Résultats : 2269 texte(s)
Détail
Liste
851
p. 1533-1535
Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
Début :
LE THEATRE DES PASSIONS ET DE LA FORTUNE, ou les Aventures surprenantes [...]
Mots clefs :
Aventures, Peinture des passions, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
LF
E THEATRE DES PASSIONS ET DE LA
FORTUNE , ou les Avantures surpre
nantes de Rosamidor et de Théoglaphyre ,
Histoire Australe. Par M. de Castera. A
Paris , rue S. Jacques , chez Henry , 1731 .
in 12.de 352. pages , sans l'Epitre au Com
te de Clermont , et sans la Préface.
Ce Livre est un tissu d'Avantures assez
nouvelles ; l'Auteur s'est proposé d'y faire
une peinture des Passions les plus vives ,
qui puissent agiter le coeur humain , et
de montrer dans quels précipices elles
nous entraînent , lorsqu'aucun frein ne
les arrête ; mais comme dans un Tableau
les ombres et le clair se prêtent mutuel
lement de la force , il a pris soin d'op
II. Vol, F poser
1534 MERCURE DE FRANCE
poser au vice differens caracteres de vertu ,
afin qu'en voyant ce qu'on doit imiter ,
on envisage avec plus d'horreur les éga
remens qu'on doit fuir ; au reste , ceci
n'est point un Roman , c'est un Recueil
de plusieurs évenemens veritables , dont
les principaux ont été puisez dans l'His
toire Anecdote du quinziéme siecle , mais
ils sont rapportez sous des noms qui les
déguisent , et qui pour la plûpart dérivent
du Grec et du Latin ; ainsi ces noms ont
une valeur secrette , qui est proportion
née aux lieux ou aux personnages dont il
s'agit ; par exemple , on a nommé Charles
Quint Laocrator , comme qui diroit Mo
narque , qui tient beaucoup de peuples
sous sa domination . Le Corsaire Barbe
rousse , est appellé Rufopogon , mot qui
signifie effectivement Barberousse , ainsi
des autres. En cela on a suivi la Méthode
de Thomas Morus , dans son Utopie , et
Barclay dans le fameux Roman d'Agénis .
Les Sçavans auront le plaisir de dévelop
per le sens de ces noms , qui ne sont point
jettez au hazard , et d'en faire une juste
application ; ceux qui n'entendent ni
Grec ni Latin , n'auront qu'à les prendre
pour des noms imaginaires , tels que ceux
qu'on trouve souvent dans Cléopatre
dans Pharamond et dans la Cassandre ;
1
*
II. Vol.
cela
JUIN. 1731. 1535
cela ne les arrêtera point dans leur lecture;
le style est poëtique , parce que tout l'Ou
vrage n'est qu'une narration faite par un
Philosophe Indien à un jeune Roi qu'il
veut instruire en l'amusant ; chacun sçait
que les Orientaux aiment l'emphase et les
expressions figurées.
ELOGE DE L'AMOUR , dédié à Cupidon .
Par M. A. C ** A Paris , chez Charles
Guillaume, rue du Hurepoix , au Pont sains
Michel , 1731.
DES BEAUX ARTS , &c.
LF
E THEATRE DES PASSIONS ET DE LA
FORTUNE , ou les Avantures surpre
nantes de Rosamidor et de Théoglaphyre ,
Histoire Australe. Par M. de Castera. A
Paris , rue S. Jacques , chez Henry , 1731 .
in 12.de 352. pages , sans l'Epitre au Com
te de Clermont , et sans la Préface.
Ce Livre est un tissu d'Avantures assez
nouvelles ; l'Auteur s'est proposé d'y faire
une peinture des Passions les plus vives ,
qui puissent agiter le coeur humain , et
de montrer dans quels précipices elles
nous entraînent , lorsqu'aucun frein ne
les arrête ; mais comme dans un Tableau
les ombres et le clair se prêtent mutuel
lement de la force , il a pris soin d'op
II. Vol, F poser
1534 MERCURE DE FRANCE
poser au vice differens caracteres de vertu ,
afin qu'en voyant ce qu'on doit imiter ,
on envisage avec plus d'horreur les éga
remens qu'on doit fuir ; au reste , ceci
n'est point un Roman , c'est un Recueil
de plusieurs évenemens veritables , dont
les principaux ont été puisez dans l'His
toire Anecdote du quinziéme siecle , mais
ils sont rapportez sous des noms qui les
déguisent , et qui pour la plûpart dérivent
du Grec et du Latin ; ainsi ces noms ont
une valeur secrette , qui est proportion
née aux lieux ou aux personnages dont il
s'agit ; par exemple , on a nommé Charles
Quint Laocrator , comme qui diroit Mo
narque , qui tient beaucoup de peuples
sous sa domination . Le Corsaire Barbe
rousse , est appellé Rufopogon , mot qui
signifie effectivement Barberousse , ainsi
des autres. En cela on a suivi la Méthode
de Thomas Morus , dans son Utopie , et
Barclay dans le fameux Roman d'Agénis .
Les Sçavans auront le plaisir de dévelop
per le sens de ces noms , qui ne sont point
jettez au hazard , et d'en faire une juste
application ; ceux qui n'entendent ni
Grec ni Latin , n'auront qu'à les prendre
pour des noms imaginaires , tels que ceux
qu'on trouve souvent dans Cléopatre
dans Pharamond et dans la Cassandre ;
1
*
II. Vol.
cela
JUIN. 1731. 1535
cela ne les arrêtera point dans leur lecture;
le style est poëtique , parce que tout l'Ou
vrage n'est qu'une narration faite par un
Philosophe Indien à un jeune Roi qu'il
veut instruire en l'amusant ; chacun sçait
que les Orientaux aiment l'emphase et les
expressions figurées.
ELOGE DE L'AMOUR , dédié à Cupidon .
Par M. A. C ** A Paris , chez Charles
Guillaume, rue du Hurepoix , au Pont sains
Michel , 1731.
Fermer
Résumé : Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
Le texte présente deux ouvrages littéraires. Le premier, 'Le Théâtre des Passions et de la Fortune, ou les Aventures surprenantes de Rosamidor et de Théoglaphyre', est une histoire australe écrite par M. de Castera et publiée à Paris en 1731. Ce livre relate des aventures nouvelles et vise à dépeindre les passions humaines les plus intenses et leurs conséquences. L'auteur oppose le vice à divers caractères de vertu pour souligner les comportements à imiter et à éviter. Bien que présenté comme un recueil d'événements véridiques, les principaux faits sont tirés de l'histoire anecdotique du quinzième siècle, mais sont narrés sous des noms grecs et latins pour les déguiser. Par exemple, Charles Quint est nommé Laocrator, et le corsaire Barberousse est appelé Rufopogon. Cette méthode de nomination suit les exemples de Thomas Morus et Barclay. Le style de l'ouvrage est poétique, car il s'agit d'une narration faite par un philosophe indien à un jeune roi. Le second ouvrage mentionné est 'Éloge de l'Amour, dédié à Cupidon', écrit par M. A. C ** et publié à Paris en 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
852
p. 1545-1551
Giornale de Litterati d'Italia, Tomo II. [titre d'après la table]
Début :
GIORNALE DE' LETTERATI D'ITALIA, Tomo II, Anno 1710. Copia di [...]
Mots clefs :
Critique, Poème héroïque, Journalistes de Trévoux, Imitation, Langue italienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Giornale de Litterati d'Italia, Tomo II. [titre d'après la table]
GIORNALE DE' LETTERATI D'ITALIA. ,
Tomo I I. Anno 1710 .
Copia di LETTERA del Sig. LORENSQ
BELLINI , scritta al sig . Antonio Vallisnieri
nella quale mette in chiaro le vie dell' aria
che si trovano in ogni vuovo , notate ne?
heoi opuscoli nella digressione che fa , de
ovo , ovi aere , et respiratione in genere. ,
dopo la proposizione ottava.
JUSTI FONTANINI Forojuliensis , in Ro
mano Archigymnasio publici Eloquentia
Professoris , vindicia antiquorum diploma
tum adversus Bartholomai Germonii discep
tationem de veteribus Regum Francorum Di
plomatibus & c. Romæ 1705. in 49 .. Pag.
287.
pen
CONSIDERAZIONI sopra un famoso libro
franzese intitolato , la maniere de bien
ser dans les Ouvrages d'esprit &c. divise
in sette Dialoghi ne' quali s'agitano alcune
quistioni Rettoriche e Poetiche , e si difen
dono molti passi di Poeti , e di prosatori Ita
liani condannati dall' Autore Franzese, in
Bologna 1739. in 8º . Pag. 832 .
Le Marquis Gio : Giuseppe orsi , Au
teur de cet Ouvrage , s'attache principa
lement à déffendre les Auteurs de sa na
tion , de la critique qu'en a fait le P. Boù
hours dans sa maniere de bien penser sur
les ouvrages d'esprit. Il prétend prouver
II. Vol
qo
1546 MERCURE DE FRANCE
que ce Critique avoit peu de connoissan
ce des Auteurs Italiens , en faisant d'abord
remarquer , premierement que de tous
leurs Poëtes il n'a nommé qu'une fois en
passant Petrarque , et qu'au contraite il
allegue trés -souvent le Cavalier Marin
et plusieurs autres de plus mauvaise trem
pe , et que parmi les Prosateurs , il n'a
attaqué que ceux qui n'ont aucune ré
putation , secondement › par la bevûë
énorme qu'il a faite d'atribuer à l'Arioste
ces deux vers.
Cosi colui , del colpo nom accorto ,
Andava combattendo , ed era mortos
2
Qui sont du Bornia , ce qui fait tomber
toute sa Critique , puisque ce qui seroit
ridicule dans un Poëme heroïque , peut
fort bien trouver place dans un Poëme
Burlesque.
Della perfetta Poësia Italiana , spiegata:
e dimostrata con varie osservasioni da
LODOVICO ANTONIO MURATORI , tom pri
mo, in Modena 1705. in 4. pag. 599.
tom. secondo ivi , pag. 483 ..
Sur ce que M. Muratori avance ici que
c'est de France que le Cavalier Marini a
aporté en Italie le mauvais goût des.
pointes et des Concerti car ce fut là , dit
il , qu'il composa les ouvrages qui sont le
II. Vol. plus
JUIN . 1731 1547
plus en vogue ; les Journalistes de Tre
voux , dans l'Extrait qu'ils donnerent
pour lors (a ) de ce livre , firent cette ré
fléxion. » On ne peut s'empêcher de se
>> récrier contre l'injustice de cette con
» jecture : que l'on compare les Larmes
» de S. Pierre , traduites par Malherbe de
» l'Italien de Tensile avec les autres Ou
» vrages du Poëte François , on distingue
» ra bientôt le goût de la France des ma
» nieres Italienes . Le Cavalier Marini
» n'a gardé aucune mesure dans l'usage
» des faux brillans : mais il en avoit dans
» le Tasse même des modeles , qu'aucun
»Poëte François ne pouvoit lui fournir.
Là dessus le Journaliste Italien fait cette
digréssion . On avance ici , dit il , ( b )
autant d'erreurs que de paroles . Il est
hors de dout que le Cavalier Marin a
que
écrit en France la plus grande partie de
ses ouvrages , comme l'Alone , la Sam
pogna , la Galleria &c. de plus il est cer
tain qu'ils sont plus remplis d'aff· cta
tions , que ceux qu'il avoit composés:
auparavant , principalement les deux
premieres parties de la Lira dans lesquel
les il s'est moins écarté que dans les au
tres du bon goût Italien. Il est très cer
(a) Octob. 1707. Pag. 1817»
(b) Pag. 166.
11. Vol.
7548 MERCURE DE FRANCE
›
tain encore que quand il passa en France ,
il y trouva genéralement en usage une
maniere de Poësie enflée , pleine de poin
tes d'antitèses , de Latinismes et de
Grecismes , qu'on ne connoissoit point
encore en Italie. On en demeurera con
vaincu si on lit l'Auteur moderne ( a ).
de l'Histoire de la Poësie Françoise . Des
Portes , bon Poëte pour le tems où il a
écrit , fut le moins affecté de tous les
François qui l'avoient précedé , et ses
vers furent plus estimés que ceux de Ron
sard et des autres , parceque dans son
Voyage d'Italie il puisa le bon goût , et
P'apporta en France , où loin d'être con
nu , on n'en avoit pas seulement l'idée
ainsi pour un mauvais troc , nous donnâ
mes au François le bon de nôtre Poësie ,
et eux en échange , nous donnerent le
mauvais de la leur. A l'égard de ce que
les Journalistes disent des Larmes de S.
Pierre traduites par Malherbe , je réponds.
1 °. Que ce Poëme n'est pas veritable
men un ouvrage du Tansille sous le nom
duquel nous l'avons. Il commença à l'é
crire d'un stile trés- pur , comme on voit
par plusieurs Stances qu'il fit imprimer
de son vivant , mais il ne le finit point.
(a) L'Abbé Mervesin. Hist. de la Poësic
Fr. Paris . 1706 .
XI. Vol. Aprés
JUIN. 1731 . 1549
Aprés sa mort , un autre y mit la main ,
et l'acheva du mieux qu'il pût , juste
ment dans le tems que la réputation du
Marin commençoit à corrompre le genie
des Italiens . J'ajoûte que la version qu'en
fit Malherbe , ami intime du Cavalier
Marin , est un des amusemens de sa jeu
nesse , et qu'il a désavoüé dans la suite ,
(a ) et deplus qu'il y abien de la difference
à faire entre les ouvrages qu'un bon Au
teur a travaillés de source , et ceux qu'il
n'a fait que traduire. Enfin , qu'on fasse
attention que ce qu'il y a de meilleur
dans les Poësies de Malherbe , est une
imitation de nos bons Poëtes , Menage
en a allegué plusieurs exemples dans ses
Observations sur cet Auteur , comme
il a connu mieux qu'aucun François , la
beauté et la force de la Langue Italienne ,
aussi lui a t'il rendu plus de justice qu'au
cun autre. pour le Tasse , on a si bien
répondu aux critiques qu'on a faites de lui
sans raison , qu'il seroit inutile d'y rien
ajoûter.
-
Panegyrica Orationes veterum Oratorum .
Notis , ac Numismatibus illustravit , et Ita
licam Interpretationem adjecit LAURENTIUS
PATAROL Venetus. Venetiis , 1708. in 8º .
pag. 156.
(a) Menag. Observat. sur le x, liv. de Ma!
1
Gemme herbe.
1550 MERCURE DE FRANCE
Gemme antiche figurate , date ni lua
da Domenico de' Rossi colle sposizioni di
PAOLO ALESSANDRO MAFFEI , parte 2.
in Roma 1707. in 4. reale. le gemme so
no 103.le pag. 234.
On avertit à la fin de ce second volume
duJournal de Venise , que la vie de Bran
dano laquelle dans le premier on avoit
dit être imprimée , ne l'est point encore
par quelque empêchement qui est sur
venu .
-
La vie de Mahomet , traduite et com
pilée de l'Alcoran , des Traditions au
thentiques de la Sonna , et des meilleurs
Auteurs Arabes , par M. Jean Gagner,
Professeur des Langues Orientales à Ox
ford . A Amsterdam , chez les Wetsteins et
Smisth. 1731. 2. vol . in 12.
François Changuien , Libraire à Ams
terdam , a imprimé et débite une nou
velle édition des Caracteres deTheophraste ,
avec les Caracteres ou les moeurs de ce
Siecle. Par M. de la Bruyere , augmentée
de la déffense de M. de la Bruyere et de
ses caracteres , par M. Coste , 2. volume
in 12.
OEUVRES DE NIC - BOILEAU DESPREAUX ,
I
(
II. Vol. avec
JUIN. 17314 1551
avec des éclaircissemens Historiques don
nés par lui -même , nouvelle Edition
revue , corrigée et augmentée de diver
ses Remarques , enrichie de figures nou
vellement gravées par Bernard Picart le
Romain , 2. vol . in fol . et 4. vol . in 12 .
Amsterd, chez le même.
On nous écrit de Venise , qu'on vient
d'imprimer en cette Ville toutes les Oeu
vres du Cardinal Bembe , 3. vol . in folio ,
et que cette Edition est magnifique.
D'Aix en Provence. Il a passé ici un Ita
lien chargé de 240. Medaillons en Or , en
Argent et en Bronze , d'une beauté et d'u
ne conservation ( admirables. Ils viennent
des Cabinets Carpegna, de Maximis , Saba
tini &c. Il n'y a gueres que des Princes
ou des grands Seigneurs qui puissent ac
querir ce Trésor d'Antiquité car on
ne veut point les partager , et on de
mande trois mille Louis d'or du total.
Tomo I I. Anno 1710 .
Copia di LETTERA del Sig. LORENSQ
BELLINI , scritta al sig . Antonio Vallisnieri
nella quale mette in chiaro le vie dell' aria
che si trovano in ogni vuovo , notate ne?
heoi opuscoli nella digressione che fa , de
ovo , ovi aere , et respiratione in genere. ,
dopo la proposizione ottava.
JUSTI FONTANINI Forojuliensis , in Ro
mano Archigymnasio publici Eloquentia
Professoris , vindicia antiquorum diploma
tum adversus Bartholomai Germonii discep
tationem de veteribus Regum Francorum Di
plomatibus & c. Romæ 1705. in 49 .. Pag.
287.
pen
CONSIDERAZIONI sopra un famoso libro
franzese intitolato , la maniere de bien
ser dans les Ouvrages d'esprit &c. divise
in sette Dialoghi ne' quali s'agitano alcune
quistioni Rettoriche e Poetiche , e si difen
dono molti passi di Poeti , e di prosatori Ita
liani condannati dall' Autore Franzese, in
Bologna 1739. in 8º . Pag. 832 .
Le Marquis Gio : Giuseppe orsi , Au
teur de cet Ouvrage , s'attache principa
lement à déffendre les Auteurs de sa na
tion , de la critique qu'en a fait le P. Boù
hours dans sa maniere de bien penser sur
les ouvrages d'esprit. Il prétend prouver
II. Vol
qo
1546 MERCURE DE FRANCE
que ce Critique avoit peu de connoissan
ce des Auteurs Italiens , en faisant d'abord
remarquer , premierement que de tous
leurs Poëtes il n'a nommé qu'une fois en
passant Petrarque , et qu'au contraite il
allegue trés -souvent le Cavalier Marin
et plusieurs autres de plus mauvaise trem
pe , et que parmi les Prosateurs , il n'a
attaqué que ceux qui n'ont aucune ré
putation , secondement › par la bevûë
énorme qu'il a faite d'atribuer à l'Arioste
ces deux vers.
Cosi colui , del colpo nom accorto ,
Andava combattendo , ed era mortos
2
Qui sont du Bornia , ce qui fait tomber
toute sa Critique , puisque ce qui seroit
ridicule dans un Poëme heroïque , peut
fort bien trouver place dans un Poëme
Burlesque.
Della perfetta Poësia Italiana , spiegata:
e dimostrata con varie osservasioni da
LODOVICO ANTONIO MURATORI , tom pri
mo, in Modena 1705. in 4. pag. 599.
tom. secondo ivi , pag. 483 ..
Sur ce que M. Muratori avance ici que
c'est de France que le Cavalier Marini a
aporté en Italie le mauvais goût des.
pointes et des Concerti car ce fut là , dit
il , qu'il composa les ouvrages qui sont le
II. Vol. plus
JUIN . 1731 1547
plus en vogue ; les Journalistes de Tre
voux , dans l'Extrait qu'ils donnerent
pour lors (a ) de ce livre , firent cette ré
fléxion. » On ne peut s'empêcher de se
>> récrier contre l'injustice de cette con
» jecture : que l'on compare les Larmes
» de S. Pierre , traduites par Malherbe de
» l'Italien de Tensile avec les autres Ou
» vrages du Poëte François , on distingue
» ra bientôt le goût de la France des ma
» nieres Italienes . Le Cavalier Marini
» n'a gardé aucune mesure dans l'usage
» des faux brillans : mais il en avoit dans
» le Tasse même des modeles , qu'aucun
»Poëte François ne pouvoit lui fournir.
Là dessus le Journaliste Italien fait cette
digréssion . On avance ici , dit il , ( b )
autant d'erreurs que de paroles . Il est
hors de dout que le Cavalier Marin a
que
écrit en France la plus grande partie de
ses ouvrages , comme l'Alone , la Sam
pogna , la Galleria &c. de plus il est cer
tain qu'ils sont plus remplis d'aff· cta
tions , que ceux qu'il avoit composés:
auparavant , principalement les deux
premieres parties de la Lira dans lesquel
les il s'est moins écarté que dans les au
tres du bon goût Italien. Il est très cer
(a) Octob. 1707. Pag. 1817»
(b) Pag. 166.
11. Vol.
7548 MERCURE DE FRANCE
›
tain encore que quand il passa en France ,
il y trouva genéralement en usage une
maniere de Poësie enflée , pleine de poin
tes d'antitèses , de Latinismes et de
Grecismes , qu'on ne connoissoit point
encore en Italie. On en demeurera con
vaincu si on lit l'Auteur moderne ( a ).
de l'Histoire de la Poësie Françoise . Des
Portes , bon Poëte pour le tems où il a
écrit , fut le moins affecté de tous les
François qui l'avoient précedé , et ses
vers furent plus estimés que ceux de Ron
sard et des autres , parceque dans son
Voyage d'Italie il puisa le bon goût , et
P'apporta en France , où loin d'être con
nu , on n'en avoit pas seulement l'idée
ainsi pour un mauvais troc , nous donnâ
mes au François le bon de nôtre Poësie ,
et eux en échange , nous donnerent le
mauvais de la leur. A l'égard de ce que
les Journalistes disent des Larmes de S.
Pierre traduites par Malherbe , je réponds.
1 °. Que ce Poëme n'est pas veritable
men un ouvrage du Tansille sous le nom
duquel nous l'avons. Il commença à l'é
crire d'un stile trés- pur , comme on voit
par plusieurs Stances qu'il fit imprimer
de son vivant , mais il ne le finit point.
(a) L'Abbé Mervesin. Hist. de la Poësic
Fr. Paris . 1706 .
XI. Vol. Aprés
JUIN. 1731 . 1549
Aprés sa mort , un autre y mit la main ,
et l'acheva du mieux qu'il pût , juste
ment dans le tems que la réputation du
Marin commençoit à corrompre le genie
des Italiens . J'ajoûte que la version qu'en
fit Malherbe , ami intime du Cavalier
Marin , est un des amusemens de sa jeu
nesse , et qu'il a désavoüé dans la suite ,
(a ) et deplus qu'il y abien de la difference
à faire entre les ouvrages qu'un bon Au
teur a travaillés de source , et ceux qu'il
n'a fait que traduire. Enfin , qu'on fasse
attention que ce qu'il y a de meilleur
dans les Poësies de Malherbe , est une
imitation de nos bons Poëtes , Menage
en a allegué plusieurs exemples dans ses
Observations sur cet Auteur , comme
il a connu mieux qu'aucun François , la
beauté et la force de la Langue Italienne ,
aussi lui a t'il rendu plus de justice qu'au
cun autre. pour le Tasse , on a si bien
répondu aux critiques qu'on a faites de lui
sans raison , qu'il seroit inutile d'y rien
ajoûter.
-
Panegyrica Orationes veterum Oratorum .
Notis , ac Numismatibus illustravit , et Ita
licam Interpretationem adjecit LAURENTIUS
PATAROL Venetus. Venetiis , 1708. in 8º .
pag. 156.
(a) Menag. Observat. sur le x, liv. de Ma!
1
Gemme herbe.
1550 MERCURE DE FRANCE
Gemme antiche figurate , date ni lua
da Domenico de' Rossi colle sposizioni di
PAOLO ALESSANDRO MAFFEI , parte 2.
in Roma 1707. in 4. reale. le gemme so
no 103.le pag. 234.
On avertit à la fin de ce second volume
duJournal de Venise , que la vie de Bran
dano laquelle dans le premier on avoit
dit être imprimée , ne l'est point encore
par quelque empêchement qui est sur
venu .
-
La vie de Mahomet , traduite et com
pilée de l'Alcoran , des Traditions au
thentiques de la Sonna , et des meilleurs
Auteurs Arabes , par M. Jean Gagner,
Professeur des Langues Orientales à Ox
ford . A Amsterdam , chez les Wetsteins et
Smisth. 1731. 2. vol . in 12.
François Changuien , Libraire à Ams
terdam , a imprimé et débite une nou
velle édition des Caracteres deTheophraste ,
avec les Caracteres ou les moeurs de ce
Siecle. Par M. de la Bruyere , augmentée
de la déffense de M. de la Bruyere et de
ses caracteres , par M. Coste , 2. volume
in 12.
OEUVRES DE NIC - BOILEAU DESPREAUX ,
I
(
II. Vol. avec
JUIN. 17314 1551
avec des éclaircissemens Historiques don
nés par lui -même , nouvelle Edition
revue , corrigée et augmentée de diver
ses Remarques , enrichie de figures nou
vellement gravées par Bernard Picart le
Romain , 2. vol . in fol . et 4. vol . in 12 .
Amsterd, chez le même.
On nous écrit de Venise , qu'on vient
d'imprimer en cette Ville toutes les Oeu
vres du Cardinal Bembe , 3. vol . in folio ,
et que cette Edition est magnifique.
D'Aix en Provence. Il a passé ici un Ita
lien chargé de 240. Medaillons en Or , en
Argent et en Bronze , d'une beauté et d'u
ne conservation ( admirables. Ils viennent
des Cabinets Carpegna, de Maximis , Saba
tini &c. Il n'y a gueres que des Princes
ou des grands Seigneurs qui puissent ac
querir ce Trésor d'Antiquité car on
ne veut point les partager , et on de
mande trois mille Louis d'or du total.
Fermer
Résumé : Giornale de Litterati d'Italia, Tomo II. [titre d'après la table]
Le 'GIORNALE DE' LETTERATI D'ITALIA' de 1710 présente diverses publications et correspondances littéraires. Lorenzo Bellini écrit à Antonio Vallisnieri pour discuter des voies de l'air dans les œufs. Plusieurs ouvrages sont mentionnés, dont un de Justi Fontanini sur les diplômes anciens et un livre intitulé 'CONSIDERAZIONI' qui répond à un ouvrage français critiquant des auteurs italiens. Le Marquis Gio: Giuseppe Orsi défend les auteurs italiens contre les critiques du Père Bouhours. Lodovico Antonio Muratori publie un ouvrage sur la poésie italienne, alimentant les débats sur le goût littéraire entre la France et l'Italie. Le texte évoque également des réflexions sur le Cavalier Marin et son influence. Plusieurs traductions et éditions de livres sont notées, notamment les 'ŒUVRES DE NICOLAS BOILEAU DESPRÉAUX' et les œuvres du Cardinal Bembe. Enfin, il est mentionné le passage en Provence d'un Italien transportant des médaillons précieux provenant de collections prestigieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
853
p. 1551-1557
Lettres sérieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
Début :
LETTRES SERIEUSES ET BADINES sur les Ouvrages des Sçavans, et sur d'autres [...]
Mots clefs :
Savants, Livre anglais, Lettre sérieuse, Langue anglaise, Pièces satiriques et ironiques, Athéisme, Images riantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettres sérieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
LETTRES SERIEUSES ET BADINES sur
les Ouvrages des Sçavans , et sur d'autres
Matieres. Tome 2. premiere partie .
Ecce iterum Crispinus , et est mihi sape vo
candus
Ad partes &c. .
A la Haye , chez Jean , Vanduren 1729.
Juven. Sat. IV .
II Vol
in
• ·
यं
1552 MERCURE DE FRANCE
in 12. de 267. pages , sans la Préface ,
l'avis du Libraire et la Table , &c.
Ce volume est composé de 12. Lettres ;
la 6. contient l'Extrait d'un Livre An
glois in 8. 2. volumes de prés de 600 .
pages , sous le titre d'Ouvrages mélan
gés de l'ingénieux Docteur Jean Swift.
Aprés une Epitre Dédicatoire et une Pre
face dans le goût de celles qui sont à la
tête du Comte du Tonneau , vient une
Lettre serieuse à un Lord , sur les moyens
de perfectionner la Langue Angloise .
Aprés quoy on lit cinq ou six Pieces Sa
tyriques et Ironiques , comme
Traité Histori- Theo - Phisico- Logique , sus
les grands desavantages de la connoissan
ce de soi -même : Déffense modeste du
Concubinage et de l'adultere. Panegyrique
des Nouvelistes : Le moyen de parvenir sans
Science et sans vertus : Eloge historique et
moral des Auteurs de Satyres.
sont ,
Dans ses pensées diverses , le même
Docteur dit , que si une Loi Parlemen
taire établissoit l'Athéisme , ceux qui se
donnent aujourd'hui pour Athées , fe
roient demain profession ouverte de croi
re en Dieu .
Sur le nombre ternaire , le Docteur dit
ironiquement ; »> que l'amour que les
» hommes ont pour le nombre trois , les
II.Vol. »faït
JUIN
. 1731 .
1553
39
fait agir sans qu'ils le sentent. Cet
» amour continuë t'il , a fait croire à
» Louis B.... y qu'on étoit bien quali
» fié à écrire quand on avoit ces trois
» choses , de la pauvreté , de l'impu
» dence et de la malice. Cet amour est cau
» se que l'Auteur du troisiéme Tome de
Gulliver n'a voulu pour faire ce livre
» que trois choses , du papier, de l'encre ,
» et une plume , et a réfusé d'y joindre
l'esprit et le jugement , & c.
99
Sur le point d'honneur , il rapporte
cette contestation arrivée dans la Pro
vince de Sussex. Un homme qui avoit
beaucoup d'esprit , mais qui n'entendoit
pas autrement la Logique de nos Moder
nes , se plaignoit à un d'eux d'une injus
tice qu'il en avoit reçûë . C'est assez , in
terrompit l'autre , vous êtes offensé , vous
avez de la noblesse , vous portez une épée :
je vous donnerai satisfaction demain au ma
tin en tel endroit. Ce terrible Logicien se
retira en même- tems ; après qu'il fut sorti ,
l'autre qui étoit resté avec un de ses amis,
et qui étoit demeuré tout interdit , dès
qu'il fut un peu revenu de sa premiere
surprise : Quelle brutalité , s'écria - t'il en
s'adressant à cet ami ! Ce Monsieur con
vient qu'il m'a offensé , et il me promet de
faire de son mieux pour ne offenser demain
.
II. Vol.
encore
1554 MERCURE DE FRANCE
!
encore davantage. C'est- là , selon lui , une
satisfaction qui doit me paroîttre suffisante.Fe
suis Gentilhomme, ajoûte - t'il, doncje dois re
noncer à la raison et a la Religion , et me
sacrifier à un ridicule point d'honneur. Je
porte l'épée , donc je dois m'en servir pour
faire un meurtre . J'aimerais autant qu'il me
dit : Je vous ai blessé dans votre hon
>> neur , c'est-à- dire , dans une chose que
>> vous devez estimer plus que la vie ; mais
» je suis trop honnête homme pour ne pas
»réparer le mal , autant qu'il m'est pos
» sible . Trouvez - vous donc demain en tel
» endroit avec une épée. Comme je sçai
> mieux la manier que vous , il y a grande
apparence que je vous la passerai au tra
>> vers du corps. Cependant cela ne doit
»pas faire de peine à un homme qui a de
» la naissance ; il sera toûjours vrai que
» vous m'aurez demandé satisfaction ,
» et que je vous l'aurai donnée , et c'est
» tout ce que vous pouvez exiger de vo
» tre serviteur .
و د
A l'occasion des Oeuvres diverses de
M. de la Fontaine , imprimées à la Haye,
on fait ce Portrait de cet illustre Poëte ;
il étoit spirituel , assez sçavant , naif , le
coeur bon et droit , des manieres ouver
tes , aimant les plaisirs de la table et les
rendant plus aimables par son enjouement,
II. Vol. constant
JUIN. 1731 1555
constant et genereux ami , tendre et dé
licat Amant. D'ailleurs , paresseux , dis
trait , négligeant un peu trop ses affaires
domestiques , et pensant assez mal de la
Religion , soit parce qu'à son entrée dans
le monde , il avoit été entraîné par l'e
xemple et par les plaisanteries des esprits
forts , ou parce qu'il n'avoit jamais trou
vé de ces hommes sages qui sçavent trai
ter les choses saintes avec un air de di
gnité qui les fait respecter , ou peut- être
parce qu'il craignoit le travail de l'exa
men , et la connoissance de ses devoirs.
En un mot , une certaine indolence molle
et voluptueuse étoit le fond de son carac
tere , et il n'eut que les vertus et les défauts
qui pouvoient s'accorder avec ce penchant
Favori .
Avec un tel caractere il ne pouvoit qu'é
crire naturellement et gracieusement . Il
ne couroit point après les brillans , il ne se
mettoit point en peine de chercher des pen
sées, ni de leur donner un tour nouveau ;
enfin il ne paroissoit ni affecté, ni précieux.
Ses Ouvrages étoient remplis d'images
riantes , de tendres sentimens , et d'éle
gantes naïvetez.
Quelques-unes des Pieces qui compo
sent ses Ouvrages , avoient déja paru et
les autres paroissent aujourd'hui pour la
11. Vol.
premiere
1555 MERCURE DE FRANCE
premiere fois. On trouve dans le premier
Tome cinq Poëmes , Adonis , la Capti
vité de S. Malc , le Quinquina , Philemon
et Baucis , et les filles de Minée et 85.
autres Pieces. Dans les trois autres Vo
lumes , ses Lettres en Prose et en Vers ,
son Discours à l'Académie Françoise ,
deux Comedies , Climene et l'Eunuque
l'Opera de Daphné , Astrée , Tragedie , le
Florentin , Comedie , des fragmens de Ga
lathée , Opera , Je vous prends sans vert ,
Comedie , les Amours de Psiché et de Cu
pidon et de Venus et Adonis.
>
Pour dire quelque chose de plus par
ticulier de ce naïf et ingénieux Poëte ,
donnons ici la fin d'une Epitre de sa fa
çon au Duc de Vendôme.
Sur ce je finirai ,
Vous assurant que je suis et serai ,
De votre Altesse , humble servant et Poëte ,
Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite.
Ce mot de biens , ce n'est pas un trésor ,`
Car chacun sçait que vous méprisez l'or ;
J'en fais grand cas , aussi fait Sire Pierre ;
Et Sire Paul , enfin toute la Terre :
Toute la Terre a peut -être raison.
Si je sçavois quelque bonne Oraison ,
Pour en avoir , tant que la Paix se fasse ;
11. Vol.
Jc
JUIN.
1557 1731.
Je la dirois de la meilleure grace ,
Que j'en dis onc : grande sterilité,
Sur le Parnasse en a toûjours été.
Qu'y feroit-on ? Seigneur , Je me console
Si vers Noel l'Abbé me tient parole
Je serai Roi: le Sage l'est-il pas ?
Souhaiter l'or , est - ce l'être è ce cas
Mérite bien qu'à vous je m'en rapporte.
Je tiens la chose à résoudre un peu
forte.
les Ouvrages des Sçavans , et sur d'autres
Matieres. Tome 2. premiere partie .
Ecce iterum Crispinus , et est mihi sape vo
candus
Ad partes &c. .
A la Haye , chez Jean , Vanduren 1729.
Juven. Sat. IV .
II Vol
in
• ·
यं
1552 MERCURE DE FRANCE
in 12. de 267. pages , sans la Préface ,
l'avis du Libraire et la Table , &c.
Ce volume est composé de 12. Lettres ;
la 6. contient l'Extrait d'un Livre An
glois in 8. 2. volumes de prés de 600 .
pages , sous le titre d'Ouvrages mélan
gés de l'ingénieux Docteur Jean Swift.
Aprés une Epitre Dédicatoire et une Pre
face dans le goût de celles qui sont à la
tête du Comte du Tonneau , vient une
Lettre serieuse à un Lord , sur les moyens
de perfectionner la Langue Angloise .
Aprés quoy on lit cinq ou six Pieces Sa
tyriques et Ironiques , comme
Traité Histori- Theo - Phisico- Logique , sus
les grands desavantages de la connoissan
ce de soi -même : Déffense modeste du
Concubinage et de l'adultere. Panegyrique
des Nouvelistes : Le moyen de parvenir sans
Science et sans vertus : Eloge historique et
moral des Auteurs de Satyres.
sont ,
Dans ses pensées diverses , le même
Docteur dit , que si une Loi Parlemen
taire établissoit l'Athéisme , ceux qui se
donnent aujourd'hui pour Athées , fe
roient demain profession ouverte de croi
re en Dieu .
Sur le nombre ternaire , le Docteur dit
ironiquement ; »> que l'amour que les
» hommes ont pour le nombre trois , les
II.Vol. »faït
JUIN
. 1731 .
1553
39
fait agir sans qu'ils le sentent. Cet
» amour continuë t'il , a fait croire à
» Louis B.... y qu'on étoit bien quali
» fié à écrire quand on avoit ces trois
» choses , de la pauvreté , de l'impu
» dence et de la malice. Cet amour est cau
» se que l'Auteur du troisiéme Tome de
Gulliver n'a voulu pour faire ce livre
» que trois choses , du papier, de l'encre ,
» et une plume , et a réfusé d'y joindre
l'esprit et le jugement , & c.
99
Sur le point d'honneur , il rapporte
cette contestation arrivée dans la Pro
vince de Sussex. Un homme qui avoit
beaucoup d'esprit , mais qui n'entendoit
pas autrement la Logique de nos Moder
nes , se plaignoit à un d'eux d'une injus
tice qu'il en avoit reçûë . C'est assez , in
terrompit l'autre , vous êtes offensé , vous
avez de la noblesse , vous portez une épée :
je vous donnerai satisfaction demain au ma
tin en tel endroit. Ce terrible Logicien se
retira en même- tems ; après qu'il fut sorti ,
l'autre qui étoit resté avec un de ses amis,
et qui étoit demeuré tout interdit , dès
qu'il fut un peu revenu de sa premiere
surprise : Quelle brutalité , s'écria - t'il en
s'adressant à cet ami ! Ce Monsieur con
vient qu'il m'a offensé , et il me promet de
faire de son mieux pour ne offenser demain
.
II. Vol.
encore
1554 MERCURE DE FRANCE
!
encore davantage. C'est- là , selon lui , une
satisfaction qui doit me paroîttre suffisante.Fe
suis Gentilhomme, ajoûte - t'il, doncje dois re
noncer à la raison et a la Religion , et me
sacrifier à un ridicule point d'honneur. Je
porte l'épée , donc je dois m'en servir pour
faire un meurtre . J'aimerais autant qu'il me
dit : Je vous ai blessé dans votre hon
>> neur , c'est-à- dire , dans une chose que
>> vous devez estimer plus que la vie ; mais
» je suis trop honnête homme pour ne pas
»réparer le mal , autant qu'il m'est pos
» sible . Trouvez - vous donc demain en tel
» endroit avec une épée. Comme je sçai
> mieux la manier que vous , il y a grande
apparence que je vous la passerai au tra
>> vers du corps. Cependant cela ne doit
»pas faire de peine à un homme qui a de
» la naissance ; il sera toûjours vrai que
» vous m'aurez demandé satisfaction ,
» et que je vous l'aurai donnée , et c'est
» tout ce que vous pouvez exiger de vo
» tre serviteur .
و د
A l'occasion des Oeuvres diverses de
M. de la Fontaine , imprimées à la Haye,
on fait ce Portrait de cet illustre Poëte ;
il étoit spirituel , assez sçavant , naif , le
coeur bon et droit , des manieres ouver
tes , aimant les plaisirs de la table et les
rendant plus aimables par son enjouement,
II. Vol. constant
JUIN. 1731 1555
constant et genereux ami , tendre et dé
licat Amant. D'ailleurs , paresseux , dis
trait , négligeant un peu trop ses affaires
domestiques , et pensant assez mal de la
Religion , soit parce qu'à son entrée dans
le monde , il avoit été entraîné par l'e
xemple et par les plaisanteries des esprits
forts , ou parce qu'il n'avoit jamais trou
vé de ces hommes sages qui sçavent trai
ter les choses saintes avec un air de di
gnité qui les fait respecter , ou peut- être
parce qu'il craignoit le travail de l'exa
men , et la connoissance de ses devoirs.
En un mot , une certaine indolence molle
et voluptueuse étoit le fond de son carac
tere , et il n'eut que les vertus et les défauts
qui pouvoient s'accorder avec ce penchant
Favori .
Avec un tel caractere il ne pouvoit qu'é
crire naturellement et gracieusement . Il
ne couroit point après les brillans , il ne se
mettoit point en peine de chercher des pen
sées, ni de leur donner un tour nouveau ;
enfin il ne paroissoit ni affecté, ni précieux.
Ses Ouvrages étoient remplis d'images
riantes , de tendres sentimens , et d'éle
gantes naïvetez.
Quelques-unes des Pieces qui compo
sent ses Ouvrages , avoient déja paru et
les autres paroissent aujourd'hui pour la
11. Vol.
premiere
1555 MERCURE DE FRANCE
premiere fois. On trouve dans le premier
Tome cinq Poëmes , Adonis , la Capti
vité de S. Malc , le Quinquina , Philemon
et Baucis , et les filles de Minée et 85.
autres Pieces. Dans les trois autres Vo
lumes , ses Lettres en Prose et en Vers ,
son Discours à l'Académie Françoise ,
deux Comedies , Climene et l'Eunuque
l'Opera de Daphné , Astrée , Tragedie , le
Florentin , Comedie , des fragmens de Ga
lathée , Opera , Je vous prends sans vert ,
Comedie , les Amours de Psiché et de Cu
pidon et de Venus et Adonis.
>
Pour dire quelque chose de plus par
ticulier de ce naïf et ingénieux Poëte ,
donnons ici la fin d'une Epitre de sa fa
çon au Duc de Vendôme.
Sur ce je finirai ,
Vous assurant que je suis et serai ,
De votre Altesse , humble servant et Poëte ,
Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite.
Ce mot de biens , ce n'est pas un trésor ,`
Car chacun sçait que vous méprisez l'or ;
J'en fais grand cas , aussi fait Sire Pierre ;
Et Sire Paul , enfin toute la Terre :
Toute la Terre a peut -être raison.
Si je sçavois quelque bonne Oraison ,
Pour en avoir , tant que la Paix se fasse ;
11. Vol.
Jc
JUIN.
1557 1731.
Je la dirois de la meilleure grace ,
Que j'en dis onc : grande sterilité,
Sur le Parnasse en a toûjours été.
Qu'y feroit-on ? Seigneur , Je me console
Si vers Noel l'Abbé me tient parole
Je serai Roi: le Sage l'est-il pas ?
Souhaiter l'or , est - ce l'être è ce cas
Mérite bien qu'à vous je m'en rapporte.
Je tiens la chose à résoudre un peu
forte.
Fermer
Résumé : Lettres sérieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
Le document est un extrait du 'Mercure de France' publié entre 1729 et 1731, qui présente des informations sur diverses publications et auteurs. Il mentionne un ouvrage intitulé 'Lettres sérieuses et badines', publié à La Haye en 1729, composé de deux volumes et contenant 12 lettres. La sixième lettre de cet ouvrage inclut un extrait d'un livre anglais de Jonathan Swift, intitulé 'Ouvrages mélangés'. Ce livre contient des pièces satiriques et ironiques, telles qu'un 'Traité Histori-Theo-Physico-Logique' et un 'Panegyrique des Nouvelistes'. Le texte discute des opinions de Swift sur divers sujets, notamment l'athéisme et le point d'honneur. Swift ironise sur l'amour des hommes pour le nombre trois et critique les duels. Le document présente également un portrait de Jean de La Fontaine, le décrivant comme un poète spirituel, aimant les plaisirs de la table, et ayant un caractère indolent et voluptueux. Ses œuvres incluent des poèmes, des lettres, des comédies et des tragédies. Le texte se termine par un extrait d'une épître de La Fontaine adressée au Duc de Vendôme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
854
p. 1557-1560
NOUVEAU REGLEMENT pour le Palinod de l'Université de Caën, et Avis aux Poëtes.
Début :
Les Poëtes les plus distingués se sont fait dans tous les tems un honneur d'envoyer des pieces [...]
Mots clefs :
Poètes, Ode alcaïque, Ode Iambique, Chant, Sonnet, Dizain, Ode française, Ballade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU REGLEMENT pour le Palinod de l'Université de Caën, et Avis aux Poëtes.
NOUVEAU REGLEMENT
pour le Palinod de l'Université de Caën ,
et Avis aux Poëtes.
›
LES
Es Poëtes les plus distingués se sont fait dans
tous les tems un honneur d'envoyer des pieces
remporter des Prix au Palinod , entr'au
tres les Marot les Corneille , les Huet , les
Duc de Saint Aignan , les Segrais , &c...
et de
>
Pour rendre cette Cérémonie plus interessante,
et pour exciter l'émulation des Poëtes qui parois
soit un peu se ralentir , l'Université vient de sta◄
tuer , le 19. Mai 1731. ) qu'à l'avenir les Prix
seront distribuez le jour même que se tient le Pa
finod , c'est- à - dire , le jour de la Conception de
la Sainte Vierge : on ne lira sur le Pui , que les
Pieces qui auront remporté les Prix , et celles qui
en auront approché ; Aussi - tôt après on fera
imprimer les Pieces couronnées , et quelques -unes
des meilleures à la suite , si elles sont jugées di
gnes de l'impression.
En consequence du même Reglement, les Poë
tes envoyeront leurs Pieces depuis le commence
II. Vol.
ment G
1558 MERCURE DE FRANCÈ
ment d'Octobre , jusqu'à la . Saint Martin , lequel
tems expiré , on n'en recevra plus pour le pro
chain Palinod. Ils les adresseront au Secretaire
de l'Université , quien donnera son récépissé , el
les seront affranchies de port , faute de quoi el
les seront mises au rebut , sans être iûes : ils ne
mettront point leur nom à leurs Pieces , mais seu
lement une Sentence et quelques chiffres , sans se
faire connoître avant le jugement , à peine de
perdre le prix ; et pour se faire connoître avant
le jugement , ils présenteront ou feront présenter
les mêmes Sentences et chiffres écrits de la même
main.
Le jour du Palinod , les Prix seront donnés
immédiatement après la lecture des Pieces , si les
Auteurs sont présens et qu'ils se fassent connoître ;
sinon ils resteront entre les mains du Secretaire
de l'Université , pour être distribués , à l'ordre de
M. le Recteur, lorsque les Auteurs seront connus.
Il y a lieu d'efperer que les Poëtes furs d'ê
tre récompenfez promptement & publique
ment , vont travailler avec une nouvelle ar
deur ; on a cru devoir ajoûter ce qui fuit en fa
veur de ceux qui ne feroient pas au fait des
ufages de cet établissement..
2
Il y a des Prix fondés pour huit sortes de Pie
ces , Epigramme Latine Chant Royal , Bal
lade , Sonner , Dizain , Ode Françoise , Ode en
Vers Alcaïques , et Ode en Vers Iambes.
Les Poëtes doivent prendre pour argument de
leurs Pieces , quelque sujet qui puisse faire al
lusion à l'Immaculée Conception de la Sainte
Vierge ; par exemple , si l'on prend pour sujet de
l'Epigramme Latine , Jonas in utero Ceri inco
lumis , l'allusion pourra être , Bellua nil vati
nocuit , nil culpa Maria
11. Vol. L'Epigramme
JUIN. 1731
T
1559
L'Epigramme Latine doit être de trente
Vers , ni plus ni moins , y compris l'allusion .
Le Chint Royal doit être de cinq Strophes ,non
comprise l'allusion , chaque Strophe est compo
sée d'onze Vers de dix syllabes ; le dernier Vers,
qui est le refrein doit être feminin ; il doit y avoir
un repos à la fin des cinquième et huitiéme Vers.
L'usage est que le cinquième Vers soit masculin ;
les sixième et septiéme feminins et de même ri
me , et tous les autres entremêléz à la volonté du
Poëte. L'allusion peut contenir une sixieme stro
phe entiere , ou du moins une derniere moitié de
Strophe , qui est de six Vers. Il n'est pas be
soin d'avertir que toutes les strophes doivent se
ressembler pour les rimes , et leur arrangement.
La Ballade est de trois strophes , non com
prise l'allusion qui doit être une quatriéme stro
phe entiere, ou du moins une moitié de strophe ;
chaque strophe est composée de 2 quatrains , dont
les Vers sont de huit syllabes ; l'usage est que les
quatre premiers soient de rimes entremêlées ,
de sorte que le premier et le quatriéme soient de
même rime, masculins ou feminins , à la volonté
du Poëte ; et les quatre derniers entremêlés , de→
sorte que le dernier , qui est le refrein , soit femi
nin, et rime avec le sixième. Toutes les strophes ,
comme l'on sçait , doivent se ressembler pour les
rimés , tant des premiers que
des seconds qua
trains.
Le Sonnet est toujours composé de grands
Vers.
Le Dizain est composé , le plus ordinaire
ment , de grands et petits Vers entremêlés.
L'Ode Françoife est de dix strophes , y com
prise l'allusion ; chaque strophe de dix Vers
de huit syllabes. On sçair assez que ce seroit un
II. Vol. G .. grand
1,60 MERCURE DE FRANCE
grand défaut , s'll ne se trouvoit pas un repos
la fin des quatrième et septiéme Vers.
L'Ode Alcaïque est de douze strophes , y com
prise l'allusion .
$
L'Ode Iambique'est de quarante- huit Vers , y
comprise l'allusion ; à l'imitation de la quatriéme
Fable du quatriéme Livre de Phedre qui com
mence par ces mots : Plus esse in uno fæpe ,
quam in turbâ boni.
Les Prix de ces Pieces, sont pour l'Epigramme ;
premier Prix,les Armes de l'Université; deuxiéme
Prix l'Anneau d'or. Chant Royal , premier Prix ,
les Armes du Fondateur ; second Prix , la Palme ;
Balade , premier Prix , les Armes du Fondateur
second Prix , l'Etoile. Sonnet , premier Prix ,
les
Armes du Fondateur ; second Prix , la branche de
Laurier. Dixain , la Plume d'argent.
Tous ces Prix font redimez par d'autres Prix
d'honnête valeur.
+
Le Prix de l'Ode Françoise est une bourse de
Jettons d'argent , celui de l'Ode Alcaïque est de
vingt livres fet celui de l'Ode lambique de même.
L'Univerfité fouhaiteroit fort que tous ces Pri
fuffent bien plus confiderables 3 poury Supplées
Autant qu'il lui fera poffible , elle n'omettra riem
de tout ce qui pourra faire honneur aux Poëte
victorieux ; & à ceux qui les auront fuivis e 2
plus prés. Ils sont très -inftamment priez d'en .
voyer leurs Pieces pour la fin d'Octobre ou a
commencement de Novembre , tant de la pr
sente année 1731. que des fuivantes
pour le Palinod de l'Université de Caën ,
et Avis aux Poëtes.
›
LES
Es Poëtes les plus distingués se sont fait dans
tous les tems un honneur d'envoyer des pieces
remporter des Prix au Palinod , entr'au
tres les Marot les Corneille , les Huet , les
Duc de Saint Aignan , les Segrais , &c...
et de
>
Pour rendre cette Cérémonie plus interessante,
et pour exciter l'émulation des Poëtes qui parois
soit un peu se ralentir , l'Université vient de sta◄
tuer , le 19. Mai 1731. ) qu'à l'avenir les Prix
seront distribuez le jour même que se tient le Pa
finod , c'est- à - dire , le jour de la Conception de
la Sainte Vierge : on ne lira sur le Pui , que les
Pieces qui auront remporté les Prix , et celles qui
en auront approché ; Aussi - tôt après on fera
imprimer les Pieces couronnées , et quelques -unes
des meilleures à la suite , si elles sont jugées di
gnes de l'impression.
En consequence du même Reglement, les Poë
tes envoyeront leurs Pieces depuis le commence
II. Vol.
ment G
1558 MERCURE DE FRANCÈ
ment d'Octobre , jusqu'à la . Saint Martin , lequel
tems expiré , on n'en recevra plus pour le pro
chain Palinod. Ils les adresseront au Secretaire
de l'Université , quien donnera son récépissé , el
les seront affranchies de port , faute de quoi el
les seront mises au rebut , sans être iûes : ils ne
mettront point leur nom à leurs Pieces , mais seu
lement une Sentence et quelques chiffres , sans se
faire connoître avant le jugement , à peine de
perdre le prix ; et pour se faire connoître avant
le jugement , ils présenteront ou feront présenter
les mêmes Sentences et chiffres écrits de la même
main.
Le jour du Palinod , les Prix seront donnés
immédiatement après la lecture des Pieces , si les
Auteurs sont présens et qu'ils se fassent connoître ;
sinon ils resteront entre les mains du Secretaire
de l'Université , pour être distribués , à l'ordre de
M. le Recteur, lorsque les Auteurs seront connus.
Il y a lieu d'efperer que les Poëtes furs d'ê
tre récompenfez promptement & publique
ment , vont travailler avec une nouvelle ar
deur ; on a cru devoir ajoûter ce qui fuit en fa
veur de ceux qui ne feroient pas au fait des
ufages de cet établissement..
2
Il y a des Prix fondés pour huit sortes de Pie
ces , Epigramme Latine Chant Royal , Bal
lade , Sonner , Dizain , Ode Françoise , Ode en
Vers Alcaïques , et Ode en Vers Iambes.
Les Poëtes doivent prendre pour argument de
leurs Pieces , quelque sujet qui puisse faire al
lusion à l'Immaculée Conception de la Sainte
Vierge ; par exemple , si l'on prend pour sujet de
l'Epigramme Latine , Jonas in utero Ceri inco
lumis , l'allusion pourra être , Bellua nil vati
nocuit , nil culpa Maria
11. Vol. L'Epigramme
JUIN. 1731
T
1559
L'Epigramme Latine doit être de trente
Vers , ni plus ni moins , y compris l'allusion .
Le Chint Royal doit être de cinq Strophes ,non
comprise l'allusion , chaque Strophe est compo
sée d'onze Vers de dix syllabes ; le dernier Vers,
qui est le refrein doit être feminin ; il doit y avoir
un repos à la fin des cinquième et huitiéme Vers.
L'usage est que le cinquième Vers soit masculin ;
les sixième et septiéme feminins et de même ri
me , et tous les autres entremêléz à la volonté du
Poëte. L'allusion peut contenir une sixieme stro
phe entiere , ou du moins une derniere moitié de
Strophe , qui est de six Vers. Il n'est pas be
soin d'avertir que toutes les strophes doivent se
ressembler pour les rimes , et leur arrangement.
La Ballade est de trois strophes , non com
prise l'allusion qui doit être une quatriéme stro
phe entiere, ou du moins une moitié de strophe ;
chaque strophe est composée de 2 quatrains , dont
les Vers sont de huit syllabes ; l'usage est que les
quatre premiers soient de rimes entremêlées ,
de sorte que le premier et le quatriéme soient de
même rime, masculins ou feminins , à la volonté
du Poëte ; et les quatre derniers entremêlés , de→
sorte que le dernier , qui est le refrein , soit femi
nin, et rime avec le sixième. Toutes les strophes ,
comme l'on sçait , doivent se ressembler pour les
rimés , tant des premiers que
des seconds qua
trains.
Le Sonnet est toujours composé de grands
Vers.
Le Dizain est composé , le plus ordinaire
ment , de grands et petits Vers entremêlés.
L'Ode Françoife est de dix strophes , y com
prise l'allusion ; chaque strophe de dix Vers
de huit syllabes. On sçair assez que ce seroit un
II. Vol. G .. grand
1,60 MERCURE DE FRANCE
grand défaut , s'll ne se trouvoit pas un repos
la fin des quatrième et septiéme Vers.
L'Ode Alcaïque est de douze strophes , y com
prise l'allusion .
$
L'Ode Iambique'est de quarante- huit Vers , y
comprise l'allusion ; à l'imitation de la quatriéme
Fable du quatriéme Livre de Phedre qui com
mence par ces mots : Plus esse in uno fæpe ,
quam in turbâ boni.
Les Prix de ces Pieces, sont pour l'Epigramme ;
premier Prix,les Armes de l'Université; deuxiéme
Prix l'Anneau d'or. Chant Royal , premier Prix ,
les Armes du Fondateur ; second Prix , la Palme ;
Balade , premier Prix , les Armes du Fondateur
second Prix , l'Etoile. Sonnet , premier Prix ,
les
Armes du Fondateur ; second Prix , la branche de
Laurier. Dixain , la Plume d'argent.
Tous ces Prix font redimez par d'autres Prix
d'honnête valeur.
+
Le Prix de l'Ode Françoise est une bourse de
Jettons d'argent , celui de l'Ode Alcaïque est de
vingt livres fet celui de l'Ode lambique de même.
L'Univerfité fouhaiteroit fort que tous ces Pri
fuffent bien plus confiderables 3 poury Supplées
Autant qu'il lui fera poffible , elle n'omettra riem
de tout ce qui pourra faire honneur aux Poëte
victorieux ; & à ceux qui les auront fuivis e 2
plus prés. Ils sont très -inftamment priez d'en .
voyer leurs Pieces pour la fin d'Octobre ou a
commencement de Novembre , tant de la pr
sente année 1731. que des fuivantes
Fermer
Résumé : NOUVEAU REGLEMENT pour le Palinod de l'Université de Caën, et Avis aux Poëtes.
Le nouveau règlement du Palinod de l'Université de Caen, promulgué le 19 mai 1731, a pour objectif de rendre la cérémonie plus attrayante et de stimuler la compétition entre les poètes. Les prix seront désormais attribués le jour de la Conception de la Sainte Vierge. Seules les œuvres primées et celles ayant approché du prix seront lues lors de la cérémonie. Les poètes doivent soumettre leurs œuvres entre le début du mois d'octobre et la Saint-Martin, sans indiquer leur nom. Pour l'identification, ils doivent utiliser une sentence et des chiffres. Les prix seront remis immédiatement après la lecture si les auteurs sont présents, sinon ils seront conservés par le secrétaire de l'Université. Le règlement spécifie les types de pièces acceptées : épigramme latine, chant royal, ballade, sonnet, dizain, ode française, ode en vers alcaïques et ode en vers iambiques. Chaque type de pièce a des règles spécifiques concernant la structure et le contenu, notamment une allusion obligatoire à l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge. Les prix varient en fonction du type de pièce, allant des armes de l'Université à des bourses de jetons d'argent. L'Université espère que ces mesures inciteront les poètes à participer avec plus d'enthousiasme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
855
p. 1568-1575
Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Début :
Le Balet des Fêtes Venitiennes, dont nous avons déja parlé dans le premier [...]
Mots clefs :
Opéra, Ballet, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
LE
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
Fermer
Résumé : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Le ballet des Fêtes Vénitiennes est un spectacle très apprécié du public. Le prologue se déroule au port de Venise, où les personnages du Carnaval et de la Folie annoncent le début de la fête. La première entrée, intitulée 'Les Devins de la Place de S. Marc', met en scène Zelie, une jeune Vénitienne déguisée en bohémienne. Zelie surveille son amant Leandre et découvre son infidélité. Elle se révèle alors à lui. La deuxième entrée, 'L'Amour Saltinbanque', présente Eraste, un jeune Français amoureux de Leonore. Avec l'aide de Filindo, chef des saltimbanques, Eraste parvient à parler à Leonore malgré la surveillance de Nerine. La troisième entrée, 'Le Bal', se déroule dans un palais vénitien. Alamir, un prince polonais amoureux d'Iphise, se fait passer pour un simple gentilhomme. Thémir, son confident, lui conseille de révéler son véritable rang. Alamir finit par avouer son amour à Iphise, qui accepte finalement de l'aimer. Le ballet se conclut par un bal et des applaudissements. Par ailleurs, le texte mentionne la représentation à Naples de l'opéra d'Argene, acclamé par le public et la noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
856
p. 1575-1597
Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 16. de ce mois, les Comédiens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Auteur, Caractères, Chevalier, Charles Dufresny, Marquise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16. de ce mois , les Comédiens Fran
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
Fermer
Résumé : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16 juin, les Comédiens Français ont présenté la première représentation de 'Le Faux Sincère', une comédie en vers et en cinq actes écrite par le défunt M. Dufresny. Cette œuvre est appréciée pour son originalité, sa naïveté et la précision avec laquelle les caractères sont exprimés, ainsi que pour les traits saillants et inattendus qui parsèment la pièce. Dans le premier acte, l'auteur expose la situation des personnages principaux. Madame Argante a deux filles, Angelique et Marianne. Angelique, récemment sortie du couvent, a rencontré le Chevalier Valère, le héros de la pièce. Marianne, qui a passé du temps chez une parente, aime Dorante. Madame Argante prévoit de marier Angelique à M. Franchard, un riche négociant, et Marianne au Chevalier Valère. Angelique est satisfaite de ce projet, tandis que Marianne est mécontente. Dorante décrit le Chevalier Valère comme un homme dangereux et manipulateur, capable de dire la vérité pour mieux mentir. Le Chevalier Valère est caractérisé par sa fausse sincérité, qu'il utilise pour manipuler les autres à son avantage. M. Franchard, quant à lui, est décrit comme un homme franc et honnête, contrastant avec le Chevalier. La pièce se complexifie avec l'introduction de nouveaux personnages et de situations intrigantes. Par exemple, un caissier du banquier Franchard et un nouveau Rapin, cousin du faux Valère, apparaissent dans le second acte. Laurette, la suivante de la Marquise, joue un rôle clé en révélant des secrets et en ourdissant des plans de vengeance. Le troisième acte est considéré comme le plus beau de la pièce. Dorante et Marianne cherchent à démasquer le faux sincère en le mettant aux prises avec la Marquise et Angelique, toutes deux mécontentes de lui. La pièce explore les motivations et les manipulations des personnages, révélant les intrigues et les conflits qui les opposent. La pièce se termine par deux mariages : M. Franchard avec Angelique, et Dorante avec Marianne. Malgré une intrigue confuse, la pièce est appréciée pour ses traits saillants et la versification de M. Dufresny. La pièce a été représentée à plusieurs reprises et est actuellement sous presse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
857
p. 1615-1618
Nouvelle de la Cour, de Paris, &c.
Début :
La Cour est toûjours trés-nombreuse à Fontainebleau, où les plaisirs et [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Plaisirs et amusements, Comédie française et italienne, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelle de la Cour , de Paris , &c...
L
A Cour est toûjours trés -nombreuse
à Fontainebleau , où les plaisirs et
les amusemens se succedent & regnent
tour à tour divers jours de la Semaine sont
marqués pour le Jeu , le Concert , la
Comédie Françoise et Italienne , & d'au
tres pour la Promenade à pied , à cheval ,
en carosse & carioles découvertes , et pour
la Chasse du Vol , du Cerf , du Sanglier ,
du Loup , du Chevreuil , &c .
Le 26. de ce mois , le Roy prit le Deüil
pour la mort de la Princesse Douairiere de
Toscane , Veuve du Prince Ferdinand de
Medicis .
Le Roi a accordé au Chevalier de Ni
colaï le Regiment de Dragons , vacant par
la démission volontaire de son Frere aîné,
Le 18. Juin , il y eût concert à Fontaine-
Beau , on chanta dans l'Antichambre de la
Reine , le Prologue et le premier Acte
Amadis de Gaule.
Le 20. M. Destouches , Sur-Intendant ™
BL Volt
I vi de
1616 MERCURE DE FRANCE
de la Musique du Roy , fit executer par
ordre de la Reine , le Prologue , le premier
et le second Acte du Ballet des Elemens ,
qu'on continua le 25. L'éxecution de ce
Divertissement fut très- brillante . Les De
moiselles Courvasier , Lenners , et Bar
bier , chanterent avec succès les Rôles de
Funon et de Leucosie dans le Prologue . Le
fieur d'Angerville chanta ceux du Destin
et d'Ixion , et le St Guesdon celui d'Arion
La Demoiselle Lenner rendit parfaite
ment le Rôle d'Emilie , dans le troisiéme
Acte , ainsi que celui de Valere , chanté
par le fieur d'Angerville. Le sieur le
Prince fit avec applaudissement le Rôle
de Vertumne au quatriéme Acte , de même
que la Demoiselle Barbier dans celui de
Pomone. Les Choeurs et toutes les sim
phonies furent si bien exécutez , que la
Reine eût la bonté d'en marquer sa sa
tisfaction à M. Destouches.
Le 27. on chanta devant la Reine ;
le Prologue et le premier Acte de l'Opera
de Roland.
Le 19. Juin , les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau , la Tra
gedie d'Amasis qui fut suivie de la petite
Piece du Concert Ridicule ; le 21 la Co
médie de l'Etourdi ; le 26. le Trage
die d'Andromaque , et la Comédie des
II. Vol. Fâcheux
JUIN. 1731. 1617
Fâcheux ; et le 28. le Dépit Amoureux..
Ces Pieces furent très bien exécutées et .
firent beaucoup de plaisir.
>
>
›
Le vingt-trois Juin , les Comédiens
Italiens représenterent Démocrite , pré
tendu Fou ,Comedie en Vers , de M. Au.
treau les De et pour petite Piéce
buts suivie de l'Intermede ou Paro
die de Lesbina et Dom Micco jouée
sur le Théatre de l'Opera , au mois
d'Aoust 1729. laquelle n'avoit pas en
core été représentée à la Cour. La De
moiselle Silvia et le fieur Theveneau qui
jouent ces deux Rôles , les exécuterent
en perfection .
Le 30 ?
ils représenterent la Tragi
Comedie de Samson , qui fut fort goû
tée. La Chûte du Temple fut parfaite
ment bien executée par le fieur le Maire
qui en est l'Auteur.
د
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accou
tumée à l'Hôtel de la Compagnie. La
Liste des Numero gagnans des Actions.
et dixiéme d'Actions qui doivent être
remboursées , a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 294. Ac
tions qui ont été remboursées..
II. Vol. M.
1618 MERCURE DE FRANCE
M. Bonnier de Lamosson , ancien
Colonel du Régiment de Dragons Dau
phin , ayant
, ayant obtenu du Roy l'agrément
pour la Charge de Capitaine des Chasses
de la Plaine de S. Denis , autrement dite
là Varenne des Thuilleries , dont il a traité
avec le Comte de Sainte Maure , qui
étoit pourvû de cette Charge , eut l'hon
neur d'en remercier S. Mi le 2. de ce
mois , et le 8 il tint sa premiere audiènce
en qualité de Capitaine des Chasses
aprés avoir été reçu par les Officiers de
la Capitainerie , dans la Galerie du Châs
teau des Thailleries , où les Audiences
se tiendront dorénavant.
On écrit de Bayeux qu'il y a fait surs
fa fin du mois de Juin des Tonnerres
et des Eclairs si épouvantables , que de
mémoire d'homme on n'en a vû de
pareils,
et sans qu'il soit tombé une goute de
pluye. Le Tonnerre , tombé plusieurs fois >
sur divers Bâtimens de la Ville , a causé
beaucoup de dommage , et a tué même
et blessé plusieurs personnes.
a
On apprend de Liege , que le Couvent
des Franciscains de cette Ville avoits
été réduit en cendre par le Tonnerre .
L
A Cour est toûjours trés -nombreuse
à Fontainebleau , où les plaisirs et
les amusemens se succedent & regnent
tour à tour divers jours de la Semaine sont
marqués pour le Jeu , le Concert , la
Comédie Françoise et Italienne , & d'au
tres pour la Promenade à pied , à cheval ,
en carosse & carioles découvertes , et pour
la Chasse du Vol , du Cerf , du Sanglier ,
du Loup , du Chevreuil , &c .
Le 26. de ce mois , le Roy prit le Deüil
pour la mort de la Princesse Douairiere de
Toscane , Veuve du Prince Ferdinand de
Medicis .
Le Roi a accordé au Chevalier de Ni
colaï le Regiment de Dragons , vacant par
la démission volontaire de son Frere aîné,
Le 18. Juin , il y eût concert à Fontaine-
Beau , on chanta dans l'Antichambre de la
Reine , le Prologue et le premier Acte
Amadis de Gaule.
Le 20. M. Destouches , Sur-Intendant ™
BL Volt
I vi de
1616 MERCURE DE FRANCE
de la Musique du Roy , fit executer par
ordre de la Reine , le Prologue , le premier
et le second Acte du Ballet des Elemens ,
qu'on continua le 25. L'éxecution de ce
Divertissement fut très- brillante . Les De
moiselles Courvasier , Lenners , et Bar
bier , chanterent avec succès les Rôles de
Funon et de Leucosie dans le Prologue . Le
fieur d'Angerville chanta ceux du Destin
et d'Ixion , et le St Guesdon celui d'Arion
La Demoiselle Lenner rendit parfaite
ment le Rôle d'Emilie , dans le troisiéme
Acte , ainsi que celui de Valere , chanté
par le fieur d'Angerville. Le sieur le
Prince fit avec applaudissement le Rôle
de Vertumne au quatriéme Acte , de même
que la Demoiselle Barbier dans celui de
Pomone. Les Choeurs et toutes les sim
phonies furent si bien exécutez , que la
Reine eût la bonté d'en marquer sa sa
tisfaction à M. Destouches.
Le 27. on chanta devant la Reine ;
le Prologue et le premier Acte de l'Opera
de Roland.
Le 19. Juin , les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau , la Tra
gedie d'Amasis qui fut suivie de la petite
Piece du Concert Ridicule ; le 21 la Co
médie de l'Etourdi ; le 26. le Trage
die d'Andromaque , et la Comédie des
II. Vol. Fâcheux
JUIN. 1731. 1617
Fâcheux ; et le 28. le Dépit Amoureux..
Ces Pieces furent très bien exécutées et .
firent beaucoup de plaisir.
>
>
›
Le vingt-trois Juin , les Comédiens
Italiens représenterent Démocrite , pré
tendu Fou ,Comedie en Vers , de M. Au.
treau les De et pour petite Piéce
buts suivie de l'Intermede ou Paro
die de Lesbina et Dom Micco jouée
sur le Théatre de l'Opera , au mois
d'Aoust 1729. laquelle n'avoit pas en
core été représentée à la Cour. La De
moiselle Silvia et le fieur Theveneau qui
jouent ces deux Rôles , les exécuterent
en perfection .
Le 30 ?
ils représenterent la Tragi
Comedie de Samson , qui fut fort goû
tée. La Chûte du Temple fut parfaite
ment bien executée par le fieur le Maire
qui en est l'Auteur.
د
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accou
tumée à l'Hôtel de la Compagnie. La
Liste des Numero gagnans des Actions.
et dixiéme d'Actions qui doivent être
remboursées , a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 294. Ac
tions qui ont été remboursées..
II. Vol. M.
1618 MERCURE DE FRANCE
M. Bonnier de Lamosson , ancien
Colonel du Régiment de Dragons Dau
phin , ayant
, ayant obtenu du Roy l'agrément
pour la Charge de Capitaine des Chasses
de la Plaine de S. Denis , autrement dite
là Varenne des Thuilleries , dont il a traité
avec le Comte de Sainte Maure , qui
étoit pourvû de cette Charge , eut l'hon
neur d'en remercier S. Mi le 2. de ce
mois , et le 8 il tint sa premiere audiènce
en qualité de Capitaine des Chasses
aprés avoir été reçu par les Officiers de
la Capitainerie , dans la Galerie du Châs
teau des Thailleries , où les Audiences
se tiendront dorénavant.
On écrit de Bayeux qu'il y a fait surs
fa fin du mois de Juin des Tonnerres
et des Eclairs si épouvantables , que de
mémoire d'homme on n'en a vû de
pareils,
et sans qu'il soit tombé une goute de
pluye. Le Tonnerre , tombé plusieurs fois >
sur divers Bâtimens de la Ville , a causé
beaucoup de dommage , et a tué même
et blessé plusieurs personnes.
a
On apprend de Liege , que le Couvent
des Franciscains de cette Ville avoits
été réduit en cendre par le Tonnerre .
Fermer
Résumé : Nouvelle de la Cour, de Paris, &c.
Le texte décrit la vie à la cour de Fontainebleau, marquée par une succession de plaisirs et de divertissements. Les activités varient selon les jours de la semaine et incluent des jeux, des concerts, des comédies françaises et italiennes, ainsi que des promenades et des chasses. Le 26 juin, le roi a observé un deuil pour la mort de la princesse douairière de Toscane. Il a également nommé le chevalier de Nicolaï à la tête du régiment de dragons, vacant après la démission de son frère aîné. Le 18 juin, un concert a présenté le prologue et le premier acte d'Amadis de Gaule. Le 20 juin, M. Destouches, sur-intendant de la musique du roi, a exécuté le prologue, le premier et le second acte du ballet des Éléments, sur ordre de la reine. Cette performance a été poursuivie le 25 juin. Les demoiselles Courvasier, Lenners et Barbier, ainsi que les sieurs d'Angerville et Saint-Guesdon, ont interprété divers rôles avec succès, suscitant la satisfaction de la reine. Le 27 juin, le prologue et le premier acte de l'opéra de Roland ont été chantés devant la reine. Les comédiens français ont joué plusieurs pièces à Fontainebleau, notamment la tragédie d'Amasis, la comédie de l'Étourdi, la tragédie d'Andromaque, la comédie des Fâcheux et le Dépit Amoureux. Les comédiens italiens ont présenté Démocrite, prétendu fou, suivie de la parodie de Lesbina et Dom Micco, ainsi que la tragicomédie de Samson. Le 25 juin, la lotterie de la Compagnie des Indes pour le remboursement des actions a été tirée. M. Bonnier de Lamosson a obtenu l'agrément du roi pour la charge de capitaine des chasses de la plaine de Saint-Denis et a tenu sa première audience le 8 juin. Des phénomènes météorologiques violents, incluant des tonnerres et des éclairs, ont causé des dommages à Bayeux et tué plusieurs personnes. À Liège, le couvent des Franciscains a été détruit par le tonnerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
858
p. 1669
AUTRE ÉPITAPHE D'UN PRÉTENDU BEL ESPRIT. Par la Même.
Début :
Cy gît qui s'estimoit l'Arbitre des Arbitres ; [...]
Mots clefs :
Épitaphe, Bel esprit, Arbitre, Almanachs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ÉPITAPHE D'UN PRÉTENDU BEL ESPRIT. Par la Même.
AUTRE EPITAPHE
D'UN PRETENDU BEL ESPRIT.
Par la Même.
CYgit qui s'estimoit l'Arbitre des Arbitres ;
De la Langue au hazard il décidoit les cas ;
Qui le contredisoit ne s'y connoissoit pas ;
Des Livres il sçût tous les titres ,
Et ne lût que les Almanachs .
D'UN PRETENDU BEL ESPRIT.
Par la Même.
CYgit qui s'estimoit l'Arbitre des Arbitres ;
De la Langue au hazard il décidoit les cas ;
Qui le contredisoit ne s'y connoissoit pas ;
Des Livres il sçût tous les titres ,
Et ne lût que les Almanachs .
Fermer
859
p. 1719-1721
LETTRE de M. de Voltaire, écrite à M. de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner, prés de Londres.
Début :
Je n'ay jamais jusqu'à present repondu, Monsieur, à aucune des brochure [...]
Mots clefs :
Lettre, Critiques, Justice, Brochure satirique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Voltaire, écrite à M. de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner, prés de Londres.
LETTRE de M. de Voltaire , écrite à M.
de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner ,
prés de Londres.
J
E n'ay jamais jusqu'à present repondu
, Monsieur, à aucune des brochures
que l'on a imprimées contre moy , ou qui
ont été inserées dans les Journaux. J'ay
toujours cru que si les Critiques étoient
mauvaises , le Public en ferait justice
sans moy , et que si elles étoient bonnés,
je ne devois y répondre qu'en corrigean t
mes fautes.
D'ailleurs je n'ay jamais pû prendre
sur moy , de déffendre des ouvrages que
je n'ay jamais donnés qu'avec beaucoup
de défiance , et que je voudrois n'avoir
jamais hazardés dans le Public. Je suis
forcé aujourd'hui contre mon inclination
de vous prier de vouloir bien faire inserer
dans le Mercure cette réponse à Mr
les Auteurs du Nouveliste du Parnasse
et que j'ai l'honneur de vous envoyer.
"
Je
1720 MERCURE DE FRANCE
Je sçai combien peu il importe au Public
de sçavoir si j'ay fait ou non une.
brochure Satirique contre M. Capistron.
Mais j'ay cru devoir détromper ceux qui
lisent les Nouvelles Litteraires , j'ay cru
devoir à mon honneur , et à la verité ,
d'imposer du moins une fois en ma vie ,
un silence forcé à la calomnie. Ce n'est
pas d'aujourd'hui que la seule recompen-.
se de ceux qui cultivent les beaux Arts .
est d'être accusés d'ouvrages indignes
d'eux . On m'a souvent attribué des Pieces
soit mediocres , soit absolument mauvaises
, telles , que je ne sçai quelle Satire
intitulée Jay vu , une miserable Ode ou
l'on attaquoit indignement un Ministre
respectable. Je connois les Auteurs de
ces lâches ouvrages . Je ne leur fais point
la confusion de les nommer , il me suffit
de défier la calomnie d'oser avancer que
j'aye jamais ou fait , ou montré , ou approuvé
un seul ouvrage Satirique. C'est
une déclaration authentique que je fais
dans cette Lettre aux Auteurs du Nouveliste
, et j'espere fermer la bouche pour
jamais à ceux qui m'imputent ces sottises ,
de même que j'invite les sages et vrais
Critiques à continuer d'éclairer les beaux
Arts par leurs reflexions. Je m'éleve contre
le Calomniateur , mais j'encourage
tous
JUILLET. 1731. 1721
tous mes Censeurs , et je me flate d'avoir
donné moy-même dans ce petit Ecrit
l'exemple d'une Critique pleine au moins
de bienséance , si elle ne l'est pas de raison.
Je me flatte , Monsieur , que vous la
ferez paroître dans le Mercure , d'autant
plus volontiers que vous n'y avez jamais
inseré aucune Satire , et que vous
avés trouvé le secret de plaire à tout le
monde , sans offenser personne. Le Mercure
, regardé autrefois comme un ou.
vrage frivole et méprisable , est devenu
entre vos mains un livre choisi , plein de
monuments curieux et necessaires à quiconque
veut sçavoir dans son Siecle l'Histoire
de l'Esprit humain . La Lettre que
je vous envoye ne merite d'y avoir place
qu'autant qu'elle est pleine de cet esprit
de verité que vous aimez . Je suis &c.
de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner ,
prés de Londres.
J
E n'ay jamais jusqu'à present repondu
, Monsieur, à aucune des brochures
que l'on a imprimées contre moy , ou qui
ont été inserées dans les Journaux. J'ay
toujours cru que si les Critiques étoient
mauvaises , le Public en ferait justice
sans moy , et que si elles étoient bonnés,
je ne devois y répondre qu'en corrigean t
mes fautes.
D'ailleurs je n'ay jamais pû prendre
sur moy , de déffendre des ouvrages que
je n'ay jamais donnés qu'avec beaucoup
de défiance , et que je voudrois n'avoir
jamais hazardés dans le Public. Je suis
forcé aujourd'hui contre mon inclination
de vous prier de vouloir bien faire inserer
dans le Mercure cette réponse à Mr
les Auteurs du Nouveliste du Parnasse
et que j'ai l'honneur de vous envoyer.
"
Je
1720 MERCURE DE FRANCE
Je sçai combien peu il importe au Public
de sçavoir si j'ay fait ou non une.
brochure Satirique contre M. Capistron.
Mais j'ay cru devoir détromper ceux qui
lisent les Nouvelles Litteraires , j'ay cru
devoir à mon honneur , et à la verité ,
d'imposer du moins une fois en ma vie ,
un silence forcé à la calomnie. Ce n'est
pas d'aujourd'hui que la seule recompen-.
se de ceux qui cultivent les beaux Arts .
est d'être accusés d'ouvrages indignes
d'eux . On m'a souvent attribué des Pieces
soit mediocres , soit absolument mauvaises
, telles , que je ne sçai quelle Satire
intitulée Jay vu , une miserable Ode ou
l'on attaquoit indignement un Ministre
respectable. Je connois les Auteurs de
ces lâches ouvrages . Je ne leur fais point
la confusion de les nommer , il me suffit
de défier la calomnie d'oser avancer que
j'aye jamais ou fait , ou montré , ou approuvé
un seul ouvrage Satirique. C'est
une déclaration authentique que je fais
dans cette Lettre aux Auteurs du Nouveliste
, et j'espere fermer la bouche pour
jamais à ceux qui m'imputent ces sottises ,
de même que j'invite les sages et vrais
Critiques à continuer d'éclairer les beaux
Arts par leurs reflexions. Je m'éleve contre
le Calomniateur , mais j'encourage
tous
JUILLET. 1731. 1721
tous mes Censeurs , et je me flate d'avoir
donné moy-même dans ce petit Ecrit
l'exemple d'une Critique pleine au moins
de bienséance , si elle ne l'est pas de raison.
Je me flatte , Monsieur , que vous la
ferez paroître dans le Mercure , d'autant
plus volontiers que vous n'y avez jamais
inseré aucune Satire , et que vous
avés trouvé le secret de plaire à tout le
monde , sans offenser personne. Le Mercure
, regardé autrefois comme un ou.
vrage frivole et méprisable , est devenu
entre vos mains un livre choisi , plein de
monuments curieux et necessaires à quiconque
veut sçavoir dans son Siecle l'Histoire
de l'Esprit humain . La Lettre que
je vous envoye ne merite d'y avoir place
qu'autant qu'elle est pleine de cet esprit
de verité que vous aimez . Je suis &c.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. de Voltaire, écrite à M. de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner, prés de Londres.
Dans une lettre du 30 juin 1731, Voltaire explique qu'il n'a jamais répondu aux critiques contre lui, préférant laisser le public juger. Il exprime sa réticence à défendre ses œuvres publiées avec prudence. Cependant, il se sent obligé de répondre aux auteurs du 'Nouveliste du Parnasse' pour démentir des accusations de brochures satiriques, notamment contre M. Capistron. Voltaire nie avoir écrit des œuvres médiocres ou mauvaises, comme une satire intitulée 'Jay vu' ou une ode attaquant un ministre respectable. Il défie ses détracteurs de prouver le contraire et invite les critiques sincères à continuer leur travail. Il espère que sa réponse, pleine de bienséance, sera publiée dans le 'Mercure de France', qu'il considère comme un ouvrage respecté et utile pour l'histoire de l'esprit humain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
860
p. 1721-1736
LETTRE de M. de Voltaire, à Messieurs les Auteurs du Nouvelliste.
Début :
MESSIEURS, On m'a fait tenir à la Campagne où je suis près de Canterbury, depuis quatre [...]
Mots clefs :
Nouvelliste, Canterbury, Lettres, Jalousie, Politesse française, Vérité, Ouvrages, Mémoire, Scène française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Voltaire, à Messieurs les Auteurs du Nouvelliste.
LETTRE de M. de Voltaire , à Messieurs
les Auteurs du Nouvellifte.
.
MESSIEURS
t
On m'a fait tenir à la Campagne où
E
je
1722 MERCURE
DE FRANCE
je suis près de Canterbury , depuis quatre
mois , les Lettres que vous publiez
avec succès en France depuis environ ce
tems.
J'ai vu dans votre dix - huitiéme Lettre
, des plaintes injurieuses que l'on vous
addresse contre moi , sur lesquelles il
est juste que j'aye l'honneur de vous écrire
, moins pour ma propre justification ,
que pour l'intérêt de la vérité.
Un ami , ou peut-être un parent de feu
M. de Campistron , me fait des reproches
pleins d'amertume et de dureté , de
ce que j'ai , dit il , insulté à la mémoire
de cet illustre Ecrivain dans une brochure
de ma façon , et que je me suis servi
de ces termes indécens de pauvre Campistron.
Il auroit, sans doute, raison de me
faire ce reproche , et vous Messieurs , de
l'imprimer, si j'avois , en effet , été coupa
ble d'une groffiereté si éloignée de mes
mours. C'a été pour moi une surprise
également vive et douloureuse , de voir
que l'on m'impute de pareilles sottises.
Je ne sçai ce que c'est que cette brochure
, je n'en ai jamais entendu parler.
Je n'ai fait aucune brochure en ma vie ;
et si jamais homme devoit être à l'abri
d'une pareille accusation , j'ose dire que
c'étoit moi , Messieurs.
DeJUILLET.
1731. 1723
Depuis l'âge de seize ans , où quel
ques Vers un peu satyriques , et par conséquent
très -condamnables avoient échapé
à l'imprudence de mon âge , et au
ressentiment d'une injuftice , je me suis
imposé la loi de ne jamais tomber dans
ce déteftable genre d'écrire. Je passe mes
jours dans les souffrances continuelles de
corps qui m'accablent , et dans l'étude
des bons Livres qui me console : j'apprens
quelquefois dans mon lit que l'on m'impute
à Paris des Pieces fugitives que je n'ai
jamais vûës , et que je ne verrai jamais ;
je ne puis attribuer ces accusations frivoles
à aucune jalousie d'Auteur ; car
qui pourroit être jaloux de moy ! mais
quelque motif qu'on ait pû avoir pour
me charger de pareils Ecrits , je déclare ici
une bonne fois pour toutes , qu'il n'y a
personne en France qui puisse dire que je
lui aye jamais fait voir , depuis que j'suis
hors de l'enfance , aucun Ecrit satyrique
en vers ou en prose. Et celui- là se
montre qui puisse seulement avancer que
j'aye jamais applaudi un seul de ces Ecrits ,
dont le mérite consiste à flater la malignité
humaine.
que
Non- seulement je ne me suis jamais
servi de termes injurieux , soit de bouche,
soit par écrit , en citant feu M. de Campistron
E ij
1724 MEAU
FRANCE DE
pistron , dont la mémoire ne doit pas être
indifferente aux Gens de Lettres , mais je,
me suis toûjours revolté contre cette coutume
impolie qu'ont prise plusieurs jeunes
Gens , d'appeller par leur simple
pom des Auteurs illuftres qui méritent
des égards.
