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3151
p. 148-151
« OBSERVATIONS de Jean-Jacques Rousseau, de Genéve, sur la réponse qui a été [...] »
Début :
OBSERVATIONS de Jean-Jacques Rousseau, de Genéve, sur la réponse qui a été [...]
Mots clefs :
Sciences, Réponse, Discours, Jean-Jacques Rousseau, Examiner, Observations, Religion, Extrait
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texteReconnaissance textuelle : « OBSERVATIONS de Jean-Jacques Rousseau, de Genéve, sur la réponse qui a été [...] »
OBSERVATIONS de Jean-Jacques Rouf
feau , de Genéve , fur la réponſe qui a été
faite à fon Difcours. On les trouve à Pa
ris , chez Piffot.
L'occafion de cette brochure eft une de
DECEMBRE. 1751. 149
99
ces circonstances rares , dont l'Hiftoire
fournit à peine un exemple : auffi l'Auteur
, n'ayant aucun modéle à fuivre , a - t'il
pris uu ton tour à lui , qui ne fera fûrement
jamais le ton à la mode . Voici ſon début.
» Je devrois un remercîment , plutôt
» qu'une réplique à l'Auteur anonyme ,
qui vient d'honorer mon Difcours d'une
réponſe : mais ce que je dois à la recon-
» noiffance , ne me fera point oublier ce
que je dois à la vérité ; & je n'oublierai
" pas non plus , que toutes les fois qu'il
» eft queftion de raiſon , les hommes rentrent
dans le droit de la Nature , & re-
» prennent leur premiere égalité.
M. Rouffeau ne combat point directement
la réponfe qu'il examine il convient
des grandes vérités qui y font répandues
, & le borne à établir qu'elles ne
font point contradictoires à la Théfe qu'il
a foutenue dans fon Difcours. Il fait voir
que fur les utilités des Sciences , il a penfé
comme l'Auteur de la Réponſe , & que
fur leur abus , l'Auteur de la Réponse a
parlé comme lui .
Cependant la conclufion du Difcours ;
& celle de la Réponſe fe trouvent directement
oppofées » La mienne étoit , dit
M. Rouffeau , que puifque les Sciences
font plus de mal aux moeurs que de
Gii
150 MERCURE DE FRANCE
bien à la focieté , il eût été à delirer
que
"les hommes s'y fuffent livrés avec moins
» d'ardeur. Celle de mon adverfaire eft ,
que , quoique les Sciences faffent beau
" coup de mal , il ne faut pas lailler de les
» cultiver à caufe du bien qu'elles font . Je
m'en rapporte , ajoute- t'il , non, au pu
» blic , mais au petit nombre des vrais
» Philofophes , fur celle qu'il faut préferer
» de ces deux conclufions.
و د
L'Auteur paffe enfuite aux obfervations
de détail , & examine quelques endroits
de la Réponse qui lui paroiffent manquer
un peu de cette jufteffe qu'il admire volontiers
dans les autres , & qui , felon lui ,
ont pu contribuer à l'erreur de la confé
•quence que l'Auteur en a tirée .
La principale de ces obfervations roule
fur une accufation très-grave , au fujet de
laquelle M. Rouffeau a crû devoir entrer
dans une plus longue difcuffion .
Selon l'Auteur de la Réponse , la culture
des Sciences eft tellement utile à la
Religion , que ce feroit la priver d'un ap
pui que de profcrire les Lettres . En effet, il
paroît par le célébre Edit de Julien l'Apol
tat , & par le chagrin qu'en montrerent les
Chrétiens de fon tems , que les uns & les
autres en penfoient ainfi . Mais leur opinion
ne fait rien ici contre les faits , &
DECEMBRE. 1751 .
c'eft par les faits que M. Rouffeau examine
cette grande queftion .
Il expofe en abregé ce que les Sciences
& la Religion ont eu de commun , & prenant
fon Extrait hiftorique dès le commencement
de l'ancienne Loi , il le fuit
jufqu'à notre fiécle , faifant voir que dans
tous les rems , & les Chrétiens & le Peuple
de Dieu , ont toujours été détournés
par leurs Chefs de l'étude des Sciences
humaines , & que toutes les fois que la
Philofophie & les Lettres ont pénétré dans
ce Sanctuaire , ç'a toujours été au préjudice
de la Religion
.
Ce morceau qui paroît avoir été fai
avec foin , étant lui- même un extrait déja
fort ferré , n'eft pas fufceptible d'extrait ;
ainfi nous renvoyons à l'ouvrage même
les Lecteurs qui voudront en juger . Nous
en dirons autant des articles du luxe , de
l'hypocrifie , de la politeffe , de l'ignorance
, & de la néceffité actuelle de cultiver
les Letrres ; a rticles trop longs pour être
tranfcrits , & trop courts pour être abregés.
Nous nous contenterons d'ajouter
qu'on y reconnoît de même que
par tour ,
dans les notes qui y font jointes , la plume
éloquente , & les maximes fingulieres de
l'Auteur du Difcours , qui a donné lieu
à la Réponſe & aux obfervations.
feau , de Genéve , fur la réponſe qui a été
faite à fon Difcours. On les trouve à Pa
ris , chez Piffot.
L'occafion de cette brochure eft une de
DECEMBRE. 1751. 149
99
ces circonstances rares , dont l'Hiftoire
fournit à peine un exemple : auffi l'Auteur
, n'ayant aucun modéle à fuivre , a - t'il
pris uu ton tour à lui , qui ne fera fûrement
jamais le ton à la mode . Voici ſon début.
» Je devrois un remercîment , plutôt
» qu'une réplique à l'Auteur anonyme ,
qui vient d'honorer mon Difcours d'une
réponſe : mais ce que je dois à la recon-
» noiffance , ne me fera point oublier ce
que je dois à la vérité ; & je n'oublierai
" pas non plus , que toutes les fois qu'il
» eft queftion de raiſon , les hommes rentrent
dans le droit de la Nature , & re-
» prennent leur premiere égalité.
M. Rouffeau ne combat point directement
la réponfe qu'il examine il convient
des grandes vérités qui y font répandues
, & le borne à établir qu'elles ne
font point contradictoires à la Théfe qu'il
a foutenue dans fon Difcours. Il fait voir
que fur les utilités des Sciences , il a penfé
comme l'Auteur de la Réponſe , & que
fur leur abus , l'Auteur de la Réponse a
parlé comme lui .
Cependant la conclufion du Difcours ;
& celle de la Réponſe fe trouvent directement
oppofées » La mienne étoit , dit
M. Rouffeau , que puifque les Sciences
font plus de mal aux moeurs que de
Gii
150 MERCURE DE FRANCE
bien à la focieté , il eût été à delirer
que
"les hommes s'y fuffent livrés avec moins
» d'ardeur. Celle de mon adverfaire eft ,
que , quoique les Sciences faffent beau
" coup de mal , il ne faut pas lailler de les
» cultiver à caufe du bien qu'elles font . Je
m'en rapporte , ajoute- t'il , non, au pu
» blic , mais au petit nombre des vrais
» Philofophes , fur celle qu'il faut préferer
» de ces deux conclufions.
و د
L'Auteur paffe enfuite aux obfervations
de détail , & examine quelques endroits
de la Réponse qui lui paroiffent manquer
un peu de cette jufteffe qu'il admire volontiers
dans les autres , & qui , felon lui ,
ont pu contribuer à l'erreur de la confé
•quence que l'Auteur en a tirée .
La principale de ces obfervations roule
fur une accufation très-grave , au fujet de
laquelle M. Rouffeau a crû devoir entrer
dans une plus longue difcuffion .
Selon l'Auteur de la Réponse , la culture
des Sciences eft tellement utile à la
Religion , que ce feroit la priver d'un ap
pui que de profcrire les Lettres . En effet, il
paroît par le célébre Edit de Julien l'Apol
tat , & par le chagrin qu'en montrerent les
Chrétiens de fon tems , que les uns & les
autres en penfoient ainfi . Mais leur opinion
ne fait rien ici contre les faits , &
DECEMBRE. 1751 .
c'eft par les faits que M. Rouffeau examine
cette grande queftion .
Il expofe en abregé ce que les Sciences
& la Religion ont eu de commun , & prenant
fon Extrait hiftorique dès le commencement
de l'ancienne Loi , il le fuit
jufqu'à notre fiécle , faifant voir que dans
tous les rems , & les Chrétiens & le Peuple
de Dieu , ont toujours été détournés
par leurs Chefs de l'étude des Sciences
humaines , & que toutes les fois que la
Philofophie & les Lettres ont pénétré dans
ce Sanctuaire , ç'a toujours été au préjudice
de la Religion
.
Ce morceau qui paroît avoir été fai
avec foin , étant lui- même un extrait déja
fort ferré , n'eft pas fufceptible d'extrait ;
ainfi nous renvoyons à l'ouvrage même
les Lecteurs qui voudront en juger . Nous
en dirons autant des articles du luxe , de
l'hypocrifie , de la politeffe , de l'ignorance
, & de la néceffité actuelle de cultiver
les Letrres ; a rticles trop longs pour être
tranfcrits , & trop courts pour être abregés.
Nous nous contenterons d'ajouter
qu'on y reconnoît de même que
par tour ,
dans les notes qui y font jointes , la plume
éloquente , & les maximes fingulieres de
l'Auteur du Difcours , qui a donné lieu
à la Réponſe & aux obfervations.
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Résumé : « OBSERVATIONS de Jean-Jacques Rousseau, de Genéve, sur la réponse qui a été [...] »
En décembre 1751, Jean-Jacques Rouf publie à Paris chez Piffot des 'Observations' en réponse à une critique anonyme de l'un de ses discours. Rouf admet les grandes vérités de la critique mais affirme qu'elles ne contredisent pas sa thèse initiale. Il reconnaît que les sciences peuvent nuire aux mœurs tout en apportant des bienfaits à la société. Rouf examine plusieurs points de la critique, notamment l'affirmation que la culture des sciences est bénéfique pour la religion. Il conteste cette idée en présentant un aperçu historique montrant que, depuis l'Antiquité, les chefs religieux ont souvent découragé l'étude des sciences humaines, les jugeant préjudiciables à la religion. Le texte aborde également des sujets tels que le luxe, l'hypocrisie, la politesse, l'ignorance et la nécessité de cultiver les lettres, sans en donner les détails. Enfin, Rouf souligne l'éloquence et les maximes singulières de l'auteur du discours original.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3152
p. 152
« LETTRE de J. J. Rousseau, de Genéve, à M. Grimm, sur la réfutation de son Discours, [...] »
Début :
LETTRE de J. J. Rousseau, de Genéve, à M. Grimm, sur la réfutation de son Discours, [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, Joseph Gautier, Discours, Réfutation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE de J. J. Rousseau, de Genéve, à M. Grimm, sur la réfutation de son Discours, [...] »
LETTRE de J. J. Rouffear , de Genéve
à M. Grimm , fur la réfutation de fon Dif
cours , par M. Gautier , Profefleur de Ma
thématique & d'Hiftoire , & Membre de
l'Académie des Belles- Lettres de Nanci ,
Cette brochure fe trouve chez Piffot , Quai
des
Auguftins.
à M. Grimm , fur la réfutation de fon Dif
cours , par M. Gautier , Profefleur de Ma
thématique & d'Hiftoire , & Membre de
l'Académie des Belles- Lettres de Nanci ,
Cette brochure fe trouve chez Piffot , Quai
des
Auguftins.
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3153
p. 6-26
REFLEXIONS Sur la théorie de la résistance des fluides, lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie des Sciences. Par M. d'Alembert.
Début :
Quoique la Physique des Anciens ne fût, ni aussi déraisonnable, ni aussi [...]
Mots clefs :
Fluides, Corps, Théorie, Résistance, Lois, Fluide, Principes, Nature, Particules, Matière, Mouvement, Calcul, Parties, Résistance des fluides, Difficile, Doute, Géométrie, Isaac Newton, Esprit, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS Sur la théorie de la résistance des fluides, lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie des Sciences. Par M. d'Alembert.
REFLEXIONS
Sur la théorie de la résistance des fluides,
lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie
des Sciences. Par M. d'Alembert.
Quoique la Physique des Anciens ne
fût, ni aussi déraisonnable, ni aussi
bornée que le pensent ou que le disent
quelques Philosophes modernes, il pa-
roît cependant qu'ils n'étoient pas fort
versés dans les Sciences, qu on appelle
Physico-Mathématiques, & qui consistent
dans l'application du calcul aux phenomé-
nes de la Nature. La question de la résis-
tance des fluides, est une de celles qu'ils
paroissent avoir le moins étudiées sous
ce point de vûe. Je dis sous ce point de vus;
cat la connoissance de la résistance des
fluides, étant d'une nécessité absolue pour
la construction des Navires qu'ils avoient
peut-être poussée plus loin que nous, il
est difficile de croire que cette connois-
sance leur ait manqué jusqu'à un certain
point: l'expérience leur avoit sans doute
fourni des régles pour déterminer le choc
& la pression des eaux; mais ces régles,
d'usage seulement & de pratique, & pour
Goo.
3
1752.
JANVIER.
ainsi dire, de pure tradition, ne sont
point parvenues jusqu'à nous.
A l'égard de la théorie de cette résis-
tance, il n est pas surprenant qu'ils l'ayent
ignorée. On doit même, s'il est permis
de patler ainsi, leur tenir compte de leur
ignorance, de n'avoir point voulu attein-
dre à ce qu'il leur étoit impossible de sça-
voit, & de n'avoir point cherché à faire
croite qu'ils y étoient parvenus. C'est à la
plus subtile Géométrie, qu'il est permis
de tenter cette théorie, & la Géométrie
des Anciens, d'ailleurs très-profonde &
très scavanre, ne pouvoit aller jusques-là.
Il est vraisemblable qu'ils l'avoient senti;
car leur méthode de philosopher étoit plus
sage que nous ne l'imaginons communé-
ment. Les Géomêtres modernes ont scu
se procurer à cet égard plus de secours,
non parce qu'ils ont été supérieurs aux
Anciens, mais parce qu'ils sont venus
depuis. L'invention des calculs., diffe-
rentiel & intégral, nous a mis en état de
suivre en quelque maniere le mouve-
ment des corps jusques dans leurs élemens
ou dernieres particules. C'est avec le se-
cours seul de ces calculs qu'il est permis
de pénétrer dans les fluides, & de décou-
vrir le jeu de leurs parties, l'action qu'e-
xercent les uns sur les autres, ces atômes
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
innombrables, dont un fluide est compo-
sé, & qui paroissent tout à la fois unis &
divisés, dépendans & indépendans les uns
des autres. Aussi le méchanisme intérieur
des fluides, si peu analogue à celui des
corps solides que nous touchons, & sujet
à des loix toutes differentes, devroit être
pour les Philosophes un objet particulier
d'admiration, si l'étude de la Nature, des
phenoménes les plus simples, des éle-
mens même de la matiere, ne les avoit
accoutumés à ne s'étonner de rien, ou
plutôt à s'étonner également de tour. Aussi-
peu éclairés que le peuple sur la nature
des objets qu'ils confidérent, ils n ont &
ne peuvent avoir d'avantage que dans sa
combinaison qu'ils font du peu de princi-
pes qui leur sont connus, & des consé-
quences qu'ils en tirent; & c'est dans cet-
te espéce d'analyse que les Mathémati-
ques leur sont utiles Cependant avec ce
secours même la recherche de la résistance
des fluides est encore si difficile, que les
efforts des plus grands hommes se sont
terminés jusqu'ici à nous en donner une
legere ébauche.
Après avoir réflechi long-tems sur une
matiere si importante, avec tonte l'atten-
tion dont je suis capable, il m'a paru que
le peu de progrès qu'on a fait jusqu'à pré-
JANVIER. 1752.
2
sent dans cette question, vient de ce
qu'on na pas encore saisi les vrais princi-
pes, d'après lesquels il faut la résoudre; j'ai
crum devoir mappliquer à chercher ces
principes, & la maniere d'y appliquer le
calcul, s'il est possible; car il ne faut point
confondre ces deux objets, & les Geomé-
tres modernes semblent n avoir pas été as-
sez attentifs sur ce point. C'est souvent le
desir de pouvoir faire usage du calcul qui
les détermine dans le choix des principes,
an lieu qu'ils devroient examiner d'abord
les principes en eux-mêmes, sans penser
d'avance à les plier de force au calcul.
La Géométrie, qui ne doit qu'obéir à la
Physique, quand elle se réunit avec elle,
lui commande quel quefois: s'il arrive que
la question qu'on veut examiner soit trop
compliquée, pour que tous les élemens
puissent entrer dans la comparaison analy-
tique quon veut en faire, on sépare les
plus incommodes, on leur en substitue
d'autres, moins génans, mais aussi moins
réels; & on est etonné d'arriver, malgré
un travail pénible, à un résultat contre-
dit par la Nature; comme si aptès l'avoir
déguisée, tronquée, ou alterée, une com-
binaison purement méchanique pouvoit
nous la rendre.
Je me suis proposé d'éviter cet inconvé-
AV
Dgisterad vodO
10 MERCURE DE FRANCE.
nient dans un ouvrage que je vais pu-
blier sur la résistance des fluides. J'ai cher-
ché les principes de cette résistance comme
sil'analyse ne devoit y entrer pour rien;
& ces principes une fois trouvés, j'ai es-
fayé d'y appliquer l'analyse. Mais avant
que de rendre compte de mon travail, &
du degré auquel je l'ai poussé, il ne sera
pas inutile d'exposer en peu de mots ce qui
a été fait jusqu'à présent sur cette ma-
tiere.
Ne wton, à qui la Physique & la Géomé-
trie sont si redevables, est le premier, que
je sçache, qui ait entrepris de déterminer,
par les principes de la méchanique, la
résistance qu'éprouve un corps mu dans
un fluide, & de confirmer sa théorie par
des expériences. Ce grand Philosophe,
pour arriver plus facilement à la solution
d'une question si épineuse, & peut-être
pour la présenter d'une manière plus géné-
rale, envisage un fluide sous deux points
de vüe differens. Il le regarde d'abord,
comme un amas de corpuscules élastiques,
qui tendent à s'écarter les uns des autres
par une force repulsive, & qui sont dis-
posés librement à des distances égales. Il
suppose outre cela, que cet amas de cor-
puscules, qui compose le milieu resistant,
ait fort peu de densité par rapport à colle
o0
JANVIER. 1752.
11
du corps, ensorte que les parties du fluide
poussées par le corps, puissent se mouvoir
librement, sans communiquer aux parties
voisines le mouvement qu'elles ont reçu;
d'après cette hypothése, M. Newton
trouve & démontre les loix de la résis-
tance d'un tel fluide; loix assez connues
pour que nous nous dispensions de les rap-
porter ici.
Le célebre Jean Bernoulli, dans son
ouviage qui a pour titre: Discours sur les
loix de la communication du mouvement, a
dé terminé dans la même supposition, la
té sistance des fluides; il represente cette
resistance par une formule assez simple,
qui a été démontrée & généraliséc depuis:
mais il faut avouer que cette formule est
insuffisante. Dans tous les fluides que nous
connoissons, les particules sont immédia-
tement contigues par quelques uns deleurs
points, on du moins agissent les uns sur
les autres, à peu près comme si elles l'é-
toient; ainsi tout corps mû dans un fluide
pousse nécessairement à la fois & au men-
me instand un grand nombre de particules
situées dans la même ligne, & dont cha-
cune reçoit une vitesse, & une direction
differente, eu égard à sa situation; il est
donc extrêmement difficile de déterminer
le mouvement communiqué à toutes ces
A vj
o
ed by
12 MERCURE DEFRANCE.
particules, & par conséquent le mouve-
ment que le corps perd à chaque instant.
Ces réflexions n'avoient pas échappé
à M. Newton: il reconnoît que sa théo-
rie de la résistance d'un fluide composé
de globules élastiques clair-semés, s'il est
permis de s'exprimer de la sorte, ne peut
s'appliquer, ni aux fluides denses & con-
tinus, dont les particules se touchent im-
médiatement, tels que l'eau, l'huile,
& le mercure; ni aux fluides, dont l'é-
lasticité vient d'une autre cause que de la
force repulsive de leurs parties, par exem-
ple de la compression & de l'expansion
de ces parties, tel que paroît être l'air
que nous respirons. Une confidération si
nécessaire, a laquelle M. Newton en
ajoute d'autres, non moins importantes,
doit nous faire conclure que cette pre-
miere partie de sa théorie, & celse de
M. Bernoulli, qui nen est proprement
que le commentaire, sont plutôt une re-
cherche de pure curiosité, qu'elles ne sont
applicables à la Nature.
Aussi l'illustre Philosophe Anglois n'a
pas crû devoir s'en tenir-là. Il considére
ies fluides dans l'état de continuité & de
compression où ils sont réellement, com-
posés de particules contignes les unes aux
autres; & c'est le second point de vûe,
soogle
JANVIEK.
1752.
13
fous lequel il les envisage.- La méthode
qu'il employe dans cette nouvelle hypo-
thése, pour résoudre le problême dont
il s'agit, est une espêce d'approximation
& de :âtonnement, dont il seroit difficile
de donner ici l'idée. Nous ne pourrions pas
non plus expliquer clairement dans une
fimple lecture publique la maniere ingé-
nieuse & fine dont M. Newton déduib
de sa théorie la résistance d'un cylindre &
d'un globe, on en général d'un sphéroide
dans un fluide indéfini; nous nous borne-
rons à dire, qu'après assez de combinai-
fons & de caculs, il parvient à cette con-
clusion, que dans un fluide dense & con-
tinu, la valeur absolue de la pistance, &
le rapport de la résistance de deux corps
sont tout autres que dans le fluide à glo-
bules élastiques de la premiere hypo-
théſe.
Mais cette seconde théorie de M.
Newton, quoique plus conforme à la na-
ture des fluides, est sujette encore à beau-
coup de difficultés. Nous ne les exposerons
point ici en détail, elles supposeroient pour
etre entendues qu'on eût une idée fort
présente de certe théorie, idée que nous
navons pu donner ici; mais l'on trou-
vera assez au long dans notre ouvrage, &
Pexpoiition de la théorie Newtonienne,
74 MERCURE DEFRANCE.
& les objections qu'on peut lui faire: c'est
l'objet particuliet d'une introduction qui
doit se trouver à la tête, & dont ces ré-
flexions ne sont qu'un extrait. Il nous suf--
sira d'observer ici que la théorie dont nous
parlons, manque sans doute de l'évi-
dence & de la précision nécessaire pout
convaincre l'esprit, puisqu elle a été atta-
quée plusieurs fois & avec succès par les
plus grands Géomêtres. Il n en faut pas
moins admirer les efforts & la sagacité
de ce grand Philosophe, qui après avoir
trouvé si heureusement la vérité dans un
grand nombre d'autres questions, a osé
entreprendre le premier la solution d'un
problême, que personne avant lui n avoit
tenté. Aussi cette solution, quoique peu
exacte, brille par tout de ce génie inven-
teur, de cet esprit fecond en ressources,
que personne n'a possedé dans un plus haut
degré que lui.
Aidés par les secours que la Géométrie
& la Méchanique nous fournissent aujour-
d'hui en plus grande abondance, est-il
surprenant que nous fassions quelque pas
de plus dans une carrière vaste & difficile
qu'il nous a ouverte? Les erreurs même
des grands hommes sont instructives, non-
seulement par les vûes qu'elles fournissent
pour l'ordinaire, mais par les pas inutiles
JANVIER.
1752.
15
qu'elles nous épargnent. Les méthodes
qui les ont égarés, assez seduisantes pour
les éblouir, nous auroient trompé comme
eux. Il étoit nécessaire qu'ils les tentas-
fent pour que nous en connussions les
écueils. La difficulté est de se frayer une
autre route, mais souvent cette difficulté
consiste plus à bien choisir celle qu'on
fuivra, qu'à la suivre quand elle est bien
choisie. Entre les differentes routes qui me-
nent à une vérité, les unes présentent une
entrée facile, ce sont celles où l'on se
jette d'abord; & si on ne rencontre des
obstacles, qu'après avoir parcouru un cer-
tain themin, alors, comme on ne consent
qu avec peine à avoir fait un travail inu-
tile, on vent du moins paroître avoir sur-
monté ces obstacles, & on ne fait quelque-
fois que les éluder. D'autres routes au
contraire ne présentent d'obstacles qu'à
leut entrée, l'abord en peut être pénible,
mais ces obstacles une fois franchis, le
reste du chemin est facile à parcourir.
Il faui convenir au reste, que les Géo-
mêtres qui ont artaqué M. Newton sur la
résistance des fluides, n'ont guere été plus
heureux que lui; les uns, après avoir
fondé sus le calcul une théorie assez va-
gue, & avoir même crû que l'expérience
acur ctoit favorable, semblent ensuite
26 MERCURE DE FRANCE.
avoir reconnu & l'insuffisance de leurs
expériences même, & le peu de solidité
de leur théorie, pour lui en substituer une
nouvelle aussi peu satisfaisante. Les au-
tres, reconnoissans de bonne foi, que
leur théorie manquoit par ses fondemens,
nous ont donné, au lieu des vrais princi-
pes, beaucoup de calculs.
Ces considérations m'ont engagé à
traiter cette matiere par une méthode en-
tierement nouvelle, & sans rien emprun-
ter de ceux qui m ont précédé dans le mê-
me travail.
La théorie que j'expose dans mon ou-
vrage, ou plutôt dont je donne l'gssai
a, ce me semble, l'avañtage de n'être ap-
puyée sur aucune supposition arbitraire. Je
suppose seulement, ce que personne ne
pent me contester, quun fluide est un
corps composé de particules très petites,
détachées, & capables de se mouvoir li-
brement.
La résistance qu'un corps éprouve
lorsqu'il en choque un autre, n'est à pro-
prement parler que la quantité de mouve-
ment qu'il perd. Lorsque le mouvement
d'un corps est altéré, on peut regarder ce
mouvement comme composé de celui que
le corps aura dans l'instant suivant, &
d'un autre qui est détruit. Il. n'est pas dif-
O
17
JANVIER. 1752.
ficile de conclure de-là, que toutes les
loix de la communication du mouvement
entre les corps, se réduisent aux loix de
l'équilibre. C'est aussi à ce principe que
j'ai réduit la solution de tous les problê-
mes de Dynamique dans le premier ou-
vrage que j ai publié en 1743. J'ai eu fré-
quemment l'occasion d'en montrer la fé-
condité & la simplicité dans les differens
Traités que j'ai mis au jour depuis; peut-
ette même ne seroit-il pas mutise pour
nous éclairer jusqu'à un certain point sur
la Métaphysique très- obscure de la percus-
sion des corps, & sur les loix ausquelles elle
est assujettie. Quoiqu'il en soit, ce princi-
pe s'applique naturellement à la résistan-
ce d'un corps dans un fluide; c'est aussi
aux loix de l'équilibre entre le fluide &
le corps, que je réduis la recherche de
cette résistance. Mais il ne faut pas s'ima-
giner que cette recherche, quoique très-
facilitée par ce moyen, soit aussi simple
que celle de la communication du mou-
ment entre deux corps solides. Supposons
en effet que nous eussions l'avantage dont
nous sommes privés, de connoître la figu-
re & la disposition mutuelle des parti-
cules qui composent les fluides; les loix
de leur résistance & de leur action, se ré-
duitoient sans doute aux loix connues
3009
18 MERCUREDEFRANCE.
du mouvement; car la recherhe du mou-
vement communique par un corps, à un
nombre quelconque de corpuscules qui
l'environnent, n'est qu'un problême de
Dynamique, pour la résolution duquel
on a tous les principes nécessaires. Cepen-
dant plus le nombre de corpuscules seroit
grand, plus le problême deviendroit com-
pliqué, & cette méthode par conséquent
ne seroit guères pratiquable dans la recher-
che de la résistance des fluides. Mais nous
sommes même bien éloignés d'avoir tou-
tes les données nécessaires, pour être à por-
tée de faire usage d'une pareille methode.
Non-seulement nous ignorons la figure
& l'arrangement des parties des fluides,
nous ignorons encore, comment ces par-
ties sont pressées par le corps, & com-
ment elles se meuvent entr elles. Il ya
d'ailleurs une si grande difference enrre
un fluide, & un amas de corpuscules soli-
des, que les loix de la pression & de l'é-
quilibre des solides sont très-differentes
des loix de la pression & de l'équilibre des
fluides; l'expérience seule a pu nous ins-
truire de ces dernieres loix, que la théo-
rie la plus subtile n'eût jamais pû nous
faire soupçonner: & aujourd'hui même
que l'observation nous les a fait connoî-
tre, on n'a pû trouver encore d'hypothése
JANVIER. 1752. 19
fatisfaisante pour les expliquer, & pous
les réduire aux principes connus de la
statique des solides.
Certe ignorance n'a cependant pas em-
peché que l'on n'ait fait de grands progrès
dans l'hydrostatique. Car les Philosophes
ne pouvant déduire immédiatement & di-
rectement de la nature des fluides les loin
de leur équilibre, ils les ont au moins
réduites à un seul principe d'expérience,
l'égalité de pression en tout sens; principe
qu'ils ont regardé (faute de mieux) com-
me la propriété fondamentale des fluides,
& celle dont il falloit déduire toutes les
autres. En effet, condamnés comme nous
se sommes, à ignorer les premieres pro-
priétés, & la contexture intérieure des
corps; la seule reflource qui reste à notre
sagacité, c'est de tâcher au moins, de sai-
fir dans chaque matiere l'analogie des
phenoménes, & de les rappeller tous à un
petit nombre de faits primitifs & fonda-
mentaux. La Nature est une machine im-
mense, dont les ressorts principaux nous
sont cachés: nous ne voyons même cetto
machine qu'à travers un voile qui nous
dérobe le jeu des parties les plus délicates.
Entre les parties les plus frappantes que
ce voile nous laisse appercevoir, il en est
quesques unes, qu'un même ressort met
Hras hO
LO MERCUREDEFRANCE.
en mouvement, & ce méchanisme est ce
que nous devons principaleuient cher-
cher à démeler.
Ne pouvant donc nous flatter de dé-
duire de la nature même des fluides la
théorie de leur résistance & de leurs ac-
tions, bornons-nous à la tirer, s'il est
possible des loix hydrostatiques, qui sont
depuis dong.tems bien constatées. La dé-
couverte purement expérimentale de ces
loix, supplée, en quelque sorte, à celle
de la figure & de la disposition des par-
ties des fluides, & peut-être rend le pro-
blême plus simple, que si pour le résoudra
nous étions bornés à cette derniere con-
noissance: il ne s'agit plus que de déve-
lopper par quel moyen les loix de la résis-
tance des fluides, peuvent se déduire des
loix de l'hydrostatique. Mais ce détail
demande une assez longue suite de propo-
fitions, dont je ne pourrois présenter ici
qu'une esquisse fort imparfaite; le public
verra bientôt mon ouvrage, & sera par
lui-même en état d'en juger. Je me con-
tenterai de dire, que voulant démontrer
tout en rigueur, jai trouvé dans les pro-
positions même les plus simples, plus de
difficultés qu on n auroit dû en soupçon-
ner, & que ce n'a pas été sans peine que
je suis parvenu à demontrer sur cette ma-
JANVIER. 1751.
tiere les vérités le plus généralenent con-
nues, & le moins rigoureusement prou-
vées jusqu'ici. Mais aptès avoir pout
ainsi dire, sacrifié à la sureté des principes
la facilite du calcul, je devois naturelle-
ment m'attendre que l'application dn cal-
cul à ces mêmes principes seroit fort pé-
nible, & c'est aussi ce qui m est arrivé; je
ne voudrois pas même assurer que du
moins en certains cas, la solution du pro-
blême dont il est question, ne se refusat
entierement à l'analyse. C'est aux Sçavans
à prononcer sur ce point; je croirois avoir
tra vaillé fort utilement, si j'étois parvenu
dans une matière si difficile, soit a fixer
moi même; soir à faire trouver à d'autres
jusqu'où peut aller la théorie, & les limi-
tes où elle est forcée de s'arrêter.
Quand je parle ici des bornes que la
théorie doit se prescrire, je ne l'envisage
qu'avec les secours actuels qu'elle peut se
procurer, non avec ceux dont elle pour-
ra s'aider dans la suite, & qui sont encore
à trouver. Car en quelque matiere que
ce soit, ou ne doit pas trop se hâter d'éle-
ver entre la Nature & l'esprit humain un
mur de séparation. Pour avoir appris à
nous mésiet de notre industrie, il ne faux
pai nous en méfier avec excès. Dans l'im,
puissance fréquente que nous éprouvons
igitized by Goc
2A MERCURE DEFRANCE.
de surmonter tant d'obstacles qui se pré-
sentent à nous, nous serions fans doute
trop heureux, si nous pouvions au moins
juger du premier coup d'oeil jusqu où nos
efforts peuvent atteindre. Mais tella est
tout à la fois la force & la foiblesse de no-
tre esprit, qu'il est souvent aussi dange-
reux de prononcer sur ce qu'il ne peut pas
que sur ce qu'il peut. Combien de décou-
vertes modernes, dont les anciens n'a-
voient pas même l'idée? combien de dé-
couvertes perdues, que nous conteste-
rions peut-etre trop legerement? & com-
bien d'autres que nous jugerions impossi-
bles, sont reservées pour notre posté-
rité ?
Voilà les vues qui m'ont guidé, & l'ob-
jet que je me suis proposé dans l'ouvrage
que je vais mettre au jour. Pour rendre mes
principes encore plus dignes de l'attention
des Physiciens & des Géomêtres, j'ai crû
devoit indiquer en peu de mots, comment
ils peuvents appliquer à differentes ques-
tions, qui ont un rapport plus au moins
immédiat à la matière que je traite, telles
que le mouvement d'un fluide qui coule
soit dans un vase, soit dans un canal quel-
conque, les oscillations d'un corps qui
flotte sur un fluide, & d'autres problêmes
de certe espéce.
Dnistres hd
JANVIER. 1752.
23
J'autois desiré pouvoit comparer ma
héorie de la résistance des fluides aux ex-
ériences que plusieurs Physiciens célé-
ires ont faites pour la déterminer. Mais
près avoir examiné ces expériences.
e les ai trouvées si peu d'accord entr'el-
es, qu'il n'y a, ce me semble, encore au-
un fait suffisamment constaté, sut co
oint. Ilnen faut pas davantage pour
nontrer combien ces expériences sont dé-
icates; aussi quelques personnes très- ver-
ées dans cet Art, ayant entrepris depuis
eu de les recommencer, ont presque
bandonné ce projet par les difficultés de
exécution. La multitude des forces, soit
ctives, soit passives, est ici compliquée à
un tel degré, qu'il paroît presque impos-
fible de déterminer sépatement l'effet de
chacune; de distinguer, pat exemple,
celui qui vient de la force d'inertie d'avec
celui qui tésulte de la tenacité, & ceux-
ci d'avec l'effet que peut produire la pé-
santeur & le frottement des particules;
d'ailleurs quand on auroit démelé dans un
seul cas les effets de chacune de ces forces,
& la loi qu'elles suivent, seroit-on bien
fondé à conclure, que dans un cas où les
particules agiroient tout autrement, tant
pat leur nombre, que par leur direction,
leut disposition & leur vitesse, la loi des
24 MERCURE DE FRANCE.
effe:s ne seroit pas toute differente? Cetto
matiere pourtoit bien être du nombre de
celles où les expériences faites en petit,
n ont presque aucune analogie avec les ex-
périences faites en grand, & les contre-
disent même quesquefois? où chaque cas
particulier demande presque une expé-
rience isolée, & où par conséquent les
résultats généraux sont toujours très-fau-
tifs & très-imparfaits.
Enfin, la difficulté fréquente d'appli-
quer le calcul à la theorie, pourra rendre
souvent presque impraticable la compa-
raison de la théorie & de l'expérience; je
me suis donc borné à faire voir l'accord
de mes principes avec les faits les plus con-
nus, & le plus généralement avoués. Sur
tout le reste je laisse encore beaucoup à
faire à ceux qui pourront travailler d'a-
près mes vices & mes calculs. On trou-
vera peut-être ma sincérité fort éloignée
de cet appareil, auquel on ne renonce
pas toujours, en rendant compte de ses
travaux; mais c'est à mon ouvrage seul à
se donner la place qu'il peut avoir. Je ne
me flatte pas d'avoir poussé à sa perfec-
tion une théorie que tant de grands hom-
mes ont à peine commençée. Le titre d'es-
sai que je donne à cet ouvrage, répond
cractement à l'idée que j'en ai: je crois
etre
rasbO
JANVIER. 1752.
2
Etre au moins dans la véritable route, &
sans oser apprécier le chemin que je puis
y avoir fait, j'applaudirai volontiers aux
efforts de ceux qui pourront allet plus
loin que moi, parce que dans la recher-
che de la vérite, le premier devoir est
d'être juste. Je crois au reste pouvoir
donner aux Geométres, qui dans la suite
s'appliqueront à cette matiere, un avis
que je prendrai le premier pour moi-
même; c est de ne pas ériger trop legere-
ment des formules d'algêbre en vérités
ou propositions physiques. L'esprit de cal-
cul qui a chassè l'esprit de systême, regne
pent-être un peu trop à son tour; car il
y a dans chaque siécle un goût de Philo-
sophie dominant. Ce goût entraîne pres-
que toujours quelques préjugés, & la
meilleute Philosophie est celle qui en a
se moins à sa suite. Il seroit mieux, sans
doute, qu elle ne fût jamais assujettie à
aucun ton particulier; les differentes con-
noissances acquises pat les Sçavans en au-
roient plus de facilité pour se rejoindre
& formet un tour. Mais c'est un avan-
tage que l'on ne peut guéres espérer. La
Philosophie prend, pour ainsi dire, la
teinture des esprits où elle se trouve.
Chez un Physicien, elle est ordinairement
toute systematique; chez un Geométre,
B
1. Vol.
26 MERCUREDEFRANCE.
elle est souvent toute de calcul. La mé-
thode du derniec, à patlet en général
est sans doute la plus sûre; mais il ne
faut pas en abuser, & croire que tout s'y
réduise; autrement nous ne ferions de
progrès dans la Geomentrię transcendante
que pour être à proportion plus bornés
sur les vérités de la Physique, & nous res-
semblerions à un homme qui auroit le sens
de la vue contraire à celui du toucher, ou
dans lequel un de ces sens ne se perfec-
tionneroit qu'aux dépens de l'autre. Plus
on peut tirer d'utilité de l'application de
la Geométrie à la Physique, plus on doit
être circonspect dans cette application.
C'est à la simplicité de son objet que la
Geométrie est redevable de sa certitude;
à mesure que l'objet devient plus compo-
sé, la certitude semble s'éloigner, Il faut
donc sçavoir s'arrênter sur ce qu on ignore,
ne pas croire que les mots de théorême &
de corollaire fassent par quelque vertu se-
crette l'essence d'une démonstration, &
qu'en écrivant à la fin d'une proposition
ce qu'il falloit demontrer, on rendra dé-
montré ce qui ne l'est pas.
Sur la théorie de la résistance des fluides,
lûes dans l'Assemblée publique de l'Académie
des Sciences. Par M. d'Alembert.
Quoique la Physique des Anciens ne
fût, ni aussi déraisonnable, ni aussi
bornée que le pensent ou que le disent
quelques Philosophes modernes, il pa-
roît cependant qu'ils n'étoient pas fort
versés dans les Sciences, qu on appelle
Physico-Mathématiques, & qui consistent
dans l'application du calcul aux phenomé-
nes de la Nature. La question de la résis-
tance des fluides, est une de celles qu'ils
paroissent avoir le moins étudiées sous
ce point de vûe. Je dis sous ce point de vus;
cat la connoissance de la résistance des
fluides, étant d'une nécessité absolue pour
la construction des Navires qu'ils avoient
peut-être poussée plus loin que nous, il
est difficile de croire que cette connois-
sance leur ait manqué jusqu'à un certain
point: l'expérience leur avoit sans doute
fourni des régles pour déterminer le choc
& la pression des eaux; mais ces régles,
d'usage seulement & de pratique, & pour
Goo.
3
1752.
JANVIER.
ainsi dire, de pure tradition, ne sont
point parvenues jusqu'à nous.
A l'égard de la théorie de cette résis-
tance, il n est pas surprenant qu'ils l'ayent
ignorée. On doit même, s'il est permis
de patler ainsi, leur tenir compte de leur
ignorance, de n'avoir point voulu attein-
dre à ce qu'il leur étoit impossible de sça-
voit, & de n'avoir point cherché à faire
croite qu'ils y étoient parvenus. C'est à la
plus subtile Géométrie, qu'il est permis
de tenter cette théorie, & la Géométrie
des Anciens, d'ailleurs très-profonde &
très scavanre, ne pouvoit aller jusques-là.
Il est vraisemblable qu'ils l'avoient senti;
car leur méthode de philosopher étoit plus
sage que nous ne l'imaginons communé-
ment. Les Géomêtres modernes ont scu
se procurer à cet égard plus de secours,
non parce qu'ils ont été supérieurs aux
Anciens, mais parce qu'ils sont venus
depuis. L'invention des calculs., diffe-
rentiel & intégral, nous a mis en état de
suivre en quelque maniere le mouve-
ment des corps jusques dans leurs élemens
ou dernieres particules. C'est avec le se-
cours seul de ces calculs qu'il est permis
de pénétrer dans les fluides, & de décou-
vrir le jeu de leurs parties, l'action qu'e-
xercent les uns sur les autres, ces atômes
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
innombrables, dont un fluide est compo-
sé, & qui paroissent tout à la fois unis &
divisés, dépendans & indépendans les uns
des autres. Aussi le méchanisme intérieur
des fluides, si peu analogue à celui des
corps solides que nous touchons, & sujet
à des loix toutes differentes, devroit être
pour les Philosophes un objet particulier
d'admiration, si l'étude de la Nature, des
phenoménes les plus simples, des éle-
mens même de la matiere, ne les avoit
accoutumés à ne s'étonner de rien, ou
plutôt à s'étonner également de tour. Aussi-
peu éclairés que le peuple sur la nature
des objets qu'ils confidérent, ils n ont &
ne peuvent avoir d'avantage que dans sa
combinaison qu'ils font du peu de princi-
pes qui leur sont connus, & des consé-
quences qu'ils en tirent; & c'est dans cet-
te espéce d'analyse que les Mathémati-
ques leur sont utiles Cependant avec ce
secours même la recherche de la résistance
des fluides est encore si difficile, que les
efforts des plus grands hommes se sont
terminés jusqu'ici à nous en donner une
legere ébauche.
Après avoir réflechi long-tems sur une
matiere si importante, avec tonte l'atten-
tion dont je suis capable, il m'a paru que
le peu de progrès qu'on a fait jusqu'à pré-
JANVIER. 1752.
2
sent dans cette question, vient de ce
qu'on na pas encore saisi les vrais princi-
pes, d'après lesquels il faut la résoudre; j'ai
crum devoir mappliquer à chercher ces
principes, & la maniere d'y appliquer le
calcul, s'il est possible; car il ne faut point
confondre ces deux objets, & les Geomé-
tres modernes semblent n avoir pas été as-
sez attentifs sur ce point. C'est souvent le
desir de pouvoir faire usage du calcul qui
les détermine dans le choix des principes,
an lieu qu'ils devroient examiner d'abord
les principes en eux-mêmes, sans penser
d'avance à les plier de force au calcul.
La Géométrie, qui ne doit qu'obéir à la
Physique, quand elle se réunit avec elle,
lui commande quel quefois: s'il arrive que
la question qu'on veut examiner soit trop
compliquée, pour que tous les élemens
puissent entrer dans la comparaison analy-
tique quon veut en faire, on sépare les
plus incommodes, on leur en substitue
d'autres, moins génans, mais aussi moins
réels; & on est etonné d'arriver, malgré
un travail pénible, à un résultat contre-
dit par la Nature; comme si aptès l'avoir
déguisée, tronquée, ou alterée, une com-
binaison purement méchanique pouvoit
nous la rendre.
Je me suis proposé d'éviter cet inconvé-
AV
Dgisterad vodO
10 MERCURE DE FRANCE.
nient dans un ouvrage que je vais pu-
blier sur la résistance des fluides. J'ai cher-
ché les principes de cette résistance comme
sil'analyse ne devoit y entrer pour rien;
& ces principes une fois trouvés, j'ai es-
fayé d'y appliquer l'analyse. Mais avant
que de rendre compte de mon travail, &
du degré auquel je l'ai poussé, il ne sera
pas inutile d'exposer en peu de mots ce qui
a été fait jusqu'à présent sur cette ma-
tiere.
Ne wton, à qui la Physique & la Géomé-
trie sont si redevables, est le premier, que
je sçache, qui ait entrepris de déterminer,
par les principes de la méchanique, la
résistance qu'éprouve un corps mu dans
un fluide, & de confirmer sa théorie par
des expériences. Ce grand Philosophe,
pour arriver plus facilement à la solution
d'une question si épineuse, & peut-être
pour la présenter d'une manière plus géné-
rale, envisage un fluide sous deux points
de vüe differens. Il le regarde d'abord,
comme un amas de corpuscules élastiques,
qui tendent à s'écarter les uns des autres
par une force repulsive, & qui sont dis-
posés librement à des distances égales. Il
suppose outre cela, que cet amas de cor-
puscules, qui compose le milieu resistant,
ait fort peu de densité par rapport à colle
o0
JANVIER. 1752.
11
du corps, ensorte que les parties du fluide
poussées par le corps, puissent se mouvoir
librement, sans communiquer aux parties
voisines le mouvement qu'elles ont reçu;
d'après cette hypothése, M. Newton
trouve & démontre les loix de la résis-
tance d'un tel fluide; loix assez connues
pour que nous nous dispensions de les rap-
porter ici.
Le célebre Jean Bernoulli, dans son
ouviage qui a pour titre: Discours sur les
loix de la communication du mouvement, a
dé terminé dans la même supposition, la
té sistance des fluides; il represente cette
resistance par une formule assez simple,
qui a été démontrée & généraliséc depuis:
mais il faut avouer que cette formule est
insuffisante. Dans tous les fluides que nous
connoissons, les particules sont immédia-
tement contigues par quelques uns deleurs
points, on du moins agissent les uns sur
les autres, à peu près comme si elles l'é-
toient; ainsi tout corps mû dans un fluide
pousse nécessairement à la fois & au men-
me instand un grand nombre de particules
situées dans la même ligne, & dont cha-
cune reçoit une vitesse, & une direction
differente, eu égard à sa situation; il est
donc extrêmement difficile de déterminer
le mouvement communiqué à toutes ces
A vj
o
ed by
12 MERCURE DEFRANCE.
particules, & par conséquent le mouve-
ment que le corps perd à chaque instant.
Ces réflexions n'avoient pas échappé
à M. Newton: il reconnoît que sa théo-
rie de la résistance d'un fluide composé
de globules élastiques clair-semés, s'il est
permis de s'exprimer de la sorte, ne peut
s'appliquer, ni aux fluides denses & con-
tinus, dont les particules se touchent im-
médiatement, tels que l'eau, l'huile,
& le mercure; ni aux fluides, dont l'é-
lasticité vient d'une autre cause que de la
force repulsive de leurs parties, par exem-
ple de la compression & de l'expansion
de ces parties, tel que paroît être l'air
que nous respirons. Une confidération si
nécessaire, a laquelle M. Newton en
ajoute d'autres, non moins importantes,
doit nous faire conclure que cette pre-
miere partie de sa théorie, & celse de
M. Bernoulli, qui nen est proprement
que le commentaire, sont plutôt une re-
cherche de pure curiosité, qu'elles ne sont
applicables à la Nature.
Aussi l'illustre Philosophe Anglois n'a
pas crû devoir s'en tenir-là. Il considére
ies fluides dans l'état de continuité & de
compression où ils sont réellement, com-
posés de particules contignes les unes aux
autres; & c'est le second point de vûe,
soogle
JANVIEK.
1752.
13
fous lequel il les envisage.- La méthode
qu'il employe dans cette nouvelle hypo-
thése, pour résoudre le problême dont
il s'agit, est une espêce d'approximation
& de :âtonnement, dont il seroit difficile
de donner ici l'idée. Nous ne pourrions pas
non plus expliquer clairement dans une
fimple lecture publique la maniere ingé-
nieuse & fine dont M. Newton déduib
de sa théorie la résistance d'un cylindre &
d'un globe, on en général d'un sphéroide
dans un fluide indéfini; nous nous borne-
rons à dire, qu'après assez de combinai-
fons & de caculs, il parvient à cette con-
clusion, que dans un fluide dense & con-
tinu, la valeur absolue de la pistance, &
le rapport de la résistance de deux corps
sont tout autres que dans le fluide à glo-
bules élastiques de la premiere hypo-
théſe.
Mais cette seconde théorie de M.
Newton, quoique plus conforme à la na-
ture des fluides, est sujette encore à beau-
coup de difficultés. Nous ne les exposerons
point ici en détail, elles supposeroient pour
etre entendues qu'on eût une idée fort
présente de certe théorie, idée que nous
navons pu donner ici; mais l'on trou-
vera assez au long dans notre ouvrage, &
Pexpoiition de la théorie Newtonienne,
74 MERCURE DEFRANCE.
& les objections qu'on peut lui faire: c'est
l'objet particuliet d'une introduction qui
doit se trouver à la tête, & dont ces ré-
flexions ne sont qu'un extrait. Il nous suf--
sira d'observer ici que la théorie dont nous
parlons, manque sans doute de l'évi-
dence & de la précision nécessaire pout
convaincre l'esprit, puisqu elle a été atta-
quée plusieurs fois & avec succès par les
plus grands Géomêtres. Il n en faut pas
moins admirer les efforts & la sagacité
de ce grand Philosophe, qui après avoir
trouvé si heureusement la vérité dans un
grand nombre d'autres questions, a osé
entreprendre le premier la solution d'un
problême, que personne avant lui n avoit
tenté. Aussi cette solution, quoique peu
exacte, brille par tout de ce génie inven-
teur, de cet esprit fecond en ressources,
que personne n'a possedé dans un plus haut
degré que lui.
Aidés par les secours que la Géométrie
& la Méchanique nous fournissent aujour-
d'hui en plus grande abondance, est-il
surprenant que nous fassions quelque pas
de plus dans une carrière vaste & difficile
qu'il nous a ouverte? Les erreurs même
des grands hommes sont instructives, non-
seulement par les vûes qu'elles fournissent
pour l'ordinaire, mais par les pas inutiles
JANVIER.
1752.
15
qu'elles nous épargnent. Les méthodes
qui les ont égarés, assez seduisantes pour
les éblouir, nous auroient trompé comme
eux. Il étoit nécessaire qu'ils les tentas-
fent pour que nous en connussions les
écueils. La difficulté est de se frayer une
autre route, mais souvent cette difficulté
consiste plus à bien choisir celle qu'on
fuivra, qu'à la suivre quand elle est bien
choisie. Entre les differentes routes qui me-
nent à une vérité, les unes présentent une
entrée facile, ce sont celles où l'on se
jette d'abord; & si on ne rencontre des
obstacles, qu'après avoir parcouru un cer-
tain themin, alors, comme on ne consent
qu avec peine à avoir fait un travail inu-
tile, on vent du moins paroître avoir sur-
monté ces obstacles, & on ne fait quelque-
fois que les éluder. D'autres routes au
contraire ne présentent d'obstacles qu'à
leut entrée, l'abord en peut être pénible,
mais ces obstacles une fois franchis, le
reste du chemin est facile à parcourir.
Il faui convenir au reste, que les Géo-
mêtres qui ont artaqué M. Newton sur la
résistance des fluides, n'ont guere été plus
heureux que lui; les uns, après avoir
fondé sus le calcul une théorie assez va-
gue, & avoir même crû que l'expérience
acur ctoit favorable, semblent ensuite
26 MERCURE DE FRANCE.
avoir reconnu & l'insuffisance de leurs
expériences même, & le peu de solidité
de leur théorie, pour lui en substituer une
nouvelle aussi peu satisfaisante. Les au-
tres, reconnoissans de bonne foi, que
leur théorie manquoit par ses fondemens,
nous ont donné, au lieu des vrais princi-
pes, beaucoup de calculs.
Ces considérations m'ont engagé à
traiter cette matiere par une méthode en-
tierement nouvelle, & sans rien emprun-
ter de ceux qui m ont précédé dans le mê-
me travail.
La théorie que j'expose dans mon ou-
vrage, ou plutôt dont je donne l'gssai
a, ce me semble, l'avañtage de n'être ap-
puyée sur aucune supposition arbitraire. Je
suppose seulement, ce que personne ne
pent me contester, quun fluide est un
corps composé de particules très petites,
détachées, & capables de se mouvoir li-
brement.
La résistance qu'un corps éprouve
lorsqu'il en choque un autre, n'est à pro-
prement parler que la quantité de mouve-
ment qu'il perd. Lorsque le mouvement
d'un corps est altéré, on peut regarder ce
mouvement comme composé de celui que
le corps aura dans l'instant suivant, &
d'un autre qui est détruit. Il. n'est pas dif-
O
17
JANVIER. 1752.
ficile de conclure de-là, que toutes les
loix de la communication du mouvement
entre les corps, se réduisent aux loix de
l'équilibre. C'est aussi à ce principe que
j'ai réduit la solution de tous les problê-
mes de Dynamique dans le premier ou-
vrage que j ai publié en 1743. J'ai eu fré-
quemment l'occasion d'en montrer la fé-
condité & la simplicité dans les differens
Traités que j'ai mis au jour depuis; peut-
ette même ne seroit-il pas mutise pour
nous éclairer jusqu'à un certain point sur
la Métaphysique très- obscure de la percus-
sion des corps, & sur les loix ausquelles elle
est assujettie. Quoiqu'il en soit, ce princi-
pe s'applique naturellement à la résistan-
ce d'un corps dans un fluide; c'est aussi
aux loix de l'équilibre entre le fluide &
le corps, que je réduis la recherche de
cette résistance. Mais il ne faut pas s'ima-
giner que cette recherche, quoique très-
facilitée par ce moyen, soit aussi simple
que celle de la communication du mou-
ment entre deux corps solides. Supposons
en effet que nous eussions l'avantage dont
nous sommes privés, de connoître la figu-
re & la disposition mutuelle des parti-
cules qui composent les fluides; les loix
de leur résistance & de leur action, se ré-
duitoient sans doute aux loix connues
3009
18 MERCUREDEFRANCE.
du mouvement; car la recherhe du mou-
vement communique par un corps, à un
nombre quelconque de corpuscules qui
l'environnent, n'est qu'un problême de
Dynamique, pour la résolution duquel
on a tous les principes nécessaires. Cepen-
dant plus le nombre de corpuscules seroit
grand, plus le problême deviendroit com-
pliqué, & cette méthode par conséquent
ne seroit guères pratiquable dans la recher-
che de la résistance des fluides. Mais nous
sommes même bien éloignés d'avoir tou-
tes les données nécessaires, pour être à por-
tée de faire usage d'une pareille methode.
Non-seulement nous ignorons la figure
& l'arrangement des parties des fluides,
nous ignorons encore, comment ces par-
ties sont pressées par le corps, & com-
ment elles se meuvent entr elles. Il ya
d'ailleurs une si grande difference enrre
un fluide, & un amas de corpuscules soli-
des, que les loix de la pression & de l'é-
quilibre des solides sont très-differentes
des loix de la pression & de l'équilibre des
fluides; l'expérience seule a pu nous ins-
truire de ces dernieres loix, que la théo-
rie la plus subtile n'eût jamais pû nous
faire soupçonner: & aujourd'hui même
que l'observation nous les a fait connoî-
tre, on n'a pû trouver encore d'hypothése
JANVIER. 1752. 19
fatisfaisante pour les expliquer, & pous
les réduire aux principes connus de la
statique des solides.
Certe ignorance n'a cependant pas em-
peché que l'on n'ait fait de grands progrès
dans l'hydrostatique. Car les Philosophes
ne pouvant déduire immédiatement & di-
rectement de la nature des fluides les loin
de leur équilibre, ils les ont au moins
réduites à un seul principe d'expérience,
l'égalité de pression en tout sens; principe
qu'ils ont regardé (faute de mieux) com-
me la propriété fondamentale des fluides,
& celle dont il falloit déduire toutes les
autres. En effet, condamnés comme nous
se sommes, à ignorer les premieres pro-
priétés, & la contexture intérieure des
corps; la seule reflource qui reste à notre
sagacité, c'est de tâcher au moins, de sai-
fir dans chaque matiere l'analogie des
phenoménes, & de les rappeller tous à un
petit nombre de faits primitifs & fonda-
mentaux. La Nature est une machine im-
mense, dont les ressorts principaux nous
sont cachés: nous ne voyons même cetto
machine qu'à travers un voile qui nous
dérobe le jeu des parties les plus délicates.
Entre les parties les plus frappantes que
ce voile nous laisse appercevoir, il en est
quesques unes, qu'un même ressort met
Hras hO
LO MERCUREDEFRANCE.
en mouvement, & ce méchanisme est ce
que nous devons principaleuient cher-
cher à démeler.
Ne pouvant donc nous flatter de dé-
duire de la nature même des fluides la
théorie de leur résistance & de leurs ac-
tions, bornons-nous à la tirer, s'il est
possible des loix hydrostatiques, qui sont
depuis dong.tems bien constatées. La dé-
couverte purement expérimentale de ces
loix, supplée, en quelque sorte, à celle
de la figure & de la disposition des par-
ties des fluides, & peut-être rend le pro-
blême plus simple, que si pour le résoudra
nous étions bornés à cette derniere con-
noissance: il ne s'agit plus que de déve-
lopper par quel moyen les loix de la résis-
tance des fluides, peuvent se déduire des
loix de l'hydrostatique. Mais ce détail
demande une assez longue suite de propo-
fitions, dont je ne pourrois présenter ici
qu'une esquisse fort imparfaite; le public
verra bientôt mon ouvrage, & sera par
lui-même en état d'en juger. Je me con-
tenterai de dire, que voulant démontrer
tout en rigueur, jai trouvé dans les pro-
positions même les plus simples, plus de
difficultés qu on n auroit dû en soupçon-
ner, & que ce n'a pas été sans peine que
je suis parvenu à demontrer sur cette ma-
JANVIER. 1751.
tiere les vérités le plus généralenent con-
nues, & le moins rigoureusement prou-
vées jusqu'ici. Mais aptès avoir pout
ainsi dire, sacrifié à la sureté des principes
la facilite du calcul, je devois naturelle-
ment m'attendre que l'application dn cal-
cul à ces mêmes principes seroit fort pé-
nible, & c'est aussi ce qui m est arrivé; je
ne voudrois pas même assurer que du
moins en certains cas, la solution du pro-
blême dont il est question, ne se refusat
entierement à l'analyse. C'est aux Sçavans
à prononcer sur ce point; je croirois avoir
tra vaillé fort utilement, si j'étois parvenu
dans une matière si difficile, soit a fixer
moi même; soir à faire trouver à d'autres
jusqu'où peut aller la théorie, & les limi-
tes où elle est forcée de s'arrêter.
