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4851
p. 159-173
Extrait de l'Histoire de Charlemagne.
Début :
Le fond de cet Ouvrage est l'Histoire de Charlemagne ; mais elle est précédée de [...]
Mots clefs :
Histoire de Charlemagne, Charlemagne, Race, Histoire, Historien, Préface, Esprit de guerre, Moeurs
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Extrait. d.e l' Hifloire de Charlemagne • .
Le fond de cet OuTrage efr l'Hifioire de
Chaa:·le111ag11c ; mais elle ell: précédée de
Co1zfidérations far ii remièr~ Race, & fi,i ...
. Ylt de . Confiâérations~r lafe,ende.
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1 U,i.JU I :J4 tJ
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i 6$ · M E R C U R E
Ces Co11fidérations ent;'re11r daris ~c pla11
de l 'Ouv~age, & font t1ne partie etfenticlle
d11 f~tjer. Il f:1lloic monr1·c1· toue le tnal 'que
Cl1arle1nagne avoir à corriger, & qu'il a
corrigé e11 partie; il falloir 1no11trer tour le
· bien que Ces Succeffears a voient à détruire,
· · & qu'ils ont déc.ruic entièret11enr. ,
: · C' ell ce tableau qu'on a voulu préfe11rer;
ce !011c ces vici!Iirudes dont on a tâché d'expofer
& les caufes & les effets ; en gé11éral,
· 011 a voulu tirer de cerce partie de 11otire
Hifroire tot1res les vérités utiles, coures les .
moralités Îlnporra11tes · u'elle peut fournir •
.. L'Hifl:ojre doit no11- euletnent être racontée,
in ais et1co re être raif on11ée ; il faut que
. lés hon1rr1es & les ~véneme11~ foienr j\tgés ;
il faur q11e les fautes & les erreurs dû patfé
. foient la 1e~o11 de l'a\1e11ir ; il faut qu,011
· fache ce qu1 s'eft fair, ~our favoi1· ce qll'il
faut faire & ce qu'il fau·t éviter. D'ailleurs,
les f~lifrorie11s n' 011r pas toujours jugé aflèz
, fiaineme11t tles chofes; la pltipart des jugeme11s
de l'Hifi:oire f 011t à réforn1er) & c, eft
un 1notif de plus de rflifonner aujourd 'hui
_ l' Hifloire. Il faut rayer de fes A11t1 les, il
fattt dé111enrir à la face . de- l'Univers. cous
· · ces jt1get11e11s infettés de l'e(prit du MachiavelJiline,
ces tloges de la g11€1·re, ces ho111-
niage~ proftirl1és ~ tt crin1e i·éputé heure11x, à
la fot1 rberie r.ép11tée ad1·0ite; il faut s'élever
contre ce~ e1111en1is du rg.ç11re hu111a'in, qoi
... 011t ofé diftit1gt1~r d.e~~0r?lcs, l't1ne pour
le pet1 ple, 1, autr__ e pou1· Jes Rois ; i~ne ;.qui
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1uqu,...,_.u -- --------
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D E F R A N C E. t~t
règle les droits des particulirrs, l,autre i qui
fait la dcfiinée des Em l'ires; contre ~es Ecri- ·
vains , ou pervers ou ftu 11idcs qui, lailfaftt
da,1s l, oubli ou li\1rant tnême au mépris les
vertus pacifiques ·& bienfaifai.1tes , ont toujours
célébré les vices r11rbulens & funefies.
Quai1t à la 1n4_11ière d"e111 ployer la in oralité,
elle doir bcauèoup ''arier dans la forme.
Tantôt 1, At1tcur l'é11011ce de lui-même, tantôt
il la place dans la boucl1e d'un de fes
pcrfonnagcs, tantôt il la f upprime entièrement
lorfqt1'elle fort atfcz d,elle-n1ê1ne du
fond Ju f ujet, &: q11e l'cf prit ne peut pas ne
pas la fer1tir & ne pas la ft1 pplécr ... Lorfque
Agt·ippin·e c1·ie at1 Centurion qui la 111aifacre
par l'ordre de fo11 fils, & qui 1, a voit déjà
frappée à la rête : Frappe les entrailles q1,i.
ont J'01·té ce monflre,, 'Y"'ENT REM FEl<.I. Ces
det1x inots 011r pJ t1s d, éloqt1encc & de mo·
rai icé que 11, en a uroic11t les N'~l t1s fortes déclan1a
rio11s co11tre le pa1·riclde. Lor:f<.1t1' apres
avojr rapporté les c1·itnes lo11g- te1nps
impunis de'-Néi·on, l,Hiîl:ot·ie11 ajot1re: L4
/011, rie patience du genre· humain fa , lqffa
en Tl; 011 n'a pas De( OÏ 11 d, ételltl t·e Ôa'\'a ntagc
la n1enace terrible que c~rrc pl1rafe li
fttnplc fair à tot1s les tyrans; inais tOLltes les .
fois qt1e les préjugés ou d, opi11io11 ot1 d'ufagc
s'oppofe11r a la i11oralité & . ]a repot1ffe11t,
on ne peot la fail·e f orrir avec r1·op d,éclar.
on ne pet1t l' énor1cer trop formclle1ne11c ni
l1 d~velopp e r rrop pleine1ne11r.
· E~re urile, en 1111 .111ot, êrre utile, voilà
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' ............ """""
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"1.lii . M E R C U R E
le grand devoir de rour Écrivai11, 8' la eon~
.iet1nnatio11 de tant d' écrirs.
Tel eft le précis d~ la Préface ; on pettt
la· regarder co111mc un petit Traité de l'u(age
de la 1norale dans l'Hiftoire & de la inanière
de l'y e1nplo}1er. Si nous rrouvio1~~
cerce Differtarion dans la Préf1ce de roue
autre Auteur, nous e11 conclu1·ions qt1e cet
Atlteur croit avoir tnis quelqt1e pl1ilof o·
phie & quelque n1oraliré da11s fo11 Ou\' rage;
nous ne pouvons c.l~nc nous difpenfer d'admectre
cette co11r1'e qt1ence pour nous4 111Ac 1T-ics,
· autrement ce ferait avoir deux poids & deltX
n1efures.
Pour jug~1· de cc qu'a .fair Charlen1agne ~
il faut connaître ce qu'il avoir à faire; il
f:ïtlt voir da11s quel état il avoir reçu la
france, & _dans qt1el état il l'a laiffé_e.
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.. .L'Introduélion, qui co11tient des obfier\ra·
tio11s fur la pre1nière Rac:e , & qtti appartient
plt1s effe11tielleLne1·1t au f ujer que les
Inrroduél:ions orc.ii11aires, efr divifée en
quatre Chapitres.
Le premier préfente des obfervarions générales
fur l' ef prit de guerre, & u11 parallèle
des guerres des .. Peuples barbares & de
celles des Pet1ples policés.
•
Dans l, ét:tr· de barbat·ie, la guerre cfl: conti11t1elle;
elle efi l ,t111i q t1e affaire, elle forme
feule l'ef prit gé11éral : da11s l'érar qt1'011 appelle
policé, la guerre n' cft qu'intertnirtenrc.
Si 011 étoit cout-à-fait i)ol1cé, la glterre cef:
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IV&J'V 1:1--------~------
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D E F R A N ~ E. 1 ';·
feroit entièreme11r. ~o.ite police tient à la
paix, & a befoin de la paix.
ILes guerres des Pet1plcs barbares f on~
beaucoup moi11s de1·aifo11!1ables que les 11ôtres.
Cl1 aifés par let11· 1nu lrirude, d,t1n fol ing1
·ar & fa11s cultu1·e qui 11e .peur plus les
11ou1·rit·, ils fe 1·épande11t da11s des cli1nars
plt1s het11·eux, & vo1Jt opp1·i111er des Pel1pJes
que Ja jquilfa11ce 1nê111e des Arts re11d moi11s
propres à la guerre. t,agrc~feur alors a ~u
rnoi11s un i11rérêt: préifa11t, t111 objet fc11Cible
& q•J'il peur remplir; il a co11it111u11en1ent, fur
les Peuples qt1,il arraque, l,avanrage de la
force & de la férocité qt1e don11e J3 barbarie;
inais des Pe11pJes de11t l'érablitfe111ent
ell: for1né depuis Jong-re1nps, des Pet1pl~s
policés, e11ro11rés de ro111te part de Nations
également policées, des Peuples à .qui le
.. com1nercc peut fournir routes les jouiifaa·
ces que la mature dl1 fol leur a refufées, qui
favent échanger tous les avantages ref peetifs
, faire Ji{ paroîr1·e & 1, éloigne111e11t des
lieux & la diffé1·ence des c1i1nats; des Peu-
. ples pour qui les mers, loi11 d'être des barrières
qui les {épare11t , devie1111enr cte nou~
eaux liens & ·de not1velles f ot1rces de ricHeifes
& de bo11heur ; des Reu ples e1:ifin
fur qui l'oeil de la Poliriqt1e extérieure efr
roujot1rs ouvert our préve11i r t0ut accroif.
fen1ent de puif ai1ce capable d'alar1ner la
liberté générale : quel inrérêr pet1ve11r ·ils
~ avoir de faire la guerre, ou plurôc quel in~
sérêt n, ont·ils poinc de 11e.la pas faire~
)
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l\J.&JVl:J4U - ~
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; i,4 M E R G U ~ E
Le réfultat de ce Cl1apicre eft que l' cf prit
de guerre en tout ge11re f oulève contte Je
: bonheur du genre - humain une 1nulrirude
d' en11e111is. · ·
Dans la guerre, des Go11quérans, .fléaux
de l'Univers. ·
Dans la Politique extérieure, des fot1rbes
malfaifans qui éternifenr les guerres.
Dans la Politique intérieure , des tyrans
qui forcent les Peuples à la révolte e11 les
accablant, ou des féditieux qt1i féduifent les
· Peuples pot1r les poulfer à, la révolte.
Dans la Religio11, des perfécaceurs qui la
feroie11t ha'.ir.
Da11s les Lettres, des .tiifputet1rs inrolb~
rans qt1i les profanent, & qui. co11verri,fenc
·en poi(on ce que l'U11iver.s a de plus ain1a-
. b!e & de plus utile. ' ~ .
• 1 Voilà ei1 général les maladies dent Charlcj
1nagne a voit à gt1érir "le g'e11re ht1111ai~. ) l
· Dans le fecond Chapir1·e, 011 exa1ninc
"plus p:trticalièrement, on ft1iv;a11t l'ldifloi1·t!,
quell es moet1rs l,efp1·it de gllerre avoir i11trodt11tes
dans la France & da11s l,Ett1·ope ava11t
Charle111a t1e. Ce Chapitrie co11rie11r l'Bjf-
.. toi1:e de la pret11ière Race depuis Clo~is 1
jufqt1'à Clo~1is II. U11 feul c1·ait, qai 'av.oit
.. pettt être pas éré a{fez remarqt1é, f uffir pour
peind rc les l11oeu rs à cette époque. Dans u11
efpacc d'environ ce11r cinquante ~atis, depuis
l'an 48' jt1fciu'à l'an 63 o, on compte plus
de qt1arante Rais ou 61s de Rois ou tués dans
les batailles, 9u a!faaiaés de .. fang-froid., w
IV~U/U4tl---------
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D E F R N c E. I~J
·cmpoifo1\11és, fans coa1pter beaucot1p" à' enfans
de ces Princes tués au bcr.ceau, & dont
oi111e fait 11i les 11oms ni le t101nbre.
Les Rais Fainéa11s & ' les Maires dlt Palais •
font lJobjet du troifiè1ne Chapir1·e. •
Les auteurs de la Race Ca1·lovingienne >
S.' Ar11ouJ , Pépin de Hoc1fral, <-harlesMartel,
Pépi11-Je · Bref, font le fttjet da
quar1iè~11e & dernier Chapitre de l,intro- •
duétio11.
Les inoeurs a";oient fait qt1elqt1es progrès.
Les ancêr1·es de Cha1·le1nagne écoitnt:
1noi11s fé1·oces qt1e les Rois guc--.rrie1·s de la
Ri1ce ~1 érovingic11ne. Charles-Martel & les f
deux Pépi ne; a ''oienr de la grandeur: & de
l~éclat:. Les Cor1qt1éra11s Mérovin~iens n'avoie11t
éré que des atfaffi11s terribles. Les
critnes de pure fé1·ocité dcvenoient plus ra- ·
res; mais ot1 co1n1nercoir encore les crimes
policiques , 011 lés com1netroit inême pat
fyfl:êtnc, c' eft la. plus ancie11nc comn1e la
plus ft111ef.l:e des er:reurs. On croit que le
M acnja ve!Ji[111e eft la doél:rine~ ou l' ei:reur
des fiècl~s Q~lairés; on fe trotnpe, il appartjenr
fur .. t (> tl t aux J<!u·pJes barbares; c .. eft
alors q-t1e le f rt: 1eut rot1jot1rs oppri1ner, &
le f(>i ~le t \ ll .t>t1rs rroi-n per. Les Peupl~s barbares
<Y· .~ ~ erJ~ d1ns u11 hat1t d~gré cette
vile fcie. cc· '1° 11tiiie, "eette petite fi11e((e
fittpide ~ ~ ·~ J· e111~i =- ~ de i·:i rouri11e, l'impuiff
a11c~· \ .. ~ ~ PV er ,~01 e( p1·it jufqa' à ) a rai- j
fo11, & f0... .. t1r jÛt-~1t1,à la,jt1!l:iGe, font encore
1101101· r. t1 • ?n de f"'olitique. Quand il exif: ·
. tcia: uit i ue, elle fera bieJ1 fi1nple, cc
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1 Vi.J\J I :.J4U
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1 _ 1·,, M E R ,C U R E
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fe1·a la jultice, ou encore miet1x la bie11fai- ·
fance, qui eft la jt1ftîce fuprên1e ; car il efr
f ouveraÎ11e1nent jufi:e de fait·e tout le pien
dont on efr capable. Le bien doit avoir la
vertu d,attirer le bien, puifquc le inal a celle
d' ~rrirer le mal ; 011 efr bien sûr du· n1oins
que ce 111al, qu' 011 efr toujot1rs fi empreffé
de faire, fer.a rendu au centuple. Pou1 .. quoi
donc faire le mal? Quel i11térêt, quelle politique
peut pre(crire le foin fu11cfte d' aff
embler ainfi fur fa tête tous les fléaux de la •
haime & de la vengeance ? Pourquoi [ai.Gr
toutes les occaG011s cle 11uîre à f~s voiu11s >
parce 'qu'ils ont faili ou qu, on prévoit qu'ils
failiro11t tot1tes celles de 11ous nuire? Eh!
confentons à do1111er l'exemple, co1nmençons
l'expérience du bien, ~elle du 1,nal eft
faire; 11ot1s Cavons ce ~u'il a produit & cc
qt1'il prodtiira: dif ons pltts, celle du bien
nlê1ne efr faite •. En effet, ouvrons 11os A11nalcs,
n1aJgré 1:iorre fyfrên1e perpét11el de
gt1errc, quiconque a voulu vi·1re en paix y a
vécu. Depuis la fondarion de notre Monarchie,
011 n'avoir pas encore compris que la
paix pût jatnais êrre un état permanent. De·
puis Gt11llaume le Co11quérant & Philippe 1, ·
·on avoir en~ore tnoins co1npris que la France
pût faire t1ne paix folide avec les .,.~nglois.
Enfin, .. ...Sa irzt Louis vint ; il ~Quiut la paix>
& la paix avec l' Angleter-re. Quel moyen
c1nploya·t-il ' la bienfaifance. Il remit aux
Angloiw tour c-e que le droit rigoureux de
confifcation av~it pu leur enlever fans injUfticc
.. ; il conquit les coeurs en rendant des
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D E F R A N C E. 167
États. Le fruit de cette tnodératio11 fa11s
cxei.nple, fur une paix fans cxe1nple aul1i;'
ut1e paix de r1·ente-ci11q ai1s e11tre les deux
Nario11s., u11e amitié fi11cèt·e ent1·e les deux:
Rois, no11 pas feuleroent pe11dant f 0J1 règc1e>
111ais e11core pet1llant le règ11c entier de l)hi--:
· lippe-le Hardi fon fils. * · ,
T.el ell l,efprit da11s leqt1el cet Ouv1·age ·
eft co111 pofé ; c' efi: le 1nê111e qui règ11e <.ia11s
l,Hi!l:oi1·e de Fra11çois I, & fur· tottt dans
celle de la Rivalir·é de la Fra11ce & de l' Angleterre,
Ouvrages du 1nên1e At1~eur; c'eft
l' ainour de la paix, l' éloig11et11e11r pour la ..
guerre, l'ho1·reur pour la viole11cc & l'in- ·
ju fl:ice; l' Al1tet1r attaque {ur- tout le Machiavellift11e,
co11rin11elle111e11t, dans routes [es
hra11ch\Ts & dans toutes Ces f ubdivifio11s. _,
L'Hill:oii·e de Cl1arle1nag11e ouvre le
fecond Volt1111e. -
· I11gell1ei111, près éte 1'1aye11ce, Charlebou
l·g, 11rès de Mu11icl1, Carlfiar et1 Franco11ie,
Liége, 1\ix, qui n' avoit poi•1t encore
~ Il f;iudroit co11clure d'u11 pareil pri11cipe, qu'il
fuffiroit à un Roi d'être Bicnfaifant pour cunfervcr
la paix~ maie; u11 Prince !era e11 vain Bitnfuifant &
Mod 'ré, fi fo11 voi{i11 ne l'efi pas; & dans ce dernier
cas il faut néceffai1·emc11t que la force arra-.
che ce que la Bienf~ifa11ce & la Modération ne polir ...
ront p11s obr.enir. Tel eft le fyfl:ême de guerre aétucl
qu·on ne peut pas regardc-r co1n1ne un tribut payé
à 1'crreur par l'l1umanité.
N'y auroic-il pas à épiloguer μn peu fur la mode.
ration de S. Louis qui pouvoit, Çtrc néccffitée par
les circoafta:J1ces? (Note de /'Editeur.)
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I 68 . . M E R c V R E .
allors le f urnom de la Chapelle, fe f 0•11:
dif puré l,ho11neur d~avoir do1111é la i1aiil:1nce
à ce grand Pri11ce, co1nme autrefois pl11-
lieurs Villes Grecqt1es à Ho1nèt·e ; ca1· après
la 1no1·t.tous les t1r1·es de gloire fo11c égaux>
& le f ouveni1· des grands Ho1n1nes e11 tout
genre fe pet·pérue égale111e11t. C'eft au Château
d'Ingelhei1n que Cl1arles naquit, le 1'
Ecvrier 741, fuivant l' opi.ni~11 co1n1nune. l
Carloman, fo11 frère puî11é, qui partagea>
felgn l,ufage du te1nps, avec lui les États de
fon èt·e, n'eft connu dans l'Hiftoire que par
la ja ou1Îc qu'il e11t coure fa vie des gra11des
. qt1alirés de Cl1arles, fenti1nenr qui attelle
l'i11fêrioriré de Carlo1na11.
~ Ils fu1·c11t couro111:1és le mên1e jour ( 9
Oétobre 768), Charles à Noyon, Carlo-
1uan à Soiif ons.
Le pre111ier exploit qui s'offrit à la valeur
d.c ( .harles, fur l'expédition d' Aquitair>e. Ce
Reyau1ne ou cette Province, réunie à la Cou·
ron11e par Pépi11-le-Bref, réclamoit de not1-
veau l'inclépendal1ce, ou plutôt les Pri11ces
de 1-a Maifon d'Aquitaine, itfue de Clovis &
de Clotaire II par Aribert, Boggis & le D11c
Eudes récla1noient ce Duché héréditaire. de
let1r Maifo11. Carlo1nan éroit parti avec fon
frère pot1r f ou111ettre l' Aquitai11c. Dar1s la
rôute il le qt1ittc b1·uf qt1e111e11t, & retire fes '
troupes , )ai!I111t à Cl1arles tou~ l'embarras
de certe cxpéd~cio11; c'était lui en laïffer roucc ~
ltil gloire. Dès que Charletnag11e parue, l' Aql:
litai11e rec9nnut f on Maîcre ; la rapidité
· -- avec •
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D E F R A N C E. 16?
&\'CC laquelle il s'était éla11cé f,1r cet Etat
(car i·aétiviré qui, cot11me on l'a obfer\1é
plufieu1·s fois da11s l'Introduétion, éivoit diftingt1é
Charles Martel & I>épin-le Bref parlni
tous les Guerriers éroit, pow· ain{i di1·e, exagérée
en lui, & tc11oir de la tnagic & du ro·
Hige), l'alfurance avec laqt1clle il 111arè oit
au milieu de ce peuple e11ne111i, comme Ull
Roi parn1i fes f ujers, & un père parmi fes
mfa11s; un mêla11ge adroit de clé1nence &
.de fer1ncté, 11 extérieu1· le plus a va11tageux,
la figt11·c & la taille des Héros, des 1n.anièrcs
à- la fois impofantes & ai111ablcs, la brillante
affabilité de Céfar, la 1najell:é qt1, eut
dans la fuite Louis XIV, avec 11ne fimplicité
~ui l'eût en1bel lie; des traits fiers & doux
pleins de feu & de grâce, u11 air d'at1dace •
de force & de bon ré; enfin, les trois Pépins
& Charles-Martel renailfans en lui avec pltlS
.(!'éclat & de grandeur, toltt annonçait un
Prince 11é pour co1n111a11der aux homn1es
p0t1r co11quérir les E111pires & pour fL1bju
guer les -ca:urs. Charles 11e prie contre les
Aqt1it:ains d1autres précautio11s que He faire
bâtir fur la Dorrdog11e tin Château fort qui
s'appela Franciac J c'efr·à dire, Château du
,Franfois; on l'apHclle aujourd'l1ui Fronfac,
11om dins lequel, à ~trav~rs la coi·ruetion , · 1
~ ell aifê d'appercevoir la prononf iatÎDn & la
fignificacion pr.imirives. '> ,
Pépi11 l~ Rr:ef a voit fair la guerre aux Lom.
bards; la Rei11e Berthe , f"J veu\'e, jaloufe de
réconcilier le~ ~eux Natio11s , propofa le
N°. 3 o, 2. 7 Juillet 17 · i. H
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s 10 · M E R C U R E.. .
mariage de Charles, f 011 fils aîné, avec Her ..
~ mengarde, fille de Didier , Roi des Lo111• ·
pa1·ds; le Pape Éti~1111e IV, ei111e111i de Didier,
ne négligea rien p0ur traverfer cette a·llianc:
e ; wil a v0it ·un prétexte qt1'il fit bien valoir,
eharleL11agne a voit llne ef pèce d' e11gagen1ent,
que la Nation ne paroîr pas avoir regard~
co1nme un ''J·ai rnariag~, avec 1111e fem1ne
no1111née Hi1niltrude, âo11t il a\'OÎt i11ê1ne t1n
fils .. Cet obftacle n' arrêt oit 11i la Reine Bertl1e,
ni le Roï Lo1nbard , ni Cha1·le111ag11c
lui-'mê111e, q11i ne t~noit plus à ce lien. Le
Pape, dans une lettre t1·ès-curieufe, infi!le
forteme11t fur· l'indi{folubiliré dts noeuds du
s.11ariagc; & pot1r toucl1er par· u11 endroit
(enfiblc les IJri11ces Cha1·les & C:a1·loman: • • •
. ~ Sotive11ez-\'Ot1s, leur dit-il, que mon pré-
• déce!feu·r e1:n pêcha Pépi11 de répt1dier vo•
. ,., tre inère~ ,, _Il inGtle bie11 t\avanr~ge en•
core fur l'ir1dignité prétendlte de cette al~
iancc; il affure que tot1tes les Lon1bardes
font puaqtés, lépreufes, dégoûtante~: Pete~
~ijfi.ma gens ..••• de cujus natione & leprofarum
enus qri.ri certum ijl; que le pet1ple J... om.
ard efi: ~n11e1i:ii de D~et1 & des lio1nmes;
qu'il n' efl pas corn pté par-tni les N arions, in
rzumero genti.um nequaquam comput«tur; & ,
comme s'~l eût éré qtieftion d'époufer une
idolâtre , & non pas uqc Catholique :
.,. Quelle monfi:ruet1fc all~anc~ , s'écrie le .
• Pontife, c11trc la lainière & les ténèbres! '~ ,
~ quelle f ociété dl1 fidèle avec l'infidclle !
• tfç$ f r411soifcs ~ 'lit· il , f oMt ti aimable; 1
•
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1u111ru:+μ--~------
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. . D~ E FRANCE • . ~17r
;,, ai1ncz-les, c,efi: votre· devoir: earrtm vos
,, oportet amori ej}è adnexos. ''• .
Il prétend qu,il n' efi pas pern1is aux Princes
d, épouf er des ér1~a11Bèrcs; il cire aux Prin
·ccs François l' exe1nple de let1r père, de leur
aïeul , de leur bifaïeul , qui tous avaient
épot1fé des Frat1çoifes; il leur allègue ft1r c,c
p i i1t l, autorité du Roi leu~ père , qt1i ~
·RreCfé par l'E111 pere11r Conftantin Copro'
nyt11e , de donner en '"1n~riage à f on fils la
Pri11ceffe Giféle, foeur de Charles & de Car-.
·101nan, avoic répondu qu'':111e alliance étran~
gère lui paroilf oit illegirime , & fur-tout
~qu' il ne vouloir point faire une chofe défa.
gréa ble au Saint- Siége •
On 11,eut point ·d,égard à c~tte lettre, &
le 1nariage fe fic; l11.ais le Pape ft.:it ve11gé par
ce 111a1·iage 1~ê111e. Cha1·les n, ait11a tJoint fa
11ouvelle"époufe; qt1elqt1es i11fir1nités fecrettes
qu,il lui trot1va, l' e11 dégoûtèrent d, a- .
bord, il la répt1âia, & la 1·envoya au Roi
Didief fo11 pè1:e , qui ne pardo11111 ja1nais à
la Fra11ce 1, aff.ro11r fait à fa ' fi lle. Be1·rhe vit
avec aot1lcur dér1·uire f 011 ouvrage & dilliper
tès efpérances. C'eft le fcul chagïi11 , dit
Egi11ard , que f on fils ltti ait do1111é da11s fa
•
•1 ~.
.. Le Pri11ce Ca['lo1nan mot11·ut au cl1âreau • • e Sama11cy , ot1 Samot1cy , près de Lac.)11 ,
l.e ~ 'Déce111bre 77 1, âgé d' c11viron vi11 gt nns.
Il laiffoit deux fils en bas-âge: 011 v1t alors
un mémoraole effet tie ce gra11d art de plai re
& d'i1npof er, dont la Naturie a·1oit doué
· - H ij
•
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1 U,'4 U I :J'4JJ
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'
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'- ·rvz. . · M E>R 0 lJ. RE
4 C l1arle111agne, & de la i·épl1tatio 11 gt1'il a~oit
dcjà de got1 ver11er avec g1·andeur, avec ju(tice
& ~ veç fagelfe. Les Gr:i.11ds des Er~1 rs qui
a voie11r été du p~ :- tag: de Carlo111an) i·eco11-
·11t1re11t f oletn11elle111ent Cha1·le1nag11e pour
l e1:1·1· Roi. Ger berge, veuve de Carlo111an, ·
~'e11fu.i r a\1ec fes fils l1ors de France; elle (ç
réf,_1gin chez le Roi de Lombardie , afyle in·
diqué à totts les enneluis de la Fra11ce, par
le reffc11time11t que co11fer,·0it ce Prir1ce de
l'affro11t que fa fille y avoir reçu. . · ...
Da11s le i11êtr1e -te111p5 on vir rep~ro1rre Je
Pttc d' Aquirai11e Httnaud, fils du Du~ Eudes,
& père du Duc Gaïffre. Da11s un léger dépit
d' a V oi1· écé battu par les François , & <.ians
·un tége1- re1nords d'a\1oir fait crev~r les yeux
·au Pt·ince Hatten, f on frère, il s' écoit fait
,M.oi11~ ~ & avoir cédé fo11 DL1ché à Ga.i'ffre
{on fils. Après la mort de Gai~ffre, il étoit
.rcnrré dans le Îiècle pot1r difpurer à Charle1nag11e
le Duçhé d' Aqt1iraine. Livré au ·
1 vai11queur, il avoir été enfert:né; il s'échappa .
~e fa pi:itbn , '& fc refira auffi à la Cour de
·Didier, ain!i que divers Seigneurs des Etats
,de Carlo111an, qtti n'avoienr point ap rot1vé
.. la dén1ar-che qt1e les aurrcs avoient aitc de
fe f ot1n1etrrc à Çharlemagnc. _
r Voilà donc contre Charle111agne non-fclllemeAt
u11 grand 0rage, . inais encore 011
, ~rand intérêt ; 1111e veuve abando11née par
·les f ujets de fon n1ari , une m~rc défolée •
, des orpl1elins dépouillés, des Grands prof.;.
rits pour leur fidèle arrachcme'1t au fang <lo
•
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...
'
...
..
•
• -
D E- F R A N C 1!. t7 j
leur Sot1verai11; un père ~ lli1 Roi outragé
da11s ur1e fille in11oce11rc; u11 avtntut·ier, que
le~ viciffitt1Qjcs mê1ncs de fa defl:i11ée rendoienr
in1 e1·effa11t , récla1nant l'héritage de
fo11 fils, le patri111oi11e de fon père, tous ces
infortunés uniffa11t leurs haines, leur! effo1·1s
& Jeùrs reff ources : voilà cc qu,t111 jt:fl:c rtf.;.
fenr:n1enr armoit alors co11tre ]a fortune de
Charle1nagne; mais il réunitToir à vi11gt·rJcuf
ans toute la Monarchie F1·ançoife.
! Dans 11n fecond exrrait, notls le confidérero11s
feul fur le trône , & agiffant avec;
toutes les force! de cctre Monartbie.
Le fond de cet OuTrage efr l'Hifioire de
Chaa:·le111ag11c ; mais elle ell: précédée de
Co1zfidérations far ii remièr~ Race, & fi,i ...
. Ylt de . Confiâérations~r lafe,ende.
I
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1 U,i.JU I :J4 tJ
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i 6$ · M E R C U R E
Ces Co11fidérations ent;'re11r daris ~c pla11
de l 'Ouv~age, & font t1ne partie etfenticlle
d11 f~tjer. Il f:1lloic monr1·c1· toue le tnal 'que
Cl1arle1nagne avoir à corriger, & qu'il a
corrigé e11 partie; il falloir 1no11trer tour le
· bien que Ces Succeffears a voient à détruire,
· · & qu'ils ont déc.ruic entièret11enr. ,
: · C' ell ce tableau qu'on a voulu préfe11rer;
ce !011c ces vici!Iirudes dont on a tâché d'expofer
& les caufes & les effets ; en gé11éral,
· 011 a voulu tirer de cerce partie de 11otire
Hifroire tot1res les vérités utiles, coures les .
moralités Îlnporra11tes · u'elle peut fournir •
.. L'Hifl:ojre doit no11- euletnent être racontée,
in ais et1co re être raif on11ée ; il faut que
. lés hon1rr1es & les ~véneme11~ foienr j\tgés ;
il faur q11e les fautes & les erreurs dû patfé
. foient la 1e~o11 de l'a\1e11ir ; il faut qu,011
· fache ce qu1 s'eft fair, ~our favoi1· ce qll'il
faut faire & ce qu'il fau·t éviter. D'ailleurs,
les f~lifrorie11s n' 011r pas toujours jugé aflèz
, fiaineme11t tles chofes; la pltipart des jugeme11s
de l'Hifi:oire f 011t à réforn1er) & c, eft
un 1notif de plus de rflifonner aujourd 'hui
_ l' Hifloire. Il faut rayer de fes A11t1 les, il
fattt dé111enrir à la face . de- l'Univers. cous
· · ces jt1get11e11s infettés de l'e(prit du MachiavelJiline,
ces tloges de la g11€1·re, ces ho111-
niage~ proftirl1és ~ tt crin1e i·éputé heure11x, à
la fot1 rberie r.ép11tée ad1·0ite; il faut s'élever
contre ce~ e1111en1is du rg.ç11re hu111a'in, qoi
... 011t ofé diftit1gt1~r d.e~~0r?lcs, l't1ne pour
le pet1 ple, 1, autr__ e pou1· Jes Rois ; i~ne ;.qui
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1uqu,...,_.u -- --------
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D E F R A N C E. t~t
règle les droits des particulirrs, l,autre i qui
fait la dcfiinée des Em l'ires; contre ~es Ecri- ·
vains , ou pervers ou ftu 11idcs qui, lailfaftt
da,1s l, oubli ou li\1rant tnême au mépris les
vertus pacifiques ·& bienfaifai.1tes , ont toujours
célébré les vices r11rbulens & funefies.
Quai1t à la 1n4_11ière d"e111 ployer la in oralité,
elle doir bcauèoup ''arier dans la forme.
