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3151
p. 194-209
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Début :
Il y a long-temps que le goût a lieu d'être blessé des disparates de l'Orchestre [...]
Mots clefs :
Théâtre, Actes, Opéra, Musique, Anonymat, Ouvrages, Scène, Composition, Drame, Public, Comédiens, Auteur, Genre, Symphonies, Talents
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles .
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Le texte aborde les disparités dans l'orchestre pendant les entractes des tragédies et comédies françaises, un sujet déjà traité par un anonyme dans une lettre aux Comédiens Français. Cet anonyme critique l'utilisation du 'charivari' italien et propose d'adopter des morceaux d'opéras français plus adaptés aux situations scéniques. Cependant, cette solution présente des difficultés, notamment la sélection et la direction des morceaux, ainsi que l'opposition potentielle de l'Opéra, qui pourrait voir ses œuvres surutilisées. Pour résoudre ces problèmes, le texte suggère de composer de nouvelles symphonies spécifiques aux entractes des pièces tragiques et comiques. Cela offrirait une nouvelle carrière à l'harmonie et à la musique imitative, tout en étant bénéfique pour les jeunes compositeurs. L'adoption de cette musique intéressante pourrait augmenter la fréquentation des musiciens au théâtre français et améliorer la déclamation et le récitatif musical. Le texte souligne également l'importance de l'habitude et de l'émulation pour former et perfectionner les auteurs de musique. Il espère que cette révolution ramènera le public vers des spectacles dignes et encouragera les grands talents. Enfin, il prévient contre les excès de luxe dans les arts et la nécessité de distribuer équitablement les avantages pour éviter la décadence du goût. Le texte discute également de l'impact positif de la symphonie du combat entre le quatrième et le cinquième acte de l'œuvre 'Dardanus' sur le public, soulignant les applaudissements et l'admiration qu'elle a suscités. Il encourage les auteurs, notamment le célèbre auteur de 'Dardanus', à enrichir et perfectionner les entreacts des ouvrages modernes et des pièces remises au théâtre. Le texte reconnaît le génie durable de Jean-Philippe Rameau et sa capacité à composer des morceaux détachés pour les opéras. Il aborde également la division entre l'oreille et le cœur dans les spectacles, soulignant les conséquences funestes de cette séparation. Le projet de réintroduire des symphonies dans les entreacts est présenté comme utile et sans préjudice pour les spectacles de Paris. Le texte réfute l'objection selon laquelle les symphonies sont inutiles après la suppression des lustres, affirmant que des morceaux de musique bien composés seraient écoutés avec attention. Il critique la précipitation entre les actes, contraire à l'illusion théâtrale, et invite Rameau à donner son avis sur cette question. Enfin, il annonce la publication de la réponse à une lettre dans le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3152
p. 211-214
FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Début :
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier, & fut complimenté le lendemain [...]
Mots clefs :
Fête, République de Venise, Prince, Bâtiment, Cérémonie, Épousailles de la mer, Magnificence, Dorures, Baldaquin, Couleurs, Argent, Illustrations, Ornements, Vénus, Bateaux, Inscriptions, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
FESTES PUBLIQUES .
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
Defcription de la Fête donnée à Venife au Duc
' Хокск .
Le Duc d'Yorck arriva ici le 26 du mois dernier
, & fut complimenté le lendemain par quatre
Députés qu'avoit nommés la République pour lai
faire tous les honneurs des à fon rang. Le 29 , ces
Prince alla vifiter l'Arfénal : les ouvriers de toutes
les différentes parties de ce grand Bâtiment exécuterent
en la préfence quelque ouvrage particu
lier de leur métier. Le 31 , jour de l'Afcenfion ,
la violence du vent obligea de renvoyer au Dimanche
fuivant , la cérémonie des époufailles de
la mer. Le même jour , les Députés donnerent
un grand repas au Duc d'Yorck dans l'Ile de
Muran. Le 3 de ce mois , la cérémonie des épou
failles de la mer fe fit avec la magnificence ordinaire
devant un concours prodigieux d'étrangers.
Le lendemain 4 , jour de la naiffance du Roi
d'Angleterre , les Députés donnerent à Son Alteffe
Royale le fpectacle de la courſe des Bateaux
nommée Régate ; c'eſt une fête qu'on réſerve ordinairement
pour de grandes occaſions : on n'en
avoit point donné depuis 1740 , où il y en eut une
en l'honneur du Prince Electoral de Saxe.
212 MERCURE DE FRANCE.
Vers les deux heures après - midi , la fête com →
mença par l'arrivée de neuf Peotes ou grands Bateaux
, qui s'avancerent au bruit des tymbales &
des trompettes. Ces Peotes étoient ornées d'emblêmes
& de figures allégoriques. La première
étoit toute argentée , & repréfentoit l'Elément de
l'Eau & le triomphe de Neptune. Ce Dieu étoit
fur la poupe fous un baldaquin de panaches noirs
& azurs mêlés d'algue ; il avoit fon Trident à la
main , & étoit environné de Tritons & autres Divinités
de la Mer.
La feconde , dorée & argentée , repréſentoit la
Terre , fous le fymbole de Cybèle vêtue magnifiquement
, couronnée de tours , & placée fous un
baldaquin de panaches rouges , noirs & azurs. La
proue formoit une colline d'or ornée d'arbriffeaux
chargés de fruits & garnie d'animaux. Les Rameurs
portoient des habits relatifs au ſujet , & voguoient
au fon des inftrumens.
La troifiéme , dont le fond étoit bleu célefte
avec des ornemens d'argent , repréſentoit l'Air.
La principale figure étoit l'enlèvement d'Orithie
par Borée : on y voyoit des zéphirs & des amours
qui fe réjouiffoient de cette aventure.
La quatriéme repréfentoit le Feu & étoit peinte
de la couleur de cet élément. On remarquoit d'un
côté Vulcain & les Cyclopes occupés à leurs travaux
, & de l'autre , Vénus qui venoit demander
des armes pour Enée. Ces quatre Peotes étoient
celles des Députés chargés de faire les honneurs
de la réception du Duc d'Yorck .
La cinquième , fond argent , repréſentoit la
pêche de la baleine . Le bas de la proue avoit la
forme d'une baleine ayant la gueule ouverte.
Tous les pêcheurs étoient habillés à l'Angloife.
Le reste de la Peote étoit garni de filets remplis de
poillons & de corbeilles pleines de perles & de
coral.
OCTOBRE . 1764. 213
La fixiéme repréfentoit le Char d'Apollon ou
du Soleil , tiré par quatre chevaux de différentes
couleurs. On y voyoit l'Aurore affife dans une
coquille & tirée par Pégafe : elle avoit à la main
un flambeau , avec lequel elle fembloit chaſſer la
nuit.
La feptiéme repréſentoit la Grande - Bretagne
menée en triomphe par l'Europe : on y voyoit de
tous côtés plufieurs figures d'hommes & d'ani
maux , & des richeffes de toute espéce des quatre
parties du Monde , des ornemens d'or & d'ar
gent , & c.
La huitiéme repréfentoit le triomphe de Miner
ve , Déefle de la Sageffe : elle avoit les ornemens
de la Royauté ; à fes deux côtés étoient cinq trophées
enrichis d'or , d'argent & de plumes , faifant
alluſion aux Beaux - Arts.
La neuviéme repréſentoit Vénus affile ſur un
Char tiré par quatre colombes , accompagnée de
Cupidon & environnée des amours.
Ces Péotes furent fuivies d'onze Biffones * , de
fix Malgarotes & de deux Ballotines ornées d'étoffes
& de dentelles d'argent. Les Rameurs , qui
étoient très-élégamment habillés , changerent
trois ou quatre fois d'habits , tous plus riches les
uns que les autres.
Enfin l'on commença la courfe des différens
Bâtimens : il y avoit dix Bateaux & dix Gondoles
à une rame ; dix Bateaux & dix Gondoles à deux
rames , & dix autres Bateaux à deux rames
* Les Biſſones font des Bateaux affez longs , à huit rames
& huit Rameurs ; les Malgarotes en ont fix , & les Bellotines
, quatre . Il y a fur chacun de ces Bateaux des Nobles
préposés pour veiller à la police & écarter les Gondoles
qui viendroient à la traverfe & fermeroient le pallage
aux Régatans : ils ont même des arcs avec lefquels ils décochent
des balles de terre cuite , d'un pouce de diamètre
ou environ , contre ceux qui ne fe rangent pas allez promp
tement,
214 MERCURE DE FRANCE .
*
manoeuvrés par des femmes. Tous ces Bateaux ,
excepté les dix derniers , partirent , ſelon l'uſage ,
de la pointe de Saint- Antoine & parcoururent
route la longueur du grand Canal jufques vers
l'Eglife de la Croix , où étoit planté un poteau
qui fervoit de bornes & autour duquel les Régatans
tournerent une fois & revinrent fur leurs pas
jufqu'à l'endroit de la Machine, où les Vaiffeaux
prirent en y arrivant les drapeaux qui font les
marques de leur victoire . Cette courſe eft d'environ
quatre mille quatre cens pas de cinq pieds
Vénitiens chacun. Les femmes ne partent que de
la Douane , ce qui fait environ un tiers du chemin
de moins. La Machine eft un édifice d'une belle
Architecture , avec des colonnes , des balustrades ,
&c. Elle repréfentoit le Palais de la Joie & étoit ornée
de figures de grandeur naturelle: au milieu de
cet Edifice on diftinguoit deux figures principales
repréfentant Venife & l'Angleterre : la première
fembloit embraffer celle- ci & avoit pour infcription
, Fadus æternum . On voyoit à leur côté la
Juftice & la Prudence , & au deffous Apollon ;
Venus & Diane. Le haut de la Machine , où il y
avoit un grand nombre de Muficiens , étoit terminé
par des guirlandes & des vafes de fleurs . Toutes
les fenêtres du grand Canal étoient ornées
de tapis & garnies d'une prodigieufe quantité de
fpectateurs.
* LepiedVénitien eft un peu plus grand que le
nôtre.
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Résumé : FESTES PUBLIQUES. Description de la Fête donnée à Venise au Duc d'YORCK.
Le texte relate les festivités organisées à Venise en l'honneur du Duc d'Yorck. Le Duc est arrivé le 26 du mois précédent et a été accueilli par des députés de la République. Le 29, il a visité l'Arsenal où les ouvriers ont présenté des démonstrations de leur métier. Le 31, en raison du mauvais temps, la cérémonie des épouvantails de la mer a été reportée au dimanche suivant. Ce même jour, les députés ont offert un grand repas au Duc sur l'île de Muran. Le 3, la cérémonie des épouvantails de la mer a eu lieu avec une grande magnificence et une affluence considérable d'étrangers. Le 4, à l'occasion de l'anniversaire du Roi d'Angleterre, les députés ont organisé une régate, une fête réservée aux grandes occasions et qui n'avait pas été donnée depuis 1740. Neuf grandes barques décorées d'emblèmes et de figures allégoriques ont participé à la course. Chaque barque représentait un élément naturel ou une divinité. La course a impliqué divers types de bateaux et de gondoles, manœuvrés par des hommes et des femmes. La course s'est déroulée sur une distance d'environ quatre mille quatre cents pas vénitiens, avec un point de retournement près de l'église de la Croix. La 'Machine', un édifice orné, représentait le Palais de la Joie et était décoré de figures allégoriques. Les fenêtres du grand Canal étaient ornées de tapis et remplies de spectateurs.
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3153
p. 148-149
De CADIX, le 14 Août 1764.
Début :
Ces jours derniers, on a débarqué ici un cadavre enseveli [...]
Mots clefs :
Cadavre, Cavernes, Sépulture, Conquête des Indes, Visage, Académie royale de chirurgie, Madrid, Vases
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texteReconnaissance textuelle : De CADIX, le 14 Août 1764.
De CADIZ , le 14 Août 1764.
Ces jours derniers , on a débarqué ici un cadavre
enfeveli dans une longue peau à peu près
femblable à celle d'un Ours : il a été trouvé ,
ainfi que plufieurs autres de la même eſpèce ,
dans des cavernes des Ifles Canaries , où l'on
affure qu'ils avoient leur fépulture avant la conquête
qui fut faite de ces les en 1407 , par
Jean de Betancourt , Gentil'homme Normand ,
& en 1483 par Pierre de Vera , Eſpagnol. Les
chairs de ce Cadavre , quoique défféchées , ſe
font néanmoins confervées elles n'ont aucune
flexibilité & font auffi dures que du bois ; de forte
NOVEMBRE . 1764. 149
qu'au fait ce cadavre paroît pétrifié , quoique
réellement il ne le foit pas. Les traits du vifage
font parfaitement marqués & paroillent être ceux
d'un jeune homme : on n'y reconnoît pas la moindre
détérioration , non plus qu'à aucune autre
partie du corps : le ventre n'eft pas plus affaiffé
que fi la perfonne fût morte depuis deux jours ;
on y remarque feulement un petit pli à la peau ; ce
cadavre a été envoyé à Madrid pour y être déposé
à l'Académie Royale de Chirurgie ; on avoit joint
à la caiffe qui le renfermoit , une autre caiffe
contenant deux ou trois vaſes & un petit moulin
à main trouvés dans la même caverne , ce qui fait
juger que chez les anciens habitans des Ifles Canaries
la coutume étoit de mettre dans le lieu
de la fépulture à côté des morts qu'ils inhumoient
des vafes remplis de liqueurs & de grains
Ces jours derniers , on a débarqué ici un cadavre
enfeveli dans une longue peau à peu près
femblable à celle d'un Ours : il a été trouvé ,
ainfi que plufieurs autres de la même eſpèce ,
dans des cavernes des Ifles Canaries , où l'on
affure qu'ils avoient leur fépulture avant la conquête
qui fut faite de ces les en 1407 , par
Jean de Betancourt , Gentil'homme Normand ,
& en 1483 par Pierre de Vera , Eſpagnol. Les
chairs de ce Cadavre , quoique défféchées , ſe
font néanmoins confervées elles n'ont aucune
flexibilité & font auffi dures que du bois ; de forte
NOVEMBRE . 1764. 149
qu'au fait ce cadavre paroît pétrifié , quoique
réellement il ne le foit pas. Les traits du vifage
font parfaitement marqués & paroillent être ceux
d'un jeune homme : on n'y reconnoît pas la moindre
détérioration , non plus qu'à aucune autre
partie du corps : le ventre n'eft pas plus affaiffé
que fi la perfonne fût morte depuis deux jours ;
on y remarque feulement un petit pli à la peau ; ce
cadavre a été envoyé à Madrid pour y être déposé
à l'Académie Royale de Chirurgie ; on avoit joint
à la caiffe qui le renfermoit , une autre caiffe
contenant deux ou trois vaſes & un petit moulin
à main trouvés dans la même caverne , ce qui fait
juger que chez les anciens habitans des Ifles Canaries
la coutume étoit de mettre dans le lieu
de la fépulture à côté des morts qu'ils inhumoient
des vafes remplis de liqueurs & de grains
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Résumé : De CADIX, le 14 Août 1764.
Le 14 août 1764, à Cadix, un cadavre emmailloté dans une peau semblable à celle d'un ours a été découvert dans des cavernes des îles Canaries. Plusieurs autres cadavres similaires ont été trouvés dans ces mêmes cavernes, utilisées comme sépultures avant la conquête des îles en 1407 par Jean de Betancourt et en 1483 par Pierre de Vera. Les chairs du cadavre, bien que desséchées, sont dures comme du bois, donnant l'apparence d'une pétrification. Le visage présente les traits d'un jeune homme sans détérioration visible. Le ventre n'est pas affaissé, suggérant une mort récente. Le cadavre a été envoyé à Madrid pour être déposé à l'Académie Royale de Chirurgie, accompagné de vases et d'un petit moulin à main trouvés dans la même caverne. Ces objets indiquent que les anciens habitants des îles Canaries avaient la coutume d'enterrer des récipients contenant des liquides et des grains avec les morts.
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3154
p. 180-182
Comédie Italienne.
Début :
M. RENAUD, dont nous avons déja parlé dans le Mercure précédent, [...]
Mots clefs :
Rôle, Timidité, Débutant, Jeu d'acteur, Spectacle, Ballet, Opéra, Légèreté, Grâces, Danse
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texteReconnaissance textuelle : Comédie Italienne.
Comédie Italienne.
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
M. RENAUD , dont nous avors
déja parlé dans le Mercure précédent ,
a continué fes débuts par le rôle de
Lucas dans les Aveux indifcrets , & a
repris quelques-uns des mêmes qu'il
avoit joués d'abord. La timidité fi naturelle
à un Débutant avoit paru nuire
à l'action de fon jeu qu'il a développé
depuis , & l'on peut dire , qu'il a juftifié
les encouragemens que l'on lui a
donnés. Il y a tout lieu d'efpérer qu'il
deviendra un Sujet très - utile pour ce
Spectacle.
Le 24 Octobre , on a donné la première
repréſentation d'Ulyffe dans l'Ifie
de Circe , Ballet férieux Héroï Pantomime
, de la compofition de M. Pitrot ,
dans lequel lui & fon Epoufe ( ci-devant
connue à ce même Spectacle & à l'Opéra
fous le nom de Mlle Rey ) ont
danfé les principales Entrées.
, La magnificence de ce Ballet la
beauté des fituations , les grâces & les
NOVEMBRE . 1764. 181
variétés du deffein , l'enſemble de l'éxé
cution , tout a répondu à la célébrité
que M. Pitrot s'eft acquife dans tous
les Pays de l'Europe où il a fait admirer
fes talens .
Le Public attendoit avec impatience
le moment de le revoir paroître fur un
Théâtre où il avoit laiffé un vuide trop
fenfible pour n'être point regretté . Les
applaudiffemens continuels qu'il a reçus
l'ont affure du nouveau plaifir qu'il a
fait , furtout dans le belle Chacone
de M. le Berton, dans laquelle M.Veftris
s'étoit diftingué d'une façon fi brillante
à l'Opéra. La comparaifon n'a point
nui à M. Pitrot ; c'eſt affez faire fon
éloge.
La légéreté , la précifion & les grâces
réunies dans la Danfe de Mde Pitrot ,
lui ont mérité des fuffrages unanimes.
Elle étoit déja reconnue pour une des
premières Danfeufes dans le genre brillant
; on a remarqué avec la plus vive
fatisfaction combien les leçons d'un
grand Maître ont fervi en elle à l'entière
perfection d'un Art où elle a fi
peu de rivales . Nous ne devons pas
oublier non plus de donner aux talens
naiffans de Mlles Louife & Mion Rey
182 MERCURE DE FRANCE.
fes Niéces , les juftes éloges qu'elles
méritent. Elles prouvent l'une & l'autre
que les grâces font héréditaires dans
leur Famille.
Nous donnons ici le Programme de
ce Ballet avec l'Epître au Public tels
que M. Pitrot les a donnés lui -même,
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Résumé : Comédie Italienne.
Le texte évoque les débuts de M. Renaud dans le rôle de Lucas dans 'Les Aveux indifférents', soulignant ses progrès malgré une timidité initiale. Son jeu a été encouragé, et il est attendu qu'il devienne un acteur utile pour le spectacle. Le 24 octobre, la première représentation de 'Ulysse dans l'Île de Circe', un ballet sérieux héroïque et pantomime composé par M. Pitrot, a eu lieu. M. Pitrot et son épouse, anciennement Mlle Rey, ont dansé les principales entrées. Le ballet a été salué pour sa magnificence, la beauté des situations, les grâces et les variétés du dessin, ainsi que l'ensemble de l'exécution, confirmant la célébrité de M. Pitrot en Europe. Le public, impatient de revoir M. Pitrot, l'a acclamé, notamment pour sa performance dans la chaconne de M. le Berton. Mme Pitrot a également été félicitée pour sa légèreté, précision et grâces, confirmant son statut de première danseuse dans le genre brillant. Les nièces de M. Pitrot, Mlles Louise et Mion Rey, ont été louées pour leurs talents naissants, prouvant que les grâces sont héréditaires dans leur famille. Le texte inclut également le programme du ballet et une épître au public fournis par M. Pitrot.
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3155
p. 182-184
AU PUBLIC.
Début :
MESSIEURS, Vous êtes les Juges & les Protecteurs des Talens : [...]
