Résultats : 21243 texte(s)
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16651
p. 210
PRIX des Grains, à Paris, à la Mi-Décembre 1763.
Début :
Le Froment se vendoit, à la Halle, de 13 liv. 5. à 15 s. le Septier ; [...]
Mots clefs :
Froment, Seigle, Orge, Avoine, Prix
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texteReconnaissance textuelle : PRIX des Grains, à Paris, à la Mi-Décembre 1763.
ARTICLE VIII.
ECONOMIE ET COMMERCE .
PRIX des Grains , à Paris , à la Mi-
Décembre 1763 .
Le Fromentle vendoit , à la Halle , der 3 liv. så
15 f. le Septier ; plufieurs ont vendu de 9 à 13 liv.
fur le Port de la Grêve de 14 liv . 10 f. à 15 liv. Il
en étoit vendu de 13 liv. S à 1 13 lîv. 10 f.
à
Le Seigle, à la Halle, de 4 liv.10 f. à 6 liv . 10 f.
L'Orge , des liv. rof. à 6 liv..
Vefce , fur le Port , 15 liv. à la Halle , 10 liv.
13 liv. 1 f.
L'Avoine , à la Halle , 12 liv . l'Avoine en facs
fur le Port is liv. en banne , 14 liv. à 14 liv . 10ſ,
ECONOMIE ET COMMERCE .
PRIX des Grains , à Paris , à la Mi-
Décembre 1763 .
Le Fromentle vendoit , à la Halle , der 3 liv. så
15 f. le Septier ; plufieurs ont vendu de 9 à 13 liv.
fur le Port de la Grêve de 14 liv . 10 f. à 15 liv. Il
en étoit vendu de 13 liv. S à 1 13 lîv. 10 f.
à
Le Seigle, à la Halle, de 4 liv.10 f. à 6 liv . 10 f.
L'Orge , des liv. rof. à 6 liv..
Vefce , fur le Port , 15 liv. à la Halle , 10 liv.
13 liv. 1 f.
L'Avoine , à la Halle , 12 liv . l'Avoine en facs
fur le Port is liv. en banne , 14 liv. à 14 liv . 10ſ,
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Résumé : PRIX des Grains, à Paris, à la Mi-Décembre 1763.
En décembre 1763 à Paris, les prix des grains variaient selon les types et les lieux de vente. Le froment coûtait entre 3 livres 15 sous et 15 livres. Le seigle se vendait entre 4 livres 10 sous et 6 livres 10 sous. L'orge était à 5-6 livres. La vesce variait entre 10 et 15 livres. L'avoine était à 12 livres à la Halle et 11-14 livres 10 sous au Port.
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16652
p. 210
AVIS. REMÉDE pour les Chiens attaqués de la maladie courante.
Début :
On fait prendre trois grains d'émétique dans du bouillon, & une heure ou [...]
Mots clefs :
Maladie, Chiens, Bouillon, Émétiques, Huile d'olive, Tabac, Vinaigre, Remède
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texteReconnaissance textuelle : AVIS. REMÉDE pour les Chiens attaqués de la maladie courante.
AVIS.
REMEDE pour les Chiens attaqués de la maladie.
"
courante .
On fait prendre trois grains d'émétique dans
du bouillon & une heure ou deux après on
donne encore du bouillon au Chien malade . Ik
faut dans la journée lui faire boire de l'huile
d'Olive ; enfuite après avoir rempli de la même
huile une petite feringue grofle comme le doigt ,
dans laquelle on a mis une ou deux prifes de
tabac mêlé avec l'huile , on en ferinque dans les
narines du chien plufieurs fois par jour. Si le
tabac ne le fait pas éternuer il faut mettre à
la place deur goutes de vinaigre.
REMEDE pour les Chiens attaqués de la maladie.
"
courante .
On fait prendre trois grains d'émétique dans
du bouillon & une heure ou deux après on
donne encore du bouillon au Chien malade . Ik
faut dans la journée lui faire boire de l'huile
d'Olive ; enfuite après avoir rempli de la même
huile une petite feringue grofle comme le doigt ,
dans laquelle on a mis une ou deux prifes de
tabac mêlé avec l'huile , on en ferinque dans les
narines du chien plufieurs fois par jour. Si le
tabac ne le fait pas éternuer il faut mettre à
la place deur goutes de vinaigre.
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Résumé : AVIS. REMÉDE pour les Chiens attaqués de la maladie courante.
Le document décrit un traitement pour une maladie canine. Il consiste à donner trois grains d'émétique dans du bouillon, suivi d'un autre bouillon après une à deux heures. Le chien doit boire de l'huile d'olive. Une seringue avec un mélange d'huile d'olive et de tabac en poudre est instillée dans les narines. Si le tabac n'induit pas d'éternuements, il est remplacé par du vinaigre.
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16653
p. 211
« Le Sieur Le Lievre, Apoticaire, Distilateur ordinaire du Roi, est mort [...] »
Début :
Le Sieur Le Lievre, Apoticaire, Distilateur ordinaire du Roi, est mort [...]
Mots clefs :
Distillateur, Apothicaire ordinaire du roi, Décès, Veuve, Baume de vie
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Le Lievre, Apoticaire, Distilateur ordinaire du Roi, est mort [...] »
LE Sieur LB LIEVRE , Apoticaire , Diftila
teur ordinaire du Roi , eft mort le 28 Octobre
dernier , âgé de quatre vingt - dix ans. Sa veuve ,
ainfi que fon fils , reçu en furvivance depuis
dix ans dans fa Charge d'Apoticaire - Diftilateur
ordinaire du Roi , compoſoient & fabri
quoient avec feu M. LE LIEVRE , le Beaume de
Vie , & fa veuve continue le même Commerce ,
dans fa même Maifon , rue de Seine , Fauxbourg
S. Germain.
teur ordinaire du Roi , eft mort le 28 Octobre
dernier , âgé de quatre vingt - dix ans. Sa veuve ,
ainfi que fon fils , reçu en furvivance depuis
dix ans dans fa Charge d'Apoticaire - Diftilateur
ordinaire du Roi , compoſoient & fabri
quoient avec feu M. LE LIEVRE , le Beaume de
Vie , & fa veuve continue le même Commerce ,
dans fa même Maifon , rue de Seine , Fauxbourg
S. Germain.
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16654
p. 211-214
SUPPLÉMENT à la Liste alphabétique des Abonnés au Mercure, que se trouve dans le volume de Décembre dernier.
Début :
ABONNÉS DE PARIS. Messieurs, Bondy, receveur Général des Finances, [...]
Mots clefs :
Abonnés, Paris, Provinces
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à la Liste alphabétique des Abonnés au Mercure, que se trouve dans le volume de Décembre dernier.
SUPPLÉMENT à la Lifte alphabétique
des Abonnés au Mercure , quife trouve
dans le volume de Décembre dernier.
ABONNÉS DE PARIS.
MESSIEURS ,
BONDY , Receveur Général des Finances , rue đứt
Clery.
Carlin , de la Comédie Italienne , rue S. Denis į
au vieux Grand-Cerf.
Duchêne , chez M. Gruguelu , Marchand , rue Saine
Denis .
Guyot , Marchand de Papier , rue des Arcis , à la
petite Vertu.
Laître (de ) , Entreprer ear des Habillemens de Théâ
tre de l'Opéra & des Menus - Plaifirs du Roi ,
rue S. Nicaife .
Lemaitre , Ecuyer , rue & ifle S. Louis.
Mauclerc , Directeur Général des Vivres de la Mas
rine , rue Sainte Anne , Butte S. Roch.
Meunier , Subſtitut de M. le Procureur du Roi- au
212 MERCURE DE FRANCE.
Châtelet , rue de Condé.
Midrey , Infpecteur Général des Domaines , rue
des Moulins , Butte S. Roch.
Montbruel ( de ) & Ferrand , à l'Hôtel de Combourg
, quai des Céleftins .
Montgotfier ( de ) , Marchand de Bois , rue de Surenne
, près le Boulevard , pour deux exemplaires.
Nicol , Directeur de la Régie des Cartes , à l'Hôtel
de la Force , rue des Ballets .
Teflier , Fermier Général , rue Tiquetonne.
Ximenes ( le Marquis de ) , rue neuve des Bons-
Enfans.
Les Directeurs du Bureau d'Indication , en leur
Bureau , rue S. Honoré , à l'Hôtel d'Aligre.
ABONNÉS DE PROVINCE.
MESSIEURS ,
Bufnel ( de ) , Prévôt- Juge Royal , à Philippeville.
Cazin de Valferie , Préfident , à Troyes .
Colin , Receveur des Tailles , à Riom en Auvergne.
Lucé ( le Comte de ) Maître de la Garderobe du
Roi , Colonel du Régimeur des Gardes de Lorraine
, au Château , à Verfailles.
David ( Nicolas ) , rue S. Pierre , à Caen.
François , ancien Officier de Cavalerie , à Uzès.
Gualy ( le Baron de ) , Lieutenant de MM . les
Maréchaux de France , à Milhau en Rouergue.
Jame , rue S Meleine , à Morlaix.
La Befcau ( de , Capitaine au Commiſſaire Général
, en Garnifon à Heldin en Artois.
Lahaye ( la Marquiſe de ) , au Château de Lifle ,
par Avallon en Bourgogne."
Manfigny ( de ) , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , à Eftrepagny , par les Tilliers ,
Vexin Normand.
Morlange ( Madame de ) rue de l'Hôpital , au
Havre.
1
JANVIER. 1764 .
213
Narbonne- Pelet ( le Marquis de , à Alais.
Paulinier , Chanoine , Théologal du Chapitre de
Foix , à Foix !
Periffe ( les Freres ) Libraires , à Lyon.
Preyfing ( Madame la Baronne de ) , aux Dames
Religieufes de la Congrégation de N.D.à Nancy .
Rochechouart ( le Comte de ) , Capitaine de Dragons
, à Bordeaux .
Saint- Sulpice l'Abbé de ) , en fon Abbaye , a
Belley en Bugey , route de Lyon.
Salmon , à Laval , Bas- Mayne.
Souchay , Secrétaire du Roi , à Lyon.
Tarbé , Imprimeur- Libraire , à Sens.
Tolofan & Compagnie , à Lyon,
Valleberg le Baron de ) ( 9 à Treves,
Meffieurs de l'Académie de la Rochelle , à la Ro
chelle.
Le Prieur de l'Abbaye de Montperoux , à Thiers
en Auvergne.
FAUTES à corriger dans la Lifte du Mercure de
Décembre dernier.
M. Frémin , Greffier Plumitif de la Tournelle , an
lieu de Greffier au Greffe Civil du Parlement
ligne 3 , pag. 12.
Suppléer M. Boudet , Procureur Général de Saint
Antoine , au petit S. Antoine , rue du Roi de
Sicile ; au lieu de Boudet , Pro ..... , ligne 13
page 4 de la Lifte.
Supprimer un i , & lire Boutren, page 4 à la der
nière ligne:
Subftituer Procureur au Châtelet à M. Courlevaux,
page 7 ligne 15.
Page 20 , ligne 19 , lifex Petit de Limeil , au lieu
de Perilimeil.
Page 41 , ligne 17 , lifex Victor ( Marquile de ) ,
en fon Château de Victót,
274 MERCURE DE FRANCE .
Page 45 , lignes 6 & 7 , au lieu de Major , lifez
Lieutenant- Colonel d'Artillerie , & Directeur
des Bâtimens de S. A. S. M. le Duc de Wirtemberg.
Lig. 13 & 14 , lifez M. le Comte de Montmartin ,
Premier Miniftre d'Etat & du Cabinet de S. A. S.
M. le Duc Régnant de Wirtemberg .
Page 34 , au lieu de Flandres , Hainault , lifeg
Cottiau ( l'Abbé ) , Chanoine de Sainte Croix.
des Abonnés au Mercure , quife trouve
dans le volume de Décembre dernier.
ABONNÉS DE PARIS.
MESSIEURS ,
BONDY , Receveur Général des Finances , rue đứt
Clery.
Carlin , de la Comédie Italienne , rue S. Denis į
au vieux Grand-Cerf.
Duchêne , chez M. Gruguelu , Marchand , rue Saine
Denis .
Guyot , Marchand de Papier , rue des Arcis , à la
petite Vertu.
Laître (de ) , Entreprer ear des Habillemens de Théâ
tre de l'Opéra & des Menus - Plaifirs du Roi ,
rue S. Nicaife .
Lemaitre , Ecuyer , rue & ifle S. Louis.
Mauclerc , Directeur Général des Vivres de la Mas
rine , rue Sainte Anne , Butte S. Roch.
Meunier , Subſtitut de M. le Procureur du Roi- au
212 MERCURE DE FRANCE.
Châtelet , rue de Condé.
Midrey , Infpecteur Général des Domaines , rue
des Moulins , Butte S. Roch.
Montbruel ( de ) & Ferrand , à l'Hôtel de Combourg
, quai des Céleftins .
Montgotfier ( de ) , Marchand de Bois , rue de Surenne
, près le Boulevard , pour deux exemplaires.
Nicol , Directeur de la Régie des Cartes , à l'Hôtel
de la Force , rue des Ballets .
Teflier , Fermier Général , rue Tiquetonne.
Ximenes ( le Marquis de ) , rue neuve des Bons-
Enfans.
Les Directeurs du Bureau d'Indication , en leur
Bureau , rue S. Honoré , à l'Hôtel d'Aligre.
ABONNÉS DE PROVINCE.
MESSIEURS ,
Bufnel ( de ) , Prévôt- Juge Royal , à Philippeville.
Cazin de Valferie , Préfident , à Troyes .
Colin , Receveur des Tailles , à Riom en Auvergne.
Lucé ( le Comte de ) Maître de la Garderobe du
Roi , Colonel du Régimeur des Gardes de Lorraine
, au Château , à Verfailles.
David ( Nicolas ) , rue S. Pierre , à Caen.
François , ancien Officier de Cavalerie , à Uzès.
Gualy ( le Baron de ) , Lieutenant de MM . les
Maréchaux de France , à Milhau en Rouergue.
Jame , rue S Meleine , à Morlaix.
La Befcau ( de , Capitaine au Commiſſaire Général
, en Garnifon à Heldin en Artois.
Lahaye ( la Marquiſe de ) , au Château de Lifle ,
par Avallon en Bourgogne."
Manfigny ( de ) , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , à Eftrepagny , par les Tilliers ,
Vexin Normand.
Morlange ( Madame de ) rue de l'Hôpital , au
Havre.
1
JANVIER. 1764 .
213
Narbonne- Pelet ( le Marquis de , à Alais.
Paulinier , Chanoine , Théologal du Chapitre de
Foix , à Foix !
Periffe ( les Freres ) Libraires , à Lyon.
Preyfing ( Madame la Baronne de ) , aux Dames
Religieufes de la Congrégation de N.D.à Nancy .
Rochechouart ( le Comte de ) , Capitaine de Dragons
, à Bordeaux .
Saint- Sulpice l'Abbé de ) , en fon Abbaye , a
Belley en Bugey , route de Lyon.
Salmon , à Laval , Bas- Mayne.
Souchay , Secrétaire du Roi , à Lyon.
Tarbé , Imprimeur- Libraire , à Sens.
Tolofan & Compagnie , à Lyon,
Valleberg le Baron de ) ( 9 à Treves,
Meffieurs de l'Académie de la Rochelle , à la Ro
chelle.
Le Prieur de l'Abbaye de Montperoux , à Thiers
en Auvergne.
FAUTES à corriger dans la Lifte du Mercure de
Décembre dernier.
M. Frémin , Greffier Plumitif de la Tournelle , an
lieu de Greffier au Greffe Civil du Parlement
ligne 3 , pag. 12.
Suppléer M. Boudet , Procureur Général de Saint
Antoine , au petit S. Antoine , rue du Roi de
Sicile ; au lieu de Boudet , Pro ..... , ligne 13
page 4 de la Lifte.
Supprimer un i , & lire Boutren, page 4 à la der
nière ligne:
Subftituer Procureur au Châtelet à M. Courlevaux,
page 7 ligne 15.
Page 20 , ligne 19 , lifex Petit de Limeil , au lieu
de Perilimeil.
Page 41 , ligne 17 , lifex Victor ( Marquile de ) ,
en fon Château de Victót,
274 MERCURE DE FRANCE .
Page 45 , lignes 6 & 7 , au lieu de Major , lifez
Lieutenant- Colonel d'Artillerie , & Directeur
des Bâtimens de S. A. S. M. le Duc de Wirtemberg.
Lig. 13 & 14 , lifez M. le Comte de Montmartin ,
Premier Miniftre d'Etat & du Cabinet de S. A. S.
M. le Duc Régnant de Wirtemberg .
Page 34 , au lieu de Flandres , Hainault , lifeg
Cottiau ( l'Abbé ) , Chanoine de Sainte Croix.
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Résumé : SUPPLÉMENT à la Liste alphabétique des Abonnés au Mercure, que se trouve dans le volume de Décembre dernier.
Le document est un supplément à la liste alphabétique des abonnés au Mercure de France, publié en janvier 1764. Il répertorie les abonnés de Paris et de province, ainsi que les corrections à apporter à la liste précédente de décembre 1763. Les abonnés parisiens incluent des personnalités telles que Bondy, Receveur Général des Finances, Carlin de la Comédie Italienne, Duchêne, Guyot, Marchand de Papier, Laître, Entrepreneur des Habillemens de Théâtre de l'Opéra, Lemaitre, Ecuyer, Mauclerc, Directeur Général des Vivres de la Marine, Meunier, Substitut du Procureur du Roi, Midrey, Inspecteur Général des Domaines, Montbruel et Ferrand, Nicol, Directeur de la Régie des Cartes, Teflier, Fermier Général, Ximenes, Marquis de, et les Directeurs du Bureau d'Indication. Les abonnés de province comprennent de Bufnel, Prévôt-Juge Royal à Philippeville, Cazin de Valferie, Président à Troyes, Colin, Receveur des Tailles à Riom, le Comte de Lucé, Maître de la Garderobe du Roi, David à Caen, François, ancien Officier de Cavalerie à Uzès, le Baron de Gualy, Lieutenant des Maréchaux de France à Milhau, Jame à Morlaix, de La Bescau, Capitaine au Commissaire Général en garnison à Heldin, la Marquise de Lahaye au Château de Lisle, de Mansigny, Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis à Estrepagny, Madame de Morlange au Havre, le Marquis de Narbonne-Pelet à Alais, Paulinier, Chanoine à Foix, les Frères Perisse, Libraires à Lyon, Madame la Baronne de Preyfing à Nancy, le Comte de Rochechouart à Bordeaux, l'Abbé de Saint-Sulpice à Belley, Salmon à Laval, Souchay, Secrétaire du Roi à Lyon, Tarbé, Imprimeur-Libraire à Sens, Tolofan & Compagnie à Lyon, le Baron de Valleberg à Trèves, les Messieurs de l'Académie de la Rochelle, et le Prieur de l'Abbaye de Montperoux à Thiers. Le document liste également les fautes à corriger dans la liste précédente, telles que les erreurs concernant M. Frémin, M. Boudet, M. Courlevaux, Petit de Limeil, et le Marquis de Victor.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16655
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le premier volume du Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Vice- Chan- 'AI
celier , le premier volume du Mercure du mois
de Janvier 1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe
en empêcher l'impreffifion . A Paris , ce 31 Décembre
1763. GUIROY.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Vice- Chan- 'AI
celier , le premier volume du Mercure du mois
de Janvier 1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiffe
en empêcher l'impreffifion . A Paris , ce 31 Décembre
1763. GUIROY.
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16656
p. 214-216
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Mémoire historique sur le Titre, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET IN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
MAMOTRE LEMOIRE hiftorique fur le Titre , l'objet
& les divers progrès du Journal intitulé
aujourd'hui MERCURE DE FRANCE. Pag.7
EPITRE à M. le Chevalier D ... . ancien
Capitaine au Régiment de B...
LETTRE de M. de Saintfoix à M. De la
Place , Auteur du Mercure de France.
VERS à Mile ** neau , &c.
La jeune Bergère & le Papillon , Fable.
A M.... fur fon mariage.
ÉPITRE.
17
20
25
JANVIER. 1764. 215
ERS de M. de Voltaire, à l'IMPERATRICÈ
DE RUSSIE.
QU'EN doit - il arriver ? Anecdote hiftorique.
EXCUSE à une Dame pour qui l'Auteur n'avoit
point fait de vers.
VERS à Madame de MONT...
30
35
Sr
ibid.
VERS à Madame D *
**
&c. ENIGMES.
53
54 & 55
LOGOGRYPHES.
56 & $7
CHANSON.
ibid.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA Voix de la Nature , ou Aventures de
Madame la Marquiſe de *** . Par Mde
de R. R. Auteur de la Payfane Philofophe.
COURS d'Hiftoire facrée & prophane, dédié
aux jeunes perfonnes , &c.
PROSPECTUS d'un neuviéme Cours public
d'Hiftoire Naturelle , &c. Par M. Valmont
de Bomare.
LETTRE de l'homme civil à l'homme fauvage.
SUITE de l'Atlas Hiſtorique & Géographique
de M Buy de Mornas.
58
60
66
67
69
TABLETTES chronologiques de l'Hiftoire
Univerfelle , Sacrée & Prophane , Eccléfiaftique
& Civile , &c . Par M. Lenglet
Dufresnoy
VIES des Pères , des Martyrs , & des autres
principaux Saints , & c .
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de la
Province d'Artois , &c . par M. Harduin.
ANNONCES de Livres.
78
83
66 &fuiv
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES-LETTRAS.
ACADEMIES.
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences
, Arts & Belles-Lettres de DIJON. 100
416 MERCURE DE FRANCE .
COLLEGE ROYAL.
LETTRE à M. De la Place , au fujet des
Exercices du Collège Royal fur la conftruction
& la Manoeuvre des Vaiffeaux .
ÉCOLE Royale Vétérinaire.
MÉDECIN E.
TRAITE de la Goute , augmenté de nouvelles
Obfervations , &c.
ART. IV . BEAUX - ARTS.
CATOPTRIQUE.
ARTS UTILES.
108
113
119
121
HÔPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron. 127
ARCHITECTURE .
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale d'Architecture.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MUSIQUE.
134
135
138
SOIREES de Choify- le- Roi.
SUPPLEMENT aux Nouvelles Littéraires.
ART. V. SPECTACLES.
140
146
SPECTACLES de la Cour à Versailles,
148 SPECTACLES de Paris .
ISI.
COMÉDIE Françoiſe.
152
COMÉDIE Italienne. 162
CONCERTS Spirituels.
165
SPECTACLES de la Ville de Bordeaux . 166
ART. VI . Nouvelles Politiques.
171
MARIAGE,
182
ibid: MORTS.
ART. VII. CÉRÉMONIES publiques.
ART. VIII. @conomie & Commerce ,
Ayıs & Supplémens à divers Articles.
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY.
193
210
211
PIECES FUGITIVES EN VERS ET IN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
MAMOTRE LEMOIRE hiftorique fur le Titre , l'objet
& les divers progrès du Journal intitulé
aujourd'hui MERCURE DE FRANCE. Pag.7
EPITRE à M. le Chevalier D ... . ancien
Capitaine au Régiment de B...
LETTRE de M. de Saintfoix à M. De la
Place , Auteur du Mercure de France.
VERS à Mile ** neau , &c.
La jeune Bergère & le Papillon , Fable.
A M.... fur fon mariage.
ÉPITRE.
17
20
25
JANVIER. 1764. 215
ERS de M. de Voltaire, à l'IMPERATRICÈ
DE RUSSIE.
QU'EN doit - il arriver ? Anecdote hiftorique.
EXCUSE à une Dame pour qui l'Auteur n'avoit
point fait de vers.
VERS à Madame de MONT...
30
35
Sr
ibid.
VERS à Madame D *
**
&c. ENIGMES.
53
54 & 55
LOGOGRYPHES.
56 & $7
CHANSON.
ibid.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES.
LA Voix de la Nature , ou Aventures de
Madame la Marquiſe de *** . Par Mde
de R. R. Auteur de la Payfane Philofophe.
COURS d'Hiftoire facrée & prophane, dédié
aux jeunes perfonnes , &c.
PROSPECTUS d'un neuviéme Cours public
d'Hiftoire Naturelle , &c. Par M. Valmont
de Bomare.
LETTRE de l'homme civil à l'homme fauvage.
SUITE de l'Atlas Hiſtorique & Géographique
de M Buy de Mornas.
58
60
66
67
69
TABLETTES chronologiques de l'Hiftoire
Univerfelle , Sacrée & Prophane , Eccléfiaftique
& Civile , &c . Par M. Lenglet
Dufresnoy
VIES des Pères , des Martyrs , & des autres
principaux Saints , & c .
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire de la
Province d'Artois , &c . par M. Harduin.
ANNONCES de Livres.
78
83
66 &fuiv
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES-LETTRAS.
ACADEMIES.
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences
, Arts & Belles-Lettres de DIJON. 100
416 MERCURE DE FRANCE .
COLLEGE ROYAL.
LETTRE à M. De la Place , au fujet des
Exercices du Collège Royal fur la conftruction
& la Manoeuvre des Vaiffeaux .
ÉCOLE Royale Vétérinaire.
MÉDECIN E.
TRAITE de la Goute , augmenté de nouvelles
Obfervations , &c.
ART. IV . BEAUX - ARTS.
CATOPTRIQUE.
ARTS UTILES.
108
113
119
121
HÔPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron. 127
ARCHITECTURE .
EXTRAIT des Regiftres de l'Académie
Royale d'Architecture.
ARTS AGRÉABLES.
GRAVURE.
MUSIQUE.
134
135
138
SOIREES de Choify- le- Roi.
SUPPLEMENT aux Nouvelles Littéraires.
ART. V. SPECTACLES.
140
146
SPECTACLES de la Cour à Versailles,
148 SPECTACLES de Paris .
ISI.
COMÉDIE Françoiſe.
152
COMÉDIE Italienne. 162
CONCERTS Spirituels.
165
SPECTACLES de la Ville de Bordeaux . 166
ART. VI . Nouvelles Politiques.
171
MARIAGE,
182
ibid: MORTS.
ART. VII. CÉRÉMONIES publiques.
ART. VIII. @conomie & Commerce ,
Ayıs & Supplémens à divers Articles.
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY.
193
210
211
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente la table des articles de la publication 'Mercure de France' pour l'année 1764, structurée en huit articles principaux. L'Article Premier regroupe des pièces fugitives en vers et en prose, incluant des épîtres, lettres, fables, énigmes, logogryphes et chansons. Parmi les œuvres notables figurent une épître à l'Impératrice de Russie, des vers de Voltaire, et une fable intitulée 'La jeune Bergère & le Papillon'. L'Article II traite des nouvelles littéraires, avec des œuvres telles que 'La Voix de la Nature' de Madame de R. R., un cours d'histoire pour jeunes personnes, et des annonces de livres. L'Article III aborde les sciences et les belles-lettres, incluant des séances de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Dijon, et des traités médicaux comme 'Traité de la Goute'. L'Article IV se concentre sur les beaux-arts, avec des sections sur la catoptrique, les arts utiles, l'architecture, et les arts agréables comme la gravure et la musique. L'Article V détaille les spectacles, incluant ceux de la Cour à Versailles, les spectacles de Paris, les comédies française et italienne, et les concerts spirituels. L'Article VI présente les nouvelles politiques, avec des sections sur les mariages et les décès. L'Article VII mentionne les cérémonies publiques, et l'Article VIII traite de l'économie et du commerce, avec des ajouts et suppléments divers. Le document se conclut par des informations sur l'imprimerie de Sébastien Jorry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16657
p. 216
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY.
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16658
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch
Sellier du Roi.
à côté du
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie litté-
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize vo-
lumes , à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la poste
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re-
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui pren •
dront les frais du port fur leur comp-
te , ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est- à-
dire , 24 liv. d'avance
pour feize volumes.
en s'abonnant
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve-
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci-
deffus.
On fupplie les perfonnes des provin-
ces d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye-
ment enfoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran-
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an-
noncer , d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom-
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a juf-
qu'à préfent cent deux vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du foixante - douzième.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch
Sellier du Roi.
à côté du
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie litté-
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pourfeize vo-
lumes , à raifon de 30 fols piéce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la poste
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re-
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui pren •
dront les frais du port fur leur comp-
te , ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est- à-
dire , 24 liv. d'avance
pour feize volumes.
en s'abonnant
A ij
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve-
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci-
deffus.
On fupplie les perfonnes des provin-
ces d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye-
ment enfoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran-
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an-
noncer , d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nom-
bre de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a juf-
qu'à préfent cent deux vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
fe trouve à la fin du foixante - douzième.
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16659
p. 5-10
ODE sur la mort de M. RACINE. Dignum laude virum musa vetat mori, Caelo musa beat. Hor. Ode 8. l. 4.
Début :
QUEL cri funébre & formidable [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE sur la mort de M. RACINE. Dignum laude virum musa vetat mori, Caelo musa beat. Hor. Ode 8. l. 4.
ODE sur la mort de M. RACINE.
Dignum laude virum musa vetat mori,
Caelo musa beat.
Hor. Ode 8. l. 4.
QUEL cri funébre & formidable
Réveille mes fens alloupis ?
Quelle Déeffe inexorable
Vole fur l'Univers furpris?
Cruelle mort, Monſtre infléxible ,
Tu fais briller ta faulx terrible ,
Tout eft en proie à ta fureur ;
II. Vol.
A iij
6
MERCURE DE FRANCE.
Tout fuccombe fous ta puiffance ,
Le talent , le rang , la naiffance ,
Rien n'arrête ton bras vengeur.
Hélas ! dans quel temps déplorable
Le Ciel contre nous irrité
Frappe ce Mortel refpectable ,
Organe de la Vérité !
L'impiété fière & terrible
A fait gronder fa voix horrible
Son fouffle empoisonne les airs.
La Fureur pâle & dévorante
Suit cette Gorgone effrayante ;
Sa marche obfcurcit l'Univers,
O Vertu ta douceur aimable
Ne peut des farouches humains
Enchaîner le cœur indomptable
Ils bravent tes attraits divins.
L'Aftre brulant qui nous éclaire
N'ouvre plus fa vaſte carrière
Que far des Mortels furieux.
Il finit fa courfe féconde ,
Et ne voit dans le tour du monde
Que des monftres audacieux.
Etre immortel , être fublime ,
Que d'attentats ! que de forfaits !
La main facrilége du crime
/
JANVIER. 1764.
Ofe fur toi lancer les traits.
Dans leur ivreffe téméraire ,
Les hommes fur ton fanctuaire
Jettent de fuperbes regards.
Fais partir ta foudre brulante ,
Què ta colère étincelante
Les pourſuive de toutes parts.
Longtemps rempli d'un faint courage ,
Un héros à tes loix foumis
Confondit l'orgueil & la rage
De tes perfides ennemis.
A la vertu trifte & captive
Rendant la gloire primitive ,
Sa main vint effuyer fes pleurs.
Ainfi parmi les noirs orages
Le Soleil perçant les nuages ,
Bannit la crainte de nos cœurs.
Fils & rival d'un père illuftre,
Il foutint ce nom glorieux ,
Et le couvrit d'un nouveau luftre
Par les ouvrages précieux.
S'il prend en main la harpe fainte ,
Saifi d'une fublime crainte ,
Mon cœur à les tranſports divins ,
Croit entendre l'être invisible ,
Quand fur la montagne terrible
Il dictoit fes loix aux humains.
A iv
81 MERCURE DE FRANCE
La Religion triomphante
Par lui captive nos eſprits :
Sa beauté fublime & touchante
Dompte & foumet nos coeurs furpris
Par les routes impénétrables
De fes mystères redoutables,
Il conduit nos pas vers la foi.
Raifon fuperbe & téméraire ,
Connois le flambeau qui t'éclaire ,
Qu'il luife toujours devant toi.
*
Mais quand ta lyre enchantereffe
Retentit de les fons touchans ,
Quelle douceur ! quelle nobleffe !
Quel coloris ! quels traits brillans ! ....
Embraté du feu qui l'éclaire ,
Il entre dans le Sanctuaire ,
Séjour des fublimes tranfports..
Des Dieux du goût fuivant les traces
Inftruit & guidé par les grâces ,
Il produit les plus doux accords.
Peintre hardi , divin Racine !
A ces accords mélodieux,
Je reconnois ton origine
* Odesfur la Paix , fur l'harmonie . On peut voir
l'éloge admirable qu'en fait Rouffeau , dont l'ap-
probationfeule en ce genre feroit un titre d'honneur.
JANVIER. 1764.
Et le pur fang des demi - Dieux.
Nourri fur les bords du Permeffe
La Poëfie enchanterelle
Orna ton immortel génie
Venez , Déeffes immortelles ,
Parez de vos fleurs les plus belles
Et toi , vertu , vierge facrée ,
Confacre à jamais les travaux.
Peut feul de ton augufte trône :
C'est ainsi , Religion fainte ,
De la mort fubiffant l'atteinte ,.
Du fein de ces tombeaux funébres
Tu fais fortir leurs noms fameux
Qui dans le Temple de Mémoire
AV
912
Te prodigue fes traits vainqueurs.
L'aimable & brillante harmonie
De les preftiges féducteurs>>
Mères des arts & des talens ,
Le plus chéri de vos enfans.
Toi qu'il a toujours célébrée ,
Le vif éclat qui l'environne
Confondre les pâles rivaux.
Que tes fages adorateurs , .
De l'oubli bravent les horreur .
Qui couvrent les mortels célébres ,
Tu leur affures cette gloire
Place les héros vertueux.
9
MERCURE DE FRANCE .
Suivons la route du génie :
Mais dans les plus nobles éffors ,
Que la vertu lui foit unie ,
Qu'elle dirige fes tranſports.
Si la fageffe dans notre âme
Ne répand cette 'vive flâme
Qui nous éclaire & nous inftruit ,
C'eſt une lueur paffagère
Semblable à la vapeur légère
Qui s'élève , brille & s'enfuit.
A S... en Saintonge Pr. ch. r. Abonné
au Mercure.
Dignum laude virum musa vetat mori,
Caelo musa beat.
Hor. Ode 8. l. 4.
QUEL cri funébre & formidable
Réveille mes fens alloupis ?
Quelle Déeffe inexorable
Vole fur l'Univers furpris?
Cruelle mort, Monſtre infléxible ,
Tu fais briller ta faulx terrible ,
Tout eft en proie à ta fureur ;
II. Vol.
A iij
6
MERCURE DE FRANCE.
Tout fuccombe fous ta puiffance ,
Le talent , le rang , la naiffance ,
Rien n'arrête ton bras vengeur.
Hélas ! dans quel temps déplorable
Le Ciel contre nous irrité
Frappe ce Mortel refpectable ,
Organe de la Vérité !
L'impiété fière & terrible
A fait gronder fa voix horrible
Son fouffle empoisonne les airs.
La Fureur pâle & dévorante
Suit cette Gorgone effrayante ;
Sa marche obfcurcit l'Univers,
O Vertu ta douceur aimable
Ne peut des farouches humains
Enchaîner le cœur indomptable
Ils bravent tes attraits divins.
L'Aftre brulant qui nous éclaire
N'ouvre plus fa vaſte carrière
Que far des Mortels furieux.
Il finit fa courfe féconde ,
Et ne voit dans le tour du monde
Que des monftres audacieux.
Etre immortel , être fublime ,
Que d'attentats ! que de forfaits !
La main facrilége du crime
/
JANVIER. 1764.
Ofe fur toi lancer les traits.
Dans leur ivreffe téméraire ,
Les hommes fur ton fanctuaire
Jettent de fuperbes regards.
Fais partir ta foudre brulante ,
Què ta colère étincelante
Les pourſuive de toutes parts.
Longtemps rempli d'un faint courage ,
Un héros à tes loix foumis
Confondit l'orgueil & la rage
De tes perfides ennemis.
A la vertu trifte & captive
Rendant la gloire primitive ,
Sa main vint effuyer fes pleurs.
Ainfi parmi les noirs orages
Le Soleil perçant les nuages ,
Bannit la crainte de nos cœurs.
Fils & rival d'un père illuftre,
Il foutint ce nom glorieux ,
Et le couvrit d'un nouveau luftre
Par les ouvrages précieux.
S'il prend en main la harpe fainte ,
Saifi d'une fublime crainte ,
Mon cœur à les tranſports divins ,
Croit entendre l'être invisible ,
Quand fur la montagne terrible
Il dictoit fes loix aux humains.
A iv
81 MERCURE DE FRANCE
La Religion triomphante
Par lui captive nos eſprits :
Sa beauté fublime & touchante
Dompte & foumet nos coeurs furpris
Par les routes impénétrables
De fes mystères redoutables,
Il conduit nos pas vers la foi.
Raifon fuperbe & téméraire ,
Connois le flambeau qui t'éclaire ,
Qu'il luife toujours devant toi.
*
Mais quand ta lyre enchantereffe
Retentit de les fons touchans ,
Quelle douceur ! quelle nobleffe !
Quel coloris ! quels traits brillans ! ....
Embraté du feu qui l'éclaire ,
Il entre dans le Sanctuaire ,
Séjour des fublimes tranfports..
Des Dieux du goût fuivant les traces
Inftruit & guidé par les grâces ,
Il produit les plus doux accords.
Peintre hardi , divin Racine !
A ces accords mélodieux,
Je reconnois ton origine
* Odesfur la Paix , fur l'harmonie . On peut voir
l'éloge admirable qu'en fait Rouffeau , dont l'ap-
probationfeule en ce genre feroit un titre d'honneur.
JANVIER. 1764.
Et le pur fang des demi - Dieux.
Nourri fur les bords du Permeffe
La Poëfie enchanterelle
Orna ton immortel génie
Venez , Déeffes immortelles ,
Parez de vos fleurs les plus belles
Et toi , vertu , vierge facrée ,
Confacre à jamais les travaux.
Peut feul de ton augufte trône :
C'est ainsi , Religion fainte ,
De la mort fubiffant l'atteinte ,.
Du fein de ces tombeaux funébres
Tu fais fortir leurs noms fameux
Qui dans le Temple de Mémoire
AV
912
Te prodigue fes traits vainqueurs.
L'aimable & brillante harmonie
De les preftiges féducteurs>>
Mères des arts & des talens ,
Le plus chéri de vos enfans.
Toi qu'il a toujours célébrée ,
Le vif éclat qui l'environne
Confondre les pâles rivaux.
Que tes fages adorateurs , .
De l'oubli bravent les horreur .
Qui couvrent les mortels célébres ,
Tu leur affures cette gloire
Place les héros vertueux.
9
MERCURE DE FRANCE .
Suivons la route du génie :
Mais dans les plus nobles éffors ,
Que la vertu lui foit unie ,
Qu'elle dirige fes tranſports.
Si la fageffe dans notre âme
Ne répand cette 'vive flâme
Qui nous éclaire & nous inftruit ,
C'eſt une lueur paffagère
Semblable à la vapeur légère
Qui s'élève , brille & s'enfuit.
A S... en Saintonge Pr. ch. r. Abonné
au Mercure.
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16660
p. 10
ÉPITAPHE D'une jolie Enfant de 4 ans & demi.
Début :
ESPOIR, amour, douceur, tout est détruit ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITAPHE D'une jolie Enfant de 4 ans & demi.
ÉPITAPHE
D'une jolie Enfant de 4 ans & demi.
ESPOIR, amour, douceur, tout est détruit ;
Mais tout , hélas ! doit ainfi difparoître.
Telle une fleur qu'un beau jour a vû naitre ,
Brille un moment , & tombe avant la nuit ...
Ah , calmons- nous ! cet Enfant dans la gloire ,
Sourit des pleurs qu'on donne à fa mémoire.
Par M. FEUTRY.
D'une jolie Enfant de 4 ans & demi.
ESPOIR, amour, douceur, tout est détruit ;
Mais tout , hélas ! doit ainfi difparoître.
Telle une fleur qu'un beau jour a vû naitre ,
Brille un moment , & tombe avant la nuit ...
Ah , calmons- nous ! cet Enfant dans la gloire ,
Sourit des pleurs qu'on donne à fa mémoire.
Par M. FEUTRY.
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16661
p. 11-12
VERS à Mlle L. P...
Début :
OUI, Lucinde, je t'aime, & mon âme ravie [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle L. P...
VERS à Mlle L. P...
A puifé dans tes yeux la fource de la vie ,
II
OUI, Lucinde, je t'aime, & mon âme ravie
Volage dans mes gouts & froid dans mes deſirs ,
Je ne trouvois par tout que l'ombre des plaifirs."
Je t'ai vue , & mon cœur a reconnu fon Maître.
Surpris de les tranfports , il s'eft fenti renaître ,
Et pareil à l'Aiglon de fon oeuf échappé
Sous l'aile de l'amour il s'eft développé.
Ce feu que je puifois dans le fein de Voltaire ,
N'eft plus dans ton Amant que l'ardeur de te
plaire.
3.
L'Amour est mon génie , il dicte mes écrits :
Comme il en eft la fource , en fera- t-il le prix ?
Heureux fi fur les pas de Tibulle & d'Ovide ,
Cueillant pour toi les fleurs du Parnaffe & de
Gnide >
Je pouvois voir ta main mêler à mon retour
Aux rameauxd'Apollon les myrthes de l'Amour >
La lyre de Tyrtée a gagné des Batailles ;
Aux accens d'Amphion , Thebes dat fes murailles ;
Orphée a fçu toucher par fes tendres accords
Les monftres de la Thrace & le tyran des morts ;
Ovide , abandonné fur des rives profcrites ,
Des traits de la pitié perça l'ame des Scythes:
A vj
"
12 MERCURE DE FRANCE.
Je n'en fuis point jaloux , & ce talent vainqueur -
Aura plus fait pour moi s'il attendrit ton cœur,
Ce climat vif & pur , ces lieux plus beaux encore ,
Depuis qu'ils t'ont vu naître & mille amours
éclorre ,
Ce pays des Héros , des grâces , des talens ,
Avoient produit Cinthye aux yeux étincelans ,,
Corinne au teint de rofe , au coeur tendre &
+
volage ,
Delie au doux fourire , au féduifant langage.
Mais crois- moi , ma Lucinde , en ces temps f
vantés ,
S'y l'on t'eût vû paroître auprès de ces beautés,
Avec cette fraicheur , cet éclat , ce fourire ,
Cette bouche appellant les plaifirs qu'elle infpire ,
Ce corfage élégant tel que l'avoit Pfyché
Quand l'amour comme un lierre y fembloit
attaché :
Crois-moi , dis-je , Properce , Ovide , ni Tibulle,
N'auroient jamais brulé que des feux dont je :
1 brule ;
Et les noms des beautés célébres dans leurs vers
N'auroient jamais reçu l'encens de l'Univers
6
Par M. LEZAN Capitaine au régiment de
Hainault, Abbonné au Mercure.
A puifé dans tes yeux la fource de la vie ,
II
OUI, Lucinde, je t'aime, & mon âme ravie
Volage dans mes gouts & froid dans mes deſirs ,
Je ne trouvois par tout que l'ombre des plaifirs."
Je t'ai vue , & mon cœur a reconnu fon Maître.
Surpris de les tranfports , il s'eft fenti renaître ,
Et pareil à l'Aiglon de fon oeuf échappé
Sous l'aile de l'amour il s'eft développé.
Ce feu que je puifois dans le fein de Voltaire ,
N'eft plus dans ton Amant que l'ardeur de te
plaire.
3.
L'Amour est mon génie , il dicte mes écrits :
Comme il en eft la fource , en fera- t-il le prix ?
Heureux fi fur les pas de Tibulle & d'Ovide ,
Cueillant pour toi les fleurs du Parnaffe & de
Gnide >
Je pouvois voir ta main mêler à mon retour
Aux rameauxd'Apollon les myrthes de l'Amour >
La lyre de Tyrtée a gagné des Batailles ;
Aux accens d'Amphion , Thebes dat fes murailles ;
Orphée a fçu toucher par fes tendres accords
Les monftres de la Thrace & le tyran des morts ;
Ovide , abandonné fur des rives profcrites ,
Des traits de la pitié perça l'ame des Scythes:
A vj
"
12 MERCURE DE FRANCE.
Je n'en fuis point jaloux , & ce talent vainqueur -
Aura plus fait pour moi s'il attendrit ton cœur,
Ce climat vif & pur , ces lieux plus beaux encore ,
Depuis qu'ils t'ont vu naître & mille amours
éclorre ,
Ce pays des Héros , des grâces , des talens ,
Avoient produit Cinthye aux yeux étincelans ,,
Corinne au teint de rofe , au coeur tendre &
+
volage ,
Delie au doux fourire , au féduifant langage.
Mais crois- moi , ma Lucinde , en ces temps f
vantés ,
S'y l'on t'eût vû paroître auprès de ces beautés,
Avec cette fraicheur , cet éclat , ce fourire ,
Cette bouche appellant les plaifirs qu'elle infpire ,
Ce corfage élégant tel que l'avoit Pfyché
Quand l'amour comme un lierre y fembloit
attaché :
Crois-moi , dis-je , Properce , Ovide , ni Tibulle,
N'auroient jamais brulé que des feux dont je :
1 brule ;
Et les noms des beautés célébres dans leurs vers
N'auroient jamais reçu l'encens de l'Univers
6
Par M. LEZAN Capitaine au régiment de
Hainault, Abbonné au Mercure.
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16662
p. 13
VERS à Mlle CAMILLE.
Début :
QUEL nouveau prestige m'entraîne ? [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle CAMILLE.
VERS à Mlle CAMILLE.
QUEL nouveau prestige m'entraîne ?
O fécond Goldoni ! que j'aime tes fuccès ::
Ils enrichiffent notre fcène ;
Et , grace à tes travaux , Thalie & Melpomène
Vont encor charmer les François.
Dont les talens animent tes efforts.
Clairon frappe , étonne mes fens ;
En Dumefnil je vois plus qu'une femme.
Et je ne dois qu'à ſes talens
13
Jouis...mais tombe aux pieds de l'Actrice applaudie
Comme Pigmalion , tu n'as formé qu'un corps:
Camille vient , elle y donne la vie :
Ainfi que tes Lauriers , tu lui dois nos tranſports.
Est-ce une femme?... eft -ce un génie ? -
Pour lui prodiguer les trésors ,
La nature à l'art s'eft unie.
Tendre Gauffin , tes doux accens
De l'amour dans nos cœurs portaient jadis la fâme į :
Sur moi Camille a des droits plus puiffans ;
La connoillance de mon âme
QUEL nouveau prestige m'entraîne ?
O fécond Goldoni ! que j'aime tes fuccès ::
Ils enrichiffent notre fcène ;
Et , grace à tes travaux , Thalie & Melpomène
Vont encor charmer les François.
Dont les talens animent tes efforts.
Clairon frappe , étonne mes fens ;
En Dumefnil je vois plus qu'une femme.
Et je ne dois qu'à ſes talens
13
Jouis...mais tombe aux pieds de l'Actrice applaudie
Comme Pigmalion , tu n'as formé qu'un corps:
Camille vient , elle y donne la vie :
Ainfi que tes Lauriers , tu lui dois nos tranſports.
Est-ce une femme?... eft -ce un génie ? -
Pour lui prodiguer les trésors ,
La nature à l'art s'eft unie.
Tendre Gauffin , tes doux accens
De l'amour dans nos cœurs portaient jadis la fâme į :
Sur moi Camille a des droits plus puiffans ;
La connoillance de mon âme
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16663
p. 14-38
LES PÉRIS ET LES NÉRIS, Ou l'Amour comme on le mene. CONTE.
Début :
LES Péris & les Néris sont des Êtres demi-intellectuels. Ils tiennent le milieu [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES PÉRIS ET LES NÉRIS, Ou l'Amour comme on le mene. CONTE.
LES PÉRIS ET LES NÉRIS,
Ou l'Amour comme on le mene.
CONTE.
LES Péris & les Néris sont des Êtres
demi-intellectuels. Ils tiennent le milieu
entre la nature des Génies & la nôtre :
mais ils s'occupent très -férieufement de
ce qui ne fait plus guères qu'amufer nos
femblables ; je veux dire , que leur plus
grande affaire eft de s'aimer comme on
aime dans nos vieux Romans. Il arriva
même que les Néris exigèrent un amour
encore plus quinteffencié. Elles vouloient
par- là s'égaler aux Sylphides. Les Péris
ambitionnoient un peu moins de s'éga-
ler aux Génies . Toutefois la volonté de
leurs Compagnes devint une loi pour
eux . Bientôt ils réalifèrent l'Amour Pla-
tonique , regardé comme une chimère
par nos amans les plus délicats.
Bientôt auffi un pareil amour périt d'i-
nanition. Une langueur plus froide que
l'indifférence même lui fuccéde . On fe
fépare , & l'ennui n'en devient que plus
grand. On dit même que les Néris y
1
reftre
JANVIER. 1764.
15
fuccombèrent les premières. Zélinde
ވ
une des moins prudes , & des plus expé-
rimentées d'entre elles , prit le parti d'af-
fembler fes compagnes. Elles accourent
avec précipitation , & la nomment Pré-
fidente du Confeil qui va fe tenir. Zé-
linde adreffe aux Néris affemblées un
difcours des plus pathétiques fur leur fi-
tuation préfente : les détails en étoient
vivement frappés. Cependant on l'inter-
rompit
on trouva qu'elle ne peignoir
point affez énergiquement le trifte aban-
don où fe trouvoient , & fes compagnes,
& elle-même. Chaque Néris ajouta un
trait au tableau : mais la peinture des
maux n'en indiquoit point le remède.
On propofa de rappeller les Péris ; & ,
après quelque incertitude , cet avis fur
rejetté à la pluralité d'une voix. Qui
voulez-vous donc qu'on appelle ? de-
manda la Préfidente : car enfin il faut
appeller quelqu'un. C'eft de quoi l'on
convenoit unanimement. Zélinde pro-
pofa de faire venir des hommes. Quoi ,
des hommes qui ont un corps tout ter-
s'écrièrent quelques Néris , en
rougiffant. Eh oui , répliqua la Préfi-
dente , qui ne rougiffoit plus. Ils ont bien
des défauts , reprit avec douceur une
blonde Néris ; il faudra du moins nous
16 MERCURE DE FRANCE.
réunir pour les rendre parfaits. Hélas A
ma chère compagne , ajouta Zélinde ,
nous en ferons des ètres bien infipides.
Cet état de perfection feroit pour eux le.
pire de tous,& remédieroit mal au nôtre.
Enfin l'on prit le parti de donner la
préférence aux hommes qui aimoient.
avec le plus de délicateffe : les Néris
étant perfuadées qu'il étoit rare que des
hommes portaffent cette vertu trop loin ..
Mais pour connoître ceux qui la prati-
quoient , il falloit d'amples recherches ;
il falloit par cette raifon parcourir plus
d'un climat. Zélinde , qui avoit propofé
cet expédient , fut priée d'entreprendre.
ce long voyage , & Zélinde ne s'en fit
pas prier deux fois..
Dans le même temps , les Péris pre-
noient une réfolution toute femblable :
c'est-à-dire , que l'un d'entre eux fut
chargé de parcourir notre monde , pour.
voir quelles femmes pourroient fuppléer.
à l'extrême délicateffe des Néris , fans.
toutefois s'en éloigner trop. Celui qu'on.
chargea de cette recherche étoit le même.
qui l'avoit propofée. Son humeur avoit
beaucoup de rapport avec celle de Zé-
Linde ; & le hafard les ayant fait ſe ren-
contrer , tous deux en furent également.
fatisfaits. Ils ne fe déguifèrent point l'un
JANVIER. 1764.
à l'autre le motif de leur miffion .
17
Ils
firent plus , ils réfolurent de voyager en-
femble. Bien entendu que celui des deux
qui auroit le plutôt réuſſi dans fes recher-
ches , laifferoit l'autre continuer les fien-
nes. Reftoit feulement à fçavoir par quel
canton du monde ils, commenceroient
leur tournée. Après y avoir un peu rêvé,
ils crurent s'épargner de plus longues
courfes , en vifitant d'abord les Nations
qui fuivoient de plus près l'inftinct de la
Nature , & qui par cette raifon l'avoient
fans doute moins pervertie.
Un voyage eft peu embarraffant pour
des êtres de cette efpèce. Ils peuvent par
courir le monde entier avec la même ra
pidité que les Génies : mais , comme ils
ont plus de confiftance , ils peuvent en
même tems s'envelopper d'un nuage qui
les dérobe aux regards de nos pareils.
