Provenance du texte (50)
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Détail
Liste
Résultats : 50 texte(s)
1
p. 370
AUTRE ENIGME.
Début :
Mon Corps petit & lourd n'aspire qu'à la terre. [...]
Mots clefs :
Volant
5
p. 353-354
AUTRE ENIGME.
Début :
Nous sommes plusieurs Soeurs, en grandeur diférentes, [...]
Mots clefs :
Roues
7
p. 1-14
METAMORPHOSE DU BUTOR EN SABOT.
Début :
La Métamorphose par laquelle je commence cette XXX. Lettre Extraordinaire / Dans l'enceinte des Murs où la petite Canche [...]
Mots clefs :
Métamorphose, Morale, Peintre, Terroir, Oiseaux, Beauté, Fortune, Cieux, Récits, Bonheur, Affection, Amants, Jardin, Injustice, Téméraire, Punition, Cruauté, Mort, Divin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : METAMORPHOSE DU BUTOR EN SABOT.
6tia coutume d'inventer,
pourinstruirele Leffeurpar
quelque trait de Morale. UneAvantureauffi
plaijittJte que particulière, en
afourny lesujet, & ïAutheurs'est
diverty à la déguifer fous des noms
d'Oyséaux. Elle est écrired'unfiile
.fort naturel ,& veritable dans toutes
ses circonfiances. le ne nomme
point le lieu ou la chose est arrivée. Ilfùjjitquon la rapporte de la manitre
quetouts'estpassé, &isseroit
inutile de donnermoyen aux Curieux
de découvrir les Intéressez,.Quelque
avtrfionquon ait pour les Mtdisans
,surtoutpour ceux quisevantent
de faveurs receues des Belles,
J*bonnefieté veut qutonles épargne-,
quand ils ont*(ïé punis aussi rigoureusement
que le Cavalier qui a donné
Aim à ceque -v#waeezltre.
METAMORPHOSE
DU BU.TOR
EN SABOTDAm
ïençem'tdfrMfiria»Upetite.
Canche
SêmbUp4taf%GMtt>ûrsrltwrmr sur[el.
PM, V.don les brillm*C
"c'Issi. -,: ,,' -,,'\"¡N',
Sontandfjjfti de tart du Peintre &dele
Planche* - - Le Terroir abondant, les P-rez, les Boù,
les Eaux, ..; - 'A v"7 F"d- 'O.jfJ<'4Jotù.ei'<.V^n'.\j - "'r'tt '-04 \, l') ", Cefutlaque.fah4V*ntnh
Vn BHt" èblàmde ktivive, beauté
n'tuue Fauvette,&"desapropreté,
Fit un effortsursa nature. itantftnnid AHmilieu du grand,jour]
Pour luy conter Cexcèsdesen amour, Il sInhardlt & luy renditvisite;
Mais de/litué de conduite
Il neput s'arrester
jiu choix desa bonnefertune;
mtsans enfaire cas, il allafureter
DesNidsd'une Espêcecommune,
fOù pour certains égardsilfuttrès-bien
receu,
(Comme un nombre d'OJ[eAHX de difèrent
plumage, J)ontilnefuivitpasta règle&leménage
Son dessein avortantfitoflqu'issutconcen,
Bnforte qu'ilhauffkfon vol&sabrifte>
¡Cr,}"nt trouver par tout unevictoire •aisèe;• -• .:-
EtceBrutal audacieux
-, ':.
u CherchantdePlaceeilPldse,
Orporter bienprésdefCùux
-SApajfiQltr!Tr(Jn4IJd..
QuipourracroireyuHttBHtot
\Aitvoulu prendreun tel essars
Sachance luy sembloit trop bonne
Pour voirrien cféclatant qu'il»ettftosé
tenter,
Ce qui fémlet à visîterfAiglonne.
L'acneilqu'elle luyfitdevaitle contenter;
Mais par des récits teméraires
ZfEtourdyminal'état desesaffaires.-
Les Amansdaujourd'huysuivent cette,
leçon;
Moins ils ont defaveurs, plutilsenfont*
paroifire,
Et telsouventauroitpeine a connoiflrt
Celle qu'ilfaitfenfible afon ajfeflion.
Leur but ness plus la déférence,
Lefecret,oulaioüiffance.
Ilssefont de l'éclat un bonheursiparfait$,
Queces Extravagantpréfèrent laNou*
velle
Decequejamaisils nontfait
Ala peffejfionde la Causeréelle.
Maissans plus m'ilnefler à leur legèreté,
Et les abandonnant à leur peu de conduite
Contre qui la raison ç'irrite,
Revenons à noflrèEventé.
Jlfut a ptint introduitchez, l'Aiglonnet
QuJllnycontafesprêgrésgloriekx,
Etcrut gaigner une Couronne
JP<triadefcriptu'm des Lieux.
CetteReyne du Volatile,
CommennEspiontres-habile,
Feignit del'écouterpar admirâtion,
Pvkrinduire/onitifoletice
A plus grande narration,
Ëllepunirdtfonoffertse.
Ildit que la Fauvette estoit à petit prix,
Quesa ihtJe Alliance attiraitfin mépris;
Quedtttxautreune Effiece
étrangere
Sur elle nenchérifoientguém
-
Brefilosadansfinraport
Insulter a l'honneurd'uneagréable Pie,
Disant eju'illa mettoit au rang de la
charpie,
Pourefiresansdéfenseaupluspetit effort.
VAiglonneaimant la Pie, eut peineàse
contraindre,
ToutefoiseHecrut yuilfaloitencorfeindre,
Espérantvoir en pM de jours
Celles qu'ildédiireitparses lâches discours.
^Enfuit?ilrevitsesMaistresses,
Dont croyant obtenir quelques douces cth
refis,
Enruppoflmt un traitement bien doux,
Hfit uneféconde &femblakl* NouvelleJ
Mitpar unfauxrécit fAiglonne enfa*
rallele,
Excepté qu'ilparlade Jardin &deChoux.
Vn jour ellesse rencontrèrent
JPar un coup,du hasard danssonAparté"
ment,
Et comme elles cherchoientun éclirciffi.
ment,
Leurcommun intèreiffit<jmelless*acceptirent,
Et qu'un pareil motifleur échauffant le
caur,
Tout leurentretienfut du Calomniateur,
Dont l'utti blâmoit Ucaprice,
L'autre cenddrnnoit Cinjttjlice;
Et-defcs entretienstoutesfaifmt l'aveu^
T trouvaient beaucoup d'insolence,
Lors que l'Aiglonne entra, qui reconnutunfeu
Plusardent queceluy cjuinfpiroitsa pri.
fence.
J'ay, dit-elle en raillant. ce me semble,
observé
Sur vos visages quelques flames;
Vous devez bien ouvrir vos ames
A celle qui pour vous n'a rien de réservé.
Hélas! dit la Pie en colere,
Vous avez part à ce mistere;
Le Butor hautement devant moys'est
vanté
Qu'il faisoitdevous à sa guise.
Une autre interrompit, C'estce quilm'a
conté,
Et j'en demeuray sisurprise,
Que mon esprit en fut quelque temps
obscurcy.
Certes, dit la troisième, il mel'a dit aussi
11 vous l'a dit, reprit l'Aiglonne?
La Fauvetttaussi-tft tun accent tendre
ô- doux,
ÁJe}. répondit, Madame, jefrissonne
Quand je resve aux discoursqu'il avance
de vous..
Ah, l'Insolent,le Teméraire!
Je le feray ressouvenir,
Quoy qu'indigne de ma colere,
Des propos qu'il a sçû tenir;
Et pourvous obligerà suivre ma vangeance,
Apprenez que cetIndiscret,
Bien loin de garder le secret,
M'a fait sur vous pareille confidence,
O Justes Dieux! dirent elles alors,
Il faut luy mutiler le corps,
En prendre un châtiment qui lay-merrne
l'étonne,
Etle mette en état de donner de l'horreur.
N'allons passi loin, dit l'Aiglonne,
Il faut en toute chose avoir foin de l'honneur.
On doit mesme en Judicature
Agir avec proportion,
Etformer la punition
Sur le rang de celuy qui commet une
injure.
Plus il est élevé, plus le crime commis
Exige de peines cruelles;
Mais quand il part d'un Sex trop
soûmis,
Onle punit comme des bagatelles.
Ainsij'ordonne un châtiment
Digne d'un Butor insolent.
Etse retournantvtrs la Pie,
C'est à vous, m'a-t-on dit, seulement,
qu'ilsefie;
Par là nous pouvons profiter
De sa confiance crédule,
L'obligeant à vous visiter,
Demain seul dansvostre Cellule,
Oùjeferay portertrois ou quatre balais
Par mes plus robustes Valets.
Ce complot pris,onse retire
Dans le dejjein d'écorcherle bon Sire,
Qtûfuivantson tempérament,
Sa teflevuide & sans cervelle,
'^epouvant demeurer en repos us mo- -
mlnt
Vint Je brûler à la chandelle,
Ou-bien, si vous voulez., accomplitson ;v.dessin,
En rendant à la Pie un devoir clMUleflin.
Elle feinit deflreaffairée,
Et luy dit tendrement, Faites-moy le
plaisir
De me laisser toute cette soirée;
Demainnous nous verrons, seuls, &
plus à loisir.
Cet Idiotcroyantsafortune meilleure,
Dit,yyvierndray seul, ou je meure.-
Ilsortit, dormit peu, s'éveilla,se rendit
jiu lieuqu'ilpréfftmoit tint remply de
-* M". v-
Jugez*ejueltroublelesaisit, -
Voyanten tant de mains l'objet âtftsfu*
plices.
Il fçavùt que tout ses raports - Esitientfaux, ou peu ventables.
Aafft pour s'évaderfit-ildegrandsefforts,-
Mais il avoit a fai-eades lnéxorteblu,.
Quisansavoirégardasesfoibles raisons.
Crioient incessamment, Tuons, tuons,
tuons.
L'Aiglonnedit, Je sçay ce qu'on doit
auxImpies, la mort leur est. un châtiment trop
doux;
Mes deux Servantes, ou Harpies,
Luyferont rëssentirl'effet de moncouroux.
Allons vîte, qu'on le dépoüille,
Et que dans son fang on lemoüille.
Alors ces barbaresOyseaux,
Suivant leur naturelsauvage,
Imprimèrent auxreins de ceRoy desLou;
datifs
LesfangUns effets de leur rage,
Etpar des coups defouetfortementredoublez.
Lemirent en l'état qu'on peintles Fia-*
elle.
Ena-t-il assez,ditl'Aiglonne?
Non, répanditcetteTroupefélonne,
Il fautrecommencer, & ne se lasser pas
Montrez tout de nouveau la force de,
- vos bras.
Se levant cites empoignèrent
Les mtmbres quise préfentérettt.
L'une lesaisit par devant,
Celle-làparlespieds,celk-cy par les ailes,
rrandü que sanscesser deux Mègeres
cruelles
Le mirent en moins d'un infiant
Dansun étatsipitoyable,
IQue le récitsembleroit une Fable,
Le dépitles tenant tropfort
>
Tours'éteindre/queparsamort,
Quirieuftpasfaitsans douteunplus long
intervalle,
Sans le Dieu Mars, quiparcompàjfton
ClfllngeAtcflre de ce Bouffon
Dont il chérissoit la Caballe,
.En Itty donnant laformed'un Sabot*
JQttil ventfaut dépeindre en un mot.
Sans cesseildort, ou s'ils'éveille,
Ceflauseul bruit desapunition;
Nature en ce seul cas luy conferva lortitley
.:':. Comme umfurcfoifl à fin aJfUEHon*
* Sorte de Toupie sansferauboutd'en-bas,
dontles Enfans joüent, en la faisant tournât
avec un foüet de cuir.
Tant elle est rigmreufeÀpunir les tnfxmes
JQui disent lesfaveurs,ou le[cent des
Dames.
JUBEIRT, de laDoüanne
deLyon.
pourinstruirele Leffeurpar
quelque trait de Morale. UneAvantureauffi
plaijittJte que particulière, en
afourny lesujet, & ïAutheurs'est
diverty à la déguifer fous des noms
d'Oyséaux. Elle est écrired'unfiile
.fort naturel ,& veritable dans toutes
ses circonfiances. le ne nomme
point le lieu ou la chose est arrivée. Ilfùjjitquon la rapporte de la manitre
quetouts'estpassé, &isseroit
inutile de donnermoyen aux Curieux
de découvrir les Intéressez,.Quelque
avtrfionquon ait pour les Mtdisans
,surtoutpour ceux quisevantent
de faveurs receues des Belles,
J*bonnefieté veut qutonles épargne-,
quand ils ont*(ïé punis aussi rigoureusement
que le Cavalier qui a donné
Aim à ceque -v#waeezltre.
METAMORPHOSE
DU BU.TOR
EN SABOTDAm
ïençem'tdfrMfiria»Upetite.
Canche
SêmbUp4taf%GMtt>ûrsrltwrmr sur[el.
PM, V.don les brillm*C
"c'Issi. -,: ,,' -,,'\"¡N',
Sontandfjjfti de tart du Peintre &dele
Planche* - - Le Terroir abondant, les P-rez, les Boù,
les Eaux, ..; - 'A v"7 F"d- 'O.jfJ<'4Jotù.ei'<.V^n'.\j - "'r'tt '-04 \, l') ", Cefutlaque.fah4V*ntnh
Vn BHt" èblàmde ktivive, beauté
n'tuue Fauvette,&"desapropreté,
Fit un effortsursa nature. itantftnnid AHmilieu du grand,jour]
Pour luy conter Cexcèsdesen amour, Il sInhardlt & luy renditvisite;
Mais de/litué de conduite
Il neput s'arrester
jiu choix desa bonnefertune;
mtsans enfaire cas, il allafureter
DesNidsd'une Espêcecommune,
fOù pour certains égardsilfuttrès-bien
receu,
(Comme un nombre d'OJ[eAHX de difèrent
plumage, J)ontilnefuivitpasta règle&leménage
Son dessein avortantfitoflqu'issutconcen,
Bnforte qu'ilhauffkfon vol&sabrifte>
¡Cr,}"nt trouver par tout unevictoire •aisèe;• -• .:-
EtceBrutal audacieux
-, ':.
u CherchantdePlaceeilPldse,
Orporter bienprésdefCùux
-SApajfiQltr!Tr(Jn4IJd..
QuipourracroireyuHttBHtot
\Aitvoulu prendreun tel essars
Sachance luy sembloit trop bonne
Pour voirrien cféclatant qu'il»ettftosé
tenter,
Ce qui fémlet à visîterfAiglonne.
L'acneilqu'elle luyfitdevaitle contenter;
Mais par des récits teméraires
ZfEtourdyminal'état desesaffaires.-
Les Amansdaujourd'huysuivent cette,
leçon;
Moins ils ont defaveurs, plutilsenfont*
paroifire,
Et telsouventauroitpeine a connoiflrt
Celle qu'ilfaitfenfible afon ajfeflion.
Leur but ness plus la déférence,
Lefecret,oulaioüiffance.
Ilssefont de l'éclat un bonheursiparfait$,
Queces Extravagantpréfèrent laNou*
velle
Decequejamaisils nontfait
Ala peffejfionde la Causeréelle.
Maissans plus m'ilnefler à leur legèreté,
Et les abandonnant à leur peu de conduite
Contre qui la raison ç'irrite,
Revenons à noflrèEventé.
Jlfut a ptint introduitchez, l'Aiglonnet
QuJllnycontafesprêgrésgloriekx,
Etcrut gaigner une Couronne
JP<triadefcriptu'm des Lieux.
CetteReyne du Volatile,
CommennEspiontres-habile,
Feignit del'écouterpar admirâtion,
Pvkrinduire/onitifoletice
A plus grande narration,
Ëllepunirdtfonoffertse.
Ildit que la Fauvette estoit à petit prix,
Quesa ihtJe Alliance attiraitfin mépris;
Quedtttxautreune Effiece
étrangere
Sur elle nenchérifoientguém
-
Brefilosadansfinraport
Insulter a l'honneurd'uneagréable Pie,
Disant eju'illa mettoit au rang de la
charpie,
Pourefiresansdéfenseaupluspetit effort.
VAiglonneaimant la Pie, eut peineàse
contraindre,
ToutefoiseHecrut yuilfaloitencorfeindre,
Espérantvoir en pM de jours
Celles qu'ildédiireitparses lâches discours.
^Enfuit?ilrevitsesMaistresses,
Dont croyant obtenir quelques douces cth
refis,
Enruppoflmt un traitement bien doux,
Hfit uneféconde &femblakl* NouvelleJ
Mitpar unfauxrécit fAiglonne enfa*
rallele,
Excepté qu'ilparlade Jardin &deChoux.
Vn jour ellesse rencontrèrent
JPar un coup,du hasard danssonAparté"
ment,
Et comme elles cherchoientun éclirciffi.
ment,
Leurcommun intèreiffit<jmelless*acceptirent,
Et qu'un pareil motifleur échauffant le
caur,
Tout leurentretienfut du Calomniateur,
Dont l'utti blâmoit Ucaprice,
L'autre cenddrnnoit Cinjttjlice;
Et-defcs entretienstoutesfaifmt l'aveu^
T trouvaient beaucoup d'insolence,
Lors que l'Aiglonne entra, qui reconnutunfeu
Plusardent queceluy cjuinfpiroitsa pri.
fence.