Mots clefs :
Talents, Hommages, Ballets, Conseils, Poèmes, Danseurs
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texteReconnaissance textuelle : AU PUBLIC.
AU PUBLIC.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
MESSIEURS ,
Vous êtes les Juges & les Protecteurs
des Talens : vous les voyez naître ;
vous les encouragez ; vous les éclairez
& ils fe forment pour vous plaire . Vous
feuls avez des droits fur leurs hommages,
& c'eft à vous que j'adreffe les miens.
Vous avez daigné m'accueillir , lorfque
fur la fin de l'année 1758 , j'ai préfenté
à vos yeux les Baliets héroïques
de Télémaque dans l'Ile de Calypfo ;
du Sultan généreux ; de la Difpute des
Faunes & des Bergers , pour les Amadryades
, & c. Et je viens aujourd'hui
foumettre à vos lumières celui d'Ulyſſe
dans l'Ile de Circé . Ce genre de Ballets,
en action & en expreflion , longtemps
NOVEMBRE . 1764. 183
inconnu dans la Capitale , demande ,
vous le fçavez , une expofition , une
intrigue , des fituations , un dénouement
j'ai fait tous mes efforts pour
réunir ces quatre parties effentielles ; &
les fuffrages que vous m'avez accordés ,
m'ont fait croire que j'avois rempli
du moins à quelques égards , l'idée que
vous aviez conçue de mes Poëmes ; je
fens combien ils font loin encore de la
perfection mais ma docilité à fuivre
vos confeils toujours fages & refléchis ,
à me conformer à votre goût toujours
fùr , y aura bientôt corrigé ce que vous
y trouverez de défectueux . Cependant
plus j'apporterai de foin à la compofition
de ces Poëmes , & plus l'éxécution
en deviendra difficile . Il faut de
l'âme , du fentiment , de la pratique ,
pour en faifir & en rendre les nuances &
les fineffes; en un mot, il faut des Acteurs.
De quelle indulgence , MESSIEUR s, ne
vont donc pas avoir befoin des Danfeurs
& des Danfeufes , qui , accoutumés à
figurer dans de petits divertiffemens , ne
connoiffent point encore cette expreffion
néceffaire dans les Ballets que
je vais donner. Ces Danfeurs & ces
Danfeufes , animés du zéle le plus ardent
, ont recours à vos bontés : vous
184 MERCURE DE FRANCE .
ne les refufez jamais à ceux qui ont
envie de réuífir ; & je les follicite pour
eux , & furtout pour moi , que des affaires
& quelques accidens ont obligé
de négliger un talent , que l'on n'entretient
& que l'on n'augmente que par
un exercice continuel. J'ofe me flatter
des plus grands fuccès, MESSIEURS ,
fi un travail affidu , fi un dévouement
entier à vos moindres volontés , fi le
defir enfin que j'ai de vous amufer &
de vous intéreffer , fuffifent pour les
mériter.
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Résumé : AU PUBLIC.
L'auteur s'adresse aux juges et protecteurs des talents, reconnaissant leur rôle dans l'encouragement des artistes. Il mentionne avoir présenté des ballets héroïques en 1758, tels que 'Télémaque dans l'Ile de Calypso', 'le Sultan généreux' et 'la Dispute des Faunes & des Bergers'. Aujourd'hui, il présente 'Ulysse dans l'Ile de Circé', un genre de ballet peu connu à Paris, nécessitant une exposition, une intrigue, des situations et un dénouement. L'auteur exprime ses efforts pour réunir ces éléments essentiels et sa gratitude pour les suffrages reçus, tout en reconnaissant que ses œuvres sont loin de la perfection. Il souligne la difficulté croissante de la composition et de l'exécution de ces ballets, nécessitant de l'âme, du sentiment et de la pratique. Il appelle à l'indulgence pour les danseurs et danseuses, habitués à de petits divertissements, mais désireux de s'améliorer. L'auteur sollicite le soutien du public pour ces artistes et exprime son espoir de succès grâce à son travail assidu et son dévouement à satisfaire les volontés du public.
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3156
p. 184-185
ACTEURS DU BALLET.
Début :
ULYSSE, Roi d'Itaque M.Pitrot, l'aîné. CIRCÉ, Fille du Soleil [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACTEURS DU BALLET.
ACTEURS DU BALLET.
ULYSSE , Roi d'Itaque. M. Pitrot , l'aîné .
CIRCÉ , Fille du Soleil &
Fameule Magicienne. Mde Pitrot:
CHEFS DES MATE LOTS .
MM. Berquelaure , Reflier , Grenier , Giguet
Salpetier , Bataille.
GUERRIERS DE LA SUITE D'ULYSSE
MM: Leclerc , Claufe , Guiller , Auger , Ben
tinazzi , Desombrages , Beaupré , Dorignis
NYMPHES COMPAGNES DE CIRCE
Mlles Riviere , Carlin.
NOVEMBRE . 1764. 185
AUTRES NYMPHE S.
Miles Louife Rey , Mion Rey , Dumalg ,
Dubuiffon , Lefevre , Colombe , Dauviliers, Marlet,
Verdot , Desjardins , Galodier , Marquife.
PETITS AMOURS , JEUX FT PLAISIRS.
MM. Alix.
Simonnet.
Beaulieu
Romain.
Mlles Le Roi.
Audinot:
Dervieux.
Adelaide.
Plufieurs Compafes en Guerriers & Matelots
de la fuite d'Ulyffe , dont une partie eft tranf--
formée en Bêtes feroces par le pouvoir de Circé .
ULYSSE , Roi d'Itaque. M. Pitrot , l'aîné .
CIRCÉ , Fille du Soleil &
Fameule Magicienne. Mde Pitrot:
CHEFS DES MATE LOTS .
MM. Berquelaure , Reflier , Grenier , Giguet
Salpetier , Bataille.
GUERRIERS DE LA SUITE D'ULYSSE
MM: Leclerc , Claufe , Guiller , Auger , Ben
tinazzi , Desombrages , Beaupré , Dorignis
NYMPHES COMPAGNES DE CIRCE
Mlles Riviere , Carlin.
NOVEMBRE . 1764. 185
AUTRES NYMPHE S.
Miles Louife Rey , Mion Rey , Dumalg ,
Dubuiffon , Lefevre , Colombe , Dauviliers, Marlet,
Verdot , Desjardins , Galodier , Marquife.
PETITS AMOURS , JEUX FT PLAISIRS.
MM. Alix.
Simonnet.
Beaulieu
Romain.
Mlles Le Roi.
Audinot:
Dervieux.
Adelaide.
Plufieurs Compafes en Guerriers & Matelots
de la fuite d'Ulyffe , dont une partie eft tranf--
formée en Bêtes feroces par le pouvoir de Circé .
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Résumé : ACTEURS DU BALLET.
Le ballet présente Ulysse, roi d'Ithaque, joué par M. Pitrot, et Circé, magicienne, interprétée par Mme Pitrot. Les rôles secondaires incluent les chefs des matelots, les guerriers de la suite d'Ulysse, les nymphes compagnes de Circé, et les petits amours. La représentation a eu lieu en novembre 1764.
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3157
p. 185-186
Première Décoration du Ballet.
Début :
Le Théâtre représente, sur le devant, une grande Fôret parsemée [...]
Mots clefs :
Décoration, Théâtre, Forêt, Mer, Jardin, Palais, Ulysse, Circé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Première Décoration du Ballet.
Première Décoration du Ballet.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
Le Théâtre repréfente , fur le devant,
une grande Fôret parfemée de quelques
Bofquets agréables : dans le fond
L'on voit la Mer entourée de Rochers
efcarpés.
Deuxième Décoration.
>
Le Théâtre repréfente, fur le devant ,
un Jardin magnifique aboutiffant ài
un Parterre qui conduit au Palais enchanté
de Circé.
186 MERCURE DE FRANCE.
Troifiéme Décoration.
Même bois de la première Décoration
, & la Mer qui fe couvre des
Vaiffeaux de la Flotte d'Ulyffe.
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3158
p. 186-190
ARGUMENT.
Début :
Ulysse, Roi d'Ithaque, fut un de ceux qui contribuerent le plus [...]
Mots clefs :
Ulysse, Circé, Vaisseaux, Magicienne, Guerriers, Bêtes féroces, Mer, Îles, Désir, Amour
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texteReconnaissance textuelle : ARGUMENT.
ARGUMENT.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
LYSSE , Roi d'Ithaque , fut un
de ceux qui contribuerent le plus à la
deftruction de la fameuſe Ville de Troye.
Peu de temps après cette deftruction ,
il remonta fur fes Vaiffeaux pour retourner
dans fa Patrie ; mais la Divinité
, qui lui étoit contraire , fit fufciter
des vents & des tempêtes qui l'obligerent
de relâcher dans une Ifle habitée par
Circé , fameufe Enchanterelle.
C'eft ici que commence l'action repréfentée
par le Ballet.
-
Avant d'aborder fur le rivage , Ulyſſe
envoye quelques uns de fes Compagnons
pour reconnoître l'ifle . Ces Guerriers
rencontrent Circé; lui découvrent
qui ils font , & lui apprennent que le
grand Ulyffe , Roi d'Ithaque , eft avec
NOVEMBRE 1764. 187
eux elle témoigne beaucoup de plaifir
à les voir , & leur offre toute forte
de rafraîchiffemens. Ils les acceptent :
& auffi - tôt qu'ils ont bû certain breuvrage
qu'elle leur fait donner, ils fe trouvent
transformés , les uns en Statues ,
& d'autres en Bêtes féroces , comme
Lions , Tigres , Ours , Loups & Sangliers
. Ulyfe ne les voyant point revenir
, fait mettre une Chaloupe en
Mer pour les venir chercher ; mais auffitôt
qu'il y entre , cette Chaloupe eſt
changée en un Char tiré par des Chevaux
marins. La Mer à l'inftant fe couvre
de Tritons & de Néréïdes qui compofent
un Concert avec des Conques Marines.
Circé reçoit Ulyffe avec de grandes
démonftrations de joie , tandis que fes
Nymphes s'empreffent autour des Chefs
des Matelots. Dans le moment qu'ils
font arrivés , la Mer & les Rivages fe
changent en un lieu de délices , où
l'on voit un Palais & des Jardins magnifiques.
Ulyffe eft étonné de ces enchantemens
; mais comme il a vû que
cela s'eft fait par un feul coup de baguette
, il commence à croire qu'il eft
chez une Magicienne : furpris de plus
en plus de n'appercevoir qu'une partie
de fes Compagnons , il foupçonne qu'ils
188 MERCURE DE FRANCE.
font métamorphofés ; & que fi cela eft ,
il ne pourra les délivrer que par rufes
Pour en fçavoir la vérité , il feint d'être
amoureux de Circé , & ordonne aux
Matelots de fa fuite de former , avec
les Nymphes du lieu , des danfes &
des Jeux pour la divertir. Circé , qui
a fenti la plus vive paffion pour Ulyffe
dans le premier moment qu'elle l'a
vù , cherche les moyens de fe l'atracher
pour toujours. Elle fuppofe avoir
quelques ordres à donner dans fon
Palais & fe fait fuivre par fes Nymphes
& par les Matelots de la Suite du
Roi : prétexte dont elle fe fert pour
aller compofer un breuvage qui foit
capable de l'arrêter auprès d'elle autant
de temps qu'elle le defirera.
Ulyje le voyant feul , profite de ce
moment pour chercher les Guerriers
qu'il avoit envoyés à la découverte de
l'Ifle ; & s'approchant , par hazard
de quelques Statues , il entend des fons
mal articulés , qui lui font comprendre
que fes fidéles Ithaciens ont été ainfi
métamorphofés. Un inftant après , il
voit venir à lui des Bêtes féroces , qui'
au lieu de l'effrayer femblent lui faire
des careffes il reconnoît aifément que'
ce font encore là quelques - uns de fes
:
NOVEMBRE . 1764. 189
Compagnons , ce qui le met au défeſpoir
; mais la réflexion lui revient ;
& il fonge à employer quelque rufe
pour les délivrer , & fe fauver lui-même
des périls dont il eft menacé. Circé revient
bientôt accompagnée des mêmes
Pefonnes avec qui elle s'étoit rétirée
dans fon Palais ; & voyant à Ulyffe un
air chagrin , elle l'attribue au féjour
que la tempête le force de faire dans
fon Ifle , lui propofe de prendre du
repos , dont elle croit qu'il doit avoir
befoin , lui offre des rafraîchiffemens ,
parmi lesquels eft le breuvage qu'elle
lui a préparé. Mais Ulyffe , qui fe défie
de tout , fçait éviter de le prendre , &
feint fi bien , qu'elle le croit auffi amou
reux qu'elle le defire : elle fait auffitot
paroître une troupe de petits Amours
qui , avec des guirlandes de fleurs forment
des danfes charmantes , pendant
lefquelles Ulyffe a Padreffe d'obtenir de
Circé la baguette magique, dont il fe fert
bientôt pour faire ceffer fes enchantemens,
& rendre la première forme à fes
Compagnons : le Palais, les Jardins, tout
s'évanouit en un clin d'oeil ; l'on voit
à leur place reparoître la Mér couverte
des vaiffeaux d'Ulyſſe , dans lefquels il
court s'embarquer. Ses Guerriers brûlants
de fe venger des enchantemens
190 MERCURE DE FRANCE .
, &
de la Magicienne , emménent fes Nymphes
avec eux : Circé veut s'y oppofer
& eft arrêtée par un coup de baguette.
La flotte fe met en mouvement
on la perd bientôt de vue. Circé ainfi
abandonnée , fe livre à fon défefpoir :
elle décrit quelques fignes magiques ,
à la fin defquels paroît un Char traîné
par des Dragons aîlés qui vomiffent
feu & flamme. Le Ciel s'obscurcit ; les
éclairs brillent ; le tonnèrre gronde ; au
milieu de ce fracas épouvantable , Circé
monte avec précipitation fur fon Char
fend les airs , & vole à la fuite de fon
Amant.
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Résumé : ARGUMENT.
Le texte narre les péripéties d'Ulysse, roi d'Ithaque, après la chute de Troie, alors qu'il tente de regagner sa patrie. Son voyage le conduit sur une île habitée par Circé, une enchanteresse. Avant de débarquer, Ulysse envoie des compagnons en reconnaissance. Ces derniers, accueillis par Circé, consomment un breuvage qui les transforme en statues ou en bêtes féroces. Inquiet de leur absence, Ulysse part à leur recherche. Sa chaloupe se métamorphose en char tiré par des chevaux marins, et il est accueilli par Circé et ses nymphes dans un lieu enchanté. Ulysse, méfiant, feint d'être amoureux de Circé pour gagner sa confiance. Il découvre alors que ses compagnons ont été métamorphosés et utilise une ruse pour obtenir la baguette magique de Circé, permettant ainsi de libérer ses hommes. La flotte d'Ulysse repart, laissant Circé désemparée. Cette dernière invoque un char tiré par des dragons ailés pour poursuivre Ulysse.
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3159
p. 190-196
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
Début :
MONSIEUR, Si c'est un tribut dû à la mémoire des hommes célèbres [...]
Mots clefs :
Génie, Musique, Oeuvres, Hommes, Hommages, Duc, Violon, Talents, Symphonie, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
LETTRE à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
La lettre rend hommage à Jean-Marie Leclair, un célèbre musicien français décédé la nuit du 22 au 23 octobre 1764. Né à Lyon le 16 mai 1697, Leclair était le fils d'Antoine Leclair, musicien de Louis XIV, et de Benoîte Ferrière. Au cours de sa carrière, il a servi divers patrons, notamment les Bonnier, avant de devenir premier symphoniste de Louis XV. Leclair a composé plusieurs œuvres notables, incluant des sonates, des duos, des trios, des concertos, et l'opéra 'Scilla et Glaucus'. À l'âge de soixante ans, il a repris son activité musicale grâce au soutien du Duc de Gramont, qui l'a pensionné. Leclair a également collaboré avec d'autres compositeurs sur des ballets et des tragédies. Connu pour sa simplicité et son sérieux, il a marqué l'Europe par ses sonates et son influence sur l'art du violon. Sa mort a été ressentie comme une grande perte, tant par ses contemporains que par le Duc de Gramont, qui lui était très attaché.
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3160
p. 197-199
SUPPLÉMENT à l'Art. des Sciences MÉDECINE. Gouttes sciatiques & Rhumatismes.
Début :
AUTANT le traitement de la Goutte effrayoit ceux qui en font affligés, [...]
Mots clefs :
Goutte, Remède, Maux, Soulagement, Poudre balsamique, Baume végétal, Effets positifs, Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Sciences MÉDECINE. Gouttes sciatiques & Rhumatismes.
SUPPLÉMENT à l'Art . des Sciences
MÉDECINE.
Gouttes fciatiques & Rhumatifmes.
AUTANT UTANT le traitement de la Goutte
éffrayoit ceux qui en font affligés , &
trouvoit des contradicteurs , autant les
fuccès répétés depuis dix années d'une
pratique auffi douce que fimple & méthodique,
portent le calme & la confiance
dans les efprits prévenus. Les maux des
Goutteux ne fe bornoient pas à la feule
violence des tourmens & des révolutions
les plus funeffes ; le plus cruel de tous
étoit le défaut d'aucune efpéce de foulagement
. Je dois leur mettre fous les
yeux ce que l'expérience m'a appris
en leur faveur.
La Poudre balfantique infufée dans de
l'eau , en forme de thé , ou dans une
eau de veau conformément au tempé
rament de chacun , calme les accès les
plus vifs , & agit uniquement par les
urines & par une tranfpiration un peu
augmentée fans fueur ; les fuccès plus
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
,
ou moins prompts dépendent de l'ad
miniftration propre à chacun. Ce réméde
empêche que les nodofités fe
forment & s'oppofe aux révolutions
fuivant l'attention qu'on apporte dans
fon ufage. Le Baume végétal , par fes
qualités propres à l'eftomach , rend les
digeftions parfaites forme un fang
bien travaillé & donne du reffort ; c'eſt
par ce moyen qu'il éloigne les accès ;
fon action n'échauffe point , & il eſt
parfait anti - fcorbutique. Ceux qui ne
peuvent fe gêner fur rien pendant qu'ils
en font ufage , ou qui ont des complications
qu'ils ne déclarent point
font dans le cas d'en recevoir peu d'effets.
Le fruit que j'ai tiré de ma pratique
, eft une connoiffance particulière
des effets des différens remédes employés
en Europe ; leur danger , leur
inutilité , ou leurs vrais moyens , ce qui
forme l'objet le plus intéreffant par les
funeftes accidens qui en résultent. Je
me flatte par mes foins continués de
rendre de jour en jour le traitement
de la Goutte auffi familier que celui
des fiévres intermittentes ; c'est -à - dire ,
d'affurer les moyens calmans dans tous
les cas , & ceux d'éloigner les accès ; ·
c'est tout ce que l'on peut propo fer
NOVEMBRE. 1764. 199
il faut être précis & net fur fon état
en me confultant. Je ne reçois que les
Lettres affranchies. Je loge rue du Gros
Chenet , Quartier Montmartre , à Paris.
C. DE MONGERBET , Médecin du
Roi & Ordinaire de fes Bâtimens .
MÉDECINE.
Gouttes fciatiques & Rhumatifmes.
AUTANT UTANT le traitement de la Goutte
éffrayoit ceux qui en font affligés , &
trouvoit des contradicteurs , autant les
fuccès répétés depuis dix années d'une
pratique auffi douce que fimple & méthodique,
portent le calme & la confiance
dans les efprits prévenus. Les maux des
Goutteux ne fe bornoient pas à la feule
violence des tourmens & des révolutions
les plus funeffes ; le plus cruel de tous
étoit le défaut d'aucune efpéce de foulagement
. Je dois leur mettre fous les
yeux ce que l'expérience m'a appris
en leur faveur.
