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Résultats : 9 texte(s)
1
p. 40-50
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Je viens d'apprendre que Monsieur Vignes, qui a [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Croyance, Ennemis, Ministres, Conversion, Concile, Église, Honneur, Dogme, Salut, Prêcher, Erreur, Albigeois, Temple, Brebis égarée, Apôtres, Évangile, Cérémonies
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texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
L'auteur d'une lettre relate les succès militaires des Vénitiens contre les Turcs lors d'une récente campagne. Il envoie des plans des places fortes de Sainte-Maure et de Préveza, conquises par les Vénitiens, dessinés sur place par un illustre commandeur de Malte, garantissant ainsi leur fidélité. L'auteur explique que les plans peuvent être envoyés avec retard en raison des délais de transmission des informations. Il mentionne également qu'il a l'habitude de graver les nouveaux jetons dans un certain mois, mais qu'il les retarde jusqu'au mois suivant pour obtenir plus de détails. Enfin, l'auteur promet de traiter la conversion d'Alexandre Vignes, un célèbre ministre de la religion réformée à Grenoble. Il envoie deux lettres imprimées sur ce sujet, contenant des vérités et rendues publiques avec l'appui du Parlement et de la Chambre des Comptes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 50-60
SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Ma Lettre du 9 de ce mois vous à [...]
Mots clefs :
Religion, Église, Évêque, Convertis, Prédication, Abjuration, Religion prétendue réformée
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
SECONDE LETTRE.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Le 20 décembre 1684, une lettre de Grenoble rapporte l'abjuration de Monsieur Vignes, ancien ministre de la Religion Prétendue Réformée, qui a eu lieu le dimanche précédent. Vignes s'était préparé à cette abjuration en se retirant. La cérémonie s'est déroulée dans la cathédrale Notre-Dame de Grenoble, en présence d'une grande foule. Monsieur l'Évêque a prononcé un sermon sur la mission de Saint Jean-Baptiste, soulignant son humilité et sa déférence. Il a ensuite comparé les missions des évêques catholiques à celles des ministres protestants, critiquant ces derniers pour leur manque de légitimité apostolique. Après le sermon, Vignes a fait son abjuration avec une grande présence d'esprit et de confiance. Il a ensuite reçu le sacrement de confirmation, avec Monsieur de Saint-André et Madame la Comtesse de Clermont comme parrain et marraine. La cérémonie s'est conclue par le chant du Te Deum et des embrassades. Le lendemain, au temple, les psaumes ont été chantés lamentablement, reflétant la tristesse des réformés face à la perte de leur pasteur. Le ministre Railly a tenté de les réconforter, mais sans succès. Les réformés de Grenoble ont accusé Vignes de s'être converti par intérêt temporel, oubliant les éloges qu'ils lui avaient autrefois adressés. La lettre mentionne également l'envoi prochain d'une lettre et d'un livre écrits par Vignes, contenant des preuves des vérités de la religion catholique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 27-37
LETTRE A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT. Concernant le Temple de Grenoble.
Début :
J'aurois dequoy faire plusieurs Volumes ce mois cy, / Monsieur, Il n'est point de Province en France où la Religion Prétenduë [...]
Mots clefs :
Province, Religion prétendue réformée, Dauphiné, Guillaume Farel, Ministre, Protestants, Calvinisme, Éloquence, Temples, Huguenots, Démolition, Piété, Roi, Ecclésiastiques, Dieu, Obstination, Conversion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT. Concernant le Temple de Grenoble.
J'aurois dequoy faire
plufieursVolumes ce mois cy,
en ne parlant feulement que
de ce qu'il fait à l'avantage
de la veritable Religion , fi je
voulois entrer dans toutes les
particularitez où ce grand
Monarque veut bien fe donner
la peine de deſcendre , en
faveur de fes Sujets aveuglez
par une fatale obſtination.
Voicy ce qui m'a efté
envoyé imprimé , fur un de
ces Articles de Religion.
