la retraite ; rendre
fa vie conforme à fa créance ;
fuir la moindre aparence du mal
purifier fes fautes par une
fevere penitence ; eftre humble
fans baffeffe fimplefans fuperfti
tion , exact fans fcrupule &fublimefans prefomption ; conduire
fa langue avecprudence ; obferver
GALANT 8r
la Loy du Seigneur dans toute
fan étendue ; fe retrancher de fon
• neceffaire pour fecourirles Pauvres dans leurs preffans befoins ;
pardonnerà fes ennemis rendre
le bien pour le mal; fe nourrir du
paindes Anges pourfe fortifier
fe difpofer au voyage de l'éternité; attendre avec vigilance
avec joye la diffolution de fon
corpspourfe réunirà Dieu ; gémir
comme étranger fur la terre' ;
foupireraprés le celefte patrie ; &
acquerirpardes vertus Heroïques
les récompenfes éternelles. C'eft
remplir les devoirs de l'honnefte
homme, &du veritable Cheftien
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Résumé : Portrait d'un honneste homme. [titre d'après la table]
Le texte décrit un homme parfaitement honnête, inspiré par un modèle spécifique dont l'identité reste secrète. Cet homme privilégie la galanterie aux dignités mondaines, aime la vérité et s'oppose à l'impiété, à l'hypocrisie et au mensonge. Ses actions sont guidées par la foi, l'espérance et la charité. Il adore les œuvres de Dieu avec humilité, renonce à ses désirs et trouve la paix dans la soumission à Dieu. Il méprise les plaisirs mondains et se délecte des douceurs du souverain bien. Sa vie est conforme à sa foi, et il évite toute apparence de mal, purifiant ses fautes par une sévère pénitence. Humble sans bassesse, simple sans superstition, exact sans scrupule et sublime sans présomption, il conduit sa langue avec prudence et observe la loi du Seigneur. Il se prive de son nécessaire pour secourir les pauvres, pardonne à ses ennemis et rend le bien pour le mal. Il se nourrit du pain des anges pour se fortifier en vue de l'éternité, attendant avec vigilance et joie la dissolution de son corps pour se réunir à Dieu. Il gémit comme un étranger sur la terre et soupire après la patrie céleste, acquérant par des vertus héroïques des récompenses éternelles. Ce portrait illustre les devoirs de l'homme honnête et du véritable chrétien.
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1727
p. 89-97
Premier Article de Marine. [titre d'après la table]
Début :
Je passe aux Articles de Marine, que d'autres vous ont déja [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Marine, Tonneaux, Canons, Equipage
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texteReconnaissance textuelle : Premier Article de Marine. [titre d'après la table]
Je paffe aux Articles de Marine , qued'autres vous ont déja appris ; mais avec moins de
détail que ce que vous allez
lire.
Le Vaiffeau le Saint Louis
appartenant à Mrs de la Compagnie Royale des Indes
Orientalles , eft arrivé au Port
Louis venant de Pondichery
d'où il eftoit party le
Fevrier 1768. commandé par
Mr de Boiffieux , Lieutenant
17.
Fanvier 1710.
+ H
90 MERCURE
& d'autres
de Vaiffeau de Roy. Il a aporté
plus de 5oo. ballots de poivre,
dindigo , de cannes , de benjouin , de muc
marchandiſes precieuſes qu'il
avoit chargées à Pondichery ,
à Bengale , & à la Côte de
Coromandel. Il a paffé aux
Indes par le Cap de Horne
c'eſt une Navigation qui n'avoit point encore eſté entrepriſe.
La Fregate la Rufée commandée par M' Simon Taillefier , & la Trompeuſe par M
Jean Bachelier , de quatre
canons chacune , font rentrées
GALANT 91
·
3
à Calais avec plufieurs ballots
de Pelleteries , & de cuir de
Rouffi , pris fur une Flufte
Hollandoife de soo. tonneaux nommée le Corbeau de
Roterdam , qu'ils avoient enlevée venant de Mofcovie
quoyque fon équipage fut
fortifié de trente foldats qui y
avoient efté mis par le Gouverneur d'Yarmouth avec un
Officier pour la conduire
Londres. Ces deux Corfaires
en amenant cette prife ont
cû le malheur de rencontrer
à la veüe de Calais deux Vaiffeaux de Guerre Anglois de
Hij
92 MERCURE
60. & de 26. canons qui les
ont obligez de l'abandonner :
elle eftoit chargée de 300.
tonneaux de bled , de Pelleteries , de chanvres , & de cuir
de Rouffi.
Le Capitaine Jean l'Eguillon , commandant la Barque
longue la Prompte a amené à
Calais deux rançons l'une de
4000. livres en argent , & une
45. livres fterlin en billets.
Le Vaiffeau du Roy le Sor
lingue , armé en courſe a amené à Saint Malo le Vaiffeau
la Marie de Londres , de 200.
tonneaux chargé de 300.
SCALANT 93
boucauts de fucre , vingt- fix
barils d'Indigo , & de douze
de tefte de clouds de geroffle ,
venant de Montfarra , eftimé
foixante mille livres . La Couronne , autre Corfaire a amené
auffià Saint Malo deux prifes ,
l'unc nommée le Richard Henry de Plimouth , venant de la
Virginie chargée de 350.
boucauts de tabac , l'autre
nommée la Prudence , venant
de la Caroline chargée de
bray de ris & de goudron.
Le Vaiffeau du Roy le Tigre,
arrivé en courfe s'eft battu
contre un Corfaire de Fleffin-
94 MERCURE
gue , de 32. pieces de canon.
Ce Vaiffeau eftoit en compagnie de deux autres qui forcerent de Voille pour avoir part
àl'action mais cepremierCorfaire eftoit déja fi incommodé
qu'il fut obligé de mettre à
la bande & de tirer plufieurs
coups de canon d'affiſtance ;
enforte que fes camarades arriverent fur luy pour le fecourir ; mais inutilement puifqu'on a appris qu'il a coulé
bas. Les Corfaires Fleffingois
ont efté malheureux pendant
le cours de l'année derniere
M' Saus , commandant les
GALANT 95
Vaiffeaux du Roy l'Augufte ,
& le Blakwal , en ayant pris
encore nouvellement , deux
l'un nommé la Dianne , de
36. canons , tout neuf tresbeau & d'un pont avec deux
gaillards. Il avoit 300. hommes d'équipage & il avoit
mieux aimé s'échouer fur la
cofte de Nieuport que de fe
鲞
l'autre eſt laiffer prendre
le Faucon , de 28. canons &
de 200. hommes d'équipage ;
le premier a efté relevé de la
colte ; & ces deux Vaiffeaux
ont eſté amenez à Dunkerque.
M'
Vandebruce comman
96 MERCURE
une
dant un petit Corſaire de Calais de fix canons , a pris u
Flutte Hollandoife , chargée
de mats ; & de graine de lin
venant de Riga eftimée 70000.
livres.
Un autre Corfaire a amené
à Dunkerque , une prife venant de Lille de Fayal , chargée
de 300. caiffes de fucre , chaque caiffe pefant douze mille
livres eftimée cent mille francs.
La Fregatte la Victoire ,
conduit au Havre , une prife
ftimée cent mille livres ; elle
eft chargée d'eftain , de cacao ,
de draps , de harangs , &
a
d'autres
GALANT 97
d'autres Marchandiſes.
M Blanque commandant
la Fregatte du Roy le Zephire,
prit le trois Decembre entre
Qüellant &
Sorlingue un Brigantin de 40. tonneaux venant
de Bafton , chargé de molüe
verte & feche , d'huille de
baleine , &de Pelleteries.
Le 22. du même mois eftant
fur le Cap Lezard il prit auffi
un Navire Anglois de 250.
tonneaux venant de la Virginie chargé de 532. boucauts
de tabac cftimé 85. mille
livres
détail que ce que vous allez
lire.
Le Vaiffeau le Saint Louis
appartenant à Mrs de la Compagnie Royale des Indes
Orientalles , eft arrivé au Port
Louis venant de Pondichery
d'où il eftoit party le
Fevrier 1768. commandé par
Mr de Boiffieux , Lieutenant
17.
Fanvier 1710.
+ H
90 MERCURE
& d'autres
de Vaiffeau de Roy. Il a aporté
plus de 5oo. ballots de poivre,
dindigo , de cannes , de benjouin , de muc
marchandiſes precieuſes qu'il
avoit chargées à Pondichery ,
à Bengale , & à la Côte de
Coromandel. Il a paffé aux
Indes par le Cap de Horne
c'eſt une Navigation qui n'avoit point encore eſté entrepriſe.
La Fregate la Rufée commandée par M' Simon Taillefier , & la Trompeuſe par M
Jean Bachelier , de quatre
canons chacune , font rentrées
GALANT 91
·
3
à Calais avec plufieurs ballots
de Pelleteries , & de cuir de
Rouffi , pris fur une Flufte
Hollandoife de soo. tonneaux nommée le Corbeau de
Roterdam , qu'ils avoient enlevée venant de Mofcovie
quoyque fon équipage fut
fortifié de trente foldats qui y
avoient efté mis par le Gouverneur d'Yarmouth avec un
Officier pour la conduire
Londres. Ces deux Corfaires
en amenant cette prife ont
cû le malheur de rencontrer
à la veüe de Calais deux Vaiffeaux de Guerre Anglois de
Hij
92 MERCURE
60. & de 26. canons qui les
ont obligez de l'abandonner :
elle eftoit chargée de 300.
tonneaux de bled , de Pelleteries , de chanvres , & de cuir
de Rouffi.
Le Capitaine Jean l'Eguillon , commandant la Barque
longue la Prompte a amené à
Calais deux rançons l'une de
4000. livres en argent , & une
45. livres fterlin en billets.
Le Vaiffeau du Roy le Sor
lingue , armé en courſe a amené à Saint Malo le Vaiffeau
la Marie de Londres , de 200.
tonneaux chargé de 300.
SCALANT 93
boucauts de fucre , vingt- fix
barils d'Indigo , & de douze
de tefte de clouds de geroffle ,
venant de Montfarra , eftimé
foixante mille livres . La Couronne , autre Corfaire a amené
auffià Saint Malo deux prifes ,
l'unc nommée le Richard Henry de Plimouth , venant de la
Virginie chargée de 350.
boucauts de tabac , l'autre
nommée la Prudence , venant
de la Caroline chargée de
bray de ris & de goudron.
Le Vaiffeau du Roy le Tigre,
arrivé en courfe s'eft battu
contre un Corfaire de Fleffin-
94 MERCURE
gue , de 32. pieces de canon.
Ce Vaiffeau eftoit en compagnie de deux autres qui forcerent de Voille pour avoir part
àl'action mais cepremierCorfaire eftoit déja fi incommodé
qu'il fut obligé de mettre à
la bande & de tirer plufieurs
coups de canon d'affiſtance ;
enforte que fes camarades arriverent fur luy pour le fecourir ; mais inutilement puifqu'on a appris qu'il a coulé
bas. Les Corfaires Fleffingois
ont efté malheureux pendant
le cours de l'année derniere
M' Saus , commandant les
GALANT 95
Vaiffeaux du Roy l'Augufte ,
& le Blakwal , en ayant pris
encore nouvellement , deux
l'un nommé la Dianne , de
36. canons , tout neuf tresbeau & d'un pont avec deux
gaillards. Il avoit 300. hommes d'équipage & il avoit
mieux aimé s'échouer fur la
cofte de Nieuport que de fe
鲞
l'autre eſt laiffer prendre
le Faucon , de 28. canons &
de 200. hommes d'équipage ;
le premier a efté relevé de la
colte ; & ces deux Vaiffeaux
ont eſté amenez à Dunkerque.
M'
Vandebruce comman
96 MERCURE
une
dant un petit Corſaire de Calais de fix canons , a pris u
Flutte Hollandoife , chargée
de mats ; & de graine de lin
venant de Riga eftimée 70000.
livres.
Un autre Corfaire a amené
à Dunkerque , une prife venant de Lille de Fayal , chargée
de 300. caiffes de fucre , chaque caiffe pefant douze mille
livres eftimée cent mille francs.
La Fregatte la Victoire ,
conduit au Havre , une prife
ftimée cent mille livres ; elle
eft chargée d'eftain , de cacao ,
de draps , de harangs , &
a
d'autres
GALANT 97
d'autres Marchandiſes.
M Blanque commandant
la Fregatte du Roy le Zephire,
prit le trois Decembre entre
Qüellant &
Sorlingue un Brigantin de 40. tonneaux venant
de Bafton , chargé de molüe
verte & feche , d'huille de
baleine , &de Pelleteries.
Le 22. du même mois eftant
fur le Cap Lezard il prit auffi
un Navire Anglois de 250.
tonneaux venant de la Virginie chargé de 532. boucauts
de tabac cftimé 85. mille
livres
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Résumé : Premier Article de Marine. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs événements maritimes et commerciaux impliquant des navires français. En février 1768, le vaisseau le Saint Louis, appartenant à la Compagnie Royale des Indes Orientales, est arrivé au Port Louis en provenance de Pondichéry, commandé par M. de Boiffieux. Il transportait plus de 500 ballots de poivre, d'indigo, de cannes, de benjoin et de muc, chargés à Pondichéry, au Bengale et sur la Côte de Coromandel. Le Saint Louis a emprunté une route inédite en passant par le Cap de Horn. Les frégates la Rufée et la Trompeuse, commandées respectivement par M. Simon Taillevier et M. Jean Bachelier, ont capturé une flûte hollandaise nommée le Corbeau de Rotterdam, chargée de pelleteries et de cuir de Russie. Cependant, elles ont dû abandonner leur prise face à deux vaisseaux de guerre anglais près de Calais. Le capitaine Jean L'Eguillon a ramené à Calais deux rançons, l'une en argent et l'autre en billets. Le vaisseau du roi le Sorlingue a capturé le vaisseau la Marie de Londres, chargé de sucre, d'indigo et de girofle. La Couronne a également ramené deux prises à Saint-Malo : le Richard Henry de Plymouth, chargé de tabac, et la Prudence de la Caroline, chargée de brai de riz et de goudron. Le vaisseau du roi le Tigre s'est battu contre un corsaire de Flessingue et a coulé après avoir été secouru par deux autres vaisseaux français. Les corsaires français ont également capturé deux navires anglais, la Diane et le Faucon, près de Nieuport. D'autres prises notables incluent une flûte hollandaise capturée par un corsaire de Calais, commandé par M. Vandebruce, et une prise venue de Lille à Fayal, chargée de sucre. La frégate la Victoire a ramené une prise estimée à cent mille livres au Havre, chargée d'étain, de cacao, de draps et d'autres marchandises. Enfin, la frégate le Zéphire a capturé un brigantin et un navire anglais chargé de tabac près du Cap Lizard.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1728
p. 97-153
Premier Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Vous trouverez beaucoup de faits curieux dans l'Article [...]
Mots clefs :
Mort, Nicolas Lair, César Egasse du Boulay, Bernardin de Piquigny, Gomer de Lusancy, Père Violet, Pierre Eon, Du Peray, Gilles Brunet, Deshayettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Premier Article des Morts. [titre d'après la table]
ous trouverez beaucoup
Fanvier 1709.
I
98 MERCURE
de faits curieux dans l'Article
que vous allez lire. Vi
Maître Nicolas Lair , un
des premiersSuppôts de l Univerfité de Paris , eft mort âgé
de 85. ans , fans s'eftre jamaisfervi de Lunettes. Il eftoit
Doyen de la Nation de Normandie , & le plus ancien des
Doyens du Corps de l'Univerfité. Il y avoit efté aggregé en
1650. & s'y eftoit acquis par
fon travail une reputation
d'homme confommé dans les
belles Lettres , &
principalement dans l'éloquence qu'il
avoit profeffée jufqu'à 1682 .
THEQUE
O
LYON
DELTELA VILLE
THEQUE
QUE
DELE
TON
GALANT
au College d'Harcourt on
il avoit efté l'éleve fous le ce
lebre M Pierre Padet , & ou
il avoit plufieurs fois exercé
pendant la Regence , la Charge de Prieur des deux Maiſons
de Theologie & des Arts. Il a
poffedé les premieres dignitez
de fa Nation, fçavoir celles de
Procureur & de Cenfeur , & il
a cu la gloire de fe voir élevé
pendant deux années à la premiere place de l'Univerfité. En
1669. il cût l'avantage, eftant
Recteur, d'haranguer à la tefte
de cet illuftre Corps , le Roy
dans le Palais du Louvre , la
I ij
100 MERCURE
Reine , la Reine d'Angleterre, Monfeigneur le Dauphin,
Monfeigneur le Duc d'Anjou,
en preſentant à leurs Majeſtez,
& aux Princes du Sang , des
Cierges le jour de la Chandeleur. Il harangua à l'Hoſtel de
Condé , feue S. A. S. Monfieur le Prince Le Recteur harangue toujours en François
le Roy & les Princes , & ils
répondent ordinairement en
la mefme Langue. Monfieur
le Prince luy répondit en Grec;
mais toute la Cour ne fut pas
moins furprife que ce Prince,
d'entendre fur le champ le
GALANT 1of
Recteur faire fon Eloge , en
luy repliquant auffi en Grec,
que la France eftoit glorieufe de
renfermer dans fon fein unHeros
qui faifoit revivre l'ancienne
Grece , à quoy il ajouta beaucoup de chofes qui rendoient
ce Prince l'admiration de fon
fiecle. Mr le Prince jugeant
par là du grand merite & du
grand fçavoir de Maître Nicolas Lair , oublia fon rang,
& en traverfant fon appartement , il le conduifit jufqu'à.
l'efcalier , en luy donnant des
marques de fa bien veillance,
accompagnées de beaucoup de
I iij
102 MERCURE
loüanges. Tous ceux qui ſe³
trouverentprefens furent d'autant plus furpris de ce qui fe
paffa en cette occafion , que
peu de gens parlent en Grec
fur le champ fur toutes fortes
de fujets , & que ce que l'on
appelle fçavoir le Grec , n'eft
que le fçavoir expliquer , ou
dire des chofes que l'on a travaillées avec application , &
non répondre avec la mefme
facilité l'on feroit en d'au- que
tres Langues fur toutes fortes
de matieres.
En 1679. le 20 Juin , il·
cut encore l'honneur de por-
GALANT 103.
"
ter la parole au nomde l'Univerfité , & d'haranguer le Roy
à faint Germain en Laye fur
la Paix que Sa Majesté venoit
d'accorder à toute l'Europe: Ec
le 7. Septembre fuivant , il
complimenta au Palais Royal,
en cette mefme qualité de Recteur , Mademoifelle , fille de
Monfieur Frere unique du
Roy , fur fon mariage avec le
Roy d'Espagne ; & dans la
melme année , le College des
Jacobins de la rue S. Jacques
luy dédia par un de fes Etudians une Theſe , comme au
Chefde la premiere Univerſité
du monde.
I iiij
104 MERCURE
Aprés la mort de Me Cefar
Egaffe du Boulay , Greffier &
Hiftoriographe de l'Univerfr
té, la Faculté des Arts luy don
na la Charge de Greffier qu'il
a exercée pendant 28. ans avec
toute l'application qu'on avoit
attendue de luy. Il s'en démit
volontairement en 1706. en
faveur de Me Pierre Viel alors
Recteur , & qui eftoit de la
mefme Nation de Normandie,
afin de finir fes jours avec plus
de tranquilité. Feu Mr Col
bert avoit autrefois jetté les
yeux fur luy , pour le placer
auprés de Mrs fes enfans ; mais
GALANT 105
preferant l'étude de fon Cabinet à un employ où il falloit
partager fontems, il le remercia du grand avantage qu'il
vouloit bien luy offrir . Un fi
grand merite , & toutes les
Charges qu'il a dignement
remplies , luy ont fait donner
des marques de diftinction , &
mefme aprés la mort.
Deux jours aprés, la Faculté
des Arts fe rendit au College
d'Harcourt pour honorer les
funerailles avec toute la pompe dont elle eft reveftue. Les
deux Bedeaux de la Nation de
Normandie , portant
leurs
106 MERCURE
Maffes couvertes de crêpe ,
marchoient devant le Corps.
Quatre anciens Recteurs avec
le Chapperon violet doublé
d'hermine , tenoient les quatre coints du Poil , fur lequel
on voyoit les Ecuffons de la
Nation de Normandie , qui
font de Geules à deux Leopards l'un fur l'autre lampaffez d'azur. Le Recteur reveftu
du Manteau violet, de fa Chappe d'hermine , & de la Bourfe
Rectorale, marchoit aprés,precedez de fix Maffiers. Les quatre Procureurs des quatre Nations , en robbes rouges dou-
GALANT 107
blées d'hermine l'accompagnoient . On y voyoit enfuite les Profeffeurs du College
d'Harcourt en robbe avec le
Chapperon & le Bonnet quarré, fuivis d'un grand nombre
de perfonnes de l'Univerfité &
de la Ville. Quelques jours
aprés la Nation de Normandie
luy fit un Service dans la Chapelle du College d'Harcourt
où elle s'affemble ordinairement , avec toute la folemnité
qu'elle a coûtume d'obſerver
à la mort de fon Doyen , où
Me François Guenon , Licencié en Theologie , Profeffeur
108 MERCORE
Philofophie , & maintenant
Doyen de la Nation tion
officia
avec
les ceremonies
ordinaires.
On he peut affez regretter
le PereBernardin de Piquigny ,
Capucin du Convent du Marais ; c'étoit un Religieux d'un
vray merite , qu'une pieté rare,
& one vertu folide , foûtenuë
d'un air toûjours modefte &
majestueux rendoient également aimable & refpectable ;
& on peut dire que fon Ordre
a perdu en fa perfonne un de
fes meilleurs fujets , l'Eglife un
excellent Theologien , & la
GALANT 109
ans
Republique des Lettres une de
fes meilleurs plumes. De 76.
dont il étoit âgé , il en a
paffé prés de 60. enfon Ordre,
tant dans les emplois de Profeffeur & de Superieur , dont
il s'eft toûjours acquité avec
beaucoup de fageffe & de capacité , que dans la conduite des
confciences , & dans la compofition de plufieur's beaux Ouvrages qu'il a donné au Public.
Il s'eft fur tout diftingué par fa
triple expofition latine des Epiftres de faint Paul , Ouvrage
generalement eftimé , non feulement des Prélats & des Theo-
110 MERCURE
logiens de France , mais auffi
de toute l'Eglife , & du Pape
même, quia dirplufieurs fois à
la louange de cet Auteur : Que
peu de perfonnes avoientpris auffibien que luy l'efprit defaint Paul.
Il ne vouloit pas en reſter à ce
feul chef d'œuvre, &il eft mort,
pour ainfi dire , la plume à la
main en achevant de compofer par ordre de fa Sainteté un
Commentaire fur les quatre
Evangeliftes , qui ne diminuera rien de cette haute réputation que le premier luy a acquife.
MN...Gomerde Lufan-
IGALANT
cys, Preftre Docteur de la
Maifon & Societé de Sorbonne Abbé de Nôtre- Dame de
Vertus , ancien Chanoine &
Archidiacre de Meaux , eft
auffi decedé. Cet Abbé étoit
d'une naiffance diftinguée ; il
étoit proche parent de Monfieur le Cardinal de Noailles ,
& il étoit petit Neveu des
Grands Maîtres de Malte de
Vignacour , & il dedia même
au dernier mort feulement
depuis quelques années, une de
fes Thefes de Sorbonne. La
Maiſon de Gomer Lufancy
eft de Picardie , elle eft alliée à
,
112 MARCURE
de
celle de Mailly , de Bouflers ,
d'Ailly , d'Auxi , & autres do
cette qualité de la même Province. Le frère de cet Abbé,
qui étoit Capitaine aux Gatdes , fut tué à la journée de Seneff . Il laiffa deux fils âgez de
quatre à cinq ans, dont feu Mr
le Duc de Gefvres qui eftoit
auffi allié à cette Maifon , prit
foin; il les fit élever Pages de
la Chambre; ils entrerent enfuite dans le Regiment des
Gardes , & l'aîné fut tué dans
cours de la derniere guerre ; &
le cadet eût le même fort à la
bataille de Ramillies. Il étoit
GALANT 13
Ayde- Major du Regiment des
Gardes , & le Roy l'avoit envoyé en Eſpagne pour dreffer
le Regiment des Gardes de Sa
Majefté Catholique
M. luy donna
pour
,
& S.
en partant ,
l'encourager , un Brevet
de Colonel , la Croix de faint
Louis , & une penfion . S'il cuft
échapé à la journée de Ramillies ilauroit eu uneCompagnie,
& le Roy avoit dit de luy ,
que c'étoit un fujer propre à
être unjour un bon Major.
La Mere de ces deux Meffieurs
fe fit Carmelite à la rue Chapon , il y a environ fix ans •
Fanvier $ 710.
K
114 MERCURE
Evêque de & feu Monfieur
caux prêcha à fa prife d'Ha
bit; elle a efté enfuite tranferée
au Convent de la rue faint
Jacques. Meffieurs de Goumer
de Lufancy , defcendent du
Chancelier Henry de Matle ,
en 1413. & qui avoit eſté pendant neuf ans premier Prefident au Parlement de Paris.
Ce Magiftrat perit en 1418
par la violence &la faction des
Ducs de Bourgogne. Mr l'Abé de Lufancy étoit fort eftiméen Sorbonne , par fa vertu
&
par
fon merite.
Mre Charles de Raouffet
"GADANY 15
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , & Lieutenant de Roy
du vieux Brifac a fubi le
mêre fort. Il avoit longtemps fervi dans l'Infanterie
& il y a eu peu d'occafions
dans le cours de la derniere
Guerre où il ne fe foit trouvé,
& où il n'ait donné des preuves
de fa valeur. Il avoit longtempsferviavec Mr le Comte
de Reignac Brigadier , Commandeur de l'Ordre de Saint
Louis , & aujourd'huy Commandant dans la même place
dont Mr de Raouffer , eftoit
Lieutenantde Roy; la fortune
Kij
116 MERCURE
s'eftant plû a réunir dans un
même lieu deux Officiers de
diftinction qui avoient fervi
une partie de leur vie enfemble & qui eftoient liez depuis
leur premiere jeuneffe par une
tendre & fincere affection . Mr
de Raouffet dont je vous
aprens la mort eftoit affez
proche parent de Mr Raouffer
Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel & attaché depuis
long temps à Mr le Cardinal
deBouillon, & ils eftoient d'une
ancienne famille originaire de
Champagne ; & connue dans
le Royaume depuis le regne
GALANT 17
de Philippes de Valois. Elle a
produit de celebres perfonnages dans l'Eglife, & dans la profeffion Militaire. Sous le regne
d'Henry III. un celebre Predicateur de ce nom & qui
eftoit de l'Ordre de Saint Benoift , fe diftingua à la Cour
par fon zele contre ceux qui
favorifoient fecretement les
nouvelles opinions ; & il arrêta
parefa fermeté Apoftolique
plufieurs perfonnes qui commençoient à fe déclarer & à
foutenir les nouveaux Heretiques.
MreN...de Thelis- Valor-
1,8 MERCURE
ges, Religieux & Hoſtellier de
l'Abbaye de Savigny , où il
n'entre que des perfonnes d'une naiffance diftinguée , y eft
mort à la fleur de fon âge. Il
eftoit frere de Mr.l'Abbé de
Valorges , Abbé del If barbe
une des plus belles Abbayes de
Royaume,& proche parent du
feu Pere de la Chaife ; fon metite & fes talens le rendoient
encore plus confiderable parmi
fes Confreres , & tous ceux
qui le connoiffoient . Il entendoit parfaitement les affaires
Ecclefiaftiques , & il feroit dif
ficile de trouver quelqu'un qui
GALANT 19
fut plus verfé que luy dans la
Jurifprudence Canonique:
+ - La Maifon de Thelis eft
originaire d'Angleterre, & elle
eft établie en France dés le
temps de Saint Louis ; Hugues
de Thelis dont tous ceux qui
portent aujourd'huy ce nom ,
defcendent , vivoit en 1260.
Guillaume de Thelis fon arriere-petit fils , fut Chanoine &
Comte de Lyon ; & Guichard
de Thelis petit neveu de ce
Comte,époula Jeanne de Fouldras Courcenay, d'une illuftre
famille , dont il y a encore aujourd'huy deux Comtes dans
120 MERCURE
+
l'Eglife de Lyon. Jean de Thelis Seigneur de Farges & de
Cornillon , qui époufa Marie
de Puttcy , fœur de Jeanne de
Puttey époufe de Guillaume
de Vitry , d'une des plus grandes Maifons de Savoye, fortit
de ce mariage , & fut grand',
pere d'Antoine de Thelis , Ecuyer du Duc de Bourbon , à
quiil rendit degrands & fignalez fervices ; cet Antoine , un
des plus grands guerriers de
fon temps , époufa Huguette
de Saint Romain, fille de haut
& puiffant Seigneur Pierre de
Saint Romain , Chevalier Seigneur
GALANT · 121
gneur de Larcy , & de Claude
de Thalaru , niece des deux
Cardinaux de Talaru , Archevêques de Lyon. Une fille unique fortie de ce mariage époufa Louis d'Angerolles , Seigneur de Commiers en Forez.
Guillaume de Thelis fon frere
& Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem , quitta la
Croix & époufa Françoife de
Rougemont , d'une illuftre famille qui eft éteinte à prefent
& qui a donné plufieurs Comtes à l'Eglife de Lyon. Les
defcendans de Guillaume
eftant entrez dans la Robbe
Fanvier 1710. L
122 MERCURE
en eurent les premieres Charges dans les Parlemens de Paris
& de Touloufe. Guichard de
Thelis d'une branche de l'E
pinaffe , avoit époufé dés le
13 ° fiecle Catherine de Talaru , grande tante des Cardinaux dont je viens de parler.
Geoffroy & Eftienne de Thelis fes petits fils furent Chanoines & Comtes de Lyon.
Jean de Thelis leur neveu époufa Catherine de SainteColombe, d'une famille qui a
donné auffi des Comtes à l'Eglife de Lyon , &Antoine leur
petit- neveu eft allié auffi à
GALANT 123
la Maifon de Saint Romain.
Gilbert de Thelis un des plus
grands hommes de C
guerre
du
16 fiecle , leur petit
- neveu
,
époufa
Antoinette
de Damas
,
&par là la Maifon
de Thelis
eft alliée à celle de Thianges
.
C'eftoit
ce Gilbert
de Thelis
qui eftoit Seigneur
de Valorges & qui n'ayant
point d'enfans donna
cette Terre
à Jean
de Thelis
fon neveu
, qui s'étoit fignalé
au ſervice
d'Henry IV. fur la fin du 16° fiecle.
Jean épouſa
Henriette
de SarFon , d'une illuftre Maiſon
,
dont il y a aujourd'huy
deux
Lij
124 MERCURE
Comtes dans l'Eglife de Lyon.
George de Thelis fon petitfils époufa Catherine de Malivert d'une Maifon de Breffe.
Antoine fils cadet de Jean dont
je viens de parler , fit la branche de Valorges au commencement du dernier fiecle. Il fut
ayeul de Mr le Comte de Valorges d'aujourd'huy , & du
Chevalier de Thelis qui fut tué
d'un coup decanon en 1674.
devant le Fort de Sainte Anne
en Comté. Ily a encore de cette illuftre Maifon les branches
de Charnay , de Peiffelay & des
Forges. Milon de Thelis Che-
GALANT 125
valier forma celle de Charnay
au commencement du dernier
fiecle. Il eftoit fecond fils de
Jean de Thelis & d'Arthaude
de Charnay d'une ancienne famille de Franche - Comté. Ils
s'allierent auffi aux Maifons de
Varennes, de Talaru, de ChielGigny : ce Milon fut Colonel
dans les Troupes Françoiſes ,
& fe diftingua dans toutes les
occafions de fon temps. Pierre
de Thelis forma la branche de
Peiffelay en Beaujollois ; il êpoufa Clemence de la Olpilliere. Guillaume de Thelis ,
Chevalier Seigneur des Forges,
Liij
126 MERGURE
forma la branche de ce nom
en 1534.Cette Terre paffaenfuite dans la Maifon de Sarron,
où elle eſt à preſent , & dont
un Comte de S. Jean porte le
nom. Cette beanche s'établit
enfuite dans le Nivernois , où
Marguerite de Thelis avoit
époufé Guillaume d'Orgeres.
Philibert Confeigneur des Forges fe diftingua à la teſte d'une
Compagnie de Lances à la Bataille de Coutras , & le Duc
d'Anjou depuis Roy de France,
fous le nom d'Henry III. luy
donna une gratification confiderable. L'Abbé de Valorges
GALANT 127
qui vient de moutir , n'eft pas
Je feul de fa Maifon qui ait efté
Religieux de Savigny. Hugonin de Thelis l'eftoit auffi dans
le quatorziéme ficcle.
Le Pere Violet de la Compagnie de Jefus , eft mort
dans le Grand College des
Jefuites de la Ville de Lyon.
Il eftoit un des plus grands
Theologiens de faCompagnie;
Il avoit enfeigné la Theologie
Scholaftique ou Pofitive durant 20. ans entiers & avec
une grande reputation. Il avoit
efté auffi Profeffeur en langue
Hebraïque pendant quelques
Liiij
128 MERCURE
années avec beaucoup de fuccés. Ce Pere eftoit auffi
grandCafuifte. On le confultoit de toutes parts , & fes
décifions eftoient toujours
foutenues par celles des plus
grands Theologiens du
Royaume. Nous avons quan
tité de fes Poëfies Latines. Ily
en à quelques unes adreffées à
Mr le Prefident Dugas , à qui
il avoit donné les Principes de
la langue Hebraïque dans
laquelle ce Magiftrat a fait
de grands progrés. Il avoit
fait aufli quelques Differtations fur la Baguette dans le
a
GALANT 139
.
temps que l'homme qui la
faifoit tourner comme il vouloit parut en France , & ces
Differtations furent tres- eltimées. Ce Pere avoit reſolu de
donner un Traité De triplici
anima , c'est- à- dire , fur les
trois fortes d'Ames , la Vegetante , la Senfitive ; & la Raifonnable ; mais fon grand
âge ; & fes infirmitez l'empecherent d'executer ce deffein.
Il eftoit de Seyffel , petite Ville
de Bugey , dont il avoit entrepris de donner l'Hiftoire au
Public , ce qu'il n'a pu executer àcaufe de diverfes occupa-
+
130 MERCURE
tions dont fes Superieurs l'ont
chargé en divers temps. Il
faifoit voir dans cet Ouvrage
que C. Sextius Gouverneur du
Pays des Allobroges pour les
Romains fit baftir Seyffel qu'il
fit appeller Sextellum de fon
nom & quepar abus au lieu de
Sextel on a dit Seyffel. Amé
IV. du nom Comte de Savoye,
accorda , felon cet Auteur , de
grands Privileges à cette Ville.
Onefpere que ceux qui auront
foin des Papiers de ce fçavant
hommedonneront cette Hiftoire au Public qui fera d'autant plus curieufe que Seyffel ,
GALANT 131
a efté le Theatre de la Guerre
de Savoye. Le Pere Violet eft
mort âgéesde 84. ans.
Mr le Marquis de Barbefieres Chevalier de l'Ordre de
faint Louis , Gouverneur de
faint Quentin , Lieutenant General des Armées du Roy, eft
mort dans un âge fort avancé ,
regretté de tous ceux qui le
connoiffoient ; il joignoit à de
longs & anciens fervices rendus
au Roy & à l'Etat, un genie capable des plus grandes affaires.
Il avoit fervi toutefa vie dans
la Cavalerie & à la tête duRegiment qui a long- temps por-
132 MERCURE
té fon nom. Il donna dans le
cours de la derniere guerre, de
frequentes preuves de fon courage & de fon experience dans
la Diſcipline militaire. Il a vêcu
pendant les dernieres années de
fa vie dans la pratiqne des vertus Chrêtiennes & en cela il a
fçû allier ceux de fa Profeffion
avec ceux d'un état qui luy paroift quelquefois affez oppofé. Ce Marquis étoit d'une
ancienne Maifon originaire de
Lorraine , où elle étoit connuë
dés le temps du Duc René II.
dont la vie fut remplie de fi
beaux & de fi grands évene-
GALANT 133
mens.Mrs deBarbefieres poffedoient dans cette Cour les premieres dignitez. Ils pafferent
enfuite en France , lorfque les
Princes cadets de cette Maifon
y vinrent & y formerent la
Branche de Guife , dont toutes
les autres font forties. Depuis
ce temps - là ceux de cette Maifon fe font toûjours diftinguez
dans la profeffion des armes.
Dame N... de la Chaife ,
plufieurs fois Superieure de la
troifiéme Maiſon des Filles de
Sainte Elifabeth , de l'Ordre
de faint François , de la Ville
de Lyon , qu'on nomme vul-
134 MERCURE
gairement Colinettes , à caufe
du bien que feus Mr & Me dé
Coligni ont fait à cette Maifon , y eft morte d'apoplexie ,
agée de 77. ans. C'étoit la feule qui reftoit des freres & des
fœurs du Pere de la Chaiſe. On
a remarquéque ce Pere mourut au commencement de l'année derniere , & que Madame
de la Chaiſe eft morteà la fin ;
c'eſt à dire , dans les derniers
jours de Decembre. La memoire de Madame de la Chaife fera long temps en benediction dans cette Maiſon , à caufe des bons exemples qu'elle y
GALANT 135
a donnez durant une vie affez
longue , & par le bien qu'elles luy a procuré , ayant fait
unir , il n'y a pas encore longtemps , un Prieuré à ce Monaftere Elle étoit fille de feu
Mre Gorge d'Aix, Seigneur de
la Chaife , & de Dame Renée
de Rochefort , & petite fille
Mre N.. de la Chaife, &de N...
de Cotton , fœur du Pere Cotton , Confeffeur d'Henry IV.
Elle étoit auffi fœur de Mr le
Marquis d'Aix , pere de Mr de
Souternon , de Mr le Comte
de la Chaife, pere du Marquis
de ce nom , Capitaine des Gar-
136 MERCURE
2
des de la Porte ; de feu Mr
d'Aix , Abbé d'Ambronay ;
de Mr l'Abbé du But , Abbé
& Prieur de Savigny ; de Mr
l'Abbé de la Chaiſe , nommé
Coadjuteur de Clermont , mais
qui mourut avant d'avoir fes
Bulles, & de feue Madame l'Abeffe de Marcilly. La Maiſon
de la Chaife eft de Forcz.
Mre N... Canau , Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , & cy- devant Vicaire de
la Paroiffe de S. Euftache , eft
mort aprés 11. mois de maladie , dans le cours de laquelle
il a donné de frequentes marI
GALANT 137
par
ques de fa patience & de fa
foûmiffion aux ordres de la
Providence. Il eftoit connu par
rapport au talent qu'il avoit
pour la conduite des ames. Il
dirigeoit plufieurs perfonnes
de qualité , mefme quelques
Princeffes , & il a procuré de
grands biens le zele qu'il
infpircit à ceux dont il gouvernoit les confciences pour
le foulagement des Pauvres. Il
eftoit un des plus habiles Docteurs de la Faculté. Il y a brillé
dans plufieurs ocafions d'éclat.
Mr le Cardinal de Noailles
l'honoroit d'une eftime partiFanvier 1710.
M
138 MERCURE
culiere , & rien ne fait plus
d'honneur à la memoire de ce
Docteur que les regrets detoute la Paroiffe de S. Euftache,
lors qu'il en quitta la conduite ; & ces regrets ont redoublé lors qu'on a appris fa mort.
Mre Elie Camus de Pontcarré, Chevalier non Profés de
l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , eft mort dans un âge fort
avancé , aprés avoir mené une
vie qui a efté l'édification &
l'exemple de tous ceux qui le
connoiffoient. Il eftoit frere
de feu Mr Camus de Pontcarré, Confeiller d'honneur au
GALANT 139
Parlement , & pere de Mr de
Pontcarré , premier Prefident
du Parlement de Rouen. Mes
de Pontcarré , defcendent de
Mfe N... Camus Gentilhomme Lionnois , & leur quatriéme ayeul, qui ayant beaucoup
d'enfans , laiffa aux aînéz les
terres de Fougerolles , de Bagnols & d'Arginis : & c'eft
d'euxque font forties les Bran
ches d'Yvours , d'Aubourg,
Pufignan , Camus Chavanieu,
& Camus de Coindrieu , &
dont le Chef a épousé une
coufine germaine de Mr le
Maréchal de Villars. Mr CaMij
140 MERCURE
mus dontje viens de parler , en
établit les Cadets dans le Parlement de Paris , & il acheta à
l'aîné de ces deux cadets une
Charge de Confeiller au Parlement, qui ne luy coûta alors
que dix mille francs ; c'eftoit
vers le commencement du feiziéme fiecle. C'eft de ce Confeiller que defcendent Mrs de
Pontcarré. Il acheta à l'autre
une Chargé de Maistre des Requeftes , & Mr Camus Evêque
de Bellay , dont il a cſté tant
parlé dans le dernier fiecle , en
defcendoit , & cette branche
finit en ce Prelat. Mr de Pont-
GALANT 135
carré Confeiller d'honneur au
Parlement , laiffa plufieurs enfans , dont deux de fes filles
épouferent des Magiftrats de
tres anciennes Maifons de la
Robbe, & dont il y en a un
qui a efté Intendant. Mr le
premier Prefident de Rouen ,
qui eftoit l'aîné , ' a cu deux
femmes , la premiere , fille de
Mr le Prefident Boulanger ;
& la feconde , fille de Mr de
Bragelogne Maistre des R: -
queftes.
Mre N...... Deshayettes ,
Confeiller en la Cour des Aides , eft mort fort regretté
142 MERCURE
dans fa Compagnie , où fon
merite & fa probité lui avoient
acquis beaucoup de réputa
tion. Il eftoit d'une ancienne
famille originaire de Normandie , & qui a donné beaucoup
de Magiſtrats au Parlement de
Rouen. Il avoit de grandes al
liances dans la Cour des Aides' ,
tant de fon costé que du cofté
de fa femme, du nombre defquelles font M' Petit de Ville-neuve , Prefident du même
Corps & Mr Belayer , qui en
eft Avocat General. Toutes ces
alliances,l'avoient attiré dans
cette Compagnie. Il avoie
“
GALANT· 143
beaucoup de talens naturels ;
il eftoit éloquent , & avant
d'eftre en Charge il avoit
plaidépour s'exercer , plufieurs
Caufes d'appareil au Parlementavec beaucoup de fuccés.
Il fçavoit fort bien les Langues étrangeres ; il s'y eftoit
attaché depuis fa plus grande
jeuneffe , & il y auroit parfaitement réüffi , & fur tout à l'égard de la Langue Italienne.
dont il fçavoir toutes les fineffes. Il eftoit fort lié avec Mr le
Cardinal Gualterio , ci - devant
Nonce en France ; ce Prelat
qui a acquis avec juſtice la ré-
144 MERCURE
putation d'un des plus habiles
Prelats de l'Europe , fe plaifoit
fort avec Mr Deshayettes !
& ils rappelloient quand ils
eftoient enſemble tous les plus
beaux endroits des Auteurs
Italiens tels que font le Taffe ,
le Guarino , Bocace , Bonarel
li , & c.
Meffire Gilles Brunet , Con
feiller - Clerc de la Grand'
Chambre , eft mort dans un
âge affez avancé. Il étoit d'une
Famille de Bourgogne , originaire de Beaune , & qui a
donné plufieurs Officiers au
Parlement de Paris. Mr de
Chailly,
GALANT 145
Chailly, Prefident de la Chambre des Comptes eft neveu de
l'Abbé dont je vous apprens
la mort. Cet Abbé étoit fort
eftimé dans le Parlement , & il
y avoit acquis la réputation
d'un Juge fort integre & fort
éclairé. Il étoit Abbé de Villeloin , Ordre de faint Benoist &
Dioceſe de Tours , & il avoit
fait de grands biens à fon Abbaye , par le foin qu'il avoit
pris dans les premieres années
qu'il en fût pourvû , d'y faire
venir plufieurs fonds alienez. Il
y a auffi fait faire quantité de
reparations qui ont entiereN
"Janvier 1710.
146 MERCURE
1
4
ment fait changer de face d
cette Abbaye. Il étoit Docteur
en Theologie , & il avoit fait
fon Cours &fes Licences avec
beaucoup de fuccés. Il s'appli
qua enfuite à l'étude de la Jurif
prudence , dans le deffein d'entror dans la Robe ; & on con
vint alors qu'il y avoit peu de
perfonnes qui le furpaffaffent
dans la connoiffance du Droit,
& fur tout du Canonique , au
quel il s'étoit particulierement
attaché. Il avoit auffi fait une
longue étude des Libertez de
l'Eglife Gallicane , & il feroit
à fouhaiter que quelque ha
CALANT 147
bille main mit en ordre les
6
Memoires qu'il avoit affemblez fur cette importante matiere pour les donner auPublic.
Mr l'Abbé Joifel, par la mort
de Mr Bruner, eft monté à la
Grand Chambre , & eft neveu, à la mode de Bretagne, du
celebre Mr Joifel , Doyen de la
Faculté de Theologic de Paris.
Mr N... du Peray , Brigadier des Armées du Roy, & cydevant Lieutenant-Colonel du
Regiment Lyonnois , cft mort
dans un âge fort avancé , aprés avoir donné pendant un
grand nombre d'années qu'il a
Nij
748 MERCURE
non as
porté les armes , de frequentes preuves de fon courage &
de fon experience dans la Difcipline militaire. Il étoit de
Corbeil prés Paris , & d'une
famille qui avoit toûjours cfté
fort attachée à la Maifon de
Villeroy. Feue Madame la Ma
réchale de Villeroy, mere du
Maréchal de ce nom , luy fit
avoir uneCompagnie dans le
Regiment Lyonnois qu'on leva il y a plus de so. ans. Il vinc
par fon rang , & encore plus
par fon merite , au pofte de
Lieutenant-Colonel , & en cette qualité , comme en celle de
EGALANT 149
f
Capitaine, il s'étoit trouvé dans
toutes les occafions où le Regiment Lyonnois s'eft diſtingué , fur tout dans les guerres
de Franche- Comté, où cet Of
ficier s'attira des louanges de la
bouche même de Sa Majesté.
Il avoit quitté le fervice depuis quelques années à caufe de fon grand âge & de fes
incommoditez , & le Roy luy
donna une groffe penfion lors .
qu'il quitta. Mr de Tricaud ,
aujourd'huy Brigadier , & alors
Major du Regiment Lyonnois,
eut la Lieutenance Colonelle
aprés luy. Le défunt avoit pafN iij
150 MERCURE
4
fé fa vie dans le celibat , & il a
laiffe fes biens qui font fort
confiderables à Mr Renaud ,
fon petit neveu , & fils d'un
Confeiller au Parlement de Paris .Il a paffé les dernieres années
de fa vie dans une pratique
Credes devoirs de fa Religion. Ila fait en mourant de
grandes aumônes aux pauvres.
Mre Pierre Eon de la Baronie, Chevalier , Comte Marquis de Cely, Seigneur de Soyfy , Baron defaint Germain , &
Prefident en la Chambre des
Comptes , eft mort âgé de
quarante- huit ans. Il laiffe des
素
GALANT ast
enfans de Dame N..Dargou
ges de Rannes , fille de Mr
Dargouges de Rannes , & de
Dame N... le Pelletier , four
de Mr le Premier Prefident , &
fille de Mr. le Pelletier , Miniftre
d'Etat. Ce Magiftrat eft de S.
Malo, &il étoit parent du feu
Pere le Gobien Jefuite , qui a
donné plufieurs Recueils de
Lettres fur les Miffions d'O.
rient , & qui étoit auffi de faint
Malo. Il a efté fort regretté à
la Chambre des Comptes , où
fon application aux devoirs de
fa Charge , & fon merite particulier luy avoit fait beaucoup
Niiij
152 MERCURT
d'amis. Me la Prefidente fa veu
ve & à qui il a laiffé la gardenoble de fes biens , qui font
fort confiderables, eft niéce de
Mr le Marquis de Rannes, Colonel de Dragons , & Officier
General. C'eſt un des Officiers
qui entend le mieux la Cavalerie. Le Magiftrat dontje vous
apprens la mort , étoit allié du
côté maternel à la Maifon de
Coëtlogon,une desplus anciennes Maiſons & des plus qualifiées de Bretagne. Il étoit auffi du même côté à celle de
Guebriant , qui a produit dans
les derniers fiecles un Maréchal
GALANT 153
de France.Les pauvres
sont
beaucoup perdu à la mort, &
fa
il leur donnoit toutes les femaines de groffes fonimes.
Fanvier 1709.
I
98 MERCURE
de faits curieux dans l'Article
que vous allez lire. Vi
Maître Nicolas Lair , un
des premiersSuppôts de l Univerfité de Paris , eft mort âgé
de 85. ans , fans s'eftre jamaisfervi de Lunettes. Il eftoit
Doyen de la Nation de Normandie , & le plus ancien des
Doyens du Corps de l'Univerfité. Il y avoit efté aggregé en
1650. & s'y eftoit acquis par
fon travail une reputation
d'homme confommé dans les
belles Lettres , &
principalement dans l'éloquence qu'il
avoit profeffée jufqu'à 1682 .
THEQUE
O
LYON
DELTELA VILLE
THEQUE
QUE
DELE
TON
GALANT
au College d'Harcourt on
il avoit efté l'éleve fous le ce
lebre M Pierre Padet , & ou
il avoit plufieurs fois exercé
pendant la Regence , la Charge de Prieur des deux Maiſons
de Theologie & des Arts. Il a
poffedé les premieres dignitez
de fa Nation, fçavoir celles de
Procureur & de Cenfeur , & il
a cu la gloire de fe voir élevé
pendant deux années à la premiere place de l'Univerfité. En
1669. il cût l'avantage, eftant
Recteur, d'haranguer à la tefte
de cet illuftre Corps , le Roy
dans le Palais du Louvre , la
I ij
100 MERCURE
Reine , la Reine d'Angleterre, Monfeigneur le Dauphin,
Monfeigneur le Duc d'Anjou,
en preſentant à leurs Majeſtez,
& aux Princes du Sang , des
Cierges le jour de la Chandeleur. Il harangua à l'Hoſtel de
Condé , feue S. A. S. Monfieur le Prince Le Recteur harangue toujours en François
le Roy & les Princes , & ils
répondent ordinairement en
la mefme Langue. Monfieur
le Prince luy répondit en Grec;
mais toute la Cour ne fut pas
moins furprife que ce Prince,
d'entendre fur le champ le
GALANT 1of
Recteur faire fon Eloge , en
luy repliquant auffi en Grec,
que la France eftoit glorieufe de
renfermer dans fon fein unHeros
qui faifoit revivre l'ancienne
Grece , à quoy il ajouta beaucoup de chofes qui rendoient
ce Prince l'admiration de fon
fiecle. Mr le Prince jugeant
par là du grand merite & du
grand fçavoir de Maître Nicolas Lair , oublia fon rang,
& en traverfant fon appartement , il le conduifit jufqu'à.
l'efcalier , en luy donnant des
marques de fa bien veillance,
accompagnées de beaucoup de
I iij
102 MERCURE
loüanges. Tous ceux qui ſe³
trouverentprefens furent d'autant plus furpris de ce qui fe
paffa en cette occafion , que
peu de gens parlent en Grec
fur le champ fur toutes fortes
de fujets , & que ce que l'on
appelle fçavoir le Grec , n'eft
que le fçavoir expliquer , ou
dire des chofes que l'on a travaillées avec application , &
non répondre avec la mefme
facilité l'on feroit en d'au- que
tres Langues fur toutes fortes
de matieres.
