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1
p. 395-402
LETTRE écrite par M.... à M.... sur les Embellissemens du Jardin du Palais Royal.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, avec tant d'empressement, la Description [...]
Mots clefs :
Embellissement, Jardin du Palais Royal, Duc d'Orléans, Pièce d'eau, Arbres
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M.... à M.... sur les Embellissemens du Jardin du Palais Royal.
LETTRE écrite par M.... à M.....
sur les Embellissemens du Jardin
du Palais Royal.
Ous me demandez , Monsieur , avec
tant d'empressement, la Description
des Embellissemens que M. le Duc d'Or
leans a ordonné de faire dans son Jardin
du Palais Royal', depuis votre départ de
Paris , que je croirois manquer à ce que
je vous dois , si je differois plus long- temps
de satisfaire là- dessus votre louable cu
riosité.
Lorsque le Cardinal de Richelieu laissa
ce Palais au Roy Louis XIII. par son Tes
tament , en l'année 1642. l'Art des Jardins n'étoit presque pas connu en France ;
aussi voyoit - on des grands défauts dans
celui dont il s'agit ici . On avoit fait au
bout du Jardin une Piece d'Eau , de figure ronde , dont le Diametre étoit de 40
toises , ce qui étoit immense et tres- disproportionné à la grandeur du lieu. On y
mettoit de petits Vaisseaux, qui imitoient
lés Combats de Mer , pour servir de divertissement au feu Roy dans son enfance. Il y avoit un autre Bassin sur la même
ligne , plus près du Château , avec un Jet d'eau , &c..
I iiij Aw
>
396 MERCURE DE FRANCE
Autour du Jardin on avoit pratiqué un
Mail;exercice qui étoit fort envogue en ce
temps là , et que les Seigneurs de la Cour
aimoient passionément.
Il y avoit aussi un Manége , qui emportoit encore une portion de Terrain
en sorte que le moindre usage qu'on faisoit alors de ce Jardin , étoit la promenade.
Il est vrai que dans la suite , et après la
cessation de ces exercices , on trouva de
l'ombre et de quoi se promener; mais la
durée des Arbres et de tout ce qu'on avoit
planté, n'a pas été longue , en sorte que
quand il a été question de faire les changemens que vous allez voir , tout étoit
mort , à l'exception de quelques Maroniers sur le retour, et de l'Allée qui donne
sur le milieu de l'Appartement , et du
petit Jardin de S. A. R. qui ont été conservez.
Une autre deffectuosité , ( et ce n'étoit
pas la moins considérable ) venoit de differentes formes d'Escaliers , qui appar
tiennent aux Maisons bâties autour de ce
Jardin, er qui y communiquent. Outre
l'irrégularité et la difformité qui choquoit
étrangement la vûë ; on étoit exposé par
les immondices que cause cette communication à une infection tres-desagréable, et
ca-
FEVRIER. 17328 397
capable d'alterer l'air et du Jardin et des
Maisons.
Enfin la continuation du passage public
à travers le Jardin , que M. le Duc d'Orleans avoit la bonté de souffrir, ne permettoit pas d'avoir de Parterre , de Broderie , ni- de Découpé ; avec des Fleurs ,
&c.
Tel étoit , Monsieur , l'état de ce Jardin , lorsqu'en l'année 1730 M. le . Duct
d'Orleans, qui sçait allier les plus grandes
qualitez, dont la principale est en lui une
vraie et solide piété, avec le goût du beau
et du vrai dans les Arts , se détermina à
faireremedier à tous ces inconveniens et à
donner au Jardin de son Palais , les ornemens dont il peut être susceptible.
Ce Projet résolu, le Prince chargea M.le
Comte d'Argenson , Conseiller d'Etat ,
Grand -Croix et Chancelier , Garde des
Sceaux de l'Ordre Royal et Militaire de
S. Louis , Chancelier , Garde des Sceaux et
Sur-Intendant des Finances de la Maison
de Monseigneur leDuc d'Orleans , dont
il connoit parfaitement le zéle et le bon
goût , de le faire exécuter. Ce Magistrat
jetta d'abord les yeux sur M. Desgotz,.
