Résultats : 394 texte(s)
Détail
Liste
351
p. 174-179
SUITE des Concerts Spirituels.
Début :
Il y a eu Concert tous les jours de la Semaine Sainte. [...]
Mots clefs :
Musique, Concert, Public, Chœurs, Talents, Applaudissements, Célébrité, Concerto
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Concerts Spirituels.
SUITE des Concerts Spirituels.
Il y a eu Concert tous les jours de la Semaine
Sainte.
"
;
Dans les premiers , on a repris quelques- uns
des Moters à grand choeur qui avoient été éxécutés
précédemment Inclina Domine , de M.
BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. Confitemini , autre Moter à grand choeur
de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître de Mufide
l'Eglife de Paris ; le Deus venerunt Moter
a grand choeur de feu M. FANTON , d'une belle
& fçavante diftribution & d'un grand effet. Le
Lundi Saint on avoit éxécuté pour la première
fois Dixit Dominus Domino meo , Motet àgrand
choeur del Signor Leonardo Leo , Ouvrage d'un
que
AVRIL. 1763. 175
affez beau travail pour l'harmonie & d'un genr
qui porte le caractère du temps où la Mufique
Italienne n'avoit pas encore été corrompue par
l'extravagance des faillies & par la furabondante.
affluence des tours d'éxécution .
On éxécuta le Mercredi Saint , l'admirable
Stabat de PERGOLEZE . Mademoiſelle HARDI ,
dont nous avons déja parlé , & M. AIUTO de la
Mufique du Roi y récitoient . On connoît le mérite
de ce célébre Motet ; on l'a donné les deux
autres jours fuivans , & il a été tous les jours trèsbien
éxécuté . Mademoiſelle HARDI y a eu beaucoup
d'applaudiffemens. Les autres grands Motets
qu'on a donnés avec le Stabat , n'ont ni moins
de mérite ni moins de célébrité dans leur genre.
Le même jour , on éxécuta le Miferere de feu
M. de LALANDE. Mademoiſelle ARNOULD y
chanta le récit Sacrificium Deo , avec cette expreffion
touchante qui eft naturelle à la qualité
de fa voix & au caractère de fon talent ; les applaudiffemens
qu'elle y reçut , font garans de cet
éloge. Le Jeudi , on donna le Motet connu fous
le nom de Meffe de GILLES ; ouvrage dont la
célébrité difpenfe d'ajouter aux éloge sde tous
les connoiffeurs.
Ce même jour ( Jeudi Saint ) M. AIUTO ,
par quelqu'accident imprévu , n'ayant pu arriver
de Verfailles pour le temps du Concert , M. BBSCHE
fe prêta à y fuppléer dans le Stabat. L'art
avec lequel il s'acquitta de l'éxécution de cette
partie , mérite autant d'éloges que fa bonne volonté.
Sans beaucoup de connoiffance en mufique
on conçoit facilement de quelle difficulté il eft
de convertir fur le champ une partie de deffus
en haute-contre , en n'altérant point la modu
lation d'un chant auffi précieux que l'eft
H. iv
176 MERCURE DE FRANCE.
celui du Stabat . C'eft ce que fit M. BESCHE avec
une préciſion , une fageffe & un goût qui attirerent
les applaudiffemens de tous les auditeurs.
Le Vendredi Saint , on donna le De profundis
de M. REBEL , Sur- Intendant de la Mufique du
Roi. Nous avons déja eu occafion de parler de
ce Motet , dont la célébrité eft actuellement établie
avec juftice. Il fut fort bien éxécuté & fit un
très- grand effet . On finit par le Stabat.
Les Moters du Samedi Saint furent Regina
cali , de M. l'Abbé TOUSSAINT , Maître de Mufique
de la Cathédrale de Dijon , qui parut être
goûté ; & un Salve Regina à grand choeur ,
de
M. KOHAULT , duquel nous avons parlé à l'occafion
des Duos de Luth & de Violoncelle avec
M. DUPORT. Ce Motet avoit été éxécuté le Jeudi
précédent entre les deux grands Moters & jugé
très digne d'être au même rang & de ter
miner un Concert. Le génie , le goût & l'agrément
regnent dans toute la compofition de ce
morceau : il eft travaillé d'une manière brillante ,
mais fans bifarrerie . Mlle FEL y chantoit des récits
avec un accompagnement de Violoncelle
obligé , éxécuté par M. DUPORT. C'étoit avoir
réuni tout ce qui eft le plus agréable au Public
dans un Motet qui par lui -même méritoit les
fuffrages.
Le jour de Pâques, on éxécuta Dominus regnavit,
de feu M. DE LALANDE . Mlle ARNOULD Y chanta
un récit. On finit par Deus venerunt , de feu M.
FANTON . Nous avons parlé plus haut de ce motet.
Il nous refte à ajouter que le Public & les connoiffeurs
paroiffent aimer beaucoup la musique de
cet Auteur & regretter que l'on n'en donne pas
plus fouvent.
M. BESCHE fit beaucoup de plaifir dans le pe
tit Motet de M. Mouret Benedictus .
AVRIL 1763. 177
Le Lundi , le Concert commença par Notus in
Judæa, de la compofition de M. MATHIEU , le fils ,
Ordinaire de la Mufique du Roi , & finit par Lauda
Jerufalem , de M. l'Abbé GIROULT , Maître de
Mufique de la Cathédrale d'Orléans.
Le Mardi de Pâques , Cantemus , motet de M.
GIRAULT , Ordinaire de la Mufique du Roi & de
l'Académie Royale , dans lequel il y a beaucoup
de chofes agréables & bien travaillées , qui furent
applaudies . Le Dixit , da Signor LEO .
Le Vendredi , après les Fêtes , il y eur Concert.
On y reprit le Miferere , de M. DE LA LANDE, dans
lequel Mile ARNOULD , avec plus de fuccès encore
que la premiere fois ,y chanta l'admirable recit Sacrificium.
L'impreffion qu'elle fit fur le Public
dans ce morceau fut univerfelle & de la plus
grande vivacité ; les applaudiffemens qu'on lui
donna exprimerent d'une manière inconteftable
la juftice que nous rendons ici aux grands talens
de Mile ARNOULD pour tout qui ce porte le caaractère
du Sentiment. i
2
On termina cé Concert par Mifericordias Domini
, Motet de M. BLANCHARD , digne du
métite reconnu de cet Auteur.
Le Dimanche de Quafimodo , jour de la clôcure
des Concerts , on commença par Lauda
Jerufalem de M. DE LALANDE Mlle ARNOULD
y chanta un récit. On reprit le Motet Mifericordias
Domini..
3
1.K
&
Ce Concet fut remarquable par une nowveauté
très - intéreſſante pour le Public ,
qui par le fuccès lui devint on ne peut pas plus
agréable . Mlle DUBOIS , de la Comédie Fran
çoife , dont nous avons eu occafion d'annoncer
les progrès dans le grand art de la Déclama
tion tragique, fit l'eflai le plus flatteur pour elle
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
de fes autres talens , en chantant à ce Concert
un Motet à voix feule de feu M. MOURET , avec
une très -belle voir, la plus belle articulation ' ,
la juftelle des fons & la précifion des mouvemens
, qu'on loueroit dans une Cantatrice confommée
& journellement exercée. On conjecture
facilement combien elle fut applaudie..
Les divers talens , foit fymphoniſtes , foit chanzeurs
qui font habituellement les plaifirs du Public
à ce Concert , ne nous fçauront pas mauvais
gré ne de pas répéter ni détailler ici tout ce
qu'ils ont reçus & mérités de nouveaux éloges.
M. GAVINIES , M. BALBASTRE , M. DUPORT "
prodige fur lequel nous n'avons plus d'expref
fions ) ont joué chacun des Concerto ou dés
Sonates dans plufieurs de ces Concets. Les Duos
entre M. KOHAUT fur le Luth & M. DUPORT
fur le Violoncelle , ont été fréquemment répétés
& jamais trop applaudis au gré du Public.
M. LE MIERRE , M, CAPRON , déja connus &
arès-goûtés du public, ont éxécuté fur le violon des
morceaux de diſtinction à pluſieurs de ces Concerts.
M. MAYER , dont on a parlé ci - devant, a
joué de la Harpe au dernier Concert , avec le
même fuccès qu'il avoit eu cet Hyver.
M. LEGRAND a éxécuté un Concerto fur l'Or
gue, qui a été généralement approuvé.
M. BOUTEUX joua le Vendredi 8 , un Concerto
de Violon dans lequel il eut beaucoup
d'approbateurs .
M. FELIX REINER , ordinaire de la Mufique
du Duc de BAVIERE , a éxécuté plufieurs fois .
divers morceaux fur le Baffon , avec beaucoup
de talent & une grande pratique de cet inftru
ment .
Nous croyons nous être rappellés les nou
AVRIL. 1763. 170
veautés en talens qui ont contribué à l'agrément
& à la beauté des Concerts pendant les trois
femaines de Pâques.
Nous ne devons pas obmettre que le jeune
M. DUBUT , cité dans le précédent Volume , a
paru dans prefque tous les Concerts fuivans , où.
il a toujours fait plaifir .
>
Mlle HARDI , qui a chanté à tous les Concerts,
& dont nous avons parlé au commencement du
mois , paroît avoir été la nouveauté intéreffante
cette année qui a fixé l'attention & les fuffrages
des Auditeurs. Il eft honorable pour ce
jeune Sujet d'avoir par une épreuve auffi peu
fufpecte que l'approbation univerfelle , prouvé
qu'elle mérite les bienfaits de fes auguftes Protecteurs.
Mlle ROZET a chanté plufieurs Moters à voix
feule avec une très- belle voix & les marques
d'un progrès fenfible dans l'art.
Mlle BERNARD , de laquelle on a parlé dans
plufieurs Mercures , a chanté auffi quelquefois.
Ce font Mlle FEL , Mrs GELIN , BESCHE &
MUGUET qui ont foutenu feuls , cette année, le
fonds de la Mufique pour les grands récits pendant
tout le cours des Concerts.
Le Public paroît confirmé dans l'opinion avan -
tageufe qu'il avoit conçue d'abord des nouveaux
Directeurs du Concert , par le bon choix des
ouvrages & des talens qui ont paru pendant
ces trois ſemaines de Pâques.
Il y a eu Concert tous les jours de la Semaine
Sainte.
"
;
Dans les premiers , on a repris quelques- uns
des Moters à grand choeur qui avoient été éxécutés
précédemment Inclina Domine , de M.
BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. Confitemini , autre Moter à grand choeur
de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître de Mufide
l'Eglife de Paris ; le Deus venerunt Moter
a grand choeur de feu M. FANTON , d'une belle
& fçavante diftribution & d'un grand effet. Le
Lundi Saint on avoit éxécuté pour la première
fois Dixit Dominus Domino meo , Motet àgrand
choeur del Signor Leonardo Leo , Ouvrage d'un
que
AVRIL. 1763. 175
affez beau travail pour l'harmonie & d'un genr
qui porte le caractère du temps où la Mufique
Italienne n'avoit pas encore été corrompue par
l'extravagance des faillies & par la furabondante.
affluence des tours d'éxécution .
On éxécuta le Mercredi Saint , l'admirable
Stabat de PERGOLEZE . Mademoiſelle HARDI ,
dont nous avons déja parlé , & M. AIUTO de la
Mufique du Roi y récitoient . On connoît le mérite
de ce célébre Motet ; on l'a donné les deux
autres jours fuivans , & il a été tous les jours trèsbien
éxécuté . Mademoiſelle HARDI y a eu beaucoup
d'applaudiffemens. Les autres grands Motets
qu'on a donnés avec le Stabat , n'ont ni moins
de mérite ni moins de célébrité dans leur genre.
Le même jour , on éxécuta le Miferere de feu
M. de LALANDE. Mademoiſelle ARNOULD y
chanta le récit Sacrificium Deo , avec cette expreffion
touchante qui eft naturelle à la qualité
de fa voix & au caractère de fon talent ; les applaudiffemens
qu'elle y reçut , font garans de cet
éloge. Le Jeudi , on donna le Motet connu fous
le nom de Meffe de GILLES ; ouvrage dont la
célébrité difpenfe d'ajouter aux éloge sde tous
les connoiffeurs.
Ce même jour ( Jeudi Saint ) M. AIUTO ,
par quelqu'accident imprévu , n'ayant pu arriver
de Verfailles pour le temps du Concert , M. BBSCHE
fe prêta à y fuppléer dans le Stabat. L'art
avec lequel il s'acquitta de l'éxécution de cette
partie , mérite autant d'éloges que fa bonne volonté.
Sans beaucoup de connoiffance en mufique
on conçoit facilement de quelle difficulté il eft
de convertir fur le champ une partie de deffus
en haute-contre , en n'altérant point la modu
lation d'un chant auffi précieux que l'eft
H. iv
176 MERCURE DE FRANCE.
celui du Stabat . C'eft ce que fit M. BESCHE avec
une préciſion , une fageffe & un goût qui attirerent
les applaudiffemens de tous les auditeurs.
Le Vendredi Saint , on donna le De profundis
de M. REBEL , Sur- Intendant de la Mufique du
Roi. Nous avons déja eu occafion de parler de
ce Motet , dont la célébrité eft actuellement établie
avec juftice. Il fut fort bien éxécuté & fit un
très- grand effet . On finit par le Stabat.
Les Moters du Samedi Saint furent Regina
cali , de M. l'Abbé TOUSSAINT , Maître de Mufique
de la Cathédrale de Dijon , qui parut être
goûté ; & un Salve Regina à grand choeur ,
de
M. KOHAULT , duquel nous avons parlé à l'occafion
des Duos de Luth & de Violoncelle avec
M. DUPORT. Ce Motet avoit été éxécuté le Jeudi
précédent entre les deux grands Moters & jugé
très digne d'être au même rang & de ter
miner un Concert. Le génie , le goût & l'agrément
regnent dans toute la compofition de ce
morceau : il eft travaillé d'une manière brillante ,
mais fans bifarrerie . Mlle FEL y chantoit des récits
avec un accompagnement de Violoncelle
obligé , éxécuté par M. DUPORT. C'étoit avoir
réuni tout ce qui eft le plus agréable au Public
dans un Motet qui par lui -même méritoit les
fuffrages.
Le jour de Pâques, on éxécuta Dominus regnavit,
de feu M. DE LALANDE . Mlle ARNOULD Y chanta
un récit. On finit par Deus venerunt , de feu M.
FANTON . Nous avons parlé plus haut de ce motet.
Il nous refte à ajouter que le Public & les connoiffeurs
paroiffent aimer beaucoup la musique de
cet Auteur & regretter que l'on n'en donne pas
plus fouvent.
M. BESCHE fit beaucoup de plaifir dans le pe
tit Motet de M. Mouret Benedictus .
AVRIL 1763. 177
Le Lundi , le Concert commença par Notus in
Judæa, de la compofition de M. MATHIEU , le fils ,
Ordinaire de la Mufique du Roi , & finit par Lauda
Jerufalem , de M. l'Abbé GIROULT , Maître de
Mufique de la Cathédrale d'Orléans.
Le Mardi de Pâques , Cantemus , motet de M.
GIRAULT , Ordinaire de la Mufique du Roi & de
l'Académie Royale , dans lequel il y a beaucoup
de chofes agréables & bien travaillées , qui furent
applaudies . Le Dixit , da Signor LEO .
Le Vendredi , après les Fêtes , il y eur Concert.
On y reprit le Miferere , de M. DE LA LANDE, dans
lequel Mile ARNOULD , avec plus de fuccès encore
que la premiere fois ,y chanta l'admirable recit Sacrificium.
L'impreffion qu'elle fit fur le Public
dans ce morceau fut univerfelle & de la plus
grande vivacité ; les applaudiffemens qu'on lui
donna exprimerent d'une manière inconteftable
la juftice que nous rendons ici aux grands talens
de Mile ARNOULD pour tout qui ce porte le caaractère
du Sentiment. i
2
On termina cé Concert par Mifericordias Domini
, Motet de M. BLANCHARD , digne du
métite reconnu de cet Auteur.
Le Dimanche de Quafimodo , jour de la clôcure
des Concerts , on commença par Lauda
Jerufalem de M. DE LALANDE Mlle ARNOULD
y chanta un récit. On reprit le Motet Mifericordias
Domini..
3
1.K
&
Ce Concet fut remarquable par une nowveauté
très - intéreſſante pour le Public ,
qui par le fuccès lui devint on ne peut pas plus
agréable . Mlle DUBOIS , de la Comédie Fran
çoife , dont nous avons eu occafion d'annoncer
les progrès dans le grand art de la Déclama
tion tragique, fit l'eflai le plus flatteur pour elle
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
de fes autres talens , en chantant à ce Concert
un Motet à voix feule de feu M. MOURET , avec
une très -belle voir, la plus belle articulation ' ,
la juftelle des fons & la précifion des mouvemens
, qu'on loueroit dans une Cantatrice confommée
& journellement exercée. On conjecture
facilement combien elle fut applaudie..
Les divers talens , foit fymphoniſtes , foit chanzeurs
qui font habituellement les plaifirs du Public
à ce Concert , ne nous fçauront pas mauvais
gré ne de pas répéter ni détailler ici tout ce
qu'ils ont reçus & mérités de nouveaux éloges.
M. GAVINIES , M. BALBASTRE , M. DUPORT "
prodige fur lequel nous n'avons plus d'expref
fions ) ont joué chacun des Concerto ou dés
Sonates dans plufieurs de ces Concets. Les Duos
entre M. KOHAUT fur le Luth & M. DUPORT
fur le Violoncelle , ont été fréquemment répétés
& jamais trop applaudis au gré du Public.
M. LE MIERRE , M, CAPRON , déja connus &
arès-goûtés du public, ont éxécuté fur le violon des
morceaux de diſtinction à pluſieurs de ces Concerts.
M. MAYER , dont on a parlé ci - devant, a
joué de la Harpe au dernier Concert , avec le
même fuccès qu'il avoit eu cet Hyver.
M. LEGRAND a éxécuté un Concerto fur l'Or
gue, qui a été généralement approuvé.
M. BOUTEUX joua le Vendredi 8 , un Concerto
de Violon dans lequel il eut beaucoup
d'approbateurs .
M. FELIX REINER , ordinaire de la Mufique
du Duc de BAVIERE , a éxécuté plufieurs fois .
divers morceaux fur le Baffon , avec beaucoup
de talent & une grande pratique de cet inftru
ment .
Nous croyons nous être rappellés les nou
AVRIL. 1763. 170
veautés en talens qui ont contribué à l'agrément
& à la beauté des Concerts pendant les trois
femaines de Pâques.
Nous ne devons pas obmettre que le jeune
M. DUBUT , cité dans le précédent Volume , a
paru dans prefque tous les Concerts fuivans , où.
il a toujours fait plaifir .
>
Mlle HARDI , qui a chanté à tous les Concerts,
& dont nous avons parlé au commencement du
mois , paroît avoir été la nouveauté intéreffante
cette année qui a fixé l'attention & les fuffrages
des Auditeurs. Il eft honorable pour ce
jeune Sujet d'avoir par une épreuve auffi peu
fufpecte que l'approbation univerfelle , prouvé
qu'elle mérite les bienfaits de fes auguftes Protecteurs.
Mlle ROZET a chanté plufieurs Moters à voix
feule avec une très- belle voix & les marques
d'un progrès fenfible dans l'art.
Mlle BERNARD , de laquelle on a parlé dans
plufieurs Mercures , a chanté auffi quelquefois.
Ce font Mlle FEL , Mrs GELIN , BESCHE &
MUGUET qui ont foutenu feuls , cette année, le
fonds de la Mufique pour les grands récits pendant
tout le cours des Concerts.
Le Public paroît confirmé dans l'opinion avan -
tageufe qu'il avoit conçue d'abord des nouveaux
Directeurs du Concert , par le bon choix des
ouvrages & des talens qui ont paru pendant
ces trois ſemaines de Pâques.
Fermer
Résumé : SUITE des Concerts Spirituels.
Durant la Semaine Sainte de l'année 1763, des concerts spirituels ont été organisés quotidiennement. Les premiers concerts ont repris des motets à grand chœur déjà exécutés, tels que 'Inclina Domine' de M. Blanchard, 'Confitemini' de l'Abbé Goulet, et 'Deus venerunt' de M. Fanton. Le lundi saint, le motet 'Dixit Dominus Domino meo' de Leonardo Leo a été exécuté pour la première fois. Le mercredi saint, le célèbre 'Stabat Mater' de Pergolèse a été interprété par Mademoiselle Hardi et M. Aiuto, suscitant de nombreux applaudissements. Le même jour, le 'Miserere' de M. de Laland a été exécuté avec Mademoiselle Arnould chantant le récit 'Sacrificium Deo'. Le jeudi saint, le motet 'Messe de Gilles' a été joué, et M. Besche a remplacé M. Aiuto dans le 'Stabat Mater'. Le vendredi saint, le 'De profundis' de M. Rebel a été exécuté. Le samedi saint, les motets 'Regina caeli' de l'Abbé Toussaint et 'Salve Regina' de M. Kohault ont été interprétés, avec Mademoiselle Fel chantant des récits accompagnés par M. Duport au violoncelle. Le jour de Pâques, les motets 'Dominus regnavit' de M. de Laland et 'Deus venerunt' de M. Fanton ont été exécutés. M. Besche a interprété le petit motet 'Benedictus' de M. Mouret. Les concerts se sont poursuivis après Pâques avec divers motets et concerts instrumentaux, notamment des œuvres de M. Mathieu, l'Abbé Giroult, et M. Girault. Plusieurs artistes ont été salués pour leurs performances, notamment Mademoiselle Dubois, M. Gaviniès, M. Balbastre, M. Duport, M. Legrand, M. Bouteux, et M. Felix Reiner. Mademoiselle Hardi a été particulièrement remarquée pour ses interprétations. Le public a apprécié le choix des œuvres et des talents présentés par les nouveaux directeurs du concert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
352
p. 153
« DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...] »
Début :
DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...]
Mots clefs :
Concert spirituel, Spectateurs, Applaudissements, Violon, Spectacle, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...] »
DANS ANS le dernier Mercure , à l'Article du Concert
Spirituel , en rendant compte des différen
tes perfonnes qui ont mérité les applaudiffemens
des Spectateurs , nous avons omis de parler de
M. VOGIN. Ce Violon s'y est beaucoup diftingué
Ies Avril , & a obtenu l'attention ainfi que
les fuffrages des Auditeurs en exécutant un
Concerto de la compofition. Il eſt flatteur pour
lui , la première fois qu'il a paru dans ce Spectacle
, d'avoir confirmé le jugement avantageux.
qu'on avoit déja porté fur fes talens & la capacité
Spirituel , en rendant compte des différen
tes perfonnes qui ont mérité les applaudiffemens
des Spectateurs , nous avons omis de parler de
M. VOGIN. Ce Violon s'y est beaucoup diftingué
Ies Avril , & a obtenu l'attention ainfi que
les fuffrages des Auditeurs en exécutant un
Concerto de la compofition. Il eſt flatteur pour
lui , la première fois qu'il a paru dans ce Spectacle
, d'avoir confirmé le jugement avantageux.
qu'on avoit déja porté fur fes talens & la capacité
Fermer
Résumé : « DANS le dernier Mercure, à l'Article du Concert Spirituel, en rendant compte des différentes [...] »
Le dernier numéro du Mercure a omis de mentionner M. Vogin, violoniste ayant interprété en avril un concerto de sa composition au Concert Spirituel. Sa performance a été bien accueillie par le public, confirmant ainsi les jugements positifs sur ses talents et sa capacité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
353
p. 153-156
OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique, tant pour exercer les Sujets qui la campofent [...]
Mots clefs :
Opéra, Académie royale de musique, Concerts français, Palais des Tuileries, Concerts spirituels, Bals, Incendie, Danseurs et danseuses de l'Opéra, Palais royal, Spectacle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique ,
tant pour exercer les Sujets qui la campofent
, que pour répondre à l'empref
fement que le Public a marqué de jouir
de leurs talens , donne chaque femaine
des Concerts François , au Palais des
Thuileries , dans la même falle où s'éxé
cutent les Concerts Spirituels.
Elle a donné le premier de ces Con
certs Vendredi , 29 AAvvrriill , avec beau
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
coup de fuccès. Le plaifir qu'ont fait
le choix & la belle éxécution des morceaux
dont il étoit compofé , donne
lieu de croire que le Public goûtera
beaucoup cette efpèce de dédommagement
, jufqu'à ce qu'il puiffe jouir
du Spectacle de l'Opéra.
Les Bals , au profit des Acteurs , qui
avoient été annoncés pour le 12 du
mois précédent , n'ayant pû avoir lieu
à caufe de l'incendie de la Salle de
Opéra ; le Roi a bien voulu permettre
qu'on les donnât au Palais des
Thuilleries dans la même Salle des
Concerts. Ces Bals font donnés nonfeulement
en confidération du bénfiéce
qui peut en réfulter pour les Sujets de
cette Académie , mais afin que tous
les genres de talens qui forment le
Spectacle de l'Opéra , ayent occafion
de s'éxercer & de s'entretenir pendant
la vacance des Repréfentations . Ainfi
les Danfeurs & Danfeufes de l'Opéra ,
y éxécutent des Ballets , dans les ha
bits convenables aux caractères ; ce
qui , en même temps , rend ces Bals
beaucoup plus brillans. On a dû donner
le premier Bal le Dimanche premier
de ce mois; & l'on continuera les
Dimanches fuivans , jufqu'au nombre jufqu'au_nombre
M A I. 1763. 155
de trois. Le Mai & la Noce de Village,
font le Sujet du Ballet Pantomine éxécuté
dans ce Bal , par les premiers Sujets
de l'Académie pour ce genre de
danfes.
On rendra compte avec plus de détails,
dans le prochain Mercure , de l'éxécution
& du fuccès des Concerts &;
des Bals.
L'emplacement de la nouvelle Salle
d'Opéra , que la Ville doit faire conftruire
, eft déterminé au même lieu où
étoit l'ancienne ; c'est-à- dire toujours.
adhérente au Palais Royal : mais la dif
pofition de cet édifice doit être fur un
autre plan;enforte que ce fera l'extrémité
de la Salle oppofée au Théâtre qui fe joindra
à la partie latérale du Palais Royal ,
par laquelle on communiquoit dans
cetre Salle & où étoient les loges de
M. le Duc d'ORLEANS. Ainfi , l'édifice
de cette Salle , felon ce qu'on fçait
actuellement des premiers projets , s'étendroit
depuis ce point de jonction au
Palais Royal , le long de la rue S. Ho
noré , jufqu'à la rue des Bons - Enfans..
A mesure qu'il nous parviendra quelques
connoiffances certaines fur tout ce
qui concernera cette nouvelle conftruction
nous en ferons très-exactement: part
•
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à nos Lecteurrs , cet objet paroiffant aujourd'hui
intéreffer beaucoup le Public..
En attendant cette nouvelle conftruction
, dont on ne peut efpérer de
voir la perfection , que dans un temps.
trop éloigné pour priver jufques-là le
Public du Spectacle de l'Opéra ; S. M.
a daignépermettre que l'on établit provifoirement
fur la partie du Theâtre de
fa magnifique Salle de Spectacles aux
Thuilleries , une Salle & un Théâtre en
charpente éxactement dans la même forme
& dans la même diftribution de
Loges , que celle qui vient d'être brûlée.
Cette feule partie du Théâtre de la Salle
des Thuilleries étant plus étendue que
n'étoit la totalité de celle de l'Opéra ,
la Salle que l'on y conftruit fera fur les
mêmes dimenfions , & peut- être même
plus commode à certains égards . On
travaille avec tant de diligence à cet
établiffement , que l'on efpére le mettre
en état d'y pouvoir repréſenter
POpéra à la fin du mois prochain , ou
au plus tard au commencement de
Juillet
L'ACADÉMIE Royale de Mufique ,
tant pour exercer les Sujets qui la campofent
, que pour répondre à l'empref
fement que le Public a marqué de jouir
de leurs talens , donne chaque femaine
des Concerts François , au Palais des
Thuileries , dans la même falle où s'éxé
cutent les Concerts Spirituels.
Elle a donné le premier de ces Con
certs Vendredi , 29 AAvvrriill , avec beau
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
coup de fuccès. Le plaifir qu'ont fait
le choix & la belle éxécution des morceaux
dont il étoit compofé , donne
lieu de croire que le Public goûtera
beaucoup cette efpèce de dédommagement
, jufqu'à ce qu'il puiffe jouir
du Spectacle de l'Opéra.
Les Bals , au profit des Acteurs , qui
avoient été annoncés pour le 12 du
mois précédent , n'ayant pû avoir lieu
à caufe de l'incendie de la Salle de
Opéra ; le Roi a bien voulu permettre
qu'on les donnât au Palais des
Thuilleries dans la même Salle des
Concerts. Ces Bals font donnés nonfeulement
en confidération du bénfiéce
qui peut en réfulter pour les Sujets de
cette Académie , mais afin que tous
les genres de talens qui forment le
Spectacle de l'Opéra , ayent occafion
de s'éxercer & de s'entretenir pendant
la vacance des Repréfentations . Ainfi
les Danfeurs & Danfeufes de l'Opéra ,
y éxécutent des Ballets , dans les ha
bits convenables aux caractères ; ce
qui , en même temps , rend ces Bals
beaucoup plus brillans. On a dû donner
le premier Bal le Dimanche premier
de ce mois; & l'on continuera les
Dimanches fuivans , jufqu'au nombre jufqu'au_nombre
M A I. 1763. 155
de trois. Le Mai & la Noce de Village,
font le Sujet du Ballet Pantomine éxécuté
dans ce Bal , par les premiers Sujets
de l'Académie pour ce genre de
danfes.
On rendra compte avec plus de détails,
dans le prochain Mercure , de l'éxécution
& du fuccès des Concerts &;
des Bals.
L'emplacement de la nouvelle Salle
d'Opéra , que la Ville doit faire conftruire
, eft déterminé au même lieu où
étoit l'ancienne ; c'est-à- dire toujours.
adhérente au Palais Royal : mais la dif
pofition de cet édifice doit être fur un
autre plan;enforte que ce fera l'extrémité
de la Salle oppofée au Théâtre qui fe joindra
à la partie latérale du Palais Royal ,
par laquelle on communiquoit dans
cetre Salle & où étoient les loges de
M. le Duc d'ORLEANS. Ainfi , l'édifice
de cette Salle , felon ce qu'on fçait
actuellement des premiers projets , s'étendroit
depuis ce point de jonction au
Palais Royal , le long de la rue S. Ho
noré , jufqu'à la rue des Bons - Enfans..
A mesure qu'il nous parviendra quelques
connoiffances certaines fur tout ce
qui concernera cette nouvelle conftruction
nous en ferons très-exactement: part
•
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à nos Lecteurrs , cet objet paroiffant aujourd'hui
intéreffer beaucoup le Public..
En attendant cette nouvelle conftruction
, dont on ne peut efpérer de
voir la perfection , que dans un temps.
trop éloigné pour priver jufques-là le
Public du Spectacle de l'Opéra ; S. M.
a daignépermettre que l'on établit provifoirement
fur la partie du Theâtre de
fa magnifique Salle de Spectacles aux
Thuilleries , une Salle & un Théâtre en
charpente éxactement dans la même forme
& dans la même diftribution de
Loges , que celle qui vient d'être brûlée.
Cette feule partie du Théâtre de la Salle
des Thuilleries étant plus étendue que
n'étoit la totalité de celle de l'Opéra ,
la Salle que l'on y conftruit fera fur les
mêmes dimenfions , & peut- être même
plus commode à certains égards . On
travaille avec tant de diligence à cet
établiffement , que l'on efpére le mettre
en état d'y pouvoir repréſenter
POpéra à la fin du mois prochain , ou
au plus tard au commencement de
Juillet
Fermer
Résumé : OPERA.
L'Académie Royale de Musique organise des concerts hebdomadaires au Palais des Tuileries pour former ses membres et répondre à la demande publique. Le premier concert, le 29 avril, a connu un grand succès. En raison de l'incendie de la salle de l'Opéra, les bals prévus pour le 12 du mois précédent ont été déplacés aux Tuileries. Ces bals permettent aux danseurs de l'Opéra de s'exercer. Le premier bal a eu lieu le premier dimanche du mois et continuera les dimanches suivants jusqu'à trois fois. Le ballet pantomime exécuté lors de ce bal est intitulé 'Le Mai & la Noce de Village'. La ville prévoit la construction d'une nouvelle salle de l'Opéra à l'emplacement de l'ancienne, adjacente au Palais Royal, avec une disposition différente des plans précédents. En attendant, le roi a autorisé l'installation provisoire d'une salle et d'un théâtre en charpente aux Tuileries, reproduisant les loges de l'ancienne salle. Les travaux avancent rapidement, permettant d'espérer une réouverture de l'Opéra à la fin du mois prochain ou au début de juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
354
p. 157-158
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 14 Avril, un Acteur nouveau débuta avec beaucoup de succès par le [...]
Mots clefs :
Acteur, Intelligence, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LEE 14 Avril , un Acteur nouveau débuta
avec beaucoup de fuccès par le
rôle de Dave , dans l'Andrienne , & par
celui de la Branche , dans Crifpin rival
de fon Maître. Il a continué fon
Début par Mafcarille , dans l'Etourdi ;
& le Valet dans le Retour imprévu ;
Frontin , dans le Muet ; Merlin , dans
les trois Frères rivaux , & c.
Cet Acteur , ( M. A UGÉ ) n'avoit
point encore paru fur le Théâtre de la
Capitale. Il eftjeune , d'une figure agréable
, bien fait , facile & léger dans tous
ſes mouvemens , on lui trouve de l'intelligence
, beaucoup de feu , la Pantomine
comique fans caricature , fuffifamment
formé au Théâtre , pour y
remplir avec agrément toutes les parties
de l'emploi dans lequel il a débuté.
Le Public l'a vu avec fatisfaction & en
attend encore des progrès . M.AUGE a été
reçu aux grands appointemens très-peu
de jours après fon premier début.
•
Le 18 du même mois , on a donné
la première repréfentation du Bienfait
rendu ou le Négociant , Comédie en
158 MERCURE DE FRANCE.
cinq Actes & en Vers dont l'Auteur eft
inconnu. Cette Piéce a été bien reçue &
avec applaudiffemens. On en a continué
les Repréſentations . Nous faififfons
avec plaifir l'occafion de prouver à nos
Lecteurs , l'attention que nous avons
toujours à les fatisfaire fur les nouveautés
, lorfque cela nous eft poffible ,
en mettant dans ce Mercure l'Extrait
fuivant.
LEE 14 Avril , un Acteur nouveau débuta
avec beaucoup de fuccès par le
rôle de Dave , dans l'Andrienne , & par
celui de la Branche , dans Crifpin rival
de fon Maître. Il a continué fon
Début par Mafcarille , dans l'Etourdi ;
& le Valet dans le Retour imprévu ;
Frontin , dans le Muet ; Merlin , dans
les trois Frères rivaux , & c.
Cet Acteur , ( M. A UGÉ ) n'avoit
point encore paru fur le Théâtre de la
Capitale. Il eftjeune , d'une figure agréable
, bien fait , facile & léger dans tous
ſes mouvemens , on lui trouve de l'intelligence
, beaucoup de feu , la Pantomine
comique fans caricature , fuffifamment
formé au Théâtre , pour y
remplir avec agrément toutes les parties
de l'emploi dans lequel il a débuté.
Le Public l'a vu avec fatisfaction & en
attend encore des progrès . M.AUGE a été
reçu aux grands appointemens très-peu
de jours après fon premier début.
•
Le 18 du même mois , on a donné
la première repréfentation du Bienfait
rendu ou le Négociant , Comédie en
158 MERCURE DE FRANCE.
cinq Actes & en Vers dont l'Auteur eft
inconnu. Cette Piéce a été bien reçue &
avec applaudiffemens. On en a continué
les Repréſentations . Nous faififfons
avec plaifir l'occafion de prouver à nos
Lecteurs , l'attention que nous avons
toujours à les fatisfaire fur les nouveautés
, lorfque cela nous eft poffible ,
en mettant dans ce Mercure l'Extrait
fuivant.
Fermer
Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le 14 avril, M. Augé a débuté avec succès sur la scène parisienne dans plusieurs rôles, incluant Dave dans 'L'Andrienne', la Branche dans 'Crispin rival de son maître', Mascarille dans 'L'Étourdi', le Valet dans 'Le Retour imprévu', Frontin dans 'Le Muet', et Merlin dans 'Les Trois Frères rivaux'. M. Augé est décrit comme un jeune homme agréable, bien fait, doté d'une grande agilité, d'une intelligence scénique, d'énergie et d'une pantomime comique sans exagération. Le public l'a bien accueilli et s'attend à ses progrès futurs. Rapidement après sa première performance, il a été engagé avec un salaire élevé. Le 18 avril, la comédie 'Le Bienfait rendu ou le Négociant' a été présentée pour la première fois. Cette pièce en cinq actes et en vers, d'auteur inconnu, a été bien reçue et acclamée par le public. Les représentations ont continué, et le Mercure de France a publié un extrait de cette pièce pour informer ses lecteurs des nouveautés théâtrales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
355
p. 159-185
EXTRAIT du BIENFAIT RENDU, OU LE NÉGOCIANT, Comédie en cinq Actes & en Vers, représentée par les Comédiens François pour la première fois le Lundi 18 Avril 1763.
Début :
AUTEUR ANONYME. PERSONNAGES. ACTEURS. LE COMTE DE BRUYAN COURT. M. Brisart. LA COMTESSE. [...]
Mots clefs :
Observations, Succès, Anonyme, Versification, Drame, Amour-propre, Comédie, Actrice nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du BIENFAIT RENDU, OU LE NÉGOCIANT, Comédie en cinq Actes & en Vers, représentée par les Comédiens François pour la première fois le Lundi 18 Avril 1763.
EXTRAIT du BIENFAIT RENDU
ou LE NÉGOCIANT , Comédie en
cinq Actes & en Vers , repréſentée
par les Comédiens François pour la
première fois le Lundi 18 Avril 1763 ,
AUTEUR ANONY ME .
PERSONNAGES. ACTEURS.
LE COMTE DE BRUYAN
COURT. M. Brifart.
LA COMTESSE. Mlle Drouin
ANGÉLIQUE , Fille du Comte &
de la Comteffe. Mlle Hus.
LE CHEVALIER , Frère d'Angélique.
M. Molé.
JULIE , Amie d'Angélique . Mlle Préville.
LISIMON , Père de Julie . M. Dubois.
à Angélique.
Comte ..
VERVILLE , Commerçant deſtiné
ORGON , Oncle de Verville.
DUBOIS , Vales - de- Chambre du
JASMIN , Valet de Verville.
UN NOTAIRE.
La Scène eft à Paris chez le Comte
M. Belcour.
M. Préville .
M. Dauberval.
M, Bouret
160 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE , en arrivant de Bordeaux
à Paris pour conclure le mariage
projetté par fon oncle avec la fille du
Comte de BRUYANCOURT , a perdu
le portefeuille qui contenoit toute fa
fortune. Cet accident l'avoit retenu pendant
un mois caché dans une auberge
à Paris. Il avoit envoyé fon valet JASMIN
fur la route faire des perquifitions.
Un vieillard refpectable avoit rapporté
à VERVILLE ce précieux portefeuille ,
fans vouloir recevoir de lui aucune
marque de reconnoiffance , ni même
lui dire fon nom. Auffitôt que VERVILLE
a recouvré fa fortune , il ſe préfente
dans la maifon du Comte pour
exécuter les ordres de fon oncle.
C'est dans ce moment , & avant que
d'avoir vu le Père d'ANGÉLIQUE que
commence l'action de la Piéce . JASMIN
rend compte de l'inutilité de fes recherches
, fur quoi VERVILLE le confole
en lui apprenant l'action du vieillard
de laquelle il exagére beaucoup le mérite.
Quelques détails fur l'impertinence
des Domeftiques du Comte préviennent
fur le caractère des parens d'ANGELIQUE.
La Scène du CHEVALIER
DE BRUYANCOURT avec VER
M A I. 1763.
161
VILLE confirme encore davantage cette
expofition. Ce Chevalier déclare à '
VERVILLE très-durement qu'il doit renoncer
à l'honneur de s'allier à fa
famille , & qu'il fera bien de s'en défifter
volontairement , pour éviter l'affront
d'un refus abfolu.
VERVILLE répond avec la plus grande
fermeté , qu'il étoit par lui- même fort
éloigné de courir les hazards d'une pareille
alliance ; qu'il ne s'y prêtoit que
pour obéir aux ordres d'un Oncle auquel
il doit tout , mais que le ton abfolu
du Chevalier détermine fon irréfolution
, & qu'il eft difpofé à faire voir
au Comte le plus grand empreffement
pour terminer cette affaire ; le Comte
père d'ANGÉLIQUE , ne fait pas un
accueil plus favorable à VERVILLE.
On annonce au Comte l'arrivée d'un
homme dont la figure , les manières ,
& furtout la familiarité , paroiffent fort
extraordinaires à toute fa maifon . Il reconnoît
avec chagrin ORGON , l'oncle
de Verville ; l'impatience le fait paroître
pour venir chercher le Comte & fon
neveu ; il anonce dès fon entrée fon caractère
vif , libre & franc ; il croit fon
neveu déja inſtallé dans la maiſon ; il
eft fort étonné du froid qu'il remarque .
R
162 MERCURE DE FRANCE.
entre le Comte & lui , encore plus de ce
que ce neveu a pa Té un mois à Paris fins
s'être préfenté chez le Comte & fans
avoir avancé l'affaire de fon mariage ;
VERVILLE dit qu'il lui en apprendra
la caufe. Pour réparer le temps perdu
par la goutte qui l'a empêché d'arriver
plutôt, ORGON veut aller complimenter
la Comteffe & fa niéce future ....
Et , ( dit-il au Comte , ) cela feroit fait déja ;
>> fi ma figure
» Eût eu le don de plaire à Meſſieurs vos Valets ;
Maisje n'ai jamais pu me procurer d'accès , &c.
Il a rencontré JULIE qu'il prenoit
pour ANGÉLIQUE , & illa trouvée fort
à fon gré ; mais il apprend du Comte,
que cette JULIE eft une amie d'ANGEEIQUE
; qu'elle eft fille d'un Officier ,
homme de qualité , fort maltraité de la
fortune . Il emmene le Comte fort embarraffé
de cet hôte incommode.
Le Chevalier , frère d'ANGÉLIQUE ,
a conçu pour JULIE une paffion qu'il
lui a déclarée ; ce qui l'a déterminé à
prier fon Père de la retirer dès le foir
même de la maifon du Comte . VERVILLE
vient trouver JULIE , fçachant
M.A I. 1763. 163
ge
qu'elle eft l'amie d'ANGÉLIQUE. La
confiance avec laquelle il l'interrofur
le caractère de fon amie , eft ,
dit il , l'effet du fentiment dont il a été
prévenu pour elle à la première vue;il lui
déclare en même - temps avec un regret
affez vif, que fon oncle feul a tout fait ,
& que malgré lui , on a promis fa main
& fa foi pour ANGÉLIQUE . JULIE fe
défend de répondre aux queftions de
VERVILLE ; elle lui confeille de juger
plutôt par lui-même. Celui - ci lui repréfente
que la pétulance de fon oncle ne
lui laiffe pas efpérer qu'il confente à aucun
délai , & qu'il faudra peut- être conclure
dès le lendemain ; qu'en fe dédifant
au moment de la conclufion , il ſe trouveroit
chargé de tous les torts de la rupture ,
au lieu que s'il étoit inftruit que l'orgueil
d'ANGÉLIQUE fût révolté de ce mariage
, il pourroit faire défifter fon oncle
dans le tems furtout où la bile de ce
vieillard eft déja irritée contre les procédés
de toute cette famille. JULIE cédant
à cette raifon , ne peut plus lui cacher
qu'en effet ANGÉLIQUE eft nourrie dès
fon enfance des préjugés de la nobleffe ;
elle fe retire après cet aveu , quoique.
VERVILLE veuille la retenir.
Le Comte vient avec ORGON & la
164 MERCURE DE FRANCE.
Comteffe ; celle - ci n'eft point informée
des engagemens du Comte , qui l'exhorte
tout bas à ne rien brufquer. Quelques
fragmens de cette Scène en apprendront
les raifons & peindront le caractère
d'ORGON .
ORGON.
» Je difois donc , qu'iffu de parens ordinaires ,
» Je ne puis me vanter des honneurs de mes pères.
» Et que tout bonnement , commerçans comme
» moi ,
» Ils n'ont fait parler d'eux que par leur bonnefoi ;
Titre qui devroit bien être en ligne de compte ,
» Avant les qualités de Marquis & de Comte :
» Mais la fottiſe humaine en ordonne autrement.
LA COMTESSE répond avec mépris , en difant :
· Il feroit beau vraiment
» Qu'on vit au même rang, fans nulle différence,
>> Marcher & gens titrés , & commerce & finance.
ORGON . - ·.
→ Ne.craignez rien , Madame ; allez , vous garde-
>> rez
Ces frivoles honneurs par l'orgueil confacrés.
Quant à moi je ferai conſiſter ma nobleſſe
» A me montrer exact à tenir ma promeſſe ;
>>
M A I. 1763 . 165
» A ne point m'arroger un droit humiliant
Sur les Sots qui pourroient me prêter de l'argent,
» Et m'affranchir furtout du chagrin, de la honte
» Qu'un huiffier.
LE COMTE , bus à Orgon.
»Ah ! paix donc.
ORGON.
» Vous m'entendez , cher Comte ;
» Il eft fâcheux fans doute , il faut en convenir ,
» Qu'un Seigneur de chez lui ne puiffe pas fortir ;
» Sans craindre qu'un Sergent avec fa digne eſcorte
» Au mépris de fon rang ne l'enleve à fa porte.
LE COMTE , bas à Orgon.
» Vous voulez donc me perdre ?
ORGON.
» Oh ! que non.
LA COMTESSE.
ORGON.
»Que dit -il?
»Je conviens que le trait ne feroit pas civil :
Mais quand on pouffe à bout....
LE COMTE , à Orgon. part.
» Epargnez-moi .....j'enrage.
166 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE à part.
J'imagine à la fin entendre ce langage.
ORGON à la Comteffe.
>> Vous neconcevez rien , Madame , à ces propos ?
LA COMTESSE.
Non ; & pour dire vrai , je les trouve affez
» fots.
Sans doute.
ORGON, riant.
LA COMTESSE.
Et n'y vois point quel eft le mot pour rire.
ORGON .
Vous n'avez pas la clef de ce que je veux dire :
» Mais le Comte , s'il veut , pourra vous mettre au
≫ fait , &c.
ORGON revient à fon projet de mariage
dont il preffe la conclufion ; la Comteffe
continue fes dédains. Lorfqu'elle eft
retirée , le Comte cherche à l'excufer auprès
d'ORGON , fur ce qu'il n'avoit pas
encore communiqué fes engagemens à la
Comteffe. Le vieil oncle menace de
M A I.. 1763, 167
faire repentir le Comte de fes procédés,
s'il ne tient promptement fa parole.
» Eh quoi ! ſuffira-t-il qu'une fuite d'Ayeux
» Nous ait tranſmis un nom qu'ils ont rendu fa
›› meux ,
›› Pour nous autoriſer à manquer de parole ?
» Des titres & du rang l'avantage frivole
» Peut- il donner ainſi l'indigne faculté
>>.De ſe moquer des Loix de la Société !
VERVILLE s'étonne avec raifon
que
fon oncle s'obftine à la conclufion de
ce mariage mal-afforti ; celui- ci en donne
la raison & apprend le noeud des
engagemens du Comte qui lui doit cent
inille écus d'argent prêté dans fes preffans
befoins. ORGON dit que comptant
peu fur le recouvrement de cette dette,
cela lui avoit fait naître le projet de
confondre leurs communs intérêts en
uniffant fon neveu à la fille du Comte .
Il convient qu'il avoit peut-être fait en
cela une fottife, mais que le Comte ayant
paru d'abord accepter ce parti avec
empreſſement & reconnoiffance , il ne
veut pas en avoir le démenti.
Dans le temps que JULIE vient d'avoir
une explication avec le Chevalier
168 MERCURE DE FRANCE .
en préfence d'ANGÉLIQUE fur les mo
tifs de fa retraite , la Comteffe vient fe
plaindre à fes enfans , des égards que
marque le Comte leur Père pour ORGON.
Elle parle fort mal de l'oncle &
du neveu ; elle accufe même le dernier
d'avoir auffi peu d'efprit que de monde ;
ANGÉLIQUE paroît vouloir le juftifier
à cet égard. Sa mère la foupçonne de
prévention en faveur de VERVILLE ;
ANGÉLIQUE S'en défend , en affurant
que , fans lui faire injuftice , elle fçait
fe refpecter & connoît trop l'intervalle
que le fort a ' mis entr'elle & ce jeune
homme. La Comteffe le voit paroître &
fe propofe de le congédier définitivement.
On peut juger par le caractère
de cette Comteffe , avec quelle hauteur
elle traite VERVILLE dans cette Scène
; celui - ci n'employe jamais qu'une
honnêteté qui , fans l'avilir , feroit fentir
à tout autre qu'à cette femme prévenue
, combien il mériteroit d'autres
procédés ; il s'adreffe à ANGELIQUE
elle-même pour fçavoir fes fentimens
fur lefquels il promet de régler fes démarches
auprès du Comte fon Père.
ANGÉLIQUE héfite de répondre
; elle en eft difpenfée par l'arrivée
du Comte & d'ORGON.
Ce
M A T. 1762. 169
Ce dernier annonce à la Comteffe
que tout étant oublié de fa part fur
la réfiftance qu'on avoit apportée au
mariage de fon neveu , neveu , on va travailler
dans l'inftant au contrat . La Comteffe
fe récrie contre cette alliance ; le
Comte la preffe de plus en plus d'y confentir
. ORGON reproche au Comte la
foibleffe avec laquelle il écoute les propos
de fa femme & de fon fils. VERVILLE
veut engager fon oncle à folliciter
les fuffrages d'ANGÉLIQUE . Or-
GON traite cela de Jargon de Cythère ,
dont il fe moque , en ajoûtant que l'opulence
aura bientôt confolé ANGÉLIQUE
du frivole avantage d'un titre
faftueux...
» Une bonne maiſon où régne l'abondance
>> Vaut bien à tous égards la trompeufe elégance
De ces Palais brillans , où l'or partout femé
>> Infulte aux Créanciers d'un Seigneur affamé ;
Et qu'il eft plus flatteur d'obliger tout le monde,
» Et d'être de bienfaits une fource féconde ,
>> Que d'avoir le talent fi commun aujourd'hui
» De faire grand fracas , mais aux dépens d'autrui.
A quoi le
plus de vérité
Chevalier répond avec
que
de décence .
» Eh ! comment voulez -vous que faffſe la nobleſſe ?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
(
+
» Tout l'or eft dans les mains des gens de votre
» efpéce ,
Pour avoir notre part , nous n'avons qu'un
» moyen ;
C'eft d'emprunter beaucoup ,& de ne rendre rien.
Le Comte refté feul avec la Comteffe
& fes enfans , les inftruit enfin
de la néceffité de cette alliance qui
teur paroiffoit fi bizarre . Si cet obſtiné
vieillard réalifoit les menaces de le pourfuivre
; dans l'inftant tous ces autres
Créanciers dévoreroient le refte de fa
fortune & ne lui laifferoient
• 33 Que la honte & l'ennui
>> Que l'orgueil abbaiffé doit traîner après lui .
Il preffe fa fille de fe prêter à cet
hymen qui peut feul le tirer d'embarras.
La Comteffe , allarmée de perdre
le fafte qui fait feul fon bonheur , change
à l'inftant de façon de penfer , elle
trouve alors VERVILLE fort aimable ,
Oncle un peu bourgeois , mais au
fond eftimable : la reconnoiffance , ditelle
, la décide ; on pourra décorer VERVILLE
de quelque grande charge ,
acheter un Régiment au Chevalier , que
'on fera payer au bon- homme d'Oncle ;
MAI. 1763 . 171
tout cela lui donne alors beaucoup d'impatience
de voir conclure cette utile alliance.
Tout étant d'accord , VERVILLE
n'en devient que plus inquiet fur le mariage
qu'il va contracter avec ANGÉ-
LIQUE . En confultant fon coeur , il reconnoît
que l'impreffion qu'a faite fur
lui JULIE , eft la caufe la plus forte de
fon irréfolution . ORGON le furprend
dans cette rêverie ; lui reproche fa nonchalance
dans cette conjoncture , lui
parle avantageufement d'ANGELIQUE,
dont il efpére que l'on fubjuguera la
raifon, Il lui affure toute fa fucceffion ,
& par d'autres arrangemens , en attendant
, il lui fait envisager la certitude
d'une vie fort agréable , & interrompt
ainfi les remercîmens de fon
neveu Set 173
» Va , va , je te difpenfe
D'étaler les tranfports de ta reconnoillance.
» Quand elle eft véritable , on s'en apperçoit bien;
» Quand elle ne l'eft pas , les grands mots ne font
>>rien.