Quand je parle ici des bornes que la
théorie doit se prescrire, je ne l'envisage
qu'avec les secours actuels qu'elle peut se
procurer, non avec ceux dont elle pour-
ra s'aider dans la suite, & qui sont encore
à trouver. Car en quelque matiere que
ce soit, ou ne doit pas trop se hâter d'éle-
ver entre la Nature & l'esprit humain un
mur de séparation. Pour avoir appris à
nous mésiet de notre industrie, il ne faux
pai nous en méfier avec excès. Dans l'im,
puissance fréquente que nous éprouvons
igitized by Goc
2A MERCURE DEFRANCE.
de surmonter tant d'obstacles qui se pré-
sentent à nous, nous serions fans doute
trop heureux, si nous pouvions au moins
juger du premier coup d'oeil jusqu où nos
efforts peuvent atteindre. Mais tella est
tout à la fois la force & la foiblesse de no-
tre esprit, qu'il est souvent aussi dange-
reux de prononcer sur ce qu'il ne peut pas
que sur ce qu'il peut. Combien de décou-
vertes modernes, dont les anciens n'a-
voient pas même l'idée? combien de dé-
couvertes perdues, que nous conteste-
rions peut-etre trop legerement? & com-
bien d'autres que nous jugerions impossi-
bles, sont reservées pour notre posté-
rité ?
Voilà les vues qui m'ont guidé, & l'ob-
jet que je me suis proposé dans l'ouvrage
que je vais mettre au jour. Pour rendre mes
principes encore plus dignes de l'attention
des Physiciens & des Géomêtres, j'ai crû
devoit indiquer en peu de mots, comment
ils peuvents appliquer à differentes ques-
tions, qui ont un rapport plus au moins
immédiat à la matière que je traite, telles
que le mouvement d'un fluide qui coule
soit dans un vase, soit dans un canal quel-
conque, les oscillations d'un corps qui
flotte sur un fluide, & d'autres problêmes
de certe espéce.
Dnistres hd
JANVIER. 1752.
23
J'autois desiré pouvoit comparer ma
héorie de la résistance des fluides aux ex-
ériences que plusieurs Physiciens célé-
ires ont faites pour la déterminer. Mais
près avoir examiné ces expériences.
e les ai trouvées si peu d'accord entr'el-
es, qu'il n'y a, ce me semble, encore au-
un fait suffisamment constaté, sut co
oint. Ilnen faut pas davantage pour
nontrer combien ces expériences sont dé-
icates; aussi quelques personnes très- ver-
ées dans cet Art, ayant entrepris depuis
eu de les recommencer, ont presque
bandonné ce projet par les difficultés de
exécution. La multitude des forces, soit
ctives, soit passives, est ici compliquée à
un tel degré, qu'il paroît presque impos-
fible de déterminer sépatement l'effet de
chacune; de distinguer, pat exemple,
celui qui vient de la force d'inertie d'avec
celui qui tésulte de la tenacité, & ceux-
ci d'avec l'effet que peut produire la pé-
santeur & le frottement des particules;
d'ailleurs quand on auroit démelé dans un
seul cas les effets de chacune de ces forces,
& la loi qu'elles suivent, seroit-on bien
fondé à conclure, que dans un cas où les
particules agiroient tout autrement, tant
pat leur nombre, que par leur direction,
leut disposition & leur vitesse, la loi des
24 MERCURE DE FRANCE.
effe:s ne seroit pas toute differente? Cetto
matiere pourtoit bien être du nombre de
celles où les expériences faites en petit,
n ont presque aucune analogie avec les ex-
périences faites en grand, & les contre-
disent même quesquefois? où chaque cas
particulier demande presque une expé-
rience isolée, & où par conséquent les
résultats généraux sont toujours très-fau-
tifs & très-imparfaits.
Enfin, la difficulté fréquente d'appli-
quer le calcul à la theorie, pourra rendre
souvent presque impraticable la compa-
raison de la théorie & de l'expérience; je
me suis donc borné à faire voir l'accord
de mes principes avec les faits les plus con-
nus, & le plus généralement avoués. Sur
tout le reste je laisse encore beaucoup à
faire à ceux qui pourront travailler d'a-
près mes vices & mes calculs. On trou-
vera peut-être ma sincérité fort éloignée
de cet appareil, auquel on ne renonce
pas toujours, en rendant compte de ses
travaux; mais c'est à mon ouvrage seul à
se donner la place qu'il peut avoir. Je ne
me flatte pas d'avoir poussé à sa perfec-
tion une théorie que tant de grands hom-
mes ont à peine commençée. Le titre d'es-
sai que je donne à cet ouvrage, répond
cractement à l'idée que j'en ai: je crois
etre
rasbO
JANVIER. 1752.
2
Etre au moins dans la véritable route, &
sans oser apprécier le chemin que je puis
y avoir fait, j'applaudirai volontiers aux
efforts de ceux qui pourront allet plus
loin que moi, parce que dans la recher-
che de la vérite, le premier devoir est
d'être juste. Je crois au reste pouvoir
donner aux Geométres, qui dans la suite
s'appliqueront à cette matiere, un avis
que je prendrai le premier pour moi-
même; c est de ne pas ériger trop legere-
ment des formules d'algêbre en vérités
ou propositions physiques. L'esprit de cal-
cul qui a chassè l'esprit de systême, regne
pent-être un peu trop à son tour; car il
y a dans chaque siécle un goût de Philo-
sophie dominant. Ce goût entraîne pres-
que toujours quelques préjugés, & la
meilleute Philosophie est celle qui en a
se moins à sa suite. Il seroit mieux, sans
doute, qu elle ne fût jamais assujettie à
aucun ton particulier; les differentes con-
noissances acquises pat les Sçavans en au-
roient plus de facilité pour se rejoindre
& formet un tour. Mais c'est un avan-
tage que l'on ne peut guéres espérer. La
Philosophie prend, pour ainsi dire, la
teinture des esprits où elle se trouve.
Chez un Physicien, elle est ordinairement
toute systematique; chez un Geométre,
B
1. Vol.
26 MERCUREDEFRANCE.
elle est souvent toute de calcul. La mé-
thode du derniec, à patlet en général
est sans doute la plus sûre; mais il ne
faut pas en abuser, & croire que tout s'y
réduise; autrement nous ne ferions de
progrès dans la Geomentrię transcendante
que pour être à proportion plus bornés
sur les vérités de la Physique, & nous res-
semblerions à un homme qui auroit le sens
de la vue contraire à celui du toucher, ou
dans lequel un de ces sens ne se perfec-
tionneroit qu'aux dépens de l'autre. Plus
on peut tirer d'utilité de l'application de
la Geométrie à la Physique, plus on doit
être circonspect dans cette application.
C'est à la simplicité de son objet que la
Geométrie est redevable de sa certitude;
à mesure que l'objet devient plus compo-
sé, la certitude semble s'éloigner, Il faut
donc sçavoir s'arrênter sur ce qu on ignore,
ne pas croire que les mots de théorême &
de corollaire fassent par quelque vertu se-
crette l'essence d'une démonstration, &
qu'en écrivant à la fin d'une proposition
ce qu'il falloit demontrer, on rendra dé-
montré ce qui ne l'est pas.
Fermer
3154
p. 28-38
NOUVELLE LETTRE D'un Membre de la Société Royale d'An[gle]terre, à l'Auteur du Mercure, sur l'Histoire des Arts.
Début :
Monsieur, mon ouvrage sur les Arts n'est point ce que vous pensez ; [...]
Mots clefs :
Histoire, Religion, Gouvernement, Moeurs, Anglais, Arts, Ouvrage, Brillant, Rois, Lois, Société royale d'Angleterre, Histoire des arts
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE LETTRE D'un Membre de la Société Royale d'An[gle]terre, à l'Auteur du Mercure, sur l'Histoire des Arts.
NOUVELLE LETTRE
D'un Membre de la Société Royale d'An[gle]terre,
à l'Auteur du Mercure, sur
l'Histoire des Arts.
Monsieur, mon ouvrage sur les Arts
n'est point ce que vous pensez ;
vous attendez de moi l'Histoire de leurs
progrès, je l'attendois bien moi- même,
sorsque je m'y mis il y a peut-être qua-
rante ans. Or je n'ai peut-être à donner
O
JANVIER.
29
1752.
que l'Histoire de la décadence & de la dé-
gradation des Arts. Ceux qui me voyent
toucher à divers sujets, tantôt de Geomé-
trie, tantôt de Physique, de Musique,
d'Astronomie, de Morale, d'Histoire, de
Geographie, quelquefois de Théologie,
croyent que je voltige, que j'effleure, &
que je cours par tout après la sleur & le
nouveau.
Encore n'y auroit-il pas de mal d'imiter
l'abeille, qui court de fleur en fleur, si
c'étoit du miel qui dût à la fin en résulter.
Je ne dis pas que cela ne mamule, & ne
puisse amuser le public, utilement même,
si c'est de Science en Science que je vol-
tige. Car c'est du fonds des choses, je le
dis enfin, que je crois toujours parler, &
d'un même principe que je crois tout dé-
river, ce qu'on appelle plusieurs sujets,
n'en est peut-être qu'un pour moi, qui
n'en laisse voir jusqu'ici que les bran-
ches, les sous-divisions, ses fruits ou les
fleurs.
Un certam brillant de style, plus na-
turel peut-être que recherché, n impose
qu'aux esprits, peu soigneux eux-mêmes,
de regarder au fond des choses On re-
connoit mon style; croit-on, dit-on à ce
brillant, à cette legereté, à ce feu volti-
geur, il n'en est rien. Bien des Auteum
Biij
jizes bGOO.
30 MERCUREDEFRANCE.
ont du style, du brillant, du feu, de la-
legereté, du voltigement. Voyez, je
m en rapporte, si ce n'est pas le fonds qui
contraste avec la surface, le sérieux avec le
gay, le massif avecc le leger, le solide
avec le brillant, la Geométrie ave l'imagi-
nation, si vous voulez, qui fait toui ici.
Je dois vous le dite: c est la Geométrie
qui m'a amusé, plutôt, qu'occupél toute
ma vie. Telle quelle est, je puis y avoit
donne trois années, en mettant les mo-
meus de cette étude bout à bout. La Phy-
sique m'a un peu plus arrêté. Elle est
plus vaste, & je puis y avoir donné quin-
ze ou vingt ans. J'en avouerois bien qua-
tinte & quatante-cinq, d'une vie toute-
donnée à l'Histoire. Il fautm entendre, en
mettant les trois daus les vingt, & les vingt
dans les quarante-cinque parce que la Phy-
sique n'a jamais été pout moi qu'une His-
toire de la Nature, & qu'en Geométrie
même, mon premier mot a étè l'Histoite-
des nouveaux calculs, il y a trente ans.
Je de connois tout franc que l'Histoire,
digoc d'occuper & d'amuser un honnête
homme, un Citoyen, un Chrétien. La
Religion même, n est que tévolation,
tradition, histoire. C'est la marche de
l'humanité sur la terre, depuis Adam jus-
qu'à moi, qui m'a toujours intéressé. Cat
dby
1752.
31
JANVIER.
voilà en deux mots le plan ou le fonds de
mon Histoire des Arts: sous le nom
d'Aris, j'embrasse tout, il est vrai. Voila
pourquoi jusqu'à ce qu'on voie le tout en-
semble, on pourra prendre pour un vol-
tigement les morceaux détachés du fonds,
ou dans leur détail immense ils ne for-
ment qu'un morceau, un seus ouvrage au
moins, sous ce titre un peu détaillé: Let-
tres sur iu Religion, le Gouvernement, les
maurs & les Arts.
Je présente quatre objets, grands objets,
mais qui se tiennent, & que je n'ai jamais
pu détacher du quatrième qui les ren-
ferme tous. Car la Religion est l'Art des
Arts, & celui nommément de mener les
hommes de la terre au Ciel, ce qui ren-
ferme tout le détail des Arts spirituels &
corporels, temporels & éternels, sacrés
& profanes, humaius & divins. Le tout,
pour vous dire que mon Histoire des
Arts n'est point un voltigement d'un Art
à l'autre, beaucoup moins d'une machine
à l'autre, fut-ce mon CI... dont l'idée
na jamais empiété chez moi sur aucune
autre idée, & a été même fort constam-
ment le frun, le résultat, le contraste, si
vous voulez, & le brillant, la fleur de
tontes les antres.
Tout dérive d'un principe, ai-je diti,.
Buij.
32 MERCUREDEFRANCE.
principe universel, & par conséquent his-
torique, philosophique, théologique,
moral, physique, métaphysique, ency-
clopédique, si vous voulez, & ce mot-là
même na rien de nouveau de ma part,
puisqu'il y a vingt-deux à vingt-cinq ans
que j'ai donné le développement net &
précis de ce principe appliqué à toutes les
Sciences, à tous les Arts, sans l'avoit, je
crois, copié de Bacon, mais non sans être
entré dans son esprit.
Mon ouvrage actuel sur cela comprend
jusqu'à sept volumes in- 12. ausquels vous
comprenez bien que je puis facileient
en ajouter vingt de mes autres ouvrages
de detail, faits sur les Arts, sur telle
Science en particulier, ne fut-ce qu' un
cours de Physique qu on enseigne depuis
sept à huit ans à Paris & ailleurs, sans
être même encore imprimé, & dans lequel
je crois avoir mis les principes, de tous les
Arts, Physico- Mathématiques au moins.
Des sept volumes en question, les deux
premiers roulent spécialement sur la Re-
ligion, le Gouvernement & les mœurs
le tout appliqué à la France, où je trouve
tout cela parfait, car je suis Citoyen,
laissant aux autres les critiques, le fiel,
s'il y en a, & ne cueillant réellement moi-
même, que les fleurs & le miel dont j'aime
JANVIER.
1752.
31
à me nourrit, & surtour à nourrir mes
concitoyens.
Je fais voit dans cet ouvrage le bien
de notre Gouvernement François, Gau-
lois même, en rapport à la Religion &
aux mœurs, aux Arts mêmes. Depuis
douze cens ans, depuis deux mille même,
je trouve, qu'à tout prendre, notre Na-
tion est la mieux morigenée, la mieux
réglée, la mieux conservée. Je laisse les
petits traits. J'atttibue la durée de notre
existence nationale Franco-Gauloise, à
nos loix spirituelles & temporelles, tout-
à-fait d'accord entr'elles, depuis l'espéce
de concert, mis entr'elles par Clovis,
baptisé & sacré par Saint Remi.
Notre Loi Salique, toute conforme à la-
Hiera rchie Ecclésiastique, nous maintient
à jamais. Toute loi qui appelle les fem-
mes à la succession, appelle les étrangers,
& les loix étrangeres, les moeurs du moins.
Nos Rois sont tous François depuis Clo-
vis N'est-ce rien que cela ? Je crois que-
c est tout.
Depuis l'origine même, les Gaulois &
les Francs neurent nulle peine à ne for-
mer qu'un peuple des deux. C'étoit les
Romains que Clovis vainquit à Soissons.
Les Gaulois pouvoient avoir appellé les-
Etancs. Les Romains. étoient perfecutents.
B.v
34 MERCURE DEFRANCE.
Les Gaulois étoient Chrétiens, les Francs:
étoieni des hommes. Dans la personne de
Clovis, l'homme n'eut nulle peine à de-
venir Chrétien. Dans la personne des,
Gaulois, le Chrétien n'eut nulle peine à
devenir homme, mâle, franc, en un mot.
Tout coule de cette source.
Nos Loix sont uniques, notre Religion
est unique, nos mours sont uniques, nos,
raisons sont uniques. Tous, sans en ex-
cepter un seul, ont été bons Chrétiens,
Catholiques même. Pas un na été persé-
cureur, mécreant, méchant. Le Grand;
Henri seul, parvenu Calviniste à la Cou-
ronne, ne le fut plus. en la prenant. Son,
hérésie n'exclut point son droit salique à
la Couronne. Ce fut la Couronne & la,
Loi Salique qui exclut de fait son Calvi-
nisme. C'est la merveille & le triomphe
de nos loix qui réellement ont toujours,
pat-là triomphé des Anglois, des Espa-
gnols, de l'Europe & de nous mêmes.
Calvin a bien pû naître parmi nous.
Mais son Calvinisme est allé s'établir à.
Genéve, en Suisse, en Allemagne, en
Angleterre, & est toujours proscrit en
France. Proaris & focis, nous avons tou-
jours combattu victorieusement pour nos.
Rois, pour nos Loix, pour nos moeurs,
pour notre Religion. Nous avons extet.
Mosines vOO
IANVIER. 1752:
355
miné de la France, de l'Espagne même,
de l'Italie, de l'Allemagne les Visigois, les-
Bourguignons les Lon bards, les Sarrazins,
les Albigeois, & mille sortes de monstres.
Nous avons volé jusqu'aux extrêmités de
la terre pour la Religion. Nous n'avons
admis les Normands que pout les rendre
Chrétiens, & nos Rois ont toujours fidó-
lement été les sils aînés de l'Eglise pour la-
protéger & la maintenit.
L'Eglise même doit son principal tem-
perel & son établissement, en quelque-
sorte sut le Trone des Césars, à Pepin, à-
Charlemagne, à nos Rois, jusqu'à lui
maintenit un Siége propre à Avignon.
Hous avons été jusqu'à fonder & cimen-
ter le Saint Empite, en Allemagne, pour
la défense spéciale de l'Eglise. Aussi nos-
mours se sentent-elles de tout tems de
cette invariabilité de notre Gouvernement:
& de notre Religion. Elles sont charman-
tes, nos moeurs, & uniques, ai- je dit, plei--
nes de ftanchise, de liberré, de gayeté.
Nos voisins nous reprochent notre mo-
bilité. Elle éclate avec élegance dans nos
tabatieres, nos perruques, nos habits,
nos meubles, nos bijoux, nos modes,.
dont la mobilité a pourtant toujours ga-
gnè ces voisins les plus graves. Mais nos
Loix, uos Rois, nos muruts, notte Reli--
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
gion ont-elles varié chez nous, tandis que
chez nos voisins tout est altéré, changé
dans le Gouvernement le plus spirituel, le
plus temporel.
Depuis plus de deux mille ans que nous
primes Rome, on nous a définis en fait
de guerre, Heros au premier choc, femmes
au second. Nos ennemis ne sont pas faits
pour compter notre Histoire, c est à moi
d'ajouter que nous sommes toujours hom-
mes francs an troisième choc, qui décide
des deux: l'intégrité de notre Royaume,
tel qu'il fut sous Clovis, à peu près, le
démontre. Les Anglois citent Poitiers,
Guinegate, Hosthect, &c. c'est du détail:
nous avons le nôtre sans aller loin, Fonte-
noi, Messe, & c.
En grand je réponds aux Anglois. Pat
droit d'héritage vous avez la Guyenne, la
Normandie, le Poitou, &c. Par droit de
conquête, nous avons tout recouvré sous.
Philippe Auguste. Sous Charles VI. &
VIL. vous teniez Paris mênie, & comine
toute la France par droit de crouble, mais
vous ne teniez pas les Ftançois, les cœeurs,
les moeurs, les esprits qui ont tout recou-
vré. Je ne dis rien de Philippe de Valois,
çe fut bien là que la Loi Salique triompha
des Anglois.
Dans le plus moderne, dans la guerre
JANVIER.
1752.
3
de la succession d'Espagne, ce fut- la aussi-
& surtout que Héros au premier mot, un
peu femmes au second, nous avons fini.
par être hommes à Landreci, Dinan,
Utrecht, & retenant dans l'auguste Maison
de Bourbon, la Monarchie indivisible de
l'Espagne & des Indes, qui étoit le sujet-
de toute la dispute entre l'Eutope entiere
& nous, & je pourrois ajonter C. Q. F. D.
Vous comptenez, Monsicur, qu'un tel
ouvrage est un paralelle assez suivi des
François avec les Anglois. Je ne m'y amu-
se pomnt aux perits traits. Je ne les négli-
ge pas non plus, lorsqu'ils font marcher.
le grand de l'Historre. J'estime infiniment
les Anglois, qui m'ont honoré, & j'en
parle toujours avec honneur & distinction.
Mais je suis François, & j'aime beaucoup
ma Nation. Elle est charmante, vous dis-
je, & d'une gentillesse unique au milieu
de l'Europe; & vous ne me verrez jamais
la contrister, la faire même rougir de rien,
mais seulem ent la rappeller un peu par ci
par-là à la douce suavité de ses mœeurs,
dont il est vrai qu'elle pourroit à la lon-
gue s'écarter par une bizarrerie moderne
de goût étranger, dont le Deisme & la to-
lérance voudroient inutilement nous af-
foler.
Notre seule gayeté, vis, à-vis de la tris-
sitized by C
38. MERCURE DE FRANCE.
tesse des moeurs étrangeres, nous main-
tiendra. Il n'y a tel esprit ni Philosophie
qui tiennent. Tout ce qui aboutit à faire
de nous des songes creux, des humoristes,
des suicides, des Philosophes, des Politi-
ques, désions nous en bien, soyons plu-
tôt des babillards que des raisonneuts po-
litiques. J'ai dit souvent que dés que le
François deviendra Philosophe ou Politi-
que sérieux, adieu le François.
Je suis, &c.
P. S. Nita. Que la Philosophie que-
j'exclus, n est point la Philosophie raison-
nable, telle que celle d'un Descartes,
d'un Gassendi, d'un Rohaut, &c. mais,
comme je l'ai dit nettement, cette Philo-
sophie raisonneuse qui en veut à la Reli-
gion, au Gouvernement & aux moeurs
aux Arts même dont ilime reste à vous
parler.
D'un Membre de la Société Royale d'An[gle]terre,
à l'Auteur du Mercure, sur
l'Histoire des Arts.
Monsieur, mon ouvrage sur les Arts
n'est point ce que vous pensez ;
vous attendez de moi l'Histoire de leurs
progrès, je l'attendois bien moi- même,
sorsque je m'y mis il y a peut-être qua-
rante ans. Or je n'ai peut-être à donner
O
JANVIER.
29
1752.
que l'Histoire de la décadence & de la dé-
gradation des Arts. Ceux qui me voyent
toucher à divers sujets, tantôt de Geomé-
trie, tantôt de Physique, de Musique,
d'Astronomie, de Morale, d'Histoire, de
Geographie, quelquefois de Théologie,
croyent que je voltige, que j'effleure, &
que je cours par tout après la sleur & le
nouveau.
Encore n'y auroit-il pas de mal d'imiter
l'abeille, qui court de fleur en fleur, si
c'étoit du miel qui dût à la fin en résulter.
Je ne dis pas que cela ne mamule, & ne
puisse amuser le public, utilement même,
si c'est de Science en Science que je vol-
tige. Car c'est du fonds des choses, je le
dis enfin, que je crois toujours parler, &
d'un même principe que je crois tout dé-
river, ce qu'on appelle plusieurs sujets,
n'en est peut-être qu'un pour moi, qui
n'en laisse voir jusqu'ici que les bran-
ches, les sous-divisions, ses fruits ou les
fleurs.
Un certam brillant de style, plus na-
turel peut-être que recherché, n impose
qu'aux esprits, peu soigneux eux-mêmes,
de regarder au fond des choses On re-
connoit mon style; croit-on, dit-on à ce
brillant, à cette legereté, à ce feu volti-
geur, il n'en est rien. Bien des Auteum
Biij
jizes bGOO.
30 MERCUREDEFRANCE.
ont du style, du brillant, du feu, de la-
legereté, du voltigement. Voyez, je
m en rapporte, si ce n'est pas le fonds qui
contraste avec la surface, le sérieux avec le
gay, le massif avecc le leger, le solide
avec le brillant, la Geométrie ave l'imagi-
nation, si vous voulez, qui fait toui ici.
Je dois vous le dite: c est la Geométrie
qui m'a amusé, plutôt, qu'occupél toute
ma vie. Telle quelle est, je puis y avoit
donne trois années, en mettant les mo-
meus de cette étude bout à bout. La Phy-
sique m'a un peu plus arrêté. Elle est
plus vaste, & je puis y avoir donné quin-
ze ou vingt ans. J'en avouerois bien qua-
tinte & quatante-cinq, d'une vie toute-
donnée à l'Histoire. Il fautm entendre, en
mettant les trois daus les vingt, & les vingt
dans les quarante-cinque parce que la Phy-
sique n'a jamais été pout moi qu'une His-
toire de la Nature, & qu'en Geométrie
même, mon premier mot a étè l'Histoite-
des nouveaux calculs, il y a trente ans.
Je de connois tout franc que l'Histoire,
digoc d'occuper & d'amuser un honnête
homme, un Citoyen, un Chrétien. La
Religion même, n est que tévolation,
tradition, histoire. C'est la marche de
l'humanité sur la terre, depuis Adam jus-
qu'à moi, qui m'a toujours intéressé. Cat
dby
1752.
31
JANVIER.
voilà en deux mots le plan ou le fonds de
mon Histoire des Arts: sous le nom
d'Aris, j'embrasse tout, il est vrai. Voila
pourquoi jusqu'à ce qu'on voie le tout en-
semble, on pourra prendre pour un vol-
tigement les morceaux détachés du fonds,
ou dans leur détail immense ils ne for-
ment qu'un morceau, un seus ouvrage au
moins, sous ce titre un peu détaillé: Let-
tres sur iu Religion, le Gouvernement, les
maurs & les Arts.
Je présente quatre objets, grands objets,
mais qui se tiennent, & que je n'ai jamais
pu détacher du quatrième qui les ren-
ferme tous. Car la Religion est l'Art des
Arts, & celui nommément de mener les
hommes de la terre au Ciel, ce qui ren-
ferme tout le détail des Arts spirituels &
corporels, temporels & éternels, sacrés
& profanes, humaius & divins. Le tout,
pour vous dire que mon Histoire des
Arts n'est point un voltigement d'un Art
à l'autre, beaucoup moins d'une machine
à l'autre, fut-ce mon CI... dont l'idée
na jamais empiété chez moi sur aucune
autre idée, & a été même fort constam-
ment le frun, le résultat, le contraste, si
vous voulez, & le brillant, la fleur de
tontes les antres.
Tout dérive d'un principe, ai-je diti,.
Buij.
32 MERCUREDEFRANCE.
principe universel, & par conséquent his-
torique, philosophique, théologique,
moral, physique, métaphysique, ency-
clopédique, si vous voulez, & ce mot-là
même na rien de nouveau de ma part,
puisqu'il y a vingt-deux à vingt-cinq ans
que j'ai donné le développement net &
précis de ce principe appliqué à toutes les
Sciences, à tous les Arts, sans l'avoit, je
crois, copié de Bacon, mais non sans être
entré dans son esprit.
Mon ouvrage actuel sur cela comprend
jusqu'à sept volumes in- 12. ausquels vous
comprenez bien que je puis facileient
en ajouter vingt de mes autres ouvrages
de detail, faits sur les Arts, sur telle
Science en particulier, ne fut-ce qu' un
cours de Physique qu on enseigne depuis
sept à huit ans à Paris & ailleurs, sans
être même encore imprimé, & dans lequel
je crois avoir mis les principes, de tous les
Arts, Physico- Mathématiques au moins.
Des sept volumes en question, les deux
premiers roulent spécialement sur la Re-
ligion, le Gouvernement & les mœurs
le tout appliqué à la France, où je trouve
tout cela parfait, car je suis Citoyen,
laissant aux autres les critiques, le fiel,
s'il y en a, & ne cueillant réellement moi-
même, que les fleurs & le miel dont j'aime
JANVIER.
1752.
31
à me nourrit, & surtour à nourrir mes
concitoyens.
Je fais voit dans cet ouvrage le bien
de notre Gouvernement François, Gau-
lois même, en rapport à la Religion &
aux mœurs, aux Arts mêmes. Depuis
douze cens ans, depuis deux mille même,
je trouve, qu'à tout prendre, notre Na-
tion est la mieux morigenée, la mieux
réglée, la mieux conservée. Je laisse les
petits traits. J'atttibue la durée de notre
existence nationale Franco-Gauloise, à
nos loix spirituelles & temporelles, tout-
à-fait d'accord entr'elles, depuis l'espéce
de concert, mis entr'elles par Clovis,
baptisé & sacré par Saint Remi.
Notre Loi Salique, toute conforme à la-
Hiera rchie Ecclésiastique, nous maintient
à jamais. Toute loi qui appelle les fem-
mes à la succession, appelle les étrangers,
& les loix étrangeres, les moeurs du moins.
Nos Rois sont tous François depuis Clo-
vis N'est-ce rien que cela ? Je crois que-
c est tout.
Depuis l'origine même, les Gaulois &
les Francs neurent nulle peine à ne for-
mer qu'un peuple des deux. C'étoit les
Romains que Clovis vainquit à Soissons.
Les Gaulois pouvoient avoir appellé les-
Etancs. Les Romains. étoient perfecutents.
B.v
34 MERCURE DEFRANCE.
Les Gaulois étoient Chrétiens, les Francs:
étoieni des hommes. Dans la personne de
Clovis, l'homme n'eut nulle peine à de-
venir Chrétien. Dans la personne des,
Gaulois, le Chrétien n'eut nulle peine à
devenir homme, mâle, franc, en un mot.
Tout coule de cette source.
Nos Loix sont uniques, notre Religion
est unique, nos mours sont uniques, nos,
raisons sont uniques. Tous, sans en ex-
cepter un seul, ont été bons Chrétiens,
Catholiques même. Pas un na été persé-
cureur, mécreant, méchant. Le Grand;
Henri seul, parvenu Calviniste à la Cou-
ronne, ne le fut plus. en la prenant. Son,
hérésie n'exclut point son droit salique à
la Couronne. Ce fut la Couronne & la,
Loi Salique qui exclut de fait son Calvi-
nisme. C'est la merveille & le triomphe
de nos loix qui réellement ont toujours,
pat-là triomphé des Anglois, des Espa-
gnols, de l'Europe & de nous mêmes.
Calvin a bien pû naître parmi nous.
Mais son Calvinisme est allé s'établir à.
Genéve, en Suisse, en Allemagne, en
Angleterre, & est toujours proscrit en
France. Proaris & focis, nous avons tou-
jours combattu victorieusement pour nos.
Rois, pour nos Loix, pour nos moeurs,
pour notre Religion. Nous avons extet.
Mosines vOO
IANVIER. 1752:
355
miné de la France, de l'Espagne même,
de l'Italie, de l'Allemagne les Visigois, les-
Bourguignons les Lon bards, les Sarrazins,
les Albigeois, & mille sortes de monstres.
Nous avons volé jusqu'aux extrêmités de
la terre pour la Religion. Nous n'avons
admis les Normands que pout les rendre
Chrétiens, & nos Rois ont toujours fidó-
lement été les sils aînés de l'Eglise pour la-
protéger & la maintenit.
L'Eglise même doit son principal tem-
perel & son établissement, en quelque-
sorte sut le Trone des Césars, à Pepin, à-
Charlemagne, à nos Rois, jusqu'à lui
maintenit un Siége propre à Avignon.
Hous avons été jusqu'à fonder & cimen-
ter le Saint Empite, en Allemagne, pour
la défense spéciale de l'Eglise. Aussi nos-
mours se sentent-elles de tout tems de
cette invariabilité de notre Gouvernement:
& de notre Religion. Elles sont charman-
tes, nos moeurs, & uniques, ai- je dit, plei--
nes de ftanchise, de liberré, de gayeté.
Nos voisins nous reprochent notre mo-
bilité. Elle éclate avec élegance dans nos
tabatieres, nos perruques, nos habits,
nos meubles, nos bijoux, nos modes,.
dont la mobilité a pourtant toujours ga-
gnè ces voisins les plus graves. Mais nos
Loix, uos Rois, nos muruts, notte Reli--
Bvi
36 MERCURE DE FRANCE.
gion ont-elles varié chez nous, tandis que
chez nos voisins tout est altéré, changé
dans le Gouvernement le plus spirituel, le
plus temporel.
Depuis plus de deux mille ans que nous
primes Rome, on nous a définis en fait
de guerre, Heros au premier choc, femmes
au second. Nos ennemis ne sont pas faits
pour compter notre Histoire, c est à moi
d'ajouter que nous sommes toujours hom-
mes francs an troisième choc, qui décide
des deux: l'intégrité de notre Royaume,
tel qu'il fut sous Clovis, à peu près, le
démontre. Les Anglois citent Poitiers,
Guinegate, Hosthect, &c. c'est du détail:
nous avons le nôtre sans aller loin, Fonte-
noi, Messe, & c.
En grand je réponds aux Anglois. Pat
droit d'héritage vous avez la Guyenne, la
Normandie, le Poitou, &c. Par droit de
conquête, nous avons tout recouvré sous.
Philippe Auguste. Sous Charles VI. &
VIL. vous teniez Paris mênie, & comine
toute la France par droit de crouble, mais
vous ne teniez pas les Ftançois, les cœeurs,
les moeurs, les esprits qui ont tout recou-
vré. Je ne dis rien de Philippe de Valois,
çe fut bien là que la Loi Salique triompha
des Anglois.
Dans le plus moderne, dans la guerre
JANVIER.
1752.
3
de la succession d'Espagne, ce fut- la aussi-
& surtout que Héros au premier mot, un
peu femmes au second, nous avons fini.
par être hommes à Landreci, Dinan,
Utrecht, & retenant dans l'auguste Maison
de Bourbon, la Monarchie indivisible de
l'Espagne & des Indes, qui étoit le sujet-
de toute la dispute entre l'Eutope entiere
& nous, & je pourrois ajonter C. Q. F. D.
Vous comptenez, Monsicur, qu'un tel
ouvrage est un paralelle assez suivi des
François avec les Anglois. Je ne m'y amu-
se pomnt aux perits traits. Je ne les négli-
ge pas non plus, lorsqu'ils font marcher.
le grand de l'Historre. J'estime infiniment
les Anglois, qui m'ont honoré, & j'en
parle toujours avec honneur & distinction.
Mais je suis François, & j'aime beaucoup
ma Nation. Elle est charmante, vous dis-
je, & d'une gentillesse unique au milieu
de l'Europe; & vous ne me verrez jamais
la contrister, la faire même rougir de rien,
mais seulem ent la rappeller un peu par ci
par-là à la douce suavité de ses mœeurs,
dont il est vrai qu'elle pourroit à la lon-
gue s'écarter par une bizarrerie moderne
de goût étranger, dont le Deisme & la to-
lérance voudroient inutilement nous af-
foler.
Notre seule gayeté, vis, à-vis de la tris-
sitized by C
38. MERCURE DE FRANCE.
tesse des moeurs étrangeres, nous main-
tiendra. Il n'y a tel esprit ni Philosophie
qui tiennent. Tout ce qui aboutit à faire
de nous des songes creux, des humoristes,
des suicides, des Philosophes, des Politi-
ques, désions nous en bien, soyons plu-
tôt des babillards que des raisonneuts po-
litiques. J'ai dit souvent que dés que le
François deviendra Philosophe ou Politi-
que sérieux, adieu le François.
Je suis, &c.
P. S. Nita. Que la Philosophie que-
j'exclus, n est point la Philosophie raison-
nable, telle que celle d'un Descartes,
d'un Gassendi, d'un Rohaut, &c. mais,
comme je l'ai dit nettement, cette Philo-
sophie raisonneuse qui en veut à la Reli-
gion, au Gouvernement & aux moeurs
aux Arts même dont ilime reste à vous
parler.
Fermer
3155
p. 38-47
Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Début :
C'est peine perdue, Monsieur, c'est par préjugé de vouloir retrouver l'origine [...]
Mots clefs :
Arts, Grecs, Temps, Dieu, Histoire, Adam, Villes, Paradis, Déluge, Histoire des arts
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texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
C'est peine perdue, Monsieur, c'est
par préjugé de vouloir retrouver l'origine
des Arts chez les Grecs, ils n'en sont ni
les Historiens sidéles, ni les Auteurs.
Les Grecs étoient dans la plus profonde
barbarie, lorsque les Arts florissoient en
vpte, à Tyr, à Sidon, dans la Syrie &
Eg.
Vgitires beOO
JANVIER: 1752
391
dans toute la grande Asie. Les Grecs ne-
connurent les Arts qu'au moment qu'ils.
commençoient à tomber, qu'ils étoient
même à moitié tombés en Asic & en-
Egypre. L'Orient vivoit dans les délices.
& dans le luxe, lorsque Cerès on Trip-
toleme apprit aux Grecs à manger du
pain.
Je crois faire beaueoup d'honneur aux
Grecs, de les reconnoître au plus pour des-
seconds inventeurs, pour des restaura-
teurs des Arts, la Providence les ayant
spécialement destinés à sauver les Arts de
leur entier anéantissement pour les trans-
mettre aux Romains, & à toute l'Europe
pat leur moyen, les Romains devant être
le centre de l'Art des Arts, qui entraîne,
selon moi, tous les autres, à en juger au
moins pat l'Histoire générale de toutes-
choses dont voilà, je crois, la clef du dé-
brouillement.
C'est un fait que, passé les Grecs, on-
ne connoint plus rien à la marche des Arts,
de l'humanité, de l'Histoire, & qu'à l'o-
rigine même des Grecs, leur Histoire ne.
s'enchaîne qu'avec les fables & mille sortes.
de contes puériles qui ne menent à rien,
& empechent menme de remonter à Adam,
au deluge même, & à l'année 2000 avant:
Jesus Christ.
ed by
49 MERCURE DEFRANCE.
C'est l'idolâtrie qui a tout embrouillé,
les Grecs surtout, tant la Religion tient à
l'Histoire des Atts, tant celle-ci. ne peut
être débrouillée que pat celle-là. Encote
les Grecs mêmes, ont-ils eu. avec le tems
de vtais Historiens, des Herodotes, des
Diodores, des Strabons qui ont pû leur
apprendre, que long tems avant eux l'Ar-
chitecture la plus parfaite, la Sculpture,
la Peinture, la Teinture, l'Ecriture, les
Monumens, les Machines, les Canaux, le
Commerce, la Navigation, étoient des
choses en régle eu Asie, en Egypte il y a-
trois à quatre mille ans.
La Religion même, le Sacerdoce le.
plus hierarchique, les Sacrifices, les Prie-
res solemnelles, les Cérémonies étoient
en vigneur & en régle au tems, & sans.
doute avant le tems de Joseph, soit que
ce culte fut dès lors idolâtrique, ou qu'il.
ne le soit devenu que sous les Pharaons.
ennemis du Peuple de Dieu, & tout de
suite de Dieu même.
Les Pyramydes, les Obelisques, les Hie-
rogryphes, les Inscriptions, les porti-
ques superbes, les Colonnades, les Sta-
tues, les Bas-reliefs, les Temples déco-
rés, les Palais magnifiques & assortis, les
Fontaines, les Puits publics, toujours vas-
tes, profonds & grands, les ouvrages en-
as
17
JANVIER.
41
52.
un mot de toutes sortes d'Arts, se voyent
encore en entier en mille endroits de l'E-
gypte.
Rome même, dans sa plus grande splen-
deur sous les Césars & les Augustes, n'a
eu, & n'a même encore de monumens
parfaits en ce genre, que ceux qu elle a-
fait venit à grands frais de cette mine des-
Arts, desesperant de pouvoir les égaler.
Dès aptès le déluge, la Tour de Babel,
& la Ville de Babylone furent le ches-
d'œeuvre des Arts, du luxe & de l'orgueil,
des mêmes Arts, du même luxe, du mê-
me orgueil, dont le dernier période avoit
mérite ce déluge; Dieu ne voulant plus
recommencer celui ci, ne permit pas aux
enfans de Noë de consommer ceux là, se
contentant de confondre leur projet à
demi exécuté.
Je remonte à l'origine de tout, je fran-
chis le déluge, Noé & ses enfans l'a-
voient franchi; ils n'avoient que trop vû-
les Arts & leurs excès qui l'avoient attire.
J'ai droit de citer l'unique Histoire, l'u-
nique Livre qui nous reste de ce tems la.
On y trouve tout simplement que Jubal
inventa la Musique à chant, à cordes & à
vent: Canentium cytharâ & organo. Qu on
en fasse une division plus juste & en moina
de mots, trois mots dilent tout.
Mues
42 MERCURE DEFRANCE.
Tout de suite Tubalcain est dit le Fonda-
teur de tous les Arts de Metallagie: Faber
& Malleator in cuncta opera eris & ferri.
Voilà la forge, la fonte, le cizeau en tout
genre de métaux. Où est la fonte ? dans
ce petit mot aeris. Point de bronze & d'ai-
rain sans alliage & sans fonte & le fer mê-
me n'arrive à la forge & au marteau, qu'a-
près la fonte & au sortit de la mine. Chi-
canera t'on les autres métaux ? l'or, l'ar-
gent? Moyse raisonne ou nous laisse rai-
sonuer à fortiori. Il se contente de mettre
les deux les plus rebelles à la fonte & an
marteau, & nous laisse à penser si ces pre-
miers hommes préferoient l'or & l'argent
au fer & au bronze. Yai des raisons pour
otoire que le bronze antique couteroit
bien autant d'argent que d'étain.
Le même Livre nous dit, que Cain
le pere à tous ces inventeurs par Lamech
inventa les villes, sit une ville qu'il nom-
ma Enochia, du nom de son fils, ayeul de
Lamech. C'est quelque chose dans l'His-
toire des Arts de pouvoir nettement mar-
quer les époques précises des inventions
& dire Enochia fut la premiere ville,
Babylone, la seconde, Ninive, la troi-
sième de l'Univers. J'irois bien jusqu'à la
quatrieme & à la cinquieme Resem &
Cholé.
FANVIER. 1752.
43.
Je m'attends qu'on va dire que ce n'é-
toient que des bicoques, ces villes là. En-
core les fameux Grecs ont-ils marque les-
douze premiers bourgs de l'Attique, par
où Cecrops commença de renaître à l'Uni-
vers, en disant: Vive les Grecs. Ot Moyse
ne s'avilit pas, & en citant les premiers,
il cite les plus grandes Villes de l'Uni,
vers.
Cecrops inventa les bourgs ou les ha-
meaux, deux mille ans aptèe, que l'on eur
inventé les villes. Nons ne voulons pas,
peut- entre ne pouvons-nous pas (Cat ars-
unga, vita brevis depuis ce tems) enten-
dre, que qui dit les premieres villes du-
monde, dit des villes dessinées, quar-
tées, tirées au cordean, allignées, bien
percées avec grandes rues & places, & du
teste grandes 4, 5 & 10, & vingt fois
comme Paris, avec des Nations entieres,
d'Habitans, & toutes sortes de commo-
dités, d'aisances, d'ouvrages, d'embellis-
semens, &c.
Thebes Hecatompyle, c'est à-dire, la
Ville à cem portes, ponvoit en même tems
faire sortir pat chacune de ses portes cent
mille hommes, & cent chariots armés en-
guerre, c'étoit plus d'un million de com-
battans. Or Thebos n'étoit au plus que la
Eyt ou haititme ville du monde, & n'e-
Digiines hiL
44 MERCUREDEFRANCE.
toit sous huit lieues de circuit, en quarré,
que quadruple de Paris, qui en a à peine
quatre d'un circuit polygone, étoilé, it-
régulier. La Thebe des Grecs étoit bien
plus merveilleuse, les piertes s'étoient en-
tassées & arrangées d'elles-mêmes, en
dansant au son de la flûte d'Amphion; &
qui ne croit pas à la premiere, mérite de
croire à celle-ci. Qui Bavium non odit.,
amet, &c.
Il y a du très-bel esprit Grec, à dire que
la Peinture est fille de l'Amour, la Geo-
metrie de l'intérêt, l'Astronomie de l'oi-
fiveté; il n'y a que de l'historique, du vrai,
à dire que les Arts ont été inventés en
grand & en entier, comme tout d'un
coup. Quand un enfant invente la Pein-
ture, il peint bien ou mal, un homme
entier avec un chapeau, une épée, un
tambour, sur un cheval auprès d'un arbre,
& quelquesois un Régiment entier de pa-
reils marmouzets: Dibutadis inventtice
Grecque de la Peinture, ne charbonna
sur un mur que le contour extérieur de la
figure de son amant. Et vivent les Greea
pourtant.
Je remonte encore. Les Arts, je crois,
sont nés avec l'homme dès le Paradis ter-
restre. Il faut un peu de ce Paradis là, &
de l'autre même, pour l'invention des
gitad uO
:e
1
i..
.
32
1
72
3.
3
JANVIER.
1752.
45
Arts. Carmina secessum scribentis & otia
quaerunt. Aussi les Grecs vouloient-ils tou-
jours des Dieux & demi Dieux, des
Cerès, des Orphées pour leurs lyres, &
flutes à une ou deux cordes, à un ou deux
Hous.
Adam avoit assez de génie & de loisir
pour inventer les Arts, ou assez d'inno-
cence pour mériter que Dieu les lui inspi-
rât. Il étoit d'une nature bien fraiche &
bien divine. Et la nature étoit bien frai-
che aussi, bien à ses ordres. L'homme est
sorti parfait, tout fait des mains de Dieu.
Dieu le mit dans le Paradis, non- seulement
pour en jouit, ut custodiat il um, mais
aussi, & surtout ut operaretur illum, pour
l'opérer, réopérer, façonner, entretenir,
varier, einbellit à son gré. La conserva-
tion n'est, dit-on, qu'une recréation;
celle du Paradis n'étoit que recréation
pour Adam.
L'âge d'or n'a jamais été une vie fai-
neante, ni pastorale même, comme nous
l'entendons; l'activité, le travail libre
d'esprit est l'appanage de l'homme; je di-
rois presque de la Divinité. Il n'y a que
les Dieux d'Epicure & les Sauvages, qui
disent: Bella costa farnienie. Ce n'a pas
été précisément au travail que Dieu a con-
damné l'homme pécheur, mais au travail
Digistered voL0O
46 MERCURE DE FRANCE.
forcé, pénible, servile, ingrat: In sudore,
in laboribus, spinas & tribulos, &c. Dien
a mis Adam dans le Paradis: Ut operare-
tur illum. Il l'en a chasse sur la terre mau-
dite: Vt operaretur illam. Concluez.
Dans le Paradis tous les Arts étoient
nobles, spirituels, humains, libres, libe-
raux; au sortir de-I, tout devint fort
méchanique & corporel; & ce furent
alors les Cains, les Jabels, les Jubals, les
Tubalcains, qui sous les yeux & la dictée
sans doute de leur commun pere Adam,
inventerent ces Arts dégradés & relarifs,
désormais aux besoins de toutes les sortes,
c'est- à-dite, qui ajusterent les premiers
Arts d'Adam, à leur état présent, vers
l'âge 2, 3 & 400 du monde.
Comme on vivoit alors neuf cens ans,
qui plus qui moins, & que la nature étort
encore bien fraiche, & qu'on vivoit mê-
me assez en communauté de tamille, de
langage, d'idées, de cœeur même, n'y
ayant point encore de guerre en ce siécle
d'argent, les Arts inventés prenoient
tous les jours des accroissemens; & je
croirois même que fort vite arrivés à leur
perfection, ils la passerent peu à peu, &
dégenererent en luxe, en folies, en at-
tentats, en projets gigantesques, en fu-
reurs d'orgueil, de volupté, d'impiété,
JANAIER. 1752. 4
presque, d'Athéisme. D'où le Déluge,
&c.
Me voilà en train d'aller plus loin: je
marrete pour recommencer demain, si
vous voulez. Adieu, Monsieur.
Je suis, &c.
C'est peine perdue, Monsieur, c'est
par préjugé de vouloir retrouver l'origine
des Arts chez les Grecs, ils n'en sont ni
les Historiens sidéles, ni les Auteurs.
Les Grecs étoient dans la plus profonde
barbarie, lorsque les Arts florissoient en
vpte, à Tyr, à Sidon, dans la Syrie &
Eg.
Vgitires beOO
JANVIER: 1752
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dans toute la grande Asie. Les Grecs ne-
connurent les Arts qu'au moment qu'ils.
commençoient à tomber, qu'ils étoient
même à moitié tombés en Asic & en-
Egypre. L'Orient vivoit dans les délices.
& dans le luxe, lorsque Cerès on Trip-
toleme apprit aux Grecs à manger du
pain.
Je crois faire beaueoup d'honneur aux
Grecs, de les reconnoître au plus pour des-
seconds inventeurs, pour des restaura-
teurs des Arts, la Providence les ayant
spécialement destinés à sauver les Arts de
leur entier anéantissement pour les trans-
mettre aux Romains, & à toute l'Europe
pat leur moyen, les Romains devant être
le centre de l'Art des Arts, qui entraîne,
selon moi, tous les autres, à en juger au
moins pat l'Histoire générale de toutes-
choses dont voilà, je crois, la clef du dé-
brouillement.
C'est un fait que, passé les Grecs, on-
ne connoint plus rien à la marche des Arts,
de l'humanité, de l'Histoire, & qu'à l'o-
rigine même des Grecs, leur Histoire ne.
s'enchaîne qu'avec les fables & mille sortes.
de contes puériles qui ne menent à rien,
& empechent menme de remonter à Adam,
au deluge même, & à l'année 2000 avant:
Jesus Christ.
ed by
49 MERCURE DEFRANCE.
C'est l'idolâtrie qui a tout embrouillé,
les Grecs surtout, tant la Religion tient à
l'Histoire des Atts, tant celle-ci. ne peut
être débrouillée que pat celle-là. Encote
les Grecs mêmes, ont-ils eu. avec le tems
de vtais Historiens, des Herodotes, des
Diodores, des Strabons qui ont pû leur
apprendre, que long tems avant eux l'Ar-
chitecture la plus parfaite, la Sculpture,
la Peinture, la Teinture, l'Ecriture, les
Monumens, les Machines, les Canaux, le
Commerce, la Navigation, étoient des
choses en régle eu Asie, en Egypte il y a-
trois à quatre mille ans.
La Religion même, le Sacerdoce le.
plus hierarchique, les Sacrifices, les Prie-
res solemnelles, les Cérémonies étoient
en vigneur & en régle au tems, & sans.
doute avant le tems de Joseph, soit que
ce culte fut dès lors idolâtrique, ou qu'il.
ne le soit devenu que sous les Pharaons.
ennemis du Peuple de Dieu, & tout de
suite de Dieu même.
Les Pyramydes, les Obelisques, les Hie-
rogryphes, les Inscriptions, les porti-
ques superbes, les Colonnades, les Sta-
tues, les Bas-reliefs, les Temples déco-
rés, les Palais magnifiques & assortis, les
Fontaines, les Puits publics, toujours vas-
tes, profonds & grands, les ouvrages en-
as
17
JANVIER.
41
52.
un mot de toutes sortes d'Arts, se voyent
encore en entier en mille endroits de l'E-
gypte.
Rome même, dans sa plus grande splen-
deur sous les Césars & les Augustes, n'a
eu, & n'a même encore de monumens
parfaits en ce genre, que ceux qu elle a-
fait venit à grands frais de cette mine des-
Arts, desesperant de pouvoir les égaler.
Dès aptès le déluge, la Tour de Babel,
& la Ville de Babylone furent le ches-
d'œeuvre des Arts, du luxe & de l'orgueil,
des mêmes Arts, du même luxe, du mê-
me orgueil, dont le dernier période avoit
mérite ce déluge; Dieu ne voulant plus
recommencer celui ci, ne permit pas aux
enfans de Noë de consommer ceux là, se
contentant de confondre leur projet à
demi exécuté.
Je remonte à l'origine de tout, je fran-
chis le déluge, Noé & ses enfans l'a-
voient franchi; ils n'avoient que trop vû-
les Arts & leurs excès qui l'avoient attire.
J'ai droit de citer l'unique Histoire, l'u-
nique Livre qui nous reste de ce tems la.
On y trouve tout simplement que Jubal
inventa la Musique à chant, à cordes & à
vent: Canentium cytharâ & organo. Qu on
en fasse une division plus juste & en moina
de mots, trois mots dilent tout.
Mues
42 MERCURE DEFRANCE.
Tout de suite Tubalcain est dit le Fonda-
teur de tous les Arts de Metallagie: Faber
& Malleator in cuncta opera eris & ferri.
Voilà la forge, la fonte, le cizeau en tout
genre de métaux. Où est la fonte ? dans
ce petit mot aeris. Point de bronze & d'ai-
rain sans alliage & sans fonte & le fer mê-
me n'arrive à la forge & au marteau, qu'a-
près la fonte & au sortit de la mine. Chi-
canera t'on les autres métaux ? l'or, l'ar-
gent? Moyse raisonne ou nous laisse rai-
sonuer à fortiori. Il se contente de mettre
les deux les plus rebelles à la fonte & an
marteau, & nous laisse à penser si ces pre-
miers hommes préferoient l'or & l'argent
au fer & au bronze. Yai des raisons pour
otoire que le bronze antique couteroit
bien autant d'argent que d'étain.
Le même Livre nous dit, que Cain
le pere à tous ces inventeurs par Lamech
inventa les villes, sit une ville qu'il nom-
ma Enochia, du nom de son fils, ayeul de
Lamech. C'est quelque chose dans l'His-
toire des Arts de pouvoir nettement mar-
quer les époques précises des inventions
& dire Enochia fut la premiere ville,
Babylone, la seconde, Ninive, la troi-
sième de l'Univers. J'irois bien jusqu'à la
quatrieme & à la cinquieme Resem &
Cholé.
FANVIER. 1752.
43.
Je m'attends qu'on va dire que ce n'é-
toient que des bicoques, ces villes là. En-
core les fameux Grecs ont-ils marque les-
douze premiers bourgs de l'Attique, par
où Cecrops commença de renaître à l'Uni-
vers, en disant: Vive les Grecs. Ot Moyse
ne s'avilit pas, & en citant les premiers,
il cite les plus grandes Villes de l'Uni,
vers.
Cecrops inventa les bourgs ou les ha-
meaux, deux mille ans aptèe, que l'on eur
inventé les villes. Nons ne voulons pas,
peut- entre ne pouvons-nous pas (Cat ars-
unga, vita brevis depuis ce tems) enten-
dre, que qui dit les premieres villes du-
monde, dit des villes dessinées, quar-
tées, tirées au cordean, allignées, bien
percées avec grandes rues & places, & du
teste grandes 4, 5 & 10, & vingt fois
comme Paris, avec des Nations entieres,
d'Habitans, & toutes sortes de commo-
dités, d'aisances, d'ouvrages, d'embellis-
semens, &c.
Thebes Hecatompyle, c'est à-dire, la
Ville à cem portes, ponvoit en même tems
faire sortir pat chacune de ses portes cent
mille hommes, & cent chariots armés en-
guerre, c'étoit plus d'un million de com-
battans. Or Thebos n'étoit au plus que la
Eyt ou haititme ville du monde, & n'e-
Digiines hiL
44 MERCUREDEFRANCE.
toit sous huit lieues de circuit, en quarré,
que quadruple de Paris, qui en a à peine
quatre d'un circuit polygone, étoilé, it-
régulier. La Thebe des Grecs étoit bien
plus merveilleuse, les piertes s'étoient en-
tassées & arrangées d'elles-mêmes, en
dansant au son de la flûte d'Amphion; &
qui ne croit pas à la premiere, mérite de
croire à celle-ci. Qui Bavium non odit.,
amet, &c.
Il y a du très-bel esprit Grec, à dire que
la Peinture est fille de l'Amour, la Geo-
metrie de l'intérêt, l'Astronomie de l'oi-
fiveté; il n'y a que de l'historique, du vrai,
à dire que les Arts ont été inventés en
grand & en entier, comme tout d'un
coup. Quand un enfant invente la Pein-
ture, il peint bien ou mal, un homme
entier avec un chapeau, une épée, un
tambour, sur un cheval auprès d'un arbre,
& quelquesois un Régiment entier de pa-
reils marmouzets: Dibutadis inventtice
Grecque de la Peinture, ne charbonna
sur un mur que le contour extérieur de la
figure de son amant. Et vivent les Greea
pourtant.
Je remonte encore. Les Arts, je crois,
sont nés avec l'homme dès le Paradis ter-
restre. Il faut un peu de ce Paradis là, &
de l'autre même, pour l'invention des
gitad uO
:e
1
i..
.
32
1
72
3.
3
JANVIER.
1752.
45
Arts. Carmina secessum scribentis & otia
quaerunt. Aussi les Grecs vouloient-ils tou-
jours des Dieux & demi Dieux, des
Cerès, des Orphées pour leurs lyres, &
flutes à une ou deux cordes, à un ou deux
Hous.
Adam avoit assez de génie & de loisir
pour inventer les Arts, ou assez d'inno-
cence pour mériter que Dieu les lui inspi-
rât. Il étoit d'une nature bien fraiche &
bien divine. Et la nature étoit bien frai-
che aussi, bien à ses ordres. L'homme est
sorti parfait, tout fait des mains de Dieu.
Dieu le mit dans le Paradis, non- seulement
pour en jouit, ut custodiat il um, mais
aussi, & surtout ut operaretur illum, pour
l'opérer, réopérer, façonner, entretenir,
varier, einbellit à son gré. La conserva-
tion n'est, dit-on, qu'une recréation;
celle du Paradis n'étoit que recréation
pour Adam.
L'âge d'or n'a jamais été une vie fai-
neante, ni pastorale même, comme nous
l'entendons; l'activité, le travail libre
d'esprit est l'appanage de l'homme; je di-
rois presque de la Divinité. Il n'y a que
les Dieux d'Epicure & les Sauvages, qui
disent: Bella costa farnienie. Ce n'a pas
été précisément au travail que Dieu a con-
damné l'homme pécheur, mais au travail
Digistered voL0O
46 MERCURE DE FRANCE.
forcé, pénible, servile, ingrat: In sudore,
in laboribus, spinas & tribulos, &c. Dien
a mis Adam dans le Paradis: Ut operare-
tur illum. Il l'en a chasse sur la terre mau-
dite: Vt operaretur illam. Concluez.
Dans le Paradis tous les Arts étoient
nobles, spirituels, humains, libres, libe-
raux; au sortir de-I, tout devint fort
méchanique & corporel; & ce furent
alors les Cains, les Jabels, les Jubals, les
Tubalcains, qui sous les yeux & la dictée
sans doute de leur commun pere Adam,
inventerent ces Arts dégradés & relarifs,
désormais aux besoins de toutes les sortes,
c'est- à-dite, qui ajusterent les premiers
Arts d'Adam, à leur état présent, vers
l'âge 2, 3 & 400 du monde.
Comme on vivoit alors neuf cens ans,
qui plus qui moins, & que la nature étort
encore bien fraiche, & qu'on vivoit mê-
me assez en communauté de tamille, de
langage, d'idées, de cœeur même, n'y
ayant point encore de guerre en ce siécle
d'argent, les Arts inventés prenoient
tous les jours des accroissemens; & je
croirois même que fort vite arrivés à leur
perfection, ils la passerent peu à peu, &
dégenererent en luxe, en folies, en at-
tentats, en projets gigantesques, en fu-
reurs d'orgueil, de volupté, d'impiété,
JANAIER. 1752. 4
presque, d'Athéisme. D'où le Déluge,
&c.
