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Liste
1
p. 124-131
RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
Début :
VOUS estimez donc, Monsieur, que je ne peux me dispenser de lever le voile [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une
Lettre de M. de SAINT-ANGEL,
Conseiller à la Cour des Aides de
Montferrand, insérée dans le Mercure
d'Avril 1764.
VOUS estimez donc, Monsieur, que
je ne peux me dispenser de lever le voile
ſous lequel j'avois aimé à me cacher,
en priant M. De la Place d'inſérer dans
le Mercure mes obſervations ſur le Ver
Solitaire. Vos inſtances ſont trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
ſur la crainte de m'expoſer à l'épithéte
d'homme à ſecret , épithéte que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir.Je rou
irois donc encore de m'avouer poſ
ſeſſeur d'un ſecret, ſi je ne croyois avoir
une excuſe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conſé
quence vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquiſition.
Le ſieur Noufer, Médecin de Morat
en Suiſſe, ayant découvert ce Spécifi
-
J U I N. 1764.
125
que, acquit bientôt de la célébrité.
Il
fut appellé à Lyon par pluſieurs per
ſonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureuſes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
' gelat, Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale-Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreſſà d'apprendre les
ſuccès du ſieur Noufer à M. Senac ,
premier Médecin du Roi, lequel par
tagea auſſitôt ſon zéle & ſa bonne vo
lonté. En conſéquence M. Roſſignol,
alors Intendant de Lyon, fut chargé de
faire des informations, & de propoſer
au ſieur Noufer de vendre ſon ſecret
au R oi ſi ces informations étoient fa
vorables. Une ſeule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des eſ
ſais en ſa préſence. Celui-ci qui com
mençoit à peine à eſtropier quelques
ques mots François, & qui ſe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient, ſe refuſa
opiniâtrément à ce voyage, & ſacrifia
à ſa tranquillité les avantages que lui
préſentoit la fortune.
Ce Médecin eſt mort il y a quel
ques années. Il n'étoit pas riche ; ſa
veuve, obligée pour tirer parti du Spéci
F iij
1 26 MERCURE DE FRANCE.
fique dont ſon mari lui avoit laiſſé la
recette, de faire plufieurs voyages, s'eſt
bientôt lafſée d'un genre de vie qui
n'étoit pas ſans inconvénient pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre ſon ſe
cret , & perſonne ne s'eſt préſenté pour
acheter le ſecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de pluſieurs Cu
res tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes, me confiant aux ap
parences les plus heureuſes d'une pro
bité vraiment helvétique, & décidé par
les
inſtances d'une
Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique, ſi
je ne la raſſurois avec connoiſſance de
cauſe contre la prévention qui le pla
çoit dans la claſſe des poiſons ; je ſuis
entré en marché avec la veuve du Doc
teur Noufer. L'hiſtoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curioſité,
que je ne pouvois ſatisfaire qu'à l'aide
de ce ſecret ; & vous avez vu là-deſſus
un eſſai de mes recherches dans le ſe
cond volume du Mercure de Janvier. .
Une ſoupe au beurre, un biſcuit,
un verre de vin
blanc , & quel
quefois un lavement de lait, qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
ncurriture du ſoir, comme pour tout
,.
"
J U I N. 1764.
127
· préparatif, avoit accrédité l'idée qu'un
poiſon violent faiſoit la baſe de ce ſpé
cifique ; des maux de cœur : quelque
fois un peu de vomiſſement lorſque le
ver ayant priſe avec le remède , faiſoit
les plus grands efforts pour lui échap
per, ſervoient encore † étayer cette
opinion. Comme il eſt compoſé d'un
breuvage, & d'un bol qu'on fait pren
dre deux heures après , le bol paſſoit
pour le contrepoiſon du breuvage ; enfin
l'air de myſtère , & l'attention à cacher
le remède en le préſentant, ſembloient
mettre le dernier ſceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique.
