Résultats : 2587 textes (indexation en cours)
Détail
Liste
2301
p. 246-266
« Il me reste encore à vous parler de plus de soixante-dix [...] »
Début :
Il me reste encore à vous parler de plus de soixante-dix [...]
Mots clefs :
Église, Marchands, Te Deum en musique, Composition, Église des Grands-Augustins, Communauté, Église des Grands-Cordeliers, Chapelle, Mr Bernier, Vin, Joie, Chanter, Saint-Denis, Zèle, Partie, Porte, Sépulcre, Place, Gardes, Doreurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il me reste encore à vous parler de plus de soixante-dix [...] »
Il me reſte encore à vous par-
ler de plus de soixante-dix
Communautez qui ont fait des
Feſtes, dont je ne ſuis pas assez
bien informé, pour vous en don-
ner le détail; vous jugerez bien
par les noms de ces Commu-
nautez qu'il y en a dont la vi-
vacité du zele à beaucoup plus
marqué leur joye que leur ma-
gnificence, & qui n'ont pû
imiter qu'en cela ceux qui ont
fait de tres grosses dépenses.
Réjouissances. 247
Ce n'est pas qu'une partie de
ces Communautez n'en ait fait
beaucoup, & que je ne vous
envoye le mois prochain le dé-
tail de quelques-unes de celles
qu'elles ont faites, si elles
tombent entre mes mains; ce-
pendant je vous diray que tous
les Syndics & Officiers de ces
Communautez se sont distin-
guez le jour que la Commu-
nautez ſe ſont diſtinguez le jour
que la Communauté a fait chan-
ter le Te Deum. Ils ont fait des
feux, des illuminations & don-
nez à boire aux passans, & tou-
tes les boutiques de ceux de
leur Communauté ont esté fer-
mées ce jour-là ; & chacun a
fait des feux devant sa porte,
& plusieurs ont fait des depen-
Réjouissances.
248
ſes ce soir-là au de-là de leurs
facultez.
Voicy les noms de toutes ces
Communautez, le jour & les
lieux où elles ont fait chanter
le Te Deum.
Le 30. Juin.
Les Marchands Miroittiers,
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bernier,
Maistre de la Sainte Chapelle,
dans l'Eglise de sainte Marine
de la Cité.
Le 1. Juillet.
Le Corps des Marchands
Bonnetiers dans sa Chapelle en
l'Eglise de saint Jacques de la
Boucherie.
Les Marchands Chapeliers
un Te Deum en musique & sym-
phonie, dans l'Eglise de S. Leu
S. Gilles.
Réjouissances.
249
Les Corroyeurs, dans l'E-
glise de Saint Merry.
Les Horlogeurs, dans la Sain-
te Chapelle basse.
Le 6.
.
Les Marchands de Vin du
Roy, dans l'Eglise des grands
Cordeliers. Monsieur l'Argil-
lieire, ancien grand Garde fit
le soir un feu devant sa porte;
toute la façade de sa Maison
fut illuminée & une piece de
vin distribuée aux Passans.
Les Maîtres & Maîtresses
des petites Ecoles, dans l'E-
glises des grands Cordeliers.
Le 7.
Les Cordonniers un Te Deum
en musique, de la composition
de Monsieur Lallouette dans
leur Chapelle en l'Eglise Me-
Réjouissances.
250
tropolitaine de Nôtre Dame.
Les Marchands Fripiers
dans l'Eglise des Saints Inno-
cens.
Les Marchands Ceinturiers,
un Te Deum en musique dans
l'Eglise de Saint Barthelemy.
Le 8.
Les Tapissiers dans l'Eglise du
Saint Sepulchre.
Les Plombiers, dans la même
Eglise.
Les Selliers, Lormiers &
Carossiers, un Te Deum en
Musique avec Symphonie, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Les Lingeres dans l'Eglise de
Sainte Oportune.
Les Gantiers & Parfumeurs,
dans l'Eglise des Carmes de la
Place Maubert.
p
s
e
8
Réjouissances.
251
La Communauté des Four-
bisseurs un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans la sainte Cha-
pelle basse.
Les Gardes de la Communau-
té des Tapissiers un Te Deum
en Musique dans la même
Eglise, & de la composition du
même Maiſtre.
Le 9.
Les Chirurgiens & Barbiers,
un Te Deum en Musique avec
une belle Symphonie dans l'E-
glise de Saint Coſme; il y eut
une grande illumination dans
leur Laboratoire dans le même
quartier.
Les Couturieres, dans l'Eglise
de Saint Gervais.
Le1o,
La Communauré des Tail-
252 Réjouissances.
leurs, un Te Deum en Musique,
de la composition de Mr Lal-
louette, dans l'Eglise de la Tri-
nité, ruë Saint Denys.
La Communauté des Ecri-
vains Jurez, un Te Deum & un
Salut en Musique dans l'Eglise
de Sainte Croix de la Breton-
nerie.
Les Boulangers, dans l'Eglise
de Saint Honoré.
Les Gardes Jurez, Emailleurs,
Vitriers & Fayanciers, un Te
Deum en Musique de la compo-
sition de Mr Guillery, dans
l'Eglise des Saints Innocens.
Les Marchands Lapidaires
& Jouailliers, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands Salpetriers,
dans l'Eglise des Augustins de
n
se
-
b-
s
es
es
5
Réjouissances.
253
la Place des Victoires. Le soir
ils firent tirer un beau feu d'ar-
tifice devant l'Eglise de ces
Peres.
Les Bourliers, dans l'Eglise
du S. Sepulchre, avec sympho-
nie.
Le II.
Les Marchands Taillandiers
en fer blanc & en fer noir, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 12.
La Communauté des Bou-
chers, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr La-
louette, dans l'Eglise de Saint
Jacques de la Boucherie.
Les Marchands Doreurs,
dans l'Eglise de Saint Denys de
la Chartre.
Le 13.
Les Vitriers & Peintres sur
Réjouissances.
254
verre, un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans l'Eglise des
grands Cordelièrs.
Les Marchands Peigniers &
Tablettiers, dans l'Eglise des
grands Augustins
Les Marchands du Pont-neuf
dans la même Eglise. Ils firent
un feu devant la Statuë d'Hen-
ryIV. ils illuminerent la grille
& tirererent beaucoup d'arti-
fice.
Les Marchands Papetiers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Les Marchands Boisfeliers un
Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bouteiller
l'aiſné, dans l'Eglise de Saint
Leu, Saint Gilles.
Réjovissances.
255
Les Malletiers & Coffretiers
dans l'Eglise des Augustins du
Fauxbourg Saint Germain.
Les Chaudronniers, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 14.
Les Charpentiers, dans la
Chapelle de Saint Blaise, rue
Galande.
Les Teinturiers en soye, en
fil & en laine, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les anciens Marchands Tan-
neurs, dans l'Eglise de Saint
Gervais.
Les Marchands Verriers &
Fayanciersi, dans l'Eglise de la
Trinité, ruë Saint
Denys.
Les Marchands Doreurs &
Argenteurs, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Juillet 1704. II. P.
Y
Rejouissances.
256
Les Maréchaux, un Te Dean
en Musique de la composition
de Mr Paulin , Beneficier de
Nostre-Dame, dans l'Eglise des
Augustins du Fauxbourg saint
Germain.
La Communauté des Mar-
chands Tissutiers, Rubaniers,
Frangers & Ouvriers en draps
d'or, d'argent & de soye, dans
l'Eglise du Prieuré de saint Mar-
tin des Champs.
Le 15.
Les Vinaigriers, dans l'E-
glise du Saint Sepulchre.
Les Patissiers, dans la Cha-
pelle Royale de Saint Michel,
dans l'enclos du Palais.
Les Seruriers, dans l'Eglise
de saint Denys de la Chartres.
Les Fruitiers & Orangers,
Réjouissances.
257
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Paulin, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 17.
Les Grainiers & Grainierés
dans la même Eglise.
Les Marchands Tanneurs,
dans la miême Eglise.
La Compagnie des Maistres
en fait d'Armes, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Marchands Tonneliers,
dans leur Chapelle, en l'Eglise
de Nostre-Dame.
Les Marchands
Tonneliers
& Déchargeurs de
Vin, dans
l'Eglise de saint Bon.
Les Marchands Brasseurs, un
Te Deum en Musique de la com-
position de Mr Bernier, dans
la Sainte Chapelle basse.
Yi.
258
Réjouissances.
Les Marchandes du Marché
neuf, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr Paulin,
dans l'Eglise de sainte Gene-
viéve des Ardens.
Le 18.
Les Marchands Rotisseurs,
dans l'Eglise des grands Au-
gustins; le soir ils firent tirer un
beau feu d'artifice devant la
porte de cette Eglise.
Les Marchands Boulangers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Le 19.
Les Maistres Jarez & Gardes
de la Communauté des Cuisi-
niers - Traiteurs, dans l'E-
glise de sainte Croix de la Bre-
tonnerie.
Les Couvreurs, dans l'Eglise
Réjouissances.
25
de ſaint Julien le pauvre.
Le 20
Les Graveurs & Peintres en
Taille douce, un Te Deum n
Musique de la composition de
Mr Petit de Nostre-Dame, dans
l'Eglise de Mathurins.
Les Marchands Gaisniers,
dans l'Eglise de sainte Croix
de la Bretonnerie.
Le 2I.
Les faiseurs & joueurs d'in-
strumens, dans la même Eglise.
Les Charbonniers, dans la
même Eglise.
La Communauté des Mar-
chands de vieux fer & de dépe-
ceurs de Carosse, dans l'Eglise
des grands Augustins.
Les Loueurs de Carosses, dans
l'Eglise des grands Carmes,
Réjoiissances.
260
Les Marchandes de la Place
Maubert, dans la même Eglise.
Les Marchands Messigiers ou
Marchands de Laine, dans l'E
glise de S Denys de la Chartre.
Les Forts gagne deniers, dans
l'Eglise des grands Cordeliers.
Les Marchands Patenotriers,
dans l'Eglise de Saint Bon.
Le 22.
Les Chandeliers un Te Deum
en Musique de la composition
de Mr Bernier, dans la Sainte
Chapelle basse.
Les Colporteurs, dans la
Chapelle de S. Blaiſe, ruë Ga-
lande. Mrs le Begue & Poul-
lain estoient alors en exercice
de direction. Le 24
La Communauté des Peintres,
un Te Deum en Musique de la
261
Réjouissances.
composition de MrBernier, dans
sa Chapelle de saint Luc, dans
la Cité. Le 27.
Les Menuifiers, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Potiers d'Etain
dans
l'Eglise des grands Augustins.
On a oublié de marquer que
le 13. les Couteliers, Doreurs
& Graveurs ont fait chanter
un Te Deum dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands & Loueurs de
Chevaux firent chanter le Te
Deum le 31. Juillet dans l'Eglise
de saint Jacques de l'Hospital.
Le nombre des Communatez
quiont fait chanter le Te Deum
est si grand, que je ne doute
point qu'il ne m'en soit écha-
péune partie; mais il est certain
qu'il n'y en a pas une de celles
Réjouissances.
262
qui sont peu accommodées, &
qu'on ne croit pas même avoir
rang de Communauté, qui n'ait
voulu témoigner son zele & sa
joye. Il s'eſt trouvé des Con-
vents qui n'ont point voulu
prendre de leur argent, & les Ja-
cobins de la ruë S. Honoré ont
donné la dessus exemple aux au-
tres. L'empressement étoit si vif-
que saus les soins & l'applica-
tion de Mr d'Argenson, la con-
fusion auroit eſté grande, cha.
cun voulant rendre graces au
Ciel, & faire des réjouissances
presque dans le même temps:
C'est ce qui obligea Mr d'Ar-
genson de regler que quatre
Communautez seulement, fe-
roient rendre par jour des
actions de graces, & ce qu'ily
obengn
ade
&
ir
it
sa
n
lu
a-
nt
if
a-
.
u
s
.
Réjouissances.
263
a de surprenant, est que ce Ma-
giſtrat a bien voulu assiſter à la
plus grande partie de ces Te
Deum, & qu'il a esté souvent,
chaque jour, à tous ceux qui
ſe ſont dits. Il donna, dés le
jour de la naissance de Monsei-
gneur le Due de Bretagne, &
les jours suivans, de si grandes
marques d'une veritable joye,
& il fit tant de choſes pour la
marquer, qu'elles me mene-
roient trop loin, si j'entrepre-
nois de les décrire; ainsi je ne
les rapporteray point icy. Elles
ne ſont pas ignorées à Paris, ou
tout retentit de la vivacité de
ſon zele & de ſes liberalitez; ce-
pendant je ne puis m'empêcher
de vous dire que le 29. de Juin,
l'entrée de la ruelle qui conduit
Réjouiffances.
264.
à l'Hostel de ce Magistrat pa-
rut toute alluminée. Il y avoit
une piramide surmontée d'un
Soleil tour éclatant de lumie-
res, & à côté, deux grands
Dauphins qui jetterent du vin
pendant cinq à six heures. Il y
avoit ensuite le long de la ruel-
le ou avenuë, des pilastres aux
deux côtez, garnis de lumieres.
Cette avenuë étoit remplie de
timballes & de trompettes, qui
étorenusur des échafauts en for-
me de balcons, afin que l'ave-
nuë ne se trouvast pas rétressie.
Toute cette avenue étoit ornée
de fettons de fleurs naturelles.
La façade de l'Hoſtel étoit dé-
corée par une grande quantité
de lamprons & de fleurs. Tou-
te la cour étoit illuminée & di-
Réjouissances.
265
visée en portiques ornez de fe-
stons, & remplis d'une grande
quantité de lamprons. La Com-
pagnie de Mr le Prevost de
l'Ifle, celle de Mr le Licu-
tenant de Robe-courte & cel-
le de Mr le Chevalier du
Guet y firent quatorze déchar-
ges, dont le bruit fit casser pres-
que toutes les vîtres. Les appar-
temens du premier étage étoient
ouverts à tout le mode, & ceux
du second étoient remplis de
rafraschissemens & de liqueurs
pour les personnes plus distin-
guées. Mr d'Argenson & Mr
son fils jetterent des fenestres
de cet appartement, un tres-
grand nombre de pieces de dix
sols & de cinq sols au Peuple,
dont la cour étoit toute remplio
Z ij
266 Réjouissances.
La Feste commença à huit heu-
res du soir & ne finit qu'à trois
heures aprés minuit. Mr d'Ar-
genson avoit fait mettre des
lanternes dans toutes les ruës
des environs de son Hostel, où
des chandelles brulerent jus-
ques au jour, & il y avoit beau-
coup de devises & d'emblêmes
dans les ornemens de l'avenue
& de la Cour. Il est impossible
de bien exprimer la maniere af-
fable qui parut, pendant toute
la soirée, sur le visage de Mr
d'Argenson, qui excitoit luy-
même a se divertir, tous ceux
qui ne peuvent s'empêcher de
causer du dommage, aux lieux
où le vin leur fait donner des
marques d'une joye un peu trop
vive.
ler de plus de soixante-dix
Communautez qui ont fait des
Feſtes, dont je ne ſuis pas assez
bien informé, pour vous en don-
ner le détail; vous jugerez bien
par les noms de ces Commu-
nautez qu'il y en a dont la vi-
vacité du zele à beaucoup plus
marqué leur joye que leur ma-
gnificence, & qui n'ont pû
imiter qu'en cela ceux qui ont
fait de tres grosses dépenses.
Réjouissances. 247
Ce n'est pas qu'une partie de
ces Communautez n'en ait fait
beaucoup, & que je ne vous
envoye le mois prochain le dé-
tail de quelques-unes de celles
qu'elles ont faites, si elles
tombent entre mes mains; ce-
pendant je vous diray que tous
les Syndics & Officiers de ces
Communautez se sont distin-
guez le jour que la Commu-
nautez ſe ſont diſtinguez le jour
que la Communauté a fait chan-
ter le Te Deum. Ils ont fait des
feux, des illuminations & don-
nez à boire aux passans, & tou-
tes les boutiques de ceux de
leur Communauté ont esté fer-
mées ce jour-là ; & chacun a
fait des feux devant sa porte,
& plusieurs ont fait des depen-
Réjouissances.
248
ſes ce soir-là au de-là de leurs
facultez.
Voicy les noms de toutes ces
Communautez, le jour & les
lieux où elles ont fait chanter
le Te Deum.
Le 30. Juin.
Les Marchands Miroittiers,
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bernier,
Maistre de la Sainte Chapelle,
dans l'Eglise de sainte Marine
de la Cité.
Le 1. Juillet.
Le Corps des Marchands
Bonnetiers dans sa Chapelle en
l'Eglise de saint Jacques de la
Boucherie.
Les Marchands Chapeliers
un Te Deum en musique & sym-
phonie, dans l'Eglise de S. Leu
S. Gilles.
Réjouissances.
249
Les Corroyeurs, dans l'E-
glise de Saint Merry.
Les Horlogeurs, dans la Sain-
te Chapelle basse.
Le 6.
.
Les Marchands de Vin du
Roy, dans l'Eglise des grands
Cordeliers. Monsieur l'Argil-
lieire, ancien grand Garde fit
le soir un feu devant sa porte;
toute la façade de sa Maison
fut illuminée & une piece de
vin distribuée aux Passans.
Les Maîtres & Maîtresses
des petites Ecoles, dans l'E-
glises des grands Cordeliers.
Le 7.
Les Cordonniers un Te Deum
en musique, de la composition
de Monsieur Lallouette dans
leur Chapelle en l'Eglise Me-
Réjouissances.
250
tropolitaine de Nôtre Dame.
Les Marchands Fripiers
dans l'Eglise des Saints Inno-
cens.
Les Marchands Ceinturiers,
un Te Deum en musique dans
l'Eglise de Saint Barthelemy.
Le 8.
Les Tapissiers dans l'Eglise du
Saint Sepulchre.
Les Plombiers, dans la même
Eglise.
Les Selliers, Lormiers &
Carossiers, un Te Deum en
Musique avec Symphonie, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Les Lingeres dans l'Eglise de
Sainte Oportune.
Les Gantiers & Parfumeurs,
dans l'Eglise des Carmes de la
Place Maubert.
p
s
e
8
Réjouissances.
251
La Communauté des Four-
bisseurs un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans la sainte Cha-
pelle basse.
Les Gardes de la Communau-
té des Tapissiers un Te Deum
en Musique dans la même
Eglise, & de la composition du
même Maiſtre.
Le 9.
Les Chirurgiens & Barbiers,
un Te Deum en Musique avec
une belle Symphonie dans l'E-
glise de Saint Coſme; il y eut
une grande illumination dans
leur Laboratoire dans le même
quartier.
Les Couturieres, dans l'Eglise
de Saint Gervais.
Le1o,
La Communauré des Tail-
252 Réjouissances.
leurs, un Te Deum en Musique,
de la composition de Mr Lal-
louette, dans l'Eglise de la Tri-
nité, ruë Saint Denys.
La Communauté des Ecri-
vains Jurez, un Te Deum & un
Salut en Musique dans l'Eglise
de Sainte Croix de la Breton-
nerie.
Les Boulangers, dans l'Eglise
de Saint Honoré.
Les Gardes Jurez, Emailleurs,
Vitriers & Fayanciers, un Te
Deum en Musique de la compo-
sition de Mr Guillery, dans
l'Eglise des Saints Innocens.
Les Marchands Lapidaires
& Jouailliers, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands Salpetriers,
dans l'Eglise des Augustins de
n
se
-
b-
s
es
es
5
Réjouissances.
253
la Place des Victoires. Le soir
ils firent tirer un beau feu d'ar-
tifice devant l'Eglise de ces
Peres.
Les Bourliers, dans l'Eglise
du S. Sepulchre, avec sympho-
nie.
Le II.
Les Marchands Taillandiers
en fer blanc & en fer noir, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 12.
La Communauté des Bou-
chers, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr La-
louette, dans l'Eglise de Saint
Jacques de la Boucherie.
Les Marchands Doreurs,
dans l'Eglise de Saint Denys de
la Chartre.
Le 13.
Les Vitriers & Peintres sur
Réjouissances.
254
verre, un Te Deum en Musi-
que de la composition de Mr
Bernier, dans l'Eglise des
grands Cordelièrs.
Les Marchands Peigniers &
Tablettiers, dans l'Eglise des
grands Augustins
Les Marchands du Pont-neuf
dans la même Eglise. Ils firent
un feu devant la Statuë d'Hen-
ryIV. ils illuminerent la grille
& tirererent beaucoup d'arti-
fice.
Les Marchands Papetiers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Les Marchands Boisfeliers un
Te Deum en Musique de la
composition de Mr Bouteiller
l'aiſné, dans l'Eglise de Saint
Leu, Saint Gilles.
Réjovissances.
255
Les Malletiers & Coffretiers
dans l'Eglise des Augustins du
Fauxbourg Saint Germain.
Les Chaudronniers, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 14.
Les Charpentiers, dans la
Chapelle de Saint Blaise, rue
Galande.
Les Teinturiers en soye, en
fil & en laine, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les anciens Marchands Tan-
neurs, dans l'Eglise de Saint
Gervais.
Les Marchands Verriers &
Fayanciersi, dans l'Eglise de la
Trinité, ruë Saint
Denys.
Les Marchands Doreurs &
Argenteurs, dans l'Eglise des
grands Augustins.
Juillet 1704. II. P.
Y
Rejouissances.
256
Les Maréchaux, un Te Dean
en Musique de la composition
de Mr Paulin , Beneficier de
Nostre-Dame, dans l'Eglise des
Augustins du Fauxbourg saint
Germain.
La Communauté des Mar-
chands Tissutiers, Rubaniers,
Frangers & Ouvriers en draps
d'or, d'argent & de soye, dans
l'Eglise du Prieuré de saint Mar-
tin des Champs.
Le 15.
Les Vinaigriers, dans l'E-
glise du Saint Sepulchre.
Les Patissiers, dans la Cha-
pelle Royale de Saint Michel,
dans l'enclos du Palais.
Les Seruriers, dans l'Eglise
de saint Denys de la Chartres.
Les Fruitiers & Orangers,
Réjouissances.
257
un Te Deum en Musique de la
composition de Mr Paulin, dans
l'Eglise des grands Augustins.
Le 17.
Les Grainiers & Grainierés
dans la même Eglise.
Les Marchands Tanneurs,
dans la miême Eglise.
La Compagnie des Maistres
en fait d'Armes, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Marchands Tonneliers,
dans leur Chapelle, en l'Eglise
de Nostre-Dame.
Les Marchands
Tonneliers
& Déchargeurs de
Vin, dans
l'Eglise de saint Bon.
Les Marchands Brasseurs, un
Te Deum en Musique de la com-
position de Mr Bernier, dans
la Sainte Chapelle basse.
Yi.
258
Réjouissances.
Les Marchandes du Marché
neuf, un Te Deum en Musique
de la composition de Mr Paulin,
dans l'Eglise de sainte Gene-
viéve des Ardens.
Le 18.
Les Marchands Rotisseurs,
dans l'Eglise des grands Au-
gustins; le soir ils firent tirer un
beau feu d'artifice devant la
porte de cette Eglise.
Les Marchands Boulangers,
dans l'Eglise des grands Cor-
deliers.
Le 19.
Les Maistres Jarez & Gardes
de la Communauté des Cuisi-
niers - Traiteurs, dans l'E-
glise de sainte Croix de la Bre-
tonnerie.
Les Couvreurs, dans l'Eglise
Réjouissances.
25
de ſaint Julien le pauvre.
Le 20
Les Graveurs & Peintres en
Taille douce, un Te Deum n
Musique de la composition de
Mr Petit de Nostre-Dame, dans
l'Eglise de Mathurins.
Les Marchands Gaisniers,
dans l'Eglise de sainte Croix
de la Bretonnerie.
Le 2I.
Les faiseurs & joueurs d'in-
strumens, dans la même Eglise.
Les Charbonniers, dans la
même Eglise.
La Communauté des Mar-
chands de vieux fer & de dépe-
ceurs de Carosse, dans l'Eglise
des grands Augustins.
Les Loueurs de Carosses, dans
l'Eglise des grands Carmes,
Réjoiissances.
260
Les Marchandes de la Place
Maubert, dans la même Eglise.
Les Marchands Messigiers ou
Marchands de Laine, dans l'E
glise de S Denys de la Chartre.
Les Forts gagne deniers, dans
l'Eglise des grands Cordeliers.
Les Marchands Patenotriers,
dans l'Eglise de Saint Bon.
Le 22.
Les Chandeliers un Te Deum
en Musique de la composition
de Mr Bernier, dans la Sainte
Chapelle basse.
Les Colporteurs, dans la
Chapelle de S. Blaiſe, ruë Ga-
lande. Mrs le Begue & Poul-
lain estoient alors en exercice
de direction. Le 24
La Communauté des Peintres,
un Te Deum en Musique de la
261
Réjouissances.
composition de MrBernier, dans
sa Chapelle de saint Luc, dans
la Cité. Le 27.
Les Menuifiers, dans l'Eglise
des grands Cordeliers.
Les Potiers d'Etain
dans
l'Eglise des grands Augustins.
On a oublié de marquer que
le 13. les Couteliers, Doreurs
& Graveurs ont fait chanter
un Te Deum dans l'Eglise des
grands Augustins.
Les Marchands & Loueurs de
Chevaux firent chanter le Te
Deum le 31. Juillet dans l'Eglise
de saint Jacques de l'Hospital.
Le nombre des Communatez
quiont fait chanter le Te Deum
est si grand, que je ne doute
point qu'il ne m'en soit écha-
péune partie; mais il est certain
qu'il n'y en a pas une de celles
Réjouissances.
262
qui sont peu accommodées, &
qu'on ne croit pas même avoir
rang de Communauté, qui n'ait
voulu témoigner son zele & sa
joye. Il s'eſt trouvé des Con-
vents qui n'ont point voulu
prendre de leur argent, & les Ja-
cobins de la ruë S. Honoré ont
donné la dessus exemple aux au-
tres. L'empressement étoit si vif-
que saus les soins & l'applica-
tion de Mr d'Argenson, la con-
fusion auroit eſté grande, cha.
cun voulant rendre graces au
Ciel, & faire des réjouissances
presque dans le même temps:
C'est ce qui obligea Mr d'Ar-
genson de regler que quatre
Communautez seulement, fe-
roient rendre par jour des
actions de graces, & ce qu'ily
obengn
ade
&
ir
it
sa
n
lu
a-
nt
if
a-
.
u
s
.
Réjouissances.
263
a de surprenant, est que ce Ma-
giſtrat a bien voulu assiſter à la
plus grande partie de ces Te
Deum, & qu'il a esté souvent,
chaque jour, à tous ceux qui
ſe ſont dits. Il donna, dés le
jour de la naissance de Monsei-
gneur le Due de Bretagne, &
les jours suivans, de si grandes
marques d'une veritable joye,
& il fit tant de choſes pour la
marquer, qu'elles me mene-
roient trop loin, si j'entrepre-
nois de les décrire; ainsi je ne
les rapporteray point icy. Elles
ne ſont pas ignorées à Paris, ou
tout retentit de la vivacité de
ſon zele & de ſes liberalitez; ce-
pendant je ne puis m'empêcher
de vous dire que le 29. de Juin,
l'entrée de la ruelle qui conduit
Réjouiffances.
264.
à l'Hostel de ce Magistrat pa-
rut toute alluminée. Il y avoit
une piramide surmontée d'un
Soleil tour éclatant de lumie-
res, & à côté, deux grands
Dauphins qui jetterent du vin
pendant cinq à six heures. Il y
avoit ensuite le long de la ruel-
le ou avenuë, des pilastres aux
deux côtez, garnis de lumieres.
Cette avenuë étoit remplie de
timballes & de trompettes, qui
étorenusur des échafauts en for-
me de balcons, afin que l'ave-
nuë ne se trouvast pas rétressie.
Toute cette avenue étoit ornée
de fettons de fleurs naturelles.
La façade de l'Hoſtel étoit dé-
corée par une grande quantité
de lamprons & de fleurs. Tou-
te la cour étoit illuminée & di-
Réjouissances.
265
visée en portiques ornez de fe-
stons, & remplis d'une grande
quantité de lamprons. La Com-
pagnie de Mr le Prevost de
l'Ifle, celle de Mr le Licu-
tenant de Robe-courte & cel-
le de Mr le Chevalier du
Guet y firent quatorze déchar-
ges, dont le bruit fit casser pres-
que toutes les vîtres. Les appar-
temens du premier étage étoient
ouverts à tout le mode, & ceux
du second étoient remplis de
rafraschissemens & de liqueurs
pour les personnes plus distin-
guées. Mr d'Argenson & Mr
son fils jetterent des fenestres
de cet appartement, un tres-
grand nombre de pieces de dix
sols & de cinq sols au Peuple,
dont la cour étoit toute remplio
Z ij
266 Réjouissances.
La Feste commença à huit heu-
res du soir & ne finit qu'à trois
heures aprés minuit. Mr d'Ar-
genson avoit fait mettre des
lanternes dans toutes les ruës
des environs de son Hostel, où
des chandelles brulerent jus-
ques au jour, & il y avoit beau-
coup de devises & d'emblêmes
dans les ornemens de l'avenue
& de la Cour. Il est impossible
de bien exprimer la maniere af-
fable qui parut, pendant toute
la soirée, sur le visage de Mr
d'Argenson, qui excitoit luy-
même a se divertir, tous ceux
qui ne peuvent s'empêcher de
causer du dommage, aux lieux
où le vin leur fait donner des
marques d'une joye un peu trop
vive.
Fermer
2302
p. 267-281
« Je dois presentement vous parler de ce qui s'est fait aux [...] »
Début :
Je dois presentement vous parler de ce qui s'est fait aux [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je dois presentement vous parler de ce qui s'est fait aux [...] »
Je dois presentement vous
parler de ce qui s'est fait
aux
environs de Paris, où du moins
d'une partie.
Le Samedy 28. Juin, Mes-
sieurs les Chanoines de la sainte
Chapelle Royale du Château
de Vincennes, y chanterent un
Te Deum avec beaucoup de so-
lemnité, au bruit d'un grand
nombre de boëtes & de toute
lartillerie du Château; le ſoir
il y eut une grande illumina-
tion au haut du donjon avec un
tres beau feu d'artifice, qui fût
tiré ſur la terraſse de ce donjon-
Ce qui fut parfaitement bien
executé selon les ordres de Mr
le Marquis de Bellefont, Gou-
verneur & Capitaine du Châ-
teau de Vincennes.
Z iij.
Rejouissances.
200
Le premier de Juillet, Mr
Robbe, Maire de la Ville de S.
Denis en France, envoya des
Lettres Circulaires aux Capi-
raines de la Bourgeoisie & des
Arquebuziers, & des avertisse-
mens aux Marguilliers des Pa-
roisses, afin que les uns se pre-
parassent à se mettre sous les ar-
mes, le plus lestement qu'ils
pourroient; le Jeudy suivant,
pour assiſter au feu de joye, qui
devoit estre allumé dans la gran-
de place, à neuf heures du soir;
& que les autres fissent caril-
lonner & sonner le tocsin, pen-
dant la journée.
Le Jeudy les Compagnies s'é-
tant assemblées, sous leurs Dra-
peaux, au nombre d'environ
trois cens hommes; ils défile-
Réjouissances.
269
rent quatre de front & vinrent
passer devant la porte de Mr
Robbe. Il avoit fait déconer la
façade de sa Maison, & fait
mettre à la fenêtre de ſa cham-
bre, ornée de pampres & de
festons de fleurs, un Tableau
d'un enfant au maillot, sur un
tapis d'azur semé de fleurs de lis
d'or representant Monscigneur
le Duc de Bretagne, la teste
posée sur un oreiller d'hermi-
nes, & au dessous un quadre
d'oré, qui enfermoit le Distique
suivant de sa façon, car il est tres-
bon Poëtes.
NASCERE PARVE PUER, NO-
VASPES SUPERADDITA
GALLIS.
FERMAS HISPANOS; PACIS
ETOMENADES.
270 Réjouissances.
Venez combler tous nos souhaits,
Auguste Enfant, que la gloire ac-
compagne:
Vous devenez, en assutant l'Es-
pagne
L'heureux présage de la Paix.
Entre ce quadre & la porte de
la Maison de ce digne Maire,
étoient placées, dans des guir-
landes de lierre, les armoiries
du Roy, du Prince nouveau né,
de Monsieur le Duc d'Estrées
Gouverneur de la Province &
celles de la Ville audessous.
Aux côtez de la porte, étoient
élevez deux demi muids de vin,
deſtinez pour donner à boire à
tous les passans; les Officiers
saluerent en passant, le Portrait
du Prince, les uns avec l'Espon-
Réjoutssanes.
271
ton & les autres avec le Dra-
peau, & la Mousqueterie fit sa
décharge par rangs. Les Com-
pagnies allerent ensuite faire le
tour de la Place, & y poserent
leurs armes, afin d'aller plus
commodement & avec plus de
liberté, boire à la santé du Roi &
du Prince, à la porte de Mr le
Maire.
Sur les huit heures où envi-
ron, le Maire fit marcher les
Compagnies par la Ville, dans
les principales ruës, avec or-
dre de se rendre à neuf heures
précises, à l'Hoſtel de Ville,
dont la façade estoit bien dé-
corée. Pendant cette marche,
on prit le temps de poser l'arti-
fice sur un arc de triomphe, or-
né de pampres & de festons,
272
Réfouissances.
dreffé entre l'Hoſtel de Ville,
& le Feu de bois, qui formoit
un obelisque.
D'abord que les Compagnies
furent arrivées, elles firent le
tour de la grande Place, devan-
çant le Maire accompagné du
Corps de Ville, qui estoit pré-
cedé de Violons, de Tambours
& de Fifres: Aprés quoy, elles
s'ouvrirent en double haye, &
en occuperent tout le circuit,
Alors le Maire avec son Lieu-
tenant, & les deux Echevins
en Charge s'avancerent tous,
avec un flambeau à la main, &
mirent chacun à leur rang, le
feu à la piramide de bois; Aussi.
toſt on tira les boëttes, & la
Mousqueterie fit une décharge
generalle: le Maire but ensurte
Réjouissances.
27
à la ſante du Roy & de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne; ce
qui fut accompagne de grands
cris de Vive le Roy, des fanfares
des violons, & du bruit des tam-
bours & des fifres. Tous les Offi-
ciersburent aussi aux mêmes san-
tez, & on leur répondit avec les
mêmes acclamations, les mêmes
fanfares, & le même bruit.
On aporta ensuite des sieges;
pour asseoir le Maire, les Offi-
ciers du Corps de Ville & les
anciens Echevins, vis-à vis,
du feu d'artifice. On fit aussi-
toſt une nouvelle décharge des
boëtes & de la Mousqueterie.
On vit les fusées traverser les
airs, & la place qui estoit déja
toute éclairée par les illumina-
tions des fenestres, se trouva,
274. Réjourssances.
en un instant, toute brillante
par le grand nombre de lances
a feu & de saussissons, qui sor-
tirent des pots à feu, dont les
portiques & le ceintre de l'arc
de triomphe estoient garnis.
aprés quoy l'on mit le feu aux
roues & au Soleil, qui estoit
placé au haut du ceintre; &
& tout l'artifice finit par l'ex-
cinction de ses-rayons.
Aprés que le feu d'artifice
fut tiré, les Compagnies défi-
lerent devant le Maire & le
Corps de Ville ; elles le recon-
duisirent dans sa Maison, & en
passant, firent encore une dé-
charge par rangs, de vant le Por-
trait du Prince. Le souper y
estoit apresté: Les Officiers de
la Bourgeoisie y furent conviez
Rejoinssances.
avec les anciens Echevins, &
l'on s'y divertit beaucoup; le
soupé fini, on commença le Bal,
qui dura jusqu'à trois heures
aprés minuit. Pendant ce temps,
la Bourgeoiſie marcha par es
couades sous la conduite des
Sergens, dans les ruës, avec
des brocs de vin, pour conti-
nuer la réjouissance juſqu'au
jour, ce qu'ils firent en mar-
quant toujours les mêmes trans-
ports de joye.
