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3851
p. 98-123
Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
Début :
La Comedie intitulée la Vie est un Songe, a été si favorablement reçûë [...]
Mots clefs :
Prince, Acte, Arlequin, Songe, Père, Pièce, Coeur, Théâtre, Discours, Prédictions, Parole, Illusion, Sceptre, Impression, Voix, Troupes, Vertus, Vengeance, Outrage, Conseils
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
La Comedie intitulée la Vie eft
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
Fermer
3852
p. 137-139
Extrait d'une Lettre de Vienne du 20 Mars.
Début :
Messieurs Montagüe & Collieres, Ambassadeurs d'Angleterre & d'Hollande à la [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Angleterre, Hollande, Paix, Empires, Grand seigneur, Forteresse, Traité de Carlowitz, Médiateur, Conquêtes, Cour ottomane, Ecclésiastique, Députés, Province, Despotique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Vienne du 20 Mars.
Extrait d'une Lettre de Vienne
M
du 20 Mars.
Effieurs Montague & Collie
res , Ambaffadeurs d'Angleterre
& d'Hollande à la Porte , font
autorifés par les pleins pouvoirs de
leurs Maîtres , d'offrir leur Médiation
pour la Paix entre les deux Einpires
; ils font chargés de faire tout
leur poffible pour engager le Grand
Seigneur de céder à l'Empereur
Themefvvar, Belgrade & leurs dépendances
; de renoncer aux prétentions
que la Porte peut avoir dans
la Valachie , de faire rafer la
Fortereffe nouvellement conftruite
à Choczin , fur les Frontieres de la
Pologne comme ayant été faite au
>
M iij
138 LE NOUVEAU
préjudice de la teneur du Traité
de Carlovvits ; que la Porte conviendra
d'un accomodement , enforte
que l'Italie foit miſe en fûreté
au moyen dequoi , l'Empereur n'infiftera
pas à la reftitution de la Morée
, que ces Médiateurs repréfenteront
furtout le danger qu'il y auroit
pour la Cour Ottomane de perdre
tout ce qu'elle poffede en Europe
; fi l'Empereur Chrêtien pouffoit
vivement la guerre, étant en étar
de faire des Conquêtes bien avant
dans l'Empire Mufulman , capables.
de foulever la plufpart des Turcs
qui , dit-on , murmure toujours contre
cette guerre. On a eu nouvelle
que Mr Montague eft arrivé à
Belgrade ; on attend prefentement
avec impatience l'effet de fes inftructions
, jointes à celles du fieur
Collieres.
On a apris par les mêmes Lettres
que les Principaux Valaques Ecle-
Gattiques & Seculiers , qui fe font
refugiez en Tranfilvanie , ont dreffés
un Mémoire que les Député
>
MRE.CURE
139
qu'ils envoient à la Cour Impériale ,
doivent préfenter au nom de toute
la Nation , par lequel ils offrent de .
foumettre la Province de Valaquie
à la domination de l'Empereur ; à
condition qu'elle fera gouvernée
comme auparavant , par un Hofpodar
, ou Prince particulier qui fera
Feudataire de S. M. I. mais les
Miniftres Imperiaux prétendent au
contraire , que ce Pais fera regi par
un Gouverneur Impérial de la même
manière que l'eft aujourd'huy
la Tranfilvanie ; de forte que la qualité
de Prince fera éteinte & le Gouvernement
fera defpotique , comme
dans les autres Etats que la Maifon
d'Autriche s'eft appropriez ,
M
du 20 Mars.
Effieurs Montague & Collie
res , Ambaffadeurs d'Angleterre
& d'Hollande à la Porte , font
autorifés par les pleins pouvoirs de
leurs Maîtres , d'offrir leur Médiation
pour la Paix entre les deux Einpires
; ils font chargés de faire tout
leur poffible pour engager le Grand
Seigneur de céder à l'Empereur
Themefvvar, Belgrade & leurs dépendances
; de renoncer aux prétentions
que la Porte peut avoir dans
la Valachie , de faire rafer la
Fortereffe nouvellement conftruite
à Choczin , fur les Frontieres de la
Pologne comme ayant été faite au
>
M iij
138 LE NOUVEAU
préjudice de la teneur du Traité
de Carlovvits ; que la Porte conviendra
d'un accomodement , enforte
que l'Italie foit miſe en fûreté
au moyen dequoi , l'Empereur n'infiftera
pas à la reftitution de la Morée
, que ces Médiateurs repréfenteront
furtout le danger qu'il y auroit
pour la Cour Ottomane de perdre
tout ce qu'elle poffede en Europe
; fi l'Empereur Chrêtien pouffoit
vivement la guerre, étant en étar
de faire des Conquêtes bien avant
dans l'Empire Mufulman , capables.
de foulever la plufpart des Turcs
qui , dit-on , murmure toujours contre
cette guerre. On a eu nouvelle
que Mr Montague eft arrivé à
Belgrade ; on attend prefentement
avec impatience l'effet de fes inftructions
, jointes à celles du fieur
Collieres.
On a apris par les mêmes Lettres
que les Principaux Valaques Ecle-
Gattiques & Seculiers , qui fe font
refugiez en Tranfilvanie , ont dreffés
un Mémoire que les Député
>
MRE.CURE
139
qu'ils envoient à la Cour Impériale ,
doivent préfenter au nom de toute
la Nation , par lequel ils offrent de .
foumettre la Province de Valaquie
à la domination de l'Empereur ; à
condition qu'elle fera gouvernée
comme auparavant , par un Hofpodar
, ou Prince particulier qui fera
Feudataire de S. M. I. mais les
Miniftres Imperiaux prétendent au
contraire , que ce Pais fera regi par
un Gouverneur Impérial de la même
manière que l'eft aujourd'huy
la Tranfilvanie ; de forte que la qualité
de Prince fera éteinte & le Gouvernement
fera defpotique , comme
dans les autres Etats que la Maifon
d'Autriche s'eft appropriez ,
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3853
p. 139-141
A Rome ce 3 Mars 1717
Début :
Le Carnaval nous a fourni des amusemens de toute espece, [...]