Me voilà en train d'aller plus loin: je
marrete pour recommencer demain, si
vous voulez. Adieu, Monsieur.
Je suis, &c.
Fermer
3156
p. 47-55
Seconde suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Début :
Pourquoi croyez-vous, Monsieur, que ces premiers hommes antediluviens vivoient [...]
Mots clefs :
Arts, Esprit, Sciences, Grecs, Temps, Moïse, Pères, Vrai, Dégradation, Juifs, Humanité, Histoire des arts
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texteReconnaissance textuelle : Seconde suite de la Lettre sur l'Histoire des Arts.
Seconde suite de la Lettre sur l'Histoire
des Arts.
Pourquoi croyez-vous, Monsieur, que
ces premiers hommes antediluviens vivoient
des neuf cens ans? C'étoient les
Pattiarches de l'humanité, des Fondateurs
des Nations, les Peres des Arts. Moyse
n'étoit pas Grec, & ne se piquoit pas d'un
beau discours oratoire, historique, bril-
lant, fleuri, il ne se piquoit que de vérité,
& par conséquent de la simple propriété
des termes clairs & précis. Car quoiqu'il
dût devenit un objet de foi pat le cœeut,
il vouloit, je crois, être aussi un objet
d'intelligence par l'esprit, tant la raison
peut s'accorder facilement avec la foi,
dans ceux en qui le cœur s'accorde volon-
tiers avec l'esprit.
Moyse donc, en parlant des premiers
Inventeurs des Aris, les appelle commu-
nément Peres de ces Arts. Jabel fuit Pater
habitantium in tentatoriis atque Pastorum.
En passant, je ne vois pas pourquoi je
48 MERCUREDE FRANCE.
chercherois chez les Grecs ni ailleurs, l'In-
venteur de la vie campante & militaire,
& celui de la vie Pastorale & champêtre.
Dissertez à l'infini, & vous trouverez que
la moitié de la terre est couverte, depuis
le commencement, de tentes & de cam-
peurs, comme les Scyrhes, Sarmates, Tar-
tares, Mongoux, Manteheoux, &c, &
l'autre moitie, de villes & de villages,
avec des habitans civils, ou agrestes, ou
bergers. Moyse dans la noble simplicité,
entend les divisions, sous divisions, défi-
nitionis & énumerations des choses, des
Arts mêmes. Cain invente des villes, Ja-
bel la vie de la campagne, cela est clait &
précis dans l'Histoire des Arts.
De même Jubal fuit Pater canentium cy-
thara & organo. Ces premiers peres des Arts
devoient a eux tous régler, mettre en
regle toute la marche de l'humanité sur la
terre, quant au temporel & au spirituel.
Aussi Enos est il marqué comme l'Inven-
teur du culte religieux & public du Sci-
gneur. Iste caepit invocare nomen Domini.
Moyse n est esclave d'aucune expression.
Il na pas pu vouloir dire que Enos pria
Dieu le premier; son pere Seth, qui étoit
si juste, si saiut, & même son grand-pere
Adam, l'ayant fait avant lui, selon tous
les Saints Peres, & selon Moyse même :
JANVIER. 1752.
49
& le mot invocare, selon tout le monde
exprime une priere à haute voix, publi-
que, & en régle, en chant même, puis-
que Jubal chantoit alors, & jouoit même
de toutes sortes d'instrumens, des orgues
même si vous voulez, tant je prends avec
simplicité ce que Moyse dit avec simpli-
cué. De quoi s'agit- il, si ce n'est du vrai ?
Est ce que nous ne voulons pas sortir
de l'ignorance ou des fables Grecques? est-
ce que nous ne voulons pas lire, étudier.
citer le livre seul qui dit tout cela? & qui
nous l'apprend avec une certitude qui
vaut, je crois, celle de la Géometrie,
avec une précision même & une netteté
d'expression, qui ne nous donne la peine
que d'en pénétret ou même simplement
saisit les termes, simples & sans ambi-
guité.
Qu'y a- t'il donc la de si difficile à saisir,
à pénétrer pour des hommes? quand on
leur dit que l'homme est né tout fait,
tout orna des qualités & des arts, d'esprit,
de coeui, de corps, & que si depuis ce
tems là on trouve des Barbates, des Sau-
vages, des Monstres, des Avortons d'hu-
manité, c'est par dégradation qu'ils en
sont venus là, & que les arts, par les guer-
res, les transmigrations, les miséres
l'abrégement de la vie, &c. se sont dégra-
I. Vol.
jitized by Goc
50 MERCUREDEFRANCE.
des réellement partout, un peu & beau-
coup, & plus ou moins ici & la, en ve-
nant de là jusquici.
Avec cette clef toute simple, & non-
seulement toute vraye, mais toute vrais-
semblable, on peut marquer nettement
toutes les époques de cette dégradation
des arts & de l'humanité. La sortie du Pa-
radis Terrestre est la premiere époque, le
déluge la seconde. Les Juifs fortant de
l'Egypte sont peut-être la troisiéme. L'Em-
pire des Perses, non à Cyrus, mais à son
fils Cambyse, peut faire la quatriéme,
Alexandre la cinquiéme.
Là cependant les arts commencent à re-
monter par les Grecs mêmes, pour arriver
aux Romains aptès lesquels ils tombent,
ils remontent, ils retombent, &c. Il y a
bien des choses à dire sur cette derniere
époque, qui fut en effet la derniere pour
l'Orient, d'où les arts passerent en Occi-
dent pour subir toutes ces alternatives de
chûtes & de rechûtes, qui ne legselevent
jamais au pair de l'Orient, & les préci-
pitent toujours de plus bas en plus bas,
même en Occident.
J'excepte l'art des arts, la Réligion qui
qui ne fut parfaite qu'à J. C. centte & prin-
cipe de celle qui avoit été auparavant de-
puis Adam, par Seth, Enos, Enoch, Noë,
Dustues vO
.
JANVIER. 1752.
51
Sem, Abraham & les Juifs, & de celle
qui est venue jusqu'à nous par l'Eglise Ro-
maine, incapable de dégradation en elle-
même, mais sujette à bien des altérations
chez les divers Peuples, qui la protestent
au gré de leurs variations d'esprit, de
coeur, & de leurs aris profanes & souvent
criminels.
Les Grecs avoient leurs fables & leur.
idolattie qui embrouilloient furieusement
l'histoire des arts. Notre Réligion, la Bi-
ble seule débrouille assez bien ce cahos
antérieur à J. C. Mais nous avons aussi
nos idolatries, soit d'erreurs, soit d'amour
propre, qui forment bien une autre espéce
de cahos plus difficile, je vous l'avoue,
à debrouiller; pour moi au moins, je me
contente de vous insinuer ici une nou-
velle clef de tout cela, surtout depuis les
Grecs.
Car je veux pourtant faire ma cour aux
Sçavans, & aux beaux esprits qui pren-
nent le dessus des Sçavans mêmes. Peut-
etre me melai je d'être un peu l'un & l'au-
tre par le brillant du stile & par le fonds
du discours.
Quand je parle des arts, je ne parle que
des arts & non des sciences. Ce ne sont
pas les sciences qui se dégradent, ni à
plus forte raison le bel esprit. Ces deux
Cij
52 MERCUREDE FRANCE.
especes au contraire renaissent depuis les
Grecs, comme des cendres des arts. Je
me reconcilie avec les Grecs. Ils sont les
vrais & propres inventeurs des sciences,
un peu de concert avec les Arabes, qui
peuvent leur en disputer plusieurs, en
genre même de bel esprit.
Voici le fait. Ars longa, vita brevis.
Les arts sont trop longs a apprendre par
voye de pratique, & notre vie est trop
courte depuis les Grecs, ou plutôt depuis
les premiers hommes postdiluviens, tant
Egyptiens qu'Asiatiques. C'est dans les
premiers tems après le déluge, que les
Sems, les Japhets, les Chams surtout,
vivant encore des deux, ou trois, ou qua-
tre cens ans, fonderent eux ou leurs en-
fans immédiats, les arts à Babylone, à
Ninive, à Tyr, à Sidon, & surtout en
Egypte.
Ils en dresserent toutes sortes d'atteliers
& de monumens, jusqu'à Sesostris, en
Egypte, ou aux Pharaons persécuteurs des
Juifs, & jusqu'à Nabuchodonosor, & à
Cyrus en Chaldée, en Assyrie, en Syrie,
en Perse, en Médie, jusqu'à la dispersion
mème des Juifs qui avoient hérissé les arts
profanes des Egyptiens, jusqu'à Salomon
au moins
Dans ce tems-là ou jusqu'à ce tems-là,
17521
JANVIER.
les arts alloient comme tous seuls au gré
des Artistes & des Princes qui les faisoient
aller, la vie s'étoit abregée, les passions
& les guerres, & les invasions détruisi-
rent tout. Les miséres & les nécessités de la
vie prirent le dessus. On n'eut plus le tems
de pratiquer les arts ou même de les ap-
prendre en les pratiquant. Il fallut avoit
recours à des voyes abregées, à la Théo-
rie.
Fabricando fit faber, dit on pourtant
toujours. Mais cen est plus cela. Il a fallu
compendier les arts, les rédiger en Doc-
trine, en régles, en principes, en Méta-
physique, en bel esprit. On les apprend
plus vite par là, si toutes fois on les ap-
prend, ou si même on ne les oublie d'au-
tant. Enfin il est vrai qu'au défaut des
atts, nous avons les sciences, comme au
défaut des sciences nous aurons tôt ou tard
le simple bel esprit; derniere ressource de
lhumanité qui pourra cependant se vanter
que son dernier soupir fut un soupire illus-
tre.
Comptez que je suis l'historique de tout.
On na plus même trop le tems d'étudier
les sciences, & c'est un gout d'économie
qu'on ne sçauroit trop encouraget, que de
rout couper & découper en articses déta-
chés, en Tables, en Dictionnaires. L'hu-
Ciij
jitized by Goo
—.—
54 MERCURE DE FRANCE.
manité n'a presque plus le tems. Les cours
d'étude s'abrégent naturellement dans les
Colléges, dans les Universités. On y met
les enfans dès la bavette, on les en retire
dès la premiere lueur de raison, malgré
les passions qui arrivent en ce moment.
Ce goût meme de Géométrie, d'Algébre
qui nous gagne, est encore une affaire d'é-
conomie très politique, très humaine du
moins, pour parer à l'entière dégradation
des arts. C'est une grande perfection d'a-
voir réduit les arts en science & les scien-
ces en bel esprit. On est plutôt bel esprit
qu autre chose. Les Dictionnaires qui dé-
coupent tout, & mettent tout à la main
arts, sciences & bel esprit, à l'aide des
simples 24 lettres de l'alfabeth, A,B,
C, D, &c. forment un second ou un troi-
sième perfectionnement, pour me servir du
terme commode de mon ami feu l'Abbé de
St. Pierre.
L'Algébre perfectionne le perfection-
nement même, & est la quintessence de
toutes les perfections des sciences, des
arts, ou bel esprit, des Dictionnaires mê-
mes, que par son moyen on pourra tout
à l'heure resserrer beaucoup, car elle a le
secret de réduire vingt arts à une Science,
vingt sciences à un livre, vingt livres à un
chapitre, vingt chapitres à un article, vinge
Itized by Goog
JANVIER.
1752.
31
articles à une ligne, vingt lignes à un mot,
vingt mots à une syllable, vingt syllables à
une lettre, vingt lettres à rien, a zero.
Mais tout le monde n entend pas cela,
& bien des gens peuvent croire que j'exa-
gere, ou ce qui seroit pis, que je ne parlepas
sérieusement. Je parle très-sérieusement,
& je crois dire vrai. Le goût inême des Al-
manachs, très petits livrets, où l'on rédige
l'histoite, & déja même les Mathémati-
ques, & dont même la premiere partie du
Calendrier rédige l'Astronomie, & est
toute en chiffres & en symboles Algébri-
ques, me fait espérer que vous convien-
drez que le Fabricando fu faber n est plus
de saison, & que le Ars longa, vita brevis
est le vrai proverbe du jour désormais.
Je suis, &c.
des Arts.
Pourquoi croyez-vous, Monsieur, que
ces premiers hommes antediluviens vivoient
des neuf cens ans? C'étoient les
Pattiarches de l'humanité, des Fondateurs
des Nations, les Peres des Arts. Moyse
n'étoit pas Grec, & ne se piquoit pas d'un
beau discours oratoire, historique, bril-
lant, fleuri, il ne se piquoit que de vérité,
& par conséquent de la simple propriété
des termes clairs & précis. Car quoiqu'il
dût devenit un objet de foi pat le cœeut,
il vouloit, je crois, être aussi un objet
d'intelligence par l'esprit, tant la raison
peut s'accorder facilement avec la foi,
dans ceux en qui le cœur s'accorde volon-
tiers avec l'esprit.
Moyse donc, en parlant des premiers
Inventeurs des Aris, les appelle commu-
nément Peres de ces Arts. Jabel fuit Pater
habitantium in tentatoriis atque Pastorum.
En passant, je ne vois pas pourquoi je
48 MERCUREDE FRANCE.
chercherois chez les Grecs ni ailleurs, l'In-
venteur de la vie campante & militaire,
& celui de la vie Pastorale & champêtre.
Dissertez à l'infini, & vous trouverez que
la moitié de la terre est couverte, depuis
le commencement, de tentes & de cam-
peurs, comme les Scyrhes, Sarmates, Tar-
tares, Mongoux, Manteheoux, &c, &
l'autre moitie, de villes & de villages,
avec des habitans civils, ou agrestes, ou
bergers. Moyse dans la noble simplicité,
entend les divisions, sous divisions, défi-
nitionis & énumerations des choses, des
Arts mêmes. Cain invente des villes, Ja-
bel la vie de la campagne, cela est clait &
précis dans l'Histoire des Arts.
De même Jubal fuit Pater canentium cy-
thara & organo. Ces premiers peres des Arts
devoient a eux tous régler, mettre en
regle toute la marche de l'humanité sur la
terre, quant au temporel & au spirituel.
Aussi Enos est il marqué comme l'Inven-
teur du culte religieux & public du Sci-
gneur. Iste caepit invocare nomen Domini.
Moyse n est esclave d'aucune expression.
Il na pas pu vouloir dire que Enos pria
Dieu le premier; son pere Seth, qui étoit
si juste, si saiut, & même son grand-pere
Adam, l'ayant fait avant lui, selon tous
les Saints Peres, & selon Moyse même :
JANVIER. 1752.
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& le mot invocare, selon tout le monde
exprime une priere à haute voix, publi-
que, & en régle, en chant même, puis-
que Jubal chantoit alors, & jouoit même
de toutes sortes d'instrumens, des orgues
même si vous voulez, tant je prends avec
simplicité ce que Moyse dit avec simpli-
cué. De quoi s'agit- il, si ce n'est du vrai ?
Est ce que nous ne voulons pas sortir
de l'ignorance ou des fables Grecques? est-
ce que nous ne voulons pas lire, étudier.
citer le livre seul qui dit tout cela? & qui
nous l'apprend avec une certitude qui
vaut, je crois, celle de la Géometrie,
avec une précision même & une netteté
d'expression, qui ne nous donne la peine
que d'en pénétret ou même simplement
saisit les termes, simples & sans ambi-
guité.
Qu'y a- t'il donc la de si difficile à saisir,
à pénétrer pour des hommes? quand on
leur dit que l'homme est né tout fait,
tout orna des qualités & des arts, d'esprit,
de coeui, de corps, & que si depuis ce
tems là on trouve des Barbates, des Sau-
vages, des Monstres, des Avortons d'hu-
manité, c'est par dégradation qu'ils en
sont venus là, & que les arts, par les guer-
res, les transmigrations, les miséres
l'abrégement de la vie, &c. se sont dégra-
I. Vol.
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50 MERCUREDEFRANCE.
des réellement partout, un peu & beau-
coup, & plus ou moins ici & la, en ve-
nant de là jusquici.
Avec cette clef toute simple, & non-
seulement toute vraye, mais toute vrais-
semblable, on peut marquer nettement
toutes les époques de cette dégradation
des arts & de l'humanité. La sortie du Pa-
radis Terrestre est la premiere époque, le
déluge la seconde. Les Juifs fortant de
l'Egypte sont peut-être la troisiéme. L'Em-
pire des Perses, non à Cyrus, mais à son
fils Cambyse, peut faire la quatriéme,
Alexandre la cinquiéme.
Là cependant les arts commencent à re-
monter par les Grecs mêmes, pour arriver
aux Romains aptès lesquels ils tombent,
ils remontent, ils retombent, &c. Il y a
bien des choses à dire sur cette derniere
époque, qui fut en effet la derniere pour
l'Orient, d'où les arts passerent en Occi-
dent pour subir toutes ces alternatives de
chûtes & de rechûtes, qui ne legselevent
jamais au pair de l'Orient, & les préci-
pitent toujours de plus bas en plus bas,
même en Occident.
J'excepte l'art des arts, la Réligion qui
qui ne fut parfaite qu'à J. C. centte & prin-
cipe de celle qui avoit été auparavant de-
puis Adam, par Seth, Enos, Enoch, Noë,
Dustues vO
.
JANVIER. 1752.
51
Sem, Abraham & les Juifs, & de celle
qui est venue jusqu'à nous par l'Eglise Ro-
maine, incapable de dégradation en elle-
même, mais sujette à bien des altérations
chez les divers Peuples, qui la protestent
au gré de leurs variations d'esprit, de
coeur, & de leurs aris profanes & souvent
criminels.
Les Grecs avoient leurs fables & leur.
idolattie qui embrouilloient furieusement
l'histoire des arts. Notre Réligion, la Bi-
ble seule débrouille assez bien ce cahos
antérieur à J. C. Mais nous avons aussi
nos idolatries, soit d'erreurs, soit d'amour
propre, qui forment bien une autre espéce
de cahos plus difficile, je vous l'avoue,
à debrouiller; pour moi au moins, je me
contente de vous insinuer ici une nou-
velle clef de tout cela, surtout depuis les
Grecs.
Car je veux pourtant faire ma cour aux
Sçavans, & aux beaux esprits qui pren-
nent le dessus des Sçavans mêmes. Peut-
etre me melai je d'être un peu l'un & l'au-
tre par le brillant du stile & par le fonds
du discours.
Quand je parle des arts, je ne parle que
des arts & non des sciences. Ce ne sont
pas les sciences qui se dégradent, ni à
plus forte raison le bel esprit. Ces deux
Cij
52 MERCUREDE FRANCE.
especes au contraire renaissent depuis les
Grecs, comme des cendres des arts. Je
me reconcilie avec les Grecs. Ils sont les
vrais & propres inventeurs des sciences,
un peu de concert avec les Arabes, qui
peuvent leur en disputer plusieurs, en
genre même de bel esprit.
Voici le fait. Ars longa, vita brevis.
Les arts sont trop longs a apprendre par
voye de pratique, & notre vie est trop
courte depuis les Grecs, ou plutôt depuis
les premiers hommes postdiluviens, tant
Egyptiens qu'Asiatiques. C'est dans les
premiers tems après le déluge, que les
Sems, les Japhets, les Chams surtout,
vivant encore des deux, ou trois, ou qua-
tre cens ans, fonderent eux ou leurs en-
fans immédiats, les arts à Babylone, à
Ninive, à Tyr, à Sidon, & surtout en
Egypte.
Ils en dresserent toutes sortes d'atteliers
& de monumens, jusqu'à Sesostris, en
Egypte, ou aux Pharaons persécuteurs des
Juifs, & jusqu'à Nabuchodonosor, & à
Cyrus en Chaldée, en Assyrie, en Syrie,
en Perse, en Médie, jusqu'à la dispersion
mème des Juifs qui avoient hérissé les arts
profanes des Egyptiens, jusqu'à Salomon
au moins
Dans ce tems-là ou jusqu'à ce tems-là,
17521
JANVIER.
les arts alloient comme tous seuls au gré
des Artistes & des Princes qui les faisoient
aller, la vie s'étoit abregée, les passions
& les guerres, & les invasions détruisi-
rent tout. Les miséres & les nécessités de la
vie prirent le dessus. On n'eut plus le tems
de pratiquer les arts ou même de les ap-
prendre en les pratiquant. Il fallut avoit
recours à des voyes abregées, à la Théo-
rie.
Fabricando fit faber, dit on pourtant
toujours. Mais cen est plus cela. Il a fallu
compendier les arts, les rédiger en Doc-
trine, en régles, en principes, en Méta-
physique, en bel esprit. On les apprend
plus vite par là, si toutes fois on les ap-
prend, ou si même on ne les oublie d'au-
tant. Enfin il est vrai qu'au défaut des
atts, nous avons les sciences, comme au
défaut des sciences nous aurons tôt ou tard
le simple bel esprit; derniere ressource de
lhumanité qui pourra cependant se vanter
que son dernier soupir fut un soupire illus-
tre.
Comptez que je suis l'historique de tout.
On na plus même trop le tems d'étudier
les sciences, & c'est un gout d'économie
qu'on ne sçauroit trop encouraget, que de
rout couper & découper en articses déta-
chés, en Tables, en Dictionnaires. L'hu-
Ciij
jitized by Goo
—.—
54 MERCURE DE FRANCE.
manité n'a presque plus le tems. Les cours
d'étude s'abrégent naturellement dans les
Colléges, dans les Universités. On y met
les enfans dès la bavette, on les en retire
dès la premiere lueur de raison, malgré
les passions qui arrivent en ce moment.
Ce goût meme de Géométrie, d'Algébre
qui nous gagne, est encore une affaire d'é-
conomie très politique, très humaine du
moins, pour parer à l'entière dégradation
des arts. C'est une grande perfection d'a-
voir réduit les arts en science & les scien-
ces en bel esprit. On est plutôt bel esprit
qu autre chose. Les Dictionnaires qui dé-
coupent tout, & mettent tout à la main
arts, sciences & bel esprit, à l'aide des
simples 24 lettres de l'alfabeth, A,B,
C, D, &c. forment un second ou un troi-
sième perfectionnement, pour me servir du
terme commode de mon ami feu l'Abbé de
St. Pierre.
L'Algébre perfectionne le perfection-
nement même, & est la quintessence de
toutes les perfections des sciences, des
arts, ou bel esprit, des Dictionnaires mê-
mes, que par son moyen on pourra tout
à l'heure resserrer beaucoup, car elle a le
secret de réduire vingt arts à une Science,
vingt sciences à un livre, vingt livres à un
chapitre, vingt chapitres à un article, vinge
Itized by Goog
JANVIER.
1752.
31
articles à une ligne, vingt lignes à un mot,
vingt mots à une syllable, vingt syllables à
une lettre, vingt lettres à rien, a zero.
Mais tout le monde n entend pas cela,
& bien des gens peuvent croire que j'exa-
gere, ou ce qui seroit pis, que je ne parlepas
sérieusement. Je parle très-sérieusement,
& je crois dire vrai. Le goût inême des Al-
manachs, très petits livrets, où l'on rédige
l'histoite, & déja même les Mathémati-
ques, & dont même la premiere partie du
Calendrier rédige l'Astronomie, & est
toute en chiffres & en symboles Algébri-
ques, me fait espérer que vous convien-
drez que le Fabricando fu faber n est plus
de saison, & que le Ars longa, vita brevis
est le vrai proverbe du jour désormais.
Je suis, &c.
Fermer
3157
p. 75-79
EXAMEN D'une question proposée dans le Mercure.
Début :
On propose dans le Mercure, premier volume du mois de Décembre [...]
Mots clefs :
Amour, Hippolyte, Père, Phèdre, Question, Intérêt, Personnages, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXAMEN D'une question proposée dans le Mercure.
EXAMEN
D'une question proposée dans le Mercure.
On propose dans le Mercure, premier
volume du mois de Décembre
1750, quel est le personnage intéressant
de Phédre, & quel genre d'intérêt il
mspire?
Si je ne consultois que ma raison, elle
me dicterou assez de ne pas prendre parti,
& d'abandonner cet amusement à des per-
Di
zed by Goo
76 MERCURE DE FRANCE.
sonnes, qui mieux que moi sentent ce
mérite des differens personnages qui com-
posent l'ensemble admirable de ce Poëme
dramatique; dut-t'il en coûter à mon
amour-propre, je veux essayer de satisfaire
à la question.
A la lecture de la piéce, quoique l'es-
prit charmé par les beautés variées, & con-
tinues qui s'y trouvent, semble irtésolu,
& flotte entre deux ou trois des princi-
paux personnages, le coeur, ce me semble,
fait pencher la balance.
Sans m'écarter de la question, je vais
tâcher de développer ce qui me rend le
personnage d'Hyppolite d'un intérêt sa-
périeur à tous autres.
Ce seroit peu de prendre à l'ouverture
de la Piéce, un préjugé favorable des qua-
lités de son cœeur: convenons que ses crain-
tes, ses appréhensions pour un pere, dont
la destinée est incertaine, annoncent son
amour, perfection infiniment à estimer,
aujourd'hui trop pen sentie des hommes.
Déja avantageusemant prévenu pour ce
jeune Prince: ma curiosités intéresse; j'aime
à le suivre. Je m'instruis qu'il brûle pour
Aricie, d'un feu secret qu'il cherche à
étouffet; une prevention judicieuse me
donne une haute idée de son inclination.
se le rencontre avec Aurie: qu'il a pour
JANVIER. 1752.
17
elle d'amour! que ses senrimens sont fins!
qu'ils sont délicats! j'en suis ému, tout
me semble puisé dans la nature. Je re-
connois que l'amour enchaîne dans tous
ces états, qu'il subjugue également, &
le héros, & l'homme ordinaire, mais qu'il
nexcite aux vices que ceux qui d'ailleurs
y sont disposés.
La bienséance, la retenue trop géné-
reuse, qu'Hyppolite conserve avec Phé-
dre, sa belle mere, a les droits les mieux
affermis sur nos éloges. Peut-on la trop
estimer ? L'infortunée Phédre, éprise éper-
duement pour son fils, lui fait déclara-
tion de toute la force de son amour; elle
excite en lui un sentiment d'horreur; ce-
pendant il. sçait assez se contraindre. Il
n'est point sufsisamment malheureux d'a-
voir a combattre dans sa belle mere une
passion infâme: la fourbe Enone l'accuse
d'un forfait, affreux; c'est mertre ce jeu-
ne Prince à de terribles épreuves, mais
les grandes ames ne brillent jamais mieux,
que dans ces occasions qui feroient le,
naufrage du reste des hommes. Muni des
résolutions les plus courageuses, il pré-
fere de s'exposer à toute la colere d'un-
pere fortement irritó, & d'entendre pro-
noncer contre lui la priere effrayante.
qu'il adresse aux Dieux dans les premites
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
mouvemens de son emportement, à fai-
re rougir le front, d'un pere qui lui est
cher, par l'aveu toujours humiliant des
passions criminelles qui rongent le coeur
de son épouse; aveu toutefois qui autoit.
dérourné l'orage, & eût lavé des imputa-
tions calommeuses de sa perside nourrice.
Quelle discrétion, qu'elle est noble! &
tout ensemble, quel respect pour l'Auteur
de ses jours!
Où trouve- t'on des personnages, dont
le mérite soit plus frappant, qui séduisent
davantage, & fassent de plus fortes im-
pressions à l'ame ? Sera-ce les fureuts de
Phédre, ou la passion involontaire qui la
domine I La délicatesse, ou les inquiétu-
des d'Aticie? les traverses, ou le passage
successif de la colére au repentit dans
Thesée? toutes ces agitations ne produi-
fent point des effets, ou de la nature de
ceux qui font naître dans Hyppolite les
fentimens désintéresses, & toujours con-
ciliés avec l'honneur & la décence pour
une amante aimable, la candeur & la mo-
destie vis à vis d'une belle-mere, qui
s'efforce de le seduire à dessein de satis-
farre ses penchans honteux, & entr'autres.
Pamour constant, la soumission respec-
tueuse pour un pere dont la trop facile
credulité, & la colête trop ptécipitée le
JANVIER. 1751.
79
fait périr du genre de mort le plus tou-
chant.
Qui, concluons qu'Hyppolite est celui
de tous, qui inspire se plus grand intérêt,
le plus tendre & le plus pressant, qu'il ne
cesse d'émouvoit notre coeur, qui se sent
porté à suivre avec avidité les incidem
malheureux de son Histoire.
Le Danois.
D'une question proposée dans le Mercure.
On propose dans le Mercure, premier
volume du mois de Décembre
1750, quel est le personnage intéressant
de Phédre, & quel genre d'intérêt il
mspire?
Si je ne consultois que ma raison, elle
me dicterou assez de ne pas prendre parti,
& d'abandonner cet amusement à des per-
Di
zed by Goo
76 MERCURE DE FRANCE.
sonnes, qui mieux que moi sentent ce
mérite des differens personnages qui com-
posent l'ensemble admirable de ce Poëme
dramatique; dut-t'il en coûter à mon
amour-propre, je veux essayer de satisfaire
à la question.
A la lecture de la piéce, quoique l'es-
prit charmé par les beautés variées, & con-
tinues qui s'y trouvent, semble irtésolu,
& flotte entre deux ou trois des princi-
paux personnages, le coeur, ce me semble,
fait pencher la balance.
Sans m'écarter de la question, je vais
tâcher de développer ce qui me rend le
personnage d'Hyppolite d'un intérêt sa-
périeur à tous autres.
Ce seroit peu de prendre à l'ouverture
de la Piéce, un préjugé favorable des qua-
lités de son cœeur: convenons que ses crain-
tes, ses appréhensions pour un pere, dont
la destinée est incertaine, annoncent son
amour, perfection infiniment à estimer,
aujourd'hui trop pen sentie des hommes.
Déja avantageusemant prévenu pour ce
jeune Prince: ma curiosités intéresse; j'aime
à le suivre. Je m'instruis qu'il brûle pour
Aricie, d'un feu secret qu'il cherche à
étouffet; une prevention judicieuse me
donne une haute idée de son inclination.
se le rencontre avec Aurie: qu'il a pour
JANVIER. 1752.
17
elle d'amour! que ses senrimens sont fins!
qu'ils sont délicats! j'en suis ému, tout
me semble puisé dans la nature. Je re-
connois que l'amour enchaîne dans tous
ces états, qu'il subjugue également, &
le héros, & l'homme ordinaire, mais qu'il
nexcite aux vices que ceux qui d'ailleurs
y sont disposés.
La bienséance, la retenue trop géné-
reuse, qu'Hyppolite conserve avec Phé-
dre, sa belle mere, a les droits les mieux
affermis sur nos éloges. Peut-on la trop
estimer ? L'infortunée Phédre, éprise éper-
duement pour son fils, lui fait déclara-
tion de toute la force de son amour; elle
excite en lui un sentiment d'horreur; ce-
pendant il. sçait assez se contraindre. Il
n'est point sufsisamment malheureux d'a-
voir a combattre dans sa belle mere une
passion infâme: la fourbe Enone l'accuse
d'un forfait, affreux; c'est mertre ce jeu-
ne Prince à de terribles épreuves, mais
les grandes ames ne brillent jamais mieux,
que dans ces occasions qui feroient le,
naufrage du reste des hommes. Muni des
résolutions les plus courageuses, il pré-
fere de s'exposer à toute la colere d'un-
pere fortement irritó, & d'entendre pro-
noncer contre lui la priere effrayante.
qu'il adresse aux Dieux dans les premites
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
mouvemens de son emportement, à fai-
re rougir le front, d'un pere qui lui est
cher, par l'aveu toujours humiliant des
passions criminelles qui rongent le coeur
de son épouse; aveu toutefois qui autoit.
dérourné l'orage, & eût lavé des imputa-
tions calommeuses de sa perside nourrice.
Quelle discrétion, qu'elle est noble! &
tout ensemble, quel respect pour l'Auteur
de ses jours!
Où trouve- t'on des personnages, dont
le mérite soit plus frappant, qui séduisent
davantage, & fassent de plus fortes im-
pressions à l'ame ? Sera-ce les fureuts de
Phédre, ou la passion involontaire qui la
domine I La délicatesse, ou les inquiétu-
des d'Aticie? les traverses, ou le passage
successif de la colére au repentit dans
Thesée? toutes ces agitations ne produi-
fent point des effets, ou de la nature de
ceux qui font naître dans Hyppolite les
fentimens désintéresses, & toujours con-
ciliés avec l'honneur & la décence pour
une amante aimable, la candeur & la mo-
destie vis à vis d'une belle-mere, qui
s'efforce de le seduire à dessein de satis-
farre ses penchans honteux, & entr'autres.
Pamour constant, la soumission respec-
tueuse pour un pere dont la trop facile
credulité, & la colête trop ptécipitée le
JANVIER. 1751.
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fait périr du genre de mort le plus tou-
chant.
Qui, concluons qu'Hyppolite est celui
de tous, qui inspire se plus grand intérêt,
le plus tendre & le plus pressant, qu'il ne
cesse d'émouvoit notre coeur, qui se sent
porté à suivre avec avidité les incidem
malheureux de son Histoire.
Le Danois.
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3158
p. 82-89
LETTRE Aux Hommes, par une Dame de Nancy.
Début :
Vous êtes bien plaisans, Messieurs les Hommes, de croire que vos têtes [...]
Mots clefs :
Hommes, Couleurs, Cheveux, Couleur, Plaisir, Idées, Femmes, Poudre, Agréments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Aux Hommes, par une Dame de Nancy.
LETTRE
Aux Hommes, par une Dame de Nancy.
Vous êtes bien plaisans, Messieurs les
Hommes, de croire que vos têtes
sont faites pour la Philosophie & les nô-
tres pour les vetilles. Vous vous imaginez
que nous sommes incapables de faire de
grandes découvertes; détrompez-vous:
nous en faisons qui sont plus utiles que
que les vôtres. Une de nos fantaisies est
quelquefois plus avantageuses à l'Etat que
tous vos grands livres remplis d'A, B, C,
& que toutes les figures de vos grimoires.
Nous ne faisons pas grand cas de vos scien-
ces, mais vous en faites beaucoup des nô-
tres. Vous êtes bienheureux que nous
vous apprenions l'Art de plaire, pauvres
hommes, où en seriez-vous, si nous nous
avitions de renoncer à nos agrémens pour
monter comme vous nos idées sur un ton
froidement Philosophique; avouez de
bonne grace que notre conversation a des
charmes bien plus piquans que vos ouvra-
ges les plus travaillés; vous n'êtes natu-
rels qu'à force d'Art, votre imagination
JANVIER.
1752.
83
n'est pas à l'unisson de vos sentimens;
chez nous c'est le sentiment qui remue l'i-
magination & l'aide à mettre en oeuvre
ses fleurs & ses gentillesses. L'expression
ne nous coûte rien, parce que les objets
font sur nous une vive impression: ce
qu'on sent bien, on l'exprime de même.
Vous vous plaignez de ce que nous ne
tarissons point lorsque nous venons à par-
ler de nos ajustemens, de nos modes, ou
de nous mêmes, car vous avez l'injusti-
ce de nous confondre avec elles; mais
scavez-vous bien que vos reproches no
vous font pas honneur. Si vous aviez l'es-
prit plus pénétrant, vous appercevriez
mille différences qui vous échapent &
que nous saisissons. Vous êtes étonnés de
ce que nous parlons tant, & nous le som-
mes de ce que souvent vous parlez trop
même en parlant peu; vous faites apper-
cevoir une disette d'idées, une imagina-
tion stérile qui ne s'ébranle que par les
grandes secousses. Nous parlerions moins,
ti nous voyions moins. Est-ce notre fau-
te si vous n'êtes pas aussi inventifs que
nous? allea, il y a plus de délicatesse,
plus de finesse, plus de neuf, plus de
profondeur dans ce que vous appellez nos
misérables propos que dans la vaine Philo-
sophie dont vous prétendez décoret votte
Dvj
84 MERCUREDE FRANCE.
esprit; le génie se déploye aussi. bien dans
les petites choses que dans les grandes.
Vous blâmez l'inconstance de nos goûts,
sans prendre garde aux avantages qu'en
retire le commerce, au plaisir que nous
vous procurons par la nouveauté. Nous
meitons les Arts en mouvement, & les
Matchands en pratique. Je puis assurer en
conscience que la seule chose que nous
avons à nous reprocher par rapport aux
modes, c'est que nous ne les varions pas
afsez; jugez si vous êtes coupables vous
autres hommes, avec votre ennuyeuse
uniformité.
J'at à vous communiquer une décou-
verte qui pourra contribuer à vous rendre
plus beaux & le bled plus commun, à au-
gmenter les branches du commerce & par-
conséquent les richesses de la Nation.
Dites après cela que les femmes ne sont
pas capables. de s'élever à de grands objets.
Venons au fait. Je suis bien lasse de vous
voir avec vos cheveux blanchis: toujours
la même couleur, toujours du blanc,
quoi de plus ennuyeux; ne mettra-t'on
jamais sur mes cheveux que de la poudre
blanche? C'est votre faute, Messieurs les
Hommes: si vous en aviez inventé de dif-
térentes couleurs, nous nous en servi-
tions, comme nous mettons les divers
JANVIER.
1752.
89
rubans que vous fabriquez pour nous. Je
me suis déja poudrée en couleur de roze,
& mon miroir m'a dit que j'étois au
mieux. Ah ! si vous maviez vue! j'ai es-
fayé le bleu céleste & j'étois à manger;
j'ai souffle des couleurs dont j'ai assorti
les nuances, elles ont produit un effet
admirable, au moyen d'une boëre platte
de fer blane sans fonds & sans couvercle,
que j'appliquois sut ma frisure, de maniere
que la poudre ne pouvoit voler de côté ni
d'autre; je me suis poudrée en ondes de
différentes couleurs, à l'aide d'une hoëte
ondée; le succès a surpassé mes espé-
rances: enfin je suis patvenue à faire un
parterre de mes cheveux. Ah ! que cette
décou verte m'a causé de joye. Celles de
Descartes & de Newton ne purent leur
en procurer une semblable. Représentez-
vous une jeune Dame qui aspire à la gloire
de faire une révolution dans l'empire des
agrémens & qui trouve le moyen de les
varier, de les multiplier, de changer
toutes les têtes de l'Europe. Mon plaisir
fut si grand qu'il brouilla mes idées sut
tout oc qui navoit pas de rapport à mon
entreprise; ce jour là j'oubliai de mettre
une de mes mouches; une autre fut placée
sans intelligence; je mis des épingles
qui faisoient l'effet le plus maussade du
& MERCURE DE FRANCE.
monde. Pleine de mes idées, j'étois en-
traînée par leur courant; je mourois d'en-
vie de faire voir à tout le monde la nou-
velle pature que j'avois inventée; j'ai-
pourtant été assez maîtresse de moi-même
pour me contenter du suffrage de ma fem-
me de chambre & de celui d'un aimable
Poëte dont je vais rapporter les vers & la
réponse que j'y ai faite. Y auroit-il de la
vanité à faire connoître des louanges.
qu on me donne, non, car on ne sçait pas-
qui je suis.
Ges fleurs que vorre main peignit sut vos che,
veux,
Ne vous donnent point d'avantage.
Iris, votre beauté fait tort à votre ouvtage
Et votre esprit à tous les deux.
De vos attraits ornée abdiquez la parure,
Laissez à nos Chlocs les pompons & le fard,
On ne doit rien devoir à l'Art
Quand on doit tout à la Nature.
Réponse.
Embellir la Nature est le talent suprême,
Ne blâmez point un Att que l'amour a dicté:
En se parant pour l'objet que l'on aime,
Ce qu'on ajoute à sa beauté
Elatte autant que la beauté même.
JANNTER, 1752.
8y.
Une mode née en Province ne pren-
droit pas à Paris. J'attends donc que-
la Cour ait donné le ton pour le sui-
vre avec oetie supériorité que les inven-
teurs ont sur ceux qui copient: Soit qu'on-
teigne la poudre ordinaire, ou qu'on em-
ploye d'autres matières, les Dames doi-
vent faire des réfléxions sérieuses sur les-
couleurs qui s'assortissent à leur tein; les
brunes feront bien de choisir le petit
jaune & le bleu céleste, les blanches & les
brunes clatres, la couleur de roze, le
verd pomme; les blondes, la couleur de
seu, le bleu turque, le gros verd, l'o-
rangé, le violet & plusieurs autres couleurs.
foncées.
On est curieux sans doute de sçavoir
comment je suis venue à bout de peindre-
des fleurs sur mes cheveux. Après avoir
donné une foible couleur de roze pour-
fervir de fond au tableau, je fis appliquet
fur ma friznte un carton qui en avoit la
forme; il étoit couvert de fleurs évidées,
on ne lassoit à découvert que l'endroit où
l'on souffloit la poudre coiorée; le feuil-
lage des fleurs étoit d'un beau verd; il ne
s'agit plus que de trouver le secret d'aller
aussi loin par cetrę méthode que par la
peinture à l'huile ou en détrempe. Ne
pourroit on pas faire une application de
BGOOg
8S. MERCURE DEFRANCE.
l'Art des tableaux imprimés dont on a
tant parlé. Quoiqu'il en soit, voilà un
Art au berceau. Il est de l'intérêt des hom-
mes de travailler avec les femmes à le
porter au plus grand point de perfec-
tion. Les hommes qui portent perruque.
auront beaucoup plus de facilitéàs embellit
que ceux qui ont des cheveux. Il est facile.
de teindre des cheveux en toutes sortes de
couleurs & de faire sur les perruques des
desseins de différens goûts, en satin, en
rocailles, en guirlandes, en mosaîque,,
en ondes, en marqueterie, en camayen;
on verra bien- tôt des perruques marbrées,
monchetées, en points de Hongrie, en arc-
en-ciel, en fleurs, &c.
Je goûte d'avance le plaisir que mes yeux
auront à parcourir dans une nombreuse.
assemblée des têtes ornées de mille façons
différentes. Nous autres Dames surtout nous
n'épargnerons rien pour avoir les couleurs-
les plus brillantes; fans cesse occupées à
inventer de nouveaux desseins, nous pas-
serons toute la matinée à les faire exécuter.
Oh que nos femmes de chambre vont pel-
ter!n importe, il appartient bien à ces
pécores de trouver à redire à nos amuse-
mens. Après tout que faire quand on n'est
pas occupé à sa toilette; pour moi j'aurai
toujours une vraie obligation à ceux qui
JANVIER. 1752.
89
m'apprendront les moyens de la faire du-
rer long-tems d'une maniere qui m'amuse.
N' est-ce pas beaucoup d'être occupée do
soi-même? Plus on est jolie, plus on est
belle, plus on trouve de plaisir à se parer.
Avant que de recevoit des louanges, on
goute l'avantage d'en mériter.
J'espere que les hommes & les femmes
me sçauront gré de leur avoir ouvert une
source d'agrémens qu'on ne pourta épui-
ser. J'ai oui dire qu'on avoit découvert
dans les tons de couleur, une sorte d'har-
monie visible, qui fait un vrai plaisir à
ceux qui. sont versés dans la musique de
la vûe. Je prie le Jesuite qui a inventé le
clavecin oculaire de nous apprendre à noun
poudrer mélodieusement.
Aux Hommes, par une Dame de Nancy.
Vous êtes bien plaisans, Messieurs les
Hommes, de croire que vos têtes
sont faites pour la Philosophie & les nô-
tres pour les vetilles. Vous vous imaginez
que nous sommes incapables de faire de
grandes découvertes; détrompez-vous:
nous en faisons qui sont plus utiles que
que les vôtres. Une de nos fantaisies est
quelquefois plus avantageuses à l'Etat que
tous vos grands livres remplis d'A, B, C,
& que toutes les figures de vos grimoires.
Nous ne faisons pas grand cas de vos scien-
ces, mais vous en faites beaucoup des nô-
tres. Vous êtes bienheureux que nous
vous apprenions l'Art de plaire, pauvres
hommes, où en seriez-vous, si nous nous
avitions de renoncer à nos agrémens pour
monter comme vous nos idées sur un ton
froidement Philosophique; avouez de
bonne grace que notre conversation a des
charmes bien plus piquans que vos ouvra-
ges les plus travaillés; vous n'êtes natu-
rels qu'à force d'Art, votre imagination
JANVIER.
1752.
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n'est pas à l'unisson de vos sentimens;
chez nous c'est le sentiment qui remue l'i-
magination & l'aide à mettre en oeuvre
ses fleurs & ses gentillesses. L'expression
ne nous coûte rien, parce que les objets
font sur nous une vive impression: ce
qu'on sent bien, on l'exprime de même.
Vous vous plaignez de ce que nous ne
tarissons point lorsque nous venons à par-
ler de nos ajustemens, de nos modes, ou
de nous mêmes, car vous avez l'injusti-
ce de nous confondre avec elles; mais
scavez-vous bien que vos reproches no
vous font pas honneur. Si vous aviez l'es-
prit plus pénétrant, vous appercevriez
mille différences qui vous échapent &
que nous saisissons. Vous êtes étonnés de
ce que nous parlons tant, & nous le som-
mes de ce que souvent vous parlez trop
même en parlant peu; vous faites apper-
cevoir une disette d'idées, une imagina-
tion stérile qui ne s'ébranle que par les
grandes secousses. Nous parlerions moins,
ti nous voyions moins. Est-ce notre fau-
te si vous n'êtes pas aussi inventifs que
nous? allea, il y a plus de délicatesse,
plus de finesse, plus de neuf, plus de
profondeur dans ce que vous appellez nos
misérables propos que dans la vaine Philo-
sophie dont vous prétendez décoret votte
Dvj
84 MERCUREDE FRANCE.
esprit; le génie se déploye aussi. bien dans
les petites choses que dans les grandes.
Vous blâmez l'inconstance de nos goûts,
sans prendre garde aux avantages qu'en
retire le commerce, au plaisir que nous
vous procurons par la nouveauté. Nous
meitons les Arts en mouvement, & les
Matchands en pratique. Je puis assurer en
conscience que la seule chose que nous
avons à nous reprocher par rapport aux
modes, c'est que nous ne les varions pas
afsez; jugez si vous êtes coupables vous
autres hommes, avec votre ennuyeuse
uniformité.
J'at à vous communiquer une décou-
verte qui pourra contribuer à vous rendre
plus beaux & le bled plus commun, à au-
gmenter les branches du commerce & par-
conséquent les richesses de la Nation.
Dites après cela que les femmes ne sont
pas capables. de s'élever à de grands objets.
Venons au fait. Je suis bien lasse de vous
voir avec vos cheveux blanchis: toujours
la même couleur, toujours du blanc,
quoi de plus ennuyeux; ne mettra-t'on
jamais sur mes cheveux que de la poudre
blanche? C'est votre faute, Messieurs les
Hommes: si vous en aviez inventé de dif-
térentes couleurs, nous nous en servi-
tions, comme nous mettons les divers
JANVIER.
1752.
89
rubans que vous fabriquez pour nous. Je
me suis déja poudrée en couleur de roze,
& mon miroir m'a dit que j'étois au
mieux. Ah ! si vous maviez vue! j'ai es-
fayé le bleu céleste & j'étois à manger;
j'ai souffle des couleurs dont j'ai assorti
les nuances, elles ont produit un effet
admirable, au moyen d'une boëre platte
de fer blane sans fonds & sans couvercle,
que j'appliquois sut ma frisure, de maniere
que la poudre ne pouvoit voler de côté ni
d'autre; je me suis poudrée en ondes de
différentes couleurs, à l'aide d'une hoëte
ondée; le succès a surpassé mes espé-
rances: enfin je suis patvenue à faire un
parterre de mes cheveux. Ah ! que cette
décou verte m'a causé de joye. Celles de
Descartes & de Newton ne purent leur
en procurer une semblable. Représentez-
vous une jeune Dame qui aspire à la gloire
de faire une révolution dans l'empire des
agrémens & qui trouve le moyen de les
varier, de les multiplier, de changer
toutes les têtes de l'Europe. Mon plaisir
fut si grand qu'il brouilla mes idées sut
tout oc qui navoit pas de rapport à mon
entreprise; ce jour là j'oubliai de mettre
une de mes mouches; une autre fut placée
sans intelligence; je mis des épingles
qui faisoient l'effet le plus maussade du
& MERCURE DE FRANCE.
monde. Pleine de mes idées, j'étois en-
traînée par leur courant; je mourois d'en-
vie de faire voir à tout le monde la nou-
velle pature que j'avois inventée; j'ai-
pourtant été assez maîtresse de moi-même
pour me contenter du suffrage de ma fem-
me de chambre & de celui d'un aimable
Poëte dont je vais rapporter les vers & la
réponse que j'y ai faite. Y auroit-il de la
vanité à faire connoître des louanges.
qu on me donne, non, car on ne sçait pas-
qui je suis.
Ges fleurs que vorre main peignit sut vos che,
veux,
Ne vous donnent point d'avantage.
Iris, votre beauté fait tort à votre ouvtage
Et votre esprit à tous les deux.
De vos attraits ornée abdiquez la parure,
Laissez à nos Chlocs les pompons & le fard,
On ne doit rien devoir à l'Art
Quand on doit tout à la Nature.
Réponse.
Embellir la Nature est le talent suprême,
Ne blâmez point un Att que l'amour a dicté:
En se parant pour l'objet que l'on aime,
Ce qu'on ajoute à sa beauté
Elatte autant que la beauté même.
JANNTER, 1752.
8y.
Une mode née en Province ne pren-
droit pas à Paris. J'attends donc que-
la Cour ait donné le ton pour le sui-
vre avec oetie supériorité que les inven-
teurs ont sur ceux qui copient: Soit qu'on-
teigne la poudre ordinaire, ou qu'on em-
ploye d'autres matières, les Dames doi-
vent faire des réfléxions sérieuses sur les-
couleurs qui s'assortissent à leur tein; les
brunes feront bien de choisir le petit
jaune & le bleu céleste, les blanches & les
brunes clatres, la couleur de roze, le
verd pomme; les blondes, la couleur de
seu, le bleu turque, le gros verd, l'o-
rangé, le violet & plusieurs autres couleurs.
foncées.
On est curieux sans doute de sçavoir
comment je suis venue à bout de peindre-
des fleurs sur mes cheveux. Après avoir
donné une foible couleur de roze pour-
fervir de fond au tableau, je fis appliquet
fur ma friznte un carton qui en avoit la
forme; il étoit couvert de fleurs évidées,
on ne lassoit à découvert que l'endroit où
l'on souffloit la poudre coiorée; le feuil-
lage des fleurs étoit d'un beau verd; il ne
s'agit plus que de trouver le secret d'aller
aussi loin par cetrę méthode que par la
peinture à l'huile ou en détrempe. Ne
pourroit on pas faire une application de
BGOOg
8S. MERCURE DEFRANCE.
l'Art des tableaux imprimés dont on a
tant parlé. Quoiqu'il en soit, voilà un
Art au berceau. Il est de l'intérêt des hom-
mes de travailler avec les femmes à le
porter au plus grand point de perfec-
tion. Les hommes qui portent perruque.
auront beaucoup plus de facilitéàs embellit
que ceux qui ont des cheveux. Il est facile.
de teindre des cheveux en toutes sortes de
couleurs & de faire sur les perruques des
desseins de différens goûts, en satin, en
rocailles, en guirlandes, en mosaîque,,
en ondes, en marqueterie, en camayen;
on verra bien- tôt des perruques marbrées,
monchetées, en points de Hongrie, en arc-
en-ciel, en fleurs, &c.
Je goûte d'avance le plaisir que mes yeux
auront à parcourir dans une nombreuse.
assemblée des têtes ornées de mille façons
différentes. Nous autres Dames surtout nous
n'épargnerons rien pour avoir les couleurs-
les plus brillantes; fans cesse occupées à
inventer de nouveaux desseins, nous pas-
serons toute la matinée à les faire exécuter.
Oh que nos femmes de chambre vont pel-
ter!n importe, il appartient bien à ces
pécores de trouver à redire à nos amuse-
mens. Après tout que faire quand on n'est
pas occupé à sa toilette; pour moi j'aurai
toujours une vraie obligation à ceux qui
JANVIER. 1752.
89
m'apprendront les moyens de la faire du-
rer long-tems d'une maniere qui m'amuse.
N' est-ce pas beaucoup d'être occupée do
soi-même? Plus on est jolie, plus on est
belle, plus on trouve de plaisir à se parer.
Avant que de recevoit des louanges, on
goute l'avantage d'en mériter.
J'espere que les hommes & les femmes
me sçauront gré de leur avoir ouvert une
source d'agrémens qu'on ne pourta épui-
ser. J'ai oui dire qu'on avoit découvert
dans les tons de couleur, une sorte d'har-
monie visible, qui fait un vrai plaisir à
ceux qui. sont versés dans la musique de
la vûe. Je prie le Jesuite qui a inventé le
clavecin oculaire de nous apprendre à noun
poudrer mélodieusement.
Fermer
3159
p. 94-101
LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur Madame la Comtesse de Vertillac.
Début :
Puisque les éloges que vous avez entendu faire partout de Madame la [...]
Mots clefs :
Marie-Madeleine-Angélique de La Brousse de Verteillac, Vertillac, Mérite, Esprit, Amis, Comtesse, Vie, Femme, Périgord, Gouverneur
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur Madame la Comtesse de Vertillac.
LETTRE
A l'Auteur du Mercure, sur Madame la
Comtesse de Vertillac.
Puisque les éloges que vous avez entendu
faire partout de Madame la
Comtesse de Vertillac, vous donnent la
curiosité de la connoître encore davan-
tage, j'ai l'honneur de vous en voyer cette
légere exquisse de ses vertus: il m'en
coutera des larmes pour vous satisfaire;
mais le souvenit du merite éminent de
ceux que l'on a aimé & respecté pendant
leur vie, est une espece de consolation
qui nous reste après leur mort. Je n'ai à
craindre qu'une chose, que ce que je vous
dirai ne soit fort au-dessous de l'idée,
qu'ont, de Madame de Vertillac, ceux qui
ont eu le bonheur de vivre dans la societé
de cette femme admirable, qui, de l'aveu
de tous ceux qui l'ont connue, réunissoit
un esprit élevé avec les qualités propres à
inspirer l'estime & la vénération.
Elle étoit née à Paris, mais elle étoit
originaire de Perigord, d'une ancienne &
illustre noblesse (a), alliée à tout ce qu'il y
(a) Voyez la vie du Bienheureux Theodore de
Celles, & l'Epstre Dédicatoire aux très-illus-
JANVIER. 1752.
93
a de meilleur dans la Province; elle étoit
sille umque de Messire Nicolas de la Brous-
se, Comie de Vertiliac, Maréchal des Campt
& Armées du Rri, Lieutenant dans sa Pro-
vince de Perigord, & Gouverneur de Mons
& du Hain.ini; lequel après avoir mis en fui-
ie les ennemis à la journee de Bossu, sous Val-
couri, y fut frappé de plusieurs coups mor-
tels (a).
L'éloge qu'un grand Roi, qui connois-
soit le mérite & qui sçavoit le récompen-
ser, sit de cet excellent Officier, est un
sûr garant, que s'il n'eût pas été enle vé de
ce monde à la fleur de son âge, il pouvoit
de flatter de parvenir aux plus grands hon-
neurs de la guerre. Louis XIV. dit à sa
veuve (b) qu il avoit perdu dans le Comte
de Vertillac, le meilleur Officier d'Infan-
terie qu'il cût aeu depuis le Maréchal de
Turonne.
Mademoiselle de Vertillac, orpheline
crès-joune, resta entre les mains d'une
mere d'un mérite distingué, qui lui don-
na la meilleure éducation; elle avoit reçum
tres & puissans Seigneurs Mossiours d'Athis & de
Vertillac.
(a) Ce sont les propres termes de l'Epitaphe de
de M. le Comte de Vertillac, telle qu'elle est dans
l'Eglise des Jesuites de Mons.
(6) Vie du Comte de Vertillac, imprimée à
Avignon en 1725 page 20.
00
ed by
96 MERCUREDE FRANCE.
de si heureuses dispositions de la nature,
qu'il fut fort aisé a ceux qui l'éleverent
d en faire quelque chose de surprenant.
Née avec un fond de curiosité inépuisable,
une netteté d'esprit & une profondeur
singuliere, elle crut que la connoissance
de toutes les sciences & de tous les arts
étoient du ressort de ceux qui se propo-
soient de cultiver leur esprit, aussi y avoit-
il peu de choses dont elle n'eût des idées
tres- exactes. Elle chercha toute sa vie à
faire connoissance avec les Artistes cele-
bres & les scavans illustres, & elle leur
donna plus d'une fois de l'étonnement de
l'étendue de ses connoissances. On en a vû
souvent convenir qu'elle leur avoit appris
des détails sur leur profession qu'ils avoient
ignorés jusqu'alors: plusieurs gens de Let-
tres lui ont lû leurs ouvrages avant que de
les donner au Public, & ont avoué qu'on
ne pouvoit pas faire des remarques plus
judicieuses. Mademoiselle Lheritier, con-
nue par plusieurs Livres, lui en a dédié
deux, les Caprices du destin en 1719, &
la traduction en vers François des Epstres
Héroiques d'Ovide en 1732. Les Epitres
dédicatoires de cette Fille scavante &
vertueuse nous apprennent que Madame
de Vertillac étoit son Héroine.
Aimable
zed by Goo
JANVIER.
1752.
97
Aimable Fille d'un Guerrier
Dont le frent fût cent fois couronné de laurier,
Si daus le champ de Mars il courut à la gloire,
Vous irez, pas les dons des Filles de mémoire.
Ou voit briller en vous avec tant d'agrément
La justesse d'esprit, l'heureux discernement;
Vous possedez si bien & la Fable & l'Histoire,
Vous pensez, vous parlez toujours si noblement
Et vous jugez si finement,
Qu'on ne voit point pour un Ouvrage
Un plus glorieux avantage
Que celui d'attirer votre applaudissement.
On ne sçait qui charme le plus
Ou vos sûres clartés, ou vos rares vertus.
Eh 1 quelle noble modestie,
A ce touchant mérite est encore assortie
Tant de charmes divers, qu'en vous le calme
a mis,
Vous donneront tonjours les plus parfaits amis
C'est ainsi qu'en 1719. parloit une per-
sonne illustre (a) connue pour avoit tou-
jours respecté la vérité & aimé la vertu:
elle ne sexprimoit pas avec moins d'ad-
mitation en 1732.
Aimable & sc. vante Comtesse,
Que vous auriez brillé dans Rome & dans la Grece,
Par ce godt sin & ce rate sçavoit
Qu'en tous les tems vous faites voir.
(a) Epitre dédicatoire das Capricos du Destin,
1. Vol.
Digsiras b 300
98 MERCUREDEFRANCE.
Athènes ni la Cour d'Auguste
N'ont jamais vs d'esprit plus éclaité, plus jucte
Et tous ces hommes excellens
Dont elles admuirroient les sublimes talens;
Eussent été chamés si vos doctes sussrages
Eussent couronné leurs Ouvrages (a)
Le célebre Marquis Maffei, la gloire de
Verone & un des principaux ornemens de
l'Italie, avec qui elle avoit fait une gran-
de liaison il y a 20 ans, lorsqu'il vint à Paris,
lui a dédic la belle édition de sa Mérope(6);
il a toûjours conservé pour Mme de Vertil-
lac, la plus parfaite estime; on lui a souvent
entendu dire que dans l'Italie entiere, où
il y a beaucoup de femmes de mérite, il
ny en avoit pas une qui pût être comparée
cette femme illustre.