Les Chanoines Reguliers de
Sainte Geneviéve, tiennent à
Nanterre, à deux lieuës de Pa-
ris, un celebre College, où ils
élevent & instruisent dans les
belles Lettres, avec beaucoup
de succés & de reputation, un
tres-grand nombre d'enfans,
Rejouissances.
276
dont la plupart sont des pre-
mieres & plus illustres familles
de Paris. Comme ces Peres sont
Seigneurs temporels & spiri-
tuels du Bourg de Nanterre, ils
crurent qu'il estoit de leur de-
voir d'engager par leur exem-
ple les Habitans à prendre part
a la joye publique, pour la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne; pour cet effet le
6. de Juillet, ils chanterent le
Te Deum dans l'Eglise de la Pa-
roiſse, au bruit d'une décharge
de plusieurs boëtes, qui fut re-
doublé plusieurs fois; & firent
couler deux fontaines de vin
pendant toute l'aprés midi; sur
le foir, ils allumerent un grand
feu qui fut accompagné d'arti-
fices & de fusées volantes; en
Réjonissances.
27.
même xemps tout le grand
corps de logis, qui a veue ſur
S. Germain en Laye, parut
éclaire par un nombre infini de
lumieres, cette illumination
formoit, sur de haut, dans l'en-
droit ou est un Cadran, un So-
deil qui faisoit un fort beleffet,
& qui fur vû du Château de S.
Germain par leurs Majestez
Britaniques qui témoignerent
y prendre beaucoup de plaisir.
La même illumination fut con-
tinuée deux jours de suite.
Monsieur Lorey, Receveur
en titre du Grenier à Sel de
Poissy s'y fit distinguer, puis
qu'outre le grand feu qu'il fit
faire, il fit illummer sa maison
deux jours de suite, il tint table
ouverte pendant ces deux joun.
Réjouissances.
27
Plusieurs de ſes amis de Paris
& les plus diſtinguez du lieu,
s'étant rendus chez luy pour
prendre part à cette fête. Il
donna un grand bal; & plus de
deux cens hommes sous les ar-
mes, qui étoient devant sa por-
te, firent plusieurs décharges
de mousqueterie. On tira quan-
tité de fuſées volantes, & l'on
fit couler plusieurs fontaines de
vin.
Monsieur Vallin, Sindic per-
petuel de la Parroiſse de saint
Ouin de l'aumône, qui n'est
ſeparée de la Ville de Pontoiſe
que par le pont, voulant pren-
dre part à la joye publique, en-
gagea tous les habitans de cette
Parroisse de s'afsembler le 3.
Juillet ſur les ſept heures du
Réjouissances.
279
foir. Il y eut des feux & des il-
luminations dans les rues & aux
fenêtres pendant toute la nuit;
on forma une compagnie des
plus lestes, & Monfieur Vallin
s'étant mis comme Syndic, à la
tête, alla avec les tambours,
les hautbois & les violons faire
chanter le Te Deam, & allu-
mer un feu qu'on avoit preparé
devant la ruë qui conduit à
l'Abbaye Royale de Maubuis-
ſon; d'où aprés plusieurs dé-
charges de mousqueterie, & de
boëtes & de cris de vive le Roy,
ayant été mandé par son Altesse
serenissime Madame la Princesse
qui étoit dans cette Abbaye,
avec Monsieur le Duc d'An-
guien , & Mesdemoiselles de
Charolois & de Sens, ils'y ren-
Juillet 1704. II. P. Aa
Réjovissances.
280
dit avec toute sa troupe; &
pendant qu'un feu, que son Al-
tesse serenissime avoit fait dres
ser, brûla, on continua les cris
d'allegreſse, & le feu de la mous-
queterie: après quoy on revint
dans le même ordre qu'on
étoit parti devant la maison de
Monsieur Vallin, où on trouva
plusieurs fontaines de bon vin
qui couloient par ses soins, & à
ses dépens, pour tous ceux qui
se presentoient.
L'heure de souper étant ve-
nuë, plusieurs tables furent
dreffées au même endroit, ou
les principaux de cette Parroisse
souperent & furent regalés par
Monsieur Vallin; les santés du
Roy, de Monseigneur & de
Messeigneurs les Princes ses En-
Rejouissances.
281
fans & de Monseigneur le Duc
de Bretagne y furent bues aux
cris de vive le Roy, & enfin toure
cette fête finit par un bal pu-
blic, ou tout ſe paſsa ſans defor-
dre & sans confusion.
parler de ce qui s'est fait
aux
environs de Paris, où du moins
d'une partie.
Le Samedy 28. Juin, Mes-
sieurs les Chanoines de la sainte
Chapelle Royale du Château
de Vincennes, y chanterent un
Te Deum avec beaucoup de so-
lemnité, au bruit d'un grand
nombre de boëtes & de toute
lartillerie du Château; le ſoir
il y eut une grande illumina-
tion au haut du donjon avec un
tres beau feu d'artifice, qui fût
tiré ſur la terraſse de ce donjon-
Ce qui fut parfaitement bien
executé selon les ordres de Mr
le Marquis de Bellefont, Gou-
verneur & Capitaine du Châ-
teau de Vincennes.
Z iij.
Rejouissances.
200
Le premier de Juillet, Mr
Robbe, Maire de la Ville de S.
Denis en France, envoya des
Lettres Circulaires aux Capi-
raines de la Bourgeoisie & des
Arquebuziers, & des avertisse-
mens aux Marguilliers des Pa-
roisses, afin que les uns se pre-
parassent à se mettre sous les ar-
mes, le plus lestement qu'ils
pourroient; le Jeudy suivant,
pour assiſter au feu de joye, qui
devoit estre allumé dans la gran-
de place, à neuf heures du soir;
& que les autres fissent caril-
lonner & sonner le tocsin, pen-
dant la journée.
Le Jeudy les Compagnies s'é-
tant assemblées, sous leurs Dra-
peaux, au nombre d'environ
trois cens hommes; ils défile-
Réjouissances.
269
rent quatre de front & vinrent
passer devant la porte de Mr
Robbe. Il avoit fait déconer la
façade de sa Maison, & fait
mettre à la fenêtre de ſa cham-
bre, ornée de pampres & de
festons de fleurs, un Tableau
d'un enfant au maillot, sur un
tapis d'azur semé de fleurs de lis
d'or representant Monscigneur
le Duc de Bretagne, la teste
posée sur un oreiller d'hermi-
nes, & au dessous un quadre
d'oré, qui enfermoit le Distique
suivant de sa façon, car il est tres-
bon Poëtes.
NASCERE PARVE PUER, NO-
VASPES SUPERADDITA
GALLIS.
FERMAS HISPANOS; PACIS
ETOMENADES.
270 Réjouissances.
Venez combler tous nos souhaits,
Auguste Enfant, que la gloire ac-
compagne:
Vous devenez, en assutant l'Es-
pagne
L'heureux présage de la Paix.
Entre ce quadre & la porte de
la Maison de ce digne Maire,
étoient placées, dans des guir-
landes de lierre, les armoiries
du Roy, du Prince nouveau né,
de Monsieur le Duc d'Estrées
Gouverneur de la Province &
celles de la Ville audessous.
Aux côtez de la porte, étoient
élevez deux demi muids de vin,
deſtinez pour donner à boire à
tous les passans; les Officiers
saluerent en passant, le Portrait
du Prince, les uns avec l'Espon-
Réjoutssanes.
271
ton & les autres avec le Dra-
peau, & la Mousqueterie fit sa
décharge par rangs. Les Com-
pagnies allerent ensuite faire le
tour de la Place, & y poserent
leurs armes, afin d'aller plus
commodement & avec plus de
liberté, boire à la santé du Roi &
du Prince, à la porte de Mr le
Maire.
Sur les huit heures où envi-
ron, le Maire fit marcher les
Compagnies par la Ville, dans
les principales ruës, avec or-
dre de se rendre à neuf heures
précises, à l'Hoſtel de Ville,
dont la façade estoit bien dé-
corée. Pendant cette marche,
on prit le temps de poser l'arti-
fice sur un arc de triomphe, or-
né de pampres & de festons,
272
Réfouissances.
dreffé entre l'Hoſtel de Ville,
& le Feu de bois, qui formoit
un obelisque.
D'abord que les Compagnies
furent arrivées, elles firent le
tour de la grande Place, devan-
çant le Maire accompagné du
Corps de Ville, qui estoit pré-
cedé de Violons, de Tambours
& de Fifres: Aprés quoy, elles
s'ouvrirent en double haye, &
en occuperent tout le circuit,
Alors le Maire avec son Lieu-
tenant, & les deux Echevins
en Charge s'avancerent tous,
avec un flambeau à la main, &
mirent chacun à leur rang, le
feu à la piramide de bois; Aussi.
toſt on tira les boëttes, & la
Mousqueterie fit une décharge
generalle: le Maire but ensurte
Réjouissances.
27
à la ſante du Roy & de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne; ce
qui fut accompagne de grands
cris de Vive le Roy, des fanfares
des violons, & du bruit des tam-
bours & des fifres. Tous les Offi-
ciersburent aussi aux mêmes san-
tez, & on leur répondit avec les
mêmes acclamations, les mêmes
fanfares, & le même bruit.
On aporta ensuite des sieges;
pour asseoir le Maire, les Offi-
ciers du Corps de Ville & les
anciens Echevins, vis-à vis,
du feu d'artifice. On fit aussi-
toſt une nouvelle décharge des
boëtes & de la Mousqueterie.
On vit les fusées traverser les
airs, & la place qui estoit déja
toute éclairée par les illumina-
tions des fenestres, se trouva,
274. Réjourssances.
en un instant, toute brillante
par le grand nombre de lances
a feu & de saussissons, qui sor-
tirent des pots à feu, dont les
portiques & le ceintre de l'arc
de triomphe estoient garnis.
aprés quoy l'on mit le feu aux
roues & au Soleil, qui estoit
placé au haut du ceintre; &
& tout l'artifice finit par l'ex-
cinction de ses-rayons.
Aprés que le feu d'artifice
fut tiré, les Compagnies défi-
lerent devant le Maire & le
Corps de Ville ; elles le recon-
duisirent dans sa Maison, & en
passant, firent encore une dé-
charge par rangs, de vant le Por-
trait du Prince. Le souper y
estoit apresté: Les Officiers de
la Bourgeoisie y furent conviez
Rejoinssances.
avec les anciens Echevins, &
l'on s'y divertit beaucoup; le
soupé fini, on commença le Bal,
qui dura jusqu'à trois heures
aprés minuit. Pendant ce temps,
la Bourgeoiſie marcha par es
couades sous la conduite des
Sergens, dans les ruës, avec
des brocs de vin, pour conti-
nuer la réjouissance juſqu'au
jour, ce qu'ils firent en mar-
quant toujours les mêmes trans-
ports de joye.
Les Chanoines Reguliers de
Sainte Geneviéve, tiennent à
Nanterre, à deux lieuës de Pa-
ris, un celebre College, où ils
élevent & instruisent dans les
belles Lettres, avec beaucoup
de succés & de reputation, un
tres-grand nombre d'enfans,
Rejouissances.
276
dont la plupart sont des pre-
mieres & plus illustres familles
de Paris. Comme ces Peres sont
Seigneurs temporels & spiri-
tuels du Bourg de Nanterre, ils
crurent qu'il estoit de leur de-
voir d'engager par leur exem-
ple les Habitans à prendre part
a la joye publique, pour la nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne; pour cet effet le
6. de Juillet, ils chanterent le
Te Deum dans l'Eglise de la Pa-
roiſse, au bruit d'une décharge
de plusieurs boëtes, qui fut re-
doublé plusieurs fois; & firent
couler deux fontaines de vin
pendant toute l'aprés midi; sur
le foir, ils allumerent un grand
feu qui fut accompagné d'arti-
fices & de fusées volantes; en
Réjonissances.
27.
même xemps tout le grand
corps de logis, qui a veue ſur
S. Germain en Laye, parut
éclaire par un nombre infini de
lumieres, cette illumination
formoit, sur de haut, dans l'en-
droit ou est un Cadran, un So-
deil qui faisoit un fort beleffet,
& qui fur vû du Château de S.
Germain par leurs Majestez
Britaniques qui témoignerent
y prendre beaucoup de plaisir.
La même illumination fut con-
tinuée deux jours de suite.
Monsieur Lorey, Receveur
en titre du Grenier à Sel de
Poissy s'y fit distinguer, puis
qu'outre le grand feu qu'il fit
faire, il fit illummer sa maison
deux jours de suite, il tint table
ouverte pendant ces deux joun.
Réjouissances.
27
Plusieurs de ſes amis de Paris
& les plus diſtinguez du lieu,
s'étant rendus chez luy pour
prendre part à cette fête. Il
donna un grand bal; & plus de
deux cens hommes sous les ar-
mes, qui étoient devant sa por-
te, firent plusieurs décharges
de mousqueterie. On tira quan-
tité de fuſées volantes, & l'on
fit couler plusieurs fontaines de
vin.
Monsieur Vallin, Sindic per-
petuel de la Parroiſse de saint
Ouin de l'aumône, qui n'est
ſeparée de la Ville de Pontoiſe
que par le pont, voulant pren-
dre part à la joye publique, en-
gagea tous les habitans de cette
Parroisse de s'afsembler le 3.
Juillet ſur les ſept heures du
Réjouissances.
279
foir. Il y eut des feux & des il-
luminations dans les rues & aux
fenêtres pendant toute la nuit;
on forma une compagnie des
plus lestes, & Monfieur Vallin
s'étant mis comme Syndic, à la
tête, alla avec les tambours,
les hautbois & les violons faire
chanter le Te Deam, & allu-
mer un feu qu'on avoit preparé
devant la ruë qui conduit à
l'Abbaye Royale de Maubuis-
ſon; d'où aprés plusieurs dé-
charges de mousqueterie, & de
boëtes & de cris de vive le Roy,
ayant été mandé par son Altesse
serenissime Madame la Princesse
qui étoit dans cette Abbaye,
avec Monsieur le Duc d'An-
guien , & Mesdemoiselles de
Charolois & de Sens, ils'y ren-
Juillet 1704. II. P. Aa
Réjovissances.
280
dit avec toute sa troupe; &
pendant qu'un feu, que son Al-
tesse serenissime avoit fait dres
ser, brûla, on continua les cris
d'allegreſse, & le feu de la mous-
queterie: après quoy on revint
dans le même ordre qu'on
étoit parti devant la maison de
Monsieur Vallin, où on trouva
plusieurs fontaines de bon vin
qui couloient par ses soins, & à
ses dépens, pour tous ceux qui
se presentoient.
L'heure de souper étant ve-
nuë, plusieurs tables furent
dreffées au même endroit, ou
les principaux de cette Parroisse
souperent & furent regalés par
Monsieur Vallin; les santés du
Roy, de Monseigneur & de
Messeigneurs les Princes ses En-
Rejouissances.
281
fans & de Monseigneur le Duc
de Bretagne y furent bues aux
cris de vive le Roy, & enfin toure
cette fête finit par un bal pu-
blic, ou tout ſe paſsa ſans defor-
dre & sans confusion.
Fermer
2303
p. 281-336
« La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...] »
Début :
La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La petite Ville de Corbeil, prés Paris, s'est beaucoup distinguée ; [...] »
La petite Ville de Corbeil,
prés Paris, s'est beaucoup distinguée ;
Elle attendoit avec
impatience qu'il luy fut permis
de faire éclater sa joye, & elle
avoit déja même prévenu l'or-
dre, quand elle le reçût de Mon-
sieur Henault, Gouverneur de
la Ville, Fils de Mr Henault
Eermier General, qui venoit de
le recevoir de la Cour. Monsieur
Henault nouvellement pourvu
de ce Gauvernement, & de
la Licutenance Generale des
Aa ij
Réjouissances.
282
Chasses, ne pouvoit mieux com-
mencer son avenement à ces
Charges, qu'en se distinguant
comme il a fait dans cet te ré-
jouissance publique, où il a été
secondé par tous les Bourgeois
de la Ville, ſujets des plus fi-
delles & des plus zelés, ainsi que
le porte leur devise.
COR BELLO PACEQUE
FIDUM.
Nous sommes fidelles en paix,
comme en guerre,
Je dois ajouter icy, que ce
Gouverneur à toutes les bon-
nes qualités qui peuvent le ren-
dre agreable au pays.
La Ville, n'eût pas plûtôt
Réjouissances.
283
reçû ordre de faire chanter le
Te Deum le 9 de Juillet, que
tout se disposa à marquer sa joye.
Les boutiques furent fermées:
toutes les cloches carrillonne-
rent: La poudre ayant été di-
stribuée avec profusion dans
tous les quartiers, par ses or-
dres, tous les Bourgeois, & les
Chevaliers de l'Arquebuse se
mirent sous les Armes, & se
rendirent à l'Hôtel de Ville,
où ils prirent le Gouverneur
qui ſe mit à leur tête; ils alle-
rent en fort bel ordre, parés de
rubans & de cocardes, au son
des fifres & des tambours, à l'E
glise de Nôtre Dame, que le
Curé avoit fait parer & illumi-
ner extraordinairement. Le Te
Deum y fut chanté en faux-
Rejouissances.
284
bourdon, avec un Exaudiat, au
son des Cloches & au bruit du
Canon, qui ne cessa point de
tirer.
Le Gouverneur se rendit en-
suite avec toute la Bourgeoiſie
sous les armes dans une grande
place quarré, qui est devant le
Château. Un bûcher orné de
feuillages, s'y trouva élevé, ou
il mit le feu aprés en avoir fait
le tour au bruit de la mousque-
terie, qui fit plusteurs déchar-
ges. Le Château parut en un
moment illuminé, & la uuit qui
étoit fort obscure, devint plus
brillante que le jour: nien ne
parut plus ingenieux que l'il-
lumination, qui par ses divers
compartimens, representoit les
Armeside France & de Breta-
Réjolissances.
285
gne. Sur la porte étoit un grand
obelisque, qui avoit un Soleil
pour amortissement, accom-
pagné de deux piramides, qui
finissoient par deux fleurs de
lys On y lisoit cette belle in-
scription.
UNDIQUE MICAT.
Par tout il porte ses rayons,
La lumiere formoit l'ordre de
l'architecture du portail. Dans
le fonds de la cour on décou-
vroit une autre piramide, qui
ſe joignant avec celle du por
tail, formoit de loin une per-
spective fort agreable, & fai-
foit d'autant plus de plaisir, que
dans la Ville on n'avoit rien
vu de parcil depuis fort long-
Réjouissances.
286
temps: Deux fontaines de vin,
que l'on fit couler pendant ce
temps la, & qu'un Bacchus, sur
un tonneau, distribuoit au peu-
ple avec abondance, détourna
l'attention des spectateurs qui
acoururent de ce côté-là; Les
cris de vive le Roy redoublerent,
pendant que la mousqueterie
redoubloit aussi ses décharges.
Monsieur le Prevôt de Corbeil,
qui n'entend pas moins à bien
servir le Roy dans sa charge,
qu'à faire les honneurs de sa
maiſon, avoit desiré du Gouver-
neur qu'il agreât que sa Com-
pagnie, les Dames & les prin-
cipaux d'e la Ville vinssent pren-
dre chez luy des rafraichisse-
mens On trouva dans ſa maiſon
une table servie magnifique-
ment,
Réjouissances.
287
ment, où la ſanté du Roy & du
Prince nouveau né , fut bien
celebrée au bruit du Canon.
on sortit avec peine de table à
une heure au matin, pour avoir
le plaisir du feu d'artifice, que
le Gouverneur avoit fait con-
ſtruire ſur une terraſſe, au bord
de la Riviere. Cette situation
est admirable pour un pareil
ſpectacle. On y étoit accouru
de tous les lieux des environs.
Le pont & les bords de la
Seine se trouverent couverts
d'un nombre infini de populace,
rien n'étoit plus agreable que
de voir voguer sur la Riviere
des batteaux illuminés, qui pa-
roissoient autant de tables flot-
tantes, ou la ſanté du Roy &
de Monseigneur le Duc de Bre-
nillet 1704.
288 Réjouissances.
tagne étoit celebrée au bruit
des tambours, de la mousque-
terie & du Canon que les échos
repetoient. Toutes les maisons
des environs, ainsi que les plus
éloignées parurent illuminees,
aussi bien que tous les Clochers
de la Ville, où les P. Recollets
se distinguerent fort.
Ce feu d'Artifice étoit à qua-
tre pilliers, au milieu desquels
s'élevoit une figure, qui repre-
sentoit la France, tenant le Prin-
ce nouveau né entre ſes bras &
le presentant à la Bretagne, qui
étoit à ſes pieds, pour le luy
demander. Sur le piédestal,
on lisoit ces mots.
CUMULATA VOTA.
Mes veux sont comblés.
Ce qu'on peut expliquer par
ces vers,
Réjouissances.
289
La
Bretagne jalouse
envioit le
bonheur
De l'Anjou, du Berry
ces heu-
reuses Provinces
Qui goutent le bonheur d'obeyr à des
Princes:
D'un sort pareil elle flatioit son
cœur.
Charmant Prince, aujourd huy ton
heureuse naissance
La comble de bonheur, remplit son
esperance
Tu vas porter son nom, & luy
donner des loix,
Par cette preference & ce glorieux
choix
Elle
sent augmenter son zele & sa
puissance.
Audevant on voyoit les Armes
de France & de Bretagne & au
Bbij
290 Réjouissances.
bas une devise, qui avoit pour
corps, la France tenant entre
ses mains plusieurs Sceptres &
plusieurs Couronnes avec ces
mots.
REoUM TERRA OPIFEX
ET OFFICINA.
Je donne des Rois à la terre.
Du côté qui regarde la Ri-
viere étoit une autre devise
dont le corps étoit un petit
Ruisseau qui va toûjours s'a-
grandissant, avec ces mots.
RIVULUS, QUONDAM FLU-
MEN IBIT.
Ce petit Ruisseau deviendra bien-
tot fleuve
ur
re
&
es
Réjouissances.
291
On voioit une autre devise,
du côté qui regarde la Ville,
dont le corps étoit un Lyon &
des lionceaux, avec cette belle
inscription pour ame.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Les Puissans engendient les
Puissans.
Du côté qui regarde la cam-
pagne, étoit une autre devise,
dont le corps étoit une Aigle
suivie de ses aiglons, qui volent
vers le Soleil; avec ces mots.
NEC IMBELLEM
FEROCES
FRO GENERANT AQUILA
COLUMBAM
Bb iij
2922
Réjouissances.
Les Aizles ne degenerent point de
leur origine.
L'artifice, qui étoit de la
composition des Artificiers de
l'Arsenal, fut fort bien execu-
té: La Seine ne contribua pas
peu à en augmenter la beauté;
les fuſées, en s'élevant en l'air,
s'y retraçoient agréablement,
& tombant dans l'eau y faisoient
mille tours & mille bonds avant
que d'éclater; enfin ces deux
clemens contraires semblerent
concourir ensemble, pour faire
un spectacle parfait. L'Assem-
blée ſe ſepara fort contente de
la feſte, & de son nouveau Gou-
verneur.
Le 28. de Juin, Mr l'Abbé de
Fourcy ayant appris dans son
Réjouissances.
293
Abbave de Saint Vandrille, la
nouvelle de l'heureuſe naissan-
ce de Monseigneur le Duc de
Bretagne, donna aussi-tost ses
ordres pour faire chanter un
Te Deum solemnel. Les Reli-
gieux de son Abbaye secon-
dant ses intentions, & joignant
une pieté édifiante & exemplai-
re au zele sincere & ardent de
leurdigne Abbé, se revêtirent de
leurs plus beaux Ornemens, &
s'assemblerent dans leur Eglise
illuminée de tous coſtez. Le
Curé de la Paroisse s'y rendit,
accom pagné de ses Paroissiens,
avec la Croix & la Banniere:
un grand nombre de peuple des
lieux circon voisins accourut au
bruit du carillon de toutes les
cloches, qui marquoient la
Bbiiij
294. Réjouissances.
joye publique Mrl Abbé avante
entonné le Te Deum, qui fut a-
chevé dans l'Eglise, alla ensuite
en habit de ceremonie avec seso
Religieux en Procession, dans
la Place publique, pour allu-
mer le feu qui avoit esté pré-
paré par son ordre; il estoit suivi
de Mr Eoloppe Avocat du Roy,
de Mr de Saint Martin & des
autres Officiers de l'Abbaye.
Tous les habitans qui estoient
ſous les armes, commandez par
Mr Dallet, Procureur du Roy
des Eaux & Forests, & Offi-
cier de l'Abbaye, formerent un
grand cercle autour du feu, &
aprés que les Prieres furent fi-
nies, ils firent une décharge, &
défilerent en ordre vers le Pa-
lais Abbatial, en faisant plu-
Réjouissances. 295
sieurs décharges, A peine la
derniere salve des habitans du
lieu fut achevée, que plusieurs
Bourgeois de la Ville de Cau-
debeq, Capitale du pays de
Caux, & dont ledit sieur Ab-
bé est Seigneur, arriverent en
armes, & tambour battant. Mr
Colleau Vicomte de ladite
Ville, Lieutenant de Police &
Capitaine de la Cinquantaine
ſe mit à leur teſte l'esponton à
la main, les rangea dans la
Place, & aprés plusieurs dé-
charges autour du feu, les con-
duisit en ordre, au son des
tambours, dans la cour de Mr
l'Abbé, où recommença le
bruit des armes. Il y avoit dans
les appartemens une collation
preparée pour les Officiers,
5
Réjouissances.
296
& autres personnes des plus
considerables de la Ville, des
rafraichissemens dans la cour
pour la Compagnie de la Cin-
quantaine & pour d'autres
Bourgeois sous les armes, &
dans la Place dequoy boire à
discretion pour tout le peuple
qui estoit venu de toutes parts
à cette ceremonie. La réjouis-
sance dura tout le jour & toute
la nuit, en criant vivent le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Jamais on n'a vû paroiſtre
tant d'empressement pour té-
moigner une joye veritable &
ſincere pour la gloire du Rov,
& le bonheur continuel de la
France.
Le Mercredy 16, de ce mois,
les réjouissances commence-
rent à Abbeville par une gran-
Rejouissances.
29
de Messe qui fut chantée en
Musique avec une excellente
Symphonie. Elle estoit de la
composition d'un tres habile
Maistre. Tous les corps, de
cette Ville y assisterent, &
pendant la Messe on fit quinze
decharges du canon & de la
mousqueterie. On chanta à
l'issuë de la Messe le Te Deum
& l'Exaudiat. Au sortir de l'E-
glise Mrs du Corps de Ville se
rendirent à l'Hostel de Ville,
où par les feneſtres, ils distri-
buerent, à trois reprises, de
l'argent au peuple, & firent
couler pendant le reste de la
journée deux fontaines de vin.
On donna à manger à tous les
passans. Enfin sur les six heu-
res, toute la face de l'Hoſtel
Rejouassances.
298
de Ville parut illuminée, & on
ſe diſpoſa à faire jouer un beau
feu d'artifice qui estoit dressé
au milieu de la Place. La prin-
cipale des quatre faces de l'Hô.
tel de Ville eſtoit deſtinée à la
gloire du Roy, & on lisoit des
Vers François à la gloire de Sa
Majeſté On vovoit dans la
qui estoit consacrée à Monsei-
gneur, d'autres Vers François
sur la conqueste de Philisbourg,
faite par ce Prince. Monse-
gneur le Duc de Bourgogne
etoit loué dans la 3. par des Vers
faits sur la prise de Brisac. La
quatrième contenoit des Ver-
à la gloire du Prince nouveau
né. Il y avoit des Deviſes à la
gloire de ces Princes, au bas de
chaque intercolonne. On vit
partir cinq cens cinquante fu-
n
au
le
6-
la
25
a
Réjouissances.
299
sées de ce beau feu qui dura
presque toute la nuit. Toute la
Ville eſtoit illuminée d'une ma-
niere singuliere. Le Pere Cra-
coville qui a eû la direction du
feu d'artifice, en avoit composé
tous les Vers. C'est le même
Pere qui va pul l'er incessament
un ouvrage, auquel il travaille,
depuis long-temps contre les
Cononites, heretiques du sixié-
me Siecle.
Pendant qu'on tira le feu
d'artifice, les Consuls donne-
rent un repas magnifique qui
fut ſuivi d'un Bal, qui dura jus-
qu'à quatre heure du matin.
Toutes les Dames de la Ville y
furent invitées; & il en vint
beaucoup de la Campagne qui
augmenterent le brillant de
gette grande feste.
300
Réjouissances.
Mr Foucault, Conseiller
d'Etat & Intendant de la Ge-
neralité de Caën, fit chanter un
Te Deum en musique le sixième
de Juillet , dans la principale
Eglise de la Ville. Mr l'Evêque
de Bayeux, dont le zele pour la
gloire du Roy égale la pieté,
en fit la ceremonie : les divers
Ordres de la Ville s'y rendi-
rent avec les ornemens qui les
distinguent: la Musique répon-
dit à ce qu'on attendoit de l'ha-
bileté de celui qui l'a conduit.
Cette action de pieté finie, le
peuple fut attiré à la porte de
de Mr Foucault, par une deco-
ration magnifique de la face de
son Hostel; les Armes de Fran-
ce, de Dauphiné, de Bourgo-
gne & de Bretagne ornées de
n
d
r
Réjouissances.
301
festons & de couronnes de
fleurs; une infinité de lanter-
nes chargées de fleurs de lis &
d'hermines, formoient jusques
au toict un ordre d'Architectu-
re tres-regulier, & tres agréa-
ble; deux fontaines de vin, qui
sortoient de deux masques, cou-
lerent le reſte du jour; elles
firent mettre aux fenestres les
personnes de la Ville les plus
considerables, qui se diverti-
rent long-temps des cris de
joye du peuple, & de son em-
pressement à profiter de cette
largesse. Ge divertissement
conduisit insensiblement jus-
ques à l'heure du souper Qua-
tre grandes tables servies ma-
gnifiquement dans la salle d'au-
dience superbement parée, re-
Rejouissances.
302
çurent en tres-grand nombre
toutes les Dames de distinction
de la Ville, & des environs,
qui s'estoient renduës a Caën,
pour prendre part à ces ré-
jouissances; les Cavaliers les
servirent, & Me Foucault ac-
coûtumée depuis long temps à
ordonner ces sortes de Fêtes,
fit parfaitement bien les hon-
neurs de celle cy. Tout ce que
la Province si abondante, four.
nit par elle-même , & par son
commerce dans les pays étran-
gers, soit de liqueurs, soit de
fruits; tout, dis je, parut avec
profuſion dans ce repas; mais
la nuit qui s'approchoit ayant
renouvellé l'empressement
qu on avoit de jouir du plaisir
des illuminations, que la pré-
1e
es
je
Réjouissances.
303
paration de la face du logis
promettoit, fit lever de table
assez promptement, & toute la
Compagnie marcha vers le lieu
ou le feu eſtoit preparé. Je ne
diray point icy en quel estat
parurent les Dames, on juge
assez qu'elles n'avoient rien ou-
blié de tout ce que l'ajuste-
ment peut contribuer au bon
air & à la beauté; ce fut un
spectacle tres agreable de les
voir marcher à pied, invitées
par le beau temps, entre deux
hayes du peuple, que quelques
Gardes contenoient dans le
devoir, où le retenoit encore
davantage le respect qu'il a
pour Mr Foucault, qui les
accompagnoit avec toute la
Nobleſſe du pais.
Juillet 1704. II. P. Ce
304.
Réjouissances.
Caën est situé dans un vallon
ſur le bord de la riviere d'Or-
ne, entre deux grandes prairies,
qui semblent avoir esté dressées
au niveau : deux Faux bourgs
s'étendent au dessus de la Ville,
Sur les deux côteaux qui ter-
minent ces prairies, d'un costé
la maison des Jesuites, & l'Ab.
baye Royale de Saint Estienne,
avec. plusieurs tours de diverses
Paroisses; de l'autre un long
Faux bourg & plusieurs villa.
ges presque contigus avec leurs
clochers, forment une perspe-
ctive charmante, dont la vue
eſt terminée par une belle mai-
son de campagne, & quelques
bois en éloignement. A ll'entrée
de cette prairie est un boule-
vart, sur lequel est bâti un gros
Refouissances.
30
pavillon tres propre: ce boule-
vart est planté de quatre rangs
d'arbres, qui font un tres beau
berceau; un grand canal est au
dessous; au bout de ce canal
fur le bord de la riviere, regne
un cours de quatre rangs d'ar-
bres plantez par les soins de Mr
Foucault, dés ſon arrivé à Caën.
Ce fut ce beau lieu qu'il choisit
pour y dresser un feu d'artifice,
comme propre à contenir tout
le peuple, & à recevoir l'appa-
reil du spectacle qu'il vouloit
donner: trente cinq pieces de
canon amenées de plusieurs en-
droits éloignez, furent placées
dans le jardin des Jesuites; à
l'opposite le Regiment de la
Ville commandé
par Mr de
Monts son Colonel, fut mis en
Cci)
306 Réjouissances.
ordre de bataille, le ſeu au mi-
lieu; la nuit fut la plus favora-
ble du monde, la Lune ayant
toûjours esté couverte d'un
nuage. Une décharge de l'ar-
tillerie tres bien ſervie, & du
Regiment de Monts, qui y ré-
pondit de même, avertit le peu-
ple que le ſpectacle alloit com-
mencer. On vit naître en même-
temps une illumination char-
mante, à perte de vuë sur les
deux bords de la prairie: il pa-
rut dans le jardin des Jesuites
un parterre de lumieres d'un
ordre admirable; un cordon de
feu distigué d'espace en espace
par de petits obelisques; un am-
phitheatre de differentes figu-
res compassées avec symetrie,
tout cela terminé par l'illumi-
Réjouissances.
30
nation de leurs chambres, &
par une espece de couronne que
formoit la ceinture de leur Egli-
se, & la pointe de leur clocher.
La tour de la Paroisse S. Etien-
ne éclairée en pyra mide; celle
de l'Abbaye du même nom, dis-
posée d'une autre figure, d'ou
partoient de temps en temps des
fuſées; le Monaſtere de la Viſi-
tation illuminé dans toutes ses
faces; le bois des Capucins pa-
reillement éclairé, & qui ser-
voit comme de fond à tous ces
objets: cet amas de lumières
durant toute la nuit, fut un
spectacle des plus magnifiques.
De l'autre coſté de la prairie,
ſur le bord de la riviere, plu
sieurs feux disposez à divers éta-
ges avec ceux du Fauxbourg de
Réjovisances.
308
Vaucelles, partagerent l'at-
tention de l'assemblée. On tira
de tempsen temps un fort grand
nombre de boëtes. La Compa-
gnie de Mr Foucault, ou ſe pro-
menant sur le boulevart sous un
berceau de lumieres, dont les
arbres estoient chargez, ou as-
sise sur des sieges preparez,
jouissoit sans embarras & sans
confusion de la beauté de ces di.
vers spectacles. Le bruit des
tambours, le son des trompet.
tes, & de divers autres instru-
mens, le carillon continuel de
toutes les cloches de la Ville,
au milieu d'une nuit des plus
paisibles, se mêloient avec les
acclamations du peuple, & l'on
vit en même temps partir un
nombre infini de fusées, qui atii
es
e
o0
Rejouissances.