Mots clefs :
Carnaval, Opéras, Réjouissances, Princes, Altesse sérénissime, Gouverneur, Comtesse, Curiosité, Marquis, Chevalier, Bal
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texteReconnaissance textuelle : A Rome ce 3 Mars 1717
A Rome ce 3 Mars 1717
Le Carnaval nous a fourni des
amuſemens de toute elpece , jamais
le Cours n'a été plus brillant , nos
Dames Romaines plus magnifiques,
les Comedies , Operas plus fre- .
quents , les Réjoüiffances plus uniLE
NOUVEAU
140
*
verfelles , ce fera bien autre chofe
l'année prochaine , fi l'on vient à
bout de rembarer le Turc. Les Prin-
Clement & Philippe de Baviere
font arrivez ici affez à tems,
pour jouïr des divertiffemens du
Carnaval , leurs Altele s Sereniffimes
fe firent voir Lundy incognito
au Cours , & virent enfuite d'un
Balcon du Comte de Bolognetti
la courfe des Chevaux ; Mr Santini
leur Gouverneur , qui avoit
accompagné l'an paffé le Prince
Electoral leur frere, a régalé de la
part de ce Prince , d'un Diamant
de prix , la Comteffe Bolognetti ,
en reconnoiffance du bon accueil
qu'il en a reçû pendant fon féjour
à Rome .
Il faut convenir que le Carnaval
de Rome mérite la curiofité des
Etrangers , & que c'eft fans contredit
le plus beau & le plus galant
de toute la Chrêtienté.
Le Marquis de Saint Pieri eft aux
Arrêts dans fa maifon & condamécus
d'amande , pour avoir né à
500
MERCURE. 141
fait jouer chez lui une Comedie
& donné le Bal enfuite un Vendredy
, ce jour étant le feul de la
femaine où les fpectacles font interdits
, cela s'apelle payer les violons
bien cher.
Le Chevalier de S. Georges ne
vient plus à Rome , & les prépa-.
paratifs qu'avoit fait le Cardinal
Gualterio pour le recevoir, devienent
inutils , l'apartement étoit difpofé
à la Royale: en y changeant peu de
chofe , il conviendra à Mr le Duc
de la Feüillade. S. S. a eû avis
qué ce Prince étoit forti d'Avignon
le 6 de Février , qu'il a paffé par le
Piémond , où il a reçû tous les honneurs
imaginables du Roy de Sicile ,
par le Parmefan & le Boulonois ,
pour fe rendre à Pefaro. Dom Carlo
Albani Neveu du Pape eft nommé
pour aller audevant de lui & le
conduire jufqu'au lieu deſtiné à fa
retraite .
Le Carnaval nous a fourni des
amuſemens de toute elpece , jamais
le Cours n'a été plus brillant , nos
Dames Romaines plus magnifiques,
les Comedies , Operas plus fre- .
quents , les Réjoüiffances plus uniLE
NOUVEAU
140
*
verfelles , ce fera bien autre chofe
l'année prochaine , fi l'on vient à
bout de rembarer le Turc. Les Prin-
Clement & Philippe de Baviere
font arrivez ici affez à tems,
pour jouïr des divertiffemens du
Carnaval , leurs Altele s Sereniffimes
fe firent voir Lundy incognito
au Cours , & virent enfuite d'un
Balcon du Comte de Bolognetti
la courfe des Chevaux ; Mr Santini
leur Gouverneur , qui avoit
accompagné l'an paffé le Prince
Electoral leur frere, a régalé de la
part de ce Prince , d'un Diamant
de prix , la Comteffe Bolognetti ,
en reconnoiffance du bon accueil
qu'il en a reçû pendant fon féjour
à Rome .
Il faut convenir que le Carnaval
de Rome mérite la curiofité des
Etrangers , & que c'eft fans contredit
le plus beau & le plus galant
de toute la Chrêtienté.
Le Marquis de Saint Pieri eft aux
Arrêts dans fa maifon & condamécus
d'amande , pour avoir né à
500
MERCURE. 141
fait jouer chez lui une Comedie
& donné le Bal enfuite un Vendredy
, ce jour étant le feul de la
femaine où les fpectacles font interdits
, cela s'apelle payer les violons
bien cher.
Le Chevalier de S. Georges ne
vient plus à Rome , & les prépa-.
paratifs qu'avoit fait le Cardinal
Gualterio pour le recevoir, devienent
inutils , l'apartement étoit difpofé
à la Royale: en y changeant peu de
chofe , il conviendra à Mr le Duc
de la Feüillade. S. S. a eû avis
qué ce Prince étoit forti d'Avignon
le 6 de Février , qu'il a paffé par le
Piémond , où il a reçû tous les honneurs
imaginables du Roy de Sicile ,
par le Parmefan & le Boulonois ,
pour fe rendre à Pefaro. Dom Carlo
Albani Neveu du Pape eft nommé
pour aller audevant de lui & le
conduire jufqu'au lieu deſtiné à fa
retraite .
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3854
p. 143-148
A Londres, le 20. Mars 1717.
Début :
Le 5. on publia ici les Lettres du Comte Gyllemborg, des Barons [...]