La Poudre balfantique infufée dans de
l'eau , en forme de thé , ou dans une
eau de veau conformément au tempé
rament de chacun , calme les accès les
plus vifs , & agit uniquement par les
urines & par une tranfpiration un peu
augmentée fans fueur ; les fuccès plus
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
,
ou moins prompts dépendent de l'ad
miniftration propre à chacun. Ce réméde
empêche que les nodofités fe
forment & s'oppofe aux révolutions
fuivant l'attention qu'on apporte dans
fon ufage. Le Baume végétal , par fes
qualités propres à l'eftomach , rend les
digeftions parfaites forme un fang
bien travaillé & donne du reffort ; c'eſt
par ce moyen qu'il éloigne les accès ;
fon action n'échauffe point , & il eſt
parfait anti - fcorbutique. Ceux qui ne
peuvent fe gêner fur rien pendant qu'ils
en font ufage , ou qui ont des complications
qu'ils ne déclarent point
font dans le cas d'en recevoir peu d'effets.
Le fruit que j'ai tiré de ma pratique
, eft une connoiffance particulière
des effets des différens remédes employés
en Europe ; leur danger , leur
inutilité , ou leurs vrais moyens , ce qui
forme l'objet le plus intéreffant par les
funeftes accidens qui en résultent. Je
me flatte par mes foins continués de
rendre de jour en jour le traitement
de la Goutte auffi familier que celui
des fiévres intermittentes ; c'est -à - dire ,
d'affurer les moyens calmans dans tous
les cas , & ceux d'éloigner les accès ; ·
c'est tout ce que l'on peut propo fer
NOVEMBRE. 1764. 199
il faut être précis & net fur fon état
en me confultant. Je ne reçois que les
Lettres affranchies. Je loge rue du Gros
Chenet , Quartier Montmartre , à Paris.
C. DE MONGERBET , Médecin du
Roi & Ordinaire de fes Bâtimens .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Sciences MÉDECINE. Gouttes sciatiques & Rhumatismes.
Le texte, rédigé par C. de Mongerbet, médecin du Roi, traite du traitement de la goutte, une maladie douloureuse et invalidante. Mongerbet propose une méthode douce et méthodique, éprouvée au fil des années. Il recommande l'utilisation de la Poudre balfantique, infusée dans de l'eau ou une eau de veau, pour calmer les accès violents et favoriser l'élimination des toxines par les urines et la transpiration. Ce remède prévient également la formation de nodules et les crises suivantes, à condition d'un usage attentif. Le Baume végétal est suggéré pour améliorer la digestion, renforcer l'organisme et éloigner les accès sans effet chauffant, tout en étant antiscorbutique. Cependant, son efficacité peut être réduite chez ceux qui ne suivent pas les recommandations ou ont des complications non déclarées. Mongerbet affirme posséder une connaissance approfondie des remèdes européens et vise à rendre le traitement de la goutte aussi familier que celui des fièvres intermittentes. Il insiste sur la nécessité de consulter précisément et de manière franche. Il loge rue du Gros Chenet, Quartier Montmartre, à Paris, et ne reçoit que des lettres affranchies.
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3161
p. 206
SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Début :
On a oublié de dire que M. Leclair avoit eu la Médaille de Lyon, [...]
Mots clefs :
Médaille, Ambassadeur extraordinaire, Composition, Concert
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
SUPPLÉMENT à la Lettre inférée dans
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
le Mercure de Novembre , furfeu M.
LE CLAIR , premier Symphonifie
du Roi.
Na oublié de dire que M. Leclairavoit
eu la Médaille de Lyon , que l'on
donne aux Ambaffadeurs Extraordinaires
, & que l'Infant Don Philippe l'avoir
demandé pour fon Concert.
M. Leclair laiffe un Eléve , nommé-
Geoffroy , à qui il a montré à jouer du
violon , & la compofition , lequel marche
à grands pas fur les traces de fon
Maître. Il appartient à M. le Duc de
Gramont depuis bien des années. Il fera
paroître ce mois - ci l'Ariette du Loup
de fa compofition.
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Résumé : SUPPLÉMENT à la Lettre insérée dans le Mercure de Novembre, sur feu M. LECLAIR, premier Symphoniste du Roi.
Le document, supplément à une lettre du Mercure de Novembre, mentionne Jean-Baptiste Leclair, premier symphoniste du Roi, qui a reçu la Médaille de Lyon grâce à l'Infant Don Philippe. Leclair a un élève, Geoffroy, qu'il forme au violon et à la composition. Geoffroy, appartenant à M. le Duc de Gramont, publiera bientôt l'ariette du Loup.
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3162
p. 206-208
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
Début :
Le Rossignol de Cythère, ou le langage du Coeur. - Le Triomphe de Bacchus, Almanach. [...]
Mots clefs :
Almanach, Nouveautés, Tablettes, Calendriers, Libraire
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
SUPPLEMENT à l'Article des Nou
velles Littéraires .
ALMANACHS NOUVEAUX.
L
E Roffignol
de Cythère
, ou le lan
gage
du Coeur
. Le Triomphe
de Bacchus
, Almanach
. Ramponeau
.
Le:
DECEMBRE. 1764. 207”
nouveau Chanfonnier , ou le Porte-
Feuille de Pégafe.Le Deffert des bonnes
Compagnies .- Mêlanges agréables
& amufans.Les Prophéties galantes..
-Le Paffe-temps galant.- Collection
Lyrique. - Le Calendrier perpétuel ,
Almanach du ménage.-Ah ! qu'il eft
drôle.-L'Amour ,, Poëte & Muficien.
Etrennes d'Apollon . -L'Almanach
de la petite Pofte de Paris.-Tablettes
Mythologiques & Pittorefques , ou Explication
& manière de connoître les.
différens Tableaux & Statues. - Le Cadeau
de l'Amour: -Les Délaffemens de
Paphos , Etrennes favorites . Les Dépêches
du jour de l'An , Etrennes chantantes
, dédiées aux Graces . Le Salmi
gondis lyrique, Almanach à la grecque.
Le Calendrier des Amours ou le
Manuel des Galans. Almanach fuperflu
, ou nouveau Spécifique contre
Finfomnie. Etrennes comiques , Almanach
gaillard .- Le Pas de Clerc , ou
l'Opium lyrique.
On trouve un affortiment complet de:
tous les Almanacs chantans & autres in
téreffans , chez Grangé & Dufour , Im
primeur- Libraires , au Cabinet Litté
raire , Pont Notre-Dame , près de la
Pompe, & vers le milieu du quai, der
208 MERCURE DE FRANCE.
Gêvres , à la Fortune , à côté du fieur
Contat , Marchand Tablettier , en face
du fieur Parizi, Marchand Bijoutier &
de Modes , au Roi de Pologne.
On trouve auffi chez Guyllin , Libraire
, quai des Auguftins , proche le Pont
S. Michel , au Lys d'or , le petit Tableau
de l'Univers , pour 1765 ; qui
comprend la defcription de tous les Pays
& Villes du Monde , leurs pofitions &
diſtances de Paris , les grandes routesde
terre, de mer & de rivières de France,
& les Gouvernemens Généralités ,
Refforts des Parlemens , & c , & c , & c.
Prix 2 liv . relié.
velles Littéraires .
ALMANACHS NOUVEAUX.
L
E Roffignol
de Cythère
, ou le lan
gage
du Coeur
. Le Triomphe
de Bacchus
, Almanach
. Ramponeau
.
Le:
DECEMBRE. 1764. 207”
nouveau Chanfonnier , ou le Porte-
Feuille de Pégafe.Le Deffert des bonnes
Compagnies .- Mêlanges agréables
& amufans.Les Prophéties galantes..
-Le Paffe-temps galant.- Collection
Lyrique. - Le Calendrier perpétuel ,
Almanach du ménage.-Ah ! qu'il eft
drôle.-L'Amour ,, Poëte & Muficien.
Etrennes d'Apollon . -L'Almanach
de la petite Pofte de Paris.-Tablettes
Mythologiques & Pittorefques , ou Explication
& manière de connoître les.
différens Tableaux & Statues. - Le Cadeau
de l'Amour: -Les Délaffemens de
Paphos , Etrennes favorites . Les Dépêches
du jour de l'An , Etrennes chantantes
, dédiées aux Graces . Le Salmi
gondis lyrique, Almanach à la grecque.
Le Calendrier des Amours ou le
Manuel des Galans. Almanach fuperflu
, ou nouveau Spécifique contre
Finfomnie. Etrennes comiques , Almanach
gaillard .- Le Pas de Clerc , ou
l'Opium lyrique.
On trouve un affortiment complet de:
tous les Almanacs chantans & autres in
téreffans , chez Grangé & Dufour , Im
primeur- Libraires , au Cabinet Litté
raire , Pont Notre-Dame , près de la
Pompe, & vers le milieu du quai, der
208 MERCURE DE FRANCE.
Gêvres , à la Fortune , à côté du fieur
Contat , Marchand Tablettier , en face
du fieur Parizi, Marchand Bijoutier &
de Modes , au Roi de Pologne.
On trouve auffi chez Guyllin , Libraire
, quai des Auguftins , proche le Pont
S. Michel , au Lys d'or , le petit Tableau
de l'Univers , pour 1765 ; qui
comprend la defcription de tous les Pays
& Villes du Monde , leurs pofitions &
diſtances de Paris , les grandes routesde
terre, de mer & de rivières de France,
& les Gouvernemens Généralités ,
Refforts des Parlemens , & c , & c , & c.
Prix 2 liv . relié.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ALMANACHS NOUVEAUX.
Le document est un supplément aux Nouvelles Littéraires, listant divers almanachs et publications pour l'année 1764. Parmi les titres notables figurent 'Le Roffignol de Cythère', 'Le Triomphe de Bacchus', 'Le nouveau Chanfonnier', 'Les Prophéties galantes', 'Le Calendrier perpétuel', 'Etrennes d'Apollon' et 'Le Calendrier des Amours'. Ces publications couvrent des sujets variés tels que la poésie, la musique, des guides pratiques et des collections lyriques. Les almanachs sont disponibles chez Grangé & Dufour, imprimeurs-libraires au Cabinet Littéraire sur le Pont Notre-Dame, ainsi que chez Guyllin, libraire au quai des Augustins. Le 'petit Tableau de l'Univers' pour 1765, détaillant les pays, villes, routes et gouvernements, est également mentionné et vendu 2 livres relié.
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3163
p. 208
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
Début :
Le Catalogue des Livres de la Bibliothèque de Feue Mde La Marquise [...]
Mots clefs :
Marquise de Pompadour, Imprimeur, Catalogue des livres de la bibliothèque
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
SUPPLEMENT à l'Annonce des Livres.
LE Catalogue des Livres de la Bibliothéque
de Feue Mde LA MARQUISE DE POMPADOUR ,
fe diftribuera dans le courant du mois prochain ,
chez M. HERISSANT , Imprimeur du Cabinet du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue de la
Parcheminerie.
LE Catalogue des Livres de la Bibliothéque
de Feue Mde LA MARQUISE DE POMPADOUR ,
fe diftribuera dans le courant du mois prochain ,
chez M. HERISSANT , Imprimeur du Cabinet du
Roi , rue S. Jacques , au coin de la rue de la
Parcheminerie.
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3164
p. 208-209
SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
Début :
Le 3 Octobre dernier est décédé à Paris M. Pierre-Charles Roy, Chevalier de S. [...]
Mots clefs :
Chevalier, Théâtre lyrique, Ouvrages, Poète, Recueil de poésies, Rumeurs, Éloge
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre.
Mort de M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Poëte Lyrique.
LR 3 Octobre dernier eſt décédé à Paris M •
Pierre- Charles Ror , Chevalier de S. Michel,
DECEMBRE . 1764. 209
>
Callirrhoé & le Ballet des Elémens faffiroient à la
célébrité des talens de ce Poëte pour le Théâtre
Lyrique. On connoît de lui beaucoup d'autres
Ouvrages du même genre , qui ne font pas
moins d'honneur à fa Mufe. Le caractère particulier
du génie de ce Poëte étoit d'avoir tellement
étudié les Poëtes Latins & principale- .
ment Ovide , qu'il fe les étoit appropriés. Il a
fait paffer une grande quantité de leurs pentées ,
on pourroit dire prèfque de leurs vers dans les
fiens Il a compofé auffi un Recueil de Poéfies
diverfes , imprimé depuis long -temps , où l'on
trouve des chofes affez agréablement imaginées ,.
& far-tout fort correctement verfifiées . Il eft mort
à l'âge de 81 ans , ignoré du Monde & de la Société
depuis plus de dix ou douze ans.
Nous avions par erreur , & fur la foi d'une.
rumeur publique , annoncé la mort de cet Auteur
dès l'année précédente. Nous avons été ou prévenus
ou fuivis , dans cette erreur , par tous les Journaliſtes
& tous les Papiers publics : enforte que
l'Auteur du nouveau Nécrologe , en annonçant il
y a quelques mois celui du mois de Janvier prochain
, promettoit , entr'autres Eloges hiftoriques
de Perfonnes célèbres décédées dans le courant de
cette année , celui de M. Roy , qui n'étoit pas encore
mort alors. Que ceux qui condamnent les
erreurs trop fréquentes des Hiftoriographes du
Théâtre ou de la Littérature , fondées fur celles
des Ecrivains contemporains , apprennent par
cet exemple , que la plupart font dues à la négligence
impardonnable des familles ; lefquelles ,
comme en cette occafion , loin de prendre l'intérêt
convenable pour informer la Poftérité de ce qui
concerne les talens qui les ont honorées , ne,
daignent pas même faire conftater le temps & le
terme de leur exiſtence.
Mort de M. Roy , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Poëte Lyrique.
LR 3 Octobre dernier eſt décédé à Paris M •
Pierre- Charles Ror , Chevalier de S. Michel,
DECEMBRE . 1764. 209
>
Callirrhoé & le Ballet des Elémens faffiroient à la
célébrité des talens de ce Poëte pour le Théâtre
Lyrique. On connoît de lui beaucoup d'autres
Ouvrages du même genre , qui ne font pas
moins d'honneur à fa Mufe. Le caractère particulier
du génie de ce Poëte étoit d'avoir tellement
étudié les Poëtes Latins & principale- .
ment Ovide , qu'il fe les étoit appropriés. Il a
fait paffer une grande quantité de leurs pentées ,
on pourroit dire prèfque de leurs vers dans les
fiens Il a compofé auffi un Recueil de Poéfies
diverfes , imprimé depuis long -temps , où l'on
trouve des chofes affez agréablement imaginées ,.
& far-tout fort correctement verfifiées . Il eft mort
à l'âge de 81 ans , ignoré du Monde & de la Société
depuis plus de dix ou douze ans.
Nous avions par erreur , & fur la foi d'une.
rumeur publique , annoncé la mort de cet Auteur
dès l'année précédente. Nous avons été ou prévenus
ou fuivis , dans cette erreur , par tous les Journaliſtes
& tous les Papiers publics : enforte que
l'Auteur du nouveau Nécrologe , en annonçant il
y a quelques mois celui du mois de Janvier prochain
, promettoit , entr'autres Eloges hiftoriques
de Perfonnes célèbres décédées dans le courant de
cette année , celui de M. Roy , qui n'étoit pas encore
mort alors. Que ceux qui condamnent les
erreurs trop fréquentes des Hiftoriographes du
Théâtre ou de la Littérature , fondées fur celles
des Ecrivains contemporains , apprennent par
cet exemple , que la plupart font dues à la négligence
impardonnable des familles ; lefquelles ,
comme en cette occafion , loin de prendre l'intérêt
convenable pour informer la Poftérité de ce qui
concerne les talens qui les ont honorées , ne,
daignent pas même faire conftater le temps & le
terme de leur exiſtence.
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Résumé : SUPPLEMENT à l'Article du Théâtre. Mort de M. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel, Poëte Lyrique.
Le 3 octobre 1764, à Paris, est décédé M. Pierre-Charles Roy, Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et poète lyrique. Ses œuvres les plus célèbres incluent 'Callirrhoé' et 'le Ballet des Éléments'. Roy a également écrit de nombreux ouvrages lyriques et un recueil de poésies diverses, imprimé depuis longtemps, contenant des textes imaginatifs et correctement versifiés. Son génie se caractérisait par une étude approfondie des poètes latins, notamment Ovide, dont il a adapté de nombreuses pensées et presque des vers entiers. Roy est mort à l'âge de 81 ans, après avoir été ignoré du monde et de la société pendant plus de dix ou douze ans. Une erreur avait été commise par divers journaux et publications, annonçant sa mort l'année précédente, alors qu'il était encore en vie. Cet exemple illustre la négligence des familles qui ne prennent pas l'intérêt convenable pour informer la postérité des talents de leurs membres.
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3165
p. 150-159
HISTOIRE de Charlemagne, précédée de Considérations sur la première Race, & suivie de Considérations sur la seconde ; par M. Gaillard, de l'Académie Françoise & de l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres. A Paris, chez Moutard, Imprimeur-Libraire de la Reine, de Madame & de Mme. la Comtesse d'Artois, rue des Mathurins, Hôtel de Cluni, 1782, 4 Vol. in 12.
Début :
Qu'il nous soit permis de préluder à cet Extrait par des Observations qui ne concernent [...]
Mots clefs :
Journal, Journaliste, Journal littéraire, Critique, Auteur, Autorité, Abbé Desfontaines, Mauvais vers, Convalescence, Goût
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de Charlemagne, précédée de Considérations sur la première Race, & suivie de Considérations sur la seconde ; par M. Gaillard, de l'Académie Françoise & de l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres. A Paris, chez Moutard, Imprimeur-Libraire de la Reine, de Madame & de Mme. la Comtesse d'Artois, rue des Mathurins, Hôtel de Cluni, 1782, 4 Vol. in 12.
HISTOIRE de Charlemagne, ·précidle de
Confidération..s far la }Jremièr' Race, &
fuivie de Confidérations fi~r la faconde;
pat· M. Gaillard, de l' Acadétnie ·Fran.
çoife & de l'Acadén1ie des Infcriptions &
Belles- Lerrres. A Patis , ·chez Mot1card, r
.I1npri1net1r-librairc de la Rei11e , de
MadaL11e & de .. M, ine. la Comreffe d' Artois,
rue des Matnuri11s, Hôtel de Cl uni,
· l 7 8 2 • 4 Vol. in· 1 2. •
u'11 11ous foit per1nis de préli1aer .à.
cet Extrait par 8es Obfervario_11s qui 11e con:.
~erne11t 11i Gl1arle111ag11e 11i 1011 Hifto1·ien >
1
,
•
•
IU4Vl!J,,.O---------~--,.-----------:--•
•
•
1
-
D E F R A N ·c E. 1 5 r
& qui auro11t le to1·c ou le 111érice de pré.,.
iènter u11 paradoxe .
Les Jot1rnat1x Lirrérai1·es auroient-ils ja- ,
mais dû être autre chofe qu'un regill:1·e public
ouvert à tous les Auteurs, pour y i11fércr
eux·111êmes l'extrait de leurs Ü"1vrages ;
fans éloge, car la bienCéance (du 1noins aur1
·efois) ne per1nettoit pas de fe Jouer foi·
mê1ne; fa11s cririque, car celle qu'un Auteur
feroir de fotl Ouvrage fe1·oit toujours fuC.
peét:e d,i11dulge11cc ; d' aille11rs, quelle rai!
011 fuffifante at1roit-on eue de 11e pas corriger
d'avance ce ~u'on critiqt1eroit après-coup?
L'Inve11teur des Jour11at1x Littéraires a
fans c.lourc rendu u11 g1·a11d fe1·vice aux Let·
t rcs; il a été utile & at1x Au~et1rs & at1x:
Leéèeurs, e11 imagina11t un [ivre qui fît connoîrre
les autres LÎ\'res , qui ei1 ai111onçât
l' ex1ftcnce & le· conte11 u; inais fat1te d, avoir
fo1·mé les Jour11aux fur le pln11 que 11ous indiquons,
quelles co11tratliél:io11s 11'a-t-il pas
éprouvées! que d,i11rerruptions de ce Journal
& fous 1\1. de Sallo & f ot1s M. 1, Abbé •
Gallois ! & en effet., quel que fût le mérite
de ces Sa va11s, de q ucl droit s' érigeoie11t· ils
en Arbicres ,d e la Litrérarure & e11 Cenfe 11rs
de tous les Ecrivains?
Da11s la fùite ce Journal a pris une fgr111c
plus rég1.llière & u11e autorité pltts légitime.
011 n'a rien à dire contre les J ot1rnaux érablis
oμ qui for1t ce11fés l'être par l'autorité
publique, & fur lefqt1e1s cette autorité veille
d'l1nc n1a11ière parriculièrr. · .