309
rerent tous les yeux des specta-
teurs. Ces fusées firent un mer-
veilleux effet au milieu des deux
côteaux dont on vient de par-
ler. L'eau dont les prairies qui
sont en ce lieu, sont bordées,
d'un côté par la riviere, de
l'autre par le grand canal, au-
gmentoit le spectacle par les
feux qui s'y representoient une
infinité de fois, & sembloient
s'y multiplier en cent differen-
tes manieres. Enfin le feu d'ar-
tifice commença. Un grand
quarré estoit décoré par une es-
pece de Ville; quatre pirami-
des aux angles, une plus élevée
au milieu, avoient un Soleil
pour amortissement. C'est le
ſymbole de la gloire & de la
grandeur de nostre invincible
Réjouissances.
310
Monarque ; ce Soleil dominant
leur
sur les autres, sembloit
communiquer ses lumieres, &
s'imprimer en eux. C'est ainfi
que LOUIS LEGRAND répand
sur nos augustes Princes ses En-
fans les rayons de cette sagesse,
qui fait la gloire de lon regne,
produit les grands succez de
tous ſes desseins; eſt le bonheur
de ses peuples; & leur promet
une longue ſuite de regnes heu-
reux dans des Successeurs éle-
vez par un Roy le plus ſçavant
de tous les Rois en l'art de re-
gner. Les Arnies de ces grands
Princes accompagnées de tro-
phées, environnoient l'édifice;
les gerbes de fusées qui en par-
tirent, l'éclat des boëtes, les
rouës de feu, en un mot, tou-
tes
Réjouissances.
311
tes les differentes manieres dont
l'artifice fait agir ce terrible
élement, tout repondit aux de-
sirs de l'illustre Magistrat, qui
donnoit cette Fête & aux sou-
haits de l'assemblée. Deux nou-
velles décharges, de l'artillerie
& du Regiment de Caën, succe
derent à l'effet du feu d'artifice.
La Fête sembloit estre termi-
née par la, le peuple songeoit
deja à se retirer, quand tout à
coup des fanfares, & le son
martial de divers instruments
l'arrêterent encore, & lui an-
noncerent un nouveau divertis-
sement. On vit s'avancer sur le
cana lune barque voguante avec
fierté portant pavillon Hollan-
dois; pluſieurs chaloupes par-
tagées en trois escadres marche-
Juillet 1704. II. P. Dd
Rejouissances.
312
rent à elle en ordre de bataille,
elles portoient pavillon Fran-
çois & Espagnol; les équipages
galamment habillez de diffe-
rentes livrées, à la faveur des
flambleaux representerent un
combat naval, qui de tous ces
divers spectacles fut un de ceux
qui divertit dvantage: ils at ta-
querent le grand vaisseau du-
rant plus d'une heure à coups
de petars & de fusées; ce petit
combat parut vif & animé, &
il contrefit si bien l'horreur des
veritables, que quoiqu'on fût
persuadé qu'il n'y avoit rien à
craindre, on ne pouvoit quel-
que fois s'empêcher de trembler
pour eux: on vint à l'abordage
& la grande barque fut enle-
vee.
Réjouissances.
313
La fin de ces divertissemens
pour le peuple, fut le commen-
cement d'un nouveau pour les
personnes de qualité; elles se
rendirent dans le Pavillon du
boulevart pour y danser jusques
au jour: Mlle de Croymare fit
parfaitement bien les honneurs
du bal Et ce fut ainsi que cette
Fête fut terminée.
Je ne dois pas oublier que tou-
te la Ville entra dans le même
dessein de Mr Foucault: elle
voulut aussi marquer son zele &
son amour pour son Prince, dans
une conjoncture qui doit rem-
plir de joye tous les vrais Fran-
çois. Les Bourgeois avoient al-
lumé des feux dans les ruës, &
illuminé leurs Maisons. Tous
les clochers de la Ville, sans
Dd ij
Réfouissances.
314
en excepter aucun, estoient de
même eclairez en differentes
figures. Celuy de l'Abbaye de
la Trinité, qui domine à la Vil-
le, dont les feux estoient agrea-
blement disposez par les soins
de Madame de Tessé son Ab-
beſſe, ſoeur du Maréchal du me-
me nom, en faisoit le couronne-
ment.
Cet assemblage de pyramides
de feu , oppoſé au lieu de la
scène du divertissement; offrit
au retour un nouveau spectacle.
Ce grand corps de lumieres, qui
cclairoit de loin, fit paroître la
Ville toute en feu: & on se pro-
mena dans les ruës à la faveur
de tant d'illuminations, qui con-
duisirent enfin jusqu'au jour.
Madame la Princesse d'Har-
Réjouissances.
315
court estant arrivée à Clermont
en Beauvoisis le 2. Juillet, Mrs
de Ville allerent aussi toſst la
saluer en Corps, & luy dire que
le Jeudy suivant on devoit chan-
ter un Te Deum en action de
graces de l'heureuſe naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne, ils la prierent en même
temps d'assister à la ceremonie
du feu de joye qui devoit suivre
le Te Deum; cette Princesse s'y
trouva le Jeudy 3. du mois, &
la ceremonie avant commencé
en presence de tous les Corps
par une marche reglée autour
du feu, reitérée trois frois &
accompagnée d'autant de cris,
de vive le Roy, le Lieutenant
General & le Maire de la Ville
eurent l'honneur de donner la
Dd iij
Réjouissances.
316
main à cette Prinaesse, elle fit
avec eux le tour du feu qu'elle
alluma elle-même: A l'instant,
tous les Habitans sous les armes
firent plusieurs décharges de
Mousqueterie, & on distribua
au Public plusieurs tonneaux
de vin par l'ordre de cette Prin-
cesse, & par les soins des pre-
miers Officiers du lieu: le reste
de la journée & toute la soirée
se passerent en repas sur tables
dressées dans les ruës, où tout
le monde estoit bien venu. Les
illuminations y parurent des
plus brillantes, & tous les in-
strumens du païs s'y trouverent.
Enfin le Peuple s'abandonna à
la joye.
Mais il s'en fallut peu que
cette Feste ne coutât beaucouj
Réjouissances.
31.
à Madame la Princesse d'Har-
cort, puisque tous les Habitans
qui avoient esté excitez à la joye
par l'exemple de cette Princes-
se, s'estant rendus pendant la
nuit, en foule avec les violons,
en sa maison qui n'est que de
bois, ils l'ébranlerent si fort
qu'elle fuſt obligée pour la su-
reté de sa personne, de passer sur
le champ dans une autre mai-
son plus solide.
Ces réjouissances continue-
rent plusieurs jours & furent
terminées par une galanterie
digne de Madame la Princesse
d'Harcourt, qui voulant mar-
quer aux Officiers de la Ville,
combien elle estoit contente
d'eux, envoya à Paris faire pro-
vision de quantité de tabliers,
Da in
318
Réjouissances.
d'éventails, de boëtes, de toi.
lettes, de chapelets, de ta-
bleaux & d'autres bijoux, dont
elle fit la distribution aux Da-
mes de Clermont, par forme de
Lotterie.
Messieurs les Consuls de la
Ville de Montpelier, aiant reçù
la Lettre du Roy & les Ordres
de Mr le Maréchal de Villars,
Commandant dans cette Pro-
vince, pour assister au Te Deum,
faire des feux de joye & autres
réjouissances publiques, à l'oc-
casion de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne.
Ils assisterent avec leur Secre-
taire, en robe de ceremonie,
au Te Deam qui fut chanté en
Musique, le Dimanche 13. Juil-
let, dans l'Eglise Cathedralle
319
Réjouissances.
S. Pierre de Montpelier 5 au-
quel la Cour des Aydes , la
Chambre des Comptes, le Bu-
reau des Finances, & le Presi-
dial, avec tous les Officiers mi-
litaires de la Ville ſe trou-
verent.
Le ſoir du même jour, Mes-
sieurs les Consuls avoient eu le
soin de faire dresser un feu d'ar-
tifice à la promenade du Pei-
rou, qui est hors une des portes
de la Ville, & qui est une des
plus belles places du Roïaume,
par ſa ſcituation, & par la vûë
étenduë qu'elle donne de tous
côtez, tant sur la Mer que sur
les Pyrenées & montagnes voi-
sines qui semblent renfermers
avec le jardin du Roy, pour
l'Université de Medecine &
320
Réjouissances.
quantité de belles maisons de
campagne, des bois d'Oliviers,
qui entretiennent leur verdure
pendant toute l'année. Le feu
d'artifice representoit un arc de
triomphe & un grand Portique
d'Ordre Corinthien, orne de
Trophées d'Armes & d'autres
Peintures. Au- dessus de l'Enta-
blement, on voïoit s'élever un
Attique, surmonté d'une Re-
nommée. Et cet Attique étoit
chargé de certe inscription ma-
gnifique en Lettres d'Or.
Réjouissances.
321
LUDOVICO MAGNO.
PATRI, AVO, PROAVO.
QuOD
UNLREGUM DEDIT DEUS,
UTINAM
SIT ATAVUS.
ET VIVAT.
I
La Frise de l'Entablement
& les Ceintres des Arcades,
étoient ornés de sept grandes
Medailles, d'Or, & de Bronze,
Les paroles qu'on y lisoit étoient
tirées de la quatrième Eclogue
de Virgile; & le peu de chan-
gement qu'il y avoit, n'a été que
Rejouissances.
322
pour les rendre plus convena-
bles au Sujet.
Le dessein de Mrs les Con-
suls a été de representer dans
ces Medailles, la vie de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
formée sur le Modele de Lours
LE GRAND, & sur celuy
de Monseigneur le Dauphin,
& de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Le Roy d'Espagne
Philippe V. y étoit encore pro-
posé pour un exemple. Et l'on
voioit ce dessein executé par les
paroles suivantes; qui forment
un discours lié, & qui étoient
adressées à Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Incipe, parve Puer.
Facta tuorum mox legere.
Réjouissances.
323
Quae sit poteris cognoscere virtus.
Imitabere facta Parentum.
Reges, patriis virtutibus Orbem,
Occidet & Serpens.
Surget Gens aurea mundo
9
On lisoit ces paroles dans les
Medailles suivantes.
I.
Pour faire entendre, que
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne naît dans le temps que le
Roy triomphe de la plus grande
partie de l'Europe, liguee con-
tre Sa Majeſté & contre l'Espa-
gne La premiere Medaille étoit
formée par deux branches, l'u-
ne de Laurier, & l'autre de
Palme, lièes au dessous. Et ces
paroles étoient écrites dans le
Champ de la Medaille.
Réjouissances.
324
91
INCIPE, PARVE PUER
Vous naistes, bel Enfant, dans le
Sein de la Gloire.
A
II.
La seconde faisoit entendre,
que Monseigneur le Duc de
Bretagne lira dans l'Histoire,
dés ſa première jeunesse, les
grandes Victoires que la France
& l'Espagne ont remportées en
divers endroits de l'Europe, &
qu'elles remporteront encore
sur leurs Ennemis communs.
La France & l'Espagne y
étoient peintes debout & ar-
mées, & se donnant la main.
Les Ecussons de leurs Bou.
cliers les distinguoient. Et l'on
voyoit plusieurs Provinces à
Réjouissances.
325
leurs pieds, qui leur
presen-
toient des Clefs dans les Bassins.
Avec ces mots.
FACTA TUORUM MOX
LEGERE.
Vous lirez bien- tot dans l'Hi-
stoire.
Jusqu'a quel haut degrè
Votre Sang a porté sa Gloire.
III.
Dans la troisiéme, étoient
peintes deux Branches, l'une de
Laurier, & l'autre d'Olivier,
mises en sautoir. Et ces paroles.
QUASIT POTERIS COGNOS-
CERE VIRTUS.
Vous aurès chez vous les modelles
326 Réjouissances.
Des plas eclatantes Vertus.
Le Laurier & l'Olivier fai-
soient assés connoître, que ces
Vertus sont Militaires & les
Politiques.
IV.
Des trophées d'Armes, qui
representoient la Gloire qui ac.
compagne les grandes Actions
des Rois, avec ces mots.
IMITABERE FACTA
PARENTUM.
Imité, leurs grandes Actions,
Et vous aures part à leur Gloire,
La cinquième Medaille fai-
soit entendre, qu'un jour Mon.
seigneur le Duc de Bretagne ne
Réjouissances.
32
s'appuyera pour défendre &
gouverner ses peuples, que sur
la pieté & les autres grandes
Vertus, à l'exemple de ſes
Peres,
On y voioit un Sceptre & une
Couronne sur un Autel à l'An-
tique. Et on y lisoit ces mots
expressifs.
REGES PATRIIS VIRTUTIBUS
ORBEM.
Quand vous tiendrés un jour le
Sceptre des François,
En vous brilleront à la fois
Les Vertus qu'on voit dans vos
Peres;
La Valeur & la Pieté,
La Justice & la Bonte
VI.
La Fable porte, que Pythou
Juillet 1704. II. P.
Ee
Réjouissances.
328
fut produit du limon; qui resta
sur la terre aprés le déluge. Et
l'on avoit peint dans la sixième
Medaille, un Apollon qui tuoit
à coups de flèches ce serpent;
pour faire entendre quebs'il
restoit encore des ennemis &
des jaloux du nom François,
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne les terrassera. On y lisoit
ces paroles.
ET SERPENS.
OCCIDET
S'il reste des jaloux & des fiers
ennemis,
Vous les aurez bien-tot soùmis.
VII.
Enfin la septiême faisoit con-
cevoir le bonheur, que la France
doit esperer d'une si longue sui-
Réjouissances.
329
te de Rois du Sang de LouIS
LE GRAND. On y avoit
peint des demi-dieux champé-
tres, qui dansoient; & un Arc-
en Ciel, qui marquoit l'allian-
ce du Ciel avec la Terres; c'est-
àdire, les Benedictions que
Dieu va répandre sur ce Roïau-
me Ces mots en faisoient l'ame,
lon
SuRGET GENS AUREA
MUNDO.
Ne craignons plus pourl'avenir,
Le Siecle d'Or varevenir.
Les uns attribuent la Deco-
ration de ce feu & les Medail-
les, à Mr de Fizes, Professeur
des Mathematiques dans l'U-
niversité, & les autres disent
Ee 1)
Rejouissances.
330
que le Reverend Pere Gisbert,
Jesuite, en est l'Auteur. Ce feh
avoit esté dreſſé à l'opposit &
dans une distance d'environ
deux cens pas de la Porte du
Peirou.
Cette Porte est un Arcades
triomphe que la Ville de Mont-
pellier à fait bâtir avec beau-
coup de dépenses depuis envi-
ron dix années, tout revêtu
d'Archirecture, accompagnée
de quatre grandes Medailles de
la main d'un excellent Scul-
pteur. Du coſté de la Ville on
voit deux Medailles, la pre-
miere represente la conversion
generalle du Royaume, où l'on
voit la Religion qui renverse
& détruit l'Heresie, avec ces
mots.
Réjonissances.
ExTINCTAHAERESI
noge
Une autre fait voir la jon-
ction & la communication de
l'Ocean avec la Mediterannée,
avec ces mots.
JUNCTIS OCEANO ET
MEDITERANEO MARI.
Les deux autres Medailles
font face à la promenade, l'une
represente un Herculle apuyé
sur sa massuë qui terrasse un
Lion & épouvante un Aigle,
avec ces mots.
EUSIS TERRA, MARIQUE
CONJURATIS GENTIEUS,
Réjouissances.
332
Et dans l'autre on voioit parmi
des ornemens de trophées, des
Villes & des Provinces s'offrir
& se soûmettre à la France,
avec les mots au dessous;
.
oqo
SuB OCULISHOSTIUM,
BELGII ARCIBUSO
EXPUGNATIS.
On voit par la continuation
des graces & benedictions que
Dieu verse ſur le Royaume &
la Maison Royalle que ces éve-
nemens répondent aux desirs
des habitans de Montpelier &
aux souhaits qu'ils ont fait,
lorsqu'ils ont élevé cet Arc de
triomphe, avec les Medailles.
Sur les huit à neuf heures du
soir Mr Demayne, Lieutenant
Réjouissances.
933
de Royde la Ville, accompa-
gné de la Noblesse, s'estant
rendu à l'Hostel de Ville, &
s'estant mis à la teste de Mrs
les Consuls, partit au bruit des
trompettes, des hautbois & des
violons, & à la lueur d'un grand
nombre de flambeaux de point
de cire blanche: il se rendit à
la promenade du Peirou, où le
bucher fut allumé aprés les
ceremonies accoûtumées. En-
suite le feu d'artifice fut tiré
d'une maniere qui satisfit toute
la Ville, qui s'étoit rendue à
à cette promenade, & qui fut
suivi d'une triple décharge que
firent les Bourgeois & Habi-
tans qui esfoient rangez en ba-
taillese dans cette promenade,
& du Canon de la Citadelle,
Réjouissances.
334
Ce spectacle ne fut pas pli-
tôt fini qu'il s'en forma un nou-
veau. Les Habitans à l'envy
les uns des autres avoient gar.
ny tous les devans de leurs
maisons, d'illuminations aux
Armes du Roy, de Bretagne &
de la Maison Royalle, &
avoient allumé des buchers
qu'ils accompagnerent la plû-
part de feux d'artifice & de
fontaines de vin, qui couloient
pour ceux quis en vouloient
prendre. Mr Demainny, pre-
mier Consubde Montpelier, &
Mr Bagnol, Avocat generalen
la Cour des Aydes de cette
Ville, se surpasserent dans leurs
illuminations & dans les festes
qu'ils donnerent à leurs voi-
henalohtons
sins.
La
Réjouissances.
335
La joye des Habitans estoit
si grande, que la feste dura
pendant toute la nuit ; on vit
même pendant le jour paroî-
tre sur les portes de plusieurs
particuliers, des Portraits du
Roy avec des inscriptions; celle
qui suit estoit au dessous d'un
des portraits de Sa Majesté
fait par Mr Rigaud, fameux
Feintre.
LUDOVICO MAGNO.
Inandita regnandi diuturnitate
fortanatissimo,
Quopatre, Galliae
Quo avo, Hispania
Quo proavo, orbi
Felicitas asseritur.
Juillet 1704. II.
E
Réjouissances.
3
Mr de Plantade le fils, Consei,
ler en la Cour des Aydes, en
est l'Auteur.
prés Paris, s'est beaucoup distinguée ;
Elle attendoit avec
impatience qu'il luy fut permis
de faire éclater sa joye, & elle
avoit déja même prévenu l'or-
dre, quand elle le reçût de Mon-
sieur Henault, Gouverneur de
la Ville, Fils de Mr Henault
Eermier General, qui venoit de
le recevoir de la Cour. Monsieur
Henault nouvellement pourvu
de ce Gauvernement, & de
la Licutenance Generale des
Aa ij
Réjouissances.
282
Chasses, ne pouvoit mieux com-
mencer son avenement à ces
Charges, qu'en se distinguant
comme il a fait dans cet te ré-
jouissance publique, où il a été
secondé par tous les Bourgeois
de la Ville, ſujets des plus fi-
delles & des plus zelés, ainsi que
le porte leur devise.
COR BELLO PACEQUE
FIDUM.
Nous sommes fidelles en paix,
comme en guerre,
Je dois ajouter icy, que ce
Gouverneur à toutes les bon-
nes qualités qui peuvent le ren-
dre agreable au pays.
La Ville, n'eût pas plûtôt
Réjouissances.
283
reçû ordre de faire chanter le
Te Deum le 9 de Juillet, que
tout se disposa à marquer sa joye.
Les boutiques furent fermées:
toutes les cloches carrillonne-
rent: La poudre ayant été di-
stribuée avec profusion dans
tous les quartiers, par ses or-
dres, tous les Bourgeois, & les
Chevaliers de l'Arquebuse se
mirent sous les Armes, & se
rendirent à l'Hôtel de Ville,
où ils prirent le Gouverneur
qui ſe mit à leur tête; ils alle-
rent en fort bel ordre, parés de
rubans & de cocardes, au son
des fifres & des tambours, à l'E
glise de Nôtre Dame, que le
Curé avoit fait parer & illumi-
ner extraordinairement. Le Te
Deum y fut chanté en faux-
Rejouissances.
284
bourdon, avec un Exaudiat, au
son des Cloches & au bruit du
Canon, qui ne cessa point de
tirer.
Le Gouverneur se rendit en-
suite avec toute la Bourgeoiſie
sous les armes dans une grande
place quarré, qui est devant le
Château. Un bûcher orné de
feuillages, s'y trouva élevé, ou
il mit le feu aprés en avoir fait
le tour au bruit de la mousque-
terie, qui fit plusteurs déchar-
ges. Le Château parut en un
moment illuminé, & la uuit qui
étoit fort obscure, devint plus
brillante que le jour: nien ne
parut plus ingenieux que l'il-
lumination, qui par ses divers
compartimens, representoit les
Armeside France & de Breta-
Réjolissances.
285
gne. Sur la porte étoit un grand
obelisque, qui avoit un Soleil
pour amortissement, accom-
pagné de deux piramides, qui
finissoient par deux fleurs de
lys On y lisoit cette belle in-
scription.
UNDIQUE MICAT.
Par tout il porte ses rayons,
La lumiere formoit l'ordre de
l'architecture du portail. Dans
le fonds de la cour on décou-
vroit une autre piramide, qui
ſe joignant avec celle du por
tail, formoit de loin une per-
spective fort agreable, & fai-
foit d'autant plus de plaisir, que
dans la Ville on n'avoit rien
vu de parcil depuis fort long-
Réjouissances.
286
temps: Deux fontaines de vin,
que l'on fit couler pendant ce
temps la, & qu'un Bacchus, sur
un tonneau, distribuoit au peu-
ple avec abondance, détourna
l'attention des spectateurs qui
acoururent de ce côté-là; Les
cris de vive le Roy redoublerent,
pendant que la mousqueterie
redoubloit aussi ses décharges.
Monsieur le Prevôt de Corbeil,
qui n'entend pas moins à bien
servir le Roy dans sa charge,
qu'à faire les honneurs de sa
maiſon, avoit desiré du Gouver-
neur qu'il agreât que sa Com-
pagnie, les Dames & les prin-
cipaux d'e la Ville vinssent pren-
dre chez luy des rafraichisse-
mens On trouva dans ſa maiſon
une table servie magnifique-
ment,
Réjouissances.
287
ment, où la ſanté du Roy & du
Prince nouveau né , fut bien
celebrée au bruit du Canon.
on sortit avec peine de table à
une heure au matin, pour avoir
le plaisir du feu d'artifice, que
le Gouverneur avoit fait con-
ſtruire ſur une terraſſe, au bord
de la Riviere. Cette situation
est admirable pour un pareil
ſpectacle. On y étoit accouru
de tous les lieux des environs.
Le pont & les bords de la
Seine se trouverent couverts
d'un nombre infini de populace,
rien n'étoit plus agreable que
de voir voguer sur la Riviere
des batteaux illuminés, qui pa-
roissoient autant de tables flot-
tantes, ou la ſanté du Roy &
de Monseigneur le Duc de Bre-
nillet 1704.
288 Réjouissances.
tagne étoit celebrée au bruit
des tambours, de la mousque-
terie & du Canon que les échos
repetoient. Toutes les maisons
des environs, ainsi que les plus
éloignées parurent illuminees,
aussi bien que tous les Clochers
de la Ville, où les P. Recollets
se distinguerent fort.
Ce feu d'Artifice étoit à qua-
tre pilliers, au milieu desquels
s'élevoit une figure, qui repre-
sentoit la France, tenant le Prin-
ce nouveau né entre ſes bras &
le presentant à la Bretagne, qui
étoit à ſes pieds, pour le luy
demander. Sur le piédestal,
on lisoit ces mots.
CUMULATA VOTA.
Mes veux sont comblés.
Ce qu'on peut expliquer par
ces vers,
Réjouissances.
289
La
Bretagne jalouse
envioit le
bonheur
De l'Anjou, du Berry
ces heu-
reuses Provinces
Qui goutent le bonheur d'obeyr à des
Princes:
D'un sort pareil elle flatioit son
cœur.
Charmant Prince, aujourd huy ton
heureuse naissance
La comble de bonheur, remplit son
esperance
Tu vas porter son nom, & luy
donner des loix,
Par cette preference & ce glorieux
choix
Elle
sent augmenter son zele & sa
puissance.
Audevant on voyoit les Armes
de France & de Bretagne & au
Bbij
290 Réjouissances.
bas une devise, qui avoit pour
corps, la France tenant entre
ses mains plusieurs Sceptres &
plusieurs Couronnes avec ces
mots.
REoUM TERRA OPIFEX
ET OFFICINA.
Je donne des Rois à la terre.
Du côté qui regarde la Ri-
viere étoit une autre devise
dont le corps étoit un petit
Ruisseau qui va toûjours s'a-
grandissant, avec ces mots.
RIVULUS, QUONDAM FLU-
MEN IBIT.
Ce petit Ruisseau deviendra bien-
tot fleuve
ur
re
&
es
Réjouissances.
291
On voioit une autre devise,
du côté qui regarde la Ville,
dont le corps étoit un Lyon &
des lionceaux, avec cette belle
inscription pour ame.
FORTES CREANTUR
FORTIBUS.
Les Puissans engendient les
Puissans.
Du côté qui regarde la cam-
pagne, étoit une autre devise,
dont le corps étoit une Aigle
suivie de ses aiglons, qui volent
vers le Soleil; avec ces mots.
NEC IMBELLEM
FEROCES
FRO GENERANT AQUILA
COLUMBAM
Bb iij
2922
Réjouissances.
Les Aizles ne degenerent point de
leur origine.
L'artifice, qui étoit de la
composition des Artificiers de
l'Arsenal, fut fort bien execu-
té: La Seine ne contribua pas
peu à en augmenter la beauté;
les fuſées, en s'élevant en l'air,
s'y retraçoient agréablement,
& tombant dans l'eau y faisoient
mille tours & mille bonds avant
que d'éclater; enfin ces deux
clemens contraires semblerent
concourir ensemble, pour faire
un spectacle parfait. L'Assem-
blée ſe ſepara fort contente de
la feſte, & de son nouveau Gou-
verneur.
Le 28. de Juin, Mr l'Abbé de
Fourcy ayant appris dans son
Réjouissances.
293
Abbave de Saint Vandrille, la
nouvelle de l'heureuſe naissan-
ce de Monseigneur le Duc de
Bretagne, donna aussi-tost ses
ordres pour faire chanter un
Te Deum solemnel. Les Reli-
gieux de son Abbaye secon-
dant ses intentions, & joignant
une pieté édifiante & exemplai-
re au zele sincere & ardent de
leurdigne Abbé, se revêtirent de
leurs plus beaux Ornemens, &
s'assemblerent dans leur Eglise
illuminée de tous coſtez. Le
Curé de la Paroisse s'y rendit,
accom pagné de ses Paroissiens,
avec la Croix & la Banniere:
un grand nombre de peuple des
lieux circon voisins accourut au
bruit du carillon de toutes les
cloches, qui marquoient la
Bbiiij
294. Réjouissances.
joye publique Mrl Abbé avante
entonné le Te Deum, qui fut a-
chevé dans l'Eglise, alla ensuite
en habit de ceremonie avec seso
Religieux en Procession, dans
la Place publique, pour allu-
mer le feu qui avoit esté pré-
paré par son ordre; il estoit suivi
de Mr Eoloppe Avocat du Roy,
de Mr de Saint Martin & des
autres Officiers de l'Abbaye.
Tous les habitans qui estoient
ſous les armes, commandez par
Mr Dallet, Procureur du Roy
des Eaux & Forests, & Offi-
cier de l'Abbaye, formerent un
grand cercle autour du feu, &
aprés que les Prieres furent fi-
nies, ils firent une décharge, &
défilerent en ordre vers le Pa-
lais Abbatial, en faisant plu-
Réjouissances. 295
sieurs décharges, A peine la
derniere salve des habitans du
lieu fut achevée, que plusieurs
Bourgeois de la Ville de Cau-
debeq, Capitale du pays de
Caux, & dont ledit sieur Ab-
bé est Seigneur, arriverent en
armes, & tambour battant. Mr
Colleau Vicomte de ladite
Ville, Lieutenant de Police &
Capitaine de la Cinquantaine
ſe mit à leur teſte l'esponton à
la main, les rangea dans la
Place, & aprés plusieurs dé-
charges autour du feu, les con-
duisit en ordre, au son des
tambours, dans la cour de Mr
l'Abbé, où recommença le
bruit des armes. Il y avoit dans
les appartemens une collation
preparée pour les Officiers,
5
Réjouissances.
296
& autres personnes des plus
considerables de la Ville, des
rafraichissemens dans la cour
pour la Compagnie de la Cin-
quantaine & pour d'autres
Bourgeois sous les armes, &
dans la Place dequoy boire à
discretion pour tout le peuple
qui estoit venu de toutes parts
à cette ceremonie. La réjouis-
sance dura tout le jour & toute
la nuit, en criant vivent le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Jamais on n'a vû paroiſtre
tant d'empressement pour té-
moigner une joye veritable &
ſincere pour la gloire du Rov,
& le bonheur continuel de la
France.
Le Mercredy 16, de ce mois,
les réjouissances commence-
rent à Abbeville par une gran-
Rejouissances.
29
de Messe qui fut chantée en
Musique avec une excellente
Symphonie. Elle estoit de la
composition d'un tres habile
Maistre. Tous les corps, de
cette Ville y assisterent, &
pendant la Messe on fit quinze
decharges du canon & de la
mousqueterie. On chanta à
l'issuë de la Messe le Te Deum
& l'Exaudiat. Au sortir de l'E-
glise Mrs du Corps de Ville se
rendirent à l'Hostel de Ville,
où par les feneſtres, ils distri-
buerent, à trois reprises, de
l'argent au peuple, & firent
couler pendant le reste de la
journée deux fontaines de vin.
On donna à manger à tous les
passans. Enfin sur les six heu-
res, toute la face de l'Hoſtel
Rejouassances.
298
de Ville parut illuminée, & on
ſe diſpoſa à faire jouer un beau
feu d'artifice qui estoit dressé
au milieu de la Place. La prin-
cipale des quatre faces de l'Hô.
tel de Ville eſtoit deſtinée à la
gloire du Roy, & on lisoit des
Vers François à la gloire de Sa
Majeſté On vovoit dans la
qui estoit consacrée à Monsei-
gneur, d'autres Vers François
sur la conqueste de Philisbourg,
faite par ce Prince. Monse-
gneur le Duc de Bourgogne
etoit loué dans la 3. par des Vers
faits sur la prise de Brisac. La
quatrième contenoit des Ver-
à la gloire du Prince nouveau
né. Il y avoit des Deviſes à la
gloire de ces Princes, au bas de
chaque intercolonne. On vit
partir cinq cens cinquante fu-
n
au
le
6-
la
25
a
Réjouissances.
299
sées de ce beau feu qui dura
presque toute la nuit. Toute la
Ville eſtoit illuminée d'une ma-
niere singuliere. Le Pere Cra-
coville qui a eû la direction du
feu d'artifice, en avoit composé
tous les Vers. C'est le même
Pere qui va pul l'er incessament
un ouvrage, auquel il travaille,
depuis long-temps contre les
Cononites, heretiques du sixié-
me Siecle.
Pendant qu'on tira le feu
d'artifice, les Consuls donne-
rent un repas magnifique qui
fut ſuivi d'un Bal, qui dura jus-
qu'à quatre heure du matin.
Toutes les Dames de la Ville y
furent invitées; & il en vint
beaucoup de la Campagne qui
augmenterent le brillant de
gette grande feste.
300
Réjouissances.
Mr Foucault, Conseiller
d'Etat & Intendant de la Ge-
neralité de Caën, fit chanter un
Te Deum en musique le sixième
de Juillet , dans la principale
Eglise de la Ville. Mr l'Evêque
de Bayeux, dont le zele pour la
gloire du Roy égale la pieté,
en fit la ceremonie : les divers
Ordres de la Ville s'y rendi-
rent avec les ornemens qui les
distinguent: la Musique répon-
dit à ce qu'on attendoit de l'ha-
bileté de celui qui l'a conduit.
Cette action de pieté finie, le
peuple fut attiré à la porte de
de Mr Foucault, par une deco-
ration magnifique de la face de
son Hostel; les Armes de Fran-
ce, de Dauphiné, de Bourgo-
gne & de Bretagne ornées de
n
d
r
Réjouissances.
301
festons & de couronnes de
fleurs; une infinité de lanter-
nes chargées de fleurs de lis &
d'hermines, formoient jusques
au toict un ordre d'Architectu-
re tres-regulier, & tres agréa-
ble; deux fontaines de vin, qui
sortoient de deux masques, cou-
lerent le reſte du jour; elles
firent mettre aux fenestres les
personnes de la Ville les plus
considerables, qui se diverti-
rent long-temps des cris de
joye du peuple, & de son em-
pressement à profiter de cette
largesse. Ge divertissement
conduisit insensiblement jus-
ques à l'heure du souper Qua-
tre grandes tables servies ma-
gnifiquement dans la salle d'au-
dience superbement parée, re-
Rejouissances.
302
çurent en tres-grand nombre
toutes les Dames de distinction
de la Ville, & des environs,
qui s'estoient renduës a Caën,
pour prendre part à ces ré-
jouissances; les Cavaliers les
servirent, & Me Foucault ac-
coûtumée depuis long temps à
ordonner ces sortes de Fêtes,
fit parfaitement bien les hon-
neurs de celle cy. Tout ce que
la Province si abondante, four.
nit par elle-même , & par son
commerce dans les pays étran-
gers, soit de liqueurs, soit de
fruits; tout, dis je, parut avec
profuſion dans ce repas; mais
la nuit qui s'approchoit ayant
renouvellé l'empressement
qu on avoit de jouir du plaisir
des illuminations, que la pré-
1e
es
je
Réjouissances.
303
paration de la face du logis
promettoit, fit lever de table
assez promptement, & toute la
Compagnie marcha vers le lieu
ou le feu eſtoit preparé. Je ne
diray point icy en quel estat
parurent les Dames, on juge
assez qu'elles n'avoient rien ou-
blié de tout ce que l'ajuste-
ment peut contribuer au bon
air & à la beauté; ce fut un
spectacle tres agreable de les
voir marcher à pied, invitées
par le beau temps, entre deux
hayes du peuple, que quelques
Gardes contenoient dans le
devoir, où le retenoit encore
davantage le respect qu'il a
pour Mr Foucault, qui les
accompagnoit avec toute la
Nobleſſe du pais.
Juillet 1704. II. P. Ce
304.
Réjouissances.
Caën est situé dans un vallon
ſur le bord de la riviere d'Or-
ne, entre deux grandes prairies,
qui semblent avoir esté dressées
au niveau : deux Faux bourgs
s'étendent au dessus de la Ville,
Sur les deux côteaux qui ter-
minent ces prairies, d'un costé
la maison des Jesuites, & l'Ab.
baye Royale de Saint Estienne,
avec. plusieurs tours de diverses
Paroisses; de l'autre un long
Faux bourg & plusieurs villa.
ges presque contigus avec leurs
clochers, forment une perspe-
ctive charmante, dont la vue
eſt terminée par une belle mai-
son de campagne, & quelques
bois en éloignement. A ll'entrée
de cette prairie est un boule-
vart, sur lequel est bâti un gros
Refouissances.
30
pavillon tres propre: ce boule-
vart est planté de quatre rangs
d'arbres, qui font un tres beau
berceau; un grand canal est au
dessous; au bout de ce canal
fur le bord de la riviere, regne
un cours de quatre rangs d'ar-
bres plantez par les soins de Mr
Foucault, dés ſon arrivé à Caën.