Un vieil Officier furvient, VERVILLE
le reconnoît & l'annonce à fon oncle
- pour celui à qui il doit fa fortune par
-le recouvrement de fon portefeuille.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ORGON l'embraffe avec cordialité. Ce
vieillard leur dit qu'il font trop de cas
d'une chofe ordinaire ; il leur apprend
qu'il s'appelle LYSIMON , qu'il eft ancien
militaire , peu riche , & père de Ju-
LIE. ORGON le félicite fur le mérite de
fa fille elle paroît dans ce moment ,
VERVILLE s'empreffe en allant à elle
de lui témoigner la reconnoiffance qu'il
doit à fon père . Celui- ci continuant toujours
de fe défendre modeftement , engage
l'oncle & le neveu à fe taire fur
une action auffi commune que la fienne.
VERVILLE en prend occafion d'exprimer
ce qu'il fent pour JULIE .
Par générofité vous m'impoſez filence ;
J'y foufcris : mais pour moi , quel chagrin
» quand je penſe
» Qu'il n'eft aucun moyen qui puiffe m'acquitter,
(regardant Julie . )
» Ou qu'il n'en feroit qu'un queje ne puis tenter !
î
Ces derniers mots deVERVILLE éclairent
LYSIMON ; refté feul avec fa fille
il l'interroge fur fes difpofitions à l'égard
de VERVILLE ; JULIE les laiffe entrevoir
par l'empreffement qu'elle marque
de hâter fa retraite ; fon père l'applaudit
d'oppofer tant de raifons à un pen-
1
MAI. 1763. 173
chant qui pourroit être fi fatal à fon
bonheur. ANGÉLIQUE , qui furvient
lui reproche inutilement la réfolution où
elle cft de fe féparer d'elle ; elle ne peut
croire que ce foit la paffion de fon frère
qui la porte à cet éloignement . JULIE
dit que fon père fçait tous fes fentimens
& connoît comme elle la néceffité de
la réfolution qu'elle a prife . Elle parle
à ANGÉLIQUE de fon prochain mariage
; celle - ci découvre à cet égard fes
vrais fentimens fur le prétendu aviliffement
dans lequel elle croit que la plon
geroit cette alliance ; ce fentiment eft
combattu par Julie : mais ANGÉLIQUE
s'explique déterminément fur le compte
de VERVILLE.
Sans mépris , je ne veux point de lui
Je ne fuis point injufte , & je conviens d'avance
»Que j'ai quelque regret qu'il n'ait point de naif-
30
»fance ;
Mais je ne connois rien qui couvre ce défaut.
ORGON vient, un écrain de diamans à
la main , qu'il préfente fans façon à ANGÉLIQUE
; elle paroît fort choquée du
titre de fa niéce qu'il lui donne par avance
, & ſe refuſe à prendre l'écrain , ce
qui fcandalife fort ORGON. Dans le mo-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
ment où JULIE cherche à excufer ANGÉLIQUE
fur ce refus , arrive la Comteffe
qui trouve l'écrain fort beau,& félicite
fa fille fur la magnificence avec
laquelle elle fera parée. ORGON dit
qu'il eft fort aife d'avoir fait connoiffance
avec le Marchand qui lui a vendu
les diamans ; il en fait un éloge que nous
nous reprocherions de fouftraire au
Lecteur.
Tout refpire chez lui la vertu , la décence.
Il eſt riche vraiment , & la fimplicité
» Régne dans fa maiſon avec l'honnêteté,
Ses ayeux ont de père en fils dans cette Ville
Depuis cent cinquante ans le même domicile
Et quoiqu'il pût fort bien donner à fes enfans.
De quoi leur procurer des états plus brillans ,
>> Dans fa profeffion il veut les faire vivre ;
Et fon fils à quinze ans tient déjà longrand livre.
» Sa femme me paroît une femme d'honneur ,
> Pleine de fentimens , de bon fens , de candeur..
»Je dois la préfenter quelque jour à ma nićce.
ANGELIQUE , à part.
>> Croit-il que je verrois des gens de cette eſpéce ?
» Je fuis au défefpoir ! ১১
Ce peu de mots décide la folle manie
M A 1. 1763. 175
d'ANGÉLIQUE; ORGON préfente LYSIMON
à la Comteffe , comme le bienfaiteur
de fon neveu ; la franchiſe net
lui permet pas de fe taire fur la morgue
& la hauteur qu'il remarque dans
ANGÉLIQUE , & que tout naturellement
il dit qu'elle tient de fes parens, mais dont
il efpérede la guérir par la fuite. ANGÉLIQUEpiquée
de ce reproche fe défend contre
ORGON de l'orgueil dont il l'accuſe ;
elle prétend que les gens du commun
ne cherchent à détruire l'intervalle qui
les fépare des grands, que par amourpropre
.
Jaloux de notre état , cette philofophie
Eft ordinairement le mafque de l'envie ,
» Qui , juſqu'à la grandeur ne pouvant s'élever ;
>>Jufques à fon néant voudroit la ravaler.
Elle continue , en déclarant très - ouvertement
à ORGON que cette alliance
ne fera jamais qu'un effort de raiſon
de fa part & l'effet de fa foumiffion
pour fon père ; ce qui détermine ORGON
à rompre entiérement , malgré les
efforts que fait la Comteffe , pour
calmer fa colère.
» Non , ( dit-il , ) je ne veux pas lui faire violence ;
&
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
> Et je commence à voir que Verville a raiſon
» Ce feroit fur fes jours répandre le poiſon
"Que de l'affocier avec une Princeffe
» Qui le regarderoit du haut de la nobleſſe.
Le Comte furvient , qui cherche à le
calmer , en excufant fa fille , dont il
fe rend caution, On a mandé le Notaire
. ORGON céde par bonté , n'ayant
pas , dit- il , le don de tenir fa colère.
ANGÉLIQUE murmure tout bas , ORGON
s'en offenfe & menace encore de
rompre ; mais elle fait une promeffe authentique
d'obéiffance qui racommode
tout. Le Comte la fait remarquer à ORGON
; ce dernier protefte que les égards
qu'on aura pour lui régleront fes procédés
; qu'il ne veut plus être humilié; que
VERVILLE , il eſt vrai , eft honoré par
ce mariage , mais qu'il ne fe foumettra
pas à d'éternels mépris
» Ne vous y trompez pas , ( pourfuit- il , ) · les gens
>> de notre eſpéce ,
Sans ces vieux parchemins de l'antique nobleſſe
» Comme elle , à mille égards ont droit de fe flat-
» ter
» De fervir la patrie & d'en bien mériter.
A Bordeaux vous verriez vous- même , mon che
22 Comte
M A I. 1763. 177
» Si mon état me doit inſpirer de la honte.
» Vous verriez Officiers , Soldats & Matelots
»Entretenus par moi fur nombre de Vaiffeaux ,
Par leurs travaux heureux enrichir la Province
» Et fouvent aux dépens des ennemis du Prince,
» Enfin fi notre étoile , en fecondant nos foins ,
»Nous a donné des biens par- delà nos beſoins ,
Ils ne font pas le fruit d'une induſtrie obſcure.
Leur fource ne fut point l'avarice , l'ufure ,
L'art d'apauvrir le Peuple & de tromper le Ror..
» Tous ces honteux moyens font inconnus de moi.
A travers les dangers j'ai conquis ma fortune ,
-59
00
Qu'à mes concitoyens j'ai fçu rendre commune,
» Cela vaut bien, je crois , la noble oifiveté
» D'un Seigneur orgueilleux bouffi de qualité ,
» Et qui prétend qu'en lui tout le Public révère
→ Cet honneur fi douteux d'être fils de fon père.
»J'ai dit : allons figner . Mais retenez furtout
Qu'il feroit dangereux de me pouffer à bouts
Tout prêt pour la fignature , le Comte
s'eft retiré précipitament avec le
Notaire ; ce Seigneur fe félicite d'avoirtrouvé
un moyen de rembourfer ORGON
, & de lui ôter par là tous les
droits qu'il avoit fur lui ; il en fait part :
à la Conteffe . Elle marque d'abord
toute fa joie d'être débarraffée d'une
alliance qui répugnoit tant à fa vanité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Mais comme le Comte lui dit en même
temps que le moyen d'abforber cette
créance , n'eft qu'en en contractant une
<nouvelle , & que cela laiffe toujours fa
fortune auffi engagée qu'auparavant ; da
crainte d'aller habiter un vieux Château
fait que la Comteffe exhorte fon
mari à tenir fa parole . Cependant le
Comte l'ayant affurée qu'à tout événement
, il n'eft pas plus difpofé qu'elle à
la retraite ; elle rechange encore de fentiment
; elle confent avec plaifir que
l'on rompe ce mariage . VERVILLE qui
vient de la part de fon oncle chercher
le Comte & fçavoir la raison de ce
nouveau délai , reçoit fon congé du
Comte avec la politeffe la plus méprifante.
LYSIMON , préfent à cet entretien
, marque à VERVILLE toute fa
furpriſe & fon indignation fur l'ingråtitude
du Comte & de la Comteffe .
VERVILLE faifit cette occafion pour
déclarer à LYSIMON le defir d'obtenir
JULIE .
•
1
Il le preffe de confentir à fon bonheur
, mais il croit devoir l'avertir que
pour un temps le hazard le prive de la
moitié du bien contenu dans le potefeuille
qu'il lui a remis . LYSIMON répond
que le plus ou le moins eft égal
M A I. 1763 . 179
lorfqu'on eft au- deffus des befoins ; mais
il demande feulement que l'on différe
cet hymen qui auroit l'air d'une vengeance
& d'un projet concerté.ORGON
avoit prévenu les defirs de fon neveu à
l'égard du mariage avec JULLE ; il eſt
enchanté que leurs idées fe trouvent fi
conformes. LYSIMON oppofe les mêmes
raiſons pour différer , qu'il avoit
données à VERVILLE ; mais elles ont
peu de poids fur ORGON. JULIE vient
elle-même ; c'eft l'oncle de VERVILLE,
c'eft le bon ORGON , piqué , qui ſe
charge de la déclaration de fon neveu
pour JULIE, & qui en fait lui - même la
demande. VERVILLE , encore incertain
des difpofitions de JULIE , a lieu
d'être fatisfait des affurances honnêtes
de LYSIMON. La fille achéve de combler
l'espoir de cet Amant inquiet &
délicat en difant :
(
L'obéis , mais Monfieur , jamais l'obéiffance
» N'a trouvé dans un coeur fi peu de réſiſtance .
ORGON apperçoit le Comte , & , ditil
, fes cent mille écus.
En effet le Comte apporte des effets
pour la valeur de cette fomme . En regardant
ces papiers , ORGON marque
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
de la furpriſe & demande au Comte
de qui il les tient . En même temps ik
demande à VERVILLE s'il n'avoit pas
ces mêmes effets en arrivant de Bordaux
? VERVILLE en convient , & répond
qu'il en a difpofé , qu'apparemment
ces billets ont paffé en différentes
mains . ORGON eft par-là confirmé
dans fes foupçons & reconnoît que
fon neveu a fait prêter au Comte cette
fomme pour le remboursement de fa
créance . Le Notaire qui arrive éclaircit
ce mystère en déclarant que VERVILLE
lui a remis ces effets. ORGON
approuve l'action de fon neveu qui l'a
tiré de fon yvreffe. Il veut qu'il rende
au Comte l'obligation qu'il avoit de la valeur
des billets . Le Comte eft confondu..
ORGON , pour ſe vanger,lui apprend que
le mariage de VERVILLE eft arrêté avec
JULIE . Elle y met pour condition
qu'ORGON confirmera au contraire le
projet de VERVILLE en faveur du
Comte. ORGON refufe d'y confentir ;
VERVILLE demande de fon côté qu'il
mette au moins quelque délai à fes
pourfuites contre le Comte; ORGONréfiſte
encore;JULIE déclare ne pouvoir confentir
à s'allier avec lui , s'il veut perfécuter
fes bienfaiteurs. VERVILLE fe
M A I. 1763.
18t
,
joint à JULIE ; ORGON fe laiffe fléchir
, & rend fon neveu le maître de
difpofer de fes effets en renonçant
même à la dette ainfi qu'à la famille
du Comte . Ce dernier fortant de fa
confufion , reconnoît fon aveuglement,
confeffe ne mériter aucune grace de
la part d'ORGON , & follicite cependant
la continuation de fon amitié ; il
ordonne au Notaire de vendre tous
les biens qu'il pofféde encore pour l'acquitter
envers ORGON .
" Non que de fes bienfaits ( dit - il y
Le fouvenir me paffe & s'efface jamais,
Il embraffe ORGON , qui dans l'excès
de fa tendreffe , dit au Comte :
" Ah ! fi c'eſt là l'orgueil que la Nobleffe inſpire
» Par combien de refpects aurai- je à réparer
» Tout ce que le dépit m'avoit fait proférer ? ...
32. Oubliez ...
Le Comte l'engage à faire chez lui la
nôce de VERVILLE & de JULIE .
22.
ORGON termine la Piéce par ces vers.
Soit : mais d'un vain eſpoir vous vous êtes flatta,
Si vous comptez me vaincre en générosité,
182 MERCURE DE FRANCE .
OBSERVATIONS.
CETTE Piéce a des beautés qui ont mérité le fuc
cès d'applaudiffemens qu'elle a eu & qui en même-
temps ont donné beaucoup de curiofité ſur le
nom de l'Auteur , lequel perfifte conſtamment à
refter anonyme. Le Lecteur a dû remarquer dans
ce que nous avons rapporté des détails de la Comédie
du Négociant une forte d'énergie , qui n'eft
pas commune aux Dramatiques du temps. Il a
dû remarquer auffi dans la verfification un tour ,
qui a laiffé foupçonner qu'elle pourroit être l'ouvrage
de quelqu'Auteur expérimenté dans le ftyle
propre à la Comédie. Quelques négligences dans
cette verfification , ont déconcerté les conjectures
, fans néanmoins les détruire , parce qu'il yen
a de fi peu conciliables avec les grands traits ré
pandus dans le corps de la Piéce , que l'on feroit
tenté de regarder ces négligences comme volontairement
affectées.
Puifque nous fommes entraînés à parler du
coloris de ce Drame avant de traiter du fonds
de l'action & de la conduite ; nous placerons ici
l'obfervation faite par tous les Connoiffeurs fur
T'extrême différence de juftelle qui fe trouve entre
la manière dont on y fait parler les perfonnages de
qualité d'avec celle qui caractériſe les commerçans
ou les perfonnages bourgeois . Autant ces
derniers font bien vus & rendus avec vérité, autant
les autres paroiffent n'avoir été qu'apperçus de fort
loin & chargés par l'imagination des couleurs les
plus groffieres non pas qu'il n'y ait dans la nature
morale de ces caractères trop véritablement
ſemblables a ce qu'on en dit ; mais l'expreffion
n'en eft pas à beaucoup près auffi dure que
M A I. 1763. 183
telles , dont fe fert P'Auteur de cette Comédie.
11 eft vrai que l'yvreffe de la naiffance & la haute
chimère de la diſtance des conditions , peuvent
aveugler & n'aveuglent que trop ordinainent
ceux qu'elles diftinguent , au même degré que
tetre Comédie nous préfente toute la famille des
Bruyancourts ; mais il n'eft pas vrai que ce travers
fe manifefte avec une infolence auſſi outrée
que l'Auteur a mis dans tous ces Perſonnages ,
fans diftinction d'âge , de fexe , & de fituation .
Ce travers , dans les retraites obfcures de la campagne
a fans doute & doit avoir des nuances d'autant
plus âpres , qu'il eft fouvent la feule vengeance
que certains hommes peuvent prendre de la mifère
réelle de leur vie ; mais dans la poſition où
l'Auteur met les Bruyancourts , la politeffe , ce
miel perfide qui couvre l'aiguillon de l'orgueil ,
fait à l'amour- propre des inferieurs , ( ou de ce
qui eft réputé tel , ) des bleffures peut - être plus
profondes , mais dont les coups font bien moins
groffiers que dans cette Comédie .
Paffant à la conftitution du Drame , nous
croyons avoir remarqué , que l'on a trouvé le
fondement de l'action & du dénoûment. porter
à faux étant établi fur un prétendu bienfait , qui ,
dans la vérité des principes & même de nos ufages
"encore exiſtans, n'eſt qu'un devoir d'exactitude de la
part de LYSIMON , auquel tout homme d'une probité
ordinaire ne peut manquer , fans le dégrader
à fes propres yeux & fans rifquer d'être à jamais
déshonoré ; ainfi tout l'édifice établi fur le
prétendu merveilleux du caractère de ce vieil Officier
, tombe à cette réfléxion , & par conféquent
tombe en même temps une grande partie de
l'action de cette Piéce .
On ne peut pas fe diffimuler plus facilement
184 MERCURE DE FRANCE .
1
l'embarras & le froid que jette dans la marché
de cette action , l'épifodique paffion du Chevalier
pour JULIE ; & ce qu'elle complique , fans
néceté pour l'intrigue & fans effet pour le dénoùment
; car ce dénoûment , dépendant de la
paffion fecrette de VERVILLE , de l'oppofition du
caractère de cette honnête & douce JULIE avec le
caractère infupportable de la fuperbe ANGÉLIQUE ,
que fait la fantaisie du Chevalier , que fait la fage
réfiftance de JULIE ?
C'eft peut-être à ce que nous venons d'obſerver
& à quelques autres parties de la conduite de
cette Comédie , qu'on doit attribuer ce qu'il a
manqué de vivacité dans fon fuccès . Nous croyons
devoir compter au nombre des beautés de cette
Piéce tout le rôle du vieil commerçant ORGON ,
fait en apparence fur le modèle de quelques caractères
qui ont contribué au ſuccès de Pièces célébres
, que nous admirons encore , tels que le
Glorieux & d'autres excellens Ouvrages du même
Auteur. On remarque cependant une fupériorité
dans le caractère d'ORGON ,, d'autant plus
précieuſe , qu'il eſt auffi comique & plus vif encore
que ceux dont nous voulons parler , fans
être borné à la brufque franchiſe du ton , on pourroit
dire peut- être du jargon . Celui - ci au contraire
eft plein de chofes , plein d'idées , & des vérités
les plus effentielles Nous ne pourrions fans injuſtice
nous diſpenſer d'ajouter , que ce caractère , rendu
par M. Préville reçoit auffi des talens de la fineffe &
de l'inimitable intelligence de cet Auteur , une
tranfcendance , fi l'on peut dire , fur les caractères
à peu près du même genre, qu'on avoit vu jouer autrefois
, qui donne à ce rôle- ci , toute la perfection
dont il eft fufceptible , & qui ne doit néanmoins.
rien faire perdre des éloges que méritele Poëte.
M. A I. 1763. 185
Le caractére de VERVILLE , honnête , ferme ,
toujours modefte & jamais bas ni rampant , plein
de raiſon & de fentiment , eft encore dans cette
Piéce , une des chofes qui mérite des louanges à
jufte titre , & qui fait autant d'honneur à l'efprit
& à l'âme de l'Auteur qu'à l'intelligence de l'Acteur*
qui l'a rendu auffi intéreffant qu'il pouvoit être
* M. Belcourt.
Le 22 Avril une Actrice nouvelle a
débuté dans l'Enfant Prodigue & dans
le Procureur arbitre par les rôles de Mde
Croupillac & de la Baronne , dans lef
quels elle a eu des applaudiffemens.
Nous ne pouvons nous difpenfer
d'inférer la Lettre fuivante , d'autant que
l'Auteur nous paroît diſpoſé à la publier
par une autre voie .
ou LE NÉGOCIANT , Comédie en
cinq Actes & en Vers , repréſentée
par les Comédiens François pour la
première fois le Lundi 18 Avril 1763 ,
AUTEUR ANONY ME .
PERSONNAGES. ACTEURS.
LE COMTE DE BRUYAN
COURT. M. Brifart.
LA COMTESSE. Mlle Drouin
ANGÉLIQUE , Fille du Comte &
de la Comteffe. Mlle Hus.
LE CHEVALIER , Frère d'Angélique.
M. Molé.
JULIE , Amie d'Angélique . Mlle Préville.
LISIMON , Père de Julie . M. Dubois.
à Angélique.
Comte ..
VERVILLE , Commerçant deſtiné
ORGON , Oncle de Verville.
DUBOIS , Vales - de- Chambre du
JASMIN , Valet de Verville.
UN NOTAIRE.
La Scène eft à Paris chez le Comte
M. Belcour.
M. Préville .
M. Dauberval.
M, Bouret
160 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE , en arrivant de Bordeaux
à Paris pour conclure le mariage
projetté par fon oncle avec la fille du
Comte de BRUYANCOURT , a perdu
le portefeuille qui contenoit toute fa
fortune. Cet accident l'avoit retenu pendant
un mois caché dans une auberge
à Paris. Il avoit envoyé fon valet JASMIN
fur la route faire des perquifitions.
Un vieillard refpectable avoit rapporté
à VERVILLE ce précieux portefeuille ,
fans vouloir recevoir de lui aucune
marque de reconnoiffance , ni même
lui dire fon nom. Auffitôt que VERVILLE
a recouvré fa fortune , il ſe préfente
dans la maifon du Comte pour
exécuter les ordres de fon oncle.
C'est dans ce moment , & avant que
d'avoir vu le Père d'ANGÉLIQUE que
commence l'action de la Piéce . JASMIN
rend compte de l'inutilité de fes recherches
, fur quoi VERVILLE le confole
en lui apprenant l'action du vieillard
de laquelle il exagére beaucoup le mérite.
Quelques détails fur l'impertinence
des Domeftiques du Comte préviennent
fur le caractère des parens d'ANGELIQUE.
La Scène du CHEVALIER
DE BRUYANCOURT avec VER
M A I. 1763.
161
VILLE confirme encore davantage cette
expofition. Ce Chevalier déclare à '
VERVILLE très-durement qu'il doit renoncer
à l'honneur de s'allier à fa
famille , & qu'il fera bien de s'en défifter
volontairement , pour éviter l'affront
d'un refus abfolu.
VERVILLE répond avec la plus grande
fermeté , qu'il étoit par lui- même fort
éloigné de courir les hazards d'une pareille
alliance ; qu'il ne s'y prêtoit que
pour obéir aux ordres d'un Oncle auquel
il doit tout , mais que le ton abfolu
du Chevalier détermine fon irréfolution
, & qu'il eft difpofé à faire voir
au Comte le plus grand empreffement
pour terminer cette affaire ; le Comte
père d'ANGÉLIQUE , ne fait pas un
accueil plus favorable à VERVILLE.
On annonce au Comte l'arrivée d'un
homme dont la figure , les manières ,
& furtout la familiarité , paroiffent fort
extraordinaires à toute fa maifon . Il reconnoît
avec chagrin ORGON , l'oncle
de Verville ; l'impatience le fait paroître
pour venir chercher le Comte & fon
neveu ; il anonce dès fon entrée fon caractère
vif , libre & franc ; il croit fon
neveu déja inſtallé dans la maiſon ; il
eft fort étonné du froid qu'il remarque .
R
162 MERCURE DE FRANCE.
entre le Comte & lui , encore plus de ce
que ce neveu a pa Té un mois à Paris fins
s'être préfenté chez le Comte & fans
avoir avancé l'affaire de fon mariage ;
VERVILLE dit qu'il lui en apprendra
la caufe. Pour réparer le temps perdu
par la goutte qui l'a empêché d'arriver
plutôt, ORGON veut aller complimenter
la Comteffe & fa niéce future ....
Et , ( dit-il au Comte , ) cela feroit fait déja ;
>> fi ma figure
» Eût eu le don de plaire à Meſſieurs vos Valets ;
Maisje n'ai jamais pu me procurer d'accès , &c.
Il a rencontré JULIE qu'il prenoit
pour ANGÉLIQUE , & illa trouvée fort
à fon gré ; mais il apprend du Comte,
que cette JULIE eft une amie d'ANGEEIQUE
; qu'elle eft fille d'un Officier ,
homme de qualité , fort maltraité de la
fortune . Il emmene le Comte fort embarraffé
de cet hôte incommode.
Le Chevalier , frère d'ANGÉLIQUE ,
a conçu pour JULIE une paffion qu'il
lui a déclarée ; ce qui l'a déterminé à
prier fon Père de la retirer dès le foir
même de la maifon du Comte . VERVILLE
vient trouver JULIE , fçachant
M.A I. 1763. 163
ge
qu'elle eft l'amie d'ANGÉLIQUE. La
confiance avec laquelle il l'interrofur
le caractère de fon amie , eft ,
dit il , l'effet du fentiment dont il a été
prévenu pour elle à la première vue;il lui
déclare en même - temps avec un regret
affez vif, que fon oncle feul a tout fait ,
& que malgré lui , on a promis fa main
& fa foi pour ANGÉLIQUE . JULIE fe
défend de répondre aux queftions de
VERVILLE ; elle lui confeille de juger
plutôt par lui-même. Celui - ci lui repréfente
que la pétulance de fon oncle ne
lui laiffe pas efpérer qu'il confente à aucun
délai , & qu'il faudra peut- être conclure
dès le lendemain ; qu'en fe dédifant
au moment de la conclufion , il ſe trouveroit
chargé de tous les torts de la rupture ,
au lieu que s'il étoit inftruit que l'orgueil
d'ANGÉLIQUE fût révolté de ce mariage
, il pourroit faire défifter fon oncle
dans le tems furtout où la bile de ce
vieillard eft déja irritée contre les procédés
de toute cette famille. JULIE cédant
à cette raifon , ne peut plus lui cacher
qu'en effet ANGÉLIQUE eft nourrie dès
fon enfance des préjugés de la nobleffe ;
elle fe retire après cet aveu , quoique.
VERVILLE veuille la retenir.
Le Comte vient avec ORGON & la
164 MERCURE DE FRANCE.
Comteffe ; celle - ci n'eft point informée
des engagemens du Comte , qui l'exhorte
tout bas à ne rien brufquer. Quelques
fragmens de cette Scène en apprendront
les raifons & peindront le caractère
d'ORGON .
ORGON.
» Je difois donc , qu'iffu de parens ordinaires ,
» Je ne puis me vanter des honneurs de mes pères.
» Et que tout bonnement , commerçans comme
» moi ,
» Ils n'ont fait parler d'eux que par leur bonnefoi ;
Titre qui devroit bien être en ligne de compte ,
» Avant les qualités de Marquis & de Comte :
» Mais la fottiſe humaine en ordonne autrement.
LA COMTESSE répond avec mépris , en difant :
· Il feroit beau vraiment
» Qu'on vit au même rang, fans nulle différence,
>> Marcher & gens titrés , & commerce & finance.
ORGON . - ·.
→ Ne.craignez rien , Madame ; allez , vous garde-
>> rez
Ces frivoles honneurs par l'orgueil confacrés.
Quant à moi je ferai conſiſter ma nobleſſe
» A me montrer exact à tenir ma promeſſe ;
>>
M A I. 1763 . 165
» A ne point m'arroger un droit humiliant
Sur les Sots qui pourroient me prêter de l'argent,
» Et m'affranchir furtout du chagrin, de la honte
» Qu'un huiffier.
LE COMTE , bus à Orgon.
»Ah ! paix donc.
ORGON.
» Vous m'entendez , cher Comte ;
» Il eft fâcheux fans doute , il faut en convenir ,
» Qu'un Seigneur de chez lui ne puiffe pas fortir ;
» Sans craindre qu'un Sergent avec fa digne eſcorte
» Au mépris de fon rang ne l'enleve à fa porte.
LE COMTE , bas à Orgon.
» Vous voulez donc me perdre ?
ORGON.
» Oh ! que non.
LA COMTESSE.
ORGON.
»Que dit -il?
»Je conviens que le trait ne feroit pas civil :
Mais quand on pouffe à bout....
LE COMTE , à Orgon. part.
» Epargnez-moi .....j'enrage.
166 MERCURE DE FRANCE.
VERVILLE à part.
J'imagine à la fin entendre ce langage.
ORGON à la Comteffe.
>> Vous neconcevez rien , Madame , à ces propos ?
LA COMTESSE.
Non ; & pour dire vrai , je les trouve affez
» fots.
Sans doute.
ORGON, riant.
LA COMTESSE.
Et n'y vois point quel eft le mot pour rire.
ORGON .
Vous n'avez pas la clef de ce que je veux dire :
» Mais le Comte , s'il veut , pourra vous mettre au
≫ fait , &c.
ORGON revient à fon projet de mariage
dont il preffe la conclufion ; la Comteffe
continue fes dédains. Lorfqu'elle eft
retirée , le Comte cherche à l'excufer auprès
d'ORGON , fur ce qu'il n'avoit pas
encore communiqué fes engagemens à la
Comteffe. Le vieil oncle menace de
M A I.. 1763, 167
faire repentir le Comte de fes procédés,
s'il ne tient promptement fa parole.
» Eh quoi ! ſuffira-t-il qu'une fuite d'Ayeux
» Nous ait tranſmis un nom qu'ils ont rendu fa
›› meux ,
›› Pour nous autoriſer à manquer de parole ?
» Des titres & du rang l'avantage frivole
» Peut- il donner ainſi l'indigne faculté
>>.De ſe moquer des Loix de la Société !
VERVILLE s'étonne avec raifon
que
fon oncle s'obftine à la conclufion de
ce mariage mal-afforti ; celui- ci en donne
la raison & apprend le noeud des
engagemens du Comte qui lui doit cent
inille écus d'argent prêté dans fes preffans
befoins. ORGON dit que comptant
peu fur le recouvrement de cette dette,
cela lui avoit fait naître le projet de
confondre leurs communs intérêts en
uniffant fon neveu à la fille du Comte .
Il convient qu'il avoit peut-être fait en
cela une fottife, mais que le Comte ayant
paru d'abord accepter ce parti avec
empreſſement & reconnoiffance , il ne
veut pas en avoir le démenti.
Dans le temps que JULIE vient d'avoir
une explication avec le Chevalier
168 MERCURE DE FRANCE .
en préfence d'ANGÉLIQUE fur les mo
tifs de fa retraite , la Comteffe vient fe
plaindre à fes enfans , des égards que
marque le Comte leur Père pour ORGON.
Elle parle fort mal de l'oncle &
du neveu ; elle accufe même le dernier
d'avoir auffi peu d'efprit que de monde ;
ANGÉLIQUE paroît vouloir le juftifier
à cet égard. Sa mère la foupçonne de
prévention en faveur de VERVILLE ;
ANGÉLIQUE S'en défend , en affurant
que , fans lui faire injuftice , elle fçait
fe refpecter & connoît trop l'intervalle
que le fort a ' mis entr'elle & ce jeune
homme. La Comteffe le voit paroître &
fe propofe de le congédier définitivement.
On peut juger par le caractère
de cette Comteffe , avec quelle hauteur
elle traite VERVILLE dans cette Scène
; celui - ci n'employe jamais qu'une
honnêteté qui , fans l'avilir , feroit fentir
à tout autre qu'à cette femme prévenue
, combien il mériteroit d'autres
procédés ; il s'adreffe à ANGELIQUE
elle-même pour fçavoir fes fentimens
fur lefquels il promet de régler fes démarches
auprès du Comte fon Père.
ANGÉLIQUE héfite de répondre
; elle en eft difpenfée par l'arrivée
du Comte & d'ORGON.
Ce
M A T. 1762. 169
Ce dernier annonce à la Comteffe
que tout étant oublié de fa part fur
la réfiftance qu'on avoit apportée au
mariage de fon neveu , neveu , on va travailler
dans l'inftant au contrat . La Comteffe
fe récrie contre cette alliance ; le
Comte la preffe de plus en plus d'y confentir
. ORGON reproche au Comte la
foibleffe avec laquelle il écoute les propos
de fa femme & de fon fils. VERVILLE
veut engager fon oncle à folliciter
les fuffrages d'ANGÉLIQUE . Or-
GON traite cela de Jargon de Cythère ,
dont il fe moque , en ajoûtant que l'opulence
aura bientôt confolé ANGÉLIQUE
du frivole avantage d'un titre
faftueux...
» Une bonne maiſon où régne l'abondance
>> Vaut bien à tous égards la trompeufe elégance
De ces Palais brillans , où l'or partout femé
>> Infulte aux Créanciers d'un Seigneur affamé ;
Et qu'il eft plus flatteur d'obliger tout le monde,
» Et d'être de bienfaits une fource féconde ,
>> Que d'avoir le talent fi commun aujourd'hui
» De faire grand fracas , mais aux dépens d'autrui.
A quoi le
plus de vérité
Chevalier répond avec
que
de décence .
» Eh ! comment voulez -vous que faffſe la nobleſſe ?
H
170 MERCURE DE FRANCE.
(
+
» Tout l'or eft dans les mains des gens de votre
» efpéce ,
Pour avoir notre part , nous n'avons qu'un
» moyen ;
C'eft d'emprunter beaucoup ,& de ne rendre rien.
Le Comte refté feul avec la Comteffe
& fes enfans , les inftruit enfin
de la néceffité de cette alliance qui
teur paroiffoit fi bizarre . Si cet obſtiné
vieillard réalifoit les menaces de le pourfuivre
; dans l'inftant tous ces autres
Créanciers dévoreroient le refte de fa
fortune & ne lui laifferoient
• 33 Que la honte & l'ennui
>> Que l'orgueil abbaiffé doit traîner après lui .
Il preffe fa fille de fe prêter à cet
hymen qui peut feul le tirer d'embarras.
La Comteffe , allarmée de perdre
le fafte qui fait feul fon bonheur , change
à l'inftant de façon de penfer , elle
trouve alors VERVILLE fort aimable ,
Oncle un peu bourgeois , mais au
fond eftimable : la reconnoiffance , ditelle
, la décide ; on pourra décorer VERVILLE
de quelque grande charge ,
acheter un Régiment au Chevalier , que
'on fera payer au bon- homme d'Oncle ;
MAI. 1763 . 171
tout cela lui donne alors beaucoup d'impatience
de voir conclure cette utile alliance.
Tout étant d'accord , VERVILLE
n'en devient que plus inquiet fur le mariage
qu'il va contracter avec ANGÉ-
LIQUE . En confultant fon coeur , il reconnoît
que l'impreffion qu'a faite fur
lui JULIE , eft la caufe la plus forte de
fon irréfolution . ORGON le furprend
dans cette rêverie ; lui reproche fa nonchalance
dans cette conjoncture , lui
parle avantageufement d'ANGELIQUE,
dont il efpére que l'on fubjuguera la
raifon, Il lui affure toute fa fucceffion ,
& par d'autres arrangemens , en attendant
, il lui fait envisager la certitude
d'une vie fort agréable , & interrompt
ainfi les remercîmens de fon
neveu Set 173
» Va , va , je te difpenfe
D'étaler les tranfports de ta reconnoillance.
» Quand elle eft véritable , on s'en apperçoit bien;
» Quand elle ne l'eft pas , les grands mots ne font
>>rien.
Un vieil Officier furvient, VERVILLE
le reconnoît & l'annonce à fon oncle
- pour celui à qui il doit fa fortune par
-le recouvrement de fon portefeuille.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ORGON l'embraffe avec cordialité. Ce
vieillard leur dit qu'il font trop de cas
d'une chofe ordinaire ; il leur apprend
qu'il s'appelle LYSIMON , qu'il eft ancien
militaire , peu riche , & père de Ju-
LIE. ORGON le félicite fur le mérite de
fa fille elle paroît dans ce moment ,
VERVILLE s'empreffe en allant à elle
de lui témoigner la reconnoiffance qu'il
doit à fon père . Celui- ci continuant toujours
de fe défendre modeftement , engage
l'oncle & le neveu à fe taire fur
une action auffi commune que la fienne.
VERVILLE en prend occafion d'exprimer
ce qu'il fent pour JULIE .
Par générofité vous m'impoſez filence ;
J'y foufcris : mais pour moi , quel chagrin
» quand je penſe
» Qu'il n'eft aucun moyen qui puiffe m'acquitter,
(regardant Julie . )
» Ou qu'il n'en feroit qu'un queje ne puis tenter !
î
Ces derniers mots deVERVILLE éclairent
LYSIMON ; refté feul avec fa fille
il l'interroge fur fes difpofitions à l'égard
de VERVILLE ; JULIE les laiffe entrevoir
par l'empreffement qu'elle marque
de hâter fa retraite ; fon père l'applaudit
d'oppofer tant de raifons à un pen-
1
MAI. 1763. 173
chant qui pourroit être fi fatal à fon
bonheur. ANGÉLIQUE , qui furvient
lui reproche inutilement la réfolution où
elle cft de fe féparer d'elle ; elle ne peut
croire que ce foit la paffion de fon frère
qui la porte à cet éloignement . JULIE
dit que fon père fçait tous fes fentimens
& connoît comme elle la néceffité de
la réfolution qu'elle a prife . Elle parle
à ANGÉLIQUE de fon prochain mariage
; celle - ci découvre à cet égard fes
vrais fentimens fur le prétendu aviliffement
dans lequel elle croit que la plon
geroit cette alliance ; ce fentiment eft
combattu par Julie : mais ANGÉLIQUE
s'explique déterminément fur le compte
de VERVILLE.
Sans mépris , je ne veux point de lui
Je ne fuis point injufte , & je conviens d'avance
»Que j'ai quelque regret qu'il n'ait point de naif-
30
»fance ;
Mais je ne connois rien qui couvre ce défaut.
ORGON vient, un écrain de diamans à
la main , qu'il préfente fans façon à ANGÉLIQUE
; elle paroît fort choquée du
titre de fa niéce qu'il lui donne par avance
, & ſe refuſe à prendre l'écrain , ce
qui fcandalife fort ORGON. Dans le mo-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
ment où JULIE cherche à excufer ANGÉLIQUE
fur ce refus , arrive la Comteffe
qui trouve l'écrain fort beau,& félicite
fa fille fur la magnificence avec
laquelle elle fera parée. ORGON dit
qu'il eft fort aife d'avoir fait connoiffance
avec le Marchand qui lui a vendu
les diamans ; il en fait un éloge que nous
nous reprocherions de fouftraire au
Lecteur.
Tout refpire chez lui la vertu , la décence.
Il eſt riche vraiment , & la fimplicité
» Régne dans fa maiſon avec l'honnêteté,
Ses ayeux ont de père en fils dans cette Ville
Depuis cent cinquante ans le même domicile
Et quoiqu'il pût fort bien donner à fes enfans.
De quoi leur procurer des états plus brillans ,
>> Dans fa profeffion il veut les faire vivre ;
Et fon fils à quinze ans tient déjà longrand livre.
» Sa femme me paroît une femme d'honneur ,
> Pleine de fentimens , de bon fens , de candeur..
»Je dois la préfenter quelque jour à ma nićce.
ANGELIQUE , à part.
>> Croit-il que je verrois des gens de cette eſpéce ?
» Je fuis au défefpoir ! ১১
Ce peu de mots décide la folle manie
M A 1. 1763. 175
d'ANGÉLIQUE; ORGON préfente LYSIMON
à la Comteffe , comme le bienfaiteur
de fon neveu ; la franchiſe net
lui permet pas de fe taire fur la morgue
& la hauteur qu'il remarque dans
ANGÉLIQUE , & que tout naturellement
il dit qu'elle tient de fes parens, mais dont
il efpérede la guérir par la fuite. ANGÉLIQUEpiquée
de ce reproche fe défend contre
ORGON de l'orgueil dont il l'accuſe ;
elle prétend que les gens du commun
ne cherchent à détruire l'intervalle qui
les fépare des grands, que par amourpropre
.
Jaloux de notre état , cette philofophie
Eft ordinairement le mafque de l'envie ,
» Qui , juſqu'à la grandeur ne pouvant s'élever ;
>>Jufques à fon néant voudroit la ravaler.
Elle continue , en déclarant très - ouvertement
à ORGON que cette alliance
ne fera jamais qu'un effort de raiſon
de fa part & l'effet de fa foumiffion
pour fon père ; ce qui détermine ORGON
à rompre entiérement , malgré les
efforts que fait la Comteffe , pour
calmer fa colère.
» Non , ( dit-il , ) je ne veux pas lui faire violence ;
&
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE .
> Et je commence à voir que Verville a raiſon
» Ce feroit fur fes jours répandre le poiſon
"Que de l'affocier avec une Princeffe
» Qui le regarderoit du haut de la nobleſſe.
Le Comte furvient , qui cherche à le
calmer , en excufant fa fille , dont il
fe rend caution, On a mandé le Notaire
. ORGON céde par bonté , n'ayant
pas , dit- il , le don de tenir fa colère.
ANGÉLIQUE murmure tout bas , ORGON
s'en offenfe & menace encore de
rompre ; mais elle fait une promeffe authentique
d'obéiffance qui racommode
tout. Le Comte la fait remarquer à ORGON
; ce dernier protefte que les égards
qu'on aura pour lui régleront fes procédés
; qu'il ne veut plus être humilié; que
VERVILLE , il eſt vrai , eft honoré par
ce mariage , mais qu'il ne fe foumettra
pas à d'éternels mépris
» Ne vous y trompez pas , ( pourfuit- il , ) · les gens
>> de notre eſpéce ,
Sans ces vieux parchemins de l'antique nobleſſe
» Comme elle , à mille égards ont droit de fe flat-
» ter
» De fervir la patrie & d'en bien mériter.
A Bordeaux vous verriez vous- même , mon che
22 Comte
M A I. 1763. 177
» Si mon état me doit inſpirer de la honte.
» Vous verriez Officiers , Soldats & Matelots
»Entretenus par moi fur nombre de Vaiffeaux ,
Par leurs travaux heureux enrichir la Province
» Et fouvent aux dépens des ennemis du Prince,
» Enfin fi notre étoile , en fecondant nos foins ,
»Nous a donné des biens par- delà nos beſoins ,
Ils ne font pas le fruit d'une induſtrie obſcure.
Leur fource ne fut point l'avarice , l'ufure ,
L'art d'apauvrir le Peuple & de tromper le Ror..
» Tous ces honteux moyens font inconnus de moi.
A travers les dangers j'ai conquis ma fortune ,
-59
00
Qu'à mes concitoyens j'ai fçu rendre commune,
» Cela vaut bien, je crois , la noble oifiveté
» D'un Seigneur orgueilleux bouffi de qualité ,
» Et qui prétend qu'en lui tout le Public révère
→ Cet honneur fi douteux d'être fils de fon père.
»J'ai dit : allons figner . Mais retenez furtout
Qu'il feroit dangereux de me pouffer à bouts
Tout prêt pour la fignature , le Comte
s'eft retiré précipitament avec le
Notaire ; ce Seigneur fe félicite d'avoirtrouvé
un moyen de rembourfer ORGON
, & de lui ôter par là tous les
droits qu'il avoit fur lui ; il en fait part :
à la Conteffe . Elle marque d'abord
toute fa joie d'être débarraffée d'une
alliance qui répugnoit tant à fa vanité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Mais comme le Comte lui dit en même
temps que le moyen d'abforber cette
créance , n'eft qu'en en contractant une
<nouvelle , & que cela laiffe toujours fa
fortune auffi engagée qu'auparavant ; da
crainte d'aller habiter un vieux Château
fait que la Comteffe exhorte fon
mari à tenir fa parole . Cependant le
Comte l'ayant affurée qu'à tout événement
, il n'eft pas plus difpofé qu'elle à
la retraite ; elle rechange encore de fentiment
; elle confent avec plaifir que
l'on rompe ce mariage . VERVILLE qui
vient de la part de fon oncle chercher
le Comte & fçavoir la raison de ce
nouveau délai , reçoit fon congé du
Comte avec la politeffe la plus méprifante.
LYSIMON , préfent à cet entretien
, marque à VERVILLE toute fa
furpriſe & fon indignation fur l'ingråtitude
du Comte & de la Comteffe .
VERVILLE faifit cette occafion pour
déclarer à LYSIMON le defir d'obtenir
JULIE .
•
1
Il le preffe de confentir à fon bonheur
, mais il croit devoir l'avertir que
pour un temps le hazard le prive de la
moitié du bien contenu dans le potefeuille
qu'il lui a remis . LYSIMON répond
que le plus ou le moins eft égal
M A I. 1763 . 179
lorfqu'on eft au- deffus des befoins ; mais
il demande feulement que l'on différe
cet hymen qui auroit l'air d'une vengeance
& d'un projet concerté.ORGON
avoit prévenu les defirs de fon neveu à
l'égard du mariage avec JULLE ; il eſt
enchanté que leurs idées fe trouvent fi
conformes. LYSIMON oppofe les mêmes
raiſons pour différer , qu'il avoit
données à VERVILLE ; mais elles ont
peu de poids fur ORGON. JULIE vient
elle-même ; c'eft l'oncle de VERVILLE,
c'eft le bon ORGON , piqué , qui ſe
charge de la déclaration de fon neveu
pour JULIE, & qui en fait lui - même la
demande. VERVILLE , encore incertain
des difpofitions de JULIE , a lieu
d'être fatisfait des affurances honnêtes
de LYSIMON. La fille achéve de combler
l'espoir de cet Amant inquiet &
délicat en difant :
(
L'obéis , mais Monfieur , jamais l'obéiffance
» N'a trouvé dans un coeur fi peu de réſiſtance .
ORGON apperçoit le Comte , & , ditil
, fes cent mille écus.
En effet le Comte apporte des effets
pour la valeur de cette fomme . En regardant
ces papiers , ORGON marque
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
de la furpriſe & demande au Comte
de qui il les tient . En même temps ik
demande à VERVILLE s'il n'avoit pas
ces mêmes effets en arrivant de Bordaux
? VERVILLE en convient , & répond
qu'il en a difpofé , qu'apparemment
ces billets ont paffé en différentes
mains . ORGON eft par-là confirmé
dans fes foupçons & reconnoît que
fon neveu a fait prêter au Comte cette
fomme pour le remboursement de fa
créance . Le Notaire qui arrive éclaircit
ce mystère en déclarant que VERVILLE
lui a remis ces effets. ORGON
approuve l'action de fon neveu qui l'a
tiré de fon yvreffe. Il veut qu'il rende
au Comte l'obligation qu'il avoit de la valeur
des billets . Le Comte eft confondu..
ORGON , pour ſe vanger,lui apprend que
le mariage de VERVILLE eft arrêté avec
JULIE . Elle y met pour condition
qu'ORGON confirmera au contraire le
projet de VERVILLE en faveur du
Comte. ORGON refufe d'y confentir ;
VERVILLE demande de fon côté qu'il
mette au moins quelque délai à fes
pourfuites contre le Comte; ORGONréfiſte
encore;JULIE déclare ne pouvoir confentir
à s'allier avec lui , s'il veut perfécuter
fes bienfaiteurs. VERVILLE fe
M A I. 1763.
18t
,
joint à JULIE ; ORGON fe laiffe fléchir
, & rend fon neveu le maître de
difpofer de fes effets en renonçant
même à la dette ainfi qu'à la famille
du Comte . Ce dernier fortant de fa
confufion , reconnoît fon aveuglement,
confeffe ne mériter aucune grace de
la part d'ORGON , & follicite cependant
la continuation de fon amitié ; il
ordonne au Notaire de vendre tous
les biens qu'il pofféde encore pour l'acquitter
envers ORGON .
" Non que de fes bienfaits ( dit - il y
Le fouvenir me paffe & s'efface jamais,
Il embraffe ORGON , qui dans l'excès
de fa tendreffe , dit au Comte :
" Ah ! fi c'eſt là l'orgueil que la Nobleffe inſpire
» Par combien de refpects aurai- je à réparer
» Tout ce que le dépit m'avoit fait proférer ? ...
32. Oubliez ...
Le Comte l'engage à faire chez lui la
nôce de VERVILLE & de JULIE .
22.
ORGON termine la Piéce par ces vers.
Soit : mais d'un vain eſpoir vous vous êtes flatta,
Si vous comptez me vaincre en générosité,
182 MERCURE DE FRANCE .
OBSERVATIONS.
CETTE Piéce a des beautés qui ont mérité le fuc
cès d'applaudiffemens qu'elle a eu & qui en même-
temps ont donné beaucoup de curiofité ſur le
nom de l'Auteur , lequel perfifte conſtamment à
refter anonyme. Le Lecteur a dû remarquer dans
ce que nous avons rapporté des détails de la Comédie
du Négociant une forte d'énergie , qui n'eft
pas commune aux Dramatiques du temps. Il a
dû remarquer auffi dans la verfification un tour ,
qui a laiffé foupçonner qu'elle pourroit être l'ouvrage
de quelqu'Auteur expérimenté dans le ftyle
propre à la Comédie. Quelques négligences dans
cette verfification , ont déconcerté les conjectures
, fans néanmoins les détruire , parce qu'il yen
a de fi peu conciliables avec les grands traits ré
pandus dans le corps de la Piéce , que l'on feroit
tenté de regarder ces négligences comme volontairement
affectées.
Puifque nous fommes entraînés à parler du
coloris de ce Drame avant de traiter du fonds
de l'action & de la conduite ; nous placerons ici
l'obfervation faite par tous les Connoiffeurs fur
T'extrême différence de juftelle qui fe trouve entre
la manière dont on y fait parler les perfonnages de
qualité d'avec celle qui caractériſe les commerçans
ou les perfonnages bourgeois . Autant ces
derniers font bien vus & rendus avec vérité, autant
les autres paroiffent n'avoir été qu'apperçus de fort
loin & chargés par l'imagination des couleurs les
plus groffieres non pas qu'il n'y ait dans la nature
morale de ces caractères trop véritablement
ſemblables a ce qu'on en dit ; mais l'expreffion
n'en eft pas à beaucoup près auffi dure que
M A I. 1763. 183
telles , dont fe fert P'Auteur de cette Comédie.
11 eft vrai que l'yvreffe de la naiffance & la haute
chimère de la diſtance des conditions , peuvent
aveugler & n'aveuglent que trop ordinainent
ceux qu'elles diftinguent , au même degré que
tetre Comédie nous préfente toute la famille des
Bruyancourts ; mais il n'eft pas vrai que ce travers
fe manifefte avec une infolence auſſi outrée
que l'Auteur a mis dans tous ces Perſonnages ,
fans diftinction d'âge , de fexe , & de fituation .
Ce travers , dans les retraites obfcures de la campagne
a fans doute & doit avoir des nuances d'autant
plus âpres , qu'il eft fouvent la feule vengeance
que certains hommes peuvent prendre de la mifère
réelle de leur vie ; mais dans la poſition où
l'Auteur met les Bruyancourts , la politeffe , ce
miel perfide qui couvre l'aiguillon de l'orgueil ,
fait à l'amour- propre des inferieurs , ( ou de ce
qui eft réputé tel , ) des bleffures peut - être plus
profondes , mais dont les coups font bien moins
groffiers que dans cette Comédie .
Paffant à la conftitution du Drame , nous
croyons avoir remarqué , que l'on a trouvé le
fondement de l'action & du dénoûment. porter
à faux étant établi fur un prétendu bienfait , qui ,
dans la vérité des principes & même de nos ufages
"encore exiſtans, n'eſt qu'un devoir d'exactitude de la
part de LYSIMON , auquel tout homme d'une probité
ordinaire ne peut manquer , fans le dégrader
à fes propres yeux & fans rifquer d'être à jamais
déshonoré ; ainfi tout l'édifice établi fur le
prétendu merveilleux du caractère de ce vieil Officier
, tombe à cette réfléxion , & par conféquent
tombe en même temps une grande partie de
l'action de cette Piéce .
On ne peut pas fe diffimuler plus facilement
184 MERCURE DE FRANCE .
1
l'embarras & le froid que jette dans la marché
de cette action , l'épifodique paffion du Chevalier
pour JULIE ; & ce qu'elle complique , fans
néceté pour l'intrigue & fans effet pour le dénoùment
; car ce dénoûment , dépendant de la
paffion fecrette de VERVILLE , de l'oppofition du
caractère de cette honnête & douce JULIE avec le
caractère infupportable de la fuperbe ANGÉLIQUE ,
que fait la fantaisie du Chevalier , que fait la fage
réfiftance de JULIE ?
C'eft peut-être à ce que nous venons d'obſerver
& à quelques autres parties de la conduite de
cette Comédie , qu'on doit attribuer ce qu'il a
manqué de vivacité dans fon fuccès . Nous croyons
devoir compter au nombre des beautés de cette
Piéce tout le rôle du vieil commerçant ORGON ,
fait en apparence fur le modèle de quelques caractères
qui ont contribué au ſuccès de Pièces célébres
, que nous admirons encore , tels que le
Glorieux & d'autres excellens Ouvrages du même
Auteur. On remarque cependant une fupériorité
dans le caractère d'ORGON ,, d'autant plus
précieuſe , qu'il eſt auffi comique & plus vif encore
que ceux dont nous voulons parler , fans
être borné à la brufque franchiſe du ton , on pourroit
dire peut- être du jargon . Celui - ci au contraire
eft plein de chofes , plein d'idées , & des vérités
les plus effentielles Nous ne pourrions fans injuſtice
nous diſpenſer d'ajouter , que ce caractère , rendu
par M. Préville reçoit auffi des talens de la fineffe &
de l'inimitable intelligence de cet Auteur , une
tranfcendance , fi l'on peut dire , fur les caractères
à peu près du même genre, qu'on avoit vu jouer autrefois
, qui donne à ce rôle- ci , toute la perfection
dont il eft fufceptible , & qui ne doit néanmoins.
rien faire perdre des éloges que méritele Poëte.