Zélinde & Alcindor ( c'eft le nom du
Péris ) parurent tout - à - coup dans un
canton de l'Amérique habité par des
Sauvages , & où n'avoit encore pénétré
aucun Européan. Rien , par cette rai-
fon , n'avoit pu en altérer les ufages. Ils
étoient auffi fimples & auffi groffiers
que ceux de l'age d'or.
Nos deux fecrets Agens prirent la
forme dont ils étoient convenus ; c'est-à-
་
18 MERCURE DE FRANCE.
dire , celle d'un jeune homme & d'une
jeune fille de cette contrée. Il n'y avoit
pour cette Nation aucune demeure fixe:
Un antre , le creux d'un arbre , un buif-
fon épais , fouvent la pleine campagne ,
fervoient d'afyle à ces habitans beaucoup
plus fauvages que ce nom même ne l'ex-
prime. Il falloit avoir la puiffance & les
reffources intérieures d'Alcindor & de
Zélinde pour ne pas être effrayé d'un tel
fpectacle. Ils étoient d'ailleurs convenus
de s'entr'aider au befoin. J'oubliois de
dire auffi qu'ils avoient la faculté de fe
deviner : avantage qui pourroit n'en être
pas un en amour ; mais qui favorifoit
infiniment leur entreprife.
Ce fut donc fans crainte qu'ils fe fépa
fèrent. Alcindor ne tarda pas à rencon-
trer une jeune Sauvage qui ne cherchoit
point à l'éviter. Il l'aborda avec une po-
liteffe qui la furprit beaucoup. Il lui dit
quelques douceurs qui l'étonnèrent en-
core plus. On préfume bien qu'un être
auffi intelligent qu'Alcindor , entendoit
la langue du pays , & fçavoit la parler:
c'eft un privilége qu'on accorde aifé-
ment au voyageur le moins érudit ; à
peine met-il le pied chez telle ou telle
Nation , qu'il eft fuppofé l'entendre &
en être entendu. Revenons à la jeune
Sauvage.
JANVIER. 1764.
19
Elle répondoit aux douceurs d'Alcin-
dor fur le ton d'une efclave avec qui fon
maître daigne s'humanifer.
Elle igno-
Foit l'art des réſiſtances , & même celui
de la gradation. En un mot , elle pa
rut offrir ce qu'Alcindor ne demandoit
pas. Tant de facilité le rendit lui - même
plus difficile. Peu s'en fallut qu'il ne re
grettât l'extrême délicateffe des Néris.
En même temps il fongeoit à donner
une leçon utile à la jeune Sauvage. Deux
péruches lui en fournirent l'occafion
Voyez-vous , difoit-il , ces deux oifeaux
de la même eſpèce ? L'un des deux fuit
l'autre , fans pourtant fuir trop loin.
N'eft-ce pas la femelle qui en ufe ainfi ?
La Sauvage ne répondit que par une au
tre comparaifon. Vois-tu , dit- elle à Al-
cindor , cette géniffe & ce boeuffauva
ge ? C'eft le boeuf qui s'éloigne , & la
géniffe court après. Alcindor ne fut rien
moins que perfuadé par cette réponſe.
Il s'éloigna , en concluant que fi c'étoit
là le pur inftin&t de la Nature , cet inſtinct
devoit être corrigé.
Zélinde avoit déja en occafion de por
ter unjugement tout femblable. A peine
Alcindor l'avoit quittée , qu'un Sauvage
s'étoit approché d'elle en courant. Elle
avoit cru devoir s'éloigner un peu, mais
20 MERCURE DE FRANCE.
fans courir. Ainfi le Sauvage n'eut pas de
peine a l'atteindre. Elle s'attendoit à que
que préambule , à quelque déclaration
tendre , quoique ruſtique . Mais le Sau-
vage ignoroit ce formulaire :
il alloit
tout naturellement fuivre l'ufage de fes
femblables ; c'eft- à-dire , brufquer hor-
riblement les chofes. A l'inftant furvient
un aut e Sauvage qui fond avec impé-
tuofité fur celui- ci. Le combat devient
entre eux des plus cruels. Eft- ce un libé
rateur qui vient à mon fecours , difoit la
Néris , ou bien n'eft- ce qu'un rival qui
attaque un rival ? N'importe , attendons
l'événement ; il me fera toujours facilė
d'échapper au vainqueur. L'événement
ne fe fit pas beaucoup attendre. Le nou
veau venu ayant mis fon adverfaire prèf-
que hors de combat , ce dernier s'enfuit,
renonçant à fes prétentions fur Zélinde ;
faufà les reprendre à la première rencon-
tre. Pour le vainqueur , il fongeoit dès
ce moment à faire valoir les fiennes , &
il s'y prit comme fon devancier. Arrê-
tez !-lui cria Zélinde ; c'eft en ufer bien
cavalièrement. N'y a-t- il pas certains
préliminaires
Le Sauvage lui deman-
da ce que vouloient dire ces mots . La
Néris les lui expliqua de fon mieux ;
mais elle ne perfuada point celui qu'elle
JANVIER. 1764.
21
inftruifoit. Tu te moques , lui dit - il :
veux-tu , quand la faim me preffe , que
je m'amufe à danfer autour du morceau ?
Tout en parlant ainfi , il agiffoit en con-
féquence. Il fallut que Zélinde employât
tout fon pouvoir pour s'échapper de fes
mains. Elle voulut voir cependant s'il
regrettoit beaucoup d'avoir ainfi perdu
fa proie. Elle le vit occupé à pourſuivre
un renard , & , après l'avoir tué , s'en
retourner avec l'air d'un homme qui ne
regre te rien. Ah ! dit-elle avec dépit ,
fi c'eft-là ce qu'on nomme l'innocent
inſtinct de la Nature ; quelle horreur
qu'une telle innocence !
Alcindor la rejoignit l'inftant après.
Hé bien ! lui dit Zélinde , avez-vous fait
d'heureufes découvertes ? N'en doutez
pas , reprit-il ; cette contrée barbare eft
vraiment un pays à bonnes fortunes. Si
les hommes y font féroces , les femmes
y font des plus humaines. Alors il l'inf-
truifit de fon aventure , & Zélinde lui fit
part de la fienne. Tous deux convinrent
qu'il falloit paffer chez d'autres Peuples
de l'Amérique un peu plus policés que
celui-ci , mais beaucoup moins que ceux
de l'ancien Monde. C'eft-là qu'ils eſpé-
roient trouver la Nature encore fimple
fans être entièrement brute.
22 MERCURE DE FRANCE .
Après une courfe affez longue , ils ar
rivent fur les terres des Nadoueffis ; Na-
tion fauvage , mais dont le caractère n'a
rien de féroce. Les deux voyageurs en
font accueillis favorablement On leur
demande où ils vont & ce qu'ils veulent ?
Vivre avec des hommes , répondit Al-
cindor. Les Nadoueffis , qui fe piquent
d'être des hommes par excellence , ne
portent pas plus loin leurs queſtions . Ils
affignent à leurs nouveaux hôtes une ca-
banne , où ils doivent être nourris du-
rant un certain temps aux dépens de tou-
te la Nation. Dans tout autre cas , il eût
été prudent à eux de s'annoncer comme
époux ; mais le motif de leur voyage s'y
oppofoit. Ils ne s'annoncèrent que com-
me le frère & la foeur. En conféquence
leur cabanne fut divifée en deux parts.
Mais l'entrée de l'une & de l'autre étoit.
libre à tous venans , la nuit comme le
jour
:
C'est l'ufage parmi ces Peuples..
Toutefois il n'en réfulte aucun inconvé-
vénient , excepté ceux que l'ufage même.
autorife , & qui ne paffent point pour
tels chez les Nadoueffis.
Zélinde étoit , à coup fûr , la plus belle
Sauvage de tout le canton. C'eft de quoi
une foule de jeunes gens l'auroient inf-
truite , fi elle ne l'eût pas fçu d'avance.
JANVIER. 1764.
& de refpect très
23
Il fe paffoit peu d'heures dans la journée
fans que quelqu'un d'entre eux vînt lui
dire à l'oreille : Je t'aime plus que la
clarté du grand Aftre. Paffe encore pour
ce préalable , difoit intérieurement la
Néris ; & elle y répondoit de manière
à ne décourager perfonne , fans toute-
fois s'engager trop elle- même. La nuit
venue , Zelinde vit entrer dans fa caban-
ne un jeune Sauvage qui portoit un bâ
ton allumé. Elle lui demanda ce que ce-
la fignifioit? Cela s'appelle, reprit- il, cou-
rir l'allumette : c'eſt à toi de l'éteindre
ou de la laiffer brûler ; & il lui fit entre-
voir qu'il defiroit fort qu'elle l'éteignît,
Zélinde n'en fit rien , & le Sauvage fortit
comme il étoit entré. Un fecond fur-
vient , obſerve la même formule ; & ,
voyant que Zélinde ne fouffloit point
fur l'allumette , il fe retire avec la même
docilité que le précédent. La Néris trou-
voit cette méthode un peu bifarre ; mais
elle y découvroit un mêlange d'ardeur
-
propre à fatisfaire
fes compagnes, Elle eût cependant vou-
lu fçavoir où les deux jeunes aventuriers
étoient allés en la quittant. Un troisième
qui furvint leva une partie de fes doutes,
Auffi peu favorifé lui - même , que l'a-
voient été les deux autres , il alloit fe
24 MERCURE DE FRANCE .
retirer comme eux. Zélinde l'arrêta. Ou
vas-tu en fortant de ma cabanne , lui de-
manda la Néris ? Courir l'allumette , ré-
pondit le Sauvage
tu la laiffes brûler ,
une autre pourra l'éteindre. Une autre !
s'écria Zélinde ; il n'importe donc la-
quelle ce foit ? Cela eft tout fimple , ré-
pliqua- t-il ; quand la chaleur du grand
Aftre me brûle , c'eft dans la rivière la
plus proche que je me baigne. Mais ,
reprit Zélinde , vous n'aimez donc au-
cune femme en particulier ? Je les aime
toutes , ajouta le Nadoueffis , quand ce-
la ne me dérange point ; & celle qui
foufle fur l'allumette eft toujours celle
que j'aime le mieux . Zélinde lui fit en-
core d'autres queſtions fur le même fu-
jet , & il y répondit avec franchiſe , en
appuyant fon difcours de ces expreffions
extrêmement familières aux Sauvages :
voilà qui eft bien , voilà qui eftjufte , voi-
là qui eft raifonnable. Je fuis jeune , di-
foit- il , & je me proméne quelquefois
la nuit : Voilà qui eft bien. Je donne la
préférence à celle qui me la donne :
Voilà qui eftjufte. Je n'aime qu'autant
que cela ne me met point hors d'état de
courir après les caftors , & de fuir ou de
poursuivre l'ennemi : Voilà qui eft rat-
Jonnable.
Il
Louré.
Que d'une
-sés dans vos
=ple nature
sirsjamais
W
de sidoux tr
votre hommage
Majeur.
-sors . Sans
25
lerniers
entper-
oit pas
n'étoit
s'étoit
es noc-
lement
Toujou dant à
fatisfit
t. Mais
d'une tet le fi-
elques
t bien,
gna fa
- més: de ce
Finit
W
écon-
Foit-il ,
moins
On a
s con-
anterie
vive its pri-
ntrées.
où les
depuis
Graveparios re-
es que
Imprimeconfé-
t fubi-
24 MET
retirer cor
vas-tu en
manda la
pondit le
une autre
s'écria Ze
quelle cers amans , toujours aimés : Sur lafoi
pliqua-t-il
Aftre me
plus proch
cune fem
W
reprit Zendre ami e Vous n'êtesjamais allar -
toutes , aj
W
la ne me Parmi vous la plus courte absence
foufle fur
quej'aim
core d'aut
jet , & il par le pluspromptretour, Toujours la
appuyant w
extrêmen
voilà qui
là qui eft npatience Vous prète l'aile de l'amour.
foit-il , &
la nuit :
préférence :Charpentie .
Voilà qui
que cela par Tournelle
courir apr
poursuivre
fonnable.
a
JANVIER. 1764.
25
Il fortit en prononçant ces derniers
mots , & laiffa Zélinde entièrement per-
fuadée que l'Amérique ne mettroit pas
fin à fes recherches. Alcindor n'étoit
guères plus fatisfait des fiennes. Il s'étoit
déterminé à rendre quelques vifites noc-
turnes , & avoit été reçu favorablement
dès la première. Il fe borna cependant à
certaines queſtions auxquelles on fatisfit
dans l'efpérance qu'elles finiroient. Mais
la fin des demandes d'Alcinder fut le fi-
gnal de fa retraite. Il entra dans quelques
autres cabanes , réuffit également bien,
s'en tira également mal , & regagna fa
cabane auffi peu fatisfait des filles de ce
canton , qu'elles mêmes étoient mécon-
tentes de lui. Il faut l'avouer , difoit- il ,
cette extrême facilité vaut encore moins
que l'extrême réferve des Néris . On a
vu que Zélinde avoit auffi tiré des con-
féquences peu favorables à la galanterie
fauvage. Ainfi les deux voyageurs pri-
rent le parti de vifiter d'autres contrées.
Il en eft une , difoit Alcindor, où les
ufages n'ont prèfque point varié depuis
l'origine des chofes. Voyons fi nos re-
cherches y feront plus fructueufes que
dans ce nouveau Monde. En confé-
quence les deux voyageurs partent fubi-
tement pour la Chine.
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Ce fut à Pékin même qu'ils jugèrent
à propos de defcendre. Ils y parurent
fous la formed'un Mofcovite. Un fpecta-
cle des plus pompeux s'offrit à leurs pre-
miers regards. Un cortége nombreux
portoit des torches & des flambeaux en
plein midi , & environnoit une chaiſe
magnifiquement ornée , & portée par
des efclaves. Des fifrés , des hautbois ,
des tambours précédoient & fuivoient.
Alcindor s'informa de ce que renfermoit
ce pavillon.Unejeune épousée qu'on mé-
ne à fon époux , lui répondit un des fpec-
tateurs. Sans doute , reprit Alcindor ,
que fa beauté répond à toute cette pom-
pe ? Je n'en fçais rien , répliqua le Chi-
nois. Il eft du moins à croire , ajouta
Alcindor , qu'elle a paru telle aux yeux
de celui qui l'époufe ? Il ne l'a jamais
envifagée , reprit encore l'habitant de
Pékin.
Quoi ! il l'époufe fans la
connoître ? .... Eh mais ! fans doute :
én uſe- t-on autrement parmi vous ? Il a
recours à un expédient tout fimple , ſup-
pofé qu'elle ne lui plaife pas , ou qu'elle
ceffe de lui plaire : c'eft de prendre une
ou plufieurs concubines , auxquelles il
eft également libre d'en fubftituer d'au-
tres , quand il vient à fe dégouter des
premières.
JANVIER. 1764.
27
Ceci ne me femble point mal imagi-
né, difoit intérieurement Alcindor. Voi-
la qui eft abominable , difoit , en même
temps , Zelinde. Etre quittée ainfi , &
condamnée à un éternel efclavage ! En
vérité c'eft joindre l'injuftice à la tyran-
nie ! toute autre perquifition me femble
fuperflue dans cet immenfe pays où les
ufages font fi uniformes , fi anciens , &
malheureufement fi révérés.
Pour Alcindor , il continuoit à quef-
tionner l'obligeant Chinois.
Il lui de-
manda , entre autres chofes , fi les fem-
mes de cette contrée fe piquoient d'une
fidelité à toute épreuve ? Ce feroit trop
exiger, repondit - il : on tâche d'éloigner
d'elles tous les Séducteurs , on veille
éxactement ſur leur conduite , & il arri-
ve , quelquefois , que leur vertu fait le
refte.
Ces détails étoient d'un augure peu
favorable pour nos voyageurs. Ils entre-
virent qu'ils s'étoient trompé fur le
compte des Chinois comme fur celui
des Sauvages. Cependant ils voulurent
en juger par eux-mêmes. Ils fe logent
dans la Capitale & continuent d'obfer
ver. Zélinde qui effaçoit , fans peine ,
la plus belle Chinoife , charma tous ceux
qui purent l'envifager. Un jeune hom-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
me qui fuivoit la doctrine de Fo , c'eft-
à-dire qui croyoit , ou feignoit de croire
à la tranfmigration des âmes , l'aborda
un jour avec un éxtrême familiarité. Tu
fus , lui dit-il , ma femme avant que de
reprendre un nouvel être. Une mort
prématurée t'enleva a mes veux. Au-
jourd'hui que tu m'es rendue
›
le
grand Fo ordonne que tu me laiffes
rentrer dans tous mes droits , & cela
fans aucune cérémonie éxterieure. Fo
nous difpenfe de ces vaines répétitions.
La fauffe Mofcovite trouva cette faillie
amufante. Elle revenoit au fonds à l'a-
lumette des Sauvages . Mais Zelinde qui
n'avoit pas daigné éteindre l'une , répon-
dit auffi peu favorablement à l'autre .Elle
voulut voir , cependant , fi le Chinois ſe
menageoit les mêmes reffources que le
Nadoueffis. La faculté qu'elle avoit de
fe rendre invifible l'aida beaucoup dans
ce projet. Zélinde épia la conduite du
jeune homme , & le vit bientôt adreffer
le même difcours à une jeune Chinoiſe
qui ne parut point douter du fait , &
qui parut encore plus difpofée à fuivre
les volontés du Dieu Fo.
Alcindor, de fon côté , ne reftoit pas
inutile. Une jolie veuve Chinoiſe avoit
fixé fon attention,
Il l'avoit vue dans
JANVIER. 1764.
29
une Pagode confacrée à Lao , lieu qu'elle
fréquentoit fort fouvent. Il faifit l'oc-
cafion de l'aborder & de l'entretenir.
Ses difcours étoient des plus ingénieux
& des plus galans ; mais par malheur
la Veuve étoit dévote , & à la Chine
cette qualité étoit un obftacle réel en
amour. En vain , dit- elle au faux Japon-
nois , en vain tenteriez vous de me fé-
duire ; mon cœur n'eft plus à moi , il
eft tout entier au divin Lao : lui feul
peut me faire jouir de la fuprême félicité.
Alcindor alloit lui demander en quoi
cette félicité confiftoit ; elle le quitta
brufquement pour courir à un Bonze
qui lui faifoit figne. Le curieux Péris
s'approcha d'eux fans pouvoir être vû.
Il entendit le Bonze parler ainfi à la
Chinoife : objet cher à Lao , ce Dieu
puiffant vous ordonne par ma voix de
refter cette nuit dans fon Temple : Il
Vous y fera goûter les douceurs qu'il
réferve à fes feules favorites. Alcindor
vit dès l'inftant où aboutiroit ce myf-
tere , & l'entretien de deux Bonges qu'il
écouta fans être apperçu,ne lui laiſſa au-
cun doute à cet égard.
Nos Voyageurs fe rejoignent , égale-
ment perfuadés qu'il eft à propos de paf-
fer outre. Leur deffein étoit de parcou-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
rir toute l'Afie. Ils partent , & dès le
jour fuivant ils découvrent à vue d'Oi-
feau le Royaume du Japon. Ce fut à
Meako qu'ils defcendirent. Le temps de
la nouvelle lune y donnoit lieu à une cé-
rémonie qui fe renouvelle tous les mois.
Une troupe de Bonzis conduifoit en
pompe une jeune fille de la plus grande
beauté. Nos Voyageurs n'eurent pas
de peine à s'inftruire de ce que cela fi-
gnifioit. On la mene au Temple , leur
dit- on , où le Diable daignera ce foir
converfer avec elle . C'eft là tout ce qu'il
faut pour en faire une fainte. Alcindor
jugea par ce difcours que les Bonzis du
Japon & les Prêtres de Lao , obfervoient
à-peu-près les mêmes Rites .
En paffant auprès d'un autre Temple ,
il en vit fortir une foule de Japonois qui
tous dirigeoient leurs pas vers un même
canton de la Ville . De là nouvelles quef-
tions d'Alcindor. Un de ceux à qui il
s'adreffoit lui fit cette réponse. Nous.
fortons du Temple & nous allons au
Kafiematz. C'est un ufage que nous
ont tranfmis nos Pères , & que nous ef
perons tranfmettre à nos defcendans..
Tout en parlant ainfi, le Japonnois avan-
çoit tonjours
Alcindor le fuivoit ; de
manière qu'ils arriverent enſemble au
JANVIER. 1764.
31
Kafiematz. Une foule de jeunes beau-
tés y prodiguoient leurs charmes au pre-
mier venu. Elles n'avoient point la li-
berté du choix , & fembloient peu cu .,
rieufes de choifir. Alcindor fe hâta de
rejoindre Zélinde qu'une vieille Japon-
noife avoit abordée. Leur entretien.
avoit affez de rapport avec ce que lui-
même venoit de voir. L'amour est donc:
ignoré chez vous ? lui difoit Zélinde ,
Qu'est -ce que l'amour demanda la
Vieille ? Ce mot eft un peu étranger ici.
Celui de mariage qui , je penfe, ne veut
pas dire la même chofe , nous est un
peu mieux connu. Un Japonnois époufe
une femme , l'enferme avec foin , la né-
glige fort quant au refte ; & je vous jure
parle grand Thé , que la plus fage d'en-
tr'elles quitteroit volontiers fa maiſon
pour habiter leKafiematz.Allons, partons,
s'écrierent , en même temps Alcindor
& Zelinde ; nos recherches ne feront
par plus heureufes au Japon qu'à la Chi-
ne. Ils difent , & s'élévent de nouveau
dans les airs.
Après un affez long trajet , l'Ifle de
Macaffar fe découvre à leurs yeux.
Tout y eft agréable , excepté les habi-
tans: Les deux féxes ignorent l'ufage
des habits. L'unique parure des femmes
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
eft de fe taillader le vifage & à peu-
près tout le reste du corps. Ces hideu-
fes perfonnes accouroient par bandes
vers le rivage où des étrangers venoient
de mettre pied à terre. Là elles offroient
ce qu'on ne leur demandoit pas. Ceux
qui avoient la complaifance de ne pas les
rebuter en étoient bientôt punis par el-
les-mêmes. Lorſqu'ils avoient fuffiſam-
ment fait preuve de mauvais goût , leurs
cruelles amantes leur offroient du tabac ,
en les invitant à fumer. Mais à peine
commençoient-ils à en faire ufage qu'ils
perdoient connoiffance & bientôt après.
la vie. Alcindor fut témoin de cette ca-
taftrophe & en frémit. Zélinde qui ob-
fervoit les hommes de cette contrée
.
n'eut pas lieu d'en être plus fatis-
faite. Ils connoiffoient , ils approuvoient
l'indécente & barbare mannœuvre de
leurs femmes & fe difpofoient à aſſaſſi-
ner ceux qu'elles n'empoifonneroient
pas.
Nos Voyageurs quitterent cette Ifle
infernale avec autant de promptitude
que d'indignation .
Ils arriverent au
Royaume de Siam & s'y arrêterent peu.
La nudité des femmes , leur empreffe-
ment à chercher les hommes qui , en
général , font auffi difpofés à les fuir ;
JANVIER. 1764.
33
toutes ces images déplurent au couple
Obfervateur. Il partit fans différer pour
le petit Royaume de Patania. Zélinde ,
ne voulut pas même s'y rendre viſible.
Alcindor y parut fous l'extérieur d'un
Anglois. Il fut abordé par un des
principaux Citoyens de la Capitale qui
l'invita fort poliment à prendre fa mai-
要
fon pour gîte. Vous y mangerez , lui
dit-il , comme chez tout autre
,
des
viandes & du riz dans des plats d'or ;
mais ce qui vaut infiniment mieux,vous
y verrez ma fille & ma nièce , toutes deux
fort jolies , & avec lefquelles je vous
prie d'en ufer fans façon. Le Péris éton-
né de ce difcours , demanda au Pata-
nien fi , outre fa fille & fa niéce , il
n'avoit pas auffi une femme ? J'en ai
plus d'une , reprit l'Indien ; mais je les
garde pour moi . Ce font là les feules
bornes que nous mettons à nos égards
envers les étrangers. Il y a temps pour
tout. Nos femmes , lorfqu'elles n'étoient
que filles , ont également fait les hon-
neurs de la maifon de leurs Peres , ou
de leurs Oncles.
Ces détails ne féduifirent point Alcin-
dor , & encore moins Zélinde , qui , fans
fe laiſſer voir , avoit tout entendu . Le
Péris remercia l'officieux Indien , & fe
Bv
34 MERCURE
DE FRANCE.
retira fort humilié. Après quoi nos voya
geurs aëriens prirent leur éffor jufqu'à
Narfingua. Ils mirent pied à terre à quel-
que diftance de la ville , & rencontrèrent
une femme qui s'en éloignoit. Alcindor "
l'interrogea fur ce qui pouvoit caufer fa
fuite. C'eft , répondit- elle , parce que je
ne puis me réfoudre à être brûlée . Je fuis.
veuve depuis vingt-quatre heures : mon
mari en ufoit paffablement avec moi , &
je l'aimois autant que cette forte d'amour
peut s'étendre ; mais j'avoue que je n'ai
pas le courage de mêler mes cendres avec
les fiennes. Par cette raiſon , me voilà dé-
clarée infâme , & condamnée à vivre
dans l'éxil; tandis qu'une de mes com-
pagnes , qui va dans ce moment obéir à
l'ufage, voit fes louanges portées jufqu'au
Trône de Brama. Sans doute , reprit Al-
cindor, que cette courageufe héroïne ai-
moit prodigieufement votre époux com-
mun ? Point du tout , répliqua l'Índien-
ne ; elle ne lui fut pas même fidelle : &
moi , tout au contraire , je me fis un de-.
voir de ne jamais lui manquer. Cepen-
dant je vais paffer pour une ingrate , une
perfide ,, & elle pour un exemple d'atta-
chement conjugal..... Entendez-vous ,
ajouta l'Indienne , ces cris confus , mêlés
au bruit des inſtrumens ? C'eſt pour ho-
JANVIER. 1764.
35
norer ce barbare facrifice. Il va bientôt
commencer , & il ne dépend que de vous
d'en être les témoins. En effet , Alcindor
& Zélinde s'avancèrent vers le lieu d'où.
partoit ce bruit. Il virent , au milieu d'u-
ne foule d'affiftans , une jeune Indienne
conduite par un Bramine. Elle portoit
dans fa main droite une fleur , dans fa
main gauche une boule. Ses doigts
étoient ornés de quantité de perles & de
pierres précieufes ; des chaînes en lacs.
d'amour & très-riches chargeoient fes
bras & même fes jambes. Une toile
très-fine lui tenoit lieu de vêtemens. Sa
beauté feule eût pu lui tenir lieu de pa-
rure. Elle s'avançoit avec un fouris &
un empreffement affectés vers le bucher
fur lequel étoit déja le corps de fon mari.
On y met le feu : l'Indienne , après avoir
pris congé de fes parens & de fes amis ,..
s'élance au milieu des flammes , où elle
eft bientôt réduite en cendres. Les ap-
plaudiffemens redoublèrent ; mais Alcin--
dor & Zélinde frémirent. Tous deux fe
retiroient ,
lorsqu'ils apperçurent un
Jeune Indien qui lui-même s'éloignoit
affez triftement. Je vois , lui dit Alcin-
dor , qu'un tel fpectacle vous affiige , &
certainement c'est avec raiſon . Hélas
oui répondit ce dernier. J'avoue ce
B.vj.
36 MERCURE DE FRANCE.
dant que j'ai tort , puifque celle qui vient
de fe brûler étoit ma maîtreffe. Eh quoi !
s'écria Zélinde avec furprife , n'y trou-
vez-vous pas un motifde plus pour gémir
de fa perte ? Tout au contraire , inter-
rompit l'Indien ; comme fon amant , je
prends part à fa gloire , & cette gloire
exigeoit qu'elle fe brûlât. Notre intelli-
gence a duré juſqu'à la fin des jours de
fon mari , & nous faifions des vœux
pour qu'il vêcût long-temps. Aujour-
d'hui qu'il eft mort , tout eft fini entre
elle & moi. Une femme d'honneur peut
tromper fon époux , mais elle ne doit
point lui furvivre. A ces mots l'Indien
pourſuivit fa route , & nos voyageurs
prirent celle de l'Etat le plus voifin.
C'étoit le Royaume de Callicut. Ils
s'arrêtèrent auprès d'un Temple dédié au
grand Singe , & dont le portique étoit
orné de fept cens piliers ou colonnes
de marbre. On voyoit un grand nombre
d'Indiens des deux féxes , raſſemblés
fous cet immenfe veftibule , y parler
d'affaires ou de plaifir. Mais le principal
amufement des maris étoit d'y troquer
de femmes entre eux , & cet échange dé-
plaifoit rarement à celles qui en étoient
l'objet. Zélinde eut occafion d'en entre-
tenir une , fort jeune encore ,
fort jeune encore , & qui lui
JANVIER. 1764.
37
avoua en êtreà fon douzième mari , fans
que la mort lui en eût ravi un feul. Je
m'attends , pourſuivit- elle , à tripler ce
nombre en moins de trois ans . Celle qui
parloit ainfi avoit cependant l'air d'une
perfonne diftinguée : elle étoit vêtue de-
puis la ceinture jufqu'aux genoux , avoit
la tête enveloppée d'un linge brodé en
or , & portoit de riches perles à fes oreil-
les & à fon nez. Elle apprit de plus à Zé-
linde , qu'en fait de mariage , les Princef-
fes elles-mêmes n'y regardoient pas de
fort près.
Elles choififfent tel gentil-
homme qui leur plaît le mieux , en pren-
nent un autre quand il ceffe de leur plai-
re , & lui donnentfouvent plus d'un Bra-
mine pour affociés. Et le Roi , demanda
Zélinde , en ufe-t-il autrement que fes
Sujets , ou leur fert-il d'exemple ? Oh !
c'est encore toute autre chofe , reprit
la jeune Indienne. Le Roi n'eft auprès
de fa femme que le fucceffeur du Chef
des Bramines. La première nuit du ma-
riage eſt deſtinée à ce Grand - Prêtre
avec cinq cens ducats de récompenfe.
Le même emploi l'attend lorfque le Sou-
verain fait quelque voyage , & la gratifi-
cation est toujoursproportionnée à la lon-
gueur de l'abfence du Souverain.
La Néris n'en voulut pas fçavoir da-
38 MERCURE DE FRANCE.
vantage , & rejoignit Alcindor , qui de
fon côté avoit auffi fait fes remarques.
Tous deux conclurent à chercher mieux.
Le reste au Mercure prochain.
Ou l'Amour comme on le mene.
CONTE.
LES Péris & les Néris sont des Êtres
demi-intellectuels. Ils tiennent le milieu
entre la nature des Génies & la nôtre :
mais ils s'occupent très -férieufement de
ce qui ne fait plus guères qu'amufer nos
femblables ; je veux dire , que leur plus
grande affaire eft de s'aimer comme on
aime dans nos vieux Romans. Il arriva
même que les Néris exigèrent un amour
encore plus quinteffencié. Elles vouloient
par- là s'égaler aux Sylphides. Les Péris
ambitionnoient un peu moins de s'éga-
ler aux Génies . Toutefois la volonté de
leurs Compagnes devint une loi pour
eux . Bientôt ils réalifèrent l'Amour Pla-
tonique , regardé comme une chimère
par nos amans les plus délicats.
Bientôt auffi un pareil amour périt d'i-
nanition. Une langueur plus froide que
l'indifférence même lui fuccéde . On fe
fépare , & l'ennui n'en devient que plus
grand. On dit même que les Néris y
1
reftre
JANVIER. 1764.
15
fuccombèrent les premières. Zélinde
ވ
une des moins prudes , & des plus expé-
rimentées d'entre elles , prit le parti d'af-
fembler fes compagnes. Elles accourent
avec précipitation , & la nomment Pré-
fidente du Confeil qui va fe tenir. Zé-
linde adreffe aux Néris affemblées un
difcours des plus pathétiques fur leur fi-
tuation préfente : les détails en étoient
vivement frappés. Cependant on l'inter-
rompit
on trouva qu'elle ne peignoir
point affez énergiquement le trifte aban-
don où fe trouvoient , & fes compagnes,
& elle-même. Chaque Néris ajouta un
trait au tableau : mais la peinture des
maux n'en indiquoit point le remède.
On propofa de rappeller les Péris ; & ,
après quelque incertitude , cet avis fur
rejetté à la pluralité d'une voix. Qui
voulez-vous donc qu'on appelle ? de-
manda la Préfidente : car enfin il faut
appeller quelqu'un. C'eft de quoi l'on
convenoit unanimement. Zélinde pro-
pofa de faire venir des hommes. Quoi ,
des hommes qui ont un corps tout ter-
s'écrièrent quelques Néris , en
rougiffant. Eh oui , répliqua la Préfi-
dente , qui ne rougiffoit plus. Ils ont bien
des défauts , reprit avec douceur une
blonde Néris ; il faudra du moins nous
16 MERCURE DE FRANCE.
réunir pour les rendre parfaits. Hélas A
ma chère compagne , ajouta Zélinde ,
nous en ferons des ètres bien infipides.
Cet état de perfection feroit pour eux le.
pire de tous,& remédieroit mal au nôtre.
Enfin l'on prit le parti de donner la
préférence aux hommes qui aimoient.
avec le plus de délicateffe : les Néris
étant perfuadées qu'il étoit rare que des
hommes portaffent cette vertu trop loin ..
Mais pour connoître ceux qui la prati-
quoient , il falloit d'amples recherches ;
il falloit par cette raifon parcourir plus
d'un climat. Zélinde , qui avoit propofé
cet expédient , fut priée d'entreprendre.
ce long voyage , & Zélinde ne s'en fit
pas prier deux fois..
Dans le même temps , les Péris pre-
noient une réfolution toute femblable :
c'est-à-dire , que l'un d'entre eux fut
chargé de parcourir notre monde , pour.
voir quelles femmes pourroient fuppléer.
à l'extrême délicateffe des Néris , fans.
toutefois s'en éloigner trop. Celui qu'on.
chargea de cette recherche étoit le même.
qui l'avoit propofée. Son humeur avoit
beaucoup de rapport avec celle de Zé-
Linde ; & le hafard les ayant fait ſe ren-
contrer , tous deux en furent également.
fatisfaits. Ils ne fe déguifèrent point l'un
JANVIER. 1764.
à l'autre le motif de leur miffion .
17
Ils
firent plus , ils réfolurent de voyager en-
femble. Bien entendu que celui des deux
qui auroit le plutôt réuſſi dans fes recher-
ches , laifferoit l'autre continuer les fien-
nes. Reftoit feulement à fçavoir par quel
canton du monde ils, commenceroient
leur tournée. Après y avoir un peu rêvé,
ils crurent s'épargner de plus longues
courfes , en vifitant d'abord les Nations
qui fuivoient de plus près l'inftinct de la
Nature , & qui par cette raifon l'avoient
fans doute moins pervertie.
Un voyage eft peu embarraffant pour
des êtres de cette efpèce. Ils peuvent par
courir le monde entier avec la même ra
pidité que les Génies : mais , comme ils
ont plus de confiftance , ils peuvent en
même tems s'envelopper d'un nuage qui
les dérobe aux regards de nos pareils.
Zélinde & Alcindor ( c'eft le nom du
Péris ) parurent tout - à - coup dans un
canton de l'Amérique habité par des
Sauvages , & où n'avoit encore pénétré
aucun Européan. Rien , par cette rai-
fon , n'avoit pu en altérer les ufages. Ils
étoient auffi fimples & auffi groffiers
que ceux de l'age d'or.
Nos deux fecrets Agens prirent la
forme dont ils étoient convenus ; c'est-à-
་
18 MERCURE DE FRANCE.
dire , celle d'un jeune homme & d'une
jeune fille de cette contrée. Il n'y avoit
pour cette Nation aucune demeure fixe:
Un antre , le creux d'un arbre , un buif-
fon épais , fouvent la pleine campagne ,
fervoient d'afyle à ces habitans beaucoup
plus fauvages que ce nom même ne l'ex-
prime. Il falloit avoir la puiffance & les
reffources intérieures d'Alcindor & de
Zélinde pour ne pas être effrayé d'un tel
fpectacle. Ils étoient d'ailleurs convenus
de s'entr'aider au befoin. J'oubliois de
dire auffi qu'ils avoient la faculté de fe
deviner : avantage qui pourroit n'en être
pas un en amour ; mais qui favorifoit
infiniment leur entreprife.
Ce fut donc fans crainte qu'ils fe fépa
fèrent. Alcindor ne tarda pas à rencon-
trer une jeune Sauvage qui ne cherchoit
point à l'éviter. Il l'aborda avec une po-
liteffe qui la furprit beaucoup. Il lui dit
quelques douceurs qui l'étonnèrent en-
core plus. On préfume bien qu'un être
auffi intelligent qu'Alcindor , entendoit
la langue du pays , & fçavoit la parler:
c'eft un privilége qu'on accorde aifé-
ment au voyageur le moins érudit ; à
peine met-il le pied chez telle ou telle
Nation , qu'il eft fuppofé l'entendre &
en être entendu. Revenons à la jeune
Sauvage.
JANVIER. 1764.
19
Elle répondoit aux douceurs d'Alcin-
dor fur le ton d'une efclave avec qui fon
maître daigne s'humanifer.
Elle igno-
Foit l'art des réſiſtances , & même celui
de la gradation. En un mot , elle pa
rut offrir ce qu'Alcindor ne demandoit
pas. Tant de facilité le rendit lui - même
plus difficile. Peu s'en fallut qu'il ne re
grettât l'extrême délicateffe des Néris.
En même temps il fongeoit à donner
une leçon utile à la jeune Sauvage. Deux
péruches lui en fournirent l'occafion
Voyez-vous , difoit-il , ces deux oifeaux
de la même eſpèce ? L'un des deux fuit
l'autre , fans pourtant fuir trop loin.
N'eft-ce pas la femelle qui en ufe ainfi ?
La Sauvage ne répondit que par une au
tre comparaifon. Vois-tu , dit- elle à Al-
cindor , cette géniffe & ce boeuffauva
ge ? C'eft le boeuf qui s'éloigne , & la
géniffe court après. Alcindor ne fut rien
moins que perfuadé par cette réponſe.
Il s'éloigna , en concluant que fi c'étoit
là le pur inftin&t de la Nature , cet inſtinct
devoit être corrigé.
Zélinde avoit déja en occafion de por
ter unjugement tout femblable. A peine
Alcindor l'avoit quittée , qu'un Sauvage
s'étoit approché d'elle en courant. Elle
avoit cru devoir s'éloigner un peu, mais
20 MERCURE DE FRANCE.
fans courir. Ainfi le Sauvage n'eut pas de
peine a l'atteindre. Elle s'attendoit à que
que préambule , à quelque déclaration
tendre , quoique ruſtique . Mais le Sau-
vage ignoroit ce formulaire :
il alloit
tout naturellement fuivre l'ufage de fes
femblables ; c'eft- à-dire , brufquer hor-
riblement les chofes. A l'inftant furvient
un aut e Sauvage qui fond avec impé-
tuofité fur celui- ci. Le combat devient
entre eux des plus cruels. Eft- ce un libé
rateur qui vient à mon fecours , difoit la
Néris , ou bien n'eft- ce qu'un rival qui
attaque un rival ? N'importe , attendons
l'événement ; il me fera toujours facilė
d'échapper au vainqueur. L'événement
ne fe fit pas beaucoup attendre. Le nou
veau venu ayant mis fon adverfaire prèf-
que hors de combat , ce dernier s'enfuit,
renonçant à fes prétentions fur Zélinde ;
faufà les reprendre à la première rencon-
tre. Pour le vainqueur , il fongeoit dès
ce moment à faire valoir les fiennes , &
il s'y prit comme fon devancier. Arrê-
tez !-lui cria Zélinde ; c'eft en ufer bien
cavalièrement. N'y a-t- il pas certains
préliminaires
Le Sauvage lui deman-
da ce que vouloient dire ces mots . La
Néris les lui expliqua de fon mieux ;
mais elle ne perfuada point celui qu'elle
JANVIER. 1764.
21
inftruifoit. Tu te moques , lui dit - il :
veux-tu , quand la faim me preffe , que
je m'amufe à danfer autour du morceau ?
Tout en parlant ainfi , il agiffoit en con-
féquence. Il fallut que Zélinde employât
tout fon pouvoir pour s'échapper de fes
mains. Elle voulut voir cependant s'il
regrettoit beaucoup d'avoir ainfi perdu
fa proie. Elle le vit occupé à pourſuivre
un renard , & , après l'avoir tué , s'en
retourner avec l'air d'un homme qui ne
regre te rien. Ah ! dit-elle avec dépit ,
fi c'eft-là ce qu'on nomme l'innocent
inſtinct de la Nature ; quelle horreur
qu'une telle innocence !
Alcindor la rejoignit l'inftant après.
Hé bien ! lui dit Zélinde , avez-vous fait
d'heureufes découvertes ? N'en doutez
pas , reprit-il ; cette contrée barbare eft
vraiment un pays à bonnes fortunes. Si
les hommes y font féroces , les femmes
y font des plus humaines. Alors il l'inf-
truifit de fon aventure , & Zélinde lui fit
part de la fienne. Tous deux convinrent
qu'il falloit paffer chez d'autres Peuples
de l'Amérique un peu plus policés que
celui-ci , mais beaucoup moins que ceux
de l'ancien Monde. C'eft-là qu'ils eſpé-
roient trouver la Nature encore fimple
fans être entièrement brute.
22 MERCURE DE FRANCE .
Après une courfe affez longue , ils ar
rivent fur les terres des Nadoueffis ; Na-
tion fauvage , mais dont le caractère n'a
rien de féroce. Les deux voyageurs en
font accueillis favorablement On leur
demande où ils vont & ce qu'ils veulent ?
Vivre avec des hommes , répondit Al-
cindor. Les Nadoueffis , qui fe piquent
d'être des hommes par excellence , ne
portent pas plus loin leurs queſtions . Ils
affignent à leurs nouveaux hôtes une ca-
banne , où ils doivent être nourris du-
rant un certain temps aux dépens de tou-
te la Nation. Dans tout autre cas , il eût
été prudent à eux de s'annoncer comme
époux ; mais le motif de leur voyage s'y
oppofoit. Ils ne s'annoncèrent que com-
me le frère & la foeur. En conféquence
leur cabanne fut divifée en deux parts.
Mais l'entrée de l'une & de l'autre étoit.
libre à tous venans , la nuit comme le
jour
:
C'est l'ufage parmi ces Peuples..
Toutefois il n'en réfulte aucun inconvé-
vénient , excepté ceux que l'ufage même.
autorife , & qui ne paffent point pour
tels chez les Nadoueffis.
Zélinde étoit , à coup fûr , la plus belle
Sauvage de tout le canton. C'eft de quoi
une foule de jeunes gens l'auroient inf-
truite , fi elle ne l'eût pas fçu d'avance.
JANVIER. 1764.
& de refpect très
23
Il fe paffoit peu d'heures dans la journée
fans que quelqu'un d'entre eux vînt lui
dire à l'oreille : Je t'aime plus que la
clarté du grand Aftre. Paffe encore pour
ce préalable , difoit intérieurement la
Néris ; & elle y répondoit de manière
à ne décourager perfonne , fans toute-
fois s'engager trop elle- même. La nuit
venue , Zelinde vit entrer dans fa caban-
ne un jeune Sauvage qui portoit un bâ
ton allumé. Elle lui demanda ce que ce-
la fignifioit? Cela s'appelle, reprit- il, cou-
rir l'allumette : c'eſt à toi de l'éteindre
ou de la laiffer brûler ; & il lui fit entre-
voir qu'il defiroit fort qu'elle l'éteignît,
Zélinde n'en fit rien , & le Sauvage fortit
comme il étoit entré. Un fecond fur-
vient , obſerve la même formule ; & ,
voyant que Zélinde ne fouffloit point
fur l'allumette , il fe retire avec la même
docilité que le précédent. La Néris trou-
voit cette méthode un peu bifarre ; mais
elle y découvroit un mêlange d'ardeur
-
propre à fatisfaire
fes compagnes, Elle eût cependant vou-
lu fçavoir où les deux jeunes aventuriers
étoient allés en la quittant. Un troisième
qui furvint leva une partie de fes doutes,
Auffi peu favorifé lui - même , que l'a-
voient été les deux autres , il alloit fe
24 MERCURE DE FRANCE .
retirer comme eux. Zélinde l'arrêta. Ou
vas-tu en fortant de ma cabanne , lui de-
manda la Néris ? Courir l'allumette , ré-
pondit le Sauvage
tu la laiffes brûler ,
une autre pourra l'éteindre. Une autre !
s'écria Zélinde ; il n'importe donc la-
quelle ce foit ? Cela eft tout fimple , ré-
pliqua- t-il ; quand la chaleur du grand
Aftre me brûle , c'eft dans la rivière la
plus proche que je me baigne. Mais ,
reprit Zélinde , vous n'aimez donc au-
cune femme en particulier ? Je les aime
toutes , ajouta le Nadoueffis , quand ce-
la ne me dérange point ; & celle qui
foufle fur l'allumette eft toujours celle
que j'aime le mieux . Zélinde lui fit en-
core d'autres queſtions fur le même fu-
jet , & il y répondit avec franchiſe , en
appuyant fon difcours de ces expreffions
extrêmement familières aux Sauvages :
voilà qui eft bien , voilà qui eftjufte , voi-
là qui eft raifonnable. Je fuis jeune , di-
foit- il , & je me proméne quelquefois
la nuit : Voilà qui eft bien. Je donne la
préférence à celle qui me la donne :
Voilà qui eftjufte. Je n'aime qu'autant
que cela ne me met point hors d'état de
courir après les caftors , & de fuir ou de
poursuivre l'ennemi : Voilà qui eft rat-
Jonnable.
Il
Louré.
Que d'une
-sés dans vos
=ple nature
sirsjamais
W
de sidoux tr
votre hommage
Majeur.
-sors . Sans
25
lerniers
entper-
oit pas
n'étoit
s'étoit
es noc-
lement
Toujou dant à
fatisfit
t. Mais
d'une tet le fi-
elques
t bien,
gna fa
- més: de ce
Finit
W
écon-
Foit-il ,
moins
On a
s con-
anterie
vive its pri-
ntrées.
où les
depuis
Graveparios re-
es que
Imprimeconfé-
t fubi-
24 MET
retirer cor
vas-tu en
manda la
pondit le
une autre
s'écria Ze
quelle cers amans , toujours aimés : Sur lafoi
pliqua-t-il
Aftre me
plus proch
cune fem
W
reprit Zendre ami e Vous n'êtesjamais allar -
toutes , aj
W
la ne me Parmi vous la plus courte absence
foufle fur
quej'aim
core d'aut
jet , & il par le pluspromptretour, Toujours la
appuyant w
extrêmen
voilà qui
là qui eft npatience Vous prète l'aile de l'amour.
foit-il , &
la nuit :
préférence :Charpentie .
Voilà qui
que cela par Tournelle
courir apr
poursuivre
fonnable.
a
JANVIER. 1764.
25
Il fortit en prononçant ces derniers
mots , & laiffa Zélinde entièrement per-
fuadée que l'Amérique ne mettroit pas
fin à fes recherches. Alcindor n'étoit
guères plus fatisfait des fiennes. Il s'étoit
déterminé à rendre quelques vifites noc-
turnes , & avoit été reçu favorablement
dès la première. Il fe borna cependant à
certaines queſtions auxquelles on fatisfit
dans l'efpérance qu'elles finiroient. Mais
la fin des demandes d'Alcinder fut le fi-
gnal de fa retraite. Il entra dans quelques
autres cabanes , réuffit également bien,
s'en tira également mal , & regagna fa
cabane auffi peu fatisfait des filles de ce
canton , qu'elles mêmes étoient mécon-
tentes de lui. Il faut l'avouer , difoit- il ,
cette extrême facilité vaut encore moins
que l'extrême réferve des Néris . On a
vu que Zélinde avoit auffi tiré des con-
féquences peu favorables à la galanterie
fauvage. Ainfi les deux voyageurs pri-
rent le parti de vifiter d'autres contrées.
Il en eft une , difoit Alcindor, où les
ufages n'ont prèfque point varié depuis
l'origine des chofes. Voyons fi nos re-
cherches y feront plus fructueufes que
dans ce nouveau Monde. En confé-
quence les deux voyageurs partent fubi-
tement pour la Chine.
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Ce fut à Pékin même qu'ils jugèrent
à propos de defcendre. Ils y parurent
fous la formed'un Mofcovite. Un fpecta-
cle des plus pompeux s'offrit à leurs pre-
miers regards. Un cortége nombreux
portoit des torches & des flambeaux en
plein midi , & environnoit une chaiſe
magnifiquement ornée , & portée par
des efclaves. Des fifrés , des hautbois ,
des tambours précédoient & fuivoient.
Alcindor s'informa de ce que renfermoit
ce pavillon.Unejeune épousée qu'on mé-
ne à fon époux , lui répondit un des fpec-
tateurs. Sans doute , reprit Alcindor ,
que fa beauté répond à toute cette pom-
pe ? Je n'en fçais rien , répliqua le Chi-
nois. Il eft du moins à croire , ajouta
Alcindor , qu'elle a paru telle aux yeux
de celui qui l'époufe ? Il ne l'a jamais
envifagée , reprit encore l'habitant de
Pékin.
Quoi ! il l'époufe fans la
connoître ? .... Eh mais ! fans doute :
én uſe- t-on autrement parmi vous ? Il a
recours à un expédient tout fimple , ſup-
pofé qu'elle ne lui plaife pas , ou qu'elle
ceffe de lui plaire : c'eft de prendre une
ou plufieurs concubines , auxquelles il
eft également libre d'en fubftituer d'au-
tres , quand il vient à fe dégouter des
premières.
JANVIER. 1764.
27
Ceci ne me femble point mal imagi-
né, difoit intérieurement Alcindor. Voi-
la qui eft abominable , difoit , en même
temps , Zelinde. Etre quittée ainfi , &
condamnée à un éternel efclavage ! En
vérité c'eft joindre l'injuftice à la tyran-
nie ! toute autre perquifition me femble
fuperflue dans cet immenfe pays où les
ufages font fi uniformes , fi anciens , &
malheureufement fi révérés.
Pour Alcindor , il continuoit à quef-
tionner l'obligeant Chinois.
Il lui de-
manda , entre autres chofes , fi les fem-
mes de cette contrée fe piquoient d'une
fidelité à toute épreuve ? Ce feroit trop
exiger, repondit - il : on tâche d'éloigner
d'elles tous les Séducteurs , on veille
éxactement ſur leur conduite , & il arri-
ve , quelquefois , que leur vertu fait le
refte.
Ces détails étoient d'un augure peu
favorable pour nos voyageurs. Ils entre-
virent qu'ils s'étoient trompé fur le
compte des Chinois comme fur celui
des Sauvages. Cependant ils voulurent
en juger par eux-mêmes. Ils fe logent
dans la Capitale & continuent d'obfer
ver. Zélinde qui effaçoit , fans peine ,
la plus belle Chinoife , charma tous ceux
qui purent l'envifager. Un jeune hom-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
me qui fuivoit la doctrine de Fo , c'eft-
à-dire qui croyoit , ou feignoit de croire
à la tranfmigration des âmes , l'aborda
un jour avec un éxtrême familiarité. Tu
fus , lui dit-il , ma femme avant que de
reprendre un nouvel être. Une mort
prématurée t'enleva a mes veux. Au-
jourd'hui que tu m'es rendue
›
le
grand Fo ordonne que tu me laiffes
rentrer dans tous mes droits , & cela
fans aucune cérémonie éxterieure. Fo
nous difpenfe de ces vaines répétitions.
La fauffe Mofcovite trouva cette faillie
amufante. Elle revenoit au fonds à l'a-
lumette des Sauvages . Mais Zelinde qui
n'avoit pas daigné éteindre l'une , répon-
dit auffi peu favorablement à l'autre .Elle
voulut voir , cependant , fi le Chinois ſe
menageoit les mêmes reffources que le
Nadoueffis. La faculté qu'elle avoit de
fe rendre invifible l'aida beaucoup dans
ce projet. Zélinde épia la conduite du
jeune homme , & le vit bientôt adreffer
le même difcours à une jeune Chinoiſe
qui ne parut point douter du fait , &
qui parut encore plus difpofée à fuivre
les volontés du Dieu Fo.
Alcindor, de fon côté , ne reftoit pas
inutile. Une jolie veuve Chinoiſe avoit
fixé fon attention,
Il l'avoit vue dans
JANVIER. 1764.
29
une Pagode confacrée à Lao , lieu qu'elle
fréquentoit fort fouvent. Il faifit l'oc-
cafion de l'aborder & de l'entretenir.
