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12601
p. 70-71
ÉPIGRAMME. TOUT EST RENCHERI.
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CERTAIN Abbé, dont plus d'un pouvoit dire, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMME. TOUT EST RENCHERI.
ÉPIGRAMME.
TOUT EST RENCHERI.
CERTAIN Abbé, dont plus d'un pouvoit dire,
>>Oyez , Meſſieurs , ne ſont ſermons d'autrui
>>Qu'il vous débite; &qu'enchaire on admire :
Bien il les paye & bien ils ſont à lui. Tel Prêcheur donc trouvant d'un noir préſage
Qu'un ſien ſermon , par maint haut perſonna
ge ,
Foible fut dit : ah ! mon los eſt flétri ,
FEVRIER. 1764.
S'écrioit- il , & me vois en décri. Eh non , reprend un tiers ; reprens courage :
Mais ſouviens que tout eſt renchéri.
TOUT EST RENCHERI.
CERTAIN Abbé, dont plus d'un pouvoit dire,
>>Oyez , Meſſieurs , ne ſont ſermons d'autrui
>>Qu'il vous débite; &qu'enchaire on admire :
Bien il les paye & bien ils ſont à lui. Tel Prêcheur donc trouvant d'un noir préſage
Qu'un ſien ſermon , par maint haut perſonna
ge ,
Foible fut dit : ah ! mon los eſt flétri ,
FEVRIER. 1764.
S'écrioit- il , & me vois en décri. Eh non , reprend un tiers ; reprens courage :
Mais ſouviens que tout eſt renchéri.
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12602
p. 71
MADRIGAL.
Début :
Vous demandez, jeune & belle Thémire, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
Vous demandez, jeune & belle Thémire,
D'un ton naïf , ce que c'eſt que l'Amour ? Maint tendre amant qui près de vous ſoupire ,
Dans vosbeauxyeux s'en inſtruit chaquejour.
Mêmes leçons prendrez à votre tour :
Craignezcetemps.Qu'Amour ait certains char-
mes,
Dienj'enconviens: mais qu'ils coûtent de lar-
mes!
Perfide Amour ! tu ne ris qu'au berceau :
Là , les plaiſirs empoiſonnent res armes.
Tyran alors , tu l'es juſqu'au tombeau !
Vous demandez, jeune & belle Thémire,
D'un ton naïf , ce que c'eſt que l'Amour ? Maint tendre amant qui près de vous ſoupire ,
Dans vosbeauxyeux s'en inſtruit chaquejour.
Mêmes leçons prendrez à votre tour :
Craignezcetemps.Qu'Amour ait certains char-
mes,
Dienj'enconviens: mais qu'ils coûtent de lar-
mes!
Perfide Amour ! tu ne ris qu'au berceau :
Là , les plaiſirs empoiſonnent res armes.
Tyran alors , tu l'es juſqu'au tombeau !
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12603
p. 71
« LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier, est la dame [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier, est la dame [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du second Volume de Janvier, est la dame [...] »
LE mot de la premiere Enigme du second
Volume de Janvier, est la dame
des échecs. Celuidelaſeconde eſt leſceau
du puits. Celui du premier Logogriphe
est Spectre,dans lequel on trouvesceptre.
Celui du ſecond eſt Echalote.
Volume de Janvier, est la dame
des échecs. Celuidelaſeconde eſt leſceau
du puits. Celui du premier Logogriphe
est Spectre,dans lequel on trouvesceptre.
Celui du ſecond eſt Echalote.
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12604
p. 72
ENIGME.
Début :
JE suis, ou peu s'en faut, de tous temps, de tous lieux : [...]
Mots clefs :
Livre
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
ou peu s'en faut , de tous temps, de tous
lieux :
Mais je ne ſuis pas ſeul , & j'ai beaucoup de frères ,
Petits , grands , bons , mauvais , enfin jeunes &
vieux;
Nous avons tous auſſi différens pères.
Je fais vivre le mort , & mourir le vivant ,
Selon que chacun s'en rend digne.
Nos ſujets font rangés ſous une droite ligne ,
Dont je forme un carré qu'on a battu ſouvent.
Quelquefois on me brûle ; & ce cas arrivant
J'en ſuis toujours plus rare & plus infigne.
ou peu s'en faut , de tous temps, de tous
lieux :
Mais je ne ſuis pas ſeul , & j'ai beaucoup de frères ,
Petits , grands , bons , mauvais , enfin jeunes &
vieux;
Nous avons tous auſſi différens pères.
Je fais vivre le mort , & mourir le vivant ,
Selon que chacun s'en rend digne.
Nos ſujets font rangés ſous une droite ligne ,
Dont je forme un carré qu'on a battu ſouvent.
Quelquefois on me brûle ; & ce cas arrivant
J'en ſuis toujours plus rare & plus infigne.
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12605
p. 73
LOGOGRYPHE.
Début :
METS quatre lettres à mon nom ; [...]
Mots clefs :
Foie
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYP Η Ε.
M
om;
ETS quatre lettres à mon n
Chez toi , Lecteur , eſt ma prifon.
Si tu retranches la première ,
Je ne ſuis plus qu'un franc oiſon.
Mais n'effaçant que la dernière ,
Qui me ſuit a toujours raiſon.
M
om;
ETS quatre lettres à mon n
Chez toi , Lecteur , eſt ma prifon.
Si tu retranches la première ,
Je ne ſuis plus qu'un franc oiſon.
Mais n'effaçant que la dernière ,
Qui me ſuit a toujours raiſon.
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12606
p. 75-76
BARCAROLLES.
Début :
VIENS, dans nos champs, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BARCAROLLES.
BARCAROLLES.
VIENS, dans nos champs,
Ranimer la Nature ;
Viens , doux Printemps ,
Fais renaître la verdure.
Viens,dans nos champs,
Ranimer la Nature ;
Que ton retour
Preſſe celui de l'Amour !
Par ſes frimats ,
L'hyver nuit à nos flâmes.
Mais le ſoleil , ſur tes pas ,
Eſt pour nos ames
Ce qu'il eſt pour nos climats.
Viens , dans nos champs ,
Ranimer la Nature , &c.
MINEUR.
Sans y fonger ,
La timide Bergère ,
Afon Berger ,
Sous tes loix eſt moins ſevère ;
L'amant fané ,
Revenant de Cythère ,
Dij
:
75
76 MERCURE DE FRANCE.
Eſt étonné
De s'y trouver ramené !
Moins ſot que vieux ,
Mais ſéduit par Climène ,
Le riche Orgon , amoureux ,
Donne ſans peine ,
Et fans peine ſe croit heureux.
Sansy fonger , &c.
Viens , dans nos champs ,
Ranimer la Nature ;
Viens, doux Printemps ,
Fais renaître la verdure.
Viens , dans nos champs ,
Ranimer la Nature ;
Queton retour
Preſſe celui de l'amour !
Musique de M. DARD, de l'Académie
Royale de Musique. Paroles de
M. D. L. P.
VIENS, dans nos champs,
Ranimer la Nature ;
Viens , doux Printemps ,
Fais renaître la verdure.
Viens,dans nos champs,
Ranimer la Nature ;
Que ton retour
Preſſe celui de l'Amour !
Par ſes frimats ,
L'hyver nuit à nos flâmes.
Mais le ſoleil , ſur tes pas ,
Eſt pour nos ames
Ce qu'il eſt pour nos climats.
Viens , dans nos champs ,
Ranimer la Nature , &c.
MINEUR.
Sans y fonger ,
La timide Bergère ,
Afon Berger ,
Sous tes loix eſt moins ſevère ;
L'amant fané ,
Revenant de Cythère ,
Dij
:
75
76 MERCURE DE FRANCE.
Eſt étonné
De s'y trouver ramené !
Moins ſot que vieux ,
Mais ſéduit par Climène ,
Le riche Orgon , amoureux ,
Donne ſans peine ,
Et fans peine ſe croit heureux.
Sansy fonger , &c.
Viens , dans nos champs ,
Ranimer la Nature ;
Viens, doux Printemps ,
Fais renaître la verdure.
Viens , dans nos champs ,
Ranimer la Nature ;
Queton retour
Preſſe celui de l'amour !
Musique de M. DARD, de l'Académie
Royale de Musique. Paroles de
M. D. L. P.
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12607
p. 77-105
DISSERTATION historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. DE BOISSY.
Début :
LE RABBIN qui fait le sujet de cette Dissertation, a fourni à M. Bayle celui [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. DE BOISSY.
DISSERTATION historique &
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. DE BOISSY.
LE RABBIN qui fait le sujet de cette
Dissertation, a fourni à M. Bayle celui
d'un article de ſon Dictionnaire. On
avouera qu'il méritoit d'y occuper une
place , fi l'on confidère la grande célé-
brité qu'il s'eſt acquiſe tout à la fois par
les Ouvrages qu'il a compoſés, & par
les Emplois dont diverſes Puiſſances
l'ontſucceſſivementhonoré. Cependant
comme le travail de l'habile Critique
que je viens de nommer , ſe réduit à cet
égardà une compilation abrégée de ce
qui eſt rapporté touchant ce Docteur
Juif, dans les Bibliothèques de Nicolas
Antonio & de Bartolocci , & dans le
Journaldes Sçavanspubliéà Leipfick;je
me flatte qu'on ne me ſçaura pas mau-
vais gré de préſenter un récit plus dé-
taillé & plus fuivi , j'oſe dire même plus
Diij
28 MERCURE DE FRANCE.
exact , des circonstances de ſa vie. Je
les ai puiſées dans la narration des Au-
teurs de cette Nation , qui ont été
prèſque ſes contemporains , & prin-
cipalement dans celle qu'il a lui-même
donnée de ce qui le regarde. Il eſt
rare que la différence de Religion qu'on
profeſſe , n'influe pas fur les diſpoſitions
de notre eſprit envers ceux qui ſuivent
une créancedifférentedelanôtre. On ne
fonge point que le premier des devoirs
d'un Hiſtorien eſt l'impartialité. Je me
fuis attaché à le remplir , autant que la
choſe a dépendu de moi. En confé-
quence , j'expoſerai fidélement lesbon-
nes & les mauvaiſes qualités de notre
Rabbin , fans chercher à affoiblir les
unes pour mieux aggraver les autres. Je
diſcuterai auſſi quelques-unes de ſes ac-
tions qui lui ont attiré de la part des
Chrétiens les imputations les plus inju-
rieuſes à ſa mémoire.
Ifaac Abarbanel, qu'on nomme éga-
lement Abravanel , Abarbinél , Abarbe-
nel ou Abrabaniel * , naquit à Lisbonne,
l'an du Monde 5197 , ſelon la fupputa-
tion des Juifs , deJ. C. 1437. Il ſedifoit
iffu de la Race de David. De-là les titres
* Les différentes manières deprononcer le nom
de ce Rabbin , viennent de ce qu'il ſe ponctue di-
erſement en Hébreu .
FEVRIER. 1764 .
79
pompeux qu'il a pris plaiſir d'étaler fort
au long à la tête des Ouvrages que nous
avons de ſa façon. Il n'hésite point à y
paroître revêtu de ces qualifications faf-
tueuſes , à la faveurdeſquelles il déduit
toute faGénéalogie. Ifaac,fils de Don
Juda ,fils de Samuel,fils deJuda ,fils de
Jofeph,filsdeJuda , de la Famille d'A-
barbanél , qui ont tous été Princes des
Enfans d'Ifraël, de la Race de Jeffé de
Béthléem , de la Maiſon de David , Con-
ducteur & Pasteur des Peuples , &c.
C'eſtenconféquencede cette illuftre fi-
liation, qu'il a affecté ,à l'éxemple de fon
père ,de mettre devant ſon nom le titre
honorable de Don, qu'on ſçait être en
uſage parmi les Nobles d'Eſpagne. Il
prétendoit prouver incontestablement
par-làlanobleſſe de ſon extraction ,dont
ilparoiſſoitfortentêté. Il autoriſe ſa pré-
tentiondutémoignage d'un certain Rab-
bi Ifaac Aben Géath , à qui il fait dire
dans un de ſes Commentaires ſur l'Ecri-
ture ( a ) , qu'au temps de la deſtruction
du premier Temple , il paſſa deux Fa-
milles de la Race du Roi David en EC-
pagne , dont l'une s'établit à Lucena &
l'autre à Séville où elle laiſſa une nom-
(a) Videas ejus Commentar. in Zachar. XII. v.
7 ,fol. 292 , édit. Amst.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
breuſe poſtérité, qui compoſa laMaiſon
des Abarbanels. Les Juifs déférèrent
aveuglément à cette tradition hiſtorique ,
ſans ſe mettre en peine d'examiner ſi elle
eſt conforme à la vérité. Outre qu'ils ne
ſe piquent pas d'une grande exactitude
dans la recherchedes faits , ils font trop
jaloux des moindres choses qui peuvent
tourner à la gloire de leur Nation , pour
s'aviſer de former quelque doute à cet
égard. Ils aiment mieux, fur la foi de
leurs Ecrivains , ſe repaître agréablement
de ſemblables fables qui font propres à
entretenir leur orgueil , que d'en venir
àdes diſcuſſions qui les obligeroientd'en
rabattre plus qu'ils ne voudroient. Le
Rabbin Ménaſſeh Ben Ifraël appuie de
toutes ſes forces la même tradition qu'il
adopte , avec cette différence que , con-
tre le récit d'Abarbanel , il affigne une
époque moins ancienne à la tranfmigra-
tion de ces deux Familles en Eſpagne ,
qu'il dit être arrivée après la ruine du ſe-
cond Temple ( b). Il a trouvé plus de
vraiſemblance à lui ſuppoſer une date
plus récente.
Il ne faut pas s'étonner
qu'il ſoutienne ce conte ridicule : il avoit
un intérêt particulier à le faire valoir ;
(a) Menaffeh Ben Ifraël. Conciliat. quæft. 65.
adGenef. pag. 92 .
FEVRIER . 1764.
8г
puiſqu'il la femme qu'il avoit épousée
ésoit de la Famille des Abarbanels ( c),
D'ailleurs , cet Auteur Juif, quoiqu'infi-
niment plus docte & plus judicieux que
la plupart de ceux de ſa Nation , a donné
bien ſouvent des éxemples de ſa crédu-
lité pour avoir préſumé trop favorable-
ment de la bonne foi de ſes ancêtres , &
de l'habileté de ſes Docteurs. C'eſt avec
raiſon que des Modernes ſe ſont moc-
qués de ces Familles de la Race de Da-
vid tranſplantées en Eſpagne , & ont
traité tout cela de fiction ( d). En effet ,
rien n'eſt ſi mal fondé que ce qu'Abar-
banél & les Hiſtoriens Juifs nous débi-
tent à ce ſujet. Si on doit les en croire ,
Nabuchodonofor vint affiéger Jérufalem
avec pluſieurs Princes ſes alliés , qui l'ai-
dèrent de leurs troupes. Hifpan Roi
d'Eſpagne , & Pyrrhus fon gendre Roi
des Grecs , furent du nombre de ceux
qui eurentpartà cette expédition. Notre
(c) Idem infpe Ifraël. pag. 92 , & de term. Vita,
Lib. III.fect. 13 , pag. 236.
(d ) Hoornbeckius de Convert. Judæ , Lib. II.
pag. 139. Huet. in Demonstr. Evangel. Propof.
IX. cap. 4. §. 14. pag. 427. édit. 1722. Bartolo-
ceii. Bibliothec. Rabbin. Part. III. pag. 885 &
886. Bafnage, Histoire des Juifs, Liv. VII. chap
9,pag. 252 &fuiv, édit. 1716.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Rabbin raconte qu'Hercule quitta la
Grece ſa patrie ,dans la réſolutiond'éten-
dre au loin ſes conquêtes , & équippa
une grande flotte pour l'exécution de
cette entrepriſe. Il pénétra dans l'Océan
occidental , & aborda en Eſpagne , où
il s'avança à la tête d'une armée formi-
dable. Il ſoumit à ſes armes cette vaſte
contrée; & , après y avoir paiſiblement
régné pendant quelques années , il lui
prit envie de retourner dans les lieux qui
l'avoient vu naître. Il traverſa l'Italie ,
d'où il fe rendit dans la Grece. Avant
fon départ , il revêtit de la Souveraineté
des Etats qu'il avoit conquis le filsde ſa
fœur appellé Hispan , de qui l'Eſpagne
a reçu fon nom. Cet Hifpan n'eut qu'u-
ne fille qu'il donna en mariage à Pyrrhus
Prince Grec , qui ſe trouva en perſonne
au Siége de Jérusalem ,& contribua à la
priſe de cette Ville. Les Tribus de Juda ,
de Benjamin &de Simeon , conjointe-
ment avec les Sacrificateurs & les Lévites,
lui échurent dans le partage qui fut fait
des prifonniers. Il les tranſporta fur fes
vaiſſeaux en Eſpagne, & les diſtribua
dans l'Andaloufie & dans le Territoire
de Tolede. ( e)
(e) Abarbanel. Commentar. in Reg. 11.
fol. 308 , édit. Lipfiens.
.30
FEVRIER. 1764 .
83
Salomon Ben - Virga qui rapporte la
même Hiſtoire , ajoute de plus que Se -
ville fut aſſignée pour demeure aux def-
cendans de David , qui habitoient dans
l'enceinte du troiſième mur de Jérufa-
lem- Il y en eut qui paſſerent enſfuite de-
là dans le Royaume de Grenade. ( f) Le
ſéjour de l'Eſpagne leur fut fi agréable ,
qu'ils préférèrent ce nouveau domicile à
celui de la Judée , où la partie de la Na-
tion , qui avoit été transférée à Babylo-
ne , dans la Perſe & dans la Médie , avoit
obtenue de Cyrus la permiffion de re-
tourner , pour rebâtir Jérusalem & le
Temple. Ils ne voulurent point , à fon
exemple , revenir dans leur Patrie , à
cauſe que ce retour de leur Frères , ſous
la conduite de Zorobabel n'étoit point
une parfaite délivrance , &qu'il n'y avoit
aucune obligation pour eux de demeu-
rer dans la Terre d'Ifraël, depuis qu'elle
ne poffédoit plus l'Arche de l'Alliance du
Seigneur, & que le cours des révélations
&des vifions prophétiques avoit entière-
ment ceſſé. Abarbanél aſſure qu'il a tiré
ce récit des anciennes Chroniques des
(f) Salome Ben Virg Schebet Fehoudah , fot-
8. edit. Amst. Vide pag. 41. Verfionis Latinæ hujus
libri quam G. Gentius in lucem ediditfub titulo
Hifior. Judaic.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Rois d'Eſpagne (g ). Roderic Sanche
& Alphonse de Cartagéne , Hiſtoriens
Eſpagnols , qui ont écrit vers le milieu
du quinzième fiécle , témoignent à la
vérité qu'Hispan petit - fils d'Hercule
,
& non pas fon neveu , comme l'affirme
Abarbanel, donna ſon nomà l'Eſpagne,
qui portoit auparavant celui d'Ibérie ,
qu'elle avoit pris du fleuve de l'Ebre.
Alphonsede Cartagéne raconte que ce
Monarque maria ſa fille à un célébre
Prince de la Grece , appellé Pyrrhus ,
qui , en qualité de ſon gendre, lui fuc-
céda (h).
Vafée & Tarapha ne comptent point
ce Pyrrhus au nombre des Rois d'Ef-
pagne. Ils diſent ſimplement qu'Hispan
étoit petit-fils d'Hercule , & qu'Hifpal
ſon père fut le ſucceſſeur immédiat de
ce Héros dont il naquit , & qui étant
prêt à partir pour l'Italie , lui abandonna
le Gouvernement de ce Royaume ( i).
:
(g ) Abarbanel in locofuprà citato.
(h) Roderic. Sanct. Histor. Hifpan. P. I. Cap .
I. &VII. pag. 123 & 130. Alphons. à Carthag.
Anacephalæos Hifpan. Cap. III. & IV. pag. 250.
interHifpan. Hiftor. Scriptor. Tom.I.
( i) Vafai Chronic Rer. Hifpan. Cap. 10. pag.
82. Edit. Colon. Taraphæ Liberde Origin. acReb.
Gest. Reg. Hifpan. fubnexus Chron. Vas. pag.
578.
FEVRIER . 1764.
85
Mais ni les uns , ni les autres ne font
aucune mention de cette alliance con-
tractée entre Nabuchodonofor & Pyr-
rhus , ni de toutes les particularités qui
endépendent. Après tout, quand ils en
auroient parlé, ils ne ſeroientpas pour
celaplus croyables , puiſqu'on ne ſcau-
roit rien établir de certain fur une ori-
gine de l'Empired'Eſpagne auſſi fabu-
leuſe , ni ſur laſucceſſionde fes Rois ,
juſqu'aucinquième ſiécle , que les Goths
l'envahirent. On ne commence à mieux
connoître ſonHiſtoire , que depuis Al-
fonfe Premier du nom , furnommé le
Catholique , qui occupa le Trône vers
l'an 737 de l'Ere Chrétienne.
D'ailleurs ,
il y a lieu de douter que
Hercule ſoit jamais venu en Eſpagne.
On ſçait affez que ce nom a été com-
mun à pluſieurs Perſonnages de l'Anti-
quité : c'eſt pourquoi les Grecs qui les
ontconfondus enſemble , ont attribué à
'Hercule Thébain toutes les actions mé-
morables des autres ( k). C'eſt ce qui
fur-tout est arrivé à l'égard de l'Hercule
Tyrien , qui , ſelonla plupart des Criti-
ques, étoit contemporain de Moïse , &
quipar conféquent étoit bien antérieur à
(k) Cicero , de Natura Deor. Lib. III. Cap. 16.
pag. 171. Tom. IV, ejus Oper. édit. Gruter,
86 MERCURE DE FRANCE.
celui dont il s'agit. Des Colonies Phé-
niciennes conduites en Eſpagne par ce
grand Navigateur , s'y fixèrent , &y bâ-
tirent beaucoup de Villes célébres. C'eſt
ſans donte de lui qu'il faut entendre ce
que Sallufte dit de l'Hercule qui mourut
encettecontrée ,& dont la mort fut fui-
vie de la déſunion des Peuples qui l'a-
voientaccompagné, &qui compoſoient
ſon armée (1). On voyoit à Tarteſſe
qui , au rapport d'Arrien , devoit ſa fon-
dation auxPhéniciens , un Temple qu'ils
avoient élevé en l'honneur d'Hercule , à
qui l'on offroit des facrifices conformé-
ment à leurs coutumes ( m). Denys le
Géographe témoigne que ceux de la
même Nation qui occupoient Cadix ,
honoroient d'un culte divin ce fils de Ju-
piter(n ). L'aventure de Géryon , que
les Mythologues font régner en Eſpa-
gne , & dont ils veulent que l'Hercule
Thébain ait enlevé les troupeaux , après
l'avoir tué , n'arriva point en ce pays ,
comme nous l'apprenons d'Hécatée de
(1) Salluft. de Bello Jugurth. cap. 21.pag. 79.
Tom. I. édit. Haverkamp.
(m) Arrian. de Expedit. Alexand. M. Lib. II.
pag. 43. édit. Stephan.
(2) Dionys Periegas. Orb. v. 453. pag. 74.
idit. R. Suph. feupag. 84. edir. Oxon. 1717.
FEVRIER. 1764.
(9) Arrian,ibidem.
87
Milet ancien Hiſtorien qui, vivoit du
temps de Darius fils d'Hystape , plus
decinq cens ans avant l'Ere vulgaire (o).
Il rapporte que ce Géryon qu'Eurysthée
envoya combattre par le Héros Grec ,
régnoit dans le Continent ſitué près du
Golfe Ambracien , aujourd'hui de l'Ar-
ta, & voifin de l'Épire ; & que c'eſt de
cet endroit-là qu'Hercule amena à My-
cenes , Capitalede l'Argolide , les bœufs
qui appartenoient à ce Prince (p) . Ar-
rien remarque avec raiſon , qu'il n'y a
point d'apparence qu'Eurysthée ait pu
avoirquelque connoiſſanced'une région
placée à l'extrémité de l'Occident , &
qu'il ait ſçu fi elle abondoit en pâturages
&en troupeaux ( 9 ).
Enfinla preuvela plus fortedelafauf-
feté du récit d'Abarbanél , eft l'impoffi-
bilité qu'il y a de le concilier avec la
Chronologie. En effet , ce Pyrrhus qui
ſe ſignala par fon courage au Siége de
Troye ,ne peut être que le fils d'Achille ;
& on n'ignore point qu'il ne furvêcut
(o ) Suid. Lefic. fubvoce Εκαταίος, pag.686.
Tom. 1. Edit. Kuster.
(p )Hecateus apud Arrian. loco fuprà citato ,
& Eustath. in Commentar. in Dionys. Perieg. *.
561.pag. 62.feu 196
A
88 MERCURE DE FRANCE.
quede vingt ans à la ruine de cetteVille.
(r) Il eſt aiſedejuger par-làdel'anochro-
niſme conſidérable que notre Rabbin a
commis , en faiſant ce Prince Grec con-
temporain de Nabuchodonofor ; quoi-
qu'il y ait entre l'une & l'autre un in-
tervalle de plus de fix cens ans. Car
Troye fut priſe & faccagée au moins
1186 ans avant l'Ere Chrétienne ; &
Jérusalem fut emportée d'aſſaut par le
Monarque Babylonien la 588° année
avant la même Ere , qui étoit la 19º
de ſapremiereexpédition contre Joakim
ou Eliakim , & la 11º de la captivité de
Jéchonias qui avoit été mené à Baby-
lone. ( s )
On ne sçauroit diſconvenir que dans
le nombre des Juifs que la déſolation
de leur patrie abandonnée au pillage
des Soldats de Tite, contraignitde cher-
cher ailleurs une retraite , pluſieurs ne
ſe ſoient réfugiés en Eſpagne. Il paroît
même conſtant qu'ils y avoientdes éta-
bliſſemens dans les premiers fiécles du
Chriſtianiſme ; puiſqu'on trouve quel-
ques décrets faits contr'euxdans lesAc-
(r)Eufeb. Chronic. Lib. poſter. fub num. 854.
pag. 94.Edit. Scalig. vide quoque Petav, ration.
temp. p. I. Lib. I. cap. II. pag. 48.
(5) Reg. Lib. IV. Cap. 25. v.8.
1
:
FEVRIER. 1764.
89
tes du Concile qui fut tenu à Elvire
ville de la Bœtique,unedes Provincesde
l'Eſpagne , & qui précéda de vingt ans
celui de Nicée. (t ) Mais ces familles
fugitives étoient de toutes les Tribus ,
&elles vinrent indiſtinctement s'établir
en cette Contrée. En effet les Tribus
avoient ététellement confonduesdepuis
la deſtruction de Jérusalem qu'il n'étoit
plus poffible de les diftinguer les unes
desautres. Les catalogues où l'on avoit
ſoin d'inférer les généalogies , eurent
le même ſort que le temple dans les
archives duquel ils étoient déposés. ( u)
Ils périrent dans l'incendie de ce fuperbe
édifice , & cet événement dut néceſſai-
rement jetter de la confufion dans les
familles de la nation. D'ailleurs les Ro-
mains avoientquelque intérêtà ne point
laiſſer ſubſiſterces catalogues à la faveur
deſquels elle eût conſervé l'efpérance
de replacer un jour les deſcendans de
David fur le trône de leur ancêtres.
Auſſi les reſtes de cette maiſon demeu-
rerent éteints par les pourſuites de Vef-
( t ) Concil. Eliberitan. Can. 49 , 50 , 78.pag.
976 & 978.Edit. Concilior. Labbe Tom. I. few
pag. 255 & 258. Edit. Hardui. Tom. I.
(u) Vid. Vales. Annotat in Hiftor. Ecclef. Eu-
Seb. Lib. I. Cap. 7. pag. 14.
90 MERCURE DE FRANCE.
pafien, (x)qui craignoit ſansdoute que
ce peuple qui ſouffroit impatiemment
une domination étrangère n'en prit
occaſion de ſe revolter. Ces remarques
ſuffiſent pour prouver que la tradition
des Rabbins touchant les familles dela
Tribu de Juda tranſportées enEſpagne
eſt bâtie ſur un fondement ruineux.
Enfin quand on ne conoîtroit pas leur
penchant à outrer tout ce qui les re-
garde , les titres dont Abarbanelfe pare
portentun caractère ſi manifeſte d'éxa-
gération , que les Lecteurs les moins
prévenus ne peuvent s'empêcher d'en
ſoupçonner la vanité. Il est vrai qu'ils
n'éxiſtent que dans l'imagination des
Juifs féconde en idées chimériques.
Nous obſervons qu'il eſt aiſé de leur
ôter tous les moyens de ſe fortifier dans
leur illuſion à cet égard en combat-
tantl'autorité de R. Ifaac Aben Geath
par celle de R. Abraham Ben Dior , qui
rapporte que depuis R. Chiia qui mou-
rut dans le Royaume de Caſtille , l'an
de J. C. 1154 ,il ne reſta plus perſonne
-de la race de David dans toute l'Ες-
(x) Eufeb. Histor Ecclef. Lib. III Cap. 12.
pag. 87. Edit. Vales. Nicephor. Callif. Histor.