Tantôt 1, At1tcur l'é11011ce de lui-même, tantôt
il la place dans la boucl1e d'un de fes
pcrfonnagcs, tantôt il la f upprime entièrement
lorfqt1'elle fort atfcz d,elle-n1ê1ne du
fond Ju f ujet, &: q11e l'cf prit ne peut pas ne
pas la fer1tir & ne pas la ft1 pplécr ... Lorfque
Agt·ippin·e c1·ie at1 Centurion qui la 111aifacre
par l'ordre de fo11 fils, & qui 1, a voit déjà
frappée à la rête : Frappe les entrailles q1,i.
ont J'01·té ce monflre,, 'Y"'ENT REM FEl<.I. Ces
det1x inots 011r pJ t1s d, éloqt1encc & de mo·
rai icé que 11, en a uroic11t les N'~l t1s fortes déclan1a
rio11s co11tre le pa1·riclde. Lor:f<.1t1' apres
avojr rapporté les c1·itnes lo11g- te1nps
impunis de'-Néi·on, l,Hiîl:ot·ie11 ajot1re: L4
/011, rie patience du genre· humain fa , lqffa
en Tl; 011 n'a pas De( OÏ 11 d, ételltl t·e Ôa'\'a ntagc
la n1enace terrible que c~rrc pl1rafe li
fttnplc fair à tot1s les tyrans; inais tOLltes les .
fois qt1e les préjugés ou d, opi11io11 ot1 d'ufagc
s'oppofe11r a la i11oralité & . ]a repot1ffe11t,
on ne peot la fail·e f orrir avec r1·op d,éclar.
on ne pet1t l' énor1cer trop formclle1ne11c ni
l1 d~velopp e r rrop pleine1ne11r.
· E~re urile, en 1111 .111ot, êrre utile, voilà
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' ............ """""
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"1.lii . M E R C U R E
le grand devoir de rour Écrivai11, 8' la eon~
.iet1nnatio11 de tant d' écrirs.
Tel eft le précis d~ la Préface ; on pettt
la· regarder co111mc un petit Traité de l'u(age
de la 1norale dans l'Hiftoire & de la inanière
de l'y e1nplo}1er. Si nous rrouvio1~~
cerce Differtarion dans la Préf1ce de roue
autre Auteur, nous e11 conclu1·ions qt1e cet
Atlteur croit avoir tnis quelqt1e pl1ilof o·
phie & quelque n1oraliré da11s fo11 Ou\' rage;
nous ne pouvons c.l~nc nous difpenfer d'admectre
cette co11r1'e qt1ence pour nous4 111Ac 1T-ics,
· autrement ce ferait avoir deux poids & deltX
n1efures.
Pour jug~1· de cc qu'a .fair Charlen1agne ~
il faut connaître ce qu'il avoir à faire; il
f:ïtlt voir da11s quel état il avoir reçu la
france, & _dans qt1el état il l'a laiffé_e.
• •
.. .L'Introduélion, qui co11tient des obfier\ra·
tio11s fur la pre1nière Rac:e , & qtti appartient
plt1s effe11tielleLne1·1t au f ujer que les
Inrroduél:ions orc.ii11aires, efr divifée en
quatre Chapitres.
Le premier préfente des obfervarions générales
fur l' ef prit de guerre, & u11 parallèle
des guerres des .. Peuples barbares & de
celles des Pet1ples policés.
•
Dans l, ét:tr· de barbat·ie, la guerre cfl: conti11t1elle;
elle efi l ,t111i q t1e affaire, elle forme
feule l'ef prit gé11éral : da11s l'érar qt1'011 appelle
policé, la guerre n' cft qu'intertnirtenrc.
Si 011 étoit cout-à-fait i)ol1cé, la glterre cef:
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IV&J'V 1:1--------~------
'
.,,
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D E F R A N ~ E. 1 ';·
feroit entièreme11r. ~o.ite police tient à la
paix, & a befoin de la paix.
ILes guerres des Pet1plcs barbares f on~
beaucoup moi11s de1·aifo11!1ables que les 11ôtres.
Cl1 aifés par let11· 1nu lrirude, d,t1n fol ing1
·ar & fa11s cultu1·e qui 11e .peur plus les
11ou1·rit·, ils fe 1·épande11t da11s des cli1nars
plt1s het11·eux, & vo1Jt opp1·i111er des Pel1pJes
que Ja jquilfa11ce 1nê111e des Arts re11d moi11s
propres à la guerre. t,agrc~feur alors a ~u
rnoi11s un i11rérêt: préifa11t, t111 objet fc11Cible
& q•J'il peur remplir; il a co11it111u11en1ent, fur
les Peuples qt1,il arraque, l,avanrage de la
force & de la férocité qt1e don11e J3 barbarie;
inais des Pe11pJes de11t l'érablitfe111ent
ell: for1né depuis Jong-re1nps, des Pet1pl~s
policés, e11ro11rés de ro111te part de Nations
également policées, des Peuples à .qui le
.. com1nercc peut fournir routes les jouiifaa·
ces que la mature dl1 fol leur a refufées, qui
favent échanger tous les avantages ref peetifs
, faire Ji{ paroîr1·e & 1, éloigne111e11t des
lieux & la diffé1·ence des c1i1nats; des Peu-
. ples pour qui les mers, loi11 d'être des barrières
qui les {épare11t , devie1111enr cte nou~
eaux liens & ·de not1velles f ot1rces de ricHeifes
& de bo11heur ; des Reu ples e1:ifin
fur qui l'oeil de la Poliriqt1e extérieure efr
roujot1rs ouvert our préve11i r t0ut accroif.
fen1ent de puif ai1ce capable d'alar1ner la
liberté générale : quel inrérêr pet1ve11r ·ils
~ avoir de faire la guerre, ou plurôc quel in~
sérêt n, ont·ils poinc de 11e.la pas faire~
)
'
•
l\J.&JVl:J4U - ~
•
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•
•
•
; i,4 M E R G U ~ E
Le réfultat de ce Cl1apicre eft que l' cf prit
de guerre en tout ge11re f oulève contte Je
: bonheur du genre - humain une 1nulrirude
d' en11e111is. · ·
Dans la guerre, des Go11quérans, .fléaux
de l'Univers. ·
Dans la Politique extérieure, des fot1rbes
malfaifans qui éternifenr les guerres.
Dans la Politique intérieure , des tyrans
qui forcent les Peuples à la révolte e11 les
accablant, ou des féditieux qt1i féduifent les
· Peuples pot1r les poulfer à, la révolte.
Dans la Religio11, des perfécaceurs qui la
feroie11t ha'.ir.
Da11s les Lettres, des .tiifputet1rs inrolb~
rans qt1i les profanent, & qui. co11verri,fenc
·en poi(on ce que l'U11iver.s a de plus ain1a-
. b!e & de plus utile. ' ~ .
• 1 Voilà ei1 général les maladies dent Charlcj
1nagne a voit à gt1érir "le g'e11re ht1111ai~. ) l
· Dans le fecond Chapir1·e, 011 exa1ninc
"plus p:trticalièrement, on ft1iv;a11t l'ldifloi1·t!,
quell es moet1rs l,efp1·it de gllerre avoir i11trodt11tes
dans la France & da11s l,Ett1·ope ava11t
Charle111a t1e. Ce Chapitrie co11rie11r l'Bjf-
.. toi1:e de la pret11ière Race depuis Clo~is 1
jufqt1'à Clo~1is II. U11 feul c1·ait, qai 'av.oit
.. pettt être pas éré a{fez remarqt1é, f uffir pour
peind rc les l11oeu rs à cette époque. Dans u11
efpacc d'environ ce11r cinquante ~atis, depuis
l'an 48' jt1fciu'à l'an 63 o, on compte plus
de qt1arante Rais ou 61s de Rois ou tués dans
les batailles, 9u a!faaiaés de .. fang-froid., w
IV~U/U4tl---------
•
r
•
D E F R N c E. I~J
·cmpoifo1\11és, fans coa1pter beaucot1p" à' enfans
de ces Princes tués au bcr.ceau, & dont
oi111e fait 11i les 11oms ni le t101nbre.
Les Rais Fainéa11s & ' les Maires dlt Palais •
font lJobjet du troifiè1ne Chapir1·e. •
Les auteurs de la Race Ca1·lovingienne >
S.' Ar11ouJ , Pépin de Hoc1fral, <-harlesMartel,
Pépi11-Je · Bref, font le fttjet da
quar1iè~11e & dernier Chapitre de l,intro- •
duétio11.
Les inoeurs a";oient fait qt1elqt1es progrès.
Les ancêr1·es de Cha1·le1nagne écoitnt:
1noi11s fé1·oces qt1e les Rois guc--.rrie1·s de la
Ri1ce ~1 érovingic11ne. Charles-Martel & les f
deux Pépi ne; a ''oienr de la grandeur: & de
l~éclat:. Les Cor1qt1éra11s Mérovin~iens n'avoie11t
éré que des atfaffi11s terribles. Les
critnes de pure fé1·ocité dcvenoient plus ra- ·
res; mais ot1 co1n1nercoir encore les crimes
policiques , 011 lés com1netroit inême pat
fyfl:êtnc, c' eft la. plus ancie11nc comn1e la
plus ft111ef.l:e des er:reurs. On croit que le
M acnja ve!Ji[111e eft la doél:rine~ ou l' ei:reur
des fiècl~s Q~lairés; on fe trotnpe, il appartjenr
fur .. t (> tl t aux J<!u·pJes barbares; c .. eft
alors q-t1e le f rt: 1eut rot1jot1rs oppri1ner, &
le f(>i ~le t \ ll .t>t1rs rroi-n per. Les Peupl~s barbares
<Y· .~ ~ erJ~ d1ns u11 hat1t d~gré cette
vile fcie. cc· '1° 11tiiie, "eette petite fi11e((e
fittpide ~ ~ ·~ J· e111~i =- ~ de i·:i rouri11e, l'impuiff
a11c~· \ .. ~ ~ PV er ,~01 e( p1·it jufqa' à ) a rai- j
fo11, & f0... .. t1r jÛt-~1t1,à la,jt1!l:iGe, font encore
1101101· r. t1 • ?n de f"'olitique. Quand il exif: ·
. tcia: uit i ue, elle fera bieJ1 fi1nple, cc
•
•
•
-
•
•
..
1 Vi.J\J I :.J4U
•
1 _ 1·,, M E R ,C U R E
,'
fe1·a la jultice, ou encore miet1x la bie11fai- ·
fance, qui eft la jt1ftîce fuprên1e ; car il efr
f ouveraÎ11e1nent jufi:e de fait·e tout le pien
dont on efr capable. Le bien doit avoir la
vertu d,attirer le bien, puifquc le inal a celle
d' ~rrirer le mal ; 011 efr bien sûr du· n1oins
que ce 111al, qu' 011 efr toujot1rs fi empreffé
de faire, fer.a rendu au centuple. Pou1 .. quoi
donc faire le mal? Quel i11térêt, quelle politique
peut pre(crire le foin fu11cfte d' aff
embler ainfi fur fa tête tous les fléaux de la •
haime & de la vengeance ? Pourquoi [ai.Gr
toutes les occaG011s cle 11uîre à f~s voiu11s >
parce 'qu'ils ont faili ou qu, on prévoit qu'ils
failiro11t tot1tes celles de 11ous nuire? Eh!
confentons à do1111er l'exemple, co1nmençons
l'expérience du bien, ~elle du 1,nal eft
faire; 11ot1s Cavons ce ~u'il a produit & cc
qt1'il prodtiira: dif ons pltts, celle du bien
nlê1ne efr faite •. En effet, ouvrons 11os A11nalcs,
n1aJgré 1:iorre fyfrên1e perpét11el de
gt1errc, quiconque a voulu vi·1re en paix y a
vécu. Depuis la fondarion de notre Monarchie,
011 n'avoir pas encore compris que la
paix pût jatnais êrre un état permanent. De·
puis Gt11llaume le Co11quérant & Philippe 1, ·
·on avoir en~ore tnoins co1npris que la France
pût faire t1ne paix folide avec les .,.~nglois.
Enfin, .. ...Sa irzt Louis vint ; il ~Quiut la paix>
& la paix avec l' Angleter-re. Quel moyen
c1nploya·t-il ' la bienfaifance. Il remit aux
Angloiw tour c-e que le droit rigoureux de
confifcation av~it pu leur enlever fans injUfticc
.. ; il conquit les coeurs en rendant des
•
..
•
rvqu1u ~-------~-
,
•
..
•
• •
D E F R A N C E. 167
États. Le fruit de cette tnodératio11 fa11s
cxei.nple, fur une paix fans cxe1nple aul1i;'
ut1e paix de r1·ente-ci11q ai1s e11tre les deux
Nario11s., u11e amitié fi11cèt·e ent1·e les deux:
Rois, no11 pas feuleroent pe11dant f 0J1 règc1e>
111ais e11core pet1llant le règ11c entier de l)hi--:
· lippe-le Hardi fon fils. * · ,
T.el ell l,efprit da11s leqt1el cet Ouv1·age ·
eft co111 pofé ; c' efi: le 1nê111e qui règ11e <.ia11s
l,Hi!l:oi1·e de Fra11çois I, & fur· tottt dans
celle de la Rivalir·é de la Fra11ce & de l' Angleterre,
Ouvrages du 1nên1e At1~eur; c'eft
l' ainour de la paix, l' éloig11et11e11r pour la ..
guerre, l'ho1·reur pour la viole11cc & l'in- ·
ju fl:ice; l' Al1tet1r attaque {ur- tout le Machiavellift11e,
co11rin11elle111e11t, dans routes [es
hra11ch\Ts & dans toutes Ces f ubdivifio11s. _,
L'Hill:oii·e de Cl1arle1nag11e ouvre le
fecond Volt1111e. -
· I11gell1ei111, près éte 1'1aye11ce, Charlebou
l·g, 11rès de Mu11icl1, Carlfiar et1 Franco11ie,
Liége, 1\ix, qui n' avoit poi•1t encore
~ Il f;iudroit co11clure d'u11 pareil pri11cipe, qu'il
fuffiroit à un Roi d'être Bicnfaifant pour cunfervcr
la paix~ maie; u11 Prince !era e11 vain Bitnfuifant &
Mod 'ré, fi fo11 voi{i11 ne l'efi pas; & dans ce dernier
cas il faut néceffai1·emc11t que la force arra-.
che ce que la Bienf~ifa11ce & la Modération ne polir ...
ront p11s obr.enir. Tel eft le fyfl:ême de guerre aétucl
qu·on ne peut pas regardc-r co1n1ne un tribut payé
à 1'crreur par l'l1umanité.
N'y auroic-il pas à épiloguer μn peu fur la mode.
ration de S. Louis qui pouvoit, Çtrc néccffitée par
les circoafta:J1ces? (Note de /'Editeur.)
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I 68 . . M E R c V R E .
allors le f urnom de la Chapelle, fe f 0•11:
dif puré l,ho11neur d~avoir do1111é la i1aiil:1nce
à ce grand Pri11ce, co1nme autrefois pl11-
lieurs Villes Grecqt1es à Ho1nèt·e ; ca1· après
la 1no1·t.tous les t1r1·es de gloire fo11c égaux>
& le f ouveni1· des grands Ho1n1nes e11 tout
genre fe pet·pérue égale111e11t. C'eft au Château
d'Ingelhei1n que Cl1arles naquit, le 1'
Ecvrier 741, fuivant l' opi.ni~11 co1n1nune. l
Carloman, fo11 frère puî11é, qui partagea>
felgn l,ufage du te1nps, avec lui les États de
fon èt·e, n'eft connu dans l'Hiftoire que par
la ja ou1Îc qu'il e11t coure fa vie des gra11des
. qt1alirés de Cl1arles, fenti1nenr qui attelle
l'i11fêrioriré de Carlo1na11.
~ Ils fu1·c11t couro111:1és le mên1e jour ( 9
Oétobre 768), Charles à Noyon, Carlo-
1uan à Soiif ons.
Le pre111ier exploit qui s'offrit à la valeur
d.c ( .harles, fur l'expédition d' Aquitair>e. Ce
Reyau1ne ou cette Province, réunie à la Cou·
ron11e par Pépi11-le-Bref, réclamoit de not1-
veau l'inclépendal1ce, ou plutôt les Pri11ces
de 1-a Maifon d'Aquitaine, itfue de Clovis &
de Clotaire II par Aribert, Boggis & le D11c
Eudes récla1noient ce Duché héréditaire. de
let1r Maifo11. Carlo1nan éroit parti avec fon
frère pot1r f ou111ettre l' Aquitai11c. Dar1s la
rôute il le qt1ittc b1·uf qt1e111e11t, & retire fes '
troupes , )ai!I111t à Cl1arles tou~ l'embarras
de certe cxpéd~cio11; c'était lui en laïffer roucc ~
ltil gloire. Dès que Charletnag11e parue, l' Aql:
litai11e rec9nnut f on Maîcre ; la rapidité
· -- avec •
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- .. •
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D E F R A N C E. 16?
&\'CC laquelle il s'était éla11cé f,1r cet Etat
(car i·aétiviré qui, cot11me on l'a obfer\1é
plufieu1·s fois da11s l'Introduétion, éivoit diftingt1é
Charles Martel & I>épin-le Bref parlni
tous les Guerriers éroit, pow· ain{i di1·e, exagérée
en lui, & tc11oir de la tnagic & du ro·
Hige), l'alfurance avec laqt1clle il 111arè oit
au milieu de ce peuple e11ne111i, comme Ull
Roi parn1i fes f ujers, & un père parmi fes
mfa11s; un mêla11ge adroit de clé1nence &
.de fer1ncté, 11 extérieu1· le plus a va11tageux,
la figt11·c & la taille des Héros, des 1n.anièrcs
à- la fois impofantes & ai111ablcs, la brillante
affabilité de Céfar, la 1najell:é qt1, eut
dans la fuite Louis XIV, avec 11ne fimplicité
~ui l'eût en1bel lie; des traits fiers & doux
pleins de feu & de grâce, u11 air d'at1dace •
de force & de bon ré; enfin, les trois Pépins
& Charles-Martel renailfans en lui avec pltlS
.(!'éclat & de grandeur, toltt annonçait un
Prince 11é pour co1n111a11der aux homn1es
p0t1r co11quérir les E111pires & pour fL1bju
guer les -ca:urs. Charles 11e prie contre les
Aqt1it:ains d1autres précautio11s que He faire
bâtir fur la Dorrdog11e tin Château fort qui
s'appela Franciac J c'efr·à dire, Château du
,Franfois; on l'apHclle aujourd'l1ui Fronfac,
11om dins lequel, à ~trav~rs la coi·ruetion , · 1
~ ell aifê d'appercevoir la prononf iatÎDn & la
fignificacion pr.imirives. '> ,
Pépi11 l~ Rr:ef a voit fair la guerre aux Lom.
bards; la Rei11e Berthe , f"J veu\'e, jaloufe de
réconcilier le~ ~eux Natio11s , propofa le
N°. 3 o, 2. 7 Juillet 17 · i. H
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IU~Vl~4U f
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s 10 · M E R C U R E.. .
mariage de Charles, f 011 fils aîné, avec Her ..
~ mengarde, fille de Didier , Roi des Lo111• ·
pa1·ds; le Pape Éti~1111e IV, ei111e111i de Didier,
ne négligea rien p0ur traverfer cette a·llianc:
e ; wil a v0it ·un prétexte qt1'il fit bien valoir,
eharleL11agne a voit llne ef pèce d' e11gagen1ent,
que la Nation ne paroîr pas avoir regard~
co1nme un ''J·ai rnariag~, avec 1111e fem1ne
no1111née Hi1niltrude, âo11t il a\'OÎt i11ê1ne t1n
fils .. Cet obftacle n' arrêt oit 11i la Reine Bertl1e,
ni le Roï Lo1nbard , ni Cha1·le111ag11c
lui-'mê111e, q11i ne t~noit plus à ce lien. Le
Pape, dans une lettre t1·ès-curieufe, infi!le
forteme11t fur· l'indi{folubiliré dts noeuds du
s.11ariagc; & pot1r toucl1er par· u11 endroit
(enfiblc les IJri11ces Cha1·les & C:a1·loman: • • •
. ~ Sotive11ez-\'Ot1s, leur dit-il, que mon pré-
• déce!feu·r e1:n pêcha Pépi11 de répt1dier vo•
. ,., tre inère~ ,, _Il inGtle bie11 t\avanr~ge en•
core fur l'ir1dignité prétendlte de cette al~
iancc; il affure que tot1tes les Lon1bardes
font puaqtés, lépreufes, dégoûtante~: Pete~
~ijfi.ma gens ..••• de cujus natione & leprofarum
enus qri.ri certum ijl; que le pet1ple J... om.
ard efi: ~n11e1i:ii de D~et1 & des lio1nmes;
qu'il n' efl pas corn pté par-tni les N arions, in
rzumero genti.um nequaquam comput«tur; & ,
comme s'~l eût éré qtieftion d'époufer une
idolâtre , & non pas uqc Catholique :
.,. Quelle monfi:ruet1fc all~anc~ , s'écrie le .
• Pontife, c11trc la lainière & les ténèbres! '~ ,
~ quelle f ociété dl1 fidèle avec l'infidclle !
• tfç$ f r411soifcs ~ 'lit· il , f oMt ti aimable; 1
•
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1u111ru:+μ--~------
•
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,
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. . D~ E FRANCE • . ~17r
;,, ai1ncz-les, c,efi: votre· devoir: earrtm vos
,, oportet amori ej}è adnexos. ''• .
Il prétend qu,il n' efi pas pern1is aux Princes
d, épouf er des ér1~a11Bèrcs; il cire aux Prin
·ccs François l' exe1nple de let1r père, de leur
aïeul , de leur bifaïeul , qui tous avaient
épot1fé des Frat1çoifes; il leur allègue ft1r c,c
p i i1t l, autorité du Roi leu~ père , qt1i ~
·RreCfé par l'E111 pere11r Conftantin Copro'
nyt11e , de donner en '"1n~riage à f on fils la
Pri11ceffe Giféle, foeur de Charles & de Car-.
·101nan, avoic répondu qu'':111e alliance étran~
gère lui paroilf oit illegirime , & fur-tout
~qu' il ne vouloir point faire une chofe défa.
gréa ble au Saint- Siége •
On 11,eut point ·d,égard à c~tte lettre, &
le 1nariage fe fic; l11.ais le Pape ft.:it ve11gé par
ce 111a1·iage 1~ê111e. Cha1·les n, ait11a tJoint fa
11ouvelle"époufe; qt1elqt1es i11fir1nités fecrettes
qu,il lui trot1va, l' e11 dégoûtèrent d, a- .
bord, il la répt1âia, & la 1·envoya au Roi
Didief fo11 pè1:e , qui ne pardo11111 ja1nais à
la Fra11ce 1, aff.ro11r fait à fa ' fi lle. Be1·rhe vit
avec aot1lcur dér1·uire f 011 ouvrage & dilliper
tès efpérances. C'eft le fcul chagïi11 , dit
Egi11ard , que f on fils ltti ait do1111é da11s fa
•
•1 ~.
.. Le Pri11ce Ca['lo1nan mot11·ut au cl1âreau • • e Sama11cy , ot1 Samot1cy , près de Lac.)11 ,
l.e ~ 'Déce111bre 77 1, âgé d' c11viron vi11 gt nns.
Il laiffoit deux fils en bas-âge: 011 v1t alors
un mémoraole effet tie ce gra11d art de plai re
& d'i1npof er, dont la Naturie a·1oit doué
· - H ij
•
•
•
•
1 U,'4 U I :J'4JJ
-
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•
'- ·rvz. . · M E>R 0 lJ. RE
4 C l1arle111agne, & de la i·épl1tatio 11 gt1'il a~oit
dcjà de got1 ver11er avec g1·andeur, avec ju(tice
& ~ veç fagelfe. Les Gr:i.11ds des Er~1 rs qui
a voie11r été du p~ :- tag: de Carlo111an) i·eco11-
·11t1re11t f oletn11elle111ent Cha1·le1nag11e pour
l e1:1·1· Roi. Ger berge, veuve de Carlo111an, ·
~'e11fu.i r a\1ec fes fils l1ors de France; elle (ç
réf,_1gin chez le Roi de Lombardie , afyle in·
diqué à totts les enneluis de la Fra11ce, par
le reffc11time11t que co11fer,·0it ce Prir1ce de
l'affro11t que fa fille y avoir reçu. . · ...
Da11s le i11êtr1e -te111p5 on vir rep~ro1rre Je
Pttc d' Aquirai11e Httnaud, fils du Du~ Eudes,
& père du Duc Gaïffre. Da11s un léger dépit
d' a V oi1· écé battu par les François , & <.ians
·un tége1- re1nords d'a\1oir fait crev~r les yeux
·au Pt·ince Hatten, f on frère, il s' écoit fait
,M.oi11~ ~ & avoir cédé fo11 DL1ché à Ga.i'ffre
{on fils. Après la mort de Gai~ffre, il étoit
.rcnrré dans le Îiècle pot1r difpurer à Charle1nag11e
le Duçhé d' Aqt1iraine. Livré au ·
1 vai11queur, il avoir été enfert:né; il s'échappa .
~e fa pi:itbn , '& fc refira auffi à la Cour de
·Didier, ain!i que divers Seigneurs des Etats
,de Carlo111an, qtti n'avoienr point ap rot1vé
.. la dén1ar-che qt1e les aurrcs avoient aitc de
fe f ot1n1etrrc à Çharlemagnc. _
r Voilà donc contre Charle111agne non-fclllemeAt
u11 grand 0rage, . inais encore 011
, ~rand intérêt ; 1111e veuve abando11née par
·les f ujets de fon n1ari , une m~rc défolée •
, des orpl1elins dépouillés, des Grands prof.;.
rits pour leur fidèle arrachcme'1t au fang <lo
•
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...
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...
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•
• -
D E- F R A N C 1!. t7 j
leur Sot1verai11; un père ~ lli1 Roi outragé
da11s ur1e fille in11oce11rc; u11 avtntut·ier, que
le~ viciffitt1Qjcs mê1ncs de fa defl:i11ée rendoienr
in1 e1·effa11t , récla1nant l'héritage de
fo11 fils, le patri111oi11e de fon père, tous ces
infortunés uniffa11t leurs haines, leur! effo1·1s
& Jeùrs reff ources : voilà cc qu,t111 jt:fl:c rtf.;.
fenr:n1enr armoit alors co11tre ]a fortune de
Charle1nagne; mais il réunitToir à vi11gt·rJcuf
ans toute la Monarchie F1·ançoife.
! Dans 11n fecond exrrait, notls le confidérero11s
feul fur le trône , & agiffant avec;
toutes les force! de cctre Monartbie.
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Résumé : Extrait de l'Histoire de Charlemagne.
L'ouvrage en question est une histoire de Charlemagne, précédée de réflexions sur la première race et la féodalité. L'auteur met en avant la nécessité de corriger les erreurs passées et de tirer des leçons morales de l'histoire. Il critique les jugements historiques influencés par des stratégies machiavéliques et appelle à une réévaluation des événements pour distinguer les actions louables des erreurs à éviter. L'introduction de l'ouvrage est structurée en quatre chapitres. Le premier chapitre présente des observations générales sur l'esprit de guerre, comparant les guerres des peuples barbares à celles des peuples policés. Les guerres barbares sont décrites comme constantes et motivées par la brutalité, tandis que les guerres des peuples policés sont intermittentes et influencées par des intérêts économiques et politiques. Le deuxième chapitre examine l'état de la France et de l'Europe avant Charlemagne, soulignant les troubles et les violences de cette période. Le troisième chapitre traite des rois fainéants et des maires du palais, et le quatrième chapitre se concentre sur les ancêtres de Charlemagne, notant leurs progrès et leurs erreurs. L'auteur insiste sur l'importance de la paix et de la bienveillance, illustrant ses propos par l'exemple de Saint Louis, qui a su conquérir les cœurs par la modération et la justice. L'ouvrage vise à promouvoir un esprit de paix et de justice, en opposition aux stratégies machiavéliques. Par ailleurs, le texte relate des événements historiques impliquant Charlemagne et la province d'Aquitaine. La région, réclamant son indépendance, est dirigée par les princes de la Maison d'Aquitaine, descendants de Clovis et Clotaire II. Charles, frère de Charlemagne, est envoyé pour soumettre l'Aquitaine mais abandonne la mission, laissant Charlemagne gérer seul cette expédition. À son arrivée, Charlemagne est rapidement reconnu comme maître par les Aquitains, grâce à sa rapidité et son assurance. Il prend des mesures pour sécuriser la région, notamment en construisant un château fort sur la Dordogne, appelé Franciac (aujourd'hui Fronsac). Le prince Carloman, frère de Charlemagne, meurt en décembre 771, laissant deux jeunes fils. La veuve de Carloman, Gerberge, retourne en Lombardie avec ses fils, indignée par le traitement subi par sa fille. En Aquitaine, le duc Hunald, fils d'Eudes, réclame le duché après la mort de son fils Gaiffre. Hunald s'échappe de prison et se réfugie à la cour de Didier, rejoint par d'autres seigneurs refusant de se soumettre à Charlemagne. Charlemagne doit donc faire face à une coalition d'adversaires, incluant une veuve abandonnée, une marche dévastée, des orphelins dépouillés, des grands protestant contre leur fidélité forcée, un roi lombard outragé, et des nobles réclamant l'héritage de leurs fils. Malgré ces défis, Charlemagne parvient à maintenir son contrôle sur la monarchie franque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4852
p. 104-116
Des Nations sauvages avant l'établissement de la Propriété.
Début :
D'une extrémité de l'Amérique à l'autre, du Kamschatka aux rives de l'Oby, de la mer du [...]
Mots clefs :
Propriété, Nations, Homme, Amérique, Gouvernement, Pouvoir, Sauvage, Forêts, Tribu, Nature, Vie, Peuples, Politique, Affections, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Des Nations sauvages avant l'établissement de la Propriété.
DES Nations fauvages avant l'établiſſement
de la Propriété.
D'UNE extrémité de l'Amérique à l'autre , du
Kamschatka aux rives de l'Oby , de la mer du
Nord jufqu'aux confins de la Chine , de l'Inde
& de la Perfe ; de la mer Cafpienne jufqu'à
la mer Rouge, à très- peu d'exceptions près ; dans
tout l'intérieur & fur toute la côte feptentrionale
de l'Afrique , le Voyageur & le Philofophe apperçoivent
une multitude de Nations que nous appelons
Sauvages ou Barbares. Dans cette portion du
Globe affez étendue pour renfermer prefque toutes
les variétés de climat , de terrein & de pofition , la
nature humaine , que toutes ces caufes modifient fi
puiffamment , doit préfenter auffi un tableau complet
de toutes les variétés qu'elle reçoit des différentes
diftances du Soleil , des manières différentes de
vivre & de fe nourrir. Quelle multitude de faits intéreffans
pour l'Hiftorien de l'homme ! Quel fpectacle
pour le Philofophe ! Toute recherche cependant
fur ce fujet feroit prématurée,avant de s'être fait une
idée générale de notre espèce dans la vie fauvage,
avant d'avoir diftingué l'ignorance, de la ftupidité, &
le défaut des Arts du défaut du génie qui les crée.
C'est pour avoir confondu ces chofes , que l'homme
fauvage eft fi peu connu , & l'homme focial fi
vain.
Parmi les Nations qui occupent les parties incultes
de la terre , quelques-unes cherchent leur fubfiftance
dans la chaſſe , d'autres dans la pêche , d'autres dans
DE FRANCE. 105
les productions naturelles du fol . Tous ces Peuples
connoiffent peu la propriété , & ne montrent même
que rarement quelques traces de fubordination & de
police. Il en eft d'autres qui , poffédant des troupeaux
qui leur rendent les pâturages néceffaires ,
favent déjà ce que c'est que d'être riche & d'être
pauvre , qui connoiffent les relations du patron &
du client , du maître & du ferviteur , qui ont fouffert
qu'on les clafsât dans l'eftime publique fuivant
les degrés de leur richeffe. Ces diftinctions doivent
produire ure différence , effentielle de caractère , &
nous autoriſent à féparer en deux claffes les Peuples
fans loix & fans gouvernement , dont nous
allons confidérer l'hiftoire ; l'une de Sauvages , qui
ne connoiffent point encore la propriété ; l'autre de
Barbares , qui en font l'objet principal de leurs
foins & de leurs defirs , quoiqu'ils ne fachent encore
ni l'établir ni la défendre par les loix .
Il est évident que la propriété ne s'établit que
lorfque la Société a déjà fait beaucoup de progrès ;
elle exige , parmi plufieurs autres connoiffances, que
les fiècles feuls peuvent donner , une méthode exacte
pour définir la poffeffion. La poffeffion exclufive eft
le premier degré de la propriété . C'eft de l'expérience
d'une poffeffion de ce genre que le defir de
la propriété peut naître. L'induftrie qui l'acquiert &
qui la perfectionne , exige l'habitude d'agir dans la
vûe d'un avenir éloigné , & de furmonter cette difpofition
naturelle qui porte toujours le Sauvage au
repos ou à la jouiffance ; mais cette habitude feule
eft un caractère qui annonce que ces Nations ont déjà
fait beaucoup de pas dans les Arts & dans l'Induſtrie .