Architecte du Roy de la premiere Classe,
ancien Contrôleur General des Bâtimens ,
neveu de l'illustre Mle Nôtre, et l'héri--
Ly. tiers
400 MERCURE DE FRANCE
tier dé son génie ; choix duquel M. le Duc
d'Orleans donna d'autant plus facilement
les mains , que la capacité de M.Desgotz
pour l'Art des Jardins et pour l'Architecture lui est parfaitement connuë. Ce
Prince fut dèslors assuré du succès de l'entreprise et de la celerité de l'exécution.
Il étoit principalement question dans le
Projet de faire un Jardin fort ouvert et
capable de contenir beaucoup de monde;
de négliger pour cela tous Jardinages fermez , comme Bosquets de Charmille ,
Boulingrains , Palissades , &c. Dans cette
vûë , l'habile exécuteur des Ordres du
Prince , a fait un grand Parterre de Gazon
sans Plattes bandes , entouré seulement
d'Ormes en boule , avec un Bassin d'une
grandeur raisonnable et proportionnée ,
qui pousse un tres-beau Jet d'Eau.
و
Autour de la partie superieure du Bassin , il y a une demie Lune surhaussée de
treillage à plusieurs Angles. C'est-là que
sont placez , ainsi qu'autour du Parterre
des Statues de la main de Leremberg ,
et des plus habiles Maîtres du siecle passé.
Au-dessus de la demi Lune de treillage
qui forme la place du Parterre , il y aun
Quinconge de Tilleuls et des places espacées avec simétrie pour des bancs de
commodité , ce qui donnera dans la suite
un
FEVRIER. 1732. 450
un ombrage charmant et une très- belle
Promenade.
Tout au fond du Jardin on a élevé
un grand Portique de Treillage de sixtoises de largeur , avec une hauteur proportionnée , orné de deux Figures dans
des Niches , d'une très- belle exécution ,
ce qui termine agréablement tout le Jar
din et fait un très- beau coup d'œil .
Enfin pour obvier à l'irrégularité et à ·
l'inconvénient dont il a été parlé , et pour
que tout fût agréable à la vûë, on a fait
un treillage continu d'environ 10. pieds.
de hauteur , qui regne sur tout le pourtourà 12. pieds de distance des maisons,
et qui couvre absolument la difformité
des differens Escaliers. il a été fait en même temps une deffense generale aux Habitans de ces maisons de ne rien souffrir le
long des murs et dans la distance qui
vient d'être dite , qui puisse causer la
moindre mauvaise odeur , ce qui est parfaitement bien observé..
C'est ainsi que les ordres de M. le Duc.:
d'Orleans ont été heureusement exécuteze
par M. Desgots , et c'est par ces change
mens necessaires et par tous les embellissemens que je viens de décrire , que
le Jardin du Palais Royal est aujourd'hui
Pun des plus beaux ornemens de Paris 22.0 * et.
402 MERCURE DE FRANCE
et qu'il fait également un singulier plaisir aux Etangers et aux Habitans de cette:
grande Ville , sur tout à ceux qui ont le
bonheur de demeures aux environs , et.
qui ont l'avantage d'y voir souvent cet
aimable Prince s'y promenerp ubliquement et devenir , pour ainsi dire , Cytoyen ,à l'imitation du plus grand d nos
Rois qui dépouilla quelquefois , si j'ore.
ainsi parler , son Eminente Dignité pour
se rendre populaire , affable et presque
Citoyen , Rex prope civis erat , selon l'expression du fameux Santeuil , qui justifie
la mienne. Je suis , Monsieur , &c..
A Paris le 15. Janvier 1732
sur les Embellissemens du Jardin
du Palais Royal.