C'en étoit aſſez pour allarmer ma
délicateſſe : je demandai donc pour pré
liminaires qu'il me fût permis de m'inſ
·crire contre les engagemens que j'allois
prendre , ſi dans le remède dont j'ache
tois la recette , il y avoit quelque dro
gue qui pût paſſer pour poiſon.Ayant
reçu à cet égard toutes les aſſurances
néceſſaires, le contrat fut bientôt paſſé
& ſigné.
" Vous voyez, Monſieur, que ce re
mède eſt préciſément le même que ce
lui qui a délivré votre Femme-de-charge
de ſon ver ſolitaire . Si elle fut un peu
·fatiguée par ſon effet, e# que le ſieur
1V .
128 MERCURE DE FRANCE.
Noufer en étoit encore à des tâtonne
| mens que l'expérience lui a épargnés
dans la ſuite : cependant le produit net
de ce ſpécifique fut que votre malade,
qui étoit auparavant dans le plus triſte
état, ſe trouva en peu d'heures débar
raſſée de ſon ver ſolitaire : elle ſortit dans
la même journée, & fut ſi bien dès le
lendemain , qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre.A l'égard du
vuide conſidérable qu'elle ſentit dans
ſon eſtomach lorſque ſon ver fut expul
ſé , il eſt commun à tous les malades
| que ce reméde délivre, mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal paraſite, héberge dans
l'eſtomach & dans les inteſtins;il les irri
te par une eſpéce de chatouillementau
quel, comme je l'ai dit dans les obſer
vations,doivent être attribués tous les dé
rangemens qu'il occaſionne ; c'eſt un
effet néceſſaire de ſes mouvemens, & de
ſes ondulations ſur des parties auſſi irri
tables, & auſſi ſenſibles. Mais lorſque
le ver a été expulſé, l'abſence de cette
ſenſation en produit une autre par de
ficit ; & c'eſt là la vraie cauſe de ce
vuide que reſſentent les malades.
La vertu antivermineuſe du ver ſoli
taire deſſeché, & pris en reméde ne
· J U I N. 1764.
12 g
m'eſt pas connue; je ſçai qu'elle a été
propoſée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
aſſurer qu'elle n'entre en aucune ſorte
dans le Spécifique dont je ſuis poſſeſſeur.
Il faut à préſent vous rendre compte
de cette ſoupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde. Madame
Noufèr, n'à pas été en état de ſatisfaire
ma curioſité la-deſſus : c'eſt ainſi , m'a-
t-elle dit, qu'en agiſſoit mon mari; je
>
8
j
n'en ſçai pas-davantage. Ce ſeroit donc
encore une énigme pour moi ſans l'ob
ſervation ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a ſouvent aſſuré que
le beurre & le lait, & même le miel ,
étoient les aliments après leſquels ſon
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor, Curé de la Guillotiè re,
Fauxbourg de Lyon, étoit attaqué du
ver ſolitaire; il mangea par hazard du
beurre , & ſe trouva auſſi-tôt ſoulagé ;
depuis ce moment , il eut ſouvent re
cours à cette recette pour ſon ſoula
gement, & toujours avec ſuccès juſqu'à
ce qu'il prît le ſpecifique des mains mê
mes de Madame Noufer Etudiant la
ſenſation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeſtion du beurre,
il en avoit conclu que le ver ſolitaire
-
-
F V
J o MERCURE DE FRANCE
s'accommode très bien de ce genre d'a-
liment, & qu'il reſte enſuite dans I'in
action ainſi qu'un enfant qui vient de
quitter le ſein de ſa mère ; voilà une
recette ſacile pour le ſoulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même ſervir d'épreuve
pour ceux à qui des ſymptômes biſar
res & équivoques le feroient ſeulement
ſcupçonner.
-
Vous voyez à préſent que l'aliment
préſenté au Ver ſolitaire la veille de ſon
expulſion, eſt un leurre pour lui ; il s'é-
panouit pour prendre à l'aiſe une nour
riture qui lui eſt agréable ; & le lende
main il eſt attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être élude
rcit-il ſon action, ſi irrité par des re
médes contraires, il étoit tapi -& collé
contre les parois de ſon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées, ou
les ouvertures par leſquelles il aſpire ſa
nourriture ſeroient exactement fermées,
& le Spécifique gliſſeroit deſſus ſans les
pénétrer. Les inſtructions du ſieur Nou
fer portent expreſſément de laiſſer un
intervalle aſſez conſidérable entre ſon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
uſage antérieurement.