Le vrai Sauvage ne connoît que le préfent , & celui
pour qui l'avenir commence à exifter , eſt déjà trèsloin
du premier état de la nature humaine,
Dans les Tribus qui vivent de la chaſſe & de la
E v
106 MERCURE 1
pêche , les armes , les fourrures , la flèche & le hameçon
font les feuls biens , l'unique propriété. La
nourriture du lendemain court encore dans les forêts
ou nage encore au fond des lacs & des mers ; elle ne
peut être leur propriété avant qu'ils s'en foient faifis
& même alors , comme toute la Tribu a contribué
la faifir , elle eft à toute la Tribus elle eft partagée
&dévorée à l'inftant , ou va enrichir le magafin
public,
Dans les pays où les Nations fauvages , comme
dans la plus grande partie de l'Amérique , mêlent à
la pratique de la chaffe quelque eſpèce d'agriculture ,
ces Nations fuivent à l'égard de la difpofition du fol
& des fruits que produit la terre les mêmes procédés
que dans la difpolition de la chaffe & le partage de
la proie. Comme les hommes chaffent enfemble , les
femmes labourent également enſemble Dès que la
récolte arrive , tout le monde s'affemble & jouit. Le
champ dans lequel ils sèment , ainfi que le diftrict
dans lequel ils chaffent , eft confidéré par la Nation
comme une propriété , mais cette propriété
demeure indivife. On va en troupe préparer le fol ,
planter & cueillir les fruits de la récolte. Ce qu'on
achète même des Étrangers avec lefquels on trafique ,
le porte , on le dépofe au dépôt public , & il
Le partage enfuite , à des temps marqués , entre les
différentes familles , proportionnellement aux divers
befoins de chacune.
Comme la flèche & le carquois appartiennent à
l'individu , la cabane & les meubles appartiennent à
la famille , & comme les foins de la maifon -font
dévolus à la femme , la propriété de la maiſon lui eft
également dévolue. Les enfans font à la mère ; la
Ligne paternelle ne marque que très - peu dans la
lifte , deses parens. Avant d'être mariés , les mâles
vivent dans la cabane où ils font nés ; mais dès qu'ils
ont pris une femme , ils vont vivre avec elle dans
DE FRANCE 107
fa cabane. La mère de famille regarde le Chalfeur
& le
Lawyer comme
une
partie
de
fes
}
richeffes ; elle les réferve pour les périls & les occafions
critiques ; & dans les intervalles des guerres,
des chaffes publiques & des affemblées , elle les foigne
, elle les berce , pour ainfi dire , & toute leur ,
vie n'eft alors qu'un long fommeil ou une fuite
d'amuſemens.
Tant qu'un des fexes garde , pour fon apanage ,
pour fon caractère diftinctif le courage dans les
dangers , l'habileté dans la politique & l'induftrie
dans les guerres , cette efpèce de propriété que
possède l'autre fexe , lui eft plutôt laillée comme
une fujétion , qu'accordée comme un privilège ;
elle marque dans les femmes une infériorité
& non pas un afcendant , comme le prétendent certains
Écrivains. La propriété n'eft en effet pour un
Guerrier qu'une chaîne d'embarras & de foins qu'il ·
ne peut porter par choix . Par- tout ailleurs que
dans le champ de l'honneur , ils ne voient qu'efclavage
& peines. Le fexe à qui la propriété eft impofée
, eft dans le fait foumis à l'autre ; les femmes font
dans le vrai les Ilotes de l'Amérique . Mais fi ce partage
de fonctions de la vie entre les deux fexes , en
entretenant dans l'homme le mépris des arts & des
travaux méchaniques,diffère de quelques fiècles feu
lement l'établiffement de l'efclavage , & fi l'efpèce
de fervitude où la femme eft foumife eft adoucre
par les affections naturelles du coeur , ne devonsnous
pas en cela , comme en beaucoup d'autres
chofes , préférer les premières infpirations de la Nature
à tous les fyftèmes d'une politique raffinée ?"
Tant que la propriété refte dans l'état où nous
venons de la décrire , on conçoit aifément ce que
apportent plufieurs Voyageurs , que , parmi les
Sauvages , on ne connoit aucune diftinction de rang
Evi
& de condition .
なな
108
MERCURE B
Il n'y a de fubordination , parmi eux , que cellequi
naît de la diverfité des fonctions ; & dans le
partage qu'on en fait , on ne confidère que les avantages
des talens , de l'âge & de l'expérience. Les qualités
perfonnelles n'y prennent de l'afcendant que
dans le moment précis où elles font néceffaires ;
mais la crife une fois paffée , elles n'en gardent
abfolument rien ; elles ne retiennent ni pouvoir
ni prérogative . Un Guerrier qui a conduit la jeuneffe
de fon canton au combat ou à la chaffe ,
de retour chez lui rentre dans la foule au niveau
de fes compagnons ; quand il n'y a plus d'autre
affaire que celle de dormir & de manger , de quelle
prééminence pourroit- il jouir ? Il ne mange pas , il
ne dort pas mieux qu'un autre .
Là où le pouvoir ne donne aucun avantage ,
ceux qui pourroient l'exercer en craignent les foins
& les inquiétudes , & les autres frémillent de l'idée
feule d'une foumiffion continuelle. J'aime , fait
dire Montefquieu à Sylla , à remporter des victoires ,
à fonder & à détruire des États ; mais pour ces
minces détails de gouvernement où les génies médiocres
ont tant d'avantages , mon âme ne fauroit
s'en occuper. Le Sauvage puife dans l'ignorance des
avantages du pouvoir & de la fortune , ce mépris
des grandeurs & des titres que Sylla devoit à la
fierté & à l'élévation de fon âme.
> Le tableau que nous venons de tracer convient
plus ou moins aux différentes Nations
fuivant les différens progrès qu'elles ont faits
dans l'établiffement de la propriété. Parmi les
Caraïbes & les autres habitans des climats chauds
de l'Amérique , fa dignité de Chef eft héréditaire ou
élective ; elle eft à vie . L'inégale diftribution de la '
propriété y établit une fubordination bien fenfible ;
mais parmi les Iroquois & les autres Nations des
Zônes tempérées , les mots de magiftrat ou de fujet ,
DE FRANCE. 109
•
de noble ou de roturier , font auffi peu connus que
les noms de riche & de pauvre. Les vieillards y commandent
, & dirigent toutes les opérations politiques
de leur Tribu , non qu'on leur ait confié aucun pouvoir
, mais par l'autorité naturelle de la vieilleffe.
Le commandement militaire eft toujours accordé à
la fupériorité de la valeur & de la force. On n'y
reconnoît l'Homme d'État qu'à l'attention avec laquelle
fa Tribu , rangée autour de lui , écoute fes
confeils ; le Général d'armée, qu'à la confiance avec laquelle
toute la jeuneffe le fuit au champ de bataille ;
& fi l'on vouloit voir quelque efpèce de gouvernement
politique dans l'accord de leurs volontés &
dans le concert de leurs mouvemens , il n'eft au
moins dans nos langues aucun terme qui pût rendre
cette efpèce de gouvernement . Le pouvoir n'y eft
autre chofe que l'afcendant naturel du talent ;
& fi la communauté agit quelquefois avec une
apparence d'ordre & de méthode , c'eft qué
toutes les volontés particulières , réunies alors dans
un feul intérêt, ne forment plus en ce moment qu'une
feule volonté .
Dans cette heureufe quoique informe adminiftration
, nous pouvons trouver les élémens d'un Sénat,
d'un pouvoir exécutif & d'une affemblée populaire ;
inftitutions par lefquelles les noms des anciens Légiflatcurs
ont été fi célèbress. A Athènes & à Rome ,
le Sénat , ainfi que l'artefte l'étymologie du mot , fut
d'abord compofé de vieillards . A Rome , les Généraux
faifoient leurs levées comme la font en Amérique
les conducteurs militaires. Les Citoyens Romains
fe rangeoient volontairement fous les drapeaux déployés
pour la guerre comme les jeunes Américains.
Les plans de Gouvernement que la Nature fuggéroit
aux Américains dans leurs forêts , elle les
avoit déjà dictés auparavant aux Romains & aux
Grecs , fur les rives de l'Eurotas & du . Tibre ; &
I 10 MERCURE
Lycurgue & Romulus apprirent à former leurs corps
politiques du même maître qui apprend à toutes les
Nations à unir leurs talens & a combiner leurs
forces.
Parmi les Nations de l'Amérique feptentrionale
chaque individu eft indépendant , mais il eft attaché
à quelque famille par les habitudes & par ſes affections.
Ces familles, comme autant de Tribus féparées, ne
font foumiles à aucune furveillance étrangère. Tout
ce qui fe paffe entre leurs membres , le meurtre
même & l'affaffinat , ne regarde qu'elles , & ne peut
être puni par aucune autre autorité. Ces familles font
en même-temps les parties d'un canton , les membres
d'une affociation plus étendue.
›
Les femmes de plufieurs cantons s'affemblent
pour planter leur mais , les vieillards pour tenir
confeil , les chaffeurs pour battre les forêts , &
les guerriers pour s'exercer dans le champ. Quelquefois
plufieurs de ces cantons fe réuniffent pour
tenir un confeil national & exécuter de concert
une entreprife importante. Lorfque les Européens
commencèrent à s'établir dans l'Amérique , fix
de ces Nations avoient fait entre elles une ligue ;
elles avoient leurs Amphyctions ou leurs États - Gé
néraux ; & par la folidité de leur union , par la
fageffe de leurs confeils , elles avoient acquis un
afcendant marqué depuis l'embouchure du fleuve
Saint-Laurent jufqu'à celui du Miffilligi .
-
"
Leur politique paroiffoit avoir faifi , avoir péné
tré l'intérêt commun de la confédération générale ,
auli-bien que l'intérêt privé de chaque affociation
particulière ; elles étudioient une balance de pou .
voir. L'Homme d'État d'un canton furveilloit les
deffeins & les procédés d'un autre ; & quand il s'appercevoit
qu'un des côtés de la balance ufurpoit un
peu trop de poids , en jetant fa tribu de l'autre côté ,
DE FRANCE III
i rétablifoit l'équilibre . Comme les Nations de
l'Europe , elles avoient leurs traités & leurs alliances,
qu'elles rompoient ou maintenoient fuivant la diver
fité des raifons d'État ; elles vivoient en paix tant
que la paix leur étoit utile & néceffaire , & enfuite
au moindre choc de leurs intérêts , va moindre niouvement
de jalouſie , elles fe levoient toutes pour la
guerre.
Aini, avec un gouvernement fans forme déterminée
, avec une union dont on n'apperçoit point les
noeuds raffemblés par les infpirations de l'inftinct plutôt
que par les vûes de la raiſon , ces Nations fauvages fe
conduifoient avec autant de concert & de force que les
Nations civilifées. Les Étrangers, fans pouvoir découvrir
quel eft le Magiftrat & comment le Sénat
eft compofé, trouvent toujours des confeils qui délibèrent
& des armées qui le battent. La police n'y
eft nulle part, & la justice y eft par- tout ; & l'abfence
des vices y eft la meilleure fureté contre les
crimes.
Sans doute il y a quelquefois des défordres parmi
eux , fur-tout lorfque l'ufage immodéré des liqueurs,
qu'ils aiment à l'excès, enflamme leurs paffions & les
fait fortir de leur indolence & de leur douceur ordinaire
: alors leurs querelles font des combats , &
leurs feftins fe terminent fouvent par des meurtres .
Lorfque quelqu'un a été tué, rarement celui qui a
commis le crime eft obligé d'en rendre compte à fa
Tribu ; c'eft une affaire qu'il a à foutenir contre la
famille , les amis ou même les compatriotes de fa
victime. Il n'eft jugé & puni par les frens que dans
les cas rares où le crime eft de nature à alarmer la
Société entière . Si les familles , les Tribus & les
cantons craignent d'être troublés par la fuite de
ces vengeances particulières , elles s'entremettent &'
tâchent , par des préfens proportionnés à l'offenſe
112 MERCURE
de fatisfaire au reffentiment , & de détourner la
vengeance ; prefque jamais le meurtrier n'échappe
à la peine s'il demeure aux lieux où il a commis
le crime. Le Sauvage qui ne fait pas étouffer lon
reffentiment fait le déguifer avec beaucoup d'adreffe ;
& c'eft fouvent après plufieurs années , lorfqu'il fe
croit le plus en füreté , que le meurtrier voit tomber
fur lui la vengeance.
Ces confidérations les rendent prudens & circonfpects
; elles les mettent en garde contre leurs
paffions ; elles leur donnent dans toutes leurs manières
un air phlegmatique & compofé , plus remarquable
que la politefle des Nations civilifées ;
cependant ils n'en font pas pour cela moins affectueux
dans leur commerce ; leur converfation même
eft pleine d'égards & d'attentions plus aimables , dit
Charlevoix , que le ton de nos fociétés polies .
Cet Écrivain a obfervé que les Nations parmi
lefquelles il a voyagé dans l'Amérique feptentrionale,
ne
mettent pas au rang des devoirs les actes de
bienfaifance & de générofité ; les Sauvages font
bienfaifans & généreux , mais par affection uniquement.
Lorfqu'ils ont fait un plaifir , ils ont
fatisfait un befoin. L'affaire eft finie ; & perfonne
n'y penfe plus. Un fervice reçu peut être ou
ne pas être l'occafion d'une liaifon intime ; cela
dépend non du bienfait , mais de quelques circonftances
du moment ; & le bienfait eft bientôt oublié
s'il n'a pas fait naître le fentiment tendre de
-l'amitié ; car la reconnoiffance n'eft pas pour eux un
devoir qui oblige l'un à quelque retour , ou autorife
l'autre à quelque reproche. Le fentiment avec lequel
ces Peuples donnent & reçoivent les préfens, eft le
même que celui que Tacité avoit furpris parmi les
anciens Germains ; ils les aiment beaucoup , mais
il s'en font un plaifir , & jamais une obligation , &
DE FRANCE. 113
de triba à tribu même , les préfens ne font d'aucuue
conféquence , à moins qu'ils n'ayent fervi à fceller
quelque alliance ou quelque traité.
Une de leurs maximes favorites , c'eft qu'un
homme ne doit rien naturellement à un autre
homme , & ne doit fouffrir par conféquent ni une
inégalité qui lui feroit injurieufe , ni des charges qui
le gêneroient dans fes befoins ; c'eft de ce principe
fi cruel & fi infecial en apparence, qu'ils ont fait for
tir toutes les règles de la juftice , & ils les fuivent
avec une bonne foi & une fermeté que la civilifation
ne donne point aux Peuples les plus éclairés . C'eft
précisément parce que la bienfaifance & l'amitié ne
font parmi eux ni des loix ni des devoirs , qu'elles
deviennent des fentimens tendres & paffionnés dès
qu'elles pénètrent dans le coeur ; mais nous qui nous
vantons de notre morale , quelle étrange contradiction
nous avons mife entre nos principes & nos procédés
! Le coeur , difons- nous , doit être libre & indépendant
dans toutes les affections , & cependant
nous regardons l'amitié comme une obligation , &
tout ce qu'elle peut donner nous l'attendons comme
un devoir rigoureux ; nous exigeons le retour de la
reconnoiffance comme le payement d'une dette .
Avant d'être généreux & bienfaifans , nous calculons
ce que nous rapportera la reconnoiffance , &
nous avons porté l'efprit de trafic & l'avidité de
F'intérêt juſques dans le commerce des affections du
coeur auffi les âmes fières & délicates ont - elles
appris à redouter les bienfaits prefque autant que les
chaînes de la fervitude , au lieu que le Sauvage ne
craint rien d'un préfent , & le reçoit toujours fans
inquiétude & fans réflexion .
L'amour de l'égalité & l'amour de la juftice n'étoient
que le même fentinent dans l'origine ;
& quoique les ' conftitutions fociales ayent établi
114
MERCURE
A
entre les Citoyens des inégalités de rangs && ddee.v.
privilèges que la juftice anême ordonne de respecter ,
cependant celui qui a oublié l'égalité originelle de
tous les hommes , dégénère bientôt en eſclave ou en
tyran. Si un pareil homme commande jamais , il ne
faut pas efpérer qu'il refpecte les droits de fes femblables.
C'eft ce principe d'égalité, primitive qui
élève l'âme par le fentiment de fon indépendance ,
la rend indifférente à tout ce qu'on peut recevoir des
hommes , lui fait refpecter leurs droits , & l'ouvre
toute entière aux affections nobles & généreuſes ;
c'eft lui qui répand fur le front fauvage de l'Américain
cette expreffion de candeur & de bonté qui
adoucit ce qu'il y a de farouche dans fes traits &
dans fa conduite , & encourage l'Etranger à l'aborder
avec confiance fans la garantie même des
Loix & du Gouvernement.
Chez ces Peuples , c'eft aux talens & au courage
que la confidération s'attache, elle ne fuit pas, comme
parmi nous , le char brillant de la fortune & les
pompes frivoles du luxe. Les talens dont ils font cas
ce font les talens dont ils ont befoin , c'eft la parfaite
intelligence du pays , c'eft l'art de rufer à la
guerre. Voilà les qualités far lefquelles , parmi les
Caraïbes , on fait fubir des épreuves à quiconque
afpire à la place de conducteur militaire. On l'envoie
d'abord avec une eſcorte à travers des forêts
immenfes jufqu'aux portes de l'ennemi ; on lui dé
figne fur la frontière un buiffon ou une fontaine ,
il faut qu'il les reconnoiffe , qu'il y plante un
poteau , & que feul enfuite il revienne dans fon pays
à travers les mêmes chemins.
C'est ainsi que par des obfervations fubtiles , dont
les Voyageurs accoutumés à marcher à l'aide des
grandes routes feroient bien incapables , ils peuvent
fuivre les traces d'un animal ou les pas d'ua
homme à travers des forêts de cent licues. Ces
DE FRANCE Its
mêmes hommes favent gouverner des canots fragiles
fur les torrens & les cataractes avec l'adreſſe
des pilotes les plus habiles . S'ils traitent avec un
Étranger , leurs regards pénétrans vont jufqu'au fond"
de fon âme lire fa penfée la plus fecrette , furprendre
fa véritable intention ; & eux , s'ils ont befoin
de tromper à leur tour , ils favent fe couvrir d'arti
fice qu'on dévoile bien rarement. Ces mêmes hom
mes enfin lorfqu'ils haranguent dans leurs confeils ,
y déployent l'élocution la plus figurée , la plus
énergique , & favent conduire leur négociation avec
le difcernement le plus fin & le plus profond de leurs
intérêts politiques.
Mais sûrs de trouver dans chaque occafion particulière
les moyens de traiter leurs intérêts avec cette
fupériorité , ils ne fe font point une fcience de
leur politique, & ne travaillent point à foumettre à
des principes généraux les règles de leur conduite &
de leurs artifices ; ils femblent incapables de porter
leur attention fur des objets un peu éloignés , fi on
en excepte au moins les expériences qu'ils ont faites
dans la chaffe & dans la guerre. Chez eux la prévoyance
ne s'étend pas d'une faifon à l'autre ; ils
conſomment en été tous les fruits de l'été , & lorfque
l'hiver arrivé, ils s'élancent dans des forêts couvertes
de neiges pour y chercher leur proie . S'ils fe trompent
dans leurs efpérinces , un moment après ils
tomberont dans la même erreur . L'expérience no
leur apprend prefque rien , & ne les ergage point à
établir de ces maximes qui font pour nous les guides
de la vie. Parmi nous les intervalles de repos que
les paffions nous laiffent font des momens où la réflexion
, la honte , la pitié & le remords nous difpofent
à la fageffe & aux vertus. Le Sauvage prefque
ftupide dans ces momens de calme , ne fe repent
jamais d'aucunes de fes violences , & il ne fe croit
jamais refponfable , lorfqu'il eft tranquille & de
116 MERCURE
fang-froid, des actions qu'il a pu commettre dans la
colère ou dans l'vreſſe .
La fuite au Mercure prochain.
de la Propriété.
D'UNE extrémité de l'Amérique à l'autre , du
Kamschatka aux rives de l'Oby , de la mer du
Nord jufqu'aux confins de la Chine , de l'Inde
& de la Perfe ; de la mer Cafpienne jufqu'à
la mer Rouge, à très- peu d'exceptions près ; dans
tout l'intérieur & fur toute la côte feptentrionale
de l'Afrique , le Voyageur & le Philofophe apperçoivent
une multitude de Nations que nous appelons
Sauvages ou Barbares. Dans cette portion du
Globe affez étendue pour renfermer prefque toutes
les variétés de climat , de terrein & de pofition , la
nature humaine , que toutes ces caufes modifient fi
puiffamment , doit préfenter auffi un tableau complet
de toutes les variétés qu'elle reçoit des différentes
diftances du Soleil , des manières différentes de
vivre & de fe nourrir. Quelle multitude de faits intéreffans
pour l'Hiftorien de l'homme ! Quel fpectacle
pour le Philofophe ! Toute recherche cependant
fur ce fujet feroit prématurée,avant de s'être fait une
idée générale de notre espèce dans la vie fauvage,
avant d'avoir diftingué l'ignorance, de la ftupidité, &
le défaut des Arts du défaut du génie qui les crée.
C'est pour avoir confondu ces chofes , que l'homme
fauvage eft fi peu connu , & l'homme focial fi
vain.
Parmi les Nations qui occupent les parties incultes
de la terre , quelques-unes cherchent leur fubfiftance
dans la chaſſe , d'autres dans la pêche , d'autres dans
DE FRANCE. 105
les productions naturelles du fol . Tous ces Peuples
connoiffent peu la propriété , & ne montrent même
que rarement quelques traces de fubordination & de
police. Il en eft d'autres qui , poffédant des troupeaux
qui leur rendent les pâturages néceffaires ,
favent déjà ce que c'est que d'être riche & d'être
pauvre , qui connoiffent les relations du patron &
du client , du maître & du ferviteur , qui ont fouffert
qu'on les clafsât dans l'eftime publique fuivant
les degrés de leur richeffe. Ces diftinctions doivent
produire ure différence , effentielle de caractère , &
nous autoriſent à féparer en deux claffes les Peuples
fans loix & fans gouvernement , dont nous
allons confidérer l'hiftoire ; l'une de Sauvages , qui
ne connoiffent point encore la propriété ; l'autre de
Barbares , qui en font l'objet principal de leurs
foins & de leurs defirs , quoiqu'ils ne fachent encore
ni l'établir ni la défendre par les loix .
Il est évident que la propriété ne s'établit que
lorfque la Société a déjà fait beaucoup de progrès ;
elle exige , parmi plufieurs autres connoiffances, que
les fiècles feuls peuvent donner , une méthode exacte
pour définir la poffeffion. La poffeffion exclufive eft
le premier degré de la propriété . C'eft de l'expérience
d'une poffeffion de ce genre que le defir de
la propriété peut naître. L'induftrie qui l'acquiert &
qui la perfectionne , exige l'habitude d'agir dans la
vûe d'un avenir éloigné , & de furmonter cette difpofition
naturelle qui porte toujours le Sauvage au
repos ou à la jouiffance ; mais cette habitude feule
eft un caractère qui annonce que ces Nations ont déjà
fait beaucoup de pas dans les Arts & dans l'Induſtrie .
Le vrai Sauvage ne connoît que le préfent , & celui
pour qui l'avenir commence à exifter , eſt déjà trèsloin
du premier état de la nature humaine,
Dans les Tribus qui vivent de la chaſſe & de la
E v
106 MERCURE 1
pêche , les armes , les fourrures , la flèche & le hameçon
font les feuls biens , l'unique propriété. La
nourriture du lendemain court encore dans les forêts
ou nage encore au fond des lacs & des mers ; elle ne
peut être leur propriété avant qu'ils s'en foient faifis
& même alors , comme toute la Tribu a contribué
la faifir , elle eft à toute la Tribus elle eft partagée
&dévorée à l'inftant , ou va enrichir le magafin
public,
Dans les pays où les Nations fauvages , comme
dans la plus grande partie de l'Amérique , mêlent à
la pratique de la chaffe quelque eſpèce d'agriculture ,
ces Nations fuivent à l'égard de la difpofition du fol
& des fruits que produit la terre les mêmes procédés
que dans la difpolition de la chaffe & le partage de
la proie. Comme les hommes chaffent enfemble , les
femmes labourent également enſemble Dès que la
récolte arrive , tout le monde s'affemble & jouit. Le
champ dans lequel ils sèment , ainfi que le diftrict
dans lequel ils chaffent , eft confidéré par la Nation
comme une propriété , mais cette propriété
demeure indivife. On va en troupe préparer le fol ,
planter & cueillir les fruits de la récolte. Ce qu'on
achète même des Étrangers avec lefquels on trafique ,
le porte , on le dépofe au dépôt public , & il
Le partage enfuite , à des temps marqués , entre les
différentes familles , proportionnellement aux divers
befoins de chacune.
Comme la flèche & le carquois appartiennent à
l'individu , la cabane & les meubles appartiennent à
la famille , & comme les foins de la maifon -font
dévolus à la femme , la propriété de la maiſon lui eft
également dévolue. Les enfans font à la mère ; la
Ligne paternelle ne marque que très - peu dans la
lifte , deses parens. Avant d'être mariés , les mâles
vivent dans la cabane où ils font nés ; mais dès qu'ils
ont pris une femme , ils vont vivre avec elle dans
DE FRANCE 107
fa cabane. La mère de famille regarde le Chalfeur
& le
Lawyer comme
une
partie
de
fes
}
richeffes ; elle les réferve pour les périls & les occafions
critiques ; & dans les intervalles des guerres,
des chaffes publiques & des affemblées , elle les foigne
, elle les berce , pour ainfi dire , & toute leur ,
vie n'eft alors qu'un long fommeil ou une fuite
d'amuſemens.
Tant qu'un des fexes garde , pour fon apanage ,
pour fon caractère diftinctif le courage dans les
dangers , l'habileté dans la politique & l'induftrie
dans les guerres , cette efpèce de propriété que
possède l'autre fexe , lui eft plutôt laillée comme
une fujétion , qu'accordée comme un privilège ;
elle marque dans les femmes une infériorité
& non pas un afcendant , comme le prétendent certains
Écrivains. La propriété n'eft en effet pour un
Guerrier qu'une chaîne d'embarras & de foins qu'il ·
ne peut porter par choix . Par- tout ailleurs que
dans le champ de l'honneur , ils ne voient qu'efclavage
& peines. Le fexe à qui la propriété eft impofée
, eft dans le fait foumis à l'autre ; les femmes font
dans le vrai les Ilotes de l'Amérique . Mais fi ce partage
de fonctions de la vie entre les deux fexes , en
entretenant dans l'homme le mépris des arts & des
travaux méchaniques,diffère de quelques fiècles feu
lement l'établiffement de l'efclavage , & fi l'efpèce
de fervitude où la femme eft foumife eft adoucre
par les affections naturelles du coeur , ne devonsnous
pas en cela , comme en beaucoup d'autres
chofes , préférer les premières infpirations de la Nature
à tous les fyftèmes d'une politique raffinée ?"
Tant que la propriété refte dans l'état où nous
venons de la décrire , on conçoit aifément ce que
apportent plufieurs Voyageurs , que , parmi les
Sauvages , on ne connoit aucune diftinction de rang
Evi
& de condition .
なな
108
MERCURE B
Il n'y a de fubordination , parmi eux , que cellequi
naît de la diverfité des fonctions ; & dans le
partage qu'on en fait , on ne confidère que les avantages
des talens , de l'âge & de l'expérience. Les qualités
perfonnelles n'y prennent de l'afcendant que
dans le moment précis où elles font néceffaires ;
mais la crife une fois paffée , elles n'en gardent
abfolument rien ; elles ne retiennent ni pouvoir
ni prérogative . Un Guerrier qui a conduit la jeuneffe
de fon canton au combat ou à la chaffe ,
de retour chez lui rentre dans la foule au niveau
de fes compagnons ; quand il n'y a plus d'autre
affaire que celle de dormir & de manger , de quelle
prééminence pourroit- il jouir ? Il ne mange pas , il
ne dort pas mieux qu'un autre .
Là où le pouvoir ne donne aucun avantage ,
ceux qui pourroient l'exercer en craignent les foins
& les inquiétudes , & les autres frémillent de l'idée
feule d'une foumiffion continuelle. J'aime , fait
dire Montefquieu à Sylla , à remporter des victoires ,
à fonder & à détruire des États ; mais pour ces
minces détails de gouvernement où les génies médiocres
ont tant d'avantages , mon âme ne fauroit
s'en occuper. Le Sauvage puife dans l'ignorance des
avantages du pouvoir & de la fortune , ce mépris
des grandeurs & des titres que Sylla devoit à la
fierté & à l'élévation de fon âme.
> Le tableau que nous venons de tracer convient
plus ou moins aux différentes Nations
fuivant les différens progrès qu'elles ont faits
dans l'établiffement de la propriété. Parmi les
Caraïbes & les autres habitans des climats chauds
de l'Amérique , fa dignité de Chef eft héréditaire ou
élective ; elle eft à vie . L'inégale diftribution de la '
propriété y établit une fubordination bien fenfible ;
mais parmi les Iroquois & les autres Nations des
Zônes tempérées , les mots de magiftrat ou de fujet ,
DE FRANCE. 109
•
de noble ou de roturier , font auffi peu connus que
les noms de riche & de pauvre. Les vieillards y commandent
, & dirigent toutes les opérations politiques
de leur Tribu , non qu'on leur ait confié aucun pouvoir
, mais par l'autorité naturelle de la vieilleffe.
Le commandement militaire eft toujours accordé à
la fupériorité de la valeur & de la force. On n'y
reconnoît l'Homme d'État qu'à l'attention avec laquelle
fa Tribu , rangée autour de lui , écoute fes
confeils ; le Général d'armée, qu'à la confiance avec laquelle
toute la jeuneffe le fuit au champ de bataille ;
& fi l'on vouloit voir quelque efpèce de gouvernement
politique dans l'accord de leurs volontés &
dans le concert de leurs mouvemens , il n'eft au
moins dans nos langues aucun terme qui pût rendre
cette efpèce de gouvernement . Le pouvoir n'y eft
autre chofe que l'afcendant naturel du talent ;
& fi la communauté agit quelquefois avec une
apparence d'ordre & de méthode , c'eft qué
toutes les volontés particulières , réunies alors dans
un feul intérêt, ne forment plus en ce moment qu'une
feule volonté .
Dans cette heureufe quoique informe adminiftration
, nous pouvons trouver les élémens d'un Sénat,
d'un pouvoir exécutif & d'une affemblée populaire ;
inftitutions par lefquelles les noms des anciens Légiflatcurs
ont été fi célèbress. A Athènes & à Rome ,
le Sénat , ainfi que l'artefte l'étymologie du mot , fut
d'abord compofé de vieillards . A Rome , les Généraux
faifoient leurs levées comme la font en Amérique
les conducteurs militaires. Les Citoyens Romains
fe rangeoient volontairement fous les drapeaux déployés
pour la guerre comme les jeunes Américains.
Les plans de Gouvernement que la Nature fuggéroit
aux Américains dans leurs forêts , elle les
avoit déjà dictés auparavant aux Romains & aux
Grecs , fur les rives de l'Eurotas & du . Tibre ; &
I 10 MERCURE
Lycurgue & Romulus apprirent à former leurs corps
politiques du même maître qui apprend à toutes les
Nations à unir leurs talens & a combiner leurs
forces.
Parmi les Nations de l'Amérique feptentrionale
chaque individu eft indépendant , mais il eft attaché
à quelque famille par les habitudes & par ſes affections.
Ces familles, comme autant de Tribus féparées, ne
font foumiles à aucune furveillance étrangère. Tout
ce qui fe paffe entre leurs membres , le meurtre
même & l'affaffinat , ne regarde qu'elles , & ne peut
être puni par aucune autre autorité. Ces familles font
en même-temps les parties d'un canton , les membres
d'une affociation plus étendue.
›
Les femmes de plufieurs cantons s'affemblent
pour planter leur mais , les vieillards pour tenir
confeil , les chaffeurs pour battre les forêts , &
les guerriers pour s'exercer dans le champ. Quelquefois
plufieurs de ces cantons fe réuniffent pour
tenir un confeil national & exécuter de concert
une entreprife importante. Lorfque les Européens
commencèrent à s'établir dans l'Amérique , fix
de ces Nations avoient fait entre elles une ligue ;
elles avoient leurs Amphyctions ou leurs États - Gé
néraux ; & par la folidité de leur union , par la
fageffe de leurs confeils , elles avoient acquis un
afcendant marqué depuis l'embouchure du fleuve
Saint-Laurent jufqu'à celui du Miffilligi .
-
"
Leur politique paroiffoit avoir faifi , avoir péné
tré l'intérêt commun de la confédération générale ,
auli-bien que l'intérêt privé de chaque affociation
particulière ; elles étudioient une balance de pou .
voir. L'Homme d'État d'un canton furveilloit les
deffeins & les procédés d'un autre ; & quand il s'appercevoit
qu'un des côtés de la balance ufurpoit un
peu trop de poids , en jetant fa tribu de l'autre côté ,
DE FRANCE III
i rétablifoit l'équilibre . Comme les Nations de
l'Europe , elles avoient leurs traités & leurs alliances,
qu'elles rompoient ou maintenoient fuivant la diver
fité des raifons d'État ; elles vivoient en paix tant
que la paix leur étoit utile & néceffaire , & enfuite
au moindre choc de leurs intérêts , va moindre niouvement
de jalouſie , elles fe levoient toutes pour la
guerre.