En 1679. le 20 Juin , il·
cut encore l'honneur de por-
GALANT 103.
"
ter la parole au nomde l'Univerfité , & d'haranguer le Roy
à faint Germain en Laye fur
la Paix que Sa Majesté venoit
d'accorder à toute l'Europe: Ec
le 7. Septembre fuivant , il
complimenta au Palais Royal,
en cette mefme qualité de Recteur , Mademoifelle , fille de
Monfieur Frere unique du
Roy , fur fon mariage avec le
Roy d'Espagne ; & dans la
melme année , le College des
Jacobins de la rue S. Jacques
luy dédia par un de fes Etudians une Theſe , comme au
Chefde la premiere Univerſité
du monde.
I iiij
104 MERCURE
Aprés la mort de Me Cefar
Egaffe du Boulay , Greffier &
Hiftoriographe de l'Univerfr
té, la Faculté des Arts luy don
na la Charge de Greffier qu'il
a exercée pendant 28. ans avec
toute l'application qu'on avoit
attendue de luy. Il s'en démit
volontairement en 1706. en
faveur de Me Pierre Viel alors
Recteur , & qui eftoit de la
mefme Nation de Normandie,
afin de finir fes jours avec plus
de tranquilité. Feu Mr Col
bert avoit autrefois jetté les
yeux fur luy , pour le placer
auprés de Mrs fes enfans ; mais
GALANT 105
preferant l'étude de fon Cabinet à un employ où il falloit
partager fontems, il le remercia du grand avantage qu'il
vouloit bien luy offrir . Un fi
grand merite , & toutes les
Charges qu'il a dignement
remplies , luy ont fait donner
des marques de diftinction , &
mefme aprés la mort.
Deux jours aprés, la Faculté
des Arts fe rendit au College
d'Harcourt pour honorer les
funerailles avec toute la pompe dont elle eft reveftue. Les
deux Bedeaux de la Nation de
Normandie , portant
leurs
106 MERCURE
Maffes couvertes de crêpe ,
marchoient devant le Corps.
Quatre anciens Recteurs avec
le Chapperon violet doublé
d'hermine , tenoient les quatre coints du Poil , fur lequel
on voyoit les Ecuffons de la
Nation de Normandie , qui
font de Geules à deux Leopards l'un fur l'autre lampaffez d'azur. Le Recteur reveftu
du Manteau violet, de fa Chappe d'hermine , & de la Bourfe
Rectorale, marchoit aprés,precedez de fix Maffiers. Les quatre Procureurs des quatre Nations , en robbes rouges dou-
GALANT 107
blées d'hermine l'accompagnoient . On y voyoit enfuite les Profeffeurs du College
d'Harcourt en robbe avec le
Chapperon & le Bonnet quarré, fuivis d'un grand nombre
de perfonnes de l'Univerfité &
de la Ville. Quelques jours
aprés la Nation de Normandie
luy fit un Service dans la Chapelle du College d'Harcourt
où elle s'affemble ordinairement , avec toute la folemnité
qu'elle a coûtume d'obſerver
à la mort de fon Doyen , où
Me François Guenon , Licencié en Theologie , Profeffeur
108 MERCORE
Philofophie , & maintenant
Doyen de la Nation tion
officia
avec
les ceremonies
ordinaires.
On he peut affez regretter
le PereBernardin de Piquigny ,
Capucin du Convent du Marais ; c'étoit un Religieux d'un
vray merite , qu'une pieté rare,
& one vertu folide , foûtenuë
d'un air toûjours modefte &
majestueux rendoient également aimable & refpectable ;
& on peut dire que fon Ordre
a perdu en fa perfonne un de
fes meilleurs fujets , l'Eglife un
excellent Theologien , & la
GALANT 109
ans
Republique des Lettres une de
fes meilleurs plumes. De 76.
dont il étoit âgé , il en a
paffé prés de 60. enfon Ordre,
tant dans les emplois de Profeffeur & de Superieur , dont
il s'eft toûjours acquité avec
beaucoup de fageffe & de capacité , que dans la conduite des
confciences , & dans la compofition de plufieur's beaux Ouvrages qu'il a donné au Public.
Il s'eft fur tout diftingué par fa
triple expofition latine des Epiftres de faint Paul , Ouvrage
generalement eftimé , non feulement des Prélats & des Theo-
110 MERCURE
logiens de France , mais auffi
de toute l'Eglife , & du Pape
même, quia dirplufieurs fois à
la louange de cet Auteur : Que
peu de perfonnes avoientpris auffibien que luy l'efprit defaint Paul.
Il ne vouloit pas en reſter à ce
feul chef d'œuvre, &il eft mort,
pour ainfi dire , la plume à la
main en achevant de compofer par ordre de fa Sainteté un
Commentaire fur les quatre
Evangeliftes , qui ne diminuera rien de cette haute réputation que le premier luy a acquife.
MN...Gomerde Lufan-
IGALANT
cys, Preftre Docteur de la
Maifon & Societé de Sorbonne Abbé de Nôtre- Dame de
Vertus , ancien Chanoine &
Archidiacre de Meaux , eft
auffi decedé. Cet Abbé étoit
d'une naiffance diftinguée ; il
étoit proche parent de Monfieur le Cardinal de Noailles ,
& il étoit petit Neveu des
Grands Maîtres de Malte de
Vignacour , & il dedia même
au dernier mort feulement
depuis quelques années, une de
fes Thefes de Sorbonne. La
Maiſon de Gomer Lufancy
eft de Picardie , elle eft alliée à
,
112 MARCURE
de
celle de Mailly , de Bouflers ,
d'Ailly , d'Auxi , & autres do
cette qualité de la même Province. Le frère de cet Abbé,
qui étoit Capitaine aux Gatdes , fut tué à la journée de Seneff . Il laiffa deux fils âgez de
quatre à cinq ans, dont feu Mr
le Duc de Gefvres qui eftoit
auffi allié à cette Maifon , prit
foin; il les fit élever Pages de
la Chambre; ils entrerent enfuite dans le Regiment des
Gardes , & l'aîné fut tué dans
cours de la derniere guerre ; &
le cadet eût le même fort à la
bataille de Ramillies. Il étoit
GALANT 13
Ayde- Major du Regiment des
Gardes , & le Roy l'avoit envoyé en Eſpagne pour dreffer
le Regiment des Gardes de Sa
Majefté Catholique
M. luy donna
pour
,
& S.
en partant ,
l'encourager , un Brevet
de Colonel , la Croix de faint
Louis , & une penfion . S'il cuft
échapé à la journée de Ramillies ilauroit eu uneCompagnie,
& le Roy avoit dit de luy ,
que c'étoit un fujer propre à
être unjour un bon Major.
La Mere de ces deux Meffieurs
fe fit Carmelite à la rue Chapon , il y a environ fix ans •
Fanvier $ 710.
K
114 MERCURE
Evêque de & feu Monfieur
caux prêcha à fa prife d'Ha
bit; elle a efté enfuite tranferée
au Convent de la rue faint
Jacques. Meffieurs de Goumer
de Lufancy , defcendent du
Chancelier Henry de Matle ,
en 1413. & qui avoit eſté pendant neuf ans premier Prefident au Parlement de Paris.
Ce Magiftrat perit en 1418
par la violence &la faction des
Ducs de Bourgogne. Mr l'Abé de Lufancy étoit fort eftiméen Sorbonne , par fa vertu
&
par
fon merite.
Mre Charles de Raouffet
"GADANY 15
Chevalier de l'Ordre de Saint
Louis , & Lieutenant de Roy
du vieux Brifac a fubi le
mêre fort. Il avoit longtemps fervi dans l'Infanterie
& il y a eu peu d'occafions
dans le cours de la derniere
Guerre où il ne fe foit trouvé,
& où il n'ait donné des preuves
de fa valeur. Il avoit longtempsferviavec Mr le Comte
de Reignac Brigadier , Commandeur de l'Ordre de Saint
Louis , & aujourd'huy Commandant dans la même place
dont Mr de Raouffer , eftoit
Lieutenantde Roy; la fortune
Kij
116 MERCURE
s'eftant plû a réunir dans un
même lieu deux Officiers de
diftinction qui avoient fervi
une partie de leur vie enfemble & qui eftoient liez depuis
leur premiere jeuneffe par une
tendre & fincere affection . Mr
de Raouffet dont je vous
aprens la mort eftoit affez
proche parent de Mr Raouffer
Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel & attaché depuis
long temps à Mr le Cardinal
deBouillon, & ils eftoient d'une
ancienne famille originaire de
Champagne ; & connue dans
le Royaume depuis le regne
GALANT 17
de Philippes de Valois. Elle a
produit de celebres perfonnages dans l'Eglife, & dans la profeffion Militaire. Sous le regne
d'Henry III. un celebre Predicateur de ce nom & qui
eftoit de l'Ordre de Saint Benoift , fe diftingua à la Cour
par fon zele contre ceux qui
favorifoient fecretement les
nouvelles opinions ; & il arrêta
parefa fermeté Apoftolique
plufieurs perfonnes qui commençoient à fe déclarer & à
foutenir les nouveaux Heretiques.
MreN...de Thelis- Valor-
1,8 MERCURE
ges, Religieux & Hoſtellier de
l'Abbaye de Savigny , où il
n'entre que des perfonnes d'une naiffance diftinguée , y eft
mort à la fleur de fon âge. Il
eftoit frere de Mr.l'Abbé de
Valorges , Abbé del If barbe
une des plus belles Abbayes de
Royaume,& proche parent du
feu Pere de la Chaife ; fon metite & fes talens le rendoient
encore plus confiderable parmi
fes Confreres , & tous ceux
qui le connoiffoient . Il entendoit parfaitement les affaires
Ecclefiaftiques , & il feroit dif
ficile de trouver quelqu'un qui
GALANT 19
fut plus verfé que luy dans la
Jurifprudence Canonique:
+ - La Maifon de Thelis eft
originaire d'Angleterre, & elle
eft établie en France dés le
temps de Saint Louis ; Hugues
de Thelis dont tous ceux qui
portent aujourd'huy ce nom ,
defcendent , vivoit en 1260.
Guillaume de Thelis fon arriere-petit fils , fut Chanoine &
Comte de Lyon ; & Guichard
de Thelis petit neveu de ce
Comte,époula Jeanne de Fouldras Courcenay, d'une illuftre
famille , dont il y a encore aujourd'huy deux Comtes dans
120 MERCURE
+
l'Eglife de Lyon. Jean de Thelis Seigneur de Farges & de
Cornillon , qui époufa Marie
de Puttcy , fœur de Jeanne de
Puttey époufe de Guillaume
de Vitry , d'une des plus grandes Maifons de Savoye, fortit
de ce mariage , & fut grand',
pere d'Antoine de Thelis , Ecuyer du Duc de Bourbon , à
quiil rendit degrands & fignalez fervices ; cet Antoine , un
des plus grands guerriers de
fon temps , époufa Huguette
de Saint Romain, fille de haut
& puiffant Seigneur Pierre de
Saint Romain , Chevalier Seigneur
GALANT · 121
gneur de Larcy , & de Claude
de Thalaru , niece des deux
Cardinaux de Talaru , Archevêques de Lyon. Une fille unique fortie de ce mariage époufa Louis d'Angerolles , Seigneur de Commiers en Forez.
Guillaume de Thelis fon frere
& Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem , quitta la
Croix & époufa Françoife de
Rougemont , d'une illuftre famille qui eft éteinte à prefent
& qui a donné plufieurs Comtes à l'Eglife de Lyon. Les
defcendans de Guillaume
eftant entrez dans la Robbe
Fanvier 1710. L
122 MERCURE
en eurent les premieres Charges dans les Parlemens de Paris
& de Touloufe. Guichard de
Thelis d'une branche de l'E
pinaffe , avoit époufé dés le
13 ° fiecle Catherine de Talaru , grande tante des Cardinaux dont je viens de parler.
Geoffroy & Eftienne de Thelis fes petits fils furent Chanoines & Comtes de Lyon.
Jean de Thelis leur neveu époufa Catherine de SainteColombe, d'une famille qui a
donné auffi des Comtes à l'Eglife de Lyon , &Antoine leur
petit- neveu eft allié auffi à
GALANT 123
la Maifon de Saint Romain.
Gilbert de Thelis un des plus
grands hommes de C
guerre
du
16 fiecle , leur petit
- neveu
,
époufa
Antoinette
de Damas
,
&par là la Maifon
de Thelis
eft alliée à celle de Thianges
.
C'eftoit
ce Gilbert
de Thelis
qui eftoit Seigneur
de Valorges & qui n'ayant
point d'enfans donna
cette Terre
à Jean
de Thelis
fon neveu
, qui s'étoit fignalé
au ſervice
d'Henry IV. fur la fin du 16° fiecle.
Jean épouſa
Henriette
de SarFon , d'une illuftre Maiſon
,
dont il y a aujourd'huy
deux
Lij
124 MERCURE
Comtes dans l'Eglife de Lyon.
George de Thelis fon petitfils époufa Catherine de Malivert d'une Maifon de Breffe.
Antoine fils cadet de Jean dont
je viens de parler , fit la branche de Valorges au commencement du dernier fiecle. Il fut
ayeul de Mr le Comte de Valorges d'aujourd'huy , & du
Chevalier de Thelis qui fut tué
d'un coup decanon en 1674.
devant le Fort de Sainte Anne
en Comté. Ily a encore de cette illuftre Maifon les branches
de Charnay , de Peiffelay & des
Forges. Milon de Thelis Che-
GALANT 125
valier forma celle de Charnay
au commencement du dernier
fiecle. Il eftoit fecond fils de
Jean de Thelis & d'Arthaude
de Charnay d'une ancienne famille de Franche - Comté. Ils
s'allierent auffi aux Maifons de
Varennes, de Talaru, de ChielGigny : ce Milon fut Colonel
dans les Troupes Françoiſes ,
& fe diftingua dans toutes les
occafions de fon temps. Pierre
de Thelis forma la branche de
Peiffelay en Beaujollois ; il êpoufa Clemence de la Olpilliere. Guillaume de Thelis ,
Chevalier Seigneur des Forges,
Liij
126 MERGURE
forma la branche de ce nom
en 1534.Cette Terre paffaenfuite dans la Maifon de Sarron,
où elle eſt à preſent , & dont
un Comte de S. Jean porte le
nom. Cette beanche s'établit
enfuite dans le Nivernois , où
Marguerite de Thelis avoit
époufé Guillaume d'Orgeres.
Philibert Confeigneur des Forges fe diftingua à la teſte d'une
Compagnie de Lances à la Bataille de Coutras , & le Duc
d'Anjou depuis Roy de France,
fous le nom d'Henry III. luy
donna une gratification confiderable. L'Abbé de Valorges
GALANT 127
qui vient de moutir , n'eft pas
Je feul de fa Maifon qui ait efté
Religieux de Savigny. Hugonin de Thelis l'eftoit auffi dans
le quatorziéme ficcle.
Le Pere Violet de la Compagnie de Jefus , eft mort
dans le Grand College des
Jefuites de la Ville de Lyon.
Il eftoit un des plus grands
Theologiens de faCompagnie;
Il avoit enfeigné la Theologie
Scholaftique ou Pofitive durant 20. ans entiers & avec
une grande reputation. Il avoit
efté auffi Profeffeur en langue
Hebraïque pendant quelques
Liiij
128 MERCURE
années avec beaucoup de fuccés. Ce Pere eftoit auffi
grandCafuifte. On le confultoit de toutes parts , & fes
décifions eftoient toujours
foutenues par celles des plus
grands Theologiens du
Royaume. Nous avons quan
tité de fes Poëfies Latines. Ily
en à quelques unes adreffées à
Mr le Prefident Dugas , à qui
il avoit donné les Principes de
la langue Hebraïque dans
laquelle ce Magiftrat a fait
de grands progrés. Il avoit
fait aufli quelques Differtations fur la Baguette dans le
a
GALANT 139
.
temps que l'homme qui la
faifoit tourner comme il vouloit parut en France , & ces
Differtations furent tres- eltimées. Ce Pere avoit reſolu de
donner un Traité De triplici
anima , c'est- à- dire , fur les
trois fortes d'Ames , la Vegetante , la Senfitive ; & la Raifonnable ; mais fon grand
âge ; & fes infirmitez l'empecherent d'executer ce deffein.
Il eftoit de Seyffel , petite Ville
de Bugey , dont il avoit entrepris de donner l'Hiftoire au
Public , ce qu'il n'a pu executer àcaufe de diverfes occupa-
+
130 MERCURE
tions dont fes Superieurs l'ont
chargé en divers temps. Il
faifoit voir dans cet Ouvrage
que C. Sextius Gouverneur du
Pays des Allobroges pour les
Romains fit baftir Seyffel qu'il
fit appeller Sextellum de fon
nom & quepar abus au lieu de
Sextel on a dit Seyffel. Amé
IV. du nom Comte de Savoye,
accorda , felon cet Auteur , de
grands Privileges à cette Ville.
Onefpere que ceux qui auront
foin des Papiers de ce fçavant
hommedonneront cette Hiftoire au Public qui fera d'autant plus curieufe que Seyffel ,
GALANT 131
a efté le Theatre de la Guerre
de Savoye. Le Pere Violet eft
mort âgéesde 84. ans.
Mr le Marquis de Barbefieres Chevalier de l'Ordre de
faint Louis , Gouverneur de
faint Quentin , Lieutenant General des Armées du Roy, eft
mort dans un âge fort avancé ,
regretté de tous ceux qui le
connoiffoient ; il joignoit à de
longs & anciens fervices rendus
au Roy & à l'Etat, un genie capable des plus grandes affaires.
Il avoit fervi toutefa vie dans
la Cavalerie & à la tête duRegiment qui a long- temps por-
132 MERCURE
té fon nom. Il donna dans le
cours de la derniere guerre, de
frequentes preuves de fon courage & de fon experience dans
la Diſcipline militaire. Il a vêcu
pendant les dernieres années de
fa vie dans la pratiqne des vertus Chrêtiennes & en cela il a
fçû allier ceux de fa Profeffion
avec ceux d'un état qui luy paroift quelquefois affez oppofé. Ce Marquis étoit d'une
ancienne Maifon originaire de
Lorraine , où elle étoit connuë
dés le temps du Duc René II.
dont la vie fut remplie de fi
beaux & de fi grands évene-
GALANT 133
mens.Mrs deBarbefieres poffedoient dans cette Cour les premieres dignitez. Ils pafferent
enfuite en France , lorfque les
Princes cadets de cette Maifon
y vinrent & y formerent la
Branche de Guife , dont toutes
les autres font forties. Depuis
ce temps - là ceux de cette Maifon fe font toûjours diftinguez
dans la profeffion des armes.
Dame N... de la Chaife ,
plufieurs fois Superieure de la
troifiéme Maiſon des Filles de
Sainte Elifabeth , de l'Ordre
de faint François , de la Ville
de Lyon , qu'on nomme vul-
134 MERCURE
gairement Colinettes , à caufe
du bien que feus Mr & Me dé
Coligni ont fait à cette Maifon , y eft morte d'apoplexie ,
agée de 77. ans. C'étoit la feule qui reftoit des freres & des
fœurs du Pere de la Chaiſe. On
a remarquéque ce Pere mourut au commencement de l'année derniere , & que Madame
de la Chaiſe eft morteà la fin ;
c'eſt à dire , dans les derniers
jours de Decembre. La memoire de Madame de la Chaife fera long temps en benediction dans cette Maiſon , à caufe des bons exemples qu'elle y
GALANT 135
a donnez durant une vie affez
longue , & par le bien qu'elles luy a procuré , ayant fait
unir , il n'y a pas encore longtemps , un Prieuré à ce Monaftere Elle étoit fille de feu
Mre Gorge d'Aix, Seigneur de
la Chaife , & de Dame Renée
de Rochefort , & petite fille
Mre N.. de la Chaife, &de N...
de Cotton , fœur du Pere Cotton , Confeffeur d'Henry IV.
Elle étoit auffi fœur de Mr le
Marquis d'Aix , pere de Mr de
Souternon , de Mr le Comte
de la Chaife, pere du Marquis
de ce nom , Capitaine des Gar-
136 MERCURE
2
des de la Porte ; de feu Mr
d'Aix , Abbé d'Ambronay ;
de Mr l'Abbé du But , Abbé
& Prieur de Savigny ; de Mr
l'Abbé de la Chaiſe , nommé
Coadjuteur de Clermont , mais
qui mourut avant d'avoir fes
Bulles, & de feue Madame l'Abeffe de Marcilly. La Maiſon
de la Chaife eft de Forcz.
Mre N... Canau , Docteur
en Theologie de la Faculté de
Paris , & cy- devant Vicaire de
la Paroiffe de S. Euftache , eft
mort aprés 11. mois de maladie , dans le cours de laquelle
il a donné de frequentes marI
GALANT 137
par
ques de fa patience & de fa
foûmiffion aux ordres de la
Providence. Il eftoit connu par
rapport au talent qu'il avoit
pour la conduite des ames. Il
dirigeoit plufieurs perfonnes
de qualité , mefme quelques
Princeffes , & il a procuré de
grands biens le zele qu'il
infpircit à ceux dont il gouvernoit les confciences pour
le foulagement des Pauvres. Il
eftoit un des plus habiles Docteurs de la Faculté. Il y a brillé
dans plufieurs ocafions d'éclat.
Mr le Cardinal de Noailles
l'honoroit d'une eftime partiFanvier 1710.
M
138 MERCURE
culiere , & rien ne fait plus
d'honneur à la memoire de ce
Docteur que les regrets detoute la Paroiffe de S. Euftache,
lors qu'il en quitta la conduite ; & ces regrets ont redoublé lors qu'on a appris fa mort.
Mre Elie Camus de Pontcarré, Chevalier non Profés de
l'Ordre de S. Jean de Jerufalem , eft mort dans un âge fort
avancé , aprés avoir mené une
vie qui a efté l'édification &
l'exemple de tous ceux qui le
connoiffoient. Il eftoit frere
de feu Mr Camus de Pontcarré, Confeiller d'honneur au
GALANT 139
Parlement , & pere de Mr de
Pontcarré , premier Prefident
du Parlement de Rouen. Mes
de Pontcarré , defcendent de
Mfe N... Camus Gentilhomme Lionnois , & leur quatriéme ayeul, qui ayant beaucoup
d'enfans , laiffa aux aînéz les
terres de Fougerolles , de Bagnols & d'Arginis : & c'eft
d'euxque font forties les Bran
ches d'Yvours , d'Aubourg,
Pufignan , Camus Chavanieu,
& Camus de Coindrieu , &
dont le Chef a épousé une
coufine germaine de Mr le
Maréchal de Villars. Mr CaMij
140 MERCURE
mus dontje viens de parler , en
établit les Cadets dans le Parlement de Paris , & il acheta à
l'aîné de ces deux cadets une
Charge de Confeiller au Parlement, qui ne luy coûta alors
que dix mille francs ; c'eftoit
vers le commencement du feiziéme fiecle. C'eft de ce Confeiller que defcendent Mrs de
Pontcarré. Il acheta à l'autre
une Chargé de Maistre des Requeftes , & Mr Camus Evêque
de Bellay , dont il a cſté tant
parlé dans le dernier fiecle , en
defcendoit , & cette branche
finit en ce Prelat. Mr de Pont-
GALANT 135
carré Confeiller d'honneur au
Parlement , laiffa plufieurs enfans , dont deux de fes filles
épouferent des Magiftrats de
tres anciennes Maifons de la
Robbe, & dont il y en a un
qui a efté Intendant. Mr le
premier Prefident de Rouen ,
qui eftoit l'aîné , ' a cu deux
femmes , la premiere , fille de
Mr le Prefident Boulanger ;
& la feconde , fille de Mr de
Bragelogne Maistre des R: -
queftes.
Mre N...... Deshayettes ,
Confeiller en la Cour des Aides , eft mort fort regretté
142 MERCURE
dans fa Compagnie , où fon
merite & fa probité lui avoient
acquis beaucoup de réputa
tion. Il eftoit d'une ancienne
famille originaire de Normandie , & qui a donné beaucoup
de Magiſtrats au Parlement de
Rouen. Il avoit de grandes al
liances dans la Cour des Aides' ,
tant de fon costé que du cofté
de fa femme, du nombre defquelles font M' Petit de Ville-neuve , Prefident du même
Corps & Mr Belayer , qui en
eft Avocat General. Toutes ces
alliances,l'avoient attiré dans
cette Compagnie. Il avoie
“
GALANT· 143
beaucoup de talens naturels ;
il eftoit éloquent , & avant
d'eftre en Charge il avoit
plaidépour s'exercer , plufieurs
Caufes d'appareil au Parlementavec beaucoup de fuccés.
Il fçavoit fort bien les Langues étrangeres ; il s'y eftoit
attaché depuis fa plus grande
jeuneffe , & il y auroit parfaitement réüffi , & fur tout à l'égard de la Langue Italienne.
dont il fçavoir toutes les fineffes. Il eftoit fort lié avec Mr le
Cardinal Gualterio , ci - devant
Nonce en France ; ce Prelat
qui a acquis avec juſtice la ré-
144 MERCURE
putation d'un des plus habiles
Prelats de l'Europe , fe plaifoit
fort avec Mr Deshayettes !
& ils rappelloient quand ils
eftoient enſemble tous les plus
beaux endroits des Auteurs
Italiens tels que font le Taffe ,
le Guarino , Bocace , Bonarel
li , & c.
Meffire Gilles Brunet , Con
feiller - Clerc de la Grand'
Chambre , eft mort dans un
âge affez avancé. Il étoit d'une
Famille de Bourgogne , originaire de Beaune , & qui a
donné plufieurs Officiers au
Parlement de Paris. Mr de
Chailly,
GALANT 145
Chailly, Prefident de la Chambre des Comptes eft neveu de
l'Abbé dont je vous apprens
la mort. Cet Abbé étoit fort
eftimé dans le Parlement , & il
y avoit acquis la réputation
d'un Juge fort integre & fort
éclairé. Il étoit Abbé de Villeloin , Ordre de faint Benoist &
Dioceſe de Tours , & il avoit
fait de grands biens à fon Abbaye , par le foin qu'il avoit
pris dans les premieres années
qu'il en fût pourvû , d'y faire
venir plufieurs fonds alienez. Il
y a auffi fait faire quantité de
reparations qui ont entiereN
"Janvier 1710.
146 MERCURE
1
4
ment fait changer de face d
cette Abbaye. Il étoit Docteur
en Theologie , & il avoit fait
fon Cours &fes Licences avec
beaucoup de fuccés. Il s'appli
qua enfuite à l'étude de la Jurif
prudence , dans le deffein d'entror dans la Robe ; & on con
vint alors qu'il y avoit peu de
perfonnes qui le furpaffaffent
dans la connoiffance du Droit,
& fur tout du Canonique , au
quel il s'étoit particulierement
attaché. Il avoit auffi fait une
longue étude des Libertez de
l'Eglife Gallicane , & il feroit
à fouhaiter que quelque ha
CALANT 147
bille main mit en ordre les
6
Memoires qu'il avoit affemblez fur cette importante matiere pour les donner auPublic.
Mr l'Abbé Joifel, par la mort
de Mr Bruner, eft monté à la
Grand Chambre , & eft neveu, à la mode de Bretagne, du
celebre Mr Joifel , Doyen de la
Faculté de Theologic de Paris.
Mr N... du Peray , Brigadier des Armées du Roy, & cydevant Lieutenant-Colonel du
Regiment Lyonnois , cft mort
dans un âge fort avancé , aprés avoir donné pendant un
grand nombre d'années qu'il a
Nij
748 MERCURE
non as
porté les armes , de frequentes preuves de fon courage &
de fon experience dans la Difcipline militaire. Il étoit de
Corbeil prés Paris , & d'une
famille qui avoit toûjours cfté
fort attachée à la Maifon de
Villeroy. Feue Madame la Ma
réchale de Villeroy, mere du
Maréchal de ce nom , luy fit
avoir uneCompagnie dans le
Regiment Lyonnois qu'on leva il y a plus de so. ans. Il vinc
par fon rang , & encore plus
par fon merite , au pofte de
Lieutenant-Colonel , & en cette qualité , comme en celle de
EGALANT 149
f
Capitaine, il s'étoit trouvé dans
toutes les occafions où le Regiment Lyonnois s'eft diſtingué , fur tout dans les guerres
de Franche- Comté, où cet Of
ficier s'attira des louanges de la
bouche même de Sa Majesté.
Il avoit quitté le fervice depuis quelques années à caufe de fon grand âge & de fes
incommoditez , & le Roy luy
donna une groffe penfion lors .
qu'il quitta. Mr de Tricaud ,
aujourd'huy Brigadier , & alors
Major du Regiment Lyonnois,
eut la Lieutenance Colonelle
aprés luy. Le défunt avoit pafN iij
150 MERCURE
4
fé fa vie dans le celibat , & il a
laiffe fes biens qui font fort
confiderables à Mr Renaud ,
fon petit neveu , & fils d'un
Confeiller au Parlement de Paris .Il a paffé les dernieres années
de fa vie dans une pratique
Credes devoirs de fa Religion. Ila fait en mourant de
grandes aumônes aux pauvres.
Mre Pierre Eon de la Baronie, Chevalier , Comte Marquis de Cely, Seigneur de Soyfy , Baron defaint Germain , &
Prefident en la Chambre des
Comptes , eft mort âgé de
quarante- huit ans. Il laiffe des
素
GALANT ast
enfans de Dame N..Dargou
ges de Rannes , fille de Mr
Dargouges de Rannes , & de
Dame N... le Pelletier , four
de Mr le Premier Prefident , &
fille de Mr. le Pelletier , Miniftre
d'Etat. Ce Magiftrat eft de S.
Malo, &il étoit parent du feu
Pere le Gobien Jefuite , qui a
donné plufieurs Recueils de
Lettres fur les Miffions d'O.
rient , & qui étoit auffi de faint
Malo. Il a efté fort regretté à
la Chambre des Comptes , où
fon application aux devoirs de
fa Charge , & fon merite particulier luy avoit fait beaucoup
Niiij
152 MERCURT
d'amis. Me la Prefidente fa veu
ve & à qui il a laiffé la gardenoble de fes biens , qui font
fort confiderables, eft niéce de
Mr le Marquis de Rannes, Colonel de Dragons , & Officier
General. C'eſt un des Officiers
qui entend le mieux la Cavalerie. Le Magiftrat dontje vous
apprens la mort , étoit allié du
côté maternel à la Maifon de
Coëtlogon,une desplus anciennes Maiſons & des plus qualifiées de Bretagne. Il étoit auffi du même côté à celle de
Guebriant , qui a produit dans
les derniers fiecles un Maréchal
GALANT 153
de France.Les pauvres
sont
beaucoup perdu à la mort, &
fa
il leur donnoit toutes les femaines de groffes fonimes.
Fermer
Résumé : Premier Article des Morts. [titre d'après la table]
Le texte relate la vie et les réalisations de Maître Nicolas Lair, un éminent membre de l'Université de Paris, décédé en janvier 1709 à l'âge de 85 ans. Lair, Doyen de la Nation de Normandie, avait été agrégé à l'Université en 1650 et s'était distingué par son travail dans les belles-lettres et l'éloquence. Il avait exercé diverses charges prestigieuses, notamment celles de Procureur et de Censeur, et avait été Recteur de l'Université à plusieurs reprises. En 1669, en tant que Recteur, il avait harangué le roi Louis XIV, la reine, la reine d'Angleterre, le Dauphin et le Duc d'Anjou lors de la Chandeleur. Il avait également impressionné le Prince de Condé par sa maîtrise du grec ancien. En 1679, il avait harangué le roi à Saint-Germain-en-Laye pour célébrer la paix en Europe et avait complimenté Mademoiselle, fille du frère unique du roi, lors de son mariage avec le roi d'Espagne. Après la mort de César Egaffe du Boulay, Lair avait été nommé Greffier de l'Université, poste qu'il avait occupé pendant 28 ans avant de se démettre en 1706. Sa mort avait été marquée par des funérailles solennelles au Collège d'Harcourt. Le texte mentionne également la mort de plusieurs personnalités notables, dont le Père Bernardin de Piquigny, un capucin respecté pour sa piété et ses œuvres théologiques, et l'Abbé de Gomer Lufancy, un chanoine de Meaux issu d'une famille noble et alliée à plusieurs maisons illustres. Il évoque aussi la mort de Charles de Raouffet, Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, et de N... de Thelis-Valorges, un religieux de l'Abbaye de Savigny, tous deux issus de familles nobles et distinguées. Le texte traite également de plusieurs familles nobles et de leurs alliances au cours des XVIe et XVIIe siècles. Gilbert de Thelis, seigneur de Valorges, avait légué cette terre à son neveu Jean de Thelis, qui s'était distingué au service d'Henry IV. Jean avait épousé Henriette de Sarfon, issue d'une illustre maison lyonnaise. Leur petit-fils, George de Thelis, avait épousé Catherine de Malivert. Antoine, fils cadet de Jean, avait fondé la branche de Valorges au début du XVIIe siècle. D'autres branches de la famille de Thelis incluent celles de Charnay, Peiffelay et des Forges. Le texte mentionne également plusieurs personnalités religieuses et intellectuelles, comme le Père Violet, un théologien jésuite de Lyon, connu pour son enseignement de la théologie et de l'hébreu. Le Marquis de Barbezières, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis et gouverneur de Saint-Quentin, est également mentionné pour ses services militaires et sa vie pieuse. D'autres figures notables incluent Dame N... de la Chaise, supérieure des Filles de Sainte Élisabeth à Lyon, et Monsieur Canau, docteur en théologie et vicaire de la paroisse de Saint-Eustache à Paris. Le texte mentionne également des membres de la famille Camus de Pontcarré, dont plusieurs occupèrent des postes importants au Parlement de Paris et de Rouen. Enfin, Monsieur Deshayettes, conseiller à la Cour des Aides, est loué pour son éloquence et sa maîtrise des langues étrangères. Le texte relate également la vie et les exploits d'un officier militaire et d'un magistrat. L'officier, originaire de Corbeil près Paris, avait servi dans le régiment Lyonnois et s'était distingué lors des guerres de Franche-Comté, recevant des éloges du roi. Après une carrière militaire marquée par le courage et l'expérience, il avait quitté le service en raison de son âge avancé et de ses problèmes de santé, recevant une pension royale. Il était décédé célibataire, laissant ses biens à son petit-neveu, fils d'un conseiller au Parlement de Paris. Il avait mené une vie pieuse et avait fait des dons aux pauvres. Le magistrat, Pierre Eon de la Baronie, Chevalier, Comte Marquis de Cely, était décédé à l'âge de quarante-huit ans. Il laissait des enfants de Dame N... Dargouges de Rannes. Originaire de Saint-Malo, il était parent du jésuite Père le Gobien et était très respecté à la Chambre des Comptes pour son dévouement et son mérite. Sa veuve, nièce du Marquis de Rannes, héritait de ses biens considérables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1729
p. 175-216
Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Début :
Ce qui suit est bien digne de vostre curiosité, & à quelques [...]
Mots clefs :
Éloge funèbre, Jésuites, Collège de Bourges, Orateur, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Héros, Auditeur, Oraison, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Ce qui fuit eft bien digne
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
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Résumé : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Le texte relate une cérémonie organisée par les Pères Jésuites du Collège de Bourges en mémoire de Henry Jules de Bourbon, fils du Prince de Condé. Initialement prévue après l'annonce de la mort du prince, la cérémonie fut reportée au mois de décembre pour permettre la présence des membres des principaux corps de la ville de Bourges. Le 19 décembre, une messe fut célébrée dans l'église des Jésuites, suivie d'un discours funèbre en latin prononcé par le Père de Blainville. L'orateur loua les qualités militaires, civiles et domestiques du prince, soulignant notamment son courage lors du passage du Rhin et de la bataille de Seneff. Il mit également en avant sa droiture, sa fidélité et son dévouement envers le roi Louis XIV. Le discours insista sur les vertus du cœur et les qualités de l'esprit du prince, le présentant comme un héros accompli. La salle où se déroula l'oraison était décorée de manière solennelle, avec des tableaux, des trophées et des inscriptions célébrant les vertus et les exploits du prince. Les inscriptions étaient organisées en trois parties principales : les vertus civiles et domestiques, la connaissance des arts utiles à la défense et au soutien des empires, et la connaissance des beaux-arts contribuant à la gloire et à l'ornement d'un royaume. La première inscription générale mettait en avant les vertus civiles et domestiques du prince. Les inscriptions particulières soulignaient ses belles inclinations héritées de son père, sa vigilance et son amour paternel, et son rôle de modèle pour les gouverneurs. Les devises accompagnantes illustraient ces qualités par des métaphores, comme un aigle construisant son aire ou un soleil faisant pousser des fleurs et des fruits. La deuxième inscription générale se concentrait sur la connaissance des arts de défense. Les inscriptions particulières montraient son expertise en guerre, sa compréhension des intérêts des nations, et son dévouement à l'utilité du roi. Les devises utilisaient des images comme un jeu d'échecs, une flèche volante, et un cadran solaire pour symboliser ces compétences. La troisième inscription générale traitait des beaux-arts. Les inscriptions particulières soulignaient sa compréhension des aspects communs et sublimes, son discernement exquis, et son rôle de père de l'élégance et de la politesse. Les devises incluaient un arc-en-ciel, une balance, et un parterre de fleurs pour représenter ces qualités. Enfin, la dernière inscription générale abordait la connaissance des choses religieuses. Les inscriptions particulières montraient son approfondissement des mystères de la religion, son respect des institutions religieuses, et sa consécration finale à la religion. Les devises utilisaient des images comme un aigle regardant le ciel, un vaisseau suivant l'étoile polaire, et de l'encens se consumant sur un autel. La salle était décorée de manière à illustrer ces inscriptions et devises par des armoiries, des chiffres, des tableaux, et un éclairage abondant, créant ainsi une présentation éclatante et détaillée des qualités du prince.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1730
p. 216-232
Suite de ce qu'on a déjà rapporté de l'Oraison Funebre de Me de Valençay, Abbesse des Clairets. [titre d'après la table]
Début :
Rien ne devoit estre plus beau, & plus brillant que cette Pompe [...]
Mots clefs :
Pompe funèbre, Abbesse des Cloirets, Ordre de Cîteaux, Oraison funèbre, Mr Gontier, Discours
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texteReconnaissance textuelle : Suite de ce qu'on a déjà rapporté de l'Oraison Funebre de Me de Valençay, Abbesse des Clairets. [titre d'après la table]
Rien ne devoit eftre plus
beau , & plus brillant que
cette Pompe Funebre &
l'efprit & l'invention y brilloient tellement qu'il n'apartient qu'aux Jefuites d'orner
avec tant d'efprit tout ce
qu'ils donnent en Spectacles.
Je vous parlay dans ma
Lettre du mois de Decembre
de la mort de M° d'Ecampes
de Vallençay , Abbeffe des
Clairets de l'Ordre de Citeaux,
& vous rapportay beaucoup
d'endroits
CALANT 217
d'endroits de l'Oraifon funebre , qui en a efté faite par
Mr Gontier , Docteur de Sorbonne , Chanoine & Theologal de l'Eglife de Chatres.
Et comme ce que je vous en
ay mandé vous a paru fi beau
que vous avez dit qu'il meritoit d'eftre fçû de toute la
terre , j'en ay ramaffé encore
quelques morceaux que je
crois quevous trouverez d'une
grande beauté ; & particulicrement la peinture de la vic
Religieufe qui a paffé pour
un chef- d'œuvre. Cet Abbé
avoit pris pour Texte ces
Fanvier 1710.
T
2.8 MERCURE
*
paroles de la Sageffe : eft in
illa fpiritus intelligentia fanctus
unicus , multiplex , c'eft- à dire,
Ily a en elle un efprit d'intelli .
gence ,faint , unique , multiplié.
Et il en tira la divifion de fon
Difcours. Ily avoit en elle , ditil , un efprit d'intelligence ; unique , voilàfafimplicité : multiplié , voilà fon étendue , faint ;
voilà fon excellence &Sa perfection . Il commença enfuite
fon premier Point , en difant
queparle mot de fimplicité , il
fautpas fe figurer une vertu
foible , tranquile , indolente ,
incapable des grandes choſes ; &
ne
GALANT 219
que
indigne des grands hommes , ainfi
ue felon le Pape Saint Gregoire
on l'a prend ordinairement dans le
monde; & queJulien l'Apoftat ,
le reprochoit aux Chreftiens ;
mais entendre une vertu reglée
par la Foy, accompagnée de droitures & de modeftie ; & infeparable de la douceur &de l'humilité; vertu oppoſée à cette efprit
de duplicité que Dieu ne regarde
qu'avec horreur dans l'Ecriture;
àcet efprit de fuperbe qu'ilyfrape
par tout de fes maledictions &
defes anathemes. Ce qui donna
lieu à l'Orateur de parler de
l'origine de fon Heroine chrê-
"
Tij
220 MERCURE
36
tienne. Je remarque , dit - il ,
du cofté paternel dans la Maifon
d'Estampes , fi ancienne dans le
Royaume , les alliances les plus
honorables , les plus celebres , les
plus éminentes dignitez de l'Eglife & de l'Etat j'apperçois
du cofté maternel dans celle de
Montmorency , déja conſiderable
en France dés les premiers fiecles
de la Monarchie , fes ancêtres
diftinguez par tous ces honneurs
quife diftinguent encore da
vantage dans l'Eglife par le titre
de premiers Barons Chreftiens ,
qui leur eft hereditaire ( la mere
de cette Abbeffe eftoit de la Mai-
GALANT 120
ce
fon de Montmorency ) j'y vois
efangqui l'anime , s'élever dans
perfonne des Princeffes ,foutenir en tout temps la gloire de
cet Empire , dans celle des Generaux d'Arméeprefquefans nombre , triompher dans celle des
Conquerans , & regner dans
celle des Monarques par fes glorieufes alliances avec toutes les
Couronnes Chreftiennes. L'Orateur s'arrefta en cet endroit &
pourfuivit en difant ; mais
viendrois je en Partifan du
monde relever la pieté par la
Nobleffe , au lieu de relever en
Minifiredu Seigneur la Nobleffe
-
Tiij
222 MERCURE
que
par la pieté , pendant que des
Payens c'est de Juvenal qu'il
parle ) déclarent la feule
l'unique Nobleffe à le bien
prendre eft la feule & unique
vertu ; à Dieu ne plaiſe , Mi
mais comme les enfans du fiecle
n'eftiment que trop ces dangereux
avantages , je veux feulement
leur faire juger de la grandeur
de fon facrifice par la grandeur .
de fon extraction. Il jetta enfuite encore quelques fleurs
fur le tombeaude l'ayeule maternelle , & de la tante de cette
Abbeffe , dont la fagefimplicité,
dit-il , lapictéfolide; & l'amour
GALANT 223
tendre pour les pauvres feront
jamais en benediction ; & depuis
fous la conduite d'une tante plus
élevée par elle-même que parfa
naiſſance , qui avoit caché la
grandeur , d'une illuftre Ducheffe
fousle Voile d'une humble Religieufe. Mr Gontier fit enfuite
un portrait de la vie Religieufe qui fut délicatement touché :formez- vous , dit- il , dans
voftre efprit l'idée de la vie Religieufe : figurez- vous un estat où
l'on fe traite comme un genre de
perfonnes deftinées à la mort ( inft
que Tertulien le difoit des premiers fidelles ) où l'on facrific le
Tiiij.
224 MERCURE
temps à l'Eternité; où malgré l'amourproprefi naturel à tous les
hommes , on renonce àfa liberté ,
pour n'agir que par la volonté
d'autruy ; & où c'est une espece
decrime de ne fe pas quitter foymême après avoir tout quittés
dans ces afiles de la pieté Chreftiennetous les momensfont reglez
parlafageffe; toutes les actions
lesparolesfontpefées au poids du
Sanctuaire ; les infidélitez les plus
legeresy paffentpourdes monftres ;
les divertiffemens permis dans le
fiecle yfont interdits , les confeils
y deviennent des preceptes. Là
enferveli dans les bornes eftroites
GALANT 225
d'un
, on
Monaftere comme dans un
tombeau au milieu des nourritures fpirituelles dont on eft uniquement occupé , on jeûne avec
courage , on gémit avec amour
non-feulement pour fes pechez ;
mais encore pour ceux des autres ;
on fouffre avec plaisir , onymeurt
àfoy - même auffi - bien qu'au
monde avecjoye. Enfin onyfait
confifterfon trefor àne rien poffeder , fa grandeur à s'aneantir ;
fon bonheur à executer les ordres
du Ciel ; fa gloire à ſe regarder
comme un ferviteur ou unefervante inutile aprés les avoir executez. Reprefentez- vous main-
226 MERCURE
tenant tous ces devoirs de la vie
Religieufe accomplis dans la
droiture e lafimplicité du cœur
afin de plaire à Dieu feul; vous
vous reprefenterezla vie de Me
de Vallançay , car voilà le terme
unique où about foient tous fes
deffeins , c. En parlant de
fes ornemens exterieurs voicy
un trait que l'on ne doit pas
oublier : une Croffe de la matiere
laplus fimple, eftoit la marque la
plus éclatante defa dignité ; pauure , maisprecieux prefent qu'elle
avoit receu du faint Reformateur.
de la Trappe , & qu'elle portoit
avec autant de veneration que le
GALANT 227
grand faint Antoine fe revestoit
de la Robbe du premier des
Solitaires dans les jours Solemnels. Cet Abbé dans le détail
qu'il fit des mouvemens que
cette fainte fille fe donna pour
reformer fon Abbaye dit ce
qui fuit de feu Mr l'Abbé de
la Trappe ; mais à qui s'adreffeta- t-elle pour réuſſie dans une "entreprife fi délicate ; & fi difficile
au fidelle œconome de la Maifon
du Seigneur , je veux dire , à un
homme qui ayant fait revivre
dans fa perfonne les Antoines
les Machaires, les Pachômes , les
·Benoifts , les Bernards , & les
228 MERCURE
plus fameux Anacorettes , les a
fait renaître jufques dans fes
Difciples , qui fe répandent tous
les jours avec tant d'honneur
de fuccés dans le monde
appellez depuis par le Souverain
Pontife dans la Capitale du
qui
Chriftianifme vont édifier plus
heureusement que jamais l'Eglife
par l'aufterité de leur vie ; à un
homme qui ayant rendu à l'Ordre
de Cifteaux la gloire du Liban
la beauté du Carmel & de
Saron afait parler toute la terre
defa merveillenfe Reforme , &
luy a fait garder le filence pourl'admirer ; a unhomme qui n'eftoit
GALANT 229
defcendu de la Chaire Abbatiale
que pour cacherla propre gloire ,
comme il n'y eftoit monté que
pour travailler à celle du Seigneur,
n'a paslaiffé de voir la calomnie
fufcitée par le pere du menfonge ,
attaquer les vertus pour arrêter
lesprogrés étonnans de fon zele
& qui toutefois pour uſer de
L'éloquente expreffion de Saint
Ambroife , en a glorieusement .
triomphéparfon filence , à l'exemple
qui plus heureux que Salomon ,
Już du Sauveur ; à un homme
qui anonfeulement attirédes Prelats , des Rois des Reines (il
parle icy duRoy de la Reine
230 MERCURE
d'Angleterre toutce que l'Eglife
le fiecle ontdeplus élevé jufques dans fon Defert ; & les
ayant charmez par fa fageffe
leura montréle cheminde la veritablegloire ; mais auffi des efclaves
du démon dont il a fait parfon
Zele & par ſes exemples des
Preftres , des Rois éternels
felon la parole des Saints de
l'Apocalypfe , FECISTI ÆTERNE REGNUM ET SACERDOTES.
Si je pouvois joindre icy le
portrait que M.l'Abbé Gontier fit de la nouvelle Abbeffe
qui eft de la mêmeMaiſon que
GALANT 231
le faint Abbé de la Trape , &
qui eft fœur de Mr l'Evêque de
Troyes , on y admireroit unc
éloquence également foute.
nue & unefineffe d'expreffions,
qu'on a déja remarquée dans
les morceaux que j'ay raportez
de ce Difcours ; je n'aurois pas
dû non plus oublier fi je
n'eus craint de donner trop
d'étendue à cet extrait , le détail que cet Abbé fit d'un
prodige arrivé dans l'Abbaye
des Clairets dans un temps
de fterilité ; prodige qu'on a
toûjours attribué aux prieres
de l'Abbeſſe : & qui confiftoit
232 MERCURE
1
en ce qu'on trouva dans le
grenier des pauvres 300. minots de bled plus qu'on y en
avoit mis , prodigè femblable à celuy que le faint Auteur
de la vie de Sainte Macrine
raporte parmi les merveilles de
la vie de cette Sainte , & que
M' Gontier cita en parlant de
celuy qui arriva aux Clairets ,
il y a quelques temps.
beau , & plus brillant que
cette Pompe Funebre &
l'efprit & l'invention y brilloient tellement qu'il n'apartient qu'aux Jefuites d'orner
avec tant d'efprit tout ce
qu'ils donnent en Spectacles.
Je vous parlay dans ma
Lettre du mois de Decembre
de la mort de M° d'Ecampes
de Vallençay , Abbeffe des
Clairets de l'Ordre de Citeaux,
& vous rapportay beaucoup
d'endroits
CALANT 217
d'endroits de l'Oraifon funebre , qui en a efté faite par
Mr Gontier , Docteur de Sorbonne , Chanoine & Theologal de l'Eglife de Chatres.
Et comme ce que je vous en
ay mandé vous a paru fi beau
que vous avez dit qu'il meritoit d'eftre fçû de toute la
terre , j'en ay ramaffé encore
quelques morceaux que je
crois quevous trouverez d'une
grande beauté ; & particulicrement la peinture de la vic
Religieufe qui a paffé pour
un chef- d'œuvre. Cet Abbé
avoit pris pour Texte ces
Fanvier 1710.
T
2.8 MERCURE
*
paroles de la Sageffe : eft in
illa fpiritus intelligentia fanctus
unicus , multiplex , c'eft- à dire,
Ily a en elle un efprit d'intelli .
gence ,faint , unique , multiplié.