Ce fut ce beau lieu qu'il choisit
pour y dresser un feu d'artifice,
comme propre à contenir tout
le peuple, & à recevoir l'appa-
reil du spectacle qu'il vouloit
donner: trente cinq pieces de
canon amenées de plusieurs en-
droits éloignez, furent placées
dans le jardin des Jesuites; à
l'opposite le Regiment de la
Ville commandé
par Mr de
Monts son Colonel, fut mis en
Cci)
306 Réjouissances.
ordre de bataille, le ſeu au mi-
lieu; la nuit fut la plus favora-
ble du monde, la Lune ayant
toûjours esté couverte d'un
nuage. Une décharge de l'ar-
tillerie tres bien ſervie, & du
Regiment de Monts, qui y ré-
pondit de même, avertit le peu-
ple que le ſpectacle alloit com-
mencer. On vit naître en même-
temps une illumination char-
mante, à perte de vuë sur les
deux bords de la prairie: il pa-
rut dans le jardin des Jesuites
un parterre de lumieres d'un
ordre admirable; un cordon de
feu distigué d'espace en espace
par de petits obelisques; un am-
phitheatre de differentes figu-
res compassées avec symetrie,
tout cela terminé par l'illumi-
Réjouissances.
30
nation de leurs chambres, &
par une espece de couronne que
formoit la ceinture de leur Egli-
se, & la pointe de leur clocher.
La tour de la Paroisse S. Etien-
ne éclairée en pyra mide; celle
de l'Abbaye du même nom, dis-
posée d'une autre figure, d'ou
partoient de temps en temps des
fuſées; le Monaſtere de la Viſi-
tation illuminé dans toutes ses
faces; le bois des Capucins pa-
reillement éclairé, & qui ser-
voit comme de fond à tous ces
objets: cet amas de lumières
durant toute la nuit, fut un
spectacle des plus magnifiques.
De l'autre coſté de la prairie,
ſur le bord de la riviere, plu
sieurs feux disposez à divers éta-
ges avec ceux du Fauxbourg de
Réjovisances.
308
Vaucelles, partagerent l'at-
tention de l'assemblée. On tira
de tempsen temps un fort grand
nombre de boëtes. La Compa-
gnie de Mr Foucault, ou ſe pro-
menant sur le boulevart sous un
berceau de lumieres, dont les
arbres estoient chargez, ou as-
sise sur des sieges preparez,
jouissoit sans embarras & sans
confusion de la beauté de ces di.
vers spectacles. Le bruit des
tambours, le son des trompet.
tes, & de divers autres instru-
mens, le carillon continuel de
toutes les cloches de la Ville,
au milieu d'une nuit des plus
paisibles, se mêloient avec les
acclamations du peuple, & l'on
vit en même temps partir un
nombre infini de fusées, qui atii
es
e
o0
Rejouissances.
309
rerent tous les yeux des specta-
teurs. Ces fusées firent un mer-
veilleux effet au milieu des deux
côteaux dont on vient de par-
ler. L'eau dont les prairies qui
sont en ce lieu, sont bordées,
d'un côté par la riviere, de
l'autre par le grand canal, au-
gmentoit le spectacle par les
feux qui s'y representoient une
infinité de fois, & sembloient
s'y multiplier en cent differen-
tes manieres. Enfin le feu d'ar-
tifice commença. Un grand
quarré estoit décoré par une es-
pece de Ville; quatre pirami-
des aux angles, une plus élevée
au milieu, avoient un Soleil
pour amortissement. C'est le
ſymbole de la gloire & de la
grandeur de nostre invincible
Réjouissances.
310
Monarque ; ce Soleil dominant
leur
sur les autres, sembloit
communiquer ses lumieres, &
s'imprimer en eux. C'est ainfi
que LOUIS LEGRAND répand
sur nos augustes Princes ses En-
fans les rayons de cette sagesse,
qui fait la gloire de lon regne,
produit les grands succez de
tous ſes desseins; eſt le bonheur
de ses peuples; & leur promet
une longue ſuite de regnes heu-
reux dans des Successeurs éle-
vez par un Roy le plus ſçavant
de tous les Rois en l'art de re-
gner. Les Arnies de ces grands
Princes accompagnées de tro-
phées, environnoient l'édifice;
les gerbes de fusées qui en par-
tirent, l'éclat des boëtes, les
rouës de feu, en un mot, tou-
tes
Réjouissances.
311
tes les differentes manieres dont
l'artifice fait agir ce terrible
élement, tout repondit aux de-
sirs de l'illustre Magistrat, qui
donnoit cette Fête & aux sou-
haits de l'assemblée. Deux nou-
velles décharges, de l'artillerie
& du Regiment de Caën, succe
derent à l'effet du feu d'artifice.
La Fête sembloit estre termi-
née par la, le peuple songeoit
deja à se retirer, quand tout à
coup des fanfares, & le son
martial de divers instruments
l'arrêterent encore, & lui an-
noncerent un nouveau divertis-
sement. On vit s'avancer sur le
cana lune barque voguante avec
fierté portant pavillon Hollan-
dois; pluſieurs chaloupes par-
tagées en trois escadres marche-
Juillet 1704. II. P. Dd
Rejouissances.
312
rent à elle en ordre de bataille,
elles portoient pavillon Fran-
çois & Espagnol; les équipages
galamment habillez de diffe-
rentes livrées, à la faveur des
flambleaux representerent un
combat naval, qui de tous ces
divers spectacles fut un de ceux
qui divertit dvantage: ils at ta-
querent le grand vaisseau du-
rant plus d'une heure à coups
de petars & de fusées; ce petit
combat parut vif & animé, &
il contrefit si bien l'horreur des
veritables, que quoiqu'on fût
persuadé qu'il n'y avoit rien à
craindre, on ne pouvoit quel-
que fois s'empêcher de trembler
pour eux: on vint à l'abordage
& la grande barque fut enle-
vee.
Réjouissances.
313
La fin de ces divertissemens
pour le peuple, fut le commen-
cement d'un nouveau pour les
personnes de qualité; elles se
rendirent dans le Pavillon du
boulevart pour y danser jusques
au jour: Mlle de Croymare fit
parfaitement bien les honneurs
du bal Et ce fut ainsi que cette
Fête fut terminée.
Je ne dois pas oublier que tou-
te la Ville entra dans le même
dessein de Mr Foucault: elle
voulut aussi marquer son zele &
son amour pour son Prince, dans
une conjoncture qui doit rem-
plir de joye tous les vrais Fran-
çois. Les Bourgeois avoient al-
lumé des feux dans les ruës, &
illuminé leurs Maisons. Tous
les clochers de la Ville, sans
Dd ij
Réfouissances.
314
en excepter aucun, estoient de
même eclairez en differentes
figures. Celuy de l'Abbaye de
la Trinité, qui domine à la Vil-
le, dont les feux estoient agrea-
blement disposez par les soins
de Madame de Tessé son Ab-
beſſe, ſoeur du Maréchal du me-
me nom, en faisoit le couronne-
ment.
Cet assemblage de pyramides
de feu , oppoſé au lieu de la
scène du divertissement; offrit
au retour un nouveau spectacle.
Ce grand corps de lumieres, qui
cclairoit de loin, fit paroître la
Ville toute en feu: & on se pro-
mena dans les ruës à la faveur
de tant d'illuminations, qui con-
duisirent enfin jusqu'au jour.
Madame la Princesse d'Har-
Réjouissances.
315
court estant arrivée à Clermont
en Beauvoisis le 2. Juillet, Mrs
de Ville allerent aussi toſst la
saluer en Corps, & luy dire que
le Jeudy suivant on devoit chan-
ter un Te Deum en action de
graces de l'heureuſe naissance
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne, ils la prierent en même
temps d'assister à la ceremonie
du feu de joye qui devoit suivre
le Te Deum; cette Princesse s'y
trouva le Jeudy 3. du mois, &
la ceremonie avant commencé
en presence de tous les Corps
par une marche reglée autour
du feu, reitérée trois frois &
accompagnée d'autant de cris,
de vive le Roy, le Lieutenant
General & le Maire de la Ville
eurent l'honneur de donner la
Dd iij
Réjouissances.
316
main à cette Prinaesse, elle fit
avec eux le tour du feu qu'elle
alluma elle-même: A l'instant,
tous les Habitans sous les armes
firent plusieurs décharges de
Mousqueterie, & on distribua
au Public plusieurs tonneaux
de vin par l'ordre de cette Prin-
cesse, & par les soins des pre-
miers Officiers du lieu: le reste
de la journée & toute la soirée
se passerent en repas sur tables
dressées dans les ruës, où tout
le monde estoit bien venu. Les
illuminations y parurent des
plus brillantes, & tous les in-
strumens du païs s'y trouverent.
Enfin le Peuple s'abandonna à
la joye.
Mais il s'en fallut peu que
cette Feste ne coutât beaucouj
Réjouissances.
31.
à Madame la Princesse d'Har-
cort, puisque tous les Habitans
qui avoient esté excitez à la joye
par l'exemple de cette Princes-
se, s'estant rendus pendant la
nuit, en foule avec les violons,
en sa maison qui n'est que de
bois, ils l'ébranlerent si fort
qu'elle fuſt obligée pour la su-
reté de sa personne, de passer sur
le champ dans une autre mai-
son plus solide.
Ces réjouissances continue-
rent plusieurs jours & furent
terminées par une galanterie
digne de Madame la Princesse
d'Harcourt, qui voulant mar-
quer aux Officiers de la Ville,
combien elle estoit contente
d'eux, envoya à Paris faire pro-
vision de quantité de tabliers,
Da in
318
Réjouissances.
d'éventails, de boëtes, de toi.
lettes, de chapelets, de ta-
bleaux & d'autres bijoux, dont
elle fit la distribution aux Da-
mes de Clermont, par forme de
Lotterie.
Messieurs les Consuls de la
Ville de Montpelier, aiant reçù
la Lettre du Roy & les Ordres
de Mr le Maréchal de Villars,
Commandant dans cette Pro-
vince, pour assister au Te Deum,
faire des feux de joye & autres
réjouissances publiques, à l'oc-
casion de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne.
Ils assisterent avec leur Secre-
taire, en robe de ceremonie,
au Te Deam qui fut chanté en
Musique, le Dimanche 13. Juil-
let, dans l'Eglise Cathedralle
319
Réjouissances.
S. Pierre de Montpelier 5 au-
quel la Cour des Aydes , la
Chambre des Comptes, le Bu-
reau des Finances, & le Presi-
dial, avec tous les Officiers mi-
litaires de la Ville ſe trou-
verent.
Le ſoir du même jour, Mes-
sieurs les Consuls avoient eu le
soin de faire dresser un feu d'ar-
tifice à la promenade du Pei-
rou, qui est hors une des portes
de la Ville, & qui est une des
plus belles places du Roïaume,
par ſa ſcituation, & par la vûë
étenduë qu'elle donne de tous
côtez, tant sur la Mer que sur
les Pyrenées & montagnes voi-
sines qui semblent renfermers
avec le jardin du Roy, pour
l'Université de Medecine &
320
Réjouissances.
quantité de belles maisons de
campagne, des bois d'Oliviers,
qui entretiennent leur verdure
pendant toute l'année. Le feu
d'artifice representoit un arc de
triomphe & un grand Portique
d'Ordre Corinthien, orne de
Trophées d'Armes & d'autres
Peintures. Au- dessus de l'Enta-
blement, on voïoit s'élever un
Attique, surmonté d'une Re-
nommée. Et cet Attique étoit
chargé de certe inscription ma-
gnifique en Lettres d'Or.
Réjouissances.
321
LUDOVICO MAGNO.
PATRI, AVO, PROAVO.
QuOD
UNLREGUM DEDIT DEUS,
UTINAM
SIT ATAVUS.
ET VIVAT.
I
La Frise de l'Entablement
& les Ceintres des Arcades,
étoient ornés de sept grandes
Medailles, d'Or, & de Bronze,
Les paroles qu'on y lisoit étoient
tirées de la quatrième Eclogue
de Virgile; & le peu de chan-
gement qu'il y avoit, n'a été que
Rejouissances.
322
pour les rendre plus convena-
bles au Sujet.
Le dessein de Mrs les Con-
suls a été de representer dans
ces Medailles, la vie de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
formée sur le Modele de Lours
LE GRAND, & sur celuy
de Monseigneur le Dauphin,
& de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Le Roy d'Espagne
Philippe V. y étoit encore pro-
posé pour un exemple. Et l'on
voioit ce dessein executé par les
paroles suivantes; qui forment
un discours lié, & qui étoient
adressées à Monseigneur le Duc
de Bretagne.
Incipe, parve Puer.
Facta tuorum mox legere.
Réjouissances.
323
Quae sit poteris cognoscere virtus.
Imitabere facta Parentum.
Reges, patriis virtutibus Orbem,
Occidet & Serpens.
Surget Gens aurea mundo
9
On lisoit ces paroles dans les
Medailles suivantes.
I.
Pour faire entendre, que
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne naît dans le temps que le
Roy triomphe de la plus grande
partie de l'Europe, liguee con-
tre Sa Majeſté & contre l'Espa-
gne La premiere Medaille étoit
formée par deux branches, l'u-
ne de Laurier, & l'autre de
Palme, lièes au dessous. Et ces
paroles étoient écrites dans le
Champ de la Medaille.
Réjouissances.
324
91
INCIPE, PARVE PUER
Vous naistes, bel Enfant, dans le
Sein de la Gloire.
A
II.
La seconde faisoit entendre,
que Monseigneur le Duc de
Bretagne lira dans l'Histoire,
dés ſa première jeunesse, les
grandes Victoires que la France
& l'Espagne ont remportées en
divers endroits de l'Europe, &
qu'elles remporteront encore
sur leurs Ennemis communs.
La France & l'Espagne y
étoient peintes debout & ar-
mées, & se donnant la main.
Les Ecussons de leurs Bou.
cliers les distinguoient. Et l'on
voyoit plusieurs Provinces à
Réjouissances.
325
leurs pieds, qui leur
presen-
toient des Clefs dans les Bassins.
Avec ces mots.
FACTA TUORUM MOX
LEGERE.
Vous lirez bien- tot dans l'Hi-
stoire.
Jusqu'a quel haut degrè
Votre Sang a porté sa Gloire.
III.
Dans la troisiéme, étoient
peintes deux Branches, l'une de
Laurier, & l'autre d'Olivier,
mises en sautoir. Et ces paroles.
QUASIT POTERIS COGNOS-
CERE VIRTUS.
Vous aurès chez vous les modelles
326 Réjouissances.
Des plas eclatantes Vertus.
Le Laurier & l'Olivier fai-
soient assés connoître, que ces
Vertus sont Militaires & les
Politiques.
IV.
Des trophées d'Armes, qui
representoient la Gloire qui ac.
compagne les grandes Actions
des Rois, avec ces mots.
IMITABERE FACTA
PARENTUM.
Imité, leurs grandes Actions,
Et vous aures part à leur Gloire,
La cinquième Medaille fai-
soit entendre, qu'un jour Mon.
seigneur le Duc de Bretagne ne
Réjouissances.
32
s'appuyera pour défendre &
gouverner ses peuples, que sur
la pieté & les autres grandes
Vertus, à l'exemple de ſes
Peres,
On y voioit un Sceptre & une
Couronne sur un Autel à l'An-
tique. Et on y lisoit ces mots
expressifs.
REGES PATRIIS VIRTUTIBUS
ORBEM.
Quand vous tiendrés un jour le
Sceptre des François,
En vous brilleront à la fois
Les Vertus qu'on voit dans vos
Peres;
La Valeur & la Pieté,
La Justice & la Bonte
VI.
La Fable porte, que Pythou
Juillet 1704. II. P.
Ee
Réjouissances.
328
fut produit du limon; qui resta
sur la terre aprés le déluge. Et
l'on avoit peint dans la sixième
Medaille, un Apollon qui tuoit
à coups de flèches ce serpent;
pour faire entendre quebs'il
restoit encore des ennemis &
des jaloux du nom François,
Monseigneur le Duc de Bre-
tagne les terrassera. On y lisoit
ces paroles.
ET SERPENS.
OCCIDET
S'il reste des jaloux & des fiers
ennemis,
Vous les aurez bien-tot soùmis.
VII.
Enfin la septiême faisoit con-
cevoir le bonheur, que la France
doit esperer d'une si longue sui-
Réjouissances.
329
te de Rois du Sang de LouIS
LE GRAND. On y avoit
peint des demi-dieux champé-
tres, qui dansoient; & un Arc-
en Ciel, qui marquoit l'allian-
ce du Ciel avec la Terres; c'est-
àdire, les Benedictions que
Dieu va répandre sur ce Roïau-
me Ces mots en faisoient l'ame,
lon
SuRGET GENS AUREA
MUNDO.
Ne craignons plus pourl'avenir,
Le Siecle d'Or varevenir.
Les uns attribuent la Deco-
ration de ce feu & les Medail-
les, à Mr de Fizes, Professeur
des Mathematiques dans l'U-
niversité, & les autres disent
Ee 1)
Rejouissances.
330
que le Reverend Pere Gisbert,
Jesuite, en est l'Auteur. Ce feh
avoit esté dreſſé à l'opposit &
dans une distance d'environ
deux cens pas de la Porte du
Peirou.
Cette Porte est un Arcades
triomphe que la Ville de Mont-
pellier à fait bâtir avec beau-
coup de dépenses depuis envi-
ron dix années, tout revêtu
d'Archirecture, accompagnée
de quatre grandes Medailles de
la main d'un excellent Scul-
pteur. Du coſté de la Ville on
voit deux Medailles, la pre-
miere represente la conversion
generalle du Royaume, où l'on
voit la Religion qui renverse
& détruit l'Heresie, avec ces
mots.
Réjonissances.
ExTINCTAHAERESI
noge
Une autre fait voir la jon-
ction & la communication de
l'Ocean avec la Mediterannée,
avec ces mots.
JUNCTIS OCEANO ET
MEDITERANEO MARI.
Les deux autres Medailles
font face à la promenade, l'une
represente un Herculle apuyé
sur sa massuë qui terrasse un
Lion & épouvante un Aigle,
avec ces mots.
EUSIS TERRA, MARIQUE
CONJURATIS GENTIEUS,
Réjouissances.
332
Et dans l'autre on voioit parmi
des ornemens de trophées, des
Villes & des Provinces s'offrir
& se soûmettre à la France,
avec les mots au dessous;
.
oqo
SuB OCULISHOSTIUM,
BELGII ARCIBUSO
EXPUGNATIS.
On voit par la continuation
des graces & benedictions que
Dieu verse ſur le Royaume &
la Maison Royalle que ces éve-
nemens répondent aux desirs
des habitans de Montpelier &
aux souhaits qu'ils ont fait,
lorsqu'ils ont élevé cet Arc de
triomphe, avec les Medailles.
Sur les huit à neuf heures du
soir Mr Demayne, Lieutenant
Réjouissances.
933
de Royde la Ville, accompa-
gné de la Noblesse, s'estant
rendu à l'Hostel de Ville, &
s'estant mis à la teste de Mrs
les Consuls, partit au bruit des
trompettes, des hautbois & des
violons, & à la lueur d'un grand
nombre de flambeaux de point
de cire blanche: il se rendit à
la promenade du Peirou, où le
bucher fut allumé aprés les
ceremonies accoûtumées. En-
suite le feu d'artifice fut tiré
d'une maniere qui satisfit toute
la Ville, qui s'étoit rendue à
à cette promenade, & qui fut
suivi d'une triple décharge que
firent les Bourgeois & Habi-
tans qui esfoient rangez en ba-
taillese dans cette promenade,
& du Canon de la Citadelle,
Réjouissances.
334
Ce spectacle ne fut pas pli-
tôt fini qu'il s'en forma un nou-
veau. Les Habitans à l'envy
les uns des autres avoient gar.
ny tous les devans de leurs
maisons, d'illuminations aux
Armes du Roy, de Bretagne &
de la Maison Royalle, &
avoient allumé des buchers
qu'ils accompagnerent la plû-
part de feux d'artifice & de
fontaines de vin, qui couloient
pour ceux quis en vouloient
prendre. Mr Demainny, pre-
mier Consubde Montpelier, &
Mr Bagnol, Avocat generalen
la Cour des Aydes de cette
Ville, se surpasserent dans leurs
illuminations & dans les festes
qu'ils donnerent à leurs voi-
henalohtons
sins.
La
Réjouissances.
335
La joye des Habitans estoit
si grande, que la feste dura
pendant toute la nuit ; on vit
même pendant le jour paroî-
tre sur les portes de plusieurs
particuliers, des Portraits du
Roy avec des inscriptions; celle
qui suit estoit au dessous d'un
des portraits de Sa Majesté
fait par Mr Rigaud, fameux
Feintre.
LUDOVICO MAGNO.
Inandita regnandi diuturnitate
fortanatissimo,
Quopatre, Galliae
Quo avo, Hispania
Quo proavo, orbi
Felicitas asseritur.
Juillet 1704. II.
E
Réjouissances.
3
Mr de Plantade le fils, Consei,
ler en la Cour des Aydes, en
est l'Auteur.
Fermer
2304
p. 336-344
A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Début :
Je vous envoye une Lettre de Mr de Senecé, premier Valet / Vous m'avez fait un sensible plaisir, mon cher amy, en m'aprenant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Je vous envoye une Lettre de
Mr de Senecé, premier Valet
de Chambre de la Reyne, dont
les Ouvrages n'ont jamais paru
sans recevoir des applaudisse-
mens extraordinaires. Il est si
galant que je ne doute point
qu'il n'ait beaucoup de part à
la feste qu'il décrit.
A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Vous m'avez fait un sensible
plaisir, mon cher amy, en m'aprenant
par vostre Lettre, les de-
monstrations de joye qui se sont
faites à Paris & à la Cour, pour
la naissance de Monseigneur le
et
ht
u
ht
Réjouissances.
33
Duc de Bretagne. C'est un si grand,
& si heureux évenement, qu'il n'est
aucune effusion de joye, qui puisse
alsez bien répondre a celle que tous
les bons & fidelles Françeis en
doivent ressentir dans leur cœur. Et
en effet, qui ne doit pas en estre
transporté, en voyant vivre tout
à la fois quatre Princes, dont
l'un regne si glorieusement, &
les trois auties par la ligne di-
recte, sont appellez a leur rang,
a la succession de la Couronne,
se n'estime pas que nos Histoires,
ny mème les Etrangeres, puissent
fournir l'exemple d'une pareille fe-
licite, Si la Province doit ceder en
magnificence à la Capitale du
Royaume; en récompense, elle ne
luy cede point en gele dans cette oc-
casien. Le Chapitre de la Cathe-
Ffij
338 Réjovissances.
drale de nostre Ville, en a rendu les
premiers témoignages par un super.
be repas entre tous les Chanoines,
par le carillon de toutes les cloches
les plus harmonieuses du Royaume,
& par une grande profusion de vin
au peuple. Le noble Chapitre de
saint Pierre se dispose à le suivre,
par une magnifique illumination de
son Eglise & de son Clocher; &
Madame la Marquise de Thouy,
femme de cet Officier General des
troupes du Roy, qui se distingue si
fort en Portugal, a fait un grand
feu en son particulier, au bruit des
trompettes, accompagné d'un régal
qu'elle a donne aux Dames de toute
sorie de rafraichissemens. Mais rien
n'a tant brillé, de raut ce qui s'est
fait ici, comme une Feste entreprise
par douxe jeunes Gentilshommes de
Réjouissances.
33
nostre, Ville trois jours après l'arri-
vee de cette grande nouvelle. Ils
avoient pris pour leur Scene une pe-
tite Isle tres-jolie, que forme la
riviere de Sone, à la portée du pi-
stolet au dessous du Pont de Mascon.
Cette Isle est toute entourée d'arbris-
jeaux, aux branches desquels on
avoit attaché une infinité de lumié-
res: Aux deux houts qui regardent le
Mid, & le Septentrion, on avoit
élèvé deux grands buchers de toute
sorte de matieres combustibles, sur
lesquels estoient representées les fi-
gures de la Guerre, & de la Dis-
corde, pour estre brulees publique-
ment, & immolees à la tranquillitè
publique. Dans le milieu de l'Iste,
qui forme une petite prairie estoit
dressée une grande tente, sous la-
quelle estoit une table de vingi- qua-
Ffil
340 Réjouissances.
tre couverts, où estoient invitez le
Bailly de la Noblesse, le Maire de
la Ville, & les principaux Ma-
gistrats, qui furent servis à souper
par cette jeunesse avec beaucoup de
respect. Le tour de l'Isle estoit borde
de cent Mousquetaires, qui fai-
soient des décharges continuelles,
ausquelles répondoient une infinite
de Boëtes & de Fauconneaux, que
l'on avoit placez sur les deux riva-
ges opposez. Mais on fut agreable-
ment surpris, de voir sur les dix-
heures du soir, sortir d'entre les ar-
bres une machine composée de solives,
posées en figure tri angulaire, qui por-
toient une haute Pyramide, où étoit
enferme le feu d'artifice, orné d'une
infinité de flames & de banderolles,
aux armes de France & de Breta-
gne. Cette machine estoit tirée sar
Réjouissances.
341
leau, par quatre petiis bateaux bien
peints, à six rames chacun, dont les
Conducteurs estoient habilleg fort
proprement des couleurs du Roy.
Quand on eut mis le feu à la ma-
chine, les rameurs luy firent faire
trois fois le tour de l'Iste, & cet ar-
tifice ambulant faisoit un effet mer-
veilleux. Il estoit suivi de trois au-
tres bateaux, dans l'un desquels
estoit une femme qui a une fort belle
voix, vestuè galamment pour repre-
senter la riviere de Sone, accompa-
gnée d'un chœeur de Musique dont
tous les Acteurs estoient deguisez en
Dieux des eaux. La Sone chantoit
le Recit suivant.
Taisez-vous bruit de Guerre,
& d'un profond silence.
Honorez nos chants réjouis,
Ffiii
342 Réjouissances.
Nous celebrons une Naissance
Qui par trois hauts degrez de
gloire & de puissance
Remonte à l'auguste LOUIS.
Taisez-vous bruit de guerrel, &
d'un profond silence
Honorez nos chants réjouis.
La Paix, de ces beaux lieux va
chasser la Discorde,
Les Lis y brilleront par un nou-
vel éclat
Quel sera cet Enfant que le
Ciel nous accorde?
Déja ſes foibles mains, affer-
missent l'Etat.
Ensuite le Chæur reprenoit la
premiere partie du Recit.
Taisez-vous bruit de guerre,
Rc.
le
343
Réjouissances.
Et ces chants estoient alternez par
les deux autres bateaux, dont l'un
estoit rempli de tambours & de trom-
pettes , l'autre de hauibois, &
l'autre de violons, Tous ces bateaux
estoient bordez de lumieres, aussi-
bien qu'une infinté d'autres qui les
suivoient, & qui estoient remplis
des plus belles Dames de la Ville,
parées tout de leur mieux. Quand
l'artifice fut consumè, cette petite
armée navale aborda dans l'Iste,
où les Dames furent regalées de
confitures & de toutes sortes de li-
queurs glacées, & on y dança jus-
ques au jour, pendant que le peu-
ple de toute la Ville, qui occupoit
le Pont & les deux rivages, aplau-
dissoit au spectacle par ses cris de
joye, & se divertissoit à sa maniere.
Voilà, mon cher amy, une impar-
344 Rejouissances.
faite description de la galanterie de
nos Masconnois, qui pourra si vaus
l'en jugez digne, tenir sa place dans
le Mercure Galant, & en composer
un article, qui justifiera au public,
que si nostre petit Pays n'est pas des
plus florissans, il est du moins des
plus zelez pour la prosperité de l'E-
tat, & la grandeur de la Maison
Royale. Nous attendons encore un
grand spectacle que prepare Monsei.
gneur nostre Evesque, & qui sera
suivi de la Feste que doit faire le
Corps de Ville, dont j'espere vous
envoyer un détail.
Mr de Senecé, premier Valet
de Chambre de la Reyne, dont
les Ouvrages n'ont jamais paru
sans recevoir des applaudisse-
mens extraordinaires. Il est si
galant que je ne doute point
qu'il n'ait beaucoup de part à
la feste qu'il décrit.
A Mascon, le 9. Juillet 1704.
Vous m'avez fait un sensible
plaisir, mon cher amy, en m'aprenant
par vostre Lettre, les de-
monstrations de joye qui se sont
faites à Paris & à la Cour, pour
la naissance de Monseigneur le
et
ht
u
ht
Réjouissances.
33
Duc de Bretagne. C'est un si grand,
& si heureux évenement, qu'il n'est
aucune effusion de joye, qui puisse
alsez bien répondre a celle que tous
les bons & fidelles Françeis en
doivent ressentir dans leur cœur. Et
en effet, qui ne doit pas en estre
transporté, en voyant vivre tout
à la fois quatre Princes, dont
l'un regne si glorieusement, &
les trois auties par la ligne di-
recte, sont appellez a leur rang,
a la succession de la Couronne,
se n'estime pas que nos Histoires,
ny mème les Etrangeres, puissent
fournir l'exemple d'une pareille fe-
licite, Si la Province doit ceder en
magnificence à la Capitale du
Royaume; en récompense, elle ne
luy cede point en gele dans cette oc-
casien. Le Chapitre de la Cathe-
Ffij
338 Réjovissances.
drale de nostre Ville, en a rendu les
premiers témoignages par un super.
be repas entre tous les Chanoines,
par le carillon de toutes les cloches
les plus harmonieuses du Royaume,
& par une grande profusion de vin
au peuple. Le noble Chapitre de
saint Pierre se dispose à le suivre,
par une magnifique illumination de
son Eglise & de son Clocher; &
Madame la Marquise de Thouy,
femme de cet Officier General des
troupes du Roy, qui se distingue si
fort en Portugal, a fait un grand
feu en son particulier, au bruit des
trompettes, accompagné d'un régal
qu'elle a donne aux Dames de toute
sorie de rafraichissemens. Mais rien
n'a tant brillé, de raut ce qui s'est
fait ici, comme une Feste entreprise
par douxe jeunes Gentilshommes de
Réjouissances.
33
nostre, Ville trois jours après l'arri-
vee de cette grande nouvelle. Ils
avoient pris pour leur Scene une pe-
tite Isle tres-jolie, que forme la
riviere de Sone, à la portée du pi-
stolet au dessous du Pont de Mascon.
Cette Isle est toute entourée d'arbris-
jeaux, aux branches desquels on
avoit attaché une infinité de lumié-
res: Aux deux houts qui regardent le
Mid, & le Septentrion, on avoit
élèvé deux grands buchers de toute
sorte de matieres combustibles, sur
lesquels estoient representées les fi-
gures de la Guerre, & de la Dis-
corde, pour estre brulees publique-
ment, & immolees à la tranquillitè
publique. Dans le milieu de l'Iste,
qui forme une petite prairie estoit
dressée une grande tente, sous la-
quelle estoit une table de vingi- qua-
Ffil
340 Réjouissances.
tre couverts, où estoient invitez le
Bailly de la Noblesse, le Maire de
la Ville, & les principaux Ma-
gistrats, qui furent servis à souper
par cette jeunesse avec beaucoup de
respect. Le tour de l'Isle estoit borde
de cent Mousquetaires, qui fai-
soient des décharges continuelles,
ausquelles répondoient une infinite
de Boëtes & de Fauconneaux, que
l'on avoit placez sur les deux riva-
ges opposez. Mais on fut agreable-
ment surpris, de voir sur les dix-
heures du soir, sortir d'entre les ar-
bres une machine composée de solives,
posées en figure tri angulaire, qui por-
toient une haute Pyramide, où étoit
enferme le feu d'artifice, orné d'une
infinité de flames & de banderolles,
aux armes de France & de Breta-
gne. Cette machine estoit tirée sar
Réjouissances.
341
leau, par quatre petiis bateaux bien
peints, à six rames chacun, dont les
Conducteurs estoient habilleg fort
proprement des couleurs du Roy.
Quand on eut mis le feu à la ma-
chine, les rameurs luy firent faire
trois fois le tour de l'Iste, & cet ar-
tifice ambulant faisoit un effet mer-
veilleux. Il estoit suivi de trois au-
tres bateaux, dans l'un desquels
estoit une femme qui a une fort belle
voix, vestuè galamment pour repre-
senter la riviere de Sone, accompa-
gnée d'un chœeur de Musique dont
tous les Acteurs estoient deguisez en
Dieux des eaux. La Sone chantoit
le Recit suivant.
Taisez-vous bruit de Guerre,
& d'un profond silence.
Honorez nos chants réjouis,
Ffiii
342 Réjouissances.
Nous celebrons une Naissance
Qui par trois hauts degrez de
gloire & de puissance
Remonte à l'auguste LOUIS.
Taisez-vous bruit de guerrel, &
d'un profond silence
Honorez nos chants réjouis.
La Paix, de ces beaux lieux va
chasser la Discorde,
Les Lis y brilleront par un nou-
vel éclat
Quel sera cet Enfant que le
Ciel nous accorde?
Déja ſes foibles mains, affer-
missent l'Etat.
Ensuite le Chæur reprenoit la
premiere partie du Recit.
Taisez-vous bruit de guerre,
Rc.
le
343
Réjouissances.
Et ces chants estoient alternez par
les deux autres bateaux, dont l'un
estoit rempli de tambours & de trom-
pettes , l'autre de hauibois, &
l'autre de violons, Tous ces bateaux
estoient bordez de lumieres, aussi-
bien qu'une infinté d'autres qui les
suivoient, & qui estoient remplis
des plus belles Dames de la Ville,
parées tout de leur mieux. Quand
l'artifice fut consumè, cette petite
armée navale aborda dans l'Iste,
où les Dames furent regalées de
confitures & de toutes sortes de li-
queurs glacées, & on y dança jus-
ques au jour, pendant que le peu-
ple de toute la Ville, qui occupoit
le Pont & les deux rivages, aplau-
dissoit au spectacle par ses cris de
joye, & se divertissoit à sa maniere.
Voilà, mon cher amy, une impar-
344 Rejouissances.
faite description de la galanterie de
nos Masconnois, qui pourra si vaus
l'en jugez digne, tenir sa place dans
le Mercure Galant, & en composer
un article, qui justifiera au public,
que si nostre petit Pays n'est pas des
plus florissans, il est du moins des
plus zelez pour la prosperité de l'E-
tat, & la grandeur de la Maison
Royale. Nous attendons encore un
grand spectacle que prepare Monsei.
gneur nostre Evesque, & qui sera
suivi de la Feste que doit faire le
Corps de Ville, dont j'espere vous
envoyer un détail.
Fermer
2305
p. 344-354
« On chanta le 2. de Juillet, à Castres, le Te Deum en action [...] »
Début :
On chanta le 2. de Juillet, à Castres, le Te Deum en action [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On chanta le 2. de Juillet, à Castres, le Te Deum en action [...] »
On chanta le 2. de Juillet,
à Castres, le Te Deum en action
de graces, de la Naissance de
Monseigneur le Duc de Bre-
Réjouissances.
345
tagne. Tous les nouveaux Con-
vertis y assisterent: on fit ensui-
te des feux de joye par toute la
Ville. Monsieur l'Evêque de
Castres en fit faire un d'artifice
devant la porte de son Palais
avec une fontaine de vin: il fit
mettre ſur la porte de l'Evêché
douze flambeaux de cire blan-
cche, entre lesquels il y avoit
des lanternes où estoient les ar-
mes, du Roy & des Princes de la
famille Royale, & sur chacune
des quarante fenestres de son
Palais, il y avoit des lanternes
entremêlées de lampes; ce qui
fit un tres-bel effet. Mr l'Evê-
que de Castres donna ensuite un
grand souper, la table estoit de
vingt- cinq couverts. Ce Prelat
se distingue extremement dans
346
Réjouissances.
tout ce qu'il fait, & son bon
goût égale sa magnificence
Il
eft frere de Mr le President de
Maupeou & proche parent de
Madame la Chanceliere
On doit remarquer que dans
les réjouissances faites à Cas-
tres, les nouveaux Convertis
se sont fort distinguez, ainsi
qu'ils firent l'année derniere,
lorsque les Fanatiques vinrent à
Castres, ils se joignirent au
Gatholiques & les chasserent
vigoureusement à grand coups
de fusil.