›
J'ai trouvé toûjours indigne de la politesse
Françoise , et du respect que les
Hommes se doivent les uns aux autres ,
de dire Fontenelles , Chaulieu , Crebillon,
la Motte , Raimond , &c. et j'ose dire que
j'ai corrigé quelques personnes de ces manieres
indécentes de parler , qui sont toûjours
insultantes pour les vivans , et dont
on ne doit se servir envers les morts que
quand ils commencent à devenir anciens
pour nous. Le peu de Curieux qui pourront
jetter les yeux sur les Préfaces de
quelques Pieces de Théatre que j'ai hazardées
, verront que je dis toûjours le Grand
Corneille , qui a pour nous le mérite de
l'antiquité ; et je dis M. Racine et M. Despreaux
, parce qu'ils sont presque mes
contemporains .
Il est vrai que dans la Préface d'une
Tragédie addressée à Mylord Bullingbrooke
rendant compte à cet illustre
Anglois des défauts et des beautez de
notre Théatre , je me suis plaint avec justice
JUILLET. 1731. 1725
tice que la galanterie dégrade parmi nous
la dignité de la Scene ; j'ai dit , et je le
dis encore , que l'on avoit applaudi ces
Vers de l'Alcibiade indignes de la Tragédie.
Hélas ! qu'eſt - il besoin de m'en entretenir ?
Mon penchant à l'amour, je l'avouerai fans peine,
Fut de tous mes malheurs la cause trop certainé:
Mais bien qu'il m'ait causé des chagrins , des
soupirs ,
Je n'ai pu refuser mon ame à ses plaisirs :
Car enfin , Amintas , quoi qu'on en puisse dire ,'
Il n'eft rien de semblable à ce qu'il nous inspire
Où trouve-t- on ailleurs cette vive douceur
Capable d'enlever et de calmer un coeur ?
Ah! lorsque penetré d'un amour véritable ,
Et gémissant aux pieds d'un objet adorable ,
J'ai connu dans ses yeux timides ou distraits
Que mes soins de son coeur avoient troublé la
·
paix ;
Que par l'aveu secret d'une ardeur mutuelle
La mienne a pris encore une force nouvelle ;
Dans ces tendres instans j'ai toujours éprouvé
Qu'un mortel peut sentir un honheur achevé .
J'aurois pû dire avec la même vérité ,
que les derniers Ouvrages du Grand Cor
'neille sont indignes de lui et fort infé-
E iij rieurs
1726 MERCURE DE FRANCE
rieurs à cet Alcibiade , et que la Berenice
de M. Racine n'eft qu'une Elegie bien
écrite , sans offenser la mémoire de ces
grands Hommes. Ce sont les fautes des
Ecrivains illustres qui nous instruisent ;
j'ai crû même faire honneur à M. de Campistron
en le citant à des Etrangers à qui
je parlois de la Scéne Françoise , de même
que je croirois rendre hommage à la mémoire
de l'inimitable Moliere , si pour
faire sentir les défauts de notre Scéne comique
, je disois que d'ordinaire les intrigues
de nos Comédies ne sont ménagées
que par des Valets , que les plaisanteries
ne sont presque jamais dans la bouche des
Maîtres , et que j'apportasse en preuve la
plupart des Pieces de ce charmant génie ,
qui malgré ce défaut et celui de ses dénouëmens
, est si au- dessus de Plaute et
de Terence .
J'ai ajoûté qu'Alcibiade est une Piece
suivie , mais foiblement écrite ; le défenseur
de M. de Campistron m'en fait un
crime ; mais qu'il me soit permis de me
servir de la réponse d'Horace.
Nempe incomposito dixi pede currere versus
Lucili quis tam lucili fautor inepte eft
Ut non hoc fateatur ?
JUILLET. 1731 1727
·
On me demande ce que j'entends par
un stile foible , je pourrois répondre , le
mien. Mais je vais tâcher de débrouiller
cette idée , afin que cet Ecrit ne soit pas
absolument inutile , et que ne pouvant
- par mon exemple prouver ce que c'est
qu'un stile noble et fort , j'essaye au moins
d'expliquer mes conjectures , et de justifier
ce que je pense en général d'un ftile de
la Tragedie d'Alcibiade.
Le stile fort et vigoureux , tel qu'il
convient à la Tragedie , est celui qui ne
dit ni trop ni trop peu , et qui fait toujours
des Tableaux à l'esprit , sans s'écarter
un moment de la passion.
Ainsi Cléopâtre dans la Rodogune
s'écrie :
> Trône , à t'abandonner je ne puis consentir
Par un coup de tonnere il en vaut mieux fortir
Tombe sur moi le Ciel pourvû que je me vange.
.. Voilà du stile très- fort , et peut être
trop.
Le Vers qui suit
Il vaut mieux meriter le sort le plus étrange ,
est du stile le plus foible.
> Le stile foible , non- seulement en Tra
gédie , mais en toute Poësie , consiste en-
E. iiij
core
1728
MERCURE DE FRANCE
core à laisser tomber ses Vers deux à deux;
sans entremêler de longues périodes et de
courtes , et sans varier la mesure , à rimer
trop en épithetes , à prodiguer des
expressions trop communes , à répéter
souvent les mêmes mots , à ne pas se servir
à propos des
conjonctions qui paroissent
inutiles aux esprits peu instruits , et
qui
contribuent cependant beaucoup à l'élegance
du Discours.
Tantumferiesjuncturaque pollent.
Ce sont toutes ces finesses
imperceptibles
qui font en même tems la difficulté
et la perfection de l'Art. In tenui labor
at tenuis non gloria.
J'ouvre dans ce moment le Volume
des Tragedies de M. de
Campistron , et
je vois à la premiere Scéne de l'Alcibiade .
Quelle que soit pour nous la tendresse des Rois ,
Un moment leur suffit pour faire un autre choix .
Je dis que ces Vers sans être absolument
mauvais , sont foibles et sans beauté.
Pierre Corneille ayant la même chose à
dire ,
s'exprime ainsi :
Et malgré ce pouvoir dont l'éclat nous séduir,
Si-tôt qu'il nous veut perdre, un coup d'oeil nous
détruit ,
Ce
JUILLET. 1731. 1729
Ce quelle que soit de l'Alcibiade fait languir
le Vers ; de plus , Un moment leur
suffit pourfaire un autre choix , ne fait pas à
beaucoup près une peinture si vive que ce
Vers ; Si-tôt qu'il nous veut perdre , un coup
d'oeil nous détruit.
Je vois dans ces premieres Scénes d'Alcibiade
:
Mille exemples connus de ces fameux revers.
Affoiblit notre empire ; et dans mille combats,
Nous cache mille soins dont il est agité.
El a mille vertus dignes du diadême.
Le sort le plus cruel , mille tourmens affreux.
Je dis que ce mot mille si souvent rế-
peté , et sur tout dans des Vers assez läches
, affoiblit le stile au point de le gâter;
que la Piece est pleine de ces termes oisifs
, qui remplissent languissamment l'Emistiche
des Vers : je m'offre de prouver
à qui voudra , que presque tous les Vers
de cet Ouvrage sont énervez par ces pe
tits défauts de détail , qui répandent leur
langueur sur toute la diction. Si j'avois
vécu du tems de M. de Campistron , et
que j'eusse eû l'honneur d'être son ami , je
lui aurois dit à lui-même ce que je dis ici
au Public , et j'aurois fait tous mes efforts.
pour obtenir de lui qu'il retouchât le stile
E v de
1730 MERCURE DE FRANCE
de cette Piece , qui seroit devenue avec
plus de soin un très - bon Ouvrage. En
un mor , je lui aurois parlé , comme je
fais ici , pour la perfection d'un Art qu'il
cultivoit d'ailleurs avec succès.
Le fameux Acteur qui représenta si
long- tems Alcibiade , cachoit toutes les
foiblesses de la diction par les charmes:
de son recit : en effet , l'on peut dire d'une
Tragedie comme d'une Histoire : Historia
quoque modo scripta benè legitur,et Tragedia
quoque modo scripta benè representatur,
mais les yeux duLecteur sont des juges plus.
difficiles que les oreilles du Spectateur.
Celui qui lit ces Vers d'Alcibiade.
Je répondrai , Seigneur , avec la liberté ,
D'un Grec qui ne sçait pas cacher la verité.
se ressouvient à l'instant de ces deux beaux
Vers de Britannicus ..
e répondrai , Madame , avec la liberté ,.
D'un Soldat qui sçait mal farder la vérité..
Il voit d'abord que les Vers de M. Ra-.
cine sont pleins d'une harmonie singu
liere , qui caractérise en quelque façon
par cette cesure coupée , d'un Soldat
, au lieu que les Vers d'Alcibiade sont
rampans et sans force. En second lieu , il
Burrus
cft
JUILLET. 1731. 1731
est choqué d'une imitation si marquée.
En troisiéme lieu , il ne peut
souffrir que
le citoyen d'un pays renommé par l'Eloquence
et par l'artifice , donne à ces
mêmes Grecs un caractére qu'ils n'avoient
pas.
Vous allez attaquer des peubles indomptables , "
Sur leurs propres foyers plus qu'ailleurs redou
tables..
On voit par tout la même langeur de
stile. Ces rimes d'Epithetes indomptables
redoutables , choquent l'oreille délicate du
connoisseur qui veut des choses , et qui
ne trouve que des sons. Sur leurs propres
foyers plus qu'ailleurs , est trop simple même
pour de la Prose..
Je n'ai trouvé aucun homme de Lettres
qui n'ait été de mon avis , et qui ne soit
convenu avec moi que le stile de cette
Piece est en général très-languissant. J'ajoûterai
même que c'eft la diction seule
qui abbaisse M. de Campistron au des
sous de Monsieur Racine . J'ai toûjours
soutenu que les Pieces de M. de
Campistron étoient pour le moins aussi
régulierement conduites , que toutes celles
de l'illustre Racine ; mais il n'y a que
la Poësie de stile qui fasse la perfection :
des Ouvrages en vers. M. de Campistrom
E vj.
l'ai
#732 MERCURE DE FRANCE
l'a toûjours trop negligée , il n'a imité ſe
coloris de M. Racine que d'un pinceau timide
; il manque à cet Auteur , d'ailleurs
judicieux et tendre , ces beautés de détail
, et ces expressions heureuses qui sont
l'ame de la Poësie , et qui font le mérite
des Homere , des Virgile , des Tasse , des
Milton , des Pope , des Corneille , des Racine
, des Boileau..
Je n'ai donc avancé qu'une verité , et
même une verité utile pour les Belles- Lettres
, et c'est parce qu'elle est vérité qu'elle
m'attire des injures.
vante que
L'Anonime ( quel qu'il soit ) me dit à
la suite de plusieurs personnalitez , que je
suis un trés- mauvais modéle . Mais au
moins il ne le dit qu'après moi , je ne me
de connoître mon art et mon
impuissance. Il dit d'ailleurs ( ce qui n'est
point une injure , mais une Critique
permise , que ma Tragedie de Brutus est
très-défectueuse. Qui le sçait mieux que
moi ? C'est parce que j'étois très- convaincu
des défauts de cette Piece , que je la
refusai constamment un an entier aux
Comédiens. Depuis même je l'ai fort retouchée
, j'ai retourné ce terrain ingrat où
j'avois travaillé si long- tems avec tant de
peine et si peu de fruit. Il n'y a aucun de
mes foibles Ouvrages , que je ne corrige
tous
JUILLET. 1731. 1733
-
tous les jours dans les intervalles de mes
maladies. Non seulement je vois mes
fautes , mais j'ai obligation à ceux qui
m'en reprennent , et je n'ai jamais répondu
à une Critique , qu'en tâchant de me
corriger.
Cette verité que j'aime dans les autres,.
j'ai droit d'exiger que les autres la souffrent
en moi . M. de la Motte sçait avec
quelle franchise je lui ai parlé , et que je
l'estime assez pour lui dire , quand j'ai
l'honneur de le voir , quelques défauts
que je crois appercevoir dans ses ingénieux
Ouvrages. Il seroit honteux que la flaterie
infectât le petit nombre d'hommes qui
pensent. Mais plus j'aime la verité
plus je haïs et dédaigne la Satire , qui n'est
jamais que le langage de l'envie. Les Auteurs
qui veulent apprendre à penser aux
autres hommes , doivent leur donner des
exemples de politesse comme d'éloquence
, et joindre les bienséances de la société
à celles du stile. Faut- il que ceux qui cherchent
la gloire , courent à la honte par
leurs querelles litteraires , et que les Gens
d'esprit deviennent souvent la risée des
sots !
On m'a souvent envoyé en Angleterre
des Epigrammes et des petites Satyres contre
M. de Fontenelle ; j'ai eu soin de dire
pous
1734 MERCURE DE FRANCE
pour l'honneur de mes compatriotes , que
ces petits traits qu'on lui décoche , ressemblent
aux injures que l'esclave disoit autrefois
aux triomphateurs. Je crois que c'est
être bon François de détourner autant qu'il
est en moi, le soupçon qu'on a dans les Païs
étrangers , que les François ne rendent jamais
justice à leurs contemporains. Soyons:
justes , Messieurs , ne craignons ni de blâmer
, ni surtout de louer , ce qui le mérite.
Ne lisons point Pertharite , mais
pleurons à Polieucte . Oublions avec M. de
Fontenelle des Lettres composées dans sa
jeunesse , mais apprenons par coeur , s'il
est possible , les Mondes , la Préface de
l'Académie des Sciences , & c. Disons si
vous voulez , à M. de la Motte , qu'il n'a
pas assez bien traduit l'Iliade , mais n'oublions
pas un mot des belles Odes et des
autres Pieces heureuses qu'il a faites. C'est
ne pas payer ses dettes , que de refuser de
justes louanges . Elles sont l'unique récompense
des Gens de Lettres , et qui
Leur payera ce tribut : si- non nous , qui
courant à peu près la même carriere , de
vons connoître mieux que d'autres la difficulté
et le prix d'un bon Ouvrage ?
J'ai entendu dire souvent en France que
tout est dégénéré , et qu'il y a en tout
genre une disette d'hommes étonnante..
Les
JUILLET. 1737 1735
Les Etrangers n'entendent à Paris que
ces discours ; et ils nous croient aisément
sur notre parole cependant quel est le
siécle où l'esprit humain ait fait plus de
progrès que parmi nous ? Voici un jeune
homme de seize ans qui exécute en effet
ce qu'on a dit autrefois de M. Pascal , et
qui donne un Traité sur les Courbes qui
feroit honneuraux plus grands Géometres ..
L'esprit de raison pénetre si bien dans les
Ecoles , qu'elles commencent à rejetter
également , et les absurditez inintelligi
bles d'Aristote , et les chiméres ingénieuses
de Descartes. Combien d'excellentes
Hisroires n'avons nous pas depuis trente
ans ? Il y en a telle qui se lit avec plus de:
plaisir que Philippes de Comines ; il est
vrai qu'on n'ose l'avouer tout haut , parce
que l'Aureur est encore vivant , et le
moyen d'estimer un contemporain autant
qu'un homme mort il y a plus de deux
cens ans !
Ploravêre suis non respondere favorem
Speratum meritis .
Personne n'ose convenir franchement
des richesses de son siècle . Nous sommes.
comme les avares qui disent toûjours que
le tems est dur. J'abuse de votre patience ,,
Messieurs
JJ
1736 MERCURE DE FRANCE
Messieurs , pardonnez cette longue Lettre
et toutes ces réflexions , au devoir d'un
honnête homme qui a dû se justifier, et à
mon amour extrême pour les Lettres
pour ma Patrie et pour la vérité. Je suis ,
Messieurs , &c. VOLTAIRE.
A Fakener , près de Canterbury , ce 20.
Fuin. 1. Juillet.
les Auteurs du Nouvellifte.
.
MESSIEURS
t
On m'a fait tenir à la Campagne où
E
je
1722 MERCURE
DE FRANCE
je suis près de Canterbury , depuis quatre
mois , les Lettres que vous publiez
avec succès en France depuis environ ce
tems.
J'ai vu dans votre dix - huitiéme Lettre
, des plaintes injurieuses que l'on vous
addresse contre moi , sur lesquelles il
est juste que j'aye l'honneur de vous écrire
, moins pour ma propre justification ,
que pour l'intérêt de la vérité.
Un ami , ou peut-être un parent de feu
M. de Campistron , me fait des reproches
pleins d'amertume et de dureté , de
ce que j'ai , dit il , insulté à la mémoire
de cet illustre Ecrivain dans une brochure
de ma façon , et que je me suis servi
de ces termes indécens de pauvre Campistron.
Il auroit, sans doute, raison de me
faire ce reproche , et vous Messieurs , de
l'imprimer, si j'avois , en effet , été coupa
ble d'une groffiereté si éloignée de mes
mours. C'a été pour moi une surprise
également vive et douloureuse , de voir
que l'on m'impute de pareilles sottises.
Je ne sçai ce que c'est que cette brochure
, je n'en ai jamais entendu parler.
Je n'ai fait aucune brochure en ma vie ;
et si jamais homme devoit être à l'abri
d'une pareille accusation , j'ose dire que
c'étoit moi , Messieurs.
DeJUILLET.
1731. 1723
Depuis l'âge de seize ans , où quel
ques Vers un peu satyriques , et par conséquent
très -condamnables avoient échapé
à l'imprudence de mon âge , et au
ressentiment d'une injuftice , je me suis
imposé la loi de ne jamais tomber dans
ce déteftable genre d'écrire. Je passe mes
jours dans les souffrances continuelles de
corps qui m'accablent , et dans l'étude
des bons Livres qui me console : j'apprens
quelquefois dans mon lit que l'on m'impute
à Paris des Pieces fugitives que je n'ai
jamais vûës , et que je ne verrai jamais ;
je ne puis attribuer ces accusations frivoles
à aucune jalousie d'Auteur ; car
qui pourroit être jaloux de moy ! mais
quelque motif qu'on ait pû avoir pour
me charger de pareils Ecrits , je déclare ici
une bonne fois pour toutes , qu'il n'y a
personne en France qui puisse dire que je
lui aye jamais fait voir , depuis que j'suis
hors de l'enfance , aucun Ecrit satyrique
en vers ou en prose. Et celui- là se
montre qui puisse seulement avancer que
j'aye jamais applaudi un seul de ces Ecrits ,
dont le mérite consiste à flater la malignité
humaine.
que
Non- seulement je ne me suis jamais
servi de termes injurieux , soit de bouche,
soit par écrit , en citant feu M. de Campistron
E ij
1724 MEAU
FRANCE DE
pistron , dont la mémoire ne doit pas être
indifferente aux Gens de Lettres , mais je,
me suis toûjours revolté contre cette coutume
impolie qu'ont prise plusieurs jeunes
Gens , d'appeller par leur simple
pom des Auteurs illuftres qui méritent
des égards.
›
J'ai trouvé toûjours indigne de la politesse
Françoise , et du respect que les
Hommes se doivent les uns aux autres ,
de dire Fontenelles , Chaulieu , Crebillon,
la Motte , Raimond , &c. et j'ose dire que
j'ai corrigé quelques personnes de ces manieres
indécentes de parler , qui sont toûjours
insultantes pour les vivans , et dont
on ne doit se servir envers les morts que
quand ils commencent à devenir anciens
pour nous. Le peu de Curieux qui pourront
jetter les yeux sur les Préfaces de
quelques Pieces de Théatre que j'ai hazardées
, verront que je dis toûjours le Grand
Corneille , qui a pour nous le mérite de
l'antiquité ; et je dis M. Racine et M. Despreaux
, parce qu'ils sont presque mes
contemporains .
Il est vrai que dans la Préface d'une
Tragédie addressée à Mylord Bullingbrooke
rendant compte à cet illustre
Anglois des défauts et des beautez de
notre Théatre , je me suis plaint avec justice
JUILLET. 1731. 1725
tice que la galanterie dégrade parmi nous
la dignité de la Scene ; j'ai dit , et je le
dis encore , que l'on avoit applaudi ces
Vers de l'Alcibiade indignes de la Tragédie.
Hélas ! qu'eſt - il besoin de m'en entretenir ?
Mon penchant à l'amour, je l'avouerai fans peine,
Fut de tous mes malheurs la cause trop certainé:
Mais bien qu'il m'ait causé des chagrins , des
soupirs ,
Je n'ai pu refuser mon ame à ses plaisirs :
Car enfin , Amintas , quoi qu'on en puisse dire ,'
Il n'eft rien de semblable à ce qu'il nous inspire
Où trouve-t- on ailleurs cette vive douceur
Capable d'enlever et de calmer un coeur ?
Ah! lorsque penetré d'un amour véritable ,
Et gémissant aux pieds d'un objet adorable ,
J'ai connu dans ses yeux timides ou distraits
Que mes soins de son coeur avoient troublé la
·
paix ;
Que par l'aveu secret d'une ardeur mutuelle
La mienne a pris encore une force nouvelle ;
Dans ces tendres instans j'ai toujours éprouvé
Qu'un mortel peut sentir un honheur achevé .
J'aurois pû dire avec la même vérité ,
que les derniers Ouvrages du Grand Cor
'neille sont indignes de lui et fort infé-
E iij rieurs
1726 MERCURE DE FRANCE
rieurs à cet Alcibiade , et que la Berenice
de M. Racine n'eft qu'une Elegie bien
écrite , sans offenser la mémoire de ces
grands Hommes. Ce sont les fautes des
Ecrivains illustres qui nous instruisent ;
j'ai crû même faire honneur à M. de Campistron
en le citant à des Etrangers à qui
je parlois de la Scéne Françoise , de même
que je croirois rendre hommage à la mémoire
de l'inimitable Moliere , si pour
faire sentir les défauts de notre Scéne comique
, je disois que d'ordinaire les intrigues
de nos Comédies ne sont ménagées
que par des Valets , que les plaisanteries
ne sont presque jamais dans la bouche des
Maîtres , et que j'apportasse en preuve la
plupart des Pieces de ce charmant génie ,
qui malgré ce défaut et celui de ses dénouëmens
, est si au- dessus de Plaute et
de Terence .
J'ai ajoûté qu'Alcibiade est une Piece
suivie , mais foiblement écrite ; le défenseur
de M. de Campistron m'en fait un
crime ; mais qu'il me soit permis de me
servir de la réponse d'Horace.
Nempe incomposito dixi pede currere versus
Lucili quis tam lucili fautor inepte eft
Ut non hoc fateatur ?
JUILLET. 1731 1727
·
On me demande ce que j'entends par
un stile foible , je pourrois répondre , le
mien. Mais je vais tâcher de débrouiller
cette idée , afin que cet Ecrit ne soit pas
absolument inutile , et que ne pouvant
- par mon exemple prouver ce que c'est
qu'un stile noble et fort , j'essaye au moins
d'expliquer mes conjectures , et de justifier
ce que je pense en général d'un ftile de
la Tragedie d'Alcibiade.
Le stile fort et vigoureux , tel qu'il
convient à la Tragedie , est celui qui ne
dit ni trop ni trop peu , et qui fait toujours
des Tableaux à l'esprit , sans s'écarter
un moment de la passion.
Ainsi Cléopâtre dans la Rodogune
s'écrie :
> Trône , à t'abandonner je ne puis consentir
Par un coup de tonnere il en vaut mieux fortir
Tombe sur moi le Ciel pourvû que je me vange.
.. Voilà du stile très- fort , et peut être
trop.
Le Vers qui suit
Il vaut mieux meriter le sort le plus étrange ,
est du stile le plus foible.
> Le stile foible , non- seulement en Tra
gédie , mais en toute Poësie , consiste en-
E. iiij
core
1728
MERCURE DE FRANCE
core à laisser tomber ses Vers deux à deux;
sans entremêler de longues périodes et de
courtes , et sans varier la mesure , à rimer
trop en épithetes , à prodiguer des
expressions trop communes , à répéter
souvent les mêmes mots , à ne pas se servir
à propos des
conjonctions qui paroissent
inutiles aux esprits peu instruits , et
qui
contribuent cependant beaucoup à l'élegance
du Discours.
Tantumferiesjuncturaque pollent.
Ce sont toutes ces finesses
imperceptibles
qui font en même tems la difficulté
et la perfection de l'Art. In tenui labor
at tenuis non gloria.
J'ouvre dans ce moment le Volume
des Tragedies de M. de
Campistron , et
je vois à la premiere Scéne de l'Alcibiade .
Quelle que soit pour nous la tendresse des Rois ,
Un moment leur suffit pour faire un autre choix .
Je dis que ces Vers sans être absolument
mauvais , sont foibles et sans beauté.
Pierre Corneille ayant la même chose à
dire ,
s'exprime ainsi :
Et malgré ce pouvoir dont l'éclat nous séduir,
Si-tôt qu'il nous veut perdre, un coup d'oeil nous
détruit ,
Ce
JUILLET. 1731. 1729
Ce quelle que soit de l'Alcibiade fait languir
le Vers ; de plus , Un moment leur
suffit pourfaire un autre choix , ne fait pas à
beaucoup près une peinture si vive que ce
Vers ; Si-tôt qu'il nous veut perdre , un coup
d'oeil nous détruit.
Je vois dans ces premieres Scénes d'Alcibiade
:
Mille exemples connus de ces fameux revers.
Affoiblit notre empire ; et dans mille combats,
Nous cache mille soins dont il est agité.
El a mille vertus dignes du diadême.
Le sort le plus cruel , mille tourmens affreux.
Je dis que ce mot mille si souvent rế-
peté , et sur tout dans des Vers assez läches
, affoiblit le stile au point de le gâter;
que la Piece est pleine de ces termes oisifs
, qui remplissent languissamment l'Emistiche
des Vers : je m'offre de prouver
à qui voudra , que presque tous les Vers
de cet Ouvrage sont énervez par ces pe
tits défauts de détail , qui répandent leur
langueur sur toute la diction. Si j'avois
vécu du tems de M. de Campistron , et
que j'eusse eû l'honneur d'être son ami , je
lui aurois dit à lui-même ce que je dis ici
au Public , et j'aurois fait tous mes efforts.
pour obtenir de lui qu'il retouchât le stile
E v de
1730 MERCURE DE FRANCE
de cette Piece , qui seroit devenue avec
plus de soin un très - bon Ouvrage. En
un mor , je lui aurois parlé , comme je
fais ici , pour la perfection d'un Art qu'il
cultivoit d'ailleurs avec succès.
Le fameux Acteur qui représenta si
long- tems Alcibiade , cachoit toutes les
foiblesses de la diction par les charmes:
de son recit : en effet , l'on peut dire d'une
Tragedie comme d'une Histoire : Historia
quoque modo scripta benè legitur,et Tragedia
quoque modo scripta benè representatur,
mais les yeux duLecteur sont des juges plus.
difficiles que les oreilles du Spectateur.
Celui qui lit ces Vers d'Alcibiade.
Je répondrai , Seigneur , avec la liberté ,
D'un Grec qui ne sçait pas cacher la verité.
se ressouvient à l'instant de ces deux beaux
Vers de Britannicus ..
e répondrai , Madame , avec la liberté ,.
D'un Soldat qui sçait mal farder la vérité..
Il voit d'abord que les Vers de M. Ra-.
cine sont pleins d'une harmonie singu
liere , qui caractérise en quelque façon
par cette cesure coupée , d'un Soldat
, au lieu que les Vers d'Alcibiade sont
rampans et sans force. En second lieu , il
Burrus
cft
JUILLET. 1731. 1731
est choqué d'une imitation si marquée.
En troisiéme lieu , il ne peut
souffrir que
le citoyen d'un pays renommé par l'Eloquence
et par l'artifice , donne à ces
mêmes Grecs un caractére qu'ils n'avoient
pas.
Vous allez attaquer des peubles indomptables , "
Sur leurs propres foyers plus qu'ailleurs redou
tables..
On voit par tout la même langeur de
stile. Ces rimes d'Epithetes indomptables
redoutables , choquent l'oreille délicate du
connoisseur qui veut des choses , et qui
ne trouve que des sons. Sur leurs propres
foyers plus qu'ailleurs , est trop simple même
pour de la Prose..
Je n'ai trouvé aucun homme de Lettres
qui n'ait été de mon avis , et qui ne soit
convenu avec moi que le stile de cette
Piece est en général très-languissant. J'ajoûterai
même que c'eft la diction seule
qui abbaisse M. de Campistron au des
sous de Monsieur Racine . J'ai toûjours
soutenu que les Pieces de M. de
Campistron étoient pour le moins aussi
régulierement conduites , que toutes celles
de l'illustre Racine ; mais il n'y a que
la Poësie de stile qui fasse la perfection :
des Ouvrages en vers. M. de Campistrom
E vj.
l'ai
#732 MERCURE DE FRANCE
l'a toûjours trop negligée , il n'a imité ſe
coloris de M. Racine que d'un pinceau timide
; il manque à cet Auteur , d'ailleurs
judicieux et tendre , ces beautés de détail
, et ces expressions heureuses qui sont
l'ame de la Poësie , et qui font le mérite
des Homere , des Virgile , des Tasse , des
Milton , des Pope , des Corneille , des Racine
, des Boileau..
Je n'ai donc avancé qu'une verité , et
même une verité utile pour les Belles- Lettres
, et c'est parce qu'elle est vérité qu'elle
m'attire des injures.
vante que
L'Anonime ( quel qu'il soit ) me dit à
la suite de plusieurs personnalitez , que je
suis un trés- mauvais modéle . Mais au
moins il ne le dit qu'après moi , je ne me
de connoître mon art et mon
impuissance. Il dit d'ailleurs ( ce qui n'est
point une injure , mais une Critique
permise , que ma Tragedie de Brutus est
très-défectueuse. Qui le sçait mieux que
moi ? C'est parce que j'étois très- convaincu
des défauts de cette Piece , que je la
refusai constamment un an entier aux
Comédiens. Depuis même je l'ai fort retouchée
, j'ai retourné ce terrain ingrat où
j'avois travaillé si long- tems avec tant de
peine et si peu de fruit. Il n'y a aucun de
mes foibles Ouvrages , que je ne corrige
tous
JUILLET. 1731. 1733
-
tous les jours dans les intervalles de mes
maladies. Non seulement je vois mes
fautes , mais j'ai obligation à ceux qui
m'en reprennent , et je n'ai jamais répondu
à une Critique , qu'en tâchant de me
corriger.
Cette verité que j'aime dans les autres,.
j'ai droit d'exiger que les autres la souffrent
en moi . M. de la Motte sçait avec
quelle franchise je lui ai parlé , et que je
l'estime assez pour lui dire , quand j'ai
l'honneur de le voir , quelques défauts
que je crois appercevoir dans ses ingénieux
Ouvrages. Il seroit honteux que la flaterie
infectât le petit nombre d'hommes qui
pensent. Mais plus j'aime la verité
plus je haïs et dédaigne la Satire , qui n'est
jamais que le langage de l'envie. Les Auteurs
qui veulent apprendre à penser aux
autres hommes , doivent leur donner des
exemples de politesse comme d'éloquence
, et joindre les bienséances de la société
à celles du stile. Faut- il que ceux qui cherchent
la gloire , courent à la honte par
leurs querelles litteraires , et que les Gens
d'esprit deviennent souvent la risée des
sots !
On m'a souvent envoyé en Angleterre
des Epigrammes et des petites Satyres contre
M. de Fontenelle ; j'ai eu soin de dire
pous
1734 MERCURE DE FRANCE
pour l'honneur de mes compatriotes , que
ces petits traits qu'on lui décoche , ressemblent
aux injures que l'esclave disoit autrefois
aux triomphateurs. Je crois que c'est
être bon François de détourner autant qu'il
est en moi, le soupçon qu'on a dans les Païs
étrangers , que les François ne rendent jamais
justice à leurs contemporains. Soyons:
justes , Messieurs , ne craignons ni de blâmer
, ni surtout de louer , ce qui le mérite.
Ne lisons point Pertharite , mais
pleurons à Polieucte . Oublions avec M. de
Fontenelle des Lettres composées dans sa
jeunesse , mais apprenons par coeur , s'il
est possible , les Mondes , la Préface de
l'Académie des Sciences , & c. Disons si
vous voulez , à M. de la Motte , qu'il n'a
pas assez bien traduit l'Iliade , mais n'oublions
pas un mot des belles Odes et des
autres Pieces heureuses qu'il a faites. C'est
ne pas payer ses dettes , que de refuser de
justes louanges . Elles sont l'unique récompense
des Gens de Lettres , et qui
Leur payera ce tribut : si- non nous , qui
courant à peu près la même carriere , de
vons connoître mieux que d'autres la difficulté
et le prix d'un bon Ouvrage ?
J'ai entendu dire souvent en France que
tout est dégénéré , et qu'il y a en tout
genre une disette d'hommes étonnante..
Les
JUILLET. 1737 1735
Les Etrangers n'entendent à Paris que
ces discours ; et ils nous croient aisément
sur notre parole cependant quel est le
siécle où l'esprit humain ait fait plus de
progrès que parmi nous ? Voici un jeune
homme de seize ans qui exécute en effet
ce qu'on a dit autrefois de M. Pascal , et
qui donne un Traité sur les Courbes qui
feroit honneuraux plus grands Géometres ..
L'esprit de raison pénetre si bien dans les
Ecoles , qu'elles commencent à rejetter
également , et les absurditez inintelligi
bles d'Aristote , et les chiméres ingénieuses
de Descartes. Combien d'excellentes
Hisroires n'avons nous pas depuis trente
ans ? Il y en a telle qui se lit avec plus de:
plaisir que Philippes de Comines ; il est
vrai qu'on n'ose l'avouer tout haut , parce
que l'Aureur est encore vivant , et le
moyen d'estimer un contemporain autant
qu'un homme mort il y a plus de deux
cens ans !
Ploravêre suis non respondere favorem
Speratum meritis .
Personne n'ose convenir franchement
des richesses de son siècle . Nous sommes.
comme les avares qui disent toûjours que
le tems est dur. J'abuse de votre patience ,,
Messieurs
JJ
1736 MERCURE DE FRANCE
Messieurs , pardonnez cette longue Lettre
et toutes ces réflexions , au devoir d'un
honnête homme qui a dû se justifier, et à
mon amour extrême pour les Lettres
pour ma Patrie et pour la vérité. Je suis ,
Messieurs , &c. VOLTAIRE.
A Fakener , près de Canterbury , ce 20.
Fuin. 1. Juillet.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. de Voltaire, à Messieurs les Auteurs du Nouvelliste.
Voltaire, depuis Canterbury, répond aux accusations publiées dans le Mercure de France. Un ami ou parent de feu M. de Campistron l'accuse d'avoir insulté la mémoire de cet écrivain dans une brochure. Voltaire nie catégoriquement avoir écrit cette brochure et affirme n'avoir jamais produit d'écrits satiriques depuis l'âge de seize ans. Il souligne qu'il passe ses jours dans les souffrances physiques et l'étude des bons livres, et qu'il n'a jamais été impliqué dans des écrits injurieux. Voltaire explique qu'il respecte la mémoire des auteurs illustres et qu'il a toujours évité d'utiliser des termes impolis pour parler des écrivains. Il mentionne avoir critiqué la pièce 'Alcibiade' de Campistron pour son style faible, mais sans intention d'insulter l'auteur. Il compare des vers de Campistron à ceux de Corneille et Racine pour illustrer ses points sur la qualité du style. Voltaire conclut en affirmant qu'il n'a fait que dire la vérité sur les défauts de la pièce, ce qui lui a attiré des injures. Il reconnaît les défauts de ses propres œuvres et les corrige constamment. Dans une autre lettre, Voltaire exprime son attachement à la vérité et son aversion pour la satire, qu'il considère comme le langage de l'envie. Il souligne l'importance de la politesse et des bienséances dans les écrits littéraires. Voltaire mentionne avoir reçu des épigrammes contre M. de Fontenelle et affirme que ces attaques ressemblent aux insultes d'un esclave envers un triomphateur. Il encourage à rendre justice aux contemporains et à louer les œuvres méritantes, citant des exemples comme les 'Mondes' de Fontenelle et les traductions de M. de la Motte. Voltaire conteste l'idée que la France manque d'hommes de talent, citant des progrès récents en mathématiques et en histoire. Il critique ceux qui se plaignent de la dégénérescence de leur époque et affirme que le siècle actuel a vu des avancées significatives. Il conclut en se justifiant pour la longueur de sa lettre, motivée par son amour pour les lettres, la patrie et la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
861
p. 1739-1741
« CRITIQUE de la Bibliothèque des Auteurs Ecclesiastiques de M. du [...] »
Début :
CRITIQUE de la Bibliothèque des Auteurs Ecclesiastiques de M. du [...]
Mots clefs :
Critique, Auteurs ecclésiastiques , Nouvelle traduction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CRITIQUE de la Bibliothèque des Auteurs Ecclesiastiques de M. du [...] »
CR
RITIQUE de la Bibliotheque des
Auteurs Ecclesiastiques de M. du
Pin, par feu M. Richard Simon. A Paris,
rue S.Jacques , chez Ganeau , 1730. 4. vol.
in 8.
NOUVELLE TRADUCTION du Livre unique
des Lettres de Ciceron à M. J.Brutus,
avec des Remarques Historiques et Critiques,
dédiée à Monseigneur le Dauphin..
Par M. de Laval . A Paris , Quay des Augustins
, chez Guill. Denis David , 1731.
2. vol. in 12.
OSTEOLOGIE , ou Traité des Os , dans
lequel on considere chaque Os par rapport
1740 MERCURE DE FRANCE
port aux Parties qui le composent , aux
cavitez qui s'y trouvent , et à ses joncfions
aux autres Os. Par M. Jean Baget ,
Chirurgien Juré à Paris , Démonstrateur
en Anatomie et Chirurgie. Rue S. Jacques
, chez Louis d'Hotelfort. In 12 .
HISTOIRE NATURELLE , Civile et Ecclesiastique
de l'Empire du Japon , composée
en Allemand , par Engelbert Kampfer,
Docteur en Médecine à Lemgow ;
et traduite en françois sur la version Angloise
de Jean Gaspard Scheuchzer
Membre de la Societé Royale, et du College
des Médecins à Londres. Ouvrage
enrichi de quantité de Figures dessinées
d'aprés le naturel par l'Auteur même.
A la Haye chez P. Gosse et J. Neaulme.
1729. in fol. z. vol . Tom. I. pag. 217 .
Tome 2. pp . 313. sans l'Appendix de
96. pag. et les Preliminaires de 52. pag. ·
Planch. détach. 45 .
REFLEXIONS POLITIQUES de Balthasar
Gracian sur les plus grands Princes , et
particulierement sur Ferdinand le Catholique.
Ouvrage traduit de l'Espagnol
avec des Notes historiques et critiques.
A Paris chez Barthelemy Alix , rue Saint-
Facques 1730. in 12. pag. 350. sans la
Preface et les Tables .
LETTRES
JUILLET . 1731. 174 *
LETTRES CRITIQUES , à M. le Comte
***, sur le Paradis perdu et reconquis
de Milton . Par R. **. A Paris chez
Cailleau, Place du Pont S. Michel. 1731 ,
in 12.
RECUEIL de Pieces d'Histoire et de
Litterature Tome 1. A Paris Quay des
Augustins , chez, Chaubert . 1731 .
RITIQUE de la Bibliotheque des
Auteurs Ecclesiastiques de M. du
Pin, par feu M. Richard Simon. A Paris,
rue S.Jacques , chez Ganeau , 1730. 4. vol.
in 8.
NOUVELLE TRADUCTION du Livre unique
des Lettres de Ciceron à M. J.Brutus,
avec des Remarques Historiques et Critiques,
dédiée à Monseigneur le Dauphin..
Par M. de Laval . A Paris , Quay des Augustins
, chez Guill. Denis David , 1731.
2. vol. in 12.
OSTEOLOGIE , ou Traité des Os , dans
lequel on considere chaque Os par rapport
1740 MERCURE DE FRANCE
port aux Parties qui le composent , aux
cavitez qui s'y trouvent , et à ses joncfions
aux autres Os. Par M. Jean Baget ,
Chirurgien Juré à Paris , Démonstrateur
en Anatomie et Chirurgie. Rue S. Jacques
, chez Louis d'Hotelfort. In 12 .
HISTOIRE NATURELLE , Civile et Ecclesiastique
de l'Empire du Japon , composée
en Allemand , par Engelbert Kampfer,
Docteur en Médecine à Lemgow ;
et traduite en françois sur la version Angloise
de Jean Gaspard Scheuchzer
Membre de la Societé Royale, et du College
des Médecins à Londres. Ouvrage
enrichi de quantité de Figures dessinées
d'aprés le naturel par l'Auteur même.
A la Haye chez P. Gosse et J. Neaulme.
1729. in fol. z. vol . Tom. I. pag. 217 .
Tome 2. pp . 313. sans l'Appendix de
96. pag. et les Preliminaires de 52. pag. ·
Planch. détach. 45 .
REFLEXIONS POLITIQUES de Balthasar
Gracian sur les plus grands Princes , et
particulierement sur Ferdinand le Catholique.
Ouvrage traduit de l'Espagnol
avec des Notes historiques et critiques.
A Paris chez Barthelemy Alix , rue Saint-
Facques 1730. in 12. pag. 350. sans la
Preface et les Tables .
LETTRES
JUILLET . 1731. 174 *
LETTRES CRITIQUES , à M. le Comte
***, sur le Paradis perdu et reconquis
de Milton . Par R. **. A Paris chez
Cailleau, Place du Pont S. Michel. 1731 ,
in 12.
RECUEIL de Pieces d'Histoire et de
Litterature Tome 1. A Paris Quay des
Augustins , chez, Chaubert . 1731 .
Fermer
Résumé : « CRITIQUE de la Bibliothèque des Auteurs Ecclesiastiques de M. du [...] »
Le document recense des publications parues entre 1729 et 1740. En 1729, 'Histoire Naturelle, Civile et Ecclesiastique de l'Empire du Japon' d'Engelbert Kaempfer, traduite de l'allemand via l'anglais par Jean Gaspard Scheuchzer, est publiée à La Haye. En 1730, 'Critique de la Bibliotheque des Auteurs Ecclesiastiques' de Richard Simon et les 'Reflexions Politiques' de Balthasar Gracian sur les princes, traduites de l'espagnol, sont publiées à Paris. En 1731, plusieurs ouvrages paraissent à Paris : 'Nouvelle Traduction du Livre unique des Lettres de Ciceron à M. J. Brutus' de M. de Laval, dédiée au Dauphin, 'Lettres Critiques' sur 'Le Paradis perdu et reconquis' de Milton par R. **, et un 'Recueil de Pieces d'Histoire et de Littérature'. En 1740, 'Ostéologie, ou Traité des Os' de Jean Baget, chirurgien et démonstrateur en anatomie, est publié à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
862
p. 1741-1755
Discours sur la Comedie, ou Traité, &c. [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS SUR LA COMEDIE, ou Traité Historique et Dogmatique des Jeux de [...]
Mots clefs :
Jeux, Poètes, Parlement, Paris, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Comedie, ou Traité, &c. [titre d'après la table]
DISCOURS SUR LA COMEDIE , ou Traité
Historique et Dogmatique des Jeux de
Théatre & c. 2. Edition , augmentée de
plus de la moitié. par le P. le Brun de l'Oratoire
, rue S. Jacques , chez la veuve
Delaulne. 1731 .
>
Aprés l'Extrait que nous avons donné
de la premiere moitié de cet Ouvrage
sur les anciens Jeux de Théatre &c. Il
nous reste à dire quelque chose des Spectacles
et des Pieces de Théatre en France
, de leur origine , de leur succès &c.
Au treizieme Siecle , il y eut en France
beaucoup de Poëtes , et les Provenceaux
furent ceux qu'on estima dayantage.
On faisoit beaucoup de cas de la
Langue Provençale que l'on appelloit la
Langue Romaine , à cause qu'elle en
approchoit beaucoup , et que la Provence
seule avoit retenu le nom de Province ,
eu Province des Romains , qu'on don
noit
1742 MERCURE DE FRANCE
noit à toute la Gaule Narbonnoise , qui
comprenoit Toulouse et Genéve , c'està-
dire , tout ce que les Romains possedoient
dans les Gaulès , lorsque Cesar y
vint pour la premiere fois.
Depuis le X. Siecle on se piquoit presque
dans toutes les Cours de l'Europe
de parler Provençal , et les Pieces d'esprit
ne paroissoient ordinairement qu'en cette
Langue , ce qui fit qu'on appella ces Pieces
des Romans , ou Romances , à cause
qu'elles étoient écrites en langage Romain
, ou Romance , c'est - à- dire Provençal.
Comme le François se perfectionna depuis
Philippe Auguste , on voit au XIII .
Siecle par la Bible de Guiart des Moulins,
que le langage de Paris s'appelloit indifferemment
le François ou le Romain.
Quoiqu'il en soit , le desir de parler purement
Provençal , porta plusieurs Princes
à appeller des Poëtes Provençaux dans
leur Cour. Il en sortit , en effet , un assez
grand nombre de Provence , et la plupart
étoient des personnes distinguées par
leur naissance et par leur génie. Le Poëte
Foulquet qui écrivoit à Marseille au commencement
du XIII . siecle , à qui on
a attribué la gloire d'avoir le premier
donné et observé les regles de bien rimer ,
s'étant
JUILLET. 1731. 1643
•
s'étant retiré dans un Monastere , fut fait
Evêque de Marseille , puis de Toulouse ,
et plusieurs autres s'avançoient beaucoup
auprès des Princes .
Alphonse Comte de Poitiers et de Toulouse
, frere de S.Louis , avoit auprès de lui
plusieurs de ces Poëtes , et par tout on les
recherchoit avec empressement, et on leur
isoit des présens magnifiques . Ceux qui
' étoient pas fixes dans quelques Cours
Composoient de petites bandes de trois
ɔu quatre amis , Poëtes , Chantres et
Joueurs d'Instrumens , et alloient de Ville
n Ville , ou plutôt de Château en Château
, réciter leurs Ouvrages , et c'étoit
à ceux qu'on appelloit communément
les Auteurs de la Science guaye , les Troubadours
ou les Trouveres , c'est-à - dire
Inventeurs.
La plupart de ces Bouffons s'appelloient
Ministerales , Minetrales , Ministrelli
d'où est venu le nom de Menetrier. Ils
ne s'appliquoient pas seulement à réjoüir
les Princes par leurs plaisanteries , mais
encore ils chantoient au son des Instrumens
leurs loüanges et celles de leurs Ancêtres
. Quelquefois ils déclamoient agréablement
les Exploits des Héros , ou les
chantoient , jouant en même- tems du
Violon ou de quelqu'autre Instrument ,
excitant
1744 MERCURE DE FRANCE
excitant ainsi à la vertu ceux qui les écoutoient.
On voit au même endroit que dans
un Festin d'Apparat,donné par LouisVIII.
pere de S. Louis , parut un de ces Menetriers
, qui chanta les louanges du Roi au
son de la Lyre.
Ces personnes ne pouvoient pas être
censées infames , par les loix qui déclarent
que ceux qui n'avoient représenté
que dans des Maisons particulieres , ne
seront pas déclarez infames. Pline le
jeune , louant la vie d'un homme fort
distingué , dit qu'il faisoit souvent venir
à sa table un Comédien pour entendre
quelque chose de bon pendant le repas.
On trouve jusqu'au milieu du XIV . Siecle
environ cent Poëtes Provençaux des
plus distinguez , dont les vies ont été
écrites par le sçavant Cibo , Moine de L'erins
, par Huges de S. Cesaire , Moine
de Montmajour, par Rostang de Brignole,
Moine de S Victor de Marseille , et par
Jean et César Nostradamus .
Ce dernier Historien en 1344. compte
90. Poëtes , dont le Roi Robert fit recueillir
les Ouvrages . Le Cardinal de Richelieu
a fait aussi rechercher en Provence
plusieurs Pieces de cette nature , et ce
sont peut- être celles qu'on conserve dans
la Bibliotheque Royale.
Vers
JUILLET . 1731. 1745
Vers le milieu du XV. siecle , les Poëtes
Provençaux se négligerent , et leur
langue ne fut plus cultivée comme elle
l'avoit été durant quelques siecles . Mais
les Italiens , que le séjour des Papes àAvignon
avoit attirez en Provence , y étoient
devenus Poëtes . On en voyoit déja parmi
eux un grand nombre , tant bons que
méchans ; et comme en Italie on a toujours
eu beaucoup de disposition à être
Saltinbanque , il y eut bientôt plusieurs
Poëtes qui prirent le parti de monter sur
des Theatres . Les moins polis se distinguerent
par le choix de quelques Sujets
de pieté , et tels furent ces Pelerins que
M. Despréaux a dépeints ainsi dans le
troisiéme Chant de l'Art Poëtique.
Chez nos dévots Ayeux le Théatre abhorré ,
Fut long- temps dans la France un plaisir ignoré;
De Pelerins , dit-on , une Troupe grossiere ,
En public à Paris y monta la premiere ,
Et sottement zelée en sa simplicité ,
Joua les Saints , la Vierge, et Dieu par pieté.
Ces dévots Comédiens vinrent à Paris
au commencement du XIV. siecle ; et
le Cardinal le Moine , Fondateur du College
qui porte son nom , acheta l'Hôtel
de Bourgogne et le leur donna ,à condition
F qu'ils
1745 MERCURE DE FRANCE
qu'ils ne représenteroient jamais que des
Pieces pieuses. Cependant ces Jeux n'ont
pas toujours continué , comme plusieurs
semblent le croire.
Dans un Arrêt du Parlement de Paris,
donné sous François I. en 1541. il est
parlé de ces prétendues Pieces de dévotion
comme d'un usage qui ne s'étoit introduit
que depuis deux ou trois ans ,
et que le Parlement ne pouvoit tolerer.
Il l'interdit en effet sous de rigoureuses
peines par le même Arrêt , dont quelques-
uns des motifs sont , 19. Que pour
réjouir le peuple on mêle ordinairement à ces
sortes de feux des Farces ou Comédies dérisoires
, qui sont choses deffendues par les
saints Canons. 2 ° . Que les Auteurs de ces
Piecesjouant pour le gain , ils devoient pas
ser pour Histrions , Joculateurs on Bateleurs.
3. Que les Assemblées de ces Jeux donnoient
lieu à des parties ou d'assignations d'adultere
et de fornication . 4. Que cela fait dépenser
de l'argent mal à propos aux Bourgeois
et aux Artisans de la Ville.
Ces motifs montrent assez qu'il n'y
avcit pas alors d'autres Jeux de Théatre
à Paris. Il paroît que ces Comédies pieuses
furent encore jouées pendant quelque
emps. Dans une Requête présentée au
Parlement , les Auteurs de ces Jeux disent
JUILLET. 1731. 2747
sent qu'ils les faisoientjouer de temps immemorial
et par des privileges confirmez par
les Rois de France , à l'édification du commun
populaire sans offense generale ou particuliere.
Ce ne fut qu'en 1545. que leurs Jeux
cesserent , le Parlement ayant converti
en logement pour les pauvres , la Salle
de la Passion. Trois ans après , ils acheterent
une nouvelle Salle , et demanderent
que suivant lesdits Privileges , il leur
fût permis de continuer la représentation
desdits Misteres , du profit desquels , disentils
, étoit entretenu le Service divin en la
Chapelle de ladite Confrairie , avec deffenses
à tous autres de jouer à l'avenir , tant
en la Ville que Fauxbourgs et Banlieuë de
Cette Ville , sinon que ce fut sous le titre de
la dite Confrairie. Voici les termes de l'Arrêt
: La Cour a inhibé et deffendu , inhibe
et deffend ausdits Suppliants de jouer le
Mystere de la Passion de N. Sauveur , ne
autres Mysteres sacrez , sur peine d'amende
arbitraire , leur permettant neantmoins de
pouvoirjouer autres Mysteres profanes , honnêtes
et licites , sans offenser et injurier aucunes
personnes , et deffend ladite Cour de
jouer ou représenter dorénavant aucuns Jeux
ou Mysteres , tant en la Ville et Fauxbourg's ,
que Banlieue de Paris , sinon que sous le
Fij nom
1743 MERCURE DE FRANCE
nom ladite Confrairie et au profit d'icelle.
Le Parlement ne voulant point souffrir
d'autres Jeux que ceux de ces Confreres
de la Passion , la Chambre des Vacations
s'éleva le 15. Septembre 1531. contre une
Troupe de Comédiens qui depuis quelque
temps joüoient des Farces et des Jeux
publics , et avoient à ce sujet exigé de
ceux qui y avoient assisté , quatre , cinq
et six sols , somme excessive et non accoutumée
d'être levée en tel cas , qui est espece
d'exaction sur le pauvre peuple. La Cour
leur deffendit de jouer à l'avenir des Farces
sans permission , sous peine de prison et
de punition corporelle , et à tous les Manans
et Habitans de Paris et des Faux-'
bourgs , de quelque état et qualité qu'ils
fussent , d'assister à ces Jeux , sous peine
de dix livres parisis.
Cette Confrairie eût un demêlé avec
Maître René Benoît , Curé de S. Eustache
, lequel obtint de la Chambre séante
au Châtelet , que les Confreres de la
Passion n'ouvriroient les portes de leurs
Jeux , sinon aprés les Vespres dites . Ces
Confreres représenterent au Parlement
que cette Ordonnance rendoit leurs Privileges
illusoires et sans effet , parcequ'il
leur seroit impossible , étant les jours
Courts , vaquer à leursdits Jeux , pour â
les
JUILLET . 1731. 1749
les préparatifs desquels ils auroient fait
une infinité de frais . Ils disent dans cette
Requête , qu'ils payoient cent écus de
rente à la Recette du Roi pour le Logis ,
et 300. liv . Tournois de rente aux Enfans
de la Trinité , tant pour le Service divin
que pour l'entretien des Pauvres . Ils
demanderent qu'il leur fût permis d'ouvrir
les portes de leurs Jeux pour les
allans et venans en la maniere accoutumée
, à la charge toutefois qu'ils ne commenceront
leurs Jeux qu'à trois heures
sonnées , à laquelle heure les Vespres
avoient accoutumées d'être dites . Le Parlement
leur accorda ce qu'ils demandoient
, mais à condition qu'ils repondroient
des scandales qui pourroient leur
arriver. Cet Arrêt fut confirmé par un
autre rendu le 20. Septembre 1577.
Cependant dès l'an 1551. sous Henry
II. les Poëtes François avoit commencé
à faire des Tragédies et des Comédies
et Jodelle fut le premier qui en fit repré
senter , comme nous l'apprend Ronsard
dans les vers que Pasquier a cités au 7.
Livre de ses Recherches , Chap . 7•
Aprés amour la France abandonna ;
Et lors Jodelle heureusement sonna
D'une voix humble et d'une voix hardie ,
F iij
La
1750 MERCURE DE FRANCE
La Comédie avec la Tragédie ,
Et d'un ton double , ore bas , ore haut ,
Remplit premier le François Echafaut.
Sous le Regne d'Henry III , dit Mezeray
, le luxe qui cherchóit par tout des
divertissemens , appella du fond de l'Italie
, une bande de Comédiens , dont les
Pieces , toutes d'intrigues , d'amourettes
et d'inventions agréables , pour exciter
et chatouiller les plus douces passions
étoient de pernicieuses leçons d'impudicité.
Ils obtinrent des Lettres Patentes
pour leur établissement , comme si c'eut
été quelque celebre Compagnie. Le Parlement
les rebuta comme personnes que
les bonnes moeurs , les SS. Canons , les
PP. de l'Eglise , et nos Rois mêmes ,
avoient toujours reputés infames
leur deffendit de jouer , ni de plus obte
nir de semblables Lettres ; et néanmoins,
dès que la Cour fut de retour de Poitiers
le Roy voulut qu'ils ouvrissent leur
Theatre.
و et
Le Concile de Bâle , dont l'autorité
est si grande en France , dans la Sess.
XX. en l'an 1435. se plaint que dans
quelques Eglises , pendant certaines Fêtes,
on voyoit des gens en habits pontifi-
'caux ,
JUILLET. 1731. 1751
caux , avec une Crosse et une Mitre ,
donner la Benediction comme les Evêques
; que d'autres s'habilloient en Rois
ou en Ducs , ce qu'on appelle dans quelques
endroits , la Fête des Foux , des
Innocens ou des Enfans, et que quelquesans
représentoient des Jeux de Theatre ,
faisoient des mascarades et des danses
d'hommes et de femmes. Ce Concile
aprés avoir exprimé l'horreur qu'il a
pour toutes ces extravagances , ordonne
aux Evêques , aux Doyens et aux Curés ,
sous peine de suspense et de privation
de leurs revenus Ecclesiastiques pendant
trois mois , de ne pas permettre à l'ave
nir de semblables bouffonneries .
. Le Concile de Tolede tenu en 1565 .
fait la même déffense . ( C'étoit principalement
le jour de la Fête des SS. Inãocens
qu'on créoit ces faux Evêques . )
Un Concile de la Province de Bordeaux
tenu à Copriniacum en 1215. et non pas
en 1260. comme le veut le P. Hardouin ,
avoit déffendu sous peine d'excommunication
, les danses qui se faisoient ce
jour- là , aussi bien que cette burlesque
création d'Evêques . Predictas balleationes
ulterius sub intimatione Anathematis fieri
prohibemus : nec non et Episcopos in predicto
Festo creari. Avec quelle force ,
Fij
continue
1752 MERCURE DE FRANCE
continue l'Auteur , ces Conciles se seroient-
ils élevé contre de Comiques
Processions semblables à celle qu'on fait
tous les ans à Aix le jour de la Fête- Dieu
où les Misteres de l'ancien et du nouveau
Testament sont deshonorez par
des Farces et des Répresentations indecentes
?
Il paroît par un Concile de Sens de
l'an 1486. que ces danses et ces répresentations
Comiques se faisoient dans les
Eglises et autres lieux sacrés.
On apprend par les Statuts Synodaux
du Diocèse de Beauvais , publiés en 1554.
que lorsque les Prêtres disoient leur
premiere
Messe , on faisoit venir des Bouffons
, des Histrions , des Joueurs d'Ins
trumens et differens autres Farceurs ; ce
desordre est severement déffendu aussi
bien que les danses et les représentations
des Spectacles dans les Eglises et les Cimetieres
. La même déffense se trouve
dans les Statuts Synodaux du Diocèse de
Soissons , imprimés en 1561. Les danses
se faisoient quelquefois devant l'Eglise .
Un autre abus aussi pernicieux , condamné
dans un Synode de Paris tenu en
1557. par Eustache du Bellay ; c'est que
les jours de Fêtes de certaines Confrairies
, on alloit avec des Images attachées
sur
JUILLET. 1731. 1783
sur des batons, aux Maisons des Laïques ;
ces burlesques Processions étoient composées
de Prêtres , de femmes et de Bouf
fons ; le Synode les déffend sous peine
d'excommunication et d'une amande arbitraire
, ordonnant aux Clercs de ne
prendre aucune part à ces folies.
En 1980. S. Charles Borromée qui
avoit long- tems travaillé à chasser les
Comédiens de son Diocèse , obtint enfin
d'un Gouverneur de Milan qu'on ne souf
friroit aucune Piece qui n'eut été examinée
et trouvée.conforme à la Morale
chrétienne , et qu'on n'en réprésenteroit
jamais ni le vendredy , ni les jours de
Fête .
eut
Le Parlement de Paris garda toujours
la même severité à l'égard des Comédiens
, jusqu'à ce que le Cardinal de Richelieu
, passionné pour la Poësie ,
fait esperer qu'on verroit des Comédies
où il n'y auroit rien qui ne fut dans la
bienséance. Par son ordre , Desmarets ,
Corneille et Colletet composerent quel
ques Pieces assés honnêtes , et en 1641
il fit enregistrer au Parlement une Déclaration
du Roy , par laquelle aprés
avoir renouvellé les peines ordinaires
contre les Comédiens , qui useront d'aucunes
paroles lascives ou à double entente
F v qui
1754 MERCURE DE FRANCE
qui puisse blesser l'honnêteté publique , it
est dit , qu'au cas qu'ils observent ces conditions
, ils ne seront pas à l'avenir notés.
d'infamie.
"
A la page 287. l'Auteur cite cette
maxime, prise , dit-il , d'un petit livre:
qui lui est tombé entre les mains , par où
nous finirons cet Extrait. Tous les grands:
divertiffemens sont dangereux pour la vie
chrétienne ; mais entre tous ceux que le monde
a inventés , il n'y en a point qui soit
plus à craindre que la Comédie. C'est une
peinture fi naturelle et fi délicate des passions
, qu'elle les anime et les fait naître
dans notre coeur , et surtout celle de l'amour
principalement lorsqu'on se represente qu'il
est chaste etfort honnête : car plus il paroît
innocent aux ames innocentes , plus elles:
sont capables d'en étre touchées . On je fait
en même-temps une conscience fondée fur
Phonnêteté de ces sentimens ; et on s'imagine
que ce n'eft pas bleffer la pureté , que d'ai
mer d'un amour fi sage. Ainsi on sort de la
Comédie le coeur si rempli de toutes les dou
ceurs de l'amour , et l'esprit si persuadé de
son innocence , qu'on eft tout préparé à recevoir
ses premieres impreffions , ou plutôt à:
chercher Poccasion de les faire naître dans.
Le coeur de quelqu'un , pour recevoir les mêmes
plaifirs et les mêmes sacrifices qu'on a
•
uns
JUILLET. 1731 1755
vus fi bien réprefentés fur le Theatre.
MEDITATIONS SUR L'EVANGILE
Ouvrage posthume de M. Jacques Benigne
Bossuet , Evêque de Meaux , Conseiller
du Roy en ses Conseils , et ordinaire
en son Conseil d'Etat, Precepteur de
Monseigneur le Dauphin , premier Aumônier
des deux derniers Dauphins. A
Paris , chez P. J. Mariette ,rue S.Jacques,.
1731. 4. volumes in 12. premier vol.
pp. 519. 2. vol . pp. 464. 3. vol . pp. 454.
4. vol . pp. 506. sans compter un Mandement
de M. l'Evêque de Troyes pour
recommander la lecture de cet Ouvrage
aux Fideles de son Diocèse , de 62. pag .
et sans les Tables .
LES VEILLE' ES DE THESSALIE . Premiere et
seconde Veillées . Rue S. Jacques , chez J.
F. Josse 1731. 2. vol. in 12 ..
La lecture de cet Ouvrage , qui est trés
bien écrit , est fort amusante. Le Librai--
re en promet la suite .
Historique et Dogmatique des Jeux de
Théatre & c. 2. Edition , augmentée de
plus de la moitié. par le P. le Brun de l'Oratoire
, rue S. Jacques , chez la veuve
Delaulne. 1731 .
>
Aprés l'Extrait que nous avons donné
de la premiere moitié de cet Ouvrage
sur les anciens Jeux de Théatre &c. Il
nous reste à dire quelque chose des Spectacles
et des Pieces de Théatre en France
, de leur origine , de leur succès &c.
Au treizieme Siecle , il y eut en France
beaucoup de Poëtes , et les Provenceaux
furent ceux qu'on estima dayantage.
On faisoit beaucoup de cas de la
Langue Provençale que l'on appelloit la
Langue Romaine , à cause qu'elle en
approchoit beaucoup , et que la Provence
seule avoit retenu le nom de Province ,
eu Province des Romains , qu'on don
noit
1742 MERCURE DE FRANCE
noit à toute la Gaule Narbonnoise , qui
comprenoit Toulouse et Genéve , c'està-
dire , tout ce que les Romains possedoient
dans les Gaulès , lorsque Cesar y
vint pour la premiere fois.
Depuis le X. Siecle on se piquoit presque
dans toutes les Cours de l'Europe
de parler Provençal , et les Pieces d'esprit
ne paroissoient ordinairement qu'en cette
Langue , ce qui fit qu'on appella ces Pieces
des Romans , ou Romances , à cause
qu'elles étoient écrites en langage Romain
, ou Romance , c'est - à- dire Provençal.
Comme le François se perfectionna depuis
Philippe Auguste , on voit au XIII .
Siecle par la Bible de Guiart des Moulins,
que le langage de Paris s'appelloit indifferemment
le François ou le Romain.
Quoiqu'il en soit , le desir de parler purement
Provençal , porta plusieurs Princes
à appeller des Poëtes Provençaux dans
leur Cour. Il en sortit , en effet , un assez
grand nombre de Provence , et la plupart
étoient des personnes distinguées par
leur naissance et par leur génie. Le Poëte
Foulquet qui écrivoit à Marseille au commencement
du XIII . siecle , à qui on
a attribué la gloire d'avoir le premier
donné et observé les regles de bien rimer ,
s'étant
JUILLET. 1731. 1643
•
s'étant retiré dans un Monastere , fut fait
Evêque de Marseille , puis de Toulouse ,
et plusieurs autres s'avançoient beaucoup
auprès des Princes .
Alphonse Comte de Poitiers et de Toulouse
, frere de S.Louis , avoit auprès de lui
plusieurs de ces Poëtes , et par tout on les
recherchoit avec empressement, et on leur
isoit des présens magnifiques . Ceux qui
' étoient pas fixes dans quelques Cours
Composoient de petites bandes de trois
ɔu quatre amis , Poëtes , Chantres et
Joueurs d'Instrumens , et alloient de Ville
n Ville , ou plutôt de Château en Château
, réciter leurs Ouvrages , et c'étoit
à ceux qu'on appelloit communément
les Auteurs de la Science guaye , les Troubadours
ou les Trouveres , c'est-à - dire
Inventeurs.
La plupart de ces Bouffons s'appelloient
Ministerales , Minetrales , Ministrelli
d'où est venu le nom de Menetrier. Ils
ne s'appliquoient pas seulement à réjoüir
les Princes par leurs plaisanteries , mais
encore ils chantoient au son des Instrumens
leurs loüanges et celles de leurs Ancêtres
. Quelquefois ils déclamoient agréablement
les Exploits des Héros , ou les
chantoient , jouant en même- tems du
Violon ou de quelqu'autre Instrument ,
excitant
1744 MERCURE DE FRANCE
excitant ainsi à la vertu ceux qui les écoutoient.
On voit au même endroit que dans
un Festin d'Apparat,donné par LouisVIII.
pere de S. Louis , parut un de ces Menetriers
, qui chanta les louanges du Roi au
son de la Lyre.
Ces personnes ne pouvoient pas être
censées infames , par les loix qui déclarent
que ceux qui n'avoient représenté
que dans des Maisons particulieres , ne
seront pas déclarez infames. Pline le
jeune , louant la vie d'un homme fort
distingué , dit qu'il faisoit souvent venir
à sa table un Comédien pour entendre
quelque chose de bon pendant le repas.
On trouve jusqu'au milieu du XIV . Siecle
environ cent Poëtes Provençaux des
plus distinguez , dont les vies ont été
écrites par le sçavant Cibo , Moine de L'erins
, par Huges de S. Cesaire , Moine
de Montmajour, par Rostang de Brignole,
Moine de S Victor de Marseille , et par
Jean et César Nostradamus .
Ce dernier Historien en 1344. compte
90. Poëtes , dont le Roi Robert fit recueillir
les Ouvrages . Le Cardinal de Richelieu
a fait aussi rechercher en Provence
plusieurs Pieces de cette nature , et ce
sont peut- être celles qu'on conserve dans
la Bibliotheque Royale.
Vers
JUILLET . 1731. 1745
Vers le milieu du XV. siecle , les Poëtes
Provençaux se négligerent , et leur
langue ne fut plus cultivée comme elle
l'avoit été durant quelques siecles . Mais
les Italiens , que le séjour des Papes àAvignon
avoit attirez en Provence , y étoient
devenus Poëtes . On en voyoit déja parmi
eux un grand nombre , tant bons que
méchans ; et comme en Italie on a toujours
eu beaucoup de disposition à être
Saltinbanque , il y eut bientôt plusieurs
Poëtes qui prirent le parti de monter sur
des Theatres . Les moins polis se distinguerent
par le choix de quelques Sujets
de pieté , et tels furent ces Pelerins que
M. Despréaux a dépeints ainsi dans le
troisiéme Chant de l'Art Poëtique.
Chez nos dévots Ayeux le Théatre abhorré ,
Fut long- temps dans la France un plaisir ignoré;
De Pelerins , dit-on , une Troupe grossiere ,
En public à Paris y monta la premiere ,
Et sottement zelée en sa simplicité ,
Joua les Saints , la Vierge, et Dieu par pieté.
Ces dévots Comédiens vinrent à Paris
au commencement du XIV. siecle ; et
le Cardinal le Moine , Fondateur du College
qui porte son nom , acheta l'Hôtel
de Bourgogne et le leur donna ,à condition
F qu'ils
1745 MERCURE DE FRANCE
qu'ils ne représenteroient jamais que des
Pieces pieuses. Cependant ces Jeux n'ont
pas toujours continué , comme plusieurs
semblent le croire.
Dans un Arrêt du Parlement de Paris,
donné sous François I. en 1541. il est
parlé de ces prétendues Pieces de dévotion
comme d'un usage qui ne s'étoit introduit
que depuis deux ou trois ans ,
et que le Parlement ne pouvoit tolerer.
Il l'interdit en effet sous de rigoureuses
peines par le même Arrêt , dont quelques-
uns des motifs sont , 19. Que pour
réjouir le peuple on mêle ordinairement à ces
sortes de feux des Farces ou Comédies dérisoires
, qui sont choses deffendues par les
saints Canons. 2 ° . Que les Auteurs de ces
Piecesjouant pour le gain , ils devoient pas
ser pour Histrions , Joculateurs on Bateleurs.
3. Que les Assemblées de ces Jeux donnoient
lieu à des parties ou d'assignations d'adultere
et de fornication . 4. Que cela fait dépenser
de l'argent mal à propos aux Bourgeois
et aux Artisans de la Ville.
Ces motifs montrent assez qu'il n'y
avcit pas alors d'autres Jeux de Théatre
à Paris. Il paroît que ces Comédies pieuses
furent encore jouées pendant quelque
emps. Dans une Requête présentée au
Parlement , les Auteurs de ces Jeux disent
JUILLET. 1731. 2747
sent qu'ils les faisoientjouer de temps immemorial
et par des privileges confirmez par
les Rois de France , à l'édification du commun
populaire sans offense generale ou particuliere.
Ce ne fut qu'en 1545. que leurs Jeux
cesserent , le Parlement ayant converti
en logement pour les pauvres , la Salle
de la Passion. Trois ans après , ils acheterent
une nouvelle Salle , et demanderent
que suivant lesdits Privileges , il leur
fût permis de continuer la représentation
desdits Misteres , du profit desquels , disentils
, étoit entretenu le Service divin en la
Chapelle de ladite Confrairie , avec deffenses
à tous autres de jouer à l'avenir , tant
en la Ville que Fauxbourgs et Banlieuë de
Cette Ville , sinon que ce fut sous le titre de
la dite Confrairie. Voici les termes de l'Arrêt
: La Cour a inhibé et deffendu , inhibe
et deffend ausdits Suppliants de jouer le
Mystere de la Passion de N. Sauveur , ne
autres Mysteres sacrez , sur peine d'amende
arbitraire , leur permettant neantmoins de
pouvoirjouer autres Mysteres profanes , honnêtes
et licites , sans offenser et injurier aucunes
personnes , et deffend ladite Cour de
jouer ou représenter dorénavant aucuns Jeux
ou Mysteres , tant en la Ville et Fauxbourg's ,
que Banlieue de Paris , sinon que sous le
Fij nom
1743 MERCURE DE FRANCE
nom ladite Confrairie et au profit d'icelle.
Le Parlement ne voulant point souffrir
d'autres Jeux que ceux de ces Confreres
de la Passion , la Chambre des Vacations
s'éleva le 15. Septembre 1531. contre une
Troupe de Comédiens qui depuis quelque
temps joüoient des Farces et des Jeux
publics , et avoient à ce sujet exigé de
ceux qui y avoient assisté , quatre , cinq
et six sols , somme excessive et non accoutumée
d'être levée en tel cas , qui est espece
d'exaction sur le pauvre peuple. La Cour
leur deffendit de jouer à l'avenir des Farces
sans permission , sous peine de prison et
de punition corporelle , et à tous les Manans
et Habitans de Paris et des Faux-'
bourgs , de quelque état et qualité qu'ils
fussent , d'assister à ces Jeux , sous peine
de dix livres parisis.
Cette Confrairie eût un demêlé avec
Maître René Benoît , Curé de S. Eustache
, lequel obtint de la Chambre séante
au Châtelet , que les Confreres de la
Passion n'ouvriroient les portes de leurs
Jeux , sinon aprés les Vespres dites . Ces
Confreres représenterent au Parlement
que cette Ordonnance rendoit leurs Privileges
illusoires et sans effet , parcequ'il
leur seroit impossible , étant les jours
Courts , vaquer à leursdits Jeux , pour â
les
JUILLET . 1731. 1749
les préparatifs desquels ils auroient fait
une infinité de frais . Ils disent dans cette
Requête , qu'ils payoient cent écus de
rente à la Recette du Roi pour le Logis ,
et 300. liv . Tournois de rente aux Enfans
de la Trinité , tant pour le Service divin
que pour l'entretien des Pauvres . Ils
demanderent qu'il leur fût permis d'ouvrir
les portes de leurs Jeux pour les
allans et venans en la maniere accoutumée
, à la charge toutefois qu'ils ne commenceront
leurs Jeux qu'à trois heures
sonnées , à laquelle heure les Vespres
avoient accoutumées d'être dites . Le Parlement
leur accorda ce qu'ils demandoient
, mais à condition qu'ils repondroient
des scandales qui pourroient leur
arriver. Cet Arrêt fut confirmé par un
autre rendu le 20. Septembre 1577.
Cependant dès l'an 1551. sous Henry
II. les Poëtes François avoit commencé
à faire des Tragédies et des Comédies
et Jodelle fut le premier qui en fit repré
senter , comme nous l'apprend Ronsard
dans les vers que Pasquier a cités au 7.
Livre de ses Recherches , Chap . 7•
Aprés amour la France abandonna ;
Et lors Jodelle heureusement sonna
D'une voix humble et d'une voix hardie ,
F iij
La
1750 MERCURE DE FRANCE
La Comédie avec la Tragédie ,
Et d'un ton double , ore bas , ore haut ,
Remplit premier le François Echafaut.
Sous le Regne d'Henry III , dit Mezeray
, le luxe qui cherchóit par tout des
divertissemens , appella du fond de l'Italie
, une bande de Comédiens , dont les
Pieces , toutes d'intrigues , d'amourettes
et d'inventions agréables , pour exciter
et chatouiller les plus douces passions
étoient de pernicieuses leçons d'impudicité.
Ils obtinrent des Lettres Patentes
pour leur établissement , comme si c'eut
été quelque celebre Compagnie. Le Parlement
les rebuta comme personnes que
les bonnes moeurs , les SS. Canons , les
PP. de l'Eglise , et nos Rois mêmes ,
avoient toujours reputés infames
leur deffendit de jouer , ni de plus obte
nir de semblables Lettres ; et néanmoins,
dès que la Cour fut de retour de Poitiers
le Roy voulut qu'ils ouvrissent leur
Theatre.
و et
Le Concile de Bâle , dont l'autorité
est si grande en France , dans la Sess.
XX. en l'an 1435. se plaint que dans
quelques Eglises , pendant certaines Fêtes,
on voyoit des gens en habits pontifi-
'caux ,
JUILLET. 1731. 1751
caux , avec une Crosse et une Mitre ,
donner la Benediction comme les Evêques
; que d'autres s'habilloient en Rois
ou en Ducs , ce qu'on appelle dans quelques
endroits , la Fête des Foux , des
Innocens ou des Enfans, et que quelquesans
représentoient des Jeux de Theatre ,
faisoient des mascarades et des danses
d'hommes et de femmes. Ce Concile
aprés avoir exprimé l'horreur qu'il a
pour toutes ces extravagances , ordonne
aux Evêques , aux Doyens et aux Curés ,
sous peine de suspense et de privation
de leurs revenus Ecclesiastiques pendant
trois mois , de ne pas permettre à l'ave
nir de semblables bouffonneries .
. Le Concile de Tolede tenu en 1565 .
fait la même déffense . ( C'étoit principalement
le jour de la Fête des SS. Inãocens
qu'on créoit ces faux Evêques . )
Un Concile de la Province de Bordeaux
tenu à Copriniacum en 1215. et non pas
en 1260. comme le veut le P. Hardouin ,
avoit déffendu sous peine d'excommunication
, les danses qui se faisoient ce
jour- là , aussi bien que cette burlesque
création d'Evêques . Predictas balleationes
ulterius sub intimatione Anathematis fieri
prohibemus : nec non et Episcopos in predicto
Festo creari. Avec quelle force ,
Fij
continue
1752 MERCURE DE FRANCE
continue l'Auteur , ces Conciles se seroient-
ils élevé contre de Comiques
Processions semblables à celle qu'on fait
tous les ans à Aix le jour de la Fête- Dieu
où les Misteres de l'ancien et du nouveau
Testament sont deshonorez par
des Farces et des Répresentations indecentes
?
Il paroît par un Concile de Sens de
l'an 1486. que ces danses et ces répresentations
Comiques se faisoient dans les
Eglises et autres lieux sacrés.
On apprend par les Statuts Synodaux
du Diocèse de Beauvais , publiés en 1554.
que lorsque les Prêtres disoient leur
premiere
Messe , on faisoit venir des Bouffons
, des Histrions , des Joueurs d'Ins
trumens et differens autres Farceurs ; ce
desordre est severement déffendu aussi
bien que les danses et les représentations
des Spectacles dans les Eglises et les Cimetieres
. La même déffense se trouve
dans les Statuts Synodaux du Diocèse de
Soissons , imprimés en 1561. Les danses
se faisoient quelquefois devant l'Eglise .
Un autre abus aussi pernicieux , condamné
dans un Synode de Paris tenu en
1557. par Eustache du Bellay ; c'est que
les jours de Fêtes de certaines Confrairies
, on alloit avec des Images attachées
sur
JUILLET. 1731. 1783
sur des batons, aux Maisons des Laïques ;
ces burlesques Processions étoient composées
de Prêtres , de femmes et de Bouf
fons ; le Synode les déffend sous peine
d'excommunication et d'une amande arbitraire
, ordonnant aux Clercs de ne
prendre aucune part à ces folies.
En 1980. S. Charles Borromée qui
avoit long- tems travaillé à chasser les
Comédiens de son Diocèse , obtint enfin
d'un Gouverneur de Milan qu'on ne souf
friroit aucune Piece qui n'eut été examinée
et trouvée.conforme à la Morale
chrétienne , et qu'on n'en réprésenteroit
jamais ni le vendredy , ni les jours de
Fête .
eut
Le Parlement de Paris garda toujours
la même severité à l'égard des Comédiens
, jusqu'à ce que le Cardinal de Richelieu
, passionné pour la Poësie ,
fait esperer qu'on verroit des Comédies
où il n'y auroit rien qui ne fut dans la
bienséance. Par son ordre , Desmarets ,
Corneille et Colletet composerent quel
ques Pieces assés honnêtes , et en 1641
il fit enregistrer au Parlement une Déclaration
du Roy , par laquelle aprés
avoir renouvellé les peines ordinaires
contre les Comédiens , qui useront d'aucunes
paroles lascives ou à double entente
F v qui
1754 MERCURE DE FRANCE
qui puisse blesser l'honnêteté publique , it
est dit , qu'au cas qu'ils observent ces conditions
, ils ne seront pas à l'avenir notés.
d'infamie.
"
A la page 287. l'Auteur cite cette
maxime, prise , dit-il , d'un petit livre:
qui lui est tombé entre les mains , par où
nous finirons cet Extrait. Tous les grands:
divertiffemens sont dangereux pour la vie
chrétienne ; mais entre tous ceux que le monde
a inventés , il n'y en a point qui soit
plus à craindre que la Comédie. C'est une
peinture fi naturelle et fi délicate des passions
, qu'elle les anime et les fait naître
dans notre coeur , et surtout celle de l'amour
principalement lorsqu'on se represente qu'il
est chaste etfort honnête : car plus il paroît
innocent aux ames innocentes , plus elles:
sont capables d'en étre touchées . On je fait
en même-temps une conscience fondée fur
Phonnêteté de ces sentimens ; et on s'imagine
que ce n'eft pas bleffer la pureté , que d'ai
mer d'un amour fi sage. Ainsi on sort de la
Comédie le coeur si rempli de toutes les dou
ceurs de l'amour , et l'esprit si persuadé de
son innocence , qu'on eft tout préparé à recevoir
ses premieres impreffions , ou plutôt à:
chercher Poccasion de les faire naître dans.
Le coeur de quelqu'un , pour recevoir les mêmes
plaifirs et les mêmes sacrifices qu'on a
•
uns
JUILLET. 1731 1755
vus fi bien réprefentés fur le Theatre.
MEDITATIONS SUR L'EVANGILE
Ouvrage posthume de M. Jacques Benigne
Bossuet , Evêque de Meaux , Conseiller
du Roy en ses Conseils , et ordinaire
en son Conseil d'Etat, Precepteur de
Monseigneur le Dauphin , premier Aumônier
des deux derniers Dauphins. A
Paris , chez P. J. Mariette ,rue S.Jacques,.
1731. 4. volumes in 12. premier vol.
pp. 519. 2. vol . pp. 464. 3. vol . pp. 454.
4. vol . pp. 506. sans compter un Mandement
de M. l'Evêque de Troyes pour
recommander la lecture de cet Ouvrage
aux Fideles de son Diocèse , de 62. pag .
et sans les Tables .
LES VEILLE' ES DE THESSALIE . Premiere et
seconde Veillées . Rue S. Jacques , chez J.
F. Josse 1731. 2. vol. in 12 ..
La lecture de cet Ouvrage , qui est trés
bien écrit , est fort amusante. Le Librai--
re en promet la suite .
Fermer
Résumé : Discours sur la Comedie, ou Traité, &c. [titre d'après la table]
Le texte 'Discours sur la Comédie' explore l'histoire des jeux de théâtre en France, en se concentrant sur les XIIIe au XVe siècles. Au XIIIe siècle, la France comptait de nombreux poètes, les Provençaux étant particulièrement estimés. La langue provençale, appelée langue romaine, était valorisée pour sa proximité avec le latin et était parlée dans la Gaule Narbonnaise, incluant Toulouse et Genève. Depuis le Xe siècle, le provençal était utilisé dans les cours européennes pour les pièces d'esprit, appelées romans ou romances. Avec le perfectionnement du français sous Philippe Auguste, le langage de Paris devint indifféremment appelé français ou romain. Plusieurs princes invitèrent des poètes provençaux à leurs cours, comme Alphonse, comte de Poitiers et frère de Saint Louis. Ces poètes, appelés troubadours ou trouvères, se déplaçaient en bandes pour réciter leurs œuvres et jouer de la musique. Ils étaient également connus sous le nom de ménétriers ou ministeriales et chantaient les louanges des princes et des héros. Au milieu du XIVe siècle, environ cent poètes provençaux distingués étaient répertoriés. Leur langue commença à décliner au milieu du XVe siècle, mais les Italiens, attirés par le séjour des papes à Avignon, devinrent des poètes en Provence. Certains d'entre eux commencèrent à monter sur des théâtres pour jouer des pièces de piété. À Paris, au début du XIVe siècle, des comédiens dévots jouèrent des pièces pieuses, comme la Passion du Christ, dans l'Hôtel de Bourgogne. Cependant, ces représentations furent interdites par le Parlement en 1541 en raison de leur mélange avec des farces et des comportements immoraux. Les comédiens pieux continuèrent leurs représentations jusqu'en 1545, date à laquelle le Parlement leur interdit de jouer des mystères sacrés, leur permettant seulement des mystères profanes. En 1551, sous Henri II, les poètes français commencèrent à écrire des tragédies et des comédies. Jodelle fut le premier à en faire représenter. Sous Henri III, des comédiens italiens furent invités à la cour, mais le Parlement les interdit en raison de leur réputation d'infamie. Malgré cela, le roi permit leur établissement à son retour de Poitiers. Les conciles de Bâle (1435), de Tolède (1565) et de Bordeaux (1215) condamnèrent les jeux de théâtre et les mascarades, notamment les fêtes des fous et des innocents, où des personnes se déguisaient en évêques ou en rois. Ces conciles ordonnèrent aux autorités ecclésiastiques de prohiber ces pratiques sous peine de sanctions. Le texte traite également des abus et des désordres liés aux représentations comiques et aux danses dans les lieux sacrés en France, ainsi que des mesures prises pour les interdire. En 1486, un concile de Sens condamna les danses et les représentations comiques dans les églises. Les statuts synodaux des diocèses de Beauvais (1554) et de Soissons (1561) interdirent les bouffons, histrions, et autres farceurs lors des premières messes des prêtres, ainsi que les danses et spectacles dans les églises et cimetières. Un synode de Paris en 1557 condamna les processions burlesques impliquant des prêtres, des femmes et des bouffons. Saint Charles Borromée obtint en 1580 que les pièces de théâtre soient examinées pour leur conformité à la morale chrétienne et interdites les vendredis et jours de fête. Le Parlement de Paris, sous l'influence du Cardinal de Richelieu, autorisa les comédies à condition qu'elles respectent la bienséance et n'incluent pas de paroles lascives ou à double sens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
863
p. 1755-1762
Journal Litteraire d'Italie, &c. [titre d'après la table]
Début :
GIORNALE DE LETTERATI D'ITALIA Tomo III. An. 1710, Analecta de [...]