Et il en tira la divifion de fon
Difcours. Ily avoit en elle , ditil , un efprit d'intelligence ; unique , voilàfafimplicité : multiplié , voilà fon étendue , faint ;
voilà fon excellence &Sa perfection . Il commença enfuite
fon premier Point , en difant
queparle mot de fimplicité , il
fautpas fe figurer une vertu
foible , tranquile , indolente ,
incapable des grandes choſes ; &
ne
GALANT 219
que
indigne des grands hommes , ainfi
ue felon le Pape Saint Gregoire
on l'a prend ordinairement dans le
monde; & queJulien l'Apoftat ,
le reprochoit aux Chreftiens ;
mais entendre une vertu reglée
par la Foy, accompagnée de droitures & de modeftie ; & infeparable de la douceur &de l'humilité; vertu oppoſée à cette efprit
de duplicité que Dieu ne regarde
qu'avec horreur dans l'Ecriture;
àcet efprit de fuperbe qu'ilyfrape
par tout de fes maledictions &
defes anathemes. Ce qui donna
lieu à l'Orateur de parler de
l'origine de fon Heroine chrê-
"
Tij
220 MERCURE
36
tienne. Je remarque , dit - il ,
du cofté paternel dans la Maifon
d'Estampes , fi ancienne dans le
Royaume , les alliances les plus
honorables , les plus celebres , les
plus éminentes dignitez de l'Eglife & de l'Etat j'apperçois
du cofté maternel dans celle de
Montmorency , déja conſiderable
en France dés les premiers fiecles
de la Monarchie , fes ancêtres
diftinguez par tous ces honneurs
quife diftinguent encore da
vantage dans l'Eglife par le titre
de premiers Barons Chreftiens ,
qui leur eft hereditaire ( la mere
de cette Abbeffe eftoit de la Mai-
GALANT 120
ce
fon de Montmorency ) j'y vois
efangqui l'anime , s'élever dans
perfonne des Princeffes ,foutenir en tout temps la gloire de
cet Empire , dans celle des Generaux d'Arméeprefquefans nombre , triompher dans celle des
Conquerans , & regner dans
celle des Monarques par fes glorieufes alliances avec toutes les
Couronnes Chreftiennes. L'Orateur s'arrefta en cet endroit &
pourfuivit en difant ; mais
viendrois je en Partifan du
monde relever la pieté par la
Nobleffe , au lieu de relever en
Minifiredu Seigneur la Nobleffe
-
Tiij
222 MERCURE
que
par la pieté , pendant que des
Payens c'est de Juvenal qu'il
parle ) déclarent la feule
l'unique Nobleffe à le bien
prendre eft la feule & unique
vertu ; à Dieu ne plaiſe , Mi
mais comme les enfans du fiecle
n'eftiment que trop ces dangereux
avantages , je veux feulement
leur faire juger de la grandeur
de fon facrifice par la grandeur .
de fon extraction. Il jetta enfuite encore quelques fleurs
fur le tombeaude l'ayeule maternelle , & de la tante de cette
Abbeffe , dont la fagefimplicité,
dit-il , lapictéfolide; & l'amour
GALANT 223
tendre pour les pauvres feront
jamais en benediction ; & depuis
fous la conduite d'une tante plus
élevée par elle-même que parfa
naiſſance , qui avoit caché la
grandeur , d'une illuftre Ducheffe
fousle Voile d'une humble Religieufe. Mr Gontier fit enfuite
un portrait de la vie Religieufe qui fut délicatement touché :formez- vous , dit- il , dans
voftre efprit l'idée de la vie Religieufe : figurez- vous un estat où
l'on fe traite comme un genre de
perfonnes deftinées à la mort ( inft
que Tertulien le difoit des premiers fidelles ) où l'on facrific le
Tiiij.
224 MERCURE
temps à l'Eternité; où malgré l'amourproprefi naturel à tous les
hommes , on renonce àfa liberté ,
pour n'agir que par la volonté
d'autruy ; & où c'est une espece
decrime de ne fe pas quitter foymême après avoir tout quittés
dans ces afiles de la pieté Chreftiennetous les momensfont reglez
parlafageffe; toutes les actions
lesparolesfontpefées au poids du
Sanctuaire ; les infidélitez les plus
legeresy paffentpourdes monftres ;
les divertiffemens permis dans le
fiecle yfont interdits , les confeils
y deviennent des preceptes. Là
enferveli dans les bornes eftroites
GALANT 225
d'un
, on
Monaftere comme dans un
tombeau au milieu des nourritures fpirituelles dont on eft uniquement occupé , on jeûne avec
courage , on gémit avec amour
non-feulement pour fes pechez ;
mais encore pour ceux des autres ;
on fouffre avec plaisir , onymeurt
àfoy - même auffi - bien qu'au
monde avecjoye. Enfin onyfait
confifterfon trefor àne rien poffeder , fa grandeur à s'aneantir ;
fon bonheur à executer les ordres
du Ciel ; fa gloire à ſe regarder
comme un ferviteur ou unefervante inutile aprés les avoir executez. Reprefentez- vous main-
226 MERCURE
tenant tous ces devoirs de la vie
Religieufe accomplis dans la
droiture e lafimplicité du cœur
afin de plaire à Dieu feul; vous
vous reprefenterezla vie de Me
de Vallançay , car voilà le terme
unique où about foient tous fes
deffeins , c. En parlant de
fes ornemens exterieurs voicy
un trait que l'on ne doit pas
oublier : une Croffe de la matiere
laplus fimple, eftoit la marque la
plus éclatante defa dignité ; pauure , maisprecieux prefent qu'elle
avoit receu du faint Reformateur.
de la Trappe , & qu'elle portoit
avec autant de veneration que le
GALANT 227
grand faint Antoine fe revestoit
de la Robbe du premier des
Solitaires dans les jours Solemnels. Cet Abbé dans le détail
qu'il fit des mouvemens que
cette fainte fille fe donna pour
reformer fon Abbaye dit ce
qui fuit de feu Mr l'Abbé de
la Trappe ; mais à qui s'adreffeta- t-elle pour réuſſie dans une "entreprife fi délicate ; & fi difficile
au fidelle œconome de la Maifon
du Seigneur , je veux dire , à un
homme qui ayant fait revivre
dans fa perfonne les Antoines
les Machaires, les Pachômes , les
·Benoifts , les Bernards , & les
228 MERCURE
plus fameux Anacorettes , les a
fait renaître jufques dans fes
Difciples , qui fe répandent tous
les jours avec tant d'honneur
de fuccés dans le monde
appellez depuis par le Souverain
Pontife dans la Capitale du
qui
Chriftianifme vont édifier plus
heureusement que jamais l'Eglife
par l'aufterité de leur vie ; à un
homme qui ayant rendu à l'Ordre
de Cifteaux la gloire du Liban
la beauté du Carmel & de
Saron afait parler toute la terre
defa merveillenfe Reforme , &
luy a fait garder le filence pourl'admirer ; a unhomme qui n'eftoit
GALANT 229
defcendu de la Chaire Abbatiale
que pour cacherla propre gloire ,
comme il n'y eftoit monté que
pour travailler à celle du Seigneur,
n'a paslaiffé de voir la calomnie
fufcitée par le pere du menfonge ,
attaquer les vertus pour arrêter
lesprogrés étonnans de fon zele
& qui toutefois pour uſer de
L'éloquente expreffion de Saint
Ambroife , en a glorieusement .
triomphéparfon filence , à l'exemple
qui plus heureux que Salomon ,
Już du Sauveur ; à un homme
qui anonfeulement attirédes Prelats , des Rois des Reines (il
parle icy duRoy de la Reine
230 MERCURE
d'Angleterre toutce que l'Eglife
le fiecle ontdeplus élevé jufques dans fon Defert ; & les
ayant charmez par fa fageffe
leura montréle cheminde la veritablegloire ; mais auffi des efclaves
du démon dont il a fait parfon
Zele & par ſes exemples des
Preftres , des Rois éternels
felon la parole des Saints de
l'Apocalypfe , FECISTI ÆTERNE REGNUM ET SACERDOTES.
Si je pouvois joindre icy le
portrait que M.l'Abbé Gontier fit de la nouvelle Abbeffe
qui eft de la mêmeMaiſon que
GALANT 231
le faint Abbé de la Trape , &
qui eft fœur de Mr l'Evêque de
Troyes , on y admireroit unc
éloquence également foute.
nue & unefineffe d'expreffions,
qu'on a déja remarquée dans
les morceaux que j'ay raportez
de ce Difcours ; je n'aurois pas
dû non plus oublier fi je
n'eus craint de donner trop
d'étendue à cet extrait , le détail que cet Abbé fit d'un
prodige arrivé dans l'Abbaye
des Clairets dans un temps
de fterilité ; prodige qu'on a
toûjours attribué aux prieres
de l'Abbeſſe : & qui confiftoit
232 MERCURE
1
en ce qu'on trouva dans le
grenier des pauvres 300. minots de bled plus qu'on y en
avoit mis , prodigè femblable à celuy que le faint Auteur
de la vie de Sainte Macrine
raporte parmi les merveilles de
la vie de cette Sainte , & que
M' Gontier cita en parlant de
celuy qui arriva aux Clairets ,
il y a quelques temps.
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Résumé : Suite de ce qu'on a déjà rapporté de l'Oraison Funebre de Me de Valençay, Abbesse des Clairets. [titre d'après la table]
Le texte relate la pompe funèbre de l'abbé d'Ecampes de Vallençay, abbesse des Clairets de l'Ordre de Citeaux, décédée en janvier 1710. L'oraison funèbre, prononcée par Mr Gontier, docteur de Sorbonne et chanoine de l'église de Chartres, fut particulièrement remarquée pour son esprit et son invention. L'orateur choisit comme texte les paroles de la Sagesse : 'est in illa spiritus intelligentia sanctus, unicus, multiplex', qu'il développa en soulignant la simplicité, l'étendue et l'excellence de l'intelligence de l'abbé. L'oraison funèbre mettait en avant la noblesse des origines de l'abbé, tant du côté paternel (maison d'Estampes) que maternel (maison de Montmorency), et soulignait ses vertus chrétiennes. L'orateur décrivit la vie religieuse comme un état de sacrifice et de dévotion, où chaque moment est réglé par la sagesse et où les actions sont pesées au poids du sanctuaire. Il évoqua également la simplicité et la piété de l'abbé, illustrées par des anecdotes sur sa vie et ses actions. Mr Gontier fit également un portrait élogieux de la vie religieuse, soulignant les devoirs et les sacrifices des religieuses, et mentionna un prodige survenu dans l'abbaye des Clairets, attribué aux prières de l'abbesse. Le texte se termine par une mention de l'éloquence et de la finesse d'expression de l'abbé Gontier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1731
p. 232-238
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
Comme tous les hommes meurent & que la pluspart avant que de finir leur vie [...]
Mots clefs :
Mariages, Marquis de Maubec et de Brancas, Marquis de Pons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
Comme tous les hommes.
meurent & que la plufpart.
avant que de finir leur vie
prennent le parti du Mariage ,
fans quoy le genre humain ne
fubfifteroit pas, on ne doit pas
GALANT 233
eftre furpris fi la plupart de
mes Lettres font remplies de
Morts & de Mariages.
Mre Louis - Antoine de
Brancas , Marquis de Maubec
& de Brancas , a époufé Dlle
N... de Moras , fille de Mr de
Moras , Prefident à Mortier
au Parlement de Metz. Ce
Marquis eft fils aîné de Mre
Louis de Brancas Duc de Villars & de Brancas , Pair de
France , Gomte de Maubec ,
Baron d'Oife , Seigneur de
Chantercier & de l'ine , & de'
Dame Marie de Brancas , Dame d'Honneur de S. A. R. MaV
Janvier 1710.
234 MERCURE
dame , & fœur de Me la Princeffed Harcourt , & fille de feu
Mre Charles Comte de Brancas, Chevalier d'Honneur de la
Reine Anne d'Autriche , & de
DameSuzanne de Garnier. Mr
le Duc de Brancas eft petit fils.
du feu Duc de Villars , Georges de Brancas Pair de France
& de Julienne Hippolite d'Eftrées , fœur de la belle Gabrielle , Ducheffe de Beaufort , &
fille d'Antoine d'Eftrées, Marquis de Cœuvres , Chevalier
des Ordres du Roy , GrandMailtre de l'Artillerie , & il eft
fils de feu Mre Louis de Bran-
GALANT 235
cas Duc de Villars , Pair, de
France , Marquis de Graville
& de Grandchamp , Comte de
Maubec , & de fa feconde femme Madelaine Girard fille de
Louis Girard , Seigneur de Villetaneufe , Procureur General
de la Chambre des Comptes.
Mr le Duc de Villars cut auffi
de cette Dame , Louis Eftienne Jofeph de Brancas , Bachelier de Sorbonne , Abbé de
Noftre Dame des Alleurs en
Poitou , & Marie Madelaine
de Brancas épouse de LouisGabriel Henry de Beauveau.
Feu Mr. le Duc de Villars cut
V ij
236. MERCURE
4.
de Louiſe Catherine de Faute
teau de Meinieres fa troifiéme
femme , Elifabeth- Charlotte
Candide de Brancas , mariées
avec Louis- Henry de Brancas 33
Marquis de Cerefte dans lef
Comtat Venaiffin. Mrle Marquis de Brancas qui vient de fe
marier eft Colonel d'Infanterie ; & Me fa femme eft d'une
ancienne famille originaire de
Languedoc. Me de Moras fat
mere avoit efté fort attachée.
àfeuë S. A. R. Mademoiselle.
Mr le Marquis de Pons ,
chef du nom & des Armes de
l'illuftre Maiſon de Pons ori-
GALANT 237
ginaire de Saintonge , a épousé
Me la Marquife de la Baume ,
belle fille de Mr le Maréchal
de Tallard , fille de Mr le Com
te de Verdun , & de Dame
N... d'Albon defcendue des
Dauphins de Viennois. Mrle
Comte de Verdun & Mr de
Tallard portent le nom d'Hof
tun ; mais Mr le Comte de
Verdun ajoûte au fien le nom
de Gadagne , par une fubftitutution. Ils font originaires
d'une tres- noble & tres- ancienne Maiſon du Dauphiné.
Comme tous les hommes
prenent un party dans le mon
238 MERCURE
de;& que ceux qui ne fe marient pas embraffent le celibat
& que ces deux partis font
fuceptibles de tous les emplois
où les hommes peuvent eftre
employez , fçavoir de toutes
les dignitez du monde & de
toutes celles de l'Eglife, jeviens
à la derniere Promotion des
Benefices donnez par le Roy.
meurent & que la plufpart.
avant que de finir leur vie
prennent le parti du Mariage ,
fans quoy le genre humain ne
fubfifteroit pas, on ne doit pas
GALANT 233
eftre furpris fi la plupart de
mes Lettres font remplies de
Morts & de Mariages.
Mre Louis - Antoine de
Brancas , Marquis de Maubec
& de Brancas , a époufé Dlle
N... de Moras , fille de Mr de
Moras , Prefident à Mortier
au Parlement de Metz. Ce
Marquis eft fils aîné de Mre
Louis de Brancas Duc de Villars & de Brancas , Pair de
France , Gomte de Maubec ,
Baron d'Oife , Seigneur de
Chantercier & de l'ine , & de'
Dame Marie de Brancas , Dame d'Honneur de S. A. R. MaV
Janvier 1710.
234 MERCURE
dame , & fœur de Me la Princeffed Harcourt , & fille de feu
Mre Charles Comte de Brancas, Chevalier d'Honneur de la
Reine Anne d'Autriche , & de
DameSuzanne de Garnier. Mr
le Duc de Brancas eft petit fils.
du feu Duc de Villars , Georges de Brancas Pair de France
& de Julienne Hippolite d'Eftrées , fœur de la belle Gabrielle , Ducheffe de Beaufort , &
fille d'Antoine d'Eftrées, Marquis de Cœuvres , Chevalier
des Ordres du Roy , GrandMailtre de l'Artillerie , & il eft
fils de feu Mre Louis de Bran-
GALANT 235
cas Duc de Villars , Pair, de
France , Marquis de Graville
& de Grandchamp , Comte de
Maubec , & de fa feconde femme Madelaine Girard fille de
Louis Girard , Seigneur de Villetaneufe , Procureur General
de la Chambre des Comptes.
Mr le Duc de Villars cut auffi
de cette Dame , Louis Eftienne Jofeph de Brancas , Bachelier de Sorbonne , Abbé de
Noftre Dame des Alleurs en
Poitou , & Marie Madelaine
de Brancas épouse de LouisGabriel Henry de Beauveau.
Feu Mr. le Duc de Villars cut
V ij
236. MERCURE
4.
de Louiſe Catherine de Faute
teau de Meinieres fa troifiéme
femme , Elifabeth- Charlotte
Candide de Brancas , mariées
avec Louis- Henry de Brancas 33
Marquis de Cerefte dans lef
Comtat Venaiffin. Mrle Marquis de Brancas qui vient de fe
marier eft Colonel d'Infanterie ; & Me fa femme eft d'une
ancienne famille originaire de
Languedoc. Me de Moras fat
mere avoit efté fort attachée.
àfeuë S. A. R. Mademoiselle.
Mr le Marquis de Pons ,
chef du nom & des Armes de
l'illuftre Maiſon de Pons ori-
GALANT 237
ginaire de Saintonge , a épousé
Me la Marquife de la Baume ,
belle fille de Mr le Maréchal
de Tallard , fille de Mr le Com
te de Verdun , & de Dame
N... d'Albon defcendue des
Dauphins de Viennois. Mrle
Comte de Verdun & Mr de
Tallard portent le nom d'Hof
tun ; mais Mr le Comte de
Verdun ajoûte au fien le nom
de Gadagne , par une fubftitutution. Ils font originaires
d'une tres- noble & tres- ancienne Maiſon du Dauphiné.
Comme tous les hommes
prenent un party dans le mon
238 MERCURE
de;& que ceux qui ne fe marient pas embraffent le celibat
& que ces deux partis font
fuceptibles de tous les emplois
où les hommes peuvent eftre
employez , fçavoir de toutes
les dignitez du monde & de
toutes celles de l'Eglife, jeviens
à la derniere Promotion des
Benefices donnez par le Roy.
Fermer
Résumé : Mariages. [titre d'après la table]
Le texte aborde la fréquence des mariages et des décès dans les lettres, illustrée par plusieurs exemples. En janvier 1710, Louis-Antoine de Brancas, Marquis de Maubec et de Brancas, a épousé Mademoiselle N... de Moras, fille de Monsieur de Moras, Président à Mortier au Parlement de Metz. Louis-Antoine est le fils aîné de Louis de Brancas, Duc de Villars et Pair de France, et de Marie de Brancas, Dame d'Honneur de Son Altesse Royale. Le Duc de Brancas est le petit-fils de Georges de Brancas, Duc de Villars, et de Julienne Hippolyte d'Estrées, ainsi que le fils de Louis de Brancas et de Madeleine Girard. Le Duc de Villars a eu plusieurs enfants, dont Louis-Étienne-Joseph de Brancas, Abbé de Notre-Dame des Alleurs, et Marie-Madelaine de Brancas, épouse de Louis-Gabriel Henry de Beauveau. Le texte mentionne également Élisabeth-Charlotte-Candide de Brancas, mariée à Louis-Henry de Brancas, Marquis de Céreste, Colonel d'Infanterie. La mère de Madame de Moras était proche de Son Altesse Royale Mademoiselle. De plus, le Marquis de Pons, chef de la Maison de Pons, a épousé la Marquise de la Baume, petite-fille du Maréchal de Tallard. Le Comte de Verdun et Monsieur de Tallard portent le nom d'Hostun, avec une substitution du nom de Gadagne pour le Comte de Verdun. Ils sont issus d'une noble et ancienne Maison du Dauphiné. Le texte conclut en soulignant que les hommes choisissent entre le mariage et le célibat, permettant l'accès à divers emplois et dignités, tant laïques que religieuses, et mentionne la dernière promotion des bénéfices accordés par le Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1732
p. 238-252
Benefices donnez par le Roy dans la derniere Promotion. [titre d'après la table]
Début :
Sa Majesté a donn l'Abbaye de Toussaints d'Angers [...]
Mots clefs :
Roi, Promotion, Abbayes, Coadjutorerie, Bénéfices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benefices donnez par le Roy dans la derniere Promotion. [titre d'après la table]
a Majesté a donné l'Ab
baye de Touffaints d'Angers
à Mrl'Abbé de Bruffi GrandVicaire d'Angers. Il a beaucoup de fçavoir , & il a paffé
une partie de fa vie dans les
Seminaires , où il s'eft inftruit
•
GALANT 239
} ་
de fes devoirs. L'Abbaye
dont il vient d'eftre pourvû
a produit des Religieux d'une
grande reputarion , & fur
tout dans le 15° ficcle ; & dans
le temps du Concile de Conftance. J'aurois beaucoup de
chofes àvous dire de Mrl'Abbé de Bruffi , fi j'entrois dans
ces fortes d'Articles dans ce
qui regarde les familles de
tous ceux qui font nommez à
quelques Benefices ; mais commedans toutes les Promotions
que fait Sa Majefté , elle n'a
égard qu'au merite perfonnel.
de ceux qu'elle pourvoit de
240 MERCURE
quelques Benefices & aux vertus Ecclefiaftiques , s'il m'eſt
permis de parler ainfi , & qu'elle ne donne rien à la naiffance
& à la faveur , je pafferay fous
filence beaucoup de chofes
que je pourois dire à l'avantade leurs Maifons. ge
*
Sa Majesté donna dans la
même Promotion l'Abbaye
de Mureau à Mr l'Abbé de
Laigle Grand Vicaire de Toul.
Cette Abbaye eft de l'Ordre
de Premontré & dans le
Dioceſe de Toul. Mr l'Abbé
de Laigle eft Chanoine de la
Cathedrale de la même Ville ,
>
&
GALANT 241.
& il en a efté Grand Vicaire
fous trois Evêques confecutifs.
Ainfi l'on peut juger qu'il a
acquis une grande experience
dans le Gouvernement Ecclefiaftique ; il a la reputation
d'eftre un des plus habiles
hommes qu'il y ait dans l'Eglife de France pour la Difcipline. Il eft confulté des Provinces les plus éloignées cù
l'on fouhaite d'avoir fouvent
defes décifions ; elle font refpectables , & appuyées fur les
maximes les plus juftes & les
mieux fondées du Droit Canon. Cet Abbé eft d'une
X
Fanvier 1710.
#
242 MERCURE.
Maifon fort ancienne & origi
naire de Lorraine où elle étoit
connue dés le 14. fiecle.
L'Abbaye de la Buffiere , fut
donnée enmême temps à Mr
l'Abbé Morey , cy-devant
Chapelain de Sa Majeſté. Certe Abbaye eft de l'Ordre de
Cifteaux , & dans le Dioceſe
d'Autun. Mr l'Abbé Morey
pendant fon féjour à la Cour
& le fervice qu'il y a rendu
dans la Chapelle de Sa Majefté,
s'y eft fait generalement eftimer. Ileft fort verfé dans les
antiquitez Ecclefiaftiques &
fur tout dans la partie qui
GALANT 243
regarde les Ceremonies >. &
s'il n'eut efté prevenu par Mr
l'Abbé Archon , il auroit donné une Hiſtoirede la Chapelle
de nos Rois.
Mrl'Abbé de Viffat la Fayette , fur pourvû le même jour
de l'Abbaye de faint Seine.
Cette Abbaye eft dans le
Dioceſe de Langres , &de l'Ordre de faint Benoift Mrl'Abbé de Viffat eft Docteur- de
Sorbonne , & Comtede faint
Julien de Brioude. Je vous
diray feulement pour vous
faire connoiftre fa Maiſon
qu'il eft de celle du Maréchal
X ij
244 MERCURE
de la Fayette , qui vivoit en
1449. Mr l'Abbé Viffat , eft
fort eftimé à caufe de fa
droiture & d'une grande
bonté de cœur qui luy ont
attiré la bien-veillance & l'amitié de toute la Nobleffe d'Auvergne fa Patrie.
>
Mr l'Abbé de Lée , a cu
dans la même Promotion
l'Abbaye de Villeloin , qui
eft dans le Diocefe de Tours
& de l'Ordre de faint Benoift.
Le merite de cet Abbé eſt
connu , & quoyqu'il meritaſt
par luy mêmel'Abbaye que le
Royvient de luy donner , je
GALANT 245
me trouve neanmoins obligé
de dire qu'il eft proche parent
de Mr de Lée , Lieutenant
General des Armées du Roy;
qu'ils font tous deux Irlandois & alliez àl'illuftre Maiſon
de Drummont & à celle de
Mahony , pour vous faire
connoiftre que le Roy ne
reconnoift pas moins le merite
des Etrangers que celuy de les
fujers.
Mr l'Abbé le Roy de Chauvigny a eu auffi l'Abbaye de
Belle fontaine. Les qualitez
de fon cœur & de fon efprit
ne le rendent par moins cftiX
iij
246 MERCURE
mable fa conduite qui a
que
toujours paru fage à ceux qui
le connoiffent. Il a toûjours
mené une vie unie & digne
d'un Ecclefiaftique , & fa Religion , ainfi quefa grandepieté ,
ont toûjours édifié tout le
monde. Je ne vous dis rien icy
de ſa Maiſon , dont je vous ay
amplement parlé en d'autres
occafions. L'Abbaye de Bellefontaine , eft fous le vocable
de Noftre-Dame de l'Abfie , de
l'Ordre de Saint Benoist & du
Diocefe de la Rochelle.
Mrl'Abbé de Vifnich, grand
Vicaire d'Auxerre , a efté en
GALANT 247
mefme temps nommé à l'Abbaye des Roches , Dioceſe
d'Auxerre & de l'Ordre de
Cifteaux. Mr l'Evêque d'Auxerre , qui connoift le merite
de cet Abbé , qui travaille depuis quelques années fous fes
ordres , a demandé pour luy
cette Abbaye qu'il a obtenue
avec beaucoup d'agrément, le
Roy fe faifant un plaifir de
recompenfer les Ouvriers de
l'Evangile, & de déferer en ces
occafions au témoignage des
Evêques qui peuvent mieux
connoiftre que qui que ce foit
ceux qui travaillent fous leurs
X iiij
248 MERCURE
ordres. Mr l'Abbé de Vifnich
a beaucoup de talent pour la
Predication , & il l'a exercé
avec fuccés dans les meilleures
Chaires de la Province où il
cft employé , & dans celles de
Paris. Il s'eft fort appliqué depuis que fes études font finies,
à celles du droit Canon , & il
y a fait de grands progrés. Il
a fur tout beaucoup travaillé
fur les matieres qui regardent
les Libertez de l'Eglife Galli- :
cane ; & il eſt peu de perſonnes
qui entendent mieux que luy
ce qui appartient à cette
importante matiere, & à celles
GALANT 249
de la difcipline de l'Eglife. Ce
nouvel Abbé cft parent de Mr
l'Evêque d'Auxerre , & d'une
ancienne Maiſon fortie du
Roüergue , où elle eftoit déja
connue dans le 13 ° fiecle.
Mr l'Abbé du Vignau , frere de Mr du Vignau , Maréchal des Logis de l'une des
Compagnies des Moufquetaires , a eu l'Abbaye de Turpenay. Cette Abbaye eft de l'Ordre de S. Benoift , & du Diocefe de Tours. Mr l'Abbé du
Vignau a beaucoup de merite..
Il a fait de grands progrés.
250 MERCURE
dans les Sciences , & fur tout
dans l'étude de la Jurifprudence Canonique. Mr l'Archevêque de Tours , qui le
confidere beaucoup , l'a fouvent employé dans fon Diocefe pour les affaires qui regardent la difcipline Ecclefiaftique.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de S. Pierre du Puy , a
efté donnée à Me de la Fare.
On doit diftinguer cette Ab.
baye d'une autre qui porte
mefme nom ; mais qui eft une
Abbaye d'hommes , & qui eft
le
7
GALANT 251
l'une des plus anciennes du
Royaume, & dont l'Abbé eft
membre du Chapitre de la
Cathedrale; celle de S. Pierre,
qui donne lieu à cet article,
cft auffi tres ancienne , puifqu'elle eftoit déja celebre du
temps de Durand de S. Portien , de Pierre d'Ailly qui fut
enfuite Cardinal & Evêque de
Cambray , & du celebre Raymond Deagiles Chanoine du
Puy , qui a écrit une Hiftoire
de la guerre Sainte. Me de la
Fare a beaucoup de merite, &
s'eſt diſtinguée par la pratique
252 MERCURE
*
de toutes les vertus qui conviennent à fon eftat ; & elle a
fait voir dans tous les emplois
qu'elle a exercez , une habileté
& des lumieres fur tout ce qui
regarde le gouvernement Ec
clefiaftique , qui luy ont acquis unegrande reputation. La
Maifon de la Fare a donné de
grands fujets à l'Eglife, & particulierement dans le 15. &
dans le 16 fiecle. Elle eft fi
illuftre , qu'il n'eft pas neceffaire que je vous en dife rien
pour vous la faire connoitre.
baye de Touffaints d'Angers
à Mrl'Abbé de Bruffi GrandVicaire d'Angers. Il a beaucoup de fçavoir , & il a paffé
une partie de fa vie dans les
Seminaires , où il s'eft inftruit
•
GALANT 239
} ་
de fes devoirs. L'Abbaye
dont il vient d'eftre pourvû
a produit des Religieux d'une
grande reputarion , & fur
tout dans le 15° ficcle ; & dans
le temps du Concile de Conftance. J'aurois beaucoup de
chofes àvous dire de Mrl'Abbé de Bruffi , fi j'entrois dans
ces fortes d'Articles dans ce
qui regarde les familles de
tous ceux qui font nommez à
quelques Benefices ; mais commedans toutes les Promotions
que fait Sa Majefté , elle n'a
égard qu'au merite perfonnel.
de ceux qu'elle pourvoit de
240 MERCURE
quelques Benefices & aux vertus Ecclefiaftiques , s'il m'eſt
permis de parler ainfi , & qu'elle ne donne rien à la naiffance
& à la faveur , je pafferay fous
filence beaucoup de chofes
que je pourois dire à l'avantade leurs Maifons. ge
*
Sa Majesté donna dans la
même Promotion l'Abbaye
de Mureau à Mr l'Abbé de
Laigle Grand Vicaire de Toul.
Cette Abbaye eft de l'Ordre
de Premontré & dans le
Dioceſe de Toul. Mr l'Abbé
de Laigle eft Chanoine de la
Cathedrale de la même Ville ,
>
&
GALANT 241.
& il en a efté Grand Vicaire
fous trois Evêques confecutifs.
Ainfi l'on peut juger qu'il a
acquis une grande experience
dans le Gouvernement Ecclefiaftique ; il a la reputation
d'eftre un des plus habiles
hommes qu'il y ait dans l'Eglife de France pour la Difcipline. Il eft confulté des Provinces les plus éloignées cù
l'on fouhaite d'avoir fouvent
defes décifions ; elle font refpectables , & appuyées fur les
maximes les plus juftes & les
mieux fondées du Droit Canon. Cet Abbé eft d'une
X
Fanvier 1710.
#
242 MERCURE.
Maifon fort ancienne & origi
naire de Lorraine où elle étoit
connue dés le 14. fiecle.
L'Abbaye de la Buffiere , fut
donnée enmême temps à Mr
l'Abbé Morey , cy-devant
Chapelain de Sa Majeſté. Certe Abbaye eft de l'Ordre de
Cifteaux , & dans le Dioceſe
d'Autun. Mr l'Abbé Morey
pendant fon féjour à la Cour
& le fervice qu'il y a rendu
dans la Chapelle de Sa Majefté,
s'y eft fait generalement eftimer. Ileft fort verfé dans les
antiquitez Ecclefiaftiques &
fur tout dans la partie qui
GALANT 243
regarde les Ceremonies >. &
s'il n'eut efté prevenu par Mr
l'Abbé Archon , il auroit donné une Hiſtoirede la Chapelle
de nos Rois.
Mrl'Abbé de Viffat la Fayette , fur pourvû le même jour
de l'Abbaye de faint Seine.
Cette Abbaye eft dans le
Dioceſe de Langres , &de l'Ordre de faint Benoift Mrl'Abbé de Viffat eft Docteur- de
Sorbonne , & Comtede faint
Julien de Brioude. Je vous
diray feulement pour vous
faire connoiftre fa Maiſon
qu'il eft de celle du Maréchal
X ij
244 MERCURE
de la Fayette , qui vivoit en
1449. Mr l'Abbé Viffat , eft
fort eftimé à caufe de fa
droiture & d'une grande
bonté de cœur qui luy ont
attiré la bien-veillance & l'amitié de toute la Nobleffe d'Auvergne fa Patrie.
>
Mr l'Abbé de Lée , a cu
dans la même Promotion
l'Abbaye de Villeloin , qui
eft dans le Diocefe de Tours
& de l'Ordre de faint Benoift.
Le merite de cet Abbé eſt
connu , & quoyqu'il meritaſt
par luy mêmel'Abbaye que le
Royvient de luy donner , je
GALANT 245
me trouve neanmoins obligé
de dire qu'il eft proche parent
de Mr de Lée , Lieutenant
General des Armées du Roy;
qu'ils font tous deux Irlandois & alliez àl'illuftre Maiſon
de Drummont & à celle de
Mahony , pour vous faire
connoiftre que le Roy ne
reconnoift pas moins le merite
des Etrangers que celuy de les
fujers.
Mr l'Abbé le Roy de Chauvigny a eu auffi l'Abbaye de
Belle fontaine. Les qualitez
de fon cœur & de fon efprit
ne le rendent par moins cftiX
iij
246 MERCURE
mable fa conduite qui a
que
toujours paru fage à ceux qui
le connoiffent. Il a toûjours
mené une vie unie & digne
d'un Ecclefiaftique , & fa Religion , ainfi quefa grandepieté ,
ont toûjours édifié tout le
monde. Je ne vous dis rien icy
de ſa Maiſon , dont je vous ay
amplement parlé en d'autres
occafions. L'Abbaye de Bellefontaine , eft fous le vocable
de Noftre-Dame de l'Abfie , de
l'Ordre de Saint Benoist & du
Diocefe de la Rochelle.
Mrl'Abbé de Vifnich, grand
Vicaire d'Auxerre , a efté en
GALANT 247
mefme temps nommé à l'Abbaye des Roches , Dioceſe
d'Auxerre & de l'Ordre de
Cifteaux. Mr l'Evêque d'Auxerre , qui connoift le merite
de cet Abbé , qui travaille depuis quelques années fous fes
ordres , a demandé pour luy
cette Abbaye qu'il a obtenue
avec beaucoup d'agrément, le
Roy fe faifant un plaifir de
recompenfer les Ouvriers de
l'Evangile, & de déferer en ces
occafions au témoignage des
Evêques qui peuvent mieux
connoiftre que qui que ce foit
ceux qui travaillent fous leurs
X iiij
248 MERCURE
ordres. Mr l'Abbé de Vifnich
a beaucoup de talent pour la
Predication , & il l'a exercé
avec fuccés dans les meilleures
Chaires de la Province où il
cft employé , & dans celles de
Paris. Il s'eft fort appliqué depuis que fes études font finies,
à celles du droit Canon , & il
y a fait de grands progrés. Il
a fur tout beaucoup travaillé
fur les matieres qui regardent
les Libertez de l'Eglife Galli- :
cane ; & il eſt peu de perſonnes
qui entendent mieux que luy
ce qui appartient à cette
importante matiere, & à celles
GALANT 249
de la difcipline de l'Eglife. Ce
nouvel Abbé cft parent de Mr
l'Evêque d'Auxerre , & d'une
ancienne Maiſon fortie du
Roüergue , où elle eftoit déja
connue dans le 13 ° fiecle.
Mr l'Abbé du Vignau , frere de Mr du Vignau , Maréchal des Logis de l'une des
Compagnies des Moufquetaires , a eu l'Abbaye de Turpenay. Cette Abbaye eft de l'Ordre de S. Benoift , & du Diocefe de Tours. Mr l'Abbé du
Vignau a beaucoup de merite..
Il a fait de grands progrés.
250 MERCURE
dans les Sciences , & fur tout
dans l'étude de la Jurifprudence Canonique. Mr l'Archevêque de Tours , qui le
confidere beaucoup , l'a fouvent employé dans fon Diocefe pour les affaires qui regardent la difcipline Ecclefiaftique.
La Coadjutorerie de l'Abbaye de S. Pierre du Puy , a
efté donnée à Me de la Fare.
On doit diftinguer cette Ab.
baye d'une autre qui porte
mefme nom ; mais qui eft une
Abbaye d'hommes , & qui eft
le
7
GALANT 251
l'une des plus anciennes du
Royaume, & dont l'Abbé eft
membre du Chapitre de la
Cathedrale; celle de S. Pierre,
qui donne lieu à cet article,
cft auffi tres ancienne , puifqu'elle eftoit déja celebre du
temps de Durand de S. Portien , de Pierre d'Ailly qui fut
enfuite Cardinal & Evêque de
Cambray , & du celebre Raymond Deagiles Chanoine du
Puy , qui a écrit une Hiftoire
de la guerre Sainte. Me de la
Fare a beaucoup de merite, &
s'eſt diſtinguée par la pratique
252 MERCURE
*
de toutes les vertus qui conviennent à fon eftat ; & elle a
fait voir dans tous les emplois
qu'elle a exercez , une habileté
& des lumieres fur tout ce qui
regarde le gouvernement Ec
clefiaftique , qui luy ont acquis unegrande reputation. La
Maifon de la Fare a donné de
grands fujets à l'Eglife, & particulierement dans le 15. &
dans le 16 fiecle. Elle eft fi
illuftre , qu'il n'eft pas neceffaire que je vous en dife rien
pour vous la faire connoitre.
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Résumé : Benefices donnez par le Roy dans la derniere Promotion. [titre d'après la table]
En janvier 1710, Sa Majesté a procédé à plusieurs nominations d'abbayes. L'Abbaye de Touffaints d'Angers a été attribuée à l'Abbé de Bruffi, Grand Vicaire d'Angers, distingué pour ses connaissances et son expérience dans les séminaires. L'Abbaye de Mureau, située dans le Diocèse de Toul et appartenant à l'Ordre de Prémontré, a été donnée à l'Abbé de Laigle, Grand Vicaire de Toul, reconnu pour son expertise en discipline ecclésiastique. L'Abbaye de la Buffière, de l'Ordre de Cîteaux et dans le Diocèse d'Autun, a été attribuée à l'Abbé Morey, ancien Chapelain de Sa Majesté, connu pour ses compétences en antiquités ecclésiastiques. L'Abbé de Viffat la Fayette a reçu l'Abbaye de Saint-Seine, dans le Diocèse de Langres, et est apprécié pour sa droiture et sa bonté. L'Abbé de Lée a obtenu l'Abbaye de Villeloin, dans le Diocèse de Tours, et est proche parent du Lieutenant Général des Armées du Roy. L'Abbé le Roy de Chauvigny a été nommé à l'Abbaye de Bellefontaine, dans le Diocèse de la Rochelle, et est reconnu pour sa conduite sage et sa piété. L'Abbé de Vifnich, Grand Vicaire d'Auxerre, a été nommé à l'Abbaye des Roches, dans le Diocèse d'Auxerre, et est apprécié pour ses talents en prédication et en droit canon. L'Abbé du Vignau a reçu l'Abbaye de Turpenay, dans le Diocèse de Tours, et est reconnu pour ses compétences en jurisprudence canonique. Enfin, la Coadjutorerie de l'Abbaye de Saint-Pierre du Puy a été attribuée à Me de la Fare, distinguée pour ses vertus et son habileté en gouvernement ecclésiastique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1733
p. 253-270
Dons faits par le Roy, tant à Mr de Barillon qu'à Mr d'Albaret, & à Mr le Chevalier de S. Olon. [titre d'après la table]
Début :
Comme le Roy fait tous les jours des dons de toutes manieres, [...]
Mots clefs :
Dons, Roi, Mr de Barillon, Mr d'Albaret, Chevalier de S. Olon, Ambassadeur, Commissions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons faits par le Roy, tant à Mr de Barillon qu'à Mr d'Albaret, & à Mr le Chevalier de S. Olon. [titre d'après la table]
Comme le Roy fait tous
les jours des dons de toutes
manieres , Sa Majefté a donné
à Mr de Barillon, M° des Requeftes, l'Intendance de la Province de Rouffillon, & de l'Armée que commande Mr le
Duc de Noailles. Mr d'Albaret
Piemontois , & d'une Maifon
confiderable , cy devant
mier Prefident à
voit cet employ avec la
preapremiere Prefidence du Confeil
Souverain du Rouffillon. Mais
comme chacun de ces deux
emplois demande un homme
254 MERCURE
tout entier , S. M. a laiffé à
Mr d'Albaret la place de Pre-`
mier Preſident , &luy a donné
une penfion de 2000. écus
pour marquer la fatisfaction
qu'Elle a de fes fervices. Mr
de Barillon eft d'une des meilleures familles de la Robe. Je
vous en ay parlé tant de fois,
qu'il eft inutile que je repete
ce que je vous en ay dit. Il eft
fils de Mr de Barillon Confeiller d'Eftat ordinaire, qui avoit
efté pendant 12. ans Ambaffadeur en Angleterre , Plenipotentiaire au Congrez de Colo.
GALANT 255
gne , & fucceffivement Intendant de Paris , de Picardie , &
des Armées du Roy , & Commiffaire pour les limites , en
execution du Traité d'Aix-laChapelle. Ce dernier eftoit fils
de Mr le Prefident Barillon,
Magiftrat d'une vertuſi diſtinguée , que fa memoire eft encore honorée dans le Parlement , & neveu de Mr de Morangis , qui avoit cfté Directeur des Finances , & qui eft
mort tres - ancien Confeiller
d'Eftat , avec une reputation
auffi grande dans le Confeil,
8
256 MERCURE
que
celle
Mr fon frere a- que
voit dans le Parlement. Mr
de Barillon l'Ambaffadeur , avoit épousé Marie Magdeleine
Mangot , petite fille du Garde
des Sceaux Mangot , &fille de
Mr Mangot, grand Doyen de
Mrs les Maiftres des Requeſtes,
& de Marie Phelipeaux fa femme, fœur de Mr le Preſident
Pontchartrain , pere de Mr
le Chancelier. On ne doit pas
s'eftonner fi Mr de Barillon,
forty de tels parens paternels
& maternels , & aprés avoir
fervy avecdiftinction pendant
de
GALANT 257
huit années , en qualité de
Confeiller, tant aux Requeſtes
du Palais, qu'au Parlement , &
pendant dix autres au Confeil,
a efté choisi pour un employ
d'autant plus beau que la victoire a toûjours paru attachéc
à cette Armée, ou plûtoſt enchaînée par la capacité du General auquel le Roy en confic
la conduite.
Le Roy a donné au fils de
Mr le Chevalier de Saint Olon,
la furvivance de la Charge qu'il
poffede de Gentilhomme ordinaire de fa Maifon. Ceux
qui font pourvûs de ces CharFanvier 1710.
Y
258 MERCURE
ges doivent avoir un efprit
univerfel , beaucoup de politeffe , fçavoir s'énoncer agreablement , & fur tout fçavoir
le monde , fans quoy ils ne
pouroient remplir dignement
Ies Commiffions dont le Roy
les honore tous les jours. Ils
font deſtinez à une infinité de
differens emplois, &Sa Majeſté
en doit toûjours avoir quelqu'un auprés de fa Perfonne,
afin que felon les évenemens
qu'Elle apprend , Elle les envoye, felon qu'Elle le juge à
propos , faire des complimens
de congratulation fur la naif-
GALANT
259
&
fance des Princes & autres perfonnes d'une grande diftinction , ainfi que fur leur mariage , & fur quantité d'incidens
qui leur peuvent arriver ,
des complimens de condoleance fur les morts qui arrivent
dans leurs familles . Ils vont
auffi recevoir des Princes étrangers, qui paffent dans le Royaume , ou qui viennent pour y
demeurer ; & quand le Roy a
connu qu'ils fe font bien acquittez de toutes ces chofes,
& qu'ils ont un genie élevé,
penetrant & propre aux
affaires il les employe à
Y ij
260 MERCURE
des chofes plus importantes ;
à des negociations épineu
fes , & leur donne quelquefois le titre d'Envoyez Extraordinaires , & mefme d'Ambaffadeurs.
Je ne puis mieux vous faire
voir à quoy ces Meffieurs font
employez , qu'en vous faifant
un détail de la plus grande
partie des Commiffions dont
Mr. de S. Olon a etté honoré,
puifqu'il paroift conftant que
jamais Gentilhomme ordinaire
n'a eu le bonheur d'en avoir
un fi grand nombre.
Aprés avoir fait connoiſtre
GALANT 261
}
par fes premieres Commiffions
dequoy il eftoit capable, & les
fervices qu'il pouvoit rendre
au Roy & à l'Etat ; & aprés
avoir accompagné S. M. dans
plufieurs de fes Campagnes ,
pendant lefquelles il s'acquitta
toûjours au gré de S. M. des
Commiffions dont il fut honoré, il eut en 1673. celle de
conduire Mr le Comte de Molina Ambaffadeur d'Espagne,
jufqu'à la frontiere, & de faire
à l'Ile de la Conference l'échange de ce Comte avec Mr
de Villars Ambaffadeur , de
France en Espagne.
262 MERCURE
En 1681. il fut envoyé à
Genes , & il n'en revint qu'en
1684.
En 1688. il fut mis par le
Roy auprés de Mr le Cardinal
Ranuzzi Nonce du Pape, & il
demeura neuf mois avec luy
dans S. Lazare , où il avoit jugé à propos de ſe retirer .
Il fut chargé en 1690. de
la conduite de Mr le Marquis
de Dogliani Ambaffadeur de
Savoye jufqu'à Antibes , & de
l'échanger fur le Var avec Mr
le Comte deRebenac, Ambaffadeur de France en Savoye.
Il fut nommé en 1692.
GALANT 263
2
Ambaffadeur auprés du Roy
de Maroc , d'où il ne revint
qu'à la fin de 1693. & il donna auPublic à fon retour , un
Volume tres curieux , & qui
contenoit la Relation de cette
Ambaſſade.
En 1698. il fut envoyé à
Breft avec un plein pouvoir du
Roypour y conclure unTraité de Paix & de Commerce avec le General Ben- Arſche
Ambaffadeur du Roy de Maroc & conjointement avec
Mr le Comte de Chafteau Renault , qui à eſté fait depuis
Vice-Amiral & Maréchal de
264 MERCURE
France. Mais à peine fut- il arrivé à Breſt , qu'il y reçut l'ordre d'amener cet Ambaffadeur
à la Cour , de l'accompagner
par tout , & de demeurer auprés de luy jufqu'à fon retour.
Le Roy le miten 1703. auprés de Mr le Comte de Valdftein Ambaffadeur de l'Empereur en Portugal , & pris fur
Mer par
le conduifit de Vincennes à
Bourges , où il demeura dix
mois avec luy , à la fin defquels S. M. luy ayant accordé
fa liberté , Elle luy ordonna
de le mener jufqu'à Geneve.
Mr de Coëtlogon. Il
Il
GALANT 265
Il fut envoyé à Bayonne
fur la fin de 1709. pour faire
au nom du Roy le compliment de condoleance à la Reine Doüairiere d'Eſpagne , ſur
la mort de l'Electrice Douairiere Palatine fa Mere.
Il a eu quantité d'autres
Commiffions auprés de rous
les Princes , Princeffes , & Seigneurs & Dames de la Cour ;
auprés du Roy & de la Reine
d'Angleterre ; auprés de Mr
de Strafbourg ; de M° de Mekelbourg ; de Mr le Cardinal
de Coiflin , & de Mes les Princeffes de Baden , de Carignan,
Fanvier 1710.
Ꮓ
266 MERCURE
& de Soubize. Il reçut pour
le Roy , les dernieres paroles
du Grand Condé agonifant à
Fontainebleau , & celles de Mr
de Montaufier à Paris.
Il alla vifieer trois fois par
ordre du Roy en 1675. &
1676. feu Mr de Longueville
à Chezal Benoift & à Bourgueil , à l'occafion des differens que ce Prince avoit avec
Mes de Longueville & de Nemours.
En 1672. il fut chargé des
Ordres du Roy pour Mr le
Chevalier de Rohan , au fujet
du démêlé qu'il y eût pour
GALANT 267
lors entre luy & Mr le Chevalier de Lorraine.
En 1664. le Roy ayant permis à Mr le Prince d'enyoyer
Mr de S. Olon en Espagne
pour des interefts particuliers
qu'il avoit à y traiter , la Reine le chargea à cette occafion
de faire des complimens de la
part de Monfeigneur le Dauphin , à l'Infant d'Espagne,
qui a efté depuis Charles II.
Il fut admis à fon Audiance
avec tout le ceremonial qu'on
a coûtume d'obſerver dans ces
fortes de fonctions , & il
fe glorifier d'avoir efté le prepeut
Z ij
268 MERCURE
mier des Envoyez que Monfei
gneur le Dauphin a cus
pourra avoir. Il demeura fix
mois à la Cour d'Espagne , &
il
y
&
eut trois Audiances de
Philippes IV.
*
Je n'ay pas tout- à fait fuivy
l'ordre des temps , en vous
parlant de la plus grande partie des Commiffions attachées
à fa Charge , dont il a efté
honoré , lors qu'il ne s'eft
point agy de negociations
dont je vous ay marqué exactement les temps. Mr de S.
Olon fils , qui a eſté reçu en
furvivance , a fait quatre cam-
GALANT 269
pagnes dans les Moufquetaires , & cinq en qualité d Officier aux Gardes. Il a efté d'abord Enſeigne , &depuis quatre mois , le Roy l'a fait SousLieutenant. Il a efté eftropié
de la main droite, à l'affaire de
Ramillies. Il ya lieu de croire
que le Roy luy a donné la furvivance que S. M. luy vienr
d'accorder › parce qu'eftant
inftruit par l'exemple & par
les Memoires d'un pere qui
s'eft fi bien acquitté de toutes
les fonctions d'une Charge
dont l'exercice n'eft pas facile,
ayant les mefmes lumieres que
Z iij
270 MERCURE
fon pere, y fervira de mefme,
& avec autant de zele & de
fidelité , le Roy & l'Etat
les jours des dons de toutes
manieres , Sa Majefté a donné
à Mr de Barillon, M° des Requeftes, l'Intendance de la Province de Rouffillon, & de l'Armée que commande Mr le
Duc de Noailles. Mr d'Albaret
Piemontois , & d'une Maifon
confiderable , cy devant
mier Prefident à
voit cet employ avec la
preapremiere Prefidence du Confeil
Souverain du Rouffillon. Mais
comme chacun de ces deux
emplois demande un homme
254 MERCURE
tout entier , S. M. a laiffé à
Mr d'Albaret la place de Pre-`
mier Preſident , &luy a donné
une penfion de 2000. écus
pour marquer la fatisfaction
qu'Elle a de fes fervices. Mr
de Barillon eft d'une des meilleures familles de la Robe. Je
vous en ay parlé tant de fois,
qu'il eft inutile que je repete
ce que je vous en ay dit. Il eft
fils de Mr de Barillon Confeiller d'Eftat ordinaire, qui avoit
efté pendant 12. ans Ambaffadeur en Angleterre , Plenipotentiaire au Congrez de Colo.