Ses difcours étoient des plus ingénieux
& des plus galans ; mais par malheur
la Veuve étoit dévote , & à la Chine
cette qualité étoit un obftacle réel en
amour. En vain , dit- elle au faux Japon-
nois , en vain tenteriez vous de me fé-
duire ; mon cœur n'eft plus à moi , il
eft tout entier au divin Lao : lui feul
peut me faire jouir de la fuprême félicité.
Alcindor alloit lui demander en quoi
cette félicité confiftoit ; elle le quitta
brufquement pour courir à un Bonze
qui lui faifoit figne. Le curieux Péris
s'approcha d'eux fans pouvoir être vû.
Il entendit le Bonze parler ainfi à la
Chinoife : objet cher à Lao , ce Dieu
puiffant vous ordonne par ma voix de
refter cette nuit dans fon Temple : Il
Vous y fera goûter les douceurs qu'il
réferve à fes feules favorites. Alcindor
vit dès l'inftant où aboutiroit ce myf-
tere , & l'entretien de deux Bonges qu'il
écouta fans être apperçu,ne lui laiſſa au-
cun doute à cet égard.
Nos Voyageurs fe rejoignent , égale-
ment perfuadés qu'il eft à propos de paf-
fer outre. Leur deffein étoit de parcou-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE .
rir toute l'Afie. Ils partent , & dès le
jour fuivant ils découvrent à vue d'Oi-
feau le Royaume du Japon. Ce fut à
Meako qu'ils defcendirent. Le temps de
la nouvelle lune y donnoit lieu à une cé-
rémonie qui fe renouvelle tous les mois.
Une troupe de Bonzis conduifoit en
pompe une jeune fille de la plus grande
beauté. Nos Voyageurs n'eurent pas
de peine à s'inftruire de ce que cela fi-
gnifioit. On la mene au Temple , leur
dit- on , où le Diable daignera ce foir
converfer avec elle . C'eft là tout ce qu'il
faut pour en faire une fainte. Alcindor
jugea par ce difcours que les Bonzis du
Japon & les Prêtres de Lao , obfervoient
à-peu-près les mêmes Rites .
En paffant auprès d'un autre Temple ,
il en vit fortir une foule de Japonois qui
tous dirigeoient leurs pas vers un même
canton de la Ville . De là nouvelles quef-
tions d'Alcindor. Un de ceux à qui il
s'adreffoit lui fit cette réponse. Nous.
fortons du Temple & nous allons au
Kafiematz. C'est un ufage que nous
ont tranfmis nos Pères , & que nous ef
perons tranfmettre à nos defcendans..
Tout en parlant ainfi, le Japonnois avan-
çoit tonjours
Alcindor le fuivoit ; de
manière qu'ils arriverent enſemble au
JANVIER. 1764.
31
Kafiematz. Une foule de jeunes beau-
tés y prodiguoient leurs charmes au pre-
mier venu. Elles n'avoient point la li-
berté du choix , & fembloient peu cu .,
rieufes de choifir. Alcindor fe hâta de
rejoindre Zélinde qu'une vieille Japon-
noife avoit abordée. Leur entretien.
avoit affez de rapport avec ce que lui-
même venoit de voir. L'amour est donc:
ignoré chez vous ? lui difoit Zélinde ,
Qu'est -ce que l'amour demanda la
Vieille ? Ce mot eft un peu étranger ici.
Celui de mariage qui , je penfe, ne veut
pas dire la même chofe , nous est un
peu mieux connu. Un Japonnois époufe
une femme , l'enferme avec foin , la né-
glige fort quant au refte ; & je vous jure
parle grand Thé , que la plus fage d'en-
tr'elles quitteroit volontiers fa maiſon
pour habiter leKafiematz.Allons, partons,
s'écrierent , en même temps Alcindor
& Zelinde ; nos recherches ne feront
par plus heureufes au Japon qu'à la Chi-
ne. Ils difent , & s'élévent de nouveau
dans les airs.
Après un affez long trajet , l'Ifle de
Macaffar fe découvre à leurs yeux.
Tout y eft agréable , excepté les habi-
tans: Les deux féxes ignorent l'ufage
des habits. L'unique parure des femmes
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
eft de fe taillader le vifage & à peu-
près tout le reste du corps. Ces hideu-
fes perfonnes accouroient par bandes
vers le rivage où des étrangers venoient
de mettre pied à terre. Là elles offroient
ce qu'on ne leur demandoit pas. Ceux
qui avoient la complaifance de ne pas les
rebuter en étoient bientôt punis par el-
les-mêmes. Lorſqu'ils avoient fuffiſam-
ment fait preuve de mauvais goût , leurs
cruelles amantes leur offroient du tabac ,
en les invitant à fumer. Mais à peine
commençoient-ils à en faire ufage qu'ils
perdoient connoiffance & bientôt après.
la vie. Alcindor fut témoin de cette ca-
taftrophe & en frémit. Zélinde qui ob-
fervoit les hommes de cette contrée
.
n'eut pas lieu d'en être plus fatis-
faite. Ils connoiffoient , ils approuvoient
l'indécente & barbare mannœuvre de
leurs femmes & fe difpofoient à aſſaſſi-
ner ceux qu'elles n'empoifonneroient
pas.
Nos Voyageurs quitterent cette Ifle
infernale avec autant de promptitude
que d'indignation .
Ils arriverent au
Royaume de Siam & s'y arrêterent peu.
La nudité des femmes , leur empreffe-
ment à chercher les hommes qui , en
général , font auffi difpofés à les fuir ;
JANVIER. 1764.
33
toutes ces images déplurent au couple
Obfervateur. Il partit fans différer pour
le petit Royaume de Patania. Zélinde ,
ne voulut pas même s'y rendre viſible.
Alcindor y parut fous l'extérieur d'un
Anglois. Il fut abordé par un des
principaux Citoyens de la Capitale qui
l'invita fort poliment à prendre fa mai-
要
fon pour gîte. Vous y mangerez , lui
dit-il , comme chez tout autre
,
des
viandes & du riz dans des plats d'or ;
mais ce qui vaut infiniment mieux,vous
y verrez ma fille & ma nièce , toutes deux
fort jolies , & avec lefquelles je vous
prie d'en ufer fans façon. Le Péris éton-
né de ce difcours , demanda au Pata-
nien fi , outre fa fille & fa niéce , il
n'avoit pas auffi une femme ? J'en ai
plus d'une , reprit l'Indien ; mais je les
garde pour moi . Ce font là les feules
bornes que nous mettons à nos égards
envers les étrangers. Il y a temps pour
tout. Nos femmes , lorfqu'elles n'étoient
que filles , ont également fait les hon-
neurs de la maifon de leurs Peres , ou
de leurs Oncles.
Ces détails ne féduifirent point Alcin-
dor , & encore moins Zélinde , qui , fans
fe laiſſer voir , avoit tout entendu . Le
Péris remercia l'officieux Indien , & fe
Bv
34 MERCURE
DE FRANCE.
retira fort humilié. Après quoi nos voya
geurs aëriens prirent leur éffor jufqu'à
Narfingua. Ils mirent pied à terre à quel-
que diftance de la ville , & rencontrèrent
une femme qui s'en éloignoit. Alcindor "
l'interrogea fur ce qui pouvoit caufer fa
fuite. C'eft , répondit- elle , parce que je
ne puis me réfoudre à être brûlée . Je fuis.
veuve depuis vingt-quatre heures : mon
mari en ufoit paffablement avec moi , &
je l'aimois autant que cette forte d'amour
peut s'étendre ; mais j'avoue que je n'ai
pas le courage de mêler mes cendres avec
les fiennes. Par cette raiſon , me voilà dé-
clarée infâme , & condamnée à vivre
dans l'éxil; tandis qu'une de mes com-
pagnes , qui va dans ce moment obéir à
l'ufage, voit fes louanges portées jufqu'au
Trône de Brama. Sans doute , reprit Al-
cindor, que cette courageufe héroïne ai-
moit prodigieufement votre époux com-
mun ? Point du tout , répliqua l'Índien-
ne ; elle ne lui fut pas même fidelle : &
moi , tout au contraire , je me fis un de-.
voir de ne jamais lui manquer. Cepen-
dant je vais paffer pour une ingrate , une
perfide ,, & elle pour un exemple d'atta-
chement conjugal..... Entendez-vous ,
ajouta l'Indienne , ces cris confus , mêlés
au bruit des inſtrumens ? C'eſt pour ho-
JANVIER. 1764.
35
norer ce barbare facrifice. Il va bientôt
commencer , & il ne dépend que de vous
d'en être les témoins. En effet , Alcindor
& Zélinde s'avancèrent vers le lieu d'où.
partoit ce bruit. Il virent , au milieu d'u-
ne foule d'affiftans , une jeune Indienne
conduite par un Bramine. Elle portoit
dans fa main droite une fleur , dans fa
main gauche une boule. Ses doigts
étoient ornés de quantité de perles & de
pierres précieufes ; des chaînes en lacs.
d'amour & très-riches chargeoient fes
bras & même fes jambes. Une toile
très-fine lui tenoit lieu de vêtemens. Sa
beauté feule eût pu lui tenir lieu de pa-
rure. Elle s'avançoit avec un fouris &
un empreffement affectés vers le bucher
fur lequel étoit déja le corps de fon mari.
On y met le feu : l'Indienne , après avoir
pris congé de fes parens & de fes amis ,..
s'élance au milieu des flammes , où elle
eft bientôt réduite en cendres. Les ap-
plaudiffemens redoublèrent ; mais Alcin--
dor & Zélinde frémirent. Tous deux fe
retiroient ,
lorsqu'ils apperçurent un
Jeune Indien qui lui-même s'éloignoit
affez triftement. Je vois , lui dit Alcin-
dor , qu'un tel fpectacle vous affiige , &
certainement c'est avec raiſon . Hélas
oui répondit ce dernier. J'avoue ce
B.vj.
36 MERCURE DE FRANCE.
dant que j'ai tort , puifque celle qui vient
de fe brûler étoit ma maîtreffe. Eh quoi !
s'écria Zélinde avec furprife , n'y trou-
vez-vous pas un motifde plus pour gémir
de fa perte ? Tout au contraire , inter-
rompit l'Indien ; comme fon amant , je
prends part à fa gloire , & cette gloire
exigeoit qu'elle fe brûlât. Notre intelli-
gence a duré juſqu'à la fin des jours de
fon mari , & nous faifions des vœux
pour qu'il vêcût long-temps. Aujour-
d'hui qu'il eft mort , tout eft fini entre
elle & moi. Une femme d'honneur peut
tromper fon époux , mais elle ne doit
point lui furvivre. A ces mots l'Indien
pourſuivit fa route , & nos voyageurs
prirent celle de l'Etat le plus voifin.
C'étoit le Royaume de Callicut. Ils
s'arrêtèrent auprès d'un Temple dédié au
grand Singe , & dont le portique étoit
orné de fept cens piliers ou colonnes
de marbre. On voyoit un grand nombre
d'Indiens des deux féxes , raſſemblés
fous cet immenfe veftibule , y parler
d'affaires ou de plaifir. Mais le principal
amufement des maris étoit d'y troquer
de femmes entre eux , & cet échange dé-
plaifoit rarement à celles qui en étoient
l'objet. Zélinde eut occafion d'en entre-
tenir une , fort jeune encore ,
fort jeune encore , & qui lui
JANVIER. 1764.
37
avoua en êtreà fon douzième mari , fans
que la mort lui en eût ravi un feul. Je
m'attends , pourſuivit- elle , à tripler ce
nombre en moins de trois ans . Celle qui
parloit ainfi avoit cependant l'air d'une
perfonne diftinguée : elle étoit vêtue de-
puis la ceinture jufqu'aux genoux , avoit
la tête enveloppée d'un linge brodé en
or , & portoit de riches perles à fes oreil-
les & à fon nez. Elle apprit de plus à Zé-
linde , qu'en fait de mariage , les Princef-
fes elles-mêmes n'y regardoient pas de
fort près.
Elles choififfent tel gentil-
homme qui leur plaît le mieux , en pren-
nent un autre quand il ceffe de leur plai-
re , & lui donnentfouvent plus d'un Bra-
mine pour affociés. Et le Roi , demanda
Zélinde , en ufe-t-il autrement que fes
Sujets , ou leur fert-il d'exemple ? Oh !
c'est encore toute autre chofe , reprit
la jeune Indienne. Le Roi n'eft auprès
de fa femme que le fucceffeur du Chef
des Bramines. La première nuit du ma-
riage eſt deſtinée à ce Grand - Prêtre
avec cinq cens ducats de récompenfe.
Le même emploi l'attend lorfque le Sou-
verain fait quelque voyage , & la gratifi-
cation est toujoursproportionnée à la lon-
gueur de l'abfence du Souverain.
La Néris n'en voulut pas fçavoir da-
38 MERCURE DE FRANCE.
vantage , & rejoignit Alcindor , qui de
fon côté avoit auffi fait fes remarques.
Tous deux conclurent à chercher mieux.
Le reste au Mercure prochain.
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16664
p. 38
VERS à M. l'ÉVÉQUE D'ORLÉANS, sur le danger de la maladie dont il est convalescent, par M. AYGOU, de l'Académie des Belles-Lettres de Caën.
Début :
QUAND la fiére Atropos eut ouvert son ciseau [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à M. l'ÉVÉQUE D'ORLÉANS, sur le danger de la maladie dont il est convalescent, par M. AYGOU, de l'Académie des Belles-Lettres de Caën.
VERS à M. l'ÉVÉQUE D'ORLÉANS,
sur le danger de la maladie dont il
est convalescent, par M. AYGOU,
de l'Académie des Belles-Lettres de
Caën.
QUAND la fiére Atropos eut ouvert son ciseau
Pour couper de vos jours la trame fortunée ,
L'Orléanois frémit ... Il crut voir au tombeau --
L'Auteur de fon bien-être & de fa deſtinée !!
Minerve a diffipé ces critiques inftans :
Elle a faifi la main de la Parque cruelle...
ככ Que vas-tu faire . lui dit-elle ?
» Attends que de Neftor il ait paffé les ans.
Il eſt plus : il en eft l'exemples
1
»Reſpecte ce Prélat que la France contemple.....
>> Talens :
1
►Arrête... c'eſt Jarente….. 11 eft de mes enfans...
Apprends qu'il eft l'appui des Vertus , desa.:
sur le danger de la maladie dont il
est convalescent, par M. AYGOU,
de l'Académie des Belles-Lettres de
Caën.
QUAND la fiére Atropos eut ouvert son ciseau
Pour couper de vos jours la trame fortunée ,
L'Orléanois frémit ... Il crut voir au tombeau --
L'Auteur de fon bien-être & de fa deſtinée !!
Minerve a diffipé ces critiques inftans :
Elle a faifi la main de la Parque cruelle...
ככ Que vas-tu faire . lui dit-elle ?
» Attends que de Neftor il ait paffé les ans.
Il eſt plus : il en eft l'exemples
1
»Reſpecte ce Prélat que la France contemple.....
>> Talens :
1
►Arrête... c'eſt Jarente….. 11 eft de mes enfans...
Apprends qu'il eft l'appui des Vertus , desa.:
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16665
p. 39
DIANE ET ENDYMION.
Début :
AU tendre amour Diane enfin soumise, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIANE ET ENDYMION.
DIANE ET ENDYMION.
AU tendre amour Diane enfin soumise,
Pour obtenir & pour fixer les vœux
Du jeune amant dont fon âme eſt épriſe ,
L'entretenoit de fon rang glorieux
Dans les enfers , dans les bois , dans les cieux.
De tant d'honneurs qu'elle alléguoit ſans ceſſe,
Endymion moins féduit que gêné ,
Gardoit toujours un filence obftiné.
Ce trifte accueil éclaira fa tendreſſe :
Elle oublia fon immortalité.
Un air riant , une aimable ſoupleſſe
Vint adoucir fa fuperbe beauté ;
Et le Berger vaincu par cette adreffe ,
Tömbe à ſes pieds , s'écriant , tranſporté :
Quel changement ! quelle félicité !
Grace à l'Amour , vous n'êtes plus Déeffe......
Ah ! je répons de ma fidélité.
Par feu M. le Marquis de ROCHEMORE.
AU tendre amour Diane enfin soumise,
Pour obtenir & pour fixer les vœux
Du jeune amant dont fon âme eſt épriſe ,
L'entretenoit de fon rang glorieux
Dans les enfers , dans les bois , dans les cieux.
De tant d'honneurs qu'elle alléguoit ſans ceſſe,
Endymion moins féduit que gêné ,
Gardoit toujours un filence obftiné.
Ce trifte accueil éclaira fa tendreſſe :
Elle oublia fon immortalité.
Un air riant , une aimable ſoupleſſe
Vint adoucir fa fuperbe beauté ;
Et le Berger vaincu par cette adreffe ,
Tömbe à ſes pieds , s'écriant , tranſporté :
Quel changement ! quelle félicité !
Grace à l'Amour , vous n'êtes plus Déeffe......
Ah ! je répons de ma fidélité.
Par feu M. le Marquis de ROCHEMORE.
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16666
p. 39-40
MADRIGAL.
Début :
LORSQUE l'Amour méprisoit mes soupirs, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
LORSQUE l'Amour méprisoit mes soupirs,
Tendre & foumis je chantois fa puiffance ;
Le Dieu plus doux enfin me récompenſe
Et rien ne parle encor de mes plaifirs
40 MERCURE DE FRANCE.
Pardonne , Amour ! dans l'ombre du filence ;
Si j'ai caché les biens que tu me fais :
C'eſt au myſtère , à la longue conſtance
Qu'on doit un coeur digne de tes bienfaits.
Le mien brûle percé de mille traits ,
A fes tranfports peur à peine fuffire.
Je jure, Amour , de ne changer jamais.
Que ne te puis-je affurer de Thémire !
Par le même.
LORSQUE l'Amour méprisoit mes soupirs,
Tendre & foumis je chantois fa puiffance ;
Le Dieu plus doux enfin me récompenſe
Et rien ne parle encor de mes plaifirs
40 MERCURE DE FRANCE.
Pardonne , Amour ! dans l'ombre du filence ;
Si j'ai caché les biens que tu me fais :
C'eſt au myſtère , à la longue conſtance
Qu'on doit un coeur digne de tes bienfaits.
Le mien brûle percé de mille traits ,
A fes tranfports peur à peine fuffire.
Je jure, Amour , de ne changer jamais.
Que ne te puis-je affurer de Thémire !
Par le même.
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16667
p. 40
AUTRE MADRIGAL.
Début :
OUI, j'adore Thémire, & ma fatale ardeur [...]
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE MADRIGAL.
AUTRE MADRIGAL.
OUI, j'adore Thémire, & ma fatale ardeur
S'accroît à chaque inftant ; rien ne peut la détruire.
Pour brifer mes liens , pour finir mon martyre ,
Je n'ai que la Raiſen ; & l'ingrate Thémire
A pour elle l'Amour , fes charmes & mon cœur.
Par le même.
OUI, j'adore Thémire, & ma fatale ardeur
S'accroît à chaque inftant ; rien ne peut la détruire.
Pour brifer mes liens , pour finir mon martyre ,
Je n'ai que la Raiſen ; & l'ingrate Thémire
A pour elle l'Amour , fes charmes & mon cœur.
Par le même.
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16668
p. 41
VERS à M. le Marquis d'ENTRAGUES, Brigadier des Armées du Roi & Enseigne des Gendarmes de sa Garde, nommé par S. M. à la Survivance de Grand Fauconnier de France.
Début :
Naissance, esprit, talens, & cet art plus flatteur, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à M. le Marquis d'ENTRAGUES, Brigadier des Armées du Roi & Enseigne des Gendarmes de sa Garde, nommé par S. M. à la Survivance de Grand Fauconnier de France.
VERS à M. le Marquis d'ENTRAGUES,
Brigadier des Armées du Roi & Enseigne
des Gendarmes de sa Garde,
nommé par S. M. à la Survivance de
Grand Fauconnier de France.
Naissance, esprit, talens, & cet art plus flatteur,
L'art de plaire , heureux avantage
Que tu fçais réunir aux qualités du cœur ,
Sont de tes jeunes ans l'éclatant appanage.
Favori de la Gloire , ainfi qué de l'Amour ,
On t'aime également à la Ville , à la Cour.
D'ENTRAGUES , ta brillante aurore ,
Des bienfaits de ton Roi , va s'embellir encore.
Louis à ton amour donne un nouveau lien :
Son choix fait ſon éloge autant qu'il fait le tien.
Par M. DELPORTE DESFONTAINES,
Gendarme de la Garde du Roi.
Brigadier des Armées du Roi & Enseigne
des Gendarmes de sa Garde,
nommé par S. M. à la Survivance de
Grand Fauconnier de France.
Naissance, esprit, talens, & cet art plus flatteur,
L'art de plaire , heureux avantage
Que tu fçais réunir aux qualités du cœur ,
Sont de tes jeunes ans l'éclatant appanage.
Favori de la Gloire , ainfi qué de l'Amour ,
On t'aime également à la Ville , à la Cour.
D'ENTRAGUES , ta brillante aurore ,
Des bienfaits de ton Roi , va s'embellir encore.
Louis à ton amour donne un nouveau lien :
Son choix fait ſon éloge autant qu'il fait le tien.
Par M. DELPORTE DESFONTAINES,
Gendarme de la Garde du Roi.
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16669
p. 41-42
ETRENNES à Madame la Marquise de Pr....
Début :
Vous fûtes Reine des Amours ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETRENNES à Madame la Marquise de Pr....
ETRENNES à Madame la Marquise
de Pr....
Vous fûtes Reine des Amours ;
Par l'efprit aujourd'hui vous fçavez nous féduire.
Sur les cœurs vous régnez toujours ,
Vous n'avez que changé d'empire.
42 MERCURE DE FRANCE.
Le temps détruit les plus beaux monumens ;
A vos jours chacun s'intéreſſe.
Ciel daigne conferver long-temps
Des jours filés par la fageile
Honorés par lés féntimens.
Par M. de C***.
de Pr....
Vous fûtes Reine des Amours ;
Par l'efprit aujourd'hui vous fçavez nous féduire.
Sur les cœurs vous régnez toujours ,
Vous n'avez que changé d'empire.
42 MERCURE DE FRANCE.
Le temps détruit les plus beaux monumens ;
A vos jours chacun s'intéreſſe.
Ciel daigne conferver long-temps
Des jours filés par la fageile
Honorés par lés féntimens.
Par M. de C***.
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16670
p. 42-44
RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES. Par Madame D***.
Début :
LES Hommes sont souvent assez vains pour se dire favorisés des Femmes, & [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES. Par Madame D***.
RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES.
Par Madame D***.
LES Hommes sont souvent assez vains
pour se dire favorisés des Femmes, &
ils font quelquefois affez fincères pour
convenir qu'ils n'en font point aimés
& qu'ils ignorent le vrai moyen de leur
plaire.
Il en est beaucoup , il eft vrai ,
qui doivent leurs bonnes fortunes à leur
générofité , au caprice , à la foibleffe , &
prèfque jamais aux fentimens que le vrai
mérite doit infpirer. Mais , que leur im-
porte après tout d'être aimés , quand ils
n'aiment pas eux-mêmes ? Ils ne s'atta-
chent en effet prèſque tous qu'à l'extérieur
d'une Femme; ils font fipeu de cas du ref-
te , ils font fi perfuadés de la foibleffe de
nos lumières, qu'ils ne daignent pas feule--
ment nous tromper avec art. Ils louent :
9
JANVIER 1764.
43€
la jeuneffe de celle qui n'en a plus les
agrémens ; ils vantent la beauté de qui
n'y peut prétendre ; pour plaire à celles.
qui les écoutent , ils déchirent les abſen-
tes ; mais quand ces dernières paroiffent ,
le mafque tombe, le beau parleur oublie
fon rôle, & rend à celle qu'il vient de mal-
traiter les éloges qu'elle mérite. Je fçai que
la louange plait ; que c'eft par elle qu'on
gagne prefquetous les cœurs : mais qu'il
faut d'art pour bien louer ! Ce n'eft qu'en
penfant ce qu'on dit , qu'on parvient à le
perfuader. Si l'amour-propre nous aveu-
gle , la raifon nous éclaire , & nous fça---
vons apprécier en fecret ce que nous va-
lons. Qu'une Femme ofe tenter de fortir
du cercle étroit où fon éducation femble:
la renfermer , on lui prodigue les éloges ;
on l'élève non-feulement au-deffus de
fon féxe , mais encore au -deffus des
plus illuftres Ecrivains. Que cette même
Femme , enhardie par des éloges fi flat--
teurs , uſe en conféquence du privilége
accordé à tout être penfant ; à peine
daigne - t - on l'écouter. On eft fi con-
vaincu de la fauffété de fes argumens ,
que la feule politeffe femble engager à y
répondre. Eh , Meffieurs ! foyez plus juf
ou connoiffez mieux vos intérêts,
Eft-ce en humiliant les femmes que vous
44 MERCURE DE FRANCE.
prétendez les gagner ? Vantez moins
leurs charmes ; accordez-leur du moins
le fens commun vous leur plairez , je
crois , plus fùrement.
Par Madame D***.
LES Hommes sont souvent assez vains
pour se dire favorisés des Femmes, &
ils font quelquefois affez fincères pour
convenir qu'ils n'en font point aimés
& qu'ils ignorent le vrai moyen de leur
plaire.
Il en est beaucoup , il eft vrai ,
qui doivent leurs bonnes fortunes à leur
générofité , au caprice , à la foibleffe , &
prèfque jamais aux fentimens que le vrai
mérite doit infpirer. Mais , que leur im-
porte après tout d'être aimés , quand ils
n'aiment pas eux-mêmes ? Ils ne s'atta-
chent en effet prèſque tous qu'à l'extérieur
d'une Femme; ils font fipeu de cas du ref-
te , ils font fi perfuadés de la foibleffe de
nos lumières, qu'ils ne daignent pas feule--
ment nous tromper avec art. Ils louent :
9
JANVIER 1764.
43€
la jeuneffe de celle qui n'en a plus les
agrémens ; ils vantent la beauté de qui
n'y peut prétendre ; pour plaire à celles.
qui les écoutent , ils déchirent les abſen-
tes ; mais quand ces dernières paroiffent ,
le mafque tombe, le beau parleur oublie
fon rôle, & rend à celle qu'il vient de mal-
traiter les éloges qu'elle mérite. Je fçai que
la louange plait ; que c'eft par elle qu'on
gagne prefquetous les cœurs : mais qu'il
faut d'art pour bien louer ! Ce n'eft qu'en
penfant ce qu'on dit , qu'on parvient à le
perfuader. Si l'amour-propre nous aveu-
gle , la raifon nous éclaire , & nous fça---
vons apprécier en fecret ce que nous va-
lons. Qu'une Femme ofe tenter de fortir
du cercle étroit où fon éducation femble:
la renfermer , on lui prodigue les éloges ;
on l'élève non-feulement au-deffus de
fon féxe , mais encore au -deffus des
plus illuftres Ecrivains. Que cette même
Femme , enhardie par des éloges fi flat--
teurs , uſe en conféquence du privilége
accordé à tout être penfant ; à peine
daigne - t - on l'écouter. On eft fi con-
vaincu de la fauffété de fes argumens ,
que la feule politeffe femble engager à y
répondre. Eh , Meffieurs ! foyez plus juf
ou connoiffez mieux vos intérêts,
Eft-ce en humiliant les femmes que vous
44 MERCURE DE FRANCE.
prétendez les gagner ? Vantez moins
leurs charmes ; accordez-leur du moins
le fens commun vous leur plairez , je
crois , plus fùrement.
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16671
p. 44-45
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Priviléges des DAMES DE BEAUVAIS.
Début :
JE N'AI pas l'honneur, Monsieur, de connoître Madame le Begue Dupont, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Priviléges des DAMES DE BEAUVAIS.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
sur les Priviléges des DAMES DE
BEAUVAIS.
JE N'AI pas l'honneur, Monsieur, de
connoître Madame le Begue Dupont,
dont on trouve une Lettre à l'article des
Cérémonies publiques , dans votre Mer-
cure du mois de Décembre 1763 ; je
voudrois cependant fervir d'écho à la
voix publique , & faire part à l'ingénieux
Auteur de cette pièce , de l'effet qu'elle
a produit dans le monde . On a été char-
mé d'apprendre que les Dames de Beau-
vais étoient rentrées dans leurs Privilé-
ges , & qu'elles alloient jouir de nou-
veau d'une prérogative auffi glorieuſe
que juftement méritée. Cet événement
doit faire époque dans le fiécle de la
-Philofophie & de la Politeffe ; il ne fçau-
roit être trop répété : nos faſtes litté
raires doivent l'immortalifer. Si, j'étois
JANVIER. 1764.
45
Poëte , je voudrois faire des vers en
l'honneur des Dames de Beauvais , & de
leur éloquente Panégyrifte. Mais , com-
me le Ciel ne m'a pas départi ce talent ,
je prie Madame le Begue de vouloir bien
fe contenter de cette foible marque de
ma reconnoiffance & de ma fatisfaction.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec
toute la confidération dûe aux talens qui
vous diftinguent dans la République lit-
téraire , &c.
DE DUPUIS,
Gentilhomme de Périgord.
P.S. Vous m'obligerez fenfiblement ,
Monfieur , fi vous voulez bien faire im-
primer ma Lettre dans le fecond volume
du Mercure de Janvier 1764 , à l'article
des Pièces fugitives. L'ufage que vous
en ferez me déterminera à vous envoyer
plufieurs morceaux fur laLittérature &
les Sciences.
sur les Priviléges des DAMES DE
BEAUVAIS.
JE N'AI pas l'honneur, Monsieur, de
connoître Madame le Begue Dupont,
dont on trouve une Lettre à l'article des
Cérémonies publiques , dans votre Mer-
cure du mois de Décembre 1763 ; je
voudrois cependant fervir d'écho à la
voix publique , & faire part à l'ingénieux
Auteur de cette pièce , de l'effet qu'elle
a produit dans le monde . On a été char-
mé d'apprendre que les Dames de Beau-
vais étoient rentrées dans leurs Privilé-
ges , & qu'elles alloient jouir de nou-
veau d'une prérogative auffi glorieuſe
que juftement méritée. Cet événement
doit faire époque dans le fiécle de la
-Philofophie & de la Politeffe ; il ne fçau-
roit être trop répété : nos faſtes litté
raires doivent l'immortalifer. Si, j'étois
JANVIER. 1764.
45
Poëte , je voudrois faire des vers en
l'honneur des Dames de Beauvais , & de
leur éloquente Panégyrifte. Mais , com-
me le Ciel ne m'a pas départi ce talent ,
je prie Madame le Begue de vouloir bien
fe contenter de cette foible marque de
ma reconnoiffance & de ma fatisfaction.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec
toute la confidération dûe aux talens qui
vous diftinguent dans la République lit-
téraire , &c.
DE DUPUIS,
Gentilhomme de Périgord.
P.S. Vous m'obligerez fenfiblement ,
Monfieur , fi vous voulez bien faire im-
primer ma Lettre dans le fecond volume
du Mercure de Janvier 1764 , à l'article
des Pièces fugitives. L'ufage que vous
en ferez me déterminera à vous envoyer
plufieurs morceaux fur laLittérature &
les Sciences.
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16672
p. 46-49
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
Début :
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des choses encore à t'écrire sur toutes les espèces [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
47
cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
47
cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
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16673
p. 49-50
« LE mot de la première Énigme du premier volume du Mercure de Janvier [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du premier volume du Mercure de Janvier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du premier volume du Mercure de Janvier [...] »
LE mot de la première Énigme du
premier volume du Mercure de Janvier
eft le Diable. Celui de la feconde eft
la fauffe Monnoie. Celui de la troifiéme
eft l'an ou l'année. Celui du premier
Logogryphe eft Hiver , où l'on trouve
ver ; & en ôtant l'v , refte hier. Celui du
fecond Logogryphe eft Chandelle , où
II.Vol.
C
+
J
50 MERCURE DE FRANCE.
l'on trouve l'Abbaye de Chelle , halle 3
lande.
premier volume du Mercure de Janvier
eft le Diable. Celui de la feconde eft
la fauffe Monnoie. Celui de la troifiéme
eft l'an ou l'année. Celui du premier
Logogryphe eft Hiver , où l'on trouve
ver ; & en ôtant l'v , refte hier. Celui du
fecond Logogryphe eft Chandelle , où
II.Vol.
C
+
J
50 MERCURE DE FRANCE.
l'on trouve l'Abbaye de Chelle , halle 3
lande.
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16674
p. 50
ENIGME.
Début :
POURROIS-JE sans gémir te déclarer mon sort ? [...]
Mots clefs :
Dame des échecs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
POURROIS- JE fans gémir te déclarer mon fort ?
A peine mon époux a -t-il vu la lumière ,
Que de fiers ennemis confpirèrent fa mort,
Dans un piége imprévu cette troupe guerrière,
L'engage par degrés ; & je lui fers d'appui ,
En m'expofant aux coups qu'on prépare pour lui
Il s'échappe en fuyant , & je fuis prisonnière .
Il alloit fuccomber , privé de mon fecours ;
Mais un puiffant génie a protégé les jours.
Les vainqueurs infolens , ivres de leur victoire ,
Avoient cru l'accabler fous leurs vaſtes projets ;
Lorfqu'en changeant de féxe, un feul de fes Sujets
Brifa mes fers & lui rendit fa gloire.
Mais les vainqueurs en vain fe preffent fous mes
pas :
Tous ces honneurs ne font rien que fumée.
Après avoir vaincu dans cent & cent combats ,
Un enfant quelquefois diffipe les foldats ,
Me foule aux pieds & détruit mon armée .
Par M. D. R *** .
POURROIS- JE fans gémir te déclarer mon fort ?
A peine mon époux a -t-il vu la lumière ,
Que de fiers ennemis confpirèrent fa mort,
Dans un piége imprévu cette troupe guerrière,
L'engage par degrés ; & je lui fers d'appui ,
En m'expofant aux coups qu'on prépare pour lui
Il s'échappe en fuyant , & je fuis prisonnière .
Il alloit fuccomber , privé de mon fecours ;
Mais un puiffant génie a protégé les jours.
Les vainqueurs infolens , ivres de leur victoire ,
Avoient cru l'accabler fous leurs vaſtes projets ;
Lorfqu'en changeant de féxe, un feul de fes Sujets
Brifa mes fers & lui rendit fa gloire.
Mais les vainqueurs en vain fe preffent fous mes
pas :
Tous ces honneurs ne font rien que fumée.
Après avoir vaincu dans cent & cent combats ,
Un enfant quelquefois diffipe les foldats ,
Me foule aux pieds & détruit mon armée .
Par M. D. R *** .
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16675
p. 51
AUTRE.
Début :
JE suis tout seul quelquefois, [...]
Mots clefs :
Seau du puits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A. UT RE..
J fuis tout feul quelquefois , E
Et j'ai quelquefois un frère ;
Nous fuivons les mêmes loix
Par un chemin tout contraire.
Sans regret je fuis caché
Dans une fombre demeure :
Je l'aime tant , que je pleure
Lorfque j'en fais arraché.
Quoique fans ceffe je nage
Sur un perfide élément ,
Je ne crains point le naufrage,
Et me noye à tout moment..
Je n'ai bras , ni pieds , ni tête :
Je ne fuis de chair ni d'os ;
Et fitôt que l'un m'arrête ,
L'autre trouble mon repos.
J fuis tout feul quelquefois , E
Et j'ai quelquefois un frère ;
Nous fuivons les mêmes loix
Par un chemin tout contraire.
Sans regret je fuis caché
Dans une fombre demeure :
Je l'aime tant , que je pleure
Lorfque j'en fais arraché.
Quoique fans ceffe je nage
Sur un perfide élément ,
Je ne crains point le naufrage,
Et me noye à tout moment..
Je n'ai bras , ni pieds , ni tête :
Je ne fuis de chair ni d'os ;
Et fitôt que l'un m'arrête ,
L'autre trouble mon repos.
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16676
p. 51
LOGOGRYPHE.
Début :
LECTEUR, je ne sçaurois paroître [...]
Mots clefs :
Spectre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
JV
LECTEUR , je ne sçaurois paroître
Sans vous caufer beaucoup d'eff: oi,
Tranfpofez quelques pieds , je n'appartiens qu'au
Roi.
C'en eft affez pour me connoître,
51
Par M. LAGACHE fils , à Amiens .
JV
LECTEUR , je ne sçaurois paroître
Sans vous caufer beaucoup d'eff: oi,
Tranfpofez quelques pieds , je n'appartiens qu'au
Roi.
C'en eft affez pour me connoître,
51
Par M. LAGACHE fils , à Amiens .
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16678
p. 52-53
COUPLETS A Mlle de la M..... qui avoit demandé à l'Auteur ce que c'étoit que l'Amour. Sur l'AIR : Etre fille, avoir des Enfans.
Début :
IRIS, l'Amour est un Enfant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS A Mlle de la M..... qui avoit demandé à l'Auteur ce que c'étoit que l'Amour. Sur l'AIR : Etre fille, avoir des Enfans.
COUPLETS
A Mlle de la M..... qui avoit demandé
à l'Auteur ce que c'étoit que l'Amour.
Sur l'AIR : Etre fille, avoir des Enfans.
IRIS, l'Amour est un Enfant
Dont le doux badinage
Fait le plaifir ou le tourment
Des filles de votre âge.
Comme vous il eſt plein d'attraits ,'
Comme vous il fçait plaire ;
On diroit en voyant les traits ,
Que vous êtes ſa mère.
a les yeux pleins de douceur,
La voix intéreſſante ,
Le langage tendre & flatteur ,
Et l'humeur complaifante ;
Dans les ris comme dans les jeux
Même dans les allarmes
JANVIER. 1764.
Les pleurs qui coulent de les yeux
Ont toujours mille charmes.
İl fçait attendrir la beauté
▸
Quand il veut la furprendre ,
Et le cœur le plus indompré
Ne fçauroit s'en défendre ;
C'eft un tyran , un doux vainqueur ,
Qui par des traits de flâme
Fait fa gloire & notre bonheur
S'il fait l'aveugle quelquefois ,
2
En régnant dans notre âme.
C'eſt un pur artifice ;
S'il femble n'avoir point de loix ,
Redoutez fon caprice.
Pour mieux s'aflurer du flambeau
Qu'il porte auprès des Belles ,
Il faut arracher ſon bandeau ,
Et lui couper les aîles.
Iris , reconnoiffez l'Amour
A tous ces caractères.
Je voudrois pouvoir en ce jour
Vous chanter fes myſtères :
Mais le reſpect me fait la loi ,
Je n'ofe vous les dire ;
Un Mortel plus heureux que moi
Sçaura vous en inſtruire.
Par M. LE BOUVYER DESMORTIERS.
A Mlle de la M..... qui avoit demandé
à l'Auteur ce que c'étoit que l'Amour.
Sur l'AIR : Etre fille, avoir des Enfans.
IRIS, l'Amour est un Enfant
Dont le doux badinage
Fait le plaifir ou le tourment
Des filles de votre âge.
Comme vous il eſt plein d'attraits ,'
Comme vous il fçait plaire ;
On diroit en voyant les traits ,
Que vous êtes ſa mère.
a les yeux pleins de douceur,
La voix intéreſſante ,
Le langage tendre & flatteur ,
Et l'humeur complaifante ;
Dans les ris comme dans les jeux
Même dans les allarmes
JANVIER. 1764.
Les pleurs qui coulent de les yeux
Ont toujours mille charmes.
İl fçait attendrir la beauté
▸
Quand il veut la furprendre ,
Et le cœur le plus indompré
Ne fçauroit s'en défendre ;
C'eft un tyran , un doux vainqueur ,
Qui par des traits de flâme
Fait fa gloire & notre bonheur
S'il fait l'aveugle quelquefois ,
2
En régnant dans notre âme.
C'eſt un pur artifice ;
S'il femble n'avoir point de loix ,
Redoutez fon caprice.
Pour mieux s'aflurer du flambeau
Qu'il porte auprès des Belles ,
Il faut arracher ſon bandeau ,
Et lui couper les aîles.
Iris , reconnoiffez l'Amour
A tous ces caractères.
Je voudrois pouvoir en ce jour
Vous chanter fes myſtères :
Mais le reſpect me fait la loi ,
Je n'ofe vous les dire ;
Un Mortel plus heureux que moi
Sçaura vous en inſtruire.
Par M. LE BOUVYER DESMORTIERS.
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16679
p. 54-66
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY, par M. THOMAS.
Début :
MONSIEUR, DANS un Ouvrage périodique intitulé, l'Année Littéraire, qui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY, par M. THOMAS.
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur
du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY,
par M. THOMAS.
MONSIEUR,
DANS un Ouvrage périodique intitulé,
l'Année Littéraire, qui fe vend à Pa-
ris chez Panckouke , on a imprimé une
Lettre contre l'Eloge de Sully , par M.
Thomas. On y accufe cet Ecrivain d'a-
voir pris plufieurs morceaux de fon Dif-
cours dans les Confidérations fur les Fi-
nances , de M. de Forbonnais . J'ai voulu
examiner par moi - même fur quoi cette
accufation pouvoit être fondée : voici le
réfultat de mes recherches. Permettez-
moi , Monfieur , de vous en rendre
compte. J'avois efpéré quelque temps ,
que M. Thomas pourroit répondre lui-
même mais fans doute il a dédaigné
des accufations qui étoient trop inju
JANVIER. 1764.
55
rieufes pour pouvoir lui nuire. Je me
charge très-volontiers de ce qu'il n'a
pas voulu faire ; & c'eft encore plus par
Pintérêt de la vérité ,que par l'eftime par-
ticulière qui m'attache à cet Ecrivain .
Je vais commencer par le Diſcours , &
je viendrai enfuite aux notes.
M. Thomas , dans fon Difcours , a dit,
page 30 , que les Membres du Confeil des
Financesforçoient, par d'indignes délais,
des Créanciers de l'Etat à réduire eux-
mêmes leurs fommes , & les portoient en-
fuite toutes entières fur leurs comptes ;
pag. 37 , que Sully commença par remet-
tre aux Provinces vingt millions d'arré-
rages de Taille; que depuis il diminua
d'année en année cet impôt de deux mil-
lions qu'ilregardoit la Taille comme un
impôt vicieux de fa nature , & fur- tout
la Taille arbitraire. Il rapporte , p. 41 ,
ce mot célébre de Sully , contre les Offi-
ciers de Juftice qui avoient ofé défendre
la fortie des bleds de leur Province :
SIRE , fi chaque Officier en faifoit au-
tant , votre Peuple feroit bientôt fans ar-
gent , & par conféquent VOTRE MA-
JESTE. Je vois dans ces trois articles
trois faits qui fe trouvent exactement
Trapportés dans les Mémoires de Sully :
& il feroit affez difficile de prouver que
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ces faits appartiennent à M. de Forbon-
nais , parce qu'il les a tranfcrits dans fes
Confidérationsfur les Finances.
On a ofé avancer que le parallèle de
Colbert & de Sully étoit puifé tout entier
dans l'Ouvrage de M. de Forbonnais. II
eft vrai que M. Thomas n'a point créé
lesfaits , fur lefquels eft fondé ce paral-
lèle ; il eft vrai encore que les mots de
courage , d'activité , d'ordre , d'œcono-
mie , de droits intérieurs , de commerce ,
de calculs politiques , d'Agriculture , de
combinaifon d'impôts , fe trouvent éga-
lement dans les deux Ouvrages : mais
voilà à - peu - près ce qu'ils ont de com-
mun. M. de Forbonnais a fait quelques
réfléxions générales fur le Ministère de
Sully , p. 88 , & fur celui de Colbert , p.
271
mais il n'y a pas la moindre trace
d'un parallèle. M. Thomas , dans fon
Difcours , a rapproché ces deux grands
Hommes , & il a comparé fucceffive-
ment leurs opérations , leurs principes ,
leurs fuccès , leurs talens , & leur carac-
tère. Il a fait voir en quoi ces deux Mi-
niftres fe reffembloient, en quoi ils dif-
féroient l'un de l'autre. Ce parallèle exact
& détaillé n'avoit été fait , ni par M. de
Forbonnais , ni par aucun Ecrivain avant
l'Auteur de l'Eloge de Sully. S'il y a,
-
JANVIER. 1764.
57
dans les recherches & dans l'Eloge, quel-
ques mots qui fe reffemblent , c'eft que
les faits , dont l'un & l'autre parlent ,
font précisément les mêmes pour tout
le monde ; c'est qu'on ne peut parler
d'adminiſtration , fans employer les ter-
mes d'Agriculture , de Navigation , de
Commerce , d'Impôt ;
c'eft qu'enfin il
n'y a qu'une manière de juger de certai
nes opérations , pour tous ceux qui ont
des lumières & du bon fens.
Je paffe maintenant aux notes. Voyons
fi l'accufation de plagiat , pour cette
partie , eft mieux fondée. M. Thomas ,
pag. 71 , dit que Sully fe transporta en
1596 dans les principales Généralités
du Royaume , pour en connoître les reve-
.nus , હ que les Financiers n'omirent rien
-
pour le traverfer. Il entre là -deffus dans
quelque détail fur les difficultés qu'il eur
à effuyer. Qui ne voit que ce font- là
des faits qui appartiennent à l'Hiftoire ?
Et de quel front ofe- t- on attribuer ces
-faits à M. de Forbonnais , comme fi c'é-
toit un bien qui lui appartînt en propre ?
Qu'on ouvre les Mémoires de Sully , &
F'on trouvera ces faits tels que l'Auteur
de l'Eloge les a rapportés. Falloit- il donc
qu'il les falfifiât , pour ne pas fe rencon-
trer avec M. de Forbonnais ? On cite en-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE.
core trois notes , l'une fur les opérations
de Sully dans les Monnoyes , l'autre fur
la Gabelle , & la dernière fur la réduc-
tion de l'intérêt. Ces trois notes roulent-
également fur des faits. M. Thomas dit:
que les opérations de Sully fur les Mon-
noyes ne valurent rien , & il en rapporte
les raifons. Devoit-il donc en apporter de
fauffes , parce qu'on avoit déja écrit là-
deffus avant lui ? Et ne lui étoit-il pas
auffi permis de dire , qu'il y avoit en
France beaucoup d'Espèces étrangères ,,
& que , malgrél'Ordonnance du Roi , on:
ne voulut pas les porter à la Monnoye ,
parce qu'on devoit y retenir des droits con-
fidérables ? M. Thomas rapporte enfuite
quelle étoit la proportion de l'or à l'ar-
gent en France , en Espagne , en Angle--
terre , & en Allemagne
mais il avoue
de très-bonne foi qu'il n'a pas inventé
cela. Il n'y a pas d'apparence que M. de
Forbonnais l'ait plus inventé que lui ; &
probablement cent perfonnes , qui au-
roient à parler de cette proportion , fe-
roient toutes obligées de dire la même
chofe . Car une opération d'Arithméti-
que , lorfqu'elle eft jufte , appartient , je
crois , à tous ceux qui fçavent compter..
Des faits que M. Thomas cite fur la Ga-.
belle , les uns font dans les Mémoires de
JANVIER. 1754.
59
-Sully , les autres font connus de toute
la France. Qui ne fçait, par exemple ,
que le Sel eft une denrée très-commune
& qu'on la vend fort cher à des pauvres ?
Qui ne fçait que les Troupeaux , faute de
Sel , périffent de plufieurs maladies ; &
qu'on les écarte même des bords de la
Imer, où ilspourroient fe guérir? Qui eſt-
ce qui ne fe plaint tous les jours de ce
grand nombre de brigands qui paffent
leur vie aufaux-faunage , & qui auroient
pu exercer une profeffion utile ? Quoi !
parce que M de Forbonnais a écrit fur
ces abus , il feroit défendu de dire que
ces abus fubfiftent encore ? Il s'agit bien
ici de répéter ou non une phrafe qui ait
déja été dite ; il s'agit du bien de l'Etat ,
& de vérités utiles ; & , ces vérités , il :
-faut les répéter fans ceffe , jufqu'à ce
qu'elles ayent enfin produit leur effet.
Enfin , dans fa note fur la réduction de
Pintérêt , M. Thomas a dit que cette opé-
·ration de Sully avoit été fort utile à la
~France ; & il a remarqué que toutes les
Nations voisines pavent aujourd hui l'in-
térêt de l'argent moins cher que nous. Il
n'y a pas de Banquier , d'Agioteur , ou
d'Agent de Change , qui ne fcache cela ,
& probablement , fans avoir jamais lû les
recherchés de M. de Forbonnais fur les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Finances. Pourquoi M. Thomas n'au-
roit-il point eu le même avantage ?
Voilà pourtant à quoi fe réduir cette
prétendue accufation de plagiat. 1º:Quel-
ques faits qui fe trouvent dans les Mé-
moires de Sully , où M. de Forbonnais les
a puifés ainfi que M. Thomas ; desfaits
liés néceffairement à l'Eloge , & qu'il
étoit impoffible de paffer fous filence.
2º. Quelques autres faits , qui ne font
point à la vérité dans les Mémoires , mais
dont les uns font connus de tout le mon-
de , comme les abus de la Gabelle ; les
autres font des faits de calcul , comme
la proportion de l'or à l'argent du temps
de Sully. Il faut voir cependant com-
ment l'Auteur de la Lettre s'accroche à
tous les mots , pour tâcher de trouver
quelque reffemblanche entre les Recher
ches fur les Finances & l'Eloge de Sully.
M. de Forbonnais a employé l'expreffion
puifer dans les mines , & elle fe trouve
auffi dans l'Ouvrage de M. Thomas.
L'Auteur des Recherches a dit , que Sully
foutint en homme de Guerre fon opération
de Finance. L'Auteur de l'Eloge a dit , ce
n'eft point à Sully à trembler ; comme Mi-
niftre , il écrase l'injuftice ; comme Guer-
rier , il brave les menaces. Voilà ce qu'on
appelle plagiat ! En effet , il y a dans les
JANVIER. 1764.
61
deux phraſes le mot de Sully , & le mot
de Guerier reffemble affez à celui d'hom-
me de Guerre.
Quelles accufations ! On prouveroit
de même que l'Oraifon funèbre de Tu-
renne , par Flechier , a été prife toute en-
tière de celle de Mafcaron , parce qu'on
trouve tous les mêmes mots dans l'une
& dans l'autre. En vérité , M. de For-
bonnais lui-même a dû être plus indigné
que M. Thomas contre l'Auteur de cette
Lettre , quel qu'il foit. Connu par un
bon Ouvrage fur les Finances , n'a-t-il
point affez de fa propre gloire , fans
qu'on s'efforce de lui attribuer encore
les Ouvrages des autres ; & fon mérite
a-t-il donc befoin d'être relevé par un fi
petit artifice ?
Il ne tient pas à l'Auteur de la Lettre
qu'on ne croye que tout l'Eloge de Sully
fe trouve dans les Recherches fur les Fi
nances. Il commence d'abord par retran-
cher les deux premières parties , comme
n'ayant pas réuffi . Je conviens qu'elles
ne devoient ni ne pouvoient pas être auffi
intéreffantes que la troifiéme ; mais elles
ont tout le degré d'intérêt & d'éloquen-
ce dont elles étoient fufceptibles : & il
me femble que le Public a retrouvé dans
ces deux parties le Panégyrifte du Maré
(
62 MERCURE DE FRANCE.
chal de Saxe , dù Chandelier Dague
feau, & de Duguay-Trouin. A l'égard
de la troifième partie , l'Auteur de la
Lettre eft forcé d'avouer qu'elle a eu du
fuccès : mais , dit-il , elle n'appartient
point à M. Thomas. Il est bien fingulier
que , cette partie ayant déja été faite ,
پہ
M. Thomas foit le feul qui l'ait trouvée ,
& que perfonne avant lui n'eût fait cette
heureufe découverte. Mais , je demande
à l'Auteur de la Lettre , fi M. Thomas a
trouvé dans les Recherches furles Finan-
ces , le portrait du Miniftre ou de l'Hom-
me d'Etat qui ouvre fa troifiéme partie;
s'il a trouvé cette peinture fi forte de l'é
tat des Finances fous Henri IV , des hor-
ribles déprédations des Financiers , & de
tous les maux qui défoloient les Provint
ces; s'il a trouvé le tableau affreux des
véxations qu'entraîne la Taille arbitrai-
i
re, & tout le morceau où il peint à
grands traits Sully réformant les abus ,
& créant l'Etat une feconde fois ; & ce-
lui où il développe , avec autant de cha
leur que de netteté , les principes de fon
adminiſtration , & tout ce qu'il dit d'é-
loquent fur les Impôts , fur l'Agricul→
ture , fur le Commerce & fur l'Econo
mie ? Je demande enfin s'il a trouvé la
peinture qu'il fait de l'Homme moral
JANVIER, 1764:
63:
dans Sully; ce portrait fi vrai d'une ver-
-tu antique & auftère , & ces détails fi
touchans fur fa retraite , & cette pérorai--
fon qui a paru tout à la fois noble , coul
tageufe & fimple ? Qu'on ofe dire fi
rien de tout cela fe trouve dans les Cón-
fiderations fur les Finances ou ailleurs ?