J'ay, dit-elle en raillant. ce me semble,
observé
Sur vos visages quelques flames;
Vous devez bien ouvrir vos ames
A celle qui pour vous n'a rien de réservé.
Hélas! dit la Pie en colere,
Vous avez part à ce mistere;
Le Butor hautement devant moys'est
vanté
Qu'il faisoitdevous à sa guise.
Une autre interrompit, C'estce quilm'a
conté,
Et j'en demeuray sisurprise,
Que mon esprit en fut quelque temps
obscurcy.
Certes, dit la troisième, il mel'a dit aussi
11 vous l'a dit, reprit l'Aiglonne?
La Fauvetttaussi-tft tun accent tendre
ô- doux,
ÁJe}. répondit, Madame, jefrissonne
Quand je resve aux discoursqu'il avance
de vous..
Ah, l'Insolent,le Teméraire!
Je le feray ressouvenir,
Quoy qu'indigne de ma colere,
Des propos qu'il a sçû tenir;
Et pourvous obligerà suivre ma vangeance,
Apprenez que cetIndiscret,
Bien loin de garder le secret,
M'a fait sur vous pareille confidence,
O Justes Dieux! dirent elles alors,
Il faut luy mutiler le corps,
En prendre un châtiment qui lay-merrne
l'étonne,
Etle mette en état de donner de l'horreur.
N'allons passi loin, dit l'Aiglonne,
Il faut en toute chose avoir foin de l'honneur.
On doit mesme en Judicature
Agir avec proportion,
Etformer la punition
Sur le rang de celuy qui commet une
injure.
Plus il est élevé, plus le crime commis
Exige de peines cruelles;
Mais quand il part d'un Sex trop
soûmis,
Onle punit comme des bagatelles.
Ainsij'ordonne un châtiment
Digne d'un Butor insolent.
Etse retournantvtrs la Pie,
C'est à vous, m'a-t-on dit, seulement,
qu'ilsefie;
Par là nous pouvons profiter
De sa confiance crédule,
L'obligeant à vous visiter,
Demain seul dansvostre Cellule,
Oùjeferay portertrois ou quatre balais
Par mes plus robustes Valets.
Ce complot pris,onse retire
Dans le dejjein d'écorcherle bon Sire,
Qtûfuivantson tempérament,
Sa teflevuide & sans cervelle,
'^epouvant demeurer en repos us mo- -
mlnt
Vint Je brûler à la chandelle,
Ou-bien, si vous voulez., accomplitson ;v.dessin,
En rendant à la Pie un devoir clMUleflin.
Elle feinit deflreaffairée,
Et luy dit tendrement, Faites-moy le
plaisir
De me laisser toute cette soirée;
Demainnous nous verrons, seuls, &
plus à loisir.
Cet Idiotcroyantsafortune meilleure,
Dit,yyvierndray seul, ou je meure.-
Ilsortit, dormit peu, s'éveilla,se rendit
jiu lieuqu'ilpréfftmoit tint remply de
-* M". v-
Jugez*ejueltroublelesaisit, -
Voyanten tant de mains l'objet âtftsfu*
plices.
Il fçavùt que tout ses raports - Esitientfaux, ou peu ventables.
Aafft pour s'évaderfit-ildegrandsefforts,-
Mais il avoit a fai-eades lnéxorteblu,.
Quisansavoirégardasesfoibles raisons.
Crioient incessamment, Tuons, tuons,
tuons.
L'Aiglonnedit, Je sçay ce qu'on doit
auxImpies, la mort leur est. un châtiment trop
doux;
Mes deux Servantes, ou Harpies,
Luyferont rëssentirl'effet de moncouroux.
Allons vîte, qu'on le dépoüille,
Et que dans son fang on lemoüille.
Alors ces barbaresOyseaux,
Suivant leur naturelsauvage,
Imprimèrent auxreins de ceRoy desLou;
datifs
LesfangUns effets de leur rage,
Etpar des coups defouetfortementredoublez.
Lemirent en l'état qu'on peintles Fia-*
elle.
Ena-t-il assez,ditl'Aiglonne?
Non, répanditcetteTroupefélonne,
Il fautrecommencer, & ne se lasser pas
Montrez tout de nouveau la force de,
- vos bras.
Se levant cites empoignèrent
Les mtmbres quise préfentérettt.
L'une lesaisit par devant,
Celle-làparlespieds,celk-cy par les ailes,
rrandü que sanscesser deux Mègeres
cruelles
Le mirent en moins d'un infiant
Dansun étatsipitoyable,
IQue le récitsembleroit une Fable,
Le dépitles tenant tropfort
>
Tours'éteindre/queparsamort,
Quirieuftpasfaitsans douteunplus long
intervalle,
Sans le Dieu Mars, quiparcompàjfton
ClfllngeAtcflre de ce Bouffon
Dont il chérissoit la Caballe,
.En Itty donnant laformed'un Sabot*
JQttil ventfaut dépeindre en un mot.
Sans cesseildort, ou s'ils'éveille,
Ceflauseul bruit desapunition;
Nature en ce seul cas luy conferva lortitley
.:':. Comme umfurcfoifl à fin aJfUEHon*
* Sorte de Toupie sansferauboutd'en-bas,
dontles Enfans joüent, en la faisant tournât
avec un foüet de cuir.
Tant elle est rigmreufeÀpunir les tnfxmes
JQui disent lesfaveurs,ou le[cent des
Dames.
JUBEIRT, de laDoüanne
deLyon.
Fermer
8
p. 330-331
AUTRE ENIGME.
Début :
Ie n'ay qu'un ventre creux, un dos aride & sec, [...]
Mots clefs :
Selle à cheval
11
p. 125-134
JUGEMENT du Procés de la petite fille à deux meres, dont j'ai parlé dans le Mercure de Novembre. De Lion ce 20 Fevrier.
Début :
De Lion ce 20 Fevrier. Il seroit inutile de vous envoyer un dispositif [...]
Mots clefs :
Procès, Lyon, Enfant, Mères, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT du Procés de la petite fille à deux meres, dont j'ai parlé dans le Mercure de Novembre. De Lion ce 20 Fevrier.
IIIe PARTIE
DU MERCURE.
HISTORIETTES
& autres Amusemens.
JUGEMENT du
Procés de la petitefille
à deuxmeres
,
dont
j'aiparlédansle Mercure
de Novembre.
De Lion ce 20 Fevrier.
'i Ilseroitinutiledevous
envoyer un dispositifennuïeux
de la Sentenceren
duë au sujet de la petite
fille à deux meres ,
suffit
de vous dire que la mere
mariéea estéreceuë à
prouver les faits par elle
articulezauprocés ;sçavoirquelle
avoit esté
grosse
,
quelle avoit à
laitél'enfant,&c. mais
par provision l'enfant a
estéremis entre les mains
de la merefille, qui le reclamoit,
& cela termine
le procés ; parce que la
mere mariée ditqu'ellen'a
pas le moyen depoursuivre,
& l'on Ifllit dans
la Ville, qu'outre qu'elle
riapas de preuvessuffisantes,
le pere qui estoit
si curieux d'avoir ligneé,,
n'aplusdegoustpourun
enfantéquivoque;&ainsi
l'on croit que leschoses
en demeureront là : au
reste
, vous m'avcZ-J demandé
avec instance les
particularitéssecrettesde
ce que vous appcfteZ-J dans
vostre Mercure. La circonfiance
la plus étcnante
de toute l'Histoire
,
l'on a vû la timide
Angelique cacher
en tremblant les suites de
son mariage secret, &on
la voit à present reclamer
publiquement le témoin
desa faute. Ellenecraint
plus de publier sa honte;
ce changement ne paroît
pas vrai-semblable, &c.
Je vous envoye, MonsieuryUsratjonssecrettes
qui rendentcet éclat vraipmblahLs,
y vousajufie-,
rez ces vevïtez^ak refle de
l'Histoire. Jesuis, &c.
FIN
De l'Histoire de Cleonte
& d*Angclique*
Angeliquenavoit aucunes eu aucunes nnoouuvveelllleess de ffbann
cherCleonte,depuis qu'el
le l'avoit vû partir pour
aller obtenir de son pere
la permission d'achever
ce mariage dont le commencement
avoitesté
trop précipité; Cleonte
en partant de Lion estoit
rempli d'amour & de
reconnoissance ; mais
tout cela se refroidit un
peu sur les chemins ; il y
a cent lieuës de Lion à
Paris, peu de jeunes
Cleontes peuvent porter
Ci loin un violent
amour sans en rien perdre
, &surtout un amour
heureux, celui-ci
aimoit pourtant encore
Angelique en arrivant à
Paris J mais il y trouva
son pere mort, il salut
heriter de cent mil écus ;
il fut sioccupé du plaisir
&de soins de cette grosse
succession,quiln'eut pas
leloisirde penser davantageàAngelique.
-
Aprés un oubli de quelques
années --;. Cleonte
tombamalade de la maladiedontil
mourut,&
avant sa more un de ses
amis lui aprit qu'il estoit
ressé à la pauvre Angélique
un gage vivant de
l'amour qu'elle avoiteu
pour lui ; il eftoiç honneste
homme à l'inconscontance
prés, & de plus
il alloitmourir ; il écrivitde
sa mainune espece
de Testament,par lequel
il époufoit Angelique
,
en laissant vingt mille
livres, dont la mere joüira
jusqu'a la majorité de
l'enfant, & de plus, une
forte pension à la mere
sa vie durant.
Cleonte mourut ensuite,
& surcette nouvelle,
Angelique fut agitée de
divers mouvemens,elle
apprend que son cher
Cleonte est mort ; mais
elle lavoit cru inconstant;
c'est encore pis
pour une femme; joignez
à cela le mariage posthume
qui reparc son
honneur, elle doit estre
un peu consolée ; quoi
qu'il en fair, ces raisons
l'ont obligée à reclamer
la petite fille, & à faire
cet éclat qui ne paroissoit
pas vrai-semblable dans
une fille sage & modèle.
DU MERCURE.
HISTORIETTES
& autres Amusemens.
JUGEMENT du
Procés de la petitefille
à deuxmeres
,
dont
j'aiparlédansle Mercure
de Novembre.
De Lion ce 20 Fevrier.
'i Ilseroitinutiledevous
envoyer un dispositifennuïeux
de la Sentenceren
duë au sujet de la petite
fille à deux meres ,
suffit
de vous dire que la mere
mariéea estéreceuë à
prouver les faits par elle
articulezauprocés ;sçavoirquelle
avoit esté
grosse
,
quelle avoit à
laitél'enfant,&c. mais
par provision l'enfant a
estéremis entre les mains
de la merefille, qui le reclamoit,
& cela termine
le procés ; parce que la
mere mariée ditqu'ellen'a
pas le moyen depoursuivre,
& l'on Ifllit dans
la Ville, qu'outre qu'elle
riapas de preuvessuffisantes,
le pere qui estoit
si curieux d'avoir ligneé,,
n'aplusdegoustpourun
enfantéquivoque;&ainsi
l'on croit que leschoses
en demeureront là : au
reste
, vous m'avcZ-J demandé
avec instance les
particularitéssecrettesde
ce que vous appcfteZ-J dans
vostre Mercure. La circonfiance
la plus étcnante
de toute l'Histoire
,
l'on a vû la timide
Angelique cacher
en tremblant les suites de
son mariage secret, &on
la voit à present reclamer
publiquement le témoin
desa faute. Ellenecraint
plus de publier sa honte;
ce changement ne paroît
pas vrai-semblable, &c.
Je vous envoye, MonsieuryUsratjonssecrettes
qui rendentcet éclat vraipmblahLs,
y vousajufie-,
rez ces vevïtez^ak refle de
l'Histoire. Jesuis, &c.
FIN
De l'Histoire de Cleonte
& d*Angclique*
Angeliquenavoit aucunes eu aucunes nnoouuvveelllleess de ffbann
cherCleonte,depuis qu'el
le l'avoit vû partir pour
aller obtenir de son pere
la permission d'achever
ce mariage dont le commencement
avoitesté
trop précipité; Cleonte
en partant de Lion estoit
rempli d'amour & de
reconnoissance ; mais
tout cela se refroidit un
peu sur les chemins ; il y
a cent lieuës de Lion à
Paris, peu de jeunes
Cleontes peuvent porter
Ci loin un violent
amour sans en rien perdre
, &surtout un amour
heureux, celui-ci
aimoit pourtant encore
Angelique en arrivant à
Paris J mais il y trouva
son pere mort, il salut
heriter de cent mil écus ;
il fut sioccupé du plaisir
&de soins de cette grosse
succession,quiln'eut pas
leloisirde penser davantageàAngelique.
-
Aprés un oubli de quelques
années --;. Cleonte
tombamalade de la maladiedontil
mourut,&
avant sa more un de ses
amis lui aprit qu'il estoit
ressé à la pauvre Angélique
un gage vivant de
l'amour qu'elle avoiteu
pour lui ; il eftoiç honneste
homme à l'inconscontance
prés, & de plus
il alloitmourir ; il écrivitde
sa mainune espece
de Testament,par lequel
il époufoit Angelique
,
en laissant vingt mille
livres, dont la mere joüira
jusqu'a la majorité de
l'enfant, & de plus, une
forte pension à la mere
sa vie durant.
Cleonte mourut ensuite,
& surcette nouvelle,
Angelique fut agitée de
divers mouvemens,elle
apprend que son cher
Cleonte est mort ; mais
elle lavoit cru inconstant;
c'est encore pis
pour une femme; joignez
à cela le mariage posthume
qui reparc son
honneur, elle doit estre
un peu consolée ; quoi
qu'il en fair, ces raisons
l'ont obligée à reclamer
la petite fille, & à faire
cet éclat qui ne paroissoit
pas vrai-semblable dans
une fille sage & modèle.
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Résumé : JUGEMENT du Procés de la petite fille à deux meres, dont j'ai parlé dans le Mercure de Novembre. De Lion ce 20 Fevrier.
Le texte décrit un procès impliquant Angelique et son enfant, né d'une relation secrète avec Cleonte. Deux mères se disputent la garde : la mère biologique, Angelique, et la mère adoptive. Angelique n'a pas pu prouver sa grossesse et l'allaitement, ce qui a conduit à la garde de l'enfant par la mère adoptive. Angelique a abandonné le procès, probablement en raison du manque de preuves et du désintérêt de Cleonte. La relation entre Angelique et Cleonte a commencé par un mariage secret, mais Cleonte a changé d'avis en route vers Paris, où il a hérité d'une fortune et oublié Angelique. Des années plus tard, malade, Cleonte a reconnu Angelique et leur fille dans un testament, leur laissant une somme d'argent et une pension. Après sa mort, Angelique a réclamé l'enfant, déclenchant le procès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 130-131
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je supplée au defaut de l'ingrate Nature, [...]
Mots clefs :
Canne à lorgnette
13
p. 81-82
LOGOGRYPHE.
Début :
Devine moi, Lecteur, on voit à mon usage, [...]
Mots clefs :
Potage
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
L O G 0 G R TI’ H E.
DEvine moi, Lecteur, on-voit â mon usage,‘
Dans de certains Jardins bien des sortes d’herba-l
59-5’ — v E En
i8: MERCURE 'DE"'FRANCE
fin deux coupé, prima , je sets à table ,au lit s
54mm!) , c'est par moi que se forme l'esprit.
Partagé d’une autre maniere ,
Un tiers pour une par: , et deux pour la detnkreg
Nous sommes Jeux , qui dans nos lits,
Où nous passons et jours et nuits ,
Sans cesse , rendons â nos Mcres ,
me que nous recevons d’elles et de nos fxeres ,‘
A Lyafl, T“ ÀI**’E
DEvine moi, Lecteur, on-voit â mon usage,‘
Dans de certains Jardins bien des sortes d’herba-l
59-5’ — v E En
i8: MERCURE 'DE"'FRANCE
fin deux coupé, prima , je sets à table ,au lit s
54mm!) , c'est par moi que se forme l'esprit.
Partagé d’une autre maniere ,
Un tiers pour une par: , et deux pour la detnkreg
Nous sommes Jeux , qui dans nos lits,
Où nous passons et jours et nuits ,
Sans cesse , rendons â nos Mcres ,
me que nous recevons d’elles et de nos fxeres ,‘
A Lyafl, T“ ÀI**’E
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14
p. 82
AUTRE.
Début :
Jugez, chere Philis, si j'ai le don de plaire ? [...]
Mots clefs :
Orange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E. ‘
Jugez , chez-e Philis , si j'ai le don de plaire; ‘
le contente le goût, Podorat et les yeux:
On trouve un de mes tiers dans le sein de la. Terre,
Les deux autres restans sont au plus haut du
Cieux.
A Lyan, TZÏŸ. Mflflfi.
Jugez , chez-e Philis , si j'ai le don de plaire; ‘
le contente le goût, Podorat et les yeux:
On trouve un de mes tiers dans le sein de la. Terre,
Les deux autres restans sont au plus haut du
Cieux.