Ous me demandez , Monsieur , avec
tant d'empressement, la Description
des Embellissemens que M. le Duc d'Or
leans a ordonné de faire dans son Jardin
du Palais Royal', depuis votre départ de
Paris , que je croirois manquer à ce que
je vous dois , si je differois plus long- temps
de satisfaire là- dessus votre louable cu
riosité.
Lorsque le Cardinal de Richelieu laissa
ce Palais au Roy Louis XIII. par son Tes
tament , en l'année 1642. l'Art des Jardins n'étoit presque pas connu en France ;
aussi voyoit - on des grands défauts dans
celui dont il s'agit ici . On avoit fait au
bout du Jardin une Piece d'Eau , de figure ronde , dont le Diametre étoit de 40
toises , ce qui étoit immense et tres- disproportionné à la grandeur du lieu. On y
mettoit de petits Vaisseaux, qui imitoient
lés Combats de Mer , pour servir de divertissement au feu Roy dans son enfance. Il y avoit un autre Bassin sur la même
ligne , plus près du Château , avec un Jet d'eau , &c..
I iiij Aw
>
396 MERCURE DE FRANCE
Autour du Jardin on avoit pratiqué un
Mail;exercice qui étoit fort envogue en ce
temps là , et que les Seigneurs de la Cour
aimoient passionément.
Il y avoit aussi un Manége , qui emportoit encore une portion de Terrain
en sorte que le moindre usage qu'on faisoit alors de ce Jardin , étoit la promenade.
Il est vrai que dans la suite , et après la
cessation de ces exercices , on trouva de
l'ombre et de quoi se promener; mais la
durée des Arbres et de tout ce qu'on avoit
planté, n'a pas été longue , en sorte que
quand il a été question de faire les changemens que vous allez voir , tout étoit
mort , à l'exception de quelques Maroniers sur le retour, et de l'Allée qui donne
sur le milieu de l'Appartement , et du
petit Jardin de S. A. R. qui ont été conservez.
Une autre deffectuosité , ( et ce n'étoit
pas la moins considérable ) venoit de differentes formes d'Escaliers , qui appar
tiennent aux Maisons bâties autour de ce
Jardin, er qui y communiquent. Outre
l'irrégularité et la difformité qui choquoit
étrangement la vûë ; on étoit exposé par
les immondices que cause cette communication à une infection tres-desagréable, et
ca-
FEVRIER. 17328 397
capable d'alterer l'air et du Jardin et des
Maisons.
Enfin la continuation du passage public
à travers le Jardin , que M. le Duc d'Orleans avoit la bonté de souffrir, ne permettoit pas d'avoir de Parterre , de Broderie , ni- de Découpé ; avec des Fleurs ,
&c.
Tel étoit , Monsieur , l'état de ce Jardin , lorsqu'en l'année 1730 M. le . Duct
d'Orleans, qui sçait allier les plus grandes
qualitez, dont la principale est en lui une
vraie et solide piété, avec le goût du beau
et du vrai dans les Arts , se détermina à
faireremedier à tous ces inconveniens et à
donner au Jardin de son Palais , les ornemens dont il peut être susceptible.
Ce Projet résolu, le Prince chargea M.le
Comte d'Argenson , Conseiller d'Etat ,
Grand -Croix et Chancelier , Garde des
Sceaux de l'Ordre Royal et Militaire de
S. Louis , Chancelier , Garde des Sceaux et
Sur-Intendant des Finances de la Maison
de Monseigneur leDuc d'Orleans , dont
il connoit parfaitement le zéle et le bon
goût , de le faire exécuter. Ce Magistrat
jetta d'abord les yeux sur M. Desgotz,.
Architecte du Roy de la premiere Classe,
ancien Contrôleur General des Bâtimens ,
neveu de l'illustre Mle Nôtre, et l'héri--
Ly. tiers
400 MERCURE DE FRANCE
tier dé son génie ; choix duquel M. le Duc
d'Orleans donna d'autant plus facilement
les mains , que la capacité de M.Desgotz
pour l'Art des Jardins et pour l'Architecture lui est parfaitement connuë. Ce
Prince fut dèslors assuré du succès de l'entreprise et de la celerité de l'exécution.