· -
: Un des avantages de ce Spécifique,
-
1
·
J U I N. 1764.
I 3 t
dont les effets ſont toujours auſſi promts
· que ſûrs, eſt de pouvoir être donné ſur
de ſimples ſoupçons , & j'eſpére acqué
rir avec le temps des connoiſſances aſ
ſez exactes , pour diſcerner ceux qui
ſont légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & ſe ſont
épuiſés par des remédes pris au haſard,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les ſelles vînt leur apprendre
quelle étoit la cauſe de leurs indiſpoſi
tions !
M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville,
m'a permis de publier qu'il a été déli
vré il y a peu de jours par ce reméde,
du Ver Solitaire dans l'eſpace de deux
heures & demi. Il ſouhaiteroit avec
moi que ſa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la ſûreté & l'éfficacité ; mais en me li
vrant ſans réſerve à une pareille expul
ſion,peut-être ſerois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime ſourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi. .
J'ai l'honneur d'être, &c.
PONTEAU, Docteur en Med. Me en Chirurgie,
ancien Chirurgien en Chef du grand Hôtel-Dieu
de Lyon, &c.
Lettre de M. de SAINT-ANGEL,
Conseiller à la Cour des Aides de
Montferrand, insérée dans le Mercure
d'Avril 1764.
VOUS estimez donc, Monsieur, que
je ne peux me dispenser de lever le voile
ſous lequel j'avois aimé à me cacher,
en priant M. De la Place d'inſérer dans
le Mercure mes obſervations ſur le Ver
Solitaire. Vos inſtances ſont trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
ſur la crainte de m'expoſer à l'épithéte
d'homme à ſecret , épithéte que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir.Je rou
irois donc encore de m'avouer poſ
ſeſſeur d'un ſecret, ſi je ne croyois avoir
une excuſe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conſé
quence vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquiſition.
Le ſieur Noufer, Médecin de Morat
en Suiſſe, ayant découvert ce Spécifi
-
J U I N. 1764.
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que, acquit bientôt de la célébrité.
Il
fut appellé à Lyon par pluſieurs per
ſonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureuſes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
' gelat, Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale-Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreſſà d'apprendre les
ſuccès du ſieur Noufer à M. Senac ,
premier Médecin du Roi, lequel par
tagea auſſitôt ſon zéle & ſa bonne vo
lonté. En conſéquence M. Roſſignol,
alors Intendant de Lyon, fut chargé de
faire des informations, & de propoſer
au ſieur Noufer de vendre ſon ſecret
au R oi ſi ces informations étoient fa
vorables. Une ſeule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des eſ
ſais en ſa préſence. Celui-ci qui com
mençoit à peine à eſtropier quelques
ques mots François, & qui ſe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient, ſe refuſa
opiniâtrément à ce voyage, & ſacrifia
à ſa tranquillité les avantages que lui
préſentoit la fortune.
Ce Médecin eſt mort il y a quel
ques années. Il n'étoit pas riche ; ſa
veuve, obligée pour tirer parti du Spéci
F iij
1 26 MERCURE DE FRANCE.
fique dont ſon mari lui avoit laiſſé la
recette, de faire plufieurs voyages, s'eſt
bientôt lafſée d'un genre de vie qui
n'étoit pas ſans inconvénient pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre ſon ſe
cret , & perſonne ne s'eſt préſenté pour
acheter le ſecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de pluſieurs Cu
res tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes, me confiant aux ap
parences les plus heureuſes d'une pro
bité vraiment helvétique, & décidé par
les
inſtances d'une
Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique, ſi
je ne la raſſurois avec connoiſſance de
cauſe contre la prévention qui le pla
çoit dans la claſſe des poiſons ; je ſuis
entré en marché avec la veuve du Doc
teur Noufer. L'hiſtoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curioſité,
que je ne pouvois ſatisfaire qu'à l'aide
de ce ſecret ; & vous avez vu là-deſſus
un eſſai de mes recherches dans le ſe
cond volume du Mercure de Janvier. .