Monsieur le Marquis de la
Bretesche Lieutenant General
des Armées du Roy, n eut pas
plustost appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, qu'il ordonna une réjouis.
Réjouissances.
347
fance publique à Tiffauges,
petite Ville de sa dépendance
sur la frontiere de Bretagne;
ce Marquis tire son origine de
cette Province. La Feste y fut
celebrée le six de ce mois, &
fut commencée par une grande
Messe chantée en Musique & un
Te Deum dans la principalle
Paroiſſe, ou Mr de la Breteſche
assista accompagné d'une gran-
de partie de la Noblesse du Pais.
A llissuëm de cette ceremonie qui
dura prés de deux heures; ce
Marquis voulant rendre sa joye
plus entiere & plus generale,
donnaiune somme d'argent con-
siderable pour estre distribuée
aux pauvres de la Ville, & aussi-
tost l'on n'entendit plus que
cris de joye & benedictions
348
Réjouissances.
données à la Naissance d'un
Prince qui procuroit déja tant
de bien. Toute la compagnie se
rendit ensuite au Chasteau, où
Mr le Comte de la Bretesche
frere de Mr le Marquis donna
un repas digne de sa magnifi-
cence & de la joye qu'on vou-
loit exprimer; l'on peut dire
que la delicatesse & l'abondan-
ce n'y laissoient rien à desirer
Quinze où vingt tables furent
servies pour la Commune, dans
la cour du Chasteau; ceux qui
virent les assistans aprés cette
feste conviennent que le vin n'y
avoit pas manqué. A peine fut-
on sorti de table, que l'on com-
mença un grand Bal, où tout le
monde fut reçù; la multitude
se trouva si grande, qu'on fut
Réjouissances.
349
obligé de ſe, diviser par divers
pelotons qui formoient des
ronds où l'on voyoit plusieurs
dances à la Poitevine; plusieurs
personnes de distinction s'étant
trouvées dans cette Assemblée,
l'on y dança plusieurs dances
regulieres. On n'entendoit de
toutes parts que le bruit des
musettes, des violons & des
hautbois Il ny avoit pas deux
heures que le Bal estoit com-
mencé lorsqu'on vit entrer dans
la cour un Carosse à six che-
vaux, le Postillon, le Cocher
& la suite de l'équipage estoient
masquez, il sortit du Carosse
une Venus, du moins au ssi belle
qu'on nous depeint la fabuleu-
se; elle tenoit par la main un
cupidon qui dans les siennes
50 Réjouissances.
portoit une petite chaîne, deux
Heros de Theatre la suivoient,
& aprés eux deux ou trois mas-
ques habillez en danceurs de
corde, toute la multitude cu-
rieuſe ſe raſſembla; l'on tâcha
d'en former un grand cercle
afin que tout le monde pût voir.
La maſcarade eſtant au milieu
representa parfaitement un acte
d'Opera, & dança ensuite plu-
sieurs dances grotesques fort di-
vertissantes.
Ce divertissement continuoit
toujours, personne ne songeoit
à le finir, on ne songeoit pas
même que le jour finissoit, lors
que Mr de la Breteiche dit
qu'il estoit temps d'allumer le
feu qui estoit dressé sur la Pla-
ce, devant le Château; toute
Réjouissances.
351
la Milice Bourgeoise y parut
fous les armes: Le feu fut à pei-
ne allume que la foule du Peu-
ple poussa plufieurs cris de Vi-
ve le Roy, vive le Duc de Breta-
gne Mvetonte la Famille Royale,
il eefparmi ces cris une fu-
rieute décharge de Mousquete-
rie
ii continua tout le soir,
Mr
Breteſche ayant dés le
distribuer quantité
dre Huitou dix pieces
de Campagne montées sur un
boulevard bien exposé, ne cesse-
rent spoint de tirer jusqu'à mi-
uuiti, & porterent la nouvelle
de cette Feste à plus de sept
dlieuës. Deux fontaines de vin
augmenterent infiniment la joye
du Peuple. L'air rentissoit de
toutes parts du son des instru-
Juillet 1704. II. P.
.
Rejouissances.
352
mens, des cris de joye & du feu
de l'artillerie qui fut tres bien
servie. Enfin Mr de la Bretes.
che ſe retira dans ſon Château
du Cobourcau, fort content dy
zele qu'il avoit remarqué en se
vassaux, à satisfaire celuy qu'il
conserve tostjours pour le ser
vice & la gloire de la Maison
Royale.
Madame de Laumary, Ab.
besse de Ligueux en Perigord,
ayant voulu signaler son zele &
marquer sa joye pour la nais-
sance de Monseigneur le Ducde
Bretagne, manda aux Officier,
de sa Jurisdiction de se rendre
dans l'Eglise de son Abbaye,
pour assister au Te Deum, tou-
tes les cloches commencerenta
sonner au dernier verset de No-
feu
en
es-
al
e
1
sot
b
Réjouissances.
35.
ne, & continuerent jusqu'à la
fin d'une priere qu'on fait tous
les jours pour le Roy dans cet
te Abbaye. L'Abbeſſe entonna
le Te Deum, qui fût poursuivi
par l'orgue & par le chœeur:
cette Abbesse avoit fait dresser
un feu de joye dans la grande
place du Bourg, ou Mr de la
Jaute Juge du lieu, Mr Laborie
Lieutenant & le Greffier se
trouverent par ordre de cette
Abbesse, avec tout ce qu'il y a
de plus considerable dans ce
Bourg. On tira à ses dépens plu-
sieurs pieces de Campagne; elle
fit cesser le travail à ses ouvriers
pour qu'ils vinssent prendre
part à la Feste, & fit distribuër
quantité de vin qui fut bû par
le Peuple à la ſanté du Roy &
Gg ij
Réjouissances.
54
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
à Castres, le Te Deum en action
de graces, de la Naissance de
Monseigneur le Duc de Bre-
Réjouissances.
345
tagne. Tous les nouveaux Con-
vertis y assisterent: on fit ensui-
te des feux de joye par toute la
Ville. Monsieur l'Evêque de
Castres en fit faire un d'artifice
devant la porte de son Palais
avec une fontaine de vin: il fit
mettre ſur la porte de l'Evêché
douze flambeaux de cire blan-
cche, entre lesquels il y avoit
des lanternes où estoient les ar-
mes, du Roy & des Princes de la
famille Royale, & sur chacune
des quarante fenestres de son
Palais, il y avoit des lanternes
entremêlées de lampes; ce qui
fit un tres-bel effet. Mr l'Evê-
que de Castres donna ensuite un
grand souper, la table estoit de
vingt- cinq couverts. Ce Prelat
se distingue extremement dans
346
Réjouissances.
tout ce qu'il fait, & son bon
goût égale sa magnificence
Il
eft frere de Mr le President de
Maupeou & proche parent de
Madame la Chanceliere
On doit remarquer que dans
les réjouissances faites à Cas-
tres, les nouveaux Convertis
se sont fort distinguez, ainsi
qu'ils firent l'année derniere,
lorsque les Fanatiques vinrent à
Castres, ils se joignirent au
Gatholiques & les chasserent
vigoureusement à grand coups
de fusil.
Monsieur le Marquis de la
Bretesche Lieutenant General
des Armées du Roy, n eut pas
plustost appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, qu'il ordonna une réjouis.
Réjouissances.
347
fance publique à Tiffauges,
petite Ville de sa dépendance
sur la frontiere de Bretagne;
ce Marquis tire son origine de
cette Province. La Feste y fut
celebrée le six de ce mois, &
fut commencée par une grande
Messe chantée en Musique & un
Te Deum dans la principalle
Paroiſſe, ou Mr de la Breteſche
assista accompagné d'une gran-
de partie de la Noblesse du Pais.
A llissuëm de cette ceremonie qui
dura prés de deux heures; ce
Marquis voulant rendre sa joye
plus entiere & plus generale,
donnaiune somme d'argent con-
siderable pour estre distribuée
aux pauvres de la Ville, & aussi-
tost l'on n'entendit plus que
cris de joye & benedictions
348
Réjouissances.
données à la Naissance d'un
Prince qui procuroit déja tant
de bien. Toute la compagnie se
rendit ensuite au Chasteau, où
Mr le Comte de la Bretesche
frere de Mr le Marquis donna
un repas digne de sa magnifi-
cence & de la joye qu'on vou-
loit exprimer; l'on peut dire
que la delicatesse & l'abondan-
ce n'y laissoient rien à desirer
Quinze où vingt tables furent
servies pour la Commune, dans
la cour du Chasteau; ceux qui
virent les assistans aprés cette
feste conviennent que le vin n'y
avoit pas manqué. A peine fut-
on sorti de table, que l'on com-
mença un grand Bal, où tout le
monde fut reçù; la multitude
se trouva si grande, qu'on fut
Réjouissances.
349
obligé de ſe, diviser par divers
pelotons qui formoient des
ronds où l'on voyoit plusieurs
dances à la Poitevine; plusieurs
personnes de distinction s'étant
trouvées dans cette Assemblée,
l'on y dança plusieurs dances
regulieres. On n'entendoit de
toutes parts que le bruit des
musettes, des violons & des
hautbois Il ny avoit pas deux
heures que le Bal estoit com-
mencé lorsqu'on vit entrer dans
la cour un Carosse à six che-
vaux, le Postillon, le Cocher
& la suite de l'équipage estoient
masquez, il sortit du Carosse
une Venus, du moins au ssi belle
qu'on nous depeint la fabuleu-
se; elle tenoit par la main un
cupidon qui dans les siennes
50 Réjouissances.
portoit une petite chaîne, deux
Heros de Theatre la suivoient,
& aprés eux deux ou trois mas-
ques habillez en danceurs de
corde, toute la multitude cu-
rieuſe ſe raſſembla; l'on tâcha
d'en former un grand cercle
afin que tout le monde pût voir.
La maſcarade eſtant au milieu
representa parfaitement un acte
d'Opera, & dança ensuite plu-
sieurs dances grotesques fort di-
vertissantes.
Ce divertissement continuoit
toujours, personne ne songeoit
à le finir, on ne songeoit pas
même que le jour finissoit, lors
que Mr de la Breteiche dit
qu'il estoit temps d'allumer le
feu qui estoit dressé sur la Pla-
ce, devant le Château; toute
Réjouissances.
351
la Milice Bourgeoise y parut
fous les armes: Le feu fut à pei-
ne allume que la foule du Peu-
ple poussa plufieurs cris de Vi-
ve le Roy, vive le Duc de Breta-
gne Mvetonte la Famille Royale,
il eefparmi ces cris une fu-
rieute décharge de Mousquete-
rie
ii continua tout le soir,
Mr
Breteſche ayant dés le
distribuer quantité
dre Huitou dix pieces
de Campagne montées sur un
boulevard bien exposé, ne cesse-
rent spoint de tirer jusqu'à mi-
uuiti, & porterent la nouvelle
de cette Feste à plus de sept
dlieuës. Deux fontaines de vin
augmenterent infiniment la joye
du Peuple. L'air rentissoit de
toutes parts du son des instru-
Juillet 1704. II. P.
.
Rejouissances.
352
mens, des cris de joye & du feu
de l'artillerie qui fut tres bien
servie. Enfin Mr de la Bretes.
che ſe retira dans ſon Château
du Cobourcau, fort content dy
zele qu'il avoit remarqué en se
vassaux, à satisfaire celuy qu'il
conserve tostjours pour le ser
vice & la gloire de la Maison
Royale.
Madame de Laumary, Ab.
besse de Ligueux en Perigord,
ayant voulu signaler son zele &
marquer sa joye pour la nais-
sance de Monseigneur le Ducde
Bretagne, manda aux Officier,
de sa Jurisdiction de se rendre
dans l'Eglise de son Abbaye,
pour assister au Te Deum, tou-
tes les cloches commencerenta
sonner au dernier verset de No-
feu
en
es-
al
e
1
sot
b
Réjouissances.
35.
ne, & continuerent jusqu'à la
fin d'une priere qu'on fait tous
les jours pour le Roy dans cet
te Abbaye. L'Abbeſſe entonna
le Te Deum, qui fût poursuivi
par l'orgue & par le chœeur:
cette Abbesse avoit fait dresser
un feu de joye dans la grande
place du Bourg, ou Mr de la
Jaute Juge du lieu, Mr Laborie
Lieutenant & le Greffier se
trouverent par ordre de cette
Abbesse, avec tout ce qu'il y a
de plus considerable dans ce
Bourg. On tira à ses dépens plu-
sieurs pieces de Campagne; elle
fit cesser le travail à ses ouvriers
pour qu'ils vinssent prendre
part à la Feste, & fit distribuër
quantité de vin qui fut bû par
le Peuple à la ſanté du Roy &
Gg ij
Réjouissances.
54
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
Fermer
2306
p. 354-364
TRADUCTION d'une Lettre écrite en Italien par un Gentilhomme Milanois, à un de ses amis à Paris, le 11. de Juillet 1704.
Début :
MONSIEUR, Ce n'est pas seulement dans les Etats de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION d'une Lettre écrite en Italien par un Gentilhomme Milanois, à un de ses amis à Paris, le 11. de Juillet 1704.
TRADUCTION
d'une Lettre écrite en Italien
par un Gentilhomme Milanois,
à un de ses amis à Paris,
le 11. de Juillet 1704.
MONSIEUR,
Ce n'est pas seulement dans les
Etats de LOUIS LE GRAND
qu'on a celebré par des rejouißan-
ces, la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne. S. A. Monsieur
le Prince de Vaudement, dont l'af-
fection & le zele pour les deux Cou.
ronnes sont si connus, a donné à ce
sujet une Feste aussi magnisique que
Rejouissances.
de lieu où elle s'est paßée, l'a pü
le permettre; je vais vous en faire
la Relation.
Dans les plus hautes montagnes
de la Valteline, à 33. lieues de
Milan, des rochers d'une hauteur
prodigieuse forment à leur pied un
cul de Jac d'environ 250. pas de
long, sur 70. à. 80. de large : Ce
lieu affreux, qu'on appelle, Masi-
no, est fameux par ses bains chauds
& par une fontaine d'eau minerale
qui sort du rocher, & dont la vertu
y attire tous les ans quantitè de ma-
lades.
Monsieurle Prince de Vaudement
a qui on a ordonné ces eaux & ces
bains, y artiva le deuxième de ce
mois avec S. A. Madame la Prin-
cesse & 130. personnes de leur suite;
te troisieme ce Prince apptit par un
Rejouisances.
356
Courrier, l'heureux accouchement de
Madame la Duchesse de Bourgogne
& la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne: cette grande &
agreable nouvelle répandit dans ce
lieu, qui ne semble estre destinè qu' aux
plaintes & à la tristesse, une joye,
& une satisfaction si grandes que
je ne scaurois vous les exprimer.
Monsieur le Prince de Vaude-
mont envoya sur le champ des Cour-
riers porter ses ordres à Milan, &
dans toutes les Villes & Places du
Milanez pour faire chanter le Te
Deum, & celebrer par des rejouis.
sances extraordinaires la naißance
du Prince que le Ciel vient de don-
ner à lu France. S. A. voulant
faire aussi une Feste dans le desert
du Masino, envoya chercher à Mi-
lance qui estoit necestaire pour cela,
Réjouissances.
357
& la chose sut executée avec tant
de diligence que tout fut prest le hui-
tième.
Le matin, un Aumonier du Prin-
ce dit la Meßte & chanta le Te
Deum, au son des violons, des
hautbois, & des flutes, & a midy
plusieurs tables furent couvertes ma-
gnifiquement: Ce jour là, la boißon
des eaux fut interrompuë; les ma-
lades oublierent leurs maux, & on
n'a jamais veu une joye si grande
& si parfaite. Une Muse Fran-
çoise fit une Chanson laquelle fust
chantée à table par une Demoiselle
d'une des meilleures Maisons du
Milanez qui a l'honneur d'estre au-
pres de S. A. Madame la Prin-
cesse de Vaudemont, & qui n'a pas
moins d'agréemens dans la voix &
dans la maniere de chanter, que de
58 Réjouissances.
charmes dans sa personne; l'air a
estè compose dans le goust Itali en par
un Musicien du Prince; si j'avois
pu l'avoir je vous l'aurois envoyé ;
je voudrois bien que sur les memes
paroles vous en fissiex faire un par
quelque habile homme, qui pust fai-
re sentir a nos Italiens les graces de
la Musique Françoise.
Pendant que l'on estoit a fable
plusieurs Habitans des lieux voi.
sins qui estoient accourus au bruit de
cette Feste, furent regalez à mer-
veilles; on leur distribua da vin tani
qu'ils en voulurent & S. A. leur fit
jetter de l'argent à poignees, l'apres-
dinee se paßa en jeux & en dances.
A l'entrée de la nurt , lestarbres
qui ne sont pas en grand nombre
dans le cul de sac aride,
furent
éclairex par une grande quani
Rejouissances.
35
de bougies ; & l'on alluma de si
gands feu à la cime des plus hautes
montagnes, qu'on pouvoit les voir
de fort loin.
L'endroit par où l'on entre dans le
Masino est tres ctroit; on y avoit
élevé un portail de verdure en forme
d' Arc de Triomphe, au haut duquel
estoit peinte la Nymphe da lieu, re-
presentant la Republique des Gri-
sons. D'une main elle tenoit une
coupe renversée d'où tomboit de l'eau
de la fontaine minerale, de la-
quelle personne n'usa ce jourla; elle
avoit, à l'autre main, une autre
coupe pleine de vin ; aux costez de
cette Nymphe estoient representez les
Jeux & les Ris, des trompettes, des
violons, & autres instrumens. Les
paroles suivantes qui estoient écrites
sarle frontispice du Portail mar-
Juillet 1704. II. P. Hh.
Réjouissances.
360
quoient l'Alliance qui est entre
Sa Majesté Tres-Chresti enne & les
Grisons.
LILIIS, LAETATUR AMICA.
Sar le bord d'une petite riviere
qui passe au milieu du Masino,
appellee Malengo, & qui est for-
mée partie par l'eau de la neige
dont ces rochers sout toujours couverts,
partie par celle de plusieurs sources
qui fortent des mèmes rochers; on
avoit dresse six arcs de triomphe, qui
farmotent un exagone & finissoient
en piramide; au haut estoit repre-
senté le Soleil avec les paroles sui-
vantes.
SEMPRE LISTESSO.
Voicy les devises qui estoient peina
Réjouissances.
361
tes aux costez de cet exagone.
La France & l'Espagne, cha-
cune un bouclier à la main dont elles
couvroient le Milanez; l'Aigle de
l'Empire au dessus avecun foudre à
chaque main.
QUID AQUILAE, QUID FUL-
MINA POSSUNT.
Un Soleil formant un Arc-en-
ciel, & un jeune Lyon pliant sur un
goble une branche d'olivier.
NON ALII POSSUNT PACAN-
TEM REDDERE TERRAM.
Le Soleil dans son char avec le
Roy d'Espagne, Monseigneur le
le Dauphin & les trois Enfans de
Ftance.
Hhi)
Réjouissances.
362
NruNo FETONTE.
Six lis inégaux.
MuNERA LETITIAMQUE
DEI
Flore montrant au Soleilun Lis
qui vient de naistre.
LO VERAS CRECER, YMUL-
TIPLICAR.
La Croix de Bourgogne faite de
deux arbres retaillez,
NEPOTIBUS UM-
FACTURA
BRAM.
La France montrant à l'Espagne
Réjouissances.
363
des Lis parmi lesquels il y en a un
qui vient de naistre.
NEC TIBI DEFICIENT.
Dans le milieu de ces Arcs de
triomphe, on avoit platé une gran-
de quantité de fusees volantes &
d'autres artifices, ausquels on mit
le feu aprés le souper, au bruit des
trompettes, des hautbois, des vio-
lons & des salves de Mousqueterie,
que firent deux Compagnies du Re-
giment Albertin, Grison, qui ont
marché au Masino pour la garde
de L. A.
Cette Feste dura jusqu'au jour.
Leurs Excellences Madame la
Comtesse de Serbelon, femme d'un
Grand d'Espagne, & Mrle Duc
d'Et Seste, aussi Grand d'Espagne
Hh ii.
364. Réjouissances.
qui estoient au Masino, pour pren-
dre les eaux, de même que Mr le
Comte Alexandre Litta, y donne.
rent des marques tres-vives de leur
joye, sur les benedictions continuel-
les que Dieu répand sur la Mai-
son de France.
d'une Lettre écrite en Italien
par un Gentilhomme Milanois,
à un de ses amis à Paris,
le 11. de Juillet 1704.
MONSIEUR,
Ce n'est pas seulement dans les
Etats de LOUIS LE GRAND
qu'on a celebré par des rejouißan-
ces, la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne. S. A. Monsieur
le Prince de Vaudement, dont l'af-
fection & le zele pour les deux Cou.
ronnes sont si connus, a donné à ce
sujet une Feste aussi magnisique que
Rejouissances.
de lieu où elle s'est paßée, l'a pü
le permettre; je vais vous en faire
la Relation.
Dans les plus hautes montagnes
de la Valteline, à 33. lieues de
Milan, des rochers d'une hauteur
prodigieuse forment à leur pied un
cul de Jac d'environ 250. pas de
long, sur 70. à. 80. de large : Ce
lieu affreux, qu'on appelle, Masi-
no, est fameux par ses bains chauds
& par une fontaine d'eau minerale
qui sort du rocher, & dont la vertu
y attire tous les ans quantitè de ma-
lades.
Monsieurle Prince de Vaudement
a qui on a ordonné ces eaux & ces
bains, y artiva le deuxième de ce
mois avec S. A. Madame la Prin-
cesse & 130. personnes de leur suite;
te troisieme ce Prince apptit par un
Rejouisances.
356
Courrier, l'heureux accouchement de
Madame la Duchesse de Bourgogne
& la naißance de Monseigneur le
Duc de Bretagne: cette grande &
agreable nouvelle répandit dans ce
lieu, qui ne semble estre destinè qu' aux
plaintes & à la tristesse, une joye,
& une satisfaction si grandes que
je ne scaurois vous les exprimer.
Monsieur le Prince de Vaude-
mont envoya sur le champ des Cour-
riers porter ses ordres à Milan, &
dans toutes les Villes & Places du
Milanez pour faire chanter le Te
Deum, & celebrer par des rejouis.
sances extraordinaires la naißance
du Prince que le Ciel vient de don-
ner à lu France. S. A. voulant
faire aussi une Feste dans le desert
du Masino, envoya chercher à Mi-
lance qui estoit necestaire pour cela,
Réjouissances.
357
& la chose sut executée avec tant
de diligence que tout fut prest le hui-
tième.
Le matin, un Aumonier du Prin-
ce dit la Meßte & chanta le Te
Deum, au son des violons, des
hautbois, & des flutes, & a midy
plusieurs tables furent couvertes ma-
gnifiquement: Ce jour là, la boißon
des eaux fut interrompuë; les ma-
lades oublierent leurs maux, & on
n'a jamais veu une joye si grande
& si parfaite. Une Muse Fran-
çoise fit une Chanson laquelle fust
chantée à table par une Demoiselle
d'une des meilleures Maisons du
Milanez qui a l'honneur d'estre au-
pres de S. A. Madame la Prin-
cesse de Vaudemont, & qui n'a pas
moins d'agréemens dans la voix &
dans la maniere de chanter, que de
58 Réjouissances.
charmes dans sa personne; l'air a
estè compose dans le goust Itali en par
un Musicien du Prince; si j'avois
pu l'avoir je vous l'aurois envoyé ;
je voudrois bien que sur les memes
paroles vous en fissiex faire un par
quelque habile homme, qui pust fai-
re sentir a nos Italiens les graces de
la Musique Françoise.
Pendant que l'on estoit a fable
plusieurs Habitans des lieux voi.
sins qui estoient accourus au bruit de
cette Feste, furent regalez à mer-
veilles; on leur distribua da vin tani
qu'ils en voulurent & S. A. leur fit
jetter de l'argent à poignees, l'apres-
dinee se paßa en jeux & en dances.
A l'entrée de la nurt , lestarbres
qui ne sont pas en grand nombre
dans le cul de sac aride,
furent
éclairex par une grande quani
Rejouissances.
35
de bougies ; & l'on alluma de si
gands feu à la cime des plus hautes
montagnes, qu'on pouvoit les voir
de fort loin.
L'endroit par où l'on entre dans le
Masino est tres ctroit; on y avoit
élevé un portail de verdure en forme
d' Arc de Triomphe, au haut duquel
estoit peinte la Nymphe da lieu, re-
presentant la Republique des Gri-
sons. D'une main elle tenoit une
coupe renversée d'où tomboit de l'eau
de la fontaine minerale, de la-
quelle personne n'usa ce jourla; elle
avoit, à l'autre main, une autre
coupe pleine de vin ; aux costez de
cette Nymphe estoient representez les
Jeux & les Ris, des trompettes, des
violons, & autres instrumens. Les
paroles suivantes qui estoient écrites
sarle frontispice du Portail mar-
Juillet 1704. II. P. Hh.
Réjouissances.
360
quoient l'Alliance qui est entre
Sa Majesté Tres-Chresti enne & les
Grisons.
LILIIS, LAETATUR AMICA.
Sar le bord d'une petite riviere
qui passe au milieu du Masino,
appellee Malengo, & qui est for-
mée partie par l'eau de la neige
dont ces rochers sout toujours couverts,
partie par celle de plusieurs sources
qui fortent des mèmes rochers; on
avoit dresse six arcs de triomphe, qui
farmotent un exagone & finissoient
en piramide; au haut estoit repre-
senté le Soleil avec les paroles sui-
vantes.
SEMPRE LISTESSO.
Voicy les devises qui estoient peina
Réjouissances.
361
tes aux costez de cet exagone.
La France & l'Espagne, cha-
cune un bouclier à la main dont elles
couvroient le Milanez; l'Aigle de
l'Empire au dessus avecun foudre à
chaque main.
QUID AQUILAE, QUID FUL-
MINA POSSUNT.
Un Soleil formant un Arc-en-
ciel, & un jeune Lyon pliant sur un
goble une branche d'olivier.
NON ALII POSSUNT PACAN-
TEM REDDERE TERRAM.
Le Soleil dans son char avec le
Roy d'Espagne, Monseigneur le
le Dauphin & les trois Enfans de
Ftance.
Hhi)
Réjouissances.
362
NruNo FETONTE.
Six lis inégaux.
MuNERA LETITIAMQUE
DEI
Flore montrant au Soleilun Lis
qui vient de naistre.
LO VERAS CRECER, YMUL-
TIPLICAR.
La Croix de Bourgogne faite de
deux arbres retaillez,
NEPOTIBUS UM-
FACTURA
BRAM.
La France montrant à l'Espagne
Réjouissances.
363
des Lis parmi lesquels il y en a un
qui vient de naistre.
NEC TIBI DEFICIENT.
Dans le milieu de ces Arcs de
triomphe, on avoit platé une gran-
de quantité de fusees volantes &
d'autres artifices, ausquels on mit
le feu aprés le souper, au bruit des
trompettes, des hautbois, des vio-
lons & des salves de Mousqueterie,
que firent deux Compagnies du Re-
giment Albertin, Grison, qui ont
marché au Masino pour la garde
de L. A.
Cette Feste dura jusqu'au jour.
Leurs Excellences Madame la
Comtesse de Serbelon, femme d'un
Grand d'Espagne, & Mrle Duc
d'Et Seste, aussi Grand d'Espagne
Hh ii.
364. Réjouissances.
qui estoient au Masino, pour pren-
dre les eaux, de même que Mr le
Comte Alexandre Litta, y donne.
rent des marques tres-vives de leur
joye, sur les benedictions continuel-
les que Dieu répand sur la Mai-
son de France.
Fermer
2307
p. 364-390
« On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
Début :
On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...]
Mots clefs :
Ville, Fusées, Joie, Te Deum, Lumières, Feux, Allumer, Armes, Décharges, France, Illumination, Maison, Nuit, Capucins, Fusées volantes, Tirer, Chanter, Église, Habitants, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On chanta le 13. à la Rochelle, le Te Deum dans la Cathedralle, [...] »
On chanta le 13. à la Rochel-
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
le, le Te Deum dans la Cathe-
dralle, où Mr l'Evêque Officia,
en presence de Monsieur le Ma-
réchal de Chamilly & de Ma-
dame la Maréchale; la Nobles-
se & les Magistrats y assisterent.
Sur les huit heures du soir, le
feu qui estoit dressé à la place,
fut allumé par Mr Gerbier Mai-
re, avec les solemnitez ordinai-
res, & dans le même temps tou-
tes les fenestres parurent illumi-
nées, & les ruës remplies de feux
Réjouissances.
365
dressez devant toutes les portes.
Monsieur le Maréchal qui estoit
au Fort-Louis, au dehors de la
Ville, voyant que ce feu estoit
allumé, fit jetter une susée; qui
estoit le ſignal pour avertir de
tirer le Canon, & la Mousque-
terie: La Compagnie des Ca-
dets, & les deux Compagnies
de Grenadiers, en habits uni-
formes, estoient sous les armes,
& bordoient les remparts avec
les Troupes reglées; les réjouiſ-
sances continuerent jusques au
Dimanche suivant. On tira ce
jour là un tres- beau feu d'artifi-
ce qui avoit esté dreſſé au milieu
de la place du Chasteau; il fut
suivi d'un souper magnifique
ment servi, donné par les Maire
& Echevins à Monsieur & à Ma-
Hh iiij
366 Réjoiissances.
dame la Maréchalle; qui furent
reçuës à l'Hoſtel de la Mairie,
où Mr Gerbier, Maire, com-
plimenta Monsieur le Maréchal
au sujet de la naissance du Prin-
ce; il y eut encore de grandes
illuminations & des feux dans
toutes les ruës.
Le même jour Mr Chauneau
de Sazay, Huissier de la Cham-
bre de Madame la Duchesse de
Bourgogne, fit chanter le Te
Deum dans l'Eglise de Saint Hi-
laire, la Pallu, ſa Paroiſſe, prés
la Rochelle, ou se rendirent les
personnes les plus qualifiées du
voisinage; les Prieres pour le Roy
furent aussi chantées au bruit du
Canon du Chaſteau, de Sazay,
& de la Mousqueterie de la Mi.
lice, qui estoit sous les armes,
Rejouissances.
367
au nombre de plus de deux cens
rangez en haye, ainsi que la Ca-
valerie. Ils fe rendirent en cet
ordre au Château de Sazay, au
son de la cloche, des tambours
& des hautbois. Il y avoit un
feu dressé au bout d'une longue
avenuë qui estoit il luminée; ce
feu qui estoit composé d'un
fort gros bucher, au milieu du
quel il y avoit un arbre de tren-
te-cinqu pieds de haut rempli de
fagots & entouré d'artifice qui
reussit parfaitement bien; il fut
allumé par le fils aîné de Mr
Gerbier, Trésorier de France
& Maire de la Rochelle, petit
fils de Monsieur de Sazay qui
representoit son grand pere qui
le trouvoit alors a la Cour. L'on
tira le Canon, & la Milice fit
Réjouissances.
368
plusieurs décharges ce qui atti-
ra tous les Habitans de la Pa-
roisse & des lieux circonvoisins,
qui témoignerent leur joye par
des acclamations de Vive le Roy
& Monseigneur le Duc de Breta-
gne. Deux fontaines de vin cou.
lerent pendant tout le jour; la
Noblesse fut magnifiquement
regalée dans le Château.
'ay oublié de dire, en parlant
des environs de Paris, que Mr
de Bonny Secretaire du Roy &
Interessé dans les Fermes de Sa
Majesté, fit faire le 13. Juillet
une tres- grande illumination
dans ſa Maison de Villeneuve S.
Georges, à quatre lieuës de Pa-
ris. Il avoit fait mettre une
grande quantité de pots à feu,
.
ar
u-
he
nt
5a
et
pl
he
Réjoiissances.
369
& un grand nombre de fusées
volantes sur le Belveder qui est
au dessus de sa Maison. Cette
illumination & ces fusées furent
vuës de tout Paris.
Mr Chabrot Bourgeois de
Lyon a donné une Feste magni-
fique à sa Maison de la Grenete.
L'illumination fut tres-belle,
une symphonie excellente s'y fit
entendre à trois diverses repri-
ses sur la terrasse qui est audes-
sus de cette Maison. On tira un
grand nombre de fusées & deux
fontaines de vin coulerent à sa
porte, pendant toute la soirée.
Mr de Courcy, Receveur
des Tailles de Magny en Vexin,
s'est distingué dans la Feſte
qu'il donna le 10. Juillet ou se
trouverent les principaux de la
Réjouissances.
37
Ville. Sa Maison parut d'abord
illuminée & l'on vit ensuite un
grand feu d'une maniere nou-
velle fait en forme de piramide,
dont les flammes sortoient par
des canaux differens, qui sor-
moient un spectacle tres-agrea.
bles à la vûë: ce feu dura pen-
dant toute la nuit. Ily eut un
grand souper : les santez de
la famille Royale y furent buë,
au bruit d'une continuelle dé.
charge de Couleuvrines & de
Mousquets. Il y eut aussi un con-
cert de voix & d'instrumens,
qui fut suivi d'un grand bal qui
dura jusqu'à quatre heures du
matin; on y distribua des vins
& des liqueurs à tous ceux qui
s'y trouverent; les ouvriers mê
mes qui alloient à leurs travaux
Réjouissances.
371
furent regalez, & se sentirent
de la joye qui met toute la
France en mouvement.
Madame de Fiesque, Abbesse
de Nôtre- Dame de Soissons,
aprés avoir fait chanter le Te
Deum, dans son Abbaye, donna
une Feste à ses Religieuses con-
venable au lieu & à leur état.
Tout le clocher de son Eglise
fut illuminé pendant toute la
nuit.
Les Jacobins de Beauvais ont
marqué leur joye par un feu
d'artifice d'une structure singu-
liere. Quatre colonnes entou-
rées de buis, attachées avec des
rubans de differentes couleurs
qui formoient plusieurs arcades,
regnoient autour du bucher qui
devoit être allumé. Unarbre d'u-
Réjouissances.
372
ne hauteur surprenante, au mi-
lieu, cachoit par ses feuillages
les fusées & l'artifice. Les feuil.
les du buis détachées par la vio-
lence du feu se joignant aux fu-
sées, tomboient toutes brillan-
tes de lumiere; ce spectacle du-
ra pendant plus d'une heure,
toutes les ruës de Beauvais
estoient remplies de feux, & le
jour parut avant que ces feux
fussent éteints.
On voyoit dans un cartouche,
un Lyon couronné, enflammé,
rugissant, se soûtenant sur ses
deux pattes de derriere; il avoit
les pattes de devant élevées, &
il poursuivoit un Aigle couron-
née qui se soûtenoit sur ses grif-
fes, & paroissoit vouloir voler
avec l'aile droite, la gauche
1
fit
Réjouissances.
373
estoit abbatuë, & il fuyoit le
Lyon. L'inscription suivante se
lisoit dans le cartouche.
Nunc Leo magnanimus rugiet ma-
jore rugitu
Nunc Aquila infirmo cedet fugitiva
volatu,
On chanta à Tours le treizié-
me de Juillet, le Te Deum en
Musique, dans l'Eglise Metro-
pole où s'estoient assemblez Mr
l'Intendant & Mrs de Ville, ils
aſſiſterent le ſoir au feu de joye
que la Ville avoit fait disposer.