Il étoit principalement question dans le
Projet de faire un Jardin fort ouvert et
capable de contenir beaucoup de monde;
de négliger pour cela tous Jardinages fermez , comme Bosquets de Charmille ,
Boulingrains , Palissades , &c. Dans cette
vûë , l'habile exécuteur des Ordres du
Prince , a fait un grand Parterre de Gazon
sans Plattes bandes , entouré seulement
d'Ormes en boule , avec un Bassin d'une
grandeur raisonnable et proportionnée ,
qui pousse un tres-beau Jet d'Eau.
و
Autour de la partie superieure du Bassin , il y a une demie Lune surhaussée de
treillage à plusieurs Angles. C'est-là que
sont placez , ainsi qu'autour du Parterre
des Statues de la main de Leremberg ,
et des plus habiles Maîtres du siecle passé.
Au-dessus de la demi Lune de treillage
qui forme la place du Parterre , il y aun
Quinconge de Tilleuls et des places espacées avec simétrie pour des bancs de
commodité , ce qui donnera dans la suite
un
FEVRIER. 1732. 450
un ombrage charmant et une très- belle
Promenade.
Tout au fond du Jardin on a élevé
un grand Portique de Treillage de sixtoises de largeur , avec une hauteur proportionnée , orné de deux Figures dans
des Niches , d'une très- belle exécution ,
ce qui termine agréablement tout le Jar
din et fait un très- beau coup d'œil .
Enfin pour obvier à l'irrégularité et à ·
l'inconvénient dont il a été parlé , et pour
que tout fût agréable à la vûë, on a fait
un treillage continu d'environ 10. pieds.
de hauteur , qui regne sur tout le pourtourà 12. pieds de distance des maisons,
et qui couvre absolument la difformité
des differens Escaliers. il a été fait en même temps une deffense generale aux Habitans de ces maisons de ne rien souffrir le
long des murs et dans la distance qui
vient d'être dite , qui puisse causer la
moindre mauvaise odeur , ce qui est parfaitement bien observé..
C'est ainsi que les ordres de M. le Duc.:
d'Orleans ont été heureusement exécuteze
par M. Desgots , et c'est par ces change
mens necessaires et par tous les embellissemens que je viens de décrire , que
le Jardin du Palais Royal est aujourd'hui
Pun des plus beaux ornemens de Paris 22.0 * et.
402 MERCURE DE FRANCE
et qu'il fait également un singulier plaisir aux Etangers et aux Habitans de cette:
grande Ville , sur tout à ceux qui ont le
bonheur de demeures aux environs , et.
qui ont l'avantage d'y voir souvent cet
aimable Prince s'y promenerp ubliquement et devenir , pour ainsi dire , Cytoyen ,à l'imitation du plus grand d nos
Rois qui dépouilla quelquefois , si j'ore.
ainsi parler , son Eminente Dignité pour
se rendre populaire , affable et presque
Citoyen , Rex prope civis erat , selon l'expression du fameux Santeuil , qui justifie
la mienne. Je suis , Monsieur , &c..
A Paris le 15. Janvier 1732
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Résumé : LETTRE écrite par M.... à M.... sur les Embellissemens du Jardin du Palais Royal.
La lettre décrit les transformations du jardin du Palais Royal, initiées par le Duc d'Orléans. En 1642, le jardin, hérité du Cardinal de Richelieu par Louis XIII, présentait plusieurs défauts. Il comprenait une grande pièce d'eau ronde disproportionnée, des bassins avec des jets d'eau, un mail pour l'exercice et un manège. Après l'arrêt de ces activités, les arbres et plantations périrent, ne laissant que quelques marronniers et une allée conservée. Les escaliers des maisons environnantes posaient des problèmes d'hygiène et d'esthétique, et le passage public traversant le jardin empêchait la création de parterres et de broderies florales. En 1730, le Duc d'Orléans décida de remédier à ces inconvénients. Il confia la supervision des travaux au Comte d'Argenson, qui à son tour engagea l'architecte Desgotz, neveu de Le Nôtre. Le projet visait à créer un jardin ouvert pouvant accueillir beaucoup de monde. Il incluait un grand parterre de gazon, un bassin proportionné, des statues et des treillages pour masquer les escaliers. Un portique de treillage fut érigé au fond du jardin, et des défenses furent mises en place pour éviter les mauvaises odeurs. Grâce à ces transformations, le jardin du Palais Royal devint l'un des plus beaux ornements de Paris, offrant un plaisir singulier aux habitants et aux étrangers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 135-140
LETTRE d'un Habitant du Palais Royal, à M. DE LA PLACE.