Mots clefs :
Manière de bien penser, Journalistes, Querelle littéraire, Rome, Mouvements du soleil, Académie royale des sciences de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal Litteraire d'Italie, &c. [titre d'après la table]
GIORNALE DE LETTERATI D'ITALIA
Tomo III. An . 1710,
Analecta de calamitate Litteratorum :
PETRI ALBYNOII Medices Legatus , sive
de Exilio libri duo : accessere Jo. PIERIUS
VALERIANUS et CORNELIUS TOLLIUS de
infelicitate Litteratorum , ut et JOSEPHUST
E vj BAR1756
MERCURE DE FRANCE
BARBERIUS de miseria Poëtarum Gracorum
cum Præfatione Jo . BURCHARDII
MENKENII , et Indice copioso . Lipsia
1707. in 12. pag. 593 .
Les réflexions du Marquis Orsi sur le
Livre de la maniere de bien penser , du
P. Bouhours , ayant donné occasion à
plusieurs Ecrits de part et d'autre. Les
Journalistes font (a ) un Article particulier
de cette querelle Litteraire. Ils
rendent compte avec la même exactitude
de plusieurs autres disputes qui se sont
élevées , l'une ( b ) au sujet du Livre intitulé
Acta Passionis SS . Crescii et Sociorum
Martyrum ex mmss . Codd. Bibliotheca
Medicco- Laurentiane , Metropolitana
Ecclesia Florentina , et Sapientia Romane
, nunc primum edita , et à Jacobo Laderchio
, Congregationis Oratorii urbis Presbytero
, asserta et illustrata Florentie 1707.
Fautre ( è ) au sujet delle Vindicie del sig.
Abate Giusto Fontanini et la troisiéme (d)
à l'occasion du Livre de M. Muratori della
perfetto Poesia Italiana.
Istoria della Republica di Venezia , in
tempo della Sacra lega contra Maometto IV .
( a ) P. 77.
( b ) P. 1946
( c ) P. 287.
( A) P. 357.
JUILLET. 1757 1731 .
' e tre suoi successori , di PIETRO GARSONI
Senatore in Venezia 1705. in 4. grande
pag. 838 .
Gemme Antiche figurate , date in luce d'a
Dominico de Rossi , colle sposizioni di
PAOLO-ALESSANDRO MAFFEI Patrizco Volterrano
, &c. Parte terza in Roma 1708. in
4. reale. le gemme sono 102. e le pag
224.
GIORNALE DE LITTERALI D'ITALIA
Tomo IV. 1710.
Della Scienza chiamata Cavalleresca li
bri tre. in Roma 1710. in 4° . pag. sos . le
Marquis Scipion Maffei est l'Auteur de
cet Ouvrage.
Relazione della linea Meridiana Oriszontale
, et della Elissi Polare fabricata in Ro
ma l'anno 1702 ..
Pour tracer à Rome cette Meridiene
et prévenir les variations qu'a essuyé celle
de Boulogne , on a choisi l'Eglise des
Chartreux , qui fut anciennement la principale
Salle des Thermes deDiocletien , parce
que les murs en étant très- solides et
ayant depuis tant de siécles fait leur effet ,
on ne doit plus craindre qu'ils surbaissent
et quittent leur aplomb. Cette ligne horizontale
est de bronze , longue de 205.
Palmes Romains , et incrustée dans de
Far1758
MERCURE DE FRANCE
larges carreaux de Marbre , placez au niveau
, avec toutes les divisions necessaires
pour mésurer exactement les mouvemens
du Soleil , de la Lune et des Etoiles fixes .
Ce sont Mrs Bianchini et Maraldi , tous:
deux de l'Académie Royale des Sciences
de Paris , qui l'ont tracée avec toute la
justesse possible.
Opere di Monsig. GIOVANNI DELL A
CASA , con una copiosa Giunta di Scritture
non piu stampate , &c. in Firenze 1707;
in-4°.
Gymnasii Ticinensis Historia , et vindicie
à sæculo V. ad finem XV. et plura de ejusdem
urbis antiqua nobilitate . Authore ANTONIO
GATTO , in eodem Gymnasio Antecessore,.
&c. Mediolani 1704. in-8 ° . grande pag.
166.*
RELAZIONE e notizia dell' Accademia del
Disegno in Roma.
Cette Societé fut établie dès l'année
478. sous le nom de la Compagnie de
aint Luc. Mais en 1595. elle acquit le
titre et la forme d'Academie . Girolamo
Muziani de Bresse en fut le principal
Promoteur , et Federigo Zuccari le premier
President. On avoit coutume alors
de faire quelques fonctions sólemnelles etd'exciter
des jeunes Gens par des prix que
l'on proposoit , cela se fit particulierement
JUILLET 1731. 1759
ment en 1695. année seculaire de l'Académie.
Mais cette Cérémonie n'arrivoit
que rarement , et se faisoit inter privatos
parietes. Clement XI . considerant la
gloire et l'utilité qu'aportent les beaux
Arts , ordonna que ces Assemblées se
tinssent tous les ans dans une des Salles
du Capitole , et fonda et augmenta le
nombre des Prix , sçavoir trois pour la
Peinture , trois pour la Sculpture et trois
pour l'Architecture , ils consistent en des
Médaillons que ceux qui en sont juges dignes
reçoivent de la main des Cardinaux
qui se trouvent d'ordinaire en grand nombre
à ces Assemblées . Les Sujets sont tirez
de l'Histoire Romaine , et proposez
par les Officiers de l'Académie qui en sont
aussi les Juges.
Gemme antiche figurate , date in luce da
Domenico de' Rossi , colle Sposizioni de
PAOLO- ALESSANDRO MAFFEI , & c . parte:
quarta , in Roma 1709. in - 4 ° . reale. le
Gemme sono 100. e le pagg. delle note:
206.
On ne sçauroit trop estimer ce Recuëil
, dont voici la quatrième Partie ,
les explications du Comte Paul Alexandre
Maffei répondent parfaitement à de
si grands Sujets , et se fontlire avec a utant
de plaisir que d'utilité.
On.
160 MERCURE DE FRANCE
On apprend de Rome que la traduction:
des Comédies de Terence in versi Sciolti,
par M. Fortiguerra , est achevée , et que,
le Cardinal Albani s'est chargé de la faire
imprimer magnifiquement à Urbin , avec
le Texte Latin , tel qu'il se trouve dans le
célébre Manuscrit du Vatican. On fera
graver soigneusement les Figures en miniature
qui se trouvent dans ce Manuscrit,
et qui représentent les Habits et les Masques
dont se servoient les anciens Comiques
Latins.
De Verone , que Tummormanni , Libraire
, a sous presse , Theatro del Signor
Marchese Scipione Maffei ; cioe la Tragedia
, la Comedia e il Dramma non pin
Stampato. Agiunta la Spiegazione d'alcune
antichita pertinential Teatro..
On écrit aussi de Rome que l'Abbé
Georgi , Bibliotécaire du Cardinal Impe◄
riali , a donné au Public le premier Volume
du Rituel des Papes;c'est un in-4.dédié
à Sa Sainteté . Les Ministres du Saint
Office ont fait depuis peu une recherche
exacte dans les Synagogues des Juifs , ils
y ont enlevé cinq Ballots d'une nouvelle
édition du Talmud , faite en Allemagne ,
et remplie de plus de visions et d'extravagances
que les précedentes .
Од
JUILLET. 1731. 1761
On a imprimé à Madrid un Volume
in- Folio, sous le titre de Pictor Christianus
eruditus. Ce sont des Instructions pour
le Costume , dont la plupart des Peintres
ont grand besoin.
On a imprimé à Turin une Relation
sur tout ce qui s'est passé pendant ledernier
Pontificat entre la Cour de Rome et le
Roi de Sardaigne . On croit qu'il y aura
une Réponse de la part du S. Siege.
On mande de Naples que M. Simonetti
, Nonce du Pape , va toutes les Semaines
à Pouzol respirer l'air sulphureux
de cet endroit , que les Medecins croyent
salutaire pour ses maux de Poitrine.
On écrit de Londres qu'on y avoit
appris de Reading dans le Comté de
Berks , qu'on y voyoit actuellement un
enfant agé de cinq ans , fils d'un Paysan
, nommé Benjamin Loder , lequel a
cinq pieds de haut. Il est assez fort à cet
âge pour porter 260. livres pesant , pour
lever d'une main un poids de cent livres
et d'un doigt un poids de cinquante. On
doit amener cet enfant à Londres , pour
le faire voir à la Famille Royale.
Nous
1762 MERCURE DE FRANCE
1
Nous sommes priez d'annoncer au Public
qu'il y a une suite des Médailles Imperiales
d'argent à vendre de la Succession
de M. de Chezelles , Lieutenant général
de Police de Montluçon , décedé en 1730.
Cette suite est de plus de mille Médailles ,
d'une Antiquité indubitable, et d'une trèsgrande
conservation. Il y a à la tête des
Médailles Imperiales , environ soixante
Médailles Consulaires , aussi très- bien
conservées. Il y a encore six belles Urnes
antiques de Verre , d'une forme singuliere
et toutes differentes , avec une Statuë
d'Hercule en Bronze , pesant 17 livres.
On s'addressera à l'Abbaye Sainte Geneviéve
de Paris , au R. P. Prévôt, Bibliotécaire
, et au R. P. Dupineau , Antiquaire
de cette Maison.
Gabriel Martin , Libraire , distribue le
Catalogue de la Bibliotéque de feu M. Bonnet
, Curé de Saint Nicolas des Champs ,
dont la vente a été commencée le 23 .
uillet. Le même Libraire imprime le
Catalogue des Livres de feu M. Dodart
Premier Médecin du Roi , dont la vente
se fera incessamment en détail .
Tomo III. An . 1710,
Analecta de calamitate Litteratorum :
PETRI ALBYNOII Medices Legatus , sive
de Exilio libri duo : accessere Jo. PIERIUS
VALERIANUS et CORNELIUS TOLLIUS de
infelicitate Litteratorum , ut et JOSEPHUST
E vj BAR1756
MERCURE DE FRANCE
BARBERIUS de miseria Poëtarum Gracorum
cum Præfatione Jo . BURCHARDII
MENKENII , et Indice copioso . Lipsia
1707. in 12. pag. 593 .
Les réflexions du Marquis Orsi sur le
Livre de la maniere de bien penser , du
P. Bouhours , ayant donné occasion à
plusieurs Ecrits de part et d'autre. Les
Journalistes font (a ) un Article particulier
de cette querelle Litteraire. Ils
rendent compte avec la même exactitude
de plusieurs autres disputes qui se sont
élevées , l'une ( b ) au sujet du Livre intitulé
Acta Passionis SS . Crescii et Sociorum
Martyrum ex mmss . Codd. Bibliotheca
Medicco- Laurentiane , Metropolitana
Ecclesia Florentina , et Sapientia Romane
, nunc primum edita , et à Jacobo Laderchio
, Congregationis Oratorii urbis Presbytero
, asserta et illustrata Florentie 1707.
Fautre ( è ) au sujet delle Vindicie del sig.
Abate Giusto Fontanini et la troisiéme (d)
à l'occasion du Livre de M. Muratori della
perfetto Poesia Italiana.
Istoria della Republica di Venezia , in
tempo della Sacra lega contra Maometto IV .
( a ) P. 77.
( b ) P. 1946
( c ) P. 287.
( A) P. 357.
JUILLET. 1757 1731 .
' e tre suoi successori , di PIETRO GARSONI
Senatore in Venezia 1705. in 4. grande
pag. 838 .
Gemme Antiche figurate , date in luce d'a
Dominico de Rossi , colle sposizioni di
PAOLO-ALESSANDRO MAFFEI Patrizco Volterrano
, &c. Parte terza in Roma 1708. in
4. reale. le gemme sono 102. e le pag
224.
GIORNALE DE LITTERALI D'ITALIA
Tomo IV. 1710.
Della Scienza chiamata Cavalleresca li
bri tre. in Roma 1710. in 4° . pag. sos . le
Marquis Scipion Maffei est l'Auteur de
cet Ouvrage.
Relazione della linea Meridiana Oriszontale
, et della Elissi Polare fabricata in Ro
ma l'anno 1702 ..
Pour tracer à Rome cette Meridiene
et prévenir les variations qu'a essuyé celle
de Boulogne , on a choisi l'Eglise des
Chartreux , qui fut anciennement la principale
Salle des Thermes deDiocletien , parce
que les murs en étant très- solides et
ayant depuis tant de siécles fait leur effet ,
on ne doit plus craindre qu'ils surbaissent
et quittent leur aplomb. Cette ligne horizontale
est de bronze , longue de 205.
Palmes Romains , et incrustée dans de
Far1758
MERCURE DE FRANCE
larges carreaux de Marbre , placez au niveau
, avec toutes les divisions necessaires
pour mésurer exactement les mouvemens
du Soleil , de la Lune et des Etoiles fixes .
Ce sont Mrs Bianchini et Maraldi , tous:
deux de l'Académie Royale des Sciences
de Paris , qui l'ont tracée avec toute la
justesse possible.
Opere di Monsig. GIOVANNI DELL A
CASA , con una copiosa Giunta di Scritture
non piu stampate , &c. in Firenze 1707;
in-4°.
Gymnasii Ticinensis Historia , et vindicie
à sæculo V. ad finem XV. et plura de ejusdem
urbis antiqua nobilitate . Authore ANTONIO
GATTO , in eodem Gymnasio Antecessore,.
&c. Mediolani 1704. in-8 ° . grande pag.
166.*
RELAZIONE e notizia dell' Accademia del
Disegno in Roma.
Cette Societé fut établie dès l'année
478. sous le nom de la Compagnie de
aint Luc. Mais en 1595. elle acquit le
titre et la forme d'Academie . Girolamo
Muziani de Bresse en fut le principal
Promoteur , et Federigo Zuccari le premier
President. On avoit coutume alors
de faire quelques fonctions sólemnelles etd'exciter
des jeunes Gens par des prix que
l'on proposoit , cela se fit particulierement
JUILLET 1731. 1759
ment en 1695. année seculaire de l'Académie.
Mais cette Cérémonie n'arrivoit
que rarement , et se faisoit inter privatos
parietes. Clement XI . considerant la
gloire et l'utilité qu'aportent les beaux
Arts , ordonna que ces Assemblées se
tinssent tous les ans dans une des Salles
du Capitole , et fonda et augmenta le
nombre des Prix , sçavoir trois pour la
Peinture , trois pour la Sculpture et trois
pour l'Architecture , ils consistent en des
Médaillons que ceux qui en sont juges dignes
reçoivent de la main des Cardinaux
qui se trouvent d'ordinaire en grand nombre
à ces Assemblées . Les Sujets sont tirez
de l'Histoire Romaine , et proposez
par les Officiers de l'Académie qui en sont
aussi les Juges.
Gemme antiche figurate , date in luce da
Domenico de' Rossi , colle Sposizioni de
PAOLO- ALESSANDRO MAFFEI , & c . parte:
quarta , in Roma 1709. in - 4 ° . reale. le
Gemme sono 100. e le pagg. delle note:
206.
On ne sçauroit trop estimer ce Recuëil
, dont voici la quatrième Partie ,
les explications du Comte Paul Alexandre
Maffei répondent parfaitement à de
si grands Sujets , et se fontlire avec a utant
de plaisir que d'utilité.
On.
160 MERCURE DE FRANCE
On apprend de Rome que la traduction:
des Comédies de Terence in versi Sciolti,
par M. Fortiguerra , est achevée , et que,
le Cardinal Albani s'est chargé de la faire
imprimer magnifiquement à Urbin , avec
le Texte Latin , tel qu'il se trouve dans le
célébre Manuscrit du Vatican. On fera
graver soigneusement les Figures en miniature
qui se trouvent dans ce Manuscrit,
et qui représentent les Habits et les Masques
dont se servoient les anciens Comiques
Latins.
De Verone , que Tummormanni , Libraire
, a sous presse , Theatro del Signor
Marchese Scipione Maffei ; cioe la Tragedia
, la Comedia e il Dramma non pin
Stampato. Agiunta la Spiegazione d'alcune
antichita pertinential Teatro..
On écrit aussi de Rome que l'Abbé
Georgi , Bibliotécaire du Cardinal Impe◄
riali , a donné au Public le premier Volume
du Rituel des Papes;c'est un in-4.dédié
à Sa Sainteté . Les Ministres du Saint
Office ont fait depuis peu une recherche
exacte dans les Synagogues des Juifs , ils
y ont enlevé cinq Ballots d'une nouvelle
édition du Talmud , faite en Allemagne ,
et remplie de plus de visions et d'extravagances
que les précedentes .
Од
JUILLET. 1731. 1761
On a imprimé à Madrid un Volume
in- Folio, sous le titre de Pictor Christianus
eruditus. Ce sont des Instructions pour
le Costume , dont la plupart des Peintres
ont grand besoin.
On a imprimé à Turin une Relation
sur tout ce qui s'est passé pendant ledernier
Pontificat entre la Cour de Rome et le
Roi de Sardaigne . On croit qu'il y aura
une Réponse de la part du S. Siege.
On mande de Naples que M. Simonetti
, Nonce du Pape , va toutes les Semaines
à Pouzol respirer l'air sulphureux
de cet endroit , que les Medecins croyent
salutaire pour ses maux de Poitrine.
On écrit de Londres qu'on y avoit
appris de Reading dans le Comté de
Berks , qu'on y voyoit actuellement un
enfant agé de cinq ans , fils d'un Paysan
, nommé Benjamin Loder , lequel a
cinq pieds de haut. Il est assez fort à cet
âge pour porter 260. livres pesant , pour
lever d'une main un poids de cent livres
et d'un doigt un poids de cinquante. On
doit amener cet enfant à Londres , pour
le faire voir à la Famille Royale.
Nous
1762 MERCURE DE FRANCE
1
Nous sommes priez d'annoncer au Public
qu'il y a une suite des Médailles Imperiales
d'argent à vendre de la Succession
de M. de Chezelles , Lieutenant général
de Police de Montluçon , décedé en 1730.
Cette suite est de plus de mille Médailles ,
d'une Antiquité indubitable, et d'une trèsgrande
conservation. Il y a à la tête des
Médailles Imperiales , environ soixante
Médailles Consulaires , aussi très- bien
conservées. Il y a encore six belles Urnes
antiques de Verre , d'une forme singuliere
et toutes differentes , avec une Statuë
d'Hercule en Bronze , pesant 17 livres.
On s'addressera à l'Abbaye Sainte Geneviéve
de Paris , au R. P. Prévôt, Bibliotécaire
, et au R. P. Dupineau , Antiquaire
de cette Maison.
Gabriel Martin , Libraire , distribue le
Catalogue de la Bibliotéque de feu M. Bonnet
, Curé de Saint Nicolas des Champs ,
dont la vente a été commencée le 23 .
uillet. Le même Libraire imprime le
Catalogue des Livres de feu M. Dodart
Premier Médecin du Roi , dont la vente
se fera incessamment en détail .
Fermer
Résumé : Journal Litteraire d'Italie, &c. [titre d'après la table]
Le texte compile des publications et événements littéraires et scientifiques entre 1705 et 1762. Parmi les ouvrages notables, les 'Analecta de calamitate Litteratorum' analysent la condition des littérateurs, tandis que le Marquis Orsi critique le 'Livre de la maniere de bien penser' du Père Bouhours. Les journaux littéraires comme le 'GIORNALE DE LETTERATI D'ITALIA' et le 'MERCURE DE FRANCE' rapportent diverses disputes littéraires et scientifiques, notamment celles concernant les 'Acta Passionis SS. Crescii' et les 'Vindicie del sig. Abate Giusto Fontanini'. Des publications historiques et artistiques sont également mentionnées, telles que l''Istoria della Republica di Venezia' de Pietro Garsoni et les 'Gemme Antiche figurate' de Domenico de Rossi. Des travaux scientifiques, comme la 'Relazione della linea Meridiana Oriszontale' tracée par Bianchini et Maraldi, sont détaillés. Le texte évoque aussi des événements culturels variés, comme la traduction des comédies de Terence par Fortiguerra et la recherche dans les synagogues des Juifs par les Ministres du Saint Office.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
864
p. 1764-1767
Académie des Jeux Floraux, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Jeux Floraux distribuëra la troisiéme jour du mois de May de l'année 1732. [...]
Mots clefs :
Académie des Jeux floraux, Amarante d'or, Violette d'argent, Églantine d'argent, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Académie des Jeux Floraux, [titre d'après la table]
L'Académie des Jeux Floraux distribuëra la
troisiéme jour du mois de May de l'année 1732 .
les
quatre Prix ou Fleurs qu'elle doit donner chaque
année.
Le premier de ees Prix est une Amaranthe d'or,
de la valeur de 400 liv. qui est destiné à une Ode.
Le second est une Violette d'Argent , de la vafeur
de 250 liv. qui est destiné à un Poëme de 60
Vers au moins , ou de cent Vers au plus. Le sujet
de ce genre de Poësie doit être héroïque .
Le troisième prix est une Eglantine d'argent
de la valeur de 250 liv.qui est destinée à unePiéce
de Prose , d'un quart d'heure ou d'une petite
demie-heure de lecture , dont le sujet sera pour
l'année 173.2 .
LE SAGE PROFITE DE SES FAUTES.
Le quatriéme Prix est un Souci d'argent , de la
valeur de 200 liv. qui est destiné à une Elegie , à
une Eglogue , ou à une Idyle,
La
JUILLET. 1731. 1765
Le sujet de tous les Ouvrages de Poësie est au
choix des Auteurs ; les Poëmes , les Eglogues , les
Idyles et les Elegies doivent être en Vers Alexandrins
ou à rimes plates .
Les Ouvrages qui ne seront que des imitations,
ceux que l'on reconnoîtra avoit déjà paru,ou qui
traiteront des sujets donnez par d'autres Académies
, ceux qui auront quelque chose de burlesde
contraire aux que , de satirique , d'indécent oy
moeurs , n'entreronr point dans le concours pour
les Prix , non plus que les Ouvrages dont les Auteurs
se seront fait connoître , et pour lesquels ils
auront fait solliciter ou sollicité eux-mêmes. Les
Auteurs qui traiteront des matieres Théologiques
doivent accompagner leurs Ouvrages de l'Appro
bation de deux Docteurs en Théologie.
On doit remettre dans tous le mois de Janvier
de l'année 1732. à M. le Chevalier de Catellan
Secretaire perpetuel des Jeux Floraux , logé près
de la Place du Salin , à Toulouse , trois Copies
bien lisibles de chaque Ouvrage. Le mois de Janvier
expiré , il n'en recevra plus .
L'Académie a délibéré d'observer à la lettre
P'Article dixiéme de ses Statuts , à l'égard de la
- maniere en laquelle les Ouvrages que l'on présente
pour les Prix doivent être remis à M. le Se
cretaire perpetuel, Les Auteurs sont donc avertis
de s'adresser à une personne domiciliée àToulousé
, pour faire remettre leurs Ouvrages à M. le
Secretaire, lequel recevant les trois Copies de chaque
Ouvrage,, en écrira dans son Registre la Sen
tence , aussi- bien que le nom de celui qui le lui
aura remis , qui sera tenu d'en signer le Registre ;
après quoi M. le Secretaire lui délivrera le Recepissé
de l'Ouvrage en la forme accoûtumée .
Ceux qui auront remporté des Prix seront obligcz
1766 MERCURE DE FRANCE
gez de venir les recevoir eux-mêmes , s'ils sont à
Toulouse, l'après midi du troisiéme jour du mois
de May , dans l'Assemblée publique de la distribution
des Prix , au grand Consistoire de l'Hôtel
de Ville ; et s'ils sont hors de portée de venir les
recevoir , ils doivent envoyer une Procuration en
bonne forme , à une personne domiciliée à Toulouse
, qui en la remettant à M. le Secretaire,avec
le Recepissé de l'Ouvrage , recevra le Prix. Après
que les Auteurs se seront fait connoître , on leur
donnera des Attestations , portant qu'un tel , une
telle année , pour tel Ouvrage par lui composé ,
a remporté un tel Prix ; et l'Ouvrage en Original
y sera attaché sous le Contre- Scel des Jeux .
Les Auteurs ne peuvent remporter que trois fois
en leur vie les Prix destinez à chaque genre d'Ouvrage
, après quoi ils ne doivent plus entrer en
lice.
Celui qui aura remporté trois Prix , l'un desquels
sera l'Amaranthe , pourra obtenir des Lettres
de Maître des Jeux Floraux , et il sera toute
sa vie du Corps des Jeux , avec droit d'assister et
d'opiner comme Juge , avec le Chancelier , les
Mainteneurs et les autres Maîtres , aux Aseemblées
publiques et particulieres , qui regarderont
le jugement des Ouvrages présentez pour les Prix.
On avertit que les Recueils des Pieces d'Eloquence
et de Poësie , qui ont été présentées à
l'Academie des Jeux Floraux , pour la di tribution
des Prix de chique année , depuis 1710. fe
trouveront à Toulouse , chez le fieur Lecamus ,
Imprimeur du Roy et de l'Académie des Jeux
Floraux , rue de la Porteries chez le fieur
Huart l'aîné , Marchand Libraise à Paris , ruë
S. Jacques , proche la Fontaine S. Severin , et
cbez
JUILLET . 1731. 1767
ez le fieur Nicolas Lacourt l'aîné , Impri-
* ur du Roy , à Bordeaux , ruë S. James.
troisiéme jour du mois de May de l'année 1732 .
les
quatre Prix ou Fleurs qu'elle doit donner chaque
année.
Le premier de ees Prix est une Amaranthe d'or,
de la valeur de 400 liv. qui est destiné à une Ode.
Le second est une Violette d'Argent , de la vafeur
de 250 liv. qui est destiné à un Poëme de 60
Vers au moins , ou de cent Vers au plus. Le sujet
de ce genre de Poësie doit être héroïque .
Le troisième prix est une Eglantine d'argent
de la valeur de 250 liv.qui est destinée à unePiéce
de Prose , d'un quart d'heure ou d'une petite
demie-heure de lecture , dont le sujet sera pour
l'année 173.2 .
LE SAGE PROFITE DE SES FAUTES.
Le quatriéme Prix est un Souci d'argent , de la
valeur de 200 liv. qui est destiné à une Elegie , à
une Eglogue , ou à une Idyle,
La
JUILLET. 1731. 1765
Le sujet de tous les Ouvrages de Poësie est au
choix des Auteurs ; les Poëmes , les Eglogues , les
Idyles et les Elegies doivent être en Vers Alexandrins
ou à rimes plates .
Les Ouvrages qui ne seront que des imitations,
ceux que l'on reconnoîtra avoit déjà paru,ou qui
traiteront des sujets donnez par d'autres Académies
, ceux qui auront quelque chose de burlesde
contraire aux que , de satirique , d'indécent oy
moeurs , n'entreronr point dans le concours pour
les Prix , non plus que les Ouvrages dont les Auteurs
se seront fait connoître , et pour lesquels ils
auront fait solliciter ou sollicité eux-mêmes. Les
Auteurs qui traiteront des matieres Théologiques
doivent accompagner leurs Ouvrages de l'Appro
bation de deux Docteurs en Théologie.
On doit remettre dans tous le mois de Janvier
de l'année 1732. à M. le Chevalier de Catellan
Secretaire perpetuel des Jeux Floraux , logé près
de la Place du Salin , à Toulouse , trois Copies
bien lisibles de chaque Ouvrage. Le mois de Janvier
expiré , il n'en recevra plus .
L'Académie a délibéré d'observer à la lettre
P'Article dixiéme de ses Statuts , à l'égard de la
- maniere en laquelle les Ouvrages que l'on présente
pour les Prix doivent être remis à M. le Se
cretaire perpetuel, Les Auteurs sont donc avertis
de s'adresser à une personne domiciliée àToulousé
, pour faire remettre leurs Ouvrages à M. le
Secretaire, lequel recevant les trois Copies de chaque
Ouvrage,, en écrira dans son Registre la Sen
tence , aussi- bien que le nom de celui qui le lui
aura remis , qui sera tenu d'en signer le Registre ;
après quoi M. le Secretaire lui délivrera le Recepissé
de l'Ouvrage en la forme accoûtumée .
Ceux qui auront remporté des Prix seront obligcz
1766 MERCURE DE FRANCE
gez de venir les recevoir eux-mêmes , s'ils sont à
Toulouse, l'après midi du troisiéme jour du mois
de May , dans l'Assemblée publique de la distribution
des Prix , au grand Consistoire de l'Hôtel
de Ville ; et s'ils sont hors de portée de venir les
recevoir , ils doivent envoyer une Procuration en
bonne forme , à une personne domiciliée à Toulouse
, qui en la remettant à M. le Secretaire,avec
le Recepissé de l'Ouvrage , recevra le Prix. Après
que les Auteurs se seront fait connoître , on leur
donnera des Attestations , portant qu'un tel , une
telle année , pour tel Ouvrage par lui composé ,
a remporté un tel Prix ; et l'Ouvrage en Original
y sera attaché sous le Contre- Scel des Jeux .
Les Auteurs ne peuvent remporter que trois fois
en leur vie les Prix destinez à chaque genre d'Ouvrage
, après quoi ils ne doivent plus entrer en
lice.
Celui qui aura remporté trois Prix , l'un desquels
sera l'Amaranthe , pourra obtenir des Lettres
de Maître des Jeux Floraux , et il sera toute
sa vie du Corps des Jeux , avec droit d'assister et
d'opiner comme Juge , avec le Chancelier , les
Mainteneurs et les autres Maîtres , aux Aseemblées
publiques et particulieres , qui regarderont
le jugement des Ouvrages présentez pour les Prix.
On avertit que les Recueils des Pieces d'Eloquence
et de Poësie , qui ont été présentées à
l'Academie des Jeux Floraux , pour la di tribution
des Prix de chique année , depuis 1710. fe
trouveront à Toulouse , chez le fieur Lecamus ,
Imprimeur du Roy et de l'Académie des Jeux
Floraux , rue de la Porteries chez le fieur
Huart l'aîné , Marchand Libraise à Paris , ruë
S. Jacques , proche la Fontaine S. Severin , et
cbez
JUILLET . 1731. 1767
ez le fieur Nicolas Lacourt l'aîné , Impri-
* ur du Roy , à Bordeaux , ruë S. James.
Fermer
Résumé : Académie des Jeux Floraux, [titre d'après la table]
L'Académie des Jeux Floraux a annoncé la distribution de ses quatre prix annuels le 3 mai 1732. Les prix attribués sont les suivants : une Amaranthe d'or de 400 livres pour une ode, une Violette d'argent de 250 livres pour un poème héroïque de 60 à 100 vers, une Églantine d'argent de 250 livres pour une pièce de prose sur le sujet 'Le Sage profite de ses fautes', et un Souci d'argent de 200 livres pour une élégie, une églogue ou une idylle. Les sujets des œuvres poétiques sont laissés au choix des auteurs. Les participants doivent soumettre trois copies de leurs œuvres avant la fin du mois de janvier 1732 à M. le Chevalier de Catellan, secrétaire perpétuel des Jeux Floraux. Les œuvres doivent être remises par une personne domiciliée à Toulouse. Les lauréats doivent venir recevoir leurs prix en personne ou envoyer une procuration. Les auteurs ne peuvent remporter qu'un maximum de trois fois chaque prix au cours de leur vie. Les recueils des pièces présentées depuis 1710 sont disponibles chez plusieurs imprimeurs à Toulouse, Paris et Bordeaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
865
p. 1787-1788
LES VESTALES.
Début :
Pour garder le feu de Vesta, [...]
Mots clefs :
Vestales, Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES VESTALES.
LES VESTALES.
Pour garder le feu de Vesta ,
Crédules Romaines ,
Ah ! que de peines ,
Que de gênes ,
Il vous en coûta !
Nourrir le feu d'un tendre amour ,.
Est un emploi bien plus facile ,
Et plus utile :
Son ardeur brille ,
Et sans aucun soin s'accroît de jour en jour.
Sa puissance est divine ;
Elle détermine ,
Tous nos desirs.
Elle est la seule origine ,
De tous nos plaisirs ;
Elle agit et domine ,
Sur l'Univers ,
Et remplit la Terre , les Mers ,
Les vastes Airs.
M. Dornel , Maître de Musique et Organiste
de sainte Geneviève , qui a fait l'Air de ces paroles
, s'est déja fait connoître par divers bons Ouvrages
Il vient de publier encore un Livre qui contient
48 Pieces de Clavecin fort estimées et de très - facile
execution. Ce Livre se vend chez l'Auteur,
Mon1788
MERCURE DE FRANCE
Montagne sainte Genevieve , au Mont Parnas–
se , ruë S. Jean de Beauvais , ruë S. Honoré ,
la Regle d'Or , et rue du Roulle, à la Croix d'Or.
Pour garder le feu de Vesta ,
Crédules Romaines ,
Ah ! que de peines ,
Que de gênes ,
Il vous en coûta !
Nourrir le feu d'un tendre amour ,.
Est un emploi bien plus facile ,
Et plus utile :
Son ardeur brille ,
Et sans aucun soin s'accroît de jour en jour.
Sa puissance est divine ;
Elle détermine ,
Tous nos desirs.
Elle est la seule origine ,
De tous nos plaisirs ;
Elle agit et domine ,
Sur l'Univers ,
Et remplit la Terre , les Mers ,
Les vastes Airs.
M. Dornel , Maître de Musique et Organiste
de sainte Geneviève , qui a fait l'Air de ces paroles
, s'est déja fait connoître par divers bons Ouvrages
Il vient de publier encore un Livre qui contient
48 Pieces de Clavecin fort estimées et de très - facile
execution. Ce Livre se vend chez l'Auteur,
Mon1788
MERCURE DE FRANCE
Montagne sainte Genevieve , au Mont Parnas–
se , ruë S. Jean de Beauvais , ruë S. Honoré ,
la Regle d'Or , et rue du Roulle, à la Croix d'Or.
Fermer
Résumé : LES VESTALES.
Le texte évoque les Vestales, prêtresses romaines gardant le feu sacré de Vesta. Il compare cette tâche à l'entretien d'un amour tendre, doté d'une puissance divine. Il mentionne M. Dornel, Maître de Musique et Organiste de sainte Geneviève, auteur de 48 pièces de clavecin disponibles à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
866
p. 1788
« Les Comédiens François, ont remis au Théatre au commencement de ce [...] »
Début :
Les Comédiens François, ont remis au Théatre au commencement de ce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François, ont remis au Théatre au commencement de ce [...] »
LES
Es Comédiens François , ont remis
au Théatre au commencement de ce
mois une petite Comédie d'un Acte en
Prose , avec un Divertissement du feu
sieur Dancourt , intitulée , les Eaux de
Bourbon , qui eut un très- grand succès
dans sa nouveauté au mois d'Octobre
1696. mais les temps sont bien changez
et le goût des Spectateurs bien autrement
rafiné et blen plus difficile à satisfaire :
certe Piece n'a pas fait grand plaisir. Dans .
leBallet, deux personnages équipez en malades
beuveurs d'eau , paroissent dancer
dans des Fauteuils , ce qui fait une singularité
réjouissante .
Au contraire de la Piece dont on vient
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
Es Comédiens François , ont remis
au Théatre au commencement de ce
mois une petite Comédie d'un Acte en
Prose , avec un Divertissement du feu
sieur Dancourt , intitulée , les Eaux de
Bourbon , qui eut un très- grand succès
dans sa nouveauté au mois d'Octobre
1696. mais les temps sont bien changez
et le goût des Spectateurs bien autrement
rafiné et blen plus difficile à satisfaire :
certe Piece n'a pas fait grand plaisir. Dans .
leBallet, deux personnages équipez en malades
beuveurs d'eau , paroissent dancer
dans des Fauteuils , ce qui fait une singularité
réjouissante .
Au contraire de la Piece dont on vient
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
Fermer
Résumé : « Les Comédiens François, ont remis au Théatre au commencement de ce [...] »
En juillet 1731, les Comédiens Français ont représenté 'Les Eaux de Bourbon', une comédie en prose accompagnée d'un divertissement de Dancourt. Cette pièce avait connu un grand succès en octobre 1696, mais les goûts du public avaient évolué, rendant la pièce moins appréciée. Le ballet de la pièce mettait en scène deux personnages déguisés en malades buveurs d'eau, dansant dans des fauteuils, ce qui était perçu comme une singularité réjouissante. En contraste, 'Le Distrait' de Regnard, qui n'avait eu que trois représentations en décembre 1697, est aujourd'hui bien accueilli et attire un large public. Le rôle principal est interprété avec succès par le sieur de Montmesnil, et les autres acteurs remplissent également leurs rôles de manière remarquable. Cette évolution dans la réception des pièces incite à réfléchir sur les changements dans les préférences du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
867
p. 1788-1800
Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Au contraire de la Piece dont on vient de parler, la Comédie du Distrait, de [...]
Mots clefs :
Comédie, Rôle, Farce, Critique, Jugement, Distraction, Tragédies, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
Au contraire de la Piece dont on vient
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
On ne sçauroit justifier le jugement
qu'on semble porter aujourd'hui du Distrait
, sans condamner en quelque maniere
celui qu'on en porta autrefois ; on
peut cependant prendre un temperament
entre deux décisions si opposées , en disant
que la Piece n'est pas trouvée meilleure
qu'elle l'a parû dans sa naissance ;
mais qu'on s'y divertit davantage , parce
qu'on ne la revoit que comme une farce
pleine de gayeté ; au lieu que l'Auteur
avoit , sans doute , prétendu la donner
comme une Comédie dans les formes ;
ainsi la Critique ayant déja prononcé sur
la maniere dont les Connoisseurs devoient
la recevoir , nous n'y apportons
plus cette séverité qui l'avoit proscrite;
l'indulgence des Spectateurs fait grace
M. Renard , du peu de soin qu'il a pris
d'observer les regles , et le livre tout entiers
au plaisir qui résulte de cette irréu
larité.
à
En effet tout le monde convient que le
plus,honnête personnage de la Piece est cefui
deLéandre, dont l'Auteur a vouluétaler
le prétendu ridicule; nous disons prétendu ,
parce
1790 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il ne dépend non - plus de nous de
n-être point distraits , qu'il n'est au pouvoir
d'un aveugle de jouir de la lumierczon
ne doit pas considerer la distraction comme
un vice, et l'Auteur même en convient
par ces Vers qu'il met à la bouche du Distrait
, dans le quatriéme Acte , Scene VII .
Ma maniere est fort bonne , et n'en veux point
changer.
Je ne ressemble point aux hommes de notre âge ,
Qui masquent en tout temps leurs coeurs et leur
visage ,
Mon deffaut prétendu , mon peu d'attention ,
Fait la sincerité de mon intention.
Je ne prépare point avec effronteric ,
Dans le fond de mon coeur d'indigne menterie į
Je dis ce que je pense et sans déguisement ;
Je suis sans refléchir mon premier mouvement.
Un esprit naturel me conduit et m'anime ;
Je suis un peu distrait , mais ce n'est pas un crime,
Leandre est bien modeste de se contenter
de conclure que sa distraction n'est pas
un crime ; il auroit pû avancer hardiment
qu'elle n'est pas un vice , puisqu'il en faiț
une vertu dans tous les Vers precedents.
Madame Grognac , qui prétend devenir
sa belle-mere , en parle à peu près de même
au premier Acte , où elle dir :
Je
JUILLE T.
1799 1731
Je sçais bien qu'à parler de lui sans passion ,
Il est particulier dans sa distraction .
Il répond rarement à ce qu'on lui propose ;
On ne le voit jamais à lui dans mille choses ;
Mais ce n'est pas un crime en lui d'être ainsi fait;
On peut être , à mon sens , homme sage et distrait,
Voilà quel est notre Distrait, selon luimême
et selon sa prétenduë future bellenere
; il est un peu moins bien dans l'esprit
de son Valet Carlin. Voici le Portrait
qu'il en fait ;
C'est un homme étonnant et rare en son espece ;
I rêve fort à rien ; il s'égare sans cesse ;
Il cherche , il trouve , il broüille , il regarde sans
voir ;
Quand on lui parle blanc , souvent il répond
noir ;
Il vous dit non pour cüi , oüi pour non ; il ape
pelle ,
Une femme Monsieur , et moi Mademoiselle ;
Prend souvent l'un pour l'autre ; il va sans sçavoir
où ;
On dit qu'il est distrait ; mais moi , je le tiens fou.'"
Dailleurs fort honnête homme , à ses devoirs
austere ,
Exact et bon ami , genereux , doux , sincṛte ;
Aimant
1792 MERCURE DE FRANCE
Aimant , comme j'ai dit , sa Maîtresse in Heros;,
Il est et sage et fou; voilà l'homme en deux mots
Ce portrait de Carlin paroît le plus
ressemblant ; mais , ni comme sage , ni
comme fou , il ne peut être le sujet d'une
Comédie ; le sage ne doit pas être joué ,
et le fou ne peut pas être corrigé.
D'où il est aisé de conclure que M. Renard
n'a choisi ce caractere que pour ouvrir
un champ plus vaste à son imagination
les incidens naissant en foule dans un sujet
si fécond en quiproquo ; en faut-il davantage
pour faire réussir une Piece où
l'on ne se propose point d'autre fin que
de faire rire ?
Nous passerons plus legerement sur les
autres caracteres , ils sont défectueux jusqu'à
révolter les personnes les moins délicates.
Le Chevalier que l'Auteur a prétendu
opposer au Distrait , est un étourdi , ou
plutôt un fou à mettre aux petites Maisons
, et de plus , de très-mauvaises moeurs ;
on en peut juger par la correction que son
oncle lui fait ; la voici :
Vous vous faites honneurd'être un franc libertin,'
Vous mettez votre gloire à bien tenir du vin ;
Et lorsque tout fumant d'une vineuse haleine ,
Sur
JUILLET. 1731. 1793
Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine,
Sur un Théatre alors vous venez vous montrer ;
Là , parmi vos pareils on vous voit folâtrer ;
Vous allez vous baiser comme des Demoiselles ,
Et pour vous faire voir jusque sur les chandelles ,
Poussant l'un , heurtant l'autre , et contant vos
exploits ,
Plus haut que les Acteurs , vous élevez la voix ;
Et tout Paris témoin de vos traits de folie ,
Kit plus cent fois de vous que de la Comédie.
L'oncle ne charge point le caractere ?
c'est ce que le neveu va justifier lui-même
en sa presence.
Mais que fais-je donc tant , Monsieur , ne vous
déplaise ,
Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise ?
J'aime , je bois , je joue , et ne vois en cela
Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là , &c .
De -là je pars sans bruit ,
Quand le jour diminuë et fait place à la nuit ,
Avec quelques amis , et nombre de bouteilles ,
Que nous faisons porter pour adoucir nos veilles,
Chez des femmes de bien dont l'honneur est entier
,
Et qui de leur vertu parfument le quartier.
Là, nous perçons la nuit d'une ardeur sans égale;
H Nous
1-94 MERCURE DE FRANCE
Nous sortons au grand jour pour ôter tout scandale
,
Et chacun en bon ordre aussi sage que moi ,
Sans bruit au petit pas se retire chez soi.
Cette vie innocente est - elle condamnée ?
Ne faire qu'un repas dans toute une journée !
Un malade , entre nous , se conduiroit- il mieux ?
Ce qu'il y a de plus déreglé dans la
Piece , c'est que l'oncle n'aspire qu'à rendre
heureux un neveu si indigne de l'être,
ce qui ne sçauroit faire qu'un troisiéme
caractere très - vicieux .
→
Pour celui de Madame Grognac , il n'a
rien de beau que d'être conforme à son
nom ; elle est d'une gronderie et d'une misantropie
tout- à- fait insupportable ; elle a
des duretez pour Isabelle sa fille , qui ne
sont rachetées par aucune complaisance ,
mais ce n'est point là ce qu'il y a de plus
déplorable pour cette pauvre innocente ;
l'amour que le Chevalier lui a inspiré ,
excite pour elle la pitié des Spectateurs ;
on la plaint de la voir aussi malheureuse
en Amant qu'en Mere , et c'est- là peutêtre
le seul interêt qui regne dans la Piece .
Clarice aussi heureuse qu'Isabelle , est
menacée d'être malheureuse ; elle aime
Léandre , dont tout le deffaut est d'être
distrait , deffaut qui devroit la faire tenir
en
JUILLET. 1731. -1795
en garde contre les effets qu'il produit sur
elle , puisqu'elle lui dit elle- même , après 、
une justification sur une prétenduë infidelité.
Quels que soient vos discours pour me persuader,
J'aime trop pour ne pas toûjours appréhender.
Mais ces distractions qui vous sont naturelles ,
Me rassurant un peu de mes frayeurs mortelles ;
Je vous juge innocent, et crois que votre erreur,
Provient de votre esprit plus que de votre coeur.
On voit bien par les deux premiers
Vers de ce sizain , que l'Auteur est allé
au- devant de l'objection , en attribuant les
craintes de Clarice à l'excès de son amour.
Pour ce qui regarde l'intrigue de la Piece
, on peut dire qu'il n'en a guere coûté
à l'imagination de l'Auteur pour la produire
, le caractere qu'il traite suffit, comme
nous l'avons déja dit , pour en faire
le noeud par les incidens qu'il fait naître,
et le dénoüment est une mauvaise copie
de celui des Femmes Sçavantes ; voici en .
peu de mots toute l'intrigue.
Madame Grognac , mere d'Isabelle
fondée sur un dédit signé entre elle et un
oncle de Léandre , veut que ce Léandre
épouse sa fille ; elle ne veut point
absolument du Chevalier pour son gen-
Hij
dre ;
1796 MERCURE DE FRANCE
dre ; ce dernier , outre les deffauts révoltans
dont nous avons ppaarrlléé ,, lui manque
de respect jusqu'à lui faire danser une
Courante malgré elle ; Valere , oncle du
Chevalier et de Clarice , veut faire un
double mariage entre ces Amans , et ce
mariage est au gré de leurs desirs , puisque
Clarice aime Léandre et en est aimée,
et que le Chevalier et Isabelle s'aiment
aussi réciproquement 5 Valere réserve une
dot de cinquante mille écus à Clarice sa
niece , et donne le reste de son bien au
Chevalier , son indigne neveu voilà le
noeud de la Piece , en voici le dénouement,
Carlin , Valet de Léandre, feint d'arriver
rout fraîchement et tout botté , d'un voyage
qu'il avoit fait avec son Maître , dont
T'oncle étoit à l'extremité; il anonce hardiment
que cet oncle vient de mourir, et qu'il
a desherité son neveu, parce qu'il a appris
qu'il ne vouloit pas épouser Isabelle, malgré
le dédit fait entre Madame Grognac sa
mere , et lui , oncle de Léandre. Madame
Grognac devient le Trissotin de la Piece;
elle n'a pas plutôt appris que Léandre n'a
rien , qu'elle lui dit qu'il peut chercher
fortune ailleurs. L'oncle du Chevalier
profite
de cette conjoncture pour lui faire
accepter son neveu pour gendre ; elle se
contents
JUILLET 1731. 1797
contente de dire qu'il est bien étourdi ,
et qu'elle a encore sur le coeur la Courante
qu'il lui a fait danser ; elle signe
le Contrat à condition qu'il se corrige-
Fa , et que son oncle lui en répondra . Le
Contrat signé , Valere donne Clarice , sa
niece,à Léandre ; Madame Grognac trouve
fort étrange qu'il marie sa niéce à un
homme qui vient d'être desherité , il lui
avouë la petite fourberie qu'on lui a faite
pour la faire consentir au mariage qu'elle
vient de signer ; et comme elle fait éclater
sa mauvaise humeur contre sa fille
son nouveau gendre lui dit :
J'ai , si vous la grondez , un Menuet tout prêt ,
La Piece finit par un dernier trait de
distraction. Le voicy .
Léandre à Carlin.
Toi , Carlin , à l'instant prépare ce qu'il faut ,
Pour aller voir mon oncle et partir au plutôt.
Carlin.
Laissez votre oncle en paix ; quel diantre de lan
gage ?
Vous devez cette nuit faire un autre voyage ;
Vous n'y songez donc plus ; vous êtes marié.
Léandre.
Tu m'en fais souvenir ; je l'avois oublié .
Hij Voilà
1799 MERCURE DE FRANCE
Voilà une partie des Refléxions qu'on
a faites sur la Comédie du Distrait ; cette
Piece n'a peut- être mérité ni de tomber
aussi brusquement qu'elle fit autrefois , ni
de réussir aussi heureusement qu'elle fait
aujourd'hui , cela n'empêche pas qu'on
ne doive rendre à M. Regnard la justice
qui lui est due c'est que personne n'a
mieux possedé que lui le talent de faire
rireset c'est par là que ses Pieces de Théatre
sont plus aimées qu'elles ne sont estimées.
Le 7 , l'Opera Comique donna une
Piece d'un Acte en Vaudeville , intitulée
Monde Renversé. Elle avoit été représentée
dans sa nouveauté à la Foire S. Laurent en
1718. Cette Piece est suivie de deux Aczes
de la France Galante et terminée parla
Guinguette Angloise , exécutée par les mêmes
Danseurs dont on a déja parlé dans le
premier Volume de Juin.
Le 1 2. on supprima un des deux Actes
de la France Galante , et on donna à la płace
l'Isle des Amazones , autre ancienne
Piece d'un Acte faite en 1718. On en peut
voir le sujet dans le Recueil du Théatre
de la Foire.
Jamais le goût pour les Spectacles n'a
été si général , et jamais tant de jeunes.
Gens
JUILLET. 1731. 1799
Gens ,depuis le Bourgeois jusqu'aux Personnes
de la plus grande qualité , ne se sont
appliquez avec tant d'ardeur à l'Art de la
Déclamation , auquel quelques- uns réüssisent
avec un naturel , des graces et une
finesse admirable. Dans plusieurs Maisons
de Paris , des personnes de mérite et de
bon goût , d'un même quartier , s'assemblent
, et se font un plaisir de représenter
des Tragédies et des Comédies des meilleurs
Auteurs ,avec beaucoup de justesse et
de précision , ce qui donne une grande satisfaction
au petit nombre de Spectateurs
choisis qu'on veut bien admettre dans ces
agréables amusemens.
Parmi ces Sociétez , il en est une qui
merite assurément d'être distinguée : les
Acteurs , dont le nombre n'est pas grand ,
s'attachent à ne représenter que des Pieces
que quelques uns d'entr'eux ont
composées eux -mêmes , et comme le mérite
et les talents se trouvent réunis dans
-
cette Societé , on ne craint point de
dire à l'égard de ces petites Comédies
que pour l'imagination
, la sagesse des
moeurs , et la finesse de l'exécution , elles
pourroient donner de la jalousie aux plus
babiles de l'Art.
3.
Dans quelques - unes des plus belles maisons
aux environs de Paris , on a dressé
Hij des
1800 MERCURE DE FRANCE
de petits Théatres fort bien ajustez et
ornez avec gout , où les meilleures Pieces
qu'on voit au Théatre François , sont
souvent représentées par de très - bons Sujets
, en présence de très- nombreuses et
très brillantes Assemblées.
*
Cette inclination pour le Théatre doit
être plus étenduë qu'on ne croit , car on.
apprend de Bruxelles que le 27. May
le Duc de Lorraine , à qui on avoit déja
donné quantité de Fêtes , assista à la Comedie
, intitulée , la Critique de l'Europe
Galante , ou le Mariage d' Arlequin , représentée
par des Bourgeois Flamands.
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
On ne sçauroit justifier le jugement
qu'on semble porter aujourd'hui du Distrait
, sans condamner en quelque maniere
celui qu'on en porta autrefois ; on
peut cependant prendre un temperament
entre deux décisions si opposées , en disant
que la Piece n'est pas trouvée meilleure
qu'elle l'a parû dans sa naissance ;
mais qu'on s'y divertit davantage , parce
qu'on ne la revoit que comme une farce
pleine de gayeté ; au lieu que l'Auteur
avoit , sans doute , prétendu la donner
comme une Comédie dans les formes ;
ainsi la Critique ayant déja prononcé sur
la maniere dont les Connoisseurs devoient
la recevoir , nous n'y apportons
plus cette séverité qui l'avoit proscrite;
l'indulgence des Spectateurs fait grace
M. Renard , du peu de soin qu'il a pris
d'observer les regles , et le livre tout entiers
au plaisir qui résulte de cette irréu
larité.
à
En effet tout le monde convient que le
plus,honnête personnage de la Piece est cefui
deLéandre, dont l'Auteur a vouluétaler
le prétendu ridicule; nous disons prétendu ,
parce
1790 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il ne dépend non - plus de nous de
n-être point distraits , qu'il n'est au pouvoir
d'un aveugle de jouir de la lumierczon
ne doit pas considerer la distraction comme
un vice, et l'Auteur même en convient
par ces Vers qu'il met à la bouche du Distrait
, dans le quatriéme Acte , Scene VII .
Ma maniere est fort bonne , et n'en veux point
changer.
Je ne ressemble point aux hommes de notre âge ,
Qui masquent en tout temps leurs coeurs et leur
visage ,
Mon deffaut prétendu , mon peu d'attention ,
Fait la sincerité de mon intention.
Je ne prépare point avec effronteric ,
Dans le fond de mon coeur d'indigne menterie į
Je dis ce que je pense et sans déguisement ;
Je suis sans refléchir mon premier mouvement.
Un esprit naturel me conduit et m'anime ;
Je suis un peu distrait , mais ce n'est pas un crime,
Leandre est bien modeste de se contenter
de conclure que sa distraction n'est pas
un crime ; il auroit pû avancer hardiment
qu'elle n'est pas un vice , puisqu'il en faiț
une vertu dans tous les Vers precedents.
Madame Grognac , qui prétend devenir
sa belle-mere , en parle à peu près de même
au premier Acte , où elle dir :
Je
JUILLE T.
1799 1731
Je sçais bien qu'à parler de lui sans passion ,
Il est particulier dans sa distraction .
Il répond rarement à ce qu'on lui propose ;
On ne le voit jamais à lui dans mille choses ;
Mais ce n'est pas un crime en lui d'être ainsi fait;
On peut être , à mon sens , homme sage et distrait,
Voilà quel est notre Distrait, selon luimême
et selon sa prétenduë future bellenere
; il est un peu moins bien dans l'esprit
de son Valet Carlin. Voici le Portrait
qu'il en fait ;
C'est un homme étonnant et rare en son espece ;
I rêve fort à rien ; il s'égare sans cesse ;
Il cherche , il trouve , il broüille , il regarde sans
voir ;
Quand on lui parle blanc , souvent il répond
noir ;
Il vous dit non pour cüi , oüi pour non ; il ape
pelle ,
Une femme Monsieur , et moi Mademoiselle ;
Prend souvent l'un pour l'autre ; il va sans sçavoir
où ;
On dit qu'il est distrait ; mais moi , je le tiens fou.'"
Dailleurs fort honnête homme , à ses devoirs
austere ,
Exact et bon ami , genereux , doux , sincṛte ;
Aimant
1792 MERCURE DE FRANCE
Aimant , comme j'ai dit , sa Maîtresse in Heros;,
Il est et sage et fou; voilà l'homme en deux mots
Ce portrait de Carlin paroît le plus
ressemblant ; mais , ni comme sage , ni
comme fou , il ne peut être le sujet d'une
Comédie ; le sage ne doit pas être joué ,
et le fou ne peut pas être corrigé.
D'où il est aisé de conclure que M. Renard
n'a choisi ce caractere que pour ouvrir
un champ plus vaste à son imagination
les incidens naissant en foule dans un sujet
si fécond en quiproquo ; en faut-il davantage
pour faire réussir une Piece où
l'on ne se propose point d'autre fin que
de faire rire ?
Nous passerons plus legerement sur les
autres caracteres , ils sont défectueux jusqu'à
révolter les personnes les moins délicates.
Le Chevalier que l'Auteur a prétendu
opposer au Distrait , est un étourdi , ou
plutôt un fou à mettre aux petites Maisons
, et de plus , de très-mauvaises moeurs ;
on en peut juger par la correction que son
oncle lui fait ; la voici :
Vous vous faites honneurd'être un franc libertin,'
Vous mettez votre gloire à bien tenir du vin ;
Et lorsque tout fumant d'une vineuse haleine ,
Sur
JUILLET. 1731. 1793
Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine,
Sur un Théatre alors vous venez vous montrer ;
Là , parmi vos pareils on vous voit folâtrer ;
Vous allez vous baiser comme des Demoiselles ,
Et pour vous faire voir jusque sur les chandelles ,
Poussant l'un , heurtant l'autre , et contant vos
exploits ,
Plus haut que les Acteurs , vous élevez la voix ;
Et tout Paris témoin de vos traits de folie ,
Kit plus cent fois de vous que de la Comédie.
L'oncle ne charge point le caractere ?
c'est ce que le neveu va justifier lui-même
en sa presence.
Mais que fais-je donc tant , Monsieur , ne vous
déplaise ,
Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise ?
J'aime , je bois , je joue , et ne vois en cela
Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là , &c .
De -là je pars sans bruit ,
Quand le jour diminuë et fait place à la nuit ,
Avec quelques amis , et nombre de bouteilles ,
Que nous faisons porter pour adoucir nos veilles,
Chez des femmes de bien dont l'honneur est entier
,
Et qui de leur vertu parfument le quartier.
Là, nous perçons la nuit d'une ardeur sans égale;
H Nous
1-94 MERCURE DE FRANCE
Nous sortons au grand jour pour ôter tout scandale
,
Et chacun en bon ordre aussi sage que moi ,
Sans bruit au petit pas se retire chez soi.
Cette vie innocente est - elle condamnée ?
Ne faire qu'un repas dans toute une journée !
Un malade , entre nous , se conduiroit- il mieux ?
Ce qu'il y a de plus déreglé dans la
Piece , c'est que l'oncle n'aspire qu'à rendre
heureux un neveu si indigne de l'être,
ce qui ne sçauroit faire qu'un troisiéme
caractere très - vicieux .
→
Pour celui de Madame Grognac , il n'a
rien de beau que d'être conforme à son
nom ; elle est d'une gronderie et d'une misantropie
tout- à- fait insupportable ; elle a
des duretez pour Isabelle sa fille , qui ne
sont rachetées par aucune complaisance ,
mais ce n'est point là ce qu'il y a de plus
déplorable pour cette pauvre innocente ;
l'amour que le Chevalier lui a inspiré ,
excite pour elle la pitié des Spectateurs ;
on la plaint de la voir aussi malheureuse
en Amant qu'en Mere , et c'est- là peutêtre
le seul interêt qui regne dans la Piece .
Clarice aussi heureuse qu'Isabelle , est
menacée d'être malheureuse ; elle aime
Léandre , dont tout le deffaut est d'être
distrait , deffaut qui devroit la faire tenir
en
JUILLET. 1731. -1795
en garde contre les effets qu'il produit sur
elle , puisqu'elle lui dit elle- même , après 、
une justification sur une prétenduë infidelité.
Quels que soient vos discours pour me persuader,
J'aime trop pour ne pas toûjours appréhender.
Mais ces distractions qui vous sont naturelles ,
Me rassurant un peu de mes frayeurs mortelles ;
Je vous juge innocent, et crois que votre erreur,
Provient de votre esprit plus que de votre coeur.
On voit bien par les deux premiers
Vers de ce sizain , que l'Auteur est allé
au- devant de l'objection , en attribuant les
craintes de Clarice à l'excès de son amour.
Pour ce qui regarde l'intrigue de la Piece
, on peut dire qu'il n'en a guere coûté
à l'imagination de l'Auteur pour la produire
, le caractere qu'il traite suffit, comme
nous l'avons déja dit , pour en faire
le noeud par les incidens qu'il fait naître,
et le dénoüment est une mauvaise copie
de celui des Femmes Sçavantes ; voici en .
peu de mots toute l'intrigue.
Madame Grognac , mere d'Isabelle
fondée sur un dédit signé entre elle et un
oncle de Léandre , veut que ce Léandre
épouse sa fille ; elle ne veut point
absolument du Chevalier pour son gen-
Hij
dre ;
1796 MERCURE DE FRANCE
dre ; ce dernier , outre les deffauts révoltans
dont nous avons ppaarrlléé ,, lui manque
de respect jusqu'à lui faire danser une
Courante malgré elle ; Valere , oncle du
Chevalier et de Clarice , veut faire un
double mariage entre ces Amans , et ce
mariage est au gré de leurs desirs , puisque
Clarice aime Léandre et en est aimée,
et que le Chevalier et Isabelle s'aiment
aussi réciproquement 5 Valere réserve une
dot de cinquante mille écus à Clarice sa
niece , et donne le reste de son bien au
Chevalier , son indigne neveu voilà le
noeud de la Piece , en voici le dénouement,
Carlin , Valet de Léandre, feint d'arriver
rout fraîchement et tout botté , d'un voyage
qu'il avoit fait avec son Maître , dont
T'oncle étoit à l'extremité; il anonce hardiment
que cet oncle vient de mourir, et qu'il
a desherité son neveu, parce qu'il a appris
qu'il ne vouloit pas épouser Isabelle, malgré
le dédit fait entre Madame Grognac sa
mere , et lui , oncle de Léandre. Madame
Grognac devient le Trissotin de la Piece;
elle n'a pas plutôt appris que Léandre n'a
rien , qu'elle lui dit qu'il peut chercher
fortune ailleurs. L'oncle du Chevalier
profite
de cette conjoncture pour lui faire
accepter son neveu pour gendre ; elle se
contents
JUILLET 1731. 1797
contente de dire qu'il est bien étourdi ,
et qu'elle a encore sur le coeur la Courante
qu'il lui a fait danser ; elle signe
le Contrat à condition qu'il se corrige-
Fa , et que son oncle lui en répondra . Le
Contrat signé , Valere donne Clarice , sa
niece,à Léandre ; Madame Grognac trouve
fort étrange qu'il marie sa niéce à un
homme qui vient d'être desherité , il lui
avouë la petite fourberie qu'on lui a faite
pour la faire consentir au mariage qu'elle
vient de signer ; et comme elle fait éclater
sa mauvaise humeur contre sa fille
son nouveau gendre lui dit :
J'ai , si vous la grondez , un Menuet tout prêt ,
La Piece finit par un dernier trait de
distraction. Le voicy .
Léandre à Carlin.
Toi , Carlin , à l'instant prépare ce qu'il faut ,
Pour aller voir mon oncle et partir au plutôt.
Carlin.
Laissez votre oncle en paix ; quel diantre de lan
gage ?
Vous devez cette nuit faire un autre voyage ;
Vous n'y songez donc plus ; vous êtes marié.
Léandre.
Tu m'en fais souvenir ; je l'avois oublié .
Hij Voilà
1799 MERCURE DE FRANCE
Voilà une partie des Refléxions qu'on
a faites sur la Comédie du Distrait ; cette
Piece n'a peut- être mérité ni de tomber
aussi brusquement qu'elle fit autrefois , ni
de réussir aussi heureusement qu'elle fait
aujourd'hui , cela n'empêche pas qu'on
ne doive rendre à M. Regnard la justice
qui lui est due c'est que personne n'a
mieux possedé que lui le talent de faire
rireset c'est par là que ses Pieces de Théatre
sont plus aimées qu'elles ne sont estimées.
Le 7 , l'Opera Comique donna une
Piece d'un Acte en Vaudeville , intitulée
Monde Renversé. Elle avoit été représentée
dans sa nouveauté à la Foire S. Laurent en
1718. Cette Piece est suivie de deux Aczes
de la France Galante et terminée parla
Guinguette Angloise , exécutée par les mêmes
Danseurs dont on a déja parlé dans le
premier Volume de Juin.
Le 1 2. on supprima un des deux Actes
de la France Galante , et on donna à la płace
l'Isle des Amazones , autre ancienne
Piece d'un Acte faite en 1718. On en peut
voir le sujet dans le Recueil du Théatre
de la Foire.
Jamais le goût pour les Spectacles n'a
été si général , et jamais tant de jeunes.
Gens
JUILLET. 1731. 1799
Gens ,depuis le Bourgeois jusqu'aux Personnes
de la plus grande qualité , ne se sont
appliquez avec tant d'ardeur à l'Art de la
Déclamation , auquel quelques- uns réüssisent
avec un naturel , des graces et une
finesse admirable. Dans plusieurs Maisons
de Paris , des personnes de mérite et de
bon goût , d'un même quartier , s'assemblent
, et se font un plaisir de représenter
des Tragédies et des Comédies des meilleurs
Auteurs ,avec beaucoup de justesse et
de précision , ce qui donne une grande satisfaction
au petit nombre de Spectateurs
choisis qu'on veut bien admettre dans ces
agréables amusemens.
Parmi ces Sociétez , il en est une qui
merite assurément d'être distinguée : les
Acteurs , dont le nombre n'est pas grand ,
s'attachent à ne représenter que des Pieces
que quelques uns d'entr'eux ont
composées eux -mêmes , et comme le mérite
et les talents se trouvent réunis dans
-
cette Societé , on ne craint point de
dire à l'égard de ces petites Comédies
que pour l'imagination
, la sagesse des
moeurs , et la finesse de l'exécution , elles
pourroient donner de la jalousie aux plus
babiles de l'Art.
3.
Dans quelques - unes des plus belles maisons
aux environs de Paris , on a dressé
Hij des
1800 MERCURE DE FRANCE
de petits Théatres fort bien ajustez et
ornez avec gout , où les meilleures Pieces
qu'on voit au Théatre François , sont
souvent représentées par de très - bons Sujets
, en présence de très- nombreuses et
très brillantes Assemblées.
*
Cette inclination pour le Théatre doit
être plus étenduë qu'on ne croit , car on.
apprend de Bruxelles que le 27. May
le Duc de Lorraine , à qui on avoit déja
donné quantité de Fêtes , assista à la Comedie
, intitulée , la Critique de l'Europe
Galante , ou le Mariage d' Arlequin , représentée
par des Bourgeois Flamands.
Fermer
Résumé : Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
La pièce 'Le Distrait' de M. Renard, représentée pour la première fois en décembre 1697, a connu un succès croissant malgré des débuts modestes avec seulement trois représentations. Aujourd'hui, elle attire un large public grâce à la performance du sieur de Montmesnil dans le rôle principal et à la qualité des autres acteurs. Initialement conçue comme une comédie classique, la pièce est désormais appréciée comme une farce pleine de gaieté. La critique a évolué, passant d'une sévérité initiale à une indulgence qui pardonne les écarts aux règles théâtrales, privilégiant le plaisir du public. Le personnage principal, Léandre, est décrit comme distrait mais sincère, un trait que l'auteur et Madame Grognac, sa future belle-mère, ne considèrent pas comme un vice. Le valet Carlin voit Léandre comme un homme honnête mais fou. La pièce exploite les quiproquos nés de la distraction de Léandre pour générer des situations comiques. Les autres personnages, comme le Chevalier, sont jugés défectueux et révoltants. Le Chevalier est décrit comme un libertin et un fou, tandis que Madame Grognac est grincheuse et misanthrope. L'intrigue repose sur les malentendus et les quiproquos, avec un dénouement qui rappelle celui des 'Femmes savantes'. La pièce se termine par un trait de distraction de Léandre, oubliant son mariage récent. Le texte souligne le talent de M. Renard pour faire rire, bien que ses pièces soient plus aimées qu'estimées. Il mentionne également l'engouement pour les spectacles et la déclamation à Paris, avec des sociétés privées représentant des pièces avec beaucoup de justesse et de précision. Une société en particulier est distinguée pour ses comédies originales, appréciées pour leur imagination, leur sagesse et leur finesse d'exécution. Les petits théâtres sont décrits comme élégamment aménagés et décorés avec goût, où les meilleures pièces du théâtre français sont fréquemment jouées par d'excellents acteurs devant un public nombreux et brillant. Cette passion pour le théâtre semble plus répandue qu'on ne le pense. Par exemple, à Bruxelles, le 27 mai, le Duc de Lorraine a assisté à la comédie intitulée 'La Critique de l'Europe Galante, ou le Mariage d'Arlequin', interprétée par des bourgeois flamands.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
868
p. 1816-1822
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 3 Juillet, les Comédiens François représenterent à la Cour la Tragédie [...]
Mots clefs :
Cour, Comédiens-Français, Tragédie, Comédiens-Italiens, Concert, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 3 Juillet , les Comédiens François
Lrepresenterent à la Cour la Tragédie
de Phédre et Hipolite , qui fut suivie de la
petite Comédie de l'Eté des Coquetes.
Les , la Mere Coquette.
Le 10, Radamiste et Zénobie : Tragédie
de
JUILLET. 1731. 1817
de M. Crébillon , qui fut suivie de l'Eté
des Coquetes , que la Cour fut bien - aise de
voir.
Le 12 , la Comédie du Joueur.
Le 17 , Astrate , Tragédie de M. Quinaut
, et le François à Londres.
Le 19 , le Muet.
Le 24 , le Cid et l'Amour Medecin.
La Dile Gossin joüa pour la premiere
fois à la Cour le rôle de Chimene.Elle fut
fort applaudie
.
Le 28. l'Italie Galante. Ce sont trois
petites Piéces de M.de la Motte , qui ont
été fort goûtées , et tres- bien joüées , par
les Comédiens François de la Cour et de
Paris.
Le Mardi 31. le Faux Sincere,Comédie
nouvelle , ens actes , par feu M. Dufreni,
qui a été fort goûtée , et les trois Cousines
par les Comédiens qui étoient restez à
Paris , et qui joueront pendant le reste du
voyage de Fontainebleau , à la place de
ceux qui avoient suivi la Cour.
Le 7 Juillet , les Comédiens Italiens représenterent
le Jeu de l'Amour et du Hazard
, qui fut suivi de la petite Comédie
du Retour de Tendresse.
Le 14 , Arlequin Muet par crainte ; Pié-
I ce
1818 MERCURE DE FRANCE :
ce Italienne , qui fit beaucoup de plaisir ,
et pour petite Piéce , le Portrait.
Le 21 , Arlequin Sauvage et Arlequin
Hulla.
Le 26 , l'Embarras des Richesses et Arlequin
Phaeton , Parodie. Il y a eu une nouvelleDécoration
,et un nouveauSoleil faits
à Fontainebleau , par le sieur Lemaire ,
Auteur de la premiere Décoration qu'on
a vû à l'Hôtel de Bourgogne. On en poutra
parler plus au long.
Le 4 Juillet , il y eut Concert chez la
Reine. M. de Blamont , Sur -Intendant
de la Musique du Roy , de Sémestre , fit
chanter le second et le troisiéme Acte de
l'Opera de Roland , qui fut continué le
9,par le 4 et le dernier Acte.
Le 11 , on chanta le Prologue et le premier
Acte du Balet des Fêtes Venitiennes,
de M. Campra.
Le 15 , il y eut Promenade et une gran
de Simphonie sur le Canal. La Reine
étoit en Gondole , avec les Princesses et
les Dames du Palais , & c.
,
Le 18 , on exécuta les deux derniers
Actes du même Balet des Fêtes Vénitiennes ,
qui sont l'Amour Saltinbanque et le Bal.
Le 23 , il y eut Promenade , Symphonie
et Collation sur l'Etang du Jardin neuf ,
et
JUILLET. 1731. 1819
et le 30 , on chanta le Prologue et le
mier Acte de Bellerophon.
pre-
Le Roy a donné le Gouvernement du
Prat-de-Mouliou en Roussillon , à M.de
Beaupuy,Commandant duRegiment d'Infanterie
de Toulouse. M. le Marquis de la
Vieuville qui l'avoit , s'est retiré avec une
pension de 2000 liv.
On a appris des côtes de Barbarie que
M. Duguai-Trouin , Lieutenant General
des Armées Navales du Roy , étoit sur son
départ , dans la Rade d'Alger , avec les
quatre Vaisseaux de Guerre qu'il commande
, et que la Régence lui avoit fait
rendre 29 Esclaves, tant François que Gênois,
qu'il avoit redemandez, et qui avoient
été priscontre la teneur des Traitez .
Le 18 de ce mois , l'Académie François
se fit faire dans 1 Eglise des Cordeliers du
Grand Couvent, un Service pour le repos
de l'ame de feu M. de la Faye .
Le
24 la
Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, établie
pour
le remboursement
des
Actions
, fut
tirée
en
la maniere
accoûtumée
, à l'Hôtel
de
la
Compagnie
. La
Liste
des
Numero
gagnans
des
Actions
et Dixiémes
I ij
1820 MERCURE DE FRANCE
xièmes d'Actions , qui doivent être remboursées
, a été renduë publique , faisant
en tout le nombre de 309 Actions.
Le Roy a accordé à la Ville de Valencienne
un Marché franc , qui se tiendra le
16 de chaque mois . Toutes sortes de personnes
, tant Etrangers qu'autres , pourront
y aller librement , pour vendre, acheter
et troquer des Chevaux, Boeufs, Moutons
et autres Bestiaux , et retourner sans
payer aucun droit , et sans que leurs personnes
ou marchandises puissent être arrêtées
ou saisies , Ce Marché franc commencera
le 16 du mois d'Août , auquel
jour on distribuera trois Prix : Un pour
le
plus beau Cheval de Selle ; le second , pour
Ja plus belle couple de Chevaux de Carosse
; et le troisiéme , pour le plus beau
Cheval de trait,
Après la mort du Marquis de Goussainville
, Conseiller au Parlement , reçû
en survivance dans la Charge de son pere ,
premier Président de la Chambre des
Comptes , le Roy a accordé le Regiment
de Dragons du Marquis de Nicolai , à
present son fils aîné , à son frere , Chevalier
de Malthe , qui étoit Capitaine dans
le même Regiment,lequel a un autre frere
aussi
JUILLET. 1731. 1821
aussi Chevalier de Malthe . C'est à ce sujet
que les Vers suivans ont été envoïez au
Marquis de Nicolai , qui a repris le parti
de la Robe , ayant été reçû Avocat avant
d'être Colonel.
Thémis reprend ses droits
avec elle ,
Mars d'accord
Consent qu'en imitant vos illustres Ayeux ,
Vous remplissiez un jour le destin glorieux ;
Où la Déesse vous appelle.
Il est jaloux de la faveur nouvelle ,
Qui lui ravit en vous un sujet belliqueux
Mais il ne perdra rien de sa Cour militaire.
Pour deux freres , jeunes guerriers ,
Dont la vertu paroît hereditaire ,
Il réservera les Lauriers ,
Qu'ils cueilleront dans leur noble carriere ,
Ainsi par votre nom , il est dédommagé ,
Et l'on dira de vous , Cedant Arma Toga.
M. D. M.
Le ri de ce mois Aly Mehemet , Mahométan
, natif d'Alger , âgé de 31 ans ,
a été baptisé à Moulins , ville capitale du
Bourbonnois , dans l'Eglise Parroissiale de
S. Jean ; il a été instruit pendant près
d'un an des veritez de la Religion chré-
I iij
tienne ,
1822 MERCURE DE FRANCE
tienne , par M. le Maître , Curé de la même
Paroisse , et Official de M. l'Evêque
d'Autun.
Ce Baptême se fit sur les 4 heures après
midi , les Administrateurs de l'Hôpital .
General , où ce Cathécumene avoit trouvé
un azile secourable , le conduisirent à l'Eglise.
Le Parrain fut M.de Vanolles, Maître
des Requêtes , Intendant de la Province
; et la Marraine , Madame d'Alençon
, épouse de M. d'Alençon , cy- devant
Colonel d'Infanterie , au service du Roy
Stanislas. Les cérémonies furent faites
avec beaucoup d'ordre et de dignité ; la
Maréchaussée étoit rangée aux Portes et
avenues de l'Eglise ; les Tambours de la
Ville et des Instrumens de toute espece
augmenterent encore la pompe de cette
Fête ; Madame l'Intendante , les principaux
Magistrats , plusieurs personnes de
l'un et l'autre sexe , tant du Corps de la
Noblesse , que des autres Etats les plus
distinguez de la Ville , y assisterent. Il y cut
le soir à l'Intendance un grand souper, on
y servit deux Tables avec autant de délicatesse
que de propreté.
E 3 Juillet , les Comédiens François
Lrepresenterent à la Cour la Tragédie
de Phédre et Hipolite , qui fut suivie de la
petite Comédie de l'Eté des Coquetes.
Les , la Mere Coquette.
Le 10, Radamiste et Zénobie : Tragédie
de
JUILLET. 1731. 1817
de M. Crébillon , qui fut suivie de l'Eté
des Coquetes , que la Cour fut bien - aise de
voir.
Le 12 , la Comédie du Joueur.
Le 17 , Astrate , Tragédie de M. Quinaut
, et le François à Londres.
Le 19 , le Muet.
Le 24 , le Cid et l'Amour Medecin.
La Dile Gossin joüa pour la premiere
fois à la Cour le rôle de Chimene.Elle fut
fort applaudie
.
Le 28. l'Italie Galante. Ce sont trois
petites Piéces de M.de la Motte , qui ont
été fort goûtées , et tres- bien joüées , par
les Comédiens François de la Cour et de
Paris.
Le Mardi 31. le Faux Sincere,Comédie
nouvelle , ens actes , par feu M. Dufreni,
qui a été fort goûtée , et les trois Cousines
par les Comédiens qui étoient restez à
Paris , et qui joueront pendant le reste du
voyage de Fontainebleau , à la place de
ceux qui avoient suivi la Cour.
Le 7 Juillet , les Comédiens Italiens représenterent
le Jeu de l'Amour et du Hazard
, qui fut suivi de la petite Comédie
du Retour de Tendresse.
Le 14 , Arlequin Muet par crainte ; Pié-
I ce
1818 MERCURE DE FRANCE :
ce Italienne , qui fit beaucoup de plaisir ,
et pour petite Piéce , le Portrait.
Le 21 , Arlequin Sauvage et Arlequin
Hulla.
Le 26 , l'Embarras des Richesses et Arlequin
Phaeton , Parodie. Il y a eu une nouvelleDécoration
,et un nouveauSoleil faits
à Fontainebleau , par le sieur Lemaire ,
Auteur de la premiere Décoration qu'on
a vû à l'Hôtel de Bourgogne. On en poutra
parler plus au long.
Le 4 Juillet , il y eut Concert chez la
Reine. M. de Blamont , Sur -Intendant
de la Musique du Roy , de Sémestre , fit
chanter le second et le troisiéme Acte de
l'Opera de Roland , qui fut continué le
9,par le 4 et le dernier Acte.
Le 11 , on chanta le Prologue et le premier
Acte du Balet des Fêtes Venitiennes,
de M. Campra.
Le 15 , il y eut Promenade et une gran
de Simphonie sur le Canal. La Reine
étoit en Gondole , avec les Princesses et
les Dames du Palais , & c.
,
Le 18 , on exécuta les deux derniers
Actes du même Balet des Fêtes Vénitiennes ,
qui sont l'Amour Saltinbanque et le Bal.
Le 23 , il y eut Promenade , Symphonie
et Collation sur l'Etang du Jardin neuf ,
et
JUILLET. 1731. 1819
et le 30 , on chanta le Prologue et le
mier Acte de Bellerophon.
pre-
Le Roy a donné le Gouvernement du
Prat-de-Mouliou en Roussillon , à M.de
Beaupuy,Commandant duRegiment d'Infanterie
de Toulouse. M. le Marquis de la
Vieuville qui l'avoit , s'est retiré avec une
pension de 2000 liv.
On a appris des côtes de Barbarie que
M. Duguai-Trouin , Lieutenant General
des Armées Navales du Roy , étoit sur son
départ , dans la Rade d'Alger , avec les
quatre Vaisseaux de Guerre qu'il commande
, et que la Régence lui avoit fait
rendre 29 Esclaves, tant François que Gênois,
qu'il avoit redemandez, et qui avoient
été priscontre la teneur des Traitez .
Le 18 de ce mois , l'Académie François
se fit faire dans 1 Eglise des Cordeliers du
Grand Couvent, un Service pour le repos
de l'ame de feu M. de la Faye .
Le
24 la
Lotterie
de la
Compagnie
des
Indes
, établie
pour
le remboursement
des
Actions
, fut
tirée
en
la maniere
accoûtumée
, à l'Hôtel
de
la
Compagnie
. La
Liste
des
Numero
gagnans
des
Actions
et Dixiémes
I ij
1820 MERCURE DE FRANCE
xièmes d'Actions , qui doivent être remboursées
, a été renduë publique , faisant
en tout le nombre de 309 Actions.
Le Roy a accordé à la Ville de Valencienne
un Marché franc , qui se tiendra le
16 de chaque mois . Toutes sortes de personnes
, tant Etrangers qu'autres , pourront
y aller librement , pour vendre, acheter
et troquer des Chevaux, Boeufs, Moutons
et autres Bestiaux , et retourner sans
payer aucun droit , et sans que leurs personnes
ou marchandises puissent être arrêtées
ou saisies , Ce Marché franc commencera
le 16 du mois d'Août , auquel
jour on distribuera trois Prix : Un pour
le
plus beau Cheval de Selle ; le second , pour
Ja plus belle couple de Chevaux de Carosse
; et le troisiéme , pour le plus beau
Cheval de trait,
Après la mort du Marquis de Goussainville
, Conseiller au Parlement , reçû
en survivance dans la Charge de son pere ,
premier Président de la Chambre des
Comptes , le Roy a accordé le Regiment
de Dragons du Marquis de Nicolai , à
present son fils aîné , à son frere , Chevalier
de Malthe , qui étoit Capitaine dans
le même Regiment,lequel a un autre frere
aussi
JUILLET. 1731. 1821
aussi Chevalier de Malthe . C'est à ce sujet
que les Vers suivans ont été envoïez au
Marquis de Nicolai , qui a repris le parti
de la Robe , ayant été reçû Avocat avant
d'être Colonel.
Thémis reprend ses droits
avec elle ,
Mars d'accord
Consent qu'en imitant vos illustres Ayeux ,
Vous remplissiez un jour le destin glorieux ;
Où la Déesse vous appelle.
Il est jaloux de la faveur nouvelle ,
Qui lui ravit en vous un sujet belliqueux
Mais il ne perdra rien de sa Cour militaire.
Pour deux freres , jeunes guerriers ,
Dont la vertu paroît hereditaire ,
Il réservera les Lauriers ,
Qu'ils cueilleront dans leur noble carriere ,
Ainsi par votre nom , il est dédommagé ,
Et l'on dira de vous , Cedant Arma Toga.
M. D. M.
Le ri de ce mois Aly Mehemet , Mahométan
, natif d'Alger , âgé de 31 ans ,
a été baptisé à Moulins , ville capitale du
Bourbonnois , dans l'Eglise Parroissiale de
S. Jean ; il a été instruit pendant près
d'un an des veritez de la Religion chré-
I iij
tienne ,
1822 MERCURE DE FRANCE
tienne , par M. le Maître , Curé de la même
Paroisse , et Official de M. l'Evêque
d'Autun.
Ce Baptême se fit sur les 4 heures après
midi , les Administrateurs de l'Hôpital .
General , où ce Cathécumene avoit trouvé
un azile secourable , le conduisirent à l'Eglise.
Le Parrain fut M.de Vanolles, Maître
des Requêtes , Intendant de la Province
; et la Marraine , Madame d'Alençon
, épouse de M. d'Alençon , cy- devant
Colonel d'Infanterie , au service du Roy
Stanislas. Les cérémonies furent faites
avec beaucoup d'ordre et de dignité ; la
Maréchaussée étoit rangée aux Portes et
avenues de l'Eglise ; les Tambours de la
Ville et des Instrumens de toute espece
augmenterent encore la pompe de cette
Fête ; Madame l'Intendante , les principaux
Magistrats , plusieurs personnes de
l'un et l'autre sexe , tant du Corps de la
Noblesse , que des autres Etats les plus
distinguez de la Ville , y assisterent. Il y cut
le soir à l'Intendance un grand souper, on
y servit deux Tables avec autant de délicatesse
que de propreté.
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En juillet 1731, plusieurs événements culturels et administratifs ont marqué la Cour. Les Comédiens Français ont présenté diverses tragédies et comédies, notamment 'Phèdre et Hippolyte' suivie de 'L'Été des Coquettes', 'Radamiste et Zénobie' de Crébillon, 'Astrate' de Quinaut, 'Le Cid', et 'L'Italie Galante' de La Motte. La comédienne Dile Gossin a été particulièrement applaudie dans le rôle de Chimène. Les Comédiens Italiens ont également donné des représentations, comme 'Le Jeu de l'Amour et du Hazard' et 'Arlequin Muet par crainte'. Des concerts et des promenades ont été organisés, incluant un concert chez la Reine avec des extraits de l'opéra 'Roland' et des représentations du ballet 'Les Fêtes Vénitiennes'. Le Roi a pris plusieurs décisions administratives, telles que l'attribution du gouvernement du Prat-de-Mouliou à M. de Beaupuy et une pension à M. de la Vieuville. M. Duguay-Trouin a négocié la libération d'esclaves à Alger. L'Académie Française a rendu hommage à M. de la Faye. La lotterie de la Compagnie des Indes a été tirée, remboursant 309 actions. Le Roi a accordé un marché franc à la ville de Valenciennes. Après le décès du Marquis de Goussainville, le régiment de dragons a été transmis au Chevalier de Malthe. Aly Mehemet, un Algérien, a été baptisé à Moulins après avoir été instruit dans la foi chrétienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
869
p. 1862-1864
ADIEUX AUX MUSES.
Début :
Double Mont où ma Lyre enfanta quelques sons, [...]
Mots clefs :
Lyre, Muses, Filles savantes, Rimeurs, Jeunesse, Fontaine, Asile champêtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADIEUX AUX MUSES.
ADIEUX AUX MUSES .
Ouble Mont où ma Lyre enfanta quelque
Double sons >
Je te quitte , Phébus , et vous filles sçavantes ,
Je ne puis suivre vos leçons ;
Il me faut un métier qui me fasse des rentes,
Un Cadet de famille , être au rang des Rimeurs
C'est d'un esprit leger la preuve non legere ;
SurA
O
UST. 1863 1731.
Sur tout quant au pauvret il ne manque qu'un
frere ,
Pour en avoir autant que vous êtes de soeurs,
Je vous ai consacrẻ ma premiere jeunesse ;
Le beau fruit que j'en tire est d'avoir fait des Versy
Que m'importe qu'ils soient au bout de l'Univers
Cette frivole gloire , est une sotte yvresse.