A Lyan, TZÏŸ. Mflflfi.
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15
p. 1372-1373
LOGOGRYPHE.
Début :
Des mes plus jeunes ans je semai la terreur ; [...]
Mots clefs :
Cartouche
17
p. 135-136
LOGOGRYPHE.
Début :
Composé de huit pieds, je plais à mainte belle, [...]
Mots clefs :
Tympanon
18
p. 84-85
ENIGME.
Début :
Né d'un homme adultére & pourtant légitime, [...]
Mots clefs :
Psaume Miserere
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
Ng' d'un homme adultére & pourtant légitime ;
Fruit innocent d'un double crime ,
Fils à la fois d'un Berger & d'un Roi ,
Et conçu fous le fac & fous le diadême ;
Mon pere en engendra grand nombre comme
moi ,
Je fuis le cinquantiéme.
Tant d'enfans ne fçauroient être de même hu
meur ,
Mes freres la plupart ont un air d'allégreffe.
Pour moi d'un criminel déplorant le malheur ,
J'ai fix freres , comme moi toujours dans la trifteffe,
Toujours fur le plaintif & toujours dans le deuil.
Maisdes fept on me croit le plus confidérable ,
A O UST. 85 1750.
Et l'on m'entend fouvent gémir près du cercueil ,
Crier merci pour le coupable.
Compofé de foupirs & de gémiffemens ,
En fubftance voilà mon être.
Mais réconcilier l'Esclave avec le Maître ,
C'eft mon unique empreffement ;
Penfez-y bien , Lecteur , il eft dans la Semaine
Certain jour
Où bien des gens fentiroient moins de peine ,
Si j'étois la moitié plus court.
Dans certains Tribunaux appaiſant la Juſtice ;
Un criminel qui veut rentrer dans fon devoir ,
N'a fouvent que moi pour fupplice.
D. S. A Lyon , le 1 Juin 1750.
Ng' d'un homme adultére & pourtant légitime ;
Fruit innocent d'un double crime ,
Fils à la fois d'un Berger & d'un Roi ,
Et conçu fous le fac & fous le diadême ;
Mon pere en engendra grand nombre comme
moi ,
Je fuis le cinquantiéme.
Tant d'enfans ne fçauroient être de même hu
meur ,
Mes freres la plupart ont un air d'allégreffe.
Pour moi d'un criminel déplorant le malheur ,
J'ai fix freres , comme moi toujours dans la trifteffe,
Toujours fur le plaintif & toujours dans le deuil.
Maisdes fept on me croit le plus confidérable ,
A O UST. 85 1750.
Et l'on m'entend fouvent gémir près du cercueil ,
Crier merci pour le coupable.
Compofé de foupirs & de gémiffemens ,
En fubftance voilà mon être.
Mais réconcilier l'Esclave avec le Maître ,
C'eft mon unique empreffement ;
Penfez-y bien , Lecteur , il eft dans la Semaine
Certain jour
Où bien des gens fentiroient moins de peine ,
Si j'étois la moitié plus court.
Dans certains Tribunaux appaiſant la Juſtice ;
Un criminel qui veut rentrer dans fon devoir ,
N'a fouvent que moi pour fupplice.
D. S. A Lyon , le 1 Juin 1750.
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20
p. 111-117
AUTRE.
Début :
De trois lettres formé, je suis Ville d'Asie [...]
Mots clefs :
Ana, Jean-Jacques Rousseau, Stanislas Leszczynski
21
p. 108
LOGOGRIPHE.
Début :
Sept membres réunis forment mon existence, [...]
Mots clefs :
Soulier
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIPH E.
SEpt membres réunis forment mon exiſtence ;
On y trouve un poiffon , ce qui forme un berceau,
Un Comté renommé dans le Pays Manceau,,.
Le fruit d'une Province au midi de la France,
Une feur , un Poëre , un péché capital ,
Ce que fait un enfant , un précieux métal ,
Une conjonction , trois notes de Mufique ,
Un légume commun qui croît en Amérique ,
Un Roi plas adoré que craint dans l'univers ,
L'inftrument qui jadis défarma les enfers ,
Ce fit à Lucrece un certain Roi de Rome ,
que
Ce qui détruit en nous la dignité de l'homme ;
Ce qu'il nous faut quitter malgré tous nos regrets,
D'un Procureur adroit la fcience en procès ;
Comment l'on vient à bout du contraire du ſage,
Le feul foin d'un fateur , l'ornement du visage
D'un infecte inconftant riche production ,
Celui qui dans les rues a droit d'infpection ,
Ce qui dans cet inftant met mon efprit en peines
Ce que ne peut l'aveugle ni le fourd ,
Une riviere , un animal fort lourd ;
Je fuis content , lecteur , fi ta recherche eft vaine;
Par M. P. D. à Lyon.
SEpt membres réunis forment mon exiſtence ;
On y trouve un poiffon , ce qui forme un berceau,
Un Comté renommé dans le Pays Manceau,,.
Le fruit d'une Province au midi de la France,
Une feur , un Poëre , un péché capital ,
Ce que fait un enfant , un précieux métal ,
Une conjonction , trois notes de Mufique ,
Un légume commun qui croît en Amérique ,
Un Roi plas adoré que craint dans l'univers ,
L'inftrument qui jadis défarma les enfers ,
Ce fit à Lucrece un certain Roi de Rome ,
que
Ce qui détruit en nous la dignité de l'homme ;
Ce qu'il nous faut quitter malgré tous nos regrets,
D'un Procureur adroit la fcience en procès ;
Comment l'on vient à bout du contraire du ſage,
Le feul foin d'un fateur , l'ornement du visage
D'un infecte inconftant riche production ,
Celui qui dans les rues a droit d'infpection ,
Ce qui dans cet inftant met mon efprit en peines
Ce que ne peut l'aveugle ni le fourd ,
Une riviere , un animal fort lourd ;
Je fuis content , lecteur , fi ta recherche eft vaine;
Par M. P. D. à Lyon.
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22
p. 96-98
LOGOGRIPHE.
Début :
Entre ma soeur & moi beaucoup de ressemblance, [...]
Mots clefs :
Marron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP H E.
Entre ma fooeur & moi beaucoup de reffemblance
,
Soit pour le goût , la forme & la couleur ,
Qui le croiroit ? Voici la différence ,
Quoique femelle , elle a moins de douceur.
Après
AVRIL. 97
1753.
Après la foeur , diſons un mot du frere ;
Il eft joli , poli , fait à manger.
Sous cet appas , te plait- il d'en tâter ?
Tu m'apprendras fi c'est là ton affaire ;
Mais fonge auparavant qu'il eſt très -dangereux
De décider far l'apparence ,
Que de maris en fout l'expérience ,
Bien volontiers je m'en rapporte à eux.
Il eft tems de paffer à ma combinaiſon.
Rien de plus bief que la façon.
Six pieds compofent ma ſtructure ,
Peu faite pour la découpure ,
Je t'offre pourtant un pronom ,
Source de procès & de haine ;
Un Poete d'un grand renom ,
Ami de Varus & Mecène ;
Ce qui fert de meſure au tems ,
Dont le cours eft bien peu durable ;
Et le ravage irréparable .
S'accroit , hélas ! tous les inftans..
Tu peux trouver encor ce métail précieux ;
Pour l'avide mortel objet de tant de voeux ,
Qui fait franchir les mers , qui fait braver l'orage ;
Ecueil de la vertu que redoute le fage.
Mais n'eft- ce point trop raiſonner
Pour un marmoufet de ma taille ?
L'ennui fuit de près la morale ,
Et bien tôt l'on pourroit bâiller.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
t
Je finis en fecret en pleurant mon partage ,
Qu'une lettre manquée me caufe de dommage !
Sort heureux que je perd , Batteufe illufion ,
D'une charmante Iris j'aurcis porté le nom.
Par M. D. L. S. R. de Lyon.
Entre ma fooeur & moi beaucoup de reffemblance
,
Soit pour le goût , la forme & la couleur ,
Qui le croiroit ? Voici la différence ,
Quoique femelle , elle a moins de douceur.
Après
AVRIL. 97
1753.
Après la foeur , diſons un mot du frere ;
Il eft joli , poli , fait à manger.
Sous cet appas , te plait- il d'en tâter ?
Tu m'apprendras fi c'est là ton affaire ;
Mais fonge auparavant qu'il eſt très -dangereux
De décider far l'apparence ,
Que de maris en fout l'expérience ,
Bien volontiers je m'en rapporte à eux.
Il eft tems de paffer à ma combinaiſon.
Rien de plus bief que la façon.
Six pieds compofent ma ſtructure ,
Peu faite pour la découpure ,
Je t'offre pourtant un pronom ,
Source de procès & de haine ;
Un Poete d'un grand renom ,
Ami de Varus & Mecène ;
Ce qui fert de meſure au tems ,
Dont le cours eft bien peu durable ;
Et le ravage irréparable .
S'accroit , hélas ! tous les inftans..
Tu peux trouver encor ce métail précieux ;
Pour l'avide mortel objet de tant de voeux ,
Qui fait franchir les mers , qui fait braver l'orage ;
Ecueil de la vertu que redoute le fage.
Mais n'eft- ce point trop raiſonner
Pour un marmoufet de ma taille ?
L'ennui fuit de près la morale ,
Et bien tôt l'on pourroit bâiller.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
t
Je finis en fecret en pleurant mon partage ,
Qu'une lettre manquée me caufe de dommage !
Sort heureux que je perd , Batteufe illufion ,
D'une charmante Iris j'aurcis porté le nom.
Par M. D. L. S. R. de Lyon.
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23
p. 107-108
AUTRE.
Début :
Je suis une profession [...]
Mots clefs :
Fripier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
E fuis une profeffion
Utile quoique dangereufe ;
J'occupe fréquemment certaine nation ,
Sur l'intérêt peu fcrupuleuſe.
Je fais briller par le fecours de l'art
Le Poëte & le Campagnard.
Le peuple fouvent me viſite :
Que de vieilles beautés à face décrépite ,
Au prix de leurs tréfors , voudroient de leurs are
traits
Pouvoir faire ce que je fais !
Combinez mes fept pieds , vous trouverez fans
peine
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Le contraire du plus grand bien ,
Des plus grands potentats la ruine ou le foutien ;
Ce qui dénote une ame vaine ,
Ce que doit craindre le poiffon ;
Ce qu'un Marchand malheureux ne peut faire ;
Et qu'on ne fit jamais au fort de la colere.
A ma fin retranchez trois pieds & mettez on
Vous trouverez fouvent mon nom. "
B. G. A. A. de Lyon.
E fuis une profeffion
Utile quoique dangereufe ;
J'occupe fréquemment certaine nation ,
Sur l'intérêt peu fcrupuleuſe.
Je fais briller par le fecours de l'art
Le Poëte & le Campagnard.
Le peuple fouvent me viſite :
Que de vieilles beautés à face décrépite ,
Au prix de leurs tréfors , voudroient de leurs are
traits
Pouvoir faire ce que je fais !
Combinez mes fept pieds , vous trouverez fans
peine
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Le contraire du plus grand bien ,
Des plus grands potentats la ruine ou le foutien ;
Ce qui dénote une ame vaine ,
Ce que doit craindre le poiffon ;
Ce qu'un Marchand malheureux ne peut faire ;
Et qu'on ne fit jamais au fort de la colere.
A ma fin retranchez trois pieds & mettez on
Vous trouverez fouvent mon nom. "
B. G. A. A. de Lyon.
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24
p. 77
LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi à Lyon, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris, à l'Auteur du Mercure.
Début :
J'APPRENDS à l'inftant, Monsieur, que dans la 3e partie & dans les additions [...]
Mots clefs :
France littéraire, Compilation , Supplément
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi à Lyon, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris, à l'Auteur du Mercure.
LETTRE de M. BOURGELAT , Ecuyer
du Roi à Lyon > & Correspondant
de l'Académie Royale des Sciences de
Paris , à l'Auteur du Mercure.
LY ON , 23 Décembre 1762.
J'APPRENDS à l'inftant
Monfieur ,
que dans la 3e partie & dans les additions
du fecond fupplément à la France
Littéraire , pour les années 1760 &
1761 , on m'attribue un Ouvrage qui
a pour titre , Modéle de Lettres fur dif
férens fujets , in- 12,1761 ..
Que cette compilation ait quelque
mérite , ou qu'elle en foit totalement dépourvue
, elle pourroit dans le fecond
cas comme dans le premier , être également
chère à l'Auteur. Je n'ai donc
" 2 garde Monfieur de participer par
mon filence à un larcin dont je ne fus
jamais coupable ; & je vous fupplie de
rendre public le défaveu que je fais d'avoir
donné l'être à cette production
qu'on doit, à toutes fortes de titres , laiffer
à celui qui en eſt le véritable père .
J'ai l'honneur d'être , & c.
BOURGELAT.
du Roi à Lyon > & Correspondant
de l'Académie Royale des Sciences de
Paris , à l'Auteur du Mercure.
LY ON , 23 Décembre 1762.
J'APPRENDS à l'inftant
Monfieur ,
que dans la 3e partie & dans les additions
du fecond fupplément à la France
Littéraire , pour les années 1760 &
1761 , on m'attribue un Ouvrage qui
a pour titre , Modéle de Lettres fur dif
férens fujets , in- 12,1761 ..
Que cette compilation ait quelque
mérite , ou qu'elle en foit totalement dépourvue
, elle pourroit dans le fecond
cas comme dans le premier , être également
chère à l'Auteur. Je n'ai donc
" 2 garde Monfieur de participer par
mon filence à un larcin dont je ne fus
jamais coupable ; & je vous fupplie de
rendre public le défaveu que je fais d'avoir
donné l'être à cette production
qu'on doit, à toutes fortes de titres , laiffer
à celui qui en eſt le véritable père .
J'ai l'honneur d'être , & c.
BOURGELAT.
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Résumé : LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi à Lyon, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris, à l'Auteur du Mercure.
M. Bourgélat, écuyer du Roi à Lyon, dément l'attribution d'un ouvrage intitulé 'Modèle de Lettres sur différents sujets, in-12, 1761'. Il précise qu'il n'en est pas l'auteur et demande que son désaveu soit rendu public pour laisser l'ouvrage à son véritable auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 113
PROBLEME DE GÉOMÉTRIE.
Début :
UN triangle isocèle étant circonscrit à deux cercles contigus qui ont leurs [...]
Mots clefs :
Géométrie, Isocèle, Base, Côtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROBLEME DE GÉOMÉTRIE.
PROBLEME DE GÉOMÉTRIE.
UNN triangle ifocèle étant circonfcrit
à deux cercles contigus qui ont leursdiametres
dans la raifon de trois à un ;
de manière que fa bafe touche la grande
circonférence , & chacun de fes côtés ,
celle-ci & la petite : on demande quel
eft dans ce triangle , le rapport de la
bafe aux côtés . Propofé par Albert, Etudiant
en Mathématique fous M. Baubé,
ǎ Lyon.
A Lyon , ce 7 Janvier 1763.
UNN triangle ifocèle étant circonfcrit
à deux cercles contigus qui ont leursdiametres
dans la raifon de trois à un ;
de manière que fa bafe touche la grande
circonférence , & chacun de fes côtés ,
celle-ci & la petite : on demande quel
eft dans ce triangle , le rapport de la
bafe aux côtés . Propofé par Albert, Etudiant
en Mathématique fous M. Baubé,
ǎ Lyon.
A Lyon , ce 7 Janvier 1763.
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26
p. 47-58
ANGELIQUE, Anecdote qu'on auroit rendue plus intéressante, si elle étoit moins vraie.
Début :
Qui est là ? s'écrie la Marquiſe de *** qui a l'audace de me reveiller si matin ? [...]
Mots clefs :
Comte, Juges, Maladie, Chevalier, Marquise , Cœur, Mère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANGELIQUE, Anecdote qu'on auroit rendue plus intéressante, si elle étoit moins vraie.
ANGELIQUE , Anecdote qu'on au
roit rendue plus intéreſſante , fi elle
étoit moins vraie.
Qui eft là ? s'écrie la Marquiſe de ***
1
qui a l'audace de me reveiller fi matin ?
qui ofe entrer dans mon appartement
avant que j'aie fonné ? c'est vous , impertinente
qu'elle heure eft - il ? Madame
, répond Lifette , en tremblant ,
il est midi paffé ... eh bien , Mademoifelle
, doit-il être jour chez moi à
midi ? On ne tient pas à vos étourderies
réïtérées ; je vous en ai prévenue , vous
travaillez à vous faire chaffer... Je vous
demande pardon ! mais... Ne voilà-t- il
pas de vos Mais? Je vous ai dit que mais
étoit déplacé dans votre bouche.... fi
48 MERCURE DE FRANCE.
Madame vouloit permettre ... Si Madame
! Vous ne finirez point avec vos
mais & vos fi qui m'affomment.... Au
nom de Dieu , Madame ! laiffez - moi
vous dire le fujet... Je m'en doute le
Comte impatient , peu jaloux d'obſerver
l'ordre des procédés , vous aura
payée pour fe faire annoncer ? ... Non,
Madame... ce Provincial qui m'eft recommandé
eft venu pour m'entretenir
de fon procès. Je ne fçais pas un mot
de fon affaire : n'importe , j'arrangerai
un fouper avec fes Juges ; je foutiendrai
fon bon droit au deffert ; je lui réponds
d'une douzaine de voix : qu'il
foit tranquille... Ce n'eft pas cela , Madame...