Ecclef. Lib. III. Cap. 19. pag. 237. Tom. 1 .
イ
FFVRIER. 1764.
gr
pagne. (y)Voilà certainement un aveu
bien contraire à ce qu'Abarbanél té-
moigne d'après R. Ifaac Aben-Geath
de fa defcendance de ce Prince. Il eſt
d'autant moins en droit de taxer R.
Abraham Ben-Dior,d'ignorance fur cet
article , que celui-ci vivoit préciſement
dans le temps qu'il écrivoit cette par-
ticularité. Il devoit avoir connoiffance
des principales familles de ſa nation
puiſqu'il a compoſé un Livre qui eſt
deſtiné à en marquer l'origine , & à
en regler l'ordre & la fucceffion. Nous
n'infiftons ici ſur l'aſſertion de ceRab-
bin , que parce qu'elle a affez de force
pour ébranler la perfuafion où font les
Juifs relativementà cet objet. On gagne
beaucoup plus à leur oppoſer l'autorité
de leurs Docteurs fur des points con-
'teſtés pour les faire revenir de leur en-
têtement , qu'à vouloir les convaincre
par les raiſonnemens les plus clairs &
par les faits les plus pofitifs,qui ne font
aucune impreffion ſur leur eſprit. Bar-
tolocci eſt tentéde croire qu'Abarbanel
a forgé lui-même ce qu'il cite fur le
témoignage de R. Ifaac Aben-Geath ,
afin de mieux impofer au corps de ſa
(y) R. Abraham Ben -Diorinfephreha Kab-
balah fol. 32. Edit. Ven.
92 MERCURE DE FRANCE.
nation. ( z ) Il veut que ce que notre
Docteur Juif en allégue ne ſe trouve
que dans ſes Ouvrages. Or , comme il
s'agit ici de ſa propre cauſe dans la-
quelle il ne ſçauroit être témoin ; cela
fuffit pour rendre ſa narration ſuſpecte
de fauſſeté. Au reſte il ne déſavoue pas
que notre Rabbin ne ſoit forti d'une
des plus anciennes & des plus confi-
dérables familles Juives habituées dans
les Royaumes d'Eſpagne & de Portugal.
Elle étoit originaire de Séville où elle
eut ſon établiſſement pendant pluſieurs
générations. C'eſt dans cette Ville que
Dom SamuelAbarbanél, ayeul du nôtre
parut avec diſtinction vers le milieu du
quatorziéme fiécle. Sa générofité éga-
loit ſon opulence , qui jointe aux pré-
rogatives de fa dignité lui donnoit beau-
coup de crédit dans ſa Nation. Il n'en
uſoit que pour favorifer les Savans de
la Synagogue qu'il affectionnoit parti-
culierement , & pour procurer aux af-
fligés & aux indigensles ſecours dont
ils avoient beſoin. (a) C'eſt ſans doute
de cet Abarbanelque parle un certain
Thomas que R. Salomon Ben - Virga
( z) Bartolocc. Biblioth. Rabbini P. III. pag.
886.
(a) Abrah Zacouth Sepher Jouchasin. fol.1337
FEVRIER. 1764.
93
fait entrer en conférence avec Alphonse
Roi d'Eſpagne , ſur ce qui concerne
diverſes imputations formées contre les
Juifs , & fur la véritable cauſe de leur
difperfion par toute la Terre. ( b ) Je
n'ignore pas que quelque-uns préten-
dent qu'il eſtqueſtion là de notreRab-
bin , & qu'ils prennent conféquemment
le Prince avec qui ce Thomas s'entre-
tient dans le Livre de Salomon Ben Vir-
ga pour Alphonse V, Roi de Portugal.
(c)Mais cela eſt démenti par la qua-
lité de Roi d'Eſpagne qu'on y donne
à cet Alphonse. Ce ne peut donc être
que le onziéme Prince de ce nom , Roi
de Caſtille , qui fut enlevé du monde
àla fleur de fon âge , l'an 1350. Ainfi
lesdâtes s'accordent avec l'éxacte chro-
nologie ; puiſque Dom SamuëlAbarba-
nél étoit contemporain du Monarque
Eſpagnol. Don NicolasAntonio qui eſt
dans le même ſentiment que nous par
rapport à l'Alphonse avec qui Thomas
a un long entretien , a eu raiſon de re-
marquer que l'Abarbanéldont il eſt fait
( b) Salom. Ben Virg. Schebet Jekoudahfol. 7.
feu pag. 39. Version. Gent.
(c) Alt. Lipficens. mens. Novembr. 1686. pag.
529.
94 MERCURE DE FRANCE.
mention eſt différent du nôtre. (d) Ce-
pendant il a eu tort de mettre près de
deux fiécles d'intervalle entre ce Roi &
Isaac Abarbanel : en quoi il a eté
juſtement repris par M. Bayle. ( e )
Les parens de ce Rabbin allérent é-
tablir leur domicile à Lisbonne , qui
fut le lieu de ſa naiſſance. Les grandes
richeſſes dont le commerce les avoit
mis en poſſeſſion les avoit fort accré-
dités dans cette Capitale auffi célébre
par l'étendue du négoce qui s'y fait ,
que par le ſéjour des Rois de Por-
tugal. Ils prirent tous les ſoins pof-
fibles de fon éducation ; & comme ils
découvrirent bien-tôt les heureuſes dif-
poſitionsdeſon eſprit , ils n'épargnerent
rien de ce qui pouvoit contribuer à les
perfectionner. Elles ſe développoient à
meſure qu'il croiſſoit en âge. Les pro-
grès rapides qu'il fit dans l'étude de ſa
religion & en général de toutesles ſcien-
ces du reffort de la Théologie juſtifie-
rent les belles eſpérances qu'ils avoient
conçues de lui. Cependant ils ne bor-
nerent point leur fatisfaction à voir bril-
(d) Nicol. Anton. Biblioth. Hifpan. Tom I.
pag. 629 .
( e ) Bayle Dictionn. Hiftor. & crit. Tom. I.
pag. 29.Edit. 1715.
1
FEVRIER. 1764.
95
ler dans la Synagogue les talens du
jeune Homme. Ils voulurent les faire
ſervir à leur ambition qui les portoit
à former des projets d'aggrandiſſement
& d'illuftration de leur maiſon. Ils le
produifirent dans cette vue a la Cour
d'Alphonse V qui régnoit en Portugal.
Abarbanélqui avoit à cœur , comme
eux , fon avancement dans les emplois
quidépendoient de cette Cour , ſongea
ſérieuſement aux moyens qui pouvoient
l'y conduire. Toute ſon attention ſe
tourna du côté de la politique , qui lui
parut la voie la plus ſure & en même
temps la plus prompte pour parvenir
à l'exécution de ſes deſſeins. Ses dé-
marches réuffirent peut-être au de-là
de ſes eſpérances. Les marques qu'il
donna de ſa capacité &de ſon intelli-
gence dans les affaires , l'éleverent par
degrés aux charges les plus importantes
del'Etat. Alphonse, à qui il eut le bon-
heurdeplaire, l'admitdans ſes Conſeils ;
enfin il ſe pouſſa ſi avant dans les bon-
nes graces de ſon Souverain dont il
gagna entiérement la confiance, qu'au
cuneaffaire ne ſe traitoit ſans ſa partici-
pation. Les influences de ſa faveur au
près de cePrince s'étendirent ſur ſa Na-
tion , qui les reffentit dans toutes les
96 MERCURE DE FRANCE.
occafions où elle leur devint néceſſai-
re. Il ſçut la mêttre à profit & augmenta
conſidérablement la patrimonie de ſes
Pères. Il nous décrit lui-même pompeu-
ſement à la tête d'une des préfaces de
ſesCommentaires,les honneurs attachés
au poſte éminent , où elle l'avoit placé.
(f). Ils flattoient encoreaffez ſa vanité ,
pour qu'il s'en rappellât l'idée avec plai-
firdans untemps où il en étoit déchu ;
il y reléve faſtueuſement la ſplendeur
que l'abondance & l'opulence où il
vivoit alors répandoient fur toute ſa
maiſon; ily laiſſe auffi un témoignage
éclatant de ſa reconnoiſſance dans le
portrait qu'il fait de fon bienfaicteur.
Il nous le repréſente comme un Monar-
que également recommandable par ſa
puiſſance , par ſon courage , par ſa pru-
dence , par ſon amour pour lajustice ,
& par ſa piété , zélé pour le bonheur
de ſes ſujets à qui ſon humeur affable
&populaire le rendoit cher , & en la
perſonneduquel les Sçavans qui avoient
principalement part àſes libéralité trou-
voient un protecteur éclairé ; en un
mot , il lui attribue toutes les vertus
(f) Vide Præfation. ejus Commentar. in Libr.
Sofue. fol. 1 .
:
qui
(
0
C
a
da
So
R
to
nil
印
alla
ve
me
ف
FEVRIER. 1764.
1
97
qui ſoutiennent dignement la majesté
du Trône.
Sans éxaminer ici fi cet éloge n'eſt
point exagéré , il fert du moins à
prouver qu'Abarbanél a toujours ref-
pecté & honoré la mémoire de ce Prin-
ce , à qui il avoit de ſi grandes obliga-
tions. On me dira peut-être que c'étoit
bien le moinsqu'exigeoit tout ce que ce
Monarque avoitfait pourlui : je l'avoue.
Mais combien y en a-t-il qui n'atten-
dent pas pour perdre le ſouvenir des
bienfaits qu'ils ont reçus , que ceux de
qui ils les tennent n'existent plus. La
mortd'Alphonse apporta un grand chan-
gementdans ſa fortune. Jean II. Fils
&fucceffeur de ce Prince haïffoit en-
core plus les Juifs , que ſon Père ne les
avoitaimés. On peut bien croire qu'avec
de ſemblables diſpoſitions a leur égard ,
il ne conſerva point à Abarbanél les
dignités dont celui-ci avoit été revêtu
ſous le régne précédent. Auſſi notre
Rabbin en fut il dépouillé , & prèſque
tous ceux qui avoient eu part a l'admi-
niſtration des affaires fous Alphonse
éprouverent le même fort que lui. On
alla juſqu'à l'accuſer d'avoir concerté
avec eux un complot,dont le but étoitde
mettre la Couronne de Portugal ſous la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
puiffance du Roi d'Eſpagne. Il nous
apprend que ce fut là le prétéxte des
pérfécutions qui leur furent ſuſcitées.
Il faut avouer que l'imputation étoit
desplus graves , & notre Rabbin en au-
roit pu être puni trop ſévérement , fi
elle avoit eu un fondement réél. Il
s'inscrit en faux contre le crime dont
on le taxoit lui & les autres Miniſtres
du prédécéſſeur de Jean; il ſe plaint
que des gens envieux , & par confé-
quentmal-intentionés avoient tiffu cette
odieuſe calomnie , pour parvenir plus
furement à les perdre. Pour peu qu'on
veuille peſer les choſes de fang froid ,
&fans prévention ,on conviendra que
ce qu'il dit ici de cette trâme formée
par quelques courtiſans qui travailloient
fourdement à leur nuire , n'eſt pas dé-
pourvu de vrai-ſemblance. Cela est en-
core plus probable par rapport à Abar-
banél qui dans la place qu'il occupoit ,
devoit regarder comme autant d'en-
nemis fecrets tous les concurrens qui
la lui avoient diſputée , & fur lesquels il
l'avoit emportée. On ſçait de combien
d'intrigues font capables pluſieurs de
ceux qui afpirent aux premieres char-
ges d'un Etat. Uniquement attentifs
au ſoin de s'avancer au préjudice mê
FEVRIER 1764.
99
me les uns des autres ; ils ne ſont pas
fort fcrupuleux ſurle choix des moyens
qu'ils employent pour ſe les procurer.
H leur importe peu que ces voyes s'ac-
cordent avec les devoirs de la probité,
pourvu qu'elles les ménent aux fins
qu'ils ſepropoſent. C'eſt -là le caractère
des Courtiſans; & l'on fent affez que
des gens de cette forte n'avoient pu
voir ſans une extrême jaloufie le cré-
dit& la conſidération dont notre Rab-
bin avoit joui à la Cour d'Alphonse ,
où il avoit joué un desprincipaux rôles.
Ilsavoient fouffert impatiemment qu'on
leur eût préférédansl'éxercicedes hauts
emplois un homme dont il leur fem-
bloitquel'origine& la Réligion étoient
des titres qui ſuffifoient pour l'en
exclure.
Ils ſouhaitoient ardemment
fa ruine. Mais comme la puiſſante pro-
tection qu'Alphonse lui avoit accordée,
oppoſoitun obstacle au ſuccès de leurs
vœux , ils n'oferent rien entreprendre
ouvertement contre Abarbanél pen-
pendant que cePrince vêcut. Ils furent
bien dédommagés de la contrainte où
elle les avoit tenus juſques-là , par la
créance que leurs diſcours calomnieux
trouverent facilement dans l'eſprit de
fon fuceſſeur. Ils le déſervirent de tout
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
leur pouvoir auprès de Jean qui de
fon côté étoit trop fortement prévenu
contre lesJuifs &particulierementcon-
tre notre Rabbin , pour ne pas prêtervo-
lontiers l'oreille à ce qu'ils pouvoient
lui dire de déſavantageux ſur le compte
de ce dernier. Ainſi il ne leur fut pas dif-
ficile de le lui rendre ſuſpect dans la
geſtion dont il étoit chargé. Ils ne ſe
bornerent point à mettre en œuvre
tous les moyens qui leur parurent les
plus propres à le faire expulfer de la
Cour du Monarque Portugais , ils ma-
chinerent encore ſa perte pour mieux
ſatisfaire leur paffion. L'averſion que
Don Jean avoitpour lui , fournitàceux-
ci une occafion affez favorable de réuf-
fir dans l'éxécution de leur pernicieux
deſſein. Nous ne devons pas obmettre
une circonstance qui aide beaucoup à
ſajuſtification. C'eſt que les Hiſtoriens
du Régne de ce Prince & les Auteurs
contemporains ne l'ont point impliqué
dans la malheurenſe affaire de Ferdi-
nand Duc de Bragance , à qui elle
coûta la vie. C'eſt la ſeule qui ait du
rapport à la prétendue conſpiration dont
il s'agit. Elle n'éclata même que plus
d'unan après qu'Abarbanel eut quitté
le Portugal. D'ailleurs ils avouent qu'on
FEVRIER. 1764.
101
depuis long-temps. Un Souverain qui
ne trouva point de complices de l'entre-
priſe criminelle qu'on attribua à cet in-
fortuné Duc. (g) Ily a plus ; c'eſt qu'ils
n'hésitent point à le croire innocent.
Quelques-unes de fes actions montrent
à la vérité qu'il manqua de prudence.
Iln'en falloit pas davantage pour affer-
mirdans ſes injuſtes soupçons un Mo-
narque défiant à qui ies moindres dé-
marches d'un Seigneur auſſi puiſſant
que ceDuc , faisoient ombrage.
Les relations qu'il avoit avec la Cour
d'Eſpagnele firentfauſſementaccuſerd'y
entretenirdes intelligences ſecrettes , au
préjudice decelle de Portugal. Les Ecri-
vainsde cette Nation,quiontexaminéde
prèslespiéces qui ſervirentà l'inſtruction:
defonProcès, conviennentqu'on n'y re-
marquoit aucune preuve qui pût raiſon-
nablement le convaincre d'avoir com-
mis le crime qu'on lui imputoit. Mais
D. Jean jaloux de Ferdinand, à quides
vertus héroïques foutenuesdemanières
libérales & engageantes gagnoient tous
les cœurs , ſuppoſa à ce Ducdes projets
ſéditieux contre ſa Couronne pour af-
ſouvir la haine violente qu'il lui portoit
(g) Lequien de la Neufville , Hiftoire de Por-
tugal, Liv. IV. Tom. I. pages524& 526.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
cherche à fe défaire d'un Sujet qu'il re-
doute , a bientôt à ſa dévotion desgens
qui s'empreſſent de devenir les inſtru-
mens de ſa vengeance.
La triſte deſtinée de ce Seigneur Por-
tugais qui laiſſa ſa tête ſurun échaffaut ,
offrit moins un éxemple de la justice de
D. Jean , que de ſon reſſentiment voi-
lé d'une artificieuſe politique dont l'au-
Je fut la victime. Bartolocci reproche à
Abarbanélde s'être attiré par l'iniquité
de ſa conduite,les malheursqui accom-
pagnérent fa diſgrâce. Ilveut mêmeque
là douceur naturelle du Roi Jean l'ait
empêché d'ufer envers lui d'un traite-
ment plus rigoureux ( h). Cela ne nous
furprend pas de la part de ce Moine Ita-
lien qui ſemble prendre plaifir à inter-
prêter mal tout ce qui ſe rapporte aux
Juifs.
Il donne des marques ſenſibles
de ſa partialité &de fa mauvaiſe humeur
contre eux. Il témoigne par-tout l'ex-
trême envie qu'il a de les trouver plus
coupables qu'ils ne le font effectivement.
Iln'eſtdonc pas étonnant que ſesjuge-
mens fe reffententtoujours des difpo-
fitions où il eſt à leur égard. Elles lui
font non-feulement recevoir fans éxa-
men l'imputation des crimes dont on
(h ) Bartolocc. Bibl. Rabb. pag. 874.
FEVRIER. 1764.
103
charge cetteNation ,mais même en ap-
percevoir là où il n'en éxiſte pas la plus
légère trace. Un autre que lui dont l'é-
quité auroit dirigéles fentimens, eût ſçu
qu'elle ne permet pas de tourner une
accufation en preuve contre la perſonne
qui eneſtl'objet ;à moinsqu'on ne ſoit
autorisé pour en venir juſques-là , de
P'allégation de quelque fait avéré qui
puiſſe la justifier. Agir différemment ,
c'eſt heurterde front les principes de la
Religion&de l'humanité. Ileſtvrai que
des gens qui, comme Bartolocci , ſeli-
vrent fans réſerve aux mouvemens d'une
paffion aveugle , font incapablesde faire
cesréflexions. Aureſte , nous nepré-
tendons point affirmer qu'Abarbanél fe
foit comporté d'une manière irrépréhen-
fible pendant tout letemps qu'il fut en
faveur à la Courde Portugal. Il est bien
rarequ'unhomme qui poffede dans un
degrééminent celle de fon maître ,n'a-
buſe pas quelquefoisdu crédit qu'elle lui
donne. Cependant quandil eſtqueſtion
deprononcer là-deſſus, ilfaut plus que
des préfomptions qu'il y a autantd'injuf-
tice quede témérité à produire pourdes
vérités iudubitables Un femblable pro-
cédé eſt encore plus inexcufable dans
les cas où la probité eſt eſſentielle
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ment intéreſſée. Enfin Bartolocci mon-
tre beaucoup d'ignorance , ou péche vi-
fiblement contre la bonne foi , en varr-
tant la douceur du Roi Jean : nous ofons
affurer que jamais perfonne mérita moins
que lui la qualication d'un Prince doux.
Elle convenoit ſans contredit à ſon pré-
déceſſeur , que tous ceux qui ont écrit
l'Histoire de Portugal s'accordent à
nous dépeindre comme un Monarque
bon & affable ; au lieu qu'ils nous
donnent une idée fort différente de
D. Jean , dont l'humeur altière & ri-
gide ne ſympathiſoit guères avec ce pen-
chant à la douceur qu'on lui attribue
fauſſement. Nous pouvons dire même
que ſa ſévérité tenoit plutôt d'un naturel
dur, infléxible & opiniâtre , que d'un
caractère équitable , quoiqu'il en affec-
tât les dehors impoſans. Nous ne nions
pas qu'il n'eût d'ailleurs de grandes qua-
lité ; il auroit été ſeulement à ſouhaiter
qu'elles n'euſſent pas été obſcurcies
par des défauts importans , & fur-tout
par les étranges petiteſſes dont une dé-
votion outrée & ſuperſtitieuſe le rendoit
ſuſceptible. Elle fut la ſource d'où cou-
la la haine qu'il avoit conçue pour les
Juifs, Comme l'intention de Bartolocci
étoitdepréſenterAbarbanel ſous l'aſpect
FEVRIER, 1764.2 105
leplus odieux; il a cru nepouvoirmjeux
la remplir qu'en prêtant gratuitement à
ce Prince un caractère de bonté que
celui- ci n'avoit pas , pour avoir occa-
ſion de le faire contraſter avec la mé
chanceté imaginaire de l'autre quien
devenoit par-là plus criminel. Je laiſſe à
juger fi la conduite de ce Compilateur,
eſtconforme aux devoirs que preferit la
probité.
La suite auMercure prochain
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. DE BOISSY.
LE RABBIN qui fait le sujet de cette
Dissertation, a fourni à M. Bayle celui
d'un article de ſon Dictionnaire. On
avouera qu'il méritoit d'y occuper une
place , fi l'on confidère la grande célé-
brité qu'il s'eſt acquiſe tout à la fois par
les Ouvrages qu'il a compoſés, & par
les Emplois dont diverſes Puiſſances
l'ontſucceſſivementhonoré. Cependant
comme le travail de l'habile Critique
que je viens de nommer , ſe réduit à cet
égardà une compilation abrégée de ce
qui eſt rapporté touchant ce Docteur
Juif, dans les Bibliothèques de Nicolas
Antonio & de Bartolocci , & dans le
Journaldes Sçavanspubliéà Leipfick;je
me flatte qu'on ne me ſçaura pas mau-
vais gré de préſenter un récit plus dé-
taillé & plus fuivi , j'oſe dire même plus
Diij
28 MERCURE DE FRANCE.
exact , des circonstances de ſa vie. Je
les ai puiſées dans la narration des Au-
teurs de cette Nation , qui ont été
prèſque ſes contemporains , & prin-
cipalement dans celle qu'il a lui-même
donnée de ce qui le regarde. Il eſt
rare que la différence de Religion qu'on
profeſſe , n'influe pas fur les diſpoſitions
de notre eſprit envers ceux qui ſuivent
une créancedifférentedelanôtre. On ne
fonge point que le premier des devoirs
d'un Hiſtorien eſt l'impartialité. Je me
fuis attaché à le remplir , autant que la
choſe a dépendu de moi. En confé-
quence , j'expoſerai fidélement lesbon-
nes & les mauvaiſes qualités de notre
Rabbin , fans chercher à affoiblir les
unes pour mieux aggraver les autres. Je
diſcuterai auſſi quelques-unes de ſes ac-
tions qui lui ont attiré de la part des
Chrétiens les imputations les plus inju-
rieuſes à ſa mémoire.
Ifaac Abarbanel, qu'on nomme éga-
lement Abravanel , Abarbinél , Abarbe-
nel ou Abrabaniel * , naquit à Lisbonne,
l'an du Monde 5197 , ſelon la fupputa-
tion des Juifs , deJ. C. 1437. Il ſedifoit
iffu de la Race de David. De-là les titres
* Les différentes manières deprononcer le nom
de ce Rabbin , viennent de ce qu'il ſe ponctue di-
erſement en Hébreu .
FEVRIER. 1764 .
79
pompeux qu'il a pris plaiſir d'étaler fort
au long à la tête des Ouvrages que nous
avons de ſa façon. Il n'hésite point à y
paroître revêtu de ces qualifications faf-
tueuſes , à la faveurdeſquelles il déduit
toute faGénéalogie. Ifaac,fils de Don
Juda ,fils de Samuel,fils deJuda ,fils de
Jofeph,filsdeJuda , de la Famille d'A-
barbanél , qui ont tous été Princes des
Enfans d'Ifraël, de la Race de Jeffé de
Béthléem , de la Maiſon de David , Con-
ducteur & Pasteur des Peuples , &c.
C'eſtenconféquencede cette illuftre fi-
liation, qu'il a affecté ,à l'éxemple de fon
père ,de mettre devant ſon nom le titre
honorable de Don, qu'on ſçait être en
uſage parmi les Nobles d'Eſpagne. Il
prétendoit prouver incontestablement
par-làlanobleſſe de ſon extraction ,dont
ilparoiſſoitfortentêté. Il autoriſe ſa pré-
tentiondutémoignage d'un certain Rab-
bi Ifaac Aben Géath , à qui il fait dire
dans un de ſes Commentaires ſur l'Ecri-
ture ( a ) , qu'au temps de la deſtruction
du premier Temple , il paſſa deux Fa-
milles de la Race du Roi David en EC-
pagne , dont l'une s'établit à Lucena &
l'autre à Séville où elle laiſſa une nom-
(a) Videas ejus Commentar. in Zachar. XII. v.
7 ,fol. 292 , édit. Amst.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
breuſe poſtérité, qui compoſa laMaiſon
des Abarbanels. Les Juifs déférèrent
aveuglément à cette tradition hiſtorique ,
ſans ſe mettre en peine d'examiner ſi elle
eſt conforme à la vérité. Outre qu'ils ne
ſe piquent pas d'une grande exactitude
dans la recherchedes faits , ils font trop
jaloux des moindres choses qui peuvent
tourner à la gloire de leur Nation , pour
s'aviſer de former quelque doute à cet
égard. Ils aiment mieux, fur la foi de
leurs Ecrivains , ſe repaître agréablement
de ſemblables fables qui font propres à
entretenir leur orgueil , que d'en venir
àdes diſcuſſions qui les obligeroientd'en
rabattre plus qu'ils ne voudroient. Le
Rabbin Ménaſſeh Ben Ifraël appuie de
toutes ſes forces la même tradition qu'il
adopte , avec cette différence que , con-
tre le récit d'Abarbanel , il affigne une
époque moins ancienne à la tranfmigra-
tion de ces deux Familles en Eſpagne ,
qu'il dit être arrivée après la ruine du ſe-
cond Temple ( b). Il a trouvé plus de
vraiſemblance à lui ſuppoſer une date
plus récente.
Il ne faut pas s'étonner
qu'il ſoutienne ce conte ridicule : il avoit
un intérêt particulier à le faire valoir ;
(a) Menaffeh Ben Ifraël. Conciliat. quæft. 65.
adGenef. pag. 92 .
FEVRIER . 1764.
8г
puiſqu'il la femme qu'il avoit épousée
ésoit de la Famille des Abarbanels ( c),
D'ailleurs , cet Auteur Juif, quoiqu'infi-
niment plus docte & plus judicieux que
la plupart de ceux de ſa Nation , a donné
bien ſouvent des éxemples de ſa crédu-
lité pour avoir préſumé trop favorable-
ment de la bonne foi de ſes ancêtres , &
de l'habileté de ſes Docteurs. C'eſt avec
raiſon que des Modernes ſe ſont moc-
qués de ces Familles de la Race de Da-
vid tranſplantées en Eſpagne , & ont
traité tout cela de fiction ( d). En effet ,
rien n'eſt ſi mal fondé que ce qu'Abar-
banél & les Hiſtoriens Juifs nous débi-
tent à ce ſujet. Si on doit les en croire ,
Nabuchodonofor vint affiéger Jérufalem
avec pluſieurs Princes ſes alliés , qui l'ai-
dèrent de leurs troupes. Hifpan Roi
d'Eſpagne , & Pyrrhus fon gendre Roi
des Grecs , furent du nombre de ceux
qui eurentpartà cette expédition. Notre
(c) Idem infpe Ifraël. pag. 92 , & de term. Vita,
Lib. III.fect. 13 , pag. 236.
(d ) Hoornbeckius de Convert. Judæ , Lib. II.
pag. 139. Huet. in Demonstr. Evangel. Propof.
IX. cap. 4. §. 14. pag. 427. édit. 1722. Bartolo-
ceii. Bibliothec. Rabbin. Part. III. pag. 885 &
886. Bafnage, Histoire des Juifs, Liv. VII. chap
9,pag. 252 &fuiv, édit. 1716.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Rabbin raconte qu'Hercule quitta la
Grece ſa patrie ,dans la réſolutiond'éten-
dre au loin ſes conquêtes , & équippa
une grande flotte pour l'exécution de
cette entrepriſe. Il pénétra dans l'Océan
occidental , & aborda en Eſpagne , où
il s'avança à la tête d'une armée formi-
dable. Il ſoumit à ſes armes cette vaſte
contrée; & , après y avoir paiſiblement
régné pendant quelques années , il lui
prit envie de retourner dans les lieux qui
l'avoient vu naître. Il traverſa l'Italie ,
d'où il fe rendit dans la Grece. Avant
fon départ , il revêtit de la Souveraineté
des Etats qu'il avoit conquis le filsde ſa
fœur appellé Hispan , de qui l'Eſpagne
a reçu fon nom. Cet Hifpan n'eut qu'u-
ne fille qu'il donna en mariage à Pyrrhus
Prince Grec , qui ſe trouva en perſonne
au Siége de Jérusalem ,& contribua à la
priſe de cette Ville. Les Tribus de Juda ,
de Benjamin &de Simeon , conjointe-
ment avec les Sacrificateurs & les Lévites,
lui échurent dans le partage qui fut fait
des prifonniers. Il les tranſporta fur fes
vaiſſeaux en Eſpagne, & les diſtribua
dans l'Andaloufie & dans le Territoire
de Tolede. ( e)
(e) Abarbanel. Commentar. in Reg. 11.
fol. 308 , édit. Lipfiens.