GALANT 255
gne , & fucceffivement Intendant de Paris , de Picardie , &
des Armées du Roy , & Commiffaire pour les limites , en
execution du Traité d'Aix-laChapelle. Ce dernier eftoit fils
de Mr le Prefident Barillon,
Magiftrat d'une vertuſi diſtinguée , que fa memoire eft encore honorée dans le Parlement , & neveu de Mr de Morangis , qui avoit cfté Directeur des Finances , & qui eft
mort tres - ancien Confeiller
d'Eftat , avec une reputation
auffi grande dans le Confeil,
8
256 MERCURE
que
celle
Mr fon frere a- que
voit dans le Parlement. Mr
de Barillon l'Ambaffadeur , avoit épousé Marie Magdeleine
Mangot , petite fille du Garde
des Sceaux Mangot , &fille de
Mr Mangot, grand Doyen de
Mrs les Maiftres des Requeſtes,
& de Marie Phelipeaux fa femme, fœur de Mr le Preſident
Pontchartrain , pere de Mr
le Chancelier. On ne doit pas
s'eftonner fi Mr de Barillon,
forty de tels parens paternels
& maternels , & aprés avoir
fervy avecdiftinction pendant
de
GALANT 257
huit années , en qualité de
Confeiller, tant aux Requeſtes
du Palais, qu'au Parlement , &
pendant dix autres au Confeil,
a efté choisi pour un employ
d'autant plus beau que la victoire a toûjours paru attachéc
à cette Armée, ou plûtoſt enchaînée par la capacité du General auquel le Roy en confic
la conduite.
Le Roy a donné au fils de
Mr le Chevalier de Saint Olon,
la furvivance de la Charge qu'il
poffede de Gentilhomme ordinaire de fa Maifon. Ceux
qui font pourvûs de ces CharFanvier 1710.
Y
258 MERCURE
ges doivent avoir un efprit
univerfel , beaucoup de politeffe , fçavoir s'énoncer agreablement , & fur tout fçavoir
le monde , fans quoy ils ne
pouroient remplir dignement
Ies Commiffions dont le Roy
les honore tous les jours. Ils
font deſtinez à une infinité de
differens emplois, &Sa Majeſté
en doit toûjours avoir quelqu'un auprés de fa Perfonne,
afin que felon les évenemens
qu'Elle apprend , Elle les envoye, felon qu'Elle le juge à
propos , faire des complimens
de congratulation fur la naif-
GALANT
259
&
fance des Princes & autres perfonnes d'une grande diftinction , ainfi que fur leur mariage , & fur quantité d'incidens
qui leur peuvent arriver ,
des complimens de condoleance fur les morts qui arrivent
dans leurs familles . Ils vont
auffi recevoir des Princes étrangers, qui paffent dans le Royaume , ou qui viennent pour y
demeurer ; & quand le Roy a
connu qu'ils fe font bien acquittez de toutes ces chofes,
& qu'ils ont un genie élevé,
penetrant & propre aux
affaires il les employe à
Y ij
260 MERCURE
des chofes plus importantes ;
à des negociations épineu
fes , & leur donne quelquefois le titre d'Envoyez Extraordinaires , & mefme d'Ambaffadeurs.
Je ne puis mieux vous faire
voir à quoy ces Meffieurs font
employez , qu'en vous faifant
un détail de la plus grande
partie des Commiffions dont
Mr. de S. Olon a etté honoré,
puifqu'il paroift conftant que
jamais Gentilhomme ordinaire
n'a eu le bonheur d'en avoir
un fi grand nombre.
Aprés avoir fait connoiſtre
GALANT 261
}
par fes premieres Commiffions
dequoy il eftoit capable, & les
fervices qu'il pouvoit rendre
au Roy & à l'Etat ; & aprés
avoir accompagné S. M. dans
plufieurs de fes Campagnes ,
pendant lefquelles il s'acquitta
toûjours au gré de S. M. des
Commiffions dont il fut honoré, il eut en 1673. celle de
conduire Mr le Comte de Molina Ambaffadeur d'Espagne,
jufqu'à la frontiere, & de faire
à l'Ile de la Conference l'échange de ce Comte avec Mr
de Villars Ambaffadeur , de
France en Espagne.
262 MERCURE
En 1681. il fut envoyé à
Genes , & il n'en revint qu'en
1684.
En 1688. il fut mis par le
Roy auprés de Mr le Cardinal
Ranuzzi Nonce du Pape, & il
demeura neuf mois avec luy
dans S. Lazare , où il avoit jugé à propos de ſe retirer .
Il fut chargé en 1690. de
la conduite de Mr le Marquis
de Dogliani Ambaffadeur de
Savoye jufqu'à Antibes , & de
l'échanger fur le Var avec Mr
le Comte deRebenac, Ambaffadeur de France en Savoye.
Il fut nommé en 1692.
GALANT 263
2
Ambaffadeur auprés du Roy
de Maroc , d'où il ne revint
qu'à la fin de 1693. & il donna auPublic à fon retour , un
Volume tres curieux , & qui
contenoit la Relation de cette
Ambaſſade.
En 1698. il fut envoyé à
Breft avec un plein pouvoir du
Roypour y conclure unTraité de Paix & de Commerce avec le General Ben- Arſche
Ambaffadeur du Roy de Maroc & conjointement avec
Mr le Comte de Chafteau Renault , qui à eſté fait depuis
Vice-Amiral & Maréchal de
264 MERCURE
France. Mais à peine fut- il arrivé à Breſt , qu'il y reçut l'ordre d'amener cet Ambaffadeur
à la Cour , de l'accompagner
par tout , & de demeurer auprés de luy jufqu'à fon retour.
Le Roy le miten 1703. auprés de Mr le Comte de Valdftein Ambaffadeur de l'Empereur en Portugal , & pris fur
Mer par
le conduifit de Vincennes à
Bourges , où il demeura dix
mois avec luy , à la fin defquels S. M. luy ayant accordé
fa liberté , Elle luy ordonna
de le mener jufqu'à Geneve.
Mr de Coëtlogon. Il
Il
GALANT 265
Il fut envoyé à Bayonne
fur la fin de 1709. pour faire
au nom du Roy le compliment de condoleance à la Reine Doüairiere d'Eſpagne , ſur
la mort de l'Electrice Douairiere Palatine fa Mere.
Il a eu quantité d'autres
Commiffions auprés de rous
les Princes , Princeffes , & Seigneurs & Dames de la Cour ;
auprés du Roy & de la Reine
d'Angleterre ; auprés de Mr
de Strafbourg ; de M° de Mekelbourg ; de Mr le Cardinal
de Coiflin , & de Mes les Princeffes de Baden , de Carignan,
Fanvier 1710.
Ꮓ
266 MERCURE
& de Soubize. Il reçut pour
le Roy , les dernieres paroles
du Grand Condé agonifant à
Fontainebleau , & celles de Mr
de Montaufier à Paris.
Il alla vifieer trois fois par
ordre du Roy en 1675. &
1676. feu Mr de Longueville
à Chezal Benoift & à Bourgueil , à l'occafion des differens que ce Prince avoit avec
Mes de Longueville & de Nemours.
En 1672. il fut chargé des
Ordres du Roy pour Mr le
Chevalier de Rohan , au fujet
du démêlé qu'il y eût pour
GALANT 267
lors entre luy & Mr le Chevalier de Lorraine.
En 1664. le Roy ayant permis à Mr le Prince d'enyoyer
Mr de S. Olon en Espagne
pour des interefts particuliers
qu'il avoit à y traiter , la Reine le chargea à cette occafion
de faire des complimens de la
part de Monfeigneur le Dauphin , à l'Infant d'Espagne,
qui a efté depuis Charles II.
Il fut admis à fon Audiance
avec tout le ceremonial qu'on
a coûtume d'obſerver dans ces
fortes de fonctions , & il
fe glorifier d'avoir efté le prepeut
Z ij
268 MERCURE
mier des Envoyez que Monfei
gneur le Dauphin a cus
pourra avoir. Il demeura fix
mois à la Cour d'Espagne , &
il
y
&
eut trois Audiances de
Philippes IV.
*
Je n'ay pas tout- à fait fuivy
l'ordre des temps , en vous
parlant de la plus grande partie des Commiffions attachées
à fa Charge , dont il a efté
honoré , lors qu'il ne s'eft
point agy de negociations
dont je vous ay marqué exactement les temps. Mr de S.
Olon fils , qui a eſté reçu en
furvivance , a fait quatre cam-
GALANT 269
pagnes dans les Moufquetaires , & cinq en qualité d Officier aux Gardes. Il a efté d'abord Enſeigne , &depuis quatre mois , le Roy l'a fait SousLieutenant. Il a efté eftropié
de la main droite, à l'affaire de
Ramillies. Il ya lieu de croire
que le Roy luy a donné la furvivance que S. M. luy vienr
d'accorder › parce qu'eftant
inftruit par l'exemple & par
les Memoires d'un pere qui
s'eft fi bien acquitté de toutes
les fonctions d'une Charge
dont l'exercice n'eft pas facile,
ayant les mefmes lumieres que
Z iij
270 MERCURE
fon pere, y fervira de mefme,
& avec autant de zele & de
fidelité , le Roy & l'Etat
Fermer
Résumé : Dons faits par le Roy, tant à Mr de Barillon qu'à Mr d'Albaret, & à Mr le Chevalier de S. Olon. [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs nominations et distinctions accordées par le roi. Monsieur de Barillon, Maître des Requêtes, a été nommé Intendant de la Province de Roussillon et de l'armée dirigée par le Duc de Noailles. Monsieur d'Albaret, ancien Premier Président, a conservé sa charge avec une pension de 2000 écus en reconnaissance de ses services. Monsieur de Barillon provient d'une famille distinguée de la robe, son père ayant été ambassadeur en Angleterre et intendant de plusieurs régions et armées. Le roi a également accordé la survivance de la charge de Gentilhomme ordinaire de sa maison au fils du Chevalier de Saint Olon. Cette charge exige un esprit universel, beaucoup de politesse et une connaissance approfondie du monde. Les titulaires de cette charge sont souvent envoyés en missions diplomatiques, pour des compliments de congratulation ou de condoléances, et peuvent être promus à des rôles plus importants comme envoyés extraordinaires ou ambassadeurs. Le Chevalier de Saint Olon a effectué de nombreuses missions diplomatiques, incluant des échanges d'ambassadeurs, des négociations de traités et des missions auprès de diverses cours européennes et non européennes. Son fils, également nommé Gentilhomme ordinaire, a servi dans les Mousquetaires et les Gardes et a été blessé à la bataille de Ramillies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1734
p. 270-299
Eloge de feu Mr de Corneille. [titre d'après la table]
Début :
Je vous tiens parole, & je m'acquitte de ce que je vous ay promis [...]
Mots clefs :
Éloge, Corneille, Académie française, Public, Comédies, Tragédies, Opéra, Troupe, Comédien, Éditions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge de feu Mr de Corneille. [titre d'après la table]
Je vous tiens parole , &je
m'acquitte de ce que je vous
ay promis en vous envoyant
l'Eloge de feu Mr de Corneille, Ecuyer, mort à l'âge de 84.
ans. Il a porté le nom de
Jeune , dans un âge fort avancé , à caufe qu'il avoit un frere
plus âgé que luy , connu fous
le nom du grand Corneille , &
qui s'eftoit acquis ce furnom
a jufte titre. On avoit encore
donné au cadet le furnom
d'honneste homme , à caufe de la
GALANT 271-
droiture de fon cœur generalement connue. Il eftoit univerfellement aimé , & il n'a
pas paru qu'il ait jamais eu
aucun ennemy ni qu'il fe foit
brouillé avec perfonne. Il étoit
obligeant, d'une humeur douce, & fe faifoit un plaifir d'en
faire à tous ceux qui en fouhaitoient de luy.
Comme l'efprit eftoit hereditaire dans fa famille , il ne
faut pas s'eftonner s'il prit le
party des Lettres. Il eftoit univerfel , & la Poëſie n'a pas fait
fon unique occupation. Il a
donné cinq gros Volumes in
Z iiij
272 MERCURE
F
Folio au Public , dont je vous
parleray dans la fuite , ainfi
que d'autres ouvrages de Profe. Ses premiers ont efté des
preuves du talent qu'il avoit
pour la Poësie , & c'eft ordinairement par où les jeunes
gens commencent à exercet
leur efprit. Iltraduifit les Methamorphofes d'Ovide, &p'ufieurs autres Ouvrages de ce
galant Auteur en Vers François , dont on a fait un grand
nombre d'Editions. Ses Ouvrages de Theatre ont diverty
la Cour pendant tout le temps
de la Regence , & long- temps.
ป
GALANI 273
aptés , &parmy fes Comedies
& fes Tragedies , dont je ne
vous nommeray que quelquesunes , puifque le Recueil de
fes Pieces eft imprimé , il y en
a eu dont les fuccés ont furpaffe ceux des Pieces des plus
fameux Auteurs ; & entre fes
Comedies , Dom Bertrand de
Sigaralle , a cfté fi eftimé & fi
fuivy, que l'on a remarqué que
pendant un certain nombre
d'années , il a efté joué plus de
vingt fois à la Cour , fans les
reprefentations qui en ont efté
données au Public. Mr de
Corneille n'eftoit encore que
274 MERCURE
dans un âge tres-peu avancé,
lors qu'ilfit jouer fur le Theatre du Marais , le Tymocrate.
Nous n'avons point yû d'Ouvrage de nos jours qui ait efté
reprefenté fi long- temps de
fuite , puifque les reprefentations en furent continuées pendant un hyver entier ; & cette
Piece fit tant de bruit , que le
Roy l'alla voir fur le Theatre
du Marais. Le fujet de cette
Piece fut fi heureux , & cette
Tragedie fut fi intereſſante,
qu'on vit paroiftre auffi toſt
plufieurs Pieces, dont les Heros eftoient haïs fous un nom
GALANT 275
& aimez fous un autre. Comme la Troupe des Comediens
du Marais ne paffoit pas pour
eftre la meilleure de Paris , &
que celle de l'Hoſtel de Bourgogne la furpaffoit infiniment,
& qu'elle avoit toutes les voix,
cetteTroupe entreprit de jouer
cette Piece , à caufe de la reputation extraordinaire qu'el
le avoit euë ; mais comme
tout Paris la fçavoit par cœur,
cette Troupe n'eût pas tous
les applaudiffemens qu'elle at.
tendoit , & le grand nombre
de Reprefentations qu'en avoient donné les Comediens
+
276 MERCURE
du Marais , avoient fait qu'ils
poffedoient fi bien cette Piece , qu'il fut impoffible aux
Copies d'atteindre jufqu'à la
perfection des Originaux ; de
maniere que lors qu'il eftoit
queftion de la voir reprefenter on preferoit les Comediens du Marais à ceux del'Hôtel de Bourgogne.
Mr de Corneille fit jouer
quelque temps aprés la mort
de l'Empereur Comode fur le
mefine Theatre des Coinediens du Marais , où le Roy
& toute la Cour , fur le bruit
qui fe répandit des grands ap
GALANT 277
plaudiffemens que cette Piece
recevoit , allerent en voir la
reprefentation & quelque
temps aprés elle fut jouée fur
le Theatre du Louvre , où l'on
en donna encore enſuite plufieurs reprefentations.
Les Comediens de l'Hoftel
de Bourgogne , chagrins des
avantages que recevoient les
Comediens du Marais , mirent
tout en ufage pour s'acquerir
M'de Corneille , & il fe trouva obligé de travailler pour
eux , parce qu'ils avoient fait
entrer dans leur Troupe quelques Comediens du Marais ,
278 MERCURE
fans lefquels fes Pieces auroient
eſté mal jouées. Il fit donc reprefenter le Stilicon fur le
Theatre de l'Hoftel de Bourgogne. Je ne vous dis rien de
cette Piece. Perfonne n'ignore
qu'elle fut le charme de tout
Paris. M' de Corneille donna
enfuite Camma , Reine de Galatie , & la Cour & la Ville ſc
trouverent en fi grand nombre aux Repreſentions de cette Piece , que les Comediens
ne trouvoient pas de place fur
le Theatre pour pouvoir jouer
avec tranquilité , & il arriva
une chofe en ce temps- là qui
GALANT 279
n'avoit point encore eſté faite
par aucune Troupe. Les Comediensjufqu'à cette Piece n'avoient joué la Comedie que
les Dimanches , les Mardis , &
les Vendredis ; mais ils commencerent à caufe de la foule ,
à jouer les Jeudis , ce qui leur
arriva dans la fuite , lors que
les Pieces eftoient fort fuivies ,
ce qu'ils ont toûjours fait depuis, & ce qui leur a vallu beaucoup d'argent.
Parmi fes Tragedies on en
trouve une qui a paffé pour un
Chef-d'œuvre. Jamais Piece.
n'a efté plus touchante & plus
-
280 MERCURE
fuivie. C'eft de l'Ariane dont
je veux parler , & ce qui doit
furprendre tout le monde , eft
que M' de Corneille eftant retiré à la Campagne avoit fait
cette Piece en quarante jours.
Il n'avoit pas moins de facilité
à travailler à fes ouvrages de
Theatre, que de memoire pour
les retenir , & tous ceux qui
l'ont connu particulierement.
ont efté témoins que lors qu'il
eftoit prié delire fes Pieces dans
quelques Compagnies , ce qui
cftoit autrefois fort en ufage ,
il les recitoit mieux qu'aucun
Comedien n'auroit pû faire ,
GALANT 281
fans rien lire ; il eftoit fi fûr de
fa memoire , quefouvent il ne
portoit point fes Pieces avec
luy.
Les Comediens m'ayant
preffé avec de fortes inftances ,
de mettre aprés la mort de M
Voifin tout ce qui s'eftoit paf
fé chez elle pendant fa vie à
l'occafion du mêtier dont elle
s'eitoit mêlée , je fis un grand
nombre de Scenes qui auroient
pû fournir de la matiere pour
trois ou quatre Pieces ; mais
qui ne pouvoient former un
fujet parce qu'il eftoit trop uniforme, & qu'il nes'agiffoit que
Fanvier 1710. Aa
282 MERCURE
de gens qui alloient demander
leur bonne - avanture , & faire
des propofitions qui la regardoient ; mais toutes ces Scenes.
ne pouvant former le neud
d'une Comedie , parce que
toutes ces perfonnes ſe fuyant
& évitant de fe parler , il eftoit
impoffible de faire une liaifon
de Scenes , & que la Piece puſt
avoir unnœud ; je luy donnay
mes Scenes , & il en choifit un
nombre avec lefquelles il compofa un fujet dont le noud
parut des plus agreable , &qui
a efté regardé comme un Chefd'œuvre. Le fuccés de cette
GALANT 283
Piece qui a efté un des plus prodigieux du fiecle , en fait foy.
Le fuccés de la Comedie de
'Inconnu a efté auffi des plus
grands. Il y avoit des raifons
pour donner promptement
cette Piece au Public ; de maniere que pour avancer , je fis
toute la Piece en Profe , &
pendant que je faifois la Profe
du fecond Acte , il mettoit
celle du premier Acte en Vers ;
& comme la Profe eft plus facile que les Vers , j'eus le temps
de faire ceux des Divertiffemens , & fur tout du Dialogue
Aa ij
284 MERCURE
de l'Amour & de l'Amitié qui
n'a pas déplu au Public. Nous
avons fait encore enfemble la
fuperbe Piece de Machines de
Circé , de laquelle je n'ay fait
que les Divertiffemens. Les
Comediens avoient traité du
Theatre des Opera de feu M
le Marquis de Sourdeac ; &
comme tous les mouvemens
des Opera y eftoient reftez ,
je crus qu'en fe fervantedes
mefines mouvemens qui a
voient fervi aux Machines de
ces Opera , on pourroit faire
une Piece qui feroit recitées
GALANT 285
& non chantée , & nous
cherchâmes un fujet favora
ble à mettre ces Machines
dans leur jour. De maniere
que lorsque la Piece parut elle
ne reffembloit en rien aux Opera qui avoient eſté chantez
fur le même Theatre. Le fuccés de cette Piece fut fi prodigieux qu'elle fut jouée fans
interruption depuis le commencement du Carefme jufqu'au mois de Septembre ,
& les Reprefentations en auroient encore duré plus longtemps fi les intereſts d'un Par
ticulier n'en euffent point fait
286 MERCURE
retrancher les voix. Il eft à remarquer que pendant les fix
premieres femaines , la Salle de
la Comedie fe trouva toute
remplie dés midi ; & que com
me l'on n'y pouvoit trouver
de place on donnoit un demi
Louis d'or à la porte , feulement pour y avoir entrée , &
que l'on eftoit content quand
pour la même fomme que l'on
donnoit aux premieres Loges ,
on eftoit placé au troisième
rang. Je n'avance rien dontles
Regitres des Comediens ne
faffent foy.
Comme feu Mr de Cor-
GALANT 287
neille , avoit le bonheur de
réüffir dans tout ce qu'il entreprenoit & que l'Opera cût
efté étably au Palais Royal ,
il fut follicité d'y travailler ,
& il fit l'Opera de Bellerophon,
quifut auffi joué pendant prés
d'une année entiere. Outre
la beauté des Vers & de la
Mufique on remarqua dans
cette Piece ce qui ne s'eftoit
pas encore vu dans aucun Opera ; c'eft à- dire , un fujet auffi
plein & auffi intrigué qui fi la
Piece avoit eu quinze cens
Vers , quoyqu'à caufe de l'étenduëque donne la Mufique,
288 MERCURE
les Opera n'en contiennent
ordinairement que quatre 3
cinq cens. Son genie parut
encore dans l'Opera de Pfiché ;
ce fujet avoit efté mis en Comedie pour le Roy , avec des
Intermedes fi remplis & fi
fuperbes pour tout ce qui en
regardoit les ornemens , que
la France n'a rien vû de plus
beau que ce Spectacle qui avoit
eſté donné dans la fuperbe
Salle des Machines qui fe voit
dans le Palais des Thuileries.
-
Les Comediens voulurent
donner cette Piece au Public ,
en y laiffant les Intermedes , &
fans
GALANT 289
fans que le Corps de la Piece
fuft mife en Opera ; mais la
dificulté parut grande à tous
les Auteurs , car la Piece qui
avoit cité recitée avoit autant
de Vers que les Tragedies ordinaires , & il n'en falloit pas
le quart pour eftre chantée ,
& que cependant tout le fujet
yentraft ; c'eft de quoy Mr de
Corneille vint à bout , & il
fçut la reduire en Opera fans
rien changer du fujer de la'
Piece ; demaniere qu'en n'employant que quatre cens Vers ,
le Public vit les mêmes incidens qu'il avoit trouvez dans
Fanvier 1710.
Bb
290 MERCURE
la Piece de dix huit cens , ce
qui furprit tous les Auditeurs ,
& luy attira beaucoup de
loüanges.
Je nefinirois point cet Elogefi je voulois faire l'Hiftoire
de tous les Ouvrages de Theatre de Mr de Corneille , &
j'aurois quelque chofe de fingulier à vous dire fur chacune
de fes Pieces. La Poëfie cftoit
le moindre de les talens , &
on enjugera par Les Ouvrages
de Profe que je vais vous
raporter. Il fçavoit parfaitement la Langue. Rien ne luy
eftoit caché dans les Arts , &
GALANT 291
toute la terre luy eftoit connuë. Voicy des preuves ' parlantes & inconteftables de ces
trois chofes.
Les remarques que cet
homme univerfel a fait fur
Vaugelas font une preuve
fans replique qu'il connoiffoit
la Langue dans toutela pureté,
&l'on peut en lifant ce Livre
s'éclaircir des doutes que l'on
peut avoir lorfque l'on veut
écrire & parler jufte. Auffi
ce Livre eft il fort recherché
& confulté de ceux qui yeulent acquerirle nom de Puriftes,
.que feu Mr de Corneille , a
Bb ij
292 MERCURE
mieux merité que beaucoup
d'autres , & j'ay fouvent oui
dire à Mr l'Abbé de Dangcau ,
qui comme vous fçavez eft de
l'Academie Françoiſe , & qui
fe plaifoit à luy rendre juſtice ,
qu'il eftoit leur Maître.
Les deux Volumes in fulio
qu'il a donnez au Public fous .
le nom de Dictionnaire des
Arts, doivent faire connoiſtre,
fans qu'il foit befoin d'en dire
davantage, que tout ce qui les
regarde , luy eftoit parfaitementconnu. Il me faudroit faireun Volume, fi je voulois par-,
de tout ce qu'ils contien- jer
GALANT 293
nent ,& de tous les Intrumens
qui regardent les Arts. J'ajouteray feulement que que ces deux .
Volumes ont efté trouvez fi
beaux & fi utiles , que l'impreffion en a efté entierement
enlevée prefque dans le temps
qu'elle a paru , quoy qu'elle
fe foit vendue dans le temps
que l'Academic Françoiſe a
donné fon Dictionnaire au
Public. Il avoit beaucoup travaillé avant la mort, pour en
donner une feconde, Edition ;
& il eftoit ſi laborieux , qu'il
travailloit en mefme temps aux
trois gros Volumes in folio
Bb jij
294 MERCURE
qu'il a donnez au Public un
peu avant fa mort, & qui font
• connoiftre qu'il eftoit univerfel, & qu'il connoiffoit la Terre entiere. 曹 Ces Volumes ont
pour titre , Dictionnaire univerfel , Geographique & Hiftorique , contenant la Defcription
des Royaumes, Empires , Eftats,
Provinces , Pays, Contrées, Dea
ferts , Villes , Bourgs , Abbayes;
Chafteaux , Fortereffes , Mers,
Rivieres , Lacs , Bayes ; Golphes , Détroits , Caps , Ifles,
Prefqu'Ifles, Montagnes , Vallées ; lafituation , l'étendue , les
limites , les diftances de chaque
GALANT 295
Pays ; la Religion , les Mœurs,
les Coûtumes , le Commerce , lesCeremonies particulieres des Peuples , ce que l'Hiftoire fournit
de plus curieux touchant les chofes qui s'y font passées. Le tout
recueilly des meilleures Livres de
Voyages , autres qui agent
paru jusqu'à prefent , par
Corneille de l'Academie Frangoife , & de celle des Infcriptions
des Medailles. موع
Mr
Le Public eftoit tellement
perfuadé de la bonté de fes
Ouvrages , quedés qu'il apprenoit qu'il en avoit quelqu'un
fous la Preffe , il en retenoit &
Bb iiij
296 MERCURE
en payoit d'avance des Exemplaires , chacun témoignant
par cet empreffement le defir
qu'il avoit d'en avoir des premicrs ; de maniere que l'Edition de ce Dictionnaire s'eft
trouvée vendue prefque auffitoft qu'elle a efté achevée , &
Mr de Corneille, dans le temps
qu'il eft mort , avoit déja fait
beaucoup de remarques fur
fonOuvrage, & ramaffe beaucoup de chofes curieuſes pour
en compoſer une feconde Edition .
Je dois avoüer icy que je
tiens de luy tour ce que je
GALANT 297
fçay de la Langue Françoife,
& que pendant un affez grand
nombre d'années, j'ay foûmis
mes Ouvrages à fa correction;
ce qui a fait croire davantage,
& ce qui eftoit ceffé depuis
douze années , ce grand homme eftant affez occupé d'ail .
leurs , & beaucoup détourné
par des incommoditez que
années & un travail immenſe
& continuel luy avoienr attirées.ople
र
fes
Il avoit un grand fond de
probité , de droitute , de fageffe , de bonté , de modeftie,
de charité , & de vertu. Enne-
298 MERCURE
mi de la médifance , il ne pouvoitfouffrir les perfonnes dont
l'unique converfation eft de
faire inventaire des actions
d'autruy. Jamais homme n'a
eu plus de Religion , & n'eft
mort avec plus de refignation
aux volontez de Dieu , & il
voyoit tous les jours approcher la mort avec une fermeté
incroyable , fans ceffer neanmoins fon travail qui luy cftoit
neceffaire , parce que les gens
de Lettres ne font pas ordinairement les plus favorifez de
la fortune , & que l'Ecriture
dit , QUI LABORAT ORAT,
qui travaille prie.
THEQUE
GALANT
20
BIBLIO
ge VILLE
Ce grand homme efton res
commandable par tant d'endroits differens, que je ne doute point que celuy qui aura
le bonheur de remplir la place
qu'il occupoit dans l'Academie Françoife , ne trouve encore de nouveaux fujets d'en
faire un bel Eloge. Perfonne
n'ignore qu'il eftoit auffi de
l'Academie Royale des Medailles & Infcriptions.
Je crois pouvoir placer une
Chanfon aprés l'Eloge d'un
homme qui en a fait de fi belles ; elle eft du Solitaire du
Bois du Val- Dieu.
m'acquitte de ce que je vous
ay promis en vous envoyant
l'Eloge de feu Mr de Corneille, Ecuyer, mort à l'âge de 84.
ans. Il a porté le nom de
Jeune , dans un âge fort avancé , à caufe qu'il avoit un frere
plus âgé que luy , connu fous
le nom du grand Corneille , &
qui s'eftoit acquis ce furnom
a jufte titre. On avoit encore
donné au cadet le furnom
d'honneste homme , à caufe de la
GALANT 271-
droiture de fon cœur generalement connue. Il eftoit univerfellement aimé , & il n'a
pas paru qu'il ait jamais eu
aucun ennemy ni qu'il fe foit
brouillé avec perfonne. Il étoit
obligeant, d'une humeur douce, & fe faifoit un plaifir d'en
faire à tous ceux qui en fouhaitoient de luy.
Comme l'efprit eftoit hereditaire dans fa famille , il ne
faut pas s'eftonner s'il prit le
party des Lettres. Il eftoit univerfel , & la Poëſie n'a pas fait
fon unique occupation. Il a
donné cinq gros Volumes in
Z iiij
272 MERCURE
F
Folio au Public , dont je vous
parleray dans la fuite , ainfi
que d'autres ouvrages de Profe. Ses premiers ont efté des
preuves du talent qu'il avoit
pour la Poësie , & c'eft ordinairement par où les jeunes
gens commencent à exercet
leur efprit. Iltraduifit les Methamorphofes d'Ovide, &p'ufieurs autres Ouvrages de ce
galant Auteur en Vers François , dont on a fait un grand
nombre d'Editions. Ses Ouvrages de Theatre ont diverty
la Cour pendant tout le temps
de la Regence , & long- temps.
ป
GALANI 273
aptés , &parmy fes Comedies
& fes Tragedies , dont je ne
vous nommeray que quelquesunes , puifque le Recueil de
fes Pieces eft imprimé , il y en
a eu dont les fuccés ont furpaffe ceux des Pieces des plus
fameux Auteurs ; & entre fes
Comedies , Dom Bertrand de
Sigaralle , a cfté fi eftimé & fi
fuivy, que l'on a remarqué que
pendant un certain nombre
d'années , il a efté joué plus de
vingt fois à la Cour , fans les
reprefentations qui en ont efté
données au Public. Mr de
Corneille n'eftoit encore que
274 MERCURE
dans un âge tres-peu avancé,
lors qu'ilfit jouer fur le Theatre du Marais , le Tymocrate.
Nous n'avons point yû d'Ouvrage de nos jours qui ait efté
reprefenté fi long- temps de
fuite , puifque les reprefentations en furent continuées pendant un hyver entier ; & cette
Piece fit tant de bruit , que le
Roy l'alla voir fur le Theatre
du Marais. Le fujet de cette
Piece fut fi heureux , & cette
Tragedie fut fi intereſſante,
qu'on vit paroiftre auffi toſt
plufieurs Pieces, dont les Heros eftoient haïs fous un nom
GALANT 275
& aimez fous un autre. Comme la Troupe des Comediens
du Marais ne paffoit pas pour
eftre la meilleure de Paris , &
que celle de l'Hoſtel de Bourgogne la furpaffoit infiniment,
& qu'elle avoit toutes les voix,
cetteTroupe entreprit de jouer
cette Piece , à caufe de la reputation extraordinaire qu'el
le avoit euë ; mais comme
tout Paris la fçavoit par cœur,
cette Troupe n'eût pas tous
les applaudiffemens qu'elle at.
tendoit , & le grand nombre
de Reprefentations qu'en avoient donné les Comediens
+
276 MERCURE
du Marais , avoient fait qu'ils
poffedoient fi bien cette Piece , qu'il fut impoffible aux
Copies d'atteindre jufqu'à la
perfection des Originaux ; de
maniere que lors qu'il eftoit
queftion de la voir reprefenter on preferoit les Comediens du Marais à ceux del'Hôtel de Bourgogne.
Mr de Corneille fit jouer
quelque temps aprés la mort
de l'Empereur Comode fur le
mefine Theatre des Coinediens du Marais , où le Roy
& toute la Cour , fur le bruit
qui fe répandit des grands ap
GALANT 277
plaudiffemens que cette Piece
recevoit , allerent en voir la
reprefentation & quelque
temps aprés elle fut jouée fur
le Theatre du Louvre , où l'on
en donna encore enſuite plufieurs reprefentations.
Les Comediens de l'Hoftel
de Bourgogne , chagrins des
avantages que recevoient les
Comediens du Marais , mirent
tout en ufage pour s'acquerir
M'de Corneille , & il fe trouva obligé de travailler pour
eux , parce qu'ils avoient fait
entrer dans leur Troupe quelques Comediens du Marais ,
278 MERCURE
fans lefquels fes Pieces auroient
eſté mal jouées. Il fit donc reprefenter le Stilicon fur le
Theatre de l'Hoftel de Bourgogne. Je ne vous dis rien de
cette Piece. Perfonne n'ignore
qu'elle fut le charme de tout
Paris. M' de Corneille donna
enfuite Camma , Reine de Galatie , & la Cour & la Ville ſc
trouverent en fi grand nombre aux Repreſentions de cette Piece , que les Comediens
ne trouvoient pas de place fur
le Theatre pour pouvoir jouer
avec tranquilité , & il arriva
une chofe en ce temps- là qui
GALANT 279
n'avoit point encore eſté faite
par aucune Troupe. Les Comediensjufqu'à cette Piece n'avoient joué la Comedie que
les Dimanches , les Mardis , &
les Vendredis ; mais ils commencerent à caufe de la foule ,
à jouer les Jeudis , ce qui leur
arriva dans la fuite , lors que
les Pieces eftoient fort fuivies ,
ce qu'ils ont toûjours fait depuis, & ce qui leur a vallu beaucoup d'argent.
Parmi fes Tragedies on en
trouve une qui a paffé pour un
Chef-d'œuvre. Jamais Piece.
n'a efté plus touchante & plus
-
280 MERCURE
fuivie. C'eft de l'Ariane dont
je veux parler , & ce qui doit
furprendre tout le monde , eft
que M' de Corneille eftant retiré à la Campagne avoit fait
cette Piece en quarante jours.
Il n'avoit pas moins de facilité
à travailler à fes ouvrages de
Theatre, que de memoire pour
les retenir , & tous ceux qui
l'ont connu particulierement.
ont efté témoins que lors qu'il
eftoit prié delire fes Pieces dans
quelques Compagnies , ce qui
cftoit autrefois fort en ufage ,
il les recitoit mieux qu'aucun
Comedien n'auroit pû faire ,
GALANT 281
fans rien lire ; il eftoit fi fûr de
fa memoire , quefouvent il ne
portoit point fes Pieces avec
luy.
Les Comediens m'ayant
preffé avec de fortes inftances ,
de mettre aprés la mort de M
Voifin tout ce qui s'eftoit paf
fé chez elle pendant fa vie à
l'occafion du mêtier dont elle
s'eitoit mêlée , je fis un grand
nombre de Scenes qui auroient
pû fournir de la matiere pour
trois ou quatre Pieces ; mais
qui ne pouvoient former un
fujet parce qu'il eftoit trop uniforme, & qu'il nes'agiffoit que
Fanvier 1710. Aa
282 MERCURE
de gens qui alloient demander
leur bonne - avanture , & faire
des propofitions qui la regardoient ; mais toutes ces Scenes.
ne pouvant former le neud
d'une Comedie , parce que
toutes ces perfonnes ſe fuyant
& évitant de fe parler , il eftoit
impoffible de faire une liaifon
de Scenes , & que la Piece puſt
avoir unnœud ; je luy donnay
mes Scenes , & il en choifit un
nombre avec lefquelles il compofa un fujet dont le noud
parut des plus agreable , &qui
a efté regardé comme un Chefd'œuvre. Le fuccés de cette
GALANT 283
Piece qui a efté un des plus prodigieux du fiecle , en fait foy.
Le fuccés de la Comedie de
'Inconnu a efté auffi des plus
grands. Il y avoit des raifons
pour donner promptement
cette Piece au Public ; de maniere que pour avancer , je fis
toute la Piece en Profe , &
pendant que je faifois la Profe
du fecond Acte , il mettoit
celle du premier Acte en Vers ;
& comme la Profe eft plus facile que les Vers , j'eus le temps
de faire ceux des Divertiffemens , & fur tout du Dialogue
Aa ij
284 MERCURE
de l'Amour & de l'Amitié qui
n'a pas déplu au Public. Nous
avons fait encore enfemble la
fuperbe Piece de Machines de
Circé , de laquelle je n'ay fait
que les Divertiffemens. Les
Comediens avoient traité du
Theatre des Opera de feu M
le Marquis de Sourdeac ; &
comme tous les mouvemens
des Opera y eftoient reftez ,
je crus qu'en fe fervantedes
mefines mouvemens qui a
voient fervi aux Machines de
ces Opera , on pourroit faire
une Piece qui feroit recitées
GALANT 285
& non chantée , & nous
cherchâmes un fujet favora
ble à mettre ces Machines
dans leur jour. De maniere
que lorsque la Piece parut elle
ne reffembloit en rien aux Opera qui avoient eſté chantez
fur le même Theatre. Le fuccés de cette Piece fut fi prodigieux qu'elle fut jouée fans
interruption depuis le commencement du Carefme jufqu'au mois de Septembre ,
& les Reprefentations en auroient encore duré plus longtemps fi les intereſts d'un Par
ticulier n'en euffent point fait
286 MERCURE
retrancher les voix. Il eft à remarquer que pendant les fix
premieres femaines , la Salle de
la Comedie fe trouva toute
remplie dés midi ; & que com
me l'on n'y pouvoit trouver
de place on donnoit un demi
Louis d'or à la porte , feulement pour y avoir entrée , &
que l'on eftoit content quand
pour la même fomme que l'on
donnoit aux premieres Loges ,
on eftoit placé au troisième
rang. Je n'avance rien dontles
Regitres des Comediens ne
faffent foy.
Comme feu Mr de Cor-
GALANT 287
neille , avoit le bonheur de
réüffir dans tout ce qu'il entreprenoit & que l'Opera cût
efté étably au Palais Royal ,
il fut follicité d'y travailler ,
& il fit l'Opera de Bellerophon,
quifut auffi joué pendant prés
d'une année entiere. Outre
la beauté des Vers & de la
Mufique on remarqua dans
cette Piece ce qui ne s'eftoit
pas encore vu dans aucun Opera ; c'eft à- dire , un fujet auffi
plein & auffi intrigué qui fi la
Piece avoit eu quinze cens
Vers , quoyqu'à caufe de l'étenduëque donne la Mufique,
288 MERCURE
les Opera n'en contiennent
ordinairement que quatre 3
cinq cens. Son genie parut
encore dans l'Opera de Pfiché ;
ce fujet avoit efté mis en Comedie pour le Roy , avec des
Intermedes fi remplis & fi
fuperbes pour tout ce qui en
regardoit les ornemens , que
la France n'a rien vû de plus
beau que ce Spectacle qui avoit
eſté donné dans la fuperbe
Salle des Machines qui fe voit
dans le Palais des Thuileries.
-
Les Comediens voulurent
donner cette Piece au Public ,
en y laiffant les Intermedes , &
fans
GALANT 289
fans que le Corps de la Piece
fuft mife en Opera ; mais la
dificulté parut grande à tous
les Auteurs , car la Piece qui
avoit cité recitée avoit autant
de Vers que les Tragedies ordinaires , & il n'en falloit pas
le quart pour eftre chantée ,
& que cependant tout le fujet
yentraft ; c'eft de quoy Mr de
Corneille vint à bout , & il
fçut la reduire en Opera fans
rien changer du fujer de la'
Piece ; demaniere qu'en n'employant que quatre cens Vers ,
le Public vit les mêmes incidens qu'il avoit trouvez dans
Fanvier 1710.
Bb
290 MERCURE
la Piece de dix huit cens , ce
qui furprit tous les Auditeurs ,
& luy attira beaucoup de
loüanges.
Je nefinirois point cet Elogefi je voulois faire l'Hiftoire
de tous les Ouvrages de Theatre de Mr de Corneille , &
j'aurois quelque chofe de fingulier à vous dire fur chacune
de fes Pieces. La Poëfie cftoit
le moindre de les talens , &
on enjugera par Les Ouvrages
de Profe que je vais vous
raporter. Il fçavoit parfaitement la Langue. Rien ne luy
eftoit caché dans les Arts , &
GALANT 291
toute la terre luy eftoit connuë. Voicy des preuves ' parlantes & inconteftables de ces
trois chofes.
Les remarques que cet
homme univerfel a fait fur
Vaugelas font une preuve
fans replique qu'il connoiffoit
la Langue dans toutela pureté,
&l'on peut en lifant ce Livre
s'éclaircir des doutes que l'on
peut avoir lorfque l'on veut
écrire & parler jufte. Auffi
ce Livre eft il fort recherché
& confulté de ceux qui yeulent acquerirle nom de Puriftes,
.que feu Mr de Corneille , a
Bb ij
292 MERCURE
mieux merité que beaucoup
d'autres , & j'ay fouvent oui
dire à Mr l'Abbé de Dangcau ,
qui comme vous fçavez eft de
l'Academie Françoiſe , & qui
fe plaifoit à luy rendre juſtice ,
qu'il eftoit leur Maître.
Les deux Volumes in fulio
qu'il a donnez au Public fous .
le nom de Dictionnaire des
Arts, doivent faire connoiſtre,
fans qu'il foit befoin d'en dire
davantage, que tout ce qui les
regarde , luy eftoit parfaitementconnu. Il me faudroit faireun Volume, fi je voulois par-,
de tout ce qu'ils contien- jer
GALANT 293
nent ,& de tous les Intrumens
qui regardent les Arts. J'ajouteray feulement que que ces deux .
Volumes ont efté trouvez fi
beaux & fi utiles , que l'impreffion en a efté entierement
enlevée prefque dans le temps
qu'elle a paru , quoy qu'elle
fe foit vendue dans le temps
que l'Academic Françoiſe a
donné fon Dictionnaire au
Public. Il avoit beaucoup travaillé avant la mort, pour en
donner une feconde, Edition ;
& il eftoit ſi laborieux , qu'il
travailloit en mefme temps aux
trois gros Volumes in folio
Bb jij
294 MERCURE
qu'il a donnez au Public un
peu avant fa mort, & qui font
• connoiftre qu'il eftoit univerfel, & qu'il connoiffoit la Terre entiere. 曹 Ces Volumes ont
pour titre , Dictionnaire univerfel , Geographique & Hiftorique , contenant la Defcription
des Royaumes, Empires , Eftats,
Provinces , Pays, Contrées, Dea
ferts , Villes , Bourgs , Abbayes;
Chafteaux , Fortereffes , Mers,
Rivieres , Lacs , Bayes ; Golphes , Détroits , Caps , Ifles,
Prefqu'Ifles, Montagnes , Vallées ; lafituation , l'étendue , les
limites , les diftances de chaque
GALANT 295
Pays ; la Religion , les Mœurs,
les Coûtumes , le Commerce , lesCeremonies particulieres des Peuples , ce que l'Hiftoire fournit
de plus curieux touchant les chofes qui s'y font passées. Le tout
recueilly des meilleures Livres de
Voyages , autres qui agent
paru jusqu'à prefent , par
Corneille de l'Academie Frangoife , & de celle des Infcriptions
des Medailles. موع
Mr
Le Public eftoit tellement
perfuadé de la bonté de fes
Ouvrages , quedés qu'il apprenoit qu'il en avoit quelqu'un
fous la Preffe , il en retenoit &
Bb iiij
296 MERCURE
en payoit d'avance des Exemplaires , chacun témoignant
par cet empreffement le defir
qu'il avoit d'en avoir des premicrs ; de maniere que l'Edition de ce Dictionnaire s'eft
trouvée vendue prefque auffitoft qu'elle a efté achevée , &
Mr de Corneille, dans le temps
qu'il eft mort , avoit déja fait
beaucoup de remarques fur
fonOuvrage, & ramaffe beaucoup de chofes curieuſes pour
en compoſer une feconde Edition .
Je dois avoüer icy que je
tiens de luy tour ce que je
GALANT 297
fçay de la Langue Françoife,
& que pendant un affez grand
nombre d'années, j'ay foûmis
mes Ouvrages à fa correction;
ce qui a fait croire davantage,
& ce qui eftoit ceffé depuis
douze années , ce grand homme eftant affez occupé d'ail .
leurs , & beaucoup détourné
par des incommoditez que
années & un travail immenſe
& continuel luy avoienr attirées.ople
र
fes
Il avoit un grand fond de
probité , de droitute , de fageffe , de bonté , de modeftie,
de charité , & de vertu. Enne-
298 MERCURE
mi de la médifance , il ne pouvoitfouffrir les perfonnes dont
l'unique converfation eft de
faire inventaire des actions
d'autruy. Jamais homme n'a
eu plus de Religion , & n'eft
mort avec plus de refignation
aux volontez de Dieu , & il
voyoit tous les jours approcher la mort avec une fermeté
incroyable , fans ceffer neanmoins fon travail qui luy cftoit
neceffaire , parce que les gens
de Lettres ne font pas ordinairement les plus favorifez de
la fortune , & que l'Ecriture
dit , QUI LABORAT ORAT,
qui travaille prie.
THEQUE
GALANT
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BIBLIO
ge VILLE
Ce grand homme efton res
commandable par tant d'endroits differens, que je ne doute point que celuy qui aura
le bonheur de remplir la place
qu'il occupoit dans l'Academie Françoife , ne trouve encore de nouveaux fujets d'en
faire un bel Eloge. Perfonne
n'ignore qu'il eftoit auffi de
l'Academie Royale des Medailles & Infcriptions.
Je crois pouvoir placer une
Chanfon aprés l'Eloge d'un
homme qui en a fait de fi belles ; elle eft du Solitaire du
Bois du Val- Dieu.
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Résumé : Eloge de feu Mr de Corneille. [titre d'après la table]
Le texte rend hommage à Thomas Corneille, frère cadet de Pierre Corneille, décédé à l'âge de 84 ans. Connu sous le surnom de 'Jeune' en raison de son frère aîné, Thomas Corneille était également surnommé 'honnête homme' pour sa droiture. Universellement aimé, il était obligeant et doux, toujours prêt à aider autrui. Héritier de l'esprit familial, il s'est distingué dans les lettres en publiant cinq volumes in-folio et plusieurs ouvrages de prose. Ses premières œuvres étaient des traductions, notamment les 'Métamorphoses' d'Ovide, qui ont connu de nombreuses éditions. Thomas Corneille a également écrit des pièces de théâtre qui ont diverti la cour pendant la Régence et longtemps après. Sa comédie 'Dom Bertrand de Sigaralle' a été particulièrement estimée et jouée plus de vingt fois à la cour. Ses tragédies, comme 'Le Tyrannicide', 'La Mort de l'Empereur Commode' et 'Stilicien', ont également connu un grand succès. Il a collaboré avec les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne et du Marais, et ses œuvres ont souvent surpassé celles des auteurs les plus célèbres. En plus de ses œuvres théâtrales, Thomas Corneille a écrit des remarques sur Vaugelas, prouvant sa maîtrise de la langue. Il a également publié un 'Dictionnaire des Arts' et un 'Dictionnaire universel, géographique et historique', démontrant ses connaissances étendues et sa laboriosité. Ces ouvrages ont été très appréciés et rapidement épuisés. Le texte mentionne également que Corneille était membre de l'Académie Française et de l'Académie des Inscriptions et Médailles. Son dictionnaire, compilé à partir des meilleures sources de voyages, a été très attendu par le public. Corneille était décrit comme un homme de grande probité, droiture, sagesse, bonté, modestie, charité et vertu. Il était intolérant à la médisance et ne supportait pas les personnes qui critiquaient les actions des autres. Sa foi religieuse était profonde, et il a accepté la mort avec résignation, continuant son travail malgré sa santé déclinante. L'auteur exprime l'espoir que celui qui prendra sa place à l'Académie Française trouvera encore des sujets pour louer ses mérites.
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1735
p. 300-305
Mort d'un homme âgé de cent dix-neufs ans, avec des particularités singulieres. [titre d'après la table]
Début :
Quoique l'on se soit récrié sur le grand nombre d'années [...]
Mots clefs :
Mort, Âge, François Maille, Vivre longtemps
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texteReconnaissance textuelle : Mort d'un homme âgé de cent dix-neufs ans, avec des particularités singulieres. [titre d'après la table]
Quoique l'on se soit récrié sur le grand nombre d'années de
Mr de Corneille mort âgé de
84 ans, on peut dire neapmoins
qu'il eft mort jeune , puifqu'il
avoit trente cinq ans moins
qu'un homme qui vient de
mourir à Chateau- neuf, àune
lieuë de Graffe , qui avoit 1 19.
ans. Il fe nommoit François
Maille , & il eftoit né à Pontevez , petit Village de Provence. Ila efté impoffible de trouver fon Baptiftaire, parce qu'en
ce temps-là on ne gardoit pas.
foigneufement, les Regiftres
des Paroiffes ; mais on a des
preuves certaines de cet âge. Il
cftoit en 1607. Aide de Cuift-
302 MERCURE
ne chez Mr le Duc de Lefdiguieres , & il en eut fon Congé en 1610. Ce Congé a efté
vû dans le Pays par un grand
nombre de perfonnes . M' le
Baron de Chasteau- neufa trouvé dans un Regiftre de ſa Maifon , que fongrand- pere avoit
pris Maille pour fon Cuifinier
le 16. de Mars 16 22. Il fe maria à Chafteau - neuf, où il a
toûjours efté au fervice du
Seigneur du même lieu. A
l'âge de centans il eut unegalanterie avec une fille du même Village , & il en eut un
enfant. A cent dix ans eftant
GALANT 303
à la chaffe il tomba d'une muraille & fe caffa une jambe. Il
guerit , & il vécut encore neuf
années aprés cet accident, étant
frais & vigoureux , &joüiffant
de fon bon fens & de fa memoire. Il n'a commencé à garder le lit qu'environ deux
moistsavant fa mort fans avoir
d'autre incommodité que fon
grand âge , mangeant bien &
buvant pour le moins un pot
de vin à chaque repas. Il n'avoit jamais efté malade , & il
n'eft mort que parce qu'il faut
mourir.