Voilà pourtant prèfque tout ce qui com
pofe cette troifiéme partie.
A l'égard des faits , comme j'ai déja
dit , on fent bien qu'ils doivent fe trou-
ver dans les Mémoires de Sully , & dans
l'Ouvrage de M. dé Forbonnais ; puifque
M. de Forbonnais a travaillé , comme
M. Thomas , fur ces Mémoires. Pourla
reffemblance d'expreffion , qui paroît
marquée dans trois ou quatre endroits des
notes feulement , ce font fans doute des
-formes qui font reftées dans la tête de
M. Thomas , fans qu'il s'enfoit apperçu
lui-même ; & la plus grande preuve.
qu'il n'a point copié , c'est cette reffem-
-blance même. Car rien affurément . ne
lui eût été plus facile que de changer.ces
phrafes , & de leur donner une autre
tournure. Le plus mince Ecolier n'y au-
roit pas manqué ; à plus forte raiſon un
Ecrivain connu , & qui peut être jaloux
de fa gloire.
Une réfléxion qui fe préfente naturel-
64 MERCURE DE FRANCE.
lement en lifant l'Eloge de Sully , c'eff
que M. Thomas , pour le faire , a dû étu-
dier les Finances , comme il avoit étudié
l'Art Militaire pour l'Eloge du Maréchal
de Saxe , la Jurifprudence pour l'Eloge de
Dagueffeau , & la Marine pour celui de
Duguay-Trouin. Il a donc fallu qu'il lût
beaucoup d'Ouvrages fur les Finances ,
parce que probablement il ne pouvoit pas
s'inftruire de cette matière par lui-même ;
ainfi fon premier travail a conſiſté à exa-
miner une grande partie de ce qui avoit
été écrit là- deffus ; à démêler les vrais prin-
cipes des faux , à fe faire un ſyſtême d'a-
près lequel il pût connoître & juger les
différentes opérations de Sully , & qui
pût lui fervir de guide dans fon Ouvrage.
C'eft après ce travail qu'il a fans doute
compofé fon Difcours , qui lui appar-
tient tout entier comme Orateur. Ceux
qui lui reprochent que tout ce qu'il dit
fur les Finances n'eft pas de lui , font à-
peu-près auffi raifonnables que s'ils pré-
tendoient qu'un Architecte n'a aucun
mérite à avoir conftruit un bel Edifice ,
parce qu'il n'a point créé les matériaux
qui le compofent.
L'Auteur de la Lettre , après avoir ci-
té encore quelques phrafes , qui , pour
la plupart , font tirées des Mémoires de
JANVIER. 1764;
65
Sully , ou qui fe trouvent par-tout com-
me celle-ci , la liberté eft l'âme du Com-
merce ; après avoir tâché de rapprocher
des chofes qui n'ont aucune reffemblan-
ce entre elles , ou qui n'ont que celle
des mots ; après avoir jetté des foupçons
où les accufations lui manquent ; ofe
demander ce qui reftera à M. Thomas.
On répond qu'il lui reftera la première
la feconde & la troifiéme partie de fon
Difcours , excepté ces mots , en parlant
de la Taille , impôt vicieux defa nature ;
& ces autres mots , en parlant de la fa-
meuſe réponſe de Sully fur la fortie des
bleds , paroles mémorables , & qui méri-
teroient d'être écrites.... On avoue que
ces deux bouts de phrafes , qui ne font
pas des faits , fe trouvent dans les Re-
cherches fur les Finances.
I lui reftera
toutes les notes , à l'exception de quel-
ques lignes éparfes çà & la dans les deux
volumes in-4 °. des Recherches fur les Fi
nances , & qui ne contiennent encore
que desfaits , comme on l'a détaillé plus
haut.
Il lui reftera l'ordonnance & le
plan de fon Difcours , la manière dont
il préfente les faits , les réfléxions qu'il y
mêle , l'ordre & l'enchaînement des vé-
rités , l'éloquence qu'il a pu y joindre ,
les fentimens de Citoyen qui l'animent
戛
66 MERCURE DE FRANCE.
Il lui reftera enfin tout fon Ouvrage
excepté les faits hiftoriques qu'il n'a pu
ni dù créer , qui étoient néceffairement
le canevas de l'Eloge , & qui lui appar
tenoient fans doute comme ils appartien
nent à tous ceux qui ont écrit , qui écri
vent , & qui écriront après lui . J'ai
Phonneur d'être , Monfieur , votre très-
humble & rrès-obéiffant Serviteur ,
D'A ***.
du Mercure, sur l'ELOGE DE SULLY,
par M. THOMAS.
MONSIEUR,
DANS un Ouvrage périodique intitulé,
l'Année Littéraire, qui fe vend à Pa-
ris chez Panckouke , on a imprimé une
Lettre contre l'Eloge de Sully , par M.
Thomas. On y accufe cet Ecrivain d'a-
voir pris plufieurs morceaux de fon Dif-
cours dans les Confidérations fur les Fi-
nances , de M. de Forbonnais . J'ai voulu
examiner par moi - même fur quoi cette
accufation pouvoit être fondée : voici le
réfultat de mes recherches. Permettez-
moi , Monfieur , de vous en rendre
compte. J'avois efpéré quelque temps ,
que M. Thomas pourroit répondre lui-
même mais fans doute il a dédaigné
des accufations qui étoient trop inju
JANVIER. 1764.
55
rieufes pour pouvoir lui nuire. Je me
charge très-volontiers de ce qu'il n'a
pas voulu faire ; & c'eft encore plus par
Pintérêt de la vérité ,que par l'eftime par-
ticulière qui m'attache à cet Ecrivain .
Je vais commencer par le Diſcours , &
je viendrai enfuite aux notes.
M. Thomas , dans fon Difcours , a dit,
page 30 , que les Membres du Confeil des
Financesforçoient, par d'indignes délais,
des Créanciers de l'Etat à réduire eux-
mêmes leurs fommes , & les portoient en-
fuite toutes entières fur leurs comptes ;
pag. 37 , que Sully commença par remet-
tre aux Provinces vingt millions d'arré-
rages de Taille; que depuis il diminua
d'année en année cet impôt de deux mil-
lions qu'ilregardoit la Taille comme un
impôt vicieux de fa nature , & fur- tout
la Taille arbitraire. Il rapporte , p. 41 ,
ce mot célébre de Sully , contre les Offi-
ciers de Juftice qui avoient ofé défendre
la fortie des bleds de leur Province :
SIRE , fi chaque Officier en faifoit au-
tant , votre Peuple feroit bientôt fans ar-
gent , & par conféquent VOTRE MA-
JESTE. Je vois dans ces trois articles
trois faits qui fe trouvent exactement
Trapportés dans les Mémoires de Sully :
& il feroit affez difficile de prouver que
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
ces faits appartiennent à M. de Forbon-
nais , parce qu'il les a tranfcrits dans fes
Confidérationsfur les Finances.
On a ofé avancer que le parallèle de
Colbert & de Sully étoit puifé tout entier
dans l'Ouvrage de M. de Forbonnais. II
eft vrai que M. Thomas n'a point créé
lesfaits , fur lefquels eft fondé ce paral-
lèle ; il eft vrai encore que les mots de
courage , d'activité , d'ordre , d'œcono-
mie , de droits intérieurs , de commerce ,
de calculs politiques , d'Agriculture , de
combinaifon d'impôts , fe trouvent éga-
lement dans les deux Ouvrages : mais
voilà à - peu - près ce qu'ils ont de com-
mun. M. de Forbonnais a fait quelques
réfléxions générales fur le Ministère de
Sully , p. 88 , & fur celui de Colbert , p.
271
mais il n'y a pas la moindre trace
d'un parallèle. M. Thomas , dans fon
Difcours , a rapproché ces deux grands
Hommes , & il a comparé fucceffive-
ment leurs opérations , leurs principes ,
leurs fuccès , leurs talens , & leur carac-
tère. Il a fait voir en quoi ces deux Mi-
niftres fe reffembloient, en quoi ils dif-
féroient l'un de l'autre. Ce parallèle exact
& détaillé n'avoit été fait , ni par M. de
Forbonnais , ni par aucun Ecrivain avant
l'Auteur de l'Eloge de Sully. S'il y a,
-
JANVIER. 1764.
57
dans les recherches & dans l'Eloge, quel-
ques mots qui fe reffemblent , c'eft que
les faits , dont l'un & l'autre parlent ,
font précisément les mêmes pour tout
le monde ; c'est qu'on ne peut parler
d'adminiſtration , fans employer les ter-
mes d'Agriculture , de Navigation , de
Commerce , d'Impôt ;
c'eft qu'enfin il
n'y a qu'une manière de juger de certai
nes opérations , pour tous ceux qui ont
des lumières & du bon fens.
Je paffe maintenant aux notes. Voyons
fi l'accufation de plagiat , pour cette
partie , eft mieux fondée. M. Thomas ,
pag. 71 , dit que Sully fe transporta en
1596 dans les principales Généralités
du Royaume , pour en connoître les reve-
.nus , હ que les Financiers n'omirent rien
-
pour le traverfer. Il entre là -deffus dans
quelque détail fur les difficultés qu'il eur
à effuyer. Qui ne voit que ce font- là
des faits qui appartiennent à l'Hiftoire ?
Et de quel front ofe- t- on attribuer ces
-faits à M. de Forbonnais , comme fi c'é-
toit un bien qui lui appartînt en propre ?
Qu'on ouvre les Mémoires de Sully , &
F'on trouvera ces faits tels que l'Auteur
de l'Eloge les a rapportés. Falloit- il donc
qu'il les falfifiât , pour ne pas fe rencon-
trer avec M. de Forbonnais ? On cite en-
Cv
$8 MERCURE DE FRANCE.
core trois notes , l'une fur les opérations
de Sully dans les Monnoyes , l'autre fur
la Gabelle , & la dernière fur la réduc-
tion de l'intérêt. Ces trois notes roulent-
également fur des faits. M. Thomas dit:
que les opérations de Sully fur les Mon-
noyes ne valurent rien , & il en rapporte
les raifons. Devoit-il donc en apporter de
fauffes , parce qu'on avoit déja écrit là-
deffus avant lui ? Et ne lui étoit-il pas
auffi permis de dire , qu'il y avoit en
France beaucoup d'Espèces étrangères ,,
& que , malgrél'Ordonnance du Roi , on:
ne voulut pas les porter à la Monnoye ,
parce qu'on devoit y retenir des droits con-
fidérables ? M. Thomas rapporte enfuite
quelle étoit la proportion de l'or à l'ar-
gent en France , en Espagne , en Angle--
terre , & en Allemagne
mais il avoue
de très-bonne foi qu'il n'a pas inventé
cela. Il n'y a pas d'apparence que M. de
Forbonnais l'ait plus inventé que lui ; &
probablement cent perfonnes , qui au-
roient à parler de cette proportion , fe-
roient toutes obligées de dire la même
chofe . Car une opération d'Arithméti-
que , lorfqu'elle eft jufte , appartient , je
crois , à tous ceux qui fçavent compter..
Des faits que M. Thomas cite fur la Ga-.
belle , les uns font dans les Mémoires de
JANVIER. 1754.
59
-Sully , les autres font connus de toute
la France. Qui ne fçait, par exemple ,
que le Sel eft une denrée très-commune
& qu'on la vend fort cher à des pauvres ?
Qui ne fçait que les Troupeaux , faute de
Sel , périffent de plufieurs maladies ; &
qu'on les écarte même des bords de la
Imer, où ilspourroient fe guérir? Qui eſt-
ce qui ne fe plaint tous les jours de ce
grand nombre de brigands qui paffent
leur vie aufaux-faunage , & qui auroient
pu exercer une profeffion utile ? Quoi !
parce que M de Forbonnais a écrit fur
ces abus , il feroit défendu de dire que
ces abus fubfiftent encore ? Il s'agit bien
ici de répéter ou non une phrafe qui ait
déja été dite ; il s'agit du bien de l'Etat ,
& de vérités utiles ; & , ces vérités , il :
-faut les répéter fans ceffe , jufqu'à ce
qu'elles ayent enfin produit leur effet.
Enfin , dans fa note fur la réduction de
Pintérêt , M. Thomas a dit que cette opé-
·ration de Sully avoit été fort utile à la
~France ; & il a remarqué que toutes les
Nations voisines pavent aujourd hui l'in-
térêt de l'argent moins cher que nous. Il
n'y a pas de Banquier , d'Agioteur , ou
d'Agent de Change , qui ne fcache cela ,
& probablement , fans avoir jamais lû les
recherchés de M. de Forbonnais fur les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Finances. Pourquoi M. Thomas n'au-
roit-il point eu le même avantage ?
Voilà pourtant à quoi fe réduir cette
prétendue accufation de plagiat. 1º:Quel-
ques faits qui fe trouvent dans les Mé-
moires de Sully , où M. de Forbonnais les
a puifés ainfi que M. Thomas ; desfaits
liés néceffairement à l'Eloge , & qu'il
étoit impoffible de paffer fous filence.
2º. Quelques autres faits , qui ne font
point à la vérité dans les Mémoires , mais
dont les uns font connus de tout le mon-
de , comme les abus de la Gabelle ; les
autres font des faits de calcul , comme
la proportion de l'or à l'argent du temps
de Sully. Il faut voir cependant com-
ment l'Auteur de la Lettre s'accroche à
tous les mots , pour tâcher de trouver
quelque reffemblanche entre les Recher
ches fur les Finances & l'Eloge de Sully.
M. de Forbonnais a employé l'expreffion
puifer dans les mines , & elle fe trouve
auffi dans l'Ouvrage de M. Thomas.
L'Auteur des Recherches a dit , que Sully
foutint en homme de Guerre fon opération
de Finance. L'Auteur de l'Eloge a dit , ce
n'eft point à Sully à trembler ; comme Mi-
niftre , il écrase l'injuftice ; comme Guer-
rier , il brave les menaces. Voilà ce qu'on
appelle plagiat ! En effet , il y a dans les
JANVIER. 1764.
61
deux phraſes le mot de Sully , & le mot
de Guerier reffemble affez à celui d'hom-
me de Guerre.
Quelles accufations ! On prouveroit
de même que l'Oraifon funèbre de Tu-
renne , par Flechier , a été prife toute en-
tière de celle de Mafcaron , parce qu'on
trouve tous les mêmes mots dans l'une
& dans l'autre. En vérité , M. de For-
bonnais lui-même a dû être plus indigné
que M. Thomas contre l'Auteur de cette
Lettre , quel qu'il foit. Connu par un
bon Ouvrage fur les Finances , n'a-t-il
point affez de fa propre gloire , fans
qu'on s'efforce de lui attribuer encore
les Ouvrages des autres ; & fon mérite
a-t-il donc befoin d'être relevé par un fi
petit artifice ?
Il ne tient pas à l'Auteur de la Lettre
qu'on ne croye que tout l'Eloge de Sully
fe trouve dans les Recherches fur les Fi
nances. Il commence d'abord par retran-
cher les deux premières parties , comme
n'ayant pas réuffi . Je conviens qu'elles
ne devoient ni ne pouvoient pas être auffi
intéreffantes que la troifiéme ; mais elles
ont tout le degré d'intérêt & d'éloquen-
ce dont elles étoient fufceptibles : & il
me femble que le Public a retrouvé dans
ces deux parties le Panégyrifte du Maré
(
62 MERCURE DE FRANCE.
chal de Saxe , dù Chandelier Dague
feau, & de Duguay-Trouin. A l'égard
de la troifième partie , l'Auteur de la
Lettre eft forcé d'avouer qu'elle a eu du
fuccès : mais , dit-il , elle n'appartient
point à M. Thomas. Il est bien fingulier
que , cette partie ayant déja été faite ,
پہ
M. Thomas foit le feul qui l'ait trouvée ,
& que perfonne avant lui n'eût fait cette
heureufe découverte. Mais , je demande
à l'Auteur de la Lettre , fi M. Thomas a
trouvé dans les Recherches furles Finan-
ces , le portrait du Miniftre ou de l'Hom-
me d'Etat qui ouvre fa troifiéme partie;
s'il a trouvé cette peinture fi forte de l'é
tat des Finances fous Henri IV , des hor-
ribles déprédations des Financiers , & de
tous les maux qui défoloient les Provint
ces; s'il a trouvé le tableau affreux des
véxations qu'entraîne la Taille arbitrai-
i
re, & tout le morceau où il peint à
grands traits Sully réformant les abus ,
& créant l'Etat une feconde fois ; & ce-
lui où il développe , avec autant de cha
leur que de netteté , les principes de fon
adminiſtration , & tout ce qu'il dit d'é-
loquent fur les Impôts , fur l'Agricul→
ture , fur le Commerce & fur l'Econo
mie ? Je demande enfin s'il a trouvé la
peinture qu'il fait de l'Homme moral
JANVIER, 1764:
63:
dans Sully; ce portrait fi vrai d'une ver-
-tu antique & auftère , & ces détails fi
touchans fur fa retraite , & cette pérorai--
fon qui a paru tout à la fois noble , coul
tageufe & fimple ? Qu'on ofe dire fi
rien de tout cela fe trouve dans les Cón-
fiderations fur les Finances ou ailleurs ?
Voilà pourtant prèfque tout ce qui com
pofe cette troifiéme partie.
A l'égard des faits , comme j'ai déja
dit , on fent bien qu'ils doivent fe trou-
ver dans les Mémoires de Sully , & dans
l'Ouvrage de M. dé Forbonnais ; puifque
M. de Forbonnais a travaillé , comme
M. Thomas , fur ces Mémoires. Pourla
reffemblance d'expreffion , qui paroît
marquée dans trois ou quatre endroits des
notes feulement , ce font fans doute des
-formes qui font reftées dans la tête de
M. Thomas , fans qu'il s'enfoit apperçu
lui-même ; & la plus grande preuve.
qu'il n'a point copié , c'est cette reffem-
-blance même. Car rien affurément . ne
lui eût été plus facile que de changer.ces
phrafes , & de leur donner une autre
tournure. Le plus mince Ecolier n'y au-
roit pas manqué ; à plus forte raiſon un
Ecrivain connu , & qui peut être jaloux
de fa gloire.
Une réfléxion qui fe préfente naturel-
64 MERCURE DE FRANCE.
lement en lifant l'Eloge de Sully , c'eff
que M. Thomas , pour le faire , a dû étu-
dier les Finances , comme il avoit étudié
l'Art Militaire pour l'Eloge du Maréchal
de Saxe , la Jurifprudence pour l'Eloge de
Dagueffeau , & la Marine pour celui de
Duguay-Trouin. Il a donc fallu qu'il lût
beaucoup d'Ouvrages fur les Finances ,
parce que probablement il ne pouvoit pas
s'inftruire de cette matière par lui-même ;
ainfi fon premier travail a conſiſté à exa-
miner une grande partie de ce qui avoit
été écrit là- deffus ; à démêler les vrais prin-
cipes des faux , à fe faire un ſyſtême d'a-
près lequel il pût connoître & juger les
différentes opérations de Sully , & qui
pût lui fervir de guide dans fon Ouvrage.
C'eft après ce travail qu'il a fans doute
compofé fon Difcours , qui lui appar-
tient tout entier comme Orateur. Ceux
qui lui reprochent que tout ce qu'il dit
fur les Finances n'eft pas de lui , font à-
peu-près auffi raifonnables que s'ils pré-
tendoient qu'un Architecte n'a aucun
mérite à avoir conftruit un bel Edifice ,
parce qu'il n'a point créé les matériaux
qui le compofent.
L'Auteur de la Lettre , après avoir ci-
té encore quelques phrafes , qui , pour
la plupart , font tirées des Mémoires de
JANVIER. 1764;
65
Sully , ou qui fe trouvent par-tout com-
me celle-ci , la liberté eft l'âme du Com-
merce ; après avoir tâché de rapprocher
des chofes qui n'ont aucune reffemblan-
ce entre elles , ou qui n'ont que celle
des mots ; après avoir jetté des foupçons
où les accufations lui manquent ; ofe
demander ce qui reftera à M. Thomas.
On répond qu'il lui reftera la première
la feconde & la troifiéme partie de fon
Difcours , excepté ces mots , en parlant
de la Taille , impôt vicieux defa nature ;
& ces autres mots , en parlant de la fa-
meuſe réponſe de Sully fur la fortie des
bleds , paroles mémorables , & qui méri-
teroient d'être écrites.... On avoue que
ces deux bouts de phrafes , qui ne font
pas des faits , fe trouvent dans les Re-
cherches fur les Finances.
I lui reftera
toutes les notes , à l'exception de quel-
ques lignes éparfes çà & la dans les deux
volumes in-4 °. des Recherches fur les Fi
nances , & qui ne contiennent encore
que desfaits , comme on l'a détaillé plus
haut.
Il lui reftera l'ordonnance & le
plan de fon Difcours , la manière dont
il préfente les faits , les réfléxions qu'il y
mêle , l'ordre & l'enchaînement des vé-
rités , l'éloquence qu'il a pu y joindre ,
les fentimens de Citoyen qui l'animent
戛
66 MERCURE DE FRANCE.
Il lui reftera enfin tout fon Ouvrage
excepté les faits hiftoriques qu'il n'a pu
ni dù créer , qui étoient néceffairement
le canevas de l'Eloge , & qui lui appar
tenoient fans doute comme ils appartien
nent à tous ceux qui ont écrit , qui écri
vent , & qui écriront après lui . J'ai
Phonneur d'être , Monfieur , votre très-
humble & rrès-obéiffant Serviteur ,
D'A ***.
Fermer
16680
p. 66-69
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui dans le Mercure de ce mois m'a fait [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui
dans le Mercure de ce mois m'a fait
Phonneur de me demander dés éclair-
ciffemens fur le Sujet du Prix de Poëfie
propofé par l'Académie de Rouen , pa-
roit n'avoir pas de connoiffance des
anciens programmes qui ont été en-
voyés aux Ouvrages périodiques en
1760 , 1761 & 1762 , puifque ces pro-
grammes fatisfont à la plupart des quef-
tions fur lefquelles il defire de con-
noître les intentions de l'Académie.
Comme elle n'a jamais entendu y faire
aucun changement , elle me charge ,
Monfieur , de vous prier de fa part de
JANVIER 1764.
Tes inférer de nouveau dans l'un de vos
premiers volumes , tant pour cet Au-
teur que pour tous ceux qui voudront
concourir au même Prix. Voici celui de
1760.
L'Académie a propofé pour Sujet du
Prix de Poëfie fondé par M. le Maré-
chal Duc de Luxembourg , Gouverneur
de Normandie & fon protecteur, la dé-
livrance de Salerne par 40 Chevaliers
Normands & la fondation du Royau-
me de Sicile qui fut la fuite de cette ex.
pédition.
Elle laiffe aux Auteurs liberté entière
fur le choix du genre du Poëme , fur
fon étendue , & fur la meſure des vers..
Elle exige feulement qu'il foit propor
tionné au Sujet , & qu'il célébre digné-
ment l'un des plus finguliers événemens
de notre histoire.
En 1761 ..
L'Académie n'a point reçu de Poëme
qui ait rempli fes vues ; elle propofe
de nouveau le même Sujet & aux mêmes
conditions.
.. Elle exhorte les Auteurs à le traiter-
moins en Hiftoriens qu'en Poëtes . Elle:
-ne demande pas une hiftoire fuivié d'é--
vénemens qui occ pent près d'un fié-
cle. Cette exactitude chronologique ré--
聊
•
68 MERCURE DE FRANCE.
pand un froid mortel fur un Poëme. II
s'agit de choisir celle des deux époques
qu'on croira la plus intéreffante & de
F'embellir par quelque fiction ingénieufe
qui donnera les moyens d'y enchâffer
les événemens qui l'auront ou précédée
ou fuivie. Ce font les feuls avis que
l'Académie croye devoir donner aux
Auteurs , perfuadée qu'il faut laiſſer au
génie une entière liberté , & qu'il eft
peu de faits hiftoriques dont le mer-
veilleux & la fingularité prêtent davan-
tage à la Poëfie.
En 1762.'
On a réïtéré le même Programme &
doublé le Prix.
En 1763.
On a encore remis le Prix , & dans
le Programme inféré dans le Mercure
de Septembre on n'a parlé que de la
délivrance de Salerne , parce qu'on a
fuppofé le Sujet affez connu du Public
pour ne le pas répéter tout au long.
Vous voyez , Monfieur , que PAca-
démie a été bien éloignée de donner
l'exclufion à un Poëme épique régulier,
fi elle étoit affez heureufe pour que fa
perfévérance fît éclore un Ouvrage di-
gne de ce nom. Elle a encore moins
gêné les Auteurs fur le choix du Sujet
JANVIER, 1764.
69 1
principal; elle a feulement exigé que cer
lui des deux événemens qui ne feroit
pas choifi, entrât dans le Poëme comme
Epifode. A l'égard des moyens de lier
cette Epiſode , la difficulté de la diffé-
rence des Chevaliers n'eft pas infur-
montable. L'Académie a même déja
vu des Poëmes qui employent pour y
parvenir des expédiens ingénieux & que
le filence de l'Hiftoire autorife. C'eft
aux Poëtes à fçavoir jufqu'à quel point
ils peuvent altérer la vérité historique.
Qu'une fiction noble & ingénieuſe ré-
pande la chaleur & la vie dans un Su-
jet déja fi difpofé à recevoir le mer
veilleux ; l'Académie bien loin de re-
clamer pour une froide exactitude , ap-
plaudira comme le Public aux fituations
& aux images que le génie créateur
du Poëte aura fçu enchâffer dans fon
Ouvrage.
J'ai l'honneur d'être & c.
MAILLET DU BOULLAY, Maître des Comptes
& Secrétaire de l'Académie de Rouen pour
les Belles-Lettres, derrière l'Archevêché.
A Rouen, le 29 Décembre 1763.
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui
dans le Mercure de ce mois m'a fait
Phonneur de me demander dés éclair-
ciffemens fur le Sujet du Prix de Poëfie
propofé par l'Académie de Rouen , pa-
roit n'avoir pas de connoiffance des
anciens programmes qui ont été en-
voyés aux Ouvrages périodiques en
1760 , 1761 & 1762 , puifque ces pro-
grammes fatisfont à la plupart des quef-
tions fur lefquelles il defire de con-
noître les intentions de l'Académie.
Comme elle n'a jamais entendu y faire
aucun changement , elle me charge ,
Monfieur , de vous prier de fa part de
JANVIER 1764.
Tes inférer de nouveau dans l'un de vos
premiers volumes , tant pour cet Au-
teur que pour tous ceux qui voudront
concourir au même Prix. Voici celui de
1760.
L'Académie a propofé pour Sujet du
Prix de Poëfie fondé par M. le Maré-
chal Duc de Luxembourg , Gouverneur
de Normandie & fon protecteur, la dé-
livrance de Salerne par 40 Chevaliers
Normands & la fondation du Royau-
me de Sicile qui fut la fuite de cette ex.
pédition.
Elle laiffe aux Auteurs liberté entière
fur le choix du genre du Poëme , fur
fon étendue , & fur la meſure des vers..
Elle exige feulement qu'il foit propor
tionné au Sujet , & qu'il célébre digné-
ment l'un des plus finguliers événemens
de notre histoire.
En 1761 ..
L'Académie n'a point reçu de Poëme
qui ait rempli fes vues ; elle propofe
de nouveau le même Sujet & aux mêmes
conditions.
.. Elle exhorte les Auteurs à le traiter-
moins en Hiftoriens qu'en Poëtes . Elle:
-ne demande pas une hiftoire fuivié d'é--
vénemens qui occ pent près d'un fié-
cle. Cette exactitude chronologique ré--
聊
•
68 MERCURE DE FRANCE.
pand un froid mortel fur un Poëme. II
s'agit de choisir celle des deux époques
qu'on croira la plus intéreffante & de
F'embellir par quelque fiction ingénieufe
qui donnera les moyens d'y enchâffer
les événemens qui l'auront ou précédée
ou fuivie. Ce font les feuls avis que
l'Académie croye devoir donner aux
Auteurs , perfuadée qu'il faut laiſſer au
génie une entière liberté , & qu'il eft
peu de faits hiftoriques dont le mer-
veilleux & la fingularité prêtent davan-
tage à la Poëfie.
En 1762.'
On a réïtéré le même Programme &
doublé le Prix.
En 1763.
On a encore remis le Prix , & dans
le Programme inféré dans le Mercure
de Septembre on n'a parlé que de la
délivrance de Salerne , parce qu'on a
fuppofé le Sujet affez connu du Public
pour ne le pas répéter tout au long.
Vous voyez , Monfieur , que PAca-
démie a été bien éloignée de donner
l'exclufion à un Poëme épique régulier,
fi elle étoit affez heureufe pour que fa
perfévérance fît éclore un Ouvrage di-
gne de ce nom. Elle a encore moins
gêné les Auteurs fur le choix du Sujet
JANVIER, 1764.
69 1
principal; elle a feulement exigé que cer
lui des deux événemens qui ne feroit
pas choifi, entrât dans le Poëme comme
Epifode. A l'égard des moyens de lier
cette Epiſode , la difficulté de la diffé-
rence des Chevaliers n'eft pas infur-
montable. L'Académie a même déja
vu des Poëmes qui employent pour y
parvenir des expédiens ingénieux & que
le filence de l'Hiftoire autorife. C'eft
aux Poëtes à fçavoir jufqu'à quel point
ils peuvent altérer la vérité historique.
Qu'une fiction noble & ingénieuſe ré-
pande la chaleur & la vie dans un Su-
jet déja fi difpofé à recevoir le mer
veilleux ; l'Académie bien loin de re-
clamer pour une froide exactitude , ap-
plaudira comme le Public aux fituations
& aux images que le génie créateur
du Poëte aura fçu enchâffer dans fon
Ouvrage.
J'ai l'honneur d'être & c.
MAILLET DU BOULLAY, Maître des Comptes
& Secrétaire de l'Académie de Rouen pour
les Belles-Lettres, derrière l'Archevêché.
A Rouen, le 29 Décembre 1763.
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16681
p. 70-78
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
Début :
MONSIEUR, PERSONNE ne rend plus de justice que moi à [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
LETTRE sur un Auteur du 17e siècle,
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
Fermer
16681
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
16682
p. 78-90
ÉLOGE de MAXIMILIEN DE BÉTHUNE, Duc de SULLY, Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1764 ; avec approbation & permission, in-8 o .
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texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE de MAXIMILIEN DE BÉTHUNE, Duc de SULLY, Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1764 ; avec approbation & permission, in-8 o .
ÉLOGE de MAXIMILIEN DE
BÉTHUNE, Duc de SULLY,
Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI
IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris,
chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques,
au Temple du Goût, 1764 ;
avec approbation & permission, in-8o.
ENSÉ ES naturelles , diction pure ,
PENSÉES
termes choifis & juftes , fentimens no-
bles , vertueux , pathétiques & touchans,
traits ingénieux fans affectation , rien
qui fente la déclamation , le faux bel-
efprit , le clinquant ; un ton toujours fa-
ge , toujours décent ; une éloquence
en un mot , qui réunit l'élégance & la
précifion à ce goût , à cette politeffe que
donne l'ufage du monde : voilà ce que
le Public , dont nous ne fommes ici que
les interprêtes , a le plus loué dans l'Ou-
vrage de Mlle Mazarelli.
JANVIER. 1764.
79
Sans s'aftreindre à cette marche régu-
lière & fymétrique qui partage , divife &
fubdivife la plupart des Ecrits de ce gen-
re , l'Auteur fuit fon Héros ( qu'on ne
perd jamais de vue ) dans les principales
circonftances de fa vie ; & c'eft d'après
la fimplicité de ce plan , que nous - mê-
mes , fans nous affujettir à aucun ordre ,
nous allons extraire quelques morceaux
qui caractérisent le Duc de Sully , & l'é-
loquence de fon Panégyrifte .
Après un Exorde plein de douceur ,
de fimplicité & de nobleffe fur les carac-
tères de la véritable grandeur , fuit un
tableau de la fituation de la France lorf-
que Sully parut à la Cour de Navarre.
" La France toujours guerrière ne fut
» pas toujours vertueufe. Une politique
» impie alluma dans fon fein les feux de
» la haine & de la vengeance. Ce n'é-
» toient plus ces François fi fidèles à leurs
» Rois , fi généreux aux champs de la
» victoire , fi recommandables par la
» franchiſe & la fimplicité des mœurs.
» Victimes d'un Fanatifme aveugle &
» barbare , ils ne refpiroient que le
» meurtre , les ravages , les profcrip-
tions ; & cet Empire touchoit à fes
» derniers momens , fi , pour lui donner
» une nouvelle fplendeur , le Ciel n'eût
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» confervé Henri IV , qui , joignant à
» fes qualités héroïques l'heureux talent
» de connoître les hommes , choifit pour
» ami , pour Miniftre , Maximilien de Bé-
» thune , Duc de Sully.
» Agé de douze ans , Sully fut con-
» duit par fon père à la Cour de Na-
varre. Je ne puis vous enrichir , dit
» Béthune à fon fils ; mais vous avez des
» vertus , elles vous placeront au - deffus
» de lafortune. Préparez-vous àSuppor-
» ter les malheurs , lesfatigues. Attachez-
» vous au Maître que je vais vous don
» ner , & méritez l'eftime des gens d'hon-
» neur. C'eft ainfi que ce père éclairé
» voit & peint en grand les principes
» d'une fage conduite. A peine forti de
» l'enfance , Sully les entend & les fuit.
» Béthune laiffoit au vulgaire cette févé-
» rité qui ne fert qu'à rendre fufpects ,
» & celui qui l'employe , & celui qui
» l'éprouve. On peut croire que
l'un a
» dans fon propre cœur des raifons pour
» craindre le vice , & que l'autre laiffe
> entrevoir des difpofitions à s'y livrer.
» Une âme forte ne fuccombe jamais ;
» & tel penfe être féduit qui n'eft que
» foible. Sully avoit atteint l'âge des paf-
» fions & des erreurs. Il accompagne le
» Prince de Navarre à la Cour de Cathe
JANVIER. 1764.
81
rine de Médicis. Cette Cour volup-
» tueufe lui préfente des attraits flat-
» teurs , mais dangereux ; la fortune des
» moyens infaillibles , mais criminels :
» il ne peut être ébranlé ni corrompu ;
» l'honneur feul eft écouté. Plein de l'an-
» tique vertu de fes ayeux , Sully mar-
» che fous les enfeignes de Henri. Aimer
» ce Prince , vivre & mourir à fon fer-
» vice fut le premier ferment de fon
» cœur; fa vie entière en fut l'accompliſ
دو
.ferment
Nous rapporterons quelques-unes des
actions qui ont fignalé ce zèle de Sully
pour Henri IV , & dont Mlle Mazarelli
fait un détail fi brillant dans un récit plein
d'intérêt & de chaleur. » Henri com-
» mande en perfonne à Cahors ; avec
quinze cens hommes il furprend la
» Ville , défendue par une nombreufe,
» garnifon ; ce fuccès même dévient un
» danger ; il irrite , il enflamme , il arme
» jufqu'aux habitans , qui des toits de
» leurs maifons lancent une mort cer-
"
taine ; celui qui foutient le choc des
» armes eft écrafé fous les débris des
» édifices ; un monceau de ruines couvre
» Sully; on l'en retire ; foible , refpi-
rant à peine , il demande , il apprend
"" où eftfon roi. Un fi tendre intérêt r-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
nime toutes fes forces ; il vole où
» Henri , prefque feul , eft entouré d'un
» peuple furieux qui fe renouvelle fans
» ceffe. Tout eft attaqué , tout réſiſte ;
"
plus on gagne de terrein , plus on s'in-
terdit la retraite ; il faut vaincre ou pé-
» rir. Henri brave les efforts des enne-
mis , les repouffe , les terraffe ,, les
» anéantit ; & Sully , que fon armure,
» brifée livre à tous les coups , Sully.
» meurtri , déchiré , fanglant , combat
» pendant cinq jours & cinq nuits , fans
»jamais abandonner fon Maître.
C'eft avec la même rapidité & la mê-
me précifion, que Mile Mazarelli rappelle
tous les autres exploits de Sully. A l'ac-
tivité du Guerrier il fçut allier la pruden-
ce du Négociateur.
Tout autre au-
» roit vu fes deffeins déconcertés à la
» Cour de Henri III : Cour artificieuſe
» & bifarre , où régnoient le menfonge ,
» la fuperftition & la galanterie ; où les
» conjectures les plus oppofées trou-
» voient à s'appuyer fur d'égales vrai-
» femblances. Sourd aux infinuations ,
» indifférent aux careffes , infenfible
» aux menaces ; tranquille au milieu
» des orages , fidèle à l'aftre qui règle fa
» courſe , il fçait éviter les écueils , veil-
ler aux intérêts du Roi de Navarre ,
१
- JANVIER. 1764.
83
» remplir l'objet important & fecret
» dont il eft chargé.
Nous croyons remarquer dans le ftyle
de Mlle Mazarelli , des nuances qui dif-
férencient les diverfes qualités de fon
Héros. Elle peint le Guerrier avec cette
activité , cette chaleur qui caractériſe
l'Homme de Guerre. Il y a moins de
feu , moins de rapidité dans le portrait
du Négociateur ; le ftyle en eft plus me--
furé , pour ainfi dire , plus réfléchi. Le
caractère du Miniftre., de l'Homme d'E-
tat demandoit plus de variété ; auffi y a---
t-on employé toutes les nuances propres
à exprimer les différentes fonctions du:
Ministère. Comme cette partie du Dif-
cours de Mlle Mazarelli eft la plus éten-
due , nous nous bornerons à quelques
citations prifes au hafard » Avec une
» pénétration vive , un efprit jufte , va
» zèle ardent , Sully conçut , il traça ,
" il exécuta les plans des opérations les
» plus difficiles. Que l'ignorance accufe
» la fatalité ; un Miniftre fage fçait en--
» chaîner les fuccès
22
2271Sully veut que la Nobleffe ne doive
» fa. fplendeur qu'au mérite , & qu'elle
» ne puiffe être confondue avec Phom--
» me vil , à qui les richeſſes attirent unë.
fauffe confidération. Illuftres defcen
D vj
84 ME RCURE DE FRANCE.
» dans des anciens Nobles de la France ,
» quelle gloire peut vous procurer votre
» luxe ? Vous n'atteindrez jamais à la
» magnificence de ces enfans de la for-
» tune , qui chaque jour réparent les dé-
»
penfes qu'ils font , par les injuftices
qu'ils commettent. Ce n'eft pas dans
» des palais fuperbes que vous trou ve-
» rez de vrais titrés ; fi vous avez des
» mœurs , il ne vous faut qu'un champ
» & desarmes. Comptez fur vos actions ,
"
» fi vous aimez la vertu pour elle-même ;
» comptez fur votre Roi , fi vous defi-
» rez des honneurs. La Majefté doit ré-
» pandre fon éclat fur ceux qui font fa
دو
grandeur & fa force. Un fleuve , en
» traverfant les terres ,leur donne l'abon-
» dance & la fertilité ; mais ce font elles
» qui le foutiennent , & lui forment ce
» lit qui le porte jufques aux mers.
» Sully eft un témoignage éclatant ,
» que la récompenfe ne manque point
» aux travaux : la fortune , fans ceffe re-
» pouffée par l'austérité du Miniftre , fut
» contrainte , pour parvenir jufqu'à lui ,
» de prendre le nom de la reconnoiffance
"
» dans les mains du Monarque..
"
رو
» Courtifans , qui trompez vos Maî-
tres , craignez d'étendre juſques fur vos
" defcendans l'opprobre dont vous vous
JANVIER. 1764.
84
» couvrez ; & fi jamais vous élevez vos
» defirs fur le Ministère , apprenez de
» Sully qu'il n'eſt d'autre bonheur que
" celui d'en procurer aux hommes que
» l'on gouverne. Ebloui par l'honneur
» d'être le premier dans l'Etat , on ou-
» blie fouvent d'en être le foutien ; on
» oublie que le pouvoir de difpofer des
» richeffes du peuple , n'eft que celui de
» les faire fervir à fa profpérité. Les temps
» de la guerre veulent fans doute des
» reffources extraordinaires ; mais l'in-
» capacité ou l'infidélité les rendent fi
» funeftes , qu'on ne peut jouir des dou-
» ceurs de la paix lorſqu'elle eft rendue
» au monde. Les malheurs s'accumu-
» lent, la confiance fe perd , & le Mi-
» niftre tombe dans un mépris dont
» toute la faveur du Maître ne peut le re-
» lever. Sully fcait faire marcher les fe-
» cours avec les beſoins ; mais il fçait les
» faire ceffer enfemble. Son pouvoir
» & l'amitié de Henri ne l'aveuglèrent
» point fur la néceffité d'être eftimé de
» fes concitoyens. Il fuyoit les plaifirs
" que la foibleffe nomme délaffement ,
" & cette inaction criminelle ,
fi révol-
» tante pour le malheureux qui voit pro-
» longer fes peines . Pefant les intérêts
» facrés qui lui étoient confiés , il vouloir
86 MERCURE DE FRANCE .
» égaler chaque jour le bonheur de fa Na-
>> tion à la gloire de fon Maître; & fes fuc-
» cès annonçoient auRoifes travaux. Un
"
» Prince peut aifément connoître fi fon
" Peuple eft heureux ; qu'il examine cette
»foule qui s'empreffe auour de lui.
99
Si
» l'on abufe de fon autorité , il ne verra
» qu'une froide curiofité; point de ces
» tranfports , de ces cris d'allégreffe
» qu'infpire le bonheur & la préfence
» de celui qui le donne qu'il life fur les
"
» vifages ; l'injuftice de fes Miniftres y
» fera gravée par la fombre trifteffe.
L'Auteur parcourt toutes les parties du
Ministère de Sully , & peint avec au-
tant de variété que de jufteffe , la con-
duite de ce grand Homme , dans l'é-
xercice de toutes fes Charges. C'eft
dans l'Ouvrage même qu'il faut lire
le morceau touchant & pathétique de la
mort de Henri IV : il eft trop long pour
être cité en entier ; & nous l'affoibli-
rions , fi nous ne le rapportions que par
extrait. D'ailleurs les bornes de l'analyſe
nous forcent de finir ; & nous ne nous
arrêterons plus qu'à la peinture touchante
de la retraite de Sully. » La Cour n'é-
» toit plus à fes yeux qu'un théâtre dé-
"
coré pour le vulgaire , où fouvent l'on
ne voit que des Sujets fans talens , fans
"
JANVIER 1764
87.
vertus , ufurpant , à l'abri dela faveur ,
» les honneurs dûs au mérite. Les Cour
tifans , ce peuple défœuvré , ofent por
» ter.fur lui les regards d'une maligne
» curiofité ; fes vêtemens leur paroiffent
antiques; fa modefte contenance eft pri
fe pour la foible timidité . Sully n'eft
» point décoré de ces Ordres que la po-
litique inventa , dont l'orgueil abuſe ,
» & que la faveur donne ; il portoit un
» figne plus touchant pour les âmes ver-
» tueufes
une chaîne d'or fufpendoit
»fur fa poitrine une médaille où les traits
» de Henri IV étoient gravés. Cette
» image précieufe , qui femble accuſer
» la baffeffe des.Courtifans , ne leur en
» impofe pas encore ; ils ont la raillerie
» fur les lévres , quand la honte devroit
couvrir leur front. Mais Sully leur fait
» fentir enfin tout le mépris qu'ils lui inf-
pirent. Sire , dit - il au jeune. Louis
» XIII , lorfque votre Père de glorieufe
» mémoire m'appelloit auprès de fa Per-
fonne , ilfaifoit retirer fes Bouffons.
» Sully s'éloigne ; il emporte avec lui
»l'eftime & les regrets de la France. Un
Miniftre que tout un Peuple pleure , eft
» au-deffus de toutes les injuftices de la
» Cour ; on l'honore , on le reſpecte ;
» fes ennemis les plus cruels n'ofent fe
88 MERCURE DE FRANCE:
» vanter de leur triomphe , & cachent
leurs fuccès honteux , quand Sully pu-
» blie fa difgrace ... L'éloignement de
» Sully remit la France prèfque au mê-
" me état où il l'avoit trouvée. Ainfi
» l'âme échappée des liens du corps , le
livre aux loix de la diffolution.
» Au milieu d'une Famille qui le rés
» vère , Sully entouré de Nobles , de
» Vaffaux qui l'aiment & le refpe&tent ,
meut & régit tout par les mêmes prin-
» cipes qui l'ont rendu le plus grand des
» Miniftres & le premier des Sages. On
» s'empreffe auprès de lui ; on s'inftruit
» à l'entendre ; on fe plaît à l'admirer.
» Sa magnificence fans fafte , fa géné-
rofité fans oftentation , une dignité
» fans hauteur, une bonté fans cette fauf-
» fe familiarité qui infulte ceux qu'elle
accueille , la fimplicité , la décence de
» fes mœurs , la fermeté , la majeſté mê-
» me de fa conduite : tout le diftingue ,
tout le peint.
» Sa vie régulière annonce la gravité
» de fon caractère , & ce goût qu'il eut
" toujours pour l'ordre. Comme fon
" âme a befoin de faire des heureux ,
fon efprit a befoin de travail : ces deux
» mobiles régloient tout fon temps. Il
avoit confervé l'habitude de fè lever
JANVIER. 1764.
84
avec le jour ; une partie de fa matinée
» étoit employée à prendre connoiffance
» de tout ce qui concernoit les Charges
» dont on n'avoit point ofé le dépouiller;
» l'autre à rédiger ces Mémoires écono-
miques , qui font heureusement par-
» venus jufqu'à nous , & qui dès-lors
" rendoient Sully plus utile à l'Etat , que
» ne l'étoient tous ceux qui l'avoient
» remplacé dans le Ministère. En raf
» femblant tous fes papiers , il relifoit
les précieufes Lettres de Henri ; fou-
» vent il s'arrêtoit à contempler le por-
» trait de ce Héros , il le preffoit de les
" lévres , il le baignoit de fes pleurs , fe
» rappellant les malheurs de ce Prince &
» fes vertus , comparant fa bonté avec
» fa mort cruelle . Chaque inftant enfon-
» ce dans fon cœur le trait dont il eſt
» déchiré , & qui feul l'empêche de jouir
» de la tranquilité de fa retraite. En vain
دو
» il s'occupe du bonheur de fes Vaffaux ;
»> il eft digne époux , fidèle ami , tendre
» père , fes larmes coulent fans ceffe :
trente années qu'il furvécut à fon
Maître chéri , ne purent en tarir la
» fource ; & fes derniers foupirs eurent
» encore toute l'amertume des regrets.
Ainfi finit cet Ouvrage intéreffant ,
qu'on ne peut lire fans fe fentir attendri.
go MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là principalement ce qui diftingue
le Difcours de Mlle Mazarelli de tous
ceux avec lesquels elle a concouru . Elle
a peint dans Sully l'ami de Henri IV ;
& , fous ce point de vue , que perfonne
n'a faifi comme elle , elle infpire à tous
les François de l'amour pour fon Héros.
BÉTHUNE, Duc de SULLY,
Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI
IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris,
chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques,
au Temple du Goût, 1764 ;
avec approbation & permission, in-8o.
ENSÉ ES naturelles , diction pure ,
PENSÉES
termes choifis & juftes , fentimens no-
bles , vertueux , pathétiques & touchans,
traits ingénieux fans affectation , rien
qui fente la déclamation , le faux bel-
efprit , le clinquant ; un ton toujours fa-
ge , toujours décent ; une éloquence
en un mot , qui réunit l'élégance & la
précifion à ce goût , à cette politeffe que
donne l'ufage du monde : voilà ce que
le Public , dont nous ne fommes ici que
les interprêtes , a le plus loué dans l'Ou-
vrage de Mlle Mazarelli.
JANVIER. 1764.
79
Sans s'aftreindre à cette marche régu-
lière & fymétrique qui partage , divife &
fubdivife la plupart des Ecrits de ce gen-
re , l'Auteur fuit fon Héros ( qu'on ne
perd jamais de vue ) dans les principales
circonftances de fa vie ; & c'eft d'après
la fimplicité de ce plan , que nous - mê-
mes , fans nous affujettir à aucun ordre ,
nous allons extraire quelques morceaux
qui caractérisent le Duc de Sully , & l'é-
loquence de fon Panégyrifte .
Après un Exorde plein de douceur ,
de fimplicité & de nobleffe fur les carac-
tères de la véritable grandeur , fuit un
tableau de la fituation de la France lorf-
que Sully parut à la Cour de Navarre.
" La France toujours guerrière ne fut
» pas toujours vertueufe. Une politique
» impie alluma dans fon fein les feux de
» la haine & de la vengeance. Ce n'é-
» toient plus ces François fi fidèles à leurs
» Rois , fi généreux aux champs de la
» victoire , fi recommandables par la
» franchiſe & la fimplicité des mœurs.
» Victimes d'un Fanatifme aveugle &
» barbare , ils ne refpiroient que le
» meurtre , les ravages , les profcrip-
tions ; & cet Empire touchoit à fes
» derniers momens , fi , pour lui donner
» une nouvelle fplendeur , le Ciel n'eût
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» confervé Henri IV , qui , joignant à
» fes qualités héroïques l'heureux talent
» de connoître les hommes , choifit pour
» ami , pour Miniftre , Maximilien de Bé-
» thune , Duc de Sully.
» Agé de douze ans , Sully fut con-
» duit par fon père à la Cour de Na-
varre. Je ne puis vous enrichir , dit
» Béthune à fon fils ; mais vous avez des
» vertus , elles vous placeront au - deffus
» de lafortune. Préparez-vous àSuppor-
» ter les malheurs , lesfatigues. Attachez-
» vous au Maître que je vais vous don
» ner , & méritez l'eftime des gens d'hon-
» neur. C'eft ainfi que ce père éclairé
» voit & peint en grand les principes
» d'une fage conduite. A peine forti de
» l'enfance , Sully les entend & les fuit.
» Béthune laiffoit au vulgaire cette févé-
» rité qui ne fert qu'à rendre fufpects ,
» & celui qui l'employe , & celui qui
» l'éprouve. On peut croire que
l'un a
» dans fon propre cœur des raifons pour
» craindre le vice , & que l'autre laiffe
> entrevoir des difpofitions à s'y livrer.
» Une âme forte ne fuccombe jamais ;
» & tel penfe être féduit qui n'eft que
» foible. Sully avoit atteint l'âge des paf-
» fions & des erreurs. Il accompagne le
» Prince de Navarre à la Cour de Cathe
JANVIER. 1764.
81
rine de Médicis. Cette Cour volup-
» tueufe lui préfente des attraits flat-
» teurs , mais dangereux ; la fortune des
» moyens infaillibles , mais criminels :
» il ne peut être ébranlé ni corrompu ;
» l'honneur feul eft écouté. Plein de l'an-
» tique vertu de fes ayeux , Sully mar-
» che fous les enfeignes de Henri. Aimer
» ce Prince , vivre & mourir à fon fer-
» vice fut le premier ferment de fon
» cœur; fa vie entière en fut l'accompliſ
دو
.ferment
Nous rapporterons quelques-unes des
actions qui ont fignalé ce zèle de Sully
pour Henri IV , & dont Mlle Mazarelli
fait un détail fi brillant dans un récit plein
d'intérêt & de chaleur. » Henri com-
» mande en perfonne à Cahors ; avec
quinze cens hommes il furprend la
» Ville , défendue par une nombreufe,
» garnifon ; ce fuccès même dévient un
» danger ; il irrite , il enflamme , il arme
» jufqu'aux habitans , qui des toits de
» leurs maifons lancent une mort cer-
"
taine ; celui qui foutient le choc des
» armes eft écrafé fous les débris des
» édifices ; un monceau de ruines couvre
» Sully; on l'en retire ; foible , refpi-
rant à peine , il demande , il apprend
"" où eftfon roi. Un fi tendre intérêt r-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
nime toutes fes forces ; il vole où
» Henri , prefque feul , eft entouré d'un
» peuple furieux qui fe renouvelle fans
» ceffe. Tout eft attaqué , tout réſiſte ;
"
plus on gagne de terrein , plus on s'in-
terdit la retraite ; il faut vaincre ou pé-
» rir. Henri brave les efforts des enne-
mis , les repouffe , les terraffe ,, les
» anéantit ; & Sully , que fon armure,
» brifée livre à tous les coups , Sully.