Aini, avec un gouvernement fans forme déterminée
, avec une union dont on n'apperçoit point les
noeuds raffemblés par les infpirations de l'inftinct plutôt
que par les vûes de la raiſon , ces Nations fauvages fe
conduifoient avec autant de concert & de force que les
Nations civilifées. Les Étrangers, fans pouvoir découvrir
quel eft le Magiftrat & comment le Sénat
eft compofé, trouvent toujours des confeils qui délibèrent
& des armées qui le battent. La police n'y
eft nulle part, & la justice y eft par- tout ; & l'abfence
des vices y eft la meilleure fureté contre les
crimes.
Sans doute il y a quelquefois des défordres parmi
eux , fur-tout lorfque l'ufage immodéré des liqueurs,
qu'ils aiment à l'excès, enflamme leurs paffions & les
fait fortir de leur indolence & de leur douceur ordinaire
: alors leurs querelles font des combats , &
leurs feftins fe terminent fouvent par des meurtres .
Lorfque quelqu'un a été tué, rarement celui qui a
commis le crime eft obligé d'en rendre compte à fa
Tribu ; c'eft une affaire qu'il a à foutenir contre la
famille , les amis ou même les compatriotes de fa
victime. Il n'eft jugé & puni par les frens que dans
les cas rares où le crime eft de nature à alarmer la
Société entière . Si les familles , les Tribus & les
cantons craignent d'être troublés par la fuite de
ces vengeances particulières , elles s'entremettent &'
tâchent , par des préfens proportionnés à l'offenſe
112 MERCURE
de fatisfaire au reffentiment , & de détourner la
vengeance ; prefque jamais le meurtrier n'échappe
à la peine s'il demeure aux lieux où il a commis
le crime. Le Sauvage qui ne fait pas étouffer lon
reffentiment fait le déguifer avec beaucoup d'adreffe ;
& c'eft fouvent après plufieurs années , lorfqu'il fe
croit le plus en füreté , que le meurtrier voit tomber
fur lui la vengeance.
Ces confidérations les rendent prudens & circonfpects
; elles les mettent en garde contre leurs
paffions ; elles leur donnent dans toutes leurs manières
un air phlegmatique & compofé , plus remarquable
que la politefle des Nations civilifées ;
cependant ils n'en font pas pour cela moins affectueux
dans leur commerce ; leur converfation même
eft pleine d'égards & d'attentions plus aimables , dit
Charlevoix , que le ton de nos fociétés polies .
Cet Écrivain a obfervé que les Nations parmi
lefquelles il a voyagé dans l'Amérique feptentrionale,
ne
mettent pas au rang des devoirs les actes de
bienfaifance & de générofité ; les Sauvages font
bienfaifans & généreux , mais par affection uniquement.
Lorfqu'ils ont fait un plaifir , ils ont
fatisfait un befoin. L'affaire eft finie ; & perfonne
n'y penfe plus. Un fervice reçu peut être ou
ne pas être l'occafion d'une liaifon intime ; cela
dépend non du bienfait , mais de quelques circonftances
du moment ; & le bienfait eft bientôt oublié
s'il n'a pas fait naître le fentiment tendre de
-l'amitié ; car la reconnoiffance n'eft pas pour eux un
devoir qui oblige l'un à quelque retour , ou autorife
l'autre à quelque reproche. Le fentiment avec lequel
ces Peuples donnent & reçoivent les préfens, eft le
même que celui que Tacité avoit furpris parmi les
anciens Germains ; ils les aiment beaucoup , mais
il s'en font un plaifir , & jamais une obligation , &
DE FRANCE. 113
de triba à tribu même , les préfens ne font d'aucuue
conféquence , à moins qu'ils n'ayent fervi à fceller
quelque alliance ou quelque traité.
Une de leurs maximes favorites , c'eft qu'un
homme ne doit rien naturellement à un autre
homme , & ne doit fouffrir par conféquent ni une
inégalité qui lui feroit injurieufe , ni des charges qui
le gêneroient dans fes befoins ; c'eft de ce principe
fi cruel & fi infecial en apparence, qu'ils ont fait for
tir toutes les règles de la juftice , & ils les fuivent
avec une bonne foi & une fermeté que la civilifation
ne donne point aux Peuples les plus éclairés . C'eft
précisément parce que la bienfaifance & l'amitié ne
font parmi eux ni des loix ni des devoirs , qu'elles
deviennent des fentimens tendres & paffionnés dès
qu'elles pénètrent dans le coeur ; mais nous qui nous
vantons de notre morale , quelle étrange contradiction
nous avons mife entre nos principes & nos procédés
! Le coeur , difons- nous , doit être libre & indépendant
dans toutes les affections , & cependant
nous regardons l'amitié comme une obligation , &
tout ce qu'elle peut donner nous l'attendons comme
un devoir rigoureux ; nous exigeons le retour de la
reconnoiffance comme le payement d'une dette .
Avant d'être généreux & bienfaifans , nous calculons
ce que nous rapportera la reconnoiffance , &
nous avons porté l'efprit de trafic & l'avidité de
F'intérêt juſques dans le commerce des affections du
coeur auffi les âmes fières & délicates ont - elles
appris à redouter les bienfaits prefque autant que les
chaînes de la fervitude , au lieu que le Sauvage ne
craint rien d'un préfent , & le reçoit toujours fans
inquiétude & fans réflexion .
L'amour de l'égalité & l'amour de la juftice n'étoient
que le même fentinent dans l'origine ;
& quoique les ' conftitutions fociales ayent établi
114
MERCURE
A
entre les Citoyens des inégalités de rangs && ddee.v.
privilèges que la juftice anême ordonne de respecter ,
cependant celui qui a oublié l'égalité originelle de
tous les hommes , dégénère bientôt en eſclave ou en
tyran. Si un pareil homme commande jamais , il ne
faut pas efpérer qu'il refpecte les droits de fes femblables.
C'eft ce principe d'égalité, primitive qui
élève l'âme par le fentiment de fon indépendance ,
la rend indifférente à tout ce qu'on peut recevoir des
hommes , lui fait refpecter leurs droits , & l'ouvre
toute entière aux affections nobles & généreuſes ;
c'eft lui qui répand fur le front fauvage de l'Américain
cette expreffion de candeur & de bonté qui
adoucit ce qu'il y a de farouche dans fes traits &
dans fa conduite , & encourage l'Etranger à l'aborder
avec confiance fans la garantie même des
Loix & du Gouvernement.
Chez ces Peuples , c'eft aux talens & au courage
que la confidération s'attache, elle ne fuit pas, comme
parmi nous , le char brillant de la fortune & les
pompes frivoles du luxe. Les talens dont ils font cas
ce font les talens dont ils ont befoin , c'eft la parfaite
intelligence du pays , c'eft l'art de rufer à la
guerre. Voilà les qualités far lefquelles , parmi les
Caraïbes , on fait fubir des épreuves à quiconque
afpire à la place de conducteur militaire. On l'envoie
d'abord avec une eſcorte à travers des forêts
immenfes jufqu'aux portes de l'ennemi ; on lui dé
figne fur la frontière un buiffon ou une fontaine ,
il faut qu'il les reconnoiffe , qu'il y plante un
poteau , & que feul enfuite il revienne dans fon pays
à travers les mêmes chemins.
C'est ainsi que par des obfervations fubtiles , dont
les Voyageurs accoutumés à marcher à l'aide des
grandes routes feroient bien incapables , ils peuvent
fuivre les traces d'un animal ou les pas d'ua
homme à travers des forêts de cent licues. Ces
DE FRANCE Its
mêmes hommes favent gouverner des canots fragiles
fur les torrens & les cataractes avec l'adreſſe
des pilotes les plus habiles . S'ils traitent avec un
Étranger , leurs regards pénétrans vont jufqu'au fond"
de fon âme lire fa penfée la plus fecrette , furprendre
fa véritable intention ; & eux , s'ils ont befoin
de tromper à leur tour , ils favent fe couvrir d'arti
fice qu'on dévoile bien rarement. Ces mêmes hom
mes enfin lorfqu'ils haranguent dans leurs confeils ,
y déployent l'élocution la plus figurée , la plus
énergique , & favent conduire leur négociation avec
le difcernement le plus fin & le plus profond de leurs
intérêts politiques.
Mais sûrs de trouver dans chaque occafion particulière
les moyens de traiter leurs intérêts avec cette
fupériorité , ils ne fe font point une fcience de
leur politique, & ne travaillent point à foumettre à
des principes généraux les règles de leur conduite &
de leurs artifices ; ils femblent incapables de porter
leur attention fur des objets un peu éloignés , fi on
en excepte au moins les expériences qu'ils ont faites
dans la chaffe & dans la guerre. Chez eux la prévoyance
ne s'étend pas d'une faifon à l'autre ; ils
conſomment en été tous les fruits de l'été , & lorfque
l'hiver arrivé, ils s'élancent dans des forêts couvertes
de neiges pour y chercher leur proie . S'ils fe trompent
dans leurs efpérinces , un moment après ils
tomberont dans la même erreur . L'expérience no
leur apprend prefque rien , & ne les ergage point à
établir de ces maximes qui font pour nous les guides
de la vie. Parmi nous les intervalles de repos que
les paffions nous laiffent font des momens où la réflexion
, la honte , la pitié & le remords nous difpofent
à la fageffe & aux vertus. Le Sauvage prefque
ftupide dans ces momens de calme , ne fe repent
jamais d'aucunes de fes violences , & il ne fe croit
jamais refponfable , lorfqu'il eft tranquille & de
116 MERCURE
fang-froid, des actions qu'il a pu commettre dans la
colère ou dans l'vreſſe .
La fuite au Mercure prochain.
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Résumé : Des Nations sauvages avant l'établissement de la Propriété.
Le texte présente les caractéristiques des nations sauvages et barbares avant l'établissement de la propriété, réparties dans diverses régions du monde, telles que l'Amérique, le Kamchatka, la Chine et l'Afrique septentrionale. Ces nations vivent principalement de la chasse, de la pêche ou de l'agriculture collective, sans reconnaissance de la propriété individuelle. Les biens, terres, récoltes et objets acquis sont partagés collectivement, et les femmes gèrent les biens familiaux tandis que les enfants appartiennent à la mère. Les structures sociales diffèrent selon les groupes. Chez les Caraïbes, le statut de chef peut être héréditaire ou électif, alors que chez les Iroquois, il n'existe pas de distinctions de rang ou de richesse. Les décisions sont prises collectivement, et les conflits sont résolus au sein des familles ou des cantons. Les nations amérindiennes se réunissent en conseils pour discuter et organiser des activités communes, formant parfois des ligues et des alliances. Les Amérindiens valorisent l'égalité, la justice et les talents plutôt que la fortune. Ils sont décrits comme prudents, affectueux et respectueux, mais considèrent la bienfaisance comme un acte d'affection plutôt qu'une obligation. Leur moralité repose sur la bonne foi et la fermeté. Cependant, ils manquent de prévoyance à long terme et consomment leurs ressources sans penser à l'avenir. Les disputes peuvent dégénérer en conflits, souvent apaisés par les tribus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4853
p. 118-126
De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
Début :
De la Passion de l'Amour, de ses causes, & des remèdes qu'il y faut apporter, en [...]
Mots clefs :
Amour, Passion, Remède, Objet, Objets, Homme, Remèdes, Cerveau, Mère, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
De la Paffion de l'Amour , de fes caufes ,
& des remèdes qu'il y faut apporter, en
la confidérant comme maladie , par M. F. ,
Médecin Anglois. A Paris , chez Pichard ,
Quai & près des Théatins ; petit in- 1 2.
PRESQUE tous les Poetes ont dit beaucoup
de bien & beaucoup de mal de l'Amour ;
les Moraliftes fe font contentés d'en dire
du mal. Qu'en eft il réfulté ? De bons ou de
méchans vers d'une part , & de la morale
inutile de l'autre. L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , n'ayant prefque trouvé
que des Philofophes & des Poëtes parmi les
Cenfeurs & les Panégyriftes de l'Amour , a
pris un fentier moins battu ; il a voulu traiter
ce fujet en Phyficien , en Médecin même ;
& il s'eft propofé de confidérer l'Amour
comme maladie. Ce titre eft piquant , quoiDE
FRANCE.
qu'un peu trifte. Notre Docteur Anglois
n'a pourtant rien de farouche , ni dans fes
idées , ni dans fon ftyle ; il paroît même
difpofé à devenir , dans ce genre - là , auffi
malade que fes malades mêmes. Nous
prions donc les Dames de n'être pas effrayées
de fon titre. Si M. F. leur fait envifager
l'Amour comme une maladie , il prétend
leur indiquer auffi le moyen de la guérir ; &
il leur reftera toujours , après avoir pefe fes
raifons , la liberté d'opter entre le mal & le
remède.
L'Auteur combat d'abord l'opinion de
ceux qui croyent que la reffemblance enfante
l'amour ou l'amitié. Nous croyons
comme lui que cette règle offre de fi nombreufes
exceptions , qu'elle ceffe d'être une
règle , mais n'a- t'il pas un peu confondu le
phyfique & le moral , lorfqu'il a dit qu'un
homme laid reffemblant plus à une laide
femme , devroir , dans le fyftême qu'il combat
, aimer davantage la laide ? Ceux qu'il
réfute n'ont- ils pas voulu parler d'une reffemblance
morale , & non d'une reffemblance
phyfique ? Il eft bien clair qu'on n'a
pas voulu dite qu'un homme chauve doive
néceffairement devenir amoureux d'une femme
fans cheveux , un borgne , d'une femine
qui n'a qu'un cil. Une affertion auffi ridicule
ne mériteroit pas les frais d'une réponſe.
Pour achever de réfuter la fympathie de
la reflemblance , foit en amour
foit en
amitié , notre Auteur cite l'exemple de plu110
MERCURE
fieurs perfonnes célèbres qui fe font fingulièrement
attachées à des animaux . Il nous
rappelle à cette occafion ce qu'on lit aans
Homère , & ce qu'on ne peut répéter fans
une efpèce de chagrin , que la tendre &
fidelle Andromaque , à qui Racine fait prononcer
tant de beaux vers ; cette veuve défolée
, qui dit à fon amie:
Ma flamme pour Hector fut jadis allumée ;
Avec lui dans fa tombe elle s'eft enfermée.
Que cette chafte épouſe enfin aimoit plus les
chevaux de fon mari que fon mari même.
Il ne faut pas , felon notre Auteur , chercher
la caufe de l'Amour dans les différens
tempéramens , le bilieux , le fanguin , &c.;
c'eft au cerveau que l'Amour lance fon premier
trait ; ce qui changeroit un peu notre
mythologie poétique. Les fibres du cerveau ,
felon leur conformation particulière , reçoivent
plus ou moins l'impreffion de l'Amour
, qui fe tranfmet enfuite au coeur par
la correfpondance des nerfs. La force ou la
foibleffe de cette paffion dépend donc de la
diverfe organifation du cerveau , & non de
la difference des tempéramens. « Il y a , dit
l'Auteur , des gens d'un caractère fi tendre
" & fi doux , qu'ils conçoivent de l'Amour
» pour toutes les perfonnes qu'ils fréquen-
» tent ; d'autres , au contraire , font d'un
» caractère fi dur & fi fec , que le mérite le
plus diftingué ne fauroit faire aucune imes
preflion
DE FRANCE. 128
"3
22
""
*
preffion fur eux. Je n'approuve point les
premiers , mais je détefte les feconds. Les
premiers font des génies doux , indul-
» gens , bénins , irréfolus , mais pleins de
» bonté , les feconds , des génies féroces ,
méchants , mutins , fauvages , à qui tout
déplaît , & qui n'aiment qu'eux- mêmes.
» Les premiers manquent de prudence , les
feconds de raifon , n'y ayant , comme dit
Barclay , que des génies tout à fait bar-
» bares qui foient infenfibles aux charmes
» de l'Amour.
"}
ود
رو
Ce qu'on vient de lire prouve que la morale
de l'Auteur n'eft point fauvage. C'eft
dans le même efprit qu'il pofe & qu'il réfoud
la queftion fi l'on doit faire cas de ceux
que cette paffion domine. Il combat le fentiment
de Bacon , qui regarde l'Amour com
me une paffion baffe & étrangère aux grandes
âmes , par l'exemple d'Alcibiade & de Démétrius
le conquérant. Il cite avec plus de
complaifance encore Henri IV , toujours
yaillant , toujours actif , toujours vainqueur
& toujours amoureux. Il le repréfente ave
les mêmes foibleffes que la Fable reproche
à Alcide , fans perdre les qualités du Héros.
Il rapporte à ce propos que ce grand Roi fe
déguifa une fois en Payfan , prit une batte
de paille fur fon dos , & s'introduifit ain
chez la belle Gabrielle. Mais en avouant que
l'Amour n'exclud point le courage , notre
Auteur ne diffimule pas qu'il lui fait faire
bien des fautes. Il cite en preuve le même
N°. 51 , 21 Décembre 1782 .
F
MERCURE
Henri , qui , après la bataille de Coutras ,
Au lieu de poursuivre l'ennemi , fuivant le
Confeil du Prince de Conde , aima mieux
s'en aller en Gascogne voir la Coniteffe de
Guiche , & perdit par- là le fruit de fa vicfoite
.
Si M. F, combat le fentiment de Bacon ,
il n'admet pas non plus dans fon intégrité
celui de Barclay , qui pretend qu'il n'y a que
les grandes âmes qui foient fufceptibles de
la paffion de l'Amour, Comme il ne croit
pas que l'Amour foit incompatible avec le
courage , il ne croit pas aufli qu'il en foit inféparable.
" Ces deux qualités , dit il , fe
» trouvent réunies dans certains fujets ;
elles font diftinctes dans d'autres. Il eft
» vrai que l'Amour infpire du courage ,
mais ce n'eft que pour les entreprifes qui
procurent le moyen de le fatisfaire. Il en eft
de même des autres paffions dominantes,
Un homme avide de gain , quoique timide
, s'expofe aux dangers de la mer
pour amaffer du bien ; un ambitieux , à
ceux de la guerre , pour avançer ſa fortune.
"
. Nous voici arrivés à l'article des remèdes
contre l'Amour. Les perfonnes que cette paf
fion domine , prétendent qu'on ne peut la
guérir par des remèdes na'urels ; les autres
ne voyent rien de plus facile que la gué
rifon , & ils penfent que l'excès de cette
paffion eſt toujours la preuve d'un petit
génie, Parmi les exemples que M. F. oppofe
DE FRANCE.
128.
à cette dernière affertion , fe trouve celui
d'Ange Policien , qu'Erafme appelle un efprit
angélique & un prodige de la Nature,
& qui mourut de la paffion qu'une Courtifane
lui avoit infpirée. « Il étoit fi plein
» de fon objet , que dans l'ardeur de la
» fièvre que l'Amour avoit allumée dans
» fes veines , il fe leva pour prendre fon
» luth , & accompagner une chanſon qu'il
avoit compofée , & qu'il expira en ache-
» vant le fecond couplet.
» Bien des gens , continue- t'il , prétendent
» que la tendreffe du coeur eft une marque
d'efprit. Je ne regarde point cette règle
comme une règle générale ; mais je puis
affurer que je ne regarderai jamais un
homme dur comme un homme fpiri-
→ tuel.
•
Quant à la guérifon de l'Amour , il la juge
poffible, mais difficile. Les remèdes naturels
lui paroiffent infuffifans , & il le moque des
purgations & des faignées ordonnées à ce
fujet. L'abſence eft un remède qui ne peut
agir que contre une paffion naiſſante ; encore
eft il impraticable pour la plupart des
hommes à qui leurs affaires ou leur fortune,
ne permettent pas de s'abfenter affez longtemps.
Un troifième remède eft de fixer fon
attention fur des objets étrangers. Mais
l'homme paffionné peut - il vouloir ſe diftraire
? Souvent la douleur même ne peut
fairc diverfion à l'Amour. En voici un exemple.
Charles IV , Duc de Loraine , avoit
Fij
724
MERCURE
conçu une paffion violente pour la fille d'un
Bourguemeftre de Bruxelles. Il n'avoit pu
la voir encore , parce que fa mère la furveilloit
de trop près. Un jour s'étant trouvé
avec elle & fa mère dans un feftin , comme
falpaffion étoit connue, il demanda à la mère,
devant tous les convives qui étoient nombreux
, la permiffion de dire deux mots à
fa fille dans le fallon même. Sur fon refus ,
il fit une propofition affez étrange : il offrit
de ne lui parler qu'autant de temps qu'il
pourroit tenir dans fa main un charbon ardent.
Cette condition parut fi forte à la mère ,
qu'elle y confentit , peut être par curiofité.
Le Duc s'étant donc retiré à l'écart avec la
Demoiselle , prit dans fa main un charbon
allumé; & la converfation fe prolongeà fi
fort , que la mère perdit plutôt patience que
le Duc qui fe brûloit. Elle rompit l'entretien ,
& l'on trouva le charbon éteint ; par où , dit
notre Docteur , l'on peut juger de la douleur
que le Duc dût fouffrir en le ferrant.
Après avoir combattu d'autres remèdes ,
confeillés par les Poëtes ou par les Mora
liftes , il faut bien que l'Auteur propoſe le
fien ; or , le voici une fois pofé que ce
n'eft pas la préfence feule , mais le fouvenir
même de l'objet qui réveille en nous le
fentiment de l'Amour , c'eft dans l'imagination
qu'il faut en chercher le remède ; c'eftà
- dire , que fi l'image des objets qui ont
affez d'activité pour émouvoir les fibres du
cerveau , & exciter les paffions , produir
DE FRANCE. 129
وو
23
"
l'effet des objets mêmes , on peut changer,
corriger , ou ralentir ce mouvement
» en le repréfentant un autre objet qui
» excite une paffion différente. » L'Auteur
développe cette idée par un exemple. » Sup
» pofons , dit- il , un amant qui , voyant
l'objet qu'il chérit , fent toute la violence
de la paffion qui le domine ; fuppofons
» encore qu'étant dans cet état , il furvienne
» un coup de tonnerre , qu'on lui annonce
» une nouvelle fâcheufe , ou que fon ennemi
fonde tout - à - coup fur lui l'épée nue à la
main , il eft certain que chacun de ces objets
excitera dans les fibres de fon cerveau
» un mouvement qui troublera ou diffipera
celui que leur imprimoit l'objet aimé ,
& que ce mouvement fe communiquant
» au coeur par l'entremife des nerfs , la
frayeur fuccédera à l'Amour, "
23
33
33
73
7
Tel eft le genre de fituation que l'Autent
confeille de fe rendre habituel pour combattre
l'Amour. Chacun doit donc choifir
l'objet , foit effrayant , foit attendriffant ,
qui contre-balance le plus fon Amour , &
l'oppofer ainfi fréquemment à la paffion . Il
réfulte de l'habitude de marier dans fon imagination
deux idées ou deux objets différens ,
que l'on s'en forme une efpèce de lien mental
étroit, qu'on ne peut fonger à l'un des deux
objets , fans fonger en même temps à l'autre
; de manière que quand l'Amour fe réveillera
dans l'imagination , l'objet contraire
Le réveillant auffi , travaillera fans ceffe à le
Fiij
126 MERCURE.
mener & à le détruite. Il faut obſerver pourtant
que fi le mal devient opiniâtre , il fau
dra lui oppofer de nouveaux objets , parce
que le même remède employé tous les
jours fait par ne plus produire aucun
effer.
Voilà , avec toute la clarté & la préciſion
dont nous fommes capables , l'expofition du
remède que propofe M. F.; l'application ne
nous en paroît pas auffi facile qu'à lui - même ,
& nous craignons bien qu'on ne l'accufe ici
de fe montrer trop Médecin ; c'eft à - dire ,
de réuflir mieux à raifonner fur le mal qu'à
découvrir le remède.
Au refte , cette differtation nous a paru
fort bien faite. La phyſique , la morale & la
métaphyfique y font employées avec clarté ,
& fouvent avec des vues nouvelles. On fent
que dans un pareil fujer on doit plutôt
s'attendre à des conjectures qu'à des preuves.
Quoi qu'il en foit , tout le monde peut
fire ce difcours avec utilité & plaifir ; c'eft
l'Ouvrage d'un Docteur bon à confulter ;
car , s'il ne guérit point fes malades , il faura
au moins les inftruire fans les ennuyer.
& des remèdes qu'il y faut apporter, en
la confidérant comme maladie , par M. F. ,
Médecin Anglois. A Paris , chez Pichard ,
Quai & près des Théatins ; petit in- 1 2.
PRESQUE tous les Poetes ont dit beaucoup
de bien & beaucoup de mal de l'Amour ;
les Moraliftes fe font contentés d'en dire
du mal. Qu'en eft il réfulté ? De bons ou de
méchans vers d'une part , & de la morale
inutile de l'autre. L'Auteur de l'Ouvrage que
nous annonçons , n'ayant prefque trouvé
que des Philofophes & des Poëtes parmi les
Cenfeurs & les Panégyriftes de l'Amour , a
pris un fentier moins battu ; il a voulu traiter
ce fujet en Phyficien , en Médecin même ;
& il s'eft propofé de confidérer l'Amour
comme maladie. Ce titre eft piquant , quoiDE
FRANCE.
qu'un peu trifte. Notre Docteur Anglois
n'a pourtant rien de farouche , ni dans fes
idées , ni dans fon ftyle ; il paroît même
difpofé à devenir , dans ce genre - là , auffi
malade que fes malades mêmes. Nous
prions donc les Dames de n'être pas effrayées
de fon titre. Si M. F. leur fait envifager
l'Amour comme une maladie , il prétend
leur indiquer auffi le moyen de la guérir ; &
il leur reftera toujours , après avoir pefe fes
raifons , la liberté d'opter entre le mal & le
remède.
L'Auteur combat d'abord l'opinion de
ceux qui croyent que la reffemblance enfante
l'amour ou l'amitié. Nous croyons
comme lui que cette règle offre de fi nombreufes
exceptions , qu'elle ceffe d'être une
règle , mais n'a- t'il pas un peu confondu le
phyfique & le moral , lorfqu'il a dit qu'un
homme laid reffemblant plus à une laide
femme , devroir , dans le fyftême qu'il combat
, aimer davantage la laide ? Ceux qu'il
réfute n'ont- ils pas voulu parler d'une reffemblance
morale , & non d'une reffemblance
phyfique ? Il eft bien clair qu'on n'a
pas voulu dite qu'un homme chauve doive
néceffairement devenir amoureux d'une femme
fans cheveux , un borgne , d'une femine
qui n'a qu'un cil. Une affertion auffi ridicule
ne mériteroit pas les frais d'une réponſe.
Pour achever de réfuter la fympathie de
la reflemblance , foit en amour
foit en
amitié , notre Auteur cite l'exemple de plu110
MERCURE
fieurs perfonnes célèbres qui fe font fingulièrement
attachées à des animaux . Il nous
rappelle à cette occafion ce qu'on lit aans
Homère , & ce qu'on ne peut répéter fans
une efpèce de chagrin , que la tendre &
fidelle Andromaque , à qui Racine fait prononcer
tant de beaux vers ; cette veuve défolée
, qui dit à fon amie:
Ma flamme pour Hector fut jadis allumée ;
Avec lui dans fa tombe elle s'eft enfermée.
Que cette chafte épouſe enfin aimoit plus les
chevaux de fon mari que fon mari même.
Il ne faut pas , felon notre Auteur , chercher
la caufe de l'Amour dans les différens
tempéramens , le bilieux , le fanguin , &c.;
c'eft au cerveau que l'Amour lance fon premier
trait ; ce qui changeroit un peu notre
mythologie poétique. Les fibres du cerveau ,
felon leur conformation particulière , reçoivent
plus ou moins l'impreffion de l'Amour
, qui fe tranfmet enfuite au coeur par
la correfpondance des nerfs. La force ou la
foibleffe de cette paffion dépend donc de la
diverfe organifation du cerveau , & non de
la difference des tempéramens. « Il y a , dit
l'Auteur , des gens d'un caractère fi tendre
" & fi doux , qu'ils conçoivent de l'Amour
» pour toutes les perfonnes qu'ils fréquen-
» tent ; d'autres , au contraire , font d'un
» caractère fi dur & fi fec , que le mérite le
plus diftingué ne fauroit faire aucune imes
preflion
DE FRANCE. 128
"3
22
""
*
preffion fur eux. Je n'approuve point les
premiers , mais je détefte les feconds. Les
premiers font des génies doux , indul-
» gens , bénins , irréfolus , mais pleins de
» bonté , les feconds , des génies féroces ,
méchants , mutins , fauvages , à qui tout
déplaît , & qui n'aiment qu'eux- mêmes.
» Les premiers manquent de prudence , les
feconds de raifon , n'y ayant , comme dit
Barclay , que des génies tout à fait bar-
» bares qui foient infenfibles aux charmes
» de l'Amour.
"}
ود
رو
Ce qu'on vient de lire prouve que la morale
de l'Auteur n'eft point fauvage. C'eft
dans le même efprit qu'il pofe & qu'il réfoud
la queftion fi l'on doit faire cas de ceux
que cette paffion domine. Il combat le fentiment
de Bacon , qui regarde l'Amour com
me une paffion baffe & étrangère aux grandes
âmes , par l'exemple d'Alcibiade & de Démétrius
le conquérant. Il cite avec plus de
complaifance encore Henri IV , toujours
yaillant , toujours actif , toujours vainqueur
& toujours amoureux. Il le repréfente ave
les mêmes foibleffes que la Fable reproche
à Alcide , fans perdre les qualités du Héros.
Il rapporte à ce propos que ce grand Roi fe
déguifa une fois en Payfan , prit une batte
de paille fur fon dos , & s'introduifit ain
chez la belle Gabrielle. Mais en avouant que
l'Amour n'exclud point le courage , notre
Auteur ne diffimule pas qu'il lui fait faire
bien des fautes. Il cite en preuve le même
N°. 51 , 21 Décembre 1782 .
F
MERCURE
Henri , qui , après la bataille de Coutras ,
Au lieu de poursuivre l'ennemi , fuivant le
Confeil du Prince de Conde , aima mieux
s'en aller en Gascogne voir la Coniteffe de
Guiche , & perdit par- là le fruit de fa vicfoite
.
Si M. F, combat le fentiment de Bacon ,
il n'admet pas non plus dans fon intégrité
celui de Barclay , qui pretend qu'il n'y a que
les grandes âmes qui foient fufceptibles de
la paffion de l'Amour, Comme il ne croit
pas que l'Amour foit incompatible avec le
courage , il ne croit pas aufli qu'il en foit inféparable.
" Ces deux qualités , dit il , fe
» trouvent réunies dans certains fujets ;
elles font diftinctes dans d'autres. Il eft
» vrai que l'Amour infpire du courage ,
mais ce n'eft que pour les entreprifes qui
procurent le moyen de le fatisfaire. Il en eft
de même des autres paffions dominantes,
Un homme avide de gain , quoique timide
, s'expofe aux dangers de la mer
pour amaffer du bien ; un ambitieux , à
ceux de la guerre , pour avançer ſa fortune.
"
. Nous voici arrivés à l'article des remèdes
contre l'Amour. Les perfonnes que cette paf
fion domine , prétendent qu'on ne peut la
guérir par des remèdes na'urels ; les autres
ne voyent rien de plus facile que la gué
rifon , & ils penfent que l'excès de cette
paffion eſt toujours la preuve d'un petit
génie, Parmi les exemples que M. F. oppofe
DE FRANCE.
128.
à cette dernière affertion , fe trouve celui
d'Ange Policien , qu'Erafme appelle un efprit
angélique & un prodige de la Nature,
& qui mourut de la paffion qu'une Courtifane
lui avoit infpirée. « Il étoit fi plein
» de fon objet , que dans l'ardeur de la
» fièvre que l'Amour avoit allumée dans
» fes veines , il fe leva pour prendre fon
» luth , & accompagner une chanſon qu'il
avoit compofée , & qu'il expira en ache-
» vant le fecond couplet.
» Bien des gens , continue- t'il , prétendent
» que la tendreffe du coeur eft une marque
d'efprit. Je ne regarde point cette règle
comme une règle générale ; mais je puis
affurer que je ne regarderai jamais un
homme dur comme un homme fpiri-
→ tuel.
•
Quant à la guérifon de l'Amour , il la juge
poffible, mais difficile. Les remèdes naturels
lui paroiffent infuffifans , & il le moque des
purgations & des faignées ordonnées à ce
fujet. L'abſence eft un remède qui ne peut
agir que contre une paffion naiſſante ; encore
eft il impraticable pour la plupart des
hommes à qui leurs affaires ou leur fortune,
ne permettent pas de s'abfenter affez longtemps.
Un troifième remède eft de fixer fon
attention fur des objets étrangers. Mais
l'homme paffionné peut - il vouloir ſe diftraire
? Souvent la douleur même ne peut
fairc diverfion à l'Amour. En voici un exemple.