Une ſoupe au beurre, un biſcuit,
un verre de vin
blanc , & quel
quefois un lavement de lait, qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
ncurriture du ſoir, comme pour tout
,.
"
J U I N. 1764.
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· préparatif, avoit accrédité l'idée qu'un
poiſon violent faiſoit la baſe de ce ſpé
cifique ; des maux de cœur : quelque
fois un peu de vomiſſement lorſque le
ver ayant priſe avec le remède , faiſoit
les plus grands efforts pour lui échap
per, ſervoient encore † étayer cette
opinion. Comme il eſt compoſé d'un
breuvage, & d'un bol qu'on fait pren
dre deux heures après , le bol paſſoit
pour le contrepoiſon du breuvage ; enfin
l'air de myſtère , & l'attention à cacher
le remède en le préſentant, ſembloient
mettre le dernier ſceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique.
C'en étoit aſſez pour allarmer ma
délicateſſe : je demandai donc pour pré
liminaires qu'il me fût permis de m'inſ
·crire contre les engagemens que j'allois
prendre , ſi dans le remède dont j'ache
tois la recette , il y avoit quelque dro
gue qui pût paſſer pour poiſon.Ayant
reçu à cet égard toutes les aſſurances
néceſſaires, le contrat fut bientôt paſſé
& ſigné.
" Vous voyez, Monſieur, que ce re
mède eſt préciſément le même que ce
lui qui a délivré votre Femme-de-charge
de ſon ver ſolitaire . Si elle fut un peu
·fatiguée par ſon effet, e# que le ſieur
1V .
128 MERCURE DE FRANCE.
Noufer en étoit encore à des tâtonne
| mens que l'expérience lui a épargnés
dans la ſuite : cependant le produit net
de ce ſpécifique fut que votre malade,
qui étoit auparavant dans le plus triſte
état, ſe trouva en peu d'heures débar
raſſée de ſon ver ſolitaire : elle ſortit dans
la même journée, & fut ſi bien dès le
lendemain , qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre.A l'égard du
vuide conſidérable qu'elle ſentit dans
ſon eſtomach lorſque ſon ver fut expul
ſé , il eſt commun à tous les malades
| que ce reméde délivre, mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal paraſite, héberge dans
l'eſtomach & dans les inteſtins;il les irri
te par une eſpéce de chatouillementau
quel, comme je l'ai dit dans les obſer
vations,doivent être attribués tous les dé
rangemens qu'il occaſionne ; c'eſt un
effet néceſſaire de ſes mouvemens, & de
ſes ondulations ſur des parties auſſi irri
tables, & auſſi ſenſibles. Mais lorſque
le ver a été expulſé, l'abſence de cette
ſenſation en produit une autre par de
ficit ; & c'eſt là la vraie cauſe de ce
vuide que reſſentent les malades.
La vertu antivermineuſe du ver ſoli
taire deſſeché, & pris en reméde ne
· J U I N. 1764.
12 g
m'eſt pas connue; je ſçai qu'elle a été
propoſée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
aſſurer qu'elle n'entre en aucune ſorte
dans le Spécifique dont je ſuis poſſeſſeur.
Il faut à préſent vous rendre compte
de cette ſoupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde. Madame
Noufèr, n'à pas été en état de ſatisfaire
ma curioſité la-deſſus : c'eſt ainſi , m'a-
t-elle dit, qu'en agiſſoit mon mari; je
>
8
j
n'en ſçai pas-davantage. Ce ſeroit donc
encore une énigme pour moi ſans l'ob
ſervation ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a ſouvent aſſuré que
le beurre & le lait, & même le miel ,
étoient les aliments après leſquels ſon
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor, Curé de la Guillotiè re,
Fauxbourg de Lyon, étoit attaqué du
ver ſolitaire; il mangea par hazard du
beurre , & ſe trouva auſſi-tôt ſoulagé ;
depuis ce moment , il eut ſouvent re
cours à cette recette pour ſon ſoula
gement, & toujours avec ſuccès juſqu'à
ce qu'il prît le ſpecifique des mains mê
mes de Madame Noufer Etudiant la
ſenſation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeſtion du beurre,
il en avoit conclu que le ver ſolitaire
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J o MERCURE DE FRANCE
s'accommode très bien de ce genre d'a-
liment, & qu'il reſte enſuite dans I'in
action ainſi qu'un enfant qui vient de
quitter le ſein de ſa mère ; voilà une
recette ſacile pour le ſoulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même ſervir d'épreuve
pour ceux à qui des ſymptômes biſar
res & équivoques le feroient ſeulement
ſcupçonner.