M. A I. 1763. 185
Le caractére de VERVILLE , honnête , ferme ,
toujours modefte & jamais bas ni rampant , plein
de raiſon & de fentiment , eft encore dans cette
Piéce , une des chofes qui mérite des louanges à
jufte titre , & qui fait autant d'honneur à l'efprit
& à l'âme de l'Auteur qu'à l'intelligence de l'Acteur*
qui l'a rendu auffi intéreffant qu'il pouvoit être
* M. Belcourt.
Le 22 Avril une Actrice nouvelle a
débuté dans l'Enfant Prodigue & dans
le Procureur arbitre par les rôles de Mde
Croupillac & de la Baronne , dans lef
quels elle a eu des applaudiffemens.
Nous ne pouvons nous difpenfer
d'inférer la Lettre fuivante , d'autant que
l'Auteur nous paroît diſpoſé à la publier
par une autre voie .
Fermer
Résumé : EXTRAIT du BIENFAIT RENDU, OU LE NÉGOCIANT, Comédie en cinq Actes & en Vers, représentée par les Comédiens François pour la première fois le Lundi 18 Avril 1763.
La pièce 'Le Bienfait rendu' est une comédie en cinq actes représentée pour la première fois le 18 avril 1763. Elle met en scène plusieurs personnages, dont le Comte de Bruyan, la Comtesse, leur fille Angélique, le Chevalier, Julie, Lisimon, Verville, Orgon, Dubois, Jasmin et un notaire. L'intrigue commence lorsque Verville, arrivé de Bordeaux à Paris pour un mariage arrangé avec Angélique, perd son portefeuille contenant sa fortune. Un mois plus tard, il le récupère grâce à un vieillard anonyme. Verville se présente chez le Comte pour exécuter les ordres de son oncle Orgon, mais le Chevalier et le Comte refusent cette alliance. Orgon, impatient, rencontre Julie qu'il confond avec Angélique. Le Chevalier, amoureux de Julie, demande à son père de la retirer de la maison. Verville révèle à Julie qu'il doit se marier avec Angélique sur ordre de son oncle. Julie, après avoir révélé les préjugés nobles d'Angélique, quitte Verville. Les discussions entre les personnages révèlent les différences sociales et les motivations financières derrière le mariage. Orgon souhaite l'union pour des raisons économiques, car le Comte lui doit une somme importante. La Comtesse et le Chevalier montrent du mépris envers cette alliance. Orgon insiste sur l'importance de tenir sa promesse, tandis que le Comte est contraint par ses dettes. La Comtesse traite Verville avec mépris, mais Angélique tente de le défendre. Finalement, Orgon annonce que le contrat de mariage sera signé malgré les résistances. Cependant, des tensions surgissent lorsque Verville exprime son amour pour Julie. Lysimon, reconnaissant envers Verville, minimise son geste. Julie accepte finalement de se marier avec Verville, et Orgon approuve cette union. La pièce se conclut par la résolution des conflits familiaux et l'acceptation des unions basées sur les sentiments plutôt que sur les intérêts financiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
356
p. 185-189
A M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles. A Paris, ce 22 Avril 1763.
Début :
MONSIEUR, Aucun de ceux qui fréquentent le Théâtre & qui s'intéressent à ses progrès [...]
Mots clefs :
Théâtre, Costume, Comédiens français, Public, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles. A Paris, ce 22 Avril 1763.
A M.
DELAGARDE , Auteur du
Mercure pour la partie des Spectacles .
A Paris , ce 22 Avril 1763.
MONSIEUR ,
Aucun de ceux qui fréquentent le
Théâtre & qui s'intéreffent à fes progrès
, n'ignore que c'eft à vous que
F'on doit cette obfervance du coftume,
186 MERCURE DE FRANCE.
que
l'on
y voit
régner
depuis
quel- ques
années
, & la fuppreffion
de
quantité
d'ufages
ineptes
qui le défiguroient
. C'est
vous
qui , le premier avez
fait voir
dans
l'Opéra
d'Alcefte repréſenté
d'abord
à la Cour
, des combats
& des pompes
funèbres
dans
le
jufte
coftume
de l'antiquité
: & la fatiffaction
qu'on
en eut , fut , pour
ainfi
dire , le fignal
du changement
heureux
que
nous
avons
vû depuis
fur notre
Scène
. Cette
obfervance
du coftume fi néceffaire
& en même
temps
fi vainement
defirée
jufques
-là , toute
fenfée
qu'elle
étoit
, ne s'eft pas établie
fans de
grandes
difficultés
. Il y a des
ufages
auxquels
on tient
par
habitude
, en
même
temps
que la réfléxion
les condamne
; & nous
n'ignorons
pas tout
ce qu'il
vous
en a coûté
pour
vaincre les préjugés
qu'il
les avoient
confacrés
fur notre
Théâtre
. Le foin
avec
lequel
vous
traitez
dans
le Mercure
l'Article
des Spectacles , ne permettant pas de
douter de l'intérêt que vous y prenez ,
& fpécialement à notre Théâtre national
nous avons cru ,
Monfieur , que
c'eft à vous que l'on doit naturellement
s'adreffer pour faire entendre le cri public
fur la manière dont on continue
MA I. 1763. 187
de repréfenter l'Andrienne. Le Début
9
d'un nouvel Acteur fort intéreffant
vient de faire remettre cette Piéce
dont il eft inutile de rappeller ici le mérite.
Dans des temps qu'on peut appeller
barbares , quoique fort prochains
encore , lorfqu'on voyoit fur la Scène
Françoife Agamemnon , dans le camp
des Grecs , enveloppé d'une espèce de
baril à franges , ôtant fon chapeau poliment
aux Dames , conduire au bûcher
fa trifte fille Iphigénie en robe de
Cour fur un vafte panier , avec de
beaux gants blancs pour la décence ;
il étoit affez fimple de voir repréſenter
une Comédie Gréque au milieu d'Athénes
, avec des perruques nouées &
des habits à la françoi e . Mais aujourd'hui
, Monfieur , tous les gens de goût
demandent par quelle violence , par
quelle tyrannie fecrette , les Comédiens
François, qui ont été les premiers à adopter
l'ufage du coftume qui l'ont même
étendu fur toutes les parties de la repréfentation
théâtrale dans le tragique,
Toit pour les Piéces nouvelles , foit pour
les anciennes , font encore fi finguliérement
attachés aux routines de leurs
Anciens dans les repréfentations du
comique ? Comment ne fent- on pas de
188 MERCURE DE FRANCE.
و
quel dégoût il doit être , pour tout ef
prit fenfé , de voir des petits- maîtres ,
des vieillards , des femmes , des valets
françois dans Athènes , agir, parler felon
les moeurs & les ufages des anciens
Grecs ; enfin ces Grecs eux-mêmes ainfi
ridiculement traveftis ? Pourquoi un
Dave , un esclave , en Mézettin ? Quels
principes infenfés ont pu regler cet antique
ufage ? On perd cependant
l'avantage précieux de renouveller une
Piéce , du nombre de celles qui pour
le fond doivent toujours fervir de modéles
au bon Comique , & à l'art fi
difficile dont les Anciens nous ont donné
les préceptes , & les exemples dont
nous ne pouvons nous écarter jamais
fans nous écarter du vrai & de la perfection.
par
J'oubliois de vous dire que ce qui
augmente l'étonnement du Public fur
la façon dont on repréfente l'Andrienne,
c'eft d'avoir vû il y a quelques années ,
tous les Acteurs de ce même Théâtre
vêtus à la Grecque dans la Fille d'Ariftide
, Piéce d'un très-médiocre fuccès
, pour ne pas dire pis.
J'aurois bien encore quelques réfléxions
à faire fur la ridicule difparate
qui fe trouve dans le traveftiffement du
là
MA I. 1763 . 189
Valet de l'Homme à bonne fortune.
toutes les fois que l'on joue cette Comédie
. J'ofe me flatter que vous ne négligerez
pas , Monfieur , d'inférer ces
obfervations dans votre Article du prochain
Mercure , fans quoi j'aurois pris
d'autres mefures pour qu'elles ne ref
taffent pas ignorées.
J'ai l'honneur d'être , & c.
MALLET.
DELAGARDE , Auteur du
Mercure pour la partie des Spectacles .
A Paris , ce 22 Avril 1763.
MONSIEUR ,
Aucun de ceux qui fréquentent le
Théâtre & qui s'intéreffent à fes progrès
, n'ignore que c'eft à vous que
F'on doit cette obfervance du coftume,
186 MERCURE DE FRANCE.
que
l'on
y voit
régner
depuis
quel- ques
années
, & la fuppreffion
de
quantité
d'ufages
ineptes
qui le défiguroient
. C'est
vous
qui , le premier avez
fait voir
dans
l'Opéra
d'Alcefte repréſenté
d'abord
à la Cour
, des combats
& des pompes
funèbres
dans
le
jufte
coftume
de l'antiquité
: & la fatiffaction
qu'on
en eut , fut , pour
ainfi
dire , le fignal
du changement
heureux
que
nous
avons
vû depuis
fur notre
Scène
. Cette
obfervance
du coftume fi néceffaire
& en même
temps
fi vainement
defirée
jufques
-là , toute
fenfée
qu'elle
étoit
, ne s'eft pas établie
fans de
grandes
difficultés
. Il y a des
ufages
auxquels
on tient
par
habitude
, en
même
temps
que la réfléxion
les condamne
; & nous
n'ignorons
pas tout
ce qu'il
vous
en a coûté
pour
vaincre les préjugés
qu'il
les avoient
confacrés
fur notre
Théâtre
. Le foin
avec
lequel
vous
traitez
dans
le Mercure
l'Article
des Spectacles , ne permettant pas de
douter de l'intérêt que vous y prenez ,
& fpécialement à notre Théâtre national
nous avons cru ,
Monfieur , que
c'eft à vous que l'on doit naturellement
s'adreffer pour faire entendre le cri public
fur la manière dont on continue
MA I. 1763. 187
de repréfenter l'Andrienne. Le Début
9
d'un nouvel Acteur fort intéreffant
vient de faire remettre cette Piéce
dont il eft inutile de rappeller ici le mérite.
Dans des temps qu'on peut appeller
barbares , quoique fort prochains
encore , lorfqu'on voyoit fur la Scène
Françoife Agamemnon , dans le camp
des Grecs , enveloppé d'une espèce de
baril à franges , ôtant fon chapeau poliment
aux Dames , conduire au bûcher
fa trifte fille Iphigénie en robe de
Cour fur un vafte panier , avec de
beaux gants blancs pour la décence ;
il étoit affez fimple de voir repréſenter
une Comédie Gréque au milieu d'Athénes
, avec des perruques nouées &
des habits à la françoi e . Mais aujourd'hui
, Monfieur , tous les gens de goût
demandent par quelle violence , par
quelle tyrannie fecrette , les Comédiens
François, qui ont été les premiers à adopter
l'ufage du coftume qui l'ont même
étendu fur toutes les parties de la repréfentation
théâtrale dans le tragique,
Toit pour les Piéces nouvelles , foit pour
les anciennes , font encore fi finguliérement
attachés aux routines de leurs
Anciens dans les repréfentations du
comique ? Comment ne fent- on pas de
188 MERCURE DE FRANCE.
و
quel dégoût il doit être , pour tout ef
prit fenfé , de voir des petits- maîtres ,
des vieillards , des femmes , des valets
françois dans Athènes , agir, parler felon
les moeurs & les ufages des anciens
Grecs ; enfin ces Grecs eux-mêmes ainfi
ridiculement traveftis ? Pourquoi un
Dave , un esclave , en Mézettin ? Quels
principes infenfés ont pu regler cet antique
ufage ? On perd cependant
l'avantage précieux de renouveller une
Piéce , du nombre de celles qui pour
le fond doivent toujours fervir de modéles
au bon Comique , & à l'art fi
difficile dont les Anciens nous ont donné
les préceptes , & les exemples dont
nous ne pouvons nous écarter jamais
fans nous écarter du vrai & de la perfection.
par
J'oubliois de vous dire que ce qui
augmente l'étonnement du Public fur
la façon dont on repréfente l'Andrienne,
c'eft d'avoir vû il y a quelques années ,
tous les Acteurs de ce même Théâtre
vêtus à la Grecque dans la Fille d'Ariftide
, Piéce d'un très-médiocre fuccès
, pour ne pas dire pis.
J'aurois bien encore quelques réfléxions
à faire fur la ridicule difparate
qui fe trouve dans le traveftiffement du
là
MA I. 1763 . 189
Valet de l'Homme à bonne fortune.
toutes les fois que l'on joue cette Comédie
. J'ofe me flatter que vous ne négligerez
pas , Monfieur , d'inférer ces
obfervations dans votre Article du prochain
Mercure , fans quoi j'aurois pris
d'autres mefures pour qu'elles ne ref
taffent pas ignorées.
J'ai l'honneur d'être , & c.
MALLET.
Fermer
Résumé : A M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour la partie des Spectacles. A Paris, ce 22 Avril 1763.
Dans une lettre datée du 22 avril 1763, adressée à Delagarde, rédacteur du Mercure pour la partie des Spectacles, Mallet félicite Delagarde pour ses efforts visant à promouvoir l'utilisation de costumes historiques sur scène, notamment dans l'Opéra d'Alceste, ce qui a constitué une avancée significative pour le théâtre français. Toutefois, Mallet exprime son insatisfaction concernant la représentation actuelle de l'Andrienne, une œuvre classique, où les acteurs portent des vêtements modernes au lieu de costumes grecs authentiques. Il critique également la persistance des comédiens à adopter des tenues anachroniques dans les pièces comiques, alors qu'ils respectent les costumes appropriés dans les tragédies. De plus, Mallet souligne une incohérence dans la mise en scène de La Fille d'Aristide, où les acteurs étaient vêtus à la grecque malgré le peu de succès de la pièce. Il espère que Delagarde traitera ces observations dans son prochain article du Mercure afin de sensibiliser le public et les comédiens à l'importance de l'authenticité des costumes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
357
p. 189-190
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 11 Avril, on donna la première Représentation d'Arlequin héritier ridicule [...]
Mots clefs :
Comédie italienne, Nouveauté, Public, Fécondité, Journaliste du théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE II Avril , on donna la première
Repréſentation
d'Arlequin héritier ridicule
, Comédie Italienne, en cinq A &tes,
de M. GOLDONI .
Le 21 du même mois , on a riſqué
fur ce Théatre une Nouveauté dont
le fort n'a pas été heureux. C'étoit
Appelle & Campafpe , Piéce nouvelle
> en deux Actes & en Vers mêlée
d'Ariettes. Par l'Auteur de la Bagarre ,
dont nous avons été obligés d'annoncer
la difgrace dans un des derniers
Mercures.
Le Public nous a mis dans la même
néceffité fur cette derniere production ,
1
190 MERCURE DE FRANCE.
C
qui a éprouvé encore plus de défagrémens
que la précédente . Il étoit "fort
fimple qu'Alexandre-le- Grand , jouất
un rôle confidérable dans le Sujet de
cette Piéce ; mais il n'a pas paru auffi
fimple apparament aux fpectateurs de
voir ce Prince fur la Scène de l'Opéra-
comique , en parler le langage &
s'énoncer en Ariettes. Cette circonftance
a cependant produit une efpéce
de révolution dans les efprits , fur le
compte de ce fameux Conquérant , en
ce qu'elle juftifiera fa mémoire du reproche
d'un orgueil infenfé , d'avoir
voulu n'être peint que par Appelle.
Ce qui eft arrivé à cette repréfentation
prouve que la précaution d'Alexandre
étoit fondée , & qu'elle n'auroit
pas été même de trop de la part
d'Appelle pour fon compte , fi l'un &
l'autre euffent prévû ce qui leur arriveroit
tant de fiécles après eux.
Au refte la fécondité de certains Auteurs
eft fort commode pour les Journa
liftes du Théâtre , en ce qu'elle les difpenfe
du pénible travail des Extraits
LEE II Avril , on donna la première
Repréſentation
d'Arlequin héritier ridicule
, Comédie Italienne, en cinq A &tes,
de M. GOLDONI .
Le 21 du même mois , on a riſqué
fur ce Théatre une Nouveauté dont
le fort n'a pas été heureux. C'étoit
Appelle & Campafpe , Piéce nouvelle
> en deux Actes & en Vers mêlée
d'Ariettes. Par l'Auteur de la Bagarre ,
dont nous avons été obligés d'annoncer
la difgrace dans un des derniers
Mercures.
Le Public nous a mis dans la même
néceffité fur cette derniere production ,
1
190 MERCURE DE FRANCE.
C
qui a éprouvé encore plus de défagrémens
que la précédente . Il étoit "fort
fimple qu'Alexandre-le- Grand , jouất
un rôle confidérable dans le Sujet de
cette Piéce ; mais il n'a pas paru auffi
fimple apparament aux fpectateurs de
voir ce Prince fur la Scène de l'Opéra-
comique , en parler le langage &
s'énoncer en Ariettes. Cette circonftance
a cependant produit une efpéce
de révolution dans les efprits , fur le
compte de ce fameux Conquérant , en
ce qu'elle juftifiera fa mémoire du reproche
d'un orgueil infenfé , d'avoir
voulu n'être peint que par Appelle.
Ce qui eft arrivé à cette repréfentation
prouve que la précaution d'Alexandre
étoit fondée , & qu'elle n'auroit
pas été même de trop de la part
d'Appelle pour fon compte , fi l'un &
l'autre euffent prévû ce qui leur arriveroit
tant de fiécles après eux.
Au refte la fécondité de certains Auteurs
eft fort commode pour les Journa
liftes du Théâtre , en ce qu'elle les difpenfe
du pénible travail des Extraits
Fermer
Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 2 avril, la première représentation de 'Arlequin héritier ridicule', une comédie italienne en cinq actes de Carlo Goldoni, a eu lieu. Le 21 avril, la pièce 'Appelle & Campaspe' a été présentée au théâtre. Cette œuvre, en deux actes et en vers mêlés d'ariettes, est écrite par l'auteur de 'La Bagarre', déjà disgracié. Le public a manifesté un mécontentement accru par rapport à la précédente représentation. La pièce mettait en scène Alexandre le Grand, mais les spectateurs ont jugé incongru de voir ce prince parler et chanter en ariettes sur la scène de l'opéra-comique. Cette représentation a confirmé la prudence d'Alexandre, qui souhaitait être peint uniquement par Apelle. La fécondité de certains auteurs est bénéfique pour les journalistes de théâtre, car elle leur évite de rédiger des extraits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
358
p. 182
SPECTACLES DE LA COUR.
Début :
PENDANT le séjour de la Cour à Marli, il y a eu deux Concerts par la [...]
Mots clefs :
Musique, Cour, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR.
SPECTACLES DE LA COUR .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
Fermer
359
p. 183-189
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
LES Concerts françois que cette Académie continue de donner les Vendredis [...]
Mots clefs :
Opéra, Concerts, Ballet, Morceaux, Public, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
Fermer
360
p. 189-195
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Bienfait rendu ou le Négociant, Comédie en 5 Actes en vers, de laquelle [...]
Mots clefs :
Comédie, Actrice, Débutante, Représentation, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE,
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
LE Bienfait rendu ou le Négociant
Comédie en 5 Actes en vers , de laquelle
nous avons donné l'Extrait dans
le précédent Volume , a eu neufRepréſentations
de ſuite , toutes avec d'aſſez
fortes recettes ; elle a été redemandée
& repréſentée encore dans le courant
du mois.
Cette Piéce , qui n'eſt point quittée
& qui doit refter au Théâtre , eft impri
mée& ſe trouve chez Prault le jeune ,
Libraire , quai de Conti,à la defcente du
igo MERCURE DE FRANCE.
Pont- neuf. La lecture en eſt agréable ;
•& l'on ne craint pas de reproches en
la recommandant.
Le 3 Mai , une Actrice nouvelle
( Mlle Doligny ) débuta par le rôle
d'Angélique dans la Gouvernante & par
celui de Zénéïde dans la Piéce qui porte
ce titre. Dès cette Repréſentation , le
fuccès de la Débutante fut ſi vivement
&fi unanimement établi , que tous ceux
qui fréquentent habituellement le Théâtre
, ſe font accordés à dire que de-
*puis les débuts des célébres Actrices dont
nous avons annoncé les retraites avec
* tant de regret , on n'en avoit point vu
d'auſſi brillant dans le comique & qui
promît des fuites auſſi avantageufes que
celui- ci. L'augure a été pleinement
juſtifié : les jours de début de la nouvelle
Actrice , font devenus les jours
fréquentés du Spectacle. Elle a continué
par Lucinde dans l'Oracle , ( tréſor précieux
pour notre Scène , que l'on craignoit
d'avoir perdu avec Mlle Gauffin ,
&dans lequel la nouvelle Actrice a paru
excellente)enfuite par Luciledans les Dehors
trompeurs & par Nanine dans la Comédie
de ce nom ; par le rôle de Marianne
dans l'Ecole des Mères , de JuJUIN.
1763 . 191
lie dans la Pupile , de Silvie dans l'Iſle
déferte , d'Agnès dans l'Ecole des Femmes
, &c.
Pendant le cours de ſon début , Mlle
Doligni a été reçue à l'éſſai , pour ne
point violer la régle ; mais en mêmetemps
pour rendre juftice à ſes talens ,
elle a été admiſe dès ce moment aux
grands appointemens de 2000 liv.
Cette Débutante eſt âgée de 15 ans
&& demi ; elle eft, quant à préſent , d'une
moyenne ſtature , d'une taille élégante
& bien prife , la figure fort agréable
au Théâtre , intéreſſante ſans langueur ,
un feu doux , mais vif& perçant dans la
*phyſionomie ; la bouche , qui s'embellit
à chacun de ſes mouvemens , prête à
fon viſage des grâces fort piquantes.
Une naïveté gracieuſe ſemble régler
tout ſon maintien ainſi que ſon jeu.
Ce ne font point de ces tours de têres
apprêtés , de ces eſpéces de Tic dans les
traits qui dénaturent les graces qu'on
pourroit avoir , par celles qu'on veut ſe
donner; ni de ces infléxions traînées ou
groffies qui altèrent le fon , & le rendent
plus ridicule que touchant. Cexe
jeune perſonne paroît ne jouer aucun
des ſentimens qu'elle exprime. Ses actions
& les tons de fa voix ſemblent
192 MERCURE DE FRANCE.
4
naître tous du moment & de la paf
fion qui y donne lieu. La fimplicité ,
qui fait le caractère dominant de fon
jeu , n'eſt jamais niaiſerie , ni ſtupidité ;
c'eſt la primeur, fi l'on peut dire , de la
Nature ornée de toutes les graces qu'elle
donne. Un des mérites que l'on remarque
en elle , eſt une perpétuelle application
à la Scène , mérite que perdent
ſouvent les plus grands Acteurs , en acquérant
plus de liberté ſur le Théâtre&
que l'on éxhorte cette jeune perſonne à
conferver. Elle joint à cette éxacte vérité
de la Nature , dont le plaifir a
fait ſouvent verſer des larmes , une
diſtribution intelligente des différens
mouvemens qu'éxige chaque partie de
ſes rôles. Enfin nous ne craignons pas
d'être démentis , en diſant qu'elle commence
, non pas comme les meilleures
Actrices finiſſent ( ainſi qu'on a tant appliqué
de fois cette phrafe commune )
mais comme il eſt àdefirer qu'elle continue
pour ne pas ceffer de faire le plus
grand plaifir.
Mlle Doligni avoit joué dans ſon enfance
fur le Théâtre François quelques
rôles de cet âge ſous le nom de Mai-
Conneuve: il s'en falloit bien alors qu'elle
donnât
JUIN. 1763. 193
donnât les eſpérances de ce qu'elle eſt
aujourd'hui. Elle eut occafion de prendre
des avis de Mlle GAUSSIN ; enfuite
elle avoit été jouer à Rouen pendant
quelques mois , où elle avoit eu du fucces.
A fon retour , lorſqu'elle ſe diſpofoit
à aller à Bruxelles , elle fut entendue
par des perfonnes de la Cour accoutumées
à connoître & à protéger
les talens , par une entr'autres à qui
tous les arts & tous les talens doivent
le plus de fecours & d'éclat. Le naturel
heureux qu'on trouva dans cette
jeune perſonne&les diſpoſitions qu'elle
montroit, déterminèrent à la fixer fur
le Théâtre de la Capitale. A cet effet
M. MOLÉ Acteur , dont nous avons fi
ſouvent occafion de parler avec éloges ,
fut chargé d'achever par ſes conſeils
ce que la Nature & le Sentiment paroiffoient
indiquer déja dans ce talent
naiſſant. C'eſt environ après fix ſemaines
ou deux mois au plus de leçons,que Mlle
DOLIGNI a paru & a réuni tant d'applaudiſſemens
& de fuffrages. La voix ,
encore un peu foible , dans cette Débutante
, ne laiffe pas eſpérer qu'elle puiffe
& même qu'elle doive tenter de jouer
dans le Tragique.
Le Lundi 9 Mai , on a donné la pre-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
,
,
mière repréſentation de la Mort de Socrate
, Tragédie nouvelle en 3 Actes par
M. DE SAUVIGNI , qui fut applaudie
& bien reçue du Public. Elle a été continuée
juſqu'au 28 , jour de la geme &
dernière repréſentation. Il y a des beautés
dans cette Piéce la verfification
en eſt généralement approuvée ; mais
comme le fond du Sujet eſt plus triſte
qu'attendriſſant , en ce qu'il a en foi une
forte de féchereſſe pour notre Scène
&que d'ailleurs la catastrophe en eſttrop
connue , il n'y a pas eu un grand concours
de Spectateurs. Nous rendrons
un compte plus éxact de cette Tragédie ,
lorſqu'elle ſera imprimée , attendu que
l'on ne nous a pas mis en état de ſuppléer
à ce ſecours , & qu'il feroit peut-être
dangereux de s'en repoſer ſur la mémoire
pour l'Extrait d'une Piéce chargéé ,
comme celle - ci , de morale & de
métaphyfique , dont on ne ſaiſit pas le
trait indicatif , comme l'on peut faire
de l'ation , de la conduite , & de
l'intérêt , dans les Drames dont ces
moyens conſtituent le mérite.
Mlle Luzzi , jeune Sujet qui dès l'enfance
a fait beaucoup de plaifir fur un
autre Théâtre , que beaucoup de gens
regardoient comme inférieur à ſes dif
JUIN. 1763 . 195
poſitions , a débuté le Jeudi 26 Mai fur
celui de la Comédie Françoife , par
les rôles de Soubrettes dans le Tartuffe &
les Folies amoureuses . La figure & la
taille de cette Débutante ſont des plus
favorables & ne pouvoient que prévenir
très-avantageuſement pour elle . Ces
avantages ſont ſecondés d'un jeu , où
Pon reconnoît en pluſieurs endroits l'intelligence
du grand Maître qui a pris
ſoin de diriger ſes talens ( M. PRÉVILLE.
) Elle a été applaudie , & l'on a
lieu d'eſpérer de cette jeune Actrice
des progrès qui rempliront l'eſpoir
du Public à fon égard. Nous croirions
qu'il feroit imprudent d'avancer rien de
plus décidé fur ce premier début, n'ayant
pas eule temps ſuffifant pour recueillir
les ſentimens à ce ſujet & les Spectateurs
mêmes n'ayant pas encore eu celui
d'en juger définitivement. On parlera
dans le Volume du mois prochain de la
continuation de ce début.
Fermer
361
p. 195-196
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE 17 Mai on a donné la première représentation de la Famille en discorde [...]
Mots clefs :
Comédie nouvelle, Famille, Discorde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE
17 Mai on a donné la première
repréſentation de la Famille en difcorde
, Piéce nouvelle Italienne de M. GOLDONI.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 21 , celle des Deux Coufines , Comédie
nouvelle en 1 Acte, mêlée d'ariettes
, & le 27 la première repréſentation
de l'Eventail , Comédie nouvelle en 3
Actes de M. GOLDONI , dans laquelle
il y a beaucoup de choſes amusantes ,
qui doivent faire eſpérer qu'elle fera
ſuivie. Nous donnerons plus de détails
fur ces Nouveautés dans le Mercure
prochain.
LEE
17 Mai on a donné la première
repréſentation de la Famille en difcorde
, Piéce nouvelle Italienne de M. GOLDONI.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Le 21 , celle des Deux Coufines , Comédie
nouvelle en 1 Acte, mêlée d'ariettes
, & le 27 la première repréſentation
de l'Eventail , Comédie nouvelle en 3
Actes de M. GOLDONI , dans laquelle
il y a beaucoup de choſes amusantes ,
qui doivent faire eſpérer qu'elle fera
ſuivie. Nous donnerons plus de détails
fur ces Nouveautés dans le Mercure
prochain.
Fermer
362
p. 196-197
CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
Début :
Dans le premier de ces Concerts, les deux grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor [...]
Mots clefs :
Concerts, Motets, Applaudissements, Pentecôte, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
CONCERTS SPIRITUELS
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
Fermer
363
p. 197-199
LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
Début :
MONSIEUR, Malgré les préjugés qui semblent favoriser partout la Musique nouvelle, le [...]
Mots clefs :
Musique, Acteurs, Entrepreneur, Danseurs de l'Académie royale, Ballets, Affluence, Spectateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
LETTRE écrite de Rouen , à M. DELAGARDE
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
Fermer
364
p. 200-207
PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Début :
La première est Ninus second, Tragédie. Cette production qui est aussi la [...]
Mots clefs :
Auteur, Comédie, Pièce, Philosophes, Œuvres, Genres, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
PIECES de Théâtre de M. PALISSOT
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
Fermer
365
p. 207-208
LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
Début :
Je vous présente, Messieurs, un Recueil de mes Ouvrages. Ceux que j'ai composés pour le Théâtre [...]
Mots clefs :
Honneur, Exemple, Contribuer, Projet, Théâtre, Bibliothèque, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. PALISSOT, à MM. les Comédiens François ordinaires du ROI.
LETTRE DE M. PALISSOT ,
J
à MM. les Comédiens François ordinaires
du Ro1.
B vous préſente , Meſſieurs, un Recueil de mes
•Ouvrages. Ceux que j'ai compoſés pour leThéâ208
MERCURE DE FRANCE .
>> tre vous appartiennent ; les autres ſont un
ود
gage de la reconnoillance que je dois à vostalens.
Je ne m'abuſe point furla valeur du préſent
>> que je vous fais; mais je ſuis bien-aiſe de donner
>> le premier un exemple qui peut contribuer à
>> réaliſer un projet quej'aidepuis long- temps pour
>> l'honneur de notre Théâtre.
>> Il me ſemble , Meſſieurs , qu'il vous manque
>>une Bibliothéque Dramatique , & que vous êtes
>>>d'autant plus intéreſles à vous en former une ,
>> qu'elle contiendroit en quelque forte , les archi-
>> ves de votre propre gloire. En effet le Théâtre
>> ne vous doit- il pasle divin Moliere & beaucoup
>> d'autres Auteurs juſtement célébres ? Je ne con-
>> nois aucune Société Littéraire qui puiſſe ſe pré-
> valoir d'avoir enrichi la Scène d'un auſſi grand
>> nombre de productions diſtinguées.
>>>Ce projet auroit auffi ſon utilité , même pour
2 les Gens de Lettres , qui pourroient puiſer dans
>> cette Bibliothèque des reſſourcesqui ne font pas
toujours à leur portée. Les frais n'en feroient pas
très-diſpendieux ; car enfin cette collection n'eſt
point immenſe ; & tous les Auteurs modernes ſe
> diſputeroient l'honneur de contribuer à cet éta-
>>>bliſſement par un tribut de leurs Ouvrages.
C'eſt l'exemple que j'ai voulu donner , & qui
• vous prouvera du moins combien je ſuis ſenſible
à la gloire des Arts , & particulièrement
à la vôtre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J
à MM. les Comédiens François ordinaires
du Ro1.
B vous préſente , Meſſieurs, un Recueil de mes
•Ouvrages. Ceux que j'ai compoſés pour leThéâ208
MERCURE DE FRANCE .
>> tre vous appartiennent ; les autres ſont un
ود
gage de la reconnoillance que je dois à vostalens.
Je ne m'abuſe point furla valeur du préſent
>> que je vous fais; mais je ſuis bien-aiſe de donner
>> le premier un exemple qui peut contribuer à
>> réaliſer un projet quej'aidepuis long- temps pour
>> l'honneur de notre Théâtre.
>> Il me ſemble , Meſſieurs , qu'il vous manque
>>une Bibliothéque Dramatique , & que vous êtes
>>>d'autant plus intéreſles à vous en former une ,
>> qu'elle contiendroit en quelque forte , les archi-
>> ves de votre propre gloire. En effet le Théâtre
>> ne vous doit- il pasle divin Moliere & beaucoup
>> d'autres Auteurs juſtement célébres ? Je ne con-
>> nois aucune Société Littéraire qui puiſſe ſe pré-
> valoir d'avoir enrichi la Scène d'un auſſi grand
>> nombre de productions diſtinguées.
>>>Ce projet auroit auffi ſon utilité , même pour
2 les Gens de Lettres , qui pourroient puiſer dans
>> cette Bibliothèque des reſſourcesqui ne font pas
toujours à leur portée. Les frais n'en feroient pas
très-diſpendieux ; car enfin cette collection n'eſt
point immenſe ; & tous les Auteurs modernes ſe
> diſputeroient l'honneur de contribuer à cet éta-
>>>bliſſement par un tribut de leurs Ouvrages.
C'eſt l'exemple que j'ai voulu donner , & qui
• vous prouvera du moins combien je ſuis ſenſible
à la gloire des Arts , & particulièrement
à la vôtre.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
366
p. 209
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
Début :
MONSIEUR, Nous avons reçu avec plaisir le Recueil de vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi [...]
Mots clefs :
Ouvrages dramatiques, Comédies, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS, à M. PALISSOT.
RÉPONSE de MM. les COMÉDIENS
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
FRANÇOIS , à M. PALISSOT .
MONSIEUR,
>> Nous avons reçu avec plaifir le Recueil de
>>>vos ouvrages que vous nous avez envoyés Lundi
>> dernier . C'eſt une attention dont nous vous
>> remercions tous . Vous avez raiſon de penſer
que la Comédie Françoiſe devroit avoir une Bi-
>> bliothéque. Il est vrai qu'il eſt bien extraordi-
>>>naire que les ouvrages dramatiques ſoient dans
>>les mains de tout le monde , & que nous n'en
>>ayons pas la collection la plus exacte.
,
>> Nous avions eu depuis longtemps la même
>>>idée , mais toujours ſans effet. Votre honnêteté,
>> à laquelle nous ſommes ſenſibles va preſſer
>> l'exécution d'un Projet avantageux & qui peut
>> faire honneur à notre Société. Nous vous re-
>>nouvellons encore nos remercimens , & nous
avons l'honneur d'être ,&c.
Le Lundi 16 Mai 1763 .
Nota. Cette Lettre eſt ſignée par les Acteurs &
Actrices de la Comédie .
Fermer
367
p. 165-166
SPECTACLES DE LA COUR. A CHOISY.
Début :
ON a donné dans la Salle du Château de Choisy, divers Spectacles, en [...]
Mots clefs :
Spectacles, Opéra, Temple, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR. A CHOISY.
SPECTACLES DE LA COUR .
A CHOISY.
ONNa donné dans la Salle du Château
de Choify , divers Spectacles , en
préſence de Leurs Majeftés . Le premier
( le 13 Juin ) étoit Ifmene & Ifménias
ou la Fête de Jupiter , Opéra en trois
Actes , compofé exprès pour fervir aux
Divertiffemens de la Cour. Le fujet de
cet Opéra eft tiré des Amours d'Ifmene
& d'Ifménias . Ce qu'on a emprunté
de ce Roman , fe réduit à l'é166
MERCURE DE FRANCE.
poque de la Fête de Jupiter célébrée
par les Peuples d'Euricome. Ils affembloient
tous les ans dans le Temple de
ce Dieu tous les jeunes Garçons de
leur Ville , qui n'avoient point encore aimé
; on en choififfoit au fort parmi eux
pour aller annoncer le jour de la Fête
aux villes voilines. Le fort étoit regardé
comme la voix du Ciel , c'eft ce
qui fait nommer dans l'Opéra Ifménias,
l'Envoyé des Dieux. Il falloit que ces
Envoyés revinffent indifférens comme
ils étoient partis ;, fi quelqu'un manquoit
à ce devoir éffentiel de fon emploi , un
châtiment févère attendoit le Prévaricateur
à fon retour. Ifmènias choifi pour
célébrer cette fête Ifméne chargée
de le recevoir & de lui rendre les honneurs
au nom du Peuple & l'amour
mutuel de l'un & de l'autre , font les
incidens que le Poëte a faifis comme les
plus propres à conferver l'unité de lieu.
dans fon Sujet.
,
La Scène eft à Euricome.
A CHOISY.
ONNa donné dans la Salle du Château
de Choify , divers Spectacles , en
préſence de Leurs Majeftés . Le premier
( le 13 Juin ) étoit Ifmene & Ifménias
ou la Fête de Jupiter , Opéra en trois
Actes , compofé exprès pour fervir aux
Divertiffemens de la Cour. Le fujet de
cet Opéra eft tiré des Amours d'Ifmene
& d'Ifménias . Ce qu'on a emprunté
de ce Roman , fe réduit à l'é166
MERCURE DE FRANCE.
poque de la Fête de Jupiter célébrée
par les Peuples d'Euricome. Ils affembloient
tous les ans dans le Temple de
ce Dieu tous les jeunes Garçons de
leur Ville , qui n'avoient point encore aimé
; on en choififfoit au fort parmi eux
pour aller annoncer le jour de la Fête
aux villes voilines. Le fort étoit regardé
comme la voix du Ciel , c'eft ce
qui fait nommer dans l'Opéra Ifménias,
l'Envoyé des Dieux. Il falloit que ces
Envoyés revinffent indifférens comme
ils étoient partis ;, fi quelqu'un manquoit
à ce devoir éffentiel de fon emploi , un
châtiment févère attendoit le Prévaricateur
à fon retour. Ifmènias choifi pour
célébrer cette fête Ifméne chargée
de le recevoir & de lui rendre les honneurs
au nom du Peuple & l'amour
mutuel de l'un & de l'autre , font les
incidens que le Poëte a faifis comme les
plus propres à conferver l'unité de lieu.
dans fon Sujet.
,
La Scène eft à Euricome.
Fermer
368
p. 167-184
ANALYSE d'ISMENE & d'ISMÉNIAS, Opéra.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. (a) AZARIS, Roi d'Euricome, le Sr Gelin. ISMÉNIAS, Envoyé des Dieux, le Sr Jéliote. THÉMISTHÉE, Père d'Isménias [...]
Mots clefs :
Amour, Temple, Cour, Dieux, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANALYSE d'ISMENE & d'ISMÉNIAS, Opéra.
ANALYSE d'IS MENE &
d'ISMENIAS , Opéra.
PERSONNAGES.
(a ) AZARIS , Roi d'Euricome ,
ACTEURS.
le Sr Gelin.
ISMÉNIAS , Envoyé des Dieux , le Sr Jéliote.
THEMISTHÉE , Père d'Ifménias
& grand Sacrificateur , le Sr Larrivée.
ISMENE , Princeffe d'Euricome, la Dlle Arnoud.
La PRETRESSE du Temple
de l'Indifférence ,
L'AMOUR ,
UN BERGER ,
}
la Dlle Dubois L.
Le Sr Dubut.
CHOEURS de divers Peuples , de Sacrificateurs ,
de Prêtres , de Prêtreffes , de Nymphes , ' de
Plaifirs , d'Ombres , &c .
Dans le premier Acte le Théâtre repréfente
le Palais des Miniftres de Jupiter
à Euricome.
•
(a )Pour refferrer l'action dans les bornes de la
Fête de Jupiter & mettre Ifménias dans la néceffité
de perdre Ifméne ou de lui faire ſon aveu
l'Auteur lui a donné ce Roi pour rival , quoiqu'il
n'en foit pas mention dans le Roman. Il a
penfé auffi devoir fubftituer au Perfonnage de
Crathiftène ami d'Ifménias celui de fon Père
Themifthée , comme plus intérellé à veiller fur
la gloire de fon fils & pluséclairé fur les périls.
168 MERCURE DE FRANCE.
SMÉNIAS promet à Thémifthée fon
père , qui le félicite fur les honneurs.
qu'il va recevòir , d'être fidéle à fes
fermens & de triompher quoiqu'en gémiffant,
des efforts de l'amour. Themifthée
apprend à fon fils qu'Azaris , Roi d'Euricome
, va nommer une Reine , &
que cette cérémonie l'appelle au Temple.
Ifménias refté feul , fe rappelle
l'amour qu'Ifmène lui avoit infpiré ; il
fent que fon retour rallume en lui des
feux que l'abfence , plutôt que le devoir
, avoit affoupis . Il attend Ifmène ,
il s'excite à retenir au moins dans le
fecret de fon coeur un amour que les
circonftances rendroient criminel. Ifmène
vient à la tête de la jeuneffe d'Euricome
rendre hommage à Ifménias .
La fuite d'Ifmène étant retirée , vous,
femblez, dit - elle alors à Ifménias , peu
fenfible aux honneurs que vous rend un
Peuple qui vous aime. Ifménias commence
à s'expliquer ainfi fur fa fituation
avec Ifmène.
» Rien n'eft égal à ma gloire fuprême :
›› Couronné dans ce jour des mains de la Beauté ,
» L'excès de ma félicité
» Séduiroit Jupiter lui-même.
» Mais
JUILLET. 1763 .
169
» Mais quand il faut toujours longer
A ſe garder , à fe défendre
Du plaifir trop fateur que le coeur peut y
» prendre ,
» La gloire cft bien près du danger.
Ifmène feint de croire que l'amour
voudroit en vain foumettre Ifménias ,
celui-ci craignant de la laiffer dans cette
erreur , & craignant en même -temps
de fe trop déclarer , répond :
Epris d'un zéle téméraire ,
Je jurai d'échapper à fon enchantement.
>> Le croiriez-vous ? chaque moment m'éclairè
» Sur l'imprudence du ferment.
7
Cette Scène eft interrompue par les
Peuples qui viennent annoncer à Ifmène
qu'elle eft choifie pour Reine. Elle fe
défend de répondre à d'autres qu'au Roi
fur cette proclamation , & pendant cette
fête , plongée dans une profonde rêverie
ainfi qu'Ifménias , l'un & l'autre
s'obfervent mutuellement. Azaris ( le
Roi ) arrive. Lui-même invite fes Peuples
à reconnoître Ifmène pour leur Souveraine
, en faisant l'éloge de la Beauté
qu'il termine par ces jolis vers.
I.
Voi
H
170 MERCURE DE FRANCE.
» De l'Univers quand on fit le partage
» L'Amour n'eut point d'Empire limité
» Il ne voulut pour appanage
» Que la Beauté .
Ifmène rejette modeftement l'offre
du Trône & demande qu'il lui foit permis
de fe confacrer à l'Indifférence .Azaris
la fuit en fe promettant de perfifter
dans fes tendres projets. Ifménias inquiet
, interroge fon père fur le fuccès
de cet événement ; la gloire de préfider
à l'union du Roi avec Ifmène loin de
flater fon coeur le déchire,& lui arrache
l'aveu de fon amour c'eft-à-dire en
ce moment , d'un crime que lui-même
regarde avec éffroi. Il implore la fagefle
& les confeils de fon père , qui de fon
côté fait tous fes éfforts pour ranimer
fon courage. Ce qui donne lieu à des
Duo croifés qui terminent cet A&te.
Au 2 Ace , le Théâtre repréſente
des bois confaerés à Diane fous le titre
de Déeffe de l'Indifférence . On voit
dans le fond le Temple de cette Déeffe .
Les Prêtreffes chantent les avantages
de l'Indifférence. Ifmène vient pour
entrer dans ce Temple , la grande Prêtreffe
l'exhorte à mériter par un prompt
facrifice les . faveurs , de la Déeffe &
JUILLET. 1763. 171
l'introduit dans le Temple. Ifménias
vient auffi de fon côté chercher la paix
du coeur dans cet afyle. Le Temple
s'ouvre & lui laiffe voir Ifmène prête à
y prononcer fes voeux , au milieu des
Prêtreffes qui tiennent le voile qu'elles
lui deftinent . Ifménias & elle font troublés.
La Prêtreffe cherche à raffurer
Ifmène fur le fecours que celle - ci n'efpére
& même ne defire déja plus . Elle
évoque les ombres des Amans malheureux
pour retracer les images des maux
que produit l'Amour ; ce qui donne
lieu à un très-beau Ballet figuré , pour
lequel le Théâtre change & repréfente
une Place publique de la Ville de Corinthe.
Ce Ballet peint la cataſtrophe
tragique des nôces de l'infortunée Créi
fe avec Jafon ; la Jaloufie , le Défefpoir
& la Vengeance y font perfonifiés
& conduifent toute l'action par laquelle
Médée empoifonne le don fatal qui doit
donner la mort à Créife ; après quoi
elle vient fur fon char jouir de fa vengeance
, & pour la combler , jette à Jafon
le poignard dont elle vient d'égorger
fes enfans. Le Défefpoir s'empare de
ce malheureux Prince , tandis que les
Miniftres infernaux des fureurs de Médée
enflamment & détruifent le Palais
de Créon. Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
Dans ce Ballet , qui doit être regardé
comme une épiſode Pantomime liée au
Sujet , Médée étoit repréſentée par la
Dlle LYONOIS ; Jafon par le fieur
VESTRIS ; Créüfe par la Dlle VEStris ;
la Jaloufie par la Dlle ALLAR D ; la
Vengeance par- la Dlle PESLIN ; le Défefpoir
par le Sr LAVAL . Les autres
Perfonnages des Entrées générales par
les Danfeurs & Danfeufes du Corps de
Ballets du Roi & de l'Académie Royale
de Mufique. Après que le Choeur des
Ombres malheureufes a exhorté les mortels
à brifer les chaînes de l'Amour ,
tous ces objets funeftes difparoiffent ,
& l'on fe retrouve devant le Temple de
Diane , dont la Prêtreffe , infpirée, rend
un double Oracle qui met Ifmène &
Ifménias dans une fituation encore plus
embarraffante qu'auparavant. S'adreffant
à Ifménias.
•
- Ifménias , à l'amour le plus tendre
» Vainement dans ces lieux on voudroit t'arra-
>> cher ;
» Ifmène feule peut te rendre , .
» Le calme heureux que tú viens y chercher.
à Ifmène.
»De ce coeur agité combattez la tendreſſe ;
JUILLET. 1763. 173
Peignez-lui lestourmens de l'empire amoureux,
» C'eft l'épreuve que la Déeſſe
»Attend pour recevoir vos voeux.
Après cet Oracle prononcé , la Prêtreffe
fe retire dans le Temple. Ifméne
& Ifménias étonnés de cet Oracle en fe
confultant l'un l'autre , fe déclarent involontairement
leurs feux.-
"
>>Qui croiroit ( dit Ifménias à Ifmène ) que le Ciel
→ yous choiſit en ce jour ,
» Pour m'inſpirer de l'indifférence !
Eh qui choifiroit-il pour fervir fa puiſſance
» S'il vouloit m'inſpirer l'amour !
Cet aveu entraîne celui d'Ifmène ;
mais Ifménias apprend d'elle en mêmetemps
, que preffée par les pourfuites
du Roi, Ifmene va fe confacrer à Diane ;
& pour arrêter fes progrès dangereux
& faire rentrer Ifménias dans le devoir
en lui ôtant tout efpoir , elle commence
le ferment.
›› Je jure. …………
>
Elle eft interrompue par l'arrivée du
Roi qui , par les invitations les plus ten-
H üj
174 MERCURE DE FRANCE.
dres cherche à l'arracher des Autels
de Diane. Ifmene n'en paroît que plus
affermie dans fa réfolution . Ifménias annonce
au Roi que dans ce moment les
Prétreffes vont déclarer fi Diane veut
recevoir les voeux d'Ifmène . Azaris jure
de s'immoler fur l'Autel où fe confacreroir
Ifmene. Le Temple s'ouvre. La
Prêtreffe en écarte les Prophanes , & s'adreffant
à Ifmène lui dit de la part de
la Déeffe .
» Et toi , dont l'amour eſt vainqueur ,
» Porte loin de ces lieux ton ardeur criminelle ,
» Cours au Temple où l'hymen t'appelle ;
» Dans les noeuds que tu fais va chercher ton
» bonheur.
Le Roi , trompé par cet Oracle dont
il s'applique le fens , croit être l'objet
de cet amour fecret d'Ifmène . Sans
lui donner le temps de s'expliquer il
la preffe de venir aux Autels célébrer
l'hymen qu'il propofe , & charge Ifménias
d'en recevoir le ferment. Ifménias
termine cet Acte par la prière qu'il
adreffe à Jupiter.
Epargne-moi , Maître des Immortels ,
La foudre gronde fur ma tête.
JUILLET 1763.
175
Le troifiéme A&te fe paffe dans le Temple
de Jupiter. Ifmène y vient déplorer le
fort qui menace Ifménias & l'horreur
de leur mutuelle fituation . Themiftée
veut en vain faire croire à Ifménias que
la Princeffe le facrifie volontairement à
l'éclat du Thrône , il eft perfuadé qu'elle
ne fe facrifie qu'à la confervation de fes
jours , mais fa tendreffe s'en irrite ...
"
>> C'eft une barbarie ( dit-il )
» Que de vouloir me fecourir.
>> Par une telle perfidie ,
Il falloit oublier les dangers de ma vie ,
M'aimer, me leprouver en me laiffant mourir.
Tout le Peuple fe raffemble pour la
fête ; Azaris & Ifméne y paroiffent , chacun
préfente fes offrandes & fes voeux
aux Autels de Jupiter ; c'eft Ifmènias
qui préfide à cette religieufe cérémonie ;
c'eſt lui qui invite à chanter ce Dieu ,
relativement aux divers fujets repréfentés
dans de grands tableaux dont le
Temple eft orné. Après les hommages
& les prières adreffées au Dieu , le Roi
preffe Ifmène de venir ferrer les noeuds
de l'union dont il fait fon bonheur.
Ifmène , fans ofer lever les yeux fur
Ifménias , le prie d'implorer pour elle
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
les bontés du Ciel. Les Peuples lui demandent
en choeur d'achever la cérémonie
: mais Ifmène interdite , n'ofe
approcher de l'Autel ; elle y eft prefqu'entraînée
par le Roi. Dans l'inftant
qu'avec lui elle dit » fur ces Autels je
jure Ifménias ne pouvant achever
& tombant dans les bras de Thémistée
interrompt le ferment par ces vers.
» Ofez -vous bien , cruelle
» Pour former ces coupables noeuds ;
» Choifir l'Amant le plus fidéle ?
Azaris , Themifthée & Ifmène s'écrient
chacun en même-temps.
Qu'entends- je , ô Ciel !
Ifménias ne ménage plus rien , &
répond dans fon défeſpoir.
» L'aveu d'une ardeur criminelle .
ISMENEà Ifménias.
» Cruel , tu veux mourir !
ISMÉNIAS.
» Et pour une infidelle.
ISMEN E vivement.
» Je ne l'étois fauver ces jours.
que pour
AZARISà Ifmène.
» Perfide , vous ofez répondre à fes amours ?
C'est l'arrêt de fa mort.
1
JUILLET. 1763. 177
ISMENE en l'arrêtant.
» C'eſt l'arrêt de la mienne.
Malgré les inftances d'Ifmène , malgré
les prieres de Themiftée , des Sacrificateurs
enchaînent Ifménias à l'Autel ;
mais au moment qu'ils vont l'immoler
l'Amour paroît dans un nuage qui s'entrouve
& arrête la fureur des Peuples &
de's Sacrificateurs. Jupiter n'eft armé ,
leur dit- il , que pour venger l'outrage
qu'on fait à l'Amour...
.
Servir l'Amour , c'eft imiter les Dieux.
Ce Dieu unit lui - même Ifmène &
Ifménias ; & pour ne pas laiffer Azaris
malheureux , il éteint dans fon coeur la
flâme dont il brûloit , & le rend tout
entier à la gloire . Azaris invite fes Peuples
à rendre hommage à l'Amour par
leurs plaifirs. Ainfi naît la fête qui termine
cet Opéra d'une façon auffi brillante
qu'agréable.
REMARQUES.
Le Poëme eft da Sr Laujon , Secrétaire des
Commandemens de S. A. S. Mgr. le Comte de
Clermont. Nous prions cet Auteur de pardonner
à la néceffité de nous reftreindre , le tort que nous
luja faifons en fupprimant beaucoup de détails
1
་
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
heureux , répandus dans cet Ouvrage & qui
foutiennent avantageufement la réputation qu'il
s'eft déja acquife dans ce genre.
La Mufique eft d'un Anonyme , qui avoit prouvé
déja par d'autres Ouvrages qu'il eft poffible
d'atteindre à des fuccès flateurs dans un Art qu'on
n'exerce que par goût & pour fon amuſement.