On commença par un feu d'ar-
tifice que l'on avoit placé sur
l'eau proche du Quay Royal, &
on continua par une ſalve d'ar-
tillerie & par des fusées. Ce fut
Réjouissances.
74
dans ce moment que l'on vit
dans toute la Ville des illumi-
nations; d'un costé les Tours
les plus élevées estoient rem-
plies de flambeaux ardens; de
l'autre, on appercevoit que le
cônteau qui fait face, estoit tout
en feu. Les Capucins situez
dans la plus haute élevation, ne
furent pas ceux qui y eurent le
moins de succez; le feu d'arti-
fice de la Ville estant fini & la
première décharge de l'artille-
rie estant faite, on vit insensi-
blement toute la face de leur
Convent briller de deux mille
lumieres, de concert, ce sem-
ble, avec la Ville; on tira les
Canons que l'on y avoit fait
transporter: Les feux d'artifices
réponde ient aux autres feux, &
Réjouissances.
37
ce n'étoit pas peu d'agrément de
voir dans une si belle situation
une si grande étendue d'illumi-
nations. D'un costé on voyoit
un grand nombre de pots à feu;
de l'autre. partoit quantité de
fusées volantes; tout cela ent re-
tint un éclat de lumieres qui
dura prés de trois heures. Le
zele de ces Peres ne ſe borna pas
la. Le lendemain, jour marqué
dans le Diocése, pour chanter
le Te Deum, ils solemniserent
la Fête d'une maniere plus ma-
gnifique. Mr l'Abbé du Veau,
Vicaire general, vint chanter
dans leur Eglise le Te Deum,
donna la Benediction du S. Sa-
crement, pendant laquelle on
eut une agreable symphonie de
hautbois, de violons, & de bas-
Juillet 1704. II. P.
Ii
Réjouissances.
376
ſes de viole; ensuite ils ſe prepa-
rerent à leur feu de joye. L'il-
lumination meslée d'artifice de-
voit paroître le soir. Sur les
huit heures & demie, on com-
mença par tirer des coups de
Canons pour saluer Mr l'Inten.
dant, qui ayant appris le des-
sein des Capucins voulut assi-
ster à la Feste avec toute sa
Compagnie; au même instant
l'on vit briller plus de trois mil-
le lumieres. L'ordre en estoit
admirable, on voyoit d'un côté
des colonnes des mieux afran-
gées, de l'autre des triangles
des mieux disposez, & une se-
conde face de lumieres qui se
forma, servit d'accompagne-
ment à tout le reste. Les terras-
ses les plus avancées parurent
Réjouissances.
3
7
toutes en feu; on voyoit sor-
tir de leur extrêmité un nombre
considerable de fusées, on ap
percevoit au milieu quelques
feux d'artifices & une abondan-
ce de pots à feu ornoit l'autre
extrêmité. On fit aussi plusieurs
décharges d'artillerie, & dans
l'intervalle de ces décharges on
entendit une symphenie qui
estoit sur la terrasse la plus
avancée. L'écho se répandit sur
toute la Riviere où estoient les
personnes de la Ville les plus di-
stinguées. Le Quay Royal quoi
que fort spacieux estoit rem-
pli de Peuples, & chacun ad-
mira le travail de ces dignes Re-
ligieux, & loua leur zele pour
la gloire de Sa Majesté.
On verra dans la Let tre sui-
Iii
Réjoiissances.
378
vante les réjouissances qui ont
esté faites à Blois: elles sont
bien dignes de l'attention du
Public.
Mr de Blois qui justifie par
toutes les vertus Episcopales le
choix de Sa Majeſté, ouvrit le
Mardy 8. Juillet la joye publi-
que par un Te Deum, magnifi-
quement chanté en presence de
Mr le Comte de Lorges Lieu-
tenant de Roy de la Province,
de tous les Corps de la Ville
Scculiers & Reguliers, & d'un
concours prodigieux de Peuple
accouru en foule pourremercier
Dieu des benedictions abondan.
tes qu'il verse continuellement
sur la France Aprés avoir ré-
pandu son cœeur au pied des Au-
tels, on alla exprimer ſa joy
pa
la
be
at
d
I
Réjouissances.
379
par un feu allumé devant le Pa-
lais Episcopal, au bruit des tam-
bours & des décharges d'une
petite armée d'Habitans sous les
armes & vestus galamment; les
décharges furent suivies d'un
nombre considerable de fusées
volantes qui firent un tres bel
effet. Pendant toute la nuit le
superbe Palais de Mr de Blois
fut éclairé par plus de deux
mille lumieres reflechies par la
Riviere de Loire qui les faisoit
toute reparoistre comme dans
un miroir. Le zele du Prelat fut
soûtenu par celuy de tous les
Habitans qui dans le même
temps firent regner par toute la
Ville les plaisirs & l'abondance.
Chaque particulier avoit un feu
à sa porte & des lumieres à ses
380
Réjovissances.
fenêtres, le vin couloit à larges
flots, & plus d'un Habitant in.
tereſsa pour le Prince nouveau
né jusqu'à sa propre raison.
Le Dimanche suivant les Pe-
res Benedictins firent un fort
beau feu, où assista une Compa-
gnie de Dragons, composée par
les habitants de Foix lez Tours
de ces Peres qui sont tres-éle-
vées parurent tres long-temps
toutes en feu, un grand nom-
bre de fusées orna beaucoup
cette rejouissance.
Les Capucins également at-
tentifs à la gloire de la France
se distinguerent le même soir
par des divertissements tres-
bien entendus, toute la Ville
y courut en foule pour admi-
rer le zele de ces Religieux
q
m
1
d
all
r
a
p.
ce
it
381
Réjouissances.
qui scavent aussi bien expri-
mer par de ferventes Oraisons,
que par des marques exterieu-
res & publiques. La pauvreté de
ces Peres ne leur permit pas
de se signaler par des profu-
sions, mais le bon goût se fit
sentir dans tout ce qu'ils entre-
prirent; une addresse inge-
nieuſe suppléa à leur medio-
crité.
Leur Convent qui est sur une
hauteur & dans une charmante
scituation, fut éclairé pendant-
toute la nuit par un nombre
considerable de lumieres apper-
çûës de plus de deux lieues, &
qui faisoient dans cet esloigne-
ment la plus belle illumination
du monde. Ils avoient menagé
dans l'enfoncement d'une por-
382 Réjouissances.
te de leur jardin, un jet d'eau
rougie qui par une agreable im-
posture trompa les yeux des
spectateurs, dont quelques uns
ne furent desabusez, qu'au pre
judice de leur langue, cette eau
jalissoit jusqu'a douze pieds de
haut, parmi des fcuillages
agréablement confus, & dont
l'heureuse negligence repre-
sentoit assés ces grottes cham.
pêtres, qui servoient autrefois
d'aziles aux dieux. Habitarant
dii quoque silvas.
Derriere le jet d'eau parois-
soit en enfoncement, une roue
toute chargée de lampes allu-
mées, qui par une ingenieuse
industrie tournoient avec la
roue sans s'eteindre & se ren-
verser, sur la face de cette grot-
te
au
.
Réjouissances.
383
te paroissoient entre des fe-
stons, des lauriers & des car-
touches où étoient les Armes
du Roy, & qui accompagnoient
cette inscription Latine pres-
que toute prise de l'Ecriture-
sainte.
GLORIAE DICATO
Pro victoriis inter victorias
Ovantium quae fragores
Sicut lilium inter spinas nato
armoricae duci.
Quis putas puer iste erit?
Magnus coram domino
Dilectus Deo & hominibus
Et multi in Nativitate ejus gau-
debunt
Parvulus natus est nobis
Ut sedeat cum principibus
Et solium gloviae teneat.
Stipite ortus triumphali.
Virtute duce,
Juillet 1704.
Kk
Réjouissances.
384
Prudentia comite,
Fortuna non reluctante,
paratur triumphis.
Aux deux côtez de la grotte
pendoient entre des feuillages
quatre devises , la premiere
etoit un laurier naissant, éclai-
ré & échauffé par un Soleil
rayonnant, avec ces paroles,
nascentem parat ille triumphis, les
vers suivans expliquoient la
devise.
LOUIS le plus grand des
guerriers,
Vole de victoire en victoire,
Et sur ses pas brillans va con-
duire à la gloire
Un Prince de son sang, nè
parmi les Lauriers.
La seconde estoit une tres-
brillante Aurore avec ces mots,
les
.
ne
15
Rejovissances.
385
spondet majora: on lisoit au bas
les vers suivans.
Le Prince nouveau né que le Ciel
nous envoye
En naissant apporte la joye
Et fait naitre par tout mille
plaisirs nouveaux
Une Aurore si belle, agreable,
& brillante
Qui repand en tous lieux sa lu-
miere naissante
Promet encore des jours plus
beaux,
La troisième eſtoit un écu de
Bretagne, sur lequel estoit ap-
puyée la Couronne de France,
qui estoit aussi ornée des lam-
brequins de l'Ecu. La devise
avoit pour ame ces paroles,
fulcrumque decusque. Elle estoit
expliquée par ces vers.
Kki
Réfouissances.
36
LOUIS ! le Prince qu'au-
jourd huy
La suprème bonté te donne,
Unjour illustrera ta Royale Cou-
ronne,
Comme il en est le ferme appui.
La quatriéme estoit un Soleil
à demi envelopé d'un nuage,
d'où il faisoit partir des fou-
dres qui tomboient sur un Ai-
gle, un Lion & un Leopard;
pendant que d'un autre côté il
faisoit tomber une pluie bien-
faisante sur trois lis, dont le
dernier n'estoit encore que bou-
tonné. Ces paroles de l'Ecri-
ture-sainte faisoient l'ame de la
devise, mortificat & vivificat. On
lisoit au bas ces vers.
Le Heros qui su ffit pour gouver-
ner la tetre
Voit ses ennemis éperdus,
a
Réjouissances.
387
Consternes, tremblans, ab-
batus,
Sous les terribles coups de son
juste tonnerre,
Pendant qu'au sein de son
Etat
Il jouit d'une paix profonde,
Et voit multiplier le renaissant
eclat
De nos lys destinés pour embellir
le monde.
Le tout estoit surmonté d'une
Forteresse avec ses tours & ses
murailles, faite avec beaucoup
d'artifice ; à neuf heures du
soir on vit partir d'une des por-
tes de cette Forteresse un dra-
gon volant, qui alla à plus de
trente pas allumer le feu de
joye, qui estoit un cabinet à
quatre faces, ouvert de chaque
côté & comblé d'une Couron-
Kk ii.
388 Réjouissances.
ne Imperiale, du milieu de la-
quelle s'élevoit un mats fort
haut, tout le cabinet estoit de
verdure & orné de fleurs de
lys, le feu ne fût pas plûtôt
allumé que deux Compagnies
d'habitans sous les armes firent
plusieurs decharges de mous-
queterie, ausquelles on repon-
doit par des salvesde six couleu.
vrines, on vit partir de la For-
teresse une multitude de fufées
volantes, qui toutes ensemble
firent un effet admirable, le di-
vertissement qui dura plusieurs
heures, finit par l'embrazement
de la Forteresse du Château qui
estoit tout rempli d'un feu d'ar-
tifice, qui réussit parfaitement.
Cette agreable incendie, qui
termina la journée, ne termina
pas le zele des Peres Capucins.
le
r.
1e
1
n
s.
39
Réjouissances.
Ils recommencerent le Lundy
leur illumination, qui fut plus
belle que le soir precedent. Le
temps estoit calme & la nuit
seraine: tout le Convent parut
en feu: six cou leuvrines ne ces-
serent point de tirer pendant
prés de trois heures : on vit
plusieurs fusées s'égayer, pour
ainsi dire, en l'air, retombant
fur elles-mêmes en pluïe de
feu, en petards, & en étoiles.
La rouë dont je vous ay déja
parlé, parut beaucoup plus bril-
lante que le jour precedent,
parce qu'elle estoit placée sur
une hauteur; plusieurs lumie-
res posées derriere faisoient pa-
roître avec beaucoup d'éclat
les Armes du Roy, de Mon-
seigneur le Dauphin, de Mon-
leigneur le Duc de Bourgogne,
Kk iij
390
Rejouissances.
& de Monseigneur le Duc de
Bretagne : ces rejouissances des
Capucins furent fort applau-
dies. Je croy que vous ne leur
refuserez pas vôtre suffrage.
Fermer
2308
p. 390-398
« La Ville de Rethel Mazarin, en Champagne, ne s'est pas [...] »
Début :
La Ville de Rethel Mazarin, en Champagne, ne s'est pas [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Ville de Rethel Mazarin, en Champagne, ne s'est pas [...] »
La Ville de Rethel Mazarin,
en Champagne, ne s'est pas
moins distinguée que les plus
grosses Villes de cette Provin-
ce, & les Maire, & Echevins,
Gouverneurs de cette Ville,
ont donné en cette occasion
des marques extraordinaires de
joye: Il y eut le soir un grand
repas à l'Hôtel de Ville, où
toutes les personnes qui en
composent le corps, & les Chefs
des autres Compagnies furent
invitez. On vit dans les ruës
couler pendant ce repas une
fontaine de vin de Champagne,
Réjouissances.
391
afin de marquer qu'on s'unis-
soit dans ce moment à tout le
peuple, avec cette inscription,
Mens omnibus una.
Plusieurs venoient aussi pui-
ser de la joye à cette agreable
fontaine.
Le Portrait du Roy estoit
placé au devant de l'Hôtel de
Ville; il estoit environné de
quantité de lumieres, & au
dessous on avoit mis en let-
tres d'or, l'inscription sui-
vante.
Movet præsentia Regis.
D'un autre côté paroissoiene
les Armes de Sa Majesté, au
milieu d'un grand quadre, orné
de lauriers, avec ces paroles.
Cùm lauris lilia crescunt.
Il y eut un grand feu de joye
à la fin du repas au bruit du
Réjouissances.
392
canon & des boëtes, où assista
la Compagnie des Arquebu-
ziers, suivie de la jeuneſse & de
la Bourgeoisie sous les armes,
commandée par leurs Officiers.
On tira un grand nombre de
tres- belles fusées volantes.
Il y eut ensuite un bal chez
l'un des Echevins, où se trou-
verent quantité de Dames.
Pendant presque toute la nuit
les fenêtres furent illuminées,
& l'on voyoit dans les ruës,
éclairées par les feux des par-
ticuliers, des tables où les plus
zelez ſe distinguoient, & dont
plusieurs estoient couronnez de
lierre, tandis qu'on entendoit
de divers endroits, le bruit des
mousquets & le son des tam-
bours.
le
s
t
le
i.
es
Réjouissances. 393
Les Maire, & Echevins Gou-
verneurs de cette Ville, pour
joindre les actions pieuses à
cette demonstration de joye pu-
blique, firent quelques libera-
litez pour repondre à l'ardeur
de leurs vœux, & pour la con-
servation de ce Prince-
Les Dames de Château Gon-
tier se sont fort distinguees
dans les réjouissances qui ont
eſté faites en ce lieu là; animées
par l'exemple des Officiers de
l'Hôtel de Ville qui faisoient de
magnisiques preparatifs pour
des réjouissances publiques, elle
proposérent entre elles de faire
travailler à un feu d'artifice qui
répondit dignement à la feste.
Le Sr de Louzilliere habile ar-
tificier, fut choisi pour travail-
ler à ce feu qui efit tout le suc-
394. Réjouissances.
cez imaginable. On fit une dé-
charge generale des Canons du
Château, toute la Mousquete-
rie répondit ensuite à cette pre-
miere réjouissance, & les plus
galans de la jeunesse de la Vil-
le, estant allez prendre les Da-
mes; ils les conduisirent au son
des violons & des hautbois sur
la place publique, où ce feu
avoit eſté preparé devant la
Maison de Mr le Subdelegué.
Ces Dames escortées par 400.
Bourgeois sous les armes, se
rendirent autour du feu, où les
Cavaliers ayant reçû les flam-
beaux, les presenterent aux
Dames, & ce feu fut allumé au
bruit des tambours, des trom.
pettes, des fifres, par Madam-
la Presidente de la Gravelle
Me la Presidente de Champi
Réjouissances.
395
gne, Me la Presidente de Beau-
mont, Me Douart, épouse de
M le Subdelegué, Me d'Am-
poigné, épouse de M d'Ampoi-
gné, Capitaine au Regiment
Dauphin, Infanterie; M Des-
peaux du Houssay, M du Gues-
clin, épouse de M du Guesclin,
cy-devant Capitaine au Regi-
ment du Roy, Infanterie, M
de Valliere, veuve de M de
Valliere, Tresorier de Fran-
ce, au Bureau des Finances de
Tours, Me de Fontenelle, Me
de Sensé, M' du Teilley, cy-de-
vant Fille d'Honneur de la dé-
funte Reyne d'Espagne, Marie
Louise d'Orleans; M deBouillé,
veuve de Mrde Bouillé, Lieute-
nant des Gardes du Corps de
Son Alteſse Royale feu Mon-
sieur, Frere unique du Roy-
396 Rejouissances.
Me de Brion, épouse de Mt de
Brion, cy- devant Capitaine
d'Infanterie dans la Reyne, M
de la Gendronniere, Me la Pro-
cureuſe du Roy au Presidial,
M de la Lande, Me de la Mori-
niere, Me de Guaripuy, épouse
de M de Guaripuy, Capitaine
dans Aunix, & M. de Sevillé.
Voilà les noms des Dames qui
ont eu le plus de part à la dé-
pense, & à l'honneur de certe
feſte. Il s'éleva en l'air depuis
neuf heures du soir jusqu'à mi-
nuit, un nombre infiny de fusées,
& toutes les fenestres de la Vil-
le furent remplies de flambeaux.
La Compagnie s'assembla en-
suite, chez Mr de S. Philbert,
cy devant Capitaine dans Mon-
tausier. Mr le Lieutenant Ge-
neral de Police y donna un
se
te
c.
m
e
d
1.
a
8
se
e
ne
e
u
é
tte
ul
i
es
1
u
en
n
e
un
Réjouissances.
9
grand bal, pendant lequel on
servit avec profusion toutes sor-
tes de rafraichissemens & de
confitures sêches. Les apparte-
mens de Mr de Saint Philbert
étoient éclairez par quantité
de lustres & de bougies, & dans
la principale Salle du bal, on
avoit placé le Portrait du Roy,
& celuy de Madame la Duches-
se de Bourgogne. On fit mettre
à la Porte six pieces de vin qui
attirerent & réjouirent tout le
Public. Ce bal fut suivi d'un
medianoce, des plus galans & des
plus magnifiques: Les Dames
furent servies par les Cavaliers.
Madame la Comtesse de Thulon
arriva de ſon Château assez à
temps nour se mettre a table
avec les autres, elle contribua
agreablement au plaisir de cette
Réjouissances.
398
feste. Les Demoiselles qui bril-
lerent le plus dans ce bal, furent
Mesdemoiselles Douart, fille
de M le Subdelegué, d'Ingran-
de, des Aunay, de Villecourt,
de Chivray, de la Brossiniere,
de Fontenelle, de la Girouar-
diere, de Bouillé, de Villers de
l'Isle Adam, des Vallée, Mlles
de la Grandiniaire, filles de M
le Maire, Poisson, Guilloteau
de Chailland, Boucault, de la
Francoisiere, de Baillargeau.
en Champagne, ne s'est pas
moins distinguée que les plus
grosses Villes de cette Provin-
ce, & les Maire, & Echevins,
Gouverneurs de cette Ville,
ont donné en cette occasion
des marques extraordinaires de
joye: Il y eut le soir un grand
repas à l'Hôtel de Ville, où
toutes les personnes qui en
composent le corps, & les Chefs
des autres Compagnies furent
invitez. On vit dans les ruës
couler pendant ce repas une
fontaine de vin de Champagne,
Réjouissances.
391
afin de marquer qu'on s'unis-
soit dans ce moment à tout le
peuple, avec cette inscription,
Mens omnibus una.
Plusieurs venoient aussi pui-
ser de la joye à cette agreable
fontaine.
Le Portrait du Roy estoit
placé au devant de l'Hôtel de
Ville; il estoit environné de
quantité de lumieres, & au
dessous on avoit mis en let-
tres d'or, l'inscription sui-
vante.
Movet præsentia Regis.
D'un autre côté paroissoiene
les Armes de Sa Majesté, au
milieu d'un grand quadre, orné
de lauriers, avec ces paroles.
Cùm lauris lilia crescunt.
Il y eut un grand feu de joye
à la fin du repas au bruit du
Réjouissances.
392
canon & des boëtes, où assista
la Compagnie des Arquebu-
ziers, suivie de la jeuneſse & de
la Bourgeoisie sous les armes,
commandée par leurs Officiers.
On tira un grand nombre de
tres- belles fusées volantes.
Il y eut ensuite un bal chez
l'un des Echevins, où se trou-
verent quantité de Dames.
Pendant presque toute la nuit
les fenêtres furent illuminées,
& l'on voyoit dans les ruës,
éclairées par les feux des par-
ticuliers, des tables où les plus
zelez ſe distinguoient, & dont
plusieurs estoient couronnez de
lierre, tandis qu'on entendoit
de divers endroits, le bruit des
mousquets & le son des tam-
bours.
le
s
t
le
i.
es
Réjouissances. 393
Les Maire, & Echevins Gou-
verneurs de cette Ville, pour
joindre les actions pieuses à
cette demonstration de joye pu-
blique, firent quelques libera-
litez pour repondre à l'ardeur
de leurs vœux, & pour la con-
servation de ce Prince-
Les Dames de Château Gon-
tier se sont fort distinguees
dans les réjouissances qui ont
eſté faites en ce lieu là; animées
par l'exemple des Officiers de
l'Hôtel de Ville qui faisoient de
magnisiques preparatifs pour
des réjouissances publiques, elle
proposérent entre elles de faire
travailler à un feu d'artifice qui
répondit dignement à la feste.
Le Sr de Louzilliere habile ar-
tificier, fut choisi pour travail-
ler à ce feu qui efit tout le suc-
394. Réjouissances.
cez imaginable. On fit une dé-
charge generale des Canons du
Château, toute la Mousquete-
rie répondit ensuite à cette pre-
miere réjouissance, & les plus
galans de la jeunesse de la Vil-
le, estant allez prendre les Da-
mes; ils les conduisirent au son
des violons & des hautbois sur
la place publique, où ce feu
avoit eſté preparé devant la
Maison de Mr le Subdelegué.
Ces Dames escortées par 400.
Bourgeois sous les armes, se
rendirent autour du feu, où les
Cavaliers ayant reçû les flam-
beaux, les presenterent aux
Dames, & ce feu fut allumé au
bruit des tambours, des trom.
pettes, des fifres, par Madam-
la Presidente de la Gravelle
Me la Presidente de Champi
Réjouissances.
395
gne, Me la Presidente de Beau-
mont, Me Douart, épouse de
M le Subdelegué, Me d'Am-
poigné, épouse de M d'Ampoi-
gné, Capitaine au Regiment
Dauphin, Infanterie; M Des-
peaux du Houssay, M du Gues-
clin, épouse de M du Guesclin,
cy-devant Capitaine au Regi-
ment du Roy, Infanterie, M
de Valliere, veuve de M de
Valliere, Tresorier de Fran-
ce, au Bureau des Finances de
Tours, Me de Fontenelle, Me
de Sensé, M' du Teilley, cy-de-
vant Fille d'Honneur de la dé-
funte Reyne d'Espagne, Marie
Louise d'Orleans; M deBouillé,
veuve de Mrde Bouillé, Lieute-
nant des Gardes du Corps de
Son Alteſse Royale feu Mon-
sieur, Frere unique du Roy-
396 Rejouissances.
Me de Brion, épouse de Mt de
Brion, cy- devant Capitaine
d'Infanterie dans la Reyne, M
de la Gendronniere, Me la Pro-
cureuſe du Roy au Presidial,
M de la Lande, Me de la Mori-
niere, Me de Guaripuy, épouse
de M de Guaripuy, Capitaine
dans Aunix, & M. de Sevillé.
Voilà les noms des Dames qui
ont eu le plus de part à la dé-
pense, & à l'honneur de certe
feſte. Il s'éleva en l'air depuis
neuf heures du soir jusqu'à mi-
nuit, un nombre infiny de fusées,
& toutes les fenestres de la Vil-
le furent remplies de flambeaux.
La Compagnie s'assembla en-
suite, chez Mr de S. Philbert,
cy devant Capitaine dans Mon-
tausier. Mr le Lieutenant Ge-
neral de Police y donna un
se
te
c.
m
e
d
1.
a
8
se
e
ne
e
u
é
tte
ul
i
es
1
u
en
n
e
un
Réjouissances.
9
grand bal, pendant lequel on
servit avec profusion toutes sor-
tes de rafraichissemens & de
confitures sêches. Les apparte-
mens de Mr de Saint Philbert
étoient éclairez par quantité
de lustres & de bougies, & dans
la principale Salle du bal, on
avoit placé le Portrait du Roy,
& celuy de Madame la Duches-
se de Bourgogne. On fit mettre
à la Porte six pieces de vin qui
attirerent & réjouirent tout le
Public. Ce bal fut suivi d'un
medianoce, des plus galans & des
plus magnifiques: Les Dames
furent servies par les Cavaliers.
Madame la Comtesse de Thulon
arriva de ſon Château assez à
temps nour se mettre a table
avec les autres, elle contribua
agreablement au plaisir de cette
Réjouissances.
398
feste. Les Demoiselles qui bril-
lerent le plus dans ce bal, furent
Mesdemoiselles Douart, fille
de M le Subdelegué, d'Ingran-
de, des Aunay, de Villecourt,
de Chivray, de la Brossiniere,
de Fontenelle, de la Girouar-
diere, de Bouillé, de Villers de
l'Isle Adam, des Vallée, Mlles
de la Grandiniaire, filles de M
le Maire, Poisson, Guilloteau
de Chailland, Boucault, de la
Francoisiere, de Baillargeau.
Fermer
2309
p. 398-405
« Le 20. de Juillet, l'on chanta le Te Deum, dans toutes les [...] »
Début :
Le 20. de Juillet, l'on chanta le Te Deum, dans toutes les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 20. de Juillet, l'on chanta le Te Deum, dans toutes les [...] »
Le 20. de Juillet, l'on chanta
le Te Deum, dans toutes les
Eglises de la Ville de Baugé, en
Anjou. Ensuite on alluma dans
la Place publique un grand feu
par les soins de M' des Champs,
Maire de la Ville, & Lieutenant
General en la Senéchaussée, &
t
le
n-
t
r-
de
les
M
au
la
.
u-
es
en
ns
seu
n
Réjouissances.
399
de M" les Officiers de la Maison
de Ville, les Habitans étant tous
sous les Armes.
On vit enfuite paroître un
nombre prodigieux de fusées, &
toute la Ville & les Fauxbourgs
furent éclairez par les illumina-
tions que les habitans, à l'envi
les uns des autres, firent aux
fenestres de leurs Maisons.
Mr Courtin, Gouverneur de
la Ville & du Châ teau, fit fai-
re un autre feu sur un vaste
étang qui mouille les murs du
Château; & pendant toute la
nuit, le Château parut en feu
par le grand nombre des illumi-
nations, dont il fut éclairé.
Du haut d'une des Tours, il
sortit un oyſeau, poussé par
l'artifice, qui le porta dans le
Juillet 1704 II. P. LI
400 Réjovissances.
lieu où estoit un grand bucher
qu'il alluma. Ce bucher estoi
entouré de quantité de person-
nes armées qui firent plusieurs
décharges de mousqueterie, aus-
quelles répondirent pendant
toute la nuit, les Canons du
Chateau Les Habitans de leur
côté marquérent par leurs ac-
clamations, & par tout ce qui
pouvoit exprimer leur joye, la
part qu'ils prenoient à l'alle-
gresse publique.
Le 21. de Juillet, les R. Peres
de l'Oratoire du College Royal
de Saumur, resolurent de faire
mettre tous leurs Ecoliers sous
les armes, & pour cet effet ils
se trouverent tous rassemblez
le 22. Ils formerent cinq Com-
pagnies des mieux faits, & par-
my lesquels brilloient en grand
u
r
ui
la
8
e
al
ire
us
ils
el
-
ar
ind
Réjouissances.
401
nombre leurs Pensionnaires,
qui sont des meilleures Maisons
du Royaume. Ils passerent en
revuë à la Place du Chardon-
net, & firent admirer leur do-
cilité & leur bonne mine
L'aprés-dînée le Regent de
Retorique fit representer une
Pastorale sur la Naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la
feſte. Toute la Ville y aſsiſta,
& en fut tres-satisfaite, les
Vers en estoient beaux, natu-
reis & les pensées heureuſes.
La piece estant finie, les Eco-
liers empressez à temoigner
leur joye & leur zele, prirent
les armes, & reçurent l'ordre
pour le soir qu'ils se rassem-
blerent pour assister à la Pro-
cession qu'on fit autour du
LIi
Réjovissances.
402
College en chantant l'Exau-
diat, & au Te Deum qui fut
aussi chanté avec beaucoup de
solemnité au retour, dans la
Chapelle magnifiquement or-
née, & éclairee par quantité
de lumieres. Aprés le Te Deum,
on marcha en ordre jusqu'à une
grande place voisine, où l'on
alluma un feu de joye, autour
duquel toutes les Compagnies
formerent un cercle, ce qui
faisoit un tres-agreable aspect;
elles firent avec toute la regu-
larité possible, plusieurs dé-
charges qu'elles accompagne-
rent de mille acclamations re-
doublées, & elles porterent
dans le cœur de toute la Ville,
qui, y estoit accoruë, la joye la
plus tendre & la plus sensible.
le
la
té
ne
bn
ur
ies
jui
gu-
lé-
he-
re-
ent
le
ela
ble
Réjouissances.
403
L'air retentissoit des noms de
Louis le Grand, de Monsei-
gneur le Dauphin, de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
On estoit surpris de voir des
enfans capables de tant de dis-
cipline, & susceptibles de tant
de regularité , dans la licence
qu'excitent ordinairement ces
sortes de festes.
Le feu de joye étant fini, ils
retournerent dans le mesme
ordre entre deux hayes que for-
moit une foule prodigieuse de
peuple & se rendirent devant
la Maison du College qui avoit
esté tapissée & embellie de la
maniere du monde la plus rian-
te & la plus diversifiée. On
404 Réjouissances.
voyoit au haut, ſous un riche
dais, le Portrait du Roy; plus
bas, celuy de Monseigneur le
Dauphin; ensuite celuy de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne qui estoit aprés celui de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, au dessous duquel étoit une
espece d'Autel chargé d'un
grand nombre de lumieres.
Tous les Portraits estoient en-
tourez de devises, d'inscrip-
tions, de festons, de fleurs, & de
lauriers; ces devises, & ces Por-
traits estoient environnez d'il-
luminations; aux deux côtez de
la Maison couloient deux fon-
taines de vin.
A peine les Compagnies fu-
rent elles arrivées devant cette
décoration qu'elles la saluerent,
le
le
de
a-
ne
un
es.
en
ip
de
or-
il-
de
oe
fa
et
ent
Réjouissances.
405
en faisant plusieurs decharges,
en passant & repassant plu-
sieurs fois devant ces Portraits.
Cette feste donna à tous les
Habitans qui s'empresserent
pour la voir, le ſpectacle le plus
charmant qu'ils eussent eu de-
puis longtemps, & fit admirer
le zele ſingulier, la joye em-
pressée des R. P. de l'Oratoire,
& l'ardeur hereditaire de ces
jeunes enfans pour tout ce qui
regarde la gloire de leur Roy
& l'honneur de leur Patrie.
FIN.
le Te Deum, dans toutes les
Eglises de la Ville de Baugé, en
Anjou. Ensuite on alluma dans
la Place publique un grand feu
par les soins de M' des Champs,
Maire de la Ville, & Lieutenant
General en la Senéchaussée, &
t
le
n-
t
r-
de
les
M
au
la
.
u-
es
en
ns
seu
n
Réjouissances.
399
de M" les Officiers de la Maison
de Ville, les Habitans étant tous
sous les Armes.
On vit enfuite paroître un
nombre prodigieux de fusées, &
toute la Ville & les Fauxbourgs
furent éclairez par les illumina-
tions que les habitans, à l'envi
les uns des autres, firent aux
fenestres de leurs Maisons.
Mr Courtin, Gouverneur de
la Ville & du Châ teau, fit fai-
re un autre feu sur un vaste
étang qui mouille les murs du
Château; & pendant toute la
nuit, le Château parut en feu
par le grand nombre des illumi-
nations, dont il fut éclairé.
Du haut d'une des Tours, il
sortit un oyſeau, poussé par
l'artifice, qui le porta dans le
Juillet 1704 II. P. LI
400 Réjovissances.
lieu où estoit un grand bucher
qu'il alluma. Ce bucher estoi
entouré de quantité de person-
nes armées qui firent plusieurs
décharges de mousqueterie, aus-
quelles répondirent pendant
toute la nuit, les Canons du
Chateau Les Habitans de leur
côté marquérent par leurs ac-
clamations, & par tout ce qui
pouvoit exprimer leur joye, la
part qu'ils prenoient à l'alle-
gresse publique.
Le 21. de Juillet, les R. Peres
de l'Oratoire du College Royal
de Saumur, resolurent de faire
mettre tous leurs Ecoliers sous
les armes, & pour cet effet ils
se trouverent tous rassemblez
le 22. Ils formerent cinq Com-
pagnies des mieux faits, & par-
my lesquels brilloient en grand
u
r
ui
la
8
e
al
ire
us
ils
el
-
ar
ind
Réjouissances.
401
nombre leurs Pensionnaires,
qui sont des meilleures Maisons
du Royaume. Ils passerent en
revuë à la Place du Chardon-
net, & firent admirer leur do-
cilité & leur bonne mine
L'aprés-dînée le Regent de
Retorique fit representer une
Pastorale sur la Naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la
feſte. Toute la Ville y aſsiſta,
& en fut tres-satisfaite, les
Vers en estoient beaux, natu-
reis & les pensées heureuſes.
La piece estant finie, les Eco-
liers empressez à temoigner
leur joye & leur zele, prirent
les armes, & reçurent l'ordre
pour le soir qu'ils se rassem-
blerent pour assister à la Pro-
cession qu'on fit autour du
LIi
Réjovissances.
402
College en chantant l'Exau-
diat, & au Te Deum qui fut
aussi chanté avec beaucoup de
solemnité au retour, dans la
Chapelle magnifiquement or-
née, & éclairee par quantité
de lumieres. Aprés le Te Deum,
on marcha en ordre jusqu'à une
grande place voisine, où l'on
alluma un feu de joye, autour
duquel toutes les Compagnies
formerent un cercle, ce qui
faisoit un tres-agreable aspect;
elles firent avec toute la regu-
larité possible, plusieurs dé-
charges qu'elles accompagne-
rent de mille acclamations re-
doublées, & elles porterent
dans le cœur de toute la Ville,
qui, y estoit accoruë, la joye la
plus tendre & la plus sensible.
le
la
té
ne
bn
ur
ies
jui
gu-
lé-
he-
re-
ent
le
ela
ble
Réjouissances.
403
L'air retentissoit des noms de
Louis le Grand, de Monsei-
gneur le Dauphin, de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
de Monseigneur le Duc de Bre-
tagne.
On estoit surpris de voir des
enfans capables de tant de dis-
cipline, & susceptibles de tant
de regularité , dans la licence
qu'excitent ordinairement ces
sortes de festes.