-
Vous voyez à préſent que l'aliment
préſenté au Ver ſolitaire la veille de ſon
expulſion, eſt un leurre pour lui ; il s'é-
panouit pour prendre à l'aiſe une nour
riture qui lui eſt agréable ; & le lende
main il eſt attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être élude
rcit-il ſon action, ſi irrité par des re
médes contraires, il étoit tapi -& collé
contre les parois de ſon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées, ou
les ouvertures par leſquelles il aſpire ſa
nourriture ſeroient exactement fermées,
& le Spécifique gliſſeroit deſſus ſans les
pénétrer. Les inſtructions du ſieur Nou
fer portent expreſſément de laiſſer un
intervalle aſſez conſidérable entre ſon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
uſage antérieurement.
· -
: Un des avantages de ce Spécifique,
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J U I N. 1764.
I 3 t
dont les effets ſont toujours auſſi promts
· que ſûrs, eſt de pouvoir être donné ſur
de ſimples ſoupçons , & j'eſpére acqué
rir avec le temps des connoiſſances aſ
ſez exactes , pour diſcerner ceux qui
ſont légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & ſe ſont
épuiſés par des remédes pris au haſard,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les ſelles vînt leur apprendre
quelle étoit la cauſe de leurs indiſpoſi
tions !
M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville,
m'a permis de publier qu'il a été déli
vré il y a peu de jours par ce reméde,
du Ver Solitaire dans l'eſpace de deux
heures & demi. Il ſouhaiteroit avec
moi que ſa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la ſûreté & l'éfficacité ; mais en me li
vrant ſans réſerve à une pareille expul
ſion,peut-être ſerois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime ſourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi. .
J'ai l'honneur d'être, &c.
PONTEAU, Docteur en Med. Me en Chirurgie,
ancien Chirurgien en Chef du grand Hôtel-Dieu
de Lyon, &c.
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2
p. 132-136
SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
Début :
MONSIEUR, UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée depuis [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
SUITE pratique de la Goute, des
Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
MONSIEUR,
UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée
depuis le vingt Mars jusques en
Mai, ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provin
ces ; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inſtruire dans celui du mois de Juil
let ;je lui tiens parole, & voici des faits
très-intéreſſans capables de le conſoler
par l'eſpérance de trouver des reſſources
qui lui ont toujours paru fabuleufes.
FAI T'S D E PA R I S.
M. le Comte de Fenelon,Hôtel Notre
Dame , rue du Colombier, près l'Ab
baye Saint Germain, goute aux pieds
& aux genoux ; fort ſoulagé par la pou
· dre balſamique, & le baume végétal.
Ce fait eſt de Mars.
M. Perruchon, Ancien Régiſſeur Gé
néral des Hôpitaux de l'Armée : en
Février, étant fort tourmenté d'un rhu
J U I N. 1764.
, 133
matiſme dans les reins, dans les épaules
- & les cuiſſes ; logé Hôtel de Grenelle ,
rue de Grenelle Saint Honoré, fut cal
mé en vingt-quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balſamique
& le baume végétal.
M. Deſhayes , Hotel du Saint Eſ
prit, rue du Four Saint Honoré; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins , aux
épaules & aux genoux ; calmé en quel
ques jours par leſdits remèdes, & tou
jours de mieux en mieux par la conti- .
nuité de leur uſage.