.30
FEVRIER. 1764 .
83
Salomon Ben - Virga qui rapporte la
même Hiſtoire , ajoute de plus que Se -
ville fut aſſignée pour demeure aux def-
cendans de David , qui habitoient dans
l'enceinte du troiſième mur de Jérufa-
lem- Il y en eut qui paſſerent enſfuite de-
là dans le Royaume de Grenade. ( f) Le
ſéjour de l'Eſpagne leur fut fi agréable ,
qu'ils préférèrent ce nouveau domicile à
celui de la Judée , où la partie de la Na-
tion , qui avoit été transférée à Babylo-
ne , dans la Perſe & dans la Médie , avoit
obtenue de Cyrus la permiffion de re-
tourner , pour rebâtir Jérusalem & le
Temple. Ils ne voulurent point , à fon
exemple , revenir dans leur Patrie , à
cauſe que ce retour de leur Frères , ſous
la conduite de Zorobabel n'étoit point
une parfaite délivrance , &qu'il n'y avoit
aucune obligation pour eux de demeu-
rer dans la Terre d'Ifraël, depuis qu'elle
ne poffédoit plus l'Arche de l'Alliance du
Seigneur, & que le cours des révélations
&des vifions prophétiques avoit entière-
ment ceſſé. Abarbanél aſſure qu'il a tiré
ce récit des anciennes Chroniques des
(f) Salome Ben Virg Schebet Fehoudah , fot-
8. edit. Amst. Vide pag. 41. Verfionis Latinæ hujus
libri quam G. Gentius in lucem ediditfub titulo
Hifior. Judaic.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Rois d'Eſpagne (g ). Roderic Sanche
& Alphonse de Cartagéne , Hiſtoriens
Eſpagnols , qui ont écrit vers le milieu
du quinzième fiécle , témoignent à la
vérité qu'Hispan petit - fils d'Hercule
,
& non pas fon neveu , comme l'affirme
Abarbanel, donna ſon nomà l'Eſpagne,
qui portoit auparavant celui d'Ibérie ,
qu'elle avoit pris du fleuve de l'Ebre.
Alphonsede Cartagéne raconte que ce
Monarque maria ſa fille à un célébre
Prince de la Grece , appellé Pyrrhus ,
qui , en qualité de ſon gendre, lui fuc-
céda (h).
Vafée & Tarapha ne comptent point
ce Pyrrhus au nombre des Rois d'Ef-
pagne. Ils diſent ſimplement qu'Hispan
étoit petit-fils d'Hercule , & qu'Hifpal
ſon père fut le ſucceſſeur immédiat de
ce Héros dont il naquit , & qui étant
prêt à partir pour l'Italie , lui abandonna
le Gouvernement de ce Royaume ( i).
:
(g ) Abarbanel in locofuprà citato.
(h) Roderic. Sanct. Histor. Hifpan. P. I. Cap .
I. &VII. pag. 123 & 130. Alphons. à Carthag.
Anacephalæos Hifpan. Cap. III. & IV. pag. 250.
interHifpan. Hiftor. Scriptor. Tom.I.
( i) Vafai Chronic Rer. Hifpan. Cap. 10. pag.
82. Edit. Colon. Taraphæ Liberde Origin. acReb.
Gest. Reg. Hifpan. fubnexus Chron. Vas. pag.
578.
FEVRIER . 1764.
85
Mais ni les uns , ni les autres ne font
aucune mention de cette alliance con-
tractée entre Nabuchodonofor & Pyr-
rhus , ni de toutes les particularités qui
endépendent. Après tout, quand ils en
auroient parlé, ils ne ſeroientpas pour
celaplus croyables , puiſqu'on ne ſcau-
roit rien établir de certain fur une ori-
gine de l'Empired'Eſpagne auſſi fabu-
leuſe , ni ſur laſucceſſionde fes Rois ,
juſqu'aucinquième ſiécle , que les Goths
l'envahirent. On ne commence à mieux
connoître ſonHiſtoire , que depuis Al-
fonfe Premier du nom , furnommé le
Catholique , qui occupa le Trône vers
l'an 737 de l'Ere Chrétienne.
D'ailleurs ,
il y a lieu de douter que
Hercule ſoit jamais venu en Eſpagne.
On ſçait affez que ce nom a été com-
mun à pluſieurs Perſonnages de l'Anti-
quité : c'eſt pourquoi les Grecs qui les
ontconfondus enſemble , ont attribué à
'Hercule Thébain toutes les actions mé-
morables des autres ( k). C'eſt ce qui
fur-tout est arrivé à l'égard de l'Hercule
Tyrien , qui , ſelonla plupart des Criti-
ques, étoit contemporain de Moïse , &
quipar conféquent étoit bien antérieur à
(k) Cicero , de Natura Deor. Lib. III. Cap. 16.
pag. 171. Tom. IV, ejus Oper. édit. Gruter,
86 MERCURE DE FRANCE.
celui dont il s'agit. Des Colonies Phé-
niciennes conduites en Eſpagne par ce
grand Navigateur , s'y fixèrent , &y bâ-
tirent beaucoup de Villes célébres. C'eſt
ſans donte de lui qu'il faut entendre ce
que Sallufte dit de l'Hercule qui mourut
encettecontrée ,& dont la mort fut fui-
vie de la déſunion des Peuples qui l'a-
voientaccompagné, &qui compoſoient
ſon armée (1). On voyoit à Tarteſſe
qui , au rapport d'Arrien , devoit ſa fon-
dation auxPhéniciens , un Temple qu'ils
avoient élevé en l'honneur d'Hercule , à
qui l'on offroit des facrifices conformé-
ment à leurs coutumes ( m). Denys le
Géographe témoigne que ceux de la
même Nation qui occupoient Cadix ,
honoroient d'un culte divin ce fils de Ju-
piter(n ). L'aventure de Géryon , que
les Mythologues font régner en Eſpa-
gne , & dont ils veulent que l'Hercule
Thébain ait enlevé les troupeaux , après
l'avoir tué , n'arriva point en ce pays ,
comme nous l'apprenons d'Hécatée de
(1) Salluft. de Bello Jugurth. cap. 21.pag. 79.
Tom. I. édit. Haverkamp.
(m) Arrian. de Expedit. Alexand. M. Lib. II.
pag. 43. édit. Stephan.
(2) Dionys Periegas. Orb. v. 453. pag. 74.
idit. R. Suph. feupag. 84. edir. Oxon. 1717.
FEVRIER. 1764.
(9) Arrian,ibidem.
87
Milet ancien Hiſtorien qui, vivoit du
temps de Darius fils d'Hystape , plus
decinq cens ans avant l'Ere vulgaire (o).
Il rapporte que ce Géryon qu'Eurysthée
envoya combattre par le Héros Grec ,
régnoit dans le Continent ſitué près du
Golfe Ambracien , aujourd'hui de l'Ar-
ta, & voifin de l'Épire ; & que c'eſt de
cet endroit-là qu'Hercule amena à My-
cenes , Capitalede l'Argolide , les bœufs
qui appartenoient à ce Prince (p) . Ar-
rien remarque avec raiſon , qu'il n'y a
point d'apparence qu'Eurysthée ait pu
avoirquelque connoiſſanced'une région
placée à l'extrémité de l'Occident , &
qu'il ait ſçu fi elle abondoit en pâturages
&en troupeaux ( 9 ).
Enfinla preuvela plus fortedelafauf-
feté du récit d'Abarbanél , eft l'impoffi-
bilité qu'il y a de le concilier avec la
Chronologie. En effet , ce Pyrrhus qui
ſe ſignala par fon courage au Siége de
Troye ,ne peut être que le fils d'Achille ;
& on n'ignore point qu'il ne furvêcut
(o ) Suid. Lefic. fubvoce Εκαταίος, pag.686.
Tom. 1. Edit. Kuster.
(p )Hecateus apud Arrian. loco fuprà citato ,
& Eustath. in Commentar. in Dionys. Perieg. *.
561.pag. 62.feu 196
A
88 MERCURE DE FRANCE.
quede vingt ans à la ruine de cetteVille.
(r) Il eſt aiſedejuger par-làdel'anochro-
niſme conſidérable que notre Rabbin a
commis , en faiſant ce Prince Grec con-
temporain de Nabuchodonofor ; quoi-
qu'il y ait entre l'une & l'autre un in-
tervalle de plus de fix cens ans. Car
Troye fut priſe & faccagée au moins
1186 ans avant l'Ere Chrétienne ; &
Jérusalem fut emportée d'aſſaut par le
Monarque Babylonien la 588° année
avant la même Ere , qui étoit la 19º
de ſapremiereexpédition contre Joakim
ou Eliakim , & la 11º de la captivité de
Jéchonias qui avoit été mené à Baby-
lone. ( s )
On ne sçauroit diſconvenir que dans
le nombre des Juifs que la déſolation
de leur patrie abandonnée au pillage
des Soldats de Tite, contraignitde cher-
cher ailleurs une retraite , pluſieurs ne
ſe ſoient réfugiés en Eſpagne. Il paroît
même conſtant qu'ils y avoientdes éta-
bliſſemens dans les premiers fiécles du
Chriſtianiſme ; puiſqu'on trouve quel-
ques décrets faits contr'euxdans lesAc-
(r)Eufeb. Chronic. Lib. poſter. fub num. 854.
pag. 94.Edit. Scalig. vide quoque Petav, ration.
temp. p. I. Lib. I. cap. II. pag. 48.
(5) Reg. Lib. IV. Cap. 25. v.8.
1
:
FEVRIER. 1764.
89
tes du Concile qui fut tenu à Elvire
ville de la Bœtique,unedes Provincesde
l'Eſpagne , & qui précéda de vingt ans
celui de Nicée. (t ) Mais ces familles
fugitives étoient de toutes les Tribus ,
&elles vinrent indiſtinctement s'établir
en cette Contrée. En effet les Tribus
avoient ététellement confonduesdepuis
la deſtruction de Jérusalem qu'il n'étoit
plus poffible de les diftinguer les unes
desautres. Les catalogues où l'on avoit
ſoin d'inférer les généalogies , eurent
le même ſort que le temple dans les
archives duquel ils étoient déposés. ( u)
Ils périrent dans l'incendie de ce fuperbe
édifice , & cet événement dut néceſſai-
rement jetter de la confufion dans les
familles de la nation. D'ailleurs les Ro-
mains avoientquelque intérêtà ne point
laiſſer ſubſiſterces catalogues à la faveur
deſquels elle eût conſervé l'efpérance
de replacer un jour les deſcendans de
David fur le trône de leur ancêtres.
Auſſi les reſtes de cette maiſon demeu-
rerent éteints par les pourſuites de Vef-
( t ) Concil. Eliberitan. Can. 49 , 50 , 78.pag.
976 & 978.Edit. Concilior. Labbe Tom. I. few
pag. 255 & 258. Edit. Hardui. Tom. I.
(u) Vid. Vales. Annotat in Hiftor. Ecclef. Eu-
Seb. Lib. I. Cap. 7. pag. 14.
90 MERCURE DE FRANCE.
pafien, (x)qui craignoit ſansdoute que
ce peuple qui ſouffroit impatiemment
une domination étrangère n'en prit
occaſion de ſe revolter. Ces remarques
ſuffiſent pour prouver que la tradition
des Rabbins touchant les familles dela
Tribu de Juda tranſportées enEſpagne
eſt bâtie ſur un fondement ruineux.
Enfin quand on ne conoîtroit pas leur
penchant à outrer tout ce qui les re-
garde , les titres dont Abarbanelfe pare
portentun caractère ſi manifeſte d'éxa-
gération , que les Lecteurs les moins
prévenus ne peuvent s'empêcher d'en
ſoupçonner la vanité. Il est vrai qu'ils
n'éxiſtent que dans l'imagination des
Juifs féconde en idées chimériques.
Nous obſervons qu'il eſt aiſé de leur
ôter tous les moyens de ſe fortifier dans
leur illuſion à cet égard en combat-
tantl'autorité de R. Ifaac Aben Geath
par celle de R. Abraham Ben Dior , qui
rapporte que depuis R. Chiia qui mou-
rut dans le Royaume de Caſtille , l'an
de J. C. 1154 ,il ne reſta plus perſonne
-de la race de David dans toute l'Ες-
(x) Eufeb. Histor Ecclef. Lib. III Cap. 12.
pag. 87. Edit. Vales. Nicephor. Callif. Histor.
Ecclef. Lib. III. Cap. 19. pag. 237. Tom. 1 .
イ
FFVRIER. 1764.
gr
pagne. (y)Voilà certainement un aveu
bien contraire à ce qu'Abarbanél té-
moigne d'après R. Ifaac Aben-Geath
de fa defcendance de ce Prince. Il eſt
d'autant moins en droit de taxer R.
Abraham Ben-Dior,d'ignorance fur cet
article , que celui-ci vivoit préciſement
dans le temps qu'il écrivoit cette par-
ticularité. Il devoit avoir connoiffance
des principales familles de ſa nation
puiſqu'il a compoſé un Livre qui eſt
deſtiné à en marquer l'origine , & à
en regler l'ordre & la fucceffion. Nous
n'infiftons ici ſur l'aſſertion de ceRab-
bin , que parce qu'elle a affez de force
pour ébranler la perfuafion où font les
Juifs relativementà cet objet. On gagne
beaucoup plus à leur oppoſer l'autorité
de leurs Docteurs fur des points con-
'teſtés pour les faire revenir de leur en-
têtement , qu'à vouloir les convaincre
par les raiſonnemens les plus clairs &
par les faits les plus pofitifs,qui ne font
aucune impreffion ſur leur eſprit. Bar-
tolocci eſt tentéde croire qu'Abarbanel
a forgé lui-même ce qu'il cite fur le
témoignage de R. Ifaac Aben-Geath ,
afin de mieux impofer au corps de ſa
(y) R. Abraham Ben -Diorinfephreha Kab-
balah fol. 32. Edit. Ven.
92 MERCURE DE FRANCE.
nation. ( z ) Il veut que ce que notre
Docteur Juif en allégue ne ſe trouve
que dans ſes Ouvrages. Or , comme il
s'agit ici de ſa propre cauſe dans la-
quelle il ne ſçauroit être témoin ; cela
fuffit pour rendre ſa narration ſuſpecte
de fauſſeté. Au reſte il ne déſavoue pas
que notre Rabbin ne ſoit forti d'une
des plus anciennes & des plus confi-
dérables familles Juives habituées dans
les Royaumes d'Eſpagne & de Portugal.
Elle étoit originaire de Séville où elle
eut ſon établiſſement pendant pluſieurs
générations. C'eſt dans cette Ville que
Dom SamuelAbarbanél, ayeul du nôtre
parut avec diſtinction vers le milieu du
quatorziéme fiécle. Sa générofité éga-
loit ſon opulence , qui jointe aux pré-
rogatives de fa dignité lui donnoit beau-
coup de crédit dans ſa Nation. Il n'en
uſoit que pour favorifer les Savans de
la Synagogue qu'il affectionnoit parti-
culierement , & pour procurer aux af-
fligés & aux indigensles ſecours dont
ils avoient beſoin. (a) C'eſt ſans doute
de cet Abarbanelque parle un certain
Thomas que R. Salomon Ben - Virga
( z) Bartolocc. Biblioth. Rabbini P. III. pag.
886.
(a) Abrah Zacouth Sepher Jouchasin. fol.1337
FEVRIER. 1764.
93
fait entrer en conférence avec Alphonse
Roi d'Eſpagne , ſur ce qui concerne
diverſes imputations formées contre les
Juifs , & fur la véritable cauſe de leur
difperfion par toute la Terre. ( b ) Je
n'ignore pas que quelque-uns préten-
dent qu'il eſtqueſtion là de notreRab-
bin , & qu'ils prennent conféquemment
le Prince avec qui ce Thomas s'entre-
tient dans le Livre de Salomon Ben Vir-
ga pour Alphonse V, Roi de Portugal.
(c)Mais cela eſt démenti par la qua-
lité de Roi d'Eſpagne qu'on y donne
à cet Alphonse. Ce ne peut donc être
que le onziéme Prince de ce nom , Roi
de Caſtille , qui fut enlevé du monde
àla fleur de fon âge , l'an 1350. Ainfi
lesdâtes s'accordent avec l'éxacte chro-
nologie ; puiſque Dom SamuëlAbarba-
nél étoit contemporain du Monarque
Eſpagnol. Don NicolasAntonio qui eſt
dans le même ſentiment que nous par
rapport à l'Alphonse avec qui Thomas
a un long entretien , a eu raiſon de re-
marquer que l'Abarbanéldont il eſt fait
( b) Salom. Ben Virg. Schebet Jekoudahfol. 7.
feu pag. 39. Version. Gent.
(c) Alt. Lipficens. mens. Novembr. 1686. pag.
529.
94 MERCURE DE FRANCE.
mention eſt différent du nôtre. (d) Ce-
pendant il a eu tort de mettre près de
deux fiécles d'intervalle entre ce Roi &
Isaac Abarbanel : en quoi il a eté
juſtement repris par M. Bayle. ( e )
Les parens de ce Rabbin allérent é-
tablir leur domicile à Lisbonne , qui
fut le lieu de ſa naiſſance. Les grandes
richeſſes dont le commerce les avoit
mis en poſſeſſion les avoit fort accré-
dités dans cette Capitale auffi célébre
par l'étendue du négoce qui s'y fait ,
que par le ſéjour des Rois de Por-
tugal. Ils prirent tous les ſoins pof-
fibles de fon éducation ; & comme ils
découvrirent bien-tôt les heureuſes dif-
poſitionsdeſon eſprit , ils n'épargnerent
rien de ce qui pouvoit contribuer à les
perfectionner. Elles ſe développoient à
meſure qu'il croiſſoit en âge. Les pro-
grès rapides qu'il fit dans l'étude de ſa
religion & en général de toutesles ſcien-
ces du reffort de la Théologie juſtifie-
rent les belles eſpérances qu'ils avoient
conçues de lui. Cependant ils ne bor-
nerent point leur fatisfaction à voir bril-
(d) Nicol. Anton. Biblioth. Hifpan. Tom I.
pag. 629 .
( e ) Bayle Dictionn. Hiftor. & crit. Tom. I.
pag. 29.Edit. 1715.
1
FEVRIER. 1764.
95
ler dans la Synagogue les talens du
jeune Homme. Ils voulurent les faire
ſervir à leur ambition qui les portoit
à former des projets d'aggrandiſſement
& d'illuftration de leur maiſon. Ils le
produifirent dans cette vue a la Cour
d'Alphonse V qui régnoit en Portugal.
Abarbanélqui avoit à cœur , comme
eux , fon avancement dans les emplois
quidépendoient de cette Cour , ſongea
ſérieuſement aux moyens qui pouvoient
l'y conduire. Toute ſon attention ſe
tourna du côté de la politique , qui lui
parut la voie la plus ſure & en même
temps la plus prompte pour parvenir
à l'exécution de ſes deſſeins. Ses dé-
marches réuffirent peut-être au de-là
de ſes eſpérances. Les marques qu'il
donna de ſa capacité &de ſon intelli-
gence dans les affaires , l'éleverent par
degrés aux charges les plus importantes
del'Etat. Alphonse, à qui il eut le bon-
heurdeplaire, l'admitdans ſes Conſeils ;
enfin il ſe pouſſa ſi avant dans les bon-
nes graces de ſon Souverain dont il
gagna entiérement la confiance, qu'au
cuneaffaire ne ſe traitoit ſans ſa partici-
pation. Les influences de ſa faveur au
près de cePrince s'étendirent ſur ſa Na-
tion , qui les reffentit dans toutes les
96 MERCURE DE FRANCE.
occafions où elle leur devint néceſſai-
re. Il ſçut la mêttre à profit & augmenta
conſidérablement la patrimonie de ſes
Pères. Il nous décrit lui-même pompeu-
ſement à la tête d'une des préfaces de
ſesCommentaires,les honneurs attachés
au poſte éminent , où elle l'avoit placé.
(f). Ils flattoient encoreaffez ſa vanité ,
pour qu'il s'en rappellât l'idée avec plai-
firdans untemps où il en étoit déchu ;
il y reléve faſtueuſement la ſplendeur
que l'abondance & l'opulence où il
vivoit alors répandoient fur toute ſa
maiſon; ily laiſſe auffi un témoignage
éclatant de ſa reconnoiſſance dans le
portrait qu'il fait de fon bienfaicteur.
Il nous le repréſente comme un Monar-
que également recommandable par ſa
puiſſance , par ſon courage , par ſa pru-
dence , par ſon amour pour lajustice ,
& par ſa piété , zélé pour le bonheur
de ſes ſujets à qui ſon humeur affable
&populaire le rendoit cher , & en la
perſonneduquel les Sçavans qui avoient
principalement part àſes libéralité trou-
voient un protecteur éclairé ; en un
mot , il lui attribue toutes les vertus
(f) Vide Præfation. ejus Commentar. in Libr.
Sofue. fol. 1 .
:
qui
(
0
C
a
da
So
R
to
nil
印
alla
ve
me
ف
FEVRIER. 1764.
1
97
qui ſoutiennent dignement la majesté
du Trône.
Sans éxaminer ici fi cet éloge n'eſt
point exagéré , il fert du moins à
prouver qu'Abarbanél a toujours ref-
pecté & honoré la mémoire de ce Prin-
ce , à qui il avoit de ſi grandes obliga-
tions. On me dira peut-être que c'étoit
bien le moinsqu'exigeoit tout ce que ce
Monarque avoitfait pourlui : je l'avoue.
Mais combien y en a-t-il qui n'atten-
dent pas pour perdre le ſouvenir des
bienfaits qu'ils ont reçus , que ceux de
qui ils les tennent n'existent plus. La
mortd'Alphonse apporta un grand chan-
gementdans ſa fortune. Jean II. Fils
&fucceffeur de ce Prince haïffoit en-
core plus les Juifs , que ſon Père ne les
avoitaimés. On peut bien croire qu'avec
de ſemblables diſpoſitions a leur égard ,
il ne conſerva point à Abarbanél les
dignités dont celui-ci avoit été revêtu
ſous le régne précédent. Auſſi notre
Rabbin en fut il dépouillé , & prèſque
tous ceux qui avoient eu part a l'admi-
niſtration des affaires fous Alphonse
éprouverent le même fort que lui. On
alla juſqu'à l'accuſer d'avoir concerté
avec eux un complot,dont le but étoitde
mettre la Couronne de Portugal ſous la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
puiffance du Roi d'Eſpagne. Il nous
apprend que ce fut là le prétéxte des
pérfécutions qui leur furent ſuſcitées.
Il faut avouer que l'imputation étoit
desplus graves , & notre Rabbin en au-
roit pu être puni trop ſévérement , fi
elle avoit eu un fondement réél. Il
s'inscrit en faux contre le crime dont
on le taxoit lui & les autres Miniſtres
du prédécéſſeur de Jean; il ſe plaint
que des gens envieux , & par confé-
quentmal-intentionés avoient tiffu cette
odieuſe calomnie , pour parvenir plus
furement à les perdre. Pour peu qu'on
veuille peſer les choſes de fang froid ,
&fans prévention ,on conviendra que
ce qu'il dit ici de cette trâme formée
par quelques courtiſans qui travailloient
fourdement à leur nuire , n'eſt pas dé-
pourvu de vrai-ſemblance. Cela est en-
core plus probable par rapport à Abar-
banél qui dans la place qu'il occupoit ,
devoit regarder comme autant d'en-
nemis fecrets tous les concurrens qui
la lui avoient diſputée , & fur lesquels il
l'avoit emportée. On ſçait de combien
d'intrigues font capables pluſieurs de
ceux qui afpirent aux premieres char-
ges d'un Etat. Uniquement attentifs
au ſoin de s'avancer au préjudice mê
FEVRIER 1764.
99
me les uns des autres ; ils ne ſont pas
fort fcrupuleux ſurle choix des moyens
qu'ils employent pour ſe les procurer.
H leur importe peu que ces voyes s'ac-
cordent avec les devoirs de la probité,
pourvu qu'elles les ménent aux fins
qu'ils ſepropoſent. C'eſt -là le caractère
des Courtiſans; & l'on fent affez que
des gens de cette forte n'avoient pu
voir ſans une extrême jaloufie le cré-
dit& la conſidération dont notre Rab-
bin avoit joui à la Cour d'Alphonse ,
où il avoit joué un desprincipaux rôles.
Ilsavoient fouffert impatiemment qu'on
leur eût préférédansl'éxercicedes hauts
emplois un homme dont il leur fem-
bloitquel'origine& la Réligion étoient
des titres qui ſuffifoient pour l'en
exclure.
Ils ſouhaitoient ardemment
fa ruine. Mais comme la puiſſante pro-
tection qu'Alphonse lui avoit accordée,
oppoſoitun obstacle au ſuccès de leurs
vœux , ils n'oferent rien entreprendre
ouvertement contre Abarbanél pen-
pendant que cePrince vêcut. Ils furent
bien dédommagés de la contrainte où
elle les avoit tenus juſques-là , par la
créance que leurs diſcours calomnieux
trouverent facilement dans l'eſprit de
fon fuceſſeur. Ils le déſervirent de tout
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
leur pouvoir auprès de Jean qui de
fon côté étoit trop fortement prévenu
contre lesJuifs &particulierementcon-
tre notre Rabbin , pour ne pas prêtervo-
lontiers l'oreille à ce qu'ils pouvoient
lui dire de déſavantageux ſur le compte
de ce dernier. Ainſi il ne leur fut pas dif-
ficile de le lui rendre ſuſpect dans la
geſtion dont il étoit chargé. Ils ne ſe
bornerent point à mettre en œuvre
tous les moyens qui leur parurent les
plus propres à le faire expulfer de la
Cour du Monarque Portugais , ils ma-
chinerent encore ſa perte pour mieux
ſatisfaire leur paffion. L'averſion que
Don Jean avoitpour lui , fournitàceux-
ci une occafion affez favorable de réuf-
fir dans l'éxécution de leur pernicieux
deſſein. Nous ne devons pas obmettre
une circonstance qui aide beaucoup à
ſajuſtification. C'eſt que les Hiſtoriens
du Régne de ce Prince & les Auteurs
contemporains ne l'ont point impliqué
dans la malheurenſe affaire de Ferdi-
nand Duc de Bragance , à qui elle
coûta la vie. C'eſt la ſeule qui ait du
rapport à la prétendue conſpiration dont
il s'agit. Elle n'éclata même que plus
d'unan après qu'Abarbanel eut quitté
le Portugal. D'ailleurs ils avouent qu'on
FEVRIER. 1764.
101
depuis long-temps. Un Souverain qui
ne trouva point de complices de l'entre-
priſe criminelle qu'on attribua à cet in-
fortuné Duc. (g) Ily a plus ; c'eſt qu'ils
n'hésitent point à le croire innocent.
Quelques-unes de fes actions montrent
à la vérité qu'il manqua de prudence.
Iln'en falloit pas davantage pour affer-
mirdans ſes injuſtes soupçons un Mo-
narque défiant à qui ies moindres dé-
marches d'un Seigneur auſſi puiſſant
que ceDuc , faisoient ombrage.
Les relations qu'il avoit avec la Cour
d'Eſpagnele firentfauſſementaccuſerd'y
entretenirdes intelligences ſecrettes , au
préjudice decelle de Portugal. Les Ecri-
vainsde cette Nation,quiontexaminéde
prèslespiéces qui ſervirentà l'inſtruction:
defonProcès, conviennentqu'on n'y re-
marquoit aucune preuve qui pût raiſon-
nablement le convaincre d'avoir com-
mis le crime qu'on lui imputoit. Mais
D. Jean jaloux de Ferdinand, à quides
vertus héroïques foutenuesdemanières
libérales & engageantes gagnoient tous
les cœurs , ſuppoſa à ce Ducdes projets
ſéditieux contre ſa Couronne pour af-
ſouvir la haine violente qu'il lui portoit
(g) Lequien de la Neufville , Hiftoire de Por-
tugal, Liv. IV. Tom. I. pages524& 526.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
cherche à fe défaire d'un Sujet qu'il re-
doute , a bientôt à ſa dévotion desgens
qui s'empreſſent de devenir les inſtru-
mens de ſa vengeance.
La triſte deſtinée de ce Seigneur Por-
tugais qui laiſſa ſa tête ſurun échaffaut ,
offrit moins un éxemple de la justice de
D. Jean , que de ſon reſſentiment voi-
lé d'une artificieuſe politique dont l'au-
Je fut la victime. Bartolocci reproche à
Abarbanélde s'être attiré par l'iniquité
de ſa conduite,les malheursqui accom-
pagnérent fa diſgrâce. Ilveut mêmeque
là douceur naturelle du Roi Jean l'ait
empêché d'ufer envers lui d'un traite-
ment plus rigoureux ( h). Cela ne nous
furprend pas de la part de ce Moine Ita-
lien qui ſemble prendre plaifir à inter-
prêter mal tout ce qui ſe rapporte aux
Juifs.