Charles IV , Duc de Loraine , avoit
Fij
724
MERCURE
conçu une paffion violente pour la fille d'un
Bourguemeftre de Bruxelles. Il n'avoit pu
la voir encore , parce que fa mère la furveilloit
de trop près. Un jour s'étant trouvé
avec elle & fa mère dans un feftin , comme
falpaffion étoit connue, il demanda à la mère,
devant tous les convives qui étoient nombreux
, la permiffion de dire deux mots à
fa fille dans le fallon même. Sur fon refus ,
il fit une propofition affez étrange : il offrit
de ne lui parler qu'autant de temps qu'il
pourroit tenir dans fa main un charbon ardent.
Cette condition parut fi forte à la mère ,
qu'elle y confentit , peut être par curiofité.
Le Duc s'étant donc retiré à l'écart avec la
Demoiselle , prit dans fa main un charbon
allumé; & la converfation fe prolongeà fi
fort , que la mère perdit plutôt patience que
le Duc qui fe brûloit. Elle rompit l'entretien ,
& l'on trouva le charbon éteint ; par où , dit
notre Docteur , l'on peut juger de la douleur
que le Duc dût fouffrir en le ferrant.
Après avoir combattu d'autres remèdes ,
confeillés par les Poëtes ou par les Mora
liftes , il faut bien que l'Auteur propoſe le
fien ; or , le voici une fois pofé que ce
n'eft pas la préfence feule , mais le fouvenir
même de l'objet qui réveille en nous le
fentiment de l'Amour , c'eft dans l'imagination
qu'il faut en chercher le remède ; c'eftà
- dire , que fi l'image des objets qui ont
affez d'activité pour émouvoir les fibres du
cerveau , & exciter les paffions , produir
DE FRANCE. 129
وو
23
"
l'effet des objets mêmes , on peut changer,
corriger , ou ralentir ce mouvement
» en le repréfentant un autre objet qui
» excite une paffion différente. » L'Auteur
développe cette idée par un exemple. » Sup
» pofons , dit- il , un amant qui , voyant
l'objet qu'il chérit , fent toute la violence
de la paffion qui le domine ; fuppofons
» encore qu'étant dans cet état , il furvienne
» un coup de tonnerre , qu'on lui annonce
» une nouvelle fâcheufe , ou que fon ennemi
fonde tout - à - coup fur lui l'épée nue à la
main , il eft certain que chacun de ces objets
excitera dans les fibres de fon cerveau
» un mouvement qui troublera ou diffipera
celui que leur imprimoit l'objet aimé ,
& que ce mouvement fe communiquant
» au coeur par l'entremife des nerfs , la
frayeur fuccédera à l'Amour, "
23
33
33
73
7
Tel eft le genre de fituation que l'Autent
confeille de fe rendre habituel pour combattre
l'Amour. Chacun doit donc choifir
l'objet , foit effrayant , foit attendriffant ,
qui contre-balance le plus fon Amour , &
l'oppofer ainfi fréquemment à la paffion . Il
réfulte de l'habitude de marier dans fon imagination
deux idées ou deux objets différens ,
que l'on s'en forme une efpèce de lien mental
étroit, qu'on ne peut fonger à l'un des deux
objets , fans fonger en même temps à l'autre
; de manière que quand l'Amour fe réveillera
dans l'imagination , l'objet contraire
Le réveillant auffi , travaillera fans ceffe à le
Fiij
126 MERCURE.
mener & à le détruite. Il faut obſerver pourtant
que fi le mal devient opiniâtre , il fau
dra lui oppofer de nouveaux objets , parce
que le même remède employé tous les
jours fait par ne plus produire aucun
effer.
Voilà , avec toute la clarté & la préciſion
dont nous fommes capables , l'expofition du
remède que propofe M. F.; l'application ne
nous en paroît pas auffi facile qu'à lui - même ,
& nous craignons bien qu'on ne l'accufe ici
de fe montrer trop Médecin ; c'eft à - dire ,
de réuflir mieux à raifonner fur le mal qu'à
découvrir le remède.
Au refte , cette differtation nous a paru
fort bien faite. La phyſique , la morale & la
métaphyfique y font employées avec clarté ,
& fouvent avec des vues nouvelles. On fent
que dans un pareil fujer on doit plutôt
s'attendre à des conjectures qu'à des preuves.
Quoi qu'il en foit , tout le monde peut
fire ce difcours avec utilité & plaifir ; c'eft
l'Ouvrage d'un Docteur bon à confulter ;
car , s'il ne guérit point fes malades , il faura
au moins les inftruire fans les ennuyer.
Fermer
Résumé : De la Passion de l'Amour, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'De la Passion de l'Amour, de ses causes, & des remèdes qu'il y faut apporter, en la considérant comme maladie' est rédigé par un médecin anglais, M. F. Contrairement aux poètes et moralistes, l'auteur traite l'amour comme une maladie et propose des solutions concrètes pour la guérir. Il rejette l'idée que la ressemblance physique soit à l'origine de l'amour, préférant l'expliquer par la conformation des fibres cérébrales. L'auteur examine les effets de l'amour sur le caractère des individus, citant des exemples historiques tels qu'Alcibiade, Démétrius, Henri IV et Gabrielle d'Estrées pour démontrer que l'amour n'est pas incompatible avec le courage, bien qu'il puisse entraîner des erreurs. Il réfute également les opinions extrêmes de Bacon et de Barclay sur l'amour et les grandes âmes, affirmant que l'amour et le courage peuvent coexister mais restent distincts. Le texte explore diverses passions humaines et leurs remèdes. Il montre comment des passions comme l'avidité ou l'ambition poussent les individus à affronter des dangers. Concernant l'amour, certaines personnes le jugent incurable par des moyens naturels, tandis que d'autres le considèrent facile à maîtriser. L'auteur mentionne Angelo Poliziano, un esprit brillant mort de sa passion pour une courtisane. Il critique divers remèdes contre l'amour, tels que l'absence, les distractions et les purgations, et propose de remplacer l'image de l'objet aimé par une image effrayante ou triste pour contrer la passion amoureuse. Cependant, il doute de la facilité d'application de ce remède, tout en reconnaissant la qualité de la dissertation qui combine physique, morale et métaphysique de manière claire et souvent innovante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4854
p. 126-135
Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
Début :
Bibliothèque Universelle des Romans, depuis le premier Juillet 1775. A Paris, [...]
Mots clefs :
Romans, Genre, Roman, Moeurs, Siècle, Histoire, Louis XIV, XVIIe siècle, Romanciers, Monde, Nom, Reproche, XVIe siècle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
BIBLIOTHÈQUE Univerfelle des Romans ,
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
depuis le premier Juillet 1775. A Paris ,
au Bureau , rue Neuve Sainte- Catherine.
CET Ouvrage fe foutient depuis fept
années avec un fuccès décidé. Nous ne
diffimulons point qu'il doit la réputation
DE FRANCE. 117
aitant à fon genre qu'au travail des Coopé
rateurs. Les Romans ne furent- ils pas tou
jours recherchés ? Ces enfans chéris de
l'imagination , feront dans tous les temps
une branche importante de l'arbre Litetaire.
Dans l'enfance du monde , ils amuserent
les premiers humains ; dans la déca ·
dence des Arts , on les a vus échapper à l
dégradation commune . Pourquoi celà ? C'eft
qu'ils ont toujours parlé à tous les hom
més un langage qu'ils pouvoient entendre.
Ils eurent encore dans chaque âge le mérite
d'être mieux écrits que toutes les autres productions
Littéraires. Ils fuivoient de près la
Poélie , & cueilloient des fleurs dans les
mêmes corbeilles . Jamais contraint , le Romancier
a pu s'affervir , quand il l'a voulu ,
sux règles de l'Épopée ; il a pu imiter le vol
brillant , fublime & vagabond de l'Ariofte.
Tous les tons lui font permis , toutes les
couleurs lui appartiennent. Il peut faire vesfer
des pleurs , produire le rire malin de la
faryre, toucher , égayer , & raiſonner. Il ofe
dire quelquefois ce que l'Hiftorien timide
trembloit de révéler. C'eft quelquefois Marforio
devant la ftatue de Pafquin , ou , fi l'on
veut , Arlequin , qui , à l'aide d'une tranf
pofition de nom & de fcène , voit tout , a
tout appris , chemin faifant , de Berganie à
Paris.
Quand le Román étoit Funiqué Livre des
habitans de la terre , il prêtoit des fictions
à Hefiode & à Homère , il étoit mythol .
Fiv
128 MERCURE
gique. S'il peignoit l'Amour , c'étoit un
Dieu. Quand la civilifation eut donné des
lifières au monde , & eut rapproché les fociétés
, le Roman ne rendit plus des oracles ,
un Prêtre ne l'infpira plus ; devenu domeſtique
, il peignit les moeurs nationales . Une
fois parvenu à ce période , il n'a pas pu s'en
éloigner ; fons cette forme , il s'eft promené
chez les Nations modernes. De la
Grèce il paffa à Rome , delà en Arabie ,
chez les Sarrafins , en Provence , en Italie ;
en Efpagne & en Iflande . Par- tout il fut fa
buleux, obfcur , comme l'hiftoire . Telle fut
fa marche dans le neuvième fiècle. Trois
fiècles auparavant , il avoit fleuri dans la
Bretagne jufques aux onzième & douzième
fiècles ; la France traduifit les Romans Brétons
; elle n'avoit point encore une langue, &
depuis le dixième juſqu'au douziènie fiècle ,
elle traduifit du Breton en Latin . Dans
les deux fiècles fuivans , alors les Romans
furent mêlés de Chevalerie & d'Hif
toire ; les Amadis remplirent la scène dans
les quatorzième , quinzième , feizième , &
jufques au dix- feptième fiècle.
Arrêtons- nous un moment au reproche
de frivolité dont ce genre eft entaché. Parmi
fes détracteurs , je trouve Angelo Apozio ,
qui les qualifie de Foli de Romanzi . Pétrarque
les nomme Infami e Stolidi Romanzi.
Doit on conclure que le genre eft mau.
vais ? Non ; mais que les Ouvrages de ce
temps étoient plus que médiocres. Si PétrarDE
FRANCE. 1.29
que avoit voulu juger les moeurs des Papes
& de la Cour d'Avignon , il auroit fenti que
les Romans devoient être corrompus comme
les moeurs. Plufieurs fiècles après , Philippe
de Mézières prémunit Charles VI contre
eux. Eft- il bien étonnant que fous le règne
d'Ifabeau de Bavière , les Romans fuffent
dangereux ? Les moeurs étoient affreufes , les
Romans étoient affreux comme elles. On ne
peut peindreque ce que l'on voit. On ne peut
parler que la langue du pays. Antoine Arlègre
fe plaint encore , dans fon Traité du
Mépris de la Cour , que les gens de Cour de
fon temps ne lifoient guères que des Romans
, ceux d'Amadis , de Philocope. Eh !
quel temps encore que ce feizième fiècle !
quelles femmes que la Comteffe d'Angoulême
, Catherine de Médicis , Marguerite de
Valois , & ces Dames & ces Courtifans dont
Brantôme a rempli les pages de fes Livres !
Quels étoient les fpectacles à la mode ? Des
farces de Pantalons , des Scènes de Capitans ,
des rodomontades Efpagnoles , des fupplices
en place publique , auxquels la Cour
affiftoit , des paffe- temps cruels , des fauts
périlleux , des Voltigeurs qui defcendoient
fur une corde des tours de Notre Dame ;
les Nemours , les Guife , qui defcendoient
au galop les efcaliers de la Sainte Chapelle ;
Tavannes & beaucoup d'autres , qui franchiffoient
d'un toit à l'autre la rue Saint-
Germain l'Auxerrois , & enfin les horreurs
des guerres civiles ; que pouvoient donc
F v
730 MERCURE
peindre les Romanciers ? Ce qu'ils voyoient.
Ils pouvoient répondre :
Ce font vos moeurs , eft- ce ma faute ?
Parmi les Apologiftes du Roman , je trou
ve ( fingularité affez remarquable ! ) un Évê
que & un Prêtre , l'Evêque d'Avranches ,
l'Abbé Lengler , & l'Auteur de Zélaskine
qui a plus de zèle que d'érudition ; mais fi
le nombre de fes defenfeurs eft fi borné , il
en eft dédommagé par les Romanciers , qui
forment une peuplade nombreufe. Je ferai
bientôt connoître les plus célèbres , & leurs
noms fuffiront pour juftifier ce genre.
Reprenons le dix-feptième fiècle. Tandis
que l'Hiftoire racontoit des combats ; le Ro
man décrivoit auffi des combats ; la Cour
avoit des Guerriers , on les retrouvoit dans
les Romans ; le régime féodal retenoit les
Châtelains dans de vieilles tourelles ; on s'y
raffembloit ; on y tenoit de longues affifes ,
les cheminées étoient larges , les falles vaftes
, les converfations longues : rels étoient
les Romans qui alloient , grâce à quelques
épiſodes , jufqu'au douzième Volume. Les
Voyageurs ayant donné du goût pour la lecrure
des voyages , les Romanciers n'offrirent
plus que des aventures Turques , Chinoiſes ,
Américaines. Ils confervoient le ton & le
coftume François , & mettoient , commne
naguères nos Comédiens , un chapeau fur la
tête de Méhémed , ou du Sophi . Les Romans
, comme tous les Arts , fubirent une
DE FRANCE. 131
grande révolution fous le règne de Louis
XIV. Scudéri & la Calprenède tiennent la
place la plus diftinguée. Boileau jeta du ri
dicule fur ces Écrivains ; mais le plan de
leurs Ouvrages annonce qu'ils avoient du
génie . Si leurs Héros étoient des géans , c'eft
que Louis XIV avoit imprimé un grand ca,
ractère à fon fiécle . Louis XIV , que Frédéric
a nommé le grand Magicien , n'aimoit que
ce qui portoit l'empreinte de la grandeur. .
Je ne pretends point étendre mon apo¬
logie jufqu'à la texture des anciens Romans;
mais je fais que leurs défauts venoient de
notre penchant à l'imitation, Nous avons
emprunté des Efpagnols les épiſodes , ces
dénouemens arrivés par des bagues , des
écharpes , des reffemblances , des fuppofitions
, des équivoques & des rencontres. Ces
mêmes défauts fe retrouvoient fur la Scène
Françoife. Les Italiens nous jettèrent dans la
métaphyfique d'ainour , dans les monologues
, dans les foupirs : delà tant de précieufes
, & ces dédaignenfes Princeffes qui fe
courrouçoient à la déclaration des Chevaliers.
On étoit ainfi dans le monde. Une fois
arrivé à Louis XIV , l'adulation bannit la
vraiſemblance. Les Héros Grecs & Romains
avoient les deux queues , l'écharpe & les
grands canons . Orondate & Palamède naiffoient
& mouroient à Verfailles , & fe promenoient
de Rambouillet à Marly. Cependant
, ce ridicule difparut fur la fin du règic
de Louis XIV. Les Romans moraux , polių
F vj
132 MERCURE
ques , hiftoriques & fatyriques , s'accrédi
tèrent. Là , on lifoit la carte géographique
de Buffi Rabutin , dans laquelle les myſtères
de la vieille Cour étoient dévoilés. Les Contes
de Perrault avoient des Lecteurs : Rabelais
fi vanté , n'en trouvoit plus depuis la publication
du Royaume de coquettere , defleurs ,
fleurettes & paffe temps.
>
1
C'eft en 1700 , que tous ces Romans de
mauvais goût , que tous ces Ouvrages nés
de l'occaſion ou de l'à propos , la Marmite
rétablie , le Rafibus des Capucins , les Jéfuites
mis fur l'échafaud, &c . &c . & c . furent
unanimement rejetés . Le Roman ne fut plus
qu'hiftorique ; les Mémoires , les Lettres
pullulèrent , les fatyres aufli. La liberté
alla comme les moeurs , jufqu'à l'indécence.
Le Régent fut infulté ; & , fous le
nom du Prince Aprius , on écrivoit fa Vie
privée. Il toléra un moment les farcafmes
contre les Moines & les Religieufes . Louis
XV mit des bornes à la licence. Le Roman
' n'ofa plus paroître avecfon ancien héroïfine ,
fes éperons & fa chevalerie ; il s'ajusta à
notre taille , & parut fous la courte forme
de Contes , de Nouvelles , de Lettres , d'Hiftoriettes.
C'étoit le Journal de nos petits
boudoirs , de nos petits foupers , de nos petites
maifons , l'Opéra & le Fauxbourg Saint-
Germain. Delà , les Égaremens de l'efprit ,
les Confeffions , le Spectateur & le charmant
Recueil des Contes Moraux. Je ne parle
point de la Nouvelle Héloïfe , qui ne caracDE
FRANCE. 733
térife point nos moeurs , & qui eft un Ouvrage
à part. Les Anglois enfin ont donné
un nouveau caractère au Roman. Les Traductions
du Docteur Swift , de Friedling &
de Richardfon , ont amené une révolution.
A mefure qu'on a eu de bons Livres dans
d'autres genres , le Roman a eu moins de
célébrité. Il n'eft plus à craindre que la preffe
foit déformais uniquement occupee à les
réimprimer , comme elle l'étoit dans le dixfeptième
fiècle. Pierre Camus , Évêque du
Bellay , affligé de l'empreffement qu'on avoit
pour cette lecture , voulut purifier le genre ,
en publiant des Romans dévots ; mais le
genre l'entraîna quelquefois , & il peignit
ce qu'affurément il ne s'étoit point propofé
de peindre. Dans le même temps , Olivier ,
Évêque d'Angers , prétendoit prouver que
les femmes étoient la caufe de tous les
maux.
Il ne me refte, plus qu'à nommer les Romanciers
les plus célèbres , leur nom peut
fervir d'apologie au genre. Depuis le feizième
fiècle , je trouve Mendozza , Ambaffadeur
au Concile de Trente , Machiavel , Sannazar
, Scaliger , Picolomini , Guichardin ,
Pallavicini , Firenzuola , le Cavalier Marin ,
Thomas Morus. Parmi nos modernes , Balzac,
Voiture, Charpentier, Bourfault , Gombaud ,
Gomberville , de Larrey , le Miniftre Claude,
l'Abbé d'Aubignac , Reguard , Hamilton ,
l'Abbé de Saint Réal , Saint Hyacinthe , le
Sage, du Verdier , La Fontaine , Galland , de
134 MERCURE
Ramfay , Fénelon , l'Abbé Nadal , l'Abbé
Terraffon , l'Abbé Pernetti , l'Abbé Prévôr ,
l'Abbé Desfontaines , le Comte de Caylus ,
Voltaire, Marivaux , Duclos , Montefquieu ,
le Marquis d'Argens , Crebillon le fils ,
Dorar, Mme de Graffigny , Moncrif, le Père
Daniel , J. J. Rouffeau , M. Marmontel ,
M. d'Arnaud , M. le Comte de Treffan , M.
le Chevalier de Boufflers , M. le Chevalier
d'Arcq , M. Imbert , l'Abbé de Voifenon ,
Mme de Genlis ; tous ces Écrivains célèbres
dans plus d'un genre , prouvent affez que le
Roman eft une des branches de la Littérature
digne d'être confervée dans le jardin des
Mufes. Je n'invoquerai point , à l'appui de
ce que j'avance , ni Fauchet ni Ducange , il
fuffit d'être né fenfible , & de lire nos meil
leurs Romans.
On peut leur faire un reproche plus
fondé, c'eft d'altérer quelquefois l'hiſtoire &
les moeurs , & de défigurer des époques nationales.
A cela je réponds : malheur à qui
lir aujourd'hui l'hiftoire dans les Romans !
Mais ce reproche va difparoître. Les Auteurs
de la Bibliothèque des Romans s'ap
pliquent effentiellement à épurer le genre, à
rectifier les erreurs , à embellir les fictions.
Ils refferrent un plan trop vaſte , ils fimpli
fient une action compliquée , & réduifent
plufieurs volumes ennuyeux à quarante pages
intéreffantes. L'érudition préfide à leurs ju
gemens , & fur tout à la concordance des
Hiftoriens. Il eft pen de Volumes qui re
DE FRANCE. 337
foient précédés d'une differtation lumineuse.
Nous nous difpenferons de citer des volumes
anciens , nous renvoyons nos Lecteurs au
fecond Volume d'Octobre dernier ; ils verront
avec quelle fagacité les Auteurs favent
porter fur l'hiftoire le flambeau de la critique.
On eftimcra & on plaindra l'infortunée
Marie Stuart. On trouvera encore dans le volume
de Novembre , des differtations inftructives
fur le château de Marcouflis , &
fur Bayard. On doit fe fouvenir des menus
devis du château de Plaffac. Ce n'eft point - là
le Roman , c'eft l'Hiftoire. Nous n'en citerons
pas davantage. Nous invitons nos Lecteurs
à fe procurer cette Collection , pour
le complément de laquelle on trouve des
facilités plus qu'encourageantes.
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Résumé : Bibliothèque Universelle des Romans, [titre d'après la table]
La 'Bibliothèque Universelle des Romans' est publiée à Paris depuis le 1er juillet 1775 et connaît un grand succès depuis sept ans. Les romans, qualifiés d''enfants chéris de l'imagination', constituent une branche importante de la littérature, ayant évolué depuis l'Antiquité avec des auteurs comme Hésiode et Homère. Ils ont été critiqués pour leur frivolité mais aussi défendus pour leur capacité à refléter les réalités sociales et politiques de chaque époque. Au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, les romans reflétaient les valeurs de la cour et les aventures exotiques. Des auteurs comme Madeleine de Scudéry et Gilles de La Calprenède se distinguèrent, bien que critiqués par Nicolas Boileau. Les héros de ces œuvres étaient souvent surdimensionnés, et les intrigues complexes empruntaient des éléments espagnols et italiens. À la fin du règne de Louis XIV, les romans moraux, politiques, historiques et satiriques gagnèrent en popularité. En 1700, les romans de mauvais goût furent rejetés, et le genre évolua vers des formes plus courtes comme les contes et les nouvelles. Des traductions d'auteurs anglais comme Jonathan Swift et Samuel Richardson introduisirent de nouvelles tendances. Des écrivains comme Pierre Camus tentèrent de purifier le genre avec des romans dévots, sans succès total. Parmi les romanciers célèbres mentionnés figurent Antonio de Mendoza, Nicolas Machiavel, Jean-Louis Guez de Balzac, Jean de La Fontaine, Voltaire, Marivaux, Montesquieu, Rousseau, et Madame de Genlis. Le texte met en avant une collection de volumes historiques, notamment ceux des mois d'octobre et novembre, soulignant la rigueur critique des auteurs et l'authenticité historique des contenus. L'auteur encourage les lecteurs à se procurer cette collection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4855
p. 135-138
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert du Lundi 9 Décembre, a commencé par une symphonie nouvelle de M. [...]
Mots clefs :
Concert, Chant, Mérite, Mademoiselle Duverger, Joseph Haydn, Jean-Jacques Rousseau, Langue, Mérite, Voix, Talent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Concert du Lundi 9 Décembre , a commencé
par une fymphonie nouvelle de M.
Hayden , dans laquelle on a retrouvé la marche
favante de ce célèbre Compofiteur ; l'Ar
dante fur- tout , qui a le caractère d'un air
de danfe , a paru plein de grâce & d'efprit.
Le troifième morceau n'eft peut être pas du
même mérite que le refte. Mlle Duverger ,
qui avoit obtenu déjà des applaudiffemens à
136 MERCURE
ce Concert , où elle a joué plufieurs fois de
la harpe , en a mérité de nouveaux dans le
chant. On a trouvé la voix fort belle , furtout
dans le Medium , qui eft plein & fonore.
Comme Mlle Duverger eft jeune , &
qu'elle donne de grandes efpérances , c'eft
rendre hommage à fon talent que de l'avertir
des différens objets qu'il lui reſte à cultiver :
les cordes aigues de fa voix , ont quelquefois
de l'aigreur qu'un exercice bien dirigé
peut faire aifément difparoître. Nous l'invitons
auffi à foigner fon articulation , qui
n'eſt pas toujours très- nette. Nous avons
l'expérience qu'avec de l'attention on parvient
à corriger , même les vices de l'organe.
Nous ne parlons pas de la manière dont elle
prononce la langue Italienne. Il eft bien difficile
, il eft prefque impoffible à une Françoife
d'obtenir jamais la pureté de pronon
ciation , le véritable accent qui font le charme
de cette langue. D'après cette vérité , qui
devroit être triviale , il eft bien étonnait
que prefque toutes les jeures Chanteufes
qui fe fentent du talent , abandonnent les
paroles Françoifes pour chanter exclufivement
des paroles Italiennes , & que la plupart
des Amateurs encouragent cette défertion.
Le préjugé qu'établit autrefois J. J.
Rouffeau contre la langue Françoife , prévau
droit- il encore fur le fentiment & le choix
deMM. Gluck , Piccini , Sacchini , fur l'hommage
que ces grands Maîtres ont rendu à
cette même langue ? Ne feroit- ce pas plutôt
DE FRANCE.
137
que certaines de ne pas être entendues de la
plupart des Auditeurs , ces Chanteufes fe
croient plus à leur aife fur la prononciation
qu'elles négligent entièrement , fous prétexte
de donner à leur chant plus de douceur &
de molleffe ? Mais il arrive que fans acquérir
l'accent Italien , elles perdent l'articulation
Françoife ; qu'elles font défagréables à ceux
qui entendent l'Italien , & qu'elles ennuient
ceux qui ne l'entendent pas ; leur chant n'eft
plus pour eux alors qu'un Conceito à voix
feule. Cette digreflion , au furplus , eft en
tièrement étrangère à Mile Duverger. Nous
ajouterons feulement pour elle que fon talent
en eft maintenant au point de la rendre trèsfcrupuleufe
fur le choix de fes Maîtres , fur
les confeils auxquels elle voudra fe livrer.
MM . Chéron , Laïs & Rouffeau ont fait entendre
une nouveauté très piquante ; c'eft
un Motet de M , Goffec , O Salutaris , qui
n'eft accompagné d'aucun inftrument. Quoique
ce morceau ne foit nullement deftiné au
local du Concert Spirituel , qu'il y eût pu
même paroître déplacé , s'il eût eu moins de
mérite , fon harmonie pure , fon chant delicieux
& fon exécution parfaite , ont fait un
plaifir fi grand , fi général , qu'on a témoigné
par des acclamations le defir de l'entendre
deux fois. M. Chartrain s'eft fait applandir
doublement , comme Compofiteur , dans
une Ode Sacrée , dont on a trouvé plufieurs
morceaux d'un chant agréable , & comme
Exécutant, dans un joli Concerto de fa com
238
MERCURE
pofition. Mme Saint- Huberty , MM. Ozy
& Bezozzy ont achevé de rendre le Concert
très agréable , par une exécution digne de la
téputation qu'ils le font acquife .
LE Concert du Lundi 9 Décembre , a commencé
par une fymphonie nouvelle de M.
Hayden , dans laquelle on a retrouvé la marche
favante de ce célèbre Compofiteur ; l'Ar
dante fur- tout , qui a le caractère d'un air
de danfe , a paru plein de grâce & d'efprit.
Le troifième morceau n'eft peut être pas du
même mérite que le refte. Mlle Duverger ,
qui avoit obtenu déjà des applaudiffemens à
136 MERCURE
ce Concert , où elle a joué plufieurs fois de
la harpe , en a mérité de nouveaux dans le
chant. On a trouvé la voix fort belle , furtout
dans le Medium , qui eft plein & fonore.
Comme Mlle Duverger eft jeune , &
qu'elle donne de grandes efpérances , c'eft
rendre hommage à fon talent que de l'avertir
des différens objets qu'il lui reſte à cultiver :
les cordes aigues de fa voix , ont quelquefois
de l'aigreur qu'un exercice bien dirigé
peut faire aifément difparoître. Nous l'invitons
auffi à foigner fon articulation , qui
n'eſt pas toujours très- nette. Nous avons
l'expérience qu'avec de l'attention on parvient
à corriger , même les vices de l'organe.
Nous ne parlons pas de la manière dont elle
prononce la langue Italienne. Il eft bien difficile
, il eft prefque impoffible à une Françoife
d'obtenir jamais la pureté de pronon
ciation , le véritable accent qui font le charme
de cette langue. D'après cette vérité , qui
devroit être triviale , il eft bien étonnait
que prefque toutes les jeures Chanteufes
qui fe fentent du talent , abandonnent les
paroles Françoifes pour chanter exclufivement
des paroles Italiennes , & que la plupart
des Amateurs encouragent cette défertion.
Le préjugé qu'établit autrefois J. J.
Rouffeau contre la langue Françoife , prévau
droit- il encore fur le fentiment & le choix
deMM. Gluck , Piccini , Sacchini , fur l'hommage
que ces grands Maîtres ont rendu à
cette même langue ? Ne feroit- ce pas plutôt
DE FRANCE.
137
que certaines de ne pas être entendues de la
plupart des Auditeurs , ces Chanteufes fe
croient plus à leur aife fur la prononciation
qu'elles négligent entièrement , fous prétexte
de donner à leur chant plus de douceur &
de molleffe ? Mais il arrive que fans acquérir
l'accent Italien , elles perdent l'articulation
Françoife ; qu'elles font défagréables à ceux
qui entendent l'Italien , & qu'elles ennuient
ceux qui ne l'entendent pas ; leur chant n'eft
plus pour eux alors qu'un Conceito à voix
feule. Cette digreflion , au furplus , eft en
tièrement étrangère à Mile Duverger. Nous
ajouterons feulement pour elle que fon talent
en eft maintenant au point de la rendre trèsfcrupuleufe
fur le choix de fes Maîtres , fur
les confeils auxquels elle voudra fe livrer.
MM . Chéron , Laïs & Rouffeau ont fait entendre
une nouveauté très piquante ; c'eft
un Motet de M , Goffec , O Salutaris , qui
n'eft accompagné d'aucun inftrument. Quoique
ce morceau ne foit nullement deftiné au
local du Concert Spirituel , qu'il y eût pu
même paroître déplacé , s'il eût eu moins de
mérite , fon harmonie pure , fon chant delicieux
& fon exécution parfaite , ont fait un
plaifir fi grand , fi général , qu'on a témoigné
par des acclamations le defir de l'entendre
deux fois. M. Chartrain s'eft fait applandir
doublement , comme Compofiteur , dans
une Ode Sacrée , dont on a trouvé plufieurs
morceaux d'un chant agréable , & comme
Exécutant, dans un joli Concerto de fa com
238
MERCURE
pofition. Mme Saint- Huberty , MM. Ozy
& Bezozzy ont achevé de rendre le Concert
très agréable , par une exécution digne de la
téputation qu'ils le font acquife .
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le concert spirituel du 9 décembre a commencé avec une symphonie de Haydn, appréciée pour sa marche et son ardeur. Le troisième morceau a été moins bien accueilli. Mlle Duverger, harpiste et chanteuse, a été applaudie pour sa voix, notamment dans le médium, mais doit améliorer ses aigus et son articulation. La critique souligne la difficulté pour une Française de maîtriser l'italien, préférant souvent cette langue pour éviter les erreurs en français. Les messieurs Chéron, Laïs et Rouffeau ont interprété un motet de Goffec, 'O Salutaris', sans accompagnement, acclamé et redemandé. M. Chartrain a été applaudi pour une ode sacrée et un concerto. Mme Saint-Huberty, MM. Ozy et Bezozzy ont également contribué à la qualité du concert.
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4856
p. 138-141
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Le Jeudi 22 Novembre, on a donné la première représentation de la Nouvelle Omphale, [...]
Mots clefs :
Comédie, Conte, Camille, Musique, Floquet, Scène, Mari, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
LE Jeudi 22 Novembre , on a donné la
première repréſentation de la Nouvelle Omphale
, Comédie en trois Actes & en profe ,
mêlée d'ariettes , mufique de M. Floquet.
Prefque tous nos Lecteurs connoiffent ,
fans doute , le Conte de Senécé , qui a pour
Titre : Camille, ou la manière defiler le parfait
Amour. C'est ce Conte agréable , quoiqu'un
pen long , qui a fourni l'idée de la Nou
velle Omphale. Dans le Conte de Senécé , la
Scène fe palle au temps de Charlemagne ;
le mari de Camille eft jaloux ; un enchanteur
lai fait préfent d'une figure de cire blanche ,
dont la couleur doit fe conferver pure f
Camille eft fage , & devenir noire fi elle est
infidelle.
Un étourdi qui fe faifoit connoître ,
Par fes grands airs , pour homme écervelé ,
Et qu'à la Cour on nommoit Petit- Maître ;
Vieux fobriquet qui s'eft renouvelés,
gage tous fes biens contre le mari de Ca
mille , qu'il faura plaire à celle - ci , &
rendre volage. Il part du camp de Charle
DE FRANCE. 139
magne , arrive , fait fa déclaration , fe laiffe
enfermer dans une tour , fous l'efpérance
d'un rendez - vous , y eft retenu & obligé
de filer une quenouille pour n'y pas mou
rir de faim. Après avoir été ainfi joué ,
bafoué & ruiné de tous fes biens , le fat eft
promené dans le camp de Charlemagne une
quenouille au côté . Dans la Comédie dont
nous parlons , la Scène eft placée fous le
règne de Henri IV. Il n'y a ni jaloufie , mi
figure de cire , ni enchanteur , & la punition.
du Petit- Maître n'eft pas , à beaucoup près
auffi dure que dans le Conte , puifqu'il re
vient de fon erreur , fait l'aveu de fes torts ,
continue d'être l'ami de M. de Montandre ,
( c'eft le nom du mari ) & que Camille le
nomine fon Chevalier, Tout ceci excepté ,
la marche de la Comédie eft à peu près celle
du Conte , & il eft trop connu pour que
nous entrions dans des détails plus étendus.