Elle écrivoit avec la plus grande élégan-
ce; on en peut juger par cette lettre ingé-
nieuse que M. Remond de S. Mard a fait
imprimer, dans laquelle on voit qu'elle
avoit fait les réflexions les plus fines & les
plus délicates sur les nuances qui peuvent
le plus contribuer à l'agrément du stile.
Le Public seroit plus à portée de connoître
son mérite littéraire, si sa modestie n'eût
pas été supérieure même à ses talens.
Ja) Préface des Epitres héroiques
6) La Merope, imprimée à Verone l'an 1745
JANVIER. 1752.
99
Quelques uns de ses amis ont scû qu'elle
faisoit par occasion de très-jolis vers, mais
elle ne permetroit pas qu'on en prît des
copies, elle faisoit même tout ce qui dé-
pendoit d'elle, sans blesser ouvertement
la vérité, pour laister croire que ce n'é-
toit pas elle qui les avoit faits. On sçait
qu'elle a composé plusieurs petits Ouvra-
ges, écrits avec autant de solidité que d'a-
grément; mais elle ne les a fait voir qu'à
un très-petit nombre d'amis, & toujours
à condition que ce seroit un mystere pour
le Public. Son coeur n'étoit pas moins ad-
mirable que son esprit; on n'a jamais por-
té plus loin le désir d'obliger; elle n'étoit
occupée qu'à diminuer le mérite de la re-
connoissance, &, par cette raison même,
elle l'augmenton: elle regardoit le mon-
de entiet comme une societé de freres qui
ne devoient être occupés qu'à se rendre
service mutuellement, & elle agissoit en
consequence; jamais elle n'a differé une
occasion d'être utile, & l'on peut dire
d'elle, avec vérité, qu'elle n'a jamais per-
du un jour de sa vic. On ne pouvoit la
voir sans désirer d'avoir part à son amitié
aussi acqueroit. elle tous les jours de nou-
veaux amis; & ce qu'il y a de rate, ce n'é-
toit jamais aux dépens des anciennes ami-
tiés, que ces acquisitions se faisoient. Il
Eij
100 MERCURE DEFRANCE.
est surptenant combien, par ses avis &
par ses leçons les plus efficaces, elle a fa-
vorisé des talens naissans que sans elle l'in-
digence auroit étouffée; mais elle avoit
grand soin de prendre les plus grandes
précautions pour que ses bonnes actions
fussent ignorées: sa modestie a souvent été
trahie innocemment par la reconnoissance
de quelques uns qui ont mieux aimé être
indiscrets qu'ingrats.
Une égalité constante que l'on peut re-
garder comme le propre caractere de la
sagesse, rendoit sa société délicieuse; tou-
tes les fois que ses amis la revoyoient, elle
sentoit & leur communiquoit cette joie
douce & charmante qui auroit réchauffé
leurs sentimens, s'ils en eussent eu besoin,
ce n'étoit jamais qu'avec peine qu'on se
séparoit d'elle; on ne s'en consoloit que
dans l'espérance de la revoir avec un nou-
veau plaisir, parce qu'on étoit toujours
sût de trouver chez elle l'esprit uni avec
la vertu.
Une si digne femme devoit être pleurée
amerement de tous ses amis, aussi il n'en
est point qui n'ait dit du fond de son
cœeiis;
*
Quis desiderio sit pudor aus modus,
Tam rari capitis.
Quando ullum invenient parem. Horace.
JANVIER. 1752. 101
Une fièvre quarte, suivie d'une fiévre
maligne, la mit au tombeau à Dourdan
le 21 Octobre 1751 âgée d'environ soi-
xante ans.
Elle avoit épousé en 1727 M. le Comte
de Vertillac, Gouverneur & Grand Sene-
chal de Perigord, & Gouverneur de Dour-
dan, son cousin germain; elle en a eu un
fils, actuellement Gouverneur & Grand
Sénéchal de Perigord & Capitaine de Ca-
valerie dans le Régiment de Penthiévre.
Quoique j'aie été lié bien des années
avant vous, Monsieur, avec Madame la
Comtesse de Vertillac, vous l'avez assez
connue pour sçavoir qu'il n'y a rien d'exa-
géré dans le portrait que j'en ai fait. Je
me serois fait un scrupule d'emploier la
flatierie, & n'ême l'art, lorsqu'il est
question de vous parler d'une femme il-
lustre, dont la modestie faisoit un des
principaux ornemens, & qui aimoit la
vérité plus que toutes choses.
J'ai l'honneur, &c.
A Paris, ce premier Decembre 1751.
A l'Auteur du Mercure, sur Madame la
Comtesse de Vertillac.
Puisque les éloges que vous avez entendu
faire partout de Madame la
Comtesse de Vertillac, vous donnent la
curiosité de la connoître encore davan-
tage, j'ai l'honneur de vous en voyer cette
légere exquisse de ses vertus: il m'en
coutera des larmes pour vous satisfaire;
mais le souvenit du merite éminent de
ceux que l'on a aimé & respecté pendant
leur vie, est une espece de consolation
qui nous reste après leur mort. Je n'ai à
craindre qu'une chose, que ce que je vous
dirai ne soit fort au-dessous de l'idée,
qu'ont, de Madame de Vertillac, ceux qui
ont eu le bonheur de vivre dans la societé
de cette femme admirable, qui, de l'aveu
de tous ceux qui l'ont connue, réunissoit
un esprit élevé avec les qualités propres à
inspirer l'estime & la vénération.
Elle étoit née à Paris, mais elle étoit
originaire de Perigord, d'une ancienne &
illustre noblesse (a), alliée à tout ce qu'il y
(a) Voyez la vie du Bienheureux Theodore de
Celles, & l'Epstre Dédicatoire aux très-illus-
JANVIER. 1752.
93
a de meilleur dans la Province; elle étoit
sille umque de Messire Nicolas de la Brous-
se, Comie de Vertiliac, Maréchal des Campt
& Armées du Rri, Lieutenant dans sa Pro-
vince de Perigord, & Gouverneur de Mons
& du Hain.ini; lequel après avoir mis en fui-
ie les ennemis à la journee de Bossu, sous Val-
couri, y fut frappé de plusieurs coups mor-
tels (a).
L'éloge qu'un grand Roi, qui connois-
soit le mérite & qui sçavoit le récompen-
ser, sit de cet excellent Officier, est un
sûr garant, que s'il n'eût pas été enle vé de
ce monde à la fleur de son âge, il pouvoit
de flatter de parvenir aux plus grands hon-
neurs de la guerre. Louis XIV. dit à sa
veuve (b) qu il avoit perdu dans le Comte
de Vertillac, le meilleur Officier d'Infan-
terie qu'il cût aeu depuis le Maréchal de
Turonne.
Mademoiselle de Vertillac, orpheline
crès-joune, resta entre les mains d'une
mere d'un mérite distingué, qui lui don-
na la meilleure éducation; elle avoit reçum
tres & puissans Seigneurs Mossiours d'Athis & de
Vertillac.
(a) Ce sont les propres termes de l'Epitaphe de
de M. le Comte de Vertillac, telle qu'elle est dans
l'Eglise des Jesuites de Mons.
(6) Vie du Comte de Vertillac, imprimée à
Avignon en 1725 page 20.
00
ed by
96 MERCUREDE FRANCE.
de si heureuses dispositions de la nature,
qu'il fut fort aisé a ceux qui l'éleverent
d en faire quelque chose de surprenant.
Née avec un fond de curiosité inépuisable,
une netteté d'esprit & une profondeur
singuliere, elle crut que la connoissance
de toutes les sciences & de tous les arts
étoient du ressort de ceux qui se propo-
soient de cultiver leur esprit, aussi y avoit-
il peu de choses dont elle n'eût des idées
tres- exactes. Elle chercha toute sa vie à
faire connoissance avec les Artistes cele-
bres & les scavans illustres, & elle leur
donna plus d'une fois de l'étonnement de
l'étendue de ses connoissances. On en a vû
souvent convenir qu'elle leur avoit appris
des détails sur leur profession qu'ils avoient
ignorés jusqu'alors: plusieurs gens de Let-
tres lui ont lû leurs ouvrages avant que de
les donner au Public, & ont avoué qu'on
ne pouvoit pas faire des remarques plus
judicieuses. Mademoiselle Lheritier, con-
nue par plusieurs Livres, lui en a dédié
deux, les Caprices du destin en 1719, &
la traduction en vers François des Epstres
Héroiques d'Ovide en 1732. Les Epitres
dédicatoires de cette Fille scavante &
vertueuse nous apprennent que Madame
de Vertillac étoit son Héroine.
Aimable
zed by Goo
JANVIER.
1752.
97
Aimable Fille d'un Guerrier
Dont le frent fût cent fois couronné de laurier,
Si daus le champ de Mars il courut à la gloire,
Vous irez, pas les dons des Filles de mémoire.
Ou voit briller en vous avec tant d'agrément
La justesse d'esprit, l'heureux discernement;
Vous possedez si bien & la Fable & l'Histoire,
Vous pensez, vous parlez toujours si noblement
Et vous jugez si finement,
Qu'on ne voit point pour un Ouvrage
Un plus glorieux avantage
Que celui d'attirer votre applaudissement.
On ne sçait qui charme le plus
Ou vos sûres clartés, ou vos rares vertus.
Eh 1 quelle noble modestie,
A ce touchant mérite est encore assortie
Tant de charmes divers, qu'en vous le calme
a mis,
Vous donneront tonjours les plus parfaits amis
C'est ainsi qu'en 1719. parloit une per-
sonne illustre (a) connue pour avoit tou-
jours respecté la vérité & aimé la vertu:
elle ne sexprimoit pas avec moins d'ad-
mitation en 1732.
Aimable & sc. vante Comtesse,
Que vous auriez brillé dans Rome & dans la Grece,
Par ce godt sin & ce rate sçavoit
Qu'en tous les tems vous faites voir.
(a) Epitre dédicatoire das Capricos du Destin,
1. Vol.
Digsiras b 300
98 MERCUREDEFRANCE.
Athènes ni la Cour d'Auguste
N'ont jamais vs d'esprit plus éclaité, plus jucte
Et tous ces hommes excellens
Dont elles admuirroient les sublimes talens;
Eussent été chamés si vos doctes sussrages
Eussent couronné leurs Ouvrages (a)
Le célebre Marquis Maffei, la gloire de
Verone & un des principaux ornemens de
l'Italie, avec qui elle avoit fait une gran-
de liaison il y a 20 ans, lorsqu'il vint à Paris,
lui a dédic la belle édition de sa Mérope(6);
il a toûjours conservé pour Mme de Vertil-
lac, la plus parfaite estime; on lui a souvent
entendu dire que dans l'Italie entiere, où
il y a beaucoup de femmes de mérite, il
ny en avoit pas une qui pût être comparée
cette femme illustre.
Elle écrivoit avec la plus grande élégan-
ce; on en peut juger par cette lettre ingé-
nieuse que M. Remond de S. Mard a fait
imprimer, dans laquelle on voit qu'elle
avoit fait les réflexions les plus fines & les
plus délicates sur les nuances qui peuvent
le plus contribuer à l'agrément du stile.
Le Public seroit plus à portée de connoître
son mérite littéraire, si sa modestie n'eût
pas été supérieure même à ses talens.
Ja) Préface des Epitres héroiques
6) La Merope, imprimée à Verone l'an 1745
JANVIER. 1752.
99
Quelques uns de ses amis ont scû qu'elle
faisoit par occasion de très-jolis vers, mais
elle ne permetroit pas qu'on en prît des
copies, elle faisoit même tout ce qui dé-
pendoit d'elle, sans blesser ouvertement
la vérité, pour laister croire que ce n'é-
toit pas elle qui les avoit faits. On sçait
qu'elle a composé plusieurs petits Ouvra-
ges, écrits avec autant de solidité que d'a-
grément; mais elle ne les a fait voir qu'à
un très-petit nombre d'amis, & toujours
à condition que ce seroit un mystere pour
le Public. Son coeur n'étoit pas moins ad-
mirable que son esprit; on n'a jamais por-
té plus loin le désir d'obliger; elle n'étoit
occupée qu'à diminuer le mérite de la re-
connoissance, &, par cette raison même,
elle l'augmenton: elle regardoit le mon-
de entiet comme une societé de freres qui
ne devoient être occupés qu'à se rendre
service mutuellement, & elle agissoit en
consequence; jamais elle n'a differé une
occasion d'être utile, & l'on peut dire
d'elle, avec vérité, qu'elle n'a jamais per-
du un jour de sa vic. On ne pouvoit la
voir sans désirer d'avoir part à son amitié
aussi acqueroit. elle tous les jours de nou-
veaux amis; & ce qu'il y a de rate, ce n'é-
toit jamais aux dépens des anciennes ami-
tiés, que ces acquisitions se faisoient. Il
Eij
100 MERCURE DEFRANCE.
est surptenant combien, par ses avis &
par ses leçons les plus efficaces, elle a fa-
vorisé des talens naissans que sans elle l'in-
digence auroit étouffée; mais elle avoit
grand soin de prendre les plus grandes
précautions pour que ses bonnes actions
fussent ignorées: sa modestie a souvent été
trahie innocemment par la reconnoissance
de quelques uns qui ont mieux aimé être
indiscrets qu'ingrats.
Une égalité constante que l'on peut re-
garder comme le propre caractere de la
sagesse, rendoit sa société délicieuse; tou-
tes les fois que ses amis la revoyoient, elle
sentoit & leur communiquoit cette joie
douce & charmante qui auroit réchauffé
leurs sentimens, s'ils en eussent eu besoin,
ce n'étoit jamais qu'avec peine qu'on se
séparoit d'elle; on ne s'en consoloit que
dans l'espérance de la revoir avec un nou-
veau plaisir, parce qu'on étoit toujours
sût de trouver chez elle l'esprit uni avec
la vertu.
Une si digne femme devoit être pleurée
amerement de tous ses amis, aussi il n'en
est point qui n'ait dit du fond de son
cœeiis;
*
Quis desiderio sit pudor aus modus,
Tam rari capitis.
Quando ullum invenient parem. Horace.
JANVIER. 1752. 101
Une fièvre quarte, suivie d'une fiévre
maligne, la mit au tombeau à Dourdan
le 21 Octobre 1751 âgée d'environ soi-
xante ans.
Elle avoit épousé en 1727 M. le Comte
de Vertillac, Gouverneur & Grand Sene-
chal de Perigord, & Gouverneur de Dour-
dan, son cousin germain; elle en a eu un
fils, actuellement Gouverneur & Grand
Sénéchal de Perigord & Capitaine de Ca-
valerie dans le Régiment de Penthiévre.
Quoique j'aie été lié bien des années
avant vous, Monsieur, avec Madame la
Comtesse de Vertillac, vous l'avez assez
connue pour sçavoir qu'il n'y a rien d'exa-
géré dans le portrait que j'en ai fait. Je
me serois fait un scrupule d'emploier la
flatierie, & n'ême l'art, lorsqu'il est
question de vous parler d'une femme il-
lustre, dont la modestie faisoit un des
principaux ornemens, & qui aimoit la
vérité plus que toutes choses.
J'ai l'honneur, &c.
A Paris, ce premier Decembre 1751.
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3160
p. 107-109
« L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...] »
Début :
L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...]
Mots clefs :
Globes célestes, Description, Livre, Sphères, Usage, Monde, Univers
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texteReconnaissance textuelle : « L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es, & des spheres, suivant les differens [...] »
L'USAGE des Globes célestes & terrest[r]es,
& des spheres, suivant les differens
systêmes du monde, précedé d'un
Traité de Cosmographie, ou est expliqué
avec ordre tout ce qu'il y a de plus curieux
dans la description de l'univers, suivant
les Mémoires & les observations des plus
habiles Astronomes & Géographes, ac-
compagné des figures nécessaires, dédié
au Roi. Sixiéme édition, revûe & corri-
gée par M. Bion, Ingénieur du Roi pour
les instrumens de Mathématiques. Sur le
Quai de l'Horloge du Palais, où l'on
trouve des sphéres & des globes de tou-
tes façons. A Paris, chez Jacques Guerin
& Nyon, fils, 1751.
Cet ouvrage, dont l'usage est devenu
avec raison si génétal, & qui passe pour
le meilleur de ce genre, est distribué en
trois Livres. On explique dans le premier,
tout ce qui appartient aux corps célestes,
leur nombre, leur disposition, leur figu-
re, leut mouvement, leur distance de la
terre, leur grosseur, & généralement tou-
tes leurs propriétés, suivant les diffe-
rens systêmes. Celui de Copernic est plus
EvI
Dustnes vd
108 MERCURE DE FRANCE.
développé, comme le plus généralement
reçu. Le premier Livre est terminé pa l'ex-
plication des principaux phenomènes de la
Nature, comme le flux & reflux de la mer,
les metéores, &c. & quelques autres ques-
tions qui sortent un peu du sujet.
Le second Livre contient tout ce qui
peut appartenir à la description de la ter-
re & de l'eau, par rapport à la Géogra-
phie. On y trouve de plus plusieurs me-
thodes curieuses, pour parvenit à la con-
noissance des longitudes des Villes, & à
scavoir mesurer la circonference de la ter-
re. Ce Livre finit par une description his-
torique, courte, & pourtant suffisante
des Etats un peu considérables qui parta-
gent l'univers.
On trouve dans le troisiéme & dernier
Livre, la maniere de tracer les fuseaux
pour la construction, des globes célestes &
terrestres, & les Cartes de Géographie
générales & particulieres. On y rapporte
plus de cent usages differens, les plus
beaux & les plus utiles qni puissents ap-
pliquer aux spheres & aux globes célestes
& terrestres, &c.
M. Bion, le fils, qui donne l'édition
que nous annonçons, a suivi exactement
la cinquieme qui avoit été publiée par
l'Auteur; il a eu seulement l'attention de
zed by Goc
109
JANVIER. 1752.
téformer ce qui regarde le Baromêtre &
le Thermomêtre, qui ont été portés de-
puis quelque tems à un grand degré de
perfection; & de faire à la description
géographique & historique des quatre
parties du monde, les changemens que
les tems, l'ambition & les évenemens Y
ont fait.
& des spheres, suivant les differens
systêmes du monde, précedé d'un
Traité de Cosmographie, ou est expliqué
avec ordre tout ce qu'il y a de plus curieux
dans la description de l'univers, suivant
les Mémoires & les observations des plus
habiles Astronomes & Géographes, ac-
compagné des figures nécessaires, dédié
au Roi. Sixiéme édition, revûe & corri-
gée par M. Bion, Ingénieur du Roi pour
les instrumens de Mathématiques. Sur le
Quai de l'Horloge du Palais, où l'on
trouve des sphéres & des globes de tou-
tes façons. A Paris, chez Jacques Guerin
& Nyon, fils, 1751.
Cet ouvrage, dont l'usage est devenu
avec raison si génétal, & qui passe pour
le meilleur de ce genre, est distribué en
trois Livres. On explique dans le premier,
tout ce qui appartient aux corps célestes,
leur nombre, leur disposition, leur figu-
re, leut mouvement, leur distance de la
terre, leur grosseur, & généralement tou-
tes leurs propriétés, suivant les diffe-
rens systêmes. Celui de Copernic est plus
EvI
Dustnes vd
108 MERCURE DE FRANCE.
développé, comme le plus généralement
reçu. Le premier Livre est terminé pa l'ex-
plication des principaux phenomènes de la
Nature, comme le flux & reflux de la mer,
les metéores, &c. & quelques autres ques-
tions qui sortent un peu du sujet.
Le second Livre contient tout ce qui
peut appartenir à la description de la ter-
re & de l'eau, par rapport à la Géogra-
phie. On y trouve de plus plusieurs me-
thodes curieuses, pour parvenit à la con-
noissance des longitudes des Villes, & à
scavoir mesurer la circonference de la ter-
re. Ce Livre finit par une description his-
torique, courte, & pourtant suffisante
des Etats un peu considérables qui parta-
gent l'univers.
On trouve dans le troisiéme & dernier
Livre, la maniere de tracer les fuseaux
pour la construction, des globes célestes &
terrestres, & les Cartes de Géographie
générales & particulieres. On y rapporte
plus de cent usages differens, les plus
beaux & les plus utiles qni puissents ap-
pliquer aux spheres & aux globes célestes
& terrestres, &c.
M. Bion, le fils, qui donne l'édition
que nous annonçons, a suivi exactement
la cinquieme qui avoit été publiée par
l'Auteur; il a eu seulement l'attention de
zed by Goc
109
JANVIER. 1752.
téformer ce qui regarde le Baromêtre &
le Thermomêtre, qui ont été portés de-
puis quelque tems à un grand degré de
perfection; & de faire à la description
géographique & historique des quatre
parties du monde, les changemens que
les tems, l'ambition & les évenemens Y
ont fait.
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3161
p. 109
« DE l'origine des Germains, & de leurs anciennes migrations avec ce qui leur est [...] »
Début :
DE l'origine des Germains, & de leurs anciennes migrations avec ce qui leur est [...]
Mots clefs :
Germains, Migrations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DE l'origine des Germains, & de leurs anciennes migrations avec ce qui leur est [...] »
DE l'origine des Germains, & de leurs
anciennes migrations avec ce qui leur est
arrivé de plus remarquable; deux Livres
par Jean-George Eccard, & publiés par
M. Scheidius. A Gottingen, 1750. Un vo-
lume in 4°. en Latin.
Cee ouvrage plein de recherches & de
conjectures, & dans lequel il s'est glissé
quelques erreurs, ne va que jusqu'à l'Em-
pereur Commode, inclusivement. L'Edi-
teur promet une continuation jusqu'à
Charlemagne; il pourroit la pousser plus
loin, sans craindre de se livrer à un tra-
vail inutile.
anciennes migrations avec ce qui leur est
arrivé de plus remarquable; deux Livres
par Jean-George Eccard, & publiés par
M. Scheidius. A Gottingen, 1750. Un vo-
lume in 4°. en Latin.
Cee ouvrage plein de recherches & de
conjectures, & dans lequel il s'est glissé
quelques erreurs, ne va que jusqu'à l'Em-
pereur Commode, inclusivement. L'Edi-
teur promet une continuation jusqu'à
Charlemagne; il pourroit la pousser plus
loin, sans craindre de se livrer à un tra-
vail inutile.
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3162
p. 109-110
« PREMIERE Lettre critique sur les Hymnes attribuées à Homere, & sur Hésiode [...] »
Début :
PREMIERE Lettre critique sur les Hymnes attribuées à Homere, & sur Hésiode [...]
Mots clefs :
Hymnes, Homère, Hésiode
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texteReconnaissance textuelle : « PREMIERE Lettre critique sur les Hymnes attribuées à Homere, & sur Hésiode [...] »
PREMIERE Lettre critique sur les Hymnes
attribuées à Homere, & sur Hésiode
adressée à M. Valckenard. Par M. David
Rubnken, en Latin. A Leyde, chez Cor-
neille de Perker.
Il y a deux siécles que cette brochure
auroit fait la réputation de son Auteur. Il
tized by Goc
110 MERCUREDEFRANCE.
a toute la sagacité des meilleurs Scholias
tes. Son travail se réduit à des corrections
de passages, & à quelques observations
sur le texte des Hymnes, attribuées à
Homere, & sut les Poësies d'Hesiode,
intitulées: les Travaux & les Jours, & la
Theogonie.
attribuées à Homere, & sur Hésiode
adressée à M. Valckenard. Par M. David
Rubnken, en Latin. A Leyde, chez Cor-
neille de Perker.
Il y a deux siécles que cette brochure
auroit fait la réputation de son Auteur. Il
tized by Goc
110 MERCUREDEFRANCE.
a toute la sagacité des meilleurs Scholias
tes. Son travail se réduit à des corrections
de passages, & à quelques observations
sur le texte des Hymnes, attribuées à
Homere, & sut les Poësies d'Hesiode,
intitulées: les Travaux & les Jours, & la
Theogonie.
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3163
p. 110
« HERCULIS quies & expiatio in eximio Farnesiano marmore expressa Florentiae, in-folio, [...] »
Début :
HERCULIS quies & expiatio in eximio Farnesiano marmore expressa Florentiae, in-folio, [...]
Mots clefs :
Hercule, Marbre, Inscriptions grecques
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texteReconnaissance textuelle : « HERCULIS quies & expiatio in eximio Farnesiano marmore expressa Florentiae, in-folio, [...] »
HERCULIS quies & expiatio in eximio
Farnesiano marmore expressa Florentiae, in-folio,
1751. C'est l'explication du mar-
bre si justement célébre, où sont gravées
plusieurs inscriptions Grecques sur les tra-
vaux d'Hercu e, dont on ne pouvoit dis-
tinguer les! caractères effacés par l'injure
des tems. Le fameux Pere Corsini en est
l'Auteur.
Farnesiano marmore expressa Florentiae, in-folio,
1751. C'est l'explication du mar-
bre si justement célébre, où sont gravées
plusieurs inscriptions Grecques sur les tra-
vaux d'Hercu e, dont on ne pouvoit dis-
tinguer les! caractères effacés par l'injure
des tems. Le fameux Pere Corsini en est
l'Auteur.
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3164
p. 110
« DICTIONNAIRE des Fleurs & des Plantes, in-8o. 1751, quatriéme édition. [...] »
Début :
DICTIONNAIRE des Fleurs & des Plantes, in-8o. 1751, quatriéme édition. [...]
Mots clefs :
Fleurs, Plantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE des Fleurs & des Plantes, in-8o. 1751, quatriéme édition. [...] »
DICTIONNAIRE des Fleurs & des Plantes,
in-8o. 1751, quatriéme édition.
Cet ouvrage qui est écrit en Allemand,
méri:eroit bien d'être traduit. On y trou-
ve dans chaque article, les noms, le gen-
re, l'espéce, la forme, la propriété &
l'usage de chaque plante pour la Méde-
cine.
in-8o. 1751, quatriéme édition.
Cet ouvrage qui est écrit en Allemand,
méri:eroit bien d'être traduit. On y trou-
ve dans chaque article, les noms, le gen-
re, l'espéce, la forme, la propriété &
l'usage de chaque plante pour la Méde-
cine.
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3165
p. 110-111
« NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...] »
Début :
NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...]
Mots clefs :
Végétaux d'Angleterre, Vaisseau, Électricité, Métallurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre & des Pays étrangers, qu'on employe [...] »
NOUVEAU Traité sur les végétaux d'Angleterre
& des Pays étrangers, qu'on employe
dans la pratique de la Médecint,
itized by Goc
JANVIER.
1752.
111
en Anglois, 1751. Chez Davitt, Un vo-
lume in. 8°.
INTERFRETE naval, ou explication des
mots & termes, concernant les parties,
les qualités, la construction, les agrets,
la fourniture, & l'équipement d'un Vais-
seau pour la mer, avec toutes les espéces
de provisions, reçues dans les magazins
& leur emploi; les titres de tous les bas
Officiers d'un Vaisseau, & leurs fonctions
respectives. Par Thomas Biley Blankley,
en Anglois. A Londres, in-fol. 1751.
EXDERIENCES & observations sur l'Elec-
tricité, fuites à Philadelphie, en Anglois.
Par M. Benjamin Frantliu. A Londres,
chez Cæve, 1751.e
LA Métallurgie, on l'Art de tirer & de
purifier les métaux, avec les Dissertations
les plus rares pour les mines & les opéra-
tions métalliques. A la Haye, 1751.
Deux volumes in- 12.
& des Pays étrangers, qu'on employe
dans la pratique de la Médecint,
itized by Goc
JANVIER.
1752.
111
en Anglois, 1751. Chez Davitt, Un vo-
lume in. 8°.
INTERFRETE naval, ou explication des
mots & termes, concernant les parties,
les qualités, la construction, les agrets,
la fourniture, & l'équipement d'un Vais-
seau pour la mer, avec toutes les espéces
de provisions, reçues dans les magazins
& leur emploi; les titres de tous les bas
Officiers d'un Vaisseau, & leurs fonctions
respectives. Par Thomas Biley Blankley,
en Anglois. A Londres, in-fol. 1751.
EXDERIENCES & observations sur l'Elec-
tricité, fuites à Philadelphie, en Anglois.
Par M. Benjamin Frantliu. A Londres,
chez Cæve, 1751.e
LA Métallurgie, on l'Art de tirer & de
purifier les métaux, avec les Dissertations
les plus rares pour les mines & les opéra-
tions métalliques. A la Haye, 1751.
Deux volumes in- 12.
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3166
p. 111-121
« REFLEXIONS décisives sur le Judaisme. A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande, [...] »
Début :
REFLEXIONS décisives sur le Judaisme. A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande, [...]
Mots clefs :
Dieu, Vérité, Religion, Juifs, Nations, Condamner, Mort, Abraham, Homme, Siècles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « REFLEXIONS décisives sur le Judaisme. A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande, [...] »
REFLEXIONS décisives sur le Judaisme.
A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande,
1751. Brochure de 44 pages.
Les Juifs ont été pendant long. tems le
leul peuple de l'univers qui ait connu le
Dgsiras ye0
II2MERCUREDE FRANCE.
vrai Dieu, aujourd'hui presque toutes les
Nations le connoissent. Comment fut
opéré ce grand changement? par la pré-
dication & le culte d'un homme qu'ils
ont condamné, & mis à mort comme
séducteur; de manière qu'au nom d'un
homme condamné, & mis à mort par les
Juifs, les Nations ont été converties, &
amenées à la connoissance du Dieu des
Juifs. Ce qu'il y a encore d'étrange dans
cet évenement, c'est que l'a conversion
opérée au nom de l'homme condamné
& mis à mort, est précisement l'époque
des disgraces du peuple qui la condamné.
Ces disgraces durent encore après dix-
sept siécles, & avec ce caractére singu-
lier, que ce peuple disgracié & opprimé sur-
vit tonjours à ses oppresseurs, & patoît com
me indestructible. Cet état est trop éloigné
du cours ordinaire pour qu'on puisse y
méconnoitre la main toure-puissante du
Dieu d'Abraham; cela est clair pour les
moins clairvoyans: ce même état, qui
fait l'humiliation des. Juifs, fait par op-
position le triomphe des Chrétiens. D'où.
il résulte que ce triomphe des Chrétiens
& l'humiliation des Juifs, sont deux ef-
fets de l'ordre de Dieu sur les deux socié-
tés Chrétienne & Judaique. Quelles sont
les suites de cet ordre? C'est de faire par
JANVIER. 1752.
113
provision succomber la société Judaique,
& de faire an contraire prévaloir la so-
ciété Chrétienne. Sur quoi l'Aureur des
Réflexions propose les deux problêmes
suivans. Premiet problême: Si le parti
Judaique est celui de la véritè, Dieu a i'il
permis qu'il ait succombé? Second problê-
me : Si le parti du Christianisme ast celui de
l'erreur; Dicu a-i'il pu permeitre qu'il ait
prévalu? Après une discussion nette, for-
te, élegante même des deux problêmes
& un résultat conforme à la Religion &
à la raison, l'Auteur dit aux Juifs
Il y a dix-sept siécles que vous attendez
le Messie qui vous délivrera du joug des
Nations, & que vous combattez celui
que les Nations adorent, sans avoit en-
core pû obtenit ce que vous attendez, ni
vaincre ce que vous combattez.
Inutilement représentez- vous à Dieu
que votre cause est la fienne propre, &
que vos disgraces, en fournissant des ar-
mes à vos adversaires, tiennent la vérité
captive, & font prévaloir le mensonge &
l'impiété ? Le Ciel autresois propice à vos
voeux, jusqu'à les prévenir, est devenu
d'airain pour vons, & autrefois jaloux de
sa gloire, jusqu'à en venger les droits par
les prodiges les plus éclatans, l'a aban-
donné depuis dix-sept siécles, jusqu'à lui
tized by C
114 MERCURE DEFRANCE.
tefuser les attentions d'une providence
ordinaire. Inutilement aussi voulez-vous
faire entendre aux Nations que le Messie
qu'elles adorent n est qu'un imposteur,
& que rien n est plus injuste que le pré-
jugé odieux qui s'est établi contre vous ?
Séduits dans tous les tems par des systê-
mes de Religion bien plus grossiers que
le vôtre, qui est néanmoins le seul qui nait
pû les séduire, & d'autre part disposés
à s'humaniser avec des peuples bien moins
sociables que vous; vous etes néanmoins
le seul peuple, vis à-vis duquel elles
ayent soutenu leur fierté: quelle étrange
& universel renversement de tous les prin-
cipes de conduite, & du côté de Dieu,
& du côté des hommes?
Or si le Ciel & la terre, concourent ainsi
à opprimer le Judaisme, & à élever le
Christianisuue; qui êtes- vous pour vouloir
soutenit ce qui est opprimé, pour vou-
loir détruire ce qui est protégé par ces
deux puissances?
Vous êtes choqués, dites vous, de
voir un homme que vous avez crucihié,
& mis à mort comme séducteur, jouit
impunément des honneurs divins; mais
avez-vous premietement plus d'intérêt
dans cette cause, ou plus de zéle & de
pouvoir pour la défendre que Dien même?
JANVIER. 1752,
119
Et si Dieu qui est la vérité même, la puis-
sance même, souffre néanmoins depuis
dix-sept siècles que le monde l'invoque
pat le Crucifié, l'adore indivisiblement
avec le Crucifié, quelle mission avez- vous
pour réclamer contre ce que Dieu auto-
tise? quelle vertu pour vaincre ce qui au-
toit prévalu sur Dieu même?
Secondement, croyez-vous, de bonne
foi, avoir aussi plus de lumieres que le
monde entier? & si hors les Nations ido-
latres, dont le jugement est sans consé-
quence en matiere de Religion, le mon-
de entier Chrétien, on Mahométan, ado-
te comme Messie, ou revêre comme Pro-
phete celui que vous avez condamné com-
me séducteur, comment persistez vous à
tenit pour justement condamné, celui que
se monde entier justifie & revêre, malgré
votre condamnation?
Oovrez donc enfin les yeux à la lumiere,
& les oreilles aux sons de la vérité, & ne
soyez pas toujours comme les idoles, qui
in des yeux, & ne voyent point; des oreilles,
Gn'entendent point.
Voyex, comme lu pierre qui a étè rejetteo
par les Architectes, est devenue la pirrre
& l'angle. Voyez comme les Gentils étran-
gers dans la Maison d'Abraham, & que
Jesus-Christ avoit dit, qu'il étoit moins
114 MERCURE DEFRANCE.
tefuser les attentions d'une providence
ordinaire. Inutilement aussi voulez-vous
faire entendre aux Nations que le Messie
qu'elles adorent n est qu'un imposteur,
& que rien n'est plus injuste que le pré-
jugé odieux qui s'est établi contre vous ?
Séduits dans tous les tems par des systê-
mes de Religion bien plus grossiers que
le vontre, qui est néanmoins le seul qui nait
pû les séduire, & d'autre part disposés
à s'humaniser avec des peuples bien moins
sociables que vous; vous êtes néanmoins
le seul peuple, vis à-vis duquel elles
ayent sourenu leur fierté: quelle étrange
& universel renversement de tous les prin-
cipes de conduite, & du côté de Dieu,
& du côté des hommes?
Or si le Ciel & la terre, concourent ainsi
à opprimer le Judaisme, & à élever le
Christianisue; qui êtes- vous pour vouloir
soutenit ce qui est opprimé, pour vou-
loit détruire ce qui est protégé par ces
deux puissances?
Vous êtes choqués, dites vous, de
voir un homme que vous avez crucihé,
& mis à mort comme séducteur, jouit
impunément des honneurs divins; mais
avez-vous premierement plus d'intérêt
dans cetre cause, ou plus de zéle & de
pouvoit pour la défendre que Dien même?
e
JANVIER. 1752,
119
Et si Dieu qui est la vérité même, la puis-
since même, souffre néanmoins depuis
dix-sept siècles que le monde l'invoque
pat le Crucifié, l'adore indivisiblement
avec le Crucifié, quelle mission avez-vous
pour réclamer contre ce que Dicu auto-
tise? quelle vertu pour vaincre ce qui au-
toit prévalu sur Dieu même?
Secondement, croyez-vous, de bonne
foi, avoir aussi plus de lumieres que le
monde entier? & si hors les Nations ido-
latres, dont le jugement est sans consé-
quence en matiere de Religion, le mon-
de entier Chrétien, on Mahométan, ado-
te comme Messie, ou revêre comme Pro-
phete celui que vous avez condamné com-
me séducteur, comment persistez vous à
tenit pour justement condamné, celui que
se monde entier justifie & revére, malgré
votre condamnation ?
Ouvrez donc enfin les yeux à la lumiere,
& les oreilles aux sons de la vérité, & ne
soyez pas toujours comme les idoles, qui
in des yeux, & ne voyent point; des oreilles,
n'entendent point.
Voyez, comme lu pierre qui a étè rejettéo
par les Architectes, est devenue la piorre
& l'angle. Voyez comme les Gentils étran-
gers dans la Maison d'Abraham, & que
Jesus-Christ avoit dit, qu'il étoit moins
Digires vOO
116 MERCUREDE FRANCE.
envoyé pout eux, que pour la Malson
d'Israël; & encore en parlant à la Cana-
néenne, qu'il ne falloit pas oter le pain aux
enfans pour le donner aux chiens, sont néan-
moins entrés dans les droits & les privi-
leges de la filiation, en renonçant aux Ido-
les, & en adorant comme vous un Etre
spirituel, infini, Créateur de toutes cho-
ses, en un mot, le Dieu d'Abraham,
d'Isaac & de Jacob.
Voyez encore comme ces Gentils ont
mis la main sur le dêpôt sacré de vos Li-
vres, & comment, sans recourit à vous
ils ont développé le sens, expliqué les
difficultés, dévoilé les mystéres, jusqu'à
se croire en état d'en faire leçon à vos
plus grands Maîtres.
Voyez d'un autre côté, combien le
Christianisme a formé d'illustres person-
nages! combien de Martyrs qui ont con-
fessé comme vos Machabées; combien
de grands Pontifes, comme votre Osias,
que l'impiété même a été forcée de res-
pecter! combien enfin de personnes de
tout âge, de tout sexe, de toute condi-
tion, qui ont honoré la Religion du vrai
Dieu par des vertus les moins equivoques,
probité exacte, désintéressement, patien-
ce dans les afflictions, amour des ennemis,
mépris des honneurs, des richesses, des
plaisirs & de la vie même.
JANVIER.
1712.
117
Enfin, voyez comme l'Eglise des Gen-
uls s'avance avec majesté vers son terme
qui est l'éternité, & comment sans d'au-
ues armes que son humilité & sa patience,
elle a combattu & terrassé l'Idolâtrie,
triomphé des persécutions, foudroyé les
hérésies, élevé des Temples au vrai Dieu,
afert un meme sacrifice de l'Orieni à l'Occi-
ant; en un mot, honoré le Dieu d'Abra-
lum par un culte uniforme, dont la ma-
jestueuse simplicité a effacé la pompe des
Rois, & donné la plus haute idée du sou-
verain Etre.
Jusqu'à quand serez-vous donc simples
spectateurs de tant de merveilles, & sous-
frrez- vous que les étrangers fassent les
honneurs d'une Religion, dont vous êtes
les dépositaires primitifs ? Quand on est
tombé, disoit autrefois le Seigneur à vos
peres pat la bouche de Jeremie, ne se re-
leve t'on pas ? Et si les Gentils, qui ne
sont entrés, pour ainsi dire, qu'accessoi-
rement dans les desseins de miséricorde
du Dien d'Abraham, ont néanmoins trou-
rè grace devant lui; combien plus trouve-
ront grace les enfans d'Abraham eux-
menmes?
Elevez plus haut vos regards, si ces
rrêmes Gentils, aggregés seulement par
adoption à la famille d'Abraham, ont fait
aed by Goc
1:8 MERCUREDEFRANCE.
de si grandes choses, que ne doit-on pas
attendre des propres enfans naturels,
quand une fois ils seront rentrés dans l'or-
dre de la filiation.
Il est certain, que si on en juge par les
écrits de Saint Paul, on ne peut s'attendre
qu'à des choses admirables, cat voici
comme s'en explique cet Apôtre dans son
Epitre aux Romains: Si la chute des Juifs a
été le salut des Gentils, quelles graces ne ver-
rons-nous pas reluire au tems de leur retour?
Ce serae une resurrection de mort à vie.
Ot prenez garde que quoique cette au-
torité n'ait pas droit de vous affecter com
me Juifs, elle vous presente cependant le
motif le plus pressant d'embrasser le Chri
stianisme.
Car, ou la prédiction renfermée dan
ces paroles s'accomplira, ou elle ne s'ac
complira pas. Si la prédiction s'accomplit
& que votre conversion ait cet éclat, &
procure cette abondance de graces &
benedictions qu'on puisse regarder comm
une résurection de mort à vie, vous êtes fos
cés par avance de reconnoître F'œeuvre d
Dieu dans votre conversion au Christianis
me, & par conséquent l'œeuvre de Did
dans le Christianisme. Si au contraire
prédiction ne s'accomplit pas, & que vo
tre conversion ne marque point dans
ieres hOO
JANVIER. 1752.
119
Chrétienneté cette grande révolution
qui doit la faire changer de face aux termes
de la Prophétie, dès-lors quittes & déga-
gés envers une Religion que vous n'aurez
embrassée que sur la foi de ses Oracles, &
dont l'Oracle le plus important, désavoué
pat l'esprit de Dicu, se trouvera par l'é-
venement faux aux yeux de tout l'Univers,
non-seulement vous retournerez avec gloi-
re au Judaisme, mais vous l'annoncerez
avec gloire à toute la Terre, comme la
Religion qui aura finalement triomphé
de toutes les autres Religions, ce qui la
rendra infailliblement dominante.
Ce n est pas tout encore. Comme par
votre conversion au Christianisme, la
Gentilité aura perdu le seul titre, en vertu
duquel elle prétend pouvoit vous tenir
dans la sujetion, en même tems que vous
serez victorieux dans l'ordre de la Reli-
gion, vous vous trouverez aussi affranchis
dans l'ordre politique du joug qui vous
fait gémir depuis tant de siécles.
Ainsi il est par avance démontré que
votre accession au Christianisme, que
d'ailleurs toutes les régles du bon sens jus-
tifient après une attente si vaine & si mal-
heureuse, ne peut être que le triomphe de
la vérité & de l'époque du rétablissement
de votre nation dans les droits de sa glo-
rieuse primogéniture.
iluss h
120 MERCURE DEFRANCE.
Mais indépendament de tous ces mo-
tifs, si vous voulez réfléchir de bonne-foi
sur le tems, les causes, & les caractéres
de votre dispersion, vous comprendrez
aisément que comme la croix a été le prin-
cipe supérieur & invincible qui vous a
bani de la terre de vos Peres; il n'est aussi
que la croix qui puisse vous y rétablir: &
que comme il ny eut de salut pour vos
peres, mordus par le Serpent dans le desert
qu'en regardant la sigure des mêmes Ser-
pens élevés au milieu d'Israel; il n'y a de
même de salut pour vous, après l'anathê-
me terrible que votre Dieu lança contre
vous lorsqu'il vit son Christ attaché par
vous à la Croix, qu'en regardant avec
douleur, & en esprit de réparation la figu-
re du même Christ élevée au milieu de
l'Eglise Chrétienne, ce qui est peut-être
le regard dont a entendu parler Zacharie,
quand il dit, Que vous avez. regardè celui
que vous avet, transperee.
Enfin quand vous pourriez résister à
tous les motifs sans nombre que vous
fournit la Théologie Historique & Dog-
matique des livres Saints, vous êtes obli-
gez de vous rendre à ce principe invaria-
ble de la Théologie naturelle, que comme
la Justice, la bonté & la vérité souveraine
ne peuvent jamais se démentir, ce que
Dicu
JANVIER. 1752.
121
Dieu ne paroit point condamner, lotsque
sa justice, sa souveraine vérité seroient in-
teressées à le condamnern est point en effet
condamnable, & ce que Dieu ne paroît
pas justifier, lorsque sa bonté & sa souve-
raine vérité seroient inéressées à le justi-
fier, & sans esperance de l'être, principo
dont tout homme sensé & de bonne foi
tirera la consequence, que le Christianis-
me est sanc erreur, & le Judaisme sans ef-
pérance.
A Paris, chez Quillau, pere, rue Galande,
1751. Brochure de 44 pages.
Les Juifs ont été pendant long. tems le
leul peuple de l'univers qui ait connu le
Dgsiras ye0
II2MERCUREDE FRANCE.
vrai Dieu, aujourd'hui presque toutes les
Nations le connoissent. Comment fut
opéré ce grand changement? par la pré-
dication & le culte d'un homme qu'ils
ont condamné, & mis à mort comme
séducteur; de manière qu'au nom d'un
homme condamné, & mis à mort par les
Juifs, les Nations ont été converties, &
amenées à la connoissance du Dieu des
Juifs. Ce qu'il y a encore d'étrange dans
cet évenement, c'est que l'a conversion
opérée au nom de l'homme condamné
& mis à mort, est précisement l'époque
des disgraces du peuple qui la condamné.
Ces disgraces durent encore après dix-
sept siécles, & avec ce caractére singu-
lier, que ce peuple disgracié & opprimé sur-
vit tonjours à ses oppresseurs, & patoît com
me indestructible. Cet état est trop éloigné
du cours ordinaire pour qu'on puisse y
méconnoitre la main toure-puissante du
Dieu d'Abraham; cela est clair pour les
moins clairvoyans: ce même état, qui
fait l'humiliation des. Juifs, fait par op-
position le triomphe des Chrétiens. D'où.
il résulte que ce triomphe des Chrétiens
& l'humiliation des Juifs, sont deux ef-
fets de l'ordre de Dieu sur les deux socié-
tés Chrétienne & Judaique. Quelles sont
les suites de cet ordre? C'est de faire par
JANVIER. 1752.
113
provision succomber la société Judaique,
& de faire an contraire prévaloir la so-
ciété Chrétienne. Sur quoi l'Aureur des
Réflexions propose les deux problêmes
suivans. Premiet problême: Si le parti
Judaique est celui de la véritè, Dieu a i'il
permis qu'il ait succombé? Second problê-
me : Si le parti du Christianisme ast celui de
l'erreur; Dicu a-i'il pu permeitre qu'il ait
prévalu? Après une discussion nette, for-
te, élegante même des deux problêmes
& un résultat conforme à la Religion &
à la raison, l'Auteur dit aux Juifs
Il y a dix-sept siécles que vous attendez
le Messie qui vous délivrera du joug des
Nations, & que vous combattez celui
que les Nations adorent, sans avoit en-
core pû obtenit ce que vous attendez, ni
vaincre ce que vous combattez.
Inutilement représentez- vous à Dieu
que votre cause est la fienne propre, &
que vos disgraces, en fournissant des ar-
mes à vos adversaires, tiennent la vérité
captive, & font prévaloir le mensonge &
l'impiété ? Le Ciel autresois propice à vos
voeux, jusqu'à les prévenir, est devenu
d'airain pour vons, & autrefois jaloux de
sa gloire, jusqu'à en venger les droits par
les prodiges les plus éclatans, l'a aban-
donné depuis dix-sept siécles, jusqu'à lui
tized by C
114 MERCURE DEFRANCE.
tefuser les attentions d'une providence
ordinaire. Inutilement aussi voulez-vous
faire entendre aux Nations que le Messie
qu'elles adorent n est qu'un imposteur,
& que rien n est plus injuste que le pré-
jugé odieux qui s'est établi contre vous ?
Séduits dans tous les tems par des systê-
mes de Religion bien plus grossiers que
le vôtre, qui est néanmoins le seul qui nait
pû les séduire, & d'autre part disposés
à s'humaniser avec des peuples bien moins
sociables que vous; vous etes néanmoins
le seul peuple, vis à-vis duquel elles
ayent soutenu leur fierté: quelle étrange
& universel renversement de tous les prin-
cipes de conduite, & du côté de Dieu,
& du côté des hommes?
Or si le Ciel & la terre, concourent ainsi
à opprimer le Judaisme, & à élever le
Christianisuue; qui êtes- vous pour vouloir
soutenit ce qui est opprimé, pour vou-
loir détruire ce qui est protégé par ces
deux puissances?
Vous êtes choqués, dites vous, de
voir un homme que vous avez crucihié,
& mis à mort comme séducteur, jouit
impunément des honneurs divins; mais
avez-vous premietement plus d'intérêt
dans cette cause, ou plus de zéle & de
pouvoir pour la défendre que Dien même?
JANVIER. 1752,
119
Et si Dieu qui est la vérité même, la puis-
sance même, souffre néanmoins depuis
dix-sept siècles que le monde l'invoque
pat le Crucifié, l'adore indivisiblement
avec le Crucifié, quelle mission avez- vous
pour réclamer contre ce que Dieu auto-
tise? quelle vertu pour vaincre ce qui au-
toit prévalu sur Dieu même?
Secondement, croyez-vous, de bonne
foi, avoir aussi plus de lumieres que le
monde entier? & si hors les Nations ido-
latres, dont le jugement est sans consé-
quence en matiere de Religion, le mon-
de entier Chrétien, on Mahométan, ado-
te comme Messie, ou revêre comme Pro-
phete celui que vous avez condamné com-
me séducteur, comment persistez vous à
tenit pour justement condamné, celui que
se monde entier justifie & revêre, malgré
votre condamnation?
Oovrez donc enfin les yeux à la lumiere,
& les oreilles aux sons de la vérité, & ne
soyez pas toujours comme les idoles, qui
in des yeux, & ne voyent point; des oreilles,
Gn'entendent point.
Voyex, comme lu pierre qui a étè rejetteo
par les Architectes, est devenue la pirrre
& l'angle. Voyez comme les Gentils étran-
gers dans la Maison d'Abraham, & que
Jesus-Christ avoit dit, qu'il étoit moins
114 MERCURE DEFRANCE.
tefuser les attentions d'une providence
ordinaire. Inutilement aussi voulez-vous
faire entendre aux Nations que le Messie
qu'elles adorent n est qu'un imposteur,
& que rien n'est plus injuste que le pré-
jugé odieux qui s'est établi contre vous ?
Séduits dans tous les tems par des systê-
mes de Religion bien plus grossiers que
le vontre, qui est néanmoins le seul qui nait
pû les séduire, & d'autre part disposés
à s'humaniser avec des peuples bien moins
sociables que vous; vous êtes néanmoins
le seul peuple, vis à-vis duquel elles
ayent sourenu leur fierté: quelle étrange
& universel renversement de tous les prin-
cipes de conduite, & du côté de Dieu,
& du côté des hommes?
Or si le Ciel & la terre, concourent ainsi
à opprimer le Judaisme, & à élever le
Christianisue; qui êtes- vous pour vouloir
soutenit ce qui est opprimé, pour vou-
loit détruire ce qui est protégé par ces
deux puissances?
Vous êtes choqués, dites vous, de
voir un homme que vous avez crucihé,
& mis à mort comme séducteur, jouit
impunément des honneurs divins; mais
avez-vous premierement plus d'intérêt
dans cetre cause, ou plus de zéle & de
pouvoit pour la défendre que Dien même?
e
JANVIER. 1752,
119
Et si Dieu qui est la vérité même, la puis-
since même, souffre néanmoins depuis
dix-sept siècles que le monde l'invoque
pat le Crucifié, l'adore indivisiblement
avec le Crucifié, quelle mission avez-vous
pour réclamer contre ce que Dicu auto-
tise? quelle vertu pour vaincre ce qui au-
toit prévalu sur Dieu même?
Secondement, croyez-vous, de bonne
foi, avoir aussi plus de lumieres que le
monde entier? & si hors les Nations ido-
latres, dont le jugement est sans consé-
quence en matiere de Religion, le mon-
de entier Chrétien, on Mahométan, ado-
te comme Messie, ou revêre comme Pro-
phete celui que vous avez condamné com-
me séducteur, comment persistez vous à
tenit pour justement condamné, celui que
se monde entier justifie & revére, malgré
votre condamnation ?
Ouvrez donc enfin les yeux à la lumiere,
& les oreilles aux sons de la vérité, & ne
soyez pas toujours comme les idoles, qui
in des yeux, & ne voyent point; des oreilles,
n'entendent point.
Voyez, comme lu pierre qui a étè rejettéo
par les Architectes, est devenue la piorre
& l'angle. Voyez comme les Gentils étran-
gers dans la Maison d'Abraham, & que
Jesus-Christ avoit dit, qu'il étoit moins
Digires vOO
116 MERCUREDE FRANCE.
envoyé pout eux, que pour la Malson
d'Israël; & encore en parlant à la Cana-
néenne, qu'il ne falloit pas oter le pain aux
enfans pour le donner aux chiens, sont néan-
moins entrés dans les droits & les privi-
leges de la filiation, en renonçant aux Ido-
les, & en adorant comme vous un Etre
spirituel, infini, Créateur de toutes cho-
ses, en un mot, le Dieu d'Abraham,
d'Isaac & de Jacob.
Voyez encore comme ces Gentils ont
mis la main sur le dêpôt sacré de vos Li-
vres, & comment, sans recourit à vous
ils ont développé le sens, expliqué les
difficultés, dévoilé les mystéres, jusqu'à
se croire en état d'en faire leçon à vos
plus grands Maîtres.
Voyez d'un autre côté, combien le
Christianisme a formé d'illustres person-
nages! combien de Martyrs qui ont con-
fessé comme vos Machabées; combien
de grands Pontifes, comme votre Osias,
que l'impiété même a été forcée de res-
pecter! combien enfin de personnes de
tout âge, de tout sexe, de toute condi-
tion, qui ont honoré la Religion du vrai
Dieu par des vertus les moins equivoques,
probité exacte, désintéressement, patien-
ce dans les afflictions, amour des ennemis,
mépris des honneurs, des richesses, des
plaisirs & de la vie même.
JANVIER.
1712.
117
Enfin, voyez comme l'Eglise des Gen-
uls s'avance avec majesté vers son terme
qui est l'éternité, & comment sans d'au-
ues armes que son humilité & sa patience,
elle a combattu & terrassé l'Idolâtrie,
triomphé des persécutions, foudroyé les
hérésies, élevé des Temples au vrai Dieu,
afert un meme sacrifice de l'Orieni à l'Occi-
ant; en un mot, honoré le Dieu d'Abra-
lum par un culte uniforme, dont la ma-
jestueuse simplicité a effacé la pompe des
Rois, & donné la plus haute idée du sou-
verain Etre.
Jusqu'à quand serez-vous donc simples
spectateurs de tant de merveilles, & sous-
frrez- vous que les étrangers fassent les
honneurs d'une Religion, dont vous êtes
les dépositaires primitifs ? Quand on est
tombé, disoit autrefois le Seigneur à vos
peres pat la bouche de Jeremie, ne se re-
leve t'on pas ? Et si les Gentils, qui ne
sont entrés, pour ainsi dire, qu'accessoi-
rement dans les desseins de miséricorde
du Dien d'Abraham, ont néanmoins trou-
rè grace devant lui; combien plus trouve-
ront grace les enfans d'Abraham eux-
menmes?
Elevez plus haut vos regards, si ces
rrêmes Gentils, aggregés seulement par
adoption à la famille d'Abraham, ont fait
aed by Goc
1:8 MERCUREDEFRANCE.
de si grandes choses, que ne doit-on pas
attendre des propres enfans naturels,
quand une fois ils seront rentrés dans l'or-
dre de la filiation.
Il est certain, que si on en juge par les
écrits de Saint Paul, on ne peut s'attendre
qu'à des choses admirables, cat voici
comme s'en explique cet Apôtre dans son
Epitre aux Romains: Si la chute des Juifs a
été le salut des Gentils, quelles graces ne ver-
rons-nous pas reluire au tems de leur retour?
Ce serae une resurrection de mort à vie.
Ot prenez garde que quoique cette au-
torité n'ait pas droit de vous affecter com
me Juifs, elle vous presente cependant le
motif le plus pressant d'embrasser le Chri
stianisme.
Car, ou la prédiction renfermée dan
ces paroles s'accomplira, ou elle ne s'ac
complira pas. Si la prédiction s'accomplit
& que votre conversion ait cet éclat, &
procure cette abondance de graces &
benedictions qu'on puisse regarder comm
une résurection de mort à vie, vous êtes fos
cés par avance de reconnoître F'œeuvre d
Dieu dans votre conversion au Christianis
me, & par conséquent l'œeuvre de Did
dans le Christianisme. Si au contraire
prédiction ne s'accomplit pas, & que vo
tre conversion ne marque point dans
ieres hOO
JANVIER. 1752.
119
Chrétienneté cette grande révolution
qui doit la faire changer de face aux termes
de la Prophétie, dès-lors quittes & déga-
gés envers une Religion que vous n'aurez
embrassée que sur la foi de ses Oracles, &
dont l'Oracle le plus important, désavoué
pat l'esprit de Dicu, se trouvera par l'é-
venement faux aux yeux de tout l'Univers,
non-seulement vous retournerez avec gloi-
re au Judaisme, mais vous l'annoncerez
avec gloire à toute la Terre, comme la
Religion qui aura finalement triomphé
de toutes les autres Religions, ce qui la
rendra infailliblement dominante.
Ce n est pas tout encore. Comme par
votre conversion au Christianisme, la
Gentilité aura perdu le seul titre, en vertu
duquel elle prétend pouvoit vous tenir
dans la sujetion, en même tems que vous
serez victorieux dans l'ordre de la Reli-
gion, vous vous trouverez aussi affranchis
dans l'ordre politique du joug qui vous
fait gémir depuis tant de siécles.
Ainsi il est par avance démontré que
votre accession au Christianisme, que
d'ailleurs toutes les régles du bon sens jus-
tifient après une attente si vaine & si mal-
heureuse, ne peut être que le triomphe de
la vérité & de l'époque du rétablissement
de votre nation dans les droits de sa glo-
rieuse primogéniture.
iluss h
120 MERCURE DEFRANCE.
Mais indépendament de tous ces mo-
tifs, si vous voulez réfléchir de bonne-foi
sur le tems, les causes, & les caractéres
de votre dispersion, vous comprendrez
aisément que comme la croix a été le prin-
cipe supérieur & invincible qui vous a
bani de la terre de vos Peres; il n'est aussi
que la croix qui puisse vous y rétablir: &
que comme il ny eut de salut pour vos
peres, mordus par le Serpent dans le desert
qu'en regardant la sigure des mêmes Ser-
pens élevés au milieu d'Israel; il n'y a de
même de salut pour vous, après l'anathê-
me terrible que votre Dieu lança contre
vous lorsqu'il vit son Christ attaché par
vous à la Croix, qu'en regardant avec
douleur, & en esprit de réparation la figu-
re du même Christ élevée au milieu de
l'Eglise Chrétienne, ce qui est peut-être
le regard dont a entendu parler Zacharie,
quand il dit, Que vous avez. regardè celui
que vous avet, transperee.