C'est donc ce jeune Chanoine
dont mon Abbé m'a parlé , qui vient
me demander ce que je penfe d'un Sermon
fur l'humilité , qu'il doit prêcher
à la Cour?..Non , je ne l'ai pas vu ... C'eſt
donc cet Officier Gafcon avec qui j'ai
joué fur fa parole , qui m'enyoye les
cent piftoles qu'il a perdues ? mais cela
n'eft pas croiable Cela n'eſt pas
non plus .... Ceci commence à m'impatienter.
Vous verrez que la Préfidente
me fait prier de lui dicter ce qu'elle
doit dire de la Piéce qu'on donnera ce
foir aux François. Il fuffit de la faire
....
avertir
MARS. 1763. 2018 49
avertir que l'Auteur me l'a lue , que j'ai
retenu trois Loges , & que tous mes domeftiques
déguifés fe rendront au Parterre
pour contribuer au fuccès de cette
Piéce , en claquant des mains à tort &
à travers. Attendez ; ne feroit- ce pas
plutôt cet apprentif Financier , qui voudroit
de tout fon coeur paroitre boffu
& qui n'est que contrefait. ? J'y fuis fans
doute: il m'apporte ce joli perroquet qui
a fait tout mon amufement dans l'ennuyeufe
fête qu'il m'a donnée avanthier.
Ah , que j'aurai de peine à lui faire def
apprendre les fadeurs qu'il a entendu
débiter à fon maître ! ... Non , Madame,
il n'eft pas queftion de la Préfidente
, du Financier ni de fon Perroquet.
Une choſe bien plus férieuſe ....
Vous me faites trembler , Lifette ! ô
Ciel que voulez-vous dire ; mon Angola....
Il n'eft arrivé aucun accident à
ce cher animal, Hélas ! il vaudroit mieux
qu'il fût mort & avec lui tous les An
gola , du monde ... Treve à vos
fouhaits impertinens. Vous me pouffez
à bout , vous m'excédez ; le Chevalier
eft malade , je le vois trop , il ne fortira
pas d'aujourd'hui. Il a hier prodigieufement
foupé Quel fâcheux contre-
temps , à la veille du jour où je dois
C
2
"
50 MERCURE DE FRANCE.
couronner fa conftance ! .... J'ignore
fi M. le Chevalier a foupé & s'il eft
malade mais Mademoiſelle votre fille
´eft dans un état que je ne peux vous
celer. Elle s'eft couchée avec un mal
de tête très- violent , accompagné de
beaucoup de fiévre ; elle a eu des convulfions
pendant la nuit. Le Médecin l'a
trouvée en danger & nous a confeillé
de vous en avertir ..... Lifette , mon
Médecin eft un efprit pufillanime qui
voit du danger partout. L'indifpofition
d'Angélique n'aura pas de fuite. D'ail
leurs quel changement voulez- vous qu'opére
ma préfence ? Vous auriez pu vous
difpenfer de me réveillér. Cependant
je verraí Angélique ; allons qu'on m'habille;
& avant tout , informez -vous fi
fa maladie ..... je crains le mauvais air.
mais vous avez fans doute pris l'allarme
trop légérement.
En voilà probablement affez pour
faire connoître cette Marquife , qu'on
peut mettre au nombre de ces demimonftres
dont le nom change tous
les jours à Paris & qu'on défigne encore
en Province fous celui de petites
Maitreffes. De grands biens , une phifionomie
fans caractère , mais propre
à faifir toutes les nuances dans l'occaMARS.
1763. 51
fion , un efprit faux & un coeur gâté ;
tel doit être le partage de ces femmes à
prétentions qui aviliffent leur féxe &
le nôtre. Tel étoit auffi celui de la Marquife.
Reftée veuve à l'âge de vingt
ans , elle avoit tâché par toutes fortes
de voies, de fe dédommager de la contrainte
dans laquelle elle avoit gémi
avec un honnête homme qui avoit ofé
l'empêcher de fe déshonorer. Elle n'avoit
pu lui pardonner cet excès de févérité
; & c'étoit le motif de la haine
qu'elle gardoit à fa mémoire.
Angélique étoit le feul fruit de cet
Hymen mal afforti, fans être exactement
régulière , fa beauté frappe au premier
coup d'oeil . On ne cherche pas à détailler
fes traits ; on en admire l'enfemble
. Quoique fes yeux ayent perdur de
leur vivacité & que l'incarnat de fon
teint foit flétri par fes pleurs , on ne
la voit pas encore fans un tendre intérêt.
Je ne m'arrêterai pas à tracer l'éfquiffe
des agrémens extérieurs qu'An →
gélique tient de la Nature ; elle les dédaigna
dès qu'elle les eut connus . Ceci
conduit à l'éloge de fon âme : mais je ne
fuis que fon Hiftorien & je dois me
borner au fimple récit des faits pour ménager
au Lecteur le plaifir délicat de
prononcer lui - même. Cij
52 MERCURE DE FRANCE
2
La Marquife étoit fur le point de
prendre pour Epoux le Chevalier de
*** qu'elle préféroit à fes rivaux , à
caufe de l'éloignement qu'il avoit tou→
jours marqué pour la jaloufie. Le Che
valier n'avoit qu'un grand nom , des
efpérances de fortune & un fond d'a
mour propre inépuifable. Il avoit ai
mé Angelique avant que de s'être décla
ré pour fa mère. Il fut le premier qui
s'offrit à fes yeux , à peine ouverts à
l'amour. Une paffion d'une verité momentanée
, maniée par un habile hom →
me , n'eft que trop propre à féduire
l'innocence. Angelique eft née fenfible.
Elle fe livra à fon penchant avec fécurité.
L'abîme étoit couvert de fleurs ;
elle ne s'en apperçut qu'en s'y précipi
tant. Le Chevalier , pour furmonter fes
fcrupules , avoit eu la baffeffe de recourir
aux fermens. Il l'avoit même
obligée d'accepter une promeffe de ma
iiage. Il n'en falloit pas tant pour abufer
de fa crédulité. Elle ne concevoit
pas qu'un homme d'honneur dût jamais
en manquer. Il lui étoit refervé
d'en faire la trifte expérience & de paffer
tout-à- coup de l'eftime & de l'as
mour à l'indignation & au mépris. O
vous qui voulez mériter le doux nom
... c -iv .
MARS. 1763
de mère occupez -vous fans ceffe
montrer aux jeunes perfonnes qui fous
vos yeux commencent leur entrée ſur
la fcène du monde , tout ce qu'elles
doivent faire pour fe garantir du poifon
qu'on y verfe dans des coupes trompeufes
! arrachez le voile que l'illufion
tient fufpendu fur tous les objets qu'elles
y rencontrent. Apprenez-leur à n'eftimer
que ce qu'eftiment les gens fenfés
, qui furnagent fur cette mer ora
geufe , & qui gouvernés par une fage
défiance , évitent les écueils dont elle
eft environnée .
腻
Angélique venoit de s'appercevoir
qu'elle étoit la victime de fa créduli
té. Une feule voie lui fembloit ouverte
pour eviter l'opprobre ; elle la trouva
fermée. Elle apprit que le Chevalier
alloit jurer à fa mère , à la face des
autels , la foi qu'il lui avoit donnée."
Cette nouvelle lui fit une fi grande révolution
, qu'auffitôt après fa maladie ,
on défefpéroit qu'elle pût recouvrer fa
fanté. La Marquife vint la voir , com--
me elle l'avoit promis. Angélique fixa
fes yeux mourans fur elle. Elle prit fa'
main & la tint long-temps fur fon
coeur. Elle voulut parler ; la voix luimanqua.
Le danger ne ceffa qu'au bout
i
1
1
.
"
Cij
54 MERCURE DE FRANCE .
de quelques jours. Les Médecins' la vi
rent à leur grand regret dans cet état
de langueur , qui réfifte aux efforts de
leur art , & qui donne la mort à tout
moment fans ôter la vie.
La Marquife contracta avec le Chevalier
, ne s'imaginant pas qu'elle por
toit le coup le plus funefte à la fenfibilité
d'Angélique. Le mariage fe fit
avec ce vain appareil de réjouiffances,
qui n'eft fouvent que le fimulacre de
la joie. Les motifs du Chevalier & de la
Marquife n'étoient pas affez purs pour
leur procurer cette fatisfaction intérieure,
qui eft peut- être l'unique récompenfe
de la vertu.
Angélique n'avoit pu fe réfoudre à
déclarer à fa mère fon fatal fecret. Cependant
il ne lui étoit plus poffible
de le cacher. La douleur dans laquelle
elle étoit plongée ne lui ayant pas permis
de quitter fon appartement , elle
n'avoit pas vu le Chevalier depuis fa
maladie. Elle prit enfin le parti de lui
confier fon état. Il fe rendit chez elle
dès qu'elle lui eut fait fçavoir qu'elle.
vouloit lui parler. Il la trouva les cou-.
des appuyés fur une table , une plume
à la main , & les yeux fixés fur un pa-.
pier arrofé de fes larmes. Ses joues
MARS. 1763.
étoient colorées d'un rouge âpre qui
rendoit plus remarquable la pâleur mortelle
qui régnoit fur le refte de fon vifage.
Ses lévres étoient entr'ouvertes ;
tout en elle annonçoit un être accablé
fous le poids du malheur & prêt à ne
prendre confeil que de fon défeſpoir.
Le Chevalier , avec un air d'attendrif
fement , voulut lui témoigner fa furpriſe
de la trouver fi changée. Il ofa même
entreprendre de juftifier fon procédé &
l'affura que fon amour n'avoit fouffert
ancune altération. Mon établiſſement
lui dit-il , eft une affaire d'intérêt , à laquelle
mon coeur n'a pas pris la moindre
part. Je fuis bien éloigné de vouloir
rompre les noeuds qui nous uniffent.
L'Amour les a formés : ils font facrés
pour moi. Belle Angélique , après vous
avoir aimée , avez-vous pu croire que
la Marquife m'ait rendu inconſtant ? Non ,
je jure à vos pieds que je n'ai jamais
eu pour elle que de l'indifférence. Tant
pis , répondit Angélique ! vous n'en
êtes que plus coupable & ma mère plus
malheureufe. Mais peu m'importe que
vous m'ayez aimée , ou non. C'eft affez
qu'il ait fubfifté entre nous une
liaifon que je détefte. Je ne vous ferai
point de reproches , car je ne vous hais
Civ
56
MERCURE
DE
FRANCE
.
pas je vous méprife & me borne
vous déclarer l'état où je fuis. Vous
en êtes la caufe. Vous pouvez feul me ;
fournir les moyens d'en dérober la ,
connoiffance au Public. Je n'en ferai ;
pas moins dégradée à mes propres yeux:
mais je me dois à moi-même & à ma
famille , la trifte confolation d'avoir fait
tous mes efforts pour cacher mon opprobre
& ma honte ; foible & derniére ,
reffource d'une infortunée , que..
I le remords
pourfuivra fans ceffe & qui nel
voit d'autre terme à fes maux que ce
lui de fa vie bh , guits debit
-Ce difcours prononcé , de fang froid,
glaça d'horreur le Chevalier. Il eut peine
à bégayer quelques motsS pour faire
entendre à Angélique qu'il avoit.compris
ce qu'elle exigeoit de lui , &
qu'elle pouvoir compter fur fes foins.
Illa quitta dans un défordre dont la
Marques'apperçut. Elle lui demanda
quel lavoit été le fujet de fas donverfation
avec fa fille . Le Chevalier habile à
diffimuler, l'afflura que fa langueur fe
diffiperoit bientôt fi elle vouloit lui :
permettre d'aller refpirer l'air de la campagne.
La Marquife ne demandoit pas
mieux , & dès le lendemain , Angéli-!
que avec fa femme de chambre & un
MARS. 1763. 57
vieux domeftique , partit pour le Chateau
de ***. Le Chevalier peu de temps'
après y envoya un Chirurgien. La femme
de chambre & lui furent les feuls
qu'on mit dans la confidence : l'un
& l'autre ont répondu à la confiance
qu'on leur avoit témoignée ; & tout fut
conduit avec tant de prudence , que
perfonne ne fe douta de la trifte avanture
d'Angélique.
Avec toutes les qualités néceffaires pour
plaire dans la fociété, il eft difficile qu'on
s'ennuye avec foi- même. Angélique
paffa une année entiere dans fa retraite
fans defirer d'en fortir. Enfin la Marquife
la rappella auprès d'elle . Elle trou- '
va la maifon de fa mère dans un défordre
dont la maîtreffe feule ne s'appercevoit
pas . Le Chevalier avoit diffipé
la meilleure partie des biens de fa
femme & l'avoit même déterminée à
s'obliger pour des fommes confidérables
. Il fe préfentoit alors un parti fort
avantageux pour Angélique ; mais fa ré
folution étoit prife : elle avoit vu qu'elle
ne pouvoit reclamer le bien que fon
père lui avoit laiflé , fans ruirer fa mère
: un coeur comme le fien ne balance
guères. Elle prit de fi fages mefures
, qu'elle fit réfoudre la Marquise à
c
v
58. MERCURE DE FRANCE.
fe faire féparer d'avec fon mari , & lui fit
enfuite une donation de tout ce qu'elle
avoit droit de reclamer. La Marquife
ne put réſiſter à un procédé fi généreux .
Elle connut qu'elle étoit mère. L'amitié
dont elle commença à fentir les douceurs
, la dédommagea des vains plaifirs
qu'elle avoit perdus. Elle s'applique
aujourd'hui à réparer par une conduite
irréprochable les égaremens de fa
vie. Elle fe plaît à croire qu'elle doit
fon bonheur à fa fille & ne ceffe de
lui en témoigner fa reconnoiffance.
Angélique s'applaudit du facrifice
qu'elle a fait ; & toutes deux jouiffent
d'une tranquillité d'autant plus flateuſe,
qu'elles ont appris à leur dépens à en
connoître tout le prix.
Par M: de C *** , à Lyon.
roit rendue plus intéreſſante , fi elle
étoit moins vraie.
Qui eft là ? s'écrie la Marquiſe de ***
1
qui a l'audace de me reveiller fi matin ?
qui ofe entrer dans mon appartement
avant que j'aie fonné ? c'est vous , impertinente
qu'elle heure eft - il ? Madame
, répond Lifette , en tremblant ,
il est midi paffé ... eh bien , Mademoifelle
, doit-il être jour chez moi à
midi ? On ne tient pas à vos étourderies
réïtérées ; je vous en ai prévenue , vous
travaillez à vous faire chaffer... Je vous
demande pardon ! mais... Ne voilà-t- il
pas de vos Mais? Je vous ai dit que mais
étoit déplacé dans votre bouche.... fi
48 MERCURE DE FRANCE.
Madame vouloit permettre ... Si Madame
! Vous ne finirez point avec vos
mais & vos fi qui m'affomment.... Au
nom de Dieu , Madame ! laiffez - moi
vous dire le fujet... Je m'en doute le
Comte impatient , peu jaloux d'obſerver
l'ordre des procédés , vous aura
payée pour fe faire annoncer ? ... Non,
Madame... ce Provincial qui m'eft recommandé
eft venu pour m'entretenir
de fon procès. Je ne fçais pas un mot
de fon affaire : n'importe , j'arrangerai
un fouper avec fes Juges ; je foutiendrai
fon bon droit au deffert ; je lui réponds
d'une douzaine de voix : qu'il
foit tranquille... Ce n'eft pas cela , Madame...
C'est donc ce jeune Chanoine
dont mon Abbé m'a parlé , qui vient
me demander ce que je penfe d'un Sermon
fur l'humilité , qu'il doit prêcher
à la Cour?..Non , je ne l'ai pas vu ... C'eſt
donc cet Officier Gafcon avec qui j'ai
joué fur fa parole , qui m'enyoye les
cent piftoles qu'il a perdues ? mais cela
n'eft pas croiable Cela n'eſt pas
non plus .... Ceci commence à m'impatienter.
Vous verrez que la Préfidente
me fait prier de lui dicter ce qu'elle
doit dire de la Piéce qu'on donnera ce
foir aux François. Il fuffit de la faire
....
avertir
MARS. 1763. 2018 49
avertir que l'Auteur me l'a lue , que j'ai
retenu trois Loges , & que tous mes domeftiques
déguifés fe rendront au Parterre
pour contribuer au fuccès de cette
Piéce , en claquant des mains à tort &
à travers. Attendez ; ne feroit- ce pas
plutôt cet apprentif Financier , qui voudroit
de tout fon coeur paroitre boffu
& qui n'est que contrefait. ? J'y fuis fans
doute: il m'apporte ce joli perroquet qui
a fait tout mon amufement dans l'ennuyeufe
fête qu'il m'a donnée avanthier.