On avoit crû jufqu'à pre-
304 MERCURE
fent que la diette contribuoit
beaucoup à faire vivre longtemps , & l'on foûtenoit que
les gens de qualité accoûtumez à manger beaucoup , &
ſur tout une grande quantité
de viandes differentes , & beaucoup de ragoufts mouroient
beaucoup plutoft que les Payfans ou autres gens que la neceffité obligeoit à vivre fobrement & à boire de même : mais
la mort de François Maille ,
qui pouvoit paffer pour le
Doyen du Genre humainprouve bien le contraire , puifque
non-feulement il buvoit un
a
Sela
GALANT 305
pot de vin à chacun de fes repas ; mais qu'il eftoit impoffible qu'eftant attaché à la cuifine , l'alteration que cauſe le
feu ne l'obligeaft pas à boire
fouvent , & à tâter aux differens ragoufts aufquels il travailloit , & ainfi il n'eftoit occupé qu'à tout ce qui pouvoit
abreger fes jours , ce qui confond les raifonnemens des
hommes
Mr de Corneille mort âgé de
84 ans, on peut dire neapmoins
qu'il eft mort jeune , puifqu'il
avoit trente cinq ans moins
qu'un homme qui vient de
mourir à Chateau- neuf, àune
lieuë de Graffe , qui avoit 1 19.
ans. Il fe nommoit François
Maille , & il eftoit né à Pontevez , petit Village de Provence. Ila efté impoffible de trouver fon Baptiftaire, parce qu'en
ce temps-là on ne gardoit pas.
foigneufement, les Regiftres
des Paroiffes ; mais on a des
preuves certaines de cet âge. Il
cftoit en 1607. Aide de Cuift-
302 MERCURE
ne chez Mr le Duc de Lefdiguieres , & il en eut fon Congé en 1610. Ce Congé a efté
vû dans le Pays par un grand
nombre de perfonnes . M' le
Baron de Chasteau- neufa trouvé dans un Regiftre de ſa Maifon , que fongrand- pere avoit
pris Maille pour fon Cuifinier
le 16. de Mars 16 22. Il fe maria à Chafteau - neuf, où il a
toûjours efté au fervice du
Seigneur du même lieu. A
l'âge de centans il eut unegalanterie avec une fille du même Village , & il en eut un
enfant. A cent dix ans eftant
GALANT 303
à la chaffe il tomba d'une muraille & fe caffa une jambe. Il
guerit , & il vécut encore neuf
années aprés cet accident, étant
frais & vigoureux , &joüiffant
de fon bon fens & de fa memoire. Il n'a commencé à garder le lit qu'environ deux
moistsavant fa mort fans avoir
d'autre incommodité que fon
grand âge , mangeant bien &
buvant pour le moins un pot
de vin à chaque repas. Il n'avoit jamais efté malade , & il
n'eft mort que parce qu'il faut
mourir.
On avoit crû jufqu'à pre-
304 MERCURE
fent que la diette contribuoit
beaucoup à faire vivre longtemps , & l'on foûtenoit que
les gens de qualité accoûtumez à manger beaucoup , &
ſur tout une grande quantité
de viandes differentes , & beaucoup de ragoufts mouroient
beaucoup plutoft que les Payfans ou autres gens que la neceffité obligeoit à vivre fobrement & à boire de même : mais
la mort de François Maille ,
qui pouvoit paffer pour le
Doyen du Genre humainprouve bien le contraire , puifque
non-feulement il buvoit un
a
Sela
GALANT 305
pot de vin à chacun de fes repas ; mais qu'il eftoit impoffible qu'eftant attaché à la cuifine , l'alteration que cauſe le
feu ne l'obligeaft pas à boire
fouvent , & à tâter aux differens ragoufts aufquels il travailloit , & ainfi il n'eftoit occupé qu'à tout ce qui pouvoit
abreger fes jours , ce qui confond les raifonnemens des
hommes
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Résumé : Mort d'un homme âgé de cent dix-neufs ans, avec des particularités singulieres. [titre d'après la table]
François Maille, né à Pontevez en Provence, est décédé à Château-Neuf à l'âge de 119 ans, devenant ainsi le doyen de l'humanité. Son âge a été confirmé par divers documents et témoignages, notamment son service auprès du Duc de Lesdiguières et son embauche comme cuisinier en 1622. Maille s'est marié à Château-Neuf et a servi le seigneur local. À 100 ans, il a eu un enfant avec une jeune femme du village. À 110 ans, il a survécu à une chute et a continué à vivre en bonne santé pendant neuf années supplémentaires. Il est décédé à 119 ans sans autre inconvénient que son grand âge. Maille avait une alimentation variée et buvait du vin à chaque repas, contredisant les croyances de l'époque sur la sobriété nécessaire pour une longue vie.
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1736
p. 305-307
Livre intitulé, Dissertation sur les Caracteres de Corneille et de Racine, contre le sentiment de la Bruyere. [titre d'après la table]
Début :
Tous leurs emplois sont bien differens. Les uns ne sont [...]
Mots clefs :
Livre, Ouvrages, Dissertation
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texteReconnaissance textuelle : Livre intitulé, Dissertation sur les Caracteres de Corneille et de Racine, contre le sentiment de la Bruyere. [titre d'après la table]
Tous leurs emplois font
bien differens. Les uns ne
font occupez que du travail du corps & les autres
de celuy de l'efprit qui ne
·Janvier 1710.
Cc
306 MERCURE
Laiffe
pas d'avoir
fes
peines
d'occuper
beaucoup
, &
de
donner
plus
de
chagrins
à
ceux
qui
en
font
profeffion
qu'à
ceux
qui
ne
font
leurs
.
Ouvrages
qu'en
chantant
&
en
fongeant
moins
à la gloire
qu'aux
moyens
d'avoir
de
quoy
vivre
. Un
Auteur
qui
eft
encore
dans
un
âge
trespeu
avancé
, vient
de
mettre
au
jour
un
petit
Livre
intitulé
Differtation
fur
les
Caracteres
de
Corneille
de
Racine
, contre
le fentiment
de
la
Bruyere
, &
quoy
que
les
Auteurs
dont
il
eft
parlé
dans
cet
Ouvrage
GALANY 307
ayent efté mis pendant qu'ils
ont vêcu au nombre des Auteurs du premier rang , & qu'ils
foient fort loüez dans ce
Livre , je ne feny s'ils eftoient
encore vivans , s'ils n'y trouveroient rien qui les chagrinaft.
a
Ilfe vend chez François de
Laulne , Place Sorbonne at-.
tenant le College de Cluny à
Image Saint François ; &
chez Jean Mufier , à la defcente du Pont Neufà l'Olivier.
bien differens. Les uns ne
font occupez que du travail du corps & les autres
de celuy de l'efprit qui ne
·Janvier 1710.
Cc
306 MERCURE
Laiffe
pas d'avoir
fes
peines
d'occuper
beaucoup
, &
de
donner
plus
de
chagrins
à
ceux
qui
en
font
profeffion
qu'à
ceux
qui
ne
font
leurs
.
Ouvrages
qu'en
chantant
&
en
fongeant
moins
à la gloire
qu'aux
moyens
d'avoir
de
quoy
vivre
. Un
Auteur
qui
eft
encore
dans
un
âge
trespeu
avancé
, vient
de
mettre
au
jour
un
petit
Livre
intitulé
Differtation
fur
les
Caracteres
de
Corneille
de
Racine
, contre
le fentiment
de
la
Bruyere
, &
quoy
que
les
Auteurs
dont
il
eft
parlé
dans
cet
Ouvrage
GALANY 307
ayent efté mis pendant qu'ils
ont vêcu au nombre des Auteurs du premier rang , & qu'ils
foient fort loüez dans ce
Livre , je ne feny s'ils eftoient
encore vivans , s'ils n'y trouveroient rien qui les chagrinaft.
a
Ilfe vend chez François de
Laulne , Place Sorbonne at-.
tenant le College de Cluny à
Image Saint François ; &
chez Jean Mufier , à la defcente du Pont Neufà l'Olivier.
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Résumé : Livre intitulé, Dissertation sur les Caracteres de Corneille et de Racine, contre le sentiment de la Bruyere. [titre d'après la table]
En janvier 1710, un texte distingue les occupations manuelles des activités intellectuelles, notant que ces dernières peuvent causer plus de tracas à ceux qui les exercent professionnellement qu'à ceux qui se contentent de rêver et de chanter. Un jeune auteur a publié un livre intitulé 'Dissertation sur les Caractères de Corneille et de Racine, contre le sentiment de La Bruyère', qui éloge Corneille et Racine mais pourrait les chagriner s'ils étaient encore en vie. Le livre est disponible chez François de Laulne, Place Sorbonne près du Collège de Cluny à l'Image Saint-François, et chez Jean Musier, à la descente du Pont Neuf à l'Olivier.
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1737
p. 307-312
Benefice donné par le Roy. [titre d'après la table]
Début :
Comme la variété des Articles de mes Lettres doit faire [...]
Mots clefs :
Bénéfice, Roi, Claude Franchet de Ran
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texteReconnaissance textuelle : Benefice donné par le Roy. [titre d'après la table]
Comme la varieté des Articles des mes Lettres doit faire
un agrément , il ne faut pas
Ccij
308 MERCURE
s'étonner fi je paffe fouvent
d'une matiere à une autre qui
ne peut avoir de liaiſon avec
la precedente , & cela donne
même lieu de fe repofer l'ef
prit en ceffant la lecture de
mes Lettres , ce que l'on a de
la peine à faire pour ne point
interomprela lecture de tout
ce qui regarde à peu prés la
même matiere , & c'est pourquoy je fais fuivre icy un Article bien diferent de celuy
quevous venez de lire, & quoy
qu'il s'agiffe dans cet Article
d'un Benefice donné par le
Roy , & que dans ces fortes
GALANT 309
d'Articles je parle moins de
ceux à qui Sa Majefté les donne que de leurs vertus , & de
ce qu'ils ont fait pour le fervice
de l'Eglife en confideration
duquel le Roy donne feulement des dignitez Ecclefiaftiques comme cet Article regarde une Province dont plufieurs des familles de ceux qui
l'habitent ne font pas connues
icy , je crois vous devoir en
voyer cet Article de la maniere
que je l'ayreçu .
Le Roy a donné le Prieuré
de Vaux , Ordre du Val- desChoux, Dioceſe de Langres ,
310 MERCURE
à M Claude Francher de Ran,
Docteur en Theologie , d'une
famille ancienne de FrancheComté, & dont le quatrième
aycul fut annobli par l'Empereur Charlequint en 1550. Il
cft fils de Jean Claude Franchet
Seigneur de Cendrey, Confeiller au Parlement, de la même
Province , & de Dame AnneIgnace de Chaillot , frere de
Charles - Ignace Elprit Franchet de Ran , auffi Confeiller
au même Parlement , qui s'y
diftinguent par leur fçavoir ;
& neveu de Charles - François
Franchet Chanoine de la Me-
GALANT 311
tropolitaine de Befançon , Ar
chidiacre de Luxeul , Prieur
Commendataire de Fontaine,.
& ci- devant Confeiller au même Parlement. Ceux de cette
famille ont l'avantage d'eftre
reçus & Jurez dans les Corps
de Nobleffe , ainfi que dans les
Maiſons & Monafteres de l'un
& de l'autre fexe , où l'on n'eft
point admis fans preuve. Elle
a produit des fujets confidera
bles par leurs Emplois ; un
ayeul paternel de ce Prieur ,
ainfi que fon bifaycul & fon
trifayeul , ayant efté du nom.
bredes Gouverneurs de Befan-
312 MERCURE
çon , lorfque cette Ville eftoit
du Corps de l'Empire ; & elle
eft alliée à plufieurs familles
principales de la Province ; fçavoir à celles de Petremand , de
Chaillor d'Athume , d'Elpoutot , Champd hyver , de Pra ,
de Rincourt , de Malpas , & à
celle de Varax en Savoye.
un agrément , il ne faut pas
Ccij
308 MERCURE
s'étonner fi je paffe fouvent
d'une matiere à une autre qui
ne peut avoir de liaiſon avec
la precedente , & cela donne
même lieu de fe repofer l'ef
prit en ceffant la lecture de
mes Lettres , ce que l'on a de
la peine à faire pour ne point
interomprela lecture de tout
ce qui regarde à peu prés la
même matiere , & c'est pourquoy je fais fuivre icy un Article bien diferent de celuy
quevous venez de lire, & quoy
qu'il s'agiffe dans cet Article
d'un Benefice donné par le
Roy , & que dans ces fortes
GALANT 309
d'Articles je parle moins de
ceux à qui Sa Majefté les donne que de leurs vertus , & de
ce qu'ils ont fait pour le fervice
de l'Eglife en confideration
duquel le Roy donne feulement des dignitez Ecclefiaftiques comme cet Article regarde une Province dont plufieurs des familles de ceux qui
l'habitent ne font pas connues
icy , je crois vous devoir en
voyer cet Article de la maniere
que je l'ayreçu .
Le Roy a donné le Prieuré
de Vaux , Ordre du Val- desChoux, Dioceſe de Langres ,
310 MERCURE
à M Claude Francher de Ran,
Docteur en Theologie , d'une
famille ancienne de FrancheComté, & dont le quatrième
aycul fut annobli par l'Empereur Charlequint en 1550. Il
cft fils de Jean Claude Franchet
Seigneur de Cendrey, Confeiller au Parlement, de la même
Province , & de Dame AnneIgnace de Chaillot , frere de
Charles - Ignace Elprit Franchet de Ran , auffi Confeiller
au même Parlement , qui s'y
diftinguent par leur fçavoir ;
& neveu de Charles - François
Franchet Chanoine de la Me-
GALANT 311
tropolitaine de Befançon , Ar
chidiacre de Luxeul , Prieur
Commendataire de Fontaine,.
& ci- devant Confeiller au même Parlement. Ceux de cette
famille ont l'avantage d'eftre
reçus & Jurez dans les Corps
de Nobleffe , ainfi que dans les
Maiſons & Monafteres de l'un
& de l'autre fexe , où l'on n'eft
point admis fans preuve. Elle
a produit des fujets confidera
bles par leurs Emplois ; un
ayeul paternel de ce Prieur ,
ainfi que fon bifaycul & fon
trifayeul , ayant efté du nom.
bredes Gouverneurs de Befan-
312 MERCURE
çon , lorfque cette Ville eftoit
du Corps de l'Empire ; & elle
eft alliée à plufieurs familles
principales de la Province ; fçavoir à celles de Petremand , de
Chaillor d'Athume , d'Elpoutot , Champd hyver , de Pra ,
de Rincourt , de Malpas , & à
celle de Varax en Savoye.
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Résumé : Benefice donné par le Roy. [titre d'après la table]
Le texte examine la diversité des sujets traités dans les lettres de l'auteur, notant que les changements fréquents de thème sont délibérés pour captiver le lecteur. Il présente ensuite un article distinct concernant un bénéfice ecclésiastique accordé par le roi. Cet article concerne le Prieuré de Vaux, dans l'Ordre du Val-des-Choux, diocèse de Langres, attribué à Claude Francher de Ran, Docteur en Théologie. La famille de Ran, originaire de Franche-Comté, a été anoblie par l'Empereur Charles Quint en 1550. Claude Francher de Ran est le fils de Jean Claude Franchet, Seigneur de Cendrey et Conseiller au Parlement, et de Dame Anne-Ignace de Chaillot. Il est également le frère de Charles-Ignace Esprit Franchet de Ran, Conseiller au Parlement, et le neveu de Charles-François Franchet, Chanoine de la Métropolitaine de Besançon. La famille Franchet est bien intégrée dans la noblesse et compte plusieurs membres distingués par leurs fonctions. Elle est alliée à diverses familles principales de la province, notamment les Petremand, Chaillot d'Athume, Elpoutot, Champdhyver, Pra, Rincourt, Malpas, et Varax en Savoie.
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1738
p. 312-336
Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article que vous n'attendiez pas sans doute [...]
Mots clefs :
Société royale des sciences de Montpellier, Assemblée des États de Languedoc, Sciences, Mr. de Basville, Gouttes puantes, Confrères, Académiciens, Aiguille, Aimant, Pôles, Satellites, Discours
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texteReconnaissance textuelle : Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
e paffe à un Article que
vous n'attendiez pas fans doute
ce mois-cy ; mais fçachant
voftre curiofité fur ce qui regarde la Societé Royale des
Sciences de Montpellier , j'ay
fi bien pris mes mefures que
je vous en envoye un Article
digne
GALANT 313
digne de voftre curiofité &
de celle de tout le Public. Cette Societé a tenu fa Seance publique pendant l'Affemblée
des Etats de Languedoc , qui
l'ont honorée de leur prefence.
Mr de Bafville Confeiller d'Etat &Intendant de Languedoc
y prefida comme Academicien
Honoraire; & il en fit l'ouverture par un Difcours qui reçûr de grands aplaudiffemens.
Il parla des Sciences en general
& de l'utilité que les hommes
recevoient à s'y attacher ; il
s'apliqua fur tout à prouver
le bien que fit l'étude de la
Fanvier 1710.
Dd
314 MERCURE
Philofophie. Dans les premiers
fiecles du Paganifme , dit-il ,
cette étude faifoit les délices des
grands hommes de ces temps éloignez e même dans la naiffance
du Chriftianifme l'estime fut fi
prodigieufe pour Platon qu'on
regardoit alors comme l'Oracle de
la Philofophie , qu'on le mettoit
prefque enparallele avec les Prophetes,& qu'on pritfe:Ouvrages
pour des Commentaires de l'E
criture , puifqu'on conçut longtemps la nature du Verbe, comme
il l'avoit conçue. Il remarqua
enfuite que rien ne pouvoit .
tant contribuer au progrés
GALANT 315
des Sciences que les Affemblées des gens de Lettres ; il
parcourut tous les ficcles où
l'on en avoit vû ; & il dit qu'il
y avoit du temps des Empereurs
Romains diverfes Chapelles de
Minerve à Rome qui fervoient à
fortes d'Affemblées , & où
les Orateurs recitoient leurspieces,
& c'eſt ce que le Scholiafte d'Horace nomme Athenæa , felon la
coûtume defon temps , auquel ce
mot fignifioit un Auditoire.
L'Empereur Adrien dans le
deuxième fiecle fit bâtir un Auditoire qu'on nomma auſſi. Athenæum , & il continua d'avoir
Ddij
316 MERCURE
foin des Ecoles publiques à l'imi
·tation & Augufte le fecond des
Cefars qui avoit fait bâtir l'Ecole d'Octavie jointe à unportique ainsi que le R. P. Ardouin
Jefuite nous l'aprend dans fes
Stavantes notes fur Pline
avantluy le celebre GerardJean
Voffius , dansfon Lirure de l'Imitation. En parlant enfuite des.
travaux de la Societé Royale,
il dit qu'elle ne prononce point de
decifions , & qu'elle ne forme
point de fyfteme ; mais qu'elle
propofe des experiences & des
obfervations, laiffant aupublic le
foin de les rectifier , & la liberté
GALANT 317
de les contre-dire pour aller plus
loin dans le Pays des découvertes.
Rien en effect, ajouta- t - il n'eſt
pluspropre à contribuerau progrés
des Sciences , que des experiences
repetées réiterées. Par là on
avance par degrez ; l'on marche
àpas lents , il eft vray ; mais
auffi ils fontplus furs
Mr de Bafville après avoir
fait un détail des travaux de la
Societé Royale pendant l'année derniere , & de ceux auf
quels elle s'attacheroit dans le
cours de celle cy , finit par
l'Eloge du Roy à qui cette
Compagnie doit fon établiſſeDd iij
318 MERCURE
ment & le nom qu'elle s'eft
déja faite parmi tous les Sçavans de l'Europe. Ce Monarque , dit-il , parmi les foins &
lesfatigues d'une guerre onereuſe
& dans laquelle la plus grande
partie de l'Europe eft conjurée contre luy, n'a pas perdu pour cela
le defir qu'il a eu depuis les premieres années de fonregne defaire
fleurirles Sciences dans fes États.
On a sú fe former fous ce regne
glorieux , àjamais memorable
un grand nombre d'Academies
oùſe forment tous les jours lés
jeunes nourriffons des Mules
quis'y exercent pour immortali-
GALANT 319
fer le nom François. Ce grand
Monarque ne fe contente pas ,
ajouta t -il , d'accorder des Privileges , & des établiſſemens confiderables aux Compagnies dont
la culture des Sciences fait tout
L'objet, il les anime encore au travail par fes bienfaits & parſa
Royale liberalité. Le titre de Sçavant en eft un legitime auprés de
ce grandPrince , pour avoir part
àfesgraces & àfes faveurs. On
fe contentoit dans les fiecles precedens d'admirer ces grands genies
pour qui la nature ſembloit s'eſtre
épuisée , mais comme fi on eut
craint qu'une honnefte abondance
320 MERCURE
eut fait perdre la moitié de leur
merite , on les laiffoit dans une
honteuse indigence ; des paroles
des paroles flattenfes eftoient tout
le prixde leurs travaux ; on n'alloitpasplus loin, on auroit crû
en leur faifant du bien les expofer à la tentation de ne plus rien
faire de tomber dans un repos
oifife plein de molleffe . Mais
aujourd'buy graces au grand
Prince qui gouverne la France,les
chofes font bien changées. La récompenfe fuit toujours à prefent
le travail , elle eft accordée fi
à propos & avec tant de prudence
que bien loin de former une ten-
GALANT 321
tation délicate pour celuy qui l'ob
tient , elle ne luyfert que d'aiguil
lon pour avancer dans le progrés
des Sciences. Piquez d'une noble
émulation par les bienfaits du
Prince , ceux qui en font l'objet
ne s'appliquent qu'à les meriter
encore davantage.
Mr Bon le fils , premier
Prefident, en furvivance de Mr
fon pere, de la Cour des Aydes
de Montpellier , parla enfuite;
& aprés avoir loué en peu de
mots Mrde Bafville , qui venoit de parler fi fçavamment
de l'utilité des Sciences , il entretint l'auguſte Aſſemblée qui
322 MERCURE
l'entendoit , d'une découverte
qu'il avoit faite , & dont il
rapporta plufieurs experiences.
Ce fut fur les araignées qu'il
parla long- temps. Ces petits
animaux , dit cet habile Magiſtrat , & ſçavant Academicien , filent une foye qui eft propre aux mefmes usages que celle
des vers , vulgairement appellez
vers à foye ; & il prouva fenfiblement que la føye des araignées eft beaucoup plus abondante celle des vers , pufqu'outre que ceux- cy , dit-il , ne
font que so. œufs , qu'on appelle
vulgairement cocons , les arail
que
GALANT 323
gnées en font 400. Il est vray
qu'à l'égard des araignées , la
moitié franche de leurs œufs fe
perd à caufe de leur petiteffe , &
qu'elles n'achevent leurfoye qu'en
2. ans ; mais enfin quand on reduiroit , à cause de la diminution
causée par la perte ou inutilité de
ces œufs , les 400. à la moitié,
il en refteroit toujours 200.
qu'à cause de la longueur du
temps que les araignées mettent à
filer leurføye , on reduiſe encore
ces 200. œufs à 100. pour faire
quelque comparaison avec ceux
des vers , il fuivra toûjours toutes chofes égaless il en concludque
324 MERCURE
par
les versfaifant so. œufs les araignées 100. celles - cy produisent le
double des vers. Que d'ailleurs
l'avantage que la foye des araignées a pardeffus celle des vers ,
eft qu'elle eft plus fine ,
confequent incomparablement plus
belle. On en a filé par ordre de
Mr le Duc de Noailles pour
faire une paire de bas de foye ,
qui ont efté faits en Languedoc,
&que ce Ducaprefentez à Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Cette Princeffe, ainfi que toute la
Cour,les ont trouvez d'une grande beauté &on a avoué qu'on
ne pouvoit rien ajoûter à la fr
GALANT 325
neffe de cet Ouvrage. D'ailleurs
il faut remarquer qu'il n'eft icy
queftion quedes araignées des jardins de celles qui travaillent
en pleine campagne , & les plus
groffes font les meilleures. Mais
la foye n'est pas la feule richeffe
qu'on tire de ces petits animaux,
& MrBon n'apas borné là fes
recherches. On a fait une Analyfe
exacte de ces petits animaux , &
on en a voulu découurir toutes les
proprietez , & ce n'a pas eftéfans
une grande ſurpriſe mêlée de
beaucoup de joye qu'on a éprouvéaprès une Analyfe faite avec
tous les foins imaginables qu'on
土
326 MERCURE
peut tirer des araignées une cau
qui a des vertus admirables , &
dont on peutfaire des gouttes qui
pafferont mefme en bonté celles
d'Angleterre, qui font fi vantées,
dont onfait unfi grand nombre d'ufages. Ce feront des
gouttes aromatiques , reprit ce
fçavant Magiftrat , qui feront
admirables pour la gravelle &
pour les retentions d'urine
faifant vuider le fable. Elles
feront auffi admirables pour fortifier les poulmons foibles ; & ce
feront d'excellentes eaux pulmonaires on pretend , & ce
n'eft pas fans l'avoir éprouvé,
. ,
en
GALANT 327
qu'elles feront auffi bonnes pour
tapoplexie que l'eau des Carmes
fi vantéejufqu'icy. On a décou
vert à l'égard de deux Paralytiques & d'un Epileptique , qu'elLes font tres-propres à ces maladies dangereufes , & contre lef
quelles il y afi peu de remedes.
Tous ceux qui font fujets aux
coliques & aux maux qui les
caufent,ferontfoulagez en ufant
de ces gouttes , avecquelqué methode un certain regime que
la Societe Royale preferira dans
une petite Differtation qu'un habile Medecin de fon Corps fera
fur ce fujet. A l'égard des per-
328 MERCURE
fonnes qui jouiffent d'une fanté
parfaite , elles en peuvent auffi
ufer; elles purifient le fang, &
Le font circuler ; elles fortifient
l'eftomach , elles facilitent la
digeftion. Ceux qui font fujets
à la migraine en peuvent user,
& ils peuvent compter d'eftre
foulagezfur le champ, en obfervant cependant le regime qui fera
marqué dans la Differtation qui
paroiftra au premier jour. Enfin
pour marquer les effets merveilleux de ces gouttes , il n'y a qu'à
dire qu'elles operent & avec autant de fuccés & avec autant de
promptitude que les gouttes d'An-
GALANT 329
gleterre,qu'on nomme les Gouttes
puantes, dont on nefefert cependant que dans les maux defefperez. Mr Bon a donné à ces
gouttes le nom de Gouttes de
Montpellier, & diverfes experiences qu'on a faites de leurs
vertus & de leurs qualitez, leur
ont déja attiré ce nom. Mr
Bon finit fon Difcours en applaudiffant tous les Academiciens fes Confreres , d'avoir
fait une fi belle découverte
dans la naiffance de leur Societé; & il dit qu'un fecret fifalutaire luy faifoit bien augurer
des travaux de tant de fçavans
Janvier 1710. E e
330 MERCURE
hommes qui compofent cette ilLuftre Compagnie. Ce difcours
fut generalement applaudi.
Le P. Vanier Jefuite , habile Poëte, & qui fait imprimer à Lyon un Dictionnaire
Poëtique , a fait une Eglogue
adreffée à Mr Bon , dont je
viens de parler ; dans laquelle
il le felicite fur la belle découverte qu'il vient de faire.
Cette Eglogue eft Latine , ce
qui m'empefche de vous l'envoyer. Elle eft parfaitement
belle.
La declinaifon de l'Aiguille
aimantée fit la matiere d'un
GALANT 331
Difcours qui fuivit celuy de
Mr Bon; & qui fut prononcé
par Mr Clopinel. Cette Declinaiſon eſt un Phenomene des
plus étonnans & dont la connoiffance est en même temps
tres neceffaire pour la Navigation , puifque fi elle varie felon les lieux & felon les temps ,
les Pilotes peuvent fe tromper confiderablement dans le
coursd'une Navigation &dans
la route, qu'ils font tenir aux
Vaiffeaux. On n'embraffa pas
tout-à-fait dans ce Difcours le
Systême de Mr Defcartes , qui
prétend qu'il fort des Poles de
Ecij
33²´MERCURE
la terre une matiere fubtile ime
palpable & inviſible qui circulant autour d'elle fur le plan
des Meridiens y rentre par les
Pole oppofé à celuy d'où elle
eft fortie. La matiere canelée
trouvant dans la ficuation
des pores de l'Aiman un paf
fage pour le traverler , fait
que l'Aiman a deux Poles auffi bien que la Terre ; ainfi
cette matiere rentrant par un
Pole attire le fer. Mais elle
peut changer fon cours felon
la difpofition des parties à travers lefquelles elle s'ouvre un
paffage , & elle en peut eſtre
GALANI 333
détournée felon la figure & la
difpofition de l'Aiguille qui ent
eft touchée. D'ailleurs on a re
marqué que les Obfervations
qu'on peut faire de la variation de l'Aiguille dans les Vaifſeaux font fujettes à beaucoup
d'erreurs à cauſe du fer qui y
eft en grande quantité. Ce Dif
cours fut trouvé plein de recherches & d'érudition.
Le Difcours fuivant & qui
termina l'Aſſemblée , regarda
les Satellites de Saturne , & fut
prononcé par Mr Aftruc. Les
Anciens , dit-il , ne comptoient
que fept Planettes dans noſtre
334 MERCURE
a
Tourbillon , & nous en avons
neuf, quatre Satellites de Fupiter
& cingde Saturne. Galileé à dé
couvert ceux deJupiter, MrCaſ
fini quatre & Mr Huiguens at
taché aufeu Roy Guillaume , un.
Ce dernier foupçonnoit qu'ily
avoit unfixiéme entre la quatriéme e la cinquième , parce que
diftance entre ces Satellites eft trop
grande à proportion des autres.
C'est par les Satellites de Jupiter
que les Aftronomes ont eu le bonheur de trouver les Longitudes
par leurs emerfions & leurs immerfions. L'ufage qu'on tirera de
ceux de Saturne ne fera pas moins
la
1
GALANT 335
confiderable , parce quefiJupiter
n'eſt pas fur l'horiſon pendant la
nuit Saturne y pourra eftre , & en
ce cas les Satellites fuperieurs feront trouver les Longitudes , les
deux premiers eftant fi proches de
la Planette qu'ilsfont prefque im
perceptibles. D'ailleurs leurs revolutions fontficourtes &leurs ċerclesſipreſſez qu'à noftre égard , il
eft rare qu'ilsfortent des rayons de
Saturne étant de plus dans unéloignement du Soleil double de ceux
de Jupiter. Ce Difcours renfermoit plufieurs autres Remarques d'Aftronomie qui plurent
fort à l'illuftre Affemblée. Mi
336 MERCURE
de Bafville refuma à la fin de
chaque Difcours tout ce qui
avoit eſté dit de plus curieux &
de plus intereffant , & il fit admirer en cette occafion la netteté de fon efprit
vous n'attendiez pas fans doute
ce mois-cy ; mais fçachant
voftre curiofité fur ce qui regarde la Societé Royale des
Sciences de Montpellier , j'ay
fi bien pris mes mefures que
je vous en envoye un Article
digne
GALANT 313
digne de voftre curiofité &
de celle de tout le Public. Cette Societé a tenu fa Seance publique pendant l'Affemblée
des Etats de Languedoc , qui
l'ont honorée de leur prefence.
Mr de Bafville Confeiller d'Etat &Intendant de Languedoc
y prefida comme Academicien
Honoraire; & il en fit l'ouverture par un Difcours qui reçûr de grands aplaudiffemens.
Il parla des Sciences en general
& de l'utilité que les hommes
recevoient à s'y attacher ; il
s'apliqua fur tout à prouver
le bien que fit l'étude de la
Fanvier 1710.
Dd
314 MERCURE
Philofophie. Dans les premiers
fiecles du Paganifme , dit-il ,
cette étude faifoit les délices des
grands hommes de ces temps éloignez e même dans la naiffance
du Chriftianifme l'estime fut fi
prodigieufe pour Platon qu'on
regardoit alors comme l'Oracle de
la Philofophie , qu'on le mettoit
prefque enparallele avec les Prophetes,& qu'on pritfe:Ouvrages
pour des Commentaires de l'E
criture , puifqu'on conçut longtemps la nature du Verbe, comme
il l'avoit conçue. Il remarqua
enfuite que rien ne pouvoit .
tant contribuer au progrés
GALANT 315
des Sciences que les Affemblées des gens de Lettres ; il
parcourut tous les ficcles où
l'on en avoit vû ; & il dit qu'il
y avoit du temps des Empereurs
Romains diverfes Chapelles de
Minerve à Rome qui fervoient à
fortes d'Affemblées , & où
les Orateurs recitoient leurspieces,
& c'eſt ce que le Scholiafte d'Horace nomme Athenæa , felon la
coûtume defon temps , auquel ce
mot fignifioit un Auditoire.
L'Empereur Adrien dans le
deuxième fiecle fit bâtir un Auditoire qu'on nomma auſſi. Athenæum , & il continua d'avoir
Ddij
316 MERCURE
foin des Ecoles publiques à l'imi
·tation & Augufte le fecond des
Cefars qui avoit fait bâtir l'Ecole d'Octavie jointe à unportique ainsi que le R. P. Ardouin
Jefuite nous l'aprend dans fes
Stavantes notes fur Pline
avantluy le celebre GerardJean
Voffius , dansfon Lirure de l'Imitation. En parlant enfuite des.
travaux de la Societé Royale,
il dit qu'elle ne prononce point de
decifions , & qu'elle ne forme
point de fyfteme ; mais qu'elle
propofe des experiences & des
obfervations, laiffant aupublic le
foin de les rectifier , & la liberté
GALANT 317
de les contre-dire pour aller plus
loin dans le Pays des découvertes.
Rien en effect, ajouta- t - il n'eſt
pluspropre à contribuerau progrés
des Sciences , que des experiences
repetées réiterées. Par là on
avance par degrez ; l'on marche
àpas lents , il eft vray ; mais
auffi ils fontplus furs
Mr de Bafville après avoir
fait un détail des travaux de la
Societé Royale pendant l'année derniere , & de ceux auf
quels elle s'attacheroit dans le
cours de celle cy , finit par
l'Eloge du Roy à qui cette
Compagnie doit fon établiſſeDd iij
318 MERCURE
ment & le nom qu'elle s'eft
déja faite parmi tous les Sçavans de l'Europe. Ce Monarque , dit-il , parmi les foins &
lesfatigues d'une guerre onereuſe
& dans laquelle la plus grande
partie de l'Europe eft conjurée contre luy, n'a pas perdu pour cela
le defir qu'il a eu depuis les premieres années de fonregne defaire
fleurirles Sciences dans fes États.
On a sú fe former fous ce regne
glorieux , àjamais memorable
un grand nombre d'Academies
oùſe forment tous les jours lés
jeunes nourriffons des Mules
quis'y exercent pour immortali-
GALANT 319
fer le nom François. Ce grand
Monarque ne fe contente pas ,
ajouta t -il , d'accorder des Privileges , & des établiſſemens confiderables aux Compagnies dont
la culture des Sciences fait tout
L'objet, il les anime encore au travail par fes bienfaits & parſa
Royale liberalité. Le titre de Sçavant en eft un legitime auprés de
ce grandPrince , pour avoir part
àfesgraces & àfes faveurs. On
fe contentoit dans les fiecles precedens d'admirer ces grands genies
pour qui la nature ſembloit s'eſtre
épuisée , mais comme fi on eut
craint qu'une honnefte abondance
320 MERCURE
eut fait perdre la moitié de leur
merite , on les laiffoit dans une
honteuse indigence ; des paroles
des paroles flattenfes eftoient tout
le prixde leurs travaux ; on n'alloitpasplus loin, on auroit crû
en leur faifant du bien les expofer à la tentation de ne plus rien
faire de tomber dans un repos
oifife plein de molleffe . Mais
aujourd'buy graces au grand
Prince qui gouverne la France,les
chofes font bien changées. La récompenfe fuit toujours à prefent
le travail , elle eft accordée fi
à propos & avec tant de prudence
que bien loin de former une ten-
GALANT 321
tation délicate pour celuy qui l'ob
tient , elle ne luyfert que d'aiguil
lon pour avancer dans le progrés
des Sciences. Piquez d'une noble
émulation par les bienfaits du
Prince , ceux qui en font l'objet
ne s'appliquent qu'à les meriter
encore davantage.
Mr Bon le fils , premier
Prefident, en furvivance de Mr
fon pere, de la Cour des Aydes
de Montpellier , parla enfuite;
& aprés avoir loué en peu de
mots Mrde Bafville , qui venoit de parler fi fçavamment
de l'utilité des Sciences , il entretint l'auguſte Aſſemblée qui
322 MERCURE
l'entendoit , d'une découverte
qu'il avoit faite , & dont il
rapporta plufieurs experiences.
Ce fut fur les araignées qu'il
parla long- temps. Ces petits
animaux , dit cet habile Magiſtrat , & ſçavant Academicien , filent une foye qui eft propre aux mefmes usages que celle
des vers , vulgairement appellez
vers à foye ; & il prouva fenfiblement que la føye des araignées eft beaucoup plus abondante celle des vers , pufqu'outre que ceux- cy , dit-il , ne
font que so. œufs , qu'on appelle
vulgairement cocons , les arail
que
GALANT 323
gnées en font 400. Il est vray
qu'à l'égard des araignées , la
moitié franche de leurs œufs fe
perd à caufe de leur petiteffe , &
qu'elles n'achevent leurfoye qu'en
2. ans ; mais enfin quand on reduiroit , à cause de la diminution
causée par la perte ou inutilité de
ces œufs , les 400. à la moitié,
il en refteroit toujours 200.
qu'à cause de la longueur du
temps que les araignées mettent à
filer leurføye , on reduiſe encore
ces 200. œufs à 100. pour faire
quelque comparaison avec ceux
des vers , il fuivra toûjours toutes chofes égaless il en concludque
324 MERCURE
par
les versfaifant so. œufs les araignées 100. celles - cy produisent le
double des vers. Que d'ailleurs
l'avantage que la foye des araignées a pardeffus celle des vers ,
eft qu'elle eft plus fine ,
confequent incomparablement plus
belle. On en a filé par ordre de
Mr le Duc de Noailles pour
faire une paire de bas de foye ,
qui ont efté faits en Languedoc,
&que ce Ducaprefentez à Madame la Ducheffe de Bourgogne.
Cette Princeffe, ainfi que toute la
Cour,les ont trouvez d'une grande beauté &on a avoué qu'on
ne pouvoit rien ajoûter à la fr
GALANT 325
neffe de cet Ouvrage. D'ailleurs
il faut remarquer qu'il n'eft icy
queftion quedes araignées des jardins de celles qui travaillent
en pleine campagne , & les plus
groffes font les meilleures. Mais
la foye n'est pas la feule richeffe
qu'on tire de ces petits animaux,
& MrBon n'apas borné là fes
recherches. On a fait une Analyfe
exacte de ces petits animaux , &
on en a voulu découurir toutes les
proprietez , & ce n'a pas eftéfans
une grande ſurpriſe mêlée de
beaucoup de joye qu'on a éprouvéaprès une Analyfe faite avec
tous les foins imaginables qu'on
土
326 MERCURE
peut tirer des araignées une cau
qui a des vertus admirables , &
dont on peutfaire des gouttes qui
pafferont mefme en bonté celles
d'Angleterre, qui font fi vantées,
dont onfait unfi grand nombre d'ufages. Ce feront des
gouttes aromatiques , reprit ce
fçavant Magiftrat , qui feront
admirables pour la gravelle &
pour les retentions d'urine
faifant vuider le fable. Elles
feront auffi admirables pour fortifier les poulmons foibles ; & ce
feront d'excellentes eaux pulmonaires on pretend , & ce
n'eft pas fans l'avoir éprouvé,
. ,
en
GALANT 327
qu'elles feront auffi bonnes pour
tapoplexie que l'eau des Carmes
fi vantéejufqu'icy. On a décou
vert à l'égard de deux Paralytiques & d'un Epileptique , qu'elLes font tres-propres à ces maladies dangereufes , & contre lef
quelles il y afi peu de remedes.
Tous ceux qui font fujets aux
coliques & aux maux qui les
caufent,ferontfoulagez en ufant
de ces gouttes , avecquelqué methode un certain regime que
la Societe Royale preferira dans
une petite Differtation qu'un habile Medecin de fon Corps fera
fur ce fujet. A l'égard des per-
328 MERCURE
fonnes qui jouiffent d'une fanté
parfaite , elles en peuvent auffi
ufer; elles purifient le fang, &
Le font circuler ; elles fortifient
l'eftomach , elles facilitent la
digeftion. Ceux qui font fujets
à la migraine en peuvent user,
& ils peuvent compter d'eftre
foulagezfur le champ, en obfervant cependant le regime qui fera
marqué dans la Differtation qui
paroiftra au premier jour. Enfin
pour marquer les effets merveilleux de ces gouttes , il n'y a qu'à
dire qu'elles operent & avec autant de fuccés & avec autant de
promptitude que les gouttes d'An-
GALANT 329
gleterre,qu'on nomme les Gouttes
puantes, dont on nefefert cependant que dans les maux defefperez. Mr Bon a donné à ces
gouttes le nom de Gouttes de
Montpellier, & diverfes experiences qu'on a faites de leurs
vertus & de leurs qualitez, leur
ont déja attiré ce nom. Mr
Bon finit fon Difcours en applaudiffant tous les Academiciens fes Confreres , d'avoir
fait une fi belle découverte
dans la naiffance de leur Societé; & il dit qu'un fecret fifalutaire luy faifoit bien augurer
des travaux de tant de fçavans
Janvier 1710. E e
330 MERCURE
hommes qui compofent cette ilLuftre Compagnie. Ce difcours
fut generalement applaudi.
Le P. Vanier Jefuite , habile Poëte, & qui fait imprimer à Lyon un Dictionnaire
Poëtique , a fait une Eglogue
adreffée à Mr Bon , dont je
viens de parler ; dans laquelle
il le felicite fur la belle découverte qu'il vient de faire.
Cette Eglogue eft Latine , ce
qui m'empefche de vous l'envoyer. Elle eft parfaitement
belle.
La declinaifon de l'Aiguille
aimantée fit la matiere d'un
GALANT 331
Difcours qui fuivit celuy de
Mr Bon; & qui fut prononcé
par Mr Clopinel. Cette Declinaiſon eſt un Phenomene des
plus étonnans & dont la connoiffance est en même temps
tres neceffaire pour la Navigation , puifque fi elle varie felon les lieux & felon les temps ,
les Pilotes peuvent fe tromper confiderablement dans le
coursd'une Navigation &dans
la route, qu'ils font tenir aux
Vaiffeaux. On n'embraffa pas
tout-à-fait dans ce Difcours le
Systême de Mr Defcartes , qui
prétend qu'il fort des Poles de
Ecij
33²´MERCURE
la terre une matiere fubtile ime
palpable & inviſible qui circulant autour d'elle fur le plan
des Meridiens y rentre par les
Pole oppofé à celuy d'où elle
eft fortie. La matiere canelée
trouvant dans la ficuation
des pores de l'Aiman un paf
fage pour le traverler , fait
que l'Aiman a deux Poles auffi bien que la Terre ; ainfi
cette matiere rentrant par un
Pole attire le fer. Mais elle
peut changer fon cours felon
la difpofition des parties à travers lefquelles elle s'ouvre un
paffage , & elle en peut eſtre
GALANI 333
détournée felon la figure & la
difpofition de l'Aiguille qui ent
eft touchée. D'ailleurs on a re
marqué que les Obfervations
qu'on peut faire de la variation de l'Aiguille dans les Vaifſeaux font fujettes à beaucoup
d'erreurs à cauſe du fer qui y
eft en grande quantité. Ce Dif
cours fut trouvé plein de recherches & d'érudition.
Le Difcours fuivant & qui
termina l'Aſſemblée , regarda
les Satellites de Saturne , & fut
prononcé par Mr Aftruc. Les
Anciens , dit-il , ne comptoient
que fept Planettes dans noſtre
334 MERCURE
a
Tourbillon , & nous en avons
neuf, quatre Satellites de Fupiter
& cingde Saturne. Galileé à dé
couvert ceux deJupiter, MrCaſ
fini quatre & Mr Huiguens at
taché aufeu Roy Guillaume , un.
Ce dernier foupçonnoit qu'ily
avoit unfixiéme entre la quatriéme e la cinquième , parce que
diftance entre ces Satellites eft trop
grande à proportion des autres.
C'est par les Satellites de Jupiter
que les Aftronomes ont eu le bonheur de trouver les Longitudes
par leurs emerfions & leurs immerfions. L'ufage qu'on tirera de
ceux de Saturne ne fera pas moins
la
1
GALANT 335
confiderable , parce quefiJupiter
n'eſt pas fur l'horiſon pendant la
nuit Saturne y pourra eftre , & en
ce cas les Satellites fuperieurs feront trouver les Longitudes , les
deux premiers eftant fi proches de
la Planette qu'ilsfont prefque im
perceptibles. D'ailleurs leurs revolutions fontficourtes &leurs ċerclesſipreſſez qu'à noftre égard , il
eft rare qu'ilsfortent des rayons de
Saturne étant de plus dans unéloignement du Soleil double de ceux
de Jupiter. Ce Difcours renfermoit plufieurs autres Remarques d'Aftronomie qui plurent
fort à l'illuftre Affemblée. Mi
336 MERCURE
de Bafville refuma à la fin de
chaque Difcours tout ce qui
avoit eſté dit de plus curieux &
de plus intereffant , & il fit admirer en cette occafion la netteté de fon efprit
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Résumé : Article tres-curieux qui regarde ce qui s'est passé à la Seance publique de la Societé Royale de Montpellier, qui s'est faite pendant la tenuë des Etats de Languedoc. [titre d'après la table]
Lors d'une séance publique de la Société Royale des Sciences de Montpellier, tenue pendant l'Assemblée des États de Languedoc, Monsieur de Basville, Conseiller d'État et Intendant de Languedoc, présida la séance en tant qu'Académicien Honoraire. Il prononça un discours sur l'utilité des sciences, soulignant l'importance des assemblées de gens de lettres pour le progrès scientifique. Il cita des exemples historiques comme les chapelles de Minerve à Rome et l'Athénée construit par l'empereur Adrien. Monsieur de Basville évoqua également les travaux de la Société Royale, qui se concentrent sur des expériences et des observations, laissant au public le soin de les rectifier. Il loua le roi pour son soutien aux sciences et aux académies, ainsi que pour les privilèges accordés aux savants. Monsieur Bon, fils du premier président de la Cour des Aides de Montpellier, présenta ensuite ses découvertes sur les araignées. Il démontra que la soie des araignées est plus abondante et fine que celle des vers à soie, et rapporta des expériences menées sur ordre du duc de Noailles. Il mentionna également une huile extraite des araignées, utilisée pour fabriquer des gouttes médicinales efficaces contre diverses maladies. Le Père Vanier, jésuite et poète, composa une églogue en latin pour féliciter Monsieur Bon. La séance se poursuivit avec des discours de Monsieur Clopinel sur la déclinaison de l'aiguille aimantée et de Monsieur Astruc sur les satellites de Saturne. Ces discours apportèrent des connaissances essentielles pour la navigation et l'astronomie. À la fin de chaque discours, une personne nommée Bafville résumait les points les plus intéressants et marquants abordés, mettant en évidence la clarté et la vivacité de son esprit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1739
p. 336-343
Coûtume de Bretagne en deux Volumes in quarto, Ouvrage tres-utile & tres-curieux [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est plus important & d'une plus grande utilité que les [...]
Mots clefs :
Coutumes, Bretagne, Ouvrages, Lois, Jacques Mareschal, Coutume de Bretagne, Volumes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Coûtume de Bretagne en deux Volumes in quarto, Ouvrage tres-utile & tres-curieux [titre d'après la table]
Rien n'est plus important &
d'uneplus grandeutilité qué les
Ouvrages qui regardent les
Loix & les Coutumes , & l'on
peut affurer qu'il fe trouve
beaucoup de perfonnes aufquelles ils font abfolument neceffaires, & que c'eft un Trefor
pour les Provinces qu'ils regardent. Celuy dont je vais vous
parler eft de ce nombre.
Jacques
GALANT 337
Jacques Marefchal , Imprimeur du Roy à Nantes , a imprimé la Coûtume de Bretagne endeuxVolumes in quarto,
avec les Commentaires & les
Obfervations pour l'intelligence & l'ufage des Articles
obfcurs , abolis & à reformer,
fuivant les Edits , Ordonnances & Arrefts de Reglemens
rendus depuis la derniere Re
formation de la Coûtume, par
Maître Michel Sauvageau celebre Avocat au Parlement de
Bretagne , & Procureur du
Roy au Prefidial de Vennes ;
avec un Traité particulier des
Ff Fanvier 1710.
338 MERCURE
Marches qui feparent des Provinces deBretagne , Poitou &
Anjou ; un Traité du Droit
d'Indult des Officiers du Par→
lement de Paris , & des Gra
duez , & de fa Pratique fur les
Benefices de Bretagne, avecune
recherche & fçavante difcution des fentimens que Mr
d'Argentré a cus fur plufieurs
Articles de ladite Coûtume,
contré le fentiment de plu
fieurs Auteurs, avec une Table Alphabetique des Matic
res tres ample & tres- exacte
Cet Ouvrage doit eftre fa
vorablement reçu du Public,
GALANT 339
étant non feulement pour l'in
telligence des Textes obfcurs
ou diverſement pratiquez de
la Coûtume de Bretagne , mais
encores pourclés: Affaites &
Queſtions d'Uſage & de Prati→
que d'autres Provinces , l'Auteur eftant plein d'érudition,
& marquant avoir eu une
perience confommée au mat
niement des Affaires. Quoy
que fon deffein n'ait efté que
de compofer des Mémoires
pour parvenir àune Reforma
tion qui n'a pas encore efté
faite , il a fi profondément é
tably par raiſon juridique &
F f ij
340 MERCURE
par autorité d'Ordonnances &
Arrefts de Reglemens , les decifions qu'il y a rapportées,
que les avis & le témoignage
de ce fçavant homme doivent
eftre d'un grand poids quand
il s'agira de prendre party
dans les Jugemens : Et quoy
qu'ordinairement la lecture &
l'étude d'un Commentateur
d'une Coûtumé particuliere ne
foient faites quepourl'intelligence de ce qui concerne cette Coûtume , il y a infiniment
à profiter de la lecture de la
Coûtume de Sauvageau , non
feulement en ce qui la touche;
GALANT 341
६
mais encore pour la Pratique
generale , & les Memoires pas
roiffent devoir produire tant
de fruit en répondant au deffein pour lequel ils ont efté
compofez, qu'ils doivent donner de l'envie & de l'émulation à tous ceux qui aimene
les Sciences , de faire une étu
de particuliere de la Coûtume
de Bretagne. Le Rapport fommaire qu'a fait Mr Sauvageau
des Avis finguliers de Mr d'Ar
gentré , combatus par les autres Docteurs fur foixante
Points differens où l'Auteur a
traité des Queſtions par de fo
Ffiij .