Cij
28 MERCURE
52:5252-5252 SZSZSZ
L'ET TRE
4 A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT ,
Concernant le Temple de Grenoble ,
MONSIEUR,
Il n'eft point de Province en
France où la Religion Prétenduë
Reformée ait efte plutoft receuë
qu'en Dauphiné. J'en trouve trois
caufesprincipales. L'une, c'est qu'
elle a produit les premiers Miniftres
de cette Religion , parmy lefGALANT
. 29
quels a efté Guillaume Farel . L'au
tre, c'eft que le Baron des Adrets ,
le Marquis de Monbrun , &
le Conneftable
de Lefdiguieres
,
trois Chefs Proteftans
tres -puiffans
& redoutez
en attirerent
plus par les armes , & par leur
autorité , que les Miniftres par.
leur éloquence ; & la troifiéme,.
que le Calvinifme
y ayant trouvé
quelque levain de la Secte
des Vaudois , il luy a efté facile
de fe répandre , & de s'estendre.
en plufieurs endroits ; d'où vient
que par tout on avoit bafty des
Temples , mefme contre la difpofition
des Edits.
C iij
30 MERCURE
que
Avant Grenoble en euft
un' , les Huguenots , aprés qu'ils
curent abbatu la plupart des Eglifes
, firent prefcher en celle des
Cordeliers , puis ils éleverent un
Temple à la fin du dernier fiecle
dans un lieu qui estoit alors hors
de la Ville , & que le fameux
Lefdiguieres fit comprendre
un nouvel agrandiffement.
L'an 1671 , le Roy estant pleinement
inftruit de quelle maniere
la chofe s'eftoit paffée , & d'ail
leurs ce Temple eftant fort proche
du Palais Epifcopal , & de l'Eglife
Cathedrale , en ordonna la
démolition , permit qu'on le
dans
GALANT. 31
rétabliſt au Fauxbourg de Tra
cloiftre.
On ne fuivit pas tout - à -fait
les ordres de Sa Majesté , car au
lieu qu'il devoit eftre élevé en ce
Fauxbourg , il le fut dans une
Prairie voifine , à une portée de
Piftolet des Murailles des
Ramparts de la Ville , & fi proche
du College des Jésuites , du
grand Convent des Recollects , de
celuy des Carmes Déchauffez,
du fecond Monaftere de la Vifitation
, de celuy des Bernardines ,
de la Maifon des Orphelines
, que
lors
que les
Huguenots
chantent leurs Pfeaumes , on ne
C iij
32 MERCURE
peut dans ce Collége , ces Convents
& ces Monafteres , étu
dier avec attention , ny faire le
Service Divin , fans en eftre interrompu..
Comme ces inconveniens ont
efté reprefentez au Roy , ce Pieux.
MONARQUE a voulu en
eftre mieux informé par un Procez
verbal dreffe fur l'expérience,
fur une defcente des lieux , dont
Sa Majesté donna il y a quelques
mois fa Commiſſion à M le
Bret Intendant en cette Provin.
ce , & à M' le Marquis d' Arzeliers
, l'un des plus confiderables
Gentilshommes parmy ceux
GALANT 33
Y
de cette Religion , lefquels firent
leur procédure hier Vendredy fi
xiéme de ce mois , d'une maniere
qui merite qu'elle foit racontée.
Pour éviter le tumulte , on logea
aux avenuës du Temple une
Cempagnie de Milice , compofée
de cent Hommes , puis furiles
deux heures aprés midy on donna
la liberté à tout le monde d'y entrer.
Ce fut pourtant avec quelque
peine , parce que la clefde la
grande Porte fe trouvant perduë,
égarée , ou cachée à deſſein , il
fallut paffer par une petite Porte,
Tun aprés l'autre.
Plufieurs Ecclefiaftiques , Se
34 MERCURE
culiers & Religieux, grand nombre
de Catholiques , quelques
Huguenots , occuperent d'abord
tous les Bancs& toutes les Chaifes
du Temple. Cependant comme
il eft grand & vafte , il ne
fut point remply , bien
procedure nefinift qu'à fept heures
du foir , & que chacunypuft
entrer librement.
que
la
Il s'y trouva pourtant aſſez
de monde pour faire connoiftre
par les Hymnes , les Antiennes,
plufieurs Prieres de l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine
, qui y furent chantées,
qu'on pouvoit estre entendu diGALANT.
35
ftinctement de toutes les Eglifes
& Monafteres que je viens de
nommer ; ce qui fut facilement.
connu par les Commiffaires qui
s'y trouverent , & qui y avoient
paffe pendant que l'on chantoit
dans le Temple.