Enfin quand vous pourriez résister à
tous les motifs sans nombre que vous
fournit la Théologie Historique & Dog-
matique des livres Saints, vous êtes obli-
gez de vous rendre à ce principe invaria-
ble de la Théologie naturelle, que comme
la Justice, la bonté & la vérité souveraine
ne peuvent jamais se démentir, ce que
Dicu
JANVIER. 1752.
121
Dieu ne paroit point condamner, lotsque
sa justice, sa souveraine vérité seroient in-
teressées à le condamnern est point en effet
condamnable, & ce que Dieu ne paroît
pas justifier, lorsque sa bonté & sa souve-
raine vérité seroient inéressées à le justi-
fier, & sans esperance de l'être, principo
dont tout homme sensé & de bonne foi
tirera la consequence, que le Christianis-
me est sanc erreur, & le Judaisme sans ef-
pérance.
Fermer
3167
p. 121-126
« DISPUTE des Armes d'Achille, tirée du treiziéme Livre des Métamorphoses [...] »
Début :
DISPUTE des Armes d'Achille, tirée du treiziéme Livre des Métamorphoses [...]
Mots clefs :
Ajax, Palais, Ulysse, Traduction, Nuit, Bras, Dispute, Armes, Métamorphoses d'Ovide
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISPUTE des Armes d'Achille, tirée du treiziéme Livre des Métamorphoses [...] »
DISPUTE des Armes d'Achille, tirée
du treiziéme Livre des Métamorphoses
d'Ovide. Traduction en vers par M. le
Chevalier de Cogolin. A aris chez Pierre-
Alexandte Leprieur, rue S. Jacques. 1751.
in. 12. Brochure de 56 pages.
L'Auteur de la Traduction que nous
annonçons est heureux dans le choix des
morceaux de l'antiquité qu'il nous donne
en notre langue. Lan derniet il traduisit
l'Episode d'Aristée, & cette année, il a
choisi la dispute des Armes d'Achille. On
va voir pat les endroits que nous allons
transcrire que M. de Cogolin ne défigure
pas les anciens en les traduisant. Voici
comment il fait parler Ajax:
I. Vol.
Digsitres vOO
122 MERCUREDEFRANCE.
Quoi, devant ces vaisleaux, sauvés par ma vail-
lance
Ulysse ose d'Ajax briguer la técompense !
Ulysse qu'on a vû fuit loin de ces vaisseaux
Lors qu'Hector les venoit embraser sur les eaux,
Et qu'Ajax des Troyens repoussant la furie,
Mettoit en fuite Hector & sauvoit sa patrie.
Mon Rival plus prudent, trouve moins de danger
A haranguer les Grecs, qu'Ajax à les venger.
Mais si de l'éloquence Ulysse a l'avantage,
Je lui cede en discours, qu'il me cede en courage.
A quoi bon rappellet les perils, les exploits
Où mon zéle pour vous m'engagea tant de sois:
C'est à vos yeux qu'Ajix remporta la victoire.
Ulysse, la nuit seule est témoin de ta gloire.
Je l'avouray; le prix que je demande est grand:
Mais ce prix s'avillit par un tel concurrant.
Toute noble qu'elle est, la palme est moins bril-
lante
Dès que de la cueillir il a couçu l'attente;
Et quand la Grece à moi l'auroit vû comparé,
Ulisse en me cedant sera trop honoré.
Voici ce que répond Ulisse:
Tu signales ton bras, Ajax, au chimp de Mars:
Moi, je regis ta fougue au milieu des hazards.
Ta valeureuse ardeur ignore la prudence.
Tu sçais combattre, & moi j'use de prévoyance,
C'est Atride avec moi qui regions le combat,
Mon esprit qui préside & ton coipi qui combat.
JANVIER. 1752.
123
Autant qu'un Nautonnier, rompli d'expérience
Du grossier Matelot sui passe la science:
Autant qu'à ses soldats le Chef doit commander;
A mes vertus autant, Ajax, tu dois céder.
Car la noble vigueur du beau feu qui m'enflame
S'annonce par mes coups, & brille dans mon ame.
C'est l'amour, dout ion cœur pour la Grece est
épris
Cet amour vigilant, qui mérite le prix.
Courennez de ce don les soins de tant d'années;
C'en est fait j'ay forcé les fières destinées:
Eh, n'est-ce pas avoir tiiomphé des Troyens
Qu'avoir de leur d'éfaite afsuré les moyens:
Par cette Déité, de son temple enlevée,
Pour le bonheur des Grecs, à mon bras réservée
Recompensez Ulysse; il n'est point de danger,
Où son zele pour vous ne puisse l'engager.
Mais, si je n'obtiens pas la gloire qui m'est due,
Qu'on l'accorde à Pallas, dont voici la statue.
La traduction de la dispute des Armes
d'Achillle, est suivie de celle de la des-
cription du Palais de la Renommée.
Il est un lieu fameux, vers le centre du monde,
Entre le Ciel, la Tetre & l'Empite de l'Onde,
Où chaque évenement de ce vaste Univers
De l'oreille & des yeux frappe les sens divers.
Au faite d'une tour qui se perd dans les nuës,
Od mille portes vont répondre à mille issues,
Fij
009
124 MERCUREDEFRANCE.
La Déesse aux cent voix a fixé son séjour,
Sans relâche elle y veille, & la nuit, & le jour
Son Palais est d'airain, dont la voûte sonnante
Fait retentir le bruit, le répete, & l'augmente»
Et le frémissement de ses murs ébranlés
A l'aide des échos, rend les sons redoublés.
En ces lieux point de paix, de repos de silence,
Ce n'est pas toutesois de grands cris qu'on y lances
C'est un bruit sourd, confus, & tel que quelque-
fois
On l'entend se former d'un murmure de voix:
Ainsi lorsque la Mer jusqu'aux Cieux est portéej
Parvient au loin le choc de la vague agitée;
Ou si soudain l'orage a crevé dans les airs,
Le tonnerre affoibli, meurt avec les éclaits.
La Cour de ce Palais sans relâche obsedée
Fourmille de l'essain dont elle est innondée,
Qui de vaines terreurs composant ses discours,
Fait du vrai, joint au faux, un bisarre concours.
Les uns font à eeux-ci des récits peu croyables,
Pour des faits avérés, d'autres donnent leurs fables
Et leur mensonge orné de cent fausses couleurs,
Se grossit en marchant, d'une foule d'erreurs,
L'aveugle confiance, & les craintes mortelles,
Sont de ses volontés les Ministres fidéles
L'Espor, la fausse Joye, au rire concerté,
Et le Meurtre, levant son bras ensanglanté.
La Renommée enfin d'un œeil que tout embrasse,
De la mer à son gré voit & parcourt la face;
JANVIER 1752.
125
Et portant ses regards sur la terre & les Cieux,
Pénetre les secrets des hommes & des Dieux.
La brochure finit par la description du
Palais du Sommeil. La traduction de ce
morceau qui fait la quinzième Fable des
Métamorphoses est remplie comme les
autres de bons vers.
Parmi d'affreux rochers, sur les bords de l'averne,
Est le goustre profond d'une antique caverne
Où le Dieu du Sommeil, entouré de pavots,
Paroit enseveli dans les bras du repos;
Jamais l'astre biillant qui répand la lumiere
D'aucuns de ses ravons n'efleura sa paupiere,
La sombre obscurité regne dans ce séjour
Et seul dans l'Univers, il est privé du jour.
Atravers des brouillards, la voûte ténébreuse
Laisse à peine percer une clarté douteuse
Lont la pale lueur que chaque instant détruit
N'est que l'avant- coureur des ombres de la nuit.
Cet oiscau vigilant, dont le chant nous réveille
De ce Dicu n'a jamais épouvanté l'oreille;
Et le dogue bruyant qui garde nos Palais,
Des éclats de sa voix ne le troubla jamais.
Au fond de ces deserts, nul être ne respire,
Le calme est éternel, & le plus doux Zephire
D'un sousse n'oseroit agiter ces forêts
Que le tems a peuplé de funebres Cyprès.
Le Silence y préside, & penché sur son Urne,
Fiij
3O
126 MERCURE DEFRANCE.
Le Lethé voit couler son onde taciturne,
Qui roulant mollement sur un terrain mousseux.,
Assoupit au bruit lent de se flots poresseux.
Auptes de l'antre, on voit des pavors innombra.
bles
Et les plantes comme eux au repos favorables,
Dont la nuit exprimant la vertu dans les airs
Forme ce doux sommeil, charme de l'Univets.
Ce Palais escarpé, l'horreur de la Nature,
N'a ni gardes, ni murs, ni portes, ni ferrure;
De crainte que les gonde, s'ils venoient à gémir
En reveillant le Dieu, ne le fissent frémir.
Du plus tendre duvet, au sein de la molesse;
La vo'upté forma sa couche enchanteresse;
En foule on voit errer les songes à l'entour:
Ministres assidus de sa paisible Cour.
Qui pour plaire à leur Roi, sous d'aimables figures
Font à ses sens trompés, de douces impostures,
Et leur nombre est égal aux feuilles des Forêts,
Au sable du rivage; aux épics de Cérès.
du treiziéme Livre des Métamorphoses
d'Ovide. Traduction en vers par M. le
Chevalier de Cogolin. A aris chez Pierre-
Alexandte Leprieur, rue S. Jacques. 1751.
in. 12. Brochure de 56 pages.
L'Auteur de la Traduction que nous
annonçons est heureux dans le choix des
morceaux de l'antiquité qu'il nous donne
en notre langue. Lan derniet il traduisit
l'Episode d'Aristée, & cette année, il a
choisi la dispute des Armes d'Achille. On
va voir pat les endroits que nous allons
transcrire que M. de Cogolin ne défigure
pas les anciens en les traduisant. Voici
comment il fait parler Ajax:
I. Vol.
Digsitres vOO
122 MERCUREDEFRANCE.
Quoi, devant ces vaisleaux, sauvés par ma vail-
lance
Ulysse ose d'Ajax briguer la técompense !
Ulysse qu'on a vû fuit loin de ces vaisseaux
Lors qu'Hector les venoit embraser sur les eaux,
Et qu'Ajax des Troyens repoussant la furie,
Mettoit en fuite Hector & sauvoit sa patrie.
Mon Rival plus prudent, trouve moins de danger
A haranguer les Grecs, qu'Ajax à les venger.
Mais si de l'éloquence Ulysse a l'avantage,
Je lui cede en discours, qu'il me cede en courage.
A quoi bon rappellet les perils, les exploits
Où mon zéle pour vous m'engagea tant de sois:
C'est à vos yeux qu'Ajix remporta la victoire.
Ulysse, la nuit seule est témoin de ta gloire.
Je l'avouray; le prix que je demande est grand:
Mais ce prix s'avillit par un tel concurrant.
Toute noble qu'elle est, la palme est moins bril-
lante
Dès que de la cueillir il a couçu l'attente;
Et quand la Grece à moi l'auroit vû comparé,
Ulisse en me cedant sera trop honoré.
Voici ce que répond Ulisse:
Tu signales ton bras, Ajax, au chimp de Mars:
Moi, je regis ta fougue au milieu des hazards.
Ta valeureuse ardeur ignore la prudence.
Tu sçais combattre, & moi j'use de prévoyance,
C'est Atride avec moi qui regions le combat,
Mon esprit qui préside & ton coipi qui combat.
JANVIER. 1752.
123
Autant qu'un Nautonnier, rompli d'expérience
Du grossier Matelot sui passe la science:
Autant qu'à ses soldats le Chef doit commander;
A mes vertus autant, Ajax, tu dois céder.
Car la noble vigueur du beau feu qui m'enflame
S'annonce par mes coups, & brille dans mon ame.
C'est l'amour, dout ion cœur pour la Grece est
épris
Cet amour vigilant, qui mérite le prix.
Courennez de ce don les soins de tant d'années;
C'en est fait j'ay forcé les fières destinées:
Eh, n'est-ce pas avoir tiiomphé des Troyens
Qu'avoir de leur d'éfaite afsuré les moyens:
Par cette Déité, de son temple enlevée,
Pour le bonheur des Grecs, à mon bras réservée
Recompensez Ulysse; il n'est point de danger,
Où son zele pour vous ne puisse l'engager.
Mais, si je n'obtiens pas la gloire qui m'est due,
Qu'on l'accorde à Pallas, dont voici la statue.
La traduction de la dispute des Armes
d'Achillle, est suivie de celle de la des-
cription du Palais de la Renommée.
Il est un lieu fameux, vers le centre du monde,
Entre le Ciel, la Tetre & l'Empite de l'Onde,
Où chaque évenement de ce vaste Univers
De l'oreille & des yeux frappe les sens divers.
Au faite d'une tour qui se perd dans les nuës,
Od mille portes vont répondre à mille issues,
Fij
009
124 MERCUREDEFRANCE.
La Déesse aux cent voix a fixé son séjour,
Sans relâche elle y veille, & la nuit, & le jour
Son Palais est d'airain, dont la voûte sonnante
Fait retentir le bruit, le répete, & l'augmente»
Et le frémissement de ses murs ébranlés
A l'aide des échos, rend les sons redoublés.
En ces lieux point de paix, de repos de silence,
Ce n'est pas toutesois de grands cris qu'on y lances
C'est un bruit sourd, confus, & tel que quelque-
fois
On l'entend se former d'un murmure de voix:
Ainsi lorsque la Mer jusqu'aux Cieux est portéej
Parvient au loin le choc de la vague agitée;
Ou si soudain l'orage a crevé dans les airs,
Le tonnerre affoibli, meurt avec les éclaits.
La Cour de ce Palais sans relâche obsedée
Fourmille de l'essain dont elle est innondée,
Qui de vaines terreurs composant ses discours,
Fait du vrai, joint au faux, un bisarre concours.
Les uns font à eeux-ci des récits peu croyables,
Pour des faits avérés, d'autres donnent leurs fables
Et leur mensonge orné de cent fausses couleurs,
Se grossit en marchant, d'une foule d'erreurs,
L'aveugle confiance, & les craintes mortelles,
Sont de ses volontés les Ministres fidéles
L'Espor, la fausse Joye, au rire concerté,
Et le Meurtre, levant son bras ensanglanté.
La Renommée enfin d'un œeil que tout embrasse,
De la mer à son gré voit & parcourt la face;
JANVIER 1752.
125
Et portant ses regards sur la terre & les Cieux,
Pénetre les secrets des hommes & des Dieux.
La brochure finit par la description du
Palais du Sommeil. La traduction de ce
morceau qui fait la quinzième Fable des
Métamorphoses est remplie comme les
autres de bons vers.
Parmi d'affreux rochers, sur les bords de l'averne,
Est le goustre profond d'une antique caverne
Où le Dieu du Sommeil, entouré de pavots,
Paroit enseveli dans les bras du repos;
Jamais l'astre biillant qui répand la lumiere
D'aucuns de ses ravons n'efleura sa paupiere,
La sombre obscurité regne dans ce séjour
Et seul dans l'Univers, il est privé du jour.
Atravers des brouillards, la voûte ténébreuse
Laisse à peine percer une clarté douteuse
Lont la pale lueur que chaque instant détruit
N'est que l'avant- coureur des ombres de la nuit.
Cet oiscau vigilant, dont le chant nous réveille
De ce Dicu n'a jamais épouvanté l'oreille;
Et le dogue bruyant qui garde nos Palais,
Des éclats de sa voix ne le troubla jamais.
Au fond de ces deserts, nul être ne respire,
Le calme est éternel, & le plus doux Zephire
D'un sousse n'oseroit agiter ces forêts
Que le tems a peuplé de funebres Cyprès.
Le Silence y préside, & penché sur son Urne,
Fiij
3O
126 MERCURE DEFRANCE.
Le Lethé voit couler son onde taciturne,
Qui roulant mollement sur un terrain mousseux.,
Assoupit au bruit lent de se flots poresseux.
Auptes de l'antre, on voit des pavors innombra.
bles
Et les plantes comme eux au repos favorables,
Dont la nuit exprimant la vertu dans les airs
Forme ce doux sommeil, charme de l'Univets.
Ce Palais escarpé, l'horreur de la Nature,
N'a ni gardes, ni murs, ni portes, ni ferrure;
De crainte que les gonde, s'ils venoient à gémir
En reveillant le Dieu, ne le fissent frémir.
Du plus tendre duvet, au sein de la molesse;
La vo'upté forma sa couche enchanteresse;
En foule on voit errer les songes à l'entour:
Ministres assidus de sa paisible Cour.
Qui pour plaire à leur Roi, sous d'aimables figures
Font à ses sens trompés, de douces impostures,
Et leur nombre est égal aux feuilles des Forêts,
Au sable du rivage; aux épics de Cérès.
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3168
p. 126-129
« LETTRES traduites d'un Anglois. A Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue [...] »
Début :
LETTRES traduites d'un Anglois. A Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Sens, Éprouver, Âme, Secours, Tendresse, Amour, Horatio
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES traduites d'un Anglois. A Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue [...] »
LETTRES traduites d'un Anglois. A
Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue
cet Ouvrage qui ne nous paroît
point une traduction, à un homme aima-
ble, qui a de l'esprit & des connoissances.
La plupart des Lettres roulent sur des ma-
tieres de galanterie; comme la jalousie, la
tendresse, les tacommodemens, l'insensi-
res O
JANVIER.
1752.
127
bilité, la discretion, &c. Pour donnet une
idée du ton qui regne dans cette produc-
tion, & du stile de l'Auteur, nons allons
transcrire la lettre qui traite des plaisirs
de l'amour conjugal.
ISMENAA HORATIO.
Dans cette absence à laquelle vous m'a-
vez condamnée, mon cher Horatio, vous
me dites que je jouis d'un vrai bonheur,
par la certitude dans laquelle je suis que
vous êtes à présent à moi, & que la con-
noissance exacte des fentimens de votre
cœeur, doit me faire compter sur vous:
Helas! que nous pensons differemment,
& que je sens qu'il est impossible de rendre
ce qui est au-dessus de l'expression! quelle
satisfaction d'être occupé d'un autre soi-
même, qui partage nos peines, nos plai-
sirs, qui en éprouve la plus grande partie;
l'assurance que ce n'est pas pour un jout
sculement, que ce n'est point par un ca-
price que l'on aime, cette allurance rem-
plit l'ame des idées les plus délicates & les
plus voluptueuses: on ne trouveroit point
de termes assez forts pour les exprimer.
Une amitié tendre entre des personnes de
même sexe, a de tels plaisirs, de tels char-
mes que les plus grands hommes n'ont crû
faite rien de trop pour l'obtenir; les genies
Fii
OO
12S MERCIREDEFRANCE.
les plus brillans en ont fait les éloges; mais
que de délices n'éprouve t-on point quand
aux charmes effectifs, à la solidité de l'a-
mitié, on joint les transports de l'amour !
cette passion s'augmente tous les jours,
elle releve & donne le prix à chaque trans-
port, quand tous les sens la partagent, &
que l'ame & le corps semblent se prêter
un mutuel secours pour rendre ces plaisirs
parfaits. Ah! le mariage fait le bonheur
de la vie; il a en lui tous les biens qu'on
peut attendre du Ciel, quand les person-
nes qui se trouvent unies par ce lien, n'ont
qu une volonté pour les diriger l'un &
l'autre, n ont quun mouvement pour les
déterminer, & ne s'occupent que d'un
seul & même intérêt; le devoir n est plus
une gêne; ils font leurs études de se plaire
mutuellement; ce n est pas l'idée seule de
ce devoir qui les détermine, mais ils y
trouvent un plaisir véritable: ainsi que
les facultés de l'ame se trouvent satisfaites
en se prêtant mutuellement des secours
de même le mari tendre, empressé, teçoit-
il de sa femme reconnoissante le prix de
son attachement; tout ce qui se fait dans
l'Univers est indifferent à ce couple heu-
reux. Comme ils trouvent en eux-mêmes
tout ce qu'ils pourroient désirer, ils n'ont
aucun besoin de porter leurs vûes sur les
ized by Goo
JANVIER. 1752. 129
objets étrangers, pour mettre de la variété
dans leurs plaisirs; sans ce secours, leurs
entretiens sont également vifs, également
agreables; & si quelquefois l'un d'eux est
obligé de s'occuper seul de quelque chose
dont il ne puisse partager les soins avec l'au-
tre, cette distraction forcée ne fait que don-
ner un nouvel interet, dégré de vivacité de
plus à leur conversation, lorsqu'ils se font
part avec sincerité de ce qu'ils ont fait: Ainsi
que l'esprit se replie sur lui-même, & ré-
fléchit sur les objets differens dont les sens
lui transmettent l'image, de même quand
le mari & la femme se trouvent réunis,
soccupent-ils avec réflexion des choses
qu'ils ont observées en particulier. C'est
ainsi, mon cher Horatio, que nous avons
vecu depuis le moment que les cérémonies
du mariage, & notre penchant, ont formé
notre union. Lorsque la tendresse est fon-
dée sur la convenance des caracteres,
quand elle est confirmee par la raison, &
que le tems & l'habitude lui ont donné
des forces, on éprouve, en s'y livrant,
des plaisirs véritables, & qu'il m'est im-
possible d'exprimer: comme ce sont sur ces
motifs qu'est fondée notre union, je suis
assurée d'être toujours l'objet passionné-
ment aimé d'Horatio.
Londres, 1751. Un volume in-12. On attribue
cet Ouvrage qui ne nous paroît
point une traduction, à un homme aima-
ble, qui a de l'esprit & des connoissances.
La plupart des Lettres roulent sur des ma-
tieres de galanterie; comme la jalousie, la
tendresse, les tacommodemens, l'insensi-
res O
JANVIER.
1752.
127
bilité, la discretion, &c. Pour donnet une
idée du ton qui regne dans cette produc-
tion, & du stile de l'Auteur, nons allons
transcrire la lettre qui traite des plaisirs
de l'amour conjugal.
ISMENAA HORATIO.
Dans cette absence à laquelle vous m'a-
vez condamnée, mon cher Horatio, vous
me dites que je jouis d'un vrai bonheur,
par la certitude dans laquelle je suis que
vous êtes à présent à moi, & que la con-
noissance exacte des fentimens de votre
cœeur, doit me faire compter sur vous:
Helas! que nous pensons differemment,
& que je sens qu'il est impossible de rendre
ce qui est au-dessus de l'expression! quelle
satisfaction d'être occupé d'un autre soi-
même, qui partage nos peines, nos plai-
sirs, qui en éprouve la plus grande partie;
l'assurance que ce n'est pas pour un jout
sculement, que ce n'est point par un ca-
price que l'on aime, cette allurance rem-
plit l'ame des idées les plus délicates & les
plus voluptueuses: on ne trouveroit point
de termes assez forts pour les exprimer.
Une amitié tendre entre des personnes de
même sexe, a de tels plaisirs, de tels char-
mes que les plus grands hommes n'ont crû
faite rien de trop pour l'obtenir; les genies
Fii
OO
12S MERCIREDEFRANCE.
les plus brillans en ont fait les éloges; mais
que de délices n'éprouve t-on point quand
aux charmes effectifs, à la solidité de l'a-
mitié, on joint les transports de l'amour !
cette passion s'augmente tous les jours,
elle releve & donne le prix à chaque trans-
port, quand tous les sens la partagent, &
que l'ame & le corps semblent se prêter
un mutuel secours pour rendre ces plaisirs
parfaits. Ah! le mariage fait le bonheur
de la vie; il a en lui tous les biens qu'on
peut attendre du Ciel, quand les person-
nes qui se trouvent unies par ce lien, n'ont
qu une volonté pour les diriger l'un &
l'autre, n ont quun mouvement pour les
déterminer, & ne s'occupent que d'un
seul & même intérêt; le devoir n est plus
une gêne; ils font leurs études de se plaire
mutuellement; ce n est pas l'idée seule de
ce devoir qui les détermine, mais ils y
trouvent un plaisir véritable: ainsi que
les facultés de l'ame se trouvent satisfaites
en se prêtant mutuellement des secours
de même le mari tendre, empressé, teçoit-
il de sa femme reconnoissante le prix de
son attachement; tout ce qui se fait dans
l'Univers est indifferent à ce couple heu-
reux. Comme ils trouvent en eux-mêmes
tout ce qu'ils pourroient désirer, ils n'ont
aucun besoin de porter leurs vûes sur les
ized by Goo
JANVIER. 1752. 129
objets étrangers, pour mettre de la variété
dans leurs plaisirs; sans ce secours, leurs
entretiens sont également vifs, également
agreables; & si quelquefois l'un d'eux est
obligé de s'occuper seul de quelque chose
dont il ne puisse partager les soins avec l'au-
tre, cette distraction forcée ne fait que don-
ner un nouvel interet, dégré de vivacité de
plus à leur conversation, lorsqu'ils se font
part avec sincerité de ce qu'ils ont fait: Ainsi
que l'esprit se replie sur lui-même, & ré-
fléchit sur les objets differens dont les sens
lui transmettent l'image, de même quand
le mari & la femme se trouvent réunis,
soccupent-ils avec réflexion des choses
qu'ils ont observées en particulier. C'est
ainsi, mon cher Horatio, que nous avons
vecu depuis le moment que les cérémonies
du mariage, & notre penchant, ont formé
notre union. Lorsque la tendresse est fon-
dée sur la convenance des caracteres,
quand elle est confirmee par la raison, &
que le tems & l'habitude lui ont donné
des forces, on éprouve, en s'y livrant,
des plaisirs véritables, & qu'il m'est im-
possible d'exprimer: comme ce sont sur ces
motifs qu'est fondée notre union, je suis
assurée d'être toujours l'objet passionné-
ment aimé d'Horatio.
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3169
p. 130-143
« ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...] »
Début :
ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...]
Mots clefs :
Abrégé chronologique, Paris, Dieu, Roi, Édit, Pape, Père, Assemblée, Clergé, Ecclésiastique, Innocent XII, M. Arnaud, Thèses, Évêque, Décret
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texteReconnaissance textuelle : « ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...] »
ABREGÉ Chronologique de l'Histoire
Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des
Eglises d'Orient & d'Occident; les Con-
ciles généraux & particuliers; les Auteurs
Ecclésiastiques; les schismes, les hérésies,
les institutions des Ordres monastiques,
& c. depuis l'an 33 de l'Ere Chrétienne,
jusqu'à l'année 1700. Deux gros volumes
in 8°. A Paris, chez Jean-Thomas Heris-
sant, rue Saint Jacques, 1751.
Il n est pas possible de faire un extrait
de cet utile & commode ouvrage. Nous
avons voulu faire connoître dans le Mer-
cure de Décembre la maniere de disser-
ter de l'Auteur; pour mettre nos lec-
teurs à portée de juger de sa maniere de
narrer, nous choisirons les dix dernieres
années de son ouvrage, parceque les faits
ny sont pas en grand nombre. On verra
que l'Auteur n en présente que d'intéres-
sans, & qu'il en choisit très-bien les cir-
constances.
1690.
Alexandre VIII. proscrit par un déctet
du 14 Août, l'erreur du péché philoso-
phique; on appelleroit péché philosophi-
que, ou pé hé mora, une action qui of-
fenseroit la raison, sans offenser Dieu;
parce que celui qui la feroit, ou ignore-
tized
JANVIER. 1752.
131
roit Dieu absolument, ou ne penseroit.
point à Dieu dans le moment ou il le fe-
roit. C'est cette opinion que le Pape
proscrivit. Le Pere Meunier, Jesuite, Pro-
fesseur à Dijon, avoit fait soutenir en
1686 une Thése, qui paroissoit exprimer
cette erreur; elle étoit conçue en ces ter-
mes: Le péché philosophique commis sans
aucune connorssance de Dieu, ou sans aucune
aitention à lui, n'est point une offense de Dieu,
ni un péché mortel. Cette Thése méritoit
d'être reprise, cependant elle ne fut atta-
quée que trois ans après qu' elle fut soute-
nue, & le Jesuite, pour se justifier, dit qu'il
avoit roujours parlé du péché philosophi-
que, & de l'ignorance absolue de Dieu,
conditionnellement, & comme d'une
chose moralement impossible; plusieurs rai-
sonnemens qu on lui attribuoit, étoient
refutés dans ses cahiers.
1691.
Mort d'Alexandre VIII. le premier Fé-
vrier. Le Cardinal Antoine Pignatelli lui
succéde, le 12 Juillet, & prend le nom
d'Innocent XII.
Affaire du faux Arnaud. C'étoit un
stratagême imaginé, pour découvrir des
personnes qu'on soupçonnoit d'être atta-
che es aux sentimens de Jansénius. Un
FV
Mes
132 MERCURE DEFRANCE.
quidam prit le nom de M. Arnaud; &
sçachant que ce Docteur étoit en relation
avec les Docteurs de Douai, il saisit une
occasion qui se piésenta pour entrer avec
cux par Lettres, dans un commerce parti-
culier sur differens points de Théologie
& sur des Theses qu'il leur envoya à exa-
miner & à signer. Ces Théologiens,
croyant avoir à faire au véritable Arnaud,
lui écrivirent sur ces Théses qu'ils trou-
voient captieuses, & après bien des Let-
tres de part & d'autre, ils les signerent,
en y ajoutant des explications en forme
de jugement; mais se faux Arnaud ayant
souhaité avoir une signature pure & simple
de ses Théses, ils la lui envoyerent. Cette
intrigne étant venue à un certain point
de maturité, celui qui conduisoit la
manœuvre, fit paroître les Théses sans ex-
plication. L'affaire fit grand bruit. Ces
Docteurs furent bientôt connus, & ensui-
te exilés, comme convaincus d'avoir re-
nouvellé l'erreur des cinq propositions.
M. Arnaud s'inscrivit en faux, se plaignit
hautement de la supercherie, & ne me-
nagea pas l'Auteur, qui en effet étoit
re préhensible, d'avoir manqué si ouverte-
ment à la bonne foi.
Calinique, Patriarche de Constantino-
ple, approuve dans un Acte Synodal la
JANVIER. 1752.
133
Confession de Parthenius, & condamne
les écrits de Jean Carysophile Logotheve,
qui sous prétexte de former quelques diffi-
cultés sur le mot de Transsubstant:ation, sem-
bloit établir des erreurs conformes à cel-
les de Cyrille Lucar sur l'Eucharistie.
1692.
Les Jesuites de Pekin, Ville Capitale
de la Chine, obtinrent un Arrêt du Tri-
bunal des Rites, qui autorisoit la prédi-
cation de la Religion Chrétienne, dans
toute l'étendue de ce vaste Empire. La fa-
veur, dont ces Missionnaires jouissoient
à la Cour de l'Empereur, leut donna le
crédit d'obtenir cet Edit, dans un tems où
plusieurs Mandarins, Gouverneurs de Pro-
vinces, persécutoient ouvertement les
Chrétiens, en vertu des anciennes Loix
du Pays, qui défendoient l'exercice de la
Religion des Européens.
1693.
Le 26 Mars, Mandement de M. Mai.
grot, Prêtre du Seminaire des Missions
Etrangeres, Vicaire Apostolique dans la
Province de Fokien, à la Chine, & de-
puis Evêque de Conon, pour défendre
d'employer, en parlant de Dieu, d'autre
nom que celui de Tien-chu, au lieu de
SO
134 MERCUREDEFRANCE.
ceux de Tien & Chami, dont on se ser-
voit auparavant, & que les Missionnaires
Jesuites avoient adoptés. Ce Mande-
ment donna licu à un procès, qui a été
terminé par des Réglemens de Police &
de discipline. C'est tout ce que les souve-
rains Pontifes pouvoient faire; le fond
des articles contestés étant de nature à ne
pouvoit être jugé que sur les lieux, & par
des gens qui entendroient parfaitement la
Langue Chinoise.
Fin du differend d'entre la Cour de
Rome & celle de France. Le Roi s'étoit
relâché volontairement d'une partie des
droits des franchises, & le Pape donna
des Bulles aux Evêques nommés, après
que ceux d'entre eux qui avoient assisté
à l'assemblée de 1682, lui eurent écrit
une Lettre de soumission, & il ne contesta
plus avec le Roi pour le droit de Régale.
La Lettre que les Evêques nommés écrivi-
rent au Pape, a été regardée par les
Etrangers, comme une révocation de ce
qui s'étoit fait en 1682; & il est vrai, dit
le Pere d'Avrigny, que les termes dans les-
quels elle étoit conçue, poutroient le faire
croire, si on ne sçavoit d'ailleurs que le
Clergé en corps ne fit nulle démarche en
cette occasion, & que même les Evêques
nommés écrivirent separément à Innocent
JANVIER.
1752.
135
XII. quoique ce fût précisément dans les
mêmes termes. Le Parlement de Paris a
toufours aussi agi sur le fondement que les
quatre articles étoient si essenriels à nos
libertés qu'on ne pouvoit s'en écarter.
Enfin depuis ce tems-là, les quatre articles
ont été soûtenus en differentes occasions
& dans les Livres & daus les Théses, du
vivant de Louis XIV. preuve qu'il na pas
prétendu y renoncer.
1694.
Les disputes, touchant la signature du
Formulaire, se renouvellent en Flandres,
à l'occasion d'un décret d'Innocent XII.
en datte du 18 Janvier, par lequel Sa
Sainteté ordonne de signer le Formulaire
dans le sens qui vient à tout le mon-
de, & que les termes présentent d'eux-
mêmes à l'esprit: In snsu obvio quem ipsius
verba exhibent. Les Disciples de Jansénius
interprêterent en public ce décret à leur
avantage, de même que les deux Brefs que
le Pape fit expédier sur le même sujet, le 6
Février suivant; mais au fond ils en étoient
mal sarisfaits, c'est ce qu'ils témoignoient
dans les Lertres particulieres qu'ils s'écri-
voient réciproquement.
M. Arnauld, qui depuis la mort de
l'Abbé de Saint Cytan étoit regardé com-
jitized by Goc
136 MERCURE DEFRANCE.
me le chef des partisans de Jansénius,
meurt en Flandre le 8 Août; depuis lui
ce fut le Pere Quenel, son Disciple.
1695.
Edit célébre de Louis XIV. sur la Juris-
diction Ecelésiastique, donné au mois
d'Avril, & enregistré au Parlement de
Paris le 14 Mai suivant; tous les autres
Parlemens, excepté celui de Flandre, l'ont
vérifié dans la suite. M. le Chancelier
Boucherat, & M. le Premier Président de
Harlay avoient eu ordre du Roi, de tra-
vailler de concert à rédiger les articles de
cet Edit, qui a pour objet principal de
regler la Jurisdiction contentieuse des
gens d'Eglise; ce u est que par accident
qu'il parle de leur Jurisdiction gracieuse.
Il entre dans un grand détail sur tous les
points qui regardent la police & la disci-
pline Ecclésiastique, la correction des
mœeurs. Il établit la forme, dans laquelle
on peut faire l'instruction des procès aux
Clercs dans la Jurisdiction Seculiere &
Ecclésiastique. Il statue sur les droits,
prérogatives & honneurs dûs aux Supé-
tieurs Ecclésiastiques; enfin il prescrit des
régles sur la distinction des cas, dont les
Juges Laics & Ecclésiastiques ont droit de
drendre connoissance, chacun en particu-
JANVIER. 1752.
137
lier, ou en commun. Depuis l'établisse-
ment des appels comme d'abus dans tous
les Parlemens du Royaume, les Ecclésias-
tiques ne cessoient de faire des représen-
tations au Prince pour qu'il en arrêtât le
trop grand nombre, en décidant des cas
où ils pourroient être reçus. Il fut arrêté
dans l'assemblée de 1690, que l'on feroit
sur ce sujet de nouvelles représentations
au Roi; on le fit, & cet Edit en fut le
fruit. Voici comme l'assemblée générale
de cette année, tenue à Saint Germain-
en-Laye, en parle par la bouche de M.
de Harlay, Archevêque de Paris, & Pré-
sident de ladire assemblée, a que pour re-
„médier à la confusion qui s'étoit glissée
»depuis long. tems entre la Jurisdiction
»Séculiere & Ecclésiastique, le Clergé
»n'avoit rien négligé pour obtenir un
»Réglement qui le remît dans la jouis-
„sance de ses droits naturels & légitimes:
„qu'il avoit fait à Sa Majesté diverses re-
„montrances, sut lesquelles on avoit eu
» louvent des réponses favorables, mais
„qui faute d'enrégistrement étoient jus-
»qu'ici demeurées sans exécution :
»qu'enfin le Roi animé du zéle qu'il a
»pout l'Eglise, tout occupé qu'il étoit
ndes soins les plus pressans de son Etat,
»avoit bien voulu la veille de son départ
138 MERCURE DE FRANCE.
„pour Compiègne, examiner le projet
»de l'Edit, artiule par article, & juger
„par lui-même des raisons qu'all guoit le
» Clergé, & de celles qu on pouvoit lui
nopposer; qu'ayant fait dresser l'Edit
„dans la forme où il est, pour prévenit
„les demandes & les desirs au Clergé, Sa
»Majesté l'avoit fait publier, & enre-
»gistrer au Parlement de Paris, avant
»Pouverture de l'assemblée; que cet Edit
» étoit si favorable, qu'il y avoit lieu
„ d'en attendre des suites avantageuses
»pour le Clergé, qu'il le voit les difficul-
„tés qui arrêtoient si souvent les Evêques
»dans l'exercice de leur Jurisdiction, &
„leur ouvroit les moyens de rétablir le
»bon ordre & la discipline. Procès-ver-
bal ae l'assemblée generale au Clergé dle 1695,
du Jeudi 26 Mai.
Le Pape fait mettre à l'Index, par dé-
cret du 27 Septembre, le Livre de la de-
votion à la Sainte Vierge, & du culie qui
lui est du, par M. Baillet; & l'Année Chrè-
tienne de M. Le Tourneux. On reprochoit
à M. Baillet de s'expliquer dans son Livre
d'une maniere qui ne paroissoit pas assez
conforme aux sentimens reçus dans l'Egli-
se sur la dévotion de la Sainte Vierge,
& sur les tittes & les prérogatives qui
sont attribués à cette sainte mere de Dieu.
JANVIER. 1752. 139
1696.
Au contraire, le Pere Grasset, Reco-
let, crut rendre à la France un service im-
portant, en donniant une nouvelle Tra-
duction de la vie de la Sainte Vierge,
écrite en Espagnol par Marie de Jesus,
Abbesse du Couvent de l'Immaculée Con-
ception de la Ville d'Agreda; mais ce
Livre plein de fables & de reveries, qu'on
y débitoit comme autant de révélations,
parut plus propre à exposer la Religion
Chrétienne aux mépris des impies & des
hérétiques, qu'à faire honneur a la Sainte
Vierge; c'est le jugement que la Faculté
de Théologie de Paris en porta dans sa
Censure du 17 Septembre, & celle ci
ajosita une protestation d'honorer la Sain-
te Vierge comme mere de Dicu, de se
tenir au sentiment de ses Peres, touchant
la Conception immaculée, & de croire
son Assomption au Ciel en corps & en
ame.
1697.
Déclaration du Roi Très-Chrétien, le
11 Décembre, qui défend aux Protestans,
sous peine de la vie, d'aller s'établir dans
la Principauté d'Orange, qui venoit d'ê-
tre renduc au Roi Guillaume par la Paix
140 MERCUREDEFRANCE.
de Riswick; par une autre Déclaration
du 13 Décembre de l'année suivante,
Louis XIV. ordonna l'exécution de l'Edit
de révocation de celui de Nantes, & ôta
par-là aux Calvinistes toutes les esperan-
ces qu'ils avoient conçues à l'occasion de
la guerre que Sa Majesté avoit soutenue
contre la plus grande partie des Puissan-
ces de l'Europe.
1698.
Oa vit paroître vers la fin de cette an-
née, le fameux Problême Ecclésiastique,
qui portoit pour titre: Problême Ecclesiasti-
que propose aM. l'Abbè Boilean de l'Arcbe-
veché; à qui l'on doit croire, on à M. Loitis-
Anioine de Noailles, Evêque de Chalons en
1695, ou à M. Louis-Anioine de Noailles,
Arch: venque de Paris en 1695. M. de Noail-
les, n'étant encore qu'Evêque de Châlons
approuva par un Mandement du 13 Juin
1695, les Réflexions Morales sur le Nou-
veau Testament, que le Pere Quesnel lui
avoit dédiées. Ce Prélat transferé peu
après au Siège Archiepiscopal de Paris,
condamna l'Exposition de la Foi, touchant
la grace & la prédestination, par son Or-
donnance du 20 Août 1696, qui donna
lieu au Problême. L'Auteur y fait un pa-
tallele des réflexions morales & de l'expo-
JANVIER. 1752. 141
sition, & prétend qu'il n est pas possible
d'accorder ensemble l'Evêque & 1Arche-
vêque, parce que les deux ouvrages sont
si semblables, qu'on ne peut censurer ou
approuver l'un, que la censure ou l'ap-
probation ne torbe sur l'autre. Ce libelle
fut brulé le 15 Janvier 1699, en vertu
d'un Arrêt du Parlement de Paris, rendu
le 10, sur les Conclusions de M. Dagues-
seau, Avocat Général, depuis Procureur
Général, & ensuite Chancelier de France.
Le Problême ne fut pas plus heureux à
Rome; il y fut proscrit par un décret du
Saint Office le 2 Juillet 1700.
1699.
Une autre affaire d'éclat partageoit l'at-
tention du Public; c'étoit une dispute en-
tre M. Bossuet, Evêque de Meaux, & M.
de Fenelon, Archevêque de Cambrai,
au sujet de l'Explication des Maximes des
Sainis sur la vie intérieure, publiée par ce
dernier en 1697. M. Bossuet regardoit
cet ouvrage, comme un renouvellement
du Molinosisme; il le défera au Tribunal
du Public, par des Ecrits réitérés; & enfin
l'affaire ayant été portée jusqu'à Rome,
Innocent XII. prononça pat son décret.
du 12 Mars, sur le Livre en général & en
particulier, sur vingt- trois propositions
siues
142 MERCUREDE FRANCE.
qui paroissoient tendre pour la plupart,
à établir la réalité d'un état où l'on aime
Dieu ici-bas pour lui uniquement, qui
exclut les motifs de crainte & d'esperan-
ce, & le desir de la récompense & de la
béatitude. Le Roi ordonna aux Metropo-
litains d'assembler leurs Suffragans pour
l'acceptation du décret, & en consequen-
ce de tous ces Synodes, il donna le qua-
triême Août ses Letrres Patentes pour son
entiere exécution. Ainsi l'on peut dire que
le triomphe de M. Bossuet fut complet.
Mais si rien n est plus glorieux que de
triompher de soi même, celui de M. de
Fenelon le fut aussi. Car ce pieux & sça-
vant Prélat ne se contenta pas de se sou-
mettre au jugemeut du Saint Siége; il fut
le premier à conclure dans son propre
Synode, que le Roi seroit supplié d'or-
donner par ses Lettres Patentes, que ses
ouvrages faits pour défendre l'explication
des maximes des Saints seroient suppri-
més.
1700.
Mort d'Innocent XII. le 12 Juillet, le
Cardinal Jean François Albani lui succéde
le 23 Novembre, & prend le nom de Clé-
ment XI. Ce Pape a donné en 1713 la
Bulle Vnigenitus, qui condamne cent une
OO.
JANVIER. 1752.
143
proposition tirées du livre des Réfléxions
du Pere Quesnel.
Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des
Eglises d'Orient & d'Occident; les Con-
ciles généraux & particuliers; les Auteurs
Ecclésiastiques; les schismes, les hérésies,
les institutions des Ordres monastiques,
& c. depuis l'an 33 de l'Ere Chrétienne,
jusqu'à l'année 1700. Deux gros volumes
in 8°. A Paris, chez Jean-Thomas Heris-
sant, rue Saint Jacques, 1751.
Il n est pas possible de faire un extrait
de cet utile & commode ouvrage. Nous
avons voulu faire connoître dans le Mer-
cure de Décembre la maniere de disser-
ter de l'Auteur; pour mettre nos lec-
teurs à portée de juger de sa maniere de
narrer, nous choisirons les dix dernieres
années de son ouvrage, parceque les faits
ny sont pas en grand nombre. On verra
que l'Auteur n en présente que d'intéres-
sans, & qu'il en choisit très-bien les cir-
constances.
1690.
Alexandre VIII. proscrit par un déctet
du 14 Août, l'erreur du péché philoso-
phique; on appelleroit péché philosophi-
que, ou pé hé mora, une action qui of-
fenseroit la raison, sans offenser Dieu;
parce que celui qui la feroit, ou ignore-
tized
JANVIER. 1752.
131
roit Dieu absolument, ou ne penseroit.
point à Dieu dans le moment ou il le fe-
roit. C'est cette opinion que le Pape
proscrivit. Le Pere Meunier, Jesuite, Pro-
fesseur à Dijon, avoit fait soutenir en
1686 une Thése, qui paroissoit exprimer
cette erreur; elle étoit conçue en ces ter-
mes: Le péché philosophique commis sans
aucune connorssance de Dieu, ou sans aucune
aitention à lui, n'est point une offense de Dieu,
ni un péché mortel. Cette Thése méritoit
d'être reprise, cependant elle ne fut atta-
quée que trois ans après qu' elle fut soute-
nue, & le Jesuite, pour se justifier, dit qu'il
avoit roujours parlé du péché philosophi-
que, & de l'ignorance absolue de Dieu,
conditionnellement, & comme d'une
chose moralement impossible; plusieurs rai-
sonnemens qu on lui attribuoit, étoient
refutés dans ses cahiers.
1691.
Mort d'Alexandre VIII. le premier Fé-
vrier. Le Cardinal Antoine Pignatelli lui
succéde, le 12 Juillet, & prend le nom
d'Innocent XII.
Affaire du faux Arnaud. C'étoit un
stratagême imaginé, pour découvrir des
personnes qu'on soupçonnoit d'être atta-
che es aux sentimens de Jansénius. Un
FV
Mes
132 MERCURE DEFRANCE.
quidam prit le nom de M. Arnaud; &
sçachant que ce Docteur étoit en relation
avec les Docteurs de Douai, il saisit une
occasion qui se piésenta pour entrer avec
cux par Lettres, dans un commerce parti-
culier sur differens points de Théologie
& sur des Theses qu'il leur envoya à exa-
miner & à signer. Ces Théologiens,
croyant avoir à faire au véritable Arnaud,
lui écrivirent sur ces Théses qu'ils trou-
voient captieuses, & après bien des Let-
tres de part & d'autre, ils les signerent,
en y ajoutant des explications en forme
de jugement; mais se faux Arnaud ayant
souhaité avoir une signature pure & simple
de ses Théses, ils la lui envoyerent. Cette
intrigne étant venue à un certain point
de maturité, celui qui conduisoit la
manœuvre, fit paroître les Théses sans ex-
plication. L'affaire fit grand bruit. Ces
Docteurs furent bientôt connus, & ensui-
te exilés, comme convaincus d'avoir re-
nouvellé l'erreur des cinq propositions.
M. Arnaud s'inscrivit en faux, se plaignit
hautement de la supercherie, & ne me-
nagea pas l'Auteur, qui en effet étoit
re préhensible, d'avoir manqué si ouverte-
ment à la bonne foi.
Calinique, Patriarche de Constantino-
ple, approuve dans un Acte Synodal la
JANVIER. 1752.
133
Confession de Parthenius, & condamne
les écrits de Jean Carysophile Logotheve,
qui sous prétexte de former quelques diffi-
cultés sur le mot de Transsubstant:ation, sem-
bloit établir des erreurs conformes à cel-
les de Cyrille Lucar sur l'Eucharistie.
1692.
Les Jesuites de Pekin, Ville Capitale
de la Chine, obtinrent un Arrêt du Tri-
bunal des Rites, qui autorisoit la prédi-
cation de la Religion Chrétienne, dans
toute l'étendue de ce vaste Empire. La fa-
veur, dont ces Missionnaires jouissoient
à la Cour de l'Empereur, leut donna le
crédit d'obtenir cet Edit, dans un tems où
plusieurs Mandarins, Gouverneurs de Pro-
vinces, persécutoient ouvertement les
Chrétiens, en vertu des anciennes Loix
du Pays, qui défendoient l'exercice de la
Religion des Européens.
1693.
Le 26 Mars, Mandement de M. Mai.
grot, Prêtre du Seminaire des Missions
Etrangeres, Vicaire Apostolique dans la
Province de Fokien, à la Chine, & de-
puis Evêque de Conon, pour défendre
d'employer, en parlant de Dieu, d'autre
nom que celui de Tien-chu, au lieu de
SO
134 MERCUREDEFRANCE.
ceux de Tien & Chami, dont on se ser-
voit auparavant, & que les Missionnaires
Jesuites avoient adoptés. Ce Mande-
ment donna licu à un procès, qui a été
terminé par des Réglemens de Police &
de discipline. C'est tout ce que les souve-
rains Pontifes pouvoient faire; le fond
des articles contestés étant de nature à ne
pouvoit être jugé que sur les lieux, & par
des gens qui entendroient parfaitement la
Langue Chinoise.
Fin du differend d'entre la Cour de
Rome & celle de France. Le Roi s'étoit
relâché volontairement d'une partie des
droits des franchises, & le Pape donna
des Bulles aux Evêques nommés, après
que ceux d'entre eux qui avoient assisté
à l'assemblée de 1682, lui eurent écrit
une Lettre de soumission, & il ne contesta
plus avec le Roi pour le droit de Régale.
La Lettre que les Evêques nommés écrivi-
rent au Pape, a été regardée par les
Etrangers, comme une révocation de ce
qui s'étoit fait en 1682; & il est vrai, dit
le Pere d'Avrigny, que les termes dans les-
quels elle étoit conçue, poutroient le faire
croire, si on ne sçavoit d'ailleurs que le
Clergé en corps ne fit nulle démarche en
cette occasion, & que même les Evêques
nommés écrivirent separément à Innocent
JANVIER.
1752.
135
XII. quoique ce fût précisément dans les
mêmes termes. Le Parlement de Paris a
toufours aussi agi sur le fondement que les
quatre articles étoient si essenriels à nos
libertés qu'on ne pouvoit s'en écarter.
Enfin depuis ce tems-là, les quatre articles
ont été soûtenus en differentes occasions
& dans les Livres & daus les Théses, du
vivant de Louis XIV. preuve qu'il na pas
prétendu y renoncer.
1694.
Les disputes, touchant la signature du
Formulaire, se renouvellent en Flandres,
à l'occasion d'un décret d'Innocent XII.
en datte du 18 Janvier, par lequel Sa
Sainteté ordonne de signer le Formulaire
dans le sens qui vient à tout le mon-
de, & que les termes présentent d'eux-
mêmes à l'esprit: In snsu obvio quem ipsius
verba exhibent. Les Disciples de Jansénius
interprêterent en public ce décret à leur
avantage, de même que les deux Brefs que
le Pape fit expédier sur le même sujet, le 6
Février suivant; mais au fond ils en étoient
mal sarisfaits, c'est ce qu'ils témoignoient
dans les Lertres particulieres qu'ils s'écri-
voient réciproquement.
M. Arnauld, qui depuis la mort de
l'Abbé de Saint Cytan étoit regardé com-
jitized by Goc
136 MERCURE DEFRANCE.
me le chef des partisans de Jansénius,
meurt en Flandre le 8 Août; depuis lui
ce fut le Pere Quenel, son Disciple.
1695.
Edit célébre de Louis XIV. sur la Juris-
diction Ecelésiastique, donné au mois
d'Avril, & enregistré au Parlement de
Paris le 14 Mai suivant; tous les autres
Parlemens, excepté celui de Flandre, l'ont
vérifié dans la suite. M. le Chancelier
Boucherat, & M. le Premier Président de
Harlay avoient eu ordre du Roi, de tra-
vailler de concert à rédiger les articles de
cet Edit, qui a pour objet principal de
regler la Jurisdiction contentieuse des
gens d'Eglise; ce u est que par accident
qu'il parle de leur Jurisdiction gracieuse.
Il entre dans un grand détail sur tous les
points qui regardent la police & la disci-
pline Ecclésiastique, la correction des
mœeurs. Il établit la forme, dans laquelle
on peut faire l'instruction des procès aux
Clercs dans la Jurisdiction Seculiere &
Ecclésiastique. Il statue sur les droits,
prérogatives & honneurs dûs aux Supé-
tieurs Ecclésiastiques; enfin il prescrit des
régles sur la distinction des cas, dont les
Juges Laics & Ecclésiastiques ont droit de
drendre connoissance, chacun en particu-
JANVIER. 1752.
137
lier, ou en commun. Depuis l'établisse-
ment des appels comme d'abus dans tous
les Parlemens du Royaume, les Ecclésias-
tiques ne cessoient de faire des représen-
tations au Prince pour qu'il en arrêtât le
trop grand nombre, en décidant des cas
où ils pourroient être reçus. Il fut arrêté
dans l'assemblée de 1690, que l'on feroit
sur ce sujet de nouvelles représentations
au Roi; on le fit, & cet Edit en fut le
fruit. Voici comme l'assemblée générale
de cette année, tenue à Saint Germain-
en-Laye, en parle par la bouche de M.
de Harlay, Archevêque de Paris, & Pré-
sident de ladire assemblée, a que pour re-
„médier à la confusion qui s'étoit glissée
»depuis long. tems entre la Jurisdiction
»Séculiere & Ecclésiastique, le Clergé
»n'avoit rien négligé pour obtenir un
»Réglement qui le remît dans la jouis-
„sance de ses droits naturels & légitimes:
„qu'il avoit fait à Sa Majesté diverses re-
„montrances, sut lesquelles on avoit eu
» louvent des réponses favorables, mais
„qui faute d'enrégistrement étoient jus-
»qu'ici demeurées sans exécution :
»qu'enfin le Roi animé du zéle qu'il a
»pout l'Eglise, tout occupé qu'il étoit
ndes soins les plus pressans de son Etat,
»avoit bien voulu la veille de son départ
138 MERCURE DE FRANCE.
„pour Compiègne, examiner le projet
»de l'Edit, artiule par article, & juger
„par lui-même des raisons qu'all guoit le
» Clergé, & de celles qu on pouvoit lui
nopposer; qu'ayant fait dresser l'Edit
„dans la forme où il est, pour prévenit
„les demandes & les desirs au Clergé, Sa
»Majesté l'avoit fait publier, & enre-
»gistrer au Parlement de Paris, avant
»Pouverture de l'assemblée; que cet Edit
» étoit si favorable, qu'il y avoit lieu
„ d'en attendre des suites avantageuses
»pour le Clergé, qu'il le voit les difficul-
„tés qui arrêtoient si souvent les Evêques
»dans l'exercice de leur Jurisdiction, &
„leur ouvroit les moyens de rétablir le
»bon ordre & la discipline. Procès-ver-
bal ae l'assemblée generale au Clergé dle 1695,
du Jeudi 26 Mai.
Le Pape fait mettre à l'Index, par dé-
cret du 27 Septembre, le Livre de la de-
votion à la Sainte Vierge, & du culie qui
lui est du, par M. Baillet; & l'Année Chrè-
tienne de M. Le Tourneux. On reprochoit
à M. Baillet de s'expliquer dans son Livre
d'une maniere qui ne paroissoit pas assez
conforme aux sentimens reçus dans l'Egli-
se sur la dévotion de la Sainte Vierge,
& sur les tittes & les prérogatives qui
sont attribués à cette sainte mere de Dieu.
JANVIER. 1752. 139
1696.
Au contraire, le Pere Grasset, Reco-
let, crut rendre à la France un service im-
portant, en donniant une nouvelle Tra-
duction de la vie de la Sainte Vierge,
écrite en Espagnol par Marie de Jesus,
Abbesse du Couvent de l'Immaculée Con-
ception de la Ville d'Agreda; mais ce
Livre plein de fables & de reveries, qu'on
y débitoit comme autant de révélations,
parut plus propre à exposer la Religion
Chrétienne aux mépris des impies & des
hérétiques, qu'à faire honneur a la Sainte
Vierge; c'est le jugement que la Faculté
de Théologie de Paris en porta dans sa
Censure du 17 Septembre, & celle ci
ajosita une protestation d'honorer la Sain-
te Vierge comme mere de Dicu, de se
tenir au sentiment de ses Peres, touchant
la Conception immaculée, & de croire
son Assomption au Ciel en corps & en
ame.
1697.
Déclaration du Roi Très-Chrétien, le
11 Décembre, qui défend aux Protestans,
sous peine de la vie, d'aller s'établir dans
la Principauté d'Orange, qui venoit d'ê-
tre renduc au Roi Guillaume par la Paix
140 MERCUREDEFRANCE.
de Riswick; par une autre Déclaration
du 13 Décembre de l'année suivante,
Louis XIV. ordonna l'exécution de l'Edit
de révocation de celui de Nantes, & ôta
par-là aux Calvinistes toutes les esperan-
ces qu'ils avoient conçues à l'occasion de
la guerre que Sa Majesté avoit soutenue
contre la plus grande partie des Puissan-
ces de l'Europe.
1698.
Oa vit paroître vers la fin de cette an-
née, le fameux Problême Ecclésiastique,
qui portoit pour titre: Problême Ecclesiasti-
que propose aM. l'Abbè Boilean de l'Arcbe-
veché; à qui l'on doit croire, on à M. Loitis-
Anioine de Noailles, Evêque de Chalons en
1695, ou à M. Louis-Anioine de Noailles,
Arch: venque de Paris en 1695. M. de Noail-
les, n'étant encore qu'Evêque de Châlons
approuva par un Mandement du 13 Juin
1695, les Réflexions Morales sur le Nou-
veau Testament, que le Pere Quesnel lui
avoit dédiées. Ce Prélat transferé peu
après au Siège Archiepiscopal de Paris,
condamna l'Exposition de la Foi, touchant
la grace & la prédestination, par son Or-
donnance du 20 Août 1696, qui donna
lieu au Problême. L'Auteur y fait un pa-
tallele des réflexions morales & de l'expo-
JANVIER. 1752. 141
sition, & prétend qu'il n est pas possible
d'accorder ensemble l'Evêque & 1Arche-
vêque, parce que les deux ouvrages sont
si semblables, qu'on ne peut censurer ou
approuver l'un, que la censure ou l'ap-
probation ne torbe sur l'autre. Ce libelle
fut brulé le 15 Janvier 1699, en vertu
d'un Arrêt du Parlement de Paris, rendu
le 10, sur les Conclusions de M. Dagues-
seau, Avocat Général, depuis Procureur
Général, & ensuite Chancelier de France.
Le Problême ne fut pas plus heureux à
Rome; il y fut proscrit par un décret du
Saint Office le 2 Juillet 1700.
1699.
Une autre affaire d'éclat partageoit l'at-
tention du Public; c'étoit une dispute en-
tre M. Bossuet, Evêque de Meaux, & M.
de Fenelon, Archevêque de Cambrai,
au sujet de l'Explication des Maximes des
Sainis sur la vie intérieure, publiée par ce
dernier en 1697. M. Bossuet regardoit
cet ouvrage, comme un renouvellement
du Molinosisme; il le défera au Tribunal
du Public, par des Ecrits réitérés; & enfin
l'affaire ayant été portée jusqu'à Rome,
Innocent XII. prononça pat son décret.
du 12 Mars, sur le Livre en général & en
particulier, sur vingt- trois propositions
siues
142 MERCUREDE FRANCE.
qui paroissoient tendre pour la plupart,
à établir la réalité d'un état où l'on aime
Dieu ici-bas pour lui uniquement, qui
exclut les motifs de crainte & d'esperan-
ce, & le desir de la récompense & de la
béatitude. Le Roi ordonna aux Metropo-
litains d'assembler leurs Suffragans pour
l'acceptation du décret, & en consequen-
ce de tous ces Synodes, il donna le qua-
triême Août ses Letrres Patentes pour son
entiere exécution. Ainsi l'on peut dire que
le triomphe de M. Bossuet fut complet.
Mais si rien n est plus glorieux que de
triompher de soi même, celui de M. de
Fenelon le fut aussi. Car ce pieux & sça-
vant Prélat ne se contenta pas de se sou-
mettre au jugemeut du Saint Siége; il fut
le premier à conclure dans son propre
Synode, que le Roi seroit supplié d'or-
donner par ses Lettres Patentes, que ses
ouvrages faits pour défendre l'explication
des maximes des Saints seroient suppri-
més.
1700.
Mort d'Innocent XII. le 12 Juillet, le
Cardinal Jean François Albani lui succéde
le 23 Novembre, & prend le nom de Clé-
ment XI. Ce Pape a donné en 1713 la
Bulle Vnigenitus, qui condamne cent une
OO.
JANVIER. 1752.
143
proposition tirées du livre des Réfléxions
du Pere Quesnel.
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3170
p. 143
« LES vrais principes de l'Art d'écrire, ou les vérités de cet Art rendues faciles par [...] »
Début :
LES vrais principes de l'Art d'écrire, ou les vérités de cet Art rendues faciles par [...]
Mots clefs :
Art d'écrire, Principes, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES vrais principes de l'Art d'écrire, ou les vérités de cet Art rendues faciles par [...] »
LES vrais principes de l'Art d'écrire, ou
les vérités de cet Art rendues faciles par
demandes & par réponses, par le sieur
Royllet Expert Juré Ecrivain, à Paris rue
de la Verrerie, au Livre d'Or. Volume in-4
qui se vend 2 livtes 10 sols broché, &
3 livres 10 sols relié, nouvelle édition.
On ne peut rien voir de plus clair, de
plus sage & de plus méthodique que le
livre que nous annonçons; il seroit à sou-
haiter qu'il fût entre les mains de tous les
jeunes gens, & qu on en adop: ât généra-
lement les principes. M. Royllet joint à
une connoissance fort rare de son Art, un
zéle digne des plus grands éloges; sa ca-
pacité & sa réputation ayant fait souhaiter
aux jeunes Maîtres à écrire de Paris &: de
Province, de pouvoir montrer suivant ses
principes, il leur donne des démonstrations
gratuites tous les soirs depuis six jusqu'à
huit heures. Toutes ces operations se font
rélativement à la méthode que M. Royllet
a imaginée pour l'Ecole Militaire.
les vérités de cet Art rendues faciles par
demandes & par réponses, par le sieur
Royllet Expert Juré Ecrivain, à Paris rue
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haiter qu'il fût entre les mains de tous les
jeunes gens, & qu on en adop: ât généra-
lement les principes. M. Royllet joint à
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zéle digne des plus grands éloges; sa ca-
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Province, de pouvoir montrer suivant ses
principes, il leur donne des démonstrations
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huit heures. Toutes ces operations se font
rélativement à la méthode que M. Royllet
a imaginée pour l'Ecole Militaire.
Fermer
3171
p. 143-144
« ALMANACH de Normandie pour l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils. [...] »
Début :
ALMANACH de Normandie pour l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils. [...]
Mots clefs :
Almanach, Normandie, Rouen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH de Normandie pour l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils. [...] »
ALMANACH de Normandie pour
l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils.
Cet Almanach devient tous les jours plus
curieux; outre les choses communes à
144 MERCUREDE FRANCE.
presque tous les Almanachs, on trouve
dans celui que nous annonçons, une
infinité de particulatités utiles & intéres-
santes pour la Province à laquelle il est
destiné; comme la listedes Abbayes & Prieu-
rés, la demeure des Membres du Parle-
ment de Rouen, de la Chambre des
Comptes & les foires, les jours de poste,
les carosses & messageries, & mille au-
tres choses d'un usage très fréquent.
l'année 1752. A Rouen chez Besongne fils.
Cet Almanach devient tous les jours plus
curieux; outre les choses communes à
144 MERCUREDE FRANCE.
presque tous les Almanachs, on trouve
dans celui que nous annonçons, une
infinité de particulatités utiles & intéres-
santes pour la Province à laquelle il est
destiné; comme la listedes Abbayes & Prieu-
rés, la demeure des Membres du Parle-
ment de Rouen, de la Chambre des
Comptes & les foires, les jours de poste,
les carosses & messageries, & mille au-
tres choses d'un usage très fréquent.
Fermer
3172
p. 144
« TARIF des glaces de la Manufacture Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis [...] »
Début :
TARIF des glaces de la Manufacture Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis [...]
Mots clefs :
Tarif, Manufacture royale des glaces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TARIF des glaces de la Manufacture Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis [...] »
TARIF des glaces de la Manufacture
Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis
Notre-Dame. 1752.
Depuis l'établissement de la Manufactu-
re Royale des glaces en 1666, il a paru
plusieurs tarifs en chiffres rangés par colon-
nes, qui indiquent le prix de chaque gla-
ce, mais sans enseigner la maniere de sen
servir. L'Auteur du nouveau Tarif a sup-
pléé à ce qui avoit échappé aux autres.
Royale. A Paris chez C. P. Gueffier, Parvis
Notre-Dame. 1752.
Depuis l'établissement de la Manufactu-
re Royale des glaces en 1666, il a paru
plusieurs tarifs en chiffres rangés par colon-
nes, qui indiquent le prix de chaque gla-
ce, mais sans enseigner la maniere de sen
servir. L'Auteur du nouveau Tarif a sup-
pléé à ce qui avoit échappé aux autres.
Fermer
3173
p. 144-145
« LES parties de plaisirs de la Bourgeoisie, Almanach pour l'année 1752, dedié aux [...] »
Début :
LES parties de plaisirs de la Bourgeoisie, Almanach pour l'année 1752, dedié aux [...]
Mots clefs :
Almanach, Bourgeoisie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES parties de plaisirs de la Bourgeoisie, Almanach pour l'année 1752, dedié aux [...] »
LES parties de plaisirs de la Bourgeoisie,
Almanach pour l'année 1752, dedié aux
nouveaux mariés. A Paris chez Guyllain
Quai des Augustins, au lis d'or.
Cet Almanach contient 1°. les noms des
Acteurs & Actrices de l'Opera & des Co-
médies Italienne & Françoise, & la liste
des ouvrages les plus célêbres qu'on y re-
présente.
JANVIER.
1752.
145
présente. 2. une indicarion des choses
dignes d'être remarquées dans les Maisons
Royales, & des quartiers de Paris affec-
tés à certaines marchandises, ce qui est
commode pour les étrangers & les gens
de Province nouvellement arrivés à Pa-
ris. 3. Des Chansons sur des airs fort con-
nus dans les lieux où la Bourgeoisie fait
ordinairement ses parties de plaisit.
Almanach pour l'année 1752, dedié aux
nouveaux mariés. A Paris chez Guyllain
Quai des Augustins, au lis d'or.
Cet Almanach contient 1°. les noms des
Acteurs & Actrices de l'Opera & des Co-
médies Italienne & Françoise, & la liste
des ouvrages les plus célêbres qu'on y re-
présente.
JANVIER.
1752.
145
présente. 2. une indicarion des choses
dignes d'être remarquées dans les Maisons
Royales, & des quartiers de Paris affec-
tés à certaines marchandises, ce qui est
commode pour les étrangers & les gens
de Province nouvellement arrivés à Pa-
ris. 3. Des Chansons sur des airs fort con-
nus dans les lieux où la Bourgeoisie fait
ordinairement ses parties de plaisit.
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3174
p. 145
« LA VIE & les avantures du petit Pompée, histoire critique, traduite de l'Anglois [...] »
Début :
LA VIE & les avantures du petit Pompée, histoire critique, traduite de l'Anglois [...]
Mots clefs :
Pompée, Plaisanterie, Empire, Arabes
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texteReconnaissance textuelle : « LA VIE & les avantures du petit Pompée, histoire critique, traduite de l'Anglois [...] »
LA VIE & les avantures du petit Pompée,
histoire critique, traduite de l'Anglois
par M. Toussaint in- 12. 2 volumes. A
Londres, & se trouve à Paris chez David
jeune.
C'est une plaisanterie, mais c'est la plai-
santerie d'un Philosophe dont nous ren-
drons compte le mois prochain, aussi bien
que du livre qui suit.
Histoire des révolutions de l'Empire des
Arabes, par M. l'Abbé de Marigny, to-
me troisième & quatrième. A Paris chez
Gissey, Bordelet & Ganean. 1751.
histoire critique, traduite de l'Anglois
par M. Toussaint in- 12. 2 volumes. A
Londres, & se trouve à Paris chez David
jeune.
C'est une plaisanterie, mais c'est la plai-
santerie d'un Philosophe dont nous ren-
drons compte le mois prochain, aussi bien
que du livre qui suit.
Histoire des révolutions de l'Empire des
Arabes, par M. l'Abbé de Marigny, to-
me troisième & quatrième. A Paris chez
Gissey, Bordelet & Ganean. 1751.
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3175
p. 145-153
« LETTRES de M. l'Abbé de *** à ses éleves, pour servir d'introduction à [...] »
Début :
LETTRES de M. l'Abbé de *** à ses éleves, pour servir d'introduction à [...]
Mots clefs :
Sens littéral, Écritures saintes, Double sens, Église, Verbe, Jésus-Christ, Prophétie, Prophéties, Corps, Termes
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES de M. l'Abbé de *** à ses éleves, pour servir d'introduction à [...] »
LETTRES de M. l'Abbé de *** à
ses éleves, pour servir d'introduction à
l'intelligence des divines écritures, &
principalement des livtes prophetiques,
rélativement à la langue originale. Tom
premier, à Paris chez Colombat. 1751.
Un ouvrage qui n'a d'autre objet que
I.Vol.
gitized by GoC
146 MERCURE DEFRANCE.
celui de réveiller l'étude & l'amour des di-
vines écritures, doit être bien reçu.
L'Auteur, M. Villefroy, Abbé de l'Ab-
baye de Blasimont, Censeur Royal &
Sécretaire de S. A. S. M. le Duc d'Or-
léans, a commencé par donner des princi-
pes à ses élèves, & il leur coumunique
maintenant ses connoissances.
Dix Lettres écrites dans un style sim-
ple, mais qui n exclut ni le grand, ni le
sublime; lorsqu'ils sont nécessaires, for-
ment le Volume que nous annonçons.
La premiere Lettre peu susceptible
d'extrait, parce que tout y est essentiel,
contient les raisons qui ont occasioné
cet ouvrage; la route que l'Auteur s'est
frayée pour acquérir les connoissances qu'il
a communiquées à ses élèves; le nombre
des I.ivres Sacrés qu'ils ont traduit sous ses
yeux & le nom des langues Orientales aus-
quelles ils se sont appliqués.
Ensuite M. l'Abbé Villefroy leur fait
envisager les dissicultés, qu'ils ont à sur-
monter pour parvenir à l'intelligence du
texte original de l'Ecriture Sainte & pour
donner des versions sur l'Hébreu, plus intel.
ligibles & plus suivies que celles de plu-
sieurs modernes, qui n'ont pas rendu tou-
te cette admirable harmonie, qui fair une
partie du sublime des Livres Divins, &
JANVIER.
1752.
147
qui se rrouve dans l'original.
L'Auteur parle ensuite du double sem
litréral, il croit le trouver dans tontes les
prophéties qui regardent le corps de l'E-
glise avant l'incarnation du Verbe; il in-
sinue en meme-tems que tont ce qui s'est
passé concernant le Peuple de Dicu, de-
puis la publication des Oracles des Pro-
phetes, jusqu'à la naissance de Jesus-Christ,
est une prophétie de ce qui s'est passé réla-
tivement au corps entier de l'Eglise chré-
tienne, jusqu'à nos jours.
Aptès ce point de vuë, on apperçoit les
titres des 10 Lettres qui composent le
premier volume, & des 6 qui forme-
ront le deuxième, si le premier est bien
reçu.
Cette Lettre finit par un grand éloge du
sçavoir & de la sagacité de Saint Jérôme.
Les II, III, IV & V, Lettres sont
un précis de la conduite de Dieu sur les
hommes, en matiere de religion. On
voit dans l'étendue de 127 pages, un ta-
bleau qui représente une alternative con-
tinuelle de la justice & de la miféricorde
du Verbe sur les hommes: alternative
néanmoins où la clémence l'emporte fur la
sevérité; ce précis est vif & instructif. Il faut
lire, & même méditer la IV. I ettre; l'his-
toire qu'elle contiem sert de base au sem
Gij
148 MERCUREDEFRANCE.
littéral, accompli depuis la publication
des Propheties, jusqu'à la naissance du
Verbe incarné; pendant que la cinquiéme
Lettre renferme les faits sur lesquels por-
te un deuxième sens littéral & historique
accompli dans Jesus-Christ, & dans le
corps entier de sou Eglise.
La sixiéme Lettre, propre seulement à
ceux qui cherchent la vraie ptononciation
des Lettres Hebraiques, contient les carac-
téres de cette langue, dont le son & la
valeur sont exprimés, non selon l'opinion
des Rabbins, mais d'après Origêne qui
nous a laissé le premier chapitre Hébreu
de la Genèse, transcrit en caractéres Gręcs.
L'Auteur s'appuie aussi sur les noms propres
rendus par le Grec, la Vulgate & quelques
Versions Orientales. Cette Lettre finit par
les régles que l'Auteur donne à ses Eleves,
pour transcrire l'Hébreu en caractéres Fran-
çois, de maniere à ne rien perdre de la
prononciation & du son que les consou-
nes & les points voyelles ont dans l'origi-
nal. Ressource assez utile pour des trans-
criptions de longue haleine.
La septième Lettre est employée toute en-
tiere à établit le double sens littéral dont
nous venons de parler.
L'Auteur commence par déclarer après
S. Thomas, que le sens littéral n'est autre
JANVIER. 1752.
149
que le sens historique, & il le distingne
exactement du sens spirituel, que ce S.
Docteur divise en tropologique ou mo-
ral, allégorique ou figuré, & anogo-
gique, ou sens qui regarde l'éternité.
L'Auteur donne des idées nettes de ces
trois sortes de sens spirituels, afin qu'on
ne les confonde pas avec le sens littéral,
qui est le seul dont on puisse tirer un argu-
ment. Ex quo solo, dit Saint Thomas, po-
test trahi argumenium.
Le mélange de ces sens avec le sens lit-
téral, fait un mauvais effet dans les com-
mentaires, puisqu'en expliquant quelques
versets dans le sens littéral, & les suivans
dans le sens spirituel, on rompt l'harmo-
nie qui se trouve dans les écrits des Pro-
phetes: or quand cette harmonie est rom-
pue, comment suivre le fil, je ne dis pas
seulement du double sens littéral, mais.
même du premier sens historique? On peut
lire à ce sujet ce qui est marqué depuis
le milieu de la page 220, jusqu'à la page
223.
Au milieu de la page 223, l'Auteur ap-
porte la raison qui lui fait admettre un dou-
ble sens littéral dans toutes les prophéties
qui regardent le corps entier de l'Eglise
avant la naissance du Messie. Cette raison
est fondée sur la conduite du Verbe en
G iij
150 MERCURE DEFRANCE.
matiere de religion, qui est la même dans
l'Eglise chrétienne, que celle qu'il a te-
nue dans l'Eglise qui précéda l'incarnation.
L'Auteur fait ensuite un parallele de cette
double conduite, auquel nous croyons
qu'il est difficile de se refuser.
De là il passe à l'utilité qui résulte de ce-
double sens littéral.
Le premiet avantage qu'on en retire est
de défendre l'Ecritute, & surtout les li-
vtes prophétiques, des reproches & des
insultes des Déistes, qui faute d'entendre
le sens de la Vulgate, d'après l'original
Hébreu, ne trouvent aucune harmonie
de discours dans les livres saints. On peut
lire les objections de ces incrédules & la
réponse qu'on y fait. Elles commencent à
la page 235 & finissent à la page 241.
L'Auteur se promet un deuxième avan-
tage dans la découvetre du double sens
littéral. En effet, dès que l'on fera voir à
un Juif raisonnable, que le Messie, rejetté
& crucifié par ses Peres, est prédit avec
son Eglise, par le même texte & par les
mêmes expressions qui caractérisent l'E-
glise du Verbe avant son incarnation,
que peut répondre alors cet ennemi du
Christianisme? ne verra t'il pas que ces
termes peignent également l'étât de l'E-
glise avant Jesus-Christ & celui de l'Eglise
Chrétienne?
JANVIER. 1752.
151
Les huitième & neuvième Lettres sont
employées à faire voir que le double sens
littéral se trouve dans la prophétie con-
tenue dans les Chapitres 58 & 59 d'Isaie.
On peut voir à la lecture de cette version
& des notes Françoises qui la suivent,
que la découverte du double sens littéral,
n est pas si difficile, que l'on pense, pout
un homme qui sçait manier la langue Ori-
ginale & qui connoit tonte la valeur des
termes énigmatiques. Qui croiroit que
ces deux Chapitres d'Isaie, que Vatable
a pris pour une piéce de morale, for-
ment depuis le commencement jusqu'à la
fin une Prophétie des plus intéressantes,
où le fil du double sens littéral est suivi
partout sans la plus légere interruption ?
On remarque une faute considérable d'im-
pression dans la version de cette prophétie
page 283 ligne 12, au lieu de celui que, il
fant lire, celui-ci qui.
VI. La dixième Lettre finit ce volu-
me; son objet est de prouver que si l'Au-
teur admet un double sens littéral dans
beaucoup de prophéties, il ne s'ensuit
pas quil prétende le trouver par tout;
puisqu'il y a des Oracles où Jesus- Christ
est l'unique point de vuë du Prophéte.
C'est donc pour démontrer cette vérité,
qu'il a choisi le Pscaume huirième dont
G uii
a
152 MERCUREDE FRANCE.
il attribue le sens littéral à Jesus-Christ,
exclusivement à tout autre objet. Les com-
mentateurs ne voyent, dans ce Pleaume,
que les versets 3 & 6 qui conviennent à
Jesus-Christ; mais l'Auteur soutient que
tous les versets & toutes ies expressions de
cette Poësie, appartiennent au Verbe in-
carné, quoiqu'on ait imaginé que le corps
du Pseaume regarde l'homme en géné-
ral.
La version soit Latine, soit Françoise
de cette prophétie, est précédée de cinqe
observations, la premiere tend à prouver
que le raisonnement fait par Saint Paul
Hibr. II. 56, &c. ne permet pas de
reconnoitre dans cette Poësie sacréc, d'au-
tre objet que J. C.
La deuxième observation examine co
Pseaume selon les régles de la Grammaire,
suivant lesquelles on essaye de rendre sen-
sible la liaison qui se trouve entre tous les
versers qui composent cette prophetie.
Dans la troisième on examine la signifi-
cation donnée par l'Ancien Testament aux
termes énigmatiques, Cieur, Lune, Etoi-
les.
La quatrième explique en quel sens
les prophéties ont pris les termes énigma-
tiques de Brebis, de Beuf, Anmaux
des champs, Oiseavx du ciel, Poissous &
Mers.
tized by Goo-
JANVIER. 1752.
153
La cinquième justifie les significations
des termes précédens, par l'autorité du
Nouveau Testament, qui, sur leur va-
leur, est parfaitement d'accord avec l'An-
cien.
Ces observations sont suivies d'une tra-
duction Latine, & Françoise, & accompa-
gnees de petites notes qui renvoient aux
marques qui précédent. On verra dans ce
Ps. une harmonie & une noblesse d'expres-
sion bien rare dans les versions de cette
espéce.
Ces Lettres sont le fruit d'une longue
étude; on y trouve des réfléxions très
solides & des vues dignes d'être approfon-
dies. Le style en est clair & naturel; tout
est neuf dans ce grand travail & rien ce-
pendant n'y respire la nouveauté.
ses éleves, pour servir d'introduction à
l'intelligence des divines écritures, &
principalement des livtes prophetiques,
rélativement à la langue originale. Tom
premier, à Paris chez Colombat. 1751.
Un ouvrage qui n'a d'autre objet que
I.Vol.
gitized by GoC
146 MERCURE DEFRANCE.
celui de réveiller l'étude & l'amour des di-
vines écritures, doit être bien reçu.
L'Auteur, M. Villefroy, Abbé de l'Ab-
baye de Blasimont, Censeur Royal &
Sécretaire de S. A. S. M. le Duc d'Or-
léans, a commencé par donner des princi-
pes à ses élèves, & il leur coumunique
maintenant ses connoissances.
Dix Lettres écrites dans un style sim-
ple, mais qui n exclut ni le grand, ni le
sublime; lorsqu'ils sont nécessaires, for-
ment le Volume que nous annonçons.
La premiere Lettre peu susceptible
d'extrait, parce que tout y est essentiel,
contient les raisons qui ont occasioné
cet ouvrage; la route que l'Auteur s'est
frayée pour acquérir les connoissances qu'il
a communiquées à ses élèves; le nombre
des I.ivres Sacrés qu'ils ont traduit sous ses
yeux & le nom des langues Orientales aus-
quelles ils se sont appliqués.
Ensuite M. l'Abbé Villefroy leur fait
envisager les dissicultés, qu'ils ont à sur-
monter pour parvenir à l'intelligence du
texte original de l'Ecriture Sainte & pour
donner des versions sur l'Hébreu, plus intel.
ligibles & plus suivies que celles de plu-
sieurs modernes, qui n'ont pas rendu tou-
te cette admirable harmonie, qui fair une
partie du sublime des Livres Divins, &
JANVIER.
1752.
147
qui se rrouve dans l'original.
L'Auteur parle ensuite du double sem
litréral, il croit le trouver dans tontes les
prophéties qui regardent le corps de l'E-
glise avant l'incarnation du Verbe; il in-
sinue en meme-tems que tont ce qui s'est
passé concernant le Peuple de Dicu, de-
puis la publication des Oracles des Pro-
phetes, jusqu'à la naissance de Jesus-Christ,
est une prophétie de ce qui s'est passé réla-
tivement au corps entier de l'Eglise chré-
tienne, jusqu'à nos jours.
Aptès ce point de vuë, on apperçoit les
titres des 10 Lettres qui composent le
premier volume, & des 6 qui forme-
ront le deuxième, si le premier est bien
reçu.
Cette Lettre finit par un grand éloge du
sçavoir & de la sagacité de Saint Jérôme.
Les II, III, IV & V, Lettres sont
un précis de la conduite de Dieu sur les
hommes, en matiere de religion. On
voit dans l'étendue de 127 pages, un ta-
bleau qui représente une alternative con-
tinuelle de la justice & de la miféricorde
du Verbe sur les hommes: alternative
néanmoins où la clémence l'emporte fur la
sevérité; ce précis est vif & instructif. Il faut
lire, & même méditer la IV. I ettre; l'his-
toire qu'elle contiem sert de base au sem
Gij
148 MERCUREDEFRANCE.
littéral, accompli depuis la publication
des Propheties, jusqu'à la naissance du
Verbe incarné; pendant que la cinquiéme
Lettre renferme les faits sur lesquels por-
te un deuxième sens littéral & historique
accompli dans Jesus-Christ, & dans le
corps entier de sou Eglise.
La sixiéme Lettre, propre seulement à
ceux qui cherchent la vraie ptononciation
des Lettres Hebraiques, contient les carac-
téres de cette langue, dont le son & la
valeur sont exprimés, non selon l'opinion
des Rabbins, mais d'après Origêne qui
nous a laissé le premier chapitre Hébreu
de la Genèse, transcrit en caractéres Gręcs.
L'Auteur s'appuie aussi sur les noms propres
rendus par le Grec, la Vulgate & quelques
Versions Orientales. Cette Lettre finit par
les régles que l'Auteur donne à ses Eleves,
pour transcrire l'Hébreu en caractéres Fran-
çois, de maniere à ne rien perdre de la
prononciation & du son que les consou-
nes & les points voyelles ont dans l'origi-
nal. Ressource assez utile pour des trans-
criptions de longue haleine.
La septième Lettre est employée toute en-
tiere à établit le double sens littéral dont
nous venons de parler.
L'Auteur commence par déclarer après
S. Thomas, que le sens littéral n'est autre
JANVIER. 1752.
149
que le sens historique, & il le distingne
exactement du sens spirituel, que ce S.
Docteur divise en tropologique ou mo-
ral, allégorique ou figuré, & anogo-
gique, ou sens qui regarde l'éternité.
L'Auteur donne des idées nettes de ces
trois sortes de sens spirituels, afin qu'on
ne les confonde pas avec le sens littéral,
qui est le seul dont on puisse tirer un argu-
ment. Ex quo solo, dit Saint Thomas, po-
test trahi argumenium.
Le mélange de ces sens avec le sens lit-
téral, fait un mauvais effet dans les com-
mentaires, puisqu'en expliquant quelques
versets dans le sens littéral, & les suivans
dans le sens spirituel, on rompt l'harmo-
nie qui se trouve dans les écrits des Pro-
phetes: or quand cette harmonie est rom-
pue, comment suivre le fil, je ne dis pas
seulement du double sens littéral, mais.
même du premier sens historique? On peut
lire à ce sujet ce qui est marqué depuis
le milieu de la page 220, jusqu'à la page
223.
Au milieu de la page 223, l'Auteur ap-
porte la raison qui lui fait admettre un dou-
ble sens littéral dans toutes les prophéties
qui regardent le corps entier de l'Eglise
avant la naissance du Messie. Cette raison
est fondée sur la conduite du Verbe en
G iij
150 MERCURE DEFRANCE.
matiere de religion, qui est la même dans
l'Eglise chrétienne, que celle qu'il a te-
nue dans l'Eglise qui précéda l'incarnation.
L'Auteur fait ensuite un parallele de cette
double conduite, auquel nous croyons
qu'il est difficile de se refuser.
De là il passe à l'utilité qui résulte de ce-
double sens littéral.
Le premiet avantage qu'on en retire est
de défendre l'Ecritute, & surtout les li-
vtes prophétiques, des reproches & des
insultes des Déistes, qui faute d'entendre
le sens de la Vulgate, d'après l'original
Hébreu, ne trouvent aucune harmonie
de discours dans les livres saints. On peut
lire les objections de ces incrédules & la
réponse qu'on y fait. Elles commencent à
la page 235 & finissent à la page 241.
L'Auteur se promet un deuxième avan-
tage dans la découvetre du double sens
littéral. En effet, dès que l'on fera voir à
un Juif raisonnable, que le Messie, rejetté
& crucifié par ses Peres, est prédit avec
son Eglise, par le même texte & par les
mêmes expressions qui caractérisent l'E-
glise du Verbe avant son incarnation,
que peut répondre alors cet ennemi du
Christianisme? ne verra t'il pas que ces
termes peignent également l'étât de l'E-
glise avant Jesus-Christ & celui de l'Eglise
Chrétienne?
JANVIER. 1752.
151
Les huitième & neuvième Lettres sont
employées à faire voir que le double sens
littéral se trouve dans la prophétie con-
tenue dans les Chapitres 58 & 59 d'Isaie.
On peut voir à la lecture de cette version
& des notes Françoises qui la suivent,
que la découverte du double sens littéral,
n est pas si difficile, que l'on pense, pout
un homme qui sçait manier la langue Ori-
ginale & qui connoit tonte la valeur des
termes énigmatiques. Qui croiroit que
ces deux Chapitres d'Isaie, que Vatable
a pris pour une piéce de morale, for-
ment depuis le commencement jusqu'à la
fin une Prophétie des plus intéressantes,
où le fil du double sens littéral est suivi
partout sans la plus légere interruption ?
On remarque une faute considérable d'im-
pression dans la version de cette prophétie
page 283 ligne 12, au lieu de celui que, il
fant lire, celui-ci qui.
VI. La dixième Lettre finit ce volu-
me; son objet est de prouver que si l'Au-
teur admet un double sens littéral dans
beaucoup de prophéties, il ne s'ensuit
pas quil prétende le trouver par tout;
puisqu'il y a des Oracles où Jesus- Christ
est l'unique point de vuë du Prophéte.
C'est donc pour démontrer cette vérité,
qu'il a choisi le Pscaume huirième dont
G uii
a
152 MERCUREDE FRANCE.
il attribue le sens littéral à Jesus-Christ,
exclusivement à tout autre objet. Les com-
mentateurs ne voyent, dans ce Pleaume,
que les versets 3 & 6 qui conviennent à
Jesus-Christ; mais l'Auteur soutient que
tous les versets & toutes ies expressions de
cette Poësie, appartiennent au Verbe in-
carné, quoiqu'on ait imaginé que le corps
du Pseaume regarde l'homme en géné-
ral.
La version soit Latine, soit Françoise
de cette prophétie, est précédée de cinqe
observations, la premiere tend à prouver
que le raisonnement fait par Saint Paul
Hibr. II. 56, &c. ne permet pas de
reconnoitre dans cette Poësie sacréc, d'au-
tre objet que J. C.
La deuxième observation examine co
Pseaume selon les régles de la Grammaire,
suivant lesquelles on essaye de rendre sen-
sible la liaison qui se trouve entre tous les
versers qui composent cette prophetie.
Dans la troisième on examine la signifi-
cation donnée par l'Ancien Testament aux
termes énigmatiques, Cieur, Lune, Etoi-
les.
La quatrième explique en quel sens
les prophéties ont pris les termes énigma-
tiques de Brebis, de Beuf, Anmaux
des champs, Oiseavx du ciel, Poissous &
Mers.
tized by Goo-
JANVIER. 1752.
153
La cinquième justifie les significations
des termes précédens, par l'autorité du
Nouveau Testament, qui, sur leur va-
leur, est parfaitement d'accord avec l'An-
cien.
Ces observations sont suivies d'une tra-
duction Latine, & Françoise, & accompa-
gnees de petites notes qui renvoient aux
marques qui précédent. On verra dans ce
Ps. une harmonie & une noblesse d'expres-
sion bien rare dans les versions de cette
espéce.
Ces Lettres sont le fruit d'une longue
étude; on y trouve des réfléxions très
solides & des vues dignes d'être approfon-
dies. Le style en est clair & naturel; tout
est neuf dans ce grand travail & rien ce-
pendant n'y respire la nouveauté.
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3176
p. 154-155
ECLAIRCISSEMENT Sur le Mémoire de M. Maraldi, dont l'extrait se trouve dans le deuxiéme Mercure de Décembre.
Début :
Il semble qu'on a voulu jetter des doutes sur la longitude du Cap de Bonne-Espérance, [...]
Mots clefs :
Éclipse, Lune, Marseille, Nuages, Maraldi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ECLAIRCISSEMENT Sur le Mémoire de M. Maraldi, dont l'extrait se trouve dans le deuxiéme Mercure de Décembre.
ECLAIRCISSEMENT
Sur le Mémoire de M. Maraldi, dont l'extrait
se trouve dans le deuxiéme Mercure
de Décembre.
Il semble qu'on a voulu jetter des doutes
sur la longitude du Cap de Bonne-Espérance,
déterminée par le moyen de
l'éclipse de lune du 9 Juin au matin de
Pannée derniere 1751, observée au Cap
par M. l'Abbé de la Caille, & comparée
aux observations qui en ont été faites à
Marseille & à Turin, puisqu'on a avancé
dans le premier tome du Mercure du mois
de Décembre derniet, qu'il y a près de 4
minutes de difference dans le commencement de
l'é. lipse observe (en reduisant au méridien de
Paris) à Marseille & à Turin. Mais où a
t'on pris le commencement de cet te éclip-
se observée à Marseille? M. Maraldi qui
s'est servi de l'observation faite à Mat seille
par le Pere Pezenas Jésuite, n'en connoit
pas d'autre, & assure que ce Pere n'a pas
observé le commencement de cette éclipse,
parce que le Ciel étoit couyert de nuages,
il est en état de le prouver pat la relation
de cette observation envoyée à M. de l'Iste
by God
JANVIER. 1752.
155
& communiquée à l'Académie des Scien-
ces avant les vacances, & par une copie du
Journal des observations du Pere Pezenas,
écrite de sa main, & envoyée à M. Rou-
lier, Ministre & Secrétaite d'Etat. Voici
ce qu'on lit dans ce Journal.
8 Juin. Le soir, nuages.
9 Juin éclipse de lune. Elle ne paroissoit
pas commencée à 12 heures 26.
On voyoit cependant une espece
de pénombre, que l'on ne pouvoit
pas distinguer des nuages.
A I heure 16 minutes, plus de la moi-
tié de la lune parut éclipsée.
Sur le Mémoire de M. Maraldi, dont l'extrait
se trouve dans le deuxiéme Mercure
de Décembre.
Il semble qu'on a voulu jetter des doutes
sur la longitude du Cap de Bonne-Espérance,
déterminée par le moyen de
l'éclipse de lune du 9 Juin au matin de
Pannée derniere 1751, observée au Cap
par M. l'Abbé de la Caille, & comparée
aux observations qui en ont été faites à
Marseille & à Turin, puisqu'on a avancé
dans le premier tome du Mercure du mois
de Décembre derniet, qu'il y a près de 4
minutes de difference dans le commencement de
l'é. lipse observe (en reduisant au méridien de
Paris) à Marseille & à Turin. Mais où a
t'on pris le commencement de cet te éclip-
se observée à Marseille? M. Maraldi qui
s'est servi de l'observation faite à Mat seille
par le Pere Pezenas Jésuite, n'en connoit
pas d'autre, & assure que ce Pere n'a pas
observé le commencement de cette éclipse,
parce que le Ciel étoit couyert de nuages,
il est en état de le prouver pat la relation
de cette observation envoyée à M. de l'Iste
by God
JANVIER. 1752.
155
& communiquée à l'Académie des Scien-
ces avant les vacances, & par une copie du
Journal des observations du Pere Pezenas,
écrite de sa main, & envoyée à M. Rou-
lier, Ministre & Secrétaite d'Etat. Voici
ce qu'on lit dans ce Journal.
8 Juin. Le soir, nuages.
9 Juin éclipse de lune. Elle ne paroissoit
pas commencée à 12 heures 26.
On voyoit cependant une espece
de pénombre, que l'on ne pouvoit
pas distinguer des nuages.
A I heure 16 minutes, plus de la moi-
tié de la lune parut éclipsée.
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3177
p. 156
« DICTIONNAIRE apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...] »
Début :
DICTIONNAIRE apostolique à l'usage de Messieurs les Curés des Villes & [...]
Mots clefs :
Dictionnaire apostolique, Curés, Prêcher
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DICTIONNAIRE apostolique à l'usage
de Messieurs les Curés des Villes &
de la campagne, & de tous ceux qui se
destinent à la chaire. Par le Pere Hyacinthe
de Montargon, Augustin de la Place des
Victoires, Prédicateur du Roi, Aumonier
du Roi de Pologne, Duc de Loraine &
de Bar. APris chez la veuve Littin &
Butard, & ch. z l'Auteur, 1751, tome pre-
mier; gros in 89.
Nous rendrons compte le mois pro-
chain de cette entreprise utile à tous ceux
qui prêchent, & nécessaire à la plupart.
de Messieurs les Curés des Villes &
de la campagne, & de tous ceux qui se
destinent à la chaire. Par le Pere Hyacinthe
de Montargon, Augustin de la Place des
Victoires, Prédicateur du Roi, Aumonier
du Roi de Pologne, Duc de Loraine &
de Bar. APris chez la veuve Littin &
Butard, & ch. z l'Auteur, 1751, tome pre-
mier; gros in 89.
Nous rendrons compte le mois pro-
chain de cette entreprise utile à tous ceux
qui prêchent, & nécessaire à la plupart.
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3178
p. 156-157
« EPHEMERIDES cosmographiques, où le cours aparent & réel du soleil & des [...] »
Début :
EPHEMERIDES cosmographiques, où le cours aparent & réel du soleil & des [...]
Mots clefs :
Éphémérides, Astronomie physique
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texteReconnaissance textuelle : « EPHEMERIDES cosmographiques, où le cours aparent & réel du soleil & des [...] »
EPHEMERIDES cosmographiques,
où le cours aparent & réel du soleil & des
planeres est représenté par des planches
d'après les calculs & régles astronomiques
pour l'année 1752. avec d'importantes ob-
servations sur la Cosmographie, l'Astro-
nomie Phisique, & l'Histoire naturelle qui
forment une suite à celles des Ephéméri-
des en tables & en figures de 1750 &
1751.
Le titre de l'ouvrage en fait connoître
le but & l'utilité: c'est le fruit du travail
& des réflexions d'un homme de qualité
qui fait servir ses études à l'honneur de la
religion, & aux progrès de l'Astronomie
JANVIER. 1752.
157
& de la Phisique. Nous invitons nos Lec-
teurs à voir sur tout dans le livre que
nous annonçons, deux chapitres fort cu-
rieux; le premier traite de l'antorité des
vérités révélées en Phisique, & le deuxié-
me, de la liaison de la Philosophie mo-
der ne avec la Théologie.
où le cours aparent & réel du soleil & des
planeres est représenté par des planches
d'après les calculs & régles astronomiques
pour l'année 1752. avec d'importantes ob-
servations sur la Cosmographie, l'Astro-
nomie Phisique, & l'Histoire naturelle qui
forment une suite à celles des Ephéméri-
des en tables & en figures de 1750 &
1751.
Le titre de l'ouvrage en fait connoître
le but & l'utilité: c'est le fruit du travail
& des réflexions d'un homme de qualité
qui fait servir ses études à l'honneur de la
religion, & aux progrès de l'Astronomie
JANVIER. 1752.
157
& de la Phisique. Nous invitons nos Lec-
teurs à voir sur tout dans le livre que
nous annonçons, deux chapitres fort cu-
rieux; le premier traite de l'antorité des
vérités révélées en Phisique, & le deuxié-
me, de la liaison de la Philosophie mo-
der ne avec la Théologie.
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3179
p. 157-158
Livres nouvellement arrivés chez Briasson, Libraire rue Saint Jacques à Paris.
Début :
CONSTANTINI Porphyrogeneti, Imp. C. P. de Ceremoniis aulae Bysantinae, prodeunt [...]
Mots clefs :
Byzantine, Templiers, Politique, Tranquilliser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livres nouvellement arrivés chez Briasson, Libraire rue Saint Jacques à Paris.
Livres nouvellement arrivés chez Briasson,
Libraire rue Saint Jacques à Paris.
CONSTANTINI Porphyrogeneti,
Imp. C. P. de Ceremoniis aulae Bysantinae,
prodeunt nunc primum, fol. G.,
& c. Lat. Cum notis, Lipsiæ 1751.
Ce livre important est une suite néces-
saire au bean recueil des Historiens qu on
nomme laBysantine. Il est imprimé avec un
très-grand soin & sur du très beau papier.
Histoire de l'Ordre des Templiers, par
Dupuy, nouvelle édition avec les preu-
ves, & des notes, in 4. fig. Bruss. 1751.
La réimpression de cet ouvrage qui est
aujourd'hui cher & rare, doic faire un
vrai plaisir aux amateurs de l'Histoire.
Ludwig. (Gott.) terrae musaei regii & ter-
rarum sigillarum fige. fol. fig. Lypsiæ. 748.
Sendelii (nath.) Historia succinorum
corpora aliena involventium fol. fig. Lip-
siæe 1742.
138 MERCURE DEFRANCE
La véritable politique des Gens de qua-
lité in- 12 Ital. & fr. Strasbourg. 1752.
Mémoires de l'Accadémie Royale des
Sciences de Berlin, année 1740. in 4° fig.
Berlin 1751.
L'Art de se tranquiliser dans tous les
événemens de la vie, trad. du Latin de
Sarraza. in-8°. Strasbourg 1752.
Libraire rue Saint Jacques à Paris.
CONSTANTINI Porphyrogeneti,
Imp. C. P. de Ceremoniis aulae Bysantinae,
prodeunt nunc primum, fol. G.,
& c. Lat. Cum notis, Lipsiæ 1751.
Ce livre important est une suite néces-
saire au bean recueil des Historiens qu on
nomme laBysantine. Il est imprimé avec un
très-grand soin & sur du très beau papier.
Histoire de l'Ordre des Templiers, par
Dupuy, nouvelle édition avec les preu-
ves, & des notes, in 4. fig. Bruss. 1751.
La réimpression de cet ouvrage qui est
aujourd'hui cher & rare, doic faire un
vrai plaisir aux amateurs de l'Histoire.
Ludwig. (Gott.) terrae musaei regii & ter-
rarum sigillarum fige. fol. fig. Lypsiæ. 748.
Sendelii (nath.) Historia succinorum
corpora aliena involventium fol. fig. Lip-
siæe 1742.
138 MERCURE DEFRANCE
La véritable politique des Gens de qua-
lité in- 12 Ital. & fr. Strasbourg. 1752.
Mémoires de l'Accadémie Royale des
Sciences de Berlin, année 1740. in 4° fig.
Berlin 1751.
L'Art de se tranquiliser dans tous les
événemens de la vie, trad. du Latin de
Sarraza. in-8°. Strasbourg 1752.
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3180
p. 158-160
PRIX Proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1753.
Début :
L'Académie Royale de Chirurgie, désirant contribuer au progrès de cet [...]
Mots clefs :
Académie royale de chirurgie, Prix, Médaille, Mémoire, Marque distinctive
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX Proposé par l'Académie Royale de Chirurgie, pour l'année 1753.
PRIX
Proposé par l'Académie Royale de Chirurgie,
pour l'année 1753.
L'Académie Royale de Chirurgie, désirant
contribuer au progrès de cet
Art & à l'utilité publique, propose pour
le Prix de l'Année 1753. la Question sui-
vante:
Le Feu ou Cautere actuel n'a-t' il pas été
trop employé par les Anciens, & trop négligé
par les Modernes? En quels cas ce moyen doit-
il être preferé aux autres pour la Cure des
Maladies Chirurgicales, & quelles sont les
raisons de préférence?
Ceux qui travailleront sur ce sujet au-
JANVIER. 1752. 159
ront soin d'appuyer leur doctrine sur l'ex-
périence & sur l'Observation, & de com-
muniquer le Manuel particulier qu'ils au-
xont suivi.
Ils sont priés d'écrite en François, ou
en Latin; & d'avoir attention que leurs
Ecrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leurs Memoires une
marque distinctive, comme Sentence,
Devise, Paraphe ou Signature; & cette
marque sera couverte d'un papier collé,
ou cacheté, qui ne fera levé qu' en cas que
la Piéce ait remporté le Prix.
Ils adresseront leurs Ouvrages, francs
de port, à M. Morand, Sécrétaire perpé-
tuel de l'Açadémie Royale de Chirurgie,
à Paris; ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes personnes de quelque qualité
& pays qu elles soient, pourtont aspirer
au Prix; on n'excepte que les Membres
de l'Académie.
Le prix est une Médaille d'or de la va-
leur de cinq cens livres, fondé par Mon-
hieut de LAPERONIB, qui sera donnée à
celui qui, au jugement de l'Académie,
aura fait le meilleur Mémoire sur le sujet
proposé.
La Médaille sera délivrée à l'Auteur
même qui se fera connoîitre, ou au Por-
Iitzed by Goo
160 MERCUREDEFRANCE.
teur d'une procuration de sa part; l'un ou
l'autre représentant la marque distinctive,
& une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages seront reçus jusqu'au der-
nier jour de Janvier 1753. inclusivement,
& l'Académie, à son Assemblée publique
qui se tiendra le jeudi d'après la quinzaine
de Pâques, proclamera la piéce qui aura
remporté le Prix.
Proposé par l'Académie Royale de Chirurgie,
pour l'année 1753.
L'Académie Royale de Chirurgie, désirant
contribuer au progrès de cet
Art & à l'utilité publique, propose pour
le Prix de l'Année 1753. la Question sui-
vante:
Le Feu ou Cautere actuel n'a-t' il pas été
trop employé par les Anciens, & trop négligé
par les Modernes? En quels cas ce moyen doit-
il être preferé aux autres pour la Cure des
Maladies Chirurgicales, & quelles sont les
raisons de préférence?
Ceux qui travailleront sur ce sujet au-
JANVIER. 1752. 159
ront soin d'appuyer leur doctrine sur l'ex-
périence & sur l'Observation, & de com-
muniquer le Manuel particulier qu'ils au-
xont suivi.
Ils sont priés d'écrite en François, ou
en Latin; & d'avoir attention que leurs
Ecrits soient fort lisibles.
Ils mettront à leurs Memoires une
marque distinctive, comme Sentence,
Devise, Paraphe ou Signature; & cette
marque sera couverte d'un papier collé,
ou cacheté, qui ne fera levé qu' en cas que
la Piéce ait remporté le Prix.
Ils adresseront leurs Ouvrages, francs
de port, à M. Morand, Sécrétaire perpé-
tuel de l'Açadémie Royale de Chirurgie,
à Paris; ou les lui feront remettre entre
les mains.
Toutes personnes de quelque qualité
& pays qu elles soient, pourtont aspirer
au Prix; on n'excepte que les Membres
de l'Académie.
Le prix est une Médaille d'or de la va-
leur de cinq cens livres, fondé par Mon-
hieut de LAPERONIB, qui sera donnée à
celui qui, au jugement de l'Académie,
aura fait le meilleur Mémoire sur le sujet
proposé.
La Médaille sera délivrée à l'Auteur
même qui se fera connoîitre, ou au Por-
Iitzed by Goo
160 MERCUREDEFRANCE.
teur d'une procuration de sa part; l'un ou
l'autre représentant la marque distinctive,
& une copie nette du Mémoire.
Les Ouvrages seront reçus jusqu'au der-
nier jour de Janvier 1753. inclusivement,
& l'Académie, à son Assemblée publique
qui se tiendra le jeudi d'après la quinzaine
de Pâques, proclamera la piéce qui aura
remporté le Prix.
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3181
p. 160-173
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Début :
Je renonce au nom de Philaetius, qui pour être Grec ne m'en a pas moins [...]
Mots clefs :
Mode, Harmonie, Mélodie, Troisième mode, Sons, Accord, Sens, Idées, Supposition, Charles-Henri de Blainville, Musique, Rapport, Gamme, Mode, Peintre
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texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la supposition d'un troisiéme mode en Musique, pour servir de réponse à l'observation de M. de Blainville, insérée dans le Mercure du mois de Novembre dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature & en émail de LL. MM. Imp.
Réflexions sur la supposition d'un troisiéme
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
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262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
171
sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
mode en Musique, pour servir de réponse
à l'observation de M. de Blainville, insérée
dans le Mercure du mois de Novembre
dernier. Par M. Serre, Peintre en Mignature
& en émail de LL. MM. Imp.
Je renonce au nom de Philaetius, qui
pour être Grec ne m'en a pas moins
rendu un mauvais office dans l'esprit de
M. B. Je voulois m'annoncer pour un
homme qui aime à connoître les causes
des choses, & en particulier celles du plai-
sir musical: malheureusement ce mot si-
gnifie aussi un ami de la chicane: M. B.
la entendu en ce dernier sens, l'a pris
pour un nom de guerre, & m'a suppose
JANVIER. 1752. . 161
en conséquence l'odieux dessein de nuire
: la fortune du troisième mode. Il est vrai
que la découverte d'un nouveau mode,
distinct du majeur & du mineur ma paru
sujette à quelques difficultés, que j'ai crû
pouvoir proposer sans desobliger M. de
Blainville. Quand on cherche la vérité,
on aime les objections raisonnables bien
plus qu'on ne les craint; j'ai crû que les
miennes étoient de ce genre. M. B. pen-
soit-il qu'on ne devoit parler du nouveau
mode que pour le felicitet de sa décou-
verte? Mais je dois avertir pour éviret
toute équivoque, que par M. B. je n'en-
tends pas tout-à- fait M. de Blainville; on
m assure que le style de l'observation ne res-
semble pas assez à celui dont elle porte le
nom, & quon n'y reconnoît pas toute sa
douceur, ni toute sa politesse; M. B. ne
doit donc passer ici pour M. de Blainvil-
le, qu'autant que celui ci ressemble à
l'Auteur de cet Ecrit.
Ce qui me fâche, c'est que M. B. me
met dans la nécessité d'attaquer quelques
idées, qui sont certainement de M. de
Blainville, dont j'estime le mérite & les
talens; je puis même l'assurer que j'ai en-
tendu sa symphonie avec des dispositions
aussi favorables, & peut-être avec autant
de plaisir qu aucun de ses amis.
gitized by Goo
262 MERCUREDE FRANCE.
A l'égard du mode d'é-si mi naturel,
ou pour mieux dire d'é-la-mi, puisque la
quarte y domine plus que la quinte, je
lui voulois tout le bien possible, comme
ayant beaucoup de rapport à mes idées;
& j'eusse été charmé que M. B. eût réussi
à lever les difficultés que je concevois
dans la supposition d'un troisième mode:
mais par malheur ces difficultés subsistent
encore, malgré la publication de l'Essai
sur un troisième mode, & malgrè l'observa-
tion à laquelle, je réponds, moins pour la
refuter que pour développer ce qu'il y a
de vrai dans les idées de M. B. & le dé-
gager du nebuleux, dont l'inexactitude de
sa dialectique me paroît l'obscurcir.
Il est aisé de s'assurer quę des divers
sons qui sont contenus dans les deux mo-
des naturels d'ut & de la, ut & mi sont
ceux qui ont le plus de rapport harmoni-
que avec les autres, ut dans le mode ma-
jeur, & mi dans le miueur: on peut donc
dire avec vérité, que dans ce mode-ci ce
n'est pas la tonique la, mais la quinte mi
qui en est comme l'ame ou le centre har-
monique, surtout si les fa & sol diezes
sont compris dans le nombre des sons de
ce mode auquel ils sont nécessaires, s'ils ne
lui sont pas essentiels. Le son mi est donc
dans un sens vrai le principal son du mode
yG
JANVIER. 1751. 163
mineut, comme ut l'est dans le majeur:
or la disposition la plus naturelle d'une
gamme, c'est d'en atranger les sons dia-
toniquement, en commençant par le princi-
pal son, pat celui qui est le plus relatif aux
autres, dont il doit faciliter l'intonation:
il suit de-là que les deux gammes les plus
naturelles, sont d'un côté ut, re, mi, fa,
sol, la, si, ut; & de l'autre mi, fa, sol,
la, si, ut, re, mi.
Ces deux échelles diatoniques sont
exactement inverses l'une de l'autre dans
le sens indiqué pat Philærius. Selon M. B.
il seroit plus naturel de penser que ces
deux gammes ne different, que parce que
l'une commence par la troisième note de
l'autre: mais il seroit aisé de prouver le
peu d'exactitude de cette pensée, & de
démontrer que le re de la seconde gamme
n'est point à l'unisson du re de la premie-
re, qu'il est essentiellement plus bas d'un
comma. Si dans la théorie de M. B. les
commas sont des minuties, ils ne passent
pas pour tels dans la mienne: je fuis trop
convaincu qu'en fait de succession har-
monique, le sentiment de l'oreille ne céde
en finesse à aucun calcul, quelque puisse
être l'indulgence de ce merveilleux or-
gane à l'égard de la précision de l'exécu-
tion. On pardonne au Sculpteur & au
264 MERCUREDE FRANCE:
Peintre de prendre une artére. pour une
veine, mais non pas à l'Anatomiste. Quoi-
qu'il en soit de l'importanee de certe dis-
tinction, M. B. peut s'appercevoir que je
sens aussi-bien que lui tout le mérite de
mi & de sa gamme; je pense même que les
Grecs, qui faute de connoître l'harmonie
proprement dite, rapportoient tout à la
mélodie, ont pû, & même dû regarder
cette gamme, comme la plus naturelle &
la plus susceptible du chromatique qui
dérive des differens emplois que l'harmo-
nic assigne à la nota mi, plus qu'à toute
autre: se conçois donc, que si nous étions
encore aussi novices en fait d'harmonie
que l'étoient les Grecs, l'idée des modes
seroit uniquement relarive à la mélodie
& nous serions en droit de regatder le
mode d'é-la mi, comme un mode aussi
légirime que celui d'ut & de la; mais avec
cette difference qu'il y auroit entre le mo-
de de mi, & celui de la un rapport inti-
mne, &. qu'ils seroient dans le cas de ne
differer que par le choix de son initial,
qui dans un cas setoit mi, & dans l'autre
la.
Ces considérations peuvent sussire pour
engager M. B. à présumer que j'ai fait
quelques reflexions sur la mélodie en gé-
néral, & sur celle des Grecs en particu-
JANVIER. 1751.
165
lier; quoique je sois bien éloigné d'être
parvenu à cette theorie suivie & exacte du
chant Gtec qu il annonce comme digne
de notre attention.
Mais si mes idées s'accordent en gros
assez bien avec ce que nous connoissons
de la pratique des Anciens; si ma théorie
découvre ce qu'il y a de vrai dans celle de
M. B. & qui lui est suggéré par une oteille
qui sent toute l'énergie des chænts; elle ne
s'accorde malheureusement pas si bien avec
les flatteuses conséquences qu'en tire sa
Logique.
Quelque considérable que soit le rôle
de mi dans l'harmonie aussi-bien que dans
la mélodie, je ne puis en conclure que
cette note doive passer pour la tonique
d'un nouveau mode, d'un mode distinct
du majeut & du mineur. On reconnoît un
mode à ses cordes essentielles. C'est à M.
B. à nous indiquer celles du troisième mo-
de, s'il veut nous aider à en faire la dis-
tinction: qest aussi sans doute ce qu'il fait
lorsqu'il nous dit, que ce mode passe de læ
ionique à sa quatrieme, dela à la sixiemme &
à son octave: d'où il est aisé de conclure
que les cordes essentielles du nouveau mo-
de doivent être ces quatre, ou plutôt ces
trois notes mi, la, ut, mi; c'est-à-dire,
ginasbO
166 MER CURE DEFRANCE.
precisément les mêmes que celles du mode
mineur d'a-mi-la.
Il étoit naturel d'ouvrir la Symphonie
dans le nouveau mode par l'accord propre
& caracteristique du mode mi, la, ut, mi
mais cette méthode trop naturelle ne fai-
soit pas le compte de l'inventeur d'un
troisiéme mode; l'idenuité fâcheuse de cer
accord avec celui du mode mineur, des
deux modes n'en eût fait qu'un. M. B. en
homme prudent fait taire un accord aussi
indiscret, il a recours à un des deux expé-
diens conjecturez par Philetius, & prend
le parti de débuter par un accord mutilé
& ambigu qu'il emprunte de l'harmonie
voisine; c est à l'aide de cette substitution,
de cette économie harmonique que M. B.
nous introduit dans le prétendu nouveau
mode en nous faisant passer par la porte
entr'ouverte d'un vieux mode attenant.
Quelque mérite qu'il y ait eu à-imagi-
ner un expédient dont la musique de nos
ancêtres, fournit assez d'exemples, il ny
a rien dans ce tour d'harmonie & encore
moins dans le reste de la simphonie qui
indique un nouveau mode. Si M. B. qui
entend si bien les termes de l'art, eût
exactement défini les mots de mode & de
modulation, il auroit pu comprendre que
yGoo
JANVIER. 1752.
167.
tout ce qu'il allégue pour établir la réalite
d'un troisième mode ne prouve que celle
d'une modulation équivoque plus ancien-
ne que nouvelle, & la possibilité de com-
poser une agréable simpnonie en s'écartant
à quelques égards de la regularité de la
pratique inoderne. Il en est de la compo-
sition musicale comme de la composition
dramatique ou pittoresque; on peut y
réussit sans en observer scrpuleusement
toutes les regles: les unes sont des loix,
les autres ne sont que des conseils.
Le génie excuse l'irrégularité, mais ne
la consacre pas. La même theorie qui de-
montre les privileges de mi, surtout dans
le mode mineut, prouve aussi qu en fait
d'harmonie cette note porte toujours sur
ut ou sur la, qui en sont la base naturelle
& sondamentale, & qu'elle n'a jamais elle-
même cette qualité que dans les modes
transposez. Que la mélodie dicte un chant,
un sujet qui cominence & finisse par mi;
c'est ce qu'elle est bien en droit de faire
mais c'est à l'harmonie, & nullement à la
melodie d'en prescrire la vraie base. M.
B. est fort raisonnable là dessus, il recon-
noit ingénument que l'harmonie n est
point favorable à la supposition d'un troi-
iême mode; aussi ce mode a-t. il la pru-
dence de la récuser pour Juge, il ne vent
O
168 MERCURE DEFRANCE.
etre decide que par la melodie, dit M. B.
c'est à lui à prouver que le nouvęau mode
a droit d'en appeller du tribunal de l'har-
monie à celui de la mélodie, d'un tribu-
nal supérieur à un tribunal inférieur; M.
B. fait bien mieux, il nie cette superiorité,
la melodie, dit-il, a bien plus de force sur
l'oreille que l'harmonie. Foible ressource
s'il est vrai que la force de la mélodie soit
dérivée de celle de l'harmonie; les sons
musicaux sont en quelque sorte les fruiis
de l'harmonie; la mélodie ne fait que
cueillir ceux qui se trouvent à sa bienséan-
ce, & comme sous sa main, mais elle no
les produit pas.
A suivre la méthode de M. B. toute no-
te qui peut commencer & terminer un
chant, aura droit de s'ériger en note to-
nique d'un mode mélodique; le mode
majeur d'ut nous en procurera trois de ce
genre, ut, mi, sol, & le mineut de la,
tout autant la, ut, mi; puisque ces six
sons suivent chacun une route mélodique
particuliere plus ou moins differente de
celle des autres; il ne s'agira que de se-
couer le joug de l'harmonie, qui prétend
les enchaîner & les renfermer dans les
deux seuls modes qu'elle reconnoît.
M. B. me reproche, avec quelque rai-
son, d'avoir donné au nouveau mode
ane
ues OO
JANVIER. 1752.
169
une dénomination qui lui paroît louche,
celle de semi-mineur, semi, en terme de l'Art,
c'est M. B. qui parle, veut dire moindre de
moitié, on dit semiton, &c. Il fait tout de
suite les conjectures les plus agréables sur
ce que j'ai pu prétendre par cette épithé-
te, comme si je n'en eusse pas dit le mot.