» meurtri , déchiré , fanglant , combat
» pendant cinq jours & cinq nuits , fans
»jamais abandonner fon Maître.
C'eft avec la même rapidité & la mê-
me précifion, que Mile Mazarelli rappelle
tous les autres exploits de Sully. A l'ac-
tivité du Guerrier il fçut allier la pruden-
ce du Négociateur.
Tout autre au-
» roit vu fes deffeins déconcertés à la
» Cour de Henri III : Cour artificieuſe
» & bifarre , où régnoient le menfonge ,
» la fuperftition & la galanterie ; où les
» conjectures les plus oppofées trou-
» voient à s'appuyer fur d'égales vrai-
» femblances. Sourd aux infinuations ,
» indifférent aux careffes , infenfible
» aux menaces ; tranquille au milieu
» des orages , fidèle à l'aftre qui règle fa
» courſe , il fçait éviter les écueils , veil-
ler aux intérêts du Roi de Navarre ,
१
- JANVIER. 1764.
83
» remplir l'objet important & fecret
» dont il eft chargé.
Nous croyons remarquer dans le ftyle
de Mlle Mazarelli , des nuances qui dif-
férencient les diverfes qualités de fon
Héros. Elle peint le Guerrier avec cette
activité , cette chaleur qui caractériſe
l'Homme de Guerre. Il y a moins de
feu , moins de rapidité dans le portrait
du Négociateur ; le ftyle en eft plus me--
furé , pour ainfi dire , plus réfléchi. Le
caractère du Miniftre., de l'Homme d'E-
tat demandoit plus de variété ; auffi y a---
t-on employé toutes les nuances propres
à exprimer les différentes fonctions du:
Ministère. Comme cette partie du Dif-
cours de Mlle Mazarelli eft la plus éten-
due , nous nous bornerons à quelques
citations prifes au hafard » Avec une
» pénétration vive , un efprit jufte , va
» zèle ardent , Sully conçut , il traça ,
" il exécuta les plans des opérations les
» plus difficiles. Que l'ignorance accufe
» la fatalité ; un Miniftre fage fçait en--
» chaîner les fuccès
22
2271Sully veut que la Nobleffe ne doive
» fa. fplendeur qu'au mérite , & qu'elle
» ne puiffe être confondue avec Phom--
» me vil , à qui les richeſſes attirent unë.
fauffe confidération. Illuftres defcen
D vj
84 ME RCURE DE FRANCE.
» dans des anciens Nobles de la France ,
» quelle gloire peut vous procurer votre
» luxe ? Vous n'atteindrez jamais à la
» magnificence de ces enfans de la for-
» tune , qui chaque jour réparent les dé-
»
penfes qu'ils font , par les injuftices
qu'ils commettent. Ce n'eft pas dans
» des palais fuperbes que vous trou ve-
» rez de vrais titrés ; fi vous avez des
» mœurs , il ne vous faut qu'un champ
» & desarmes. Comptez fur vos actions ,
"
» fi vous aimez la vertu pour elle-même ;
» comptez fur votre Roi , fi vous defi-
» rez des honneurs. La Majefté doit ré-
» pandre fon éclat fur ceux qui font fa
دو
grandeur & fa force. Un fleuve , en
» traverfant les terres ,leur donne l'abon-
» dance & la fertilité ; mais ce font elles
» qui le foutiennent , & lui forment ce
» lit qui le porte jufques aux mers.
» Sully eft un témoignage éclatant ,
» que la récompenfe ne manque point
» aux travaux : la fortune , fans ceffe re-
» pouffée par l'austérité du Miniftre , fut
» contrainte , pour parvenir jufqu'à lui ,
» de prendre le nom de la reconnoiffance
"
» dans les mains du Monarque..
"
رو
» Courtifans , qui trompez vos Maî-
tres , craignez d'étendre juſques fur vos
" defcendans l'opprobre dont vous vous
JANVIER. 1764.
84
» couvrez ; & fi jamais vous élevez vos
» defirs fur le Ministère , apprenez de
» Sully qu'il n'eſt d'autre bonheur que
" celui d'en procurer aux hommes que
» l'on gouverne. Ebloui par l'honneur
» d'être le premier dans l'Etat , on ou-
» blie fouvent d'en être le foutien ; on
» oublie que le pouvoir de difpofer des
» richeffes du peuple , n'eft que celui de
» les faire fervir à fa profpérité. Les temps
» de la guerre veulent fans doute des
» reffources extraordinaires ; mais l'in-
» capacité ou l'infidélité les rendent fi
» funeftes , qu'on ne peut jouir des dou-
» ceurs de la paix lorſqu'elle eft rendue
» au monde. Les malheurs s'accumu-
» lent, la confiance fe perd , & le Mi-
» niftre tombe dans un mépris dont
» toute la faveur du Maître ne peut le re-
» lever. Sully fcait faire marcher les fe-
» cours avec les beſoins ; mais il fçait les
» faire ceffer enfemble. Son pouvoir
» & l'amitié de Henri ne l'aveuglèrent
» point fur la néceffité d'être eftimé de
» fes concitoyens. Il fuyoit les plaifirs
" que la foibleffe nomme délaffement ,
" & cette inaction criminelle ,
fi révol-
» tante pour le malheureux qui voit pro-
» longer fes peines . Pefant les intérêts
» facrés qui lui étoient confiés , il vouloir
86 MERCURE DE FRANCE .
» égaler chaque jour le bonheur de fa Na-
>> tion à la gloire de fon Maître; & fes fuc-
» cès annonçoient auRoifes travaux. Un
"
» Prince peut aifément connoître fi fon
" Peuple eft heureux ; qu'il examine cette
»foule qui s'empreffe auour de lui.
99
Si
» l'on abufe de fon autorité , il ne verra
» qu'une froide curiofité; point de ces
» tranfports , de ces cris d'allégreffe
» qu'infpire le bonheur & la préfence
» de celui qui le donne qu'il life fur les
"
» vifages ; l'injuftice de fes Miniftres y
» fera gravée par la fombre trifteffe.
L'Auteur parcourt toutes les parties du
Ministère de Sully , & peint avec au-
tant de variété que de jufteffe , la con-
duite de ce grand Homme , dans l'é-
xercice de toutes fes Charges. C'eft
dans l'Ouvrage même qu'il faut lire
le morceau touchant & pathétique de la
mort de Henri IV : il eft trop long pour
être cité en entier ; & nous l'affoibli-
rions , fi nous ne le rapportions que par
extrait. D'ailleurs les bornes de l'analyſe
nous forcent de finir ; & nous ne nous
arrêterons plus qu'à la peinture touchante
de la retraite de Sully. » La Cour n'é-
» toit plus à fes yeux qu'un théâtre dé-
"
coré pour le vulgaire , où fouvent l'on
ne voit que des Sujets fans talens , fans
"
JANVIER 1764
87.
vertus , ufurpant , à l'abri dela faveur ,
» les honneurs dûs au mérite. Les Cour
tifans , ce peuple défœuvré , ofent por
» ter.fur lui les regards d'une maligne
» curiofité ; fes vêtemens leur paroiffent
antiques; fa modefte contenance eft pri
fe pour la foible timidité . Sully n'eft
» point décoré de ces Ordres que la po-
litique inventa , dont l'orgueil abuſe ,
» & que la faveur donne ; il portoit un
» figne plus touchant pour les âmes ver-
» tueufes
une chaîne d'or fufpendoit
»fur fa poitrine une médaille où les traits
» de Henri IV étoient gravés. Cette
» image précieufe , qui femble accuſer
» la baffeffe des.Courtifans , ne leur en
» impofe pas encore ; ils ont la raillerie
» fur les lévres , quand la honte devroit
couvrir leur front. Mais Sully leur fait
» fentir enfin tout le mépris qu'ils lui inf-
pirent. Sire , dit - il au jeune. Louis
» XIII , lorfque votre Père de glorieufe
» mémoire m'appelloit auprès de fa Per-
fonne , ilfaifoit retirer fes Bouffons.
» Sully s'éloigne ; il emporte avec lui
»l'eftime & les regrets de la France. Un
Miniftre que tout un Peuple pleure , eft
» au-deffus de toutes les injuftices de la
» Cour ; on l'honore , on le reſpecte ;
» fes ennemis les plus cruels n'ofent fe
88 MERCURE DE FRANCE:
» vanter de leur triomphe , & cachent
leurs fuccès honteux , quand Sully pu-
» blie fa difgrace ... L'éloignement de
» Sully remit la France prèfque au mê-
" me état où il l'avoit trouvée. Ainfi
» l'âme échappée des liens du corps , le
livre aux loix de la diffolution.
» Au milieu d'une Famille qui le rés
» vère , Sully entouré de Nobles , de
» Vaffaux qui l'aiment & le refpe&tent ,
meut & régit tout par les mêmes prin-
» cipes qui l'ont rendu le plus grand des
» Miniftres & le premier des Sages. On
» s'empreffe auprès de lui ; on s'inftruit
» à l'entendre ; on fe plaît à l'admirer.
» Sa magnificence fans fafte , fa géné-
rofité fans oftentation , une dignité
» fans hauteur, une bonté fans cette fauf-
» fe familiarité qui infulte ceux qu'elle
accueille , la fimplicité , la décence de
» fes mœurs , la fermeté , la majeſté mê-
» me de fa conduite : tout le diftingue ,
tout le peint.
» Sa vie régulière annonce la gravité
» de fon caractère , & ce goût qu'il eut
" toujours pour l'ordre. Comme fon
" âme a befoin de faire des heureux ,
fon efprit a befoin de travail : ces deux
» mobiles régloient tout fon temps. Il
avoit confervé l'habitude de fè lever
JANVIER. 1764.
84
avec le jour ; une partie de fa matinée
» étoit employée à prendre connoiffance
» de tout ce qui concernoit les Charges
» dont on n'avoit point ofé le dépouiller;
» l'autre à rédiger ces Mémoires écono-
miques , qui font heureusement par-
» venus jufqu'à nous , & qui dès-lors
" rendoient Sully plus utile à l'Etat , que
» ne l'étoient tous ceux qui l'avoient
» remplacé dans le Ministère. En raf
» femblant tous fes papiers , il relifoit
les précieufes Lettres de Henri ; fou-
» vent il s'arrêtoit à contempler le por-
» trait de ce Héros , il le preffoit de les
" lévres , il le baignoit de fes pleurs , fe
» rappellant les malheurs de ce Prince &
» fes vertus , comparant fa bonté avec
» fa mort cruelle . Chaque inftant enfon-
» ce dans fon cœur le trait dont il eſt
» déchiré , & qui feul l'empêche de jouir
» de la tranquilité de fa retraite. En vain
دو
» il s'occupe du bonheur de fes Vaffaux ;
»> il eft digne époux , fidèle ami , tendre
» père , fes larmes coulent fans ceffe :
trente années qu'il furvécut à fon
Maître chéri , ne purent en tarir la
» fource ; & fes derniers foupirs eurent
» encore toute l'amertume des regrets.
Ainfi finit cet Ouvrage intéreffant ,
qu'on ne peut lire fans fe fentir attendri.
go MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là principalement ce qui diftingue
le Difcours de Mlle Mazarelli de tous
ceux avec lesquels elle a concouru . Elle
a peint dans Sully l'ami de Henri IV ;
& , fous ce point de vue , que perfonne
n'a faifi comme elle , elle infpire à tous
les François de l'amour pour fon Héros.
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16683
p. 90-94
HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
Début :
L'ACADÉMIE de Nanci s'étant proposé de donner une Histoire Civile, Politique, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
HISTOIRE des Loix & Usages de la
Lorraine & du Barrois, dans les matières
bénéficiales, suivie d'une Dissertation
sur la manière d'accommoder
ces Loix & Usages à l'indult du Pape
Clément XII, de 1740, & aux
Ordonnances & Maximes de France ; par
M. François-Timothée Thibault, Chevalier,
Conseiller d'Etat, Procureur-Général
du Roi en sa Chambre des Comptes
de Lorraine, de la Société Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Nancy.
A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur
ordinaire du Roi, de la Cour
souveraine de la Chambre des Comptes,
du Bailliage Royal, &c ; 1763,
avec Approbation & Privilége du Roi,
volume in-folio.
JANVIER. 1764.
91
L'ACADÉMIE de Nanci s'étant proposé
de donner une Histoire Civile, Politique,
Militaire , Eccléfiaftique , Bé-
néficiale , Littéraire & Naturelle de la
Lorraine & du Barrois , a affigné à
quelques-uns de fes Membres le travail
de ces divers objets , & la matière bé-
néficiale est tombée dans le partage de
M. Thibault , comme la plus relative à
fon état. On fçait que la Lorrainé & le
Barrois faifoient autrefois partie de la
Gaule Belgique ; mais ils avoient trop
perdu de leurs forces , lorfqu'ils en fu
rent détachés, pour pouvoir réfifter aux
réferves apoftoliques qui inonderent
les Etats Catholiques de l'Europe. Les
Ducs montrerent néanmoins la plus
grande fermeté dans la défenfe des
Ufages du Pays ; & c'est l'hiftoire de
leurs Loix & de ces anciennes Coutu-
mes, que l'Auteur entreprend de tracer
dans ce grand Ouvrage.
Il le divife en deux parties : la pre-
mière est toute hiftorique , & commen-
ce à la décadence de l'Empire Ro-
main. L'Auteur la conduit jufqu'à nos
jours ; & quoique fur des matières affez
férieufes par elles-mêmes , il a fçu la
rendre curieufe & intéreffante , même.
2 MERCURE DE FRANCE.
pour les Lecteurs qui ne font point du
Pays. La 2 partie n'eft à proprement
parler qu'un Rudiment des matières
bénéficiales les plus familières au Bar-
teau. On y applique les ufages de la
Lorraine conférés avec les maximes
du Royaume. Nos jeunes Avocats y
trouveront de quoi s'initier plus prompte
ment dans les principes trop répandus ;
pour pouvoir les étudier avec la même
facilité. Il ne faut donc pas croire que
cette hiftoire foit fi particulière à la
Lorraine & au Barrois , qu'elle devienne
inutile pour les Provinces étrangères ;
M. Thibault a comparé les Loix & les
Ufages , & en a tiré des conféquent
ces générales qui conviennent égale-
ment à toutes les Provinces de France:
La différence de leur nature entraînoit
néceffairement la difcuffion des ma-
tières propres aux unes & aux autres.
On fent bien qu'un ouvrage de cette
efpéce n'eft point fufceptible d'une ana
lyfe fuivie & détaillée. Il fuffira d'in-
diquer les divers articles qui compofent
ce volume , & principalement la feconde
partie , pour en faire connoître l'uti
lité. Indépendamment de tout ce qui
concerne ſpécialement la Lorraine , on
y trouve encore des principes généraux
JANVIER. 1764.
93
fur la régale , l'œconomat , le droit de
joyeux avénement , le ferment de fi
délité
de premiere entrée dans les
Eglifes , & des oblats ; les indults des
Chanceliers , des Garde des Sceaux de
France , du Parlement de Paris , des
Maîtres des Requêtes & Univerfités du
Royaume ; l'âge & les qualités, nécef-
faires pour pofféder les bénéfices ; la
maniere d'y pourvoir , la poffeffion ;
le droit de patronage & fes différentes
efpéces ; la vacance des bénéfices ; les
démiffions , réfignations , permutations
penfions & regrès ; les élections , pof-
tulations & compromi ; les unions ,
défunions ; les dévolus , bulles , brefs ,
fignatures , appels des jugemens ecclé-
fiaftiques , le pécule monacal ; l'aliéna-
tion des biens de l'Eglife; les obligations
& charges des bénéficiers ; la juriſdic-
tion éccléfiaftique : voilà les matières
principales qui compofent la feconde
partie du livre eſtimable de M. Thibault,
Les recherches profondes , les difcuf-
fions critiques , la connoiffance des
Loix , la liaifon des matières , l'ordre ,
la clarté, la précision, tout enfin prouve
dans cette ouvrage , que ce travail ne
pouvoit être mieux confié qu'au fage
& fçavant Magiftrat qui décore à la
.
1
94 MERCURE DE FRANCE.
fois la Magiftrature & le Barreau par
fes lumières , & l'Académie de Nan-
cy par l'efprit , le goût , l'élégance qui
régnent dans ce Livre , & dans plu-
fieurs autres écrits de différens genres
qu'il avoit déja donnés au Public.
Lorraine & du Barrois, dans les matières
bénéficiales, suivie d'une Dissertation
sur la manière d'accommoder
ces Loix & Usages à l'indult du Pape
Clément XII, de 1740, & aux
Ordonnances & Maximes de France ; par
M. François-Timothée Thibault, Chevalier,
Conseiller d'Etat, Procureur-Général
du Roi en sa Chambre des Comptes
de Lorraine, de la Société Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Nancy.
A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur
ordinaire du Roi, de la Cour
souveraine de la Chambre des Comptes,
du Bailliage Royal, &c ; 1763,
avec Approbation & Privilége du Roi,
volume in-folio.
JANVIER. 1764.
91
L'ACADÉMIE de Nanci s'étant proposé
de donner une Histoire Civile, Politique,
Militaire , Eccléfiaftique , Bé-
néficiale , Littéraire & Naturelle de la
Lorraine & du Barrois , a affigné à
quelques-uns de fes Membres le travail
de ces divers objets , & la matière bé-
néficiale est tombée dans le partage de
M. Thibault , comme la plus relative à
fon état. On fçait que la Lorrainé & le
Barrois faifoient autrefois partie de la
Gaule Belgique ; mais ils avoient trop
perdu de leurs forces , lorfqu'ils en fu
rent détachés, pour pouvoir réfifter aux
réferves apoftoliques qui inonderent
les Etats Catholiques de l'Europe. Les
Ducs montrerent néanmoins la plus
grande fermeté dans la défenfe des
Ufages du Pays ; & c'est l'hiftoire de
leurs Loix & de ces anciennes Coutu-
mes, que l'Auteur entreprend de tracer
dans ce grand Ouvrage.
Il le divife en deux parties : la pre-
mière est toute hiftorique , & commen-
ce à la décadence de l'Empire Ro-
main. L'Auteur la conduit jufqu'à nos
jours ; & quoique fur des matières affez
férieufes par elles-mêmes , il a fçu la
rendre curieufe & intéreffante , même.
2 MERCURE DE FRANCE.
pour les Lecteurs qui ne font point du
Pays. La 2 partie n'eft à proprement
parler qu'un Rudiment des matières
bénéficiales les plus familières au Bar-
teau. On y applique les ufages de la
Lorraine conférés avec les maximes
du Royaume. Nos jeunes Avocats y
trouveront de quoi s'initier plus prompte
ment dans les principes trop répandus ;
pour pouvoir les étudier avec la même
facilité. Il ne faut donc pas croire que
cette hiftoire foit fi particulière à la
Lorraine & au Barrois , qu'elle devienne
inutile pour les Provinces étrangères ;
M. Thibault a comparé les Loix & les
Ufages , & en a tiré des conféquent
ces générales qui conviennent égale-
ment à toutes les Provinces de France:
La différence de leur nature entraînoit
néceffairement la difcuffion des ma-
tières propres aux unes & aux autres.
On fent bien qu'un ouvrage de cette
efpéce n'eft point fufceptible d'une ana
lyfe fuivie & détaillée. Il fuffira d'in-
diquer les divers articles qui compofent
ce volume , & principalement la feconde
partie , pour en faire connoître l'uti
lité. Indépendamment de tout ce qui
concerne ſpécialement la Lorraine , on
y trouve encore des principes généraux
JANVIER. 1764.
93
fur la régale , l'œconomat , le droit de
joyeux avénement , le ferment de fi
délité
de premiere entrée dans les
Eglifes , & des oblats ; les indults des
Chanceliers , des Garde des Sceaux de
France , du Parlement de Paris , des
Maîtres des Requêtes & Univerfités du
Royaume ; l'âge & les qualités, nécef-
faires pour pofféder les bénéfices ; la
maniere d'y pourvoir , la poffeffion ;
le droit de patronage & fes différentes
efpéces ; la vacance des bénéfices ; les
démiffions , réfignations , permutations
penfions & regrès ; les élections , pof-
tulations & compromi ; les unions ,
défunions ; les dévolus , bulles , brefs ,
fignatures , appels des jugemens ecclé-
fiaftiques , le pécule monacal ; l'aliéna-
tion des biens de l'Eglife; les obligations
& charges des bénéficiers ; la juriſdic-
tion éccléfiaftique : voilà les matières
principales qui compofent la feconde
partie du livre eſtimable de M. Thibault,
Les recherches profondes , les difcuf-
fions critiques , la connoiffance des
Loix , la liaifon des matières , l'ordre ,
la clarté, la précision, tout enfin prouve
dans cette ouvrage , que ce travail ne
pouvoit être mieux confié qu'au fage
& fçavant Magiftrat qui décore à la
.
1
94 MERCURE DE FRANCE.
fois la Magiftrature & le Barreau par
fes lumières , & l'Académie de Nan-
cy par l'efprit , le goût , l'élégance qui
régnent dans ce Livre , & dans plu-
fieurs autres écrits de différens genres
qu'il avoit déja donnés au Public.
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16683
HISTOIRE des Loix & Usages de la Lorraine & du Barrois, dans les matières bénéficiales, suivie d'une Dissertation sur la manière d'accommoder ces Loix & Usages à l'indult du Pape Clément XII, de 1740, & aux Ordonnances & Maximes de France ; par M. François-Timothée Thibault, Chevalier, Conseiller d'Etat, Procureur-Général du Roi en sa Chambre des Comptes de Lorraine, de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. A Nancy, chez Pierre Antoine, Imprimeur ordinaire du Roi, de la Cour souveraine de la Chambre des Comptes, du Bailliage Royal, &c ; 1763, avec Approbation & Privilége du Roi, volume in-folio.
16684
p. 94-9[7]
INTRODUCTION à la Science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, & de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles ; Ouvrage propre à servir de Supplément à l'Antiquité expliquée par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas Mangeart, Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Vannes & S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire & Conseiller de Son Altesse Monseigneur le Duc CHARLES DE LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris, chez D'houry, Imprimeur-Libraire de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
Début :
LE titre de ce Livre en forme le précis, en même temps qu'il en fait voir [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INTRODUCTION à la Science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, & de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles ; Ouvrage propre à servir de Supplément à l'Antiquité expliquée par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas Mangeart, Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Vannes & S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire & Conseiller de Son Altesse Monseigneur le Duc CHARLES DE LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris, chez D'houry, Imprimeur-Libraire de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
INTRODUCTION à la Science des
Médailles, pour servir à la connoissance
des Dieux, de la Religion,
des Sciences, des Arts, & de tout
ce qui appartient à l'Histoire ancienne,
avec les preuves tirées des Médailles ;
Ouvrage propre à servir de
Supplément à l'Antiquité expliquée
par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas
Mangeart, Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Vannes
& S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire
& Conseiller de Son Altesse
Monseigneur le Duc CHARLES DE
LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris,
chez D'houry, Imprimeur-Libraire
de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
JANVIER. 1764.
,
95
LE titre de ce Livre en forme le précis,
en même temps qu'il en fait voir
l'objet & l'utilité. Le but de l'Auteur a
été de raffembler , pour ainfi dire , tout
ce qu'il y a de plus utile & de plus in-
téreffànt dans les autres Ouvrages qui
traitent de la même matière. Ce -volu-
me n'eft donc que comme l'Extrait rai-
fonné de plufieurs traités & mémoires
donnés par d'illuftres Antiquaires. Dom
Mangeart n'a fait que raffembler fous
un nouvel ordre , & préfenter fous un
point de vue fimple , tout ce qui peut
faciliter la connoiffance des Médailles.
En deux mots , voici l'efquiffe de cet
Ouvrage après avoir traité de tout ce
qui regarde les Médailles en général ,
c'est-à- dire
de leur fabrique , de leur
matière , de leurs modules , de leurs fa-
ces , de leur antiquité , &c , l'Auteur
rapporte à différentes claffes ces mêmes
monumens , & tout ce qui peut y avoir
quelque rapport. Pour donner à fes
96 MERCURE DE FRANCE.
Lecteurs une idée jufte de la Mytholo-
gie ancienne , il commence par les Mé-
dailles qui regardent les divinités des an-
ciens , leurs facrifices , leurs autels , &
tout ce qui eft relatif à la Religion . Il
parle enfuite des Médailles qui ont rap-
port aux Sciences & aux Arts. On trou
ve dans plufieurs Chapitres tout ce que
les Anciens nous ont tranfmis fur les
types des monnoyes , foit au fujet du
au
foleil , de la lune , des étoiles , du
temps , des faifons , &c , ſoit par rap-
port à la terre , aux trois parties du
monde connues de leurs temps , aux
Provinces , aux Villes , aux Animaux ,
aux plantes , aux édifices , & à ce qui
fert d'ornement à la terre , & c ; foit en-
fin concernant la mer , les fleuves , les
rivieres , les animaux , les poiffons qui
les habitent , &c,
De ces différens objets , Dom Man-
geart paffe aux Médailles qui regardent
les jeux des anciens , leurs fpectacles ,
leurs danfes, leurs exercices , leurs guer,
res , leurs armes , leurs victoires , leurs
trophées , leurs triomphes , leurs cou-
ronnes , leurs récompenfes , leurs ha-
billemens , & c, Il donne enfuite tous
les titres & les marques des
les noms , les titres & les
dignités , des charges , des emplois fa-
crés
JANVIER. 1764.
99
crés , civiles & militaires dont les mé-
dailles grecques & latines font mention.
C'eft-la que les curieux apprendront
ce que les Romains entendoient par
les titre de Pontife , de Prêtre , de Prê-
treffe , de Veftale , d'augure , d'Empe-
reur , de Conful , de Cenfeur , de Tri-
bun, d'Ediles , de Prêteur, de Préfet, & c.
& ce que fignifient ceux d'Archonte ,
de Pritanes , & c. chez les Grecs.
Il finit enfin par des réfléxions fur
l'utilité & les avantages que l'on peut
tirer de l'étude de la Numifmatique.
Pour prévenir les jeunes amateurs con-
tre les fraudes de certains marchands de
Médailles , il ajoute le détail des moyens
que l'on met en ufage pour tromper les
nouveaux connoiffeurs , comme de ceux
que l'on peut employer pour fe garan-
tir de leurs rufes & de leurs fuperche-
ries.
Médailles, pour servir à la connoissance
des Dieux, de la Religion,
des Sciences, des Arts, & de tout
ce qui appartient à l'Histoire ancienne,
avec les preuves tirées des Médailles ;
Ouvrage propre à servir de
Supplément à l'Antiquité expliquée
par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas
Mangeart, Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Vannes
& S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire
& Conseiller de Son Altesse
Monseigneur le Duc CHARLES DE
LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris,
chez D'houry, Imprimeur-Libraire
de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
JANVIER. 1764.
,
95
LE titre de ce Livre en forme le précis,
en même temps qu'il en fait voir
l'objet & l'utilité. Le but de l'Auteur a
été de raffembler , pour ainfi dire , tout
ce qu'il y a de plus utile & de plus in-
téreffànt dans les autres Ouvrages qui
traitent de la même matière. Ce -volu-
me n'eft donc que comme l'Extrait rai-
fonné de plufieurs traités & mémoires
donnés par d'illuftres Antiquaires. Dom
Mangeart n'a fait que raffembler fous
un nouvel ordre , & préfenter fous un
point de vue fimple , tout ce qui peut
faciliter la connoiffance des Médailles.
En deux mots , voici l'efquiffe de cet
Ouvrage après avoir traité de tout ce
qui regarde les Médailles en général ,
c'est-à- dire
de leur fabrique , de leur
matière , de leurs modules , de leurs fa-
ces , de leur antiquité , &c , l'Auteur
rapporte à différentes claffes ces mêmes
monumens , & tout ce qui peut y avoir
quelque rapport. Pour donner à fes
96 MERCURE DE FRANCE.
Lecteurs une idée jufte de la Mytholo-
gie ancienne , il commence par les Mé-
dailles qui regardent les divinités des an-
ciens , leurs facrifices , leurs autels , &
tout ce qui eft relatif à la Religion . Il
parle enfuite des Médailles qui ont rap-
port aux Sciences & aux Arts. On trou
ve dans plufieurs Chapitres tout ce que
les Anciens nous ont tranfmis fur les
types des monnoyes , foit au fujet du
au
foleil , de la lune , des étoiles , du
temps , des faifons , &c , ſoit par rap-
port à la terre , aux trois parties du
monde connues de leurs temps , aux
Provinces , aux Villes , aux Animaux ,
aux plantes , aux édifices , & à ce qui
fert d'ornement à la terre , & c ; foit en-
fin concernant la mer , les fleuves , les
rivieres , les animaux , les poiffons qui
les habitent , &c,
De ces différens objets , Dom Man-
geart paffe aux Médailles qui regardent
les jeux des anciens , leurs fpectacles ,
leurs danfes, leurs exercices , leurs guer,
res , leurs armes , leurs victoires , leurs
trophées , leurs triomphes , leurs cou-
ronnes , leurs récompenfes , leurs ha-
billemens , & c, Il donne enfuite tous
les titres & les marques des
les noms , les titres & les
dignités , des charges , des emplois fa-
crés
JANVIER. 1764.
99
crés , civiles & militaires dont les mé-
dailles grecques & latines font mention.
C'eft-la que les curieux apprendront
ce que les Romains entendoient par
les titre de Pontife , de Prêtre , de Prê-
treffe , de Veftale , d'augure , d'Empe-
reur , de Conful , de Cenfeur , de Tri-
bun, d'Ediles , de Prêteur, de Préfet, & c.
& ce que fignifient ceux d'Archonte ,
de Pritanes , & c. chez les Grecs.
Il finit enfin par des réfléxions fur
l'utilité & les avantages que l'on peut
tirer de l'étude de la Numifmatique.
Pour prévenir les jeunes amateurs con-
tre les fraudes de certains marchands de
Médailles , il ajoute le détail des moyens
que l'on met en ufage pour tromper les
nouveaux connoiffeurs , comme de ceux
que l'on peut employer pour fe garan-
tir de leurs rufes & de leurs fuperche-
ries.
Fermer
16684
INTRODUCTION à la Science des Médailles, pour servir à la connoissance des Dieux, de la Religion, des Sciences, des Arts, & de tout ce qui appartient à l'Histoire ancienne, avec les preuves tirées des Médailles ; Ouvrage propre à servir de Supplément à l'Antiquité expliquée par Dom Monfaucon ; par Dom Thomas Mangeart, Religieux Bénédictin de la Congrégation de S. Vannes & S. Hidulphe, Antiquaire, Bibliothécaire & Conseiller de Son Altesse Monseigneur le Duc CHARLES DE LORRAINE, &c, &c, &c. A Paris, chez D'houry, Imprimeur-Libraire de Monseigneur le Duc d'Orléans, rue de la vieille Bouclerie ; & se trouve aussi chez Davidts & Tilliard, quai des Augustins, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi, un volume , grand in-folio.
16685
p. 9[7]-100
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur M. le Président de MONTESQUIEU.
Début :
PLUSIEURS Gens de Lettres, Monsieur, ont lu avec autant de surprise [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur M. le Président de MONTESQUIEU.
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur
M. le Président de MONTESQUIEU.
PLUSIEURS Gens de Lettres, Monsieur,
ont lu avec autant de surprise
que de peine, une prétendue Anec-
II. Vol.
E
08 MERCURE DE FRANCE .
dote , rapportée dans le N° 33 , de
l'Année Littéraire , pag. 177 , au fujet
de l'Esprit des Loix , de M.le Préfident
de Montefquieu.
Le but de cette hiftoriette eft de tra-
veftir ce fçavant Magiftrat , nommé par
les Etrangers mêmes , le Légiflateur des
Nations , en un bel-efprit frivole & fu-
perficiel , en un compilateur fans jufteffe
& fans fidélité. Pour y parvenir › on
avance que les 70 premieres pages de
l'Esprit des Loix , font pleines de ci-
tations fauffes , tronquées ou alterées ;
on ajoute que cette infidélité de M. de
Montesquieu a été prouvée par un Livre
en deux volumes que l'illuftre mort eft
venu à bout de faire fupprimer.
Rien de plus mal-adroit qu'une pa-
reille accufation. J'ai vérifié , Monfieur ,
tous les endroits cités avec le texte même
des Auteurs dont ils font tirés. Je puis
vous garantir l'exactitude fcrupuleufe de
tous les paffages renfermés dans ces 70
pages : à l'exception d'une demie dou-
zaine au plus , que la mémoire du dé-
funt lui avoit fait citer d'après un tel
Livre , tandis qu'on le trouve dans l'au-
tre. Mépriſe pardonnable à tour Auteur ,
qui cite beaucoup , & plus encore à
M. de Montefquieu dont le fyftême ,
JANVIER. 1764.
Au refte ,
99
après tout , peut fe paffer des citations.
Je vous enverrois la confrontation
de plus de 54 paffages fur 60 à-
peu-
près qui fe trouvent dans le Livre qu'on
attaque , fi je ne craignois d'occuper déjà
trop de place dans un volume que la
nouvelle année doit remplir de matières
plus intéreffantes
qu'un texte grec ,
d'Ariftote , de Platon , de Lyfias ou de
Denys d'Halicarnaffe.
J'ai les preuves dans les mains , & je
vous les enverrai dans le Mercure fui-
vant , fi vous le defirez & fi le Public,
les Gens de Lettres , ou l'anonyme dont
parle l'Année Littéraire , le demandent.
il fuffit d'avoir des yeux &
de comparer , pour fe convaincre de
de ce j'avance.
J'efpére que vous voudrez bien in-
férer ma Lettre dans votre Journal. C'eſt
remplir fon véritable objet que de laif-
fer rendre à la vérité l'hommage qui
lui eft du , à un Ecrivain fi célébre
le tribut de reconnoiffance que lui doit
la Nation pour l'avoir juſtifiée de la fri-
volité que lui reprochoient les Etran-
gers , indignés de voir outrager ainfi
ce grand homme dans fa Patrie : c'eſt
procurer aux Gens de Lettres , dont
votre Journal oft déja le patrimoine ,
E ij
Too MERCURE DE FRANCE .
la confolation de voir qu'on ne trou-
ble point impunément leurs cendres
après leur mort.
Je fuis , & c.
ANGAR. 9 Décembre 1763.
M. le Président de MONTESQUIEU.
PLUSIEURS Gens de Lettres, Monsieur,
ont lu avec autant de surprise
que de peine, une prétendue Anec-
II. Vol.
E
08 MERCURE DE FRANCE .
dote , rapportée dans le N° 33 , de
l'Année Littéraire , pag. 177 , au fujet
de l'Esprit des Loix , de M.le Préfident
de Montefquieu.
Le but de cette hiftoriette eft de tra-
veftir ce fçavant Magiftrat , nommé par
les Etrangers mêmes , le Légiflateur des
Nations , en un bel-efprit frivole & fu-
perficiel , en un compilateur fans jufteffe
& fans fidélité. Pour y parvenir › on
avance que les 70 premieres pages de
l'Esprit des Loix , font pleines de ci-
tations fauffes , tronquées ou alterées ;
on ajoute que cette infidélité de M. de
Montesquieu a été prouvée par un Livre
en deux volumes que l'illuftre mort eft
venu à bout de faire fupprimer.
Rien de plus mal-adroit qu'une pa-
reille accufation. J'ai vérifié , Monfieur ,
tous les endroits cités avec le texte même
des Auteurs dont ils font tirés. Je puis
vous garantir l'exactitude fcrupuleufe de
tous les paffages renfermés dans ces 70
pages : à l'exception d'une demie dou-
zaine au plus , que la mémoire du dé-
funt lui avoit fait citer d'après un tel
Livre , tandis qu'on le trouve dans l'au-
tre. Mépriſe pardonnable à tour Auteur ,
qui cite beaucoup , & plus encore à
M. de Montefquieu dont le fyftême ,
JANVIER. 1764.
Au refte ,
99
après tout , peut fe paffer des citations.
Je vous enverrois la confrontation
de plus de 54 paffages fur 60 à-
peu-
près qui fe trouvent dans le Livre qu'on
attaque , fi je ne craignois d'occuper déjà
trop de place dans un volume que la
nouvelle année doit remplir de matières
plus intéreffantes
qu'un texte grec ,
d'Ariftote , de Platon , de Lyfias ou de
Denys d'Halicarnaffe.
J'ai les preuves dans les mains , & je
vous les enverrai dans le Mercure fui-
vant , fi vous le defirez & fi le Public,
les Gens de Lettres , ou l'anonyme dont
parle l'Année Littéraire , le demandent.
il fuffit d'avoir des yeux &
de comparer , pour fe convaincre de
de ce j'avance.
J'efpére que vous voudrez bien in-
férer ma Lettre dans votre Journal. C'eſt
remplir fon véritable objet que de laif-
fer rendre à la vérité l'hommage qui
lui eft du , à un Ecrivain fi célébre
le tribut de reconnoiffance que lui doit
la Nation pour l'avoir juſtifiée de la fri-
volité que lui reprochoient les Etran-
gers , indignés de voir outrager ainfi
ce grand homme dans fa Patrie : c'eſt
procurer aux Gens de Lettres , dont
votre Journal oft déja le patrimoine ,
E ij
Too MERCURE DE FRANCE .
la confolation de voir qu'on ne trou-
ble point impunément leurs cendres
après leur mort.
Je fuis , & c.
ANGAR. 9 Décembre 1763.
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16686
p. 100-101
A L'AUTEUR DU MERCURE, sur deux Médailles.
Début :
ETANT l'année dernière en Picardie, Monsieur, il me tomba entre les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTEUR DU MERCURE, sur deux Médailles.
A L'AUTEUR DU MERCURE,
sur deux Médailles.
ETANT l'année dernière en Picardie,
Monsieur,
il me tomba entre les
mains deux Médailles qui me paroif-
fent fort curieufes , & dont je vou-
drois avoir une explication préciſe. Le
peu de connoiffance que j'ai de ces
fortes de matières , m'a engagé à re-
courir à vous , perfuadé que vous vou-
drez bien inférer ma lettre dans votre
prochain Mercure
peut-être quelque
Antiquaire y répondra-t-il.
La premiere , que je crois fort an-
cienne , repréfente une tête affez gro-
fièrement gravée , fans aucune infcrip-
tion , du moins n'en apperçoit-on point.
J'ai cru lire fur le revers ces mots à
demi effacés : vici Germanos apud cof...
•
*
JANVIER. 1764.
d'exergue.
101
le refte m'eft inconnu , il n'y a point
La feconde qui eft incomparablement
mieux frappée , repréſente auffi une fort
belle tête.
Il paroît que cette perfonne
ainfi repréſentée , portoit une côte d'ar-
mes , ou un collier. Voici ce que j'ai
pu ramaffer de l'infcription qu'on voit
encore affez bien.
I M( effacé) ANAVGCO VIII.
Sur le revers eft une belle femme de-
bout , ayant le bras gauche levé fur
Pépaule , la main fermée , entièrement.
excepté le doigt index ; l'autre bras
eft dans une attitude qui me paroît
ménagée , comme pour donner ou re-
cevoir quelque chofe. Cette figure eft
placée entre ces deux lettres S C qu'on
remarque fur le champ de la médaille.
Il y a une légende que des gens ver-
fés dans ces matières déchiffroient aifé
ment. Il n'y a point d'exergue.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE CAYEUX.
A Paris, le 16 Décembre 1763.
sur deux Médailles.
ETANT l'année dernière en Picardie,
Monsieur,
il me tomba entre les
mains deux Médailles qui me paroif-
fent fort curieufes , & dont je vou-
drois avoir une explication préciſe. Le
peu de connoiffance que j'ai de ces
fortes de matières , m'a engagé à re-
courir à vous , perfuadé que vous vou-
drez bien inférer ma lettre dans votre
prochain Mercure
peut-être quelque
Antiquaire y répondra-t-il.
La premiere , que je crois fort an-
cienne , repréfente une tête affez gro-
fièrement gravée , fans aucune infcrip-
tion , du moins n'en apperçoit-on point.
J'ai cru lire fur le revers ces mots à
demi effacés : vici Germanos apud cof...
•
*
JANVIER. 1764.
d'exergue.
101
le refte m'eft inconnu , il n'y a point
La feconde qui eft incomparablement
mieux frappée , repréſente auffi une fort
belle tête.
Il paroît que cette perfonne
ainfi repréſentée , portoit une côte d'ar-
mes , ou un collier. Voici ce que j'ai
pu ramaffer de l'infcription qu'on voit
encore affez bien.
I M( effacé) ANAVGCO VIII.
Sur le revers eft une belle femme de-
bout , ayant le bras gauche levé fur
Pépaule , la main fermée , entièrement.
excepté le doigt index ; l'autre bras
eft dans une attitude qui me paroît
ménagée , comme pour donner ou re-
cevoir quelque chofe. Cette figure eft
placée entre ces deux lettres S C qu'on
remarque fur le champ de la médaille.
Il y a une légende que des gens ver-
fés dans ces matières déchiffroient aifé
ment. Il n'y a point d'exergue.
J'ai l'honneur d'être , & c.
DE CAYEUX.
A Paris, le 16 Décembre 1763.
Fermer
16687
p. 102-103
LETTRE A M. DE LA PLACE.
Début :
L'UTILE & l'agréable, Monsieur, se trouvent mêlés si heureufement dans [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. DE LA PLACE.
LETTRE A M. DE LA PLACE.
L'UTILE & l'agréable, Monsieur, se
trouvent mêlés
si heureufement dans
votre Journal , qu'on le voit toujours
avec un nouveau plaifir. L'amour que
j'ai pour les Sciences joint au defir que
j'ai d'être utile au Public , m'ont fait
préférer le Mercure pour lui faire part
de deux problêmes fuivans. Une der-
nière raifon qui m'enhardit à vous prier
'de vouloir bien les y honorer d'une
place , eft qu'ils ont paffé , de tout
tems,pour infolubles : & que je les crois
d'ailleurs propres à donner jour à de
nouvelles découvertes.La chofe trouvera
fans doute bien des incrédules. Je m'y at-
tends.Au refte,fi perfonne ne veut fe don-
ner la peine de les réfoudre , j'aurai
l'honneur de vous faire paffer dans peu
la folution que je me propofe d'en
donner.
JANVIER. 1764.
103
La méthode dont je me fers , & que
je crois unique , eft auffi fimple qu'in-
faillible. Un autre avantage qu'elle
réunit eft d'être applicable à tous les
cas imaginables ; ce qu'on ne sçauroit
faire éxactement par la méthode ordi-
naire de l'extraction des racines quar-
rées & cubiques , fi les nombres fur
lefquelles elle fe propofe d'agir
thode fimple & fans Algèbre.
,
ne
font eux-mêmes des quarrés & des
cubes parfaits ; ce qui éxige déja
comme vous le fcavez , une certaine
fagacité dans les Mathématiques ; au
lieu que par ma méthode il ne faut
fçavoir que le gros de l'Arithmétique.
J'ai l'honneur d'être , & c.
M***.
On propofe de trouver 2 moyennes
géométriques entre 3 & 7 , par une mé-
On propofe de trouver 2 moyennes
proportionnelles Arithmétiques entre les
deux mêmes nombres avec les mêmes
conditions , de forte que les deux mé-
thodes foient appliquables à tous les
.cas poffibles.
L'UTILE & l'agréable, Monsieur, se
trouvent mêlés
si heureufement dans
votre Journal , qu'on le voit toujours
avec un nouveau plaifir. L'amour que
j'ai pour les Sciences joint au defir que
j'ai d'être utile au Public , m'ont fait
préférer le Mercure pour lui faire part
de deux problêmes fuivans. Une der-
nière raifon qui m'enhardit à vous prier
'de vouloir bien les y honorer d'une
place , eft qu'ils ont paffé , de tout
tems,pour infolubles : & que je les crois
d'ailleurs propres à donner jour à de
nouvelles découvertes.La chofe trouvera
fans doute bien des incrédules. Je m'y at-
tends.Au refte,fi perfonne ne veut fe don-
ner la peine de les réfoudre , j'aurai
l'honneur de vous faire paffer dans peu
la folution que je me propofe d'en
donner.
JANVIER. 1764.
103
La méthode dont je me fers , & que
je crois unique , eft auffi fimple qu'in-
faillible. Un autre avantage qu'elle
réunit eft d'être applicable à tous les
cas imaginables ; ce qu'on ne sçauroit
faire éxactement par la méthode ordi-
naire de l'extraction des racines quar-
rées & cubiques , fi les nombres fur
lefquelles elle fe propofe d'agir
thode fimple & fans Algèbre.
,
ne
font eux-mêmes des quarrés & des
cubes parfaits ; ce qui éxige déja
comme vous le fcavez , une certaine
fagacité dans les Mathématiques ; au
lieu que par ma méthode il ne faut
fçavoir que le gros de l'Arithmétique.
J'ai l'honneur d'être , & c.
M***.
On propofe de trouver 2 moyennes
géométriques entre 3 & 7 , par une mé-
On propofe de trouver 2 moyennes
proportionnelles Arithmétiques entre les
deux mêmes nombres avec les mêmes
conditions , de forte que les deux mé-
thodes foient appliquables à tous les
.cas poffibles.
Fermer
16688
p. 104-105
NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES qu'on peut orienter sans le secours de la Boussole.
Début :
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur du Roi pour les Instrumens de Mathématiques, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES qu'on peut orienter sans le secours de la Boussole.
NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES
qu'on peut orienter sans le secours
de la Boussole.
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur
du Roi pour les Instrumens de Mathématiques,
demeurant à Paris.
>
Quai de l'Horloge du Palais , à l'en-
feigne de l'Obfervatoire , donne avis
qu'il a conftruit huit Cadrans verticaux
qu'on peut orienter fans le fecours de
la bouffole. Ces Cadrans font collés
fur une feuille de carton de la gran-
deur d'un in-8°. Ils marquent l'heure
par le moyen d'une pinule de peau &
d'un fil à plomb avec une perle qu'on
fait gliffer fur les jours du mois. C'eft
un invention de feu M. de la Hire
qui eft connue & eftimée fous le nom
de la Harpe de M. de la Hire . Les lieux
pour lesquels ces Cadrans font conftruits,
font 1. Paris. 2. Marfeille & Bayonne. 3
Turin & Bordeaux. 4. Lyon . 5. Dijon
& Tours. 6. Vienne en Autriche &
Breft. 7. Rheims & Rouen. 8. Amiens.
Ils peuvent fervir non-feulement pour
1
JANVIER. 1764.
105
tous les lieux qui ont la même latitude,
mais encore pour tous ceux qui n'en
différent que d'un quart ou d'un tiers
de degrés en deffus & en deffous de
chacun de ces Cadrans nommés ci-
deffus ; parce que cette différence n'eft
pas fenfible. Ces Cadrans font tracés
gravés & faits fort proprement : leur
ufage fe trouve derrière le carton fur
lequel ils font collés. L'on y trouve auffi
les temps des Equinoxes de Printemps
& d'Automne , ceux des folftices d'Eté.
& d'Hyver ; on peut encore par leur
moyen , connoître l'heure du lever &
du coucher du folei!. Le prix de cha-
cun de ces Cadrans , eft de 2 liv..
qu'on peut orienter sans le secours
de la Boussole.
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur
du Roi pour les Instrumens de Mathématiques,
demeurant à Paris.
>
Quai de l'Horloge du Palais , à l'en-
feigne de l'Obfervatoire , donne avis
qu'il a conftruit huit Cadrans verticaux
qu'on peut orienter fans le fecours de
la bouffole. Ces Cadrans font collés
fur une feuille de carton de la gran-
deur d'un in-8°. Ils marquent l'heure
par le moyen d'une pinule de peau &
d'un fil à plomb avec une perle qu'on
fait gliffer fur les jours du mois. C'eft
un invention de feu M. de la Hire
qui eft connue & eftimée fous le nom
de la Harpe de M. de la Hire . Les lieux
pour lesquels ces Cadrans font conftruits,
font 1. Paris. 2. Marfeille & Bayonne. 3
Turin & Bordeaux. 4. Lyon . 5. Dijon
& Tours. 6. Vienne en Autriche &
Breft. 7. Rheims & Rouen. 8. Amiens.
Ils peuvent fervir non-feulement pour
1
JANVIER. 1764.
105
tous les lieux qui ont la même latitude,
mais encore pour tous ceux qui n'en
différent que d'un quart ou d'un tiers
de degrés en deffus & en deffous de
chacun de ces Cadrans nommés ci-
deffus ; parce que cette différence n'eft
pas fenfible. Ces Cadrans font tracés
gravés & faits fort proprement : leur
ufage fe trouve derrière le carton fur
lequel ils font collés. L'on y trouve auffi
les temps des Equinoxes de Printemps
& d'Automne , ceux des folftices d'Eté.
& d'Hyver ; on peut encore par leur
moyen , connoître l'heure du lever &
du coucher du folei!. Le prix de cha-
cun de ces Cadrans , eft de 2 liv..
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16689
p. 105-108
TOPIQUE pour détourner la GOUTE. LETTRE à M. de BOISANDRÉ, Ecuyer de S. A. S. Mgr le DUC d'ORLÉANS.
Début :
ON vous a dit, Monsieur, que j'avois un secret pour attirer la Goute au [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TOPIQUE pour détourner la GOUTE. LETTRE à M. de BOISANDRÉ, Ecuyer de S. A. S. Mgr le DUC d'ORLÉANS.
TOPIQUE pour détourner la GOUTE.
LETTRE à M. de BOISANDRÉ,
Ecuyer de S. A. S. Mgr le DUC
d'ORLÉANS.
ON vous a dit, Monsieur, que j'avois
un secret pour attirer la Goute au
ped . Je voudrois bien l'avoir ce fecret ;
E.v.
roб MERCURE DE FRANCE .
mais je n'en connois uniquement que
la vertu. Voici le fait.
Un homme digne de foi & affu--
,
rément très-refpectable à tous égards ,
m'adreffa il y a quinze jours un Par-
ticulier qu'il avoit vû détourner une
goute remontée par le fecours d'un fim-
ple topique ; en m'adreffant ce parti-
culier , il me garantit que je pouvois
avoir toute confiance en lui,
Six femaines auparavant j'avois hor-
riblement fouffert de la goute dans les
reins & dans les entrailles , avec des
vomiffemens de vingt-quatre heures.
L'humeur alloit reprendre la même
route. Elle étoit déja au col , dans les
reins , & très
-
forte fur un genou.
Avec le confentement de M. Dixte
mon Médecin & mon ami , j'effayai
de me faire appliquer le topique fur les
deux pieds. Dès le lendemain le col
& les reins fe trouverent dégagés
toute l'humeur enfin tomba des ge-
noux fur les pieds , ils devinrent fort
enflés , un peu rouges. Chaque jour il-
en fortoit des férofités • quelquefois
à percer les linges
les linges , quoiqu'ils fuffent
en plufieurs doubles. Le Topique a agi
pendant douze jours environ
& je
fuis depuis Mercredi fans la moindre
enflure ni la moindre douleur,
JANVIER. 1764. -
107
Je ne prendrai pas la liberté de ha-
zarder des confeils fur une ſanté auffi
précieufe que celle de S. A. mais je di-
rai que ma fanté m'eft très- précieuſe
auffi , & que je fuis bien sûr qu'à la
premiere tracafferie de goute , je ne per-
drai pas un moment à faire encore ufage
du Topique. M. Dixte , témoin du fuc-
cès en a été étonné , & a promis de
bonne foi qu'il en rendroit témoignage
dans l'occafion. Voilà , Monfieur , tout
ce que je fçai de ma goute & du To-
pique ..
Votre homme m'a dit ce matin , en
me remettant votre Lettre , que vous
étiez mieux depuis deux jours . Jugez
du plaifir que j'en ai , par les fentimens
que vous connoiffez depuis fi long-
temps au vieux
MONTDORGE.
A Paris,le 23 Décembre 1763.
P. S. J'oubliois de vous dire , Mon-
fieur , que le poffeffeur du Topique
fe nomme M. de Mezoneis.
Il loge par
entrepôt , au coin de la rue des Foffés
Monmartre , du côté de la rue Mon-
martre même. Il a , de père en fils ,
la goute & le Topique. Il avoue qu'il
Evi
2
108 MERCURE DE FRANCE.
n'eft ni Médecin , ni rien qui en ap-
proche
il répond en conféquence aux
questions qu'on peut lui faire fur les
grands principes. Mais en revanche il
eft affuré, par une longue expérience, de
déloger la goute quand elle eft mal pla-
cée ; & l'expériencc eft plus forte, ce me
femble , que les plus beaux raiſonne-
mens.