Mots clefs :
Lettres, Rébellion, Forces, Roi de Suède, Cavalerie, Flotte, Soldats, Trône d'Angleterre, Cour, Armements, Comte Gyllemborg, Tsar, Paix, Baron, Conspiration
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texteReconnaissance textuelle : A Londres, le 20. Mars 1717.
A Londres , le 20. Mars 1717 .
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
Le 5. on publia ici les Lettres du
Comte GYLLEMBORG , des Barons
GORTZ , SPARR & autres contenants
le deffein d'exciter dans la
GRANDE BRETAGNE une Rebellion
qui devoit être foutenue par les forces
de la SUEDE.
Ces Lettres font au nombre de
trente- fix , depuis le 25. Septembre
1716. jufqu'au 10. Février 1717 .
144 LE NOUVEAU
Lettre du
Comte de
Selon ces imprimez , l'entre-
Baron de prife devoit s'executer au mois
Gorte, au de Mars , lorfque les vents de
L'EST régnent, & que l'on s'y attenberg.
à Pa droit le moins. Le Roy de Suéde ,
vis le fix à l'exemple de SCIPION , devoit
jane. 1717 venir en perfonne avec 12000 hom-
Gyllommes
, porter la Guerre dans les Pays
de ceux qui ont voulu , & veulent
encore la perte de celui - ci . Sçavoir .
3000 hommes d'Infanterie , & 4000
de Cavalerie , dont il y en auroit
d'abord 500. montés. Le Pays étant
plufque fuffifant pour fournir des
chevaux de remonte . La Flote Suédoife
devoit être pourvue de l'Ar-
Let.4. tillerie neceffaire , & de quoy ardu
Com mer is à 20000. hommes , qui ne
Gyllem demandoient qu'un corps de TrouborganBa.
ron Gortz Pes réglées , auxquelles , ils puffent
de Londres fe joindre , étant fûr que de dix
le 12 Od perfonnes , il s'en trouveroit neuf
1716.
mécontentes , qui défiroient le rétabliffement
du PRETENDANT. S. M.
Suédoife devoit faire publier à fon
arrivée , un Manifefte ; par lequel il
déclaroit n'avoir point d'autre intention
que de rétablir le PrétenMERCURE.
145
Billet de
meme 7 d
dant fur le Thrône d'Angleterre
de maintenir les Libertés de la Nation
, & de la Religion Anglicane.
D'ailleurs l'argent ne devoit pas
manquer , puifque la Cour D'AVIGNON
offroit 60. mille livres fterlins
d'avance , ad captandam benevolen
tiam ; joins à un million de florins Londres d
que les Amis de ce Prince s'enga- 16 Octobre
geoient de faire toucher en Hollan- 1716 .
de au Baron GORTZ , qui en avoit
déja reçû 100000 livres , afin de
faire travailler avec toute la diligence
poffible à l'Armement , qui
fe faifoit à Gottenburg , & aux
préparatifs néceffaires pour cette
Expédition.Pendant ces difpofitions
fécrettes , on prenoit des méfures ,
pour faire congédier par le Parlement
, la moitié de l'Armée , comme
étant à charge à l'Etat , dans
l'efperance que cette Partie mécontente
fe joindroit aux Rebelles :
Mais le principal objet du Comte
de Gyllemborg étoit , d'empêcher
par toutes fortes de moyens , un
Armement Naval en Angleterre ,
Mars 1717. N
146 LE NOUVEAU
au
jufques au mois de Mai , afin que
la Flote de fon Maître pût être la
premiere en Mer , & ne trouvât
point d'opofition de la part de
celle des Anglois . Non content
de ces précautions , il paroît par
une Lettre de la Haye,du 17 Novembre
1716 , de Mr GUST ,
C. de Gyllemborg fon frere , que
le Czar n'étoit pas éloigné d'entrer
dans cette Ligue , y étant fortement
follicité par un nommé
ERSKINS Médecin & Confeiller privé
de ce Prince . Ce confident écrivoit
à Milord MARR fon Coufin
Germain , que le Grand Duc s'étant
brouillé avec fes Alliez , il
paroiffoit tout -à-fait difpofé à faire
fa Paix avec la Suede , & à ceffer
fes hoftilitez contre ce Royaume ;
Qu'haïffant mortellement le Roy
Georges , & connoiffant la jufte
caufe du Prétendant : Il ne fouhaitoit
rien plus ardemment
qu'une Conjoncture favorable, pour
pouvoir le retablir dans fes Royaumes
; que fon Maître ayant ce-
3
MERCURE. 147
"
pendant tout l'avantage contre la
Suede , il ne lui convenoit pas de
faire le premier pas : mais que fi le
Roy vouloit hazarder la moindre
démarche, l'accommodement feroit
bientôt conclu entr'eux.
Dans la même Lettre , le Prétendant
fait prier le Baron Sparr
de lui procurer la permiffion de fe
retirer à STOLKO M : mais cet
Ambaffadeur ne le juge pas propos
, par la raifon que ce feroit déclarer
la Guerre , à fon de trompe ,
& ruïner entierement leurs affaires.
Dans uneLettre du 8 Janvier 1717,
le Baron Gortz envoye à Mr le
Comte de Gyllemborg , une Copie
du plein pouvoir , qu'il avoit reçû
du Roy , pour traiter & conclure
toutes affaires , qui concernent le
fervice & les interêts de la Nation .
Il eft datté de Lunden en Scanie ,
23 Octobre 1716 du
Enfin par la derniere Lettre du
Comte de Gyllemborg à ce Baron ,
qui étoit retourné de Paris à la
Haye ; le Comte lui fait obſerver
Nij
148 LE NOUVEAU
que l'Aimement de l'Efcadre Angloife
fe fera de bonne heure ; aparemment
, pour prévenir la deftruction
, dont on croit le DANEMARK
menacé ; & qu'ainfi , il est néceffaire
de prendre de juftes meſures
pour être les premiers en Mer.