Début :
MONSIEUR Comme ce qui concerne le bien Public est une des parties éssentielles de [...]
Mots clefs :
Palais, Police de Paris, Spectacle, Honneur, Incendie, Jardin du Palais Royal
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Habitant du Palais Royal, à M. DE LA PLACE.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives..
LETTRE d'un Habitant du Palais.
Royal, à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,9 .
Comme ce qui concerne le bien Public
eft une des parties éffentielles de
votre Journal , on voit avec plaifir votreattention
à ne rien négliger de tout
ce qui peut y contribuer ; l'incendie
136 MERCURE DE FRANCE.
terrible qui vient de reduire en cendres
un des plus beaux Spectacles de
l'Europe , occupe aujourd'hui bien douloureuſement
les efprits de tous les
Citoyens.
J'ai été témoin de ce funefte événement
& j'ai vu dans une heure de
temps la Salle de l'Opéra confumée
par les flammes & tout le Palais Royal
dans le danger le plus éminent ( a ) .
> C'est le Mercredi 6 de ce mois
qu'entre onze heures & onze heures
& un quart un tourbillon de fumée
épouvantable annonça le feu qui embrâfoit
la Salle , & qui menaçoit d'un
côté le Palais du Prince & de l'autre
la rue S. Honoré par les maiſons du
cul - de - fac de l'Opéra. La quantité
de bois & d'autres matières combuftibles
, qui abondent dans un Spectacle
qui confifte principalement en décorations
& en machines , donnoient
au feu une telle activité , qu'à midi &
(a ) Quelle perte c'eût été & pour la Capitale
& pour tout le Royaume , que cette fuperbe Collection
de Tableaux , que l'on peut regarder comme
une des richeffes de l'Etat , & qui ne contribue
pas peu à attirer tant d'Etrangers à Paris !
On peut rebâtir des Palais , mais de pareilles pertes
font irréparables.
AVRIL. 1763: 137
demi cette Salle n'étoit déja plus que
la plus vafte & la plus horrible de toutes
les fournaifes .
Dans un embrâfement auffi violent ,
il étoit difficile que les fecours arrivalfent
auffi promptement qu'il étoit naturel
de le defirer. Il eft vrai que la
peine que l'on eut d'abord à avoir
de l'eau en quantité fuffifante , a bien
démontré toute l'utilité du Projet de
M. Deparcieux , dont vous avez donné
, Monfieur , l'extrait dans votre Mercure.
On peut foupçonner auffi que
la Police de Paris , fi admirable à tant
d'égards , pourroit être fufceptible encore
d'une plus grande perfection fur
le fervices des Pompes il doit être
d'autant plus permis de le dire, qu'aujourd'hui
la fageffe du Miniftère ne
demande qu'à connoître les abus pour
les réformer , & que l'on doit tout
attendre de ce Magiftrat auffi éclairé
que vigilant , que le Roi a élevé à une
place où le Peuple l'auroit nommé , &
qui a fi bien prouvé combien il en étoit
digne , en maintenant la fureté de Paris
dans des temps fi difficiles . (b)