Rimer est un métier qui ne convient qu'à ceux
Dont l'esprit est né pour la rime.
Autrement on nous mésestime .
l'on parle de nous comme d'un cerveau creux)
On dit qu'il est une Fontaine ,
Dont l'eau miraculeuse a le vrai
gout
du vin i
S'il en étoit ainsi de l'eau de l'Hypocrêne ;
Si la gloire appaisoit la faim ;
M
Si sur ce Mont que j'abandonne ,
Une herbe salutaire et des arbres fruitiers ;
Croissoient comme les fleurs à l'ombre des Lat
riers ;
Enfin s'il y regnoit et Cerés et Pomone
Je
Bij
1864 MERCURE DE FRANCE
Je n'aurois , doctes Soeurs , aucune passion ,
Que celle de vous plaire , afin d'y toujours être.
Je cours à la fortune , et mon ambition ,
N'a pourtant d'autre objet qu'un azile champêtre.
D'Hautefeuille.
Ouble Mont où ma Lyre enfanta quelque
Double sons >
Je te quitte , Phébus , et vous filles sçavantes ,
Je ne puis suivre vos leçons ;
Il me faut un métier qui me fasse des rentes,
Un Cadet de famille , être au rang des Rimeurs
C'est d'un esprit leger la preuve non legere ;
SurA
O
UST. 1863 1731.
Sur tout quant au pauvret il ne manque qu'un
frere ,
Pour en avoir autant que vous êtes de soeurs,
Je vous ai consacrẻ ma premiere jeunesse ;
Le beau fruit que j'en tire est d'avoir fait des Versy
Que m'importe qu'ils soient au bout de l'Univers
Cette frivole gloire , est une sotte yvresse.
Rimer est un métier qui ne convient qu'à ceux
Dont l'esprit est né pour la rime.
Autrement on nous mésestime .
l'on parle de nous comme d'un cerveau creux)
On dit qu'il est une Fontaine ,
Dont l'eau miraculeuse a le vrai
gout
du vin i
S'il en étoit ainsi de l'eau de l'Hypocrêne ;
Si la gloire appaisoit la faim ;
M
Si sur ce Mont que j'abandonne ,
Une herbe salutaire et des arbres fruitiers ;
Croissoient comme les fleurs à l'ombre des Lat
riers ;
Enfin s'il y regnoit et Cerés et Pomone
Je
Bij
1864 MERCURE DE FRANCE
Je n'aurois , doctes Soeurs , aucune passion ,
Que celle de vous plaire , afin d'y toujours être.
Je cours à la fortune , et mon ambition ,
N'a pourtant d'autre objet qu'un azile champêtre.
D'Hautefeuille.
Fermer
Résumé : ADIEUX AUX MUSES.
Dans 'Adieux aux Muses', l'auteur exprime son intention de renoncer à la poésie pour des raisons pratiques. Il considère cette activité comme frivole et non rentable, inappropriée pour un cadet de famille devant subvenir à ses besoins. L'absence de frère pour partager les charges familiales le pousse à chercher un métier plus lucratif. Il critique la vanité de la gloire poétique, la comparant à une ivresse sotte. L'auteur mentionne la Fontaine de l'Hypocrène, dont l'eau inspire la poésie mais ne nourrit pas. Il souhaite plaire aux muses tout en aspirant à une vie champêtre et à la fortune, révélant ainsi son dilemme entre ambition poétique et nécessité économique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
870
p. 1873-1882
LETTRE écrite de Marseille, le 1. Juillet 1731. A M. de la R. au sujet des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
Début :
Je n'ay pû lire sans étonnement, Monsieur, les Eloges avec lesquels [...]
Mots clefs :
Comédie, Éloges, Molière, Nourriture des passions, Assemblage des ruses, Obscènes, Profanes, Anathèmes, Tolérance, Conciles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Marseille, le 1. Juillet 1731. A M. de la R. au sujet des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
LETTRE écrite de Marseille , le 1.
Juillet 1731. A M. de la R. au sujet
des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
E n'ay pû lire sans étonnement ,
Monsieur , les Eloges avec lesquels
vous annoncés dans votre Mercure du
mois de May dernier les Discours du P.
le Brun sur la Comédie. Si le P.. le Brun
a refuté si solidement la Lettre du P.
Caffaro, qui a justifié les Comédies telles
qu'on les représente depuis Moliere , si
le P. le Brun a raison de dépeindre nôtre
>> Théatre comme l'Ecole de l'impureté
» la nourriture des passions , l'assem
» blage des ruses du Demon pour les re-
» veiller , ou les yeux sont environnés
» d'objets seducteurs , les oreilles ouvertes
à des Discours souvent obscénes .
et toujours prophanes , qui infectent »
9
» le
1874 MERCURE DE FRANCE
» le coeur , et l'esprit , pourquoy , homme
pieux et rigoriste , comme vous le
paroissés dans cet Extrait , nous donnezvous
dans tous vos Mercures des Analises
de toutes les pieces de Théatre , si vives
, et si expressives , que vous engagez
la plupart de vos Lecteurs à aller partieiper
à ces Spectacles que le P. le Brun
soutient si pernicieux et si criminels ?
une personne d'esprit doit toujours parler
, et agir par principes. La Comédie
telle qu'on la représente depuis plus de
30. ans sur nôtre Théatre est un mal en
elle-même , ou elle n'en est pas un . Si elleest
encore un mal en elle-même , comme
elle étoit lorsque les Peres de l'Eglise et
les Conciles Pont condamnée avec tant
sagesse , non seulement les Comédiens
meritent toujours les Anathémes que
PEglise a autrefois prononcés contre eux ,
mais la conduite de quelques Rigoristes
qui refusent d'absoudre tous ceux qui assistent
à la Comédie est reguliere , et doit
absolument être suivie par tous les Directeurs.
La tolerance du P. le Brun qui n'ose:
condamner ceux qui y assistent , est donc
contraire aux principes , puisqu'il n'a
pu ignorer qu'une chose qui est crimi
nelle en elle - même , ne doit jamais être
tolerée et l'on seroit mieux fondé à lu
de
demander
A O UST. 1731. 1.877
demander une retractation , s'il vivoit
encore , qu'on ne l'a été à en exiger
une du P. Caffaro , qui après avoir éta
bli et démontré , par des principes , et
par des faits incontestables , que nôtre
Comédie n'est pas un mal en elle - même
a conclu qu'on y pouvoit assister très - innocemment.
Si la Comédie épurée et châtiée , comme
elle est sur nôtre Théatre , n'est plus
un mal en elle -même , ceux qui la représentent
ne meritent plus les foudres de
PEglise , et ils sont en droit depuis longtems
de faire à ce sujet de très-humbles
remontrances à ceux de nos Evêques qui
continuent à faire prononcer contre eux
des Anathémes dans les Eglises Paroissia
les de leurs Diocèses.
Le P. Caffaro n'a entrepris de justifier
nos Comédies qu'en faisant un juste pa
rallele entre les anciennes et celles de notre
tems. Il a mis en fait que les Peres et
les Conciles n'ont prononcé des Anathémes
contre les Comédies , que parce
que ce n'étoient de leur tems que des
assemblées d'impudicité , où l'on n'approuvoit
que ce qui étoit vicieux , où
Les Acteurs jouoient avec les gestes les
plus honteux , où les hommes et les femes
méprisoient toutes les regles de la
pudeus,
1876 MERCURE DE FRANCE
pudeur, et où l'on prononçoit souvent des
blasphemes contre le saint Nom de Dieu :
ce qu'il a prouvé par les témoignages
de Tertulien , de Salvien , de Lactance
de S. Cyprien , et de S. Chrisostome. It a
remarqué qu'à mesure que le Théatre
s'est purgé de ses ordures , et de ses impietés
, les Peres de l'Eglise l'ont traité
avec plus d'indulgence que S. Thomas
dans la 2. partie de sa Somme , art. 2 .
quest. 168. soutient que dans les jeux
et les divertissemens , lorsqu'ils sont modérez
, non seulement il n'y croît point
de mal , mais même qu'il y trouve quelque
bien , parcequ'il est necessaire
l'homme relâche quelquefois son esprit
trop attaché aux affaires : que ce Pere
ajoute que ce délassement de l'esprit ne
se fait que par des paroles ou des actions
divertissantes ou ingenieuses. Ce que j'ai
trouvé en effet dans sa conclusion , où il
dit précisement : Sed ista remissio anime à
rebus agendis fit per ludicra verba et facta ;
'd'où ce Docteur de l'Eglise , qui dans un
autre endroit justifie l'emploi des Comédiens
, conclut que la Comédie , qui ne
consiste qu'en de pareils divertissemens
ne sçauroit passer pour criminelle , pourvû
qu ' lle soit renferniée dans les bornes
de la pudeur , et de la moderation : que
que
A O UST . 1731. 1877
S.Bonaventure , Dist. 16. Dub . 13. dit
formellement que les Spectacles sons
bons , et permis , s'ils s'ont accompagnés
des précautions nécessaires : Doctrine
qu'il avoit apprise de son Maître Albert
le Grand , qui l'a publié hautement
dans ses ouvrages : que S. Antonin decide
la même chose que S. François de
Sales , ce grand Directeur des ames devotes
ne deffendoit point les Comédies , quofqu'elles
fussent très - communes de son
tems : et que l'illustre S. Charles Borromée
les permit dans son Diocèse par une
Ordonnance de 1583. à condition qu'elles
seroient examinées et approuvées par
son grand Vicaire , afin qu'il ne s'y glissat
rien de deshonnête. A quoy il auroit
pû ajouter que la plupart des Casuistes
modernes les plus éclairés ont soutenu
que la Comédie étoit permise , entre
autres les Cardinaux de Turrecremata ,
et Cajetan , Jean Viguier , Medina , Silvester
, Comitolius , Henriques , Bonacina
, Tabiena : et que les Censeurs Rcmains
ont condamné dans l'Histoire Ecelesiastique
du P. Alexandre cette proposition
Comedia sunt illicita.
Le P. Caffaro a mis aussi en fait que
la Comédie étoit à present si châtiée et
si épurée sur le Théatre François , qu'il
n'y
1878 MERCURE DE FRANCE
n'y avoit rien que les oreilles les plus
chastes ne pussent entendre , et qu'elle
étoit même capable de corriger beaucoup
de vices et d'abus dans la conduite des
hommes.
*
Le P. le Brun ne pouvoit refuter solidement
la Lettre du P. Caffaro qu'en démontrant
la fausseté de tous ces faits .
et en prouvant que nos Comédies sont
encore aussi dissolues , et aussi impies ,
que celles qu'on représentoit dans les
tems que les Peres de l'Eglise les ont anathematisées.
L'a- t- il fait ? l'a- t-il pû faire?
je vous en laisse juge vous - même , et
toutes les personnes éclairées qui se trou
vent dans le Public.
Le P. le Brun , que j'ai connu particu
fierement , avoit beaucoup de zele , et de
pieté. Il a professé avec succès la Théologie
positive à S. Magloire , où il parloit
facilement et avec beaucoup de netteté ;
mais il ne s'étoit pas accoutumé à raisonner
par principes : et il n'avoit jamais étudié
la bonne Phisique , comme il n'a que
trop paru dans le Traité qu'il composa
sur la baguette divinatoire , au sujet de
l'Avanture du fameux Jacques Aimard ,
arrivée à Lyon en 1692. qu'il ne put
expliquer qu'en l'attribuant au pouvoir
duDemon . C'est cet ouvrage dont on nous
promer
A O UST. 1731. 1879
promet une seconde Edition sous le titre
de Traité du Discernement des effets naturels
d'avec ceux qui ne le sont pas.
Pour en juger sçavamment il faut lire la
Phisique occulte de l'Abbé de Vallemont,
qui raisonne sur des Principes bien diffe
rens , et qui connoissant les ressorts se
crets de la nature , et ses agens invisibles
, n'a pas eu besoin du secours du
Prince des ténebres pour expliquer cet
évenement , non plus qu'une infinité
d'autres des plus extraordinaires.
Mais pour vous convaincre entierement
du peu de justesse des invectives
du P. le Brun contre notre Théatre
qu'il me soit permis , Monsieur , d'ajoûter
encore quelques Reflexions sur ce su→
jet , qui est d'autant plus important , que
ce Traité sur la Comédie , qui vous a
paru si solide , pourroit causer du scrupule
, et de l'embarras à plusieurs de nos
Directeurs , qui croyant comme l'auteur ,
que notre Comédie est une des plus pernicieuses
inventions du Demon , pourroient
ne pas croire comme lui qu'on la
puisse tolerer , et permettre aux Chré
tiens d'y assister .
Quoy de plus grand ! quoy de plus noble
que tous les sentimens qui regnent
dans les Tragedies de Corneille , et ide
Racine
1880 MERCURE DE FRANCE
›
Racine , où l'on voit toujours la vertu
applaudie , et triomphante ? toutes les
Pieces de Moliere , et des autres Auteurs
modernes , ont- elles d'autre but que de
combattre les vices , en les représentant
aux yeux des Spectateurs avec tous les
traits capables de les rendre ridicules , et
odieux ; mais , disent le P.le Brun et quelques
autres Rigoristes , il n'y a point de
Tragedie , ni de Comédie où il n'y ait
quelque intrigue d'Amour , et où l'ambition
, la jalousie , la vangeance , ou la harne
ne paroissent dans tout leur jour. Cette
objection se détruit en remarquant
que toutes ces passions ne sont étalées sur
notre Théatre que pour les rendre odieuses
: et que quand elles seroient capables
de faire impression dans quelque coeur
foible , il faut bien distinguer les choses
qui peuvent par hazard exciter les passions
, d'avec celles qui naturellement
les excitent en effet. Les dernieres sont
criminelles , et déffendues : mais pour
les premieres , il faudroit fuir dans les
deserts pour les éviter. On ne sçauroit
faire un pas , entrer dans les lieux les
plus saints , lire un Livre d'Histoire ,
enfin vivre dans le monde , sans rencontrer
mille objets capables d'exciter les
passions. Faut- il qu'une belle femme
'aille
A O UST. 1731. 1881
n'aille jamais aux promenades , ni même
à l'Eglise que les personnes de la Cour
les Prelats , et les personnes constituées
en dignité quittent un éclat qui leur est
à présent de bienséance , et même de necessité
? et que personne ne porte d'épée,
à cause des mauvais effets que tout cela
peut produire ? cette pensée seroit ridicnle.
Faut-il , disoit le sage Licurgus ,
arracher les vignes , parcequ'il se trouve
des personnes qui boivent trop de leur
jus ? faut- il aussi deffendre la Comédie
qui sert aux hommes d'un honnête divertissement
, parce qu'il y a quelques
personnes qui ne la peuvent voir sans
ressentir interieurement les passions qu'on
y représente ?
On doit donc conclure que la Comédie
, avec les conditions marquées par
S. Charles , et par les autres Docteurs
que nous avons citez , est de sa nature
indifferente , et même a son utilité : que
les personnes trop susceptibles , à qui
elle est dangereuse , la doivent éviter :
et que les autres ne se la doivent permettre
que comme un plaisir innocent pour
se délasser de leurs occupations.
Enfin une derniere raison sans replique
contre les invectives du P. le Brun
c'est que dans un Royaume aussi Chrétien
que
882 MERCURE DE FRANCE
que la France , dans une Ville aussi bien
policée que Paris , sous les yeux de differens
Evêques recommandables
par leurs
lumieres et par leur zele , de tant de Magistrats
si graves et si vertueux , et
en particulier
de celui qui préside à la
Police , dont la pieté est aussi connue
que
l'étendue
de ses lumieres , la Comédie
établie par Lettres Patentes dès l'an 1402 .
et autorisée par Arrêts du Parlement
, ne seroit pas entretenue
aux dépens du Roy ,
et soutenue comme un établissement
necessaire
au bien public , et que leurs Majestés
si récommandables
par leur religion
, et
par leur vertu exemplaire
, ne la feroient
pas représenter
devant elles fi elle
étoit regardée
comme une pernicieuse
invention
du demon . Je suis toujours
Monsieur
, avec toute l'estime possible ,
Votre très humble & c. P. D. L. Ì.
Juillet 1731. A M. de la R. au sujet
des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
E n'ay pû lire sans étonnement ,
Monsieur , les Eloges avec lesquels
vous annoncés dans votre Mercure du
mois de May dernier les Discours du P.
le Brun sur la Comédie. Si le P.. le Brun
a refuté si solidement la Lettre du P.
Caffaro, qui a justifié les Comédies telles
qu'on les représente depuis Moliere , si
le P. le Brun a raison de dépeindre nôtre
>> Théatre comme l'Ecole de l'impureté
» la nourriture des passions , l'assem
» blage des ruses du Demon pour les re-
» veiller , ou les yeux sont environnés
» d'objets seducteurs , les oreilles ouvertes
à des Discours souvent obscénes .
et toujours prophanes , qui infectent »
9
» le
1874 MERCURE DE FRANCE
» le coeur , et l'esprit , pourquoy , homme
pieux et rigoriste , comme vous le
paroissés dans cet Extrait , nous donnezvous
dans tous vos Mercures des Analises
de toutes les pieces de Théatre , si vives
, et si expressives , que vous engagez
la plupart de vos Lecteurs à aller partieiper
à ces Spectacles que le P. le Brun
soutient si pernicieux et si criminels ?
une personne d'esprit doit toujours parler
, et agir par principes. La Comédie
telle qu'on la représente depuis plus de
30. ans sur nôtre Théatre est un mal en
elle-même , ou elle n'en est pas un . Si elleest
encore un mal en elle-même , comme
elle étoit lorsque les Peres de l'Eglise et
les Conciles Pont condamnée avec tant
sagesse , non seulement les Comédiens
meritent toujours les Anathémes que
PEglise a autrefois prononcés contre eux ,
mais la conduite de quelques Rigoristes
qui refusent d'absoudre tous ceux qui assistent
à la Comédie est reguliere , et doit
absolument être suivie par tous les Directeurs.
La tolerance du P. le Brun qui n'ose:
condamner ceux qui y assistent , est donc
contraire aux principes , puisqu'il n'a
pu ignorer qu'une chose qui est crimi
nelle en elle - même , ne doit jamais être
tolerée et l'on seroit mieux fondé à lu
de
demander
A O UST. 1731. 1.877
demander une retractation , s'il vivoit
encore , qu'on ne l'a été à en exiger
une du P. Caffaro , qui après avoir éta
bli et démontré , par des principes , et
par des faits incontestables , que nôtre
Comédie n'est pas un mal en elle - même
a conclu qu'on y pouvoit assister très - innocemment.
Si la Comédie épurée et châtiée , comme
elle est sur nôtre Théatre , n'est plus
un mal en elle -même , ceux qui la représentent
ne meritent plus les foudres de
PEglise , et ils sont en droit depuis longtems
de faire à ce sujet de très-humbles
remontrances à ceux de nos Evêques qui
continuent à faire prononcer contre eux
des Anathémes dans les Eglises Paroissia
les de leurs Diocèses.
Le P. Caffaro n'a entrepris de justifier
nos Comédies qu'en faisant un juste pa
rallele entre les anciennes et celles de notre
tems. Il a mis en fait que les Peres et
les Conciles n'ont prononcé des Anathémes
contre les Comédies , que parce
que ce n'étoient de leur tems que des
assemblées d'impudicité , où l'on n'approuvoit
que ce qui étoit vicieux , où
Les Acteurs jouoient avec les gestes les
plus honteux , où les hommes et les femes
méprisoient toutes les regles de la
pudeus,
1876 MERCURE DE FRANCE
pudeur, et où l'on prononçoit souvent des
blasphemes contre le saint Nom de Dieu :
ce qu'il a prouvé par les témoignages
de Tertulien , de Salvien , de Lactance
de S. Cyprien , et de S. Chrisostome. It a
remarqué qu'à mesure que le Théatre
s'est purgé de ses ordures , et de ses impietés
, les Peres de l'Eglise l'ont traité
avec plus d'indulgence que S. Thomas
dans la 2. partie de sa Somme , art. 2 .
quest. 168. soutient que dans les jeux
et les divertissemens , lorsqu'ils sont modérez
, non seulement il n'y croît point
de mal , mais même qu'il y trouve quelque
bien , parcequ'il est necessaire
l'homme relâche quelquefois son esprit
trop attaché aux affaires : que ce Pere
ajoute que ce délassement de l'esprit ne
se fait que par des paroles ou des actions
divertissantes ou ingenieuses. Ce que j'ai
trouvé en effet dans sa conclusion , où il
dit précisement : Sed ista remissio anime à
rebus agendis fit per ludicra verba et facta ;
'd'où ce Docteur de l'Eglise , qui dans un
autre endroit justifie l'emploi des Comédiens
, conclut que la Comédie , qui ne
consiste qu'en de pareils divertissemens
ne sçauroit passer pour criminelle , pourvû
qu ' lle soit renferniée dans les bornes
de la pudeur , et de la moderation : que
que
A O UST . 1731. 1877
S.Bonaventure , Dist. 16. Dub . 13. dit
formellement que les Spectacles sons
bons , et permis , s'ils s'ont accompagnés
des précautions nécessaires : Doctrine
qu'il avoit apprise de son Maître Albert
le Grand , qui l'a publié hautement
dans ses ouvrages : que S. Antonin decide
la même chose que S. François de
Sales , ce grand Directeur des ames devotes
ne deffendoit point les Comédies , quofqu'elles
fussent très - communes de son
tems : et que l'illustre S. Charles Borromée
les permit dans son Diocèse par une
Ordonnance de 1583. à condition qu'elles
seroient examinées et approuvées par
son grand Vicaire , afin qu'il ne s'y glissat
rien de deshonnête. A quoy il auroit
pû ajouter que la plupart des Casuistes
modernes les plus éclairés ont soutenu
que la Comédie étoit permise , entre
autres les Cardinaux de Turrecremata ,
et Cajetan , Jean Viguier , Medina , Silvester
, Comitolius , Henriques , Bonacina
, Tabiena : et que les Censeurs Rcmains
ont condamné dans l'Histoire Ecelesiastique
du P. Alexandre cette proposition
Comedia sunt illicita.
Le P. Caffaro a mis aussi en fait que
la Comédie étoit à present si châtiée et
si épurée sur le Théatre François , qu'il
n'y
1878 MERCURE DE FRANCE
n'y avoit rien que les oreilles les plus
chastes ne pussent entendre , et qu'elle
étoit même capable de corriger beaucoup
de vices et d'abus dans la conduite des
hommes.
*
Le P. le Brun ne pouvoit refuter solidement
la Lettre du P. Caffaro qu'en démontrant
la fausseté de tous ces faits .
et en prouvant que nos Comédies sont
encore aussi dissolues , et aussi impies ,
que celles qu'on représentoit dans les
tems que les Peres de l'Eglise les ont anathematisées.
L'a- t- il fait ? l'a- t-il pû faire?
je vous en laisse juge vous - même , et
toutes les personnes éclairées qui se trou
vent dans le Public.
Le P. le Brun , que j'ai connu particu
fierement , avoit beaucoup de zele , et de
pieté. Il a professé avec succès la Théologie
positive à S. Magloire , où il parloit
facilement et avec beaucoup de netteté ;
mais il ne s'étoit pas accoutumé à raisonner
par principes : et il n'avoit jamais étudié
la bonne Phisique , comme il n'a que
trop paru dans le Traité qu'il composa
sur la baguette divinatoire , au sujet de
l'Avanture du fameux Jacques Aimard ,
arrivée à Lyon en 1692. qu'il ne put
expliquer qu'en l'attribuant au pouvoir
duDemon . C'est cet ouvrage dont on nous
promer
A O UST. 1731. 1879
promet une seconde Edition sous le titre
de Traité du Discernement des effets naturels
d'avec ceux qui ne le sont pas.
Pour en juger sçavamment il faut lire la
Phisique occulte de l'Abbé de Vallemont,
qui raisonne sur des Principes bien diffe
rens , et qui connoissant les ressorts se
crets de la nature , et ses agens invisibles
, n'a pas eu besoin du secours du
Prince des ténebres pour expliquer cet
évenement , non plus qu'une infinité
d'autres des plus extraordinaires.
Mais pour vous convaincre entierement
du peu de justesse des invectives
du P. le Brun contre notre Théatre
qu'il me soit permis , Monsieur , d'ajoûter
encore quelques Reflexions sur ce su→
jet , qui est d'autant plus important , que
ce Traité sur la Comédie , qui vous a
paru si solide , pourroit causer du scrupule
, et de l'embarras à plusieurs de nos
Directeurs , qui croyant comme l'auteur ,
que notre Comédie est une des plus pernicieuses
inventions du Demon , pourroient
ne pas croire comme lui qu'on la
puisse tolerer , et permettre aux Chré
tiens d'y assister .
Quoy de plus grand ! quoy de plus noble
que tous les sentimens qui regnent
dans les Tragedies de Corneille , et ide
Racine
1880 MERCURE DE FRANCE
›
Racine , où l'on voit toujours la vertu
applaudie , et triomphante ? toutes les
Pieces de Moliere , et des autres Auteurs
modernes , ont- elles d'autre but que de
combattre les vices , en les représentant
aux yeux des Spectateurs avec tous les
traits capables de les rendre ridicules , et
odieux ; mais , disent le P.le Brun et quelques
autres Rigoristes , il n'y a point de
Tragedie , ni de Comédie où il n'y ait
quelque intrigue d'Amour , et où l'ambition
, la jalousie , la vangeance , ou la harne
ne paroissent dans tout leur jour. Cette
objection se détruit en remarquant
que toutes ces passions ne sont étalées sur
notre Théatre que pour les rendre odieuses
: et que quand elles seroient capables
de faire impression dans quelque coeur
foible , il faut bien distinguer les choses
qui peuvent par hazard exciter les passions
, d'avec celles qui naturellement
les excitent en effet. Les dernieres sont
criminelles , et déffendues : mais pour
les premieres , il faudroit fuir dans les
deserts pour les éviter. On ne sçauroit
faire un pas , entrer dans les lieux les
plus saints , lire un Livre d'Histoire ,
enfin vivre dans le monde , sans rencontrer
mille objets capables d'exciter les
passions. Faut- il qu'une belle femme
'aille
A O UST. 1731. 1881
n'aille jamais aux promenades , ni même
à l'Eglise que les personnes de la Cour
les Prelats , et les personnes constituées
en dignité quittent un éclat qui leur est
à présent de bienséance , et même de necessité
? et que personne ne porte d'épée,
à cause des mauvais effets que tout cela
peut produire ? cette pensée seroit ridicnle.
Faut-il , disoit le sage Licurgus ,
arracher les vignes , parcequ'il se trouve
des personnes qui boivent trop de leur
jus ? faut- il aussi deffendre la Comédie
qui sert aux hommes d'un honnête divertissement
, parce qu'il y a quelques
personnes qui ne la peuvent voir sans
ressentir interieurement les passions qu'on
y représente ?
On doit donc conclure que la Comédie
, avec les conditions marquées par
S. Charles , et par les autres Docteurs
que nous avons citez , est de sa nature
indifferente , et même a son utilité : que
les personnes trop susceptibles , à qui
elle est dangereuse , la doivent éviter :
et que les autres ne se la doivent permettre
que comme un plaisir innocent pour
se délasser de leurs occupations.
Enfin une derniere raison sans replique
contre les invectives du P. le Brun
c'est que dans un Royaume aussi Chrétien
que
882 MERCURE DE FRANCE
que la France , dans une Ville aussi bien
policée que Paris , sous les yeux de differens
Evêques recommandables
par leurs
lumieres et par leur zele , de tant de Magistrats
si graves et si vertueux , et
en particulier
de celui qui préside à la
Police , dont la pieté est aussi connue
que
l'étendue
de ses lumieres , la Comédie
établie par Lettres Patentes dès l'an 1402 .
et autorisée par Arrêts du Parlement
, ne seroit pas entretenue
aux dépens du Roy ,
et soutenue comme un établissement
necessaire
au bien public , et que leurs Majestés
si récommandables
par leur religion
, et
par leur vertu exemplaire
, ne la feroient
pas représenter
devant elles fi elle
étoit regardée
comme une pernicieuse
invention
du demon . Je suis toujours
Monsieur
, avec toute l'estime possible ,
Votre très humble & c. P. D. L. Ì.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Marseille, le 1. Juillet 1731. A M. de la R. au sujet des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
La lettre datée du 1er juillet 1731 critique les éloges du Père le Brun sur la comédie, publiés dans le Mercure de mai précédent. L'auteur exprime son étonnement face à la contradiction entre les discours rigoristes du Père le Brun et les analyses détaillées des pièces de théâtre dans le Mercure, qui encouragent les lecteurs à assister à des spectacles que le Père le Brun considère comme pernicieux. L'auteur soutient que la comédie, telle qu'elle est représentée depuis Molière, n'est pas intrinsèquement mauvaise. Il argue que les Pères de l'Église et les Conciles ont condamné les comédies en raison de leur impudicité et de leur immoralité, mais que les comédies modernes sont épurées et peuvent même corriger des vices. Le Père Caffaro, qui a justifié les comédies, a comparé les anciennes comédies aux modernes, notant que les premières étaient des assemblées d'impudicité, tandis que les secondes sont modérées et divertissantes. Le Père le Brun, connu pour son zèle et sa piété, n'a pas réussi à réfuter solidement les arguments du Père Caffaro. L'auteur critique également le Père le Brun pour son manque de raisonnement par principes et son recours au démon pour expliquer des phénomènes naturels. La lettre conclut en affirmant que la comédie, sous certaines conditions, est indifférente et même utile. Elle souligne que les autorités religieuses et civiles en France tolèrent et soutiennent la comédie, ce qui montre qu'elle n'est pas considérée comme une invention pernicieuse du démon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
871
p. 1883-1884
ÉPIGRAMMES Imitées de Buchanam.
Début :
Critou vouloit à la mémoire [...]
Mots clefs :
Gloire, Écusson, Galants, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMMES Imitées de Buchanam.
EPIGRAMMES
Imitées de Buchanam.
Crito sue cupidus.
CRiton vouloit à la mémoire
Laisser des marques de sa gloire ;
Il fit peindre son Ecusson
Et plus bas son illustre nom
Sur les vîtres de sa Chapelle.
Certes , l'invention est belle ;
Mais sur un si beau Monument ;
Si le vent remporte victoire ,
Adieu son nom , adieu sa gloire ,
Autant en emporte le vent.
AUTRE.
Philli omnes.
Mille Galans vous font la Cour ¿
A tous vous marqués de l'amour ;
Cependant pas un ne vous aime.
Vôtre surprise en est extréme,
Pourquoi cela demandés -vous ;
Ccs
1884 MERCURE DE FRANCE
C'est qu'Iris , vous les aimés tous ;
11 faut donc que je les haïsse?
Non vraiment, ce seroit un vice.
Iris n'en haïssés aucun ,
Mais entre tous n'en aimés qu'un.
AUTR E.
Carmina quod Senon.
Vos vers n'ont point de sens zozeme,
Pourquoy tant vous en étonner ?
Vous ne pouvés pas leur donner ;
Ce que vous n'avés pas vous- même.
Imitées de Buchanam.
Crito sue cupidus.
CRiton vouloit à la mémoire
Laisser des marques de sa gloire ;
Il fit peindre son Ecusson
Et plus bas son illustre nom
Sur les vîtres de sa Chapelle.
Certes , l'invention est belle ;
Mais sur un si beau Monument ;
Si le vent remporte victoire ,
Adieu son nom , adieu sa gloire ,
Autant en emporte le vent.
AUTRE.
Philli omnes.
Mille Galans vous font la Cour ¿
A tous vous marqués de l'amour ;
Cependant pas un ne vous aime.
Vôtre surprise en est extréme,
Pourquoi cela demandés -vous ;
Ccs
1884 MERCURE DE FRANCE
C'est qu'Iris , vous les aimés tous ;
11 faut donc que je les haïsse?
Non vraiment, ce seroit un vice.
Iris n'en haïssés aucun ,
Mais entre tous n'en aimés qu'un.
AUTR E.
Carmina quod Senon.
Vos vers n'ont point de sens zozeme,
Pourquoy tant vous en étonner ?
Vous ne pouvés pas leur donner ;
Ce que vous n'avés pas vous- même.
Fermer
Résumé : ÉPIGRAMMES Imitées de Buchanam.
Le texte présente trois épigrammes inspirées de Buchanan. La première, 'Crito sue cupidus', relate la vaine tentative de Crito de perpétuer sa gloire par des marques éphémères. La deuxième, 'Philli omnes', décrit Iris, aimée par plusieurs mais en aimant un seul. La troisième, 'Carmina quod Senon', critique des vers dénués de sens. Le texte mentionne une publication dans le Mercure de France en 1884.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
872
p. 1941-1942
QUATRAIN ENIGMATIQUE.
Début :
Ung Monstre élapsera de la Rive de Nil, [...]
Mots clefs :
Logogriphe du Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRAIN ENIGMATIQUE.
QUATRAIN ENIGMATIQUE.
UNg Monstre élapsera de la Rive de Nil ,
Vers l'an trente après mil sept cent qu'on nombrera
;
Ev Neuf
1942 MERCURE DE FRANCE
Neuf pieds , une aîle et grife , et double os il aurr
Ung Dieu l'ostendera sur l'horison de Cil .
Par un Eleve de Nostradamus.
UNg Monstre élapsera de la Rive de Nil ,
Vers l'an trente après mil sept cent qu'on nombrera
;
Ev Neuf
1942 MERCURE DE FRANCE
Neuf pieds , une aîle et grife , et double os il aurr
Ung Dieu l'ostendera sur l'horison de Cil .
Par un Eleve de Nostradamus.
Fermer
873
p. 1942-1943
Lettre sur le Paradis Perdu, [titre d'après la table]
Début :
LETTRES CRITIQUES à M. le Comte **** sur le Paradis perdu et reconquis [...]
Mots clefs :
Paradis, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre sur le Paradis Perdu, [titre d'après la table]
L
DES BEAUX ARTS , &c.
ETTRES CRITIQUES à M. le Comte
**** sur le Paradis perdu et reconquis
de Milton. par R ***• 1. vol. 8°.
A Paris chez Cailleau , Brunet fils , Bordelet
et Henry. M. DCC. XXXI.
Ces Lettres sont au nombre de six ,
et contiennent ensemble 270. pages d'impression.
On nous dit au commencement
du Livre qu'il y a plus de 18. mois que
divers accidens ont fait remettre de
jour en jour l'impression des cinq pre
mieres . On espere cependant que malgré
ce délay , le sujet dont elles traitent , et
la maniere neuve dont il est traité
› pourront
A O UST. 1731. 1943.
ront encore attirer à ces Pieces l'attention
du Public. L'Auteur de la VI. Lettre
la commence ainsi. » J'ai lû le Paradis
» Reconquis , et je ne crains point de
vous dire que je l'ai lû avec plaisir ? s'il
» n'a point ces beautez éblouissantes ,
qui donnent tant d'éclat au Paradis
» perdu , en recompense il a moins de
» deffauts , et ses deffauts sont moins cho-
» quants. C'est au Public éclairé à juger
si cela est bien prouvé dans la suite de
cette Lettre , c'est aussi à lui à juger du
merite des précedentes qui nous ont
paru contenir un amusement agréable
et instructif.
DES BEAUX ARTS , &c.
ETTRES CRITIQUES à M. le Comte
**** sur le Paradis perdu et reconquis
de Milton. par R ***• 1. vol. 8°.
A Paris chez Cailleau , Brunet fils , Bordelet
et Henry. M. DCC. XXXI.
Ces Lettres sont au nombre de six ,
et contiennent ensemble 270. pages d'impression.
On nous dit au commencement
du Livre qu'il y a plus de 18. mois que
divers accidens ont fait remettre de
jour en jour l'impression des cinq pre
mieres . On espere cependant que malgré
ce délay , le sujet dont elles traitent , et
la maniere neuve dont il est traité
› pourront
A O UST. 1731. 1943.
ront encore attirer à ces Pieces l'attention
du Public. L'Auteur de la VI. Lettre
la commence ainsi. » J'ai lû le Paradis
» Reconquis , et je ne crains point de
vous dire que je l'ai lû avec plaisir ? s'il
» n'a point ces beautez éblouissantes ,
qui donnent tant d'éclat au Paradis
» perdu , en recompense il a moins de
» deffauts , et ses deffauts sont moins cho-
» quants. C'est au Public éclairé à juger
si cela est bien prouvé dans la suite de
cette Lettre , c'est aussi à lui à juger du
merite des précedentes qui nous ont
paru contenir un amusement agréable
et instructif.
Fermer
Résumé : Lettre sur le Paradis Perdu, [titre d'après la table]
Le document présente une critique intitulée 'Lettres critiques à M. le Comte sur le Paradis perdu et reconquis de Milton', publiée à Paris en 1731. L'ouvrage, composé de six lettres totalisant 270 pages, a été retardé de plus de 18 mois. L'auteur anonyme espère que le sujet et la manière neuve dont il est traité attireront l'attention du public. Dans la sixième lettre, l'auteur affirme avoir lu 'Le Paradis Reconquis' avec plaisir, bien que ce poème manque des beautés éblouissantes du 'Paradis Perdu'. Il souligne que 'Le Paradis Reconquis' a moins de défauts et que ceux-ci sont moins choquants. L'auteur invite le public éclairé à juger de la validité de ces propos et du mérite des lettres précédentes, qu'il trouve agréables et instructives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
874
p. 1943-1951
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des [...]
Mots clefs :
Mémoires, Hommes illustres, Savants, Caporal, Compagnie, Botaniste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, [titre d'après la table]
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la République des
Lettres ; avec un Catalogue raisonné de
leurs ouvrages , Tom. 14. de 401 pages sans
les Tables. A Paris , chez Briasson , ruë
S.Jacques, à la Science . 1731 .
On trouve dans la premiere Table les
noms des Sçavans qui sont contenus dans
ce volume. Ils sont au nombre deXXIX .
en voici les noms : Ermolao Barbaro :
Isaac de Benserade ; Adrien de Beverland ;
Edme Boursault ; Jean Bugen -hagen ; Fa •
cio Cardan ; Jerôme Cardan ; Jean- Baptiste
Cardan ; Louis Carré Elizabeth Se-
E vj
phie
1944 MERCURE DE FRANCE
phie Cheron ; Martin Crusius ; facques
Eveillon ; Auguste Herman Francke ;
Charles Alphonse du Fresnoy Jean Gervais
; Bernard de Girard du Haillan ;
Guillaume Homberg ; Jean le Laboureur ;
Louis le Laboureur ; Claude le Laboureur;
Claude Mignault ; Jean Nicolai ; Gabriël
du Pinau , Martin Polonus ; Marc Antoine
Gerard de S. Amand ; Jean Jerôme
Sparaglia; Daniel Sennert ; Georges de
TrebiZonde ; et Louis Videl.
Entre tous ces Sçavans , nous avons
choisi Guillaume Hombert , dont l'article
nous a paru curieux et bien rempli ,
nous le présenterons ici à nos Lecteurs
tel l'Editeur des Mémoires l'a puque
blié.
Guillaume Homberg, naquit le 8. Janvier
1652. à Batavia dans l'Isle de Java.
Jean Homberg son Pere étoit un Gentilhomme
Saxon , originaire de Quedlimbourg
, qui dans sa jeunesse avoit perdu
tout son bien dans la Guerre des Suedois.
en Allemagne. Quelques-uns de ses parens
avoient eu soin de son éducation . Cè
qu'il apprit de Mathématique le mit ex
état d'aller chercher fortune au service
de la Compagnie Hollandoise des Indes
Orientales. Il parvint à avoir le commandement
de l'Arsenal de Batavia , et se
maria
A O UST. 1731. 1945
maria avec la veuve d'un Officier , nommée
Barbe Van hedemar : de quatre enfans
qui vinrent de ce mariage , M. Homberg
fut le second.
Son Pere pour l'avancer dans le service
le fit Caporal d'une Compagnie dès
l'âge de 4. ans. Il eut bien voulu le faire
étudier , mais les chaleurs excessives et
perpetuelles du climat ne permettant pas
beaucoup d'application ni aux enfans ,
ni même aux hommes faits , il ne pût se
satisfaire en ce point. Au reste il est bon
de remarquer que le corps profite ordinairement
de ce que perd l'esprit. M.
Homberg avoit une soeur qui fût mariée
à huit ans et mere à neuf.
Son Pere ayant quitté les Indes et le
service de la Compagnie Hollandoise
alla à Amsterdam où il demeura pendant
plusieurs années avec toute sa famille.
M. Homberg parût être dans son veritable
air natal , lorsqu'il fût dans un Pays
où il pouvoit étudier. La vivacité naturelle
de son esprit lui fit regagner
vîte le tems qu'il avoit perdu jusques - là .
bien
Il étudia en Droit à Jêne et à Leipsic ,
et en 1694. il fut reçu Avocat à Magdebourg.
Quoyqu'il se donnât sincerementà
sa profession , les choses naturelles
commencerent bientôt à attirer sc
regards
1946 MERCURE DE FRANCE
regards et à interesser sa curiosité. Il alloit
chercher des Plantes sur les montagnes ,
s'instruisoit de leurs noms et de leurs
proprietés , et la nuit il observoit le
cours des astres et apprenoit les noms et
la disposition des differentes Constellations.
Il devenoit ainsi Botaniste et Astronome
sans y penser , et en quelque maniere
malgré luy , parcequ'il s'engageoir
toûjours dans ces Sciences plus qu'il ne
vouloit.
Il poussa assés loin son étude des Plantes,
et dans le même tems il se fit un Globe
celeste , creux en façon de Lanterne , où
à la faveur d'une petite lumiere placée
au dedans on voyoit les principales
Etoiles fixes emportées du même mouvement
dont elles paroissent l'être dans
- le Ciel.
Otto Guericke , Bourgue - Maître de
Magdebourg étoit alors fameux par ses
experiences du vuide et par l'invention de
la Machine Pneumatique. M. Homberg
s'attacha à lui pour s'instruire dans sa
Phisine experimentale , et cet habile
home , quoyque fort mysterieux , ou
ui revela ses secrets en faveur de son géie
, ou ne pût les dérober à sa pénétration
. Les amis de M. Homberg qui le
voyoient s'éloigner du Barreau toujours
de
A O UST. 1731. 1947
!
de plus en plus , songerent à le marier
pour le fixer dans sa profession ; mais resolu
à être maître de lui même, il se mit à
voyager , et alla d'abord en Italie.
Il s'arrêta un peu à Padoüe où il s'appliqua
à la Médecine , et particulierement
à l'Anatomie et à la Botanique . A Boulogne
il travailla sur la pierre qui porte
le nom de cette Ville , et lui rendit sa
lumiere dont le secret étoit presque perdu
. A Rome il se lia particulièrement
avec Marc Antoine Celio , Gentil- homme
Romain , Mathématicien , Astronome
et Machiniste , qui reüssissoit fort
bien à faire de grands verres de Lunettes.
Il s'y appliqua avec lui , et y trouva
pas
de
quoy exercer les lumieres de son esprit
et son addresse à opérer. Il ne negligea
la Peinture , la Sculture , et la Musi
que , dans lesquelles il se rendit assés connoisseur
pour pouvoir s'en faire un
merite .
D'Italie il vint en France pour la premiere
fois , et il ne manqua pas d'y chercher
la connoissance , et de s'y er
l'estime des Sçavans : il passa ensuite en
Angleterre où il travailla quelque tems
avec M. Boyle , dont le Laboratoire étoit
une des plus sçavantes Ecoles de Physique
.
De
1948 MERCURE DE FRANCE
De-là il retourna en Hollande où il se
perfectionna encore dans l'Anatomie sous
M. Graaf , aprés quoy il alla rejoindre
sa famille qui demeuroit alors à Quedlimbourg.
Quelque tems après il alla prendre
à Vittemberg le dégré de Docteur
en Medecine ..
Ses parens vouloient qu'il songeat à
P'utile , et que puisqu'il étoit Medecin
il se mit en état de tirer du profit de cette
qualité ; mais son goût particulier le
portoit à acquerir de nouvelles connoissances.
Il voulut voir encore les Sçavans
de l'Allemagne et du Nord ; et comme
il avoit déja un fonds considerable de curiosités
Physiques , il songea à en faire
commerce , et à s'en procurer de nouvelles
par des échanges. Les Phosphores
faisoient alors du bruit : Christian- Adolphe
Balduinus , et Kunkel Chimiste de
P'Electeur de Saxe en avoit trouvé un
different et un nouveau , chacun de leur
côté , et M. Homberg les alla chercher.
Il vit Balduinus le premier , et trouva
son Phosphore fort beau et de la nature
de la pierre de Boulogne , quoyqu'un
peu plus foible en lumiere. il l'acheta
par quelque autre expérience , mais il
falloit avoir celui de Kunkel qui avoit
beaucoup de réputation . Il trouva Kunkel
A O UST. 1949 1731 .
kel à Berlin , et par bonheur celui - ci
avoit fort envie d'avoir le petit homme
d'Otto Guericke qui se cache dans un
tuyau quand le tems doit être pluvieux ,
et qui en sort quand il doit faire beau.
Le marché fût bientôt conclu entre les
deux Curieux , et M. Homberg donna
le petit homme pour le Phosphore. C'étoit
le Phosphore d'Urine présentement assès
connu.
Les Métaux avoient touché particulierement
la curiosité de M. Homberg ,
qui alla voir ensuite les Mines de Saxe ,
de Bohême , de Hongrie et de Suede.
Le Roy de Suede alors regnant venoit
d'établir à Stokolm un Laboratoire de
Chimie. M. Homberg y travailla` avec
M. Hierna , premier Médecin du Roy, et
il eut le plaisir de contribuer beaucoup
aux premiers succès de ce nouvel établis
sement. On s'addressoit souvent à lui ,
ou pour lui demander des décisions sur
des difficultés qui
partageoient les
plus
habiles , ou pour l'engager à des recherches
qu'ils n'osoient entreprendre , et
les Journaux de Hambourg , de ces tems
là , sont pleins de Mémoires qui venoient
de lui.
Son Pere souhaitoit avec passion qu'il
terminât enfin ses courses sçavantes , et
qu'il
1950 MERCURE DE FRANCE
qu'il revînt se fixer dans son Pays , où il
avoit dessein de le marier pour l'y attirer
davantage. Mais l'amour des Sciences et
de la liberté l'emporta encore du fond
du Nord en Hollande , et de Hollande
en France , où il vit les Provinces {qu'il
n'avoit pas vûes dans son premier voyage .
Ces retardemens impatientoient son
Pere qui lui faisoit tous les jours de nouvelles
instances hâter son retour.و
pour
Enfin il étoit prêt à lui obéir , et le jour
de son départ étoit arrivé, lorsque M.Col.
bert l'envoya chercher de la part du Roy.
Ce Ministre lui fit , pour l'arrêter , des
offres si avantageuses , que M. Homberg
demeura quelque tems pour prendre son
parti , et pritenfin celui de demeurer.
La plus forte raison étoit que la pratique
familiere aux Protestans de lire tous
les jours un Chapitre de l'Ecriture Sainte
lui avoit rendu fort suspecte l'Eglise
protestante dans laquelle il étoit né , et
qu'il se sentoit fort ébranlé pour rentrer
dans l'Eglise Catholique , ce qu'il fit en
1682. L'année suivante il perdit M. Colbert
, et de plus il fût déshérité
Pere, pour avoir changé de Religion.
par son
Il entraen grande liaison avec M.l'Abbé
de Chalucet , depuis Evêque de Toulon
, fort curieux de Chymie. M. l'Abbé
Homberg
A O UST. 1731. 1951
Homberg y étoit trop habile pour aspirer
à la Pierre Philosophale , et trop sincere
pour entêter personne de cette vaine idée.
Mais un autre Chymiste avec qui il travailloit
chez ce Prélat , voulant convaincre
l'incrédulité de son associé, lui donna
en pur don un Lingot d'or prétendu
Philosophique , mais toujours de bon or ,
qui valoit bien quatre cens francs , tromperie
qui , comme il l'avoüoit lui même
lui vint alors assés à
propos.
Des raisons particulieres l'engagerent
quelque tems aprés , c'est-à-dire en 1585.
à aller pour la seconde fois à Rome. Il y
porta toute sa recolte du Nord , et l'y
mit à profit par une pratique de Médecine
peu connue en ce Païs- là et heureuse.
Le reste de cet Article pour le mois prochain
.
Hommes Illustres dans la République des
Lettres ; avec un Catalogue raisonné de
leurs ouvrages , Tom. 14. de 401 pages sans
les Tables. A Paris , chez Briasson , ruë
S.Jacques, à la Science . 1731 .
On trouve dans la premiere Table les
noms des Sçavans qui sont contenus dans
ce volume. Ils sont au nombre deXXIX .
en voici les noms : Ermolao Barbaro :
Isaac de Benserade ; Adrien de Beverland ;
Edme Boursault ; Jean Bugen -hagen ; Fa •
cio Cardan ; Jerôme Cardan ; Jean- Baptiste
Cardan ; Louis Carré Elizabeth Se-
E vj
phie
1944 MERCURE DE FRANCE
phie Cheron ; Martin Crusius ; facques
Eveillon ; Auguste Herman Francke ;
Charles Alphonse du Fresnoy Jean Gervais
; Bernard de Girard du Haillan ;
Guillaume Homberg ; Jean le Laboureur ;
Louis le Laboureur ; Claude le Laboureur;
Claude Mignault ; Jean Nicolai ; Gabriël
du Pinau , Martin Polonus ; Marc Antoine
Gerard de S. Amand ; Jean Jerôme
Sparaglia; Daniel Sennert ; Georges de
TrebiZonde ; et Louis Videl.
Entre tous ces Sçavans , nous avons
choisi Guillaume Hombert , dont l'article
nous a paru curieux et bien rempli ,
nous le présenterons ici à nos Lecteurs
tel l'Editeur des Mémoires l'a puque
blié.
Guillaume Homberg, naquit le 8. Janvier
1652. à Batavia dans l'Isle de Java.
Jean Homberg son Pere étoit un Gentilhomme
Saxon , originaire de Quedlimbourg
, qui dans sa jeunesse avoit perdu
tout son bien dans la Guerre des Suedois.
en Allemagne. Quelques-uns de ses parens
avoient eu soin de son éducation . Cè
qu'il apprit de Mathématique le mit ex
état d'aller chercher fortune au service
de la Compagnie Hollandoise des Indes
Orientales. Il parvint à avoir le commandement
de l'Arsenal de Batavia , et se
maria
A O UST. 1731. 1945
maria avec la veuve d'un Officier , nommée
Barbe Van hedemar : de quatre enfans
qui vinrent de ce mariage , M. Homberg
fut le second.
Son Pere pour l'avancer dans le service
le fit Caporal d'une Compagnie dès
l'âge de 4. ans. Il eut bien voulu le faire
étudier , mais les chaleurs excessives et
perpetuelles du climat ne permettant pas
beaucoup d'application ni aux enfans ,
ni même aux hommes faits , il ne pût se
satisfaire en ce point. Au reste il est bon
de remarquer que le corps profite ordinairement
de ce que perd l'esprit. M.
Homberg avoit une soeur qui fût mariée
à huit ans et mere à neuf.
Son Pere ayant quitté les Indes et le
service de la Compagnie Hollandoise
alla à Amsterdam où il demeura pendant
plusieurs années avec toute sa famille.
M. Homberg parût être dans son veritable
air natal , lorsqu'il fût dans un Pays
où il pouvoit étudier. La vivacité naturelle
de son esprit lui fit regagner
vîte le tems qu'il avoit perdu jusques - là .
bien
Il étudia en Droit à Jêne et à Leipsic ,
et en 1694. il fut reçu Avocat à Magdebourg.
Quoyqu'il se donnât sincerementà
sa profession , les choses naturelles
commencerent bientôt à attirer sc
regards
1946 MERCURE DE FRANCE
regards et à interesser sa curiosité. Il alloit
chercher des Plantes sur les montagnes ,
s'instruisoit de leurs noms et de leurs
proprietés , et la nuit il observoit le
cours des astres et apprenoit les noms et
la disposition des differentes Constellations.
Il devenoit ainsi Botaniste et Astronome
sans y penser , et en quelque maniere
malgré luy , parcequ'il s'engageoir
toûjours dans ces Sciences plus qu'il ne
vouloit.
Il poussa assés loin son étude des Plantes,
et dans le même tems il se fit un Globe
celeste , creux en façon de Lanterne , où
à la faveur d'une petite lumiere placée
au dedans on voyoit les principales
Etoiles fixes emportées du même mouvement
dont elles paroissent l'être dans
- le Ciel.
Otto Guericke , Bourgue - Maître de
Magdebourg étoit alors fameux par ses
experiences du vuide et par l'invention de
la Machine Pneumatique. M. Homberg
s'attacha à lui pour s'instruire dans sa
Phisine experimentale , et cet habile
home , quoyque fort mysterieux , ou
ui revela ses secrets en faveur de son géie
, ou ne pût les dérober à sa pénétration
. Les amis de M. Homberg qui le
voyoient s'éloigner du Barreau toujours
de
A O UST. 1731. 1947
!
de plus en plus , songerent à le marier
pour le fixer dans sa profession ; mais resolu
à être maître de lui même, il se mit à
voyager , et alla d'abord en Italie.
Il s'arrêta un peu à Padoüe où il s'appliqua
à la Médecine , et particulierement
à l'Anatomie et à la Botanique . A Boulogne
il travailla sur la pierre qui porte
le nom de cette Ville , et lui rendit sa
lumiere dont le secret étoit presque perdu
. A Rome il se lia particulièrement
avec Marc Antoine Celio , Gentil- homme
Romain , Mathématicien , Astronome
et Machiniste , qui reüssissoit fort
bien à faire de grands verres de Lunettes.
Il s'y appliqua avec lui , et y trouva
pas
de
quoy exercer les lumieres de son esprit
et son addresse à opérer. Il ne negligea
la Peinture , la Sculture , et la Musi
que , dans lesquelles il se rendit assés connoisseur
pour pouvoir s'en faire un
merite .
D'Italie il vint en France pour la premiere
fois , et il ne manqua pas d'y chercher
la connoissance , et de s'y er
l'estime des Sçavans : il passa ensuite en
Angleterre où il travailla quelque tems
avec M. Boyle , dont le Laboratoire étoit
une des plus sçavantes Ecoles de Physique
.
De
1948 MERCURE DE FRANCE
De-là il retourna en Hollande où il se
perfectionna encore dans l'Anatomie sous
M. Graaf , aprés quoy il alla rejoindre
sa famille qui demeuroit alors à Quedlimbourg.
Quelque tems après il alla prendre
à Vittemberg le dégré de Docteur
en Medecine ..
Ses parens vouloient qu'il songeat à
P'utile , et que puisqu'il étoit Medecin
il se mit en état de tirer du profit de cette
qualité ; mais son goût particulier le
portoit à acquerir de nouvelles connoissances.
Il voulut voir encore les Sçavans
de l'Allemagne et du Nord ; et comme
il avoit déja un fonds considerable de curiosités
Physiques , il songea à en faire
commerce , et à s'en procurer de nouvelles
par des échanges. Les Phosphores
faisoient alors du bruit : Christian- Adolphe
Balduinus , et Kunkel Chimiste de
P'Electeur de Saxe en avoit trouvé un
different et un nouveau , chacun de leur
côté , et M. Homberg les alla chercher.
Il vit Balduinus le premier , et trouva
son Phosphore fort beau et de la nature
de la pierre de Boulogne , quoyqu'un
peu plus foible en lumiere. il l'acheta
par quelque autre expérience , mais il
falloit avoir celui de Kunkel qui avoit
beaucoup de réputation . Il trouva Kunkel
A O UST. 1949 1731 .
kel à Berlin , et par bonheur celui - ci
avoit fort envie d'avoir le petit homme
d'Otto Guericke qui se cache dans un
tuyau quand le tems doit être pluvieux ,
et qui en sort quand il doit faire beau.
Le marché fût bientôt conclu entre les
deux Curieux , et M. Homberg donna
le petit homme pour le Phosphore. C'étoit
le Phosphore d'Urine présentement assès
connu.
Les Métaux avoient touché particulierement
la curiosité de M. Homberg ,
qui alla voir ensuite les Mines de Saxe ,
de Bohême , de Hongrie et de Suede.
Le Roy de Suede alors regnant venoit
d'établir à Stokolm un Laboratoire de
Chimie. M. Homberg y travailla` avec
M. Hierna , premier Médecin du Roy, et
il eut le plaisir de contribuer beaucoup
aux premiers succès de ce nouvel établis
sement. On s'addressoit souvent à lui ,
ou pour lui demander des décisions sur
des difficultés qui
partageoient les
plus
habiles , ou pour l'engager à des recherches
qu'ils n'osoient entreprendre , et
les Journaux de Hambourg , de ces tems
là , sont pleins de Mémoires qui venoient
de lui.
Son Pere souhaitoit avec passion qu'il
terminât enfin ses courses sçavantes , et
qu'il
1950 MERCURE DE FRANCE
qu'il revînt se fixer dans son Pays , où il
avoit dessein de le marier pour l'y attirer
davantage. Mais l'amour des Sciences et
de la liberté l'emporta encore du fond
du Nord en Hollande , et de Hollande
en France , où il vit les Provinces {qu'il
n'avoit pas vûes dans son premier voyage .
Ces retardemens impatientoient son
Pere qui lui faisoit tous les jours de nouvelles
instances hâter son retour.و
pour
Enfin il étoit prêt à lui obéir , et le jour
de son départ étoit arrivé, lorsque M.Col.
bert l'envoya chercher de la part du Roy.
Ce Ministre lui fit , pour l'arrêter , des
offres si avantageuses , que M. Homberg
demeura quelque tems pour prendre son
parti , et pritenfin celui de demeurer.
La plus forte raison étoit que la pratique
familiere aux Protestans de lire tous
les jours un Chapitre de l'Ecriture Sainte
lui avoit rendu fort suspecte l'Eglise
protestante dans laquelle il étoit né , et
qu'il se sentoit fort ébranlé pour rentrer
dans l'Eglise Catholique , ce qu'il fit en
1682. L'année suivante il perdit M. Colbert
, et de plus il fût déshérité
Pere, pour avoir changé de Religion.
par son
Il entraen grande liaison avec M.l'Abbé
de Chalucet , depuis Evêque de Toulon
, fort curieux de Chymie. M. l'Abbé
Homberg
A O UST. 1731. 1951
Homberg y étoit trop habile pour aspirer
à la Pierre Philosophale , et trop sincere
pour entêter personne de cette vaine idée.
Mais un autre Chymiste avec qui il travailloit
chez ce Prélat , voulant convaincre
l'incrédulité de son associé, lui donna
en pur don un Lingot d'or prétendu
Philosophique , mais toujours de bon or ,
qui valoit bien quatre cens francs , tromperie
qui , comme il l'avoüoit lui même
lui vint alors assés à
propos.
Des raisons particulieres l'engagerent
quelque tems aprés , c'est-à-dire en 1585.
à aller pour la seconde fois à Rome. Il y
porta toute sa recolte du Nord , et l'y
mit à profit par une pratique de Médecine
peu connue en ce Païs- là et heureuse.
Le reste de cet Article pour le mois prochain
.
Fermer
Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, [titre d'après la table]
Le texte est un extrait des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', publié en 1731 à Paris. Ce volume de 401 pages liste les noms de 29 savants, avec une mise en avant particulière de Guillaume Homberg. Guillaume Homberg naquit le 8 janvier 1652 à Batavia, sur l'île de Java. Son père, Jean Homberg, était un gentilhomme saxon ayant perdu ses biens lors de la guerre des Suédois en Allemagne. À l'âge de quatre ans, Guillaume fut engagé dans la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales et devint commandant de l'arsenal de Batavia. Il étudia ensuite le droit à Genève et à Leipzig, et fut reçu avocat à Magdebourg en 1694. Cependant, sa curiosité naturelle le poussa vers les sciences naturelles, notamment la botanique et l'astronomie. Homberg se lia avec Otto Guericke, célèbre pour ses expériences sur le vide, et s'intéressa à la physique expérimentale. Il voyagea en Italie, où il étudia la médecine, l'anatomie et la botanique à Padoue, et travailla sur la pierre de Boulogne. À Rome, il se lia avec Marc Antoine Celio, un mathématicien et astronome. Il visita ensuite la France et l'Angleterre, où il travailla avec Robert Boyle. De retour en Hollande, il se perfectionna en anatomie sous la direction de M. Graaf. Homberg obtint son doctorat en médecine à Wittemberg et continua ses voyages pour acquérir de nouvelles connaissances. Il s'intéressa particulièrement aux phosphores et aux métaux, visitant les mines de Saxe, de Bohême, de Hongrie et de Suède. Il contribua aux premiers succès du laboratoire de chimie établi par le roi de Suède à Stockholm. En France, il fut retenu par Colbert, qui lui fit des offres avantageuses. Homberg se convertit au catholicisme en 1682 et fut déshérité par son père pour ce changement de religion. Il entra en liaison avec l'abbé de Chalucet, évêque de Toulon, et travailla sur la chimie. Des raisons particulières le poussèrent à retourner à Rome en 1585.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
875
p. 1951-1954
Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des Sçavans, &c. [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE RAISONNÉE des Ouvrages des Sçavans de l'Europe, pour les [...]
Mots clefs :
Bibliothèque raisonnée, Ancienne religion, Théologie, Résurrection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des Sçavans, &c. [titre d'après la table]
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des Ouvrages
des Sçavans de l'Europe , pour les
mois de Juillet , Aoust et Septembre
1728. Tome premier , premiere Partie.
A Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith
1728. deuxième Partie pour les mois
d'Octobre , Novembre et Decembre.
vol. in 12. de 465. pages , sans les Tables
et l'Avertissement, dans lequel on apprend
que ce nouveau Journal , qui est bien
et
1952 MERCURE DE FRANCE
et vivement écrit , paroîtra tous les trois
mois. Voici quelques - uns des Livres dont
il est parlé dans ce premier volume.
L'ANCIENNE RELIGION DE LAGERMANIE,
des Gaules , de la Bretagne et des Vandales
, par Elie Scedius , avec les Notes de
M. Jark , une Preface de M. Fabricius ,
Docteur en Théologie et Professeur pur
blic à Hambourg , et une Dissertation de
M. Keysler , de la Societé Royale d'Angleterre
, sur le culte du Soleil , us les
noms de Frey et d'Othin , pour servir de
Supplement à l'Ouvrage . A Hall. 1728
in 12. pages 771. Cet Ouvrage est en
Latin.
LA RELIGION CHRETIE INE démontrée
par la Résurrection de N. S. Jes. Chs.
en trois parties , dont la premiere expose
aux yeux des Deistes les consequences
d'un examen négligé. La deuxième explique
la nature et l'obligation de l'Evidence
morale , et la troisiéme fournit les
preuves de la Resurrection de nôtre Sauveur
avec un Supplement , où l'on dévelope
les principaux points de la Religion
naturelle , par M. Homfroi Ditton , en son
vivant Maître des Mathématiques dans
l'Ecole de l'Hopital de Christ , à Lon
dres ;
AOUST.
1731. 1953
Ares , et traduit de l'Anglois par A. D.
L. C. A Amsterdam , chez les Westeins et
´Smith, 1728. 2. vol . 8 ° . Tom.1 . 260.pag.
Le II. 305. outre la Preface et les
Tables .
Il s'est fait plusieurs Editions de cet
Ouvrage en Angleterre ,
Angleterre , où il a été extrêmement
goûté.
LES ANTIQUITEZ DE L'ASIE , anterieures
à l'Ere chrétienne , copiées sur les plus
considerables Monumens de la Grece ,
traduites en latin , éclaircies par des Notes
ets Commentaires , et auxquelles
on a joint le Monument d'Ancyre. Par
Edmon Chishul , Bachelier en Theologic
A Londres. fol. pp. 207. et un Appendix
de six pages, 1728. en Latin.
C'est un Ouvrage des plus curieux
qu'on puisse trouyer en ce genre, et plein
d'Erudition,
LA VIE D'ERASME , considerée surtout
par rapport au tems qu'il passa en Angleterre
, et contenant ainsi P'Histoire des
Sçavans qu'il y eut pour amis , de même
que l'Etat , où le sçavoir et la Religion
étoient alors dans les Universités d'Oxfott
, et de Cambridge ; avec un Supplement
où l'on trouve plusieurs Pieces ori- .
ginales,
1954 MERCURE DE FRANCE
ginales. Par Samuel Knight , Docteur en
Theologie et Prebendaire d'Ely. A Cambridge.
1726.8 °. pp. 386. pour laVie . 31 .
pour l'Introduction , et 144. pour le
Supplement , en Anglois.
des Sçavans de l'Europe , pour les
mois de Juillet , Aoust et Septembre
1728. Tome premier , premiere Partie.
A Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith
1728. deuxième Partie pour les mois
d'Octobre , Novembre et Decembre.
vol. in 12. de 465. pages , sans les Tables
et l'Avertissement, dans lequel on apprend
que ce nouveau Journal , qui est bien
et
1952 MERCURE DE FRANCE
et vivement écrit , paroîtra tous les trois
mois. Voici quelques - uns des Livres dont
il est parlé dans ce premier volume.
L'ANCIENNE RELIGION DE LAGERMANIE,
des Gaules , de la Bretagne et des Vandales
, par Elie Scedius , avec les Notes de
M. Jark , une Preface de M. Fabricius ,
Docteur en Théologie et Professeur pur
blic à Hambourg , et une Dissertation de
M. Keysler , de la Societé Royale d'Angleterre
, sur le culte du Soleil , us les
noms de Frey et d'Othin , pour servir de
Supplement à l'Ouvrage . A Hall. 1728
in 12. pages 771. Cet Ouvrage est en
Latin.
LA RELIGION CHRETIE INE démontrée
par la Résurrection de N. S. Jes. Chs.
en trois parties , dont la premiere expose
aux yeux des Deistes les consequences
d'un examen négligé. La deuxième explique
la nature et l'obligation de l'Evidence
morale , et la troisiéme fournit les
preuves de la Resurrection de nôtre Sauveur
avec un Supplement , où l'on dévelope
les principaux points de la Religion
naturelle , par M. Homfroi Ditton , en son
vivant Maître des Mathématiques dans
l'Ecole de l'Hopital de Christ , à Lon
dres ;
AOUST.
1731. 1953
Ares , et traduit de l'Anglois par A. D.
L. C. A Amsterdam , chez les Westeins et
´Smith, 1728. 2. vol . 8 ° . Tom.1 . 260.pag.
Le II. 305. outre la Preface et les
Tables .
Il s'est fait plusieurs Editions de cet
Ouvrage en Angleterre ,
Angleterre , où il a été extrêmement
goûté.
LES ANTIQUITEZ DE L'ASIE , anterieures
à l'Ere chrétienne , copiées sur les plus
considerables Monumens de la Grece ,
traduites en latin , éclaircies par des Notes
ets Commentaires , et auxquelles
on a joint le Monument d'Ancyre. Par
Edmon Chishul , Bachelier en Theologic
A Londres. fol. pp. 207. et un Appendix
de six pages, 1728. en Latin.
C'est un Ouvrage des plus curieux
qu'on puisse trouyer en ce genre, et plein
d'Erudition,
LA VIE D'ERASME , considerée surtout
par rapport au tems qu'il passa en Angleterre
, et contenant ainsi P'Histoire des
Sçavans qu'il y eut pour amis , de même
que l'Etat , où le sçavoir et la Religion
étoient alors dans les Universités d'Oxfott
, et de Cambridge ; avec un Supplement
où l'on trouve plusieurs Pieces ori- .
ginales,
1954 MERCURE DE FRANCE
ginales. Par Samuel Knight , Docteur en
Theologie et Prebendaire d'Ely. A Cambridge.
1726.8 °. pp. 386. pour laVie . 31 .
pour l'Introduction , et 144. pour le
Supplement , en Anglois.
Fermer
Résumé : Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des Sçavans, &c. [titre d'après la table]
Le document présente un résumé de la 'Bibliothèque Raisonnée des Ouvrages des Sçavans de l'Europe' pour les mois de juillet à décembre 1728. Cette publication, éditée par les Wetsteins et Smith à Amsterdam, est un journal trimestriel bien écrit et vivement rédigé. Le premier volume, composé de 465 pages, mentionne plusieurs ouvrages notables. Parmi ceux-ci, 'L'Ancienne Religion de la Germanie, des Gaules, de la Bretagne et des Vandales' par Elie Scedius, enrichi de notes de M. Jark, une préface de M. Fabricius et une dissertation de M. Keysler. Cet ouvrage, en latin, compte 771 pages. Un autre ouvrage mentionné est 'La Religion Chrétienne démontrée par la Résurrection de N. S. Jes. Chs.' en trois parties, traduit de l'anglais par A. D. L. C. et publié en deux volumes. Cet ouvrage a connu plusieurs éditions en Angleterre et a été très apprécié. 'Les Antiquités de l'Asie, antérieures à l'ère chrétienne' par Edmon Chishul est également mentionné. Cet ouvrage, traduit en latin et enrichi de notes et de commentaires, est considéré comme très érudit et curieux. Enfin, 'La Vie d'Érasme' par Samuel Knight, qui se concentre sur la période qu'Érasme a passée en Angleterre, est également mentionné. Cet ouvrage, en anglais, inclut des pièces originales et des informations sur l'état du savoir et de la religion dans les universités d'Oxford et de Cambridge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
876
p. 1966-1967
Poëme et Pieces de Théatre, [titre d'après la table]
Début :
VERSI E PROSE di Pierjacopo Martello in Roma, per Francesco Gonzaga 1710 . [...]
Mots clefs :
Professeur des humanités, Poème, Figure de Jésus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Poëme et Pieces de Théatre, [titre d'après la table]
VERSI E PROSE di Pierjacopo Martello
in Roma , per Francesco Gonzaga 1710 .
in 8º . p . 324. con figure.
TEATRO di Pierjacopo Martello in Ro
ma 1709. in 8 ° . p . 404. con figure.
Ces deux differents Ouvrages sont de
M. Martel, Secretaire du Senat de Boulogne
sa Patrie , et Professeur des Huma ~
nitez dans l'Université de la même Ville ,
qui s'est acquis beaucoup de réputation
par la politesse et par la fécondité de sa
plume. Le premier dédié au Cardinal
Gozzadini
AOUST. 173x.
1967
Gozzadini , contient un Poëme intitulé
les yeux de Jesus , divisé en six Chants ,
quatre Dialogues dont le titre est il volo ,
ou l'Art de voler en l'air,et neuf Discours
sur la Poetique. Le second volume sous le
titre de Theatre, contient six Tragedies ,
sçavoir Perselide , Proculus , Iphigenie
en Tauride , Rachel , Alceste , et Jesus
perdu Gesu perduto . Nos Journalistes entrent
dans le détail de toutes ces differentes
Pieces ; mais il nous est impossible de
les suivre , assujetis comme nous le sommes
à de certains bornes. On trouve dans
le IV.Chant du Poëme des yeux de JESUS .
une circonstance édifiante : c'est la conversion
du fameux Peintre Augustin Carache
, que Dieu toucha lorsqu'àprés
avoir fini un Tableau de devotion , il se
mit à contempler attentivement la Figure
de Jesus , et celle de sa Sainte Mere ,
ouvrages de son pinceau , ensorte que dès.
ce moment Carache ne voulut plus peindre
des sujets profanes , et mena une vie
toute chretienne.
in Roma , per Francesco Gonzaga 1710 .
in 8º . p . 324. con figure.
TEATRO di Pierjacopo Martello in Ro
ma 1709. in 8 ° . p . 404. con figure.
Ces deux differents Ouvrages sont de
M. Martel, Secretaire du Senat de Boulogne
sa Patrie , et Professeur des Huma ~
nitez dans l'Université de la même Ville ,
qui s'est acquis beaucoup de réputation
par la politesse et par la fécondité de sa
plume. Le premier dédié au Cardinal
Gozzadini
AOUST. 173x.
1967
Gozzadini , contient un Poëme intitulé
les yeux de Jesus , divisé en six Chants ,
quatre Dialogues dont le titre est il volo ,
ou l'Art de voler en l'air,et neuf Discours
sur la Poetique. Le second volume sous le
titre de Theatre, contient six Tragedies ,
sçavoir Perselide , Proculus , Iphigenie
en Tauride , Rachel , Alceste , et Jesus
perdu Gesu perduto . Nos Journalistes entrent
dans le détail de toutes ces differentes
Pieces ; mais il nous est impossible de
les suivre , assujetis comme nous le sommes
à de certains bornes. On trouve dans
le IV.Chant du Poëme des yeux de JESUS .
une circonstance édifiante : c'est la conversion
du fameux Peintre Augustin Carache
, que Dieu toucha lorsqu'àprés
avoir fini un Tableau de devotion , il se
mit à contempler attentivement la Figure
de Jesus , et celle de sa Sainte Mere ,
ouvrages de son pinceau , ensorte que dès.
ce moment Carache ne voulut plus peindre
des sujets profanes , et mena une vie
toute chretienne.
Fermer
Résumé : Poëme et Pieces de Théatre, [titre d'après la table]
Pierjacopo Martello, secrétaire du Sénat de Boulogne et professeur d'humanités à l'Université de Boulogne, a publié deux ouvrages à Rome. Le premier, 'Versi e Prose' (1710), comprend un poème en six chants intitulé 'Les yeux de Jésus', quatre dialogues sur 'l'Art de voler en l'air', et neuf discours sur la poétique. Le second ouvrage, 'Teatro' (1709), contient six tragédies : 'Perselide', 'Proculus', 'Iphigenie en Tauride', 'Rachel', 'Alceste', et 'Gesu perduto'. Le poème 'Les yeux de Jésus' raconte la conversion du peintre Augustin Carrache, qui, après avoir peint une œuvre de dévotion, se convertit à une vie chrétienne en contemplant ses propres œuvres. Martello est reconnu pour sa plume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
877
p. 1967-1974
Barometres et pesanteur de l'air, [titre d'après la table]
Début :
CONSIDERATIONI intorno al Barometro del Cartesio, ed al peso dell' aria del Signor [...]
Mots clefs :
Baromètres, Pesanteur de l'air, Académie royale des sciences, République de Venise, Professeur de médecine et de botanique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Barometres et pesanteur de l'air, [titre d'après la table]
CONSIDERATIONI intorno al Barometro
del Cartesio , ed al peso dell' aria del Si
gnor Marchese Gio Poleni Veneziano , Fre
blico Professore di Meteore , e di Astronomia
nello studio di Padova, c'est -à dire
OBSERWA
F vj
1958 MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS sur les Barometres de Des
cartes et sur la pesanteur de l'air. Par M.
le Marquis POLENI , Professeur d'Astronomie
à Padoue : on ne dit point l'année
ni le lieu de l'impression .
Cet Ouvrage n'a pour bút que la per
fection du Barometre : l'Auteur donne à
Descartes les louanges qui lui sont dues
à cet égard , mais il ne dissimule pas les
deffauts de l'Instrument de son invention
qui porte ce nom ; Il ajoute que M.
de la Hyre à parfaitement bien traité cette
matiere dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , année 1708. Enfin
il propose un Barometre de sa propre invention
, dont on trouve la figure gravée
dans le Journal avec un discours
pour en prouver la bonté et l'utilité ,
qui fait voir la capacité de ce Professeur
sur le sujet qu'il a entrepris de traiter..
Dans les Nouvelles Litteraires de ce
volume on trouve un petit Eloge du fa→
meux. Prosper Alpin , né sujet de la République
de Venise , et Professeur de
Medecine et de Botanique à Padoue dans
le XVI. et le XVII . Siecle , à l'occasion
de la réimpression du plus rare et du plus
estimé de ses Ouvrages , intitulé De prasagienda
vita et morte agrotantium. Cette
Edition a été faite à Leyde en l'année
1710
A O UST. 1731. 195
1710. par les soins de M. Hermant Boerhave
, aussi Professeur de Medecine ez
de Botanique de l'Université de Leyde ,
avec une Preface de sa façon , dans la
quelle il aura sans doute parlé des autres
Ouvrages de P. Alpin , qui sont tous
curieux et devenus rares. Nos Journalislistes
n'en parlent point ; c'est le premier
de tous les Européens qui a écrit sur l'Ar
bre et le fruit du Café , et qui la fait connoitre
en deçà des Mers , après l'avoir
vû en Egypte . Il a aussi fait un excellent
Traité sur l'Arbre du Baume , un autre
des Plantes étrangeres , et un Ouvrage
sur la Medecine des Egyptiens . On devroit
bien songer à les réimprimer.
On apprend , dans l'Article de Luques,
que Pellegrin Frediani y venoit de réimprimer
in 8. la 1. et la 2. Partie des
Poësies sacrés et morales de Louis Adimari
Senateur de Florence et Académicien
;
de la Crusca , avec la Paraphrase des VII .
Pseaumes de la Penitence en vers lyriques
du même Auteur , estimé l'un des plus
fameux Poëtes Italiens de notre temps;
il est mort à Florence le 23. Juin 1708 .
Tous ses Ouvrages furent dabord publiés
dans cette derniere Ville de l'Imprimerie
du Grand Duc en 1696. 1. vol . fol. et
ils meritoient bien , au sentiment de nos
Journalistes
1970 MERCURE DE FRANCE
Journalistes , par la pieté des sentimens ,
et par leur politesse , l'honneur d'une
nouvelle Edition .
Un Antiquaire écrit de Naples , qu'en
travaillant dans le Village de Résine ,
auprès de cette Ville , à la réparation
d'une Citerne , on a trouvé quelques
Marbres antiques , ce qui a excité la curiosité
du Prince d'Elbeuf , qui a fait
foüir la terre aux environs : au moyen
de ce travail , on a découvert plusieurs
fragmens de Colomnes de Marbre affricain
, de Cipolin , d'Albâtre &c. quelques
Statues d'un goût grec , mais fort
mal traitées , et diverses Corniches de
Marbre de Paros , d'un travail exquis et
d'Ordre Corinthien. L'opinion commune
veut qu'il y a eu là un Temple de
l'ancienne Ville d'Herculane , dont Pline ,
Ciceron , Mela , et Strabon ont parlé
cette découverte le confirme , et on croit
que les Colomnes dont on vient de
fer , formoient le dernier Ordre d'Architecture
, ensorte que si on creusoit plus
ayant jusques à la profondeur de 80.
palmes , on trouveroit d'autres Colomnes
plus considerables &c . On a oute que
la chûte de cet Edifice fût un des effets
du fameux tremblement de Terre qui arriva
sous l'Empereur Tite.
par-
L'InscripA
O UST. 1737 1971
L'Inscription suivante se lit sur une
Architrave , ou plutôt sur une Frize
APPIVS. PVCHER . C. F. COS. IMP.
VII VIR. EPVLONVM. Cer Appius
Pucher , selon notre Antiquaire , fût Consul
avec C. Norbanus Flaccus , sur quoy
il fait quelques Remarques Historiques
qui lui donnent lieu de croire que l'Appius
Pulcher de l'Inscription est le même
à qui Ciceron a écrit plusieurs Lettres ,
et qui succeda à Ciceron dans la charge:
de Proconsul de Cilicie.
On ajoute que dans le même lieu on
déterra la Statue d'une Femme , que ce
même Antiquaire conjecture être celle
de la Vestale Claudia , dont Valere Maxime
a fait mention dans son Histoire. Nos.
Journalistes promettent , en cas que cette
découverte ait d'autres suites , d'ent
faire part au Public .
On apprend dans l'Article de Rome ,
que M. André Adam , de la Ville de Boulogne
, Maître de la Chapelle du Pape ,
et Beneficier de l'Eglise Sainte Marie Majeure
, a publié un Ouvrage qui lui fait
honneur , et qui marque son application
aux devoirs de sa charge , en voici le
titre : Osservazioni ben regolare il coro
de i cantori della Capella Pontificia tanto
Belle funzioni ordinarie , che straordinarie.
per
Roma
1972 MERCURE DE FRANCE
Roma per Antonio de Rossi 1711. in 4° .
pagg. 216. Senza la Prefazione e l'indice.
Les Saintes Fonctions de la Chapelle
Pontificale sont remplies de tanr de Majesté,
qu'il étoit à propos de les décrire et
de les expliquer dans unLivre particulier,
comme l'a fait M. Adam pour l'instruction
et pour l'édification des Fideles. Il a
ajouté un Catalogue des Chantres de
cette Chapelle depuis Paul III . jusqu'à
ɛe tems- ci , avec les Portraits en Failledouce
de quelques-uns. L'Ouvrage est
utile , digne de son Auteur , et magnifiquement
imprimé , nobilmente Stampata.
M. Adam est de l'Académie des Arcadiens
, gli Arcadi , dont tous les Mem
bres , comme l'on sçait, portent des noms
particuliers. Celui de cet Auteur est Ca
ricle Pisée. Cela fait, souvenir de l'Académie
des Humides de Florence , dont les
premiers Membres furent appellés l'Humecte
le Gelé , le Froid , le Trempé , ls
Transi , le Trouble , le Brochet , le Bourbeux
, le RRoocchheerr ,,l'EEccuummeeuuxx ,, le Cygne.
›
On trouve chez André Cailleau , Quay
des Augustins , près le Pont S. Michel
à l'Image S. André , les Livres nouveaux
suivans.
OEUVRES de Clement Marot , revûës
Su
AOUST. 17318 1975
1
sur plusieurs Manuscrits et sur plus de
40. Editions , et augmentées , avec les Ouvrages
de Jean Marot , son pere , ceux de
Michel Marot , son fils , 4. vol . in 4. 1731 .
Les mêmes Oeuvres in 12. 6. volumes.
HISTOIRE de la Ville de Genève et des
Environs.Nouvelle Edition très- augmen- .
tée , 2. vol. in 4. 1731. avec Cartes es
Figures.
La même 4. volumes in 12.
COURS d'Arithmétique , &c. par l'Abbé
le Port , in 12.
LES EPITRES et Evangiles , avec des
Refléxions , volume in 12 .
L'HISTOIRE des Rois de Chypre , de
la Maison de Lusignan , traduite de l'Italien
du Cavalier Henry Giblet Cypriot.
2. volumes in 12. sous Presse.
Le même Libraire vient d'imprimer la
suite du Théatre Italien , par le sicur
Ricoboni , dit Lelio , avec une Lettre de
M. Rousseau à l'Auteur , et l'Explication
des Figures , grand in 8. 1731. Il vend
aussi le premier vol. in 8. avec figures.
On trouve aussi chez lui une Carte
Géographique des Pays de Bierre , dit de
Fontainebleau , de Hurepoix , Gatinois ,
et
1974 MERCURE DE FRANCE
et de partie de la Brie , dédiée au Roi ,
par M. l'Abbe Guilbert , Auteur de la Description
de Fontainebleau , qui se vend
chez le même Libraire. Cette Carte est
d'autant plus commode , qu'elle se peut
mettre dans la poche , n'ayant que 14.
pouces en quarré , et qu'on y trouve les
noms des Seigneurs de toutes les Villes ,
Villages , Fiefs et Hameaux qui se trouvent
dans ces Pays.
Le troisiéme volume des Veillées de
Thessalie , paroît chez J. Fr. Josse , ruë
S. Jacques , et se fait lire aussi agréablement
que les précedens.
et
Les illustres personnes qui nous ont
communiqué l'Epitaphe de Madame de
Brunswic , composée à Vienne par l'ordre
de l'Imperatrice Doüairiere , sa fille ,
publiée dans le Mercure de Juillet dernier,
ont souhaité que nous en donnassions
une Traduction Françoise , pour la satisfaction
des Dames et de ceux à qui l'au
tre Langue n'est pas si familiere.
del Cartesio , ed al peso dell' aria del Si
gnor Marchese Gio Poleni Veneziano , Fre
blico Professore di Meteore , e di Astronomia
nello studio di Padova, c'est -à dire
OBSERWA
F vj
1958 MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS sur les Barometres de Des
cartes et sur la pesanteur de l'air. Par M.
le Marquis POLENI , Professeur d'Astronomie
à Padoue : on ne dit point l'année
ni le lieu de l'impression .
Cet Ouvrage n'a pour bút que la per
fection du Barometre : l'Auteur donne à
Descartes les louanges qui lui sont dues
à cet égard , mais il ne dissimule pas les
deffauts de l'Instrument de son invention
qui porte ce nom ; Il ajoute que M.
de la Hyre à parfaitement bien traité cette
matiere dans l'Histoire de l'Académie
Royale des Sciences , année 1708. Enfin
il propose un Barometre de sa propre invention
, dont on trouve la figure gravée
dans le Journal avec un discours
pour en prouver la bonté et l'utilité ,
qui fait voir la capacité de ce Professeur
sur le sujet qu'il a entrepris de traiter..
Dans les Nouvelles Litteraires de ce
volume on trouve un petit Eloge du fa→
meux. Prosper Alpin , né sujet de la République
de Venise , et Professeur de
Medecine et de Botanique à Padoue dans
le XVI. et le XVII . Siecle , à l'occasion
de la réimpression du plus rare et du plus
estimé de ses Ouvrages , intitulé De prasagienda
vita et morte agrotantium. Cette
Edition a été faite à Leyde en l'année
1710
A O UST. 1731. 195
1710. par les soins de M. Hermant Boerhave
, aussi Professeur de Medecine ez
de Botanique de l'Université de Leyde ,
avec une Preface de sa façon , dans la
quelle il aura sans doute parlé des autres
Ouvrages de P. Alpin , qui sont tous
curieux et devenus rares. Nos Journalislistes
n'en parlent point ; c'est le premier
de tous les Européens qui a écrit sur l'Ar
bre et le fruit du Café , et qui la fait connoitre
en deçà des Mers , après l'avoir
vû en Egypte . Il a aussi fait un excellent
Traité sur l'Arbre du Baume , un autre
des Plantes étrangeres , et un Ouvrage
sur la Medecine des Egyptiens . On devroit
bien songer à les réimprimer.