›
Toutes ces Circonftances convaincront
fans doute , les plus incrédules
, que
, que la Confpiration n'eſt
pas une Nouvelle chimérique . Bien
des gens , malgré l'évidence de
ces preuves , ont encore de la peine
à fe perfuader , que le Roy de
Suéde accablé de toutes parts , par
des Ennemis très-puiffants , ait voulu
entreprendre de paffer en Angleterre
, avec une Flote & des
Troupes , pour faire une invafion ,
en faveur du Prétendant , tandis
qu'il laiffoit fon Païs au premier
occupant.
Fermer
3855
p. 149-150
PLACET A. S. A. ROYALE Monseigneur le Duc d'Orleans, Régent du Royaume, présenté par les petits Enfans du Sieur Duperier, Directeur des Pompes, employé sur un Rolle de la Chambre de Justice, pour 12500 livres.
Début :
Regent, dont j'ay chanté la Valeur, la Prudence, [...]
Mots clefs :
Régent, Prudence, Clémence, Célébration, Magistrat, Bienfaits, Confiance, Grand Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLACET A. S. A. ROYALE Monseigneur le Duc d'Orleans, Régent du Royaume, présenté par les petits Enfans du Sieur Duperier, Directeur des Pompes, employé sur un Rolle de la Chambre de Justice, pour 12500 livres.
PLACET A. S. A. ROYALE
Monfeigneur le Duc d'orleans
, Régent du Royaume
préfentépar lespetits Enfans
du Sicur Duperier , Dire-
Eteur des Pompes , employe
fur un Rolle de la Chambre
de Justice , pour 12500
livres.
REGENT , dont j'ay chanté là
Valeur , la Prudence ,
Je voudrois aujourd'huy célébrer
ta Clémence :
Quand cinq Chiffres maudits m'accablent
fous leur poids ,
Rayant les deux premiers , ne m'en
laifle que trois .
Cinq cens francs , c'eſt aſſez
les gens de ma forte ,
pour
Je ne puis fuporter une Taxe
plus forte :
La fortune pour moi Marâtre en.
fes préfens
Nijj
150 LE NOUVEAU
M'a donné peu de biens , & plus
de trente enfans. *
Six font à tes genoux , guidez par
mes lumieres ;
Ils font au Ciel pour toi , chaque
jour des prieres :
Le plus âgé de tous n'a pas dix
âns complets.
Juge , s'ils ont befoin de fentir tes
biens - fairs.
Daigne te fouvenir qu'en parlant
de leur pere ,
Tu dis au Magiftrat , qui fçait l'art
de te plaîre ,
Dont ta main liberale a comblé le
fouhait ,
"
Que Duperier attende , il fera fatisfait.
Charmé de ce beau mot ,
rempli de confiance ,
Pénétré de refpect & de
noiffance ,
& de recon-
A tes ordres foûmis j'ay gardé le
tacet ,
Grand Prince , acheve , & mets un
bon fur ce Placet.
* 19. d'une premiere femme , & 12
avec celle d'aujourd'huy.
Monfeigneur le Duc d'orleans
, Régent du Royaume
préfentépar lespetits Enfans
du Sicur Duperier , Dire-
Eteur des Pompes , employe
fur un Rolle de la Chambre
de Justice , pour 12500
livres.
REGENT , dont j'ay chanté là
Valeur , la Prudence ,
Je voudrois aujourd'huy célébrer
ta Clémence :
Quand cinq Chiffres maudits m'accablent
fous leur poids ,
Rayant les deux premiers , ne m'en
laifle que trois .
Cinq cens francs , c'eſt aſſez
les gens de ma forte ,
pour
Je ne puis fuporter une Taxe
plus forte :
La fortune pour moi Marâtre en.
fes préfens
Nijj
150 LE NOUVEAU
M'a donné peu de biens , & plus
de trente enfans. *
Six font à tes genoux , guidez par
mes lumieres ;
Ils font au Ciel pour toi , chaque
jour des prieres :
Le plus âgé de tous n'a pas dix
âns complets.
Juge , s'ils ont befoin de fentir tes
biens - fairs.
Daigne te fouvenir qu'en parlant
de leur pere ,
Tu dis au Magiftrat , qui fçait l'art
de te plaîre ,
Dont ta main liberale a comblé le
fouhait ,
"
Que Duperier attende , il fera fatisfait.
Charmé de ce beau mot ,
rempli de confiance ,
Pénétré de refpect & de
noiffance ,
& de recon-
A tes ordres foûmis j'ay gardé le
tacet ,
Grand Prince , acheve , & mets un
bon fur ce Placet.
* 19. d'une premiere femme , & 12
avec celle d'aujourd'huy.
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3856
p. 151
ENIGME.
Début :
Homme Lettré doctement me compose [...]
Mots clefs :
Clystère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Omme Lettré doctement me
compofe
Sur le papier.
Son Ecolier
Aux crédules mortels , éloquemment
m'expoſe :
Serois - je en claſſe une Leçon ,
Harangue d'Ecolier , oui , non ;
Peut- être; devinez;je paffe,je repaffe
Avec grace , ou fans grace ,
De pertuis en pertuis ,
De réduits en réduits :
Un Difcours Oratoire a fortune
pareille ,
Paffant de bouche en bouche , &
d'oreille en oreille ,
Dans les Réduits de maints petits
Cerveaux .
Je péle plus que je ne vaux
Dans un des réduits que j'occupe ;
Suis - je un Difcours. Non , non ,
n'en foyez plus la dupe.