Dans la mufique de cet Opéra , remplie de chofes
fçavantes & agréables , l'Auteur a fait entendre
ce que peut ajoûter au talent naturel le defir de
plaire à un Maître pour lequel le zéle redouble
à mesure qu'on a l'honneur de le fervir de plus
près.
Nous avons nommé les principaux Danfeurs qui
éxécutoient le Ballet du zme Acte , Pantomime
du grand genre , de la plus belle compoſition &
peint avec toute la vérité & l'énergie dont l'art
eft capable. Dans les autres Actes les pas diftingués
étoient éxécutés par les mêmes Danfeurs
& par les Srs Lani , Gardel , & la Dlle Guimard,
Le
lendemain 14 , les Comédiens
François repréſenterent
fur le même
Theatre le Tartuffe , Comédie en cinq
Actes & enVers de MOLIERE
. Les rôles
étoient diftribués comme elle avoit été
donnée à Paris quelques jours auparavant.
(a ) Le fieur Laujon eft Auteur de plufieur Poëmes
lyriques qui ont été repréſentés devant le
Roi, en diverfes occafions & toujours avec fuccès .
JUILLET. 1763. T 179
PERSONNAGES.
ORGON ,
DAMIS ,
ACTEURS. [
le fieur Bonneval.
le fieur Molé.
CLEANTHE , Beau-frère
d'Orgon ,
-VALERE ,
TARTUFFE ,
L'EXEMPT
LOYAL Sergent .
Le St Blainville.
Le St Bellecour,
… ་
Le Sr Auger ( alors débutant
à la Cour.
Mde PERNELLE , mèreosc
d'Orgón ,
ELMIRE , femme d'Orgon ,
MARIANE , fille d'Orgon ,
DORINE , Soubrette ,
Les Srs Dauberval &
Bouret.
La Dlle Drouin.
La Dile Préville.
La Dile Boligni,
( débutante à la
Cour.
La Dlle Luzzi, débutante.
CETTE Piécè, fut
généralement trèsbien
jouée. On ne rifque point d'éxagérer
en donnant entr'autres les plus grands
éloges à la maniere dont le rôle d'Elmire
fut rendu par la Demoifelle PREVILLE.
On connoît l'extrême délicateffe
dont eft ce rôle , furtout dans le
moment critique où le mari eft fous le
tapis. Il eft impoffible d'imaginer l'ac-
H vj
480 MERCURE DE FRANCE.
cord que cette A&trice conferve entre
la décence la plus régulière , & tout ce
qui rend cette fituation piquante à l'imagination
du Spectateur. Un naturel vrai
& toujours conforme au fens des rôles
eft à préfent le caractère diftinctif du jeu
de la Demoifelle PRÉVILLE . Dans
tout ce qu'elle repréfente , la Comédienne
s'éclipfe totalement , dn ne
voit , on n'entend plus que le perfonnage
même.
La Demoiſelle DROUIN , qui n'avoit
pas eu encore occafion de paroître à la
Cour dans des rôles importans de caractères
, a reçu des témoignages très- flateurs
fur celui de Madame Pernelle ,
qu'elle vient d'y jouer.
Le fieur AUGER , déja admis à l'effai
avec appointemens , a été aggrégé entierement
au , nombre des Comédiens
ordinafres du Roi , après fon début à
Ja Cour. Les talens & les difpofitions de
la Demoiſelle LUZZI y ont été fort goûtés
, & elle a été reçue aux appointemens
de 2000 liv. Nous aurons occafion
de parler plus amplement , dans l'ar
ticle des Spectacles de Paris , de ce qui
concerne cette jeune Débutante .
Le Tartuffe fut fuivi d'une repréfentation
de l'Oracle , Comédie en un A&te
JUILLET. 1763. 181
& en Profe du fieur SAINT- FOIX . Cette
Piéce fi connue & toujours fi juftement
applaudie fit un très- grand plaifir , & le
fuccès de la Demoifelle DOLIGNI y fut
au moins égal à celui qu'elle avoit eu
dans fon début à Paris. Nous en avons
rendu compte dans le Mercure précédent
; qu'il nous foit permis d'y renvoyer
nos Lecteurs , & de nous applaudir en
même tems des éloges que nous avons
donnés à ce jeune Sujet , puifque nous
avons eu la fatisfaction de les voir confirmer
par toute la Cour , avec autant
d'étendue qu'ils l'avoient déja été par le
Public de la Ville. Dans cette feconde
Piéce le rôle d'Alcindor ou Charmant
étoit joué par le fieur Molé , &
celui de la Fée par la Dlle DROUIN.
Le lendemain 15 , on repréſenta
Manco Tragédie , par le fieur le
.Blanc , dont la premiere repréſentation
venoit d'être donnée à Paris deux
jours auparavant. Les Acteurs qui repréfenterent
dans cette Tragédie , étoient
les fieurs BRISART , leKAIN , MOLÉ ,
BELCOUR , BLAINVILLE , PAULIN
D'AUBERVAL , DU BOIS , les Demoifelles
DU BOIS & D'ESPINAY . On
parlera de cette Piéce dans l'Article de
2
Paris.
182 MERCURE DE FRANCE .
Après la Tragédie , on donna l'Anglois
à Bordeaux , Comédie en un
Acte , en Vers libres , du fieur FAVART.
Piéce compofée à l'occafion de
la Paix , dont on avoit donné quelques
repréſentations à Paris au mois de
Mars dernier (a). Les mêmes Acteurs , y
compris la Demoiſelle Dangeville , retirée
de la Comédie , jouoient dans cette
Piéce les rôles qu'ils avoient remplis
lors de fa premiere repréſentation . Ils
ont été tous admirablement éxécutés .
Il eft inutile de dire les graces , le naturel
& la fineffe que la Demoifelle DANGEVILLE
met dans celui de la Comteffe
, & le plaifir qu'elle a fait à la Cour ,
ainfi que le fieur PREVILLE , qui fembloit
avoir encore ajouté de nouveaux
agrémens au talent avec lequel on l'avoit
vu rendre le rôle de Sud-mer à Paris.
Cette Comédie a fait autant d'honneur
à fon Auteur par les fuffrages unanimes
de la Cour , & le plaifir qu'elle y
a procuré , que par les applaudiffemens
( a ) Voyez l'Extrait de cette Piéce dans le ze
volume d'Avril & le compte que l'on y rend des
applaudiffemens avec lefquels elle fut reçue.
L'Edition de l'Anglois à Bordeaux , dédiée à
M. le Duc de Praflin , le trouve à Paris chez Duchefne
, rue S. Jacques.
JUILLET. 1763. 183
•
& l'affluence qu'elle attire au Théâtre
de Paris.
Rien ne doit auffi contribuer davantage
à l'encouragement du Théâtre
François , que la bonté avec laquelle le
Roi a daigné s'expliquer , pendant ce
voyage , fur les talens de fes Comédiens
actuels & fur la fatisfaction qu'ils
avoient eu l'honneur de lui procurer.
,
Le Jeudi 16 , il devoit y avoir une
feconde repréſentation de l'Opéra d'Ifmène
& d'Ifménias , qui avoit été redemandé
; mais l'indifpofition de la Demoiſelle
ARNOULD qui y chantoit le
principal rôle , mit obftacle à fon éxécution.
On choifit pour fuppléer à ce Spectacle
l'Acte de Vertumne & de Pomone
& celui du Devin du Village , qui
avoient été donnés cet hyver à la Cour
fur le Théâtre de Verfailles . le Ballet
Pantomime de Médée & Jafon ( b ) du
fecond Acte d'Ifmène & Ifménias fut
danfé entre ces deux Actes ; & l'on
ajouta l'Ariette du troifiéme Acte de
cet Opéra au divertiffement du Devin
du Village.
( b ) Ce Ballet ( ainfi que tous ceux des Opéra
qui s'exécutent à la Cour , eft de la compofition
des Srs Laval , père & fils , Maîtres des Ballets
de S. M.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le zéle de chacun des Sujets qui compofoient
ce Spectacle , & qui concouroient
à toutes les parties de fon éxécution
, fuppléa au peu de temps qu'on
avoit eu pour le préparer ; & cette éxécution
, qui fut très- belle, parut fatisfaire
tous les fpectateurs .
M. le Dauphin , Madame la Dauphine,
ainfi que Meſdames de France , étoient
à Choify.
Dans l'Acte de Vertumne & Pomone ,
le fieur JELIOTE éxécutoit le rôle de
Vertumne , le fieur GELIN celui de
Pan , & la Demoiſelle le MIERRE
(épouse dufieur Larrivée ) celui de Pòmone..
Tous ces Spectacles ont été donnés
( ainfi que tous ceux de la Cour ) fous
les ordres de M. le Duc de DURAS ,
premier Gentilhomme de la Chambre
en éxercice , & conduits par M. Papillon
de la Ferté , Intendant des menus ,
plaifirs & affaires de la Chambre , & c.
L'éxécution de tout ce qui concerne
la Mufique dirigée par le fieur Rebel ,
Surintendant de la Mufique du Roi
de femeftre .
N. B. La Salle du Théâtre de Choify
a été dorée depuis l'année derniere , &
eft actuellement décorée- avec autant de
goût que de magnificence.
d'ISMENIAS , Opéra.
PERSONNAGES.
(a ) AZARIS , Roi d'Euricome ,
ACTEURS.
le Sr Gelin.
ISMÉNIAS , Envoyé des Dieux , le Sr Jéliote.
THEMISTHÉE , Père d'Ifménias
& grand Sacrificateur , le Sr Larrivée.
ISMENE , Princeffe d'Euricome, la Dlle Arnoud.
La PRETRESSE du Temple
de l'Indifférence ,
L'AMOUR ,
UN BERGER ,
}
la Dlle Dubois L.
Le Sr Dubut.
CHOEURS de divers Peuples , de Sacrificateurs ,
de Prêtres , de Prêtreffes , de Nymphes , ' de
Plaifirs , d'Ombres , &c .
Dans le premier Acte le Théâtre repréfente
le Palais des Miniftres de Jupiter
à Euricome.
•
(a )Pour refferrer l'action dans les bornes de la
Fête de Jupiter & mettre Ifménias dans la néceffité
de perdre Ifméne ou de lui faire ſon aveu
l'Auteur lui a donné ce Roi pour rival , quoiqu'il
n'en foit pas mention dans le Roman. Il a
penfé auffi devoir fubftituer au Perfonnage de
Crathiftène ami d'Ifménias celui de fon Père
Themifthée , comme plus intérellé à veiller fur
la gloire de fon fils & pluséclairé fur les périls.
168 MERCURE DE FRANCE.
SMÉNIAS promet à Thémifthée fon
père , qui le félicite fur les honneurs.
qu'il va recevòir , d'être fidéle à fes
fermens & de triompher quoiqu'en gémiffant,
des efforts de l'amour. Themifthée
apprend à fon fils qu'Azaris , Roi d'Euricome
, va nommer une Reine , &
que cette cérémonie l'appelle au Temple.
Ifménias refté feul , fe rappelle
l'amour qu'Ifmène lui avoit infpiré ; il
fent que fon retour rallume en lui des
feux que l'abfence , plutôt que le devoir
, avoit affoupis . Il attend Ifmène ,
il s'excite à retenir au moins dans le
fecret de fon coeur un amour que les
circonftances rendroient criminel. Ifmène
vient à la tête de la jeuneffe d'Euricome
rendre hommage à Ifménias .
La fuite d'Ifmène étant retirée , vous,
femblez, dit - elle alors à Ifménias , peu
fenfible aux honneurs que vous rend un
Peuple qui vous aime. Ifménias commence
à s'expliquer ainfi fur fa fituation
avec Ifmène.
» Rien n'eft égal à ma gloire fuprême :
›› Couronné dans ce jour des mains de la Beauté ,
» L'excès de ma félicité
» Séduiroit Jupiter lui-même.
» Mais
JUILLET. 1763 .
169
» Mais quand il faut toujours longer
A ſe garder , à fe défendre
Du plaifir trop fateur que le coeur peut y
» prendre ,
» La gloire cft bien près du danger.
Ifmène feint de croire que l'amour
voudroit en vain foumettre Ifménias ,
celui-ci craignant de la laiffer dans cette
erreur , & craignant en même -temps
de fe trop déclarer , répond :
Epris d'un zéle téméraire ,
Je jurai d'échapper à fon enchantement.
>> Le croiriez-vous ? chaque moment m'éclairè
» Sur l'imprudence du ferment.
7
Cette Scène eft interrompue par les
Peuples qui viennent annoncer à Ifmène
qu'elle eft choifie pour Reine. Elle fe
défend de répondre à d'autres qu'au Roi
fur cette proclamation , & pendant cette
fête , plongée dans une profonde rêverie
ainfi qu'Ifménias , l'un & l'autre
s'obfervent mutuellement. Azaris ( le
Roi ) arrive. Lui-même invite fes Peuples
à reconnoître Ifmène pour leur Souveraine
, en faisant l'éloge de la Beauté
qu'il termine par ces jolis vers.
I.
Voi
H
170 MERCURE DE FRANCE.
» De l'Univers quand on fit le partage
» L'Amour n'eut point d'Empire limité
» Il ne voulut pour appanage
» Que la Beauté .
Ifmène rejette modeftement l'offre
du Trône & demande qu'il lui foit permis
de fe confacrer à l'Indifférence .Azaris
la fuit en fe promettant de perfifter
dans fes tendres projets. Ifménias inquiet
, interroge fon père fur le fuccès
de cet événement ; la gloire de préfider
à l'union du Roi avec Ifmène loin de
flater fon coeur le déchire,& lui arrache
l'aveu de fon amour c'eft-à-dire en
ce moment , d'un crime que lui-même
regarde avec éffroi. Il implore la fagefle
& les confeils de fon père , qui de fon
côté fait tous fes éfforts pour ranimer
fon courage. Ce qui donne lieu à des
Duo croifés qui terminent cet A&te.
Au 2 Ace , le Théâtre repréſente
des bois confaerés à Diane fous le titre
de Déeffe de l'Indifférence . On voit
dans le fond le Temple de cette Déeffe .
Les Prêtreffes chantent les avantages
de l'Indifférence. Ifmène vient pour
entrer dans ce Temple , la grande Prêtreffe
l'exhorte à mériter par un prompt
facrifice les . faveurs , de la Déeffe &
JUILLET. 1763. 171
l'introduit dans le Temple. Ifménias
vient auffi de fon côté chercher la paix
du coeur dans cet afyle. Le Temple
s'ouvre & lui laiffe voir Ifmène prête à
y prononcer fes voeux , au milieu des
Prêtreffes qui tiennent le voile qu'elles
lui deftinent . Ifménias & elle font troublés.
La Prêtreffe cherche à raffurer
Ifmène fur le fecours que celle - ci n'efpére
& même ne defire déja plus . Elle
évoque les ombres des Amans malheureux
pour retracer les images des maux
que produit l'Amour ; ce qui donne
lieu à un très-beau Ballet figuré , pour
lequel le Théâtre change & repréfente
une Place publique de la Ville de Corinthe.
Ce Ballet peint la cataſtrophe
tragique des nôces de l'infortunée Créi
fe avec Jafon ; la Jaloufie , le Défefpoir
& la Vengeance y font perfonifiés
& conduifent toute l'action par laquelle
Médée empoifonne le don fatal qui doit
donner la mort à Créife ; après quoi
elle vient fur fon char jouir de fa vengeance
, & pour la combler , jette à Jafon
le poignard dont elle vient d'égorger
fes enfans. Le Défefpoir s'empare de
ce malheureux Prince , tandis que les
Miniftres infernaux des fureurs de Médée
enflamment & détruifent le Palais
de Créon. Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
Dans ce Ballet , qui doit être regardé
comme une épiſode Pantomime liée au
Sujet , Médée étoit repréſentée par la
Dlle LYONOIS ; Jafon par le fieur
VESTRIS ; Créüfe par la Dlle VEStris ;
la Jaloufie par la Dlle ALLAR D ; la
Vengeance par- la Dlle PESLIN ; le Défefpoir
par le Sr LAVAL . Les autres
Perfonnages des Entrées générales par
les Danfeurs & Danfeufes du Corps de
Ballets du Roi & de l'Académie Royale
de Mufique. Après que le Choeur des
Ombres malheureufes a exhorté les mortels
à brifer les chaînes de l'Amour ,
tous ces objets funeftes difparoiffent ,
& l'on fe retrouve devant le Temple de
Diane , dont la Prêtreffe , infpirée, rend
un double Oracle qui met Ifmène &
Ifménias dans une fituation encore plus
embarraffante qu'auparavant. S'adreffant
à Ifménias.
•
- Ifménias , à l'amour le plus tendre
» Vainement dans ces lieux on voudroit t'arra-
>> cher ;
» Ifmène feule peut te rendre , .
» Le calme heureux que tú viens y chercher.
à Ifmène.
»De ce coeur agité combattez la tendreſſe ;
JUILLET. 1763. 173
Peignez-lui lestourmens de l'empire amoureux,
» C'eft l'épreuve que la Déeſſe
»Attend pour recevoir vos voeux.
Après cet Oracle prononcé , la Prêtreffe
fe retire dans le Temple. Ifméne
& Ifménias étonnés de cet Oracle en fe
confultant l'un l'autre , fe déclarent involontairement
leurs feux.-
"
>>Qui croiroit ( dit Ifménias à Ifmène ) que le Ciel
→ yous choiſit en ce jour ,
» Pour m'inſpirer de l'indifférence !
Eh qui choifiroit-il pour fervir fa puiſſance
» S'il vouloit m'inſpirer l'amour !
Cet aveu entraîne celui d'Ifmène ;
mais Ifménias apprend d'elle en mêmetemps
, que preffée par les pourfuites
du Roi, Ifmene va fe confacrer à Diane ;
& pour arrêter fes progrès dangereux
& faire rentrer Ifménias dans le devoir
en lui ôtant tout efpoir , elle commence
le ferment.
›› Je jure. …………
>
Elle eft interrompue par l'arrivée du
Roi qui , par les invitations les plus ten-
H üj
174 MERCURE DE FRANCE.
dres cherche à l'arracher des Autels
de Diane. Ifmene n'en paroît que plus
affermie dans fa réfolution . Ifménias annonce
au Roi que dans ce moment les
Prétreffes vont déclarer fi Diane veut
recevoir les voeux d'Ifmène . Azaris jure
de s'immoler fur l'Autel où fe confacreroir
Ifmene. Le Temple s'ouvre. La
Prêtreffe en écarte les Prophanes , & s'adreffant
à Ifmène lui dit de la part de
la Déeffe .
» Et toi , dont l'amour eſt vainqueur ,
» Porte loin de ces lieux ton ardeur criminelle ,
» Cours au Temple où l'hymen t'appelle ;
» Dans les noeuds que tu fais va chercher ton
» bonheur.
Le Roi , trompé par cet Oracle dont
il s'applique le fens , croit être l'objet
de cet amour fecret d'Ifmène . Sans
lui donner le temps de s'expliquer il
la preffe de venir aux Autels célébrer
l'hymen qu'il propofe , & charge Ifménias
d'en recevoir le ferment. Ifménias
termine cet Acte par la prière qu'il
adreffe à Jupiter.
Epargne-moi , Maître des Immortels ,
La foudre gronde fur ma tête.
JUILLET 1763.
175
Le troifiéme A&te fe paffe dans le Temple
de Jupiter. Ifmène y vient déplorer le
fort qui menace Ifménias & l'horreur
de leur mutuelle fituation . Themiftée
veut en vain faire croire à Ifménias que
la Princeffe le facrifie volontairement à
l'éclat du Thrône , il eft perfuadé qu'elle
ne fe facrifie qu'à la confervation de fes
jours , mais fa tendreffe s'en irrite ...
"
>> C'eft une barbarie ( dit-il )
» Que de vouloir me fecourir.
>> Par une telle perfidie ,
Il falloit oublier les dangers de ma vie ,
M'aimer, me leprouver en me laiffant mourir.
Tout le Peuple fe raffemble pour la
fête ; Azaris & Ifméne y paroiffent , chacun
préfente fes offrandes & fes voeux
aux Autels de Jupiter ; c'eft Ifmènias
qui préfide à cette religieufe cérémonie ;
c'eſt lui qui invite à chanter ce Dieu ,
relativement aux divers fujets repréfentés
dans de grands tableaux dont le
Temple eft orné. Après les hommages
& les prières adreffées au Dieu , le Roi
preffe Ifmène de venir ferrer les noeuds
de l'union dont il fait fon bonheur.
Ifmène , fans ofer lever les yeux fur
Ifménias , le prie d'implorer pour elle
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
les bontés du Ciel. Les Peuples lui demandent
en choeur d'achever la cérémonie
: mais Ifmène interdite , n'ofe
approcher de l'Autel ; elle y eft prefqu'entraînée
par le Roi. Dans l'inftant
qu'avec lui elle dit » fur ces Autels je
jure Ifménias ne pouvant achever
& tombant dans les bras de Thémistée
interrompt le ferment par ces vers.
» Ofez -vous bien , cruelle
» Pour former ces coupables noeuds ;
» Choifir l'Amant le plus fidéle ?
Azaris , Themifthée & Ifmène s'écrient
chacun en même-temps.
Qu'entends- je , ô Ciel !
Ifménias ne ménage plus rien , &
répond dans fon défeſpoir.
» L'aveu d'une ardeur criminelle .
ISMENEà Ifménias.
» Cruel , tu veux mourir !
ISMÉNIAS.
» Et pour une infidelle.
ISMEN E vivement.
» Je ne l'étois fauver ces jours.
que pour
AZARISà Ifmène.
» Perfide , vous ofez répondre à fes amours ?
C'est l'arrêt de fa mort.
1
JUILLET. 1763. 177
ISMENE en l'arrêtant.
» C'eſt l'arrêt de la mienne.
Malgré les inftances d'Ifmène , malgré
les prieres de Themiftée , des Sacrificateurs
enchaînent Ifménias à l'Autel ;
mais au moment qu'ils vont l'immoler
l'Amour paroît dans un nuage qui s'entrouve
& arrête la fureur des Peuples &
de's Sacrificateurs. Jupiter n'eft armé ,
leur dit- il , que pour venger l'outrage
qu'on fait à l'Amour...
.
Servir l'Amour , c'eft imiter les Dieux.
Ce Dieu unit lui - même Ifmène &
Ifménias ; & pour ne pas laiffer Azaris
malheureux , il éteint dans fon coeur la
flâme dont il brûloit , & le rend tout
entier à la gloire . Azaris invite fes Peuples
à rendre hommage à l'Amour par
leurs plaifirs. Ainfi naît la fête qui termine
cet Opéra d'une façon auffi brillante
qu'agréable.
REMARQUES.
Le Poëme eft da Sr Laujon , Secrétaire des
Commandemens de S. A. S. Mgr. le Comte de
Clermont. Nous prions cet Auteur de pardonner
à la néceffité de nous reftreindre , le tort que nous
luja faifons en fupprimant beaucoup de détails
1
་
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
heureux , répandus dans cet Ouvrage & qui
foutiennent avantageufement la réputation qu'il
s'eft déja acquife dans ce genre.
La Mufique eft d'un Anonyme , qui avoit prouvé
déja par d'autres Ouvrages qu'il eft poffible
d'atteindre à des fuccès flateurs dans un Art qu'on
n'exerce que par goût & pour fon amuſement.
Dans la mufique de cet Opéra , remplie de chofes
fçavantes & agréables , l'Auteur a fait entendre
ce que peut ajoûter au talent naturel le defir de
plaire à un Maître pour lequel le zéle redouble
à mesure qu'on a l'honneur de le fervir de plus
près.
Nous avons nommé les principaux Danfeurs qui
éxécutoient le Ballet du zme Acte , Pantomime
du grand genre , de la plus belle compoſition &
peint avec toute la vérité & l'énergie dont l'art
eft capable. Dans les autres Actes les pas diftingués
étoient éxécutés par les mêmes Danfeurs
& par les Srs Lani , Gardel , & la Dlle Guimard,
Le
lendemain 14 , les Comédiens
François repréſenterent
fur le même
Theatre le Tartuffe , Comédie en cinq
Actes & enVers de MOLIERE
. Les rôles
étoient diftribués comme elle avoit été
donnée à Paris quelques jours auparavant.
(a ) Le fieur Laujon eft Auteur de plufieur Poëmes
lyriques qui ont été repréſentés devant le
Roi, en diverfes occafions & toujours avec fuccès .
JUILLET. 1763. T 179
PERSONNAGES.
ORGON ,
DAMIS ,
ACTEURS. [
le fieur Bonneval.
le fieur Molé.
CLEANTHE , Beau-frère
d'Orgon ,
-VALERE ,
TARTUFFE ,
L'EXEMPT
LOYAL Sergent .
Le St Blainville.
Le St Bellecour,
… ་
Le Sr Auger ( alors débutant
à la Cour.
Mde PERNELLE , mèreosc
d'Orgón ,
ELMIRE , femme d'Orgon ,
MARIANE , fille d'Orgon ,
DORINE , Soubrette ,
Les Srs Dauberval &
Bouret.
La Dlle Drouin.
La Dile Préville.
La Dile Boligni,
( débutante à la
Cour.
La Dlle Luzzi, débutante.
CETTE Piécè, fut
généralement trèsbien
jouée. On ne rifque point d'éxagérer
en donnant entr'autres les plus grands
éloges à la maniere dont le rôle d'Elmire
fut rendu par la Demoifelle PREVILLE.
On connoît l'extrême délicateffe
dont eft ce rôle , furtout dans le
moment critique où le mari eft fous le
tapis. Il eft impoffible d'imaginer l'ac-
H vj
480 MERCURE DE FRANCE.
cord que cette A&trice conferve entre
la décence la plus régulière , & tout ce
qui rend cette fituation piquante à l'imagination
du Spectateur. Un naturel vrai
& toujours conforme au fens des rôles
eft à préfent le caractère diftinctif du jeu
de la Demoifelle PRÉVILLE . Dans
tout ce qu'elle repréfente , la Comédienne
s'éclipfe totalement , dn ne
voit , on n'entend plus que le perfonnage
même.
La Demoiſelle DROUIN , qui n'avoit
pas eu encore occafion de paroître à la
Cour dans des rôles importans de caractères
, a reçu des témoignages très- flateurs
fur celui de Madame Pernelle ,
qu'elle vient d'y jouer.
Le fieur AUGER , déja admis à l'effai
avec appointemens , a été aggrégé entierement
au , nombre des Comédiens
ordinafres du Roi , après fon début à
Ja Cour. Les talens & les difpofitions de
la Demoiſelle LUZZI y ont été fort goûtés
, & elle a été reçue aux appointemens
de 2000 liv. Nous aurons occafion
de parler plus amplement , dans l'ar
ticle des Spectacles de Paris , de ce qui
concerne cette jeune Débutante .
Le Tartuffe fut fuivi d'une repréfentation
de l'Oracle , Comédie en un A&te
JUILLET. 1763. 181
& en Profe du fieur SAINT- FOIX . Cette
Piéce fi connue & toujours fi juftement
applaudie fit un très- grand plaifir , & le
fuccès de la Demoifelle DOLIGNI y fut
au moins égal à celui qu'elle avoit eu
dans fon début à Paris. Nous en avons
rendu compte dans le Mercure précédent
; qu'il nous foit permis d'y renvoyer
nos Lecteurs , & de nous applaudir en
même tems des éloges que nous avons
donnés à ce jeune Sujet , puifque nous
avons eu la fatisfaction de les voir confirmer
par toute la Cour , avec autant
d'étendue qu'ils l'avoient déja été par le
Public de la Ville. Dans cette feconde
Piéce le rôle d'Alcindor ou Charmant
étoit joué par le fieur Molé , &
celui de la Fée par la Dlle DROUIN.
Le lendemain 15 , on repréſenta
Manco Tragédie , par le fieur le
.Blanc , dont la premiere repréſentation
venoit d'être donnée à Paris deux
jours auparavant. Les Acteurs qui repréfenterent
dans cette Tragédie , étoient
les fieurs BRISART , leKAIN , MOLÉ ,
BELCOUR , BLAINVILLE , PAULIN
D'AUBERVAL , DU BOIS , les Demoifelles
DU BOIS & D'ESPINAY . On
parlera de cette Piéce dans l'Article de
2
Paris.
182 MERCURE DE FRANCE .
Après la Tragédie , on donna l'Anglois
à Bordeaux , Comédie en un
Acte , en Vers libres , du fieur FAVART.
Piéce compofée à l'occafion de
la Paix , dont on avoit donné quelques
repréſentations à Paris au mois de
Mars dernier (a). Les mêmes Acteurs , y
compris la Demoiſelle Dangeville , retirée
de la Comédie , jouoient dans cette
Piéce les rôles qu'ils avoient remplis
lors de fa premiere repréſentation . Ils
ont été tous admirablement éxécutés .
Il eft inutile de dire les graces , le naturel
& la fineffe que la Demoifelle DANGEVILLE
met dans celui de la Comteffe
, & le plaifir qu'elle a fait à la Cour ,
ainfi que le fieur PREVILLE , qui fembloit
avoir encore ajouté de nouveaux
agrémens au talent avec lequel on l'avoit
vu rendre le rôle de Sud-mer à Paris.
Cette Comédie a fait autant d'honneur
à fon Auteur par les fuffrages unanimes
de la Cour , & le plaifir qu'elle y
a procuré , que par les applaudiffemens
( a ) Voyez l'Extrait de cette Piéce dans le ze
volume d'Avril & le compte que l'on y rend des
applaudiffemens avec lefquels elle fut reçue.
L'Edition de l'Anglois à Bordeaux , dédiée à
M. le Duc de Praflin , le trouve à Paris chez Duchefne
, rue S. Jacques.
JUILLET. 1763. 183
•
& l'affluence qu'elle attire au Théâtre
de Paris.
Rien ne doit auffi contribuer davantage
à l'encouragement du Théâtre
François , que la bonté avec laquelle le
Roi a daigné s'expliquer , pendant ce
voyage , fur les talens de fes Comédiens
actuels & fur la fatisfaction qu'ils
avoient eu l'honneur de lui procurer.
,
Le Jeudi 16 , il devoit y avoir une
feconde repréſentation de l'Opéra d'Ifmène
& d'Ifménias , qui avoit été redemandé
; mais l'indifpofition de la Demoiſelle
ARNOULD qui y chantoit le
principal rôle , mit obftacle à fon éxécution.
On choifit pour fuppléer à ce Spectacle
l'Acte de Vertumne & de Pomone
& celui du Devin du Village , qui
avoient été donnés cet hyver à la Cour
fur le Théâtre de Verfailles . le Ballet
Pantomime de Médée & Jafon ( b ) du
fecond Acte d'Ifmène & Ifménias fut
danfé entre ces deux Actes ; & l'on
ajouta l'Ariette du troifiéme Acte de
cet Opéra au divertiffement du Devin
du Village.
( b ) Ce Ballet ( ainfi que tous ceux des Opéra
qui s'exécutent à la Cour , eft de la compofition
des Srs Laval , père & fils , Maîtres des Ballets
de S. M.
184 MERCURE DE FRANCE.
Le zéle de chacun des Sujets qui compofoient
ce Spectacle , & qui concouroient
à toutes les parties de fon éxécution
, fuppléa au peu de temps qu'on
avoit eu pour le préparer ; & cette éxécution
, qui fut très- belle, parut fatisfaire
tous les fpectateurs .
M. le Dauphin , Madame la Dauphine,
ainfi que Meſdames de France , étoient
à Choify.
Dans l'Acte de Vertumne & Pomone ,
le fieur JELIOTE éxécutoit le rôle de
Vertumne , le fieur GELIN celui de
Pan , & la Demoiſelle le MIERRE
(épouse dufieur Larrivée ) celui de Pòmone..
Tous ces Spectacles ont été donnés
( ainfi que tous ceux de la Cour ) fous
les ordres de M. le Duc de DURAS ,
premier Gentilhomme de la Chambre
en éxercice , & conduits par M. Papillon
de la Ferté , Intendant des menus ,
plaifirs & affaires de la Chambre , & c.
L'éxécution de tout ce qui concerne
la Mufique dirigée par le fieur Rebel ,
Surintendant de la Mufique du Roi
de femeftre .
N. B. La Salle du Théâtre de Choify
a été dorée depuis l'année derniere , &
eft actuellement décorée- avec autant de
goût que de magnificence.
Fermer
369
p. 185-187
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. CONCERTS FRANÇOIS.
Début :
ON a repris le Vendredi 3 Juin, le Concert, commençant par l'ouverture [...]
Mots clefs :
Concerts, Palais, Amphithéâtre, Statue du roi, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE. CONCERTS FRANÇOIS.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
CONCERTS FRANÇOIS .
O
Na repris le Vendredi 3 Juin , ! e Concert
, commençant
par l'ouverture
de Pigmalion
, & c. donné pour la premiere
fois le 6 Mai.
Le 10 , on a repris un Concert donné
le 27 Mai , commençant par l'ouverture
des Talens Lyriques , &c.
Le 10 , reprife du Concert commençant
par le Prologue de Tarfis & Zélie ,
& c. donné le 20 Mai .
Le Vendredi 24 , on a donné un Concert
nouveau qui méritoit le fuccès brillant
qu'il a eu. Il a commencé par l'Accord
des Dieux , PROLOGUE de NAïs
à l'occafion de la Paix ; différens morceaux
d'Opéra plus agréables lés uns
que les autres fuivirent ce début. Le
Concert fut terminé par des fragmens ,
dans lesquels on chanta partie du divertiffement
du troifiéme Acte d'Iffé.
Mademoiſelle CHEVALIER Y chanta
avec beaucoup de diſtinction , ainſi que
186 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle ARNOULD qui porte partout
jufques au Concert le charme du
fentiment qu'elle exprime. Mademoifelle
LARRIVÉE fit très-grand plaifir ,
dans un Roffignol , morceau du genre
qui lui eft fpécialement propre , & dans
lequel cette Cantatrice peut toujours
compter fur les fuffrages du Public .
Meffieurs GELIN , LARRIVÉE & DURAND
, chanterent auffi dans le même
Concert avec le fuccès que méritent
proportionellement leurs talens & leurs
voix .
Le zéle des Directeurs pour le choix ,
l'arrangement & l'éxécution de ces Concerts
ne s'étant point démenti juſqu'à
préfent , l'empreffement du Public a
toujours été le même ; enforte que neuf
Concerts , depuis deux mois ont produit
de recette la fomme de 28392 liv .
L'Académie - Royale de Mufique
n'ayant point actuellement de Théâtre ,
& n'ayant pû conféquemment donner ',
fuivant l'ufage,des marques de fon zéle
dans les réjouiffances publiques , par la
repréſentation gratis de fon Spectacle ;
on y a fuppléé par un très- grand concert
de fymphonie , éxécuté le 20 , ( jour de
l'inauguration de la Statue du Roi ) dans
Te jardin du Palais des Thuilleries, fur un
JUILLET. 1763 . 187
Amphithéâtre illuminé , conftruit contre
la façade du Palais.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
CONCERTS FRANÇOIS .
O
Na repris le Vendredi 3 Juin , ! e Concert
, commençant
par l'ouverture
de Pigmalion
, & c. donné pour la premiere
fois le 6 Mai.
Le 10 , on a repris un Concert donné
le 27 Mai , commençant par l'ouverture
des Talens Lyriques , &c.
Le 10 , reprife du Concert commençant
par le Prologue de Tarfis & Zélie ,
& c. donné le 20 Mai .
Le Vendredi 24 , on a donné un Concert
nouveau qui méritoit le fuccès brillant
qu'il a eu. Il a commencé par l'Accord
des Dieux , PROLOGUE de NAïs
à l'occafion de la Paix ; différens morceaux
d'Opéra plus agréables lés uns
que les autres fuivirent ce début. Le
Concert fut terminé par des fragmens ,
dans lesquels on chanta partie du divertiffement
du troifiéme Acte d'Iffé.
Mademoiſelle CHEVALIER Y chanta
avec beaucoup de diſtinction , ainſi que
186 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle ARNOULD qui porte partout
jufques au Concert le charme du
fentiment qu'elle exprime. Mademoifelle
LARRIVÉE fit très-grand plaifir ,
dans un Roffignol , morceau du genre
qui lui eft fpécialement propre , & dans
lequel cette Cantatrice peut toujours
compter fur les fuffrages du Public .
Meffieurs GELIN , LARRIVÉE & DURAND
, chanterent auffi dans le même
Concert avec le fuccès que méritent
proportionellement leurs talens & leurs
voix .
Le zéle des Directeurs pour le choix ,
l'arrangement & l'éxécution de ces Concerts
ne s'étant point démenti juſqu'à
préfent , l'empreffement du Public a
toujours été le même ; enforte que neuf
Concerts , depuis deux mois ont produit
de recette la fomme de 28392 liv .
L'Académie - Royale de Mufique
n'ayant point actuellement de Théâtre ,
& n'ayant pû conféquemment donner ',
fuivant l'ufage,des marques de fon zéle
dans les réjouiffances publiques , par la
repréſentation gratis de fon Spectacle ;
on y a fuppléé par un très- grand concert
de fymphonie , éxécuté le 20 , ( jour de
l'inauguration de la Statue du Roi ) dans
Te jardin du Palais des Thuilleries, fur un
JUILLET. 1763 . 187
Amphithéâtre illuminé , conftruit contre
la façade du Palais.
Fermer
370
p. 187-208
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Mercredi premier Juin, on a donné la premiere représentation de la Manie [...]
Mots clefs :
Comédie, Musique, Protecteur, Tragédie, Arts, Attention, Philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE Mercredi premier Juin , on a donné
la premiere repréſentation de la Manie
des Arts , ou la Matinée à la Mode ;
Comédie en un Acte en Profe , par
M. ROCHON DE CHABANNES . Cette
Piéce fut reçue avec beaucoup d'applaudiffemens
, & fon fuccès s'eft conftament
foutenu pendant dix repréſentations
, nombre auquel il a été reſtraint ,
non par la fatiété du Public , mais par les
circonftances qui ont exigé , comme on
le verra ci-après , la remife d'un Ouvrage
confacré à la réjouiffance publique.
Cette agréable Nouveauté eft un enfemble
de Scènes pittorefques fur une
manie dans nos moeurs actuelles , & qui
par conféquent ne doit pas être jugée d'après
les loix des Drames réguliers . Nous
allons tâcher d'en donner une idée aux
Lecteurs par l'analyſe ſuivante.
188 MERCURE DE FRANCE.
UNE COMTESSE Bel-efprit ,
PERSONNAGES.
FORLISE ;
Mde FORLISE , mère de
Forlife .
ACTEURS.
M. Bellecour.
Mlle Huff
Mile Dumefnit.
UN PHILOSOPHE, M. Brifat.
DU COLORIS , Peintre , - M. d'Aubeval
ALLEGRO , Muficien M. Bouret.
M. Molé
M. Auger.
DORILAS , Poëte ,
UN GASCON ,
DUMONT , Valet de Chambre
de M. Forlife
LAQUAIS , Perſonnages muets.
M. Préville,
Là Scène eft dans un Salon de M. Forlife.
MR de Forlife eft un homme de condition
, Amateur & Artiſte qui fe pique
de tout , & ne fe doute de rien . Ila un
Poëte qui fait des Vers pour lui , un Muficien
qui compofe la Mufique , un Peintre
qui barbouille en fon nom. Le fond
de cette Piéce n'eft qu'une audience du
marin . Un homme fenfé ouvre la Scène.
Ila rencontré M. Forlife dans une mai-
( a ) Cette Piéce imprimée fe vend chez Sébaftien
Jorry , Imprimeur , rue & vis - à-vis la
Comédie Françoiſe. Le prix eft de 24 fols.
JUILLET. 1763 . 189
fon , on lui a annoncé un Protecteur
des Arts , il s'eft prévenu en fa faveur ,
M. Forlife s'eft paffionné pour lui, & ces
difpofitions favorables leur ont fait fouhaiter
de lier connoiffance enſemble.
L'homme fenfé vient voir & admirer
M. de Forlife. Tout ce qu'il apperçoit
en entrant chez notre Protecteur diminue
bien de l'eftime qu'il avoit conçue
pour
lui. C'est un Protecteur Artifte . Il
voit de mauvaife Mufique fur le bureau ,
un Tableau déteftable fur le chevalet ,
des inftrumens répandus çà & là dans le
Salon , tout cela lui annonce la manie
de M. Forlife , & le caractère de fes
Protegés ; il prend le parti de les attendre
, de les examiner & d'en rire .
-
Un Peintre & un Muficien entrent.
Notre homme s'écarte & les écoute. Ils
débutent par dire du mal de M. de Forlife.
Le Philofophe s'en amufe. Ils lui
font aujourd'hui baffement leur cour
fe, difent ils entr'eux , mais patience ,
quand ils auront fait leur chemin , ils lejmeneront
comme un petit Monfieur. Le Philofophe
les interrompt pour les encourager
, ils font un peu étourdis de fon aparation
, mais il les raffure en leur difant
qu'il ne veut pas leur nuire. Il les perfifle
cruellement , il voudroit bien voir
190 MERCURE DE FRANCE.
entrer M. de Forlife , ils feroient une
bonne fcène enfemble , à ce qu'il s'imagine
, On ouvre , c'eft M. Dumont , le
Valet-de- chambre de M. de Forlife , ils
s'en étoient plaints , & ils volent au-devant
de lui . Notre homme fenfé qui ne.
croit pas cette Scène moins curieuſe à
voir que celle du Maître , s'affeoit à l'écart
& laiffe agir nos lâches. M. Dumont
les reçoit avec morgue & impudence ,
ils l'accablent de complimens , de politeffes
, de fadeurs , ils le font affeoir , &
fe tiennent debout devant lui. M. Dumont
les entretient leftement. Cependant
il est démonté par l'afpect du Philofophe
qui tranquillement affis , l'obferve & fe
moque de lui . Il veut l'entreprendre
mais il ne s'en trouve pas bien. L'homme
fenfé le fait rentrer en terre & fe
retire fans vouloir voir fon Maître .
Cette Scène déconcerte un peu M.
Dumont , qui tâche à fe remettre de fon
trouble vis - a-vis de fes Protégés : fon
Maître arrive & le tire d'embarras.
M. de Forlife entre en robe de chambre
fuivi d'un nombreux domestique .
C'est une Scène d'impertinences. Il fe
fait habiller , parle à Dumont , à fes
Protégés , fait des queftions , n'attend
pas les réponſes, joue la diftraction , l'inJUILLET.
1763. 191
folence , la fottife , & renvoie le Pein-
& le Muficien. M. Allegro lui laiffe fon
Opéra , & ille charge en s'en allant d'en
remettre les parties copiées à fes Muficiens,
il en exécutera quelque chofe s'il
a un moment à lui .
Forlife refté feul avec Dumont , ordonne
qu'on faffe entrer Dorilas s'il
fe préfente , c'eft fon Poëte. Il veut lui
montrer une Tragédie qu'il vient de
faire ; il en eft enthouſiaſmé. Il ordonne
à Dumont de le laiffer tranquille ;
fon démon le faifit , il entre en verve
il va mettre la derniere main à ce chefd'oeuvre.
Dumont lui obéït & s'amufe
à faire de petits vers.
L'arrivée de Dorilas les tire de cette
occupation . Forlife congédie Dumont
charge Dorilas du foin de corriger fa
Piéce , & vole à fon tableau qu'il veut
finir. Dorilas qui trouve la Piéce déteftable
, & qui ne veut pas fe donner la
peine de la corriger en dégoûte affez
adroitement le Marquis , en lui perfuadant
qu'il y a des idées trop fortes dans
fon ouvrage , que jamais cela ne paffera.
Forlife le croit , le remercie de la
fageffe de fes confeils , & renonce à fa
Tragédie. Il lui propofe de s'attacher à
lui , d'accepter fon Secrétariat , qui eſt
192 MERCURE DE FRANCE ,
vacant. Ils feront les plus belles chofes
du monde enfemble. M. Dorilas accepte
la propofition du Marquis qui lui
demande s'il eft Muficien , & tout de
fuite lui racle un mauvais air fur le
violon.
Une femme de qualité de fes amies
arrive fur ces entrefaites , défend à Dumont
de l'annoncer , & furprend M. le
Marquis faifant de la Mufique . Elle veut
voir ce que c'eft. Le Marquis lui dit
qu'il éxécute un air d'un Opéra de fa
façon ; la Comteffe examine , parcourt
l'Opéra , trouve une Arriette de fon
goût ; on l'engage à la chanter , elle y
confent. M. le Marquis veut l'accompagner
, mais il a une paralyfie dans fes
doigts , il n'eft pas en train , il fait entrer
fes Muficiens & la Comteffe
chante avec eux. Dumont vient annoncer
ici Madame Forlife la mère. C'eſt
une femme ſenſée & raiſonnable , tous
les vifages fe refrognent ; cependant on
fait bonne contenance . Elle entre
vient parler à fon fils en faveur d'un
homme d'un vrai mérite , l'engage à le
préfenter au Miniftre. M. de Forlife ne
lui prête qu'une légère attention , il n'a
point de crédit , il n'importune guères
le Miniftre. La Comteffe confirme le
difcours
JUILLET. 1763. 193
7
difcours de M. de Forlife ; il y a fix mois
qu'elle perfécute M. le Marquis pour
préfenter un de fes protégés qui a fait
les Vers charmans pour fa Chienne , &
M. le Marquis eft encore à faire un pas.
Madame Forlife hauffe les épaules ,
prie fon fils d'avoir égard à fa recommandation
& fort. Entre alors un Gafcon
impudent qui vient fe préfenter
pour Secrétaire ; il fait les honneurs de
fa perfonne , & détaille tout fon petit
mérite dans un petit Placet qu'il a fait
en petits Vers ; on l'écoute : il le chante
, on eft enchanté , il le danſe , on n'y
peut plus tenir ; on oublie Dorilas , &
on lui donne fa place. Cependant Dumont
entre avec une lettre de Valere ;
c'eſt un Auteur comique de fa connoiffance
qui lui a lu , pour fe moquer de
lui fans doute , quelques Scènes épifodiques
d'une Comédie intitulée la Matinée
à la mode , & qui lui envoye demander
un dénouement. M. Dumont
toujours habilè en expédiens , dit que
l'Auteur n'a qu'à envoyer dîner fes
Acteurs , que c'eſt là le dénouement
d'une matinée. On convient qu'il a raifon
, M. de Forlife le prie de les envoyer
auffi dîner , il dit qu'on a ſervi ;
le Marquis donne la main à la Com-.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
teffe , engage Dorilas & le Gafcon à
diner . Le Gafcon accepte , & Dorilas
fe retire en renoncant pour jamais aux
Grands & à leur matinée.
Nous voudrions , pour le plaifir des
Lecteurs & pour rendre juftice aux talens
de l'Auteur , que les bornes de nos
Extraits nous permiffent de rapporter
ici tous les détails fpirituels , philofophiques
& agréablement écrits
dont cette Piéce eft remplie . Nous nous
contenterons de tranfcrire , trois Scènes
priſes indiftin&tement , pour donner une
idée du Dialogue de la Piéce à ceux qui
ne pourroient s'en procurer la lecture.
Scènes pour donner une idée du
Dialogue.
L'Auteur introduit fur la Scène deux protégés
de M. For life , qui difcourent enfemble , pendant
qu'un homme raifonnable & tiré dans un coin ,
les obferve & les écoute .
UN PHILOSOPHE. Mrs DU COLORIS
& ALLEGRO .
ALLEGRO .
Si c'eft du bel air que de fe faire attendre ,
il faut convenir que M. Forlife attrape mieux
cer air- là que perſonne.
DU COLORIS .
Il ne fait pas apparemment , que le temps
JUILLET. 1763. 195
qu'un Grand fait perdre à l'attendre , eft toujours
employé à parler mal de lui ,
Bon.
LE PHILOSOPHE à part.
D. C ,
Je ne connois rien de plus ridicule que ce perfonnage.
A. L.
D. C.
Dites de plus impudent.
Il a la manie de tout fçavoir , & ne fçait -
rien .
A L.
Il veut être Artifte , Muficien , & nous le fommes
pour lui..
LE PHIL. à part.
Voilà deux Lâches qui font le portrait d'un Sot .
A L.
Et avec tout cela il ne nous ménage pas.
D. C.
Il nous traite avec orgueil , avec mépris .
Patience que j'aie fait mon chemin .
AL.
Que je me voye au- deſſus de mes affaires
D. C.
Comme je vous le méne ce petit Monfieur .
196 MERCURE DE FRANCE .
A L.
Comme je lui fais changer de ton. Je ne veux
plus qu'on me parle Mufique.
D. C.
Ni moi , Peinture.
A L.
Je me refufe aux empreffemens des Sots.
D. C.
On me retient à dîner trois mois d'avance ,
& je manque.
A L.
Moi j'y vais ; mais c'eft pour boire , manger ,
& ne dire mot ; fi je chante , ce n'eft que par
contradiction .
LE PHILOSOPHE les abordant.
bravo ! mes bons amis, bravo , rampans d'abord,
impertinens après ; c'eft dans l'ordre , voilà le
caractère des gens médiocres.
Scène du Protecteur. Son entrée.
FORLISE fuivi d'un nombreux Domestique .
ALLEGRO, DUCOLORIS. DUMONT ,
fon Valet de chambre.
FORLISE.
lui donnant un rouleau
de papier.
Mille pardons , Meffieurs , mille pardons, ..
tenez M. Dumont.
DUMONT.
Malpefte ! c'eft la Tragédie.
JUILLET. 1763. 197
FORLISE.
Point de curiofité M. Dumont ; mettez tout
cela fur mon bureau qu'on m'habille ....
à Dumont.
Vous permettez ....
à propos , as- tu porté ce
Livre chez la Ducheffe ?
DUMONT.
Oui. Je lui ai dit qu'il étoit d'un de vos Amis ,
qu'il falloit qu'elle le trouvât bon.
A merveille .
FORLISE.
DUMONT.
Elle m'a remis celui- ci , qu'il faut que vous
trouviez mauvais.
FORLISE.
C'eft jufte...eh bien, mon cher M. Ducoloris ,
que dites-vous de notre Tableau ?
remarqué ? ...
D. C.
Des changemens confidérables .
FORLISE.
... avez-vous
Dont vous êtes content fans doute
D. C.
Mais oui , l'on ne peur nier
FORLISE .
.....
Dumont , je fors à trois heures , ayez foin d'en
prévenir mon Cocher .....
DUMONT.
Mais M. le Marquis , vous ne fçauriez fortir.
FORLISE.
Comment : ... mon habit ... vous ne finiffez
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
...
pas entre nous ce que vous faites , mon cher
Ducoloris ce Tableau avoit grand befoin
d'être retouché ... je ne fçaurois fortir, M. Dumont
... ma montre ... apportez- vous notre
Opéra , mon cher Allegro ?
Le voici.
ALLEGRO.
FORLISE.
Qu'est - ce qui me retient donc , M: Damont
qu'eft- ce qui me retient donc? répondez ...
DUMONT.
A qui répondre ? ......
..
FORLISE. à Allegro.
Avez-vous fait copier les parties ? ..
Oui , Monfieur.
ALLEGRO.
1
Toute la Scène eft fur ce ton-là ; & finit pa
ce trait : M. de Forlife veut aller rendre vifite à
Montfort. C'est un jeune Artifte qu'il veut mettre en
réputation , c'eft une vifite effentielle , cela marquera
. Comment faire ? il eft retenu chez lui , il a dumonde
à diner Dumont lui dit.
Vous voilà bien embarallé , envoyez votre caroffe
à la porte , cela lui fera autant d'honneur
que fi vous y.alliez vous niême.
SCENE X I.
Madame Forlife la mère vient s'intéreЛler pour
un homme de mérite. M. de Forlife lui prête une
légère attention... Envoyez - moi votre homme,
iui dit-il , que je le voye , que je caule un peu
avec lui. Sa mère lui répond que ce n'eft pas un
homme à fe morfondré dans une antichambre.
JUILLET. 1763 . 199
Une Comteffe qui eft là demande ironiquement
à Mle Forlife s'il ne faut pas que le Marquis
aille au -devant de fon Protégé .
M. FOKLISE.
Eh pourquoi non , Madame , il faut quelquefois
aider le talent , aller au- devant du mérite. L'hom ·
me pour qui je m'intéreffe , craint le mépris des
Sots , le jargon des beaux - efprits , la table des
Riches , l'audience des Grands , & la Toilette des
femmes.
LA COMTESSE.
Et avec toutes ces petites frayeurs - là , on n'attrape
rien ; les places fe donnent aux gens qui
les demandent , qui les follicitent.
M. FORLISE.
Quelquefois à ceux qui les méritent ; il eſt encore
des Riches & des Grands qui ne donnent pas aux
Flateurs & aux Sots les places qui appartiennent
au mérite & à la vertu , vous les voyez chercher
avec emprellement le grand homme , lui tendre
une main bienfaifante , le protéger , l'enhardir ,
& vaincre fa milantropie par la délicatelle de leurs
procédés . Ils dédaignent l'encens , les pe its foins ,
& la fervile adulation des gens mé fio.res , ils eftiment
, its aiment même la fimplicité & la franchife
des hommes de génie . Voilà les Protecteurs
que je révére , voilà ceux à qui je voudrois que
vous reflemblaffiez , mon fils , ils font les foutiens
des Arts & de la Littérature , les autres en font
lés fléaux & les detrufcurs . Le véritable Protecteur
eft un Dieu bienfaifant qui purge un champ
de mauvaiſes herpes , pour en ranimer les plantes
falutaires
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES.