On apprend , dans l'Article de Luques,
que Pellegrin Frediani y venoit de réimprimer
in 8. la 1. et la 2. Partie des
Poësies sacrés et morales de Louis Adimari
Senateur de Florence et Académicien
;
de la Crusca , avec la Paraphrase des VII .
Pseaumes de la Penitence en vers lyriques
du même Auteur , estimé l'un des plus
fameux Poëtes Italiens de notre temps;
il est mort à Florence le 23. Juin 1708 .
Tous ses Ouvrages furent dabord publiés
dans cette derniere Ville de l'Imprimerie
du Grand Duc en 1696. 1. vol . fol. et
ils meritoient bien , au sentiment de nos
Journalistes
1970 MERCURE DE FRANCE
Journalistes , par la pieté des sentimens ,
et par leur politesse , l'honneur d'une
nouvelle Edition .
Un Antiquaire écrit de Naples , qu'en
travaillant dans le Village de Résine ,
auprès de cette Ville , à la réparation
d'une Citerne , on a trouvé quelques
Marbres antiques , ce qui a excité la curiosité
du Prince d'Elbeuf , qui a fait
foüir la terre aux environs : au moyen
de ce travail , on a découvert plusieurs
fragmens de Colomnes de Marbre affricain
, de Cipolin , d'Albâtre &c. quelques
Statues d'un goût grec , mais fort
mal traitées , et diverses Corniches de
Marbre de Paros , d'un travail exquis et
d'Ordre Corinthien. L'opinion commune
veut qu'il y a eu là un Temple de
l'ancienne Ville d'Herculane , dont Pline ,
Ciceron , Mela , et Strabon ont parlé
cette découverte le confirme , et on croit
que les Colomnes dont on vient de
fer , formoient le dernier Ordre d'Architecture
, ensorte que si on creusoit plus
ayant jusques à la profondeur de 80.
palmes , on trouveroit d'autres Colomnes
plus considerables &c . On a oute que
la chûte de cet Edifice fût un des effets
du fameux tremblement de Terre qui arriva
sous l'Empereur Tite.
par-
L'InscripA
O UST. 1737 1971
L'Inscription suivante se lit sur une
Architrave , ou plutôt sur une Frize
APPIVS. PVCHER . C. F. COS. IMP.
VII VIR. EPVLONVM. Cer Appius
Pucher , selon notre Antiquaire , fût Consul
avec C. Norbanus Flaccus , sur quoy
il fait quelques Remarques Historiques
qui lui donnent lieu de croire que l'Appius
Pulcher de l'Inscription est le même
à qui Ciceron a écrit plusieurs Lettres ,
et qui succeda à Ciceron dans la charge:
de Proconsul de Cilicie.
On ajoute que dans le même lieu on
déterra la Statue d'une Femme , que ce
même Antiquaire conjecture être celle
de la Vestale Claudia , dont Valere Maxime
a fait mention dans son Histoire. Nos.
Journalistes promettent , en cas que cette
découverte ait d'autres suites , d'ent
faire part au Public .
On apprend dans l'Article de Rome ,
que M. André Adam , de la Ville de Boulogne
, Maître de la Chapelle du Pape ,
et Beneficier de l'Eglise Sainte Marie Majeure
, a publié un Ouvrage qui lui fait
honneur , et qui marque son application
aux devoirs de sa charge , en voici le
titre : Osservazioni ben regolare il coro
de i cantori della Capella Pontificia tanto
Belle funzioni ordinarie , che straordinarie.
per
Roma
1972 MERCURE DE FRANCE
Roma per Antonio de Rossi 1711. in 4° .
pagg. 216. Senza la Prefazione e l'indice.
Les Saintes Fonctions de la Chapelle
Pontificale sont remplies de tanr de Majesté,
qu'il étoit à propos de les décrire et
de les expliquer dans unLivre particulier,
comme l'a fait M. Adam pour l'instruction
et pour l'édification des Fideles. Il a
ajouté un Catalogue des Chantres de
cette Chapelle depuis Paul III . jusqu'à
ɛe tems- ci , avec les Portraits en Failledouce
de quelques-uns. L'Ouvrage est
utile , digne de son Auteur , et magnifiquement
imprimé , nobilmente Stampata.
M. Adam est de l'Académie des Arcadiens
, gli Arcadi , dont tous les Mem
bres , comme l'on sçait, portent des noms
particuliers. Celui de cet Auteur est Ca
ricle Pisée. Cela fait, souvenir de l'Académie
des Humides de Florence , dont les
premiers Membres furent appellés l'Humecte
le Gelé , le Froid , le Trempé , ls
Transi , le Trouble , le Brochet , le Bourbeux
, le RRoocchheerr ,,l'EEccuummeeuuxx ,, le Cygne.
›
On trouve chez André Cailleau , Quay
des Augustins , près le Pont S. Michel
à l'Image S. André , les Livres nouveaux
suivans.
OEUVRES de Clement Marot , revûës
Su
AOUST. 17318 1975
1
sur plusieurs Manuscrits et sur plus de
40. Editions , et augmentées , avec les Ouvrages
de Jean Marot , son pere , ceux de
Michel Marot , son fils , 4. vol . in 4. 1731 .
Les mêmes Oeuvres in 12. 6. volumes.
HISTOIRE de la Ville de Genève et des
Environs.Nouvelle Edition très- augmen- .
tée , 2. vol. in 4. 1731. avec Cartes es
Figures.
La même 4. volumes in 12.
COURS d'Arithmétique , &c. par l'Abbé
le Port , in 12.
LES EPITRES et Evangiles , avec des
Refléxions , volume in 12 .
L'HISTOIRE des Rois de Chypre , de
la Maison de Lusignan , traduite de l'Italien
du Cavalier Henry Giblet Cypriot.
2. volumes in 12. sous Presse.
Le même Libraire vient d'imprimer la
suite du Théatre Italien , par le sicur
Ricoboni , dit Lelio , avec une Lettre de
M. Rousseau à l'Auteur , et l'Explication
des Figures , grand in 8. 1731. Il vend
aussi le premier vol. in 8. avec figures.
On trouve aussi chez lui une Carte
Géographique des Pays de Bierre , dit de
Fontainebleau , de Hurepoix , Gatinois ,
et
1974 MERCURE DE FRANCE
et de partie de la Brie , dédiée au Roi ,
par M. l'Abbe Guilbert , Auteur de la Description
de Fontainebleau , qui se vend
chez le même Libraire. Cette Carte est
d'autant plus commode , qu'elle se peut
mettre dans la poche , n'ayant que 14.
pouces en quarré , et qu'on y trouve les
noms des Seigneurs de toutes les Villes ,
Villages , Fiefs et Hameaux qui se trouvent
dans ces Pays.
Le troisiéme volume des Veillées de
Thessalie , paroît chez J. Fr. Josse , ruë
S. Jacques , et se fait lire aussi agréablement
que les précedens.
et
Les illustres personnes qui nous ont
communiqué l'Epitaphe de Madame de
Brunswic , composée à Vienne par l'ordre
de l'Imperatrice Doüairiere , sa fille ,
publiée dans le Mercure de Juillet dernier,
ont souhaité que nous en donnassions
une Traduction Françoise , pour la satisfaction
des Dames et de ceux à qui l'au
tre Langue n'est pas si familiere.
Fermer
Résumé : Barometres et pesanteur de l'air, [titre d'après la table]
Le texte présente diverses observations et découvertes littéraires et historiques. Le Marquis Gio Poleni, professeur d'astronomie à Padoue, publie un ouvrage sur les baromètres de Descartes et la pesanteur de l'air. Il critique les défauts de l'instrument de Descartes et propose un baromètre amélioré, dont la figure est gravée dans le journal. Poleni apprécie également les travaux de M. de la Hyre sur le même sujet. Les Nouvelles Littéraires mentionnent un éloge du médecin et botaniste Prosper Alpin, né à Venise et professeur à Padoue. Son ouvrage 'De prasagienda vita et morte agrotantium' a été réimprimé à Leyde en 1710 sous la supervision de Hermant Boerhave. Alpin est reconnu comme le premier Européen à avoir écrit sur l'arbre et le fruit du café, ainsi que sur l'arbre du baume et la médecine des Égyptiens. À Luques, Pellegrin Frediani réimprime les œuvres poétiques de Louis Adimari, sénateur florentin et académicien de la Crusca, décédé en 1708. Ces œuvres sont appréciées pour leur piété et leur politesse. Un antiquaire de Naples rapporte la découverte de marbres antiques et de statues près de la ville de Résine, confirmant l'existence d'un temple à Herculane. Cette découverte est attribuée au tremblement de terre sous l'empereur Tite. À Rome, M. André Adam, maître de la chapelle du Pape, publie un ouvrage sur les fonctions de la chapelle pontificale, incluant un catalogue des chantres et des portraits. Adam est membre de l'Académie des Arcadiens. Le texte liste également plusieurs ouvrages disponibles chez André Cailleau, dont les œuvres de Clément Marot, une histoire de Genève, un cours d'arithmétique, et une histoire des rois de Chypre. Il mentionne aussi une carte géographique des pays de Bierre et une suite du Théâtre Italien par Ricoboni. Enfin, il note la parution du troisième volume des 'Veillées de Thessalie' et une traduction française de l'épitaphe de Madame de Brunswick.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
878
p. 1977-1979
STANCES, Sur les Poëtes Epiques.
Début :
Plein de beautez et de deffauts, Le vieil Homere a mon estime ; [...]
Mots clefs :
Poètes épiques, Homère, Nouvelliste du Parnasse, Virgile, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES, Sur les Poëtes Epiques.
STANCES ,
Sur les Poëtes Epiques.
PLein de beautez et de deffauts ,
Le vieil Homere a mon estime ;
Il est , comme tous ses Héros ,
Babillard outré , mais sublime,
Virgile , orne mieux la raison ,
A plus d'art , autant d'harmonic ,
Mais il s'épuise avec Didon ,
Et ratte à la fin Lavinic.
De faux brillants , trop de Magie ,
Mettent le Tasse un cran plus bas
Mais que ne tolere- t'on pas ,
Pour Armide et pour Herminie ?
Milton
1978 MERCURE DE FRANCE
Milton , plus élevé qu'eux tous ,
A des Beautez moins agreables .
Il n'a chanté que pour les fous ,
Pour les Anges et pour les Diables,
Après Milton , après le Tasse ,
Parler de moi seroit trop fort ,
Et j'attendrai que je sois mort,
Four apprendre quelle est ma place .
Voilà la veritable leçon de ces Vers de
M. de Voltaire , qui ont été imprimez
d'une maniere peu exacte dans le Nouvelliste
du Parnasse , Lettre vingt- neuf.
L'Auteur de ce Nouvelliste , qui fait un
Commentaire solide sur l'étimologie de
ce mot rater , prétend que ces Stances sont
plus badines que solides . Il semble cependant
qu'on n'en a pas jugé ainsi dans le
public ; il est vrai que ces Vers on l'air
badin , mais le jugement que M. de Voltaire
porte sur les autres Poëtes Epiques,
a parû judicieux. Jamais peut-être n'a-t'on
rendu plus de justice à Homere que dans
le petit Quatrain qui renferme son Portrait.
A l'égard de Virgile , il est certain que
les six derniers Livres où l'on fait la guerre
pour Lavinic , ne valent pas , à beaucoup
près ,
AOUS T. 1731. 1979
près , les six premiers. Il est bien vrai
qu'Enée n'est pas amoureux de Lavinic ,
Comme il l'est de Didon ; Aussi ce n'est
point Ænée , c'est Virgile qui rate Lavinie
, en rendant tout ce qui la regarde si
peu
interessant.
Pour le Tasse , c'est le sentiment de
M. Despreaux , que les faux brillants et
la sorcellerie ont dégradé cet Auteur celebre.
Est-il rien de plus raisonnable que de
dire que Milton a chanté pour les fous
les Anges et les Diables on voit dans ce
Poëme , fameux d'ailleurs , un Paradis
appellé expressement le Paradis des Fouss
toute la Scene se passe dans un autre Monde
que le nôtre.
A l'égard de la derniere Stance , c'est
au Public seul d'en décider.
Sur les Poëtes Epiques.
PLein de beautez et de deffauts ,
Le vieil Homere a mon estime ;
Il est , comme tous ses Héros ,
Babillard outré , mais sublime,
Virgile , orne mieux la raison ,
A plus d'art , autant d'harmonic ,
Mais il s'épuise avec Didon ,
Et ratte à la fin Lavinic.
De faux brillants , trop de Magie ,
Mettent le Tasse un cran plus bas
Mais que ne tolere- t'on pas ,
Pour Armide et pour Herminie ?
Milton
1978 MERCURE DE FRANCE
Milton , plus élevé qu'eux tous ,
A des Beautez moins agreables .
Il n'a chanté que pour les fous ,
Pour les Anges et pour les Diables,
Après Milton , après le Tasse ,
Parler de moi seroit trop fort ,
Et j'attendrai que je sois mort,
Four apprendre quelle est ma place .
Voilà la veritable leçon de ces Vers de
M. de Voltaire , qui ont été imprimez
d'une maniere peu exacte dans le Nouvelliste
du Parnasse , Lettre vingt- neuf.
L'Auteur de ce Nouvelliste , qui fait un
Commentaire solide sur l'étimologie de
ce mot rater , prétend que ces Stances sont
plus badines que solides . Il semble cependant
qu'on n'en a pas jugé ainsi dans le
public ; il est vrai que ces Vers on l'air
badin , mais le jugement que M. de Voltaire
porte sur les autres Poëtes Epiques,
a parû judicieux. Jamais peut-être n'a-t'on
rendu plus de justice à Homere que dans
le petit Quatrain qui renferme son Portrait.
A l'égard de Virgile , il est certain que
les six derniers Livres où l'on fait la guerre
pour Lavinic , ne valent pas , à beaucoup
près ,
AOUS T. 1731. 1979
près , les six premiers. Il est bien vrai
qu'Enée n'est pas amoureux de Lavinic ,
Comme il l'est de Didon ; Aussi ce n'est
point Ænée , c'est Virgile qui rate Lavinie
, en rendant tout ce qui la regarde si
peu
interessant.
Pour le Tasse , c'est le sentiment de
M. Despreaux , que les faux brillants et
la sorcellerie ont dégradé cet Auteur celebre.
Est-il rien de plus raisonnable que de
dire que Milton a chanté pour les fous
les Anges et les Diables on voit dans ce
Poëme , fameux d'ailleurs , un Paradis
appellé expressement le Paradis des Fouss
toute la Scene se passe dans un autre Monde
que le nôtre.
A l'égard de la derniere Stance , c'est
au Public seul d'en décider.
Fermer
Résumé : STANCES, Sur les Poëtes Epiques.
Voltaire analyse les poètes épiques en soulignant leurs qualités et défauts. Homère est reconnu pour ses beautés et ses défauts, notamment sa verbosité, mais reste sublime. Virgile est apprécié pour son art et son harmonie, mais critiqué pour la faiblesse des six derniers livres de l'Énéide, où il échoue à décrire Lavinia. Le Tasse est jugé inférieur en raison de ses faux brillants et de sa magie excessive, bien que ses personnages comme Armide et Herminie soient tolérés. Milton est considéré comme le plus grand des poètes épiques pour avoir chanté les fous, les anges et les diables, illustré par son œuvre 'Le Paradis perdu'. Voltaire laisse au public le soin de juger sa propre place parmi ces poètes. Le texte mentionne également des commentaires sur la publication et la réception de ces stances, soulignant leur caractère badin mais judicieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
879
p. 1980-1902
Oeuvres de Moliere : nouvelle Edition, [titre d'après la table]
Début :
Les Libraires de Paris travaillent actuellement à donner au Public une nouvelle Édition [...]
Mots clefs :
Libraires de Paris, Réflexions historiques et critiques, Molière, Portrait, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de Moliere : nouvelle Edition, [titre d'après la table]
Les Libraires de Paris travaillent actuelles
ment
AOUS T. 1731. 1981
ment à donner au Public une nouvelle Edition
des OEUVRES DE MOLIERE ? en six volumes inquarto
, avec des Memoires sur la Vie de l'Auteur
, et des Réflexions Historiques et Critiques
sur chaque Piece.
;
On n'épargnera aucune dépense pour embellir
cette Edition , qui sera toute entiere sur du
grand papier avec le Portrait de l'Auteur , des
Estampes pour chaque Sujet , des Vignettes
Lettres grises et Culs - de-lampes ; le tout dessiné
et gravé par les meilleurs Maîtres.
Le Texte a été exactement conferé avec les
anciennes Editions et quelques Manuscrits. La
correction de cette Edition sera faite avec un
très-grand soin .
Les Exemplaires seront délivrés à la fin de
l'année 1732. Il n'en sera tiré qu'un très- petit
nombre, conformément au papier et aux Caracteres
employés au present Avis.
Ceux qui en voudront retenir , pourront s'adresser
, à Paris chez Pierre Gandoüin , Quay
des Augustins , Theodore le Gras , Grand'Salle
du Palais. Michel - Estienne David , sur ledit
Quay. Guillaume Cavelier , rue Saint Jacques.
Les Libraires ci - dessus ne délivreront des
Reconnoissances que jusqu'au dernier Novembre
1731.
La suite et conclusion des Mémoires d'un
homme de qualité qui s'est retiré du Monde
se trouve à Paris chez Gabriël Martin , Libraire
, ruë S. Jacques , chez la Veuve Delaulne
, même ruë , et chez Theodore le Gras au
Palais.
Le samedi 28. Juillet , l'Académie Royale
G des
1902 MER DE FRANCE
des Sciences élût Mrs. de Maupertuis , Pitot ,
et Bouguier , pour remplir la place de Pensionnaire
Géométre , vacante pat la veterance accordée
à M. Saurin , le premier a été choisi par
le Roy pour remplir cette place .
Le Mercredi 1. Aoust M. Clairau a été choisi
pour remplir la place d'Adjoint Méchanicien ,
vacante depuis long- temps,
Le Mercredi 8. M. de Valiere , Lieutenant
General d'Artillerie , Grand- Croix de l'Ordre
de S. Louis , et M. de la Peyronie , premier
Chirurgien du Roy, ont été élûs pour remplir la
premiere de deux places d'Associés libres , dont
le Roy vient d'augmenter cette Classe : ces deux
Sujets ont été choisis pour remplir ces deux
places.
ment
AOUS T. 1731. 1981
ment à donner au Public une nouvelle Edition
des OEUVRES DE MOLIERE ? en six volumes inquarto
, avec des Memoires sur la Vie de l'Auteur
, et des Réflexions Historiques et Critiques
sur chaque Piece.
;
On n'épargnera aucune dépense pour embellir
cette Edition , qui sera toute entiere sur du
grand papier avec le Portrait de l'Auteur , des
Estampes pour chaque Sujet , des Vignettes
Lettres grises et Culs - de-lampes ; le tout dessiné
et gravé par les meilleurs Maîtres.
Le Texte a été exactement conferé avec les
anciennes Editions et quelques Manuscrits. La
correction de cette Edition sera faite avec un
très-grand soin .
Les Exemplaires seront délivrés à la fin de
l'année 1732. Il n'en sera tiré qu'un très- petit
nombre, conformément au papier et aux Caracteres
employés au present Avis.
Ceux qui en voudront retenir , pourront s'adresser
, à Paris chez Pierre Gandoüin , Quay
des Augustins , Theodore le Gras , Grand'Salle
du Palais. Michel - Estienne David , sur ledit
Quay. Guillaume Cavelier , rue Saint Jacques.
Les Libraires ci - dessus ne délivreront des
Reconnoissances que jusqu'au dernier Novembre
1731.
La suite et conclusion des Mémoires d'un
homme de qualité qui s'est retiré du Monde
se trouve à Paris chez Gabriël Martin , Libraire
, ruë S. Jacques , chez la Veuve Delaulne
, même ruë , et chez Theodore le Gras au
Palais.
Le samedi 28. Juillet , l'Académie Royale
G des
1902 MER DE FRANCE
des Sciences élût Mrs. de Maupertuis , Pitot ,
et Bouguier , pour remplir la place de Pensionnaire
Géométre , vacante pat la veterance accordée
à M. Saurin , le premier a été choisi par
le Roy pour remplir cette place .
Le Mercredi 1. Aoust M. Clairau a été choisi
pour remplir la place d'Adjoint Méchanicien ,
vacante depuis long- temps,
Le Mercredi 8. M. de Valiere , Lieutenant
General d'Artillerie , Grand- Croix de l'Ordre
de S. Louis , et M. de la Peyronie , premier
Chirurgien du Roy, ont été élûs pour remplir la
premiere de deux places d'Associés libres , dont
le Roy vient d'augmenter cette Classe : ces deux
Sujets ont été choisis pour remplir ces deux
places.
Fermer
Résumé : Oeuvres de Moliere : nouvelle Edition, [titre d'après la table]
En 1731, les Libraires de Paris préparent une nouvelle édition des œuvres de Molière en six volumes in-quarto. Cette édition inclura des mémoires sur la vie de l'auteur et des réflexions historiques et critiques sur chaque pièce. Pour embellir l'ouvrage, les libraires utiliseront du grand papier, des portraits de l'auteur, des estampes pour chaque sujet, des vignettes, des lettres grises et des culs-de-lampe, tous dessinés et gravés par les meilleurs maîtres. Le texte a été soigneusement comparé avec les anciennes éditions et quelques manuscrits, et la correction sera faite avec un grand soin. Les exemplaires seront disponibles à la fin de l'année 1732, en nombre limité. Les personnes intéressées peuvent s'adresser à Pierre Gandoüin, Theodore le Gras, Michel-Estienne David ou Guillaume Cavelier à Paris. Les reconnaissances seront délivrées jusqu'au dernier novembre 1731. Par ailleurs, la suite des 'Mémoires d'un homme de qualité qui s'est retiré du monde' est disponible chez Gabriël Martin, la Veuve Delaulne et Theodore le Gras. L'Académie Royale des Sciences a élu plusieurs membres en juillet et août 1731, notamment de Maupertuis, Pitot, Bouguier, Clairaut, de Valière et de La Peyronie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
880
p. [1987]-1992
le Mary curieux, Comedie, [titre d'après la table]
Début :
Le 16. Juillet, les Comédiens François donnerent la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Repentir, Convent, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : le Mary curieux, Comedie, [titre d'après la table]
L
E 16. Juillet , les Comédiens François
donnerent la premiere Représentation
du Mari curieux , Comédie en Prose et
en un Acte , par M. d'Alinval. Cette Piece
a été favorablement reçûë du Public
ce qui nous donne lieu de croire qu'on
en verra avec plaisir un petit Extrait dans
ce Journal.
M. Lisidor, venant d'un long voyage ,
Giiij trouve
9
1988 MERCURE DE FRANCE
trouve le bruit de sa mort répandu dans
son pays , fondé sur un nauffrage dont il
s'est heureusement sauvé. La bonne opinion
qu'il a de sa femme et de lui - même ,
lui fait naître la curiosité d'apprendre
combien il est regretté. Il fait cette épreuve
à la faveur d'un travestissement ; il se
met à la tête d'une troupe de Bohemiennes
, et en qualité de diseuse de bonne
avanture , il s'addresse d'abord à Maturin,
son Jardinier. Ce Maturin vient d'être
maltraité par un Amant de sa femme et
congedié par sa femme même , pour lut
avoir sagement représenté qu'elle ne devoit
pas se remarier sans être bien sûre
de la mort de son mari , et pour avoir
condamné sa joye dans un temps où elle
devroit s'abandonner à la douleur. La tendresse
d'un Serviteur si fidele , engage
M. Lisidor à lui annoncer qu'il reverra
bien-tôt son cher Maître . Maturin est si
agréablement flatté d'une promesse si satisfaisante
, qu'il donne tout ce qu'il a sur
lui à la fausse Bohemienne ; son Maître
ne peut s'empêcher de se découvrir à lui,
il le charge d'engager Madame Lisidor à
la voir danser chez elle avec toute sa troupe.
C'est par une proposition si agréable
et par une fausse apparence de repentir ,
que Maturin regagne les bonnes graces de
Madame
A O UST. 1731. 1989
Madame Lisidor ' et du Gascon , qui la
doit épouser. La seconde consolation que
le Mari curieux reçoit dans sa maison ,
c'est la tendre douleur que sa fille Henriette
témoigne sur la fausse nouvelle de
sa mort ; il est tenté de se découvrir à elle :
sur tout pour soulager le nouveau tourment
que lui cause l'ordre qu'elle a reçû
de sa mere , d'entrer dans un Convent et
de s'arracher pour toûjours au jeune Damon
, qui lui avoit été destiné pour époux
dès sa plus tendre enfance ; quelques sentimens
inconnus qui lui échappent à la
voix de la fausse Bohemienne , font une
espece de demi reconnoissance qui commence
à remuer les Spectateurs . Le Chevalier
Gascon qui ne connoît ni pere
mere , et qui pourtant a promis à Madame
Lisidor que son pere arrivera au premier
jour pour assister à la nôce , engage la
prétendue Bohemienne à lui donner quel
qu'un de sa troupe qui fasse le personnage
de pere , sous le nom de Baron de
Fronsignac. M. Lisidor lui promet de le
faire lui- même ; il se travestit pour jouer
ce nouveau Rôle , et c'est sous ce dernier
travestissement qu'il se fait connoître à sa
femme , qui lui a déja fait entendre dans
une autre Scene qu'elle n'est rien moins
que cette femme tendre et fidelle qu'il se
Gv proposoit
ni
1990 MERCURE DE FRANCE
proposoit de retrouver en elle . Sa fille nelaisse
pas de demander grace à son pere
pour une mere si dénaturée et pour une
femme si infidele. Henriette est mariée à
son cher Damon..La Piece finit par un Divertissement
de Bohemiens et de Bohë.
miennes , dont les Chansons roulent sur
le titre et le fond de la Comédie ; cet Ouvrage
a paru bien écrit , et l'on en a trouvé
la Morale fort bonne ..
Le Théatre François a été fermé pendant
huit jours, les Comédiens qui étoient
restez à Paris ayant été mandez à Fontai
nebleau. Ceux qui avoient été du voyage
à la suite de la Cour , revinrent à Paris
le 30. du mois dernier , et ils r'ouvrirent.
le Théatre le 2. de ce mois par là Tragedie
d'Astrate , de Quinault , représentée
dans sa nouveauté en 1663. qui a toûjours
eû du succès , toutes les fois qu'on:
l'a remise au Théatre. Le Public la revoit
aujourd'hui avec beaucoup de plaisir; mais .
en applaudissant les grandes beautez de
ce Poëme , il n'en blâme pas moins les.
deffauts.
Le 12. ils donnerent le Philosophe Ma
rié, Comédie de M. Destouches , que le
Public revoit toûjours avec plaisir , elle
fut très -bien représentée ; la Dile Gossin
qui
AOUST 1731. 1991
qui a été reçûë à Fontainebleau , sur le
pied d'une demi- part , y joüa le Rôle de
Melite , et y fut fort applaudie..
L'Académie Royale de Musique continuë
toûjours avec succès le Balet des Fêtes
Venitiennes , qu'on ne se lasse pas de
voir ; on prépare l'Opera d'Amadis de
Gaule , qu'on doit remettre au Téatre incessamment.
La Dile Salé , qui est revenue de Londres
, où elle étoit allée l'année passée
reparut le 21. sur le Théatre de l'Opera ,.
et dansa au second Acte des Fêtes Veni--
tiennes , une Musette , un Passe - pied et
un Pas de Deux avec le sieur Dupré, tout
le monde connoît les talens , la finesse et:
les graces de cette excellente Danseuse ..
Le Public a marqué par de grands applaudissemens
le plaisir que lui fait son
retour.
Le 16. les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre après leur
retour de Fontainebleau , et représente
rent Démocrite prétendu Fon , qui fut suivi
de la petite Piece des Paysans de qualités.
Le 18. ils donnerent Samson , comme ill
a été représenté à la Cour..
Le 23. ils joüerent une Piece nouvelle
Gvj Fran
1992 MERCURE DE FRANCE
Françoise de M. de la Motte , en cinq
Actes , intitulée l'Amante difficile ; cette
Piece avoit été représentée en Italien au
mois d'Octobre 1716. par les mêmes Comédiens
et sous le même titre : on en parlera
plus au long.
Le 28. Juillet , l'Opera Comique donna.
une Piece nouvelle en trois Actes, en Vaudeviles
, avec des Divertissemens de la
composition de M. Gilliers ; elle a pour
titre, Roger, Roi de Sicile , surnommé le Roi
sans chagrin. Cette Piece qui a été reçûë
favorablement du Public a été suivie du
premier
Ballet que les Danseurs
Anglois
exécuterent à la même Foire S. Laurent
en 1729. ct qui fut si goûté du Public.
E 16. Juillet , les Comédiens François
donnerent la premiere Représentation
du Mari curieux , Comédie en Prose et
en un Acte , par M. d'Alinval. Cette Piece
a été favorablement reçûë du Public
ce qui nous donne lieu de croire qu'on
en verra avec plaisir un petit Extrait dans
ce Journal.
M. Lisidor, venant d'un long voyage ,
Giiij trouve
9
1988 MERCURE DE FRANCE
trouve le bruit de sa mort répandu dans
son pays , fondé sur un nauffrage dont il
s'est heureusement sauvé. La bonne opinion
qu'il a de sa femme et de lui - même ,
lui fait naître la curiosité d'apprendre
combien il est regretté. Il fait cette épreuve
à la faveur d'un travestissement ; il se
met à la tête d'une troupe de Bohemiennes
, et en qualité de diseuse de bonne
avanture , il s'addresse d'abord à Maturin,
son Jardinier. Ce Maturin vient d'être
maltraité par un Amant de sa femme et
congedié par sa femme même , pour lut
avoir sagement représenté qu'elle ne devoit
pas se remarier sans être bien sûre
de la mort de son mari , et pour avoir
condamné sa joye dans un temps où elle
devroit s'abandonner à la douleur. La tendresse
d'un Serviteur si fidele , engage
M. Lisidor à lui annoncer qu'il reverra
bien-tôt son cher Maître . Maturin est si
agréablement flatté d'une promesse si satisfaisante
, qu'il donne tout ce qu'il a sur
lui à la fausse Bohemienne ; son Maître
ne peut s'empêcher de se découvrir à lui,
il le charge d'engager Madame Lisidor à
la voir danser chez elle avec toute sa troupe.
C'est par une proposition si agréable
et par une fausse apparence de repentir ,
que Maturin regagne les bonnes graces de
Madame
A O UST. 1731. 1989
Madame Lisidor ' et du Gascon , qui la
doit épouser. La seconde consolation que
le Mari curieux reçoit dans sa maison ,
c'est la tendre douleur que sa fille Henriette
témoigne sur la fausse nouvelle de
sa mort ; il est tenté de se découvrir à elle :
sur tout pour soulager le nouveau tourment
que lui cause l'ordre qu'elle a reçû
de sa mere , d'entrer dans un Convent et
de s'arracher pour toûjours au jeune Damon
, qui lui avoit été destiné pour époux
dès sa plus tendre enfance ; quelques sentimens
inconnus qui lui échappent à la
voix de la fausse Bohemienne , font une
espece de demi reconnoissance qui commence
à remuer les Spectateurs . Le Chevalier
Gascon qui ne connoît ni pere
mere , et qui pourtant a promis à Madame
Lisidor que son pere arrivera au premier
jour pour assister à la nôce , engage la
prétendue Bohemienne à lui donner quel
qu'un de sa troupe qui fasse le personnage
de pere , sous le nom de Baron de
Fronsignac. M. Lisidor lui promet de le
faire lui- même ; il se travestit pour jouer
ce nouveau Rôle , et c'est sous ce dernier
travestissement qu'il se fait connoître à sa
femme , qui lui a déja fait entendre dans
une autre Scene qu'elle n'est rien moins
que cette femme tendre et fidelle qu'il se
Gv proposoit
ni
1990 MERCURE DE FRANCE
proposoit de retrouver en elle . Sa fille nelaisse
pas de demander grace à son pere
pour une mere si dénaturée et pour une
femme si infidele. Henriette est mariée à
son cher Damon..La Piece finit par un Divertissement
de Bohemiens et de Bohë.
miennes , dont les Chansons roulent sur
le titre et le fond de la Comédie ; cet Ouvrage
a paru bien écrit , et l'on en a trouvé
la Morale fort bonne ..
Le Théatre François a été fermé pendant
huit jours, les Comédiens qui étoient
restez à Paris ayant été mandez à Fontai
nebleau. Ceux qui avoient été du voyage
à la suite de la Cour , revinrent à Paris
le 30. du mois dernier , et ils r'ouvrirent.
le Théatre le 2. de ce mois par là Tragedie
d'Astrate , de Quinault , représentée
dans sa nouveauté en 1663. qui a toûjours
eû du succès , toutes les fois qu'on:
l'a remise au Théatre. Le Public la revoit
aujourd'hui avec beaucoup de plaisir; mais .
en applaudissant les grandes beautez de
ce Poëme , il n'en blâme pas moins les.
deffauts.
Le 12. ils donnerent le Philosophe Ma
rié, Comédie de M. Destouches , que le
Public revoit toûjours avec plaisir , elle
fut très -bien représentée ; la Dile Gossin
qui
AOUST 1731. 1991
qui a été reçûë à Fontainebleau , sur le
pied d'une demi- part , y joüa le Rôle de
Melite , et y fut fort applaudie..
L'Académie Royale de Musique continuë
toûjours avec succès le Balet des Fêtes
Venitiennes , qu'on ne se lasse pas de
voir ; on prépare l'Opera d'Amadis de
Gaule , qu'on doit remettre au Téatre incessamment.
La Dile Salé , qui est revenue de Londres
, où elle étoit allée l'année passée
reparut le 21. sur le Théatre de l'Opera ,.
et dansa au second Acte des Fêtes Veni--
tiennes , une Musette , un Passe - pied et
un Pas de Deux avec le sieur Dupré, tout
le monde connoît les talens , la finesse et:
les graces de cette excellente Danseuse ..
Le Public a marqué par de grands applaudissemens
le plaisir que lui fait son
retour.
Le 16. les Comédiens Italiens firent
l'ouverture de leur Théatre après leur
retour de Fontainebleau , et représente
rent Démocrite prétendu Fon , qui fut suivi
de la petite Piece des Paysans de qualités.
Le 18. ils donnerent Samson , comme ill
a été représenté à la Cour..
Le 23. ils joüerent une Piece nouvelle
Gvj Fran
1992 MERCURE DE FRANCE
Françoise de M. de la Motte , en cinq
Actes , intitulée l'Amante difficile ; cette
Piece avoit été représentée en Italien au
mois d'Octobre 1716. par les mêmes Comédiens
et sous le même titre : on en parlera
plus au long.
Le 28. Juillet , l'Opera Comique donna.
une Piece nouvelle en trois Actes, en Vaudeviles
, avec des Divertissemens de la
composition de M. Gilliers ; elle a pour
titre, Roger, Roi de Sicile , surnommé le Roi
sans chagrin. Cette Piece qui a été reçûë
favorablement du Public a été suivie du
premier
Ballet que les Danseurs
Anglois
exécuterent à la même Foire S. Laurent
en 1729. ct qui fut si goûté du Public.
Fermer
Résumé : le Mary curieux, Comedie, [titre d'après la table]
Le 16 juillet, les Comédiens Français ont présenté pour la première fois 'Le Mari curieux', une comédie en prose et en un acte écrite par M. d'Alinval. La pièce a été bien accueillie par le public. L'intrigue suit M. Lisidor, qui revient d'un long voyage et découvre que l'on croit à sa mort à cause d'un naufrage dont il a réchappé. Curieux de savoir combien il est regretté, il se déguise en diseuse de bonne aventure et se rend chez lui. Il rencontre d'abord Maturin, son jardinier, qui a été maltraité par un amant de sa femme et congédié pour avoir conseillé à Madame Lisidor de ne pas se remarier sans être sûre de la mort de son mari. M. Lisidor, touché par la fidélité de Maturin, lui révèle qu'il est vivant et lui demande d'organiser une rencontre avec Madame Lisidor. Grâce à cette ruse, Maturin regagne les faveurs de Madame Lisidor et de son futur mari, un chevalier gascon. M. Lisidor découvre également la douleur de sa fille Henriette, qui doit entrer au couvent pour être séparée de son fiancé Damon. Il se révèle finalement à sa femme et à sa fille, qui obtient le pardon pour sa mère infidèle. La pièce se termine par un divertissement de Bohémiens et Bohémiennes, et est jugée bien écrite avec une morale solide. Par la suite, le théâtre a repris ses activités avec diverses représentations, dont 'Astrée' de Quinault, 'Le Philosophe marié' de Destouches, et des spectacles de danse et de musique. Les Comédiens Italiens ont également repris leurs représentations avec des pièces comme 'Démocrite prétendu fou' et 'L'Amante difficile'. L'Opéra Comique a présenté 'Roger, Roi de Sicile', une pièce en vaudevilles suivie d'un ballet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
881
p. 1992-1998
Tragedie de Regulus et Balet de l'empire de la Mode, au College des Jesuites, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredi premier de ce mois, on représenta pour la distribution des Prix, dans la Cour du [...]
Mots clefs :
Tragédie, Ballet, Mode, Roi légitime, Barbier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragedie de Regulus et Balet de l'empire de la Mode, au College des Jesuites, [titre d'après la table]
Le Mercredi premier de ce mois , on représenta
pour la distribution des Prix , dans la Cour du
College de Louis le Grand , la Tragedie de Regulus
, du Pere de la Sante , en Latin. Elle fut
ter minée par un Eloge du Roy. Nous n'entrerons.
po'nt dans le détail de cette Piece , dont le sujet
est connu de tout le monde , pour pouvoir nous
arrêter plus long- temps sur le Balet qui a servi
d'in ermede à la Tragedie , sous le titre de l'Empire
de la Mode. Ce Balet est divisé en quatre-
Da rties ; sçavoir , l'établissement de l'Empire de
a Mode , son étenduë , sa tyrannie , sa décadence.
Avant que d'entrer dans les subdivisions de
ces quatre Parties , il est à propos de parler de
l'ouverture du Balet , en voici le Sujet.
L'Au
A O UST. 1731. 1993
•
L'Auteur suppose très- ingenieusement que l'Uage
est fils du Temps et de la Coûtume , que la
Mode , Princesse naturellement ambitieuse , fille
du Caprice et de la Phantaisie , entreprit de détrôner
l'Usage , et de faite tomber son Royaume
en quenouille. Elle a des Soldats lestes et vétus
à la moderne , qui surprennent les vieilles bandes
du Roy legitime ; ils les enchaînent et les forcent
même à venir rendre hommage à l'usurpatrice
assise sur le Trône , d'où elle donne des Loix at
Monde qu'elle tient sous ses pieds.
La premiere Partie du Balet comprend l'établissement
de l'Empire de la Mode , et la subdivision.
1 °.L'exemple des Grands . 2 °. L'envie de
eacher ce que
l'on est. 3 ° . L'ambition de paroître
plus qu'on n'est.
1. Le fameux Barbier de Midas , invente l'usage
de la Perruque en faveur de son Prince, pour
couvrir la disgrace de ses oreilles . Plusieurs Maîtres
Perruquiers font sur ce modele de pareilles
coëffures , dont les Courtisans se parent à l'exemple
du Souverain , et transmettent cette mode aux
siecles suivans , qui s'en sont plus d'une fois servis
pour des besoins à peu près semblables.
2. Plusieurs Sauvages se peignent le visage ,
pour ne point laisser paroître les mouvemens de
leur ame. I's sortent des Bois de Samos et viennent
livrer aux Marchands Romais le Fard , la
Pommade , la Céruse et le Vern , que ceuxcy
mettent à la mode parmi les Dames Romaines,
qui s'en servent pour cacher les rides de leurs
visages et le desagrément de leur teint.
.
3. Niobé, fiere du nombre et de la beauté de ses
enfans , leur fait prendre des simboles des Dieux
et se produisant elle- même en public sous un habit
conforme à celui de Latone , elle voudroit à
La
1994 MERCURE DE FRANCE
la faveur de cet appareil passer pour Déesse aux
yeux de son peuple , et faire adorer ses enfanscomme
autant de demi-Dieux , dans un temps où
la Mode commençoit à diviniser les Passions mêmes
. Apollon et Diane font tomber sur cette
mere ambitieuse une grêle de fleches avec une
pluye de feu. Transformée en Rocher, elle éprouve
à ses dépens que c'est une vanité punissable
que d'aspirer à paroître plus que l'on n'est..
SECONDE PARTIE.
29
L'Empire de la Mode s'étend , 1 ° . Sur la
plupart des conditions . 2 ° . Sur presque.
toutes les Nations. 3 ° . Sur tous les âges.
I. ENTRE'E . Lycurgue , gouvernant le Royaume
au nom de son Neveu encore jeune , ne peut
voir sans indignation , que l'entêtement pour la
mode confonde toutes les conditions dans Sparte;
que le Villageois s'érige en Artisan , l'Artisan
en Bourgeois , le Bourgeois en Gentilhomme , le
Gentilhomme en Seigneur , le Seigneur en petit :
Souverain , le Marchand en Magistrat , &c. 11 .
entreprend de réformer de tels abus, et publie avec
appareil, au son des tambours et des trompettes,
une loi sévere par laquelle il regle l'ordre des
conditions.
II. ENTREE. Auguste , après avoir pacifié
l'Univers , fait dresser des Arcs de Triomphe à
l'entrée d'un . Bocage voisin de son Palais. Là il
donne une Fête aux Ambassadeurs des Nations
nouvellement subjugués, qu'il prétend engager à
prendre les manieres Romaines , tant pour le langage
que pour l'habillement ; mais la plupart de
ces Etrangers,, sur tout les Gaulois , jaloux de leure
liberté.
A OUST 1731 . 1995
liberté , se maintiennent dans le droit de changer
de mode à leur gré par le refus qu'ils font de subir
la loi qu'on veut leur imposer , ils se montrent
plus soumis au joug de la Mode qu'à celui
de leur vainqueur.
III. ENTRE'E. La Déesse Manie , soeur de
la Nouveauté , panoît sur un Char traîné par des
Singes. Ce Char n'est d'abord suivi que par des
enfans et de jeunes avanturiers. Bien - tôt après ,
des hommes d'un âge mûr se joignent à ce Cortege.
Enfin de graves Vieillards se mettent euxmêmes
de la partie . Tous ensemble affectent les
airs , la démarche , la contenance , les . grimaces
de cette Cour bizare , et deviennent plus Singes.
que les Singes mêmes.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Empire de la Mode est une vraye tyrannie,
qui force àfaire , 1º . plus qu'on ne doit.
2º. Plus qu'on ne veut. 3 ° . Plus qu'on
ne peut.
I. ENTRE'E. En Asie , la mode du grand
deüil regna pour un tems, et fit même un devoir.
aux riches veuves d'élever des Tombeaux à leurs
maris. Artemise et la Matrone d'Ephése , voulant
signaler leur douleur , érigent à leurs Epoux desuperbes
Mausolées. Mercure les voyant l'une et
l'autre inconsolables en apparence , ranime ceux:
qu'elles pleurent , en touchant leurs corps de sa
baguette fatale ; la douleur des deuxaffligées paroit
s'accroître par le prodige même qu'il opera
pour la soulager.
II . ENTRE' E. Deux partis de Gentilshommes
Bourguignons entrent en champ clos et se
battent
1997 MERCURE DE FRANCE
battent en duel malgré leurs répugnances ,sous les
yeux même de leur Roi , arbitre du combat , pour
obéir à la mode barbare établie parmi eux de
prouver, l'épée à la main, son innocence et la justice
de sa cause.
III. ENTRE'B Les quatre Divinitez , du
Jeu, des Festins , du Luxe et de la Volupté, confedérées
avec la Mode , engagent de jeunes Seigneurs
dans de folles dépenses qu'ils ne peuvent
Soutenir. Pendant qu'ils sont occupez à leurs plaisirs
, des Huissiers envoyez par les Créanciers
saisissent ce qu'ils trouvent sous leurs mains
poursuivent les débiteurs , et vont mettre leurs
terres en decret.
>
QUATRIE ME PARTIE.
L'Empire de la Mode tombe en décadence ;
1º . Par une nouvelle Mode qui bannie
la précedente. 2° . Par la rigueur des Loix
qui proscrivent les Modes dangereuses.
3º. Par le temps qui les détruit l'une après
l'autre.
I. ENTRE' E. Pendant que les plus grands
Maîtres raisonnent suivant Pancienne Méthode
dans le Lycée d'Athénes , et traitent gravement
des points de doctrine les plus sublimes , on voit
paroitre une troupe de petits Grecs nouveaux venus
, qui font grand bruit pour interrompre ceux
qu'ils devroient écouter avec respect , contrefont
leurs gestes , copient leur gravité , introduisent.
une mode nouvelle qui fait fortune pour un instant;
mais la saine antiquité prévaut et dissipe les
yaines chimeres.
LL ENTRE' . Henry IV. voulant multiplies
A O UST. 1731. 1997
plier les especes de monnoye qui devenoient rares
en France , avoit porté un Edit par lequel il permettoit
aux seuls Filoux de porter des étoffes
d'or et d'argent. Une troupe de Filoux ayant saisi
les premiers exemplaires imprimez de l'Edit
viennent déguisez en Colporteurs , et distribuent
des copies de cette loi à de jeunes Seigneurs rassemblez
dans un Bal. Ceux - cy aiment mieux
changer d'habits avec les prétendus Colpolteurs
que de passer pour Filoux. Après ce changement
les fourbes font une danse grotesque , où ils se
divertissent aux dépens de leurs dupés.
*
III ENTRE E. Saturne , Dieu du Tems ,
invoqué par de jeune Eleves de Mars , qui lui demandent
les meilleures armes qu'il ait vû mettre
en oeuvre pour la guerre , leur fait apporter
par les Siecles differentes sortes d'armes à la
vieille mode ; on les essaye en sa presence pour
Pattaque d'une Place ; mais ce Dicu les proscrit
d'un coup
de faulx, et ne laisse aux jeunes Guerriers
que l'armure nouvelle qui leur est fournie
par le dernier Siecle ; il menace même d'en abolir
bientôt l'usage.
BALET GENERAL.
Pendant que la Mode fait une Marche triomphale,
et s'applaudit de la victoire qu'elle a rem
portée sur l'Usage , elle est surprise de voir un
grand nombre de Nations l'abandonner aussi aisément
qu'elles l'avoient suivie , et s'attacher à
Constance , Princesse alliée du Roi détrôné et
ennemie de l'Usurpatrice. L'Usage est rétabli sur
le Trône , que la Constance rend fixe et immuable.
Minerve , Déesse de la Sagesse , de concert
avec les Dieux intéressez au bon ordre de l'Uni-
YCA
1998 MERCURE DE FRANCE
vers publie des Loix invariables qui assurent la
gloire , le bonheur et la stabilité de l'Empire.
Les Danses sont de la composition de Mrs Blon
di et Ma taire l'ainé.
Le Lundi 13. de ce mois , on représenta sur le
Théatre du College d'Harcourt , pour la distri
bution des Prix, la Tragedie d' Absa on , de M. Duché.
Les changemens qu'on a été obligé d'y faire
pour l'accommoder à l'usage de ce College , ne
lui ont rien ôté de son vrai mérite Elle fut trèsbien
représentée par les Ecoliers de Réthorique ,
et l'Assemblée fut très - belle et très- nombreuse .
pour la distribution des Prix , dans la Cour du
College de Louis le Grand , la Tragedie de Regulus
, du Pere de la Sante , en Latin. Elle fut
ter minée par un Eloge du Roy. Nous n'entrerons.
po'nt dans le détail de cette Piece , dont le sujet
est connu de tout le monde , pour pouvoir nous
arrêter plus long- temps sur le Balet qui a servi
d'in ermede à la Tragedie , sous le titre de l'Empire
de la Mode. Ce Balet est divisé en quatre-
Da rties ; sçavoir , l'établissement de l'Empire de
a Mode , son étenduë , sa tyrannie , sa décadence.
Avant que d'entrer dans les subdivisions de
ces quatre Parties , il est à propos de parler de
l'ouverture du Balet , en voici le Sujet.
L'Au
A O UST. 1731. 1993
•
L'Auteur suppose très- ingenieusement que l'Uage
est fils du Temps et de la Coûtume , que la
Mode , Princesse naturellement ambitieuse , fille
du Caprice et de la Phantaisie , entreprit de détrôner
l'Usage , et de faite tomber son Royaume
en quenouille. Elle a des Soldats lestes et vétus
à la moderne , qui surprennent les vieilles bandes
du Roy legitime ; ils les enchaînent et les forcent
même à venir rendre hommage à l'usurpatrice
assise sur le Trône , d'où elle donne des Loix at
Monde qu'elle tient sous ses pieds.
La premiere Partie du Balet comprend l'établissement
de l'Empire de la Mode , et la subdivision.
1 °.L'exemple des Grands . 2 °. L'envie de
eacher ce que
l'on est. 3 ° . L'ambition de paroître
plus qu'on n'est.
1. Le fameux Barbier de Midas , invente l'usage
de la Perruque en faveur de son Prince, pour
couvrir la disgrace de ses oreilles . Plusieurs Maîtres
Perruquiers font sur ce modele de pareilles
coëffures , dont les Courtisans se parent à l'exemple
du Souverain , et transmettent cette mode aux
siecles suivans , qui s'en sont plus d'une fois servis
pour des besoins à peu près semblables.
2. Plusieurs Sauvages se peignent le visage ,
pour ne point laisser paroître les mouvemens de
leur ame. I's sortent des Bois de Samos et viennent
livrer aux Marchands Romais le Fard , la
Pommade , la Céruse et le Vern , que ceuxcy
mettent à la mode parmi les Dames Romaines,
qui s'en servent pour cacher les rides de leurs
visages et le desagrément de leur teint.
.
3. Niobé, fiere du nombre et de la beauté de ses
enfans , leur fait prendre des simboles des Dieux
et se produisant elle- même en public sous un habit
conforme à celui de Latone , elle voudroit à
La
1994 MERCURE DE FRANCE
la faveur de cet appareil passer pour Déesse aux
yeux de son peuple , et faire adorer ses enfanscomme
autant de demi-Dieux , dans un temps où
la Mode commençoit à diviniser les Passions mêmes
. Apollon et Diane font tomber sur cette
mere ambitieuse une grêle de fleches avec une
pluye de feu. Transformée en Rocher, elle éprouve
à ses dépens que c'est une vanité punissable
que d'aspirer à paroître plus que l'on n'est..
SECONDE PARTIE.
29
L'Empire de la Mode s'étend , 1 ° . Sur la
plupart des conditions . 2 ° . Sur presque.
toutes les Nations. 3 ° . Sur tous les âges.
I. ENTRE'E . Lycurgue , gouvernant le Royaume
au nom de son Neveu encore jeune , ne peut
voir sans indignation , que l'entêtement pour la
mode confonde toutes les conditions dans Sparte;
que le Villageois s'érige en Artisan , l'Artisan
en Bourgeois , le Bourgeois en Gentilhomme , le
Gentilhomme en Seigneur , le Seigneur en petit :
Souverain , le Marchand en Magistrat , &c. 11 .
entreprend de réformer de tels abus, et publie avec
appareil, au son des tambours et des trompettes,
une loi sévere par laquelle il regle l'ordre des
conditions.
II. ENTREE. Auguste , après avoir pacifié
l'Univers , fait dresser des Arcs de Triomphe à
l'entrée d'un . Bocage voisin de son Palais. Là il
donne une Fête aux Ambassadeurs des Nations
nouvellement subjugués, qu'il prétend engager à
prendre les manieres Romaines , tant pour le langage
que pour l'habillement ; mais la plupart de
ces Etrangers,, sur tout les Gaulois , jaloux de leure
liberté.
A OUST 1731 . 1995
liberté , se maintiennent dans le droit de changer
de mode à leur gré par le refus qu'ils font de subir
la loi qu'on veut leur imposer , ils se montrent
plus soumis au joug de la Mode qu'à celui
de leur vainqueur.
III. ENTRE'E. La Déesse Manie , soeur de
la Nouveauté , panoît sur un Char traîné par des
Singes. Ce Char n'est d'abord suivi que par des
enfans et de jeunes avanturiers. Bien - tôt après ,
des hommes d'un âge mûr se joignent à ce Cortege.
Enfin de graves Vieillards se mettent euxmêmes
de la partie . Tous ensemble affectent les
airs , la démarche , la contenance , les . grimaces
de cette Cour bizare , et deviennent plus Singes.
que les Singes mêmes.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Empire de la Mode est une vraye tyrannie,
qui force àfaire , 1º . plus qu'on ne doit.
2º. Plus qu'on ne veut. 3 ° . Plus qu'on
ne peut.
I. ENTRE'E. En Asie , la mode du grand
deüil regna pour un tems, et fit même un devoir.
aux riches veuves d'élever des Tombeaux à leurs
maris. Artemise et la Matrone d'Ephése , voulant
signaler leur douleur , érigent à leurs Epoux desuperbes
Mausolées. Mercure les voyant l'une et
l'autre inconsolables en apparence , ranime ceux:
qu'elles pleurent , en touchant leurs corps de sa
baguette fatale ; la douleur des deuxaffligées paroit
s'accroître par le prodige même qu'il opera
pour la soulager.
II . ENTRE' E. Deux partis de Gentilshommes
Bourguignons entrent en champ clos et se
battent
1997 MERCURE DE FRANCE
battent en duel malgré leurs répugnances ,sous les
yeux même de leur Roi , arbitre du combat , pour
obéir à la mode barbare établie parmi eux de
prouver, l'épée à la main, son innocence et la justice
de sa cause.
III. ENTRE'B Les quatre Divinitez , du
Jeu, des Festins , du Luxe et de la Volupté, confedérées
avec la Mode , engagent de jeunes Seigneurs
dans de folles dépenses qu'ils ne peuvent
Soutenir. Pendant qu'ils sont occupez à leurs plaisirs
, des Huissiers envoyez par les Créanciers
saisissent ce qu'ils trouvent sous leurs mains
poursuivent les débiteurs , et vont mettre leurs
terres en decret.
>
QUATRIE ME PARTIE.
L'Empire de la Mode tombe en décadence ;
1º . Par une nouvelle Mode qui bannie
la précedente. 2° . Par la rigueur des Loix
qui proscrivent les Modes dangereuses.
3º. Par le temps qui les détruit l'une après
l'autre.
I. ENTRE' E. Pendant que les plus grands
Maîtres raisonnent suivant Pancienne Méthode
dans le Lycée d'Athénes , et traitent gravement
des points de doctrine les plus sublimes , on voit
paroitre une troupe de petits Grecs nouveaux venus
, qui font grand bruit pour interrompre ceux
qu'ils devroient écouter avec respect , contrefont
leurs gestes , copient leur gravité , introduisent.
une mode nouvelle qui fait fortune pour un instant;
mais la saine antiquité prévaut et dissipe les
yaines chimeres.
LL ENTRE' . Henry IV. voulant multiplies
A O UST. 1731. 1997
plier les especes de monnoye qui devenoient rares
en France , avoit porté un Edit par lequel il permettoit
aux seuls Filoux de porter des étoffes
d'or et d'argent. Une troupe de Filoux ayant saisi
les premiers exemplaires imprimez de l'Edit
viennent déguisez en Colporteurs , et distribuent
des copies de cette loi à de jeunes Seigneurs rassemblez
dans un Bal. Ceux - cy aiment mieux
changer d'habits avec les prétendus Colpolteurs
que de passer pour Filoux. Après ce changement
les fourbes font une danse grotesque , où ils se
divertissent aux dépens de leurs dupés.
*
III ENTRE E. Saturne , Dieu du Tems ,
invoqué par de jeune Eleves de Mars , qui lui demandent
les meilleures armes qu'il ait vû mettre
en oeuvre pour la guerre , leur fait apporter
par les Siecles differentes sortes d'armes à la
vieille mode ; on les essaye en sa presence pour
Pattaque d'une Place ; mais ce Dicu les proscrit
d'un coup
de faulx, et ne laisse aux jeunes Guerriers
que l'armure nouvelle qui leur est fournie
par le dernier Siecle ; il menace même d'en abolir
bientôt l'usage.
BALET GENERAL.
Pendant que la Mode fait une Marche triomphale,
et s'applaudit de la victoire qu'elle a rem
portée sur l'Usage , elle est surprise de voir un
grand nombre de Nations l'abandonner aussi aisément
qu'elles l'avoient suivie , et s'attacher à
Constance , Princesse alliée du Roi détrôné et
ennemie de l'Usurpatrice. L'Usage est rétabli sur
le Trône , que la Constance rend fixe et immuable.
Minerve , Déesse de la Sagesse , de concert
avec les Dieux intéressez au bon ordre de l'Uni-
YCA
1998 MERCURE DE FRANCE
vers publie des Loix invariables qui assurent la
gloire , le bonheur et la stabilité de l'Empire.
Les Danses sont de la composition de Mrs Blon
di et Ma taire l'ainé.
Le Lundi 13. de ce mois , on représenta sur le
Théatre du College d'Harcourt , pour la distri
bution des Prix, la Tragedie d' Absa on , de M. Duché.
Les changemens qu'on a été obligé d'y faire
pour l'accommoder à l'usage de ce College , ne
lui ont rien ôté de son vrai mérite Elle fut trèsbien
représentée par les Ecoliers de Réthorique ,
et l'Assemblée fut très - belle et très- nombreuse .
Fermer
Résumé : Tragedie de Regulus et Balet de l'empire de la Mode, au College des Jesuites, [titre d'après la table]
Le 1er août, une tragédie latine intitulée 'Regulus' du Père de la Sainte fut représentée au Collège de Louis le Grand pour la distribution des prix, suivie d'un éloge du roi. Le ballet 'L'Empire de la Mode' accompagna cette tragédie et fut divisé en quatre parties : l'établissement, l'extension, la tyrannie et la décadence de la mode. L'ouverture du ballet présente la Mode comme une princesse ambitieuse qui détrône l'Usage, aidée par des soldats modernes. La première partie, 'Établissement de l'Empire de la Mode', illustre l'exemple des grands, comme le barbier de Midas inventant la perruque, l'envie de cacher ses défauts, et l'ambition de paraître plus que l'on est, montrée par Niobé voulant passer pour une déesse. La deuxième partie, 'Extension de l'Empire de la Mode', montre comment la mode confond les conditions sociales à Sparte sous Lycurgue et comment Auguste tente d'imposer les manières romaines aux nations conquises. La déesse Manie, sœur de la Nouveauté, influence tous les âges. La troisième partie, 'Tyrannie de l'Empire de la Mode', décrit comment la mode force à faire plus qu'on ne doit, comme les veuves élevant des tombeaux, pousse à des actions contre nature, comme des duels forcés, et entraîne des dépenses excessives, illustrées par des jeunes seigneurs endettés. La quatrième partie, 'Décadence de l'Empire de la Mode', montre comment une nouvelle mode remplace l'ancienne, les lois proscrivent les modes dangereuses, et le temps détruit les modes successives. Le ballet se conclut par le retour de l'Usage, aidé par la Constance, et l'établissement de lois invariables par Minerve pour assurer la stabilité. Les danses du ballet furent composées par Messieurs Blondy et Mataire l'aîné. Le 13 août, la tragédie 'Absalon' de M. Duché fut représentée au Collège d'Harcourt pour la distribution des prix, adaptée pour les écoliers de rhétorique et bien accueillie par une assemblée nombreuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
882
p. 1998-2002
Brutus, Tragedie, représentée à Caen, et Balet caracterisé, Prologue, &c. [titre d'après la table]
Début :
BRUTUS, Tragedie de M. de Voltaire, représentée au College du Bois de la très - celebre [...]
Mots clefs :
Comédiens italiens du roi, Prix, Tragédie, Parodie, Prologue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Brutus, Tragedie, représentée à Caen, et Balet caracterisé, Prologue, &c. [titre d'après la table]
BRUTUS , Tragedie de M. de Voltaire ,
présentée au College du Bois de la très - celebre
Université de Caën , pour la distribution solemnelle
des Prix , donnez par Noble Homme Jacques
Maheult de Sainte - Croix , Proviseur du
même College , le Jeudi 31. Juillet.
C'est le titre d'un Programme que nous avons
reçû de Caën , lequel contient le Sujet et le Plan
de cette belle Tragedie , tel à peu près qu'il se
trouve exposé dans l'Extrait que nous en avons
donné lorsqu'elle fut mise pour la premiere fois
sur la Scêne Françoise. Nous avons cependant
remarqué une licence que Mrs de Caën se sont
donnée en faisant paroître au second Acte , Julie
chargée de chaines , déclarant à Argine , sa Confidente
, son amour pour Titus. Ces chaînes ont
apparemment parû plus touchantes , et devoir produire
un plus grand effet sur le Théatre Normand ,
qui s'impathise peut - être un peu avec le Théatre
Anglois. Quoiqu'il en soit , nous avons appris
que cette Piece a été três - bien executée et fort
applaudie par une Assemblée des plus nombreuses..
Selon
A O UST. 1731. 1999
Selon le même Programme , la Tragedie de
Brutus fut suivie de la Parodie qui en a été faite
par les Comédiens Italiens du Roi , intitulée Balus
, et après ce Divertissement onjoua l'Etourdi
eu les Contretemps , Comédie de Moliere , avec
des Intermedes.
Le Spectacle triomphant du Vice , ou le Théa
ore digne de l'Honnête Homme , est le sujet d'un
grandna Balet qui fut dansé sur le même Théatre
, à l'occasion de la Tragédie ; on en trouve
le dessein et la division dans le même Programme.
La Tragedie , l'Opera , ie Balet , et la Comédie
, fournirent le sujet des quatre principales,
Entrées qui parurent avec les caracteres et les suites
qui leur sont propres . Ce Balet et la plûpart
des Airs , sont de la composition de M. Hardouin,
qui s'attira de nouvelles louanges.
Le Programme dont nous rendons compte ,
contient sur tout cela un détail curieux , dans lequel
il nous est impossible d'entrer , qui prouve
que l'esprit et le bon goût continuent de regner
dans la Ville de Caën. Nous nous contenterons
d'ajoûter ici le peu de Vers qui ont précedé la
Tragedie et le Balet . Ils sont de M. Heurtauld
de qui nous avons déja inseré plusieurs bonnes
Pieces dans notre Journal .
Li
Prologue de la Tragédie.
L est une Vertu severe ,
Qui n'a dans ses Arrêts aucun respect humain.
Tel se montra jadis ce courageux Romain ,
Dont nous traçons le caractere.
Brutus en vrai Consul deffend Rome et les Dieux,
It son fils a tramé des desseins factieux.
Dan's
2000 MERCURE DE FRANCE
Dans cette extremité , Ciel , à quoi se résoudre !
Le Consul doit punir : le Pere doit absoudre.
· Raison , pitié , devoir , amour
Quels combats à son coeur vous livrez tour à
tour,!
S'il condamne son fils , il trahit la tendresse :
S'il épargne un coupable , il trahit l'équité :
C'en est fait ; il condamne : un zele ardent le
presse ,
Et la justice enfin , surmonte la bonté !
Cet exemple est pour vous , Peres pleins d'indulgence
,
Qui souffrez d'un enfant la coupable licence ,
Et dont le bras trop lâche est si - tôt désarmé ,
Quand le coup doit tomber sur un objet aimé.
Mais vous que séduit l'âge tendre ,
Enfans , si vous donnez dans quelque égarement ,
Titus mourant doit vous apprendre ,
A vous soumettre aux Loix d'un juste châtiment .
Fidele à sa Patrie , il la vengeoit en brave.
Il triomphoit dans les combâts ;
Mais vaincu par l'amour , il devient traître , es
clave ,
Et la victime du trépas
Jeunes coeurs , de l'amour telle est l'affreuse sufte ;
Craignez son poison dangereux.
Il soüille notre gloire , et corrompt le mérite
Des naturels les plus heureux.
C'est l'utile leçon que vous donne l'ouvrage ,
D'us
A UUS 1. 1731. 2002
D'un Auteur autrefois , habitant de ces lieux.
Quel plaisir , s'il voyoit la troupe illustre et sage¿
Qui s'apprête à gouter ses sons harmonieux !
Și, comme eux , nous étions sûrs de votre suffrage,
Qu'aujourd'hui notre sort deviendroit glorieux.
JE
Prologue du Balet.
Eunes Mortels , accourez pleins de zele.
Ce doux spectacle a des charmes puissans.
Que craignez-vous ? la vertu vous appelle
Livrez vos coeurs à ces jeux innocens ,
M
Loin de ces lieux le vice et l'ignorance,
On n'y reçoit que de pures leçons.
C'est la vertu qui regle notre Danse ,
Nos pas , nos voix et nos doctes Chansons.
M
Par le Tragique on abhorre le crime :
Par le Comique on réforme les moeurs :
L'Opera chante un Héros magúanime :
La Danse peint les sentimens des coeurs,
粥
De ces talens un heureux assemblage ,
Ici concourt à flater vos desirs.
Quel passe -tems convient mieux à votre âge ?
Est-il ailleurs de plus charmans plaisirs ? &c.
présentée au College du Bois de la très - celebre
Université de Caën , pour la distribution solemnelle
des Prix , donnez par Noble Homme Jacques
Maheult de Sainte - Croix , Proviseur du
même College , le Jeudi 31. Juillet.
C'est le titre d'un Programme que nous avons
reçû de Caën , lequel contient le Sujet et le Plan
de cette belle Tragedie , tel à peu près qu'il se
trouve exposé dans l'Extrait que nous en avons
donné lorsqu'elle fut mise pour la premiere fois
sur la Scêne Françoise. Nous avons cependant
remarqué une licence que Mrs de Caën se sont
donnée en faisant paroître au second Acte , Julie
chargée de chaines , déclarant à Argine , sa Confidente
, son amour pour Titus. Ces chaînes ont
apparemment parû plus touchantes , et devoir produire
un plus grand effet sur le Théatre Normand ,
qui s'impathise peut - être un peu avec le Théatre
Anglois. Quoiqu'il en soit , nous avons appris
que cette Piece a été três - bien executée et fort
applaudie par une Assemblée des plus nombreuses..
Selon
A O UST. 1731. 1999
Selon le même Programme , la Tragedie de
Brutus fut suivie de la Parodie qui en a été faite
par les Comédiens Italiens du Roi , intitulée Balus
, et après ce Divertissement onjoua l'Etourdi
eu les Contretemps , Comédie de Moliere , avec
des Intermedes.
Le Spectacle triomphant du Vice , ou le Théa
ore digne de l'Honnête Homme , est le sujet d'un
grandna Balet qui fut dansé sur le même Théatre
, à l'occasion de la Tragédie ; on en trouve
le dessein et la division dans le même Programme.
La Tragedie , l'Opera , ie Balet , et la Comédie
, fournirent le sujet des quatre principales,
Entrées qui parurent avec les caracteres et les suites
qui leur sont propres . Ce Balet et la plûpart
des Airs , sont de la composition de M. Hardouin,
qui s'attira de nouvelles louanges.
Le Programme dont nous rendons compte ,
contient sur tout cela un détail curieux , dans lequel
il nous est impossible d'entrer , qui prouve
que l'esprit et le bon goût continuent de regner
dans la Ville de Caën. Nous nous contenterons
d'ajoûter ici le peu de Vers qui ont précedé la
Tragedie et le Balet . Ils sont de M. Heurtauld
de qui nous avons déja inseré plusieurs bonnes
Pieces dans notre Journal .
Li
Prologue de la Tragédie.
L est une Vertu severe ,
Qui n'a dans ses Arrêts aucun respect humain.
Tel se montra jadis ce courageux Romain ,
Dont nous traçons le caractere.
Brutus en vrai Consul deffend Rome et les Dieux,
It son fils a tramé des desseins factieux.
Dan's
2000 MERCURE DE FRANCE
Dans cette extremité , Ciel , à quoi se résoudre !
Le Consul doit punir : le Pere doit absoudre.
· Raison , pitié , devoir , amour
Quels combats à son coeur vous livrez tour à
tour,!
S'il condamne son fils , il trahit la tendresse :
S'il épargne un coupable , il trahit l'équité :
C'en est fait ; il condamne : un zele ardent le
presse ,
Et la justice enfin , surmonte la bonté !
Cet exemple est pour vous , Peres pleins d'indulgence
,
Qui souffrez d'un enfant la coupable licence ,
Et dont le bras trop lâche est si - tôt désarmé ,
Quand le coup doit tomber sur un objet aimé.
Mais vous que séduit l'âge tendre ,
Enfans , si vous donnez dans quelque égarement ,
Titus mourant doit vous apprendre ,
A vous soumettre aux Loix d'un juste châtiment .
Fidele à sa Patrie , il la vengeoit en brave.
Il triomphoit dans les combâts ;
Mais vaincu par l'amour , il devient traître , es
clave ,
Et la victime du trépas
Jeunes coeurs , de l'amour telle est l'affreuse sufte ;
Craignez son poison dangereux.
Il soüille notre gloire , et corrompt le mérite
Des naturels les plus heureux.
C'est l'utile leçon que vous donne l'ouvrage ,
D'us
A UUS 1. 1731. 2002
D'un Auteur autrefois , habitant de ces lieux.
Quel plaisir , s'il voyoit la troupe illustre et sage¿
Qui s'apprête à gouter ses sons harmonieux !
Și, comme eux , nous étions sûrs de votre suffrage,
Qu'aujourd'hui notre sort deviendroit glorieux.
JE
Prologue du Balet.
Eunes Mortels , accourez pleins de zele.
Ce doux spectacle a des charmes puissans.
Que craignez-vous ? la vertu vous appelle
Livrez vos coeurs à ces jeux innocens ,
M
Loin de ces lieux le vice et l'ignorance,
On n'y reçoit que de pures leçons.
C'est la vertu qui regle notre Danse ,
Nos pas , nos voix et nos doctes Chansons.
M
Par le Tragique on abhorre le crime :
Par le Comique on réforme les moeurs :
L'Opera chante un Héros magúanime :
La Danse peint les sentimens des coeurs,
粥
De ces talens un heureux assemblage ,
Ici concourt à flater vos desirs.
Quel passe -tems convient mieux à votre âge ?
Est-il ailleurs de plus charmans plaisirs ? &c.
Fermer
Résumé : Brutus, Tragedie, représentée à Caen, et Balet caracterisé, Prologue, &c. [titre d'après la table]
Le 31 juillet, une représentation de la tragédie 'Brutus' de Voltaire a eu lieu au Collège du Bois de l'Université de Caen. La pièce a été bien exécutée et acclamée par une assemblée nombreuse. La journée a également inclus une parodie de la tragédie intitulée 'Balus', suivie de la comédie 'L'Étourdi' de Molière, avec des intermèdes. Un ballet intitulé 'Le Spectacle triomphant du Vice, ou le Théâtre digne de l'Honnête Homme' a également été présenté. Les principales entrées de la journée étaient donc la tragédie, l'opéra, le ballet et la comédie. Le ballet et la plupart des airs étaient de la composition de M. Hardouin, qui a été félicité pour son travail. Le programme de la journée a démontré l'esprit et le bon goût régnant à Caen. Le prologue de la tragédie 'Brutus' met en avant la vertu sévère de Brutus, qui doit condamner son fils pour trahison, illustrant les conflits entre raison, pitié, devoir et amour. Le prologue du ballet appelle à la vertu et aux jeux innocents, soulignant les bienfaits de la tragédie, de la comédie et de l'opéra pour l'éducation et la réforme des mœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
883
p. 2083-2085
LE TRIOMPHE D' AMPHITRITE, CANTATE.
Mots clefs :
Hymen, Regard languissant, Soupir doux, Vainqueurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE D' AMPHITRITE, CANTATE.
LE
TRIOMPHE
D' AMPHITRITE ,
CANTATE.
Depuis le jour qu'aux yeux d'une brillant
Cour ,
Venus parut et si fiere et si belle ,
Lorsque l'Hymen de concert avec ellt ,
La menoit à Cythere établir son séjour ,
Amphitrite rêveuse , inquiéte et jalouse ,
Des honneurs qu'on rendoit à la nouvelle épouse,
Pressoit le Dieu des Eaux de vouloir à son tour ,
Attacher à son Char l'Hymenée et l'Amour ;
Un regard languissant, un soupir doux et tendre
Qui s'échappoit à tout moment ,
De ses souhaits instruisoit son Amant ,
Et Neptune amoureux , ne pouvant se deffendrej
Contre un si juste empressement,
Ne différa plus de s'y rendre.
Que ne peuvent point sur nos coeurs ,
Les appas riants et flatteurs ,
D'une Nymphe jeune et charmante ?
Ce sont de trop puissans vainqueurs ,
Tout nous séduit , tout nous enchante.
B. vj Hymen
2084 MERCURE DE FRANCE
Hymen , que ton joug est charmant ,
Quand c'est la Maîtresse et l'Amant
Qui s'y sont engagez sans peine ;
Mais il n'est heureux qu'un moment ;
Si l'Amour n'en serre la chaîne .
Que ne peuvent point , &c .
'Amphitrite paroît sur la face des Eaux ,
Là, brille de son Char , la pompe triomphale ;
1
Les Nymphes quittent leurs Roseaux ,
Pour venir de Venus honorer la Rivale ;
Les Tritons , tous les Dieux des Mèrs ,
S'assemblent pour la voir des bouts de l'Univers;
Eblouis , charmez de sa gloire.
Leurs cris de joye éclattent jusqu'aux Cieux,
Tous à l'envi celebrent sa victoire ,
Par ce Concert mélodieux.
Triomphez , aimable Déesse ;
Joüissez des plus grands bienfaits,
Qu'a mérité votre tendresse ,
Et qui sont dus à vos attraits.
De l'Element le plus terrible ;
Les Jeux , les Ris et les Amours >
Ont fait un séjour si paisible ,
Que le calme y regne toûjours.
Triomphez , aimable Déesse , &c.
Cc's
SEPTEMBRE. 1731. 2005
Ces transports , ces chants d'allegresse ,
Qu'on entend redoubler sans cesse
Ce triomphe éclatant , ce superbe appareil ,.
Troublent l'Aurore à son réveil ,-
SEt
les brulants coursiers du Dieu de la lumiere:
Sortant de l'humide Element ,
Apeine ouvrent-ils leur paupiere ;
Qu'ils sont saisis d'étonnement.
Les Aquilons retiennent leur haleine
Ravis de cet enchantement ;
1 disparut , helas ! et la liquide Plaine ,
Ne redonna jamais ce spectable charmant.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire ;
Eût-il mille fois plus d'appas ;
Confus , il s'envole à Cythere ,,
L'Amour ne se commande pas
Les plaisirs d'une amour nouvelle
Sont des plaisirs plus ravissants ,
Chaque Printemps les renouvelle ,
Ceux de l'Hymen sont languissants.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire , &Co
TRIOMPHE
D' AMPHITRITE ,
CANTATE.
Depuis le jour qu'aux yeux d'une brillant
Cour ,
Venus parut et si fiere et si belle ,
Lorsque l'Hymen de concert avec ellt ,
La menoit à Cythere établir son séjour ,
Amphitrite rêveuse , inquiéte et jalouse ,
Des honneurs qu'on rendoit à la nouvelle épouse,
Pressoit le Dieu des Eaux de vouloir à son tour ,
Attacher à son Char l'Hymenée et l'Amour ;
Un regard languissant, un soupir doux et tendre
Qui s'échappoit à tout moment ,
De ses souhaits instruisoit son Amant ,
Et Neptune amoureux , ne pouvant se deffendrej
Contre un si juste empressement,
Ne différa plus de s'y rendre.
Que ne peuvent point sur nos coeurs ,
Les appas riants et flatteurs ,
D'une Nymphe jeune et charmante ?
Ce sont de trop puissans vainqueurs ,
Tout nous séduit , tout nous enchante.
B. vj Hymen
2084 MERCURE DE FRANCE
Hymen , que ton joug est charmant ,
Quand c'est la Maîtresse et l'Amant
Qui s'y sont engagez sans peine ;
Mais il n'est heureux qu'un moment ;
Si l'Amour n'en serre la chaîne .
Que ne peuvent point , &c .
'Amphitrite paroît sur la face des Eaux ,
Là, brille de son Char , la pompe triomphale ;
1
Les Nymphes quittent leurs Roseaux ,
Pour venir de Venus honorer la Rivale ;
Les Tritons , tous les Dieux des Mèrs ,
S'assemblent pour la voir des bouts de l'Univers;
Eblouis , charmez de sa gloire.
Leurs cris de joye éclattent jusqu'aux Cieux,
Tous à l'envi celebrent sa victoire ,
Par ce Concert mélodieux.
Triomphez , aimable Déesse ;
Joüissez des plus grands bienfaits,
Qu'a mérité votre tendresse ,
Et qui sont dus à vos attraits.
De l'Element le plus terrible ;
Les Jeux , les Ris et les Amours >
Ont fait un séjour si paisible ,
Que le calme y regne toûjours.
Triomphez , aimable Déesse , &c.
Cc's
SEPTEMBRE. 1731. 2005
Ces transports , ces chants d'allegresse ,
Qu'on entend redoubler sans cesse
Ce triomphe éclatant , ce superbe appareil ,.
Troublent l'Aurore à son réveil ,-
SEt
les brulants coursiers du Dieu de la lumiere:
Sortant de l'humide Element ,
Apeine ouvrent-ils leur paupiere ;
Qu'ils sont saisis d'étonnement.
Les Aquilons retiennent leur haleine
Ravis de cet enchantement ;
1 disparut , helas ! et la liquide Plaine ,
Ne redonna jamais ce spectable charmant.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire ;
Eût-il mille fois plus d'appas ;
Confus , il s'envole à Cythere ,,
L'Amour ne se commande pas
Les plaisirs d'une amour nouvelle
Sont des plaisirs plus ravissants ,
Chaque Printemps les renouvelle ,
Ceux de l'Hymen sont languissants.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire , &Co
Fermer
Résumé : LE TRIOMPHE D' AMPHITRITE, CANTATE.
Le texte présente la cantate 'Le Triomphe d'Amphitrite'. Amphitrite, jalouse des honneurs rendus à Vénus lors de son mariage, souhaite que Neptune célèbre leur union. Ému par ses regards et soupirs, Neptune accepte. La cantate célèbre ensuite le triomphe d'Amphitrite, qui apparaît sur les eaux avec une pompe triomphale, accompagnée des nymphes, des tritons et des dieux des mers. Tous célèbrent sa victoire et la paix qu'elle apporte. Cependant, le texte souligne que l'amour forcé ne peut plaire et que les plaisirs d'un nouvel amour sont plus ravissants que ceux de l'Hymen. L'Amour est décrit comme incontrôlable et les plaisirs de l'Hymen comme languissants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
884
p. 2104-2106
A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
Début :
Les Amours pendant votre absence [...]
Mots clefs :
Amours, Vénus, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
A MLLE SALLE' ,
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
Danseuse de l'Opera , pour celebrer
son retour.
EPITRE.
LEs Amours pendant votre absence
'Avec vous s'étoient envolez ;
Enfin les voila rappellez
Dan
SEPTEMBRE. 1731. 2105
Dans le séjour de leur naissance.
Je les vis , ces Enfans aîlez ,
Voler en foule sur la Scene ,
Ou , pour voir triompher leur Reine
Leurs Etats furent assemblez ;
Dieux ! quel fut leur plaisir extréme ,
Ce jour , le plus beau de vos jours ,
Où, recevant de Venus même ,
Et sa Ceinture et ses atours
Vous vîtes l'avide concours ,
D'un Peuple entraîné sur vos traces ,
Qui se rappellera toûjours ,
Ces Ras mésurez par les graces >
Et composez par les Amours.
Des Ris l'essain vif et folâtre ,
Pour contempler ces Jeux charmans
Avoient occupé le Théatre ,
Sous la forme de mille Amans ;
Pour vous voir , les Graces parées ,
De modernes habillemens ,
Des Loges s'étoient emparées ;
Pour empoisonner ces douceurs ,
Une Troupe d'Amours censeurs
Osa se glisser au Parterre ,
Amours étrangers , inconnus ,
Qui sans doute n'étoient venus
21
99
Que pour vous déclarer la guerre ;
CY To
2106 MERCURE DE FRANCE
Je vis leur party frémissant ,.
Forcé de changer de langage ,
Vous rendre , en pestant , son homage ,
Et jurer en applaudissant.
Restez , Fille de Terpsicore ,.
L'Amour est las de voyager ;
Laissez soupirer l'Etranger ,
Brulant de vous revoir encore.' ,
Je sçai que pour nous attirer ,
L'Anglois solide récompense
Le mérite errant que la France
Ne fait tout au plus qu'admirer..
Par sa genereuse industrie ,
Laissons l'Anglois se signaler ,
Est-il rien qui puisse égaler
Le suffrage de la Patrie ?.
Fermer
Résumé : A MLLE SALLÉ, Danseuse de l'Opera, pour celebrer son retour. EPITRE.
En septembre 1731, une épître célèbre le retour de Mlle Salle, une danseuse de l'Opéra. Les Amours, symbolisant les passions et les admirateurs, l'ont suivie et se sont rassemblés pour la voir triompher sur scène. Le jour de son retour a été marqué par un enthousiasme extrême, avec un public avide et des Grâces vêtues de modernes habits occupant les loges. Cependant, une troupe d'Amours censeurs, étrangers et inconnus, a tenté de perturber cet enthousiasme en déclarant la guerre à Mlle Salle. Malgré cela, ces Amours ont dû changer de langage et rendre hommage à la danseuse en applaudissant. L'auteur exprime le souhait que Mlle Salle reste, car l'Amour est las de voyager. Il mentionne également la générosité des Anglais à récompenser le mérite, mais souligne l'importance du suffrage de la Patrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
885
p. 2106-2123
VOYAGE dans les Etats de Bacchus. Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
Début :
J'ay fait depuis peu, Messieurs, un voyage assez subit et singulier. J'ay visité [...]
Mots clefs :
Voyage, Ordonnance, Registres, Recueil des déclarations du dieu Bacchus, Empire, Vin, Rivage de l'Yonne, Auxerre, Joigny, Vignes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VOYAGE dans les Etats de Bacchus. Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
VOYAGE dans les Etats de Bacchus..
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
J4y fait depuis peu , Messieurs
, un
voyage assezsubit et singulier.Fay visité
sans le secours d'aucun guide ni d'aucune
voiture, les Châteaux et les Palais des Dieuxdu
Paganisme. A ce langage , vous vous·
imaginez que mon voyage a dû être de longue
durée , et vous ne vous tromperiez pas,
SZ
SEPTEMBRE. 1731. 2107
si je l'eusse fait physiquement ; mais la verité
est que je n'ay voyagé qu'en esprit. Fe
n'ai point marqué sur mes Tablettes le jour
de mon départ ; je sçai seulement que je
commençai à parcourir tous ces Palais et
ces Châteaux un certain soir du mois de
Fevrier dernier, auquel les fumées du repas
ne m'incommodoient pas beaucoup , et j'ai
idée que le Soleil étoit déja pour lors dans
le Signe des Poissons . Quel qu'ait été mon
voyage , et qu'elle qu'en ait été la cause , me
voila heureusement de retour ; j'ai rapporté
avec moi certaines Ordonnancės assez curieuses
, que les Bibliothequaires de ces Palais,
plus complaisans et moins formalistes
que certains d'Italie , m'ont permis de transcrire
de dessus les Registres dont ils ont la
garde.
En parcourant le Recueil des Déclarations
du Dieu Bacchus , qui est écrit en belles
lettres d'or sur un Velin couleur de Pourpre,
grand in folio , j'en ai apperçû une qui m'a
frappé plus que toutes les autres. Je pense que
c'est l'avant derniere du volume. Sur le champ
j'en ai tiré une copie , avec la résolution de
m'en servir dans l'occasion. Cette occasion
s'est presentée , Messieurs , plutôt que je ne
Faurois crû ; car à peine étois-je un pew
remis de mon vryage spirituel vers le milieu
du mois de Mars , quun de mes amis m'en..
Cvj tendant
1108 MERCURE DE FRANCE
tendant plaindre à table d'un certain vin
clairet et leger que l'on m'avoit servi , tira
de sa poche le Mercure de Fevrier 1731-
et my fit voir à la page 271. un Ecrit que
j'ai reconnu à l'instant être celui que le Dieu
Bacchus a eù en vue de faire supprimer par
son Ordonnanoe. Je vous laisse à juger du
rapport que ces deux Pieces ont l'une avec
l'autre. J'en retranche une partie du préambule
qui est dans le style ordinaire des Sonverains
, et qui ne vous apprendroit autre
chose que les Provinces et les Seigneuries qui
composent le vaste Empire de cette Divinité.
ORDONNANCE du Dieu Bacchus,
donnée dans le Printemps dernier.
fils de Jupiter dit ......
Biber , Lycus , Lenæus , Osyris ,
Dionysus , &c. Jadis la Déesse de la Paix
accorda les differends qui s'étoient élevez
entre la Bourgogne et la Champagne , sur
la primauté du Fruit qui nous est consacré
dans l'étendue de ces deux Provinces
des Gaules ; il y avoit eû force procedures
écrites , mainte Poësie signifiée de part
et d'autre , Pourchot et Grenan , plaidans
pour la Bourgogne , et Coffin pour la
Champagne. (4) Cette bonne Déesse en-
(a) Voyez le Procès Poëtique , imprimé à Paris
an 1712. chez la veuve de Claude Thiboust .
fin
SEPTEMBRE 1731. 2109
in trouva le secret de les mettre tous
d'accord ; elle fit verser dans une grande
Couppe une quantité égale de vin de
Bourgogne et de Champagne , et soudain
ayant fait gouter de ce mêlange aux deux
Partis , ils mirent les armes bas , la Champagne
cedant l'honneur à la Bourgogne ,
dont le vin avoit dominé dans la Couppe
, en gout , en couleur et en force.