Omme Lettré doctement me
compofe
Sur le papier.
Son Ecolier
Aux crédules mortels , éloquemment
m'expoſe :
Serois - je en claſſe une Leçon ,
Harangue d'Ecolier , oui , non ;
Peut- être; devinez;je paffe,je repaffe
Avec grace , ou fans grace ,
De pertuis en pertuis ,
De réduits en réduits :
Un Difcours Oratoire a fortune
pareille ,
Paffant de bouche en bouche , &
d'oreille en oreille ,
Dans les Réduits de maints petits
Cerveaux .
Je péle plus que je ne vaux
Dans un des réduits que j'occupe ;
Suis - je un Difcours. Non , non ,
n'en foyez plus la dupe.
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3857
p. 152-153
AUTRE.
Début :
Admirez de mon sort l'étrange destinée, [...]
Mots clefs :
Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
A Dmirez de mon fort l'étrange
deſtinée ,
En tout temps à couvert je fuis
toujours mouillée ,
Et fais beaucoup de bien , comme
beaucoup de mal ;
Auffi feroit-il très fatal
De ne pouvoir de moi , tirer aucun
fervice :
Rarement on fe peut paffer de mon
office .
Le beau fexe , fur tout , qu'on blâme
affez fouvent ,
De m'employer imprudemment.
Chacun pour fon malheur , en fait
l'expérience :
Puifque par un Arreft du fort ,
Autrefois pareille imprudence
Vous a fait condamner à mort;
Mais éclairciffons ce miftere :
L'Avocat , le Prédicateur ,
Le Magiftrat , le Confeffeur ,
Ne pourroient pas fans moi remplir
leur miniftére..
$
MERCURE. 153
Je fais la garde d'un Palais ,
Dans lequel on n'entrejamais :
Enfin je fuis d'un grand uſage
En tout teins , en tous lieux , mais
plus au fol , qu'au fage ;
Et l'Artifan , comme le Roi ,
A, tous les jours befoin de moi .
A Dmirez de mon fort l'étrange
deſtinée ,
En tout temps à couvert je fuis
toujours mouillée ,
Et fais beaucoup de bien , comme
beaucoup de mal ;
Auffi feroit-il très fatal
De ne pouvoir de moi , tirer aucun
fervice :
Rarement on fe peut paffer de mon
office .
Le beau fexe , fur tout , qu'on blâme
affez fouvent ,
De m'employer imprudemment.
Chacun pour fon malheur , en fait
l'expérience :
Puifque par un Arreft du fort ,
Autrefois pareille imprudence
Vous a fait condamner à mort;
Mais éclairciffons ce miftere :
L'Avocat , le Prédicateur ,
Le Magiftrat , le Confeffeur ,
Ne pourroient pas fans moi remplir
leur miniftére..
$
MERCURE. 153
Je fais la garde d'un Palais ,
Dans lequel on n'entrejamais :
Enfin je fuis d'un grand uſage
En tout teins , en tous lieux , mais
plus au fol , qu'au fage ;
Et l'Artifan , comme le Roi ,
A, tous les jours befoin de moi .
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3858
p. 153
« Les mots des Enigmes du mois passé étoit la Noix, & la Glace. [...] »
Début :
Les mots des Enigmes du mois passé étoit la Noix, & la Glace. [...]
Mots clefs :
Énigmes, Réponses, Noix, Glace, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les mots des Enigmes du mois passé étoit la Noix, & la Glace. [...] »
Le mot des Enigmes du mois paffé
étoit la Noix , & la Glace. Ceux qui
les ont devinées , font Nabote &
Gambille , le Devoyé Cambré , le
Pigeon Patu , le Baffon de la rue
d'Enfer , la petite Camufon de la
rue S. Lambert , le faifeur des Jujottes
, le Rognognant Vicomte , le
Préludeur Dupré , l'aimable Manon ,
l'Enthumé Marin , la groffe Cato
la grande & la petite Marie-Anne
le grand Guigneur , l'Amoureux
Bondarois.
étoit la Noix , & la Glace. Ceux qui
les ont devinées , font Nabote &
Gambille , le Devoyé Cambré , le
Pigeon Patu , le Baffon de la rue
d'Enfer , la petite Camufon de la
rue S. Lambert , le faifeur des Jujottes
, le Rognognant Vicomte , le
Préludeur Dupré , l'aimable Manon ,
l'Enthumé Marin , la groffe Cato
la grande & la petite Marie-Anne
le grand Guigneur , l'Amoureux
Bondarois.
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3859
p. 154
SONNET Bouts rimez à remplir.
Début :
Nabotte Bec Salamlec Culotte Calotte Sec Echec Bigotte [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET Bouts rimez à remplir.
SONNET
Bouts rimez à remplir.
Nabotte
Bec
Salamalec
Culotte..
Calotte
Sec
Echec
Bigotte .
Iroquois
Carquois
Cinique .
Faucon
Pique
Flacon..
Bouts rimez à remplir.
Nabotte
Bec
Salamalec
Culotte..
Calotte
Sec
Echec
Bigotte .
Iroquois
Carquois
Cinique .
Faucon
Pique
Flacon..
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3860
p. 154-159
CHANSON.
Début :
Vous fuyés-légere Hirondelle, [...]
Mots clefs :
Hirondelle, Saison, Climat, Amour, Flore
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Ous fuyés légere Hirondelle ,
Vous prévenés la faifon des
frimats ,
Vous volés en d'autres climats ,
Où le tendre Amour vous apelle.
MERCURE. 159
Que votre fort me paroît beau ,
Vous reviendrez à la fuite de Flore ;
Vous vous jenflammerés encore ;
Votre Amour est toujours nouveau.