LETTRE à M. de BOISANDRÉ,
Ecuyer de S. A. S. Mgr le DUC
d'ORLÉANS.
ON vous a dit, Monsieur, que j'avois
un secret pour attirer la Goute au
ped . Je voudrois bien l'avoir ce fecret ;
E.v.
roб MERCURE DE FRANCE .
mais je n'en connois uniquement que
la vertu. Voici le fait.
Un homme digne de foi & affu--
,
rément très-refpectable à tous égards ,
m'adreffa il y a quinze jours un Par-
ticulier qu'il avoit vû détourner une
goute remontée par le fecours d'un fim-
ple topique ; en m'adreffant ce parti-
culier , il me garantit que je pouvois
avoir toute confiance en lui,
Six femaines auparavant j'avois hor-
riblement fouffert de la goute dans les
reins & dans les entrailles , avec des
vomiffemens de vingt-quatre heures.
L'humeur alloit reprendre la même
route. Elle étoit déja au col , dans les
reins , & très
-
forte fur un genou.
Avec le confentement de M. Dixte
mon Médecin & mon ami , j'effayai
de me faire appliquer le topique fur les
deux pieds. Dès le lendemain le col
& les reins fe trouverent dégagés
toute l'humeur enfin tomba des ge-
noux fur les pieds , ils devinrent fort
enflés , un peu rouges. Chaque jour il-
en fortoit des férofités • quelquefois
à percer les linges
les linges , quoiqu'ils fuffent
en plufieurs doubles. Le Topique a agi
pendant douze jours environ
& je
fuis depuis Mercredi fans la moindre
enflure ni la moindre douleur,
JANVIER. 1764. -
107
Je ne prendrai pas la liberté de ha-
zarder des confeils fur une ſanté auffi
précieufe que celle de S. A. mais je di-
rai que ma fanté m'eft très- précieuſe
auffi , & que je fuis bien sûr qu'à la
premiere tracafferie de goute , je ne per-
drai pas un moment à faire encore ufage
du Topique. M. Dixte , témoin du fuc-
cès en a été étonné , & a promis de
bonne foi qu'il en rendroit témoignage
dans l'occafion. Voilà , Monfieur , tout
ce que je fçai de ma goute & du To-
pique ..
Votre homme m'a dit ce matin , en
me remettant votre Lettre , que vous
étiez mieux depuis deux jours . Jugez
du plaifir que j'en ai , par les fentimens
que vous connoiffez depuis fi long-
temps au vieux
MONTDORGE.
A Paris,le 23 Décembre 1763.
P. S. J'oubliois de vous dire , Mon-
fieur , que le poffeffeur du Topique
fe nomme M. de Mezoneis.
Il loge par
entrepôt , au coin de la rue des Foffés
Monmartre , du côté de la rue Mon-
martre même. Il a , de père en fils ,
la goute & le Topique. Il avoue qu'il
Evi
2
108 MERCURE DE FRANCE.
n'eft ni Médecin , ni rien qui en ap-
proche
il répond en conféquence aux
questions qu'on peut lui faire fur les
grands principes. Mais en revanche il
eft affuré, par une longue expérience, de
déloger la goute quand elle eft mal pla-
cée ; & l'expériencc eft plus forte, ce me
femble , que les plus beaux raiſonne-
mens.
Fermer
16690
p. 108-113
OBSERVATION sur les mauvais effets du Sublimé Corrosif employé extérieurement.
Début :
AUTANT il est nécessaire, pour le progrès de la Médecine & l'intérêt [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATION sur les mauvais effets du Sublimé Corrosif employé extérieurement.
OBSERVATION sur les mauvais
effets du Sublimé Corrosif employé
extérieurement.
AUTANT il est nécessaire, pour le
progrès de la Médecine & l'intérêt
commun , de publier les effets falutai-
res des médicamens , autant il feroit.
préjudiciable de celer le danger qu'il
y auroit de faire ufage de quelqu'uns.
Plus ces remédes font préconifés , plus
les perfonnes qui les confeillent ont de
réputation & de connoiffances , & plus
nous devons dévoiler leurs qualités
pernicieufes,quand l'expérience ne nous
laiffe aucun doute à cet égard.
L'obfervation fuivante m'a appris à
me défier d'une infinité de formules
JANVIER. 1764.
109
d'autant plus dangereufes , qu'elles fe
trouvent inférées dans des ouvrages
fort connus , fort eftimés , & que tout
particulier a d'ordinaire entre les mains.
Une Demoiselle avoit à la partie
moyenne de l'avant- bras , une dartre
vive de la largeur de la paume de la
main ; cette perfonne, qui d'ailleurs étoit
affez faine & bien réglée , en reffentoit
peu de douleur ; mais le défagrément.
d'avoir le bras continuellement enve-
loppé de linge & couvert d'onguent , la
détermina à fe faire guérir à quelque
prix que ce fût . Elle avoit déja effuyé
les traitemens les plus méthodiques ; ce-
pendant elle voulut encore que je l'en-
trepriffe. Après avoir mis en ufage les
remédes intérieurs qui conviennent en
pareil cas , & le tout fans fuccès , je
me déterminai à appliquer fur la dartre
quelques uns de ces cauftiques vantés
dans un Ouvrage fort connu. En con-
féquence je fis une pommade avec le
beurre , la cérufe & le fublimé corro-
fif. J'obfervai exactement la dofe pref-
crite , & je pris de ce mêlange à-peu-
près la pefanteur d'un demi gros que
j'étendis fur la dartre. A peine y fut- il
appliqué , qu'il caufa de vives douleurs
410 MERCURE DE FRANCE.
qui fe calmerent: cependant quelques
inftans après. Je méloignai enfuite de
là malade , mais au bout de deux heu-
res on accourut me chercher en me
difant qu'elle alloit périr. En effet je la
trouvais dans l'état le plus fâcheux. Elle
avoit des mouvemens convulfifs dans
prèfque toutes les parties du corps ,
& elle étoit fi violemment
agitée
qu'elle fe rouloit par terre. Elle avoit
en outre des hoquets & des nau-
fées fuivies de vomiffemens fréquens
qui me firent craindre pour fa vie..
Mon premier foin fut d'enlever avec.
de l'huile d'olive le refte du fublimé
enveloppé dans cette pommade , & je
fis prendre à la malade quelques verres
d'eau tiède pour rendre les vomiffemens-
moins pénibles & moins douloureux.
Je lui donnai enfuite du lait coupé avec
de l'eau commune , dans le deffein de
calmer l'irritation que caufoit le corro-
fif qui fans doute avoit paffé dans le
fang & produit tous ces défordres. Elle
prit auffi plufieurs lavemens compofés
de plantes mucilagineufes , & peu-à-
peu les accidens diminuerent au point
qu'elle ne reffentoit plus que de lé-
gères douleurs de colique. La nuit fui-
vante fut affez tranquille ; mais le ma
JANVIER 1764.
MT
tin la bouche parut enflammée , la fa-
Nivation fe manifefta ; & malgré l'eau
+
de caffe que je lui donnai abondam--
ment , je ne pus empêcher qu'elle ne
durât l'efpace de huit jours. Après ce
temps elle n'en fentit plus aucune in-
commodité ; la dartre refta toujours dans
le même état , & la Démoifelle dès
cet inftant réfolut de l'abandonner à la
Nature.
Si une auffi petite quantité de fubli--
mé corrofif a pu porter tant de trouble
dans l'œconomie animale , qu'auroit-ce
donc été fi une dartre plus étendue ou
plufieurs
dartres m'euffent contraint
d'employer une plus grande dofe de
cette pommade ? car dans l'ouvrage
d'où j'ai tiré cette formule
il est dit:
>
qu'on peut s'en frotter tout le corps ,
excepté la tête & la poitrine ; que cet
onguent eft fpécifique pour la galle &
les dartres ; & qu'il eft fans danger.
Pour moi , je penfe bien différemment ;
& d'après cette obfervation je conclus
qu'il peut être très- pernicieux. Il eft des
perfonnes où les pôres de la peau font
Ouverts au point d'abſorber de ce poi-
fon une affez grande quantité pour
faire périr les malades dans des tour
mens affreux .
煮
T MERCURE DE FRANCE.
Je ne prétends cependant pas infir.
mer le mérite de ces Médecins labo
rieux qui ont confacré leurs veilles
nous mettre fous les yeux différente
formules. Par là ils foulagent la mé
moire des jeunes gens qui ne font pas
encore dans l'ufage de compofer , &
rappellent l'idée des médicamens utiles
qu'on auroit pu oublier fans de tels
dépôts. Mais il faut avouer en même
temps que la plupart de ces Ouvrages
préfentés au Public fous des titres fpé-
cieux qui excitent fa curiofité , font
caufe de bien des accidens. Tout le
monde veut les pofféder , on les litlit ,
dès-lors on fe croit un Hypocrate ; &
fans principes , fans expérience , on s'i-
magine fe fuffire à foi- même & être en
état de traiter fon ami , fon voifin , & c.
Il feroit à fouhaiter que les perfonnes
qui s'adonnent à ces fortes de travaux
rejettaffent de leurs formules les dro-
gues violentes dont la plus légère er-
reur dans la dofe & dans l'ufage peut-
caufer un défordre capable de laiffer
Pour
le refte
de la vie les impreffions
les plus fâcheufes
.
En général foyons toujours en garde
contre ces fels métalliques avec excès
d'acide. Il eſt vrai que leur caufticité
JANVIER. 1764.
113
dépend principalement de la nature de
l'acide , & que l'acide végétal ne forme
pas un corrofif fi violent que le miné-
ral ; mais malgré cette différence , ce
font toujours des remédes dont on doit
craindre les fuites . L'expérience n'a que
trop fouvent confirmé leurs pernicieux
effets.
Par M. HOURY, Chirurgien Bréveté du ROI
pour la Guadeloupe & dépendances, ci-devant
Chirurgien interne de l'Hôtel-Dieu de
Paris.
effets du Sublimé Corrosif employé
extérieurement.
AUTANT il est nécessaire, pour le
progrès de la Médecine & l'intérêt
commun , de publier les effets falutai-
res des médicamens , autant il feroit.
préjudiciable de celer le danger qu'il
y auroit de faire ufage de quelqu'uns.
Plus ces remédes font préconifés , plus
les perfonnes qui les confeillent ont de
réputation & de connoiffances , & plus
nous devons dévoiler leurs qualités
pernicieufes,quand l'expérience ne nous
laiffe aucun doute à cet égard.
L'obfervation fuivante m'a appris à
me défier d'une infinité de formules
JANVIER. 1764.
109
d'autant plus dangereufes , qu'elles fe
trouvent inférées dans des ouvrages
fort connus , fort eftimés , & que tout
particulier a d'ordinaire entre les mains.
Une Demoiselle avoit à la partie
moyenne de l'avant- bras , une dartre
vive de la largeur de la paume de la
main ; cette perfonne, qui d'ailleurs étoit
affez faine & bien réglée , en reffentoit
peu de douleur ; mais le défagrément.
d'avoir le bras continuellement enve-
loppé de linge & couvert d'onguent , la
détermina à fe faire guérir à quelque
prix que ce fût . Elle avoit déja effuyé
les traitemens les plus méthodiques ; ce-
pendant elle voulut encore que je l'en-
trepriffe. Après avoir mis en ufage les
remédes intérieurs qui conviennent en
pareil cas , & le tout fans fuccès , je
me déterminai à appliquer fur la dartre
quelques uns de ces cauftiques vantés
dans un Ouvrage fort connu. En con-
féquence je fis une pommade avec le
beurre , la cérufe & le fublimé corro-
fif. J'obfervai exactement la dofe pref-
crite , & je pris de ce mêlange à-peu-
près la pefanteur d'un demi gros que
j'étendis fur la dartre. A peine y fut- il
appliqué , qu'il caufa de vives douleurs
410 MERCURE DE FRANCE.
qui fe calmerent: cependant quelques
inftans après. Je méloignai enfuite de
là malade , mais au bout de deux heu-
res on accourut me chercher en me
difant qu'elle alloit périr. En effet je la
trouvais dans l'état le plus fâcheux. Elle
avoit des mouvemens convulfifs dans
prèfque toutes les parties du corps ,
& elle étoit fi violemment
agitée
qu'elle fe rouloit par terre. Elle avoit
en outre des hoquets & des nau-
fées fuivies de vomiffemens fréquens
qui me firent craindre pour fa vie..
Mon premier foin fut d'enlever avec.
de l'huile d'olive le refte du fublimé
enveloppé dans cette pommade , & je
fis prendre à la malade quelques verres
d'eau tiède pour rendre les vomiffemens-
moins pénibles & moins douloureux.
Je lui donnai enfuite du lait coupé avec
de l'eau commune , dans le deffein de
calmer l'irritation que caufoit le corro-
fif qui fans doute avoit paffé dans le
fang & produit tous ces défordres. Elle
prit auffi plufieurs lavemens compofés
de plantes mucilagineufes , & peu-à-
peu les accidens diminuerent au point
qu'elle ne reffentoit plus que de lé-
gères douleurs de colique. La nuit fui-
vante fut affez tranquille ; mais le ma
JANVIER 1764.
MT
tin la bouche parut enflammée , la fa-
Nivation fe manifefta ; & malgré l'eau
+
de caffe que je lui donnai abondam--
ment , je ne pus empêcher qu'elle ne
durât l'efpace de huit jours. Après ce
temps elle n'en fentit plus aucune in-
commodité ; la dartre refta toujours dans
le même état , & la Démoifelle dès
cet inftant réfolut de l'abandonner à la
Nature.
Si une auffi petite quantité de fubli--
mé corrofif a pu porter tant de trouble
dans l'œconomie animale , qu'auroit-ce
donc été fi une dartre plus étendue ou
plufieurs
dartres m'euffent contraint
d'employer une plus grande dofe de
cette pommade ? car dans l'ouvrage
d'où j'ai tiré cette formule
il est dit:
>
qu'on peut s'en frotter tout le corps ,
excepté la tête & la poitrine ; que cet
onguent eft fpécifique pour la galle &
les dartres ; & qu'il eft fans danger.
Pour moi , je penfe bien différemment ;
& d'après cette obfervation je conclus
qu'il peut être très- pernicieux. Il eft des
perfonnes où les pôres de la peau font
Ouverts au point d'abſorber de ce poi-
fon une affez grande quantité pour
faire périr les malades dans des tour
mens affreux .
煮
T MERCURE DE FRANCE.
Je ne prétends cependant pas infir.
mer le mérite de ces Médecins labo
rieux qui ont confacré leurs veilles
nous mettre fous les yeux différente
formules. Par là ils foulagent la mé
moire des jeunes gens qui ne font pas
encore dans l'ufage de compofer , &
rappellent l'idée des médicamens utiles
qu'on auroit pu oublier fans de tels
dépôts. Mais il faut avouer en même
temps que la plupart de ces Ouvrages
préfentés au Public fous des titres fpé-
cieux qui excitent fa curiofité , font
caufe de bien des accidens. Tout le
monde veut les pofféder , on les litlit ,
dès-lors on fe croit un Hypocrate ; &
fans principes , fans expérience , on s'i-
magine fe fuffire à foi- même & être en
état de traiter fon ami , fon voifin , & c.
Il feroit à fouhaiter que les perfonnes
qui s'adonnent à ces fortes de travaux
rejettaffent de leurs formules les dro-
gues violentes dont la plus légère er-
reur dans la dofe & dans l'ufage peut-
caufer un défordre capable de laiffer
Pour
le refte
de la vie les impreffions
les plus fâcheufes
.
En général foyons toujours en garde
contre ces fels métalliques avec excès
d'acide. Il eſt vrai que leur caufticité
JANVIER. 1764.
113
dépend principalement de la nature de
l'acide , & que l'acide végétal ne forme
pas un corrofif fi violent que le miné-
ral ; mais malgré cette différence , ce
font toujours des remédes dont on doit
craindre les fuites . L'expérience n'a que
trop fouvent confirmé leurs pernicieux
effets.
Par M. HOURY, Chirurgien Bréveté du ROI
pour la Guadeloupe & dépendances, ci-devant
Chirurgien interne de l'Hôtel-Dieu de
Paris.
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16691
p. 113-139
RECHERCHES historiques sur les Casques & sur quelques Vêtemens des Anciens ; lûes à l'Assemblée de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
Début :
MESSIEURS, JE viens soumettre à votre Jugement de légères Réfléxions [...]
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texteReconnaissance textuelle : RECHERCHES historiques sur les Casques & sur quelques Vêtemens des Anciens ; lûes à l'Assemblée de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
RECHERCHES historiques sur les Casques
& sur quelques Vêtemens des Anciens ;
lûes à l'Assemblée de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture,
le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
32
MESSIEURS,
JE viens soumettre à votre Jugement
de légères Réfléxions sur les Coëffures
militaires & fur quelques Vêtemens des
Anciens. Trop peu verfé dans la fcience
des difcuffions pour prendre le ton d'An-
tiquaire , je n'envifagerai ces objets du
114 MERCURE DE FRANCE.
coftume que relativement à l'intérêt de
nos Arts.
Le penchant naturel aux hommes de
veiller à leur confervation , fuggéra aux
plus induſtrieux le foin de pourvoir à la
commodité des vêtemens , immédiate-
ment après qu'ils eurent pourvu aux
moyens de la fubfiftance. Leurs pre-
mières précautions n'eurent en vue que
l'ajustement du corps. La cocffure natu-
relle les difpenfoit de chercher d'autres
parures , pour garantir leur tête de l'in-
commodité des faifons. A peine les Pa-
triarches , que l'âge rendoit fenfibles aux
viciffitudes ordinaires , portoient de lé-
gères bandes de lin , dont ils ceignoient
leur front en guife de turban , pour-com-
penfer le dépériffement des cheveux. La
chauffure des Anciens fe réduifoit à des
demi- bottines , terminées par des fan-
dales
précaution indifpenfable à des
hommes que leur état , leur profeffion
& leur goût foumettoient à des fatigués
continuelles.
Telle étoit la fituation des premiers
habitans de l'univers , tant qu'ils ne fu-
rent occupés que du befoin de leur éxif-
tance. Mais dès que l'ambition leur inf-
pira des motifs de cupidité , qu'ils s'avi-
ferent de vouloir augmenter leurs richeſ
JANVIER. 1764.
Bry
fes en étendant leurs domaines , & que
La loi du plus fort parla plus haut dans
leur cœur que la voix de la raiſon & de
l'équité, ils penfèrent à s'armer , pour
ainfi dire , de pied en cap , à garantir
toutes les parties de leur corps , & à fe
précautionner contre les traits de ceux.
dont ils fe propofoient d'ufurper les pof-
feffions. Les inftrumens de la vengeance,
les bâtons , les haches , les flèches , les
maffues leur faifoient craindre des coups
trop violens , pour ne leur oppofer que
les fecours de la nature.
Il fallut avoir recours à l'induſtrie. Le
fecret de réduire le fer en lames , & de
fondre les métaux pour en former des
coeffures n'étoit point encore trouvé.
L'dée que les audacieux mortels avoient
de la fupériorité de leurs forces , les arma
contre les paifibles habitans des forêts.
La préfomption leur perfuada qu'ils fub-
jugueroient aifément des êtres affectés
*
d'une ftupidité invincible. Ils leur ten--
dent des piéges , les attaquent , les for-
cent dans leurs tanières ; ils en devien--
nent vainqueurs , & fe propofent dès-
lors de fe vêtir de leurs dépouilles.
Le premier ufage qu'ils en firent fut
de s'en couronner. On vit la tête de la
bête féroce fervir de coëffure à fon meur-
116 MERCURE DE FRANCE.
trier. I fatisfaifoit ainfi tout-à-la-fois
fes befoins & fon orgueil. En arborant
cette marque de fa victoire fur un animal
redoutable , il croyoit paroître redouta-
ble lui- même aux yeux de fes ennemis .
Cette coëffure , qui vraisemblable-
ment a précédé l'invention des Cafques ,
en a étéle premier modèle. Tous les mo-
numens de l'Antiquité atteftent que les
hommes ont confervé dans leurs coëf-
fures militaires l'idée des animaux les
plus hideux & les plus féroces , ou les
plus nobles & les plus utiles. Herodote
nous apprend , que les Ethiopiens por-
toient des Cafques faits de la peau d'une
tête de cheval : les oreilles & la crinière
y étoient jointes. Les anciens Gaulois
formoient les leurs de la dépouille d'une
tête de bœuf, dont la crinière fervoit
d'aigrette. Les Milyens n'étoient coëffés
qu'avec des bonnets faits de peaux de
toutes fortes de bêtes fauvages.
Après même que les métaux furent
employés à former des armures,plufieurs.
peuples confervèrent dans leurs coëffures
militaires des portions de la tête & fur-
tout le muffle des animaux, dont ils ne
portoient plus les dépouilles. Les Thra-
ciens Afiatiques avoient des Cafques
d'airain , avec des oreilles & des cornes
JANVIER. 1764.
117
de boeuf. Le Brun , cet Artifte érudit .
qui fçut unir fous fon pinceau les véri-
tés hiſtoriques aux bienféances du coftu-
me , a ainfi coëffé , dans fon Paffage du
Granique ( a ) , un Cavalier qui s'élance
fur la rive. Tout le monde fçait qu'une
pareille coëffure étoit l'attribut de Jupi-
ter Ammon. Comment les hommes ne
fe feroient-ils pas fait gloire d'avoir une
parure qu'ils donnoient même à leurs
Dieux ?
Non-feulement les Anciens ména-
geoient à leurs Cafques des ornemens
qui annonçoient la première origine de:
cette armure , mais encore ils affocioient
au métal dont il les formoient,la peau de
la tête de quelque bête fauvage. L'éxem-
ple en eft offert dans plufieurs monu-
mens antiques , & fingulièrement dans
un Cafque élégamment adapté au tro-
phée de la Victoire , placé au pont-tour-
nant du Jardin des Thuileries.
Loin de regarder cet affortiment com-
me l'ouvrage de l'imagination ou du ca-
price de l'habile Coëzevox , nous devons
l'envifager comme une judicieufe imita-
tion de l'Antique. La Colonne érigée
en l'honneur de Trajan , préfente un
(a ) Un des Tableaux des Batailles d'Alé-
xandre.
118 MERCURE DE FRANCE.
nombre infini de foldats coëffés indiffé-
remment avec des peaux de bêtes féro-
ces , & avec des cafques de fer à demi-re-
couverts de femblables dépouilles, Cette
pratique eft répétée dans les bas-reliefs
de la Colonne Antonine , & déposée
dans d'innombrables monumens , que
nous ont tranfmis les fiécles les plus re-
culés.
L'envie de fe donner un air formida-
ble fit naître aux Nations barbares (b) le
deffein de fe former des coëffures monf-
trueuſes , tant par la repréſentation des
animaux choifis dans les espèces malfai-
fantes , que par les horribles crinières que
ces Peuples mettoient à leurs Cafques.
L'idée de cette bifarrerie eft judicieuſe
à quelques égards un ennemi effrayé
eft prèfqu'àdemi vaincu . C'eft dans cette
vue que ces Nations portoient dans leurs
enfeignes militaires des figures d'ani-
maux terribles , ou d'objets capables
d'intimider. Les Phrygiens arboroient un
(b ) Les Romains appelloient Barbares tous
les Peuples , hormis les Grecs & ceux qui vivoient
fous leurs loix. Les Barbares fe faifoient honneur
de cetitre. Il ne fignifioit autre chofe que : Peuple
exempt de la domination des Romains , & n'avoit
aucun rapport avec l'idée de cruauté que cette ex-
preffion nous préfente aujourd'hui.
·
JANVIER. 1764.
114
fanglier , les Gotgs un ours , les Daces
un dragon , les Thraciens la figure de la
mort. Ces Peuples s'accoutumoient ainfi
à ne s'effrayer de rien . Ils fe familiari-
foient avec les fpectacles les plus affreux,
& infpiroient aux foldats la hardieffe &
la férocité des monftres qui leur fer-
voient d'etendarts.
Inſpirer la terreur , éguillonner le cou-
rage,n'étoient pas les feuls motifs que les
Anciens fe propofoient dans la forme
effrayante de leurs Cafques. Les crêtes
redoutables & tranchantes , faites de
lames d'airain , dont les Etrufques ar-
moient leurs coëffures , les pointes fortes
& extrêmement aiguës dont ils les hérif-
foient , transformoient en arme offenfive
un objet qui ſembloit ne devoir fervir
qu'à la défenſe du foldat. Par cet arti-
fice , les combattans fe ménageoient la
double reffource de parer des coups:
meurtriers , & de bleffer les ennemis qui
auroient voulu les forcer à fe rendre (c).
Statagême victorieux pour ſe dégager
de leurs mains !
Quelle variété les Nations Orientales
& les Peuples du Nord n'employèrent
ils pas dans leurs coëffures militaires ? Le
(c) Recueil d' Antiq. par M. le C. de Caylus
Tom. III. pag. 64.
120 MERCURE DE FRANCE .
bois , les nerfs tiffus , le fer , l'airain fer-
virent indifféremment àla conftruction
de ces armures. On leur donna les di-
verfes formes de bonnets , de demi-
fphère , de corno - phrygien & dethiare.
Celle- ci étoit plus ordinairement prati-
quée par les Daces , par les Sarmates ;
& les Parthes , qui la tenoient des Per-
fes , & n'en connoiffoient point d'autres.
Ces Cafques , qui s'élevoient en cône
étoient allongés d'une pièce qui s'éten-
doit entre les deux épaules , où elle finif-
foit en fe rétréciflant. Elle garantifſoit
le foldat des coups que l'ennemi lui
por-
toit fur le col , par préférence , dans le
deffein de lui abattre la tête. La coutume
établie chez les Romains de montrer au
Général la têted'un Barbare, pour obtenir
la récompenfe de leur valeur , avoit fans
doute fuggéré cette précaution à leurs en-
nemis.En combien d'endroits desColon-
nes Trajane & Antonine ne voit-on pas
des Romains montrant à l'Empereur des
têtes qu'ils ont coupées à leurs ennemis ;
des foldats ayant entre leurs dents des tê-,
tes qu'ils tiennent fufpendues par les che-
veux , tandis qu'ils en coupent d'autres ?
Raphaël , le Brun , dans leurs Batailles
de Conftantin , Rubens , dans fon.Com-
bat des Amazones , ont enrichi leurs
compofitions
JANVIER. 1764.
121
compofitions de ces images pathétiques
imitées d'après les Anciens : ils fe les font
appropriées par la manières de les rendre.
Beau privilége des Modernes , dont il
eft louable de fçavoir uſer à propos !
L'attention des Barbares à ne faire
ufage que des inventions utiles , leur fit
négliger la recherche de celles qui ne
leur paroiffoient être que de pur agré-
ment. Ils ne mirent fur leurs Cafques ,
ni riches aigrettes , ni panaches éclatans.
Ils ne fe formèrent des crinières qu'avec
des queues de chevaux flottantes , éta-
blies fur la figure de quelque griffon ou
autre monftre. Ce font eux qui nous ont
particulièrement confervé l'idée de la
première origine des Cafques. On en
trouve cependant encore différentes em-
preintes dans les coëffures militaires des
Grecs & des Romains , malgré la réfor-
me qu'ils y ont faite de certains objets
effrayans , plus capables d'infpirer la fé-
rocité , que de ranimer la valeur.
C'est l'annobliffement ,' la richeffe des
Cafques , leur utilité , & quelques avan-
tages particuliers qui déterminèrent les
Grecs aux formes élégantes qu'ils leur ont
données. La calote de la coëffure étoit
plus élevée dans fa partie fupérieure &
plus large que la tête du guerrier. Par ce
II. Vol.
F
*
122 MERCURE DE FRANCE.
moyen , l'armure ne touchoit point im →
médiatement au crâne. Il étoit d'ailleurs
garanti par la figure de quelque divinité
ou de quelque animal qui fervoit de ba-
fe à de riches aigrettes & à des pana-
ches volumineux. Ces couronnes flot-
tantes étoient ordinairement compofées
de plumés d'autruches ou de hérons,réu-
nies & teintes des plus brillantes couleurs.
Elles ont été , dans les occafions les plus
périlleuses , d'une très-grande utilité aux
combattans, Sans le fecours de cette pa-
rure , qui tout à-la-fois prête de la digni-
té au guerrier , & influe fur la fureté de
fes jours , le Barbare Rofacès eût peut-
être , du premier coup de hache , fendu
la tête à Alexandre : la générofité de
Clius fût venue trop tard au fecours du
Héros . ( d)
Le Cafque des Grecs , qui étoit ſou-
vent à triple aigrette , c'eft à-dire , avec
trois rangs de plumes , avoit encore un
autre avantage : c'étoit une vifière qui
pouvoit fe rabattre fur le vifage & le
couvrir ; mais qui , prèfque toujours re-
levée , formoit une efpèce de petit au-
vent , fous lequel les yeux & toutes les
parties faillantes du vifage étoient à l'a-
bri des traits qui tomboient à plomb.
(d) Quinte-Curce.
JANVIER. 1764.
123
Une double confidération doit , Mef-
fieurs , nous rendre remarquable cette
forme de Cafque. Elle contribue aux
effets des lumières interceptées & des
ombres portées par un corps faillant. Ref-
fource extrêmement pittorefque , qui fa-
acilite à l'Artiſte la rondeur , la fierté &
l'expreffion d'une tête. D'ailleurs ce ga-
barit diftingue particulièrement de Caf-
que Grec du Cafque Romain . Celui-ci
couvroit exactement la tête du guerrier
comme une calote , n'ayant ni éléva-
tion , ni faillie , & ne le garantiffant pas
davantage des coups portés de haut que
de ceux qui lui venoient en face.
Il paroît étonnant que les Romains
n'ayent jamais emprunté les parties avan-
tageufes du Cafque des Grecs ; eux qui ,
dans la guerre qu'ils eurent contre les
Parthes, imitèrent une portion de la thiare
de leurs ennemis , en relevant par der
rière la pointe de leur Cafque , commè
on le voit dans l'Arc de Septime Severe.
Cette forme donne à l'armure une
forte de rapport avec le Bonnet-Phry
gien. Elle peut fervir aux Artiſtes à met-
tre quelque différence entre les princi
paux Officiers Troyens & les Généraux
des Grecs , dans la peinture du fameux
Siége de Troye. La différence que doi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vent préfenter les coëffures de ces illuf-
tres ennemis , ne concerne que les Caf-
ques Troyens. La partie de la crête , fur
laquelle le panache eft attaché , doit en
être arrondie & repliée fur le devant , &
au plus haut de la tête ( e ) .
Les Romains n'imitèrent les coëffures
militaires des Peuples de la Grece , que
dans leur magnificence. Ils les ornèrent
de panaches éclatans , qu'ils faifoient ,
plus ordinairement que les Grecs , de plu-
mes blanches. Lorfqu'ils les décoroient
de la triple aigrette , ils la furmontoient
de quelque figure emblêmatique. Tel
étoit , felon Virgile , le Gafque de Tur
nus une chimère vomiffant des flam-
mes s'élevoit fur le triple rang de plumes
dont l'armure du Prince étoit enrichie.
A l'égard des oreillettes , ces petites
plaques à charnières qui garantiffent
les tempes & les joues du foldat , elles
furent communes à tous les Peuples an-
ciens. Il paroît néanmoins que les Na
tons Septentrionales s'en font fervi plus
invariablement que les autres.
Lorfque les Militaires des premiers fié-
cles eurent éprouvé l'avantage d'avoir
(e)Tableaux tirés d'Homère , &c. Voy. Oba
fervat. fur le Costume , par M. le C. de Caylus ,
Fag.xliv, &fuiv,
Toba
JANVIER . 1764.
125
des coëffures de peaux de bêtes ; de ;
qu'ils eurent fenti que les moelleuſes cri-
nières de ces dépouilles , non-feulement,
les garantiffoient des plus vives impref-
fions de l'air , mais qu'elles amortiffoient
encore les coups les plus rudes de l'en-
nemi , ils ne tardèrent pas à fe vêtir de
la dépouille entière , à l'éxemple de nos
premiers Pères (f) , & l'employèrent à
mille ufages effentiels.
D'abord ils s'en firent uue efpèce de
mantelet , qui ne leur couvtoit que les
épaules. C'étoit l'ajuſtement des Tubi-
cines & des Trompettes. Ils s'en forme-
rent enfuite un manteau qui recouvroit
là
la portion du corps que le volume de la
dépouille pouvoit embraffer. Tel étoit
le vêtement des Porte-étendarts. Ils re-
nouoient les pattes de l'animal fur la poi-
trine & au-deffus de la ceinture. Par ce
moyen , ils n'avoient que le bas des cuif-
fes à découvert Cette forme de vête-
ment eft confignée dans plufieurs ba-
reliefs antiques. Elle eft auffi très- élé-
gamment retracée en la figure d'un Por-
te- enfeigne , dans le Triomphe de Jules-
Cefar , peint par André Mantinea ( g ) .
(£) Geneſe.
<
( g ) Cet Ouvrage, que l'on voit au Palais du
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage qui , par la quantité d'objets
du coftume dont il eft enrichi , mérite
bien de la confidération .
Les Grecs & les Romains ne donnoient
ces fourrures , qu'à certains Officiers mi-
litaires ; dans ces mêmes fiécles des Peu-
ples entiers ne s'habilloient pas autre-
ment en guerre. Herodotenous apprend,
que dans la fameuse expédition de
Xercès , les Cafpiens & les Paties
étoient vêtus de Saïes , faits de peaux
de bêtés fauvages ; les Lyciens fe cou-
vroient de peaux de chêvres ; les Thra-
ciens
étoient habillés de peaux de
renards & les Ethiopiens de peaux de
léopards & de lions.
Les Francs , après même la conquête,
des Gaules & au commencement de la
deuxiéme race de nos Rois , fe faifoient
une gloire & un devoir de conferver l'an-
cien habillement , fait de peaux de bêtes.
Au rapport d'Eginard ( h) , Charlema-
gne , ayant été informé que quelques
Seigneurs de fa Cour avoient pris des vê--
temens plus fomptueux , & propres au
Peuple vaincu , les en inculpa févére-
Duc de Mantoue , eft gravé en dix feuilles & ſe
vend à Rome , alla pace. Voy. feuille 8.
( b ): Vie de Charlemagne
150
JANVIER. 1764.
127
ment en plein Confeil , & les obligea de
reprendre les habits de la Nation Franc-
que victorieufe.
On n'eft pas étonné des moyens qu'a-
voient les Anciens de vêtir de peaux de
bêtes tous les foldats de plufieurs armées,
quand on fe rappelle les innombrables
reffources que leur fourniffoit la chaffe.
Exercice d'autant plus commun dans
ces temps , qu'il éroit abſolument néceſ-
faire , pour empêcher les bêtes fauvages
d'infefter les bois & les campagnes. Aux
profits de la chaffe , ils joignoient ceux
d'une quantité infinie de Sacrifices ,
d'Hécatombes divers , de cinq cens , de
mille victimes , qu'ils immoloient à leurs
Dieux , & dont les dépouilles étoient au
bénéfice des Sacrificateurs. Mais , ce que
l'on ne conçoit que difficilement , c'eſt
qu'il y ait eu des Peuples qui fe revê-
toient de dépouilles humaines .
Tels
étoient les Scythes. Ils écorchoient le
prifonnier de guerre , après en avoir hu-
mé le fang , s'habilloient de fa peau , &
mettoient la tête au faîte de leurs caba-
nes. Les Perfes fe faifoient honneur de
cruautés non moins horribles
témoin
le procédé d'un de leurs Rois , qui , vou-
lant donner l'éxemple de la plus grande
févérité , fit écorcher vifun Juge crimi-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
nel , ordonna qu'on recouvrit de fa dé-
pouille le fiége du Tribunal , & obligea
le fils du prévaricateur à rendre la Justice
affis fur la peau de fon pere. Ce trait ,
pris dans l'Hiftoire de Cambyfe , fe-
cond Roi de Perfe , & fils du grand Cy-
rus , fe trouve gravé dans l'Euvre de
Rubens.
Les mêmes fourrures d'animaux fau-
vages , qui prêtoient un caractère de
férocité aux foldats d'infanterie , don-
noient aux cavaliers un air de magnifi-
cence. Ceux - ci s'en formoient des houf.
fes , qui couvroient prèfque entièrement
le corps de leurs chevaux. Ils agraffoient
au poitrail la tête refendue , & y re-
nouoient les pattes antérieures de la dé-
pouille ; tandis que celles de derrière
voltigeantes fur les flancs & fur la'croupe
du courfier , ajoutoient à la richeffe de
la parure la vivacité de l'action. Quel
affortiment pittorefque ,
Meffieurs !
Qu'il eft favorable à nos Arts ! Tout ce
qui contribue au mouvement des objets
les rend intéreffans , leur communique
de l'efprit , & les difpofe aux effets de
lumière les plus heureux. D'ailleurs , quel
contrafte piquant n'occafionne point la
couleur propre d'une fourrure d'ours ,
de tigre , de lion , foit qu'on l'affortiffe.
a
e
e
B
JANVIER. 1764.
129
avec un courfier blanc , dont elle relève ,
l'éclat , foit qu'on l'oppofe à un cheval
del teinte brune , qu'elle fert à colorer !
Telle la peau du lion de Némée fait bril-
ler avec plus de vivacité le tendre colo-
ris d'Omphale ( i ) , & les tons vigoureux
du Héros qui file auprès d'elle ; tel auffi
le caractère nerveux , & le poil hériffé,
de l'animal qui dévore Milon ( 1 ) , font,
mieux fentir , dans les chairs du Croto-
niate , la force , le fentiment & le moë-
leux du naturel .
Les peaux de bêtes les plus communes,
furent employées à des ufages importans.
Didon fit fervir une peau de bœuf, cou-
pée par lanières , à tracer l'enceinte de
Carthage. Les Peuples de la Colchide ra-
maffoient avec des peaux de moutons le
fable d'or qui rouloit dans certains tor-
rens ( m ). Dans les fiéges des villes , les
deux armées fe fervoient de dépouilles ,
fraîchement écorchées , pour mettre ob-
ftacle aux attaques de l'ennemi. Les
affiégés tendoient des peaux de vaches
ou de moutons , trempées dans des li-
queurs fortes & acides , & enduites
(i ) Tableau de François le Moine , placé chez
M. B.
(1 ) Chef- d'œuvre de Pujet , à Verfailles.
(m )L'Abbé Banier , T. III. p. 237.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
d'herbe marine , de mouffe , owdeлtesre
molle, pour rompre l'effet des traita,
des pierres } des feux lancés contrer les
ramparts & les tours ( n ). Les affiégeans
matelaffoient avec de pareilles fourrures
les guérites ou les foldats agitoient les
béliers militaires
ils en couvroient auffi
celles qui fervoient à fapper les murs.!
Ce fut fur une toifon de chevreau qué bé
Vainqueur des Madianites exigea & obe
tint un double miracle pour prouyer fas
Miffion , qui devoit procurer la délivrani
ce du Peuple de Dieu (o ). C'eft avec des
peaux de bêtes peu rares qu'alloient vêtus
le Maître d'Elifée,le Précurfeur du Meffie,
plufieurs Anachorettes de la Thébaïde
& quantité de Philofophés de l'Egypte ,
de la Grece & de Rome. Les peaux
moins communes , l'hermine ela mar-
thre , enrichiffoient les mantéaux des
Fézabel , des Thomiris , des Cleopatre , &
les Simarres des plus faftueux Souverains
du Nord & de l'Orient.
On diroit que les oifeaux même ayent
voulu participer au privilége de prêter
leurs dépouilles à l'utilité des Anciens.
Les peaux de grues fervirent aux Ethio-
piens Orientaux à couvrir leurs boucliers.
( n ) Chevalier Follard.
(o ) Gedeon. Jug.
JANVIER 1764
(q Ofiris.
131
Les plumes d'autruches & de hérons for-
mèrent , ainfi que nous l'avons obſervé ,
des aigrettes , des panaches aux Pirrhus
aux Céfars. Ajoutons que celles de la
pintade & du faifan couronnèrent le
bonnet des Lyciens. Ainfi celui de nos
Américains et aujourd'hui décoré des
plumès de la bluette & du courli (p ).
Un autre ufage auquel les dépouilles.
d'oifeaux furent employées , doit leur
valoir quelque confidération de la part
des Artistes. C'eft avec ces peaux que les
Anciens caractérifèrent des événemens .
de la Fable , des objets de la Nature , &
même des traits de Morale. La dépouille
d'un vautour, artiftement dégarnie de
quelques plumes , & groupée avec un
are , fous une maffue environnée de
flêches , défigna Prométhée délivré par
Hercule; celle d'un épervier , ayant fon
chef enté fur un corps humain , annon-
ça le plus grand Dieu des Egyptiens (4).
La peau d'un aigle, ingénieufement adap-
tée au bufte d'un jeune homme , repré-
fentoit l'Air. La Terre fur quelquefois in-
diquée par la dépouille d'une chouette ,
pofée fur un vafe de terre près d'un lion
enfin la dépouille du paon , foulée aux
( p ) Oifeaux de Amérique..
{
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
pieds d'un verrat , étoit l'image de la va-
nité humiliée ; & la peau du phénix, ajuſ-
tée autour d'un cercle , fut l'attribut de
l'immortalité. Idées heureufes que lesAn-
ciens nous ont fuggérées , & dont les
plus grands Peintres , & les Sculpteurs
Nota. Les divers ufages d'employer dans les
vêtemens , les peaux de bétes fauvages & d'oi-
feaux carnaciers , pour fe donner un air formida-
ble , fe fontperpétués jufqu'à nos derniers fiécles .
En parlant des Dellys , Nicolaï
*
rapporte que
ccs troupes légères qui combattent fous l'étendart
Mahometan , font vétues d'une camisole aſſez lon-
gues & de hauts- de-chauffe, très-larges ; le tout
fait de dépouilles de jeunes ours , dont le poil
eft en dehors. Le bonnet à la Polaque , quepor-
tent ces Croates , penche fur une épaule. Il eftfor-
mé d'unepeau de léopard , bien moucheté . Sur le
devant de cette coëffure eft attachée , en large , la
queue d'un aigle. Leur bouclier eft orné des deux
ailes de l'oifeau vorace. Elles font ouvertes & at-
tachées avec des clous d'or, de manière que toutes
les plumes préfentent comme autant de lances hé-
riffies contre l'ennemi,
Plufieurs Religieux Mahometans s'ajuftent avec
des fourrures de bêtes , pour ſe donner un airfin-
gulier. Les Calenders n'ontpour tout vêtement que
lapeau de quelque animal féroce , dont ilsfe cou-
vrent les épaules. Les Geomailers portent , en gui-
fe de manteau , une dépouille de lion ou de léo-
pard , qu'ils attachent devant la poitrine , en
y renouant les pattes antérieures de l'animal ; ils
* Voy. les voyages que cet Ecrivain a faits en
Turquie , p. 121 & 160.
JANVIER. 1764.
133
les plus fameux n'ont pas négligé de faire
un utile emploi.
Outre la deftination ordinaire des peaux
de bêtes , à fournir des vêtemens aux fol-
dats , des houffes aux cavaliers , des ar-
mes défenfives aux affiégés, ainfi qu'aux
affiégeans , & à former la parure carac-
tériſtique de divers perfonnages diftin-
gués , elles furent encore deſtinées à faire
des lits aux Héros , & à leur fervir de
fiéges. C'étoit fur de pareilles fourrures
étendues par terre , dit Homère , que les
Anciens couchoient. Sur ces peaux on
mettoit , pour les perfonnes de confidé-
ration , des étoffes de pourpre qui leur
fervoient de matelas ; fur ces étoffes de
beaux tapis , c'étoient leurs draps ; & fur
ces draps de riches couvertures. Les
peaux garnies de tout leur poil fervoient
de fommier contre l'humidité. C'eſt dans
cette vue que le Législateur des Hébreux
fit recouvrir tout le Tabernacle d'une
ajuftent à volonté les autres portions de la four-
rure ; mais ordinairement ils laiffent traîner la
queue par terre ; fe revêtent de peaux de mouton
& de chèvre, dont ils fe font des tuniques fans
manches & dont ils renouent les pattes à l'en-
droit de la ceinture. Ils accompagnent ce vêtement
d'un manteau fait de peau d'ours. Les Dervis
font vêtus à-peu-près de même.
134 MERCURE DE FRANCE.
troifiéme tenture faite de dépouilles d'a
nimaux (r).
Plufieurs Peuples , les Grecs même
tenoient des Perfes la coutume de s'af
feoir fur les peaux des bêtes les plus..
moelleufes . Les Spartiates , Peuple fier
auftère , ennemi de tout luxe , n'adop
terent point cet ufage. Dans la fameufe
entrevue d'Agefilas ( s ) & de Pharna-
bafe. ( t ) Celui-ci , voyant que le Géné
ral Spartiate s'afféyoit uniment par ter
re , s'affit de même , fans
égard aux
peaux très-douces & à longs poils, qu'on
avoit préparées. La fimplicité Spar-
tiate fit honte au fafte Perfan..
A la fatiété de jouir des biens utiles
fuccéde mille fois l'ambition de fe pro-
curer ceux qui font plus difficiles à
abtenir. Etre vêtus de dépouilles d'ani-
maux ordinaires devint un uſage trop
commun. On afpira à la prérogative
d'endoffer les peaux des bêtes les plus
rédoutables & l'on mit la plus grande
gloire à fe procurer celles dont la pof-
feffion étoit plus rare. Dans quels fiécles
cette manie n'a-t-elle pas affecté les
hommes les plus judicieux en appa-
rence ? De nos jours même , ne por-
( r ) Exode.
( s ) Général des Spartiates:
( t ) Commandant des Armées du Roi de Perfe
JANVIER 1764
18?
tons nous pas à l'excès un pareil luxo
en faifant éventerà grands frais , les
brebis d'Aftracanju ) pour arracher
de leurs entrailles des agneaux , à peine
formés , dont les toifans nous fervent
de parure.
Tant que les Anciens furent entichés
de cette prévention bifarre , ils n'efti
mèrent que médiocrement les dépouilles
des animaux, dont on pouvoit fe rendre
maitre fans danger & fans bravoure. Ils
les abandonnèrent aux Miniftres de leurs
Divinités Ce n'eft pas qu'on n'en cong
facrât dé très rares & de fort précieufes
au fervice des Temples. A Delphes , la
peau du ferpent Python recouvroit le
Trépied d'où la Prophéteffe d'Apollon
rendoit fes oracles. La fameufe toifon
du bélier qu'immola Phryxus , faifoit le
riche ornement du Temple que Mars
avoit à Colchos . Mais l'habit facerdotal
étoit fait ordinairement de fourrures les
plus fimples. Les peaux de faon fervirent
à vêtir les initiés aux myftères de Bace
chus ; celles de cabrit les Luperces ; cel
les de chevreuil les Faunes ; celles de bi
ches les Prêtreffes de Diane ; celles de
brebis les compagnes de Palès Les Bac
( u) Ville de la Mofcovie Afiat. dans la Tarta
rie , d'où viennent les ferues de peaux d'a-
gneaux, tirés forcément de venta, le lévéres,
136 MERCURE DE FRANCE.
chantes eurent feules le privilége de por
ter les peaux de panthères , qui défi-
gnoient & redoubloient tout-à-la-fois
leurs tranfports furieux . La dépouille
de l'animal confacré à Silène fut , ainfi
que celle du bouc & du tigre , prodiguée
dans les Orgies à tous les fuppôts de
,
Bacchus , pour défigner l'abrutiffement ,
l'intempérance & la cruauté où fouvent
l'yvreffe conduit. En vain des préjugés
du culte rendoient plufieurs de ces dé-
pouilles fufceptibles d'une forte de di-
gnité ; foit par refpect , foit par préven-
tion , les grands Guerriers affectèrent de
ne s'en point revêtir. Cependant les Ama-
zones s'en firent des plaftrons , à l'imita-
tion de Minerve dont l'Egide étoit re-
couvert de la chévre Amalthée.
' L'Abbé Guyon , Auteur de l'Hiftoire
des Amazones , après avoir fait mention
de leurs divers vêtemens , ajoute d'après
Quinte- Curce : » Mais quelque forme
qu'ils euffent , les uns & les autres
» étoient communément faits de la peau
» des bêtes que les Amazones tuoient à
» la chaffe. Ils étoient attachés fur l'é-
paule gauche , laiffant tout le côté
» droit à découvert , & ne defcendoient
» pas au-deffous du genou. Pag. 65.
On rechercha avec un très- grand foin
JANVIER. 1764.
137
les dépouilles des bêtes les plus furieufes
& les plus carnacières. Les Peuples fe
difputèrent la gloire d'en être poffeffeurs.
Ceux de la Colchide gardèrent avec vé-
nération la dépouille des taureaux domp-
tés, vaincus par Jafon ; ceux de Thébes
confervèrent long- temps dans un afyle
facré la dépouille du Sphinx dont Edipe
les délivra ; les Etoliens s'approprièrent
par la force des armes la peau du fanglier
que tua Méléagre (x ) .
Mais quelque grande que foit l'idée
que les Anciens attachoient à ces objets ,
de leur valeur & de leur fafte , les dé-
pouilles du lion eurent la préférence fur
toutes les autres . On fe fit plus d'hon-
neur à dompter le Roi des Animaux ;
quoique , fuivant la judicieuſe obſerva- >
tion d'un Littérateur , également re-
commandable par fon amour pour les
Lettres & pour les Arts ( y ) , il y ait des
bêtes fauvages plus dangereufes à com-
battre & plus difficile à vaincre que le
(x) Ily eut aufujet de cette dépouille une ba-
taille entre les Etoliens & les Curettes , qui fe don-
na fous les murs de Calydon. Voy. l'Ab Banier.
T. III. p . 352.
(y ) M. le Comte de Caylus , Amateur Hono-
raire de l'Acad. Roy. de Peint & de Sculpt. Mem-
bre de celle des Belles-Lett. & Infcriptions , &c.
138 MERCURE DE FRANCE.
lion. Le volume de fa peau , qui don-
noit la facilité de couvrir une grande
partie du corps, & de renouer commodé--
ment fes pattes fur la poitrine , fut fans
doute une des raifons de la prédilection
qu'on lui accorda.
Des motifs de préférence plus hono-
rables lui étoient refervés. Le lion fut
deftiné a être le fymbole de la puif-
fance fouveraine : les premiers Rois
d'Egypte n'avoient pas d'autre marque
extérieure de leur autorité. ( ) Difons
tout
le lion feul par un privilége
propre & exclufif , fut confacré au plus
noble des emplois ; à être l'attribut ca-
ractéristique de la valeur & de la ver-
tu. Les Héros ont adopté ce ſymbole
d'après l'exemple d'Hercule : les Sou
verains , les Nations , fe font fait gloire
de le fuivre. L'Empereur Commode
veut-il publier les prétentions , qu'il
croit avoir à l'immortalité ? Il ordon-
ne que fa ftatue foit parée de la dé-
pouille que portoit Alcide. Les Lacé-
démoniens veulent - ils
illuftrer leur
Chef, qui avoit défendu le paffage des
Thermopyles , à la tête de trois cens
Spartiates ? ils lui font ériger un mo-
(2) Rec. d'Antig. Tom. IIIpag. 620..
JANVIER 1764.
nument
9"
.
La dépouille du Lion jouit , àà
$39
où la figure d'un lion im-
mortalife la force & le courage de
l'intrépide Général .
cet
égard, du même droit que le lion même.
Elle eft , comme lui , l'emblême de
l'héroïfme. l'image noble , qu'elle pré-
fente , lui donne un jufte rapport avec
nos talens , dont la plus belle préro-
gative eft d'être mille fois confacrés à
éternifer les Héros. Quel avantage d'a-
voir fans ceffe à notre difpofition le
modèle de l'attribut de leurs vertus ?
N'on doutons pas , Meffieurs , cette
confidération infpira à M. le Comte
de Caylus le projet de tirer du fond
de l'Inde ce modèle rare , pour nous
en
gratifier.
3
*
L'intérêt des Arts
& le bien des Artiftes furent de tout
temps , l'objet du zéle de cet illuftre
Amateur. Puiffe- t- il être auffi fenfible
à notre vive reconnoiffance , que nous
le fommes à fes procédés généreux !
Nota. Dans l'Affemblée du
F
Décembre 17633
M. le Comte de Caylus fit préfent à l'Académie
dune magnifique peau de lion , qu'il a fait venir
des Indes. La Compagnie l'en remercia le même.
jour, & dépofa dans fes Regiftres le témoignage
de fa reconnoiffance. A l Affemblée fuivante , M.
Dandre Bardon fit lecture de ce petit Ouviage
Binfçu de l'illuftré Amateur.