342 MERCURE
lides raifons ; & par autorité,
eft un Ouvrage tres- utile au
Public, & qui doit eftre agreable à tout homme qui aime
la Science, & qui eft dans le
maniement des Affaires.
Le fecondVolumecontient
la plus ancienne Coûtume de
Bretagne , les Annotations de
Anonimies les anciennes ConAitutions, Ordonnances , Arrefts , Reglemens des Rois &
Ducs de Bretagne , avec la
Conference des Coûtumes &
des nouvelles Ordonnances à
la marge , par le meſme Auteur,
GALANT 343
Le prix de ces deux Volu
mes eft de quinze livres.
Je doisajoûter à ceque vous.
venez de lire , que j'ay oüy
parler icy de ce Livre à nos
plus fameuxJurifconfultes ; &
que de la maniere dont ils en
parlent , ils le croyent audeffus de tous les Eloges
d'uneplus grandeutilité qué les
Ouvrages qui regardent les
Loix & les Coutumes , & l'on
peut affurer qu'il fe trouve
beaucoup de perfonnes aufquelles ils font abfolument neceffaires, & que c'eft un Trefor
pour les Provinces qu'ils regardent. Celuy dont je vais vous
parler eft de ce nombre.
Jacques
GALANT 337
Jacques Marefchal , Imprimeur du Roy à Nantes , a imprimé la Coûtume de Bretagne endeuxVolumes in quarto,
avec les Commentaires & les
Obfervations pour l'intelligence & l'ufage des Articles
obfcurs , abolis & à reformer,
fuivant les Edits , Ordonnances & Arrefts de Reglemens
rendus depuis la derniere Re
formation de la Coûtume, par
Maître Michel Sauvageau celebre Avocat au Parlement de
Bretagne , & Procureur du
Roy au Prefidial de Vennes ;
avec un Traité particulier des
Ff Fanvier 1710.
338 MERCURE
Marches qui feparent des Provinces deBretagne , Poitou &
Anjou ; un Traité du Droit
d'Indult des Officiers du Par→
lement de Paris , & des Gra
duez , & de fa Pratique fur les
Benefices de Bretagne, avecune
recherche & fçavante difcution des fentimens que Mr
d'Argentré a cus fur plufieurs
Articles de ladite Coûtume,
contré le fentiment de plu
fieurs Auteurs, avec une Table Alphabetique des Matic
res tres ample & tres- exacte
Cet Ouvrage doit eftre fa
vorablement reçu du Public,
GALANT 339
étant non feulement pour l'in
telligence des Textes obfcurs
ou diverſement pratiquez de
la Coûtume de Bretagne , mais
encores pourclés: Affaites &
Queſtions d'Uſage & de Prati→
que d'autres Provinces , l'Auteur eftant plein d'érudition,
& marquant avoir eu une
perience confommée au mat
niement des Affaires. Quoy
que fon deffein n'ait efté que
de compofer des Mémoires
pour parvenir àune Reforma
tion qui n'a pas encore efté
faite , il a fi profondément é
tably par raiſon juridique &
F f ij
340 MERCURE
par autorité d'Ordonnances &
Arrefts de Reglemens , les decifions qu'il y a rapportées,
que les avis & le témoignage
de ce fçavant homme doivent
eftre d'un grand poids quand
il s'agira de prendre party
dans les Jugemens : Et quoy
qu'ordinairement la lecture &
l'étude d'un Commentateur
d'une Coûtumé particuliere ne
foient faites quepourl'intelligence de ce qui concerne cette Coûtume , il y a infiniment
à profiter de la lecture de la
Coûtume de Sauvageau , non
feulement en ce qui la touche;
GALANT 341
६
mais encore pour la Pratique
generale , & les Memoires pas
roiffent devoir produire tant
de fruit en répondant au deffein pour lequel ils ont efté
compofez, qu'ils doivent donner de l'envie & de l'émulation à tous ceux qui aimene
les Sciences , de faire une étu
de particuliere de la Coûtume
de Bretagne. Le Rapport fommaire qu'a fait Mr Sauvageau
des Avis finguliers de Mr d'Ar
gentré , combatus par les autres Docteurs fur foixante
Points differens où l'Auteur a
traité des Queſtions par de fo
Ffiij .
342 MERCURE
lides raifons ; & par autorité,
eft un Ouvrage tres- utile au
Public, & qui doit eftre agreable à tout homme qui aime
la Science, & qui eft dans le
maniement des Affaires.
Le fecondVolumecontient
la plus ancienne Coûtume de
Bretagne , les Annotations de
Anonimies les anciennes ConAitutions, Ordonnances , Arrefts , Reglemens des Rois &
Ducs de Bretagne , avec la
Conference des Coûtumes &
des nouvelles Ordonnances à
la marge , par le meſme Auteur,
GALANT 343
Le prix de ces deux Volu
mes eft de quinze livres.
Je doisajoûter à ceque vous.
venez de lire , que j'ay oüy
parler icy de ce Livre à nos
plus fameuxJurifconfultes ; &
que de la maniere dont ils en
parlent , ils le croyent audeffus de tous les Eloges
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Résumé : Coûtume de Bretagne en deux Volumes in quarto, Ouvrage tres-utile & tres-curieux [titre d'après la table]
Le texte met en lumière l'importance des ouvrages relatifs aux lois et coutumes pour les provinces concernées. Il présente un ouvrage spécifique sur la coutume de Bretagne, imprimé par Jacques Marefchal à Nantes en deux volumes in-quarto. Rédigé par Maître Michel Sauvageau, avocat au Parlement de Bretagne, cet ouvrage inclut des commentaires et observations pour éclaircir les articles obscurs, abolis ou à réformer, conformément aux édits et ordonnances récents. Il traite également des marches séparant les provinces de Bretagne, Poitou et Anjou, ainsi que du droit d'indult des officiers du Parlement de Paris et des grands seigneurs. L'auteur discute des bénéfices en Bretagne et contredit les opinions de Monsieur d'Argentré sur plusieurs articles de la coutume. L'ouvrage est apprécié pour son érudition et l'expérience de son auteur. Il est utile pour la compréhension de la coutume de Bretagne et pour la pratique juridique générale. Le second volume contient la plus ancienne coutume de Bretagne, des annotations anonymes et des conférences entre les anciennes constitutions et les nouvelles ordonnances. Le prix des deux volumes est de quinze livres. Les juristes consultés louent cet ouvrage au-delà de tous les éloges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1740
p. 343-347
Article des Enigmes. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à l'Article des Enigmes qui ont fait autrefois [...]
Mots clefs :
Énigmes, Prix, Explications, Deviner, Cloche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article des Enigmes. [titre d'après la table]
Je paffe à l'Article des Enigmes qui ont fait autrefois
l'occupation des plus grands
Princes de la Grece , & dans
les Cours defquels on donnoit
des prix à ceux qui les expliquoient. La derniere Enigme
a efté devinée par Mr Olivier,
Ff iiij.
•
344 MERCURE
de la Ville de Graffe voicy
l'explication qu'il en a donnée
en Vers; &il a juſtement trouvé la raifon qui m'a obligé
de vous envoyer deux fois de
fuite des Enigmes qui ayant
le mefme mot , font neanmoins entierement differentes ;
ce qui marque la diverfité du
genie des hommes , qui en
travaillant fur la mefme matiere ne rencontrent en rien.
En vain vouliez - vous nous
Steroli Surprendre
Et nous faire long-temps chercher,
GALANT 345
La Cloche ne peut fe cacher;
Elle fonne fi haut qu'elle fe fait
entendre
Lors qu'on voudroit s'en empê
cher.
Ceux qui ont deviné le mor
font , Mrs le Chevalier de
Boiffieux , âgé de douze ans,
& qui n'en manque pas unes
le Chevalier , le Chevalier
d'Ellis, de S. Germain en Laye;
Ridel ; des Crenaux ; Robinet;
le Petit Bruner , de la ruë S.
Honoré ; du Frefne , demeurant chez Me la Maréchale de
la Ferté ; Roger le Blazonneur,
9
346 MERCURE
Organiſte du Roy Jacques ; le
Solitaire de la rue aux Fêves ;
de la M....pere du Petit Jacob , Cloiftre Noftre- Dame;
le Solitaire des Angloux, &fon
Amy Darius ; le Berger Tircis
de la Bergere Climene ; l'Anagramatifte ; l'Amant trop cu
rieux , & le beau Nouvellifte.
Mela Marquife , & fon aimable fille la bonne amie ; Mlles
Percheron & du Buiffon , du
Marais d'Aftruc , du Fauxbourg S. Germain ; de la Coliniere ; de Rezé , proche les
Comediens , que l'on affure
avoir des Remedes qui gue-
GALANY 347
riffent tous les maux des Dents;
Marie Anne du Cloiſtre S.
Nicolas du Louvre , My Lady,
Angloife ; la Jeune Muſe renaiſſante , G. O. la Brune &
Blanche , de la rue des Bernardins ; la Charmante Therefe qui ne veut pas jouer à
l'hombre ; la BelleBrune, de la
rue Neuve des Petits Champs?
l'aimable Mufe du Palais d'Orphée, de Rouen ; & la Groffe
Gouvernante de Mr le Prince
de Tarente , qui l'a expliquée
en Vers.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle. Elle eft de Mr d'Aubicourt.
l'occupation des plus grands
Princes de la Grece , & dans
les Cours defquels on donnoit
des prix à ceux qui les expliquoient. La derniere Enigme
a efté devinée par Mr Olivier,
Ff iiij.
•
344 MERCURE
de la Ville de Graffe voicy
l'explication qu'il en a donnée
en Vers; &il a juſtement trouvé la raifon qui m'a obligé
de vous envoyer deux fois de
fuite des Enigmes qui ayant
le mefme mot , font neanmoins entierement differentes ;
ce qui marque la diverfité du
genie des hommes , qui en
travaillant fur la mefme matiere ne rencontrent en rien.
En vain vouliez - vous nous
Steroli Surprendre
Et nous faire long-temps chercher,
GALANT 345
La Cloche ne peut fe cacher;
Elle fonne fi haut qu'elle fe fait
entendre
Lors qu'on voudroit s'en empê
cher.
Ceux qui ont deviné le mor
font , Mrs le Chevalier de
Boiffieux , âgé de douze ans,
& qui n'en manque pas unes
le Chevalier , le Chevalier
d'Ellis, de S. Germain en Laye;
Ridel ; des Crenaux ; Robinet;
le Petit Bruner , de la ruë S.
Honoré ; du Frefne , demeurant chez Me la Maréchale de
la Ferté ; Roger le Blazonneur,
9
346 MERCURE
Organiſte du Roy Jacques ; le
Solitaire de la rue aux Fêves ;
de la M....pere du Petit Jacob , Cloiftre Noftre- Dame;
le Solitaire des Angloux, &fon
Amy Darius ; le Berger Tircis
de la Bergere Climene ; l'Anagramatifte ; l'Amant trop cu
rieux , & le beau Nouvellifte.
Mela Marquife , & fon aimable fille la bonne amie ; Mlles
Percheron & du Buiffon , du
Marais d'Aftruc , du Fauxbourg S. Germain ; de la Coliniere ; de Rezé , proche les
Comediens , que l'on affure
avoir des Remedes qui gue-
GALANY 347
riffent tous les maux des Dents;
Marie Anne du Cloiſtre S.
Nicolas du Louvre , My Lady,
Angloife ; la Jeune Muſe renaiſſante , G. O. la Brune &
Blanche , de la rue des Bernardins ; la Charmante Therefe qui ne veut pas jouer à
l'hombre ; la BelleBrune, de la
rue Neuve des Petits Champs?
l'aimable Mufe du Palais d'Orphée, de Rouen ; & la Groffe
Gouvernante de Mr le Prince
de Tarente , qui l'a expliquée
en Vers.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle. Elle eft de Mr d'Aubicourt.
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Résumé : Article des Enigmes. [titre d'après la table]
Le texte évoque la résolution d'énigmes, une activité prisée des princes grecs et récompensée dans les cours. La dernière énigme a été résolue par Monsieur Olivier, qui a présenté sa solution en vers. Cette énigme, bien que partageant un mot clé commun, diffère d'une autre, soulignant la diversité des talents humains. L'énigme en question est : 'En vain vouliez-vous nous surprendre Et nous faire long-temps chercher, La Cloche ne peut se cacher; Elle sonne si haut qu'elle se fait entendre Lors qu'on voudrait s'en empêcher.' Plusieurs personnes ont deviné le mot, dont le Chevalier de Boiffieux, âgé de douze ans, ainsi que le Chevalier d'Ellis, Ridel, Robinet, et d'autres résidents. Parmi les femmes ayant résolu l'énigme figurent Mademoiselle Percheron, Mademoiselle du Buisson, et la Grosse Gouvernante de Monsieur le Prince de Tarente, qui a également expliqué sa solution en vers. Enfin, une nouvelle énigme de Monsieur d'Aubicourt est annoncée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1741
p. 350
Estampe des Jettons de cette année, remise au mois prochain. [titre d'après la table]
Début :
Je me suis trouvé obligé de remettre au mois prochain l'Estampe [...]
Mots clefs :
Jetons, Estampes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Estampe des Jettons de cette année, remise au mois prochain. [titre d'après la table]
Je me fuis trouvé obligé de
remettre au mois prochain
Eftampe des Jettons que je
vous envoye tous les ans au
mois de Janvier.
remettre au mois prochain
Eftampe des Jettons que je
vous envoye tous les ans au
mois de Janvier.
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1742
p. 351-376
Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
Début :
Enfin l'on ne doit plus avoir d'inquietude touchant la playe [...]
Mots clefs :
Maréchal de Villars, Ennemis, Flandre, Troupes, Campagne, Argent, Hollande, Nations, Guerre, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
Enfin l'on ne doit plus avoir
d'inquietude couchant la playe
de Mr le Maréchal de Villars ,
devant eſtre à prefent reputée
comme guerie, puifqu'un pois
pourroit à peine y entrer prefentement , & qu'il pourroit fc
mettre en Campagne fi la neceffité le demandoit ; & comme ce Maréchal netefpire que,
la guerre & qu'il veut eftre en
cftat de bonne heure de fe
fignaler & de faire voir aux
Alliez qu'il n'apprehende pas
leurs menaces, il a tres certainementdonnéordre qu'on travaillaft à tous les équipages
352 MERCURE
& qu'on luy fift venir quantité de vin de Bourgogne.
Il fembloit que les Ennemis
le preparoient à faire quelques
mouvemens en Flandre , & Mr
le Maréchal de Barwick avoir
eſté nommé pour y faire une
tournée & pour les obferver ;
mais comme l'on a cfté informé qu'ils eftoient tranquiles
&quefa prefencen y eftoit pas
neceffaire , ce Maréchal n'eft
pas parti.
Mrle Maréchal d'Harcourt
eftant retombé en paralyfie ,
Mr Fagon l'a fait faigner , &
luy a fait prendre l'Emerique ,
GALANT 353
prétendant que cette paralyfie
ne vient point du dedans , &
qu'elle n'eſt qu'exterieure , &
par confequent point dangereufe. Ce Maréchal partit le
28. pour aller aux caux de
Bourbon & fon, deffein eft
de faire encore la Campagne
fur le Rhin ou nos Troupes
fontnombreufes, en boneftat,
& ne manquent de rien , ſuivant que les Ennemis le publient eux - mêmes tous les
jours , & il y a lieu de croire
qu'ils ne feront pas en eftat de
leur refifter , ny d'envoyer des
Troupes en Flandres & fur le
Fanvier 1710. Gg
354 MERCURE
Rhin , les Princes d'Allemagne
n'eftant pas payez des fubfides
que l'Angleterre & la Hollande font convenus de leur donner , & que ſelon toutes les apparences , ils ne pourront leur
payer encore de long- temps ,
l'argent manquant abfolument à ces deux Nations.
Je fçay de certitude par un
homme revenu depuis peu
d'Angleterre , qu'il a efté furpris en y arrivant , d'y trouver
le pain plus cher qu'à Paris , &
la rareté de l'argent encore
plus grande , & l'on ne doit pas
s'en étonner , les fubfides que
GALANT 355
l'Angleterre a payez depuis le
commencement de la guerre ,
toutes les Nations quiluy donne des Troupes ou qui font diverfion en la faveur , l'ayant
entierement épuifée , joint que
l'argent que luy coûte fes
Troupes pendant chaque cam
pagne , eft dépenſé hors du
Royaume, & que depuis plufieurs années l'argent en fort
fans qu'il y entre d'efpeces, tou
tes les Marchandifes que fes
Flotes luy apportent n'cftant
que pour l'ufage de fes Habitans.
A l'égard de la Holande,
Ggij
356 MERCURE
y a déja plufieurs années
que je vous ay marqué que
quelques Provinces avoient declaré qu'elles n'eftoient pas en
eftat de fournir aux frais de la
Guerre; ce que vient encore
de declarer la Province d'Utrecht . Je vous ay marqué auffi
y a long-temps , que la plufpart de ceux qui poffedoient
des Terres à la Campagne, les
ont abandonnées , les Taxes
qu'elles payoient eftant beau
coup plus fortes que les revenus qu'ils en tiroient ; & prefentement encore les Etats Genetaux viennent d'impofer
GALANT 357
quatre fois pour cette année
le deux centiéme denier fur
les Terres , les Obligations, les
Actions des deux Compagnies , les Rentes viageres , &
generalement fur tous les
biens qui y font fujers. Et
comme ce fond , quand mefme il feroit entierement rem
ply , ne fuffiroit qu'à peine
pour fubvenir à la moitié des
dépenses ordinaires &extraordinaires de la Guerre, il faudra
avoir recours à de nouveaux
emprunts ; mais le credit des
Etats ayant déja ſouffert quelques atteintes , tant par leur
358 MERCURE
derniere Lotterie qui n'a pû
eftre remplie que par la neceflité où ils le font trouvez
de donner leurs Obligations
en payement des avances confiderables qui devoient eftre
remboursées en argent comptant , il eft à prefent queſtion
de fçavoir s'ils pourront par
le moyen defdits nouveaux
emprunts qui font leur unique reffource , fuppléer à l'autre moitié defdites dépenfes.
Il eft à remarquer queceux
qui ont des Obligations de
l'Etat , auront de la peine à
trouver de l'argent fur ces
GALANT 359
•
Obligations, & qu'ils n'enpouront trouver qu'avec beaucoup de perte.
D'ailleurs , vous avez déja
fçû le pitoyable cftat où fe
trouve aujourd'huy la Marine
d'Holande ; qu'il eft dû beaucoup aux Capitaines qui ont
avancé , fuivant l'ufage du
Pays , tout ce qui a regardé
depuis long- temps l'équipement de leurs Vaiffeaux, & qui
n'ayant plus dequoy y fournir,
demandent ce qui leur eſt dû,
& que l'on paye toutes les
fommes qui font neceffaires
pour mettre en Mer cette an
360 MERCURE
née , moyennantquoy ils s'offrent de fervir , l'impoffibilité
eftant entiere qu'ils puiffent
fervir autrement.
Au reste , les dernieres nouvelles d'Amfterdam portent
que la plupart des Negocians
voyant chaquejour leur Commerce déperir , & le rifque
qu'ils courent d'eftre entierement ruïnez fi la Guerre continue , n'ont plus la mefme
opiniaftreté qu'ils avoient à la
continuer.
Il eft aifé de juger par tou
tes ces chofes de l'eftat our fe
trouve la Holande , & qu'elle
ne
GALANT 361
ne peutabfolument continuer
la guerre beaucoup de temps.
Je reviens encore à l'Angleterre , qui par les fonds accordez par le Parlement pour
la Campagne prochaine , pretend éblouir tout le monde;
& en effet rien n'eft plus ébloüiffant que les calculs de
toutes les fommes que le Parlement accorde ; mais fans
entrer dans les détails & dans
l'impoffibilité qui fe trouve de
les lever tous , quand mefine.
l'Angleterre feroit dans l'opulence , il eft certain que quand
tous les Anglois feroient por
Fanvier 1710. Hh
36 MERCURE
tez à fournir ces fommes , la
rareté de l'argent qui eft au
jourd'huy plus grande en Angleterre qu'en aucun autre lieu
de l'Europa, en empefcheroit,
& que le Proverbe , qui dic,
Perfonne nedonne ce qu'il n'apas,
eft veritable. Elle doit des
fommes immenfes à Monfieur
le Duc de Savoye , qui n'eft
pas un Prince à attendre longtemps , craignant que le boul
verfement des Affaires ne luy!
fift perdre ce qui luy ´eft dû ;!
ce qui n'embaraffe pas peu les
Anglois.
Quant à ce qui regarde la.
GALANT 363
France , elle renferme des
fommes immenfes qui font
cachéos , & l'abondance y fera grande lors que l'on aura
trouvé les moyens de les faire
fortir des mains de ceux qui
les gardent avec tant de foin ;
& pour n'en pas dourerazil
n'y a qu'à fe fouvenir que da
derniere reforme eftoit de fix
cens millions ; ce qui eft un
fait inconteftable , & qu'on a
reconnu lors qu'on a donné
coursà toutes les efpeces reformées & non reformées,
qu'il y avoit un tiers de l'argent du Royaume qui n'avort
Hhij
364 MERCURE
point efté porté à la Monnoye pour eftre reformé ; &
ce qui obligea de leur donner
cours , fut que l'on trouvoit
tous les jours des fommes
tres confiderables fous les
fcellez faits chez les perfonInes qui mouroient , & j'en
pourrois rapporter pour plu
fieurs millions , fi je voulois
nommer ceux qui n'avoient
pas fait reformer leur argent.
Il eft auffi entré en France
plufieurs millions depuis que
Monfeigneur le Duc d'Anjou
a pris poffeffion de la Cou
ronne d'Espagne , tant parce
2
GALANT 365
qu'elle lui appartenoit , que
parce que Charles II. l'avoir
reconnu pour fon Succeffeur.
Tout cet argent n'y est pas entré par le Commerce que les
François ont fait au Perou ;
mais par les grandes depenfes
queles Eſpagnols ont faites en
Francepour foutenir la Guerre
las France leur ayant foutny
des Armes , des Draps &
quantité d'autres choſes neceffaires à la Guerre. NosModes
font auffi caufe que les Efpagnols ont acheté beaucoup
de chofes en France & plu
ficurs qui ont eu des Emplois
34
Hhij
366 MERCURE
dans le Perou , d'où ils ont
raporté de grandes fommes ,
& qui ont demeuré affez longtemps en France , &fur tout à
Paris , y ont fait de grandes
dépenfes , enforte que lorsque
tout l'argent caché commencera à voir le jour , on verra
plus dedouze cens millions circuler au lieu qu'il n'y a pas aujourd'huy dans le Commerce,
200. millions de nouvelles ef-
< peces qui font tout l'argent qui
circule dans le Royaume. 1
A l'égard des bleds , il fufit
qu'il ait commencé à entrer
dans le Royaume pour que
GALANT 367
Fabondance s'y trouve bien
toft , & pour engager les Ufuriers à mettre en vente ceux
qu'ils tiennent cachez , &d'ailleurs comme il paroift que la
srecolter doit cftre des plus
abondantes , on ne manquera
bien- toft plus dans le Royaume ni d'argent ni de bleds.
Mrs de l'Academie Françoi
fe s'eftant affemblez felon l'ufage , quarante jours aprés la
mort de Mr.de Corneille , &
de Mr le Comte de Crecy pour
nommerceuxquidoivent remplir leurs places , ont choifi Mr
le Prefident de Melmes & Mr
368 MERCURE
l'Abbé Oudart de la Mothe,
connu par plusieurs ouvrages
de Theatre & par le beau Ree
cueil d'Odes qu'il a donné zau
public , & qui a reçu un aps
plaudiffementgeneral . Il a rem
porté ſept ou huit Prix del'Academie de Toulouſe , & deux
ou trois de l'Academie Françoife , oùilaleu l'avantage de
parler plufieurs fois & de faire
des Remerciemens à ce fçavant
& illuftre: Corps.
Mrle President de Melines,
diftingué pár fon nom, par ſon
efpriti & par fes dignitez elt
entré par detteb nomination
CALANT 369
dans un Corps ou l'on atoujours vû des Cardinaux , des
Evêques , des Ducs & Pairs &
des Miniftres d'Etat. Ainfi l'on
peut dire qu'il n'eft pas déplacé.
Je dois ajoûtericy ce que j'ay
oublié de vous dire dans 1 E.
loge que j'ay fait de Mr de
Corneille ; fçavoir , que fon
grand travail , & fur tout le
grand nombre de Livres & de
Memoires qu'il a cfté obligé
de lire pour compofer les cinq
Volumes infolio qu'il a donnez
au Public , luy avoient fait perdre la vûë quelques années
370 MERCURE
avant,fa mort; que fon Eloge
aefté fait par un Aveugle, &
que fa place a efté remplie par
unautre Aveugle qui doit faire
auffi fon Eloge le jour de fa res
ception.
Avant que d'entrer dans
Article de la Marine dont
j'ay beaucoup à vous entrete
nit , je dois vous dire que ce
Corps qui a toujours fait honneur à la France , & qui dans
les temps les plus difficiles a
toujours tenu tefte en mefme
temps aux deux Nations qui
pretendent à l'Empire de la
Mer, & qui ne font riches &
GALANT 37£
celebres que par leur Com
merce ; je dois , dis-je , vous
dire que ce Corps , qui tous
les mois fe rend fameux par
un grand nombre de Prifes,
d'actions éclatantes , & de
Vaiffeaux Ennemis pris on
coulez à fond , va malgré la
rareté d'argent qui ſe trouve
aujourd'huy prefque chez tous
les Princes de l'Europe , recevoir une fomme confiderable,
MrleComte de Pontchartrain?
ayant trouvé des expediens
de luy en faire toucher fans
qu'il en coûte rien au Roy.
Je paffe à la fuite des Expe
372 MERCURE
ditions dont je vous envoye
unJournal tous les mois beaucoup plus circonftancié que
celuy que l'on trouve dans plu .
fieurs nouvelles publiques.
De Cartagenne du Détroit
le 25. Decembre.
Mrle Chevalier de Norey,
Commandant les Vaiffeaux du
Roy le Rubis & le Trident, fic
rencontre le 19. Decembre,
eftant Nord & Sud d'Alborand, à 5 ou 6. licues de.
la Cofte d'Espagne , de deux
Vaiffeaux de guerre Anglois,
l'un
GALANT 373
l'un de 70. Canons , & l'autre
de cinquante - quatre fous le
vent Mr le Chevalier de
Norey, quoy qu'avec des for.
ces inégales , attaqua ces deux
Vaiffeaux à demy portée du
moufquet. Le Combat dura
depuis dix heures du matin juſqu'à deux heures aprés midy,
•fans qu'il pût les aborder , &
il en fut feparé par les Courans en forte qu'ils furent
obligez de faire route à Gibraltar , n'ayant que la Mizaine & le Petit Hunier, & la
plufpart de leurs Equipages
eftant tuez ou bleffez. Mr de
Janvier 1710.
I i
374 MERCURE
Norey n'a eu que 29. hommes hors de combat. Mr du
Vigné , Lieutenant de Vaifſeau , y aa efté tué ,,
ainfi que
Mr le Chevalier de Caftelanne
Enfeigne , qui fervoit fur le
Trident.
Mr Robert Leguillon, Commandant la Barque Longue la
Revanche , armée à Calais , y
conduifit le 4. Janvier un Bâtiment Anglois , chargé de
5oo. barils de beurre , & de
200. barils de boeuf fallé.
Lemefme Capitaine a auffi
débarqué une rançon de 100.
livres sterlin.
GALANT · 375
Le Capitaine Louvet qui
monte la Barque la Toifon , a
pris un Navire Anglois , chargé de 136. Caiffes d'oranges
aigres , & de 8. Caiffes de citrons.
Le Capitaine François Polu,
Commandant la Triumphante,
& Jacques du Pleffis qui monte la Revanche , ont pris un
Dogre Hollandois.
Le Capitaine Marc- Tefte,
Commandant la Barque le
Comte de Brionne , a apporté
pour 2000. livres de rançons
Angloifes en efpeces.
François Bachelier , ComIi ij
376 MERCURE
4
ATM
mandant le Dogre le Prompt,
a amené une rançon Hollandoife de 1600. florins
d'inquietude couchant la playe
de Mr le Maréchal de Villars ,
devant eſtre à prefent reputée
comme guerie, puifqu'un pois
pourroit à peine y entrer prefentement , & qu'il pourroit fc
mettre en Campagne fi la neceffité le demandoit ; & comme ce Maréchal netefpire que,
la guerre & qu'il veut eftre en
cftat de bonne heure de fe
fignaler & de faire voir aux
Alliez qu'il n'apprehende pas
leurs menaces, il a tres certainementdonnéordre qu'on travaillaft à tous les équipages
352 MERCURE
& qu'on luy fift venir quantité de vin de Bourgogne.
Il fembloit que les Ennemis
le preparoient à faire quelques
mouvemens en Flandre , & Mr
le Maréchal de Barwick avoir
eſté nommé pour y faire une
tournée & pour les obferver ;
mais comme l'on a cfté informé qu'ils eftoient tranquiles
&quefa prefencen y eftoit pas
neceffaire , ce Maréchal n'eft
pas parti.
Mrle Maréchal d'Harcourt
eftant retombé en paralyfie ,
Mr Fagon l'a fait faigner , &
luy a fait prendre l'Emerique ,
GALANT 353
prétendant que cette paralyfie
ne vient point du dedans , &
qu'elle n'eſt qu'exterieure , &
par confequent point dangereufe. Ce Maréchal partit le
28. pour aller aux caux de
Bourbon & fon, deffein eft
de faire encore la Campagne
fur le Rhin ou nos Troupes
fontnombreufes, en boneftat,
& ne manquent de rien , ſuivant que les Ennemis le publient eux - mêmes tous les
jours , & il y a lieu de croire
qu'ils ne feront pas en eftat de
leur refifter , ny d'envoyer des
Troupes en Flandres & fur le
Fanvier 1710. Gg
354 MERCURE
Rhin , les Princes d'Allemagne
n'eftant pas payez des fubfides
que l'Angleterre & la Hollande font convenus de leur donner , & que ſelon toutes les apparences , ils ne pourront leur
payer encore de long- temps ,
l'argent manquant abfolument à ces deux Nations.
Je fçay de certitude par un
homme revenu depuis peu
d'Angleterre , qu'il a efté furpris en y arrivant , d'y trouver
le pain plus cher qu'à Paris , &
la rareté de l'argent encore
plus grande , & l'on ne doit pas
s'en étonner , les fubfides que
GALANT 355
l'Angleterre a payez depuis le
commencement de la guerre ,
toutes les Nations quiluy donne des Troupes ou qui font diverfion en la faveur , l'ayant
entierement épuifée , joint que
l'argent que luy coûte fes
Troupes pendant chaque cam
pagne , eft dépenſé hors du
Royaume, & que depuis plufieurs années l'argent en fort
fans qu'il y entre d'efpeces, tou
tes les Marchandifes que fes
Flotes luy apportent n'cftant
que pour l'ufage de fes Habitans.
A l'égard de la Holande,
Ggij
356 MERCURE
y a déja plufieurs années
que je vous ay marqué que
quelques Provinces avoient declaré qu'elles n'eftoient pas en
eftat de fournir aux frais de la
Guerre; ce que vient encore
de declarer la Province d'Utrecht . Je vous ay marqué auffi
y a long-temps , que la plufpart de ceux qui poffedoient
des Terres à la Campagne, les
ont abandonnées , les Taxes
qu'elles payoient eftant beau
coup plus fortes que les revenus qu'ils en tiroient ; & prefentement encore les Etats Genetaux viennent d'impofer
GALANT 357
quatre fois pour cette année
le deux centiéme denier fur
les Terres , les Obligations, les
Actions des deux Compagnies , les Rentes viageres , &
generalement fur tous les
biens qui y font fujers. Et
comme ce fond , quand mefme il feroit entierement rem
ply , ne fuffiroit qu'à peine
pour fubvenir à la moitié des
dépenses ordinaires &extraordinaires de la Guerre, il faudra
avoir recours à de nouveaux
emprunts ; mais le credit des
Etats ayant déja ſouffert quelques atteintes , tant par leur
358 MERCURE
derniere Lotterie qui n'a pû
eftre remplie que par la neceflité où ils le font trouvez
de donner leurs Obligations
en payement des avances confiderables qui devoient eftre
remboursées en argent comptant , il eft à prefent queſtion
de fçavoir s'ils pourront par
le moyen defdits nouveaux
emprunts qui font leur unique reffource , fuppléer à l'autre moitié defdites dépenfes.
Il eft à remarquer queceux
qui ont des Obligations de
l'Etat , auront de la peine à
trouver de l'argent fur ces
GALANT 359
•
Obligations, & qu'ils n'enpouront trouver qu'avec beaucoup de perte.
D'ailleurs , vous avez déja
fçû le pitoyable cftat où fe
trouve aujourd'huy la Marine
d'Holande ; qu'il eft dû beaucoup aux Capitaines qui ont
avancé , fuivant l'ufage du
Pays , tout ce qui a regardé
depuis long- temps l'équipement de leurs Vaiffeaux, & qui
n'ayant plus dequoy y fournir,
demandent ce qui leur eſt dû,
& que l'on paye toutes les
fommes qui font neceffaires
pour mettre en Mer cette an
360 MERCURE
née , moyennantquoy ils s'offrent de fervir , l'impoffibilité
eftant entiere qu'ils puiffent
fervir autrement.
Au reste , les dernieres nouvelles d'Amfterdam portent
que la plupart des Negocians
voyant chaquejour leur Commerce déperir , & le rifque
qu'ils courent d'eftre entierement ruïnez fi la Guerre continue , n'ont plus la mefme
opiniaftreté qu'ils avoient à la
continuer.
Il eft aifé de juger par tou
tes ces chofes de l'eftat our fe
trouve la Holande , & qu'elle
ne
GALANT 361
ne peutabfolument continuer
la guerre beaucoup de temps.
Je reviens encore à l'Angleterre , qui par les fonds accordez par le Parlement pour
la Campagne prochaine , pretend éblouir tout le monde;
& en effet rien n'eft plus ébloüiffant que les calculs de
toutes les fommes que le Parlement accorde ; mais fans
entrer dans les détails & dans
l'impoffibilité qui fe trouve de
les lever tous , quand mefine.
l'Angleterre feroit dans l'opulence , il eft certain que quand
tous les Anglois feroient por
Fanvier 1710. Hh
36 MERCURE
tez à fournir ces fommes , la
rareté de l'argent qui eft au
jourd'huy plus grande en Angleterre qu'en aucun autre lieu
de l'Europa, en empefcheroit,
& que le Proverbe , qui dic,
Perfonne nedonne ce qu'il n'apas,
eft veritable. Elle doit des
fommes immenfes à Monfieur
le Duc de Savoye , qui n'eft
pas un Prince à attendre longtemps , craignant que le boul
verfement des Affaires ne luy!
fift perdre ce qui luy ´eft dû ;!
ce qui n'embaraffe pas peu les
Anglois.
Quant à ce qui regarde la.
GALANT 363
France , elle renferme des
fommes immenfes qui font
cachéos , & l'abondance y fera grande lors que l'on aura
trouvé les moyens de les faire
fortir des mains de ceux qui
les gardent avec tant de foin ;
& pour n'en pas dourerazil
n'y a qu'à fe fouvenir que da
derniere reforme eftoit de fix
cens millions ; ce qui eft un
fait inconteftable , & qu'on a
reconnu lors qu'on a donné
coursà toutes les efpeces reformées & non reformées,
qu'il y avoit un tiers de l'argent du Royaume qui n'avort
Hhij
364 MERCURE
point efté porté à la Monnoye pour eftre reformé ; &
ce qui obligea de leur donner
cours , fut que l'on trouvoit
tous les jours des fommes
tres confiderables fous les
fcellez faits chez les perfonInes qui mouroient , & j'en
pourrois rapporter pour plu
fieurs millions , fi je voulois
nommer ceux qui n'avoient
pas fait reformer leur argent.
Il eft auffi entré en France
plufieurs millions depuis que
Monfeigneur le Duc d'Anjou
a pris poffeffion de la Cou
ronne d'Espagne , tant parce
2
GALANT 365
qu'elle lui appartenoit , que
parce que Charles II. l'avoir
reconnu pour fon Succeffeur.
Tout cet argent n'y est pas entré par le Commerce que les
François ont fait au Perou ;
mais par les grandes depenfes
queles Eſpagnols ont faites en
Francepour foutenir la Guerre
las France leur ayant foutny
des Armes , des Draps &
quantité d'autres choſes neceffaires à la Guerre. NosModes
font auffi caufe que les Efpagnols ont acheté beaucoup
de chofes en France & plu
ficurs qui ont eu des Emplois
34
Hhij
366 MERCURE
dans le Perou , d'où ils ont
raporté de grandes fommes ,
& qui ont demeuré affez longtemps en France , &fur tout à
Paris , y ont fait de grandes
dépenfes , enforte que lorsque
tout l'argent caché commencera à voir le jour , on verra
plus dedouze cens millions circuler au lieu qu'il n'y a pas aujourd'huy dans le Commerce,
200. millions de nouvelles ef-
< peces qui font tout l'argent qui
circule dans le Royaume. 1
A l'égard des bleds , il fufit
qu'il ait commencé à entrer
dans le Royaume pour que
GALANT 367
Fabondance s'y trouve bien
toft , & pour engager les Ufuriers à mettre en vente ceux
qu'ils tiennent cachez , &d'ailleurs comme il paroift que la
srecolter doit cftre des plus
abondantes , on ne manquera
bien- toft plus dans le Royaume ni d'argent ni de bleds.
Mrs de l'Academie Françoi
fe s'eftant affemblez felon l'ufage , quarante jours aprés la
mort de Mr.de Corneille , &
de Mr le Comte de Crecy pour
nommerceuxquidoivent remplir leurs places , ont choifi Mr
le Prefident de Melmes & Mr
368 MERCURE
l'Abbé Oudart de la Mothe,
connu par plusieurs ouvrages
de Theatre & par le beau Ree
cueil d'Odes qu'il a donné zau
public , & qui a reçu un aps
plaudiffementgeneral . Il a rem
porté ſept ou huit Prix del'Academie de Toulouſe , & deux
ou trois de l'Academie Françoife , oùilaleu l'avantage de
parler plufieurs fois & de faire
des Remerciemens à ce fçavant
& illuftre: Corps.
Mrle President de Melines,
diftingué pár fon nom, par ſon
efpriti & par fes dignitez elt
entré par detteb nomination
CALANT 369
dans un Corps ou l'on atoujours vû des Cardinaux , des
Evêques , des Ducs & Pairs &
des Miniftres d'Etat. Ainfi l'on
peut dire qu'il n'eft pas déplacé.
Je dois ajoûtericy ce que j'ay
oublié de vous dire dans 1 E.
loge que j'ay fait de Mr de
Corneille ; fçavoir , que fon
grand travail , & fur tout le
grand nombre de Livres & de
Memoires qu'il a cfté obligé
de lire pour compofer les cinq
Volumes infolio qu'il a donnez
au Public , luy avoient fait perdre la vûë quelques années
370 MERCURE
avant,fa mort; que fon Eloge
aefté fait par un Aveugle, &
que fa place a efté remplie par
unautre Aveugle qui doit faire
auffi fon Eloge le jour de fa res
ception.
Avant que d'entrer dans
Article de la Marine dont
j'ay beaucoup à vous entrete
nit , je dois vous dire que ce
Corps qui a toujours fait honneur à la France , & qui dans
les temps les plus difficiles a
toujours tenu tefte en mefme
temps aux deux Nations qui
pretendent à l'Empire de la
Mer, & qui ne font riches &
GALANT 37£
celebres que par leur Com
merce ; je dois , dis-je , vous
dire que ce Corps , qui tous
les mois fe rend fameux par
un grand nombre de Prifes,
d'actions éclatantes , & de
Vaiffeaux Ennemis pris on
coulez à fond , va malgré la
rareté d'argent qui ſe trouve
aujourd'huy prefque chez tous
les Princes de l'Europe , recevoir une fomme confiderable,
MrleComte de Pontchartrain?
ayant trouvé des expediens
de luy en faire toucher fans
qu'il en coûte rien au Roy.
Je paffe à la fuite des Expe
372 MERCURE
ditions dont je vous envoye
unJournal tous les mois beaucoup plus circonftancié que
celuy que l'on trouve dans plu .
fieurs nouvelles publiques.
De Cartagenne du Détroit
le 25. Decembre.
Mrle Chevalier de Norey,
Commandant les Vaiffeaux du
Roy le Rubis & le Trident, fic
rencontre le 19. Decembre,
eftant Nord & Sud d'Alborand, à 5 ou 6. licues de.
la Cofte d'Espagne , de deux
Vaiffeaux de guerre Anglois,
l'un
GALANT 373
l'un de 70. Canons , & l'autre
de cinquante - quatre fous le
vent Mr le Chevalier de
Norey, quoy qu'avec des for.
ces inégales , attaqua ces deux
Vaiffeaux à demy portée du
moufquet. Le Combat dura
depuis dix heures du matin juſqu'à deux heures aprés midy,
•fans qu'il pût les aborder , &
il en fut feparé par les Courans en forte qu'ils furent
obligez de faire route à Gibraltar , n'ayant que la Mizaine & le Petit Hunier, & la
plufpart de leurs Equipages
eftant tuez ou bleffez. Mr de
Janvier 1710.
I i
374 MERCURE
Norey n'a eu que 29. hommes hors de combat. Mr du
Vigné , Lieutenant de Vaifſeau , y aa efté tué ,,
ainfi que
Mr le Chevalier de Caftelanne
Enfeigne , qui fervoit fur le
Trident.
Mr Robert Leguillon, Commandant la Barque Longue la
Revanche , armée à Calais , y
conduifit le 4. Janvier un Bâtiment Anglois , chargé de
5oo. barils de beurre , & de
200. barils de boeuf fallé.
Lemefme Capitaine a auffi
débarqué une rançon de 100.
livres sterlin.
GALANT · 375
Le Capitaine Louvet qui
monte la Barque la Toifon , a
pris un Navire Anglois , chargé de 136. Caiffes d'oranges
aigres , & de 8. Caiffes de citrons.
Le Capitaine François Polu,
Commandant la Triumphante,
& Jacques du Pleffis qui monte la Revanche , ont pris un
Dogre Hollandois.
Le Capitaine Marc- Tefte,
Commandant la Barque le
Comte de Brionne , a apporté
pour 2000. livres de rançons
Angloifes en efpeces.
François Bachelier , ComIi ij
376 MERCURE
4
ATM
mandant le Dogre le Prompt,
a amené une rançon Hollandoife de 1600. florins
Fermer
Résumé : Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
En début d'année 1710, plusieurs événements militaires et politiques marquent l'Europe. Le maréchal de Villars, guéri de sa blessure, est prêt à reprendre le combat. Le maréchal de Barwick est nommé pour surveiller les mouvements ennemis en Flandre, mais cette mission est annulée en raison de la tranquillité des ennemis. Le maréchal d'Harcourt, souffrant de paralysie, est soigné par Mr Fagon et se prépare à rejoindre les troupes sur le Rhin. Les ennemis, notamment les princes d'Allemagne, manquent de fonds en raison des retards de paiement des subsides par l'Angleterre et la Hollande. La Hollande, confrontée à des difficultés financières, impose de nouvelles taxes et peine à trouver des crédits. L'Angleterre, malgré ses efforts pour lever des fonds, souffre d'une grande rareté d'argent. En revanche, la France possède des réserves d'argent cachées et bénéficie de l'afflux de fonds liés à la succession espagnole. Sur le plan maritime, la marine française continue de se distinguer par ses prises et ses actions éclatantes. Plusieurs capitaines français ont récemment capturé des navires ennemis et des rançons. Par ailleurs, l'Académie française a élu deux nouveaux membres pour remplacer Corneille et le comte de Crecy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1743
p. 376-393
Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez que Mr de Ferriol, Ambassadeur du Roy à [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Frégates, Constantinople, Relations, Convoi, Ennemis, Equipage, Combat, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Vous fçavez que Mr de
Ferriol , Ambaffadeur du Roy
àConftantinople , avoit obte
nu de fa Hauteffe de faire
charger des Bleds à Conftantinople & dans les Echelles du
Levant. Il s'eft heureufement
acquitté de fa Commiſſion. Il
y a plufieurs Relations qui
peuvent toutes paffer pour des
Originaux , eftant écrites par
des Officiers de confideration,
& qui font tous dans des poftès à pouvoir fçavoir ce qu'ils.
GALANY 377
mandent , qui neanmoins ne
s'accordent pas , particulierement à l'égard des dates ; tel
eft le fort des Relations que
´l'on reçoit des Affaires les plus
importantes. Perfonne ne le
connoift mieux que moy qui
ay toûjours ramaffé toutes celles qui ont efté répanduës dans
le monde des actions les plus
remarquables , & j'ay trouvé
une fois une circonſtance aſſez
confiderable , toute differente
dans neuf Relations de la même Affaire , fans qu'il m'ait
efté poffible de découvrir celle qui parloit le plus jufte.
Li iij
378 MERCURE
ގ
%%
cmAinfi en fait de nouvelles , la
premiere qu'on lit fait plaifir,
& l'on croit d'abord eftre
bien inftruit. La feconde Relation , dans laquelle on trouve
des faits differens embaraffe un
peu ; & lors qu'on en a lû
beaucoup, on fe trouve fi
baraffé qu'on eft contraint de
parler au hazard , ou de donner au Public les Extraits de
PArticle qui embaraffe afin de
fe difculper , & qu'il en juge
par luy- mefme. J'ay trouvé le
mefme embaras pour des da
tes , dans la Relation que vous
allez lire , qui d'ailleurs vous
GALANT 379
paroiftra tres- curieufe. Entre
fept ou huit Relations dont
j'ay formé celle que vous allez
lire , il y en a une feule qui
-prend l'affaire de plus haut,
par laquelle je vais commencer, & qui n'eft contredite en
rien parce qu'elle eft feule.
Mr de Feuquieres eftoit allé
àu Levant pour amener un
Convoy de bled. Tous les autres Vaiffeaux tant du Roy que
des Marchands qui eftoient allez pour le mefme ſujet s'affemblerent à Smirne fous les
ordres de Mrde Feuquieres au
nombre de 84. Baftimens tant
380 MERCURE
Vaiffeaux, Barques , Pinques ,
ou Tartanes , parmy lefquels
cftoit compris le Temeraire , de
60. canons , monté par Mr de
Feuquieres ; le Toulouſe de mêmeforce; l'Etendart & le Flenron de 50; l'Hirondelle & la Vef
tale de 36. tous Vaiffeaux de
Roy, & une trentaine d'autres
Vaiffeaux particuliers ; le refte
eftoit de petits Baftimens".
Ils partirent dans le mois d'Octobre, & quoy que la faifon
fût la plus rude de toute l'année, à caufe des divers coups
de vents qui regnent en ce
temps- là &que l'on fut obligé
GALANT 281
de paffer dans toutes les Croifieres ordinaires nonobitant
25. ou 30. gros Vaifféaux Ennemis qui font dans ces Mers ;
ce Convoy franchit tout fans
voir aucun Vaiffeau ennemy,
& fans qu'il ſe foit écarté aucun Baftiment pendant untrajet de plus de 6oo. licuês.
Comme on avoit apprisque
le Convoy eftoit parti , & que
l'on voyoit tous les jours aux
Coftes de Provence une Efcadre ennemie de huit Vaiffeaux
qui fe relevoient les uns aprés
les autres , on eftoit à Toulon
& à Marſeille dans une grande
382 MERCURE
confternation , parce qu'on découvroit tous les jours les Ennemis aux avenues , & que nos
Vaiffeaux n'eftoient pas en état
de s'oppofer à cette Efcadre ,
eftant tous chargez de bled.
Mais par un effet de la Providence , dans le temps que l'Avant-garde de ce Convoyavoit
découvert les Illes d'Hieres defquelles il s'approchoit , que les
Ennemis n'auroient pas manqué d'appercevoir , & d'en
prendre finon tout , au moins
la plus grande partie , un gros
coup de vent de Nord Oüeft
s'éleva fi fort qu'il obligea les
GALANT 383
Ennemis de pouffer au large
& le Convoy d'arriver au
Gourjan.
Dans le moment que l'on
cut appris àToulon l'arrivée de
ce Convoy au Gourjan par un
fecond effet , & tout particulier de la même Providence,qui
l'avoit ainfi reglé, Mr Caffart ,
qui monte le Parfait de 70.
canons , fe trouva enrade avec
le Serieux , de 60. & Mr Laigle avec le Phoenix , de 52. canons.
Il eſt à remarquer que le
Vaiffeau le Toulouze , de so.
canons monté par Mr Lam-
384 MERCURE
bert , & qui faifoit partie du
Convoy, s'eftant trouvé à por
tée d'entrer à Toulon le 6 informa Mr Daligre de Saint Lié
qui y commande la Marine , de
la fituation oùil avoit laiffé Mr
de Feuquieres , avec le Convoy. On ne perdit pas un moment pour décharger en partie ce Vaiffeau qui eftoir char
gé debled, afinde le foulager,
& on augmenta confiderablement fon équipage , afin de le
mettre en eftat de fortir & d'aller rejoindre Mr de Feuquieresavec les 3. autres Vaiffeaux
dont on augmenta auffi confiderablement
GALANT 385
de
fiderablement les Equipages ;
ce qui fut fait en tres - peu
temps , en forte qu'ils mirent
à la voile le 8 à 10, heures
du matin , avec un Brulot , &
un autre petit Baltiment , qui
tous enſemble avoient deux
mille hommes d'Equipage.
Quoy que je vous aye dit
dans le Prelude de cet Article,
que de plufieurs Relations j'en
formois une feule , j'en ay
trouvé deux qui regardent le
Combat qui m'ont paru dignes de vous cftre envoyées
toutes deux.
Fanvier 1710.
Кк
386 MERCURE
a
Premiere Relation duCombat.
Le 9º eftant à la vûë er de
vant le Gourjan , ils virent paroiftre deux Vaiffeaux qui faifoient route fur eux ; & lors
qu'ils furent à demy lieuë , le
Parfait les chaſſa à toutes voiles,
les joignit fe mit en travers
de ces deux Vaiffeaux , & les
canonna jufqu'à ce que
rieux le Phoenix y fuffent
arrivez le premier attaqua le
Faucon Anglois de 44. Canons
qu'il démata & qu'il prit. Mr
Caffard tomba enfuite fur le
Pembrok de 70. Canons
Mr Laigle avoit déja démâté,
dont il avoit tué le Capi-
:
le Serque
GALANT 387
taine ,
plus de hommes 70.
de l'Equipage ; ce Vaiffean fe
-rendit , & il a esté amené à
Toulon avec le Faucon. Cette
action a efté tres-vive , &n'a
pas duré plus d'une heure ; ces
deux Vaiffeaux venoient de ca
renner au Port Mahon pour fortifier l'Escadre Angloife qui croifait depuis long-temps fur les
Coftes de Provence , en attendant
Mrde Feuquieres & fon Convoy , dont aucun Baſtiment n'a
efté pris ny perdu depuis fon départ de Levant.