Il donne des marques ſenſibles
de ſa partialité &de fa mauvaiſe humeur
contre eux. Il témoigne par-tout l'ex-
trême envie qu'il a de les trouver plus
coupables qu'ils ne le font effectivement.
Iln'eſtdonc pas étonnant que ſesjuge-
mens fe reffententtoujours des difpo-
fitions où il eſt à leur égard. Elles lui
font non-feulement recevoir fans éxa-
men l'imputation des crimes dont on
(h ) Bartolocc. Bibl. Rabb. pag. 874.
FEVRIER. 1764.
103
charge cetteNation ,mais même en ap-
percevoir là où il n'en éxiſte pas la plus
légère trace. Un autre que lui dont l'é-
quité auroit dirigéles fentimens, eût ſçu
qu'elle ne permet pas de tourner une
accufation en preuve contre la perſonne
qui eneſtl'objet ;à moinsqu'on ne ſoit
autorisé pour en venir juſques-là , de
P'allégation de quelque fait avéré qui
puiſſe la justifier. Agir différemment ,
c'eſt heurterde front les principes de la
Religion&de l'humanité. Ileſtvrai que
des gens qui, comme Bartolocci , ſeli-
vrent fans réſerve aux mouvemens d'une
paffion aveugle , font incapablesde faire
cesréflexions. Aureſte , nous nepré-
tendons point affirmer qu'Abarbanél fe
foit comporté d'une manière irrépréhen-
fible pendant tout letemps qu'il fut en
faveur à la Courde Portugal. Il est bien
rarequ'unhomme qui poffede dans un
degrééminent celle de fon maître ,n'a-
buſe pas quelquefoisdu crédit qu'elle lui
donne. Cependant quandil eſtqueſtion
deprononcer là-deſſus, ilfaut plus que
des préfomptions qu'il y a autantd'injuf-
tice quede témérité à produire pourdes
vérités iudubitables Un femblable pro-
cédé eſt encore plus inexcufable dans
les cas où la probité eſt eſſentielle
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ment intéreſſée. Enfin Bartolocci mon-
tre beaucoup d'ignorance , ou péche vi-
fiblement contre la bonne foi , en varr-
tant la douceur du Roi Jean : nous ofons
affurer que jamais perfonne mérita moins
que lui la qualication d'un Prince doux.
Elle convenoit ſans contredit à ſon pré-
déceſſeur , que tous ceux qui ont écrit
l'Histoire de Portugal s'accordent à
nous dépeindre comme un Monarque
bon & affable ; au lieu qu'ils nous
donnent une idée fort différente de
D. Jean , dont l'humeur altière & ri-
gide ne ſympathiſoit guères avec ce pen-
chant à la douceur qu'on lui attribue
fauſſement. Nous pouvons dire même
que ſa ſévérité tenoit plutôt d'un naturel
dur, infléxible & opiniâtre , que d'un
caractère équitable , quoiqu'il en affec-
tât les dehors impoſans. Nous ne nions
pas qu'il n'eût d'ailleurs de grandes qua-
lité ; il auroit été ſeulement à ſouhaiter
qu'elles n'euſſent pas été obſcurcies
par des défauts importans , & fur-tout
par les étranges petiteſſes dont une dé-
votion outrée & ſuperſtitieuſe le rendoit
ſuſceptible. Elle fut la ſource d'où cou-
la la haine qu'il avoit conçue pour les
Juifs, Comme l'intention de Bartolocci
étoitdepréſenterAbarbanel ſous l'aſpect
FEVRIER, 1764.2 105
leplus odieux; il a cru nepouvoirmjeux
la remplir qu'en prêtant gratuitement à
ce Prince un caractère de bonté que
celui- ci n'avoit pas , pour avoir occa-
ſion de le faire contraſter avec la mé
chanceté imaginaire de l'autre quien
devenoit par-là plus criminel. Je laiſſe à
juger fi la conduite de ce Compilateur,
eſtconforme aux devoirs que preferit la
probité.
La suite auMercure prochain
Fermer
12608
p. 105-107
LES plaisirs d'un jour, ou la Journée d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles, 1764. On en trouve des Exemplaires à Paris chez L. G. de Hansy, Libraire, sur le Pont au Change, un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s. broché.
Début :
DORINE qui est à proprement parler l'héroïne de ce Roman, est une femme [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES plaisirs d'un jour, ou la Journée d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles, 1764. On en trouve des Exemplaires à Paris chez L. G. de Hansy, Libraire, sur le Pont au Change, un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s. broché.
LES plaisirs d'un jour, ou la Journée
d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles,
1764. On en trouve des Exemplaires
à Paris chez L. G. de Hansy,
Libraire, sur le Pont au Change,
un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s.
broché.
DORINE qui est à proprement parler
l'héroïne de ce Roman, est une femme
qui après avoir éprouvé les dégoûts
d'un mariage conclu par raiſon d'inté-
rêt, ne trouve ſa liberté & fon bonheur
que dans la mort d'un époux dégoûtant
105 MERCURE DE FRANCE .
& cacochime. Les autres perſonnages
font un Abbé , une Prude , un Marquis,
une Julie, & un Président. L'Abbé qui
eſt le beau Parleur de cette Société, eft
un homme charmant qui paſſe une par
tie de ſa vie à recueillir les anecdotes
feandaleuſes , & l'autre partie à les va
conter. Auſi eſt-il la coqueluche des
cercles les mieux composés.
1
Le caractère odieux de la Prude à qui
Dorine est confiée , devient une leçon
pour les parens qui fe laiffant éblouir
par les dehors d'une fauſſe ſageſſe ,
mettentdans leurs maifonsdes perfon-
nes qui y apportent le trouble , & leur
confient indifcrettement ce qu'ils ont
de plus cher.
On voit dans le Marquis un cœur
tendre ,mais unhomme impatients,en-
treprenant ,qui met tout en usage, pour
fe rendre maître de Dorine , & pour
l'enlever à fon rival ; mais le véritable
amour de celui-ci fait échouer fon en-
trepriſe ; & la fauſſe Prude , qui par un
vil intérêt s'eſt prêtée à ſes vues , eft
enfin démaſquée. Les avantures de Julie
qui forment un épiſode, font intéref
fantes, & l'on eſt touché des événemens
qui traverſent ſa vie.
Le Bréfident fediftingue d'abordpar
/
FEVRIER. 1764.
107
ſamagnificence ; mais il figure pendant
peu de jours. Silvie ſa maîtreſſe ne pa-
roît pas plus longtemps que lui fur la
Scène. Après avoir parcouru dans ſa
jeuneſſe toutes les claſſes du libertinage,
en cédant aux caprices de la fortune ,
elledevientune femme décente lorſque
le Préſident l'a miſe en étatde ſe paffer
des fecours duPublic.
-
On trouve dans cet Ouvrage des mo-
ralités enveloppées de l'intérêt des évé-
nemens. Un Roman qui nedure que 9
àdix heures , & dont la lecture n'en
demande pas trois , eſt digne d'un ac-
cueil favorable.
d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles,
1764. On en trouve des Exemplaires
à Paris chez L. G. de Hansy,
Libraire, sur le Pont au Change,
un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s.
broché.
DORINE qui est à proprement parler
l'héroïne de ce Roman, est une femme
qui après avoir éprouvé les dégoûts
d'un mariage conclu par raiſon d'inté-
rêt, ne trouve ſa liberté & fon bonheur
que dans la mort d'un époux dégoûtant
105 MERCURE DE FRANCE .
& cacochime. Les autres perſonnages
font un Abbé , une Prude , un Marquis,
une Julie, & un Président. L'Abbé qui
eſt le beau Parleur de cette Société, eft
un homme charmant qui paſſe une par
tie de ſa vie à recueillir les anecdotes
feandaleuſes , & l'autre partie à les va
conter. Auſi eſt-il la coqueluche des
cercles les mieux composés.
1
Le caractère odieux de la Prude à qui
Dorine est confiée , devient une leçon
pour les parens qui fe laiffant éblouir
par les dehors d'une fauſſe ſageſſe ,
mettentdans leurs maifonsdes perfon-
nes qui y apportent le trouble , & leur
confient indifcrettement ce qu'ils ont
de plus cher.
On voit dans le Marquis un cœur
tendre ,mais unhomme impatients,en-
treprenant ,qui met tout en usage, pour
fe rendre maître de Dorine , & pour
l'enlever à fon rival ; mais le véritable
amour de celui-ci fait échouer fon en-
trepriſe ; & la fauſſe Prude , qui par un
vil intérêt s'eſt prêtée à ſes vues , eft
enfin démaſquée. Les avantures de Julie
qui forment un épiſode, font intéref
fantes, & l'on eſt touché des événemens
qui traverſent ſa vie.
Le Bréfident fediftingue d'abordpar
/
FEVRIER. 1764.
107
ſamagnificence ; mais il figure pendant
peu de jours. Silvie ſa maîtreſſe ne pa-
roît pas plus longtemps que lui fur la
Scène. Après avoir parcouru dans ſa
jeuneſſe toutes les claſſes du libertinage,
en cédant aux caprices de la fortune ,
elledevientune femme décente lorſque
le Préſident l'a miſe en étatde ſe paffer
des fecours duPublic.
-
On trouve dans cet Ouvrage des mo-
ralités enveloppées de l'intérêt des évé-
nemens. Un Roman qui nedure que 9
àdix heures , & dont la lecture n'en
demande pas trois , eſt digne d'un ac-
cueil favorable.
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12609
p. 107-111
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Début :
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur [...]
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texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
Fermer
12609
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
12610
p. 112-113
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
Début :
CE Volume qui contient l'Histoire de Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
HISTOIRE des Philosophes modernes,
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
Fermer
12610
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
12611
p. 114-124
DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
Début :
LE Discours de M. Marmontel, élu pour occuper la place de M. de Bougainville, [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
Fermer
12612
p. 124-125
« NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
Début :
NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
NOUS avions promis de donner encore
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
Fermer
12613
p. 125-136
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
FABLES nouvelles divisées en six Livres, avec des Notes, & un Discours [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
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12614
p. 136-139
« NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
Début :
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
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12615
p. 139-148
« INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
Début :
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...]
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texteReconnaissance textuelle : « INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
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12616
p. 162-164
MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
Début :
LA VILLE de Grenoble vient de voir sortir des mains d'un de ses Artistes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
MUSIQUE.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
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12617
p. 164-165
« M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...] »
Début :
M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. GAVINIÉS propose aux Amateurs de Musique une Souscription, pour [...] »
M. GAVINIÉS propose aux Amateurs
de Musique une Souscription, pour
faire graver SIX CONCERTO deſa com-
poſition , avec toutes ſes parties. On
pourra ſouſcrire depuis le premier du
mois de Février juſqu'au premier du
mois de Mai. Le prix des CONCERTO
fera d'un Louis pour ceux qui auront
foufcrit , & de 36 liv. pour les autres.
FEVRIER. 1764.
165
On ſouſcrira chez l'Auteur , rue S. Tho-
mas du Louvre , à Paris.
Le même Auteur vient de mettre en
vente Six SONATES à violon ſeul &
baſſe. Troiſième Œuvre. Prix 9 liv. qui
ſe trouve auſſi chez lui , & aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
Prix
liv.
SIX SONATES , d'un goût agréable
&chantant , en Duo , pour les flûtes ,
violons , hautbois , par-deſſus de viole ,
&c. Par M. PAGANELLI , miſes au
jour par le Sieur LE LOUP , Maître de
Flûte. Prix 5 liv. Chez le Sieur LE LOUP,
Editeur des Récréations de Polymnie ,
rue duMouton , près laGréve , au Caffé
du coin de la rue de la Tixéranderie.
1
LE Sr L. VOYEZ , Organiſte à Abbe-
ville , dont la réputation eſt connue ,
avertit le Public qu'il continue de mon-
trer le Clavecin & la Muſique : les De-
moiſelles qui voudront acquérir ce ta-
lent , pourront revevoir ſes leçons dans
la belle Abbaye des Dames de Villan-
court à Abbeville , où les penſions font
très-modiques.
de Musique une Souscription, pour
faire graver SIX CONCERTO deſa com-
poſition , avec toutes ſes parties. On
pourra ſouſcrire depuis le premier du
mois de Février juſqu'au premier du
mois de Mai. Le prix des CONCERTO
fera d'un Louis pour ceux qui auront
foufcrit , & de 36 liv. pour les autres.
FEVRIER. 1764.
165
On ſouſcrira chez l'Auteur , rue S. Tho-
mas du Louvre , à Paris.
Le même Auteur vient de mettre en
vente Six SONATES à violon ſeul &
baſſe. Troiſième Œuvre. Prix 9 liv. qui
ſe trouve auſſi chez lui , & aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
Prix
liv.
SIX SONATES , d'un goût agréable
&chantant , en Duo , pour les flûtes ,
violons , hautbois , par-deſſus de viole ,
&c. Par M. PAGANELLI , miſes au
jour par le Sieur LE LOUP , Maître de
Flûte. Prix 5 liv. Chez le Sieur LE LOUP,
Editeur des Récréations de Polymnie ,
rue duMouton , près laGréve , au Caffé
du coin de la rue de la Tixéranderie.
1
LE Sr L. VOYEZ , Organiſte à Abbe-
ville , dont la réputation eſt connue ,
avertit le Public qu'il continue de mon-
trer le Clavecin & la Muſique : les De-
moiſelles qui voudront acquérir ce ta-
lent , pourront revevoir ſes leçons dans
la belle Abbaye des Dames de Villan-
court à Abbeville , où les penſions font
très-modiques.
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12618
p. 166-169
GRAVURE.
Début :
STATUE Equestre de LOUIS LE BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
Fermer
12619
p. 169-173
ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
Début :
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens Italiens représenterent les Amours [...]
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texteReconnaissance textuelle : ORDONNÉS par M. le Duc de FLEURY, Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI, en Exercice ; & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus-Plaisirs de Sa Majesté. M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
ORDONNÉS par M. le Duc de
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
FLEURY, Pair de France, Premier
Gentilhomme de la Chambre du ROI,
en Exercice ; & conduits par M.
PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant
des Menus-Plaisirs de Sa
Majesté.
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de
S. Michel, Surintendant de la Musique du ROI, en semestre.
LE Mercredi, 4 Janvier, les Comédiens
Italiens représenterent les Amours
H
TO MERCURE DE FRANCE.
de Camille & d'Arlequin , Comédie Ita-
lienne en 3 Actes de M. GOLDONI,
Cette Piéce dont nous avons parlé plu-
fieurs fois , eut tout le ſuccès que doit
avoir un Ouvrage du vrai genre de la
Comédie dans une Cour éclairée , où le
bon goût n'a point encore été altéré par
les bizarreries de caprice qui féduiſent le
vulgaire. La ſeconde Piéce fut Baftien
& Bastienne , Parodie du Devin de
Village.
;
Le Jeudi 5 , les Comédiens François
repréſenterent Amasis , Tragédie de feu
M. DE LA GRANGE CHANCEL. ( de
1730. ) Elle fut ſuivie du Sicilien , Co-
médie de MOLIERE en un Acte en
Proſe de 1657. Dans la Tragédie , le
fieur LEKAIN joua le rôlede Séſoftris.
La Dille DUMESNIL, celuide Nitocris
&c. &c.
Le Mardi , 10 , par les Comédiens
François , le Chevalier à la mode , Co-
médie en 5 Actes en Proſe du feu fieur
DANCOURT. ( 1687.)
Le ſieur BELCOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le ſieur PREVILLE , celui de
Crifpin ; la Dlle PREVILLE , celui de
MdePatin; la Dlle DROUIN , celuide
la Baronne ; le rôle de Soubrette , par
la Dile LE KAIN , &c.
,
FEVRIER. 1764.
171
Pour feconde Piéce,l'Etédes Coquettes,
dumêmeAuteur, en unActe& en Profe.
(de 1690.) Dans laquelle le ſieur MOLÉ
jouoit le rôle de Clitandre , &c. &c.
Le lendemain , 11 , les Comédiens
Italiens repréſentérent les deux Chaffeurs
&la Laitière , Comédie en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , par M. ANSEAUME ,
précédé d'Arlequin & Scapin rivaux ,
Piéce Italienne en deux Ates.
Le 12 , les Comédiens François repré-
ſenterent Iphigénie , Tragédie de RA-
CINE. (de 1674.) Le ſieur BRIZARD
jouoit le rôle d'Agamemnon ; le ſieur
MOLÉ , celui d'Achille ; la Dile CLAI-
RON , celui d'Eriphile ; la Dlle DUMES-
NIL ,
Clitemnestre ; la Dlle Huss ,
Iphigénie , &c.
Pour ſeconde Piéce , le Tuteur , Co-
médie en un Acte & en Proſe du feu
fieur DANCOURT. (de 1695. )
Le Mardi 17 , les mêmes Comédiens
repréſenterent Démocrite, Comédie en
5Actes & en vers,de feu M. REGNARD.
(de 1700.)
Le ſieur BONNEVAL jouoit Démo-
crite; le fieur MOLÉ , Agelas ; le ſieur
ARMAND , Strabon ; le ſieur PAULIN,
lePaysan ; la Dlle PREVILLE , Ifmène;
laDileDOLIGNI , Criféïs; laDile BEL
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
COUR , la ſuivante d'Ifmène , &c.
Pour ſeconde Piéce l'Ufurier Gentil-
homme , comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur LE GRAND. ( de 1713. )
Prèſque les mêmes Acteurs & Actrices
de la première Piéce étoient employés
dans celle ci. Le ſieur AUGER jouoit
Frontin ; & la Dile DROUIN , Mde
Mananville.
Le Mercredi , 18 , on éxécuta deux
Actes d'Opéra , ſçavoir , pour la ſeconde
fois , l'Acte du Feu , troiſiéme Entrée
des Elémens , tel qu'il avoit été éxécuté
lemois précédent, ( * ) enſuite la Danse,
troifiéme Entrée du Ballet des Talens
lyriques , Poëme d'un Anonyme , Mu-
fique de M. RAMEAU,
Le Sr JÉLIOTE chantoit le rôle de
Mercure traveſtie en Berger. La Dlle
LANI chantoit & danſoit celui d'Eglé ,
le Sr LARRIVÉE le rôle d'Eurilas , Ber-
ger. La Dile LARRIVÉE chantoit une
Bergère. La Dlle ALLARD danſoit les
entrées de Terpsicore, le Sr CAMPIONI
danſoit à la tête des Faunes.
Le Sr BUREAU , repréſentant Pale-
mon , jouoit du hautbois fur le Théâtre,
Cet Acte , très-bien exécuté , & dont
leDivertiſſementavoit été agréablement
( *) Voyez le ſecond Vol. de Janvier.
FEVRIER. 1764.
173
diſpoſé , a fait le plus grand plaifir. La
Dile LANI , avec beaucoup de crainte ,
peu de voix , mais un ſon gracieux , plus
d'art& d'agrémens qu'on n'en exigeroit
d'une Danſeuſedansle chant , a rendu le
rôle d'Eglé avec ſuccèsdans cette partie :
dans celle de la Danſe , avec l'admira-
tion qu'elle ne ceſſe de mériter , & qui
ſe renouvelle chaque fois que l'on jouit
d'un talent unique , dont il eſt impoffi-
ble de donner une idée exacte aux Lec-
teurs qui ne l'ont pas vu.
Le Śr JÉLIOTTE chanta tout ce rôle ,
& la célébre Arriette qui le termine ,
L'objet qui règne dans mon âme , &c.
avec la même force , le même agrément
& les mêmes éclats dans la voix que le
Public a entendu lorſqu'on repréſen-
toit à Paris le Ballet charmant dont cet
Acte fait partie.
La Dile ALLARD a très-bien foutenu
par ſa danſe le caractère de Terpſycore ,
qu'elle repréſentoit. Plaire dans une en-
trée où le talentde la Dlle LANI eſt en
concurrence,eſt ſans doute le fuffrage le
plus flatteur qu'on puiſſe eſpérer en ce
genre.LesBallets étoientdeMM.LAVAL
père & fils , Maître des Ballets du Roi.
La fuite des Spectacles de la Cour au
Mercureprochain.
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12619
12620
p. 174-185
OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
Début :
AVANT l'ouverture du Théâtre on avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA. DESCRIPTION critique de la nouvelle Salle, au Palais des Thuileries.
OPERA.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
DESCRIPTION critique de la nouvelle
Salle, au Palais des Thuileries.
AVANT l'ouverture du Théâtre on
avoit déja imprimé dans des Feuilles Périodiques
une eſpècede Deſcriptionde
la nouvelle Salle , qui n'eſt pas con-
forme à la réalité en quelques Parties.
Il s'eſt depuis répandu dans le Pu
blic( par des préventions précipitées ou
pard'autres motifs)des idées peu éxac-
tes à beaucoup d'égards ſur le même
objet : c'eſt ce qui nous détermine à
commencer par expoſer , avec la plus
grande fidélité , la vraie diſpoſition de
ce lieu qui devient ſi intéreſſant à l'a-
muſement du Public.
En permettant d'établir proviſoire-
ment une Salle d'Opéra aux Thuileries ,
dans la partie du Théâtre de la Salle des
Machines , il avoit été preſcrit , ainſi que
nous l'avons annoncédans le temps ,'que
la forme & la distribution feroient les
mêmes que dans l'ancienne Salle du
FEVRIER. 1764.
175
Palais Royal , afin que les Locataires
des Loges s'y retrouvaſſent pour ainſi
dire dans les mêmes pofitions , fans
qu'il fût beſoin de paffer de nouveaux
Baux. C'eſt ce qui a été pratiqué. Ainfi
ſa forme n'eſt point ovale comme on
l'a avancé dans ces feuilles périodiques,
(ninepouvoit l'être dans l'eſpacedonné)
mais entiérement pareille à l'ancienne,
dontà cetégard elle eſt une éxacte copie.
Il en eſt réſulté un afſujettiſſement in
furmontable , qui doit anéantir toutce
qu'on auroit à dire ou à defirer ſur le
meilleur effet des plans en ce genre.
Comme le local procuroit plus d'eſpace,
-en certain ſens , on en a profité en
donnant ſeulement plusde longueur ,
plus de largeur & plus d'élévation ,
principalement au Théâtre. On a dif-
tribué le ſurplus d'étendue ſur tou-
tesles Loges ; enforte que les Specta-
teurs y font beaucoup moins preffés
que dans les anciennes , & qu'il s'en
trouve quelques-unes plus ſpacieuſes
dans la partie ceintrée du fond. Ce mê-
me avantage a facilité le moyen de
procurer environ 40 places de plus à
l'Amphithéâtre & un plus grand nom-
bre au Parterre. Maîtres de l'élévation
on a donné à cette Salle ſept à huit
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
pieds de plus de hauteur , ce qui aſervi à
élever davantage toutes les Loges : mais
principalement les Premieres ; tant au-
deſſusdu Parterre que dans leur intérieur.
Il eſt incontestable , 1°. que cela procure
bien plusde facilité pour la circulationde
l'air & que dans les plus fortes Repré-
ſentations , on n'y eſt point incom-
modé de la chaleur. 2°. Que les deſſous
des Loges forment par là un ſupplé-
ment affez vaſte au Parterre , pour
n'y être point étouffé , ni , pour ainfi
dire , écrafé ſous les planchers , com-
me dans les anciennes Salles. Les
ſecondes Loges fontauſſi plus élevées
dans leur intérieur,que n'étoient les an-
ciennes ; (*) mais comme parl'élévation
des Premieres, celles-ci ſe trouvent por-
tées à plus de hauteur, le premier coup
d'œil en juge autrement. C'eſt particu-
liérement cet effet apparent qui a fait
naître quelques réflexions critiques.
Avant d'improuver cette diſpoſition ,
éxaminons ſi les Loges , partagées par
des piliers , ne repréſentent pas à-peu-
près , relativement au Parterre, pluſieurs
étages de fenêtres qui environneroient
une cour. Dans ce cas , voyons s'il n'eſt
( * ) Cette vérité peutſevérifierpar les meſures.
FEVRIER . 1764.
177
pas dans l'ordre des proportions , pour
les Edifices nobles & élégans , de don-
ner beaucoup plus de hauteur aux pre-
miers Etages qu'aux autres ? Quelques
fois ces premiers étages ne ſont ſurmon-
tés que de ce qu'on appelle unAttique,
qui ne produit que des ouvertures baſſes
& dans une extrême inégalité avec celle
des Premiers , fans qu'alors les loix des
proportions foient violées, ni ſans que
nos regards en foient bleffés,parce qu'ils
y font accoutumés. C'eſt donc fur cette
ſeule habitude, qui domine les fens & la
raiſon , que pourroit être fondé le re-
proche , beaucoup plus que fur aucun
défaut réel. On pourroit en conféquen-
ce, afſurer que ſi, dans fix mois , il étoit
poſſible de rétablir l'ancienne Salle &
d'y introduire les mêmes Spectateurs
qui ont trouvé cet exhauſſement
étrange , ils concevroient à peine qu'ils
euffent pû ſupporter auffi longtemps
l'aspect & les incommodités d'un lieu
dont toutes les parties étoient auſſi
écraſées. On s'accoutumera encore avec
le temps à trouver ſur un Théâtre plus
vaſte & plus exhaufféles objets plus pe-
tits , ſansque cet effet doive être reputé
ún inconvénient. La diminution appa-
rente des objets eſt ſi peuun déſagré
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ment en certains cas que la perſpective
artificielle eſt obligée d'employer fou-
vent ſes refſources pour imiter la perf-
pective naturelle à cet égard,& donner
par-là l'idée illuſoire d'un lieu plus vaſte
ou plus éloigné ; ce qui ſatisfaitmieux
l'imagination , toutes les fois que l'on
veut repréſenter de grands Spectacles.
Il eſt fort naturel que l'on ait été d'a-
bord étonné de certaines proportions fi
oppoſées à nos Salles anciennes , où
dans une eſpèce de caverne on diſtri-
buoit, par petites cazes égales ,dequoi
loger leplus de Spectateurs qu'il étoit
poffible ; à-peu-près comme on niche
des pigeons dans un colombier. Déga-
gés du joug de cette habitude , on fe
gardera bien fans doute de renoncer
à ce qu'offre de plus favorable cette
nouvelle Salle , ſauf plutôt à augmen-
ter dans celles que l'on conſtruira par
la fuite , & où les lieux & les circonf
tances rendront les diſpoſitions plus
libres.
Trois rangs de Loges , foutenues
& diviſées par des piliers rehauffés d'or
& ornés de conſoles , règnent au
pourtour de cette Salle. Les Devantures
bombées,ſont d'un verd très-clair , avec
des ornemens enord'un fortbeau genre,
-
FEVRIER. 1764.
179
& affez artificieuſement exécutés pour
rendre tout l'effet du relief. Les inté-
rieurs font meublés d'étoffes dontla cou-
leur eſt aſſortie à la peinture , & tres-fa-
vorable à la parure ainſi qu'à l'éclat na-
turel des femmes quiles occupent. Les
ornemens des ſeconds & troifièmes Bal-
cons font diftingués par plus de richeffe
& par d'autres deffeins, de ceux des Lo-
ges ; mais le même fond règne dans
toute la Salle. Les ſoubaſſemens del'Am-
phithéâtre & des premiers Balcons font
en marbre verd campant de pluſieurs
nuances , avec des rehauffés d'or dans
les moulures des panneaux.
Une des parties , dont l'extérieur
eſt auſſi bientraitéque ſon intérieur, eſt
commode & agréable , eſt celle qu'on
appelle vulgairement dans nos Specta-
cles LE PARADIS . Ce lieu forme une
eſpèce de ſecond Amphithéâtre en re-
traite , au-deſſus des ſecondes Loges ,
lequel s'enfonce dans l'extrêmité cein-
trée de la Salle. Des arcades décorées
relativement au reſte , en terminent
l'enceinte. Les places y font difpo-
fées ſur des banquettes en gradins
au deſſus du doſſier deſquelles ,
refte encore des eſpaces pour voir &
pour entendre debout. Comme on a
H vj
il
180 MERCURE DE FRANCE.
renfermé cette enceinte, la licence & le
déſœuvrement ont un peu murmuré de
cette précaution ; mais l'attention paiſi-
ble des Citoyens honnêtes ſe trouve
fort bien d'être à l'abri du trouble , &
quelquefois de l'indécence , d'un cer-
tain genre de Spectateurs qui fréquen-
toient ce lieu dans l'autre Salle.
Nous avons parlé, dans un précédent
Mercure , du Platfond, de la convenan-
ce & de la richeſſe de ſes ornemens. Il
eſt, ainſi que nous l'avons déja dit , par-
tagé en pluſieurs compartimens variés.
Celui qui ſe trouve au-deſſus de l'Am-
phithéâtre , en Mosaïque d'un très-bon
goût , figure fi bienune Coupole, que
l'œil y eſt agréablement trompé. La clef
de cette feinte Coupole s'enlève à vo-
lonté,pourrenouvellerl'air quandil eneſt
beſoin. Tout le Platfond porte ſur une
corniche en vouſſure très- richement or-
née en or , & règne juſques ſur la partie
de l'Avant-ſcène.