Le feu de joye étant fini, ils
retournerent dans le mesme
ordre entre deux hayes que for-
moit une foule prodigieuse de
peuple & se rendirent devant
la Maison du College qui avoit
esté tapissée & embellie de la
maniere du monde la plus rian-
te & la plus diversifiée. On
404 Réjouissances.
voyoit au haut, ſous un riche
dais, le Portrait du Roy; plus
bas, celuy de Monseigneur le
Dauphin; ensuite celuy de
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne qui estoit aprés celui de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, au dessous duquel étoit une
espece d'Autel chargé d'un
grand nombre de lumieres.
Tous les Portraits estoient en-
tourez de devises, d'inscrip-
tions, de festons, de fleurs, & de
lauriers; ces devises, & ces Por-
traits estoient environnez d'il-
luminations; aux deux côtez de
la Maison couloient deux fon-
taines de vin.
A peine les Compagnies fu-
rent elles arrivées devant cette
décoration qu'elles la saluerent,
le
le
de
a-
ne
un
es.
en
ip
de
or-
il-
de
oe
fa
et
ent
Réjouissances.
405
en faisant plusieurs decharges,
en passant & repassant plu-
sieurs fois devant ces Portraits.
Cette feste donna à tous les
Habitans qui s'empresserent
pour la voir, le ſpectacle le plus
charmant qu'ils eussent eu de-
puis longtemps, & fit admirer
le zele ſingulier, la joye em-
pressée des R. P. de l'Oratoire,
& l'ardeur hereditaire de ces
jeunes enfans pour tout ce qui
regarde la gloire de leur Roy
& l'honneur de leur Patrie.
FIN.
Fermer
2310
p. 405-406
AVIS.
Début :
On donnera, le mois prochain, les réjouissances des Provinces, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
On donnera, le mois prochain,
les réjouissances des Provinces,
qui ont esté reçuës trop
tard pour estre employées dans
Réjouissances.
406
ce Volume, & celles qui n'ont
pas encore elté envoyees, pour-
vû qu'elles arrivent assez-tôt.
On avoit crû devoir finir ce
Volume des Rejouissances, par
un grand nombre de pieces de
Vers; mais la trop grande quan-
tité de matieres est cause que
l'on a esté obligé de les reserver.
Le Public est prié d'excuser un
grand nombre de fautes d'im-
pression qui se trouvent dans
ce Volume. On est obligé de
travailler avec tant de précipi-
tation, lorsque l'on a moins d'un
mois pour imprimer deux Vo-
lumes, qu'il est impossible qu'il
ne s'y en glisse beaucoup; mais
les lumieres du Lecteur luy fe-
ront reſtituer le sens à la plus
grande partie.
On donnera, le mois prochain,
les réjouissances des Provinces,
qui ont esté reçuës trop
tard pour estre employées dans
Réjouissances.
406
ce Volume, & celles qui n'ont
pas encore elté envoyees, pour-
vû qu'elles arrivent assez-tôt.
On avoit crû devoir finir ce
Volume des Rejouissances, par
un grand nombre de pieces de
Vers; mais la trop grande quan-
tité de matieres est cause que
l'on a esté obligé de les reserver.
Le Public est prié d'excuser un
grand nombre de fautes d'im-
pression qui se trouvent dans
ce Volume. On est obligé de
travailler avec tant de précipi-
tation, lorsque l'on a moins d'un
mois pour imprimer deux Vo-
lumes, qu'il est impossible qu'il
ne s'y en glisse beaucoup; mais
les lumieres du Lecteur luy fe-
ront reſtituer le sens à la plus
grande partie.
Fermer
2312
p. 439-440
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. / Quoique je ne sois rien, je sçay donner des loix [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
Oo iiij
440 MERCURE
۱
ENIGME.
Quoique jene fois rien ,jefçay dona
ner des loix
Aufage , auferieux , au fol , à la
coquette
Et souvent le caprice , arbitre de
mon choix ,
M'affujetit tout à lafois ,
Et la Princeſſe &la griſette.
Dem'obéir onne peut s'exempter,
Sans paßerpour un ridicule,
Etcelui qui plasy recule
Est à la fin contraint de ſe laiſſfer
dompter.
nouvelle.
Oo iiij
440 MERCURE
۱
ENIGME.
Quoique jene fois rien ,jefçay dona
ner des loix
Aufage , auferieux , au fol , à la
coquette
Et souvent le caprice , arbitre de
mon choix ,
M'affujetit tout à lafois ,
Et la Princeſſe &la griſette.
Dem'obéir onne peut s'exempter,
Sans paßerpour un ridicule,
Etcelui qui plasy recule
Est à la fin contraint de ſe laiſſfer
dompter.
Fermer
2314
p. 379-380
ENIGME.
Début :
Je suis un corps des plus gonflez, [...]
Mots clefs :
Basse de viole
2316
p. 379-380
ENIGME.
Début :
Mon corps est dur [et] plat, ma taille est inégale, [...]
Mots clefs :
Plaque de cheminée
2318
p. 71-104
LETTRE Ecrite à M. M. M. sur la nouvelle découverte d'une nouvelle source d'Eau Minerale, faite à Aix en Provence.
Début :
MONSIEUR, Pour vous donner quelque éclaircissement sur la nature & [...]
Mots clefs :
Eau, Maladies, Eaux , Chaleur, Sel, Aix-en-Provence, Nature, Boire, Vertu, Malades, Effets, Vitriol, Esprit, Nitre, Source, Été, Eaux minérales, Lymphe, Huile, Fontaines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Ecrite à M. M. M. sur la nouvelle découverte d'une nouvelle source d'Eau Minerale, faite à Aix en Provence.
LETTRE
Ecrite à M.M.M.fur lanou
velle découverte d'unenou
velle fource d'Eau Minera
le , faiteà Aix enProvence.
MONSIEUR,
Pour vous donner quelque
éclairciffementfurlanature fur
les proprietez de l'Eau chaude
qu'on vient de découvrir dans la
ville d'Aix, je dois vous dire ce
qui s'eſtpaſſé ausujet de cette dé
ប
couverte , &yajouterles expe
riences quej'en ayfaites pour en
développer lesprincipes , eftimant
72 MERCURE
qu'iln'enfautpas davantagepour
vous, Monfieur, dont le difcer
nement eft fi furfur tout ce qui
concerne la Medecine.
Fe
ne m'arrêterai pas à vous
décrire la fituation & la beauté
de cetteVille , nycelle defonterri
toiresyaiantfait vos études pris
tous vosdegrez; vousfçavez auffi
bien que moy, qu'elle abonde en
cées :que
tout ce qui eft neceffairepour paf
ferla vie avec douceur: queles
rues enfontgrandes & bienper
les édifices enfontfomp
tueux, & qu'ony voit encore
de
;
fortbeaux reftes de l'Antiquité
fsavoir,Tombeaux
,
, Infcriptions
Colomnes
GALANT 73
Colomnes, & autres chofes tres
confiderablesque l'injure du temps
aenpartie ou tout-àfaitruinées.
Strabon rapportequeCaius Sex
tius, General & Conful des Ro
mains , lafit batirl'an 631. dela
fondation de Rome, aprés avoir
foumis ce pays auxRomains , &
qu'il la nomma enlatin , Aquæ
fextiæ,à l'occafon desbainsd'eaux
chaudes qu'il y fit conftruire l'an
avantla naissance de Nôtre Sei
gneur 120.je laiffeauxHiftoriens
ces matieres pour venir à ce que
vousme demandez.
Cettefourcefut trouvée l'Esté
dernier, proche les murailles de
Mars 1705.
G
74 MERCURE
laVille,auquartierdesReverends
Pere del'Obfervance,fouslesde
bris d'uneancienne maison. Ceux
quis'en apperceurent les premiers
latrouverentplus chaude & plus
pure queles autres, dontleshabi
tansfeferventà diversuſages &
qu'on a faitconduire en plufieurs
quartiers de la Villepourfervir à
des tres-belles fontaines & parti
culierementau Cours d'Orbitelle,
ouparlamultitudedestuyaux &
par la varieté des jets d'eau qui
tombent dans de grandsbaffins, el
lesfont l'admiration des étrangers,
leplaifir deceuxqui s'y prome
nent. Dant lætos luderefontes.
GALANT 75
Famaisdécouverte n'aplusfait
debruit; chacunavoulu voircette
eaudansfafource, toutle mon
de enaparlé, ellea eftéapprouvée
de tous ceuxqui aimentla verité;
ceux au contraire qui ont intereft
qu'ellefoit voilée, ont tâché d'en
fairela critique;cependant les cu
resfingulieres, & les effetsavan
tageux qu'un grand nombre de
perfonnes en a reffenti nepermet
tentpas de douterdela vertu & de
l'efficacitéde nôtre cau : En effet
plufieurs malades laffezde mener
unevielanguiffante attirezparla
feulenouveautédela découverte
de toutâge, de toutfexe, & de
Gij
76 MERCURE
toutes conditions , enont bû l'Esté
dernier,mêmedans la Canicule.On
peut dire , quoy qu'ils ayent agi
en celafans aucune confideration
fansavoirégardà la difference
temperamens ny des maladies ,
des
·fans avis de Medecin & dansune
faifon peu convenableàcetteforte
de remede
,
tant
qu'ils ont pour
recouvré leur fanté
par l'uſage de cette Eau , ou du
moins unfoulagement tres-confi
derable. Sic tamen nonluditur
de corio humano.
La reputation de cette Eau ,
fondéefur les effets auffiſurprenans
que falutaires qu'elle produifoit
GALANT 77
人
alors , attiradanscetteVille, l'Au
tomne dernier, un grand nombre,
d'Etrangers, qui ayanttrouvéune
parfaiteguerifonde leurs indifpofi
tions s'enretournerentfort.contents,
enloüant& beniſſant le Seigneur
d'avoirpermisqu'on trouvat dans
le creux d'un rocherunefontainefi
falutaire. Quiconvertit rupem
in fontesaquarum.
Cette eau n'a commencédere
jaillirque quand on a eupercé le
rocherqui la couvroit, &nous ne
fommesredevables de cebien,aprés
Dieu (qui eftfans doute le plus
grand qu'onpuftprocureraux Ci
toyensde cette Fille & àfes voi
Giij
78 MERCURE
fins) qu'auxfoins & aux_ordres
de Mrs les Confuls & Procu
reurs decepays, qui veillent beau
coupplusà ce qui peut eſtre utile
&avantageux au public,qu'à ce
qui concerne leur propre gloire.
Hujus vobis gloria facti jufta
manet.
Ily aprefentement 4. tuyaux
qui dégorgentcette Eau, dans une
cavedécouverte, maçonnéede bri
ques & depierres pouréviter la
preffe des burveurs , & afin que
chacunenpuißeprendrefans s'in
commoder.
Cette Eau eft tres-claire, auffi
de l'eau depluye , ea
auſſi
legere que
GALANT 79
au uffi potable que la meilleure can
defontaine. Elle eft fans aucune
faveur
n'a aucuneodeur ; elle
' eft ny extremement chaude , ny
d'uneſubſtance tres-fubtile , parce
qu'elle n'eft impregnée que des eff
pritsdesminerauxquientrentdans
fa compofition , comme on pourra
voirdans lafuiteparl'analifeque
j'enayfaite; c'estpour cela qu'elle
eft tres-amie de la nature
de
Peftomach , dont elle penetre &
débouche toutes les obftructions .
fortifie toutes les parties en déga
geantleur chaleurnaturelle & en
les rétabliſſantchacune enleurpre
mier temperament ; elle eftdiure
و
Giiij
80 MERCUREر
tique , purgative & quelquefois
fudorifique fuivantles difpofi
tions qu'elle rencontre dans lesfu
jets.
Ily apeude maladies exterieu
res
dans l'habitude du corps
qu'elle nepuiffe emporter , particu
lierementenufantdesanciensbains
qu'on
'on trouve autant admirables
enleurftructure qu'enleursmate
riaux, & dont l'hiftoire nous af
fure que les vertus n'estoientpas
moindres.
GALANT 81
Z
ANALYSE.
Chimique-mechaniquede l'Eau
chaude minerale d'Aix.
Quoique les malades , contens
derecoururer leurfanté, s'inquiet
tent peudefçavoirla quantitépre
cife despartiesminerales. que cette
Éau charrie, ny comments'yfait
la diffolution dumineral quiydo
mine';je croypourtant qu'onl'efti
mera davantage, à mesure qu'on
en découvrira la nature par une
exacte Analyſe , d'autant mieux
que nous fommes dans unfiécle
où l'on nefe contente pas de voirو
82 MERCURE
quelsfontles effets desmedicamens;
mais où l'on veut aufft empenetrer
la cauſe phyſique del'action.
Le raisonnement ne nous mene
pas loin lorfqu'il s'agit d'expli
querla vertudes Eauxminerales,
nosfens font trop groffierspouren
découurirles parties , & la Chy
mie qui eft la Sage-femme qui
aide la nature à produire à de
couvert fes enfantemens , nous
fait feulement trouver presque
dans tous les corps dufel , duſou
fre, dumercure, de l'eau , & de
la terre,
par elle nous nepou
vons connoiftre que leur volati
litéoufixité ; car lefeu dont la
GALANT 83
Chymie fe fert comme d'unique
couteau , remuantparfa grande
activité les parties d'un mixte
en rompt l'union& encontinuant
de les agiter& deles divifer, celles
qui font les plus volatilesfe fe
parentdesautres,
lesplus fixes
demeurent dans lefeu ; maiscette
Analyfe ne fuffit pas pourfaire
connoiftre les vertus effentielles
de noftre eau , il faut employer
d'autres moyens & fe fervir de
la mechanique pourdécouvrir la
nature
lesproprietezdecesprin
cipes que lefeu afeparez. Deforte
ce feroit peu dechofe de tirer
le fel de cette Eau par évapo
que
84 MERCURE
ration , de tirer de cefel l'efprit
les autres principes par des
feuxgraduez; ilfaut les mêler
avec diverfes liqueurs , comme
l'efprit de nitre , de vitriol , la
>
diffolution du fublimé corrofif,
T'huile de tartre par défaillance,
les teintures de rofes, de violetes,
de tournefol,
avec lefang&
la Lymphe des animaux. Par
exemplefiles principes qu'on re
tire de cette Eau fermente avec
l'efpritdenitre ou de vitriol, s'ils
diffolvent lefang& la Lymphe,
on conclut que cefont des alkali,
&qu'ilsen ont les qualitez. S'ils
nefermententpas avec l'esprit de
GALANT 85
nitre ou de vitriol ; mais bien
avec l'huile de tartre par défail
lance , s'ils coagulent le fangou
la Lymphe , onjuge que cefont
des acides, quiproduiront les effets
qui leurfont propres. C'est par
cette double voye que j'ay tâché
de m'affurer d'où nôtre Eau tiroit
Laforce.
Je mis une bonne quantité de
l'Eau de cette nouvelle fource
dans une terrine de grez , où
ayantfait évaporer à un feu lent
toute l'humidité, je diffous les re
fidences dans l'Eau commune, que
je filtray enfuite par un papier
gris , dont je fis encore évaporer
86 MERCURE
toute l'humidité. Il me resta un
fel de couleur rouffe tirantfur le
blanc , qui pique les fibres ner
veufes de la langue comme lefal
pêtre. Fay faitauffi divers mé
langes de cetteEau avecplufieurs
liqueurs minerales, pourobferver
les fermentations & lesprecipi
tations qui en refulteroient.
Je mêlay del'efprit defouffre
avec l'Eau de cette Fontaine qui
s'étoit refroidie , & jefentis d'a
bord une chaleur en maniant la
phiole, je mélay auffi égales par
ties de cette Eau , & de diffolu
tion de couperofe, & je vis au
fonds de la bouteille une precipi
GALANT 87
tation de quelque matiere rouffe.
Du mélange de cette Eau avec
égalepartie de l'Eaude chaux, il
s'enfit une d'une matiere blanchâ
tre.
Cette Eau chaude ne prend
autre couleur par le mélange de
lapoudre de noix degalles , que
celle de la poudre même, que l'ef
prit de vitriol verfépar deſſus
faitpointchanger; ce qui est une
marque qu'elle n'estpas vitrioli
que. Cetteteinture nechangepoint
auffiparl'addition de l'huile de tar
tre faite par défaillance , ce qui
doit nous faire croire qu'elle n'eft
pas alumineufe. Ayant enfuite
88 MERCURE
mêlé de l'esprit de fel commun ,
dufublimé corrofif, dufel armo
niac, chacunfeparement avec nô
treEau; ilneparutaucunchange
mentny encouleur ny en chaleur.
Le fel de l'Eau de cette fon
taine eft different dufel commun.
Ilfermente avec les acides & en
adoucit lespointes. Ny cette Eau,
nyla diffolution defonfel, ny le
fel même jettezfur le laitfroid
oubouillant, ny caufentaucune al
teration fenfible.
On tire par la diftillation de
cette Eau , uneliqueurfpiritueu
fe ; mais on abien de la peine
d'en tirer quelques efprits déga
GALANT 89
gez de leur phlegme ; parce que
Les fubftances mineralesfontfi in
timement & fi étroitement unies
dans les parties de nôtre Eau,
qu'on nepeutprefque point les en
Separer : d'où vient qu'lle eft auffi
transparente qu'uneEau tres pure
tres-fimple.
Il mesemble que de ces expe
riences on peut conclurre, que ce
qui fait la vertu de notre Eau,
eft particulierement un esprit vo
latil nitro-fulfure, qui refulte de
l'union qui fe fait dans la terre
de l'acide de l'air avec des fels
alkali , par le moyen de la fer
mentation
Mars 1705.
des circulations na
H.
90 MERCURE
turelles ; & cet efprit comme un
diffolvant specifique,détache quan
tité departicules fulfurées lesplus
pures, qui rendent cette Eau bal
famique & tres-amie de la natu
re, d'où l'on voit que l'esprit mi
neral dont cette Eau eftimpregnée,
&duquel coulent comme d'un
vitriolique
principe fecond tant d'effets fur
prenanspourune infinitéde mala
dies, n'eft pas un acide purement
mais plutôt nitro
aërien embarraffé dans les pores
desfels alkali.
La chaleur denotreEau vient
des particules falines foufrées
qu'elle rencontre dans fon chemin,
GALANT 91
&qu'elle entraîne avec elle dans
les entrailles de la terre, dont il
fe fait une effervescence qui luy
communique cette chaleur. Cette
opinion eft plus vrai-femblable,
que de dire que la chaleur des
Eaux minerales vient d'unfeu
foûterrain.
A quelles maladies eftpropre
l'Eau chaude d'Aix , &
comment elle opere,
Fay déja dit quedés que cette
fource fuft decouverteune infinité
de perfonnes bûrent de cette Eau
indifferemment pour toutes fortes
Hij
de maladies
92 MERCURE
:
cependant comme
je ne prétens pas la fairepaſſer
pourunremede univerfel , nyéta
blir lefalut de tous les malades.
furfon efficacité , je vais mar
quer les principales dont plufieurs
perfonnes ont eftégueries.
L'indigeftion d'eftomach , l'appe
tit dépravé, diminué ou perdu
Conteſtéreparez, parladiffolution
le denouement des glaires
vifcofitez qu'elle precipite , &
qu'elle entraîneparla voie des in
teftins ,
des
par celle des urines.
Enfinla filtration du fermentſto
machalfefaifant mieuxàtravers
la membrane glandée , l'appetit
GALANT 93
reprendune nouvelle vigueur.
Cette Eau convient aux vo
miffemens qui fuccedent au gon
flement & àl'abondance des ma
tieres craffes qui alterent le fer
ment digeftif, elle fondlesphleg
mes qui embarraſſent la circula
tiondes humeurs:
Les affections du bas ventre.
commelienterie,diffenterie,colique,
ont efté emportées parfon moyen;
parcequ'elledétrempedans fa cour
Je lesfelsbilieux& attrabilaires ,
acres , aigres oufalez , &parfa
vertu balfamique , elle rafermit
Les fibres relachées.
Elle est beacoup plus efficace
94 MERCURE
quetoutes lesautresfourcesd'Eaux
chaudesd'Aixquiont toujours esté
dans une grande eftime pour les
maladies des reins& de la veffie
pourlagravelle, &pour lesdif
ficultez d'uriner , parce qu'elle
entraîne cette matiere terreftre ,
cette craffe , cebolqui eft aifement
converti enfable par l'action du
ferment, elleenleve auſſicetacci
de quifait laftrangurie.
Les pertes defangauxfemmes,
les fleursblanches , & leflux de
fanghemorroidal s'adouciffent ou
ceffent entierement, par le reffer
rementdes humeurs acres.
Les langueurs & défaillances
GALANT 95
provenant de la circulation du
fang, ou de la diffipation des ef
prits , font reparéesparcette Eau;
demême que lestenfionsdel'abdo
men,les hydropifies, l'icleritie ou
jauniffe , lapâleur & laboufif
fure du visage.
Lafciatique, les rhumatifmes,
les contractions desnerfs, lagoute,
les vertiges,l'épilepfie, & ce qu'on
appellecommunement vapeurdans
les paffions byfteriques, hypocon
driaques & fcorbutiques ; toutes
ces maladies ne tirant leur origine
que des nerfs plusoumoinsirritez
picotez,
des efpritsagitez,
diffipez , alterez , ou troublez ,
96 MERCURE
l'ana
peuvent eftre vaincuëspar
logie qu'ily a entre nos efprits &
ceux que noftre Eau contient,qui
font d'une même nature volatile,
balfamique , nitro-aërienne , par
où ilsfontplûtoft réanimez , re
vivifiez, qu'alterez ou détruits ;
&parraportà la caufematerielle
qui est une humeur acre,bilienfe,
melancolique , attrabilaire , plus
ou moins abondante , exaltée e
fermentée , dont les pointesfont
rompues, adoucies& precipitées
avec le tems parcette même fub
ftance volatile nitro-fulfurée que
nôtre Eau renferme , & qu'elle
charrie avec ellepar les voyes des
·felles
GALANT 97
felles & des urines.
Enfin les ulceres , les chancres
toutes les maladies cutanées ,
comme gâles , dartres
autres,
fontemportées ou du moins adou
cies en lavant & enfomentant
de notre Eau lesparties malades
oubien en s'y baignant.
Ily adéjafix bains d'achevez
dont on pourrafefervir dans le
printempsprochain.
De quelle maniere on doit
prendreles Eaux & lesbains.
Avant que de boireles Eaux
minerales , on doit confulter les
Mars 1705.
I
98 MERCURE
Medecins particulierementceux
des lieux , pourapprendre d'eux le
regimequ'on doit garder, la quan
titée combien dejours onendoit
boire, & lesmoyensd'éviterou de
calmer les accidens qui arrivent
quelquefois.
Lesfaifonslesplusproprespour
prendre les Eaux chaudes ,fontle
Printemps & l'Automne ; ceux
quifontpletoriques & remplis de
mauvais fucs doivent fe faire
faigner & purger, aprés quoy on
peutdefcendre à la fontaine, &
"
boire fuivant la portée de fon
eftomach ; il eft mieux de nepas
s'en raffafier au commencement ;
GALANT 99
mais d'enprendre feulement deux
ou trois verres defuite , & puis
fepromenerundemy quartd'heure
apréslequelonretourne boire ; en
continuant de même jusqu'à ce
qu'on fente quelque repugnance à
en boire davantage, & celapen
dant dix, douze , quinzejours,
plus oumoins ; cequele Medecin
doitreglerfuivant le temperament
l'estat de la maladie.
L'heure laplus convenable eft
de fix àfept du matin, parce que
lefommeilqui repare lesforces ne
doit pas eftre interrompu. On doit
dîner trois ou quatre heures aprés
avoirprislesEaux ; ondoitavoir
I ij
100 MERCURE
alors rendu toute l'Eau qu'on a
prife , & quandmêmeon n'auroit
pastout rendu, celane doitpas
tournerde dîneràl'heure réglée.
Les viandes lesplusfimplesfont
dé
lesplus convenables. Onpeutboire
fon vin unpeumoinstrempéquede
coûtume ; les ragouts , la patiffe
rie , les entremets , en un motles
grands repas nefontpaspropres
ceux qui boivent de cette Eau.
Onpeutcependantaprés lafoupeſe
faire fervirdu rôti , comme du
・
mouton qui eftexcellentdans Aix,
du veau, de la volaille ; mais le
tout avec moderation.
SienprenantlesEaux, il ar
GALANT IOI
rive des vomiffemens ou des de
voyemens, ilnefautpas s'effrayer
ny intercepter tout-à-coup le cours
des matieres viciées , dont lereflux
deviendroit trés prejudiciable , il
fuffit de diminuer la quantité de
l'Eau,ou d'en interrompre l'uſage
pourquelquesjours ; car ces acci
dens s'arrêtent d'eux-mêmes , e
on peut reprendre les Eaux s'ils
fontopiniâtres,ilfautavoirrecours
à unMedecin.
· Lesfemmes nedoiventpas boire
pendant le cours de leurs regles.
Celles qui les prennent pour de
venir bien reglées , doivent faire
diffondre dans lepremier verredu
I iij
102 MERCURE
que
feld'abfinthe, d'armoife , ou quel
autre , capable d'exciter une
doucefermentation, &defondre
les caufes du retardement.
Il vauttoûjours mieux boireles
Eauxminerales à leurfourceque
delesfaireporterchezfoy. Nean
moins ceux qui ne peuvent pas
venirauxfontaines , peuvent les
prendre chez eux,
chauffer au bainMarie ; quelque
fois les accidens & lesfymptômes
des maladies difparoiffent , & la
caufe & le foyerreftentpour un
peu plus de temps. Pourlors afin
defurmonter entierement ces in
difpofitions , il fautretournerdans
en les faifant
GALANT 103
une autre faifon à la fontaine
&auxbains;ileftneceſſairemême,
pourprevenir certaines maladies
dyvenirfouvent.
à
Sij'avois écrit , Monfieur ,
uneperfonnequinefuſtpasautant
éclairée que vous
vous l'eftes ,j'aurois
beaucoup plus raifonnéfur tous
les phenomenesprecedenspourluy
fairemieuxconnoîtrela vertu ad
mirable denôtre Eau;mais n'ayant
autre deffein que de vous donner
une idéede cettedécouverte, ainfi
que vousme marquezpar vôtre
Lettre,j'ay crú devoirexpoferfim
plementlesfaitsd'unemanierecon
cife & ferréedontje vous laiffe
I iiij
104 MERCURE
raytirerles confequences,pour lef
quelles j'auray toute la deference
poffible.
Ecrite à M.M.M.fur lanou
velle découverte d'unenou
velle fource d'Eau Minera
le , faiteà Aix enProvence.
MONSIEUR,
Pour vous donner quelque
éclairciffementfurlanature fur
les proprietez de l'Eau chaude
qu'on vient de découvrir dans la
ville d'Aix, je dois vous dire ce
qui s'eſtpaſſé ausujet de cette dé
ប
couverte , &yajouterles expe
riences quej'en ayfaites pour en
développer lesprincipes , eftimant
72 MERCURE
qu'iln'enfautpas davantagepour
vous, Monfieur, dont le difcer
nement eft fi furfur tout ce qui
concerne la Medecine.
Fe
ne m'arrêterai pas à vous
décrire la fituation & la beauté
de cetteVille , nycelle defonterri
toiresyaiantfait vos études pris
tous vosdegrez; vousfçavez auffi
bien que moy, qu'elle abonde en
cées :que
tout ce qui eft neceffairepour paf
ferla vie avec douceur: queles
rues enfontgrandes & bienper
les édifices enfontfomp
tueux, & qu'ony voit encore
de
;
fortbeaux reftes de l'Antiquité
fsavoir,Tombeaux
,
, Infcriptions
Colomnes
GALANT 73
Colomnes, & autres chofes tres
confiderablesque l'injure du temps
aenpartie ou tout-àfaitruinées.
Strabon rapportequeCaius Sex
tius, General & Conful des Ro
mains , lafit batirl'an 631. dela
fondation de Rome, aprés avoir
foumis ce pays auxRomains , &
qu'il la nomma enlatin , Aquæ
fextiæ,à l'occafon desbainsd'eaux
chaudes qu'il y fit conftruire l'an
avantla naissance de Nôtre Sei
gneur 120.je laiffeauxHiftoriens
ces matieres pour venir à ce que
vousme demandez.
Cettefourcefut trouvée l'Esté
dernier, proche les murailles de
Mars 1705.
G
74 MERCURE
laVille,auquartierdesReverends
Pere del'Obfervance,fouslesde
bris d'uneancienne maison. Ceux
quis'en apperceurent les premiers
latrouverentplus chaude & plus
pure queles autres, dontleshabi
tansfeferventà diversuſages &
qu'on a faitconduire en plufieurs
quartiers de la Villepourfervir à
des tres-belles fontaines & parti
culierementau Cours d'Orbitelle,
ouparlamultitudedestuyaux &
par la varieté des jets d'eau qui
tombent dans de grandsbaffins, el
lesfont l'admiration des étrangers,
leplaifir deceuxqui s'y prome
nent. Dant lætos luderefontes.
GALANT 75
Famaisdécouverte n'aplusfait
debruit; chacunavoulu voircette
eaudansfafource, toutle mon
de enaparlé, ellea eftéapprouvée
de tous ceuxqui aimentla verité;
ceux au contraire qui ont intereft
qu'ellefoit voilée, ont tâché d'en
fairela critique;cependant les cu
resfingulieres, & les effetsavan
tageux qu'un grand nombre de
perfonnes en a reffenti nepermet
tentpas de douterdela vertu & de
l'efficacitéde nôtre cau : En effet
plufieurs malades laffezde mener
unevielanguiffante attirezparla
feulenouveautédela découverte
de toutâge, de toutfexe, & de
Gij
76 MERCURE
toutes conditions , enont bû l'Esté
dernier,mêmedans la Canicule.On
peut dire , quoy qu'ils ayent agi
en celafans aucune confideration
fansavoirégardà la difference
temperamens ny des maladies ,
des
·fans avis de Medecin & dansune
faifon peu convenableàcetteforte
de remede
,
tant
qu'ils ont pour
recouvré leur fanté
par l'uſage de cette Eau , ou du
moins unfoulagement tres-confi
derable. Sic tamen nonluditur
de corio humano.
La reputation de cette Eau ,
fondéefur les effets auffiſurprenans
que falutaires qu'elle produifoit
GALANT 77
人
alors , attiradanscetteVille, l'Au
tomne dernier, un grand nombre,
d'Etrangers, qui ayanttrouvéune
parfaiteguerifonde leurs indifpofi
tions s'enretournerentfort.contents,
enloüant& beniſſant le Seigneur
d'avoirpermisqu'on trouvat dans
le creux d'un rocherunefontainefi
falutaire. Quiconvertit rupem
in fontesaquarum.
Cette eau n'a commencédere
jaillirque quand on a eupercé le
rocherqui la couvroit, &nous ne
fommesredevables de cebien,aprés
Dieu (qui eftfans doute le plus
grand qu'onpuftprocureraux Ci
toyensde cette Fille & àfes voi
Giij
78 MERCURE
fins) qu'auxfoins & aux_ordres
de Mrs les Confuls & Procu
reurs decepays, qui veillent beau
coupplusà ce qui peut eſtre utile
&avantageux au public,qu'à ce
qui concerne leur propre gloire.
Hujus vobis gloria facti jufta
manet.
Ily aprefentement 4. tuyaux
qui dégorgentcette Eau, dans une
cavedécouverte, maçonnéede bri
ques & depierres pouréviter la
preffe des burveurs , & afin que
chacunenpuißeprendrefans s'in
commoder.
Cette Eau eft tres-claire, auffi
de l'eau depluye , ea
auſſi
legere que
GALANT 79
au uffi potable que la meilleure can
defontaine. Elle eft fans aucune
faveur
n'a aucuneodeur ; elle
' eft ny extremement chaude , ny
d'uneſubſtance tres-fubtile , parce
qu'elle n'eft impregnée que des eff
pritsdesminerauxquientrentdans
fa compofition , comme on pourra
voirdans lafuiteparl'analifeque
j'enayfaite; c'estpour cela qu'elle
eft tres-amie de la nature
de
Peftomach , dont elle penetre &
débouche toutes les obftructions .
fortifie toutes les parties en déga
geantleur chaleurnaturelle & en
les rétabliſſantchacune enleurpre
mier temperament ; elle eftdiure
و
Giiij
80 MERCUREر
tique , purgative & quelquefois
fudorifique fuivantles difpofi
tions qu'elle rencontre dans lesfu
jets.
Ily apeude maladies exterieu
res
dans l'habitude du corps
qu'elle nepuiffe emporter , particu
lierementenufantdesanciensbains
qu'on
'on trouve autant admirables
enleurftructure qu'enleursmate
riaux, & dont l'hiftoire nous af
fure que les vertus n'estoientpas
moindres.
GALANT 81
Z
ANALYSE.
Chimique-mechaniquede l'Eau
chaude minerale d'Aix.
Quoique les malades , contens
derecoururer leurfanté, s'inquiet
tent peudefçavoirla quantitépre
cife despartiesminerales. que cette
Éau charrie, ny comments'yfait
la diffolution dumineral quiydo
mine';je croypourtant qu'onl'efti
mera davantage, à mesure qu'on
en découvrira la nature par une
exacte Analyſe , d'autant mieux
que nous fommes dans unfiécle
où l'on nefe contente pas de voirو
82 MERCURE
quelsfontles effets desmedicamens;
mais où l'on veut aufft empenetrer
la cauſe phyſique del'action.
Le raisonnement ne nous mene
pas loin lorfqu'il s'agit d'expli
querla vertudes Eauxminerales,
nosfens font trop groffierspouren
découurirles parties , & la Chy
mie qui eft la Sage-femme qui
aide la nature à produire à de
couvert fes enfantemens , nous
fait feulement trouver presque
dans tous les corps dufel , duſou
fre, dumercure, de l'eau , & de
la terre,
par elle nous nepou
vons connoiftre que leur volati
litéoufixité ; car lefeu dont la
GALANT 83
Chymie fe fert comme d'unique
couteau , remuantparfa grande
activité les parties d'un mixte
en rompt l'union& encontinuant
de les agiter& deles divifer, celles
qui font les plus volatilesfe fe
parentdesautres,
lesplus fixes
demeurent dans lefeu ; maiscette
Analyfe ne fuffit pas pourfaire
connoiftre les vertus effentielles
de noftre eau , il faut employer
d'autres moyens & fe fervir de
la mechanique pourdécouvrir la
nature
lesproprietezdecesprin
cipes que lefeu afeparez. Deforte
ce feroit peu dechofe de tirer
le fel de cette Eau par évapo
que
84 MERCURE
ration , de tirer de cefel l'efprit
les autres principes par des
feuxgraduez; ilfaut les mêler
avec diverfes liqueurs , comme
l'efprit de nitre , de vitriol , la
>
diffolution du fublimé corrofif,
T'huile de tartre par défaillance,
les teintures de rofes, de violetes,
de tournefol,
avec lefang&
la Lymphe des animaux. Par
exemplefiles principes qu'on re
tire de cette Eau fermente avec
l'efpritdenitre ou de vitriol, s'ils
diffolvent lefang& la Lymphe,
on conclut que cefont des alkali,
&qu'ilsen ont les qualitez. S'ils
nefermententpas avec l'esprit de
GALANT 85
nitre ou de vitriol ; mais bien
avec l'huile de tartre par défail
lance , s'ils coagulent le fangou
la Lymphe , onjuge que cefont
des acides, quiproduiront les effets
qui leurfont propres. C'est par
cette double voye que j'ay tâché
de m'affurer d'où nôtre Eau tiroit
Laforce.