Seconde Relation du Combat.
Le 9ºeftant prés du moüillage
KK
388 MERCURE
•
>
où le Toulouze , avoit déja jetté
l'Ancre , on aperçut deux Vaif
feaux qui s'aprochoient de terre.
Mr de Feuquieres fit fignal au
Parfait , au Serieux & au
Phoenix , de les aller reconnoiftre ,
ce qu'ils firent. Comme nos Vaiffeauxfortoient defiprés de terre
ces deux Vaiffeaux Ennemis l'un
de 66.canons , & l'autre de 40.
crurent que c'eftoient des Vaiffeaux chargez de bleds. Ils allerent deffus ; mais ayant reconnu
aprés la force de nos Vaiſſeaux
ils tâcherent defe fauver ; mais
Mr Caffart avec le Parfait
donna une bordée à la flute qui
la mit hort d'état. En effet, elle
GALANT 389
aculafur le Parfait , &luy emporta fa Gallerie , l'ayant remife , le Serieux y alla , & la
prit. Pendant ce temps Mr de
Laigle alla augros , & l'ayant approché de prés il le combatit pendant une große heure & demie
avec unfeu extraordinaire , &il
luy emportafon Maft d'Artimon.
Le Capitainey fut tué le Capitaine en fecond voyant que
Parfait venoit à luy fe voyant
beaucoup de monde tué parle gros
feu du Canon& de la moufqueterie de MrLaigle ,ferendit à luy
nevoulutpoint connoiftrel'Of
ficier queMrCaffart luy, envoya
le
Kij
390 MERCURE
le premier; de maniere que ces 2 •
Angloisfont àToulonprefentement
avec tout le Convoy dont chaque
Baftiment va à fa deftination.
Au refte ce Convoy eft des
plus confiderables & l'on peut
affurer qu'il vaut bien huit millions , puifqu'il y a de compte
fait pour le Languedoc &pour
la Provence cent mille charges
de bled, la charge pefant à peu
prés 300. livres poids de Paris ;
à 36. livres ce font déja trois
millions fix cens mille livres :
il y en a du moins pour autant
en Marchandifes fines , & ce
qu'un grand nombre de particuliers a de provifions de
GALANT 391
bled fur ces Vaiffeaux va encore fort loin. Il faut ajoûter
à tout cela quantité de farines ,
huit mille quintaux de Legumes , fept mille quintaux de
Ris , & beaucoup de viandes.
Les Officiers qui fe font diftinguez dans le Combat , n'ont
pas attendu long- temps leur
recompenfe , puifqu'en même
temps quenous avons appris la
maniere dont ils fe font diftinguez , nousavons fçu que S. M.
a nommé Mr Caffart , Capitai
ne de Fregate ; Mr des Hayes,
Lieutenantde Vaiffeau , & Mr.
Laigle , Capitaine de Brulot .
Le Vaiffeau l'Entreprenant
392 MERCURE
1
arriva auffi de Barbarie le 12, avec cinq
mille charges de bled.
Je vous diray peu de chofes ce moiscy de l'Espagne. Elle fe trouve aujourd'huy dans une fituation tres-avantageufe par raport à celle de tous les Sou
verains de l'Europe. Elle eft tranquile
chez elle , où rien ne manque: elle tra
vaille à mettre 80. mille hommes fur
pied, avec lefquels elle ne peut faire
qu'avantageufement la paix ou la guerre,ce qui provient de la grande union
qui fe trouve entre Sa Majefté Catholique & tous fes Sujets . Ce Monarque
apour eux tout l'amour qu'un Souverain peut avoir pour fes Sujets , & depuis qu'il eft fur le Trône , il a fait plufieurs Campagnes , dans lefquelles il a
expoféfon fang pour leur défenfe , ce
que les Espagnols reconnoiffent par un
amour & une fidelité à l'épreuve de
toutes choſes. Aufli trouve-t-il abondamment de l'argent & des hommes
dans tous les Etats , & c'eft dequoy fai
re de bonnes & degrandes Armées ; car
pourpeu que les Efpagnols foient inf
GALANT 393
truits du métier de la guerre , jamais on
n'a vû de Peuple plus intrepide. Il ne
fçait ce que c'eft que de fuir, & l'Hiftoire nous fournit une infinité d'exemples
éclatans de cette intrepidité , & toute la
terre fe fouvient encore de celle du
Comte des Fontaines , dont tout le Bataillon perit dans le mefme terrain où il
eftoit en bataille , ce Comte affis au milieu du Bataillon animant tous fes Soldats.
#
Je devrois en finiffant vous parler de
l'heureufe face qu'il paroît que l'Europe
doit prendre dans peu ; mais ce font des
Affaires delquelles la prudence ne veut
pas que l'on parle trop , de crainte de
n'en pas parler jufte. Je fuis , Madame,
voftre , &c.
APariscedernierJanvier 1710.
Ferriol , Ambaffadeur du Roy
àConftantinople , avoit obte
nu de fa Hauteffe de faire
charger des Bleds à Conftantinople & dans les Echelles du
Levant. Il s'eft heureufement
acquitté de fa Commiſſion. Il
y a plufieurs Relations qui
peuvent toutes paffer pour des
Originaux , eftant écrites par
des Officiers de confideration,
& qui font tous dans des poftès à pouvoir fçavoir ce qu'ils.
GALANY 377
mandent , qui neanmoins ne
s'accordent pas , particulierement à l'égard des dates ; tel
eft le fort des Relations que
´l'on reçoit des Affaires les plus
importantes. Perfonne ne le
connoift mieux que moy qui
ay toûjours ramaffé toutes celles qui ont efté répanduës dans
le monde des actions les plus
remarquables , & j'ay trouvé
une fois une circonſtance aſſez
confiderable , toute differente
dans neuf Relations de la même Affaire , fans qu'il m'ait
efté poffible de découvrir celle qui parloit le plus jufte.
Li iij
378 MERCURE
ގ
%%
cmAinfi en fait de nouvelles , la
premiere qu'on lit fait plaifir,
& l'on croit d'abord eftre
bien inftruit. La feconde Relation , dans laquelle on trouve
des faits differens embaraffe un
peu ; & lors qu'on en a lû
beaucoup, on fe trouve fi
baraffé qu'on eft contraint de
parler au hazard , ou de donner au Public les Extraits de
PArticle qui embaraffe afin de
fe difculper , & qu'il en juge
par luy- mefme. J'ay trouvé le
mefme embaras pour des da
tes , dans la Relation que vous
allez lire , qui d'ailleurs vous
GALANT 379
paroiftra tres- curieufe. Entre
fept ou huit Relations dont
j'ay formé celle que vous allez
lire , il y en a une feule qui
-prend l'affaire de plus haut,
par laquelle je vais commencer, & qui n'eft contredite en
rien parce qu'elle eft feule.
Mr de Feuquieres eftoit allé
àu Levant pour amener un
Convoy de bled. Tous les autres Vaiffeaux tant du Roy que
des Marchands qui eftoient allez pour le mefme ſujet s'affemblerent à Smirne fous les
ordres de Mrde Feuquieres au
nombre de 84. Baftimens tant
380 MERCURE
Vaiffeaux, Barques , Pinques ,
ou Tartanes , parmy lefquels
cftoit compris le Temeraire , de
60. canons , monté par Mr de
Feuquieres ; le Toulouſe de mêmeforce; l'Etendart & le Flenron de 50; l'Hirondelle & la Vef
tale de 36. tous Vaiffeaux de
Roy, & une trentaine d'autres
Vaiffeaux particuliers ; le refte
eftoit de petits Baftimens".
Ils partirent dans le mois d'Octobre, & quoy que la faifon
fût la plus rude de toute l'année, à caufe des divers coups
de vents qui regnent en ce
temps- là &que l'on fut obligé
GALANT 281
de paffer dans toutes les Croifieres ordinaires nonobitant
25. ou 30. gros Vaifféaux Ennemis qui font dans ces Mers ;
ce Convoy franchit tout fans
voir aucun Vaiffeau ennemy,
& fans qu'il ſe foit écarté aucun Baftiment pendant untrajet de plus de 6oo. licuês.
Comme on avoit apprisque
le Convoy eftoit parti , & que
l'on voyoit tous les jours aux
Coftes de Provence une Efcadre ennemie de huit Vaiffeaux
qui fe relevoient les uns aprés
les autres , on eftoit à Toulon
& à Marſeille dans une grande
382 MERCURE
confternation , parce qu'on découvroit tous les jours les Ennemis aux avenues , & que nos
Vaiffeaux n'eftoient pas en état
de s'oppofer à cette Efcadre ,
eftant tous chargez de bled.
Mais par un effet de la Providence , dans le temps que l'Avant-garde de ce Convoyavoit
découvert les Illes d'Hieres defquelles il s'approchoit , que les
Ennemis n'auroient pas manqué d'appercevoir , & d'en
prendre finon tout , au moins
la plus grande partie , un gros
coup de vent de Nord Oüeft
s'éleva fi fort qu'il obligea les
GALANT 383
Ennemis de pouffer au large
& le Convoy d'arriver au
Gourjan.
Dans le moment que l'on
cut appris àToulon l'arrivée de
ce Convoy au Gourjan par un
fecond effet , & tout particulier de la même Providence,qui
l'avoit ainfi reglé, Mr Caffart ,
qui monte le Parfait de 70.
canons , fe trouva enrade avec
le Serieux , de 60. & Mr Laigle avec le Phoenix , de 52. canons.
Il eſt à remarquer que le
Vaiffeau le Toulouze , de so.
canons monté par Mr Lam-
384 MERCURE
bert , & qui faifoit partie du
Convoy, s'eftant trouvé à por
tée d'entrer à Toulon le 6 informa Mr Daligre de Saint Lié
qui y commande la Marine , de
la fituation oùil avoit laiffé Mr
de Feuquieres , avec le Convoy. On ne perdit pas un moment pour décharger en partie ce Vaiffeau qui eftoir char
gé debled, afinde le foulager,
& on augmenta confiderablement fon équipage , afin de le
mettre en eftat de fortir & d'aller rejoindre Mr de Feuquieresavec les 3. autres Vaiffeaux
dont on augmenta auffi confiderablement
GALANT 385
de
fiderablement les Equipages ;
ce qui fut fait en tres - peu
temps , en forte qu'ils mirent
à la voile le 8 à 10, heures
du matin , avec un Brulot , &
un autre petit Baltiment , qui
tous enſemble avoient deux
mille hommes d'Equipage.
Quoy que je vous aye dit
dans le Prelude de cet Article,
que de plufieurs Relations j'en
formois une feule , j'en ay
trouvé deux qui regardent le
Combat qui m'ont paru dignes de vous cftre envoyées
toutes deux.
Fanvier 1710.
Кк
386 MERCURE
a
Premiere Relation duCombat.
Le 9º eftant à la vûë er de
vant le Gourjan , ils virent paroiftre deux Vaiffeaux qui faifoient route fur eux ; & lors
qu'ils furent à demy lieuë , le
Parfait les chaſſa à toutes voiles,
les joignit fe mit en travers
de ces deux Vaiffeaux , & les
canonna jufqu'à ce que
rieux le Phoenix y fuffent
arrivez le premier attaqua le
Faucon Anglois de 44. Canons
qu'il démata & qu'il prit. Mr
Caffard tomba enfuite fur le
Pembrok de 70. Canons
Mr Laigle avoit déja démâté,
dont il avoit tué le Capi-
:
le Serque
GALANT 387
taine ,
plus de hommes 70.
de l'Equipage ; ce Vaiffean fe
-rendit , & il a esté amené à
Toulon avec le Faucon. Cette
action a efté tres-vive , &n'a
pas duré plus d'une heure ; ces
deux Vaiffeaux venoient de ca
renner au Port Mahon pour fortifier l'Escadre Angloife qui croifait depuis long-temps fur les
Coftes de Provence , en attendant
Mrde Feuquieres & fon Convoy , dont aucun Baſtiment n'a
efté pris ny perdu depuis fon départ de Levant.
Seconde Relation du Combat.
Le 9ºeftant prés du moüillage
KK
388 MERCURE
•
>
où le Toulouze , avoit déja jetté
l'Ancre , on aperçut deux Vaif
feaux qui s'aprochoient de terre.
Mr de Feuquieres fit fignal au
Parfait , au Serieux & au
Phoenix , de les aller reconnoiftre ,
ce qu'ils firent. Comme nos Vaiffeauxfortoient defiprés de terre
ces deux Vaiffeaux Ennemis l'un
de 66.canons , & l'autre de 40.
crurent que c'eftoient des Vaiffeaux chargez de bleds. Ils allerent deffus ; mais ayant reconnu
aprés la force de nos Vaiſſeaux
ils tâcherent defe fauver ; mais
Mr Caffart avec le Parfait
donna une bordée à la flute qui
la mit hort d'état. En effet, elle
GALANT 389
aculafur le Parfait , &luy emporta fa Gallerie , l'ayant remife , le Serieux y alla , & la
prit. Pendant ce temps Mr de
Laigle alla augros , & l'ayant approché de prés il le combatit pendant une große heure & demie
avec unfeu extraordinaire , &il
luy emportafon Maft d'Artimon.
Le Capitainey fut tué le Capitaine en fecond voyant que
Parfait venoit à luy fe voyant
beaucoup de monde tué parle gros
feu du Canon& de la moufqueterie de MrLaigle ,ferendit à luy
nevoulutpoint connoiftrel'Of
ficier queMrCaffart luy, envoya
le
Kij
390 MERCURE
le premier; de maniere que ces 2 •
Angloisfont àToulonprefentement
avec tout le Convoy dont chaque
Baftiment va à fa deftination.
Au refte ce Convoy eft des
plus confiderables & l'on peut
affurer qu'il vaut bien huit millions , puifqu'il y a de compte
fait pour le Languedoc &pour
la Provence cent mille charges
de bled, la charge pefant à peu
prés 300. livres poids de Paris ;
à 36. livres ce font déja trois
millions fix cens mille livres :
il y en a du moins pour autant
en Marchandifes fines , & ce
qu'un grand nombre de particuliers a de provifions de
GALANT 391
bled fur ces Vaiffeaux va encore fort loin. Il faut ajoûter
à tout cela quantité de farines ,
huit mille quintaux de Legumes , fept mille quintaux de
Ris , & beaucoup de viandes.
Les Officiers qui fe font diftinguez dans le Combat , n'ont
pas attendu long- temps leur
recompenfe , puifqu'en même
temps quenous avons appris la
maniere dont ils fe font diftinguez , nousavons fçu que S. M.
a nommé Mr Caffart , Capitai
ne de Fregate ; Mr des Hayes,
Lieutenantde Vaiffeau , & Mr.
Laigle , Capitaine de Brulot .
Le Vaiffeau l'Entreprenant
392 MERCURE
1
arriva auffi de Barbarie le 12, avec cinq
mille charges de bled.
Je vous diray peu de chofes ce moiscy de l'Espagne. Elle fe trouve aujourd'huy dans une fituation tres-avantageufe par raport à celle de tous les Sou
verains de l'Europe. Elle eft tranquile
chez elle , où rien ne manque: elle tra
vaille à mettre 80. mille hommes fur
pied, avec lefquels elle ne peut faire
qu'avantageufement la paix ou la guerre,ce qui provient de la grande union
qui fe trouve entre Sa Majefté Catholique & tous fes Sujets . Ce Monarque
apour eux tout l'amour qu'un Souverain peut avoir pour fes Sujets , & depuis qu'il eft fur le Trône , il a fait plufieurs Campagnes , dans lefquelles il a
expoféfon fang pour leur défenfe , ce
que les Espagnols reconnoiffent par un
amour & une fidelité à l'épreuve de
toutes choſes. Aufli trouve-t-il abondamment de l'argent & des hommes
dans tous les Etats , & c'eft dequoy fai
re de bonnes & degrandes Armées ; car
pourpeu que les Efpagnols foient inf
GALANT 393
truits du métier de la guerre , jamais on
n'a vû de Peuple plus intrepide. Il ne
fçait ce que c'eft que de fuir, & l'Hiftoire nous fournit une infinité d'exemples
éclatans de cette intrepidité , & toute la
terre fe fouvient encore de celle du
Comte des Fontaines , dont tout le Bataillon perit dans le mefme terrain où il
eftoit en bataille , ce Comte affis au milieu du Bataillon animant tous fes Soldats.
#
Je devrois en finiffant vous parler de
l'heureufe face qu'il paroît que l'Europe
doit prendre dans peu ; mais ce font des
Affaires delquelles la prudence ne veut
pas que l'on parle trop , de crainte de
n'en pas parler jufte. Je fuis , Madame,
voftre , &c.
APariscedernierJanvier 1710.
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Résumé : Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Le texte décrit une mission diplomatique et militaire impliquant M. de Ferriol, ambassadeur du roi à Constantinople, qui a organisé le chargement de blé dans cette ville et dans les Échelles du Levant. Plusieurs rapports, rédigés par des officiers de confiance, divergent sur les détails, notamment les dates, soulignant la complexité de la vérification des informations. M. de Feuquières a été envoyé au Levant pour escorter un convoi de blé composé de 84 bâtiments, incluant des navires de guerre et des vaisseaux marchands. Malgré des conditions météorologiques difficiles et la présence d'une escadre ennemie, le convoi a quitté Smirne en octobre et a évité les ennemis grâce à un coup de vent, arrivant ainsi au Goujan. À Toulon, l'arrivée du convoi a été accueillie avec soulagement. Le vaisseau Toulouse a informé de la situation de M. de Feuquières. Les vaisseaux Parfait, Sérieux, et Phoenix, sous les ordres de M. Caffart, M. Laigle, et M. Daligre, ont été préparés pour rejoindre le convoi. Deux rapports différents relatent un combat naval le 9 janvier 1710, où les vaisseaux français ont capturé deux vaisseaux ennemis près du Goujan. Le convoi, d'une valeur estimée à huit millions de livres, comprenait cent mille charges de blé et diverses marchandises. Les officiers distingués lors du combat ont été récompensés par le roi. De plus, le vaisseau Entreprenant est arrivé de Barbarie avec cinq mille charges de blé. Le texte se conclut par une description de la situation en Espagne, soulignant sa stabilité et sa préparation militaire, ainsi que la loyauté de ses sujets envers le monarque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1744
p. 393
AVIS
Début :
Le Mercure de Fevrier ne se debitera que le premier Jeudy de Carême, à cause [...]
Mots clefs :
Avis, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS
Le Mercure de Fevrier ne fe debitera
que le premier Jeudy de Carême, à cau
fe des Jours Gras & du Mercredy des
Cendres qui occupent tout le monde.
que le premier Jeudy de Carême, à cau
fe des Jours Gras & du Mercredy des
Cendres qui occupent tout le monde.
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1745
s. p.
TABLE.
Début :
Prelude qui renferme un abregé de tout ce que le Roy a fait de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Prelude qui renferme un abregé
5.
de tout ce que le Roy a fait de
grandpendant fa vie.
Extrait de l'Oraifon Funebre de
Madame de Maubuiffon , non
pas de la maniere ordinaire
mais dont la lecture ne doit pas
moins attacher&
Faire deplaifir que feroit celle de l'Hiftoire
la plus curieufe.
29
Mr Dom Jofeph Antonio de Ame
zaga , eft fait Chevalier d'Alcantara , dans legrand Convent
des Auguftins.
Portrait d'unhonnefte homme.
homme ; mais en Vers.
73
77
82
Autre Portrait auffi d'an honnefte
Premier Article de Marine. 89
Premier Article des Morts. 97
Differtation fur la Goutte &fur le
Rhumatifme.
Eloge Funebre de feuë S. A. S.
Monfieur le Prince , prononcé à
153
TABLE.
Bourges , avec un appareil qui
fert à faire voir toutes les vertus & toutes les grandes qualitez de ce Prince.
175
Suite de ce qu'on a déja rapporté de
Oraifon Funebre de Me deVa232
lençay, Abbeffe des Clairets , 216
Mariages.
Benefices donnez par le Roy dans
la derniere Promotion. 238
Donsfaitspar le Roy, tant à Mrde
Barillon qu'à MrďAlbaret, &
àMrle Chevalier de S.Olon. 253
Eloge de feu Mr de Corneille. 270
Mort d'un homme âgé de cent dixneufans , avec des particularitez fingulieres.
Livre intitulé , Differtation fur
les Caracteres de Corneille
& de Racine , contre le fentiment de la Bruyere,
Benefice donné par le Roy.
300
305.
307
Article tres-curieux qui régarde ce
TABLE.
qui s'eft paßé à la Seance publique de la Societe Royale de Montpellier, qui s'eft faite pendant la
tenuë des Etats deLanguedoc. 312
Coutume de Bretagne en deux Vo.
lumes in quarto, Ouvrage tresutile & tres-curieux
Article des Enigmes,
336
343
Eftampe des Jettons de cette année,
remife au mois prochain. 350
Article qui regarde les Affaires du
temps. Cet Article a esté fait
avant que l'on fçut lafituation
des Affaires prefentes.
Article contenant un grand nombre
de Particularitez de l'arrivée en
France , du Convoy qui a ap351
porté des Bleds du Levant, avec
beauconp d'autres,Marchandifes.
376
Conclufion
LYOR 393
Prelude qui renferme un abregé
5.
de tout ce que le Roy a fait de
grandpendant fa vie.
Extrait de l'Oraifon Funebre de
Madame de Maubuiffon , non
pas de la maniere ordinaire
mais dont la lecture ne doit pas
moins attacher&
Faire deplaifir que feroit celle de l'Hiftoire
la plus curieufe.
29
Mr Dom Jofeph Antonio de Ame
zaga , eft fait Chevalier d'Alcantara , dans legrand Convent
des Auguftins.
Portrait d'unhonnefte homme.
homme ; mais en Vers.
73
77
82
Autre Portrait auffi d'an honnefte
Premier Article de Marine. 89
Premier Article des Morts. 97
Differtation fur la Goutte &fur le
Rhumatifme.
Eloge Funebre de feuë S. A. S.
Monfieur le Prince , prononcé à
153
TABLE.
Bourges , avec un appareil qui
fert à faire voir toutes les vertus & toutes les grandes qualitez de ce Prince.
175
Suite de ce qu'on a déja rapporté de
Oraifon Funebre de Me deVa232
lençay, Abbeffe des Clairets , 216
Mariages.
Benefices donnez par le Roy dans
la derniere Promotion. 238
Donsfaitspar le Roy, tant à Mrde
Barillon qu'à MrďAlbaret, &
àMrle Chevalier de S.Olon. 253
Eloge de feu Mr de Corneille. 270
Mort d'un homme âgé de cent dixneufans , avec des particularitez fingulieres.
Livre intitulé , Differtation fur
les Caracteres de Corneille
& de Racine , contre le fentiment de la Bruyere,
Benefice donné par le Roy.
300
305.
307
Article tres-curieux qui régarde ce
TABLE.
qui s'eft paßé à la Seance publique de la Societe Royale de Montpellier, qui s'eft faite pendant la
tenuë des Etats deLanguedoc. 312
Coutume de Bretagne en deux Vo.
lumes in quarto, Ouvrage tresutile & tres-curieux
Article des Enigmes,
336
343
Eftampe des Jettons de cette année,
remife au mois prochain. 350
Article qui regarde les Affaires du
temps. Cet Article a esté fait
avant que l'on fçut lafituation
des Affaires prefentes.
Article contenant un grand nombre
de Particularitez de l'arrivée en
France , du Convoy qui a ap351
porté des Bleds du Levant, avec
beauconp d'autres,Marchandifes.
376
Conclufion
LYOR 393
Fermer
Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'un ouvrage funèbre et historique. Il commence par un prélude résumant les actions marquantes du roi au cours de sa vie, suivi d'un extrait de l'oraison funèbre de Madame de Maubuisson. Le texte mentionne la nomination de Monsieur Dom Joseph Antonio de Amezaga comme Chevalier d'Alcantara et des portraits en vers d'hommes honnêtes. Il inclut des articles sur la marine, les morts, et une dissertation sur la goutte et le rhumatisme. Un éloge funèbre du Prince est prononcé à Bourges, soulignant ses vertus et qualités. Le document relate également des mariages, des bénéfices royaux, et des dons faits par le roi à divers individus. Il comprend des éloges funèbres, notamment celui de Monsieur de Corneille, et mentionne la mort d'un homme âgé de cent dix-neuf ans. Des ouvrages sur les caractères de Corneille et Racine, ainsi que des articles sur des événements récents, comme l'arrivée en France d'un convoi de blé du Levant, sont également présents. Le texte se conclut par des articles sur les affaires du temps et des coutumes de Bretagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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Fermer
1746
s. p.
« L'Air, Fiers Aquilons 300 Le Vin, &c. [...] »
Début :
L'Air, Fiers Aquilons 300 Le Vin, &c. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Air, Fiers Aquilons 300 Le Vin, &c. [...] »
L'Air, Fiers Aquilons 300 Le Vin, &c.
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1747
s. p.
« Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...] »
Début :
Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...] »
Com
Ommeil eft impoffible dans la conjoncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement les frais , on nepeutfe difpenfer d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veaufe vendront dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez enparche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
Ies Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy.
Ommeil eft impoffible dans la conjoncture prefente de ne pas groffir
le Mercure, ce qui en augmente confiderablement les frais , on nepeutfe difpenfer d'en augmenter auffi le prix . Ainfi les
volumes qui feront reliez en veaufe vendront dorefnavant 38. fols. Quant
aux volumes qui feront reliez enparche
min , on n'en payera que trente-cinq.
Les Relations fe vendront autant que
Ies Mercures.
Chez MICHEL BRUNET, grande
Salle du Palais , au Mercure
Galant.
M. DCCX.
Avec Privilege du Roy.
Fermer
Résumé : « Comme il est impossible dans la conjoncture presente de ne pas grossir [...] »
En 1709, les prix des publications 'Mercure' et 'Relations' augmentent en raison des coûts de production. Les volumes en veau coûtent 38 sols, ceux en parchemin minium 35 sols. Les 'Relations' sont au même prix que les 'Mercures'. Les publications sont disponibles chez Michel Brunet au Mercure Galant. Un privilège royal est mentionné.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1748
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
Il y a lieu de croire qu'on ne lit plus l'Avis qui a [...]
Mots clefs :
Lisible, Deviner, Envoyer, Port
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
AULECTEUR.
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tantd'années
aucommencement dechaque
Volume du Mercure , puif
que malgré les prieres réiterées qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
le's Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige de le faire , ce qui eft
cause qu'ily en a quantité
1
A ij
AU LECTEUR
dedéfigurez, étant impoffible
de devinerle nom d'une Terre , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertitencore qu'onneprend
aucun argent pour ces Memoires,& quel'onemployera
tous les bons Ouvrages aleur
tour , pourvu qu'ils ne def
obligent perfonne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port
ILya lieu de croire qu'on
ne lit plus l'Avis qui a
efté mis depuis tantd'années
aucommencement dechaque
Volume du Mercure , puif
que malgré les prieres réiterées qu'onafaites d'écrire en
caracteres lifibles les Noms
propres quife trouvent dans
le's Memoires qu'on envoye
pour eftre employez , on néglige de le faire , ce qui eft
cause qu'ily en a quantité
1
A ij
AU LECTEUR
dedéfigurez, étant impoffible
de devinerle nom d'une Terre , ou d'une Famille , s'il
n'eft bien écrit. On prie de
nouveau ceux qui en envoyent d'y prendre garde ,
s'ils veulent que les noms
propres foient corrects. On
avertitencore qu'onneprend
aucun argent pour ces Memoires,& quel'onemployera
tous les bons Ouvrages aleur
tour , pourvu qu'ils ne def
obligent perfonne, & que
ceux qui les envoyeront en
affranchiffent le port
Fermer
Résumé : AU LECTEUR.
Le Mercure demande aux contributeurs d'écrire les noms propres de manière lisible et orthographiée correctement pour éviter les erreurs d'identification. La publication refuse tout paiement pour les mémoires soumis et les affranchit elle-même. Les contributions doivent être exemptes de contraintes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1749
p. 5-56
Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Début :
On prononce tout les ans à l'Hostel de Ville de Lyon, [...]
Mots clefs :
Éloge, Seigneur de Jonage, Assemblée, Louis le Grand, Alliés, Ennemis, Ardeur militaire, Combats, Hôtel de ville de Lyon, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Nprononce tous les ans
à l'Hoſtel de Ville de
Lyon , le jour de la Fefte de
Saint Thomas , un Difcours
en prefence de M' l'Archevêque , de M' l'Intendant , de
A iij
6 MERCURD IS
M's les Comtes de Saint Jean,
& de toutes les Compagnies
de la Ville. Ce Difcours a efté
fait cette année par le fils
de Mr Yon , Seigneur de
Jonage qui fut nommé l'année
derniere premier Echevin ,
quoy que revêtu d'une Charge de Secretaire du Roy. Il a
beaucoup de merite , & il eft
fort eftimé. Le Difcours que
fon fils prononça le jour de S.
Thomas , reçut de grands applaudiffemens. Vous en jugerez par ce que je vais vous en
rapporter. Ce qu'il dit du Roy
plutinfiniment , & aprés avoir
GALANT
fini l'Eloge de Sa Majeſté , lors
quel'on croyoitqu'il n'en duft
plus rien dire , il l'apoftropha
comme fi Elle cut efté prefente, & il s'attira des applaudiffemens nouveaux. Voici le
commencement de fon Difcours.
བར
:
Tout eft grand , tout eft auguf
te , Meffieurs , dans le deffein que
j'entreprens rien n'y pourroit
eftre mediocre que la foibleffe du
file ; mais dans l'obligation que je
mefuis impofée de traiter une de
cesglorieufes matieres que d'autres
avant moy ont peut - eftre negligées ,j'ofe meflatter que la NoA iiij
8 MERCURE
bleffe de monfujer donnera du relief à mespenfées , & de l'éclat
à mes paroles ; & ma temerité
trouve fon pretexte dans l'impor
tance du difcours , & dans l'injuftice du filence.
C'est une ancienne &commune erreur , que de relever avecexcés le merite desperfonnes celebres ,
qui ont vécu avant nous , pour
diminuer lagloire de ceux dans les
temps defquels nous vivons ; cette
erreur eft , tantoft un aveuglement groffier dans l'efprit des peuples , qui croyent que la fuite des
temps a le même fort que le déclin
de leur age ; & que la nature
-GALANT 9
ffant comme l'homme , elle vieilliffant
degenere defiecle enfiecle dans fes
productions , àproportion de ce que
d'année en année il s'affoiblit dans
fes travaux ? c'est ce que le
plus fameux de tous les Poëtes a
voulu nous exprimer par ces deux
Vers traduits en noftre langue ?
O fi Dieu me rendoit mes
premieres années ,
dit- il en cet endroit en un
autre:
Les illuftres Heros nâquirent
autrefois :
Tantoft c'est une illisfion defubtiles mais vaines idées , telles
que celles de ces Philofophes ,
.
10 MERCURE
qui s'imaginoient , que les pre
miershommes formez d'uneplus
riche matiere nez fous
deplusfavorables étoiles , avoient
bien pû laiffer d'heureux fuccef
feurs deleurs noms , mais nonpas
de purs heritiers de leur gloiree ?
comme fi pour trouver ce qu'il y
a de plus grand dans le monde , il
falloit remonterjufqu'au regnefabuleux de Saturne : tantofi c'est
une enviefecrette entre des perfon
nes que la fortune ou la naiffance
a mis au niveau les uns des autres,
dans le même rang & àportée des
mêmes honneurs ; chacun pour dé
crierfon concurrent transportepour
GALANT I
ainfi dire fon eftime au fiecle de
ceux qui nepeuvent plus concourir avec perfonne : pour épargner
fon encens au merite des vivans ,
on le prodigue à la memoire des
morts , pour tout difputer à
ceux qui ne nous peuvent plus
rien difputer ? Reproche que le
Sage a peut - eſtre prétendu nous
faire par cesparoles ? J'ay donné.
aux morts les louanges que j'ay
refufées auxvivans.
Il est donc vray , Meffieurs
que foit aveuglément , foit illu
fion , foit envie , la gloire de nos
Contemporains ne va jamais
felon nous de pair avec celle de
12 MERCURE
nos predeceffeurs , par une injuftice de tous les temps" , le merite
qui refpire & qui vit encore , eft
toujours contredit , il faut que,
les fecles éloignez nous le rappelle
pour qu'il foit confacré, je veux
dire veritablement reconnu ; ainfi
parla au grand Conquerant de
, dans le temps que les
Heros paffoient pour des Dieux ,
le Philofophe Califthene : Pour
paroiftre Dieu , luy dit-il , au
jugement des hommes, il faut
avoir long- temps difparu à
leurs yeux ; les honneurs divins fuivent quelques fois les
morts , mais ils n'accompa-
GALANT 13
gnent jamais les vivants.
Je viens tâcher , Meffieurs
de rendre à tous les temps &
tous les merites , la justice qui
leur eſt deuë ; je viens louer les
grands hommes , qui excellent à
prefent , auffs bien que ceux qui
ont excellé autrefois , &proportionnant les louanges au merite ,
les Modernes y auront peut- eſtre
plus de part que les Anciens.
Icy , Meffieurs , mon deffein
cmmne à fe développer
vous vousappercevezfans doute ,
queje voudrois vous donner une
idée des Herospar des comparatfens des uns aux autres ; mais
US
14 MERCURE
que ce deffein feroit vaſte , &
qu'il feroit étendu ; il m'engageroit à rappeller dans vos efprits
tous les Heros qui ont brillé , &
qui brillent encore dans tous les
Arts & dans toutes les Sciences :
ce ne feroit que charger ma
memoirepourlaffer vos patiences :
le refpectqueje dois à voftre attentionprefcrit à monfujet des bornes
plus étroittes il m
; m'oblige nonfeulement à me fixer au plus
glorieux de tous les Arts , je
veux dire à l'Art Militaire ;
mais encore pour éviter l'ennuy
d'un trop long récit , à ne choifir
parmi les Herosde la Guerre les
SGALANT
15
plus renommez que quelques- uns
de ceux à qui leurs fameux exploits ontmeritéle nom de Grand:
mais dans les loüanges que je
leur donneray ,
j'efpere que de
vous-même vous trouverez dequoy remplir àproportion l'Eloge,
de tous les autres , &c'eſt là le
Plan de ce Difcours dans lequel ,
aprés avois tracé l'idée des Grands
Heros de l'antiquité, je tâcheray
de vous donnercelle du plus grand
de tous dans lefiecle prefent.
Voicyce qu'il dit dans fa
premiere partie.
Une des plus fortes paffions
& qui a le plus occupé le cœur
16 MERCURE .
des Grands de l'antiquité, &même de tous les temps ; c'eſtoir le
defir de fe diftinguerpar les Armes , & deſefaire par leur Epée
plus grand que un nom encore
la
celuy qu'ils avoient déja par leur
naiffance ; ils laiffoient pour la
plupart aux Orateurs l'Art du
Difcours , aux Philofophes l'étudedes Sciences , aux Politiques
Ladminiftration des Etats
gloire de tous ces Heros de Litterature de Miniftere , n'excitoit guerre leur noble émulation
quelquecharme même qu'elle eut
pour quelques uns ce n'étoit
qu'un amusement de Paix & de
·
יך
GARANT 17
repos ;toutt cédoit au premierpref=
fentiment de Guerre qui les raviffoit , ilsfe fentoient comme d'euxmême transportez dans le champ
glorieux des Combats , & ils
voloient pour l'arrofer quelques
fois de leur fang, & y cueillir
furun tas de morts
من
de bleſſez
les Lauriers & les bonneurs du
triomphe.
Cette ardeur Militaire qui
dans le cœur des Potentats , à
prefque toujours efté une envie
prodigieufe de dominere de
s'étendre , une ambition démesurée.
de s'élever au deffus de la condition humaine , a toujours efté une
Février 1710.
B
18 MERCURE
fuitefatale de l'orgueil du premier
des mortels ; mais elle ne laiffe
pas auffi deftre dans les deffens
de la fageffe éternelle , qui doit
tout raporter à fa gloire : elle ne
laiffe pas , dis-je , d'eftre comme
un caractere de divinité , imprimée dans l'ame des Souverains ;
caractere dont les traitsfe repandansfurla gloire de leurs actions ,
comme fur la majesté de leurs
perfonnes , nous porte à les respecter tous , non-feulement comme les
images éclatantes de l'Etre fuprémequilesfoutient fur le Trône:
mais encore comme les fujets les
plus nobles les plus dignes
GALANT 19
une
deftreparreprefentation en qualité
de demi- Dieux de la terre
partie de ce qu'eftpar luy même le
grand Souverain de l'Univers
en qualité de Dieu des Armées.
La gloire desgrands Conquerans , ayant donc toujours en deux
faces , qu'on pouvoit envisager,
l'une humaine , l'autre divine ;
l'une qui a des taches , l'autre qui
les couvre , mais qui ne les leve
les pas ; ayant à commencer par
Heros de l'antiquité , ne nous ar
reftons point icy à blâmer ou à
louer trop leurs Conqueftes ; tachons feulement de relever leurs
perfonnes , &fans examiner d'a
Bij
20 MERCURE
A
bord, fi l'ardeur qui les animois
eftoit injufte ou legitime ; parmy
quelques- uns de ceux qui ont paſſé
pour les plus grands donnons la
preference àdeuxfeulement ; mais
choififfons-les bien , afin qu'en étalant leur gloire on ne puiffe rien
penfer de grand de celle des autres
qui nefe trouve dans la leur , &
qui ne juftifie noftre deffein de ne
parler que
"
d'eux.
Il parla enfuite d'Alexandre
& deCefar, & dit tout ce que
l'on en pouvoit dire. Il fit voir
qu'ils avoient eu toutes les
grandes qualitez qui ont fait
le merite des plus grands He-
GALANT! 21
{
ros des ficcles paffez , & aprés
enavoir fait un portrait , &de
la reffemblance de leurs acstions , il dit : It me femble
quevous balancez & que vous
attendez que je decide ? Hé!
qu'importe Meffieurs , lequel des
deux Heros d'Alexandre ou de
Cefarfut le plus grand dans les
fiecles paffez , fi le fiecle prefent
nous en offre un plus grand que
tous les deux enfemble , &
par confequent le plus grand de
tous le Heros ; quel eft il donc ce
Heros; vous l'allez bien- toft voir
paroiftre dans toutefa gloire.
Il entra enfuite dans fa feمن
22 MERCURE
conde partie , & dits
combats par
Au-deffus de cette haute va
leur qui parcourt le monde pour
combatre pour vaincre ; je place
celle d'un Heros qui commence fes
la justice , & qui
terminefes victoires par la moderation ; qui protegefes Alliez par
La puiffance , & qui fe foutient
luy-méme parfa grandeur : Elevez icy vos efprits , Meffieurs ,
j'ay de grands évenemens à vous
reprefenter, je n'ayplus à vous
cacher de grands défauts en vous
montrant de grands courages.
Je ne parleray plus icy de ces
Heros impetueux , quiportantpar
GALANT 23
tout les armes de l'injustice & les
faifant marcher fous les Enfeignes de la Valeur & de la Generofité, raviffoient noſtre admiration avec autant de rapidité qu'ils
ravageoient les Campagnes ; c'e
toient des foudres terribles qui ne
fondoientfurla terre avec vûteffe,
que par l'impuiffance de s'arrefter ;
c'eftoient des tourbillons qui ramaffant tout ce qu'ils trouvoient à
leurrencontre ,fe groffiffoient euxmêmes , &ferendoient plus violens? Je parle d'un Heros digne de
toute loüange, & je commence d'a
bord par vous dire qu'armé de
juftes prétentions contre d'injuftes
24 MERCURE
refus , il entreprend la guerre en
Roy & nonpas en Ufurpatenr ; il
affemble fes Magiftrats avant que
de lever fes Troupes , ne met
LesArmées en Campagne , qu'aprés les avoir mifes fous la protection des Loix.
a
Aces mots , Meffieurs , vous
reconnoiffez Louis le Grand ;
ehpourriez- vous penfer à quelqu'autres cePrincegenereuxjouiffoit àpeine de la Paix par un heureux mariageavecl'Infante d'Ef
pagne , que porté à la guerre par
l'inftinct pour ainfi dire defa valeur , il regardoit avec inquietude
fes armes dans le repos ; mais il
aimoit
GALANT 25
aimoit mieux les laiffer languir,
que de lesfairefervir à l'injuftice.
à l'ambition ; c'eſt ainſi qu'il
retenoit dans une amere tranquillité , les premiers feux de fa jeuneffe ; lorfque le Roy d'Espagne
avec une ame moins guerriere
mais plus intereffée luy difpute les
droits inconteftables de la Reine
fon Epoufe: quefera- t- il ?Se prefentera-t- il d'abord avec l'épée ?
Non, il commandera àfa valeur
d'attendre ladecifion des Loix, &
les Loix confultées ordonnent àfa
valeur attentive à leurs ordres ,
defoutenirfa caufepar les armes?
Le ciel n'ayantpermis cette injufFévrier 1710.
C
26 MERCURE
tice dela part de l'Espagne , qu'a
fin que les Peuples de divers
Royaumes appriffent combien ce
fage & puillant Heros fçavoit
joindre à la force de reprimer fes
ennemis , le pouvoir de retenirfon
indignation : le voila donc qui remet à la Fuftice la direction defon
courage : allez , Prince , allez où
cette Reine des Loix portera voftre
Bouclier ; allez lancer vos foudres fur une Nationfuperbe , tant
qu'elle ne prendra confeil que de
l'obftination defes armes : ce ne
fera de fa part que Troupes affoiblies ,
que Soldats tombez aux
pieds des voftres ; mais dés qu'elle
GALANT 27
ferangera fous les loix de l'équi
té pourfe reconnoiftre , ce nefera
de vostre part qu'excés de generofité ? en vain la Fortune vous
ouvrira-t-elle le paffage à la conqueſte de l'Univers , voftre courage nefera pas las de vaincre ;
mais voftre grandeur d'ame vous
fera croire que vous avez affez
vaincus vous arrefterez vos cour
fes rapides au milieu des combats ,
par untrop grand respect pour
les Loix, vous rendrez unepartie
de vos conqueftes de peur qu'elles
n'ayent à vous reprocher que vous
vouliez trop étendre vos prétentions ? ô Prince , ô Heros valeuC ij
28 MERCURE
reux moderé tout enſemble 3
qui aime mieux ceder les droits de
la guerre que d'eftre foupçonné
d'avoirfailli contre les regles de
la Fuftice ? Loy , Meffieurs je
cherche Alexandre & Cefar , je
les trouve , peut - eftre , Grand
Roy, dans les Combats à vos côtez, poury voir des Villes mais
des plus fortes prifes dans deux
jours , des Provinces entieres reduites en deuxfemaines ; mais je
les perds &je les vois fe retirer
faifis d'étonnement à la vuede cet
excés pour ainfi dire de moderation , qui limite fi promptement la
portée de voftre valeur ? qu'il ne
GALANT 29
paroiffe donc ici , mais pour cette
fois feulement , que lefeulRoyde
Lacedemone , qui ne vouloit d'autre avantagefurfes Sujets , fi ce
n'est qu'il luyfut permis d'efre
plus vaillant , & de faire moins
qu'eux de faute contre les Loix.
Quej'aimerais à vous repreſenter ce grand Monarque , dans
d'autres Campagnes à la tefte d'une nombreuse Armée , preffant la
Fortunefans luy donner du relashe , paffant en Maiftre du monde par les Etats de plufieurs Souverains fans prefque s'enquerir fi
l'on veutfouffrirfon paffage ,
portantpar tout le flambeau de la
C
iij
30 MERCURE
guerre fans laiffer languir le feu
de faprofperité je vous compterois plus de trente Villes munies
&fortifiées , renduës à l'aspect
du Vainqueur, & prefque toutes
fans mursabatus & fans combats
donnez , effrayées feulement de
• fon grand nom, & tachant avec
les Peuples voisins , d'apaifer fa
・jufte colére en foumetant leurs
teftes à fa puiffance , & leur
cœur àfa bonté; je vous montrerois des Villes forcées malgré leurs
vigoureuses refiftances ? hé commentn'auroient-ellespas enfin cedé
à des Armes fi feures de leurs
coups , je rappellerois encore icy
GALANT zi
1
les élements forcez , les faifons
bravées , &la nature foumife en
quelque forte à fon épée , mais
Alexandre , & Céfar , ſe pouroient peut-être reconnoistre à fes
traits ; je ne veux plus loüer
en Louis le Grand , rien de ce qui
peut aprocher de luy les autres
Heros ? difons donc quelque chofe
de plus.
Unde ces efprits qui tiennent
leur fiecle en de perpetuelles agitations , & qui excitent les orages
dans la ferenité des plus beaux
jours un de ces efprits capables
de remuer de grandes machines
d'ébranler les Etats ; un de
C iiij
32 MERCURE
ces efprits qui ont toujours att
milieu de la Paix le cœur armé
la volonté ambitieuſe un
Prince heretique , car enfin fi
nous ne voulons pas le nommer ,
il faut du moins le défigner ; un
Prince , dis-je , inquiet de vivre
comme un autre Efau par fon
épée ,fe mer en tefte de vivre
parle Sceptre: il trame des deffeins
prodigieux que nul n'auroit pu
croire , parce que nul autre n'auroitpu les imaginer , il les communique aux Puiffances confederées
il les conduit fifourdement à
fesfins qu'à la tefte d'une Armée
Navale il entreprefque invifible
GALANT 33
en Angleterre ; d'abord il fe fait
jour dans les vaftes appartemens
du Roy , prendfierementſaplace
vis- à- vis de fon Trône , &partage avecluy lefuprême honneur;
dans peu l'Anglois , grand amateur des nouveautez , retire fon
obéiffance du Monarque , &la
transporte à l'Ufurpateur , &
tout d'un coup l'injuſte & aveugle Fortune , féparant les bons
fuccésde la bonnecaufe , le Prince Proteftantfe faifit de la Couronne du Prince Catholique.
› Grandeur de la gloire magranime de mon Roy , où cftes- vous
àprefent ? la voila , Meffieurs
34 MERCURE
quifort defon Palais , pour tendrela main àce Potentat defcendu
de fon Trône ; c'eſt une Majeſté
puiſſante , qui va au-devantd'une
Majefté opprimée; c'est un Prince
qui entouré de fa Cour, & revêtu defapropre Grandeur , s'arvance pour relever un Prince infortuné, poufféfur nos bordsfeulement par quelques flots officieux
de la mer; il neperdpointdetemps
pourfoulagerfa douleur , il effuye
fes larmes par des marquesfenfi
bles de l'affection de fon cœur ;
il
le reveft de tous les ornemens de la
Royauté; il luy donne un Trône
dans un defes Palais , &arraآن
GALANT 35
chepour ainfi dire d'entre les mains
du Deftinfa Royale Famille : refolu jufques à la fin de fes jours
de leurfaire part defes trefors &
defa fortune.
Je voudrois bien vous faire
voir icy tous deux grands defolateurs des Rois & des Royaumes ; vous Alexandre , qui venez
de nous faire compter pour beaucoup les honneurs que vous avez
rendus à une Reine captive fous
lejougde vos armes tandis qu'elles
eftoient injustement tournées contre le Roy fon Epoux ; & vous
Céfar , dont un des plus grands
traitsfut; de rendrele Trône d'un
36 MERCURE
frere àunefœur, pour la rendre
elle-même par cette espece de
generofité l'objet de vos amours.
&de vos profufions ; mais li je
ne puis vous voir icy en perfonne
j'y vois du moins vos ombres gémiffantes de douleur d'apprendre
qu'il y afur la terre dans l'ame
d'un plus grand Conquerant que
vous , une plus grande generofité
que la voftre.
Reduirons- nous à cette action
genereufe la Magnanimité de
noftre Heros ? non , Meffieurs
quifçait réfugier un Roy en peut
bien foutenir un autre , l'entreprife eft difficile mais elle eft
GALANT 37
jafte l'execution eft prompte mais
elle eft de Louis le Grand, un Roy
mourant nommefon Succeffeur il
faut le luy donner.
1
url
Les paroles d'un Souverain
au lit de la mortfont des Sentences depolitique, & les Peuples y
font attentifs , comme àdes Arrefts
prononcez gloire de l'Etai?
le Roy d'Espagne meurt fans
enfants , il déclare Heritierde
fes Royaumes un Fils de France?
tes Espagnols empreffez le demandent à Louis le Grand , &
Louis le Grand , comment le leur
envoit-il , avec une portion de
cettefageffe dont il fait des leçons
38 MERCURE
à toute l'Europe , aveclesconfeils
de cette prudence , qui rend l'obéiffance affectionnéepar la douceur du commandement, avec cette
grandeur d'ame qui le rend fuperieur à tous les Heros , ce n'eft
pas affez avec cette grandeur
d'ame qui le rend Louis le Grand,
Philippe V. enrichi de tous ces
J
nobles prefens du grand Royfon
ayeul , entre en Triomphe dans
toutes les Villes d'Espagne , &
toutes les vertus l'yfuivent ; mais
fes Ennemis , Ennemis de la
juftice , & de la veritable
deur, l'y attaquent.
gran
*Et que font-ils , ils entretien-
CALANT 39
nent des intelligences avec quelquesfactieux , qui affemblent des
nuagesfurfa tefte, ils s'emparent
foit par rufe foit parfureur foit
par irreligion , toujours par
injustice , de quelques Royaumes
éloignez du Siege defon Empire:
mais que n'auront ils pas à craindre , grandPrince , lorsqu'ils verront voftre Majesté s'aprocher de
vos Troupes , pour ranimer leur
valeurpar voftre prefence : autrefois dans une Guerre contre les
Gaulois , il nereftoit auxRomains
d'autre efperance , qu'an Capitole
affiegé, & en Camille banni , &
neanmoins ils repoufferent ces
40 MERCURE
fiers Ennemis , vous voftre
efperance est encore toute entiere ,
dans la poffeffion de vos plus
grand Royaumes , dans le cœur
de vos meilleurs Sujets , dans
l'affection de vos Troupes , dans
la force de voftre bras , dans la
confiance en des Victoires remportées , dans la protection de Louis
le Grand: vous diffiperez à lafin
les Germains & leurs Confederez.