Cette experience a fort étonné
les Huguenots , & ils craignenttous
que leur Temple ne
démoly. On voit visiblement que-
Dieu fe laffe de leur feparation,
qu'il leur tend les bras . Les
plus éclairez le connoiſſent , les
autres le méprifent ; mais leur
obftination eft fi grande , qu'ils ne
veulent point confentir à estre infoit
36 MERCURE
fruits. Ils publient qu'ils lefont
affez , fans confiderer que leurs
Miniftres ne leur ont preſché que
leur Religion , & n'ont eu garde
de leur faire voir la bonté de la
noftre. Ils les ont élevez dans des
erreurs qui leur plaifent , & ils
leur ont caché des veritez qui les
éclaireroient s'ils les connoiffoient.
Peut- eftre que le Saint Esprit les
touchera , & qu'ils l'écouteront.
Cependant nous devons tous prier
DIEU pour leur converfion , benir
noftre AUGUSTE MONARQUE
qui s'y employe
avec tant de zele, louer fon Confeil
des empreffemens qu'il témoi
GALANT. 37
gne pour cela , demander au Ciel
le don de perfuafion en faveur de
ceux qui travaillent à les inftruire
, & la perfeverance en nos
Prélats pour achever le grand
de la réunion . Fe fuis, -ouvrage
voftre , &c.
ALLARD ancien Préfident
en l'Eflection de Grenoble.
A Grenoble ce 7. d'Avril 1685 .
plufieursVolumes ce mois cy,
en ne parlant feulement que
de ce qu'il fait à l'avantage
de la veritable Religion , fi je
voulois entrer dans toutes les
particularitez où ce grand
Monarque veut bien fe donner
la peine de deſcendre , en
faveur de fes Sujets aveuglez
par une fatale obſtination.
Voicy ce qui m'a efté
envoyé imprimé , fur un de
ces Articles de Religion.
Cij
28 MERCURE
52:5252-5252 SZSZSZ
L'ET TRE
4 A L'AUTHEUR
DU MERCURE GALANT ,
Concernant le Temple de Grenoble ,
MONSIEUR,
Il n'eft point de Province en
France où la Religion Prétenduë
Reformée ait efte plutoft receuë
qu'en Dauphiné. J'en trouve trois
caufesprincipales. L'une, c'est qu'
elle a produit les premiers Miniftres
de cette Religion , parmy lefGALANT
. 29
quels a efté Guillaume Farel . L'au
tre, c'eft que le Baron des Adrets ,
le Marquis de Monbrun , &
le Conneftable
de Lefdiguieres
,
trois Chefs Proteftans
tres -puiffans
& redoutez
en attirerent
plus par les armes , & par leur
autorité , que les Miniftres par.
leur éloquence ; & la troifiéme,.
que le Calvinifme
y ayant trouvé
quelque levain de la Secte
des Vaudois , il luy a efté facile
de fe répandre , & de s'estendre.
en plufieurs endroits ; d'où vient
que par tout on avoit bafty des
Temples , mefme contre la difpofition
des Edits.
C iij
30 MERCURE
que
Avant Grenoble en euft
un' , les Huguenots , aprés qu'ils
curent abbatu la plupart des Eglifes
, firent prefcher en celle des
Cordeliers , puis ils éleverent un
Temple à la fin du dernier fiecle
dans un lieu qui estoit alors hors
de la Ville , & que le fameux
Lefdiguieres fit comprendre
un nouvel agrandiffement.
L'an 1671 , le Roy estant pleinement
inftruit de quelle maniere
la chofe s'eftoit paffée , & d'ail
leurs ce Temple eftant fort proche
du Palais Epifcopal , & de l'Eglife
Cathedrale , en ordonna la
démolition , permit qu'on le
dans
GALANT. 31
rétabliſt au Fauxbourg de Tra
cloiftre.
On ne fuivit pas tout - à -fait
les ordres de Sa Majesté , car au
lieu qu'il devoit eftre élevé en ce
Fauxbourg , il le fut dans une
Prairie voifine , à une portée de
Piftolet des Murailles des
Ramparts de la Ville , & fi proche
du College des Jésuites , du
grand Convent des Recollects , de
celuy des Carmes Déchauffez,
du fecond Monaftere de la Vifitation
, de celuy des Bernardines ,
de la Maifon des Orphelines
, que
lors
que les
Huguenots
chantent leurs Pfeaumes , on ne
C iij
32 MERCURE
peut dans ce Collége , ces Convents
& ces Monafteres , étu
dier avec attention , ny faire le
Service Divin , fans en eftre interrompu..
Comme ces inconveniens ont
efté reprefentez au Roy , ce Pieux.