S'il y a du danger à jetter un ridicule fur la
protection de goût que les Grands & quelques
gens riches accordent aux Arts & aux Artiſtes : il
y a certainement un grand avantage à dégoûter,
s'il eft poffible , quelques Fats de l'efpéce de M.
de Forlife de la honte dans laquelle ils les font
tomber , foit par une forte de tyrannie qu'ils
exercent fur les Artiftes , foit par le mauvais
choix que ces ridicules Protecteurs prétendus Artiftes
eux-mêmes font de leurs Protégés . Choifis
ordinairement dans un ordre affez médiocre
pour fervir avec baffeffe leur vanité ; malheureufement
ils donnent , par des intrigues ou
par des prodigalités , des dégoûts rebutans aux
talens fupérieurs . Le motif général de cette petite
Piéce doit donc être approuvé par tous les
vrais Amateurs. Il eft fâcheux peut-être que
l'Aureur air eu la facilité pour lui-même de fe
renfermer dans un fi court efpace , & de s'autorifer
par- là à ne pas étendre plus loin les peintures
vives & bien faifies des caractères dont ce
Sujet eft fufceptible. Heureux cependant le Poëte
Dramatique auquel on n'a d'autres reproches à
faire que de s'être arrêté trop tôt dans fon travail
! Combien l'amour- propre de tant d'autres
a lieu de fe repentir de s'être impoſé des travaux
trop étendus !
Mademoiſelle LUZZI a continué fon
début pour les rôles de Soubrette
dans les Bourgeoifes à la mode , & le
Cocher fuppofé. Enfuite par le rôle de
Cléanthis dans Démocrite , & la SouJUILLET.
1763. 201
brette dans le Galant Jardinier. Dans
les Trois Confines , par le rôle de Colette
, où elle a eu affez de fuccès pour
être redemandée après fon début fini .
Y
Les autres Piéces de ce début ont été
les Menechmes , la Serenade , le Légataire
, &c. Plus cette jeune Débutante
a paru fous les yeux du Public & des
Connoiffeurs éclairés , plus elle a rempli
l'efpoir qu'on avoit conçu de fes
talens , & l'on eft généralement confirmé
aujourd'hui dans celui qu'on doit
attendre de fes progrès . La forme extérieure
, comme nous l'avons déja annoncé,
n'a rien en elle que de très - favorable
, une taille légère & de la hauteur
précisément convenable au fexe . De
très-beaux yeux , propres à marquer
fenfiblement toutes les expreffions. Il
ne dépend même que de cette jeune perfonne
de reftituer à fa phyfionomie toute
la fineffe dont elle eft fufceptible , à la
place de ce qu'elle offre aujourd'hui
d'un peu trop grave , en fupprimant le
ridicule abus , introduit parmi les femmes
de nos jours , des chevelures élevées
& cannelées, fur le front, comme les
Buftes de quelques Romaines du temps
des Céfars ; genre de coëffure , qui ne
fera jamais d'accord avec le caractère
I v
292 MERCURE DE FRANCE .
à
d'une Soubrette Françoife . Les difpofitions
du côté du talent ne font pas
moins avantageufes ; & cultivées , comme
elles font par les foins du plus grand
Acteur comique de nos jours * , elles doivent
porter ce Sujet en peu
de temps
la perfection. Quoique l'on ait reconnu
dans la Débutante , les principes éclairés
qui la dirigent , on n'a pas moins apperçu
qu'il y a en elle un fond naturel d'intelligence
, de facilité , & de jufteffe
dans le débit du Dialogue , qui a concouru
à rendre les leçons plus fructueufes
, & qui donnera en propre à cette
jeune éléve les lumières que lui a
prêtées l'art de fon Maître.
Le Lundi 13 , on donna fur ce Théâtre
Manco , premier Ynca du Perou ,
Tragédie de M. le Blanc. Cette Piéce
parut longue , on y applaudit beaucoup
d'endroits. On en retrancha plufieurs
Vers , & elle fut repréfentée ainfi avec
ces retranchemens le Mercredi fuivant à
la Cour & le lendemain à Paris , où elle
a été continuée pendant fix repréſentations
jufqu'à la repriſe de la Piéce faite
à l'occafion de la Paix .
Le fond du fujet de cette Tragédie
améne naturellement dans les détails
des difcuffions entiérement philofophi-
* M. Préville .
JUILLET. 1763.
203
ques fur l'établiffement des fociétés , &
fur la préférence du frein des Loix civiles
à la liberté vague & fans bornes de la
vie purement animale . Nous ferons part
à nos Lecteurs de quelques-uns de ces
détails , qui méritent & de l'attention &
des éloges , auffi-tôt qu'on nous aura
donné les moyens d'en rendre compte ,
& de les rapporter avec la précifion &
l'exactitude convenable.
Le 21 , les Comédiens François fignalerent
, felon leur ufage , leur zéle dans
les rejouiffances publiques , par une repréfentation
gratis du Mercure Galant ,
qui fut fuivi des Trois Coufines , avec
les trois divertiffemens de cette Piéce.
Le Peuple qui y courut avec affluence ,
y parut prendre le plus grand plaifir , par
l'attention que les Auteurs eurent à tout
ce qui pouvoit y contribuer. les Spectateurs
marquoient à tous momens les
tranfports de leur fatisfaction par des
cris réitérés de Vive le Roi. A la fin du
Spectacle on leur livra le Théâtre fur lequel
ils danferent , ainfi que dans le
Parterre pendant très- longtemps , jufqu'à
ce que comblés de joie , ils allaffent les
uns après les autres en répandre les mouvemens
dans la Mille! b
Le Lundi 27 , on donna fur ce même
I vj
204 MERCURE DE FRANCE,
Théâtre la premiere repréſentation de la
repriſe de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en trois Actes en Vers libres de
M. FAVART , avec un divertiffement de
la compofition de M. VESTRIS , éxécuté
par les Danfeurs du Roi & de l'Opéra.
Nous avons parlé de cette Piéce (a) ,
nous en avons donné un extrait détaillé
ainfi il ne nous refte à rendre compte
que de l'extrême plaifir qu'en fait la reprife
, & de la perfection avec laquelle
elle eft rendue , ainfi qu'elle l'avoit été
précédemment à la Cour.
On n'a point vu & l'on ne peut voir
de plus grande affluence à aucun Spectacle
qu'en a attiré celui - ci . L'Anglois à
Bordeaux étoit précédé du Mifantrope ,
qui fut très-bien joué par M. BELCOUR
faifant le principal rôle , & par tous les
Acteurs principaux qui repréfentoient
dans ce chef- d'oeuvre de notre Théâtre .
Après cette grande Piécé , M. MOLÉ
s'avança comme pour les annonces
erdinaires , & fit au Public le difcours
fuivant :
,
- (@ V.le II. Vol. d'Avril & l'Article précé
dent des Spectacles de la Cour.
omom
JUILLET. 1763. 205
MESSIEU ESSIEURS
» Nous vous avons annoncé la retraite
de Mlle DANGEVILLE. Sa
» fanté ne lui a pas permis defuivre plus
longtemps la carrière laborieufe du
裴» Théâtre ; mais elle y reparoît avec
» tranfport , dès qu'il s'agit de prendre
» part à la joie publique . C'eft un ef-
"fort que fes Supérieurs ont defiré ;
» fes camarades en ont fenti tout le prix
» fon coeur s'eft trouvé d'accord avec
» eux. L'occafion étoit trop intéreffante
pour n'êtrepas faifie par une ame fenfible.
C'eft un tribut que Mlle DAN-
» GEVILLE paye au bonheur général
» & à la reconnoiffance qu'elle conferve
des bontés dont vous l'avez honorée.
»
22.
Nous devons auffi , Meffieurs , aux
talens diftingués qui compofent les
2. Ballets du Roi & de l'Académie Royale
» de Mufique , le témoignage du zéle
» avec lequel ils ont bien voulu concou-
» rir à décorer un Spectacle que tous ceux
» qui peuvent y contribuer , defireroient,
» Meffieurs , vous rendre auffi agréable
" par fa représentation que par fon
»principe.
Auffitôt que Mlle DANGEVILLE ,
206 MER CURE DE FRANCE.
dont le rôle ouvre la Piéce avec celui
de Darmant , parut fur le Théatre , des
applaudiffemens univerfels & continués
pendant très-longtemps l'empêcherent
de continuer ; on eut lieu de craindre
même , à l'état de trouble où cette circonftance
mettoit fa modeftie , que cela
ne lui occafionnât une révolution qui
mît obſtacle à fa bonne volonté. Le
filence le plus éxact ayant enfin fuccedé
à ce tranfport , cette incompara-
&trice joua comme on l'a toujours
vu jouer , c'eft- à-dire au plus
haut degré de perfection que l'imagination
puiffe concevoir dans l'art de la
Repréfentation Théâtrale . Elle fut fecondée
admirablement par tous les
autres Acteurs de cette Comédie, entre
autres par M. PREVILLE dans le rôle
de Sudmer , encore plus nouveau , encore
plus finguliérement agréable quë
la première fois qu'on l'a vu paroître
dans ce rôle.
SUJET du Ballet de la compofition de
M. VESTRIS , exécuté à la fin de
Anglois à Bordeaux,
Le fond du Théâtre eft dans l'obfcurité ; tout
y peint l'horreur de la guerre , on entend le
bruit des armes joint à celui du canon . Des OuJUILLET.
1763. 207
vriers de tout métier , des Matelots occupés au
débarquement des navires font dans l'abbattement.
Un groupe de nuages traverſe les airs ; il
paroît porter une Divinité. Tout le Peuple le
fuit des yeux ; ils voyent MINER VE en defcendre
, elle porte des branches de Laurier & d'Olivier
entrelacées ; elle va parler , les Peuples
font attentifs : elle annonce le retour de la Paix .
Les bruits de la Guerre cellent ; tous les travaux
reprennent leur activité générale ; furtout ceux
des Sculpteurs occupés à dégroffir une maffe de
rochers , fur laquelle eft affife une Tour qui porte
un Phare pour éclairer les vaiffeaux qui entrent
dans le Port. Apollon ( repréfenté par le Sigur
VESTRIS , ) fuit Minerve , comme Dieu des
Arts , il préfide aux travaux des Sculpteurs qui
fe propofent d'ériger un monument. Pour en accélérer
l'exécution , il frappe la Tour , elle s'écroule ,
on voit à la place la Statue équefire de LOUIS
XV, qui décore la Place de Bordeaux . Ce même
Dieu raffemble les François , les Espagnols , &
les Anglois , qui par leurs danfes variées & brillantes
, célébrent le commun bonheur de l'Europe,
ce qui forme ce Ballet , un des plus magnifiques
qu'on ait vu fur ce Théâtre , tant par la diftinction
des talens fupérieurs qui le compofent , que
par le nombre & la compofition des entrées ,
ainfi que par la magnificence & là galanterie des
habillemens.
On a continué avec le même faccès & le même
concours de Spectateurs , les repréſentations
de ce Spectacle intéreffant,, On doit remarquer
à la louange des Comédiens François , l'attention
qu'ils ont pour l'intérêt du bon goût, d'avoir
faifi cette occafion , pour remettre Tous les yeux
des Spectateurs François aflemblés en grand nom208
MERCURE DE FRANCE.
bre , les admirables productions de MOLIERE ,
afin de faire connoître à plufieurs d'entre eux qui
ſe contentoient de l'entendre dire , les modéles du
fublime Dramatique , & les monumens les plus
glorieux de la Nation dans ce genre de Littéra
ture.
FRANÇOISE.
LE Mercredi premier Juin , on a donné
la premiere repréſentation de la Manie
des Arts , ou la Matinée à la Mode ;
Comédie en un Acte en Profe , par
M. ROCHON DE CHABANNES . Cette
Piéce fut reçue avec beaucoup d'applaudiffemens
, & fon fuccès s'eft conftament
foutenu pendant dix repréſentations
, nombre auquel il a été reſtraint ,
non par la fatiété du Public , mais par les
circonftances qui ont exigé , comme on
le verra ci-après , la remife d'un Ouvrage
confacré à la réjouiffance publique.
Cette agréable Nouveauté eft un enfemble
de Scènes pittorefques fur une
manie dans nos moeurs actuelles , & qui
par conféquent ne doit pas être jugée d'après
les loix des Drames réguliers . Nous
allons tâcher d'en donner une idée aux
Lecteurs par l'analyſe ſuivante.
188 MERCURE DE FRANCE.
UNE COMTESSE Bel-efprit ,
PERSONNAGES.
FORLISE ;
Mde FORLISE , mère de
Forlife .
ACTEURS.
M. Bellecour.
Mlle Huff
Mile Dumefnit.
UN PHILOSOPHE, M. Brifat.
DU COLORIS , Peintre , - M. d'Aubeval
ALLEGRO , Muficien M. Bouret.
M. Molé
M. Auger.
DORILAS , Poëte ,
UN GASCON ,
DUMONT , Valet de Chambre
de M. Forlife
LAQUAIS , Perſonnages muets.
M. Préville,
Là Scène eft dans un Salon de M. Forlife.
MR de Forlife eft un homme de condition
, Amateur & Artiſte qui fe pique
de tout , & ne fe doute de rien . Ila un
Poëte qui fait des Vers pour lui , un Muficien
qui compofe la Mufique , un Peintre
qui barbouille en fon nom. Le fond
de cette Piéce n'eft qu'une audience du
marin . Un homme fenfé ouvre la Scène.
Ila rencontré M. Forlife dans une mai-
( a ) Cette Piéce imprimée fe vend chez Sébaftien
Jorry , Imprimeur , rue & vis - à-vis la
Comédie Françoiſe. Le prix eft de 24 fols.
JUILLET. 1763 . 189
fon , on lui a annoncé un Protecteur
des Arts , il s'eft prévenu en fa faveur ,
M. Forlife s'eft paffionné pour lui, & ces
difpofitions favorables leur ont fait fouhaiter
de lier connoiffance enſemble.
L'homme fenfé vient voir & admirer
M. de Forlife. Tout ce qu'il apperçoit
en entrant chez notre Protecteur diminue
bien de l'eftime qu'il avoit conçue
pour
lui. C'est un Protecteur Artifte . Il
voit de mauvaife Mufique fur le bureau ,
un Tableau déteftable fur le chevalet ,
des inftrumens répandus çà & là dans le
Salon , tout cela lui annonce la manie
de M. Forlife , & le caractère de fes
Protegés ; il prend le parti de les attendre
, de les examiner & d'en rire .
-
Un Peintre & un Muficien entrent.
Notre homme s'écarte & les écoute. Ils
débutent par dire du mal de M. de Forlife.
Le Philofophe s'en amufe. Ils lui
font aujourd'hui baffement leur cour
fe, difent ils entr'eux , mais patience ,
quand ils auront fait leur chemin , ils lejmeneront
comme un petit Monfieur. Le Philofophe
les interrompt pour les encourager
, ils font un peu étourdis de fon aparation
, mais il les raffure en leur difant
qu'il ne veut pas leur nuire. Il les perfifle
cruellement , il voudroit bien voir
190 MERCURE DE FRANCE.
entrer M. de Forlife , ils feroient une
bonne fcène enfemble , à ce qu'il s'imagine
, On ouvre , c'eft M. Dumont , le
Valet-de- chambre de M. de Forlife , ils
s'en étoient plaints , & ils volent au-devant
de lui . Notre homme fenfé qui ne.
croit pas cette Scène moins curieuſe à
voir que celle du Maître , s'affeoit à l'écart
& laiffe agir nos lâches. M. Dumont
les reçoit avec morgue & impudence ,
ils l'accablent de complimens , de politeffes
, de fadeurs , ils le font affeoir , &
fe tiennent debout devant lui. M. Dumont
les entretient leftement. Cependant
il est démonté par l'afpect du Philofophe
qui tranquillement affis , l'obferve & fe
moque de lui . Il veut l'entreprendre
mais il ne s'en trouve pas bien. L'homme
fenfé le fait rentrer en terre & fe
retire fans vouloir voir fon Maître .
Cette Scène déconcerte un peu M.
Dumont , qui tâche à fe remettre de fon
trouble vis - a-vis de fes Protégés : fon
Maître arrive & le tire d'embarras.
M. de Forlife entre en robe de chambre
fuivi d'un nombreux domestique .
C'est une Scène d'impertinences. Il fe
fait habiller , parle à Dumont , à fes
Protégés , fait des queftions , n'attend
pas les réponſes, joue la diftraction , l'inJUILLET.
1763. 191
folence , la fottife , & renvoie le Pein-
& le Muficien. M. Allegro lui laiffe fon
Opéra , & ille charge en s'en allant d'en
remettre les parties copiées à fes Muficiens,
il en exécutera quelque chofe s'il
a un moment à lui .
Forlife refté feul avec Dumont , ordonne
qu'on faffe entrer Dorilas s'il
fe préfente , c'eft fon Poëte. Il veut lui
montrer une Tragédie qu'il vient de
faire ; il en eft enthouſiaſmé. Il ordonne
à Dumont de le laiffer tranquille ;
fon démon le faifit , il entre en verve
il va mettre la derniere main à ce chefd'oeuvre.
Dumont lui obéït & s'amufe
à faire de petits vers.
L'arrivée de Dorilas les tire de cette
occupation . Forlife congédie Dumont
charge Dorilas du foin de corriger fa
Piéce , & vole à fon tableau qu'il veut
finir. Dorilas qui trouve la Piéce déteftable
, & qui ne veut pas fe donner la
peine de la corriger en dégoûte affez
adroitement le Marquis , en lui perfuadant
qu'il y a des idées trop fortes dans
fon ouvrage , que jamais cela ne paffera.
Forlife le croit , le remercie de la
fageffe de fes confeils , & renonce à fa
Tragédie. Il lui propofe de s'attacher à
lui , d'accepter fon Secrétariat , qui eſt
192 MERCURE DE FRANCE ,
vacant. Ils feront les plus belles chofes
du monde enfemble. M. Dorilas accepte
la propofition du Marquis qui lui
demande s'il eft Muficien , & tout de
fuite lui racle un mauvais air fur le
violon.
Une femme de qualité de fes amies
arrive fur ces entrefaites , défend à Dumont
de l'annoncer , & furprend M. le
Marquis faifant de la Mufique . Elle veut
voir ce que c'eft. Le Marquis lui dit
qu'il éxécute un air d'un Opéra de fa
façon ; la Comteffe examine , parcourt
l'Opéra , trouve une Arriette de fon
goût ; on l'engage à la chanter , elle y
confent. M. le Marquis veut l'accompagner
, mais il a une paralyfie dans fes
doigts , il n'eft pas en train , il fait entrer
fes Muficiens & la Comteffe
chante avec eux. Dumont vient annoncer
ici Madame Forlife la mère. C'eſt
une femme ſenſée & raiſonnable , tous
les vifages fe refrognent ; cependant on
fait bonne contenance . Elle entre
vient parler à fon fils en faveur d'un
homme d'un vrai mérite , l'engage à le
préfenter au Miniftre. M. de Forlife ne
lui prête qu'une légère attention , il n'a
point de crédit , il n'importune guères
le Miniftre. La Comteffe confirme le
difcours
JUILLET. 1763. 193
7
difcours de M. de Forlife ; il y a fix mois
qu'elle perfécute M. le Marquis pour
préfenter un de fes protégés qui a fait
les Vers charmans pour fa Chienne , &
M. le Marquis eft encore à faire un pas.
Madame Forlife hauffe les épaules ,
prie fon fils d'avoir égard à fa recommandation
& fort. Entre alors un Gafcon
impudent qui vient fe préfenter
pour Secrétaire ; il fait les honneurs de
fa perfonne , & détaille tout fon petit
mérite dans un petit Placet qu'il a fait
en petits Vers ; on l'écoute : il le chante
, on eft enchanté , il le danſe , on n'y
peut plus tenir ; on oublie Dorilas , &
on lui donne fa place. Cependant Dumont
entre avec une lettre de Valere ;
c'eſt un Auteur comique de fa connoiffance
qui lui a lu , pour fe moquer de
lui fans doute , quelques Scènes épifodiques
d'une Comédie intitulée la Matinée
à la mode , & qui lui envoye demander
un dénouement. M. Dumont
toujours habilè en expédiens , dit que
l'Auteur n'a qu'à envoyer dîner fes
Acteurs , que c'eſt là le dénouement
d'une matinée. On convient qu'il a raifon
, M. de Forlife le prie de les envoyer
auffi dîner , il dit qu'on a ſervi ;
le Marquis donne la main à la Com-.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
teffe , engage Dorilas & le Gafcon à
diner . Le Gafcon accepte , & Dorilas
fe retire en renoncant pour jamais aux
Grands & à leur matinée.
Nous voudrions , pour le plaifir des
Lecteurs & pour rendre juftice aux talens
de l'Auteur , que les bornes de nos
Extraits nous permiffent de rapporter
ici tous les détails fpirituels , philofophiques
& agréablement écrits
dont cette Piéce eft remplie . Nous nous
contenterons de tranfcrire , trois Scènes
priſes indiftin&tement , pour donner une
idée du Dialogue de la Piéce à ceux qui
ne pourroient s'en procurer la lecture.
Scènes pour donner une idée du
Dialogue.
L'Auteur introduit fur la Scène deux protégés
de M. For life , qui difcourent enfemble , pendant
qu'un homme raifonnable & tiré dans un coin ,
les obferve & les écoute .
UN PHILOSOPHE. Mrs DU COLORIS
& ALLEGRO .
ALLEGRO .
Si c'eft du bel air que de fe faire attendre ,
il faut convenir que M. Forlife attrape mieux
cer air- là que perſonne.
DU COLORIS .
Il ne fait pas apparemment , que le temps
JUILLET. 1763. 195
qu'un Grand fait perdre à l'attendre , eft toujours
employé à parler mal de lui ,
Bon.
LE PHILOSOPHE à part.
D. C ,
Je ne connois rien de plus ridicule que ce perfonnage.
A. L.
D. C.
Dites de plus impudent.
Il a la manie de tout fçavoir , & ne fçait -
rien .
A L.
Il veut être Artifte , Muficien , & nous le fommes
pour lui..
LE PHIL. à part.
Voilà deux Lâches qui font le portrait d'un Sot .
A L.
Et avec tout cela il ne nous ménage pas.
D. C.
Il nous traite avec orgueil , avec mépris .
Patience que j'aie fait mon chemin .
AL.
Que je me voye au- deſſus de mes affaires
D. C.
Comme je vous le méne ce petit Monfieur .
196 MERCURE DE FRANCE .
A L.
Comme je lui fais changer de ton. Je ne veux
plus qu'on me parle Mufique.
D. C.
Ni moi , Peinture.
A L.
Je me refufe aux empreffemens des Sots.
D. C.
On me retient à dîner trois mois d'avance ,
& je manque.
A L.
Moi j'y vais ; mais c'eft pour boire , manger ,
& ne dire mot ; fi je chante , ce n'eft que par
contradiction .
LE PHILOSOPHE les abordant.
bravo ! mes bons amis, bravo , rampans d'abord,
impertinens après ; c'eft dans l'ordre , voilà le
caractère des gens médiocres.
Scène du Protecteur. Son entrée.
FORLISE fuivi d'un nombreux Domestique .
ALLEGRO, DUCOLORIS. DUMONT ,
fon Valet de chambre.
FORLISE.
lui donnant un rouleau
de papier.
Mille pardons , Meffieurs , mille pardons, ..
tenez M. Dumont.
DUMONT.
Malpefte ! c'eft la Tragédie.
JUILLET. 1763. 197
FORLISE.
Point de curiofité M. Dumont ; mettez tout
cela fur mon bureau qu'on m'habille ....
à Dumont.
Vous permettez ....
à propos , as- tu porté ce
Livre chez la Ducheffe ?
DUMONT.
Oui. Je lui ai dit qu'il étoit d'un de vos Amis ,
qu'il falloit qu'elle le trouvât bon.
A merveille .
FORLISE.
DUMONT.
Elle m'a remis celui- ci , qu'il faut que vous
trouviez mauvais.
FORLISE.
C'eft jufte...eh bien, mon cher M. Ducoloris ,
que dites-vous de notre Tableau ?
remarqué ? ...
D. C.
Des changemens confidérables .
FORLISE.
... avez-vous
Dont vous êtes content fans doute
D. C.
Mais oui , l'on ne peur nier
FORLISE .
.....
Dumont , je fors à trois heures , ayez foin d'en
prévenir mon Cocher .....
DUMONT.
Mais M. le Marquis , vous ne fçauriez fortir.
FORLISE.
Comment : ... mon habit ... vous ne finiffez
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
...
pas entre nous ce que vous faites , mon cher
Ducoloris ce Tableau avoit grand befoin
d'être retouché ... je ne fçaurois fortir, M. Dumont
... ma montre ... apportez- vous notre
Opéra , mon cher Allegro ?
Le voici.
ALLEGRO.
FORLISE.
Qu'est - ce qui me retient donc , M: Damont
qu'eft- ce qui me retient donc? répondez ...
DUMONT.
A qui répondre ? ......
..
FORLISE. à Allegro.
Avez-vous fait copier les parties ? ..
Oui , Monfieur.
ALLEGRO.
1
Toute la Scène eft fur ce ton-là ; & finit pa
ce trait : M. de Forlife veut aller rendre vifite à
Montfort. C'est un jeune Artifte qu'il veut mettre en
réputation , c'eft une vifite effentielle , cela marquera
. Comment faire ? il eft retenu chez lui , il a dumonde
à diner Dumont lui dit.
Vous voilà bien embarallé , envoyez votre caroffe
à la porte , cela lui fera autant d'honneur
que fi vous y.alliez vous niême.
SCENE X I.
Madame Forlife la mère vient s'intéreЛler pour
un homme de mérite. M. de Forlife lui prête une
légère attention... Envoyez - moi votre homme,
iui dit-il , que je le voye , que je caule un peu
avec lui. Sa mère lui répond que ce n'eft pas un
homme à fe morfondré dans une antichambre.
JUILLET. 1763 . 199
Une Comteffe qui eft là demande ironiquement
à Mle Forlife s'il ne faut pas que le Marquis
aille au -devant de fon Protégé .
M. FOKLISE.
Eh pourquoi non , Madame , il faut quelquefois
aider le talent , aller au- devant du mérite. L'hom ·
me pour qui je m'intéreffe , craint le mépris des
Sots , le jargon des beaux - efprits , la table des
Riches , l'audience des Grands , & la Toilette des
femmes.
LA COMTESSE.
Et avec toutes ces petites frayeurs - là , on n'attrape
rien ; les places fe donnent aux gens qui
les demandent , qui les follicitent.
M. FORLISE.
Quelquefois à ceux qui les méritent ; il eſt encore
des Riches & des Grands qui ne donnent pas aux
Flateurs & aux Sots les places qui appartiennent
au mérite & à la vertu , vous les voyez chercher
avec emprellement le grand homme , lui tendre
une main bienfaifante , le protéger , l'enhardir ,
& vaincre fa milantropie par la délicatelle de leurs
procédés . Ils dédaignent l'encens , les pe its foins ,
& la fervile adulation des gens mé fio.res , ils eftiment
, its aiment même la fimplicité & la franchife
des hommes de génie . Voilà les Protecteurs
que je révére , voilà ceux à qui je voudrois que
vous reflemblaffiez , mon fils , ils font les foutiens
des Arts & de la Littérature , les autres en font
lés fléaux & les detrufcurs . Le véritable Protecteur
eft un Dieu bienfaifant qui purge un champ
de mauvaiſes herpes , pour en ranimer les plantes
falutaires
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES.
S'il y a du danger à jetter un ridicule fur la
protection de goût que les Grands & quelques
gens riches accordent aux Arts & aux Artiſtes : il
y a certainement un grand avantage à dégoûter,
s'il eft poffible , quelques Fats de l'efpéce de M.
de Forlife de la honte dans laquelle ils les font
tomber , foit par une forte de tyrannie qu'ils
exercent fur les Artiftes , foit par le mauvais
choix que ces ridicules Protecteurs prétendus Artiftes
eux-mêmes font de leurs Protégés . Choifis
ordinairement dans un ordre affez médiocre
pour fervir avec baffeffe leur vanité ; malheureufement
ils donnent , par des intrigues ou
par des prodigalités , des dégoûts rebutans aux
talens fupérieurs . Le motif général de cette petite
Piéce doit donc être approuvé par tous les
vrais Amateurs. Il eft fâcheux peut-être que
l'Aureur air eu la facilité pour lui-même de fe
renfermer dans un fi court efpace , & de s'autorifer
par- là à ne pas étendre plus loin les peintures
vives & bien faifies des caractères dont ce
Sujet eft fufceptible. Heureux cependant le Poëte
Dramatique auquel on n'a d'autres reproches à
faire que de s'être arrêté trop tôt dans fon travail
! Combien l'amour- propre de tant d'autres
a lieu de fe repentir de s'être impoſé des travaux
trop étendus !
Mademoiſelle LUZZI a continué fon
début pour les rôles de Soubrette
dans les Bourgeoifes à la mode , & le
Cocher fuppofé. Enfuite par le rôle de
Cléanthis dans Démocrite , & la SouJUILLET.
1763. 201
brette dans le Galant Jardinier. Dans
les Trois Confines , par le rôle de Colette
, où elle a eu affez de fuccès pour
être redemandée après fon début fini .
Y
Les autres Piéces de ce début ont été
les Menechmes , la Serenade , le Légataire
, &c. Plus cette jeune Débutante
a paru fous les yeux du Public & des
Connoiffeurs éclairés , plus elle a rempli
l'efpoir qu'on avoit conçu de fes
talens , & l'on eft généralement confirmé
aujourd'hui dans celui qu'on doit
attendre de fes progrès . La forme extérieure
, comme nous l'avons déja annoncé,
n'a rien en elle que de très - favorable
, une taille légère & de la hauteur
précisément convenable au fexe . De
très-beaux yeux , propres à marquer
fenfiblement toutes les expreffions. Il
ne dépend même que de cette jeune perfonne
de reftituer à fa phyfionomie toute
la fineffe dont elle eft fufceptible , à la
place de ce qu'elle offre aujourd'hui
d'un peu trop grave , en fupprimant le
ridicule abus , introduit parmi les femmes
de nos jours , des chevelures élevées
& cannelées, fur le front, comme les
Buftes de quelques Romaines du temps
des Céfars ; genre de coëffure , qui ne
fera jamais d'accord avec le caractère
I v
292 MERCURE DE FRANCE .
à
d'une Soubrette Françoife . Les difpofitions
du côté du talent ne font pas
moins avantageufes ; & cultivées , comme
elles font par les foins du plus grand
Acteur comique de nos jours * , elles doivent
porter ce Sujet en peu
de temps
la perfection. Quoique l'on ait reconnu
dans la Débutante , les principes éclairés
qui la dirigent , on n'a pas moins apperçu
qu'il y a en elle un fond naturel d'intelligence
, de facilité , & de jufteffe
dans le débit du Dialogue , qui a concouru
à rendre les leçons plus fructueufes
, & qui donnera en propre à cette
jeune éléve les lumières que lui a
prêtées l'art de fon Maître.
Le Lundi 13 , on donna fur ce Théâtre
Manco , premier Ynca du Perou ,
Tragédie de M. le Blanc. Cette Piéce
parut longue , on y applaudit beaucoup
d'endroits. On en retrancha plufieurs
Vers , & elle fut repréfentée ainfi avec
ces retranchemens le Mercredi fuivant à
la Cour & le lendemain à Paris , où elle
a été continuée pendant fix repréſentations
jufqu'à la repriſe de la Piéce faite
à l'occafion de la Paix .
Le fond du fujet de cette Tragédie
améne naturellement dans les détails
des difcuffions entiérement philofophi-
* M. Préville .
JUILLET. 1763.
203
ques fur l'établiffement des fociétés , &
fur la préférence du frein des Loix civiles
à la liberté vague & fans bornes de la
vie purement animale . Nous ferons part
à nos Lecteurs de quelques-uns de ces
détails , qui méritent & de l'attention &
des éloges , auffi-tôt qu'on nous aura
donné les moyens d'en rendre compte ,
& de les rapporter avec la précifion &
l'exactitude convenable.
Le 21 , les Comédiens François fignalerent
, felon leur ufage , leur zéle dans
les rejouiffances publiques , par une repréfentation
gratis du Mercure Galant ,
qui fut fuivi des Trois Coufines , avec
les trois divertiffemens de cette Piéce.
Le Peuple qui y courut avec affluence ,
y parut prendre le plus grand plaifir , par
l'attention que les Auteurs eurent à tout
ce qui pouvoit y contribuer. les Spectateurs
marquoient à tous momens les
tranfports de leur fatisfaction par des
cris réitérés de Vive le Roi. A la fin du
Spectacle on leur livra le Théâtre fur lequel
ils danferent , ainfi que dans le
Parterre pendant très- longtemps , jufqu'à
ce que comblés de joie , ils allaffent les
uns après les autres en répandre les mouvemens
dans la Mille! b
Le Lundi 27 , on donna fur ce même
I vj
204 MERCURE DE FRANCE,
Théâtre la premiere repréſentation de la
repriſe de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en trois Actes en Vers libres de
M. FAVART , avec un divertiffement de
la compofition de M. VESTRIS , éxécuté
par les Danfeurs du Roi & de l'Opéra.
Nous avons parlé de cette Piéce (a) ,
nous en avons donné un extrait détaillé
ainfi il ne nous refte à rendre compte
que de l'extrême plaifir qu'en fait la reprife
, & de la perfection avec laquelle
elle eft rendue , ainfi qu'elle l'avoit été
précédemment à la Cour.
On n'a point vu & l'on ne peut voir
de plus grande affluence à aucun Spectacle
qu'en a attiré celui - ci . L'Anglois à
Bordeaux étoit précédé du Mifantrope ,
qui fut très-bien joué par M. BELCOUR
faifant le principal rôle , & par tous les
Acteurs principaux qui repréfentoient
dans ce chef- d'oeuvre de notre Théâtre .
Après cette grande Piécé , M. MOLÉ
s'avança comme pour les annonces
erdinaires , & fit au Public le difcours
fuivant :
,
- (@ V.le II. Vol. d'Avril & l'Article précé
dent des Spectacles de la Cour.
omom
JUILLET. 1763. 205
MESSIEU ESSIEURS
» Nous vous avons annoncé la retraite
de Mlle DANGEVILLE. Sa
» fanté ne lui a pas permis defuivre plus
longtemps la carrière laborieufe du
裴» Théâtre ; mais elle y reparoît avec
» tranfport , dès qu'il s'agit de prendre
» part à la joie publique . C'eft un ef-
"fort que fes Supérieurs ont defiré ;
» fes camarades en ont fenti tout le prix
» fon coeur s'eft trouvé d'accord avec
» eux. L'occafion étoit trop intéreffante
pour n'êtrepas faifie par une ame fenfible.
C'eft un tribut que Mlle DAN-
» GEVILLE paye au bonheur général
» & à la reconnoiffance qu'elle conferve
des bontés dont vous l'avez honorée.
»
22.
Nous devons auffi , Meffieurs , aux
talens diftingués qui compofent les
2. Ballets du Roi & de l'Académie Royale
» de Mufique , le témoignage du zéle
» avec lequel ils ont bien voulu concou-
» rir à décorer un Spectacle que tous ceux
» qui peuvent y contribuer , defireroient,
» Meffieurs , vous rendre auffi agréable
" par fa représentation que par fon
»principe.
Auffitôt que Mlle DANGEVILLE ,
206 MER CURE DE FRANCE.
dont le rôle ouvre la Piéce avec celui
de Darmant , parut fur le Théatre , des
applaudiffemens univerfels & continués
pendant très-longtemps l'empêcherent
de continuer ; on eut lieu de craindre
même , à l'état de trouble où cette circonftance
mettoit fa modeftie , que cela
ne lui occafionnât une révolution qui
mît obſtacle à fa bonne volonté. Le
filence le plus éxact ayant enfin fuccedé
à ce tranfport , cette incompara-
&trice joua comme on l'a toujours
vu jouer , c'eft- à-dire au plus
haut degré de perfection que l'imagination
puiffe concevoir dans l'art de la
Repréfentation Théâtrale . Elle fut fecondée
admirablement par tous les
autres Acteurs de cette Comédie, entre
autres par M. PREVILLE dans le rôle
de Sudmer , encore plus nouveau , encore
plus finguliérement agréable quë
la première fois qu'on l'a vu paroître
dans ce rôle.
SUJET du Ballet de la compofition de
M. VESTRIS , exécuté à la fin de
Anglois à Bordeaux,
Le fond du Théâtre eft dans l'obfcurité ; tout
y peint l'horreur de la guerre , on entend le
bruit des armes joint à celui du canon . Des OuJUILLET.
1763. 207
vriers de tout métier , des Matelots occupés au
débarquement des navires font dans l'abbattement.
Un groupe de nuages traverſe les airs ; il
paroît porter une Divinité. Tout le Peuple le
fuit des yeux ; ils voyent MINER VE en defcendre
, elle porte des branches de Laurier & d'Olivier
entrelacées ; elle va parler , les Peuples
font attentifs : elle annonce le retour de la Paix .
Les bruits de la Guerre cellent ; tous les travaux
reprennent leur activité générale ; furtout ceux
des Sculpteurs occupés à dégroffir une maffe de
rochers , fur laquelle eft affife une Tour qui porte
un Phare pour éclairer les vaiffeaux qui entrent
dans le Port. Apollon ( repréfenté par le Sigur
VESTRIS , ) fuit Minerve , comme Dieu des
Arts , il préfide aux travaux des Sculpteurs qui
fe propofent d'ériger un monument. Pour en accélérer
l'exécution , il frappe la Tour , elle s'écroule ,
on voit à la place la Statue équefire de LOUIS
XV, qui décore la Place de Bordeaux . Ce même
Dieu raffemble les François , les Espagnols , &
les Anglois , qui par leurs danfes variées & brillantes
, célébrent le commun bonheur de l'Europe,
ce qui forme ce Ballet , un des plus magnifiques
qu'on ait vu fur ce Théâtre , tant par la diftinction
des talens fupérieurs qui le compofent , que
par le nombre & la compofition des entrées ,
ainfi que par la magnificence & là galanterie des
habillemens.
On a continué avec le même faccès & le même
concours de Spectateurs , les repréſentations
de ce Spectacle intéreffant,, On doit remarquer
à la louange des Comédiens François , l'attention
qu'ils ont pour l'intérêt du bon goût, d'avoir
faifi cette occafion , pour remettre Tous les yeux
des Spectateurs François aflemblés en grand nom208
MERCURE DE FRANCE.
bre , les admirables productions de MOLIERE ,
afin de faire connoître à plufieurs d'entre eux qui
ſe contentoient de l'entendre dire , les modéles du
fublime Dramatique , & les monumens les plus
glorieux de la Nation dans ce genre de Littéra
ture.
Fermer
371
p. 208-209
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON n'a point donné de nouveautés sur le Théâtre de la Comédie Italienne [...]
Mots clefs :
Comédie, Pièces, Peuple, Spectateurs, Menuet, Contredanse, Symphonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ONN n'a point donné de nouveautés
fur le Théâtre de la Comédie Italienne
depuis notre précédent volume ; on
en attend une fort intéreffante par fon
objet & par fes Auteurs , puifqu'elle eft
composée à l'occafionde la Paix , & que
le Poëme eft de M. FAVART & la Mufique
de M. PHILIDOR.
Le Mercredi 22 Juin , troifiéme jour
des Réjouiffances publiques , on donna
pour le GRATIS les Caquets , Comédie
en trois actes , le Retour d'Arlequin,
petite Piéce Italienne en un Acte , &
le Bucheron , Comédie en un A&te , mêlée
d'Ariettes , avec le Ballet des Pierrots.
On voit par le nombre & par le choix
de ces Piéces , que les Acteurs de ce
Théâtre n'ont rien épargné de tous les
genres qu'embraffe aujourd'hui leur
Théâtre , pour en régaler le Peuple dans
une occafion fi éclatante.
JUILLET. 1763. 209
Le Spectacle a commencé à 11 heures
du matin & n'a fini que fur les trois heu
res après midi .
Les Spectateurs qui étoient en trèsgrand
nombre ont beaucoup applaudi
& ont danfé des menuets & contredanfes
pendant les entr'Actes & après la
fin de toutes les Piéces. Malgré l'affluen
ce du Peuple & le tumulte de la joie ,
tout s'y eft paffé dans le meilleur ordre.
L'ouverture du Théâtre fe fit par une
Symphonie de M. DAUVERGNE avec
Timballe & Cors- de- Chaffe qui fit un
très grand plaifir & excita beaucoup
d'applaudiffemens.
ONN n'a point donné de nouveautés
fur le Théâtre de la Comédie Italienne
depuis notre précédent volume ; on
en attend une fort intéreffante par fon
objet & par fes Auteurs , puifqu'elle eft
composée à l'occafionde la Paix , & que
le Poëme eft de M. FAVART & la Mufique
de M. PHILIDOR.
Le Mercredi 22 Juin , troifiéme jour
des Réjouiffances publiques , on donna
pour le GRATIS les Caquets , Comédie
en trois actes , le Retour d'Arlequin,
petite Piéce Italienne en un Acte , &
le Bucheron , Comédie en un A&te , mêlée
d'Ariettes , avec le Ballet des Pierrots.
On voit par le nombre & par le choix
de ces Piéces , que les Acteurs de ce
Théâtre n'ont rien épargné de tous les
genres qu'embraffe aujourd'hui leur
Théâtre , pour en régaler le Peuple dans
une occafion fi éclatante.
JUILLET. 1763. 209
Le Spectacle a commencé à 11 heures
du matin & n'a fini que fur les trois heu
res après midi .
Les Spectateurs qui étoient en trèsgrand
nombre ont beaucoup applaudi
& ont danfé des menuets & contredanfes
pendant les entr'Actes & après la
fin de toutes les Piéces. Malgré l'affluen
ce du Peuple & le tumulte de la joie ,
tout s'y eft paffé dans le meilleur ordre.
L'ouverture du Théâtre fe fit par une
Symphonie de M. DAUVERGNE avec
Timballe & Cors- de- Chaffe qui fit un
très grand plaifir & excita beaucoup
d'applaudiffemens.
Fermer
372
p. 209-210
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
LE Concert commença par une Symphonie de Stamtiz. Ensuite Mlle ROZET chanta un motet à [...]
Mots clefs :
Motet, Concert, Théâtre, Divertissement, Statue de Louis XV, Violon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL
Du Jeudi 2 Juin.
LE Concert commença par une Symphonie de
Stamtiz. Enfuite Mlle ROZET chanta un motet à
voix feule . M. MAYER joua une Sonate de Harpe
de fa compofition. On éxécuta enfuite un Trio
de Stamitz, Mlle FEL y chanta un motet à voix
feule , & Mlle HARDI un air Italien . M. CAPRON
joua un Concert de Violon ; & le Concert finit
par Omnes gentes , motet à grand Choeur.
N. B. Lepeu d'efpace qui nous refle , nous empêche
de placer dans ce volume l'état actuel des Acteurs
& Actrices qui compofent les deux Comédies. Ilfera
inferé dans le volume prochain , & comme cela nous
210 MERCURE DE FRANCE.
.
a été demandé pour guider les Dictionnaires ou autres
Ouvrages de Bibliographie fur les Théâtres ,
lefquels tombent quelquefois dans des erreurs à cet
égard , dorénavant on placera chaque année ces
états dans un des volumes de Juillet . On donnera
celui de l'Opéra , lorfque ce Spellacle fera l'ouverture
defon nouveau Théâtre.
N. B. En rendant compte , dans le
précédent Mercure des OEuvres de Théâtre
de M. PALISSOT DE MONTENOY ,
imprimées à Paris chez Duchefne , rue
S. Jacques , nous avions obmis de parler
de la Comédie intitulée le Cercle ou
les Originaux , faifant partie d'un divertiffement
éxécuté fur le nouveau
Théâtre de Nanci le jour de la Dédicace
de la Statue de Louis XV par ordre
du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , le 26 Novembre 1755 .
Non-feulement le rapport de la circonftance
qui a donné lieu à ce divertiffement
avec celle des jours de fêtes
qu'on vient de célébrer , doit exciter la
curiofité fur cette Piéce , mais encore
les Préfaces , les Mémoires & autres
Morceaux qui l'accompagnent,dans lefquels
on trouve la fource & le développement
de tout ce qui a donné lieux aux
querelles envenimées excitées entre
F'Auteur & quelques Gens de Lettres.
C'eft une des parties de ce Recueil dont
la lecture eft la plus intéreffante .
Du Jeudi 2 Juin.
LE Concert commença par une Symphonie de
Stamtiz. Enfuite Mlle ROZET chanta un motet à
voix feule . M. MAYER joua une Sonate de Harpe
de fa compofition. On éxécuta enfuite un Trio
de Stamitz, Mlle FEL y chanta un motet à voix
feule , & Mlle HARDI un air Italien . M. CAPRON
joua un Concert de Violon ; & le Concert finit
par Omnes gentes , motet à grand Choeur.
N. B. Lepeu d'efpace qui nous refle , nous empêche
de placer dans ce volume l'état actuel des Acteurs
& Actrices qui compofent les deux Comédies. Ilfera
inferé dans le volume prochain , & comme cela nous
210 MERCURE DE FRANCE.
.
a été demandé pour guider les Dictionnaires ou autres
Ouvrages de Bibliographie fur les Théâtres ,
lefquels tombent quelquefois dans des erreurs à cet
égard , dorénavant on placera chaque année ces
états dans un des volumes de Juillet . On donnera
celui de l'Opéra , lorfque ce Spellacle fera l'ouverture
defon nouveau Théâtre.
N. B. En rendant compte , dans le
précédent Mercure des OEuvres de Théâtre
de M. PALISSOT DE MONTENOY ,
imprimées à Paris chez Duchefne , rue
S. Jacques , nous avions obmis de parler
de la Comédie intitulée le Cercle ou
les Originaux , faifant partie d'un divertiffement
éxécuté fur le nouveau
Théâtre de Nanci le jour de la Dédicace
de la Statue de Louis XV par ordre
du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , le 26 Novembre 1755 .
Non-feulement le rapport de la circonftance
qui a donné lieu à ce divertiffement
avec celle des jours de fêtes
qu'on vient de célébrer , doit exciter la
curiofité fur cette Piéce , mais encore
les Préfaces , les Mémoires & autres
Morceaux qui l'accompagnent,dans lefquels
on trouve la fource & le développement
de tout ce qui a donné lieux aux
querelles envenimées excitées entre
F'Auteur & quelques Gens de Lettres.
C'eft une des parties de ce Recueil dont
la lecture eft la plus intéreffante .
Fermer
373
p. 174-193
OPÉRA.
Début :
Le vendredi, 6 mai, on a donné la première représentation de la Vénitienne, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Opéra, Plaisirs, Ardeur , Musique, Succès, Plaisir, Monologue, Théâtre, Noeuds, Divertissement, Air, Rôle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPÉRA.
OPÉRA.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
Fermer
Résumé : OPÉRA.
Le 6 mai, la première représentation de 'La Vénitienne', comédie-ballet en trois actes, a eu lieu. Le poème original de La Motte a été réorchestré par M. d'Auvergne. Initialement, le succès de l'opéra était incertain, mais le public a progressivement apprécié les talents du compositeur. L'opéra, joué pour la première fois en 1705, n'avait pas été repris depuis. Malgré des paroles imparfaites, le fond de l'œuvre a contribué à équilibrer les avis. Le texte met en garde contre le respect excessif des anciennes productions et l'indulgence excessive envers les nouvelles. L'opéra raconte l'histoire d'Isabelle, Léonore, Octave et leurs serviteurs. Léonore regrette d'avoir tardé à céder à l'amour. Isabelle accuse Léonore d'infidélité, mais Léonore explique aimer un inconnu rencontré lors de jeux. Isabelle, déguisée, a séduit cet inconnu, qui est Octave. Spinette, la suivante d'Isabelle, observe Octave et Léonore. Léonore repousse Octave, qui consulte alors la devineresse Isménide. Spinette informe Isabelle des intentions d'Octave. Dans le second acte, Octave et Zerbin, déguisés, se rendent chez Isménide. Zerbin, ivre, tremble face à l'antre de la magicienne. Zerbin s'endort et rêve de spectres et de monstres. Isabelle tente de se suicider mais reconnaît Zerbin avant d'agir. Zerbin révèle qu'Octave consulte Isménide. Isabelle écoute leur conversation. Isménide prononce un oracle prédisant la mort d'Octave s'il ne revient pas à Isabelle. Terrifiés, ils fuient. Isabelle reste seule, espérant que l'amour lui rendra son amant. Dans la pièce, Léonore tente d'éloigner Isabelle d'Octave. Isabelle joue avec les sentiments de Léonore. Octave, jaloux, menace le prétendu rival. Ils se réconcilient et le bal commence avec des danses et des chants. En juin 1768, une pièce montre Octave et Isabelle se réconcilier. Léonore se réjouit de leur réconciliation. Plusieurs changements de distribution sont mentionnés, notamment Mlle Rosalie remplaçant Mlle Ritter dans le rôle de Léonore.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
374
p. 193-194
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le samedi 7 mai, on donna la première représentation de Beverlei, tragédie bourgeoise [...]
Mots clefs :
Comédie-Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le famedi 7 mai , on donna la première
repréſentation de Beverlei , tragédie bourgeoife
, imitée de l'Anglois , en cinq actes
& en vers libres ; par M. Saurin , de l'Académie
Françoife.
Nous nous difpofions à donner une idée
I
194 MERCURE DE FRANCE.
de cette pièce affez étendue pour mettre en
évidence une partie des beautés qu'on y
admire & qui juftifient tout l'éclat de fon
fuccès ; lorfque nous avons appris que cet
ouvrage étoit fous preffe , & paroîtroit au
premier jour. Nous dirons donc feulement,
en attendant un extrait détaillé , que peu
d'ouvrages dramatiques ont produit autant
d'effet que celui- ci fur l'âme des fpectateurs
; que la pièce eft extrêmement bien
rendue ; & que M. Molle, qui y joue le principal
rôle , y donne des preuves d'intelligence
& de force , qui furpaffent les idées
que les connoiffeurs mêmes avoient pu concevoir
du degré de perfection dont l'art
uni au plus beau naturel , peut être fufceptible
.
Le vendredi 27 , on joua pour la première
fois , la Gageure imprévue , Comédie
en un acte & en profe , de M. Sédaine ,
qui a été fort applaudie , dont le fuccès
augmente encore à mesure que les beautés
en font mieux fenties , & dont on fe propofe
de parler plus amplement dans le
prochain Mercure.
Le famedi 7 mai , on donna la première
repréſentation de Beverlei , tragédie bourgeoife
, imitée de l'Anglois , en cinq actes
& en vers libres ; par M. Saurin , de l'Académie
Françoife.
Nous nous difpofions à donner une idée
I
194 MERCURE DE FRANCE.
de cette pièce affez étendue pour mettre en
évidence une partie des beautés qu'on y
admire & qui juftifient tout l'éclat de fon
fuccès ; lorfque nous avons appris que cet
ouvrage étoit fous preffe , & paroîtroit au
premier jour. Nous dirons donc feulement,
en attendant un extrait détaillé , que peu
d'ouvrages dramatiques ont produit autant
d'effet que celui- ci fur l'âme des fpectateurs
; que la pièce eft extrêmement bien
rendue ; & que M. Molle, qui y joue le principal
rôle , y donne des preuves d'intelligence
& de force , qui furpaffent les idées
que les connoiffeurs mêmes avoient pu concevoir
du degré de perfection dont l'art
uni au plus beau naturel , peut être fufceptible
.
Le vendredi 27 , on joua pour la première
fois , la Gageure imprévue , Comédie
en un acte & en profe , de M. Sédaine ,
qui a été fort applaudie , dont le fuccès
augmente encore à mesure que les beautés
en font mieux fenties , & dont on fe propofe
de parler plus amplement dans le
prochain Mercure.
Fermer
Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le 7 mai, la tragédie bourgeoise 'Beverlei' en cinq actes et en vers libres, écrite par M. Saurin de l'Académie Française, a été représentée pour la première fois. La pièce a suscité une grande admiration parmi les spectateurs. M. Molle, dans le rôle principal, a montré une intelligence et une force remarquables, dépassant les attentes des connaisseurs. Le 27 mai, la comédie 'La Gageure imprévue' de M. Sédaine, en un acte et en prose, a également été jouée pour la première fois. Cette pièce a été très applaudie et son succès grandit à mesure que ses qualités sont mieux appréciées. Une analyse plus détaillée de cette dernière sera publiée dans le prochain numéro du Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
375
p. 195-196
LETTRE à MM. D. D.
Début :
Vous avez raison, Monsieur, de vous plaindre de l'inadvertance qui m'est échappée [...]
Mots clefs :
Carlo Goldoni
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à MM. D. D.