'
•
• •
•
..
-
•
-
•
15.t 1vl ER C U R E
Mais l' objclbio11 f ublifte . route entière
contre tous les Journaux établis par auto- ,
rité privée. c~ prè111ier abus a ouvert la
po1·ce à ur1e i11ultitud€ d'autres abus, do1Jt le
moi11dre a été que beaucoup d' A11tet11·s fe
font furti veinent ou etf1·011té111ent con1hlés
eux .. tnê1nes ti,éloges da11s des J0ur11anx dont
il~ dif poioie11t par eux 011 par leurs amis.
· Pour ne parler que des faits anciens &
co1111us; c.ia11s ce débordement de mauvais
vers dont P~ri3 fut i11011dé e11 1744, à l'occafio11
de la maladie & de la convalef cence du
Roi Louis XV, & qui a fait dire à M. de
Voltai1·e (au 1t1el fet1l jl fur donné d'en faire
.. ie bons fL,r ce ft1jet : )
•
Paris n'a jam ~is vû de tranfports Ji divers,
Tant de fc1.1x d 1rtifice & ta.nt de mauvais vers.
.. Il puut ou il n.e pa1·t.t point une Ode à
la Reine; 111ais l'Abbé Desfontaines l1annonca
& la vanta beaucoup ( fet1ille A du
~ Torne IV des ]ugl'1nens fur quelques Ouvrages
rzouveaux); il e11 cita u11 grand 11ol11-
bre de ftropl1ès , clu11~ l'une def quelles le
Poëte fe difoir vieux, fur qt1oi l' Abbé Des·
fontaines s'éc1·ioit: ''Quel vieux Poëte avo11s''
i1ous qui fa{fe ai11G des y ers? n' eft - ce
,, poi11r un jet1ne h0n11ne qui cli.ercbe à fe
,, cacher fous les rides de la vieillclfe ?
,, mais la vieilleffe pettt ·elle prévc11ir en
,, faveut· du talent ? ,, .. · _
C' éroir une é11igt11e qu'il 11e pou voit
devi11er, & qu'il propofoit au ieél:c1.1fi •
•
•
•
re
o·
la
Je
f e
~ a
1r
,
•
"
1
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'
1
l
,
• •
DE F R AN C E. · tf 3
Da11s la feuille D , il (e fait ail relfer une
- lettre, eù, en co11firmant rous les éloges
don11és aux firopl1es cirées, 011 lt1i <le111a11de
. pourquoi il 11' en a pas cite pll11Îcurs aurres
qt1'011 a1ft1re 11'êrre pas 111<) Ï11s belle~; &
pour réparer fa faute, on Jes cite. l)ar cet
. heureux artifice le Lettcu r a, c11 deux Par-
• ties, )'Ode. pref que entière. ~
Par un autre artifice, 1, Auteur de la let- ·
trc hafarâe fur u11 endroit de l'Ode une ou
, deux critiqt1es év jJe1nn1ent jnju!l·es , aux•
- quelles le Journalifie 11'a pas de pe111e à
I • repondre .
, Voici inai11renant Je 111ot de l'énigme.
. L' Ode .. efl mauvaife, & elle efl de l' ~1 bbé
:Desfontaines.
. La t .. l-at1de fut co11nue, & le Puhlic ne fic
qu'en rir~; l' Abbé Dcsfo11tai11es l'avoir fait
à fotl oadinage.
On dir que q11elques-u11s de fes no111breux
•
ft1ccelÎet1rs n'ont pac; n1oi11s accoutun1é le
Public au leur; 011 dit que la lot1at1~e & ·
le blât11e fo11c: devenus cl1ez qt1elqucs-u11s
ô 'e11 tre-cux .. non-feule111ent t111e afraire de
' , paOEon & '-ie pa1-ri, i11ais e11core t>n obier
â'in ré1·êr & de co1n 1nerce. N ot1s 1:"&' enrr<>r1s
p.oi11t dans ces que!tions fâc l1etJl- s; no11s 11e
u Youlo11s d~fobl ige r · perfon11e ; 11 us nous
. conc e11to1~s d'ét~ blir r1c•t1~· pr i nci~~e qu'il t1e
J Eaur ja1nais trotnpcr le teétet1r ni ft11· les ·
_Auteurs J1i Cur les Ouvr=i~s; c11 C<•t1 feq 12r~11~e
nous nous l1ârons de déclarer que J' utct1r
:.de cet Ex cc a · t ,.. ,a auffi l' ucéuiï de.~ l'I-Iifroire
• • G V .. .
-
•
-
I
-
•
..
,
•
•
..
• •
•
• •
If 4 MER c u R E
de Cl1arlemagne , & que par conféquept
cer Extrait 11e contie11dra ni éloge ni cri~
• . t1qt1e.
Pourquoi u11 Attteur , bien réfoltt d'obfe1
·ve1· tOlltes les bienféances, cne rendroit-il ,
pas co1npte au Public de fo11 propre Ot1-
vrage dnns tin Journal , Ct)n11ne il en 1·e11d
co111pte à fes Le&eurs dar1s u11e Préface, e11
fe bor11a11t à dire ce que !'Ouvrage con~ienr,
. dans qt1el c:fp1·ît il eft fait' n~11s quel ordte
les ebjcts y font préfe11tés, ·&o. tnais fans
at1ct111 ligne 11i d'approbatio11 11i de c~n~
{ure? ..
'. Eft· il mêcne bi~11 sûr que le Pttblic . en
de1na11de d1van!age aux Jou1ï1aliffes de profeffio11?
Ils s'e1np1·e{fe11t cous à juger en hie11
ou· en n1al 1-es Ouv14 ages dont ils ne font
chargés tout au plus que de 1·e11 ,{1·e compte.
Il efl: vrai qn'il eft difiicile de fe reft1fer au
plaifÎr lie louer ce qu'o11 fe11r ê'rre bo11, ou à
}a jufl:iee de blâiner ce qt1i cfr évidem1nent
mauvais; 111ais à ne co11fidérer qtte l'intérêt
du Public, qu'a-t-il befc)in du jugen1ent
d'ttn pa1·riculier? qu'a-t-il befoi11 de f1voir
ce que Bav ius penf e ot1 vcttt pe11ter des vets4 vu de la profe de Moevius? pou1·quoi faut~ il
qt1't11-1 f~t1l hom1ne prétende app1·endre o 1
prefcri1e au Public ce qu,il doit penfer de
tel ou rel Ouvrage? Au fon,{, que dema11êiet-
on à u11 Journalifl:e? U11 précis fidèle, un
co1·l1pte exaét d'après leql1el 011 pui1fe juger
du bcfoin qu'on a dë l,Ouvrag~, & du
~gré d'inftrult1on ou de plaifir qu'on peut
•
•
•
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•
D E 13 R A N C E. 15r
s'en pro111errre. Un pareil compte_ peut fe
paffer du juge111ent dll Jot1rnalifte, & Je
j11g~ment du Jour11aliCte ne pe1.1t pas fc
paifer d' u11 pareil co111pte.
Les Jour11aliftes devroie11t donc pet1têrre
fe bo1·ner à la fonétio11 de Rappor.-
tet1rs , & 11'y pas joi11dre celle de Juges.
La fonéèion des Jour11alifl:es, telle qu'elle
cft exercée ..atfez générale1nent, efl: u11e e(pèce
de Mi11iftèrc ou de ~1agifrrature dont
le défaut etfe11tiel efl: d'être abfolu1ne11t iàn~ •
.million : j~ger fcs co11temporains , fes
rivaux, fes ég1ux , quelquefois Ces f upérieu1·s,
trop f ou:vent iès enne111is, n' efr pas un emploi
quj doive être aba11âonné indifiinll:1-
menr a tout le n1onde; Il in1porte qu'un
Jou111al 11e foir poir.it t111e artne da11s la main
d't1n inécha11t ou d,un e11viet1x; il i1nporte
ique ce 1ninifière (oit exercé avec juftice,
ou au i11oi11s avec décence. Mai5 il ne s'agit
pas ici d,expofer une théorie géné1·alc
pour la perfeétiom ou la 1·éfo11ne des J0urnal1x,
nous dif ons fet1le111e11t qt1e le Public .
â bef oin d'e connoît~:e les 0t1v1·ages, & qu'il
i1, a pas le 111ê1ne be(oi11 de co11110Îrre l' opi-.
1.1io11 d, 1111 Jour nalifl:e. •
~' On L1it toujours miet1x que perfon11e
-corn tne11t 011 veut êrre ' 1ot1é, a dit lln plai.
fan r; in ais en confentar1t lie n' ~tre pas loué,
un Auteur ne fait-il pas roujoars 111ieu.x que
pe1·fo11 ne, 111ieux que le LeCtet1i· mê1ne lie
plus arr.e11tif, oe c1ue c01:itie11t fon Ouvrage.
<lans ']UeJ fpt.it il eft fait., -ce qu'il lui 2
G V~
.. ...
1
•
•
•
-
•
•
•
•
•
\
.. • -
· 116 MERCURE
coûté de rra\'ail, &c.? & s'il falloir ~bfolu·
ment tlM juge1nenc fur cet Ouvrage, ne
ferait-il pas à propos , pour qtte ce jugement
ft1t coni plcttet11ent juR:e , que les idées
d11 Jot1rnalifre futfe11r co111binécs avec celles
de 1, Auteur? ,.,
Mais, dira-r-011, li lei Auteurs rendaient
compte et1x-1nê1nes de leurs Ouvrages da11s
les Journaux, ou li Je.s Journalifres, f e bot-
11a11t à en i·endre cotnpte, s' abfre11oient de les
juger, on feroir privé des avantages de la
critique; cependant la critique dl: utile, on
ne peut le nier.
Oui, 11ne critique jull:e & Cage , di~ée
par le pur a1nG>t1r rle la vérité, fans auct1n
mêlange de paffto11 & d,efprit de parti ,
fa11s aucu11e e11vie de n.uire ou de tn<i>rtifier.
alfaiConnée mê111e de cotts les égards dûs à
l' Autelllr; 1nais la cririque nous a dérro1nP.é'
de la critique; Ces abtts 011t tellement excé:{
é Ces av111rages, qu'il y au1·oit beaucoup
à gagt1er à i·e11e11cer at1x uns poar êcre délivré
des autres.
Qt1a11d on veut citer un medèlc de critique,
on cite celle du Ciel par 1, Acadétnie
Françoife. En citeroir 011 beaucottp d·autres?
.Nla1s cette critique 111ê111e, font'~ ce les
obieétio11s & les jugemen5 qu'elle renfertne
q •.1i e11 fo11t le prin6Îpa t· mérite ~
Non, plLifi't!urs de ces juge1ncns font rigou~
reux ju( u,à l'injufrice; il Ceroit aifé de le
dén1onrrer Qtt'efl:-ce do11c qu'on adiriire
da115 cette critique? C,eft fur tout a 1n0dé-
•
•
,
•
1VlfVFU4U
• •
D :E. F R A N C E. 't fV
ration de l'Académie oppofée à l'acharne--
1nenc de {on Fo11dateu r ; c' cil la co11(it1ération
q u' eile ré111oiga1 e par-cout ·à· Corneiile >
que le Cardinal de Richelieu vouloir hu111ilier;
c' elt le ref peét que le goût rn.ontre partottt
pour le génie perfécuté. • .
, Dans la plu part de nos cri tiques , nous
paroilfons craindre que la 1na~ignité ne
perce p.as affez. Les moins injuftes. ont e11-
core de quoi bleffer l'.Auteur, au moins par
le COJ1. -
Les critiques de goût ont \1n arbitraire
qui prête à l'i11jt1fl:1ce & aux in.it1 \ailes intc11tions;
d'ailleurs, elles font roujours J~licarcs,
parce que la i1uefiio11 efÈ 01·di11aire-
1ne11t de fav<>ir fi l' At1ret1r a de l' ef prit &
du goût, ou s'il en manque.
Les cririque.5 d'érudition , qui co11fi:irue11t
P.riL1cipaletnent ce qu' 011 appelle la critique ,
font plus innoce11tc~ & plt1s utiles ; elles
ont pour prétexte & peuvent avoir pour
objet l'i11ftrt1&ion du Pt1blic & l' éclairciffement
des fairs. Qt1'un tàir f oit vrai ou faux,
011 incerrain , c, cft l' affai1·e des preuves ,
l'amour p1·opre 11,y paraît pas fort inrét·effé.
Eh bien! ces cririqt1es mê1ne f onr a111ères &
venin1eufes , parce que ~, eft à l' Auteur qt1' on
en veut bien plus qt11à l'Ouvrage; c'efi l'Allteur
qu'on veut bl~lfcr, noa1 le Public qu'ün
vc11r inflrui 1·e.
)iinis Je rorc n'eOE pas tot1jours au côté a s
/Ou 1 a liftes, il efi fo11venr <.ia11s l'arrtotirpreRre
int0lérant des Autcur.s, qui s, offcnfe
-
•
•
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•
•
1 V~VIU*U
-
'
•
•
• •
•
-11 g ~I E R C U R E
de toute critique, & 11'eft content 'd'aucun
éloge. L'arrangen1e11t que nous propofo11s
ranédieroit e11core à cet i11co11vé11ie11t ; les
.Autet11·s feroient et1x-111êmes le rapport de
leu1·s Ül1vrages, ~:l le 1:1ublic juge1·oit. ..
Mais tous ees rapports fe1·oie11t toujot11·s .
favorables ! ·
Oui, n1ais ils 11e pourroienr coujours contenir
que ce qui Ce1·oit da11s l10uvrage, & la
· bienféa11ce i11te1·<.iiroit tout éloge.
' ~1ais qui avertira le Public des fautes réRandl1es
dans l10l1vrage?
Quï? ceux qui vou•3ro11t e11 e11tr.eprend1·e
la critique particulière à leurs 1·i!qaes, périls
& f 01·ru11e.
.. Mais e, elt rentrer dans la fonétion de • •
; ' Jour11alille !
Oui, mais; c' efr y rentre1· e11 particulier,
11011 en l1om111e pt1blic; e11 plaidet1r, no11 e11
juge; & qu'o11 ne croye pas cette difii11étion
. chit11ériqt1e, elle efr r1·ès-jn1portanre. 11 y a
toujours q11c portio11 du l)ublic qui efi: la
dupe de l'autorité que s'art·oge tin Journalifie;
celui ci prononce toujou1·s ex Callze-
. . drâ; il a fes Leéteu1·s tol1t trouvés & fes
Difciples ad.diài jurare in verha. magiflri.
Le Cen(el1r particulier, plus olJligé d)a'7oir
raifon, y·rega1·de à det1x fois avant d'entre·
p1·e11d re une cririque; il ne l' e11trepte11d que
quand elle cfl: nécet1àire Ott utile, & qu'il fc
Barre rl'y don11er a{fez d' agrémet1r ~ d.tibtérêt
pour la f,1ire lire. 'te Journalifie eJt 1 r
d'être lû & 'ru, du inoi11s par fes çrox.QIU~
-
-
..
I
•
1
•
•
D E F R A' N C E. 1r9
r & le vulgaire lui flllilpofe caraétè1·e & autorité,
puifqt1'enfin il s' eft fait Jour11alifte.
IDe plus, fi l'Auceur veut répo11d1·e , il
faut qu1il fe ménage ur1 cl1a111 p de bacaille
dans un a1Jtre Jour111;ll ri~al & e1111e111i du ·
, Journal aggreifeur, & qui fot1ve11t lui rcft1fe
territoire dans la crainte de Ce coin pro1ne~-.
' tre. Da11s la critique particulièi;e l' Auteur
-& le Ccnfe11r fe oarce11c à ar111es égales.
· Mais cetttc ~néthotle fera co1111node pour
les mau\'ais Ecrivai11s, do11t elle taï ra les
defaurs ! ...
. Pas fi com111ode.- U11 mat1vais Écrivain
par~îcra deux fois inauvais Écrivain , k
èans l'Qu,;rage & dans 'Extrait. ..
Elle fera fâcl1eufe pottr les bo11s Écrivai11s
qu'elle p1·ive1·a <les louanges qu'ils 1néi:itent !
Pas ,,fi fâcheufe, par la rai!on co11traire. Le
bon Ecrivt.lit1 paroî ~ra doubieme11t digne
des louang's qu ~il aura dû fe refu(er.
Quoi qu'il en f oit enfi11 de l'i1111ovation
propo[é~, ql1, clJe foie ad1!1iffible ou 11on ,
qtte 1, exemple qu'o11 va don11er foit f uivi
oa qt1'il )·eftc fa11s imirate\tcs, ~oici u11 Exr1
·ait où l, Auteur va publique111e11t & a décot1-
. vcrr, a11alyfe1· fon propre Ouvrage> fa11s eloge
.. & fa11s critique.
Confidération..s far la }Jremièr' Race, &
fuivie de Confidérations fi~r la faconde;
pat· M. Gaillard, de l' Acadétnie ·Fran.
çoife & de l'Acadén1ie des Infcriptions &
Belles- Lerrres. A Patis , ·chez Mot1card, r
.I1npri1net1r-librairc de la Rei11e , de
MadaL11e & de .. M, ine. la Comreffe d' Artois,
rue des Matnuri11s, Hôtel de Cl uni,
· l 7 8 2 • 4 Vol. in· 1 2. •
u'11 11ous foit per1nis de préli1aer .à.
cet Extrait par 8es Obfervario_11s qui 11e con:.
~erne11t 11i Gl1arle111ag11e 11i 1011 Hifto1·ien >
1
,
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•
IU4Vl!J,,.O---------~--,.-----------:--•
•
•
1
-
D E F R A N ·c E. 1 5 r
& qui auro11t le to1·c ou le 111érice de pré.,.
iènter u11 paradoxe .
Les Jot1rnat1x Lirrérai1·es auroient-ils ja- ,
mais dû être autre chofe qu'un regill:1·e public
ouvert à tous les Auteurs, pour y i11fércr
eux·111êmes l'extrait de leurs Ü"1vrages ;
fans éloge, car la bienCéance (du 1noins aur1
·efois) ne per1nettoit pas de fe Jouer foi·
mê1ne; fa11s cririque, car celle qu'un Auteur
feroir de fotl Ouvrage fe1·oit toujours fuC.
peét:e d,i11dulge11cc ; d' aille11rs, quelle rai!
011 fuffifante at1roit-on eue de 11e pas corriger
d'avance ce ~u'on critiqt1eroit après-coup?
L'Inve11teur des Jour11at1x Littéraires a
fans c.lourc rendu u11 g1·a11d fe1·vice aux Let·
t rcs; il a été utile & at1x Au~et1rs & at1x:
Leéèeurs, e11 imagina11t un [ivre qui fît connoîrre
les autres LÎ\'res , qui ei1 ai111onçât
l' ex1ftcnce & le· conte11 u; inais fat1te d, avoir
fo1·mé les Jour11aux fur le pln11 que 11ous indiquons,
quelles co11tratliél:io11s 11'a-t-il pas
éprouvées! que d,i11rerruptions de ce Journal
& fous 1\1. de Sallo & f ot1s M. 1, Abbé •
Gallois ! & en effet., quel que fût le mérite
de ces Sa va11s, de q ucl droit s' érigeoie11t· ils
en Arbicres ,d e la Litrérarure & e11 Cenfe 11rs
de tous les Ecrivains?
Da11s la fùite ce Journal a pris une fgr111c
plus rég1.llière & u11e autorité pltts légitime.
011 n'a rien à dire contre les J ot1rnaux érablis
oμ qui for1t ce11fés l'être par l'autorité
publique, & fur lefqt1e1s cette autorité veille
d'l1nc n1a11ière parriculièrr. · .
'
•
• •
•
..
-
•
-
•
15.t 1vl ER C U R E
Mais l' objclbio11 f ublifte . route entière
contre tous les Journaux établis par auto- ,
rité privée. c~ prè111ier abus a ouvert la
po1·ce à ur1e i11ultitud€ d'autres abus, do1Jt le
moi11dre a été que beaucoup d' A11tet11·s fe
font furti veinent ou etf1·011té111ent con1hlés
eux .. tnê1nes ti,éloges da11s des J0ur11anx dont
il~ dif poioie11t par eux 011 par leurs amis.