Ah , que j'aurai de peine à lui faire def
apprendre les fadeurs qu'il a entendu
débiter à fon maître ! ... Non , Madame,
il n'eft pas queftion de la Préfidente
, du Financier ni de fon Perroquet.
Une choſe bien plus férieuſe ....
Vous me faites trembler , Lifette ! ô
Ciel que voulez-vous dire ; mon Angola....
Il n'eft arrivé aucun accident à
ce cher animal, Hélas ! il vaudroit mieux
qu'il fût mort & avec lui tous les An
gola , du monde ... Treve à vos
fouhaits impertinens. Vous me pouffez
à bout , vous m'excédez ; le Chevalier
eft malade , je le vois trop , il ne fortira
pas d'aujourd'hui. Il a hier prodigieufement
foupé Quel fâcheux contre-
temps , à la veille du jour où je dois
C
2
"
50 MERCURE DE FRANCE.
couronner fa conftance ! .... J'ignore
fi M. le Chevalier a foupé & s'il eft
malade mais Mademoiſelle votre fille
´eft dans un état que je ne peux vous
celer. Elle s'eft couchée avec un mal
de tête très- violent , accompagné de
beaucoup de fiévre ; elle a eu des convulfions
pendant la nuit. Le Médecin l'a
trouvée en danger & nous a confeillé
de vous en avertir ..... Lifette , mon
Médecin eft un efprit pufillanime qui
voit du danger partout. L'indifpofition
d'Angélique n'aura pas de fuite. D'ail
leurs quel changement voulez- vous qu'opére
ma préfence ? Vous auriez pu vous
difpenfer de me réveillér. Cependant
je verraí Angélique ; allons qu'on m'habille;
& avant tout , informez -vous fi
fa maladie ..... je crains le mauvais air.
mais vous avez fans doute pris l'allarme
trop légérement.
En voilà probablement affez pour
faire connoître cette Marquife , qu'on
peut mettre au nombre de ces demimonftres
dont le nom change tous
les jours à Paris & qu'on défigne encore
en Province fous celui de petites
Maitreffes. De grands biens , une phifionomie
fans caractère , mais propre
à faifir toutes les nuances dans l'occaMARS.
1763. 51
fion , un efprit faux & un coeur gâté ;
tel doit être le partage de ces femmes à
prétentions qui aviliffent leur féxe &
le nôtre. Tel étoit auffi celui de la Marquife.
Reftée veuve à l'âge de vingt
ans , elle avoit tâché par toutes fortes
de voies, de fe dédommager de la contrainte
dans laquelle elle avoit gémi
avec un honnête homme qui avoit ofé
l'empêcher de fe déshonorer. Elle n'avoit
pu lui pardonner cet excès de févérité
; & c'étoit le motif de la haine
qu'elle gardoit à fa mémoire.
Angélique étoit le feul fruit de cet
Hymen mal afforti, fans être exactement
régulière , fa beauté frappe au premier
coup d'oeil . On ne cherche pas à détailler
fes traits ; on en admire l'enfemble
. Quoique fes yeux ayent perdur de
leur vivacité & que l'incarnat de fon
teint foit flétri par fes pleurs , on ne
la voit pas encore fans un tendre intérêt.
Je ne m'arrêterai pas à tracer l'éfquiffe
des agrémens extérieurs qu'An →
gélique tient de la Nature ; elle les dédaigna
dès qu'elle les eut connus . Ceci
conduit à l'éloge de fon âme : mais je ne
fuis que fon Hiftorien & je dois me
borner au fimple récit des faits pour ménager
au Lecteur le plaifir délicat de
prononcer lui - même. Cij
52 MERCURE DE FRANCE
2
La Marquife étoit fur le point de
prendre pour Epoux le Chevalier de
*** qu'elle préféroit à fes rivaux , à
caufe de l'éloignement qu'il avoit tou→
jours marqué pour la jaloufie. Le Che
valier n'avoit qu'un grand nom , des
efpérances de fortune & un fond d'a
mour propre inépuifable. Il avoit ai
mé Angelique avant que de s'être décla
ré pour fa mère. Il fut le premier qui
s'offrit à fes yeux , à peine ouverts à
l'amour. Une paffion d'une verité momentanée
, maniée par un habile hom →
me , n'eft que trop propre à féduire
l'innocence. Angelique eft née fenfible.
Elle fe livra à fon penchant avec fécurité.
L'abîme étoit couvert de fleurs ;
elle ne s'en apperçut qu'en s'y précipi
tant. Le Chevalier , pour furmonter fes
fcrupules , avoit eu la baffeffe de recourir
aux fermens. Il l'avoit même
obligée d'accepter une promeffe de ma
iiage. Il n'en falloit pas tant pour abufer
de fa crédulité. Elle ne concevoit
pas qu'un homme d'honneur dût jamais
en manquer. Il lui étoit refervé
d'en faire la trifte expérience & de paffer
tout-à- coup de l'eftime & de l'as
mour à l'indignation & au mépris. O
vous qui voulez mériter le doux nom
... c -iv .
MARS. 1763
de mère occupez -vous fans ceffe
montrer aux jeunes perfonnes qui fous
vos yeux commencent leur entrée ſur
la fcène du monde , tout ce qu'elles
doivent faire pour fe garantir du poifon
qu'on y verfe dans des coupes trompeufes
! arrachez le voile que l'illufion
tient fufpendu fur tous les objets qu'elles
y rencontrent. Apprenez-leur à n'eftimer
que ce qu'eftiment les gens fenfés
, qui furnagent fur cette mer ora
geufe , & qui gouvernés par une fage
défiance , évitent les écueils dont elle
eft environnée .
腻
Angélique venoit de s'appercevoir
qu'elle étoit la victime de fa créduli
té. Une feule voie lui fembloit ouverte
pour eviter l'opprobre ; elle la trouva
fermée. Elle apprit que le Chevalier
alloit jurer à fa mère , à la face des
autels , la foi qu'il lui avoit donnée."
Cette nouvelle lui fit une fi grande révolution
, qu'auffitôt après fa maladie ,
on défefpéroit qu'elle pût recouvrer fa
fanté. La Marquife vint la voir , com--
me elle l'avoit promis. Angélique fixa
fes yeux mourans fur elle. Elle prit fa'
main & la tint long-temps fur fon
coeur. Elle voulut parler ; la voix luimanqua.
Le danger ne ceffa qu'au bout
i
1
1
.
"
Cij
54 MERCURE DE FRANCE .
de quelques jours. Les Médecins' la vi
rent à leur grand regret dans cet état
de langueur , qui réfifte aux efforts de
leur art , & qui donne la mort à tout
moment fans ôter la vie.
La Marquife contracta avec le Chevalier
, ne s'imaginant pas qu'elle por
toit le coup le plus funefte à la fenfibilité
d'Angélique. Le mariage fe fit
avec ce vain appareil de réjouiffances,
qui n'eft fouvent que le fimulacre de
la joie. Les motifs du Chevalier & de la
Marquife n'étoient pas affez purs pour
leur procurer cette fatisfaction intérieure,
qui eft peut- être l'unique récompenfe
de la vertu.
Angélique n'avoit pu fe réfoudre à
déclarer à fa mère fon fatal fecret. Cependant
il ne lui étoit plus poffible
de le cacher. La douleur dans laquelle
elle étoit plongée ne lui ayant pas permis
de quitter fon appartement , elle
n'avoit pas vu le Chevalier depuis fa
maladie. Elle prit enfin le parti de lui
confier fon état. Il fe rendit chez elle
dès qu'elle lui eut fait fçavoir qu'elle.
vouloit lui parler. Il la trouva les cou-.
des appuyés fur une table , une plume
à la main , & les yeux fixés fur un pa-.
pier arrofé de fes larmes. Ses joues
MARS. 1763.
étoient colorées d'un rouge âpre qui
rendoit plus remarquable la pâleur mortelle
qui régnoit fur le refte de fon vifage.
Ses lévres étoient entr'ouvertes ;
tout en elle annonçoit un être accablé
fous le poids du malheur & prêt à ne
prendre confeil que de fon défeſpoir.
Le Chevalier , avec un air d'attendrif
fement , voulut lui témoigner fa furpriſe
de la trouver fi changée. Il ofa même
entreprendre de juftifier fon procédé &
l'affura que fon amour n'avoit fouffert
ancune altération. Mon établiſſement
lui dit-il , eft une affaire d'intérêt , à laquelle
mon coeur n'a pas pris la moindre
part. Je fuis bien éloigné de vouloir
rompre les noeuds qui nous uniffent.
L'Amour les a formés : ils font facrés
pour moi. Belle Angélique , après vous
avoir aimée , avez-vous pu croire que
la Marquife m'ait rendu inconſtant ? Non ,
je jure à vos pieds que je n'ai jamais
eu pour elle que de l'indifférence. Tant
pis , répondit Angélique ! vous n'en
êtes que plus coupable & ma mère plus
malheureufe. Mais peu m'importe que
vous m'ayez aimée , ou non. C'eft affez
qu'il ait fubfifté entre nous une
liaifon que je détefte. Je ne vous ferai
point de reproches , car je ne vous hais
Civ
56
MERCURE
DE
FRANCE
.
pas je vous méprife & me borne
vous déclarer l'état où je fuis. Vous
en êtes la caufe. Vous pouvez feul me ;
fournir les moyens d'en dérober la ,
connoiffance au Public. Je n'en ferai ;
pas moins dégradée à mes propres yeux:
mais je me dois à moi-même & à ma
famille , la trifte confolation d'avoir fait
tous mes efforts pour cacher mon opprobre
& ma honte ; foible & derniére ,
reffource d'une infortunée , que..
I le remords
pourfuivra fans ceffe & qui nel
voit d'autre terme à fes maux que ce
lui de fa vie bh , guits debit
-Ce difcours prononcé , de fang froid,
glaça d'horreur le Chevalier. Il eut peine
à bégayer quelques motsS pour faire
entendre à Angélique qu'il avoit.compris
ce qu'elle exigeoit de lui , &
qu'elle pouvoir compter fur fes foins.
Illa quitta dans un défordre dont la
Marques'apperçut. Elle lui demanda
quel lavoit été le fujet de fas donverfation
avec fa fille . Le Chevalier habile à
diffimuler, l'afflura que fa langueur fe
diffiperoit bientôt fi elle vouloit lui :
permettre d'aller refpirer l'air de la campagne.
La Marquife ne demandoit pas
mieux , & dès le lendemain , Angéli-!
que avec fa femme de chambre & un
MARS. 1763. 57
vieux domeftique , partit pour le Chateau
de ***. Le Chevalier peu de temps'
après y envoya un Chirurgien. La femme
de chambre & lui furent les feuls
qu'on mit dans la confidence : l'un
& l'autre ont répondu à la confiance
qu'on leur avoit témoignée ; & tout fut
conduit avec tant de prudence , que
perfonne ne fe douta de la trifte avanture
d'Angélique.
Avec toutes les qualités néceffaires pour
plaire dans la fociété, il eft difficile qu'on
s'ennuye avec foi- même. Angélique
paffa une année entiere dans fa retraite
fans defirer d'en fortir. Enfin la Marquife
la rappella auprès d'elle . Elle trou- '
va la maifon de fa mère dans un défordre
dont la maîtreffe feule ne s'appercevoit
pas . Le Chevalier avoit diffipé
la meilleure partie des biens de fa
femme & l'avoit même déterminée à
s'obliger pour des fommes confidérables
. Il fe préfentoit alors un parti fort
avantageux pour Angélique ; mais fa ré
folution étoit prife : elle avoit vu qu'elle
ne pouvoit reclamer le bien que fon
père lui avoit laiflé , fans ruirer fa mère
: un coeur comme le fien ne balance
guères. Elle prit de fi fages mefures
, qu'elle fit réfoudre la Marquise à
c
v
58. MERCURE DE FRANCE.
fe faire féparer d'avec fon mari , & lui fit
enfuite une donation de tout ce qu'elle
avoit droit de reclamer. La Marquife
ne put réſiſter à un procédé fi généreux .
Elle connut qu'elle étoit mère. L'amitié
dont elle commença à fentir les douceurs
, la dédommagea des vains plaifirs
qu'elle avoit perdus. Elle s'applique
aujourd'hui à réparer par une conduite
irréprochable les égaremens de fa
vie. Elle fe plaît à croire qu'elle doit
fon bonheur à fa fille & ne ceffe de
lui en témoigner fa reconnoiffance.
Angélique s'applaudit du facrifice
qu'elle a fait ; & toutes deux jouiffent
d'une tranquillité d'autant plus flateuſe,
qu'elles ont appris à leur dépens à en
connoître tout le prix.
Par M: de C *** , à Lyon.
Fermer
Résumé : ANGELIQUE, Anecdote qu'on auroit rendue plus intéressante, si elle étoit moins vraie.
Le texte narre les malheurs amoureux d'Angélique, fille de la Marquise de ***. La Marquise, veuve à vingt ans, est présentée comme une femme aux mœurs légères et au cœur corrompu. Angélique, belle et sensible, est séduite par le Chevalier de ***, qui lui promet le mariage. Cependant, il finit par épouser sa mère. À l'annonce de cette nouvelle, Angélique tombe gravement malade. Le Chevalier tente de justifier son comportement mais accepte finalement d'aider Angélique à cacher sa situation. Désespérée, Angélique se retire à la campagne où elle accouche en secret. Après une année de retraite, elle revient et convainc sa mère de se séparer de son mari. Elle lui cède tous ses droits d'héritage, ce qui touche profondément la Marquise. Cette dernière change alors de comportement et s'efforce de réparer ses erreurs passées, reconnaissant la générosité de sa fille. Par la suite, le texte mentionne la satisfaction d'Angélique après un sacrifice qu'elle a accompli. Elle et une compagne jouissent d'une tranquillité particulièrement précieuse, d'autant plus appréciée qu'elles en ont appris la valeur à leurs dépens. Le texte est signé par un certain 'M: de C ***' à Lyon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
27
p. 124
PROBLÉME DE GEOMÉTRIE.
Début :
Un triangle isocéle étant circonscrit à deux cercles contigus, dont les diamètres [...]
Mots clefs :
Triangle isocèle, Cercles, Diamètres, Circonférence, Côtes
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texteReconnaissance textuelle : PROBLÉME DE GEOMÉTRIE.
PROBLEME DE GEOMÉTRIE.
Un triangle ifocéle étant circonfcrit
à deux cercles contigus , dont les diamètres
font m & n ; de manière que fa
bafe touche la grande circonférence ,
& chacun de fes côtés , celle-ci & la
petite on demande quel eft dans ce
triangle le rapport de la bafe aux côtés.
Proposé par ALBERT , Etudiant en
Mathématique, fous M. BAUBÉ à Lyon.
A Lyon , ce 28 Mars 1763.
Un triangle ifocéle étant circonfcrit
à deux cercles contigus , dont les diamètres
font m & n ; de manière que fa
bafe touche la grande circonférence ,
& chacun de fes côtés , celle-ci & la
petite on demande quel eft dans ce
triangle le rapport de la bafe aux côtés.
Proposé par ALBERT , Etudiant en
Mathématique, fous M. BAUBÉ à Lyon.
A Lyon , ce 28 Mars 1763.
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28
p. 130-131
LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer de ROI, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c. à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'EXACTITUDE & le plaisir avec lequel vous annoncez, Monsieur, les progrès [...]
Mots clefs :
Écuyer, Correspondant, Exactitude, École vétérinaire, Projet
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer de ROI, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c. à l'Auteur du Mercure.
LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer
de ROI , Correspondant de l'Académie
Royale des Sciences de France ,
&c. à l'Auteur du Mercure,
L'EXACTITUDE & le plaifir avec
lequel vous annoncez Monfieur , les
progrès des Eléves de l'Ecole Vétérinaire
dans la Théorie de leur art , vien
"
MA I. 1763. 131
nent fans doute de l'idée que vous vous
êtes formée de cet établiffement. La reconnoiffance
m'infpire le deffein de vous
mettre à portée de la juftifier vous- même
aux yeux de ceux qui pourroient ne pas
fentir toute l'importance de l'éxécution
de ce projet ; il m'a paru d'autant plus
beau , lorfque je m'y fuis livré , que
fon utilité n'eft pas refferrée dans les
bornes d'une Province & d'un Royaume
, & peut s'étendre à tous les Peuples
.
9 Je vous adreffe donc Monfieur
des moyens fùrs de convaincre les plus
incrédules , d'échauffer les plus indifférens
, & de faire taire ceux qui parlent
le plus , par la feule raifon peut-être .
qu'ils doivent être le moins écoutés .
Ces moyens réfultent d'une infinité
de faits très -autentiques que je vous
fupplie de vouloir bien rendre encore
plus publics qu'ils ne le font . Si l'ex--
périence a , comme je le crois , la force
de perfuader , ces faits garantiront dès--
à -préfent la folidité des principes furt
lefquels j'ai jetté les premiers fondemens
de l'édifice que j'éléve.
J'ai l'honneur d'être & c..
de ROI , Correspondant de l'Académie
Royale des Sciences de France ,
&c. à l'Auteur du Mercure,
L'EXACTITUDE & le plaifir avec
lequel vous annoncez Monfieur , les
progrès des Eléves de l'Ecole Vétérinaire
dans la Théorie de leur art , vien
"
MA I. 1763. 131
nent fans doute de l'idée que vous vous
êtes formée de cet établiffement. La reconnoiffance
m'infpire le deffein de vous
mettre à portée de la juftifier vous- même
aux yeux de ceux qui pourroient ne pas
fentir toute l'importance de l'éxécution
de ce projet ; il m'a paru d'autant plus
beau , lorfque je m'y fuis livré , que
fon utilité n'eft pas refferrée dans les
bornes d'une Province & d'un Royaume
, & peut s'étendre à tous les Peuples
.
9 Je vous adreffe donc Monfieur
des moyens fùrs de convaincre les plus
incrédules , d'échauffer les plus indifférens
, & de faire taire ceux qui parlent
le plus , par la feule raifon peut-être .
qu'ils doivent être le moins écoutés .
Ces moyens réfultent d'une infinité
de faits très -autentiques que je vous
fupplie de vouloir bien rendre encore
plus publics qu'ils ne le font . Si l'ex--
périence a , comme je le crois , la force
de perfuader , ces faits garantiront dès--
à -préfent la folidité des principes furt
lefquels j'ai jetté les premiers fondemens
de l'édifice que j'éléve.
J'ai l'honneur d'être & c..
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29
p. 147-151
CHIRURGIE. LETTRE de M. FLURANT, Chirurgien à Lyon, à M. DEJEAN, Me en Chirurgie à Paris.
Début :
MONSIEUR, Vous avez promis au Public par la voie du Mercure de Février de cette [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Opération de la taille, Instrument, Vessie, Urètre, Inflammation
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. LETTRE de M. FLURANT, Chirurgien à Lyon, à M. DEJEAN, Me en Chirurgie à Paris.
CHIRURGIE.
LETTRE de M. FLURANT , Chirur
gien à Lyon , à M. DEJEAN , M
en Chirurgie à Paris.
MONSIEUR ,
Vous avez promis au Public par la
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
voie du Mercure de Février de cette
année , un inftrument nouveau , utile à
l'opération de la Taille , lorfque la pierre
de nature friable , ſe réduit en ſable ,
& échappe aux autres inftrumens. La
deſcription fuccinte que vous faites de
cet inftrument , annonce une forme
de curette qui doit être en effet fort
utile , & dont j'aurois voulu avoir la
poffeffion dans une opération que je
fis il y a quelques mois : le détail de
cette opération fera connoître que
votre inftrument peut fervir dans d'autres
cas , même dans ceux d'une pierre
brifée le fait eft affez particulier pour
que je puiffe me flatter que le récit
ne vous en déplaira point.
Un homme de trente - cinq ans s’introduifit
l'année dernière dans l'urètre
une féve d'haricot vulgairement appellée
fajeole , & la pouffa affez avant
pour qu'elle gliffât juſques dans la veſſie.
Je paffe fur la bifarrerie d'un tel amufement
; cet homme d'ailleurs ne
m'ayant rendu aucune réponſe ſatiſfaifante
fur fon intention.
Je fus appellé aux premières douleur
que caufa la préfence du corps
étranger , qui fe préfentant fans doute ,
à l'entrée de la veffie empêchoit fouvent
MA I. 1763. 149
la fortie des urines. Il en arriva même
des accidens finguliers ; il furvint un engorgement
inflammatoire & douloureux
au tefticule droit , qui ne l'abandonna
que pour paffer à celui du côté oppofé ;
le bas-ventre devint tendu & douloureux
; la fonde feule foulageoit le malade
en le faiſant uriner librement ; les
remédes duement adminiftrés firent bien
ceffer l'inflammation , mais non les douleurs
en urinant.
Le malade toujours fatigué par les
retours fréquens de dyfurie , demandoit
du foulagement ; je l'engageai à temporifer
, dans l'efpoir que les urines pourroient
entraîner le corps étranger que je
foupçonnois s'être divifé ; toutes femences
de cette eſpèce fe féparant aifément
en deux lobes dès qu'elles font
humectées mais enfin plufieurs mois
s'étant écoulés dans cette alternative de
douleurs & de légers foulagemens , &
ayant été obligé de fonder le malade ,
je reconnus par le choc de la fonde
que le corps étranger commençoit à
Le recouvrir d'une incruftation pierreuſe
je propofai alors au malade l'opération
de la taille & elle fut déterminée
pour le lendemain .
J'opérai comme je le fais toujours
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
-
felon la méthode de M. mon Pontau
Confrère , qui approche de celle de la
Taille latérale ; méthode par laquelle
nous avons les fuccès les
plus heureux la tenette introduite , il
me fut impoffible de fentir & de charger
ces deux fragmens : leur petiteffe ,
la conformation de la veffie qui faifoit
un fond confidérable au - deffous du
Sphincter , & plus encore le peu de
folidité des parties de cette féve qui
m'empêchoit de les appercevoir avec
la tenette , tout me rendit les inftrumens
ordinaires infuffifans ; je pris le
parti de les retirer l'une après l'autre
avec le doigt en forme de crochet , ce
qui me réuffit : or il n'eft pas douteux
& c'eft où j'en voulois venir , que l'inf
trument dont vous avez parlé , Monfieur
, ne m'eût été très- néceffaire en
cette occafion . I eft vrai que les cas
de cette espéce paroiffent rares ; celui
que je cite néanmoins n'eft pas le feul ;
outre bien des obfervations à-peu-près
femblables , que l'on trouve dans les
Auteurs , j'ai vu extraire par le même
M. Pontau , à un malade à l'Hôtel- Dieu ,
une pierre qui s'étant brifée , laiffa voir
une femblable féve qui en avoit été
le noyau. Les fragmens que j'ai tirés
M A I. 1763. 151
dans mon opération n'étoient encore
recouverts que d'une couche de tertre
très légère , mais il n'eft pas douteux
qu'elle n'ait augmenté en peu de tems.
Il fe préfente enfin dans la pratique
chirurgicale des faits fi variés, que
d'autres
circonftances pourroient éxiger également
le fecours de votre nouvelle curette.
C'est d'après ces réfléxions queje me
fuis cru autorifé à vous folliciter , Monfieur
, de nous donner plus précisément
la forme ou la defcription de votre inftrument
; le même motif du bien public
vous y excitera fans doute &
m'excufera auprès de vous de la liberté
que j'ai pris de vous en faire la demande.
J'ai l'honneur d'être , & c .
Lyon , ce 1 Avril 1763.
,
FLURANT.
LETTRE de M. FLURANT , Chirur
gien à Lyon , à M. DEJEAN , M
en Chirurgie à Paris.
MONSIEUR ,
Vous avez promis au Public par la
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
voie du Mercure de Février de cette
année , un inftrument nouveau , utile à
l'opération de la Taille , lorfque la pierre
de nature friable , ſe réduit en ſable ,
& échappe aux autres inftrumens. La
deſcription fuccinte que vous faites de
cet inftrument , annonce une forme
de curette qui doit être en effet fort
utile , & dont j'aurois voulu avoir la
poffeffion dans une opération que je
fis il y a quelques mois : le détail de
cette opération fera connoître que
votre inftrument peut fervir dans d'autres
cas , même dans ceux d'une pierre
brifée le fait eft affez particulier pour
que je puiffe me flatter que le récit
ne vous en déplaira point.
Un homme de trente - cinq ans s’introduifit
l'année dernière dans l'urètre
une féve d'haricot vulgairement appellée
fajeole , & la pouffa affez avant
pour qu'elle gliffât juſques dans la veſſie.
Je paffe fur la bifarrerie d'un tel amufement
; cet homme d'ailleurs ne
m'ayant rendu aucune réponſe ſatiſfaifante
fur fon intention.
Je fus appellé aux premières douleur
que caufa la préfence du corps
étranger , qui fe préfentant fans doute ,
à l'entrée de la veffie empêchoit fouvent
MA I. 1763. 149
la fortie des urines. Il en arriva même
des accidens finguliers ; il furvint un engorgement
inflammatoire & douloureux
au tefticule droit , qui ne l'abandonna
que pour paffer à celui du côté oppofé ;
le bas-ventre devint tendu & douloureux
; la fonde feule foulageoit le malade
en le faiſant uriner librement ; les
remédes duement adminiftrés firent bien
ceffer l'inflammation , mais non les douleurs
en urinant.
Le malade toujours fatigué par les
retours fréquens de dyfurie , demandoit
du foulagement ; je l'engageai à temporifer
, dans l'efpoir que les urines pourroient
entraîner le corps étranger que je
foupçonnois s'être divifé ; toutes femences
de cette eſpèce fe féparant aifément
en deux lobes dès qu'elles font
humectées mais enfin plufieurs mois
s'étant écoulés dans cette alternative de
douleurs & de légers foulagemens , &
ayant été obligé de fonder le malade ,
je reconnus par le choc de la fonde
que le corps étranger commençoit à
Le recouvrir d'une incruftation pierreuſe
je propofai alors au malade l'opération
de la taille & elle fut déterminée
pour le lendemain .
J'opérai comme je le fais toujours
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
-
felon la méthode de M. mon Pontau
Confrère , qui approche de celle de la
Taille latérale ; méthode par laquelle
nous avons les fuccès les
plus heureux la tenette introduite , il
me fut impoffible de fentir & de charger
ces deux fragmens : leur petiteffe ,
la conformation de la veffie qui faifoit
un fond confidérable au - deffous du
Sphincter , & plus encore le peu de
folidité des parties de cette féve qui
m'empêchoit de les appercevoir avec
la tenette , tout me rendit les inftrumens
ordinaires infuffifans ; je pris le
parti de les retirer l'une après l'autre
avec le doigt en forme de crochet , ce
qui me réuffit : or il n'eft pas douteux
& c'eft où j'en voulois venir , que l'inf
trument dont vous avez parlé , Monfieur
, ne m'eût été très- néceffaire en
cette occafion . I eft vrai que les cas
de cette espéce paroiffent rares ; celui
que je cite néanmoins n'eft pas le feul ;
outre bien des obfervations à-peu-près
femblables , que l'on trouve dans les
Auteurs , j'ai vu extraire par le même
M. Pontau , à un malade à l'Hôtel- Dieu ,
une pierre qui s'étant brifée , laiffa voir
une femblable féve qui en avoit été
le noyau. Les fragmens que j'ai tirés
M A I. 1763. 151
dans mon opération n'étoient encore
recouverts que d'une couche de tertre
très légère , mais il n'eft pas douteux
qu'elle n'ait augmenté en peu de tems.
Il fe préfente enfin dans la pratique
chirurgicale des faits fi variés, que
d'autres
circonftances pourroient éxiger également
le fecours de votre nouvelle curette.
C'est d'après ces réfléxions queje me
fuis cru autorifé à vous folliciter , Monfieur
, de nous donner plus précisément
la forme ou la defcription de votre inftrument
; le même motif du bien public
vous y excitera fans doute &
m'excufera auprès de vous de la liberté
que j'ai pris de vous en faire la demande.
J'ai l'honneur d'être , & c .
Lyon , ce 1 Avril 1763.
,
FLURANT.
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30
p. 15-29
LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
Début :
LA plupart des Rois qui ont reçu le surnom de Grand ne sont guère connus [...]
Mots clefs :
Russe, Rois, Empire, Europe, Milice, Pouvoir, Opiniâtreté , Religion
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texteReconnaissance textuelle : LE RUSSE DETROMPÉ. ANECDOTE Philosophique, composée sur des Mémoires envoyés de Russie.
LE RUSSE DETROMPÉ.
ANECDOTE Philofophique , composée
fur des Mémoires envoyés de Ruffie.
La plupart des Rois qui ont reçu le
furnom de Grand ne font guère connus
que par les grands maux qu'ils ont faits
à l'humanité. Vous ne l'avez pas porté ,
Princes , qui avez cru que vos Sujets
étoient des hommes & que , les Peuples
voiſins de votre Empire n'étoient pas vos
Sujets. Vous en méritiez un plus flatteur
, a mon Roi ! Le Souverain bienaimé
de la Nation la plus éclairée ,laplus
courageuſe , la plus généreuſe & la plus
équitable , eſt digne de recevoir tous
les titres qu'on décerne aux Héros. Nous
les avons tous rrenfermés dans un ſeul :
il eſt à la fois rexpreffion de l'amour ,
de la reconnoiffance & de la vérité.
Nous nous refſouviendrons toujours que
vous n'avez foutenu la guerre que pour
Phonneur de votre Couronne , &que
vous n'avez fait la paix que pour notre
bonheur.
Dans le petit nombre de Monarques
auxquels on accorda le furnom de Grand
16 MERCURE DE FRANCE .
pour avoir fait de grandes chofes , la
poſtérité verra avec joie Pierre I. Quand
il monta fur le Trône , la Ruſſie n'avoit
aucune influence dans les affaires de l'Europe
. Ses vaſtes déferts étoient menacés
de tous les côtés . L'intérieur de l'Etat
étoit troublé par des factions formidables .
Une milice infolente, accoutumée à faire
trembler ſes Maîtres , les retenoit ſous un
joug qu'ils n'oſoient fecouer. Un Patriarche
ambitieux ſe ſervoit habilement de
la crédulité du Peuple pour ufurper un
pouvoir qui le rendoit l'égal de fon
Souverain . La fuperftition compagne de
Pignorance, regnoit à fon gré fur les efprits.
Les Loix de cette Nation barbare
étoient autant d'abus qui s'oppoſoient à
ſa ſplendeur future. L'agriculture languiſſoit.
Les finances étoient mal adminiſtrées.
On manquoitdes manufactures
les plus utiles. Le commerce étoit négligé.
Le nom même des beaux arts
qui ſuppoſent l'abondance , étoit ignoré.
On est étonné des obſtacles qui ſe
préſentoient en foule pour créer de nouveaux
hommes , pour rendre le fceptre
de la Ruffie reſpectable à toutes les Puiffances
: Pierre vit tout ce qu'il falloit
faire pour y parvenir , & tout ce qu'il
falloit faire , il le fit.
2
JUIN. 1763. 17
;
Tout le monde ſçait que dans le ſyftême
de réformation qu'il ſuivit conftamment
, il entra dans des détails qui ,
pourparoître minucieux, ne ſont pas audeſſous
d'un ſage Législateur. De tous
les projets qu'il conçut pour adoucir la
rudeſſe des moeurs de ſes Sujets , celui
qui concernoit les habits& la barbe , excita
le plus de murmures ; & malgré la
gaîté qu'on mit dans l'exécution , il ſe
trouva pluſieurs entêtés qui aimerent
mieux ſe reléguer d'eux-mêmes au fond
de la Sibérie , que de confentir que des
Tailleurs & des Barbiers inhumains , rognaſſent
leurs habits & leur coupaſſent
entiérement la barbe.
Alexis Shereto fut du nombre de ces
victimes de leur opiniâtreré. C'étoit un
homme de quarante ans , qui avoit joui
de quelque crédit auprès de la Princeſſe
Sophie. Il étoit veuf & n'avoit qu'une
fille mariée à un des principauxBoyards.
Il étoit extrêmement conſidéré à cauſe
de ſa vaſte érudition ; car il avoit appris
à lire & à chiffrer en trois ans, d'un Marchand
Européen qu'il avoit logé chez
lui. Il étoit confulté dans toutes les affaires
de la Religion ; mais nos Mémoires
aſſurent qu'il ne voulut prendre aucun
parti dans cette fameuſe queſtion: ſea
18 MERCURE DE FRANCE.
voir fi l'on devoit faire le ſigne de la
croix avec deux doigts ou avec trois. Il
avoit été accuſé d'être Athée , Théiſte ,
Déifte , Matérialiſte , Philoſophe , parce
qu'il avoit eu le front d'avancer qu'un
homme qui auroit tué fon pere & fa mere
, n'en feroit pas quitte pour une prière
au grand S. Nicolas , & qu'il feroit néceffaire
qu'il fît pénitence. On avoit été
fur le point de convoquer un Concile
pour le condamner ; mais il avoit trouvélemoyende
conjurer l'orage , &de
regagner l'eſtime des Caſuiſtes que fa témérité
lui avoit fait perdre.
Alexis Shereto,avec une barbe qui lui
tomboit juſques ſur la ceinture & une
robe qui lui couvroit les talons , prit
joyeusement,le chemin de la Sibérie ,
trop content de n'apprendre que par la
Renommée les moyens que le Czar mettroit
en uſage pour forcer ſes Sujets à
devenir heureux. Il s'arrêta dans la Samoyédie,
& fe pratiqua une demeure fouterraine
ſuivant l'uſage des lieux. Il fur
bientôt célébre dans le Canton ; & les
Samoyedes qui n'ont du poil que fur la
tête , ne pouvoient comprendre qu'il eût
quitté Mofcou pour conſerver du poil au
menton .
On s'attend peut-être à trouver ici la
JU I N. 1763. 19
defcription du Pays des Samoyedes , &
des éclairciſſemens fur leur conformation&
fur les productions du fol ingrat
qu'ils cultivent. Nous ſcavons qu'il eft
beau de ne pas ignorer l'étendue des
plaines , la hauteur des montagnes , le
nombre de bourgades qu'on trouve dans
une Contrée; qu'il eſt utile d'en connoître
les plantes , les arbres , la culture
qu'on y emploie & laforme & la couleur
des individus qui l'habitent : mais nous
croyons en même-temps qu'il eſt plus,
beau &plusutile de s'occuper de l'étude
des moeurs ; & fans déprimer la Géographie
,l'Histoire Naturelle & la Phyſique ,
nous ne craindrons pas d'avancer que la
ſcience du coeur humain fera toujours les
délices du vrai Philoſophe ; & qu'il viendra
un temps , même en France , où l'on
aura plus d'obligation à un Moralifte
qui s'appliquera à connoître ſes ſemblables
& à les rendre meilleurs , qu'à un
Auteur qui mettra toute fa gloire à les
enrichir.
Les Samoyedes étoient alors abſolument
privés des notions les plus communes
& les moins abſtraites. Ils n'avoient
aucune idée de ce que nous entendons
par les mots de vice& de vertu. Leur Religion
étoit fans culte. Ils ſe bornoient à
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent comtracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, ſont préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; & dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763 . 21
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
laméchancetédes hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoir laiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts & lui parla en ces termes.
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas. Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ? Ce bled étoit-il plutôt à vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votre bled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ils pouvoient tout enlever ; & leur
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent contracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, font préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; &dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763. 21
1
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
la méchanceté des hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoirlaiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts &lui parla en ces termes.
a
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas .Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ?? Ce bled étoit -il plutôt vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votrebled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ilspouvoient tout enlever ; & leur
22 MERCURE DE FRANCE .
,
modération eſtune ſuite de l'eſtime qu'ils
ont pour vous. Cependant loin de reconnoître
leur honnêteté , comme vous
le deviez , vous les avez attaqués : il étoit
toutfimple , tout naturelqu'ils fe défendiffent.
Ils ſe ſonttrouvés les plus forts
&vous avez été roſſé ; cela eſt dans
l'ordre. Allons , croyez- moi , convenez.
que vous avez tort & tout vous fera pardonné.
Au reſte , fi le bled qu'ils vous
ont laiffé , ne vous ſuffit pas , les fruits
que vous voyez ſur ces arbres vous appartiennent
comme à nous. Nous nous
contentonsdu néceſſaire,&nous le prenons
indifféremment partout. Imiteznous
, & foyez perfuadé que nous fommes
trop juſtes pour voler fans en avoir
debonnes raiſons .
Shereto goûta ce diſcours tout étrange
qu'il étoit. Il en remercia Arixboul ( c'eſt
le nom du vieillard) & lui promit d'en
faire fon profit. Cependant la neige tomba
avec tant d'abondance , que fon bled
difparut à ſes yeux. Il ſe confola de ce
déſaſtre qu'il n'auroit pas éprouvé s'il
avoit été en état de travailler deux jours
plutôt. Il chercha un autre terrein plus
propre à tenterune nouvelle expérience ;
mais il ne trouva pas les outils qu'il avoit
faits pour remuer la terre. Arixboul étoit
JUIN. 1763. 23
le ſeul qui fût entré dans ſa caverne. Il
étoitdonc le ſeul qu'on put ſoupçonner
de les avoir pris. Alexis fut le trouver.
Il ne laiſſa échapper aucune plainte capable
d'indi poſer l'eſprit de ce grave
perſonnage. Arixboul convint du fait.
Vous avez ſçu fabriquer ces outils , lui
dit-il; il ne tient qu'à vous d'en fabriquer
d'autres. Pour moi qui ignore la
façon de les faire & qui en connois l'uſage
, j'ai pris la liberté de m'en faifir
dans le deſſein de cultiver une portion
de terre à votre exemple. Cela est tout
fumple , tout naturel ; & il faut que vous
foyez bien déraisonnable fi vous m'en
blâmez.
Shereto n'ofa pas repliquer &s'en retourna
en réfléchiſſant fur lesuſages des
Samoyedes , qui commençoient à lui
paroître un peu extraordinaires .
Apeine étoit- il rentré dans fa cabane ,
qu'il furvint un orage & un vent fi furieux
que la plupart des arbres en furent
renverſés. A travers le fifflement aigu
de la tempête , ildistingua une voix plaintive
qui demandoit du ſecours . Il dirigea
ſes pas du côté où cette voix ſe faifoit
entendre. Il apperçoit une jeune
fille qui lui demande l'hofpitalité. Il
étoit trop compatiſſant pour la refuſer
24 MERCURE DE FRANCE.
dans l'extrême danger où elle ſe trouvoit
réduite. Il la porta dans ſa caverne , car
elle n'avoit pas la force de marcher ; il
la déshabilla auprès du feu & fit fécher
ſes vêtemens.
La plus belle Samoyede ne feroit qu'un
objet rebutant pour nous autres François.
Une tête énorme , une grandebouche
, de petits yeux , un nez large &
camus , un teint couleur de terre & la
hauteur de deux ou trois pieds , ne feront
jamais qu'une petite horreur , bien
plus capable d'amortir nos feux, que de
les allumer. Il n'en eſt pas de même
pour un Solitaire Moſcovite qui déshabille
une ſemblable perſonne , ſurtout fi
elle n'a que feize ans , &la Samoyede
en queſtion n'en avoit pas davantage .
Alexis Shereto , privé depuis quatre
ans du commerce d'un ſexe qui fait les
plaiſirs ou les chagrins du nôtre , conçut
des defirs dont il modéra l'impétuofité.
Il penſoit en amant délicat ; il vouloit
plaire avant que de ſe rendre heureux.
Après avoir écouté l'hiſtoire de la
jeune Samoyede & lui avoir fait prendre
quelques alimens , il lui propoſade renoncer
à ſa famille où elle avouoit qu'elle
avoit été maltraitée , de répondre à la
tendreſſe qu'elle lui inſpiroit , & de demeurer
JUI N. 1763 . 25
meurer avec lui . La Samoyede l'examina
fort attentivement , & lui déclara enſuite
qu'elle ne s'uniroit jamais avec un
géant de fon eſpéce : ( il est bon d'obſerver
qu'Alexis avoit 5 pieds 3 pouces )
& qu'elle ſe ſentoit une répugnance invincible
pour les mentons barbus. O
Ciel ! s'écria Shereto , j'aurai quitté ma
patrie pour conferver ma barbe & ma
barbe mettra obftacle à ma félicité !Non ,
il ne ſera pas dit que je ferai toujours
malheureux par rapport à elle. En diſant
ceci , il prit ſes ciſeaux & ſe coupa
la barbe avec un courage foutenu par
l'amour & excité par l'eſpérance. La
Samoyede fatisfaite de ce facrifice confentit
à recevoir ſa foi. Il voulut l'engager
à lui jurer de lui être fidelle ; mais
elle s'en excuſa avec beaucoup de grâce ,
en l'affurant que cela n'étoit pas néceffaire.
Ils vécurent pendant pluſieurs mois
dans la plus parfaite intelligence. Leurs
plaiſirs n'étoient mêlés d'aucune amertume
; mais la coupe de la volupté eſt
enduite d'un poiſon lent, qui fait tôt ou
tard fon effet. L'humanité ne comporte
pointun bonheur durable. Dans le temps
qu'Alexis fe flatoit d'avoir fixé l'inconftance
de la fortune en fa faveur , & qu'il
B
26. MERCURE DE FRANCE .
croyoit que ſon ſort avoit pris une confif
tance que rien ne pourroit détruire , les
choſes changent de face : la tranquillité
de fon coeur lui eſt enlevée ; la colère &
la jalousie en prennent la place ; l'objet
de fon amour devient celui de ſa haine ;
enfin la jeune épouse diſparoît &le laiſſe
en proie aux tourmens de l'amour après
lui en avoir fait goûter les douceurs.
A-t- on jamais été trahi plus cruellement
, s'écrioit l'infortuné Shereto ? Ah !
je te reverrai , perfide: mais ne t'attends
pas à triompher de ma foibleſſe ; fi je
ſuis le ſeul dans ce canton qui ait à ſe
plaindre d'un crime , effaçons en le fouvenir
par la vengeance la plus terrible.
Tu m'a appris à dédaigner la vie . Du
même fer que j'aurai rougi de ton fang ,
je percerai à tes pieds ce coeur ulcéré dans
lequel tu régnes encore malgré tous tes
forfaits.
Arixboul furvint à temps pour empê-
{ cher l'effet de cet affreux projet. Inſenſé
Shereto , lui dit-il , tout autre qu'un Samoyede
qui ſçauroit farder la vérité , conviendroit
un moment que vous avez raifon,
pour mieux parvenir à vous prouver
que vous avez tort & à calmer vos tranfports.
Pour moi qui ne ſçais pas ufer de
cette lâche condeſcendance , je vous
JUIN. 1763 . 27
avoue franchement que votre courroux
eft abfolument dépourvu de motifs raifonnables
. Une fille quitte légérement
ſes parens pour quelques mauvais traitemens
: cela est tout simple. Un orage,
la furprend; il n'y a rien là d'extraordinaire.
Elle vous demande un aſyle , vous
le lui accordez.: cela eft naturel. Cette
fille vous plaît ; votre complaiſance vous
en fait aimer : cela est tout naturel.
Vous vivez enſemble & vous goûtez les
plaiſirs réſervés à l'union des deux ſexes :
cela est toutfimple. Cette fille qui s'étoit
attachée à vous de bonne foi , s'en détache
de même : cela est toutsimple. On
n'eſt pas maître d'aimer toujours . Enfin
elle vous quitte pour un autre : cela eft
tout naturel ; & à moins que vous ne
foyez l'ennemi déclaré de la fimplicité &
de la nature , vous devez convenir que
vous n'avez aucun fujet de murmurer
contre ma compatriote.
Alexis baiſſa la tête & courut s'enfermer
dans ſa caverne fans vouloir écouter
davantage les difcours du vieux Samoyede.
La douleur lui donna une fiévre
violente , dont il commença à redouter
les effets . Incapable de fortir pour chercherdes
ſimples qu'il ne connoiſſfoit pas ,
privéde tout fecours , & fon corps s'af-
1
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foibliffant de jour en jour , l'image de la
mout s'offrit à lui avec cet appareil qui
la ren'd fi redoutable. C'eſt alors que le
Touvenirde Mofcou vint augmenter ſes
chagrins. Là du moins , diſoit-il , la vue
des Médecin's me conſoleroit de l'infuffifance
de leur' ast ; ma famille me prodigueroit
fes foins ; je recevrois des fecours
abondans : tandis qu'icije ſuis privé
des alimensles plus groffiers. Je m'applaudiſſois
d'être au milieu d'un peuple
qui vit dans l'état fi vanté de la pure na
ture , & j'y ai éffuyé des horreurs ignorées
dans les forêts qu'habitent les brigands.
J'apporte un peu de bled dans ce
climat ftérile : il y réuffit ; & quand je
m'apprête à le couper , je vois qu'on
m'a devancé , & les voleurs de mon bien
trouvent mauvais que je me fâche , &
ils m'afſomment de coups . Un vieillard
me raméne à ma caverne & le cruel me
dérobe des inftrumens néceſſaires. Une
jeune fille.... hélas ! l'expreffion de
l'innocence paroiſſoit fur fon front. Malheureux
que je fuis ! j'ai réchauffé dans
mon fein ce ſerpent qui m'a donné la
mort.... & qui m'a fait couper ma barbe.
Le bruit qu'on fit en enfonçant la porte
de fa caverne, l'interrompit au milieu
JUIN. 1763 . 29
de ſes triſtes réfléxions . Un homme vêtu
à l'allemande s'offrit à lui . C'étoit un de
ces étrangers que Pierre le Grand envoyoit
dans les vaſtes Provinces de fon
Empire pour inſtruire les Peuples des
réglemens qu'ilavoit faits pour les policer.
Le caractère de ſa phyſionomie inſpiroit
de la confiance . Alexis lui raconta tous
fes malheurs , & lui fit part du deſſein
où il étoit de retourner à Mofcou. L'Etranger
lui en procura les moyens. Sa
ſanté s'y rétablit promptement. Son efprit
y acquit plus de juſteſſe & d'étendue.
Il comprit enfin qu'il faut aux hommes
une Religion ſimple &majestueu .
ſe , une Philofophie lumineuse & modefte
, des Arts utiles & agréables , des
Loix juſtes & préciſes. En effet , dans
l'état actuel de laNature déchue, les hommes
n'ont aucune idée du juſte & l'injufte
, de l'utile & de l'honnête , du vrai &
du faux. L'intérêt perſonnel , père de
tous les crimes , eſtle ſeul flambeau qui
les guide. S'ils peuvent fans crainte de
repréſailles commettre une mauvaiſe
action qui leur procure un bien-être momentané
; ilsy trouvent les caractères du
juſte , de l'honnête&du vrai . Les hommes
font capables de tout fans la Religion
qui les oblige à être bons , ou fans
les lois qui les contraignent de
le paroître. Par M. de C*** à Lyon.
ANECDOTE Philofophique , composée
fur des Mémoires envoyés de Ruffie.
La plupart des Rois qui ont reçu le
furnom de Grand ne font guère connus
que par les grands maux qu'ils ont faits
à l'humanité. Vous ne l'avez pas porté ,
Princes , qui avez cru que vos Sujets
étoient des hommes & que , les Peuples
voiſins de votre Empire n'étoient pas vos
Sujets. Vous en méritiez un plus flatteur
, a mon Roi ! Le Souverain bienaimé
de la Nation la plus éclairée ,laplus
courageuſe , la plus généreuſe & la plus
équitable , eſt digne de recevoir tous
les titres qu'on décerne aux Héros. Nous
les avons tous rrenfermés dans un ſeul :
il eſt à la fois rexpreffion de l'amour ,
de la reconnoiffance & de la vérité.
Nous nous refſouviendrons toujours que
vous n'avez foutenu la guerre que pour
Phonneur de votre Couronne , &que
vous n'avez fait la paix que pour notre
bonheur.
Dans le petit nombre de Monarques
auxquels on accorda le furnom de Grand
16 MERCURE DE FRANCE .
pour avoir fait de grandes chofes , la
poſtérité verra avec joie Pierre I. Quand
il monta fur le Trône , la Ruſſie n'avoit
aucune influence dans les affaires de l'Europe
. Ses vaſtes déferts étoient menacés
de tous les côtés . L'intérieur de l'Etat
étoit troublé par des factions formidables .
Une milice infolente, accoutumée à faire
trembler ſes Maîtres , les retenoit ſous un
joug qu'ils n'oſoient fecouer. Un Patriarche
ambitieux ſe ſervoit habilement de
la crédulité du Peuple pour ufurper un
pouvoir qui le rendoit l'égal de fon
Souverain . La fuperftition compagne de
Pignorance, regnoit à fon gré fur les efprits.
Les Loix de cette Nation barbare
étoient autant d'abus qui s'oppoſoient à
ſa ſplendeur future. L'agriculture languiſſoit.
Les finances étoient mal adminiſtrées.
On manquoitdes manufactures
les plus utiles. Le commerce étoit négligé.
Le nom même des beaux arts
qui ſuppoſent l'abondance , étoit ignoré.
On est étonné des obſtacles qui ſe
préſentoient en foule pour créer de nouveaux
hommes , pour rendre le fceptre
de la Ruffie reſpectable à toutes les Puiffances
: Pierre vit tout ce qu'il falloit
faire pour y parvenir , & tout ce qu'il
falloit faire , il le fit.
2
JUIN. 1763. 17
;
Tout le monde ſçait que dans le ſyftême
de réformation qu'il ſuivit conftamment
, il entra dans des détails qui ,
pourparoître minucieux, ne ſont pas audeſſous
d'un ſage Législateur. De tous
les projets qu'il conçut pour adoucir la
rudeſſe des moeurs de ſes Sujets , celui
qui concernoit les habits& la barbe , excita
le plus de murmures ; & malgré la
gaîté qu'on mit dans l'exécution , il ſe
trouva pluſieurs entêtés qui aimerent
mieux ſe reléguer d'eux-mêmes au fond
de la Sibérie , que de confentir que des
Tailleurs & des Barbiers inhumains , rognaſſent
leurs habits & leur coupaſſent
entiérement la barbe.
Alexis Shereto fut du nombre de ces
victimes de leur opiniâtreré. C'étoit un
homme de quarante ans , qui avoit joui
de quelque crédit auprès de la Princeſſe
Sophie. Il étoit veuf & n'avoit qu'une
fille mariée à un des principauxBoyards.
Il étoit extrêmement conſidéré à cauſe
de ſa vaſte érudition ; car il avoit appris
à lire & à chiffrer en trois ans, d'un Marchand
Européen qu'il avoit logé chez
lui. Il étoit confulté dans toutes les affaires
de la Religion ; mais nos Mémoires
aſſurent qu'il ne voulut prendre aucun
parti dans cette fameuſe queſtion: ſea
18 MERCURE DE FRANCE.
voir fi l'on devoit faire le ſigne de la
croix avec deux doigts ou avec trois. Il
avoit été accuſé d'être Athée , Théiſte ,
Déifte , Matérialiſte , Philoſophe , parce
qu'il avoit eu le front d'avancer qu'un
homme qui auroit tué fon pere & fa mere
, n'en feroit pas quitte pour une prière
au grand S. Nicolas , & qu'il feroit néceffaire
qu'il fît pénitence. On avoit été
fur le point de convoquer un Concile
pour le condamner ; mais il avoit trouvélemoyende
conjurer l'orage , &de
regagner l'eſtime des Caſuiſtes que fa témérité
lui avoit fait perdre.
Alexis Shereto,avec une barbe qui lui
tomboit juſques ſur la ceinture & une
robe qui lui couvroit les talons , prit
joyeusement,le chemin de la Sibérie ,
trop content de n'apprendre que par la
Renommée les moyens que le Czar mettroit
en uſage pour forcer ſes Sujets à
devenir heureux. Il s'arrêta dans la Samoyédie,
& fe pratiqua une demeure fouterraine
ſuivant l'uſage des lieux. Il fur
bientôt célébre dans le Canton ; & les
Samoyedes qui n'ont du poil que fur la
tête , ne pouvoient comprendre qu'il eût
quitté Mofcou pour conſerver du poil au
menton .
On s'attend peut-être à trouver ici la
JU I N. 1763. 19
defcription du Pays des Samoyedes , &
des éclairciſſemens fur leur conformation&
fur les productions du fol ingrat
qu'ils cultivent. Nous ſcavons qu'il eft
beau de ne pas ignorer l'étendue des
plaines , la hauteur des montagnes , le
nombre de bourgades qu'on trouve dans
une Contrée; qu'il eſt utile d'en connoître
les plantes , les arbres , la culture
qu'on y emploie & laforme & la couleur
des individus qui l'habitent : mais nous
croyons en même-temps qu'il eſt plus,
beau &plusutile de s'occuper de l'étude
des moeurs ; & fans déprimer la Géographie
,l'Histoire Naturelle & la Phyſique ,
nous ne craindrons pas d'avancer que la
ſcience du coeur humain fera toujours les
délices du vrai Philoſophe ; & qu'il viendra
un temps , même en France , où l'on
aura plus d'obligation à un Moralifte
qui s'appliquera à connoître ſes ſemblables
& à les rendre meilleurs , qu'à un
Auteur qui mettra toute fa gloire à les
enrichir.
Les Samoyedes étoient alors abſolument
privés des notions les plus communes
& les moins abſtraites. Ils n'avoient
aucune idée de ce que nous entendons
par les mots de vice& de vertu. Leur Religion
étoit fans culte. Ils ſe bornoient à
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent comtracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, ſont préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; & dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763 . 21
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
laméchancetédes hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoir laiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts & lui parla en ces termes.
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas. Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ? Ce bled étoit-il plutôt à vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votre bled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ils pouvoient tout enlever ; & leur
20 MERCURE DE FRANCE.
reconnoître un bon & un mauvais principe
; ils reſſembloient affez aux Sauvages
de l'Amérique ; & s'ils euſſent contracté
l'habitude de marcher à quatre
pattes , on les eût pris pour cette eſpéce
d'animaux qu'un de nos Ecrivains appelle
des hommes par excellence.
Shereto , grand partiſan de l'ancienne
fimplicité , ſe félicitoit tous les jours de
vivre au milieu d'un Peuple affez heureux
pour être privé du ſens commun.
Que l'ignorance & la pauvreté , diſoitil
, font préférables à ces arts perfides qui
corrompent les moeurs en les poliſſant !
Le repos &l'innocence ſuffiſent à l'homme.
Les Loix ne ſont propres qu'à lui
ravir l'un & l'autre .
Tandis qu'il déraiſonnoit ainſi , il s'apperçut
qu'on avoit coupé la moitié de
fa récolte prochaine dans un petit champ
qu'il avoit cultivé lui-même. Il vit deux
hommes qui emportoient tranquillement
les gerbes qu'ils avoient faites. Il courut
à eux ; &dans la colère où il étoit, incapable
de garder aucune meſure , il les
chargea de coups en leur reprochant
le crime qu'ils venoient de commettre.
Les Samoyedes ne concevant rien à ſa
colère , ni à ſes reproches , lui rendirent
avec ufure les coups qu'ils en avoient
JUIN. 1763. 21
1
reçus ; & l'ayant mis hors de combat ,
s'acheminerent tranquillement vers leur
habitation , chargés des fruits de leur
larcin.
Le pauvre Alexis , couché par terre ,
ſe plaignoit amérement d'avoir eſſuyé
la méchanceté des hommes dans un Pays
où ils ne ſçavoient ce que c'étoit que la
méchanceté. Un vieux Samoyede s'approcha
de lui. Alexis lui raconta ſa facheuſe
avanture. Il n'en épargna pas
les auteurs & leur donna les épithétes les
plus outrageantes. Le vieillard le porta
dans ſa caverne ; & après lui avoirlaiſſé
le temps d'exhaler ſon dépit , il touffa
trois fois , ſe moucha proprement avec
ſes doigts &lui parla en ces termes.
a
Vousme faites pitié , mon cher frère ;
vous êtes vous-même l'artiſan de votre
infortune,& vous oſez vous plaindre! En
véritéje ne vous conçois pas .Que voulezvous
dire par votre bled qu'on vous a
pris ?? Ce bled étoit -il plutôt vous qu'à
vos frères ? La Terre n'eſt-elle plus la
mère commune de tous ? Fâchez-vous
donc auffi contre les animaux qui certainement
n'ont pas épargné votrebled.
Ceux qui vous en ont enlevé la moitié ,
méritoient de votre part des remercîmens:
ilspouvoient tout enlever ; & leur
22 MERCURE DE FRANCE .
,
modération eſtune ſuite de l'eſtime qu'ils
ont pour vous. Cependant loin de reconnoître
leur honnêteté , comme vous
le deviez , vous les avez attaqués : il étoit
toutfimple , tout naturelqu'ils fe défendiffent.
Ils ſe ſonttrouvés les plus forts
&vous avez été roſſé ; cela eſt dans
l'ordre. Allons , croyez- moi , convenez.
que vous avez tort & tout vous fera pardonné.
Au reſte , fi le bled qu'ils vous
ont laiffé , ne vous ſuffit pas , les fruits
que vous voyez ſur ces arbres vous appartiennent
comme à nous. Nous nous
contentonsdu néceſſaire,&nous le prenons
indifféremment partout. Imiteznous
, & foyez perfuadé que nous fommes
trop juſtes pour voler fans en avoir
debonnes raiſons .
Shereto goûta ce diſcours tout étrange
qu'il étoit. Il en remercia Arixboul ( c'eſt
le nom du vieillard) & lui promit d'en
faire fon profit. Cependant la neige tomba
avec tant d'abondance , que fon bled
difparut à ſes yeux. Il ſe confola de ce
déſaſtre qu'il n'auroit pas éprouvé s'il
avoit été en état de travailler deux jours
plutôt. Il chercha un autre terrein plus
propre à tenterune nouvelle expérience ;
mais il ne trouva pas les outils qu'il avoit
faits pour remuer la terre. Arixboul étoit
JUIN. 1763. 23
le ſeul qui fût entré dans ſa caverne. Il
étoitdonc le ſeul qu'on put ſoupçonner
de les avoir pris. Alexis fut le trouver.
Il ne laiſſa échapper aucune plainte capable
d'indi poſer l'eſprit de ce grave
perſonnage. Arixboul convint du fait.
Vous avez ſçu fabriquer ces outils , lui
dit-il; il ne tient qu'à vous d'en fabriquer
d'autres. Pour moi qui ignore la
façon de les faire & qui en connois l'uſage
, j'ai pris la liberté de m'en faifir
dans le deſſein de cultiver une portion
de terre à votre exemple. Cela est tout
fumple , tout naturel ; & il faut que vous
foyez bien déraisonnable fi vous m'en
blâmez.
Shereto n'ofa pas repliquer &s'en retourna
en réfléchiſſant fur lesuſages des
Samoyedes , qui commençoient à lui
paroître un peu extraordinaires .
Apeine étoit- il rentré dans fa cabane ,
qu'il furvint un orage & un vent fi furieux
que la plupart des arbres en furent
renverſés. A travers le fifflement aigu
de la tempête , ildistingua une voix plaintive
qui demandoit du ſecours . Il dirigea
ſes pas du côté où cette voix ſe faifoit
entendre. Il apperçoit une jeune
fille qui lui demande l'hofpitalité. Il
étoit trop compatiſſant pour la refuſer
24 MERCURE DE FRANCE.
dans l'extrême danger où elle ſe trouvoit
réduite. Il la porta dans ſa caverne , car
elle n'avoit pas la force de marcher ; il
la déshabilla auprès du feu & fit fécher
ſes vêtemens.
La plus belle Samoyede ne feroit qu'un
objet rebutant pour nous autres François.
Une tête énorme , une grandebouche
, de petits yeux , un nez large &
camus , un teint couleur de terre & la
hauteur de deux ou trois pieds , ne feront
jamais qu'une petite horreur , bien
plus capable d'amortir nos feux, que de
les allumer. Il n'en eſt pas de même
pour un Solitaire Moſcovite qui déshabille
une ſemblable perſonne , ſurtout fi
elle n'a que feize ans , &la Samoyede
en queſtion n'en avoit pas davantage .
Alexis Shereto , privé depuis quatre
ans du commerce d'un ſexe qui fait les
plaiſirs ou les chagrins du nôtre , conçut
des defirs dont il modéra l'impétuofité.
Il penſoit en amant délicat ; il vouloit
plaire avant que de ſe rendre heureux.
Après avoir écouté l'hiſtoire de la
jeune Samoyede & lui avoir fait prendre
quelques alimens , il lui propoſade renoncer
à ſa famille où elle avouoit qu'elle
avoit été maltraitée , de répondre à la
tendreſſe qu'elle lui inſpiroit , & de demeurer
JUI N. 1763 . 25
meurer avec lui . La Samoyede l'examina
fort attentivement , & lui déclara enſuite
qu'elle ne s'uniroit jamais avec un
géant de fon eſpéce : ( il est bon d'obſerver
qu'Alexis avoit 5 pieds 3 pouces )
& qu'elle ſe ſentoit une répugnance invincible
pour les mentons barbus. O
Ciel ! s'écria Shereto , j'aurai quitté ma
patrie pour conferver ma barbe & ma
barbe mettra obftacle à ma félicité !Non ,
il ne ſera pas dit que je ferai toujours
malheureux par rapport à elle. En diſant
ceci , il prit ſes ciſeaux & ſe coupa
la barbe avec un courage foutenu par
l'amour & excité par l'eſpérance. La
Samoyede fatisfaite de ce facrifice confentit
à recevoir ſa foi. Il voulut l'engager
à lui jurer de lui être fidelle ; mais
elle s'en excuſa avec beaucoup de grâce ,
en l'affurant que cela n'étoit pas néceffaire.
Ils vécurent pendant pluſieurs mois
dans la plus parfaite intelligence. Leurs
plaiſirs n'étoient mêlés d'aucune amertume
; mais la coupe de la volupté eſt
enduite d'un poiſon lent, qui fait tôt ou
tard fon effet. L'humanité ne comporte
pointun bonheur durable. Dans le temps
qu'Alexis fe flatoit d'avoir fixé l'inconftance
de la fortune en fa faveur , & qu'il
B
26. MERCURE DE FRANCE .
croyoit que ſon ſort avoit pris une confif
tance que rien ne pourroit détruire , les
choſes changent de face : la tranquillité
de fon coeur lui eſt enlevée ; la colère &
la jalousie en prennent la place ; l'objet
de fon amour devient celui de ſa haine ;
enfin la jeune épouse diſparoît &le laiſſe
en proie aux tourmens de l'amour après
lui en avoir fait goûter les douceurs.
A-t- on jamais été trahi plus cruellement
, s'écrioit l'infortuné Shereto ? Ah !
je te reverrai , perfide: mais ne t'attends
pas à triompher de ma foibleſſe ; fi je
ſuis le ſeul dans ce canton qui ait à ſe
plaindre d'un crime , effaçons en le fouvenir
par la vengeance la plus terrible.
Tu m'a appris à dédaigner la vie . Du
même fer que j'aurai rougi de ton fang ,
je percerai à tes pieds ce coeur ulcéré dans
lequel tu régnes encore malgré tous tes
forfaits.
Arixboul furvint à temps pour empê-
{ cher l'effet de cet affreux projet. Inſenſé
Shereto , lui dit-il , tout autre qu'un Samoyede
qui ſçauroit farder la vérité , conviendroit
un moment que vous avez raifon,
pour mieux parvenir à vous prouver
que vous avez tort & à calmer vos tranfports.
Pour moi qui ne ſçais pas ufer de
cette lâche condeſcendance , je vous
JUIN. 1763 . 27
avoue franchement que votre courroux
eft abfolument dépourvu de motifs raifonnables
. Une fille quitte légérement
ſes parens pour quelques mauvais traitemens
: cela est tout simple. Un orage,
la furprend; il n'y a rien là d'extraordinaire.
Elle vous demande un aſyle , vous
le lui accordez.: cela eft naturel. Cette
fille vous plaît ; votre complaiſance vous
en fait aimer : cela est tout naturel.
Vous vivez enſemble & vous goûtez les
plaiſirs réſervés à l'union des deux ſexes :
cela est toutfimple. Cette fille qui s'étoit
attachée à vous de bonne foi , s'en détache
de même : cela est toutsimple. On
n'eſt pas maître d'aimer toujours . Enfin
elle vous quitte pour un autre : cela eft
tout naturel ; & à moins que vous ne
foyez l'ennemi déclaré de la fimplicité &
de la nature , vous devez convenir que
vous n'avez aucun fujet de murmurer
contre ma compatriote.
Alexis baiſſa la tête & courut s'enfermer
dans ſa caverne fans vouloir écouter
davantage les difcours du vieux Samoyede.
La douleur lui donna une fiévre
violente , dont il commença à redouter
les effets . Incapable de fortir pour chercherdes
ſimples qu'il ne connoiſſfoit pas ,
privéde tout fecours , & fon corps s'af-
1
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
foibliffant de jour en jour , l'image de la
mout s'offrit à lui avec cet appareil qui
la ren'd fi redoutable. C'eſt alors que le
Touvenirde Mofcou vint augmenter ſes
chagrins. Là du moins , diſoit-il , la vue
des Médecin's me conſoleroit de l'infuffifance
de leur' ast ; ma famille me prodigueroit
fes foins ; je recevrois des fecours
abondans : tandis qu'icije ſuis privé
des alimensles plus groffiers. Je m'applaudiſſois
d'être au milieu d'un peuple
qui vit dans l'état fi vanté de la pure na
ture , & j'y ai éffuyé des horreurs ignorées
dans les forêts qu'habitent les brigands.
J'apporte un peu de bled dans ce
climat ftérile : il y réuffit ; & quand je
m'apprête à le couper , je vois qu'on
m'a devancé , & les voleurs de mon bien
trouvent mauvais que je me fâche , &
ils m'afſomment de coups . Un vieillard
me raméne à ma caverne & le cruel me
dérobe des inftrumens néceſſaires. Une
jeune fille.... hélas ! l'expreffion de
l'innocence paroiſſoit fur fon front. Malheureux
que je fuis ! j'ai réchauffé dans
mon fein ce ſerpent qui m'a donné la
mort.... & qui m'a fait couper ma barbe.
Le bruit qu'on fit en enfonçant la porte
de fa caverne, l'interrompit au milieu
JUIN. 1763 . 29
de ſes triſtes réfléxions . Un homme vêtu
à l'allemande s'offrit à lui . C'étoit un de
ces étrangers que Pierre le Grand envoyoit
dans les vaſtes Provinces de fon
Empire pour inſtruire les Peuples des
réglemens qu'ilavoit faits pour les policer.
Le caractère de ſa phyſionomie inſpiroit
de la confiance . Alexis lui raconta tous
fes malheurs , & lui fit part du deſſein
où il étoit de retourner à Mofcou. L'Etranger
lui en procura les moyens. Sa
ſanté s'y rétablit promptement. Son efprit
y acquit plus de juſteſſe & d'étendue.
Il comprit enfin qu'il faut aux hommes
une Religion ſimple &majestueu .
ſe , une Philofophie lumineuse & modefte
, des Arts utiles & agréables , des
Loix juſtes & préciſes. En effet , dans
l'état actuel de laNature déchue, les hommes
n'ont aucune idée du juſte & l'injufte
, de l'utile & de l'honnête , du vrai &
du faux. L'intérêt perſonnel , père de
tous les crimes , eſtle ſeul flambeau qui
les guide. S'ils peuvent fans crainte de
repréſailles commettre une mauvaiſe
action qui leur procure un bien-être momentané
; ilsy trouvent les caractères du
juſte , de l'honnête&du vrai . Les hommes
font capables de tout fans la Religion
qui les oblige à être bons , ou fans
les lois qui les contraignent de
le paroître. Par M. de C*** à Lyon.
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De sept soeurs je suis la derniere. [...]
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