: M. le Chevalier de Bauvais, chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier,
quartier Montmartre, en Mars, la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main : calmée en trente heures : a com
mencé à marcher un peu le troiſiéme
jour & s'eſt bien - tôt rétabli par-la
· poudre balſamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt, Gentil-homme de
de Monſeigneur le Cardinal de Gêvres,
en ſon Hôtel, rue neuve des Auguſtins,
en Mars, rhumatiſme aux jambes, aux
épaules & aux mains, fort calmé en
quinze jours par la tiſane balſamique,
& ſe trouvant toujours mieux par ſon
uſage , & celui du baume végétal.
Puquéry, Hôtel de Bretagne, rue &
134 MERCURE DE FRANCE.
croix des petits champs, en Avril a uſé
de la poudre balſamique & du baume
végétal, ce qui lui a fait un très-grand
bien par une copieuſe évacuation de
glaires.
Obſervation néceſſaire ſur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne, rue de la Monnoye, &
M. Duval , Secrétaire du Roi , rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reſtoit foibleſſe des parties & quel
ques légers reſſentimens , s'étant pur
gé avec la manne, le ſel de duobus, &
le baume végétal , furent en état de
ſortir le lendemain. .
· M. de Berthecour, par le même pur
# le lendemain eut le mouvement
e ſa main rhumatiſée.
-
| Cette façon de purger eſt la ſeule qui
ſoit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eſt pro
pre à l'humeur & aux nerfs.
Faits de Provinces.
| M Jore , à la Cour de l'Hotel de
· Ville de Rouen, ayant une goute fixée
aux clavicules ; reſpiration gênée, dif
ficulté de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balſamique, & ſur tout
t!,t
tº
#
#
#
V
J U I N. 1764.
I 35
le baume végétal lui avoient très-bien
fait, qu'il marchoit plus librernent &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trlne.
· Une femme de Lyon, très-vivement
rhumatiſée depuis pluſieurs années, &
ſans ſoulagement, l'a trouvé dans l'uſa
ge de la poudre balſamique & du bau
me végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni, Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les re
médes.
-
-
· M. de Montricouſte, Premier Préſi
dent de la Cour des Aydes de Montau
ban, m'a écrit en Mars , que le baume
végétal lui faiſoit au mieux pour ſon
eſtomach affoibli ;
il le continue.
.
Je ne peux citer un très-grand nombre.
de perſonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne, qui font uſage deſdits
remédes, ſoit pour la goute, les 1 huma--
tiſmes &c. ou pour l'eſtomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je ſuis à mes viſi
tes ſans donner les noms ni les adreſſes.
· Je viens de réformer mon ordonnan
ce à la fin de mon ouvrage,parce qu'el
le étoit trop générale , & ne réuſſiſſoit
qu'à quelques-uns ; des ſuccès conti
nués tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tem
péramens ; elle eſt diſtincte; elle indi
que les traitemens généraux & particu
liers, propres à un chacun & à tous les
genres de Goute, &c. J'y donne la fa
çon de faire le topique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Liſez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage ſe vend chez Panckoucke,
Libraire, rue & près la Comédie Fran
çoiſe à Paris.
Mon adreſſe eſt chez M. Burel , Chi
rurgien , rue du gros Chenet, quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au com
mencement d'Août, après les colleStions
de mes Simples.
Je ne reçois que les Lettres affran- .
chies.
C. DE MONTGERBET, Médecin du ROI
& ordinaire de ses Bâtimens.
Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
MONSIEUR,
UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée
depuis le vingt Mars jusques en
Mai, ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provin
ces ; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inſtruire dans celui du mois de Juil
let ;je lui tiens parole, & voici des faits
très-intéreſſans capables de le conſoler
par l'eſpérance de trouver des reſſources
qui lui ont toujours paru fabuleufes.
FAI T'S D E PA R I S.
M. le Comte de Fenelon,Hôtel Notre
Dame , rue du Colombier, près l'Ab
baye Saint Germain, goute aux pieds
& aux genoux ; fort ſoulagé par la pou
· dre balſamique, & le baume végétal.
Ce fait eſt de Mars.