· Pour ne parler que des faits anciens &
co1111us; c.ia11s ce débordement de mauvais
vers dont P~ri3 fut i11011dé e11 1744, à l'occafio11
de la maladie & de la convalef cence du
Roi Louis XV, & qui a fait dire à M. de
Voltai1·e (au 1t1el fet1l jl fur donné d'en faire
.. ie bons fL,r ce ft1jet : )
•
Paris n'a jam ~is vû de tranfports Ji divers,
Tant de fc1.1x d 1rtifice & ta.nt de mauvais vers.
.. Il puut ou il n.e pa1·t.t point une Ode à
la Reine; 111ais l'Abbé Desfontaines l1annonca
& la vanta beaucoup ( fet1ille A du
~ Torne IV des ]ugl'1nens fur quelques Ouvrages
rzouveaux); il e11 cita u11 grand 11ol11-
bre de ftropl1ès , clu11~ l'une def quelles le
Poëte fe difoir vieux, fur qt1oi l' Abbé Des·
fontaines s'éc1·ioit: ''Quel vieux Poëte avo11s''
i1ous qui fa{fe ai11G des y ers? n' eft - ce
,, poi11r un jet1ne h0n11ne qui cli.ercbe à fe
,, cacher fous les rides de la vieillclfe ?
,, mais la vieilleffe pettt ·elle prévc11ir en
,, faveut· du talent ? ,, .. · _
C' éroir une é11igt11e qu'il 11e pou voit
devi11er, & qu'il propofoit au ieél:c1.1fi •
•
•
•
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DE F R AN C E. · tf 3
Da11s la feuille D , il (e fait ail relfer une
- lettre, eù, en co11firmant rous les éloges
don11és aux firopl1es cirées, 011 lt1i <le111a11de
. pourquoi il 11' en a pas cite pll11Îcurs aurres
qt1'011 a1ft1re 11'êrre pas 111<) Ï11s belle~; &
pour réparer fa faute, on Jes cite. l)ar cet
. heureux artifice le Lettcu r a, c11 deux Par-
• ties, )'Ode. pref que entière. ~
Par un autre artifice, 1, Auteur de la let- ·
trc hafarâe fur u11 endroit de l'Ode une ou
, deux critiqt1es év jJe1nn1ent jnju!l·es , aux•
- quelles le Journalifie 11'a pas de pe111e à
I • repondre .
, Voici inai11renant Je 111ot de l'énigme.
. L' Ode .. efl mauvaife, & elle efl de l' ~1 bbé
:Desfontaines.
. La t .. l-at1de fut co11nue, & le Puhlic ne fic
qu'en rir~; l' Abbé Dcsfo11tai11es l'avoir fait
à fotl oadinage.
On dir que q11elques-u11s de fes no111breux
•
ft1ccelÎet1rs n'ont pac; n1oi11s accoutun1é le
Public au leur; 011 dit que la lot1at1~e & ·
le blât11e fo11c: devenus cl1ez qt1elqucs-u11s
ô 'e11 tre-cux .. non-feule111ent t111e afraire de
' , paOEon & '-ie pa1-ri, i11ais e11core t>n obier
â'in ré1·êr & de co1n 1nerce. N ot1s 1:"&' enrr<>r1s
p.oi11t dans ces que!tions fâc l1etJl- s; no11s 11e
u Youlo11s d~fobl ige r · perfon11e ; 11 us nous
. conc e11to1~s d'ét~ blir r1c•t1~· pr i nci~~e qu'il t1e
J Eaur ja1nais trotnpcr le teétet1r ni ft11· les ·
_Auteurs J1i Cur les Ouvr=i~s; c11 C<•t1 feq 12r~11~e
nous nous l1ârons de déclarer que J' utct1r
:.de cet Ex cc a · t ,.. ,a auffi l' ucéuiï de.~ l'I-Iifroire
• • G V .. .
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I
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If 4 MER c u R E
de Cl1arlemagne , & que par conféquept
cer Extrait 11e contie11dra ni éloge ni cri~
• . t1qt1e.
Pourquoi u11 Attteur , bien réfoltt d'obfe1
·ve1· tOlltes les bienféances, cne rendroit-il ,
pas co1npte au Public de fo11 propre Ot1-
vrage dnns tin Journal , Ct)n11ne il en 1·e11d
co111pte à fes Le&eurs dar1s u11e Préface, e11
fe bor11a11t à dire ce que !'Ouvrage con~ienr,
. dans qt1el c:fp1·ît il eft fait' n~11s quel ordte
les ebjcts y font préfe11tés, ·&o. tnais fans
at1ct111 ligne 11i d'approbatio11 11i de c~n~
{ure? ..
'. Eft· il mêcne bi~11 sûr que le Pttblic . en
de1na11de d1van!age aux Jou1ï1aliffes de profeffio11?
Ils s'e1np1·e{fe11t cous à juger en hie11
ou· en n1al 1-es Ouv14 ages dont ils ne font
chargés tout au plus que de 1·e11 ,{1·e compte.
Il efl: vrai qn'il eft difiicile de fe reft1fer au
plaifÎr lie louer ce qu'o11 fe11r ê'rre bo11, ou à
}a jufl:iee de blâiner ce qt1i cfr évidem1nent
mauvais; 111ais à ne co11fidérer qtte l'intérêt
du Public, qu'a-t-il befc)in du jugen1ent
d'ttn pa1·riculier? qu'a-t-il befoi11 de f1voir
ce que Bav ius penf e ot1 vcttt pe11ter des vets4 vu de la profe de Moevius? pou1·quoi faut~ il
qt1't11-1 f~t1l hom1ne prétende app1·endre o 1
prefcri1e au Public ce qu,il doit penfer de
tel ou rel Ouvrage? Au fon,{, que dema11êiet-
on à u11 Journalifl:e? U11 précis fidèle, un
co1·l1pte exaét d'après leql1el 011 pui1fe juger
du bcfoin qu'on a dë l,Ouvrag~, & du
~gré d'inftrult1on ou de plaifir qu'on peut
•
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D E 13 R A N C E. 15r
s'en pro111errre. Un pareil compte_ peut fe
paffer du juge111ent dll Jot1rnalifte, & Je
j11g~ment du Jour11aliCte ne pe1.1t pas fc
paifer d' u11 pareil co111pte.
Les Jour11aliftes devroie11t donc pet1têrre
fe bo1·ner à la fonétio11 de Rappor.-
tet1rs , & 11'y pas joi11dre celle de Juges.
La fonéèion des Jour11alifl:es, telle qu'elle
cft exercée ..atfez générale1nent, efl: u11e e(pèce
de Mi11iftèrc ou de ~1agifrrature dont
le défaut etfe11tiel efl: d'être abfolu1ne11t iàn~ •
.million : j~ger fcs co11temporains , fes
rivaux, fes ég1ux , quelquefois Ces f upérieu1·s,
trop f ou:vent iès enne111is, n' efr pas un emploi
quj doive être aba11âonné indifiinll:1-
menr a tout le n1onde; Il in1porte qu'un
Jou111al 11e foir poir.it t111e artne da11s la main
d't1n inécha11t ou d,un e11viet1x; il i1nporte
ique ce 1ninifière (oit exercé avec juftice,
ou au i11oi11s avec décence. Mai5 il ne s'agit
pas ici d,expofer une théorie géné1·alc
pour la perfeétiom ou la 1·éfo11ne des J0urnal1x,
nous dif ons fet1le111e11t qt1e le Public .
â bef oin d'e connoît~:e les 0t1v1·ages, & qu'il
i1, a pas le 111ê1ne be(oi11 de co11110Îrre l' opi-.
1.1io11 d, 1111 Jour nalifl:e. •
~' On L1it toujours miet1x que perfon11e
-corn tne11t 011 veut êrre ' 1ot1é, a dit lln plai.
fan r; in ais en confentar1t lie n' ~tre pas loué,
un Auteur ne fait-il pas roujoars 111ieu.x que
pe1·fo11 ne, 111ieux que le LeCtet1i· mê1ne lie
plus arr.e11tif, oe c1ue c01:itie11t fon Ouvrage.
<lans ']UeJ fpt.it il eft fait., -ce qu'il lui 2
G V~
.. ...
1
•
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•
-
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•
•
\
.. • -
· 116 MERCURE
coûté de rra\'ail, &c.? & s'il falloir ~bfolu·
ment tlM juge1nenc fur cet Ouvrage, ne
ferait-il pas à propos , pour qtte ce jugement
ft1t coni plcttet11ent juR:e , que les idées
d11 Jot1rnalifre futfe11r co111binécs avec celles
de 1, Auteur? ,.,
Mais, dira-r-011, li lei Auteurs rendaient
compte et1x-1nê1nes de leurs Ouvrages da11s
les Journaux, ou li Je.s Journalifres, f e bot-
11a11t à en i·endre cotnpte, s' abfre11oient de les
juger, on feroir privé des avantages de la
critique; cependant la critique dl: utile, on
ne peut le nier.
Oui, 11ne critique jull:e & Cage , di~ée
par le pur a1nG>t1r rle la vérité, fans auct1n
mêlange de paffto11 & d,efprit de parti ,
fa11s aucu11e e11vie de n.uire ou de tn<i>rtifier.
alfaiConnée mê111e de cotts les égards dûs à
l' Autelllr; 1nais la cririque nous a dérro1nP.é'
de la critique; Ces abtts 011t tellement excé:{
é Ces av111rages, qu'il y au1·oit beaucoup
à gagt1er à i·e11e11cer at1x uns poar êcre délivré
des autres.
Qt1a11d on veut citer un medèlc de critique,
on cite celle du Ciel par 1, Acadétnie
Françoife. En citeroir 011 beaucottp d·autres?
.Nla1s cette critique 111ê111e, font'~ ce les
obieétio11s & les jugemen5 qu'elle renfertne
q •.1i e11 fo11t le prin6Îpa t· mérite ~
Non, plLifi't!urs de ces juge1ncns font rigou~
reux ju( u,à l'injufrice; il Ceroit aifé de le
dén1onrrer Qtt'efl:-ce do11c qu'on adiriire
da115 cette critique? C,eft fur tout a 1n0dé-
•
•
,
•
1VlfVFU4U
• •
D :E. F R A N C E. 't fV
ration de l'Académie oppofée à l'acharne--
1nenc de {on Fo11dateu r ; c' cil la co11(it1ération
q u' eile ré111oiga1 e par-cout ·à· Corneiile >
que le Cardinal de Richelieu vouloir hu111ilier;
c' elt le ref peét que le goût rn.ontre partottt
pour le génie perfécuté. • .
, Dans la plu part de nos cri tiques , nous
paroilfons craindre que la 1na~ignité ne
perce p.as affez. Les moins injuftes. ont e11-
core de quoi bleffer l'.Auteur, au moins par
le COJ1. -
Les critiques de goût ont \1n arbitraire
qui prête à l'i11jt1fl:1ce & aux in.it1 \ailes intc11tions;
d'ailleurs, elles font roujours J~licarcs,
parce que la i1uefiio11 efÈ 01·di11aire-
1ne11t de fav<>ir fi l' At1ret1r a de l' ef prit &
du goût, ou s'il en manque.
Les cririque.5 d'érudition , qui co11fi:irue11t
P.riL1cipaletnent ce qu' 011 appelle la critique ,
font plus innoce11tc~ & plt1s utiles ; elles
ont pour prétexte & peuvent avoir pour
objet l'i11ftrt1&ion du Pt1blic & l' éclairciffement
des fairs. Qt1'un tàir f oit vrai ou faux,
011 incerrain , c, cft l' affai1·e des preuves ,
l'amour p1·opre 11,y paraît pas fort inrét·effé.
Eh bien! ces cririqt1es mê1ne f onr a111ères &
venin1eufes , parce que ~, eft à l' Auteur qt1' on
en veut bien plus qt11à l'Ouvrage; c'efi l'Allteur
qu'on veut bl~lfcr, noa1 le Public qu'ün
vc11r inflrui 1·e.
)iinis Je rorc n'eOE pas tot1jours au côté a s
/Ou 1 a liftes, il efi fo11venr <.ia11s l'arrtotirpreRre
int0lérant des Autcur.s, qui s, offcnfe
-
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é -
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•
1 V~VIU*U
-
'
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-11 g ~I E R C U R E
de toute critique, & 11'eft content 'd'aucun
éloge. L'arrangen1e11t que nous propofo11s
ranédieroit e11core à cet i11co11vé11ie11t ; les
.Autet11·s feroient et1x-111êmes le rapport de
leu1·s Ül1vrages, ~:l le 1:1ublic juge1·oit. ..
Mais tous ees rapports fe1·oie11t toujot11·s .
favorables ! ·
Oui, n1ais ils 11e pourroienr coujours contenir
que ce qui Ce1·oit da11s l10uvrage, & la
· bienféa11ce i11te1·<.iiroit tout éloge.
' ~1ais qui avertira le Public des fautes réRandl1es
dans l10l1vrage?
Quï? ceux qui vou•3ro11t e11 e11tr.eprend1·e
la critique particulière à leurs 1·i!qaes, périls
& f 01·ru11e.
.. Mais e, elt rentrer dans la fonétion de • •
; ' Jour11alille !
Oui, mais; c' efr y rentre1· e11 particulier,
11011 en l1om111e pt1blic; e11 plaidet1r, no11 e11
juge; & qu'o11 ne croye pas cette difii11étion
. chit11ériqt1e, elle efr r1·ès-jn1portanre. 11 y a
toujours q11c portio11 du l)ublic qui efi: la
dupe de l'autorité que s'art·oge tin Journalifie;
celui ci prononce toujou1·s ex Callze-
. . drâ; il a fes Leéteu1·s tol1t trouvés & fes
Difciples ad.diài jurare in verha. magiflri.
Le Cen(el1r particulier, plus olJligé d)a'7oir
raifon, y·rega1·de à det1x fois avant d'entre·
p1·e11d re une cririque; il ne l' e11trepte11d que
quand elle cfl: nécet1àire Ott utile, & qu'il fc
Barre rl'y don11er a{fez d' agrémet1r ~ d.tibtérêt
pour la f,1ire lire. 'te Journalifie eJt 1 r
d'être lû & 'ru, du inoi11s par fes çrox.QIU~
-
-
..
I
•
1
•
•
D E F R A' N C E. 1r9
r & le vulgaire lui flllilpofe caraétè1·e & autorité,
puifqt1'enfin il s' eft fait Jour11alifte.
IDe plus, fi l'Auceur veut répo11d1·e , il
faut qu1il fe ménage ur1 cl1a111 p de bacaille
dans un a1Jtre Jour111;ll ri~al & e1111e111i du ·
, Journal aggreifeur, & qui fot1ve11t lui rcft1fe
territoire dans la crainte de Ce coin pro1ne~-.
' tre. Da11s la critique particulièi;e l' Auteur
-& le Ccnfe11r fe oarce11c à ar111es égales.
· Mais cetttc ~néthotle fera co1111node pour
les mau\'ais Ecrivai11s, do11t elle taï ra les
defaurs ! ...
. Pas fi com111ode.- U11 mat1vais Écrivain
par~îcra deux fois inauvais Écrivain , k
èans l'Qu,;rage & dans 'Extrait. ..
Elle fera fâcl1eufe pottr les bo11s Écrivai11s
qu'elle p1·ive1·a <les louanges qu'ils 1néi:itent !
Pas ,,fi fâcheufe, par la rai!on co11traire. Le
bon Ecrivt.lit1 paroî ~ra doubieme11t digne
des louang's qu ~il aura dû fe refu(er.
Quoi qu'il en f oit enfi11 de l'i1111ovation
propo[é~, ql1, clJe foie ad1!1iffible ou 11on ,
qtte 1, exemple qu'o11 va don11er foit f uivi
oa qt1'il )·eftc fa11s imirate\tcs, ~oici u11 Exr1
·ait où l, Auteur va publique111e11t & a décot1-
. vcrr, a11alyfe1· fon propre Ouvrage> fa11s eloge
.. & fa11s critique.
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Résumé : HISTOIRE de Charlemagne, précédée de Considérations sur la première Race, & suivie de Considérations sur la seconde ; par M. Gaillard, de l'Académie Françoise & de l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres. A Paris, chez Moutard, Imprimeur-Libraire de la Reine, de Madame & de Mme. la Comtesse d'Artois, rue des Mathurins, Hôtel de Cluni, 1782, 4 Vol. in 12.
L'ouvrage 'Histoire de Charlemagne' de M. Gaillard, membre de l'Académie française et de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, publié à Paris en 1782, traite des journaux littéraires et de leur rôle. Ces journaux sont présentés comme des plateformes accessibles à tous les auteurs pour y publier des extraits de leurs œuvres, sans éloges ni critiques. Les éloges peuvent sembler indulgents, tandis que les critiques peuvent être injustes. L'inventeur des journaux littéraires a innové en créant un livre qui fait connaître d'autres livres, mais il a rencontré des interruptions et des conflits avec des savants comme Sallo et l'Abbé Gallois. Le texte critique les journaux littéraires établis par autorité privée, soulignant les abus et les flatteries qui peuvent y être publiés. Il cite des exemples historiques, comme les mauvais vers écrits lors de la maladie du roi Louis XV en 1744. Il propose que les journaux littéraires devraient se limiter à fournir des comptes rendus précis et objectifs des ouvrages, sans juger leur valeur. Le texte critique également les critiques de goût, jugées arbitraires et souvent injustes, et les critiques d'érudition, qui peuvent être venimeuses et viser l'auteur plutôt que l'ouvrage. En conclusion, le texte suggère que les auteurs pourraient eux-mêmes faire le rapport de leurs ouvrages, bien que cette méthode puisse également poser des problèmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3165
HISTOIRE de Charlemagne, précédée de Considérations sur la première Race, & suivie de Considérations sur la seconde ; par M. Gaillard, de l'Académie Françoise & de l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres. A Paris, chez Moutard, Imprimeur-Libraire de la Reine, de Madame & de Mme. la Comtesse d'Artois, rue des Mathurins, Hôtel de Cluni, 1782, 4 Vol. in 12.
3166
p. 159-173
Extrait de l'Histoire de Charlemagne.
Début :
Le fond de cet Ouvrage est l'Histoire de Charlemagne ; mais elle est précédée de [...]
Mots clefs :
Histoire de Charlemagne, Charlemagne, Race, Histoire, Historien, Préface, Esprit de guerre, Moeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Histoire de Charlemagne.
Extrait. d.e l' Hifloire de Charlemagne • .
Le fond de cet OuTrage efr l'Hifioire de
Chaa:·le111ag11c ; mais elle ell: précédée de
Co1zfidérations far ii remièr~ Race, & fi,i ...
. Ylt de . Confiâérations~r lafe,ende.
I
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1 U,i.JU I :J4 tJ
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i 6$ · M E R C U R E
Ces Co11fidérations ent;'re11r daris ~c pla11
de l 'Ouv~age, & font t1ne partie etfenticlle
d11 f~tjer. Il f:1lloic monr1·c1· toue le tnal 'que
Cl1arle1nagne avoir à corriger, & qu'il a
corrigé e11 partie; il falloir 1no11trer tour le
· bien que Ces Succeffears a voient à détruire,
· · & qu'ils ont déc.ruic entièret11enr. ,
: · C' ell ce tableau qu'on a voulu préfe11rer;
ce !011c ces vici!Iirudes dont on a tâché d'expofer
& les caufes & les effets ; en gé11éral,
· 011 a voulu tirer de cerce partie de 11otire
Hifroire tot1res les vérités utiles, coures les .
moralités Îlnporra11tes · u'elle peut fournir •
.. L'Hifl:ojre doit no11- euletnent être racontée,
in ais et1co re être raif on11ée ; il faut que
. lés hon1rr1es & les ~véneme11~ foienr j\tgés ;
il faur q11e les fautes & les erreurs dû patfé
. foient la 1e~o11 de l'a\1e11ir ; il faut qu,011
· fache ce qu1 s'eft fair, ~our favoi1· ce qll'il
faut faire & ce qu'il fau·t éviter. D'ailleurs,
les f~lifrorie11s n' 011r pas toujours jugé aflèz
, fiaineme11t tles chofes; la pltipart des jugeme11s
de l'Hifi:oire f 011t à réforn1er) & c, eft
un 1notif de plus de rflifonner aujourd 'hui
_ l' Hifloire. Il faut rayer de fes A11t1 les, il
fattt dé111enrir à la face . de- l'Univers. cous
· · ces jt1get11e11s infettés de l'e(prit du MachiavelJiline,
ces tloges de la g11€1·re, ces ho111-
niage~ proftirl1és ~ tt crin1e i·éputé heure11x, à
la fot1 rberie r.ép11tée ad1·0ite; il faut s'élever
contre ce~ e1111en1is du rg.ç11re hu111a'in, qoi
... 011t ofé diftit1gt1~r d.e~~0r?lcs, l't1ne pour
le pet1 ple, 1, autr__ e pou1· Jes Rois ; i~ne ;.qui
•
•
-
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1uqu,...,_.u -- --------
,
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D E F R A N C E. t~t
règle les droits des particulirrs, l,autre i qui
fait la dcfiinée des Em l'ires; contre ~es Ecri- ·
vains , ou pervers ou ftu 11idcs qui, lailfaftt
da,1s l, oubli ou li\1rant tnême au mépris les
vertus pacifiques ·& bienfaifai.1tes , ont toujours
célébré les vices r11rbulens & funefies.