·
Le plus grand reproche que l'on puiffe
faire à l'Auteur de cet Ouvrage , c'eft
d'avoir cherché un fujet qui n'étoit réellement
pas propre au Théâtre , qui n'étoit
fufceptible que d'un très petit intérêt , &
dont le dénouement devoit être tout- à la→
fois brufqué & prévu par le Spectateur. Un
autre reproche affez grave , eft celui qu'ont
fait en général les gens du monde au but, de
cet Ouvrage , qui en effet n'eft point moral.
On a vu avec peine fur la Scène Françoife un
jeune fat arriver chez fon ami , & de fon
propre aveu , dans l'intention de féduire fa
140
MERCURE
femme. Si les moeurs privées deviennent
tous les jours plus mauvaiſes , au moins
faut- il que les moeurs publiques foient
bonnes , ou le paroiffent. Au refte , le
ftyle de cette Comédie eft facile &
naturel , quelquefois un peu négligé ; le
dialogue eft vrai , vif & preffé : en un mot,
on peut préfuiner qu'avec un fujet plus heu
reux l'Anteur auroit eu un fuccès plus
décidé. La mufique fait honneur à M. Floquet
; quoique peut- être on puiffe lui reprocher
un ton trop uniforme. Quelques
morceaux ont de l'efprit & de la grâce. Les
accompagnemens nous ont paru quelque
fois un peu chargés ; mais ils font d'un
très- bon ftyle , & annoncent un Compofiteur
eftimable. Le finálé du fecond Acte a
fait un plaifir univerfel , & nous le regardons
en effet comme un excellent morcean
de mufique. Nous ne finirons pas fans
avoir félicité M. Floquet du courage qu'il a eu
de ne point admettre dans fon orchestre ces
inftrumens bruyans ou aigus que l'on place
par- tout & à propos de tout depuis quel
que temps , & fur l'emploi defquels le charlatanifme
ou la médiocrité fondent une partie
des fuccès qu'ils obtiennent auprès des
ignorans , dont ils eftiment tant les fuffrages.
N. B. Le peu d'efpace qui nous reftoit à
remplir, ne nous a pas permis de parler ici du
Début de M. Larochelle ; nous en parlerons
dans le prochain Mercure , ainfi queda Vieux
Garçon , Comédie en cinq Actes & en vers;
DE FRANCE. 141
repréſentée le 16 de ce mois , avec un fuccès
équivoque.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 22 novembre, la comédie 'Nouvelle Omphale' a été présentée pour la première fois. Cette œuvre en trois actes et en prose, mêlée d'ariettes, est composée par M. Floquet et s'inspire du conte de Sénèque 'Camille, ou la manière de filer le parfait Amour'. Dans le conte original, Camille, mariée à un homme jaloux, doit prouver sa fidélité à l'aide d'une figure de cire. Dans la comédie, l'action se déroule sous le règne de Henri IV. Le personnage de Petit-Maître tente de séduire Camille mais reconnaît ses erreurs et reste ami avec le mari de Camille, qui le nomme chevalier. Les critiques estiment que le sujet n'était pas adapté au théâtre et manquait d'intérêt. Ils jugent également le but de l'œuvre immoral. Le style est décrit comme facile et naturel, bien que parfois négligé. Le dialogue est vrai, vif et pressé. La musique de M. Floquet est appréciée, notamment le final du second acte. M. Floquet est félicité pour avoir évité les instruments bruyants ou aigus dans son orchestre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4857
p. 141-144
ANNONCES ET NOTICES.
Début :
Portrait historié de M. le Marquis de la Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées [...]
Mots clefs :
Portrait, Gilbert du Motier de La Fayette, Nouvelle Bibliothèque de société, Étrennes aux sociétés, Petits contes, Dentiste, Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testaments, Almanach américain, Contes de fées
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES ET NOTICES.
ANNONCES ET NOTICES.
PORTRAIT hiftorié de M. le Marquis de la
Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées
combinées. Ce Portrait , prêté par M. Franklin
fils à M. Lemire , qui en a fait compofer un Tableau
par M. Lepaon , Peintre de Batailles , formera
une Eftampe qui fervira de pendant au Général
Washington. On foufcrit chez M. Lemire , rue
& porte S. Jacques , maifon du Café d'Aubertin ,
n . 122. Le prix de l'Eftampe eft de 9 liv . La foufcription
n'aura lieu que jufqu'à la fin de Janvier
1783. Le temps de la foufcription expiré , l'Etampe
fera de 12 livres . On la délivrera dans le cou
rant de Décembre 1783 .
Nouvelle Bibliothèque de Société, contenant des
faits intéreffans , des mêlanges de Littérature & de
Morale , des variétés hiftoriques ou choix de bons
mots , des Poéfies fugitives , des Contes en vers &
en profe , &c. 4 Vol. in- 12. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques. Cet Ouvrage , très-piquant , eft une
nouvelle Édition , prefque entièrement refondue ,
quoique la première ait eu beaucoup de fuccès. Le
choix eft d'un homme de goût , & doit faire trèsbien
augurer du fuccès.
Étrennes aux Sociétés qui font leur amusement
de jouer la Comédie , ou Catalogue raifonné & inftructif
de toutes les Tragédies , Comédies des Théatres
François & Italien , Actes d'Opéra , Opéra
Comique , Pièces à Ariettes & Proverbes qui pear
142 MERCURE.
went facilement fe repréfenter fur les Théâtres pariculiers.
A Bruxelles ; & fe trouve à Paris , chez Bradel
, Libraire , rue du Théâtre François , & à l'Arfenal
, Cour des Céleftins .
Ce Répertoire , qui ne peut qu'être utile à nom.
bre de Sociétés , eft d'un heureux choix , & les avertiffemens
, les notes & les explications qui l'accompagnent
annoncent un homme qui à paffé fon
temps à faire autre chofe que des Almanachs. A
l'expérience dont il avoit befoin pour ce petit Ou
vrage , on voit qu'il réunit le fecours de la réflexion ,
& que tous les choix font motivés.
Recueilpour fervir de fuite aux lectures pour les
enfans & les jeunes gens , ou choix de petits Contes
également propres à les amufer & à leur infpirer le
goût de la vertu , in- 123 par M. Couret de Villeneuve,
Imprimeur du Roi , à Orléans . Prix , 1 livre
4 fols. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
C'est un choix piquant & fait avec goût de petits
contes , anecdotes , bons mots , idylles , maximes ,
&c. Il nous a paru remplir parfaitement fon titre &
répondre au væru de l'Auteur , qui eft d'amufer utilement
les enfans. Nous croyons même que les perfonnes
de tout âge pourront y trouver le plaifir &
l'inftruction.
L'Art du Dentifte joint à l'anatomie de la bou
che , avec des obfervations pour la confervation des
dents , & des inftructions très-intéreffuntes pour remédier
aux accidens qui accompagnent la fortie des
dents de lait , & auxquels la plupart des enfans
fuccombent faute defecours fuffifans , in- 12 ; par M
D *** , Chirurgien - Dentille à Paris . A Paris ,
chez Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue de la
Harpe
Ce Traité nous a paru complet. L'Auteur entre
DE FRANCE.
143
dans tous les détails de fon Art. Bien convaincu que
le Dentiſte ne doit pas connoître feulement les
parties fur lefquelles il doit opérer, mais encore
celles qui en dépendent ; il a joint à fon Ouvrage
l'anatomie de la bouche. Cette partie manquoit à
tous lesTraités qui avoient para juſqu'ici ſur l'Odontalgie.
Hiftoire de l'Ancien & du Nouveau Teftament ,
& des Juifs , par le P. P. Dom Calmet , Religieux
Bénédictin , Abbé de Senones , pour fervir d'Introduction
à l'Histoire Eccléfiaftique de M. l'Abbé
Fleury , nouvelle Édition , en trois Volumes in-8°.
contenant les cinq Volumes in- 12 des précédentes
Éditions de Paris , à 12 liv. en feuilles , & 15 liv.
reliés , actuellement en vente. A Nifmes , chez
Beaume , Imprimeur - Libraire , & à Paris , ches
Defprez , Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
Cet Ouvrage embraffe l'Hiftoire des Juifs , depuis
le commencement du monde jufqu'à la ruine du
Temple de Jérufalem , par les Romains. L'Auteur a
voulu le faire fervir d'Introduction à l'Hiftoire de
l'Eglife , compofée par M. l'Abbé Fleury. Il préfente
un Tableau très- intéreſſant des événemens qui ont
précédé l'établiffement de la Religion Chrétienne,
Almanach Américain , ou Etat phyfique , politi
que , eccléfiaftique & militaire de l'Amérique ; Ouvrage
qui comprend les forces , la population , les
loix , le commerce & l'adminiftration de chaque
Province de cette partie du Monde , &c,; par M.
P. D. L. R. C. A. L. T. de M. P. in- 12 . Prix ,
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur de l'état des
Cours , rue Garancière ; & Lamy , Libraire , quai
des Auguftins.
L'idée de cet Ouvrage ne pouvoit être conçue
dans des temps plus favorables à fon fuccès. L'Amé,
rique fixe aujourd'hui les regards de l'Europe, &
{
144
MERCUREA
Aes détails exacts fur cette moitié du Monde doivent
être reçus avec intérêt. L'Auteur , quoiqu'il paroiffe
n'avoir rien négligé pour fatisfaire à la curioſité de
fes Lecteurs , reconnoît dans un avertiſſement modefte
que fon Ouvrage ne peut arriver du premier
pas à la perfection ; mais comme à titre d'Almanach
il doit être réimprimé tous les ans , il devient fufcep
tible des changemens & des additions néceffaires.
: Contes des Fées , par Ch . Perrault , de l'Acadé
mie Françoife , nouvelle Édition. A Paris , chez
Fournier & Onfroy , Libraires , rue de Hurepoix.
Les nombreuſes Editions de ces Contes nous dif
penfent de tout éloge. Nous nous contenterons de
dire que cette Édition eft la plus complette qu'on
air encore vue. On y a joint trois Contes en vers
qui n'avoient jamais été réunis aux Contes en
profe.
PORTRAIT hiftorié de M. le Marquis de la
Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées
combinées. Ce Portrait , prêté par M. Franklin
fils à M. Lemire , qui en a fait compofer un Tableau
par M. Lepaon , Peintre de Batailles , formera
une Eftampe qui fervira de pendant au Général
Washington. On foufcrit chez M. Lemire , rue
& porte S. Jacques , maifon du Café d'Aubertin ,
n . 122. Le prix de l'Eftampe eft de 9 liv . La foufcription
n'aura lieu que jufqu'à la fin de Janvier
1783. Le temps de la foufcription expiré , l'Etampe
fera de 12 livres . On la délivrera dans le cou
rant de Décembre 1783 .
Nouvelle Bibliothèque de Société, contenant des
faits intéreffans , des mêlanges de Littérature & de
Morale , des variétés hiftoriques ou choix de bons
mots , des Poéfies fugitives , des Contes en vers &
en profe , &c. 4 Vol. in- 12. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques. Cet Ouvrage , très-piquant , eft une
nouvelle Édition , prefque entièrement refondue ,
quoique la première ait eu beaucoup de fuccès. Le
choix eft d'un homme de goût , & doit faire trèsbien
augurer du fuccès.
Étrennes aux Sociétés qui font leur amusement
de jouer la Comédie , ou Catalogue raifonné & inftructif
de toutes les Tragédies , Comédies des Théatres
François & Italien , Actes d'Opéra , Opéra
Comique , Pièces à Ariettes & Proverbes qui pear
142 MERCURE.
went facilement fe repréfenter fur les Théâtres pariculiers.
A Bruxelles ; & fe trouve à Paris , chez Bradel
, Libraire , rue du Théâtre François , & à l'Arfenal
, Cour des Céleftins .
Ce Répertoire , qui ne peut qu'être utile à nom.
bre de Sociétés , eft d'un heureux choix , & les avertiffemens
, les notes & les explications qui l'accompagnent
annoncent un homme qui à paffé fon
temps à faire autre chofe que des Almanachs. A
l'expérience dont il avoit befoin pour ce petit Ou
vrage , on voit qu'il réunit le fecours de la réflexion ,
& que tous les choix font motivés.
Recueilpour fervir de fuite aux lectures pour les
enfans & les jeunes gens , ou choix de petits Contes
également propres à les amufer & à leur infpirer le
goût de la vertu , in- 123 par M. Couret de Villeneuve,
Imprimeur du Roi , à Orléans . Prix , 1 livre
4 fols. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
C'est un choix piquant & fait avec goût de petits
contes , anecdotes , bons mots , idylles , maximes ,
&c. Il nous a paru remplir parfaitement fon titre &
répondre au væru de l'Auteur , qui eft d'amufer utilement
les enfans. Nous croyons même que les perfonnes
de tout âge pourront y trouver le plaifir &
l'inftruction.
L'Art du Dentifte joint à l'anatomie de la bou
che , avec des obfervations pour la confervation des
dents , & des inftructions très-intéreffuntes pour remédier
aux accidens qui accompagnent la fortie des
dents de lait , & auxquels la plupart des enfans
fuccombent faute defecours fuffifans , in- 12 ; par M
D *** , Chirurgien - Dentille à Paris . A Paris ,
chez Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue de la
Harpe
Ce Traité nous a paru complet. L'Auteur entre
DE FRANCE.
143
dans tous les détails de fon Art. Bien convaincu que
le Dentiſte ne doit pas connoître feulement les
parties fur lefquelles il doit opérer, mais encore
celles qui en dépendent ; il a joint à fon Ouvrage
l'anatomie de la bouche. Cette partie manquoit à
tous lesTraités qui avoient para juſqu'ici ſur l'Odontalgie.
Hiftoire de l'Ancien & du Nouveau Teftament ,
& des Juifs , par le P. P. Dom Calmet , Religieux
Bénédictin , Abbé de Senones , pour fervir d'Introduction
à l'Histoire Eccléfiaftique de M. l'Abbé
Fleury , nouvelle Édition , en trois Volumes in-8°.
contenant les cinq Volumes in- 12 des précédentes
Éditions de Paris , à 12 liv. en feuilles , & 15 liv.
reliés , actuellement en vente. A Nifmes , chez
Beaume , Imprimeur - Libraire , & à Paris , ches
Defprez , Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
Cet Ouvrage embraffe l'Hiftoire des Juifs , depuis
le commencement du monde jufqu'à la ruine du
Temple de Jérufalem , par les Romains. L'Auteur a
voulu le faire fervir d'Introduction à l'Hiftoire de
l'Eglife , compofée par M. l'Abbé Fleury. Il préfente
un Tableau très- intéreſſant des événemens qui ont
précédé l'établiffement de la Religion Chrétienne,
Almanach Américain , ou Etat phyfique , politi
que , eccléfiaftique & militaire de l'Amérique ; Ouvrage
qui comprend les forces , la population , les
loix , le commerce & l'adminiftration de chaque
Province de cette partie du Monde , &c,; par M.
P. D. L. R. C. A. L. T. de M. P. in- 12 . Prix ,
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur de l'état des
Cours , rue Garancière ; & Lamy , Libraire , quai
des Auguftins.
L'idée de cet Ouvrage ne pouvoit être conçue
dans des temps plus favorables à fon fuccès. L'Amé,
rique fixe aujourd'hui les regards de l'Europe, &
{
144
MERCUREA
Aes détails exacts fur cette moitié du Monde doivent
être reçus avec intérêt. L'Auteur , quoiqu'il paroiffe
n'avoir rien négligé pour fatisfaire à la curioſité de
fes Lecteurs , reconnoît dans un avertiſſement modefte
que fon Ouvrage ne peut arriver du premier
pas à la perfection ; mais comme à titre d'Almanach
il doit être réimprimé tous les ans , il devient fufcep
tible des changemens & des additions néceffaires.
: Contes des Fées , par Ch . Perrault , de l'Acadé
mie Françoife , nouvelle Édition. A Paris , chez
Fournier & Onfroy , Libraires , rue de Hurepoix.
Les nombreuſes Editions de ces Contes nous dif
penfent de tout éloge. Nous nous contenterons de
dire que cette Édition eft la plus complette qu'on
air encore vue. On y a joint trois Contes en vers
qui n'avoient jamais été réunis aux Contes en
profe.
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Résumé : ANNONCES ET NOTICES.
Le document présente diverses annonces relatives à des publications et des œuvres artistiques. Une estampe représentant le Marquis de Lafayette lors du siège de York, réalisée par M. Lepaon à partir d'un portrait prêté par M. Franklin fils à M. Lemire, est mise en vente. Son prix est fixé à 9 livres jusqu'à la fin de janvier 1783, puis à 12 livres à partir de décembre 1783. La 'Nouvelle Bibliothèque de Société' est une édition refondue comprenant des faits intéressants, des mélanges littéraires et moraux, des variétés historiques, des poèmes et des contes, disponible chez Delalain l'aîné à Paris. Un catalogue des pièces de théâtre françaises et italiennes, des opéras et des comédies est annoncé, disponible à Bruxelles et à Paris chez Bradel. M. Couret de Villeneuve publie un recueil de lectures pour enfants et jeunes gens, composé de contes et d'anecdotes, disponible chez Nyon l'aîné à Paris. Un traité sur l'art dentaire, incluant l'anatomie de la bouche et des observations pour la conservation des dents, est écrit par un chirurgien-dentiste parisien et disponible chez Guillot. L''Histoire de l'Ancien & du Nouveau Testament, & des Juifs' par Dom Calmet est une nouvelle édition en trois volumes, servant d'introduction à l'histoire ecclésiastique de l'Abbé Fleury. L''Almanach Américain' fournit des informations physiques, politiques, ecclésiastiques et militaires sur l'Amérique et est disponible chez l'auteur et Lamy à Paris. Enfin, une nouvelle édition des 'Contes des Fées' de Charles Perrault est annoncée, complète et incluant des contes en vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4858
p. 165-181
ALMANACH des Muses, 1783. A Paris, chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint-Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
Début :
ON sait que de tous les Recueils Poétiques qui paroissent annuellement, l'Almanach [...]
Mots clefs :
Almanach des Muses, Vers, Année, Poètes, Mérite, Paris, Nouveauté, Journal, Poésie, Recueils poétiques, Éditeur, Poètes du jour, Journal de Paris
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texteReconnaissance textuelle : ALMANACH des Muses, 1783. A Paris, chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint-Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
ALMAN AcH des Muſes , 1783. A Paris,
chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint
Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
-
- " " ,
ON ſait que de tous les Recueils Poétiques
qui paroiffent annuellement , l'Almanach
des Muſes eft le plus ancien & le plus ré
pandu. On le donne, on le reçoit en étren
nes , il eſt attendu, deſiré par les Amateurs,
par les jeunes Faiſeurs ſur-tout, qui brûlent
de ſavoir ſi leur nom eſt enregiſtré à ce greffe
poétique ; & l'on ſe demande comment on
trouve le nouvel.Almanach, avec le même
intérêt que met un Agriculteur à demander
ſi la récoltel de l'année eſt bonne ou mau
vaiſe. On n'eſt pas d'accord tous les ans †
ſon degré de mérite ; les opinions ſe parta
gent quelquefois , & plus d'un jugement
qu'on en porte dépend bien moins de la
1 66 M E R C U R E
bonté réelle des poéſies,que du genre de vers
qºi domine dans le Recueil, parce que telle
ou telle eſpèce de poëme a toujours plus ou
moins d'attraits pour les juges, même les
plus éclairés. Souvent auſſi le tribut d'une
année ſe trouve réellement inférieur à celui
des précédentes ; mais, tour-à-tour un peu
moins bien, un peu moins mal, l'Almansch
des Muſes a toujours pafſe pour être le meil
leur de nos Recueils poetiques. Le goût
exercé de l'Éditeur, la confiance méritée des ^
meilleurs Poëtes du jour, concourent à l'en
richir; & ſi depuis quelques années la mort
lui a enlevé ſes plus riches tributaires, une
nouvelle race de Poëtes ſemble ſortir de leur
cendre, & réclamer leur héritage. - .
Cependant, il faut en convenir, ce Re
cueil a perdu, ſinonde ſon mérite,au moins un
peu de ſa nouveauté. Preſque toutes les Pièces
qu'on y inſéroit autrefois n'avoient pas en
core vû le jour ; celles qui le compoſent
aujourd'hui ont paru en partie dans le Mer
cure ou dans 1e Journal de Paris; & la raiſon
de cette différence, c'eſt que le Journal de
Paris n'exiſtoit pas encore, & que les Poëtes
connus dédaignoient alors d'envoyer leurs
productions au Mercure, effrayés peut-être
par ces deux vers plaiſans & énergiques que
· M. Robé avoit appliqués à ce Journal :
· vaſte Clamart, où tant de trépaſſés . #
, Giſſent en paix l'un ſur l'autre entaſſés. -
Mais aujourd'hui que le Joutnal de Par -
•.
- *
D E F R A N C E. I 67
offre aux Poëtes du jour une grande &
prompte célebrité, & que le Mercure, plus
en credit, leur paroît un dépôt plus digne de
leurs Ouvrages , ces deux Journaux ſont de
venus une des mines les plus fécondes dé
l'Almanach des Muſes. En perdant ce degré
de-nouveauté, encore une fois, il n'a rien
perdu de ſon mérite; mais il devroit exciter
moins d'empreſſement , & puiſque ſon ſuccès
eſt toujours le même, c'eſt un nouveau motif
d'eloge pour l'Éditeur.Il eſt vrai qu'il s'y trou
ve encore tous les ans aſſez de vers nouveaux
pour plaire, même à ceux qui courent moins
après le mérite qu'après la nouveauté. -
' Au reſte, cette Collection, qui n'eſt guère
compoſée que de vers faits dans l'année ,
préſente un tableau utile à ceux qui veulent
obſerver les progrès ou la décadence de la
poéſie. On peut y voir les diverſes nuances ſe
prolonger ou diſparoître ſucceſſivemenr; on
peut y découvrir tous les ans quel genre de
poéſie vient de perdre ou de gagner ſous la
plume de nos Écrivains. Cette réflexion nous
inſpire l'idée de changer notre plan pour l'ex
trait que nous devons en faire. Nous parcour
rons les divers genres de poéſie dans leſquels
ſe ſont exercés les Auteurs qui ont contribué
au Volume de l'année; & par cette marche,
que nous ſuivrons dorénavant , nous met
trons nos Lecteurs à portée de voir par eux
imêmes, dans quels genres nos Muſes mo
dernes ont à déplorer leurs pertes, ou à s'éporgueillir
de leurs acquiſitions, . , .
*- -
168 M E R C U R E /
Commençons par la grande poéſſe, & -
mettons M. de Fontanes à la tête de ceux -
qui s'y ſont exercés. Nous aurions deſiré plas -=--
de jet, plus de liberté dans ſa Traduction de -----
l'Ode d'Horace , Sic te diva potezs cypri. *RP ----
-
- -- -z-- - 272
Après avoir dit : | # # r = 3R
Garde, & rends-moi mon cher Virgile, - *= rr --
-
-Asr" -PA"
-
- - --I cI
Il ne falloit pas finir la ſtrophe par ce vers s s **as 2--
qui ſuit immédiatement : | | 2ºº2xs a . -
| .. , , | | o dss, º < rs ;
Garde la moitié de mon coeur. i - T Pr c= F
, -S>5-5 CeS- --^T. - r
parce que l'idée de garde devient froide, Sss rs, º=v=s--
quand, dans le vers qui précède, on y ajoint ssr s#. *ezBAS,s
celle de rends moi , qui ajoute au ſens. Il y Ls s "ºs <is Es, º a auſſi une eſpèce d'irrégularité dans l'arran- | ** les e,s . 1 r .
gement des vers de la quatrième ſtrophe; C)rs t * Fr--
| -- * , ' . . - | * ces ; FS>i> t
L'homme oſe tout : de crime en crime , C ºx-c-; -
- • • - | e - -
Se précipite ſa fureur. vv º º , il §s et Q> sa s
-- • • · · · · l - - > w-ty
Quand ſon eſſor illégitime sºl a * J'sa Ao *age,
- · · · · · · r:
-Eut ravi le feu créateur , | #- c'* S º Ierse
- - «• • . L> La faim, la peſte, aux yeux livides, &e, les <2
. . rº " ux yeux #vide *º Pleins *#rres º#L>-
Le ſens qui finit après le ſecond vers, ne de- , co§ § bar, $ * Pre,
vroit finir qu'après le quatrième, parce que $ *éPc ou # #e- ,
le premier quatraind'une ſtrophe de dixvers si º au ſei *t vre
doit être ſéparé par le ſens des deux tercets 8ºnir ! ºn des nºs
qui la terminent. Cette eſpèce d'enjambe- En vain * éehe, *aits
| ment de phraſe n'eſt plus permiſe aujour- *pé fººPos º ſon
-d'hui. Rien n'eſt impoſſible aux humains, qui l] § #ºs vsii, ºt de r,
ſe trouveplus bas , n'eſt ni aſſez élégant, ni $ désuic "° atTiſz
/ - • " 1 ! ... , · ºu Dis ºstiiſ& G c ſi, aſſez poétique dans une ode # n *Yus l
Nous parlerons avec plus de plaiſir (parce ºteur Sosa - $e > à - e
" | $ ss.§
- 8 , s ^ ncé q *
| & E.2 :9ui ne
|
A Q.§
Su
C
Q.
ſ
U]
le
Y
Oi
· D E , F R A N C E. 169
eue nous avons plus de bien à en dire ) de
ka Chartreuſe de Paris, Pièce où nous avons
retrouvé l'énergie de peinture & de ſenti
ment qui caractériſe M. de Fontanes. Elle
reſpire & communique une mélancolie pro
fonde & attachante.
Ici, dans les détours de ces ſentiers couverts,
Je jouis du ſoleil, de l'ombre & du ſilence.
O doux calme ! ces chars où s'aſſied l'opulence,
Tous ces travat,x, ce peuple à grands flots agité,
Ces ſons confus qu'élève une vaſte cité,
Des enfans de Bruno ne troublent point l'aſyle :
Le bruit les environne, & leur âme eſt tranquille.
On y trouve nombre de vers comparables
à ces deux-ci :
CeTemple, où chaque aurore entend de ſaints concerts
Sortir d'un long ſilence & monter dans les airs.
Sortir d'un long ſilence, peint avec hardieſſe,
& les aurres expreſſions ſont poétiques &
pleines d'harmonie. Bornons-nous à citer en
core ſept ou huit vers de la même Pièce.
Souvent au ſein des nuits la plainte de l'Amour
Fit gémir les échos du ſombre Monaſtère.
En vain le repouſſant de ſon regard auſtère .
La pénitence veille aſſiſe ſur le ſeuil,
Il entre déguiſé ſous les voiles du deuil.
Au Dieu conſolateur en pleurant il ſe donne.
A Comminge, à Rancé, Dieu ſans doute pardonne ;
4Comminge, à Rancé,quine doit quelques pleurs?&c-
, Nº. 8, 22 Février 1733.
*
17o M E R C U R E ,
Le morceau que M. de Fontanes a imité des
· poéſies erſes , ne nous paroît pas inférieur à
ſa Chartreuſe. La manière en eſt large, har
monieuſe & lyrique.
M. Bérenger, qui a ſouvent enrichi ce
Reeueil de pluſieurs morceaux de poéſie lé
gère , s'eſt exercé plus d'une fois dans la
· grande poéſie. Quoique ſa Pièce ſur l'Hiver,
inſérée dans le Volume de cette année, ne
ſoit pas ſon meilleur Ouvrage, il y a des
détails très heureuſement exprimés, & qui
confirment la réputation qu'il s'eſt acquiſe.
On lit de lui, dans ce même Volume, deux
Pièces dans un autre genre : à mon Hermi
tage, & les deux Chiennes. Ce dernier Ou
vrage eſt plein de grâce & d'intérêt.
M. de Bonneville, qui s'étoit fait connoî
tre avantageuſement par un Dialogue inſéré
l'année dernière, a donné quatre morceaux
de grande poéſie. Ce ſont des imitations,
qui, en laiſſant deſirer quelquefois plus de
correétion & de ſoin , prouvent un talent
qu'on doit encourager. -
Nous ne quitterons pas l'article des grands
vers ſans faire mentiond'un talent plus récent
encore que celui dont nous venons de parler.
Le nom de M. le Chevalier de Rivarol
n'avoit jamais paru dans l'Almanach des Mu
ſes. On concevra une opinion avantageuſe
de ſon talent, d'après une Épître qu'il adre (ie
à M. le Baron de Salis - Marſcheins. En
voici quelques vers : - !
Mais ce globe embrâſé qui s'allume ſans ceſſe, -
D E F R A N C E. 17 r
Pourroit-il, comme nous, éprouver la vieilleſſe ?
O déſaſtre inoui! ſi le flambeau du jour ,
Conſumé par le temps s'éclipſoit ſans retour,
Les planètes en deuil, veuves abandonnées,
Rouleroient dans les cieux, d'ombres environnées;
La déſolation rempliroit l'Univers ;
Les plus ſombres vapeurs infecteroient les airs ;
Le chaos renaîtroit : dans cette nuit impure,
Bientôt un froid mortel glaceroit la Nature. -
L'homme & les animaux pêle-mêle égarés,
Pouſſeroient en mourant des cris déſeſpérés,
Et la mort, de ſon crêpe enveloppant l'abîme,
Se détruiroit enfin pour dernière victime.
M. l'Abbé Aub...., Mme de la Fer., M.
Drobecq , M. G**, & M. de Monvel, ont
traité le genre de la Fable. Celle de M. l'Abbé
Aub....., qui commence le Volume, & qui
eſt un peu moins propre, à être citée depuis
la nouvelle de la paix, eſt ingénieuſe & pi
quante. C'eſt un des meilleurs Ouvrages de
ſen Auteur. Nous ne citerons pas non plus
celle de M. de Monvel, parce qu'elle a déjà
paru dans ce Journal avec les louanges
qu'elle mérite. Nous avons déjà payé à Mme
la Marquiſe de la Fer.... un tribut d'eloges ;
mais chaque Pièce qu'on lit de cette Muſe
ſi intéreſſante, eſt une nouvelle dette que
l'on contracte. Tout ce qui échappe à ſa
plume porte l'empreinte d'un eſprit aimable
& d'un coeur ſenſible. Nous invitons nos
H j
/ ,
172 M E R C U R E
Lecteurs à lire les trois Fables dont elle a
enrichi l'Almanach des Muſes. Nous allons
en citer une plus courte , où l'on trouve de
l'eſprit ſans affectation , & de la préciſion
ſans ſéchereſſe. Celle-ci eſt anonyme.
Le Garde-Chaſſe & les Perdrix , Fable.
DANs une immenſe & riche plaine,
Sur les bords rians de la Seine,
Maintes Perdrix vivoient tranquillement.
Un Garde-Chaſſe vigilant
Les garantiiſoit de l'outrage
De la belette au nez pointu,
De l'émouchet au doigt crochu,
Et des matoux du voifinage.
Tranquilles dans cet hermitage ,
Leurs jours étoient des jours heureux ;
Et ſi Perdrix forment des voeux,
- Elles en ont formé, je gage,
Pour leur protecteur généreux.
Qu'il eſt attentif, diſoient-elles !
Combien nous éprouvons ſes ſoins & ſa bonté !
C'eſt un Dieu deſcendu des voûtes immortelles
Pour préſider à notre sûreté
Dans ces retraites.
Elles ſe trompoient les pauvrettes.
Le temps de la chaſſe arriva,
Et le plomb, plus léger que leurs rapides ailes,
En les attcignant leur prouva
Qu'on ne les gardoit pas pour elles,
D E F R A N C E. 173
Pour les épîtres, poéſies légères cu éroti
ques, nous avons pluſieurs perſonnes à citer
avec éloge. Mme de Bourdic, qui, jeune en -
core, a ſu dejà illuſtrer deux noms * par les
productions de ſon eſprit, eſt connue par
un bon goût de verſification, des penſees
gracieuſes, & un ſtyle piquant & vrai. On
lira d'elle avec plaiſir deux Pièces , l'une
adreſſée à M. Sabbatier , l'autre à Mme la
Vicomtefſe de **.
Une nouvelle rivale s'eſt montrée cette
année dans la carrière poétique ; c'eft Mlle
de Gaudin, dont on lira avec plaiſir un
petit Conte, intitulé : la Raiſon dupe d :
l'Amour. Le talent des jolis vers doit plaire
à un ſexe à qui la Nature a ſur-tout confié
le don de plaire. Le charme de la poéſie de
vient dans ſes mains un nouveau moyen de
ſéduction; il ſoumet à leur eſprit ceux qui
ont échappé à leurs charmes, même ceux
qui n'ont pu les connoître. Mais notre ſexe
re ſe plaindra jamais d'un nouveau danger
qui lui procure de nouvelles jouiſſances.