M. Perruchon, Ancien Régiſſeur Gé
néral des Hôpitaux de l'Armée : en
Février, étant fort tourmenté d'un rhu
J U I N. 1764.
, 133
matiſme dans les reins, dans les épaules
- & les cuiſſes ; logé Hôtel de Grenelle ,
rue de Grenelle Saint Honoré, fut cal
mé en vingt-quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balſamique
& le baume végétal.
M. Deſhayes , Hotel du Saint Eſ
prit, rue du Four Saint Honoré; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins , aux
épaules & aux genoux ; calmé en quel
ques jours par leſdits remèdes, & tou
jours de mieux en mieux par la conti- .
nuité de leur uſage.
: M. le Chevalier de Bauvais, chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier,
quartier Montmartre, en Mars, la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main : calmée en trente heures : a com
mencé à marcher un peu le troiſiéme
jour & s'eſt bien - tôt rétabli par-la
· poudre balſamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt, Gentil-homme de
de Monſeigneur le Cardinal de Gêvres,
en ſon Hôtel, rue neuve des Auguſtins,
en Mars, rhumatiſme aux jambes, aux
épaules & aux mains, fort calmé en
quinze jours par la tiſane balſamique,
& ſe trouvant toujours mieux par ſon
uſage , & celui du baume végétal.
Puquéry, Hôtel de Bretagne, rue &
134 MERCURE DE FRANCE.
croix des petits champs, en Avril a uſé
de la poudre balſamique & du baume
végétal, ce qui lui a fait un très-grand
bien par une copieuſe évacuation de
glaires.
Obſervation néceſſaire ſur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne, rue de la Monnoye, &
M. Duval , Secrétaire du Roi , rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reſtoit foibleſſe des parties & quel
ques légers reſſentimens , s'étant pur
gé avec la manne, le ſel de duobus, &
le baume végétal , furent en état de
ſortir le lendemain. .
· M. de Berthecour, par le même pur
# le lendemain eut le mouvement
e ſa main rhumatiſée.
-
| Cette façon de purger eſt la ſeule qui
ſoit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eſt pro
pre à l'humeur & aux nerfs.
Faits de Provinces.
| M Jore , à la Cour de l'Hotel de
· Ville de Rouen, ayant une goute fixée
aux clavicules ; reſpiration gênée, dif
ficulté de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balſamique, & ſur tout
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V
J U I N. 1764.
I 35
le baume végétal lui avoient très-bien
fait, qu'il marchoit plus librernent &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trlne.
· Une femme de Lyon, très-vivement
rhumatiſée depuis pluſieurs années, &
ſans ſoulagement, l'a trouvé dans l'uſa
ge de la poudre balſamique & du bau
me végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni, Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les re
médes.
-
-
· M. de Montricouſte, Premier Préſi
dent de la Cour des Aydes de Montau
ban, m'a écrit en Mars , que le baume
végétal lui faiſoit au mieux pour ſon
eſtomach affoibli ;
il le continue.
.
Je ne peux citer un très-grand nombre.
de perſonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne, qui font uſage deſdits
remédes, ſoit pour la goute, les 1 huma--
tiſmes &c. ou pour l'eſtomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je ſuis à mes viſi
tes ſans donner les noms ni les adreſſes.
· Je viens de réformer mon ordonnan
ce à la fin de mon ouvrage,parce qu'el
le étoit trop générale , & ne réuſſiſſoit
qu'à quelques-uns ; des ſuccès conti
nués tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tem
péramens ; elle eſt diſtincte; elle indi
que les traitemens généraux & particu
liers, propres à un chacun & à tous les
genres de Goute, &c. J'y donne la fa
çon de faire le topique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Liſez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage ſe vend chez Panckoucke,
Libraire, rue & près la Comédie Fran
çoiſe à Paris.
Mon adreſſe eſt chez M. Burel , Chi
rurgien , rue du gros Chenet, quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au com
mencement d'Août, après les colleStions
de mes Simples.
Je ne reçois que les Lettres affran- .
chies.
C. DE MONTGERBET, Médecin du ROI
& ordinaire de ses Bâtimens.
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