Quai1t à la 1n4_11ière d"e111 ployer la in oralité,
elle doir bcauèoup ''arier dans la forme.
Tantôt 1, At1tcur l'é11011ce de lui-même, tantôt
il la place dans la boucl1e d'un de fes
pcrfonnagcs, tantôt il la f upprime entièrement
lorfqt1'elle fort atfcz d,elle-n1ê1ne du
fond Ju f ujet, &: q11e l'cf prit ne peut pas ne
pas la fer1tir & ne pas la ft1 pplécr ... Lorfque
Agt·ippin·e c1·ie at1 Centurion qui la 111aifacre
par l'ordre de fo11 fils, & qui 1, a voit déjà
frappée à la rête : Frappe les entrailles q1,i.
ont J'01·té ce monflre,, 'Y"'ENT REM FEl<.I. Ces
det1x inots 011r pJ t1s d, éloqt1encc & de mo·
rai icé que 11, en a uroic11t les N'~l t1s fortes déclan1a
rio11s co11tre le pa1·riclde. Lor:f<.1t1' apres
avojr rapporté les c1·itnes lo11g- te1nps
impunis de'-Néi·on, l,Hiîl:ot·ie11 ajot1re: L4
/011, rie patience du genre· humain fa , lqffa
en Tl; 011 n'a pas De( OÏ 11 d, ételltl t·e Ôa'\'a ntagc
la n1enace terrible que c~rrc pl1rafe li
fttnplc fair à tot1s les tyrans; inais tOLltes les .
fois qt1e les préjugés ou d, opi11io11 ot1 d'ufagc
s'oppofe11r a la i11oralité & . ]a repot1ffe11t,
on ne peot la fail·e f orrir avec r1·op d,éclar.
on ne pet1t l' énor1cer trop formclle1ne11c ni
l1 d~velopp e r rrop pleine1ne11r.
· E~re urile, en 1111 .111ot, êrre utile, voilà
•
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' ............ """""
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"1.lii . M E R C U R E
le grand devoir de rour Écrivai11, 8' la eon~
.iet1nnatio11 de tant d' écrirs.
Tel eft le précis d~ la Préface ; on pettt
la· regarder co111mc un petit Traité de l'u(age
de la 1norale dans l'Hiftoire & de la inanière
de l'y e1nplo}1er. Si nous rrouvio1~~
cerce Differtarion dans la Préf1ce de roue
autre Auteur, nous e11 conclu1·ions qt1e cet
Atlteur croit avoir tnis quelqt1e pl1ilof o·
phie & quelque n1oraliré da11s fo11 Ou\' rage;
nous ne pouvons c.l~nc nous difpenfer d'admectre
cette co11r1'e qt1ence pour nous4 111Ac 1T-ics,
· autrement ce ferait avoir deux poids & deltX
n1efures.
Pour jug~1· de cc qu'a .fair Charlen1agne ~
il faut connaître ce qu'il avoir à faire; il
f:ïtlt voir da11s quel état il avoir reçu la
france, & _dans qt1el état il l'a laiffé_e.
• •
.. .L'Introduélion, qui co11tient des obfier\ra·
tio11s fur la pre1nière Rac:e , & qtti appartient
plt1s effe11tielleLne1·1t au f ujer que les
Inrroduél:ions orc.ii11aires, efr divifée en
quatre Chapitres.
Le premier préfente des obfervarions générales
fur l' ef prit de guerre, & u11 parallèle
des guerres des .. Peuples barbares & de
celles des Pet1ples policés.
•
Dans l, ét:tr· de barbat·ie, la guerre cfl: conti11t1elle;
elle efi l ,t111i q t1e affaire, elle forme
feule l'ef prit gé11éral : da11s l'érar qt1'011 appelle
policé, la guerre n' cft qu'intertnirtenrc.
Si 011 étoit cout-à-fait i)ol1cé, la glterre cef:
•
•
,
•
•
•
IV&J'V 1:1--------~------
'
.,,
•
•
•
,
•
•
D E F R A N ~ E. 1 ';·
feroit entièreme11r. ~o.ite police tient à la
paix, & a befoin de la paix.
ILes guerres des Pet1plcs barbares f on~
beaucoup moi11s de1·aifo11!1ables que les 11ôtres.
Cl1 aifés par let11· 1nu lrirude, d,t1n fol ing1
·ar & fa11s cultu1·e qui 11e .peur plus les
11ou1·rit·, ils fe 1·épande11t da11s des cli1nars
plt1s het11·eux, & vo1Jt opp1·i111er des Pel1pJes
que Ja jquilfa11ce 1nê111e des Arts re11d moi11s
propres à la guerre. t,agrc~feur alors a ~u
rnoi11s un i11rérêt: préifa11t, t111 objet fc11Cible
& q•J'il peur remplir; il a co11it111u11en1ent, fur
les Peuples qt1,il arraque, l,avanrage de la
force & de la férocité qt1e don11e J3 barbarie;
inais des Pe11pJes de11t l'érablitfe111ent
ell: for1né depuis Jong-re1nps, des Pet1pl~s
policés, e11ro11rés de ro111te part de Nations
également policées, des Peuples à .qui le
.. com1nercc peut fournir routes les jouiifaa·
ces que la mature dl1 fol leur a refufées, qui
favent échanger tous les avantages ref peetifs
, faire Ji{ paroîr1·e & 1, éloigne111e11t des
lieux & la diffé1·ence des c1i1nats; des Peu-
. ples pour qui les mers, loi11 d'être des barrières
qui les {épare11t , devie1111enr cte nou~
eaux liens & ·de not1velles f ot1rces de ricHeifes
& de bo11heur ; des Reu ples e1:ifin
fur qui l'oeil de la Poliriqt1e extérieure efr
roujot1rs ouvert our préve11i r t0ut accroif.
fen1ent de puif ai1ce capable d'alar1ner la
liberté générale : quel inrérêr pet1ve11r ·ils
~ avoir de faire la guerre, ou plurôc quel in~
sérêt n, ont·ils poinc de 11e.la pas faire~
)
'
•
l\J.&JVl:J4U - ~
•
•
•
•
•
; i,4 M E R G U ~ E
Le réfultat de ce Cl1apicre eft que l' cf prit
de guerre en tout ge11re f oulève contte Je
: bonheur du genre - humain une 1nulrirude
d' en11e111is. · ·
Dans la guerre, des Go11quérans, .fléaux
de l'Univers. ·
Dans la Politique extérieure, des fot1rbes
malfaifans qui éternifenr les guerres.
Dans la Politique intérieure , des tyrans
qui forcent les Peuples à la révolte e11 les
accablant, ou des féditieux qt1i féduifent les
· Peuples pot1r les poulfer à, la révolte.
Dans la Religio11, des perfécaceurs qui la
feroie11t ha'.ir.
Da11s les Lettres, des .tiifputet1rs inrolb~
rans qt1i les profanent, & qui. co11verri,fenc
·en poi(on ce que l'U11iver.s a de plus ain1a-
. b!e & de plus utile. ' ~ .
• 1 Voilà ei1 général les maladies dent Charlcj
1nagne a voit à gt1érir "le g'e11re ht1111ai~. ) l
· Dans le fecond Chapir1·e, 011 exa1ninc
"plus p:trticalièrement, on ft1iv;a11t l'ldifloi1·t!,
quell es moet1rs l,efp1·it de gllerre avoir i11trodt11tes
dans la France & da11s l,Ett1·ope ava11t
Charle111a t1e. Ce Chapitrie co11rie11r l'Bjf-
.. toi1:e de la pret11ière Race depuis Clo~is 1
jufqt1'à Clo~1is II. U11 feul c1·ait, qai 'av.oit
.. pettt être pas éré a{fez remarqt1é, f uffir pour
peind rc les l11oeu rs à cette époque. Dans u11
efpacc d'environ ce11r cinquante ~atis, depuis
l'an 48' jt1fciu'à l'an 63 o, on compte plus
de qt1arante Rais ou 61s de Rois ou tués dans
les batailles, 9u a!faaiaés de .. fang-froid., w
IV~U/U4tl---------
•
r
•
D E F R N c E. I~J
·cmpoifo1\11és, fans coa1pter beaucot1p" à' enfans
de ces Princes tués au bcr.ceau, & dont
oi111e fait 11i les 11oms ni le t101nbre.
Les Rais Fainéa11s & ' les Maires dlt Palais •
font lJobjet du troifiè1ne Chapir1·e. •
Les auteurs de la Race Ca1·lovingienne >
S.' Ar11ouJ , Pépin de Hoc1fral, <-harlesMartel,
Pépi11-Je · Bref, font le fttjet da
quar1iè~11e & dernier Chapitre de l,intro- •
duétio11.
Les inoeurs a";oient fait qt1elqt1es progrès.
Les ancêr1·es de Cha1·le1nagne écoitnt:
1noi11s fé1·oces qt1e les Rois guc--.rrie1·s de la
Ri1ce ~1 érovingic11ne. Charles-Martel & les f
deux Pépi ne; a ''oienr de la grandeur: & de
l~éclat:. Les Cor1qt1éra11s Mérovin~iens n'avoie11t
éré que des atfaffi11s terribles. Les
critnes de pure fé1·ocité dcvenoient plus ra- ·
res; mais ot1 co1n1nercoir encore les crimes
policiques , 011 lés com1netroit inême pat
fyfl:êtnc, c' eft la. plus ancie11nc comn1e la
plus ft111ef.l:e des er:reurs. On croit que le
M acnja ve!Ji[111e eft la doél:rine~ ou l' ei:reur
des fiècl~s Q~lairés; on fe trotnpe, il appartjenr
fur .. t (> tl t aux J<!u·pJes barbares; c .. eft
alors q-t1e le f rt: 1eut rot1jot1rs oppri1ner, &
le f(>i ~le t \ ll .t>t1rs rroi-n per. Les Peupl~s barbares
<Y· .~ ~ erJ~ d1ns u11 hat1t d~gré cette
vile fcie. cc· '1° 11tiiie, "eette petite fi11e((e
fittpide ~ ~ ·~ J· e111~i =- ~ de i·:i rouri11e, l'impuiff
a11c~· \ .. ~ ~ PV er ,~01 e( p1·it jufqa' à ) a rai- j
fo11, & f0... .. t1r jÛt-~1t1,à la,jt1!l:iGe, font encore
1101101· r. t1 • ?n de f"'olitique. Quand il exif: ·
. tcia: uit i ue, elle fera bieJ1 fi1nple, cc
•
•
•
-
•
•
..
1 Vi.J\J I :.J4U
•
1 _ 1·,, M E R ,C U R E
,'
fe1·a la jultice, ou encore miet1x la bie11fai- ·
fance, qui eft la jt1ftîce fuprên1e ; car il efr
f ouveraÎ11e1nent jufi:e de fait·e tout le pien
dont on efr capable. Le bien doit avoir la
vertu d,attirer le bien, puifquc le inal a celle
d' ~rrirer le mal ; 011 efr bien sûr du· n1oins
que ce 111al, qu' 011 efr toujot1rs fi empreffé
de faire, fer.a rendu au centuple. Pou1 .. quoi
donc faire le mal? Quel i11térêt, quelle politique
peut pre(crire le foin fu11cfte d' aff
embler ainfi fur fa tête tous les fléaux de la •
haime & de la vengeance ? Pourquoi [ai.Gr
toutes les occaG011s cle 11uîre à f~s voiu11s >
parce 'qu'ils ont faili ou qu, on prévoit qu'ils
failiro11t tot1tes celles de 11ous nuire? Eh!
confentons à do1111er l'exemple, co1nmençons
l'expérience du bien, ~elle du 1,nal eft
faire; 11ot1s Cavons ce ~u'il a produit & cc
qt1'il prodtiira: dif ons pltts, celle du bien
nlê1ne efr faite •. En effet, ouvrons 11os A11nalcs,
n1aJgré 1:iorre fyfrên1e perpét11el de
gt1errc, quiconque a voulu vi·1re en paix y a
vécu. Depuis la fondarion de notre Monarchie,
011 n'avoir pas encore compris que la
paix pût jatnais êrre un état permanent. De·
puis Gt11llaume le Co11quérant & Philippe 1, ·
·on avoir en~ore tnoins co1npris que la France
pût faire t1ne paix folide avec les .,.~nglois.
Enfin, .. ...Sa irzt Louis vint ; il ~Quiut la paix>
& la paix avec l' Angleter-re. Quel moyen
c1nploya·t-il ' la bienfaifance. Il remit aux
Angloiw tour c-e que le droit rigoureux de
confifcation av~it pu leur enlever fans injUfticc
.. ; il conquit les coeurs en rendant des
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rvqu1u ~-------~-
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D E F R A N C E. 167
États. Le fruit de cette tnodératio11 fa11s
cxei.nple, fur une paix fans cxe1nple aul1i;'
ut1e paix de r1·ente-ci11q ai1s e11tre les deux
Nario11s., u11e amitié fi11cèt·e ent1·e les deux:
Rois, no11 pas feuleroent pe11dant f 0J1 règc1e>
111ais e11core pet1llant le règ11c entier de l)hi--:
· lippe-le Hardi fon fils. * · ,
T.el ell l,efprit da11s leqt1el cet Ouv1·age ·
eft co111 pofé ; c' efi: le 1nê111e qui règ11e <.ia11s
l,Hi!l:oi1·e de Fra11çois I, & fur· tottt dans
celle de la Rivalir·é de la Fra11ce & de l' Angleterre,
Ouvrages du 1nên1e At1~eur; c'eft
l' ainour de la paix, l' éloig11et11e11r pour la ..
guerre, l'ho1·reur pour la viole11cc & l'in- ·
ju fl:ice; l' Al1tet1r attaque {ur- tout le Machiavellift11e,
co11rin11elle111e11t, dans routes [es
hra11ch\Ts & dans toutes Ces f ubdivifio11s. _,
L'Hill:oii·e de Cl1arle1nag11e ouvre le
fecond Volt1111e. -
· I11gell1ei111, près éte 1'1aye11ce, Charlebou
l·g, 11rès de Mu11icl1, Carlfiar et1 Franco11ie,
Liége, 1\ix, qui n' avoit poi•1t encore
~ Il f;iudroit co11clure d'u11 pareil pri11cipe, qu'il
fuffiroit à un Roi d'être Bicnfaifant pour cunfervcr
la paix~ maie; u11 Prince !era e11 vain Bitnfuifant &
Mod 'ré, fi fo11 voi{i11 ne l'efi pas; & dans ce dernier
cas il faut néceffai1·emc11t que la force arra-.
che ce que la Bienf~ifa11ce & la Modération ne polir ...
ront p11s obr.enir. Tel eft le fyfl:ême de guerre aétucl
qu·on ne peut pas regardc-r co1n1ne un tribut payé
à 1'crreur par l'l1umanité.
N'y auroic-il pas à épiloguer μn peu fur la mode.
ration de S. Louis qui pouvoit, Çtrc néccffitée par
les circoafta:J1ces? (Note de /'Editeur.)
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I 68 . . M E R c V R E .
allors le f urnom de la Chapelle, fe f 0•11:
dif puré l,ho11neur d~avoir do1111é la i1aiil:1nce
à ce grand Pri11ce, co1nme autrefois pl11-
lieurs Villes Grecqt1es à Ho1nèt·e ; ca1· après
la 1no1·t.tous les t1r1·es de gloire fo11c égaux>
& le f ouveni1· des grands Ho1n1nes e11 tout
genre fe pet·pérue égale111e11t. C'eft au Château
d'Ingelhei1n que Cl1arles naquit, le 1'
Ecvrier 741, fuivant l' opi.ni~11 co1n1nune. l
Carloman, fo11 frère puî11é, qui partagea>
felgn l,ufage du te1nps, avec lui les États de
fon èt·e, n'eft connu dans l'Hiftoire que par
la ja ou1Îc qu'il e11t coure fa vie des gra11des
. qt1alirés de Cl1arles, fenti1nenr qui attelle
l'i11fêrioriré de Carlo1na11.
~ Ils fu1·c11t couro111:1és le mên1e jour ( 9
Oétobre 768), Charles à Noyon, Carlo-
1uan à Soiif ons.
Le pre111ier exploit qui s'offrit à la valeur
d.c ( .harles, fur l'expédition d' Aquitair>e. Ce
Reyau1ne ou cette Province, réunie à la Cou·
ron11e par Pépi11-le-Bref, réclamoit de not1-
veau l'inclépendal1ce, ou plutôt les Pri11ces
de 1-a Maifon d'Aquitaine, itfue de Clovis &
de Clotaire II par Aribert, Boggis & le D11c
Eudes récla1noient ce Duché héréditaire. de
let1r Maifo11. Carlo1nan éroit parti avec fon
frère pot1r f ou111ettre l' Aquitai11c. Dar1s la
rôute il le qt1ittc b1·uf qt1e111e11t, & retire fes '
troupes , )ai!I111t à Cl1arles tou~ l'embarras
de certe cxpéd~cio11; c'était lui en laïffer roucc ~
ltil gloire. Dès que Charletnag11e parue, l' Aql:
litai11e rec9nnut f on Maîcre ; la rapidité
· -- avec •
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D E F R A N C E. 16?
&\'CC laquelle il s'était éla11cé f,1r cet Etat
(car i·aétiviré qui, cot11me on l'a obfer\1é
plufieu1·s fois da11s l'Introduétion, éivoit diftingt1é
Charles Martel & I>épin-le Bref parlni
tous les Guerriers éroit, pow· ain{i di1·e, exagérée
en lui, & tc11oir de la tnagic & du ro·
Hige), l'alfurance avec laqt1clle il 111arè oit
au milieu de ce peuple e11ne111i, comme Ull
Roi parn1i fes f ujers, & un père parmi fes
mfa11s; un mêla11ge adroit de clé1nence &
.de fer1ncté, 11 extérieu1· le plus a va11tageux,
la figt11·c & la taille des Héros, des 1n.anièrcs
à- la fois impofantes & ai111ablcs, la brillante
affabilité de Céfar, la 1najell:é qt1, eut
dans la fuite Louis XIV, avec 11ne fimplicité
~ui l'eût en1bel lie; des traits fiers & doux
pleins de feu & de grâce, u11 air d'at1dace •
de force & de bon ré; enfin, les trois Pépins
& Charles-Martel renailfans en lui avec pltlS
.(!'éclat & de grandeur, toltt annonçait un
Prince 11é pour co1n111a11der aux homn1es
p0t1r co11quérir les E111pires & pour fL1bju
guer les -ca:urs. Charles 11e prie contre les
Aqt1it:ains d1autres précautio11s que He faire
bâtir fur la Dorrdog11e tin Château fort qui
s'appela Franciac J c'efr·à dire, Château du
,Franfois; on l'apHclle aujourd'l1ui Fronfac,
11om dins lequel, à ~trav~rs la coi·ruetion , · 1
~ ell aifê d'appercevoir la prononf iatÎDn & la
fignificacion pr.imirives. '> ,
Pépi11 l~ Rr:ef a voit fair la guerre aux Lom.
bards; la Rei11e Berthe , f"J veu\'e, jaloufe de
réconcilier le~ ~eux Natio11s , propofa le
N°. 3 o, 2. 7 Juillet 17 · i. H
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IU~Vl~4U f
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s 10 · M E R C U R E.. .
mariage de Charles, f 011 fils aîné, avec Her ..