On trouve dans le mêrne Volume ſix Pièces
de M. de Choiſy, qui confirment les éloges
qu'on a donnés à ſa Muſe ingénieuſe & bril
lante; trois de M. Romans, pleines de vé
rité & de grâce ; deux de M. de la Loup
tière, connu & diſtingué depuis long temps
parmi nos Poëtes érotiques ; & une Épître
* On ſait que c'étoit auparavant Mme la Mar
quiſe d'Entremont.
H iij
174 M E R C U R E
fort gaie & fort piquante de M. le Comte
Raiecki, Polonois, adreſſée à M. Blanchard,
ſur ſon bateau volant. On lira auſſi avec
plaiſir une Épître de M. Mugnerot à M.
Robbé.
On ne doit pas craindre de nous voir ou
blier M. le Chevalier de Parny.Une pareille
diſtraction tiendroit de l'ingratitude. Quand
à un goût ſain, à un ſtyle plein de vérité,
on joint une manière ingénieuſe, & ce char
me indéfiniſſable qui manque plus d'une fois
aux eſprits les plus brillans, on ne doit pas
craindre de produire des impreſſions paſſa
gères, & l'on peut compter ſur un revenu
de gloire en retour du plaiſir qu'on a donné.
M. le C hevalier de Parny a contribué pour
trois Pièces , dignes toutes les trois de ſon
talent depuis long-temps apprécié. Nous al
lons citer la première, parce qu'elle eſt des
plus courtes.
A C H L o É.
SELoN vous, mon ſexe eſt léger ;
Le vôtre nous paroît volage ;
Ce procès qu'on ne peut juger,
Eſt renouvelé d'âge en âge.
Vous prononcez dans ce moment ;
Mais j'appelle de la ſentence.
Croyez-moi, c'eſt injuſtement
Que l'on s'accuſe d'inconſtance.
IL n'eſt point de longues amours,
D E F R A*N C E. 175
J'en conviens ; mais preſque toujours
Votre âme s'abuſe elle-même.
Dans ſa douce crédulité,
Souvent de ſa propre beauté
Elle embellit celui qu'elle aime.
Il a tout du moment qu'il plaît :
Grâce au deſir qu'il a fait naître,
Vous voyez ce qu'il devroit être,
Vous ne voyez plus ce qu'il eſt.
Oui, vous placez ſur ſon viſage
Un maſque façonné par vous;
Et, ſéduite par votre image,
Vous diviniſez votre ouvrage,
Et vous tombez à ſes genoux.
Mais le temps & l'expérience
Écartant ce maſque emprunté,
De l'idole que l'on encenſe,
Montre bientôt la nudité :
On ſe relève avec ſurpriſe ;
On doute encor de ſa mépriſe ;
On cherche d'un oeil affligé
Ce qu'on aimoit, ce que l'on aime ;
L'illuſion n'eſt plus la même,
Et l'on dit : vous avez changé.
Du reproche, ſuivant l'uſage,
On paſſe au refroidiſſement ;
Et tandis qu'on paroît volage,
On eſt détrompé ſeulement.
H iv
176 M E R C U R E
DE s Amantes voilà l hiſtoire,
Chloé; mais, vous pouvez m'en croire,
C'eſt auſſi celle des Amans.
En vain votre coeur en murmure ;
C'eſt la bonne vieille nature
Qui fit tous ces arrangemens.
Quant au remède, je l'ignore.
Sans doute il n'en exiſte aucun ;-
Car le vôtre n'en eſt pas un :
Ne point aimer, c'eſt pis encore.
Il y a cette année fort peu de Coates d'une
certaine étendue. Ceux qui ſe ſont exercés
dans ce genre, ou dans celui des bons mors
rimés qui rentreut dans la même claſſe, ſont
M. Collin , M. Duault, M. D. T. , M.
Guyétand, M. Maſſon de Morvilliers, M.
Pons de Verdun, & M. Pouteau. Le Devin
# n'eſ#pas Sorcier, Conſultation dialoguée,
outient la réputation de gaîté & d'origina
lité que M. Collin s'eſt déjà faite par ſes pre
miers eſſais; le dialogue en eſt fort naturel.
Le Père Laconique , par M. Duault, eſt une
boutade aſſez plaiſante , & il y a beaucoup
de gaîté dans le Préſent incomplet , de M.
Pons de Verdun. Le voici : -
A douze élus qui formoient un Chapitre,
Depuis trois mois, Paul devoit mille fra2cs ;
Mais ſa caſſette, en dépit du bon titre,
Pour les payer, lui demandoit trois ans.
Le verre en main, & les coudes ſur table,
-
D E F R A N C E. 177
Rêvant un jour à ſortir d'embarras,
Il ſe ſouvient qu'il a dans ſon étable
Douze gorets bien tendres & bien gras,
Que fraîchement ſa truye avoit mis bas.
En porter un à chaque vénérable
Pour l'attendrir en lui contant ſon cas,
Eſt un projet que Paul trouve admirable.
« C'eſt le bon Dieu qui m'inſpire ceci !
» Remarque bien, dit il à ſon épouſe,
» Remarque bien que nos gorets ſont douze,
» Et ces Meſſieurs tout juſte douze auſſi. »
Joyeux, Dieu ſait ! le Manant s'endimanche ;
Il va trouver nos Béats en ſecret ;
A chacun d'eux il préſente un goret,
Et chacun d'eux lui promet carte blanche,
Trois ans de plus, comme il le deſircit,
Le lendemain le Chapitre s'aſſemble :
Paul fait alors un grand ſigne de croix :
» Chacun à part m'ayant promis ſa voix,
» J'aurai, dit-il , les deuze voix enſemble ,
» Si qu'il chantoit d'avance alleluia ! »
Quand le Chapitre en ſortant lui ctia :
« Point de quartier , dès demain paye ou tremble. »
Pour le calmer, lors d'un ton papelard,
Chaque Béat le tirant à l'écart,
Lui dit : « mon cher, j'ai parlé fort & ferme
» En ta faveur, & j'ai vingt fois conclu
» Que l'on devcit t'accorder un lorg terme ;
· H v
178 . M E R C U R E. .
» Notre Chapitre ainſi ne l'a voulu. »
Paul, attiiité du refus qu'il eſſuye,
Songe aux gorets; & d'un air ingénu
S'écrie : hélas! que n'ai-je donc connu
Votre Chapitre, il auroit eû ma truye !
Le bon mot qu'a rimé M. Pouteau eſt plaiſant.
Parmi quelques épigrammes, on diſtin
guera celle intitulée : le Repentir , par M.
Maſſon de Morvilliers, connu par de jolis
vers dans plus d'un genre, mais ſur tout par
le tour vif & mordant qu'il ſait donner à
l'épigramme.
Mbs E, alte-là! j'abjure l'épigramme.
Ne peux-tu donc m'inſpirer d'autres chants ?
Comme un forçat, j'ai langui ſur ma rame ;
Qu'ai-je gagné : la haine des méchans.
SI d'un pédant je peins le lourd mérite,
Damon ſe croit déſigné dans mes vers.
Que je perſiffie un rimeur hypocrite,
Cléon me lance un regard de travers.
D'UN mot plaiſant, fi je force à ſe taire
Ces plats grimauds, toujours fi contens d'eux,
Qui vont traînant leur honte héréditaire,
" Damis ſoutient qu'un ſot & lui font deux.
CHANToNs plutôt la candeur, la ſcience,
La modeſtie avec tous ſes attraits;
Et ces Meſſieurs, du moins en conſcience,
Ne crciront plus qu'on faſſe leurs portraits.
D E F R A N C E. 179
Ces vers ſont plaiſans, mais ces Meſſieurs
trouveront que cette réparation eſt pire que
l'offenſe, & qu'un pareil repentir reſſemble
beaucoup à ce qu'on appelle impénitence
finale.
Il nous reſte à parler de la Chanſon. On
en voit très - peu dans le Recueil de cette
année. Il y a de la gaîté dans le Pareffèux,
de M. de Br..., & des détails agréables dans
la Romance & la Chanſon de M. Garnier.
La Romance de M. Grouvelle, intitulée : la
Vieille de ſeize ans , eſt ingenieuſe. Nous !
allons rapporter un couplet de M. L **, qui
nous a paru heureux.
Couplet à une Dame , qui prétendoit que
perdre la raiſon & perdre la memoire ,
étoient la même choſe.
EN dépit de votre argument,
Je prouve le cortraire.
Daignez m'accorder ſeulemen
Un baiſer pour ſalaire.
Si j'obtenois un pareil don
Pour prix de ma victoire,
Je pourrois perdre la raiſon,
Mais non pas la mémoire.
Les jolis couplets de M. A.... ſur un air
d'Albanège, avoient déjà couru manuſcrits,
& on les retrouve avec plaiſir dans ce Re
cueil, ainſi qu'une chanſon guerrière de
M. Berquin, ſi connu par ſes Romances
H vj
18o M E R C U R E
& ſes Idylles, avant de l'être par d'autres
Ouvrages.
Après avoir parcouru les divers genres de
poéſies, pour mettre nes Lecteurs à portee
d'apprécier nos richeſſes de cette année, nous
allons citer d'autres noms qui parent encore
pluſieurs pages de ce Volume. Deux Hom
mes de Lettres fort connus, M. Blin de Sain
mcre & M. de la Harpe, ſe ſont réunis (par
haſard ſans doute ) pour célébrer le Comte
du Nord. Le talent de ces deux Écrivains eſt
connu, & leurs Épîtres répondent à l'idee
qu'en a conçu depuis longtemps le Public.
Nous ne devrions peut-être pas parler de
Voltaire, n'ayant à louer de lui dans ce Re
cueil que quelques détails dans une Épître,
& une fort jolie épigramme. Un pareil éloge,
adreſſé à un auſſi grand nom, eſt trep peu de
choſe , mais il vaut encore mieux acquitter
une dette ſi modique, que de ſe rendre ſuſ
pect d'un oubli criminel.
On lira avec plaiſir , dans ce même Vo
lume, diverſes Pièces de M. le Chevalier de
Loeillard, de M. Doigny, de M. François de
Neufchâteau, de M. Flins, de M. Maréchal,
& de M. de Sauv.**, dont la réputation eſt
fondée ſur des Ouvrages plus importans,
& qui jouiſſent de l'eſtime du Public.
Nous aurions voulu parler auſſi de M. le
Marquis de Villette, de qui on lit tous les
ans quelques Pièces ingénieuſes, de M.
l'Abbé Dourneau, de M. Fallet, de M.
Fréron, de M. Marſ**, de M. de Piis, de
D E F R A N C E. 181
M. Salaur, de M. Vigée, de M. Royou, de
M. Rebel, & c. qui ont contribué avec ſuc
cès à l'Almanach de cette année , mais la
multiplicité des noms qui enrichiſſent ce
Recueil, nous met fort à l'étroit dans les
bornes qui nous ſont preſcrites, & nous
force d'abréger tout à la fois & la critique
& la louange. -
On s'appercevra peut-être auſſi qu'il y a
quelques Ouvrages dont nous n'avons point ,
parle, ceux qui ſont ſouſcrits de notre nom,
en gardant le ſilence ſur ces bagatelles, nous
n'avons pas la prétention de faire dire que
c'eſt par modeſte : Dieu veuille ſeulement
qu'on ne diſe point que c'eſt par juſtice !
( Cet Article eſt de M. Imbert. )
chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint
Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
-
- " " ,
ON ſait que de tous les Recueils Poétiques
qui paroiffent annuellement , l'Almanach
des Muſes eft le plus ancien & le plus ré
pandu. On le donne, on le reçoit en étren
nes , il eſt attendu, deſiré par les Amateurs,
par les jeunes Faiſeurs ſur-tout, qui brûlent
de ſavoir ſi leur nom eſt enregiſtré à ce greffe
poétique ; & l'on ſe demande comment on
trouve le nouvel.Almanach, avec le même
intérêt que met un Agriculteur à demander
ſi la récoltel de l'année eſt bonne ou mau
vaiſe. On n'eſt pas d'accord tous les ans †
ſon degré de mérite ; les opinions ſe parta
gent quelquefois , & plus d'un jugement
qu'on en porte dépend bien moins de la
1 66 M E R C U R E
bonté réelle des poéſies,que du genre de vers
qºi domine dans le Recueil, parce que telle
ou telle eſpèce de poëme a toujours plus ou
moins d'attraits pour les juges, même les
plus éclairés. Souvent auſſi le tribut d'une
année ſe trouve réellement inférieur à celui
des précédentes ; mais, tour-à-tour un peu
moins bien, un peu moins mal, l'Almansch
des Muſes a toujours pafſe pour être le meil
leur de nos Recueils poetiques. Le goût
exercé de l'Éditeur, la confiance méritée des ^
meilleurs Poëtes du jour, concourent à l'en
richir; & ſi depuis quelques années la mort
lui a enlevé ſes plus riches tributaires, une
nouvelle race de Poëtes ſemble ſortir de leur
cendre, & réclamer leur héritage. - .
Cependant, il faut en convenir, ce Re
cueil a perdu, ſinonde ſon mérite,au moins un
peu de ſa nouveauté. Preſque toutes les Pièces
qu'on y inſéroit autrefois n'avoient pas en
core vû le jour ; celles qui le compoſent
aujourd'hui ont paru en partie dans le Mer
cure ou dans 1e Journal de Paris; & la raiſon
de cette différence, c'eſt que le Journal de
Paris n'exiſtoit pas encore, & que les Poëtes
connus dédaignoient alors d'envoyer leurs
productions au Mercure, effrayés peut-être
par ces deux vers plaiſans & énergiques que
· M. Robé avoit appliqués à ce Journal :
· vaſte Clamart, où tant de trépaſſés . #
, Giſſent en paix l'un ſur l'autre entaſſés. -
Mais aujourd'hui que le Joutnal de Par -
•.
- *
D E F R A N C E. I 67
offre aux Poëtes du jour une grande &
prompte célebrité, & que le Mercure, plus
en credit, leur paroît un dépôt plus digne de
leurs Ouvrages , ces deux Journaux ſont de
venus une des mines les plus fécondes dé
l'Almanach des Muſes. En perdant ce degré
de-nouveauté, encore une fois, il n'a rien
perdu de ſon mérite; mais il devroit exciter
moins d'empreſſement , & puiſque ſon ſuccès
eſt toujours le même, c'eſt un nouveau motif
d'eloge pour l'Éditeur.Il eſt vrai qu'il s'y trou
ve encore tous les ans aſſez de vers nouveaux
pour plaire, même à ceux qui courent moins
après le mérite qu'après la nouveauté. -
' Au reſte, cette Collection, qui n'eſt guère
compoſée que de vers faits dans l'année ,
préſente un tableau utile à ceux qui veulent
obſerver les progrès ou la décadence de la
poéſie. On peut y voir les diverſes nuances ſe
prolonger ou diſparoître ſucceſſivemenr; on
peut y découvrir tous les ans quel genre de
poéſie vient de perdre ou de gagner ſous la
plume de nos Écrivains. Cette réflexion nous
inſpire l'idée de changer notre plan pour l'ex
trait que nous devons en faire. Nous parcour
rons les divers genres de poéſie dans leſquels
ſe ſont exercés les Auteurs qui ont contribué
au Volume de l'année; & par cette marche,
que nous ſuivrons dorénavant , nous met
trons nos Lecteurs à portée de voir par eux
imêmes, dans quels genres nos Muſes mo
dernes ont à déplorer leurs pertes, ou à s'éporgueillir
de leurs acquiſitions, . , .
*- -
168 M E R C U R E /
Commençons par la grande poéſſe, & -
mettons M. de Fontanes à la tête de ceux -
qui s'y ſont exercés. Nous aurions deſiré plas -=--
de jet, plus de liberté dans ſa Traduction de -----
l'Ode d'Horace , Sic te diva potezs cypri. *RP ----
-
- -- -z-- - 272
Après avoir dit : | # # r = 3R
Garde, & rends-moi mon cher Virgile, - *= rr --
-
-Asr" -PA"
-
- - --I cI
Il ne falloit pas finir la ſtrophe par ce vers s s **as 2--
qui ſuit immédiatement : | | 2ºº2xs a . -
| .. , , | | o dss, º < rs ;
Garde la moitié de mon coeur. i - T Pr c= F
, -S>5-5 CeS- --^T. - r
parce que l'idée de garde devient froide, Sss rs, º=v=s--
quand, dans le vers qui précède, on y ajoint ssr s#. *ezBAS,s
celle de rends moi , qui ajoute au ſens. Il y Ls s "ºs <is Es, º a auſſi une eſpèce d'irrégularité dans l'arran- | ** les e,s . 1 r .
gement des vers de la quatrième ſtrophe; C)rs t * Fr--
| -- * , ' . . - | * ces ; FS>i> t
L'homme oſe tout : de crime en crime , C ºx-c-; -
- • • - | e - -
Se précipite ſa fureur. vv º º , il §s et Q> sa s
-- • • · · · · l - - > w-ty
Quand ſon eſſor illégitime sºl a * J'sa Ao *age,
- · · · · · · r:
-Eut ravi le feu créateur , | #- c'* S º Ierse
- - «• • . L> La faim, la peſte, aux yeux livides, &e, les <2
. . rº " ux yeux #vide *º Pleins *#rres º#L>-
Le ſens qui finit après le ſecond vers, ne de- , co§ § bar, $ * Pre,
vroit finir qu'après le quatrième, parce que $ *éPc ou # #e- ,
le premier quatraind'une ſtrophe de dixvers si º au ſei *t vre
doit être ſéparé par le ſens des deux tercets 8ºnir ! ºn des nºs
qui la terminent. Cette eſpèce d'enjambe- En vain * éehe, *aits
| ment de phraſe n'eſt plus permiſe aujour- *pé fººPos º ſon
-d'hui. Rien n'eſt impoſſible aux humains, qui l] § #ºs vsii, ºt de r,
ſe trouveplus bas , n'eſt ni aſſez élégant, ni $ désuic "° atTiſz
/ - • " 1 ! ... , · ºu Dis ºstiiſ& G c ſi, aſſez poétique dans une ode # n *Yus l
Nous parlerons avec plus de plaiſir (parce ºteur Sosa - $e > à - e
" | $ ss.§
- 8 , s ^ ncé q *
| & E.2 :9ui ne
|
A Q.§
Su
C
Q.
ſ
U]
le
Y
Oi
· D E , F R A N C E. 169
eue nous avons plus de bien à en dire ) de
ka Chartreuſe de Paris, Pièce où nous avons
retrouvé l'énergie de peinture & de ſenti
ment qui caractériſe M. de Fontanes. Elle
reſpire & communique une mélancolie pro
fonde & attachante.
Ici, dans les détours de ces ſentiers couverts,
Je jouis du ſoleil, de l'ombre & du ſilence.
O doux calme ! ces chars où s'aſſied l'opulence,
Tous ces travat,x, ce peuple à grands flots agité,
Ces ſons confus qu'élève une vaſte cité,
Des enfans de Bruno ne troublent point l'aſyle :
Le bruit les environne, & leur âme eſt tranquille.
On y trouve nombre de vers comparables
à ces deux-ci :
CeTemple, où chaque aurore entend de ſaints concerts
Sortir d'un long ſilence & monter dans les airs.
Sortir d'un long ſilence, peint avec hardieſſe,
& les aurres expreſſions ſont poétiques &
pleines d'harmonie. Bornons-nous à citer en
core ſept ou huit vers de la même Pièce.
Souvent au ſein des nuits la plainte de l'Amour
Fit gémir les échos du ſombre Monaſtère.
En vain le repouſſant de ſon regard auſtère .
La pénitence veille aſſiſe ſur le ſeuil,
Il entre déguiſé ſous les voiles du deuil.
Au Dieu conſolateur en pleurant il ſe donne.
A Comminge, à Rancé, Dieu ſans doute pardonne ;
4Comminge, à Rancé,quine doit quelques pleurs?&c-
, Nº. 8, 22 Février 1733.
*
17o M E R C U R E ,
Le morceau que M. de Fontanes a imité des
· poéſies erſes , ne nous paroît pas inférieur à
ſa Chartreuſe. La manière en eſt large, har
monieuſe & lyrique.
M. Bérenger, qui a ſouvent enrichi ce
Reeueil de pluſieurs morceaux de poéſie lé
gère , s'eſt exercé plus d'une fois dans la
· grande poéſie. Quoique ſa Pièce ſur l'Hiver,
inſérée dans le Volume de cette année, ne
ſoit pas ſon meilleur Ouvrage, il y a des
détails très heureuſement exprimés, & qui
confirment la réputation qu'il s'eſt acquiſe.
On lit de lui, dans ce même Volume, deux
Pièces dans un autre genre : à mon Hermi
tage, & les deux Chiennes. Ce dernier Ou
vrage eſt plein de grâce & d'intérêt.
M. de Bonneville, qui s'étoit fait connoî
tre avantageuſement par un Dialogue inſéré
l'année dernière, a donné quatre morceaux
de grande poéſie. Ce ſont des imitations,
qui, en laiſſant deſirer quelquefois plus de
correétion & de ſoin , prouvent un talent
qu'on doit encourager. -
Nous ne quitterons pas l'article des grands
vers ſans faire mentiond'un talent plus récent
encore que celui dont nous venons de parler.
Le nom de M. le Chevalier de Rivarol
n'avoit jamais paru dans l'Almanach des Mu
ſes. On concevra une opinion avantageuſe
de ſon talent, d'après une Épître qu'il adre (ie
à M. le Baron de Salis - Marſcheins. En
voici quelques vers : - !
Mais ce globe embrâſé qui s'allume ſans ceſſe, -
D E F R A N C E. 17 r
Pourroit-il, comme nous, éprouver la vieilleſſe ?
O déſaſtre inoui! ſi le flambeau du jour ,
Conſumé par le temps s'éclipſoit ſans retour,
Les planètes en deuil, veuves abandonnées,
Rouleroient dans les cieux, d'ombres environnées;
La déſolation rempliroit l'Univers ;
Les plus ſombres vapeurs infecteroient les airs ;
Le chaos renaîtroit : dans cette nuit impure,
Bientôt un froid mortel glaceroit la Nature. -
L'homme & les animaux pêle-mêle égarés,
Pouſſeroient en mourant des cris déſeſpérés,
Et la mort, de ſon crêpe enveloppant l'abîme,
Se détruiroit enfin pour dernière victime.
M. l'Abbé Aub...., Mme de la Fer., M.
Drobecq , M. G**, & M. de Monvel, ont
traité le genre de la Fable. Celle de M. l'Abbé
Aub....., qui commence le Volume, & qui
eſt un peu moins propre, à être citée depuis
la nouvelle de la paix, eſt ingénieuſe & pi
quante. C'eſt un des meilleurs Ouvrages de
ſen Auteur. Nous ne citerons pas non plus
celle de M. de Monvel, parce qu'elle a déjà
paru dans ce Journal avec les louanges
qu'elle mérite. Nous avons déjà payé à Mme
la Marquiſe de la Fer.... un tribut d'eloges ;
mais chaque Pièce qu'on lit de cette Muſe
ſi intéreſſante, eſt une nouvelle dette que
l'on contracte. Tout ce qui échappe à ſa
plume porte l'empreinte d'un eſprit aimable
& d'un coeur ſenſible. Nous invitons nos
H j
/ ,
172 M E R C U R E
Lecteurs à lire les trois Fables dont elle a
enrichi l'Almanach des Muſes. Nous allons
en citer une plus courte , où l'on trouve de
l'eſprit ſans affectation , & de la préciſion
ſans ſéchereſſe. Celle-ci eſt anonyme.
Le Garde-Chaſſe & les Perdrix , Fable.
DANs une immenſe & riche plaine,
Sur les bords rians de la Seine,
Maintes Perdrix vivoient tranquillement.
Un Garde-Chaſſe vigilant
Les garantiiſoit de l'outrage
De la belette au nez pointu,
De l'émouchet au doigt crochu,
Et des matoux du voifinage.
Tranquilles dans cet hermitage ,
Leurs jours étoient des jours heureux ;
Et ſi Perdrix forment des voeux,
- Elles en ont formé, je gage,
Pour leur protecteur généreux.
Qu'il eſt attentif, diſoient-elles !
Combien nous éprouvons ſes ſoins & ſa bonté !
C'eſt un Dieu deſcendu des voûtes immortelles
Pour préſider à notre sûreté
Dans ces retraites.
Elles ſe trompoient les pauvrettes.
Le temps de la chaſſe arriva,
Et le plomb, plus léger que leurs rapides ailes,
En les attcignant leur prouva
Qu'on ne les gardoit pas pour elles,
D E F R A N C E. 173
Pour les épîtres, poéſies légères cu éroti
ques, nous avons pluſieurs perſonnes à citer
avec éloge. Mme de Bourdic, qui, jeune en -
core, a ſu dejà illuſtrer deux noms * par les
productions de ſon eſprit, eſt connue par
un bon goût de verſification, des penſees
gracieuſes, & un ſtyle piquant & vrai. On
lira d'elle avec plaiſir deux Pièces , l'une
adreſſée à M. Sabbatier , l'autre à Mme la
Vicomtefſe de **.
Une nouvelle rivale s'eſt montrée cette
année dans la carrière poétique ; c'eft Mlle
de Gaudin, dont on lira avec plaiſir un
petit Conte, intitulé : la Raiſon dupe d :
l'Amour. Le talent des jolis vers doit plaire
à un ſexe à qui la Nature a ſur-tout confié
le don de plaire. Le charme de la poéſie de
vient dans ſes mains un nouveau moyen de
ſéduction; il ſoumet à leur eſprit ceux qui
ont échappé à leurs charmes, même ceux
qui n'ont pu les connoître. Mais notre ſexe
re ſe plaindra jamais d'un nouveau danger
qui lui procure de nouvelles jouiſſances.
On trouve dans le mêrne Volume ſix Pièces
de M. de Choiſy, qui confirment les éloges
qu'on a donnés à ſa Muſe ingénieuſe & bril
lante; trois de M. Romans, pleines de vé
rité & de grâce ; deux de M. de la Loup
tière, connu & diſtingué depuis long temps
parmi nos Poëtes érotiques ; & une Épître
* On ſait que c'étoit auparavant Mme la Mar
quiſe d'Entremont.
H iij
174 M E R C U R E
fort gaie & fort piquante de M. le Comte
Raiecki, Polonois, adreſſée à M. Blanchard,
ſur ſon bateau volant. On lira auſſi avec
plaiſir une Épître de M. Mugnerot à M.
Robbé.
On ne doit pas craindre de nous voir ou
blier M. le Chevalier de Parny.Une pareille
diſtraction tiendroit de l'ingratitude. Quand
à un goût ſain, à un ſtyle plein de vérité,
on joint une manière ingénieuſe, & ce char
me indéfiniſſable qui manque plus d'une fois
aux eſprits les plus brillans, on ne doit pas
craindre de produire des impreſſions paſſa
gères, & l'on peut compter ſur un revenu
de gloire en retour du plaiſir qu'on a donné.
M. le C hevalier de Parny a contribué pour
trois Pièces , dignes toutes les trois de ſon
talent depuis long-temps apprécié. Nous al
lons citer la première, parce qu'elle eſt des
plus courtes.
A C H L o É.
SELoN vous, mon ſexe eſt léger ;
Le vôtre nous paroît volage ;
Ce procès qu'on ne peut juger,
Eſt renouvelé d'âge en âge.
Vous prononcez dans ce moment ;
Mais j'appelle de la ſentence.
Croyez-moi, c'eſt injuſtement
Que l'on s'accuſe d'inconſtance.
IL n'eſt point de longues amours,
D E F R A*N C E. 175
J'en conviens ; mais preſque toujours
Votre âme s'abuſe elle-même.
Dans ſa douce crédulité,
Souvent de ſa propre beauté
Elle embellit celui qu'elle aime.
Il a tout du moment qu'il plaît :
Grâce au deſir qu'il a fait naître,
Vous voyez ce qu'il devroit être,
Vous ne voyez plus ce qu'il eſt.
Oui, vous placez ſur ſon viſage
Un maſque façonné par vous;
Et, ſéduite par votre image,
Vous diviniſez votre ouvrage,
Et vous tombez à ſes genoux.
Mais le temps & l'expérience
Écartant ce maſque emprunté,
De l'idole que l'on encenſe,
Montre bientôt la nudité :
On ſe relève avec ſurpriſe ;
On doute encor de ſa mépriſe ;
On cherche d'un oeil affligé
Ce qu'on aimoit, ce que l'on aime ;
L'illuſion n'eſt plus la même,
Et l'on dit : vous avez changé.
Du reproche, ſuivant l'uſage,
On paſſe au refroidiſſement ;
Et tandis qu'on paroît volage,
On eſt détrompé ſeulement.
H iv
176 M E R C U R E
DE s Amantes voilà l hiſtoire,
Chloé; mais, vous pouvez m'en croire,
C'eſt auſſi celle des Amans.
En vain votre coeur en murmure ;
C'eſt la bonne vieille nature
Qui fit tous ces arrangemens.
Quant au remède, je l'ignore.
Sans doute il n'en exiſte aucun ;-
Car le vôtre n'en eſt pas un :
Ne point aimer, c'eſt pis encore.
Il y a cette année fort peu de Coates d'une
certaine étendue. Ceux qui ſe ſont exercés
dans ce genre, ou dans celui des bons mors
rimés qui rentreut dans la même claſſe, ſont
M. Collin , M. Duault, M. D. T. , M.
Guyétand, M. Maſſon de Morvilliers, M.
Pons de Verdun, & M. Pouteau. Le Devin
# n'eſ#pas Sorcier, Conſultation dialoguée,
outient la réputation de gaîté & d'origina
lité que M. Collin s'eſt déjà faite par ſes pre
miers eſſais; le dialogue en eſt fort naturel.
Le Père Laconique , par M. Duault, eſt une
boutade aſſez plaiſante , & il y a beaucoup
de gaîté dans le Préſent incomplet , de M.
Pons de Verdun. Le voici : -
A douze élus qui formoient un Chapitre,
Depuis trois mois, Paul devoit mille fra2cs ;
Mais ſa caſſette, en dépit du bon titre,
Pour les payer, lui demandoit trois ans.
Le verre en main, & les coudes ſur table,
-
D E F R A N C E. 177
Rêvant un jour à ſortir d'embarras,
Il ſe ſouvient qu'il a dans ſon étable
Douze gorets bien tendres & bien gras,
Que fraîchement ſa truye avoit mis bas.
En porter un à chaque vénérable
Pour l'attendrir en lui contant ſon cas,
Eſt un projet que Paul trouve admirable.
« C'eſt le bon Dieu qui m'inſpire ceci !
» Remarque bien, dit il à ſon épouſe,
» Remarque bien que nos gorets ſont douze,
» Et ces Meſſieurs tout juſte douze auſſi. »
Joyeux, Dieu ſait ! le Manant s'endimanche ;
Il va trouver nos Béats en ſecret ;
A chacun d'eux il préſente un goret,
Et chacun d'eux lui promet carte blanche,
Trois ans de plus, comme il le deſircit,
Le lendemain le Chapitre s'aſſemble :
Paul fait alors un grand ſigne de croix :
» Chacun à part m'ayant promis ſa voix,
» J'aurai, dit-il , les deuze voix enſemble ,
» Si qu'il chantoit d'avance alleluia ! »
Quand le Chapitre en ſortant lui ctia :
« Point de quartier , dès demain paye ou tremble. »
Pour le calmer, lors d'un ton papelard,
Chaque Béat le tirant à l'écart,
Lui dit : « mon cher, j'ai parlé fort & ferme
» En ta faveur, & j'ai vingt fois conclu
» Que l'on devcit t'accorder un lorg terme ;
· H v
178 . M E R C U R E. .
» Notre Chapitre ainſi ne l'a voulu. »
Paul, attiiité du refus qu'il eſſuye,
Songe aux gorets; & d'un air ingénu
S'écrie : hélas! que n'ai-je donc connu
Votre Chapitre, il auroit eû ma truye !
Le bon mot qu'a rimé M. Pouteau eſt plaiſant.
Parmi quelques épigrammes, on diſtin
guera celle intitulée : le Repentir , par M.
Maſſon de Morvilliers, connu par de jolis
vers dans plus d'un genre, mais ſur tout par
le tour vif & mordant qu'il ſait donner à
l'épigramme.
Mbs E, alte-là! j'abjure l'épigramme.
Ne peux-tu donc m'inſpirer d'autres chants ?
Comme un forçat, j'ai langui ſur ma rame ;
Qu'ai-je gagné : la haine des méchans.
SI d'un pédant je peins le lourd mérite,
Damon ſe croit déſigné dans mes vers.
Que je perſiffie un rimeur hypocrite,
Cléon me lance un regard de travers.
D'UN mot plaiſant, fi je force à ſe taire
Ces plats grimauds, toujours fi contens d'eux,
Qui vont traînant leur honte héréditaire,
" Damis ſoutient qu'un ſot & lui font deux.