Aujourd'hui un Ecrivain récemment
formé sur le Rivage de l'Yonne , réveille
en quelque sorte ce Procès , qui avoit
été jugé définitivement. Il semble avoir
pour but dans son raisonnement de donner
gain de cause à la Champagne , essayant
de faire comprendre que des vins
tendres , peu colorez , de peu de durée ,
et qui de plus ont un goût de terroir ,
doivent aller de pair avec des vins qui
ent du corps , une couleur bien rosée ,
qui sont francs , bien - faisans , amis de
l'estomach , et dont la séve est fine en
même-temps qu'elle est mâle et vigoureuse.
Et ce qu'il y a encore de plus sur
prenant dans son procedé, c'est qu'il prétend
être bon Bourguignon , en écrivant,
comme il fait , en faveur de ces vins tendres
et délicats .
Ce trop zelé Partisan fait paroître sur
les rangs Joigny , petite Ville , qu'il lui
plaît
110 MERCURE DE FRANCE
plaît de placer dans notre Province de
Bourgogne , quoiqu'elle n'y soit point
comprise , suivant l'exacte Géographie de
notre Empire ; et après avoir égalé ses
vins à ceux de notre bonne et ancienne
Ville d'Auxerre , de tout temps renfermée
dans notre Cercle de Bourgogne ,
il pousse la prévention et l'audace jusqu'à
leur donner le dessus. Oubliant lui - même
d'où il est natif , et faisant semblant
de ne pas appercevoir que c'est l'amour
aveugle de sa Patrie qui le rend Auteur,
il va jusqu'à reprocher à notre zelé Analiste
d'Auxerre , duquel Mercure nous
a fait voir les Ecrits , de s'être trop étendu
par l'effet du même amour , à rapporter
les avantages de son Pays. Nous DECLARONS
que nous aimons tous nos fideles
Sujets ; mais nous devons aussi rendre.
justice à qui elle appartient , et réfuter
ce qui mérite de l'être. Sans nous arrê
ter à remarquer que l'Avocat des vins
de joigny pourroit avoir besoin de passer
quelques mois , tant sur le Parnasse
que
dans l'une de nos Universitez , pour
y apprendre à discerner les vins par la fréquentation
des personnages versez en cette
Scienće , et à ne pas prodiguer , comme
il fait , les Citations des Poëtes Latins
dont il abuse quelquefois. Nous disons.
>
qu'il
SEPTEMBRE. 1731. 21FT
qu'il paroît par son langage qu'il n'a jamais
vû de ses yeux ces Vignobles qui
sont si renommez dans nos Etats , qu'à
l'entendre raisonner il semble que jamais:
il n'est sorti des limites de son petit Ter--
ritoire , si ce n'est peut-être pour venir à
Auxerre considerer superficiellement la
situation des Côteaux .
Si ce jeune Ecrivain avoit voulu se détromper
serieusement et de bonne foi ,
ainsi que font tous ceux qui sont étroitement
attachez à notre service , il auroit
pû recourir à nos Papiers - Terriers de
Coulanges - les - Vineuses , à ceux de nos:
Vignobles d'autour de Beaune et des environs,
de Nuys , Volnay , Pomar , Chase
sagne , à ceux des climats du clos de Vougeot
, ( a ) Champbertin , Savigny , la
Romance les Serrieres proche Dijon
et les côtes de Chenove auprès de la
même Ville. Il y auroit appris par les
Declarations circonstanciées de nos féaux
et amez sujets qui peuplent ces cantons ,
que les Vignes qu'ils appellent des meilleurs
endroits et du produit le plus ex-
,
3-
( a ) Vougeot est un Village entre Dijon &
Nuys , où M. l'Abbé de Citeaux a un. Clos de
Vignes très- vaste et presque tout plat , lequel
cependant produit un Vin très- excellent , contre
la Maxime de l'Avocat des Vins de Joigny.
cellent
2111 MERCURE DE FRANCE
cellent , ne sont pas situées dans un territoire
dont l'extension soit comme perpendiculaire
du Ciel vers la Terre , ainsi
qu'il se figure par une idée bizarre , que
doivent être plantées les Vignes d'une
qualité superieure. Pour peu qu'il eût
jetté la vue sur les Cartes Topographiques
qui décorent les murs de nos sallons ,
il y eût appris que dans les côteaux de
Vignes , il y a la Region suprême , la
moyenne et l'inferieure ; que comme ce
n'est pas dans la region la plus basse , la
plus applanie ou la plus inondée que croît
le meilleur vin , ce n'est pas non plus
dans la Region la plus échauffée ou la
plus chauve , et pour parler humainement
, que ce n'est pas dans le plus roide
de la côte qu'on recueille ce Vin supe ♣
rieur et transcendant , mais que c'est dans
la naissance du plis des côteaux , parce
que c'est comme le lieu de concentration ,
tant des sucs choisis de la Terre , que de
la refléxion des rayons solaires . De- là
vient que dans la Capitale de Bourgogne ,
on appelle cet endroit Le Rognon de la Côte.
L'un de nos Geographes qui connoît jusqu'aux
moindres cantons de nos Etats ,
se donna autrefois la peine d'enluminer
de couleur rouge les endroits de ces Cartes
Topographiques , dont les Vignes
sont
SEPTEMBRE. 1731. 2113
•
sont dans la situation la plus heureuse
et dont le grain de terre est en même
temps le plus favorable.
Après l'exhibition qui nous a été faite
de ces Cartes , nous déclarons n'avoir apperçû
que quelques legers coups de pinceau
sur les côtes de Joigny , au lieu que
les climats des environs d'Auxerre sont
presque tous chargez de riches et nombreux
traits de ce pinceau décisif , qui
marquent que ce qui constituë radicalement
le bon vin , y est commun et ordinaire
, c'est-à - dire › que generalement
parlant , les Vignes d'autour notre bienaimée
Ville d'Auxerre sont dans une
و
bonne exposition et qu'elles naissent
dans un grain de terre qui n'est vitié ni
par des veines nitreuses ni par une superficie
sulfureuse. Ces coups de pinceau se
trouvent abondamment
marquez entre
autres Climats , sur ceux de la Chainette,
Migraine , Boivin , Clerion , qui sont au
Septentrion
et à l'Occident de la Ville ,
et sur plus de vingt autres qui sont au
levant et au midi de la même Ville , à
une demi - lieue , ou un peu plus de distance
, dont les productions
par une
licence que jusqu'ici nous avons tolerée ,
quoique contraire à la sincerité de notre
caractere , ne sont point distribuées dans
,
>
la
2114 MERCURE DE FRANCE
la Capitale des Gaules et plus loin , sous
d'autre nom que sous celui de Vin de
Coulanges .
En vain le zelateur des Vins de Joigny,
mal instruit du prix des Vins de notre
illustre Ville d'Auxerre , voudroit - il les
abaisser jusqu'à les mettre de Niveau avec
ceux de sa Patrie. Les Historiens de nos
Etats marquent dans leurs Annales Latines
, qu'en tout temps les Vins d'Autricum
Senonum se sont vendus le double ou
environ des Vins de Joviniacum : Et même
notre Controlleur General nous ayant
representé le Registre de l'Année courante
, nous y avons vû que le Vin de la
derniere récolte , que le Partisan vante
tant , a été débité à Auxerre , à un prix
une fois plus haut que celui du cru de
Joigny. ( a ) Nous ne croyons point qu'il
y ait mortel assez téméraire pour oser
s'inscrire en faux contre un témoignage
si authentique. On sçait que nous sommes
disposez à punir de peines très- séveres
les faussaires ou les faux témoins s'il
( a ) Les Vins du plus haut prix à Joigny
n'ont pas êté à 80. livres le Muid , au lieu qu'à
Auxerre ils ont été vendus 130. et 140. livres
quoique les Tonneaux ne soient pas plus grands ,
et qu'il y ait un plus grand éloignement de la
Ville de Paris.
s'en
SEPTEMBRE. 1731. 2215
s'en trouvoit sur nos Terres , et que nous
les condamnerions à user le reste de leurs
jours d'une boisson , qui n'est ni rare ni
délicieuse.
Si après le temps de l'Hyver il reste
peu de Vins dans notre Vignoble de Joigny
, il n'est pas besoin que nous en rapportions
ici la cause ; elle est connuë du
Bourgeois comme du Vigneron ; ils
avouent franchement l'un et l'autre que
leur liqueur est de peu de garde. Qui
pourroit après cela les blâmer de ce qu'ils
s'en défont promptement ? Deplus , leur
territoire n'est point de l'étenduë dont
est celui de notre bonne Ville d'Auxerre
ni fertile au même point. Il est notoire
par la simple confrontation des Inventaires
dressez par nos Inquisiteurs modernes
, ( a ) que les reservoirs soûterrains de
Joigny n'ont jamais eû l'honneur de contenir
dans leur capacité une quantité égale
à celle de nos reservoirs d'Auxerre.
Cette Ville qui est la clef de notre incomparable
Province de Bourgogne ,
jouit d'un Territoire si avantagé des bénignes
influences des autres Divinitez qui
nous sont amies , qu'avec la qualité du
( a ) On entend sous ce nom les Tabeliers qui
wont depuis peu dans les Caves , pour prendre
le nombre des Tonneaux pleins.
Raisin J
2118 MERCURE DE FRANCE
Raisin , il y en a toujours une quantité
qui excede celle du produit de Joigny.
Phoebus et Cybele semblent s'être accordez
à le combler de leurs bienfaits . Auxerre
a mille et mille côteaux renfermez
dans des sinuositez tortueuses qui regnent
en differens vallons ; et le Vignoble de
Joigny n'est, pour ainsi dire, qu'un simple
revers d'une ou de deux Montagnes , sur
lequel est arboré celui des Domaines du
Dieu Sylvain , que l'antiquité appelle
La Forêt d'Othe. Outre cela , par une justice
qui étoit dûë au Territoire d'Auxerre,
ancienne Cité Romaine , nous l'avons
aggrandi de diverses Colonies celebres
qui lui sont soumises à trois et quatre
lieuës vers la Region Australe , et qui le
regardent comme le chef- lieu .
د
Telles sont ces Colonies , dites Vineufes
par excellence ; tel est Irancy , Jussy
Ecouleves , la Palote &c. Joigny au contraire
, au rapport des Enquêteurs nos
Commissaires en cette Partie , n'est qu'un
simple Château qui sert de Rempart au
Territoire du Dieu Sylvain ci - dessus
nommé , autour duquel Château , l'on a
fait disparoître depuis fort peu de siécles ,
l'Arbre Favori des Druides Gaulois , pour
y planter de notre Bois tortu . Mais pour
çe faire , il a bien fallu de nécessité prendre
SEPTEMBRE . 1731 . 2117
dre le terrain tel qu'il s'est presenté , terrain
caustique , rempli de craye , de cailloux
enflâmez et petillans , terrain que
nous regardons comme une écume recuite
de la Bourbe qu'engendra sur plusieurs
Côtes de l'Univers le mêlange des Fleuves
et des Mers au siécle de Deucalion. C'est
ce qui fait que dans les années les plus favorisées
par Phoebus notre frere pour les
bons Vins , ceux de Joigny ont un goût
que les Mortels appellent fort à propos
goût de Terroir ; ne sont point francs ,
sentent le Tufou le Crayon ; et plus les
rayons de Phoebus ont été violemment
lancés , plus il est besoin de faire sur les
Cuves une salutaire injection d'une lymphe
benigne et temperative.
et
Le Vin de Joigny au rapport des mêmes
Enquêteurs , est non - seulement de
peu de durée
de durée , mais encore de difficile
transport dans les Pays éloignez ; ainsi
qu'il nous a paru par certaines Querimonies
inserées dans des Placets que les Députez
de ces Pays lointains nous ont presentez.
Ce Vin est tel , presque universellement
parlant , qu'il a de la peine à se
bien comporter jusqu'au signe de la Vierge
et de la Balance dans les années qu'il
est bon. Il a si peu de corps , au dire des
mêmes Commissaires , que la moindre
cau
2118 MERCURE DE FRANCE
eau suffit pour l'éteindre et l'amortir ; et
c'est mal à propos qu'on lui donneroit
l'épitette de Generofum. Quiconque veut
le garder chaste et sans alteration doit
>
و
mettre en pratique une espece de Paradoxe
, c'est-à- dire , qu'il faut nécessairement
qu'il le marie avec d'autre Vin ,
sinon sa propre vertu fait voir combien
d'elle-même elle est fragile et caduque.
Il est Capiteux , ajoutent- ils , à raison du
terrain brûlant qui le produit. C'est ce
qui fait que les Seps en sont si courts et
si petits qu'un simple fétu les soutient.
Deplus la Déesse Cybele et le Dieu Sylvain
ont certifié à nos Secretaires par plusieurs
de leurs Vassaux , qu'il est faux que
les habitans de la Colline Jovinienne ne
mettent rien dans leurs Vignes . Ils tirent
adroitement du Domaine voisin
appartenant au dieu Sylvain , une certaine
terre jaune qu'ils appellent du Lateux
dont ils sçavent imprégner leur
terrain blanchâtre pour en corriger le défaut,
si faire se pouvoit ; au lieu qu'Auxerre
n'a besoin ni de Lateux ni de Fumier :
Aussi n'avons nous permis d'y mettre du
Fumier dans certaines Vignes basses , qu'à
ceux de nos Vassaux , qui ont déclaré à
notre Chancelier,que ces héritages étoient
destinés à abreuver abondamment le Pay-
›
san
SEPTEMBRE 1731. 2119
-san apporteur de provisions , et à humecter
journellement le gosier du Laboureur
Artisan et de l'infatigable Vigneron : em
ploi qui est conforme à nos anciennes
Ordonnances , Registre premier.
Quant à la proposition par laquelle le
Panegyriste attribue à la vente du jus dont
nous daignons favoriser la côte de Joigny,
le nombre de mâles qu'il dit y surpasser
considerablement celui des femeles ; supposant
pour un moment la verité de son
calcul , nous disons que sa conclusion est
fausse , comme se trouvant absolument
détruite par l'experience dont les disciples
d'Hippocrate nous sont garants. Et
en nous servant de leur langage clair et
précis , nous ajoûtons qu'il prend pour
cause ce qui ne l'est pas. Ces habiles Scrutateurs
de l'origine du genre humain
admis dans notre Conseil , nous assurent
que communément, c'est en tous pays que
le nombre des mâles excede d'un peu celui
des femmes ; en quoi ils font remarquer la
sagesse du Conseil des Dieux , qui a prohibé
la Polygamie. Mais ce qu'ils observent
de plus , c'est que ce n'est pas
dans
quelques Villes de pays de Vignobles seulement
qu'on trouve le nombre de mâles
excéder notablement celui de l'autre sexe ;
ils ajoûtent que cela se rencontre aussi
dans
2120 MERCURE DE FRANCE
›
dans des Villes où le mauvais usage est
resté de ne dissoudre les Alimens et de
n'éteindre la soif qu'avec dujus de pomme,
ou avec une certaine eau bouillie , et même
dans des Pays , où par un effet de notre
colere , les Animaux raisonnables et
les irraisonnables usent d'une seule et même
boisson. Les Habitans des Ifles Britanniques
, bons connoisseurs, de notre Vin
de Bourgogne se sont donné la peine
de faire là - dessus des supputations qui
sont restées sans replique. ( a )
و
Toutes ces raisons pesées et murement
examinées , dans notre Conseil , les Hippocrates
et les Galiens de toutes les Nations,
duement appellez , et entendus, ensemble
les Echansons de tous les Dieux
nos Freres ; NOUS DECLARONS les Vins
de notre bonne Ville d'Auxerre à perpetuité
superieurs en qualité à ceux de
Joigny , ainsi qu'ils l'étoient par le passé
et qu'ils le sont actuellement . Voulons
en outre que l'on mette dans le même
rang de superiorité tous Vignobles dont
les Vins supportent la limphe , ct qui au
lieu de se laisser vaincre par ce foible
Element , le parfument du goût de la
celeste ambrosie , que les Mortels appel-
( a ) Lifez les Transactions Philosophiques ,
Du Journaux de l'Académie des Sciences de`
Londres.
lent
SEPTEMBRE . 1731. 272T
lent du nom de Pinot , (i) et donnent
réellement à ceux qui en usent , des forces
perseverantes et fermement inhérentes
. Accordons de grace speciale aux Vins
de Joigny d'être d'usage aux déj ûnez de
nos Courtisans, qui les ont reconnus suffisamment
apéritifs et proportionnez à
l'exercice qu'ils prennent. Permettons pareillement
à notre Grand Bouteillier de
nous en servir au même repas , avec deffenses
, sous peine de leze- Majesté , de
nous en présenter en d'autres temps , et
sur tout à l'heure du coucher de Phébus,
et lorsque Morphée vient nous inviter
au repos. Deffendons d'usurper le titre
de superiorité , à tous Vignobles dont les
Vins ne donnent que de ces forces passageres
, qu'on ne voit briller que durant
quelques jours , lesquels n'étant point éta-
Blis sur celui de notre Jus qui a le plus
de solidité , disparoissent aisément , s'évanoüissent
à la longueur du travail , et
font succomber les Champions qui en
usoient habituellement , par un aveu forcé
de leur foiblesse et de leur insuffisance.
(a) Le Pinot est une espece de Raisin noir,
qui fait le meilleur Vin. Les Comptes de la
Ville d'Auxerre pariant des Présens de Vin ,
faits aux Princes , specifient ordinairement
qu'ils sont de Vin de Pinet,
D Faisons
2122 MERCURE DE FRANCE
Faisons les mêmes deffenses et prohibitions
à tous Vignobles quelconques , dont
les Vins contiennent trop de ce Nitre fatal
aux intestins des Buveurs , comme
étant sujets à y causer une relaxation qui
devient sensible et deshonnorante , lorsqu'elle
concourt avec certains exercices du
corps au milieu des chaleurs de la Canicule.
(a)
Er sera notre presente Déclaration affichée
ès Carrefours de la Ville de Joigny
, à ce que nul n'en ignore , et publiée
chaque année esdits lieux aux jours
suivans , par Nous spécialement choisis ,
pour raisons à Nous connues ; sçavoir
en. Août le jour de la Consecration, des,
Autels de la Déesse Ops et de Cérès . (b)
Item. En Septembre , le jour de la Dé-
(a) Il est clair que Bacchus veut parler ici
de l'antiperistase qui éclatta à Auxerre les premiersjours
d'Août de l'an 1723. lorsque le Vin
de cette Ville commença à combattre la bile
formée delongue main dans le corps des Joueurs
de Paulme de Joigny..
(b) Bacchus parle ici suivant le Calendrier
des anciens Romains ; Les quatre jours qu'il
indique répondent au 10. Août , 14. Septembre
1. Octobre et 1. janvier , jours des quatre For-
RES deJoigny et par consequent de grand concours.
C'est celle du 10. Août qui est la cause
du choix qu'a fait Bacchus.
dicace
SEPTEMBRE. 1731. 2823
dicace du Temple de Jupiter Capitolin.
De plus , aux Calendes d'Octobre et de
Janvier. SI MANDONS à nos Baillifs.
et Sénechaux , &c.
Il n'est
pas
nécessaire , Messieurs , de
vous prier de rendre publique une Ordonnance
si juste et si équitable , et à laquelle
#outes les Langues les plus fines de Paris et
des Pays- Bas ne manqueront pas d'applandir.
J'aurois souhaité d'en trouver un plus
grand nombre de pareille nature dans ce
précieux in Folio , qui me fût communiqué
fort poliment par l' Archiviste du Dieu Bac
chus. Mais je me souviens que cette Ordonnance
étoit la seule dans son genre , et qu'après
elle le Volume n'en contenoit qu'une à
baquelle le Sceau venoit d'être mis tout recem
ment après la tenue des Etats Generaux. C'est
celle qui défend de planter de la Vigne dans
des endroits qui ne conviennent point à ce
Bois. Cette derniere Ordonnance vient d'être
heureusement notifiée dans le Royaume de
France par les Publications et Placards ordinaires
; et il faut esperer que l'on tiendra la
main à son observation.
Je suis & c. ce 12. Juillet 1731.
Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
J4y fait depuis peu , Messieurs
, un
voyage assezsubit et singulier.Fay visité
sans le secours d'aucun guide ni d'aucune
voiture, les Châteaux et les Palais des Dieuxdu
Paganisme. A ce langage , vous vous·
imaginez que mon voyage a dû être de longue
durée , et vous ne vous tromperiez pas,
SZ
SEPTEMBRE. 1731. 2107
si je l'eusse fait physiquement ; mais la verité
est que je n'ay voyagé qu'en esprit. Fe
n'ai point marqué sur mes Tablettes le jour
de mon départ ; je sçai seulement que je
commençai à parcourir tous ces Palais et
ces Châteaux un certain soir du mois de
Fevrier dernier, auquel les fumées du repas
ne m'incommodoient pas beaucoup , et j'ai
idée que le Soleil étoit déja pour lors dans
le Signe des Poissons . Quel qu'ait été mon
voyage , et qu'elle qu'en ait été la cause , me
voila heureusement de retour ; j'ai rapporté
avec moi certaines Ordonnancės assez curieuses
, que les Bibliothequaires de ces Palais,
plus complaisans et moins formalistes
que certains d'Italie , m'ont permis de transcrire
de dessus les Registres dont ils ont la
garde.
En parcourant le Recueil des Déclarations
du Dieu Bacchus , qui est écrit en belles
lettres d'or sur un Velin couleur de Pourpre,
grand in folio , j'en ai apperçû une qui m'a
frappé plus que toutes les autres. Je pense que
c'est l'avant derniere du volume. Sur le champ
j'en ai tiré une copie , avec la résolution de
m'en servir dans l'occasion. Cette occasion
s'est presentée , Messieurs , plutôt que je ne
Faurois crû ; car à peine étois-je un pew
remis de mon vryage spirituel vers le milieu
du mois de Mars , quun de mes amis m'en..
Cvj tendant
1108 MERCURE DE FRANCE
tendant plaindre à table d'un certain vin
clairet et leger que l'on m'avoit servi , tira
de sa poche le Mercure de Fevrier 1731-
et my fit voir à la page 271. un Ecrit que
j'ai reconnu à l'instant être celui que le Dieu
Bacchus a eù en vue de faire supprimer par
son Ordonnanoe. Je vous laisse à juger du
rapport que ces deux Pieces ont l'une avec
l'autre. J'en retranche une partie du préambule
qui est dans le style ordinaire des Sonverains
, et qui ne vous apprendroit autre
chose que les Provinces et les Seigneuries qui
composent le vaste Empire de cette Divinité.
ORDONNANCE du Dieu Bacchus,
donnée dans le Printemps dernier.
fils de Jupiter dit ......
Biber , Lycus , Lenæus , Osyris ,
Dionysus , &c. Jadis la Déesse de la Paix
accorda les differends qui s'étoient élevez
entre la Bourgogne et la Champagne , sur
la primauté du Fruit qui nous est consacré
dans l'étendue de ces deux Provinces
des Gaules ; il y avoit eû force procedures
écrites , mainte Poësie signifiée de part
et d'autre , Pourchot et Grenan , plaidans
pour la Bourgogne , et Coffin pour la
Champagne. (4) Cette bonne Déesse en-
(a) Voyez le Procès Poëtique , imprimé à Paris
an 1712. chez la veuve de Claude Thiboust .
fin
SEPTEMBRE 1731. 2109
in trouva le secret de les mettre tous
d'accord ; elle fit verser dans une grande
Couppe une quantité égale de vin de
Bourgogne et de Champagne , et soudain
ayant fait gouter de ce mêlange aux deux
Partis , ils mirent les armes bas , la Champagne
cedant l'honneur à la Bourgogne ,
dont le vin avoit dominé dans la Couppe
, en gout , en couleur et en force.
Aujourd'hui un Ecrivain récemment
formé sur le Rivage de l'Yonne , réveille
en quelque sorte ce Procès , qui avoit
été jugé définitivement. Il semble avoir
pour but dans son raisonnement de donner
gain de cause à la Champagne , essayant
de faire comprendre que des vins
tendres , peu colorez , de peu de durée ,
et qui de plus ont un goût de terroir ,
doivent aller de pair avec des vins qui
ent du corps , une couleur bien rosée ,
qui sont francs , bien - faisans , amis de
l'estomach , et dont la séve est fine en
même-temps qu'elle est mâle et vigoureuse.
Et ce qu'il y a encore de plus sur
prenant dans son procedé, c'est qu'il prétend
être bon Bourguignon , en écrivant,
comme il fait , en faveur de ces vins tendres
et délicats .
Ce trop zelé Partisan fait paroître sur
les rangs Joigny , petite Ville , qu'il lui
plaît
110 MERCURE DE FRANCE
plaît de placer dans notre Province de
Bourgogne , quoiqu'elle n'y soit point
comprise , suivant l'exacte Géographie de
notre Empire ; et après avoir égalé ses
vins à ceux de notre bonne et ancienne
Ville d'Auxerre , de tout temps renfermée
dans notre Cercle de Bourgogne ,
il pousse la prévention et l'audace jusqu'à
leur donner le dessus. Oubliant lui - même
d'où il est natif , et faisant semblant
de ne pas appercevoir que c'est l'amour
aveugle de sa Patrie qui le rend Auteur,
il va jusqu'à reprocher à notre zelé Analiste
d'Auxerre , duquel Mercure nous
a fait voir les Ecrits , de s'être trop étendu
par l'effet du même amour , à rapporter
les avantages de son Pays. Nous DECLARONS
que nous aimons tous nos fideles
Sujets ; mais nous devons aussi rendre.
justice à qui elle appartient , et réfuter
ce qui mérite de l'être. Sans nous arrê
ter à remarquer que l'Avocat des vins
de joigny pourroit avoir besoin de passer
quelques mois , tant sur le Parnasse
que
dans l'une de nos Universitez , pour
y apprendre à discerner les vins par la fréquentation
des personnages versez en cette
Scienće , et à ne pas prodiguer , comme
il fait , les Citations des Poëtes Latins
dont il abuse quelquefois. Nous disons.
>
qu'il
SEPTEMBRE. 1731. 21FT
qu'il paroît par son langage qu'il n'a jamais
vû de ses yeux ces Vignobles qui
sont si renommez dans nos Etats , qu'à
l'entendre raisonner il semble que jamais:
il n'est sorti des limites de son petit Ter--
ritoire , si ce n'est peut-être pour venir à
Auxerre considerer superficiellement la
situation des Côteaux .
Si ce jeune Ecrivain avoit voulu se détromper
serieusement et de bonne foi ,
ainsi que font tous ceux qui sont étroitement
attachez à notre service , il auroit
pû recourir à nos Papiers - Terriers de
Coulanges - les - Vineuses , à ceux de nos:
Vignobles d'autour de Beaune et des environs,
de Nuys , Volnay , Pomar , Chase
sagne , à ceux des climats du clos de Vougeot
, ( a ) Champbertin , Savigny , la
Romance les Serrieres proche Dijon
et les côtes de Chenove auprès de la
même Ville. Il y auroit appris par les
Declarations circonstanciées de nos féaux
et amez sujets qui peuplent ces cantons ,
que les Vignes qu'ils appellent des meilleurs
endroits et du produit le plus ex-
,
3-
( a ) Vougeot est un Village entre Dijon &
Nuys , où M. l'Abbé de Citeaux a un. Clos de
Vignes très- vaste et presque tout plat , lequel
cependant produit un Vin très- excellent , contre
la Maxime de l'Avocat des Vins de Joigny.
cellent
2111 MERCURE DE FRANCE
cellent , ne sont pas situées dans un territoire
dont l'extension soit comme perpendiculaire
du Ciel vers la Terre , ainsi
qu'il se figure par une idée bizarre , que
doivent être plantées les Vignes d'une
qualité superieure. Pour peu qu'il eût
jetté la vue sur les Cartes Topographiques
qui décorent les murs de nos sallons ,
il y eût appris que dans les côteaux de
Vignes , il y a la Region suprême , la
moyenne et l'inferieure ; que comme ce
n'est pas dans la region la plus basse , la
plus applanie ou la plus inondée que croît
le meilleur vin , ce n'est pas non plus
dans la Region la plus échauffée ou la
plus chauve , et pour parler humainement
, que ce n'est pas dans le plus roide
de la côte qu'on recueille ce Vin supe ♣
rieur et transcendant , mais que c'est dans
la naissance du plis des côteaux , parce
que c'est comme le lieu de concentration ,
tant des sucs choisis de la Terre , que de
la refléxion des rayons solaires . De- là
vient que dans la Capitale de Bourgogne ,
on appelle cet endroit Le Rognon de la Côte.
L'un de nos Geographes qui connoît jusqu'aux
moindres cantons de nos Etats ,
se donna autrefois la peine d'enluminer
de couleur rouge les endroits de ces Cartes
Topographiques , dont les Vignes
sont
SEPTEMBRE. 1731. 2113
•
sont dans la situation la plus heureuse
et dont le grain de terre est en même
temps le plus favorable.
Après l'exhibition qui nous a été faite
de ces Cartes , nous déclarons n'avoir apperçû
que quelques legers coups de pinceau
sur les côtes de Joigny , au lieu que
les climats des environs d'Auxerre sont
presque tous chargez de riches et nombreux
traits de ce pinceau décisif , qui
marquent que ce qui constituë radicalement
le bon vin , y est commun et ordinaire
, c'est-à - dire › que generalement
parlant , les Vignes d'autour notre bienaimée
Ville d'Auxerre sont dans une
و
bonne exposition et qu'elles naissent
dans un grain de terre qui n'est vitié ni
par des veines nitreuses ni par une superficie
sulfureuse. Ces coups de pinceau se
trouvent abondamment
marquez entre
autres Climats , sur ceux de la Chainette,
Migraine , Boivin , Clerion , qui sont au
Septentrion
et à l'Occident de la Ville ,
et sur plus de vingt autres qui sont au
levant et au midi de la même Ville , à
une demi - lieue , ou un peu plus de distance
, dont les productions
par une
licence que jusqu'ici nous avons tolerée ,
quoique contraire à la sincerité de notre
caractere , ne sont point distribuées dans
,
>
la
2114 MERCURE DE FRANCE
la Capitale des Gaules et plus loin , sous
d'autre nom que sous celui de Vin de
Coulanges .
En vain le zelateur des Vins de Joigny,
mal instruit du prix des Vins de notre
illustre Ville d'Auxerre , voudroit - il les
abaisser jusqu'à les mettre de Niveau avec
ceux de sa Patrie. Les Historiens de nos
Etats marquent dans leurs Annales Latines
, qu'en tout temps les Vins d'Autricum
Senonum se sont vendus le double ou
environ des Vins de Joviniacum : Et même
notre Controlleur General nous ayant
representé le Registre de l'Année courante
, nous y avons vû que le Vin de la
derniere récolte , que le Partisan vante
tant , a été débité à Auxerre , à un prix
une fois plus haut que celui du cru de
Joigny. ( a ) Nous ne croyons point qu'il
y ait mortel assez téméraire pour oser
s'inscrire en faux contre un témoignage
si authentique. On sçait que nous sommes
disposez à punir de peines très- séveres
les faussaires ou les faux témoins s'il
( a ) Les Vins du plus haut prix à Joigny
n'ont pas êté à 80. livres le Muid , au lieu qu'à
Auxerre ils ont été vendus 130. et 140. livres
quoique les Tonneaux ne soient pas plus grands ,
et qu'il y ait un plus grand éloignement de la
Ville de Paris.
s'en
SEPTEMBRE. 1731. 2215
s'en trouvoit sur nos Terres , et que nous
les condamnerions à user le reste de leurs
jours d'une boisson , qui n'est ni rare ni
délicieuse.
Si après le temps de l'Hyver il reste
peu de Vins dans notre Vignoble de Joigny
, il n'est pas besoin que nous en rapportions
ici la cause ; elle est connuë du
Bourgeois comme du Vigneron ; ils
avouent franchement l'un et l'autre que
leur liqueur est de peu de garde. Qui
pourroit après cela les blâmer de ce qu'ils
s'en défont promptement ? Deplus , leur
territoire n'est point de l'étenduë dont
est celui de notre bonne Ville d'Auxerre
ni fertile au même point. Il est notoire
par la simple confrontation des Inventaires
dressez par nos Inquisiteurs modernes
, ( a ) que les reservoirs soûterrains de
Joigny n'ont jamais eû l'honneur de contenir
dans leur capacité une quantité égale
à celle de nos reservoirs d'Auxerre.
Cette Ville qui est la clef de notre incomparable
Province de Bourgogne ,
jouit d'un Territoire si avantagé des bénignes
influences des autres Divinitez qui
nous sont amies , qu'avec la qualité du
( a ) On entend sous ce nom les Tabeliers qui
wont depuis peu dans les Caves , pour prendre
le nombre des Tonneaux pleins.
Raisin J
2118 MERCURE DE FRANCE
Raisin , il y en a toujours une quantité
qui excede celle du produit de Joigny.
Phoebus et Cybele semblent s'être accordez
à le combler de leurs bienfaits . Auxerre
a mille et mille côteaux renfermez
dans des sinuositez tortueuses qui regnent
en differens vallons ; et le Vignoble de
Joigny n'est, pour ainsi dire, qu'un simple
revers d'une ou de deux Montagnes , sur
lequel est arboré celui des Domaines du
Dieu Sylvain , que l'antiquité appelle
La Forêt d'Othe. Outre cela , par une justice
qui étoit dûë au Territoire d'Auxerre,
ancienne Cité Romaine , nous l'avons
aggrandi de diverses Colonies celebres
qui lui sont soumises à trois et quatre
lieuës vers la Region Australe , et qui le
regardent comme le chef- lieu .
د
Telles sont ces Colonies , dites Vineufes
par excellence ; tel est Irancy , Jussy
Ecouleves , la Palote &c. Joigny au contraire
, au rapport des Enquêteurs nos
Commissaires en cette Partie , n'est qu'un
simple Château qui sert de Rempart au
Territoire du Dieu Sylvain ci - dessus
nommé , autour duquel Château , l'on a
fait disparoître depuis fort peu de siécles ,
l'Arbre Favori des Druides Gaulois , pour
y planter de notre Bois tortu . Mais pour
çe faire , il a bien fallu de nécessité prendre
SEPTEMBRE . 1731 . 2117
dre le terrain tel qu'il s'est presenté , terrain
caustique , rempli de craye , de cailloux
enflâmez et petillans , terrain que
nous regardons comme une écume recuite
de la Bourbe qu'engendra sur plusieurs
Côtes de l'Univers le mêlange des Fleuves
et des Mers au siécle de Deucalion. C'est
ce qui fait que dans les années les plus favorisées
par Phoebus notre frere pour les
bons Vins , ceux de Joigny ont un goût
que les Mortels appellent fort à propos
goût de Terroir ; ne sont point francs ,
sentent le Tufou le Crayon ; et plus les
rayons de Phoebus ont été violemment
lancés , plus il est besoin de faire sur les
Cuves une salutaire injection d'une lymphe
benigne et temperative.
et
Le Vin de Joigny au rapport des mêmes
Enquêteurs , est non - seulement de
peu de durée
de durée , mais encore de difficile
transport dans les Pays éloignez ; ainsi
qu'il nous a paru par certaines Querimonies
inserées dans des Placets que les Députez
de ces Pays lointains nous ont presentez.
Ce Vin est tel , presque universellement
parlant , qu'il a de la peine à se
bien comporter jusqu'au signe de la Vierge
et de la Balance dans les années qu'il
est bon. Il a si peu de corps , au dire des
mêmes Commissaires , que la moindre
cau
2118 MERCURE DE FRANCE
eau suffit pour l'éteindre et l'amortir ; et
c'est mal à propos qu'on lui donneroit
l'épitette de Generofum. Quiconque veut
le garder chaste et sans alteration doit
>
و
mettre en pratique une espece de Paradoxe
, c'est-à- dire , qu'il faut nécessairement
qu'il le marie avec d'autre Vin ,
sinon sa propre vertu fait voir combien
d'elle-même elle est fragile et caduque.
Il est Capiteux , ajoutent- ils , à raison du
terrain brûlant qui le produit. C'est ce
qui fait que les Seps en sont si courts et
si petits qu'un simple fétu les soutient.
Deplus la Déesse Cybele et le Dieu Sylvain
ont certifié à nos Secretaires par plusieurs
de leurs Vassaux , qu'il est faux que
les habitans de la Colline Jovinienne ne
mettent rien dans leurs Vignes . Ils tirent
adroitement du Domaine voisin
appartenant au dieu Sylvain , une certaine
terre jaune qu'ils appellent du Lateux
dont ils sçavent imprégner leur
terrain blanchâtre pour en corriger le défaut,
si faire se pouvoit ; au lieu qu'Auxerre
n'a besoin ni de Lateux ni de Fumier :
Aussi n'avons nous permis d'y mettre du
Fumier dans certaines Vignes basses , qu'à
ceux de nos Vassaux , qui ont déclaré à
notre Chancelier,que ces héritages étoient
destinés à abreuver abondamment le Pay-
›
san
SEPTEMBRE 1731. 2119
-san apporteur de provisions , et à humecter
journellement le gosier du Laboureur
Artisan et de l'infatigable Vigneron : em
ploi qui est conforme à nos anciennes
Ordonnances , Registre premier.
Quant à la proposition par laquelle le
Panegyriste attribue à la vente du jus dont
nous daignons favoriser la côte de Joigny,
le nombre de mâles qu'il dit y surpasser
considerablement celui des femeles ; supposant
pour un moment la verité de son
calcul , nous disons que sa conclusion est
fausse , comme se trouvant absolument
détruite par l'experience dont les disciples
d'Hippocrate nous sont garants. Et
en nous servant de leur langage clair et
précis , nous ajoûtons qu'il prend pour
cause ce qui ne l'est pas. Ces habiles Scrutateurs
de l'origine du genre humain
admis dans notre Conseil , nous assurent
que communément, c'est en tous pays que
le nombre des mâles excede d'un peu celui
des femmes ; en quoi ils font remarquer la
sagesse du Conseil des Dieux , qui a prohibé
la Polygamie. Mais ce qu'ils observent
de plus , c'est que ce n'est pas
dans
quelques Villes de pays de Vignobles seulement
qu'on trouve le nombre de mâles
excéder notablement celui de l'autre sexe ;
ils ajoûtent que cela se rencontre aussi
dans
2120 MERCURE DE FRANCE
›
dans des Villes où le mauvais usage est
resté de ne dissoudre les Alimens et de
n'éteindre la soif qu'avec dujus de pomme,
ou avec une certaine eau bouillie , et même
dans des Pays , où par un effet de notre
colere , les Animaux raisonnables et
les irraisonnables usent d'une seule et même
boisson. Les Habitans des Ifles Britanniques
, bons connoisseurs, de notre Vin
de Bourgogne se sont donné la peine
de faire là - dessus des supputations qui
sont restées sans replique. ( a )
و
Toutes ces raisons pesées et murement
examinées , dans notre Conseil , les Hippocrates
et les Galiens de toutes les Nations,
duement appellez , et entendus, ensemble
les Echansons de tous les Dieux
nos Freres ; NOUS DECLARONS les Vins
de notre bonne Ville d'Auxerre à perpetuité
superieurs en qualité à ceux de
Joigny , ainsi qu'ils l'étoient par le passé
et qu'ils le sont actuellement . Voulons
en outre que l'on mette dans le même
rang de superiorité tous Vignobles dont
les Vins supportent la limphe , ct qui au
lieu de se laisser vaincre par ce foible
Element , le parfument du goût de la
celeste ambrosie , que les Mortels appel-
( a ) Lifez les Transactions Philosophiques ,
Du Journaux de l'Académie des Sciences de`
Londres.
lent
SEPTEMBRE . 1731. 272T
lent du nom de Pinot , (i) et donnent
réellement à ceux qui en usent , des forces
perseverantes et fermement inhérentes
. Accordons de grace speciale aux Vins
de Joigny d'être d'usage aux déj ûnez de
nos Courtisans, qui les ont reconnus suffisamment
apéritifs et proportionnez à
l'exercice qu'ils prennent. Permettons pareillement
à notre Grand Bouteillier de
nous en servir au même repas , avec deffenses
, sous peine de leze- Majesté , de
nous en présenter en d'autres temps , et
sur tout à l'heure du coucher de Phébus,
et lorsque Morphée vient nous inviter
au repos. Deffendons d'usurper le titre
de superiorité , à tous Vignobles dont les
Vins ne donnent que de ces forces passageres
, qu'on ne voit briller que durant
quelques jours , lesquels n'étant point éta-
Blis sur celui de notre Jus qui a le plus
de solidité , disparoissent aisément , s'évanoüissent
à la longueur du travail , et
font succomber les Champions qui en
usoient habituellement , par un aveu forcé
de leur foiblesse et de leur insuffisance.
(a) Le Pinot est une espece de Raisin noir,
qui fait le meilleur Vin. Les Comptes de la
Ville d'Auxerre pariant des Présens de Vin ,
faits aux Princes , specifient ordinairement
qu'ils sont de Vin de Pinet,
D Faisons
2122 MERCURE DE FRANCE
Faisons les mêmes deffenses et prohibitions
à tous Vignobles quelconques , dont
les Vins contiennent trop de ce Nitre fatal
aux intestins des Buveurs , comme
étant sujets à y causer une relaxation qui
devient sensible et deshonnorante , lorsqu'elle
concourt avec certains exercices du
corps au milieu des chaleurs de la Canicule.
(a)
Er sera notre presente Déclaration affichée
ès Carrefours de la Ville de Joigny
, à ce que nul n'en ignore , et publiée
chaque année esdits lieux aux jours
suivans , par Nous spécialement choisis ,
pour raisons à Nous connues ; sçavoir
en. Août le jour de la Consecration, des,
Autels de la Déesse Ops et de Cérès . (b)
Item. En Septembre , le jour de la Dé-
(a) Il est clair que Bacchus veut parler ici
de l'antiperistase qui éclatta à Auxerre les premiersjours
d'Août de l'an 1723. lorsque le Vin
de cette Ville commença à combattre la bile
formée delongue main dans le corps des Joueurs
de Paulme de Joigny..
(b) Bacchus parle ici suivant le Calendrier
des anciens Romains ; Les quatre jours qu'il
indique répondent au 10. Août , 14. Septembre
1. Octobre et 1. janvier , jours des quatre For-
RES deJoigny et par consequent de grand concours.
C'est celle du 10. Août qui est la cause
du choix qu'a fait Bacchus.
dicace
SEPTEMBRE. 1731. 2823
dicace du Temple de Jupiter Capitolin.
De plus , aux Calendes d'Octobre et de
Janvier. SI MANDONS à nos Baillifs.
et Sénechaux , &c.
Il n'est
pas
nécessaire , Messieurs , de
vous prier de rendre publique une Ordonnance
si juste et si équitable , et à laquelle
#outes les Langues les plus fines de Paris et
des Pays- Bas ne manqueront pas d'applandir.
J'aurois souhaité d'en trouver un plus
grand nombre de pareille nature dans ce
précieux in Folio , qui me fût communiqué
fort poliment par l' Archiviste du Dieu Bac
chus. Mais je me souviens que cette Ordonnance
étoit la seule dans son genre , et qu'après
elle le Volume n'en contenoit qu'une à
baquelle le Sceau venoit d'être mis tout recem
ment après la tenue des Etats Generaux. C'est
celle qui défend de planter de la Vigne dans
des endroits qui ne conviennent point à ce
Bois. Cette derniere Ordonnance vient d'être
heureusement notifiée dans le Royaume de
France par les Publications et Placards ordinaires
; et il faut esperer que l'on tiendra la
main à son observation.
Je suis & c. ce 12. Juillet 1731.
Fermer
Résumé : VOYAGE dans les Etats de Bacchus. Lettre écrite aux Auteurs du Mercure.
La lettre adressée aux auteurs du Mercure relate un voyage spirituel effectué par l'auteur dans les États de Bacchus en février 1731. Ce périple a permis à l'auteur de visiter les châteaux et palais des dieux du paganisme et de transcrire des ordonnances trouvées dans leurs bibliothèques. L'une de ces ordonnances, datée du printemps précédent, traite d'un ancien différend entre la Bourgogne et la Champagne concernant la primauté du vin. La déesse de la Paix avait tranché en faveur de la Bourgogne, dont le vin avait dominé dans un mélange testé par les deux parties. Un écrivain récent de l'Yonne a relancé ce débat en faveur des vins de Champagne, qualifiés de tendres et délicats, contrairement aux vins bourguignons, décrits comme ayant du corps et une couleur bien rosée. L'ordonnance de Bacchus réfute ces arguments, soulignant que les vins de Bourgogne proviennent de terroirs exceptionnels et sont reconnus pour leur qualité supérieure. Elle critique l'écrivain pour son manque de connaissance des vignobles bourguignons et son utilisation abusive des citations poétiques. L'ordonnance met en avant la supériorité des vins d'Auxerre et des environs, soutenue par des documents historiques et des inventaires modernes. Les vins de Joigny sont décrits comme de faible garde et produits dans des terroirs moins favorables. Ils ont un goût de terroir, sentent le tuf et le crayon, et sont de courte durée, s'altérant facilement même avant la fin de l'été. Leur faible corps les rend sensibles à l'eau, nécessitant souvent d'être mélangés avec d'autres vins pour éviter l'altération. Les vignerons de Joigny utilisent du 'lateux', une terre jaune tirée du domaine voisin, pour améliorer leur terroir. En revanche, les vins d'Auxerre n'ont pas besoin de tels amendements et sont jugés supérieurs en qualité. Ils sont reconnus pour leur solidité et leur capacité à résister à l'eau. Les vins de Joigny sont autorisés pour les déjeuners des courtisans mais interdits à d'autres moments. Le texte se conclut par des instructions pour afficher et publier ces déclarations à Joigny à des dates spécifiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
886
p. 2124-2126
A Me C*** Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit son Mari.
Début :
Jeune C *** vous exigés [...]
Mots clefs :
Honneur, Muse, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Me C*** Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit son Mari.
A Mc C ***
Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit
fon Mari.
J
Eune C *** vous exigés
Qu'à votre honneur ma Muse rime
Hélas ! à quoi vous m'engagez !
Vous avez un droit légitime
Sur l'Encens du sacré Vallon ;
Je le sçai fort bien , les Catules ,
Les Ovides et les Tibules ,
Solliciteroient Apollon
Pour obtenir la préférence
Qu'à ma veine vous accordez ;
J'en ai de la reconnoissance ,
Plus que vous ne m'en demandez ,
Mais réfléchissez-y , ma chere ,
Me sieroit-il à moi de faire
Le Portrait de ces doux appas
Qui sçavent fixer sur vos pas
L'Amour quittant pour vous sa Mere ?
Me sieroit-il pareillement
De craioner votre enjoument,
Cette humeur folichone et vive
Que suit toujours l'Amusement ,
Sans
SEPTEMBRE 1731. 2125
Sans que jamais l'ennui le suive
Si j'avois fait un tel Tableau
D'abord les Plaisans de Cithere
Apostrophans de mon Pinceau
La complaisance débonnaire
D'un Brevet ou d'un Petpouri ,
( Calotinique Récompense )
Auroient pour moi fait la Dépense ;
Sur-tout Amour auroit bien ri,
En s'écriant , ho ! la bonne ame !
Il fait l'Eloge de sa femme !
Est-ce là l'Emploi d'un Mari ›
Ce n'est son fait que la louange ;
Abandonne ce ton étrange ;
L'Hymen n'est pas Complimenteur.
Quand par hazard peu vrai-semblable ,
Un Epoux , rare Adorateur ,,
Ose vanter sa femme aimable ,
Er persuade l'Auditeur ,
C'est lui que
par notre Orateur
De son récit déraisonnable
Est bien-tôt justement puni.
Le Roi ( * ) GANDAULE en a fourni
Un Exemple assez mémorable.
Et nous apprend qu'il faut céler "'
* Candaule , Roi impudent. Ilperdit le Throne
et la vie , pour avoir fait voir dans le Bain la
Reine sa femme à un Seigneur de sa Cour , qui
en devint amoureux,
Diij
Un
2126 MERCURE DE FRANCE
; Un bonheur souvent rédoutable
Oui , plus l'Epouse est adorable
Et moins l'Epoux en doit parler.
Lá Maxime est sage et discrete ,
Si tu la suis exactement ,
Tu vas garder parfaitement
Un silence d'Anacorette.
Renguaine donc ton compliment :
Ta moitié doit être éxaltéc
Par la Plume de quelque Amant
Qui s'en acquite galament ; ..... 2
Que la Belle sera fêtée ,
Si tous les coeurs qu'elle a surpris
De ses Attraits chantent le prix !
Pour elle tu verras éclore
Plus de Vers qu'à Petrarque épris
Je n'en ai dictés pour sa ( * ) Laure.
* Laure , Beauté mille et mille fois célébrés
dans les Sonnets de Petrarque.
Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit
fon Mari.
J
Eune C *** vous exigés
Qu'à votre honneur ma Muse rime
Hélas ! à quoi vous m'engagez !
Vous avez un droit légitime
Sur l'Encens du sacré Vallon ;
Je le sçai fort bien , les Catules ,
Les Ovides et les Tibules ,
Solliciteroient Apollon
Pour obtenir la préférence
Qu'à ma veine vous accordez ;
J'en ai de la reconnoissance ,
Plus que vous ne m'en demandez ,
Mais réfléchissez-y , ma chere ,
Me sieroit-il à moi de faire
Le Portrait de ces doux appas
Qui sçavent fixer sur vos pas
L'Amour quittant pour vous sa Mere ?
Me sieroit-il pareillement
De craioner votre enjoument,
Cette humeur folichone et vive
Que suit toujours l'Amusement ,
Sans
SEPTEMBRE 1731. 2125
Sans que jamais l'ennui le suive
Si j'avois fait un tel Tableau
D'abord les Plaisans de Cithere
Apostrophans de mon Pinceau
La complaisance débonnaire
D'un Brevet ou d'un Petpouri ,
( Calotinique Récompense )
Auroient pour moi fait la Dépense ;
Sur-tout Amour auroit bien ri,
En s'écriant , ho ! la bonne ame !
Il fait l'Eloge de sa femme !
Est-ce là l'Emploi d'un Mari ›
Ce n'est son fait que la louange ;
Abandonne ce ton étrange ;
L'Hymen n'est pas Complimenteur.
Quand par hazard peu vrai-semblable ,
Un Epoux , rare Adorateur ,,
Ose vanter sa femme aimable ,
Er persuade l'Auditeur ,
C'est lui que
par notre Orateur
De son récit déraisonnable
Est bien-tôt justement puni.
Le Roi ( * ) GANDAULE en a fourni
Un Exemple assez mémorable.
Et nous apprend qu'il faut céler "'
* Candaule , Roi impudent. Ilperdit le Throne
et la vie , pour avoir fait voir dans le Bain la
Reine sa femme à un Seigneur de sa Cour , qui
en devint amoureux,
Diij
Un
2126 MERCURE DE FRANCE
; Un bonheur souvent rédoutable
Oui , plus l'Epouse est adorable
Et moins l'Epoux en doit parler.
Lá Maxime est sage et discrete ,
Si tu la suis exactement ,
Tu vas garder parfaitement
Un silence d'Anacorette.
Renguaine donc ton compliment :
Ta moitié doit être éxaltéc
Par la Plume de quelque Amant
Qui s'en acquite galament ; ..... 2
Que la Belle sera fêtée ,
Si tous les coeurs qu'elle a surpris
De ses Attraits chantent le prix !
Pour elle tu verras éclore
Plus de Vers qu'à Petrarque épris
Je n'en ai dictés pour sa ( * ) Laure.
* Laure , Beauté mille et mille fois célébrés
dans les Sonnets de Petrarque.
Fermer
Résumé : A Me C*** Par un Ami qui en plaisantant elle appelloit son Mari.
Dans une lettre poétique adressée à une femme surnommée 'Mc C ***', l'auteur exprime sa gratitude pour la préférence qu'elle lui accorde, la comparant à la reconnaissance que les grands poètes classiques sollicitaient d'Apollon. Il hésite à décrire les charmes de cette femme, craignant que cela ne soit inapproprié pour un mari. Il évoque les risques de moqueries et de réprimandes, notamment celle de l'Amour, qui pourrait trouver étrange qu'un mari loue sa femme. L'auteur cite l'exemple de Candaule, un roi qui perdit son trône et sa vie pour avoir montré sa femme nue à un seigneur de sa cour. Il conclut que plus une épouse est admirable, moins son époux doit en parler. Il conseille à l'époux de laisser à un amant le soin de célébrer les mérites de sa femme, afin qu'elle soit fêtée par tous les cœurs qu'elle a conquis. Il compare cette situation à celle de Pétrarque, qui écrivit de nombreux sonnets pour Laure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
887
p. 2145-2150
ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
Début :
Parois, aimable Avant-couriere [...]
Mots clefs :
Carrière, Ténèbres, Nuit, Aurore, Rayons du soleil, Astre, Fantômes, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
CODE
l'honneur de
l'Immaculée
Conception de
ia sainte Vierge , laquelle a remporté le
dernier Prix du
PALINOD , à Caen .
Le sujet allegorique est l'Etoile du matin,
nommée Lucifer , Phosphore ou Venus.
Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux,
Parois, aimable Avant- couriere
Du Dieu dont juttends la faveur ,
Guide mes pas dans la carriere ,
Où m'appelle aujourd'hui l'honneur
Bannis ces épaises tenebres
E Dont
2146 MERCURE DE FRANCE
Dont me couvrent les temps funebres ,
Et de la nuit et du sommeil ,
Je veux dès les traits de l'Aurore ,
Faire un Tableau qui brille encore
Aux plus beaux rayons du Soleil.
Pour montrer l'heureux assemblage ,
Des biens que cet Astre produit ,
Muse , peins- moi l'affreuse image ,
Des horreurs qu'enfante la Nuit . (a)
Quand une fois ses tristes voiles ,
Nous cachant le front des Etoiles ,
Privent nos yeux du plus grand bien ;
On ne voit plus que vains phantômes ,
Qu'abîmes creux , que noirs atômes
( Parlons plus juste , ) on ne voit rien.
>
Les Citez , les Bourgs , les Campagnes ,
Durant ce temps perdent leurs noms ;
L'orgueilleux sommer des Montagnes ,
S'abaissé au niveau des Vallons;
On voit languir dans la tristesse , (b )
Dans le silence et la paresse ,
L'homme , la Brute et les Oiseaux ,
Et parmi cette erreur profonde ,
(a ) Cette Nuit est la figure de la Loi Judaïque,
(b)L'état du peché.
Од
SEPTEMBRE. 1731 2147,
On croiroit que déja le Monde ,
Rentre dans son premier cahos.
Mais quoi ! Venus brillante et pure ,
Perce la sombre obscurité ;
Son aspect (a) rend à la Nature ,
L'espoir , la joye et la Clarté
Telle qu'un Captif miserable,
Quand il voit la main secourable ;
Qui vient l'affranchir de ses fers ;
La Troupe des Mortels plaintive ,
Se ranime à la splen deur vive ,
Qu'offre cet Astre à l'Univers.
, Sa lumiere active et perçante
Eclaircit les objets confus ,
La Terre obscure et languissante ,
Recouvre ses honneurs perdus.
Avec les brouillards homicides ,
Je vois fuir cent Spectres livides ,
Monstrueux (6) Enfans de la Nuit ;
Venus éclairant ces lieux sombres ,
Fait succeder aux pâles Ombres ,
Les traits du Soleil qui la suit.
(a) Commencement de la Loi de Grate.
(b) Tenebres du peché dissipées par la Naissance
de J. C,
E ij
Grand
2148 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu quel ravissant Spectacle ,
De tous côtez s'offre à mes yeux !
On diroit qu'un second Miracle , (a)
Reproduit la Terre et les Cieux.
Les Forteresses se découvrent ,
Les Champs , les Prez , les Forêts s'ouvrent
Et semblent sortir du Tombeau;
Les Beautez du Monde paroissent :
Les Fleurs et les Plantes renaissent ,
Tout brille d'un éclat nouveau.
C'est cet Astre dont la presence ;
Annonce aux Mortels le réveil
Frappé par les rayons qu'il lance ;
L'Artisan s'arrache au sommeil ,
Le Berger plein d'un nouveau zele ,
Suit ce flambeau qui le rappelle ,
Et conduit ses Troupeaux aux champs į
Son coeur dans la Plaine fleurie ,
A son Etoile (b) si chérie ,
Consacre et ses voeux et ses chants.
Qu'entends-je au fond de ces Bocages a
Le charmant Concert ( e) des Oiseaux ,
.
J.
(a) Effets de la Loi de Grace.
(b) Le culte de Marie.
(c) Pays Etrangers convertis
SEPTEMBRE. 1731. 2149
Qui joignent leurs tendres ramages ,
Au son joyeux des Chalumeaux ;
Sinistres amis des tenebres >
Hibous , (a) portez vos cris funebres ;
Loin de ce fortuné séjour.
Et vous , Tigres , Loups et Panthéres ,
Cherchez dans vos affreux Repaires ,
Un azile contre le jour.
J'abhorre ces dangereux Astres ,
Dont les trop cuisantes chaleurs
Causent de si fréquens desastres ,
9.
Aux Moissons , aux Plantes , aux Fleu
Loin d'ici l'âpre Canicule ,
Qui perd , qui consume , qui brule ,
Du Vigneron les doux souhaits.
Par de plus molles influences ,
Phosphore (b ) échauffe les semences;
Et répand par tout ses bienfaits.
ALLUSION.
L'Auguste Vierge toûjours pure ,
Dans un siecle d'iniquité ,
Vint ainsi rendre à la Nature ,
L'allegresse et la liberté.
(a) Puissances Infernales détruites.
(b) Douceur de la Grace.
E iij
Le
2150 MERCURE DE , FRANCE
Le crime avoit plongé le Monde ,
'Dans l'horreur d'une nuit profonde ,
Le Ciel n'offroit que des éclairs ;
Mais cet Astre aux Mortels propice
Produit un Soleil de justice >
Qui rend l'éclat à l'Univers.
REMERCIEMENT à M. de Luyur ,
Evêque de Bayeux , Juge du Puy.
Prélat , soutien des Arts , ainsi que de la Foy
Mon front brilla jadis sous la même Courome;
Mais ce docte Laurier, qu'aujourd'hui je reçois ,
Tire un éclat nouveau de la main qui la donne,
HEURTAUL D.
l'honneur de
l'Immaculée
Conception de
ia sainte Vierge , laquelle a remporté le
dernier Prix du
PALINOD , à Caen .
Le sujet allegorique est l'Etoile du matin,
nommée Lucifer , Phosphore ou Venus.
Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux,
Parois, aimable Avant- couriere
Du Dieu dont juttends la faveur ,
Guide mes pas dans la carriere ,
Où m'appelle aujourd'hui l'honneur
Bannis ces épaises tenebres
E Dont
2146 MERCURE DE FRANCE
Dont me couvrent les temps funebres ,
Et de la nuit et du sommeil ,
Je veux dès les traits de l'Aurore ,
Faire un Tableau qui brille encore
Aux plus beaux rayons du Soleil.
Pour montrer l'heureux assemblage ,
Des biens que cet Astre produit ,
Muse , peins- moi l'affreuse image ,
Des horreurs qu'enfante la Nuit . (a)
Quand une fois ses tristes voiles ,
Nous cachant le front des Etoiles ,
Privent nos yeux du plus grand bien ;
On ne voit plus que vains phantômes ,
Qu'abîmes creux , que noirs atômes
( Parlons plus juste , ) on ne voit rien.
>
Les Citez , les Bourgs , les Campagnes ,
Durant ce temps perdent leurs noms ;
L'orgueilleux sommer des Montagnes ,
S'abaissé au niveau des Vallons;
On voit languir dans la tristesse , (b )
Dans le silence et la paresse ,
L'homme , la Brute et les Oiseaux ,
Et parmi cette erreur profonde ,
(a ) Cette Nuit est la figure de la Loi Judaïque,
(b)L'état du peché.
Од
SEPTEMBRE. 1731 2147,
On croiroit que déja le Monde ,
Rentre dans son premier cahos.
Mais quoi ! Venus brillante et pure ,
Perce la sombre obscurité ;
Son aspect (a) rend à la Nature ,
L'espoir , la joye et la Clarté
Telle qu'un Captif miserable,
Quand il voit la main secourable ;
Qui vient l'affranchir de ses fers ;
La Troupe des Mortels plaintive ,
Se ranime à la splen deur vive ,
Qu'offre cet Astre à l'Univers.
, Sa lumiere active et perçante
Eclaircit les objets confus ,
La Terre obscure et languissante ,
Recouvre ses honneurs perdus.
Avec les brouillards homicides ,
Je vois fuir cent Spectres livides ,
Monstrueux (6) Enfans de la Nuit ;
Venus éclairant ces lieux sombres ,
Fait succeder aux pâles Ombres ,
Les traits du Soleil qui la suit.
(a) Commencement de la Loi de Grate.
(b) Tenebres du peché dissipées par la Naissance
de J. C,
E ij
Grand
2148 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu quel ravissant Spectacle ,
De tous côtez s'offre à mes yeux !
On diroit qu'un second Miracle , (a)
Reproduit la Terre et les Cieux.
Les Forteresses se découvrent ,
Les Champs , les Prez , les Forêts s'ouvrent
Et semblent sortir du Tombeau;
Les Beautez du Monde paroissent :
Les Fleurs et les Plantes renaissent ,
Tout brille d'un éclat nouveau.
C'est cet Astre dont la presence ;
Annonce aux Mortels le réveil
Frappé par les rayons qu'il lance ;
L'Artisan s'arrache au sommeil ,
Le Berger plein d'un nouveau zele ,
Suit ce flambeau qui le rappelle ,
Et conduit ses Troupeaux aux champs į
Son coeur dans la Plaine fleurie ,
A son Etoile (b) si chérie ,
Consacre et ses voeux et ses chants.
Qu'entends-je au fond de ces Bocages a
Le charmant Concert ( e) des Oiseaux ,
.
J.
(a) Effets de la Loi de Grace.
(b) Le culte de Marie.
(c) Pays Etrangers convertis
SEPTEMBRE. 1731. 2149
Qui joignent leurs tendres ramages ,
Au son joyeux des Chalumeaux ;
Sinistres amis des tenebres >
Hibous , (a) portez vos cris funebres ;
Loin de ce fortuné séjour.
Et vous , Tigres , Loups et Panthéres ,
Cherchez dans vos affreux Repaires ,
Un azile contre le jour.
J'abhorre ces dangereux Astres ,
Dont les trop cuisantes chaleurs
Causent de si fréquens desastres ,
9.
Aux Moissons , aux Plantes , aux Fleu
Loin d'ici l'âpre Canicule ,
Qui perd , qui consume , qui brule ,
Du Vigneron les doux souhaits.
Par de plus molles influences ,
Phosphore (b ) échauffe les semences;
Et répand par tout ses bienfaits.
ALLUSION.
L'Auguste Vierge toûjours pure ,
Dans un siecle d'iniquité ,
Vint ainsi rendre à la Nature ,
L'allegresse et la liberté.
(a) Puissances Infernales détruites.
(b) Douceur de la Grace.
E iij
Le
2150 MERCURE DE , FRANCE
Le crime avoit plongé le Monde ,
'Dans l'horreur d'une nuit profonde ,
Le Ciel n'offroit que des éclairs ;
Mais cet Astre aux Mortels propice
Produit un Soleil de justice >
Qui rend l'éclat à l'Univers.
REMERCIEMENT à M. de Luyur ,
Evêque de Bayeux , Juge du Puy.
Prélat , soutien des Arts , ainsi que de la Foy
Mon front brilla jadis sous la même Courome;
Mais ce docte Laurier, qu'aujourd'hui je reçois ,
Tire un éclat nouveau de la main qui la donne,
HEURTAUL D.
Fermer
Résumé : ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
Le poème célébrant l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, lauréat du dernier Prix du Palinod à Caen, utilise l'Étoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Vénus, comme sujet allégorique. Il oppose la nuit, symbolisant la Loi judaïque et l'état du péché, à l'aube, représentant la Loi de Grâce et la naissance de Jésus-Christ. La nuit est décrite comme une période de ténèbres où les villes, les campagnes et les montagnes perdent leurs noms et leur splendeur, et où les êtres vivants sont plongés dans la tristesse et la paresse. L'arrivée de Vénus, symbole de la grâce divine, dissipe ces ténèbres. Elle redonne espoir, joie et clarté à la nature et aux hommes, qui se raniment à sa lumière. Le poème décrit ensuite la transformation du monde à l'aube, avec les forteresses, les champs et les forêts qui se découvrent et renaissent. Les artisans et les bergers se lèvent, et les oiseaux chantent joyeusement. Le poème se termine par une allusion à la Vierge Marie, qui a rendu à la nature l'allégresse et la liberté dans un siècle d'iniquité. Le crime avait plongé le monde dans une nuit profonde, mais l'Astre propice, symbolisant la justice divine, a produit un soleil de justice qui rend l'éclat à l'univers. Le texte se conclut par un remerciement à M. de Luyur, évêque de Bayeux et juge du Puy, pour son soutien aux arts et à la foi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
888
p. 2179-2190
Oeuvres de M. Dufresni. [titre d'après la table]
Début :
OEUVRES de M. Charles Riviere du Fresni. A Paris, rue St. Jacques, chez [...]
Mots clefs :
Théâtre, Musique, Jardinage, Plaisir, Volupté, Libertinage, Peinture, Sculpture, Chansons, Imagination, Charles Dufresny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de M. Dufresni. [titre d'après la table]
OEUVRES de M, Charles Riviere d
Fresnil A Paris , rue St. Jacques: che
Fvi Briase
2180 MERCURE DE FRANCE
Briasson , 1731. 6. vol. in 12. prix 15.
liv..relié.
On voit à la tête un Portrait fort ressemblant
de l'Auteur , gravé par François .
Jollain , d'après le Tableau original de M..
Ch. Coypel ; et dans un Avertissement de
37. pages , l'Editeur donne cette idée du
caractere de feu M. du Fresni .
-C
il
il ne
En donnant simplement l'essor à son
Imagination , naturellement tournée à la
gayeté et aux idées singulieres gagna
les bonnes graces du feu Roi , et se trouva
comblé de ses bienfaits , qui , joints à son
bien de patrimoine , rendirent bien -tôt sa
situation opulante ; mais son goût pour la
dépense , l'empêcha de la rendre solide.
Comme il étoit né sans ambition
désiroit les richesses que pour satisfaire
aux; commoditez de la vie , ( car il n'en
avoit pas encore connu les besoins ; ) il:
aimoit le plaisir comme volupté et non
comme libertinage ; une table délicate et
des amis choisis étoient les choses qui le
flattoient le plus . Il avoit reçu de la natu
re beaucoup de goût pour tous les Arts ;;
Peinture , Sculpture , Architecture , Jar
dinage , tous sembloient lui être familiers :
par les jugemens justes qu'il portoit de
leurs productions.
Outre le goût pour les Arts , il avoit
encore
SEPTEMBRE. 173 218
1
encore un talent naturel et particulier
pour la Musique et pour le Dessein ; quoi--
que les principes de l'un et de l'autre n'eussent
point fait partie de son éducation , ill
a néanmoins produit dans ces deux genres
des choses inimitables. Les airs de ses
chansons de caractere en sont une preuve
convainquante ; car il n'y a pas un de ces:
airs qui ne soit de sa composition : mais
ce que l'on ne peut transmettre , c'est l'intelligence
et le goût avec lesquels il les
chantoit. Il est vrai que la fecondité deson
genie lui en faisoit varier les chants
toutes les fois qu'on l'engageoit à les exe--
cuter ; ce qui souvent lui déplaisoit , etsur-
tout lorsqu'on le loiioit sur un talent:
qu'il regardoit comme fört inferieur aux:
autres. Il est cependant facheux qu'il nous
reste si peu de ses chansons , puisqu'il
convient lui -même dans un de ses Mercures
, d'en avoir fait plus de cent.
Il n'étoit pas moins surprenant du côté
du Dessein , que du côté de la Musique s
il n'avoit , il est vrai , aucune pratique du
crayon , du pinceau ni de la plume ; mais
il s'étoit fait à lui- même un équivalent de
tout cela , en prenant dans differentes Es
tampes des parties d'homme , d'animaux,.
de plantes ou d'arbres qu'il découpoit , et
dont il formoit un sujet dessiné seulement
dans;
T82 MERCURE DE FRANCE
dans son imagination ; il les disposoit et
les colloit les unes auprès des autres , selon
que le sujet le demandoit : il lui arrivoit
même de changer l'expression des
têtes , qui ne convenoit pas à son idée, en
supprimant les yeux , la bouche , le nez
et les autres parties du visage , et y en
fubstituant d'autres qui étoient propres à
exprimer la passion qu'il vouloit peindre ;
tant il étoit sûr du jeu de ces parties pour
Feffet qu'il en attendoit. Mais ce qu'il y a
d'étonnant , c'est que cet assemblage de
pieces rapportées , en apparence , au hazard
et sans esquisse , formoit un tout
agréable , dont l'incorrection de Dessein
n'étoit sensible qu'à des yeux connoise
seurs.
Quelques séduisans que fussent pour lui
ees deux talens , ils ne prévaloient pas au
goût dominant qu'il avoit pour l'art de
construire des Jardins. Il avoit pour cet
Art un genie singulier , mais nullement
susceptible de comparaison avec celui dés
grands hommes que nous avons eû , et
que nous avons encore dans ce genre. Dufreny
ne travailloit avec plaisir , et pour
ainsi dire , à l'aise , que sur un terrain irregulier
et inégal .. If lui falloit des obstar
cles à vaincre , et quand la nature ne lui
en fournissoit pas , il s'en donnoit luimême,
SEPTEMBRE. 173. 28
même ; c'est-à dire que d'un emplacement
regulier , et d'un terrain plat , il en faisoit
un montueux ; afin de varier , disoit
il , les objets en les multipliant , et se garantir
des vûës voisines , en leur oppo
sant des élevations de terre , qui servoient
en même temps de Belveders. Tels étoient
les jardins de Mignaux près Poissy ; es
tels sont encore ceux qu'ils a faits dans le
Faubourg S. Antoine , pendant les dix
dernieres années de sa vie , dont l'un est
connu sous le nom du Moulin , et l'autre
qu'il appelloit le chemin creux. Tout le
monde connoit aussi la maison et les jardins
de M. l'Abbé Pajot près de Vincennes
; par là on peut juger du goût et du
genie de Dufreny dans ce genre.
Louis XIV. ayant pris la résolution de
faire faire à Versailles des Jardins dont la
grandeur et la magnificence surpassassent
tout ce qu'on avoit vû et même imaginé
jusqu'alors , lui demanda des Desseins..
Dufreny en fit deux differens ; ce Prince
les examina et les compara avec ceux
qu'on lui avoit presentez ; Il en parut
content , et ne les refusa que par l'exces--
sive dépense dans laquelle l'exécution
l'auroit engagé . Ce Monarque qui aimoit
les Arts , et qui les avoit portez à leurplus
haut degré de perfection par les :
›
tecome
2184 MERCURE DE FRANCE
recompenses dont il prévenoit ceux qu'i
s'y distinguoient , accorda à Dufreny un
Brevet de Contrôleur de ses Jardins . Peu
de temps après il obtint encore de Sa Majesté
le Privilege d'une nouvelle Manufac
ture de grandes Glaces que l'on proposoit
d'établir , et dont le succès a passé de beau--
Coup ce qu'on en attendoit.
›
Si Dufreny avoit été capable de prévoir
l'avenir , il auroit senti la valeur du
don que le Roy lui avoit fait mais sa
maniere de penser ne lui läissoit jamais
imaginer le lendemain ; le present étoit
son seul point de vûë , et faisoit son bon-
Keur ou son malheur desorte que pressé
de satisfaire à quelques caprices, qui en lui:
étoient aussi, forts que des besoins , il ceda
le Privilege des Glaces pour une somme
assez modique , &c. M. Dufreny ayant
ensuite vendu sa charge et quitté la Cour,
se fixa à Paris , et les liaisons étroites qu'il!
eut avec Renard , Philosophe voluptueux
comme lui , et celebre Auteur comique
déveloperent les talens qu'ils avoient pour
le Theatre. La Comedie Italienne fleuris- _
soit alors ; et les Acteurs qui la compo
soient avoient surmonté les difficultezz
d'une langue étrangere. Leurs Pieces
étoient presque entierement françoises ;
d'etoit la mode de fréquenter ce Theatre ,
est
SEPTEMBRE. 173. 2185
et par conséquent les Auteurs y portoient
leurs ouvrages par préference.
Des Pieces sans regles et sans conduite
mais lucratives , convenoient parfaite
ment à Dufreny ; car, à dire vray , son genie
étoit plus propre à produire des Scenes.
détachées , qu'à bien conduire une Comedie.
En effet , n'auroit-il pas été étonnant ,
qu'un homme qui avoit eû si peu de conduite
dans le cours de sa vie , en eût mis
beaucoup dans ses Pieces de Theatre.
C'est aussi le seul défaut qu'on puisse
lui reprocher à cet égard. D'ailleurs on
y trouve des caracteres bien peints et bien
soutenus , un Dialogue juste et concis
un Comique pris dans la pensée , et rarement
jouant sur le mot ; des portraits ,
critiques sans être satyriques ; et dans
tout une vivacité de genie qui lui prom
pre. Tel on dépeint Dufreny dans ses ouvrages
,.
tel il étoit avec ses amis ; c'està-
dire , aimable sans médisance , et plai..
sant sans raillerie piquante ; aussi disoitil
; Qu'on est plus excusable de ne pas penser
juste , que de penser malignement.
Ce que j'ai dit à l'égard des Comedies.
de nôtre Auteur , poursuit l'Editeur , regarde
principalement celles qu'il a données
au Theatre François ; car il regnoit
sur celui des Italiens un goût de satyre et
d'équi
2186 MERCURE DE FRANCE
d'équivoque auquel il falloit nécessaire
ment se préter pour reüssir.
Après a suppression de leur Theatre ,
notre Auteur travailla pour celui des
François les Pieces qu'il y donna , n’eurent
pas tout le succès qu'il en esperoit ;
et il ne pouvoit compter de veritables
succès que ceux du double. Veuvage et de
P'Esprit de Contradiction ; encore cette der
niere qui passe pour un chef - d'oeuvre
dans son genre , eût- elle le sort de quel
ques -unes de nos anciennes Pieces , qui
font cependant aujourd'huy les délices
du Public
M. Dufreny avoit été marié deux fois.
Distrait par l'application involontaire de
son esprit à ses compositions qui le sui
voient par tout , il lui auroit été fort difficile
de se livrer aux soins d'une famille.
Il le sentoit bien ; et peut-être étoit - ce
pour s'en dispenser entierement qu'il
avoit imaginé d'avoir en même temps 3.
ou 4. logemens dans differens quartiers de
Paris ; et qu'il les quittoit dès qu'il soupçonnoit
d'y être connu de ceux avec les
quels il ne vouloit point avoir de commerce
, & c.
A sa mort , arrivée le 6. Octobre 1724.
en la 7 me. année de son âge , ses sentimans
de pieté et de resignation furent i
sin
SEPTEMBRE. 1731. 2187
sinceres , qu'il consentit, à la sollicitation
des deux enfans qu'il avoit eû de son premier
mariage , que l'on brûlât tous ses
ouvrages , le seul bien qui lui restoit alors .
C'étoit une seconde partie des Amusemens
serieux et comiques , les Vapeurs , Comedie
en un Acte , qu'il avoit lûës à tous ses
amis , et dont ils ne se rappellent le souvenir
qu'avec regret ; La Joueuse , qu'il
avoit mise en vers ; le Superstitieux , et le
Valet-Maître , Comedies en cinq Actes ,
presque finies , de même
que l'Epreuve
en trois Actes , avec des Intermedes qu'il
comptoit donner incessamment au Public.
Si jamais ouvrages de Theatre devoient
être épargnés , c'étoient ceux de notre
Auteur par la pureté des moeurs qui y regnoit
; mais ce zéle pour lequel le seul
nom de Comedie est un crime , et celui
de Theatre une profanation , en ordonna
autrement ; Scenes détachées , canevas da
Pieces , Refléxions , Ouvrages même de
ses mains ; tout fût mis en cendre , & c . >
On ne peut donc donner qu'un recueil
le plus complet qu'il a été possible de ses
oeuvres déja imprimées , mais , ou malimprimées
, ou devenuës rares ; on y a
ajoûté tout ce qu'on a jugé être de lui
dans les Mercures , comme Paralleles ,
Dissertations ou Examens critiques ,
›
His2188
MERCURE DE FRANCE
Historietes nouvelles et Chansons dong
on a toûjours désiré d'avoir une suite. I
est vrai que ce qui enrichir le plus cette
édition , ce sont trois Comedies , qui n'avoient
jamais été imprimées , et dont une
n'avoit pas encore été répresentée . Ces
trois Pieces sont la Malade sans maladie
La Joueuse , en Prose , et le faux Sincere.
On est redevable des deux premieres à
générosité des Comediens François ,
qui possedoient dans leur dépôt les seuls
Manuscrits qui existassent de ces deux
Pieces , et qui ont bien voulu les abandonner
à l'impression ; ils ont fait même
toutes les recherches possibles pour l'aug
menter encore de trois autres Pieces , intitulées
: Sancho Pansa en trois Actes ;
le Portrait , en un Acte , et les Dominos ,
aussi en un Acte ; mais malgré tous les
soins qu'ils se sont donnez , ils n'ont pû
les recouvrer , & c ..
>
>
La multiplicité d'avis differens , et la
facilité que M. Dufreny avoit à repro
duire lui faisoient presque toûjours
changer ses Pieces et les tourner de diffe
rentes façons , et souvent à leur désavantage.
C'est pour cette raison que M. de
M.... exigea de Dufreny , qu'il prit copie
de sonfaux Sincere , afin de la conserver
dans le meilleur état que ses amis .
ju+.
SEPTEMBRE . 1731. 2189
jugerent qu'il le pouvoit nettre : Jugement
que le Public a confirmé par l'accueil
favorable qu'il a fait à cette Comedie
Voilà ce que nous croyons pouvoir extraire
de cette Préface sur la vie , le caractere et les
Ouvrages defeu M. Dufreny. Voici le Cata-
Logue de ses Pieces , sçavoir , celles qui ont
été données au Theatre François.
Le Negligent. Prose , f . Actes.
Attendez- moy sous l'Orme. Prose , 1. Acte
Le Chevalier Joueur. 5. Actes . Prose .
La Nôce interrompuë. 1. Acte. Prose.
La Malade sans maladie. 5. Actes. Prose
L'esprit de contradiction. 1. Acte. Prose.
Le double Veuvage. 3. Actes. Prose.
Lefaux Honnête - Homme. 3. Actes . Prose
Le faux Instinct. 3. Actes. Prose.
Le Jaloux honteux. 5. Actes . Prose.
La Joueuse. 5. Actes . Prose.
Le Lot suposé. En Vers . 3. Actes.
La Réconciliation Normande. 5. Act. Vers
Le Dédit. 1. Acte . Vers.
Le Mariage fait et rompu. 3. Actes. Vers
Le faux Sincere. 5. Actes . Vers.
Comedies pour le Theatre Italien,
L'Opera de Campagne. 3. Actes.
L'union des deux Opera. Un Acté.
Les
2190 MERCURE DE FRANCE
Les Chinois. 4. Actes et un Prologue.
La Baguette de Vulcain . Un Acte .
Les Adieux des Officiers , ou Venus justifiée
. Un Acte.
Les Mal- Assortis . 2. Actes .
Le Départ des Comédiens. Un Acte.
Attendez- moi sous l'orme . Un Acte.
La Foire S. Germain. 3. Actes.
Les Momies d'Egypte. Un Acte.
Pasquin et Morphorio, Medecins des Moeurs.
3. Actes.
Les Fées , ou les Contes de ma Mere.
l'Oye. Un Acte.
Les 4. premiers Volumes contiennent les
Comédies joüées sur le Théatre François.
Le quatriéme Tome rempli par les
Amusemens serieux et comiques , Ouvrage
très- excellent et rrès - connu , puis
qu'il est traduit dans toutes les Langues
l'Europe.
Le Puits de la Verité. Histoire Gauloise.
Parallele d'Homere et de Rabelais.
Reflexions sur la Tragedie de Rhadamiste
et Zénobie.
Réponse Apologetique de l'Auteur du Mercure
Galant , au Mercure de Trévoux .
Le sixième Volume , de 300. pages sans
les Chansons notées , contient les Oenvres
diverses de Dufresny , &c.
Fresnil A Paris , rue St. Jacques: che
Fvi Briase
2180 MERCURE DE FRANCE
Briasson , 1731. 6. vol. in 12. prix 15.
liv..relié.
On voit à la tête un Portrait fort ressemblant
de l'Auteur , gravé par François .
Jollain , d'après le Tableau original de M..
Ch. Coypel ; et dans un Avertissement de
37. pages , l'Editeur donne cette idée du
caractere de feu M. du Fresni .
-C
il
il ne
En donnant simplement l'essor à son
Imagination , naturellement tournée à la
gayeté et aux idées singulieres gagna
les bonnes graces du feu Roi , et se trouva
comblé de ses bienfaits , qui , joints à son
bien de patrimoine , rendirent bien -tôt sa
situation opulante ; mais son goût pour la
dépense , l'empêcha de la rendre solide.
Comme il étoit né sans ambition
désiroit les richesses que pour satisfaire
aux; commoditez de la vie , ( car il n'en
avoit pas encore connu les besoins ; ) il:
aimoit le plaisir comme volupté et non
comme libertinage ; une table délicate et
des amis choisis étoient les choses qui le
flattoient le plus . Il avoit reçu de la natu
re beaucoup de goût pour tous les Arts ;;
Peinture , Sculpture , Architecture , Jar
dinage , tous sembloient lui être familiers :
par les jugemens justes qu'il portoit de
leurs productions.
Outre le goût pour les Arts , il avoit
encore
SEPTEMBRE. 173 218
1
encore un talent naturel et particulier
pour la Musique et pour le Dessein ; quoi--
que les principes de l'un et de l'autre n'eussent
point fait partie de son éducation , ill
a néanmoins produit dans ces deux genres
des choses inimitables. Les airs de ses
chansons de caractere en sont une preuve
convainquante ; car il n'y a pas un de ces:
airs qui ne soit de sa composition : mais
ce que l'on ne peut transmettre , c'est l'intelligence
et le goût avec lesquels il les
chantoit. Il est vrai que la fecondité deson
genie lui en faisoit varier les chants
toutes les fois qu'on l'engageoit à les exe--
cuter ; ce qui souvent lui déplaisoit , etsur-
tout lorsqu'on le loiioit sur un talent:
qu'il regardoit comme fört inferieur aux:
autres. Il est cependant facheux qu'il nous
reste si peu de ses chansons , puisqu'il
convient lui -même dans un de ses Mercures
, d'en avoir fait plus de cent.
Il n'étoit pas moins surprenant du côté
du Dessein , que du côté de la Musique s
il n'avoit , il est vrai , aucune pratique du
crayon , du pinceau ni de la plume ; mais
il s'étoit fait à lui- même un équivalent de
tout cela , en prenant dans differentes Es
tampes des parties d'homme , d'animaux,.
de plantes ou d'arbres qu'il découpoit , et
dont il formoit un sujet dessiné seulement
dans;
T82 MERCURE DE FRANCE
dans son imagination ; il les disposoit et
les colloit les unes auprès des autres , selon
que le sujet le demandoit : il lui arrivoit
même de changer l'expression des
têtes , qui ne convenoit pas à son idée, en
supprimant les yeux , la bouche , le nez
et les autres parties du visage , et y en
fubstituant d'autres qui étoient propres à
exprimer la passion qu'il vouloit peindre ;
tant il étoit sûr du jeu de ces parties pour
Feffet qu'il en attendoit. Mais ce qu'il y a
d'étonnant , c'est que cet assemblage de
pieces rapportées , en apparence , au hazard
et sans esquisse , formoit un tout
agréable , dont l'incorrection de Dessein
n'étoit sensible qu'à des yeux connoise
seurs.
Quelques séduisans que fussent pour lui
ees deux talens , ils ne prévaloient pas au
goût dominant qu'il avoit pour l'art de
construire des Jardins. Il avoit pour cet
Art un genie singulier , mais nullement
susceptible de comparaison avec celui dés
grands hommes que nous avons eû , et
que nous avons encore dans ce genre. Dufreny
ne travailloit avec plaisir , et pour
ainsi dire , à l'aise , que sur un terrain irregulier
et inégal .. If lui falloit des obstar
cles à vaincre , et quand la nature ne lui
en fournissoit pas , il s'en donnoit luimême,
SEPTEMBRE. 173. 28
même ; c'est-à dire que d'un emplacement
regulier , et d'un terrain plat , il en faisoit
un montueux ; afin de varier , disoit
il , les objets en les multipliant , et se garantir
des vûës voisines , en leur oppo
sant des élevations de terre , qui servoient
en même temps de Belveders. Tels étoient
les jardins de Mignaux près Poissy ; es
tels sont encore ceux qu'ils a faits dans le
Faubourg S. Antoine , pendant les dix
dernieres années de sa vie , dont l'un est
connu sous le nom du Moulin , et l'autre
qu'il appelloit le chemin creux. Tout le
monde connoit aussi la maison et les jardins
de M. l'Abbé Pajot près de Vincennes
; par là on peut juger du goût et du
genie de Dufreny dans ce genre.
Louis XIV. ayant pris la résolution de
faire faire à Versailles des Jardins dont la
grandeur et la magnificence surpassassent
tout ce qu'on avoit vû et même imaginé
jusqu'alors , lui demanda des Desseins..