Je mis une bonne quantité de
l'Eau de cette nouvelle fource
dans une terrine de grez , où
ayantfait évaporer à un feu lent
toute l'humidité, je diffous les re
fidences dans l'Eau commune, que
je filtray enfuite par un papier
gris , dont je fis encore évaporer
86 MERCURE
toute l'humidité. Il me resta un
fel de couleur rouffe tirantfur le
blanc , qui pique les fibres ner
veufes de la langue comme lefal
pêtre. Fay faitauffi divers mé
langes de cetteEau avecplufieurs
liqueurs minerales, pourobferver
les fermentations & lesprecipi
tations qui en refulteroient.
Je mêlay del'efprit defouffre
avec l'Eau de cette Fontaine qui
s'étoit refroidie , & jefentis d'a
bord une chaleur en maniant la
phiole, je mélay auffi égales par
ties de cette Eau , & de diffolu
tion de couperofe, & je vis au
fonds de la bouteille une precipi
GALANT 87
tation de quelque matiere rouffe.
Du mélange de cette Eau avec
égalepartie de l'Eaude chaux, il
s'enfit une d'une matiere blanchâ
tre.
Cette Eau chaude ne prend
autre couleur par le mélange de
lapoudre de noix degalles , que
celle de la poudre même, que l'ef
prit de vitriol verfépar deſſus
faitpointchanger; ce qui est une
marque qu'elle n'estpas vitrioli
que. Cetteteinture nechangepoint
auffiparl'addition de l'huile de tar
tre faite par défaillance , ce qui
doit nous faire croire qu'elle n'eft
pas alumineufe. Ayant enfuite
88 MERCURE
mêlé de l'esprit de fel commun ,
dufublimé corrofif, dufel armo
niac, chacunfeparement avec nô
treEau; ilneparutaucunchange
mentny encouleur ny en chaleur.
Le fel de l'Eau de cette fon
taine eft different dufel commun.
Ilfermente avec les acides & en
adoucit lespointes. Ny cette Eau,
nyla diffolution defonfel, ny le
fel même jettezfur le laitfroid
oubouillant, ny caufentaucune al
teration fenfible.
On tire par la diftillation de
cette Eau , uneliqueurfpiritueu
fe ; mais on abien de la peine
d'en tirer quelques efprits déga
GALANT 89
gez de leur phlegme ; parce que
Les fubftances mineralesfontfi in
timement & fi étroitement unies
dans les parties de nôtre Eau,
qu'on nepeutprefque point les en
Separer : d'où vient qu'lle eft auffi
transparente qu'uneEau tres pure
tres-fimple.
Il mesemble que de ces expe
riences on peut conclurre, que ce
qui fait la vertu de notre Eau,
eft particulierement un esprit vo
latil nitro-fulfure, qui refulte de
l'union qui fe fait dans la terre
de l'acide de l'air avec des fels
alkali , par le moyen de la fer
mentation
Mars 1705.
des circulations na
H.
90 MERCURE
turelles ; & cet efprit comme un
diffolvant specifique,détache quan
tité departicules fulfurées lesplus
pures, qui rendent cette Eau bal
famique & tres-amie de la natu
re, d'où l'on voit que l'esprit mi
neral dont cette Eau eftimpregnée,
&duquel coulent comme d'un
vitriolique
principe fecond tant d'effets fur
prenanspourune infinitéde mala
dies, n'eft pas un acide purement
mais plutôt nitro
aërien embarraffé dans les pores
desfels alkali.
La chaleur denotreEau vient
des particules falines foufrées
qu'elle rencontre dans fon chemin,
GALANT 91
&qu'elle entraîne avec elle dans
les entrailles de la terre, dont il
fe fait une effervescence qui luy
communique cette chaleur. Cette
opinion eft plus vrai-femblable,
que de dire que la chaleur des
Eaux minerales vient d'unfeu
foûterrain.
A quelles maladies eftpropre
l'Eau chaude d'Aix , &
comment elle opere,
Fay déja dit quedés que cette
fource fuft decouverteune infinité
de perfonnes bûrent de cette Eau
indifferemment pour toutes fortes
Hij
de maladies
92 MERCURE
:
cependant comme
je ne prétens pas la fairepaſſer
pourunremede univerfel , nyéta
blir lefalut de tous les malades.
furfon efficacité , je vais mar
quer les principales dont plufieurs
perfonnes ont eftégueries.
L'indigeftion d'eftomach , l'appe
tit dépravé, diminué ou perdu
Conteſtéreparez, parladiffolution
le denouement des glaires
vifcofitez qu'elle precipite , &
qu'elle entraîneparla voie des in
teftins ,
des
par celle des urines.
Enfinla filtration du fermentſto
machalfefaifant mieuxàtravers
la membrane glandée , l'appetit
GALANT 93
reprendune nouvelle vigueur.
Cette Eau convient aux vo
miffemens qui fuccedent au gon
flement & àl'abondance des ma
tieres craffes qui alterent le fer
ment digeftif, elle fondlesphleg
mes qui embarraſſent la circula
tiondes humeurs:
Les affections du bas ventre.
commelienterie,diffenterie,colique,
ont efté emportées parfon moyen;
parcequ'elledétrempedans fa cour
Je lesfelsbilieux& attrabilaires ,
acres , aigres oufalez , &parfa
vertu balfamique , elle rafermit
Les fibres relachées.
Elle est beacoup plus efficace
94 MERCURE
quetoutes lesautresfourcesd'Eaux
chaudesd'Aixquiont toujours esté
dans une grande eftime pour les
maladies des reins& de la veffie
pourlagravelle, &pour lesdif
ficultez d'uriner , parce qu'elle
entraîne cette matiere terreftre ,
cette craffe , cebolqui eft aifement
converti enfable par l'action du
ferment, elleenleve auſſicetacci
de quifait laftrangurie.
Les pertes defangauxfemmes,
les fleursblanches , & leflux de
fanghemorroidal s'adouciffent ou
ceffent entierement, par le reffer
rementdes humeurs acres.
Les langueurs & défaillances
GALANT 95
provenant de la circulation du
fang, ou de la diffipation des ef
prits , font reparéesparcette Eau;
demême que lestenfionsdel'abdo
men,les hydropifies, l'icleritie ou
jauniffe , lapâleur & laboufif
fure du visage.
Lafciatique, les rhumatifmes,
les contractions desnerfs, lagoute,
les vertiges,l'épilepfie, & ce qu'on
appellecommunement vapeurdans
les paffions byfteriques, hypocon
driaques & fcorbutiques ; toutes
ces maladies ne tirant leur origine
que des nerfs plusoumoinsirritez
picotez,
des efpritsagitez,
diffipez , alterez , ou troublez ,
96 MERCURE
l'ana
peuvent eftre vaincuëspar
logie qu'ily a entre nos efprits &
ceux que noftre Eau contient,qui
font d'une même nature volatile,
balfamique , nitro-aërienne , par
où ilsfontplûtoft réanimez , re
vivifiez, qu'alterez ou détruits ;
&parraportà la caufematerielle
qui est une humeur acre,bilienfe,
melancolique , attrabilaire , plus
ou moins abondante , exaltée e
fermentée , dont les pointesfont
rompues, adoucies& precipitées
avec le tems parcette même fub
ftance volatile nitro-fulfurée que
nôtre Eau renferme , & qu'elle
charrie avec ellepar les voyes des
·felles
GALANT 97
felles & des urines.
Enfin les ulceres , les chancres
toutes les maladies cutanées ,
comme gâles , dartres
autres,
fontemportées ou du moins adou
cies en lavant & enfomentant
de notre Eau lesparties malades
oubien en s'y baignant.
Ily adéjafix bains d'achevez
dont on pourrafefervir dans le
printempsprochain.
De quelle maniere on doit
prendreles Eaux & lesbains.
Avant que de boireles Eaux
minerales , on doit confulter les
Mars 1705.
I
98 MERCURE
Medecins particulierementceux
des lieux , pourapprendre d'eux le
regimequ'on doit garder, la quan
titée combien dejours onendoit
boire, & lesmoyensd'éviterou de
calmer les accidens qui arrivent
quelquefois.
Lesfaifonslesplusproprespour
prendre les Eaux chaudes ,fontle
Printemps & l'Automne ; ceux
quifontpletoriques & remplis de
mauvais fucs doivent fe faire
faigner & purger, aprés quoy on
peutdefcendre à la fontaine, &
"
boire fuivant la portée de fon
eftomach ; il eft mieux de nepas
s'en raffafier au commencement ;
GALANT 99
mais d'enprendre feulement deux
ou trois verres defuite , & puis
fepromenerundemy quartd'heure
apréslequelonretourne boire ; en
continuant de même jusqu'à ce
qu'on fente quelque repugnance à
en boire davantage, & celapen
dant dix, douze , quinzejours,
plus oumoins ; cequele Medecin
doitreglerfuivant le temperament
l'estat de la maladie.
L'heure laplus convenable eft
de fix àfept du matin, parce que
lefommeilqui repare lesforces ne
doit pas eftre interrompu. On doit
dîner trois ou quatre heures aprés
avoirprislesEaux ; ondoitavoir
I ij
100 MERCURE
alors rendu toute l'Eau qu'on a
prife , & quandmêmeon n'auroit
pastout rendu, celane doitpas
tournerde dîneràl'heure réglée.
Les viandes lesplusfimplesfont
dé
lesplus convenables. Onpeutboire
fon vin unpeumoinstrempéquede
coûtume ; les ragouts , la patiffe
rie , les entremets , en un motles
grands repas nefontpaspropres
ceux qui boivent de cette Eau.
Onpeutcependantaprés lafoupeſe
faire fervirdu rôti , comme du
・
mouton qui eftexcellentdans Aix,
du veau, de la volaille ; mais le
tout avec moderation.
SienprenantlesEaux, il ar
GALANT IOI
rive des vomiffemens ou des de
voyemens, ilnefautpas s'effrayer
ny intercepter tout-à-coup le cours
des matieres viciées , dont lereflux
deviendroit trés prejudiciable , il
fuffit de diminuer la quantité de
l'Eau,ou d'en interrompre l'uſage
pourquelquesjours ; car ces acci
dens s'arrêtent d'eux-mêmes , e
on peut reprendre les Eaux s'ils
fontopiniâtres,ilfautavoirrecours
à unMedecin.
· Lesfemmes nedoiventpas boire
pendant le cours de leurs regles.
Celles qui les prennent pour de
venir bien reglées , doivent faire
diffondre dans lepremier verredu
I iij
102 MERCURE
que
feld'abfinthe, d'armoife , ou quel
autre , capable d'exciter une
doucefermentation, &defondre
les caufes du retardement.
Il vauttoûjours mieux boireles
Eauxminerales à leurfourceque
delesfaireporterchezfoy. Nean
moins ceux qui ne peuvent pas
venirauxfontaines , peuvent les
prendre chez eux,
chauffer au bainMarie ; quelque
fois les accidens & lesfymptômes
des maladies difparoiffent , & la
caufe & le foyerreftentpour un
peu plus de temps. Pourlors afin
defurmonter entierement ces in
difpofitions , il fautretournerdans
en les faifant
GALANT 103
une autre faifon à la fontaine
&auxbains;ileftneceſſairemême,
pourprevenir certaines maladies
dyvenirfouvent.
à
Sij'avois écrit , Monfieur ,
uneperfonnequinefuſtpasautant
éclairée que vous
vous l'eftes ,j'aurois
beaucoup plus raifonnéfur tous
les phenomenesprecedenspourluy
fairemieuxconnoîtrela vertu ad
mirable denôtre Eau;mais n'ayant
autre deffein que de vous donner
une idéede cettedécouverte, ainfi
que vousme marquezpar vôtre
Lettre,j'ay crú devoirexpoferfim
plementlesfaitsd'unemanierecon
cife & ferréedontje vous laiffe
I iiij
104 MERCURE
raytirerles confequences,pour lef
quelles j'auray toute la deference
poffible.
Fermer
2320
p. 431-432
ENIGME.
Début :
Je suis d'une figure ronde [...]
Mots clefs :
Corbillon de l'oublieux
2321
p. 438-439
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle, elle est de Mr Tremaile. / Des suposts de Themis instrument necessaire, [...]
Mots clefs :
Plume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , elle eft de Mr Tremaile.
DE
ENIGME.
Es fupofts de Themis inftrument
neceffaire ,
Si l'on mefaitfervir à tromper quel
•quefois,
Sans moy peut- on regler furement
une affaire ,
Etfauver de l'oubli les actions (des
Rois ?
260
GALANT
439
S
Le Seile des Anciens ne m'eftpas
Ada comparable
,
Je l'ay fait rejetter. Plufque par
tout ailleurs
Je fuis chez le Batave excellente ,
admirable
Et ma vieilleffe plait à tous les
connoiffeurs.
2
L'Art exige toûjours qu'on m'ou¿
vre & qu'on me fende ;
Par là fous mes deux becs fe forment
de beaux traits
Lorfqu'on fait me guider : autrement
qu'on s'attende
A n'y voir que
des corps durs ,grof
fiers & mal-faits .
nouvelle , elle eft de Mr Tremaile.
DE
ENIGME.
Es fupofts de Themis inftrument
neceffaire ,
Si l'on mefaitfervir à tromper quel
•quefois,
Sans moy peut- on regler furement
une affaire ,
Etfauver de l'oubli les actions (des
Rois ?
260
GALANT
439
S
Le Seile des Anciens ne m'eftpas
Ada comparable
,
Je l'ay fait rejetter. Plufque par
tout ailleurs
Je fuis chez le Batave excellente ,
admirable
Et ma vieilleffe plait à tous les
connoiffeurs.
2
L'Art exige toûjours qu'on m'ou¿
vre & qu'on me fende ;
Par là fous mes deux becs fe forment
de beaux traits
Lorfqu'on fait me guider : autrement
qu'on s'attende
A n'y voir que
des corps durs ,grof
fiers & mal-faits .
Fermer
2325
p. 370-371
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. / Je m'attache sans cesse à ce qui me détruit ; [...]
Mots clefs :
Bougie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle.
ENIGME.
Je m'attache fans ceffe à ce qui
me détruit ;
Etj'aylieu de craindre la nuit.
La grandeurfait durer ma vie ,
Sans qu'à mon fort on porte envie.
On me connoift tres-peu chez les petites
gens ;
Mais on me reçoit bien dans les
maifons des Grands.
En certains temps fans moy , l'on n'y
Pourroit rien faire ;
Je raffemble chez eux , les jeux &
les plaifirs
.
Quoique pour contenter leurs plus
preffans defirs
GALANT 371
On craigne mon miniftere ,
J'allifte cependant à bien plus d'une
affaire.
nouvelle.
ENIGME.
Je m'attache fans ceffe à ce qui
me détruit ;
Etj'aylieu de craindre la nuit.
La grandeurfait durer ma vie ,
Sans qu'à mon fort on porte envie.
On me connoift tres-peu chez les petites
gens ;
Mais on me reçoit bien dans les
maifons des Grands.
En certains temps fans moy , l'on n'y
Pourroit rien faire ;
Je raffemble chez eux , les jeux &
les plaifirs
.
Quoique pour contenter leurs plus
preffans defirs
GALANT 371
On craigne mon miniftere ,
J'allifte cependant à bien plus d'une
affaire.
Fermer
2332
p. 376-377
ENIGME.
Début :
Vous voulez bien que je change l'ordre ordinaire qui se trouve / Depuis le matin jusqu'au soir, [...]
Mots clefs :
Pied
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Vous voulez bien que je chan
ge l'ordre ordinaire qui fe trou
ve dans mes Lettres , & que je
n'attende pas à la fin d'y placer
l'Enigme , parce que pluftoft on
la lit , plutoft on s'attache à la
deviner . Les noms des Devineurs
de l'Enigme du mois dernier
ne fe trouveront qu'à la
fin de ma Lettre,
ENIGME.
Depuis le matin jusqu'aufoir ,
Je vais , je viens par tout , & je
Courrefans voir
GALANT 377
Mon mouvement lent ou rapide,
Eft toujours tel qu'il plait à celuy
qui me guide :
S
He ! commentpourrois - je voir clair,
Je n'ay pas un feulcil, & je crains
d'eftre à l'air ;
Ma pean trop delicate , eft triplement
veuëio det s
Et rarement chacun peut la voir
toute nuë.
$
Tous les jours on m'enferme en
certaine maison ,
Que l'ouvrier exprés a faite ,
i :
Pour me fervir d'une retraite
Quipourroitfe nommer l'ambulante
prifon.
ge l'ordre ordinaire qui fe trou
ve dans mes Lettres , & que je
n'attende pas à la fin d'y placer
l'Enigme , parce que pluftoft on
la lit , plutoft on s'attache à la
deviner . Les noms des Devineurs
de l'Enigme du mois dernier
ne fe trouveront qu'à la
fin de ma Lettre,
ENIGME.
Depuis le matin jusqu'aufoir ,
Je vais , je viens par tout , & je
Courrefans voir
GALANT 377
Mon mouvement lent ou rapide,
Eft toujours tel qu'il plait à celuy
qui me guide :
S
He ! commentpourrois - je voir clair,
Je n'ay pas un feulcil, & je crains
d'eftre à l'air ;
Ma pean trop delicate , eft triplement
veuëio det s
Et rarement chacun peut la voir
toute nuë.
$
Tous les jours on m'enferme en
certaine maison ,
Que l'ouvrier exprés a faite ,
i :
Pour me fervir d'une retraite
Quipourroitfe nommer l'ambulante
prifon.
Fermer
2335
p. 401-402
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle ; elle est de Mr Rat, / Je suis jeune & suis vieux ; car le temps est mon pere. [...]
Mots clefs :
Almanach
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle; elle est de Mr Rat,
Conseiller au Presidial de Montpellier.
ENIGME.
Je fuis jeune &fuis vieux; car le
-
t mps (st mon pere.
:A*jour£huy je fun dJuX ,
le lendemain
m<uvais.
Onmevend, gJ-revend; jenefais
pas,jefais.
Je ne fuis bon à rien , & je fuis neceffAife
JMmcorps efl bien souvent flùtoft
mince juépais,
- Quoique jefois carré de taille.
Je porte un bibit bleu ,je meure
quandje renais ;
Et jene flils, & ne feray jamais
'Annoncé que par la canaille.
nouvelle; elle est de Mr Rat,
Conseiller au Presidial de Montpellier.
ENIGME.
Je fuis jeune &fuis vieux; car le
-
t mps (st mon pere.
:A*jour£huy je fun dJuX ,
le lendemain
m<uvais.
Onmevend, gJ-revend; jenefais
pas,jefais.
Je ne fuis bon à rien , & je fuis neceffAife
JMmcorps efl bien souvent flùtoft
mince juépais,
- Quoique jefois carré de taille.
Je porte un bibit bleu ,je meure
quandje renais ;
Et jene flils, & ne feray jamais
'Annoncé que par la canaille.
Fermer
2336
p. 426-427
SONET ENIGMATIQUE.
Début :
Je suis un instrument fragile, & delicat, [...]
Mots clefs :
Pipe
2337
p. 357-359
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye, est de Mr d'Aubicourt. / De vingt membres au moins, se compose mon corps, [...]
Mots clefs :
Écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye , eft de Mr d'Aubicourt.
ENIGM E.
De vingt membres au moins , fe
compofe mon corps ,
De qui tout le bon fens n'eft produit
au dehors ,
A
Que par differens traits de l'humeur
la plus noire :
Quoy qu'il en fois , chacun fur ma
sad foi me peut croire.
S
Si man Art , dont l'employ n'est
dù qu'à l'équité ,
Pour établir l'erreur , combat la ve
rité
358 MERCURE
Ce n'est pas qu'il nè foit de foimême
équitable :
L'ufage eft le défaut qui le rend
condannable.
S
Le Chinois , FIroquois , l'He
breu, le Caldéen ,
Le Latin , Allemand , le François
, l'Italien ;
Mille langues par moy , fur la terre
& fur l'onde
Sans voix , fe font entendre aux
quatre coins du monde.
S
Mes talens font égaux , pour la
Profe & Les Vers ;
Plus que les Sçavans mefme, en
doctrine j'excelle ,
Je nepuis devenir, comme eux, lappas
des vers ;
Puiſqu'il n'eſt point de jours qu'on
ne me renouvelle.
GALANT 359
Le Heros vit content , & meurt
d'un air ailè ,
Croyant par mon fecours s'eftre immortalifé
:
Mais un jour les mortels fe verront
tous venaitre ;
Et
pour lors à jamais fera détruit
mon eftre.
Vous envoye , eft de Mr d'Aubicourt.
ENIGM E.
De vingt membres au moins , fe
compofe mon corps ,
De qui tout le bon fens n'eft produit
au dehors ,
A
Que par differens traits de l'humeur
la plus noire :
Quoy qu'il en fois , chacun fur ma
sad foi me peut croire.
S
Si man Art , dont l'employ n'est
dù qu'à l'équité ,
Pour établir l'erreur , combat la ve
rité
358 MERCURE
Ce n'est pas qu'il nè foit de foimême
équitable :
L'ufage eft le défaut qui le rend
condannable.
S
Le Chinois , FIroquois , l'He
breu, le Caldéen ,
Le Latin , Allemand , le François
, l'Italien ;
Mille langues par moy , fur la terre
& fur l'onde
Sans voix , fe font entendre aux
quatre coins du monde.
S
Mes talens font égaux , pour la
Profe & Les Vers ;
Plus que les Sçavans mefme, en
doctrine j'excelle ,
Je nepuis devenir, comme eux, lappas
des vers ;
Puiſqu'il n'eſt point de jours qu'on
ne me renouvelle.
GALANT 359
Le Heros vit content , & meurt
d'un air ailè ,
Croyant par mon fecours s'eftre immortalifé
:
Mais un jour les mortels fe verront
tous venaitre ;
Et
pour lors à jamais fera détruit
mon eftre.
Fermer
2338
p. 385-386
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. Elle est de Mr L. R. P. B. / Quels que soient les appas d'un visage charmant, [...]
Mots clefs :
Tétons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle . Elle eft de Mr L. R.
P. B.
ENIGME.
Quels que foient les appas d'un vi-
Sage charmant.
Fajoûte neanmoins aux beautezd'u
ne Dame,
Si je me montre un peu je confume
un Amant ,
Etfije paroift trop bien fouvent on
me blame,
Octobre 1706. Kk
386.MERCURE
Souvent je fuis contraintpour éviter
du mal,
Dans un petit Palais entouré de co–
rail ,
D'exprimer mon fardeau par un
bouton de rofe
Je fens au moindre coup une extrême
douleur ,
Quand par hazardje fuis tout rem
pli d'une chofe ,
Dont je voudrois n'avoir que
couleur.
nouvelle . Elle eft de Mr L. R.
P. B.
ENIGME.
Quels que foient les appas d'un vi-
Sage charmant.
Fajoûte neanmoins aux beautezd'u
ne Dame,
Si je me montre un peu je confume
un Amant ,
Etfije paroift trop bien fouvent on
me blame,
Octobre 1706. Kk
386.MERCURE
Souvent je fuis contraintpour éviter
du mal,
Dans un petit Palais entouré de co–
rail ,
D'exprimer mon fardeau par un
bouton de rofe
Je fens au moindre coup une extrême
douleur ,
Quand par hazardje fuis tout rem
pli d'une chofe ,
Dont je voudrois n'avoir que
couleur.
Fermer
2339
p. 371-372
SONNET ENIGMATIQUE.
Début :
Des plus foibles humains sûr & charmant mobile, [...]
Mots clefs :
Berceau
2341
p. 396-397
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle qui sera plus facile à / Quoy que mon secours soit vulgaire [...]
Mots clefs :
Chaise de commodité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle qui fera plus facile à
deviner qu'à expliquer, & dont
plufieurs donneront peut- eftre
un fens enigmatique à leur explication
.
ENIGME.
Quoy que monfecours foit vulgaire
Il n'en eft pas moins falutaire 3
Celuy qui me vifite en mon appartement
>
Eftfort für d'y trouver quelquefou
lagement ;
Et
GALANT 397.
Et ce que l'on sçais eftre un devoir
neceffaire
Commodement par toutfans may ne
fepeutfaire.
Chez Pun & l'autre Sexe , on me,
croit fi difcret,
Que je fuis le dépofitaire ,
De ce qu'ils ont de plus fecret.
Auli fçay-je fi bien me taire
Qu'on me peut feurement confier fon
affaire, C 1 rrib
3.Sans en avoir aucun regretonid
Tel qui le plus m'abhorne ; & fuit
mon voisinage , o
à fe lia
Ne peut me refufer l'hommage,
Que l'on doit me rendre & pourpol
oqueyal
Nature qui paroififi (age:) msin
A- t-elle impofe cettes Loy hon?
Confultez Hypocrate , il le fçais
mieux que moy.
nouvelle qui fera plus facile à
deviner qu'à expliquer, & dont
plufieurs donneront peut- eftre
un fens enigmatique à leur explication
.
ENIGME.
Quoy que monfecours foit vulgaire
Il n'en eft pas moins falutaire 3
Celuy qui me vifite en mon appartement
>
Eftfort für d'y trouver quelquefou
lagement ;
Et
GALANT 397.
Et ce que l'on sçais eftre un devoir
neceffaire
Commodement par toutfans may ne
fepeutfaire.
Chez Pun & l'autre Sexe , on me,
croit fi difcret,
Que je fuis le dépofitaire ,
De ce qu'ils ont de plus fecret.
Auli fçay-je fi bien me taire
Qu'on me peut feurement confier fon
affaire, C 1 rrib
3.Sans en avoir aucun regretonid
Tel qui le plus m'abhorne ; & fuit
mon voisinage , o
à fe lia
Ne peut me refufer l'hommage,
Que l'on doit me rendre & pourpol
oqueyal
Nature qui paroififi (age:) msin
A- t-elle impofe cettes Loy hon?
Confultez Hypocrate , il le fçais
mieux que moy.
Fermer
2342
p. 381-382
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye, est de Mr. d'Aubicourt. / Parmi les jeux divers que le Sage critique, [...]
Mots clefs :
Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye , eft de Mr. d'Aubicourt.
ENIGM E.
Parmi les jeux divers que le Sage
critique ,
Je celebre la Troupe étique
De mes propres freres puifnez:
Al'abftinence condamnez.
$
Si la Loy les define à faire penitence
L'ufage veut que
l'abondance
La bonne chere & les feftins
Mefaffent braver les deftins.
382 MERCURE
$
Que des Rats aujourd'huy , di
foit jadis ce Sage ,
Sont du vulgaire le partage ,
Il femble que le fens commun
Soit la Ratiere de chacun .
Sន ··
Le Rat du Sage étoit de les vouloir
détruire
·Dans un temps qui doit les prodaire
,
Et tu fçauras , Lecteur , en apprenant
mon nom ,
Si la chofe eft facile ou non.
vous envoye , eft de Mr. d'Aubicourt.
ENIGM E.
Parmi les jeux divers que le Sage
critique ,
Je celebre la Troupe étique
De mes propres freres puifnez:
Al'abftinence condamnez.
$
Si la Loy les define à faire penitence
L'ufage veut que
l'abondance
La bonne chere & les feftins
Mefaffent braver les deftins.
382 MERCURE
$
Que des Rats aujourd'huy , di
foit jadis ce Sage ,
Sont du vulgaire le partage ,
Il femble que le fens commun
Soit la Ratiere de chacun .
Sន ··
Le Rat du Sage étoit de les vouloir
détruire
·Dans un temps qui doit les prodaire
,
Et tu fçauras , Lecteur , en apprenant
mon nom ,
Si la chofe eft facile ou non.
Fermer
2343
p. 374-375
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye est d'un Galant / Secourable au besoin je conservay jadis [...]
Mots clefs :
Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye eſt d'un Galant
Maloüin.
ENIGMEntebel
Secourable au befoin je confervay
jadis
Et ton pere & celuy de tout ce qui
refpire salon [ 253
09
Mais foumis aux rigueurs d'un tiranique
Empire ,
Souvent je fais perir celuy par qui
jefuis ? r
J'apporte tour à tour les chagrins
& la joye ,
Etfi j'ay quelques fois enrichi deş
Pays.
GALANT 375
Jay caufe tous les maux de Cola
chos & de Troje , 2007
De mes yeux meurtriers , quand
je veux innocens ,
J'annonce la Paix ou la Guerre.
Tres folide enfant de la terre ;
Quand il plait à deax infolens,
Je fais brifé comme du verre.
Guide par la vertu d'un caillou curieux
Sans ailes & fans pieds je vaš de
oncoplage en plage ,
Faifani fervir à mon ufage
Lefeu , la terre & l'air , & la mer
& les Cieux,
Za fcience la plus profonde
Malgréfes beaux raiſonnemenss
Tombée en des égaremens ,
Sans moy nefçauroitvien encore
l'autre monde,
Vous envoye eſt d'un Galant
Maloüin.
ENIGMEntebel
Secourable au befoin je confervay
jadis
Et ton pere & celuy de tout ce qui
refpire salon [ 253
09
Mais foumis aux rigueurs d'un tiranique
Empire ,
Souvent je fais perir celuy par qui
jefuis ? r
J'apporte tour à tour les chagrins
& la joye ,
Etfi j'ay quelques fois enrichi deş
Pays.
GALANT 375
Jay caufe tous les maux de Cola
chos & de Troje , 2007
De mes yeux meurtriers , quand
je veux innocens ,
J'annonce la Paix ou la Guerre.
Tres folide enfant de la terre ;
Quand il plait à deax infolens,
Je fais brifé comme du verre.
Guide par la vertu d'un caillou curieux
Sans ailes & fans pieds je vaš de
oncoplage en plage ,
Faifani fervir à mon ufage
Lefeu , la terre & l'air , & la mer
& les Cieux,
Za fcience la plus profonde
Malgréfes beaux raiſonnemenss
Tombée en des égaremens ,
Sans moy nefçauroitvien encore
l'autre monde,
Fermer
2344
p. 370-371
ENIGME.
Début :
Nez d'un Pere commun, peut-estre en même jour, [...]
Mots clefs :
Jeu d'échecs
2347
p. 357-358
ENIGME.
Début :
L'Enigme qui suit, est de Mr Moucheron, du Pont l'Abbé en / Nous sommes deux Enfans du Temps, [...]
Mots clefs :
Nuit et jour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme qui fuit , eft de Mr
Moucheron , du Pont l'Abbé en
Baffe Bretagne
.
ENIGM E.
Nous fommes deux Enfans du
Temps ,
Tous deux auli vieux que le Monde,
Rien n'a pu cependant troubler la
paix profonde
Qui regne parmy nous depuis tant
de Printemps .
2 .
Notre Pere équitable & fage ,
Achacun en naiffant fixa fon heritage
;
Nous vivons contens d'icelay
Sans empieter fur l'autruy.
$
Depuis plus de cinq mille années
358 MERCURE
3
Nous fommes enpoffefion ,
Chacun de notre portion :
Sans que les fieres deftinées ,
Et que l'impitoyable mort ,
De noire Pere ayentpû finir le fort.
Moucheron , du Pont l'Abbé en
Baffe Bretagne
.
ENIGM E.
Nous fommes deux Enfans du
Temps ,
Tous deux auli vieux que le Monde,
Rien n'a pu cependant troubler la
paix profonde
Qui regne parmy nous depuis tant
de Printemps .
2 .
Notre Pere équitable & fage ,
Achacun en naiffant fixa fon heritage
;
Nous vivons contens d'icelay
Sans empieter fur l'autruy.
$
Depuis plus de cinq mille années
358 MERCURE
3
Nous fommes enpoffefion ,
Chacun de notre portion :
Sans que les fieres deftinées ,
Et que l'impitoyable mort ,
De noire Pere ayentpû finir le fort.
Fermer
2348
p. 388-389
ENIGME.
Début :
Voicy une Enigme nouvelle. / Quoyque par tout je porte & l'horreur & l'effroy, [...]
Mots clefs :
Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy une
Enigme nouvelle .
"
ENIGM E.
Quoyquepar tout je porte & l'horreur
l'effroy,
GALANT 389
L'on nepeutfe pafferde moy.
Je n'ay qu'un ennemy que je crains
fur la terre
;
Qui me fait en tout temps une
cruelle guerre ;
Lequel eft tellement le maistre de
mon fort ,
Que dés que je le fens il me caufe
la mort.
Enigme nouvelle .
"
ENIGM E.
Quoyquepar tout je porte & l'horreur
l'effroy,
GALANT 389
L'on nepeutfe pafferde moy.
Je n'ay qu'un ennemy que je crains
fur la terre
;
Qui me fait en tout temps une
cruelle guerre ;
Lequel eft tellement le maistre de
mon fort ,
Que dés que je le fens il me caufe
la mort.
Fermer
2349
p. 421-422
ENIGME.
Début :
L'Enigme que je vous envoye est de Mr l'Abbé Heral, du / Je suis dés ma naissance, enterré jusqu'au cou, [...]
Mots clefs :
Puits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme que je vous envoye
eft de Mr l'Abbé Heral
Vialar du Tarn , en Roüergne.
ENIGM E.
Je fuis dés ma naiſſance , enterrẻ
¨juſqu'au cou ,
Fay foif fort rarement , mais toù.
jours gueule ouverte ,
422 MERCURE
Dans mon ventre affamé plus d'un
fot & d'un fou,
Sans me raffafier ont rencontre lear
perte.
Suivant un Proverbe afite ,
On tire de monſeinſouvent la verité.
Je n'offre à quiconque m'aborde ,
Qu ' Abyme , Chaines , Fers , Roüe ,
Potence & Corde ;
Toujours pourtant chez moy l'hyver
perfecuté >
Contre l'Efte trouve un azile ,
Que m'emprunte à fon tour l'Efté,
Quand l'Hyverdécharge fa bile.
eft de Mr l'Abbé Heral
Vialar du Tarn , en Roüergne.
ENIGM E.
Je fuis dés ma naiſſance , enterrẻ
¨juſqu'au cou ,
Fay foif fort rarement , mais toù.
jours gueule ouverte ,
422 MERCURE
Dans mon ventre affamé plus d'un
fot & d'un fou,
Sans me raffafier ont rencontre lear
perte.
Suivant un Proverbe afite ,
On tire de monſeinſouvent la verité.
Je n'offre à quiconque m'aborde ,
Qu ' Abyme , Chaines , Fers , Roüe ,
Potence & Corde ;
Toujours pourtant chez moy l'hyver
perfecuté >
Contre l'Efte trouve un azile ,
Que m'emprunte à fon tour l'Efté,
Quand l'Hyverdécharge fa bile.
Fermer
2350
p. 417-418
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle. / A peine suis-je né, qu'ennemi de moi-même, [...]
Mots clefs :
Ver à soie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle
418 MERCURE
(
ENIGMEN SAN
!
A peine fuis je nè , qu'ennemi de
moi- même
Je fonge à former man tombeau.
J'aime fort la verdure , & je ne bois
point d'eau danski spre
Dés qu'ilfaut travailler, mon plaifir
eft extrême.
Je ſuis toujours brun en naißant
Et je blanches engroſiſſant, odlook
Famufe lajeuneffe ; elle me cher
che & m'aime th
F'imite le ferpent & je change de
peau ,
Et quoique toûjours le même ,
Trois fois en moins d'un mois je
prens un air nouveau.
nouvelle
418 MERCURE
(
ENIGMEN SAN
!
A peine fuis je nè , qu'ennemi de
moi- même
Je fonge à former man tombeau.
J'aime fort la verdure , & je ne bois
point d'eau danski spre
Dés qu'ilfaut travailler, mon plaifir
eft extrême.
Je ſuis toujours brun en naißant
Et je blanches engroſiſſant, odlook
Famufe lajeuneffe ; elle me cher
che & m'aime th
F'imite le ferpent & je change de
peau ,
Et quoique toûjours le même ,
Trois fois en moins d'un mois je
prens un air nouveau.
Fermer