CHANToNs plutôt la candeur, la ſcience,
La modeſtie avec tous ſes attraits;
Et ces Meſſieurs, du moins en conſcience,
Ne crciront plus qu'on faſſe leurs portraits.
D E F R A N C E. 179
Ces vers ſont plaiſans, mais ces Meſſieurs
trouveront que cette réparation eſt pire que
l'offenſe, & qu'un pareil repentir reſſemble
beaucoup à ce qu'on appelle impénitence
finale.
Il nous reſte à parler de la Chanſon. On
en voit très - peu dans le Recueil de cette
année. Il y a de la gaîté dans le Pareffèux,
de M. de Br..., & des détails agréables dans
la Romance & la Chanſon de M. Garnier.
La Romance de M. Grouvelle, intitulée : la
Vieille de ſeize ans , eſt ingenieuſe. Nous !
allons rapporter un couplet de M. L **, qui
nous a paru heureux.
Couplet à une Dame , qui prétendoit que
perdre la raiſon & perdre la memoire ,
étoient la même choſe.
EN dépit de votre argument,
Je prouve le cortraire.
Daignez m'accorder ſeulemen
Un baiſer pour ſalaire.
Si j'obtenois un pareil don
Pour prix de ma victoire,
Je pourrois perdre la raiſon,
Mais non pas la mémoire.
Les jolis couplets de M. A.... ſur un air
d'Albanège, avoient déjà couru manuſcrits,
& on les retrouve avec plaiſir dans ce Re
cueil, ainſi qu'une chanſon guerrière de
M. Berquin, ſi connu par ſes Romances
H vj
18o M E R C U R E
& ſes Idylles, avant de l'être par d'autres
Ouvrages.
Après avoir parcouru les divers genres de
poéſies, pour mettre nes Lecteurs à portee
d'apprécier nos richeſſes de cette année, nous
allons citer d'autres noms qui parent encore
pluſieurs pages de ce Volume. Deux Hom
mes de Lettres fort connus, M. Blin de Sain
mcre & M. de la Harpe, ſe ſont réunis (par
haſard ſans doute ) pour célébrer le Comte
du Nord. Le talent de ces deux Écrivains eſt
connu, & leurs Épîtres répondent à l'idee
qu'en a conçu depuis longtemps le Public.
Nous ne devrions peut-être pas parler de
Voltaire, n'ayant à louer de lui dans ce Re
cueil que quelques détails dans une Épître,
& une fort jolie épigramme. Un pareil éloge,
adreſſé à un auſſi grand nom, eſt trep peu de
choſe , mais il vaut encore mieux acquitter
une dette ſi modique, que de ſe rendre ſuſ
pect d'un oubli criminel.
On lira avec plaiſir , dans ce même Vo
lume, diverſes Pièces de M. le Chevalier de
Loeillard, de M. Doigny, de M. François de
Neufchâteau, de M. Flins, de M. Maréchal,
& de M. de Sauv.**, dont la réputation eſt
fondée ſur des Ouvrages plus importans,
& qui jouiſſent de l'eſtime du Public.
Nous aurions voulu parler auſſi de M. le
Marquis de Villette, de qui on lit tous les
ans quelques Pièces ingénieuſes, de M.
l'Abbé Dourneau, de M. Fallet, de M.
Fréron, de M. Marſ**, de M. de Piis, de
D E F R A N C E. 181
M. Salaur, de M. Vigée, de M. Royou, de
M. Rebel, & c. qui ont contribué avec ſuc
cès à l'Almanach de cette année , mais la
multiplicité des noms qui enrichiſſent ce
Recueil, nous met fort à l'étroit dans les
bornes qui nous ſont preſcrites, & nous
force d'abréger tout à la fois & la critique
& la louange. -
On s'appercevra peut-être auſſi qu'il y a
quelques Ouvrages dont nous n'avons point ,
parle, ceux qui ſont ſouſcrits de notre nom,
en gardant le ſilence ſur ces bagatelles, nous
n'avons pas la prétention de faire dire que
c'eſt par modeſte : Dieu veuille ſeulement
qu'on ne diſe point que c'eſt par juſtice !
( Cet Article eſt de M. Imbert. )
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Résumé : ALMANACH des Muses, 1783. A Paris, chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint-Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
L'Almanach des Muses, publié en 1783 à Paris par Delalain l'aîné, est le plus ancien et le plus répandu des recueils poétiques annuels. Il suscite un grand intérêt parmi les amateurs et les jeunes poètes, qui espèrent y voir leurs œuvres publiées. Les avis sur sa qualité varient chaque année, souvent en fonction du genre de poèmes dominants. Bien que certains contributeurs célèbres aient disparu, une nouvelle génération de poètes émerge. Cependant, l'Almanach a perdu une partie de sa nouveauté, car beaucoup des pièces qu'il contient ont déjà été publiées dans le Mercure ou le Journal de Paris. Ces journaux sont devenus des sources importantes pour l'Almanach, offrant aux poètes une célébrité rapide et un dépôt digne de leurs œuvres. Malgré cela, l'Almanach reste apprécié pour ses vers nouveaux et offre un tableau des progrès ou de la décadence de la poésie. Le texte critique la traduction d'une ode d'Horace par M. de Fontanes, notant des erreurs de style et de rythme, tout en louant la 'Chartreuse de Paris' de M. de Fontanes pour son énergie et sa mélancolie attachante. La critique littéraire porte également sur divers poèmes et auteurs, soulignant leurs talents respectifs en poésie. Parmi les œuvres mentionnées figurent celles de M. Bérenger, M. de Bonneville, et le Chevalier de Rivarol. Des fables de l'Abbé Aub..., Mme de la Fer..., M. Drobecq, et M. de Monvel sont également commentées, avec des éloges pour leur ingéniosité et leur sensibilité. Le texte se termine par des mentions de poésies légères et érotiques, notant les contributions de Mme de Bourdic et Mlle de Gaudin, appréciées pour leur charme et leur capacité à séduire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4859
p. 90-96
« NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Début :
NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...]
Mots clefs :
Paris, Prix, Tablettes de bouillon, Auteur, Libraire, Ouvrage, Femmes, Volumes, Broché, Clavecin, Architecture, Observations, Public, Succès, Avantages, Temps, Contes, Figures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Novv EAv Traité d'Architecture-Pratique , con>
cernant la manière de bâtir ſoiidement, avec les
Obſervations néceſſaires ſur le choix, la qualités
l'emploi & le prix des matériaux, ſur le ſalaire de
chaque eſpèce d'Ouvriers ; ſuivi d'un Traité de Géo
mé rie, par J. F. Mourcy, Appareilieut, Inſpecteur
& Toiſeur des Bâtimens du Roi. 1 Vol. in - S°.,
avec huit Planchès, Il contient la maçonnerie, char-,
pente, couverture , brique , carrelage , fouille de
terre glaiſe, vuidange, pavés de grès & blocage. .
Cet Ouvrage utile aux Gens de l'Art & aux Par
ticuliers qui ont à conſtruire à neuf ou en répara
tions a été imprimé & p blié au mois d'Avril der
nier; c'eſt à ce moment même que la vente s'en eſt
trouvée tout-à-coup arrêtée par la mort de l'Auteur.
La Perſonne qui eſt reſtée chargée d'en ſuivre le
débit, ayant moins d'égard au profit qu'à l'extrême
utilité dont cet Ouvrage eſt jugé devoir être aux
Élèves d'Architecture, & même aux Quvriers, a cru
devoir le fixer au prix ie plus bas. c'eſt pourquoi elle
prévient le Public que ce Livre continuera de ſe
débiter au prix de 4 liv. broché & ; liv. rclié. A
I, E , F R A N C E. 91
Paris, chez la Veuve de l'Auteur, rue S. Antoine,
au coin de celle de Jouy; chez M. Mareux, & chez
L. Cellot, Imprimeur- Libraire, rue des grands Au
guſtins ; Alexandre Jombert jeune, Libraire, rue
Dauphine, n°. 1 1 6 ; Prauit, quai de Gêvres.
PR é c 1 s de la Prononciation Angloiſe pour les
voyelles ſirples a, e, i, o, u, y, en proſe & en
vers, à l'uſage des Dames, par M. Drobecq, Mem
bre du Muſée de Paris, & Correſpondant du Cercfe
des Philadelphes du Cap François ; Brochure de
16 pages in-8°. A Paris, chez l'Auteur, rue Dau
phine, au Muſée de Paris. -
C'eſt le comrnentcment d'un Ouvrage dont l'Au
teur donnera la ſuite, ſi ce premier Eſſai plaît aux
Amateurs des Langues étrangères.
CoN Frss roN générale de l'année 178 ;, Bro
chure in-16 de 46 pages. A Iſpahan; & ſe trouve à
Paris, chez Buiſſon, Libraire, hôtel de Meſgrigny,
rue des Poitevins. - -
· Le but de cette bagatelle eſt de faire paſſer en
revue ſous la forme d'une Confeſſion faite pour l'an
née 1785, avant de mourir les principaux faits dont
elle a été le témoin. On y trouve des traits d'eſprit
& de gaîté. -
DE s Mºyens de conſerver la ſanté des Blancs &
des Nigres aux Antilles ou climats chauds & humides
de l Amérique.in-8°. A St-Domingue; & ſe trouve à
Paris, chez Méquignon l'aîné, Libraire, rue des
Cordelicrs. - # 1
Cet Ouvrage a été fait ſur les lieux mêmes ; ce
qui eſt un préjugé, pour les obſervations que
rapporte l'Auteur, & pour les méthodes curative1
qu'il indique. -
92 | | | M E R C U R E ,
- rAB L ETTEs de Bouillon, économiques, propres
aux uſages domeſtiques & pour la Marine. A Paris,
chez le ſieur de Lavoiepierre, rue Saint Honoré,
hôtel des Américains. Prix, 8 liv. la livre ou les
trente-deux Tablettes. - -
· On ſait que le ſieur de Lavoiepierre a toujours .
eu pour objet de procurer au Public les comeſtibles
qui peuvent lui être utiles ou agréables, & ſon zèle
induſtrieux a toujours obtenu la confiance du Public.
Ayant reconnu l'utilité des Tablettes de Bouillon, il
s'eſt appliqué à leur fabrication, & ſon ſuccès ne lui
A laiſſoit plus rien à deſirer quant à la qualité; mais le
prix exceſſif auquel il étoit obligé de les vendre, l'a
déterminé à rechercher un pays cu les viandes fuiſent
abondantes, à bas prix & d'une excellente qualité.
Ayant trouvé ces avantages dans le fond du Nord,
il y a formé avec un de ſes Correſpondaiis, à qui il
a ccmmuniqué ſes procédés, un établiſſement pour
-
: -
la compoſiion de ces Tablettes.
Avantages des Tablettes de Bouillon. On peut,
par leur moyen, ſeprocurer en un mom nt, partout
ou l'on ſe trouve, un Bouillon ou un Pota e auſſi
ſain & auſſi agréable que ie Bouillon le mieux fait.
Elles ſoutiennent le paſſage de l'Equat ur, & ſe con
ſervent pluſieurs années en les tenant renfermées &
au ſec dans les b ëtes avec leſquelles on les vend. .
La manière de les employer eſt ſimple & facile. Il
ne s'agit que de me tre une Tablette dc demi-once
pour chaque demi - ſeptier ( ou demie livre) d'eau
bouilante , y ajoutant une pincée de ſel ; on remue
avec la cuiller, & le Bouillon eſt fait. L'on en fait
une ſoupe ou un lºotage à ſa volonté. #
Outre les avantages ci d ſſus, les circonſtances
où ces Tablettes peuvent être utiles ſont à l'infini,
puiſqu'elles peuvent toujours remp'acer le Bouillon,
& † elies ſervent dans bien des cas où le Beuillon
n'eſt pas ſuffiſant.
D E F R A N C E. , 3.
Le Bouillon ordinaire eſt ſouvent foible & plat,
parce qu'on n'y a pas mis aſſez de viande; ou parce
qu'elle n'a pas été cuite aſſe g temps , on y fait
fondre une ou deux de ces Tablettes ; & le Bouillon
reprend du corps & du goût, & c. - -
" Les perſonnes qui en demanderont, voudront bien
joindie à leur lettre en mandat ſur quelque maiſon
à Paris, pour en recevoir le payement. |
TRAITÉ de la Pêche, ou l'Art de ſoumettre les
Poiſſons à l empire de l'homme, par M. Buc'hcz,
Auteur de diff rens Ouvrages économiques, Volume
, in-12. P1ir, 2 liv. broche. A Paris, chez Guillot,
Libraire, rue Saizt Jacques.
SIG e VARr, dédié aux Ames ſenſibles; Roman
traduit de l'Allemand, par M. de Lavaux. A Paris,
chez Volland, Libraire, quai des Auguſtins.
Sigevart, le plus jeune des fils d'un Bailli d'un
petit Vi lage de Souabe, deſtiné dès fa première jeu
neſſe par ſon gcût & la volonté de ſes parens, à la
Profeſſion Religieuſe chez les Capucins de leur Vil
lage, partit de chez lui pour aller faire ſes premières
études à Hambourg : de-là il paſſa dans l'Univerſité
d'Ingolſtad, où il ſe prit d'une vive paſſion pour la
filie d'un Conſeiller auquel il avoit été recommandé:
ce goût lui fit bisetôt oublier ſa première deſtina- .
tion ; il rechercha les moyers de vivre dans le
monde, & de s'unir avec l'objet qui avoit fait naître
& qui partageoit ſon amour. Les divers événemens
que Sigevart épreuva pendant le cours de ſes études,
& le maiheureux ſuccès de ſes amours, le contrai
gnirent de revenir à ſes anciens projets, & à prendre
i'habit de Capucin. On voit qu'il n'y a rien de mer
veilleux dans ce plan. Les divers événemens qui for
ment l'Cuvrage,excitent de temps en temps la cu
rioſité; mais on n'y remarque rien, pas même le
- M E R C U R. E -
: ſtyle, qui puiſſe faire mettre ce Roman au-deſſus de
la claſſe ſi nombreuſe de ceux qui ſe font lire avec
quelque plaiſir, & dont il ne reſte rien dans la mé
moire. • * .
, -
L E s Femmes comme il convient de les voir, ou
Appelgu de ce que les Femmes ont été, de ce qu'elles
ſont & de ce qu'elles pourroient être. A Londres , &
ſe trouve à Paris, paſſage des Jacobins, rue Saint
Jacques. - - -
Les Hommes & les Femmes ont, en ſortant des
mains de la Nature, les mêmes moyens & les mêmes
diſpoſitions, & la ſeule éducation occaſionne les dif
férences qu'il y a entre les deux ſexes : voilà ce que
l'Auteur vcudroit prouver dans la première Partie de
ſon Ouvrage. · · · · · - · s
La deuxième contient la nomenclature de toutes
les Femmes qui ſe ſont rendues célèbres chez les
divers Peuples. - - -
La troiſième préſente l'examen particulier de ce
que les Femmes ſont actuellement en France, & de
ce qu'elics pourroient y être ; er fin l'Auteur propoſe
un Etabliſiement au moyen duquel les Femmes
ſeroient aſſociées à la gloire de leurs maris, & pour
roieñt par conſéquent partager avec eux les Hon
neurs, les Grades, les Cordons, &c. On ſait com
bien on a déjà écrit, & combien on pourroit écrire
encore ſur cette matière, même après avoir lu cet
Ouvrage, qui nous a paru ne contenir aucune
vue nouvelle. Nous croyors d'ailleurs que quel
ques-uns des moyens qu'il propoſe en élevant un
ſexe, humilieroient bien l'autre Il ſeroit plaiſant
· en effet de voir une femme Maréchale de France,
, & décorée du Ccrdon Bleu, tandis que ſon mari
aurcit à peine la Croix de S. Louis. ' ' »
PARIs & la Province, çt, Choix des plus beaux
D E- F R A N C E.' 95
Monumens d'Architecture anciens & modernes ent
France, deſſiné par M. Teſtard, & gravé en cou
leur par J. A. Lecampion, quartier de la Cité, Prix,
6 liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Jacques,
n°. 8 , & Leſclapart, Libraire , rue du Rcule,
n°. I I. -
Cette première Livraiſon nous a paru bien exécu
tée, & l'on y lit des explications qui offrent des dé
tails curieux & des obſervations piquantes.
L E Cabinet des Fées, ou Colleciien choiſie dºs
Contes des Fées & autres Cortes merveilleux ornés
de Figures, treizième Livraiſºn, Tomes XXV &
XXVI , contenant les nouveaux Contes Orientaux
· par M le Comte de Caylus , les Contes de Mont
crif, la Reine fantaſque de J. J Rouſſeau, la Belle
& la Bête, & les Veilléesde Theſſalie.
- Cette Collection formera 3 1 Volumes in 8°.,
dont le prix eſt de 3 liv. 12 ſols le Volume broché
avec 3 Planches. -
Le ſuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition en
3 1 Volumes in-12 avec les mêmes Figures de l'in
· 8°., dont le prix eſt de 2 liv. 8 ſols le Volume
broché, & pour une autre Edition en 3 1 Volumes
in 12 ſans Figures, dont le prix eſt de 1 liv. 1 5 ſols
· le Volume broché. Il en paroît actuellement 1 2 Vol.
On s'inſcrit pour les diverſes Editions à Paris,
chez Ci1chet, Libraire-Editeur des OEuvres de le
' Sage & Prévoſt; & à Genève, chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
Nota. On prévient M M. les Souſcripteurs qu'il
y aura un Supplément de ſix Volumes qu'on aura
la liberté de prendre ou de laiſſer. Au moyen de ce
· Supplément , la Collectionentière aura 3 6 Volumes
tant in-8°. qu'in - 12, ſans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices ſur la Vie des Auteurs.
96 M E R C U R E
: Nvx # Ros 28 à 33 des Feuilles de Terpſychore
pour la Harpe & pour le Clavecin , contenant la
Romance de Nina , &c. Prix, 1 liv. 4 ſols chaque
Cahier. Abonnement pour cinquante-deux Numéros
3o liv. pour chaque Inſtrument. A Paris, chez Cou
ſineau père & fils, Luthiers de la Reine, rue des
Poulies. - - - -
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TRro concertant pour le Clavecin , F/ûte &
Alto, par M. A. Kuhn, OEuvre V. Prix, 3 liv.
12 ſols, faiſant le Numéro 3o du Journal-de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs. — Trois Sonates
pour le Clavecin , Violon & Violonceile, par M.
Joſeph Hayden, OEuvre XLV, neuvième Livre de
Clavecin. Prix, 7 liv. 4 ſols. — Six Romances &
ſix Rondeaux pour le Piano ou la Harpe, deux
Violons ad libitum , par M. Julien Navoigille,
GEuvre IV. Prix, 7 liv. 4 ſols. A Paris, cbez M.
Boyer, Marchand de Muſique, rue de Richelieu,
ancien Café de Foy, & Mme Lemenu, rue du
Roule, à la Clef d'or.
cernant la manière de bâtir ſoiidement, avec les
Obſervations néceſſaires ſur le choix, la qualités
l'emploi & le prix des matériaux, ſur le ſalaire de
chaque eſpèce d'Ouvriers ; ſuivi d'un Traité de Géo
mé rie, par J. F. Mourcy, Appareilieut, Inſpecteur
& Toiſeur des Bâtimens du Roi. 1 Vol. in - S°.,
avec huit Planchès, Il contient la maçonnerie, char-,
pente, couverture , brique , carrelage , fouille de
terre glaiſe, vuidange, pavés de grès & blocage. .
Cet Ouvrage utile aux Gens de l'Art & aux Par
ticuliers qui ont à conſtruire à neuf ou en répara
tions a été imprimé & p blié au mois d'Avril der
nier; c'eſt à ce moment même que la vente s'en eſt
trouvée tout-à-coup arrêtée par la mort de l'Auteur.
La Perſonne qui eſt reſtée chargée d'en ſuivre le
débit, ayant moins d'égard au profit qu'à l'extrême
utilité dont cet Ouvrage eſt jugé devoir être aux
Élèves d'Architecture, & même aux Quvriers, a cru
devoir le fixer au prix ie plus bas. c'eſt pourquoi elle
prévient le Public que ce Livre continuera de ſe
débiter au prix de 4 liv. broché & ; liv. rclié. A
I, E , F R A N C E. 91
Paris, chez la Veuve de l'Auteur, rue S. Antoine,
au coin de celle de Jouy; chez M. Mareux, & chez
L. Cellot, Imprimeur- Libraire, rue des grands Au
guſtins ; Alexandre Jombert jeune, Libraire, rue
Dauphine, n°. 1 1 6 ; Prauit, quai de Gêvres.
PR é c 1 s de la Prononciation Angloiſe pour les
voyelles ſirples a, e, i, o, u, y, en proſe & en
vers, à l'uſage des Dames, par M. Drobecq, Mem
bre du Muſée de Paris, & Correſpondant du Cercfe
des Philadelphes du Cap François ; Brochure de
16 pages in-8°. A Paris, chez l'Auteur, rue Dau
phine, au Muſée de Paris. -
C'eſt le comrnentcment d'un Ouvrage dont l'Au
teur donnera la ſuite, ſi ce premier Eſſai plaît aux
Amateurs des Langues étrangères.
CoN Frss roN générale de l'année 178 ;, Bro
chure in-16 de 46 pages. A Iſpahan; & ſe trouve à
Paris, chez Buiſſon, Libraire, hôtel de Meſgrigny,
rue des Poitevins. - -
· Le but de cette bagatelle eſt de faire paſſer en
revue ſous la forme d'une Confeſſion faite pour l'an
née 1785, avant de mourir les principaux faits dont
elle a été le témoin. On y trouve des traits d'eſprit
& de gaîté. -
DE s Mºyens de conſerver la ſanté des Blancs &
des Nigres aux Antilles ou climats chauds & humides
de l Amérique.in-8°. A St-Domingue; & ſe trouve à
Paris, chez Méquignon l'aîné, Libraire, rue des
Cordelicrs. - # 1
Cet Ouvrage a été fait ſur les lieux mêmes ; ce
qui eſt un préjugé, pour les obſervations que
rapporte l'Auteur, & pour les méthodes curative1
qu'il indique. -
92 | | | M E R C U R E ,
- rAB L ETTEs de Bouillon, économiques, propres
aux uſages domeſtiques & pour la Marine. A Paris,
chez le ſieur de Lavoiepierre, rue Saint Honoré,
hôtel des Américains. Prix, 8 liv. la livre ou les
trente-deux Tablettes. - -
· On ſait que le ſieur de Lavoiepierre a toujours .
eu pour objet de procurer au Public les comeſtibles
qui peuvent lui être utiles ou agréables, & ſon zèle
induſtrieux a toujours obtenu la confiance du Public.
Ayant reconnu l'utilité des Tablettes de Bouillon, il
s'eſt appliqué à leur fabrication, & ſon ſuccès ne lui
A laiſſoit plus rien à deſirer quant à la qualité; mais le
prix exceſſif auquel il étoit obligé de les vendre, l'a
déterminé à rechercher un pays cu les viandes fuiſent
abondantes, à bas prix & d'une excellente qualité.
Ayant trouvé ces avantages dans le fond du Nord,
il y a formé avec un de ſes Correſpondaiis, à qui il
a ccmmuniqué ſes procédés, un établiſſement pour
-
: -
la compoſiion de ces Tablettes.
Avantages des Tablettes de Bouillon. On peut,
par leur moyen, ſeprocurer en un mom nt, partout
ou l'on ſe trouve, un Bouillon ou un Pota e auſſi
ſain & auſſi agréable que ie Bouillon le mieux fait.
Elles ſoutiennent le paſſage de l'Equat ur, & ſe con
ſervent pluſieurs années en les tenant renfermées &
au ſec dans les b ëtes avec leſquelles on les vend. .
La manière de les employer eſt ſimple & facile. Il
ne s'agit que de me tre une Tablette dc demi-once
pour chaque demi - ſeptier ( ou demie livre) d'eau
bouilante , y ajoutant une pincée de ſel ; on remue
avec la cuiller, & le Bouillon eſt fait. L'on en fait
une ſoupe ou un lºotage à ſa volonté. #
Outre les avantages ci d ſſus, les circonſtances
où ces Tablettes peuvent être utiles ſont à l'infini,
puiſqu'elles peuvent toujours remp'acer le Bouillon,
& † elies ſervent dans bien des cas où le Beuillon
n'eſt pas ſuffiſant.
D E F R A N C E. , 3.
Le Bouillon ordinaire eſt ſouvent foible & plat,
parce qu'on n'y a pas mis aſſez de viande; ou parce
qu'elle n'a pas été cuite aſſe g temps , on y fait
fondre une ou deux de ces Tablettes ; & le Bouillon
reprend du corps & du goût, & c. - -
" Les perſonnes qui en demanderont, voudront bien
joindie à leur lettre en mandat ſur quelque maiſon
à Paris, pour en recevoir le payement. |
TRAITÉ de la Pêche, ou l'Art de ſoumettre les
Poiſſons à l empire de l'homme, par M. Buc'hcz,
Auteur de diff rens Ouvrages économiques, Volume
, in-12. P1ir, 2 liv. broche. A Paris, chez Guillot,
Libraire, rue Saizt Jacques.
SIG e VARr, dédié aux Ames ſenſibles; Roman
traduit de l'Allemand, par M. de Lavaux. A Paris,
chez Volland, Libraire, quai des Auguſtins.
Sigevart, le plus jeune des fils d'un Bailli d'un
petit Vi lage de Souabe, deſtiné dès fa première jeu
neſſe par ſon gcût & la volonté de ſes parens, à la
Profeſſion Religieuſe chez les Capucins de leur Vil
lage, partit de chez lui pour aller faire ſes premières
études à Hambourg : de-là il paſſa dans l'Univerſité
d'Ingolſtad, où il ſe prit d'une vive paſſion pour la
filie d'un Conſeiller auquel il avoit été recommandé:
ce goût lui fit bisetôt oublier ſa première deſtina- .
tion ; il rechercha les moyers de vivre dans le
monde, & de s'unir avec l'objet qui avoit fait naître
& qui partageoit ſon amour. Les divers événemens
que Sigevart épreuva pendant le cours de ſes études,
& le maiheureux ſuccès de ſes amours, le contrai
gnirent de revenir à ſes anciens projets, & à prendre
i'habit de Capucin. On voit qu'il n'y a rien de mer
veilleux dans ce plan. Les divers événemens qui for
ment l'Cuvrage,excitent de temps en temps la cu
rioſité; mais on n'y remarque rien, pas même le
- M E R C U R. E -
: ſtyle, qui puiſſe faire mettre ce Roman au-deſſus de
la claſſe ſi nombreuſe de ceux qui ſe font lire avec
quelque plaiſir, & dont il ne reſte rien dans la mé
moire. • * .
, -
L E s Femmes comme il convient de les voir, ou
Appelgu de ce que les Femmes ont été, de ce qu'elles
ſont & de ce qu'elles pourroient être. A Londres , &
ſe trouve à Paris, paſſage des Jacobins, rue Saint
Jacques. - - -
Les Hommes & les Femmes ont, en ſortant des
mains de la Nature, les mêmes moyens & les mêmes
diſpoſitions, & la ſeule éducation occaſionne les dif
férences qu'il y a entre les deux ſexes : voilà ce que
l'Auteur vcudroit prouver dans la première Partie de
ſon Ouvrage. · · · · · - · s
La deuxième contient la nomenclature de toutes
les Femmes qui ſe ſont rendues célèbres chez les
divers Peuples. - - -
La troiſième préſente l'examen particulier de ce
que les Femmes ſont actuellement en France, & de
ce qu'elics pourroient y être ; er fin l'Auteur propoſe
un Etabliſiement au moyen duquel les Femmes
ſeroient aſſociées à la gloire de leurs maris, & pour
roieñt par conſéquent partager avec eux les Hon
neurs, les Grades, les Cordons, &c. On ſait com
bien on a déjà écrit, & combien on pourroit écrire
encore ſur cette matière, même après avoir lu cet
Ouvrage, qui nous a paru ne contenir aucune
vue nouvelle. Nous croyors d'ailleurs que quel
ques-uns des moyens qu'il propoſe en élevant un
ſexe, humilieroient bien l'autre Il ſeroit plaiſant
· en effet de voir une femme Maréchale de France,
, & décorée du Ccrdon Bleu, tandis que ſon mari
aurcit à peine la Croix de S. Louis. ' ' »
PARIs & la Province, çt, Choix des plus beaux
D E- F R A N C E.' 95
Monumens d'Architecture anciens & modernes ent
France, deſſiné par M. Teſtard, & gravé en cou
leur par J. A. Lecampion, quartier de la Cité, Prix,
6 liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Jacques,
n°. 8 , & Leſclapart, Libraire , rue du Rcule,
n°. I I. -
Cette première Livraiſon nous a paru bien exécu
tée, & l'on y lit des explications qui offrent des dé
tails curieux & des obſervations piquantes.
L E Cabinet des Fées, ou Colleciien choiſie dºs
Contes des Fées & autres Cortes merveilleux ornés
de Figures, treizième Livraiſºn, Tomes XXV &
XXVI , contenant les nouveaux Contes Orientaux
· par M le Comte de Caylus , les Contes de Mont
crif, la Reine fantaſque de J. J Rouſſeau, la Belle
& la Bête, & les Veilléesde Theſſalie.
- Cette Collection formera 3 1 Volumes in 8°.,
dont le prix eſt de 3 liv. 12 ſols le Volume broché
avec 3 Planches. -
Le ſuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition en
3 1 Volumes in-12 avec les mêmes Figures de l'in
· 8°., dont le prix eſt de 2 liv. 8 ſols le Volume
broché, & pour une autre Edition en 3 1 Volumes
in 12 ſans Figures, dont le prix eſt de 1 liv. 1 5 ſols
· le Volume broché. Il en paroît actuellement 1 2 Vol.
On s'inſcrit pour les diverſes Editions à Paris,
chez Ci1chet, Libraire-Editeur des OEuvres de le
' Sage & Prévoſt; & à Genève, chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
Nota. On prévient M M. les Souſcripteurs qu'il
y aura un Supplément de ſix Volumes qu'on aura
la liberté de prendre ou de laiſſer. Au moyen de ce
· Supplément , la Collectionentière aura 3 6 Volumes
tant in-8°. qu'in - 12, ſans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices ſur la Vie des Auteurs.
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: Nvx # Ros 28 à 33 des Feuilles de Terpſychore
pour la Harpe & pour le Clavecin , contenant la
Romance de Nina , &c. Prix, 1 liv. 4 ſols chaque
Cahier. Abonnement pour cinquante-deux Numéros
3o liv. pour chaque Inſtrument. A Paris, chez Cou
ſineau père & fils, Luthiers de la Reine, rue des
Poulies. - - - -
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TRro concertant pour le Clavecin , F/ûte &
Alto, par M. A. Kuhn, OEuvre V. Prix, 3 liv.
12 ſols, faiſant le Numéro 3o du Journal-de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs. — Trois Sonates
pour le Clavecin , Violon & Violonceile, par M.
Joſeph Hayden, OEuvre XLV, neuvième Livre de
Clavecin. Prix, 7 liv. 4 ſols. — Six Romances &
ſix Rondeaux pour le Piano ou la Harpe, deux
Violons ad libitum , par M. Julien Navoigille,
GEuvre IV. Prix, 7 liv. 4 ſols. A Paris, cbez M.
Boyer, Marchand de Muſique, rue de Richelieu,
ancien Café de Foy, & Mme Lemenu, rue du
Roule, à la Clef d'or.
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Résumé : « NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Le document présente plusieurs ouvrages et publications variés. Le 'Traité d'Architecture-Pratique' de J. F. Mourcy, publié en avril, traite des techniques de construction, des matériaux utilisés et des salaires des ouvriers. La vente de cet ouvrage a été interrompue par le décès de l'auteur, mais il reste disponible à un prix réduit pour son utilité auprès des élèves et des ouvriers. Le 'Précis de la Prononciation Angloise' de M. Drobecq est un guide destiné aux dames pour maîtriser les voyelles simples en prose et en vers. La 'Confession générale de l'année 1785' est une brochure humoristique qui récapitule les événements marquants de cette année. L'ouvrage 'Des Moyens de conserver la santé des Blancs & des Nigres aux Antilles' repose sur des observations locales. Les 'Tablettes de Bouillon' de Lavoiepierre sont des produits économiques et pratiques pour préparer rapidement du bouillon, utiles en voyage ou en cuisine. Le 'Traité de la Pêche' de M. Buc'hcz explore l'art de capturer les poissons. Le roman 'Sigevart', traduit de l'allemand par M. de Lavaux, raconte l'histoire d'un jeune homme destiné à la vie religieuse mais qui tombe amoureux et choisit une autre voie, avant de revenir à ses intentions initiales pour devenir capucin. L'ouvrage 'Les Femmes comme il convient de les voir' examine les différences entre les sexes, attribuées à l'éducation, et propose une nomenclature des femmes célèbres ainsi qu'un établissement où les femmes partageraient les honneurs et les grades avec leurs maris, une idée jugée controversée. Le texte mentionne également des publications sur l'architecture française, une collection de contes des fées, et diverses partitions musicales pour harpe et clavecin, avec des détails sur les prix et les éditeurs.
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