Dufreny en fit deux differens ; ce Prince
les examina et les compara avec ceux
qu'on lui avoit presentez ; Il en parut
content , et ne les refusa que par l'exces--
sive dépense dans laquelle l'exécution
l'auroit engagé . Ce Monarque qui aimoit
les Arts , et qui les avoit portez à leurplus
haut degré de perfection par les :
›
tecome
2184 MERCURE DE FRANCE
recompenses dont il prévenoit ceux qu'i
s'y distinguoient , accorda à Dufreny un
Brevet de Contrôleur de ses Jardins . Peu
de temps après il obtint encore de Sa Majesté
le Privilege d'une nouvelle Manufac
ture de grandes Glaces que l'on proposoit
d'établir , et dont le succès a passé de beau--
Coup ce qu'on en attendoit.
›
Si Dufreny avoit été capable de prévoir
l'avenir , il auroit senti la valeur du
don que le Roy lui avoit fait mais sa
maniere de penser ne lui läissoit jamais
imaginer le lendemain ; le present étoit
son seul point de vûë , et faisoit son bon-
Keur ou son malheur desorte que pressé
de satisfaire à quelques caprices, qui en lui:
étoient aussi, forts que des besoins , il ceda
le Privilege des Glaces pour une somme
assez modique , &c. M. Dufreny ayant
ensuite vendu sa charge et quitté la Cour,
se fixa à Paris , et les liaisons étroites qu'il!
eut avec Renard , Philosophe voluptueux
comme lui , et celebre Auteur comique
déveloperent les talens qu'ils avoient pour
le Theatre. La Comedie Italienne fleuris- _
soit alors ; et les Acteurs qui la compo
soient avoient surmonté les difficultezz
d'une langue étrangere. Leurs Pieces
étoient presque entierement françoises ;
d'etoit la mode de fréquenter ce Theatre ,
est
SEPTEMBRE. 173. 2185
et par conséquent les Auteurs y portoient
leurs ouvrages par préference.
Des Pieces sans regles et sans conduite
mais lucratives , convenoient parfaite
ment à Dufreny ; car, à dire vray , son genie
étoit plus propre à produire des Scenes.
détachées , qu'à bien conduire une Comedie.
En effet , n'auroit-il pas été étonnant ,
qu'un homme qui avoit eû si peu de conduite
dans le cours de sa vie , en eût mis
beaucoup dans ses Pieces de Theatre.
C'est aussi le seul défaut qu'on puisse
lui reprocher à cet égard. D'ailleurs on
y trouve des caracteres bien peints et bien
soutenus , un Dialogue juste et concis
un Comique pris dans la pensée , et rarement
jouant sur le mot ; des portraits ,
critiques sans être satyriques ; et dans
tout une vivacité de genie qui lui prom
pre. Tel on dépeint Dufreny dans ses ouvrages
,.
tel il étoit avec ses amis ; c'està-
dire , aimable sans médisance , et plai..
sant sans raillerie piquante ; aussi disoitil
; Qu'on est plus excusable de ne pas penser
juste , que de penser malignement.
Ce que j'ai dit à l'égard des Comedies.
de nôtre Auteur , poursuit l'Editeur , regarde
principalement celles qu'il a données
au Theatre François ; car il regnoit
sur celui des Italiens un goût de satyre et
d'équi
2186 MERCURE DE FRANCE
d'équivoque auquel il falloit nécessaire
ment se préter pour reüssir.
Après a suppression de leur Theatre ,
notre Auteur travailla pour celui des
François les Pieces qu'il y donna , n’eurent
pas tout le succès qu'il en esperoit ;
et il ne pouvoit compter de veritables
succès que ceux du double. Veuvage et de
P'Esprit de Contradiction ; encore cette der
niere qui passe pour un chef - d'oeuvre
dans son genre , eût- elle le sort de quel
ques -unes de nos anciennes Pieces , qui
font cependant aujourd'huy les délices
du Public
M. Dufreny avoit été marié deux fois.
Distrait par l'application involontaire de
son esprit à ses compositions qui le sui
voient par tout , il lui auroit été fort difficile
de se livrer aux soins d'une famille.
Il le sentoit bien ; et peut-être étoit - ce
pour s'en dispenser entierement qu'il
avoit imaginé d'avoir en même temps 3.
ou 4. logemens dans differens quartiers de
Paris ; et qu'il les quittoit dès qu'il soupçonnoit
d'y être connu de ceux avec les
quels il ne vouloit point avoir de commerce
, & c.
A sa mort , arrivée le 6. Octobre 1724.
en la 7 me. année de son âge , ses sentimans
de pieté et de resignation furent i
sin
SEPTEMBRE. 1731. 2187
sinceres , qu'il consentit, à la sollicitation
des deux enfans qu'il avoit eû de son premier
mariage , que l'on brûlât tous ses
ouvrages , le seul bien qui lui restoit alors .
C'étoit une seconde partie des Amusemens
serieux et comiques , les Vapeurs , Comedie
en un Acte , qu'il avoit lûës à tous ses
amis , et dont ils ne se rappellent le souvenir
qu'avec regret ; La Joueuse , qu'il
avoit mise en vers ; le Superstitieux , et le
Valet-Maître , Comedies en cinq Actes ,
presque finies , de même
que l'Epreuve
en trois Actes , avec des Intermedes qu'il
comptoit donner incessamment au Public.
Si jamais ouvrages de Theatre devoient
être épargnés , c'étoient ceux de notre
Auteur par la pureté des moeurs qui y regnoit
; mais ce zéle pour lequel le seul
nom de Comedie est un crime , et celui
de Theatre une profanation , en ordonna
autrement ; Scenes détachées , canevas da
Pieces , Refléxions , Ouvrages même de
ses mains ; tout fût mis en cendre , & c . >
On ne peut donc donner qu'un recueil
le plus complet qu'il a été possible de ses
oeuvres déja imprimées , mais , ou malimprimées
, ou devenuës rares ; on y a
ajoûté tout ce qu'on a jugé être de lui
dans les Mercures , comme Paralleles ,
Dissertations ou Examens critiques ,
›
His2188
MERCURE DE FRANCE
Historietes nouvelles et Chansons dong
on a toûjours désiré d'avoir une suite. I
est vrai que ce qui enrichir le plus cette
édition , ce sont trois Comedies , qui n'avoient
jamais été imprimées , et dont une
n'avoit pas encore été répresentée . Ces
trois Pieces sont la Malade sans maladie
La Joueuse , en Prose , et le faux Sincere.
On est redevable des deux premieres à
générosité des Comediens François ,
qui possedoient dans leur dépôt les seuls
Manuscrits qui existassent de ces deux
Pieces , et qui ont bien voulu les abandonner
à l'impression ; ils ont fait même
toutes les recherches possibles pour l'aug
menter encore de trois autres Pieces , intitulées
: Sancho Pansa en trois Actes ;
le Portrait , en un Acte , et les Dominos ,
aussi en un Acte ; mais malgré tous les
soins qu'ils se sont donnez , ils n'ont pû
les recouvrer , & c ..
>
>
La multiplicité d'avis differens , et la
facilité que M. Dufreny avoit à repro
duire lui faisoient presque toûjours
changer ses Pieces et les tourner de diffe
rentes façons , et souvent à leur désavantage.
C'est pour cette raison que M. de
M.... exigea de Dufreny , qu'il prit copie
de sonfaux Sincere , afin de la conserver
dans le meilleur état que ses amis .
ju+.
SEPTEMBRE . 1731. 2189
jugerent qu'il le pouvoit nettre : Jugement
que le Public a confirmé par l'accueil
favorable qu'il a fait à cette Comedie
Voilà ce que nous croyons pouvoir extraire
de cette Préface sur la vie , le caractere et les
Ouvrages defeu M. Dufreny. Voici le Cata-
Logue de ses Pieces , sçavoir , celles qui ont
été données au Theatre François.
Le Negligent. Prose , f . Actes.
Attendez- moy sous l'Orme. Prose , 1. Acte
Le Chevalier Joueur. 5. Actes . Prose .
La Nôce interrompuë. 1. Acte. Prose.
La Malade sans maladie. 5. Actes. Prose
L'esprit de contradiction. 1. Acte. Prose.
Le double Veuvage. 3. Actes. Prose.
Lefaux Honnête - Homme. 3. Actes . Prose
Le faux Instinct. 3. Actes. Prose.
Le Jaloux honteux. 5. Actes . Prose.
La Joueuse. 5. Actes . Prose.
Le Lot suposé. En Vers . 3. Actes.
La Réconciliation Normande. 5. Act. Vers
Le Dédit. 1. Acte . Vers.
Le Mariage fait et rompu. 3. Actes. Vers
Le faux Sincere. 5. Actes . Vers.
Comedies pour le Theatre Italien,
L'Opera de Campagne. 3. Actes.
L'union des deux Opera. Un Acté.
Les
2190 MERCURE DE FRANCE
Les Chinois. 4. Actes et un Prologue.
La Baguette de Vulcain . Un Acte .
Les Adieux des Officiers , ou Venus justifiée
. Un Acte.
Les Mal- Assortis . 2. Actes .
Le Départ des Comédiens. Un Acte.
Attendez- moi sous l'orme . Un Acte.
La Foire S. Germain. 3. Actes.
Les Momies d'Egypte. Un Acte.
Pasquin et Morphorio, Medecins des Moeurs.
3. Actes.
Les Fées , ou les Contes de ma Mere.
l'Oye. Un Acte.
Les 4. premiers Volumes contiennent les
Comédies joüées sur le Théatre François.
Le quatriéme Tome rempli par les
Amusemens serieux et comiques , Ouvrage
très- excellent et rrès - connu , puis
qu'il est traduit dans toutes les Langues
l'Europe.
Le Puits de la Verité. Histoire Gauloise.
Parallele d'Homere et de Rabelais.
Reflexions sur la Tragedie de Rhadamiste
et Zénobie.
Réponse Apologetique de l'Auteur du Mercure
Galant , au Mercure de Trévoux .
Le sixième Volume , de 300. pages sans
les Chansons notées , contient les Oenvres
diverses de Dufresny , &c.
Fermer
Résumé : Oeuvres de M. Dufresni. [titre d'après la table]
Le texte présente les œuvres de Charles Riviere Dufreny, publiées à Paris en 1731. L'ouvrage se compose de six volumes in-12, reliés, et inclut un portrait de l'auteur gravé par François Jollain d'après un tableau de Charles Coypel. Dufreny est décrit comme un homme à l'imagination vive et aux idées singulières, favori du roi Louis XIV, qui lui accorda de nombreux bienfaits. Il avait un goût prononcé pour les arts, notamment la peinture, la sculpture, l'architecture et le jardinage. Bien qu'il n'ait jamais reçu de formation formelle, Dufreny possédait un talent naturel pour la musique et le dessin. Ses chansons et compositions musicales étaient très appréciées. En jardinage, Dufreny préférait les terrains irréguliers et inégaux, créant des jardins variés et pittoresques. Louis XIV lui confia des projets pour les jardins de Versailles et lui accorda des privilèges, comme celui de contrôler les jardins royaux et d'établir une manufacture de grandes glaces. Cependant, Dufreny vendit ce privilège pour satisfaire ses caprices. Il se consacra ensuite au théâtre, écrivant des pièces pour la Comédie Italienne et la Comédie Française. Ses œuvres théâtrales étaient caractérisées par des scènes détachées et un comique subtil. Dufreny fut marié deux fois et eut des enfants de son premier mariage. À sa mort en 1724, il demanda que ses œuvres soient brûlées, mais certaines furent sauvées et publiées. Le texte liste également plusieurs de ses œuvres littéraires, telles que 'Le Puits de la Vérité. Histoire Gauloise', 'Parallèle d'Homère et de Rabelais', 'Réflexions sur la Tragédie de Rhadamiste et Zénobie', et 'Réponse Apologétique de l'Auteur du Mercure Galant, au Mercure de Trévoux'. Un sixième volume contient diverses œuvres de Dufreny, totalisant 300 pages sans compter les chansons notées. Une de ses œuvres est particulièrement excellente et connue, traduite dans toutes les langues d'Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
889
p. 2191-2193
Portrait de Mlle d'Angeville. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu, imprimé in 4. un Poëme de M. Fuzelier, d'environ 200. [...]
Mots clefs :
Portrait, Comédienne, Friponne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de Mlle d'Angeville. [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu , imprimé in 4.
un Poëme de M. Fuzelier , d'environ 200.
Vers, sous le titre de Portrait de Mlle Marie-
Anne d'Angeville. Les Talens et les
Graces de cette jeune Comedienne de la
Troupe du Roy , y sont celebrez avec
beaucoup de finesse , d'agrément et de
feu. En voicy quelques fragmens.
S'il n'étoit question que de tracer l'Image ; Il
De ces traits qui ne sont que beaux ,
On verroit triompher nos Appelles nouveaux ;
Mais rendre des traits fins , c'est un Apprentissage,
Pour les plus habiles Pinceaux .
Or , D'ANGEVILLE porte une certaine Mine
Friponne , Ironique , Lutine ,
Faite exprés pour désesperer
Le plus tranquile esprit , le coeur le plus rebelle.
En formant ce joli Modelle ,
La Nature jalouse a voulu nous montrer
Que le Galand VATEAU n'en sçavoit pas tant
qu'elle &c.
Pour la peindre groupons les Ris avec les Jeux ?
Avec choix dispersés pour seconder ses voeux
Les uns forment sa Cour , les autres sa Toillette ;
Et comme ils sont badins ; Bouquet , Panier ,
Cornette >
Tout est amusement pour eux :
Inspirés
*192 MERCURE DE FRANCE
Inspirés par leur goût faǹtasque ,
L'unpour se déguiser ne saisissant qu'un Masque
Epouvante un Couple ingenu ,
Que comiqnement il houspille ;
Tous deux sur leur gentil Corps nu
N'ont pour tout ornement , l'un qu'un galand
Fichu ,
L'autre qu'un riche Mantille :
Celui-là préferant l'attirail d'un Cadet ,
Un Manteau sur le Nés , arbore le Plumet , &C.
Jeune Prodige , ainsi paroissés sur la Scene
Soit en fille , soit en garçon ,
Des Coeurs que surprend votre chaine
L'Amour fait égale Moisson ;
C'en est trop : devez vous faire des Infidelles
Parmi nos Guerriers et nos Belles ,
Et vexer tour à tour la Veuve et l'Orphelin #
Décidés vos attraits ; optés un genre
Repentés- vous d'être Complice
enfin;
De tous les Larcins de Paphos ;
Laissés du moins , Charmante Actrice ,
L'un des deux Sexes en repos &c,
Mais l'Inscription manque : autre écueil pour me
veine :
C'est ici que souvent on a vu perdre haleine
Aux Poëtes les plus vantés.
D'ANGEVILLE , Actrice touchante ,
Fasse Apollon que je vous chante
Sur
SEPTEMBRE
1731. 2193
7.
Sur le ton que vous merités !
C'est demander beaucoup : les neuf Soeurs immortelles
,
Accordent rarement ce feu vif et serein ,
Qui doit éclairer un Quatrain :
Plus d'un Auteur pourroit en dire des nouvelles ,
Et sur plus d'une Estampe , avec droit condamné,
Nous prouver par ses Vers que les doctes Pu
celles ,
De ce feu précieux ne l'ont pas guerdoné.
Etre mal loué donc est assez en usage ;
Tel cas ( quoique par fois ce ne soit grand dom→
mage )
Est fréquent dans les Cours ; & , même dans les
Cieux ,
On n'est pas à couvert de ce fade langage ;
Le Dieu qu'on prise davantage ;
N'est pas toujours celui qu'on encense le mieux.
INSCRIPTION.
Pour former D'ANGEVILLE , au Théatre François
, •
A Thalie on l'offrit ; et ce don sçut lui plaire:
Mais elle dit , ceci n'a besoin de mes Loix ,
La Nature a tout fait , l'Art n'a plus rien à faire.
un Poëme de M. Fuzelier , d'environ 200.
Vers, sous le titre de Portrait de Mlle Marie-
Anne d'Angeville. Les Talens et les
Graces de cette jeune Comedienne de la
Troupe du Roy , y sont celebrez avec
beaucoup de finesse , d'agrément et de
feu. En voicy quelques fragmens.
S'il n'étoit question que de tracer l'Image ; Il
De ces traits qui ne sont que beaux ,
On verroit triompher nos Appelles nouveaux ;
Mais rendre des traits fins , c'est un Apprentissage,
Pour les plus habiles Pinceaux .
Or , D'ANGEVILLE porte une certaine Mine
Friponne , Ironique , Lutine ,
Faite exprés pour désesperer
Le plus tranquile esprit , le coeur le plus rebelle.
En formant ce joli Modelle ,
La Nature jalouse a voulu nous montrer
Que le Galand VATEAU n'en sçavoit pas tant
qu'elle &c.
Pour la peindre groupons les Ris avec les Jeux ?
Avec choix dispersés pour seconder ses voeux
Les uns forment sa Cour , les autres sa Toillette ;
Et comme ils sont badins ; Bouquet , Panier ,
Cornette >
Tout est amusement pour eux :
Inspirés
*192 MERCURE DE FRANCE
Inspirés par leur goût faǹtasque ,
L'unpour se déguiser ne saisissant qu'un Masque
Epouvante un Couple ingenu ,
Que comiqnement il houspille ;
Tous deux sur leur gentil Corps nu
N'ont pour tout ornement , l'un qu'un galand
Fichu ,
L'autre qu'un riche Mantille :
Celui-là préferant l'attirail d'un Cadet ,
Un Manteau sur le Nés , arbore le Plumet , &C.
Jeune Prodige , ainsi paroissés sur la Scene
Soit en fille , soit en garçon ,
Des Coeurs que surprend votre chaine
L'Amour fait égale Moisson ;
C'en est trop : devez vous faire des Infidelles
Parmi nos Guerriers et nos Belles ,
Et vexer tour à tour la Veuve et l'Orphelin #
Décidés vos attraits ; optés un genre
Repentés- vous d'être Complice
enfin;
De tous les Larcins de Paphos ;
Laissés du moins , Charmante Actrice ,
L'un des deux Sexes en repos &c,
Mais l'Inscription manque : autre écueil pour me
veine :
C'est ici que souvent on a vu perdre haleine
Aux Poëtes les plus vantés.
D'ANGEVILLE , Actrice touchante ,
Fasse Apollon que je vous chante
Sur
SEPTEMBRE
1731. 2193
7.
Sur le ton que vous merités !
C'est demander beaucoup : les neuf Soeurs immortelles
,
Accordent rarement ce feu vif et serein ,
Qui doit éclairer un Quatrain :
Plus d'un Auteur pourroit en dire des nouvelles ,
Et sur plus d'une Estampe , avec droit condamné,
Nous prouver par ses Vers que les doctes Pu
celles ,
De ce feu précieux ne l'ont pas guerdoné.
Etre mal loué donc est assez en usage ;
Tel cas ( quoique par fois ce ne soit grand dom→
mage )
Est fréquent dans les Cours ; & , même dans les
Cieux ,
On n'est pas à couvert de ce fade langage ;
Le Dieu qu'on prise davantage ;
N'est pas toujours celui qu'on encense le mieux.
INSCRIPTION.
Pour former D'ANGEVILLE , au Théatre François
, •
A Thalie on l'offrit ; et ce don sçut lui plaire:
Mais elle dit , ceci n'a besoin de mes Loix ,
La Nature a tout fait , l'Art n'a plus rien à faire.
Fermer
Résumé : Portrait de Mlle d'Angeville. [titre d'après la table]
Le texte présente un poème de M. Fuzelier intitulé 'Portrait de Mlle Marie-Anne d'Angeville', récemment publié en format in-4. Ce poème, composé d'environ 200 vers, célèbre les talents et les grâces de Marie-Anne d'Angeville, une jeune comédienne de la Troupe du Roy. Il met en lumière la finesse, l'agrément et l'énergie avec lesquels les qualités de l'actrice sont décrites. D'Angeville est décrite comme ayant une mine friponne, ironique et lutine, capable de désarçonner même les esprits les plus tranquilles. Le poème évoque divers aspects de sa vie et de son jeu sur scène, où elle excelle aussi bien dans les rôles féminins que masculins. Il souligne également les risques et les défis auxquels les poètes sont confrontés lorsqu'ils tentent de décrire des acteurs talentueux. Le texte se termine par une réflexion sur la difficulté de bien louer quelqu'un et sur le fait que même les dieux ne sont pas à l'abri des critiques. L'inscription finale souligne que la nature a doté d'Angeville de tous les talents nécessaires, rendant l'art superflu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
890
p. 2193-2195
Monumens de la Monarchie Françoise. [titre d'après la table]
Début :
On débite chez Pierre Giffart et Jul. Michel Gandoüin, le III. Tome des Monumens de la [...]
Mots clefs :
Monarchie française, Règne, Cortège du roi, Officiers, Anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Monumens de la Monarchie Françoise. [titre d'après la table]
On débite chez Pierre Giffart et Jul. Miehel
Gandoüin le III. Tome des Monumens de la
Monarchie Françoise, par Don Bernard de Monfaucon.
Ce Volume contient les Histoires de
Charles
2194 MERCURE DE FRANCE
Charles V , de Charles VI , de Charles VII , er
de Louis XI. Les monumens du premier Regne
presentent des Chasses , des Prestations de serment
, le Cortege du Roy à la campagne , deş
Assemblées devant le Roy , où se trouvoient le
Chancelier et les autres Officiers , le Duel fameux
d'un Gentilhomme Assassin et d'un Chien , en
presence de toute la Cour , dans un Amphitheatre
, & c.
On voit sous le Regne suivant le Sacre du Roi
les douze Pairs de France qui y assisterent , la
bataille de Rosebec et d'autres les habillemens
du tems , &c.
;
Sous Charles VII . l'Entrée triomphante de ce
Prince dans Paris , d'où son armée avoit chassé
les Anglois , et de même dans les Villes de Rouen
et de Caën ; la Bastille de bois , faite par les Anglois
devant Dieppe , l'attaque de cette Bastille
par le Dauphin Louis l'Artillerie de ce temslà
, &c. On apprend sous le même Regne , dans
un écrit de l'Historien Berry , Roy d'Armes ,
imprimé dans ce Volume pour la premiere fois
et accompagné de figures la maniere dont les
Princes et les Seigneurs devoient paroître à
cheval.
>
Le Regne de Louis XI . montre en Peinture
originale la Création de l'Ordre de S. Michel ,
les Portraits de presque tous les Princes et Seigneurs
de ce tems , et , ce qui est encore plus
remarquable , un Parlement de Charles Duc de
Bourgogne où sont écrits les noms de tous
ceux qui le composent , &c. Dans le corps de
l'Histoire , l'Auteur s'est particulierement attaché
à produire certains faits interressants , et des
circonstances curieuses , qui ne se trouvent que
dans les Originaux.
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2195
Le quatriéme Volume des Veillées de Thessa
le , paroît chez J. Fr. Josse , ruë S. Jacques .
Gandoüin le III. Tome des Monumens de la
Monarchie Françoise, par Don Bernard de Monfaucon.
Ce Volume contient les Histoires de
Charles
2194 MERCURE DE FRANCE
Charles V , de Charles VI , de Charles VII , er
de Louis XI. Les monumens du premier Regne
presentent des Chasses , des Prestations de serment
, le Cortege du Roy à la campagne , deş
Assemblées devant le Roy , où se trouvoient le
Chancelier et les autres Officiers , le Duel fameux
d'un Gentilhomme Assassin et d'un Chien , en
presence de toute la Cour , dans un Amphitheatre
, & c.
On voit sous le Regne suivant le Sacre du Roi
les douze Pairs de France qui y assisterent , la
bataille de Rosebec et d'autres les habillemens
du tems , &c.
;
Sous Charles VII . l'Entrée triomphante de ce
Prince dans Paris , d'où son armée avoit chassé
les Anglois , et de même dans les Villes de Rouen
et de Caën ; la Bastille de bois , faite par les Anglois
devant Dieppe , l'attaque de cette Bastille
par le Dauphin Louis l'Artillerie de ce temslà
, &c. On apprend sous le même Regne , dans
un écrit de l'Historien Berry , Roy d'Armes ,
imprimé dans ce Volume pour la premiere fois
et accompagné de figures la maniere dont les
Princes et les Seigneurs devoient paroître à
cheval.
>
Le Regne de Louis XI . montre en Peinture
originale la Création de l'Ordre de S. Michel ,
les Portraits de presque tous les Princes et Seigneurs
de ce tems , et , ce qui est encore plus
remarquable , un Parlement de Charles Duc de
Bourgogne où sont écrits les noms de tous
ceux qui le composent , &c. Dans le corps de
l'Histoire , l'Auteur s'est particulierement attaché
à produire certains faits interressants , et des
circonstances curieuses , qui ne se trouvent que
dans les Originaux.
Le
SEPTEMBRE. 1731. 2195
Le quatriéme Volume des Veillées de Thessa
le , paroît chez J. Fr. Josse , ruë S. Jacques .
Fermer
Résumé : Monumens de la Monarchie Françoise. [titre d'après la table]
Le troisième tome des 'Monumens de la Monarchie Françoise' de Don Bernard de Monfaucon est désormais disponible chez Pierre Giffart et Jul. Michel. Ce volume traite des règnes de Charles V, Charles VI, Charles VII et Louis XI. Il présente des illustrations et descriptions variées, telles que des chasses, des prestations de serment, des cortèges royaux et des assemblées devant le roi sous Charles V. Le règne de Charles VI est marqué par son sacre, la bataille de Rosebec et les habits de l'époque. Sous Charles VII, le livre détaille l'entrée triomphante du roi à Paris, Rouen et Caen, ainsi que des événements militaires comme l'attaque d'une bastille de bois par le dauphin Louis. Le règne de Louis XI est illustré par la création de l'Ordre de Saint-Michel, des portraits de princes et seigneurs, et un parlement de Charles Duc de Bourgogne. L'auteur a inclus des faits et des circonstances curieuses tirés des originaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
891
p. 2196-2198
PROGRAME de l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts, établie à Bordeaux.
Début :
L'ACADÉMIE ayant été obligée de reserver le prix de cette année ; Elle en propose deux [...]
Mots clefs :
Académie royale des belles-lettres, sciences et arts, Bordeaux, Marseille, Dissertations , Paquets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAME de l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts, établie à Bordeaux.
PROGRAME de l'Académie Royale
des Belles Lettres , Sciences et Aris , établie
à Bordeaux.
'ACADEMIE ayant été obligée de reserver
Lile prix de cette année Elle en propose
;
deux
aux Sçavans de l'Europe , qui seront distribucz
le vingt- cinq d'Août 1732 .
Elle destine un de ces Prix à celui qui expliquera
avec le plus de probabilité la question suiyante
; S'il y a un Magnetisme dans les Corps ,
quelle en est la cause , et quelles en sont les
Loix.
Elle destine l'autre à celui qui donnera l'explication
la plus protable du mouvement de la Seve
dans les Plantes , et les Loix de ce mouvement.
Il sera libre d'envoyer les Dissertations en
François ou en Latin : on demande qu'elles
soient écrites en caracteres lisibles ; elles ne se„
tont reçues pour le concours que jusqu'au premier
May prochain inclusivement.
An
SEPTEMBRE 1731. 2797
Au bas des Dissertations il y aura une Sentence
et l'Auteur mettra dans un Billet separé
et cacheté la même Sentence avec son nom
>
et son adresse .
>
Les Paquets seront affranchis , et adresser
à M. Sarray , Secretaire de l'Académie , ruë
de Gourgues , ou au Sieur Brun , Imprimeur
de l'Académie , ruë S. Jâmes.
s'est
On avertit les Sçavans , que l'Académie n'a pas
distribué le Prix cette année , parce que la Dissertation
à qui elle auroit pu l'adjuger
trouvée trop conforme à l'explication du Son
donnée par Mr. CROUSAS dans son Traité
du Beau.
›
A Bordeaux , ce 25. Août 1731J
Le sujet que l'Académie des Belles Lettres de
Marseille propose cette année pour le Prix , est
que Adversité n'abbat que ceux que la
Prosperité avoit aveuglés , selon ces paroles
de Seneque , consol . Ad Helv. Neminem adversa
fortuna comminuit nisi quem secunda décepit.
Il faut que l'Ouvrage soit en Prose , d'une demiheure
de lecture au plus , et d'un quart -d'heure
au moins on envoyera les Paquets à Mr. de
Chalamont de la Visclede , Secretaire perpetuel
de l'Académie , en les affranchissant , sans quoi
ils ne seront point retirez . On cachera le nom
de l'Auteur tant au Public " qu'au Sieur de la
Visclede , en lui envoyant les Ouvrages ; ils ne
seront reçûs que jusqu'au premier Decembre inclusivement.
Le prix sera adjugé à l'ordinaire ,
le premier Mercredy après la Quasimodo. Les
G iij Au-
>
2198 MERCURE DE FRANCE
Auteurs envoyeront , s'ils veulent , une adresse à
laquelle Mr. de la Visclede envoyera son récepissé
, et celui qui aura remporté le Prix , n'aura
qu'à envoyer le récepissé à quelqu'un qui reside
Marseille , auquel on remettra le Prix à la
vûë de ce récepissé .
des Belles Lettres , Sciences et Aris , établie
à Bordeaux.
'ACADEMIE ayant été obligée de reserver
Lile prix de cette année Elle en propose
;
deux
aux Sçavans de l'Europe , qui seront distribucz
le vingt- cinq d'Août 1732 .
Elle destine un de ces Prix à celui qui expliquera
avec le plus de probabilité la question suiyante
; S'il y a un Magnetisme dans les Corps ,
quelle en est la cause , et quelles en sont les
Loix.
Elle destine l'autre à celui qui donnera l'explication
la plus protable du mouvement de la Seve
dans les Plantes , et les Loix de ce mouvement.
Il sera libre d'envoyer les Dissertations en
François ou en Latin : on demande qu'elles
soient écrites en caracteres lisibles ; elles ne se„
tont reçues pour le concours que jusqu'au premier
May prochain inclusivement.
An
SEPTEMBRE 1731. 2797
Au bas des Dissertations il y aura une Sentence
et l'Auteur mettra dans un Billet separé
et cacheté la même Sentence avec son nom
>
et son adresse .
>
Les Paquets seront affranchis , et adresser
à M. Sarray , Secretaire de l'Académie , ruë
de Gourgues , ou au Sieur Brun , Imprimeur
de l'Académie , ruë S. Jâmes.
s'est
On avertit les Sçavans , que l'Académie n'a pas
distribué le Prix cette année , parce que la Dissertation
à qui elle auroit pu l'adjuger
trouvée trop conforme à l'explication du Son
donnée par Mr. CROUSAS dans son Traité
du Beau.
›
A Bordeaux , ce 25. Août 1731J
Le sujet que l'Académie des Belles Lettres de
Marseille propose cette année pour le Prix , est
que Adversité n'abbat que ceux que la
Prosperité avoit aveuglés , selon ces paroles
de Seneque , consol . Ad Helv. Neminem adversa
fortuna comminuit nisi quem secunda décepit.
Il faut que l'Ouvrage soit en Prose , d'une demiheure
de lecture au plus , et d'un quart -d'heure
au moins on envoyera les Paquets à Mr. de
Chalamont de la Visclede , Secretaire perpetuel
de l'Académie , en les affranchissant , sans quoi
ils ne seront point retirez . On cachera le nom
de l'Auteur tant au Public " qu'au Sieur de la
Visclede , en lui envoyant les Ouvrages ; ils ne
seront reçûs que jusqu'au premier Decembre inclusivement.
Le prix sera adjugé à l'ordinaire ,
le premier Mercredy après la Quasimodo. Les
G iij Au-
>
2198 MERCURE DE FRANCE
Auteurs envoyeront , s'ils veulent , une adresse à
laquelle Mr. de la Visclede envoyera son récepissé
, et celui qui aura remporté le Prix , n'aura
qu'à envoyer le récepissé à quelqu'un qui reside
Marseille , auquel on remettra le Prix à la
vûë de ce récepissé .
Fermer
Résumé : PROGRAME de l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts, établie à Bordeaux.
En 1732, l'Académie Royale des Belles Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux a annoncé deux prix. Le premier récompense l'explication du magnétisme dans les corps, sa cause et ses lois. Le second concerne le mouvement de la sève dans les plantes et ses lois. Les dissertations, en français ou en latin, doivent être soumises avant le 1er mai 1731. Les auteurs doivent inclure une sentence en bas de leur dissertation et envoyer cette même sentence avec leur nom et adresse dans un billet séparé et cacheté. Les paquets doivent être adressés à M. Sarray ou au Sieur Brun. L'Académie de Marseille propose également un prix pour une dissertation sur le thème 'Adversité n'abat que ceux que la Prosperité avait aveuglés' de Sénèque. L'ouvrage, en prose et d'une durée de lecture entre un quart d'heure et une demi-heure, doit être soumis avant le 1er décembre. Les paquets doivent être adressés à M. de Chalamont de la Visclede, secrétaire perpétuel de l'Académie, et doivent être affranchis. Les noms des auteurs doivent rester cachés. Le prix sera attribué le premier mercredi après la Quasimodo.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
892
p. 2213-2218
« Une Feüille volante imprimée à Marseille, nous apprend que sur la fin [...] »
Début :
Une Feüille volante imprimée à Marseille, nous apprend que sur la fin [...]
Mots clefs :
Feuille volante, Tragédie, Académie de Marseille, Collège de Vernon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Une Feüille volante imprimée à Marseille, nous apprend que sur la fin [...] »
SPECTACLE S.
U fille ,nous apprend que fur la fin
Ne Feüille volante imprimée à Mar
du mois passé , on y representa avec beaucoup
de succès sur le Theatre du College
des PP. de l'Oratoire , la Tragedie de
Themistocle , dont l'Argument est exposé
au long dans la même feuille. Les Echevins
et tout le Corps de Ville assisterent à
ce Spectacle , auquel il y eût un concours
extraordinaire. Voici le Compliment qui
fut fait aux Echevins , pris du fonds du
sujet de la Piéce Tragique , et qui receut
de justes applaudissemens , sur tout dans
l'endroit qui regarde la nouvelle Academie
de Marseille.
Vous le sçavez , MESSIEURS , Mar
seille étoit sçavante & polie , lorsque le refte
desGaules n'étoit éclairé quepar le sçavoir bar
bare des Druïdes. Elle a déja repris cet ancien
éclat ; elle est devenue encore le séjour des
Lettres, une Société qui réunit tous les talens,
y met , pour ainsi dire , l'esprit en commun ,
& le travail particulier devient le profit general.
De là , nous verrons une succeffion de
génies
2214 MERCURE DE FRANCE
génies rares que la Capitale nous enviera ,
comme Rome en envia autrefois à nos Ancêtres.
De là, vos noms passeront avec les leurs,
à l'immortalité , et nos derniers Neveux admireront
tout ensemble et vos vertus et leurs
progrès.
Če Compliment fut prononcé par Louis
de Saint-Jacques, et l'Argument de la Tragédie
, récité par Pierre - Augustin Guis
Ecoliers d'élite , tous deux de Marseille.
du
Mr de Vernon , fort jolie Ville ,
Diocèse d'Evreux, ne se plaindront pas de
se trouver mal placez , si ensuite de ce
qui s'est passé à Marseille , nous rendons
aussi compte de ce qui les regarde en fait
de Spectacle. Voici l'Extrait d'une Lettre ,
écrite de cette Ville , le 25 Aoust.
Le College de Vernon est aujourd'hui
l'un des meilleurs et des plus florissans de
la Province de Normandie.
Le 22. Août on repréſenta fur le Theatre
de ce College , pour la distribution
des Prix , la Mort d'Antiochus , l'illuftre
Roy de Syrie , qui fit mourir les Maccabées
, fujet des plus tragiques , et tiré de
l'Ecriture Sainte.
Un fpectacle si touchant , et qui fut heureuſement
executé devant une nombreuſe
Affemblée , demandoit quelque chofe à
fa
SEPTEMBRE. 1731. 2215
fa fuite qui fût capable de divertir les Auditeurs
, et de les dédommager , pour ainsi
dire , des sentimens de terreur et de pitié
qui venoient de les émouvoir. On ne pouvoit
guere mieux y réussir qu'en représentant
, comme on fit , les Rufes des Ecoliers,
Comedie en trois Actes , de la compofition
de MM. Gautier et d'Orvilliers ,
dont voici un petit Extrait.
ACTE I. Tripolin , le plus espiegle des
Ecoliers , engage quatre ou cinq de ses
Compagnons à ne plus retourner au College
: il parle plaisamment des mauvais
traitemens des Regens ; les autres applaudissent
et se plaignent à leur tour . Pygron se
mocque de Filidor qu'il trouve allant porter
des liqueurs à son Regent pour en être
mieux traité, et l'engage à aller boire les liqueurs
avec deux ou trois de ses camarades.
ACTE II. Les Ecoliers se disent mutuellement
les tours qu'ils jouent à leurs Parens
pour attraper de l'argent. Tripolin
déclare à Brufcambille, que pour lui il fait
l'esprit folet pendant la nuit , et que ce
moyen lui donne lieu de voler, &c. Pigron
dit qu'ayant acheté un écu faux , et l'ayant
donné à garder à sa grand'mere , qui le
mit avec d'autres écus dans sa cassette , la
bonne femme lui avoit rendu un bon écu
au lieu du faux . Ils proposent ensuite de
joiier
2216 MERCURE DE FRANCE
jouer une partie de Lansquenet. Ils joüent
un moment , et sur un coup douteux ils
contestent , et se querellent en Ecoliers.
Un de leurs camarades vient fort essouflé
les avertir qu'on les cherche de tous
côtez , ce qui les fait tous disparoître.
ACTE III. & le plus comique. Deux
Ecoliers étant allé voler du fruit dans le
verger d'un Paysan , le disent à deux autres
qui ne manquent pas d'y aller. Guingan,
maître du Verger , les ayant surpris ,
s'empare du chapeau de Bruscambille , et
dit en jurant , qu'il ne le rendra qu'après
qu'on lui aura payé ses poires. Tripolin
s'écarte un moment pour consulter avec
Pigron sur les moyens de se tirer d'intrigue
, et d'attraper le Paysan . Voici comment
ils s'y prennent.
Ils reviennent en disputant fortement
l'un contre l'autre à qui aura un
mauvais bonnet qu'ils tiennent : Guingan
tâche de les mettre d'accord , et leur
dit qu'une pareille guenille ne vaut pas la
peine de disputer. Ils lui persuadent que
ce bonnet n'a point de prix , et qu'il rend
invisibles ceux qui le portent : ils le lui
prouvent en le mettant alternativement
sur leur tête et en s'esquivant adroitement,
ce qui fait un très plaisant jeu de Theatre.
Enfin ils prêtent le bonnet au Paysan qui
les
SEPTEMBRE. 1731 2217
les en prie , et qui rend le chapeau de Bruscambille
, se promettant de bien profiter
du temps qu'il possedera cet heureux bonnet.
Il le met sur sa tête et se croît invisi -
ble , les Ecoliers jurant qu'ils ne le voyent
pas , &c. Un Marquis paroît , auquel le
Paysan veut voler l'épée , croyant qu'il
n'en sera pas apperçû , mais il est chassé
et battu .
Tripolin rentre aussi-tôt sur la Scene
en riant du tour qu'il vient de jouer au
Paysan ; son pere qui le cherche arrive ,
le saisit et veut le conduire à St. L. Les
autres Ecoliers surviennent; ils sont si touchez
du péril où se trouve leur ami , qu'ils
jurent de rentrer dans leur devoir , de se
corriger , &c. C'est la fin de la Piéce ,
qui a fait beaucoup de plaisir.
M. de Guiry de Beaumont , Docteur de
Sorbonne , Chanoine de la Collegiale , et
Principal du College , a voulu lui -même
en faire le Prologue qui a été goûté des
Connoisseurs ; mais ce qui a été particu
lierement applaudi , c'eft un Compliment
que déclama , avec beaucoup de grace ,
en Vers de sa façon , un jeune Ecolier de
Troisiéme , et l'un des Acteurs de la Comedie.
Il est fils de M. d'Orvilliers ; c'est
à dire,fils de Maître . On ne mettra ici que
la fin de son Compliment , pour abreger
cet Extrait. H Avec
7218 MERCURE DE FRANCE
Avec quelque talent , beaucoup de hardiesse ,
Nous avons découvert tous nos tours de jeunesse,
Vous amuser étoit notre plus grand plaisir;
Des Acteurs de notre âge ont peine à réussir.
Mais si nous n'avons pû , Messieurs , vous satisfaire
,
'Applaudissez du moins au desir de vous plaire.
Le 13. de ce mois , les Comédiens
François remirent au Theatre la Tragede
Romulus de M. de la Motte , que le
Public revoit avec beaucoup de plaisir.
Les principaux Personnages de cette Piéce
sont Romulus , Tatius , Proculus , Erfilie, et
ces rôles sont remplis par les S" Du Fresne,
Sarrazin , Le Grand , la Dlle Du Fresne ,
&c. Nous renvoyons pour l'Extrait de
ce Poëme au Mercure de Janvier 1722 .
page 96.
Le Lundi 17. les mêmes Comédiens
représenterent à la Cour la Comédie du
Misantrope , qui fut suivie des Folies-
Amoureufes.
U fille ,nous apprend que fur la fin
Ne Feüille volante imprimée à Mar
du mois passé , on y representa avec beaucoup
de succès sur le Theatre du College
des PP. de l'Oratoire , la Tragedie de
Themistocle , dont l'Argument est exposé
au long dans la même feuille. Les Echevins
et tout le Corps de Ville assisterent à
ce Spectacle , auquel il y eût un concours
extraordinaire. Voici le Compliment qui
fut fait aux Echevins , pris du fonds du
sujet de la Piéce Tragique , et qui receut
de justes applaudissemens , sur tout dans
l'endroit qui regarde la nouvelle Academie
de Marseille.
Vous le sçavez , MESSIEURS , Mar
seille étoit sçavante & polie , lorsque le refte
desGaules n'étoit éclairé quepar le sçavoir bar
bare des Druïdes. Elle a déja repris cet ancien
éclat ; elle est devenue encore le séjour des
Lettres, une Société qui réunit tous les talens,
y met , pour ainsi dire , l'esprit en commun ,
& le travail particulier devient le profit general.
De là , nous verrons une succeffion de
génies
2214 MERCURE DE FRANCE
génies rares que la Capitale nous enviera ,
comme Rome en envia autrefois à nos Ancêtres.
De là, vos noms passeront avec les leurs,
à l'immortalité , et nos derniers Neveux admireront
tout ensemble et vos vertus et leurs
progrès.
Če Compliment fut prononcé par Louis
de Saint-Jacques, et l'Argument de la Tragédie
, récité par Pierre - Augustin Guis
Ecoliers d'élite , tous deux de Marseille.
du
Mr de Vernon , fort jolie Ville ,
Diocèse d'Evreux, ne se plaindront pas de
se trouver mal placez , si ensuite de ce
qui s'est passé à Marseille , nous rendons
aussi compte de ce qui les regarde en fait
de Spectacle. Voici l'Extrait d'une Lettre ,
écrite de cette Ville , le 25 Aoust.
Le College de Vernon est aujourd'hui
l'un des meilleurs et des plus florissans de
la Province de Normandie.
Le 22. Août on repréſenta fur le Theatre
de ce College , pour la distribution
des Prix , la Mort d'Antiochus , l'illuftre
Roy de Syrie , qui fit mourir les Maccabées
, fujet des plus tragiques , et tiré de
l'Ecriture Sainte.
Un fpectacle si touchant , et qui fut heureuſement
executé devant une nombreuſe
Affemblée , demandoit quelque chofe à
fa
SEPTEMBRE. 1731. 2215
fa fuite qui fût capable de divertir les Auditeurs
, et de les dédommager , pour ainsi
dire , des sentimens de terreur et de pitié
qui venoient de les émouvoir. On ne pouvoit
guere mieux y réussir qu'en représentant
, comme on fit , les Rufes des Ecoliers,
Comedie en trois Actes , de la compofition
de MM. Gautier et d'Orvilliers ,
dont voici un petit Extrait.
ACTE I. Tripolin , le plus espiegle des
Ecoliers , engage quatre ou cinq de ses
Compagnons à ne plus retourner au College
: il parle plaisamment des mauvais
traitemens des Regens ; les autres applaudissent
et se plaignent à leur tour . Pygron se
mocque de Filidor qu'il trouve allant porter
des liqueurs à son Regent pour en être
mieux traité, et l'engage à aller boire les liqueurs
avec deux ou trois de ses camarades.
ACTE II. Les Ecoliers se disent mutuellement
les tours qu'ils jouent à leurs Parens
pour attraper de l'argent. Tripolin
déclare à Brufcambille, que pour lui il fait
l'esprit folet pendant la nuit , et que ce
moyen lui donne lieu de voler, &c. Pigron
dit qu'ayant acheté un écu faux , et l'ayant
donné à garder à sa grand'mere , qui le
mit avec d'autres écus dans sa cassette , la
bonne femme lui avoit rendu un bon écu
au lieu du faux . Ils proposent ensuite de
joiier
2216 MERCURE DE FRANCE
jouer une partie de Lansquenet. Ils joüent
un moment , et sur un coup douteux ils
contestent , et se querellent en Ecoliers.
Un de leurs camarades vient fort essouflé
les avertir qu'on les cherche de tous
côtez , ce qui les fait tous disparoître.
ACTE III. & le plus comique. Deux
Ecoliers étant allé voler du fruit dans le
verger d'un Paysan , le disent à deux autres
qui ne manquent pas d'y aller. Guingan,
maître du Verger , les ayant surpris ,
s'empare du chapeau de Bruscambille , et
dit en jurant , qu'il ne le rendra qu'après
qu'on lui aura payé ses poires. Tripolin
s'écarte un moment pour consulter avec
Pigron sur les moyens de se tirer d'intrigue
, et d'attraper le Paysan . Voici comment
ils s'y prennent.
Ils reviennent en disputant fortement
l'un contre l'autre à qui aura un
mauvais bonnet qu'ils tiennent : Guingan
tâche de les mettre d'accord , et leur
dit qu'une pareille guenille ne vaut pas la
peine de disputer. Ils lui persuadent que
ce bonnet n'a point de prix , et qu'il rend
invisibles ceux qui le portent : ils le lui
prouvent en le mettant alternativement
sur leur tête et en s'esquivant adroitement,
ce qui fait un très plaisant jeu de Theatre.
Enfin ils prêtent le bonnet au Paysan qui
les
SEPTEMBRE. 1731 2217
les en prie , et qui rend le chapeau de Bruscambille
, se promettant de bien profiter
du temps qu'il possedera cet heureux bonnet.
Il le met sur sa tête et se croît invisi -
ble , les Ecoliers jurant qu'ils ne le voyent
pas , &c. Un Marquis paroît , auquel le
Paysan veut voler l'épée , croyant qu'il
n'en sera pas apperçû , mais il est chassé
et battu .
Tripolin rentre aussi-tôt sur la Scene
en riant du tour qu'il vient de jouer au
Paysan ; son pere qui le cherche arrive ,
le saisit et veut le conduire à St. L. Les
autres Ecoliers surviennent; ils sont si touchez
du péril où se trouve leur ami , qu'ils
jurent de rentrer dans leur devoir , de se
corriger , &c. C'est la fin de la Piéce ,
qui a fait beaucoup de plaisir.
M. de Guiry de Beaumont , Docteur de
Sorbonne , Chanoine de la Collegiale , et
Principal du College , a voulu lui -même
en faire le Prologue qui a été goûté des
Connoisseurs ; mais ce qui a été particu
lierement applaudi , c'eft un Compliment
que déclama , avec beaucoup de grace ,
en Vers de sa façon , un jeune Ecolier de
Troisiéme , et l'un des Acteurs de la Comedie.
Il est fils de M. d'Orvilliers ; c'est
à dire,fils de Maître . On ne mettra ici que
la fin de son Compliment , pour abreger
cet Extrait. H Avec
7218 MERCURE DE FRANCE
Avec quelque talent , beaucoup de hardiesse ,
Nous avons découvert tous nos tours de jeunesse,
Vous amuser étoit notre plus grand plaisir;
Des Acteurs de notre âge ont peine à réussir.
Mais si nous n'avons pû , Messieurs , vous satisfaire
,
'Applaudissez du moins au desir de vous plaire.
Le 13. de ce mois , les Comédiens
François remirent au Theatre la Tragede
Romulus de M. de la Motte , que le
Public revoit avec beaucoup de plaisir.
Les principaux Personnages de cette Piéce
sont Romulus , Tatius , Proculus , Erfilie, et
ces rôles sont remplis par les S" Du Fresne,
Sarrazin , Le Grand , la Dlle Du Fresne ,
&c. Nous renvoyons pour l'Extrait de
ce Poëme au Mercure de Janvier 1722 .
page 96.
Le Lundi 17. les mêmes Comédiens
représenterent à la Cour la Comédie du
Misantrope , qui fut suivie des Folies-
Amoureufes.
Fermer
Résumé : « Une Feüille volante imprimée à Marseille, nous apprend que sur la fin [...] »
En septembre 1731, la tragédie 'Themistocle' a été représentée avec succès au théâtre du Collège des Pères de l'Oratoire à Marseille. Cette représentation a attiré un public nombreux, y compris les échevins et le corps de ville. Louis de Saint-Jacques a adressé un compliment aux échevins, mettant en avant l'antique savoir de Marseille et son renouveau intellectuel grâce à une société réunissant divers talents. Pierre-Augustin Guis a récité l'argument de la tragédie. À Vernon, le Collège, l'un des meilleurs de Normandie, a organisé une représentation pour la distribution des prix. La tragédie 'La Mort d'Antiochus' a été suivie de la comédie 'Les Ruses des Écoliers'. Cette comédie, en trois actes, a été composée par MM. Gautier et d'Orvilliers et a diverti le public après la tragédie. Le spectacle a été complété par un prologue du Docteur de Sorbonne M. de Guiry de Beaumont et un compliment en vers d'un jeune écolier, fils de M. d'Orvilliers. À Paris, les comédiens français ont repris la tragédie 'Romulus' de M. de la Motte et la comédie 'Le Misantrope' suivie des 'Folies Amoureuses'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
893
p. 2218-2222
Mort du Sr. de la Thorilliere &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Theatre François vient de faire une très-grande perte en la personne de Pierre [...]
Mots clefs :
Troupe de Molière, Amoureuses comiques, Manigances, Fourberies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort du Sr. de la Thorilliere &c. [titre d'après la table]
Le Theatre François vient de faire une
très-grande perte en la personne de Pierre
le Noir de la THORILLIERE , mort à Paris le
18. de ce mois , dans la 75. année de son
âge , aprés avoir reçû tous ses Sacremens.
Il étoit fort aimé du Public , qui vraisemblaSEPTEMBR.
E . 1731. 2219
>
semblablement le regretera long - temps ;
c'étoit le seul qui restoit de la Troupe de
Moliere . Il étoit frere de Louise et Therese
le Noir , épouses des feu sieurs Baron et
Dancourt toutes deux mortes depuis
quelques années. Le Public garde encore
un précieux souvenir de la derniere , qui
jusqu'à l'âge de 60. ans , avoit conservé
les airs enfantins et les graces de la jeunesse
dans les rôles d'Amoureuses comiques,
avec une finesse , un naturel et une
noblesse admirable.
Le sieur de la Thorilliere avoit joué d'abord
dans le Tragique les rôles d'Oreste §
de Bajazet , &c. et les Amoureux Comiques;
mais en 1693. après la mort de J. B.
Siret Raifin , le plus excellent Comique
de la Scene Françoise , dont Moliere avoit
cultivé les heureux talens , il lui succeda
dans la plus grande partie de ses rôles , et
l'on peut dire qu'aprés l'inimitable Acteur
dont on vient de parler , le sieur de la
Thorilliere étoit le meilleur Comédieu
dans son genre de tous ceux que Moliere
avoit formés : aucun n'a si bien réussi , ni
si bien attrapé , et avec tant de graces et
de finesses naïves , les manigances , les
fourberies , les manieres et le ridicule d'un
Valet.
Il étoit d'une taille médiocre, mais très-
Hij bien
2220 MERCURE DE FRANCE
bien prise , dansant très bien et de bonne
grace ; le visage ouvert et gracieux , de
beaux yeux et le regard agréable , vif et
expressif; la voix legere , pleine et sonore,
Son jeu étoit plein d'action et d'un badinage
aimable et gay , sans être trivial : un
mouvement , une attitude , un geste , un
souris , un clin d'oeil , tout parloit en lui;
il animoit tout , sans sortir de l'esprit de
son rôle et de son vrai caractere. Ses heureux
talens et une longue pratique lui
avoient acquis cette perfection et la grande
réputation dont il a joüi ; car peu d'Acteurs
peuvent se vanter d'avoir été autant
et si constamment cheris du Public . Cependant
dans sa jeunesse , il chargeoit et
outroit un peu ses caracteres , pour plaire
au bas Parterre , qui l'accabloit d'applau
dissemens écueil fatal pour un Comédien
, qui naturellement au moins aussi vain
que les autres hommes,se prévient de son
merite sur de tels suffrages, sans compter
encore les fades complimens faits d'aprés
pareils juges ; en sorte que non seulenient
il se croit sans défaut , mais encore arrivé
au comble de la perfection ; tandis que
les gens sensez qui ont quelques lumieres
et du goût , haussent les épaules de yoir
applaudir une déclamation entierement
hors de la bienséance et du vrai , et qui
manque
SEPTEMBRE. 173. 22it
manque totalement de vrai- semblance et
de naturel .
Qu'on nous passe cette petite digres
sion à l'occasion de l'excellent Acteur que
nous regrettons avec tout le Public. " II
étoit fils de N. le Noir de la Thorilliere ,
mort il y a plus de 60. ans , très-gracieux
Comédien , quoique d'une taille médiocre
; sur tout il avoit de beaux yeux et de
belles dents. Il excelloit dans les rôles de
Roy et de Paysan . Il avoit été , dit- on ,
Officier de Cavalerie , et succeda à Juvenen
de la Fleur , fameux Comédien qui joüa
d'original le rôle d'Acomat , dans la Tragedie
de Bajazet.
Le sieur de la Thorilliere dansoit avec
beaucoup de grace et de legereté, et chantoit
fort agréablement . Il étoit bon convive
et aimoit la table quelquefois avec excès.
Le plaisir qu'il avoit fait à la Cour et à la
Ville , avoit été récompensé par une pension
de 1200. liv. que le Roy lui avoit accordée
, dont il jouissoit depuis dix ans.
Le 6. l'Académie Royale de Musique ,
reprit l'Opera de Phaeton , et redonna
Les Festes Venitiennes le 28. On répete
Amadis de Gaule , qu'on doit donner au
commencement d'Octobre.
Le 18. Août dernier , le Roy par Arrêt
de son Conseil du même jour , a ac-
Hij corde
2222 MERCURE DE FRANCE
cordé le Privilege de l'Académie Royale
du Musique au sieur le Comte , qu'avoit
ci-devant le sieur Gruer.
très-grande perte en la personne de Pierre
le Noir de la THORILLIERE , mort à Paris le
18. de ce mois , dans la 75. année de son
âge , aprés avoir reçû tous ses Sacremens.
Il étoit fort aimé du Public , qui vraisemblaSEPTEMBR.
E . 1731. 2219
>
semblablement le regretera long - temps ;
c'étoit le seul qui restoit de la Troupe de
Moliere . Il étoit frere de Louise et Therese
le Noir , épouses des feu sieurs Baron et
Dancourt toutes deux mortes depuis
quelques années. Le Public garde encore
un précieux souvenir de la derniere , qui
jusqu'à l'âge de 60. ans , avoit conservé
les airs enfantins et les graces de la jeunesse
dans les rôles d'Amoureuses comiques,
avec une finesse , un naturel et une
noblesse admirable.
Le sieur de la Thorilliere avoit joué d'abord
dans le Tragique les rôles d'Oreste §
de Bajazet , &c. et les Amoureux Comiques;
mais en 1693. après la mort de J. B.
Siret Raifin , le plus excellent Comique
de la Scene Françoise , dont Moliere avoit
cultivé les heureux talens , il lui succeda
dans la plus grande partie de ses rôles , et
l'on peut dire qu'aprés l'inimitable Acteur
dont on vient de parler , le sieur de la
Thorilliere étoit le meilleur Comédieu
dans son genre de tous ceux que Moliere
avoit formés : aucun n'a si bien réussi , ni
si bien attrapé , et avec tant de graces et
de finesses naïves , les manigances , les
fourberies , les manieres et le ridicule d'un
Valet.
Il étoit d'une taille médiocre, mais très-
Hij bien
2220 MERCURE DE FRANCE
bien prise , dansant très bien et de bonne
grace ; le visage ouvert et gracieux , de
beaux yeux et le regard agréable , vif et
expressif; la voix legere , pleine et sonore,
Son jeu étoit plein d'action et d'un badinage
aimable et gay , sans être trivial : un
mouvement , une attitude , un geste , un
souris , un clin d'oeil , tout parloit en lui;
il animoit tout , sans sortir de l'esprit de
son rôle et de son vrai caractere. Ses heureux
talens et une longue pratique lui
avoient acquis cette perfection et la grande
réputation dont il a joüi ; car peu d'Acteurs
peuvent se vanter d'avoir été autant
et si constamment cheris du Public . Cependant
dans sa jeunesse , il chargeoit et
outroit un peu ses caracteres , pour plaire
au bas Parterre , qui l'accabloit d'applau
dissemens écueil fatal pour un Comédien
, qui naturellement au moins aussi vain
que les autres hommes,se prévient de son
merite sur de tels suffrages, sans compter
encore les fades complimens faits d'aprés
pareils juges ; en sorte que non seulenient
il se croit sans défaut , mais encore arrivé
au comble de la perfection ; tandis que
les gens sensez qui ont quelques lumieres
et du goût , haussent les épaules de yoir
applaudir une déclamation entierement
hors de la bienséance et du vrai , et qui
manque
SEPTEMBRE. 173. 22it
manque totalement de vrai- semblance et
de naturel .
Qu'on nous passe cette petite digres
sion à l'occasion de l'excellent Acteur que
nous regrettons avec tout le Public. " II
étoit fils de N. le Noir de la Thorilliere ,
mort il y a plus de 60. ans , très-gracieux
Comédien , quoique d'une taille médiocre
; sur tout il avoit de beaux yeux et de
belles dents. Il excelloit dans les rôles de
Roy et de Paysan . Il avoit été , dit- on ,
Officier de Cavalerie , et succeda à Juvenen
de la Fleur , fameux Comédien qui joüa
d'original le rôle d'Acomat , dans la Tragedie
de Bajazet.
Le sieur de la Thorilliere dansoit avec
beaucoup de grace et de legereté, et chantoit
fort agréablement . Il étoit bon convive
et aimoit la table quelquefois avec excès.
Le plaisir qu'il avoit fait à la Cour et à la
Ville , avoit été récompensé par une pension
de 1200. liv. que le Roy lui avoit accordée
, dont il jouissoit depuis dix ans.
Le 6. l'Académie Royale de Musique ,
reprit l'Opera de Phaeton , et redonna
Les Festes Venitiennes le 28. On répete
Amadis de Gaule , qu'on doit donner au
commencement d'Octobre.
Le 18. Août dernier , le Roy par Arrêt
de son Conseil du même jour , a ac-
Hij corde
2222 MERCURE DE FRANCE
cordé le Privilege de l'Académie Royale
du Musique au sieur le Comte , qu'avoit
ci-devant le sieur Gruer.
Fermer
Résumé : Mort du Sr. de la Thorilliere &c. [titre d'après la table]
Pierre le Noir de la Thorillière, acteur renommé, est décédé à Paris le 18 septembre 1731 à l'âge de 75 ans, après avoir reçu les sacrements. Il était le dernier survivant de la troupe de Molière et le frère de Louise et Thérèse le Noir, épouses des défunts sieurs Baron et Dancourt. Thérèse était connue pour ses rôles d'amoureuses comiques et conservait des grâces juvéniles jusqu'à 60 ans. La Thorillière a d'abord interprété des rôles tragiques comme Oreste et Bajazet, ainsi que des rôles comiques. En 1693, après la mort de Jean-Baptiste Siret Raffin, il lui a succédé dans la plupart de ses rôles et est devenu l'un des meilleurs comédiens dans le genre formé par Molière, excellant particulièrement dans les rôles de valets. Physiquement, il avait une taille moyenne mais bien proportionnée, dansait avec grâce et possédait un visage ouvert et gracieux avec de beaux yeux expressifs. Sa voix était légère, pleine et sonore. Son jeu était plein d'action et de badinage aimable, sans jamais sortir de l'esprit de son rôle. Malgré une jeunesse marquée par des excès pour plaire au public, il a acquis une grande réputation et une perfection reconnue. Il était le fils de Nicolas le Noir de la Thorillière, comédien gracieux et Officier de Cavalerie, qui avait succédé à Juvenal de la Fleur. Pierre le Noir de la Thorillière dansait et chantait agréablement, aimait la bonne table et recevait une pension de 1200 livres accordée par le roi depuis dix ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
894
p. 2222-2223
L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le 23. Août, les Comédiens Italiens joüerent l'Amante difficile, Comédie de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie, Divertissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 23. Août , les Comédiens Italiens
joüerent l'Amante difficile , Comédie de
M. de la Motte , en Prose et en cinq
Actes , avec trois Divertissemens mis en
Musique par M. Mouret. Le Canevas de
cette Piéce avoit été donné par M. de la
Motte aux Comédiens Italiens à leur premiere
nouveauté ; ils l'executerent en 1716
en Italien avec beaucoup de succès , sans
en avoir fait une seule répetition , et seulement
aprés avoir écouté avec beaucoup
d'attention le sujet bien détaillé par le
sieur Lelio. Le plaisir que fit le gros de
P'action ( quoi que le détail se sentit bien
de l'impromptu ) persuada à M. de la
Motte , que les Scenes écrites avec soin
ne feroient qu'augmenter l'agrément du
Sujet. Il y a répandu beaucoup d'esprit et
'de sentiment.. L'action est bien conduite
et interessante ; et elle le seroit encoredavantage
, si les Scenes entre les Valets :
qui sont trop épisodiques et trop boufonnes
, ne l'interrompoient et ne l'avilissoient
même un peu . La De Silvia jouë
dans la perfection le rôle de l'Amantedifficile
: elle en a rendu les differens déguis
SEPTEMBRE . 1731. 2223
.
guisemens dans leur vrai caractere , et fur
tout le personnage de Gascon , avec toutes
les graces et la vivacité qui lui sont propres.
joüerent l'Amante difficile , Comédie de
M. de la Motte , en Prose et en cinq
Actes , avec trois Divertissemens mis en
Musique par M. Mouret. Le Canevas de
cette Piéce avoit été donné par M. de la
Motte aux Comédiens Italiens à leur premiere
nouveauté ; ils l'executerent en 1716
en Italien avec beaucoup de succès , sans
en avoir fait une seule répetition , et seulement
aprés avoir écouté avec beaucoup
d'attention le sujet bien détaillé par le
sieur Lelio. Le plaisir que fit le gros de
P'action ( quoi que le détail se sentit bien
de l'impromptu ) persuada à M. de la
Motte , que les Scenes écrites avec soin
ne feroient qu'augmenter l'agrément du
Sujet. Il y a répandu beaucoup d'esprit et
'de sentiment.. L'action est bien conduite
et interessante ; et elle le seroit encoredavantage
, si les Scenes entre les Valets :
qui sont trop épisodiques et trop boufonnes
, ne l'interrompoient et ne l'avilissoient
même un peu . La De Silvia jouë
dans la perfection le rôle de l'Amantedifficile
: elle en a rendu les differens déguis
SEPTEMBRE . 1731. 2223
.
guisemens dans leur vrai caractere , et fur
tout le personnage de Gascon , avec toutes
les graces et la vivacité qui lui sont propres.
Fermer
Résumé : L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 23 août, les Comédiens Italiens ont interprété 'L'Amante difficile', une comédie en prose et en cinq actes écrite par M. de la Motte. La pièce incluait trois divertissements musicaux composés par M. Mouret. Le canevas de cette œuvre avait été donné par M. de la Motte aux Comédiens Italiens lors de leur première nouveauté en 1716, qu'ils avaient jouée en italien avec succès après une préparation rapide. La pièce est riche en esprit et en sentiment, avec une action bien conduite et intéressante. Cependant, les scènes entre les valets sont trop épisodiques et bouffonnes, interrompant et avilissant légèrement l'action. La comédienne De Silvia a interprété à la perfection le rôle de l'Amante difficile, rendant les différents déguisements avec toutes les grâces et la vivacité nécessaires, notamment le personnage de Gascon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
895
p. 2223-2226
Le Je ne sçai quoy ? Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le 12. Septembre , les mêmes Comédiens représenterent pour la premiere fois [...]
Mots clefs :
Pièce en vers libres, Éloquence, Déesse des Amours, Critique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Je ne sçai quoy ? Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 12. Septembre , les mêmes Comédiens
représenterent pour la premiere fois
le Je ne sçai quoi , Piece en Vers libres
et en un Acte, ornée d'un Divertissement.
Cette Piece attire tous les jours un concours
extraordinaire ; elle est generalement
applaudie ; en voici un Extrait assez
succinct ; Nous le donnons Scene
par Scene
, pour ne nous point écarter
de l'ordre que l'Auteur y a mis ; elle est
de Mr. de Boissy , qui a déja brillé sur ce
Theatre par le Triomphe de l'Interêt.
.
Le Theatre réprésente un lieu champê
tre , où le Je ne sçai quoi s'est retiré. Venus
ouvre la Scene avec Momus ; elle se
plaint de la retraite du Je ne sçai quoi ,
qu'elle voudroit bien rappeller dans Paris
, où elle fait son séjour Momus lur
fait entendre qu'elle l'a perdu par sa
faute.
Apollon qui survient , fait les mêmes
plaintes que Venus , et Momus lui fait à
peu près la même réponse ; il les laisse
tous deux déliberer sur les mesures qu'ils
prendront pour tirer le Je ne sçai quoi
du desert qui le dérobe aux yeux de
tout le monde , et fait entendre qu'il va
Hiiij
ten-
د
2224 MERCURE DE FRANCE
tenter de son côté une entreprise si glorieuse.
Le Je ne sçai quoi , Genie représenté
par Arlequin, sort de son antre 5 Apollon
et Venus n'oublient rien pour l'engager ;
l'un déploye toute son éloquence , et
l'autre étale tous ses appas ; mais ils n'avancent
rien ; le Je ne sçai quoi les renvoye
très - mécontens , en leur disant
qu'ils s'éloignent trop de la Nature , que
la Déesse des Amours est trop fardée , et
que le Dieu des beaux Esprits est forcé
dans toutes ses productions .
Une Dame se présente au Je ne sçai
quoi , le genie lui demande son nom ;
il est très surpris d'apprendre que c'est
le Public en cornette . Ce Public femelle
lui dit que son Frere , qui est le Public
masculin , lui cede en sentiment et en
goût , et que ce sont les Dames qui font
le succès,sur- tout des Pieces de Theatre ;
après une Critique très- vive et très- bien
vérsifiée , le Public Feminin se flate que
le Je ne sçai quoi se rendra à ses pressantes
sollicitations : le genie lui demande .
du temps pour s'y déterminer , et en attendant
qu'il ait pris sa derniere resolu
tion , illui conseille de se raprocher un
peu plus de la Nature et sur tout de
boire un peu moins de Vin de Grave.
>
Cette
SEPTEMBRE . 1731. 2225
•
Cette Scene est celle qui fait le plus
de plaisir aux connoisseurs ; celle qui la
suit fait plus rire le Peuple ; c'est une
imitation de la Scene du Maître à chanter
et du Maître à danser des Fêtes Veni
tiennes de l'Opera . Le Sr. Theveneau y met
le Comique qu'on y peut souhaitter , er
la Dlle Thomassin toute la legereté et toute
la vivacité que son Rôle demande, Le Je
ne sçai quoi n'est satisfait ni de l'un ni
de l'autre ; le Chanteur lui paroît trop
manieré , et la Danseuse saute trop haut
pour une femme.
Nous ne nous arrêtons pas à deux Sce
nes , dont l'une est entre un petit Maître
et un Suisse , le Je ne sçai quoi les
renvoye , en disant au premier qu'il
cherche trop à plaire , et au dernier qu'il
ne plaît pas assez . L'autre Scene est d'un
Géometre , qui prétend mésurer le Je ne
sçai quoi au Compas : on l'a retranchée
à la seconde réprésentation
La derniere Scene est entre une Calotine
et le Je ne sçai quoi . Ils se trouvent si
bien faits l'un pour l'autre , qu'ils forrent
la résolution de ne se jamais quit
ter ; Momus qui a envoyé la Calotine
vient s'applaudir de l'heureux succès de
son projet il confirme cette nouvelle
alliance , et en fait célébrer la Fête par
Hv La
2226 MERCURE DE FRANCE
le Regiment de la Calotte. Voici le couplet
du Vaudeville , qui a fait le plus
de plaisir.
'Aujourd'huy l'Opera nous frappe ;
Demain les Comédiens
Après-demain on nous attrape
Par les moindres petits riens..
Que la Marotte
Passe soudain
De main en main ,.
Que la Calotte
Couvre la Tête falote
Du genre humain.
Toute la Musique de cette Piece , qui
est très -ingenieuse et très- bien caracterisée
, est de M. Mouret.
Le 18. les mêmes Comédiens joüerentà
la Cour la Comédie dont on vient de
parler. Cette Piéce n'a pas moins été goûtée
à la Cour qu'à la Ville , où elle attire
encore tous les jours de nombreuses Assemblées
à l'Hôtel de Bourgogne. L'Auteur
promet de donner encore quelques
Scenes nouvelles , dont nous rendrons.
compte.
représenterent pour la premiere fois
le Je ne sçai quoi , Piece en Vers libres
et en un Acte, ornée d'un Divertissement.
Cette Piece attire tous les jours un concours
extraordinaire ; elle est generalement
applaudie ; en voici un Extrait assez
succinct ; Nous le donnons Scene
par Scene
, pour ne nous point écarter
de l'ordre que l'Auteur y a mis ; elle est
de Mr. de Boissy , qui a déja brillé sur ce
Theatre par le Triomphe de l'Interêt.
.
Le Theatre réprésente un lieu champê
tre , où le Je ne sçai quoi s'est retiré. Venus
ouvre la Scene avec Momus ; elle se
plaint de la retraite du Je ne sçai quoi ,
qu'elle voudroit bien rappeller dans Paris
, où elle fait son séjour Momus lur
fait entendre qu'elle l'a perdu par sa
faute.
Apollon qui survient , fait les mêmes
plaintes que Venus , et Momus lui fait à
peu près la même réponse ; il les laisse
tous deux déliberer sur les mesures qu'ils
prendront pour tirer le Je ne sçai quoi
du desert qui le dérobe aux yeux de
tout le monde , et fait entendre qu'il va
Hiiij
ten-
د
2224 MERCURE DE FRANCE
tenter de son côté une entreprise si glorieuse.
Le Je ne sçai quoi , Genie représenté
par Arlequin, sort de son antre 5 Apollon
et Venus n'oublient rien pour l'engager ;
l'un déploye toute son éloquence , et
l'autre étale tous ses appas ; mais ils n'avancent
rien ; le Je ne sçai quoi les renvoye
très - mécontens , en leur disant
qu'ils s'éloignent trop de la Nature , que
la Déesse des Amours est trop fardée , et
que le Dieu des beaux Esprits est forcé
dans toutes ses productions .
Une Dame se présente au Je ne sçai
quoi , le genie lui demande son nom ;
il est très surpris d'apprendre que c'est
le Public en cornette . Ce Public femelle
lui dit que son Frere , qui est le Public
masculin , lui cede en sentiment et en
goût , et que ce sont les Dames qui font
le succès,sur- tout des Pieces de Theatre ;
après une Critique très- vive et très- bien
vérsifiée , le Public Feminin se flate que
le Je ne sçai quoi se rendra à ses pressantes
sollicitations : le genie lui demande .
du temps pour s'y déterminer , et en attendant
qu'il ait pris sa derniere resolu
tion , illui conseille de se raprocher un
peu plus de la Nature et sur tout de
boire un peu moins de Vin de Grave.
>
Cette
SEPTEMBRE . 1731. 2225
•
Cette Scene est celle qui fait le plus
de plaisir aux connoisseurs ; celle qui la
suit fait plus rire le Peuple ; c'est une
imitation de la Scene du Maître à chanter
et du Maître à danser des Fêtes Veni
tiennes de l'Opera . Le Sr. Theveneau y met
le Comique qu'on y peut souhaitter , er
la Dlle Thomassin toute la legereté et toute
la vivacité que son Rôle demande, Le Je
ne sçai quoi n'est satisfait ni de l'un ni
de l'autre ; le Chanteur lui paroît trop
manieré , et la Danseuse saute trop haut
pour une femme.
Nous ne nous arrêtons pas à deux Sce
nes , dont l'une est entre un petit Maître
et un Suisse , le Je ne sçai quoi les
renvoye , en disant au premier qu'il
cherche trop à plaire , et au dernier qu'il
ne plaît pas assez . L'autre Scene est d'un
Géometre , qui prétend mésurer le Je ne
sçai quoi au Compas : on l'a retranchée
à la seconde réprésentation
La derniere Scene est entre une Calotine
et le Je ne sçai quoi . Ils se trouvent si
bien faits l'un pour l'autre , qu'ils forrent
la résolution de ne se jamais quit
ter ; Momus qui a envoyé la Calotine
vient s'applaudir de l'heureux succès de
son projet il confirme cette nouvelle
alliance , et en fait célébrer la Fête par
Hv La
2226 MERCURE DE FRANCE
le Regiment de la Calotte. Voici le couplet
du Vaudeville , qui a fait le plus
de plaisir.
'Aujourd'huy l'Opera nous frappe ;
Demain les Comédiens
Après-demain on nous attrape
Par les moindres petits riens..
Que la Marotte
Passe soudain
De main en main ,.
Que la Calotte
Couvre la Tête falote
Du genre humain.
Toute la Musique de cette Piece , qui
est très -ingenieuse et très- bien caracterisée
, est de M. Mouret.
Le 18. les mêmes Comédiens joüerentà
la Cour la Comédie dont on vient de
parler. Cette Piéce n'a pas moins été goûtée
à la Cour qu'à la Ville , où elle attire
encore tous les jours de nombreuses Assemblées
à l'Hôtel de Bourgogne. L'Auteur
promet de donner encore quelques
Scenes nouvelles , dont nous rendrons.
compte.
Fermer
Résumé : Le Je ne sçai quoy ? Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 12 septembre, la pièce 'Le Je ne sçai quoi' fut représentée pour la première fois par les comédiens. Écrite par Monsieur de Boissy, cette œuvre en vers libres et en un acte, accompagnée d'un divertissement, connut un succès immédiat et attira un public nombreux chaque jour. La pièce se déroule dans un lieu champêtre où le 'Je ne sçai quoi', incarné par Arlequin, s'est retiré. Vénus, Apollon et Momus tentent de le ramener à Paris, mais Arlequin refuse, jugeant ces divinités trop éloignées de la nature. Une Dame, représentant le public féminin, affirme que les femmes déterminent le succès des pièces de théâtre. Le 'Je ne sçai quoi' lui demande du temps pour réfléchir et lui conseille de se rapprocher davantage de la nature. Une scène appréciée du peuple imite celle du Maître à chanter et du Maître à danser des Fêtes vénitiennes de l'Opéra. Cependant, le 'Je ne sçai quoi' n'est satisfait ni par le chanteur ni par la danseuse. D'autres personnages, comme un petit maître, un Suisse et un géomètre, sont également renvoyés par le 'Je ne sçai quoi'. Dans la dernière scène, une Calotine et le 'Je ne sçai quoi' décident de ne jamais se quitter. Momus célèbre cette alliance, confirmée par le Régiment de la Calotte. La musique de la pièce, très ingénieuse et bien caractérisée, est de Monsieur Mouret. Le 18 septembre, la pièce fut jouée à la Cour, où elle fut également très appréciée. L'auteur prévoit d'ajouter de nouvelles scènes à l'œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
896
p. 2226-2235
Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens. Autres Pieces nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Le 27. Août, l'Opera Comique donna la premiere Représentation de deux petites [...]
Mots clefs :
Foire, Danse, Chevalier, Tragédie, Enfants comédiens, Danseurs pantomimes anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens. Autres Pieces nouvelles. [titre d'après la table]
Le 27. Août , l'Opera Comique donna
la premiere Représentation de deux petites .
Piéces
SEPTEMBRE . 1731. 2227
Pièces nouvelles , d'un'Acte chacune, avec
des Divertissemens. La premiere a pour titre
les Eveillez de Poiffi, et l'autre, les petits
Comédiens, ou la Tante dupée. Les rôles
de cette derniere Piéce sont joüez par
des Enfans , dont le plus âgé n'a pas treize
ans ; ils sont très-applaudis par de nombreuses
Assemblées que cette singularité
attire à la Foire S. Laurent pour voir ce
spectacle , aussi singulier qu'agréable . Il y
a dans le Divertissement un Enfant âgé
de quatre ans seulement, qui danse et parodie
avec beaucoup de grace et de justesse:
la danse du Sabotier , executée aux Foires
précedentes par le sieur Nivelon , fameux
Danseur pour ces sortes de caracteres. Ce
Divertissement est terminé par un très -joli
Balet, quireprésente en Scenes muettes et
dansantes , le Jugement de Pâris , et qui est
executé par les excellens Danseurs Pantomimes
dont on a déja parlé. La D Groi
gnet , nouvelle Danseuse , s'y est aussi dis-´
tinguée par differentes danses , executées :
avec beaucoup de vivacité. Voici un Extrait
de la Piéce.
La Scene se passe dans une Maison de
Campagne auprès de Tours , où se trouve
le Chevalier , ami de la Dame du lieu ,.
appellée Jule , laquelle devant donner
une Fête , avoit mandé une Troupe de
H vj Comé
2228 MERCURE DE FRANCE
Comédiens de Campagne . Dans le tempsqu'ils
étoient dans une vive impatience de
voir paroître cette Troupe pour représenter
la Tragédie d'Iphigenie , qu'on
avoit demandée ; un Domestique vient
annoncer le désastre arrivé en chemin à
cette Troupe. La Rancune * qui en est le
Chef, arrive un moment après un bras en
écharpe et un emplatre à la joüe , et s'adressant
à Julie et au Chevalier , leur dit :
Jamais nous ne goutons de parfaite allegresse ;
Nos plus heureux succès sont mêlez de tristesse
Madame,je comptoís que ma Troupe aujourd'hui,
De ce charmant séjour viendroit chasser l'ennui,
Chacun s'étoit flatté de la douce esperance ,
D'étaler à vos yeux son Art et sa Science ,
Mais un malheur subit a trahi nos desirs ,
Renversé notre espoir et détruis vos plaisirs ;-
Nous avions presque fait les trois quarts
voyage ,
Et nous voyons déja le Clocher du Village ,
Quand un maudit Chasseur que le Ciel en couroux
,
Pour punir nos forfaits fit approcher de nous ,
Vit un Oiseau perché sur la branche d'un Hêtre ;
Sa main dans le moment met la mainau Salpêtre,
Il apprête , il ajuste , et d'un coup effrayant ,
Pait voler dans les airs le métal fondroyant.
Le Sr Drouin. qui joue très - bien ce Rôle
La
SEPTEMBRE. 1731. 2229
La terre s'en émeut , les Antres en gémissent ,
De nos Coursiers fringants tous les crins se he
rissent ;
La terreur les saisit , et de colere ardens ,
Soudain nous les voyons prendre le mords aux:
dents ;
Du Guide consterné la voix foible et tremblante;
Tâche en vain d'arrêter leur fougue violente
La voiture entraînée au gré de leur fureur ,
Va donner contre un Roc d'une énorme gros
seur ;
L'essieu crie et se rompt ::ô ! spectacle terrible !
Capable d'attendrir l'ame la moins sensible..
Dans un Marais bourbeux Ragotin renversé ,
Et dans ses brodequins lui- même embarrassé ,
Après avoir long-temps dans un confus mélange,
De Livres , de paquets , de poussiere et de fange ,
Lutté contre la mort , la fortune et les Dieux ,
Reste à la fin sans force et périt à nos yeux.
J'ai vû , Seigneur , j'ai vâles ronces degoutantes,
Porter de ce Heros les dépouilles sanglantes ;
Comme lui maint Acteur dans le sang est baigné,
Et c'est moi que le sort a le plus épargné.
Julie plaint beaucoup la situation de
ce Comédien et de sa Troupe , mais elle
veut l'obliger à jouer la Tragédie d'Iphigenie.
Le Chevalier y joint ses instances,
oni , dit- il , et chante sur l'Air de la Palisse
est mort .
2230 MERCURE DE FRANCE
Le Chevalier..
Vous là jouerez ......
Le Comédien..
Eh ! comment:
Satisfaire votre envie ?
Peut- être dans ce moment
On trépane Iphigenie.
Si vous voyez dans quel état est Aga
memnon ( continue le Comédien ) et
chante sur l'Air : Que dans l'amoureux
mystere.
Pouvons-nous sur le Théatre ,
Mettre un Roy tout fracassé
Achille porte un emplâtre ,..
Ulisse a le bras cassé ;
De notre Orquestre ,
Le Pupitre s'est brisé
Sur Clytemnestre ..
,,
Ce contre- temps engage la Rancune
à proposer de faire jouer une petite Trou
pe composée de sa Famille , qui s'est trouvée
heureusement dans une autre Voitu
re ; Julie et le Chevalier acceptent ceparti
. Le Comédien demande au Public
quelque indulgence pour cette Troupe
naissante.
SEPTEMBRE 1731. 2238
naissante , et chante sur l'Air : Ici je fonde
une Abbaye.
S'ils n'ont pas l'honneur de vous plaire ,,
Epargnez-les , c'est moi , Messieurs ,
Qui doit porter votre colere ;
J'ai fait la Piece et les Acteurs.
Les Enfans . Comédiens joüent ensuite
une petite Piece ingénieusement composée
et proportionnée à leur âge. Elle est
intitulée la Niece vengée , ou la Double
Surprise ; elle est de la composition de
M. Panard , la Musique est de M. Gillier :
voicy quelques Couplets du Vaudeville..
Fulie.
Par l'âge ni par la grandeur ;
Ne jugeons jamais d'un Acteur ;
Ceux-cy dont je suis satisfaite ,
Font voir que pour être amusants,
Les petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands.
De la bravoure des Soldats ,
La taille ne décide pas ;
Bien souvent , lorsque la Trompette
Appelle au feu les Combattans ,
Les Petits, & c..
Les
2232 MERCURE DE FRANCE
Les Vers sublimes et pompeux ,
Deviennent souvent ennuyeux ;
Ceux d'une simple Chansonnette ,
Quelquefois sont vifs et picquants ;
Les Petits , & c..
La Foire dans ses plus beaux jours ,
Ne vit jamais un tel concours ;
L'aspect de la Salle complette ,
Me fait chanter , ô ! l'heureux temps !!
Les Petits , tourelourirette ,
Font venir les Grands.
Le Petit Sabottier.
Quoique je ne sois qu'un nabot ,
Je sçai remuer le sabot ;
Ma danse est encore imparfaite ,
Mais j'espere qu'en peu de temps ,.
Mes petons , tourelourirette ,
Vaudront bien les grands..
La Petite Tante.
Ha! que nous nous croirons heureux ,
Si l'on est content de nos Jeux ;
Et qu'avec moi chacun repete ,
Ces mots , pour nous si ravissans ;
Les Petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands,
Un
SEPTEMBRE. 1731. 2233
Un petit Crispin.
Que mon destin seroit charmant ,
Si le Spectateur en sortant ,
Disoit d'une ame satisfaite ,
Crispin me plaît , il est brillant ;
Ce Petit , tourelourirette ,
En vaut bien un grand.
Le 18. Septembre , le même Opera Comique
fut mandé pour aller jouer à la
Cour. Il représenta devant la Reine ,
l'Acte de Strasbourg , Piece jouée au commencement
de la Foire S. Laurent , dans
lequel la Dite le Grand , habillée en homme
, fait beaucoup de plaisir ; ensuite la
Piece des Petits Comédiens , dont on vient
de parler , et la danse du Petit Sabotier
qui plut infiniment. Ce Divertissement
fut terminé par le premier Ballet executé
par les Danseurs Anglois Pantomimes
dont on a parlé . S. M. parut très - satisfaite
de ce Divertissement , par la singu→
larité de ces Petits Comédiens qui jouerent
avec beaucoup de hardiesse et d'intelligence.
Le 20. l'Opera Comique donna le premiere
Représentation d'une Piece nouvelle
en un Acte , qui a pour titre : le
Temple du Sommeil , suivie de celle des
Petits Comédiens , et du premier Ballet de
Danseurs Pantomimes Anglois .
la premiere Représentation de deux petites .
Piéces
SEPTEMBRE . 1731. 2227
Pièces nouvelles , d'un'Acte chacune, avec
des Divertissemens. La premiere a pour titre
les Eveillez de Poiffi, et l'autre, les petits
Comédiens, ou la Tante dupée. Les rôles
de cette derniere Piéce sont joüez par
des Enfans , dont le plus âgé n'a pas treize
ans ; ils sont très-applaudis par de nombreuses
Assemblées que cette singularité
attire à la Foire S. Laurent pour voir ce
spectacle , aussi singulier qu'agréable . Il y
a dans le Divertissement un Enfant âgé
de quatre ans seulement, qui danse et parodie
avec beaucoup de grace et de justesse:
la danse du Sabotier , executée aux Foires
précedentes par le sieur Nivelon , fameux
Danseur pour ces sortes de caracteres. Ce
Divertissement est terminé par un très -joli
Balet, quireprésente en Scenes muettes et
dansantes , le Jugement de Pâris , et qui est
executé par les excellens Danseurs Pantomimes
dont on a déja parlé. La D Groi
gnet , nouvelle Danseuse , s'y est aussi dis-´
tinguée par differentes danses , executées :
avec beaucoup de vivacité. Voici un Extrait
de la Piéce.