LETTRE à MM. D. D.
V ous
avez
raiſon
, Monfieur
, de vous
plaindre
de l'inadvertance
qui m'eft
échappée
, lorfque
j'ai parlé
de la pièce
du Valet
des deux
Maîtres
, imitée
de Goldoni
.
Je favois
que M. François
l'avoit
faite
en
fociété
avec
vous
, je fais même
à préſent
quels
font
les détails
qui vous appartiennent
& ceux qu'il
a droit
de réclamer
.Vous
n'avez
pas à vous
plaindre
de votre
part, Monfieur
;
& depuis
que
vous
m'avez
confié
votre
manufcrit
, je crois
plus fermement
encore
que je ne l'avois
penfé
, que le fuccès
de
cette
pièce
ne dépend
que de quelques
légères
corrections
. Le refus
des Comédiens
ne doit
pas vous décourager
; ils font
loin
de prétendre
à l'infaillibilité
, & je
les ai vus fouvent
reprendre
avec
le plus
grand
intérêt
des pièces
qu'ils
avoient
jugées
d'abord
avec
trop
de précipitation
,
J'ai vu le public
lui- même
fe conduire
à
peu près ainfi
, & applaudir
dans
un rems
ce qu'il
avoit
négligé
dans
un autre
. Habent
fua fata
libelli
.
•
Vous avez trop de talens , Monfieur
, pour ne pas voir toute les reffources
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
du fujet que vous avez traité , & pour facrifier
la gloire que vous pouvez en attendre.
Je voudrois avoir débuté comme
vous. "
J'ai lu le petit volume de poéfie que
vous avez fait auffi en fociété avec M.
François. J'ignore ce qui eft de lui , & ce
qui eft de vous ; mais j'ai été très - content
de l'épître aux Rois conquérans , de celle
qui eft adreffée à M. Piron , de celle d'un
père à fonfils fur les voyages , & enfin de
l'héroide de Servilie à Brutus. L'élégiefur
la mort de Monfeigneur le Dauphin , eſt
remplie de nobleffe & de fentiment. Voilà ,
Monfieur , ce qui me paroît , dans ce recueil
, annoncer les plus heureuſes difpofitions.
Si je fuis tombé , par hafard , fur
quelques pièces dont vous foyez l'auteur ,
je vous en fais mon compliment , & j'en
fais un à votre province * qui conferve
toujours le double avantage de fournir à
la France plus d'excellens efprits qu'aucune
autre , & d'avoir des héros pour
Gouverneurs ,
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Argenteuil , ce 8 mai 1768.
* La Bourgogne.
V ous
avez
raiſon
, Monfieur
, de vous
plaindre
de l'inadvertance
qui m'eft
échappée
, lorfque
j'ai parlé
de la pièce
du Valet
des deux
Maîtres
, imitée
de Goldoni
.
Je favois
que M. François
l'avoit
faite
en
fociété
avec
vous
, je fais même
à préſent
quels
font
les détails
qui vous appartiennent
& ceux qu'il
a droit
de réclamer
.Vous
n'avez
pas à vous
plaindre
de votre
part, Monfieur
;
& depuis
que
vous
m'avez
confié
votre
manufcrit
, je crois
plus fermement
encore
que je ne l'avois
penfé
, que le fuccès
de
cette
pièce
ne dépend
que de quelques
légères
corrections
. Le refus
des Comédiens
ne doit
pas vous décourager
; ils font
loin
de prétendre
à l'infaillibilité
, & je
les ai vus fouvent
reprendre
avec
le plus
grand
intérêt
des pièces
qu'ils
avoient
jugées
d'abord
avec
trop
de précipitation
,
J'ai vu le public
lui- même
fe conduire
à
peu près ainfi
, & applaudir
dans
un rems
ce qu'il
avoit
négligé
dans
un autre
. Habent
fua fata
libelli
.
•
Vous avez trop de talens , Monfieur
, pour ne pas voir toute les reffources
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
du fujet que vous avez traité , & pour facrifier
la gloire que vous pouvez en attendre.
Je voudrois avoir débuté comme
vous. "
J'ai lu le petit volume de poéfie que
vous avez fait auffi en fociété avec M.
François. J'ignore ce qui eft de lui , & ce
qui eft de vous ; mais j'ai été très - content
de l'épître aux Rois conquérans , de celle
qui eft adreffée à M. Piron , de celle d'un
père à fonfils fur les voyages , & enfin de
l'héroide de Servilie à Brutus. L'élégiefur
la mort de Monfeigneur le Dauphin , eſt
remplie de nobleffe & de fentiment. Voilà ,
Monfieur , ce qui me paroît , dans ce recueil
, annoncer les plus heureuſes difpofitions.
Si je fuis tombé , par hafard , fur
quelques pièces dont vous foyez l'auteur ,
je vous en fais mon compliment , & j'en
fais un à votre province * qui conferve
toujours le double avantage de fournir à
la France plus d'excellens efprits qu'aucune
autre , & d'avoir des héros pour
Gouverneurs ,
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Argenteuil , ce 8 mai 1768.
* La Bourgogne.
Fermer
Résumé : LETTRE à MM. D. D.
La lettre adressée à MM. D. D. discute de la pièce de théâtre 'Le Valet des deux Maîtres', inspirée de Goldoni. L'auteur reconnaît une erreur concernant la paternité de certains détails de la pièce, partagée avec M. François. Il souligne que la réussite de la pièce dépend de quelques corrections mineures et encourage le destinataire à persévérer malgré le refus initial des comédiens, citant des exemples d'œuvres initialement rejetées puis appréciées. L'auteur admire les talents du destinataire et les ressources du sujet traité, exprimant son souhait d'avoir débuté de manière similaire. Il a également lu un recueil de poésie écrit en collaboration avec M. François et apprécie particulièrement plusieurs pièces, notamment l'épître aux Rois conquérants, celle adressée à M. Piron, celle d'un père à ses fils sur les voyages, et l'héroïde de Servilie à Brutus. Il complimente aussi l'élégie sur la mort du Dauphin pour sa noblesse et son sentiment. Enfin, il félicite la Bourgogne pour son apport en excellents esprits et en héros gouverneurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
376
p. 197-206
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Le 2 mai, on a donné une représentation de l'École de la jeunesse, ou le Barnevelt [...]
Mots clefs :
Comédie italienne, Baron, Chevalier, Opéra, Jeunesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LEE
2 mai , on a donné une repréfentation
de l'École de la jeuneffe , ou le Bar
nevelt François , Comédie en trois actes
& en vers , mêlée d'ariettes , qui a reçu
beaucoup d'applaudiffemens , ainfi que la
fcène qui y a été ajoutée par M. Anfeaume,
dont les talens font conftatés par différens
ouvrages eftimés. Nous croyons
obliger nos lecteurs en leur en faiſant
part.
SCÈNE ajoutée à l'Ecole de la Jeuneffe .
ACTE II. SCENE CINQUIEME..
CLÉON , MONDOR , HORTENCE , SOUCRÉON , JULIE
, UN CHEVALIER GASCON , UN BARON ,
JOUEUR , FINETTE.
Hortence entre avec les deux Joueurs
& Julie.
Meffieurs , vous vous faites attendre..
Pour toi , Julie , ho ! je t'en veux.
JULIE.
Pourquoi cela
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
HORTENCE.
Pourquoi ! Je ne fais où te prendre.
Depuis deux mois je te cherche en tous lieux ;
Tu deviens d'un rare ! · ·
JULTE.
Ma chère ,
Il faut me pardonner.
HORTINGS.
Non , je fuis en colère ;
C'eft manquer au devoir de l'amitié .
JULI mystérieusement.
Dis donc.
Tes affaires ont pris aſſez bonne tournure ,
Je croyois en entrant me tromper de maiſon ;
Te voilà fur un ton.
Il eft ici.
HORTENCE ( bas. )
Tais- toi , je t'en conjure ! ...
JULIE.
Monfieur Cléon ?
LE BARON à CLÉON.
Sais- tu quelques nouvelles ?
(
CLÉON,
Non.
JUIN 1768. 199
HOKTENCE À JULIE .
Dis-moi donc par quelle aventure ? .
JULIE.
Voici ce que c'eft en deux mots :
Ce vieux Baron qui m'excédoit fans ceffe ,
Croyant enfin trouver un remède à fes maux ,
(Carpour lui mes rigueurs égaloient fa tendreffe )
S'en vint un jour me propofer ,
Tout uniment de m'époufer. ,
HORTANCE.
Tout de bon ?
JULIE.
En honneur !
HORTENCE.
Ab la bonne folie !
MONDOR.
De quoi riez - vous done ?
HORTENCE.
Ce n'est rien. C'eſt Julie ;
Que l'hymen fous fes loix menace d'enchaîner .
JULIE.
J'en fuis quitte pour la menace ,
Et c'est encore une diſgrace. •
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
HORTENCE.
Tu plaifantes fans doute ?
JULIE.
Et non , fans badiner.
( à Cléon qui la regarde. )
La perfonne. · ·
( à Hortence. )
Monfieur , je fuis votre fervante.
La perfonne , il eft vrai , n'étoit pas attrayante ;
Mais un titre , des biens , un nom . . .
HORTENC E.
Oui , je conçois
JULIE.
Font paffer les défauts qu'on trouve à la perfonne,
HORTENCI
Eh bien ?
JULIE.
Huit jours plus tard enfin , j'étois Baronne
HORTENCE.
Ton Baron t'a manqué de foi ? . ;
JULIE.
Heft mort.
JUIN 1768 ) 201
HORTENCE.
Ah le traître !
JULIE .
Au moment de conclure
MONDOR.
Qui donc qui donc ?
HORTENCE.
Son vieil amant.
JULIE.
Le jour pris pour la fignature ,
Il eft parti fubitement.
HORTENCE.
Eh , que deviens - tu maintenant ?
JULIE.
Ma foi je m'en confele.
HORTENCE.
Et tu fais fagement
J'en ferois autant à ta place.
JULIE..
Quand je fonge pourtant que la beauté fe paffe
Qu'avec le temps la vieilleffe viendra , ...
I v
201 MERCURE DE FRANCE.
HORTEN CE.
Fi donc quelle idée eft-ce là ?
JULIE.
Au fond , pourquoi s'en faire accroire
De tout le monde c'est l'hiftoire.
Je veux faire une fin ... &... j'entre à l'opéra,
MONDO R.
A l'opéra ! .. je vous en félicite.
LE CHEVALIER.
Eh bien mon cher Cléon ,
?
Veux-tu qu'avec toi je m'acquitte ?
Tu nous gagnois hier.
CLÉON.
Moi , non. C'eſt le Baron.
MONDOR à JULIE.
Je veux contribuer à votre réuffite :
J'ai des amis dans ce pays ,
Zélés partiſans du mérite ,
Qui vous y ferviront ; c'eft moi qui vous le dis,
HORTINCI
Tu vas donc débuter ?
JULIE
La femaine prochaine.
JUIN 1768. 205
MONDOR,
J'y ferai , foyez-en certaine .
HORTENCE.
Dans un rôle ?
JULIE.
Non pas , j'aurois trop de frayeur.
Il me prendroit d'abord un battement de coeur,
Je ne finirois pas la fcène.
LE CHEVALIER au BARON.
Nous donne-tu notre revanche ?
LE BARON.
Oui da , très - volontiers.
CLÉON à FINETTE.
Fais apporter la table.
Mois
HORTENCE à JULIE LO
Il faut favoir prendre fur foi.
MONDO R..
Le public aux attraits eſt toujours favorable.
JULIE.
17
On m'a donné deux airs de divertiffement,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
MO-N DOR.
Sont- ils jolis ?
+
JULIE, les tirant de fon fac à ouvrage.
Voyez... eh bien , que vous en femble ?
MONDOR.
C'eft de la mufique du temps.
Chantons cela nous deux. Voulez-vous
JULIE.
Ah ! je tremble.
MONDOR.
Bon ! nous fommes ici tous amis. Venez ça
Ilfe place au clavecin.
HORTENCE À CLÉON & aux autres.
Meffieurs , il ne faut pas manquer ce début-là,
LE CHEVALIER,
Dui , Madame....
LE BARON.
Voyons , Meffieurs , à qui fera,
MONDOR..
Courage allons , Mademoiſelle ,
La peur ne vaut rien pour le chant ,
Elle fait tort à la voix la plus belle
JUIN 1768. 20501
HORTENCE.
Allons , ne fais donc pas l'enfant,
JULIE.
ARIETTE.
Sur vos mufettes ,
Chantez , bergers , chantez l'amour,
Dans ces retraites ,
Il tient fa cour.
Exempt d'alarmes ,
De tous fes charmes ,
Venez jouir ;
Sous fon empire ,
Si l'on foupire ,
C'eſt de plaifir.
Sur vos mufettes ?
Chantez , bergers , &c.
HORTENCE.
Comme un ange !
MONDO K.
Fort bien fort bien !
HORTENCE.
Elle m'enchante
MONDOR.
Voyons l'ariette fuivante.
206 MERCURE DE FRANCE.
JULIE.
ARIETTE.
Laiffons gronder la fagefle ,
Elle aura fon tour un jour , & c.
Comme dans la pièce imprimée.
N. B. La maladie de M. Lejeune a cmpêché
qu'on en continuât les repréfentations.
Le 18 , on a repris avec fuccès Sancho
Pança dans fon ile , opéra-bouffon , en
deux actes , de MM . Poinfinet & Philidor.
LEE
2 mai , on a donné une repréfentation
de l'École de la jeuneffe , ou le Bar
nevelt François , Comédie en trois actes
& en vers , mêlée d'ariettes , qui a reçu
beaucoup d'applaudiffemens , ainfi que la
fcène qui y a été ajoutée par M. Anfeaume,
dont les talens font conftatés par différens
ouvrages eftimés. Nous croyons
obliger nos lecteurs en leur en faiſant
part.
SCÈNE ajoutée à l'Ecole de la Jeuneffe .
ACTE II. SCENE CINQUIEME..
CLÉON , MONDOR , HORTENCE , SOUCRÉON , JULIE
, UN CHEVALIER GASCON , UN BARON ,
JOUEUR , FINETTE.
Hortence entre avec les deux Joueurs
& Julie.
Meffieurs , vous vous faites attendre..
Pour toi , Julie , ho ! je t'en veux.
JULIE.
Pourquoi cela
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
HORTENCE.
Pourquoi ! Je ne fais où te prendre.
Depuis deux mois je te cherche en tous lieux ;
Tu deviens d'un rare ! · ·
JULTE.
Ma chère ,
Il faut me pardonner.
HORTINGS.
Non , je fuis en colère ;
C'eft manquer au devoir de l'amitié .
JULI mystérieusement.
Dis donc.
Tes affaires ont pris aſſez bonne tournure ,
Je croyois en entrant me tromper de maiſon ;
Te voilà fur un ton.
Il eft ici.
HORTENCE ( bas. )
Tais- toi , je t'en conjure ! ...
JULIE.
Monfieur Cléon ?
LE BARON à CLÉON.
Sais- tu quelques nouvelles ?
(
CLÉON,
Non.
JUIN 1768. 199
HOKTENCE À JULIE .
Dis-moi donc par quelle aventure ? .
JULIE.
Voici ce que c'eft en deux mots :
Ce vieux Baron qui m'excédoit fans ceffe ,
Croyant enfin trouver un remède à fes maux ,
(Carpour lui mes rigueurs égaloient fa tendreffe )
S'en vint un jour me propofer ,
Tout uniment de m'époufer. ,
HORTANCE.
Tout de bon ?
JULIE.
En honneur !
HORTENCE.
Ab la bonne folie !
MONDOR.
De quoi riez - vous done ?
HORTENCE.
Ce n'est rien. C'eſt Julie ;
Que l'hymen fous fes loix menace d'enchaîner .
JULIE.
J'en fuis quitte pour la menace ,
Et c'est encore une diſgrace. •
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
HORTENCE.
Tu plaifantes fans doute ?
JULIE.
Et non , fans badiner.
( à Cléon qui la regarde. )
La perfonne. · ·
( à Hortence. )
Monfieur , je fuis votre fervante.
La perfonne , il eft vrai , n'étoit pas attrayante ;
Mais un titre , des biens , un nom . . .
HORTENC E.
Oui , je conçois
JULIE.
Font paffer les défauts qu'on trouve à la perfonne,
HORTENCI
Eh bien ?
JULIE.
Huit jours plus tard enfin , j'étois Baronne
HORTENCE.
Ton Baron t'a manqué de foi ? . ;
JULIE.
Heft mort.
JUIN 1768 ) 201
HORTENCE.
Ah le traître !
JULIE .
Au moment de conclure
MONDOR.
Qui donc qui donc ?
HORTENCE.
Son vieil amant.
JULIE.
Le jour pris pour la fignature ,
Il eft parti fubitement.
HORTENCE.
Eh , que deviens - tu maintenant ?
JULIE.
Ma foi je m'en confele.
HORTENCE.
Et tu fais fagement
J'en ferois autant à ta place.
JULIE..
Quand je fonge pourtant que la beauté fe paffe
Qu'avec le temps la vieilleffe viendra , ...
I v
201 MERCURE DE FRANCE.
HORTEN CE.
Fi donc quelle idée eft-ce là ?
JULIE.
Au fond , pourquoi s'en faire accroire
De tout le monde c'est l'hiftoire.
Je veux faire une fin ... &... j'entre à l'opéra,
MONDO R.
A l'opéra ! .. je vous en félicite.
LE CHEVALIER.
Eh bien mon cher Cléon ,
?
Veux-tu qu'avec toi je m'acquitte ?
Tu nous gagnois hier.
CLÉON.
Moi , non. C'eſt le Baron.
MONDOR à JULIE.
Je veux contribuer à votre réuffite :
J'ai des amis dans ce pays ,
Zélés partiſans du mérite ,
Qui vous y ferviront ; c'eft moi qui vous le dis,
HORTINCI
Tu vas donc débuter ?
JULIE
La femaine prochaine.
JUIN 1768. 205
MONDOR,
J'y ferai , foyez-en certaine .
HORTENCE.
Dans un rôle ?
JULIE.
Non pas , j'aurois trop de frayeur.
Il me prendroit d'abord un battement de coeur,
Je ne finirois pas la fcène.
LE CHEVALIER au BARON.
Nous donne-tu notre revanche ?
LE BARON.
Oui da , très - volontiers.
CLÉON à FINETTE.
Fais apporter la table.
Mois
HORTENCE à JULIE LO
Il faut favoir prendre fur foi.
MONDO R..
Le public aux attraits eſt toujours favorable.
JULIE.
17
On m'a donné deux airs de divertiffement,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
MO-N DOR.
Sont- ils jolis ?
+
JULIE, les tirant de fon fac à ouvrage.
Voyez... eh bien , que vous en femble ?
MONDOR.
C'eft de la mufique du temps.
Chantons cela nous deux. Voulez-vous
JULIE.
Ah ! je tremble.
MONDOR.
Bon ! nous fommes ici tous amis. Venez ça
Ilfe place au clavecin.
HORTENCE À CLÉON & aux autres.
Meffieurs , il ne faut pas manquer ce début-là,
LE CHEVALIER,
Dui , Madame....
LE BARON.
Voyons , Meffieurs , à qui fera,
MONDOR..
Courage allons , Mademoiſelle ,
La peur ne vaut rien pour le chant ,
Elle fait tort à la voix la plus belle
JUIN 1768. 20501
HORTENCE.
Allons , ne fais donc pas l'enfant,
JULIE.
ARIETTE.
Sur vos mufettes ,
Chantez , bergers , chantez l'amour,
Dans ces retraites ,
Il tient fa cour.
Exempt d'alarmes ,
De tous fes charmes ,
Venez jouir ;
Sous fon empire ,
Si l'on foupire ,
C'eſt de plaifir.
Sur vos mufettes ?
Chantez , bergers , &c.
HORTENCE.
Comme un ange !
MONDO K.
Fort bien fort bien !
HORTENCE.
Elle m'enchante
MONDOR.
Voyons l'ariette fuivante.
206 MERCURE DE FRANCE.
JULIE.
ARIETTE.
Laiffons gronder la fagefle ,
Elle aura fon tour un jour , & c.
Comme dans la pièce imprimée.
N. B. La maladie de M. Lejeune a cmpêché
qu'on en continuât les repréfentations.
Le 18 , on a repris avec fuccès Sancho
Pança dans fon ile , opéra-bouffon , en
deux actes , de MM . Poinfinet & Philidor.
Fermer
Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
La comédie 'L'École de la jeunesse, ou le Baron François' a été représentée en trois actes et en vers, accompagnée d'ariettes, et a reçu de nombreux applaudissements. Une scène ajoutée par M. Anseaume a également été bien accueillie. La scène clé se déroule lors de l'acte II, scène cinquième, impliquant plusieurs personnages : Cléon, Mondor, Hortense, Soucréon, Julie, un Chevalier Gascon, un Baron, un Joueur et Finette. Dans cette scène, Julie révèle à Hortense qu'elle a échappé à un mariage avec un vieux baron décédé avant la cérémonie. Julie envisage désormais de débuter à l'opéra. Mondor, un ami, lui promet son soutien, bien que Julie soit nerveuse. Ils chantent ensemble une ariette. La représentation a été interrompue en raison de la maladie de M. Lejeune. Le 18 juin, la pièce 'Sancho Pança dans son île' a été reprise avec succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
377
p. 206-207
CONCERT SPIRITUEL. Du jeudi, 12 mai, fête de l'Ascension.
Début :
Il commença par une simphonie de la composition de M. Moulinghem. On exécuta [...]
Mots clefs :
Concert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL. Du jeudi, 12 mai, fête de l'Ascension.
CONCERT SPIRITUEL.
Dujeudi , 12 mai, fête de l'Afcenfion.
I
I commença par une fimphonie de la
compofition de M. Moulinghem. On exécuta
enfuiteDominus regnavit , &c. motet à
grand choeur de Lalande , dans lequel Mde
PArrivée , que l'on fut charmé de revoir
à ce fpectacle , chanta avec beaucoup d'ap
plaudiffemens le beau récit adorate , &c.
Mlle le Chantre , dont les talens font connus
, exécuta un concerto d'orgues . M. Durand
, de l'Académie royale de mufique ,
JUIN 1768. 207
chanta , avec beaucoup de goût & de fuc,
cès , inclina Domine, & c.motet à voix feule
de M. Martin. M. Frantzl, de la muſique
de S. A. S. Monfeigneur l'Electeur Palatin
, exécuta , à la grande fatisfaction de
l'auditoire , un nouveau concerto de violon ,
de fa compofition. Mile Fel chanta ( &
c'est tout dire , quand on la nomme ) un
motet à voix feule. Le Concert fut terminé
par Noli amulari , &c . motet à grand
choeur , déja connu & applaudi , de M.
l'Abbé Buée , Maître de mufique de l'Eglife
de Coutances.
Dujeudi , 12 mai, fête de l'Afcenfion.
I
I commença par une fimphonie de la
compofition de M. Moulinghem. On exécuta
enfuiteDominus regnavit , &c. motet à
grand choeur de Lalande , dans lequel Mde
PArrivée , que l'on fut charmé de revoir
à ce fpectacle , chanta avec beaucoup d'ap
plaudiffemens le beau récit adorate , &c.
Mlle le Chantre , dont les talens font connus
, exécuta un concerto d'orgues . M. Durand
, de l'Académie royale de mufique ,
JUIN 1768. 207
chanta , avec beaucoup de goût & de fuc,
cès , inclina Domine, & c.motet à voix feule
de M. Martin. M. Frantzl, de la muſique
de S. A. S. Monfeigneur l'Electeur Palatin
, exécuta , à la grande fatisfaction de
l'auditoire , un nouveau concerto de violon ,
de fa compofition. Mile Fel chanta ( &
c'est tout dire , quand on la nomme ) un
motet à voix feule. Le Concert fut terminé
par Noli amulari , &c . motet à grand
choeur , déja connu & applaudi , de M.
l'Abbé Buée , Maître de mufique de l'Eglife
de Coutances.
Fermer
Résumé : CONCERT SPIRITUEL. Du jeudi, 12 mai, fête de l'Ascension.
Le concert spirituel du 12 mai 1768, jour de l'Ascension, débuta avec une symphonie de M. Moulinghem. Madame d'Arrivée interpréta le récit 'adorate' du motet 'Dominus regnavit' de Lalande. Mademoiselle le Chantre joua un concerto d'orgue et M. Durand exécuta le motet 'inclina Domine' de M. Martin. M. Frantzl présenta un concerto de violon. Mademoiselle Fel chanta un motet solo. Le concert se termina par le motet 'Noli amulari' de l'Abbé Buée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
378
p. 172-174
OPÉRA.
Début :
L'Académie royale de Musique a donné, le mardi 25 Janvier, la première représentation [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Fragments, Musique, Jean-Jacques Rousseau, Pierre-Charles Roy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPÉRA.
OPERA.
L'ACADÉMIE royale de Muſique a donné
, le mardi 25 Janvier , la première reFEVRIER.
1774 73
préſentation de la reprife des fragmens
compofés de l'acte du Feu ou la Veftale ,
de l'acte de la Terre ou Vertumne & Pomone
, & du Devin du Village.
Les deux premiers actes font tirés du
ballet des Elémens , paroles de M. Roi ,
mufique de Deftouches & Lalande ; le
Devin du Village eft de M. Rouffeau
pour le poëme & la mufique.
-
Ces fragmens ont été fort bien remis,
& quoique très-connus , ils ont fait encore
beaucoup de plaifir . M. l'Arrivée &
Mile Duplant font très - applaudis dans
l'acte de la Veftale ; M. le Gros & Mile
Arnould jouent & chantent , à la fatisfaction
des amateurs , les rôles de Vertumne
& Pomone dans l'acte de la Terre . Mlle
Rofalie , MM . Tirot & Gelin ont réuni
tous les fuffrages dans le Devin du Village
. Les ballets font très agréables .
Dans le premier acte M. Veftris & Mlle
Heinel danfent avec la perfection que
l'on attend de leurs talens. Miles Guimard
& Peflin , & M. Gardel paroiffent
avec diftinction dans le fecond acte , ainfi
que Miles le Clerc, Heidous , & Mrs d'Auberval
, Malter & Defpréaux dans le 3º.
acte. Il y a plusieurs morceaux de mufique
ajoutés aux fragmens, qui ont été remar-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
qués , particulièrement une belle farabande
& une chaconne de main de maître
dans l'acte du Feu.
L'ACADÉMIE royale de Muſique a donné
, le mardi 25 Janvier , la première reFEVRIER.
1774 73
préſentation de la reprife des fragmens
compofés de l'acte du Feu ou la Veftale ,
de l'acte de la Terre ou Vertumne & Pomone
, & du Devin du Village.
Les deux premiers actes font tirés du
ballet des Elémens , paroles de M. Roi ,
mufique de Deftouches & Lalande ; le
Devin du Village eft de M. Rouffeau
pour le poëme & la mufique.
-
Ces fragmens ont été fort bien remis,
& quoique très-connus , ils ont fait encore
beaucoup de plaifir . M. l'Arrivée &
Mile Duplant font très - applaudis dans
l'acte de la Veftale ; M. le Gros & Mile
Arnould jouent & chantent , à la fatisfaction
des amateurs , les rôles de Vertumne
& Pomone dans l'acte de la Terre . Mlle
Rofalie , MM . Tirot & Gelin ont réuni
tous les fuffrages dans le Devin du Village
. Les ballets font très agréables .
Dans le premier acte M. Veftris & Mlle
Heinel danfent avec la perfection que
l'on attend de leurs talens. Miles Guimard
& Peflin , & M. Gardel paroiffent
avec diftinction dans le fecond acte , ainfi
que Miles le Clerc, Heidous , & Mrs d'Auberval
, Malter & Defpréaux dans le 3º.
acte. Il y a plusieurs morceaux de mufique
ajoutés aux fragmens, qui ont été remar-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
qués , particulièrement une belle farabande
& une chaconne de main de maître
dans l'acte du Feu.
Fermer
379
p. 174-179
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont donné le samedi 15 de Janvier, la première représentation [...]
Mots clefs :
Sophonisbe, Voltaire, Jean Mairet, Massinissa, Romains, Scipion, Reine, Tragédie, Comédie-Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François ont donné le
famedi 15 de Janvier , la première repréfentation
de Sophonisbe , tragédie de
Mairet , corrigée par M. de Voltaire.
Cette tragédie eft fameufe dans l'hif
toire du théâtre. Elle parut long - temps
avant le Cid . Elle eft la première qui apprit
aux François les règles de la tragédie
& qui mit le théâtre en honneur. M. de
Voltaire a rajeuni ce drame , tout ingrat
qu'en foit le fujet ; mais il étoit digne de
ce grand maître de faire connoître , au-
* tant qu'il étoit poffible , ce premier effor
du génie.
ACTE I. Syphax , Roi de Numidie , fe
plaint de l'infidélité de Sophoniſbe fon
épouſe , dont il a furpris une lettre qu'elle
écrit à Maffiniffe , Roi d'une partie de la
Numidie . Il fait venit la Reine & l'oblige
de fe juftifier. Il la quitte enfuite pour
aller défendre fa ville contre les RoFEVRIER.
1774. 175
mains. La Reine avoue à fa confidente
le crime de fon amour.
ACTE II . Sophoniſbe eft effrayée du
bruit du combat . Elle apprend la mort
de Syphax fon époux , & le triomphe &
la clémence du jeune Maffiniffe . Elle fort
à la vue du vainqueur. Maffiniffe s'indi
gne de l'orgueil des Romains & de leur
domination . On lui donne le billet que
Sophoniſbe a écrit . La Reine vient lui
rendre hommage , & demander fon appui
contre la haine des Romains. Maffi
niffe veut qu'elle conferve l'honneur du
rang fuprême . Cependant Lelie , lieutenant
de Scipion , annonce que Sophoniſbe
doit être l'efclave de Rome.
ACTE III . Lelie ne déguiſe pas à Mafs
finiffe que c'eft au Sénat à régler fon deftin
& celui de Sophonisbe . Maffiniffe ne
peut contenir fa fureur. It fe prépare à
venger fon injure. Il unit fon fort à celui
de Sophonisbe , qui ne peut refuſer pour
époux fon vengeur & fon appui.
ACTE IV . Lélie donne des ordres pour
prévenir le complot que Maffiniffe a
formé de détruire les Romains . Maffiniſſe
eſt lui- même arrêté dans fon palais .
Scipion lui confirme que l'ordre du Sénat
eft de donner des fers à Sophonisbe . Maffi-
1
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
niffe demande feulement la liberté de
voir la Reine pour la dernière fois . Ce
Roi déplore fon fort , & abhorre la funefte
amitié des Romains. Dans ces momens
cruels ,Sophonisbe ranime le courage
de Maffiniffe . Ces deux malheureux époux
projettent d'enlever par leut mort la proie
que pourfuivent les Romains .
ACTE V. Scipion croit pouvoir fubjuguer
l'inconftance de Maffiniffe par la
fermeté jointe avec la clémence ; mais
Lélie craint l'amour & le défelpoir de ce
Numide . Il confeille au Conful de s'affu
rer de Sophonisbe. Phédime , confidente
de la Reine , dit à Scipion que bientôt
Sophonisbe va reconnoître en lui fon maître
& fon vainqueur . Maffiniffe lui même
vient offrir aux Romains leur victime
; mais au moment de livrer la Reine
il dit au Conful , en lui montrant Sophonisbe
étendue fur un lit avec un poignard
dans le fein .
Tiens , la voilà , perfide ! elle eft devant tes yeux.
La connois-tu ?
SCIPION.
Cruel !
SOPHONISBE à Maffiniffe.
Viens , que ta main chérie
FEVRIER. 1774. 177
Achève de m'ôter ce fardeau de la vie.
Digne époux , je meurs libre , & je meurs dans tes
bras.
MASSINIS SE .
Je vous la rends , Romains. Elle eſt à vous.
SCIPION.
Malheureux ! qu'as- tu fait ?
MASSINISSE.
Hélas!
Ses volontés , les miennes
Sur ces bras tout fanglants viens eflayer tes chaînes.
Approche , où font tes fers ?
LÉ LIE.
O fpectacle d'horreur !
MASSINISSE à Scipion.
Tu recules d'effroi ! Que devient ton grand coeur ?
Ilfe met entre Sophonisbe & les Romains.
Monftres qui par mes mains avez commis mon
crime ,
Allez au Capitole offrir votre victime.
Montrez à votre peuple , autour d'elle empreflé ,
Ce coeur , ce noble coeur que vous avez percé.
Jouis de ce triomphe. Es tu content , barbare ?
Tu le dois à mes foins , c'est moi qui le prépare.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Ai-je affez fatisfait ta trifte vanité ,
Et de tes jeux romains l'infame atrocité ?
Triomphe , Scipion : fi les Dieux qui m'entendent
Accordent les faveurs que les mourans demandent.
Si , devançant les temps , le grand voile du fort *
Se tire à nos regards au moment de la mort ,
Je vois dans l'avenir Sophonisbe vengée ,
Rome à son tour fanglante , à fon tour faccagée ,
Expiant dans fon fang fes triomphes affreux ,
Et les fers & l'opprobre accablant tes neveux .
Je vois vingt Nations de toi -même ignorées ,
Que le Nord vomira des mets hyperborées ,
Dans votre indigne fang vos temples renversés ;
Ces temples qu'Annibal a du moins menacés ;
Tous les vils defcendans des Catons , des Emiles ,
Aux fers des Etrangers tendant des bras ferviles ;
Ton Capitole en cendre , & tes Dieux pleins d'ef.
froi,
Détruits par des tyrans moins funeftes que toi.
Avant
que Rome
tombe
au gré de ma furie
,
Va mourir
oublié
, chaffé
de ta patrie
.
Je meurs , mais dans la mienne & c'eft en te bravant.
Le poifon que j'ai pris agit trop lentement.
* C'étoit une opinion reçue.
FEVRIER. 1774- 179
Ce fer que j'enfonçai dans le fein de ma femme *
Joint mon fang à ſon ſang , mon ame à ſa grande
ame.
Va , je ne veux pas même un tombeau de tes
mains.
•
La tragédie de Mairet eft fondée fur
une intrigue trop peu intéreffante . La
querelle d'un mari jaloux & d'une femme
infidelle eft déplacée dans cette pièce. Les
Rois Syphax & Maffiniffe font trop avilis
par leur foibleffe . Cependant M. de Vol.
taire a mis dans cette tragédie plus de
convenance ; il y a répandu des détails
très heureux ; il y a donné de l'intérêt
, & il a fait un tableau grand & vraiment
tragique de la mort de Sophonisbe .
Mais tout l'art de ce grand écrivain n'a
pu couvrir les défauts de Mairet , & donner
à Sophonisbe l'éclat & la perfection
que nous cherchons & que nous admirons
dans les chef- d'oeuvres de fon génie . Le
tôle de Sophonisbe a été bien joué par
Mde Veftris . M. Lekain a repréfenté
Maffiniffe , M. d'Alinval Syphax , M.
Molé Scipion , M. Brifard Lelie .
* Il tire le poignard du ſein de Sophonisbe ,
tombe auprès d'elle.
LES Comédiens François ont donné le
famedi 15 de Janvier , la première repréfentation
de Sophonisbe , tragédie de
Mairet , corrigée par M. de Voltaire.
Cette tragédie eft fameufe dans l'hif
toire du théâtre. Elle parut long - temps
avant le Cid . Elle eft la première qui apprit
aux François les règles de la tragédie
& qui mit le théâtre en honneur. M. de
Voltaire a rajeuni ce drame , tout ingrat
qu'en foit le fujet ; mais il étoit digne de
ce grand maître de faire connoître , au-
* tant qu'il étoit poffible , ce premier effor
du génie.
ACTE I. Syphax , Roi de Numidie , fe
plaint de l'infidélité de Sophoniſbe fon
épouſe , dont il a furpris une lettre qu'elle
écrit à Maffiniffe , Roi d'une partie de la
Numidie . Il fait venit la Reine & l'oblige
de fe juftifier. Il la quitte enfuite pour
aller défendre fa ville contre les RoFEVRIER.
1774. 175
mains. La Reine avoue à fa confidente
le crime de fon amour.
ACTE II . Sophoniſbe eft effrayée du
bruit du combat . Elle apprend la mort
de Syphax fon époux , & le triomphe &
la clémence du jeune Maffiniffe . Elle fort
à la vue du vainqueur. Maffiniffe s'indi
gne de l'orgueil des Romains & de leur
domination . On lui donne le billet que
Sophoniſbe a écrit . La Reine vient lui
rendre hommage , & demander fon appui
contre la haine des Romains. Maffi
niffe veut qu'elle conferve l'honneur du
rang fuprême . Cependant Lelie , lieutenant
de Scipion , annonce que Sophoniſbe
doit être l'efclave de Rome.
ACTE III . Lelie ne déguiſe pas à Mafs
finiffe que c'eft au Sénat à régler fon deftin
& celui de Sophonisbe . Maffiniffe ne
peut contenir fa fureur. It fe prépare à
venger fon injure. Il unit fon fort à celui
de Sophonisbe , qui ne peut refuſer pour
époux fon vengeur & fon appui.
ACTE IV . Lélie donne des ordres pour
prévenir le complot que Maffiniffe a
formé de détruire les Romains . Maffiniſſe
eſt lui- même arrêté dans fon palais .
Scipion lui confirme que l'ordre du Sénat
eft de donner des fers à Sophonisbe . Maffi-
1
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
niffe demande feulement la liberté de
voir la Reine pour la dernière fois . Ce
Roi déplore fon fort , & abhorre la funefte
amitié des Romains. Dans ces momens
cruels ,Sophonisbe ranime le courage
de Maffiniffe . Ces deux malheureux époux
projettent d'enlever par leut mort la proie
que pourfuivent les Romains .
ACTE V. Scipion croit pouvoir fubjuguer
l'inconftance de Maffiniffe par la
fermeté jointe avec la clémence ; mais
Lélie craint l'amour & le défelpoir de ce
Numide . Il confeille au Conful de s'affu
rer de Sophonisbe. Phédime , confidente
de la Reine , dit à Scipion que bientôt
Sophonisbe va reconnoître en lui fon maître
& fon vainqueur . Maffiniffe lui même
vient offrir aux Romains leur victime
; mais au moment de livrer la Reine
il dit au Conful , en lui montrant Sophonisbe
étendue fur un lit avec un poignard
dans le fein .
Tiens , la voilà , perfide ! elle eft devant tes yeux.
La connois-tu ?
SCIPION.
Cruel !
SOPHONISBE à Maffiniffe.
Viens , que ta main chérie
FEVRIER. 1774. 177
Achève de m'ôter ce fardeau de la vie.
Digne époux , je meurs libre , & je meurs dans tes
bras.
MASSINIS SE .
Je vous la rends , Romains. Elle eſt à vous.
SCIPION.
Malheureux ! qu'as- tu fait ?
MASSINISSE.
Hélas!
Ses volontés , les miennes
Sur ces bras tout fanglants viens eflayer tes chaînes.
Approche , où font tes fers ?
LÉ LIE.
O fpectacle d'horreur !
MASSINISSE à Scipion.
Tu recules d'effroi ! Que devient ton grand coeur ?
Ilfe met entre Sophonisbe & les Romains.
Monftres qui par mes mains avez commis mon
crime ,
Allez au Capitole offrir votre victime.
Montrez à votre peuple , autour d'elle empreflé ,
Ce coeur , ce noble coeur que vous avez percé.
Jouis de ce triomphe. Es tu content , barbare ?
Tu le dois à mes foins , c'est moi qui le prépare.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Ai-je affez fatisfait ta trifte vanité ,
Et de tes jeux romains l'infame atrocité ?
Triomphe , Scipion : fi les Dieux qui m'entendent
Accordent les faveurs que les mourans demandent.
Si , devançant les temps , le grand voile du fort *
Se tire à nos regards au moment de la mort ,
Je vois dans l'avenir Sophonisbe vengée ,
Rome à son tour fanglante , à fon tour faccagée ,
Expiant dans fon fang fes triomphes affreux ,
Et les fers & l'opprobre accablant tes neveux .
Je vois vingt Nations de toi -même ignorées ,
Que le Nord vomira des mets hyperborées ,
Dans votre indigne fang vos temples renversés ;
Ces temples qu'Annibal a du moins menacés ;
Tous les vils defcendans des Catons , des Emiles ,
Aux fers des Etrangers tendant des bras ferviles ;
Ton Capitole en cendre , & tes Dieux pleins d'ef.
froi,
Détruits par des tyrans moins funeftes que toi.
Avant
que Rome
tombe
au gré de ma furie
,
Va mourir
oublié
, chaffé
de ta patrie
.
Je meurs , mais dans la mienne & c'eft en te bravant.
Le poifon que j'ai pris agit trop lentement.
* C'étoit une opinion reçue.
FEVRIER. 1774- 179
Ce fer que j'enfonçai dans le fein de ma femme *
Joint mon fang à ſon ſang , mon ame à ſa grande
ame.
Va , je ne veux pas même un tombeau de tes
mains.
•
La tragédie de Mairet eft fondée fur
une intrigue trop peu intéreffante . La
querelle d'un mari jaloux & d'une femme
infidelle eft déplacée dans cette pièce. Les
Rois Syphax & Maffiniffe font trop avilis
par leur foibleffe . Cependant M. de Vol.
taire a mis dans cette tragédie plus de
convenance ; il y a répandu des détails
très heureux ; il y a donné de l'intérêt
, & il a fait un tableau grand & vraiment
tragique de la mort de Sophonisbe .
Mais tout l'art de ce grand écrivain n'a
pu couvrir les défauts de Mairet , & donner
à Sophonisbe l'éclat & la perfection
que nous cherchons & que nous admirons
dans les chef- d'oeuvres de fon génie . Le
tôle de Sophonisbe a été bien joué par
Mde Veftris . M. Lekain a repréfenté
Maffiniffe , M. d'Alinval Syphax , M.
Molé Scipion , M. Brifard Lelie .
* Il tire le poignard du ſein de Sophonisbe ,
tombe auprès d'elle.
Fermer
380
p. 180
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens doivent donner incessamment la Rosière, comédie en [...]
Mots clefs :
Rosière, Comédie-Italienne, Début, Sr Demery, Acteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE .
LES Comédiens Italiens doivent donner
inceffamment la Rofière , comédie en
trois actes, mêlée d'ariettes dont la mufique
eft de M. Gretry.
DEBUT.
Le Sr Demery a debuté dans Tom Jones
, dans le Soldat Magicien , dans le
Déferteur , dans l'Amoureux de Quinze
ans , & dans plufieurs autres comédies ,
où il a rempli les rôles de baffe - taille . Il
a du feu , de l'habitude & de l'intelligence.
Sa figure & ſa voix font agréables.
Cet acteur a déjà paru il y a deux ans fur
ce théâtre ; il a beaucoup avancé ſon talent
par fon travail en Province ; il peut
fe rendre utile à la Comédie , & intéreffant
pour le Public , en étudiant & perfectionnant
fon jeu , & s'appliquant à
rendre la mufique avec jufteffe & précifion.
LES Comédiens Italiens doivent donner
inceffamment la Rofière , comédie en
trois actes, mêlée d'ariettes dont la mufique
eft de M. Gretry.
DEBUT.
Le Sr Demery a debuté dans Tom Jones
, dans le Soldat Magicien , dans le
Déferteur , dans l'Amoureux de Quinze
ans , & dans plufieurs autres comédies ,
où il a rempli les rôles de baffe - taille . Il
a du feu , de l'habitude & de l'intelligence.
Sa figure & ſa voix font agréables.
Cet acteur a déjà paru il y a deux ans fur
ce théâtre ; il a beaucoup avancé ſon talent
par fon travail en Province ; il peut
fe rendre utile à la Comédie , & intéreffant
pour le Public , en étudiant & perfectionnant
fon jeu , & s'appliquant à
rendre la mufique avec jufteffe & précifion.
Fermer
381
p. 65-67
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
Ernélinde qui fut reprise l'année dernière, à-peu-près à pareil temps, a toujours [...]
Mots clefs :
Rôle, Temps, M. Le Gros, Mlle Le Vasseur, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
Fermer
382
p. 67-69
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le succès des Barmécides a été celui de tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheureusement [...]
Mots clefs :
Tragédie, Couplets, Succès, Public, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
Le fuccès des Barmécides a été celui de
tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheu
reufement à combattre la prévention &
l'animofité. Conteſté d'abord, il a depuis
toujours été en croiffant. Cette Tragédie
à chaque repréſentation a été plus fuivie
& plus goutée , en même temps qu'elle
étoit mieux exécutée . Les Acteurs qui
avoient paru troublés à la première repréfentation
, ont repris toute leur force
& déployé tous leurs talens. On connoît ,
depuis long - temps , ceux de Mrs Brizard
& Molé . Je leur dois des remercimens
de leur zèle ; & l'énergie qu'ils ont
mife dans leur jeu a réuni les fuffrages du
public , dont l'expreffion ne pouvoit être
plus marquée : il n'a manqué à Mde. Veftris
qu'un meilleur rôle. A l'égard de M.
de Larive , celui d'Aaron lui fait le plus
grand honneur , & fera certainement une
des époques de fa réputation . Le talent
d'un Acteur ne fe manifefte jamais mieux
MERCURE
que
que dans les rôles nouveaux pour lefquels
il n'y a point de tradition.
La feptième repréfentation dont je viens
d'être témoin au moment où j'écris , auroit
fuffi feule pour me donner le courage
& la force qu'exige le pénible travail de la
révifion d'une Tragédie . Le public plus
nombreux qu'il ne l'avoit encore été , fembloit
par les applaudiffemens les plus vifs
& les plus multipliés , vouloir me confoler
des perfécutions odieufes que j'éprouve
depuis long -temps , & les complaintes , les
fatyres , les farces , &c. prouvent le fuccès
& ne le troublent pas.
Je faifis cette occafion de juftifier M.
Monvel , par un témoignage public , des
foupçons élevés contre lui au fujet des couplets
imprimés dans le Journal de Paris
deux jours après la première repréſentation
des Barmécides. Il m'a très-pofitivement
affuré qu'il n'en étoit point l'Auteur , &
m'a témoigné même le plus grand chagrin
qu'on l'en crut capable. En effet , un
pareil procédé ne s'accorderoit guère avec
fes talens & fes fuccès. Quant à M. Maurine
qui réclame ces couplets , je n'ai point
l'honneur de le connoître ; mais puifqu'il
nous annonce qu'il travaille à une Tragédie
, je le félicite d'être fi gai , & puifqu'il
nous apprend qu'il n'a que dix-fept ans ,
je le félicite de fes grandes connoiſſances ,
DE FRANCE. 69
de fes grandes entrepriſes , & fur-tout de
débuter fi noblement dans la carrière des
Lettres. Il me permet de chanfonner la
première Tragédie qu'il fera , parce que ,
dit-il , il ne fort rien de parfait de la main
des hommes. Je le félicite encore de fon extrême
modeſtie ; mais je lui promets fans
peine de ne jamais faire de couplets contre
les Tragédies. Il fe plaint que les fiens n'ont
pas été mis en entier dans le Journal de
Paris. I eft vrai qu'ils ont généralement
paru trop courts. Pour le dédommager de
cet excès de brièveté & de concifion , je
lui offrirois volontiers d'en inférer une nouvelle
édition dans le Mercure , fi je ne
craignois de faire un tort notable au Journal
de Paris à qui appartient de fondation
tout ce qu'on écrit contre moi , lettre , couplets
, épigramme , conte , allégorie , &c.
Enfin tout ce que ces Meffieurs impriment
journellement & toujours avec la décence ,
l'impartialité , la bonne foi , la justice dont
ils font profeffion , & dont perfonne ne
s'avifera jamais de douter.
FRANÇOISE.
Le fuccès des Barmécides a été celui de
tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheu
reufement à combattre la prévention &
l'animofité. Conteſté d'abord, il a depuis
toujours été en croiffant. Cette Tragédie
à chaque repréſentation a été plus fuivie
& plus goutée , en même temps qu'elle
étoit mieux exécutée . Les Acteurs qui
avoient paru troublés à la première repréfentation
, ont repris toute leur force
& déployé tous leurs talens. On connoît ,
depuis long - temps , ceux de Mrs Brizard
& Molé . Je leur dois des remercimens
de leur zèle ; & l'énergie qu'ils ont
mife dans leur jeu a réuni les fuffrages du
public , dont l'expreffion ne pouvoit être
plus marquée : il n'a manqué à Mde. Veftris
qu'un meilleur rôle. A l'égard de M.
de Larive , celui d'Aaron lui fait le plus
grand honneur , & fera certainement une
des époques de fa réputation . Le talent
d'un Acteur ne fe manifefte jamais mieux
MERCURE
que
que dans les rôles nouveaux pour lefquels
il n'y a point de tradition.
La feptième repréfentation dont je viens
d'être témoin au moment où j'écris , auroit
fuffi feule pour me donner le courage
& la force qu'exige le pénible travail de la
révifion d'une Tragédie . Le public plus
nombreux qu'il ne l'avoit encore été , fembloit
par les applaudiffemens les plus vifs
& les plus multipliés , vouloir me confoler
des perfécutions odieufes que j'éprouve
depuis long -temps , & les complaintes , les
fatyres , les farces , &c. prouvent le fuccès
& ne le troublent pas.
Je faifis cette occafion de juftifier M.
Monvel , par un témoignage public , des
foupçons élevés contre lui au fujet des couplets
imprimés dans le Journal de Paris
deux jours après la première repréſentation
des Barmécides. Il m'a très-pofitivement
affuré qu'il n'en étoit point l'Auteur , &
m'a témoigné même le plus grand chagrin
qu'on l'en crut capable. En effet , un
pareil procédé ne s'accorderoit guère avec
fes talens & fes fuccès. Quant à M. Maurine
qui réclame ces couplets , je n'ai point
l'honneur de le connoître ; mais puifqu'il
nous annonce qu'il travaille à une Tragédie
, je le félicite d'être fi gai , & puifqu'il
nous apprend qu'il n'a que dix-fept ans ,
je le félicite de fes grandes connoiſſances ,
DE FRANCE. 69
de fes grandes entrepriſes , & fur-tout de
débuter fi noblement dans la carrière des
Lettres. Il me permet de chanfonner la
première Tragédie qu'il fera , parce que ,
dit-il , il ne fort rien de parfait de la main
des hommes. Je le félicite encore de fon extrême
modeſtie ; mais je lui promets fans
peine de ne jamais faire de couplets contre
les Tragédies. Il fe plaint que les fiens n'ont
pas été mis en entier dans le Journal de
Paris. I eft vrai qu'ils ont généralement
paru trop courts. Pour le dédommager de
cet excès de brièveté & de concifion , je
lui offrirois volontiers d'en inférer une nouvelle
édition dans le Mercure , fi je ne
craignois de faire un tort notable au Journal
de Paris à qui appartient de fondation
tout ce qu'on écrit contre moi , lettre , couplets
, épigramme , conte , allégorie , &c.
Enfin tout ce que ces Meffieurs impriment
journellement & toujours avec la décence ,
l'impartialité , la bonne foi , la justice dont
ils font profeffion , & dont perfonne ne
s'avifera jamais de douter.
Fermer
383
p. 70
LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA HARPE.
Début :
Vous savez, Monsieur, que dans les premiers exemplaires du Mercure du 25 Juillet, on avoit [...]
Mots clefs :
Lettre, Anonyme, Alexandr Mikhailovitch Bieloselskii-Bieloserskii, Critique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA HARPE.
Lettre de M. Mar m on tu, à Al. d e l a Ha r p e.
A o u s Cavcx, Monfieur , que dans les premiers exemplaires du Mercure du l( Juillet , on avoir oublie de mettre la lettre initiale de mon nom au bas de l’extrait de l’ouvrage du Prince Bclofilski f fur la Muflque.
Quelques perlonnes m’en ont fait un reproche ; clics m’ont dit que c’étoit donner ou Cuivre un mauvais exemple ; que rien n’étoit plus dangereux dans la Littérature , comme dans la Société , que Pulagc de l’anonyme; qu’en fait de critique lur- tout, il feroit à fouhaiter que les Auteurs enflent toujours la frauchife & le courage de fc faire con- noitre; & , en effet, lorfqu’on ne veut dire que fon fentiment avec candeur , mais avec bientvance, fiir les productions des Lettres & des Arts > on ne peut guère avoir de bonnes raifons de fe cacher. L’anonyme eft un avantage dont un homme honnête n'aura jamais bcfbin. C’eft un moyen trop commode &. trop peu délicat de nuire impunément. Je vous prie donc , Mon fleur , de vouloir bien à l’avenir mettre mon nom au bas des articles que j'aurai J’honneur de vous adreffer.
J’ai celui d’être, avec le plus parfait attachement,
Monsieur,
Votre ttcs-humble & tres-obéiffant Serviteur,
Marmontu.
A o u s Cavcx, Monfieur , que dans les premiers exemplaires du Mercure du l( Juillet , on avoir oublie de mettre la lettre initiale de mon nom au bas de l’extrait de l’ouvrage du Prince Bclofilski f fur la Muflque.