Vous foupirez cependant ,
Peuples foumis , à la puiſſance
de ce jeune Roy , & nous peuteftre auffi avec vous : car enfin
que voyons nous depuis quelques
GALANT 41
années , le glaive du Tout- Puiffant eft entre les mains de fes
Ennemis , la Victoire s'égare , &
il luy eft permis de fe ranger fous
des Drapeauxprefque tous Heretiques , de prendre parti contre
les Armes défenfives même de la
Religion : mais ne nous laiffons
pasicy abattrefous les coups d'une
legere infortune ? en vain nes
Ennemis veulent-ilsfe perſuadër,
queces revers nous arrivent pour
enorgueillir leurs Armes nous
fommes comme convaincus ,
c'eft pour montrer à tous les Rois
à tous les Peuples, la grandeur
de Louis le Grand dans tous fes
Février 1710. D
que
42 MERCURE
points de veuë on ne l'avoit
ven jufques alors ce Monarque
que dans la profperité , &ilne
luy manquoit rien pour paroître
plus grand que les autres : mais
il luy manquoit un changement.
de fortune pour paroître en un
fens plus grandqu'il n'avoit encoreparu : nous l'avions veu Victorieux defes Ennemis , vaincre
fonpropre bonheur mais nous ne
L'avions pas encore affez ven ſe
vaincre foy - même , nous fçavions ce qu'ilfçavoitfaire , mais
nous nefçavions pas ce qu'ilfçavoitfuporter; il avoitparu peutêtre trop beureux, maisfans per-
GALANT 43
dre la moderation ilfaloit qu'il
parut moins heureux : mais fans
perdre laconftance.
Qu'il eft peu de ces ames égales,
faites à l'épreuve de toutes les revolutions de cette grande rouë fur
laquelle tourne toutce qu'on appelle
grands évenemens ; mais lafageffe
active e vigilante de Louis le
Grand voit changer de face à la
Fortune , fans permettre à fon
cœur de changer defituation , comme s'il n'avoit jufques alors mé
nagéles bons fuccés que pourexercer fa prefence d'efprit à foûtenir
les mauvais ; bé que feait - on ?
peut - eftre même qu'il craignoit
Dij
44 MERCURE
pour fon ame la durée defes prof
peritez & qu'il avoit demandé
quelquefois de n'eftre pas toujours.
vainqueur de fes ennemis , pour
s'exercer dans cet Art fi difficile de
vaincre l'adverſité ; ainfi lagrandeurdefoname foûtenant nos efperances , ranime la fermeté de nos
fameuxGuerriers qui commencent
déja à regarder le glorieux avan
tageremportéfur un nombre affez
grand de nos ennemis en Alface ,
la glorienfe retraite de noftre
Armée en Flandres , comme des
prefages prefque infaillibles d'un
nombre prefque infini de Victoires.
GALANT 45
+
Je finis , Meffieurs mais n'al
lez point me reprocher , que
pour faire unplus grand éloge de
Louis le Grand , il falloit le
prendre de plus haut , remonter
jufques auTrône des Clovis , des
Saint Louis , des Charlemagne ,
comparer même ces grands Rois ,
avec les Conftantin &les Theodofe , & chercher jufques dans
leurs Tombeaux , les femences de
la valeur &de lagrandeurd'ame
de Louis le Grand : Il est uray ,
Meffieurs , que fa gloire com
mençoit a fe produire à fe
mais comme il former
en
n'y en apoint excepté S. Louis ,
46 MERCURE
en qui la fortune ait affemblé
tant d'événemens divers , il eftoit
important dans les conjonctures
prefentes , de mettre fes actions a
part, &de ne pas confondre dans
la concurrence de leurs grands
noms , celuy dont la gloire remonte
juſques à eux , avec autant d'éclat qu'elle en eft defcendue : c'eft
donc fans rien diminuer de leur
gloire , que Louis le Grand eft
plus Grand que tous les autres
Heros ; plus grand par rapport
la vaillance, parce qu'il a triomphé
même defon bonheur, dans laprofperité de fes armes plus grand
par rapport à la generofité & à
à
GALANT 47
la grandeur d'ame non -feulement parce qu'il a donné azile à
unRoidépouillé de fes Etats ; nonfeulement parce qu'il a maintenu
un Prince de fa famille fur un
Trôneétranger,mais encore parce
que dans une interruption debonheur,fon cœur s'eft mis au- deffus
des injuftices de la Fortune.
AU ROY..
! Oui , SIRE, *
Vous eftes leplusgrand de tous
les Heros , pour dire encore
48 MERCURE
vous quelque chofe de grand que
nous n'avons pû dire , le nom de
LOUIS LE GRAND renfermant
toutes les qualitez d'unfouverain
Heros , trouvera quelque chofe
de foy dans les noms particuliers
quepourront prendre dans lecours
des temps , pour caracterifer leur
propregrandeur , quelques- uns des
Rois qui fuivront VÔTRE MAJESTE' fur le Trône ; il fe trouvera ce grand nom , mais comme
divifé , dans ceux qui par leur
valeur porteront le nom de Magnanime, dans ceux qui par leur
demence feront reconnus pourPcse des Peuples ; dans ceux qui
par
GALANT 49
par leur zeleferont appellez Deffenfeurs de la Religion ; dans
ceux qui par leur vertu feront
avouez pour Princes Pieux ; &
dans ceux qui dans les temps infortunezferont qualifiez d'İntrepides ; ainfi voftre grand Nom,
allant pompeufement de fiecle en
fiecle , vivra avec éclat tant qu'il
yaura , comme ily en aura toujours , de grandes vertus affifes
fur le Trone ; & tandis que l'Antiquitéfera occupée dans les Hiftoires de fes Conquerans , àplaindre le trifte fort d'Alexandre
de Cefar , tous deux fatalement.
arrachez à la vie , la Pofterité
Février 1710.
E
50 MERCURE
fera retentir lagrandeur de vostre
Ame, dans tous les grands énjenemens de voftre Regne , ne cefferajamais d'admirer unefi belle
vie, dont la Parque filera encore
refpectueufement les jours gloricux, & au de- là de ceux de
David , jufqu'à l'extremité d'une
longue carriere.
"
A MONSEIGNEUR.
MONSEIGNEUR,
Digne Fils du plus grand des
"Heros qui fe reproduit en Vous
vous avezla même valeur , vous
GALANT SI
joignez la même prudence , &
Les Peuples reffentent pour vous
le même amour qu'ils ont pourfa
Sacrée Perfonne.
pronsVous avez , MONS EIGNEUR, la même valeur; quelle
femente pour ainfi dire de triomphes , n'a- t-elle pasjetté dans vos
premieres Campagnes , quel trophée Philifbourg, monument éternel d'une vaine refiftance à vos
forces ; quel trophée , dis-je , n'at- il pas érigé à l'honneur de vôtre
gloire, quelle vive ardeur n'a pas
animée vos courſes conquerantes
du Palatinat ; & quel torrent de
réputation auroit jamais púfuiE ij
52 MERCURE
vrelarapiditéde vosVictoiresfila
fageffe du Roy n'avoit agi comme
de concert avec la Providence ,
pour retirer du peril une vie fi
neceffaire àfes Sujets , &pourne
plus expofer au Champ de Mars
un Heros qui doit à coté defon
Trônefoutenirle poids defa Cou
ronne.
Ala même valeur vous joignez la même prudence ; & où
Monfeigneur , vous auroit- elle
manqué cette prudence ; feroit-ce
dans les Armées où vostre bras
agiffoit autant par voftre efprit
que par voftre cœur , où les Soldatsfuivoient vos ordres avec vos
GALANT 53
exemples , & où vous ne laiffiez
rien prévenir par la Fortune , de
tout ce quipouvoit eftreprévúpar
voftre attention :feroit- ce au Confeil , où quelquesfois les plus éclairez ne verroient peut- eftre que de
loin les chofes les plus importantes
fi vous ne les mettiez vous- même
dans leur point de vue, pour les
leur montrer de plus prés.
Les Peuples ont pour vous ,
Monfeigneur , le même amour
que pour Sa Majesté : ils cherchentfur voftre vifage les preſages de leur bonheur à venir ; ils
croyent appercevoir dans vos yeux
dans vos regards , le fondeD iij
54 MERCURE
ment des efperancespubliques , &
l'air affable & plein de bonté,
fous l'appas duquel vousprévenz ceux qui ont l'honneur de
ous approcher, devient le charme attrayant qui gagne nos cœurs
&forme les douces chaînes qui
nous lient avec paffion à vostre
Augufte Perfonne.
Ainfi , Monfeigneur , Heros
par voftre Augufte Pere , Heros
par vous - même , Heros encore
dans vos Defcendans ; voftregloireferafans fin dans la Pofterité
comme elle eft à prefent fans mefure.
GALANT 55
Dés qu'il ' eut fini il s'éleva
dans l'Affemblée un concert
de es a
fit voir que
l'Orateur est heureux lorfqu'il
a pour objet ces merites éminents , univerfellement reconnus , & aplaudis de tous.
Il fit enfuite , felon la coutume , les Eloges de Mr l'Archevêque de Lyon ; de Mr le
Maréchal de Villeroy Gouverneur de la mêmeVille ; de Mr
le Duc de Villeroy fon fils ;
& ceux de Mr l'Intendant ;
de Mrs les Comtes de Lyon;
de Mrs de la Cour des Monnoyes ; de Mrs les Treforiers.
E
iij
56 MERCURE
9
de France ; de Mrs les Elûs ;
de Mr le Prevôt des Mar
chands ; de Mrs les Echevins ;
& de Mrs les Confuls.
Vousdevezjuger que l'Affemblée eftoit des plus nom- .
breuſes , & que l'Orateur futs
long , ayanteu à parler de tant
d'Auguftes Perfonnes , & de
tant d'Illuftres Magiftrats , &
ce qu'il y eut de furprenant fut
qu'il n'ennuya pasunmoment,
& que dans tout ce qu'il dit
le caractere de toutes les perfonnes dont il parla , fut no
blement , & ingenieuſement
mis dans fon jour.
à l'Hoſtel de Ville de
Lyon , le jour de la Fefte de
Saint Thomas , un Difcours
en prefence de M' l'Archevêque , de M' l'Intendant , de
A iij
6 MERCURD IS
M's les Comtes de Saint Jean,
& de toutes les Compagnies
de la Ville. Ce Difcours a efté
fait cette année par le fils
de Mr Yon , Seigneur de
Jonage qui fut nommé l'année
derniere premier Echevin ,
quoy que revêtu d'une Charge de Secretaire du Roy. Il a
beaucoup de merite , & il eft
fort eftimé. Le Difcours que
fon fils prononça le jour de S.
Thomas , reçut de grands applaudiffemens. Vous en jugerez par ce que je vais vous en
rapporter. Ce qu'il dit du Roy
plutinfiniment , & aprés avoir
GALANT
fini l'Eloge de Sa Majeſté , lors
quel'on croyoitqu'il n'en duft
plus rien dire , il l'apoftropha
comme fi Elle cut efté prefente, & il s'attira des applaudiffemens nouveaux. Voici le
commencement de fon Difcours.
བར
:
Tout eft grand , tout eft auguf
te , Meffieurs , dans le deffein que
j'entreprens rien n'y pourroit
eftre mediocre que la foibleffe du
file ; mais dans l'obligation que je
mefuis impofée de traiter une de
cesglorieufes matieres que d'autres
avant moy ont peut - eftre negligées ,j'ofe meflatter que la NoA iiij
8 MERCURE
bleffe de monfujer donnera du relief à mespenfées , & de l'éclat
à mes paroles ; & ma temerité
trouve fon pretexte dans l'impor
tance du difcours , & dans l'injuftice du filence.
C'est une ancienne &commune erreur , que de relever avecexcés le merite desperfonnes celebres ,
qui ont vécu avant nous , pour
diminuer lagloire de ceux dans les
temps defquels nous vivons ; cette
erreur eft , tantoft un aveuglement groffier dans l'efprit des peuples , qui croyent que la fuite des
temps a le même fort que le déclin
de leur age ; & que la nature
-GALANT 9
ffant comme l'homme , elle vieilliffant
degenere defiecle enfiecle dans fes
productions , àproportion de ce que
d'année en année il s'affoiblit dans
fes travaux ? c'est ce que le
plus fameux de tous les Poëtes a
voulu nous exprimer par ces deux
Vers traduits en noftre langue ?
O fi Dieu me rendoit mes
premieres années ,
dit- il en cet endroit en un
autre:
Les illuftres Heros nâquirent
autrefois :
Tantoft c'est une illisfion defubtiles mais vaines idées , telles
que celles de ces Philofophes ,
.
10 MERCURE
qui s'imaginoient , que les pre
miershommes formez d'uneplus
riche matiere nez fous
deplusfavorables étoiles , avoient
bien pû laiffer d'heureux fuccef
feurs deleurs noms , mais nonpas
de purs heritiers de leur gloiree ?
comme fi pour trouver ce qu'il y
a de plus grand dans le monde , il
falloit remonterjufqu'au regnefabuleux de Saturne : tantofi c'est
une enviefecrette entre des perfon
nes que la fortune ou la naiffance
a mis au niveau les uns des autres,
dans le même rang & àportée des
mêmes honneurs ; chacun pour dé
crierfon concurrent transportepour
GALANT I
ainfi dire fon eftime au fiecle de
ceux qui nepeuvent plus concourir avec perfonne : pour épargner
fon encens au merite des vivans ,
on le prodigue à la memoire des
morts , pour tout difputer à
ceux qui ne nous peuvent plus
rien difputer ? Reproche que le
Sage a peut - eſtre prétendu nous
faire par cesparoles ? J'ay donné.
aux morts les louanges que j'ay
refufées auxvivans.
Il est donc vray , Meffieurs
que foit aveuglément , foit illu
fion , foit envie , la gloire de nos
Contemporains ne va jamais
felon nous de pair avec celle de
12 MERCURE
nos predeceffeurs , par une injuftice de tous les temps" , le merite
qui refpire & qui vit encore , eft
toujours contredit , il faut que,
les fecles éloignez nous le rappelle
pour qu'il foit confacré, je veux
dire veritablement reconnu ; ainfi
parla au grand Conquerant de
, dans le temps que les
Heros paffoient pour des Dieux ,
le Philofophe Califthene : Pour
paroiftre Dieu , luy dit-il , au
jugement des hommes, il faut
avoir long- temps difparu à
leurs yeux ; les honneurs divins fuivent quelques fois les
morts , mais ils n'accompa-
GALANT 13
gnent jamais les vivants.
Je viens tâcher , Meffieurs
de rendre à tous les temps &
tous les merites , la justice qui
leur eſt deuë ; je viens louer les
grands hommes , qui excellent à
prefent , auffs bien que ceux qui
ont excellé autrefois , &proportionnant les louanges au merite ,
les Modernes y auront peut- eſtre
plus de part que les Anciens.
Icy , Meffieurs , mon deffein
cmmne à fe développer
vous vousappercevezfans doute ,
queje voudrois vous donner une
idée des Herospar des comparatfens des uns aux autres ; mais
US
14 MERCURE
que ce deffein feroit vaſte , &
qu'il feroit étendu ; il m'engageroit à rappeller dans vos efprits
tous les Heros qui ont brillé , &
qui brillent encore dans tous les
Arts & dans toutes les Sciences :
ce ne feroit que charger ma
memoirepourlaffer vos patiences :
le refpectqueje dois à voftre attentionprefcrit à monfujet des bornes
plus étroittes il m
; m'oblige nonfeulement à me fixer au plus
glorieux de tous les Arts , je
veux dire à l'Art Militaire ;
mais encore pour éviter l'ennuy
d'un trop long récit , à ne choifir
parmi les Herosde la Guerre les
SGALANT
15
plus renommez que quelques- uns
de ceux à qui leurs fameux exploits ontmeritéle nom de Grand:
mais dans les loüanges que je
leur donneray ,
j'efpere que de
vous-même vous trouverez dequoy remplir àproportion l'Eloge,
de tous les autres , &c'eſt là le
Plan de ce Difcours dans lequel ,
aprés avois tracé l'idée des Grands
Heros de l'antiquité, je tâcheray
de vous donnercelle du plus grand
de tous dans lefiecle prefent.
Voicyce qu'il dit dans fa
premiere partie.
Une des plus fortes paffions
& qui a le plus occupé le cœur
16 MERCURE .
des Grands de l'antiquité, &même de tous les temps ; c'eſtoir le
defir de fe diftinguerpar les Armes , & deſefaire par leur Epée
plus grand que un nom encore
la
celuy qu'ils avoient déja par leur
naiffance ; ils laiffoient pour la
plupart aux Orateurs l'Art du
Difcours , aux Philofophes l'étudedes Sciences , aux Politiques
Ladminiftration des Etats
gloire de tous ces Heros de Litterature de Miniftere , n'excitoit guerre leur noble émulation
quelquecharme même qu'elle eut
pour quelques uns ce n'étoit
qu'un amusement de Paix & de
·
יך
GARANT 17
repos ;toutt cédoit au premierpref=
fentiment de Guerre qui les raviffoit , ilsfe fentoient comme d'euxmême transportez dans le champ
glorieux des Combats , & ils
voloient pour l'arrofer quelques
fois de leur fang, & y cueillir
furun tas de morts
من
de bleſſez
les Lauriers & les bonneurs du
triomphe.
Cette ardeur Militaire qui
dans le cœur des Potentats , à
prefque toujours efté une envie
prodigieufe de dominere de
s'étendre , une ambition démesurée.
de s'élever au deffus de la condition humaine , a toujours efté une
Février 1710.
B
18 MERCURE
fuitefatale de l'orgueil du premier
des mortels ; mais elle ne laiffe
pas auffi deftre dans les deffens
de la fageffe éternelle , qui doit
tout raporter à fa gloire : elle ne
laiffe pas , dis-je , d'eftre comme
un caractere de divinité , imprimée dans l'ame des Souverains ;
caractere dont les traitsfe repandansfurla gloire de leurs actions ,
comme fur la majesté de leurs
perfonnes , nous porte à les respecter tous , non-feulement comme les
images éclatantes de l'Etre fuprémequilesfoutient fur le Trône:
mais encore comme les fujets les
plus nobles les plus dignes
GALANT 19
une
deftreparreprefentation en qualité
de demi- Dieux de la terre
partie de ce qu'eftpar luy même le
grand Souverain de l'Univers
en qualité de Dieu des Armées.
La gloire desgrands Conquerans , ayant donc toujours en deux
faces , qu'on pouvoit envisager,
l'une humaine , l'autre divine ;
l'une qui a des taches , l'autre qui
les couvre , mais qui ne les leve
les pas ; ayant à commencer par
Heros de l'antiquité , ne nous ar
reftons point icy à blâmer ou à
louer trop leurs Conqueftes ; tachons feulement de relever leurs
perfonnes , &fans examiner d'a
Bij
20 MERCURE
A
bord, fi l'ardeur qui les animois
eftoit injufte ou legitime ; parmy
quelques- uns de ceux qui ont paſſé
pour les plus grands donnons la
preference àdeuxfeulement ; mais
choififfons-les bien , afin qu'en étalant leur gloire on ne puiffe rien
penfer de grand de celle des autres
qui nefe trouve dans la leur , &
qui ne juftifie noftre deffein de ne
parler que
"
d'eux.
Il parla enfuite d'Alexandre
& deCefar, & dit tout ce que
l'on en pouvoit dire. Il fit voir
qu'ils avoient eu toutes les
grandes qualitez qui ont fait
le merite des plus grands He-
GALANT! 21
{
ros des ficcles paffez , & aprés
enavoir fait un portrait , &de
la reffemblance de leurs acstions , il dit : It me femble
quevous balancez & que vous
attendez que je decide ? Hé!
qu'importe Meffieurs , lequel des
deux Heros d'Alexandre ou de
Cefarfut le plus grand dans les
fiecles paffez , fi le fiecle prefent
nous en offre un plus grand que
tous les deux enfemble , &
par confequent le plus grand de
tous le Heros ; quel eft il donc ce
Heros; vous l'allez bien- toft voir
paroiftre dans toutefa gloire.
Il entra enfuite dans fa feمن
22 MERCURE
conde partie , & dits
combats par
Au-deffus de cette haute va
leur qui parcourt le monde pour
combatre pour vaincre ; je place
celle d'un Heros qui commence fes
la justice , & qui
terminefes victoires par la moderation ; qui protegefes Alliez par
La puiffance , & qui fe foutient
luy-méme parfa grandeur : Elevez icy vos efprits , Meffieurs ,
j'ay de grands évenemens à vous
reprefenter, je n'ayplus à vous
cacher de grands défauts en vous
montrant de grands courages.
Je ne parleray plus icy de ces
Heros impetueux , quiportantpar
GALANT 23
tout les armes de l'injustice & les
faifant marcher fous les Enfeignes de la Valeur & de la Generofité, raviffoient noſtre admiration avec autant de rapidité qu'ils
ravageoient les Campagnes ; c'e
toient des foudres terribles qui ne
fondoientfurla terre avec vûteffe,
que par l'impuiffance de s'arrefter ;
c'eftoient des tourbillons qui ramaffant tout ce qu'ils trouvoient à
leurrencontre ,fe groffiffoient euxmêmes , &ferendoient plus violens? Je parle d'un Heros digne de
toute loüange, & je commence d'a
bord par vous dire qu'armé de
juftes prétentions contre d'injuftes
24 MERCURE
refus , il entreprend la guerre en
Roy & nonpas en Ufurpatenr ; il
affemble fes Magiftrats avant que
de lever fes Troupes , ne met
LesArmées en Campagne , qu'aprés les avoir mifes fous la protection des Loix.
a
Aces mots , Meffieurs , vous
reconnoiffez Louis le Grand ;
ehpourriez- vous penfer à quelqu'autres cePrincegenereuxjouiffoit àpeine de la Paix par un heureux mariageavecl'Infante d'Ef
pagne , que porté à la guerre par
l'inftinct pour ainfi dire defa valeur , il regardoit avec inquietude
fes armes dans le repos ; mais il
aimoit
GALANT 25
aimoit mieux les laiffer languir,
que de lesfairefervir à l'injuftice.
à l'ambition ; c'eſt ainſi qu'il
retenoit dans une amere tranquillité , les premiers feux de fa jeuneffe ; lorfque le Roy d'Espagne
avec une ame moins guerriere
mais plus intereffée luy difpute les
droits inconteftables de la Reine
fon Epoufe: quefera- t- il ?Se prefentera-t- il d'abord avec l'épée ?
Non, il commandera àfa valeur
d'attendre ladecifion des Loix, &
les Loix confultées ordonnent àfa
valeur attentive à leurs ordres ,
defoutenirfa caufepar les armes?
Le ciel n'ayantpermis cette injufFévrier 1710.
C
26 MERCURE
tice dela part de l'Espagne , qu'a
fin que les Peuples de divers
Royaumes appriffent combien ce
fage & puillant Heros fçavoit
joindre à la force de reprimer fes
ennemis , le pouvoir de retenirfon
indignation : le voila donc qui remet à la Fuftice la direction defon
courage : allez , Prince , allez où
cette Reine des Loix portera voftre
Bouclier ; allez lancer vos foudres fur une Nationfuperbe , tant
qu'elle ne prendra confeil que de
l'obftination defes armes : ce ne
fera de fa part que Troupes affoiblies ,
que Soldats tombez aux
pieds des voftres ; mais dés qu'elle
GALANT 27
ferangera fous les loix de l'équi
té pourfe reconnoiftre , ce nefera
de vostre part qu'excés de generofité ? en vain la Fortune vous
ouvrira-t-elle le paffage à la conqueſte de l'Univers , voftre courage nefera pas las de vaincre ;
mais voftre grandeur d'ame vous
fera croire que vous avez affez
vaincus vous arrefterez vos cour
fes rapides au milieu des combats ,
par untrop grand respect pour
les Loix, vous rendrez unepartie
de vos conqueftes de peur qu'elles
n'ayent à vous reprocher que vous
vouliez trop étendre vos prétentions ? ô Prince , ô Heros valeuC ij
28 MERCURE
reux moderé tout enſemble 3
qui aime mieux ceder les droits de
la guerre que d'eftre foupçonné
d'avoirfailli contre les regles de
la Fuftice ? Loy , Meffieurs je
cherche Alexandre & Cefar , je
les trouve , peut - eftre , Grand
Roy, dans les Combats à vos côtez, poury voir des Villes mais
des plus fortes prifes dans deux
jours , des Provinces entieres reduites en deuxfemaines ; mais je
les perds &je les vois fe retirer
faifis d'étonnement à la vuede cet
excés pour ainfi dire de moderation , qui limite fi promptement la
portée de voftre valeur ? qu'il ne
GALANT 29
paroiffe donc ici , mais pour cette
fois feulement , que lefeulRoyde
Lacedemone , qui ne vouloit d'autre avantagefurfes Sujets , fi ce
n'est qu'il luyfut permis d'efre
plus vaillant , & de faire moins
qu'eux de faute contre les Loix.
Quej'aimerais à vous repreſenter ce grand Monarque , dans
d'autres Campagnes à la tefte d'une nombreuse Armée , preffant la
Fortunefans luy donner du relashe , paffant en Maiftre du monde par les Etats de plufieurs Souverains fans prefque s'enquerir fi
l'on veutfouffrirfon paffage ,
portantpar tout le flambeau de la
C
iij
30 MERCURE
guerre fans laiffer languir le feu
de faprofperité je vous compterois plus de trente Villes munies
&fortifiées , renduës à l'aspect
du Vainqueur, & prefque toutes
fans mursabatus & fans combats
donnez , effrayées feulement de
• fon grand nom, & tachant avec
les Peuples voisins , d'apaifer fa
・jufte colére en foumetant leurs
teftes à fa puiffance , & leur
cœur àfa bonté; je vous montrerois des Villes forcées malgré leurs
vigoureuses refiftances ? hé commentn'auroient-ellespas enfin cedé
à des Armes fi feures de leurs
coups , je rappellerois encore icy
GALANT zi
1
les élements forcez , les faifons
bravées , &la nature foumife en
quelque forte à fon épée , mais
Alexandre , & Céfar , ſe pouroient peut-être reconnoistre à fes
traits ; je ne veux plus loüer
en Louis le Grand , rien de ce qui
peut aprocher de luy les autres
Heros ? difons donc quelque chofe
de plus.
Unde ces efprits qui tiennent
leur fiecle en de perpetuelles agitations , & qui excitent les orages
dans la ferenité des plus beaux
jours un de ces efprits capables
de remuer de grandes machines
d'ébranler les Etats ; un de
C iiij
32 MERCURE
ces efprits qui ont toujours att
milieu de la Paix le cœur armé
la volonté ambitieuſe un
Prince heretique , car enfin fi
nous ne voulons pas le nommer ,
il faut du moins le défigner ; un
Prince , dis-je , inquiet de vivre
comme un autre Efau par fon
épée ,fe mer en tefte de vivre
parle Sceptre: il trame des deffeins
prodigieux que nul n'auroit pu
croire , parce que nul autre n'auroitpu les imaginer , il les communique aux Puiffances confederées
il les conduit fifourdement à
fesfins qu'à la tefte d'une Armée
Navale il entreprefque invifible
GALANT 33
en Angleterre ; d'abord il fe fait
jour dans les vaftes appartemens
du Roy , prendfierementſaplace
vis- à- vis de fon Trône , &partage avecluy lefuprême honneur;
dans peu l'Anglois , grand amateur des nouveautez , retire fon
obéiffance du Monarque , &la
transporte à l'Ufurpateur , &
tout d'un coup l'injuſte & aveugle Fortune , féparant les bons
fuccésde la bonnecaufe , le Prince Proteftantfe faifit de la Couronne du Prince Catholique.
› Grandeur de la gloire magranime de mon Roy , où cftes- vous
àprefent ? la voila , Meffieurs
34 MERCURE
quifort defon Palais , pour tendrela main àce Potentat defcendu
de fon Trône ; c'eſt une Majeſté
puiſſante , qui va au-devantd'une
Majefté opprimée; c'est un Prince
qui entouré de fa Cour, & revêtu defapropre Grandeur , s'arvance pour relever un Prince infortuné, poufféfur nos bordsfeulement par quelques flots officieux
de la mer; il neperdpointdetemps
pourfoulagerfa douleur , il effuye
fes larmes par des marquesfenfi
bles de l'affection de fon cœur ;
il
le reveft de tous les ornemens de la
Royauté; il luy donne un Trône
dans un defes Palais , &arraآن
GALANT 35
chepour ainfi dire d'entre les mains
du Deftinfa Royale Famille : refolu jufques à la fin de fes jours
de leurfaire part defes trefors &
defa fortune.
Je voudrois bien vous faire
voir icy tous deux grands defolateurs des Rois & des Royaumes ; vous Alexandre , qui venez
de nous faire compter pour beaucoup les honneurs que vous avez
rendus à une Reine captive fous
lejougde vos armes tandis qu'elles
eftoient injustement tournées contre le Roy fon Epoux ; & vous
Céfar , dont un des plus grands
traitsfut; de rendrele Trône d'un
36 MERCURE
frere àunefœur, pour la rendre
elle-même par cette espece de
generofité l'objet de vos amours.
&de vos profufions ; mais li je
ne puis vous voir icy en perfonne
j'y vois du moins vos ombres gémiffantes de douleur d'apprendre
qu'il y afur la terre dans l'ame
d'un plus grand Conquerant que
vous , une plus grande generofité
que la voftre.
Reduirons- nous à cette action
genereufe la Magnanimité de
noftre Heros ? non , Meffieurs
quifçait réfugier un Roy en peut
bien foutenir un autre , l'entreprife eft difficile mais elle eft
GALANT 37
jafte l'execution eft prompte mais
elle eft de Louis le Grand, un Roy
mourant nommefon Succeffeur il
faut le luy donner.
1
url
Les paroles d'un Souverain
au lit de la mortfont des Sentences depolitique, & les Peuples y
font attentifs , comme àdes Arrefts
prononcez gloire de l'Etai?
le Roy d'Espagne meurt fans
enfants , il déclare Heritierde
fes Royaumes un Fils de France?
tes Espagnols empreffez le demandent à Louis le Grand , &
Louis le Grand , comment le leur
envoit-il , avec une portion de
cettefageffe dont il fait des leçons
38 MERCURE
à toute l'Europe , aveclesconfeils
de cette prudence , qui rend l'obéiffance affectionnéepar la douceur du commandement, avec cette
grandeur d'ame qui le rend fuperieur à tous les Heros , ce n'eft
pas affez avec cette grandeur
d'ame qui le rend Louis le Grand,
Philippe V. enrichi de tous ces
J
nobles prefens du grand Royfon
ayeul , entre en Triomphe dans
toutes les Villes d'Espagne , &
toutes les vertus l'yfuivent ; mais
fes Ennemis , Ennemis de la
juftice , & de la veritable
deur, l'y attaquent.
gran
*Et que font-ils , ils entretien-
CALANT 39
nent des intelligences avec quelquesfactieux , qui affemblent des
nuagesfurfa tefte, ils s'emparent
foit par rufe foit parfureur foit
par irreligion , toujours par
injustice , de quelques Royaumes
éloignez du Siege defon Empire:
mais que n'auront ils pas à craindre , grandPrince , lorsqu'ils verront voftre Majesté s'aprocher de
vos Troupes , pour ranimer leur
valeurpar voftre prefence : autrefois dans une Guerre contre les
Gaulois , il nereftoit auxRomains
d'autre efperance , qu'an Capitole
affiegé, & en Camille banni , &
neanmoins ils repoufferent ces
40 MERCURE
fiers Ennemis , vous voftre
efperance est encore toute entiere ,
dans la poffeffion de vos plus
grand Royaumes , dans le cœur
de vos meilleurs Sujets , dans
l'affection de vos Troupes , dans
la force de voftre bras , dans la
confiance en des Victoires remportées , dans la protection de Louis
le Grand: vous diffiperez à lafin
les Germains & leurs Confederez.
Vous foupirez cependant ,
Peuples foumis , à la puiſſance
de ce jeune Roy , & nous peuteftre auffi avec vous : car enfin
que voyons nous depuis quelques
GALANT 41
années , le glaive du Tout- Puiffant eft entre les mains de fes
Ennemis , la Victoire s'égare , &
il luy eft permis de fe ranger fous
des Drapeauxprefque tous Heretiques , de prendre parti contre
les Armes défenfives même de la
Religion : mais ne nous laiffons
pasicy abattrefous les coups d'une
legere infortune ? en vain nes
Ennemis veulent-ilsfe perſuadër,
queces revers nous arrivent pour
enorgueillir leurs Armes nous
fommes comme convaincus ,
c'eft pour montrer à tous les Rois
à tous les Peuples, la grandeur
de Louis le Grand dans tous fes
Février 1710. D
que
42 MERCURE
points de veuë on ne l'avoit
ven jufques alors ce Monarque
que dans la profperité , &ilne
luy manquoit rien pour paroître
plus grand que les autres : mais
il luy manquoit un changement.
de fortune pour paroître en un
fens plus grandqu'il n'avoit encoreparu : nous l'avions veu Victorieux defes Ennemis , vaincre
fonpropre bonheur mais nous ne
L'avions pas encore affez ven ſe
vaincre foy - même , nous fçavions ce qu'ilfçavoitfaire , mais
nous nefçavions pas ce qu'ilfçavoitfuporter; il avoitparu peutêtre trop beureux, maisfans per-
GALANT 43
dre la moderation ilfaloit qu'il
parut moins heureux : mais fans
perdre laconftance.
Qu'il eft peu de ces ames égales,
faites à l'épreuve de toutes les revolutions de cette grande rouë fur
laquelle tourne toutce qu'on appelle
grands évenemens ; mais lafageffe
active e vigilante de Louis le
Grand voit changer de face à la
Fortune , fans permettre à fon
cœur de changer defituation , comme s'il n'avoit jufques alors mé
nagéles bons fuccés que pourexercer fa prefence d'efprit à foûtenir
les mauvais ; bé que feait - on ?
peut - eftre même qu'il craignoit
Dij
44 MERCURE
pour fon ame la durée defes prof
peritez & qu'il avoit demandé
quelquefois de n'eftre pas toujours.
vainqueur de fes ennemis , pour
s'exercer dans cet Art fi difficile de
vaincre l'adverſité ; ainfi lagrandeurdefoname foûtenant nos efperances , ranime la fermeté de nos
fameuxGuerriers qui commencent
déja à regarder le glorieux avan
tageremportéfur un nombre affez
grand de nos ennemis en Alface ,
la glorienfe retraite de noftre
Armée en Flandres , comme des
prefages prefque infaillibles d'un
nombre prefque infini de Victoires.
GALANT 45
+
Je finis , Meffieurs mais n'al
lez point me reprocher , que
pour faire unplus grand éloge de
Louis le Grand , il falloit le
prendre de plus haut , remonter
jufques auTrône des Clovis , des
Saint Louis , des Charlemagne ,
comparer même ces grands Rois ,
avec les Conftantin &les Theodofe , & chercher jufques dans
leurs Tombeaux , les femences de
la valeur &de lagrandeurd'ame
de Louis le Grand : Il est uray ,
Meffieurs , que fa gloire com
mençoit a fe produire à fe
mais comme il former
en
n'y en apoint excepté S. Louis ,
46 MERCURE
en qui la fortune ait affemblé
tant d'événemens divers , il eftoit
important dans les conjonctures
prefentes , de mettre fes actions a
part, &de ne pas confondre dans
la concurrence de leurs grands
noms , celuy dont la gloire remonte
juſques à eux , avec autant d'éclat qu'elle en eft defcendue : c'eft
donc fans rien diminuer de leur
gloire , que Louis le Grand eft
plus Grand que tous les autres
Heros ; plus grand par rapport
la vaillance, parce qu'il a triomphé
même defon bonheur, dans laprofperité de fes armes plus grand
par rapport à la generofité & à
à
GALANT 47
la grandeur d'ame non -feulement parce qu'il a donné azile à
unRoidépouillé de fes Etats ; nonfeulement parce qu'il a maintenu
un Prince de fa famille fur un
Trôneétranger,mais encore parce
que dans une interruption debonheur,fon cœur s'eft mis au- deffus
des injuftices de la Fortune.
AU ROY..
! Oui , SIRE, *
Vous eftes leplusgrand de tous
les Heros , pour dire encore
48 MERCURE
vous quelque chofe de grand que
nous n'avons pû dire , le nom de
LOUIS LE GRAND renfermant
toutes les qualitez d'unfouverain
Heros , trouvera quelque chofe
de foy dans les noms particuliers
quepourront prendre dans lecours
des temps , pour caracterifer leur
propregrandeur , quelques- uns des
Rois qui fuivront VÔTRE MAJESTE' fur le Trône ; il fe trouvera ce grand nom , mais comme
divifé , dans ceux qui par leur
valeur porteront le nom de Magnanime, dans ceux qui par leur
demence feront reconnus pourPcse des Peuples ; dans ceux qui
par
GALANT 49
par leur zeleferont appellez Deffenfeurs de la Religion ; dans
ceux qui par leur vertu feront
avouez pour Princes Pieux ; &
dans ceux qui dans les temps infortunezferont qualifiez d'İntrepides ; ainfi voftre grand Nom,
allant pompeufement de fiecle en
fiecle , vivra avec éclat tant qu'il
yaura , comme ily en aura toujours , de grandes vertus affifes
fur le Trone ; & tandis que l'Antiquitéfera occupée dans les Hiftoires de fes Conquerans , àplaindre le trifte fort d'Alexandre
de Cefar , tous deux fatalement.
arrachez à la vie , la Pofterité
Février 1710.
E
50 MERCURE
fera retentir lagrandeur de vostre
Ame, dans tous les grands énjenemens de voftre Regne , ne cefferajamais d'admirer unefi belle
vie, dont la Parque filera encore
refpectueufement les jours gloricux, & au de- là de ceux de
David , jufqu'à l'extremité d'une
longue carriere.
"
A MONSEIGNEUR.
MONSEIGNEUR,
Digne Fils du plus grand des
"Heros qui fe reproduit en Vous
vous avezla même valeur , vous
GALANT SI
joignez la même prudence , &
Les Peuples reffentent pour vous
le même amour qu'ils ont pourfa
Sacrée Perfonne.
pronsVous avez , MONS EIGNEUR, la même valeur; quelle
femente pour ainfi dire de triomphes , n'a- t-elle pasjetté dans vos
premieres Campagnes , quel trophée Philifbourg, monument éternel d'une vaine refiftance à vos
forces ; quel trophée , dis-je , n'at- il pas érigé à l'honneur de vôtre
gloire, quelle vive ardeur n'a pas
animée vos courſes conquerantes
du Palatinat ; & quel torrent de
réputation auroit jamais púfuiE ij
52 MERCURE
vrelarapiditéde vosVictoiresfila
fageffe du Roy n'avoit agi comme
de concert avec la Providence ,
pour retirer du peril une vie fi
neceffaire àfes Sujets , &pourne
plus expofer au Champ de Mars
un Heros qui doit à coté defon
Trônefoutenirle poids defa Cou
ronne.
Ala même valeur vous joignez la même prudence ; & où
Monfeigneur , vous auroit- elle
manqué cette prudence ; feroit-ce
dans les Armées où vostre bras
agiffoit autant par voftre efprit
que par voftre cœur , où les Soldatsfuivoient vos ordres avec vos
GALANT 53
exemples , & où vous ne laiffiez
rien prévenir par la Fortune , de
tout ce quipouvoit eftreprévúpar
voftre attention :feroit- ce au Confeil , où quelquesfois les plus éclairez ne verroient peut- eftre que de
loin les chofes les plus importantes
fi vous ne les mettiez vous- même
dans leur point de vue, pour les
leur montrer de plus prés.
Les Peuples ont pour vous ,
Monfeigneur , le même amour
que pour Sa Majesté : ils cherchentfur voftre vifage les preſages de leur bonheur à venir ; ils
croyent appercevoir dans vos yeux
dans vos regards , le fondeD iij
54 MERCURE
ment des efperancespubliques , &
l'air affable & plein de bonté,
fous l'appas duquel vousprévenz ceux qui ont l'honneur de
ous approcher, devient le charme attrayant qui gagne nos cœurs
&forme les douces chaînes qui
nous lient avec paffion à vostre
Augufte Perfonne.
Ainfi , Monfeigneur , Heros
par voftre Augufte Pere , Heros
par vous - même , Heros encore
dans vos Defcendans ; voftregloireferafans fin dans la Pofterité
comme elle eft à prefent fans mefure.
GALANT 55
Dés qu'il ' eut fini il s'éleva
dans l'Affemblée un concert
de es a
fit voir que
l'Orateur est heureux lorfqu'il
a pour objet ces merites éminents , univerfellement reconnus , & aplaudis de tous.
Il fit enfuite , felon la coutume , les Eloges de Mr l'Archevêque de Lyon ; de Mr le
Maréchal de Villeroy Gouverneur de la mêmeVille ; de Mr
le Duc de Villeroy fon fils ;
& ceux de Mr l'Intendant ;
de Mrs les Comtes de Lyon;
de Mrs de la Cour des Monnoyes ; de Mrs les Treforiers.
E
iij
56 MERCURE
9
de France ; de Mrs les Elûs ;
de Mr le Prevôt des Mar
chands ; de Mrs les Echevins ;
& de Mrs les Confuls.
Vousdevezjuger que l'Affemblée eftoit des plus nom- .
breuſes , & que l'Orateur futs
long , ayanteu à parler de tant
d'Auguftes Perfonnes , & de
tant d'Illuftres Magiftrats , &
ce qu'il y eut de furprenant fut
qu'il n'ennuya pasunmoment,
& que dans tout ce qu'il dit
le caractere de toutes les perfonnes dont il parla , fut no
blement , & ingenieuſement
mis dans fon jour.
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Résumé : Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Le texte relate la prononciation annuelle d'un discours à l'Hôtel de Ville de Lyon, le jour de la fête de Saint Thomas, en présence de l'archevêque, de l'intendant, des comtes de Saint Jean et des compagnies de la ville. Cette année, le discours a été prononcé par le fils de Monsieur Yon, seigneur de Jonage, récemment nommé premier échevin malgré ses fonctions de secrétaire du roi. Le discours a reçu de grands applaudissements. L'orateur commence par une réflexion sur la grandeur de la tâche entreprise, reconnaissant la faiblesse humaine mais espérant que la noblesse du sujet donnera du relief aux paroles. Il critique l'erreur commune de surévaluer les mérites des personnes célèbres du passé pour diminuer la gloire des contemporains. Il cite des poètes et des philosophes pour illustrer cette erreur et affirme que la gloire des contemporains est souvent méconnue. L'orateur se propose de rendre justice à tous les mérites, anciens et modernes, en louant les grands hommes actuels autant que ceux du passé. Il se concentre sur l'art militaire et choisit de parler des héros les plus renommés, en particulier Alexandre et César, dont il vante les grandes qualités. Cependant, il introduit la figure d'un héros contemporain, Louis le Grand, qui incarne la justice, la modération et la grandeur d'âme. Louis est décrit comme un roi qui entreprend la guerre avec justice, respecte les lois et fait preuve de générosité même dans la victoire. Le texte célèbre la grandeur et la magnanimité de Louis le Grand, roi de France. Il le compare à des figures historiques comme Alexandre le Grand et Jules César, mais souligne que Louis dépasse ces héros par sa modération et sa générosité. Le texte décrit plusieurs exploits de Louis, notamment son refus de tirer avantage de ses sujets et sa capacité à inspirer la peur et le respect sans combat. Il mentionne également des campagnes militaires où Louis a conquis de nombreuses villes par sa seule réputation. Le texte évoque ensuite une menace potentielle d'un prince hérétique qui trame des plans ambitieux pour s'emparer du trône d'Angleterre. Louis est présenté comme un défenseur des rois opprimés, prêt à soutenir un monarque déchu et à lui offrir refuge et soutien. Le texte souligne également la sagesse politique de Louis, qui a su gérer les revers de fortune avec constance et sagesse. Il mentionne la mort du roi d'Espagne sans héritier et la nomination de Philippe V, fils de Louis, comme successeur. Malgré les attaques des ennemis de la justice, Louis reste un modèle de grandeur et de prudence. Enfin, le texte conclut en exaltant la grandeur de Louis, comparée à celle des plus grands rois de l'histoire. Il prédit que le nom de Louis le Grand sera synonyme de toutes les vertus royales et que sa mémoire sera célébrée pour sa vie exemplaire et ses actions héroïques. Le discours s'adresse également à un haut dignitaire, louant ses qualités et ses actions. L'orateur souligne la prudence et l'esprit stratégique du destinataire sur le champ de bataille, où ses soldats suivent ses ordres et ses exemples, et où il anticipe les événements grâce à son attention. Il mentionne également son rôle au conseil, où il éclaire les décisions importantes. Les peuples éprouvent pour lui un amour similaire à celui qu'ils portent à leur souverain, voyant en lui les signes de leur bonheur futur et étant charmés par sa bonté et son affabilité. Le discours célèbre également la lignée héroïque du destinataire, soulignant qu'il est un héros par son père, par lui-même et par ses descendants, et que sa gloire perdurera dans la postérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1750
p. 57-61
Autre Article qui renferme aussi un Eloge de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Début :
Je ne dois pas diferer plus long-temps à vous envoyer [...]
Mots clefs :
Éloge du roi, Amour
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texteReconnaissance textuelle : Autre Article qui renferme aussi un Eloge de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Je ne dois pas diferer plus
long- temps à vous envoyer
l'Eloge du Roy que vous allez
lire , puifqu'il eft tiré de la fin
d'une Lettre Circulaire du
Pere Epiphane , Recolet , qui
asparu au commencement de
cette année. Aprés avoir parlé
de plufieurs chofes qui regardent,fon Ordre, il dit :
Demandez à Dieu les graces
quifont neceffaires augrand Monarquedes François , à ce Roy qui
fera àjamais le modelle des Rois
juftes clemens , qui dans tous
les tempsd'un regne finon toûjours
heureux du moins toûjours
a
te
$8 MERCURE
tous les
glorieuxpar raport à l'usage qu'il
afait de la profperité & de l'adverfité; qui a toujours marqué un
amour conftant &fincere pourfon
Peuple ; amour auquel il afouvent facrifié fagloire
avantages qu'ilpouvoit tirer dé
fes exploits militaires ; amour enfin dont il vient de donner des
marques refcentes àfon cher Peuple dans ces temps de fterilité, par
les foins & les moyens que fa
tendreffe paternelle luy fuggere
pour le ſecourir à propos & diligemmentdansfes befoins . Elevez
donc vos mains vers le Ciel pour
ce Prince le plus grand de tous les
GALANT 59
Heros , le meilleur de tous
les peres, & dont le glorieux nom
de Louis lele Grand ,, renferme
toutes les qualitez d'un Souverain accomply ; fouvenez vous
dans vos prieres d'un Monarque
qui vivrajuſqu'à la fin desficcles
dans ceux quipar leur valeur porteront le nom de Magnanimes ;
dans ceux qui par leur clemençe
Seront appellez Peres des Peuples; dans ceux qui par leur zele
feront appellez Defenfeurs de la
Religion ; dans ceux qui par leur
vertus feront appellez Princes
Pieux enfin dans ceux qui
par les infidelitez de la fortune
•
60 MERCURE
feront appellez Intrepides ', en
les foutenant avec conftance ,
implorezfans ceffe le fecours de
Dieu pour ce bon Princep
Jamais les François n'ont
temoigné plus d'amour pour
leurs Souverains qu'il en ont
montré, & qu'ils en font voir
encore tous les jours pour
Louis le Grand. Rien ne leur
échape de tout ce qui l'a rendu
digne de ce furnom , & ils ont
toujours fait des Eloges de ce
Prince dans toutes leurs actions
publiques convenablés au
temps & à la grandeur & aux
vertus d'un Monarque qui a
GALANT 61
toujours triomphé de toutes
manieres , & remporté autant
de Victoires fur luy même
que fur les Ennemis
long- temps à vous envoyer
l'Eloge du Roy que vous allez
lire , puifqu'il eft tiré de la fin
d'une Lettre Circulaire du
Pere Epiphane , Recolet , qui
asparu au commencement de
cette année. Aprés avoir parlé
de plufieurs chofes qui regardent,fon Ordre, il dit :
Demandez à Dieu les graces
quifont neceffaires augrand Monarquedes François , à ce Roy qui
fera àjamais le modelle des Rois
juftes clemens , qui dans tous
les tempsd'un regne finon toûjours
heureux du moins toûjours
a
te
$8 MERCURE
tous les
glorieuxpar raport à l'usage qu'il
afait de la profperité & de l'adverfité; qui a toujours marqué un
amour conftant &fincere pourfon
Peuple ; amour auquel il afouvent facrifié fagloire
avantages qu'ilpouvoit tirer dé
fes exploits militaires ; amour enfin dont il vient de donner des
marques refcentes àfon cher Peuple dans ces temps de fterilité, par
les foins & les moyens que fa
tendreffe paternelle luy fuggere
pour le ſecourir à propos & diligemmentdansfes befoins . Elevez
donc vos mains vers le Ciel pour
ce Prince le plus grand de tous les
GALANT 59
Heros , le meilleur de tous
les peres, & dont le glorieux nom
de Louis lele Grand ,, renferme
toutes les qualitez d'un Souverain accomply ; fouvenez vous
dans vos prieres d'un Monarque
qui vivrajuſqu'à la fin desficcles
dans ceux quipar leur valeur porteront le nom de Magnanimes ;
dans ceux qui par leur clemençe
Seront appellez Peres des Peuples; dans ceux qui par leur zele
feront appellez Defenfeurs de la
Religion ; dans ceux qui par leur
vertus feront appellez Princes
Pieux enfin dans ceux qui
par les infidelitez de la fortune
•
60 MERCURE
feront appellez Intrepides ', en
les foutenant avec conftance ,
implorezfans ceffe le fecours de
Dieu pour ce bon Princep
Jamais les François n'ont
temoigné plus d'amour pour
leurs Souverains qu'il en ont
montré, & qu'ils en font voir
encore tous les jours pour
Louis le Grand. Rien ne leur
échape de tout ce qui l'a rendu
digne de ce furnom , & ils ont
toujours fait des Eloges de ce
Prince dans toutes leurs actions
publiques convenablés au
temps & à la grandeur & aux
vertus d'un Monarque qui a
GALANT 61
toujours triomphé de toutes
manieres , & remporté autant
de Victoires fur luy même
que fur les Ennemis
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Résumé : Autre Article qui renferme aussi un Eloge de Sa Majesté, [titre d'après la table]
Le texte est une lettre annonçant l'envoi d'un éloge du roi Louis XIV, extrait d'une lettre circulaire du Père Épiphane, Recolet, publiée au début de l'année. Le Père Épiphane prie pour les grâces nécessaires au roi, qu'il décrit comme un modèle de justice et de clémence. Louis XIV est loué pour son amour constant et sincère pour son peuple, même au détriment de sa gloire personnelle et des avantages militaires. Le texte mentionne les efforts du roi pour secourir son peuple durant les périodes de stérilité. Il appelle à prier pour ce monarque, qualifié de 'Louis le Grand', dont le nom englobe toutes les qualités d'un souverain accompli. Les Français sont décrits comme ayant toujours témoigné un grand amour pour leurs souverains, et particulièrement pour Louis XIV, dont ils célèbrent les vertus et les victoires dans leurs actions publiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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