MONARQUE a voulu en
eftre mieux informé par un Procez
verbal dreffe fur l'expérience,
fur une defcente des lieux , dont
Sa Majesté donna il y a quelques
mois fa Commiſſion à M le
Bret Intendant en cette Provin.
ce , & à M' le Marquis d' Arzeliers
, l'un des plus confiderables
Gentilshommes parmy ceux
GALANT 33
Y
de cette Religion , lefquels firent
leur procédure hier Vendredy fi
xiéme de ce mois , d'une maniere
qui merite qu'elle foit racontée.
Pour éviter le tumulte , on logea
aux avenuës du Temple une
Cempagnie de Milice , compofée
de cent Hommes , puis furiles
deux heures aprés midy on donna
la liberté à tout le monde d'y entrer.
Ce fut pourtant avec quelque
peine , parce que la clefde la
grande Porte fe trouvant perduë,
égarée , ou cachée à deſſein , il
fallut paffer par une petite Porte,
Tun aprés l'autre.
Plufieurs Ecclefiaftiques , Se
34 MERCURE
culiers & Religieux, grand nombre
de Catholiques , quelques
Huguenots , occuperent d'abord
tous les Bancs& toutes les Chaifes
du Temple. Cependant comme
il eft grand & vafte , il ne
fut point remply , bien
procedure nefinift qu'à fept heures
du foir , & que chacunypuft
entrer librement.
que
la
Il s'y trouva pourtant aſſez
de monde pour faire connoiftre
par les Hymnes , les Antiennes,
plufieurs Prieres de l'Eglife
Catholique , Apoftolique & Romaine
, qui y furent chantées,
qu'on pouvoit estre entendu diGALANT.
35
ftinctement de toutes les Eglifes
& Monafteres que je viens de
nommer ; ce qui fut facilement.
connu par les Commiffaires qui
s'y trouverent , & qui y avoient
paffe pendant que l'on chantoit
dans le Temple.
Cette experience a fort étonné
les Huguenots , & ils craignenttous
que leur Temple ne
démoly. On voit visiblement que-
Dieu fe laffe de leur feparation,
qu'il leur tend les bras . Les
plus éclairez le connoiſſent , les
autres le méprifent ; mais leur
obftination eft fi grande , qu'ils ne
veulent point confentir à estre infoit
36 MERCURE
fruits. Ils publient qu'ils lefont
affez , fans confiderer que leurs
Miniftres ne leur ont preſché que
leur Religion , & n'ont eu garde
de leur faire voir la bonté de la
noftre. Ils les ont élevez dans des
erreurs qui leur plaifent , & ils
leur ont caché des veritez qui les
éclaireroient s'ils les connoiffoient.
Peut- eftre que le Saint Esprit les
touchera , & qu'ils l'écouteront.
Cependant nous devons tous prier
DIEU pour leur converfion , benir
noftre AUGUSTE MONARQUE
qui s'y employe
avec tant de zele, louer fon Confeil
des empreffemens qu'il témoi
GALANT. 37
gne pour cela , demander au Ciel
le don de perfuafion en faveur de
ceux qui travaillent à les inftruire
, & la perfeverance en nos
Prélats pour achever le grand
de la réunion . Fe fuis, -ouvrage
voftre , &c.
ALLARD ancien Préfident
en l'Eflection de Grenoble.
A Grenoble ce 7. d'Avril 1685 .
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4
p. 37-53
LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
Début :
Le mesme Mr Allard m'a fait encore l'honneur de m'adresser / Monsieur, Toute la Terre admireroit la facilité que vous avez [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Pronostic, Henry IV, Sr de la Riviere, Illustre monarque, Destinée , M. de Sully, Mémoires, Disparition de l'hérésie, Louis le Grand, Prince, Naissance, Science, Religion romaine, Grandes actions, Futur, Difficultés, Temples, Conversions, Huguenots, Erreur, Horoscope, Constellations, Prophéties
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
Le mefme M' Allard m'a
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
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5
p. 79-81
NOUVELLES de Dauphiné. Extrait d'une Lettre de Grenoble, du 11. Septembre
Début :
L'Armée de Monsieur le Duc de Savoye se mit [...]
Mots clefs :
Grenoble, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Dauphiné. Extrait d'une Lettre de Grenoble, du 11. Septembre
NOWELIÉS ddee-DDaauùpphihnien. ê!.