Le Théâtre eſt ouvert dans toute la
largeur intérieure , & prèſque dans toute
la hauteur de la Salle , dont il n'eſt ſépa-
ré que par deux grands Termes , qui
paroiſſent foutenir les parties d'un Ri-
deau ouvert , ſous une pente d'étoffe
feſtonnée qui borde toute l'Avant-
Scène.
FEVRIER. 1764.
181
Un Théâtre , plus vaſte , plus profond
& plus élevé qu'aucun de ceux qu'on
ait encore vus dans la Capitale , donne
lieu à plus de grandeur & de magni-
ficence dans la repréſentation de nos
Opéras : ce qui ajoute un nouvel éclat à
la pompe & au merveilleux de ce genre
de Spectacle. Le Rideau de clôture ,
qu'on appelle communément la Toile ,
eſt un fond damaſſé relatif au colo-
ris général de la Salle , ſur lequel eſt un
Chiffre royal en or , enlacé dans des or-
mens , & encadré par une riche cam-
pane. Ce genre fimple & noble , bien
plus convenable pour cet uſage que les
fujets en figures & coloriés , contribue
à completter l'idée d'une Salle de Palais,
plutôt qu'un lieude Spectacle public , &
le tout répond parfaitement au lieu
dans lequel ſe trouve aujourd'hui celui
de l'Opéra.
Une condition capitale eſt fans con-
tredit la résonance. On a cherché
d'abord a jetter des doutes à cet
égard. On les fondoit fur ce qu'à la pre-
mière Repréſentation , la Voute de def-
ſous l'Orcheſtre n'ayant pû être ache-
yée , les baſſes inſtrumentales ne ren-
doient pas tout le ſon qu'on auroit defi-
ré. Cet inconvénient accidentel a ceffé
182 MERCURE DE FRANCE.
dès que les meſures priſes pour l'effet
contraire ont pu être éxécutées. Obligés
de rendre témoignage à la vérité , nous
n'avons qu'une choſe de fait à publier
fur cela Les voix d'un médiocre volu-
me , font entendues diftinctement dans
toute la Salle , il en eſt même qui y
trouvent de l'avantage ; & l'Acteur qui
chante le rôle de Jupiter au fond des
Décorations , dans le troiſième Acte de
Castor & Pollux, eſt très-bien entendu
du fond de l'Amphithéâtre. Ce qui fait
environ 70pieds de diſtance au moins ,
fans compter la déperdition des percés
dont il eſt environné.
On a fait bien des obſervations fur cette
Salle. Nous venons d'en diſcuter quel-
ques-unes des principales. L'équité veut
quenous répétions encore qu'à l'égard
de pluſieurs de ces obſervations ondoit
fe rappeller que des ordres abſolus ont
afſujetti à ce qu'elle fut une copie très-
exacte de l'ancienne dans ſa diſtribution .
Indépendammentde cetaſſujettiſſement
primitif, il en eſt d'autres,dans ces fortes
de conſtructions,qui ſont des ſuites for-
cées deconſidérationsparticulières dans
leſquelles le Public n'entre point. Il en
ignore plufieurs ,& il ne connoît pas la
force inſurmontable de quelques autres.
FEVRIER. 1764.
183
Dans le nombre des réproches aux-
quels ne peuvent manquer d'être expo-
fées les Saltes de Spectacles, il en eſt qui
concernentle plusoule moinsde moyens
pour voir mieux & plus commodément
de toutes les Places. Ceci dépendant
d'arrangemens intérieurs & mobiles
و
qui ne peuvent ſe régler bien juſte que
par l'expérience uſuelle , on a déja pour-
vu à quelques parties ,telles qu'à la pente
du Parterre , moyennant laquelle on
voitde tous les points, plus facilement
qu'auparavant. Nous ſommes en état
d'aſſurer qu'on arrangera ſucceſſivement
toutes les autres , aufli promptement que
le temps lepermettra , & qu'enfin on ſe
portera à celles qui exigent plus de tra-
vailpar éxemple aux Balcons , pendantla
prochaine vacance du Théâtre.
On ne croit pas devoir faire mention
des petites critiques , que l'envie dicte
toujours en ces occafions à l'étourderie
& à l'ignorance , d'où ſe forment des
préventions par écho dont le temps ſeul
peut étouffer la voix.
Quelqu'elles foient & quelque crédit
que ces préventions ,déjà détruites en
partie , euſſent pû obtenir , il reſteroit
toujours vrai au Jugement des grands
/
184 MERCURE DE FRANCE.
Artiſtes , à celui des particuliers éclairés
& impartiaux,que cette Salle , malgré les
afſujettiſſemens dont nous avons parlé ,
eſt une des plus belles,des plus agréables
&des plus nobles que l'on ait encore
vues dans la Capitale. La prévention la
plus outréene peut contefter que ce ne
foit en même temps une des plus com-
modes, par ſes corridors ſpacieux , par le
nombre , la facilité & l'ordre des eſca-
liers dedégagemens , ainſi que par ſes
iffues. On y entre par trois endroits du
côté des Cours : ſçavoir par une Porte
Principale pour le Public
,
une autre
qui ouvre fur le fond du Théâtre
pour les Acteurs , & une autre dans
la Cour des Suiffes , pour aller au
Théâtre en même tems qu'aux petites
Loges. Du côté du Jardin , le Public
entre par laGallerie qui ſera fermée de
chaffis dans toute longueur , pour que
le paſſage en ſoit à l'abri de toute in-
commodité de l'air. Une autre Porte ,
directement fur la Terraſſe du Jardin ,
eſt ouverte pour monter au Théâtre
& aux petites Loges. La grande Porte
de la Salle des Machines , le ſera pour
la fortie.Ainfi, deux Portes font ouver-
tes pour l'entrée publique ,trois pour
FEVRIER. 1764.
185
les entrées particulières & les fix pour
la fortie générale. Le grand Veſtibule
eſt d'un agrément infini. Il eſt , ainfi
que celui de l'intérieur , garni de Bou-
tiques , y compris celle du Caffé. Cet
agrément fera encore bien plus ſenſi-
bledans la belle faifon , par la com-
munication de ce lieu avec le plus beau
Jardin de l'Europe.
Fermer
12621
p. 185-189
« L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
Début :
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...]
Mots clefs :
Théâtre, Opéra, Public, Voix, Rôle, Cour, Exécuter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE a donné dans la nouvelle [...] »
L'ACADÉMIE ROYALE DE
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
MUSIQUE a donné dans la nouvelle
Salle , le Mardi 24 Janvier , la première
Repréſentation de Castor & Pollux ,
Tragédie - Opéra ; Poëme de M. BERNARD
, Muſique de M. RAMEAU.
Cet Opéra avoit été donné pour la
première fois le 24 Octobre 1737 , &
repris en Janvier 1764. Nous ne nous arrêterons
pas à parler du fond de cet Ouvrage,
dont le Public vient de ſentir encore
le mérite & de le marquer nonſeulement
par des applaudiſſemens
mais par fon affluence. * Nous rendrons
compte de l'exécution & de la pompe
de ſon Spectacle. La diſtribution des
rôles eſt la même qu'elle étoit à la
* Les cing premières Repréſentations ont produit
20800 liv.
186 MERCURE DE FRANCE.
Cour ( * excepté le rôle de Caftor exécuté
à Paris par M. PILLOT avec le feu
& l'intelligence d'Acteur. Jamais l'intéreffante
Mlle ARNOULD ne l'a été davantage
pour le Public. Indépendam -
ment des grâces , du ſentiment réglé
par l'intelligence la plus juſte , il ſemble
que fur ce nouveau Théâtre , ſa voix
ait pris de nouvelles forces , plus de
volume & plus de rondeur qu'elle n'en
avoit. Il eſt conſtamment éprouvé qu'à
quelque diſtance qu'elle y chante , non
feulement on ne perd aucune partie de
ſes ſons , mais encore des paroles de
fon rôle. Ce dernier effet eſt ſans doute
le fruit de l'art d'articuler , mérite qui
double celui de toutes les voix : mais on
peut aſſurer que dans cette Salle le fon
eſt en général repercuté plus diftincte .
ment que dans toute autre. Nous
croyons que ce Théâtre a un avantage
particulier , bien favorable à la vérité
des actions , c'eſt d'être plus ſonore audelà
de l'avant-Scène que ſous le plafond
qui la couvre. Nous avons déja
dit que dans le rôle de JupiterM. LARRIVÉE
étoit très-bien entendu à-peuprès
à 70 pieds de diſtance. Nous ré-
*V. dans les précédens Mercures l'Article des
Spectacles de la Cour à Fontainebleau.
FEVRIER. 1764. 187
avec lefeu
,
Jamais
l'ince
D ne l'a été da
ic. Indépendamdu
fentiment
réglé
plus juſte , ilſemble
u Théâtre , ſa voix
elles forces plus de
- rondeur qu'elle n'en
tamment éprouvéqu'
qu'elle y chante , non
e perd aucune partiede
encore des paroles de
ernier effet eſtfansdoute
= d'articuler , mérite qui
etoutes les voix : mais on
De dans cette Salle le fon
repercuté plus distincte. dans
toute
autre
. Nous ce Théâtre
a un avantage en favorable
à la vérité 'eſt d'être
plus fonore
au -Scène
que ſous le pla uvre. Nous
avons
dép rôlede Jupiter
M. LAR- ès- bien
entendu
à-peu- s de diſtance
. Nous
ré
cédens
Mercures
l'Article
des
ir àFontainebleau
.
pétons d'autant plus volontiers cette
vérité , qu'elle ne peut être imputée à
une illufion officieuſe , puiſque nous
en avons pour garants l'impreſſion &
le témoignage général de tous les Auditeurs
. Mlle LARRIVÉE a donné des
preuves très-agréables au Public de fon
zéle, en chantant les airs des divertiſſemens
de cet Opéra. On paroît auffi
très content de la manière dont M.
GELIN rend le rôle de Pollux. Mlle
CHEVALIER remplit très-bien leRôle
de Phébé, ainſi quelle avoit fait à la
Cour.
M. DUPAR , nouvelle Hautecontre ,
a débuté à la troifiéme repréſentation
par l'Ariette du ſecond Acte , Eclatez ,
fières trompettes , &c. & par le rôle de
Mercure. Le fon de ſa voix paroît agréable&
d'un volume ſuffifant. Il fournit
aux tons les plus hauts & fans héſiter.
Les agrémens du chant font bien exécutés
; on lui trouve de la netteté dans
la prononciation , beaucoup de juſteſſe
& d'oreille. Enfin on a lieu d'en eſpérer
favorablement , lorſque l'uſage du
Théâtre & des foins auront formé fon
maintien & fon jeu. On croit que l'ons
entendra encore d'autres Débutans dans
188 MERCURE DE FRANCE.
ce même genre de voix ſur lequel il
paroît que l'on prend toutes les meſures
poffibles pour fatisfaire le Public.
Les Ballets , par M. LANI , Maître
des Ballets de l'Opéra , font bien deffinés
, convenablement caractériſés &
produiſent ſur ce grand Théâtre uneffet
bien plus avantageux que ſur l'ancien.
Mlle LANI danſe dans les Ombres
heureuſes du quatriéme Acte & dans
l'Entrée de Génies qui préſident aux
Planettes . Nous croyons que tout éloge
feroit fuperflu ; la nommer , c'eſt indiquer
ſuffisamment l'admiration du Public.&
la fupériorité du Sujet qui l'occafionne
. Mlle ALLARD danſe au premierActe
en Spartiate & dans le Pas de
Trois en Furie, au quatrième Acte. Au
gré des Connoiffeurs , cette Danſeuſe
exécute dans cet Opéra les choſes les
plus fortes de fon art& d'une manière
dont à peine on conçoit les moyens.
Mlle VESTRIS , en Hébé , danſe l'enchantement
au troiſiéme Acte , & dans
les Planettes au cinquiéme. Mlle LYONNOIS
dans l'Entrée des Furies avec
Mlle ALLARD & M. BEAT . Le Pas des
Gladiateurs eft exécuté par MM. LANI
& GARDEL au premier Acte , & celui
NCE FEVRIER. 1764. 189
Tur lea
ares les mesufaire
le Public
LANT
Maître
, font bien deff
ent caractérisés
&
rand Theatre
un ef
tageux que ſur l'andes
Lutteurs par MM . LAVAL, LYONNOIS
, HIACINTE & ROGIER .
M. GARDEL danſe avec beaucoup
de ſuccès au cinquiéme Acte , ſous la
forme du Génie qui préſide au Soleil, ce
que M. VESTRIS danſoit à la Cour
dans le même Opéra . Mlle GUIMARD
exécute pluſieurs Pas de Deux avec M.
CAMPIONI au premier Acte & avec
Mlle LECLERC dans les trois autres,
Fermer
12622
p. 189-197
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Début :
Quelqu'étendue que nous ayent déja couté les détails de cet Article, plus intéressant [...]
Mots clefs :
Décorations, Décoration, Opéra, Théâtre, Acte, Palais, Architecture, Genre, Jupiter, Spectacle, Palais des Tuileries
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texteReconnaissance textuelle : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Fermer
12623
p. 198-199
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé le début dans le précédent Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
Mlle Fanier, dont nous avons annoncé
le début dans le précédent Mercure
pour les rôles de Soubrette , l'a con-
tinué juſqu'à préſent dans différentes
Piéces.
Le 2 , on a repris les repréſentations de
Blanche & Guifcard, Tragédie nouvelle
de M. SAURIN , de l'Académie Fran-
çoiſe. Elle avoit été interrompue à la
troifiéme par le ſervice de la Cour à
Fontainebleau. Comme nous ne dou-
tons pas que cette Piéce ne ſoit im-
primée & que nous ne pourrions rap-
porter que de mémoire ,quelques détails
utiles à joindre à l'Analyſe de la Fable
& de la conduite, nous attendrons que
le Public ait la Piéce ſous les yeux , afin
que nos Lecteurs foient plus en état de
juger de la juſteſſede nos obſervations.
Le 30 du même mois on a donné la
premiere Repréſentation de l'Epreuve
indifcrette , Comédie en deux Actes &
en vers par M. BRET. Cette Piéce a été
applaudie. Elle paroît bien écrite , il
y a des ſcènes fort agréables & très-
bien jouées par M. MOLÉ , & par
M. PRÉVILLE. Quelques perſonnes
en avoient trouvé l'expoſition un peu
FEVRIER. 1764 .
199
trop forte pour l'étendue de l'action;
on a faitdes retranchemens avantageux.
Le Public a vû avec un plaifir très-vrai
& marquépar des applaudiſſemens ſon
Eléve,(Mlle DOLIGNI.)& ſa protégée,
chargée en premier d'un rôle convena-
ble à ſon âge & à ſes talens.
On rendra compte de cette nou-
veauté dans le prochain Mercure.
Le regret avec lequel nous avions an-
noncé la retraite de M. GRANDVAL ,
eſt garant du plaifir que nous avons à
publier fon retour au Théâtre. Il doit
jouer Lundi , 6du préſent mois de Fé-
vrier , dans le Misantrope. Nous inſtrui-
rons par la ſuite le Public du choix &
du genre des rôles dont ſera compoſé
l'emploi de cet Acteur à cette rentrée.
Il doit compter autant ſur la volonté
officieuſe du Public à ſon égard , quele
Public a lieu d'attendre toujours de ſes
talens de nouveaux plaiſirs & une nou-
velle fatisfaction.
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12624
p. 199
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a continué les Représentations du Sorcier. Elles ont été interrompues par [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
ON a continué les Représentations du
Sorcier. Elles ont été interrompues par
l'indiſpoſition de quelques Acteurs.
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12625
p. *200-200
CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
Début :
LES deux Motets à grand Choeur qui ont été exécutés, étoient le Magnificat [...]
Mots clefs :
Motet, Voix, Chanter
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL Du 2 Février, Fête de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
Du 2 Février, Fête de la Purification.
LES deux Motets à grand Choeur qui
ont été exécutés,
étoient le Magnificat
de M. BELLISSEN , & le Te Deum
de M. DAUVERGNE , Motet d'une
grande distinction & duquel nous
avons parlé dans ſa nouveauté. Mile
FEL, toujours la même pour la voix,
& pour le talent,a chanté un Motet à.
voix feule de M. le PETIT , qui a paru
être goûté. Mlle S. MARCEL , jeune
Sujet dont nous avons parlé à l'occafion
du précédent Concert , a chanté avec
applaudiſſement. M. GAVINIÉS , ſupé-
rieur aux Eloges,a exécuté un Concerto
de ſa compofition : ainſi que M. BALBA-TRE sur l'Orgue.
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12626
p. 200-230
ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Début :
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions / DE toutes les passions qui élévent & échauffent le coeur de l'homme, la plus noble, la plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
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ja
pa
l'a
fu
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0
C
L
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FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
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ja
pa
l'a
fu
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0
C
L
Π
コ
FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
Fermer
12627
p. 230-232
De PARIS, le 30 Décembre 1763.
Début :
Le Comte de Mailly, Chevalier des Ordres du Roi, Lieutenant Général [...]
Mots clefs :
Comte, Chevalier, Gouverneur, Ordres, Académie, Discours, Lettres patentes, Université, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 30 Décembre 1763.
De PARIS, le 30 Décembre 1763 .
LE Comte de Mailly , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant Général de ſes Armées , Gouverneur
des Ville & Château de Dieppe , premier
Ecuyer de Madame la Dauphine , ſe rendit,
le 28 du mois dernier au Couvent des Peres
Cordeliers , revêtu des marques des Ordres de
Sa Majesté & précédé des ſieurs Chendret , Hé,
rault , & Perſeville , Huiſſier deſdits Ordres , aves
leur habit de Cérémonie. Il y préſida , au nom
du Roi , au Chapitre de Saint Michel , & reçut
Chevaliers de cet Ordre , avec les Cérémonies
accoutumées , le ſieur Dunod de Charnage ,
Avocat au Parlement de Besançon , Ancien Vicomte
Mayeur & Lieutenant Général de la même
Ville ; le ſieur Guillot Aubry , de l'Académie
3
FEVRIER. 1764. 231
Royale d'Architecture de la premiere Claffe &
Contrôleur des Bâtimens dépendans des Domaines
de Sa Majeſté ; le ſieur Mercier , ancien
premier Echevin de Paris , & le ſieur Babille ,
Avocat au Parlement , ancien Echevin. Le fieur
Boyer , Chevalier , Secrétaire de l'Ordre , avoit
auparavant adreſſé à l'aſſemblée un Dicours dans
lequel il avoit fait l'éloge des nouveaux Chevaliers ,
&avoit fait mention des motifs qui ont déter
miné Sa Majesté à leur accorder cette grace. Le
Comte de Mailly , & les Chevaliers ſe rendirent
enſuite en proceffion à l'Eglife , & y aſſiſterent
au Service qu'on y célébre tous les ans , lepremier
Lundi de l'Avent , pour les Rois , les Princes&
les Chevaliers décédés.
Le 24 du même mois , l'Académie Françoiſe
s'aſſembla & nomma le ſieur Marmontel pour
remplir la place vacante par la mort du ſieur de
Bougainville.
On a publié ici deux Lettres Patentes du Roi .
Les premieres , datées du 26 Octobre dernier ,
confirment le Collége de Fontenay- le-Comte ,
& l'union qui y a été faite du Prieuré de Rohan-
Rohan ; les ſecondes , du 16 Novembre , portent
tranflation des Ecoles de la Faculté des Droits de
l'Univerſité de Paris ſur la place de la nouvelle
Egliſe de Sainte Genevieve du Mont.
Le 3 dece mois , l'Univerſité tint ſon aſſemblée
al College de LoUIS- LE-GRAND , & annonça
pour l'année prochaine le prix d'Eloquence Latine
fondé par le ſieur Coignard , Secrétaire du
Roi , & Conſervateur des Hypothèques : ce prix
doit avoir pour ſujet: Ubi viget virilis difciplina ,
ibi optima estjuventutis inſtitutio. Le ſieur Camić ,
Profeſſeur au Collége de Lizieux , a été élu , le
16 de ce mois , Recteur de l'Univerſité à la place
du ſieur Fourneau,
232 MERCURE DE FRANCE.
Le 22 , l'Académie Françoiſe tint une ſéance
publique pour la réception du ſieur Marmontel
Le ſieur Bignon répondit , en qualité de Directeur
, au Diſcours du nouvel Académicien.
La ſéance fut terminée par la lecture d'une Epître
en vers du ſieur Marmontel ,fur la force & la
foibleffe de l'Esprit humain .
Le trente - fixiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait , le 24 de ce mois , en
la manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au Numéro 64567 celui de vingt
mille livres au Numéro 78669 , & les deux de
dix mille livres aux Numéro 70033 & 74726.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale Mi
litaire . Les Numéros ſortis de la roue de fortune,
font , 2,39,36,6,900
LE Comte de Mailly , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant Général de ſes Armées , Gouverneur
des Ville & Château de Dieppe , premier
Ecuyer de Madame la Dauphine , ſe rendit,
le 28 du mois dernier au Couvent des Peres
Cordeliers , revêtu des marques des Ordres de
Sa Majesté & précédé des ſieurs Chendret , Hé,
rault , & Perſeville , Huiſſier deſdits Ordres , aves
leur habit de Cérémonie. Il y préſida , au nom
du Roi , au Chapitre de Saint Michel , & reçut
Chevaliers de cet Ordre , avec les Cérémonies
accoutumées , le ſieur Dunod de Charnage ,
Avocat au Parlement de Besançon , Ancien Vicomte
Mayeur & Lieutenant Général de la même
Ville ; le ſieur Guillot Aubry , de l'Académie
3
FEVRIER. 1764. 231
Royale d'Architecture de la premiere Claffe &
Contrôleur des Bâtimens dépendans des Domaines
de Sa Majeſté ; le ſieur Mercier , ancien
premier Echevin de Paris , & le ſieur Babille ,
Avocat au Parlement , ancien Echevin. Le fieur
Boyer , Chevalier , Secrétaire de l'Ordre , avoit
auparavant adreſſé à l'aſſemblée un Dicours dans
lequel il avoit fait l'éloge des nouveaux Chevaliers ,
&avoit fait mention des motifs qui ont déter
miné Sa Majesté à leur accorder cette grace. Le
Comte de Mailly , & les Chevaliers ſe rendirent
enſuite en proceffion à l'Eglife , & y aſſiſterent
au Service qu'on y célébre tous les ans , lepremier
Lundi de l'Avent , pour les Rois , les Princes&
les Chevaliers décédés.
Le 24 du même mois , l'Académie Françoiſe
s'aſſembla & nomma le ſieur Marmontel pour
remplir la place vacante par la mort du ſieur de
Bougainville.
On a publié ici deux Lettres Patentes du Roi .
Les premieres , datées du 26 Octobre dernier ,
confirment le Collége de Fontenay- le-Comte ,
& l'union qui y a été faite du Prieuré de Rohan-
Rohan ; les ſecondes , du 16 Novembre , portent
tranflation des Ecoles de la Faculté des Droits de
l'Univerſité de Paris ſur la place de la nouvelle
Egliſe de Sainte Genevieve du Mont.
Le 3 dece mois , l'Univerſité tint ſon aſſemblée
al College de LoUIS- LE-GRAND , & annonça
pour l'année prochaine le prix d'Eloquence Latine
fondé par le ſieur Coignard , Secrétaire du
Roi , & Conſervateur des Hypothèques : ce prix
doit avoir pour ſujet: Ubi viget virilis difciplina ,
ibi optima estjuventutis inſtitutio. Le ſieur Camić ,
Profeſſeur au Collége de Lizieux , a été élu , le
16 de ce mois , Recteur de l'Univerſité à la place
du ſieur Fourneau,
232 MERCURE DE FRANCE.
Le 22 , l'Académie Françoiſe tint une ſéance
publique pour la réception du ſieur Marmontel
Le ſieur Bignon répondit , en qualité de Directeur
, au Diſcours du nouvel Académicien.
La ſéance fut terminée par la lecture d'une Epître
en vers du ſieur Marmontel ,fur la force & la
foibleffe de l'Esprit humain .
Le trente - fixiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait , le 24 de ce mois , en
la manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
livres eſt échu au Numéro 64567 celui de vingt
mille livres au Numéro 78669 , & les deux de
dix mille livres aux Numéro 70033 & 74726.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale Mi
litaire . Les Numéros ſortis de la roue de fortune,
font , 2,39,36,6,900
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Résumé : De PARIS, le 30 Décembre 1763.
Le 28 décembre 1763, le Comte de Mailly présida au Couvent des Pères Cordeliers le Chapitre de Saint Michel, où les sieurs Dunod de Charnage, Guillot Aubry, Mercier et Babille furent reçus comme Chevaliers. Le Chevalier Boyer prononça un discours élogieux. Ensuite, ils assistèrent à un service en mémoire des défunts Rois, Princes et Chevaliers. Le 24 décembre, l'Académie Française nomma Jean-François Marmontel pour remplacer François Bougainville. Deux Lettres Patentes du Roi confirmèrent l'union du Collège de Fontenay-le-Comte avec le Prieuré de Rohan-Rohan et transférèrent les écoles de la Faculté des Droits de l'Université de Paris sur la place de la nouvelle Église de Sainte Geneviève du Mont. Le 30 décembre, l'Université annonça un prix d'éloquence latine pour l'année suivante, avec pour sujet 'Ubi viget virilis disciplina, ibi optima est juventutis institutio'. Le sieur Camic fut élu Recteur de l'Université le 16 décembre. Le 22 décembre, l'Académie Française tint une séance publique pour la réception de Marmontel, au cours de laquelle le sieur Bignon répondit au discours du nouvel académicien. La séance se termina par la lecture d'une épître en vers de Marmontel sur la force et la faiblesse de l'esprit humain. Le 24 décembre, la Loterie de l'Hôtel de Ville attribua des lots de 50 000, 20 000 et 10 000 livres, et la Loterie de l'École Royale Militaire tira les numéros 2, 39, 36, 6 et 900.
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12628
p. 232-233
MARIAGES.
Début :
Le 10 du mois de Janvier, Joseph Durey ; Marquis Duterrail, Maréchal des Camps [...]
Mots clefs :
Marquis, Maréchal, Chevalier, Fille, Seigneur, Bénédiction nuptiale, Maison de Châtillon, Conjoints
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Le te du mois de Janvier , Joſeph Durey;
Marquis Duterrail , Maréchal des Camps& Armées
du Roi , ſon Lieutenant Général du Verdunois
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Seigneur du Duché-Pairie de Damville ,
Baron de S. André , de la Rambandière , Neuville,
Meliné , Mongon & autres lieux ; époula Marie
Charlotte de Cruffol de Montauſier ; elle eſt fille
du Marquis de Crufſol d'Uzès de Montaufier &
d'Elifabeth d'Aubuffon la Feuillade , & foeur du
Comte de Cruffol de Montauſier , Colonel du
Régiment d'Orléans.
LeMarquis Duterrail eſt fils de Joſeph Durey,
Seigneur de Sauroy , Duterrail , du Duché-Pairie
de Damville , de Martigni-le-Comte , de la Motte
S. Jean , Digoin S. Valier , Montigni , Monquel
, Beauvillier & autres lieux , Commandeur
FEVRIER. 1764. 293
honoraire de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis ; & de Marie Claire d'Estaing , Dame Duterrail
Bayard.
La Bénédiction Nuptiale leur fut donnée par
l'Abbé de Crufſol S. Sulpice, Grand-Vicaire d'Angers
, également parent des deux conjoints , dans
la Paroiſſe de S. Sulpice .
Le Marquis Duterrail avoit épousé en premières
nôces , Marie Roſalie de Goeſbriand ,dont la
mere étoit héritiére de la ſeconde branche de la
maiſon de Châtillon , & niéce du feu Duc de
Châtillon , Gouverneur de Monſeigneur le Dauphin.
Il a eu de ſa première femme quatre enfans
qui font morts en bas âge.
Il avoit pour ſoeur , feue la Ducheſſe de Brif-.
fac, premiere Dame de Mesdames Henriette &
Adelaide de France.
Le te du mois de Janvier , Joſeph Durey;
Marquis Duterrail , Maréchal des Camps& Armées
du Roi , ſon Lieutenant Général du Verdunois
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Seigneur du Duché-Pairie de Damville ,
Baron de S. André , de la Rambandière , Neuville,
Meliné , Mongon & autres lieux ; époula Marie
Charlotte de Cruffol de Montauſier ; elle eſt fille
du Marquis de Crufſol d'Uzès de Montaufier &
d'Elifabeth d'Aubuffon la Feuillade , & foeur du
Comte de Cruffol de Montauſier , Colonel du
Régiment d'Orléans.
LeMarquis Duterrail eſt fils de Joſeph Durey,
Seigneur de Sauroy , Duterrail , du Duché-Pairie
de Damville , de Martigni-le-Comte , de la Motte
S. Jean , Digoin S. Valier , Montigni , Monquel
, Beauvillier & autres lieux , Commandeur
FEVRIER. 1764. 293
honoraire de l'Ordre Royal & Militaire de S.
Louis ; & de Marie Claire d'Estaing , Dame Duterrail
Bayard.