Ous fuyés légere Hirondelle ,
Vous prévenés la faifon des
frimats ,
Vous volés en d'autres climats ,
Où le tendre Amour vous apelle.
MERCURE. 159
Que votre fort me paroît beau ,
Vous reviendrez à la fuite de Flore ;
Vous vous jenflammerés encore ;
Votre Amour est toujours nouveau.
Fermer
3861
p. 159-167
Suite des Nouvelles de Paris.
Début :
Le 12. le Roy donna à Mr l'Abbé de Beringhen, le Prieuré [...]
Mots clefs :
Abbesse, Cordeliers, Cour, Avocat, Charge, Procédure, Statuts, Chevalier, Plaidoirie, Évêque, Parlement, Duchesse, Applaudissements, Sagesse, Raison, Rétablissement, Lettres patentes, Ambassadrices, Éloge, Vertu, Serment, Aumônier, Chancelier, Conseil, Navires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Paris.
Suite des Nouvelles de Paris.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Le 12. le Roy donna à Mª l'Abbé
de Beringhen , le Prieuré de Pignan,
fitué dans l'Evêché de Frejus .
Le 15. M de Saint Heremobtint
la furvivance du Gouvernement
de Fontainebleau , avec l'aplaudiffement
de toute la Cour , il en a remercié
le Roy.
Le 16. Mde de Saint Herem , conduite
par Mde la Ducheffe de S. Simon
, eut l'honneur de faire la réverence
au Roy.
Le 18 Mr le Comte de Dreux
Grand Maître des Cérémonies , exerçant
par provifion la Charge de
Grand Maréchal des Logis du Roy,
160 LE NOUVEAU
a eû un Brever pour continuer l'exercice
de cette Charge jufqu'à ce
que Mr le Marquis de Cany fon
neveu ait atteint l'âge de 16 ans ,
pour en faire les fonctions par lui
même .
Le 18 l'affaire de Madame de
Sallo Abbeffe des Cordelieres , fut
décidée en fa faveur ; elle a fait
trop de bruit dans le monde pour
n'en pas former un article des plus
curieux de ce Recueil .
Deniſe Elifabeth de Sallo , fille de
feu M de Sallo Confeiller au Parlement
, recommandable par fa naiffance
& fon mérite litteraire , fut
mife dès l'âge de fept ans dans le
Convent des petites Cordelieres :
Eile y fit fa profeffion à l'âge de
15 , & pendant 40 années qu'elle a
demeuré dans cette Communauté,
elle ena paffé plus de 20 , Maîtreffe
des Penfionaires. Aprés la mortde
Mde BETAUT Abbeffè , elle fut élûë
en fa place le 11 Avril 1711.
La Tranquilité regna dans ce
Monaftere jufques au 30 Décembre
1714
MERCURE. 161
que fes Religieufes la foupçonnant
d'être la caufe, que le fieur RENGEAR
n'avoit pas eu la continuation de
fes pouvoirs , l'accuferent devant
le GENERAL , d'Intrufion , d'Irrégularité
, & de Janfenifme. Sur
ces plaintes , le Provincial des Cordeliers
accompagné des fieurs
ET LE ROUGE HENRIOT
:
pour Commiffaires ; Aprés avoir entendus
tous les Griefs intentez contr'elle
elle fut enfin dépofée par
Sentence dudit Provincial , déclarée
inhabile à être élûe Abbeſſe >
& privée de voix active & paffive .
Cette Abbeffe ayant apelé de cette
Sentence , fut reléguée par Lettre
de Cachet , dans le Convent des
Cordelieres DE CHAULNY. Aprés
la mort du Roy , ayant demandé fon
rapel qu'elle obtint ; elle vint pourfuivre
fon apel , comme d'abus , au
Parlement. M CHEVALIER
Avocat s'étant chargé de fon affaire
, commença à plaider le prémier
, & le deuxième Jeudy de
Carême. Mr Guyor de Chefne
Mars
1717.
0
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieut
de Lombreuil , celui du Provincial,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort, fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
Le 18 de ce mois Mr de Lamoi,
gnon Avocat Général commença de
plaider à huit heures , & un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations ,
Elle le jugeoit à propos. Il conelut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers ,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deifenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes. Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte, qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy, par
des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
Njj
162 LE NOUVEAU
Avocat du Promoteur & Monfieur
de Lombreiiil , celui du Provincial ,
plaidérent les trois Jeudis fuivants ,
& le dernier Jeudy qui étoit le 11.
Mr Chevalier repliqua avec un
aplaudiffement général il apuya
fort , fur ce que les deux Avocats
adverfes ( forcés par la verité ) n'avoient
pû refufer des éloges à la
fageffe , au bon efprit , & à la folide
vertu de Mde de Sallo . Salutem
ex inimicis noftris , s'écria - t'il .