(b ) Le Lecteur apprendra fans doute avec plai
fir une fage précaution déja priſe il y a longtems
par M. le Lieutenant Général de Police. Les Maî
138 MERCURE DE FRANCE..
Par toutes ces raiſons je me crois at
torifé à vous expofer ici , Monfieur , ce
qui fe pratique à Strasbourg , au fujet
des incendies. Nuit & jour un homme
gagé par la Ville fait la fentinelle au
clocher de la Cathédrale dont l'élévation
prodigieufe domine la Ville de
route part. Si le feu prend en quelque
endroit le furveillant fonne le tocfin
& par la direction , le jour , d'un drapeau
blanc , & la nuit d'une lanterne
indique le Quartier de la Ville où eft le
feu . Toutes les Pompes y accourent
fans qu'il foit befoin de les aller cher--
cher. La premiere arrivée eſt récompenſée
par une fomme qu'eft obligée de
payer par forme d'amande celle qui n'arrive
que la dernière : ainfi la même
ardeur anime tous les Pompiers , les.
uns pour gagner le prix , les autres pour
ne pas le payer. Il n'eft pas poffible de
fe refufer au fentiment d'admiration
qu'infpire une police fi merveillėuſe.
Il fe peut que l'étendue immenfe de la
Ville de Paris y rendit un pareil établiffement
impraticable. Si ce n'eft pas
tres des Voitures qui fourniffent de l'eau aux quartiers
éloignés de la Ville & des Fauxbourgs , ont
ordre de ne rentrer chez eux , que leurs tonneaux
pleins , pour fervir en cas de beſoin..
AVRIL. 1763: 139
·
un éxemple à fuivre , on peut du moins.
en profiter pour faire mieux ce qui fe
fait communément. Cette réfléxion n'eft
pas d'un cenfeur , caractère communément
odieux & dont je fuis très-éloigné ;
je ne parle qu'en fimple Citoyen , dont
l'unique but eft d'avertir ceux qui font
plus au fait que je ne le fuis de tout ce
qui regarde un objet fi important , de
propofer les réformes dont notre Police
pourroit avoir befoin à cet égard .
C'est toujours beaucoup pour quiconque
tient au bien de l'humanité , que de
Poccafionner de quelque manière que
ce foit. Toute fimple qu'eft cette Lettre
, j'en ferois gloire fi elle donnoit
lieu au génie patriotique , qui fait de fi
heureux progrès parmi nous d'enfanter
quelque projet qui pût garantir nos
Neveux de ces terribles défaftres dont
nous n'avons été que trop fouvent témoins.
Un Philofophe & peut- être le
plus grand de tous , Socrate lui - même ,
ne fe glorifioit de rien tant que de favoir
faire accoucher les efprits .
Avant que de finir , je ne puis me
refufer la fatisfaction de vous faire part
d'un autre Spectacle dont j'ai eté témoin
, fpectacle toujours trifte à la
vérité , mais intéreffant & qui fait trop
140 MERCURE DE FRANCE .
d'honneur â nos Concitoyens pour le
paffer fous filence.
Au Jardin du Palais Royal , qui étoit
encore ouvert à l'ordinaire , on voioir
deux chaînes différentes compofées de
perfonnes de tout état , fans diftinction
de rang , de dignité , de fexe même ,
l'une formée pour fauver les Archives
du Palais , l'autre pour fournir plus
promptement l'eau aux Pompes qui
pouvoient feules en arrêter l'incendie.
Le zéle dont chacun est animé dans
ces terribles événemens redoubloit
fenfiblement encore , ainfi l'a remarqué
un fage Magiftrat , par le
refpect & l'amour dont tous les Citoyens
font pénétrés pour M. le Duc
d'Orléans & pour le Prince fon fils ,
dont la préſence les affectoit fi vivement.
Que ce Public dont tant de faux Philofopes
affectent de mal parler , devient
alors refpectable & intéreſſant !
Que ce spectacle fait honneur à l'humanité
! Mais puiffe le Jardin du Palais
Royal n'en offrir jamais de pareil.
J'ai l'honneur d'être , & c.
que
*
L * A* L * B *.
* M. le Procureur du Roi.
LETTRE d'un Habitant du Palais.