La Bénédiction Nuptiale leur fut donnée par
l'Abbé de Crufſol S. Sulpice, Grand-Vicaire d'Angers
, également parent des deux conjoints , dans
la Paroiſſe de S. Sulpice .
Le Marquis Duterrail avoit épousé en premières
nôces , Marie Roſalie de Goeſbriand ,dont la
mere étoit héritiére de la ſeconde branche de la
maiſon de Châtillon , & niéce du feu Duc de
Châtillon , Gouverneur de Monſeigneur le Dauphin.
Il a eu de ſa première femme quatre enfans
qui font morts en bas âge.
Il avoit pour ſoeur , feue la Ducheſſe de Brif-.
fac, premiere Dame de Mesdames Henriette &
Adelaide de France.
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Résumé : MARIAGES.
En janvier, Joseph Durey, Marquis Duterrail, Maréchal des Camps et Armées du Roi, Lieutenant Général du Verdunois, Chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, Seigneur du Duché-Pairie de Damville, épousa Marie Charlotte de Cruffol de Montausier. Cette dernière est la fille du Marquis de Crufsol d'Uzès de Montaufier et d'Élisabeth d'Aubuffon la Feuillade, et la sœur du Comte de Cruffol de Montausier, Colonel du Régiment d'Orléans. Le Marquis Duterrail est le fils de Joseph Durey, Seigneur de Sauroy, Duterrail, du Duché-Pairie de Damville, et de Marie Claire d'Estaing, Dame Duterrail Bayard. La bénédiction nuptiale fut donnée par l'Abbé de Crufsol Saint-Sulpice, Grand-Vicaire d'Angers, parent des deux conjoints, dans la paroisse de Saint-Sulpice. Précédemment, le Marquis Duterrail avait épousé Marie Rosalie de Goesbriand, dont la mère était héritière de la seconde branche de la maison de Châtillon et nièce du feu Duc de Châtillon, Gouverneur de Monseigneur le Dauphin. De cette première union, il eut quatre enfants morts en bas âge. Il avait également pour sœur la défunte Duchesse de Brissac, première Dame de Mesdames Henriette et Adélaïde de France.
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12629
p. 233-234
MORTS.
Début :
Le Marquis Dupleix, Commandeur de l'Ordre Royal & Militaire de Saint [...]
Mots clefs :
Marquis, Chevalier, Abbé, Décès, Chef d'escadre, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
P
→
Le Marquis Dupleix , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , Chevalier
de l'Ordre du Roi , ci devant Commandant
Général des Etabliſſemens François aux Indes
Orientales , & Gouverneur de Ville & Forts de
Pondichery , eſt mort ici le 10 Novembre.
René Benigue de Croizier - Sainte - Segraux ,
Maréchal de Camp , eſt mort à Chaumont en
Baſſigny le 17 , dans la foixante- dix-huitiéme
année de ſon age.
L'Abbé Prevoſt , qui s'eſt rendu célébre par
un grand nombre d'Ouvrages d'eſprit & d'imagination
, eſt mort , le 25 , d'une attaque d'apopléxie,
dont il a été frappé en allant à une Maiſon
de Campagne qu'il avoit à quelques lieues
de cette Capitale.
234 MERCURE DE FRANCE.
L'Abbé de Trudaine , Grand- Vicaire deSenlis ,
Abbé de Preuilly , Ordre de Citeaux , Diocèſe
de Sens , & Prieur de Donas , Ordre de Saint
Benoît , Diocèſe d'Arras , eſt mort ici les Décembre
, âgé de trente-quatre ans. Son Abbaye
de Preuilly a été donnée a l'Evêque de Dijon.
Louis Philippe de Rigaud , Comte de Vaudreuil
, Lieutenant-Général desArmées Navales ,
Grand - Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , eſt mort à Tours , âgé de ſoixantedouze
ans.
Charles- Hyacinthe-Auguſte le Merecrel de
Chaſteloger , Chef d'Eſcadre , eſt mort les Décembre
, âgé de ſoixante-cinq ans.
Ernest Louis Comte de Mortaigne , ancien
Général de la Cavalerie de Sa Majeſté Impériale
Charles VII & ſon Chambellan , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , ancien Commandant
en Chef dans les trois Evêchés de Lorraine &
Inſpecteur de Cavalerie , eſt mort ici le 15 ,
dans la ſoixante - onzième année de ſon âge.
Louis Alexandre Comte de Damas mourut le.
6dans ſon Château de Crux en Nivernois , âgé
de cinquante-fept ans .
Jean-Jacques du Deffand , Marquis de la Lande
, ancien Colonel d'Infanterie & Lieutenant-
Général de l'Orléanois , eſt mort dans ſes Terres
, le 13 , âgé de ſoixante- ſept ans.
Antoine de Laſtic , Evêque de Comminges ,
nommé à l'Evêché de Châlons-fur Marne & à
l'Abbaye de Mouſtier- en- Der , même Diocèſe ,
eſt mort ici le 23 , âgé de cinquante-quatre ans.
Claude - Jacques - Céſar Marquis de Murat ,
ancien Colonel d'un Régiment d'Infanterie de
fon nom , eſt mort dans ſes Terres au Pays du
Maine ,de 25.
P
→
Le Marquis Dupleix , Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis , Chevalier
de l'Ordre du Roi , ci devant Commandant
Général des Etabliſſemens François aux Indes
Orientales , & Gouverneur de Ville & Forts de
Pondichery , eſt mort ici le 10 Novembre.
René Benigue de Croizier - Sainte - Segraux ,
Maréchal de Camp , eſt mort à Chaumont en
Baſſigny le 17 , dans la foixante- dix-huitiéme
année de ſon age.
L'Abbé Prevoſt , qui s'eſt rendu célébre par
un grand nombre d'Ouvrages d'eſprit & d'imagination
, eſt mort , le 25 , d'une attaque d'apopléxie,
dont il a été frappé en allant à une Maiſon
de Campagne qu'il avoit à quelques lieues
de cette Capitale.
234 MERCURE DE FRANCE.
L'Abbé de Trudaine , Grand- Vicaire deSenlis ,
Abbé de Preuilly , Ordre de Citeaux , Diocèſe
de Sens , & Prieur de Donas , Ordre de Saint
Benoît , Diocèſe d'Arras , eſt mort ici les Décembre
, âgé de trente-quatre ans. Son Abbaye
de Preuilly a été donnée a l'Evêque de Dijon.
Louis Philippe de Rigaud , Comte de Vaudreuil
, Lieutenant-Général desArmées Navales ,
Grand - Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , eſt mort à Tours , âgé de ſoixantedouze
ans.
Charles- Hyacinthe-Auguſte le Merecrel de
Chaſteloger , Chef d'Eſcadre , eſt mort les Décembre
, âgé de ſoixante-cinq ans.
Ernest Louis Comte de Mortaigne , ancien
Général de la Cavalerie de Sa Majeſté Impériale
Charles VII & ſon Chambellan , Lieutenant-Général
des Armées du Roi , ancien Commandant
en Chef dans les trois Evêchés de Lorraine &
Inſpecteur de Cavalerie , eſt mort ici le 15 ,
dans la ſoixante - onzième année de ſon âge.
Louis Alexandre Comte de Damas mourut le.
6dans ſon Château de Crux en Nivernois , âgé
de cinquante-fept ans .
Jean-Jacques du Deffand , Marquis de la Lande
, ancien Colonel d'Infanterie & Lieutenant-
Général de l'Orléanois , eſt mort dans ſes Terres
, le 13 , âgé de ſoixante- ſept ans.
Antoine de Laſtic , Evêque de Comminges ,
nommé à l'Evêché de Châlons-fur Marne & à
l'Abbaye de Mouſtier- en- Der , même Diocèſe ,
eſt mort ici le 23 , âgé de cinquante-quatre ans.
Claude - Jacques - Céſar Marquis de Murat ,
ancien Colonel d'un Régiment d'Infanterie de
fon nom , eſt mort dans ſes Terres au Pays du
Maine ,de 25.
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Résumé : MORTS.
Le texte énumère plusieurs personnalités décédées en novembre et décembre. Parmi elles, le Marquis Dupleix, ancien Commandant Général des Établissements Français aux Indes Orientales et Gouverneur de Pondichéry, est mort le 10 novembre. René Benigue de Croizier - Sainte - Segraux, Maréchal de Camp, est décédé à Chaumont en Bassigny le 17 novembre à 68 ans. L'Abbé Prévost, connu pour ses œuvres littéraires, est mort le 25 novembre d'une attaque d'apoplexie. L'Abbé de Trudaine, Grand-Vicaire de Senlis, est décédé en décembre à 34 ans. Son abbaye de Preuilly a été attribuée à l'Évêque de Dijon. Louis Philippe de Rigaud, Comte de Vaudreuil, Lieutenant-Général des Armées Navales, est mort à Tours à 72 ans. Charles-Hyacinthe-Auguste le Merecrel de Chasteloger, Chef d'Escadre, est décédé en décembre à 65 ans. Ernest Louis Comte de Mortaigne, ancien Général de la Cavalerie, est mort le 15 décembre à 71 ans. Louis Alexandre Comte de Damas est décédé le 6 décembre à 57 ans. Jean-Jacques du Deffand, Marquis de la Lande, ancien Colonel d'Infanterie, est mort le 13 décembre à 67 ans. Antoine de Lastic, Évêque de Comminges, est décédé le 23 décembre à 54 ans. Claude-Jacques-César Marquis de Murat, ancien Colonel d'un Régiment d'Infanterie, est mort le 25 décembre.
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12630
p. 235
De STOCKOLM, le 20 Décembre 1763.
Début :
Le Baron de Breteuil, Ambassadeur de France en cette Cour, a eu hier [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de France, Baron de Breteuil, Audience, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De STOCKOLM, le 20 Décembre 1763.
De STOCKOLM,le 20 Décembre 1763 .
La Baron de Breteuil , Ambaſſadeur de France
en cette Cour, a eu hier ſes premières audiences
de Leurs Majeſtés & de la Famille Royale.
La Baron de Breteuil , Ambaſſadeur de France
en cette Cour, a eu hier ſes premières audiences
de Leurs Majeſtés & de la Famille Royale.
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12631
p. 235-237
De FRANCFORT, le 5 Janvier 1764.
Début :
Le Landgrave de Hesse-Cassel ayant résolu de rentrer dans le Corps du Cercle [...]
Mots clefs :
Landgrave de Hesle-Cassel, Mémoire, Régence, Chapitre, Baronne, Comte, Colonel, Exécuteur testamentaire
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texteReconnaissance textuelle : De FRANCFORT, le 5 Janvier 1764.
De FRANCFORT , les Janvier 1764 .
Le Landgrave de Heſſe-Caffel ayant réſolu de
rentrer dans le Corps du Cercle du Haut-Rhin
comme Membre de ce Corps , dont ſa Maiſon
s'étoit détachée depuis pluſieurs années , a adreſſé
à ce ſujet une Lettre aux Etats du Cercle afdemblés
en cette Ville , par laquelle il leur fait part
de ſes intentions .
Il paroît ici un nouveau Mémoire dans lequel
les faits qui ont donné lieu à la détention du
Comte de Wartenſfleben ſont rapportés avec des
circonstances différentes de celles qui ſont contenues
dans l'Expoſé qu'a fait publier à ce ſujet la
Régence de Heſſe-Caffel. Suivant ce Mémoire,
la Baronne de Goerz légua tout ſon bien pour
établir dans ſa maiſon de Hombourg un Chapitre
deDames Nobles , & nomma le Comte de Wartenfleben
Exécuteur de ſon Testament avec des
pleins pouvoirs illimités , ratifiant d'avance tout
ce qu'il jugeroit à propos d'ordonner à ce ſujet.
L'Empereur confirma cette fondation & promit
d'accorder fa protection au Chapitre. La Baronne
de Goerz , que des ſujets de mécontentement
avoient déterminée à quitter la Heffe , exigea
1
236 MERCURE DE FRANCE.
du Comte de, Wartenſleben le ſerment de transférer
ce Chapitre dans un autre Pays Proteftant.
Le 26 Décembre , elle remit un blanc-ſeing au
Comte de Wartellenben pour revendiquer & emporter
trois coffres qu'elle avoit laiffés dans ſa
maiſon de Hombourg en Heſſe. Le Comte de
Wittgenstein , Colonel au ſervice de France ſe
chargea de les faire emporter : il arriva ſur les
lieux muni du blanc-ſeing que l'homme d'affaires
de la Baronne reconnut & en vertu duquel on lui
livra les coffres , pendant qu'on les chargeoit fur
une voiture , les Baillis de Hombourg ſurvinrent
&les firent enlever de force , ſous prétexte que
le plein-pouvoir étoit faux. La publication du
Teftament étant faite , la Ville de Francfort fit
délivrer à l'Exécuteur Teftamentaire tout ce qui
ſe trouvoit dans la maiſon de la Baronne : celuici
en fit faire un inventaire très-légal : il obſerva
les mêmes formalités vis-à-vis de la Régence de
Caffel& tranſporta publiquement une partie de
ces effets à Mayence. Après neuf mois de délai ,
le Bailli de Hombourg rendit les trois coffres que
le Comte de Wittgenstein avoit cachetés ; mais
le Comtede Wartenfleben éprouva plus de difficultés
à Caffel au ſujet de l'article du Teſtament
qui porte que la défunte deſtine ſa maiſonde
Hombourg à l'érection du Chapitre au cas que le
Landgrave veuille lui accorder les droits qui ſeront
demandés par le Directeur ; ſans néanmoins
que cette diſpoſtion empêche l'Exécuteur Teſta
mentaire de transférer ce Chapitre dans un autre
endroit , s'il le juge convenable , & ôte aux Dames
la liberté de pouvoir fortir du Pays quand elles
pourront s'établir ailleurs plus avantageuſement.
Surce ſujet, le Landgrave & la Régence enſuite ,
déclarerentqu'on n'admettroit de cet articleque
FEVRIER. 1764. 237
se qui regardoit l'établiſſement à Hombourg ,&
que tout le reſte étoit regardé comme nul. Enfin
on exigea que le Comte ſe ſoumît à cet égard
aux diſpoſitions de Son Alteſle Sérénitſime, &
qu'il lui rendît compte de ſon adminiſtration
Le Landgrave de Heſſe-Caffel ayant réſolu de
rentrer dans le Corps du Cercle du Haut-Rhin
comme Membre de ce Corps , dont ſa Maiſon
s'étoit détachée depuis pluſieurs années , a adreſſé
à ce ſujet une Lettre aux Etats du Cercle afdemblés
en cette Ville , par laquelle il leur fait part
de ſes intentions .
Il paroît ici un nouveau Mémoire dans lequel
les faits qui ont donné lieu à la détention du
Comte de Wartenſfleben ſont rapportés avec des
circonstances différentes de celles qui ſont contenues
dans l'Expoſé qu'a fait publier à ce ſujet la
Régence de Heſſe-Caffel. Suivant ce Mémoire,
la Baronne de Goerz légua tout ſon bien pour
établir dans ſa maiſon de Hombourg un Chapitre
deDames Nobles , & nomma le Comte de Wartenfleben
Exécuteur de ſon Testament avec des
pleins pouvoirs illimités , ratifiant d'avance tout
ce qu'il jugeroit à propos d'ordonner à ce ſujet.
L'Empereur confirma cette fondation & promit
d'accorder fa protection au Chapitre. La Baronne
de Goerz , que des ſujets de mécontentement
avoient déterminée à quitter la Heffe , exigea
1
236 MERCURE DE FRANCE.
du Comte de, Wartenſleben le ſerment de transférer
ce Chapitre dans un autre Pays Proteftant.
Le 26 Décembre , elle remit un blanc-ſeing au
Comte de Wartellenben pour revendiquer & emporter
trois coffres qu'elle avoit laiffés dans ſa
maiſon de Hombourg en Heſſe. Le Comte de
Wittgenstein , Colonel au ſervice de France ſe
chargea de les faire emporter : il arriva ſur les
lieux muni du blanc-ſeing que l'homme d'affaires
de la Baronne reconnut & en vertu duquel on lui
livra les coffres , pendant qu'on les chargeoit fur
une voiture , les Baillis de Hombourg ſurvinrent
&les firent enlever de force , ſous prétexte que
le plein-pouvoir étoit faux. La publication du
Teftament étant faite , la Ville de Francfort fit
délivrer à l'Exécuteur Teftamentaire tout ce qui
ſe trouvoit dans la maiſon de la Baronne : celuici
en fit faire un inventaire très-légal : il obſerva
les mêmes formalités vis-à-vis de la Régence de
Caffel& tranſporta publiquement une partie de
ces effets à Mayence. Après neuf mois de délai ,
le Bailli de Hombourg rendit les trois coffres que
le Comte de Wittgenstein avoit cachetés ; mais
le Comtede Wartenfleben éprouva plus de difficultés
à Caffel au ſujet de l'article du Teſtament
qui porte que la défunte deſtine ſa maiſonde
Hombourg à l'érection du Chapitre au cas que le
Landgrave veuille lui accorder les droits qui ſeront
demandés par le Directeur ; ſans néanmoins
que cette diſpoſtion empêche l'Exécuteur Teſta
mentaire de transférer ce Chapitre dans un autre
endroit , s'il le juge convenable , & ôte aux Dames
la liberté de pouvoir fortir du Pays quand elles
pourront s'établir ailleurs plus avantageuſement.
Surce ſujet, le Landgrave & la Régence enſuite ,
déclarerentqu'on n'admettroit de cet articleque
FEVRIER. 1764. 237
se qui regardoit l'établiſſement à Hombourg ,&
que tout le reſte étoit regardé comme nul. Enfin
on exigea que le Comte ſe ſoumît à cet égard
aux diſpoſitions de Son Alteſle Sérénitſime, &
qu'il lui rendît compte de ſon adminiſtration
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Résumé : De FRANCFORT, le 5 Janvier 1764.
En janvier 1764, le Landgrave de Hesse-Cassel a annoncé son intention de réintégrer le Corps du Cercle du Haut-Rhin. Parallèlement, un mémoire a relaté les événements menant à la détention du Comte de Wartensleben. La Baronne de Goerz avait légué ses biens pour créer un chapitre de dames nobles à Hombourg, nommant le Comte exécuteur testamentaire. L'Empereur a confirmé cette fondation. La Baronne a ensuite exigé le transfert du chapitre dans un autre pays protestant. Le 26 décembre, elle a remis un blanc-seing au Comte pour récupérer des coffres à Hombourg, saisis par les baillis locaux. Après la publication du testament, Francfort a délivré les biens de la Baronne à l'exécuteur, qui en a fait un inventaire et transporté des effets à Mayence. Neuf mois plus tard, les coffres ont été rendus au Comte, mais des désaccords sont survenus concernant la maison de Hombourg. Le Landgrave et la Régence ont refusé de valider l'intégralité du testament, exigeant que le Comte se soumette à leurs dispositions.
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12632
p. 237
De VERSAILLES, le 28 Septembre 1763.
Début :
Le Roi a nommé l'Abbé de Juigné, Agent Général du Clergé, [...]
Mots clefs :
Nominations, Abbé, Abbaye, Évêché
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 28 Septembre 1763.
De VERSAILLES , le 28 Septembre 1763 .
La Roi a nommél'Abbé de Juigné , Agent Général
du Clergé, à l'Evêché de Châlons-fur-Marne
, & lui a donné en même temps l'Abbaye de
Montier-en-Der.
Laſuitedes Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
La Roi a nommél'Abbé de Juigné , Agent Général
du Clergé, à l'Evêché de Châlons-fur-Marne
, & lui a donné en même temps l'Abbaye de
Montier-en-Der.
Laſuitedes Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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12633
p. *237-237
De ROME, le 21 Décembre 1763.
Début :
La Congrégation nommée pour examiner l'affaire de la double Élection [...]
Mots clefs :
Congrégation, Élection, Évêché, Cardinaux, Comte, Suffrages
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texteReconnaissance textuelle : De ROME, le 21 Décembre 1763.
De ROME , le 21 Décembre 1763 .
La Congrégation nommée pour examiner l'affairede
la double Election à l'Evêché de Liége ,
& compoſée des Cardinaux Cavalchini , Alexandre
Albani , Colonna de Sciarra , Torrigiani ,
Rezzonico , Santuzzi , Corſini & Negroni , &
des Prélats Antonelli & Mattei , s'aſſembla hier,
Le Comte d'Outremont ayant réuni en ſa faveur
la pluralité des ſuffrages , fon élection fut confirmée.
La Congrégation nommée pour examiner l'affairede
la double Election à l'Evêché de Liége ,
& compoſée des Cardinaux Cavalchini , Alexandre
Albani , Colonna de Sciarra , Torrigiani ,
Rezzonico , Santuzzi , Corſini & Negroni , &
des Prélats Antonelli & Mattei , s'aſſembla hier,
Le Comte d'Outremont ayant réuni en ſa faveur
la pluralité des ſuffrages , fon élection fut confirmée.
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12634
p. *237-237
De GENES, le 26 Décembre 1763.
Début :
On a appris de Corse, ces jours derniers, que Paschal Paoli s'étoit rendu [...]
Mots clefs :
Corse, Pascal de Paoli, Couvent
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texteReconnaissance textuelle : De GENES, le 26 Décembre 1763.
De GENES , le 26 Décembre 1763 .
On a appris de Corſe , ces jours derniers , que
Paſchal Paoli s'étoit rendu maître de Calenſana ,
& qu'il avoit fait arrêter & tranſporter dans un
Couvent de Moines l'Evêque de ce Bourg.
On a appris de Corſe , ces jours derniers , que
Paſchal Paoli s'étoit rendu maître de Calenſana ,
& qu'il avoit fait arrêter & tranſporter dans un
Couvent de Moines l'Evêque de ce Bourg.
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12635
p. 238
AVIS.
Début :
Par Brevet & Privilége confirmé par 2 Arrêts du Parlement, du 17 Mai & 4 Décembre 1747, [...]
Mots clefs :
Pâte de guimauve, Suc de réglisse, Maladies, Poumons, Médecins, Guérison, Contrefaçon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
PAR Brevet & Privilége confirmé par 2 Arrêts
du Parlement , du 17 Mai & 4 Décembre 1747 ,
Mile DESMOULINS & feue ſa mere , ont depuis
plus de foixante ans continué de compofer & diftribuer
la Pâte de Guimauve & Suc de Réglife
fans fucre , pour toutes les maladies du Poumon ,
Tour, Rhume, Afthme , Fluxions de Poitrine, &c.
avec l'approbation de MM. les premiers Médecins
du Roi , & de la Faculté de Paris , leſquels s'en fervent
eux-mêmes , & en ordonnent l'uſage à leurs
Malades.Quoique les Contrefaiſeurs deſdites Pâte
&Sucre, diſent que Mile DESMOULINS leur a
vendu ſon ſecret , elle prouvera que l'envie & la
jalouſie ontpûſeules leur faire débiter ces menſonges,
& qu'elles n'ont communiqué leur ſecret à
perſonne. Leſdites Pâte & Sucre ne ſe gâtent point ,
peuvent ſe tranſporter par- tout ſans rien perdrede
leur qualité. Leur prix eſt de 8 liv. la livre. Mlle
DESMOULINS demeure toujours rue du Cimetiere
S. André des Arts, la premiere porte carrée à droite,
en fortant du Cloître , chez Mile Charmeton , au
deuxićme.
PAR Brevet & Privilége confirmé par 2 Arrêts
du Parlement , du 17 Mai & 4 Décembre 1747 ,
Mile DESMOULINS & feue ſa mere , ont depuis
plus de foixante ans continué de compofer & diftribuer
la Pâte de Guimauve & Suc de Réglife
fans fucre , pour toutes les maladies du Poumon ,
Tour, Rhume, Afthme , Fluxions de Poitrine, &c.
avec l'approbation de MM. les premiers Médecins
du Roi , & de la Faculté de Paris , leſquels s'en fervent
eux-mêmes , & en ordonnent l'uſage à leurs
Malades.Quoique les Contrefaiſeurs deſdites Pâte
&Sucre, diſent que Mile DESMOULINS leur a
vendu ſon ſecret , elle prouvera que l'envie & la
jalouſie ontpûſeules leur faire débiter ces menſonges,
& qu'elles n'ont communiqué leur ſecret à
perſonne. Leſdites Pâte & Sucre ne ſe gâtent point ,
peuvent ſe tranſporter par- tout ſans rien perdrede
leur qualité. Leur prix eſt de 8 liv. la livre. Mlle
DESMOULINS demeure toujours rue du Cimetiere
S. André des Arts, la premiere porte carrée à droite,
en fortant du Cloître , chez Mile Charmeton , au
deuxićme.
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Résumé : AVIS.
L'avis concerne Mile Desmoulins et sa mère, qui fabriquent et distribuent depuis plus de soixante ans une pâte de guimauve et un sirop de réglisse sans sucre, destinés au traitement des maladies pulmonaires telles que la toux, le rhume, l'asthme et les fluxions de poitrine. Ces produits ont été approuvés par les premiers médecins du Roi et la Faculté de Paris, qui les utilisent et les prescrivent à leurs patients. Mile Desmoulins réfute les allégations des contrefacteurs selon lesquelles elle aurait vendu son secret, attribuant ces accusations à l'envie et à la jalousie. Les produits ne se détériorent pas et peuvent être transportés sans perdre leurs qualités. Leur prix est de 8 livres la livre. Mile Desmoulins réside rue du Cimetière Saint-André des Arts, première porte carrée à droite en sortant du Cloître, chez Mile Charmeton, au deuxième étage.
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12636
p. 239-240
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Lettre à M. De la Place, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE,
ARTICLE PREMIER.
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure. Pag. 5
ENVOI des Jeux d'Enfans à Mde de Cyp ..... 9
ENVOI de mes Poefies , &c. 10
VERS à Mde ** . ibid.
LETTRE mêlée de Vers & de Proſe , à M.
Vernet , Peintre du Roi . II
ÉPITRE à M.L *** . 16
SUITE des Péris & des Néris , ou l'Amour
conime on le méne , Conte.
IPHIS & Anaxarette , Romance tirée desMétam
. d'Ovide , à Mlie de H....
AMde la Marquise de Choiseul , ſur le retour
de M ſon fils.
25
54
16
ibid.
$7
VERS à Mile C... à Nantes .
ÉTRENNES Pastorales .
EPIGRAMME .
LETTRES d'un jeune homme.
QUATRAIN pour être mis au bas de la belle
Statue de M. de Sully.
VERS ſur la mort de M. l'Abbé Prévost.
ÉPIGRAMMES.
MADRIGAL.
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES .
CHANSON.
(
رو
60
68
69
70
71
72
73
72
240 MERCURE DE FRANCE.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
DISSERTATION hiſtorique & critique ſur la
Vie de Don Ifaac Abarbanel , JuifPortugais.
Par M. de Boiſſy.
Les plaiſirs d'un jour , ou la Journée d'une
Provinciale à Paris.
ABRÉGÉ de l'Hiſtoire Grecque , &c. par M.
d'Alletz.
HISTOIRE des Philoſophes modernes , par
M. Saverien .
77
105
107
112
DISCOURS prononcé dans l'Académie Fran-
125 & fuiv.
çoiſe , à la réception de M. Marmontel. 114
ANNONCES de Livres.
ARTICLE III.SCIENCESET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIES ..
SÉANCE publique de l'Académie Royale des
ART. IV . BEAUX - ARTS.
Belles-Lettres deCAEN.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
GRAVURE.
148
162
166
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Gour à Verſailles. 169
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives.
ÉLOGE hiſtorique & militaire de M. le
Vicomte de Belſunce.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
AVIS .
197
199
20
230
233
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE,
ARTICLE PREMIER.
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure. Pag. 5
ENVOI des Jeux d'Enfans à Mde de Cyp ..... 9
ENVOI de mes Poefies , &c. 10
VERS à Mde ** . ibid.
LETTRE mêlée de Vers & de Proſe , à M.
Vernet , Peintre du Roi . II
ÉPITRE à M.L *** . 16
SUITE des Péris & des Néris , ou l'Amour
conime on le méne , Conte.
IPHIS & Anaxarette , Romance tirée desMétam
. d'Ovide , à Mlie de H....
AMde la Marquise de Choiseul , ſur le retour
de M ſon fils.
25
54
16
ibid.
$7
VERS à Mile C... à Nantes .
ÉTRENNES Pastorales .
EPIGRAMME .
LETTRES d'un jeune homme.
QUATRAIN pour être mis au bas de la belle
Statue de M. de Sully.
VERS ſur la mort de M. l'Abbé Prévost.
ÉPIGRAMMES.
MADRIGAL.
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES .
CHANSON.
(
رو
60
68
69
70
71
72
73
72
240 MERCURE DE FRANCE.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
DISSERTATION hiſtorique & critique ſur la
Vie de Don Ifaac Abarbanel , JuifPortugais.
Par M. de Boiſſy.
Les plaiſirs d'un jour , ou la Journée d'une
Provinciale à Paris.
ABRÉGÉ de l'Hiſtoire Grecque , &c. par M.
d'Alletz.
HISTOIRE des Philoſophes modernes , par
M. Saverien .
77
105
107
112
DISCOURS prononcé dans l'Académie Fran-
125 & fuiv.
çoiſe , à la réception de M. Marmontel. 114
ANNONCES de Livres.
ARTICLE III.SCIENCESET BELLES- LETTRES.
ACADÉMIES ..
SÉANCE publique de l'Académie Royale des
ART. IV . BEAUX - ARTS.
Belles-Lettres deCAEN.
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
GRAVURE.
148
162
166
ART. V. SPECTACLES.
SUITE des Spectacles de la Gour à Verſailles. 169
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives.
ÉLOGE hiſtorique & militaire de M. le
Vicomte de Belſunce.
ART. VI . Nouvelles Politiques.
AVIS .
197
199
20
230
233
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication, organisée en six sections principales. Le premier article répertorie diverses pièces fugitives en vers et en prose, incluant des lettres, des poèmes, des contes, des romances, des épigrammes, des énigmes et des chansons. Parmi les œuvres notables, on trouve des envois et des lettres adressées à des personnalités telles que M. De la Place et M. Vernet, ainsi que des vers dédiés à différentes personnes. Le deuxième article traite des nouvelles littéraires, avec des dissertations historiques et critiques, des récits comme 'Les plaisirs d'un jour', et des abréviés historiques. Il inclut également des discours académiques et des annonces de livres. Le troisième article aborde les sciences et les belles-lettres, mentionnant des séances publiques d'académies. Le quatrième article se concentre sur les beaux-arts, incluant la musique et la gravure. Le cinquième article décrit les spectacles, tels que les comédies françaises et italiennes, et les spectacles de la cour à Versailles. Enfin, le sixième article présente des nouvelles politiques et des avis.
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12637
p. 240
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
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12638
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ;
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté-
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fots , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize vo-
tumes , à raison de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour fſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re-
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
laPoftepourlefaire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur comp-
te , ne payeront comme à Paris , qu'à
raison de 30 fols par volume , c'est-à-
dire, 24 liv. d'avance
pour ſeize volumes.
,
en s'abonnant
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve-
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci-
deffus.
On fupplie les personnes des provin-
ces d'envoyer par la poſte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye-
ment en foitfait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran-
chis , resteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyenz
des Livres , Estampes & Muſique à an-
noncer , d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom-
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en ajuf-
qu'à préſent cent quatre vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la findu ſoixante-douziéme.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'est à lui que l'on prie d'adreſſer ;
francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté-
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fots , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize vo-
tumes , à raison de 30 fols pièce.
Les perſonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour fſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re-
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
laPoftepourlefaire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur comp-
te , ne payeront comme à Paris , qu'à
raison de 30 fols par volume , c'est-à-
dire, 24 liv. d'avance
pour ſeize volumes.
,
en s'abonnant
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve-
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci-
deffus.
On fupplie les personnes des provin-
ces d'envoyer par la poſte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye-
ment en foitfait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran-
chis , resteront au rebut.
On prie les personnes qui envoyenz
des Livres , Estampes & Muſique à an-
noncer , d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Pièces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom-
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en ajuf-
qu'à préſent cent quatre vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la findu ſoixante-douziéme.
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12639
p. 5-9
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
Début :
LES entreprises des mauvais Citoyens contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
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12640
p. 9-14
ODE A LA PEINTURE. Omnia transformat sese in miracula rerum. Virg. Georg. Lib. 4.
Début :
TOI que la main de l'industrie [...]
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texteReconnaissance textuelle : ODE A LA PEINTURE. Omnia transformat sese in miracula rerum. Virg. Georg. Lib. 4.
ODE A LA PEINTURE.
Omnia transformat sese in miracula rerum.
Virg. Georg. Lib. 4.
TOI que la main de l'industrie
Grava ſur l'aîle du hazard ,
2.
Peinture , heureux fruit du génie ,
Éclatante fille de l'art ,
Que ton temple s'ouvre à ma vue !
Mon eſprit parcourt l'étendue
Où brillent tes traits créateurs ;
Peins-moi ce que je dois décrire ,
Et ſurtout répands ſur ma lyre
L'éclat pompeux de tes couleurs.
V
10 MERCURE DE FRANCE .
Sous tes pinceaux que voit-je éclore
Quel feu , quelle rapidité !
L'ombre s'imprime , ſe colore ,
Et ſe change en réalité.
Quel prodige anime la toile ?
L'Univers entier ſe dévoile ,
Tout ſe renouvelle à mes yeux :
Ton crayon avec énergie
Crée, raſſemble , vivifie :
J'embraſſe les temps & les lieux.
L'éclat, la force, l'élégance ,
La douceur , les grâces ,l'amour,
Par une heureuſe concurrence
Décorent ton front tour- à-tour.
Hs vont par ton ordre ſuprême
Au ſein de la Nature même ,
Ravir le germe des couleurs
Dont le précieux aſſemblage
Nous préſente une vive image-
De ſes traits les plus enchanteurs.
Ton crayon enchaîne l'efpace,
Et par ſes fublimes effets ,
Sur une légére furface,
Trace & réunit les objets.
Mais que vois-je ? tamainhardie
Porte les couleurs & la vie
Dans le fombre abîme du Temps
MARS.. 1764.
Arbitrede la Renommée ,
Tu viens , à la Terre étonnée ,
Montrer ſes anciens Habitans.
Par le charme de tes images ,
Les lieux , les Peuples & les arts ,
Perpétués dans tes Ouvrages ,
Se ſuccédent à mes regards:
Tout renaît , & , par toi , les hommes ,
Retraçant au temps où nous ſommes ,
Leurs Loix , leurs uſages , leurs mœurs ,
Ont fur tes aîles fortunées ,
Franchi le torrent des années ,
Pour revivre dans tes couleurs..
Que la plus profonde ignorance
S'éclaire de ton feu divin ::
Le langage de l'évidence
Frappe, inſtruit , tout le genre humains
Qu'à tes progrès tout s'intéreſſe.
Ah! qu'à juſte titre la Gréce
Voulut ennoblir tes pinceaux ,
Quand,vainqueurdes bornes de l'âge ,
Ton art , honorant le courage ,
Immortaliſoit ſes Héros !
C'eſt luidont le ſouffle rapide,
Raſſemblant les mânes épars ,
Ranime une Armée intrépide ,
Avi
II
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'ombre de ſes étendarts :
Qui nous peint le Dieu des batailles ,
Le fer, le ſang , les funérailles ,
Que ſuit le char de la terreur ;
Là des ruines entaſſées,
Plus loin des Cités embraſées ,
Le feu , le carnage & l'horreur.
Maisquoi , le ſpectacle du monde
N'eſt-il que celui de nos maux ?
Opeinture ! ô ſource féconde ,
N'as-tu pas des plus doux pinceaux ?
Quand, par une amoureuſe adreſſe ,
La main même de la tendreſſe
Eut ébauché tes premiers traits ,
Ne vit-on pas celles des grâces ,
Colorant ſes aimables trâces ,
Hâter le cours de tes progrès ?
Rivale en tout de la Nature ,
Cequ'elle enfante de plus beau
Comme par une glace pure ,
Eſt répété par ton pinceau :
Ton art , comme elle inépuiſable ,.
Me trace une figure aimable ,
Et des objets moins incertains :
La reſſemblance eſt conſommées .
Mon œil dans leur ombre animée
Voit & diftingue les humains.
MARS. 1764.
Partout tes couleurs adoucies
Arrêtent mon cœur & mes yeux
Paroiffez , images chéries ,
Qui me retracez mes ayeux..
C'eſt à toi , divine Peinture ,
A m'en conſerver la figure ,
L'air , l'abord& les propres traits :
Ils revivent dans tes ouvrages
Quand le cours rapide des âges
Nous les a ravis pour jamais.
Un nouvel éclat t'environne ,
L'agrément prépare tes fleurs ;
L'amour , pour former ta couronne
S'éxerce à broyer tes couleurs ,
Nous peint les champs & la fougère
Etdans les yeux d'une Bergère ,
Gravant l'empreintedes plaiſirs ,
Trace avec un crayon de flâme ,
Le cœur , les mouvemens de l'âme
Et l'image de ſes deſirs.
Tu mepeins un ſéjour champêtre
La fraîcheur & l'émail des Prés :
Le jour qui me ſemble renaître ,
En développe les beautés:
J'entrevois les grâces de Flore;
Le pinceau vermeil de l'Aurore
Trace la route du Soleil.....
13
14 MERCURE DE FRANCE.
Non , ce n'eſt plus une peinture ;
C'eſt l'air , la terre , la Nature
Dans leur plus brillant appareil.
Un objet frapant , mais funébre ,
Vient encore s'offrir à nous .
Quel pinceau , quelle main célébre
Peint les élémens en courroux ?
La mer , entr'ouvrant ſes abîmes ,
Engloutit ſes pâles victimes ......
Je tremble à l'aſpect de leur fort.
Jecrois voir... je vois leur naufrage ,
Les vents ,les vagues , le rivage ,
L'orage, la foudre & la mort !
C'eſt ainſi que ton art fublime ,
Sous un coloris enchanteur ,
Aton gré me frappe & m'imprime
L'amour , la crainte ou la terreur.
Partout le feu de tes ouvrages
Me réaliſe tes images ;
Je me tranſporte en tous les lieux :-
Ont pris la place de mes yeux.
:
Ton flambeau m'éclaire & m'enflame ;
Mon eſprit , mon cœur & mon âme :
Par M. B.
Omnia transformat sese in miracula rerum.
Virg. Georg. Lib. 4.
TOI que la main de l'industrie
Grava ſur l'aîle du hazard ,
2.
Peinture , heureux fruit du génie ,
Éclatante fille de l'art ,
Que ton temple s'ouvre à ma vue !
Mon eſprit parcourt l'étendue
Où brillent tes traits créateurs ;
Peins-moi ce que je dois décrire ,
Et ſurtout répands ſur ma lyre
L'éclat pompeux de tes couleurs.
V
10 MERCURE DE FRANCE .
Sous tes pinceaux que voit-je éclore
Quel feu , quelle rapidité !
L'ombre s'imprime , ſe colore ,
Et ſe change en réalité.
Quel prodige anime la toile ?
L'Univers entier ſe dévoile ,
Tout ſe renouvelle à mes yeux :
Ton crayon avec énergie
Crée, raſſemble , vivifie :
J'embraſſe les temps & les lieux.
L'éclat, la force, l'élégance ,
La douceur , les grâces ,l'amour,
Par une heureuſe concurrence
Décorent ton front tour- à-tour.
Hs vont par ton ordre ſuprême
Au ſein de la Nature même ,
Ravir le germe des couleurs
Dont le précieux aſſemblage
Nous préſente une vive image-
De ſes traits les plus enchanteurs.
Ton crayon enchaîne l'efpace,
Et par ſes fublimes effets ,
Sur une légére furface,
Trace & réunit les objets.
Mais que vois-je ? tamainhardie
Porte les couleurs & la vie
Dans le fombre abîme du Temps
MARS.. 1764.
Arbitrede la Renommée ,
Tu viens , à la Terre étonnée ,
Montrer ſes anciens Habitans.
Par le charme de tes images ,
Les lieux , les Peuples & les arts ,
Perpétués dans tes Ouvrages ,
Se ſuccédent à mes regards:
Tout renaît , & , par toi , les hommes ,
Retraçant au temps où nous ſommes ,
Leurs Loix , leurs uſages , leurs mœurs ,
Ont fur tes aîles fortunées ,
Franchi le torrent des années ,
Pour revivre dans tes couleurs..
Que la plus profonde ignorance
S'éclaire de ton feu divin ::
Le langage de l'évidence
Frappe, inſtruit , tout le genre humains
Qu'à tes progrès tout s'intéreſſe.
Ah! qu'à juſte titre la Gréce
Voulut ennoblir tes pinceaux ,
Quand,vainqueurdes bornes de l'âge ,
Ton art , honorant le courage ,
Immortaliſoit ſes Héros !
C'eſt luidont le ſouffle rapide,
Raſſemblant les mânes épars ,
Ranime une Armée intrépide ,
Avi
II
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'ombre de ſes étendarts :
Qui nous peint le Dieu des batailles ,
Le fer, le ſang , les funérailles ,
Que ſuit le char de la terreur ;
Là des ruines entaſſées,
Plus loin des Cités embraſées ,
Le feu , le carnage & l'horreur.
Maisquoi , le ſpectacle du monde
N'eſt-il que celui de nos maux ?
Opeinture ! ô ſource féconde ,
N'as-tu pas des plus doux pinceaux ?
Quand, par une amoureuſe adreſſe ,
La main même de la tendreſſe
Eut ébauché tes premiers traits ,
Ne vit-on pas celles des grâces ,
Colorant ſes aimables trâces ,
Hâter le cours de tes progrès ?
Rivale en tout de la Nature ,
Cequ'elle enfante de plus beau
Comme par une glace pure ,
Eſt répété par ton pinceau :
Ton art , comme elle inépuiſable ,.
Me trace une figure aimable ,
Et des objets moins incertains :
La reſſemblance eſt conſommées .
Mon œil dans leur ombre animée
Voit & diftingue les humains.
MARS. 1764.
Partout tes couleurs adoucies
Arrêtent mon cœur & mes yeux
Paroiffez , images chéries ,
Qui me retracez mes ayeux..
C'eſt à toi , divine Peinture ,
A m'en conſerver la figure ,
L'air , l'abord& les propres traits :
Ils revivent dans tes ouvrages
Quand le cours rapide des âges
Nous les a ravis pour jamais.
Un nouvel éclat t'environne ,
L'agrément prépare tes fleurs ;
L'amour , pour former ta couronne
S'éxerce à broyer tes couleurs ,
Nous peint les champs & la fougère
Etdans les yeux d'une Bergère ,
Gravant l'empreintedes plaiſirs ,
Trace avec un crayon de flâme ,
Le cœur , les mouvemens de l'âme
Et l'image de ſes deſirs.
Tu mepeins un ſéjour champêtre
La fraîcheur & l'émail des Prés :
Le jour qui me ſemble renaître ,
En développe les beautés:
J'entrevois les grâces de Flore;
Le pinceau vermeil de l'Aurore
Trace la route du Soleil.....
13
14 MERCURE DE FRANCE.
Non , ce n'eſt plus une peinture ;
C'eſt l'air , la terre , la Nature
Dans leur plus brillant appareil.
Un objet frapant , mais funébre ,
Vient encore s'offrir à nous .
Quel pinceau , quelle main célébre
Peint les élémens en courroux ?
La mer , entr'ouvrant ſes abîmes ,
Engloutit ſes pâles victimes ......
Je tremble à l'aſpect de leur fort.
Jecrois voir... je vois leur naufrage ,
Les vents ,les vagues , le rivage ,
L'orage, la foudre & la mort !
C'eſt ainſi que ton art fublime ,
Sous un coloris enchanteur ,
Aton gré me frappe & m'imprime
L'amour , la crainte ou la terreur.
Partout le feu de tes ouvrages
Me réaliſe tes images ;
Je me tranſporte en tous les lieux :-
Ont pris la place de mes yeux.
:
Ton flambeau m'éclaire & m'enflame ;
Mon eſprit , mon cœur & mon âme :
Par M. B.
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12641
p. 36
VERS sur un ruban donné à l'Auteur par Mlle L. M. de Sin.... & brodé par elle.
Début :
TISSU brillant, ouvrage de Daphné, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur un ruban donné à l'Auteur par Mlle L. M. de Sin.... & brodé par elle.
VERS sur un ruban donné à l'Auteur
par Mlle L. M. de Sin.... & brodé
par elle.
TISSU brillant, ouvrage de Daphné,
Enchaînes à jamais les amours ſur mes traces.
Don précieux à mon cœur fortuné !
Tu vauxpour moi la ceinturedesGrâces.
CHAUVET, J.
par Mlle L. M. de Sin.... & brodé
par elle.
TISSU brillant, ouvrage de Daphné,
Enchaînes à jamais les amours ſur mes traces.
Don précieux à mon cœur fortuné !
Tu vauxpour moi la ceinturedesGrâces.
CHAUVET, J.
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12642
p. 37-38
A Madame de S. H... à qui l'Auteur en dansant au Bal, avoit donné par mégarde, un coup dans l'oeil.
Début :
JALOUSE de vous voir si belle, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame de S. H... à qui l'Auteur en dansant au Bal, avoit donné par mégarde, un coup dans l'oeil.
A Madame de S. H... à qui l'Auteur
en dansant au Bal, avoit donné par
mégarde, un coup dans l'oeil.
JALOUSE de vous voir si belle,
Vénus hier pendant le Bal
S'en vangea ſur votre prunelle ,
Et mon bras matheureux fut l'inſtrument fatal
Dont ſe ſervit laDéeſſe cruelle,
Pour vous cauſer autant de mal.
Mais, belle Ifé , quellefut ſa ſurpriſe
D'entendre de l'Amour le cri leplus perçant
Elle reconnut ſamépriſe
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Ils'écrioit, » qu'avez-vous fait, ma mère?
» Quoi , vous éteignez mon flambeau!
>>>Fut-il jamais de douleur plus amère ?
Pouvoit-il être mieux que dans cetcœil ſibeaut
>> Ranimez doncencor votre colère ,
>>> Et détruiſez auſſi ſon frère
>> Dans lequelj'ai mistous mestraits.
>>Mais aprèstant de barbarie ,
>> Cruelle , ôtez-moi donc la vie,
Sinon mes pleurs ne tarirontjamais.
Par les crisde ſon fils la Déeſſe attendrie,
Ifé, dit-elle, ſois guérie.
38 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous , pour vous punir , Amour ,
Du dépôt de vos traits d'avoir fait un myſtère
A votre redoutable mère ,
Iffé les gardera toujours.
Des Rives du Lignon, le 23 Janvier 1764.
Par un Abonné au Mercure.
en dansant au Bal, avoit donné par
mégarde, un coup dans l'oeil.
JALOUSE de vous voir si belle,
Vénus hier pendant le Bal
S'en vangea ſur votre prunelle ,
Et mon bras matheureux fut l'inſtrument fatal
Dont ſe ſervit laDéeſſe cruelle,
Pour vous cauſer autant de mal.
Mais, belle Ifé , quellefut ſa ſurpriſe
D'entendre de l'Amour le cri leplus perçant
Elle reconnut ſamépriſe
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Ils'écrioit, » qu'avez-vous fait, ma mère?
» Quoi , vous éteignez mon flambeau!
>>>Fut-il jamais de douleur plus amère ?
Pouvoit-il être mieux que dans cetcœil ſibeaut
>> Ranimez doncencor votre colère ,
>>> Et détruiſez auſſi ſon frère
>> Dans lequelj'ai mistous mestraits.
>>Mais aprèstant de barbarie ,
>> Cruelle , ôtez-moi donc la vie,
Sinon mes pleurs ne tarirontjamais.
Par les crisde ſon fils la Déeſſe attendrie,
Ifé, dit-elle, ſois guérie.
38 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous , pour vous punir , Amour ,
Du dépôt de vos traits d'avoir fait un myſtère
A votre redoutable mère ,
Iffé les gardera toujours.
Des Rives du Lignon, le 23 Janvier 1764.
Par un Abonné au Mercure.
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12643
p. 38
VERS envoyés au mois de Septembre dernier, à une très-jolie femme de Dijon, qui venoit d'accoucher d'une troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir un garçon.
Début :
CONSOLE-TOI, mère charmante, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS envoyés au mois de Septembre dernier, à une très-jolie femme de Dijon, qui venoit d'accoucher d'une troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir un garçon.
VERS envoyés au mois de Septembre
dernier, à une très-jolie femme de
Dijon, qui venoit d'accoucher d'une
troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir
un garçon.
CONSOLE-TOI, mère charmante,
D'avoir malgré ta vive attente
Atrois fillesdonné le jour.
Ce ne ſontpoint là des diſgraces ,
Avantqued'enfanter l'Amour ,
Vénus enfanta les trois Grâces.
dernier, à une très-jolie femme de
Dijon, qui venoit d'accoucher d'une
troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir
un garçon.
CONSOLE-TOI, mère charmante,
D'avoir malgré ta vive attente
Atrois fillesdonné le jour.
Ce ne ſontpoint là des diſgraces ,
Avantqued'enfanter l'Amour ,
Vénus enfanta les trois Grâces.
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12644
p. 44-45
LE SONGE.
Début :
JE reposois sur la fougère ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SONGE.
LE SONGE.
JE reposois sur la fougère ;
Morphée avoit fermé mes yeux ;
Je croyois être avec Glycère ,
Et le Plaifir m'ouvroit les Cieux.
Minerve m'offrit la ſageſſe ;
Vénus les grâces , la beauté ;
Hébé la fraîcheur , la jeuneſſes
Mars ſes lauriers & ſa fierté.
MAR S. 1764.
Bacchus dit: Bois ; Apollon , chante ,
Et prends ce luth , s'il t'a charmés
Viens , ditPlutus , ſi l'Or te tente ;
Amour me dit: Aime, & j'aimai.
JE reposois sur la fougère ;
Morphée avoit fermé mes yeux ;
Je croyois être avec Glycère ,
Et le Plaifir m'ouvroit les Cieux.
Minerve m'offrit la ſageſſe ;
Vénus les grâces , la beauté ;
Hébé la fraîcheur , la jeuneſſes
Mars ſes lauriers & ſa fierté.
MAR S. 1764.
Bacchus dit: Bois ; Apollon , chante ,
Et prends ce luth , s'il t'a charmés
Viens , ditPlutus , ſi l'Or te tente ;
Amour me dit: Aime, & j'aimai.
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12645
p. 48
VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur d'un Eloge de SULLY.
Début :
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire ! [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur d'un Eloge de SULLY.
VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur
d'un Eloge de SULLY.
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire !
Et d'Apollon tu vasgroſſir la cour :
Ta main quide Sully trace le caractère Grave & folâtre tour-à-tour,
Nous trace des leçons,&careſſe l'Amour.
A tes rivaux tu fais rendre les armes :
D'une double victoire ils viennent t'honorer.
Charmés de tes talens , ſubjugués par tes char
mes,
Ils ne ſçavent que t'admirer.
Mais c'eſt prendre ſur nousuntropgrand avane
tage;
Ne te ſuffit-il pasde régnerſur noscoeurs?
Faut-il encor nous ravir les faveurs
Dontle deſtinafait notre partage ?
Que nous puiſſions au moins, oubliant tes ri
gueurs,
Parquelques biens balancer nosdiſgraces:
Laiffe-nous nos talens, ou donne-nous ses grâces!
d'un Eloge de SULLY.
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire !
Et d'Apollon tu vasgroſſir la cour :
Ta main quide Sully trace le caractère Grave & folâtre tour-à-tour,
Nous trace des leçons,&careſſe l'Amour.
A tes rivaux tu fais rendre les armes :
D'une double victoire ils viennent t'honorer.
Charmés de tes talens , ſubjugués par tes char
mes,
Ils ne ſçavent que t'admirer.
Mais c'eſt prendre ſur nousuntropgrand avane
tage;
Ne te ſuffit-il pasde régnerſur noscoeurs?
Faut-il encor nous ravir les faveurs
Dontle deſtinafait notre partage ?
Que nous puiſſions au moins, oubliant tes ri
gueurs,
Parquelques biens balancer nosdiſgraces:
Laiffe-nous nos talens, ou donne-nous ses grâces!
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12646
p. 49-60
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
Début :
LETTRE IV. Vous voulez connaître les femmes qui sont ici. [...]
Mots clefs :
Jeune homme, Femmes, Amour, Yeux, Nature, Plaisir, Âme, Finesse, Grâces, Beauté, Doute, Femme, Douceur
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
SUITE des Lettres d'unjeune Homme.
LETTREIV.
Vous voulez connoître les femmes
qui font ici. Vous me demandez des
portraits. Mon ami , c'eſt un ouvrage
délicat, Il eſt dangereux d'être vrai.
Mais, s'il arrive que j'éffleure quelques
ridicules & même quelques vices , je ne
démaſquerai point les Perſonnages , &
d'ailleurs nous avons de jeunes Dames
très - aimables , & dont on ne peut faire
que l'éloge.
Deux femmes qui viſent à la célébrité
, qui par conféquent ſe déteſtent
& ſe mépriſent , & qui , je crois , ſe
rendent juſtice : l'une aimant tout le
monde , & même ſon mari ; l'autre, plus
franche , plus décidée , & déclarant
nettement qu'elle regarde le fien à-peuprès
comme un animal domeftique
que des préjugés ont rendu néceſſaire à
la liberté d'une jolie femme. Toutes
deux aimant le plaifir , mais la première
avec moins d'éclat ; être pufillanime,
qui ne fuit qu'en tremblant ſon illuftre
modele..... Pafſons aux autres.
C
:
,
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez , mon ami , ce que la jeuneſſe
a de plus brillant , de plus tendre
& de plus délicat. Des cheveux blonds,
de grands yeux bleus pleins de douceur
, un viſage riant & modeſte , l'éclat
des plus belles couleurs , cette fineffe
& cette blancheur de peau particulière
aux blondes , & qui laiſſent
voir la pourpre imperceptible de ces
petites veines qui ornent les tempes &
le front , un ſourire enchanteur , une
taille légère & charmante , une politeſſe
aiſée , un eſprit aimable & cultivé,
un mélange touchant& fingulier de fineffe
& d'ingénuité dans le caractère : il
étoit réſervé à Mlle de Luficour de rafſembler
tant de grâces & tant d'heureuſes
qualités .
Nous avons encore une jeune Brune,
dont les yeux pétillent de tendreffe &
de vivacité. Elle penſe bien & s'exprime
de même. Vous lui trouvez d'abord
quelque timidité. Ce n'eſt point del'embarras
, c'eſt une fage circonfpection
qui naît de la modeſtie. Son eſprit eſt
juſte, ſes manières nobles& naturelles ,
ſa converſation agréable & fimple.
La figure de Madame d'Orville intéreſſe
d'abord. L'élégance & la légéreté
de ſa taille , la fineffe & la vivacité
MARS. 1764. 51
de ſa phyſionomie , le feu de ſes grands
yeux noirs , une certaine dignité répandue
fur toute ſa perſonne , tout cela
frappe & furprend. Avec plus de naïveté
, elle auroit de la grâce ; elle n'a
que de la majeſté. Vous ne lui trouvez
pas ces grâces touchantes qui vont chercherl'âme
* ; mais , permettez-moi l'expreffion
, une Beauté impérieuſe & hardie
, qui ſemble plutôt commander l'amour
, que l'inſpirer. Elle a beaucoup
d'eſprit , encore plus de prétentions.
Concluez de ceci , qu'elle a plus d'art
que de naturel , & vous conviendrez
néanmoins que Madame d'Orville eſt aimable.
Les femmes réuſſiſſent dans tous les
détails où il faut paroître : Mde d'Orville
y excelle. Elle fait parfaitement les
honneurs de ſa table & de ſa maiſon ;
rien ne lui échappe , & tout le monde
eſt ſatisfait : elle a toute l'adreſſe & la
préſence d'eſprit de ſon ſéxe. Mais vous
me ſoupçonnez de vouloir calomnier ce
ſéxe enchanteur , & de ne lui laiffer que
de petits talens . Je m'explique.
Ne pourroit- on pas dire aux femmes :
Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Rouffeau , Emile ou de l'Education.
:
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion. Elle est conforme à vos inclinations.
Elle pourroit être plus parfaite ,&
j'avoue que , fi elle ne l'eſt pas , il y a
de notre faute. Mais vous n'êtes pas faites
pour vous appeſantir par l'étude.
Contentez-vous d'être aimables ; régnez
par la douceur & la perfuafion : ne
cherchez point à devenir des honimes ,
vous y perdriez, Vous naiffez toutes coquettes
: ne vous offenſez pas , je vous
ſupplie , de ce diſcours ; je ne vous en
reſpecte pas moins , & la coquetterie
bien dirigée eſt un bienfait de la Nature.
C'eſt par elle que vous gouvernez
les hommes. Vertueuſes , vous faites des
ſages ; & des vives émotions de l'amour
je vois naître & s'établir les moeurs.
Quelle gloire pour vous , & quel autre
empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement
être hommes ? J'y confens ,j& je partagerai
de bon coeur avec vous les fatigues
& les dangers de la guerre. Devenez
graves & Içavantes , & préférez à
la fineffe du fentiment , à l'aimable enjoûment
de votre eſprit, les ſoins de la
politique & du gouvernement. Jettez
l'aiguille & le fuſeau ,& que vos mains
délicates prennent la bêche du ruſtre ,&
le marteau du forgeron . Non , la Nature
a marqué notre destination & la diffé
MARS. 1764 . 53
rence de nos emplois par la différence
de notre conformation. Une plus
haute ſtature , une organiſation plus folide
& moins fléxible indiquent les devoirs
honorables de Phomme. A Dieu
ne plaiſe que je penſe que notre âme
foit par ſa nature ſupérieure à la vôtre !
Quand toutes ces relations de ſéxes ne
ſubſiſteront plus , quand les temps ſe-l
ront perdus dans le gouffre de l'Eternité
, quand ce corps mortel fera diffous
, nous ferons tous égaux ; les âmes
ont-elles un séxe * ? Quelle différence
reſtera-t- il entre elles ? Mon ami , je me
ſouviendrai fans doute alors , & j'aurai
du plaifir à me rappeller que , lorſque
j'étois un homme , ton aimable ſoeur
étoit une femme dont la ſociété me
charmoit.... Mais vois-tu quelle Métaphyſique
à propos de Mde d'Orville ?
Pardonne à un pauvre Solitaire. L'habitude
du chagrin égare ſon imagination
, mais jamais elle ne corrompra
fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette
admirable campagne. Que ne puisje
partager ce plaifir avec toi ! Quelle
belle ſoirée ! La fraîcheur & le calme de
l'air ſemblent paſſer juſqu'à l'âme ! ...
Au revoir , mon ami !
*Rouffeau , Nouvelle Héloïſe.
Cij
54. MERCURE DE FRANCE.
LETTREV.
E reçois enfin votre lettre , mon ami.
Pourquoi l'ai -je fi longtemps attendue ?
Celong filence commençoit à m'inquiéter
, & mon coeur en a murmuré ; mais
l'amitié reſſemble aſſez à l'amour : la
moindre faveur d'une Belle appaiſe un
Amant irrité , & l'on pardonne aisément
à l'ami que l'on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite
hiſtoire , qui , je crois , vous divertira .
J'étois curieux de voir un homme à la
mode. Je viens de contempler enfin
cette merveille. Rien n'eſt ſi plaifant, je
vous affure , & je ſuis fatisfait. Mais , fi
j'ai trouvé ce Phénix ridicule , j'ai dû
lui paroître bien fot : il a fans doute eu
pitié de mon étonnement provincial.
L'attention avec laquelle je le confidérois
étoit en effet remarquable ; elle
faiſoit un beau contraſte avec la légéreté
de cet Agréable. Tandis qu'il pirouettoit
fans ceſſe , qu'il tournoit à
tout vent , qu'il parloit à toutes les Dames
, qu'il vantoit les yeux de l'une ,
admiroit la main de l'autre , je me difois
: ce rôle eſt tout-à-fait digne d'un
MARS. 1764. 55.
homme , & cette manière d'honorer les
femmes doit bien les flatter !
Mon ami , ſi je voulois infulter une
jeune perſonne , ſi je le pouvois , je
prendrois le ton de cet impertinent.
Mais rien n'égaloit ſa fade galanterie ,
que l'air ſuffifant avec lequel il s'emparoit
de la conversation . Il débitoit leftement
les plus dangereuſes maximes; il
décidoit , tranchoit ..... Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à
fes hommages.Il n'y eut pas juſqu'à la
vieille Préſident de Fierville à qui il
n'en eût conté. La petite niéce de cette
Dame eut fon tour : il lui adreſſa quelques
propos galans . Monfieur ,dit-elle,
retournez à ma tante , vous venez de
lui dire précisément la même choſe ;
elle eſt beaucoup plus raisonnable que
moi ; elle vous entendra mieux. La naï
veté de cette ſaillie nous frappa ; perſonne
ne put s'empêcher de ſourire. Si
tu n'as jamais vu un Petit- Maître déconcerté
,&déconcerté par une jeune fille
de douze ans ; j'ai vu , moi , j'ai vu ce
phénomène.
Cette gentilleſſe , cette affectation&
ces galans menfonges ne ſont guères
ſéduiſans , il est vrai ; ce n'eſt qu'un
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
vain perfifflage : mais ces lâches adulations
, cette commode & libertine Philofophie
ne laiſſent pas d'être pernicieuſes.
Vils corrupteurs ! ne vous plaignez
plus des vices des femmes : C'eſt
vous qui les faites germer dans leurs
coeurs. Galants eſclaves de la beauté !
c'eſt vous qui leur donnez enfin des armes
contre vous-mêmes. Elles n'ont
pas ufurpé l'empire ; vous le leur avez
tranfmis : heureux & libres en portant
leurs chaînes , fi vous aviez ſçu mieux
diriger ce doux afcendant que leur
donna fur nous la Nature !
Mais , mon ami , croiras - tu que je
fuis moi-même accufé de galanterie ,
moi qui déclame contre elle avec cette
véhémence ? On n'a rien imaginé de
mieux pour me corriger , que de me
propoſer une femme. On veut que j'épouſe
une fille très-riche.... & trèsvieille.
La perſonne n'eſt pas une Beauté
; mais la Raiſon ! ... La Raiſon eſt ſans
doute une très -belle choſe . On me regarde
comme un papillon qu'il faut fixer.
Je doute un peu que je m'attache
à cette fleur dont la fraîcheur & l'éclat
font fort équivoques. Ne fût-ce que par
curiofité , & pour en cauſer avec toi ,
il faut que je voltige autour. J'en ſerai
MARS. 1764. 57
के
57
quitte pour m'envoler bien vite , fi
l'objet me fait peur. Juge de la bonne
fortune ,& fi j'y perdrai mes aîles .
Adieu , mon ami , tâchez de vous
diſtraire. Continuez de vous occuper &
de vous amuſer. Chantez,lifez les loix,
& faites l'amour. L'homme d'efprit
ſçait tout concilier. Je defire ardemment
que la jeune perſonne dont vous me
parlez faffe bientôt votre bonheur. Plus
adroite que ces femmes impérieuſes ,
*qui ne ſçavent que révolter un mari ,
elle fent que l'empire de ſon ſéxe n'est
que celui de la douceur & de la perfuafion
. Elle a de la raifon & des graces
; le fort des malheureux la touche
& l'intéreſſe . N'hésite pas à t'unir à
cette aimable fille ; donne ton coeur au
vrai mérite. Adieu.
LETTRE VI.
H , que tu connois mal ton ami !
Ecoute l'hiſtoire de mon coeur , & juge
mieux de mes ſentimens .
J'aime une fille charmante. Je vais te
peindre les grâces qui parent la ſageſſe
Ce portrait pourra te féduire ; mais il
n'en fera que plus reſſemblant.
Gv
58 MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami , avez-vous vu quelquefois
de ces phyſionomies touchantes
, qui ſemblent demander le coeur
qu'elles raviffent ? La beauté de ma
maîtreſſe eſt d'un caractère fi tendre &
fi naïf ; elle a quelque choſe encore de
fi noble & de ſi gracieux ! ... Vous diriez
que,pour former ce modéle aimable,
la Nature a fondu la majeſté d'une Reine
avec l'ingénuité d'une Bergère. Une
figure brillante & modeſte , beaucoup
de délicateſſe & de ſenſibilité , une ſimplicité
charmante , un coeur généreux &
compatiſſant , une âme enfin voilà
l'objet enchanteur qui diſpoſe de ton
ami.
....
Peux- tu me foupçonner , après cela ,
de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu
n'as pu férieuſement interpréter ma
lettre comme tu le fais. L'amour n'achete
point ſes plaiſirs ; il ne les vend
pas ; c'eſt au coeur ſeul de les donner
& de les obtenir. Une maîtreſſe vraîment
eftimable pourroit arracher au libertinage
l'homme le plus vicieux. Tu
ne voudrois pas que je le devinffe.
Mais que penfer de l'homme vil qui
trahit indignement l'innocence , & déſeſpére
la pudeur ? Quel est ce plaifir
barbare , d'abufer du malheur d'une
MARS. 1764. 59
jeune perſonne aimable , de profiter de
fon extrême affliction pour la forcer de
ſe faire violence à elle-même , & de s'avilir
à ſes propres yeux ! Eſt- ce parmi
les horreurs de la miſére la plus déplo
rable que peut régner l'Amour? Homme
brutal ! comment n'éprouves-tu pas
un fupplice plus cruel que celui qu'imagina
cet exécrable tyran qui faifoit
unir un homme vivant à un cadavre ?
Il eſt inſenſible , ce cadavre ; mais
vil Sardanapale , la victime de tes làches
artifices & de ton impudence boit
toute l'amertume de ſon fort ! Es- tu
heureux de ſes peines , de ſes douleurs ?
Tu oſes mêler l'opprobre & la défolation
à la volupté ! O monſtre ! .....
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertudépend
encore de vous. Malgré le plus
fanglant outrage , elle n'en ſera que
plus refpectable .... Mais revenons.
Dites-moi , mon ami. Abandonneraije
ce que j'aime, parce que l'or n'a point
tiffu nos noeuds ? Il en faut , je le ſçais ,
de cet or fi recherché ; mais jamais je
ne defirerai d'inutiles & dangereuſes- richeffes.
Si je ne puis adoucir mon fort ni
celui de l'aimable fille qui m'a charmé,
j'irai dans quelque campagne oublier
le monde & la ſociété ; heureux , fi l'a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
mitié peut chaſſer de mon aſyle l'amour
& les méchans. Je ne ſçais ; mais je
fuis tenté de fuir. O mon ami ! l'on ne
croit plus à la vertu. Une lente mélancolie
me confume. Hâte-toi , viens con .
foler un infortuné qui t'aimera tonjours.
Viens m'aider à ſupporter mes
maux.
LETTREIV.
Vous voulez connoître les femmes
qui font ici. Vous me demandez des
portraits. Mon ami , c'eſt un ouvrage
délicat, Il eſt dangereux d'être vrai.
Mais, s'il arrive que j'éffleure quelques
ridicules & même quelques vices , je ne
démaſquerai point les Perſonnages , &
d'ailleurs nous avons de jeunes Dames
très - aimables , & dont on ne peut faire
que l'éloge.
Deux femmes qui viſent à la célébrité
, qui par conféquent ſe déteſtent
& ſe mépriſent , & qui , je crois , ſe
rendent juſtice : l'une aimant tout le
monde , & même ſon mari ; l'autre, plus
franche , plus décidée , & déclarant
nettement qu'elle regarde le fien à-peuprès
comme un animal domeftique
que des préjugés ont rendu néceſſaire à
la liberté d'une jolie femme. Toutes
deux aimant le plaifir , mais la première
avec moins d'éclat ; être pufillanime,
qui ne fuit qu'en tremblant ſon illuftre
modele..... Pafſons aux autres.
C
:
,
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez , mon ami , ce que la jeuneſſe
a de plus brillant , de plus tendre
& de plus délicat. Des cheveux blonds,
de grands yeux bleus pleins de douceur
, un viſage riant & modeſte , l'éclat
des plus belles couleurs , cette fineffe
& cette blancheur de peau particulière
aux blondes , & qui laiſſent
voir la pourpre imperceptible de ces
petites veines qui ornent les tempes &
le front , un ſourire enchanteur , une
taille légère & charmante , une politeſſe
aiſée , un eſprit aimable & cultivé,
un mélange touchant& fingulier de fineffe
& d'ingénuité dans le caractère : il
étoit réſervé à Mlle de Luficour de rafſembler
tant de grâces & tant d'heureuſes
qualités .
Nous avons encore une jeune Brune,
dont les yeux pétillent de tendreffe &
de vivacité. Elle penſe bien & s'exprime
de même. Vous lui trouvez d'abord
quelque timidité. Ce n'eſt point del'embarras
, c'eſt une fage circonfpection
qui naît de la modeſtie. Son eſprit eſt
juſte, ſes manières nobles& naturelles ,
ſa converſation agréable & fimple.
La figure de Madame d'Orville intéreſſe
d'abord. L'élégance & la légéreté
de ſa taille , la fineffe & la vivacité
MARS. 1764. 51
de ſa phyſionomie , le feu de ſes grands
yeux noirs , une certaine dignité répandue
fur toute ſa perſonne , tout cela
frappe & furprend. Avec plus de naïveté
, elle auroit de la grâce ; elle n'a
que de la majeſté. Vous ne lui trouvez
pas ces grâces touchantes qui vont chercherl'âme
* ; mais , permettez-moi l'expreffion
, une Beauté impérieuſe & hardie
, qui ſemble plutôt commander l'amour
, que l'inſpirer. Elle a beaucoup
d'eſprit , encore plus de prétentions.
Concluez de ceci , qu'elle a plus d'art
que de naturel , & vous conviendrez
néanmoins que Madame d'Orville eſt aimable.
Les femmes réuſſiſſent dans tous les
détails où il faut paroître : Mde d'Orville
y excelle. Elle fait parfaitement les
honneurs de ſa table & de ſa maiſon ;
rien ne lui échappe , & tout le monde
eſt ſatisfait : elle a toute l'adreſſe & la
préſence d'eſprit de ſon ſéxe. Mais vous
me ſoupçonnez de vouloir calomnier ce
ſéxe enchanteur , & de ne lui laiffer que
de petits talens . Je m'explique.
Ne pourroit- on pas dire aux femmes :
Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Rouffeau , Emile ou de l'Education.
:
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion. Elle est conforme à vos inclinations.
Elle pourroit être plus parfaite ,&
j'avoue que , fi elle ne l'eſt pas , il y a
de notre faute. Mais vous n'êtes pas faites
pour vous appeſantir par l'étude.
Contentez-vous d'être aimables ; régnez
par la douceur & la perfuafion : ne
cherchez point à devenir des honimes ,
vous y perdriez, Vous naiffez toutes coquettes
: ne vous offenſez pas , je vous
ſupplie , de ce diſcours ; je ne vous en
reſpecte pas moins , & la coquetterie
bien dirigée eſt un bienfait de la Nature.
C'eſt par elle que vous gouvernez
les hommes. Vertueuſes , vous faites des
ſages ; & des vives émotions de l'amour
je vois naître & s'établir les moeurs.
Quelle gloire pour vous , & quel autre
empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement
être hommes ? J'y confens ,j& je partagerai
de bon coeur avec vous les fatigues
& les dangers de la guerre. Devenez
graves & Içavantes , & préférez à
la fineffe du fentiment , à l'aimable enjoûment
de votre eſprit, les ſoins de la
politique & du gouvernement. Jettez
l'aiguille & le fuſeau ,& que vos mains
délicates prennent la bêche du ruſtre ,&
le marteau du forgeron . Non , la Nature
a marqué notre destination & la diffé
MARS. 1764 . 53
rence de nos emplois par la différence
de notre conformation. Une plus
haute ſtature , une organiſation plus folide
& moins fléxible indiquent les devoirs
honorables de Phomme. A Dieu
ne plaiſe que je penſe que notre âme
foit par ſa nature ſupérieure à la vôtre !
Quand toutes ces relations de ſéxes ne
ſubſiſteront plus , quand les temps ſe-l
ront perdus dans le gouffre de l'Eternité
, quand ce corps mortel fera diffous
, nous ferons tous égaux ; les âmes
ont-elles un séxe * ? Quelle différence
reſtera-t- il entre elles ? Mon ami , je me
ſouviendrai fans doute alors , & j'aurai
du plaifir à me rappeller que , lorſque
j'étois un homme , ton aimable ſoeur
étoit une femme dont la ſociété me
charmoit.... Mais vois-tu quelle Métaphyſique
à propos de Mde d'Orville ?
Pardonne à un pauvre Solitaire. L'habitude
du chagrin égare ſon imagination
, mais jamais elle ne corrompra
fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette
admirable campagne. Que ne puisje
partager ce plaifir avec toi ! Quelle
belle ſoirée ! La fraîcheur & le calme de
l'air ſemblent paſſer juſqu'à l'âme ! ...
Au revoir , mon ami !
*Rouffeau , Nouvelle Héloïſe.
Cij
54. MERCURE DE FRANCE.
LETTREV.
E reçois enfin votre lettre , mon ami.
Pourquoi l'ai -je fi longtemps attendue ?
Celong filence commençoit à m'inquiéter
, & mon coeur en a murmuré ; mais
l'amitié reſſemble aſſez à l'amour : la
moindre faveur d'une Belle appaiſe un
Amant irrité , & l'on pardonne aisément
à l'ami que l'on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite
hiſtoire , qui , je crois , vous divertira .
J'étois curieux de voir un homme à la
mode. Je viens de contempler enfin
cette merveille. Rien n'eſt ſi plaifant, je
vous affure , & je ſuis fatisfait. Mais , fi
j'ai trouvé ce Phénix ridicule , j'ai dû
lui paroître bien fot : il a fans doute eu
pitié de mon étonnement provincial.
L'attention avec laquelle je le confidérois
étoit en effet remarquable ; elle
faiſoit un beau contraſte avec la légéreté
de cet Agréable. Tandis qu'il pirouettoit
fans ceſſe , qu'il tournoit à
tout vent , qu'il parloit à toutes les Dames
, qu'il vantoit les yeux de l'une ,
admiroit la main de l'autre , je me difois
: ce rôle eſt tout-à-fait digne d'un
MARS. 1764. 55.
homme , & cette manière d'honorer les
femmes doit bien les flatter !
Mon ami , ſi je voulois infulter une
jeune perſonne , ſi je le pouvois , je
prendrois le ton de cet impertinent.
Mais rien n'égaloit ſa fade galanterie ,
que l'air ſuffifant avec lequel il s'emparoit
de la conversation . Il débitoit leftement
les plus dangereuſes maximes; il
décidoit , tranchoit ..... Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à
fes hommages.Il n'y eut pas juſqu'à la
vieille Préſident de Fierville à qui il
n'en eût conté. La petite niéce de cette
Dame eut fon tour : il lui adreſſa quelques
propos galans . Monfieur ,dit-elle,
retournez à ma tante , vous venez de
lui dire précisément la même choſe ;
elle eſt beaucoup plus raisonnable que
moi ; elle vous entendra mieux. La naï
veté de cette ſaillie nous frappa ; perſonne
ne put s'empêcher de ſourire. Si
tu n'as jamais vu un Petit- Maître déconcerté
,&déconcerté par une jeune fille
de douze ans ; j'ai vu , moi , j'ai vu ce
phénomène.
Cette gentilleſſe , cette affectation&
ces galans menfonges ne ſont guères
ſéduiſans , il est vrai ; ce n'eſt qu'un
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
vain perfifflage : mais ces lâches adulations
, cette commode & libertine Philofophie
ne laiſſent pas d'être pernicieuſes.
Vils corrupteurs ! ne vous plaignez
plus des vices des femmes : C'eſt
vous qui les faites germer dans leurs
coeurs. Galants eſclaves de la beauté !
c'eſt vous qui leur donnez enfin des armes
contre vous-mêmes. Elles n'ont
pas ufurpé l'empire ; vous le leur avez
tranfmis : heureux & libres en portant
leurs chaînes , fi vous aviez ſçu mieux
diriger ce doux afcendant que leur
donna fur nous la Nature !
Mais , mon ami , croiras - tu que je
fuis moi-même accufé de galanterie ,
moi qui déclame contre elle avec cette
véhémence ? On n'a rien imaginé de
mieux pour me corriger , que de me
propoſer une femme. On veut que j'épouſe
une fille très-riche.... & trèsvieille.
La perſonne n'eſt pas une Beauté
; mais la Raiſon ! ... La Raiſon eſt ſans
doute une très -belle choſe . On me regarde
comme un papillon qu'il faut fixer.
Je doute un peu que je m'attache
à cette fleur dont la fraîcheur & l'éclat
font fort équivoques. Ne fût-ce que par
curiofité , & pour en cauſer avec toi ,
il faut que je voltige autour. J'en ſerai
MARS. 1764. 57
के
57
quitte pour m'envoler bien vite , fi
l'objet me fait peur. Juge de la bonne
fortune ,& fi j'y perdrai mes aîles .
Adieu , mon ami , tâchez de vous
diſtraire. Continuez de vous occuper &
de vous amuſer. Chantez,lifez les loix,
& faites l'amour. L'homme d'efprit
ſçait tout concilier. Je defire ardemment
que la jeune perſonne dont vous me
parlez faffe bientôt votre bonheur. Plus
adroite que ces femmes impérieuſes ,
*qui ne ſçavent que révolter un mari ,
elle fent que l'empire de ſon ſéxe n'est
que celui de la douceur & de la perfuafion
. Elle a de la raifon & des graces
; le fort des malheureux la touche
& l'intéreſſe . N'hésite pas à t'unir à
cette aimable fille ; donne ton coeur au
vrai mérite. Adieu.
LETTRE VI.
H , que tu connois mal ton ami !
Ecoute l'hiſtoire de mon coeur , & juge
mieux de mes ſentimens .
J'aime une fille charmante. Je vais te
peindre les grâces qui parent la ſageſſe
Ce portrait pourra te féduire ; mais il
n'en fera que plus reſſemblant.
Gv
58 MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami , avez-vous vu quelquefois
de ces phyſionomies touchantes
, qui ſemblent demander le coeur
qu'elles raviffent ? La beauté de ma
maîtreſſe eſt d'un caractère fi tendre &
fi naïf ; elle a quelque choſe encore de
fi noble & de ſi gracieux ! ... Vous diriez
que,pour former ce modéle aimable,
la Nature a fondu la majeſté d'une Reine
avec l'ingénuité d'une Bergère. Une
figure brillante & modeſte , beaucoup
de délicateſſe & de ſenſibilité , une ſimplicité
charmante , un coeur généreux &
compatiſſant , une âme enfin voilà
l'objet enchanteur qui diſpoſe de ton
ami.
....
Peux- tu me foupçonner , après cela ,
de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu
n'as pu férieuſement interpréter ma
lettre comme tu le fais. L'amour n'achete
point ſes plaiſirs ; il ne les vend
pas ; c'eſt au coeur ſeul de les donner
& de les obtenir. Une maîtreſſe vraîment
eftimable pourroit arracher au libertinage
l'homme le plus vicieux. Tu
ne voudrois pas que je le devinffe.
Mais que penfer de l'homme vil qui
trahit indignement l'innocence , & déſeſpére
la pudeur ? Quel est ce plaifir
barbare , d'abufer du malheur d'une
MARS. 1764. 59
jeune perſonne aimable , de profiter de
fon extrême affliction pour la forcer de
ſe faire violence à elle-même , & de s'avilir
à ſes propres yeux ! Eſt- ce parmi
les horreurs de la miſére la plus déplo
rable que peut régner l'Amour? Homme
brutal ! comment n'éprouves-tu pas
un fupplice plus cruel que celui qu'imagina
cet exécrable tyran qui faifoit
unir un homme vivant à un cadavre ?
Il eſt inſenſible , ce cadavre ; mais
vil Sardanapale , la victime de tes làches
artifices & de ton impudence boit
toute l'amertume de ſon fort ! Es- tu
heureux de ſes peines , de ſes douleurs ?
Tu oſes mêler l'opprobre & la défolation
à la volupté ! O monſtre ! .....
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertudépend
encore de vous. Malgré le plus
fanglant outrage , elle n'en ſera que
plus refpectable .... Mais revenons.
Dites-moi , mon ami. Abandonneraije
ce que j'aime, parce que l'or n'a point
tiffu nos noeuds ? Il en faut , je le ſçais ,
de cet or fi recherché ; mais jamais je
ne defirerai d'inutiles & dangereuſes- richeffes.
Si je ne puis adoucir mon fort ni
celui de l'aimable fille qui m'a charmé,
j'irai dans quelque campagne oublier
le monde & la ſociété ; heureux , fi l'a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
mitié peut chaſſer de mon aſyle l'amour
& les méchans. Je ne ſçais ; mais je
fuis tenté de fuir. O mon ami ! l'on ne
croit plus à la vertu. Une lente mélancolie
me confume. Hâte-toi , viens con .
foler un infortuné qui t'aimera tonjours.
Viens m'aider à ſupporter mes
maux.
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Résumé : SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
Dans une série de lettres, l'auteur décrit diverses femmes et hommes rencontrés dans un certain lieu, en évitant de blesser quiconque. Il mentionne deux femmes aspirant à la célébrité et se détestant mutuellement. L'une aime tout le monde, y compris son mari, tandis que l'autre voit son mari comme un animal domestique nécessaire à sa liberté. Parmi les jeunes femmes remarquables, Mademoiselle de Lusicour est louée pour sa beauté et sa douceur, une jeune brune pour sa vivacité et sa modestie, et Madame d'Orville pour son élégance et son esprit, bien qu'elle manque de grâce naturelle. L'auteur discute des rôles traditionnels des femmes, éduquées pour être aimables et régner par la douceur et la persuasion, et reconnaît la coquetterie comme un moyen de gouverner les hommes et de promouvoir la vertu. Il affirme que les différences physiques entre les sexes déterminent leurs rôles respectifs, mais que les âmes sont égales. Dans une autre lettre, l'auteur décrit un homme à la mode, superficiel et galant envers les femmes, critiquant sa galanterie pernicieuse. Il mentionne être accusé de galanterie et doute d'une union avec une femme riche et âgée, conseillant à son ami de se marier avec une jeune personne douce et raisonnable. L'auteur révèle aimer une jeune femme charmante, sage et compatissante, capable de redonner le chemin de la vertu. Il condamne ceux qui abusent de la détresse des jeunes femmes. Enfin, le narrateur exprime une profonde détresse et une réflexion morale, décrivant un personnage insensible et cruel. Il exhorte une 'fille infortunée' à préserver sa vertu malgré les outrages subis. Il envisage de se retirer à la campagne pour échapper au monde et aux méchants, espérant que l'amitié puisse lui apporter du réconfort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12647
p. 65
COUPLET présenté à Madame la Marquise de S. F. dans un Bal dont elle étoit la Reine. Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
Début :
AIMABLE Reine, sur vos traces [...]
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texteReconnaissance textuelle : COUPLET présenté à Madame la Marquise de S. F. dans un Bal dont elle étoit la Reine. Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
COUPLET présenté à Madame la Marquise
de S. F. dans un Bal dont elle
étoit la Reine.
Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
AIMABLE Reine, sur vos traces
Vos Sujets voleront toujours,
Prèsde vous ſe fixentles Grâces ,
Les Jeux,les Plaiſirs , lesAmours.
Vos loix font le charmant empire
Du bonheur ;
C'eſt à vivre ſous lui qu'aſpire
LE
Notre cœur.
de S. F. dans un Bal dont elle
étoit la Reine.
Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
AIMABLE Reine, sur vos traces
Vos Sujets voleront toujours,
Prèsde vous ſe fixentles Grâces ,
Les Jeux,les Plaiſirs , lesAmours.
Vos loix font le charmant empire
Du bonheur ;
C'eſt à vivre ſous lui qu'aſpire
LE
Notre cœur.
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12648
p. 65-66
« LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Février est le Livre. Celui [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Février est le Livre. Celui [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Février est le Livre. Celui [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Février est le Livre. Celui
de la ſeconde eſt l'Enigme elle-même.
Celui du premier Logogryphe eſt le
Foie. Celui du ſecond eſt Corfaire , Na-
66 MERCURE DE FRANCE.
vire fort léger , dans lequel on trouve
ris , acier , facre , cor , foc , ferde char-
rue , Acrife , Céos , Roi , foir , roc, cire,
Ea , ire , Sera , César-Auguste , arc , Io,
Afer , Afie , crife , or , rofe , car ,
Soria , Oife , Sare , air , foie , Eric de
Vaza , Ia , rofaire , eſpéce de chapelet ,
Sao ,fi ré , acis , aire , & rafoir.
Mercure de Février est le Livre. Celui
de la ſeconde eſt l'Enigme elle-même.
Celui du premier Logogryphe eſt le
Foie. Celui du ſecond eſt Corfaire , Na-
66 MERCURE DE FRANCE.
vire fort léger , dans lequel on trouve
ris , acier , facre , cor , foc , ferde char-
rue , Acrife , Céos , Roi , foir , roc, cire,
Ea , ire , Sera , César-Auguste , arc , Io,
Afer , Afie , crife , or , rofe , car ,
Soria , Oife , Sare , air , foie , Eric de
Vaza , Ia , rofaire , eſpéce de chapelet ,
Sao ,fi ré , acis , aire , & rafoir.
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12649
p. 66
ENIGME.
Début :
Aux humains tous les jours je rens mille services, [...]
Mots clefs :
Parole
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
•
Aux humains tous les joursje rens mille ſervices,
Le Sexe fait de moi ſes plus chères délices
Sans partageje ſuis en mille endroits divers :
Vers le bien , vers le mal , mon penchant eſt
extrême.
Je naquis au moment qu'on créa l'univers.
Perſonne ne dira qui je ſuis , que moi même.
•
Aux humains tous les joursje rens mille ſervices,
Le Sexe fait de moi ſes plus chères délices
Sans partageje ſuis en mille endroits divers :
Vers le bien , vers le mal , mon penchant eſt
extrême.
Je naquis au moment qu'on créa l'univers.
Perſonne ne dira qui je ſuis , que moi même.
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12650
p. 66
AUTRE.
Début :
Toujours en l'air, toujours en peine, [...]
Mots clefs :
Crémaillère
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
TOUJOURS OUJOURS en l'air , toujours en peine ,
La moitié de mon corps ſur l'autre ſe proméne.
Tantôtje monte , & tantôt je deſcends ;
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde ,
Je fais bien pis , je lui montre les dents :
C'eſt pourtant ſans que je le morde.
TOUJOURS OUJOURS en l'air , toujours en peine ,
La moitié de mon corps ſur l'autre ſe proméne.
Tantôtje monte , & tantôt je deſcends ;
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde ,
Je fais bien pis , je lui montre les dents :
C'eſt pourtant ſans que je le morde.
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