:
Le 18 de ce mois Mr de Lamoignon
Avocat Général commença de
plaider à huit heures , &un quart ;
& ne finit qu'à midi , avec l'admiraration
de toute l'Affemblée : Il reprefenta
à la Cour que toute la France
étoit attentive à fa décifion ;
Que cette Abbeffe avoit été interrogée
fur les queftions les plus épineufes
de la Théologie , qui agitent
aujourd'huy l'Eglife de France,
que cependant il croyoit avoir de
bonnes raifons pour ne pas lire en
public les dépofitions des Témoins
touchant fa Doctrine , que la Cour
MERCURE. 163
pouroit voir les informations , fi
Elle le jugeoit à propos. Il conclut
qu'il y avoit abus dans la Procédure
, dans le jugement du Provincial
; & par conféquent au Rétabliffement
de l'Abbeffe . De plus il
requit la Cour que trois Livres contenants
les Statuts des Cordeliers,
qui lui avoient été remis entre les
mains,fuffent fuprimés, comme étant
contraires à l'autorité des Roys , des
Juges Royaux & des Evêques :
Deffenfe d'avoir d'autres Statuts que
ceux qui auroient été enregistrés à
la Cour , en vertu de Lettres Paten
tes . Aprés un délibéré , on fit retirer
tout le monde , une heure
aprés , on rouvrit les Portes. Mr le
Premier Prefident prononça l'Arrêt,
qui porte , qu'il y avoit eû abus dans
la Procédure & dans ce qui s'en eit
enfuivi. Ordonne que les Cordeliers
ne pouront avoir de Statuts, que
de la permiffion du Roy , par des
Lettres Patentes Regiftrées en la
Cour , que l'Arreit fera lû au Prochain
Chapitre Provincial , dans le
N jj
164 LE NOUVEAU
Grand Convent des Cordeliers &
dans ceux de la Province. Deffenfe
aux Cordeliers , de mettre à execution
lefdits Statuts , & notamment
en ce que par iceux , il eft
deffendu de fe pourvoir devant les
Archevêques & Evêques Royaux.
Ce Prononcé fut aplaudi unanimement
par tout l'Auditoire qui
étoit des plus nombreux , parce
qu'il s'agiffoit d'une Abbeffe
tuelle dépofée.
perpe-
Le 19. Mr le Maréchal de Villeroy
ayant pris médecine , pria
Mde la Ducheffe de Vantadour , de
venir fervir le Roy à Table ce jour
là, ce qu'elle continua le lendemain .
Le 20. on aprit la mort de
Mr l'Evêque de S. Paul trois Chateaux
, Suffragant de l'Archevêché
d'Arles.
Le Navire SPRIT , ponté de
Conftruction Hollandoife , nommé
la Ville de Paris , conduit par le
Capitaine Jean Darra , arriva le 20
de ce mois , vis -à-vis le gros Pavillon
du Louvre. Il eft parti de
MERCURE
165
la Rade du Havre , le dix du courant
, chargé de Marchandifes.
CetteEpreuve jointe à la premiere,
dont on a parlé dans le Mercure
de Janvier , perfuade que la Navigation
de laMer, en droiture dans
cette Capitale , eft très facile à établir.
Mrs Cabot de Cailletot , & Ronay
, Auteurs de cette entreprife ,
ont fournis au Confeil, des Mémoires
fort amples , fur l'utilité que,
Paris , & le Royaume en retireroient.
Ils font voir que l'avantage
qu'on en reçevra , réflechira néceffairement
fur tout le Commerce de
la France ; que l'abondance poura
toujours couler dans cette Ville ,
& à beaucoup moins de frais ; Puifla
facilité , & l'accélération de
la voiture , animeront davantage le
Marchand , à faire venir plus librement
des Danrées , dont il ne craindra
plus le dépériffement , comme
il arrivera toujours , lorfqu'on feri.
obligé de décharger une feconde
fois & à moitié Route , ces mêmes.
que
O iij
TGG LE NOUVEAU
Marchandiſes , dans des Bateaux
découverts ; ce qui les retardoit en
Riviere 2 & 3 mois , en alteroit la
qualité , faifoit perdre le tems de
la vente , & les chargeoit de frais
confidérables. Ces Meffieurs ont
fatisfait pleinement aux Objections ,
qu'on a pû leur propofer , contre un
Établiffement , qui va au bien public.
Mr le Comte de Kinigfeg , Amballadeur
de l'Empereur en France,
Gouverneur des Païs Bas , ci -devant
, fon Plenipotentiaire , arriva
Samedy 20 Mars de Bruxelles à
Paris , accompagné de Mde l'Ambaffadrice
fon Epoute , de Mlle de
Lanois fa Coufine ; de Mt le Comte
Charles de Kinigſeg , & de
Mr le Marquis de Catinara fes Neveux
, avec une fuite nombreuſe de
Gentils - hommes Allemands , des
Dlles de Me l'Ambaffadrice , de
plufieurs Pages & Officiers àcheval.
Le 21 de ce mois , Dimanche
des Rameaux , le Roy fe rendit à
la Chapelle du Palais des TuilleMERCURE.
167
ries , précédé par Mr l'Evêque de
Frejus fon Précepteur, par M l'Ab
bé de Maulevrier , & M l'Abbé
de Cambou fes Aumôniers , accompagné
deM le Duc du Maine ,
de Male Maréchal de Villeroy fon
Gouverneur , & de plufieurs Sei
gneurs. S. M. affifta à la Bénédiction
des Palmes , & l'après diné
au Sermon du P. Terraffon de l'Oratoire
, & aux Vêpres chantées
la Mufique.
par
Le Lundy 22. Mtle: Chancelier fe:
rendit aux grands Auguftins , pour
l'Extinction de la Chambre de Juftice
. Il étoit précédé par fes Gardes ,
& ceux de la Prévoté de l'Hôtel ,
commandés par Mr de Monticour
Lieutenant de la Compagnie , à la
fuire des Chanceliers de France.:
Les Huiffiers de la Chancellerie
& ceux de la Chaîne , dont deux
portoient les Maffes , marchans
devant lui avec fes Valets de pied,"
& un Cent- Suiffe du Roy; Il fur
reçû à la porte par le Superieur ‹
de la Maifon , qui le complimenta.
Fermer
3862
p. 168-171
Discours de M le Chancelier à la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
Début :
Delà, il fut conduit dans une Chapelle qu'on lui avoit préparée [...]