La Scene se passe dans une Maison de
Campagne auprès de Tours , où se trouve
le Chevalier , ami de la Dame du lieu ,.
appellée Jule , laquelle devant donner
une Fête , avoit mandé une Troupe de
H vj Comé
2228 MERCURE DE FRANCE
Comédiens de Campagne . Dans le tempsqu'ils
étoient dans une vive impatience de
voir paroître cette Troupe pour représenter
la Tragédie d'Iphigenie , qu'on
avoit demandée ; un Domestique vient
annoncer le désastre arrivé en chemin à
cette Troupe. La Rancune * qui en est le
Chef, arrive un moment après un bras en
écharpe et un emplatre à la joüe , et s'adressant
à Julie et au Chevalier , leur dit :
Jamais nous ne goutons de parfaite allegresse ;
Nos plus heureux succès sont mêlez de tristesse
Madame,je comptoís que ma Troupe aujourd'hui,
De ce charmant séjour viendroit chasser l'ennui,
Chacun s'étoit flatté de la douce esperance ,
D'étaler à vos yeux son Art et sa Science ,
Mais un malheur subit a trahi nos desirs ,
Renversé notre espoir et détruis vos plaisirs ;-
Nous avions presque fait les trois quarts
voyage ,
Et nous voyons déja le Clocher du Village ,
Quand un maudit Chasseur que le Ciel en couroux
,
Pour punir nos forfaits fit approcher de nous ,
Vit un Oiseau perché sur la branche d'un Hêtre ;
Sa main dans le moment met la mainau Salpêtre,
Il apprête , il ajuste , et d'un coup effrayant ,
Pait voler dans les airs le métal fondroyant.
Le Sr Drouin. qui joue très - bien ce Rôle
La
SEPTEMBRE. 1731. 2229
La terre s'en émeut , les Antres en gémissent ,
De nos Coursiers fringants tous les crins se he
rissent ;
La terreur les saisit , et de colere ardens ,
Soudain nous les voyons prendre le mords aux:
dents ;
Du Guide consterné la voix foible et tremblante;
Tâche en vain d'arrêter leur fougue violente
La voiture entraînée au gré de leur fureur ,
Va donner contre un Roc d'une énorme gros
seur ;
L'essieu crie et se rompt ::ô ! spectacle terrible !
Capable d'attendrir l'ame la moins sensible..
Dans un Marais bourbeux Ragotin renversé ,
Et dans ses brodequins lui- même embarrassé ,
Après avoir long-temps dans un confus mélange,
De Livres , de paquets , de poussiere et de fange ,
Lutté contre la mort , la fortune et les Dieux ,
Reste à la fin sans force et périt à nos yeux.
J'ai vû , Seigneur , j'ai vâles ronces degoutantes,
Porter de ce Heros les dépouilles sanglantes ;
Comme lui maint Acteur dans le sang est baigné,
Et c'est moi que le sort a le plus épargné.
Julie plaint beaucoup la situation de
ce Comédien et de sa Troupe , mais elle
veut l'obliger à jouer la Tragédie d'Iphigenie.
Le Chevalier y joint ses instances,
oni , dit- il , et chante sur l'Air de la Palisse
est mort .
2230 MERCURE DE FRANCE
Le Chevalier..
Vous là jouerez ......
Le Comédien..
Eh ! comment:
Satisfaire votre envie ?
Peut- être dans ce moment
On trépane Iphigenie.
Si vous voyez dans quel état est Aga
memnon ( continue le Comédien ) et
chante sur l'Air : Que dans l'amoureux
mystere.
Pouvons-nous sur le Théatre ,
Mettre un Roy tout fracassé
Achille porte un emplâtre ,..
Ulisse a le bras cassé ;
De notre Orquestre ,
Le Pupitre s'est brisé
Sur Clytemnestre ..
,,
Ce contre- temps engage la Rancune
à proposer de faire jouer une petite Trou
pe composée de sa Famille , qui s'est trouvée
heureusement dans une autre Voitu
re ; Julie et le Chevalier acceptent ceparti
. Le Comédien demande au Public
quelque indulgence pour cette Troupe
naissante.
SEPTEMBRE 1731. 2238
naissante , et chante sur l'Air : Ici je fonde
une Abbaye.
S'ils n'ont pas l'honneur de vous plaire ,,
Epargnez-les , c'est moi , Messieurs ,
Qui doit porter votre colere ;
J'ai fait la Piece et les Acteurs.
Les Enfans . Comédiens joüent ensuite
une petite Piece ingénieusement composée
et proportionnée à leur âge. Elle est
intitulée la Niece vengée , ou la Double
Surprise ; elle est de la composition de
M. Panard , la Musique est de M. Gillier :
voicy quelques Couplets du Vaudeville..
Fulie.
Par l'âge ni par la grandeur ;
Ne jugeons jamais d'un Acteur ;
Ceux-cy dont je suis satisfaite ,
Font voir que pour être amusants,
Les petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands.
De la bravoure des Soldats ,
La taille ne décide pas ;
Bien souvent , lorsque la Trompette
Appelle au feu les Combattans ,
Les Petits, & c..
Les
2232 MERCURE DE FRANCE
Les Vers sublimes et pompeux ,
Deviennent souvent ennuyeux ;
Ceux d'une simple Chansonnette ,
Quelquefois sont vifs et picquants ;
Les Petits , & c..
La Foire dans ses plus beaux jours ,
Ne vit jamais un tel concours ;
L'aspect de la Salle complette ,
Me fait chanter , ô ! l'heureux temps !!
Les Petits , tourelourirette ,
Font venir les Grands.
Le Petit Sabottier.
Quoique je ne sois qu'un nabot ,
Je sçai remuer le sabot ;
Ma danse est encore imparfaite ,
Mais j'espere qu'en peu de temps ,.
Mes petons , tourelourirette ,
Vaudront bien les grands..
La Petite Tante.
Ha! que nous nous croirons heureux ,
Si l'on est content de nos Jeux ;
Et qu'avec moi chacun repete ,
Ces mots , pour nous si ravissans ;
Les Petits , tourelourirette ,
Valent bien les grands,
Un
SEPTEMBRE. 1731. 2233
Un petit Crispin.
Que mon destin seroit charmant ,
Si le Spectateur en sortant ,
Disoit d'une ame satisfaite ,
Crispin me plaît , il est brillant ;
Ce Petit , tourelourirette ,
En vaut bien un grand.
Le 18. Septembre , le même Opera Comique
fut mandé pour aller jouer à la
Cour. Il représenta devant la Reine ,
l'Acte de Strasbourg , Piece jouée au commencement
de la Foire S. Laurent , dans
lequel la Dite le Grand , habillée en homme
, fait beaucoup de plaisir ; ensuite la
Piece des Petits Comédiens , dont on vient
de parler , et la danse du Petit Sabotier
qui plut infiniment. Ce Divertissement
fut terminé par le premier Ballet executé
par les Danseurs Anglois Pantomimes
dont on a parlé . S. M. parut très - satisfaite
de ce Divertissement , par la singu→
larité de ces Petits Comédiens qui jouerent
avec beaucoup de hardiesse et d'intelligence.
Le 20. l'Opera Comique donna le premiere
Représentation d'une Piece nouvelle
en un Acte , qui a pour titre : le
Temple du Sommeil , suivie de celle des
Petits Comédiens , et du premier Ballet de
Danseurs Pantomimes Anglois .
Fermer
Résumé : Les Eveillez de Poissi et les petits Comediens. Autres Pieces nouvelles. [titre d'après la table]
Le 27 août 1731, l'Opéra Comique a présenté deux pièces en un acte, accompagnées de divertissements. Les pièces, intitulées 'Les Éveillez de Poiffi' et 'Les petits Comédiens, ou la Tante dupée', ont été interprétées par des enfants dont le plus âgé n'avait pas treize ans. Ces représentations ont attiré une foule nombreuse à la Foire Saint-Laurent, notamment grâce à la présence d'un enfant de quatre ans qui dansait et parodiait avec grâce. La pièce 'Les petits Comédiens' se déroule dans une maison de campagne près de Tours. Julie, la dame du lieu, et son ami le Chevalier attendent une troupe de comédiens pour représenter la tragédie d'Iphigénie. Cependant, un domestique annonce un accident ayant causé la mort de plusieurs comédiens. La Rancune, chef de la troupe, arrive blessé et raconte l'accident. Julie et le Chevalier insistent pour que la pièce soit jouée malgré tout. La Rancune propose alors une troupe composée de sa famille, qui joue une pièce intitulée 'La Nièce vengée, ou la Double Surprise'. Le 18 septembre, l'Opéra Comique a été invité à la cour pour représenter 'L'Acte de Strasbourg', 'Les petits Comédiens', et la danse du Petit Sabotier, suivie d'un ballet exécuté par des danseurs anglais. La reine a été très satisfaite de ces représentations. Le 20 septembre, l'Opéra Comique a présenté une nouvelle pièce en un acte, 'Le Temple du Sommeil', suivie de 'Les petits Comédiens' et d'un ballet de danseurs anglais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
897
p. 2297-2309
LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que j'ai été terriblement en colere contre le Public [...]
Mots clefs :
Rire, Satire, Despréaux, Famille royale, Conspiration , Reine, Autorité, Reconnaissance, Défiance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
LETTRE de Madame la Comtesse de....
à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie
d'Astrate
J
E vous avoue , Monsieur , que j'ai été
terriblement en colere contre le Public
et même contre vous , à la lecture
de votre derniere Lettre ; vous m'annoncez
qu'on a ri à la représentation d'Astrate
, et loin de me l'annoncer comme
une injustice des plus criantes , vous ne
rougissez pas d'ajoûter que vous n'avez
pas pû vous empêcher d'y rire , comme
les autres , sur tout au second Acte , où il
s'agit de l'Anneau Royal , qu'il a plû à
l'Aristarque François de tourner en ridicule
par ce Vers : Sur tout l'Anneau Royal
me semble bien trouvé. Vous auriez été
B iij
LIFT
2298 MERCURE DE FRANCE
un peu plus en garde contre votre envie
de rire , si vous eussiez consideré que
Despreaux met ces Vers ironiques dans
la bouche d'un Campagnard , par un reste
de pudeur qui l'empêche d'adopter un
sentiment si peu sensé. Ce n'est pas que
je prétende ici justifier cet implacable
Auteur ; il a bien pû penser lui - même
ce qu'il fait dire à un autre , puisqu'il a
osé avancer dans une autre Satyre.
Et quand je veux citer un Auteur sans deffaut
La raison dit Virgile , et la rime Quinault.
En vain Despreaux a chanté la Palinodie
, quand il s'y est vû forcé par la gloire
que Quinault s'étoit acquise par tant d'au
tres Ouvrages ; le Public , je veux dire
un certain Public malin ; la Tourbe
pour mieux m'expliquer , a persisté à croire
qu'Astrate étoit une Tragédie très -risible,
et n'a pas voulu renoncer au droit de
rire à fes Représentations. Pour moi ;
Monsieur , qui ai un peu plus de vanitě
que vous , j'ai trop de soin de ma gloirė
pour me confondre dans la foule ; et j'ai
toûjours regardé Astrate comme une Piece
que nos plus grands Dramatiques ne
desavoüeroient pas. Despreaux à beaut
faire dire aux Interlocuteurs de son re
pas ridicule , que chaque Acte de cette
Tragédie
OCTOBRE. 1731. 2299
Tragedie est une Piece entiere , l'action y
est si peu chargée que j'entreprends de
vous la retracer en aussi peu de mots
qu'' on puisse réduire la plus simple : voici
de quoi il s'agit.
L'action theatrale se passe dans le Pa
Jais d'Elise , Reine de Tyr. Le Trône où
elle est assise a été usurpé par son Pere
sur Adraste , qui en étoit le veritable
possesseur. Ce funeste heritage l'a réduire
faire périr ce Roy détrôné et deux de
ses enfans ; un troisième est échappé au
fer meurtrier ; voilà ce qui s'est passé
avant l'Action théatrale , et qui , comme
vous le voyez , ne doit pas faire une protase
trop chargée. Passons au noeud de
la Piece. Elise aime Astrate , crû fils de
Sichée , ses Sujets souffrent impatiemment
qu'une femme regne sur eux ; elle
yeut leur donner un Roy , & croit ne
pouvoir mieux faire que de choisir un
Prince qui par sa valeur a soutenu le
Trône où l'usurpation l'a placée ; elle fait
part de son dessein à Sichée , qui tâche
de l'en détourner par des raisons de politique
; il ne peut lui découvrir la veritable
, la voici : Astrate qui passe pour
son fils , est celui des trois fils du veri-
→ table Roy échappé
au fer meurtrier
.
Elise ayant
annoncé
à Astrate
que. le
B iiij
choix
2300 MERCURE DE FRANCE
contre
choix qu'elle va faire d'un Epoux tombe
sur lui ; et leur amour étant réciproque ,
Sichée , qui est à la tête d'une conspira
tion prête à vanger la mort du veritable
Roy , et à rétablir sur le Trône usurpé
le reste précieux de la Famille Royale
fait entendre à son prétendu fils , qu'il
ne doit pas accepter une place qu'il ne
pourroit long- temps conserver
une révolte qui est sur le point d'éclatter .
Astrate croit le rassurer contre ce peri
en lui annonçant que la conspiration est
découverte , et en lui nommant trois des
conjurez ; Sichée plus allarmé qu'au pa
ravant , et voyant qu'Astrate veut aller
tout découvrir à la Keine , ne peut mieux
l'arrêter qu'en se faisant connoître à lui
pour Chef de la conspiration . Quelcom
bat entre l'Amour et la Nature ! Astrate
croit enfin les accorder tous deux , en
obrenant de la Reine une Amnistie ge
nerale ; il l'obtient en effet , Sichée n'a
rien à craindre pour ses jours , non - plus
que pour ceux de ses amis ; Elise demande
seulement qu'on lui livre ce
dernier fils du vrai Roy , en faveur du
quel on conspire ; c'est alors que Sichéa
ne pouvant plus differer de le faire con
noître , montre des Tablettes à Adraste
dans lesquelles ces Vers sont traceź
c'est
OCTOBR E. 1731. 2301
c'est le vrai Roy qui parle dans ces Tablettes.
Le plus jeune de mes trois fils
Echappe aux cruels Ennemis ,
Dont sur moi l'injustice éclatte ;
Et quand il sera temps de découvrir son sort ,
Ou pour rompre mes fers ou pour vanger ma
mort ;
Sichée en est crû pere , et son nom est Astrate.
Voilà , Monsieur , le noeud de la Piece ;
en voici le dénouement. La cospiration
éclatte malgré le nouveau Roy, à qui
Sichée n'a point laissé les Tablettes qui
peuvent seules le faire reconnoître ; il
combat lui - même contre ceux qui n'ont
pris les armes que pour lui ; on le desarme
, on lui donne des Gardes ; il a beau
dire à ses Sujets qu'il est leur Roy ; on
croit que l'Amour lui dicte ce langage ;
Elise craignant que cet amour ne coûte
enfin la vie à ce cher Prince , attente sur
ses propres jours ; elle vient mourir à ses
yeux , empoisonnée .
D
Vous ne manquerez pas , Monsieur
de m'accuser de supercherie , parce que
je retranche l'épisode d'Agenor , pour
vous faire paroître l'action plus simple
mais cet Episode n'a lieu dans la Piece
B. V
que
2302 MERCURE DE FRANCE
que pendant les deux premiers Actes , et
l'Auteur auroit bien pû s'en passer ; j'avoüe
même qu'il n'en auroit que mieux
fait ; nous n'aurions pas vû cet Anneau
Royal qui a excité des ris dans un sujet
uniquement destiné à faire verser des larmes
; je conviens avec vous que
deffaut , mais trouvez bon aussi que je
cherche à le justifier autant qu'il me sera
possible.
c'est un
Quand j'avoue que l'Anneau Royal est
un deffaut , je ne conviens pas qu'il le
foit jusqu'à être risible ; en effet si l'on y
rit , ce n'est que par le coup sur coup
qu'il produit. Ainsi Despreaux n'a pas
rencontré juste quand il a fait dire à son
Campagnard : Sur tout l'Anneau Royal ,
& c. Cet Auteur atrabilaire auroit dû se
souvenir qu'Alexandre le Grand , fit Perdiccas
dépositaire de son autorité par un
Anneau qu'il lui remit entre les mains ;
Quinault n'est donc ni risible ni blâmable
, d'employer le même signe d'autorité
dans sa Piece ; je dis bien plus , Elise ne
remet cette marque de toute - puissance à
A genor , que par des motifs très - senseż,
soit de reconnoissance , soit de défiance.
Agenor lui a parû très- soû mis quand elle
lui a fait entendre qu'elle vouloit faire
un Roy , indépendamment de la loi que
son
OCTOBRE 1731. 2303
son pere lui avoit imposée : voici com
me il s'explique dans le second Acte.
J'ai de subir vos loix un double engagement ;
C'est peu d'être Sujet, je suis encore Amant, &c
Je ne vous dis plus rien , Madame , et vais attendre
,
L'Arrêt que sur mon sort il vous plaira de ren- `
dre , &c.
Elise est si touchée d'une si parfaite
résignation, qu'elle dit à sa Confidente :
Par quelle injuste loy ,
Ne lui dois-je plus rien quand il fait tout pour
moi ?
Corisbe me croit- elle une ame si farouche ,
Et que
Qu'une belle action n'ait plus rien qui me touche?
l'excès d'amour d'un Prince si soumis ,
N'ait pas des droits plus forts que ceux qu'il m'a
remis ?
Voilà , Monsieur , le motif de reconnoissance
; passons au motif de défiance ;
c'est toûjours Elise qui parle :
J'ai peine toutefois , quoique je me figure ,
De croire dans le Prince une vertu si pure ,
Et de ne soupçonner d'aucun déguisement ,
L'excès étudié d'un si beau sentiment.
Que peut-elle faire de plus sensé , en
B vj parlant
2304 MERCURE DE FRANCE
parlant de ces deux principes , que da
récompenser Agenor , s'il est sincere , ou
de le punir , s'il ne l'est pas ? voici comment
elle en agit avec lui ; elle commence
par lui déclarer qu'elle aime Adraste
comme Agenor le dit lui- même , parlant
à son Rival dans le commencement
du troisiéme Acte; voici ses propres mots
Après m'avoir loüé d'avoir cedé mes droits ,
En mettant dans mes mains cet Anneau de nos
Rois ,
La Reine avec adresse a sçû me faire entendre ,
Que son coeur à vos feux s'étoit laissé surpren
dre , & c. ...
Mais qu'elle avoit voulu du moins pour reconnoître
,
La generosité que j'avois fait paroître ,
Et pour
rendre pour moi son refus moins hon
teux ,
Que ce fût de ma main que vous fussiez heureux;
Qu'elle ne doutoit point qu'après cette priere ,
Ma génerosité ne se montrât entiere.
Voilà donc le premier motif rempli ;
l'abus qu'Adraste fait du pouvoir remis
entre ses mains , justifie la punition que
la Reine en va faires à peine a- t'elle appris
qu'il veut faire arrêter Adraste , qu'el
le l'envoye arrêter lui-même . Qu'y a - t'il
de
OCTOBRE . 1731. 230,
de plus juste et de plus consequent ? La
soumission est récompensée , la dissimulation
est punie ; Agenor est précipité du
faîte de la grandeur , Astrate est élevé
aur comble du bonheur ; et c'est ce coup
sur- coup de peripetie qui fait rire les
Spectateurs , sans qu'ils s'apperçoivent
eux-mêmes de quoi ils rient.
Ne riez -vous pas vous-même , Monsieur
, de ce que je viens d'avancer ?
Non; ce n'est pas l'Anneau Royal qui
fait rite , n'en déplaise à Despreaux , c'est
ce passage subit du. Trône à. la prison ,
et du dernier malheur au bonheur suprême
; on est ravi de voir Agenor mortifié
; on ne l'est pas moins de voir Astrate
heureux ; les ris ne sont pas toûjours
des. marques de mocquerie , ou du moins
dans cette occafion les rieurs ne sont pas
pour Agenor.
En effet , Monsieur , vous n'avez qu'à
vous rappeller le personnage qu'il vient
de jouer dans la Scene précedente , pour
convenir qu'il a justement merité les mocqueries
du Parterre ; après avoir avoüé
à Astrate qu'il est aimé et que la Reine
ne lui a mis l'Anneau Royal entre les
mains que pour en user genereusement ;
il lui dit d'un ton de voix insultant :
Mon
2306 MERCURE DE FRANCE
Mon coeur ne peut former une plas noble envie
A cet illustre effort la gloire me convie ;
La generosité m'y fait voir mille appas ;
Mais l'Amour plus puissant ne me le permer .
pas , &c.
Que voulez- vous? chacun a sa façon d'aimer,& c.
Vous aimez en Heros ; pour moi , je le confeffe ,
Le Ciel m'a fait un coeur capable de foiblesse ;
Mais je n'en rougis point et jusqu'à ce jour ,
La foiblesse jamais n'a fait honte à l'Amour , &C.
Laissez -moi les douceurs qui me sont accordées ,
Et jouissez en paix de vos belles idées .
Tandis qu'un noeud sacré , propice à mes souhaits
,
Va mettre entre mes bras la Reine et ses attraits,
Que sans m'embarrasser d'un scrupule inutile ,
J'en vais être à vos yeux le possesseur franquille ,
Et vais enfin au gré de mes transports pressants ,
M'assurer d'être heureux sur la foi de mes sens.
Pour vous en consoler , songez qu'au fond de
l'ame
guere
La Reine, avec regret, s'arrache à votre flâme, &c,
J'y veux bien consentir ; un reste d'amitié
M'oblige à voir encor vos maux avec pitié ,
Et sûr d'un bien solide , il ne me coûte
De vous abandonner un bien imaginaire ;
Ainsi chacun de nous se tiendra satisfait ;
Vous , de vous croire heureux , moi , de l'être an
effet.
OCTOBRE. 1731. 2307
'Ajoûtez à cela , Monsieur , la lâcheté
avec laquelle Agenor refuse le défi que
lui fait Astrate; en faut- il davantage pour
exciter le Spectateur à rire de le voir
puni , comme il l'a merité ?
Ce n'est pas que j'approuve le caractere
que Quinault lui donne ; il pouvoit
le rendre odieux , sans le rendre mauvais-
plaisant , et sans l'ériger en Marquis
ridicule de Comédie ; mais il a mis assez
de noblesse dans tout le reste de sa Tra◄
gédie , pour faire voir de quoi il est capable
quand il veut s'en donner la peine.
Il cst temps de passer à des choses plus
dignes de noire attention ; et qu'une Apologie
dont il n'a pas besoin , fasse place
à des éloges si bien méritez. En effet
Monsieur , quoi de plus délicat que la
Scene où la Reine enhardit Astrate à lui
parler de son amour , fondée sur cette
maxime :
Je sçais qu'à notre Sexe il sied bien d'ordinaire ,
De laisser aux Amans les premiers pas à faire ,
De tenir avec soin tout notre amour caché ,
D'attendre que l'aveu nous en soit arraché ,
De ne parler qu'après d'extrémes violences ;
Mais je regne, et le Trône a d'autres bienséances ;
Et quand jusqu'à ce rang notre Sexe est monté,
Ild oit tre au-dessus de la timidité :
Astrate
2308 MERCURE DE FRANCE
Astrate est mon Sujet , et la toute -puissance ,
L'engage aux mêmes loix dont elle me dispense ;
Quelqu'ardeur qui l'emporte , il doit se retenir
C'est à moi de descendre et de le prévenir ,
De l'aider à s'ouvrir ,de l'y servir de guide ;.
Jusques - là , c'est à lui d'aimer d'un feu timide
D'encocher tout l'éclat, et pour le mettre au jour
D'attendre qu'il m'ait plû d'enhardir son amour.
N'est-ce pas là aimer en Reine ? voici
comment Elise s'y prend pour enhardir
son sujet à lui parler de son amour.
Cessons de feindre , Astrate ; on veut me faire
croire ,
Qu'oubliant tout devoir , séduit par trop de gloire,
Vous avez jusqu'à moi secretement osé ;
Astrate voulant se justifier , elle lui
ferme la bouche par ces mots :
Il n'est besoin ici que de me bien entenåre ;
Avant que de répondre examinez - vous bien ,
Voyez si votre coeur ne s'accuse de rien ,
S'il ne se sent pour moi rien d'un peu témer aire
Rien qui passe l'ardeur d'un sujet ordinaire , & c.
La douceur avec laquelle la Reine invite
Astrate à faire cet examen , l'enhardit
à être sincere ; voici comme il
s'explique et s'excuse en même temps
D'un
OCTOBRE. 1731 2309
D'un crime si charmant mon coeur insatiable ,
En voudroit s'il pouvoit être encor plus coupable,
Et , si je l'ose dire , aime mieux consentir ,
A tout votre courroux qu'au moindre repentir ,
Lorsque par un transport dont on n'est plus le
maître,
On devient témeraire , on ne sçauroit trop l'êtres
Et dès qu'on a pû mettre un feu coupable au jour,
C'est l'excès qui peut seul justifier l'amour.
Le reste pour le prochain Mercurè.
à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie
d'Astrate
J
E vous avoue , Monsieur , que j'ai été
terriblement en colere contre le Public
et même contre vous , à la lecture
de votre derniere Lettre ; vous m'annoncez
qu'on a ri à la représentation d'Astrate
, et loin de me l'annoncer comme
une injustice des plus criantes , vous ne
rougissez pas d'ajoûter que vous n'avez
pas pû vous empêcher d'y rire , comme
les autres , sur tout au second Acte , où il
s'agit de l'Anneau Royal , qu'il a plû à
l'Aristarque François de tourner en ridicule
par ce Vers : Sur tout l'Anneau Royal
me semble bien trouvé. Vous auriez été
B iij
LIFT
2298 MERCURE DE FRANCE
un peu plus en garde contre votre envie
de rire , si vous eussiez consideré que
Despreaux met ces Vers ironiques dans
la bouche d'un Campagnard , par un reste
de pudeur qui l'empêche d'adopter un
sentiment si peu sensé. Ce n'est pas que
je prétende ici justifier cet implacable
Auteur ; il a bien pû penser lui - même
ce qu'il fait dire à un autre , puisqu'il a
osé avancer dans une autre Satyre.
Et quand je veux citer un Auteur sans deffaut
La raison dit Virgile , et la rime Quinault.
En vain Despreaux a chanté la Palinodie
, quand il s'y est vû forcé par la gloire
que Quinault s'étoit acquise par tant d'au
tres Ouvrages ; le Public , je veux dire
un certain Public malin ; la Tourbe
pour mieux m'expliquer , a persisté à croire
qu'Astrate étoit une Tragédie très -risible,
et n'a pas voulu renoncer au droit de
rire à fes Représentations. Pour moi ;
Monsieur , qui ai un peu plus de vanitě
que vous , j'ai trop de soin de ma gloirė
pour me confondre dans la foule ; et j'ai
toûjours regardé Astrate comme une Piece
que nos plus grands Dramatiques ne
desavoüeroient pas. Despreaux à beaut
faire dire aux Interlocuteurs de son re
pas ridicule , que chaque Acte de cette
Tragédie
OCTOBRE. 1731. 2299
Tragedie est une Piece entiere , l'action y
est si peu chargée que j'entreprends de
vous la retracer en aussi peu de mots
qu'' on puisse réduire la plus simple : voici
de quoi il s'agit.
L'action theatrale se passe dans le Pa
Jais d'Elise , Reine de Tyr. Le Trône où
elle est assise a été usurpé par son Pere
sur Adraste , qui en étoit le veritable
possesseur. Ce funeste heritage l'a réduire
faire périr ce Roy détrôné et deux de
ses enfans ; un troisième est échappé au
fer meurtrier ; voilà ce qui s'est passé
avant l'Action théatrale , et qui , comme
vous le voyez , ne doit pas faire une protase
trop chargée. Passons au noeud de
la Piece. Elise aime Astrate , crû fils de
Sichée , ses Sujets souffrent impatiemment
qu'une femme regne sur eux ; elle
yeut leur donner un Roy , & croit ne
pouvoir mieux faire que de choisir un
Prince qui par sa valeur a soutenu le
Trône où l'usurpation l'a placée ; elle fait
part de son dessein à Sichée , qui tâche
de l'en détourner par des raisons de politique
; il ne peut lui découvrir la veritable
, la voici : Astrate qui passe pour
son fils , est celui des trois fils du veri-
→ table Roy échappé
au fer meurtrier
.
Elise ayant
annoncé
à Astrate
que. le
B iiij
choix
2300 MERCURE DE FRANCE
contre
choix qu'elle va faire d'un Epoux tombe
sur lui ; et leur amour étant réciproque ,
Sichée , qui est à la tête d'une conspira
tion prête à vanger la mort du veritable
Roy , et à rétablir sur le Trône usurpé
le reste précieux de la Famille Royale
fait entendre à son prétendu fils , qu'il
ne doit pas accepter une place qu'il ne
pourroit long- temps conserver
une révolte qui est sur le point d'éclatter .
Astrate croit le rassurer contre ce peri
en lui annonçant que la conspiration est
découverte , et en lui nommant trois des
conjurez ; Sichée plus allarmé qu'au pa
ravant , et voyant qu'Astrate veut aller
tout découvrir à la Keine , ne peut mieux
l'arrêter qu'en se faisant connoître à lui
pour Chef de la conspiration . Quelcom
bat entre l'Amour et la Nature ! Astrate
croit enfin les accorder tous deux , en
obrenant de la Reine une Amnistie ge
nerale ; il l'obtient en effet , Sichée n'a
rien à craindre pour ses jours , non - plus
que pour ceux de ses amis ; Elise demande
seulement qu'on lui livre ce
dernier fils du vrai Roy , en faveur du
quel on conspire ; c'est alors que Sichéa
ne pouvant plus differer de le faire con
noître , montre des Tablettes à Adraste
dans lesquelles ces Vers sont traceź
c'est
OCTOBR E. 1731. 2301
c'est le vrai Roy qui parle dans ces Tablettes.
Le plus jeune de mes trois fils
Echappe aux cruels Ennemis ,
Dont sur moi l'injustice éclatte ;
Et quand il sera temps de découvrir son sort ,
Ou pour rompre mes fers ou pour vanger ma
mort ;
Sichée en est crû pere , et son nom est Astrate.
Voilà , Monsieur , le noeud de la Piece ;
en voici le dénouement. La cospiration
éclatte malgré le nouveau Roy, à qui
Sichée n'a point laissé les Tablettes qui
peuvent seules le faire reconnoître ; il
combat lui - même contre ceux qui n'ont
pris les armes que pour lui ; on le desarme
, on lui donne des Gardes ; il a beau
dire à ses Sujets qu'il est leur Roy ; on
croit que l'Amour lui dicte ce langage ;
Elise craignant que cet amour ne coûte
enfin la vie à ce cher Prince , attente sur
ses propres jours ; elle vient mourir à ses
yeux , empoisonnée .
D
Vous ne manquerez pas , Monsieur
de m'accuser de supercherie , parce que
je retranche l'épisode d'Agenor , pour
vous faire paroître l'action plus simple
mais cet Episode n'a lieu dans la Piece
B. V
que
2302 MERCURE DE FRANCE
que pendant les deux premiers Actes , et
l'Auteur auroit bien pû s'en passer ; j'avoüe
même qu'il n'en auroit que mieux
fait ; nous n'aurions pas vû cet Anneau
Royal qui a excité des ris dans un sujet
uniquement destiné à faire verser des larmes
; je conviens avec vous que
deffaut , mais trouvez bon aussi que je
cherche à le justifier autant qu'il me sera
possible.
c'est un
Quand j'avoue que l'Anneau Royal est
un deffaut , je ne conviens pas qu'il le
foit jusqu'à être risible ; en effet si l'on y
rit , ce n'est que par le coup sur coup
qu'il produit. Ainsi Despreaux n'a pas
rencontré juste quand il a fait dire à son
Campagnard : Sur tout l'Anneau Royal ,
& c. Cet Auteur atrabilaire auroit dû se
souvenir qu'Alexandre le Grand , fit Perdiccas
dépositaire de son autorité par un
Anneau qu'il lui remit entre les mains ;
Quinault n'est donc ni risible ni blâmable
, d'employer le même signe d'autorité
dans sa Piece ; je dis bien plus , Elise ne
remet cette marque de toute - puissance à
A genor , que par des motifs très - senseż,
soit de reconnoissance , soit de défiance.
Agenor lui a parû très- soû mis quand elle
lui a fait entendre qu'elle vouloit faire
un Roy , indépendamment de la loi que
son
OCTOBRE 1731. 2303
son pere lui avoit imposée : voici com
me il s'explique dans le second Acte.
J'ai de subir vos loix un double engagement ;
C'est peu d'être Sujet, je suis encore Amant, &c
Je ne vous dis plus rien , Madame , et vais attendre
,
L'Arrêt que sur mon sort il vous plaira de ren- `
dre , &c.
Elise est si touchée d'une si parfaite
résignation, qu'elle dit à sa Confidente :
Par quelle injuste loy ,
Ne lui dois-je plus rien quand il fait tout pour
moi ?
Corisbe me croit- elle une ame si farouche ,
Et que
Qu'une belle action n'ait plus rien qui me touche?
l'excès d'amour d'un Prince si soumis ,
N'ait pas des droits plus forts que ceux qu'il m'a
remis ?
Voilà , Monsieur , le motif de reconnoissance
; passons au motif de défiance ;
c'est toûjours Elise qui parle :
J'ai peine toutefois , quoique je me figure ,
De croire dans le Prince une vertu si pure ,
Et de ne soupçonner d'aucun déguisement ,
L'excès étudié d'un si beau sentiment.
Que peut-elle faire de plus sensé , en
B vj parlant
2304 MERCURE DE FRANCE
parlant de ces deux principes , que da
récompenser Agenor , s'il est sincere , ou
de le punir , s'il ne l'est pas ? voici comment
elle en agit avec lui ; elle commence
par lui déclarer qu'elle aime Adraste
comme Agenor le dit lui- même , parlant
à son Rival dans le commencement
du troisiéme Acte; voici ses propres mots
Après m'avoir loüé d'avoir cedé mes droits ,
En mettant dans mes mains cet Anneau de nos
Rois ,
La Reine avec adresse a sçû me faire entendre ,
Que son coeur à vos feux s'étoit laissé surpren
dre , & c. ...
Mais qu'elle avoit voulu du moins pour reconnoître
,
La generosité que j'avois fait paroître ,
Et pour
rendre pour moi son refus moins hon
teux ,
Que ce fût de ma main que vous fussiez heureux;
Qu'elle ne doutoit point qu'après cette priere ,
Ma génerosité ne se montrât entiere.
Voilà donc le premier motif rempli ;
l'abus qu'Adraste fait du pouvoir remis
entre ses mains , justifie la punition que
la Reine en va faires à peine a- t'elle appris
qu'il veut faire arrêter Adraste , qu'el
le l'envoye arrêter lui-même . Qu'y a - t'il
de
OCTOBRE . 1731. 230,
de plus juste et de plus consequent ? La
soumission est récompensée , la dissimulation
est punie ; Agenor est précipité du
faîte de la grandeur , Astrate est élevé
aur comble du bonheur ; et c'est ce coup
sur- coup de peripetie qui fait rire les
Spectateurs , sans qu'ils s'apperçoivent
eux-mêmes de quoi ils rient.
Ne riez -vous pas vous-même , Monsieur
, de ce que je viens d'avancer ?
Non; ce n'est pas l'Anneau Royal qui
fait rite , n'en déplaise à Despreaux , c'est
ce passage subit du. Trône à. la prison ,
et du dernier malheur au bonheur suprême
; on est ravi de voir Agenor mortifié
; on ne l'est pas moins de voir Astrate
heureux ; les ris ne sont pas toûjours
des. marques de mocquerie , ou du moins
dans cette occafion les rieurs ne sont pas
pour Agenor.
En effet , Monsieur , vous n'avez qu'à
vous rappeller le personnage qu'il vient
de jouer dans la Scene précedente , pour
convenir qu'il a justement merité les mocqueries
du Parterre ; après avoir avoüé
à Astrate qu'il est aimé et que la Reine
ne lui a mis l'Anneau Royal entre les
mains que pour en user genereusement ;
il lui dit d'un ton de voix insultant :
Mon
2306 MERCURE DE FRANCE
Mon coeur ne peut former une plas noble envie
A cet illustre effort la gloire me convie ;
La generosité m'y fait voir mille appas ;
Mais l'Amour plus puissant ne me le permer .
pas , &c.
Que voulez- vous? chacun a sa façon d'aimer,& c.
Vous aimez en Heros ; pour moi , je le confeffe ,
Le Ciel m'a fait un coeur capable de foiblesse ;
Mais je n'en rougis point et jusqu'à ce jour ,
La foiblesse jamais n'a fait honte à l'Amour , &C.
Laissez -moi les douceurs qui me sont accordées ,
Et jouissez en paix de vos belles idées .
Tandis qu'un noeud sacré , propice à mes souhaits
,
Va mettre entre mes bras la Reine et ses attraits,
Que sans m'embarrasser d'un scrupule inutile ,
J'en vais être à vos yeux le possesseur franquille ,
Et vais enfin au gré de mes transports pressants ,
M'assurer d'être heureux sur la foi de mes sens.
Pour vous en consoler , songez qu'au fond de
l'ame
guere
La Reine, avec regret, s'arrache à votre flâme, &c,
J'y veux bien consentir ; un reste d'amitié
M'oblige à voir encor vos maux avec pitié ,
Et sûr d'un bien solide , il ne me coûte
De vous abandonner un bien imaginaire ;
Ainsi chacun de nous se tiendra satisfait ;
Vous , de vous croire heureux , moi , de l'être an
effet.
OCTOBRE. 1731. 2307
'Ajoûtez à cela , Monsieur , la lâcheté
avec laquelle Agenor refuse le défi que
lui fait Astrate; en faut- il davantage pour
exciter le Spectateur à rire de le voir
puni , comme il l'a merité ?
Ce n'est pas que j'approuve le caractere
que Quinault lui donne ; il pouvoit
le rendre odieux , sans le rendre mauvais-
plaisant , et sans l'ériger en Marquis
ridicule de Comédie ; mais il a mis assez
de noblesse dans tout le reste de sa Tra◄
gédie , pour faire voir de quoi il est capable
quand il veut s'en donner la peine.
Il cst temps de passer à des choses plus
dignes de noire attention ; et qu'une Apologie
dont il n'a pas besoin , fasse place
à des éloges si bien méritez. En effet
Monsieur , quoi de plus délicat que la
Scene où la Reine enhardit Astrate à lui
parler de son amour , fondée sur cette
maxime :
Je sçais qu'à notre Sexe il sied bien d'ordinaire ,
De laisser aux Amans les premiers pas à faire ,
De tenir avec soin tout notre amour caché ,
D'attendre que l'aveu nous en soit arraché ,
De ne parler qu'après d'extrémes violences ;
Mais je regne, et le Trône a d'autres bienséances ;
Et quand jusqu'à ce rang notre Sexe est monté,
Ild oit tre au-dessus de la timidité :
Astrate
2308 MERCURE DE FRANCE
Astrate est mon Sujet , et la toute -puissance ,
L'engage aux mêmes loix dont elle me dispense ;
Quelqu'ardeur qui l'emporte , il doit se retenir
C'est à moi de descendre et de le prévenir ,
De l'aider à s'ouvrir ,de l'y servir de guide ;.
Jusques - là , c'est à lui d'aimer d'un feu timide
D'encocher tout l'éclat, et pour le mettre au jour
D'attendre qu'il m'ait plû d'enhardir son amour.
N'est-ce pas là aimer en Reine ? voici
comment Elise s'y prend pour enhardir
son sujet à lui parler de son amour.
Cessons de feindre , Astrate ; on veut me faire
croire ,
Qu'oubliant tout devoir , séduit par trop de gloire,
Vous avez jusqu'à moi secretement osé ;
Astrate voulant se justifier , elle lui
ferme la bouche par ces mots :
Il n'est besoin ici que de me bien entenåre ;
Avant que de répondre examinez - vous bien ,
Voyez si votre coeur ne s'accuse de rien ,
S'il ne se sent pour moi rien d'un peu témer aire
Rien qui passe l'ardeur d'un sujet ordinaire , & c.
La douceur avec laquelle la Reine invite
Astrate à faire cet examen , l'enhardit
à être sincere ; voici comme il
s'explique et s'excuse en même temps
D'un
OCTOBRE. 1731 2309
D'un crime si charmant mon coeur insatiable ,
En voudroit s'il pouvoit être encor plus coupable,
Et , si je l'ose dire , aime mieux consentir ,
A tout votre courroux qu'au moindre repentir ,
Lorsque par un transport dont on n'est plus le
maître,
On devient témeraire , on ne sçauroit trop l'êtres
Et dès qu'on a pû mettre un feu coupable au jour,
C'est l'excès qui peut seul justifier l'amour.
Le reste pour le prochain Mercurè.
Fermer
Résumé : LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
La Comtesse de... exprime sa colère envers le Chevalier de... après avoir appris que le public avait ri lors de la représentation de la tragédie 'Astrate' de Jean Racine. Elle critique particulièrement la réaction du Chevalier, qui a également ri, notamment lors du second acte où l'Anneau Royal est mentionné. La Comtesse défend Racine en expliquant que les vers ironiques sur l'Anneau Royal sont prononcés par un personnage campagnard par pudeur. Elle reconnaît cependant que Racine a pu avoir des sentiments similaires dans d'autres œuvres. La Comtesse résume ensuite l'intrigue d''Astrate'. L'action se déroule à Tyr, où la reine Elise a usurpé le trône d'Adraste. Elise aime Astrate, qu'elle croit être le fils de Sichée. Les sujets d'Elise souffrent de voir une femme régner et souhaitent un roi. Elise envisage de choisir Astrate comme époux, mais Sichée, qui est en réalité le père d'Astrate et le véritable roi, tente de l'en dissuader. Il révèle finalement à Astrate qu'il est le fils du roi détrôné et qu'une conspiration est prête à rétablir la famille royale. Astrate obtient une amnistie générale, mais la conspiration éclate malgré tout. Elise, craignant pour la vie d'Astrate, se suicide. La Comtesse critique l'épisode de l'Anneau Royal, qui a suscité des rires, et défend Quinault en expliquant que l'Anneau est un symbole d'autorité légitime. Elle conclut en soulignant que les rires du public sont dus au passage subit du trône à la prison et au bonheur suprême, et non à l'Anneau Royal. Elle critique également le personnage d'Agenor, qui est puni à juste titre pour sa lâcheté et son comportement odieux. Enfin, elle loue la délicatesse de la scène où Elise encourage Astrate à lui parler de son amour. Par ailleurs, le texte relate une conversation entre deux personnages, Astrea et une reine. Astrea est accusé de sentiments excessifs envers la reine. Pour se défendre, Astrea est invité à examiner son cœur et à vérifier s'il ne ressent pas pour la reine une ardeur dépassant celle d'un sujet ordinaire. Encouragé par la douceur de la reine, Astrea avoue son amour coupable et insatiable. Il exprime son désir de rester coupable plutôt que de regretter ses sentiments. Il justifie son audace par l'intensité de son amour, affirmant que seul l'excès peut expliquer un tel sentiment. La suite de la conversation est reportée au prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
898
p. 2311-2317
ODE A M. Houdart de la Motte. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Grand et fameux la Motte, Aigle rapide dont l'œil noblement audacieux [...]
Mots clefs :
Indomptable Hercule, Poésie, Rime, Liberté, Prose, Défense, Strophes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A M. Houdart de la Motte. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
O DE
A M. Houdart de la Motte. Par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croisic
en Bretagne.
GR
Grand et fameux la Motte , Aigle
Irapide dont l'oeil noblement audacieux
, va défier les regards mêmes du
brúlant Pere de la lumiere , soutien le
vol timide d'un foible Tiercelet , et vien
d'un coup de ton aîle secourable le pousser
avec toi jusqu'au dévorant séjour du
feu.
讚
Je pars , je quitte la Terre bourbeuse;
je traverse , je fends les immenses Campagnes
12 MERCURE DE FRANCE
pagnes de l'air la violence qui m'emporte
me fait perdre haleine : quel bras
puissant m'arrête audessus du double sommet
de la docte Montagne ? Un merveil
leux Spectacle s'y dévoile à mes yeux
enchantez. La majestueuse Melpomene ,
la vive et galante Polhymnie, la tête panchée
et flecissant devant toi un genou
respectueux , te rendent des hommages
qui te comblent d'honneur.
粥
Comme l'indomptable Hercule purgea
autrefois l'érable infecté du riche et superbe
Augias , ainsi tes travaux innombrables
ont purgé notre Poësie affreusesement
accablée sous le joug tirannique
de la Rime : tu l'as tirée de la prison obscure
et étroite dans laquelle , plongée depuis
si long - temps , elle poussoir des
plaintes aussi touchantes que steriles ; ta
main laborieuse a brisé ses entraves cruelles
, et dégagée du poids honteux de ses
chaînes , elle respire l'air tranquille et serain
de la liberté desirée depuis tant de
siecles.
Je te vois aujourd'hui , harmonieuse
Progeniture de l'aimable Souverain de
Helicon , je te voix , ô divine Poësie,
te
OCTOBRE. 1731. 2373
te promener çà et là librement avec les
Charites qui dansent et folatrent autour
de toi , en te faisant cent caresses naïves
Leurs blonds cheveux voltigent négligemment
épars sur leurs épaules blanches
à la fois et vermeilles , semblables à de l'ivoire
qu'une femme de Carie teint en
pourpre , ennemies de la gêne , elles ont
jetté loin d'elles leurs chaussures de drap
d'or , et sautent si legerement sur l'émail
de la riante Prairie, qu'à peine s'appercoits
on qu'elles ayent des pieds.
Toi- même , ô Poësie , toi - même toute
échevelée , tu t'es défaite de l'embarras
ajusté de ta coëffure précieuse . Tes doigts
delicats ne paroissent plus enchaînez dans
des cercles de diamans , et tu dédaignes
la pompeuse parure de tes brasselets tis
sus avec un art admirable.
La Prose qui s'avance a le port d'une
Reine ; elle te tend les bras , t'embrasse.
L'appelle sa soeur , et te jurant une amitié
éternelle , te serre avec tant de force
qu'il semble que vous ne fassiez plus que
2314 MERCURE DE FRANCE
le même corps. Les Coquillages dorez
attachez aux Rochers limoneux , la Vigne
flexible , mariée à l'Ormeau qui l'appuye
, ne sont pas liez par des noeuds plus
étroits que ceux qui vous unissent maintenant
enſemble.
Un ris modeste et gracieux s'échap
pant de tes levres entr'ouvertes , fair
éclatter sur ton visage les étincelles d'une
joye inalterable , l'éclair part des yeux
Jamboyants. Et tu réponds à la Prose
par tous les témoignages d'une fidelité
réciproque: Ciel ! que l'air aisé dont tu
marches , t'a rendue differente de ce que
tu étois autrefois ?
裝
Chante à jamais ta liberté recouvrée ;
chante la pénible défaite de la Rime or
gueilleuse qui t'a détenue dans les fers ;.
mais celebre sur tout par des productions
plus durables que le Marbre et le Bronze,
I'Invincible la Motte , et fais pleuvoir les
Lauriers et les Roses sur la tête de ton
valeureux Liberateur.
Lui seul s'est armé pour ta défense et
les
OCTOBR E. 1734. 1314
lestraits qu'ont lancez des bras de Géants,
se sont émoussez sur sa poitrine invul
nerable. Il paroît , il combat , il frappe ,
il foudroye. C'est Tancrede qui fait mordre
la poudre à Clorinde ; c'est Renaud
qui triomphe d'Armide et des vaillants
et nombreux Chevaliers qui devoient au
prix du sang de ce Heros , achepter à
l'envile coeur de cette Heroïne inhumaine.
#
Tes yeux ternis se chargent de pleurs ;
Rime malheureuse , la honte fait pâlir
tes joies amaigries , une sueur froide
coule de tous tes membres qui paroissent
pétrifiez , mais tout à coup la doul ur se
changeant en rage , t´s derniers soupirs
sont d'horribles blaphêmes.
Tes Strophes gravement Philosophi
ques , & prudent la Motte , ô Poëte sagement
sublime , nous avoient toûjours
présagé ton penchant insurmontable pour
ta chere Prose ; et qu'il viendroit un jour
où tu prendrois le Casque et la Cuirasse
pour lui conquerir l'Empire absolu de
notre Langue renommée de l'un à l'autre
Hemisphere.
Mais
1316 MERCURE DE FRANCE
Mais Ciel qu'apperçois -je encore !
quelle foule de ravissans objets frappe
à l'instant mes avides regards ! l'Ombre
glorieuse du sçavant Poëte à qui sept Villes
se disputerent l'honneur d'avoir donné
la naissance ; l'Ombre non moins celebre
de celui qui a porté jusqu'aux nuës
le nom de Mantouë ; l'Ombre rivale des
deux autres , cette Ombre dont le Godefroy
et l'Aminte ont illustré la moderne
Italie , toutes trois te donnent de pures
marques d'une amitié non suspecte
Je les entends qui par les expressions
les plus vives , te prient de briser la mesure
inutile de leurs Vers , d'écarter loin
de leur stile ces nombres ridiculement
reguliers , qui ne repetent que les mêmes
sons à l'oreille fatiguée ; et par le moyen
dont tu es l'Inventeur de prêter à leur
Poësie cette même beauté dont tu viens
d'enrichir la nôtre.
諾
Continuë , ô genereux Vainqueur de
la Rime , moissonne à plein poing les
précieuses Javelles des Lauriers immortels
, chemine à pas hardis au Temple
rayonnant de la gloire , en dépit de tes
Rivaux
OCTOBRE . 1731. 2317
Rivaux consternez . Cours y suspendre
lés dépouilles que tu leur a arrachées
encore soüillées d'une poussiere honorable
, et qu'eux-mêmes se trouvent enfin
forcez de couronner ton front triomphant
de leurs propres mains.
A M. Houdart de la Motte. Par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croisic
en Bretagne.
GR
Grand et fameux la Motte , Aigle
Irapide dont l'oeil noblement audacieux
, va défier les regards mêmes du
brúlant Pere de la lumiere , soutien le
vol timide d'un foible Tiercelet , et vien
d'un coup de ton aîle secourable le pousser
avec toi jusqu'au dévorant séjour du
feu.
讚
Je pars , je quitte la Terre bourbeuse;
je traverse , je fends les immenses Campagnes
12 MERCURE DE FRANCE
pagnes de l'air la violence qui m'emporte
me fait perdre haleine : quel bras
puissant m'arrête audessus du double sommet
de la docte Montagne ? Un merveil
leux Spectacle s'y dévoile à mes yeux
enchantez. La majestueuse Melpomene ,
la vive et galante Polhymnie, la tête panchée
et flecissant devant toi un genou
respectueux , te rendent des hommages
qui te comblent d'honneur.
粥
Comme l'indomptable Hercule purgea
autrefois l'érable infecté du riche et superbe
Augias , ainsi tes travaux innombrables
ont purgé notre Poësie affreusesement
accablée sous le joug tirannique
de la Rime : tu l'as tirée de la prison obscure
et étroite dans laquelle , plongée depuis
si long - temps , elle poussoir des
plaintes aussi touchantes que steriles ; ta
main laborieuse a brisé ses entraves cruelles
, et dégagée du poids honteux de ses
chaînes , elle respire l'air tranquille et serain
de la liberté desirée depuis tant de
siecles.
Je te vois aujourd'hui , harmonieuse
Progeniture de l'aimable Souverain de
Helicon , je te voix , ô divine Poësie,
te
OCTOBRE. 1731. 2373
te promener çà et là librement avec les
Charites qui dansent et folatrent autour
de toi , en te faisant cent caresses naïves
Leurs blonds cheveux voltigent négligemment
épars sur leurs épaules blanches
à la fois et vermeilles , semblables à de l'ivoire
qu'une femme de Carie teint en
pourpre , ennemies de la gêne , elles ont
jetté loin d'elles leurs chaussures de drap
d'or , et sautent si legerement sur l'émail
de la riante Prairie, qu'à peine s'appercoits
on qu'elles ayent des pieds.
Toi- même , ô Poësie , toi - même toute
échevelée , tu t'es défaite de l'embarras
ajusté de ta coëffure précieuse . Tes doigts
delicats ne paroissent plus enchaînez dans
des cercles de diamans , et tu dédaignes
la pompeuse parure de tes brasselets tis
sus avec un art admirable.
La Prose qui s'avance a le port d'une
Reine ; elle te tend les bras , t'embrasse.
L'appelle sa soeur , et te jurant une amitié
éternelle , te serre avec tant de force
qu'il semble que vous ne fassiez plus que
2314 MERCURE DE FRANCE
le même corps. Les Coquillages dorez
attachez aux Rochers limoneux , la Vigne
flexible , mariée à l'Ormeau qui l'appuye
, ne sont pas liez par des noeuds plus
étroits que ceux qui vous unissent maintenant
enſemble.
Un ris modeste et gracieux s'échap
pant de tes levres entr'ouvertes , fair
éclatter sur ton visage les étincelles d'une
joye inalterable , l'éclair part des yeux
Jamboyants. Et tu réponds à la Prose
par tous les témoignages d'une fidelité
réciproque: Ciel ! que l'air aisé dont tu
marches , t'a rendue differente de ce que
tu étois autrefois ?
裝
Chante à jamais ta liberté recouvrée ;
chante la pénible défaite de la Rime or
gueilleuse qui t'a détenue dans les fers ;.
mais celebre sur tout par des productions
plus durables que le Marbre et le Bronze,
I'Invincible la Motte , et fais pleuvoir les
Lauriers et les Roses sur la tête de ton
valeureux Liberateur.
Lui seul s'est armé pour ta défense et
les
OCTOBR E. 1734. 1314
lestraits qu'ont lancez des bras de Géants,
se sont émoussez sur sa poitrine invul
nerable. Il paroît , il combat , il frappe ,
il foudroye. C'est Tancrede qui fait mordre
la poudre à Clorinde ; c'est Renaud
qui triomphe d'Armide et des vaillants
et nombreux Chevaliers qui devoient au
prix du sang de ce Heros , achepter à
l'envile coeur de cette Heroïne inhumaine.
#
Tes yeux ternis se chargent de pleurs ;
Rime malheureuse , la honte fait pâlir
tes joies amaigries , une sueur froide
coule de tous tes membres qui paroissent
pétrifiez , mais tout à coup la doul ur se
changeant en rage , t´s derniers soupirs
sont d'horribles blaphêmes.
Tes Strophes gravement Philosophi
ques , & prudent la Motte , ô Poëte sagement
sublime , nous avoient toûjours
présagé ton penchant insurmontable pour
ta chere Prose ; et qu'il viendroit un jour
où tu prendrois le Casque et la Cuirasse
pour lui conquerir l'Empire absolu de
notre Langue renommée de l'un à l'autre
Hemisphere.
Mais
1316 MERCURE DE FRANCE
Mais Ciel qu'apperçois -je encore !
quelle foule de ravissans objets frappe
à l'instant mes avides regards ! l'Ombre
glorieuse du sçavant Poëte à qui sept Villes
se disputerent l'honneur d'avoir donné
la naissance ; l'Ombre non moins celebre
de celui qui a porté jusqu'aux nuës
le nom de Mantouë ; l'Ombre rivale des
deux autres , cette Ombre dont le Godefroy
et l'Aminte ont illustré la moderne
Italie , toutes trois te donnent de pures
marques d'une amitié non suspecte
Je les entends qui par les expressions
les plus vives , te prient de briser la mesure
inutile de leurs Vers , d'écarter loin
de leur stile ces nombres ridiculement
reguliers , qui ne repetent que les mêmes
sons à l'oreille fatiguée ; et par le moyen
dont tu es l'Inventeur de prêter à leur
Poësie cette même beauté dont tu viens
d'enrichir la nôtre.
諾
Continuë , ô genereux Vainqueur de
la Rime , moissonne à plein poing les
précieuses Javelles des Lauriers immortels
, chemine à pas hardis au Temple
rayonnant de la gloire , en dépit de tes
Rivaux
OCTOBRE . 1731. 2317
Rivaux consternez . Cours y suspendre
lés dépouilles que tu leur a arrachées
encore soüillées d'une poussiere honorable
, et qu'eux-mêmes se trouvent enfin
forcez de couronner ton front triomphant
de leurs propres mains.
Fermer
Résumé : ODE A M. Houdart de la Motte. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Le texte est une ode à Houdart de la Motte, poète et libérateur de la poésie française, écrite par Malcrais de la Vigne. L'auteur compare Houdart de la Motte à un aigle guidant un jeune rapace vers le feu, symbolisant son rôle de mentor. Il décrit une vision où il traverse les airs et découvre les muses Melpomène et Polymnie rendant hommage à Houdart de la Motte. L'auteur célèbre les travaux de Houdart de la Motte, qui ont libéré la poésie française du joug tyrannique de la rime, permettant ainsi à la poésie de se promener librement avec les Grâces. La prose, représentée comme une reine, embrasse la poésie, scellant une alliance éternelle entre les deux. Le texte loue la victoire de Houdart de la Motte sur la rime orgueilleuse, comparant sa lutte à celles de héros mythologiques comme Hercule, Tancrede et Renaud. Les ombres de grands poètes, tels qu'Homère, Virgile et Tasse, encouragent Houdart de la Motte à poursuivre son œuvre de libération de la poésie. Enfin, l'auteur invite Houdart de la Motte à continuer de moissonner les lauriers de la gloire, triomphant de ses rivaux et suspendant les dépouilles de ses victoires au temple de la gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
899
p. 2317
A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
Début :
J'ay porté votre nom en cent climats divers ; [...]
Mots clefs :
Climats, Muses, Lauriers, Temple de mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
A. M. M. D. M.
En lui envoyant pour Bouquet une petite
Figure de la Renommée : c'est la
Renommée qui parle.
J'Ay porté votre nom en cent climats divers ;
Les Muses l'ont souvent redit dans leurs Concerts;
Et je vais aujourd'hui celebrer votre Fête ;
Ma Trompette pour vous forme de nouveaux airs
Et de mes Lauriers toûjours verds ,
Puissai-je encor long-temps couronner votre tête
Pour le bonheur de vos amis ,
Vivez , sçavant M ** , vivez comblé de gloire,
Autant que vivront vos Ecrits ,
Placez par Apollon au Temple de Memoire."
L'Abbé Poncy de Neuville.
Ce 20. Août.
En lui envoyant pour Bouquet une petite
Figure de la Renommée : c'est la
Renommée qui parle.
J'Ay porté votre nom en cent climats divers ;
Les Muses l'ont souvent redit dans leurs Concerts;
Et je vais aujourd'hui celebrer votre Fête ;
Ma Trompette pour vous forme de nouveaux airs
Et de mes Lauriers toûjours verds ,
Puissai-je encor long-temps couronner votre tête
Pour le bonheur de vos amis ,
Vivez , sçavant M ** , vivez comblé de gloire,
Autant que vivront vos Ecrits ,
Placez par Apollon au Temple de Memoire."
L'Abbé Poncy de Neuville.
Ce 20. Août.
Fermer
Résumé : A. M. M. D. M. En lui envoyant pour Bouquet une petite Figure de la Renommée : c'est la Renommée qui parle.
L'Abbé Poncy de Neuville dédie un texte à un érudit, M **. La Renommée célèbre sa renommée mondiale et ses inspirations musesques. Il souhaite que l'érudit soit couronné de lauriers verts et que sa gloire perdure autant que ses écrits, placés par Apollon au Temple de la Mémoire. La date est le 20 août.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
900
p. 2318-2326
REMARQUES de M. Gaullier, sur la Censure portée contre lui dans la vingt-huitiéme Lettre du Nouvelliste du Parnasse.
Début :
Le grand Critique qui enfante toutes les semaines une feüille d'impression [...]
Mots clefs :
Nouvelliste du Parnasse, Humanités, Grammairien , Abrégé de la grammaire française, Règles de poétique, Conjugaisons, Combinaisons des verbes, Syntaxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES de M. Gaullier, sur la Censure portée contre lui dans la vingt-huitiéme Lettre du Nouvelliste du Parnasse.
REMARQUES de M. Gaullier , sur la
Censure portée contre lui dans la vingtbuitiéme
Lettre du Nouvelliste du Par
nasse.
E grand Critique qui enfante toutes
les semaines une feuille d'impression
in-douze , de caractere moyen , a jugé à
propos de parler ainsi de la methode de
M. Lefevre que j'ai fait réimprimer
avec des Notes : L'infatigable M. Gaullyer
, dit-il , Professeur au College du Plessis
apublié nne Methode pour l'étude des
humanitez. C'est un Grammairien fecond ;
qui , suivant toutes les apparences , regalera
encore ses Ecoliers d'un bon nombre de Volumes.
Je ne sçai si cette multiplication est
nécessaire. Il me semble que le grand nombre
de Regles accable plus l'Esprit qu'il ne le
soulage.
-
M. Gaullier n'est pas si infatigable
ny si fecond en Grammaires que le Nouvelliste
l'est en Nouvelles , ou plutôt er
Censure et en Satyre . Depuis 1716 , que
parut sa premiere Methode , il n'a fait im
primer que cinq petites parties des Regle ÷
pour la Langue Latine et la Françoise
avec un Abregé de la Grammaire Françoi
se
OCTOBRE.
1737.
2219
se , et des Regles de Poëtique , tirées
d'Aristote ,
d'Horace , de
Despreaux et
d'autres célebres Auteurs , tant anciens
que modernes. Les cinq autres Volumes
de M. Gaullier sont , non des Volumes
de Regles , mais des Auteurs Grecs et.
Latins notés à l'usage des Classes . Tous
douze ont été
approuvés par une , et six
par deux Conclusions de l'Université , en
1716. et en la presente Année 1731. honneur
qui n'avoit été fait à personne avant
lui , que je sçache , et qu'un ou deux seulement
ont reçû après lui .
> Quant aux sept Volumes de Regles
ce n'est qu'un abregé et un choix de ce
que nous avons de plus excellent en ce
genre , je veux dire , des Methodes de
Port -Royal , de la
Grammaire Françoise
de l'Abbé Regnier - Desmarais . Mais com
me M. Gaullier ne regale poine ses Ecoliers
de Regles de Poëtique qui sont audessus
de leur portée , ni de versification
françoise ni de plusieurs autres choses
qu'il leur fait passer dans ses livres , com.
meles
Declinaisons et les
Conjugaisons , les
Préfaces , les
Combinaisons des Verbes ; ces
7. Volumes se réduisent à six , qui tous ensemble
ne font pas plus de cinq cent pages.
Et même M. Gaullier
connoissant un peu
les differents goûts , pour ne pas dire les
Cij
divers
23 20 MERCURE DE FRANCE
divers Caprices des hommes , il a réduit
à une Feuille d'impression de 24. pages
de petit caractere , Le Rudiment et
la Syntaxe 2 Les Préterits et Supins
qui en tiennent plus de 300. in 80. dans
Despautere , et plus de 350. aussi in 8º.
dans Port- Royal 3º plus de 400. pages
de la Methode de Bretonneau ont aussi
été réduites à 26 : et 740 in 4° . de la
Grammaire de M. l'Abbé Regnier - Desmarais
ont été abregés par lui d'abord en
52 pages de Petit-Romain , et puis en 24
de Petit-Texte.
С
Comment le Nouvelliste peut- il donc
se plaindre de la multiplication de mes
Livres de Grammaite et des Regles , et
prophetiser que je regalerai encore mes
Ecoliers d'un grand nombre de Volumes ?
Quand on fait le Métier de Satirique
comme le fait le Nouvelliste , il faudroit
au moins être exempt des fautes qu'on
reprend dans les autres , et ne leur en reprocher
que de vrayes. C'est ici tout le
contraire ; et il me paroît évident que celui
qui de son autorité privée , s'est érigé
depuis six ou sept mois en Juge de tous
les Auteurs , manque lui-même ici de
Jugement.
L'infatigable M. Gaullyer , Professeur
au College du Plessis , a publié, dit- on , une
Methode pour les Humanitez.
La
OCTOBRE. 173. 232F
La Methode que M. Gaullier a publiée ,
n'est point de lui : elle est du celebre M. Le
Fevre de Saumur , Pere de Me Dacier.
Elle n'est que de trois feuilles de Gros
Romain , qui n'en valent pas une de Petit
Texte. Les Notes de M. Gaullier , ne
sont aussi que de trois Feuilles d'un caractere
presque aussi gros . Qui pourra donc
jamais penser qu'un homme qui est accoûtumé
à porter quatre heures et demie
tous les jours le pesant fardeau d'une
Classe , soit nommé infatigable à juste
titre , pour avoir donné au Public six
Feuilles de grosse Impression , dont il y
én a la moitié qui n'est pas de lui ? Mais
quelqu'un ne sera-t'il point tenté de croi
re , que le Nouvelliste , pour bien juger
des Auteurs et de leurs ouvrages , porte
l'exactitude jusqu'à ne pas lire en entier
les titres des Livres , et à passer ce qui y
est écrit en plus petit caractere : et que
c'est là la vraye raison qui paroît lui faire
attribuer à M. Gaullier , un ouvrage qui
est de M. Le Fevre ?
Que si c'est à bon droit qu'on donne le
nom d'Infatigable à M. Gaullier , pour
avoir publié en un an un Livre de six
feuilles , dont il n'y en a que trois de
lui; à combien plus forte raison doit- on le
donner au Nouvelliste , qui , sans se fa-
Ciij tiguer
2322 MERCURE DE FRANCE
"
tiguer , fatiguera tous les ans le Public
de 52. Feuilles d'impression , qui est au
dessous de celle de la Methode de M. Le
Fevre et des Notes de M. Gaullier.
C'est un Grammairién fecond , continuë
le Nouvelliste , qui , suivant toutes les ap
parences , regalera encore ses Ecoliers d'un
bon nombre de Volumes. Il me semble que
le Nouvelliste est à peu près du même
caractere que la Déesse qui préside aux
Nouvelles , je veux dire la Renommée
dont Virgile dit quelque part :
Tamficti pravique tenax quàm nuntia veri;
La difference qui me paroît être entre
elle et lui , c'est que cette Déesse publie
également la verité et la fausseté , et que
notre homme panche plus souvent du
côté de la fausseté et verifie en sa personne
d'une maniere qui lui est propre
ce qui est dit de l'homme en general ,
Omnis homo mendax,
Une autre difference qui ne me paroît
pas moins considerable , c'est que la Ré
nommée rne nous annonce que le passé ,
et que le Nouvelliste se mêle de nous
prédire l'avenir , et s'érige en Prophete
de malheur , ou en diseur de mauvaises
avantures ; car ne peut- on pas donner ce
nom au régal d'un bon nombre de Volu◄
›
mes
OCTOBRE. 1731. 2325
*
mes de Grammaire , qu'il pronostique à
mes Ecoliers ?
Mais encore sur quoi est fondée cette
nouvelle Prophetie ? Et comment peutelle
avoir aucune apparence de verité ?
Si on juge de l'avenir par le passé , comme
la raison le veut , quelle apparence que
moi , qui , depuis 1719. que la cinquiéme
partie des Regles a parue , n'ai regalé
mes Ecoliers que du petit Volume de la
Grammaire Françoise , je les regale dans
la suite d'un bon nombre de Volumes ?
Pour moi , si j'aimois à prophetiser , je
pourrois dire que le Nouvelliste est un
Critique fecond , qui , suivant toutes les
apparences , regalera encore le Public
d'un bon nombre de Lettres. Il l'a promis
; il tient parole ; depuis sept mois ,
il nous a déja servi 29. de ces Lettres :
c'est un gage presque sûr pour l'avenir ;
à moins que le Public ne persevere de plus
en plus à ne pas faire cas du régal qu'on
veut lui donner malgré lui .
Je ne sçai , c'est le Nouvelliste qui parle
, si cette multiplication est nécessaire . Il
me semble que le grand nombre de Regles
accable plus l'Esprit qu'il ne le soulage.
Pour moi je crois sçavoir que la multiplication
des Regles er des Volumes de
Grammaire , non seulement n'est pas
Ciiij néces-
-
2324 MERCURE DE FRANCE
gles ,
1
nécessaire , mais même est très- inutile
et très - préjudiciable. C'est pour cela que
j'ai tant abregé les gros Volumes de Resoit
pour le Latin soit pour le
François ; et que , comme je l'ai déja
prouvé plus haut par les faits , je les ai
réduit d'abord à 100. ou 200. pages, puis
à une feuille de 24. Pages. C'est pour la
même raison que j'ai donné au Public
une nouvelle Edition de la petite Methode
de M. Le Fevre , afin d'empêcher , s'il
est possible , la multiplication des nouveaux
systêmes pour le Latin , dont l'exposition
et les préliminaires sont souvent
beaucoup plus longs et plus ennuyeux que
toutes les Regles , et d'étouffer dans leur
naissance un bon nombre d'insectes de la
basse litterature , qui fourmillent et pul- .
lulent de tous côtés depuis quinze ou
vingt ans et qui achevent de ruiner et
de désoler le Pays de la Grammaire , qui
de sa Nature est si peu riante et si peu
fertille.
Voilà ce que je crois sçavoir , et à quoi
est bonne la nouvelle édition du petit
ouvrage de M. Le Fevre. Ce que je ne sçai
pas , c'est si cette multiplication de Nouvelles
Litteraires est bien nécessaire , et
si elle n'accable et n'assomme pas plutôt
le Public qu'elle ne le soulage . Nous
avons
OCTOBRE 1731. 2325
avons déja tant d'autres ouvrages de cette
espece , qui ont la vogue depuis tant d'années,
sans parler des autres.
Il s'en faut bien que le Nouvelliste du
Parnasse ait toutes les bonnes qualitez et
tous les avantages des autres ouvrages Periodiques
premierement le titre en est
trompeur. C'est un Nouvelliste qui n'apprend
point de Nouvelles ; il ne se borne
point au Parnasse mais il descend du
haut de cette Montagne , dans les Vallées
les plus basses , d'où ensuite il s'écarte à
droite et à gauche et s'égare dans le
pays de la Rethorique et de la Grammaire
, qu'il ne connoît que très- imparfaitement
, et des autres Arts liberaux. Le
titre de Nouvelliste du Parnasse ne lui
convient donc en aucune maniere , à
moins qu'on ne veüille faire entendre parlà
qu'il prétend jouir du Privilege du
Parnasse , c'est - à-dire , de feindre et de
mentir comme les Poëtes qui habitent
cette Montagne .
,
Mais au lieu des Nouvelles.du Parnasse
qu'il nous promet , comme il juge des
autres par lui- même , il croit que des
Censures et des Satyres , même fausses
leur feront plus de plaisir. Il monte donc
sur un Tribunal qu'il s'érige à lui-même ,
et de- là il prononce toûjours avec har-
Cv diesse
L
2326 MERCURE DE FRANCE
diessse , mais souvent sans modération et
sans équité , des Jugemens précipitez et
injustes contre tous ceux qui lui sont
bien superieurs en science et en autorité ;
contre les ROLLINS les GIBERTS
les VOLTAIRES . Il faut donc lui ôter
son nom de Nouvelliste du Parnasse , qui
est faux , comme nous venons de le prouver
, et qui de plus ne donne pas de lui
une bonne idée , puisque Nouvelliste ne
se prend gueres qu'en mauvaise part ; et
lui donner le nom de Censeur general de
la Republique des Lettres.
On peut aussi dire de lui , ce que l'E
criture dit d'Ismaël , Gen. 16. 12. Qu'il
leve la main contre tous , Manus ejus
contra omnes ; et ajoûter que tous leve-
'ront aussi la main contre lui ; Etmanus
omnium contra eum ; à moins que le peu
de cas qu'on paroît faire de lui , ne le
fasse rentrer dans le néant dont il est
sorti depuis quelques mois .
Voilà une partie de ce que j'avois à ré,
pondre , pour deffendre contre le Nouvelliste
Parnassien le peu de réputation
que je me suis acquise depuis 15. ou 20.
ans , qui m'est nécessaire pour continuer
ma Profession avec honneur , et que ce
Critique injuste veut , mais ne doit ni
ne pourra jamais m'ôter.
Censure portée contre lui dans la vingtbuitiéme
Lettre du Nouvelliste du Par
nasse.
E grand Critique qui enfante toutes
les semaines une feuille d'impression
in-douze , de caractere moyen , a jugé à
propos de parler ainsi de la methode de
M. Lefevre que j'ai fait réimprimer
avec des Notes : L'infatigable M. Gaullyer
, dit-il , Professeur au College du Plessis
apublié nne Methode pour l'étude des
humanitez. C'est un Grammairien fecond ;
qui , suivant toutes les apparences , regalera
encore ses Ecoliers d'un bon nombre de Volumes.
Je ne sçai si cette multiplication est
nécessaire. Il me semble que le grand nombre
de Regles accable plus l'Esprit qu'il ne le
soulage.
-
M. Gaullier n'est pas si infatigable
ny si fecond en Grammaires que le Nouvelliste
l'est en Nouvelles , ou plutôt er
Censure et en Satyre . Depuis 1716 , que
parut sa premiere Methode , il n'a fait im
primer que cinq petites parties des Regle ÷
pour la Langue Latine et la Françoise
avec un Abregé de la Grammaire Françoi
se
OCTOBRE.
1737.
2219
se , et des Regles de Poëtique , tirées
d'Aristote ,
d'Horace , de
Despreaux et
d'autres célebres Auteurs , tant anciens
que modernes. Les cinq autres Volumes
de M. Gaullier sont , non des Volumes
de Regles , mais des Auteurs Grecs et.
Latins notés à l'usage des Classes . Tous
douze ont été
approuvés par une , et six
par deux Conclusions de l'Université , en
1716. et en la presente Année 1731. honneur
qui n'avoit été fait à personne avant
lui , que je sçache , et qu'un ou deux seulement
ont reçû après lui .
> Quant aux sept Volumes de Regles
ce n'est qu'un abregé et un choix de ce
que nous avons de plus excellent en ce
genre , je veux dire , des Methodes de
Port -Royal , de la
Grammaire Françoise
de l'Abbé Regnier - Desmarais . Mais com
me M. Gaullier ne regale poine ses Ecoliers
de Regles de Poëtique qui sont audessus
de leur portée , ni de versification
françoise ni de plusieurs autres choses
qu'il leur fait passer dans ses livres , com.
meles
Declinaisons et les
Conjugaisons , les
Préfaces , les
Combinaisons des Verbes ; ces
7. Volumes se réduisent à six , qui tous ensemble
ne font pas plus de cinq cent pages.
Et même M. Gaullier
connoissant un peu
les differents goûts , pour ne pas dire les
Cij
divers
23 20 MERCURE DE FRANCE
divers Caprices des hommes , il a réduit
à une Feuille d'impression de 24. pages
de petit caractere , Le Rudiment et
la Syntaxe 2 Les Préterits et Supins
qui en tiennent plus de 300. in 80. dans
Despautere , et plus de 350. aussi in 8º.
dans Port- Royal 3º plus de 400. pages
de la Methode de Bretonneau ont aussi
été réduites à 26 : et 740 in 4° . de la
Grammaire de M. l'Abbé Regnier - Desmarais
ont été abregés par lui d'abord en
52 pages de Petit-Romain , et puis en 24
de Petit-Texte.
С
Comment le Nouvelliste peut- il donc
se plaindre de la multiplication de mes
Livres de Grammaite et des Regles , et
prophetiser que je regalerai encore mes
Ecoliers d'un grand nombre de Volumes ?
Quand on fait le Métier de Satirique
comme le fait le Nouvelliste , il faudroit
au moins être exempt des fautes qu'on
reprend dans les autres , et ne leur en reprocher
que de vrayes. C'est ici tout le
contraire ; et il me paroît évident que celui
qui de son autorité privée , s'est érigé
depuis six ou sept mois en Juge de tous
les Auteurs , manque lui-même ici de
Jugement.
L'infatigable M. Gaullyer , Professeur
au College du Plessis , a publié, dit- on , une
Methode pour les Humanitez.
La
OCTOBRE. 173. 232F
La Methode que M. Gaullier a publiée ,
n'est point de lui : elle est du celebre M. Le
Fevre de Saumur , Pere de Me Dacier.
Elle n'est que de trois feuilles de Gros
Romain , qui n'en valent pas une de Petit
Texte. Les Notes de M. Gaullier , ne
sont aussi que de trois Feuilles d'un caractere
presque aussi gros . Qui pourra donc
jamais penser qu'un homme qui est accoûtumé
à porter quatre heures et demie
tous les jours le pesant fardeau d'une
Classe , soit nommé infatigable à juste
titre , pour avoir donné au Public six
Feuilles de grosse Impression , dont il y
én a la moitié qui n'est pas de lui ? Mais
quelqu'un ne sera-t'il point tenté de croi
re , que le Nouvelliste , pour bien juger
des Auteurs et de leurs ouvrages , porte
l'exactitude jusqu'à ne pas lire en entier
les titres des Livres , et à passer ce qui y
est écrit en plus petit caractere : et que
c'est là la vraye raison qui paroît lui faire
attribuer à M. Gaullier , un ouvrage qui
est de M. Le Fevre ?
Que si c'est à bon droit qu'on donne le
nom d'Infatigable à M. Gaullier , pour
avoir publié en un an un Livre de six
feuilles , dont il n'y en a que trois de
lui; à combien plus forte raison doit- on le
donner au Nouvelliste , qui , sans se fa-
Ciij tiguer
2322 MERCURE DE FRANCE
"
tiguer , fatiguera tous les ans le Public
de 52. Feuilles d'impression , qui est au
dessous de celle de la Methode de M. Le
Fevre et des Notes de M. Gaullier.
C'est un Grammairién fecond , continuë
le Nouvelliste , qui , suivant toutes les ap
parences , regalera encore ses Ecoliers d'un
bon nombre de Volumes. Il me semble que
le Nouvelliste est à peu près du même
caractere que la Déesse qui préside aux
Nouvelles , je veux dire la Renommée
dont Virgile dit quelque part :
Tamficti pravique tenax quàm nuntia veri;
La difference qui me paroît être entre
elle et lui , c'est que cette Déesse publie
également la verité et la fausseté , et que
notre homme panche plus souvent du
côté de la fausseté et verifie en sa personne
d'une maniere qui lui est propre
ce qui est dit de l'homme en general ,
Omnis homo mendax,
Une autre difference qui ne me paroît
pas moins considerable , c'est que la Ré
nommée rne nous annonce que le passé ,
et que le Nouvelliste se mêle de nous
prédire l'avenir , et s'érige en Prophete
de malheur , ou en diseur de mauvaises
avantures ; car ne peut- on pas donner ce
nom au régal d'un bon nombre de Volu◄
›
mes
OCTOBRE. 1731. 2325
*
mes de Grammaire , qu'il pronostique à
mes Ecoliers ?
Mais encore sur quoi est fondée cette
nouvelle Prophetie ? Et comment peutelle
avoir aucune apparence de verité ?
Si on juge de l'avenir par le passé , comme
la raison le veut , quelle apparence que
moi , qui , depuis 1719. que la cinquiéme
partie des Regles a parue , n'ai regalé
mes Ecoliers que du petit Volume de la
Grammaire Françoise , je les regale dans
la suite d'un bon nombre de Volumes ?
Pour moi , si j'aimois à prophetiser , je
pourrois dire que le Nouvelliste est un
Critique fecond , qui , suivant toutes les
apparences , regalera encore le Public
d'un bon nombre de Lettres. Il l'a promis
; il tient parole ; depuis sept mois ,
il nous a déja servi 29. de ces Lettres :
c'est un gage presque sûr pour l'avenir ;
à moins que le Public ne persevere de plus
en plus à ne pas faire cas du régal qu'on
veut lui donner malgré lui .
Je ne sçai , c'est le Nouvelliste qui parle
, si cette multiplication est nécessaire . Il
me semble que le grand nombre de Regles
accable plus l'Esprit qu'il ne le soulage.
Pour moi je crois sçavoir que la multiplication
des Regles er des Volumes de
Grammaire , non seulement n'est pas
Ciiij néces-
-
2324 MERCURE DE FRANCE
gles ,
1
nécessaire , mais même est très- inutile
et très - préjudiciable. C'est pour cela que
j'ai tant abregé les gros Volumes de Resoit
pour le Latin soit pour le
François ; et que , comme je l'ai déja
prouvé plus haut par les faits , je les ai
réduit d'abord à 100. ou 200. pages, puis
à une feuille de 24. Pages. C'est pour la
même raison que j'ai donné au Public
une nouvelle Edition de la petite Methode
de M. Le Fevre , afin d'empêcher , s'il
est possible , la multiplication des nouveaux
systêmes pour le Latin , dont l'exposition
et les préliminaires sont souvent
beaucoup plus longs et plus ennuyeux que
toutes les Regles , et d'étouffer dans leur
naissance un bon nombre d'insectes de la
basse litterature , qui fourmillent et pul- .
lulent de tous côtés depuis quinze ou
vingt ans et qui achevent de ruiner et
de désoler le Pays de la Grammaire , qui
de sa Nature est si peu riante et si peu
fertille.
Voilà ce que je crois sçavoir , et à quoi
est bonne la nouvelle édition du petit
ouvrage de M. Le Fevre. Ce que je ne sçai
pas , c'est si cette multiplication de Nouvelles
Litteraires est bien nécessaire , et
si elle n'accable et n'assomme pas plutôt
le Public qu'elle ne le soulage . Nous
avons
OCTOBRE 1731. 2325
avons déja tant d'autres ouvrages de cette
espece , qui ont la vogue depuis tant d'années,
sans parler des autres.
Il s'en faut bien que le Nouvelliste du
Parnasse ait toutes les bonnes qualitez et
tous les avantages des autres ouvrages Periodiques
premierement le titre en est
trompeur. C'est un Nouvelliste qui n'apprend
point de Nouvelles ; il ne se borne
point au Parnasse mais il descend du
haut de cette Montagne , dans les Vallées
les plus basses , d'où ensuite il s'écarte à
droite et à gauche et s'égare dans le
pays de la Rethorique et de la Grammaire
, qu'il ne connoît que très- imparfaitement
, et des autres Arts liberaux. Le
titre de Nouvelliste du Parnasse ne lui
convient donc en aucune maniere , à
moins qu'on ne veüille faire entendre parlà
qu'il prétend jouir du Privilege du
Parnasse , c'est - à-dire , de feindre et de
mentir comme les Poëtes qui habitent
cette Montagne .
,
Mais au lieu des Nouvelles.du Parnasse
qu'il nous promet , comme il juge des
autres par lui- même , il croit que des
Censures et des Satyres , même fausses
leur feront plus de plaisir. Il monte donc
sur un Tribunal qu'il s'érige à lui-même ,
et de- là il prononce toûjours avec har-
Cv diesse
L
2326 MERCURE DE FRANCE
diessse , mais souvent sans modération et
sans équité , des Jugemens précipitez et
injustes contre tous ceux qui lui sont
bien superieurs en science et en autorité ;
contre les ROLLINS les GIBERTS
les VOLTAIRES . Il faut donc lui ôter
son nom de Nouvelliste du Parnasse , qui
est faux , comme nous venons de le prouver
, et qui de plus ne donne pas de lui
une bonne idée , puisque Nouvelliste ne
se prend gueres qu'en mauvaise part ; et
lui donner le nom de Censeur general de
la Republique des Lettres.
On peut aussi dire de lui , ce que l'E
criture dit d'Ismaël , Gen. 16. 12. Qu'il
leve la main contre tous , Manus ejus
contra omnes ; et ajoûter que tous leve-
'ront aussi la main contre lui ; Etmanus
omnium contra eum ; à moins que le peu
de cas qu'on paroît faire de lui , ne le
fasse rentrer dans le néant dont il est
sorti depuis quelques mois .
Voilà une partie de ce que j'avois à ré,
pondre , pour deffendre contre le Nouvelliste
Parnassien le peu de réputation
que je me suis acquise depuis 15. ou 20.
ans , qui m'est nécessaire pour continuer
ma Profession avec honneur , et que ce
Critique injuste veut , mais ne doit ni
ne pourra jamais m'ôter.
Fermer
Résumé : REMARQUES de M. Gaullier, sur la Censure portée contre lui dans la vingt-huitiéme Lettre du Nouvelliste du Parnasse.
M. Gaullier, professeur au Collège du Plessis, réagit à une critique parue dans le Nouvelliste du Parnasse concernant sa méthode d'enseignement des humanités. Le critique, surnommé le 'grand Critique', reproche à M. Gaullier de publier trop de volumes de grammaire. M. Gaullier réfute cette accusation en détaillant ses publications depuis 1716. Il a publié cinq parties de règles pour le latin et le français, un abrégé de grammaire française et des règles de poétique. En outre, il a édité des auteurs grecs et latins annotés. Tous ses ouvrages ont été approuvés par l'Université. M. Gaullier précise que ses sept volumes de règles sont des abrégés des meilleures méthodes existantes, réduisant des œuvres volumineuses à des formats plus accessibles. Il critique le Nouvelliste pour ses erreurs et son manque de jugement, notant que ce dernier publie des nouvelles et des satires sans fondement. M. Gaullier défend son travail en expliquant que ses publications visent à simplifier et à rendre les règles grammaticales plus accessibles, contrairement aux affirmations du Nouvelliste. Il conclut en critiquant le titre trompeur et les jugements hâtifs du Nouvelliste, suggérant de le renommer 'Censeur général de la République des Lettres'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer