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4201
p. 41
A Madame la Marquise de V.... sur la mort de M. le Comte de V.... son fils.
Début :
DU jeune V..., grand Dieux ! quel est le sort ! [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Madame la Marquise de V.... sur la mort de M. le Comte de V.... son fils.
A Madame la Marquise de V.... sur la
mort de M. le Comte de V.... son fils.
DU jeune V..., grand Dieux ! quel est le sort !
Unique & chèr eſpoir d'une famille illuſtre,
Il alloit de ſon nom éterniſant le luſtre. . .
Du ſein de la grandeur, il deſcend à la mort !
Ce Fils, aimable objet de vos ſoins les plus doux ,
Rejetton d'un Héros dont il étoit l'image,
Égaloit ſes vertus, ſes talens, ſon courage,
Vous retraçoit ſon père, il le trouvoit en vous.
· Il meurt, ô coup fatal ! ô mortelles douleurs !
Du Dieu que vous ſervez, tel eſt l'ordre ſuprême
Reſpectez ſes décrets, il vous frappe, il vous aime.
Et pour vous éprouver renouvelle vos pleurs.
Hélas ! eſpérez tout de ſes ſoins généreux :
Il vous reſte une fille empreſſée à vous plaire.
S'il daigne conſerver une tête ſi chère,
Vos vertus renaîtront dans vos derniers neveux.
Par M. GRENIER de Brioude, en Auvergne,
Avocat en Parlement.
mort de M. le Comte de V.... son fils.
DU jeune V..., grand Dieux ! quel est le sort !
Unique & chèr eſpoir d'une famille illuſtre,
Il alloit de ſon nom éterniſant le luſtre. . .
Du ſein de la grandeur, il deſcend à la mort !
Ce Fils, aimable objet de vos ſoins les plus doux ,
Rejetton d'un Héros dont il étoit l'image,
Égaloit ſes vertus, ſes talens, ſon courage,
Vous retraçoit ſon père, il le trouvoit en vous.
· Il meurt, ô coup fatal ! ô mortelles douleurs !
Du Dieu que vous ſervez, tel eſt l'ordre ſuprême
Reſpectez ſes décrets, il vous frappe, il vous aime.
Et pour vous éprouver renouvelle vos pleurs.
Hélas ! eſpérez tout de ſes ſoins généreux :
Il vous reſte une fille empreſſée à vous plaire.
S'il daigne conſerver une tête ſi chère,
Vos vertus renaîtront dans vos derniers neveux.
Par M. GRENIER de Brioude, en Auvergne,
Avocat en Parlement.
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4202
p. 42-44
ZÉLIS, IDYLLE imitée de la quatrième de M. GÉSNER. ENVOI, à Madame FAVART.
Début :
ZÉLIS, ce coloris de la simple Nature, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ZÉLIS, IDYLLE imitée de la quatrième de M. GÉSNER. ENVOI, à Madame FAVART.
ZÉLIS,
IDYLLE imitée de la quatrième de
M. GÉSNER.
ENVOI, à Madame FAVART.
ZÉLIS, ce coloris de la simple Nature,
Doit rout à vos attraits, & ne doit rien à l'art :
L'Amour en a tracé la naïve peinture ;
Le Tableau fait,j'ai reconnu FAvARr.
L'an commençoit. Un Ciel pur & ſerein
Laiſſoit errer l'Aquilon incertain :
Le triſte Hyver deſcendoit des montagnes :
D'un pas tremblant, marchant dans les cam
pagnes,
D'un blanc duvet il couvroit les chemins,
Et ſous la clef renfermoit les humains.
Le jeune Atys étoit dans la chaumière ;
Du vrai bonheur la féconde lumière
Lançoit ſur lui l'éclat de ſes rayons.
Heureux Berger, tes paiſibles cantons,
Comme ton cœur, reſpiroient l'innocence !
Le ſot Orgueil à la foible Indigence
N'y refuſoit ni regards, ni ſecours :
Qu'un toît de chaume eſt différent des Cours ?
D'un feu brillant la flamme pétillante
A, dans ſes ſens, d'une chaleur puiſſante
|
:
M A I. 1764.
Bientôt porté le végétal heureux.
Le gai Paſteur, d'un regard curieux,
Fixoit des champs la ſuperbe ſtructure,
Et dans ſon beau contemploit la Nature.
3, Triſte Saiſon, que, malgré ta rigueur ,
» Oui, diſoit-il , cette clarté riante
43
» Tu ſçais m'offrir un ſpectacle enchanteur b
» Que le Soleil dans les brouillards enfante,
» Remplit mon cœur d'un charme ſéduîſant !
» De cette neige un tapis blanchiſſant,
» Relève encor l'éclat de ces Arbuſtes.
» Nature, hélas ! tes œuvres ſont auguſtes !
» Ces tendres grains germant dans nos guerèts ;
» Ne ſont-ils rien pour des cœurs ſatisfaits ?
» D'un verd naiſſant, leur pointe encor légère
» Perce le blanc dont ſe pare la terre.
» Des buiſſons ſecs les rameaux tortueux,
| » Tout dépouillés, ſçavent plaire à mes yeux :
» Ils ſont chargés des larmes de l'Aurore.. .
» Et ce frimât les embellit encore.
22 Non loin d'ici, ſous le chaûme enfermé,
» Brille l'Objet dont mon cœur eſt charmé.
» Oui, c'eſt là-bas, ſous ce manoir ruſtique,
» D'où la fumée en une courſe oblique
» S'échappe aux yeux par replis ondoyans,
» Qu'eſt ma Zélis. .. A la fleur de tes ans,
» Belle Zélis , tu joins le don de plaire :
» De la vertu le ſacré caractère
|
,
|
r
44 MERCURE DE FRANCE.
» Eſt dans tes traits comme il dans ton cœur.
» Toi ſeule auſſi, tu fais tout mon bonheur. . !
» Je me ſouviens de cette heureuſe Aurore,
» Où le bienfait ſous tes mains vint éclorre ;
» Je m'en ſouviens. Quandle Berger Daphnis,.
» éſeſpéré de perdre deux brebis,
» Dans la prairie exprimoit ſes allarmes ;
» Tu vis ſes maux , tu mis fin à ſes larmes.
» Il ſe plaignoit, il étoit malheureux :
» En faut-il plus pour qu'on ſoit généreux à
» Les deux brebis par toi lui ſont rendues :
» Ses facultès à l inſtant ſuſpendues,
» Suffiſent mal a l'ardeur de ſes ſens ;
» Tous ſes tranſports étoient reconnoiſſans ;
» Son cœur eſt plein de ce bonheur ſuprême..s.
» Ah ! ... le bienfait eſt le prix de lui-même !
» Depuis ce jour je t'aime, ô ma Zélis !
« De mon amour la vertu fait le prix ;
» Source ſacrée, inaltérable & pure,
» Heureuſe ardeur .. c'eſt Zélis qui t'aſſure !
» Cruel Hyver, bien que tes noirs frimâts
» Couvrent encor ces tranquilles climats,
» La voix d'Atys ne ſera point muette :
» Il chantera Zélis ſur ſa muſette,
» Oui, ma Zélis, il eſt toujours pour moi
» De vrais plaiſirs, puiſque je penſe à toi.
< ---
Par M. COSTARD Fils.
IDYLLE imitée de la quatrième de
M. GÉSNER.
ENVOI, à Madame FAVART.
ZÉLIS, ce coloris de la simple Nature,
Doit rout à vos attraits, & ne doit rien à l'art :
L'Amour en a tracé la naïve peinture ;
Le Tableau fait,j'ai reconnu FAvARr.
L'an commençoit. Un Ciel pur & ſerein
Laiſſoit errer l'Aquilon incertain :
Le triſte Hyver deſcendoit des montagnes :
D'un pas tremblant, marchant dans les cam
pagnes,
D'un blanc duvet il couvroit les chemins,
Et ſous la clef renfermoit les humains.
Le jeune Atys étoit dans la chaumière ;
Du vrai bonheur la féconde lumière
Lançoit ſur lui l'éclat de ſes rayons.
Heureux Berger, tes paiſibles cantons,
Comme ton cœur, reſpiroient l'innocence !
Le ſot Orgueil à la foible Indigence
N'y refuſoit ni regards, ni ſecours :
Qu'un toît de chaume eſt différent des Cours ?
D'un feu brillant la flamme pétillante
A, dans ſes ſens, d'une chaleur puiſſante
|
:
M A I. 1764.
Bientôt porté le végétal heureux.
Le gai Paſteur, d'un regard curieux,
Fixoit des champs la ſuperbe ſtructure,
Et dans ſon beau contemploit la Nature.
3, Triſte Saiſon, que, malgré ta rigueur ,
» Oui, diſoit-il , cette clarté riante
43
» Tu ſçais m'offrir un ſpectacle enchanteur b
» Que le Soleil dans les brouillards enfante,
» Remplit mon cœur d'un charme ſéduîſant !
» De cette neige un tapis blanchiſſant,
» Relève encor l'éclat de ces Arbuſtes.
» Nature, hélas ! tes œuvres ſont auguſtes !
» Ces tendres grains germant dans nos guerèts ;
» Ne ſont-ils rien pour des cœurs ſatisfaits ?
» D'un verd naiſſant, leur pointe encor légère
» Perce le blanc dont ſe pare la terre.
» Des buiſſons ſecs les rameaux tortueux,
| » Tout dépouillés, ſçavent plaire à mes yeux :
» Ils ſont chargés des larmes de l'Aurore.. .
» Et ce frimât les embellit encore.
22 Non loin d'ici, ſous le chaûme enfermé,
» Brille l'Objet dont mon cœur eſt charmé.
» Oui, c'eſt là-bas, ſous ce manoir ruſtique,
» D'où la fumée en une courſe oblique
» S'échappe aux yeux par replis ondoyans,
» Qu'eſt ma Zélis. .. A la fleur de tes ans,
» Belle Zélis , tu joins le don de plaire :
» De la vertu le ſacré caractère
|
,
|
r
44 MERCURE DE FRANCE.
» Eſt dans tes traits comme il dans ton cœur.
» Toi ſeule auſſi, tu fais tout mon bonheur. . !
» Je me ſouviens de cette heureuſe Aurore,
» Où le bienfait ſous tes mains vint éclorre ;
» Je m'en ſouviens. Quandle Berger Daphnis,.
» éſeſpéré de perdre deux brebis,
» Dans la prairie exprimoit ſes allarmes ;
» Tu vis ſes maux , tu mis fin à ſes larmes.
» Il ſe plaignoit, il étoit malheureux :
» En faut-il plus pour qu'on ſoit généreux à
» Les deux brebis par toi lui ſont rendues :
» Ses facultès à l inſtant ſuſpendues,
» Suffiſent mal a l'ardeur de ſes ſens ;
» Tous ſes tranſports étoient reconnoiſſans ;
» Son cœur eſt plein de ce bonheur ſuprême..s.
» Ah ! ... le bienfait eſt le prix de lui-même !
» Depuis ce jour je t'aime, ô ma Zélis !
« De mon amour la vertu fait le prix ;
» Source ſacrée, inaltérable & pure,
» Heureuſe ardeur .. c'eſt Zélis qui t'aſſure !
» Cruel Hyver, bien que tes noirs frimâts
» Couvrent encor ces tranquilles climats,
» La voix d'Atys ne ſera point muette :
» Il chantera Zélis ſur ſa muſette,
» Oui, ma Zélis, il eſt toujours pour moi
» De vrais plaiſirs, puiſque je penſe à toi.
< ---
Par M. COSTARD Fils.
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4203
p. 45
VERS à Mde D. M.
Début :
J'AVOIS déja quitté ma lyre ; [...]
Mots clefs :
Lyre, Amour
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mde D. M.
V E R S à Mde D. M.
J'avois déja quitté ma lyre ;
J'avois eſſuyé mes pinceaux :
L'Amour parut. Avec un doux ſourire
Il daigna m'adreſſer ces mots :
- s» Souviens-toi, dit-il, de Climène ;
» Reprends ton luth, bois, chante & ris.
' » Ah , lui dis-je alors tout ſurpris,
» Vous vous donnez bien de la peine :
» Mais il eſt un objet pour moi bien plus char
- >> Il)3 Ilf,
» Eh bien , reprit l'Amour , ſuis le feu qui
>> t'inſpire ; -
» Je te devine ; tiens, evamine, ſoupire.
» Puis il diſparut à l'inſtant ....
» Je ne vis plus que vous, & je repris ma lyre.
Par le même.
J'avois déja quitté ma lyre ;
J'avois eſſuyé mes pinceaux :
L'Amour parut. Avec un doux ſourire
Il daigna m'adreſſer ces mots :
- s» Souviens-toi, dit-il, de Climène ;
» Reprends ton luth, bois, chante & ris.
' » Ah , lui dis-je alors tout ſurpris,
» Vous vous donnez bien de la peine :
» Mais il eſt un objet pour moi bien plus char
- >> Il)3 Ilf,
» Eh bien , reprit l'Amour , ſuis le feu qui
>> t'inſpire ; -
» Je te devine ; tiens, evamine, ſoupire.
» Puis il diſparut à l'inſtant ....
» Je ne vis plus que vous, & je repris ma lyre.
Par le même.
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4204
p. 45-46
MADRIGAL. A Mde de C.
Début :
UN jour que de noires vapeurs [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A Mde de C.
MADRIGAL. A Mde de C.
UN jour que de noires vapeurs
L'imagination blessée, Peignoit chacun à ma pensée
| --
46 MERCURE DE FRANCE.
·
De ſombres & fauſſes couleurs ;
A mon eſprit attrabilaire
S'offre l'aimable C. .. tin.
Il s'offenſa que ſans deſſein,
· A tout le monde elle ait ſçu plaire.
Il veut lui trouver un défaut ;
Mais elle n'eſt qu'aimable & belle :
Contre lui, je ſentis bientôt
Mon cœur prendre parti pour elle.
Le C. d'AR... Capitaine de Cavalerie.
UN jour que de noires vapeurs
L'imagination blessée, Peignoit chacun à ma pensée
| --
46 MERCURE DE FRANCE.
·
De ſombres & fauſſes couleurs ;
A mon eſprit attrabilaire
S'offre l'aimable C. .. tin.
Il s'offenſa que ſans deſſein,
· A tout le monde elle ait ſçu plaire.
Il veut lui trouver un défaut ;
Mais elle n'eſt qu'aimable & belle :
Contre lui, je ſentis bientôt
Mon cœur prendre parti pour elle.
Le C. d'AR... Capitaine de Cavalerie.
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4205
p. 54-66
LETTRE écrite de la Nouvelle-Orléans dans la Louisiane, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, à Paris. Par M. F****, sur feu M. TITON DU TILLET.
Début :
VOUS n'avez pas ignoré, sans doute, dans le temps, Monsieur, que la mort nous [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de la Nouvelle-Orléans dans la Louisiane, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, à Paris. Par M. F****, sur feu M. TITON DU TILLET.
LETTRE écrite de la Nouvelle-Orléans
dans la Louisiane, à M. DE LA
PLACE, Auteur du Mercure, à Paris.
Par M. F****, sur feu M. TITON
DU TILLET.
VOUS n'avez pas ignoré, sans doute,
dans le temps, Monsieur, que la mort nous
a enlevé un excellent citoyen;un Ecrivain
eſtimable , un Académicien de prèſque
toutes les Académies de l'Europe , un
homme audeſſus de la claſſe ordinaire de
ſes ſemblables,aſſez ardent & aſſez géné
reux pour avoir conſacré une partie de ſa
vie & de ſa fortune à élever à la gloire de
ſon Prince & de ſa patrie, un monur ^nt
auſſi durable que le bronze dont il eſt ror
mé.Je n'ai pas beſoin de vous nommer le
célébre M.Titon du Tillet; l'amitié dont il
m'honora durant ſes dernières années ,
me reproche d'avoir différé juſqu'à pré
ſent à vous adreſſer au moins une eſquiſſe
ſur ſa perſonne & ſur ſes ouvrages : je
ſçais que des plumes habiles & exercées
lui ont rendu des hommages dignes de
lui. Je les ai lus avec cette ſatisfaction
douce que procure la contemplation de
,
M A I. 1764.
55
ſa juſtice rendue au mérite : mai, vous
l'avouerai-je ? je n'ai pas été peu ſurpris
devoir que le Doyen de nos Ouvrages
périodiques, le Mercure de France, le
Journal de la nation , ait gardé ſeul juſ
quà ce jour, un profond ſilence ſur un
François qui a tant & ſi bien travaillé
pour l'honneur de ſes compatriotes. *
Pour réparer, ſi je puis, une telle omiſ- .
ſion, le regret & la douleur enhardiſ
ſent ma main timide & inconnue , à
vous tracer ici quelques-uns des prin
cipaux traits qui m'ont frappé dans ce
reſpectable Mortel.
Moréri & ſes ſupplémens nous ap
prennent qu'il étoit fils de Maximilien
Titon , Seigneur de Bévre , de Lançon,
d'Iſtre & d'Ognon, Secrétaire du Roi ,
qui le premier propoſa l'établiſſement
des magazins d'armes, dont il fut nom
mé par Sa Majeſté, Directeur Général
dans toute l'étendue du Royaume. Ma
acimilien Titon eſt dit ſorti d'une famille
d'Ecoſſe, d'où ſon grand-père vint s'é-
tablir à Paris. Son épouſe fut Dame
Marguerite Becaille , dont il eut ſept
enfans , du nombre deſquels eſt celui
dont je vais parler.
* On nous avoit promis ſur ce ſujet, des Mé
moires qui ne nous ont pas encore été remis.
Civ
- 56 MERCURE DE FRANCE.
Evrard Titon du Tillet nâquit à Paris,
à l'Arſénal, ſur la Paroiſſe de S. Paul , le
16 Janvier 1677. Après avoir fait de
fort bonnes études au Collége des Jé
ſuites, il entra jeune dans le Service. Il
eut une Compagnie, ſous ſon nom, com
poſée de 1oo fuſiliers. Malgré la vie
inappliquée de l'état militaire, il trouva
le temps d'étudier en Droit,& de ſe faire
recevoir Avocat en Parlement à Paris.
Par la ſuite, devenu Capitaine de Dra
gons, il fut réformé après la paix de
Riſwich conclue en 1697 : alors il ache
ta une Charge de Maître-d'Hôtel de
Madame la Ducheſſe de Bourgogne,
Adélaide de Savoie, Dauphine & Mère
de Louis XV. La mort de cette Prin
ceſſe, arrivée en 1712 , lui fit perdre ſa
Charge, & le rendit totalement maître
de lui-même.
En 1719 il alla à Rome, où il paſſà
quatre mois & où il apprit très-bien
' l'Italien. Il parcourut la plus grande
partie de l'Italie. Il fit ce voyage en
homme de goût qui cherche à s'inſtrui
re & qui y réuſſit. Auſſi a-t-il laiſſé
une collection de Tableaux & de Bron
zes fort eſtimés.
A ſon retour, à la ſollicitation de ſa fa
mille, il acquit une charge de Commiſſai
re Provincial des Guèrres,dont il remplit
/
".
M A I. 1764.
ceux qui en furent les témoins.
|
57
les fonctions à la ſatisfaction de tous
Dès 17o8, il avoit conçu la grande idée
- d'exécuter en bronze un Parnaſſe Fran
çois à la Gloire de la France & de LovIs
· LE-GRAND, & à la mémoire immortelle
des Illuſtres Poëtes & des fameux Mu
ſiciens François. Il conſulta les meil
leurs Artiſtes & les plus grands Critiques
du temps, ſurtout le ſévère Boileau
Deſpréaux. Ils applaudirent à une ſi
belle idée; ils jugerent même équitable
qu'après avoir placé au premier rang
les Poëtes & les Artiſtes les plus renom
més,on mît les autres dignes d'y figurer,
dans des degrés inférieurs ſelon leurs dif
férens mérites : Stat ſua cuique merces.
- Louis Garnier, Sculpteur, éléve de
· Girardon , travailla près de dix ans pour
pour le finir. Ce Monument offre un
groupe de figures en bronze d'environ
neufpieds d'élévation; quatre ſont pour
le maſſif de bois de chêne bronzé qui
fait le bas de la montagne, & cinq &
quelques pouces, pour le bronze au
deſſus, où ſe voyent les différentes fi
gures : les quinze principales ont de
puis douze juſquà dix-huit pouces de
proportion ou de hauteur. Ce groupe
n'eſt qu'un modéle. Loºgde l'Auteur
L V -
|
58 MERCURE DE FRANCE.
étoit de le
faire exécuter en Statues
Coloſſales au milieu d'une vaſte Place
publique ou d'un magnifique Jardin ,
tel que l'Eſtampe le repréſente. Ce fa
meux Ouvrage fut achevé en 1718.
M. du Tillet pour le faire connoître
au Public qui paroiſſoit le deſirer, en
· fit faire un deſſein & un tableau par
Nicolas Poilly, excellent Artiſte. En
ſuite il en fit graver une grande Eſtam
pe par Jean Audran, qui fut achevée &
préſentée à Sa Majeſté en 1723 avec
le tableau : ces préſens furent reçus
avec une bonté & un accueil très-flat
teurs pour l'Auteur. La Reine en 1726
accepta une pareille Eſtampe ſous verre,
décorée d'une riche bordure. Une gran
de quantité d'autres fut diſtribuée à tout
ce qu'il y avoit de mieux à la Cour, à
la Ville , dans les Provinces & dans les
Pays étrangers.
Outre ces précautions, l'Auteur pour
donner une parfaite idée de ſon Ou
vrage, en compoſa & en fit imprimer
une deſcription détaillée en 1727,in-12,
à Paris. Ce même Livre fut réimprimé
en 1732 , mais beaucoup plus ample,
in-folio , grand & petit papier avec des
Eſtampes. Il y a ajouté depuis deux
Supplémens de pareil format , l'un en
-
M A I. 1764..
5 9
· 1743 , l'autre en 1755 , toujours avec
des Eſtampes & des Vignettes , & il
reſte en manuſcrit actuéllement , tout
diſpoſé, dequoi en publier un troiſiéme.
En 1734 , M. Titon du Tillet , pour
prouver à l'Univers que ſon zéle en
• érigeant ſon Parnaſſe , n'étoit qu'une
imitation de ce qu'ont pratiqué les An
ciens , a mis de plus en lumière , un
Ouvrage relatif aux précédens, en un
volume in-12 , ſous ce Titre : Eſſais
ſur les honneurs & ſur les Monumens
accordés aux illuſtres Sçavans pendant
la ſuite des Siécles , &c.
Indépendamment de ces ſecours, pro
pres à produire dans tout ſon jour ſon
· ſublime deſſein, l'Auteur a fait exécuter
en médaillons de bronze, les principaux
Perſonnages mentionnés ſur ce Parnaſ
ſe. En 173o, il offrit à Sa Majeſté une ,
ſuite des vingt premiers, qu'Elle reçut
avec ſatisfaction.
Il a donné de ces
médaillons à beaucoup de perſonnes »
ainſi qu'une très - grande quantité de
copies en cuivre bronzé qu'il en avoit
fait tirer. Quelque temps avant ſa mort »
il gratifia l'Académie des Inſcriptions &
Belles-Lettres de trente-trois de ces Mé
daillons originaux, auxquels il joignir
C vi,
6o MERCURE DE FRANCE.
celui de Louis XIV de même matière,
de deux pieds de haut ſur deux de large.
Enfin M. du Tillet, après avoir paſſé
quarante ans dans des Emplois ou Char
es militaires, ſans avoir jamais ſongé
# ſe marier ; dans une indépendance
hiloſophique, jouiſſant tout entier de
† , ſe retira rue de Montreuil ,
fauxbourg S.Antoine, dans une maiſon
qu'il tenoit de ſon père. Là, unique
ment occupé des Lettres & de ſon Par
naſſe, ſon humeur enjouée, égale, ſon
accueil riant, ſa douceur, ſa complai
ſance dans la Société, ſes égards pour
tout le monde, ſa converſation variée
d'une infinité d'Anecdotes littéraires &
morales, ſes repas bien ſervis chaque
ſemaine pour les gens d'eſprit , de goût
ou Sçavans ; la Muſique qu'il aimoit
beaucoup, la Baſſe-de-viole dont il
jouoit paſſablement, la belle Baſſe-taille
qu'il tenoit de la Nature, dont il en
chantoit ſouvent ſes convives, & qu'il a
conſervée juſqu'à ſon décès, à deux ou
trois ans près, formèrent de ſon aſyle
un ſéjour des plus amuſans & des plus
agréables. Mademoiſelle Felix ſa nièce,
à la tête de ſa maiſon depuis quelques
années, & chargée d'en faire les hon
M A I. 1764.
6 F
neurs, s'en eſt acquittée avec un eſprit,
une politeſſe, une attention & une no
bleſſe, qui ajoutant de nouveaux char
mes à ſon commerce, l'ont rendu cher
à tout ce qu'il y a eu de gens recomman
dables & diſtingués dans la Capitale de
la France. Il y étoit ſans ceſſe recher
ché, eſtimé, fêté, même des Etrangers
qui abondoient chaque jour chez lui de
puis plus de quarante ans, attirés par ſa
renommée de toutes les parties du Mon
de, pour contempler & admirer le mo
dèle de ſon immortel Parnaſſe.
C'eſt dans cette ſituation que ne per
dant jamais de vue ſon amour d'obliger
les gens de Lettres , & tout ce qui
les regarde, on lui préſenta le petit-neveu
du grand Corneille. Le voir & s'intéreſſer
à lui fut l'effet du premier inſtant. Il em
ploya ſon crédit & ſes amis aſſez heureu
ſement auprès de M. de Voltaire, pour
procurer à Mlle Corneille un ſort conve
nable au beau nom qu'elle orte. Le di
gne Chantre du grand HENRI , reçut
avec empreſſement cette héritière de
notre premier Tragique ; &, faiſant
envers elle conſtamment l'office de
Père , vient de conſommer ſon ou
vrage , en la mariant auſſi avanta
62 MERCURE DE FRANCE.
geuſement
qu'honorablement à M.
Dupuis, Capitaine de Dragons.
M. Titon, attaqué d'un rhûme qui lui
dura environ ſix ou ſept ſemaines , ſans
lui ôter l'appétit,conſervant toujours tou
te ſa tête & tout ſon enjoûment, ſe ſentit
aſſez mal le 24 Décembre 1762 , ſur les
quatre heures, après avoir bien & gaî
ment dîné, pour demander à ſe cou
cher. Cette demande, la première de
cette nature qu'il eût faite en ſa vie, fut
auſſi la dernière. Il ne ſe releva point de
ſon lit. Son eſtomach s'emplit de plus en
plus ; ſon rhûme l'étouffa le 26 Décem
bre, lendemain de Noël, vers midi.
Il avoit quatre-vingt-cinq ans, onze
mois, vingt-un jours. La Nature, qui
lui avoit donné un tempérament vi
goureux, le fit toujours jouir de la ſanté
la plus ſolide. Il n'avoit jamais été ſaigné
qu'une fois ou deux, & n'avoit jamais
connu ni fiévre , ni mal-de-tête, ainſi
que feu M. de Fontenelle ſon ami.
Il n'eſt guères poſſible d'accumuler
plus d'Honneurs littéraires qu'il en a re
çus durant ſa vie. Il étoit Académicien
ou Aſſocié de prèſque toute les Acadé
mies. On voit par une Ode de M. Des
forges-Maillard, inſérée dans les diver
à
M A I. 1764.
63
fes Piéces au ſujet du Parnaſſe François,
à la fin du Supplément de 2755 (p. 57)
qu'il étoit de vingt huit Académies ; &
depuis l'impreſſion de ce Livre, il avoit
encore eu d'autres Lettres d'Académir
cien de diverſes autres Académies.
Tous ces illuſtres Corps Littéraires ont
paru ſe trouver honorés de l'avoir pour
Membre ou Agrégé. Il n'en eſt aucun
qui n'ait fait les premiers pas pour ſe
l'attacher. C'eſt par la raiſon contraire
qu'il n'a été de pas une ſeule Académie
de Paris. Il l'eût deſiré, ſans doute, &
ſon Parnaſſe en eût été le prix. Son ca
ractère modeſte l'a toujours fait tenir
tranquille, & répondre à ceux qui l'in
vitoient à faire quelques démasches ,
qu'il n'en étoit pas digne. Mais une diſ
tinction qui lui eſt, je crois, particulière ;
c'eſt que quand il alloit à leurs Séances,
on lui préſentoit le fauteuil, on lui don
noit un Jetton, & on l'invitoit à venir
aux Aſſemblées.
Au ſurplus ,
il eſt conſtant que M.
Titon a fait honneur aux Lettres & à la
France; & cela d'une façon unique. Si
les éloges, les honneurs & le rang que
lui ont accordé tous les Corps Littérai
res, ſur-tout les Etrangers, dont il étoit»
64 MERCURE DE FRANCE.
ſans parler des Gens de Lettres les plus
diſtingués parmi nous, peuvent faire
compenſation , le noble & l'immortel
Titon, comme Ecrivain & comme Ci
toyen, n'a eu rien à deſirer.
Quel autre Particulier, dit le Direc
teur perpétuel de l'Académie Royale
d'Hiſtoire de Madrid, M. de Montiano,
p. 91 de la ſeconde partie du Supplément
de 1755, immortaliſera jamais à ſes pro
pres dépens le mérite de ſes plus habiles
Compatriotes ? Et quels ſont les génies
les plus jaloux d'une ſi grande gloire ,
qui ſe ſoient préſentés pourremplir l'objet
' d'une ſi noble entrepriſe ?
Ses généreux travaux , dit un des
Memcres de la même Académie , M.
Boſquiat de la Houze , p. 85 & 86 du
même Supplément , ont été couronnés
par ſon aſſociation aux plus célébres
Académies de l'Europe ; & ne puis-je
pas déjà regarder comme votre Confrère
un Auteur dont les Ouvrages font une
partie de l'Immortalité de LovIs-LE
GRAND ?
Ces ſortes de perſonnes , diſent les
Mémoires pour l'Hiſtoire des Sciences &
des Beaux-Arts, mois de Juillet 1735 ,
Article 64 , page 1177, ſont dans la
M A I. 1764.
65
République des Lettres ce que les bons
Citoyens ſont dans un Etat : Ils s'ou
blient eux-mêmes,en quelque façon, pour
• ne penſer qu'au bien public; & la ſplen
deur de la Patrie les touche plus,que leur
gloire particulière.
Rouſſeau , notre grand Rouſſeau,dans
une lettre adreſſée à M. Titon , lui dit
en parlant de ſon Parnaſſe & des Au
teurs qui y ſont placés , page 33 du
Supplément de 1755. Vous pouvez donc
vous aſſurer , Monſieur, quoique vous
n'y ayez peut-être pas penſé, que vous
avez travaillé pour votre gloire autant
que pour la leur, & que ce Monument
que vous avez élevé à leur mérite, en
ſera un éternel du vôtre : puiſque ſelon
la penſée de Scaliger : NvNQUAM
POESIS AUT POETARUM A MOR
IN HU MILEM ANI MUM cEcI -
DIT; s ED MAxIMA PLE Rv MQUE
sEQUITvR INGENIA,EoRvMQvE
PERPETUUS FERE COM ES.
Qui ne lui dira donc pas avec Madame
Lhéritier de Villadon, p. 56 du même
Supplément :
Peut-on aſſez priſer ton ſçavoir & ton zéle ?
Non, ſans doute : & tes joins & ta plume fidelle
Ayant étemiſé tant d'illuſtres Autcurs,
"
66 MERCURE DE FRANCE.
Couvert d'une gloire immortelle,
Ton nom doit à jamais briller parmi les leurs.
J'ai l'honneur d'être , &c. F***
A la Nouvelle-Orléans en Amérique,
le 28 Août 1763.
dans la Louisiane, à M. DE LA
PLACE, Auteur du Mercure, à Paris.
Par M. F****, sur feu M. TITON
DU TILLET.
VOUS n'avez pas ignoré, sans doute,
dans le temps, Monsieur, que la mort nous
a enlevé un excellent citoyen;un Ecrivain
eſtimable , un Académicien de prèſque
toutes les Académies de l'Europe , un
homme audeſſus de la claſſe ordinaire de
ſes ſemblables,aſſez ardent & aſſez géné
reux pour avoir conſacré une partie de ſa
vie & de ſa fortune à élever à la gloire de
ſon Prince & de ſa patrie, un monur ^nt
auſſi durable que le bronze dont il eſt ror
mé.Je n'ai pas beſoin de vous nommer le
célébre M.Titon du Tillet; l'amitié dont il
m'honora durant ſes dernières années ,
me reproche d'avoir différé juſqu'à pré
ſent à vous adreſſer au moins une eſquiſſe
ſur ſa perſonne & ſur ſes ouvrages : je
ſçais que des plumes habiles & exercées
lui ont rendu des hommages dignes de
lui. Je les ai lus avec cette ſatisfaction
douce que procure la contemplation de
,
M A I. 1764.
55
ſa juſtice rendue au mérite : mai, vous
l'avouerai-je ? je n'ai pas été peu ſurpris
devoir que le Doyen de nos Ouvrages
périodiques, le Mercure de France, le
Journal de la nation , ait gardé ſeul juſ
quà ce jour, un profond ſilence ſur un
François qui a tant & ſi bien travaillé
pour l'honneur de ſes compatriotes. *
Pour réparer, ſi je puis, une telle omiſ- .
ſion, le regret & la douleur enhardiſ
ſent ma main timide & inconnue , à
vous tracer ici quelques-uns des prin
cipaux traits qui m'ont frappé dans ce
reſpectable Mortel.
Moréri & ſes ſupplémens nous ap
prennent qu'il étoit fils de Maximilien
Titon , Seigneur de Bévre , de Lançon,
d'Iſtre & d'Ognon, Secrétaire du Roi ,
qui le premier propoſa l'établiſſement
des magazins d'armes, dont il fut nom
mé par Sa Majeſté, Directeur Général
dans toute l'étendue du Royaume. Ma
acimilien Titon eſt dit ſorti d'une famille
d'Ecoſſe, d'où ſon grand-père vint s'é-
tablir à Paris. Son épouſe fut Dame
Marguerite Becaille , dont il eut ſept
enfans , du nombre deſquels eſt celui
dont je vais parler.
* On nous avoit promis ſur ce ſujet, des Mé
moires qui ne nous ont pas encore été remis.
Civ
- 56 MERCURE DE FRANCE.
Evrard Titon du Tillet nâquit à Paris,
à l'Arſénal, ſur la Paroiſſe de S. Paul , le
16 Janvier 1677. Après avoir fait de
fort bonnes études au Collége des Jé
ſuites, il entra jeune dans le Service. Il
eut une Compagnie, ſous ſon nom, com
poſée de 1oo fuſiliers. Malgré la vie
inappliquée de l'état militaire, il trouva
le temps d'étudier en Droit,& de ſe faire
recevoir Avocat en Parlement à Paris.
Par la ſuite, devenu Capitaine de Dra
gons, il fut réformé après la paix de
Riſwich conclue en 1697 : alors il ache
ta une Charge de Maître-d'Hôtel de
Madame la Ducheſſe de Bourgogne,
Adélaide de Savoie, Dauphine & Mère
de Louis XV. La mort de cette Prin
ceſſe, arrivée en 1712 , lui fit perdre ſa
Charge, & le rendit totalement maître
de lui-même.
En 1719 il alla à Rome, où il paſſà
quatre mois & où il apprit très-bien
' l'Italien. Il parcourut la plus grande
partie de l'Italie. Il fit ce voyage en
homme de goût qui cherche à s'inſtrui
re & qui y réuſſit. Auſſi a-t-il laiſſé
une collection de Tableaux & de Bron
zes fort eſtimés.
A ſon retour, à la ſollicitation de ſa fa
mille, il acquit une charge de Commiſſai
re Provincial des Guèrres,dont il remplit
/
".
M A I. 1764.
ceux qui en furent les témoins.
|
57
les fonctions à la ſatisfaction de tous
Dès 17o8, il avoit conçu la grande idée
- d'exécuter en bronze un Parnaſſe Fran
çois à la Gloire de la France & de LovIs
· LE-GRAND, & à la mémoire immortelle
des Illuſtres Poëtes & des fameux Mu
ſiciens François. Il conſulta les meil
leurs Artiſtes & les plus grands Critiques
du temps, ſurtout le ſévère Boileau
Deſpréaux. Ils applaudirent à une ſi
belle idée; ils jugerent même équitable
qu'après avoir placé au premier rang
les Poëtes & les Artiſtes les plus renom
més,on mît les autres dignes d'y figurer,
dans des degrés inférieurs ſelon leurs dif
férens mérites : Stat ſua cuique merces.
- Louis Garnier, Sculpteur, éléve de
· Girardon , travailla près de dix ans pour
pour le finir. Ce Monument offre un
groupe de figures en bronze d'environ
neufpieds d'élévation; quatre ſont pour
le maſſif de bois de chêne bronzé qui
fait le bas de la montagne, & cinq &
quelques pouces, pour le bronze au
deſſus, où ſe voyent les différentes fi
gures : les quinze principales ont de
puis douze juſquà dix-huit pouces de
proportion ou de hauteur. Ce groupe
n'eſt qu'un modéle. Loºgde l'Auteur
L V -
|
58 MERCURE DE FRANCE.
étoit de le
faire exécuter en Statues
Coloſſales au milieu d'une vaſte Place
publique ou d'un magnifique Jardin ,
tel que l'Eſtampe le repréſente. Ce fa
meux Ouvrage fut achevé en 1718.
M. du Tillet pour le faire connoître
au Public qui paroiſſoit le deſirer, en
· fit faire un deſſein & un tableau par
Nicolas Poilly, excellent Artiſte. En
ſuite il en fit graver une grande Eſtam
pe par Jean Audran, qui fut achevée &
préſentée à Sa Majeſté en 1723 avec
le tableau : ces préſens furent reçus
avec une bonté & un accueil très-flat
teurs pour l'Auteur. La Reine en 1726
accepta une pareille Eſtampe ſous verre,
décorée d'une riche bordure. Une gran
de quantité d'autres fut diſtribuée à tout
ce qu'il y avoit de mieux à la Cour, à
la Ville , dans les Provinces & dans les
Pays étrangers.
Outre ces précautions, l'Auteur pour
donner une parfaite idée de ſon Ou
vrage, en compoſa & en fit imprimer
une deſcription détaillée en 1727,in-12,
à Paris. Ce même Livre fut réimprimé
en 1732 , mais beaucoup plus ample,
in-folio , grand & petit papier avec des
Eſtampes. Il y a ajouté depuis deux
Supplémens de pareil format , l'un en
-
M A I. 1764..
5 9
· 1743 , l'autre en 1755 , toujours avec
des Eſtampes & des Vignettes , & il
reſte en manuſcrit actuéllement , tout
diſpoſé, dequoi en publier un troiſiéme.
En 1734 , M. Titon du Tillet , pour
prouver à l'Univers que ſon zéle en
• érigeant ſon Parnaſſe , n'étoit qu'une
imitation de ce qu'ont pratiqué les An
ciens , a mis de plus en lumière , un
Ouvrage relatif aux précédens, en un
volume in-12 , ſous ce Titre : Eſſais
ſur les honneurs & ſur les Monumens
accordés aux illuſtres Sçavans pendant
la ſuite des Siécles , &c.
Indépendamment de ces ſecours, pro
pres à produire dans tout ſon jour ſon
· ſublime deſſein, l'Auteur a fait exécuter
en médaillons de bronze, les principaux
Perſonnages mentionnés ſur ce Parnaſ
ſe. En 173o, il offrit à Sa Majeſté une ,
ſuite des vingt premiers, qu'Elle reçut
avec ſatisfaction.
Il a donné de ces
médaillons à beaucoup de perſonnes »
ainſi qu'une très - grande quantité de
copies en cuivre bronzé qu'il en avoit
fait tirer. Quelque temps avant ſa mort »
il gratifia l'Académie des Inſcriptions &
Belles-Lettres de trente-trois de ces Mé
daillons originaux, auxquels il joignir
C vi,
6o MERCURE DE FRANCE.
celui de Louis XIV de même matière,
de deux pieds de haut ſur deux de large.
Enfin M. du Tillet, après avoir paſſé
quarante ans dans des Emplois ou Char
es militaires, ſans avoir jamais ſongé
# ſe marier ; dans une indépendance
hiloſophique, jouiſſant tout entier de
† , ſe retira rue de Montreuil ,
fauxbourg S.Antoine, dans une maiſon
qu'il tenoit de ſon père. Là, unique
ment occupé des Lettres & de ſon Par
naſſe, ſon humeur enjouée, égale, ſon
accueil riant, ſa douceur, ſa complai
ſance dans la Société, ſes égards pour
tout le monde, ſa converſation variée
d'une infinité d'Anecdotes littéraires &
morales, ſes repas bien ſervis chaque
ſemaine pour les gens d'eſprit , de goût
ou Sçavans ; la Muſique qu'il aimoit
beaucoup, la Baſſe-de-viole dont il
jouoit paſſablement, la belle Baſſe-taille
qu'il tenoit de la Nature, dont il en
chantoit ſouvent ſes convives, & qu'il a
conſervée juſqu'à ſon décès, à deux ou
trois ans près, formèrent de ſon aſyle
un ſéjour des plus amuſans & des plus
agréables. Mademoiſelle Felix ſa nièce,
à la tête de ſa maiſon depuis quelques
années, & chargée d'en faire les hon
M A I. 1764.
6 F
neurs, s'en eſt acquittée avec un eſprit,
une politeſſe, une attention & une no
bleſſe, qui ajoutant de nouveaux char
mes à ſon commerce, l'ont rendu cher
à tout ce qu'il y a eu de gens recomman
dables & diſtingués dans la Capitale de
la France. Il y étoit ſans ceſſe recher
ché, eſtimé, fêté, même des Etrangers
qui abondoient chaque jour chez lui de
puis plus de quarante ans, attirés par ſa
renommée de toutes les parties du Mon
de, pour contempler & admirer le mo
dèle de ſon immortel Parnaſſe.
C'eſt dans cette ſituation que ne per
dant jamais de vue ſon amour d'obliger
les gens de Lettres , & tout ce qui
les regarde, on lui préſenta le petit-neveu
du grand Corneille. Le voir & s'intéreſſer
à lui fut l'effet du premier inſtant. Il em
ploya ſon crédit & ſes amis aſſez heureu
ſement auprès de M. de Voltaire, pour
procurer à Mlle Corneille un ſort conve
nable au beau nom qu'elle orte. Le di
gne Chantre du grand HENRI , reçut
avec empreſſement cette héritière de
notre premier Tragique ; &, faiſant
envers elle conſtamment l'office de
Père , vient de conſommer ſon ou
vrage , en la mariant auſſi avanta
62 MERCURE DE FRANCE.
geuſement
qu'honorablement à M.
Dupuis, Capitaine de Dragons.
M. Titon, attaqué d'un rhûme qui lui
dura environ ſix ou ſept ſemaines , ſans
lui ôter l'appétit,conſervant toujours tou
te ſa tête & tout ſon enjoûment, ſe ſentit
aſſez mal le 24 Décembre 1762 , ſur les
quatre heures, après avoir bien & gaî
ment dîné, pour demander à ſe cou
cher. Cette demande, la première de
cette nature qu'il eût faite en ſa vie, fut
auſſi la dernière. Il ne ſe releva point de
ſon lit. Son eſtomach s'emplit de plus en
plus ; ſon rhûme l'étouffa le 26 Décem
bre, lendemain de Noël, vers midi.
Il avoit quatre-vingt-cinq ans, onze
mois, vingt-un jours. La Nature, qui
lui avoit donné un tempérament vi
goureux, le fit toujours jouir de la ſanté
la plus ſolide. Il n'avoit jamais été ſaigné
qu'une fois ou deux, & n'avoit jamais
connu ni fiévre , ni mal-de-tête, ainſi
que feu M. de Fontenelle ſon ami.
Il n'eſt guères poſſible d'accumuler
plus d'Honneurs littéraires qu'il en a re
çus durant ſa vie. Il étoit Académicien
ou Aſſocié de prèſque toute les Acadé
mies. On voit par une Ode de M. Des
forges-Maillard, inſérée dans les diver
à
M A I. 1764.
63
fes Piéces au ſujet du Parnaſſe François,
à la fin du Supplément de 2755 (p. 57)
qu'il étoit de vingt huit Académies ; &
depuis l'impreſſion de ce Livre, il avoit
encore eu d'autres Lettres d'Académir
cien de diverſes autres Académies.
Tous ces illuſtres Corps Littéraires ont
paru ſe trouver honorés de l'avoir pour
Membre ou Agrégé. Il n'en eſt aucun
qui n'ait fait les premiers pas pour ſe
l'attacher. C'eſt par la raiſon contraire
qu'il n'a été de pas une ſeule Académie
de Paris. Il l'eût deſiré, ſans doute, &
ſon Parnaſſe en eût été le prix. Son ca
ractère modeſte l'a toujours fait tenir
tranquille, & répondre à ceux qui l'in
vitoient à faire quelques démasches ,
qu'il n'en étoit pas digne. Mais une diſ
tinction qui lui eſt, je crois, particulière ;
c'eſt que quand il alloit à leurs Séances,
on lui préſentoit le fauteuil, on lui don
noit un Jetton, & on l'invitoit à venir
aux Aſſemblées.
Au ſurplus ,
il eſt conſtant que M.
Titon a fait honneur aux Lettres & à la
France; & cela d'une façon unique. Si
les éloges, les honneurs & le rang que
lui ont accordé tous les Corps Littérai
res, ſur-tout les Etrangers, dont il étoit»
64 MERCURE DE FRANCE.
ſans parler des Gens de Lettres les plus
diſtingués parmi nous, peuvent faire
compenſation , le noble & l'immortel
Titon, comme Ecrivain & comme Ci
toyen, n'a eu rien à deſirer.
Quel autre Particulier, dit le Direc
teur perpétuel de l'Académie Royale
d'Hiſtoire de Madrid, M. de Montiano,
p. 91 de la ſeconde partie du Supplément
de 1755, immortaliſera jamais à ſes pro
pres dépens le mérite de ſes plus habiles
Compatriotes ? Et quels ſont les génies
les plus jaloux d'une ſi grande gloire ,
qui ſe ſoient préſentés pourremplir l'objet
' d'une ſi noble entrepriſe ?
Ses généreux travaux , dit un des
Memcres de la même Académie , M.
Boſquiat de la Houze , p. 85 & 86 du
même Supplément , ont été couronnés
par ſon aſſociation aux plus célébres
Académies de l'Europe ; & ne puis-je
pas déjà regarder comme votre Confrère
un Auteur dont les Ouvrages font une
partie de l'Immortalité de LovIs-LE
GRAND ?
Ces ſortes de perſonnes , diſent les
Mémoires pour l'Hiſtoire des Sciences &
des Beaux-Arts, mois de Juillet 1735 ,
Article 64 , page 1177, ſont dans la
M A I. 1764.
65
République des Lettres ce que les bons
Citoyens ſont dans un Etat : Ils s'ou
blient eux-mêmes,en quelque façon, pour
• ne penſer qu'au bien public; & la ſplen
deur de la Patrie les touche plus,que leur
gloire particulière.
Rouſſeau , notre grand Rouſſeau,dans
une lettre adreſſée à M. Titon , lui dit
en parlant de ſon Parnaſſe & des Au
teurs qui y ſont placés , page 33 du
Supplément de 1755. Vous pouvez donc
vous aſſurer , Monſieur, quoique vous
n'y ayez peut-être pas penſé, que vous
avez travaillé pour votre gloire autant
que pour la leur, & que ce Monument
que vous avez élevé à leur mérite, en
ſera un éternel du vôtre : puiſque ſelon
la penſée de Scaliger : NvNQUAM
POESIS AUT POETARUM A MOR
IN HU MILEM ANI MUM cEcI -
DIT; s ED MAxIMA PLE Rv MQUE
sEQUITvR INGENIA,EoRvMQvE
PERPETUUS FERE COM ES.
Qui ne lui dira donc pas avec Madame
Lhéritier de Villadon, p. 56 du même
Supplément :
Peut-on aſſez priſer ton ſçavoir & ton zéle ?
Non, ſans doute : & tes joins & ta plume fidelle
Ayant étemiſé tant d'illuſtres Autcurs,
"
66 MERCURE DE FRANCE.
Couvert d'une gloire immortelle,
Ton nom doit à jamais briller parmi les leurs.
J'ai l'honneur d'être , &c. F***
A la Nouvelle-Orléans en Amérique,
le 28 Août 1763.
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4206
p. 67-68
LOGOGRYPHE. A Madame De...
Début :
Quand le Soleil embellit la nature, [...]
Mots clefs :
Rossignol
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A Madame De...
L O G O G R Y P H E.
A Madame De. . .
Quasº le Soleil embellit la nature,
Par mon retourjecharme les vergers :
68 MERCURE DE FRANCE :
Je ſuis d'un favorable augure
Pour le printems, & les bergers.
Si vous voulez, Iris , décompoſer mon être,
Vous trouverez le nom du plus fier animal ;
Vous y reconnoitrez peut-être
Un qui dort très-longtemps; un dangereux métal ;
Dans un gouvernement le frein qui nous arrête ;
La différence du matin ;
Le bruit de la trompette ; un titre ſouverain ;
La montagne du Roi Prophète ;
Un Roi géant qui fut tué,
Et dépouillé de tout par Joſué ;
Un fleuve de l'Egypte , une couleur funébre ;
Un Sage de la Gréce; une vache célébre ;
Certaire fleur dominantc au jardin ;
Le mot de Seigneur, en Eſpagne ;
Une graine dans la campagne,
Dont la production eſt chère au genre humain.
Si pour me deviner, Iris , ou me comprendre,
Il faut ou me voir ou m'entendre,
Au lever de l'aurore, approchez où je ſuis ;
Je pourrai calmer vos ennuis.
-\
-
Par M. D. BEss. en garniſon à Amiens .
A Madame De. . .
Quasº le Soleil embellit la nature,
Par mon retourjecharme les vergers :
68 MERCURE DE FRANCE :
Je ſuis d'un favorable augure
Pour le printems, & les bergers.
Si vous voulez, Iris , décompoſer mon être,
Vous trouverez le nom du plus fier animal ;
Vous y reconnoitrez peut-être
Un qui dort très-longtemps; un dangereux métal ;
Dans un gouvernement le frein qui nous arrête ;
La différence du matin ;
Le bruit de la trompette ; un titre ſouverain ;
La montagne du Roi Prophète ;
Un Roi géant qui fut tué,
Et dépouillé de tout par Joſué ;
Un fleuve de l'Egypte , une couleur funébre ;
Un Sage de la Gréce; une vache célébre ;
Certaire fleur dominantc au jardin ;
Le mot de Seigneur, en Eſpagne ;
Une graine dans la campagne,
Dont la production eſt chère au genre humain.
Si pour me deviner, Iris , ou me comprendre,
Il faut ou me voir ou m'entendre,
Au lever de l'aurore, approchez où je ſuis ;
Je pourrai calmer vos ennuis.
-\
-
Par M. D. BEss. en garniſon à Amiens .
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4207
p. 70
RONDEAU.
Début :
AMANS, si votre Bergère, [...]
Mots clefs :
Amour, Amants, Bergère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
R o N D E A U. *
A MANs, ſi votre Bergère,
Devient coquette, ou légère ;
Atten dez de plus fortunés inſtans,
Soyez conſtans.
L'Amour, content de vos chaînes ;
Sçaura terminer vos peines ;
Il récompenſe toujours les tourmens
Des vrais Amans.
Jamais une Déeſſe même
Ne rebute un Mortel qui l'aime : - -
Hélas c'eſt pour faire ſon bonheur ;
Qu'Amour attaque un coeur ,
Et le remplit de ces deſirs
Qui ménent aux vrais plaiſirs.
Amans, ſi votre Bergère &c.
* Ce Rondeau eſt une parodie à peu-près ſur les
mêmes rimes de celui du Mercure de Novemb. 1763.
Paroles & Muſique del ſignor Michele Doloretti
da Roano,
A MANs, ſi votre Bergère,
Devient coquette, ou légère ;
Atten dez de plus fortunés inſtans,
Soyez conſtans.
L'Amour, content de vos chaînes ;
Sçaura terminer vos peines ;
Il récompenſe toujours les tourmens
Des vrais Amans.
Jamais une Déeſſe même
Ne rebute un Mortel qui l'aime : - -
Hélas c'eſt pour faire ſon bonheur ;
Qu'Amour attaque un coeur ,
Et le remplit de ces deſirs
Qui ménent aux vrais plaiſirs.
Amans, ſi votre Bergère &c.
* Ce Rondeau eſt une parodie à peu-près ſur les
mêmes rimes de celui du Mercure de Novemb. 1763.
Paroles & Muſique del ſignor Michele Doloretti
da Roano,
Fermer
4208
p. 132-145
MÉMOIRE de M. TRÉBUCHET d'Auxerre, ancien Officier de la REINE, sur les observations du Passage de Vénus, du 6 Juin 1761.
Début :
JAMAIS Phénomène ne fut plus célébré que le passage de Vénus sur le Soleil, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE de M. TRÉBUCHET d'Auxerre, ancien Officier de la REINE, sur les observations du Passage de Vénus, du 6 Juin 1761.
MÉMOIRE de M. TRÉBUCHET
d'Auxerre, ancien
Officier de la
REINE, sur les observations du Passage
de Vénus, du 6 Juin 1761.
JAMAIS Phénomène ne fut plus célébré
que le passage de Vénus sur le Soleil,
du 6 Juin 1761 :
il fut annoncé
pour la première fois par le célébre Ké
pler en 1629, & M. Halley fut le pre
mier qui en fit ſentir les avantages de
la manière la plus préciſe & la plus
éclatante en 1691 , & ſurtout en 1716
M A I. 1764.
133
dans les Tranſactions Philoſophiques
de ces années & les Actes de Léipſic,
1693 & 1717. Il dit qu'on en déduira
la parallaxe du Soleil à r#s & par con
ſéquent avec la plus grande préciſion
poſſible, la diſtance réciproqne de tous
les Corps Planetaires, c'eſt ce qu'il ap
pelle la ſolution du plus beau de tous
les problêmes inſoluble d'ailleurs, pro
blematis nobiliſſimi & aliunde inacceſſi
ſolutio certa & adœquata.
' M. Legentil, l'a dit en termes équi
· valens dans ſon Mémoire du Journal
des Sçavans, de Mars 176o ; en don
nant la ſubſtance de celui de M. Halley,
il dit que l'obſervation de ce paſſage
achévera de perfectionner le ſyſtême
Planetaire : & voici comme s'en expli
ue M. de Lalande, dans ſa Connoiſ
§ des Temps de 1761. » Que ne de
» vroit-on pas entreprendre, à la vue
» d'un événement ſi rare, dont les avan
»tages, négligés une fois, ne ſçauroient
» être enſuite compenſés, ni par les ef
» forts du génie, ni par la conſtance des
» travaux, ni par la magnificence des
» plus grands Rois. «
Les obſervations de ce paſſage, qui
ont été faites en Europe, n'ont pas ré
pondu aux eſpérances qu'on en avoit
136 MERCURE DE FRANCE.
yeux ſur la Mappe-Monde de M. Deliſle,
on voit que dans l'Iſle Bermude, ou
dans les Açores, la ſortie a paru ſe faire
· au Soleil levant au même inſtant qu'à la
Mecque, où elle s'eſt faite au Zénith ;
puiſque le cercle de 8 heures 58 minu
tes paſſe par ces différens endroits.
• Il dit, ſuivant ſon principe, que de .
deux lieux placés à la même latitude, le .
plus occidental a dû voir la ſortie plus
tard que le plus oriental ; & comparant
ſon obſervation faite à Vienne avec celle
de Tyrnau, il compte en effet 19 ſecon
des de plus,& 8 ſec. de plus par l'obſerva
tion de M. Lyſogorsk : mais s'il eût com
paré les obſervations du P. Lyeſganigg,
de M. Caffini, & du P. Scherffèr, il au
roit compté d'abord, ni plus, ni moins,
enſuite 2 ſecondes de moins , & enfin 16
ſecondes de moins, comme il compte
encore moins à Paris comparé à Ingol
ftad. Son principe n'eſt donc rien moins
que conſtaté par l'obſervation.
Ce qu'il dit des deux lieux placés ſous
un même Méridien , s'accorde mieux
avec la théorie & l'obſervation. J'ob
ſerverai ſeulement que la différence des
Méridiens d'Ingolſtad & de Bologne
n'eſt que de 5 ſecondes, ſuivant ſa troi
ſiéme Table, & qu'il l'a faite de 15 ſe
M A I. 1764.
137
condes, dans la comparaiſon des obſer
vations de ces deux Villes : ce qui fait
une mépriſe de 1o ſecondes dans les ré
ſultats qu'il donne.
-
Mais ce qu'il dit, en troifiéme lieu,
que l'effet de la parallaxe eſt le même
pour deux endroits, dont l'un ſeroit au
tant oriental que l'autre ſeroit méridio
nal, eſt encore contraire à la Mappe
Monde, où l'on voit que cet effet † le
même pour le Pic des Açores, Lisbon
ne, Madrid , le Caire , la Mecque & la
Côte occidentale de la Nouvelle-Hol
lande; quoique ces différens endroits ne
diffèrent point également en longitude .
& en latitude. Des Açores à la Nouvelle
Hollande il y a une différence de 14o
degrés de longitude, & il n'y en a qu'une
de 7o en latitude.
•.
Le P. Hell auroit ſouhaité pouvoir
conſtruire deux Tables , dont l'une au
roit marqué les effets de la parallaxe ab
ſolue ou relative au centre de la Terre,
pour tous les lieux où l'obſervation a été
faite, & l'autre aùroit été relative au
Méridien de Paris, afin que l'on eût pu
y choiſir les obſervations les plus pro
pres à déterminer la parallaxe du Soleil..
Mais le temps qu'il eſt obligé de mettre
à la compoſition de ſes Ephémérides &
138 MERCURE DE FRANCE.
autres Ouvrages, ne lui a pas laiſſé le
loiſir de faire ces deux Tables. A leur
défaut, j'ai dreſſé celle qui eſt à la fin de
ce Mémoire. Si elle eſt bien faite, elle
pourra ſuppléer à ce que cet Aſtronome
auroit voulu faire.
-
Chaque colomne de cette Table porte
ſon titre , qui s'entend aſſez de lui
même.
-
-
J'ai pris pour terme de comparaiſon
l'obſervation faite à Paris à l'Obſerva
toire de la Marine, ſur les Bains de Ju- .
lien l'Apoſtat, par M. Baudouin, Maî
tre des Requêtes. Ce Magiſtrat, qui don
ne à Uranie les momens que Thémis lui
laiſſe, avoit déja, avant ſon obſerva
- tion, mérité de toute l'Aſtronomie, en
aſſurant à Vénus un Satellite dont l'éxiſ
tence étoit plus que douteuſe. M. Caffi
ni crut l'avoir vu en 1686, M Short dit
l'avoir vu une fois en 174o. Mais ces
grands Maîtres, quoiqu'armés des meil- .
leurs Inſtrumens, ſembloient n'avoir
enfanté que le Rat de la Montagne. Il
étoit réſervé à M. Montagne, Aſtronome
de Limoges, & ſecondé par M. Bau
douin , de réaliſer à nos yeux, avec une
lunette de neuf pieds, un être auſſi an
cien que le Monde. Quatre obſervations
qui en ont été faites en huit jours de
- -
M A I. 1764.
13g.
temps , au mois de Mai 1761 , avec la
même configuration ou le même croiſ
ſant que la Planéte principale, dans
quatre points oppoſés de ſon orbite ,
doivent diſſiper le charme de l'illuſion &
de l'incrédulité. Pour ſe convaincre des,
avantages que l'Aſtronomie doit retirer
de cette inſigne découverte, il ne faut que
lire les ſçavantes Diſſertations que ſon
Promoteur en a lûes le même mois à l'A-
cadémie, & ce qu'en ont dit ſes illuſtres.
approbateurs. A la vue du nouvel Aſtre
qui vient nous révéler des ſecrets du
Monde planétaire, inconnus juſqu'ici ,
& qui doit porter à la poſtérité le nom
de celui qui l'a ſi bien fait connoître,
qu'il me ſoit permis de dire : Quid non
cœleſtia cogis, 6 Bodoix !
-
Les quatrièmes colomnes marquent
en degrés & minutes la valeur de l'angle
formé par le demi-diamètre horiſontal
du Soleil, & ſon rayon tiré au point de
contact. Les points ſoulignés marquent
ceux qui ſont arrivés au-deſſus de ce
diamètre horiſontal : ceux où il n'y a
point de barre ſont arrivés au-deſſous.,
Ainſi l'on voit qu'à Madrid le premier
contact s'eſt fait 2 degrés 48 minutes au
deſſus du diamètre horiſontal, & à Pa
ris 8 degrés 43 minutes au-deſſous. On
a4o MERCURE DE FRANCE.
peut remarquer qu'en général plus ces
angles ſont grands, plus auſſi eſt grand
l'effet de la parallaxe abſolue marquée
dans la colonne à côté. Je dis, en géné
ral, & toutes choſes d'ailleurs égales ;
car à Stokolm où l'entrée s'eſt faite 44
degrés 3 minutes au-deſſous du D. H.
la parallaxe a été de 5 minutes 11 ſecon
des ; & à Tobolsk, où la ſortie s'eſt
faite à 63 degrés 35 minutes, la paralla
xe n'eſt que de 4 minutes 7 ſecondes.
La raiſon de cette exception vient de la
différence des parallaxes de hauteur qui
a été plus confidérable à Stoklom , où
§ s'eſt faite vers l'horiſon , qu'à
Tobolsk, où la ſortie s'eſt faite vers le
Méridien. .
-
Pour réduire l'obſervation au centre
de la Terre, j'ai ajouté ou ſouſtrait l'effet
de la parallaxe, ſelon qu'il eſt affecté du
ſigne plus ou moins, dans la cinquiéme
colonne.
-
On peut remarquer ici qu'à la ſortie
ou émerſion, l'inſtant du contact a été
avancé par-tout où il s'eſt fait au-deſſous
du diamètre horiſontal , & qu'il a été re
tardé là où il s'eſt fait au-deſſus. Ce qui
n'eſt arrivé qu'a Lisbonne, à Madrid &
à Rodriguez, & que l'entrée ou l'im
merſion a été retardée pour Stokolm ,
M A I. 1764.
141
Petersbourg & Tobolsk, où elle a paru
ſe faire au-deſſous du même diamètre.
On peut donc dire, par forme de co
· rollaire, 1°. que l'effet de la parallaxe eſt
d'avancer l'entrée , ſi elle ſe fait au-deſ
ſus du diamètre horiſontal du Soleil, &
de la retarder ſi elle ſe fait au-deſſous ;
au contraire , de retarder la ſortie ,
quand elle ſe fait au-deſſus, & de l'a-
vancer, quand elle ſe fait au-deſſous. .
2°. Que cet effet eſt d'autant plus conſi
dérable qu'il ſe fait ſentir plus loin de ce
diamètre, & qu'il eſt nul vers ſes extré
mités, ſoit que les phaſes arrivent le
matin , à midi, le ſoir, à l'horiſon ou au
zénith. On conçoit bien que dans ce
dernier cas, le diſque du Soleil étant dans
une ſituation parallèle à l'horiſon , tous
ſes diamètres peuvent être regardés com
me horiſontaux, & qu'une ligne tirée
du centre de la Terre au Soleil, paſſant
par l'œil de l'Obſervateur, l'effet de la
parallaxe ne peut être que nul. Il doit
l'être également à l'horiſon, s'il arrive à
l'extrémité du diamètre horiſontal; puiſ
que la différence des parallaxes horizon
tales n'étant pas d'une demie minute de
'degré, un arc d'une auſſi petite quantité
eſt confondu avec la portion du verti
cal tangent au Soleil dans lequel agit
la parallaxe.
_A
142 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir réduit l'obſervation au
centre de la Terre dans les ſixiémes
colonnes , pour la réduire au Méri
dien de Paris , j'ai emploié la difference
des longitudes marquée dans la con
noiſſance des temps de 1764, & dans
la troiſiéme Table du Père Hell ; de
ſorte que la ſeptiéme colonne devroit
préſenter un même inſtant, puiſqu'elle
eſt réduite à un même Méridien. Les
différences qui s'y rencontrent ne peu
vent venir que de l'incertitude des lon
gitudes, ou du défaut des obſervations,
ou de celui de mon cacul.
Il eſt fâcheux que le père Hell, dans
le temps qu'il travailloit à ſa diſſerta
tion , n'ait pas eu connoiſſance de l'ob
ſervation faite à Lisbonne par M. de
Ciera, Profeſſeur des Etudes au Collége
des Nobles ; cette Capitale du Portu
gal, Port de mer le plus occidental de
toute l'Europe dont la longitude, par
· cette raiſon, eſt ſans doute aujourd'hui
éxactement connue , auroit pu fournir
un terme de comparaiſon plus propre
que Madrid , dont la longitude eſt viſi
: blement défectueuſe, comme le dit le
Père Hell ſur ſa quatriéme Table : &
puiſque la longitude de Stokolm eſt
encore incertaine à dix-neuf ſecondes
-
M A I. 1764.
I43
de temps près, ſuivant la Table de M.
de Lalande comparée à celle du Père
· Hell, n'en peut-on pas dire du moins
autant de la
plûpart des autres en
droits où l'obſervation s'eſt faite ? A
cette première ſource d'incertitude ſe
joint
celle qui vient de l'obſerva
tion même. Il eſt certain qu'elle a dû
ſe faire a la même ſeconde pour le mê
me endroit. Et l'on voit dans un Paris,
un Vienne & un Bologne , entre ſix
ou ſept Obſervateurs également habi
les , juſqu'à des dix-huit, trente-cinq
& cinquante-huit ſecondes de différen
ce qui vient apparemment de la diffé
rence des Inſtrumens & des yeux.
Le Père Hell , a donc bien raiſon
de s'écrier dans ſa première remarque
ſur ſa ſixiéme Table : Quis eſt Obſer
vatorum vel Aſtronomorum Deus qui
aut obſervando aut calculando , ſe qua
tuor ſecundis non aberraſſe perſuadere
nobis poſſit ?
Je n'ai garde d'aſſurer d'avoir atteint
dans mon calcul à cette préciſion de
quatre ſecondes, quand je vois que je
différe au moins avec M. de Lalande,
de ſept ſecondes & demi pour le contact
obſervé a Paris,de trente-huit ſecondes,
pour le premier contact intérieur obſer
#
144 MERCURE DE FRANCE.
vé à Stokolm, & de quatorze ſecondes
pour le ſecond. Sur quoi il eſt pour
tant bon de remarquer qu'il a emploié
une,différence des parallaxes horiſonta
les de vingt-cinq ſecondes, 6. avec une
Méthode qui lui eſt propre, & que je
n'ai employé qu'une difference des pa
ralaxes de vingt-quatre ſecondes avec la
Méthode de M. Caffini, imprimée dans
les Mémoires de l'Académie année
1743 , page 385. Celle de M. Deliſle,
à la fin du même Volume m'a donné à
- peu-près les mêmes réſultats, je n'ai pu
faire uſage de celle de M. de Lalande,
parce que je ne l'entends pas.
La Méthode de M. Caſſini, qui me
ſemble avoir été priſe dans le grand
livre de la Nature auſſi ſimple que ma
nifique, conſiſte " dans la réſolution
d'un ſeul triangle dans lequel il y a un
angle conſtant, & toujours égal à celui
qui eſt formé au centre du ſoleil par la
perpendiculaire à l'orbite & le rayon tiré
au point de contact, cet angle eſt tou
jours oppoſé à la différence des parallaxes
dehauteur.Un autreangle qui eſtvariable
eſtformé par la tangente au point de con
tact & le vertical dans lequel agit la
s parallaxe, cet angle eſt toujours égal
à l'arc ou à la portion du limbe du
-
ſoleil
M A I. 1764.
I45
ſoleil interceptée depuis ſon diamètre
horiſontal juſqu'au point de contact ,
& le côté oppoſé à cet angle donne
l'effet de la parallaxe.
-
Pour ſe donner une idée de ce trian
gle, on peut jetter les yeux ſur la troi
§ Figure employée par M. Caffini,
dans ſes calculs ſur le paſſage de Mer
cure en 1743 , à l'endroit que je viens
de citer. On y voit les triangles HD G,
I C K, dans leſquels les angles H, I
ſont égaux aux angles MS D, MS C,
& oppoſé aux verticaux D G, CK; on
voit encore que l'effet de la parallaxe
a été plus grand à l'entrée qu'à la ſortie,
, parce que l'angle G D H étoit plus
grand que l'angle I CK, & que ſi cet
angle eût été ſi petit, que le vertical C
K n'eût fait qu'une ligne avec la tan- .
gente C I ( comme il arrive toutes
# fois que le point de contact ſe fait
à l'éxtrémité du diametre horiſontal)
il ne ſe ſeroit point fait de triangle &
par conſéquent l'effet de la parallaxe,
exprimé par IK auroit été nul , quand
même la fortie ſeroit arrivée vers l'ho
riſon , ſoit au levant , ſoit au couchant.
La ſuite au Mercure prochain.
d'Auxerre, ancien
Officier de la
REINE, sur les observations du Passage
de Vénus, du 6 Juin 1761.
JAMAIS Phénomène ne fut plus célébré
que le passage de Vénus sur le Soleil,
du 6 Juin 1761 :
il fut annoncé
pour la première fois par le célébre Ké
pler en 1629, & M. Halley fut le pre
mier qui en fit ſentir les avantages de
la manière la plus préciſe & la plus
éclatante en 1691 , & ſurtout en 1716
M A I. 1764.
133
dans les Tranſactions Philoſophiques
de ces années & les Actes de Léipſic,
1693 & 1717. Il dit qu'on en déduira
la parallaxe du Soleil à r#s & par con
ſéquent avec la plus grande préciſion
poſſible, la diſtance réciproqne de tous
les Corps Planetaires, c'eſt ce qu'il ap
pelle la ſolution du plus beau de tous
les problêmes inſoluble d'ailleurs, pro
blematis nobiliſſimi & aliunde inacceſſi
ſolutio certa & adœquata.
' M. Legentil, l'a dit en termes équi
· valens dans ſon Mémoire du Journal
des Sçavans, de Mars 176o ; en don
nant la ſubſtance de celui de M. Halley,
il dit que l'obſervation de ce paſſage
achévera de perfectionner le ſyſtême
Planetaire : & voici comme s'en expli
ue M. de Lalande, dans ſa Connoiſ
§ des Temps de 1761. » Que ne de
» vroit-on pas entreprendre, à la vue
» d'un événement ſi rare, dont les avan
»tages, négligés une fois, ne ſçauroient
» être enſuite compenſés, ni par les ef
» forts du génie, ni par la conſtance des
» travaux, ni par la magnificence des
» plus grands Rois. «
Les obſervations de ce paſſage, qui
ont été faites en Europe, n'ont pas ré
pondu aux eſpérances qu'on en avoit
136 MERCURE DE FRANCE.
yeux ſur la Mappe-Monde de M. Deliſle,
on voit que dans l'Iſle Bermude, ou
dans les Açores, la ſortie a paru ſe faire
· au Soleil levant au même inſtant qu'à la
Mecque, où elle s'eſt faite au Zénith ;
puiſque le cercle de 8 heures 58 minu
tes paſſe par ces différens endroits.
• Il dit, ſuivant ſon principe, que de .
deux lieux placés à la même latitude, le .
plus occidental a dû voir la ſortie plus
tard que le plus oriental ; & comparant
ſon obſervation faite à Vienne avec celle
de Tyrnau, il compte en effet 19 ſecon
des de plus,& 8 ſec. de plus par l'obſerva
tion de M. Lyſogorsk : mais s'il eût com
paré les obſervations du P. Lyeſganigg,
de M. Caffini, & du P. Scherffèr, il au
roit compté d'abord, ni plus, ni moins,
enſuite 2 ſecondes de moins , & enfin 16
ſecondes de moins, comme il compte
encore moins à Paris comparé à Ingol
ftad. Son principe n'eſt donc rien moins
que conſtaté par l'obſervation.
Ce qu'il dit des deux lieux placés ſous
un même Méridien , s'accorde mieux
avec la théorie & l'obſervation. J'ob
ſerverai ſeulement que la différence des
Méridiens d'Ingolſtad & de Bologne
n'eſt que de 5 ſecondes, ſuivant ſa troi
ſiéme Table, & qu'il l'a faite de 15 ſe
M A I. 1764.
137
condes, dans la comparaiſon des obſer
vations de ces deux Villes : ce qui fait
une mépriſe de 1o ſecondes dans les ré
ſultats qu'il donne.
-
Mais ce qu'il dit, en troifiéme lieu,
que l'effet de la parallaxe eſt le même
pour deux endroits, dont l'un ſeroit au
tant oriental que l'autre ſeroit méridio
nal, eſt encore contraire à la Mappe
Monde, où l'on voit que cet effet † le
même pour le Pic des Açores, Lisbon
ne, Madrid , le Caire , la Mecque & la
Côte occidentale de la Nouvelle-Hol
lande; quoique ces différens endroits ne
diffèrent point également en longitude .
& en latitude. Des Açores à la Nouvelle
Hollande il y a une différence de 14o
degrés de longitude, & il n'y en a qu'une
de 7o en latitude.
•.
Le P. Hell auroit ſouhaité pouvoir
conſtruire deux Tables , dont l'une au
roit marqué les effets de la parallaxe ab
ſolue ou relative au centre de la Terre,
pour tous les lieux où l'obſervation a été
faite, & l'autre aùroit été relative au
Méridien de Paris, afin que l'on eût pu
y choiſir les obſervations les plus pro
pres à déterminer la parallaxe du Soleil..
Mais le temps qu'il eſt obligé de mettre
à la compoſition de ſes Ephémérides &
138 MERCURE DE FRANCE.
autres Ouvrages, ne lui a pas laiſſé le
loiſir de faire ces deux Tables. A leur
défaut, j'ai dreſſé celle qui eſt à la fin de
ce Mémoire. Si elle eſt bien faite, elle
pourra ſuppléer à ce que cet Aſtronome
auroit voulu faire.
-
Chaque colomne de cette Table porte
ſon titre , qui s'entend aſſez de lui
même.
-
-
J'ai pris pour terme de comparaiſon
l'obſervation faite à Paris à l'Obſerva
toire de la Marine, ſur les Bains de Ju- .
lien l'Apoſtat, par M. Baudouin, Maî
tre des Requêtes. Ce Magiſtrat, qui don
ne à Uranie les momens que Thémis lui
laiſſe, avoit déja, avant ſon obſerva
- tion, mérité de toute l'Aſtronomie, en
aſſurant à Vénus un Satellite dont l'éxiſ
tence étoit plus que douteuſe. M. Caffi
ni crut l'avoir vu en 1686, M Short dit
l'avoir vu une fois en 174o. Mais ces
grands Maîtres, quoiqu'armés des meil- .
leurs Inſtrumens, ſembloient n'avoir
enfanté que le Rat de la Montagne. Il
étoit réſervé à M. Montagne, Aſtronome
de Limoges, & ſecondé par M. Bau
douin , de réaliſer à nos yeux, avec une
lunette de neuf pieds, un être auſſi an
cien que le Monde. Quatre obſervations
qui en ont été faites en huit jours de
- -
M A I. 1764.
13g.
temps , au mois de Mai 1761 , avec la
même configuration ou le même croiſ
ſant que la Planéte principale, dans
quatre points oppoſés de ſon orbite ,
doivent diſſiper le charme de l'illuſion &
de l'incrédulité. Pour ſe convaincre des,
avantages que l'Aſtronomie doit retirer
de cette inſigne découverte, il ne faut que
lire les ſçavantes Diſſertations que ſon
Promoteur en a lûes le même mois à l'A-
cadémie, & ce qu'en ont dit ſes illuſtres.
approbateurs. A la vue du nouvel Aſtre
qui vient nous révéler des ſecrets du
Monde planétaire, inconnus juſqu'ici ,
& qui doit porter à la poſtérité le nom
de celui qui l'a ſi bien fait connoître,
qu'il me ſoit permis de dire : Quid non
cœleſtia cogis, 6 Bodoix !
-
Les quatrièmes colomnes marquent
en degrés & minutes la valeur de l'angle
formé par le demi-diamètre horiſontal
du Soleil, & ſon rayon tiré au point de
contact. Les points ſoulignés marquent
ceux qui ſont arrivés au-deſſus de ce
diamètre horiſontal : ceux où il n'y a
point de barre ſont arrivés au-deſſous.,
Ainſi l'on voit qu'à Madrid le premier
contact s'eſt fait 2 degrés 48 minutes au
deſſus du diamètre horiſontal, & à Pa
ris 8 degrés 43 minutes au-deſſous. On
a4o MERCURE DE FRANCE.
peut remarquer qu'en général plus ces
angles ſont grands, plus auſſi eſt grand
l'effet de la parallaxe abſolue marquée
dans la colonne à côté. Je dis, en géné
ral, & toutes choſes d'ailleurs égales ;
car à Stokolm où l'entrée s'eſt faite 44
degrés 3 minutes au-deſſous du D. H.
la parallaxe a été de 5 minutes 11 ſecon
des ; & à Tobolsk, où la ſortie s'eſt
faite à 63 degrés 35 minutes, la paralla
xe n'eſt que de 4 minutes 7 ſecondes.
La raiſon de cette exception vient de la
différence des parallaxes de hauteur qui
a été plus confidérable à Stoklom , où
§ s'eſt faite vers l'horiſon , qu'à
Tobolsk, où la ſortie s'eſt faite vers le
Méridien. .
-
Pour réduire l'obſervation au centre
de la Terre, j'ai ajouté ou ſouſtrait l'effet
de la parallaxe, ſelon qu'il eſt affecté du
ſigne plus ou moins, dans la cinquiéme
colonne.
-
On peut remarquer ici qu'à la ſortie
ou émerſion, l'inſtant du contact a été
avancé par-tout où il s'eſt fait au-deſſous
du diamètre horiſontal , & qu'il a été re
tardé là où il s'eſt fait au-deſſus. Ce qui
n'eſt arrivé qu'a Lisbonne, à Madrid &
à Rodriguez, & que l'entrée ou l'im
merſion a été retardée pour Stokolm ,
M A I. 1764.
141
Petersbourg & Tobolsk, où elle a paru
ſe faire au-deſſous du même diamètre.
On peut donc dire, par forme de co
· rollaire, 1°. que l'effet de la parallaxe eſt
d'avancer l'entrée , ſi elle ſe fait au-deſ
ſus du diamètre horiſontal du Soleil, &
de la retarder ſi elle ſe fait au-deſſous ;
au contraire , de retarder la ſortie ,
quand elle ſe fait au-deſſus, & de l'a-
vancer, quand elle ſe fait au-deſſous. .
2°. Que cet effet eſt d'autant plus conſi
dérable qu'il ſe fait ſentir plus loin de ce
diamètre, & qu'il eſt nul vers ſes extré
mités, ſoit que les phaſes arrivent le
matin , à midi, le ſoir, à l'horiſon ou au
zénith. On conçoit bien que dans ce
dernier cas, le diſque du Soleil étant dans
une ſituation parallèle à l'horiſon , tous
ſes diamètres peuvent être regardés com
me horiſontaux, & qu'une ligne tirée
du centre de la Terre au Soleil, paſſant
par l'œil de l'Obſervateur, l'effet de la
parallaxe ne peut être que nul. Il doit
l'être également à l'horiſon, s'il arrive à
l'extrémité du diamètre horiſontal; puiſ
que la différence des parallaxes horizon
tales n'étant pas d'une demie minute de
'degré, un arc d'une auſſi petite quantité
eſt confondu avec la portion du verti
cal tangent au Soleil dans lequel agit
la parallaxe.
_A
142 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir réduit l'obſervation au
centre de la Terre dans les ſixiémes
colonnes , pour la réduire au Méri
dien de Paris , j'ai emploié la difference
des longitudes marquée dans la con
noiſſance des temps de 1764, & dans
la troiſiéme Table du Père Hell ; de
ſorte que la ſeptiéme colonne devroit
préſenter un même inſtant, puiſqu'elle
eſt réduite à un même Méridien. Les
différences qui s'y rencontrent ne peu
vent venir que de l'incertitude des lon
gitudes, ou du défaut des obſervations,
ou de celui de mon cacul.
Il eſt fâcheux que le père Hell, dans
le temps qu'il travailloit à ſa diſſerta
tion , n'ait pas eu connoiſſance de l'ob
ſervation faite à Lisbonne par M. de
Ciera, Profeſſeur des Etudes au Collége
des Nobles ; cette Capitale du Portu
gal, Port de mer le plus occidental de
toute l'Europe dont la longitude, par
· cette raiſon, eſt ſans doute aujourd'hui
éxactement connue , auroit pu fournir
un terme de comparaiſon plus propre
que Madrid , dont la longitude eſt viſi
: blement défectueuſe, comme le dit le
Père Hell ſur ſa quatriéme Table : &
puiſque la longitude de Stokolm eſt
encore incertaine à dix-neuf ſecondes
-
M A I. 1764.
I43
de temps près, ſuivant la Table de M.
de Lalande comparée à celle du Père
· Hell, n'en peut-on pas dire du moins
autant de la
plûpart des autres en
droits où l'obſervation s'eſt faite ? A
cette première ſource d'incertitude ſe
joint
celle qui vient de l'obſerva
tion même. Il eſt certain qu'elle a dû
ſe faire a la même ſeconde pour le mê
me endroit. Et l'on voit dans un Paris,
un Vienne & un Bologne , entre ſix
ou ſept Obſervateurs également habi
les , juſqu'à des dix-huit, trente-cinq
& cinquante-huit ſecondes de différen
ce qui vient apparemment de la diffé
rence des Inſtrumens & des yeux.
Le Père Hell , a donc bien raiſon
de s'écrier dans ſa première remarque
ſur ſa ſixiéme Table : Quis eſt Obſer
vatorum vel Aſtronomorum Deus qui
aut obſervando aut calculando , ſe qua
tuor ſecundis non aberraſſe perſuadere
nobis poſſit ?
Je n'ai garde d'aſſurer d'avoir atteint
dans mon calcul à cette préciſion de
quatre ſecondes, quand je vois que je
différe au moins avec M. de Lalande,
de ſept ſecondes & demi pour le contact
obſervé a Paris,de trente-huit ſecondes,
pour le premier contact intérieur obſer
#
144 MERCURE DE FRANCE.
vé à Stokolm, & de quatorze ſecondes
pour le ſecond. Sur quoi il eſt pour
tant bon de remarquer qu'il a emploié
une,différence des parallaxes horiſonta
les de vingt-cinq ſecondes, 6. avec une
Méthode qui lui eſt propre, & que je
n'ai employé qu'une difference des pa
ralaxes de vingt-quatre ſecondes avec la
Méthode de M. Caffini, imprimée dans
les Mémoires de l'Académie année
1743 , page 385. Celle de M. Deliſle,
à la fin du même Volume m'a donné à
- peu-près les mêmes réſultats, je n'ai pu
faire uſage de celle de M. de Lalande,
parce que je ne l'entends pas.
La Méthode de M. Caſſini, qui me
ſemble avoir été priſe dans le grand
livre de la Nature auſſi ſimple que ma
nifique, conſiſte " dans la réſolution
d'un ſeul triangle dans lequel il y a un
angle conſtant, & toujours égal à celui
qui eſt formé au centre du ſoleil par la
perpendiculaire à l'orbite & le rayon tiré
au point de contact, cet angle eſt tou
jours oppoſé à la différence des parallaxes
dehauteur.Un autreangle qui eſtvariable
eſtformé par la tangente au point de con
tact & le vertical dans lequel agit la
s parallaxe, cet angle eſt toujours égal
à l'arc ou à la portion du limbe du
-
ſoleil
M A I. 1764.
I45
ſoleil interceptée depuis ſon diamètre
horiſontal juſqu'au point de contact ,
& le côté oppoſé à cet angle donne
l'effet de la parallaxe.
-
Pour ſe donner une idée de ce trian
gle, on peut jetter les yeux ſur la troi
§ Figure employée par M. Caffini,
dans ſes calculs ſur le paſſage de Mer
cure en 1743 , à l'endroit que je viens
de citer. On y voit les triangles HD G,
I C K, dans leſquels les angles H, I
ſont égaux aux angles MS D, MS C,
& oppoſé aux verticaux D G, CK; on
voit encore que l'effet de la parallaxe
a été plus grand à l'entrée qu'à la ſortie,
, parce que l'angle G D H étoit plus
grand que l'angle I CK, & que ſi cet
angle eût été ſi petit, que le vertical C
K n'eût fait qu'une ligne avec la tan- .
gente C I ( comme il arrive toutes
# fois que le point de contact ſe fait
à l'éxtrémité du diametre horiſontal)
il ne ſe ſeroit point fait de triangle &
par conſéquent l'effet de la parallaxe,
exprimé par IK auroit été nul , quand
même la fortie ſeroit arrivée vers l'ho
riſon , ſoit au levant , ſoit au couchant.
La ſuite au Mercure prochain.
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4209
p. 146-149
OBSERVATIONS sur un Marasme occasionné par un morceau de plomb, par M. HOUSSET, de la Société Royale des Sciences, & Docteur en l'Université de Médecine de Montpellier, Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire & ancien Directeur de la Société des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
Début :
J'AI vu en 1757 à l'Hôtel-Dieu un homme, qui, quelques heures après [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur un Marasme occasionné par un morceau de plomb, par M. HOUSSET, de la Société Royale des Sciences, & Docteur en l'Université de Médecine de Montpellier, Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire & ancien Directeur de la Société des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
OBSERVATIONS sur un Marasme occasionné
par un morceau de plomb,
par M. HOUSSET, de la Société
Royale des Sciences, & Docteur en
l'Université de Médecine de Montpellier,
Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire
& ancien Directeur de la Société
des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
J'AI vu en 1757 à l'Hôtel-Dieu un
homme, qui, quelques heures après
avoir mangé, rejettoit tous les alimens.
Je ſoupçonnois qu'il étoit attaqué d'un
ſchirre à l'orifice inférieur du ventricule,
qui empêchoit les ſol des de paſſer dans
le duodenum. J'emplo5 ai pour le guérir
les remèdes que je jugeois les plus effica
ces , les vomitifs , les purgatifs, les fon
dans , les #péritirs, mais infructueuſe
ment Le malade , ennuyé du peu de
ſuccès qº'il retiroit de ces ſecours, ſor
ti de l'Hôpital , retourna dans ſon pays.
J'appris quelque temps après, par ſon
Chirurgien , qu'il y étoit mort; que ſon
" ,
M A I. 1764.
147
cadâvre ayant été ouvert , on avoit
trouvé au fond de ſon eſtomach un mor
ceau de plomb d'une figure irrégulière,
aſſez conſidérable pour obliturer le canal
des inteſtins, & empêcher que , les ali
mens pouſſés par le mouvement périſtal
tique de l eſtomach , n'entraſſent dans le
duodenum ; en ſorte que le viſcère de
voit être irrité dans le temps de la digeſ
tion , & par un mouvement rétrogra
de, rejetter les matières alimenteuſès à
moitié digérées. Ce qui a conduit inſen
ſiblement notre malade a un maraſme
univerſel , & enfn à la mort. Il auroit
pu guérir par un uſage journalier de
certaines préparations mercuriellcs. Les
heureuſes obſervaticns de M. le Dran ,
ſur la diſſolution du plomb dans la veſ
ſie, par le moyen du mercure, nous au
roient invité à les employer, & nous
auroient fait eſpérer une cure radicale :
mais les payſans ſont ſouvent d'un génie
ſi borné, qu'on les prendroit plutôt
our des automates , que pour des gens
capables de donner le moindre éclairciſ
ſement ſur la cauſe de leurs maladies. *
* L'eſton ach jouit de deux ſortes de mouve
mens, l'un progreſſif ou périſtalique, par lequel
1es alinmens en partie digérés dans cet organe,
ſont pouſſés dans le duodenum , l'autre, retrogra
G ij
148 MERCURE DE FRANCE. .
SEcoNDE Obſervation ſur une Perte de
Sang ſuivie de la Fiſtule lacrymale.
Madame Lefèbvre, Religieuſe du Cou
vent de la Viſitation, étoit attaquée de
puis pluſieurs années d'une perte de ſang. .
Feu mon Père , Médecin de cette Com
munauté, laiſſoit aller cette perte juſqu'à
ce qu'elle eût affoibli un peu les forces
du corps, ſans néanmoins en bleſſer no
tablement les fonctions ; il la faiſoit en
ſuite ſaigner du bras. Ce qui ſuſpendoit
pendant un long eſpace de temps l'écou
lement. Je ſuivois la même méthode à
laquelle la Nature étoit habituée : elle
me réuſſiſſoit. Mais cette maladie , de
ſimple qu'elle étoit, devint compliquée ;
de ou antiperiſtaltique, qui, au lieu de les conſer
ver pour l'œuvre de la nutrition, les chaſſe au
contraire au-dehors. Ce double mouvement eſt
vermiculaire, involontaire, contre les Sthaliens,
ne dépend que de l'irritation faite à la membrane
muſculaire du viſcère qui ſeule en eſt le ſiége. Ce
mouvement,à quion a donné le nom d'irritabilite,
connu depuis peu, annoncéſi ſçavamment dans les
Expériences du célébre M. de Haller, vient d'être
développé, quant à ſa nature & ſes propriétés,
dans les Lettres de M. Houſſet adreſſées à cet Au
reur. Voyez le ſecond volume des Mémoires ſur
les Parties ſenſibles & irritables, Edit, de Lau
fanne, 176o,
,
M A I. 176 p.
I 4 j
· une ophtalmie, un flux de larmes invo
lontaires qui dégénérèrent en un ulcère
| fiſtuleux lacrymal , rendoient ſon état
plus triſte de jour en jour, & me firent
penſer ſérieuſement à détruire juſqu'aux
plus profondes racines du mal. Pénétré
de cette réfléxion,jejugeai que l'état pré
ſent ne pouvoit avoir d'autres cauſes que
la conſtitution âcre de la maſſe du ſang
qui tendoit à la diſſolution ;
il s'agiſſoit
en conſéquence d'adoucir l'acrimonie
de ce fluide, & d'en rallier les principes.
L'uſage habituel du lait & des alimens
farineux , comme le ris au gras , le ver
micelle, les œufs au lait, &c, me paru
· rent les plus propres à remplir ces deux
indications; le tout précédé des remèdes
énéraux convenables à ſon état. Cette
eligieuſe, à qui je donnois l'eſpérance
de la guériſon, ſuivit conſtamment mes
conſeils, & au bout de huit mois elle
fut délivrée, non-ſeulement de ſa perte,
mais auſſi guérie de ſa fiſtule, qui depuis
cinq ou ſix ans, n'a laiſſé entrevoir au
cune marque qui fît craindre ſon retour,
A Auxerre, ce 13 Avril 1764.
par un morceau de plomb,
par M. HOUSSET, de la Société
Royale des Sciences, & Docteur en
l'Université de Médecine de Montpellier,
Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire
& ancien Directeur de la Société
des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
J'AI vu en 1757 à l'Hôtel-Dieu un
homme, qui, quelques heures après
avoir mangé, rejettoit tous les alimens.
Je ſoupçonnois qu'il étoit attaqué d'un
ſchirre à l'orifice inférieur du ventricule,
qui empêchoit les ſol des de paſſer dans
le duodenum. J'emplo5 ai pour le guérir
les remèdes que je jugeois les plus effica
ces , les vomitifs , les purgatifs, les fon
dans , les #péritirs, mais infructueuſe
ment Le malade , ennuyé du peu de
ſuccès qº'il retiroit de ces ſecours, ſor
ti de l'Hôpital , retourna dans ſon pays.
J'appris quelque temps après, par ſon
Chirurgien , qu'il y étoit mort; que ſon
" ,
M A I. 1764.
147
cadâvre ayant été ouvert , on avoit
trouvé au fond de ſon eſtomach un mor
ceau de plomb d'une figure irrégulière,
aſſez conſidérable pour obliturer le canal
des inteſtins, & empêcher que , les ali
mens pouſſés par le mouvement périſtal
tique de l eſtomach , n'entraſſent dans le
duodenum ; en ſorte que le viſcère de
voit être irrité dans le temps de la digeſ
tion , & par un mouvement rétrogra
de, rejetter les matières alimenteuſès à
moitié digérées. Ce qui a conduit inſen
ſiblement notre malade a un maraſme
univerſel , & enfn à la mort. Il auroit
pu guérir par un uſage journalier de
certaines préparations mercuriellcs. Les
heureuſes obſervaticns de M. le Dran ,
ſur la diſſolution du plomb dans la veſ
ſie, par le moyen du mercure, nous au
roient invité à les employer, & nous
auroient fait eſpérer une cure radicale :
mais les payſans ſont ſouvent d'un génie
ſi borné, qu'on les prendroit plutôt
our des automates , que pour des gens
capables de donner le moindre éclairciſ
ſement ſur la cauſe de leurs maladies. *
* L'eſton ach jouit de deux ſortes de mouve
mens, l'un progreſſif ou périſtalique, par lequel
1es alinmens en partie digérés dans cet organe,
ſont pouſſés dans le duodenum , l'autre, retrogra
G ij
148 MERCURE DE FRANCE. .
SEcoNDE Obſervation ſur une Perte de
Sang ſuivie de la Fiſtule lacrymale.
Madame Lefèbvre, Religieuſe du Cou
vent de la Viſitation, étoit attaquée de
puis pluſieurs années d'une perte de ſang. .
Feu mon Père , Médecin de cette Com
munauté, laiſſoit aller cette perte juſqu'à
ce qu'elle eût affoibli un peu les forces
du corps, ſans néanmoins en bleſſer no
tablement les fonctions ; il la faiſoit en
ſuite ſaigner du bras. Ce qui ſuſpendoit
pendant un long eſpace de temps l'écou
lement. Je ſuivois la même méthode à
laquelle la Nature étoit habituée : elle
me réuſſiſſoit. Mais cette maladie , de
ſimple qu'elle étoit, devint compliquée ;
de ou antiperiſtaltique, qui, au lieu de les conſer
ver pour l'œuvre de la nutrition, les chaſſe au
contraire au-dehors. Ce double mouvement eſt
vermiculaire, involontaire, contre les Sthaliens,
ne dépend que de l'irritation faite à la membrane
muſculaire du viſcère qui ſeule en eſt le ſiége. Ce
mouvement,à quion a donné le nom d'irritabilite,
connu depuis peu, annoncéſi ſçavamment dans les
Expériences du célébre M. de Haller, vient d'être
développé, quant à ſa nature & ſes propriétés,
dans les Lettres de M. Houſſet adreſſées à cet Au
reur. Voyez le ſecond volume des Mémoires ſur
les Parties ſenſibles & irritables, Edit, de Lau
fanne, 176o,
,
M A I. 176 p.
I 4 j
· une ophtalmie, un flux de larmes invo
lontaires qui dégénérèrent en un ulcère
| fiſtuleux lacrymal , rendoient ſon état
plus triſte de jour en jour, & me firent
penſer ſérieuſement à détruire juſqu'aux
plus profondes racines du mal. Pénétré
de cette réfléxion,jejugeai que l'état pré
ſent ne pouvoit avoir d'autres cauſes que
la conſtitution âcre de la maſſe du ſang
qui tendoit à la diſſolution ;
il s'agiſſoit
en conſéquence d'adoucir l'acrimonie
de ce fluide, & d'en rallier les principes.
L'uſage habituel du lait & des alimens
farineux , comme le ris au gras , le ver
micelle, les œufs au lait, &c, me paru
· rent les plus propres à remplir ces deux
indications; le tout précédé des remèdes
énéraux convenables à ſon état. Cette
eligieuſe, à qui je donnois l'eſpérance
de la guériſon, ſuivit conſtamment mes
conſeils, & au bout de huit mois elle
fut délivrée, non-ſeulement de ſa perte,
mais auſſi guérie de ſa fiſtule, qui depuis
cinq ou ſix ans, n'a laiſſé entrevoir au
cune marque qui fît craindre ſon retour,
A Auxerre, ce 13 Avril 1764.
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4210
p. 150-152
LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame la Générale la MOTTE, du 10 Mars 1763, au sujet de ses Gouttes blanches & jaunes.
Début :
MADAME, LA vie & la santé de mon Père, que [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame la Générale la MOTTE, du 10 Mars 1763, au sujet de ses Gouttes blanches & jaunes.
LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame
la Générale la MOTTE, du 10
Mars 1763, au sujet de ses Gouttes
blanches & jaunes.
MADAME,
LA vie & la santé de mon Père, que
je dois à l'excellence de votre Elixir, &
aux bons ſoins de M. Thiery , Docteur
en Médecine de la Faculté de Paris,
ſont pour moi les motifs d'une recon
noiſſance qui ne s'altérera jamais. Que
ne puis-je perſuader au Public que, ſi la
paralyſie a des effets ſi fâcheux, que les
tempéramens même les plus robuſtes
n'en ſont pas exempts, on trouve dans
votre Elixir un excellent remède contre
cette maladie. Mon Père, ſexagénaire &
fort replet, fut tout-à-coup réduit le 31
Janvier dernier en un état qui ne permet
toit pas même aux gens de l'Art, d'eſpé
rer le rétabliſſement de toute la partie
droite du corps qui étoit immobile.Mais
comme nous trouvâmes heureuſement
* Cette Lettre n'a été retrouvée que depuis
quelques jours , au Bureau du Mercure.
-
M A I. 1764.
1 5 1
M Thiery , dont les lum ères ſont auſſi
connues que les bonnes qualités de ſon
cœur, il ne déſeſpéra point d'une gué
riſon parfaite. Parmi les moyens dont il
ſe ſervit, il employa principalement l'E-
lixir jaune. Ces ſecours firent au bout de
trois jours concevoir les plus grandes
eſpérances. La langue qui ſubitement
s'étoit tellement engagée, que mon Père
ne pouvoit nommer ce dont il avoit be
ſoin , commença à ſe délier, & le ſixié
me jour de ſa maladie il ſe faiſoit en
tendre. M. Thiery ayant ordonné des
frictions avec votre Elixir blanc, le long
du bras droit plus fortement affecté, le
ſurlendemain de cette opération le doigt
annulaire & le petit doigt donnèrent
quelques ſignes de mouvement, J'affir
me avec la plus grande vérité,que la con
tinuation de ces frictions, l'uſage inté
rieur de l'Elixir jaune, avec les autres
remèdes, ont en moins de quinze jours
produit des effets étonnans ; de ſorte que
l'articulation des doigts de la main étoit
on ne peut pas plus ſenſible, & il reſtoit
à la langue peu d'embarras. Je certifie
qu'aujourd'hui mon Père va, vient, ſe
proméne ;
qu'il parle auſſi librement
qu'autrefois, & ſe ſert de ſon bras au
point de s'en raſer. Tout le quartier du
G iv
1 52 MERCURE DE FRANCE.
fauxbourg S. Honoré a connoiſſance de
cet événement , auſſi-bien que M. le
Comte de Saint-Florentin , & auquel ce
Miniſtre auſſi diſtingué par ſa ſageſſe
que par ſa bonté, s'eſt intéreſſé. Indé
pendamment de M. Thiery, qui a diri
gé la cure de mon Père, je puis citer
our témoins de ſon état actuel & paſſé
MM. Bainieres, Cagnard & Cadet , Chi
rurgiens. M. de Laſſaigne, Médecin du
Roi, qui a bien voulu ſuivre mon Père
dans ſa convaleſcence , avec une atten
tion particulière, a cru ne pouvoir mieux
faire que de continuer le traitement qui
avoit ſi bien réuſſi.
Je ſuis avec autant de reſpect que de
reconnoiſſance , &c,
A Paris, le 10 Mars 1763.
la Générale la MOTTE, du 10
Mars 1763, au sujet de ses Gouttes
blanches & jaunes.
MADAME,
LA vie & la santé de mon Père, que
je dois à l'excellence de votre Elixir, &
aux bons ſoins de M. Thiery , Docteur
en Médecine de la Faculté de Paris,
ſont pour moi les motifs d'une recon
noiſſance qui ne s'altérera jamais. Que
ne puis-je perſuader au Public que, ſi la
paralyſie a des effets ſi fâcheux, que les
tempéramens même les plus robuſtes
n'en ſont pas exempts, on trouve dans
votre Elixir un excellent remède contre
cette maladie. Mon Père, ſexagénaire &
fort replet, fut tout-à-coup réduit le 31
Janvier dernier en un état qui ne permet
toit pas même aux gens de l'Art, d'eſpé
rer le rétabliſſement de toute la partie
droite du corps qui étoit immobile.Mais
comme nous trouvâmes heureuſement
* Cette Lettre n'a été retrouvée que depuis
quelques jours , au Bureau du Mercure.
-
M A I. 1764.
1 5 1
M Thiery , dont les lum ères ſont auſſi
connues que les bonnes qualités de ſon
cœur, il ne déſeſpéra point d'une gué
riſon parfaite. Parmi les moyens dont il
ſe ſervit, il employa principalement l'E-
lixir jaune. Ces ſecours firent au bout de
trois jours concevoir les plus grandes
eſpérances. La langue qui ſubitement
s'étoit tellement engagée, que mon Père
ne pouvoit nommer ce dont il avoit be
ſoin , commença à ſe délier, & le ſixié
me jour de ſa maladie il ſe faiſoit en
tendre. M. Thiery ayant ordonné des
frictions avec votre Elixir blanc, le long
du bras droit plus fortement affecté, le
ſurlendemain de cette opération le doigt
annulaire & le petit doigt donnèrent
quelques ſignes de mouvement, J'affir
me avec la plus grande vérité,que la con
tinuation de ces frictions, l'uſage inté
rieur de l'Elixir jaune, avec les autres
remèdes, ont en moins de quinze jours
produit des effets étonnans ; de ſorte que
l'articulation des doigts de la main étoit
on ne peut pas plus ſenſible, & il reſtoit
à la langue peu d'embarras. Je certifie
qu'aujourd'hui mon Père va, vient, ſe
proméne ;
qu'il parle auſſi librement
qu'autrefois, & ſe ſert de ſon bras au
point de s'en raſer. Tout le quartier du
G iv
1 52 MERCURE DE FRANCE.
fauxbourg S. Honoré a connoiſſance de
cet événement , auſſi-bien que M. le
Comte de Saint-Florentin , & auquel ce
Miniſtre auſſi diſtingué par ſa ſageſſe
que par ſa bonté, s'eſt intéreſſé. Indé
pendamment de M. Thiery, qui a diri
gé la cure de mon Père, je puis citer
our témoins de ſon état actuel & paſſé
MM. Bainieres, Cagnard & Cadet , Chi
rurgiens. M. de Laſſaigne, Médecin du
Roi, qui a bien voulu ſuivre mon Père
dans ſa convaleſcence , avec une atten
tion particulière, a cru ne pouvoir mieux
faire que de continuer le traitement qui
avoit ſi bien réuſſi.
Je ſuis avec autant de reſpect que de
reconnoiſſance , &c,
A Paris, le 10 Mars 1763.
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4211
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le Mercure du mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
A P P R O B A T I O N.
J'AI lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le Mercure du mois de Mai 1764, & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'im
preſſion. A Paris, ce 3o Avril 1764.
- G U I R O Y.
J'AI lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le Mercure du mois de Mai 1764, & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'im
preſſion. A Paris, ce 3o Avril 1764.
- G U I R O Y.
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4212
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
Début :
LA défense de Publius Quintius passe pour le coup d'essai du Prince des Orateurs. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
DÉFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. (a)
LA défense de Publius Quintius passe
pour le coup d'essai du Prince des Orateurs.
( a ) Des raiſons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les ſuivans, qui naturellement auroient dûs être
A iij
"-
6 MERCURE DE FRANCE.
Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce diſcours, l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Conſuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cor
nelius Dolabella. Ces dates préciſes qui
ſemblent n'avoir été conſervées à la
poſtérité, que pour conſtater ſûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annon
cent prèſque toujours d'une façon bril
lante : ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière, tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
-
z
Là modeſtie eſt la compagne inſépa
rable desvrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être
la vertu des jeunes
gens. Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens :
il n'oſa pas riſquer
en Public l'eſſai de ſes talens , c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiſtoire & le ſujet.
Sextus Nœvius s'étoit aſſocié dans
ſon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort ſans enfans , ſon frère Pu
placés à la tête de l'Ouvrage.Si jamais on fait une
édition de cette HIsToIRE , on y obſervera
exaétement l'ordre chronologique, dont nous ne
nous écarterons plus déſormais, .
|
,
'
J U I N. 1764. .
blius Quintiits ſe porta pour héritier, &
recueillit en cette qualité ſa ſucceſſion.
L'intérêt qui diviſe tous les hommes,
ſema bientôt la diſcorde entre Nœvius
' & Quintius quand il fut queſtion de
faire les partages. Le premier plus adroit
· ou plus fripon que celui-ci, perſécuta
· ſans relâche ſon adverſaire par toutes les
· chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laſſé des mauvais procédés de Naevius,
peut-être auſſi plus pareſſeux & moins .
actif que lui, ceſſa de ſe défendre : il
-† même la ſécurité , juſqu'à ſe
·
laiſſer condamner par défaut.
..
,
Quelque † après Quintius re
venu de cette eſpéce d'aſſoupiſſement,
ſoit de lui-même, ſoit par les conſeils
de ſes amis , voulut recommencer à
pourſuivre Nævius pour le contraindre
faire le partage de la façon dont il
le deſiroit.
•*
-
1V
- '
-
'
•
Mais l'affaire avoit bien changé de
face; & Naevius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit proviſoirement
en poſſeſſion des biens conteftés , ſe
mocquoit de tous les vains efforts de
, Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur, n'avoit que deux moyens de
ſortir d'embarras. Le premier, c'étoit
d'avouer pubiquement aº s'étoit laiſ
..
º2
8 MERCURE DE FRANCE. .
ſé condamner par défaut , & de don
ner en même-temps caution de ſe ſou
| mettre au jugement à intervenir, quel
' qu'il fût. Le ſeçond c'étoit de dépoſer
· une certaine ſomme, en conſentant à
· la perdre, s'il nè prouvoit pas que c'é-
toit mal-à-propos que Naevius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur,
puiſque ce Magiſtrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poſſeſſion des biens
· qui faiſoient la matière du procès. .
- Chacun de ces expédiens , rempli
· d'inconvéniens , devenoit également† En ſuivant
le premier parti, il ſe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui ſe laiſ
· ſoient condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le ſecond, il
† pour ainſi dire, ſon rang dans
a procédure , puiſque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceſſairement
| Demandeur. ..
-
|
|
|
|
|
|
Il préféra pourtant ce dernier parti,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il ſe fit nommer un Juge par
le Préteur, à qui les droits de ſa charge
donnoient cette fonction. Le choix de
ce Magiſtrat tomba ſur le grave Juriſ
conſulte C. Aquillius Galliis , Perſon
nage auſſi recommandable par ſes pro
#
·
| J U I N. 1764.
fondes lumières, que par ſon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'aſſocia
trois
autres Juriſconſultes, P. Quintilius, M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça ſon
plaidoyer , à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces ſortes d'affaires. .
Le fonds de la queſtion étoit de ſça
voir ſi Nœvius avoit pu être mis légiti
mement en poſſeſſion des biens de
Quintius, par la Sentence du Préteur ?
Ciceron ſoutint la négative , & il la
prouve par des raiſonnemens auſſi ſoli
, des qu'éloquens. Ce diſcours quoique
plus foible que ceux qu'il compoſa dans
la ſuite, lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dansl'eſprit des ſçavans; &
s'il n'eſt pas d'un Orateur conſommé, au
moins y reconnoit-on le germe des
talens ſupérieurs que ſon illuſtre Au
teur fit briller dans la ſuite.
DÉFENsE de SExTvs Roscrvs
d'Ameries.
-
Tout le monde a entendu parler des
démêlés ſanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui-ci ; & par un de ces
jeux biſarres de la fortune, Rome ſe vit
aſſervie tour-à-tour, par deux Citoyens
» &
--
…
A V
4o MERCURE DE FRANCE.
qui avoient proteſté d'abord que l'in
térêt ſeul de la liberté Publique leur
, mettoit les armes à la main. Sylla, plus
habile que ſon ennemi, conſerva tran
quillement ſon autorité tant qu'il voulut
être le maître. Dans la ſuite, quand il ne
daigna plus gouverner ſa Patrie, il ſe
retira couvert de gloire, ſans appréhen
der ce qu'un Tyran doit toujours crain
dre. Heureux, s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreuſes, connues ſous
le nom de proſcriptions, qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Ci
toyens pour égorger l'autre ! Elles furent
cauſe du malheur de Roſcius , & don
nerent occaſion à Cicéron de prononcer
ſon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conſul pour la ſeconde fois, avec
Qu. Metellus.
Sextus Roſcius, père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition, lié avec les plus honnêtes .
Citoyens & reçu avec plaiſir dans les
meilleures maiſons de la Ville. Poſſeſſeur
d'un bien conſidérable, ſa dépenſe étoit
pourtant des mieux réglées; il jouiſſoit
de la meilleure réputation.Attaché d'ail
leurs au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il n'avoit rien # craindre du
J U I N. 1764.
1 1
vainqueur.Son fils unique, nommé com
me lui Sextus Roſcius,(c'eſt de lui dont
il eſt queſtion) étoit un de ces génies
épais, peu propres aux affaires , quoi
que capables de s'acquitter avec un cer- .
tain ſuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiſſoit ſon caractère,
le tenoit aſſez ordinairement à une
maiſon de Campa ne,proche d'Ameries,
petite Ville, où # réſidoit communé
ment quand il n'étoit pas à Rome.
Un ſoir , qu'il revenoit aſſez tard de
ſouper , il fut aſſailli vigoureuſement
par pluſieurs aſſaſſins aux environs du
mont Palatin. Après une réſiſtance
aſſez longue & malheureuſement inuti
le, il tomba ſans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent prompte
ment.
| La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiſ
toire du jour, & puis on finit par l'ou
blier. Roſcius étoit riche : il avoit deux
parens aſſez proches & qui portoient
ſon nom , avec qui des raiſons d'in
térêt l'avoient brouillé depuis long
temps. Ces deux Roſcius étoient d'ail
leurs deux ſcélérats publiquement ,e-
connus pour tels, juſques-là'que l'un
- des deux paſſoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
déterminé. Ils ne voyoient pas ſans envie .
la fortune brillante de Roſcius; & ce fur
pour s'en mettre en poſſeſſion, qu'ils
réſolurent de perdre du même coup &
le père & le fils.
|
.
•.
On voit que ce complot déteſtable
avoit déjà eu des commencemens aſſez
heureux ; quand un Citoyen obſcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort ſur la liſte des Proſcrits. Ce fut
ſans doute àl'inſtigation de Chryſogonus
affranchi de Sylla, quijouiſſoit de toute
la faveur de ſon Maître, & dont l'in
ſolence ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de ſon crédit. Les, biens de
Roſcius le tentoient, & il vouloit les ac
quérir à bon compte quand on les ven
droit à l'enchère comme tous ceux des
Proſcrits. Cryſogonus réuſſit , & les
biens de Roſcius lui furent adjugés à un
prix ſix fois au-deſſous de leur valeur.
L'injuſtice parut criante, & révolta
tout le monde. Les deux Roſcius pen
ſerent à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Roſcius le fils , &
de l'accuſer de parricide. Quelque deſ
tituée de vraiſemblance que fût cette
accuſation, elle fit impreſſion par ſon
atrocité : peut-être même Sylla appuya- .
--
-
J U I N. 1764.
I3
t-il ſourdement les bruits qui couru
rent alors. L'affaire fut réglee, les Juges
nommés, les témoins entendus. Cicéron
prit en main la défenſe de Roſcius , &
ſon éloquence victorieuſe, en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné ,
lui conſerva l'honneur & la vie.
Son Diſcours eſt un modéle de bon
ſens & de raiſonnement. Il eſt difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'eſprit, & le
ſentiment affectueux qui perce le cœur
& qui arrache des larmes. ( b)
(b) On remarque que Cicéron fait ſouvent
uſage dans ce Diſcours de la
figure nommée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryſogonus & ſon achar
nement impitoyable à dépouiller le malheureux
Roſcius, il dit : qu'il ne lui laiſſoit pas même la
liberté de marcher ſur le chemin qui conduiſoit au
tombeau de ſon père. Cette image eſt grande, &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us, qui, Com
mentateurs ennuyeux, avec beaucoup de mérite
pourtant, veulent trouver des ſens cachés par
tout , nommé Facciolatus , abandonne le ſens
figuré, & prouve avec peſanteur que cette phra
ſe doit s'entendre au propre. » Je ne puis m'ima
» giner, dit-il , que Cicéron ſe ſerve en cette oc
» caſion d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
» croire qu'il parle ſérieuſement, d'autant#
» que la ſépulture de Roſcius étant ſituée dans
s
:
.'
-* • !
-
l'
·
·
·
·
·
· •
14 MERCURE DE FRANCE.
PLAIDoYER pour le Comédien
QU. R o s c I v s.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiſſe faire du
Comédien Roſcius, c'eſt celui que fait
de lui Cicéron dans le Diſcours qu'il
prononça en ſa faveur » Ce Roſcius ,
» dit-il aux Juges, eſt ſi habile dans ſon
» art, qu'il eſt le ſeul homme digne
» de paroître ſur la ſçène : mais il eſt
» auſſi tellement homme de bien, qu'il
» paroît ſeul digne qu'on l'empêche d'y
|yy mOnt€I'.
" L
»
- -
· Voici ce qui donna occaſion à ſon
démêlé avec Cherea ſon adverſaire.
Ce Caius Fannius Cherea avoit un Eſ
clave nommé Panurgus, en qui il crut
» ſa terre, & la terre ayant été vendue à Chry
» ſogonus, ce dernier étoit maître du chemin en
» queſtion, & pouvoit, s'il le jugeoit à propos,
• empêcher de marcher deſſus. Une loi expreſſe
» lui en donnoit le droit, à moins quil ne fût
* du nombre de ceux que ſe réſervoit le ven
• deur , exception dont je ne vois pas que Roſ
* cius ait fait uſage. • On ne ſe permer de rele
ver une pareille puérilité , que pour donner un
exemple des inutilités ſçavantes dont fourmil
lens la plupart des Commentaires Croiroit-on
après cela que ce Facciolatus eſt un des plus eſ
timés, & qu'il mérite de l'être,
-,.
-
J U I N. 1764.
15
remarquer d'heureuſes diſpoſitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Roſcius pour les cultiver, en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pour
roit produire le talent de l'Eſclave. A
quelque temps de là , comme il com
mençoit à donner à ſon Maître des
eſpérances flatteuſes de ſe voir bientôt
récompenſé & dédommagé de ſes
peines , il fut tué par un certain Fla
vius, natif de Tarquinies, Ville aſſez
peu conſidérable par elle-même, mais
que les Tarquins avoient rendue cé
lébre. Celui-ci, pourſuivi par Roſcius ,
éluda ſous différens prétextes le paye
ment de la ſomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
ſorte que notre Acteur fut obligé de
ſe rejetter ſur Fannius qui évita long
temps ſes pourſuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il ſe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus re
culer. Cicéron ſe chargea d'en faire la
demande aux Juges, au nom de Roſ
cius , & il s'en acquitta ſi bien , que
Cherea ne put lui rien refuſer.
Ces deux mots ſuffiſent pour met
tre au fait de l'hiſtoire de ce diſcours
aſſez peu conſidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en reſte, fait conjecturer qu'à
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la ſixiéme partie.
Ces pertes en ſont de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui ſçavent apprécier au juſte
le mérite ſingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiſtoire complette de tous les Diſcours pro
noncés dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain.
Discours de CICÉRON.
DÉFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. (a)
LA défense de Publius Quintius passe
pour le coup d'essai du Prince des Orateurs.
( a ) Des raiſons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les ſuivans, qui naturellement auroient dûs être
A iij
"-
6 MERCURE DE FRANCE.
Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce diſcours, l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Conſuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cor
nelius Dolabella. Ces dates préciſes qui
ſemblent n'avoir été conſervées à la
poſtérité, que pour conſtater ſûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annon
cent prèſque toujours d'une façon bril
lante : ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière, tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
-
z
Là modeſtie eſt la compagne inſépa
rable desvrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être
la vertu des jeunes
gens. Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens :
il n'oſa pas riſquer
en Public l'eſſai de ſes talens , c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiſtoire & le ſujet.
Sextus Nœvius s'étoit aſſocié dans
ſon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort ſans enfans , ſon frère Pu
placés à la tête de l'Ouvrage.Si jamais on fait une
édition de cette HIsToIRE , on y obſervera
exaétement l'ordre chronologique, dont nous ne
nous écarterons plus déſormais, .
|
,
'
J U I N. 1764. .
blius Quintiits ſe porta pour héritier, &
recueillit en cette qualité ſa ſucceſſion.
L'intérêt qui diviſe tous les hommes,
ſema bientôt la diſcorde entre Nœvius
' & Quintius quand il fut queſtion de
faire les partages. Le premier plus adroit
· ou plus fripon que celui-ci, perſécuta
· ſans relâche ſon adverſaire par toutes les
· chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laſſé des mauvais procédés de Naevius,
peut-être auſſi plus pareſſeux & moins .
actif que lui, ceſſa de ſe défendre : il
-† même la ſécurité , juſqu'à ſe
·
laiſſer condamner par défaut.
..
,
Quelque † après Quintius re
venu de cette eſpéce d'aſſoupiſſement,
ſoit de lui-même, ſoit par les conſeils
de ſes amis , voulut recommencer à
pourſuivre Nævius pour le contraindre
faire le partage de la façon dont il
le deſiroit.
•*
-
1V
- '
-
'
•
Mais l'affaire avoit bien changé de
face; & Naevius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit proviſoirement
en poſſeſſion des biens conteftés , ſe
mocquoit de tous les vains efforts de
, Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur, n'avoit que deux moyens de
ſortir d'embarras. Le premier, c'étoit
d'avouer pubiquement aº s'étoit laiſ
..
º2
8 MERCURE DE FRANCE. .
ſé condamner par défaut , & de don
ner en même-temps caution de ſe ſou
| mettre au jugement à intervenir, quel
' qu'il fût. Le ſeçond c'étoit de dépoſer
· une certaine ſomme, en conſentant à
· la perdre, s'il nè prouvoit pas que c'é-
toit mal-à-propos que Naevius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur,
puiſque ce Magiſtrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poſſeſſion des biens
· qui faiſoient la matière du procès. .
- Chacun de ces expédiens , rempli
· d'inconvéniens , devenoit également† En ſuivant
le premier parti, il ſe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui ſe laiſ
· ſoient condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le ſecond, il
† pour ainſi dire, ſon rang dans
a procédure , puiſque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceſſairement
| Demandeur. ..
-
|
|
|
|
|
|
Il préféra pourtant ce dernier parti,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il ſe fit nommer un Juge par
le Préteur, à qui les droits de ſa charge
donnoient cette fonction. Le choix de
ce Magiſtrat tomba ſur le grave Juriſ
conſulte C. Aquillius Galliis , Perſon
nage auſſi recommandable par ſes pro
#
·
| J U I N. 1764.
fondes lumières, que par ſon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'aſſocia
trois
autres Juriſconſultes, P. Quintilius, M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça ſon
plaidoyer , à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces ſortes d'affaires. .
Le fonds de la queſtion étoit de ſça
voir ſi Nœvius avoit pu être mis légiti
mement en poſſeſſion des biens de
Quintius, par la Sentence du Préteur ?
Ciceron ſoutint la négative , & il la
prouve par des raiſonnemens auſſi ſoli
, des qu'éloquens. Ce diſcours quoique
plus foible que ceux qu'il compoſa dans
la ſuite, lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dansl'eſprit des ſçavans; &
s'il n'eſt pas d'un Orateur conſommé, au
moins y reconnoit-on le germe des
talens ſupérieurs que ſon illuſtre Au
teur fit briller dans la ſuite.
DÉFENsE de SExTvs Roscrvs
d'Ameries.
-
Tout le monde a entendu parler des
démêlés ſanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui-ci ; & par un de ces
jeux biſarres de la fortune, Rome ſe vit
aſſervie tour-à-tour, par deux Citoyens
» &
--
…
A V
4o MERCURE DE FRANCE.
qui avoient proteſté d'abord que l'in
térêt ſeul de la liberté Publique leur
, mettoit les armes à la main. Sylla, plus
habile que ſon ennemi, conſerva tran
quillement ſon autorité tant qu'il voulut
être le maître. Dans la ſuite, quand il ne
daigna plus gouverner ſa Patrie, il ſe
retira couvert de gloire, ſans appréhen
der ce qu'un Tyran doit toujours crain
dre. Heureux, s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreuſes, connues ſous
le nom de proſcriptions, qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Ci
toyens pour égorger l'autre ! Elles furent
cauſe du malheur de Roſcius , & don
nerent occaſion à Cicéron de prononcer
ſon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conſul pour la ſeconde fois, avec
Qu. Metellus.
Sextus Roſcius, père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition, lié avec les plus honnêtes .
Citoyens & reçu avec plaiſir dans les
meilleures maiſons de la Ville. Poſſeſſeur
d'un bien conſidérable, ſa dépenſe étoit
pourtant des mieux réglées; il jouiſſoit
de la meilleure réputation.Attaché d'ail
leurs au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il n'avoit rien # craindre du
J U I N. 1764.
1 1
vainqueur.Son fils unique, nommé com
me lui Sextus Roſcius,(c'eſt de lui dont
il eſt queſtion) étoit un de ces génies
épais, peu propres aux affaires , quoi
que capables de s'acquitter avec un cer- .
tain ſuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiſſoit ſon caractère,
le tenoit aſſez ordinairement à une
maiſon de Campa ne,proche d'Ameries,
petite Ville, où # réſidoit communé
ment quand il n'étoit pas à Rome.
Un ſoir , qu'il revenoit aſſez tard de
ſouper , il fut aſſailli vigoureuſement
par pluſieurs aſſaſſins aux environs du
mont Palatin. Après une réſiſtance
aſſez longue & malheureuſement inuti
le, il tomba ſans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent prompte
ment.
| La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiſ
toire du jour, & puis on finit par l'ou
blier. Roſcius étoit riche : il avoit deux
parens aſſez proches & qui portoient
ſon nom , avec qui des raiſons d'in
térêt l'avoient brouillé depuis long
temps. Ces deux Roſcius étoient d'ail
leurs deux ſcélérats publiquement ,e-
connus pour tels, juſques-là'que l'un
- des deux paſſoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
déterminé. Ils ne voyoient pas ſans envie .
la fortune brillante de Roſcius; & ce fur
pour s'en mettre en poſſeſſion, qu'ils
réſolurent de perdre du même coup &
le père & le fils.
|
.
•.
On voit que ce complot déteſtable
avoit déjà eu des commencemens aſſez
heureux ; quand un Citoyen obſcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort ſur la liſte des Proſcrits. Ce fut
ſans doute àl'inſtigation de Chryſogonus
affranchi de Sylla, quijouiſſoit de toute
la faveur de ſon Maître, & dont l'in
ſolence ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de ſon crédit. Les, biens de
Roſcius le tentoient, & il vouloit les ac
quérir à bon compte quand on les ven
droit à l'enchère comme tous ceux des
Proſcrits. Cryſogonus réuſſit , & les
biens de Roſcius lui furent adjugés à un
prix ſix fois au-deſſous de leur valeur.
L'injuſtice parut criante, & révolta
tout le monde. Les deux Roſcius pen
ſerent à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Roſcius le fils , &
de l'accuſer de parricide. Quelque deſ
tituée de vraiſemblance que fût cette
accuſation, elle fit impreſſion par ſon
atrocité : peut-être même Sylla appuya- .
--
-
J U I N. 1764.
I3
t-il ſourdement les bruits qui couru
rent alors. L'affaire fut réglee, les Juges
nommés, les témoins entendus. Cicéron
prit en main la défenſe de Roſcius , &
ſon éloquence victorieuſe, en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné ,
lui conſerva l'honneur & la vie.
Son Diſcours eſt un modéle de bon
ſens & de raiſonnement. Il eſt difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'eſprit, & le
ſentiment affectueux qui perce le cœur
& qui arrache des larmes. ( b)
(b) On remarque que Cicéron fait ſouvent
uſage dans ce Diſcours de la
figure nommée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryſogonus & ſon achar
nement impitoyable à dépouiller le malheureux
Roſcius, il dit : qu'il ne lui laiſſoit pas même la
liberté de marcher ſur le chemin qui conduiſoit au
tombeau de ſon père. Cette image eſt grande, &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us, qui, Com
mentateurs ennuyeux, avec beaucoup de mérite
pourtant, veulent trouver des ſens cachés par
tout , nommé Facciolatus , abandonne le ſens
figuré, & prouve avec peſanteur que cette phra
ſe doit s'entendre au propre. » Je ne puis m'ima
» giner, dit-il , que Cicéron ſe ſerve en cette oc
» caſion d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
» croire qu'il parle ſérieuſement, d'autant#
» que la ſépulture de Roſcius étant ſituée dans
s
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-* • !
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14 MERCURE DE FRANCE.
PLAIDoYER pour le Comédien
QU. R o s c I v s.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiſſe faire du
Comédien Roſcius, c'eſt celui que fait
de lui Cicéron dans le Diſcours qu'il
prononça en ſa faveur » Ce Roſcius ,
» dit-il aux Juges, eſt ſi habile dans ſon
» art, qu'il eſt le ſeul homme digne
» de paroître ſur la ſçène : mais il eſt
» auſſi tellement homme de bien, qu'il
» paroît ſeul digne qu'on l'empêche d'y
|yy mOnt€I'.
" L
»
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· Voici ce qui donna occaſion à ſon
démêlé avec Cherea ſon adverſaire.
Ce Caius Fannius Cherea avoit un Eſ
clave nommé Panurgus, en qui il crut
» ſa terre, & la terre ayant été vendue à Chry
» ſogonus, ce dernier étoit maître du chemin en
» queſtion, & pouvoit, s'il le jugeoit à propos,
• empêcher de marcher deſſus. Une loi expreſſe
» lui en donnoit le droit, à moins quil ne fût
* du nombre de ceux que ſe réſervoit le ven
• deur , exception dont je ne vois pas que Roſ
* cius ait fait uſage. • On ne ſe permer de rele
ver une pareille puérilité , que pour donner un
exemple des inutilités ſçavantes dont fourmil
lens la plupart des Commentaires Croiroit-on
après cela que ce Facciolatus eſt un des plus eſ
timés, & qu'il mérite de l'être,
-,.
-
J U I N. 1764.
15
remarquer d'heureuſes diſpoſitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Roſcius pour les cultiver, en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pour
roit produire le talent de l'Eſclave. A
quelque temps de là , comme il com
mençoit à donner à ſon Maître des
eſpérances flatteuſes de ſe voir bientôt
récompenſé & dédommagé de ſes
peines , il fut tué par un certain Fla
vius, natif de Tarquinies, Ville aſſez
peu conſidérable par elle-même, mais
que les Tarquins avoient rendue cé
lébre. Celui-ci, pourſuivi par Roſcius ,
éluda ſous différens prétextes le paye
ment de la ſomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
ſorte que notre Acteur fut obligé de
ſe rejetter ſur Fannius qui évita long
temps ſes pourſuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il ſe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus re
culer. Cicéron ſe chargea d'en faire la
demande aux Juges, au nom de Roſ
cius , & il s'en acquitta ſi bien , que
Cherea ne put lui rien refuſer.
Ces deux mots ſuffiſent pour met
tre au fait de l'hiſtoire de ce diſcours
aſſez peu conſidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en reſte, fait conjecturer qu'à
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la ſixiéme partie.
Ces pertes en ſont de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui ſçavent apprécier au juſte
le mérite ſingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiſtoire complette de tous les Diſcours pro
noncés dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain.
Fermer
4213
p. 16-17
ODE IX. du troisiéme Livre des Odes d'HORACE.
Début :
DONEC gratus eram tibi, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE IX. du troisiéme Livre des Odes d'HORACE.
ODE IX. du troisiéme Livre des Odes
d'HORACE.
DONEC gratus eram tibi, Nec quisquam potior brachia candidae
Cervici Juvenis dabat ; Perſarum vigui rege beatior.
Donec non aliâ magis Aiſſli; neque erat Lydia poſt Chloën ;
Multi Lydia nominis Romanâ vigui clarior Iliâ.
Me nunc threſſa Chloé regit, Dulces docta modos & cithara ſciens ;
Pro quâ non metuam mori , Si parcent anima fata ſuperſtiti,
'
-
J U I N. 1764
Me torret face mutuâ
Thurini Calais filius Ornithi ;
Pro quo bis patiar mori,
si parcent puero fata ſuperſtiti.
Quid, ſi priſca redit Venus,
Diducloſque jugo cogit aheneo ?
Si flava excutitur Chloé,
si parcent puero fata ſuperſtiti.
Rejeclaque patetjanua Lydia ?
Quanquam ſidere pulchrior
Ille eſt ; tu levior cortice, & improbs
Iracundior Adriâ ;
ecum vivere amem, tecum obeam libens.
d'HORACE.
DONEC gratus eram tibi, Nec quisquam potior brachia candidae
Cervici Juvenis dabat ; Perſarum vigui rege beatior.
Donec non aliâ magis Aiſſli; neque erat Lydia poſt Chloën ;
Multi Lydia nominis Romanâ vigui clarior Iliâ.
Me nunc threſſa Chloé regit, Dulces docta modos & cithara ſciens ;
Pro quâ non metuam mori , Si parcent anima fata ſuperſtiti,
'
-
J U I N. 1764
Me torret face mutuâ
Thurini Calais filius Ornithi ;
Pro quo bis patiar mori,
si parcent puero fata ſuperſtiti.
Quid, ſi priſca redit Venus,
Diducloſque jugo cogit aheneo ?
Si flava excutitur Chloé,
si parcent puero fata ſuperſtiti.
Rejeclaque patetjanua Lydia ?
Quanquam ſidere pulchrior
Ille eſt ; tu levior cortice, & improbs
Iracundior Adriâ ;
ecum vivere amem, tecum obeam libens.
Fermer
4214
p. 17-18
TRADUCTION.
Début :
L'AMANT. / Tant que je fus chéri de toi, [...]
Mots clefs :
Chloé, Lydie, Parque, Respecter, Brûler
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION.
T R A D v c T I o N. .
• L'AM ANT ,
- ſ - :
, *
' ' Tant que je fus chéri de toi,
Qu'aux yeux de mes rivaux tes baiſers pleins de
flâme , -
M'atteſtoient ton amour , l'imprimoient dans
, mon âme ;
Nul ne fut plus heureux que moi.
L' A MA N T E.
Tant que tu me gardas ta foi,
Que tu ne vis Chloë qu'en regrettant Lydie ;
Mars en s'uniſſant à Sylvie ,
La rendit moins célébre & moins fière que mois
18 MERCURE DE FRANCE.
L' AMAN T. : . :
Chloë me tient ſous ſon empire,
Chloë dont chacun vante & la voix & la lyre :
Que la Parque s'occupe à racourcir mesjours,
Et des ſiens reſpecte le cours.
L' A M A N T E,
Je brûle pour Daphnis, il brûle pour Lydie ;
Et rien n'égale nos amours :
Que la Parque deux fois me prive de la vie,.
Et deux fois reſpecte ſes jours.
L' A M A N T,
Si ma flamme ſe renouvelle,
Si des noeuds éternels me rejoignent à toi,
Si Chloë n'eſt plus rien pour moi ,
Si je t'ouvre mon coeur, & le ferme pour elle ?
L' A M A N T E.
Daphnis eſt plus brillant que la voute azurée,
Toi , plus léger que l'air, plus fougueux que
Borée ; -
Mais je préfére à tout la tendre & douce loi
De vivre ton amant , & mourir avec toi.
Par M. V, • . de M. , , .
• L'AM ANT ,
- ſ - :
, *
' ' Tant que je fus chéri de toi,
Qu'aux yeux de mes rivaux tes baiſers pleins de
flâme , -
M'atteſtoient ton amour , l'imprimoient dans
, mon âme ;
Nul ne fut plus heureux que moi.
L' A MA N T E.
Tant que tu me gardas ta foi,
Que tu ne vis Chloë qu'en regrettant Lydie ;
Mars en s'uniſſant à Sylvie ,
La rendit moins célébre & moins fière que mois
18 MERCURE DE FRANCE.
L' AMAN T. : . :
Chloë me tient ſous ſon empire,
Chloë dont chacun vante & la voix & la lyre :
Que la Parque s'occupe à racourcir mesjours,
Et des ſiens reſpecte le cours.
L' A M A N T E,
Je brûle pour Daphnis, il brûle pour Lydie ;
Et rien n'égale nos amours :
Que la Parque deux fois me prive de la vie,.
Et deux fois reſpecte ſes jours.
L' A M A N T,
Si ma flamme ſe renouvelle,
Si des noeuds éternels me rejoignent à toi,
Si Chloë n'eſt plus rien pour moi ,
Si je t'ouvre mon coeur, & le ferme pour elle ?
L' A M A N T E.
Daphnis eſt plus brillant que la voute azurée,
Toi , plus léger que l'air, plus fougueux que
Borée ; -
Mais je préfére à tout la tendre & douce loi
De vivre ton amant , & mourir avec toi.
Par M. V, • . de M. , , .
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4215
p. 19
A Mlle de G....
Début :
ON dit qu'Amour est un Enfant, Bergère, [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Mlle de G....
A Mlle de G....
ON dit qu'Amour est un Enfant, Bergère,
Qu'il eſt trompeur, inquiet & plaintif,
Que ſa douceur eſt fauſſe & paſſagère,
Et le moment d'en jouir, fugitif.
|
Mais dans ma tendreſſe éternelle,
Dans tes charmes, dans mon bonheur,
Rien ne me peint, ni me rappelle
Un enfant, ou bien un trompeur.
Qui fit ce portrait infidéle
Ne connut ni toi, ni mon cœur»
V •
Par M. LEGIER.
ON dit qu'Amour est un Enfant, Bergère,
Qu'il eſt trompeur, inquiet & plaintif,
Que ſa douceur eſt fauſſe & paſſagère,
Et le moment d'en jouir, fugitif.
|
Mais dans ma tendreſſe éternelle,
Dans tes charmes, dans mon bonheur,
Rien ne me peint, ni me rappelle
Un enfant, ou bien un trompeur.
Qui fit ce portrait infidéle
Ne connut ni toi, ni mon cœur»
V •
Par M. LEGIER.
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4216
p. 20-24
L'AMOUR MALHEUREUX, POEME.
Début :
PUISSE la passion qui consume ma vie [...]
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR MALHEUREUX, POEME.
L'AMOUR MALHEUREUX,
POEME.
PUISSE la passion qui consume ma vie
Répandre ſur mes vers ſa ſublime énergie,
Les échauffer du feu que l'ennui, le malheur,
L'ingratitude encor plus ſenſible à mon cœur
N'ont pû, depuis trois ans, éteindre dans mes
.
· veines !
Du véritable Amour je vais chanter les peines.
Ces Sauvages * captifs dont les vainqueurs
cruels
S'apprêtent à verſer le ſang ſur les Autels,
Le front chargé de fieurs, marchant au ſacrifice 2
Chantent un hymne aux Dieux Auteurs de leur
ſupplice.
· Cruelle Ménalie ! ainſi mes triſtes airs,
Adreſſés à l'Amour dont je porte les fèrs,
Font retentir ſon Temple où j'expire en victime,
Sur l'Océan du Monde il eſt plus d'un abîme,
A des courans divers nos vaiſſeaux expoſés
Sur différens écueils riſquent d'être briſés.
Toutes les paſſions, les foibleſſes humaines,
* Tout le monde connoît cet uſage barbare éta
bli chez les Américains & chez d'autres Peuples
V.
A
J U I N. 1764:
2 F
Pour nos cœurs, je le ſais, ſont autant de Syrènes.
Le Miniſtre éxilé calcule avec horreur
-
Les affronts dont jadis il paya ſa faveur ;
L'avide Commerçant aſſailli par l'orage
Ne veut plus s'enrichir au péril du naufrage,
Et le vieil Officier privé de penſion
pas une.
·
·
·
|
-
Déclare que la gloire eſt une illuſion . ...
Sans doute : mais l'Amour, l'Amour n'en eſt
-- Que me font les honneurs, la gloire, la fortune?
Ces brillans ſont trop faux pour pouvoir éblouir
L'œil d'un Sage ſenſible & qui cherche à jouir.
Il eſt une Déeſſe en tous lieux révérée,
Par les Humains ingrats ſouvent défigurée :
Son trône eſt la Nature, & ſous des noms divers
Elle anime, conſerve & régle l'Univers :
Dans ſes propices mains eſt une chaîne im
menſe
vrage, .
-
qui fit chérir les loix & la ſociété,
Digne de notre encens, quand ſa vertu féconde
Plus adorable encor, plus ſûre de ſes droits,
-
Que nous enſanglantons, & que ſa bienfaiſance,
Lorſque les paſſions en briſent quelqu'anneau,
Ne ſe laſſe jamais de ſerrer de nouveau.
Cette Divinité, l'objet de mon hommage, - . -
Dont l'homme eſt à la fois & le temple & l'ou2
-
C'eſt la Fille du Ciel, la ſenſibilité ;
Entretient & conduit le ſyſtême du monºae
-
22 MERCURE DE FRANCE.
Lorſque l'œil d'une femme aux cœurs dicte ſes
loix.
c'eſt là que pour me vaincre elle établit ſon
Trône;
-
Les roſes du Printemps brilloient ſur ſa couronne;
Et toutes les vertus de cet âge charmant
Rendoient ſes coups plus ſûrs, & mon danger
plus grand.
Je cédai ; je ſentis que j'avois un cœur tendre.
Eh ! quel autre à ma place eût pû mieux ſe dé
-
fendre ?
-
Quel autre eût vu ſans trouble & ſans raviſſement
Dans un cœur vertueux germer le ſentiment ?
L'Éléve de Boucher, parcourant dès l'Aurore
Les vergers de Pomone ou les jardins de Flore,
Parmi tous les objets dignes de ſon crayon,
Deſſine cette roſe hier encor bouton.
Ouverte avant le jour, elle étoit déjà belle ;
Mais le Soleil lui prête une couleur nouvelle ;
Il échauffe ſon ſein, l'aide à s'épanouir,
Et de tous ſes amans éveille le deſir.
D'une fille à quinzeans cette roſe eſt l'image.
La froide indifférence eſt la nuit du bel âge.
Pour toi,je m'en ſouviens, j'ai vu naître ce jour ;
J'ai vu briller tes yeux des ràyons de l'Amour ;
Je l'ai vu, Ménalie, animer tous tes charmes ;
Dans ton ſein étonné répandre ſes allarmes ;
Faire baºre ton cœur & colorer ton front. .. : .
Jamaisde mon eſpritces traits ne ſortiront :
'
· J U I N. 1764.
23
Se n'oubliraijamais qu'au printemps de ma vie,
J'eus les premiers ſoupirs du cœur de Ménalie ;
Que du plus tendre amour l'heureuſe illuſion
Des plus purs ſentimens ſçella notre union.
oue nos deſirs portés ſur des aîles de flâmes,
Sans reſter dans nos ſens, alloient brûler nos
«
·
·
âmes. ...
, -
-
Vous ne m'entendrez point, triſte voluptueux,
, Sybarites chargés d'un ennui faſtueux,
Nous vantez vos plaiſirs, & vivez miſérables,
-
Qui prenant pourl'amour des beſoins périſſables,
Et n'ayant que des ſens pour goûter le bonheur,
Les émouſſez encor par un abus trompeur :
Vous ne m'entendrez point, quand mes plainte*
·
·
· amerès,
-
Rappelleront en vain ces faveurs paſſagères,
Ce bonheur innocent qu'autrefois j'ai goûté.
Mais vous,ô vrais amans, qui m'avez imité,
Qui d'un cœur vertueux avez eu les prémices ;
Vous connoîtrez s'il eſt de plus cruels ſupplices
Que la perte d'un bien hélas! ſi précieux.
que l'avare Lais dupe un{vieil'amoureux :
| Que la femme galante étende ſes conquêtesi,
on doit s'attendre à tout des âmes malhonnêtes s ,
Tôt ou tard l'intérêt ou le plaiſir ſéduit
.
Le cœur qu'un vil métal ou les ſens ont conduit.
Mais d'une jeune amante, au ſein de l'innocence a
Après tant de faveurs, éprouver l'inconſtance! !
'- '
• .
-
C'eſt un exemple affreux pour l'homme corrompti
·
-
24 MERCURE DE FRANCE.
Et qui peut dégoûter de ſuivre la vertu. ººº
De quoi me ſervira d'éviter l'artifice,
si la probité même a les dangers du vice ,
Qu'on ne me parle plus de vertu, de candeur !
Elles n'éxiſtent pas, ou ſervent au malheur.
Mélanie à mes yeux en étoit le modéle :
·
.
Je l'aimai.... malheureux !j'aimois une infidelle
Hélas, je l'aime encor lun déſeſpoir âffreux ,
dre,
En éteignant mesjours, n'a poict éteint mes feux,
Ah : s'il eſt un bonheur, & qu'on puiſſe y préten
Amour, eſt-ce de toi que nous devons l'attendre ? "
Par l'Auteur de l'Epitre à Mélanie.
POEME.
PUISSE la passion qui consume ma vie
Répandre ſur mes vers ſa ſublime énergie,
Les échauffer du feu que l'ennui, le malheur,
L'ingratitude encor plus ſenſible à mon cœur
N'ont pû, depuis trois ans, éteindre dans mes
.
· veines !
Du véritable Amour je vais chanter les peines.
Ces Sauvages * captifs dont les vainqueurs
cruels
S'apprêtent à verſer le ſang ſur les Autels,
Le front chargé de fieurs, marchant au ſacrifice 2
Chantent un hymne aux Dieux Auteurs de leur
ſupplice.
· Cruelle Ménalie ! ainſi mes triſtes airs,
Adreſſés à l'Amour dont je porte les fèrs,
Font retentir ſon Temple où j'expire en victime,
Sur l'Océan du Monde il eſt plus d'un abîme,
A des courans divers nos vaiſſeaux expoſés
Sur différens écueils riſquent d'être briſés.
Toutes les paſſions, les foibleſſes humaines,
* Tout le monde connoît cet uſage barbare éta
bli chez les Américains & chez d'autres Peuples
V.
A
J U I N. 1764:
2 F
Pour nos cœurs, je le ſais, ſont autant de Syrènes.
Le Miniſtre éxilé calcule avec horreur
-
Les affronts dont jadis il paya ſa faveur ;
L'avide Commerçant aſſailli par l'orage
Ne veut plus s'enrichir au péril du naufrage,
Et le vieil Officier privé de penſion
pas une.
·
·
·
|
-
Déclare que la gloire eſt une illuſion . ...
Sans doute : mais l'Amour, l'Amour n'en eſt
-- Que me font les honneurs, la gloire, la fortune?
Ces brillans ſont trop faux pour pouvoir éblouir
L'œil d'un Sage ſenſible & qui cherche à jouir.
Il eſt une Déeſſe en tous lieux révérée,
Par les Humains ingrats ſouvent défigurée :
Son trône eſt la Nature, & ſous des noms divers
Elle anime, conſerve & régle l'Univers :
Dans ſes propices mains eſt une chaîne im
menſe
vrage, .
-
qui fit chérir les loix & la ſociété,
Digne de notre encens, quand ſa vertu féconde
Plus adorable encor, plus ſûre de ſes droits,
-
Que nous enſanglantons, & que ſa bienfaiſance,
Lorſque les paſſions en briſent quelqu'anneau,
Ne ſe laſſe jamais de ſerrer de nouveau.
Cette Divinité, l'objet de mon hommage, - . -
Dont l'homme eſt à la fois & le temple & l'ou2
-
C'eſt la Fille du Ciel, la ſenſibilité ;
Entretient & conduit le ſyſtême du monºae
-
22 MERCURE DE FRANCE.
Lorſque l'œil d'une femme aux cœurs dicte ſes
loix.
c'eſt là que pour me vaincre elle établit ſon
Trône;
-
Les roſes du Printemps brilloient ſur ſa couronne;
Et toutes les vertus de cet âge charmant
Rendoient ſes coups plus ſûrs, & mon danger
plus grand.
Je cédai ; je ſentis que j'avois un cœur tendre.
Eh ! quel autre à ma place eût pû mieux ſe dé
-
fendre ?
-
Quel autre eût vu ſans trouble & ſans raviſſement
Dans un cœur vertueux germer le ſentiment ?
L'Éléve de Boucher, parcourant dès l'Aurore
Les vergers de Pomone ou les jardins de Flore,
Parmi tous les objets dignes de ſon crayon,
Deſſine cette roſe hier encor bouton.
Ouverte avant le jour, elle étoit déjà belle ;
Mais le Soleil lui prête une couleur nouvelle ;
Il échauffe ſon ſein, l'aide à s'épanouir,
Et de tous ſes amans éveille le deſir.
D'une fille à quinzeans cette roſe eſt l'image.
La froide indifférence eſt la nuit du bel âge.
Pour toi,je m'en ſouviens, j'ai vu naître ce jour ;
J'ai vu briller tes yeux des ràyons de l'Amour ;
Je l'ai vu, Ménalie, animer tous tes charmes ;
Dans ton ſein étonné répandre ſes allarmes ;
Faire baºre ton cœur & colorer ton front. .. : .
Jamaisde mon eſpritces traits ne ſortiront :
'
· J U I N. 1764.
23
Se n'oubliraijamais qu'au printemps de ma vie,
J'eus les premiers ſoupirs du cœur de Ménalie ;
Que du plus tendre amour l'heureuſe illuſion
Des plus purs ſentimens ſçella notre union.
oue nos deſirs portés ſur des aîles de flâmes,
Sans reſter dans nos ſens, alloient brûler nos
«
·
·
âmes. ...
, -
-
Vous ne m'entendrez point, triſte voluptueux,
, Sybarites chargés d'un ennui faſtueux,
Nous vantez vos plaiſirs, & vivez miſérables,
-
Qui prenant pourl'amour des beſoins périſſables,
Et n'ayant que des ſens pour goûter le bonheur,
Les émouſſez encor par un abus trompeur :
Vous ne m'entendrez point, quand mes plainte*
·
·
· amerès,
-
Rappelleront en vain ces faveurs paſſagères,
Ce bonheur innocent qu'autrefois j'ai goûté.
Mais vous,ô vrais amans, qui m'avez imité,
Qui d'un cœur vertueux avez eu les prémices ;
Vous connoîtrez s'il eſt de plus cruels ſupplices
Que la perte d'un bien hélas! ſi précieux.
que l'avare Lais dupe un{vieil'amoureux :
| Que la femme galante étende ſes conquêtesi,
on doit s'attendre à tout des âmes malhonnêtes s ,
Tôt ou tard l'intérêt ou le plaiſir ſéduit
.
Le cœur qu'un vil métal ou les ſens ont conduit.
Mais d'une jeune amante, au ſein de l'innocence a
Après tant de faveurs, éprouver l'inconſtance! !
'- '
• .
-
C'eſt un exemple affreux pour l'homme corrompti
·
-
24 MERCURE DE FRANCE.
Et qui peut dégoûter de ſuivre la vertu. ººº
De quoi me ſervira d'éviter l'artifice,
si la probité même a les dangers du vice ,
Qu'on ne me parle plus de vertu, de candeur !
Elles n'éxiſtent pas, ou ſervent au malheur.
Mélanie à mes yeux en étoit le modéle :
·
.
Je l'aimai.... malheureux !j'aimois une infidelle
Hélas, je l'aime encor lun déſeſpoir âffreux ,
dre,
En éteignant mesjours, n'a poict éteint mes feux,
Ah : s'il eſt un bonheur, & qu'on puiſſe y préten
Amour, eſt-ce de toi que nous devons l'attendre ? "
Par l'Auteur de l'Epitre à Mélanie.
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4217
p. 24
VERS pour un Ami de l'Auteur, qu'une jeune Demoiselle qu'il aimoit, avoit mis, en badinant, à la porte, le premier jour de Mai. (C'est l'Amant qui parle à sa Maîtresse.)
Début :
AU temps jadis, quand un Amant courtois [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS pour un Ami de l'Auteur, qu'une jeune Demoiselle qu'il aimoit, avoit mis, en badinant, à la porte, le premier jour de Mai. (C'est l'Amant qui parle à sa Maîtresse.)
VERS pour un Ami de l'Auteur, qu'une
jeune Demoiselle qu'il aimoit, avoit
mis, en badinant, à la porte, le premier
jour de Mai.
(C'est l'Amant qui parle à sa Maîtresse.)
AU temps jadis, quand un Amant courtois
Alloit offrir à ſa jeune Maîtreſſe
Un beau Mai verd, gage de ſa tendreſſe ;
Le tendre objet qui ſoi donnoit des loix,
Ne recevoit ſoh amour de la forte,
Et le Mai ſeul étoit mis à la porte.
Par le même.
jeune Demoiselle qu'il aimoit, avoit
mis, en badinant, à la porte, le premier
jour de Mai.
(C'est l'Amant qui parle à sa Maîtresse.)
AU temps jadis, quand un Amant courtois
Alloit offrir à ſa jeune Maîtreſſe
Un beau Mai verd, gage de ſa tendreſſe ;
Le tendre objet qui ſoi donnoit des loix,
Ne recevoit ſoh amour de la forte,
Et le Mai ſeul étoit mis à la porte.
Par le même.
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4218
p. 50-51
VERS de M. C***, sur le portrait de sa femme peint par M. P. de S. A**.
Début :
DANS ce Portrait que d'objets séduisans ! [...]
Mots clefs :
Portrait, Femme, Trait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS de M. C***, sur le portrait de sa femme peint par M. P. de S. A**.
VERs de M. C ***, ſur le portrait
· de ſa femme peint par M. P. de S.A**.
- D A N s ce Portrait que d'objets ſéduiſans !
Que l'Art y rend bien la Nature !
L'Amour y trouve ſa figure,
Et les Grâces leurs agrémens ;
Junon, ſon maintien, ſa nobleſſe ;
Pallas, ſes talens, ſa ſageſſe;
Apºlloa , ſºn eſprit, ſon goût ;
-
'J U I N. 1764. 5 1
: Et moi, ſans craindre l'Epigramme,
Je ſoutiens qu'il réunit tout :
Cat j'y vois trait pour trait ma femme.
· de ſa femme peint par M. P. de S.A**.
- D A N s ce Portrait que d'objets ſéduiſans !
Que l'Art y rend bien la Nature !
L'Amour y trouve ſa figure,
Et les Grâces leurs agrémens ;
Junon, ſon maintien, ſa nobleſſe ;
Pallas, ſes talens, ſa ſageſſe;
Apºlloa , ſºn eſprit, ſon goût ;
-
'J U I N. 1764. 5 1
: Et moi, ſans craindre l'Epigramme,
Je ſoutiens qu'il réunit tout :
Cat j'y vois trait pour trait ma femme.
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4219
p. 57-61
DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
Début :
NÉRON. J'ATTENDOIS avec impatience un homme tel que vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
DIALOGUE DES MORTS.
NÉRON, LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
L O U I s XI.
Qui êtes-vous ?
N É R o N.
A cet air auſſi ſombre que bruſque ,
on voit que vous regrettez la vie. Mais
ces regrets s'affoibliront inſenſiblement.
On s'accoutume à tout.
•
L O U I s XI.
Jamais au mal-être.. .. mais encore
une fois, qui êtes-vous ?
N É R O N.
Néron vous ſeroit-il inconnu ?
L o U I s X I. .
Quoi !vous ſeriez ce Prince ſi renom
mé par ſes cruautés ? L'aſſaſſin de ſa
mère , de ſon frere, de # Gouver
-
-
V
-
53 MERCURE DE FRANCE.
neur, le tyran de l'univers ? Ah !je vous
quitte avec horreur.
N É R O N.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon
tairement dans ces lieux , vous y ont
aſſez fait connoître; ſur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me ſuis défait de
mon frère; le repos des peuples, le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britan
nicus n'étoit que mon fière adoptif
Mais que pouviez-vous reprocher au
Duc de Berri, à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir ſacrifié ma
mère; mais c'eſt à ma ſureté perſon
nelle : l'Univers l'a très-bien connue,
& ſait aſſez de quoi elle étoit capable.
Seneque, mon Gouverneur, étoit l'âme
d'une conſpiration qui devoit me préci
piter du trône pour l'y placer. Mais
vous-même , dites-moi, ſi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
L O U I s X I.
.
Et lorſqu'il met lui-même le feu à ſa
Capitale, afin de repaître ſes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
· N É R o N.
-
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut-être avec rai
ſon , mais on n'a jamais dit que je fuſſe
.
-
J U I N. 1764.
5 9
un inſenſé. On a rendu juſtice à mes
talens, à mes lumières, à mes connoiſ
ſances. Eh ! quel Prince eſt aſſez ſtupide
pour ne pas ſentir que les richeſſes de
ſes Sujets établiſſent & cimentent ſa
puiſſance, & que leur ruine entraîne
roit la ſienne ? Mais les hommes ſont
malins, légers & foibles : en général ils
réfléchiſſent peu ; ils adoptent mille chi
mères ſans vraiſemblance , & qui ne
ſubſiſferoient qu'un inſtant, s'ils ſe don
noient la peine de les approfondir. Quel
qu'un a très-bien dit , qu'il n'eſt rien
que la malignité ne ſoit capable d'inven
ter, ni que la foibleſſe ne puiſſe croire.
•
L O U I S X I.
Vous êtes éloquent, je le ſais ; mais
vous ne vous laverez jamais des repro
ches qu'on vous a faits.
N É R o N.
Et comment juſtifierez-vous votre .
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eſt
ce la reconnoiſſance qui vous porta à
ſouffler le feu de la guerre civile dans
fes Etats ?La diſſimulation la plus baſſe,
les manœuvres les plus noires , vous
mîtes tout en œuvre pour le perdre, &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuſſi. Parlerai-je de la "# de votre
º Vj
•
-
6o MERCURE DE FRANCE.
père , le reſtaurateur de la France,
Prince qui eût été le modèle des Rois,
ſi l'éclat de ſes grandes qualités n'eût été
un peu terni par les foibleſſes de l'huma
nité ? Je ſais que vous pouviez n'être
point coupable ; mais quelle tache pour
votre gloire, que ce Prince vous ait aſſez
connu pour vous croire capable d'avoir
oſé l'être ?
-
L O U I S XI.
Je vois que vous poſſédez mon hiſ
toire. Mais ſi je détaillois la vôtre ;
· quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
| furent portés juſqu'au point que le Sénat
laſſé de tant d'horreurs, réſolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baſſeſſe en apprites-vous la mou
velle ! avec quelle lâcheté terminâtes
vous une vie ſouillée de tant de crimes !
· N É R o N.
Mourutes-vous plus glorieuſement ?
'Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
· conſervation deſquels il s'intéreſſoit ſi
peu ? Combien de ſacrifices tant pu
blics que ſecrets , combien de ſu
perſtitions miſes en pratique dans l'eſ
poir de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'enviſa
ger ? Les petites âmes ſont toujours ſu
perſtitieuſes.
J U I N. 1764.
L O U I S X I.
61
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait reſpecter l'au
torité royale ; que j'ai délivré mes Peu
ples d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus .
grand Politique de mon ſiécle. Ce ſont
des faits qu'on ne peut conteſter.
N É R o N.
Convenez donc auſſi que j'ai été li
béral , magnifique, que j'ai aimé &
protégé les Arts; que les premières an
nées de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiſſe leur faire, en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui ,
pendant que la patrie eſt en deuil, ſu
cent tranquillement le ſang des miſé
rables.
A la bonne heure.
N É R o N.
Eh bien, ſoyons amis.
-
· L o U I s XI.
Par M. de MONTAGNAC, ancien Capitaine
au Régiment de Bresse.
NÉRON, LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
L O U I s XI.
Qui êtes-vous ?
N É R o N.
A cet air auſſi ſombre que bruſque ,
on voit que vous regrettez la vie. Mais
ces regrets s'affoibliront inſenſiblement.
On s'accoutume à tout.
•
L O U I s XI.
Jamais au mal-être.. .. mais encore
une fois, qui êtes-vous ?
N É R O N.
Néron vous ſeroit-il inconnu ?
L o U I s X I. .
Quoi !vous ſeriez ce Prince ſi renom
mé par ſes cruautés ? L'aſſaſſin de ſa
mère , de ſon frere, de # Gouver
-
-
V
-
53 MERCURE DE FRANCE.
neur, le tyran de l'univers ? Ah !je vous
quitte avec horreur.
N É R O N.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon
tairement dans ces lieux , vous y ont
aſſez fait connoître; ſur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me ſuis défait de
mon frère; le repos des peuples, le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britan
nicus n'étoit que mon fière adoptif
Mais que pouviez-vous reprocher au
Duc de Berri, à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir ſacrifié ma
mère; mais c'eſt à ma ſureté perſon
nelle : l'Univers l'a très-bien connue,
& ſait aſſez de quoi elle étoit capable.
Seneque, mon Gouverneur, étoit l'âme
d'une conſpiration qui devoit me préci
piter du trône pour l'y placer. Mais
vous-même , dites-moi, ſi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
L O U I s X I.
.
Et lorſqu'il met lui-même le feu à ſa
Capitale, afin de repaître ſes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
· N É R o N.
-
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut-être avec rai
ſon , mais on n'a jamais dit que je fuſſe
.
-
J U I N. 1764.
5 9
un inſenſé. On a rendu juſtice à mes
talens, à mes lumières, à mes connoiſ
ſances. Eh ! quel Prince eſt aſſez ſtupide
pour ne pas ſentir que les richeſſes de
ſes Sujets établiſſent & cimentent ſa
puiſſance, & que leur ruine entraîne
roit la ſienne ? Mais les hommes ſont
malins, légers & foibles : en général ils
réfléchiſſent peu ; ils adoptent mille chi
mères ſans vraiſemblance , & qui ne
ſubſiſferoient qu'un inſtant, s'ils ſe don
noient la peine de les approfondir. Quel
qu'un a très-bien dit , qu'il n'eſt rien
que la malignité ne ſoit capable d'inven
ter, ni que la foibleſſe ne puiſſe croire.
•
L O U I S X I.
Vous êtes éloquent, je le ſais ; mais
vous ne vous laverez jamais des repro
ches qu'on vous a faits.
N É R o N.
Et comment juſtifierez-vous votre .
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eſt
ce la reconnoiſſance qui vous porta à
ſouffler le feu de la guerre civile dans
fes Etats ?La diſſimulation la plus baſſe,
les manœuvres les plus noires , vous
mîtes tout en œuvre pour le perdre, &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuſſi. Parlerai-je de la "# de votre
º Vj
•
-
6o MERCURE DE FRANCE.
père , le reſtaurateur de la France,
Prince qui eût été le modèle des Rois,
ſi l'éclat de ſes grandes qualités n'eût été
un peu terni par les foibleſſes de l'huma
nité ? Je ſais que vous pouviez n'être
point coupable ; mais quelle tache pour
votre gloire, que ce Prince vous ait aſſez
connu pour vous croire capable d'avoir
oſé l'être ?
-
L O U I S XI.
Je vois que vous poſſédez mon hiſ
toire. Mais ſi je détaillois la vôtre ;
· quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
| furent portés juſqu'au point que le Sénat
laſſé de tant d'horreurs, réſolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baſſeſſe en apprites-vous la mou
velle ! avec quelle lâcheté terminâtes
vous une vie ſouillée de tant de crimes !
· N É R o N.
Mourutes-vous plus glorieuſement ?
'Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
· conſervation deſquels il s'intéreſſoit ſi
peu ? Combien de ſacrifices tant pu
blics que ſecrets , combien de ſu
perſtitions miſes en pratique dans l'eſ
poir de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'enviſa
ger ? Les petites âmes ſont toujours ſu
perſtitieuſes.
J U I N. 1764.
L O U I S X I.
61
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait reſpecter l'au
torité royale ; que j'ai délivré mes Peu
ples d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus .
grand Politique de mon ſiécle. Ce ſont
des faits qu'on ne peut conteſter.
N É R o N.
Convenez donc auſſi que j'ai été li
béral , magnifique, que j'ai aimé &
protégé les Arts; que les premières an
nées de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiſſe leur faire, en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui ,
pendant que la patrie eſt en deuil, ſu
cent tranquillement le ſang des miſé
rables.
A la bonne heure.
N É R o N.
Eh bien, ſoyons amis.
-
· L o U I s XI.
Par M. de MONTAGNAC, ancien Capitaine
au Régiment de Bresse.
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4220
p. 67-68
AUTRE.
Début :
PRESQUE toujours fêtée, & souvent ridîcule, [...]
Mots clefs :
Singularité
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R E.
Passous toujours fêtée, & ſouvent ridîcule,
De toutes parts, Lecteur , aujourd'hui je pullules
Il faut pourtant que j'en faſſe l'aveu :
Mes onze pieds forment un vilain jeu,
Et rendent l'argent inutile ;
Je fais naître les Arts ;j'enfante leur aſyle ;
Je donne à jaſer ſur Iris ;
Je régis Alger & Tunis ;
Je deviens une grave injure ;
Chez moi tu verras l'Art avilir la Nature;
J'agite l'air, & nuis au grain ;
Je fais languir, & je rends ſain ;
J'ai tenu ſerrail en Aſie ;
Je fais taire l'injuſte envie ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Enfin , Lecteur, je puis à peu de frais
Rendre vigilans tes valets,
Je n'en dirai pas davantage :
Plus d'un Lecteur déjà peut-être enrage
Contre ma ſingularité ;
Mais au lieu de perdre courage ,
S'il peut me débrouiller, je gage
Qu'il en tirera vanité.
Par M. DesMaRais pv caausow , en
Limouſin , le 27 Avril 1764.
Passous toujours fêtée, & ſouvent ridîcule,
De toutes parts, Lecteur , aujourd'hui je pullules
Il faut pourtant que j'en faſſe l'aveu :
Mes onze pieds forment un vilain jeu,
Et rendent l'argent inutile ;
Je fais naître les Arts ;j'enfante leur aſyle ;
Je donne à jaſer ſur Iris ;
Je régis Alger & Tunis ;
Je deviens une grave injure ;
Chez moi tu verras l'Art avilir la Nature;
J'agite l'air, & nuis au grain ;
Je fais languir, & je rends ſain ;
J'ai tenu ſerrail en Aſie ;
Je fais taire l'injuſte envie ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Enfin , Lecteur, je puis à peu de frais
Rendre vigilans tes valets,
Je n'en dirai pas davantage :
Plus d'un Lecteur déjà peut-être enrage
Contre ma ſingularité ;
Mais au lieu de perdre courage ,
S'il peut me débrouiller, je gage
Qu'il en tirera vanité.
Par M. DesMaRais pv caausow , en
Limouſin , le 27 Avril 1764.
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4221
p. 69-80
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX, de l'Académie Françoise.
Début :
VOUS m'avez demandé, Monsieur, quelques détails sur la vie de M. de Marivaux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX, de l'Académie Françoise.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX,
de l'Académie Françoise.
VOUS m'avez demandé, Monsieur,
quelques détails sur la vie de M. de Marivaux,
votre ami : je vous les envoie
un peu tard , mes occupations ne
m'ayant pas permis de ſatisfaire plutôt à
votre demande.
· Pierre Carlet de Marivaux nâquit à
Paris ſur la Paroiſſe de S. Gervais , en
1688, & non en Auvergne, comme on
le trouve écrit en pluſieurs endroits. Son
père, qui avoit été Directeur de la Mon
noie a Riom, étoit d'une famille an
cienne dans le Parlement de Norman
die : il ne négligea rien pour l'éducation
de ſon fils, qui annonça de bonne heure,
par des progrès rapides dans ſes pre
mières études, cette fineſſe d'eſprit qui
7o MERCURE DE FRANCE.
' caractériſe ſes ouvrages. Un des pre
miers qui ſoient ſortis de ſa plume, ſont
les Folies Romaneſques , en deux vo
lumes, qui ſe reſſentent de la jeuneſſe de
ſon Auteur. C'eſt une imitation du Ro
man de Dom Quichotte. M. de Marivaux
l'a retouché depuis; & ce Roman fait
partie de la derniere édition de ſes Œu
vres, ſous le titre de Dom Quichotte
moderne. Pharſamon en eſt le héros.
Plein des idées extravagantes qu'il a
puiſées dans les Romans de Chevalerie ,
il ſe fait accompagner par ſon valet,
qui, ſous le nom de Cliton, & en qua
lité d'Ecuyer, participe à ſes aventures.
Il leur en arrive d'aſſez plaiſantes en gé
néral ; & cet Ouvrage reſpire la gaîté.
A peine ſorti du College, M. de Ma
rivaux s'étoit aviſé de dire qu'une Co
médie n'étoit pas une choſe difficile.
Pour le prouver, il compoſà le Pere
prudent, petit Drame en un Acte , &
fit voir en effet qu'une mauvaiſe Pièce
eſt une choſe aiſée pour un homme
d'eſprit. Il s'eſſaya enſuite dans le tra
gique, & donna en 172G la Mort d'An
nibal. Le peu de ſuccès qu'eut d'abord
cette Tragédie, quoiqu'eſtimable à bien -
des égards, le détermina pour toujours
à abandonner ce genre & ce ſtyle ; &
-
M A I N. 1754.
71
ce parti ſage, en le rendant à ſon génie
· naturel, lui ouvrit une carrière bril
lante, pour laquelle il étoit beaucoup
plus propre. Vous ſçavez, Monſieur,
avec quel applaudiſſement il a travaillé
pendant plus de trente années pour deux
de nos Théâtres. Il a ſoutenu ſeul, &
long-temps, la fortune des Italiens, qui,
ſans ce ſecours, & faute de ſpectateurs,
étoient prèſque contraints d'abandonner
leur Spectacle. Il leur a donné vingt-une
Pièces, dont la plupart reſtées au théâ
tre , ſe jouent toujours avec ſuccès :
elles forment un Recueil en cinq volu
mes qui , avec les neuf Pièces qu'il a
données aux François , compoſent en
femble les ſept volumes de ſon Théâ
tre. Celles qui reparoiſſent le plus ſou
vent à la Comédie Françoiſe , ſont la
Surpriſe de l'Amour, le Legs & le Pré
jugé vaincu ; & aux It liens, la Mère
confidente , le Jeu de l'Amour & du
Hazard , l heureux Stratagême , Arle
quin poli par l'Amour, la double In
conſtance, la fauſſe Suivante , l'Ecole
des Mères, les fauſſes Confidences, l'Iſle
des Eſclaves , &c.
· Permettez-moi, Monſieur, de rappel
ler ici ce que j'ai dit ailleurs " ſur le gé
-* Dans l'Obſervateur Littéraire.
72 MERCURE DE FRANCE.
nie de M. de Marivaux dans le genre
dramatique. Voyant que ſes prédéceſ
ſeurs avoient épuiſé tous les ſujets des
Comédies de caractères, il s'eſt livré à la
compoſition des Pièces d'intrigue ; &
dans cette
carrière ne voulant avoir
d'autre modèle que lui-même ,
il s'eſt
frayé une route nouvelle : il a imaginé
d'introduire la Métaphyſique ſur la Scè
ne, & d'analyſer le cœur humain dans
des diſſertations tendrement épigram
matiques.Auſſi le canevas de la plupart
de ſes Comédies n'eſt-il ordinairement
qu'une petite toile fort légère , dont
l'ingénieuſe broderie exprime ce que
les replis du cœur ont de plus ſecret,
ce que les rafinemens de l'eſprit ont de
lus délicat. Ne croyez cependant pas
ue cette ſubtilité comique ſoit le ſeul
caractère diſtinctif de ſon Théâtre : ce
ui y regne principalement, eſt un fond
de philoſophie, dont les idées dévelop
ées avec fineſſe , filées avec art, &
adroitement accommodées à la ſcène,
ont preſque toujours un but utile &
moral. Je voudrois rendre les hommes
plus juſtes & plus humains , diſoit-il ;
& je n'ai que cet objet en vue. Il criti
uoit comme Démocrite, en Philoſophe
qui ſçait excuſer les défauts qu'il reprend
ſans
J U I N. 1764:
73
ſans aigreur, & avec autant de prudence
· & de circonſpection , que de fineſſe &
- d'aménité.
.
-
Doué d'un eſprit ſubtil & réfléchi,
· M. de Marivaux tint encore un rang
diſtingué parmi nos moraliſtes Obſer
vateurs. Son Spectateur François lui a
merité en Angleterre l'honneur d'être
comparé à Labruyere. Son plan embraſ
ſe toute ſorte d'objets , Morale , Reli
gion, Politique, Science, Beaux-Arts,
Commerce , &c; & ſur toutes ces ma
tières on retrouve toujours un Philoſo
phe agréable , qui connoît le monde ,
& ſçait donner à la vertu
cet air
d'agrément qui la fait aimer , & au
vice, les couleurs qui effarouchent la
| Vertu.
La même choſe ſe fait encore remar
· quer dans la Vie de Mariane & dans
· le Payſan parvenu, deux Romans de
· M. de Marivaux, où brillent la viva
cité & la fécondité de ſon imagination :
c'eſt toujours le même goût pour la mo
rale ; beaucoup d'eſprit , beaucoup de
ſentiment, beaucoup de rafinement dans
l'un & dans l'autre : mais toujours des
réfléxions utiles & délicates , & des
peintures aimables de la vertu.
"
.
• Dans la nouvelle édition des QEuvres
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Marivaux , fai.e chez Ducheſ
ne, rue S. Jacques , on a inſéré ſon
Homere traveſti , Poëme burleſque ,
dont le but eſt de ridiculiſer les Héros
de l'Iliade.J'aurois dû vous parler plu
tôt de cette plaiſanterie, parce que ce
fut un de ſes premiers ouvrages. L'Au
teur y fait voir avec eſprit, combien il
eſt facile de donner une face riſible aux
choſes les plus grandes & les plus ſé
rieuſes.
Tous les Ecrits de M. de Marivaux
n'ont pas eu un égal ſuccès ; mais on ne
peut lui refuſer le mérite d'avoir aſſu
j tti par-tout l'imagination aux prin
cipes de la ſageſſe, le bel eſprit à la dé
-cence , & de n'avoir été prodigue de
' l'un & de l'autre , qu'au profit des bon
nes mœurs. On conviendra auſſi que
peu d'Auteurs ont traité leurs Sujets avec
autant de fécondité & de grâces; qu'il y en
| a | eu dont la Philoſophie ait tant fourni
de reſſources à l'imagination,tant de pen
· ſées & de ſaillies à l'eſprit. Quant à ſon
ſtyle, je ne doute pas que vous n'adop
tiez l'idée qu'il s en étoit formée lui
même : il étoit analogue a ſa manière
de voir & de ſentir. » Ce ſtyle particu
» lier , & le ſeul qui corvenoit à la
» •l oſe » l'a fait regarder comme un
-
J U I N. 1764.
75
» Auteur ſingulier dans ſes expreſſions :
» on n'a pas ſçu ſentir d'abord que la
» fineſſe de ſes penſées ne pouvoit être
» rendue autrement. On a mis ſur le
» compte du ſtyle ce qui appartenoit à
» ſa pénétration ; & j'oſe dire qu'alors
» on le condamna ſans l'entendre. De
» puis long temps les perſonnes judi
» cieuſes § revenues à la vérité ; &
» on lui ſait gré d'avoir pû aſſujettir ſon
» ſtyle au genre des matières qu'il trai
» toit. Il # chez la poſtérité un Au
» teur ſingulier, qu'on lira avec plaiſir
» & uti'ité, mais qu'il ſeroit dangereux
• de vouloir prendre pour modèle.
M. de Marivaux s'eſt peint dans ſes
Ouvrages.Vous, Monſieur , qui l'avez
connu particuliérement , vous ſçavez
qu'il étoit avec lui-même, & dans le
commerce de la vie, ce qu'il paroiſſoit
dans ſes Ecrits. Avec un caractère tran
quille, quoique ſenſible, il poſſédoit en
core toutes les qualités qu'exigent la ſo
ciété, & qui la rendent ſûre & agréable.
A une probité exacte, à un nob'e déſin
téreſſement , il réuniſſoit une candeur
aimable, une âme bienfaiſante , - une
modeſtie ſans a1d & ſans prétention ,
une aff.bilité pleine de ſentiment, &
1'attention la plus ſcrupuleuſe à évit.x
D ij
· 76 MERCURE DE FRANCE.
tout ce qui pouvoit offenſer ou dé
plaire.
Son reſpect pour nos myſtères étoit
auſſi ſincère que ſon amour pour la
vertu & pour la paix. Il ſavoit, il ai
moit, il pratiquoit la Religion : toute
Philoſophie contraire à ſes principes &
à ſes dogmes lui paroiſſoit frivole & in
conſéquente; & ſon zèle s'anima plus
d'une fois contre les railleries & les
vains raiſonnemens des eſprits forts.
Mais ſa religion ne ſe bornoit pas à ce
zèle : c'étoit dans la pratique des bonnes
ceuvres qu'il la faiſoit conſiſter, & ſpé
cialement dans une ſenſibilité effective
pour les pauvres & les malheureux.
Simple , attentif, eſſentiel dans le
commerce de l'amitié, M. de Marivaux
y portoit également la délicateſſe & la
ſincérité. Lorſque ſes amis, ſur-tout les
gens de Lettres, le conſultoient, toute
autre conſidération cédoit alors au deſir
de leur être utile :
il ſavoit allier la dou
ceur de l'infinuation avec l'expreſſion
de la vérité.
-
Au reſte , M. de Marivaux décidoit
peu :
il conſultoit au contraire beau
coup, & n'aimoit point à conteſter ni à
prouver qu'il avoit raiſon. Jamais il ne
répondit à la critique, ſe contentant d'en
• -
-
J U I N. 1764.
77
profiter ſi elle étoit juſte , l'abandonnant
† du Public , ſi elle ne l'étoit
pas, J'aime mon repos, diſoit-il un jour
à Madame de Tencin; & je ne veux point
troubler celui des autres.
C'eſt par l'heureux aſſemblage de ces
qualités chrétiennes & ſociales avec
les talens de l'eſprit les plus brillans ,
que M. de Marivaux s'acquit l'eſtime &
la conſidération d'un grand Prince , &
qu'il ſe fit un grand nombre d'amis dans
un monde choiſi, particuliérement dans
l'Académie Françoiſe , où il fut reçu
d'une voix unanime au mois de Février
1743 Feu M. le Duc d'Orléans , en
tr'autres témoignages de la bienveillance
dont il l'honoroit , dota ſa fille à l'Ab
baye du Tréſor, & fournit à tous les
frais de ſa Profeſſion religieuſe. M. de
Marivaux avoit eu cette fille unique de
ſon mariage en 1721 avec Mlle Martin,
d'une bonne famille de Sens, & d'un
mérite diſtingué, qu'il eut le chagrin de
perdre en 1723, & qu'il a regrettée toute
ſa vie.
Rien peut-être ne prouve mieux la
ſolidité de la philoſophie de notre illuſtre
Académicien , que ſon indifférence
pour les richeſſes & les diſtinctions. II
ne ſollicita jamais les faveurs des Grands :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
jamais il n'imagina que ſes talens duſſent
les lui mériter. Mais s'il crut devoir né
gliger la fortune, & ne faire aucune dé
marche vers elle, il ne refuſa point ſes
dons lorſqu'elle les lui fit offrit par l'eſ
time & l'amitié, ou par les protecteurs
déſintéreſſés des arts & des talens. Sa
reconnoiſſance eût voulu ne laiſſer igno
rer à perſonne, ni les attentions géné
reuſes que lui prodiguoit Madame de
Tencin, ſi célebre elle-même par les
charmes de ſon eſprit, ni celles de Mlle
de Saint Jean , qui, en acceptant le
titre de ſà Légataire univerſelle, a con
tinué ſi noblement d'être ſa bienfai
trice, même après ſa mort.Je crois, en
publiant les bienfaits & les noms de ſes
illuſtres amies, ajouter à ſa gloire, faire
leur éloge & celui de l'amitié. M. de Ma
rivaux jouiſſoit d'ailleurs d'une penſion
ſur la caſſette du Roi, & d'une autre
plus conſidérable que lui faiſoit payer,
ſans que peut-être il le ſçût lui-même ,
une Dame de la Cour , que les Lettres,
les Arts & les Sciences ont reconnue
long temps pour leur amie généreuſe &
leur protectrice éclairée.
- .
Avec ces reſſources, M. de Marivaux
ſe ſeroit fait une ſituation auſſi aiſée que
commode , s'il eût été moins ſenſible
-
J U I N. 1764:
· 79
aux malheurs d'autrui & moins libéral.
Il étoit né avec ces heureux penchans,
que ſes infortunes perſonnelles avoient
d'ailleurs nourris & fortifiés dans ſon
cœur; & ſon premier plaiſir fut toujours
celui de les ſatisfaire. On ſait que , mal
gré la modi ité de ſa fortune, il faiſoit ,
beaucoup de dons ſecrets , & que ſa
charité , toujours bienfaiſante, ne ſe
rébutoit pas même d'obliger & de ſe
courir des ingrats. On l'a vu plus d'une
fois ſacrifier juſqu'à ſon néceſſaire pour
rendre la liberté, & même la vie, à des
Particuliers qu'il connoiſſoit à peine,
mais qui étoient ou pourſuivis par des
créanciers impitoyables , ou réduits au
déſeſpoir. Il ſuffiſoit d'être dans l'in
digence ou dans l'adverſité, pour avoir
un droit aſſuré ſur ſes généroſités; & ſi
la reconnoiſſance les publioit, il n'en
convenoit qu'avec peine.
Il avoit la
même attention à recommander le ſe
cret à ceux qu'il obligeoit , qu'à cacher
à ſes plus intimes amis ſes chagrins do
meſtiques & ſes propres beſoins.
- Des vertus ſi ſolides & ſi effectives
préparoient d'elles-mêmes M. de Mari
vaux à ſon dernier moment. Ses infir- .
mités le lui firent enviſager ; & il le vit
•t avec toute la tranquillité d'un
D iv
8O MERCURE DE FRANCE.
Philoſophe chrétien, qui ne regarde la .
mort que comme un don de la Provi
dence , & l'heureux moyen d'échanger
le néant de la gloire & des proſpérités de
ce monde avec la jouiſſance ineffable
du bonheur de l'autre vie. Il mourut !
dans ces ſentimens le 11 Février 1763 ,
âgé de 75 ans.
Je ſuis , &c.
-
L'Abbé D. L. P.
Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX,
de l'Académie Françoise.
VOUS m'avez demandé, Monsieur,
quelques détails sur la vie de M. de Marivaux,
votre ami : je vous les envoie
un peu tard , mes occupations ne
m'ayant pas permis de ſatisfaire plutôt à
votre demande.
· Pierre Carlet de Marivaux nâquit à
Paris ſur la Paroiſſe de S. Gervais , en
1688, & non en Auvergne, comme on
le trouve écrit en pluſieurs endroits. Son
père, qui avoit été Directeur de la Mon
noie a Riom, étoit d'une famille an
cienne dans le Parlement de Norman
die : il ne négligea rien pour l'éducation
de ſon fils, qui annonça de bonne heure,
par des progrès rapides dans ſes pre
mières études, cette fineſſe d'eſprit qui
7o MERCURE DE FRANCE.
' caractériſe ſes ouvrages. Un des pre
miers qui ſoient ſortis de ſa plume, ſont
les Folies Romaneſques , en deux vo
lumes, qui ſe reſſentent de la jeuneſſe de
ſon Auteur. C'eſt une imitation du Ro
man de Dom Quichotte. M. de Marivaux
l'a retouché depuis; & ce Roman fait
partie de la derniere édition de ſes Œu
vres, ſous le titre de Dom Quichotte
moderne. Pharſamon en eſt le héros.
Plein des idées extravagantes qu'il a
puiſées dans les Romans de Chevalerie ,
il ſe fait accompagner par ſon valet,
qui, ſous le nom de Cliton, & en qua
lité d'Ecuyer, participe à ſes aventures.
Il leur en arrive d'aſſez plaiſantes en gé
néral ; & cet Ouvrage reſpire la gaîté.
A peine ſorti du College, M. de Ma
rivaux s'étoit aviſé de dire qu'une Co
médie n'étoit pas une choſe difficile.
Pour le prouver, il compoſà le Pere
prudent, petit Drame en un Acte , &
fit voir en effet qu'une mauvaiſe Pièce
eſt une choſe aiſée pour un homme
d'eſprit. Il s'eſſaya enſuite dans le tra
gique, & donna en 172G la Mort d'An
nibal. Le peu de ſuccès qu'eut d'abord
cette Tragédie, quoiqu'eſtimable à bien -
des égards, le détermina pour toujours
à abandonner ce genre & ce ſtyle ; &
-
M A I N. 1754.
71
ce parti ſage, en le rendant à ſon génie
· naturel, lui ouvrit une carrière bril
lante, pour laquelle il étoit beaucoup
plus propre. Vous ſçavez, Monſieur,
avec quel applaudiſſement il a travaillé
pendant plus de trente années pour deux
de nos Théâtres. Il a ſoutenu ſeul, &
long-temps, la fortune des Italiens, qui,
ſans ce ſecours, & faute de ſpectateurs,
étoient prèſque contraints d'abandonner
leur Spectacle. Il leur a donné vingt-une
Pièces, dont la plupart reſtées au théâ
tre , ſe jouent toujours avec ſuccès :
elles forment un Recueil en cinq volu
mes qui , avec les neuf Pièces qu'il a
données aux François , compoſent en
femble les ſept volumes de ſon Théâ
tre. Celles qui reparoiſſent le plus ſou
vent à la Comédie Françoiſe , ſont la
Surpriſe de l'Amour, le Legs & le Pré
jugé vaincu ; & aux It liens, la Mère
confidente , le Jeu de l'Amour & du
Hazard , l heureux Stratagême , Arle
quin poli par l'Amour, la double In
conſtance, la fauſſe Suivante , l'Ecole
des Mères, les fauſſes Confidences, l'Iſle
des Eſclaves , &c.
· Permettez-moi, Monſieur, de rappel
ler ici ce que j'ai dit ailleurs " ſur le gé
-* Dans l'Obſervateur Littéraire.
72 MERCURE DE FRANCE.
nie de M. de Marivaux dans le genre
dramatique. Voyant que ſes prédéceſ
ſeurs avoient épuiſé tous les ſujets des
Comédies de caractères, il s'eſt livré à la
compoſition des Pièces d'intrigue ; &
dans cette
carrière ne voulant avoir
d'autre modèle que lui-même ,
il s'eſt
frayé une route nouvelle : il a imaginé
d'introduire la Métaphyſique ſur la Scè
ne, & d'analyſer le cœur humain dans
des diſſertations tendrement épigram
matiques.Auſſi le canevas de la plupart
de ſes Comédies n'eſt-il ordinairement
qu'une petite toile fort légère , dont
l'ingénieuſe broderie exprime ce que
les replis du cœur ont de plus ſecret,
ce que les rafinemens de l'eſprit ont de
lus délicat. Ne croyez cependant pas
ue cette ſubtilité comique ſoit le ſeul
caractère diſtinctif de ſon Théâtre : ce
ui y regne principalement, eſt un fond
de philoſophie, dont les idées dévelop
ées avec fineſſe , filées avec art, &
adroitement accommodées à la ſcène,
ont preſque toujours un but utile &
moral. Je voudrois rendre les hommes
plus juſtes & plus humains , diſoit-il ;
& je n'ai que cet objet en vue. Il criti
uoit comme Démocrite, en Philoſophe
qui ſçait excuſer les défauts qu'il reprend
ſans
J U I N. 1764:
73
ſans aigreur, & avec autant de prudence
· & de circonſpection , que de fineſſe &
- d'aménité.
.
-
Doué d'un eſprit ſubtil & réfléchi,
· M. de Marivaux tint encore un rang
diſtingué parmi nos moraliſtes Obſer
vateurs. Son Spectateur François lui a
merité en Angleterre l'honneur d'être
comparé à Labruyere. Son plan embraſ
ſe toute ſorte d'objets , Morale , Reli
gion, Politique, Science, Beaux-Arts,
Commerce , &c; & ſur toutes ces ma
tières on retrouve toujours un Philoſo
phe agréable , qui connoît le monde ,
& ſçait donner à la vertu
cet air
d'agrément qui la fait aimer , & au
vice, les couleurs qui effarouchent la
| Vertu.
La même choſe ſe fait encore remar
· quer dans la Vie de Mariane & dans
· le Payſan parvenu, deux Romans de
· M. de Marivaux, où brillent la viva
cité & la fécondité de ſon imagination :
c'eſt toujours le même goût pour la mo
rale ; beaucoup d'eſprit , beaucoup de
ſentiment, beaucoup de rafinement dans
l'un & dans l'autre : mais toujours des
réfléxions utiles & délicates , & des
peintures aimables de la vertu.
"
.
• Dans la nouvelle édition des QEuvres
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Marivaux , fai.e chez Ducheſ
ne, rue S. Jacques , on a inſéré ſon
Homere traveſti , Poëme burleſque ,
dont le but eſt de ridiculiſer les Héros
de l'Iliade.J'aurois dû vous parler plu
tôt de cette plaiſanterie, parce que ce
fut un de ſes premiers ouvrages. L'Au
teur y fait voir avec eſprit, combien il
eſt facile de donner une face riſible aux
choſes les plus grandes & les plus ſé
rieuſes.
Tous les Ecrits de M. de Marivaux
n'ont pas eu un égal ſuccès ; mais on ne
peut lui refuſer le mérite d'avoir aſſu
j tti par-tout l'imagination aux prin
cipes de la ſageſſe, le bel eſprit à la dé
-cence , & de n'avoir été prodigue de
' l'un & de l'autre , qu'au profit des bon
nes mœurs. On conviendra auſſi que
peu d'Auteurs ont traité leurs Sujets avec
autant de fécondité & de grâces; qu'il y en
| a | eu dont la Philoſophie ait tant fourni
de reſſources à l'imagination,tant de pen
· ſées & de ſaillies à l'eſprit. Quant à ſon
ſtyle, je ne doute pas que vous n'adop
tiez l'idée qu'il s en étoit formée lui
même : il étoit analogue a ſa manière
de voir & de ſentir. » Ce ſtyle particu
» lier , & le ſeul qui corvenoit à la
» •l oſe » l'a fait regarder comme un
-
J U I N. 1764.
75
» Auteur ſingulier dans ſes expreſſions :
» on n'a pas ſçu ſentir d'abord que la
» fineſſe de ſes penſées ne pouvoit être
» rendue autrement. On a mis ſur le
» compte du ſtyle ce qui appartenoit à
» ſa pénétration ; & j'oſe dire qu'alors
» on le condamna ſans l'entendre. De
» puis long temps les perſonnes judi
» cieuſes § revenues à la vérité ; &
» on lui ſait gré d'avoir pû aſſujettir ſon
» ſtyle au genre des matières qu'il trai
» toit. Il # chez la poſtérité un Au
» teur ſingulier, qu'on lira avec plaiſir
» & uti'ité, mais qu'il ſeroit dangereux
• de vouloir prendre pour modèle.
M. de Marivaux s'eſt peint dans ſes
Ouvrages.Vous, Monſieur , qui l'avez
connu particuliérement , vous ſçavez
qu'il étoit avec lui-même, & dans le
commerce de la vie, ce qu'il paroiſſoit
dans ſes Ecrits. Avec un caractère tran
quille, quoique ſenſible, il poſſédoit en
core toutes les qualités qu'exigent la ſo
ciété, & qui la rendent ſûre & agréable.
A une probité exacte, à un nob'e déſin
téreſſement , il réuniſſoit une candeur
aimable, une âme bienfaiſante , - une
modeſtie ſans a1d & ſans prétention ,
une aff.bilité pleine de ſentiment, &
1'attention la plus ſcrupuleuſe à évit.x
D ij
· 76 MERCURE DE FRANCE.
tout ce qui pouvoit offenſer ou dé
plaire.
Son reſpect pour nos myſtères étoit
auſſi ſincère que ſon amour pour la
vertu & pour la paix. Il ſavoit, il ai
moit, il pratiquoit la Religion : toute
Philoſophie contraire à ſes principes &
à ſes dogmes lui paroiſſoit frivole & in
conſéquente; & ſon zèle s'anima plus
d'une fois contre les railleries & les
vains raiſonnemens des eſprits forts.
Mais ſa religion ne ſe bornoit pas à ce
zèle : c'étoit dans la pratique des bonnes
ceuvres qu'il la faiſoit conſiſter, & ſpé
cialement dans une ſenſibilité effective
pour les pauvres & les malheureux.
Simple , attentif, eſſentiel dans le
commerce de l'amitié, M. de Marivaux
y portoit également la délicateſſe & la
ſincérité. Lorſque ſes amis, ſur-tout les
gens de Lettres, le conſultoient, toute
autre conſidération cédoit alors au deſir
de leur être utile :
il ſavoit allier la dou
ceur de l'infinuation avec l'expreſſion
de la vérité.
-
Au reſte , M. de Marivaux décidoit
peu :
il conſultoit au contraire beau
coup, & n'aimoit point à conteſter ni à
prouver qu'il avoit raiſon. Jamais il ne
répondit à la critique, ſe contentant d'en
• -
-
J U I N. 1764.
77
profiter ſi elle étoit juſte , l'abandonnant
† du Public , ſi elle ne l'étoit
pas, J'aime mon repos, diſoit-il un jour
à Madame de Tencin; & je ne veux point
troubler celui des autres.
C'eſt par l'heureux aſſemblage de ces
qualités chrétiennes & ſociales avec
les talens de l'eſprit les plus brillans ,
que M. de Marivaux s'acquit l'eſtime &
la conſidération d'un grand Prince , &
qu'il ſe fit un grand nombre d'amis dans
un monde choiſi, particuliérement dans
l'Académie Françoiſe , où il fut reçu
d'une voix unanime au mois de Février
1743 Feu M. le Duc d'Orléans , en
tr'autres témoignages de la bienveillance
dont il l'honoroit , dota ſa fille à l'Ab
baye du Tréſor, & fournit à tous les
frais de ſa Profeſſion religieuſe. M. de
Marivaux avoit eu cette fille unique de
ſon mariage en 1721 avec Mlle Martin,
d'une bonne famille de Sens, & d'un
mérite diſtingué, qu'il eut le chagrin de
perdre en 1723, & qu'il a regrettée toute
ſa vie.
Rien peut-être ne prouve mieux la
ſolidité de la philoſophie de notre illuſtre
Académicien , que ſon indifférence
pour les richeſſes & les diſtinctions. II
ne ſollicita jamais les faveurs des Grands :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
jamais il n'imagina que ſes talens duſſent
les lui mériter. Mais s'il crut devoir né
gliger la fortune, & ne faire aucune dé
marche vers elle, il ne refuſa point ſes
dons lorſqu'elle les lui fit offrit par l'eſ
time & l'amitié, ou par les protecteurs
déſintéreſſés des arts & des talens. Sa
reconnoiſſance eût voulu ne laiſſer igno
rer à perſonne, ni les attentions géné
reuſes que lui prodiguoit Madame de
Tencin, ſi célebre elle-même par les
charmes de ſon eſprit, ni celles de Mlle
de Saint Jean , qui, en acceptant le
titre de ſà Légataire univerſelle, a con
tinué ſi noblement d'être ſa bienfai
trice, même après ſa mort.Je crois, en
publiant les bienfaits & les noms de ſes
illuſtres amies, ajouter à ſa gloire, faire
leur éloge & celui de l'amitié. M. de Ma
rivaux jouiſſoit d'ailleurs d'une penſion
ſur la caſſette du Roi, & d'une autre
plus conſidérable que lui faiſoit payer,
ſans que peut-être il le ſçût lui-même ,
une Dame de la Cour , que les Lettres,
les Arts & les Sciences ont reconnue
long temps pour leur amie généreuſe &
leur protectrice éclairée.
- .
Avec ces reſſources, M. de Marivaux
ſe ſeroit fait une ſituation auſſi aiſée que
commode , s'il eût été moins ſenſible
-
J U I N. 1764:
· 79
aux malheurs d'autrui & moins libéral.
Il étoit né avec ces heureux penchans,
que ſes infortunes perſonnelles avoient
d'ailleurs nourris & fortifiés dans ſon
cœur; & ſon premier plaiſir fut toujours
celui de les ſatisfaire. On ſait que , mal
gré la modi ité de ſa fortune, il faiſoit ,
beaucoup de dons ſecrets , & que ſa
charité , toujours bienfaiſante, ne ſe
rébutoit pas même d'obliger & de ſe
courir des ingrats. On l'a vu plus d'une
fois ſacrifier juſqu'à ſon néceſſaire pour
rendre la liberté, & même la vie, à des
Particuliers qu'il connoiſſoit à peine,
mais qui étoient ou pourſuivis par des
créanciers impitoyables , ou réduits au
déſeſpoir. Il ſuffiſoit d'être dans l'in
digence ou dans l'adverſité, pour avoir
un droit aſſuré ſur ſes généroſités; & ſi
la reconnoiſſance les publioit, il n'en
convenoit qu'avec peine.
Il avoit la
même attention à recommander le ſe
cret à ceux qu'il obligeoit , qu'à cacher
à ſes plus intimes amis ſes chagrins do
meſtiques & ſes propres beſoins.
- Des vertus ſi ſolides & ſi effectives
préparoient d'elles-mêmes M. de Mari
vaux à ſon dernier moment. Ses infir- .
mités le lui firent enviſager ; & il le vit
•t avec toute la tranquillité d'un
D iv
8O MERCURE DE FRANCE.
Philoſophe chrétien, qui ne regarde la .
mort que comme un don de la Provi
dence , & l'heureux moyen d'échanger
le néant de la gloire & des proſpérités de
ce monde avec la jouiſſance ineffable
du bonheur de l'autre vie. Il mourut !
dans ces ſentimens le 11 Février 1763 ,
âgé de 75 ans.
Je ſuis , &c.
-
L'Abbé D. L. P.
Fermer
4222
p. 109-119
SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
Début :
SOIT X l'angle constant que j'ai trouvé par les contacts extérieurs de Vénus [...]
Mots clefs :
Vénus, Différence, Parallaxe, Table, Edmond Halley, Journal, Lieu, Passage, Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, Observation, Sortie, Durée, Effet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
SUITE DU MÉMoIRE DE M.
- TRÉBvcHET.
Soir X l'angle conſtant que j'ai trou
Vé par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes, & pour les
contacts intérieurs de 51d 51'; ſoit Y la
différence des parallaxes de hauteur, &
Z l'angle variable marqué dans les co
lonnes du point de contact, on aura
9 — T fin. Z
l'effet de la parallaxe = # -
Pour réduire en tems cet effet de la
parallaxe, comme il eſt marqué dans
I IC MERCURE DE FRANCE.
les 5° & 1o° colonnes, j'ai employé le
logarithme conſtant 11811o additif, que
M. Delalande dans ſa Connoiſſance de
2763,p.2o3, dit avoir tiré desTables du
mouvement deVénus,&être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obſervation. L'effet de la parallaxe re
lative à Paris, n'étant autre choſe que la
ſomme ou la différence de ſa parallaxe
abſolue avec celle d'un lieu propoſé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit, par
exemple, que l'obſervation du premier
contact s'eſt faite à Paris, 1’ 11" plutôt
qu'à Madrid, & ſeulement 23" plutôt
qu'à Lyon, & 19" plus tard qu'à Green
wich, & ainſi des autres.
L'entrée n'ayant été obſervée qu'à
Stokolm, Pétersbourg, Tobolsk & Trin
quebar, j'ai écrit ce mot entrée dans la
ſeconde colonne vis - à - vis l'inſtant de
l'obſervation. Tous les autres tems doi
vent s'entendre de la ſortie. Ma Table
eſt conſtruite d'après celle du P. Hell,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte, à la réſerve de celles de
Lisbonne, de Naples, de l'iſle Rodri
gues, & de Trinquebar ſur la côte de
Coromandel, qui m'ont été communi
quées par M. Meſſier. Cet Aſtronome
J U I N. 1764. .. 1 1 1
infatigable, que les veilles les plus ſou
tenues dans l'obſervatoire de la Marine,
mettent en correſpondance avec tous les
Aſtronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paſſer ces quatre
cbſervations, qu'il me ſoit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai ſuppoſé la latitude ſeptentrionale ,
de Trinquebar de 11*; mais ſa longi
tude n'étant point exactement connue,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Pa
ris, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiſ
ſance des Tems , ni dans la Diſſertation
ſur Vénus. &
L'Obſervation de l'iſle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meſſier
par M. Pingré qui l'a faite, & qu'elle
eſt employée dans ma Table, différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le ſecond Mercure de
Juillet 1762, & dans la Connoiſſance
des Tems de 1764. Il y dit : que le con
tact intérieur, à la ſortie, y a été obſer
vé 34'44" après midi; il ſuppoſe la dif
férence des Méridiens de 4º 2', d'où il
conclut la parallaxe du ſoleil 9" , 55 ;
mais il fait obſerver que 2o" d'erreur
ſur la différence des Méridiens de Paris
1 12 MERCURE DE FRANCE.
& de l'iſle Rodrigues, font o", 7 de
différence ſur la parallaxe du ſoleil.
Or, M. Pingré marque le même con
tact à o" 36'49", avec la différence des
mêmes Méridiens de 4" 3'26" , ainſi ,
ſans parler de la différence de 2 5" qui
ſe trouve ici dans les inſtans du contact,
la ſeule différence de 1'26'º dans la lon
gitude de Rodrigues entre ces deux Aſ -
tronomes, laiſſe une incertitude de 3"
entières ſur les 9" 55 de la parallaxe con
clue par M. Delalande. -
Je ne fais cette remarque que pour
faire ſentir l'avantage de la méthode de
M. Halley, qui n'exige pas la connoiſ
ſance des longitudes, mais ſeulement
des pendules à ſecondes & des lunettes
ordinaires, comme de 15 à 18 pieds,
c'eſt-à-dire, d'égale longueur & d'égale
bonté, à la faveur deſquelles deux Ob
ſervateurs placés dans les lieux les plus
éloignés, puiſſent obſerver la durée to
tale du paſſage avec la plus grande diffé
| rence poſſible. Tel eſt l'avantage que
promet le paſſage de 1769 pour deux
Obſervateurs, dont l'un ſera à Mexico,
capitale du Mexique, & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paſſage ſera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
- J U I N. 1764. 1 13
· M. Halley avoit indiqué pour le paſ
ſage de 1761 , comme les lieux les plus
avantageuſement ſitués la baye d'Hud
ſon, & les rives du Gange, mais il eſt
aſſez ſurprenant que dans le précis qu'on
a fait de ſon ingénieux Mémoire, à la
page 1o3 du Journal Etranger de Mai
176 r , on lui ait fait dire préciſément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit : qu'à la bave d'Hudſon l'effet
de la parallaxe ſeroit de retarder la ſortie
de Vénus ; on lui fait dire, accélérer. Il
a dit : que la durée du paſſage entier y
devoit paroître plus longue, longiorem,
d'environ 6 que pour le centre de la
terre; on lui fait dire, qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit : que vers l'embouchure du
Gange la ſortie paroîtroit accélérée; on
lui fait dire, retardée.
Enfin, il a dit : que la durée du paſ
ſage y devoit être diminuée, contrahe
tur, d'environ 11' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire, pro
longée. A
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la ſuite que M. Halley s'étoit trom
pé; M. Ferguſon, Anglois, en ayant fait
la remarque à la page 99, on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar
\
114 MERCURE DE FRANCE.
que à la France, & en particulier à M.
Deliſle, qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences, & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai, mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Deliſle.
Content d'avoir fait la découverte., j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom; ſi
j'en euſſe parlé tout ſeul, on ne m'au
roit jamais cru, lui-même a été ſix jours
ſans me croire, & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois ſans être cru ; tant étoit
grand ſur tous les eſprits l'aſcendant du
Prince des Aſtronomes Anglois , M.
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
On dit à la page 1o5 du même Jour
nal Etranger, que ce ſavant Aſtronome
s'étoit mépris dans la poſition d'un an
gle, & que cette mépriſe cauſoit une
erreur conſidérable : il falloit dire dans
la poſition d'un cercle, & que cette mé
priſe ne cauſoit aucune erreur ſenſible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Sa
vans de Novembre 176o, & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance,qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
J U I N. 1764. 1 15
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
ſujet des calculs de M. Deliſle.
Il eſt donc bien certain que le mé
compte de M. Halley n'a d'autre fonde
ment que dans la latitude de 4' qu'il a
employée, au lieu de celle de 1o' qu'il
auroit dû employer; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus, qui n'étoit pas connu lorſ
qu'il travailloit à ſon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il fai
ſoit ſa Table pour mille ans des Con
jonctions Ecliptiques de Vénus. C'eſt ce
qui fait dire à l'Académicien, rédacteur
de l'Hiſtoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inſérer dans ſa Table des années où il
n'eſt pas ſûr qu'il doive arriver des paſ
ſages de Vénus, & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs ſur les nouveaux élé
777(277$.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eſt ſorti de deſſous la preſſe qu'à la fin
de l'année derniere, * j'avois penſé les
mêmes choſes au commencement de la
même année ; c'eſt ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eſt im
primée dans le Journal des Savans de
# 1762 .
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compoſé ſa Table, il y en a ſix
à rabattre, ſavoir quatre pour le paſſé,
& deux pour l'avenir, dans leſquelles il
eſt sûr qu'il n'y a point eu, & qu'il n'y
aura pas de paſſage de Vénns
En relevant quelques erreurs qui ſe
ſont gliſſées dans le Journal Etranger,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préſide à la rédaction de ce Journal ;
le ſoin qu'il prend de nous tranſmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui ſeroient perdues pour nous ſans ſon
Recueil, m'eſt garant de ſes ſentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs, ou, pour mieux dire, de
ces inadvertances; la célébrité & la rare
té du phénomène, pour me ſervir de ſes
expreſſions, pag. t ou , me fait penſer
qu'il ne me ſaura pas mauvais gré de les
avoir fait obſerver ; & il eſt trop au fait
de la matière pour ne pas les ſentir; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
aVOller.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horiſontales de 24"; je dois ajoûter que
j'ai ſuppoſé le demi-diamètre du ſoleil
J U I N. 1764. 117
de 15 47", celui de Vénus de 29", &
la plus proche diſtance des centres de 9!
27", par une eſpèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aſtronome Alle
mand que par ſa Diſſertation ; c'en eſt
aſſez pour me faire juger de ſes talens,
n'en ayant rien, je ne me flatte pas
d'avoir rempli ſes vues par la conſtruc
tion de ma Table ; heureux, ſi, en la
donnant au Public, j'ai ſçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aſtrono
mie, & mon reſpect pour un Savant ſi
digne d'orner la Liſte de tous ceux qui
répondent ſi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuſtre Protectrice S. M. la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine ſemble ne tenir le ſceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheu
reux, lui paroiſſent les plus dignes de
ſes bontés & de ſa protection, quand ils
ne ſont pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à ſon trône, ne ſauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens,
elle ne fait que les couronner en les
tranſplantant juſqu'aux extrémités de ſes
Etats.
--
1 18 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi que bien plus heureuſe
que Chriſtine de Suéde, cette Chriſ#ine
d'Autriche , ſans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des ſié
cles de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reſtes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Pro
vinces : déja l'on ſait que le Turban
veut arborer l'étendard de la cé
leſte Uranie, en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conſtanti
nople.* Puiſſe cetteVille d'ailleurs ſi flo
riſſante, & jadis la capitale du monde
Chrétien, redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y décou
vrir ! Puiſſent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu, ſeul Auteur de
tant de merveilles auſſi anciennes que le
Monde; & le Croiſſant, ce ſymbole de
l'inconſtance , s'y changer pour jamais
dans le ſigne ſacré du ſalut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1zs; ,
Page 9 f•
J U I N. 1764: 1 19
P. S. Les Obſervations du Satellité
de Vénus, dont j'ai parlé dans ce Mé
moire fait l'an paſſé, ont été confirmées
au mois de Mars dernier; ſavoir, les 3,4,
1o & 11 à Copenhague par Mº Roed
kier & Horrebow. (Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril). Et les 15, 28 &
29 du même mois de Mars, à Auxerre,
par M. de Montbaron , Conſeiller au
Bailliage (c'eſt ainſi qu'il faut lire, au
lieu de M. de Montbazon dans ma Let
tre ſur l'Eclipſe du premier Avril au
ſecond Mercure d'Avril.)
Au Mercure de Mai, pag. 134 lig. 3o
au lieu de m'en avoient, liſez m'avoient.
Fage 143 lig. 28 au lieu de au moins
iſez en moins.
Page I44 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire uſage, ajoutex, (dans la con
noiſſance des temps 1761.)
- TRÉBvcHET.
Soir X l'angle conſtant que j'ai trou
Vé par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes, & pour les
contacts intérieurs de 51d 51'; ſoit Y la
différence des parallaxes de hauteur, &
Z l'angle variable marqué dans les co
lonnes du point de contact, on aura
9 — T fin. Z
l'effet de la parallaxe = # -
Pour réduire en tems cet effet de la
parallaxe, comme il eſt marqué dans
I IC MERCURE DE FRANCE.
les 5° & 1o° colonnes, j'ai employé le
logarithme conſtant 11811o additif, que
M. Delalande dans ſa Connoiſſance de
2763,p.2o3, dit avoir tiré desTables du
mouvement deVénus,&être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obſervation. L'effet de la parallaxe re
lative à Paris, n'étant autre choſe que la
ſomme ou la différence de ſa parallaxe
abſolue avec celle d'un lieu propoſé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit, par
exemple, que l'obſervation du premier
contact s'eſt faite à Paris, 1’ 11" plutôt
qu'à Madrid, & ſeulement 23" plutôt
qu'à Lyon, & 19" plus tard qu'à Green
wich, & ainſi des autres.
L'entrée n'ayant été obſervée qu'à
Stokolm, Pétersbourg, Tobolsk & Trin
quebar, j'ai écrit ce mot entrée dans la
ſeconde colonne vis - à - vis l'inſtant de
l'obſervation. Tous les autres tems doi
vent s'entendre de la ſortie. Ma Table
eſt conſtruite d'après celle du P. Hell,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte, à la réſerve de celles de
Lisbonne, de Naples, de l'iſle Rodri
gues, & de Trinquebar ſur la côte de
Coromandel, qui m'ont été communi
quées par M. Meſſier. Cet Aſtronome
J U I N. 1764. .. 1 1 1
infatigable, que les veilles les plus ſou
tenues dans l'obſervatoire de la Marine,
mettent en correſpondance avec tous les
Aſtronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paſſer ces quatre
cbſervations, qu'il me ſoit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai ſuppoſé la latitude ſeptentrionale ,
de Trinquebar de 11*; mais ſa longi
tude n'étant point exactement connue,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Pa
ris, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiſ
ſance des Tems , ni dans la Diſſertation
ſur Vénus. &
L'Obſervation de l'iſle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meſſier
par M. Pingré qui l'a faite, & qu'elle
eſt employée dans ma Table, différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le ſecond Mercure de
Juillet 1762, & dans la Connoiſſance
des Tems de 1764. Il y dit : que le con
tact intérieur, à la ſortie, y a été obſer
vé 34'44" après midi; il ſuppoſe la dif
férence des Méridiens de 4º 2', d'où il
conclut la parallaxe du ſoleil 9" , 55 ;
mais il fait obſerver que 2o" d'erreur
ſur la différence des Méridiens de Paris
1 12 MERCURE DE FRANCE.
& de l'iſle Rodrigues, font o", 7 de
différence ſur la parallaxe du ſoleil.
Or, M. Pingré marque le même con
tact à o" 36'49", avec la différence des
mêmes Méridiens de 4" 3'26" , ainſi ,
ſans parler de la différence de 2 5" qui
ſe trouve ici dans les inſtans du contact,
la ſeule différence de 1'26'º dans la lon
gitude de Rodrigues entre ces deux Aſ -
tronomes, laiſſe une incertitude de 3"
entières ſur les 9" 55 de la parallaxe con
clue par M. Delalande. -
Je ne fais cette remarque que pour
faire ſentir l'avantage de la méthode de
M. Halley, qui n'exige pas la connoiſ
ſance des longitudes, mais ſeulement
des pendules à ſecondes & des lunettes
ordinaires, comme de 15 à 18 pieds,
c'eſt-à-dire, d'égale longueur & d'égale
bonté, à la faveur deſquelles deux Ob
ſervateurs placés dans les lieux les plus
éloignés, puiſſent obſerver la durée to
tale du paſſage avec la plus grande diffé
| rence poſſible. Tel eſt l'avantage que
promet le paſſage de 1769 pour deux
Obſervateurs, dont l'un ſera à Mexico,
capitale du Mexique, & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paſſage ſera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
- J U I N. 1764. 1 13
· M. Halley avoit indiqué pour le paſ
ſage de 1761 , comme les lieux les plus
avantageuſement ſitués la baye d'Hud
ſon, & les rives du Gange, mais il eſt
aſſez ſurprenant que dans le précis qu'on
a fait de ſon ingénieux Mémoire, à la
page 1o3 du Journal Etranger de Mai
176 r , on lui ait fait dire préciſément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit : qu'à la bave d'Hudſon l'effet
de la parallaxe ſeroit de retarder la ſortie
de Vénus ; on lui fait dire, accélérer. Il
a dit : que la durée du paſſage entier y
devoit paroître plus longue, longiorem,
d'environ 6 que pour le centre de la
terre; on lui fait dire, qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit : que vers l'embouchure du
Gange la ſortie paroîtroit accélérée; on
lui fait dire, retardée.
Enfin, il a dit : que la durée du paſ
ſage y devoit être diminuée, contrahe
tur, d'environ 11' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire, pro
longée. A
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la ſuite que M. Halley s'étoit trom
pé; M. Ferguſon, Anglois, en ayant fait
la remarque à la page 99, on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar
\
114 MERCURE DE FRANCE.
que à la France, & en particulier à M.
Deliſle, qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences, & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai, mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Deliſle.
Content d'avoir fait la découverte., j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom; ſi
j'en euſſe parlé tout ſeul, on ne m'au
roit jamais cru, lui-même a été ſix jours
ſans me croire, & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois ſans être cru ; tant étoit
grand ſur tous les eſprits l'aſcendant du
Prince des Aſtronomes Anglois , M.
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
On dit à la page 1o5 du même Jour
nal Etranger, que ce ſavant Aſtronome
s'étoit mépris dans la poſition d'un an
gle, & que cette mépriſe cauſoit une
erreur conſidérable : il falloit dire dans
la poſition d'un cercle, & que cette mé
priſe ne cauſoit aucune erreur ſenſible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Sa
vans de Novembre 176o, & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance,qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
J U I N. 1764. 1 15
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
ſujet des calculs de M. Deliſle.
Il eſt donc bien certain que le mé
compte de M. Halley n'a d'autre fonde
ment que dans la latitude de 4' qu'il a
employée, au lieu de celle de 1o' qu'il
auroit dû employer; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus, qui n'étoit pas connu lorſ
qu'il travailloit à ſon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il fai
ſoit ſa Table pour mille ans des Con
jonctions Ecliptiques de Vénus. C'eſt ce
qui fait dire à l'Académicien, rédacteur
de l'Hiſtoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inſérer dans ſa Table des années où il
n'eſt pas ſûr qu'il doive arriver des paſ
ſages de Vénus, & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs ſur les nouveaux élé
777(277$.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eſt ſorti de deſſous la preſſe qu'à la fin
de l'année derniere, * j'avois penſé les
mêmes choſes au commencement de la
même année ; c'eſt ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eſt im
primée dans le Journal des Savans de
# 1762 .
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compoſé ſa Table, il y en a ſix
à rabattre, ſavoir quatre pour le paſſé,
& deux pour l'avenir, dans leſquelles il
eſt sûr qu'il n'y a point eu, & qu'il n'y
aura pas de paſſage de Vénns
En relevant quelques erreurs qui ſe
ſont gliſſées dans le Journal Etranger,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préſide à la rédaction de ce Journal ;
le ſoin qu'il prend de nous tranſmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui ſeroient perdues pour nous ſans ſon
Recueil, m'eſt garant de ſes ſentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs, ou, pour mieux dire, de
ces inadvertances; la célébrité & la rare
té du phénomène, pour me ſervir de ſes
expreſſions, pag. t ou , me fait penſer
qu'il ne me ſaura pas mauvais gré de les
avoir fait obſerver ; & il eſt trop au fait
de la matière pour ne pas les ſentir; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
aVOller.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horiſontales de 24"; je dois ajoûter que
j'ai ſuppoſé le demi-diamètre du ſoleil
J U I N. 1764. 117
de 15 47", celui de Vénus de 29", &
la plus proche diſtance des centres de 9!
27", par une eſpèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aſtronome Alle
mand que par ſa Diſſertation ; c'en eſt
aſſez pour me faire juger de ſes talens,
n'en ayant rien, je ne me flatte pas
d'avoir rempli ſes vues par la conſtruc
tion de ma Table ; heureux, ſi, en la
donnant au Public, j'ai ſçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aſtrono
mie, & mon reſpect pour un Savant ſi
digne d'orner la Liſte de tous ceux qui
répondent ſi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuſtre Protectrice S. M. la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine ſemble ne tenir le ſceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheu
reux, lui paroiſſent les plus dignes de
ſes bontés & de ſa protection, quand ils
ne ſont pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à ſon trône, ne ſauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens,
elle ne fait que les couronner en les
tranſplantant juſqu'aux extrémités de ſes
Etats.
--
1 18 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi que bien plus heureuſe
que Chriſtine de Suéde, cette Chriſ#ine
d'Autriche , ſans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des ſié
cles de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reſtes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Pro
vinces : déja l'on ſait que le Turban
veut arborer l'étendard de la cé
leſte Uranie, en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conſtanti
nople.* Puiſſe cetteVille d'ailleurs ſi flo
riſſante, & jadis la capitale du monde
Chrétien, redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y décou
vrir ! Puiſſent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu, ſeul Auteur de
tant de merveilles auſſi anciennes que le
Monde; & le Croiſſant, ce ſymbole de
l'inconſtance , s'y changer pour jamais
dans le ſigne ſacré du ſalut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1zs; ,
Page 9 f•
J U I N. 1764: 1 19
P. S. Les Obſervations du Satellité
de Vénus, dont j'ai parlé dans ce Mé
moire fait l'an paſſé, ont été confirmées
au mois de Mars dernier; ſavoir, les 3,4,
1o & 11 à Copenhague par Mº Roed
kier & Horrebow. (Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril). Et les 15, 28 &
29 du même mois de Mars, à Auxerre,
par M. de Montbaron , Conſeiller au
Bailliage (c'eſt ainſi qu'il faut lire, au
lieu de M. de Montbazon dans ma Let
tre ſur l'Eclipſe du premier Avril au
ſecond Mercure d'Avril.)
Au Mercure de Mai, pag. 134 lig. 3o
au lieu de m'en avoient, liſez m'avoient.
Fage 143 lig. 28 au lieu de au moins
iſez en moins.
Page I44 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire uſage, ajoutex, (dans la con
noiſſance des temps 1761.)
Fermer
4223
p. 124-131
RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
Début :
VOUS estimez donc, Monsieur, que je ne peux me dispenser de lever le voile [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une
Lettre de M. de SAINT-ANGEL,
Conseiller à la Cour des Aides de
Montferrand, insérée dans le Mercure
d'Avril 1764.
VOUS estimez donc, Monsieur, que
je ne peux me dispenser de lever le voile
ſous lequel j'avois aimé à me cacher,
en priant M. De la Place d'inſérer dans
le Mercure mes obſervations ſur le Ver
Solitaire. Vos inſtances ſont trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
ſur la crainte de m'expoſer à l'épithéte
d'homme à ſecret , épithéte que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir.Je rou
irois donc encore de m'avouer poſ
ſeſſeur d'un ſecret, ſi je ne croyois avoir
une excuſe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conſé
quence vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquiſition.
Le ſieur Noufer, Médecin de Morat
en Suiſſe, ayant découvert ce Spécifi
-
J U I N. 1764.
125
que, acquit bientôt de la célébrité.
Il
fut appellé à Lyon par pluſieurs per
ſonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureuſes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
' gelat, Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale-Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreſſà d'apprendre les
ſuccès du ſieur Noufer à M. Senac ,
premier Médecin du Roi, lequel par
tagea auſſitôt ſon zéle & ſa bonne vo
lonté. En conſéquence M. Roſſignol,
alors Intendant de Lyon, fut chargé de
faire des informations, & de propoſer
au ſieur Noufer de vendre ſon ſecret
au R oi ſi ces informations étoient fa
vorables. Une ſeule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des eſ
ſais en ſa préſence. Celui-ci qui com
mençoit à peine à eſtropier quelques
ques mots François, & qui ſe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient, ſe refuſa
opiniâtrément à ce voyage, & ſacrifia
à ſa tranquillité les avantages que lui
préſentoit la fortune.
Ce Médecin eſt mort il y a quel
ques années. Il n'étoit pas riche ; ſa
veuve, obligée pour tirer parti du Spéci
F iij
1 26 MERCURE DE FRANCE.
fique dont ſon mari lui avoit laiſſé la
recette, de faire plufieurs voyages, s'eſt
bientôt lafſée d'un genre de vie qui
n'étoit pas ſans inconvénient pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre ſon ſe
cret , & perſonne ne s'eſt préſenté pour
acheter le ſecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de pluſieurs Cu
res tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes, me confiant aux ap
parences les plus heureuſes d'une pro
bité vraiment helvétique, & décidé par
les
inſtances d'une
Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique, ſi
je ne la raſſurois avec connoiſſance de
cauſe contre la prévention qui le pla
çoit dans la claſſe des poiſons ; je ſuis
entré en marché avec la veuve du Doc
teur Noufer. L'hiſtoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curioſité,
que je ne pouvois ſatisfaire qu'à l'aide
de ce ſecret ; & vous avez vu là-deſſus
un eſſai de mes recherches dans le ſe
cond volume du Mercure de Janvier. .
Une ſoupe au beurre, un biſcuit,
un verre de vin
blanc , & quel
quefois un lavement de lait, qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
ncurriture du ſoir, comme pour tout
,.
"
J U I N. 1764.
127
· préparatif, avoit accrédité l'idée qu'un
poiſon violent faiſoit la baſe de ce ſpé
cifique ; des maux de cœur : quelque
fois un peu de vomiſſement lorſque le
ver ayant priſe avec le remède , faiſoit
les plus grands efforts pour lui échap
per, ſervoient encore † étayer cette
opinion. Comme il eſt compoſé d'un
breuvage, & d'un bol qu'on fait pren
dre deux heures après , le bol paſſoit
pour le contrepoiſon du breuvage ; enfin
l'air de myſtère , & l'attention à cacher
le remède en le préſentant, ſembloient
mettre le dernier ſceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique.
C'en étoit aſſez pour allarmer ma
délicateſſe : je demandai donc pour pré
liminaires qu'il me fût permis de m'inſ
·crire contre les engagemens que j'allois
prendre , ſi dans le remède dont j'ache
tois la recette , il y avoit quelque dro
gue qui pût paſſer pour poiſon.Ayant
reçu à cet égard toutes les aſſurances
néceſſaires, le contrat fut bientôt paſſé
& ſigné.
" Vous voyez, Monſieur, que ce re
mède eſt préciſément le même que ce
lui qui a délivré votre Femme-de-charge
de ſon ver ſolitaire . Si elle fut un peu
·fatiguée par ſon effet, e# que le ſieur
1V .
128 MERCURE DE FRANCE.
Noufer en étoit encore à des tâtonne
| mens que l'expérience lui a épargnés
dans la ſuite : cependant le produit net
de ce ſpécifique fut que votre malade,
qui étoit auparavant dans le plus triſte
état, ſe trouva en peu d'heures débar
raſſée de ſon ver ſolitaire : elle ſortit dans
la même journée, & fut ſi bien dès le
lendemain , qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre.A l'égard du
vuide conſidérable qu'elle ſentit dans
ſon eſtomach lorſque ſon ver fut expul
ſé , il eſt commun à tous les malades
| que ce reméde délivre, mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal paraſite, héberge dans
l'eſtomach & dans les inteſtins;il les irri
te par une eſpéce de chatouillementau
quel, comme je l'ai dit dans les obſer
vations,doivent être attribués tous les dé
rangemens qu'il occaſionne ; c'eſt un
effet néceſſaire de ſes mouvemens, & de
ſes ondulations ſur des parties auſſi irri
tables, & auſſi ſenſibles. Mais lorſque
le ver a été expulſé, l'abſence de cette
ſenſation en produit une autre par de
ficit ; & c'eſt là la vraie cauſe de ce
vuide que reſſentent les malades.
La vertu antivermineuſe du ver ſoli
taire deſſeché, & pris en reméde ne
· J U I N. 1764.
12 g
m'eſt pas connue; je ſçai qu'elle a été
propoſée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
aſſurer qu'elle n'entre en aucune ſorte
dans le Spécifique dont je ſuis poſſeſſeur.
Il faut à préſent vous rendre compte
de cette ſoupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde. Madame
Noufèr, n'à pas été en état de ſatisfaire
ma curioſité la-deſſus : c'eſt ainſi , m'a-
t-elle dit, qu'en agiſſoit mon mari; je
>
8
j
n'en ſçai pas-davantage. Ce ſeroit donc
encore une énigme pour moi ſans l'ob
ſervation ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a ſouvent aſſuré que
le beurre & le lait, & même le miel ,
étoient les aliments après leſquels ſon
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor, Curé de la Guillotiè re,
Fauxbourg de Lyon, étoit attaqué du
ver ſolitaire; il mangea par hazard du
beurre , & ſe trouva auſſi-tôt ſoulagé ;
depuis ce moment , il eut ſouvent re
cours à cette recette pour ſon ſoula
gement, & toujours avec ſuccès juſqu'à
ce qu'il prît le ſpecifique des mains mê
mes de Madame Noufer Etudiant la
ſenſation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeſtion du beurre,
il en avoit conclu que le ver ſolitaire
-
-
F V
J o MERCURE DE FRANCE
s'accommode très bien de ce genre d'a-
liment, & qu'il reſte enſuite dans I'in
action ainſi qu'un enfant qui vient de
quitter le ſein de ſa mère ; voilà une
recette ſacile pour le ſoulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même ſervir d'épreuve
pour ceux à qui des ſymptômes biſar
res & équivoques le feroient ſeulement
ſcupçonner.
-
Vous voyez à préſent que l'aliment
préſenté au Ver ſolitaire la veille de ſon
expulſion, eſt un leurre pour lui ; il s'é-
panouit pour prendre à l'aiſe une nour
riture qui lui eſt agréable ; & le lende
main il eſt attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être élude
rcit-il ſon action, ſi irrité par des re
médes contraires, il étoit tapi -& collé
contre les parois de ſon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées, ou
les ouvertures par leſquelles il aſpire ſa
nourriture ſeroient exactement fermées,
& le Spécifique gliſſeroit deſſus ſans les
pénétrer. Les inſtructions du ſieur Nou
fer portent expreſſément de laiſſer un
intervalle aſſez conſidérable entre ſon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
uſage antérieurement.
· -
: Un des avantages de ce Spécifique,
-
1
·
J U I N. 1764.
I 3 t
dont les effets ſont toujours auſſi promts
· que ſûrs, eſt de pouvoir être donné ſur
de ſimples ſoupçons , & j'eſpére acqué
rir avec le temps des connoiſſances aſ
ſez exactes , pour diſcerner ceux qui
ſont légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & ſe ſont
épuiſés par des remédes pris au haſard,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les ſelles vînt leur apprendre
quelle étoit la cauſe de leurs indiſpoſi
tions !
M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville,
m'a permis de publier qu'il a été déli
vré il y a peu de jours par ce reméde,
du Ver Solitaire dans l'eſpace de deux
heures & demi. Il ſouhaiteroit avec
moi que ſa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la ſûreté & l'éfficacité ; mais en me li
vrant ſans réſerve à une pareille expul
ſion,peut-être ſerois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime ſourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi. .
J'ai l'honneur d'être, &c.
PONTEAU, Docteur en Med. Me en Chirurgie,
ancien Chirurgien en Chef du grand Hôtel-Dieu
de Lyon, &c.
Lettre de M. de SAINT-ANGEL,
Conseiller à la Cour des Aides de
Montferrand, insérée dans le Mercure
d'Avril 1764.
VOUS estimez donc, Monsieur, que
je ne peux me dispenser de lever le voile
ſous lequel j'avois aimé à me cacher,
en priant M. De la Place d'inſérer dans
le Mercure mes obſervations ſur le Ver
Solitaire. Vos inſtances ſont trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
ſur la crainte de m'expoſer à l'épithéte
d'homme à ſecret , épithéte que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir.Je rou
irois donc encore de m'avouer poſ
ſeſſeur d'un ſecret, ſi je ne croyois avoir
une excuſe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conſé
quence vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquiſition.
Le ſieur Noufer, Médecin de Morat
en Suiſſe, ayant découvert ce Spécifi
-
J U I N. 1764.
125
que, acquit bientôt de la célébrité.
Il
fut appellé à Lyon par pluſieurs per
ſonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureuſes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
' gelat, Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale-Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreſſà d'apprendre les
ſuccès du ſieur Noufer à M. Senac ,
premier Médecin du Roi, lequel par
tagea auſſitôt ſon zéle & ſa bonne vo
lonté. En conſéquence M. Roſſignol,
alors Intendant de Lyon, fut chargé de
faire des informations, & de propoſer
au ſieur Noufer de vendre ſon ſecret
au R oi ſi ces informations étoient fa
vorables. Une ſeule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des eſ
ſais en ſa préſence. Celui-ci qui com
mençoit à peine à eſtropier quelques
ques mots François, & qui ſe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient, ſe refuſa
opiniâtrément à ce voyage, & ſacrifia
à ſa tranquillité les avantages que lui
préſentoit la fortune.
Ce Médecin eſt mort il y a quel
ques années. Il n'étoit pas riche ; ſa
veuve, obligée pour tirer parti du Spéci
F iij
1 26 MERCURE DE FRANCE.
fique dont ſon mari lui avoit laiſſé la
recette, de faire plufieurs voyages, s'eſt
bientôt lafſée d'un genre de vie qui
n'étoit pas ſans inconvénient pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre ſon ſe
cret , & perſonne ne s'eſt préſenté pour
acheter le ſecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de pluſieurs Cu
res tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes, me confiant aux ap
parences les plus heureuſes d'une pro
bité vraiment helvétique, & décidé par
les
inſtances d'une
Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique, ſi
je ne la raſſurois avec connoiſſance de
cauſe contre la prévention qui le pla
çoit dans la claſſe des poiſons ; je ſuis
entré en marché avec la veuve du Doc
teur Noufer. L'hiſtoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curioſité,
que je ne pouvois ſatisfaire qu'à l'aide
de ce ſecret ; & vous avez vu là-deſſus
un eſſai de mes recherches dans le ſe
cond volume du Mercure de Janvier. .
Une ſoupe au beurre, un biſcuit,
un verre de vin
blanc , & quel
quefois un lavement de lait, qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
ncurriture du ſoir, comme pour tout
,.
"
J U I N. 1764.
127
· préparatif, avoit accrédité l'idée qu'un
poiſon violent faiſoit la baſe de ce ſpé
cifique ; des maux de cœur : quelque
fois un peu de vomiſſement lorſque le
ver ayant priſe avec le remède , faiſoit
les plus grands efforts pour lui échap
per, ſervoient encore † étayer cette
opinion. Comme il eſt compoſé d'un
breuvage, & d'un bol qu'on fait pren
dre deux heures après , le bol paſſoit
pour le contrepoiſon du breuvage ; enfin
l'air de myſtère , & l'attention à cacher
le remède en le préſentant, ſembloient
mettre le dernier ſceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique.
C'en étoit aſſez pour allarmer ma
délicateſſe : je demandai donc pour pré
liminaires qu'il me fût permis de m'inſ
·crire contre les engagemens que j'allois
prendre , ſi dans le remède dont j'ache
tois la recette , il y avoit quelque dro
gue qui pût paſſer pour poiſon.Ayant
reçu à cet égard toutes les aſſurances
néceſſaires, le contrat fut bientôt paſſé
& ſigné.
" Vous voyez, Monſieur, que ce re
mède eſt préciſément le même que ce
lui qui a délivré votre Femme-de-charge
de ſon ver ſolitaire . Si elle fut un peu
·fatiguée par ſon effet, e# que le ſieur
1V .
128 MERCURE DE FRANCE.
Noufer en étoit encore à des tâtonne
| mens que l'expérience lui a épargnés
dans la ſuite : cependant le produit net
de ce ſpécifique fut que votre malade,
qui étoit auparavant dans le plus triſte
état, ſe trouva en peu d'heures débar
raſſée de ſon ver ſolitaire : elle ſortit dans
la même journée, & fut ſi bien dès le
lendemain , qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre.A l'égard du
vuide conſidérable qu'elle ſentit dans
ſon eſtomach lorſque ſon ver fut expul
ſé , il eſt commun à tous les malades
| que ce reméde délivre, mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal paraſite, héberge dans
l'eſtomach & dans les inteſtins;il les irri
te par une eſpéce de chatouillementau
quel, comme je l'ai dit dans les obſer
vations,doivent être attribués tous les dé
rangemens qu'il occaſionne ; c'eſt un
effet néceſſaire de ſes mouvemens, & de
ſes ondulations ſur des parties auſſi irri
tables, & auſſi ſenſibles. Mais lorſque
le ver a été expulſé, l'abſence de cette
ſenſation en produit une autre par de
ficit ; & c'eſt là la vraie cauſe de ce
vuide que reſſentent les malades.
La vertu antivermineuſe du ver ſoli
taire deſſeché, & pris en reméde ne
· J U I N. 1764.
12 g
m'eſt pas connue; je ſçai qu'elle a été
propoſée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
aſſurer qu'elle n'entre en aucune ſorte
dans le Spécifique dont je ſuis poſſeſſeur.
Il faut à préſent vous rendre compte
de cette ſoupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde. Madame
Noufèr, n'à pas été en état de ſatisfaire
ma curioſité la-deſſus : c'eſt ainſi , m'a-
t-elle dit, qu'en agiſſoit mon mari; je
>
8
j
n'en ſçai pas-davantage. Ce ſeroit donc
encore une énigme pour moi ſans l'ob
ſervation ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a ſouvent aſſuré que
le beurre & le lait, & même le miel ,
étoient les aliments après leſquels ſon
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor, Curé de la Guillotiè re,
Fauxbourg de Lyon, étoit attaqué du
ver ſolitaire; il mangea par hazard du
beurre , & ſe trouva auſſi-tôt ſoulagé ;
depuis ce moment , il eut ſouvent re
cours à cette recette pour ſon ſoula
gement, & toujours avec ſuccès juſqu'à
ce qu'il prît le ſpecifique des mains mê
mes de Madame Noufer Etudiant la
ſenſation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeſtion du beurre,
il en avoit conclu que le ver ſolitaire
-
-
F V
J o MERCURE DE FRANCE
s'accommode très bien de ce genre d'a-
liment, & qu'il reſte enſuite dans I'in
action ainſi qu'un enfant qui vient de
quitter le ſein de ſa mère ; voilà une
recette ſacile pour le ſoulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même ſervir d'épreuve
pour ceux à qui des ſymptômes biſar
res & équivoques le feroient ſeulement
ſcupçonner.
-
Vous voyez à préſent que l'aliment
préſenté au Ver ſolitaire la veille de ſon
expulſion, eſt un leurre pour lui ; il s'é-
panouit pour prendre à l'aiſe une nour
riture qui lui eſt agréable ; & le lende
main il eſt attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être élude
rcit-il ſon action, ſi irrité par des re
médes contraires, il étoit tapi -& collé
contre les parois de ſon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées, ou
les ouvertures par leſquelles il aſpire ſa
nourriture ſeroient exactement fermées,
& le Spécifique gliſſeroit deſſus ſans les
pénétrer. Les inſtructions du ſieur Nou
fer portent expreſſément de laiſſer un
intervalle aſſez conſidérable entre ſon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
uſage antérieurement.
· -
: Un des avantages de ce Spécifique,
-
1
·
J U I N. 1764.
I 3 t
dont les effets ſont toujours auſſi promts
· que ſûrs, eſt de pouvoir être donné ſur
de ſimples ſoupçons , & j'eſpére acqué
rir avec le temps des connoiſſances aſ
ſez exactes , pour diſcerner ceux qui
ſont légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & ſe ſont
épuiſés par des remédes pris au haſard,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les ſelles vînt leur apprendre
quelle étoit la cauſe de leurs indiſpoſi
tions !
M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville,
m'a permis de publier qu'il a été déli
vré il y a peu de jours par ce reméde,
du Ver Solitaire dans l'eſpace de deux
heures & demi. Il ſouhaiteroit avec
moi que ſa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la ſûreté & l'éfficacité ; mais en me li
vrant ſans réſerve à une pareille expul
ſion,peut-être ſerois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime ſourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi. .
J'ai l'honneur d'être, &c.
PONTEAU, Docteur en Med. Me en Chirurgie,
ancien Chirurgien en Chef du grand Hôtel-Dieu
de Lyon, &c.
Fermer
4224
p. 132-136
SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
Début :
MONSIEUR, UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée depuis [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
SUITE pratique de la Goute, des
Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
MONSIEUR,
UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée
depuis le vingt Mars jusques en
Mai, ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provin
ces ; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inſtruire dans celui du mois de Juil
let ;je lui tiens parole, & voici des faits
très-intéreſſans capables de le conſoler
par l'eſpérance de trouver des reſſources
qui lui ont toujours paru fabuleufes.
FAI T'S D E PA R I S.
M. le Comte de Fenelon,Hôtel Notre
Dame , rue du Colombier, près l'Ab
baye Saint Germain, goute aux pieds
& aux genoux ; fort ſoulagé par la pou
· dre balſamique, & le baume végétal.
Ce fait eſt de Mars.
M. Perruchon, Ancien Régiſſeur Gé
néral des Hôpitaux de l'Armée : en
Février, étant fort tourmenté d'un rhu
J U I N. 1764.
, 133
matiſme dans les reins, dans les épaules
- & les cuiſſes ; logé Hôtel de Grenelle ,
rue de Grenelle Saint Honoré, fut cal
mé en vingt-quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balſamique
& le baume végétal.
M. Deſhayes , Hotel du Saint Eſ
prit, rue du Four Saint Honoré; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins , aux
épaules & aux genoux ; calmé en quel
ques jours par leſdits remèdes, & tou
jours de mieux en mieux par la conti- .
nuité de leur uſage.
: M. le Chevalier de Bauvais, chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier,
quartier Montmartre, en Mars, la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main : calmée en trente heures : a com
mencé à marcher un peu le troiſiéme
jour & s'eſt bien - tôt rétabli par-la
· poudre balſamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt, Gentil-homme de
de Monſeigneur le Cardinal de Gêvres,
en ſon Hôtel, rue neuve des Auguſtins,
en Mars, rhumatiſme aux jambes, aux
épaules & aux mains, fort calmé en
quinze jours par la tiſane balſamique,
& ſe trouvant toujours mieux par ſon
uſage , & celui du baume végétal.
Puquéry, Hôtel de Bretagne, rue &
134 MERCURE DE FRANCE.
croix des petits champs, en Avril a uſé
de la poudre balſamique & du baume
végétal, ce qui lui a fait un très-grand
bien par une copieuſe évacuation de
glaires.
Obſervation néceſſaire ſur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne, rue de la Monnoye, &
M. Duval , Secrétaire du Roi , rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reſtoit foibleſſe des parties & quel
ques légers reſſentimens , s'étant pur
gé avec la manne, le ſel de duobus, &
le baume végétal , furent en état de
ſortir le lendemain. .
· M. de Berthecour, par le même pur
# le lendemain eut le mouvement
e ſa main rhumatiſée.
-
| Cette façon de purger eſt la ſeule qui
ſoit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eſt pro
pre à l'humeur & aux nerfs.
Faits de Provinces.
| M Jore , à la Cour de l'Hotel de
· Ville de Rouen, ayant une goute fixée
aux clavicules ; reſpiration gênée, dif
ficulté de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balſamique, & ſur tout
t!,t
tº
#
#
#
V
J U I N. 1764.
I 35
le baume végétal lui avoient très-bien
fait, qu'il marchoit plus librernent &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trlne.
· Une femme de Lyon, très-vivement
rhumatiſée depuis pluſieurs années, &
ſans ſoulagement, l'a trouvé dans l'uſa
ge de la poudre balſamique & du bau
me végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni, Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les re
médes.
-
-
· M. de Montricouſte, Premier Préſi
dent de la Cour des Aydes de Montau
ban, m'a écrit en Mars , que le baume
végétal lui faiſoit au mieux pour ſon
eſtomach affoibli ;
il le continue.
.
Je ne peux citer un très-grand nombre.
de perſonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne, qui font uſage deſdits
remédes, ſoit pour la goute, les 1 huma--
tiſmes &c. ou pour l'eſtomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je ſuis à mes viſi
tes ſans donner les noms ni les adreſſes.
· Je viens de réformer mon ordonnan
ce à la fin de mon ouvrage,parce qu'el
le étoit trop générale , & ne réuſſiſſoit
qu'à quelques-uns ; des ſuccès conti
nués tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tem
péramens ; elle eſt diſtincte; elle indi
que les traitemens généraux & particu
liers, propres à un chacun & à tous les
genres de Goute, &c. J'y donne la fa
çon de faire le topique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Liſez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage ſe vend chez Panckoucke,
Libraire, rue & près la Comédie Fran
çoiſe à Paris.
Mon adreſſe eſt chez M. Burel , Chi
rurgien , rue du gros Chenet, quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au com
mencement d'Août, après les colleStions
de mes Simples.
Je ne reçois que les Lettres affran- .
chies.
C. DE MONTGERBET, Médecin du ROI
& ordinaire de ses Bâtimens.
Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
MONSIEUR,
UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée
depuis le vingt Mars jusques en
Mai, ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provin
ces ; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inſtruire dans celui du mois de Juil
let ;je lui tiens parole, & voici des faits
très-intéreſſans capables de le conſoler
par l'eſpérance de trouver des reſſources
qui lui ont toujours paru fabuleufes.
FAI T'S D E PA R I S.
M. le Comte de Fenelon,Hôtel Notre
Dame , rue du Colombier, près l'Ab
baye Saint Germain, goute aux pieds
& aux genoux ; fort ſoulagé par la pou
· dre balſamique, & le baume végétal.
Ce fait eſt de Mars.
M. Perruchon, Ancien Régiſſeur Gé
néral des Hôpitaux de l'Armée : en
Février, étant fort tourmenté d'un rhu
J U I N. 1764.
, 133
matiſme dans les reins, dans les épaules
- & les cuiſſes ; logé Hôtel de Grenelle ,
rue de Grenelle Saint Honoré, fut cal
mé en vingt-quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balſamique
& le baume végétal.
M. Deſhayes , Hotel du Saint Eſ
prit, rue du Four Saint Honoré; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins , aux
épaules & aux genoux ; calmé en quel
ques jours par leſdits remèdes, & tou
jours de mieux en mieux par la conti- .
nuité de leur uſage.
: M. le Chevalier de Bauvais, chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier,
quartier Montmartre, en Mars, la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main : calmée en trente heures : a com
mencé à marcher un peu le troiſiéme
jour & s'eſt bien - tôt rétabli par-la
· poudre balſamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt, Gentil-homme de
de Monſeigneur le Cardinal de Gêvres,
en ſon Hôtel, rue neuve des Auguſtins,
en Mars, rhumatiſme aux jambes, aux
épaules & aux mains, fort calmé en
quinze jours par la tiſane balſamique,
& ſe trouvant toujours mieux par ſon
uſage , & celui du baume végétal.
Puquéry, Hôtel de Bretagne, rue &
134 MERCURE DE FRANCE.
croix des petits champs, en Avril a uſé
de la poudre balſamique & du baume
végétal, ce qui lui a fait un très-grand
bien par une copieuſe évacuation de
glaires.
Obſervation néceſſaire ſur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne, rue de la Monnoye, &
M. Duval , Secrétaire du Roi , rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reſtoit foibleſſe des parties & quel
ques légers reſſentimens , s'étant pur
gé avec la manne, le ſel de duobus, &
le baume végétal , furent en état de
ſortir le lendemain. .
· M. de Berthecour, par le même pur
# le lendemain eut le mouvement
e ſa main rhumatiſée.
-
| Cette façon de purger eſt la ſeule qui
ſoit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eſt pro
pre à l'humeur & aux nerfs.
Faits de Provinces.
| M Jore , à la Cour de l'Hotel de
· Ville de Rouen, ayant une goute fixée
aux clavicules ; reſpiration gênée, dif
ficulté de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balſamique, & ſur tout
t!,t
tº
#
#
#
V
J U I N. 1764.
I 35
le baume végétal lui avoient très-bien
fait, qu'il marchoit plus librernent &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trlne.
· Une femme de Lyon, très-vivement
rhumatiſée depuis pluſieurs années, &
ſans ſoulagement, l'a trouvé dans l'uſa
ge de la poudre balſamique & du bau
me végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni, Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les re
médes.
-
-
· M. de Montricouſte, Premier Préſi
dent de la Cour des Aydes de Montau
ban, m'a écrit en Mars , que le baume
végétal lui faiſoit au mieux pour ſon
eſtomach affoibli ;
il le continue.
.
Je ne peux citer un très-grand nombre.
de perſonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne, qui font uſage deſdits
remédes, ſoit pour la goute, les 1 huma--
tiſmes &c. ou pour l'eſtomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je ſuis à mes viſi
tes ſans donner les noms ni les adreſſes.
· Je viens de réformer mon ordonnan
ce à la fin de mon ouvrage,parce qu'el
le étoit trop générale , & ne réuſſiſſoit
qu'à quelques-uns ; des ſuccès conti
nués tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tem
péramens ; elle eſt diſtincte; elle indi
que les traitemens généraux & particu
liers, propres à un chacun & à tous les
genres de Goute, &c. J'y donne la fa
çon de faire le topique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Liſez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage ſe vend chez Panckoucke,
Libraire, rue & près la Comédie Fran
çoiſe à Paris.
Mon adreſſe eſt chez M. Burel , Chi
rurgien , rue du gros Chenet, quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au com
mencement d'Août, après les colleStions
de mes Simples.
Je ne reçois que les Lettres affran- .
chies.
C. DE MONTGERBET, Médecin du ROI
& ordinaire de ses Bâtimens.
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4225
p. 137-153
CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
Début :
ARTICLE PREMIER. PRÉCIS historique de l'usurpation de la découverte [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
CHIRURGIE.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province, Auteur des Observations
sur l'origine & sur les progrès
de la Taille, appellée Méthode de
RAU, &c, insérées dans les Mercures
des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENAVE, Chirurgien
Professeur à S. Cosme, de
l'Académie Royale de Chirurgie, &c,
insérées dans le Mercure d'Octobre II.
vol, & Novembre 1763.
ARTICLE PREMIER.
PRÉCIS historique de l'usurpation de
la découverte du FRERE JACQUES.
Les Amateurs de la vérité ne ſeront
138 MERCURE DE FRANCE.
pas peu ſurpris d'apprendre que les re
cherches de M. Bordenave ont pour ob
jet d'obſcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant ren
du la taille du périné méthodique, par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreſſantes pour
l'humanité, il ſoit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plûpart des Chirurgiens, & ſur-tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François, Chirurgien par goût & par
' éducation, & entiérement dévoué au
· bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille, par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières ſi imparfaites d'ex
traire la pierre de la veſſie, pratiquées
ſéparément; reconnut par l'Anatomie
& par l'obſervation, qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniſſant en
ſemble, dans une ſeule & mème opé
J'ſltlO/1.
Convaincu par dix années d'expé
, rience, de la bonté & ſupériorité de ſa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
J U I N. 1764.
-
| 139
veſſie, & enfin après avoir taillé en dif
férentes Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ,
tant par les anciennes que par ſa nou
velle opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre,
en préſence des Medecins, des Chirur,
giens & des Magiſtrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
· ſon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris, pour mon
trer aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour ſa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
comme plus facile, plus ſûre & beau
coup moins dangéreuſe que celle qu'on
prat1quoIt.
-
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité , enleva d'abord les
ſuffrages : tous les Medecins & les Chi
rurgiens furent ſurpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opéra
tions meurtrières ſéparément , le petit &
le grand appareil, il en réſultoit la taille
· la plus avantageuſe poſſible. Convain
cus en outre par les épreuves, & par les
ſuccès dont ils furent témoins, ils en
firent publiquement, & au Roi & à la
Famille Royale, les plus grands éloges,
en annonçant le Frère Jacques comme
14o MERCURE DE FRANCE.
un homme envoyé de Dieu pour ſoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre ,
par une méthode plus aiſée & moins
dangereuſe que celle qu'on pratiquoit ,
C»
-
M. Meri , Chirurgien de S. Coſme,
Major de l'Hôtel-Dieu, Membre de l'A-
cadémie Royale des Sciences, &c. fut
chargé conjointement avec
pluſieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préſident de Harlai, de
l'éxamen de cette nouvelle opération.
Meri fit en préſence deſdits Médecins &
Chirurgiens, d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même, ſur le ca
davre d'un homme, la deſcription ana
tomique exacte, du trajet de ſon inci
ſion , avec un rapport circonſtancié ,
ſans altération (a), des grands avantages
& de la ſupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
ſur l'ancienne, le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiſſant pas mieux,
( a ) Ce rapport fut altéré dans la ſuite par
des additions démonſtrativement machinées &
ajoutées après coup, auſſi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'eſt ainſi que
Méri les a tranſmis dans ſes obſervations, qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
· & ſon opération-
-
l
J U I N. 1764.
I4 1
& il donna le ſurlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier-Préſident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux ſurpris au premier mouve
ment de leur cœur : l'envie ſuccéda à
l'admiration ; & comme cette décou
verte étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie, quoique grand Chirur
gien dans le fond, il ne fut plus queſ
tion que des moyens de ſe dédire, ſous
prétexte d'éxamen inſuffiſant & d'expé
rience contraire, & d'altérer & décom
poſer cette opération, pour en faire
naitre des inconvéniens , & expoſer ſon
auteur le Frère Jacques, ſous un point
de vue d'ignorance craſſe , pour s'ap
proprier enſuite ſous prétexte d'inſtruc
tions & de corrections, l'honneur de ſa
découverte.
-
-
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pefec
tion, auquel ſes raviſſeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter ,
ils et rent
recours à l'invention. .. ... & comme
l'anatomie & la ſonde crénelée ſont au
lithotomiſte ce que la carte & la bouſſole
ſont au Pilote , & que leur en ôter la
connoiſſance , c'eſt en faire des igno
trans qui n'ont que la témérité pour
i42 MERCURE DE FRANCE.
guide & le haſard pour ſuccès, & ſur lè
compte deſquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poſſibles ; les
Chirurgiens de S. Coſme, particuliére
ment ceux qui pratiquoient la lithoto
mie, Meri, Delaunai , Saviard, Maré
chal, Dionis , &c. inventerent & pu
blierent que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiſſance des parties ſur leſ
quelles il opéroit, point d'aºatomie ,
& que la ſonde ſeule dont il ſe ſervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de ſon biſ
touri lithotome à la veſſie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques inciſoit dans ſa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feſſe, & qu'il prati
quoit encore de même le petit appa
reil, en coupant de bas en haut tout ce
ui ſe rencontroit de parties, depuis la
tubéroſité de l'iſchion, où il commençoit
l'inciſion , juſqu'à la pierre, &c. & ils
| firent naître de cet ordre renverſé des
impérities de toute eſpéce, & même au
delà de toute poſſibilité.
-
Enfin Meri fit une collection de tou
tes ces inventions controuvées, qu'il pu
blia en I7oo (b) comme autant de rap
( b ) Obſervations ſur la manière de tailler
Pour l'extraction de la pierre pratiquée par Frére
| J U I N. 1764.
-
143
ports & d'obſervations conſtatées, faites
par l'ordre de M. le Premier Préſident,
ſur les épreuves & ſur les opérations du
Frère Jacques. Il eſt vrai que Meri y a
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiſ
trat, mais avec des additions relatives
aux fauſſetés inventées depuis, & dé
monſtrativement ajoutées à ce premier
rapport, pour juſtifier ſes contradictions,
& autoriſer ſes fauſſes obſervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens, particuliérement à cauſe
du défaut, ſuppoſé, de crénelure de la
ſonde, & c'eſt ce qui en a le plus impo
ſé. Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots, mais il me
paroît, Monſeigneur, que Frère Jacques
pourroit, & c. page 23.
Meri termine ſes fauſſes obſervations
en indiquant de créneller la ſonde pour
ſûreté de l'inciſion, & de borner l'inciſion
à l'uretre excluſivement au col & au
corps de la veſſie, pour éviter, dit-il,
la fiſtule & l incontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de diſſertations ſpécieu
ſes contre tout principe, & démenties
par l'expérience. C'eſt là l'origine & la
Jacques, &c. par Jean Meri, Chirurgien de la
feue Reine, &c.
-
-
| 144 MERCURE DE FRANCE.
ſource (le Livre des obſervations de Meri
ſur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abſurdités & fauſſetés débitées juſ
qu'a ce jour, ſur la capacité du Frère
Jacques , & ſur la nature & l'exécution
de ſa nouvelle opération (c).
Dans le même temps Delaunai, Sa
viard, Dionis, &c. écrivirent auſſi con
tre le Frère Jacques & contre ſon opéra
tion : mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuiſé le ſujet, ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes in
ventions , en les ornant chacun ſuivant
ſon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieuſes. Tous ces Ecrits, joints
aux ſuccès étonnans du Frère Jacques,
& aux honneurs publics qu'on lui ren
doit alors en Hollande , fomentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques, que
Meri fit à M. le Premier Préſident en i 697, eſt
le premier & le ſeul Ecrit vrai qui ait été fait
ſur cette opération ; & le Traité des Obſervations
que Meri a publié en 17oo, ſur cette même opé
ration , après que l'envie l'eut ſubjugué, n'eſt
qu'un tiſſu de fauſſetés, de contradictions & d'ab
urdités. C'eſt le premier qui a été impri é, &
† tous ceux qui ont écrit depuis, ſur
'opération du Frère Jacques, ſans aucune excep
tion juſqu'à M. Bordenave lui-même , n'ont fait
ue répéter & commenter les mêmes fauſſetés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
-
J U I N. 1764.
I45 ·
l'envie au point qu'elle gagna, comme
, par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau,Médecin-Opé
rateur à Amſterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuiſable d'impoſtures de
toutes eſpèces; & c'eſt des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille, que la hardieſſe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que preſcrivent les Ecrits
périodiques, ne nous permettant pas de
pourſuivre plus loin cette Hiſtoire, nous
l'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteſtables à M. Borde
nave, malgré toutes ſes autorités, té
moins oculaires & authenticités, que le
Frère Jacques n'a jamais taillé ſur une
ſonde ſans crénelure, ni pratiqué le pe
tit appareil par le moyen de la feſſe, &
que les principales cauſes des impérities
qu'on lui a imputées en conſéquence ,
ſont d'une impoſſibilité abſolue.
146 MERCURE DE FRANCE.
A R T I C L E I I.
AssERTIoNs des fauſſes imputations
faites au Frère JAcQvES.
Dire que le Frère Jacques a décou
vert une méthode de tirer la pierre de la
veſſie plus facile & moins dangereuſe
que celle qu'ou pratiquoit, & cela ſans
connoître la topographie, l'anatomie ,
des parties ſujettes à ſon lithotome , ni
la cannelure de la ſonde, qui en eſt le
uide : autaut vaudroit-il avancer qu'un
§ a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles, des
routes abrégées & beaucoup moins pé
rilleuſes , † connoître la carte ni la
# (d). C'eſt cependant à de telles
abſurdités que l'envie eſt parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans ſes recherches,
fur la taille du Frère Jacques, en ré
ponſe à nos obſervations, » L'Hiſtoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé
» crite dans trop de Livres, par des Au
(d ) La cannelure eſt à la ſonde à tailler ce que
l'aimant eſt à la bouſſole ; il leur donne à l'une
& a l'autre, la propriété qu'elles ont, de con
duire & diriger les opérations.
J U I N. 1764.
147
» teurs non ſuſpects, inſtruits , la plû
» part témoins oculaires , pour paroître
» équivoque, & il faut être aveugle &
» de mauvaiſe foi pour ſe refuſer à la
» vérité.
-
» Malgré l'expoſition claire des faits
» les mieux circonſtanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art con
» temporains , ſeuls Juges compétens
» en cette matière , il a plù cependant à
» un Anonyme, ſe diſant Chirurgien de
» Province, de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de ſoixante ans ſur
» la taille de Frère Jacques ; d'accuſer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomiſtes de ſon temps; de leur
» imputer d'avoir publié des obſerva
» tions fauſſes contre ſa nouvelle ma
» nière de tirer le pierre , & d'avoir ſup
» poſé que la ſonde dont ce Frère ſe
» ſervoit pour tailler n'étoit point cré
» nelée pour retenir & conduire la poin
» te de ſon lithotome à la veſſie, &c.
» Mais il reſte à ſavoir ſur quelle auto
» rité l'Anonyme peut révoquer en
» doute les faits les plus conſtatés, dont
» il n'a pas été le témoin.....
» Quelle allégation d'ailleurs peut-on
» oppoſer aujourd'hui après
-
G j
plus de
-
148 MERCURE DE FRANCE.
» ſoixante-trois ans, contre l'Ouvrage
» de M. Meri, qui réunit en ſa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
» également recommandable par ſes
» lumières & par ſa probité, &c ... a
» laiſſé des obſervations lumineuſes,
» détaillées, exactes, ſans paſſion, dont
» il n'eſt jamais le ſeul témoin , mais
» qui ſont atteſtées toujours par la pré
» ſence d'un grand nombre des plus cé
» lébres Médecins & Chirurgiens.
» On peut même ajouter que l'Ou
» vrage de M. Meri eſt moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
» public. Ainſi comment peut-on dire
» après de pareilles preuves , que les
» obſervations des impérities de Frère
» Jacques ſont d'une impoſſibilité ab
» ſolue ?
» On va plus loin, on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou ſonde non-cannelée : mais
» M. Meri & ſes contemporains l'ont
» vu opérer ainſi. Ce n'eſt donc pas une
» ſuppoſition de ſa part.....
» C'eſt donc manquer à la vérité ſans
» aucun fondement, & uniquement par
» paſſion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
» jamais taillé avec un cathéter,ou ſonde
:' non-cannelée &c...
Q U E S.
J U I N. 1764.
I49
» Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonymº
» provincial dans ſes aſſertions.Cet9º
» vrage obſcur, produit dans les téné
» bres, dicté par la paſſion, paroît uni
» quement fait pour décrier des Chirur*
» giens recommandables , & déſigner
» un ſucceſſeur au Frère Jacques ;.j'a-
» bandonne au temps la cauſe actuelle ;
» la poſtérité ſeule peut la juger. Mºis
» j'ai cru devoir à la mémoire de M
» Meri les recherches qui ont été Prº
» poſées, & qui prouvent inconteſtable
» ment la vérité & l'utilité de ſon Ou
» vrage, contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppoſer &c.
A R T I C L E I I I.
D E l'impoſſibilité démontrée des im
p
-
-
putations faites au FR E R E JA c
Nos autorités, C'eſt la démonſtration,
contre laquelle le nombre des années ,
ni le nombre des hommes, avec tous
leurs titres, talens, & probité apparente ,
ne peuvent abſolument rien. Il n'eſt
pas toujours indiſpenſable, comme le
ſuppoſe M. Bordenave, d'avoir été pré
ſent à la fabrication des faits controu
G iij
15o MERCURE DE FRANCE.
vés, pour les nier. Il ſuffit qu'ils ayent
été aſſez mal concertés ou mal com
binés, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauſſeté, ou l'impoſſi
bilité ; & les imputations faites au Frère
Jacques, pour lui ravir l'honneur de
ſa découverte, ſont abſolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave, contre le Frère Jacques,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eſt pas une ſeule, dont on ne puiſſe
malgré tous ſes témoins oculaires , &
toutes ſes authentiques autorités, dé
montrer la fauſſeté. Les aveux du Frère
Jacques même ſur les défauts de cannelure
de ſa ſonde, s'il en étoit de bien conſta
tés, ne pourroient être que des aveux
ſurpris ou forcés; parce qu'il n'étoit pas
plus dans ſon pouvoir, qu'à tout autre,
d'éxecuter des choſes abſolument im
poſſibles.
'
-
-
Pour trancher court ſur les diſcuſ
ſion , éviter les queſtions incidentes ,
& tout ſubterfuge , & ſaper par les
fondemens le ſpécieux de toutes les preu
ves alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques, & par
ticulièrement contre la cannelure de ſa
ſonde ; nous lui propoſons le défi, de ré
pondre démonſtrativement , ſans équi
· J U I N. 1764.
-
1 51
voque ni ambiguité, aux propoſitions
uIVa f)teS, ,
,
-
PREMIÉRE PRoPosITrow.
Le grand appareil eſt il praticable,ſur
la convéxité de la courbure d'une ſonde
folide rempliſſant l'urétre , exactement
ronde , & ſans cannelure ou rainure ,
pour l'inciſion, & l'introduction ſucceſſive
| des différents inſtruments , propres à
forcer & dilater ce canal juſqu'à la veſſie,
pour en extraire la pierre ?
R E M A R Q U E s.
Le grand apareil de Romanis, que
le Frère Jacques avoit pratiqué, & ré
uni avec le petit appareil de Celſe, des
anciens , dans ſa nouvelle opération ,
conſiſte à ouvrir par une inciſion per
pendiculaire au haut du périné l'urétre, à
quatre travers de doigt, ou environ en
deça du corps de la veffie,ſur la convéxité
d'une groſſe ſonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce ca
nal , pour en faciliter l'introduction
pardeſſous l'arcade du pubis dans la
veſſie , (e) & crenelée, ſur la convéxi
· (e) Le Frère Jacques ſe ſervoit de ſondes plus
greſſes que les ſondes ordinaires, pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde ſans en altérer
la force, Elles étoient auſſi plus recourbées pour
-
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de ſa grande courbure pour l'inſinua$
tion, & introduction forcée & †À
ſive, des différens inſtrumens pour di
later le canal de l'urétre juſqu'à la veſſie,
& en extraire la pierre; ce qui ne pour
roit certainement pas avoir lieu ſur
une ſonde ſans cannelure.
Une ſonde ſolide exactement ronde &
ſans rainure, rempliſſant le canal de
l'urétre, comme la ſupoſe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'au
cun autre inſtrument dans la veſſie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il ſuit
† la Canellure ou rainure de la ſon
e , eſt d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grandappareil;donc
le Frère Jacques connoiſſoit la crenelu
re, de la ſonde à tailler, avant d'aller
à Paris; puiſque de l'aveu des hiſtoriens,.
& de Meri même, il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans ſa nouvelle
opération.
Meri dit page 64, de ſes obſerva
tions ſur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peut
amener & préſenter le bas du canal de l'urétre
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu
reté de ſon opération.
(f) Obſervations de Meri, page 17.
J U I N. 1764.
I 53
» être ſoupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il ſçait touchant le petit
» appareil; & qu'il y a ajouté la prati
» que du grand appareil» &c. Meri con
vient donc, non ſeulement,que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand ap
pareil, où la cannelure de la ſonde eſt
indiſpenſable, mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil, dans ſa
nouvelle opération; & conſéquemment,
que la ſonde cannelée du grand ap
pareil entroit indiſpenſablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réu
nies , dans une ſeule & même opéra
tion , qui conſtitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opé
ration étoit de ſa nature auſſi impratica
ble que le grand appareil ſans la cre
nelure de la ſonde.
s
-
Le reſte au Mercure prochain.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province, Auteur des Observations
sur l'origine & sur les progrès
de la Taille, appellée Méthode de
RAU, &c, insérées dans les Mercures
des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENAVE, Chirurgien
Professeur à S. Cosme, de
l'Académie Royale de Chirurgie, &c,
insérées dans le Mercure d'Octobre II.
vol, & Novembre 1763.
ARTICLE PREMIER.
PRÉCIS historique de l'usurpation de
la découverte du FRERE JACQUES.
Les Amateurs de la vérité ne ſeront
138 MERCURE DE FRANCE.
pas peu ſurpris d'apprendre que les re
cherches de M. Bordenave ont pour ob
jet d'obſcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant ren
du la taille du périné méthodique, par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreſſantes pour
l'humanité, il ſoit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plûpart des Chirurgiens, & ſur-tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François, Chirurgien par goût & par
' éducation, & entiérement dévoué au
· bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille, par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières ſi imparfaites d'ex
traire la pierre de la veſſie, pratiquées
ſéparément; reconnut par l'Anatomie
& par l'obſervation, qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniſſant en
ſemble, dans une ſeule & mème opé
J'ſltlO/1.
Convaincu par dix années d'expé
, rience, de la bonté & ſupériorité de ſa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
J U I N. 1764.
-
| 139
veſſie, & enfin après avoir taillé en dif
férentes Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ,
tant par les anciennes que par ſa nou
velle opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre,
en préſence des Medecins, des Chirur,
giens & des Magiſtrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
· ſon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris, pour mon
trer aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour ſa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
comme plus facile, plus ſûre & beau
coup moins dangéreuſe que celle qu'on
prat1quoIt.
-
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité , enleva d'abord les
ſuffrages : tous les Medecins & les Chi
rurgiens furent ſurpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opéra
tions meurtrières ſéparément , le petit &
le grand appareil, il en réſultoit la taille
· la plus avantageuſe poſſible. Convain
cus en outre par les épreuves, & par les
ſuccès dont ils furent témoins, ils en
firent publiquement, & au Roi & à la
Famille Royale, les plus grands éloges,
en annonçant le Frère Jacques comme
14o MERCURE DE FRANCE.
un homme envoyé de Dieu pour ſoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre ,
par une méthode plus aiſée & moins
dangereuſe que celle qu'on pratiquoit ,
C»
-
M. Meri , Chirurgien de S. Coſme,
Major de l'Hôtel-Dieu, Membre de l'A-
cadémie Royale des Sciences, &c. fut
chargé conjointement avec
pluſieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préſident de Harlai, de
l'éxamen de cette nouvelle opération.
Meri fit en préſence deſdits Médecins &
Chirurgiens, d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même, ſur le ca
davre d'un homme, la deſcription ana
tomique exacte, du trajet de ſon inci
ſion , avec un rapport circonſtancié ,
ſans altération (a), des grands avantages
& de la ſupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
ſur l'ancienne, le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiſſant pas mieux,
( a ) Ce rapport fut altéré dans la ſuite par
des additions démonſtrativement machinées &
ajoutées après coup, auſſi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'eſt ainſi que
Méri les a tranſmis dans ſes obſervations, qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
· & ſon opération-
-
l
J U I N. 1764.
I4 1
& il donna le ſurlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier-Préſident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux ſurpris au premier mouve
ment de leur cœur : l'envie ſuccéda à
l'admiration ; & comme cette décou
verte étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie, quoique grand Chirur
gien dans le fond, il ne fut plus queſ
tion que des moyens de ſe dédire, ſous
prétexte d'éxamen inſuffiſant & d'expé
rience contraire, & d'altérer & décom
poſer cette opération, pour en faire
naitre des inconvéniens , & expoſer ſon
auteur le Frère Jacques, ſous un point
de vue d'ignorance craſſe , pour s'ap
proprier enſuite ſous prétexte d'inſtruc
tions & de corrections, l'honneur de ſa
découverte.
-
-
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pefec
tion, auquel ſes raviſſeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter ,
ils et rent
recours à l'invention. .. ... & comme
l'anatomie & la ſonde crénelée ſont au
lithotomiſte ce que la carte & la bouſſole
ſont au Pilote , & que leur en ôter la
connoiſſance , c'eſt en faire des igno
trans qui n'ont que la témérité pour
i42 MERCURE DE FRANCE.
guide & le haſard pour ſuccès, & ſur lè
compte deſquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poſſibles ; les
Chirurgiens de S. Coſme, particuliére
ment ceux qui pratiquoient la lithoto
mie, Meri, Delaunai , Saviard, Maré
chal, Dionis , &c. inventerent & pu
blierent que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiſſance des parties ſur leſ
quelles il opéroit, point d'aºatomie ,
& que la ſonde ſeule dont il ſe ſervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de ſon biſ
touri lithotome à la veſſie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques inciſoit dans ſa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feſſe, & qu'il prati
quoit encore de même le petit appa
reil, en coupant de bas en haut tout ce
ui ſe rencontroit de parties, depuis la
tubéroſité de l'iſchion, où il commençoit
l'inciſion , juſqu'à la pierre, &c. & ils
| firent naître de cet ordre renverſé des
impérities de toute eſpéce, & même au
delà de toute poſſibilité.
-
Enfin Meri fit une collection de tou
tes ces inventions controuvées, qu'il pu
blia en I7oo (b) comme autant de rap
( b ) Obſervations ſur la manière de tailler
Pour l'extraction de la pierre pratiquée par Frére
| J U I N. 1764.
-
143
ports & d'obſervations conſtatées, faites
par l'ordre de M. le Premier Préſident,
ſur les épreuves & ſur les opérations du
Frère Jacques. Il eſt vrai que Meri y a
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiſ
trat, mais avec des additions relatives
aux fauſſetés inventées depuis, & dé
monſtrativement ajoutées à ce premier
rapport, pour juſtifier ſes contradictions,
& autoriſer ſes fauſſes obſervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens, particuliérement à cauſe
du défaut, ſuppoſé, de crénelure de la
ſonde, & c'eſt ce qui en a le plus impo
ſé. Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots, mais il me
paroît, Monſeigneur, que Frère Jacques
pourroit, & c. page 23.
Meri termine ſes fauſſes obſervations
en indiquant de créneller la ſonde pour
ſûreté de l'inciſion, & de borner l'inciſion
à l'uretre excluſivement au col & au
corps de la veſſie, pour éviter, dit-il,
la fiſtule & l incontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de diſſertations ſpécieu
ſes contre tout principe, & démenties
par l'expérience. C'eſt là l'origine & la
Jacques, &c. par Jean Meri, Chirurgien de la
feue Reine, &c.
-
-
| 144 MERCURE DE FRANCE.
ſource (le Livre des obſervations de Meri
ſur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abſurdités & fauſſetés débitées juſ
qu'a ce jour, ſur la capacité du Frère
Jacques , & ſur la nature & l'exécution
de ſa nouvelle opération (c).
Dans le même temps Delaunai, Sa
viard, Dionis, &c. écrivirent auſſi con
tre le Frère Jacques & contre ſon opéra
tion : mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuiſé le ſujet, ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes in
ventions , en les ornant chacun ſuivant
ſon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieuſes. Tous ces Ecrits, joints
aux ſuccès étonnans du Frère Jacques,
& aux honneurs publics qu'on lui ren
doit alors en Hollande , fomentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques, que
Meri fit à M. le Premier Préſident en i 697, eſt
le premier & le ſeul Ecrit vrai qui ait été fait
ſur cette opération ; & le Traité des Obſervations
que Meri a publié en 17oo, ſur cette même opé
ration , après que l'envie l'eut ſubjugué, n'eſt
qu'un tiſſu de fauſſetés, de contradictions & d'ab
urdités. C'eſt le premier qui a été impri é, &
† tous ceux qui ont écrit depuis, ſur
'opération du Frère Jacques, ſans aucune excep
tion juſqu'à M. Bordenave lui-même , n'ont fait
ue répéter & commenter les mêmes fauſſetés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
-
J U I N. 1764.
I45 ·
l'envie au point qu'elle gagna, comme
, par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau,Médecin-Opé
rateur à Amſterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuiſable d'impoſtures de
toutes eſpèces; & c'eſt des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille, que la hardieſſe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que preſcrivent les Ecrits
périodiques, ne nous permettant pas de
pourſuivre plus loin cette Hiſtoire, nous
l'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteſtables à M. Borde
nave, malgré toutes ſes autorités, té
moins oculaires & authenticités, que le
Frère Jacques n'a jamais taillé ſur une
ſonde ſans crénelure, ni pratiqué le pe
tit appareil par le moyen de la feſſe, &
que les principales cauſes des impérities
qu'on lui a imputées en conſéquence ,
ſont d'une impoſſibilité abſolue.
146 MERCURE DE FRANCE.
A R T I C L E I I.
AssERTIoNs des fauſſes imputations
faites au Frère JAcQvES.
Dire que le Frère Jacques a décou
vert une méthode de tirer la pierre de la
veſſie plus facile & moins dangereuſe
que celle qu'ou pratiquoit, & cela ſans
connoître la topographie, l'anatomie ,
des parties ſujettes à ſon lithotome , ni
la cannelure de la ſonde, qui en eſt le
uide : autaut vaudroit-il avancer qu'un
§ a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles, des
routes abrégées & beaucoup moins pé
rilleuſes , † connoître la carte ni la
# (d). C'eſt cependant à de telles
abſurdités que l'envie eſt parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans ſes recherches,
fur la taille du Frère Jacques, en ré
ponſe à nos obſervations, » L'Hiſtoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé
» crite dans trop de Livres, par des Au
(d ) La cannelure eſt à la ſonde à tailler ce que
l'aimant eſt à la bouſſole ; il leur donne à l'une
& a l'autre, la propriété qu'elles ont, de con
duire & diriger les opérations.
J U I N. 1764.
147
» teurs non ſuſpects, inſtruits , la plû
» part témoins oculaires , pour paroître
» équivoque, & il faut être aveugle &
» de mauvaiſe foi pour ſe refuſer à la
» vérité.
-
» Malgré l'expoſition claire des faits
» les mieux circonſtanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art con
» temporains , ſeuls Juges compétens
» en cette matière , il a plù cependant à
» un Anonyme, ſe diſant Chirurgien de
» Province, de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de ſoixante ans ſur
» la taille de Frère Jacques ; d'accuſer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomiſtes de ſon temps; de leur
» imputer d'avoir publié des obſerva
» tions fauſſes contre ſa nouvelle ma
» nière de tirer le pierre , & d'avoir ſup
» poſé que la ſonde dont ce Frère ſe
» ſervoit pour tailler n'étoit point cré
» nelée pour retenir & conduire la poin
» te de ſon lithotome à la veſſie, &c.
» Mais il reſte à ſavoir ſur quelle auto
» rité l'Anonyme peut révoquer en
» doute les faits les plus conſtatés, dont
» il n'a pas été le témoin.....
» Quelle allégation d'ailleurs peut-on
» oppoſer aujourd'hui après
-
G j
plus de
-
148 MERCURE DE FRANCE.
» ſoixante-trois ans, contre l'Ouvrage
» de M. Meri, qui réunit en ſa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
» également recommandable par ſes
» lumières & par ſa probité, &c ... a
» laiſſé des obſervations lumineuſes,
» détaillées, exactes, ſans paſſion, dont
» il n'eſt jamais le ſeul témoin , mais
» qui ſont atteſtées toujours par la pré
» ſence d'un grand nombre des plus cé
» lébres Médecins & Chirurgiens.
» On peut même ajouter que l'Ou
» vrage de M. Meri eſt moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
» public. Ainſi comment peut-on dire
» après de pareilles preuves , que les
» obſervations des impérities de Frère
» Jacques ſont d'une impoſſibilité ab
» ſolue ?
» On va plus loin, on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou ſonde non-cannelée : mais
» M. Meri & ſes contemporains l'ont
» vu opérer ainſi. Ce n'eſt donc pas une
» ſuppoſition de ſa part.....
» C'eſt donc manquer à la vérité ſans
» aucun fondement, & uniquement par
» paſſion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
» jamais taillé avec un cathéter,ou ſonde
:' non-cannelée &c...
Q U E S.
J U I N. 1764.
I49
» Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonymº
» provincial dans ſes aſſertions.Cet9º
» vrage obſcur, produit dans les téné
» bres, dicté par la paſſion, paroît uni
» quement fait pour décrier des Chirur*
» giens recommandables , & déſigner
» un ſucceſſeur au Frère Jacques ;.j'a-
» bandonne au temps la cauſe actuelle ;
» la poſtérité ſeule peut la juger. Mºis
» j'ai cru devoir à la mémoire de M
» Meri les recherches qui ont été Prº
» poſées, & qui prouvent inconteſtable
» ment la vérité & l'utilité de ſon Ou
» vrage, contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppoſer &c.
A R T I C L E I I I.
D E l'impoſſibilité démontrée des im
p
-
-
putations faites au FR E R E JA c
Nos autorités, C'eſt la démonſtration,
contre laquelle le nombre des années ,
ni le nombre des hommes, avec tous
leurs titres, talens, & probité apparente ,
ne peuvent abſolument rien. Il n'eſt
pas toujours indiſpenſable, comme le
ſuppoſe M. Bordenave, d'avoir été pré
ſent à la fabrication des faits controu
G iij
15o MERCURE DE FRANCE.
vés, pour les nier. Il ſuffit qu'ils ayent
été aſſez mal concertés ou mal com
binés, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauſſeté, ou l'impoſſi
bilité ; & les imputations faites au Frère
Jacques, pour lui ravir l'honneur de
ſa découverte, ſont abſolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave, contre le Frère Jacques,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eſt pas une ſeule, dont on ne puiſſe
malgré tous ſes témoins oculaires , &
toutes ſes authentiques autorités, dé
montrer la fauſſeté. Les aveux du Frère
Jacques même ſur les défauts de cannelure
de ſa ſonde, s'il en étoit de bien conſta
tés, ne pourroient être que des aveux
ſurpris ou forcés; parce qu'il n'étoit pas
plus dans ſon pouvoir, qu'à tout autre,
d'éxecuter des choſes abſolument im
poſſibles.
'
-
-
Pour trancher court ſur les diſcuſ
ſion , éviter les queſtions incidentes ,
& tout ſubterfuge , & ſaper par les
fondemens le ſpécieux de toutes les preu
ves alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques, & par
ticulièrement contre la cannelure de ſa
ſonde ; nous lui propoſons le défi, de ré
pondre démonſtrativement , ſans équi
· J U I N. 1764.
-
1 51
voque ni ambiguité, aux propoſitions
uIVa f)teS, ,
,
-
PREMIÉRE PRoPosITrow.
Le grand appareil eſt il praticable,ſur
la convéxité de la courbure d'une ſonde
folide rempliſſant l'urétre , exactement
ronde , & ſans cannelure ou rainure ,
pour l'inciſion, & l'introduction ſucceſſive
| des différents inſtruments , propres à
forcer & dilater ce canal juſqu'à la veſſie,
pour en extraire la pierre ?
R E M A R Q U E s.
Le grand apareil de Romanis, que
le Frère Jacques avoit pratiqué, & ré
uni avec le petit appareil de Celſe, des
anciens , dans ſa nouvelle opération ,
conſiſte à ouvrir par une inciſion per
pendiculaire au haut du périné l'urétre, à
quatre travers de doigt, ou environ en
deça du corps de la veffie,ſur la convéxité
d'une groſſe ſonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce ca
nal , pour en faciliter l'introduction
pardeſſous l'arcade du pubis dans la
veſſie , (e) & crenelée, ſur la convéxi
· (e) Le Frère Jacques ſe ſervoit de ſondes plus
greſſes que les ſondes ordinaires, pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde ſans en altérer
la force, Elles étoient auſſi plus recourbées pour
-
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de ſa grande courbure pour l'inſinua$
tion, & introduction forcée & †À
ſive, des différens inſtrumens pour di
later le canal de l'urétre juſqu'à la veſſie,
& en extraire la pierre; ce qui ne pour
roit certainement pas avoir lieu ſur
une ſonde ſans cannelure.
Une ſonde ſolide exactement ronde &
ſans rainure, rempliſſant le canal de
l'urétre, comme la ſupoſe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'au
cun autre inſtrument dans la veſſie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il ſuit
† la Canellure ou rainure de la ſon
e , eſt d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grandappareil;donc
le Frère Jacques connoiſſoit la crenelu
re, de la ſonde à tailler, avant d'aller
à Paris; puiſque de l'aveu des hiſtoriens,.
& de Meri même, il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans ſa nouvelle
opération.
Meri dit page 64, de ſes obſerva
tions ſur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peut
amener & préſenter le bas du canal de l'urétre
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu
reté de ſon opération.
(f) Obſervations de Meri, page 17.
J U I N. 1764.
I 53
» être ſoupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il ſçait touchant le petit
» appareil; & qu'il y a ajouté la prati
» que du grand appareil» &c. Meri con
vient donc, non ſeulement,que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand ap
pareil, où la cannelure de la ſonde eſt
indiſpenſable, mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil, dans ſa
nouvelle opération; & conſéquemment,
que la ſonde cannelée du grand ap
pareil entroit indiſpenſablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réu
nies , dans une ſeule & même opéra
tion , qui conſtitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opé
ration étoit de ſa nature auſſi impratica
ble que le grand appareil ſans la cre
nelure de la ſonde.
s
-
Le reſte au Mercure prochain.
Fermer
4225
CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
4226
p. 157-158
MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
Début :
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir bien insérer dans le Mercure prochain [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
MANUFACTURE DE GLACES.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir
bien insérer dans le Mercure prochain
la Lettre ci-jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreſſer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture, & que vous ſemblez
138 MERCURE DE FRANCE.
vous faire une loi de ne jamais obmet
tre d'annoncer ce qui peut être de quel
que utilité, j'oſe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous de
mande.
J'ai l'honneur d'être, &c.
BERNIERE.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir
bien insérer dans le Mercure prochain
la Lettre ci-jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreſſer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture, & que vous ſemblez
138 MERCURE DE FRANCE.
vous faire une loi de ne jamais obmet
tre d'annoncer ce qui peut être de quel
que utilité, j'oſe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous de
mande.
J'ai l'honneur d'être, &c.
BERNIERE.
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4227
p. 158-162
LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur
des Ponts & Chaussées, à M.
DELATOUR.
I L y a longtemps , Monſieur, que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces, ayant tou
jours un peu de couleur, altérent celles
que vous ſçavez employer ſi heureuſe
ment pour faire ces portraits admira
bles dont la vérité nous ſurprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation ſi juſtement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces.
de France ſont cependant les plus bel
les du monde, & il faut convenir que
ceux qui ſont à la tête de cette Manu
facture n'épargnent ni ſoins ni dépenſe
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'eſt un vice propre à la ſoude
-
J U I N. 1764.
15g
d'Eſpagne de produire un verre ſombre
& verdâtre, & c'eſt grand dommage
qu'on n'ait pu juſqu'à préſent em
ployer à la confection de nos glaces
françoiſes , les mêmes ou ſemblables
matières qui ſervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui ſe fait ſans ſoude
d'Eſpagne , & qu'on appelle ſur le
lieu Flint-Glaſſ Expreſſion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fuſil, parce que apparemment
c'eſt un caillou de cette eſpéce qui tient
lieu de ſable dans la compoſition de ce
| Verre.
· Cet inconvénient fait que vous re
cherchez les glaces les moins épaiſſes.
Mais ſi vous gagnez par là quelque
choſe du côté de la couleur de ces glaces,
vous perdez davantage du côté de leur
force, & vous avez à craindre que trop
minces & trop foibles, elles ne ſoient
fracaſſées au moindre choc, & que leurs
éclats ne détruiſent en un moment un
chef-d'œuvre ſouvent précieux à toute
une famille, précieux par lui-même, &
dont la perte eſt d'autant plus ſenſi
ble encore, qu'elle eſt irréparable.
J'ai vu d'autres Artiſtes ſe retourner du,
côté du verre appellé ici communément
verre de Boheme, mais qui ſe tire de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meſſin. Ce verre eſt beau & porte in
finiment peu de couleur ; mais les ſur
faces n'en étant pas droites , on y ap
perçoit une eſpéce d'ondulation dé
ſagréable & fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers ,
& ſouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me ſeroit-il permis de vous propoſer
quelques moyens quej'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penſe
que tout Citoyen ſe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la ſer
vir il ne peut être blâmable en cher
chant à remplir ce devoir; & que lorſ
qu'il n'a ni le talent ni l'occaſion de la
ſervir dans les grands objets, il doit
toujours ſe trouver très-flatté de l'aider
dans les petits. Je croi que vous m'ac
cordez cela ; en conſéquence voici ce
dont il s'agit.
· Vous connoiſſez ma manufacture de
glaces & verres courbés; vous ſçavez
qu'on
peut y rendre réguliérement
courbe une glace priſe droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auſſi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins. En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours, ſur un moule
N
J U I N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit, & par-là ceſſe d'avoir ces ondu
lations dont je viens de parler ;
il ac
quiert ces deux perfections ſans rien
erdre de ſa tranſparence & de ſon éclat;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait, &
ſans qu'aucune de ſes couleurs ſoit al
térée ou chargée.
Il eſt un ſecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres; c'eſt de
leur donner une courbure régulière, &
· je penſe que ce moyen ſeroit le meil
leur dans le cas dont il s'agit ; car com
me on ne veut pas que le paſtel touche
au verre qui le couvre, on eſt obligé de
donner beaucoup d'épaiſſeur à la bor
dure pour laiſſer entre le paſtel & le
verre une eſpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ;
il en réſulte que le tableau eſt
fort enfoncé , qu'il faut être prèſque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande ſaillie ſur le mur de l'appar
tement.
*
Sil'on employoit un verre bombé, la
bordure n'auroit des deux côtés que l'é-
paiſſeur ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait ſeroit vu comme un por
162 MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile ſans être enfoncé dans ſa
bordure ; & le verre qui ſeroit par
deſſus, étant bombé , en ſeroit infini
ment plus fort & plus capable de réſiſ
ter aux accidens. Il ſuffiroit de donner
8 à 1o lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paſtel.
Vous ſentez auſſi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin, en
cire , & en autres matières qu'on veut
préſerver des mouches, de la fumée,
& de la pouſſière.
:
J'ai l'honneur d'être &c.
Paris, ce 12 Mai 1764.
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eſt rue des Prouvaires , la pre
mière porte Cochere à gauche en entrant
par la rue Saint Honoré.
des Ponts & Chaussées, à M.
DELATOUR.
I L y a longtemps , Monſieur, que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces, ayant tou
jours un peu de couleur, altérent celles
que vous ſçavez employer ſi heureuſe
ment pour faire ces portraits admira
bles dont la vérité nous ſurprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation ſi juſtement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces.
de France ſont cependant les plus bel
les du monde, & il faut convenir que
ceux qui ſont à la tête de cette Manu
facture n'épargnent ni ſoins ni dépenſe
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'eſt un vice propre à la ſoude
-
J U I N. 1764.
15g
d'Eſpagne de produire un verre ſombre
& verdâtre, & c'eſt grand dommage
qu'on n'ait pu juſqu'à préſent em
ployer à la confection de nos glaces
françoiſes , les mêmes ou ſemblables
matières qui ſervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui ſe fait ſans ſoude
d'Eſpagne , & qu'on appelle ſur le
lieu Flint-Glaſſ Expreſſion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fuſil, parce que apparemment
c'eſt un caillou de cette eſpéce qui tient
lieu de ſable dans la compoſition de ce
| Verre.
· Cet inconvénient fait que vous re
cherchez les glaces les moins épaiſſes.
Mais ſi vous gagnez par là quelque
choſe du côté de la couleur de ces glaces,
vous perdez davantage du côté de leur
force, & vous avez à craindre que trop
minces & trop foibles, elles ne ſoient
fracaſſées au moindre choc, & que leurs
éclats ne détruiſent en un moment un
chef-d'œuvre ſouvent précieux à toute
une famille, précieux par lui-même, &
dont la perte eſt d'autant plus ſenſi
ble encore, qu'elle eſt irréparable.
J'ai vu d'autres Artiſtes ſe retourner du,
côté du verre appellé ici communément
verre de Boheme, mais qui ſe tire de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meſſin. Ce verre eſt beau & porte in
finiment peu de couleur ; mais les ſur
faces n'en étant pas droites , on y ap
perçoit une eſpéce d'ondulation dé
ſagréable & fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers ,
& ſouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me ſeroit-il permis de vous propoſer
quelques moyens quej'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penſe
que tout Citoyen ſe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la ſer
vir il ne peut être blâmable en cher
chant à remplir ce devoir; & que lorſ
qu'il n'a ni le talent ni l'occaſion de la
ſervir dans les grands objets, il doit
toujours ſe trouver très-flatté de l'aider
dans les petits. Je croi que vous m'ac
cordez cela ; en conſéquence voici ce
dont il s'agit.
· Vous connoiſſez ma manufacture de
glaces & verres courbés; vous ſçavez
qu'on
peut y rendre réguliérement
courbe une glace priſe droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auſſi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins. En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours, ſur un moule
N
J U I N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit, & par-là ceſſe d'avoir ces ondu
lations dont je viens de parler ;
il ac
quiert ces deux perfections ſans rien
erdre de ſa tranſparence & de ſon éclat;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait, &
ſans qu'aucune de ſes couleurs ſoit al
térée ou chargée.
Il eſt un ſecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres; c'eſt de
leur donner une courbure régulière, &
· je penſe que ce moyen ſeroit le meil
leur dans le cas dont il s'agit ; car com
me on ne veut pas que le paſtel touche
au verre qui le couvre, on eſt obligé de
donner beaucoup d'épaiſſeur à la bor
dure pour laiſſer entre le paſtel & le
verre une eſpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ;
il en réſulte que le tableau eſt
fort enfoncé , qu'il faut être prèſque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande ſaillie ſur le mur de l'appar
tement.
*
Sil'on employoit un verre bombé, la
bordure n'auroit des deux côtés que l'é-
paiſſeur ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait ſeroit vu comme un por
162 MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile ſans être enfoncé dans ſa
bordure ; & le verre qui ſeroit par
deſſus, étant bombé , en ſeroit infini
ment plus fort & plus capable de réſiſ
ter aux accidens. Il ſuffiroit de donner
8 à 1o lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paſtel.
Vous ſentez auſſi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin, en
cire , & en autres matières qu'on veut
préſerver des mouches, de la fumée,
& de la pouſſière.
:
J'ai l'honneur d'être &c.
Paris, ce 12 Mai 1764.
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eſt rue des Prouvaires , la pre
mière porte Cochere à gauche en entrant
par la rue Saint Honoré.
Fermer
4228
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le Mercure du mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
A P P R O B A T I O N.
J'a, lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le Mercure du mois de Juin 1764, & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'im
preſſion. A Paris, ce 5e Mai 1764
G U I R O Y,
J'a, lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le Mercure du mois de Juin 1764, & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'im
preſſion. A Paris, ce 5e Mai 1764
G U I R O Y,
Fermer
4229
p. 83
AUTRE.
Début :
Suivant le rang que l'on fait prendre [...]
Mots clefs :
Louis XV ou quinze louis
4230
p. 83-84
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ignore depuis quand l'on m'a mis en usage, [...]
Mots clefs :
Éventail
4232
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le premier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
A P P R O B A T I O N.
J'AI lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le premier volume du Mercure d · juillet
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puije en em
- pêcher l'impreſſion. A Paris, ce ;º !'ui , 3 .
G U l R C Y. .
J'AI lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le premier volume du Mercure d · juillet
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puije en em
- pêcher l'impreſſion. A Paris, ce ;º !'ui , 3 .
G U l R C Y. .
Fermer
4233
p. 196-200
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
J'espere, Monsieur, que dans la partie de votre Journal que vous réservez [...]
Mots clefs :
Lettre, Ouvrage, M. Turmeau, Maison des Turmea, Noblesse, Fortune, Médiocrité, Mariage, Famille, Énonciation, Vérité, Succession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE. *
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
La lettre datée du 24 mars 1764, adressée à l'auteur du Mercure, vise à rectifier des informations erronées concernant la famille de M. Turmeau de la Morandiere. L'auteur souhaite clarifier les origines et la noblesse de cette famille, souvent méconnues ou mal interprétées. La famille Turmeau porte le surnom de la Morandiere, issu d'un fief près de Romorantin. Elle est une ancienne famille noble, mentionnée dans le catalogue des familles nobles de Blois en 1682. Leur origine exacte est inconnue, mais il est probable qu'ils aient été appelés en Berry par Louise d'Angoulême au début du XVIe siècle. Un fait avéré est que Jean Brachet, précepteur de François Ier, a marié l'une de ses filles à un ancêtre de M. de la Morandiere, lui transmettant ainsi un fief. Malgré des périodes de pauvreté et d'oubli, les Turmeau ont maintenu leur noblesse et ont souvent renouvelé leurs alliances avec d'autres familles nobles par des mariages. M. de la Morandiere revendique ainsi des droits au Collège de Boily grâce à ces alliances. La lettre souligne que, bien que la famille soit modeste, elle n'a jamais exercé de professions méprisables. Les Turmeau ont traditionnellement été impliqués dans la magistrature ou le barreau, et ont fait de nombreuses alliances prestigieuses. La mère du père de M. de la Morandiere était Charlotte de Bafoges de Boismaitre, petite-fille de Marguerite de Castelnau, sœur du Marquis de Castelnau, ambassadeur en Angleterre. L'auteur critique les erreurs trouvées dans diverses généalogies, notamment celles de Bernier, du rédacteur du Collège de Boily, et de l'Abbé Te Laboureur. M. de la Morandiere a fourni des preuves pour corriger ces erreurs, démontrant ainsi la continuité de sa lignée et ses droits nobles. Enfin, la lettre mentionne que la famille Turmeau a souvent été alliée à des maisons illustres et que des gentilshommes ont pris des alliances dans cette famille. Elle conclut en exprimant l'intention de M. de la Morandiere de réexaminer une exclusion de succession dans la branche Montmorency.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4234
p. 200-204
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
Début :
J'ai lu, Monsieur, dans votre Mercure du mois de Juillet dernier, Article [...]
Mots clefs :
Mémoire, Histoire de France, Anecdotes, Ouvrage, Historiens, Bibliothèque, Saint-Esprit, Ordres, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
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Résumé : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
M. de La Dixmerie écrit à M. de La Place au sujet d'une brochure de M. Lefèvre intitulée 'Mémoire pour servir à l'histoire de France du quatorzième siècle'. Cette brochure traite des Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit, institué à Naples en 1352 par Louis Ier, Roi de Jérusalem, de Naples et de Sicile, et renouvelé en 1579 par Henri III. La brochure ne contient aucune autre information sur l'Ordre du Saint-Esprit, sauf la mention de son renouvellement par Henri III. M. de La Dixmerie compare cette brochure à un ouvrage de M. de Saintfoix publié en 1758. Saintfoix relate que Louis d'Anjou a institué l'Ordre du Saint-Esprit en 1352, mais que les troubles de son règne ont empêché sa pérennité. Henri III a redécouvert cet ordre grâce à un titre original trouvé par un noble vénitien et a décidé de le renouveler. Saintfoix souligne que les Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit de Naples sont identiques à ceux de l'Ordre de l'Étoile, institué en 1351 par le Roi Jean. Il note également des similitudes avec les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI. Saintfoix conclut que Henri III a probablement repris les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel pour renouveler l'Ordre du Saint-Esprit. M. de La Dixmerie conclut que M. Lefèvre a raison de mentionner dans le titre de sa brochure que Henri III a renouvelé l'Ordre du Saint-Esprit de Naples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4235
p. 204-205
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur un événement intéressant.
Début :
Quoique les Gazettes étrangères, Monsieur, aient déjà fait mention d'un [...]
Mots clefs :
Gazettes étrangères, Nation, Héroïsme, Général Betski, Flatteries, Admirable, Modestie , Noblesse, Femme extraordinaire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur un événement intéressant.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
fur un événement intéressant.
QUOIQUE les Gazettes étrangères ,
Monfieur , aient déja fait mention d'un
trait d'humanité admirable , je fuis cependant
chargé de vous adreffer les
deux lettres qui renferment , pour ainfi
dire , l'hiftoire de ce trait immortel.
Chaque Nation doit confacrer dans fes
papiers publics l'héroïfme du Sentiment
, & tout homme à qui ce dépôt
eft confié doit être ravi d'en faire ufage :
il eft doux de contribuer à perpétuer
ce qu'on admire ; il eft doux de penfer
qu'on s'affocie à l'Auteur d'une belle
action , en prévenant l'injuftice du
temps qui pourroit la faire oublier.
Que M. le Général Betski doit être
flatté de l'enthoufiafme de l'Inconnu
JUILLET. 1754. 205
qui lui écrit ! qu'une entreprife a déja
de fuccès , quand elle fait naître les
tranfports & la générofité ! Que l'Inconnu
furtout eft admirable par fon
procédé & par fa modeftie ! Heureux
Monfieur , heureux qui peut donner
avec tant de nobleffe , heureux qui peut
recevoir avec tant de gloire ! La fituation
de ces deux hommes ne peut être
comparée qu'au bonheur de chacun
d'eux.
Oferai -je mêler aux objets de ce tableau
une Souveraine magnanime , une
Femme extraordinaire ! Oui , fa place
eft parmi ceux dont elle anime l'âme &
le génie ; l'établiffement de l'illuftre Général
, le procédé du vertueux Anonyme
font nés de l'exemple de CATHERINE ,
& l'admiration fe tourne vers elle quand
la reconnoiffance parle pour eux ; mais
il eft mille chofes à dire d'elle , qu'on
lui doit quand on ofe en parler , &
qu'on eft obligé de lui laiffer ignorer
tant on fe fent peu capable & peu digne
de faire fon éloge : taifons - nous
donc , Monfieur , renfermons- nous dans
le plaifir de fentir , & fubftituons les
voeux aux louanges .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE BASTIDE,
fur un événement intéressant.
QUOIQUE les Gazettes étrangères ,
Monfieur , aient déja fait mention d'un
trait d'humanité admirable , je fuis cependant
chargé de vous adreffer les
deux lettres qui renferment , pour ainfi
dire , l'hiftoire de ce trait immortel.
Chaque Nation doit confacrer dans fes
papiers publics l'héroïfme du Sentiment
, & tout homme à qui ce dépôt
eft confié doit être ravi d'en faire ufage :
il eft doux de contribuer à perpétuer
ce qu'on admire ; il eft doux de penfer
qu'on s'affocie à l'Auteur d'une belle
action , en prévenant l'injuftice du
temps qui pourroit la faire oublier.
Que M. le Général Betski doit être
flatté de l'enthoufiafme de l'Inconnu
JUILLET. 1754. 205
qui lui écrit ! qu'une entreprife a déja
de fuccès , quand elle fait naître les
tranfports & la générofité ! Que l'Inconnu
furtout eft admirable par fon
procédé & par fa modeftie ! Heureux
Monfieur , heureux qui peut donner
avec tant de nobleffe , heureux qui peut
recevoir avec tant de gloire ! La fituation
de ces deux hommes ne peut être
comparée qu'au bonheur de chacun
d'eux.
Oferai -je mêler aux objets de ce tableau
une Souveraine magnanime , une
Femme extraordinaire ! Oui , fa place
eft parmi ceux dont elle anime l'âme &
le génie ; l'établiffement de l'illuftre Général
, le procédé du vertueux Anonyme
font nés de l'exemple de CATHERINE ,
& l'admiration fe tourne vers elle quand
la reconnoiffance parle pour eux ; mais
il eft mille chofes à dire d'elle , qu'on
lui doit quand on ofe en parler , &
qu'on eft obligé de lui laiffer ignorer
tant on fe fent peu capable & peu digne
de faire fon éloge : taifons - nous
donc , Monfieur , renfermons- nous dans
le plaifir de fentir , & fubftituons les
voeux aux louanges .
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE BASTIDE,
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur un événement intéressant.
La lettre à M. de La Place relate un acte de générosité et d'humanité remarquable. L'auteur mentionne que des gazettes étrangères ont déjà parlé de cet acte et qu'il est chargé de transmettre deux lettres détaillant cet événement. Il souligne l'importance de célébrer l'héroïsme et les sentiments nobles dans les publications publiques. L'auteur exprime sa satisfaction de contribuer à perpétuer de telles actions et de prévenir l'oubli. Il admire particulièrement le général Betski et un inconnu qui lui a écrit en juillet 1754, soulignant leur enthousiasme et leur générosité. Il loue la modestie et la noblesse de l'inconnu, ainsi que la réussite de son entreprise. La lettre compare la situation des deux hommes à leur bonheur mutuel. L'auteur mentionne également une souveraine magnanime et une femme extraordinaire, Catherine, dont l'exemple a inspiré le général Betski et l'anonyme vertueux. Il exprime son admiration et sa reconnaissance envers Catherine, tout en se sentant indigne de faire son éloge. Il conclut en exprimant ses vœux plutôt que des louanges et signe la lettre 'De Bastide'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4236
p. 206-209
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Début :
Monsieur, N'ayant nullement l'avantage de vous être connu, je n'aurois pas pris [...]
Mots clefs :
Russie, Impératrice, Maison d'enfants, Joie, Établissement, Souverain, Honneur, Humanité, Patrie, Louanges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
LETTRE d'un Anonyme à M. le Général
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
BETSKI¸ à Pétersbourg,
MONSIEUR,
N'ayant nullement l'avantage de vous
être connu , je n'aurois pas pris la liberté
de vous écrire , fi les devoirs de
l'humanité ne m'y euffent porté.Je viens
d'apprendre d'un Ami , qui connoît la
Ruffie pour y avoir été longtemps &
qui y a encore quelques correfpondances
, que fous les aufpices de l'Impératrice
, vous veniez de fonder à
Mofcou une Maifon d'Enfans trouvés
& d'Orphelins où l'on reçoit indiftin &tement
tous ceux qu'on y porte. Mon ami
écrivit d'abord pour qu'on lui envoyât les
Statuts & le Plan de cet établiſſement; on
Jui répondit , qu'ils n'étoient imprimés
qu'en Ruffe & en Allemand & on ne
nous en envoya qu'un Extrait en françois.
Si j'ai quelques qualités , ce font
celles d'un coeur tendre & humain ; auffi
les larmes d'attendriffement & de joie me
coulérent- elles des yeux , quand je lus
que , lorfque vous eûtes propofé votre
JUILLET. 1764. 207-
" projet à l'Impératrice cette Augufte
Princeffe donna d'abord cinq cens
mille livres pour ce bâtiment & def- ·
tina 25000 liv par an , de fa caiffe &
Monfeigneur le Grand Duc 100000 I.
pour l'entretien de cette maifon ; que
vos compatriotes y contribuerent tous
par des donnations annuelles , & qu'ainfi
c'eft un des établiffemens les mieux
fondés de l'Europe. Par l'Extrait qu'on
nous a donné , j'ai vu que vous aviez
choifi ce qu'il y avoit de mieux dans la
plupart des établiffemens publics &
que vous aviez adapté ce que vous en
avez pris , au Gouvernement, aux moeurs *
& au climat de votre Païs .
Quand un Souverain contribue par
l'éxemple & la générofité à la fondation
de pareils établiffemens , qui font
d'autant plus d'honneur à l'humanité
qu'ils font faits pour fecourir cette partie
du genre humain , la plus digne de
notre tendreffe & de notre compaffion ;
quand le projet en eft fait & mis en
exécution par un Citcien tel que vous ,
Monfieur , les Statues d'Airain font fuperflues.
Le nom de CATHERINE reftera
gravé , de génération en génération,
dans les coeurs de tant de milliers d'hom
208 MERCURE DE FRANCE.
"
mes qu'en arrachant à la mort.ou
du moins à la mifére la plus affreuſe
on y élévera en hommes libres & en
Citoiens & des fiécles ne pourront vous
effacer de leur mémoire.
Ma Patrie étant partout où il y a des
hommes , permettez - moi , Monfieur ,
de partager avec vos compatriotes l'honneur
de contribuer , felon mes facultés
, à un établiffement auffi louable.
M. Clifford vous enverra une lettre
de change de too ducats , ayez la bonté
de mettre cette petite fomme dans
la caiffe . Je cache mon nom , parce que
fi je vous étois connu peut-être ne
jouirois je plus de la fatisfaction- intérieure
que me procure l'action que je
fais .
Les commencemens de toutes les entreprifes
, quelqu'utiles & louables qu'elles
foient font pénibles. On trouve
toujours des obftacles à furmonter
bien des chofes que l'on avoit cru bonnes
à corriger , d'autres à rectifier. Ne
vous découragez pas , Monfieur ; il faut
mener à fa perfection le bel ouvrage
que vous avez commencé. Je vous crois
trop vertueux pour vous laiffer éffrayer
par des difficultés & refter en un fi beau
JUILLET. 1764. 209
chemin. Je fuis avec l'attachement &
le refpect que j'ai pour ceux qui ont
de la vertu & de l'humanité .
Monfieur ,
Votre & c . PHILANTROPE ,
ce 2 Avril 1764.
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Résumé : LETTRE d'un Anonyme à M. le Général BETSKI, à Petersbourg.
Un auteur anonyme écrit au Général Betski à Pétersbourg pour exprimer son admiration et son soutien à la création d'une Maison des Enfants trouvés et des Orphelins à Moscou, initiée par l'Impératrice Catherine II. L'auteur a appris cette initiative par un ami ayant des correspondances en Russie. L'Impératrice a financé le projet avec une somme initiale de cinq cent mille livres et une allocation annuelle de vingt-cinq mille livres, tandis que le Grand Duc a contribué cent mille livres. Les compatriotes de Betski ont également apporté des donations annuelles, rendant cet établissement l'un des mieux fondés en Europe. L'auteur souligne que Betski a adapté les meilleures pratiques des établissements publics au gouvernement, aux mœurs et au climat de la Russie. Il exprime sa joie et son admiration pour cette initiative humanitaire et offre une contribution financière via M. Clifford. L'auteur encourage Betski à persévérer malgré les obstacles et les difficultés inévitables dans les débuts de telles entreprises. La lettre se conclut par des vœux de succès et de reconnaissance pour l'œuvre entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4237
p. 209-212
RÉPONSE à l'ANONYME.
Début :
Monsieur, Que la nouvelle d'un Etablissement fait à Moscou [...]
Mots clefs :
Établissement, Moscou, Orphelins, Générosité, Honneur, Auguste souveraine, Écoles, Admiration, Estime
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à l'ANONYME.
REPONSE à l'ANONYME.
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
MONSIEUR ,
Que la nouvelle d'un Etabliffement
fait à Mofcou en faveur des Enfans
trouvés & des Orphelins de cet Empire
vous ait caufé un attendriffement fi
doux & fi agréable , je n'en fuis nullement
furpris ; un coeur fenfible & vertueux
voit- il rien de plus intéreffant
que ce qui eft utile à l'humanité ? Vous
le prouvez , Monfieur , d'une manière
bien honorable pour elle par votre conduite
généreufe. Les tranfports qu'elle a
fait naître dans mon âme n'ont été
modérés que par le regret de ne pas
en connoître l'Auteur. Je fuis forcé de
refpecter le motif qui vous porte à le
cacher ; mais fi par vorre vertu vous
210 MERCURE DE FRANCE.
facrifiez le tribut d'eftime & de reconnoiffance
qui vous eft dû , je ne crois
pas devoir enfevelir dans le filencer
l'exemple unique que vous donnez au
Genre humain .
En lifant les papiers publics , vous
jouirez donc , Monfieur , du plaifir d'a-'
voir fait du bien à vos femblables &
de les inftruire , & ce plaifir fera d'autant
plus vif , que les précautions de la
modeftie l'auront confervé dans toute
fa pureté ; il augmentera fans doute
lorfque vous verrez que notre augufte
Souveraine s'occupe fans ceffe de nouveaux
projets analogues au premier . Elle
vient de fonder une Communauté où
deux cent jeunes Demoifelles Nobles
recevront une éducation convenable à
leur naiffance & au rang qu'elles dorvent
occuper dans le monde . L'ouver
türe folemnelle s'en fera le 28 de Juin
de cette année . Depuis quelques femainês
fes ordres ont mis la dernière main
à l'Etabliffement d'une Académie de
jeunes Artiſtes. Dans les réglemens qui
feront imprimés vous admirerez les
précautions que Sa Majefté fçait prendre
pour conferver les moeurs de ces
jeunes gens , & rendre par ce moyen ,
JUILLET. 1764. 21r
leurs talens auffi utiles à la patrie qu'à
eux- mêmes. Bientôt des Ecoles publiques
feront établies , & des afyles pour
les infirmités humaines feront ouverts
dans toutes les Provinces & Gouvernemens
de l'Empire . En lifant ces nouvelles
, ne vous écrierez-vous pas , Monfieur
, avec un des grands Sçavans de
l'Antiquité , que la réunion du pouvoir
& de la volonté de faire le bien
eft le plus beau fpectacle que les Dieux
puiffent donner aux hommes ? Nous
chériffons la mémoire d'un Empereur
Romain , qui fe plaignoit d'avoir paffé
un jour fans faire un heureux ; quelle
ne doit pas être notre tendre admiration
pour une Souveraine qui dans un
moment affure le bonheur de plufieurs
générations !
Je fçai , Monfieur , que tous les com
mencemens font pénibles ; mais l'exemple
eft , fi je puis m'exprimer ainſi , à
notre tête. Son application , fon travail
, fes lumières conduiront toutes ces
entrepriſes à leur perfection . Pour moi,
Monfieur , je ne fçaurois y contribuer
que par mon zéle ; c'eſt par là feulement
que je puis mériter ce que vous
me dites d'obligeant , & plus encore
212 MERCURE DE FRANCE.
par mon eftime profonde pour des Perfonnes
de votre caractère , & mon défir
fincère de voir tous les hommes vous
reflembler. Je fuis pour la vie ,
MONSIEUR ,
Le zélé admirateur de vos rares vertus.
B ***
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Résumé : RÉPONSE à l'ANONYME.
L'auteur répond à un anonyme ayant informé de la création à Moscou d'un établissement pour les enfants trouvés et les orphelins. Il exprime son admiration pour cette initiative et regrette de ne pas connaître l'auteur de cette nouvelle. Il respecte le désir de l'anonyme de rester caché mais souligne l'importance de reconnaître les actions vertueuses. L'auteur mentionne plusieurs projets humanitaires et éducatifs initiés par la souveraine, tels que la fondation d'une communauté pour jeunes filles nobles, la création d'une académie pour jeunes artistes, et l'établissement d'écoles publiques et d'asiles pour les infirmes dans toutes les provinces de l'empire. Il conclut en exprimant son zèle et son admiration pour les vertus de l'anonyme et son désir de voir plus d'hommes suivre son exemple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4238
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le second volume du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice- Chan- ΑΙ
celier , le fecond volume du Mercure de Juiller
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 15 Juillet 1764,
GUIROY.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice- Chan- ΑΙ
celier , le fecond volume du Mercure de Juiller
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 15 Juillet 1764,
GUIROY.
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4239
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le Mercure du mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Monseigneur le Vice-Chan
celier , le Mercure du mois d'Août, 1764 , & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 31 Juillet 1764. GUIR OΥ.
J'AI lu , par ordre de Monseigneur le Vice-Chan
celier , le Mercure du mois d'Août, 1764 , & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 31 Juillet 1764. GUIR OΥ.
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4241
p. 101-102
AUTRE.
Début :
Je suis né prisonnier, petit & misérable : [...]
Mots clefs :
Pépin de pomme
4243
p. 218
« Lû & approuvé, ce 31 Août 1764. GUIROY. [...] »
Début :
Lû & approuvé, ce 31 Août 1764. GUIROY. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Lû & approuvé, ce 31 Août 1764. GUIROY. [...] »
Lû & approuvé , ce 31 Août 1764.GUIROY.
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4244
p. 99
ENIGME.
Début :
Dans un lieu ténébreux je reçois la naissance. [...]
Mots clefs :
Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
ANS un lieu ténébreux je reçois la naiſſance.
J'en fors pour parcourir mille petits détours ,
Et viens à chaque inſtant recevoir ma puiſſance
Où commença mon cours.
C'eſt à mes droits qu'eft dû l'augufte Diadême
J'en ceins le front des Rois , malgré les envieux
J'accrois à tout moment & je décrois de même .
Devine fi tu peux.
Par M. LAGAC HE
fils à Am.
ANS un lieu ténébreux je reçois la naiſſance.
J'en fors pour parcourir mille petits détours ,
Et viens à chaque inſtant recevoir ma puiſſance
Où commença mon cours.
C'eſt à mes droits qu'eft dû l'augufte Diadême
J'en ceins le front des Rois , malgré les envieux
J'accrois à tout moment & je décrois de même .
Devine fi tu peux.
Par M. LAGAC HE
fils à Am.
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4245
p. 99-100
AUTRE.
Début :
Je suis long, je suis rond, je suis mou, je suis dur : [...]
Mots clefs :
Cartouche d'une fusée volante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Jz fuis long , je fuis rond , je fuis mou , je fuis J.
dur :
Je m'en vais expliquer , pour n'être point obſcur.
Souvent je plais aux yeux ; enfant de la Victoire ,
Je célébre les faits d'un Roi couvert de gloire.
Mais quel que foit le fort qui finiffe mes jours ,
Il me femble bien doux ; il termine le cours
Des momens malheureux que j'éprouve en ce
monde.
Pour me donner une figure ronde ,
D'un bois dur & poli je fuis l'impreffion.
E ij
335325
100 MERCURE
DE FRANCE .
On me preſſe
priſon ;
on me bat , on me met en
On m'étrangle , on me pend , on m'empale ,
on me brule ;
Et ce qui doit paroître encore plus ridicule ,
Cette affemblage affreux de maux & de tourmens
Fait feul toute ma gloire & rous mes agrémens,
Par P. M. B. L. Ecolier en Rhétorique au
Collège du Pléffis.
Jz fuis long , je fuis rond , je fuis mou , je fuis J.
dur :
Je m'en vais expliquer , pour n'être point obſcur.
Souvent je plais aux yeux ; enfant de la Victoire ,
Je célébre les faits d'un Roi couvert de gloire.
Mais quel que foit le fort qui finiffe mes jours ,
Il me femble bien doux ; il termine le cours
Des momens malheureux que j'éprouve en ce
monde.
Pour me donner une figure ronde ,
D'un bois dur & poli je fuis l'impreffion.
E ij
335325
100 MERCURE
DE FRANCE .
On me preſſe
priſon ;
on me bat , on me met en
On m'étrangle , on me pend , on m'empale ,
on me brule ;
Et ce qui doit paroître encore plus ridicule ,
Cette affemblage affreux de maux & de tourmens
Fait feul toute ma gloire & rous mes agrémens,
Par P. M. B. L. Ecolier en Rhétorique au
Collège du Pléffis.
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4246
p. 100-101
LOGOGRYPHE. A Philis, qui en avoit demandé un à l'Auteur.
Début :
D'un superbe animal, à contenir la tête [...]
Mots clefs :
Martingale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A Philis, qui en avoit demandé un à l'Auteur.
LOGO
GRYPH
E.
A PHILIS , qui en avoit demandé un
à l'Auteur.
D'UN fuperbe animal , à contenir la tête
Je fers pour l'ordinaire , & je puis de pompons
Etre embelli les jours de Fête.
Dix Lettres font mon Etre & mes différens noms,
On trouve en moi deux Maladies
Qu'on peut nommer , Epidémies.
Le chien , cet animal fi doux
Peut les donner , dormant fur vos genoux s
De moi le Géomètre apprend à faire uſage ;
Je renferme deux noms d'Oiſeau ,
Er celui de leur chant fi gêné dans la cage s
SEPTEMBRE . 1764. 101
D'une charmante main , je conſerve la peau ;
Un Poëte me trouve avec affez de peine .
Je forme encor l'indiffoluble chaîne ,
Et le nom de celui qui , ceffant d'être amant ,
S'érige en maître trop fouvent ;
Je fuis de toute créature
La première nourriture ;
Une chofe commune au temps comme à l'amour ;
Ce que dans un Miroir on voit d'après nature.
Je pourrois combiner juſqu'à la fin du jour :
Mais , Philis , ceci peut fuffire
A prouver fur moi votre empire.
Par un Anonyme.
GRYPH
E.
A PHILIS , qui en avoit demandé un
à l'Auteur.
D'UN fuperbe animal , à contenir la tête
Je fers pour l'ordinaire , & je puis de pompons
Etre embelli les jours de Fête.
Dix Lettres font mon Etre & mes différens noms,
On trouve en moi deux Maladies
Qu'on peut nommer , Epidémies.
Le chien , cet animal fi doux
Peut les donner , dormant fur vos genoux s
De moi le Géomètre apprend à faire uſage ;
Je renferme deux noms d'Oiſeau ,
Er celui de leur chant fi gêné dans la cage s
SEPTEMBRE . 1764. 101
D'une charmante main , je conſerve la peau ;
Un Poëte me trouve avec affez de peine .
Je forme encor l'indiffoluble chaîne ,
Et le nom de celui qui , ceffant d'être amant ,
S'érige en maître trop fouvent ;
Je fuis de toute créature
La première nourriture ;
Une chofe commune au temps comme à l'amour ;
Ce que dans un Miroir on voit d'après nature.
Je pourrois combiner juſqu'à la fin du jour :
Mais , Philis , ceci peut fuffire
A prouver fur moi votre empire.
Par un Anonyme.
Fermer
4247
p. 101-104
AUTRE. A Madame de la F*** aux Mounéroux en Auvergne.
Début :
Un seul desir quelquefois me fait naître, [...]
Mots clefs :
Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Madame de la F*** aux Mounéroux en Auvergne.
AUTR E.
A Madame de la F *** aux Mounéroux
en Auvergne.
UN feul defir quelquefois me fait naître ,
Un feul defir peut me manifeſter ;
Et fije puis exifter fans paroître ,
Je puis paroître auffi fans exifter.
Ce dernier trait pourroit peut-être ,
Belle Eglé , vous dépayser
Il faut donc pour vous amuſer
Dans mes quatorze pieds me donner à connoître.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Vous y verrez le fils de trois Dieux à la fois ,
Qui de la Déeffe des Bois
Devint juftement la victime ;
Le premier malheureux dont le funefte crime ;
De l'envie en fureur fut le coupable fruit ;
L'Objet des fons galans de la Mufe d'Ovide ;
Ce héros vaillant , intrépide ,
Qui dans Colchos par la gloire conduit ,
D'une riche Toifon fit l'illuftre conquête ;
Un fils de Jacob ; un Prophéte ;
Un grand Pontife des Hébreux ;
Une fameufe Magicienne ;
Celui que le Criftal d'une claire Fontaine
Rendit de foi- même amoureux ;
Cet autre qui des airs fendoit l'immenfe plaine ,
Mais qui s'approchant trop de l'aftre radieux ,
Par fa chûte , porta la peine
De fon éffor audacieux ;
Un Général défait par Judas Machabée ;
Le premier que le Vin trompa par la douceur ;
Un Poëte tragique ; un habile Orateur ;
Le beau Berger qu'aimoit la Nymphe Gala
thée ;
Ce Roi qui renfermant fa fille en une tour ,
Crut eviter par là , fa trifte deſtinée ,
Mais vit à fes dépens que l'Or joint à l'amour ;
Malgré murs & verrouils en tous lieux trouve
entrée ;
OCTOBRE. 1764. 103
Le Nautonnier des fombres ods ;
Une Impératrice inhumaine
Qui de l'ambition écoutant les tranſports ,
Fit aveugler fon fib , pour refter Souveraine }
Le Miniftre chéri du célébre Pyrrhus ;
Ce Romain qui reçut le pardon de ſon crime i
Et qu'Augufte força par ce trait magnanime
D'admirer fa clémence , & chérir fes vertus ;
J'aurois à vous offrir maint autre Perfonnage ,
Mais un peu de variété
Porte ordinairement avec foi l'avantage
De plaire & de piquer la curiofité ;
Voyez donc maintenant deux Cités en Affrique ;
Un Signe du Zodiaque ; une Iſle en Amérique s
Un Poids ; un Elément ; une fleur ; un Poifon ;
Un fruit; deux Purgatifs ; un légume ; une Fête ;
Une plante épineufe ; une petite bête ,
Qui caufe fur la peau grande demangeaison ;
Trois rivières ; un fleuve & deux Villes de France;
Une Ifle où la révolte aujourd'hui fait fracas
Enfin ( car il eft temps de finir la féance )
De l'Etude un fruit plein d'appas.
ENVO I.
Si j'ai tort de faire un mystère
D'un mot dont je me fais honneur ,
Au moins n'irai - je pas vous taire
E iv
104 MERCURE DE FRANCE ,
Que-très fouvent il eft trompeur.
Sous plus d'une fauſſe couleur
Il en impofe , & peut furprendre ;
Mais pour ne pas vous y méprendre
Aimable Eglé , cherchez-le dans mon coeur.
DESMARAIS du Chambon en Limousin
A Madame de la F *** aux Mounéroux
en Auvergne.
UN feul defir quelquefois me fait naître ,
Un feul defir peut me manifeſter ;
Et fije puis exifter fans paroître ,
Je puis paroître auffi fans exifter.
Ce dernier trait pourroit peut-être ,
Belle Eglé , vous dépayser
Il faut donc pour vous amuſer
Dans mes quatorze pieds me donner à connoître.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Vous y verrez le fils de trois Dieux à la fois ,
Qui de la Déeffe des Bois
Devint juftement la victime ;
Le premier malheureux dont le funefte crime ;
De l'envie en fureur fut le coupable fruit ;
L'Objet des fons galans de la Mufe d'Ovide ;
Ce héros vaillant , intrépide ,
Qui dans Colchos par la gloire conduit ,
D'une riche Toifon fit l'illuftre conquête ;
Un fils de Jacob ; un Prophéte ;
Un grand Pontife des Hébreux ;
Une fameufe Magicienne ;
Celui que le Criftal d'une claire Fontaine
Rendit de foi- même amoureux ;
Cet autre qui des airs fendoit l'immenfe plaine ,
Mais qui s'approchant trop de l'aftre radieux ,
Par fa chûte , porta la peine
De fon éffor audacieux ;
Un Général défait par Judas Machabée ;
Le premier que le Vin trompa par la douceur ;
Un Poëte tragique ; un habile Orateur ;
Le beau Berger qu'aimoit la Nymphe Gala
thée ;
Ce Roi qui renfermant fa fille en une tour ,
Crut eviter par là , fa trifte deſtinée ,
Mais vit à fes dépens que l'Or joint à l'amour ;
Malgré murs & verrouils en tous lieux trouve
entrée ;
OCTOBRE. 1764. 103
Le Nautonnier des fombres ods ;
Une Impératrice inhumaine
Qui de l'ambition écoutant les tranſports ,
Fit aveugler fon fib , pour refter Souveraine }
Le Miniftre chéri du célébre Pyrrhus ;
Ce Romain qui reçut le pardon de ſon crime i
Et qu'Augufte força par ce trait magnanime
D'admirer fa clémence , & chérir fes vertus ;
J'aurois à vous offrir maint autre Perfonnage ,
Mais un peu de variété
Porte ordinairement avec foi l'avantage
De plaire & de piquer la curiofité ;
Voyez donc maintenant deux Cités en Affrique ;
Un Signe du Zodiaque ; une Iſle en Amérique s
Un Poids ; un Elément ; une fleur ; un Poifon ;
Un fruit; deux Purgatifs ; un légume ; une Fête ;
Une plante épineufe ; une petite bête ,
Qui caufe fur la peau grande demangeaison ;
Trois rivières ; un fleuve & deux Villes de France;
Une Ifle où la révolte aujourd'hui fait fracas
Enfin ( car il eft temps de finir la féance )
De l'Etude un fruit plein d'appas.
ENVO I.
Si j'ai tort de faire un mystère
D'un mot dont je me fais honneur ,
Au moins n'irai - je pas vous taire
E iv
104 MERCURE DE FRANCE ,
Que-très fouvent il eft trompeur.
Sous plus d'une fauſſe couleur
Il en impofe , & peut furprendre ;
Mais pour ne pas vous y méprendre
Aimable Eglé , cherchez-le dans mon coeur.
DESMARAIS du Chambon en Limousin
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4248
p. 104
AUTRE.
Début :
Je suis connu dans tout le monde. [...]
Mots clefs :
Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Je fuis connu dans tout le monde. E
Mon féjour est un firmament ;
J'habite néanmoins dans l'Onde ,
Et fur la Terre également.
Parcourez la plaine liquide ,
Vous rencontrerez mes égaux ;
Sur Terre & dans les Cieux je n'ai point de
rivaux ,
L'expérience le décide.
Je fais auffi , ce n'eft pas une erreur ,
Plus ancien que la Terre & bien plus jeune
encore ,
Enfin tu conviendras , Lecteur ,
Qu'on me reſpecte , ou qu'on m'adore .
GROUBER DE GROUBENTALL,
Je fuis connu dans tout le monde. E
Mon féjour est un firmament ;
J'habite néanmoins dans l'Onde ,
Et fur la Terre également.
Parcourez la plaine liquide ,
Vous rencontrerez mes égaux ;
Sur Terre & dans les Cieux je n'ai point de
rivaux ,
L'expérience le décide.
Je fais auffi , ce n'eft pas une erreur ,
Plus ancien que la Terre & bien plus jeune
encore ,
Enfin tu conviendras , Lecteur ,
Qu'on me reſpecte , ou qu'on m'adore .
GROUBER DE GROUBENTALL,
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4249
p. 218
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le premier Volume [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan →
celier , le premier Volume du Mercure du mois
d'Octobre 1764 , & je n'y ai rien trouvé qui
puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris , ce 30
Septembre 1764. GUIROY.
J'ai lu , par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan →
celier , le premier Volume du Mercure du mois
d'Octobre 1764 , & je n'y ai rien trouvé qui
puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris , ce 30
Septembre 1764. GUIROY.
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4250
p. 69-70
LOGOGRYPHE.
Début :
Celui qui me porte est heureux ; [...]
Mots clefs :
Écharpe
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRY PH E.
CELEL UI qui me parte
eft heureux ;
Celui que je porte , au contraire,
Eft dans un état très-fâcheux .
Tel eft mon contrafte ordinaire !
Je fuis fort en honneur à la Cour , chez les Grands;
Mes diverfes couleurs y diftinguent les rangs.
Septfoeurs d'un âge égal me donnent l'éxiſ--
tence ;
Diverſement , Lecteur , on fait leur alliance.
Dans un feul mot d'abord paroiffent trois objets :-
Le premier croît dans l'eau ; l'autre dans les
forêts ;
1
L'autre eft une Province ; un endroit de prière
Chez moi ſe trouve encore avec une riviére ;
Une étoffe très - mince , avec un ' inftrument ;
Des Miniftres , Sacrés un très - bel ornement ;
Un arbre , avee: fon fruit ; cette chère perfonne
A qui chacun doit tout , & le Roi fa couronne ,
Ce qui des eaux jadis un ſeul Sage fauva ;
L'arme de certain Dien qui jamais n'exifta ;
70 MERCURE DE FRANCE.
Un outil de ménage ; un poiffon ; une Chaffe
De famille , chez moi , le fynonyme a place i
Le contraire de doux ; une conjonction ;
Le contraire de lent ; une prépofition
Le fiége qu'occupoit un Guerrier plein de gloire 1
Au jour de fon triomphe après une victoire ;
Un lieu du continent dans les ondes planté ;
Un autre de troupeaux très-fouvent fréquenté ,
Une note de chant ..... Il eft temps de me
raire ,
Car je découvre tout en me rendant fi claire,
Par M. VOISIN
CELEL UI qui me parte
eft heureux ;
Celui que je porte , au contraire,
Eft dans un état très-fâcheux .
Tel eft mon contrafte ordinaire !
Je fuis fort en honneur à la Cour , chez les Grands;
Mes diverfes couleurs y diftinguent les rangs.
Septfoeurs d'un âge égal me donnent l'éxiſ--
tence ;
Diverſement , Lecteur , on fait leur alliance.
Dans un feul mot d'abord paroiffent trois objets :-
Le premier croît dans l'eau ; l'autre dans les
forêts ;
1
L'autre eft une Province ; un endroit de prière
Chez moi ſe trouve encore avec une riviére ;
Une étoffe très - mince , avec un ' inftrument ;
Des Miniftres , Sacrés un très - bel ornement ;
Un arbre , avee: fon fruit ; cette chère perfonne
A qui chacun doit tout , & le Roi fa couronne ,
Ce qui des eaux jadis un ſeul Sage fauva ;
L'arme de certain Dien qui jamais n'exifta ;
70 MERCURE DE FRANCE.
Un outil de ménage ; un poiffon ; une Chaffe
De famille , chez moi , le fynonyme a place i
Le contraire de doux ; une conjonction ;
Le contraire de lent ; une prépofition
Le fiége qu'occupoit un Guerrier plein de gloire 1
Au jour de fon triomphe après une victoire ;
Un lieu du continent dans les ondes planté ;
Un autre de troupeaux très-fouvent fréquenté ,
Une note de chant ..... Il eft temps de me
raire ,
Car je découvre tout en me rendant fi claire,
Par M. VOISIN
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