Pour profiter des leçons de M. B. sur les
termes de l'Art, je dois lui dire qu'il n'a
fait qu'une semi-lecture de l'endroit qu'il
critique, je l'y renvoye. Je le prie aussi
de corriger Brossard, qui dans son Dic-
tionnaire explique les anciens mots tech-
niques semidiapason, semidiapente, de façon
à faire croire qu'il n entend pas mieux que
moi le vrai sens du mot semi.
A propos de louche, si le troisième mo-
de l'etoit lui- même, ce setoit bien pis:
l'épithéte de mixte, que j'approuve fort,
pourroit avec raison paroitre contradic-
toire à celle du troisiéine, & les antago-
nistes du nouveau mode pourroient bien
s'en prévaloir au préjudice de sa nou-
veaute.
J'ai dit que le mode semi-mineur d'e-
la-mi, n'étoit que le mode majeur exacte-
ment renversé. Quelle idée ! s'écrie M. B.
Je vois bien qu'il ne donne pas dans le
Conte des Antipodes. Il n'a point com-
ptis le renversement exact du mode ma-
H
1. Vol.
gines
170 MERCURE DEFRANCE.
jeur, & moins encore l'idée de le pren-
dre pour principe; c'est donc une chimére
indigne de sa Critique. Il nappartient
qu'à un Don Quichotte de s'armer contre
des phantômes; mais ce Héros burlesque
étoit aussi un intrépide défenseur de la
gloire de sa chére Dulcinée, Princesse
équivoque pour laquelle beaucoup d'hon-
nêtes gens n'avoient pas tous les égards
dûs à sa Principauté. Dans ce monde cha-
cun a sa marotte; je serai redevable à M.
B. & à tout autre honnête homme qui
m'éclairera sur la mienne. Je suis fâché de
ne pouvoir entrer présentement dans l'ex-
plication des idées que Philætius a proposé
un peu laconiquement dans sa Lettre; je
tâcherai de le faire dans une occasion plus
favorable. Il est vrai que je ne pensois
pas que ce qu'il en dit, dut être une énigme
aussi obscure pour un Musicien Théoriste;
je n'imaginois pas qu'on pût être bien
scavant en Musique, si l'on ignoroit la
place des tons majeurs & mineurs, & si
Ton supposoit par exemple, que la se-
conde note du mode mineur est d'un ten
mineur; cette supposition de M. B. se
trouve à la vérité très conforme à ce que
nous enscigne l'Essai sur un troisième mode
de l'origine des gammes; mais elle nen
est pas plus juste. M. B. aura remarqué
JANVIER. 1752.
171
sans doute, pour revenir à une comparai-
son dont il m'a occasionné l'idée, que
le Sculpteur & le Peintre doivent être un
peu Anatomistes, & scavoir beaucoup
d'Osteologie & de Myologie, mais qu'on
les dispense du reste, c'est-à-dire, de tout
ce que l'Anatomie & la Physiologie ne
découvrent dans le corps humain qu'à
l'aide du scalpel, du miscroscope & du
raisonnement: mais je ne sçai s'il a assez
senti la difference qu'il y a entre la prati-
que de la composition musicale & la théo-
rie de cet Art: je doute qu'il ait compris
quelle dose de Geométrie, de Physique
& de Métaphysique doit accompagner la
connoissance de la pratique pour en par-
ler en Théoriste; je doute qu'il ait une
juste idée de cet esprit de recherche, d'ana-
lyse & de combinaison que la Philoso-
phie donne à peine à ses partisans, si la
Nature n en a fait les premiers frais, &
sans lequel cependant les connoissances
que je viens de nommer ne menent pas
bien loin dans le merveilleux labyrinte de
l'oreille. Il ne s'agit cependant pour s'a-
rienter dans tous les tours & detours de
ce labyrinte acoustique, que de faisir le
vrai fil de l'harmonie, que de découvrit
la véritable route de la succession fonda-
mentale. Cette route doit être à mon sens
Hij
EOO
172 MERCURE DE FRANCE.
si naturelle & si analogue à ce que nous
connoissons de la nature & du rapport
des sons, qu'il sera également impossible
aux Théoristes & aux Praticiens de la mé-
connoître, dès qu'on la leur indiquera
clairement: en attendant je les invite à
réflechir sur la proposition suivante.
L'accord parfait porte seul sur un seul
son fondamental, mais tout accord dis-
sonnant s'appuye sur un double fonde-
ment, sur deux sons fondamentaux.
Ce principe bien enteudu conduit à un
systême fort simple de base ou de succes-
sion fondamentale, & par ce moyen
fraye le chemin à une théorie de l'harmo-
nie qui céponde toujours également au
sentiment de l'oreille & à la précision du
calcul. C'est ce que je tâcherai de démon-
trer lorsqu'il en sera question.
Une théorie astronomique, qui sous
prétexte d'une plus grande simplicité ne
reconnoîtroit dans la terre qu'un mouve-
ment, le mouvement diurne par exem-
ple, seroit très défectueuse & très-infé-
rieure à la théorie qui en admet deux, le
mouvement diurne, & le mouvement an-
nuel.
On tâcheroit vainement d'expliquer le
flux & reflux de la mer par la seule action
de la Luve, à l'exclusion de celle du Soleil.
JANVIER. 1752. 173
Il me paroît également difficile de
donner une théorie exacte de l'harmonie,
en ne reconnoissant qu'un seul son fonda-
mental pour chaque accord dissonant.
Envain prétendroit-on renchérir sur la
simplicité de la nature. Ce n' est pas l'unité
ou le très petit nombre de principes, c'est
la certitude & la juste application de ceux
qui existent réellement, qui forment les
bonnes théories. C'est à l'inobservation
de cette maxime qu'on doit, ce me sem-
ble, attribuer l'imperfection & l'obscurité
des systêmes théoriques de musique qui
ont patu jusqu' à présent, malgré les efforts
louables des grands hommes qui ont tra-
vaillé en ce genre.
Fermer
3182
p. 173-174
« Il paroît depuis peu une Estampe, gravée à l'occasion des mariages que la Ville [...] »
Début :
Il paroît depuis peu une Estampe, gravée à l'occasion des mariages que la Ville [...]
Mots clefs :
Estampe, Coeurs, Symbole, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il paroît depuis peu une Estampe, gravée à l'occasion des mariages que la Ville [...] »
Il paroît depuis peu une Estampe, gravée
à l'occasion des mariages que la Ville
de Paris a dottés pour célébrer l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne: en voici l'idée. Cette Estampe
représente, sous un pavillon fleurdelisé,
une estrade couverte d'un rapis pareil, sur
lequel est le Duc de Bourgogne avec son
Cordon bleu, & sa Croix de l'Ordre du
Saint Esprit. Il y est en maillot (ayant
néanmoins les mains libres (assis sur des
oreillers, & environné de lys & de ra-
meaux d'olivier, qui forment au dessus de
Huj
es
174 MERCUREDEFRANCE.
sa tête une espêce de berceau. On l'y voit
occupé à unir des cœeurs, symbole des al-
liances, dont sa naissance est l'heureuse
époque. A ses côtés sont deux Anges qui
lui présentent les cœeurs à mesure quon
les unit. Devant lui deux petits Anges
tiennent un linge où sont trois couples de
coeurs déja unis, tandis que d'autres sont
occupés à en apporter au Prince. Au-des-
sus sur des nuages sont quelques têntes de
Cherubins, qui peuvent exvrimer avec
les autres Anges qui ornent le sujet, que
les Esprits célestes président à ces maria-
ges, & ratifient dans le Ciel les alliances
que la piété du Roi à fait contracter parmi
ses Sujets. Au dessus des têtes de Cheru-
bins est cette devise Latine; Regius infans
Regi, patri, sibi, Civitati aeternos parat
amicos. Le fond de l'Estampe est un Soleil
levant dans l'horison, symbole de la nais-
sance du Prince, qui continuera, comme
ses illustres ayeux, à faire le bonheur de
ses peuples.
Le dessein de cette Estampe est de M.
Cochin, fils, le premier Artiste de l'Europe
en son genre. Elle a été fort agréablement
rendue par M. J. Tardieu, dont le talent
est fort connu. Ces deux Graveurs sont de
l'Académie.
à l'occasion des mariages que la Ville
de Paris a dottés pour célébrer l'heureuse
Naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne: en voici l'idée. Cette Estampe
représente, sous un pavillon fleurdelisé,
une estrade couverte d'un rapis pareil, sur
lequel est le Duc de Bourgogne avec son
Cordon bleu, & sa Croix de l'Ordre du
Saint Esprit. Il y est en maillot (ayant
néanmoins les mains libres (assis sur des
oreillers, & environné de lys & de ra-
meaux d'olivier, qui forment au dessus de
Huj
es
174 MERCUREDEFRANCE.
sa tête une espêce de berceau. On l'y voit
occupé à unir des cœeurs, symbole des al-
liances, dont sa naissance est l'heureuse
époque. A ses côtés sont deux Anges qui
lui présentent les cœeurs à mesure quon
les unit. Devant lui deux petits Anges
tiennent un linge où sont trois couples de
coeurs déja unis, tandis que d'autres sont
occupés à en apporter au Prince. Au-des-
sus sur des nuages sont quelques têntes de
Cherubins, qui peuvent exvrimer avec
les autres Anges qui ornent le sujet, que
les Esprits célestes président à ces maria-
ges, & ratifient dans le Ciel les alliances
que la piété du Roi à fait contracter parmi
ses Sujets. Au dessus des têtes de Cheru-
bins est cette devise Latine; Regius infans
Regi, patri, sibi, Civitati aeternos parat
amicos. Le fond de l'Estampe est un Soleil
levant dans l'horison, symbole de la nais-
sance du Prince, qui continuera, comme
ses illustres ayeux, à faire le bonheur de
ses peuples.
Le dessein de cette Estampe est de M.
Cochin, fils, le premier Artiste de l'Europe
en son genre. Elle a été fort agréablement
rendue par M. J. Tardieu, dont le talent
est fort connu. Ces deux Graveurs sont de
l'Académie.
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3183
p. 175
« La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...] »
Début :
La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Mars, Hélène-Louise Demars, Cantatilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Demoiselle de Mars qui na pas encore atteint sa quinziéme année, vient [...] »
La Demoiselle de Mars qui na pas encore
atteint sa quinziéme année, vient
de faire graver deux Cantatilles pour un
dessus & une basse de taille; les heureux
talens de cette jeune personne pour le
elavecin & pour la composition, font ef-
pérer qu'elle fuccedera à la réputation du
Sieur de Mars, son pere, si connu par son
habileté à toncher l'orgue & le clavecin.
Si ces cantatilles ont le bonheur de
plaire au public, la Demoifelle de Mars
en a quatre autres qu'elle fera graver in-
cessament.
atteint sa quinziéme année, vient
de faire graver deux Cantatilles pour un
dessus & une basse de taille; les heureux
talens de cette jeune personne pour le
elavecin & pour la composition, font ef-
pérer qu'elle fuccedera à la réputation du
Sieur de Mars, son pere, si connu par son
habileté à toncher l'orgue & le clavecin.
Si ces cantatilles ont le bonheur de
plaire au public, la Demoifelle de Mars
en a quatre autres qu'elle fera graver in-
cessament.
Fermer
3184
p. 175-176
LETTRE A l'Auteur du Mercure, du 20 Décembre.
Début :
Plusieurs personnes m'ayant demandé, Monsieur, une description de ma [...]
Mots clefs :
Description, Pendule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A l'Auteur du Mercure, du 20 Décembre.
LETTRE
A l'Auteur du Mercure, du 20 Décembre.
Plusieurs personnes m'ayant demandé,
Monsieur, une description de ma
nouvelle pendale à une rouë, que j'eus
l'honneur de présenter au Roi à Belle vue
le 20 d'Avril dernier; j'ai cru ne pouvoit
mieux les satisfaire, en attendant que le
traité que j'en ai fait, paroisse, * qu'en
vous priant d'insérer dans votre Journal;
*Dans ce traité j'expliquerai les avantages de
cette construction & les chongemens & additions
que j'ai cru y devoir faite pour la porter à la plus
grande perfection.
H iiij
276 MERCUREDEFRANCE.
la description de cet Ouvrage, telle que
je l'ai faite pour donner communication
au Sieur le Paute de ma découverte, &
telle qu'elle se trouve à la tête de l'acte
que je fis avec lui, & par lequel en conse-
quence de nos arrangemens, il se chargea
de les exécuter sous mes yeux. Le zéle
que vous témoignez, Monsieur, pour
tout ce qui peut intéresser les Arts, me
fait espérer que vous voudrez bien me ren-
dre ce service.
A l'Auteur du Mercure, du 20 Décembre.
Plusieurs personnes m'ayant demandé,
Monsieur, une description de ma
nouvelle pendale à une rouë, que j'eus
l'honneur de présenter au Roi à Belle vue
le 20 d'Avril dernier; j'ai cru ne pouvoit
mieux les satisfaire, en attendant que le
traité que j'en ai fait, paroisse, * qu'en
vous priant d'insérer dans votre Journal;
*Dans ce traité j'expliquerai les avantages de
cette construction & les chongemens & additions
que j'ai cru y devoir faite pour la porter à la plus
grande perfection.
H iiij
276 MERCUREDEFRANCE.
la description de cet Ouvrage, telle que
je l'ai faite pour donner communication
au Sieur le Paute de ma découverte, &
telle qu'elle se trouve à la tête de l'acte
que je fis avec lui, & par lequel en conse-
quence de nos arrangemens, il se chargea
de les exécuter sous mes yeux. Le zéle
que vous témoignez, Monsieur, pour
tout ce qui peut intéresser les Arts, me
fait espérer que vous voudrez bien me ren-
dre ce service.
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3185
p. 176-177
DESCRIPTION D'une nouvelle pendule inventée par Monsieur le Roi, l'aîné des fils de Monsieur Julien le Roy, Horloger du Roi.
Début :
Le mouvement de cette pendule n'a point de pignons, la Cage y est supprimée, il est [...]
Mots clefs :
Pendule, Mouvement, Roue, Moyen, Rateau, Oscillation, Frottements
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION D'une nouvelle pendule inventée par Monsieur le Roi, l'aîné des fils de Monsieur Julien le Roy, Horloger du Roi.
DESCRIPTION
D'une nouvelle pendule inventée par Monsieur
le Roi, l'aîné des fils de Monsieur Julien
le Roy, Horloger du Roi.
Le mouvement de cette pendule n'a point de
pignons, la Cage y est supprimée, il est
composé,
1°. D'une seule rouë de trente dents posées de
champ.
2. D'un échappement au moyen duquel cette
rouë pousse alternativement de dioite à gauche &
de gauche à droite, un rateau de 16 dents, fixé
sur la tige qui porte l'aiguille des secondes.
3°. De quatre espéces d'échelons fixés sur l'es-
fieu du Perdule, parallelement à ce même essieu,
lesquels lorsque le Pendule est en vibration, se
mouvant autour de son centre de mouvement,
JANVIER. 1752.
177
servent à susprendre le mouvement circulaire da
rateau, au moyen de quoi il ne s'en échappe qu'u-
te demi dent à la fois, c'est- à-dire, pour chaque
oscillation du Pendule.
Enfin de deux palettes attachées à ce Pendult,
par le moyen desquelles la roue restitue le mouve-
ment que le Pendule a pu perdre dans une minute,
effet qui s'opere lorsque la derniere dent du ra-
teau, parvenuë d'un côté, ou de l'autre au der-
nier échelon, échappée, & laisse par la la liberté
à la rouem de tourner en echappant de dessus les pa-
lettes de cet échapement. Il suit de là que le princi-
pal caractere de cette construction, est que la
roue ne restituë au Pendule, le mouvement qu'il
perd par les frottemens, & la résistapce de l'air
qu'après un, grand nombre de vibrations, au lien
que dans les constructions ordinaires, cette resti-
tution a licu à chaque vibration, d'où naît cet
avantage, qu'outre la grande liberté du régula-
teur par le peu d'action du rateau sur les échelona
on peut par cette construction diminuer considéra-
blement les êtres, les frottemens, & mille au-
tres inconvéniens qui en résultent, le moteur qui
dans les autres descend où se détend à chaque
oscillation, ne le faisant ici qu'après que le régu-
lateur en a fait un grand nombre.
D'une nouvelle pendule inventée par Monsieur
le Roi, l'aîné des fils de Monsieur Julien
le Roy, Horloger du Roi.
Le mouvement de cette pendule n'a point de
pignons, la Cage y est supprimée, il est
composé,
1°. D'une seule rouë de trente dents posées de
champ.
2. D'un échappement au moyen duquel cette
rouë pousse alternativement de dioite à gauche &
de gauche à droite, un rateau de 16 dents, fixé
sur la tige qui porte l'aiguille des secondes.
3°. De quatre espéces d'échelons fixés sur l'es-
fieu du Perdule, parallelement à ce même essieu,
lesquels lorsque le Pendule est en vibration, se
mouvant autour de son centre de mouvement,
JANVIER. 1752.
177
servent à susprendre le mouvement circulaire da
rateau, au moyen de quoi il ne s'en échappe qu'u-
te demi dent à la fois, c'est- à-dire, pour chaque
oscillation du Pendule.
Enfin de deux palettes attachées à ce Pendult,
par le moyen desquelles la roue restitue le mouve-
ment que le Pendule a pu perdre dans une minute,
effet qui s'opere lorsque la derniere dent du ra-
teau, parvenuë d'un côté, ou de l'autre au der-
nier échelon, échappée, & laisse par la la liberté
à la rouem de tourner en echappant de dessus les pa-
lettes de cet échapement. Il suit de là que le princi-
pal caractere de cette construction, est que la
roue ne restituë au Pendule, le mouvement qu'il
perd par les frottemens, & la résistapce de l'air
qu'après un, grand nombre de vibrations, au lien
que dans les constructions ordinaires, cette resti-
tution a licu à chaque vibration, d'où naît cet
avantage, qu'outre la grande liberté du régula-
teur par le peu d'action du rateau sur les échelona
on peut par cette construction diminuer considéra-
blement les êtres, les frottemens, & mille au-
tres inconvéniens qui en résultent, le moteur qui
dans les autres descend où se détend à chaque
oscillation, ne le faisant ici qu'après que le régu-
lateur en a fait un grand nombre.
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3186
p. 182-183
« L'Académie Royale de Musique continue les Dimanches, & les Vendredis les réprésentations [...] »
Début :
L'Académie Royale de Musique continue les Dimanches, & les Vendredis les réprésentations [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Gouverneur, Notaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale de Musique continue les Dimanches, & les Vendredis les réprésentations [...] »
L'Académie Royale de Musique continue les
Dimanches, & les Vendredis les réprésentations
d'Acante & Cephise, & les Mardis & les Jeu-
dis, de l'Acte de la Vûe, d'Eglé & de Pigmalion.
Les Comédiens François ont donné Lundi 20
Décembre la premiere réprésentation d'une Tra-
gédie nouvelle intitulée Vorron. Cette piéce réussit
be aucoup par un grand intérêt de curiosité, & des-
situations très-théatrales.
Les Comédiens Italiens ont donné Jeudi neuf
Décembre une piéce nourelse en trois actes &
en prose, intitulée le Gouverneur. Cette nou-
veauté, qui est de M. le Chevalier de la Morliere
a été jouee six fois.
Les mêmes Comédiens avoient donné le pre-
mier du mois un ballet nouveau de M. Dehesse,
intitulé, les nôces Bergamasques, dont voici l'idée.
Deux familles dans chacune desquelles il y a six
garçons & six filles, & dont l'une a pour chef un
vieux Atlequin; & l'autre une vieille Scapine,
cherchent a s'unir ensemble Le projet est d'abord
de ne marier que les deux aînés; mais les autres
monrrent tant de goût pour le mariage qu'on les
méne tous chez le Notaire, où on les unit; & de
là tout le monde se rend à la guinguerte: Après
que le Notaire a danse seul avec la joie que lui
inspirent naturellement tous ces mariages, le théâ-
tre qui representoit un village, change & offre une
tertasse ornée de tables couvortes de differens
JANVIER.
1752.
183
mets Après qu'un nombre prodigieux de gens st
sont placés dans des ballustrades, les uns comme
Spectateurs & les autres comme Musiciens, les
nouveaux mariés paroissent autour de la table
principale dans differentes attitudes. Les Arlequins,
& les Arlequines descendent de la terrasse, &
viennent former entr'eux un ballet od l'on dé-
couvre plusieurs grouppos daus des attitudes ca-
racteristiques. Les Scapins & les Scapines se joi-
gnent au ballet. Après une entrée generale M. La-
riviere en Arlequin, & Mlle Camille en Arlequine
executent un pas de deun. La contredanse part en-
suite, & tout le monde remonte sur la terrasse
pour y piller ce qui reste sur la table. Le divertisse-
ment finit par l'air du Vaudeville dont les paroles-
sont: Allez vous en gens de la nonce, Allez. vous en
chatun chez veus.
Dimanches, & les Vendredis les réprésentations
d'Acante & Cephise, & les Mardis & les Jeu-
dis, de l'Acte de la Vûe, d'Eglé & de Pigmalion.
Les Comédiens François ont donné Lundi 20
Décembre la premiere réprésentation d'une Tra-
gédie nouvelle intitulée Vorron. Cette piéce réussit
be aucoup par un grand intérêt de curiosité, & des-
situations très-théatrales.
Les Comédiens Italiens ont donné Jeudi neuf
Décembre une piéce nourelse en trois actes &
en prose, intitulée le Gouverneur. Cette nou-
veauté, qui est de M. le Chevalier de la Morliere
a été jouee six fois.
Les mêmes Comédiens avoient donné le pre-
mier du mois un ballet nouveau de M. Dehesse,
intitulé, les nôces Bergamasques, dont voici l'idée.
Deux familles dans chacune desquelles il y a six
garçons & six filles, & dont l'une a pour chef un
vieux Atlequin; & l'autre une vieille Scapine,
cherchent a s'unir ensemble Le projet est d'abord
de ne marier que les deux aînés; mais les autres
monrrent tant de goût pour le mariage qu'on les
méne tous chez le Notaire, où on les unit; & de
là tout le monde se rend à la guinguerte: Après
que le Notaire a danse seul avec la joie que lui
inspirent naturellement tous ces mariages, le théâ-
tre qui representoit un village, change & offre une
tertasse ornée de tables couvortes de differens
JANVIER.
1752.
183
mets Après qu'un nombre prodigieux de gens st
sont placés dans des ballustrades, les uns comme
Spectateurs & les autres comme Musiciens, les
nouveaux mariés paroissent autour de la table
principale dans differentes attitudes. Les Arlequins,
& les Arlequines descendent de la terrasse, &
viennent former entr'eux un ballet od l'on dé-
couvre plusieurs grouppos daus des attitudes ca-
racteristiques. Les Scapins & les Scapines se joi-
gnent au ballet. Après une entrée generale M. La-
riviere en Arlequin, & Mlle Camille en Arlequine
executent un pas de deun. La contredanse part en-
suite, & tout le monde remonte sur la terrasse
pour y piller ce qui reste sur la table. Le divertisse-
ment finit par l'air du Vaudeville dont les paroles-
sont: Allez vous en gens de la nonce, Allez. vous en
chatun chez veus.
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3187
p. 182-183
Représentations faites à la Cour, par les Comediens François.
Début :
Le Mardi 23 Novembre, La surprise de l'Amour, & l'Avocat patelin. [...]
Mots clefs :
Crispin, Valet
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texteReconnaissance textuelle : Représentations faites à la Cour, par les Comediens François.
Représentations faites à la Cour, par les
Comediens Erançois.
Le Mardi 23 Novembre, La surprise de l'Amour,
& l'Avocat patelin.
Le Jeudi 23. Phedre & Hippolyte, & Crispin-
rival de son maître.
Le seudi 2 Décembre, Andromaque, & le
dédit.
Le mardi 7. Le Valet, maltre & valet, & les
Padeurs.
Le Jeudi 9 Britannicus, & le triple mariage.
Le Mardi 14. Le préjugé à la mode, & Crispin
bel Esprit
Le Jeudi 16. Polieucte, & la nouveauté.
Le Jendi 23. Pytthus, & Julie.
Comediens Erançois.
Le Mardi 23 Novembre, La surprise de l'Amour,
& l'Avocat patelin.
Le Jeudi 23. Phedre & Hippolyte, & Crispin-
rival de son maître.
Le seudi 2 Décembre, Andromaque, & le
dédit.
Le mardi 7. Le Valet, maltre & valet, & les
Padeurs.
Le Jeudi 9 Britannicus, & le triple mariage.
Le Mardi 14. Le préjugé à la mode, & Crispin
bel Esprit
Le Jeudi 16. Polieucte, & la nouveauté.
Le Jendi 23. Pytthus, & Julie.
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3188
p. 184
Représentations faites à la Cour par les Comediens Italiens.
Début :
Le 24 Novembre, Arlequin cru Prince, Comédie Italienne en cinq actes. [...]
Mots clefs :
Comédie italienne, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Représentations faites à la Cour par les Comediens Italiens.
Représentations faites à la Cour par les
Comediens Italiens.
Le 24 Novembre, Arlequin cru Prince, Comédie
Italienne en cinq actes.
Le premier Décembre, La précaution inutile,
Comédie Italienne en cinq actes,
Le 15. Arlequin persecute pat la Dame invisi-
ble.
Le 22. Arlequin Enfant, Statue & Perroquet.
Comediens Italiens.
Le 24 Novembre, Arlequin cru Prince, Comédie
Italienne en cinq actes.
Le premier Décembre, La précaution inutile,
Comédie Italienne en cinq actes,
Le 15. Arlequin persecute pat la Dame invisi-
ble.
Le 22. Arlequin Enfant, Statue & Perroquet.
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3189
p. 184
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le 8 Novembre, jour de la Conception, le Concert fut très-brillant, il commença par une [...]
Mots clefs :
Concert, Conception, Motet
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Le 8 Novembre, jour de la Conception, le
Concert fut très-brillant, il commença par une
belle simphonie dont nous ignorons l'Auteur. Le
Motet de M. Davesue Deus misereatur nostri, dont
nous avons parlé fort au long dans un des derniers
Mercures vint ensuite & sit plaisit. MM. Pla
fteres, Musiciens Espagnols, jouerent un Concerto
de Hautbois de leur composition: La premiete
sois qu'on les entendit on fut très content de leur
jeu : Le jour de la Conception on a été également
enchanté de la musique & de l'exécution: Le Di-
ligam te Domine, de M. Gilles est trop connu pout
que nous en parlions. M. Gavinies joua seul & très-
bien: Mlle Bourgeois, qui paroissoit pour la pre-
miere fois, chanta Usquequo Domine, petit Motet
de M. Mouret: on lui trouva du timbre, du volume
& du pathétique dans la voix, elle fut reçue avee
enthousiasme. Le Concert finit par Bonum est, Mo-
tet à grand Chœur de M. Mondonville. Tout Paris
a vû souvent, & reverra souvent encore ce grand
& sublime ouvrage.
Le 8 Novembre, jour de la Conception, le
Concert fut très-brillant, il commença par une
belle simphonie dont nous ignorons l'Auteur. Le
Motet de M. Davesue Deus misereatur nostri, dont
nous avons parlé fort au long dans un des derniers
Mercures vint ensuite & sit plaisit. MM. Pla
fteres, Musiciens Espagnols, jouerent un Concerto
de Hautbois de leur composition: La premiete
sois qu'on les entendit on fut très content de leur
jeu : Le jour de la Conception on a été également
enchanté de la musique & de l'exécution: Le Di-
ligam te Domine, de M. Gilles est trop connu pout
que nous en parlions. M. Gavinies joua seul & très-
bien: Mlle Bourgeois, qui paroissoit pour la pre-
miere fois, chanta Usquequo Domine, petit Motet
de M. Mouret: on lui trouva du timbre, du volume
& du pathétique dans la voix, elle fut reçue avee
enthousiasme. Le Concert finit par Bonum est, Mo-
tet à grand Chœur de M. Mondonville. Tout Paris
a vû souvent, & reverra souvent encore ce grand
& sublime ouvrage.
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3190
p. *185-185
Concerts à la Cour.
Début :
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont, [...]
Mots clefs :
Cour, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Concerts à la Cour.
Concerts à la Cour.
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes
Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont,
Chevalier de S. Michel, & Sur-Intendant
de la Musique de la Chambre du Roi, Paroles de
M. Fuselier.
Mlles Lalande, de Selles, Canavas, Chevalier,
& Sainte Reuse, MM. Benoît, Joguet, Besche,
Poirier & Chassé en ont chanté les 16les.
Le 11, 13 & 18, Décembre on chanta les Fêtes
Grecques & Romaines, Musique de M. de Blasmont,
Chevalier de S. Michel, & Sur-Intendant
de la Musique de la Chambre du Roi, Paroles de
M. Fuselier.
Mlles Lalande, de Selles, Canavas, Chevalier,
& Sainte Reuse, MM. Benoît, Joguet, Besche,
Poirier & Chassé en ont chanté les 16les.
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3191
p. 207-209
AVIS Touchant l'Histoire Romaine, depuis la fondation de Rome jusqu'à la bataille d'Actium ; commencée par M. Rollin, & continuée par M. Crevier, huit volumes, in-4 o. proposée par souscription. A Paris, chez la veuve Etienne & fils, rue Saint Jacques, & Desaint & Saillant, rue Saint Jean de Beauvais.
Début :
Au mois de Mars 1751, les Libraires, ci-dessus nommés, ont proposé par souscription [...]
Mots clefs :
Histoire romaine, Volumes, Conditions, Souscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS Touchant l'Histoire Romaine, depuis la fondation de Rome jusqu'à la bataille d'Actium ; commencée par M. Rollin, & continuée par M. Crevier, huit volumes, in-4 o. proposée par souscription. A Paris, chez la veuve Etienne & fils, rue Saint Jacques, & Desaint & Saillant, rue Saint Jean de Beauvais.
AVIS
Touchant l'Histoire Romaine, depuis la fondation
de Rome jusqu'à la bataille d'Actium ;
commencée par M. Rollin, &
continuée par M. Crevier, huit volumes,
in-4o. proposée par souscription. A Paris,
chez la veuve Etienne & fils, rue Saint
Jacques, & Desaint & Saillant, rue Saint
Jean de Beauvais.
Au mois de Mars 1751, les Libraires, ci-dessus
nommés, ont proposé par souscription
l'édition in-4. de l'Histoire Romaine de M. Rol-
lin, aux conditions d'en fournir les deux premiers
voluines dans le couraut de Novembre 1751; &
les autres tomes dans les tems indiqués.
La distribution devoit se faire chez la veuve
Etienne, & fils seulement, ainsi que le portent
les reconnoissances de souscription; & les deux
premiers volumes étant imprimés, la veuve Es-
tienne & fils avoient commencé à en délivrer
trois exemplaires le 22 Novembre 1751, & ils
devoient continuer, lorsqu'un incendie, survenu
dans leur magasin le 23 au matin a consumé, ou-
tre beaucoup d'autres Livres, l'édition entiere de
ces deux preiiers volumes, tant en grand qu'en
petit papier, & plus de la moitié du tome troi-
sième.
Ce funeste évenement remettant les Libraires
dans la même position où ils étoieût, lorsqu'ils
out commencé cette édition in-4°. au mois de
ed by Goog
208 MERCURE DE FRANCE.
Mars dernier, ils esperent que l'on ne trouvera
pas mauvais qu'ils prolongent jusqu'au premier
Juillet 1751, l'ouverture des souscriptions de
l'Histoire Romaine. Les conditions seront tou-
jours les mêmes, il n'y aura de changement que
par rapport aux termes qu'ils avoient fixés pour
remplir leurs engagemens. On va répéter ici ces
conditions, & désigner les tems ausquels on sera
en état de délivrer l'ouvrage proposé.
CONDITIONS.
L'Histoire Romaine, comme nous l'avions an-
noncée, sera imprimée en huit volumes in-4.
dont le prix en feuilles sera pour les Souscripteurs
de 48 liv. en petit papier, & 80 liv. en grand pa-
pier
En souscrivant, on payera pour le petit papier
18 liv. & pour le graud papier 30 liv.
En recevant les tomes I. & II. au premier Juil-
let 1752, 10 l. 20 l.
En recevant les tomes III. & IV. au premier
Novembre 1752. 10 l. 15. l.
En recevant les tomes V. & VI. au premier
Avril 1753. 10 l. 15. l.
En recevant les tomes VII. & VIII. au premier
Août 1753.
48 liv. 80 liv.
Les Souscripteurs sont priés de retiter les volu-
mes à mesure qu'ils paroîtront: & ils sont avertis,
que faute par eux de n'avoir pas retiré la totalité de
l'ouvrage dans le cours de l'année qui suivra la
livraison des deux derniers volumes, ils ne seront
plus admis à répétet les avances qu'ils auront fai-
tes. C'est une clause expreise des conditions pto-
pofées,
JANVIER. 1752.
209
Le prix en feuilles de cette Histoire, pour ceux
qui n'auront pas souscrit, sera de 68 liv. en petit
papiet, & de 120liv. en grand papier.
Touchant l'Histoire Romaine, depuis la fondation
de Rome jusqu'à la bataille d'Actium ;
commencée par M. Rollin, &
continuée par M. Crevier, huit volumes,
in-4o. proposée par souscription. A Paris,
chez la veuve Etienne & fils, rue Saint
Jacques, & Desaint & Saillant, rue Saint
Jean de Beauvais.
Au mois de Mars 1751, les Libraires, ci-dessus
nommés, ont proposé par souscription
l'édition in-4. de l'Histoire Romaine de M. Rol-
lin, aux conditions d'en fournir les deux premiers
voluines dans le couraut de Novembre 1751; &
les autres tomes dans les tems indiqués.
La distribution devoit se faire chez la veuve
Etienne, & fils seulement, ainsi que le portent
les reconnoissances de souscription; & les deux
premiers volumes étant imprimés, la veuve Es-
tienne & fils avoient commencé à en délivrer
trois exemplaires le 22 Novembre 1751, & ils
devoient continuer, lorsqu'un incendie, survenu
dans leur magasin le 23 au matin a consumé, ou-
tre beaucoup d'autres Livres, l'édition entiere de
ces deux preiiers volumes, tant en grand qu'en
petit papier, & plus de la moitié du tome troi-
sième.
Ce funeste évenement remettant les Libraires
dans la même position où ils étoieût, lorsqu'ils
out commencé cette édition in-4°. au mois de
ed by Goog
208 MERCURE DE FRANCE.
Mars dernier, ils esperent que l'on ne trouvera
pas mauvais qu'ils prolongent jusqu'au premier
Juillet 1751, l'ouverture des souscriptions de
l'Histoire Romaine. Les conditions seront tou-
jours les mêmes, il n'y aura de changement que
par rapport aux termes qu'ils avoient fixés pour
remplir leurs engagemens. On va répéter ici ces
conditions, & désigner les tems ausquels on sera
en état de délivrer l'ouvrage proposé.
CONDITIONS.
L'Histoire Romaine, comme nous l'avions an-
noncée, sera imprimée en huit volumes in-4.
dont le prix en feuilles sera pour les Souscripteurs
de 48 liv. en petit papier, & 80 liv. en grand pa-
pier
En souscrivant, on payera pour le petit papier
18 liv. & pour le graud papier 30 liv.
En recevant les tomes I. & II. au premier Juil-
let 1752, 10 l. 20 l.
En recevant les tomes III. & IV. au premier
Novembre 1752. 10 l. 15. l.
En recevant les tomes V. & VI. au premier
Avril 1753. 10 l. 15. l.
En recevant les tomes VII. & VIII. au premier
Août 1753.
48 liv. 80 liv.
Les Souscripteurs sont priés de retiter les volu-
mes à mesure qu'ils paroîtront: & ils sont avertis,
que faute par eux de n'avoir pas retiré la totalité de
l'ouvrage dans le cours de l'année qui suivra la
livraison des deux derniers volumes, ils ne seront
plus admis à répétet les avances qu'ils auront fai-
tes. C'est une clause expreise des conditions pto-
pofées,
JANVIER. 1752.
209
Le prix en feuilles de cette Histoire, pour ceux
qui n'auront pas souscrit, sera de 68 liv. en petit
papiet, & de 120liv. en grand papier.
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3191
AVIS Touchant l'Histoire Romaine, depuis la fondation de Rome jusqu'à la bataille d'Actium ; commencée par M. Rollin, & continuée par M. Crevier, huit volumes, in-4 o. proposée par souscription. A Paris, chez la veuve Etienne & fils, rue Saint Jacques, & Desaint & Saillant, rue Saint Jean de Beauvais.
3192
p. 209
Souscription pour l'Histoire des Empereurs, in-4.
Début :
Desaint & Saillant, continuent l'impression in-4 o . de l'Histoire des Empereurs, de M. Crevier, à [...]
Mots clefs :
Histoire des empereurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Souscription pour l'Histoire des Empereurs, in-4.
Souscription pour l'Histoire des Empereurs,
in-4.
Desaint & Saillant, continuent l'impression in-4o.
de l'Histoire des Empereurs, de M. Crevier, à
mesure que les in- 12. sont achevés. Les deux pre-
miers volumes paroissent; & le troifième se déli-
vrera au premier Avril 1752. Ceux qui voudront
profiter du bénéfice de la iouscription, seront en-
core reçus à souscrire jusqu'au premier juiiier
1752. Ils payeront chaque volume in-4. en feuil-
les, six livres; & en retirant les deux premiers
volumes ils payeront le troisième d'avance, &
ainsi les volumes suivans, ensorte qu'il ne restera
rien à payer pour le dernier.
in-4.
Desaint & Saillant, continuent l'impression in-4o.
de l'Histoire des Empereurs, de M. Crevier, à
mesure que les in- 12. sont achevés. Les deux pre-
miers volumes paroissent; & le troifième se déli-
vrera au premier Avril 1752. Ceux qui voudront
profiter du bénéfice de la iouscription, seront en-
core reçus à souscrire jusqu'au premier juiiier
1752. Ils payeront chaque volume in-4. en feuil-
les, six livres; & en retirant les deux premiers
volumes ils payeront le troisième d'avance, &
ainsi les volumes suivans, ensorte qu'il ne restera
rien à payer pour le dernier.
Fermer
3193
p. 209
Autre avis, sur les ouvrages de M. Rollin, déja imprimés in-4o.
Début :
La veuve Estienne & fils, continueront jusqu'au premier Juillet 1752, de donner les huit [...]
Mots clefs :
Charles Rollin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre avis, sur les ouvrages de M. Rollin, déja imprimés in-4o.
Autre avis, sur les ouvrages de M. Rollin,
déja imprimés in-4o.
La veuve Estienne & fils, continueront jusqu'au
premier Juillet 1752, de donner les huit
volumes des ouvrages de M. Rollin, déja impri-
més in 4°. sçavoir, le Traité des Etudes, en deux
volumes, & l'Histoite Ancienne, en six volumes,
au prix de quarante-huit livras pour le petit papier,
& quatre vingt livres pour le grand papier, aux
personnes seulement qui souscriront en même tems
pour l'Histoire Romaine.
déja imprimés in-4o.
La veuve Estienne & fils, continueront jusqu'au
premier Juillet 1752, de donner les huit
volumes des ouvrages de M. Rollin, déja impri-
més in 4°. sçavoir, le Traité des Etudes, en deux
volumes, & l'Histoite Ancienne, en six volumes,
au prix de quarante-huit livras pour le petit papier,
& quatre vingt livres pour le grand papier, aux
personnes seulement qui souscriront en même tems
pour l'Histoire Romaine.
Fermer
3194
p. 94-101
COMPLIMENTS Faits le 26 Septembre 1751, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par la députation des Dames de la Halle.
Début :
AU ROI. SIRE, les voeux de la France sont exaucés, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Espérances, Majesté, Félicité, Peuples, Délices, Allégresse, Voeux, Sujets
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texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENTS Faits le 26 Septembre 1751, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, par la députation des Dames de la Halle.
COMPLIMENTS
Faits le 26 Sepiembre 1751, à l'occasion
de la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par la députation des Dames
de la Halle.
AU ROI.
SIRE, les voeux de la France sont
exaucés, une éclatante Aurore nous
avoit annoncé le plus beau jour, il
vient de luire à nos yeux, & ses rayons
sont le terme & l'accomplissement de nos
plus douces espérances; jusqu'ici le ciel
nous laissoit encore des vœux à fotmer;
les succès étonnans & rapides de votre
Majesté, le nombre de ses conquêtes, sa
modération dans ses victoires, sa gran-
deur & sa générosité dans la paix, tant de
traits éclatans qui fourniront aux siécles à
venit moins de sujets d'admiration que
d'incrédulité, nont contribué à la gloire
de votre Majesté & à celle de la France. Il
étoit réservé à Monseigneur le Duc de
Bourgogne de mettre le comble à son bon-
heur, sa naissance assurant votre félicité
JANVIER. 1752.
95
devient la source & le garant de la nôtre.
Ce Prince sera ainsi que vous, Site, la
terteur de ses ennemis, le Pere de ses
peuples, l'arbitre & le modele des Rois
& Iadmiration de l'Univers; en mar-
chant sur vos traces, en suivant celles
de son auguste pere, il sera un jour la gloi-
te de la Nation, les delices de nos artie-
res-neveux & le bonheur de leurs en-
fans.
Quel avantage pour nous, Sire, dans
une occasion si chere, si précieuse à notre
amour, de pouvoir porter aux pieds de vo-
tre Majeste, la joye qui nous anime, &
les sentimens viss & respectueux qu'ellę
nous inspire !
ALAREINE.
MADAME, le Ciel occupé du
bonheur de votre Majesté, & de celui
de ses peuples, vient d'y mettre le comble
par la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne; pénétrées de lajoye vive & pu-
re que nous cause cet heureux événement,
nous osons la porter aux pieds de votre
Majesté, & la suplier d'en agréer le respec-
tueux témoignage. L'Europe entiere parta-
ge notre allegresse, & nous n'y mettons
d'autres bornes que celles de notre amour.
Tel est, Madame, le prix de vos vertus,
Dgsinad hiL0
96 MERCUREDEFRANCE.
le succès de nos voeux & l'accomplissement
de nos desirs: il ne nous en reste plus à
former; les bienfaits précieux que Dieu ré-
pand sur nous, sont de surs garants de no-
tre bonheur, & le gage le plus assuré de
la prospérité de votre Majesté & de toute
la Famille Royale.
AMONSEIGNEURLEDAUPHIN
MONSEIGNEUR, Nous avons partagé
avec vous la vive allégresse que cause à toute
l'Europe la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne; ce gage précieux de la ten-
dresse d'une auguste épouse, nous fait
espérer qu'il est des bienfaits que la re-
connoissance ne peut jamais égaler, & que
les expressions qui pouroient la témoigner
ne servent souvent qu'à l'affoiblir. Quelle
idée pourrions-nous vous donner, Mon-
scigneur, de la joye dont nous sommes
pénétrées, qui pût approcher du sentiment
qui nous l'inspire? Quels voeux nous res-
teroit il ençore à former, tandis que
nous trouvons dans cet événement for-
tuné, le comble de nos espérances & la
source de la félicité publique. La France
trouve dans cet auguste enfant, l'appui de
son Trône & les délices de sespeuples; l'Eu-
rope trouvera en lui un garant du main-
tien de la tranquilité que notre incompara-
ble
JANVIER.
1752.
97
ble Monarque lui a procuré, & nos dernie:s
neveux gouteront l'heureux avantage de
pouvoir comparer leur bonheur à celui de
leur ayeux. Que de titres, Monscigneur
qui consacreront à jamais notre zéle, no-
tre amour & notre reconnoissance!
AMADAME LA DAUPHINE.
MADAME, il ne fut jamais d'occa-
sion plus favorable de faire éclater les
transports de notre joye, que celle de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne. Jamais la France n a eû tant de jus-
tes sujets de s'y livrer; vous venez faire
briller un soleil né pour le bonheurdu mon-
de, & ce bonheur est votre ouvrage : aux
vertus de son auguste mere, ce jeune
Prince joindra celles qui font les grands
Rois; il apprendra de Louis le Bien-Ai-
mé & de Monseigneur le Dauphin, l'Art
de regner sur les coeurs, né comme eux
avec ce désir si marqué & toujours suivi de
rendre les peuples heureux, il en aura
un jour le pouvoir, & ne croira pas à leur
exemple en devoir faire un autre usage.
Mais, Madame, ce bonheur n'est réservé
qu'aux siccles à venis. Heureuses d'avoir
tant de motifs de concevoir des espérances
flateuses, dont nos descendans goûteront
II. Vol.
jitized by
98 MERCURE DE FRANCE.
tout le fruit; plus heureuses encore de
graver dans leurs coeurs notre respectueux
amour pour vous, & d'y perpétuer notre
reconnoissance.
A MONSEIGNEUR LE DUC
DE BOURGOGNE.
MONSEIGNEUR, nous venons vous
offrit n os respectueux hommages; mais, la
joye qu'e nous inspire votrenaissance, nous
n essayerons pas de vous l'exprimer. Vous
trouverez un jour dans les services & la
fidélité de nos descendans, dont vous fe-
rez les délices, des preuves de l'amour de
leurs peres dont vous faites les douces es-
pérances.
A MADAME.
MADAME, votre naissance fue
pour nous le présage de nos plus douces
espérances, celle de Monseigneur le Duc
de Bourgogne en devient aujourd'hui l'ac-
complissement, l'une excita toute notre
joye, l'autre assure la durée de notre bon-
heur. Vous ferez, Madame, les délices
des peuples sut qui vous regnerez, il fera la
félicité de ceux qui vivront sous ses loix.
Quelle circonstances plus favorables pour
faire éclater les transports de notre allé-
gresse & ceux de notre amour.
JANVIER. 1752.
99
AMESDAMES.
MESDAMES, rien ne peut éga-
ler la joye que nous cause la naissance de
Monseigneut le Duc de Bourgogne, nous
nous livrons aux justes trasports qu'elle
nous inspire, sans pouvoir les contenit,
n'y les rendre; l'encens fome sur les Au-
tels, l'air brille de nouveaux feux & reten-
tit de mille cris d'allégresse; tout annonce
la nôtre, mais ne l'exprime pas; notre
coeur suffit à peine à la sentit, comment
pourrions-nous en faire connoître toute
l'étendue, mais nous nous flattons que vous
en jugez par la vôtre. C'est dans cette
confiance, Mesdames, que nous osons la
faire éclatter, & vous supplions d'en agréer
les respectueux hommages.
AMONSIEUR LE DUC DE
GESVRES.
En supliant votre Grandeur d'agréer les
respectueux hommages que nous osons lui
presenter, c'est remplir le premier de
nos devoirs, c'est vous offrir un foi-
ble tribut que la reconnoissance exige &
que le sentiment nous inspire, notre bon-
heur est d'éprouver vos bontés, & notre
gloire de les publier.
Dépositaire & Ministre de l'autorité
Ei
100 MERCUREDE FRANCE.
sactée que sa Majesté vous a confiée, Paris
& la premiere Province du Royaume ne
connoissent votre pouvoit que par leut
félicité; leurs habitans moins frappés de l'é
clat d'un nom illustre depuis tant de siécles
pat les exploits les plus glorieux, que des
vertus que vous leur faites paroître, voyent
avec autant de plaisit que d'admitation
que vous ayez réuni en vous seul toutes
celles de vos ayeux. Ils regardent à juste
titre que la confiance & l'amitié du plus
grand Roi du monde, les titres honorables
& les dignités éminentes de votre Gran-
deur, sont moins le prix des services de
ses ancêtres, que la preuve & la ré-
compenses des vôtres. Vous les régissez
moins par vôtre autorité quę par vos bien-
faits; mais c'est principalement sur nous
Monseigneur, que vous avez pris plaisir
à les répandre: C'est vous qui rendez notre
très invincible Monarque sensible à nos
prieres; c'est vous qui portez aux pieds
de son Trône nos respects & nos vœux:
ses graces seront le gage de son amour pa-
ternel pour ses sujets & le fruit de vos
soins genéteux; c'est sous vos auspices que
nous venons d'avoir l'honneur de témoi-
gnet à Madame la Dauphine, la vivre
allégresse que nous ressentons de la naissan-
ce de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
ed by Goo
JANVIER. 1752.
101
& que nous avons le glorieux avantage de
publier vos bienfaits & notre reconnois-
sance.
Faits le 26 Sepiembre 1751, à l'occasion
de la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, par la députation des Dames
de la Halle.
AU ROI.
SIRE, les voeux de la France sont
exaucés, une éclatante Aurore nous
avoit annoncé le plus beau jour, il
vient de luire à nos yeux, & ses rayons
sont le terme & l'accomplissement de nos
plus douces espérances; jusqu'ici le ciel
nous laissoit encore des vœux à fotmer;
les succès étonnans & rapides de votre
Majesté, le nombre de ses conquêtes, sa
modération dans ses victoires, sa gran-
deur & sa générosité dans la paix, tant de
traits éclatans qui fourniront aux siécles à
venit moins de sujets d'admiration que
d'incrédulité, nont contribué à la gloire
de votre Majesté & à celle de la France. Il
étoit réservé à Monseigneur le Duc de
Bourgogne de mettre le comble à son bon-
heur, sa naissance assurant votre félicité
JANVIER. 1752.
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devient la source & le garant de la nôtre.
Ce Prince sera ainsi que vous, Site, la
terteur de ses ennemis, le Pere de ses
peuples, l'arbitre & le modele des Rois
& Iadmiration de l'Univers; en mar-
chant sur vos traces, en suivant celles
de son auguste pere, il sera un jour la gloi-
te de la Nation, les delices de nos artie-
res-neveux & le bonheur de leurs en-
fans.
Quel avantage pour nous, Sire, dans
une occasion si chere, si précieuse à notre
amour, de pouvoir porter aux pieds de vo-
tre Majeste, la joye qui nous anime, &
les sentimens viss & respectueux qu'ellę
nous inspire !
ALAREINE.
MADAME, le Ciel occupé du
bonheur de votre Majesté, & de celui
de ses peuples, vient d'y mettre le comble
par la naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne; pénétrées de lajoye vive & pu-
re que nous cause cet heureux événement,
nous osons la porter aux pieds de votre
Majesté, & la suplier d'en agréer le respec-
tueux témoignage. L'Europe entiere parta-
ge notre allegresse, & nous n'y mettons
d'autres bornes que celles de notre amour.
Tel est, Madame, le prix de vos vertus,
Dgsinad hiL0
96 MERCUREDEFRANCE.
le succès de nos voeux & l'accomplissement
de nos desirs: il ne nous en reste plus à
former; les bienfaits précieux que Dieu ré-
pand sur nous, sont de surs garants de no-
tre bonheur, & le gage le plus assuré de
la prospérité de votre Majesté & de toute
la Famille Royale.
AMONSEIGNEURLEDAUPHIN
MONSEIGNEUR, Nous avons partagé
avec vous la vive allégresse que cause à toute
l'Europe la naissance de Monseigneur le Duc
de Bourgogne; ce gage précieux de la ten-
dresse d'une auguste épouse, nous fait
espérer qu'il est des bienfaits que la re-
connoissance ne peut jamais égaler, & que
les expressions qui pouroient la témoigner
ne servent souvent qu'à l'affoiblir. Quelle
idée pourrions-nous vous donner, Mon-
scigneur, de la joye dont nous sommes
pénétrées, qui pût approcher du sentiment
qui nous l'inspire? Quels voeux nous res-
teroit il ençore à former, tandis que
nous trouvons dans cet événement for-
tuné, le comble de nos espérances & la
source de la félicité publique. La France
trouve dans cet auguste enfant, l'appui de
son Trône & les délices de sespeuples; l'Eu-
rope trouvera en lui un garant du main-
tien de la tranquilité que notre incompara-
ble
JANVIER.
1752.
97
ble Monarque lui a procuré, & nos dernie:s
neveux gouteront l'heureux avantage de
pouvoir comparer leur bonheur à celui de
leur ayeux. Que de titres, Monscigneur
qui consacreront à jamais notre zéle, no-
tre amour & notre reconnoissance!
AMADAME LA DAUPHINE.
MADAME, il ne fut jamais d'occa-
sion plus favorable de faire éclater les
transports de notre joye, que celle de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bour-
gogne. Jamais la France n a eû tant de jus-
tes sujets de s'y livrer; vous venez faire
briller un soleil né pour le bonheurdu mon-
de, & ce bonheur est votre ouvrage : aux
vertus de son auguste mere, ce jeune
Prince joindra celles qui font les grands
Rois; il apprendra de Louis le Bien-Ai-
mé & de Monseigneur le Dauphin, l'Art
de regner sur les coeurs, né comme eux
avec ce désir si marqué & toujours suivi de
rendre les peuples heureux, il en aura
un jour le pouvoir, & ne croira pas à leur
exemple en devoir faire un autre usage.
Mais, Madame, ce bonheur n'est réservé
qu'aux siccles à venis. Heureuses d'avoir
tant de motifs de concevoir des espérances
flateuses, dont nos descendans goûteront
II. Vol.
jitized by
98 MERCURE DE FRANCE.
tout le fruit; plus heureuses encore de
graver dans leurs coeurs notre respectueux
amour pour vous, & d'y perpétuer notre
reconnoissance.
A MONSEIGNEUR LE DUC
DE BOURGOGNE.
MONSEIGNEUR, nous venons vous
offrit n os respectueux hommages; mais, la
joye qu'e nous inspire votrenaissance, nous
n essayerons pas de vous l'exprimer. Vous
trouverez un jour dans les services & la
fidélité de nos descendans, dont vous fe-
rez les délices, des preuves de l'amour de
leurs peres dont vous faites les douces es-
pérances.
A MADAME.
MADAME, votre naissance fue
pour nous le présage de nos plus douces
espérances, celle de Monseigneur le Duc
de Bourgogne en devient aujourd'hui l'ac-
complissement, l'une excita toute notre
joye, l'autre assure la durée de notre bon-
heur. Vous ferez, Madame, les délices
des peuples sut qui vous regnerez, il fera la
félicité de ceux qui vivront sous ses loix.
Quelle circonstances plus favorables pour
faire éclater les transports de notre allé-
gresse & ceux de notre amour.
JANVIER. 1752.
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AMESDAMES.
MESDAMES, rien ne peut éga-
ler la joye que nous cause la naissance de
Monseigneut le Duc de Bourgogne, nous
nous livrons aux justes trasports qu'elle
nous inspire, sans pouvoir les contenit,
n'y les rendre; l'encens fome sur les Au-
tels, l'air brille de nouveaux feux & reten-
tit de mille cris d'allégresse; tout annonce
la nôtre, mais ne l'exprime pas; notre
coeur suffit à peine à la sentit, comment
pourrions-nous en faire connoître toute
l'étendue, mais nous nous flattons que vous
en jugez par la vôtre. C'est dans cette
confiance, Mesdames, que nous osons la
faire éclatter, & vous supplions d'en agréer
les respectueux hommages.
AMONSIEUR LE DUC DE
GESVRES.
En supliant votre Grandeur d'agréer les
respectueux hommages que nous osons lui
presenter, c'est remplir le premier de
nos devoirs, c'est vous offrir un foi-
ble tribut que la reconnoissance exige &
que le sentiment nous inspire, notre bon-
heur est d'éprouver vos bontés, & notre
gloire de les publier.
Dépositaire & Ministre de l'autorité
Ei
100 MERCUREDE FRANCE.
sactée que sa Majesté vous a confiée, Paris
& la premiere Province du Royaume ne
connoissent votre pouvoit que par leut
félicité; leurs habitans moins frappés de l'é
clat d'un nom illustre depuis tant de siécles
pat les exploits les plus glorieux, que des
vertus que vous leur faites paroître, voyent
avec autant de plaisit que d'admitation
que vous ayez réuni en vous seul toutes
celles de vos ayeux. Ils regardent à juste
titre que la confiance & l'amitié du plus
grand Roi du monde, les titres honorables
& les dignités éminentes de votre Gran-
deur, sont moins le prix des services de
ses ancêtres, que la preuve & la ré-
compenses des vôtres. Vous les régissez
moins par vôtre autorité quę par vos bien-
faits; mais c'est principalement sur nous
Monseigneur, que vous avez pris plaisir
à les répandre: C'est vous qui rendez notre
très invincible Monarque sensible à nos
prieres; c'est vous qui portez aux pieds
de son Trône nos respects & nos vœux:
ses graces seront le gage de son amour pa-
ternel pour ses sujets & le fruit de vos
soins genéteux; c'est sous vos auspices que
nous venons d'avoir l'honneur de témoi-
gnet à Madame la Dauphine, la vivre
allégresse que nous ressentons de la naissan-
ce de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
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JANVIER. 1752.
101
& que nous avons le glorieux avantage de
publier vos bienfaits & notre reconnois-
sance.
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3195
p. 67-78
LETTRE A l'Auteur du Mercure.
Début :
Le hazard m'a fait tomber, Monsieur, sur cette question proposée dans le dernier [...]
Mots clefs :
Phèdre, Passion, Oenone, Hippolyte, Jean Racine, Thésée, Intérêt, Remords, Crimes, Crime, Scène, Femme, Auteur, Question, Personnage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A l'Auteur du Mercure.
LETTRE
A l'Auteur du Mercure.
Le hazard m'a fait tomber, Monsieut, sur
cette question proposée dans le dernier
Mercure de Décembre de l'année 1750.
Quel est le Personnage intéressant dans la
Tragédie de Phedre, & quel est le genre
d'interêt qu'il inspire ? La question est sin-
guliere, en ce qu'elle paroît blesser l'opi-
nion reçue, que la pitié est le genre d'inté-
rêt dominant dans cette Tragédie, & le
Personnage de Phédre l'objet de cet inté-
rêt. En effet, si vous aviez pensé que cette
opinion fût fondée, vous ne l'auriea pas
mise en question: mais si votre sentiment
differe de celui du Public à cet égard,
comment avez. vous pu souffrir le silence
qu'il a gardé jusqu'ici? Auriez-vous craint
de l'offenser en lui faifant voir qu'il s'est)
trompé? Mais le devoir d'un Journaliste
n est-il pas de chercher à éclairer ses Con-
temporains, & de tâcher à détruire les
préjugés littéraires, qui s'opposent aux
progres des Sciences & des Arts.
Après ce petit reproche que je crois
fondé, & que je me slatte que vous vou-
68 MERCURE DEFRANCE.
drez bien ptendre en bonne part, je passe
à l'examen de la question. Je dis, à l'exa-
men, car je ne prétends point la décidet:
je ne veux que mettre le Public à portée
de juger en connoissance de cause.
Phédre brûle d'un amour incestueux
qu'elle déclare à l'objet de sa passion. Le
vertueux Hipolyte recule d'horreur. Phé-
dre saisit son épée, & veut s'en percer: on
l'en empêche. Envain après cette démar-
che Oenone l'exhorte-t- elle à vaincre
une passion criminelle, envain lur rapelle-
t-elle tout ce que l'honneur, la gloite &
la vertu exigent d'elle:
De l'austere pudeur les bornes sont pastées,
répond Phedre,
Et l'espoir s'est glissé daus mon cour.