Extraitd'une Lettre de Grenoble
}di4 il.Septembre*
L'Armée de Monncur
le Duc de Savoyc se mit
avant hier en marche pour
repasser en Pïémont. Mrle
Maréchal Berwickdécampaen
même temps pour la
fuivrc. Il a d'abord marche
à faine Jean de Maurienne,
& a ensuite remonté le
Galibier. Mr leComte de
Silly a quitté son camp des
Echelles pour venir occuper
celuy de Barreaux, & en
partant il a congédié toutes
les Milices. Toute sa Cavalerie
a campé aujourd'huy
autour de cette Ville & doit
retournerenSavoye. Tous
les François qui estoient
sortis de Chambery ont eu
ordred'y retourner.Mr le
Maréchal de Berwick a
donné ses ordres pour faire
remonter vers Briançon
t'AnUteric du Camp de
Barreaux, & deux cens paires
de boeufs ont esté estemblées
pour cet effet.
Extraitd'une Lettre de Grenoble
}di4 il.Septembre*
L'Armée de Monncur
le Duc de Savoyc se mit
avant hier en marche pour
repasser en Pïémont. Mrle
Maréchal Berwickdécampaen
même temps pour la
fuivrc. Il a d'abord marche
à faine Jean de Maurienne,
& a ensuite remonté le
Galibier. Mr leComte de
Silly a quitté son camp des
Echelles pour venir occuper
celuy de Barreaux, & en
partant il a congédié toutes
les Milices. Toute sa Cavalerie
a campé aujourd'huy
autour de cette Ville & doit
retournerenSavoye. Tous
les François qui estoient
sortis de Chambery ont eu
ordred'y retourner.Mr le
Maréchal de Berwick a
donné ses ordres pour faire
remonter vers Briançon
t'AnUteric du Camp de
Barreaux, & deux cens paires
de boeufs ont esté estemblées
pour cet effet.
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Résumé : NOUVELLES de Dauphiné. Extrait d'une Lettre de Grenoble, du 11. Septembre
Le 4 septembre, l'armée du duc de Savoie a regagné le Piémont. Le maréchal de Berwick a suivi le duc, traversant la vallée de la Maurienne et le col du Galibier. Le comte de Silly a déplacé ses troupes des Échelles à Barreaux, renvoyant les milices. La cavalerie française doit retourner en Savoie. Berwick a ordonné le transfert des troupes de Barreaux vers Briançon, avec deux cents paires de bœufs.
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6
p. 61-62
Extrait d'une Lettre de Grenoble du 26. Ooctobre.
Début :
Monsieur le Duc de Savoye est parti de Conflans pour [...]
Mots clefs :
Duc de Savoie, Grenoble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Grenoble du 26. Ooctobre.
Extrait d'une Lettre de Gre,..
nobledu26. Octobre.
Monsieur le Duc de Savoye
ffi parti de Corstans pour
retournerà Turin
,
aprés avoir
14igé desordres à ses Troupes
defairesauter le Fort d'Exiles
& de repasserpromptement les
Monts,cequ'elles ont executé
aprésen avoir retirél'Artillerie
<*r les Munitions qui ont
tsts conduites à SP,7,e. Mr de
B.rwic/Z en ayant uu avis a
commandé divers détachemens
pour harceler les EnYJcrnis)
dont un. leur a enlevé des
Farinest & un autre a fort
maltraité quatre Bataillons.
nobledu26. Octobre.
Monsieur le Duc de Savoye
ffi parti de Corstans pour
retournerà Turin
,
aprés avoir
14igé desordres à ses Troupes
defairesauter le Fort d'Exiles
& de repasserpromptement les
Monts,cequ'elles ont executé
aprésen avoir retirél'Artillerie
<*r les Munitions qui ont
tsts conduites à SP,7,e. Mr de
B.rwic/Z en ayant uu avis a
commandé divers détachemens
pour harceler les EnYJcrnis)
dont un. leur a enlevé des
Farinest & un autre a fort
maltraité quatre Bataillons.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Grenoble du 26. Ooctobre.
Le 26 octobre, une lettre alerte le Duc de Savoie que des troupes ont quitté Corstans pour Turin après des désordres. Elles ont détruit le Fort d'Exilles et transporté l'artillerie à S.P. Monsieur de Berwick a ordonné des détachements pour harceler les ennemis, réussissant à leur prendre des farines et à malmener quatre bataillons.
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7
p. 971-972
Lettre de M. *** écrite de Grenoble.
Début :
Voulez-vous bien me permettre, Monsieur, de vous demander des nouvelles de la Méthode [...]
Mots clefs :
Latin, Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. *** écrite de Grenoble.
Avertiffement à M. de Boyle , au sujet
de fon Microscope.