~ mengarde, fille de Didier , Roi des Lo111• ·
pa1·ds; le Pape Éti~1111e IV, ei111e111i de Didier,
ne négligea rien p0ur traverfer cette a·llianc:
e ; wil a v0it ·un prétexte qt1'il fit bien valoir,
eharleL11agne a voit llne ef pèce d' e11gagen1ent,
que la Nation ne paroîr pas avoir regard~
co1nme un ''J·ai rnariag~, avec 1111e fem1ne
no1111née Hi1niltrude, âo11t il a\'OÎt i11ê1ne t1n
fils .. Cet obftacle n' arrêt oit 11i la Reine Bertl1e,
ni le Roï Lo1nbard , ni Cha1·le111ag11c
lui-'mê111e, q11i ne t~noit plus à ce lien. Le
Pape, dans une lettre t1·ès-curieufe, infi!le
forteme11t fur· l'indi{folubiliré dts noeuds du
s.11ariagc; & pot1r toucl1er par· u11 endroit
(enfiblc les IJri11ces Cha1·les & C:a1·loman: • • •
. ~ Sotive11ez-\'Ot1s, leur dit-il, que mon pré-
• déce!feu·r e1:n pêcha Pépi11 de répt1dier vo•
. ,., tre inère~ ,, _Il inGtle bie11 t\avanr~ge en•
core fur l'ir1dignité prétendlte de cette al~
iancc; il affure que tot1tes les Lon1bardes
font puaqtés, lépreufes, dégoûtante~: Pete~
~ijfi.ma gens ..••• de cujus natione & leprofarum
enus qri.ri certum ijl; que le pet1ple J... om.
ard efi: ~n11e1i:ii de D~et1 & des lio1nmes;
qu'il n' efl pas corn pté par-tni les N arions, in
rzumero genti.um nequaquam comput«tur; & ,
comme s'~l eût éré qtieftion d'époufer une
idolâtre , & non pas uqc Catholique :
.,. Quelle monfi:ruet1fc all~anc~ , s'écrie le .
• Pontife, c11trc la lainière & les ténèbres! '~ ,
~ quelle f ociété dl1 fidèle avec l'infidclle !
• tfç$ f r411soifcs ~ 'lit· il , f oMt ti aimable; 1
•
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1u111ru:+μ--~------
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. . D~ E FRANCE • . ~17r
;,, ai1ncz-les, c,efi: votre· devoir: earrtm vos
,, oportet amori ej}è adnexos. ''• .
Il prétend qu,il n' efi pas pern1is aux Princes
d, épouf er des ér1~a11Bèrcs; il cire aux Prin
·ccs François l' exe1nple de let1r père, de leur
aïeul , de leur bifaïeul , qui tous avaient
épot1fé des Frat1çoifes; il leur allègue ft1r c,c
p i i1t l, autorité du Roi leu~ père , qt1i ~
·RreCfé par l'E111 pere11r Conftantin Copro'
nyt11e , de donner en '"1n~riage à f on fils la
Pri11ceffe Giféle, foeur de Charles & de Car-.
·101nan, avoic répondu qu'':111e alliance étran~
gère lui paroilf oit illegirime , & fur-tout
~qu' il ne vouloir point faire une chofe défa.
gréa ble au Saint- Siége •
On 11,eut point ·d,égard à c~tte lettre, &
le 1nariage fe fic; l11.ais le Pape ft.:it ve11gé par
ce 111a1·iage 1~ê111e. Cha1·les n, ait11a tJoint fa
11ouvelle"époufe; qt1elqt1es i11fir1nités fecrettes
qu,il lui trot1va, l' e11 dégoûtèrent d, a- .
bord, il la répt1âia, & la 1·envoya au Roi
Didief fo11 pè1:e , qui ne pardo11111 ja1nais à
la Fra11ce 1, aff.ro11r fait à fa ' fi lle. Be1·rhe vit
avec aot1lcur dér1·uire f 011 ouvrage & dilliper
tès efpérances. C'eft le fcul chagïi11 , dit
Egi11ard , que f on fils ltti ait do1111é da11s fa
•
•1 ~.
.. Le Pri11ce Ca['lo1nan mot11·ut au cl1âreau • • e Sama11cy , ot1 Samot1cy , près de Lac.)11 ,
l.e ~ 'Déce111bre 77 1, âgé d' c11viron vi11 gt nns.
Il laiffoit deux fils en bas-âge: 011 v1t alors
un mémoraole effet tie ce gra11d art de plai re
& d'i1npof er, dont la Naturie a·1oit doué
· - H ij
•
•
•
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1 U,'4 U I :J'4JJ
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'
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• •
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'- ·rvz. . · M E>R 0 lJ. RE
4 C l1arle111agne, & de la i·épl1tatio 11 gt1'il a~oit
dcjà de got1 ver11er avec g1·andeur, avec ju(tice
& ~ veç fagelfe. Les Gr:i.11ds des Er~1 rs qui
a voie11r été du p~ :- tag: de Carlo111an) i·eco11-
·11t1re11t f oletn11elle111ent Cha1·le1nag11e pour
l e1:1·1· Roi. Ger berge, veuve de Carlo111an, ·
~'e11fu.i r a\1ec fes fils l1ors de France; elle (ç
réf,_1gin chez le Roi de Lombardie , afyle in·
diqué à totts les enneluis de la Fra11ce, par
le reffc11time11t que co11fer,·0it ce Prir1ce de
l'affro11t que fa fille y avoir reçu. . · ...
Da11s le i11êtr1e -te111p5 on vir rep~ro1rre Je
Pttc d' Aquirai11e Httnaud, fils du Du~ Eudes,
& père du Duc Gaïffre. Da11s un léger dépit
d' a V oi1· écé battu par les François , & <.ians
·un tége1- re1nords d'a\1oir fait crev~r les yeux
·au Pt·ince Hatten, f on frère, il s' écoit fait
,M.oi11~ ~ & avoir cédé fo11 DL1ché à Ga.i'ffre
{on fils. Après la mort de Gai~ffre, il étoit
.rcnrré dans le Îiècle pot1r difpurer à Charle1nag11e
le Duçhé d' Aqt1iraine. Livré au ·
1 vai11queur, il avoir été enfert:né; il s'échappa .
~e fa pi:itbn , '& fc refira auffi à la Cour de
·Didier, ain!i que divers Seigneurs des Etats
,de Carlo111an, qtti n'avoienr point ap rot1vé
.. la dén1ar-che qt1e les aurrcs avoient aitc de
fe f ot1n1etrrc à Çharlemagnc. _
r Voilà donc contre Charle111agne non-fclllemeAt
u11 grand 0rage, . inais encore 011
, ~rand intérêt ; 1111e veuve abando11née par
·les f ujets de fon n1ari , une m~rc défolée •
, des orpl1elins dépouillés, des Grands prof.;.
rits pour leur fidèle arrachcme'1t au fang <lo
•
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...
'
...
..
•
• -
D E- F R A N C 1!. t7 j
leur Sot1verai11; un père ~ lli1 Roi outragé
da11s ur1e fille in11oce11rc; u11 avtntut·ier, que
le~ viciffitt1Qjcs mê1ncs de fa defl:i11ée rendoienr
in1 e1·effa11t , récla1nant l'héritage de
fo11 fils, le patri111oi11e de fon père, tous ces
infortunés uniffa11t leurs haines, leur! effo1·1s
& Jeùrs reff ources : voilà cc qu,t111 jt:fl:c rtf.;.
fenr:n1enr armoit alors co11tre ]a fortune de
Charle1nagne; mais il réunitToir à vi11gt·rJcuf
ans toute la Monarchie F1·ançoife.
! Dans 11n fecond exrrait, notls le confidérero11s
feul fur le trône , & agiffant avec;
toutes les force! de cctre Monartbie.
Le fond de cet OuTrage efr l'Hifioire de
Chaa:·le111ag11c ; mais elle ell: précédée de
Co1zfidérations far ii remièr~ Race, & fi,i ...
. Ylt de . Confiâérations~r lafe,ende.
I
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1 U,i.JU I :J4 tJ
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i 6$ · M E R C U R E
Ces Co11fidérations ent;'re11r daris ~c pla11
de l 'Ouv~age, & font t1ne partie etfenticlle
d11 f~tjer. Il f:1lloic monr1·c1· toue le tnal 'que
Cl1arle1nagne avoir à corriger, & qu'il a
corrigé e11 partie; il falloir 1no11trer tour le
· bien que Ces Succeffears a voient à détruire,
· · & qu'ils ont déc.ruic entièret11enr. ,
: · C' ell ce tableau qu'on a voulu préfe11rer;
ce !011c ces vici!Iirudes dont on a tâché d'expofer
& les caufes & les effets ; en gé11éral,
· 011 a voulu tirer de cerce partie de 11otire
Hifroire tot1res les vérités utiles, coures les .
moralités Îlnporra11tes · u'elle peut fournir •
.. L'Hifl:ojre doit no11- euletnent être racontée,
in ais et1co re être raif on11ée ; il faut que
. lés hon1rr1es & les ~véneme11~ foienr j\tgés ;
il faur q11e les fautes & les erreurs dû patfé
. foient la 1e~o11 de l'a\1e11ir ; il faut qu,011
· fache ce qu1 s'eft fair, ~our favoi1· ce qll'il
faut faire & ce qu'il fau·t éviter. D'ailleurs,
les f~lifrorie11s n' 011r pas toujours jugé aflèz
, fiaineme11t tles chofes; la pltipart des jugeme11s
de l'Hifi:oire f 011t à réforn1er) & c, eft
un 1notif de plus de rflifonner aujourd 'hui
_ l' Hifloire. Il faut rayer de fes A11t1 les, il
fattt dé111enrir à la face . de- l'Univers. cous
· · ces jt1get11e11s infettés de l'e(prit du MachiavelJiline,
ces tloges de la g11€1·re, ces ho111-
niage~ proftirl1és ~ tt crin1e i·éputé heure11x, à
la fot1 rberie r.ép11tée ad1·0ite; il faut s'élever
contre ce~ e1111en1is du rg.ç11re hu111a'in, qoi
... 011t ofé diftit1gt1~r d.e~~0r?lcs, l't1ne pour
le pet1 ple, 1, autr__ e pou1· Jes Rois ; i~ne ;.qui
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1uqu,...,_.u -- --------
,
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D E F R A N C E. t~t
règle les droits des particulirrs, l,autre i qui
fait la dcfiinée des Em l'ires; contre ~es Ecri- ·
vains , ou pervers ou ftu 11idcs qui, lailfaftt
da,1s l, oubli ou li\1rant tnême au mépris les
vertus pacifiques ·& bienfaifai.1tes , ont toujours
célébré les vices r11rbulens & funefies.
Quai1t à la 1n4_11ière d"e111 ployer la in oralité,
elle doir bcauèoup ''arier dans la forme.
Tantôt 1, At1tcur l'é11011ce de lui-même, tantôt
il la place dans la boucl1e d'un de fes
pcrfonnagcs, tantôt il la f upprime entièrement
lorfqt1'elle fort atfcz d,elle-n1ê1ne du
fond Ju f ujet, &: q11e l'cf prit ne peut pas ne
pas la fer1tir & ne pas la ft1 pplécr ... Lorfque
Agt·ippin·e c1·ie at1 Centurion qui la 111aifacre
par l'ordre de fo11 fils, & qui 1, a voit déjà
frappée à la rête : Frappe les entrailles q1,i.
ont J'01·té ce monflre,, 'Y"'ENT REM FEl<.I. Ces
det1x inots 011r pJ t1s d, éloqt1encc & de mo·
rai icé que 11, en a uroic11t les N'~l t1s fortes déclan1a
rio11s co11tre le pa1·riclde. Lor:f<.1t1' apres
avojr rapporté les c1·itnes lo11g- te1nps
impunis de'-Néi·on, l,Hiîl:ot·ie11 ajot1re: L4
/011, rie patience du genre· humain fa , lqffa
en Tl; 011 n'a pas De( OÏ 11 d, ételltl t·e Ôa'\'a ntagc
la n1enace terrible que c~rrc pl1rafe li
fttnplc fair à tot1s les tyrans; inais tOLltes les .
fois qt1e les préjugés ou d, opi11io11 ot1 d'ufagc
s'oppofe11r a la i11oralité & . ]a repot1ffe11t,
on ne peot la fail·e f orrir avec r1·op d,éclar.
on ne pet1t l' énor1cer trop formclle1ne11c ni
l1 d~velopp e r rrop pleine1ne11r.
· E~re urile, en 1111 .111ot, êrre utile, voilà
•
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' ............ """""
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"1.lii . M E R C U R E
le grand devoir de rour Écrivai11, 8' la eon~
.iet1nnatio11 de tant d' écrirs.
Tel eft le précis d~ la Préface ; on pettt
la· regarder co111mc un petit Traité de l'u(age
de la 1norale dans l'Hiftoire & de la inanière
de l'y e1nplo}1er. Si nous rrouvio1~~
cerce Differtarion dans la Préf1ce de roue
autre Auteur, nous e11 conclu1·ions qt1e cet
Atlteur croit avoir tnis quelqt1e pl1ilof o·
phie & quelque n1oraliré da11s fo11 Ou\' rage;
nous ne pouvons c.l~nc nous difpenfer d'admectre
cette co11r1'e qt1ence pour nous4 111Ac 1T-ics,
· autrement ce ferait avoir deux poids & deltX
n1efures.
Pour jug~1· de cc qu'a .fair Charlen1agne ~
il faut connaître ce qu'il avoir à faire; il
f:ïtlt voir da11s quel état il avoir reçu la
france, & _dans qt1el état il l'a laiffé_e.
• •
.. .L'Introduélion, qui co11tient des obfier\ra·
tio11s fur la pre1nière Rac:e , & qtti appartient
plt1s effe11tielleLne1·1t au f ujer que les
Inrroduél:ions orc.ii11aires, efr divifée en
quatre Chapitres.
Le premier préfente des obfervarions générales
fur l' ef prit de guerre, & u11 parallèle
des guerres des .. Peuples barbares & de
celles des Pet1ples policés.
•
Dans l, ét:tr· de barbat·ie, la guerre cfl: conti11t1elle;
elle efi l ,t111i q t1e affaire, elle forme
feule l'ef prit gé11éral : da11s l'érar qt1'011 appelle
policé, la guerre n' cft qu'intertnirtenrc.
Si 011 étoit cout-à-fait i)ol1cé, la glterre cef:
•
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,
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IV&J'V 1:1--------~------
'
.,,
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,
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•
D E F R A N ~ E. 1 ';·
feroit entièreme11r. ~o.ite police tient à la
paix, & a befoin de la paix.
ILes guerres des Pet1plcs barbares f on~
beaucoup moi11s de1·aifo11!1ables que les 11ôtres.
Cl1 aifés par let11· 1nu lrirude, d,t1n fol ing1
·ar & fa11s cultu1·e qui 11e .peur plus les
11ou1·rit·, ils fe 1·épande11t da11s des cli1nars
plt1s het11·eux, & vo1Jt opp1·i111er des Pel1pJes
que Ja jquilfa11ce 1nê111e des Arts re11d moi11s
propres à la guerre. t,agrc~feur alors a ~u
rnoi11s un i11rérêt: préifa11t, t111 objet fc11Cible
& q•J'il peur remplir; il a co11it111u11en1ent, fur
les Peuples qt1,il arraque, l,avanrage de la
force & de la férocité qt1e don11e J3 barbarie;
inais des Pe11pJes de11t l'érablitfe111ent
ell: for1né depuis Jong-re1nps, des Pet1pl~s
policés, e11ro11rés de ro111te part de Nations
également policées, des Peuples à .qui le
.. com1nercc peut fournir routes les jouiifaa·
ces que la mature dl1 fol leur a refufées, qui
favent échanger tous les avantages ref peetifs
, faire Ji{ paroîr1·e & 1, éloigne111e11t des
lieux & la diffé1·ence des c1i1nats; des Peu-
. ples pour qui les mers, loi11 d'être des barrières
qui les {épare11t , devie1111enr cte nou~
eaux liens & ·de not1velles f ot1rces de ricHeifes
& de bo11heur ; des Reu ples e1:ifin
fur qui l'oeil de la Poliriqt1e extérieure efr
roujot1rs ouvert our préve11i r t0ut accroif.
fen1ent de puif ai1ce capable d'alar1ner la
liberté générale : quel inrérêr pet1ve11r ·ils
~ avoir de faire la guerre, ou plurôc quel in~
sérêt n, ont·ils poinc de 11e.la pas faire~
)
'
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l\J.&JVl:J4U - ~
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; i,4 M E R G U ~ E
Le réfultat de ce Cl1apicre eft que l' cf prit
de guerre en tout ge11re f oulève contte Je
: bonheur du genre - humain une 1nulrirude
d' en11e111is. · ·
Dans la guerre, des Go11quérans, .fléaux
de l'Univers. ·
Dans la Politique extérieure, des fot1rbes
malfaifans qui éternifenr les guerres.
Dans la Politique intérieure , des tyrans
qui forcent les Peuples à la révolte e11 les
accablant, ou des féditieux qt1i féduifent les
· Peuples pot1r les poulfer à, la révolte.
Dans la Religio11, des perfécaceurs qui la
feroie11t ha'.ir.
Da11s les Lettres, des .tiifputet1rs inrolb~
rans qt1i les profanent, & qui. co11verri,fenc
·en poi(on ce que l'U11iver.s a de plus ain1a-
. b!e & de plus utile. ' ~ .
• 1 Voilà ei1 général les maladies dent Charlcj
1nagne a voit à gt1érir "le g'e11re ht1111ai~. ) l
· Dans le fecond Chapir1·e, 011 exa1ninc
"plus p:trticalièrement, on ft1iv;a11t l'ldifloi1·t!,
quell es moet1rs l,efp1·it de gllerre avoir i11trodt11tes
dans la France & da11s l,Ett1·ope ava11t
Charle111a t1e. Ce Chapitrie co11rie11r l'Bjf-
.. toi1:e de la pret11ière Race depuis Clo~is 1
jufqt1'à Clo~1is II. U11 feul c1·ait, qai 'av.oit
.. pettt être pas éré a{fez remarqt1é, f uffir pour
peind rc les l11oeu rs à cette époque. Dans u11
efpacc d'environ ce11r cinquante ~atis, depuis
l'an 48' jt1fciu'à l'an 63 o, on compte plus
de qt1arante Rais ou 61s de Rois ou tués dans
les batailles, 9u a!faaiaés de .. fang-froid., w
IV~U/U4tl---------
•
r
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D E F R N c E. I~J
·cmpoifo1\11és, fans coa1pter beaucot1p" à' enfans
de ces Princes tués au bcr.ceau, & dont
oi111e fait 11i les 11oms ni le t101nbre.
Les Rais Fainéa11s & ' les Maires dlt Palais •
font lJobjet du troifiè1ne Chapir1·e. •
Les auteurs de la Race Ca1·lovingienne >
S.' Ar11ouJ , Pépin de Hoc1fral, <-harlesMartel,
Pépi11-Je · Bref, font le fttjet da
quar1iè~11e & dernier Chapitre de l,intro- •
duétio11.
Les inoeurs a";oient fait qt1elqt1es progrès.