Quelques perlonnes m’en ont fait un reproche ; clics m’ont dit que c’étoit donner ou Cuivre un mauvais exemple ; que rien n’étoit plus dangereux dans la Littérature , comme dans la Société , que Pulagc de l’anonyme; qu’en fait de critique lur- tout, il feroit à fouhaiter que les Auteurs enflent toujours la frauchife & le courage de fc faire con- noitre; & , en effet, lorfqu’on ne veut dire que fon fentiment avec candeur , mais avec bientvance, fiir les productions des Lettres & des Arts > on ne peut guère avoir de bonnes raifons de fe cacher. L’anonyme eft un avantage dont un homme honnête n'aura jamais bcfbin. C’eft un moyen trop commode &. trop peu délicat de nuire impunément. Je vous prie donc , Mon fleur , de vouloir bien à l’avenir mettre mon nom au bas des articles que j'aurai J’honneur de vous adreffer.
J’ai celui d’être, avec le plus parfait attachement,
Monsieur,
Votre ttcs-humble & tres-obéiffant Serviteur,
Marmontu.
Fermer
384
p. 156-161
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le Jeudi 3 Septembre, on a donné la première représentation de l'Impatient, Comédie [...]
Mots clefs :
L'Impatient, La Mère coquette, Damon, M. de Borchamp, Julie, Jeune homme, Oncle, Procès, Comédie-Française, Madame d'Érolle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le Jeudi 3 Septembre , on a donné la première
repréſentation de l'Impatient , Comédie
en un Acte & en vers libres.
-
Damon , jeune homme d'un caractère
vif , impatient , aime & veut époufer Julie ,
jeune veuve , fille de M. de Borchamp. II
preffe de toutes fes forces ce mariage ;
mais en même-tems il fe prépare à y renoncer
, fi la veuve ne confent point à finir
dans le jour. La Scène fe paffe dans une
maiſon occupée par Borchamp , par Julie
& par Damon. Il eft 9 heures du matin.
Damon , déjà vêtu comme un homme qui
va faire des vifites , eft furpris de ce qu'il
n'eft pas encore jour chez Julie . Il envoie
fon Valet de- Chambre à l'appartement de
fa Maîtreffe , demander s'il peut être introduit.
Sur ce que celui - ci lui apprend
qu'il n'eft pas encore poffible de parler à
Julie , Damon s'y rend lui - même , rencontre
les mêmes obftacles , & s'indigne
d'être obligé d'attendre. Enfin , Julie
paroît. Elle donne à fon Amant les affules
moins équivoques de fon
amour ; lui déclare que M. de Borrances
.
DE FRANCE. 157
champ ne prêtera l'oreille à fa demande
qu'après avoir terminé le procès exiſtant
entre lui & une Madame d'Érolle , pour
des bois voifins d'un Château appartenant
à cette Dame , & dont la propriété n'eft
pas bien établie. Elle lui repréfente que
fon oncle le Préfident étant très - intimement
lié avec le Rapporteur de cette affaire,
il peut, en preffant la conclufion du procès,
hâter le moment de leur mariage. Damon
promet de faire des démarches , & s'engage
même à apprendre de la bouche de
M. de Borchamp , les particularités qu'il
lui eft indifpenfable de connoître avant de
parler à fon oncle. Ce M. de Borchamp
eft un vieux Militaire , bavard , cauftique ,
grand faifeur de portraits. Il coupe à tout
moment fa narration par quelque hiftoire ,
quelques détails étrangers à fon affaire.
L'impatient Damon en perd toute retenue,
& confeille à fon futur beau-père de faire
brûler les bois , objet de la querelle , pour
trancher la difficulté. L'humeur que prend
M. de Borchamp à cette propofition , fait
rentrer le jeune-homme en lui-même ; &
pour arrêter les fuites que pourroit avoir
cette faillie de gaieté , Damon offre au
vieillard de le conduire à l'inftant chez
fon oncle. Borchamp y confent. Il va ,
pour cet effet , chercher dans fon appartement
des papiers néceffaires. Damon
confent à l'attendre un moment. Ce mo
158
MERCURE
ment lui paroît un fiècle. Il envoie fon
Valet- de - Chambre au - devant du bon →
homme , & bien- tôt il envoie un autre
Domestique. A leur retour , il les chaffe
tous deux. L'un en rit , l'autre en pleure.
Les deux Valets fortent & rentrent un
moment après. L'un d'eux apporte à fon
Maître l'état des objets qui ont été confiés
à fes fcins , & vient rendre compte
de fa conduite. Les détails dans lefquels
il entre , impatientent tellement Damon,
qu'il confent à garder les Domeſtiques pour
échapper à l'ennui d'écouter leurs comptes.
Enfin , après avoir encore attendu quelque
tems , il fort tout feul . Au moment même.
Julie arrive avec fon père. Celui - ci furieux
de trouver fi peu de bienféance dans les
actions du jeune- homme , & déjà prévenu
contre Damon , fort à fon tour , en en--
gageant fa fille à renoncer à un hymen qui
ne lui convient point. La veuve en gémit
On lui annonce que : fon Amant: lui demande
un nouvel entretien . Elle ne veut
point le voir encore , & lui fait dire de
Fattendre.. Nouvelles impatiences . Pendant
qu'il attend , il prend le parti d'écrire à
fon oncle , relativement au procès de Bor
champ. Son Notaire qu'il a fait prier des
venir le trouver , l'impatiente par fes avis ,
fon bavardage & fes perpétuels ricanemenst
enfin , il le quitte après avoir reçu de lui
l'ordre d'acheter , à quelque prix que ce
DE FRANCE. 159
foit , le Château de Madame d'Érolle , qui
eft en vente. Un Peintre arrive . C'est pour
Julie que Damon veut fe faire peindre
mais rien ne peut le fixer. Après une féance.
interrompue fans ceffe par les mouvemens
du modèle , il eft obligé de renoncer à fon
entrepriſe . Julie inftruite de la pétulance
de for Amant , lui reproche les torts qu'il
a , tant avec elle qu'avec fon père ; il en
convient , & fort pour les réparer. Bor
champ rentre . Dans fes courfes , il n'a
pas appris que Damon ait fait pour lui la
plus petite démarche ; fon humeur s'en accroît,
quand le jeune-homme accourt & lui.
remet une lettre de fon oncle. Cette lettre .
eft la réponſe à celle que le Spectateur a.
vu écrire. Damon n'en a lu que quelques :
mots. Il en a préfumé qu'elle étoit favorable
à fon futur beau père ; & c'eft dans.
cette idée qu'il s'empreffe de la lui remettre.
Borchamp la lit , & refte eonfondu. Julie
ne l'eft pas moins. La lettre de Damon à
fon oncle , a été écrite avec tant de précipitation
, qu'il s'y trouve des mots , des
demi - phrafes abfolument inintelligibles .
Les caractères en étoient fi embrouilles ,
que le Préfident a cru deviner que fon neveu
follicitoit pour Madame d'Erolle contre
M. de Borchamp , & s'eft comporté en
conféquence. Le bonhomme outré vent
abfolument rompre avec Damon , quand
160 MERCURE
le Notaire du jeune fou vient apprendre
au vieillard qu'on lui cède les bois , &
qu'on renonce à tout procès . Ce n'eft point
Madame d'Érolle qui a fait cette ceffion ,
c'est le nouvel acquéreur de fon Château.
Après quelques momens , Damon avoue
qu'il eft cet acquéreur ; & fur les inftances
de Julie , Borchamp , malgré tout ce qu'il
connoît du caractère de Damon , confent
à lui donner fa fille.
Cette Pièce a eu peu de fuccès , quoiqu'on
y ait applaudi des détails agréables .
On dit que l'Auteur eft jeune, M. Préville
a joué le rôle de Borchamp , M. Molé
celui de Damon , Mademoiſelle Doligni
celui de Julie , M., Dugazon celui du
Notaire, & M. Dazincourt celui du Peintre.
Les deux Valets ont été repréfentés par
MM. Augé & Bellemont , 1
Mademoiſelle Sainval l'aînée , après une
longue abfence , a reparu fur ce Théâtre
dans le rôle de Phèdre , & a été accueillie
avec enthouſiaſme , ainfi que dans celui de
Mérope , qu'elle a joué enfuite. La critique
peut reprocher fans doute des défauts à cette
iutéreffante Actrice , dans fes tons & dans fes
mouvemens , mais l'expreffion de fa fenfibilité
eft fi vraie , qu'elle entraîne le critique
même , & force tous les fuffrages . La nature
paroît avoit formé Mademoiſelle Sainyal à
peu-près comme Mademoiſelle Dumefnil ,
DE FRANCE. 161
pour être inégale en bien des endroits , & fublime
dans d'autres , & ce feroit une bien
mauvaife politique que de vouloir réduire
tous les talens à la meſure de l'art.
M. Molé a joué parfaitement le rôle
d'Hippolite , & c'eft une remarque à faire
que le même Acteur avoit joué quelques
jours auparavant avec un égal fuccès le rôle
d'Amoureux dans la Mère Coquette . Cette
flexibilité de talent eft un don bien précieux
de la nature.
Nous croyons devoir avertir ici , une fois
pour toutes , que lorfque nous ne citons pas
avec éloge tel Acteur ou telle Actrice , ce
n'eft point du tout une preuve qu'ils n'en
ayent pas mérité. On cite de préférence ce
qui eft remarquable , à quelques égards , &
ce qui peut fournir des réflexions fur l'art.
On craindroit , d'ailleurs , de tomber dans
des répétitions fatigantes ; & ce ne font
les Journaliſtes qui diſpenſent la gloire ,
c'eft le Public .
Le Jeudi 3 Septembre , on a donné la première
repréſentation de l'Impatient , Comédie
en un Acte & en vers libres.
-
Damon , jeune homme d'un caractère
vif , impatient , aime & veut époufer Julie ,
jeune veuve , fille de M. de Borchamp. II
preffe de toutes fes forces ce mariage ;
mais en même-tems il fe prépare à y renoncer
, fi la veuve ne confent point à finir
dans le jour. La Scène fe paffe dans une
maiſon occupée par Borchamp , par Julie
& par Damon. Il eft 9 heures du matin.
Damon , déjà vêtu comme un homme qui
va faire des vifites , eft furpris de ce qu'il
n'eft pas encore jour chez Julie . Il envoie
fon Valet de- Chambre à l'appartement de
fa Maîtreffe , demander s'il peut être introduit.
Sur ce que celui - ci lui apprend
qu'il n'eft pas encore poffible de parler à
Julie , Damon s'y rend lui - même , rencontre
les mêmes obftacles , & s'indigne
d'être obligé d'attendre. Enfin , Julie
paroît. Elle donne à fon Amant les affules
moins équivoques de fon
amour ; lui déclare que M. de Borrances
.
DE FRANCE. 157
champ ne prêtera l'oreille à fa demande
qu'après avoir terminé le procès exiſtant
entre lui & une Madame d'Érolle , pour
des bois voifins d'un Château appartenant
à cette Dame , & dont la propriété n'eft
pas bien établie. Elle lui repréfente que
fon oncle le Préfident étant très - intimement
lié avec le Rapporteur de cette affaire,
il peut, en preffant la conclufion du procès,
hâter le moment de leur mariage. Damon
promet de faire des démarches , & s'engage
même à apprendre de la bouche de
M. de Borchamp , les particularités qu'il
lui eft indifpenfable de connoître avant de
parler à fon oncle. Ce M. de Borchamp
eft un vieux Militaire , bavard , cauftique ,
grand faifeur de portraits. Il coupe à tout
moment fa narration par quelque hiftoire ,
quelques détails étrangers à fon affaire.
L'impatient Damon en perd toute retenue,
& confeille à fon futur beau-père de faire
brûler les bois , objet de la querelle , pour
trancher la difficulté. L'humeur que prend
M. de Borchamp à cette propofition , fait
rentrer le jeune-homme en lui-même ; &
pour arrêter les fuites que pourroit avoir
cette faillie de gaieté , Damon offre au
vieillard de le conduire à l'inftant chez
fon oncle. Borchamp y confent. Il va ,
pour cet effet , chercher dans fon appartement
des papiers néceffaires. Damon
confent à l'attendre un moment. Ce mo
158
MERCURE
ment lui paroît un fiècle. Il envoie fon
Valet- de - Chambre au - devant du bon →
homme , & bien- tôt il envoie un autre
Domestique. A leur retour , il les chaffe
tous deux. L'un en rit , l'autre en pleure.
Les deux Valets fortent & rentrent un
moment après. L'un d'eux apporte à fon
Maître l'état des objets qui ont été confiés
à fes fcins , & vient rendre compte
de fa conduite. Les détails dans lefquels
il entre , impatientent tellement Damon,
qu'il confent à garder les Domeſtiques pour
échapper à l'ennui d'écouter leurs comptes.
Enfin , après avoir encore attendu quelque
tems , il fort tout feul . Au moment même.
Julie arrive avec fon père. Celui - ci furieux
de trouver fi peu de bienféance dans les
actions du jeune- homme , & déjà prévenu
contre Damon , fort à fon tour , en en--
gageant fa fille à renoncer à un hymen qui
ne lui convient point. La veuve en gémit
On lui annonce que : fon Amant: lui demande
un nouvel entretien . Elle ne veut
point le voir encore , & lui fait dire de
Fattendre.. Nouvelles impatiences . Pendant
qu'il attend , il prend le parti d'écrire à
fon oncle , relativement au procès de Bor
champ. Son Notaire qu'il a fait prier des
venir le trouver , l'impatiente par fes avis ,
fon bavardage & fes perpétuels ricanemenst
enfin , il le quitte après avoir reçu de lui
l'ordre d'acheter , à quelque prix que ce
DE FRANCE. 159
foit , le Château de Madame d'Érolle , qui
eft en vente. Un Peintre arrive . C'est pour
Julie que Damon veut fe faire peindre
mais rien ne peut le fixer. Après une féance.
interrompue fans ceffe par les mouvemens
du modèle , il eft obligé de renoncer à fon
entrepriſe . Julie inftruite de la pétulance
de for Amant , lui reproche les torts qu'il
a , tant avec elle qu'avec fon père ; il en
convient , & fort pour les réparer. Bor
champ rentre . Dans fes courfes , il n'a
pas appris que Damon ait fait pour lui la
plus petite démarche ; fon humeur s'en accroît,
quand le jeune-homme accourt & lui.
remet une lettre de fon oncle. Cette lettre .
eft la réponſe à celle que le Spectateur a.
vu écrire. Damon n'en a lu que quelques :
mots. Il en a préfumé qu'elle étoit favorable
à fon futur beau père ; & c'eft dans.
cette idée qu'il s'empreffe de la lui remettre.
Borchamp la lit , & refte eonfondu. Julie
ne l'eft pas moins. La lettre de Damon à
fon oncle , a été écrite avec tant de précipitation
, qu'il s'y trouve des mots , des
demi - phrafes abfolument inintelligibles .
Les caractères en étoient fi embrouilles ,
que le Préfident a cru deviner que fon neveu
follicitoit pour Madame d'Erolle contre
M. de Borchamp , & s'eft comporté en
conféquence. Le bonhomme outré vent
abfolument rompre avec Damon , quand
160 MERCURE
le Notaire du jeune fou vient apprendre
au vieillard qu'on lui cède les bois , &
qu'on renonce à tout procès . Ce n'eft point
Madame d'Érolle qui a fait cette ceffion ,
c'est le nouvel acquéreur de fon Château.
Après quelques momens , Damon avoue
qu'il eft cet acquéreur ; & fur les inftances
de Julie , Borchamp , malgré tout ce qu'il
connoît du caractère de Damon , confent
à lui donner fa fille.
Cette Pièce a eu peu de fuccès , quoiqu'on
y ait applaudi des détails agréables .
On dit que l'Auteur eft jeune, M. Préville
a joué le rôle de Borchamp , M. Molé
celui de Damon , Mademoiſelle Doligni
celui de Julie , M., Dugazon celui du
Notaire, & M. Dazincourt celui du Peintre.
Les deux Valets ont été repréfentés par
MM. Augé & Bellemont , 1
Mademoiſelle Sainval l'aînée , après une
longue abfence , a reparu fur ce Théâtre
dans le rôle de Phèdre , & a été accueillie
avec enthouſiaſme , ainfi que dans celui de
Mérope , qu'elle a joué enfuite. La critique
peut reprocher fans doute des défauts à cette
iutéreffante Actrice , dans fes tons & dans fes
mouvemens , mais l'expreffion de fa fenfibilité
eft fi vraie , qu'elle entraîne le critique
même , & force tous les fuffrages . La nature
paroît avoit formé Mademoiſelle Sainyal à
peu-près comme Mademoiſelle Dumefnil ,
DE FRANCE. 161
pour être inégale en bien des endroits , & fublime
dans d'autres , & ce feroit une bien
mauvaife politique que de vouloir réduire
tous les talens à la meſure de l'art.
M. Molé a joué parfaitement le rôle
d'Hippolite , & c'eft une remarque à faire
que le même Acteur avoit joué quelques
jours auparavant avec un égal fuccès le rôle
d'Amoureux dans la Mère Coquette . Cette
flexibilité de talent eft un don bien précieux
de la nature.
Nous croyons devoir avertir ici , une fois
pour toutes , que lorfque nous ne citons pas
avec éloge tel Acteur ou telle Actrice , ce
n'eft point du tout une preuve qu'ils n'en
ayent pas mérité. On cite de préférence ce
qui eft remarquable , à quelques égards , &
ce qui peut fournir des réflexions fur l'art.
On craindroit , d'ailleurs , de tomber dans
des répétitions fatigantes ; & ce ne font
les Journaliſtes qui diſpenſent la gloire ,
c'eft le Public .
Fermer
Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'L'Impatient' est une comédie en un acte et en vers libres, présentée pour la première fois le 3 septembre. L'intrigue tourne autour de Damon, un jeune homme impatient, qui souhaite épouser Julie, la fille de M. de Borchamp. Damon doit attendre que M. de Borchamp règle un procès concernant des bois voisins d'un château appartenant à Madame d'Érolle. Julie suggère à Damon de solliciter son oncle, le Président, pour accélérer la procédure. Damon rencontre M. de Borchamp, un vieux militaire bavard et critique, qui retarde les démarches. Exaspéré, Damon propose de brûler les bois, ce qui irrite M. de Borchamp. Pour apaiser la situation, Damon propose de conduire M. de Borchamp chez son oncle. Cependant, les domestiques et le notaire de Damon, par leur lenteur et leur bavardage, exacerbent son impatience. Julie reproche à Damon ses comportements impatients. Finalement, Damon achète le château de Madame d'Érolle pour résoudre le conflit. Après des malentendus et des tensions, M. de Borchamp accepte de donner sa fille à Damon. La pièce a eu peu de succès malgré des détails appréciés. Les rôles principaux étaient interprétés par M. Préville, M. Molé, Mademoiselle Doligni, M. Dugazon et M. Dazincourt. Le texte mentionne également le retour de Mademoiselle Sainval sur scène après une longue absence, interprétant les rôles de Phèdre et de Mérope avec succès. Sa sensibilité est jugée authentique et convaincante. Elle est comparée à Mademoiselle Duménil pour sa nature inégale mais sublime. M. Molé a également été salué pour ses performances dans les rôles d'Hippolyte et d'Amoureux dans 'La Mère Coquette'. Le texte précise que l'absence de mention élogieuse d'un acteur ou d'une actrice ne signifie pas qu'ils n'ont pas mérité de louanges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
385
p. 294-302
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
On n'a point vu un concours plus nombreux de Spectateurs, qu'à la première représentation [...]
Mots clefs :
Castor, Chant, Télaïre, Acte, Amitié, Art, Intérêt, Opéra, Amour, Volupté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
,
ON
N n'a point vu un concours plus nombreux
de Spectateurs , qu'à la première repréſentation
de la repriſe de Caftor , le Dimanche
11 de ce mois. La réputation de
l'Ouvrage, regardé , dans fon enſemble
comme le chef- d'oeuvre de notre Spectacle
lyrique , & de ce qu'on nomme la mufique
Françoife , le degré d'attention & d'intérêt
que l'on apporte aujourd'hui aux compofitions
muſicales , augmenté par cette animofité
des partis , qui , dans les Arts , marque
toujours le moment d'une révolution , tout
redoubloit la curiofité du Public . Rien n'a
manqué à l'exécution . Tous les premiers Sujets
dans chaque partie ; MM . le Gros , Larrivée ,
Gelin ; Mlles le Vaffeur & Duplan ; MM.
Veftris & Gardel ; Mlles Heinel, Guimard ,
Dorival , Théodore & Cécile , ont réuni
leurs talens & leurs efforts pour honorer la
mémoire de Rameau : & les anciens AmaDE
FRANCE. 2295
>
reurs de l'Opéra François , étoient bien déterminés
à les feconder de toute leur force.
On connoît en ce genre , comme en beaucoup
d'autres , le pouvoir de l'habitude.
L'oreille a fes préjugés comme l'efprit. On
aime la mufique que l'on a aimée dans ſa
jeuneffe , & l'on ne renonce ni à fes opinions
, ni à fes plaifirs. Il entre même une
forte de patriotifme dans cet attachement ;
& il y a tel homme qui fe croit obligé
comme bon François , de défendre la mufique
Françoife. Qu'est- ce qui n'a pas été quelquefois
témoin de l'entoufiafme avec lequel
ces bons Patriotes rappellent les endroits où
les Lemaure , les Chaffe, & le célèbre Géliote,
étoient le plus applaudis ? Ce dernier ſi juſtement
admiré dans fon Art , & qui couvroit
de fon talent tous les défauts du chant
François , nous l'avons fouvent entendu citer
comme un modèle de goût & d'expreffion ,
dans ce morceau du cinquième Acte :
Je ne veux que la voir & l'adorer encore, &c,
L'Adminiſtrateur de l'Opéra , qui veut
éprouver tous les goûts , & tirer parti de leur
contradiction même, a donc bien fait de
remettre Caftor ; & ce n'étoit pas une choſe
indifférente que de voir une repréſentation
de cet Opéra, après les Ouvrages de M.
Gluck , le Roland de M. Piccini , & les
Bouffons. S'il eft permis de dire avec vérité
l'effet qu'a produit cette reprife , il nous a
paru médiocre. On a applaudi à la beauté
Niv
296 MERCURE
du Spectacle , à l'agrément & à la variété
des airs de danfe , fur -tout à deux choeurs
que les connoiffeurs admirent ; celui des
funérailles de Caftor , que tout gémille ; &
celui du quatrième Acte , aufeu du tonnerre
le feu des enfers , &c. Tous les deux font d'un
grand caractère & d'une énergie frappante.
Mlle le Vaffeur a chanté fupérieurement
l'air triftes apprêts , pâles flambeaux , qui
n'eft pas fans expreffion , quoique fa fimplicité
foit un peu monotone. Mais d'ailleurs
il ne paroît pas qu'on trouve aujourd'hui
beaucoup de charmes à l'uniformité du
chant des Scènes , à ce chant infipide &
criard , qui fait tant de bruit pour ne rien
exprimer , & qui fend les oreilles fans infpirer
d'autre intérêt que celui qu'on prend
à la fatigue de l'Acteur. Ces cris continuels
ont même excité de tems-en-tems des murmures;
& il faudra bien renoncer à la fin à
l'urlo Francéfe ( comme difent les Italiens ) ,
auquel ils ne peuvent pas plus réfifter qu'ils'
ne réfiftoient autrefois alla-furia Francéfe .
Il fuffit des fimples notions du bon fens ,
pour fentir le vice de ce heurlement éternel.
Le chant eft un langage convenu. Il
n'eft pas plus naturel de crier toujours en
chantant , qu'il ne l'eft de crier toujours en
parlant ou en déclamant. Pourquoi donc
pendant fi long - tems , la plupart de nos
Muficiens & de nos Chanteurs ont - ils fait
confifter leur principal mérite dans les cris ?
C'eft que les premiers ne connoiffoient guè
DE FRANCE. 297
res d'autres moyens d'expreffion , & que les
autres , dans le chant pauvre qu'on leur donnoit
à exécuter , ne voyoient guères d'autre
faculté à faire valoir que l'étendue de leur
voix; & c'eft alors que l'art de bien chanter
dût être le plus fouvent celui de crier bien
fort.
peut
Si l'on fe flatter de trouver des rapports
exacts , en paffant d'un Art à un autre.
( ce qui en général eft affez difficile ) , peutêtre
remarquera-t-on dans la déclamation les
mêmes défauts nés du même principe d'impuiffance.
Si un Acteur médiocre fe convulfionne,
pour ainfi dire , c'eft qu'il ne fait pas
fe paffionner; s'il heurle à tort & à travers,
c'eft qu'il ne fait pas parler. Il fe fent froid ,
& il crie pour paroître s'échauffer , quoiqu'il
foit très-prouvé par l'expérience , que ce qui .
produit le plus d'effet , ce ne font pas les
cris , c'eft un ton jufte , une inflexion vraie ;
c'eft cet accent de la nature que le grand-
Acteur faifit dans fon jeu , comme le Muficien
dans fa compofition. Il y a des rapports
réels entre tels fons & tels fentimens. C'eſt
à l'Artiſte à les trouver , & c'est ce que
Rouffeau appelle créer du chant.
Le Poëme de Castor paffe , avec raifon
pour être du très - petit nombre des bons
Opéras qu'on ait faits depuis Quinault. Son
plus grand mérite eft une marche rapide &
une difpofition favorable à la pompe & à la
variété des fpectacles que peut offrir ce
Théâtre lyrique , que l'on peut nommer le
Nv
298 MERCURE
Palais de l'Illufion. Tous les changemens de
Scènes font bien amenés. Les fêtes font bien
liées à l'action , & l'action eft intéreffante.
On a prétendu que cet intérêt étoit affoibli
par la facilité que montre Pollux à céder
Télaire à fon frère. On voudroit qu'il y eut
des combats. Cette critique eft mal fondée.
Le facrifice de Pollux n'eft point le fujet de
la Pièce. Il en eft le commencement & l'expofition.
Pollux , après avoir cédé Télaïre à
fon frère , qu'il perd un moment après ,
pourra-t-il le tirer des Enfers & le rejoindre
à Télaïre? Pourra- t-il jouir de cet héroïſme
de l'amitié fraternelle dans lequel il fait confifter
tout fon bonheur ? Cet héroïfme fléchira-
t-il les Dieux ? Caftor fera-t-il uni à
Télaïre ? Voilà le noeud de la Pièce. Il nous
paroît bien établi , bien foutenu juſqu'à la
fin; & la Scène du cinquième Acte , entre
Caftor & Télaïre , lorfque cet Amant retenu
malgré lui près de ſa Maîtreffe , craint d'avoir
paffe le moment fatal qui lui a été preſcrit
pour fon retour , lorfqu'il voit Télaire évanouie
de frayeur entre fes bras , au bruit du
tonnerre, & qu'il conjure les Dieux de
l'épargner ; cette Scène eft théâtrale & bien.
dialoguée . Tout cet intérêt , fans doute , eft
fondé fur la Mythologie ; mais l'Opéra eft le
pays des Fables,
Caftor eft d'ailleurs écrit avec élégance .
Il y a de beaux Vers. Ceux - ci , par exemple
, adreffés par Pollux aux Divinités de
POlympe :
DE FRANCE. 299
Je defcends aux Enfers pour oublier mes peines,
Et Caftor renaîtra pour goûter vos plaifirs.
Si l'on vouloit faire une critique plus jufte
de Caftor , on pourroit obferver qu'il eſt
queſtion dans le premier Acte , d'un Lyncée
rival de Caftor , & qui devient fon meurtrier
, fans que l'on dife un mot de cette rivalité
, ni que l'on fache ce qu'eft Lyncée.
Phæbé dit dans la première Scène :
Je puis difpofer des fureurs de Lyncée .
que
Difpofer des fureurs , n'eft pas une expreffion
bien correcte ; mais il faudroit fur-tout
être au fait de ce qui caufe ces fureurs.
C'eft peut - être encore un défaut les
Champs Élifées , dans le quatrième Acte ,
fuccèdent immédiatement à l'Enfer. Quoique
l'Opéra admette ces changemens fubits
de décoration , cependant lorfque le contrafte
eft fi frappant , l'illufion feroit mieux
ménagée , fi le changement de Scène n'avoit
lieu que dans l'entr'Acte.
On pourroit obferver auffi que l'on trouve
dans Caftor des traces affez marquées de
cette affectation & de cette recherche , qui
font les défauts ordinaires des autres productions
du même Auteur : par exemple ,
cet Hymne à l'amitié que le grand fuccès de
Caſtor a rendu célèbre , & qui a été ſouvent
cité, ne réſiſteroit pas à un examen réfléchi.
Préfent des Dieux , doux charme des Humains ,
O divine amitié! viens pénétrer nos âmes.
N vj
1300
MERCURE
Les coeurs éclairés de tes flammes ,
Avec des plaifirs purs , n'ont que des jours fereins.
C'eſt dans tes noeuds charmans que tout eft jouiſſance;
Le tems ajoute encore un luftre à ta beauté :
L'Amour te laiffe la conftance ;
Et tu ferois la volupté ,
Si l'homme avoit fon innocence.
Ce vers ,
L'Amour te laiffe la conftance ,
eft ce qu'il y a de mieux dans ce morceau.
Tout le refte eft foible ou faux . L'amitié n'a
point de flammes . C'eft ce que l'on diroit
de l'amour. M. de Voltaire s'eft exprimé
avec bien plus de jufteffe , lorfqu'il a dit en
parlant de l'amitié:
Touché de fa beauté nouvelle ,
Et de fa lumière éclairé , &c.
Il y a trop de fimplicité à dire qu'avec des
plaifirs purs on n'a que des jours fereins.
Cela eft trop vrai..
Et tu ferois la volupté ,>
Si l'homme avoit fon innocence.
Ċes deux derniers Vers ont un air de penſée
& de fineffe qui peut féduire ; mais en les
examinant avec attention , il eft impoffible
d'en pénétrer le fens. Dans quelque état
d'innocence que l'on fuppofe l'homme , quelque
idée qu'on attache à ce mot d'innocence
, enfin dans quelque fyftême que ce
DE FRANCE.
301
foit de Religion ou de Philofophie , jamais.
l'amitié ne peut être la volupté. La volupté
emporte néceffairement l'idée d'une jouiffance
phyfique ; & nous ne pouvons concevoir
la volupté morale que dans un ordre
de chofes furnaturelles.
Tout le monde connoît l'Art d'aimer qui
fit la réputation de Bernard , 30 ans avant
d'être imprimé , & qui en eut peu lorfqu'il
parut. Cet Ouvrage devoit être intitulé l'Art
de jouir. C'est la partie de fon fujet que
l'Auteur a le mieux traitée. Tout le moral
de l'amour , fi féduifant en peinture comme
en réalité , y eft preſque entièrement oublié;
& quoiqu'il y ait dans ce Poëme de très-jolis
Vers , des morceaux bien faits , cependant le ,
ſtyle en eft fouvent pénible & maniéré , & il
manque de facilité , de verve & d'intérêt.
Il y a quelques autres Poéfies du même
Auteur, dont la plupart font ingénieuſes &
écrites avec une précifion piquante . La plus
jolie eft l'Épître à Claudine , que tous les
Amateurs ont retenue . Mais il n'y en a guères
où l'on ne trouve de ces défauts de ſtyle
& de goût qui doivent être plus rares en ce
genre qu'en tout autre, parce qu'ils y font ,
moins excufables. Devroit - on trouver , par ,
exemple , dans une Ode à la Rofe , des Vers.
tels que ceux- ci :
Va, meurs fur le fein de Thémire ,
Qu'il foit ton Trône & ton tombeau.
Indépendamment de ton , ton , ton qui blef302
MERCURE
fent étrangement l'oreille , qu'eft- ce que le
Trône & le tombeau d'une Rofe ? Ce n'eft
pas là le naturel d'Anacréon.
Lorfque l'Art d'aimer fut publié pour la
première fois , l'Auteur que l'abus de fes
forces avoit fait vieillir avant le tems , étoit
déjà dans un état de foibleffe d'efprit qui ne
lui permit pas de s'appercevoir que fon
principal Ouvrage étoit refté au - deffous de
la réputation ; ainſi l'abſence de ſes facultés
fut encore pour lui une forte de bonheur.
Il ne fentoit pas cette perte , & il eût fenti
celles de l'amour- propre. Il vint à la dernière
repriſe de Caftor au Théâtre de Paris ;
& il répétoit de tems-en-tems : Le Roi eft-il
arrivé ? Le Roi eft- il content ? Madame de
P *** eft-elle contente ? Il croyoit toujours
être à Versailles . C'étoient les derniers rêves
d'un Poëte courtifan.
,
ON
N n'a point vu un concours plus nombreux
de Spectateurs , qu'à la première repréſentation
de la repriſe de Caftor , le Dimanche
11 de ce mois. La réputation de
l'Ouvrage, regardé , dans fon enſemble
comme le chef- d'oeuvre de notre Spectacle
lyrique , & de ce qu'on nomme la mufique
Françoife , le degré d'attention & d'intérêt
que l'on apporte aujourd'hui aux compofitions
muſicales , augmenté par cette animofité
des partis , qui , dans les Arts , marque
toujours le moment d'une révolution , tout
redoubloit la curiofité du Public . Rien n'a
manqué à l'exécution . Tous les premiers Sujets
dans chaque partie ; MM . le Gros , Larrivée ,
Gelin ; Mlles le Vaffeur & Duplan ; MM.
Veftris & Gardel ; Mlles Heinel, Guimard ,
Dorival , Théodore & Cécile , ont réuni
leurs talens & leurs efforts pour honorer la
mémoire de Rameau : & les anciens AmaDE
FRANCE. 2295
>
reurs de l'Opéra François , étoient bien déterminés
à les feconder de toute leur force.
On connoît en ce genre , comme en beaucoup
d'autres , le pouvoir de l'habitude.
L'oreille a fes préjugés comme l'efprit. On
aime la mufique que l'on a aimée dans ſa
jeuneffe , & l'on ne renonce ni à fes opinions
, ni à fes plaifirs. Il entre même une
forte de patriotifme dans cet attachement ;
& il y a tel homme qui fe croit obligé
comme bon François , de défendre la mufique
Françoife. Qu'est- ce qui n'a pas été quelquefois
témoin de l'entoufiafme avec lequel
ces bons Patriotes rappellent les endroits où
les Lemaure , les Chaffe, & le célèbre Géliote,
étoient le plus applaudis ? Ce dernier ſi juſtement
admiré dans fon Art , & qui couvroit
de fon talent tous les défauts du chant
François , nous l'avons fouvent entendu citer
comme un modèle de goût & d'expreffion ,
dans ce morceau du cinquième Acte :
Je ne veux que la voir & l'adorer encore, &c,
L'Adminiſtrateur de l'Opéra , qui veut
éprouver tous les goûts , & tirer parti de leur
contradiction même, a donc bien fait de
remettre Caftor ; & ce n'étoit pas une choſe
indifférente que de voir une repréſentation
de cet Opéra, après les Ouvrages de M.
Gluck , le Roland de M. Piccini , & les
Bouffons. S'il eft permis de dire avec vérité
l'effet qu'a produit cette reprife , il nous a
paru médiocre. On a applaudi à la beauté
Niv
296 MERCURE
du Spectacle , à l'agrément & à la variété
des airs de danfe , fur -tout à deux choeurs
que les connoiffeurs admirent ; celui des
funérailles de Caftor , que tout gémille ; &
celui du quatrième Acte , aufeu du tonnerre
le feu des enfers , &c. Tous les deux font d'un
grand caractère & d'une énergie frappante.
Mlle le Vaffeur a chanté fupérieurement
l'air triftes apprêts , pâles flambeaux , qui
n'eft pas fans expreffion , quoique fa fimplicité
foit un peu monotone. Mais d'ailleurs
il ne paroît pas qu'on trouve aujourd'hui
beaucoup de charmes à l'uniformité du
chant des Scènes , à ce chant infipide &
criard , qui fait tant de bruit pour ne rien
exprimer , & qui fend les oreilles fans infpirer
d'autre intérêt que celui qu'on prend
à la fatigue de l'Acteur. Ces cris continuels
ont même excité de tems-en-tems des murmures;
& il faudra bien renoncer à la fin à
l'urlo Francéfe ( comme difent les Italiens ) ,
auquel ils ne peuvent pas plus réfifter qu'ils'
ne réfiftoient autrefois alla-furia Francéfe .
Il fuffit des fimples notions du bon fens ,
pour fentir le vice de ce heurlement éternel.
Le chant eft un langage convenu. Il
n'eft pas plus naturel de crier toujours en
chantant , qu'il ne l'eft de crier toujours en
parlant ou en déclamant. Pourquoi donc
pendant fi long - tems , la plupart de nos
Muficiens & de nos Chanteurs ont - ils fait
confifter leur principal mérite dans les cris ?
C'eft que les premiers ne connoiffoient guè
DE FRANCE. 297
res d'autres moyens d'expreffion , & que les
autres , dans le chant pauvre qu'on leur donnoit
à exécuter , ne voyoient guères d'autre
faculté à faire valoir que l'étendue de leur
voix; & c'eft alors que l'art de bien chanter
dût être le plus fouvent celui de crier bien
fort.
peut
Si l'on fe flatter de trouver des rapports
exacts , en paffant d'un Art à un autre.
( ce qui en général eft affez difficile ) , peutêtre
remarquera-t-on dans la déclamation les
mêmes défauts nés du même principe d'impuiffance.
Si un Acteur médiocre fe convulfionne,
pour ainfi dire , c'eft qu'il ne fait pas
fe paffionner; s'il heurle à tort & à travers,
c'eft qu'il ne fait pas parler. Il fe fent froid ,
& il crie pour paroître s'échauffer , quoiqu'il
foit très-prouvé par l'expérience , que ce qui .
produit le plus d'effet , ce ne font pas les
cris , c'eft un ton jufte , une inflexion vraie ;
c'eft cet accent de la nature que le grand-
Acteur faifit dans fon jeu , comme le Muficien
dans fa compofition. Il y a des rapports
réels entre tels fons & tels fentimens. C'eſt
à l'Artiſte à les trouver , & c'est ce que
Rouffeau appelle créer du chant.
Le Poëme de Castor paffe , avec raifon
pour être du très - petit nombre des bons
Opéras qu'on ait faits depuis Quinault. Son
plus grand mérite eft une marche rapide &
une difpofition favorable à la pompe & à la
variété des fpectacles que peut offrir ce
Théâtre lyrique , que l'on peut nommer le
Nv
298 MERCURE
Palais de l'Illufion. Tous les changemens de
Scènes font bien amenés. Les fêtes font bien
liées à l'action , & l'action eft intéreffante.
On a prétendu que cet intérêt étoit affoibli
par la facilité que montre Pollux à céder
Télaire à fon frère. On voudroit qu'il y eut
des combats. Cette critique eft mal fondée.
Le facrifice de Pollux n'eft point le fujet de
la Pièce. Il en eft le commencement & l'expofition.
Pollux , après avoir cédé Télaïre à
fon frère , qu'il perd un moment après ,
pourra-t-il le tirer des Enfers & le rejoindre
à Télaïre? Pourra- t-il jouir de cet héroïſme
de l'amitié fraternelle dans lequel il fait confifter
tout fon bonheur ? Cet héroïfme fléchira-
t-il les Dieux ? Caftor fera-t-il uni à
Télaïre ? Voilà le noeud de la Pièce. Il nous
paroît bien établi , bien foutenu juſqu'à la
fin; & la Scène du cinquième Acte , entre
Caftor & Télaïre , lorfque cet Amant retenu
malgré lui près de ſa Maîtreffe , craint d'avoir
paffe le moment fatal qui lui a été preſcrit
pour fon retour , lorfqu'il voit Télaire évanouie
de frayeur entre fes bras , au bruit du
tonnerre, & qu'il conjure les Dieux de
l'épargner ; cette Scène eft théâtrale & bien.
dialoguée . Tout cet intérêt , fans doute , eft
fondé fur la Mythologie ; mais l'Opéra eft le
pays des Fables,
Caftor eft d'ailleurs écrit avec élégance .
Il y a de beaux Vers. Ceux - ci , par exemple
, adreffés par Pollux aux Divinités de
POlympe :
DE FRANCE. 299
Je defcends aux Enfers pour oublier mes peines,
Et Caftor renaîtra pour goûter vos plaifirs.
Si l'on vouloit faire une critique plus jufte
de Caftor , on pourroit obferver qu'il eſt
queſtion dans le premier Acte , d'un Lyncée
rival de Caftor , & qui devient fon meurtrier
, fans que l'on dife un mot de cette rivalité
, ni que l'on fache ce qu'eft Lyncée.
Phæbé dit dans la première Scène :
Je puis difpofer des fureurs de Lyncée .
que
Difpofer des fureurs , n'eft pas une expreffion
bien correcte ; mais il faudroit fur-tout
être au fait de ce qui caufe ces fureurs.
C'eft peut - être encore un défaut les
Champs Élifées , dans le quatrième Acte ,
fuccèdent immédiatement à l'Enfer. Quoique
l'Opéra admette ces changemens fubits
de décoration , cependant lorfque le contrafte
eft fi frappant , l'illufion feroit mieux
ménagée , fi le changement de Scène n'avoit
lieu que dans l'entr'Acte.
On pourroit obferver auffi que l'on trouve
dans Caftor des traces affez marquées de
cette affectation & de cette recherche , qui
font les défauts ordinaires des autres productions
du même Auteur : par exemple ,
cet Hymne à l'amitié que le grand fuccès de
Caſtor a rendu célèbre , & qui a été ſouvent
cité, ne réſiſteroit pas à un examen réfléchi.
Préfent des Dieux , doux charme des Humains ,
O divine amitié! viens pénétrer nos âmes.
N vj
1300
MERCURE
Les coeurs éclairés de tes flammes ,
Avec des plaifirs purs , n'ont que des jours fereins.
C'eſt dans tes noeuds charmans que tout eft jouiſſance;
Le tems ajoute encore un luftre à ta beauté :
L'Amour te laiffe la conftance ;
Et tu ferois la volupté ,
Si l'homme avoit fon innocence.
Ce vers ,
L'Amour te laiffe la conftance ,
eft ce qu'il y a de mieux dans ce morceau.
Tout le refte eft foible ou faux . L'amitié n'a
point de flammes . C'eft ce que l'on diroit
de l'amour. M. de Voltaire s'eft exprimé
avec bien plus de jufteffe , lorfqu'il a dit en
parlant de l'amitié:
Touché de fa beauté nouvelle ,
Et de fa lumière éclairé , &c.
Il y a trop de fimplicité à dire qu'avec des
plaifirs purs on n'a que des jours fereins.
Cela eft trop vrai..
Et tu ferois la volupté ,>
Si l'homme avoit fon innocence.
Ċes deux derniers Vers ont un air de penſée
& de fineffe qui peut féduire ; mais en les
examinant avec attention , il eft impoffible
d'en pénétrer le fens. Dans quelque état
d'innocence que l'on fuppofe l'homme , quelque
idée qu'on attache à ce mot d'innocence
, enfin dans quelque fyftême que ce
DE FRANCE.
301
foit de Religion ou de Philofophie , jamais.
l'amitié ne peut être la volupté. La volupté
emporte néceffairement l'idée d'une jouiffance
phyfique ; & nous ne pouvons concevoir
la volupté morale que dans un ordre
de chofes furnaturelles.
Tout le monde connoît l'Art d'aimer qui
fit la réputation de Bernard , 30 ans avant
d'être imprimé , & qui en eut peu lorfqu'il
parut. Cet Ouvrage devoit être intitulé l'Art
de jouir. C'est la partie de fon fujet que
l'Auteur a le mieux traitée. Tout le moral
de l'amour , fi féduifant en peinture comme
en réalité , y eft preſque entièrement oublié;
& quoiqu'il y ait dans ce Poëme de très-jolis
Vers , des morceaux bien faits , cependant le ,
ſtyle en eft fouvent pénible & maniéré , & il
manque de facilité , de verve & d'intérêt.
Il y a quelques autres Poéfies du même
Auteur, dont la plupart font ingénieuſes &
écrites avec une précifion piquante . La plus
jolie eft l'Épître à Claudine , que tous les
Amateurs ont retenue . Mais il n'y en a guères
où l'on ne trouve de ces défauts de ſtyle
& de goût qui doivent être plus rares en ce
genre qu'en tout autre, parce qu'ils y font ,
moins excufables. Devroit - on trouver , par ,
exemple , dans une Ode à la Rofe , des Vers.
tels que ceux- ci :
Va, meurs fur le fein de Thémire ,
Qu'il foit ton Trône & ton tombeau.
Indépendamment de ton , ton , ton qui blef302
MERCURE
fent étrangement l'oreille , qu'eft- ce que le
Trône & le tombeau d'une Rofe ? Ce n'eft
pas là le naturel d'Anacréon.
Lorfque l'Art d'aimer fut publié pour la
première fois , l'Auteur que l'abus de fes
forces avoit fait vieillir avant le tems , étoit
déjà dans un état de foibleffe d'efprit qui ne
lui permit pas de s'appercevoir que fon
principal Ouvrage étoit refté au - deffous de
la réputation ; ainſi l'abſence de ſes facultés
fut encore pour lui une forte de bonheur.
Il ne fentoit pas cette perte , & il eût fenti
celles de l'amour- propre. Il vint à la dernière
repriſe de Caftor au Théâtre de Paris ;
& il répétoit de tems-en-tems : Le Roi eft-il
arrivé ? Le Roi eft- il content ? Madame de
P *** eft-elle contente ? Il croyoit toujours
être à Versailles . C'étoient les derniers rêves
d'un Poëte courtifan.
Fermer
386
p. 302-306
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Le Lundi 12 de ce mois, on a donné à ce Théâtre la première représentation de la [...]
Mots clefs :
Thomas Réjoui, Mathurin, Colette, Jeune, Père, Fille, Maître d'hôtel, M. Desfontaines, La Chasse, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
Le Lundi 12 de ce mois , on a donné à ce
Théâtre la première repréfèntation de la
Chaffe , Comédie en trois Actes & en profe,
mêlée d'Arriettes , paroles de M. Desfontaines
, mufique de M. de S. Georges.
Rien de plus fimple que le fond de ce
petit Cuvrage. L'Auteur en a puifé l'idée
dans une Anecdote très - connue , & qui peut
rappeller aux François , ainfi que beaucoup
d'autres , combien ils doivent aimer leurs
DE FRANCE. 303
Maîtres ; mais il y a changé plufieurs circonftances.
Voici quelques détails de la Fable
de M. Desfontaines.
Colette , fille de Thomas Réjoui , Labouteur
, aime & eft aimée de Mathurin, jeune
Payfan qui demeure dans un Village voiſin
de celui qu'habite le père de Collette. Les
deux Amans fe voient tous les jours à l'infçu
de Thomas ; ils doivent cet avantage aux
foins de la foeur de Colette , très - jeune fille ;
qui protège leurs amours fans fe douter des
fuites que peut avoir fon imprudence , &
qui les dévoile à fon père avec auffi peu de
réflexion. Mathurin n'eft pas riche ; il n'ofe
faire connoître à Thomas , ni fon amour, ni
fes prétentions. Colette eft dans le même
embarras ; elle laiffe entrevoir à fon Amant
combien elle craint que fon père ne confente
pas à leur union . Son Amant la raffure.
Il lui propofe de fe trouver avec lui fur le
paffage du Seigneur du Village , de lui déclarer
leur amour , & de l'intéreffer à leur
fort. Il efpère tout de ſa bienfaiſance & de
fa générofité. Un bruit de cors fe fait entendre.
La Dame du lieu , fuivie de plufieurs
autres Dames qui l'accompagnent à ſa chaſſe,
vient au rendez-vous , apperçoit la jeune
Colette , celle- ci affecte de paffer indifféremment
pour aller porter à dîner à fon
père qui travaille dans les champs ; la Dame
l'arrête , la queftionne , & tout fe paffe
comme Mathurin l'avoit imaginé. Ce n'eſt
pas tout , curieuſe de connoître la nature du
304 MERCURE
repas que Colette porte à Thomas , la Marquife
a été touchée de le voir fi maigre ; en
conféquence , elle ordonne au jeune Paylan
d'aller dire à fon Maître-d'Hôtel d'apprêter
fur le champ un dîner capable de nourrir fix
perfonnes , & de le porter au Laboureur.
Pendant cette converfation , l'heure s'eft
écoulée. Thomas impatient a quitté les
champs pour venir chercher fon repas. Il ne
trouve point fa fille. Il projette de l'attendre,
& s'endort. Sur ces entrefaites , Mathurin
qui eft le filleul du Concierge du Château ,
revêt un habit de Ville , qu'on lui a prêté ;
il arrive avec le dîner , & le fait fervir aux
pieds de Thomas , qui ne tarde pas à ſe réveiller.
Surpris de trouver fi près de lui une
eſpèce de feſtin , il n'ofe y toucher , dans la
crainte que ce ne foit une halte préparée
pour le Seigneur. Petit à petit il s'enhardit
boit, mange , & eft bientôt encouragé par la
préſence de Mathurin qui fe dit Maîtred'Hôtel
de Monfeigneur , fuppofe une extrême
reffemblance entre lui & un jeune
Payfan nommé Mathurin , fait l'éloge de la
beauté de Colette , & amène infenfiblement
fon père à la lui propofer pour femme. Le
feint Maître-d'Hôtel accepte la propofition,
dans le cas où elle ne déplaira pas à Monfeigneur.
Thomas fe charge de la lui faire
agréer. Effectivement , au retour de la chaffe,
il préſente fa Requête au Marquis . Celui-ci
s'étonne de ce que fon vieux Maître- d'Hôtel
Dubois penfe à époufer une jeune Payſanne .
DE FRANCE. 3035
De fon côté, la Marquife ne fait que penfer .
de cet incident : elle foupçonne bientôt, fur
le récit de Thomas , que cette fcène eſt le
réſultat d'une efpiéglerie de Mathurin. Le
vieux Dubois arrive , tout s'explique , & le
Laboureur conſent à donner la fille à fon
Amant , après que le Seigneur a confenti à
lui donner en fupplément de dot la furvivance
du Maître-d'Hôtel..
On trouve dans ce petit Drame , du naturel
, de la gaieté , de jolis couplets , &
quelques Scènes plaifantes. En général , l'Ouvrage
eft un peu long , & l'effet de quelques
fituations eft fouvent affoibli par la longueur
des développemens. Réduite à deux
Actes , la Pièce feroit plus agréable , & l'intérêt
en feroit mieux fenti. Quoi qu'il en
foit , elle annonce de l'efprit , de la facilité,
& la connoiffance du Théâtre.
La mufique fait honneur aux talens du
Compofiteur. Elle a été fort goûtée & mérite
de l'être. C'eft le fecond effai dramatique de
M. de S. Georges ; il- eft infiniment fupérieur
au premier. Tout doit l'inviter à continuer
une carrière qui lui promet des fuccès.
Madame Trial a chanté le rôle de Colette
avec le goût que tout le monde lui connoît.
M. Clairval a déployé dans Mathurin fon
intelligence ordinaire. Le jeu & la voix de
M. Nainville ont plu également dans le rôle
de Thomas. M. Trial a mis un peu de charge
dans le perfonnage du vieux Dubois , mais
cette charge étoit plaifante. Les autres rôles
306 MERCURE
ont été joués par Meſdames Billioni & Beaupré,
& par M. Michu.
Le Lundi 12 de ce mois , on a donné à ce
Théâtre la première repréfèntation de la
Chaffe , Comédie en trois Actes & en profe,
mêlée d'Arriettes , paroles de M. Desfontaines
, mufique de M. de S. Georges.
Rien de plus fimple que le fond de ce
petit Cuvrage. L'Auteur en a puifé l'idée
dans une Anecdote très - connue , & qui peut
rappeller aux François , ainfi que beaucoup
d'autres , combien ils doivent aimer leurs
DE FRANCE. 303
Maîtres ; mais il y a changé plufieurs circonftances.
Voici quelques détails de la Fable
de M. Desfontaines.
Colette , fille de Thomas Réjoui , Labouteur
, aime & eft aimée de Mathurin, jeune
Payfan qui demeure dans un Village voiſin
de celui qu'habite le père de Collette. Les
deux Amans fe voient tous les jours à l'infçu
de Thomas ; ils doivent cet avantage aux
foins de la foeur de Colette , très - jeune fille ;
qui protège leurs amours fans fe douter des
fuites que peut avoir fon imprudence , &
qui les dévoile à fon père avec auffi peu de
réflexion. Mathurin n'eft pas riche ; il n'ofe
faire connoître à Thomas , ni fon amour, ni
fes prétentions. Colette eft dans le même
embarras ; elle laiffe entrevoir à fon Amant
combien elle craint que fon père ne confente
pas à leur union . Son Amant la raffure.
Il lui propofe de fe trouver avec lui fur le
paffage du Seigneur du Village , de lui déclarer
leur amour , & de l'intéreffer à leur
fort. Il efpère tout de ſa bienfaiſance & de
fa générofité. Un bruit de cors fe fait entendre.