IN des Membres de la Societé des Arts , a
UNtrouvé la conftruction d'un Microſcope par
refléxion avec deux ou avec quatre Miroirs. On
pourroit juger que c'eft le Microſcope de M. de
Boyle , avec lequel il prétendoit découvrir des
animaux dans le fang , & qui fit tant de bruit
à Paris en 1727. mais comme M. de Boyle a toujours
conftamment refufé toute comparaison
d'autre Microſcope avec le fien , il y a lieu de
croire qu'il ne groffiffoit pas plus que les Microf
copes connus , & que les Miroirs dont il ſe ſervoit
MAY. 1730. 971.
voit , ne lui étoient utiles que pour apporter aux
objets une lumiere moderée , afin de les faire voir
avec netteté & diftinction .
Quoiqu'il en feit, on ne fçait pas fi le Microf
cope trouvé eft le même que celui de M. de Boyle,
ce qu'il y a de certain, c'eft qu'on a été obligé de
lui donner la même figure exterieure pour pro-,
duire les effets que l'on attendoit , qu'il groffic
prodigieufement les objets , & qu'il les prefente
avec beaucoup de clarté & de diftinction.
L'inventeur du nouveau Microſcope eft perfuadé
qu'on ne préfumera pas que M. de Boyle lui
ait communiqué fon fecret , les précautions qu'il
prenoit pour le cacher à tout le monde , mettent
PInventeur à couvert de ce foupçon ; il eft cependant
bien-aife, avant que de donner la defcription
ce Microſcope , d'avertir ici M. de Boyle , que
s'il veut jouir de l'honneur de fa découverte , il
faut qu'il la donne au Public dans trois mois , ૩ .
compter de ce jour , temps qui paroît fuffifant
pour la diftance qu'il y a de Paris à Rouen. Si
M.de Boyle garde le filence dans cette conjoncture,
il laiffera au Public la liberté de croire qu'il n'a
aucune prétention à l'honneur de cette Découverte.
de fon Microscope.
IN des Membres de la Societé des Arts , a
UNtrouvé la conftruction d'un Microſcope par
refléxion avec deux ou avec quatre Miroirs. On
pourroit juger que c'eft le Microſcope de M. de
Boyle , avec lequel il prétendoit découvrir des
animaux dans le fang , & qui fit tant de bruit
à Paris en 1727. mais comme M. de Boyle a toujours
conftamment refufé toute comparaison
d'autre Microſcope avec le fien , il y a lieu de
croire qu'il ne groffiffoit pas plus que les Microf
copes connus , & que les Miroirs dont il ſe ſervoit
MAY. 1730. 971.
voit , ne lui étoient utiles que pour apporter aux
objets une lumiere moderée , afin de les faire voir
avec netteté & diftinction .
Quoiqu'il en feit, on ne fçait pas fi le Microf
cope trouvé eft le même que celui de M. de Boyle,
ce qu'il y a de certain, c'eft qu'on a été obligé de
lui donner la même figure exterieure pour pro-,
duire les effets que l'on attendoit , qu'il groffic
prodigieufement les objets , & qu'il les prefente
avec beaucoup de clarté & de diftinction.
L'inventeur du nouveau Microſcope eft perfuadé
qu'on ne préfumera pas que M. de Boyle lui
ait communiqué fon fecret , les précautions qu'il
prenoit pour le cacher à tout le monde , mettent
PInventeur à couvert de ce foupçon ; il eft cependant
bien-aife, avant que de donner la defcription
ce Microſcope , d'avertir ici M. de Boyle , que
s'il veut jouir de l'honneur de fa découverte , il
faut qu'il la donne au Public dans trois mois , ૩ .
compter de ce jour , temps qui paroît fuffifant
pour la diftance qu'il y a de Paris à Rouen. Si
M.de Boyle garde le filence dans cette conjoncture,
il laiffera au Public la liberté de croire qu'il n'a
aucune prétention à l'honneur de cette Découverte.
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Résumé : Lettre de M. *** écrite de Grenoble.