& sur quelques Vêtemens des Anciens ;
lûes à l'Assemblée de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture,
le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
32
MESSIEURS,
JE viens soumettre à votre Jugement
de légères Réfléxions sur les Coëffures
militaires & fur quelques Vêtemens des
Anciens. Trop peu verfé dans la fcience
des difcuffions pour prendre le ton d'An-
tiquaire , je n'envifagerai ces objets du
114 MERCURE DE FRANCE.
coftume que relativement à l'intérêt de
nos Arts.
Le penchant naturel aux hommes de
veiller à leur confervation , fuggéra aux
plus induſtrieux le foin de pourvoir à la
commodité des vêtemens , immédiate-
ment après qu'ils eurent pourvu aux
moyens de la fubfiftance. Leurs pre-
mières précautions n'eurent en vue que
l'ajustement du corps. La cocffure natu-
relle les difpenfoit de chercher d'autres
parures , pour garantir leur tête de l'in-
commodité des faifons. A peine les Pa-
triarches , que l'âge rendoit fenfibles aux
viciffitudes ordinaires , portoient de lé-
gères bandes de lin , dont ils ceignoient
leur front en guife de turban , pour-com-
penfer le dépériffement des cheveux. La
chauffure des Anciens fe réduifoit à des
demi- bottines , terminées par des fan-
dales
précaution indifpenfable à des
hommes que leur état , leur profeffion
& leur goût foumettoient à des fatigués
continuelles.
Telle étoit la fituation des premiers
habitans de l'univers , tant qu'ils ne fu-
rent occupés que du befoin de leur éxif-
tance. Mais dès que l'ambition leur inf-
pira des motifs de cupidité , qu'ils s'avi-
ferent de vouloir augmenter leurs richeſ
JANVIER. 1764.
Bry
fes en étendant leurs domaines , & que
La loi du plus fort parla plus haut dans
leur cœur que la voix de la raiſon & de
l'équité, ils penfèrent à s'armer , pour
ainfi dire , de pied en cap , à garantir
toutes les parties de leur corps , & à fe
précautionner contre les traits de ceux.
dont ils fe propofoient d'ufurper les pof-
feffions. Les inftrumens de la vengeance,
les bâtons , les haches , les flèches , les
maffues leur faifoient craindre des coups
trop violens , pour ne leur oppofer que
les fecours de la nature.
Il fallut avoir recours à l'induſtrie. Le
fecret de réduire le fer en lames , & de
fondre les métaux pour en former des
coeffures n'étoit point encore trouvé.
L'dée que les audacieux mortels avoient
de la fupériorité de leurs forces , les arma
contre les paifibles habitans des forêts.
La préfomption leur perfuada qu'ils fub-
jugueroient aifément des êtres affectés
*
d'une ftupidité invincible. Ils leur ten--
dent des piéges , les attaquent , les for-
cent dans leurs tanières ; ils en devien--
nent vainqueurs , & fe propofent dès-
lors de fe vêtir de leurs dépouilles.
Le premier ufage qu'ils en firent fut
de s'en couronner. On vit la tête de la
bête féroce fervir de coëffure à fon meur-
116 MERCURE DE FRANCE.
trier. I fatisfaifoit ainfi tout-à-la-fois
fes befoins & fon orgueil. En arborant
cette marque de fa victoire fur un animal
redoutable , il croyoit paroître redouta-
ble lui- même aux yeux de fes ennemis .
Cette coëffure , qui vraisemblable-
ment a précédé l'invention des Cafques ,
en a étéle premier modèle. Tous les mo-
numens de l'Antiquité atteftent que les
hommes ont confervé dans leurs coëf-
fures militaires l'idée des animaux les
plus hideux & les plus féroces , ou les
plus nobles & les plus utiles. Herodote
nous apprend , que les Ethiopiens por-
toient des Cafques faits de la peau d'une
tête de cheval : les oreilles & la crinière
y étoient jointes. Les anciens Gaulois
formoient les leurs de la dépouille d'une
tête de bœuf, dont la crinière fervoit
d'aigrette. Les Milyens n'étoient coëffés
qu'avec des bonnets faits de peaux de
toutes fortes de bêtes fauvages.
Après même que les métaux furent
employés à former des armures,plufieurs.
peuples confervèrent dans leurs coëffures
militaires des portions de la tête & fur-
tout le muffle des animaux, dont ils ne
portoient plus les dépouilles. Les Thra-
ciens Afiatiques avoient des Cafques
d'airain , avec des oreilles & des cornes
JANVIER. 1764.
117
de boeuf. Le Brun , cet Artifte érudit .
qui fçut unir fous fon pinceau les véri-
tés hiſtoriques aux bienféances du coftu-
me , a ainfi coëffé , dans fon Paffage du
Granique ( a ) , un Cavalier qui s'élance
fur la rive. Tout le monde fçait qu'une
pareille coëffure étoit l'attribut de Jupi-
ter Ammon. Comment les hommes ne
fe feroient-ils pas fait gloire d'avoir une
parure qu'ils donnoient même à leurs
Dieux ?
Non-feulement les Anciens ména-
geoient à leurs Cafques des ornemens
qui annonçoient la première origine de:
cette armure , mais encore ils affocioient
au métal dont il les formoient,la peau de
la tête de quelque bête fauvage. L'éxem-
ple en eft offert dans plufieurs monu-
mens antiques , & fingulièrement dans
un Cafque élégamment adapté au tro-
phée de la Victoire , placé au pont-tour-
nant du Jardin des Thuileries.
Loin de regarder cet affortiment com-
me l'ouvrage de l'imagination ou du ca-
price de l'habile Coëzevox , nous devons
l'envifager comme une judicieufe imita-
tion de l'Antique. La Colonne érigée
en l'honneur de Trajan , préfente un
(a ) Un des Tableaux des Batailles d'Alé-
xandre.
118 MERCURE DE FRANCE.
nombre infini de foldats coëffés indiffé-
remment avec des peaux de bêtes féro-
ces , & avec des cafques de fer à demi-re-
couverts de femblables dépouilles, Cette
pratique eft répétée dans les bas-reliefs
de la Colonne Antonine , & déposée
dans d'innombrables monumens , que
nous ont tranfmis les fiécles les plus re-
culés.
L'envie de fe donner un air formida-
ble fit naître aux Nations barbares (b) le
deffein de fe former des coëffures monf-
trueuſes , tant par la repréſentation des
animaux choifis dans les espèces malfai-
fantes , que par les horribles crinières que
ces Peuples mettoient à leurs Cafques.
L'idée de cette bifarrerie eft judicieuſe
à quelques égards un ennemi effrayé
eft prèfqu'àdemi vaincu . C'eft dans cette
vue que ces Nations portoient dans leurs
enfeignes militaires des figures d'ani-
maux terribles , ou d'objets capables
d'intimider. Les Phrygiens arboroient un
(b ) Les Romains appelloient Barbares tous
les Peuples , hormis les Grecs & ceux qui vivoient
fous leurs loix. Les Barbares fe faifoient honneur
de cetitre. Il ne fignifioit autre chofe que : Peuple
exempt de la domination des Romains , & n'avoit
aucun rapport avec l'idée de cruauté que cette ex-
preffion nous préfente aujourd'hui.
·
JANVIER. 1764.
114
fanglier , les Gotgs un ours , les Daces
un dragon , les Thraciens la figure de la
mort. Ces Peuples s'accoutumoient ainfi
à ne s'effrayer de rien . Ils fe familiari-
foient avec les fpectacles les plus affreux,
& infpiroient aux foldats la hardieffe &
la férocité des monftres qui leur fer-
voient d'etendarts.
Inſpirer la terreur , éguillonner le cou-
rage,n'étoient pas les feuls motifs que les
Anciens fe propofoient dans la forme
effrayante de leurs Cafques. Les crêtes
redoutables & tranchantes , faites de
lames d'airain , dont les Etrufques ar-
moient leurs coëffures , les pointes fortes
& extrêmement aiguës dont ils les hérif-
foient , transformoient en arme offenfive
un objet qui ſembloit ne devoir fervir
qu'à la défenſe du foldat. Par cet arti-
fice , les combattans fe ménageoient la
double reffource de parer des coups:
meurtriers , & de bleffer les ennemis qui
auroient voulu les forcer à fe rendre (c).
Statagême victorieux pour ſe dégager
de leurs mains !
Quelle variété les Nations Orientales
& les Peuples du Nord n'employèrent
ils pas dans leurs coëffures militaires ? Le
(c) Recueil d' Antiq. par M. le C. de Caylus
Tom. III. pag. 64.
120 MERCURE DE FRANCE .
bois , les nerfs tiffus , le fer , l'airain fer-
virent indifféremment àla conftruction
de ces armures. On leur donna les di-
verfes formes de bonnets , de demi-
fphère , de corno - phrygien & dethiare.
Celle- ci étoit plus ordinairement prati-
quée par les Daces , par les Sarmates ;
& les Parthes , qui la tenoient des Per-
fes , & n'en connoiffoient point d'autres.
Ces Cafques , qui s'élevoient en cône
étoient allongés d'une pièce qui s'éten-
doit entre les deux épaules , où elle finif-
foit en fe rétréciflant. Elle garantifſoit
le foldat des coups que l'ennemi lui
por-
toit fur le col , par préférence , dans le
deffein de lui abattre la tête. La coutume
établie chez les Romains de montrer au
Général la têted'un Barbare, pour obtenir
la récompenfe de leur valeur , avoit fans
doute fuggéré cette précaution à leurs en-
nemis.En combien d'endroits desColon-
nes Trajane & Antonine ne voit-on pas
des Romains montrant à l'Empereur des
têtes qu'ils ont coupées à leurs ennemis ;
des foldats ayant entre leurs dents des tê-,
tes qu'ils tiennent fufpendues par les che-
veux , tandis qu'ils en coupent d'autres ?
Raphaël , le Brun , dans leurs Batailles
de Conftantin , Rubens , dans fon.Com-
bat des Amazones , ont enrichi leurs
compofitions
JANVIER. 1764.
121
compofitions de ces images pathétiques
imitées d'après les Anciens : ils fe les font
appropriées par la manières de les rendre.
Beau privilége des Modernes , dont il
eft louable de fçavoir uſer à propos !
L'attention des Barbares à ne faire
ufage que des inventions utiles , leur fit
négliger la recherche de celles qui ne
leur paroiffoient être que de pur agré-
ment. Ils ne mirent fur leurs Cafques ,
ni riches aigrettes , ni panaches éclatans.
Ils ne fe formèrent des crinières qu'avec
des queues de chevaux flottantes , éta-
blies fur la figure de quelque griffon ou
autre monftre. Ce font eux qui nous ont
particulièrement confervé l'idée de la
première origine des Cafques. On en
trouve cependant encore différentes em-
preintes dans les coëffures militaires des
Grecs & des Romains , malgré la réfor-
me qu'ils y ont faite de certains objets
effrayans , plus capables d'infpirer la fé-
rocité , que de ranimer la valeur.
C'est l'annobliffement ,' la richeffe des
Cafques , leur utilité , & quelques avan-
tages particuliers qui déterminèrent les
Grecs aux formes élégantes qu'ils leur ont
données. La calote de la coëffure étoit
plus élevée dans fa partie fupérieure &
plus large que la tête du guerrier. Par ce
II. Vol.
F
*
122 MERCURE DE FRANCE.
moyen , l'armure ne touchoit point im →
médiatement au crâne. Il étoit d'ailleurs
garanti par la figure de quelque divinité
ou de quelque animal qui fervoit de ba-
fe à de riches aigrettes & à des pana-
ches volumineux. Ces couronnes flot-
tantes étoient ordinairement compofées
de plumés d'autruches ou de hérons,réu-
nies & teintes des plus brillantes couleurs.
Elles ont été , dans les occafions les plus
périlleuses , d'une très-grande utilité aux
combattans, Sans le fecours de cette pa-
rure , qui tout à-la-fois prête de la digni-
té au guerrier , & influe fur la fureté de
fes jours , le Barbare Rofacès eût peut-
être , du premier coup de hache , fendu
la tête à Alexandre : la générofité de
Clius fût venue trop tard au fecours du
Héros . ( d)
Le Cafque des Grecs , qui étoit ſou-
vent à triple aigrette , c'eft à-dire , avec
trois rangs de plumes , avoit encore un
autre avantage : c'étoit une vifière qui
pouvoit fe rabattre fur le vifage & le
couvrir ; mais qui , prèfque toujours re-
levée , formoit une efpèce de petit au-
vent , fous lequel les yeux & toutes les
parties faillantes du vifage étoient à l'a-
bri des traits qui tomboient à plomb.
(d) Quinte-Curce.
JANVIER. 1764.
123
Une double confidération doit , Mef-
fieurs , nous rendre remarquable cette
forme de Cafque. Elle contribue aux
effets des lumières interceptées & des
ombres portées par un corps faillant. Ref-
fource extrêmement pittorefque , qui fa-
acilite à l'Artiſte la rondeur , la fierté &
l'expreffion d'une tête. D'ailleurs ce ga-
barit diftingue particulièrement de Caf-
que Grec du Cafque Romain . Celui-ci
couvroit exactement la tête du guerrier
comme une calote , n'ayant ni éléva-
tion , ni faillie , & ne le garantiffant pas
davantage des coups portés de haut que
de ceux qui lui venoient en face.
Il paroît étonnant que les Romains
n'ayent jamais emprunté les parties avan-
tageufes du Cafque des Grecs ; eux qui ,
dans la guerre qu'ils eurent contre les
Parthes, imitèrent une portion de la thiare
de leurs ennemis , en relevant par der
rière la pointe de leur Cafque , commè
on le voit dans l'Arc de Septime Severe.
Cette forme donne à l'armure une
forte de rapport avec le Bonnet-Phry
gien. Elle peut fervir aux Artiſtes à met-
tre quelque différence entre les princi
paux Officiers Troyens & les Généraux
des Grecs , dans la peinture du fameux
Siége de Troye. La différence que doi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vent préfenter les coëffures de ces illuf-
tres ennemis , ne concerne que les Caf-
ques Troyens. La partie de la crête , fur
laquelle le panache eft attaché , doit en
être arrondie & repliée fur le devant , &
au plus haut de la tête ( e ) .
Les Romains n'imitèrent les coëffures
militaires des Peuples de la Grece , que
dans leur magnificence. Ils les ornèrent
de panaches éclatans , qu'ils faifoient ,
plus ordinairement que les Grecs , de plu-
mes blanches. Lorfqu'ils les décoroient
de la triple aigrette , ils la furmontoient
de quelque figure emblêmatique. Tel
étoit , felon Virgile , le Gafque de Tur
nus une chimère vomiffant des flam-
mes s'élevoit fur le triple rang de plumes
dont l'armure du Prince étoit enrichie.
A l'égard des oreillettes , ces petites
plaques à charnières qui garantiffent
les tempes & les joues du foldat , elles
furent communes à tous les Peuples an-
ciens. Il paroît néanmoins que les Na
tons Septentrionales s'en font fervi plus
invariablement que les autres.
Lorfque les Militaires des premiers fié-
cles eurent éprouvé l'avantage d'avoir
(e)Tableaux tirés d'Homère , &c. Voy. Oba
fervat. fur le Costume , par M. le C. de Caylus ,
Fag.xliv, &fuiv,
Toba
JANVIER . 1764.
125
des coëffures de peaux de bêtes ; de ;
qu'ils eurent fenti que les moelleuſes cri-
nières de ces dépouilles , non-feulement,
les garantiffoient des plus vives impref-
fions de l'air , mais qu'elles amortiffoient
encore les coups les plus rudes de l'en-
nemi , ils ne tardèrent pas à fe vêtir de
la dépouille entière , à l'éxemple de nos
premiers Pères (f) , & l'employèrent à
mille ufages effentiels.
D'abord ils s'en firent uue efpèce de
mantelet , qui ne leur couvtoit que les
épaules. C'étoit l'ajuſtement des Tubi-
cines & des Trompettes. Ils s'en forme-
rent enfuite un manteau qui recouvroit
là
la portion du corps que le volume de la
dépouille pouvoit embraffer. Tel étoit
le vêtement des Porte-étendarts. Ils re-
nouoient les pattes de l'animal fur la poi-
trine & au-deffus de la ceinture. Par ce
moyen , ils n'avoient que le bas des cuif-
fes à découvert Cette forme de vête-
ment eft confignée dans plufieurs ba-
reliefs antiques. Elle eft auffi très- élé-
gamment retracée en la figure d'un Por-
te- enfeigne , dans le Triomphe de Jules-
Cefar , peint par André Mantinea ( g ) .
(£) Geneſe.
<
( g ) Cet Ouvrage, que l'on voit au Palais du
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage qui , par la quantité d'objets
du coftume dont il eft enrichi , mérite
bien de la confidération .
Les Grecs & les Romains ne donnoient
ces fourrures , qu'à certains Officiers mi-
litaires ; dans ces mêmes fiécles des Peu-
ples entiers ne s'habilloient pas autre-
ment en guerre. Herodotenous apprend,
que dans la fameuse expédition de
Xercès , les Cafpiens & les Paties
étoient vêtus de Saïes , faits de peaux
de bêtés fauvages ; les Lyciens fe cou-
vroient de peaux de chêvres ; les Thra-
ciens
étoient habillés de peaux de
renards & les Ethiopiens de peaux de
léopards & de lions.
Les Francs , après même la conquête,
des Gaules & au commencement de la
deuxiéme race de nos Rois , fe faifoient
une gloire & un devoir de conferver l'an-
cien habillement , fait de peaux de bêtes.
Au rapport d'Eginard ( h) , Charlema-
gne , ayant été informé que quelques
Seigneurs de fa Cour avoient pris des vê--
temens plus fomptueux , & propres au
Peuple vaincu , les en inculpa févére-
Duc de Mantoue , eft gravé en dix feuilles & ſe
vend à Rome , alla pace. Voy. feuille 8.
( b ): Vie de Charlemagne
150
JANVIER. 1764.
127
ment en plein Confeil , & les obligea de
reprendre les habits de la Nation Franc-
que victorieufe.
On n'eft pas étonné des moyens qu'a-
voient les Anciens de vêtir de peaux de
bêtes tous les foldats de plufieurs armées,
quand on fe rappelle les innombrables
reffources que leur fourniffoit la chaffe.
Exercice d'autant plus commun dans
ces temps , qu'il éroit abſolument néceſ-
faire , pour empêcher les bêtes fauvages
d'infefter les bois & les campagnes. Aux
profits de la chaffe , ils joignoient ceux
d'une quantité infinie de Sacrifices ,
d'Hécatombes divers , de cinq cens , de
mille victimes , qu'ils immoloient à leurs
Dieux , & dont les dépouilles étoient au
bénéfice des Sacrificateurs. Mais , ce que
l'on ne conçoit que difficilement , c'eſt
qu'il y ait eu des Peuples qui fe revê-
toient de dépouilles humaines .
Tels
étoient les Scythes. Ils écorchoient le
prifonnier de guerre , après en avoir hu-
mé le fang , s'habilloient de fa peau , &
mettoient la tête au faîte de leurs caba-
nes. Les Perfes fe faifoient honneur de
cruautés non moins horribles
témoin
le procédé d'un de leurs Rois , qui , vou-
lant donner l'éxemple de la plus grande
févérité , fit écorcher vifun Juge crimi-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
nel , ordonna qu'on recouvrit de fa dé-
pouille le fiége du Tribunal , & obligea
le fils du prévaricateur à rendre la Justice
affis fur la peau de fon pere. Ce trait ,
pris dans l'Hiftoire de Cambyfe , fe-
cond Roi de Perfe , & fils du grand Cy-
rus , fe trouve gravé dans l'Euvre de
Rubens.
Les mêmes fourrures d'animaux fau-
vages , qui prêtoient un caractère de
férocité aux foldats d'infanterie , don-
noient aux cavaliers un air de magnifi-
cence. Ceux - ci s'en formoient des houf.
fes , qui couvroient prèfque entièrement
le corps de leurs chevaux. Ils agraffoient
au poitrail la tête refendue , & y re-
nouoient les pattes antérieures de la dé-
pouille ; tandis que celles de derrière
voltigeantes fur les flancs & fur la'croupe
du courfier , ajoutoient à la richeffe de
la parure la vivacité de l'action. Quel
affortiment pittorefque ,
Meffieurs !
Qu'il eft favorable à nos Arts ! Tout ce
qui contribue au mouvement des objets
les rend intéreffans , leur communique
de l'efprit , & les difpofe aux effets de
lumière les plus heureux. D'ailleurs , quel
contrafte piquant n'occafionne point la
couleur propre d'une fourrure d'ours ,
de tigre , de lion , foit qu'on l'affortiffe.
a
e
e
B
JANVIER. 1764.
129
avec un courfier blanc , dont elle relève ,
l'éclat , foit qu'on l'oppofe à un cheval
del teinte brune , qu'elle fert à colorer !
Telle la peau du lion de Némée fait bril-
ler avec plus de vivacité le tendre colo-
ris d'Omphale ( i ) , & les tons vigoureux
du Héros qui file auprès d'elle ; tel auffi
le caractère nerveux , & le poil hériffé,
de l'animal qui dévore Milon ( 1 ) , font,
mieux fentir , dans les chairs du Croto-
niate , la force , le fentiment & le moë-
leux du naturel .
Les peaux de bêtes les plus communes,
furent employées à des ufages importans.
Didon fit fervir une peau de bœuf, cou-
pée par lanières , à tracer l'enceinte de
Carthage. Les Peuples de la Colchide ra-
maffoient avec des peaux de moutons le
fable d'or qui rouloit dans certains tor-
rens ( m ). Dans les fiéges des villes , les
deux armées fe fervoient de dépouilles ,
fraîchement écorchées , pour mettre ob-
ftacle aux attaques de l'ennemi. Les
affiégés tendoient des peaux de vaches
ou de moutons , trempées dans des li-
queurs fortes & acides , & enduites
(i ) Tableau de François le Moine , placé chez
M. B.
(1 ) Chef- d'œuvre de Pujet , à Verfailles.
(m )L'Abbé Banier , T. III. p. 237.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
d'herbe marine , de mouffe , owdeлtesre
molle, pour rompre l'effet des traita,
des pierres } des feux lancés contrer les
ramparts & les tours ( n ). Les affiégeans
matelaffoient avec de pareilles fourrures
les guérites ou les foldats agitoient les
béliers militaires
ils en couvroient auffi
celles qui fervoient à fapper les murs.!
Ce fut fur une toifon de chevreau qué bé
Vainqueur des Madianites exigea & obe
tint un double miracle pour prouyer fas
Miffion , qui devoit procurer la délivrani
ce du Peuple de Dieu (o ). C'eft avec des
peaux de bêtes peu rares qu'alloient vêtus
le Maître d'Elifée,le Précurfeur du Meffie,
plufieurs Anachorettes de la Thébaïde
& quantité de Philofophés de l'Egypte ,
de la Grece & de Rome. Les peaux
moins communes , l'hermine ela mar-
thre , enrichiffoient les mantéaux des
Fézabel , des Thomiris , des Cleopatre , &
les Simarres des plus faftueux Souverains
du Nord & de l'Orient.
On diroit que les oifeaux même ayent
voulu participer au privilége de prêter
leurs dépouilles à l'utilité des Anciens.
Les peaux de grues fervirent aux Ethio-
piens Orientaux à couvrir leurs boucliers.
( n ) Chevalier Follard.
(o ) Gedeon. Jug.
JANVIER 1764
(q Ofiris.
131
Les plumes d'autruches & de hérons for-
mèrent , ainfi que nous l'avons obſervé ,
des aigrettes , des panaches aux Pirrhus
aux Céfars. Ajoutons que celles de la
pintade & du faifan couronnèrent le
bonnet des Lyciens. Ainfi celui de nos
Américains et aujourd'hui décoré des
plumès de la bluette & du courli (p ).
Un autre ufage auquel les dépouilles.
d'oifeaux furent employées , doit leur
valoir quelque confidération de la part
des Artistes. C'eft avec ces peaux que les
Anciens caractérifèrent des événemens .
de la Fable , des objets de la Nature , &
même des traits de Morale. La dépouille
d'un vautour, artiftement dégarnie de
quelques plumes , & groupée avec un
are , fous une maffue environnée de
flêches , défigna Prométhée délivré par
Hercule; celle d'un épervier , ayant fon
chef enté fur un corps humain , annon-
ça le plus grand Dieu des Egyptiens (4).
La peau d'un aigle, ingénieufement adap-
tée au bufte d'un jeune homme , repré-
fentoit l'Air. La Terre fur quelquefois in-
diquée par la dépouille d'une chouette ,
pofée fur un vafe de terre près d'un lion
enfin la dépouille du paon , foulée aux
( p ) Oifeaux de Amérique..
{
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
pieds d'un verrat , étoit l'image de la va-
nité humiliée ; & la peau du phénix, ajuſ-
tée autour d'un cercle , fut l'attribut de
l'immortalité. Idées heureufes que lesAn-
ciens nous ont fuggérées , & dont les
plus grands Peintres , & les Sculpteurs
Nota. Les divers ufages d'employer dans les
vêtemens , les peaux de bétes fauvages & d'oi-
feaux carnaciers , pour fe donner un air formida-
ble , fe fontperpétués jufqu'à nos derniers fiécles .
En parlant des Dellys , Nicolaï
*
rapporte que
ccs troupes légères qui combattent fous l'étendart
Mahometan , font vétues d'une camisole aſſez lon-
gues & de hauts- de-chauffe, très-larges ; le tout
fait de dépouilles de jeunes ours , dont le poil
eft en dehors. Le bonnet à la Polaque , quepor-
tent ces Croates , penche fur une épaule. Il eftfor-
mé d'unepeau de léopard , bien moucheté . Sur le
devant de cette coëffure eft attachée , en large , la
queue d'un aigle. Leur bouclier eft orné des deux
ailes de l'oifeau vorace. Elles font ouvertes & at-
tachées avec des clous d'or, de manière que toutes
les plumes préfentent comme autant de lances hé-
riffies contre l'ennemi,
Plufieurs Religieux Mahometans s'ajuftent avec
des fourrures de bêtes , pour ſe donner un airfin-
gulier. Les Calenders n'ontpour tout vêtement que
lapeau de quelque animal féroce , dont ilsfe cou-
vrent les épaules. Les Geomailers portent , en gui-
fe de manteau , une dépouille de lion ou de léo-
pard , qu'ils attachent devant la poitrine , en
y renouant les pattes antérieures de l'animal ; ils
* Voy. les voyages que cet Ecrivain a faits en
Turquie , p. 121 & 160.
JANVIER. 1764.
133
les plus fameux n'ont pas négligé de faire
un utile emploi.
Outre la deftination ordinaire des peaux
de bêtes , à fournir des vêtemens aux fol-
dats , des houffes aux cavaliers , des ar-
mes défenfives aux affiégés, ainfi qu'aux
affiégeans , & à former la parure carac-
tériſtique de divers perfonnages diftin-
gués , elles furent encore deſtinées à faire
des lits aux Héros , & à leur fervir de
fiéges. C'étoit fur de pareilles fourrures
étendues par terre , dit Homère , que les
Anciens couchoient. Sur ces peaux on
mettoit , pour les perfonnes de confidé-
ration , des étoffes de pourpre qui leur
fervoient de matelas ; fur ces étoffes de
beaux tapis , c'étoient leurs draps ; & fur
ces draps de riches couvertures. Les
peaux garnies de tout leur poil fervoient
de fommier contre l'humidité. C'eſt dans
cette vue que le Législateur des Hébreux
fit recouvrir tout le Tabernacle d'une
ajuftent à volonté les autres portions de la four-
rure ; mais ordinairement ils laiffent traîner la
queue par terre ; fe revêtent de peaux de mouton
& de chèvre, dont ils fe font des tuniques fans
manches & dont ils renouent les pattes à l'en-
droit de la ceinture. Ils accompagnent ce vêtement
d'un manteau fait de peau d'ours. Les Dervis
font vêtus à-peu-près de même.
134 MERCURE DE FRANCE.
troifiéme tenture faite de dépouilles d'a
nimaux (r).
Plufieurs Peuples , les Grecs même
tenoient des Perfes la coutume de s'af
feoir fur les peaux des bêtes les plus..
moelleufes . Les Spartiates , Peuple fier
auftère , ennemi de tout luxe , n'adop
terent point cet ufage. Dans la fameufe
entrevue d'Agefilas ( s ) & de Pharna-
bafe. ( t ) Celui-ci , voyant que le Géné
ral Spartiate s'afféyoit uniment par ter
re , s'affit de même , fans
égard aux
peaux très-douces & à longs poils, qu'on
avoit préparées. La fimplicité Spar-
tiate fit honte au fafte Perfan..
A la fatiété de jouir des biens utiles
fuccéde mille fois l'ambition de fe pro-
curer ceux qui font plus difficiles à
abtenir. Etre vêtus de dépouilles d'ani-
maux ordinaires devint un uſage trop
commun. On afpira à la prérogative
d'endoffer les peaux des bêtes les plus
rédoutables & l'on mit la plus grande
gloire à fe procurer celles dont la pof-
feffion étoit plus rare. Dans quels fiécles
cette manie n'a-t-elle pas affecté les
hommes les plus judicieux en appa-
rence ? De nos jours même , ne por-
( r ) Exode.
( s ) Général des Spartiates:
( t ) Commandant des Armées du Roi de Perfe
JANVIER 1764
18?
tons nous pas à l'excès un pareil luxo
en faifant éventerà grands frais , les
brebis d'Aftracanju ) pour arracher
de leurs entrailles des agneaux , à peine
formés , dont les toifans nous fervent
de parure.
Tant que les Anciens furent entichés
de cette prévention bifarre , ils n'efti
mèrent que médiocrement les dépouilles
des animaux, dont on pouvoit fe rendre
maitre fans danger & fans bravoure. Ils
les abandonnèrent aux Miniftres de leurs
Divinités Ce n'eft pas qu'on n'en cong
facrât dé très rares & de fort précieufes
au fervice des Temples. A Delphes , la
peau du ferpent Python recouvroit le
Trépied d'où la Prophéteffe d'Apollon
rendoit fes oracles. La fameufe toifon
du bélier qu'immola Phryxus , faifoit le
riche ornement du Temple que Mars
avoit à Colchos . Mais l'habit facerdotal
étoit fait ordinairement de fourrures les
plus fimples. Les peaux de faon fervirent
à vêtir les initiés aux myftères de Bace
chus ; celles de cabrit les Luperces ; cel
les de chevreuil les Faunes ; celles de bi
ches les Prêtreffes de Diane ; celles de
brebis les compagnes de Palès Les Bac
( u) Ville de la Mofcovie Afiat. dans la Tarta
rie , d'où viennent les ferues de peaux d'a-
gneaux, tirés forcément de venta, le lévéres,
136 MERCURE DE FRANCE.
chantes eurent feules le privilége de por
ter les peaux de panthères , qui défi-
gnoient & redoubloient tout-à-la-fois
leurs tranfports furieux . La dépouille
de l'animal confacré à Silène fut , ainfi
que celle du bouc & du tigre , prodiguée
dans les Orgies à tous les fuppôts de
,
Bacchus , pour défigner l'abrutiffement ,
l'intempérance & la cruauté où fouvent
l'yvreffe conduit. En vain des préjugés
du culte rendoient plufieurs de ces dé-
pouilles fufceptibles d'une forte de di-
gnité ; foit par refpect , foit par préven-
tion , les grands Guerriers affectèrent de
ne s'en point revêtir. Cependant les Ama-
zones s'en firent des plaftrons , à l'imita-
tion de Minerve dont l'Egide étoit re-
couvert de la chévre Amalthée.
' L'Abbé Guyon , Auteur de l'Hiftoire
des Amazones , après avoir fait mention
de leurs divers vêtemens , ajoute d'après
Quinte- Curce : » Mais quelque forme
qu'ils euffent , les uns & les autres
» étoient communément faits de la peau
» des bêtes que les Amazones tuoient à
» la chaffe. Ils étoient attachés fur l'é-
paule gauche , laiffant tout le côté
» droit à découvert , & ne defcendoient
» pas au-deffous du genou. Pag. 65.
On rechercha avec un très- grand foin
JANVIER. 1764.
137
les dépouilles des bêtes les plus furieufes
& les plus carnacières. Les Peuples fe
difputèrent la gloire d'en être poffeffeurs.
Ceux de la Colchide gardèrent avec vé-
nération la dépouille des taureaux domp-
tés, vaincus par Jafon ; ceux de Thébes
confervèrent long- temps dans un afyle
facré la dépouille du Sphinx dont Edipe
les délivra ; les Etoliens s'approprièrent
par la force des armes la peau du fanglier
que tua Méléagre (x ) .
Mais quelque grande que foit l'idée
que les Anciens attachoient à ces objets ,
de leur valeur & de leur fafte , les dé-
pouilles du lion eurent la préférence fur
toutes les autres . On fe fit plus d'hon-
neur à dompter le Roi des Animaux ;
quoique , fuivant la judicieuſe obſerva- >
tion d'un Littérateur , également re-
commandable par fon amour pour les
Lettres & pour les Arts ( y ) , il y ait des
bêtes fauvages plus dangereufes à com-
battre & plus difficile à vaincre que le
(x) Ily eut aufujet de cette dépouille une ba-
taille entre les Etoliens & les Curettes , qui fe don-
na fous les murs de Calydon. Voy. l'Ab Banier.
T. III. p . 352.
(y ) M. le Comte de Caylus , Amateur Hono-
raire de l'Acad. Roy. de Peint & de Sculpt. Mem-
bre de celle des Belles-Lett. & Infcriptions , &c.
138 MERCURE DE FRANCE.
lion. Le volume de fa peau , qui don-
noit la facilité de couvrir une grande
partie du corps, & de renouer commodé--
ment fes pattes fur la poitrine , fut fans
doute une des raifons de la prédilection
qu'on lui accorda.
Des motifs de préférence plus hono-
rables lui étoient refervés. Le lion fut
deftiné a être le fymbole de la puif-
fance fouveraine : les premiers Rois
d'Egypte n'avoient pas d'autre marque
extérieure de leur autorité. ( ) Difons
tout
le lion feul par un privilége
propre & exclufif , fut confacré au plus
noble des emplois ; à être l'attribut ca-
ractéristique de la valeur & de la ver-
tu. Les Héros ont adopté ce ſymbole
d'après l'exemple d'Hercule : les Sou
verains , les Nations , fe font fait gloire
de le fuivre. L'Empereur Commode
veut-il publier les prétentions , qu'il
croit avoir à l'immortalité ? Il ordon-
ne que fa ftatue foit parée de la dé-
pouille que portoit Alcide. Les Lacé-
démoniens veulent - ils
illuftrer leur
Chef, qui avoit défendu le paffage des
Thermopyles , à la tête de trois cens
Spartiates ? ils lui font ériger un mo-
(2) Rec. d'Antig. Tom. IIIpag. 620..
JANVIER 1764.
nument
9"
.
La dépouille du Lion jouit , àà
$39
où la figure d'un lion im-
mortalife la force & le courage de
l'intrépide Général .
cet
égard, du même droit que le lion même.
Elle eft , comme lui , l'emblême de
l'héroïfme. l'image noble , qu'elle pré-
fente , lui donne un jufte rapport avec
nos talens , dont la plus belle préro-
gative eft d'être mille fois confacrés à
éternifer les Héros. Quel avantage d'a-
voir fans ceffe à notre difpofition le
modèle de l'attribut de leurs vertus ?
N'on doutons pas , Meffieurs , cette
confidération infpira à M. le Comte
de Caylus le projet de tirer du fond
de l'Inde ce modèle rare , pour nous
en
gratifier.
3
*
L'intérêt des Arts
& le bien des Artiftes furent de tout
temps , l'objet du zéle de cet illuftre
Amateur. Puiffe- t- il être auffi fenfible
à notre vive reconnoiffance , que nous
le fommes à fes procédés généreux !
Nota. Dans l'Affemblée du
F
Décembre 17633
M. le Comte de Caylus fit préfent à l'Académie
dune magnifique peau de lion , qu'il a fait venir
des Indes. La Compagnie l'en remercia le même.
jour, & dépofa dans fes Regiftres le témoignage
de fa reconnoiffance. A l Affemblée fuivante , M.
Dandre Bardon fit lecture de ce petit Ouviage
Binfçu de l'illuftré Amateur.
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16692
p. 140
ADDITION envoyée après l'impression de l'Ouvrage.
Début :
A la page 119, lig. 25, où il est parlé des Etrusques, après ces mots : Stratagême [...]
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texteReconnaissance textuelle : ADDITION envoyée après l'impression de l'Ouvrage.
ADDITION envoyée après l'impression
de l'Ouvrage.
A la page 119, lig. 25, où il est parlé
des Etrusques, après ces mots : Stratagême
victorieux pour fe dégager de leurs
mains , ajoutezce quifuit.
Ces Peuples fe coëffoient auffi avec
des peaux de bêtes.
Virgile , parlant
d'Ornyte , ce vieux Chaffeur qui ofa dé-
fier Camille , Reine des Volfques , ra-
conte que le téméraire Etrurien n'avoit
les épaules couvertes que d'une peau
chées des dents très-blanches.
de
boeuf fans apprêt , & que fon cafque
étoit formé de la tête d'un loup qui'ou-
vroit la gueule , où étoient encore atta-
de l'Ouvrage.
A la page 119, lig. 25, où il est parlé
des Etrusques, après ces mots : Stratagême
victorieux pour fe dégager de leurs
mains , ajoutezce quifuit.
Ces Peuples fe coëffoient auffi avec
des peaux de bêtes.
Virgile , parlant
d'Ornyte , ce vieux Chaffeur qui ofa dé-
fier Camille , Reine des Volfques , ra-
conte que le téméraire Etrurien n'avoit
les épaules couvertes que d'une peau
chées des dents très-blanches.
de
boeuf fans apprêt , & que fon cafque
étoit formé de la tête d'un loup qui'ou-
vroit la gueule , où étoient encore atta-
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16693
p. 140-157
OBSERVATIONS SUR LE VER SOLITAIRE.
Début :
DANS le Mercure de France, mois de Décembre 1749, le sieur Borin, [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS SUR LE VER SOLITAIRE.
OBSERVATIONS SUR LE VER SOLITAIRE.
DANS le Mercure de France, mois
de Décembre 1749, le sieur Borin,
Maître de penfion de cette Ville , fit
inférer des obfervations fur le ver foli-
taire. Il étoit lui- même le fujet de ces
Obfervations , & fe cacha , je ne fçais
JANVIER. 1764.
141
pourquoi , fous le nom du fieur Lion.
On voit dans cette Ouvrage un peu
prolixe , une peinture vive des maux
que caufe cet infecte ; & on y admire
en même tems ce que peut l'induſtrie
lorfque la néceffité & une forte de dé-
fefpoir lui fervent d'aiguillon.
Le fieur Borin eft mort fans avoir pu
donner la fuite des Obfervations qu'il
avoit promiſes , & que deux lettres ve-
nues de Londres demandoient avec inf
tance. J'ai donc penfé qu'on appren-
droit avec plaifir le fort d'un homme
qui s'étoit avifé d'attaquer fon ennemi
avec des crochets de plomb , & dont
les tentatives avoient été courronnées
du fuccès.
Après avoir épuifés tous les Confeils
qu'il pût recevoir de vive voix ou par
écrit ; comme il étoit en état de fouiller
dans les livres de Médecine ; il mit
fucceffivement en ufage tous ceux dont
les livres tant anciens que modernes ,
lui fournirent l'indice.
Il fit enfuite le
voyage de Suiffe pour être traité par
deux Médecins de ce pays , chacun def-
quels prétendoit avoir un fpécifique affu-
ré pour l'expulfion du Ver folitaire. De.
la Suiffe il paffa dans les montagnès
d'Auvergne , où un Païfan , que le Pu
442 MERCURE DE FRANCE.
A
blic avoit fait Médecin , lui dit qu'il
étoit Hydropique , trompé apparemment
par l'étendue prodigieufe de fon ventre :
En conféquence le Paifan propofa la pon-
tion : il fit apporter , dit le fieur Borin ,
un grand bacquet :
il me perça le ven-
tre ; mais il ne vint pas d'eau. Il perça
une feconde fois : rien ne fortit. Il per-
ça une troisième , & tourna fon inftru-
་
ment entre la peau & la chair fans qu'il
fortît de l'eau. Le bruit que j'entendis
de la chair qui fe déchiroit me fit fré-
mir. Les affiftans qui m'avoient encou-
ragé jufques-là ne purent retenir leurs
larmes , & s'emporterent avec menaces
contre mon Auvergnac .
Tel eft le récit du malade que j'ai ſeu-
lement élagué. Il m'a montré la cica-
trice réſultante de cette opération ; & a
ajouté que l'inftrument dont fe fervit le
Païfan étoit un efpéce de couteau ; &
qu'heureuſement il n'avoit pas pénétré
dans le ventre.
Revenu à Lyon , & n'efperant plus
rien de lui - même ,
il erra le long des
bois , des hayes & des rivieres. Il effaya
toutes les plantes qui fe préfentérent
fans diftinction . Lorfqu'il en avoit man
gé quelqu'une , il écoutoit avec attens!
tion quelle impreffion elle feroit au Ver
US
" JANVIER. 1764.
folitaire
143
s'il le fentoit s'agiter ; cet aµ-
gure étoit à l'inftant faifi . Il faifoit am-
ple provifion de la même plante , & en
ufoit en quantité fous toute forte de
forme . Excedé enfin d'une infinité d'ef-
fais infructueux , & quelquefois dan-
gereux , il vint me confulter fur le pro-
jet qu'il avoit formé depuis long- tems
d'attraper fon Ver avec des crochets de
plomb. J'écoutai avec plaifir un hom-
me que fes recherches & fon expé-
rience avoit rendu très-fçavant fur fa
maladie & qui d'ailleurs faifoit de fa
fituation la peinture la plus vive & la
plus pittorefque. Il avoit fabriqué avec
du plomb des crochets parfaitement
femblables à un ancre à trois crampons.
Leurs pointes étoient mouffées& légére-
ment coudées en dedans. A l'anneau
quieft à l'extrêmité de la tige de l'ancre ,
il avoit attaché un fil de quatre pouces
de longueur. Ce fil traverſoit une bale
de plomb de moyen calibre. Il fe pro-
pofoit d'avaler la bale de plomb & en-
fuite le crochet à trois crampons , le-
quel feroit entrainé par le poids de la
bale. Il avoit pour efpérance que les
crampons accrocheroient le Ver , & que
le poids de la bale ainfi que celui du cro-
chet l'entraîneroient.
144 MERCURE DE FRANCE.
Quelques Médecins qu'il avoit déjà
confultés lui avoient fait craindre que
que ces crochets ne déchiraffent les in-
teftins en s'accrochant à leurs valvules :
mais je le raffurai là - deffus , en lui don-
nant une idée plus éxacte de la direc-
tion de ces valvules , & de leur fou-
pleffe. Il avala donc la bale & les cro-
chets. Ce qu'il a réitéré depuis un
grand nombre de fois fans le moindre
inconvénient, Si au bout de quelque-
tems , il ne voyoit point dans les felles
reparoître fon crochet , il en avaloit un
fecond , & quelques jours encore après
un troifiéme. Souvent à ces crochets il
a été obligé de joindre des bales de
plomb unies par une petite traverſe de
même métal en forme de boulets ramés ,
Enfin à l'aide des crochets ,
il a rendu
en différens tems près de trois aunes
de Ver. La totalité du plomb avalé
allant une fois à trois onces & demi ,
fon féjour dans les inteftins fut de trois
mois cependant il n'en reffentoit au-
cune incommodité. Seulement , lorfque
le Ver étoit accroché , il fe fentoit tout
bouleversé par les efforts de cet animal.
Il fe rompit enfin , & le plomb fortit
bientôt après , entraînant avec lui des
portions de Ver plus ou moins longues.
Dégoûté
is
JANVIER. 1764
145
: Dégoûté un jour de ces crochets ,
par la raifon feule , qu'après un séjour
de trois mois dans le ventre , ils étoient
fortis fans emmener avec eux aucune
portion de Ver , il imagina d'en avaler
un dans une telle direction que la tige
de l'ancre fût en haut ; fe propofant de
le retirer de l'ofophage par le moyen du
fil attaché à la tige comme le cable
l'eſt à l'ancre. Son objet étoit de faifir
la partie fupérieure du Ver. Il la fen-
toit en effet quelquefois remonter juſ
ques à la racine de la langue ; & il m'á
dit fouvent qu'il ne lui trouvoit en cette
partie que la groffeur d'un fil terminé
par un nœud.
Pour réuffir dans cette opération qui
lui donnoit quelques inquiétudes à caufe
de la fenfibilité de l'oefophage , il fal-
loit profiter du moment où la tête du Ver
feroit fenfiblement dans le gofier . Un
jour que l'irritation d'une Médecine
avoit fait remonter le Ver dans le go-
fier , de façon qu'il fembloit au mala-
de qu'il alloit être étanglé , il fe déter-.
mina malgré mon abfence à avaler fon.
crochet. Sa femme & fon neveu effrayés
des fuites l'abandonnerent malgré fes
inftances. Il retira néanmoins le crochet,
de la longueur d'un pouce. Une douleur
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
aux dents auffi aiguë que fi on les lui eût
a rachées, fans que d'ailleurs l'oefophage
fit fenfiblement irrité & la crainte d'u-
ne défaillance ne lui permirent pas
d'en faire davantage. Il coupa le fil &
avala le crochet.
Il vint me voir quel-
ques heures après , & m'affùra que fi on
m'avoit appellé comme il l'avoit deman-
dé , il n'eût pas craint malgré la dou-
leur de retirer le crochet en entier.
. Cette tentative eut plus de fuccès qu'il
n'en avoit eſpéré. La partie effilée du
Ver , qu'on peut appeller fon col , s'em-
barraffa fans doute dans le crochet au-
cuel il avoit eu foin de faire des dents.
de fcie derriére les crampons. En effet ,
il rendit quelques jours après par les fel-
les , cette partie entraînée par les cro-
chets, avec environ trente aulnes de Ver.
Dépourvû d'un bon microfcope , je lui
confeillai d'avoir recours à M.Bourgelat,
ce Citoyen fi recommandable par fes
Ouvrages fur l'Hippiatrique, & par l'éta-
bliffement de l'Ecole Royale Vétérinai-
re. L'éxamen de cette partie ne montra à
M. Bourgelat qu'une efpéce de noeud.
garni d'un point noir & placé à l'extré-
mité d'un fil. M. Bourgelat conferve
encore ce fil dans fon cabinet.
Des reftes d'incommodité ayanr en-
JANVIER. 1764.
147
gagé le malade à fe purger quelques jours
après , il rendit encore quelques lam-
beaux de Vers vivans. C'en a été affez
pour empoifonner le refte de fes jours.
Perfuadé que fon Ver avoit des com-
pagnons , il n'a pas difcontinué de pren-
dre des remèdes , & en grand nombre
>
& étant tombé dans l'Hydropifie , il
me demanda expreffément d'ouvrir fon
corps après la mort , perfuadé que j'y
trouverois des Vers folitaires , quoiqu'il
n'en eût rendu aucun lambeau depuis
l'époque que je viens de citer. Epoque
qui avoit fix ans d'ancienneté. Je pro-
cédai donc à cette ouverture avec M.
Raft fils , Docteur en Médecine & aggré-
gé, & M. Faure , Docteur en Médecine
& Maître en Chirurgie ; mais les recher-
ches les plus éxactes & les plus étendues
ne montrerent aucune trace de Ver fo-
litaire.
Que penfera-t-on du dernier lam-
beau de Ver encor vivant rendu quel-
ques jours après l'opération du cro-
chet ? Ne peut-on pas le regarder com-
me un débri de celui dont la tête avoit
été fi heureufement entraînée ? Si le
lambeau a furvécu à la deftruction du
Ver dont il faifoit partie ; c'eft que ja-
mais ver ne fut plus vivace que celui là.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Un lambeau de deux aulnes ,. ayant été
mis par le malade fur une table , il s'y
promenoit encore plus de deux heures
après. Un des bouts du même lambeau
fut placé fur le bord d'une petite bou-
teille remplie d'eau chaude
il y entra
peu- à-peu tout entier. Le même bout.
ayant été remis fur le dehors de la bou-
teille ,
il s'y accrocha tellement que .
lorfqu'on voulut le tirer en ligne droite.
il fe caffa plutôt que de céder.
Je n'ai point vu ce dernier lambeau
rendu par le fieur Borin. Peut-être y.
aurois - je apperçu quelque régénération
de tête. Cette conjecture n'eft point
hazardée. Qui fe feroit imaginé , avant .
les Obfervations de l'illuftre Trembley ,
qu'un animal pût être coupé en mille
piéces , & que chacune de ces piéces
deviendroit en peu de temps un ani-
mal auffi complet que celui dont elle .
faifoit partie ? C'est cependant ce qu'a
appris la multiplication du Polipe d'eau
douce par bouture. Ily a plus , le fçavant.
M. Bonnet de Genêve a vû des Vers
d'eau douce coupés en plufieurs piéces
former bientôt autant de Vers parfaits
en tout point. Il a vû des Vers de terre.
coupés par moitié , repouffer une tête
d'un côté de la fection & une quene de.
l'autre. Pourquoi la même régénération
JANVIER. 1764.
de celle d'une épingle ordinaire
149
ne fe feroit-elle pas faite dans le lambeau
du Tonia reftant , fi l'effet du purga-
tif ne l'eût entrainé , foible encore &
hors de défenſe par fon état d'imperfec-
tion. Il n'y a point d'objection victo-
rieufe contre cette analogie ?
La longueur du Ver folitaire n'a point
de bornes déterminées. Le fieur Borin
affùroit en avoir rendu neuf cens aulnes
dans une feule année , & cette affertion
n'eſt point exagérée fi je dois en juger
par la quantité qu'il m'en a montrée en
différens temps , & plus encore par la di-
minution extraordinaire de fon ventre
pendant cette année.
Si ce reptile doit prendre chaque jour
une nourriture proportionnée à fon
étendue , les quatres petites ouvertures
ou fuçoirs que M. Bonnet a obfervées
à fa tête ,font-elles fuffifantes pour fu-
cer la quantité néceffaire d'alimens ? Cet-
te tête , qui n'excéde jamais la groffeur
préfumer que le tenia afpire fa nourri-
ture , finon en tout , du moins en gran-
de partie , par ce grand nombre de tra-
chées placées fous les annelures. Nourri-
ture qui n'a pas befoin d'amples prépara-
tions pour fournir à l'accroiffement de
Panimal; puifqu'elle eft extraite de la par-
Gij
fait
150 MERCURE DE FRANCE.
tie chileufe des alimens de l'hôte au dé
pens de qui il fe nourrit.
Cette opinion feroit commé démon-
trée par le grand appétit de ceux en qui
habite le Ver folitaire , fi , dans l'irrita-
tion continuelle des inteftins, par le mou-
vement vermiculaire du tænia , on ne
trouvoit une caufe irritante capable de
troubler l'ordre naturel des digeftions
& d'occafionner tous les fymptomes
concomitans .
Pour découvrir l'origine du tonia , il
eft inutile de fe promettre d'en rencon-
trer des traces , ou dans les eaux , ou fur
la furface de la terre. On ne trouve point
le gui de chêne dans les prés , fur les cô-
teaux , fur le bord des rivières , & c. Sa
femence emportée par les vents , fe loge
en différens endroits. Quelques arbres ,
comme le prunier , le poirier , lui offrent
fans peine des fucs propres à fon déve-
loppement ; tandis que fur le chêne elle
germe très-difficilement. Auffi le véri-
rable gui de chêne eft-il fi rare , que la
recherche de cette plante parafite étoit
chez les Druïdes nn acte folemnel de
religion. Cette raifon ne demande qu'à
être appliquée au toenia. Elle explique
pourquoi quelques animaux y font plus
fujets que d'autres, pourquoi les habitans
JANVIER. 1764.
du Nord & des pays aquatiques y font
plus expofés que ceux du Midi. On fçait
que les poiffons qui vivent dans les eaux ,
ainfi que les oifeaux de rivières , y font
fort fujets ; ainfi la boiffon eft le véhi -
cule le plus commun de la femence du
Ver folitaire .
LeTonia eft donc un animal vraiment
parafite , qu'on ne doit rencontrer que
dans le corps des autres animaux. Qu'on
apprécie à préfent l'obfervation fuivante
tirée du Magafin de Hambourg. Une
femme avoit rendu , par le moyen des
remèdes , un grand nombre de portions
de Vers folitaires. Son Médecin s'avifa
de chercher dans l'eau de puits la pépi-
nière de ces Vers. Il y trouva en effet
une portion de Tonia de la longeur de
deux paulmes de main , & un grand
nombre de lambeaux très-petits. Le re-
mède fut facile à trouver. Cette femme
ceffa de boire de l'eau , & dès-lors elle
ne fut plus incommodée par le Ver foli-
taire. Voilà , fans contredit , un remède
bien fimple contre un reptile qu'on fçait
échapper à l'action des remèdes les plus
violens.