La Dame du lieu , fuivie de plufieurs
autres Dames qui l'accompagnent à ſa chaſſe,
vient au rendez-vous , apperçoit la jeune
Colette , celle- ci affecte de paffer indifféremment
pour aller porter à dîner à fon
père qui travaille dans les champs ; la Dame
l'arrête , la queftionne , & tout fe paffe
comme Mathurin l'avoit imaginé. Ce n'eſt
pas tout , curieuſe de connoître la nature du
304 MERCURE
repas que Colette porte à Thomas , la Marquife
a été touchée de le voir fi maigre ; en
conféquence , elle ordonne au jeune Paylan
d'aller dire à fon Maître-d'Hôtel d'apprêter
fur le champ un dîner capable de nourrir fix
perfonnes , & de le porter au Laboureur.
Pendant cette converfation , l'heure s'eft
écoulée. Thomas impatient a quitté les
champs pour venir chercher fon repas. Il ne
trouve point fa fille. Il projette de l'attendre,
& s'endort. Sur ces entrefaites , Mathurin
qui eft le filleul du Concierge du Château ,
revêt un habit de Ville , qu'on lui a prêté ;
il arrive avec le dîner , & le fait fervir aux
pieds de Thomas , qui ne tarde pas à ſe réveiller.
Surpris de trouver fi près de lui une
eſpèce de feſtin , il n'ofe y toucher , dans la
crainte que ce ne foit une halte préparée
pour le Seigneur. Petit à petit il s'enhardit
boit, mange , & eft bientôt encouragé par la
préſence de Mathurin qui fe dit Maîtred'Hôtel
de Monfeigneur , fuppofe une extrême
reffemblance entre lui & un jeune
Payfan nommé Mathurin , fait l'éloge de la
beauté de Colette , & amène infenfiblement
fon père à la lui propofer pour femme. Le
feint Maître-d'Hôtel accepte la propofition,
dans le cas où elle ne déplaira pas à Monfeigneur.
Thomas fe charge de la lui faire
agréer. Effectivement , au retour de la chaffe,
il préſente fa Requête au Marquis . Celui-ci
s'étonne de ce que fon vieux Maître- d'Hôtel
Dubois penfe à époufer une jeune Payſanne .
DE FRANCE. 3035
De fon côté, la Marquife ne fait que penfer .
de cet incident : elle foupçonne bientôt, fur
le récit de Thomas , que cette fcène eſt le
réſultat d'une efpiéglerie de Mathurin. Le
vieux Dubois arrive , tout s'explique , & le
Laboureur conſent à donner la fille à fon
Amant , après que le Seigneur a confenti à
lui donner en fupplément de dot la furvivance
du Maître-d'Hôtel..
On trouve dans ce petit Drame , du naturel
, de la gaieté , de jolis couplets , &
quelques Scènes plaifantes. En général , l'Ouvrage
eft un peu long , & l'effet de quelques
fituations eft fouvent affoibli par la longueur
des développemens. Réduite à deux
Actes , la Pièce feroit plus agréable , & l'intérêt
en feroit mieux fenti. Quoi qu'il en
foit , elle annonce de l'efprit , de la facilité,
& la connoiffance du Théâtre.
La mufique fait honneur aux talens du
Compofiteur. Elle a été fort goûtée & mérite
de l'être. C'eft le fecond effai dramatique de
M. de S. Georges ; il- eft infiniment fupérieur
au premier. Tout doit l'inviter à continuer
une carrière qui lui promet des fuccès.
Madame Trial a chanté le rôle de Colette
avec le goût que tout le monde lui connoît.
M. Clairval a déployé dans Mathurin fon
intelligence ordinaire. Le jeu & la voix de
M. Nainville ont plu également dans le rôle
de Thomas. M. Trial a mis un peu de charge
dans le perfonnage du vieux Dubois , mais
cette charge étoit plaifante. Les autres rôles
306 MERCURE
ont été joués par Meſdames Billioni & Beaupré,
& par M. Michu.
Fermer
387
p. 294-296
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
A l'instant où nous écrivons cet article, on n'a encore donné qu'une représentation [...]
Mots clefs :
Rôle, Public, Comédien, Acteur, Jardinière, Talent, Spectacle, Pasquale Anfossi, Costanza Baglioni, Tumulte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
A L'INSTANT où nous écrivons cet article ,
on n'a encore donné qu'une repréſentation
de la Finta Giardiniera , ou la Jardinière
Suppofee , Opéra Bouffon en trois Actes ,
Mufique del Signor Anfoffi. Elle a été donnée
le Jeudi 12 de ce mois. Nous n'en parlons
ici que pour fatisfaire , autant qu'il eſt en
nous, la curiofité de nos Lecteurs. Une Cantatrice
s'étoit propofé de chanter une fois
feulement le rôle de la Jardinière . Elle cut
le malheur de déplaire au Public , qui l'interrompit
au milieu du premier Acte , &
appela à grands cris la Signora Conftanza
Baglioni. Cette Adrice fe trouvoit à l'amphithéâtre,
& fa préfence ne fit qu'augmenter
le tumulte. Elle fut obligée de céder aux
voeux du Public , & continua le rôle.
que
Qu'on nous permette de faire ici une obfervation.
Il nous femble l'habitude que
quelques Comédiens ont contractée de fe
placer fous les yeux du Public , pour être
témoins des effais de ceux qui débutent
dans leurs emplois , entraîne après elle des
inconvéniens. Elle nous paroît préjudiciable
à l'Acteur qui débute , à celui dont le talent
DE FRANCE. 295
fait l'objet de comparaifon, à la tranquillite,
à la décence du fpectacle ; & , par une fuite
néceffaire , à l'effet de la repréfentation . Si
le débutant n'a qu'un talent médiocre , la préfence
de l'Acteur aimé rend plus infupportable
la médiocrité du premier. Si dans le nombre
des mécontens un feul ofe élever la voix,
le refte des fpectateurs fuit bientôt fon exemple
: de -là , une Scène femblable à celle dont
nous venons de rendre compte , & un furcroît
d'humiliation pour le fujet malheureux
qui avoit déjà encouru la difgrâce du Public.
Si au contraire le Comédien qui débute annonce
un talent fupérieur à celui de l'Acteur
connu , difons plus , s'il eft feulement doué
de quelques uns de ces moyens de féduction
qui emportent au premier moment les fuffrages,
la troupe enthoufiafte des protecteurs
ne manque pas defaire du triomphe de l'un un
motif de reproche pour l'autre. Tous les yeux
fetournent fur le Comédien qui obferve; c'eſt
à lui que vont s'adreffer les éloges qu'on croit
devoir au débutant. On les prodigue aveć
d'autant plus de profufion , qu'on fe fait une
joie maligne de relever la fupériorité qu'on
accorde fur lui , au Comédien devenu l'objet
de la préférence publique. Que cette préférence
foit fondée , ou qu'elle ne le foit
pas , l'Acteur ancien n'en éprouve pas un
chagrin moins réel , & le fpectacle n'en perd
pas moins de fa tranquillité. Nous fommes
éloignés de croire qu'un Comédien ne doive
Niv
296 MERCURE
jamais fe montrer publiquement au fpectacle
dont il eft membre , mais nous penfons
que ce n'eft pas dans une circonftance
pareille à celle dont nous parlons , qu'il doit
y paroître. Cette obfervation nous a été
infpirée par des événemens dont nous avons
été témoins , & nous la foumettons au jugement
des gens fages.
Le tumulte dont nous venons de parler, a
détruit l'effet du premier Acte de la Jardinière
; les deux autres ont été mieux entendus
; mais la nature de la voix de la débutante
ayant forcé de baiffer le rôle d'un ton
& demi , & l'organe de la Signora Conftanza
exigeant un autre diapafon , il faut attendre
une feconde repréſentation pour parler
de ce rôle . La Signora Rofina a très -bien
chanté le rôle d'Armanda. Le Signor Caribaldi
a rempli celui du Contino Belfiore ,
avec le goût & la fupériorité que le Public
lui connoît. Le rôle de Dom Anchiſe a été
chanté & joué par le Signor Gherardi , dont
le jeu naturel & vraiment comique , ajoute
tous les jours à l'idée avantageufe que le
Public a conçue de fes talens. .
Nous donnerons fur la Mufique des détails
plus étendus dans notre prochain
N°. En attendant nous pouvons affurer
qu'elle ne fera pas moins d'honneur au
Signor Anfoffi , que les autres ouvrages que
nous connoiffons déjà de ce célèbre Compofiteur.
A L'INSTANT où nous écrivons cet article ,
on n'a encore donné qu'une repréſentation
de la Finta Giardiniera , ou la Jardinière
Suppofee , Opéra Bouffon en trois Actes ,
Mufique del Signor Anfoffi. Elle a été donnée
le Jeudi 12 de ce mois. Nous n'en parlons
ici que pour fatisfaire , autant qu'il eſt en
nous, la curiofité de nos Lecteurs. Une Cantatrice
s'étoit propofé de chanter une fois
feulement le rôle de la Jardinière . Elle cut
le malheur de déplaire au Public , qui l'interrompit
au milieu du premier Acte , &
appela à grands cris la Signora Conftanza
Baglioni. Cette Adrice fe trouvoit à l'amphithéâtre,
& fa préfence ne fit qu'augmenter
le tumulte. Elle fut obligée de céder aux
voeux du Public , & continua le rôle.
que
Qu'on nous permette de faire ici une obfervation.
Il nous femble l'habitude que
quelques Comédiens ont contractée de fe
placer fous les yeux du Public , pour être
témoins des effais de ceux qui débutent
dans leurs emplois , entraîne après elle des
inconvéniens. Elle nous paroît préjudiciable
à l'Acteur qui débute , à celui dont le talent
DE FRANCE. 295
fait l'objet de comparaifon, à la tranquillite,
à la décence du fpectacle ; & , par une fuite
néceffaire , à l'effet de la repréfentation . Si
le débutant n'a qu'un talent médiocre , la préfence
de l'Acteur aimé rend plus infupportable
la médiocrité du premier. Si dans le nombre
des mécontens un feul ofe élever la voix,
le refte des fpectateurs fuit bientôt fon exemple
: de -là , une Scène femblable à celle dont
nous venons de rendre compte , & un furcroît
d'humiliation pour le fujet malheureux
qui avoit déjà encouru la difgrâce du Public.
Si au contraire le Comédien qui débute annonce
un talent fupérieur à celui de l'Acteur
connu , difons plus , s'il eft feulement doué
de quelques uns de ces moyens de féduction
qui emportent au premier moment les fuffrages,
la troupe enthoufiafte des protecteurs
ne manque pas defaire du triomphe de l'un un
motif de reproche pour l'autre. Tous les yeux
fetournent fur le Comédien qui obferve; c'eſt
à lui que vont s'adreffer les éloges qu'on croit
devoir au débutant. On les prodigue aveć
d'autant plus de profufion , qu'on fe fait une
joie maligne de relever la fupériorité qu'on
accorde fur lui , au Comédien devenu l'objet
de la préférence publique. Que cette préférence
foit fondée , ou qu'elle ne le foit
pas , l'Acteur ancien n'en éprouve pas un
chagrin moins réel , & le fpectacle n'en perd
pas moins de fa tranquillité. Nous fommes
éloignés de croire qu'un Comédien ne doive
Niv
296 MERCURE
jamais fe montrer publiquement au fpectacle
dont il eft membre , mais nous penfons
que ce n'eft pas dans une circonftance
pareille à celle dont nous parlons , qu'il doit
y paroître. Cette obfervation nous a été
infpirée par des événemens dont nous avons
été témoins , & nous la foumettons au jugement
des gens fages.
Le tumulte dont nous venons de parler, a
détruit l'effet du premier Acte de la Jardinière
; les deux autres ont été mieux entendus
; mais la nature de la voix de la débutante
ayant forcé de baiffer le rôle d'un ton
& demi , & l'organe de la Signora Conftanza
exigeant un autre diapafon , il faut attendre
une feconde repréſentation pour parler
de ce rôle . La Signora Rofina a très -bien
chanté le rôle d'Armanda. Le Signor Caribaldi
a rempli celui du Contino Belfiore ,
avec le goût & la fupériorité que le Public
lui connoît. Le rôle de Dom Anchiſe a été
chanté & joué par le Signor Gherardi , dont
le jeu naturel & vraiment comique , ajoute
tous les jours à l'idée avantageufe que le
Public a conçue de fes talens. .
Nous donnerons fur la Mufique des détails
plus étendus dans notre prochain
N°. En attendant nous pouvons affurer
qu'elle ne fera pas moins d'honneur au
Signor Anfoffi , que les autres ouvrages que
nous connoiffons déjà de ce célèbre Compofiteur.
Fermer
388
p. 297-299
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
On va jouer à ce théâtre les deux nouvelles Comédies de M. Dorat, que nous avons [...]
Mots clefs :
Rôle, Jouer, Expression, Mademoiselle Saint-Val aînée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
ON vájouer à ce théâtre les deux nouvelles
Comédies de M. Dorat , que nous avons
annoncées il y a quelque temps ; mais l'epoque
régulière où ce Journal doit paroître ,
ne nous permet d'en parler que dans le numéro
prochain. En attendant nous ne pouvons
que rendre compte de la reprefentation
de quelques-unes des Pièces qui ont été
mifes fucceffivemenr fur la Scène. M. Brifard
a joué , avec le plus grand fuccès , le rôle de
Mithridate dans la Tragedie de ce nom. On
fait qu'il a fait une etude particulière de ce
rôle , & qu'il y a mis des détails d'action
qu'aucun de fes prédeceffeurs n'avoit hafardés
, & qui ajoutent au caractère & à
l'expreflion du perfonnage . Mde Veſtris a
joué Monime avec la décence , la douleur
noble & modefte , & la fenfibilité réfléchie
qui conviennent à cette Princeffe. Le talent
de cette Actrice confifte principalement
dans une intelligence fupérieure qui faifit
toutes les nuances d'un caractère , & embraffe
tout l'enſemble d'un rôle , fans en négliger
aucune partie. Sa fenfibilité n'eft jamais
exagérée , & ne fe manifefte point pat
des éclats ni par des mouvemens défagréables.
Elle reçu les plus grands applaudiffemens
N v
298 MERCUREdans
le rôle de Roxane , fur - tout dans le
monologue du quatrième Acte , qu'elle
a rendu avec l'expreflion la plus énergique.
Elle n'a pas paru moins belle dans le cinquième
Acte d'Inès , où le pathétique de ſon
jeu étoit égal à celui de la fituation .
-
de
Mademoiſelle Sainval l'aînée a joué fucceffivement
les rôles de Cléopâtre ,
Phèdre , de Mérope , de Clitemneftre , de
Jocafte , & c. c'eft dans celui de Mérope
qu'elle a réuni le plus de fuffrages . Dans
les trois autres , les inégalités de fon jeu ont
été plus fenties . Entraînée par un feu qu'elle
ne règle pas affez , elle oublie quelquefois
qu'il faut paroitre Reine en même temps
que mère , & que le pathétique ne doit
jamais exclure ni les convenances locales ,
ni les bienféances du rang & du fexe . Peutêtre
aurions - nous été tentés de rappeler
quelques uns des endroits où elle imite
Mademoiſelle Duménil , & ceux où elle s'en
écarte ; mais inftruits par l'expérience que
dans ces fortes de comparaifons , qui n'ont
pour but que l'encouragement , le progrès &
l'inftruction du talent , on ne manque jamais
de nous fuppofer très-gratuitement des intentions
toutes différentes , nous nous abftiendrons
de ces parallèles dangereux.
-
M. de la Rive a été applaudi avec juftice
dans le rôle d'Achille , & Mademoiſelle
Sainval cadette dans celui d'Iphigénie . Le
DE FRANCE. 299
premier , dont les efforts & les progrès lui
concilient de plus en plus la faveur du public
, n'a pas été moins accueilli dans OEdipe
& dans Anthiocus , qu'il a joué avec beaucoup
de chaleur.
,
M. Molé , après une abfence de quinze
jours , a reparu dans le rôle du Mifantrope ,
où il a été reçu avec les acclamations les
plus flatteufes. Quoique l'austérité de ce
perfonnage femble un peu étrangère à la
figure & aux grâces naturelles de cet Acteur ,
cependant la facilité qu'il a de fe plier à
tous les tons lui a fait furmonter tous
les obftacles. Il a fait fur-tout le plus grand
plaifir dans la fcène du quatrième Acte.
Madame Molé a été applaudie dans le rôle
de Célinène , qui a été très - bien rendu.
M. Fleuri , qui jouoit le rôle d'Acafte , dont
M. Molé étoit chargé auparavant , y a pafu
très agréable au public , malgré le danger de
la comparaifon.
ON vájouer à ce théâtre les deux nouvelles
Comédies de M. Dorat , que nous avons
annoncées il y a quelque temps ; mais l'epoque
régulière où ce Journal doit paroître ,
ne nous permet d'en parler que dans le numéro
prochain. En attendant nous ne pouvons
que rendre compte de la reprefentation
de quelques-unes des Pièces qui ont été
mifes fucceffivemenr fur la Scène. M. Brifard
a joué , avec le plus grand fuccès , le rôle de
Mithridate dans la Tragedie de ce nom. On
fait qu'il a fait une etude particulière de ce
rôle , & qu'il y a mis des détails d'action
qu'aucun de fes prédeceffeurs n'avoit hafardés
, & qui ajoutent au caractère & à
l'expreflion du perfonnage . Mde Veſtris a
joué Monime avec la décence , la douleur
noble & modefte , & la fenfibilité réfléchie
qui conviennent à cette Princeffe. Le talent
de cette Actrice confifte principalement
dans une intelligence fupérieure qui faifit
toutes les nuances d'un caractère , & embraffe
tout l'enſemble d'un rôle , fans en négliger
aucune partie. Sa fenfibilité n'eft jamais
exagérée , & ne fe manifefte point pat
des éclats ni par des mouvemens défagréables.
Elle reçu les plus grands applaudiffemens
N v
298 MERCUREdans
le rôle de Roxane , fur - tout dans le
monologue du quatrième Acte , qu'elle
a rendu avec l'expreflion la plus énergique.
Elle n'a pas paru moins belle dans le cinquième
Acte d'Inès , où le pathétique de ſon
jeu étoit égal à celui de la fituation .
-
de
Mademoiſelle Sainval l'aînée a joué fucceffivement
les rôles de Cléopâtre ,
Phèdre , de Mérope , de Clitemneftre , de
Jocafte , & c. c'eft dans celui de Mérope
qu'elle a réuni le plus de fuffrages . Dans
les trois autres , les inégalités de fon jeu ont
été plus fenties . Entraînée par un feu qu'elle
ne règle pas affez , elle oublie quelquefois
qu'il faut paroitre Reine en même temps
que mère , & que le pathétique ne doit
jamais exclure ni les convenances locales ,
ni les bienféances du rang & du fexe . Peutêtre
aurions - nous été tentés de rappeler
quelques uns des endroits où elle imite
Mademoiſelle Duménil , & ceux où elle s'en
écarte ; mais inftruits par l'expérience que
dans ces fortes de comparaifons , qui n'ont
pour but que l'encouragement , le progrès &
l'inftruction du talent , on ne manque jamais
de nous fuppofer très-gratuitement des intentions
toutes différentes , nous nous abftiendrons
de ces parallèles dangereux.
-
M. de la Rive a été applaudi avec juftice
dans le rôle d'Achille , & Mademoiſelle
Sainval cadette dans celui d'Iphigénie . Le
DE FRANCE. 299
premier , dont les efforts & les progrès lui
concilient de plus en plus la faveur du public
, n'a pas été moins accueilli dans OEdipe
& dans Anthiocus , qu'il a joué avec beaucoup
de chaleur.
,
M. Molé , après une abfence de quinze
jours , a reparu dans le rôle du Mifantrope ,
où il a été reçu avec les acclamations les
plus flatteufes. Quoique l'austérité de ce
perfonnage femble un peu étrangère à la
figure & aux grâces naturelles de cet Acteur ,
cependant la facilité qu'il a de fe plier à
tous les tons lui a fait furmonter tous
les obftacles. Il a fait fur-tout le plus grand
plaifir dans la fcène du quatrième Acte.
Madame Molé a été applaudie dans le rôle
de Célinène , qui a été très - bien rendu.
M. Fleuri , qui jouoit le rôle d'Acafte , dont
M. Molé étoit chargé auparavant , y a pafu
très agréable au public , malgré le danger de
la comparaifon.
Fermer
389
p. 299-300
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Les corrections faites au nouvel Opéra-Comique dont nous avons parlé dans notre [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Savetier, Fille, Financier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES corrections faites au nouvel Opéra-
Comique dont nous avons parlé dans notre
dernière Feuille , n'ont point fait revenir le
public fur le jugement qu'il en avoit porté.
Nous n'avons point donné d'analyfe de cette
Comédie , nous ne croyons pas devoir en
N vj
300 MERCURE
faire une. C'est tout fimplement la Fable
de la Fontaine . L'Auteur a feulement donné
au Savetier une fille , qu'il appelle Juſtine.
Cette petite fille eft aimée par un M. George,
neveu de la Femme-de -Charge du Financier.
Quand M. Grégoire le Savetier a rendu à M.
de Ferlife le Financier , les 1200 liv. qu'il
en avoit reçues , à condition de ne plus .
l'étourdir par fa bruyante gaité , ce dernier
fait préfent de la fomme aux jeunes amans
& fait confentir leurs parens à les unir.
On prépare à ce Théâtre plufieurs nouveautés.
LES corrections faites au nouvel Opéra-
Comique dont nous avons parlé dans notre
dernière Feuille , n'ont point fait revenir le
public fur le jugement qu'il en avoit porté.
Nous n'avons point donné d'analyfe de cette
Comédie , nous ne croyons pas devoir en
N vj
300 MERCURE
faire une. C'est tout fimplement la Fable
de la Fontaine . L'Auteur a feulement donné
au Savetier une fille , qu'il appelle Juſtine.
Cette petite fille eft aimée par un M. George,
neveu de la Femme-de -Charge du Financier.
Quand M. Grégoire le Savetier a rendu à M.
de Ferlife le Financier , les 1200 liv. qu'il
en avoit reçues , à condition de ne plus .
l'étourdir par fa bruyante gaité , ce dernier
fait préfent de la fomme aux jeunes amans
& fait confentir leurs parens à les unir.
On prépare à ce Théâtre plufieurs nouveautés.
Fermer
390
p. 47-51
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
Jamais à ce théâtre les spectacles n'ont été plus variés que depuis quelques mois. Dans [...]
Mots clefs :
Chanter, Ballets, Acte, Rôle, Amour, Personnage, Musique, Jeu, Colette, Bergerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
JAMAIS
AMAIS à ce théâtre les fpectacles n'ont été
plus variés que depuis quelques mois . Dans
ce moment , outre Caftor & Pollux , dont
les repréſentations ont toujours été fuivies
avec la même affluence , outre les Bouffons
& les Ballets - Pantomimes , qu'on a foin de
faire exécuter après leurs Opéras , on donne
encore de temps en temps des Fragmens ,
compofes de la, Bergerie , Acte tiré du Ballet
des Romans , du Devin du Village & de la
Provençale. Ces Fragmens , ainfi arrangés
ont été donnés pour la première fois le Jeudi
19 Novembre.
L'Amour veut foumettre à fon empire
48 MERCURE
deux jeunes Bergers indifférents ; il ſe préfente
à eux pour leur demander un sûr afyle
contre un fort rigoureux ; ils le lui promettent.
Tout-à-coup l'Amour feint de s'endormir.
Les jeunes -gens remarquent fon carquois &
fon arc; ils veulent effayer la puiffance defes
traits fur les oifeaux de leurs forêts , & s'en
bleffent eux-mêmes. Ils brûlent fur le champ
d'un amour mutuel , & l'Amour les unit.
Tel eft le fujet de la Bergerie . Mde Saint-
Huberti a joué le rôle de l'Amour , Mlle Laguerre
celui de Doris , & M. Lainez celui
d'Iphis. On trouve encore dans cet Acte un
vieux Berger nommé Arcas : l'Auteur paroît
ne l'avoir placé que pour conduire des
Choeurs & des Ballets au commencement &
à la fin de l'Acte. Ce perfonnage a été repréfenté
par M. Moreau. La voix de Mlle Laguerre
, fon chant facile & agréable , font
le plus grand charme de ce Fragment.
>
Les Ballets font de M. Gardel l'aîné. Ces
Ballets nous ont paru un peu longs , quoique
très-bien exécutés par M. Gardel lui-même
par M. Veftris , M. Dauberval , & par Mlles
Allard & Peflin. La Mufique eft de M.
Cambini.
Le Devin du Village à été reçu avec les
mêmes tranfports qu'il a toujours infpirés .
M. le Gros , pour rendre un hommage public
à la mémoire de Rouffeau , a voulu
chanter, à cette repriſe , le rôle de Colin ;
mais quoique fa voix & fon jeu foient toujours
DE FRANCE. 49
jours en poffeffion de plaire , on a trouvé
que ce rôle ne convenoit pas à fes moyens
extérieurs ; peut-être devroit-il y renoncer.
Et quand on a dans fon talent autant de
reffources que M. le Gros , qu'eft- ce que le
facrifice d'un rôle ?
Dans l'état actuel de l'Opéra , Colette ne
peut être mieux repréſentée que par Mlle
Durancy. S'il lui manque quelques - uns des
agrémens du perfonnage , on ne s'en fouvient
plus quand elle eft en Scène. Il eft impoffible
d'être plus vraie , plus naïve & plus intéreffante.
La Scène entre Colin & Colette eft de
fa part un chef- d'oeuvre de jeu , dans les détails
& dans l'enſemble.
MlloLaguerre , qui a chanté ce rôle , le
Mardi 24 Novembre , a mérité beaucoup
d'applaudiffemens ; nous l'invitons , par intérêt
pour fon talent , à fe bien perfuader
qu'un organe charmant ne fait pas feul une
Actrice , même à l'Opéra. Elle nous a paru
un peu foible dans Colette , quoique digne
d'être encouragée. Quels fuccès ne doit- elle
pas fe promettre , fi elle peut joindre à ce
qu'elle a déjà , les qualités qui donnent l'ame
& la vie au perfonnage qu'on repréſente !
On diftingue dans les Ballets qui terminent
l'Acte, un pas de deux, exécuté par M. Nivelon
& par Mlle Cécile. On ne peut guères fe
figurer une danfe dont l'effet foit plus agréable.
Nous avons déjà parlé de la nouvelle Mufique
de la Provençale. On y a ajouté deux
morceaux neufs , ils ont été fort applaudis ;
5 Décembre 1778.
C
50 MERCURE
mais on a remarqué principalement le Duo
chanté par Mlle Durancy & par M. Durand.
Les Ballets font charmans. Ils font arrangés
par M. Dauberval ; il y eft parfaitement
fecondé par Mlle Allard.
La feconde repréfentation de la Finta
Giardiniera a répondu à l'idée que les connoiffeurs
s'en étoient faite. C'eft un des plus
agréables ouvrages de Mufique que les Italiens
nous aient encore donnés , quoiqu'il
foit bien inférieur à la Frafcatana. Les endroits
qui ont été le plus généralement goûtés
, font l'aria Dentro il mio petto , chanté
par le Signor Gherardi ; a forza di Martelli ,
chanté par le Signor Focchetti ; le petit air
un Marito oh Dio! vorrei , chanté par la Signora
Farnezi ; la finale du premier Acte , le
récitatif obligé , ah non partir , & l'air qui le
fuit , chanté par le Signor Caribaldi . Mais
un morceau qui a produit les impreffions
les plus vives , c'eft la finale ajoutée au fecond
Acte. Elle eft du Signor Paeziello , le
génie le plus fécond , & peut-être le plus riche
de tous les Muficiens connus. Tout ce
que l'art a de profondeur , de fineffe ; tout
ce que la mélodie a de touchant ; tout ce que
l'harmonie raffemble d'effets ; tout ce que la
Mulique peut donner d'émotions , on le
trouve dans cette finale , qu'on regarde
comme le chef-d'oeuvre de fon Auteur.
La Signora Conftanza Baglioni a chanté le
rôle de Sandrina avec beaucoup de goût &
adreffe ; fon organe eſt très- beau , & fon jeu
DE FRANCE.
quoiqu'un peu froid , eft jufte & raiſonné.
Les décorations font bien entendues . Celle
qui mérite le plus d'éloges , eft compofee
d'une fimple toile de fond , repréſentant une
galerie. Elle produit une telle illufion , que le
theatre paroit avoir confervé toute fa profondeur
, quoiqu'elle tombe directement fur
le manteau de la feconde couliffe.
JAMAIS
AMAIS à ce théâtre les fpectacles n'ont été
plus variés que depuis quelques mois . Dans
ce moment , outre Caftor & Pollux , dont
les repréſentations ont toujours été fuivies
avec la même affluence , outre les Bouffons
& les Ballets - Pantomimes , qu'on a foin de
faire exécuter après leurs Opéras , on donne
encore de temps en temps des Fragmens ,
compofes de la, Bergerie , Acte tiré du Ballet
des Romans , du Devin du Village & de la
Provençale. Ces Fragmens , ainfi arrangés
ont été donnés pour la première fois le Jeudi
19 Novembre.
L'Amour veut foumettre à fon empire
48 MERCURE
deux jeunes Bergers indifférents ; il ſe préfente
à eux pour leur demander un sûr afyle
contre un fort rigoureux ; ils le lui promettent.
Tout-à-coup l'Amour feint de s'endormir.
Les jeunes -gens remarquent fon carquois &
fon arc; ils veulent effayer la puiffance defes
traits fur les oifeaux de leurs forêts , & s'en
bleffent eux-mêmes. Ils brûlent fur le champ
d'un amour mutuel , & l'Amour les unit.
Tel eft le fujet de la Bergerie . Mde Saint-
Huberti a joué le rôle de l'Amour , Mlle Laguerre
celui de Doris , & M. Lainez celui
d'Iphis. On trouve encore dans cet Acte un
vieux Berger nommé Arcas : l'Auteur paroît
ne l'avoir placé que pour conduire des
Choeurs & des Ballets au commencement &
à la fin de l'Acte. Ce perfonnage a été repréfenté
par M. Moreau. La voix de Mlle Laguerre
, fon chant facile & agréable , font
le plus grand charme de ce Fragment.
>
Les Ballets font de M. Gardel l'aîné. Ces
Ballets nous ont paru un peu longs , quoique
très-bien exécutés par M. Gardel lui-même
par M. Veftris , M. Dauberval , & par Mlles
Allard & Peflin. La Mufique eft de M.
Cambini.
Le Devin du Village à été reçu avec les
mêmes tranfports qu'il a toujours infpirés .
M. le Gros , pour rendre un hommage public
à la mémoire de Rouffeau , a voulu
chanter, à cette repriſe , le rôle de Colin ;
mais quoique fa voix & fon jeu foient toujours
DE FRANCE. 49
jours en poffeffion de plaire , on a trouvé
que ce rôle ne convenoit pas à fes moyens
extérieurs ; peut-être devroit-il y renoncer.
Et quand on a dans fon talent autant de
reffources que M. le Gros , qu'eft- ce que le
facrifice d'un rôle ?
Dans l'état actuel de l'Opéra , Colette ne
peut être mieux repréſentée que par Mlle
Durancy. S'il lui manque quelques - uns des
agrémens du perfonnage , on ne s'en fouvient
plus quand elle eft en Scène. Il eft impoffible
d'être plus vraie , plus naïve & plus intéreffante.
La Scène entre Colin & Colette eft de
fa part un chef- d'oeuvre de jeu , dans les détails
& dans l'enſemble.
MlloLaguerre , qui a chanté ce rôle , le
Mardi 24 Novembre , a mérité beaucoup
d'applaudiffemens ; nous l'invitons , par intérêt
pour fon talent , à fe bien perfuader
qu'un organe charmant ne fait pas feul une
Actrice , même à l'Opéra. Elle nous a paru
un peu foible dans Colette , quoique digne
d'être encouragée. Quels fuccès ne doit- elle
pas fe promettre , fi elle peut joindre à ce
qu'elle a déjà , les qualités qui donnent l'ame
& la vie au perfonnage qu'on repréſente !
On diftingue dans les Ballets qui terminent
l'Acte, un pas de deux, exécuté par M. Nivelon
& par Mlle Cécile. On ne peut guères fe
figurer une danfe dont l'effet foit plus agréable.
Nous avons déjà parlé de la nouvelle Mufique
de la Provençale. On y a ajouté deux
morceaux neufs , ils ont été fort applaudis ;
5 Décembre 1778.
C
50 MERCURE
mais on a remarqué principalement le Duo
chanté par Mlle Durancy & par M. Durand.
Les Ballets font charmans. Ils font arrangés
par M. Dauberval ; il y eft parfaitement
fecondé par Mlle Allard.
La feconde repréfentation de la Finta
Giardiniera a répondu à l'idée que les connoiffeurs
s'en étoient faite. C'eft un des plus
agréables ouvrages de Mufique que les Italiens
nous aient encore donnés , quoiqu'il
foit bien inférieur à la Frafcatana. Les endroits
qui ont été le plus généralement goûtés
, font l'aria Dentro il mio petto , chanté
par le Signor Gherardi ; a forza di Martelli ,
chanté par le Signor Focchetti ; le petit air
un Marito oh Dio! vorrei , chanté par la Signora
Farnezi ; la finale du premier Acte , le
récitatif obligé , ah non partir , & l'air qui le
fuit , chanté par le Signor Caribaldi . Mais
un morceau qui a produit les impreffions
les plus vives , c'eft la finale ajoutée au fecond
Acte. Elle eft du Signor Paeziello , le
génie le plus fécond , & peut-être le plus riche
de tous les Muficiens connus. Tout ce
que l'art a de profondeur , de fineffe ; tout
ce que la mélodie a de touchant ; tout ce que
l'harmonie raffemble d'effets ; tout ce que la
Mulique peut donner d'émotions , on le
trouve dans cette finale , qu'on regarde
comme le chef-d'oeuvre de fon Auteur.
La Signora Conftanza Baglioni a chanté le
rôle de Sandrina avec beaucoup de goût &
adreffe ; fon organe eſt très- beau , & fon jeu
DE FRANCE.
quoiqu'un peu froid , eft jufte & raiſonné.
Les décorations font bien entendues . Celle
qui mérite le plus d'éloges , eft compofee
d'une fimple toile de fond , repréſentant une
galerie. Elle produit une telle illufion , que le
theatre paroit avoir confervé toute fa profondeur
, quoiqu'elle tombe directement fur
le manteau de la feconde couliffe.
Fermer
391
p. 51-53
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Nous commencerons cet article par rectifier une faute d'impression du dernier No, [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Madame Vestris, Monime, Lekain, Bellecour, Tragique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOIS E.
NOUS ous commencerons cet article par rectifier
une faure d'impreffion du dernier Nº
d'autant plus effentielle , qu'elle porte fur un
fait. On lit dans l'article de la Comédie Françoife
: Madame Veftris a joué Monime. Cette
faute vient de ce qu'on a paffe une ligne à
l'impreffion. Il faut lire : Mademoiſelle Sainval
cadette a joué Monime avec beaucoup
de fuccès . Madame Veftris a joué Inès , & c.
Le Samedi 21 Novembre , on a donné ,
pour la première fois , le Chevalier François
à Turin , & le Chevalier François à Londres ,
deux Comédies de M. Dorat , l'une en quatre
actes , & l'autre en trois . Le fujet eft tiré des
Mémoires fi connus du Comte de Grammont ,
& le même perfonnage eft le Héros des deux
Piéces. Dans la première il fe fait aimer à la
fois de la femme de Senantes , chez lequel il
loge , & de la maîtreffe de fon ami Matta ;
dans la feconde il épouſe Miff Adelſon , après
s'être refufé aux avances de Lady Stelle ,
Cij
52
MERCURE
•
amie de la jeune Miff, & qui , de concert
avec elle , feint d'avoir du goût pour le Chevalier
afin d'éprouver fa fidélité.
Nous ne dirons rien de plus de ces deux
Nouveautés , qui ont été plus favorablement
accueillies à la feconde & à la troifième repréfentation
qu'à la première , l'Auteur ayant
retranché un acte dans l'une , & un perfonnage
dans l'autre. On a applaudi des détails
qui ont paru agréables . Comme nous craindrions
de ne pas donner une analyſe affez
exacte de ces deux Ouvrages , que nous
n'avons vus qu'une fois , nous nous réſervons
, fuivant notre méthode ordinaire , d'en
rendre compte lorfqu'ils feront imprimés.
C'eft une chofe affez remarquable , que le
Théâtre François ait perdu , dans la même
année , le Kain & Bellecour , qui avoient
débuté en même-temps. Ce n'eft pas que
nous voulions comparer deux Acteurs , dont
l'un étoit fi loin de l'autre ; mais cependant
la perte de Bellecour fera fentie à la Comédie.
Il joua pendant dix ans le ſecond emploi
dans le tragique. Mais quoique dans la
nouveauté les avantages de fa figure lui euffent
fait trouver plus de faveur & de protection
qu'on n'en accordoit à le Kain , il eut le
bon efprit defentir que le tragique n'étoit pas
fon talent , & il fe renferma dans le premier
emploi comique , où il fuccédoit à Grandval.,
Il n'avoit ni la nobleffe naturelle , ni les
grâces , ni les nuances délicates & fines de cet
Acteur célèbre , qui , fur la fcène , avoit
l'air d'un homme du monde plus que d'un
DE FRANCE. 53
Comédien ; mais Bellecour avoit de l'intelligence
, la connoiffance du théâtre , & la
tradition de la bonne Comédie . Il excelloit
dans quelques rôles du fecond ordre , tels
que le Somnambule , l'Aveugle Clairvoyant ,
& c. fur-tout dans certains rôles de Marquis
ivrognes , tels que celui de Turcaret, du Retour
imprévu , & c. dans lefquels il faififfoit
fort bien l'air d'un libertin de bonne compagnie.
Son zèle , d'ailleurs , & fes connoiffances
, l'avoient rendu très- utile à fes camarades
, dont il a été regretté. Il s'étoit effayé
aufli dans la Comédie comme Auteur , &
il fit jouer une petite Pièce intitulée les
Fauffes Efpérances, qui eut quelques repréfentations.
NOUS ous commencerons cet article par rectifier
une faure d'impreffion du dernier Nº
d'autant plus effentielle , qu'elle porte fur un
fait. On lit dans l'article de la Comédie Françoife
: Madame Veftris a joué Monime. Cette
faute vient de ce qu'on a paffe une ligne à
l'impreffion. Il faut lire : Mademoiſelle Sainval
cadette a joué Monime avec beaucoup
de fuccès . Madame Veftris a joué Inès , & c.
Le Samedi 21 Novembre , on a donné ,
pour la première fois , le Chevalier François
à Turin , & le Chevalier François à Londres ,
deux Comédies de M. Dorat , l'une en quatre
actes , & l'autre en trois . Le fujet eft tiré des
Mémoires fi connus du Comte de Grammont ,
& le même perfonnage eft le Héros des deux
Piéces. Dans la première il fe fait aimer à la
fois de la femme de Senantes , chez lequel il
loge , & de la maîtreffe de fon ami Matta ;
dans la feconde il épouſe Miff Adelſon , après
s'être refufé aux avances de Lady Stelle ,
Cij
52
MERCURE
•
amie de la jeune Miff, & qui , de concert
avec elle , feint d'avoir du goût pour le Chevalier
afin d'éprouver fa fidélité.
Nous ne dirons rien de plus de ces deux
Nouveautés , qui ont été plus favorablement
accueillies à la feconde & à la troifième repréfentation
qu'à la première , l'Auteur ayant
retranché un acte dans l'une , & un perfonnage
dans l'autre. On a applaudi des détails
qui ont paru agréables . Comme nous craindrions
de ne pas donner une analyſe affez
exacte de ces deux Ouvrages , que nous
n'avons vus qu'une fois , nous nous réſervons
, fuivant notre méthode ordinaire , d'en
rendre compte lorfqu'ils feront imprimés.
C'eft une chofe affez remarquable , que le
Théâtre François ait perdu , dans la même
année , le Kain & Bellecour , qui avoient
débuté en même-temps. Ce n'eft pas que
nous voulions comparer deux Acteurs , dont
l'un étoit fi loin de l'autre ; mais cependant
la perte de Bellecour fera fentie à la Comédie.
Il joua pendant dix ans le ſecond emploi
dans le tragique. Mais quoique dans la
nouveauté les avantages de fa figure lui euffent
fait trouver plus de faveur & de protection
qu'on n'en accordoit à le Kain , il eut le
bon efprit defentir que le tragique n'étoit pas
fon talent , & il fe renferma dans le premier
emploi comique , où il fuccédoit à Grandval.,
Il n'avoit ni la nobleffe naturelle , ni les
grâces , ni les nuances délicates & fines de cet
Acteur célèbre , qui , fur la fcène , avoit
l'air d'un homme du monde plus que d'un
DE FRANCE. 53
Comédien ; mais Bellecour avoit de l'intelligence
, la connoiffance du théâtre , & la
tradition de la bonne Comédie . Il excelloit
dans quelques rôles du fecond ordre , tels
que le Somnambule , l'Aveugle Clairvoyant ,
& c. fur-tout dans certains rôles de Marquis
ivrognes , tels que celui de Turcaret, du Retour
imprévu , & c. dans lefquels il faififfoit
fort bien l'air d'un libertin de bonne compagnie.
Son zèle , d'ailleurs , & fes connoiffances
, l'avoient rendu très- utile à fes camarades
, dont il a été regretté. Il s'étoit effayé
aufli dans la Comédie comme Auteur , &
il fit jouer une petite Pièce intitulée les
Fauffes Efpérances, qui eut quelques repréfentations.
Fermer
392
p. 53-54
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Depuis qu'on a vu autrefois Dancourt, après lui le Grand, ensuite Boissy & plusieurs [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Pièce, Départ des matelots
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE..
DEPUIS qu'on a vu autrefois Dancourt ,
après lui le Grand , enfuite Boiffy & plufieurs
autres , s'emparer avec avidité des petits
événemens de leur temps , des chofes de
mode , des Anecdotes courantes , & même
des Vaudevilles nouveaux , pour en faire des
Piéces de théâtre , on ne doit pas être furpris
de voir nos Auteurs modernes faifir aujourd'hui
des circonftances pareilles pour en faire
le même ufage ; mais ce n'eft pas toujours
avec le même bonheur.
On a donné , le Lundi 23 Novembre , à la
Comédie Italienne , un de ces Ouvrages du
C iij
54
MERCURE
moment , intitulé le Départ des Matelots.
Cn connoit la belle action de Jean Bouffard ,
dit le brave homme , & la récompenſe hono- ,
rable qui lui a été accordée par un Miniftre
aufli éclairé que bienfaifant. C'eft fur cet
événement qu'eft fondée l'intrigue de la
Piéce. Le Matelot a un fils amoureux de la
fille d'un Bailli. Celui -ci , pénétré d'admiration
pour le courage & les vertus du père ,
confent à l'union des jeunes gens. Nous
n'entrerons pas dans de plus grands détails.
Le ftyle a été jugé de mauvais goût , & trop
chargé de figures relatives au métier des perfonnages.
La mufique , applaudie en quelques
endroits, a partagé le fort de la Pièce ,
qui n'a pas reparu.
Les rôles ont été remplis par MM. Suin ,
Trial , Mefnier , Michu , & par Madame
Trial.
On prépare l'Amant Jaloux , Comédie de
M. d'Hell , Auteur de Midas.
DEPUIS qu'on a vu autrefois Dancourt ,
après lui le Grand , enfuite Boiffy & plufieurs
autres , s'emparer avec avidité des petits
événemens de leur temps , des chofes de
mode , des Anecdotes courantes , & même
des Vaudevilles nouveaux , pour en faire des
Piéces de théâtre , on ne doit pas être furpris
de voir nos Auteurs modernes faifir aujourd'hui
des circonftances pareilles pour en faire
le même ufage ; mais ce n'eft pas toujours
avec le même bonheur.
On a donné , le Lundi 23 Novembre , à la
Comédie Italienne , un de ces Ouvrages du
C iij
54
MERCURE
moment , intitulé le Départ des Matelots.
Cn connoit la belle action de Jean Bouffard ,
dit le brave homme , & la récompenſe hono- ,
rable qui lui a été accordée par un Miniftre
aufli éclairé que bienfaifant. C'eft fur cet
événement qu'eft fondée l'intrigue de la
Piéce. Le Matelot a un fils amoureux de la
fille d'un Bailli. Celui -ci , pénétré d'admiration
pour le courage & les vertus du père ,
confent à l'union des jeunes gens. Nous
n'entrerons pas dans de plus grands détails.
Le ftyle a été jugé de mauvais goût , & trop
chargé de figures relatives au métier des perfonnages.
La mufique , applaudie en quelques
endroits, a partagé le fort de la Pièce ,
qui n'a pas reparu.
Les rôles ont été remplis par MM. Suin ,
Trial , Mefnier , Michu , & par Madame
Trial.
On prépare l'Amant Jaloux , Comédie de
M. d'Hell , Auteur de Midas.
Fermer
393
p. 135-138
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert du Lundi 9 Décembre, a commencé par une symphonie nouvelle de M. [...]
Mots clefs :
Concert, Chant, Mérite, Mademoiselle Duverger, Joseph Haydn, Jean-Jacques Rousseau, Langue, Mérite, Voix, Talent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert du Lundi 9 Décembre , a commencé
par une fymphonie nouvelle de M.
Hayden , dans laquelle on a retrouvé la marche
favante de ce célèbre Compofiteur ; l'Ar
dante fur- tout , qui a le caractère d'un air
de danfe , a paru plein de grâce & d'efprit.
Le troifième morceau n'eft peut être pas du
même mérite que le refte. Mlle Duverger ,
qui avoit obtenu déjà des applaudiffemens à
136 MERCURE
ce Concert , où elle a joué plufieurs fois de
la harpe , en a mérité de nouveaux dans le
chant. On a trouvé la voix fort belle , furtout
dans le Medium , qui eft plein & fonore.
Comme Mlle Duverger eft jeune , &
qu'elle donne de grandes efpérances , c'eft
rendre hommage à fon talent que de l'avertir
des différens objets qu'il lui reſte à cultiver :
les cordes aigues de fa voix , ont quelquefois
de l'aigreur qu'un exercice bien dirigé
peut faire aifément difparoître. Nous l'invitons
auffi à foigner fon articulation , qui
n'eſt pas toujours très- nette. Nous avons
l'expérience qu'avec de l'attention on parvient
à corriger , même les vices de l'organe.
Nous ne parlons pas de la manière dont elle
prononce la langue Italienne. Il eft bien difficile
, il eft prefque impoffible à une Françoife
d'obtenir jamais la pureté de pronon
ciation , le véritable accent qui font le charme
de cette langue. D'après cette vérité , qui
devroit être triviale , il eft bien étonnait
que prefque toutes les jeures Chanteufes
qui fe fentent du talent , abandonnent les
paroles Françoifes pour chanter exclufivement
des paroles Italiennes , & que la plupart
des Amateurs encouragent cette défertion.
Le préjugé qu'établit autrefois J. J.
Rouffeau contre la langue Françoife , prévau
droit- il encore fur le fentiment & le choix
deMM. Gluck , Piccini , Sacchini , fur l'hommage
que ces grands Maîtres ont rendu à
cette même langue ? Ne feroit- ce pas plutôt
DE FRANCE.
137
que certaines de ne pas être entendues de la
plupart des Auditeurs , ces Chanteufes fe
croient plus à leur aife fur la prononciation
qu'elles négligent entièrement , fous prétexte
de donner à leur chant plus de douceur &
de molleffe ? Mais il arrive que fans acquérir
l'accent Italien , elles perdent l'articulation
Françoife ; qu'elles font défagréables à ceux
qui entendent l'Italien , & qu'elles ennuient
ceux qui ne l'entendent pas ; leur chant n'eft
plus pour eux alors qu'un Conceito à voix
feule. Cette digreflion , au furplus , eft en
tièrement étrangère à Mile Duverger. Nous
ajouterons feulement pour elle que fon talent
en eft maintenant au point de la rendre trèsfcrupuleufe
fur le choix de fes Maîtres , fur
les confeils auxquels elle voudra fe livrer.
MM . Chéron , Laïs & Rouffeau ont fait entendre
une nouveauté très piquante ; c'eft
un Motet de M , Goffec , O Salutaris , qui
n'eft accompagné d'aucun inftrument. Quoique
ce morceau ne foit nullement deftiné au
local du Concert Spirituel , qu'il y eût pu
même paroître déplacé , s'il eût eu moins de
mérite , fon harmonie pure , fon chant delicieux
& fon exécution parfaite , ont fait un
plaifir fi grand , fi général , qu'on a témoigné
par des acclamations le defir de l'entendre
deux fois. M. Chartrain s'eft fait applandir
doublement , comme Compofiteur , dans
une Ode Sacrée , dont on a trouvé plufieurs
morceaux d'un chant agréable , & comme
Exécutant, dans un joli Concerto de fa com
238
MERCURE
pofition. Mme Saint- Huberty , MM. Ozy
& Bezozzy ont achevé de rendre le Concert
très agréable , par une exécution digne de la
téputation qu'ils le font acquife .
LE Concert du Lundi 9 Décembre , a commencé
par une fymphonie nouvelle de M.
Hayden , dans laquelle on a retrouvé la marche
favante de ce célèbre Compofiteur ; l'Ar
dante fur- tout , qui a le caractère d'un air
de danfe , a paru plein de grâce & d'efprit.
Le troifième morceau n'eft peut être pas du
même mérite que le refte. Mlle Duverger ,
qui avoit obtenu déjà des applaudiffemens à
136 MERCURE
ce Concert , où elle a joué plufieurs fois de
la harpe , en a mérité de nouveaux dans le
chant. On a trouvé la voix fort belle , furtout
dans le Medium , qui eft plein & fonore.
Comme Mlle Duverger eft jeune , &
qu'elle donne de grandes efpérances , c'eft
rendre hommage à fon talent que de l'avertir
des différens objets qu'il lui reſte à cultiver :
les cordes aigues de fa voix , ont quelquefois
de l'aigreur qu'un exercice bien dirigé
peut faire aifément difparoître. Nous l'invitons
auffi à foigner fon articulation , qui
n'eſt pas toujours très- nette. Nous avons
l'expérience qu'avec de l'attention on parvient
à corriger , même les vices de l'organe.
Nous ne parlons pas de la manière dont elle
prononce la langue Italienne. Il eft bien difficile
, il eft prefque impoffible à une Françoife
d'obtenir jamais la pureté de pronon
ciation , le véritable accent qui font le charme
de cette langue. D'après cette vérité , qui
devroit être triviale , il eft bien étonnait
que prefque toutes les jeures Chanteufes
qui fe fentent du talent , abandonnent les
paroles Françoifes pour chanter exclufivement
des paroles Italiennes , & que la plupart
des Amateurs encouragent cette défertion.
Le préjugé qu'établit autrefois J. J.
Rouffeau contre la langue Françoife , prévau
droit- il encore fur le fentiment & le choix
deMM. Gluck , Piccini , Sacchini , fur l'hommage
que ces grands Maîtres ont rendu à
cette même langue ? Ne feroit- ce pas plutôt
DE FRANCE.
137
que certaines de ne pas être entendues de la
plupart des Auditeurs , ces Chanteufes fe
croient plus à leur aife fur la prononciation
qu'elles négligent entièrement , fous prétexte
de donner à leur chant plus de douceur &
de molleffe ? Mais il arrive que fans acquérir
l'accent Italien , elles perdent l'articulation
Françoife ; qu'elles font défagréables à ceux
qui entendent l'Italien , & qu'elles ennuient
ceux qui ne l'entendent pas ; leur chant n'eft
plus pour eux alors qu'un Conceito à voix
feule. Cette digreflion , au furplus , eft en
tièrement étrangère à Mile Duverger. Nous
ajouterons feulement pour elle que fon talent
en eft maintenant au point de la rendre trèsfcrupuleufe
fur le choix de fes Maîtres , fur
les confeils auxquels elle voudra fe livrer.
MM . Chéron , Laïs & Rouffeau ont fait entendre
une nouveauté très piquante ; c'eft
un Motet de M , Goffec , O Salutaris , qui
n'eft accompagné d'aucun inftrument. Quoique
ce morceau ne foit nullement deftiné au
local du Concert Spirituel , qu'il y eût pu
même paroître déplacé , s'il eût eu moins de
mérite , fon harmonie pure , fon chant delicieux
& fon exécution parfaite , ont fait un
plaifir fi grand , fi général , qu'on a témoigné
par des acclamations le defir de l'entendre
deux fois. M. Chartrain s'eft fait applandir
doublement , comme Compofiteur , dans
une Ode Sacrée , dont on a trouvé plufieurs
morceaux d'un chant agréable , & comme
Exécutant, dans un joli Concerto de fa com
238
MERCURE
pofition. Mme Saint- Huberty , MM. Ozy
& Bezozzy ont achevé de rendre le Concert
très agréable , par une exécution digne de la
téputation qu'ils le font acquife .
Fermer
394
p. 138-141
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Le Jeudi 22 Novembre, on a donné la première représentation de la Nouvelle Omphale, [...]
Mots clefs :
Comédie, Conte, Camille, Musique, Floquet, Scène, Mari, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
Fermer