En mai 1730, des membres de la Société des Arts ont découvert un microscope à réflexion utilisant deux ou quatre miroirs. Ce microscope a été comparé à celui de M. de Boyle, qui avait suscité beaucoup d'intérêt à Paris en 1727 en prétendant observer des animaux dans le sang. M. de Boyle refusait toute comparaison, affirmant que ses miroirs servaient uniquement à éclairer les objets. Le nouveau microscope découvert présente des caractéristiques similaires à celui de M. de Boyle, notamment en termes de forme extérieure et de performance. Il grossit prodigieusement les objets et les présente avec clarté et distinction. L'inventeur du nouveau microscope affirme que M. de Boyle n'a pas partagé son secret, étant donné les précautions prises par ce dernier pour le garder confidentiel. L'inventeur avertit M. de Boyle qu'il doit publier sa découverte dans les trois mois pour revendiquer l'honneur de l'invention. Si M. de Boyle reste silencieux, le public sera libre de croire qu'il n'a aucune prétention à cette découverte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 887-890
L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
Début :
Tandis qu'au milieu des merveilles, [...]
Mots clefs :
Amour, Héros, Holocauste, Pays des fictions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
L'AMOUR,
ODE..
A. M. L. M. D. F.
Tandis qu'au milieu des merveilles ,
Dont Flore vient charmer nos yeux ;
Je puis affranchir mes oreilles ,
Des cris du Plaideur ennuyeux ;
Dieu de Paphos , mon premier Maître,
Approchez , faites disparoître ,
Ces Fantômes encor errans ,
Et vous , ô filles du Permesse ,
Portez-moi cette aimable yvresse
Qui s'empare de tous les sens.
Mais quoi , vos riantes images ,
M'environnent de toutes parts ,
Je vois fuir parmi les nuages ,
La Chicanne aux sombres regards,
Dieux ! quelle agréable chimere !
Je marche sur les pas d'Homere
2
Ciij Dans
888 MERCURE DE FRANCE
Dans le pays des fictions.
Ah ! j'entens sa Lire charmante ;
En peignant les Heros du Xante ,
Il excuse mes passions.
Je vois les Dieux dans cette guerre .
'A la honte de leurs Autels,
Quitter le séjour du Tonnerre ,
Pour combattre avec les Mortels.
Sous ses Tentes le grand Achille ;
Desormais guerrier inutile ,
Cede aux feux dont il est épris..
Ce Heros abattu , sans armes ,
Baignant son Casque de ses larmes ,
Est aussi foible que Pâris.
Je vois la Grece conjurée ,
Bravant et Neptune et les Vents,
Sous les ordres du fils d'Atrée
Faire marcher ses Combattans.
On poursuit Heleine fuyante ,
Une Nation menaçante ,
Ne respire que son retour ;
Le fer brille , je vois la flamme ;
Et l'embrasement de Pergame ,
Est un Holocauste à l'Amour.
2
Dans
MAY. 1732. 889
Dans ces Peintures magnifiques ,
Je trouve des consolateurs ;
J'apperçois dans les cœurs antiques ,
Les égaremens de nos cœurs ;
Je crois mes transports légitimes ,
Quand je vois des Héros sublimes,
De l'Amour éprouver les coups ;
Et lorsque mon ame est saisie ,
Des accès de la jalousie ,
Je sçais que les Dieux sont jaloux.
2
Nos cœurs instruits par la Nature ,
Dieu d'Amour te sont destinez ;
Ceux qui veulent te faire injure ,
En deviennent plus forcenez,
..
Un cœur orgueilleux et sauvage ,
Esclave en fuyant l'esclavage
Par son humeur est combattu ;
Al'aide d'un brutal caprice ,
11 devient l'azile du vice ,
Croyant l'être de la vertu.
Toutefois aux bords de Cythere ,
Nourri dès mes plus jeunes ans ,
J'abhorre une ame mercenaire ,
Qui fait trafic de sentimens ;
Ennemi des lâches souplesses ,
C iiij L'art
890 MERCURE DE FRANCE
L'art des Circez Enchanteresses ,
N'a point corrompu ma bonté ,
Vous le sçavez , sage Uranie,
Mes Vers même , enfans du génie
Ont le Sceau de la Verité.
Mais de l'Amour et de ses charmes
Que sert de vous entretenir !
C'est un malheureux que mes larmes ,
Près de vous n'ont pû retenir ,
Voyez ce Dieu l'aisle baissée ,
Tenant une Fleche émoussée ;
Le Temps déchire son Bandeau ,
Voyez les Graces gémissantes ,
Ranimant dans leurs mains tremblantes ,
Les vains restes de son flambeau.
A Grenoble le 15. Avril 1732.
ODE..