Comment fe multiplie le Tonia, lorſ-
que fon éxiftence ifolée juftifie le nom
de Ver folitaire qu'on lui a donné ? Saus
Giv
152 MERCURE DE FRANCE..
doute , nos idées communes de l'anima
lité répugnent à la fécondité d'un animal
qui n'a pas été fécondé. Mais il s'en faut
de beaucoup que nous connoiffions tous
les poffibles en ce genre. Un puceron ,
renfermé avec foin , fit de petits puce-
rons ; ceux- ci féparés auffi-tôt , eurent
chacun une postérité. M. Bonner croyoit.
déja être fuffifamment affuré qu'il étoit
des êtres animés qui fe multiplioient par
eux-mêmes , lorfqu'on lui demanda ſi
une feconde & même une troifiéme gé-
nération n'auroit pas reçu la fécondation
de la première femelle de puceron qu'il
avoit renfermée avec un puceron mâle.
Il continua donc de féparer fes pucerons
de génération en génération jufques à la
onzième. Il fut ainfi convaincu que cet:
infecte , dont il a vu quelquefois l'accou-
plement , n'en multiploit pas moins fans .
cette allure ordinaire de l'animalité..
Il eſt inutile de preffer davantage des
parties qui s'accolent d'elles-mêmes ; il:
feroit encore fuperflu de les multiplier.
Ainfi le Tonia le plus folitaire dépofe
des œufs féconds ; ces œufs , échappés à
mille dangers , à caufe de leur petiteffe ,
& entraînés par mille hafards qu'on ne
fçauroit apprécier , éclofent enfin lorf-
qu'ils font parvenus dans quelque efta
:
JANVIER. 1764.
153
mach , dont la chaleur & les fucs font
analogues à leurs befoins. Mais cet ani-
mal , qui multiplie par des oeufs , peut
auffi multiplier par bouture , comme
nous l'avons fait obferver au fujet du
-Ver du Sieur Borin. Peut-être auffi mul-
tiplie-t-il par rejetton , à la manière des
polipes. Voyez la figure qui eft à la
page 268 du traité des Vers de M. Andry.
Elle difpofe à ce foupçon. J'ai encore
été tenté de prendre pour rejetton de:
vers folitaire , ces débris blancs en for-
me de grains de courge , que rendent
quelquefois avec les excrémens ceux
sen qui habite cet animal. L'opinion
qui les regarde , comme le dépôt fé-··
cal de l'infecte , n'explique pas pour--
quoi on ne trouve pas toujours & en
tout temps ces débris.
Combattons à préfent un préjugé
qu'accrédite l'épithète de folitaire don--
née au tænia , epithète qu'il faut bien
fe garder de prendre trop à la lettre
-& dont on ne connoît pas encore toute
l'étendue. J'ai vu en effet quelques per-
fonnes attaquées du tænia rendre avec
les excrémens de petits vers blancs.
de trois à quatre lignes de longueur , &
qui fe remuoient avec beaucoup d'agi--
lité. Comme ils en ont été quite auffi
G. v.
154 MERCURE DE FRANCE.
tôt que le tænia a été expulfé , je penfe
que ce font des œufs éclos des petits
tania , lefquels font enchaînés par les
matières fécales. En donnant le ſpécifi-
que contre le ver folitaire , fpécifique
qui ne tue que ce ver-là , j'ai vu ren-
dre par fon effet des vers longs appel-
lés ftrongles & qui étoient en vie.
Ces dernières obfervations ne dé-
mentent pas affez l'épithète de folitaire
fi on la borne à lui faire fignifier que
le tœnia eft feul de fon efpèce ; mais
il s'en faut de beaucoup que cet état
de folitude foit conftant. La veuve du
Docteur Nouter , Médecin Suiffe , de
laquelle j'ai acquis le fpécifique dont
je
Viens de parler , découvert par feu
fon époux , m'a dit qu'il n'étoit pas .
rare de voir rendre par l'effet de ce
reméde deux & quelquefois trois tænia ;
mais elle ne vit qu'avec furprife le fait
fuivant qui fe paffa fous fes yeux le 4
Janvier 1763 , & fous ceux de M. Brun,
Docteur Aggrégé au Collège des Méde-
cins de Lyon : le voici. Dès le lendemain
de l'acquifition de ce reméde , je le
donnai pour premier effai à un Sei-
gneur Ruffe qui avoit fait à Montpel-
lier un féjour de plufieurs mois fous le
nom de Philofophe. Le feul produit
JANVIER. 1764.
ce grand nombre de vers ;
155
d'un grand nombre de remédes qu'on
lui avoit prefcrits , avoit été de faire
fortir plufieurs lambeaux de tænia . Il
prit le ſpécifique à fept heures du matin .
M. Brun , avec qui il avoit lié connoif-
fance à Montpellier , lui tint affiduement
compagnie. A dix heures il fe mit fur
le fiége & y refta jufqu'à onze , ren-
dant une fuite continuelle de vers. Leur
nombre , débrouillé & compté par les
têtes , fe trouva monter à vingt- un ,
·
tous à peu près de la même largeur
mais de longueur différente , depuis
demi aulne jufqu'à deux. Le malade
ne fut aucunement fatigué. Il dina de
bon appetit ; alla le même jour au Spec .
tacle , & partit après un jour de repos.
Sa fanté n'avoit jamais beaucoup foul-
fert de la préſence d'un fi grand nombre
de vers. L'incommodité la plus grande
confiftoit dans des étourdiffemens avec
perte de connoiffance , mais fans con-
vulfions
il en revenoit comme d'un
affoupiffement.
Qu'un feul tænia caffé & recaffé ait
produit par rejettons de ces débris
qu'ils fe
foient multipliés par bouture à la ma-
nière des polipes d'eau douce ou que
les œufs du tænia aient été , ainfi que
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
ceux du puceron ifolé , affez féconds
pour cette multiplication ; il n'y a rien
là qui ne trouve des exemples avérés dans
de vers , parce qu'ils ont trouvé dans
propres à leur accroiffement , voilà à
Il n'y a fans doute que les eaux du
à
l'hiftoire des infectes. Que plufieurs-
œufs de tania avalés en une ou plu-
fieurs fois , aient fourni cette pépinière ·
les inteftins une chaleur & des fucs
mon avis l'opinion la plus vraisemblable..
Nord qui foient fi abondantes en œufs
de toenia. Un jeune homme qui foup-..
çonnoit avoir été affailli en Suiffe par-
le ver folitaire , ne voulut point s'en
débarraffer ayant encore un voyage à
faire en ce pays. Il m'affura s'y être
trouvé le douziéme d'une table de vingt
couverts, attaqué d'un ver folitaire. Ob-
fervons néanmoins qu'un tel recit fait :
par un malade voyageur , annonce fans :
doute par fa nature l'ordre de quel-.
que réduction.
A quoi bon le Ver folitaire ? Cette
queftion n'eft point frivole. Rien ne fut
fait en vain , difoit un malade prétendu
Philofophe ; & fi cet animal héberge
chez moi plutôt que chez un autre , c'eſt
apparemment pour de bonnes raifons.
Les maux qu'il me donne en éloignent
JANVIER 1764
157°
de plus fâcheux . Mais les caufes finales
ne font-elles pas toutes autant d'énig-
mes ? Et avant qu'on en ait trouvé le-
mot , faudra- t-il ne point donner de
vermifuges aux enfans que les vers font
quelquefois périr ? Faudra- t-il ne pas fe
garantir de tant d'infectes qui vivent à
nos dépens ? L'expérience de tous les
pays ne dit-elle pas affez haut , que ces
hôtes incommodes , à qui nous fourniſ--
fons la pâture , & qui font différens en
différens climats , ne fçauroient en au--
cune façon concourir à notre bien-être ?
Par M. P....., Docteur en Médecine,
ancien Chir. en chef du G. H. D. de L.
DANS le Mercure de France, mois
de Décembre 1749, le sieur Borin,
Maître de penfion de cette Ville , fit
inférer des obfervations fur le ver foli-
taire. Il étoit lui- même le fujet de ces
Obfervations , & fe cacha , je ne fçais
JANVIER. 1764.
141
pourquoi , fous le nom du fieur Lion.
On voit dans cette Ouvrage un peu
prolixe , une peinture vive des maux
que caufe cet infecte ; & on y admire
en même tems ce que peut l'induſtrie
lorfque la néceffité & une forte de dé-
fefpoir lui fervent d'aiguillon.
Le fieur Borin eft mort fans avoir pu
donner la fuite des Obfervations qu'il
avoit promiſes , & que deux lettres ve-
nues de Londres demandoient avec inf
tance. J'ai donc penfé qu'on appren-
droit avec plaifir le fort d'un homme
qui s'étoit avifé d'attaquer fon ennemi
avec des crochets de plomb , & dont
les tentatives avoient été courronnées
du fuccès.
Après avoir épuifés tous les Confeils
qu'il pût recevoir de vive voix ou par
écrit ; comme il étoit en état de fouiller
dans les livres de Médecine ; il mit
fucceffivement en ufage tous ceux dont
les livres tant anciens que modernes ,
lui fournirent l'indice.
Il fit enfuite le
voyage de Suiffe pour être traité par
deux Médecins de ce pays , chacun def-
quels prétendoit avoir un fpécifique affu-
ré pour l'expulfion du Ver folitaire. De.
la Suiffe il paffa dans les montagnès
d'Auvergne , où un Païfan , que le Pu
442 MERCURE DE FRANCE.
A
blic avoit fait Médecin , lui dit qu'il
étoit Hydropique , trompé apparemment
par l'étendue prodigieufe de fon ventre :
En conféquence le Paifan propofa la pon-
tion : il fit apporter , dit le fieur Borin ,
un grand bacquet :
il me perça le ven-
tre ; mais il ne vint pas d'eau. Il perça
une feconde fois : rien ne fortit. Il per-
ça une troisième , & tourna fon inftru-
་
ment entre la peau & la chair fans qu'il
fortît de l'eau. Le bruit que j'entendis
de la chair qui fe déchiroit me fit fré-
mir. Les affiftans qui m'avoient encou-
ragé jufques-là ne purent retenir leurs
larmes , & s'emporterent avec menaces
contre mon Auvergnac .
Tel eft le récit du malade que j'ai ſeu-
lement élagué. Il m'a montré la cica-
trice réſultante de cette opération ; & a
ajouté que l'inftrument dont fe fervit le
Païfan étoit un efpéce de couteau ; &
qu'heureuſement il n'avoit pas pénétré
dans le ventre.
Revenu à Lyon , & n'efperant plus
rien de lui - même ,
il erra le long des
bois , des hayes & des rivieres. Il effaya
toutes les plantes qui fe préfentérent
fans diftinction . Lorfqu'il en avoit man
gé quelqu'une , il écoutoit avec attens!
tion quelle impreffion elle feroit au Ver
US
" JANVIER. 1764.
folitaire
143
s'il le fentoit s'agiter ; cet aµ-
gure étoit à l'inftant faifi . Il faifoit am-
ple provifion de la même plante , & en
ufoit en quantité fous toute forte de
forme . Excedé enfin d'une infinité d'ef-
fais infructueux , & quelquefois dan-
gereux , il vint me confulter fur le pro-
jet qu'il avoit formé depuis long- tems
d'attraper fon Ver avec des crochets de
plomb. J'écoutai avec plaifir un hom-
me que fes recherches & fon expé-
rience avoit rendu très-fçavant fur fa
maladie & qui d'ailleurs faifoit de fa
fituation la peinture la plus vive & la
plus pittorefque. Il avoit fabriqué avec
du plomb des crochets parfaitement
femblables à un ancre à trois crampons.
Leurs pointes étoient mouffées& légére-
ment coudées en dedans. A l'anneau
quieft à l'extrêmité de la tige de l'ancre ,
il avoit attaché un fil de quatre pouces
de longueur. Ce fil traverſoit une bale
de plomb de moyen calibre. Il fe pro-
pofoit d'avaler la bale de plomb & en-
fuite le crochet à trois crampons , le-
quel feroit entrainé par le poids de la
bale. Il avoit pour efpérance que les
crampons accrocheroient le Ver , & que
le poids de la bale ainfi que celui du cro-
chet l'entraîneroient.
144 MERCURE DE FRANCE.
Quelques Médecins qu'il avoit déjà
confultés lui avoient fait craindre que
que ces crochets ne déchiraffent les in-
teftins en s'accrochant à leurs valvules :
mais je le raffurai là - deffus , en lui don-
nant une idée plus éxacte de la direc-
tion de ces valvules , & de leur fou-
pleffe. Il avala donc la bale & les cro-
chets. Ce qu'il a réitéré depuis un
grand nombre de fois fans le moindre
inconvénient, Si au bout de quelque-
tems , il ne voyoit point dans les felles
reparoître fon crochet , il en avaloit un
fecond , & quelques jours encore après
un troifiéme. Souvent à ces crochets il
a été obligé de joindre des bales de
plomb unies par une petite traverſe de
même métal en forme de boulets ramés ,
Enfin à l'aide des crochets ,
il a rendu
en différens tems près de trois aunes
de Ver. La totalité du plomb avalé
allant une fois à trois onces & demi ,
fon féjour dans les inteftins fut de trois
mois cependant il n'en reffentoit au-
cune incommodité. Seulement , lorfque
le Ver étoit accroché , il fe fentoit tout
bouleversé par les efforts de cet animal.
Il fe rompit enfin , & le plomb fortit
bientôt après , entraînant avec lui des
portions de Ver plus ou moins longues.
Dégoûté
is
JANVIER. 1764
145
: Dégoûté un jour de ces crochets ,
par la raifon feule , qu'après un séjour
de trois mois dans le ventre , ils étoient
fortis fans emmener avec eux aucune
portion de Ver , il imagina d'en avaler
un dans une telle direction que la tige
de l'ancre fût en haut ; fe propofant de
le retirer de l'ofophage par le moyen du
fil attaché à la tige comme le cable
l'eſt à l'ancre. Son objet étoit de faifir
la partie fupérieure du Ver. Il la fen-
toit en effet quelquefois remonter juſ
ques à la racine de la langue ; & il m'á
dit fouvent qu'il ne lui trouvoit en cette
partie que la groffeur d'un fil terminé
par un nœud.
Pour réuffir dans cette opération qui
lui donnoit quelques inquiétudes à caufe
de la fenfibilité de l'oefophage , il fal-
loit profiter du moment où la tête du Ver
feroit fenfiblement dans le gofier . Un
jour que l'irritation d'une Médecine
avoit fait remonter le Ver dans le go-
fier , de façon qu'il fembloit au mala-
de qu'il alloit être étanglé , il fe déter-.
mina malgré mon abfence à avaler fon.
crochet. Sa femme & fon neveu effrayés
des fuites l'abandonnerent malgré fes
inftances. Il retira néanmoins le crochet,
de la longueur d'un pouce. Une douleur
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
aux dents auffi aiguë que fi on les lui eût
a rachées, fans que d'ailleurs l'oefophage
fit fenfiblement irrité & la crainte d'u-
ne défaillance ne lui permirent pas
d'en faire davantage. Il coupa le fil &
avala le crochet.
Il vint me voir quel-
ques heures après , & m'affùra que fi on
m'avoit appellé comme il l'avoit deman-
dé , il n'eût pas craint malgré la dou-
leur de retirer le crochet en entier.
. Cette tentative eut plus de fuccès qu'il
n'en avoit eſpéré. La partie effilée du
Ver , qu'on peut appeller fon col , s'em-
barraffa fans doute dans le crochet au-
cuel il avoit eu foin de faire des dents.
de fcie derriére les crampons. En effet ,
il rendit quelques jours après par les fel-
les , cette partie entraînée par les cro-
chets, avec environ trente aulnes de Ver.
Dépourvû d'un bon microfcope , je lui
confeillai d'avoir recours à M.Bourgelat,
ce Citoyen fi recommandable par fes
Ouvrages fur l'Hippiatrique, & par l'éta-
bliffement de l'Ecole Royale Vétérinai-
re. L'éxamen de cette partie ne montra à
M. Bourgelat qu'une efpéce de noeud.
garni d'un point noir & placé à l'extré-
mité d'un fil. M. Bourgelat conferve
encore ce fil dans fon cabinet.
Des reftes d'incommodité ayanr en-
JANVIER. 1764.
147
gagé le malade à fe purger quelques jours
après , il rendit encore quelques lam-
beaux de Vers vivans. C'en a été affez
pour empoifonner le refte de fes jours.
Perfuadé que fon Ver avoit des com-
pagnons , il n'a pas difcontinué de pren-
dre des remèdes , & en grand nombre
>
& étant tombé dans l'Hydropifie , il
me demanda expreffément d'ouvrir fon
corps après la mort , perfuadé que j'y
trouverois des Vers folitaires , quoiqu'il
n'en eût rendu aucun lambeau depuis
l'époque que je viens de citer. Epoque
qui avoit fix ans d'ancienneté. Je pro-
cédai donc à cette ouverture avec M.
Raft fils , Docteur en Médecine & aggré-
gé, & M. Faure , Docteur en Médecine
& Maître en Chirurgie ; mais les recher-
ches les plus éxactes & les plus étendues
ne montrerent aucune trace de Ver fo-
litaire.
Que penfera-t-on du dernier lam-
beau de Ver encor vivant rendu quel-
ques jours après l'opération du cro-
chet ? Ne peut-on pas le regarder com-
me un débri de celui dont la tête avoit
été fi heureufement entraînée ? Si le
lambeau a furvécu à la deftruction du
Ver dont il faifoit partie ; c'eft que ja-
mais ver ne fut plus vivace que celui là.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Un lambeau de deux aulnes ,. ayant été
mis par le malade fur une table , il s'y
promenoit encore plus de deux heures
après. Un des bouts du même lambeau
fut placé fur le bord d'une petite bou-
teille remplie d'eau chaude
il y entra
peu- à-peu tout entier. Le même bout.
ayant été remis fur le dehors de la bou-
teille ,
il s'y accrocha tellement que .
lorfqu'on voulut le tirer en ligne droite.
il fe caffa plutôt que de céder.
Je n'ai point vu ce dernier lambeau
rendu par le fieur Borin. Peut-être y.
aurois - je apperçu quelque régénération
de tête. Cette conjecture n'eft point
hazardée. Qui fe feroit imaginé , avant .
les Obfervations de l'illuftre Trembley ,
qu'un animal pût être coupé en mille
piéces , & que chacune de ces piéces
deviendroit en peu de temps un ani-
mal auffi complet que celui dont elle .
faifoit partie ? C'est cependant ce qu'a
appris la multiplication du Polipe d'eau
douce par bouture. Ily a plus , le fçavant.
M. Bonnet de Genêve a vû des Vers
d'eau douce coupés en plufieurs piéces
former bientôt autant de Vers parfaits
en tout point. Il a vû des Vers de terre.
coupés par moitié , repouffer une tête
d'un côté de la fection & une quene de.
l'autre. Pourquoi la même régénération
JANVIER. 1764.
de celle d'une épingle ordinaire
149
ne fe feroit-elle pas faite dans le lambeau
du Tonia reftant , fi l'effet du purga-
tif ne l'eût entrainé , foible encore &
hors de défenſe par fon état d'imperfec-
tion. Il n'y a point d'objection victo-
rieufe contre cette analogie ?
La longueur du Ver folitaire n'a point
de bornes déterminées. Le fieur Borin
affùroit en avoir rendu neuf cens aulnes
dans une feule année , & cette affertion
n'eſt point exagérée fi je dois en juger
par la quantité qu'il m'en a montrée en
différens temps , & plus encore par la di-
minution extraordinaire de fon ventre
pendant cette année.
Si ce reptile doit prendre chaque jour
une nourriture proportionnée à fon
étendue , les quatres petites ouvertures
ou fuçoirs que M. Bonnet a obfervées
à fa tête ,font-elles fuffifantes pour fu-
cer la quantité néceffaire d'alimens ? Cet-
te tête , qui n'excéde jamais la groffeur
préfumer que le tenia afpire fa nourri-
ture , finon en tout , du moins en gran-
de partie , par ce grand nombre de tra-
chées placées fous les annelures. Nourri-
ture qui n'a pas befoin d'amples prépara-
tions pour fournir à l'accroiffement de
Panimal; puifqu'elle eft extraite de la par-
Gij
fait
150 MERCURE DE FRANCE.
tie chileufe des alimens de l'hôte au dé
pens de qui il fe nourrit.
Cette opinion feroit commé démon-
trée par le grand appétit de ceux en qui
habite le Ver folitaire , fi , dans l'irrita-
tion continuelle des inteftins, par le mou-
vement vermiculaire du tænia , on ne
trouvoit une caufe irritante capable de
troubler l'ordre naturel des digeftions
& d'occafionner tous les fymptomes
concomitans .
Pour découvrir l'origine du tonia , il
eft inutile de fe promettre d'en rencon-
trer des traces , ou dans les eaux , ou fur
la furface de la terre. On ne trouve point
le gui de chêne dans les prés , fur les cô-
teaux , fur le bord des rivières , & c. Sa
femence emportée par les vents , fe loge
en différens endroits. Quelques arbres ,
comme le prunier , le poirier , lui offrent
fans peine des fucs propres à fon déve-
loppement ; tandis que fur le chêne elle
germe très-difficilement. Auffi le véri-
rable gui de chêne eft-il fi rare , que la
recherche de cette plante parafite étoit
chez les Druïdes nn acte folemnel de
religion. Cette raifon ne demande qu'à
être appliquée au toenia. Elle explique
pourquoi quelques animaux y font plus
fujets que d'autres, pourquoi les habitans
JANVIER. 1764.
du Nord & des pays aquatiques y font
plus expofés que ceux du Midi. On fçait
que les poiffons qui vivent dans les eaux ,
ainfi que les oifeaux de rivières , y font
fort fujets ; ainfi la boiffon eft le véhi -
cule le plus commun de la femence du
Ver folitaire .
LeTonia eft donc un animal vraiment
parafite , qu'on ne doit rencontrer que
dans le corps des autres animaux. Qu'on
apprécie à préfent l'obfervation fuivante
tirée du Magafin de Hambourg. Une
femme avoit rendu , par le moyen des
remèdes , un grand nombre de portions
de Vers folitaires. Son Médecin s'avifa
de chercher dans l'eau de puits la pépi-
nière de ces Vers. Il y trouva en effet
une portion de Tonia de la longeur de
deux paulmes de main , & un grand
nombre de lambeaux très-petits. Le re-
mède fut facile à trouver. Cette femme
ceffa de boire de l'eau , & dès-lors elle
ne fut plus incommodée par le Ver foli-
taire. Voilà , fans contredit , un remède
bien fimple contre un reptile qu'on fçait
échapper à l'action des remèdes les plus
violens.
Comment fe multiplie le Tonia, lorſ-
que fon éxiftence ifolée juftifie le nom
de Ver folitaire qu'on lui a donné ? Saus
Giv
152 MERCURE DE FRANCE..
doute , nos idées communes de l'anima
lité répugnent à la fécondité d'un animal
qui n'a pas été fécondé. Mais il s'en faut
de beaucoup que nous connoiffions tous
les poffibles en ce genre. Un puceron ,
renfermé avec foin , fit de petits puce-
rons ; ceux- ci féparés auffi-tôt , eurent
chacun une postérité. M. Bonner croyoit.
déja être fuffifamment affuré qu'il étoit
des êtres animés qui fe multiplioient par
eux-mêmes , lorfqu'on lui demanda ſi
une feconde & même une troifiéme gé-
nération n'auroit pas reçu la fécondation
de la première femelle de puceron qu'il
avoit renfermée avec un puceron mâle.
Il continua donc de féparer fes pucerons
de génération en génération jufques à la
onzième. Il fut ainfi convaincu que cet:
infecte , dont il a vu quelquefois l'accou-
plement , n'en multiploit pas moins fans .
cette allure ordinaire de l'animalité..
Il eſt inutile de preffer davantage des
parties qui s'accolent d'elles-mêmes ; il:
feroit encore fuperflu de les multiplier.
Ainfi le Tonia le plus folitaire dépofe
des œufs féconds ; ces œufs , échappés à
mille dangers , à caufe de leur petiteffe ,
& entraînés par mille hafards qu'on ne
fçauroit apprécier , éclofent enfin lorf-
qu'ils font parvenus dans quelque efta
:
JANVIER. 1764.
153
mach , dont la chaleur & les fucs font
analogues à leurs befoins. Mais cet ani-
mal , qui multiplie par des oeufs , peut
auffi multiplier par bouture , comme
nous l'avons fait obferver au fujet du
-Ver du Sieur Borin. Peut-être auffi mul-
tiplie-t-il par rejetton , à la manière des
polipes. Voyez la figure qui eft à la
page 268 du traité des Vers de M. Andry.
Elle difpofe à ce foupçon. J'ai encore
été tenté de prendre pour rejetton de:
vers folitaire , ces débris blancs en for-
me de grains de courge , que rendent
quelquefois avec les excrémens ceux
sen qui habite cet animal. L'opinion
qui les regarde , comme le dépôt fé-··
cal de l'infecte , n'explique pas pour--
quoi on ne trouve pas toujours & en
tout temps ces débris.
Combattons à préfent un préjugé
qu'accrédite l'épithète de folitaire don--
née au tænia , epithète qu'il faut bien
fe garder de prendre trop à la lettre
-& dont on ne connoît pas encore toute
l'étendue. J'ai vu en effet quelques per-
fonnes attaquées du tænia rendre avec
les excrémens de petits vers blancs.
de trois à quatre lignes de longueur , &
qui fe remuoient avec beaucoup d'agi--
lité. Comme ils en ont été quite auffi
G. v.
154 MERCURE DE FRANCE.
tôt que le tænia a été expulfé , je penfe
que ce font des œufs éclos des petits
tania , lefquels font enchaînés par les
matières fécales. En donnant le ſpécifi-
que contre le ver folitaire , fpécifique
qui ne tue que ce ver-là , j'ai vu ren-
dre par fon effet des vers longs appel-
lés ftrongles & qui étoient en vie.
Ces dernières obfervations ne dé-
mentent pas affez l'épithète de folitaire
fi on la borne à lui faire fignifier que
le tœnia eft feul de fon efpèce ; mais
il s'en faut de beaucoup que cet état
de folitude foit conftant. La veuve du
Docteur Nouter , Médecin Suiffe , de
laquelle j'ai acquis le fpécifique dont
je
Viens de parler , découvert par feu
fon époux , m'a dit qu'il n'étoit pas .
rare de voir rendre par l'effet de ce
reméde deux & quelquefois trois tænia ;
mais elle ne vit qu'avec furprife le fait
fuivant qui fe paffa fous fes yeux le 4
Janvier 1763 , & fous ceux de M. Brun,
Docteur Aggrégé au Collège des Méde-
cins de Lyon : le voici. Dès le lendemain
de l'acquifition de ce reméde , je le
donnai pour premier effai à un Sei-
gneur Ruffe qui avoit fait à Montpel-
lier un féjour de plufieurs mois fous le
nom de Philofophe. Le feul produit
JANVIER. 1764.
ce grand nombre de vers ;
155
d'un grand nombre de remédes qu'on
lui avoit prefcrits , avoit été de faire
fortir plufieurs lambeaux de tænia . Il
prit le ſpécifique à fept heures du matin .
M. Brun , avec qui il avoit lié connoif-
fance à Montpellier , lui tint affiduement
compagnie. A dix heures il fe mit fur
le fiége & y refta jufqu'à onze , ren-
dant une fuite continuelle de vers. Leur
nombre , débrouillé & compté par les
têtes , fe trouva monter à vingt- un ,
·
tous à peu près de la même largeur
mais de longueur différente , depuis
demi aulne jufqu'à deux. Le malade
ne fut aucunement fatigué. Il dina de
bon appetit ; alla le même jour au Spec .
tacle , & partit après un jour de repos.
Sa fanté n'avoit jamais beaucoup foul-
fert de la préſence d'un fi grand nombre
de vers. L'incommodité la plus grande
confiftoit dans des étourdiffemens avec
perte de connoiffance , mais fans con-
vulfions
il en revenoit comme d'un
affoupiffement.
Qu'un feul tænia caffé & recaffé ait
produit par rejettons de ces débris
qu'ils fe
foient multipliés par bouture à la ma-
nière des polipes d'eau douce ou que
les œufs du tænia aient été , ainfi que
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
ceux du puceron ifolé , affez féconds
pour cette multiplication ; il n'y a rien
là qui ne trouve des exemples avérés dans
de vers , parce qu'ils ont trouvé dans
propres à leur accroiffement , voilà à
Il n'y a fans doute que les eaux du
à
l'hiftoire des infectes. Que plufieurs-
œufs de tania avalés en une ou plu-
fieurs fois , aient fourni cette pépinière ·
les inteftins une chaleur & des fucs
mon avis l'opinion la plus vraisemblable..
Nord qui foient fi abondantes en œufs
de toenia. Un jeune homme qui foup-..
çonnoit avoir été affailli en Suiffe par-
le ver folitaire , ne voulut point s'en
débarraffer ayant encore un voyage à
faire en ce pays. Il m'affura s'y être
trouvé le douziéme d'une table de vingt
couverts, attaqué d'un ver folitaire. Ob-
fervons néanmoins qu'un tel recit fait :
par un malade voyageur , annonce fans :
doute par fa nature l'ordre de quel-.
que réduction.
A quoi bon le Ver folitaire ? Cette
queftion n'eft point frivole. Rien ne fut
fait en vain , difoit un malade prétendu
Philofophe ; & fi cet animal héberge
chez moi plutôt que chez un autre , c'eſt
apparemment pour de bonnes raifons.
Les maux qu'il me donne en éloignent
JANVIER 1764
157°
de plus fâcheux . Mais les caufes finales
ne font-elles pas toutes autant d'énig-
mes ? Et avant qu'on en ait trouvé le-
mot , faudra- t-il ne point donner de
vermifuges aux enfans que les vers font
quelquefois périr ? Faudra- t-il ne pas fe
garantir de tant d'infectes qui vivent à
nos dépens ? L'expérience de tous les
pays ne dit-elle pas affez haut , que ces
hôtes incommodes , à qui nous fourniſ--
fons la pâture , & qui font différens en
différens climats , ne fçauroient en au--
cune façon concourir à notre bien-être ?
Par M. P....., Docteur en Médecine,
ancien Chir. en chef du G. H. D. de L.
Fermer
16694
p. 157-167
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ESSAI critique sur l'Etat présent de la République des Lettres, par M. l'Abbé [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Fermer
16695
p. 167-169
GRAVURE.
Début :
TABLEAU généalogique & chronologique de la Maison Royale de FRANCE, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
TABLEAU généalogique & chronologique
de la Maison Royale de FRANCE,
dédié à Mgr LE COMTE D'AR-
TOIS , par M. Clabault. Gravé en 8
feuilles , grand Colombier , fe vend à
Paris , chez l'Auteur , rue du Petit-Pont ,
près le petit Châtelet , dans la porte
cochère , entre un Marchand Papetier
& un Marchand Chapelier.
Cet Ouvrage plein de recherches in-
téreffantes , eft très- bien exécuté de la
part du Graveur. On en trouve l'ana-
lyfe chez Aug. Mart. Lottin l'aîné
168 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur-Libraire de Mgr le DUC DE
BERRY , rue S. Jacques , près S. Yves ,
au Coq. Brochure in- 8°.
ON diftribue actuellement avec fuc-
cès chez le fieur BASAN , Graveur
rue du Foin S. Jacques à Paris les 2
vol. in-fol. forme d'Atlas , qui compo-
fent l'Ouvrage connu fous le nom du
Cabinet de Crozat qui depuis plufieurs
années étoit devenu rare faute d'être
imprimé.
Ces deux vol. contiennent
182 Eftampes gravées à grands frais &
par les foins de M. Crozat , d'après les
plus beaux Tableaux des plus grands
Maîtres Italiens , qui font en France
dans les cabinets du Roi , du Duc d'Or-
léans , & c. A la tête de chaque volume
il y a une defcription de chaque Ef-
tampe qui le compofe. Les Graveurs
qui ont été employés à cet Ouvrage
ont été & font encore les plus habiles
de ce fiécle , tels que les Chereau , Du-
change , l'Epicié , Desplaces , Larmeſ-
fin , Simoneau , Tardieu , Vallée , Ver-
meulen , Dupuis , le Bas , Ravenet
&c. &c.
Le fieur Bafan aujourd'hui poffef-
feur defi.tes Planches , n'a rien ménagé,
pour la perfection de l'Ouvrage tant
pour
JANVIER. 1764.
pour l'impreffion que le papier ;
fur celui de Colombier
169
il le
vend en feuilles imprimé fur le papier
de grand Aigle fin 192 liv. & 160 liv.
Il eft auffi poffeffeur des 118 Plan
ches qui compofent le volume , connu
fous le nom du Cabinet d'Aguilles , le-
quel étoit auffi devenu rare faute d'ê
tre imprimé ; il vient de l'être avec
foin & fe diftribue auffi chez ledit Sr
pour 90 liv. en feuilles , imprimé fur
le papier de grand aigle fin & 72 liv.
fur celui de Colombier. On trouve
chez le fieur Bafan un affortiment gé-
néral d'Eſtampes anciennes & moder
nes tant Etrangères que Françoifes . II.
vient de mettre en vente une Eftampe
nouvelle d'après Poters , d'après le Sr
Charpentier , dont le Sujet eft une Tem-
pêre . Elle eft d'un très-grand effet , &
foigneufement exécutée.
ro f.
TABLEAU généalogique & chronologique
de la Maison Royale de FRANCE,
dédié à Mgr LE COMTE D'AR-
TOIS , par M. Clabault. Gravé en 8
feuilles , grand Colombier , fe vend à
Paris , chez l'Auteur , rue du Petit-Pont ,
près le petit Châtelet , dans la porte
cochère , entre un Marchand Papetier
& un Marchand Chapelier.
Cet Ouvrage plein de recherches in-
téreffantes , eft très- bien exécuté de la
part du Graveur. On en trouve l'ana-
lyfe chez Aug. Mart. Lottin l'aîné
168 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur-Libraire de Mgr le DUC DE
BERRY , rue S. Jacques , près S. Yves ,
au Coq. Brochure in- 8°.
ON diftribue actuellement avec fuc-
cès chez le fieur BASAN , Graveur
rue du Foin S. Jacques à Paris les 2
vol. in-fol. forme d'Atlas , qui compo-
fent l'Ouvrage connu fous le nom du
Cabinet de Crozat qui depuis plufieurs
années étoit devenu rare faute d'être
imprimé.
Ces deux vol. contiennent
182 Eftampes gravées à grands frais &
par les foins de M. Crozat , d'après les
plus beaux Tableaux des plus grands
Maîtres Italiens , qui font en France
dans les cabinets du Roi , du Duc d'Or-
léans , & c. A la tête de chaque volume
il y a une defcription de chaque Ef-
tampe qui le compofe. Les Graveurs
qui ont été employés à cet Ouvrage
ont été & font encore les plus habiles
de ce fiécle , tels que les Chereau , Du-
change , l'Epicié , Desplaces , Larmeſ-
fin , Simoneau , Tardieu , Vallée , Ver-
meulen , Dupuis , le Bas , Ravenet
&c. &c.
Le fieur Bafan aujourd'hui poffef-
feur defi.tes Planches , n'a rien ménagé,
pour la perfection de l'Ouvrage tant
pour
JANVIER. 1764.
pour l'impreffion que le papier ;
fur celui de Colombier
169
il le
vend en feuilles imprimé fur le papier
de grand Aigle fin 192 liv. & 160 liv.
Il eft auffi poffeffeur des 118 Plan
ches qui compofent le volume , connu
fous le nom du Cabinet d'Aguilles , le-
quel étoit auffi devenu rare faute d'ê
tre imprimé ; il vient de l'être avec
foin & fe diftribue auffi chez ledit Sr
pour 90 liv. en feuilles , imprimé fur
le papier de grand aigle fin & 72 liv.
fur celui de Colombier. On trouve
chez le fieur Bafan un affortiment gé-
néral d'Eſtampes anciennes & moder
nes tant Etrangères que Françoifes . II.
vient de mettre en vente une Eftampe
nouvelle d'après Poters , d'après le Sr
Charpentier , dont le Sujet eft une Tem-
pêre . Elle eft d'un très-grand effet , &
foigneufement exécutée.
ro f.
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16696
p. 169-170
MUSIQUE.
Début :
LES CHARMES de l'HARMONIE, Ariette de Basse-Taille, Taille, ou Bas-dessus, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
7.
LES CHARMES de l'HARMONIE,
Ariette de Basse-Taille, Taille, ou Bas-dessus,
avec grande Symphonie , chan-
II. Vol.
jouant le rôle de
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Muficien dans les deur Talens , Comé
die nouvelle mife en Mufique par M.
le Chevalier d'Herbain , & repréſentée
fur le Théâtre Italien. Prix , 2 liv. 8 f.
aux adreffes ordinaires de Mufique.
Le Cœur enflammé , Ariette en ron-
deau , avec fymphonie , chantée par
Madame la Ruette , jouant le rôle d'E-
leonore dans les deux Talens. Par le
même Auteur & aux mêmes adreffes.
91-
La Famille chantante , ou le Journal
hebdomadaire , compofé de Chanfons
Vaudevilles , Rondeaux , Ariettes , Ro-
mances , Duo , Brunettes , & c, avec ac-
compagnement de Violon & Baffe chif-
frée pour le Clavecin ou la Harpe , dont
il paroîtra une feuille périodique tous
les Lundis , à commencer, du 2 Janvier
1764. Le prix de la Soufcription pour
Paris eft de 12 liv. par an ,
par an , & pour la
Province , port franc , 18 liv. On fouf-
crit à Paris chez M. de la Chevardiere
Editeur de ce Journal , rue du Roule
à la Croix d'Or.
7.
LES CHARMES de l'HARMONIE,
Ariette de Basse-Taille, Taille, ou Bas-dessus,
avec grande Symphonie , chan-
II. Vol.
jouant le rôle de
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Muficien dans les deur Talens , Comé
die nouvelle mife en Mufique par M.
le Chevalier d'Herbain , & repréſentée
fur le Théâtre Italien. Prix , 2 liv. 8 f.
aux adreffes ordinaires de Mufique.
Le Cœur enflammé , Ariette en ron-
deau , avec fymphonie , chantée par
Madame la Ruette , jouant le rôle d'E-
leonore dans les deux Talens. Par le
même Auteur & aux mêmes adreffes.
91-
La Famille chantante , ou le Journal
hebdomadaire , compofé de Chanfons
Vaudevilles , Rondeaux , Ariettes , Ro-
mances , Duo , Brunettes , & c, avec ac-
compagnement de Violon & Baffe chif-
frée pour le Clavecin ou la Harpe , dont
il paroîtra une feuille périodique tous
les Lundis , à commencer, du 2 Janvier
1764. Le prix de la Soufcription pour
Paris eft de 12 liv. par an ,
par an , & pour la
Province , port franc , 18 liv. On fouf-
crit à Paris chez M. de la Chevardiere
Editeur de ce Journal , rue du Roule
à la Croix d'Or.
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16697
p. 171-175
« LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
Début :
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...]
Mots clefs :
Fleur, Musique, Acte, Rôle, Jouer, Spectacles, Lekain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
A VERSAILLES.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
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16698
p. 175-177
OPERA.
Début :
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans la nouvelle Salle du Palais des Thuileries, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans
la nouvelle Salle du Palais des Thuileries,
doit fefaire le Mardi 24 de ce mois , par
la repréſentation de Caftor & Pollux ,
Tragédie-Opéra , Poëme de M. BER-
NARD , Mufique de M. RAMEAU .
Nous avons déjà parlé de cet Opéra
dans l'Article des Spectacles de la Cour
à Fontainebleau . Il feroit fuperflu de
répéter ici les éloges tant de fois don-
nés par le Public au mérite de cet
Ouvrage.
Il paroît que l'on fait les
plus grands efforts pour fuppléer par
d'autres parties , dans la repréfentation ,
à Paris , à quelques avantages exclu-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fivement attachés à celles qu'on a don-
nées à la Cour.
On continuera le même Opéra les
Jeudi , Vendredi & Dimanche fuivans.
Il y aura Bal le Dimanche 29.
Le Public entrera dans cette Salle par
deux endroits. D'un côté par la prin-
cipale porte , Cour des Suiffes ; de l'autre
par une conduite pratiquée à l'extré-
mité d'une des deux Galleries qui régnent
fur le Jardin , à laquelle on pourra ar-
river à couvert en defcendant dans la
Cour des Princes. Il y aura à chacune de
ces entrées des Bureaux pour délivrer les
billets & recevoir l'argent ; mais on ne
le rendra aux perfonnes qui fortent
avant le Spectacle qu'au Bureau de la
porte principale du côté de la Cour des
Suiffes ; laquelle fera auffi l'unique en-
trée pour les Bals. Lorfqu'on aura pris
des billets on entrera dans un très-grand
veftibule bien éclairé , d'où par deux
perrons on fe diftribuera dans toute
les places de la Salle. Une des portes
de ce veftibule , donnant fur le Jardin
des Thuileries, fera ouverte pour la for-
tie du Public , dans les beaux jours ,
à la fin du Spectacle. Indépendament
des deux entrées générales ,
1
il y en a
de particulières pour fe rendre fur le
JANVIER. 1764:
177
Théâtre & d'autres pour une partie des
Logês louées à l'année.
Ceux qui ont droit d'ordonner fur la
police des Voitures aux entrées & forties
des Spectacles , ont pris les plus fages
mefures pour la circulation libre & fa-
cile de ces voitures , & en même temps
pour la fùreté des gens de pied.
En donnant dans le deuxième vo-
lume de Juillet de l'année précédente
les Etats des Acteurs des deux Comé-
dies , nous avions remis à l'ouverture
du Théâtre après Pâques celui de l'O-
péra ; on fçait les conjonctures qui
l'ont fufpendu. Nous croyons devoir
publier actuellement cet Etat dont nous
pouvons garantir l'éxactitude.
L'OUVERTURE de ce Théâtre, dans
la nouvelle Salle du Palais des Thuileries,
doit fefaire le Mardi 24 de ce mois , par
la repréſentation de Caftor & Pollux ,
Tragédie-Opéra , Poëme de M. BER-
NARD , Mufique de M. RAMEAU .
Nous avons déjà parlé de cet Opéra
dans l'Article des Spectacles de la Cour
à Fontainebleau . Il feroit fuperflu de
répéter ici les éloges tant de fois don-
nés par le Public au mérite de cet
Ouvrage.
Il paroît que l'on fait les
plus grands efforts pour fuppléer par
d'autres parties , dans la repréfentation ,
à Paris , à quelques avantages exclu-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
fivement attachés à celles qu'on a don-
nées à la Cour.
On continuera le même Opéra les
Jeudi , Vendredi & Dimanche fuivans.
Il y aura Bal le Dimanche 29.
Le Public entrera dans cette Salle par
deux endroits. D'un côté par la prin-
cipale porte , Cour des Suiffes ; de l'autre
par une conduite pratiquée à l'extré-
mité d'une des deux Galleries qui régnent
fur le Jardin , à laquelle on pourra ar-
river à couvert en defcendant dans la
Cour des Princes. Il y aura à chacune de
ces entrées des Bureaux pour délivrer les
billets & recevoir l'argent ; mais on ne
le rendra aux perfonnes qui fortent
avant le Spectacle qu'au Bureau de la
porte principale du côté de la Cour des
Suiffes ; laquelle fera auffi l'unique en-
trée pour les Bals. Lorfqu'on aura pris
des billets on entrera dans un très-grand
veftibule bien éclairé , d'où par deux
perrons on fe diftribuera dans toute
les places de la Salle. Une des portes
de ce veftibule , donnant fur le Jardin
des Thuileries, fera ouverte pour la for-
tie du Public , dans les beaux jours ,
à la fin du Spectacle. Indépendament
des deux entrées générales ,
1
il y en a
de particulières pour fe rendre fur le
JANVIER. 1764:
177
Théâtre & d'autres pour une partie des
Logês louées à l'année.
Ceux qui ont droit d'ordonner fur la
police des Voitures aux entrées & forties
des Spectacles , ont pris les plus fages
mefures pour la circulation libre & fa-
cile de ces voitures , & en même temps
pour la fùreté des gens de pied.
En donnant dans le deuxième vo-
lume de Juillet de l'année précédente
les Etats des Acteurs des deux Comé-
dies , nous avions remis à l'ouverture
du Théâtre après Pâques celui de l'O-
péra ; on fçait les conjonctures qui
l'ont fufpendu. Nous croyons devoir
publier actuellement cet Etat dont nous
pouvons garantir l'éxactitude.
Fermer
16699
p. 177
LETTRE à M. DE LA GARDE, par l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
Début :
IL s'est glissé, Monsieur, plusieurs erreurs dans l'Almanach dee Théâtres. Une regarde le Sieur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA GARDE, par l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
LETTRE à M. DE LA GARDE, par
l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
IL s'est glissé, Monsieur, plusieurs erreurs dans
l'Almanach dee Théâtres. Une regarde le Sieur
Augé , Comédien du Roi , placé parmi les Acteurs
à Pension ; il eft reçu à Demi-part. Dans un au-
tre endroit , j'ai attribué à M. Philidor la Mufique
du Roi & le Fermier ; c'est encore une faute ; cette
Mulique eft de M. de Monfigny. J'ai l'honneur
d'être , &c.
l'Auteur de l'Almanach des Théâtres.
IL s'est glissé, Monsieur, plusieurs erreurs dans
l'Almanach dee Théâtres. Une regarde le Sieur
Augé , Comédien du Roi , placé parmi les Acteurs
à Pension ; il eft reçu à Demi-part. Dans un au-
tre endroit , j'ai attribué à M. Philidor la Mufique
du Roi & le Fermier ; c'est encore une faute ; cette
Mulique eft de M. de Monfigny. J'ai l'honneur
d'être , &c.
Fermer
16700
p. 178-180
ETAT de l'Académie Royale de Musique, a l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries, le 24 Janvier 1764.
Début :
DIRECTEURS, M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT de l'Académie Royale de Musique, a l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries, le 24 Janvier 1764.
ETAT de l'Académie Royale de Musique, a
l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries,
le 24 Janvier 1764.
DIRECTEURS,
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
GELIN
LARRIVÉE ,
REGNAULT ,
CASSAGNADE ,
Surintendans de la
l'Ordre de S. Michel. 3 Mufique du Roi.
M. FRANCŒUR.
SECRETAIRE PERPÉTUEL ,
PILLOT ,
M. JO LIVEAU.
'ACTEURS chantans dans les Rôles.
DURAND ,
MUGUET ,
LE GROS ,
DU PAR ,
CHEVALIER ,
ARNOUD ,
DU BOIS ,
RIVIERE ,
ROZET ,
MESSIEURS
Baffes-Tailles.
Hautes-Contres.
ACTRICES chantantes dans les Rôles.
MESDEMOISELLES
SAINT-HILLAIRE ,
LE MIERRE ( Epoufe du Sieur Larrivée ) ,
DU RANCI ,
BERNARD ,
DU BRIEULle.
N. B. On n'apas cru devoirgroffir cet Etat decelui
des Chaurs chantans , attendu qu'il fe trouve impri-
mé àlatêtedechaque Edition des Livres de Paroles,
JANVIER 1764.
BALLET
Maitre & Compofiteur des Ballets.
M. LANY.
LANY ,
VESTRIS,
BEAT ,
TRUSTY ,
DANSEURS feuls.
7
HYACINTHE ,
MESSIEURS
3.
LAVAL, Adjoint au Maître des Ballets ,
LYONNOIS J
I. GARDEL.
MESSIEURS
ROGIER ,
DUBOIS
RIVIERE
LANY C
179
DANSEURS en double & figurans,
HAMOCHE L.
CESERON ,
GOUGY ,
LIESSE .
MARTINET
LANY ,
HENRY.
A SURNUMERAIRES.
PESLIN ,
MESSIEURS
ANO DOSSION ,
HAMOCHE COM
DANSEUSES feules
JAMESDEMOISELLES
LYONNOISMESTRIS
,
ALLARD.
MESDEMOISELLES
GUIMARD.
H vj
A
DANSEUSES feules , en double & figurantes
180 MERCURE DE FRANCE.
DANSEUSES en double & figurantes..
DEMIRÉ ,
REI ,
BASSE ,
PERRIN ,
DORNET ,
SIANNE ,
LA HAYE ,
MISDEMOISELLEST
VILLETTE ,
MARTAISE ,
CONTAT
DACHÉ ,
BOUSCARELLE ;
TELIS ,
4.09
SARON ,
SAINT-MARTIN ,
PETITOT,
LE CLERC.
SURNUMERAIRES.
MBSDEMOISELLES
LOZANGE ,
M. BERTON.
*
T
GODEAU ,
MARCILLY
ROUSSILLON ,
LAVEAU ,
COUSTON ,
VERNIER,
MIMI ,
CORNU ,
BUARD.
Maître de Mufique de l'Orchestre battant la Meſure.
ECOLE DE CHANT.
M. LE VASSEUR , Maître de Chant .
M. CHAPOTIN , Maître de Mufique.
4
ECOLE DE DANS E.
M. HYACINTHE , Maître de Danſe.
l'Ouverture du Théâtre dans la Salle des Thuileries,
le 24 Janvier 1764.
DIRECTEURS,
M. REBEL, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
GELIN
LARRIVÉE ,
REGNAULT ,
CASSAGNADE ,
Surintendans de la
l'Ordre de S. Michel. 3 Mufique du Roi.
M. FRANCŒUR.
SECRETAIRE PERPÉTUEL ,
PILLOT ,
M. JO LIVEAU.
'ACTEURS chantans dans les Rôles.
DURAND ,
MUGUET ,
LE GROS ,
DU PAR ,
CHEVALIER ,
ARNOUD ,
DU BOIS ,
RIVIERE ,
ROZET ,
MESSIEURS
Baffes-Tailles.
Hautes-Contres.
ACTRICES chantantes dans les Rôles.
MESDEMOISELLES
SAINT-HILLAIRE ,
LE MIERRE ( Epoufe du Sieur Larrivée ) ,
DU RANCI ,
BERNARD ,
DU BRIEULle.
N. B. On n'apas cru devoirgroffir cet Etat decelui
des Chaurs chantans , attendu qu'il fe trouve impri-
mé àlatêtedechaque Edition des Livres de Paroles,
JANVIER 1764.
BALLET
Maitre & Compofiteur des Ballets.
M. LANY.
LANY ,
VESTRIS,
BEAT ,
TRUSTY ,
DANSEURS feuls.
7
HYACINTHE ,
MESSIEURS
3.
LAVAL, Adjoint au Maître des Ballets ,
LYONNOIS J
I. GARDEL.
MESSIEURS
ROGIER ,
DUBOIS
RIVIERE
LANY C
179
DANSEURS en double & figurans,
HAMOCHE L.
CESERON ,
GOUGY ,
LIESSE .
MARTINET
LANY ,
HENRY.
A SURNUMERAIRES.
PESLIN ,
MESSIEURS
ANO DOSSION ,
HAMOCHE COM
DANSEUSES feules
JAMESDEMOISELLES
LYONNOISMESTRIS
,
ALLARD.
MESDEMOISELLES
GUIMARD.
H vj
A
DANSEUSES feules , en double & figurantes
180 MERCURE DE FRANCE.
DANSEUSES en double & figurantes..
DEMIRÉ ,
REI ,
BASSE ,
PERRIN ,
DORNET ,
SIANNE ,
LA HAYE ,
MISDEMOISELLEST
VILLETTE ,
MARTAISE ,
CONTAT
DACHÉ ,
BOUSCARELLE ;
TELIS ,
4.09
SARON ,
SAINT-MARTIN ,
PETITOT,
LE CLERC.
SURNUMERAIRES.
MBSDEMOISELLES
LOZANGE ,
M. BERTON.
*
T
GODEAU ,
MARCILLY
ROUSSILLON ,
LAVEAU ,
COUSTON ,
VERNIER,
MIMI ,
CORNU ,
BUARD.
Maître de Mufique de l'Orchestre battant la Meſure.
ECOLE DE CHANT.
M. LE VASSEUR , Maître de Chant .
M. CHAPOTIN , Maître de Mufique.
4
ECOLE DE DANS E.
M. HYACINTHE , Maître de Danſe.
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