Royal, à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,9 .
Comme ce qui concerne le bien Public
eft une des parties éffentielles de
votre Journal , on voit avec plaifir votreattention
à ne rien négliger de tout
ce qui peut y contribuer ; l'incendie
136 MERCURE DE FRANCE.
terrible qui vient de reduire en cendres
un des plus beaux Spectacles de
l'Europe , occupe aujourd'hui bien douloureuſement
les efprits de tous les
Citoyens.
J'ai été témoin de ce funefte événement
& j'ai vu dans une heure de
temps la Salle de l'Opéra confumée
par les flammes & tout le Palais Royal
dans le danger le plus éminent ( a ) .
> C'est le Mercredi 6 de ce mois
qu'entre onze heures & onze heures
& un quart un tourbillon de fumée
épouvantable annonça le feu qui embrâfoit
la Salle , & qui menaçoit d'un
côté le Palais du Prince & de l'autre
la rue S. Honoré par les maiſons du
cul - de - fac de l'Opéra. La quantité
de bois & d'autres matières combuftibles
, qui abondent dans un Spectacle
qui confifte principalement en décorations
& en machines , donnoient
au feu une telle activité , qu'à midi &
(a ) Quelle perte c'eût été & pour la Capitale
& pour tout le Royaume , que cette fuperbe Collection
de Tableaux , que l'on peut regarder comme
une des richeffes de l'Etat , & qui ne contribue
pas peu à attirer tant d'Etrangers à Paris !
On peut rebâtir des Palais , mais de pareilles pertes
font irréparables.
AVRIL. 1763: 137
demi cette Salle n'étoit déja plus que
la plus vafte & la plus horrible de toutes
les fournaifes .
Dans un embrâfement auffi violent ,
il étoit difficile que les fecours arrivalfent
auffi promptement qu'il étoit naturel
de le defirer. Il eft vrai que la
peine que l'on eut d'abord à avoir
de l'eau en quantité fuffifante , a bien
démontré toute l'utilité du Projet de
M. Deparcieux , dont vous avez donné
, Monfieur , l'extrait dans votre Mercure.
On peut foupçonner auffi que
la Police de Paris , fi admirable à tant
d'égards , pourroit être fufceptible encore
d'une plus grande perfection fur
le fervices des Pompes il doit être
d'autant plus permis de le dire, qu'aujourd'hui
la fageffe du Miniftère ne
demande qu'à connoître les abus pour
les réformer , & que l'on doit tout
attendre de ce Magiftrat auffi éclairé
que vigilant , que le Roi a élevé à une
place où le Peuple l'auroit nommé , &
qui a fi bien prouvé combien il en étoit
digne , en maintenant la fureté de Paris
dans des temps fi difficiles . (b)
(b ) Le Lecteur apprendra fans doute avec plai
fir une fage précaution déja priſe il y a longtems
par M. le Lieutenant Général de Police. Les Maî
138 MERCURE DE FRANCE..
Par toutes ces raiſons je me crois at
torifé à vous expofer ici , Monfieur , ce
qui fe pratique à Strasbourg , au fujet
des incendies. Nuit & jour un homme
gagé par la Ville fait la fentinelle au
clocher de la Cathédrale dont l'élévation
prodigieufe domine la Ville de
route part. Si le feu prend en quelque
endroit le furveillant fonne le tocfin
& par la direction , le jour , d'un drapeau
blanc , & la nuit d'une lanterne
indique le Quartier de la Ville où eft le
feu . Toutes les Pompes y accourent
fans qu'il foit befoin de les aller cher--
cher. La premiere arrivée eſt récompenſée
par une fomme qu'eft obligée de
payer par forme d'amande celle qui n'arrive
que la dernière : ainfi la même
ardeur anime tous les Pompiers , les.
uns pour gagner le prix , les autres pour
ne pas le payer. Il n'eft pas poffible de
fe refufer au fentiment d'admiration
qu'infpire une police fi merveillėuſe.