A. M. L. M. D. F.
Tandis qu'au milieu des merveilles ,
Dont Flore vient charmer nos yeux ;
Je puis affranchir mes oreilles ,
Des cris du Plaideur ennuyeux ;
Dieu de Paphos , mon premier Maître,
Approchez , faites disparoître ,
Ces Fantômes encor errans ,
Et vous , ô filles du Permesse ,
Portez-moi cette aimable yvresse
Qui s'empare de tous les sens.
Mais quoi , vos riantes images ,
M'environnent de toutes parts ,
Je vois fuir parmi les nuages ,
La Chicanne aux sombres regards,
Dieux ! quelle agréable chimere !
Je marche sur les pas d'Homere
2
Ciij Dans
888 MERCURE DE FRANCE
Dans le pays des fictions.
Ah ! j'entens sa Lire charmante ;
En peignant les Heros du Xante ,
Il excuse mes passions.
Je vois les Dieux dans cette guerre .
'A la honte de leurs Autels,
Quitter le séjour du Tonnerre ,
Pour combattre avec les Mortels.
Sous ses Tentes le grand Achille ;
Desormais guerrier inutile ,
Cede aux feux dont il est épris..
Ce Heros abattu , sans armes ,
Baignant son Casque de ses larmes ,
Est aussi foible que Pâris.
Je vois la Grece conjurée ,
Bravant et Neptune et les Vents,
Sous les ordres du fils d'Atrée
Faire marcher ses Combattans.
On poursuit Heleine fuyante ,
Une Nation menaçante ,
Ne respire que son retour ;
Le fer brille , je vois la flamme ;
Et l'embrasement de Pergame ,
Est un Holocauste à l'Amour.
2
Dans
MAY. 1732. 889
Dans ces Peintures magnifiques ,
Je trouve des consolateurs ;
J'apperçois dans les cœurs antiques ,
Les égaremens de nos cœurs ;
Je crois mes transports légitimes ,
Quand je vois des Héros sublimes,
De l'Amour éprouver les coups ;
Et lorsque mon ame est saisie ,
Des accès de la jalousie ,
Je sçais que les Dieux sont jaloux.
2
Nos cœurs instruits par la Nature ,
Dieu d'Amour te sont destinez ;
Ceux qui veulent te faire injure ,
En deviennent plus forcenez,
..
Un cœur orgueilleux et sauvage ,
Esclave en fuyant l'esclavage
Par son humeur est combattu ;
Al'aide d'un brutal caprice ,
11 devient l'azile du vice ,
Croyant l'être de la vertu.
Toutefois aux bords de Cythere ,
Nourri dès mes plus jeunes ans ,
J'abhorre une ame mercenaire ,
Qui fait trafic de sentimens ;
Ennemi des lâches souplesses ,
C iiij L'art
890 MERCURE DE FRANCE
L'art des Circez Enchanteresses ,
N'a point corrompu ma bonté ,
Vous le sçavez , sage Uranie,
Mes Vers même , enfans du génie
Ont le Sceau de la Verité.
Mais de l'Amour et de ses charmes
Que sert de vous entretenir !
C'est un malheureux que mes larmes ,
Près de vous n'ont pû retenir ,
Voyez ce Dieu l'aisle baissée ,
Tenant une Fleche émoussée ;
Le Temps déchire son Bandeau ,
Voyez les Graces gémissantes ,
Ranimant dans leurs mains tremblantes ,
Les vains restes de son flambeau.
A Grenoble le 15. Avril 1732.
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Résumé : L'AMOUR, ODE. A M. L. M. D. F.
Le texte est une ode à l'amour adressée à une personne identifiée par les initiales A. M. L. M. D. F. Le poète exprime son désir de fuir les cris ennuyeux du monde pour se plonger dans les merveilles de l'amour. Il invoque les dieux de Paphos et les Muses pour l'inspirer. Il imagine des scènes épiques de l'Iliade, où les dieux descendent sur terre pour la guerre de Troie et où des héros comme Achille et Pâris sont soumis aux passions amoureuses. Ces récits lui offrent des consolations et des légitimations pour ses propres sentiments. Le poète affirme que les cœurs humains, instruits par la nature, sont destinés à l'amour, et que ceux qui résistent à cet amour deviennent fous ou esclaves de leurs vices. Il se déclare honnête et dégoûté par les âmes mercantiles qui trafiquent les sentiments. Il conclut en décrivant l'amour comme un dieu affaibli, ses flèches émoussées et son flambeau éteint, symbolisant la douleur et la tristesse de l'amour non partagé. Le texte est daté du 15 avril 1732 à Grenoble.
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