Livrée à toute sa passion sans pudeur &
sans remords, mere dénaturée, elle char-
ge Oenone de tenter Hipolyte par la ces-
sion du Thrône d'Athenes, le patrimoine
de son fils.
Le retour imprevu de Thésée fait crain-
dre à Phédre qu'Hypolite n'instruise son
pere de tous les crimes de sa coupable
Epouse. Oenone propose de prévenit cet-
te accusation par une autre; elle fait voit
tous les moyens dont on peut se servir
pour rendre vraisemblable celle qu'elle
nes u
..
FEVRIER. 1752.
69
médite. Phédre y donne son consen-
tement.
Fais ce que tu vondras, je m'abandonne à toi.
Il se passe un temps fort considérable en-
tre le projet de certe accusation & l'action.
Oenone vient accuser Hypolite à son pe-
re. Il n'est pas possible de penser que ces
deux femmes coupables ne se soient en-
tretenues de ce grand intérêt pendant cet
intervale, & que le consentement de Phé-
dre ne soit entier. L'Abbé Pelegrin a fort
adroitement sauvé ce défaut, qui est tout
à la charge de Phédre, dans son Opera
d'Hypolite & Aricie. Il fait surprendre
Phédre par Thésée, lorsqu'elle tient en-
core à la main l'épée d'Hypolite, elle ne
peut soutenit la vue de son Epoux, & se
retire. Oenone accuse sur se champ Hy-
polite, & Thésée dans le premier mou-
vement condamne son fils.
Je viens à l'examen de la Tragédie de
Racine. Phédre efftayée du danger que
court Hypolite, est ramenée par sa passion
incestueuse aux pieds de son Epoux pour
lui demander la grace de ce jeune Prince.
Elle apprend qu il aime Aricie; alors n'é-
coutant que les transports de sa passion
outragée, elle forme ses projets de ven-
geance les plus odieux.
.
res OO
70 MERCURE DE FRANCE.
Et je me chargerois du soin de le défendre.
Il fout perdre Aticie, il faut de mon Epoux
Cont re un sang odieux réveiller le courroux.
Le remords qui suit cet emportement
n est point occasionné par un retour vers
la vertu. En voici la preuve:
Moi jalouse, & Thésée est celui que j'implore
Hélas ! Du crime affreux dont la honte me suit
Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit.
Je ne ferai point de commentaire sur ces
deux vers. Le sentiment qu'ils renferment
n est que trop bien expliqué.
Si les prétendus remords de Phédre dans
cette Scene sont sinceres, pourquoi ne va-
t-elle point découvrir à Thésée l'innocen-
ce d'Hypolite? Il en est encore temps. Il
y o tout un autre Acte qu'elle peut em-
ployer à la justification de ce jeune Prin-
ce, qui paroit encore dans le cinquième
Acte, & que Thésée même apperçoît
parlant à Aricie.
Phedre ensin après la mort d'Hypolite
apparemment deséspérée d'avoir perdu son
Amant, prend du poison, & vient dé-
çouvrir ses crimes à son mari. Je crois
qu en examinant sans prévention la con-
FEVRLER. 1752. 71
duite de Phédre sur cet exposé, on ne
peut pas s'empêcher de la trouver la plus
criminelle de toutes les femmes.
Voyons maintenant de quels moyens
s est servi l'Auteur pour excuser les crimes
de Phédre, & pour en faire, comme il
le dit lui-même dans sa Préface, une
femme ni tout à fait criminelle, ni tout-
à-fait innocente. Examinons enfin si ces
moyens sont suffisans.
Le premier, & celui sur lequel il me
paroît que les Partisans du caractere de
Phédre appuyent davantage, est la ven-
geance supposée de Vénus. C'est une fem-
me, disent- ils, poursuivie par une Divi-
nité cruelle, c est Vénus toute entière à
sa proie attachée. Mais t' est une absurdité
à M. Racine de s'être servi de ce moyen.
Je conviens qu'il est indispensable à un
Poëte-Dramatique de peindre les mœeurs
des peuples & des temps dont il emprunte
son sujet, & je suis bien éloigné de con-
damnet les reproches que l'on peut faire
à ce séduisant Auteur sur ce défaur. Mais
c'en est un beaucoup plus inexcusable de
nous donner des opinions absurdes pour
des vérités incontestables, & de prétendre
établit l'intérêt, que l'on doit pren-
dre à un Personnage tragique, sur l'er-
reur la plus monstrueuse qui soit entrée
L.
RVOO
72 MERCURE DEFRANCE.
dans la tênte des hommes de l'Antiquité.
Ce sujet pouvoit entre bon pour les Athé-
niens, imbus de l'idée que leurs Dieux
avoient toutes les foiblesses des hommes.
Mais je suis toujours lurpris que les Spec-
tateurs de la Phédre Françoise n'éclatent
pas de rite, lorsqu'ils entendent Phédre
sexcuser de l'impossibilité de vaincre sa
passion sur la puissance de Vénus occupée
à la poursuivre. Je suppose une femme
étrangere transplantée au milieu de Paris,
& imbue encore de toutes les opinions
du Paganisme, seroit- elle excusable à nos
yeux, si elle commettoit des crimes sur
le principe qu'une Puissance invincible
l'y force ? Et ne la verroit-on pas suppli-
cier sans autre pitié que celle que la uim-
ple humanité inspire même pour les plus
grands criminels?
Le second moyen, dont s'est servi M.
Racine pour tâcher de rendre sa Phédre
excusable, c'est de mettre dans la bouche
d'Oenone tous les conseils qui tendent
aux actions criminelles que commet cet-
te Princesse. Mais n'est on pas également
criminel, quand on adhere aux crimes
qui nous sont suggérés, que quand on
en conçoit soi-même le projet ? La con-
noissance du bien & du mal, & la liberté
de choisir peut-elle laisser aucun doute sur
6e
FEVRIER. 1752.
7
te principe ? D'ailleurs, Oenone ne
rétout à lui donner de mauvais conseils,
que lorsque les bons ont été inutiles.
Qu'on lise toute la premiere Scene du
troisiéme Acte.
Enfin on prétend excuser Phédre par
ses remords; mais les remords qui pręcé-
dent le crime, ne sont que le rendre
plus atroce, puisqu'ils ne laissent pas dou-
ter que le criminel ne connoisse toute l'é-
tendue de son crime. Il n'en est pas de
même de ceux qui le suivent, ils prou-
vent un repentir sincere, & supposent
que dans la même circonstance on ne le
commettroit plus, & que quand on l'a
commis, on n en lentoit pas toute l'atro-
cité. Dans le Personnage de Phédre les
remords précedent toujours, & ne sui-
vent que rarement l'action. Ceux qu'elle
ressent dans la Scene sixième du quatrié-
me Acte ne peuvent point être regardés
(& je l'ai déja remarqué) comme pro-
duits par un retour de vertu, mais comme
une suite de sa passion pour Hypolite, &
l'effet de la crainte qu'elle a que le vœu
de Thésée ne soit exaucé. Ce n'est point
la femme repentante qui s'exprime, mais
l'Amante effraiée.
Phédre est criminelle, & persiste dans
ses crimes, rien ne peut l'excuser: voilà
mines
74 MERCUREDE FRANCE.
ce que je crois avoir démontré. Phédre
ne peut donc pas inspirer la pitié. L'Auteur
n'a donc point atteint à son but, lorsqu'il
a voulu nous interesser pour elle. Je crois
qu'il auroit dû se proposer de la rendre
odieuse, & de jetter l'intérêt sur Hypo-
lite, qui vertueux & condamné, est vé-
ritablement digne de pitié. En ptenant
ce parti, il rendoit son cinquième Acte
très-interessant, & remplissoit l'objet mo-
ral du Poëme dramatique, où l'on doit
se proposer de faire hair le crime, & de
faire aimer la vertu.
Il me reste à chercher les raisons de
l'intérêt qu'un nombre de Spectateurs,
& même le plus grand nombre, prend au
Personnage de Phédre, & quel genre
d'intérêt il y prend. Il en est de générales
& de particulières, de prises dans la ma-
niere dont l'Auteur a traité son sujet, &
d'autres dont ilme faut chercher la cause
que dans nos mœeurs.
Celles dont le mérite est tout à M.
Racine, sont 1°. l'art avec lequel il a pré-
senté son caractere. Phédre, dans la pre-
miere Scene est une femme parfaitement
vertueuse. Elle brûle d'un amour invo-
lontaire; mais la vertu en triomphe. Elle est
résolue de mourir, & d'ensevelit avec elle
son funeste secret, elle veut le cacher mê-
FEVRIER. 1752.
75
me à sa plus chere Confidente. Oenone
lui fait violence pour en être dépositaire.
Phédre lui dit, pour se défendre de le lui
révéler.
Quand tu sçauras mon crime & le sort qui m'ac-
cable
Je n'en mourrai pas moins, j'en mourrai plus
coupable.
Lorsqu'enfin vaincue par les larmes d'Oe-
none, elle lui fait l'aveu de sa passion,
elle termine cette confidence par ces vers
si touchans:
J'ai pris la vie en haine & ma flâme en horreur.
Je voulois en mourant prendre soin de ma gloirc.
. .
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats,
Je t'ai tout avové, je ne m'en repens pas
Pourvû que de ma mort respectant les approches,
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rapellet
Un reste de chaleur qui cherche à s'exhaler.
Dans cette admirable Scene d'exposition,
tout ce que l'art a de ressort est employé
pour rendre Phédre interessante; & l'in-
térêt est si vif qu'il ne peut être détruit
de long-temps. Sans cette illusion, com-
ment pourroit-on supporter cette maxi-
me d'Oenone dans la Scene suivante?
Dij
nes
76 MERCUREDEFRANCE.
Votre slâme devient une slâme ordinaire
Thésée en expirant vient de rompre les noends
Qui faisoient tout le crime & l'horreur de vos
feux.
Hypolite pour vous devient moins redoutable,
Et vons pouvez l'aimer sans vous trouver con-
pable.
Je voudrois sçavoir où M. Racine a
pris qu'une femme peut aimer légitime-
ment le fils de son mari, & chez quel peu-
ple il a trouvé que l'inceste ne subsistat
plus dans le cas dont il est question.
Et ce conseil.
Détrompez son erreur, fléchissez son courage,
Ensin le consentement que donne Phé-
dre par ce vers.
Eh bien !A tes conseils je me laisse entraîner.
2°. L'habileté avec laquelle M. Racine
a filé les Scenes où paroit Phédre, dont
chacune prise en particulier est un chef-
d'œeuvre; & fait une si vive impres-
sion sur le Spectateur qu'elle le dis-
traite du plan général de l'Ouvrage, &
l'empêche de refléchir sur l'atrocité de la
conduite de Phédre.
3. La delicatesse de l'expression, la
beauté des images, & la pompe de la
FEVRIER. 1752.
versification, en un mot l'art des détails,
où triomphe M. Racine, qu'il a porté plus
loin peut-être dans le rôle de Phédre que
par-tout ailleurs, & qui nous force de
l'admirer comme Poëte presque à chaque
couplet de ce rôle.
4. Le sacrifice que M. Racine a fait
des autres rôles de sa Piece à celui de
Phédre qu'il semble avoit entouré d'om-
bres pour le faire paroître plus lumineux.
Voilà, je crois, tout le mérite qui appar-
tient à M. Racine dans la Tragédie que
je viens d'examiner. D'autres causes pri-
ses de nos moeurs, comme je l'ai annoncé
ont contribué & contribuent encore au
succès de cet Ouvrage. Je vais tâches
de les développer.
Lorsque la Phédre parut, le luxe &
le faste avoient déja corrompu les moeurs
des femmes qui composoient la plus bril-
lante Cour qu'il y cût alors en Europe.
Les femmes de Paris, imitatrices constan-
tes de celles de la Cour, commençoient
à secouer le joug de la pudeur. Un grand
nombre, au remord près, trouvoient
dans la passion de Phédre l'histoire de
leur cour, & dans l'impossibilité de vain-
cre cette passion, une excuse de leut con-
duite. Pouvoient- elles se défendre d'y
prendre intérêt ? Pouvoient-elles même
D iij
Miues O
79 MERCURE DE FRANCE.
avouer qu'elles nen prenoient point.
Bientôt les hommes entraînés par le Sexe,
dans un Pays où il donne le ton, se ran-
gerent du parti de la Phedre. Une autre
raison dépendante de celle-ci y contri-
bua. Le rôle de Phédre a toujours été
joué par des Actrices, dont le talent, &
quelquefois la figure faisoient & font
l'enchantement de leur temps. Habiles à
remuer les passions, & sçavantes à les
faire naître, elles ont trouvé dans ce
rôle des situations qu'elles se sont ren-
dues personnelles, & dans lesquelles el-
les peuvent développer tous les secrets
de leur art. Qu on se donne la peine de
le remarquer. Ce n est point Phedrę que
l'on voit dans la Tragédie de ce nom
c'est l'Actrice; mais une Actrice qui vous
enchante. Ce n'est point une Reine qui
se reproche sa passion, & que la présence
d'un objet adoré force malgré elle à en
faire l'aveu; mais une femme emportée
que l'amour dévore, & qui brûle d'un
feu qu'elle a l'art de communiquer.
A l'Auteur du Mercure.
Le hazard m'a fait tomber, Monsieut, sur
cette question proposée dans le dernier
Mercure de Décembre de l'année 1750.
Quel est le Personnage intéressant dans la
Tragédie de Phedre, & quel est le genre
d'interêt qu'il inspire ? La question est sin-
guliere, en ce qu'elle paroît blesser l'opi-
nion reçue, que la pitié est le genre d'inté-
rêt dominant dans cette Tragédie, & le
Personnage de Phédre l'objet de cet inté-
rêt. En effet, si vous aviez pensé que cette
opinion fût fondée, vous ne l'auriea pas
mise en question: mais si votre sentiment
differe de celui du Public à cet égard,
comment avez. vous pu souffrir le silence
qu'il a gardé jusqu'ici? Auriez-vous craint
de l'offenser en lui faifant voir qu'il s'est)
trompé? Mais le devoir d'un Journaliste
n est-il pas de chercher à éclairer ses Con-
temporains, & de tâcher à détruire les
préjugés littéraires, qui s'opposent aux
progres des Sciences & des Arts.
Après ce petit reproche que je crois
fondé, & que je me slatte que vous vou-
68 MERCURE DEFRANCE.
drez bien ptendre en bonne part, je passe
à l'examen de la question. Je dis, à l'exa-
men, car je ne prétends point la décidet:
je ne veux que mettre le Public à portée
de juger en connoissance de cause.
Phédre brûle d'un amour incestueux
qu'elle déclare à l'objet de sa passion. Le
vertueux Hipolyte recule d'horreur. Phé-
dre saisit son épée, & veut s'en percer: on
l'en empêche. Envain après cette démar-
che Oenone l'exhorte-t- elle à vaincre
une passion criminelle, envain lur rapelle-
t-elle tout ce que l'honneur, la gloite &
la vertu exigent d'elle:
De l'austere pudeur les bornes sont pastées,
répond Phedre,
Et l'espoir s'est glissé daus mon cour.
Livrée à toute sa passion sans pudeur &
sans remords, mere dénaturée, elle char-
ge Oenone de tenter Hipolyte par la ces-
sion du Thrône d'Athenes, le patrimoine
de son fils.
Le retour imprevu de Thésée fait crain-
dre à Phédre qu'Hypolite n'instruise son
pere de tous les crimes de sa coupable
Epouse. Oenone propose de prévenit cet-
te accusation par une autre; elle fait voit
tous les moyens dont on peut se servir
pour rendre vraisemblable celle qu'elle
nes u
..
FEVRIER. 1752.
69
médite. Phédre y donne son consen-
tement.
Fais ce que tu vondras, je m'abandonne à toi.
Il se passe un temps fort considérable en-
tre le projet de certe accusation & l'action.
Oenone vient accuser Hypolite à son pe-
re. Il n'est pas possible de penser que ces
deux femmes coupables ne se soient en-
tretenues de ce grand intérêt pendant cet
intervale, & que le consentement de Phé-
dre ne soit entier. L'Abbé Pelegrin a fort
adroitement sauvé ce défaut, qui est tout
à la charge de Phédre, dans son Opera
d'Hypolite & Aricie. Il fait surprendre
Phédre par Thésée, lorsqu'elle tient en-
core à la main l'épée d'Hypolite, elle ne
peut soutenit la vue de son Epoux, & se
retire. Oenone accuse sur se champ Hy-
polite, & Thésée dans le premier mou-
vement condamne son fils.
Je viens à l'examen de la Tragédie de
Racine. Phédre efftayée du danger que
court Hypolite, est ramenée par sa passion
incestueuse aux pieds de son Epoux pour
lui demander la grace de ce jeune Prince.
Elle apprend qu il aime Aricie; alors n'é-
coutant que les transports de sa passion
outragée, elle forme ses projets de ven-
geance les plus odieux.
.
res OO
70 MERCURE DE FRANCE.
Et je me chargerois du soin de le défendre.
Il fout perdre Aticie, il faut de mon Epoux
Cont re un sang odieux réveiller le courroux.
Le remords qui suit cet emportement
n est point occasionné par un retour vers
la vertu. En voici la preuve:
Moi jalouse, & Thésée est celui que j'implore
Hélas ! Du crime affreux dont la honte me suit
Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit.
Je ne ferai point de commentaire sur ces
deux vers. Le sentiment qu'ils renferment
n est que trop bien expliqué.
Si les prétendus remords de Phédre dans
cette Scene sont sinceres, pourquoi ne va-
t-elle point découvrir à Thésée l'innocen-
ce d'Hypolite? Il en est encore temps. Il
y o tout un autre Acte qu'elle peut em-
ployer à la justification de ce jeune Prin-
ce, qui paroit encore dans le cinquième
Acte, & que Thésée même apperçoît
parlant à Aricie.
Phedre ensin après la mort d'Hypolite
apparemment deséspérée d'avoir perdu son
Amant, prend du poison, & vient dé-
çouvrir ses crimes à son mari. Je crois
qu en examinant sans prévention la con-
FEVRLER. 1752. 71
duite de Phédre sur cet exposé, on ne
peut pas s'empêcher de la trouver la plus
criminelle de toutes les femmes.
Voyons maintenant de quels moyens
s est servi l'Auteur pour excuser les crimes
de Phédre, & pour en faire, comme il
le dit lui-même dans sa Préface, une
femme ni tout à fait criminelle, ni tout-
à-fait innocente. Examinons enfin si ces
moyens sont suffisans.
Le premier, & celui sur lequel il me
paroît que les Partisans du caractere de
Phédre appuyent davantage, est la ven-
geance supposée de Vénus. C'est une fem-
me, disent- ils, poursuivie par une Divi-
nité cruelle, c est Vénus toute entière à
sa proie attachée. Mais t' est une absurdité
à M. Racine de s'être servi de ce moyen.
Je conviens qu'il est indispensable à un
Poëte-Dramatique de peindre les mœeurs
des peuples & des temps dont il emprunte
son sujet, & je suis bien éloigné de con-
damnet les reproches que l'on peut faire
à ce séduisant Auteur sur ce défaur. Mais
c'en est un beaucoup plus inexcusable de
nous donner des opinions absurdes pour
des vérités incontestables, & de prétendre
établit l'intérêt, que l'on doit pren-
dre à un Personnage tragique, sur l'er-
reur la plus monstrueuse qui soit entrée
L.
RVOO
72 MERCURE DEFRANCE.
dans la tênte des hommes de l'Antiquité.
Ce sujet pouvoit entre bon pour les Athé-
niens, imbus de l'idée que leurs Dieux
avoient toutes les foiblesses des hommes.
Mais je suis toujours lurpris que les Spec-
tateurs de la Phédre Françoise n'éclatent
pas de rite, lorsqu'ils entendent Phédre
sexcuser de l'impossibilité de vaincre sa
passion sur la puissance de Vénus occupée
à la poursuivre. Je suppose une femme
étrangere transplantée au milieu de Paris,
& imbue encore de toutes les opinions
du Paganisme, seroit- elle excusable à nos
yeux, si elle commettoit des crimes sur
le principe qu'une Puissance invincible
l'y force ? Et ne la verroit-on pas suppli-
cier sans autre pitié que celle que la uim-
ple humanité inspire même pour les plus
grands criminels?
Le second moyen, dont s'est servi M.
Racine pour tâcher de rendre sa Phédre
excusable, c'est de mettre dans la bouche
d'Oenone tous les conseils qui tendent
aux actions criminelles que commet cet-
te Princesse. Mais n'est on pas également
criminel, quand on adhere aux crimes
qui nous sont suggérés, que quand on
en conçoit soi-même le projet ? La con-
noissance du bien & du mal, & la liberté
de choisir peut-elle laisser aucun doute sur
6e
FEVRIER. 1752.
7
te principe ? D'ailleurs, Oenone ne
rétout à lui donner de mauvais conseils,
que lorsque les bons ont été inutiles.
Qu'on lise toute la premiere Scene du
troisiéme Acte.
Enfin on prétend excuser Phédre par
ses remords; mais les remords qui pręcé-
dent le crime, ne sont que le rendre
plus atroce, puisqu'ils ne laissent pas dou-
ter que le criminel ne connoisse toute l'é-
tendue de son crime. Il n'en est pas de
même de ceux qui le suivent, ils prou-
vent un repentir sincere, & supposent
que dans la même circonstance on ne le
commettroit plus, & que quand on l'a
commis, on n en lentoit pas toute l'atro-
cité. Dans le Personnage de Phédre les
remords précedent toujours, & ne sui-
vent que rarement l'action. Ceux qu'elle
ressent dans la Scene sixième du quatrié-
me Acte ne peuvent point être regardés
(& je l'ai déja remarqué) comme pro-
duits par un retour de vertu, mais comme
une suite de sa passion pour Hypolite, &
l'effet de la crainte qu'elle a que le vœu
de Thésée ne soit exaucé. Ce n'est point
la femme repentante qui s'exprime, mais
l'Amante effraiée.
Phédre est criminelle, & persiste dans
ses crimes, rien ne peut l'excuser: voilà
mines
74 MERCUREDE FRANCE.
ce que je crois avoir démontré. Phédre
ne peut donc pas inspirer la pitié. L'Auteur
n'a donc point atteint à son but, lorsqu'il
a voulu nous interesser pour elle. Je crois
qu'il auroit dû se proposer de la rendre
odieuse, & de jetter l'intérêt sur Hypo-
lite, qui vertueux & condamné, est vé-
ritablement digne de pitié. En ptenant
ce parti, il rendoit son cinquième Acte
très-interessant, & remplissoit l'objet mo-
ral du Poëme dramatique, où l'on doit
se proposer de faire hair le crime, & de
faire aimer la vertu.
Il me reste à chercher les raisons de
l'intérêt qu'un nombre de Spectateurs,
& même le plus grand nombre, prend au
Personnage de Phédre, & quel genre
d'intérêt il y prend. Il en est de générales
& de particulières, de prises dans la ma-
niere dont l'Auteur a traité son sujet, &
d'autres dont ilme faut chercher la cause
que dans nos mœeurs.
Celles dont le mérite est tout à M.
Racine, sont 1°. l'art avec lequel il a pré-
senté son caractere. Phédre, dans la pre-
miere Scene est une femme parfaitement
vertueuse. Elle brûle d'un amour invo-
lontaire; mais la vertu en triomphe. Elle est
résolue de mourir, & d'ensevelit avec elle
son funeste secret, elle veut le cacher mê-
FEVRIER. 1752.
75
me à sa plus chere Confidente. Oenone
lui fait violence pour en être dépositaire.
Phédre lui dit, pour se défendre de le lui
révéler.
Quand tu sçauras mon crime & le sort qui m'ac-
cable
Je n'en mourrai pas moins, j'en mourrai plus
coupable.
Lorsqu'enfin vaincue par les larmes d'Oe-
none, elle lui fait l'aveu de sa passion,
elle termine cette confidence par ces vers
si touchans:
J'ai pris la vie en haine & ma flâme en horreur.
Je voulois en mourant prendre soin de ma gloirc.
. .
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats,
Je t'ai tout avové, je ne m'en repens pas
Pourvû que de ma mort respectant les approches,
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rapellet
Un reste de chaleur qui cherche à s'exhaler.
Dans cette admirable Scene d'exposition,
tout ce que l'art a de ressort est employé
pour rendre Phédre interessante; & l'in-
térêt est si vif qu'il ne peut être détruit
de long-temps. Sans cette illusion, com-
ment pourroit-on supporter cette maxi-
me d'Oenone dans la Scene suivante?
Dij
nes
76 MERCUREDEFRANCE.
Votre slâme devient une slâme ordinaire
Thésée en expirant vient de rompre les noends
Qui faisoient tout le crime & l'horreur de vos
feux.
Hypolite pour vous devient moins redoutable,
Et vons pouvez l'aimer sans vous trouver con-
pable.
Je voudrois sçavoir où M. Racine a
pris qu'une femme peut aimer légitime-
ment le fils de son mari, & chez quel peu-
ple il a trouvé que l'inceste ne subsistat
plus dans le cas dont il est question.
Et ce conseil.
Détrompez son erreur, fléchissez son courage,
Ensin le consentement que donne Phé-
dre par ce vers.
Eh bien !A tes conseils je me laisse entraîner.
2°. L'habileté avec laquelle M. Racine
a filé les Scenes où paroit Phédre, dont
chacune prise en particulier est un chef-
d'œeuvre; & fait une si vive impres-
sion sur le Spectateur qu'elle le dis-
traite du plan général de l'Ouvrage, &
l'empêche de refléchir sur l'atrocité de la
conduite de Phédre.
3. La delicatesse de l'expression, la
beauté des images, & la pompe de la
FEVRIER. 1752.
versification, en un mot l'art des détails,
où triomphe M. Racine, qu'il a porté plus
loin peut-être dans le rôle de Phédre que
par-tout ailleurs, & qui nous force de
l'admirer comme Poëte presque à chaque
couplet de ce rôle.
4. Le sacrifice que M. Racine a fait
des autres rôles de sa Piece à celui de
Phédre qu'il semble avoit entouré d'om-
bres pour le faire paroître plus lumineux.
Voilà, je crois, tout le mérite qui appar-
tient à M. Racine dans la Tragédie que
je viens d'examiner. D'autres causes pri-
ses de nos moeurs, comme je l'ai annoncé
ont contribué & contribuent encore au
succès de cet Ouvrage. Je vais tâches
de les développer.
Lorsque la Phédre parut, le luxe &
le faste avoient déja corrompu les moeurs
des femmes qui composoient la plus bril-
lante Cour qu'il y cût alors en Europe.
Les femmes de Paris, imitatrices constan-
tes de celles de la Cour, commençoient
à secouer le joug de la pudeur. Un grand
nombre, au remord près, trouvoient
dans la passion de Phédre l'histoire de
leur cour, & dans l'impossibilité de vain-
cre cette passion, une excuse de leut con-
duite. Pouvoient- elles se défendre d'y
prendre intérêt ? Pouvoient-elles même
D iij
Miues O
79 MERCURE DE FRANCE.
avouer qu'elles nen prenoient point.
Bientôt les hommes entraînés par le Sexe,
dans un Pays où il donne le ton, se ran-
gerent du parti de la Phedre. Une autre
raison dépendante de celle-ci y contri-
bua. Le rôle de Phédre a toujours été
joué par des Actrices, dont le talent, &
quelquefois la figure faisoient & font
l'enchantement de leur temps. Habiles à
remuer les passions, & sçavantes à les
faire naître, elles ont trouvé dans ce
rôle des situations qu'elles se sont ren-
dues personnelles, & dans lesquelles el-
les peuvent développer tous les secrets
de leur art. Qu on se donne la peine de
le remarquer. Ce n est point Phedrę que
l'on voit dans la Tragédie de ce nom
c'est l'Actrice; mais une Actrice qui vous
enchante. Ce n'est point une Reine qui
se reproche sa passion, & que la présence
d'un objet adoré force malgré elle à en
faire l'aveu; mais une femme emportée
que l'amour dévore, & qui brûle d'un
feu qu'elle a l'art de communiquer.
Fermer
3196
p. 84-94
DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
Début :
Le motif qui me conduisit l'année derniere dans le Sanctuaire des Muses, [...]
Mots clefs :
Espagne, Nation, Histoire, Goût, Amour, Patrie, Philippe V, Gloire, Monde, Génies, Règne, Utile, Peuples, Académie royale d'histoire d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
DISCOURS
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Fermer
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3197
p. 94-100
Traduction de la Réponse que M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a faite au discours précédent.
Début :
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à cette Académie Royale un objet qui fût [...]
Mots clefs :
Titon du Tillet, Mérite, Académie royale d'histoire d'Espagne, Louanges, Gloire, Histoire, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Réponse que M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a faite au discours précédent.
Traduction de la Réponse que M. de Montiano,
Directeur de l'Académie Royale
d'Histoire d'Espagne, a faite au discours
précédent.
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à
cette Académie Royale un objet qui fût
plus digne de sa reconnoissance que les
nques du généreux souvenir de M. Ti-
ton Dutillet que vous lui remettez au-
jourd'hui; mais en même temps elle ne
pouvoit trouver un Iuterprête moins pro-
pre que moi à exprimer l'étendue de ses
sentimens & à les proportionnet au mé-
FEVRIER.
1752.
95
rite d'un tel bienfait. Tous les membres
qui compofent aujourd'hui son assemblée
voudroient que je pusse me servir d'ex-
pressions particulieres & capables de faire
connoître non seulement combien elle
estime cet illustre Auteur & ses Ouvra-
ges, mais encore la main de qui elle re-
çoit une aussi grande satisfaction. Je con-
sidere la force de mon engagement; j'en
sens toutes les difficultés; je sçais que je
ne puis les éviter.
Si le sçavant Auteur du Parnasse Fran-
çois n'étoit déja connu dans toute l'Euro-
pe, si les compagnies les plus célebres
d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne & de
Ftance ne l'avoient déja tant admiré, on
pourroit sans peine entreprendre l'éloge
qu'il mérite; mais après les louanges tant
de fois répetées, & qui ont déja placé
cette excellente plume au Temple de la
Renommée, que pourois je dire qui ne
parût trop foible au monde entier, à l'A-
cadémie & à moi-même.
L'Antiquité nous a laissé peu d'exem-
ples, & pour parler plus vrai, elle ne
nous en foutnit aucun que l'on puisse
comparer à cet homme illustre. Nous y
lisons de grandes actions entreprises pour
l'amour de la Patrie. Nous voyons à cha-
que pas dans l'Histoire l'attention des
Digstunas hoL0
96 MERCUREDEFRANCE.
Auteurs à exagéter les hauts faits de leur
Concitoyens; mais nous y remarquons
aussi souvent le peu de fruits que les uns
& les autres ont retiré de leurs travaux;
soit parce que la raison ne justisioit pas
les faits, soit parce que la passion en a
accumulé les louanges. C'est à M. Titon
Dutillet seul, & pour sa gloire, que de
pareils succès étoient réservés. Quel au-
tre particulier immortalisa jamais à ses
proptes dépens le mérite de ses plus ha-
biles Compatriotes: & quels sont les gé-
nies les plus jaloux d'une si grande gloire
qui se soient présentés pour retlir l'ob-
jet d'une si noble entreprise?
Cette réflexion que fait l'Académie
ainsi que je vous la rends, vous confit-
mera, Monsieur, la vénération sincere
que nous avons pour M. Titon Dutillet,
& combien nous sont agréables les mar-
ques qu'il nous donne de son amitié. Elles
vivront éternellement dans ses Archives,
comme dans le cœeur de chacun de ses
membres. Elles seront célébrées par ceux
qui nous succederont, & peut-être la mé-
moire en sera-t-elle renouvellée dans les
siècles à venir, quandenos productiono,
fruit de nos études, passeront dans toute l'é-
tendue de la postérité: en attendant, elles
autont toujours l'accueil qui est dû à l'a-
mitié
FEVRIER.
1752.
27
mitié que nous témoigne M. Titon Du-
tillet.
Vous ne vous êtes pas trompé, Mon-
sieur, en avançant qu'on pouvoit regar-
der M. Titon Dutillet Coadémicien de
l'Histoire. Notre inclination ne peut re-
fuser cet honneur à un Auteur qui en a em-
brassé une partie si éminente. Il a donc
pû se regarder comme tel dès l'instant que
ses ouvrages ont touché le portique de l'A-
cadémie; il le peut encore par les louan-
ges multipliées qui les suivent, la géné-
rosité avec laquelle il nous les offre, &
notre empressement à les recevoir.
Nous ny sommes pas moins portés;
(ce qui caractérise particulierement le nom
immortel de Philippe V. notre Fonda-
teur) en découvrant à l'inspection du
Parnasse François combien les Lettres ont
fleuri sous le Regne de Louis XIV,
Circonstance dont vous faites, Monsieur,
une juste application à la protection dé-
clarée que leur accorda, & à l'amour qua
eu pour elles le Prince son petit fils, qui
furent la source de cette noble émulation
qu'il eut toujours de suivre les sages maxi-
mes du grand Roi son Ayeul.
Le tendre souvenir que nous en con-
servons rend encore plus vif le desir que
nous avons de le publier, & d'en orner nos
as
93 MERCURE DE FRANCE.
Statuts; c est un tribut que nous payona
à la protection Royale & aux bontes dont
cet Auguste Souverain a bien voulu les
honorer. C'est aussi par la même raison
que nous croyons devoir inscrire dans
nos fastes un homme qui a particuliere-
ment travaillé, à éterniser le lustre des
plus dignes Enfans de cet âge d'or, sou-
tenu par le plus illustre des Princes de son
temps. Un homme qui contribue aujour-
d'hui par l'honneur qu'il rend à l'Acadé-
mie, & les louanges dont vous relevez
son établissement, à la gloire que nous
devons au Monarque bien faisant qui en a
posé les fondemens.
Outre les vœux & la satisfaction que
M. Titon Dutillet a sçu se concilier par
des motifs aussi justes, il a encore en sa
faveur, celui de vous avoir donné occa-
sion, Monsieur, de penser comme pen-
sent heureusement les sujets de notre très-
religieux Roi & notre Protecteur Ferdi-
nand VI. La justice que vous rendez à
ses vertus, la verité avec laquelle vous
manifestez l'amour de ses peuples, en
même temps qu'elles flattent notre joie
& notre félicite, nous excitent à publier
aussi de notre côté de la maniere la plus
expressive, l'obligation que nous avons
au Ciel qui nous a donné un Monarque
FEVRIER. 1752.
99
si digne du Trône qu'il occupe. Il ny a
quasi pas un seul Académicien qui n'ait
éprouvé des marques convaincantes de
la douceur d'un si aimable Maître. Tous.
le connoissent, tous l'aiment. Peut-il y
avoir des preuves plus fortes de la sincé-
rité de notre reconnoissance, que de sça-
voir distinguer le mobile auquel on don-
ne tant d'applaudissemens.
Je vous ai dit, Monsieur, suivant les
pouvoirs que m'en avoit donné l'Acadé-
mie, & je vous le confirme, que, quant,
à ce qui regarde M. Titon Dutillet, &
la juste rétribution que mérite son at-
tention, elle est resolue de lui prouver
dès à-présent l'estime particulière qu'elle
a de sa personne, pour suppléer à tout ce
que je puis oublier dans mes expressions:
je voudrois pouvoir vous peindre encore
tout ce que je lis dans le cœeur de mes
confreres, vous y verriez, Monsieur, la
distinction particuliere quel'Académie fait
de votre merite, & combien elle se félicite
d'en avoir reçu des preuves réelles. Je vous
dirai enfin qu'elle espere obtenir du temps
une occasioa favorable de pouvoir fran-
chir les bornes étroites où sa volonté se
trouve renfermée aujourd'hui.
Quant à ce qui me regarde en parti-
culier, je ne sçai comment vous répon-
E ij
nad
700 MERCURE DE FRANCE.
dte, Monsieur. Si je vous remercie des
louanges que vous me prodiguez, ce sera
donner une espéce de consentement à
un honneur si peu mérité. Si je les dissimu-
le en les couvrant d'un silence affecté
on interprétera ce silence comme une
impolitesse. Je me sens incapable de
tomber dans aucun de ces deux égare-
mens, & pour éviter l'un & l'autre
quelqu'inexcusable que je puisse vous pa-
roître, je vous laisse le juge, Monsieur,
des justes motifs qui mengagent à ne
plus parler d'une matiere où je suis le
seul interessé, & où mes remercimens
ne peuvent rien ajoûter à votre gloire.
Directeur de l'Académie Royale
d'Histoire d'Espagne, a faite au discours
précédent.
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à
cette Académie Royale un objet qui fût
plus digne de sa reconnoissance que les
nques du généreux souvenir de M. Ti-
ton Dutillet que vous lui remettez au-
jourd'hui; mais en même temps elle ne
pouvoit trouver un Iuterprête moins pro-
pre que moi à exprimer l'étendue de ses
sentimens & à les proportionnet au mé-
FEVRIER.
1752.
95
rite d'un tel bienfait. Tous les membres
qui compofent aujourd'hui son assemblée
voudroient que je pusse me servir d'ex-
pressions particulieres & capables de faire
connoître non seulement combien elle
estime cet illustre Auteur & ses Ouvra-
ges, mais encore la main de qui elle re-
çoit une aussi grande satisfaction. Je con-
sidere la force de mon engagement; j'en
sens toutes les difficultés; je sçais que je
ne puis les éviter.
Si le sçavant Auteur du Parnasse Fran-
çois n'étoit déja connu dans toute l'Euro-
pe, si les compagnies les plus célebres
d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne & de
Ftance ne l'avoient déja tant admiré, on
pourroit sans peine entreprendre l'éloge
qu'il mérite; mais après les louanges tant
de fois répetées, & qui ont déja placé
cette excellente plume au Temple de la
Renommée, que pourois je dire qui ne
parût trop foible au monde entier, à l'A-
cadémie & à moi-même.
L'Antiquité nous a laissé peu d'exem-
ples, & pour parler plus vrai, elle ne
nous en foutnit aucun que l'on puisse
comparer à cet homme illustre. Nous y
lisons de grandes actions entreprises pour
l'amour de la Patrie. Nous voyons à cha-
que pas dans l'Histoire l'attention des
Digstunas hoL0
96 MERCUREDEFRANCE.
Auteurs à exagéter les hauts faits de leur
Concitoyens; mais nous y remarquons
aussi souvent le peu de fruits que les uns
& les autres ont retiré de leurs travaux;
soit parce que la raison ne justisioit pas
les faits, soit parce que la passion en a
accumulé les louanges. C'est à M. Titon
Dutillet seul, & pour sa gloire, que de
pareils succès étoient réservés. Quel au-
tre particulier immortalisa jamais à ses
proptes dépens le mérite de ses plus ha-
biles Compatriotes: & quels sont les gé-
nies les plus jaloux d'une si grande gloire
qui se soient présentés pour retlir l'ob-
jet d'une si noble entreprise?
Cette réflexion que fait l'Académie
ainsi que je vous la rends, vous confit-
mera, Monsieur, la vénération sincere
que nous avons pour M. Titon Dutillet,
& combien nous sont agréables les mar-
ques qu'il nous donne de son amitié. Elles
vivront éternellement dans ses Archives,
comme dans le cœeur de chacun de ses
membres. Elles seront célébrées par ceux
qui nous succederont, & peut-être la mé-
moire en sera-t-elle renouvellée dans les
siècles à venir, quandenos productiono,
fruit de nos études, passeront dans toute l'é-
tendue de la postérité: en attendant, elles
autont toujours l'accueil qui est dû à l'a-
mitié
FEVRIER.
1752.
27
mitié que nous témoigne M. Titon Du-
tillet.
Vous ne vous êtes pas trompé, Mon-
sieur, en avançant qu'on pouvoit regar-
der M. Titon Dutillet Coadémicien de
l'Histoire. Notre inclination ne peut re-
fuser cet honneur à un Auteur qui en a em-
brassé une partie si éminente. Il a donc
pû se regarder comme tel dès l'instant que
ses ouvrages ont touché le portique de l'A-
cadémie; il le peut encore par les louan-
ges multipliées qui les suivent, la géné-
rosité avec laquelle il nous les offre, &
notre empressement à les recevoir.
Nous ny sommes pas moins portés;
(ce qui caractérise particulierement le nom
immortel de Philippe V. notre Fonda-
teur) en découvrant à l'inspection du
Parnasse François combien les Lettres ont
fleuri sous le Regne de Louis XIV,
Circonstance dont vous faites, Monsieur,
une juste application à la protection dé-
clarée que leur accorda, & à l'amour qua
eu pour elles le Prince son petit fils, qui
furent la source de cette noble émulation
qu'il eut toujours de suivre les sages maxi-
mes du grand Roi son Ayeul.
Le tendre souvenir que nous en con-
servons rend encore plus vif le desir que
nous avons de le publier, & d'en orner nos
as
93 MERCURE DE FRANCE.
Statuts; c est un tribut que nous payona
à la protection Royale & aux bontes dont
cet Auguste Souverain a bien voulu les
honorer. C'est aussi par la même raison
que nous croyons devoir inscrire dans
nos fastes un homme qui a particuliere-
ment travaillé, à éterniser le lustre des
plus dignes Enfans de cet âge d'or, sou-
tenu par le plus illustre des Princes de son
temps. Un homme qui contribue aujour-
d'hui par l'honneur qu'il rend à l'Acadé-
mie, & les louanges dont vous relevez
son établissement, à la gloire que nous
devons au Monarque bien faisant qui en a
posé les fondemens.
Outre les vœux & la satisfaction que
M. Titon Dutillet a sçu se concilier par
des motifs aussi justes, il a encore en sa
faveur, celui de vous avoir donné occa-
sion, Monsieur, de penser comme pen-
sent heureusement les sujets de notre très-
religieux Roi & notre Protecteur Ferdi-
nand VI. La justice que vous rendez à
ses vertus, la verité avec laquelle vous
manifestez l'amour de ses peuples, en
même temps qu'elles flattent notre joie
& notre félicite, nous excitent à publier
aussi de notre côté de la maniere la plus
expressive, l'obligation que nous avons
au Ciel qui nous a donné un Monarque
FEVRIER. 1752.
99
si digne du Trône qu'il occupe. Il ny a
quasi pas un seul Académicien qui n'ait
éprouvé des marques convaincantes de
la douceur d'un si aimable Maître. Tous.
le connoissent, tous l'aiment. Peut-il y
avoir des preuves plus fortes de la sincé-
rité de notre reconnoissance, que de sça-
voir distinguer le mobile auquel on don-
ne tant d'applaudissemens.
Je vous ai dit, Monsieur, suivant les
pouvoirs que m'en avoit donné l'Acadé-
mie, & je vous le confirme, que, quant,
à ce qui regarde M. Titon Dutillet, &
la juste rétribution que mérite son at-
tention, elle est resolue de lui prouver
dès à-présent l'estime particulière qu'elle
a de sa personne, pour suppléer à tout ce
que je puis oublier dans mes expressions:
je voudrois pouvoir vous peindre encore
tout ce que je lis dans le cœeur de mes
confreres, vous y verriez, Monsieur, la
distinction particuliere quel'Académie fait
de votre merite, & combien elle se félicite
d'en avoir reçu des preuves réelles. Je vous
dirai enfin qu'elle espere obtenir du temps
une occasioa favorable de pouvoir fran-
chir les bornes étroites où sa volonté se
trouve renfermée aujourd'hui.
Quant à ce qui me regarde en parti-
culier, je ne sçai comment vous répon-
E ij
nad
700 MERCURE DE FRANCE.
dte, Monsieur. Si je vous remercie des
louanges que vous me prodiguez, ce sera
donner une espéce de consentement à
un honneur si peu mérité. Si je les dissimu-
le en les couvrant d'un silence affecté
on interprétera ce silence comme une
impolitesse. Je me sens incapable de
tomber dans aucun de ces deux égare-
mens, & pour éviter l'un & l'autre
quelqu'inexcusable que je puisse vous pa-
roître, je vous laisse le juge, Monsieur,
des justes motifs qui mengagent à ne
plus parler d'une matiere où je suis le
seul interessé, & où mes remercimens
ne peuvent rien ajoûter à votre gloire.
Fermer
3198
p. 111-112
« JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...] »
Début :
JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...]
Mots clefs :
Charles-Marie de La Condamine, Voyage, Académiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL du voyage fait par ordre du Roi à l'Equateur, servant d'introduction [...] »
JOURNAL du voyage fait par ordre du
Roi à l'Equateur, servant d'introduction
historique à la mesure des trois pre-
miers degrés du Méridien. Par M. de la
Condamine. A Paris, de l'Imprimerie
Royale, 1751, in-4. Un volume avec
des Cartes & des plans.
Le voyage & les travaux de Messieurs
Godin, Bougner & de la Condamine,
ont fait tant de bruit dans le monde sça-
vant, & même dans celui qui ne l'est pas
quun Livre qui en rend compre, n'a be-
soin que d'être annoncé pour être recher-
ché. Si notre jugement particulier pou-
voit ajoûter quelque chose à l'idée qu'on
s'est formée d'avance de cette importante
Relation, nous dirions quon y trouve
tout ce qui peut rendre précieux un Li-
vre de cette nature: des découvertes
Geographiques, Physiques & Astronomi-
ques; des observations sur les mœurs,
sur les Arts & sur le Commerce; des dé-
tails militaires & politiques, &c. Cepen-
dant ce qui frappe le plus dans cet ouvra-
ge, c'est le courage & la constance des
DI2 MERCUREDEFRANCE.
trois célèbres Académiciens dans les pei-
nes inséparables de leut entreprise, &
dans les traverses qu'on ne pouvoit man-
quer de leur fusciter. M. de la Condamine
narre tout cela naivement, vivement, in-
génieusement. Les choses agtéables de-
viennent très-agréables sous sa plume;
& celles qui sont naturellement séches,
sont écrites avec tant de clarté, d'ordre
& de précision, qu on a encore du plaisit
à les lire. L'Histoire des Pyramides éle-
vées à Quito pour immortaliser les tra-
vaux des trois Académiciens, & pout fixer
les termes de la base fondamentale de
leurs opérations, est très curieuse & très-
bien contée: nous parlerons en particu-
lier de ce morceau, parce qu'il peut amu-
ser jusqu'aux gens les plus frivoles.
Roi à l'Equateur, servant d'introduction
historique à la mesure des trois pre-
miers degrés du Méridien. Par M. de la
Condamine. A Paris, de l'Imprimerie
Royale, 1751, in-4. Un volume avec
des Cartes & des plans.
Le voyage & les travaux de Messieurs
Godin, Bougner & de la Condamine,
ont fait tant de bruit dans le monde sça-
vant, & même dans celui qui ne l'est pas
quun Livre qui en rend compre, n'a be-
soin que d'être annoncé pour être recher-
ché. Si notre jugement particulier pou-
voit ajoûter quelque chose à l'idée qu'on
s'est formée d'avance de cette importante
Relation, nous dirions quon y trouve
tout ce qui peut rendre précieux un Li-
vre de cette nature: des découvertes
Geographiques, Physiques & Astronomi-
ques; des observations sur les mœurs,
sur les Arts & sur le Commerce; des dé-
tails militaires & politiques, &c. Cepen-
dant ce qui frappe le plus dans cet ouvra-
ge, c'est le courage & la constance des
DI2 MERCUREDEFRANCE.
trois célèbres Académiciens dans les pei-
nes inséparables de leut entreprise, &
dans les traverses qu'on ne pouvoit man-
quer de leur fusciter. M. de la Condamine
narre tout cela naivement, vivement, in-
génieusement. Les choses agtéables de-
viennent très-agréables sous sa plume;
& celles qui sont naturellement séches,
sont écrites avec tant de clarté, d'ordre
& de précision, qu on a encore du plaisit
à les lire. L'Histoire des Pyramides éle-
vées à Quito pour immortaliser les tra-
vaux des trois Académiciens, & pout fixer
les termes de la base fondamentale de
leurs opérations, est très curieuse & très-
bien contée: nous parlerons en particu-
lier de ce morceau, parce qu'il peut amu-
ser jusqu'aux gens les plus frivoles.
Fermer
3199
p. 112-120
« La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
Début :
La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...]
Mots clefs :
Michel-Gabriel Rossillon de Bernex, Devoirs, Zèle, Style, Prélat, Droit, Application, Célèbre, Servir, Jean de Pins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La vie de M. de Rossillon de Bernex, Evêque & Prince de Genève. A Paris, [...] »
La vie de M. de Rossillon de Bernex,
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
Evêque & Prince de Genève. A Paris,
chez Michel Lambert, rue Saint Jacques,
1751, in. 12. Un volume.
On trouvera dans la vie de ce saint
Evêque, mort en 1734, tout ce qui peut
entretenir la piété: des vertus, des ac-
tions miraculeuses, des entrepises utiles
au salut des ames, beaucoup de zéle, un
grand désintéressement, & une constance
a toute épreuve. L'Auicur, M. Boudet,
113
1752.
FEVRIER.
Chanoine Régulier de Saint Antoine, a
écrit tant de choses édifiantes, avec le na-
turel & l'onction convenables à ces sortes
d'ouvrages. On jugera de son style par le
portrait qu'il fait du respectable Prélat.
Il avoit la taille haute & déliée, la
physionomie noble, les yeux vifs & le
teint vermeil. Les traits de son visage
étoient assez réguliers, excepté qu'il avoit
le nés un peu relevé, & même une na-
rine plus ouverte que l'autre, d'où il pre-
noit quelquefois occasion de s'humilier.
Il se tenoit toujours fort droit, ce qui lui
donnoit un air grave & majestueux, quoi-
qu'éloigné de toute affectation.
Un tempérament fort & robuste le
mettoit en état de résister aux plus grands
travaux, mais son extrême vivacité l'au-
roit rendu sujet à la colére, s'il ne s'étoit
fait des violences continuelles pour se cor-
riger de ce défaut. Cette impétuosité natu-
relle ne venoit point chez lui d'un fond
d'orgueil & d'amour propre, comme il ar-
rive ordinairement; il étoit au contraire
humble & modeste. L'élevation de ses
sentimens lui faisoient regarder l'estime
de soi-même, & l'enflure du cœeur, com-
me une vérite ble bassesse. C'étoit l'amour
de l'ordre & le zéle, qui produisoient en
lui un empressement & une inquiétude
ed by Go
114 MERCUR DE FRANCE.
surprenante, lorsque quelques obstacles
s'opposoient à ses bons desseins. C'est de
quoi il est aisé de se convaincre, si l'on
fait attention que M. Bernex na jamais
été sensible aux injures personnelles. La
multiplicité des affaires, & les contretems
qui survenoient, étoient la seule cause de
son chagrin.
De-la vient qu'il trouvoit souvent de
la difficulté à garder une régle fixe dans
ses occupations journalieres, rien n'é-
tant plus opposé à son caractère, que l'in-
constance & la legereté, dont quelques
personnes peu équitables ont voulu le ta-
xet: il doit passer pour constant que cer-
te irrégularité apparente étoit l'effet de
l'application qu'il apportoit à tout ce qu'il
faisoit, & de l'envie qu'il avoit de rem-
plir par lui-même tous ses devoirs dans
la plus grande perfection. Il quittoit avec
peine un ouvrage commencé, parce qu'il
craignoit qu'en le differant, il ne fût
obligé d'entamer le tems destiné à d'au-
tres opérations. Ainsi c'étoit moins M. de
Bernex qui manquoit au tems & à l'heu-
re, que le tems même qui lui manquoit,
& qui ne pouvoit suffire au détail immen-
se de sa Charge.
Son esprit aussi élevé que solide, ai-
moit à former de grandes entreprises. Les
FEVRIER. 1752. 115
difficulrés, loin de l'étonner, ne servoient
qu'à enflammer son courage. Il trouvoit
des ressources dans son génie & dans ses
manieres pleines de franchise & de poli-
tesse, qui lui gagnoient le cœur de ceux
avec qui il avoit à traiter; mais comme
l'intéret de la gloire de Dieu étoit le seul
objet qu'il eût en vue, il comptoit plus sur
le secours d'en haut, que sur les moyens
que la prudence lui suggeroit: l'expé-
rience lui avoit appris qu'on n'espére ja-
mais en vain au Seigneur.
Cette confiance en Dieu le rendoit
constant & intrépide dans les circonstan-
ces les plus critiques. Le devoir étoit son
unique régle; nulles considérations hu-
maines ne pouvoient l'engager à mollir,
quand il s'agissoit de l'observation de la
loi. Il a souvent montré, en luttant con-
tre le crédit & l'autorité, & en méprisant
les menaces des Grands qui vouloient
l'intimider, qu'il étoit incapable de tra-
hir sa conscience & l'honneur de son mi-
nistére. Au reste la fermeté de M. Bernex
n'étoit point ennemie de la complaisance
& des ménagemens, lorsque la nature des
affaires paroissoit l'exiger. Naturellement
porté à la condescendance, il n'étoit severe
que par nécessité, & personne n'a porté plus
loin que lui l'esprir & le talent de la con-
ciliation.
0
116 MERCURE DEFRANCE.
Il avoit le sens droit & la conception
aisée. Sa mémoire n'étoit pas si heureuse,
mais l'application & l'assiduité au travail
en firent un Théologien profond, & un
scavant Canoniste. Ses discours & ses
Lettres Pastorales, dont j'at rapporté
quelques morceaux dans le cours de cette
Histoire, sont une preuve de son élo-
quence & de son érudition. On voit qu'il
faisoit moins de cas des graces du style que
de la solidité du raisonnement. La mul
titude & la continuité de ses autres occu-
pations, l'empêchoient de polit la plû-
part de ses ouvrages, surtout ceux qui
n'étoient pas destinés à l'impression; de-
là vient la difference qui se trouve entre
les uns & les autres. M. de Bernex re-
cueilloit avec soin tout ce qu'il tencon-
troit de remarquable dans ses lectures,
pout s'en servir dans l'occasion; c'est ce
qui a produit ces volumes immenles que
l'on a trouvé dans son Cabinet écrit de sa
main. Il est étonnant qu'il ait pû tant
lire & tant écrire, malgré l'attention
exacte qu'il apportoit à remplit tous ses
devoirs. On ne peut expliquet cette énig.
me, qu'en se rappellant que ce Prélat
mettoit à profit tous les instans, sans ja-
mais se permettre aucun autre délasse-
ment, que celui qui se trouve dans les
changemens d'occupation.
30
117
FEVRIER. 1752.
M. de Bernex étoit aussi recommanda-
ble par les qualités du cœur, que par cel-
les de l'esptit. Sensible aux douleurs de
l'amitié, il en observoit fidélement tous
les devoirs. Il avoit beaucoup de tendres-
se pour ses proches, & mettoit tous ses
soins à conserver entr'eux la paix & l'u-
nion. Ses domestiques le regardoient plu-
tôt comme un pere, que comme un maî-
tre. Il traitoit ses Aumôniers, & en gé-
néral tous les Ecclésiastiques, avec une
bonté qui les charmoit. Affable & pré-
venant, il se croyoit assez récompensé
par le seul plaisir de faire du bien. Lors-
qu'on recouroit à lui, on étoit assuré d'y
trouver des secours prompts & efficaces.
Il n'a jamais souhaité des richesses, que
pour en faire part aux malheureux, en fa-
veur desquels il se privoit souvent du né-
cessaire. Quand on l'avoit obligé, &
qu'il pouvoit en témoigner sa reconnois-
sance, elle alloit toujours au-delà des
bienfaits. Tous ses procédés étoient no-
bles & généreux, ses manières douces &
polies, sa conversation, quoique sérieuse
& grave, ne laissoit pas de devenir aussi
amusante qu'utile, par les traits curieux
& édifians que lui fournissoient ses lec-
tures.
L'assemblage de tant de belles qualités,
a
SIS MERCUREDEFRANCE.
n'est pas ce qui fait la principale gloire
de M. de Bernex. Les vertus chrétiennes
qu'il a constamment pratiquées pendant
le cours d'une longue vie, lui donnent
incomparablement plus de droit à notre
estime. Né avec un goût décidé pour la
piété, soutenu & perfectionné par les
leçons & par les exemples de sa mere &
de son ayeule, il se forma dans la retraite
aux fonctions du ministére sacré, auquel
Dieu l'appella par une suite de prodiges.
Il apprit à commander, en observant fidé-
lement les loix de l'obéissance, dans l'état
de Chanoine Régulier de l'Ordre de Saint
Antoine. C'est la que partageant son loi-
sit entre l'étude des saintes Lettres & l'e-
xercice de la priere, il se fit un fond de
science & de vertu, capable de four nir
aux besoins d'un Diocése très-vaste & très-
difficile à gouverner. Pénétré de la gran-
deur & de l'étendue de ses devoirs, il
sappliqua à les remplir, en imitant la
conduite de ses Prédécesseurs, surtout de
Saint François de Sales, & du célébre
Jean d'Arenthon d'Alex. Le succès de cet-
te application a été tel, qu'on ne croit
pas qu'il y ait de la témérité à le propo-
set à son tour, comme un modéle à sui-
vre dans les differens états où il a vêcu.
Il seroit difficile à décider quelle est
119
FEVRIER. 1752.
la vertu qui a le plus brillé dans sa con-
duite & dans ses moeurs; car il possédoit
dans un haut degré toutes celles qui com-
posent la justice chrétienne. Il avoit un
zéle universel & également vif à s'acquit-
ter de toutes ses obligations en géneral,
& de chacun d'elles en particulier.
n est aucun trait de sa vie qui ne soit
édifiant, & qui ne concoure à justifier l'i-
dée que je donne de ce grand Prélat.
Le Livre dont nous venons de parler,
nous en rappelle un autre, intitulé: Me-
moires pour servir à l'éloge de Jean de Pins
Evenque de Rieux, célebre par ses Ambassa-
des, avec un Recueil de plusieurs de ses
Lettres. A Avignon, chez Chabrier. Un
volume in-12.
Il n'y a proprement m recherches, ni
discussions, ni style dans cet ouvrage; on
y parle des négociations de Jean de Pins,
sans avoir étudié le siécle où vivoit cet
homme célébre, & de ses travaux littérai-
res, sans aucune connoissance des Livres.
Si cette production pouvoit inspirer de
la curiosité, on devineroit au ton qui y
regne, les inclinations & les occupations
de l'Auteur, qui nous est tout-à-fait in-
connu. Ce que nous venons de dire, sus-
fira pout constater l'existence des Mémoi-
tes pour servir a l'éloge de Jean de Pins,
iues
120 MERCUREDE FRANCE.
si quelqu'un s'avisoit un jout de la con-
tester.
Fermer
3200
p. 120-124
« AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
Début :
AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...]
Mots clefs :
Nomen, Bonheur, Naissance du duc de Bourgogne
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AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
e
121
FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
jitized by Goo
122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
OO
124 MERCUREDEFRANCE.
lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
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FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
jitized by Goo
122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
OO
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lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
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