Il fe peut que l'étendue immenfe de la
Ville de Paris y rendit un pareil établiffement
impraticable. Si ce n'eft pas
tres des Voitures qui fourniffent de l'eau aux quartiers
éloignés de la Ville & des Fauxbourgs , ont
ordre de ne rentrer chez eux , que leurs tonneaux
pleins , pour fervir en cas de beſoin..
AVRIL. 1763: 139
·
un éxemple à fuivre , on peut du moins.
en profiter pour faire mieux ce qui fe
fait communément. Cette réfléxion n'eft
pas d'un cenfeur , caractère communément
odieux & dont je fuis très-éloigné ;
je ne parle qu'en fimple Citoyen , dont
l'unique but eft d'avertir ceux qui font
plus au fait que je ne le fuis de tout ce
qui regarde un objet fi important , de
propofer les réformes dont notre Police
pourroit avoir befoin à cet égard .
C'est toujours beaucoup pour quiconque
tient au bien de l'humanité , que de
Poccafionner de quelque manière que
ce foit. Toute fimple qu'eft cette Lettre
, j'en ferois gloire fi elle donnoit
lieu au génie patriotique , qui fait de fi
heureux progrès parmi nous d'enfanter
quelque projet qui pût garantir nos
Neveux de ces terribles défaftres dont
nous n'avons été que trop fouvent témoins.
Un Philofophe & peut- être le
plus grand de tous , Socrate lui - même ,
ne fe glorifioit de rien tant que de favoir
faire accoucher les efprits .
Avant que de finir , je ne puis me
refufer la fatisfaction de vous faire part
d'un autre Spectacle dont j'ai eté témoin
, fpectacle toujours trifte à la
vérité , mais intéreffant & qui fait trop
140 MERCURE DE FRANCE .
d'honneur â nos Concitoyens pour le
paffer fous filence.
Au Jardin du Palais Royal , qui étoit
encore ouvert à l'ordinaire , on voioir
deux chaînes différentes compofées de
perfonnes de tout état , fans diftinction
de rang , de dignité , de fexe même ,
l'une formée pour fauver les Archives
du Palais , l'autre pour fournir plus
promptement l'eau aux Pompes qui
pouvoient feules en arrêter l'incendie.
Le zéle dont chacun est animé dans
ces terribles événemens redoubloit
fenfiblement encore , ainfi l'a remarqué
un fage Magiftrat , par le
refpect & l'amour dont tous les Citoyens
font pénétrés pour M. le Duc
d'Orléans & pour le Prince fon fils ,
dont la préſence les affectoit fi vivement.
Que ce Public dont tant de faux Philofopes
affectent de mal parler , devient
alors refpectable & intéreſſant !
Que ce spectacle fait honneur à l'humanité
! Mais puiffe le Jardin du Palais
Royal n'en offrir jamais de pareil.
J'ai l'honneur d'être , & c.
que
*
L * A* L * B *.
* M. le Procureur du Roi.
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Résumé : LETTRE d'un Habitant du Palais Royal, à M. DE LA PLACE.
Le 6 avril 1763, un incendie a ravagé la salle de l'Opéra du Palais-Royal, réduisant l'édifice en cendres en une heure. L'auteur de la lettre, habitant du Palais-Royal, décrit la rapidité et l'intensité du feu, qui a menacé le Palais du Prince et la rue Saint-Honoré. Les décorations et machines combustibles ont alimenté l'incendie, rendant les secours difficiles à mobiliser rapidement. L'auteur souligne l'utilité du projet de M. Deparcieux pour l'approvisionnement en eau et propose des améliorations pour la police de Paris en matière de lutte contre les incendies. Il mentionne également une pratique à Strasbourg où un surveillant signale les incendies depuis le clocher de la cathédrale, permettant une intervention rapide des pompiers. La lettre se termine par un témoignage du zèle et du respect des citoyens lors de l'incendie. Sous l'influence du Duc d'Orléans et de son fils, les habitants ont formé des chaînes pour sauver les archives et fournir de l'eau aux pompes.
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