Les ancêr1·es de Cha1·le1nagne écoitnt:
1noi11s fé1·oces qt1e les Rois guc--.rrie1·s de la
Ri1ce ~1 érovingic11ne. Charles-Martel & les f
deux Pépi ne; a ''oienr de la grandeur: & de
l~éclat:. Les Cor1qt1éra11s Mérovin~iens n'avoie11t
éré que des atfaffi11s terribles. Les
critnes de pure fé1·ocité dcvenoient plus ra- ·
res; mais ot1 co1n1nercoir encore les crimes
policiques , 011 lés com1netroit inême pat
fyfl:êtnc, c' eft la. plus ancie11nc comn1e la
plus ft111ef.l:e des er:reurs. On croit que le
M acnja ve!Ji[111e eft la doél:rine~ ou l' ei:reur
des fiècl~s Q~lairés; on fe trotnpe, il appartjenr
fur .. t (> tl t aux J<!u·pJes barbares; c .. eft
alors q-t1e le f rt: 1eut rot1jot1rs oppri1ner, &
le f(>i ~le t \ ll .t>t1rs rroi-n per. Les Peupl~s barbares
<Y· .~ ~ erJ~ d1ns u11 hat1t d~gré cette
vile fcie. cc· '1° 11tiiie, "eette petite fi11e((e
fittpide ~ ~ ·~ J· e111~i =- ~ de i·:i rouri11e, l'impuiff
a11c~· \ .. ~ ~ PV er ,~01 e( p1·it jufqa' à ) a rai- j
fo11, & f0... .. t1r jÛt-~1t1,à la,jt1!l:iGe, font encore
1101101· r. t1 • ?n de f"'olitique. Quand il exif: ·
. tcia: uit i ue, elle fera bieJ1 fi1nple, cc
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1 Vi.J\J I :.J4U
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1 _ 1·,, M E R ,C U R E
,'
fe1·a la jultice, ou encore miet1x la bie11fai- ·
fance, qui eft la jt1ftîce fuprên1e ; car il efr
f ouveraÎ11e1nent jufi:e de fait·e tout le pien
dont on efr capable. Le bien doit avoir la
vertu d,attirer le bien, puifquc le inal a celle
d' ~rrirer le mal ; 011 efr bien sûr du· n1oins
que ce 111al, qu' 011 efr toujot1rs fi empreffé
de faire, fer.a rendu au centuple. Pou1 .. quoi
donc faire le mal? Quel i11térêt, quelle politique
peut pre(crire le foin fu11cfte d' aff
embler ainfi fur fa tête tous les fléaux de la •
haime & de la vengeance ? Pourquoi [ai.Gr
toutes les occaG011s cle 11uîre à f~s voiu11s >
parce 'qu'ils ont faili ou qu, on prévoit qu'ils
failiro11t tot1tes celles de 11ous nuire? Eh!
confentons à do1111er l'exemple, co1nmençons
l'expérience du bien, ~elle du 1,nal eft
faire; 11ot1s Cavons ce ~u'il a produit & cc
qt1'il prodtiira: dif ons pltts, celle du bien
nlê1ne efr faite •. En effet, ouvrons 11os A11nalcs,
n1aJgré 1:iorre fyfrên1e perpét11el de
gt1errc, quiconque a voulu vi·1re en paix y a
vécu. Depuis la fondarion de notre Monarchie,
011 n'avoir pas encore compris que la
paix pût jatnais êrre un état permanent. De·
puis Gt11llaume le Co11quérant & Philippe 1, ·
·on avoir en~ore tnoins co1npris que la France
pût faire t1ne paix folide avec les .,.~nglois.
Enfin, .. ...Sa irzt Louis vint ; il ~Quiut la paix>
& la paix avec l' Angleter-re. Quel moyen
c1nploya·t-il ' la bienfaifance. Il remit aux
Angloiw tour c-e que le droit rigoureux de
confifcation av~it pu leur enlever fans injUfticc
.. ; il conquit les coeurs en rendant des
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rvqu1u ~-------~-
,
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D E F R A N C E. 167
États. Le fruit de cette tnodératio11 fa11s
cxei.nple, fur une paix fans cxe1nple aul1i;'
ut1e paix de r1·ente-ci11q ai1s e11tre les deux
Nario11s., u11e amitié fi11cèt·e ent1·e les deux:
Rois, no11 pas feuleroent pe11dant f 0J1 règc1e>
111ais e11core pet1llant le règ11c entier de l)hi--:
· lippe-le Hardi fon fils. * · ,
T.el ell l,efprit da11s leqt1el cet Ouv1·age ·
eft co111 pofé ; c' efi: le 1nê111e qui règ11e <.ia11s
l,Hi!l:oi1·e de Fra11çois I, & fur· tottt dans
celle de la Rivalir·é de la Fra11ce & de l' Angleterre,
Ouvrages du 1nên1e At1~eur; c'eft
l' ainour de la paix, l' éloig11et11e11r pour la ..
guerre, l'ho1·reur pour la viole11cc & l'in- ·
ju fl:ice; l' Al1tet1r attaque {ur- tout le Machiavellift11e,
co11rin11elle111e11t, dans routes [es
hra11ch\Ts & dans toutes Ces f ubdivifio11s. _,
L'Hill:oii·e de Cl1arle1nag11e ouvre le
fecond Volt1111e. -
· I11gell1ei111, près éte 1'1aye11ce, Charlebou
l·g, 11rès de Mu11icl1, Carlfiar et1 Franco11ie,
Liége, 1\ix, qui n' avoit poi•1t encore
~ Il f;iudroit co11clure d'u11 pareil pri11cipe, qu'il
fuffiroit à un Roi d'être Bicnfaifant pour cunfervcr
la paix~ maie; u11 Prince !era e11 vain Bitnfuifant &
Mod 'ré, fi fo11 voi{i11 ne l'efi pas; & dans ce dernier
cas il faut néceffai1·emc11t que la force arra-.
che ce que la Bienf~ifa11ce & la Modération ne polir ...
ront p11s obr.enir. Tel eft le fyfl:ême de guerre aétucl
qu·on ne peut pas regardc-r co1n1ne un tribut payé
à 1'crreur par l'l1umanité.
N'y auroic-il pas à épiloguer μn peu fur la mode.
ration de S. Louis qui pouvoit, Çtrc néccffitée par
les circoafta:J1ces? (Note de /'Editeur.)
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I 68 . . M E R c V R E .
allors le f urnom de la Chapelle, fe f 0•11:
dif puré l,ho11neur d~avoir do1111é la i1aiil:1nce
à ce grand Pri11ce, co1nme autrefois pl11-
lieurs Villes Grecqt1es à Ho1nèt·e ; ca1· après
la 1no1·t.tous les t1r1·es de gloire fo11c égaux>
& le f ouveni1· des grands Ho1n1nes e11 tout
genre fe pet·pérue égale111e11t. C'eft au Château
d'Ingelhei1n que Cl1arles naquit, le 1'
Ecvrier 741, fuivant l' opi.ni~11 co1n1nune. l
Carloman, fo11 frère puî11é, qui partagea>
felgn l,ufage du te1nps, avec lui les États de
fon èt·e, n'eft connu dans l'Hiftoire que par
la ja ou1Îc qu'il e11t coure fa vie des gra11des
. qt1alirés de Cl1arles, fenti1nenr qui attelle
l'i11fêrioriré de Carlo1na11.
~ Ils fu1·c11t couro111:1és le mên1e jour ( 9
Oétobre 768), Charles à Noyon, Carlo-
1uan à Soiif ons.
Le pre111ier exploit qui s'offrit à la valeur
d.c ( .harles, fur l'expédition d' Aquitair>e. Ce
Reyau1ne ou cette Province, réunie à la Cou·
ron11e par Pépi11-le-Bref, réclamoit de not1-
veau l'inclépendal1ce, ou plutôt les Pri11ces
de 1-a Maifon d'Aquitaine, itfue de Clovis &
de Clotaire II par Aribert, Boggis & le D11c
Eudes récla1noient ce Duché héréditaire. de
let1r Maifo11. Carlo1nan éroit parti avec fon
frère pot1r f ou111ettre l' Aquitai11c. Dar1s la
rôute il le qt1ittc b1·uf qt1e111e11t, & retire fes '
troupes , )ai!I111t à Cl1arles tou~ l'embarras
de certe cxpéd~cio11; c'était lui en laïffer roucc ~
ltil gloire. Dès que Charletnag11e parue, l' Aql:
litai11e rec9nnut f on Maîcre ; la rapidité
· -- avec •
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D E F R A N C E. 16?
&\'CC laquelle il s'était éla11cé f,1r cet Etat
(car i·aétiviré qui, cot11me on l'a obfer\1é
plufieu1·s fois da11s l'Introduétion, éivoit diftingt1é
Charles Martel & I>épin-le Bref parlni
tous les Guerriers éroit, pow· ain{i di1·e, exagérée
en lui, & tc11oir de la tnagic & du ro·
Hige), l'alfurance avec laqt1clle il 111arè oit
au milieu de ce peuple e11ne111i, comme Ull
Roi parn1i fes f ujers, & un père parmi fes
mfa11s; un mêla11ge adroit de clé1nence &
.de fer1ncté, 11 extérieu1· le plus a va11tageux,
la figt11·c & la taille des Héros, des 1n.anièrcs
à- la fois impofantes & ai111ablcs, la brillante
affabilité de Céfar, la 1najell:é qt1, eut
dans la fuite Louis XIV, avec 11ne fimplicité
~ui l'eût en1bel lie; des traits fiers & doux
pleins de feu & de grâce, u11 air d'at1dace •
de force & de bon ré; enfin, les trois Pépins
& Charles-Martel renailfans en lui avec pltlS
.(!'éclat & de grandeur, toltt annonçait un
Prince 11é pour co1n111a11der aux homn1es
p0t1r co11quérir les E111pires & pour fL1bju
guer les -ca:urs. Charles 11e prie contre les
Aqt1it:ains d1autres précautio11s que He faire
bâtir fur la Dorrdog11e tin Château fort qui
s'appela Franciac J c'efr·à dire, Château du
,Franfois; on l'apHclle aujourd'l1ui Fronfac,
11om dins lequel, à ~trav~rs la coi·ruetion , · 1
~ ell aifê d'appercevoir la prononf iatÎDn & la
fignificacion pr.imirives. '> ,
Pépi11 l~ Rr:ef a voit fair la guerre aux Lom.
bards; la Rei11e Berthe , f"J veu\'e, jaloufe de
réconcilier le~ ~eux Natio11s , propofa le
N°. 3 o, 2. 7 Juillet 17 · i. H
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IU~Vl~4U f
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s 10 · M E R C U R E.. .
mariage de Charles, f 011 fils aîné, avec Her ..
~ mengarde, fille de Didier , Roi des Lo111• ·
pa1·ds; le Pape Éti~1111e IV, ei111e111i de Didier,
ne négligea rien p0ur traverfer cette a·llianc:
e ; wil a v0it ·un prétexte qt1'il fit bien valoir,
eharleL11agne a voit llne ef pèce d' e11gagen1ent,
que la Nation ne paroîr pas avoir regard~
co1nme un ''J·ai rnariag~, avec 1111e fem1ne
no1111née Hi1niltrude, âo11t il a\'OÎt i11ê1ne t1n
fils .. Cet obftacle n' arrêt oit 11i la Reine Bertl1e,
ni le Roï Lo1nbard , ni Cha1·le111ag11c
lui-'mê111e, q11i ne t~noit plus à ce lien. Le
Pape, dans une lettre t1·ès-curieufe, infi!le
forteme11t fur· l'indi{folubiliré dts noeuds du
s.11ariagc; & pot1r toucl1er par· u11 endroit
(enfiblc les IJri11ces Cha1·les & C:a1·loman: • • •
. ~ Sotive11ez-\'Ot1s, leur dit-il, que mon pré-
• déce!feu·r e1:n pêcha Pépi11 de répt1dier vo•
. ,., tre inère~ ,, _Il inGtle bie11 t\avanr~ge en•
core fur l'ir1dignité prétendlte de cette al~
iancc; il affure que tot1tes les Lon1bardes
font puaqtés, lépreufes, dégoûtante~: Pete~
~ijfi.ma gens ..••• de cujus natione & leprofarum
enus qri.ri certum ijl; que le pet1ple J... om.
ard efi: ~n11e1i:ii de D~et1 & des lio1nmes;
qu'il n' efl pas corn pté par-tni les N arions, in
rzumero genti.um nequaquam comput«tur; & ,
comme s'~l eût éré qtieftion d'époufer une
idolâtre , & non pas uqc Catholique :
.,. Quelle monfi:ruet1fc all~anc~ , s'écrie le .
• Pontife, c11trc la lainière & les ténèbres! '~ ,
~ quelle f ociété dl1 fidèle avec l'infidclle !
• tfç$ f r411soifcs ~ 'lit· il , f oMt ti aimable; 1
•
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-
1u111ru:+μ--~------
•
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,
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. . D~ E FRANCE • . ~17r
;,, ai1ncz-les, c,efi: votre· devoir: earrtm vos
,, oportet amori ej}è adnexos. ''• .
Il prétend qu,il n' efi pas pern1is aux Princes
d, épouf er des ér1~a11Bèrcs; il cire aux Prin
·ccs François l' exe1nple de let1r père, de leur
aïeul , de leur bifaïeul , qui tous avaient
épot1fé des Frat1çoifes; il leur allègue ft1r c,c
p i i1t l, autorité du Roi leu~ père , qt1i ~
·RreCfé par l'E111 pere11r Conftantin Copro'
nyt11e , de donner en '"1n~riage à f on fils la
Pri11ceffe Giféle, foeur de Charles & de Car-.
·101nan, avoic répondu qu'':111e alliance étran~
gère lui paroilf oit illegirime , & fur-tout
~qu' il ne vouloir point faire une chofe défa.
gréa ble au Saint- Siége •
On 11,eut point ·d,égard à c~tte lettre, &
le 1nariage fe fic; l11.ais le Pape ft.:it ve11gé par
ce 111a1·iage 1~ê111e. Cha1·les n, ait11a tJoint fa
11ouvelle"époufe; qt1elqt1es i11fir1nités fecrettes
qu,il lui trot1va, l' e11 dégoûtèrent d, a- .
bord, il la répt1âia, & la 1·envoya au Roi
Didief fo11 pè1:e , qui ne pardo11111 ja1nais à
la Fra11ce 1, aff.ro11r fait à fa ' fi lle. Be1·rhe vit
avec aot1lcur dér1·uire f 011 ouvrage & dilliper
tès efpérances. C'eft le fcul chagïi11 , dit
Egi11ard , que f on fils ltti ait do1111é da11s fa
•
•1 ~.
.. Le Pri11ce Ca['lo1nan mot11·ut au cl1âreau • • e Sama11cy , ot1 Samot1cy , près de Lac.)11 ,
l.e ~ 'Déce111bre 77 1, âgé d' c11viron vi11 gt nns.
Il laiffoit deux fils en bas-âge: 011 v1t alors
un mémoraole effet tie ce gra11d art de plai re
& d'i1npof er, dont la Naturie a·1oit doué
· - H ij
•
•
•
•
1 U,'4 U I :J'4JJ
-
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•
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•
•
'
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• •
•
'- ·rvz. . · M E>R 0 lJ. RE
4 C l1arle111agne, & de la i·épl1tatio 11 gt1'il a~oit
dcjà de got1 ver11er avec g1·andeur, avec ju(tice
& ~ veç fagelfe. Les Gr:i.11ds des Er~1 rs qui
a voie11r été du p~ :- tag: de Carlo111an) i·eco11-
·11t1re11t f oletn11elle111ent Cha1·le1nag11e pour
l e1:1·1· Roi. Ger berge, veuve de Carlo111an, ·
~'e11fu.i r a\1ec fes fils l1ors de France; elle (ç
réf,_1gin chez le Roi de Lombardie , afyle in·
diqué à totts les enneluis de la Fra11ce, par
le reffc11time11t que co11fer,·0it ce Prir1ce de
l'affro11t que fa fille y avoir reçu. . · ...
Da11s le i11êtr1e -te111p5 on vir rep~ro1rre Je
Pttc d' Aquirai11e Httnaud, fils du Du~ Eudes,
& père du Duc Gaïffre. Da11s un léger dépit
d' a V oi1· écé battu par les François , & <.ians
·un tége1- re1nords d'a\1oir fait crev~r les yeux
·au Pt·ince Hatten, f on frère, il s' écoit fait
,M.oi11~ ~ & avoir cédé fo11 DL1ché à Ga.i'ffre
{on fils. Après la mort de Gai~ffre, il étoit
.rcnrré dans le Îiècle pot1r difpurer à Charle1nag11e
le Duçhé d' Aqt1iraine. Livré au ·
1 vai11queur, il avoir été enfert:né; il s'échappa .
~e fa pi:itbn , '& fc refira auffi à la Cour de
·Didier, ain!i que divers Seigneurs des Etats
,de Carlo111an, qtti n'avoienr point ap rot1vé
.. la dén1ar-che qt1e les aurrcs avoient aitc de
fe f ot1n1etrrc à Çharlemagnc. _
r Voilà donc contre Charle111agne non-fclllemeAt
u11 grand 0rage, . inais encore 011
, ~rand intérêt ; 1111e veuve abando11née par
·les f ujets de fon n1ari , une m~rc défolée •
, des orpl1elins dépouillés, des Grands prof.;.
rits pour leur fidèle arrachcme'1t au fang <lo
•
•
...
'
...
..
•
• -
D E- F R A N C 1!. t7 j
leur Sot1verai11; un père ~ lli1 Roi outragé
da11s ur1e fille in11oce11rc; u11 avtntut·ier, que
le~ viciffitt1Qjcs mê1ncs de fa defl:i11ée rendoienr
in1 e1·effa11t , récla1nant l'héritage de
fo11 fils, le patri111oi11e de fon père, tous ces
infortunés uniffa11t leurs haines, leur! effo1·1s
& Jeùrs reff ources : voilà cc qu,t111 jt:fl:c rtf.;.
fenr:n1enr armoit alors co11tre ]a fortune de
Charle1nagne; mais il réunitToir à vi11gt·rJcuf
ans toute la Monarchie F1·ançoife.
! Dans 11n fecond exrrait, notls le confidérero11s
feul fur le trône , & agiffant avec;
toutes les force! de cctre Monartbie.
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Résumé : Extrait de l'Histoire de Charlemagne.
L'ouvrage en question est une histoire de Charlemagne, précédée de réflexions sur la première race et la féodalité. L'auteur met en avant la nécessité de corriger les erreurs passées et de tirer des leçons morales de l'histoire. Il critique les jugements historiques influencés par des stratégies machiavéliques et appelle à une réévaluation des événements pour distinguer les actions louables des erreurs à éviter. L'introduction de l'ouvrage est structurée en quatre chapitres. Le premier chapitre présente des observations générales sur l'esprit de guerre, comparant les guerres des peuples barbares à celles des peuples policés. Les guerres barbares sont décrites comme constantes et motivées par la brutalité, tandis que les guerres des peuples policés sont intermittentes et influencées par des intérêts économiques et politiques. Le deuxième chapitre examine l'état de la France et de l'Europe avant Charlemagne, soulignant les troubles et les violences de cette période. Le troisième chapitre traite des rois fainéants et des maires du palais, et le quatrième chapitre se concentre sur les ancêtres de Charlemagne, notant leurs progrès et leurs erreurs. L'auteur insiste sur l'importance de la paix et de la bienveillance, illustrant ses propos par l'exemple de Saint Louis, qui a su conquérir les cœurs par la modération et la justice. L'ouvrage vise à promouvoir un esprit de paix et de justice, en opposition aux stratégies machiavéliques. Par ailleurs, le texte relate des événements historiques impliquant Charlemagne et la province d'Aquitaine. La région, réclamant son indépendance, est dirigée par les princes de la Maison d'Aquitaine, descendants de Clovis et Clotaire II. Charles, frère de Charlemagne, est envoyé pour soumettre l'Aquitaine mais abandonne la mission, laissant Charlemagne gérer seul cette expédition. À son arrivée, Charlemagne est rapidement reconnu comme maître par les Aquitains, grâce à sa rapidité et son assurance. Il prend des mesures pour sécuriser la région, notamment en construisant un château fort sur la Dordogne, appelé Franciac (aujourd'hui Fronsac). Le prince Carloman, frère de Charlemagne, meurt en décembre 771, laissant deux jeunes fils. La veuve de Carloman, Gerberge, retourne en Lombardie avec ses fils, indignée par le traitement subi par sa fille. En Aquitaine, le duc Hunald, fils d'Eudes, réclame le duché après la mort de son fils Gaiffre. Hunald s'échappe de prison et se réfugie à la cour de Didier, rejoint par d'autres seigneurs refusant de se soumettre à Charlemagne. Charlemagne doit donc faire face à une coalition d'adversaires, incluant une veuve abandonnée, une marche dévastée, des orphelins dépouillés, des grands protestant contre leur fidélité forcée, un roi lombard outragé, et des nobles réclamant l'héritage de leurs fils. Malgré ces défis, Charlemagne parvient à maintenir son contrôle sur la monarchie franque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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