Mots clefs :
Zèle, Peuples, Royaume, Discours, Chambre, Ministres, Sagesse, Éloge, Orateur, Lois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours de M le Chancelier à la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
Delà , il fut conduit dans une Chapelle
qu'on lui avoit préparée , pour
entendre la Meffe , où huit Députez
de la Chambre de Justice allerent
le prendre , & le conduifirent
dans la Chambre , à la quelle
il fit ce Difcours .
MESSIEURS ,
Je viens vous annoncer la fin
" de vos travaux , & la fatisfa-
» ction que le Roy & M8 le Regent
,, ont eûe du Zele & du courage avec
,, lequel vous avez fournis votre pénible
carriere : les Peuples du Ro-
" yaume demandoient la vengeance
" des concuffions & vexations immenfes
, qui les avoient affligez
pendant de fi longues années. Vous
,,avez été choifis pour remplir un fi
redoutable Miniftere ; mais les remedes
peuvent devenir des maux ,
"lorfqu'ils durent trop long -tems.
>> A la vûë de tant de Perfonnes,
qui gemiffent des peines qu'elles
endurent , le Peuple tombe dans
H
MERCURE. 169
une efpéce de Confternation , qui ed.
fait languir le Corps Politique ; &
telle eft fon inconftance , qu'il paffe
tout d'un coup de la Haine qu'il
avoit conçue , à la Compaffion
des Miferes , où elles fe trouvent
réduites , & s'accoûtume enfin , à c
les croire innocenres , lorfqu'il les
voit trop long-tems malheurenfes.
C'eft à la fageffe du Souverain ,
de tempérer la néceffité des Loix «*
avec l'indulgence ; ainfi la même «<
fageffe , qui a donné l'être à la c
Chambre de Juſtice , en ordonne
préfentement la fin , & vous renvoye
à des fonctions plus douces ,
mais non moins importantes. Il “
auroit été plus avantageux au P.,
blic , & à vous Meffieurs , que la
même Voix qui vous a affemblez ,
vint vous annoncer la fin de votre
Carriere ; mais je puis vous affu- ..
rer , que Perfonne ne fent mieux
que moi , l'Eloge , qui eft dû au
zele que vous avez pour la Juftice
i vous n'avez pû remplir
en fon entier , l'Objet qui vous étoit "
ес
le
1
Fen Mi
Chinc
179 LE NOUVEAU
»
propofé ; du moins , vous auriez la
fatisfaction précieufe , d'avoir arrêté
le cours d'une déprédation
fans bornes , & de fçavoir que la
Chambre de Juftice va devenir un
Epoque . , où le bon ordre dans
les Finances va fuccéder aux Abus
qui s'y étoient gliffez , la lumiere ,
à l'obfcurité : & la fageffe qui nous
gouverne , n'aura plus que le plaifir
de faire gouter fes bienfaits ,
» & d'établir la grandeur du Roy , &
le bonheur de fes Sujets.
Mr de la Moignon premier Préfident
de la Chambre de Juftice ,
lui répondit en peu de mots ; il
s'étendit particulierement fur la
gloire , qu'il s'étoit acquife au Bareau
, en qualité d'Avocat General ;
quoique dans un âge peu avancé ,
ayant réuni les qualités d'un parfait
Orateur , à celles d'un grand
Magiftrat. Il mit dans un beau
jour , ce qu'il avoit fait depuis ,
dans la Charge de Procureur General
, avec tant de gloire , pour
maintenir les Loix du Royaume ,
C
D
MER CUR Ea 171
& les Libertés de l'Eglife Gallicane.
qu'on lui avoit préparée , pour
entendre la Meffe , où huit Députez
de la Chambre de Justice allerent
le prendre , & le conduifirent
dans la Chambre , à la quelle
il fit ce Difcours .
MESSIEURS ,
Je viens vous annoncer la fin
" de vos travaux , & la fatisfa-
» ction que le Roy & M8 le Regent
,, ont eûe du Zele & du courage avec
,, lequel vous avez fournis votre pénible
carriere : les Peuples du Ro-
" yaume demandoient la vengeance
" des concuffions & vexations immenfes
, qui les avoient affligez
pendant de fi longues années. Vous
,,avez été choifis pour remplir un fi
redoutable Miniftere ; mais les remedes
peuvent devenir des maux ,
"lorfqu'ils durent trop long -tems.
>> A la vûë de tant de Perfonnes,
qui gemiffent des peines qu'elles
endurent , le Peuple tombe dans
H
MERCURE. 169
une efpéce de Confternation , qui ed.
fait languir le Corps Politique ; &
telle eft fon inconftance , qu'il paffe
tout d'un coup de la Haine qu'il
avoit conçue , à la Compaffion
des Miferes , où elles fe trouvent
réduites , & s'accoûtume enfin , à c
les croire innocenres , lorfqu'il les
voit trop long-tems malheurenfes.
C'eft à la fageffe du Souverain ,
de tempérer la néceffité des Loix «*
avec l'indulgence ; ainfi la même «<
fageffe , qui a donné l'être à la c
Chambre de Juſtice , en ordonne
préfentement la fin , & vous renvoye
à des fonctions plus douces ,
mais non moins importantes. Il “
auroit été plus avantageux au P.,
blic , & à vous Meffieurs , que la
même Voix qui vous a affemblez ,
vint vous annoncer la fin de votre
Carriere ; mais je puis vous affu- ..
rer , que Perfonne ne fent mieux
que moi , l'Eloge , qui eft dû au
zele que vous avez pour la Juftice
i vous n'avez pû remplir
en fon entier , l'Objet qui vous étoit "
ес
le
1
Fen Mi
Chinc
179 LE NOUVEAU
»
propofé ; du moins , vous auriez la
fatisfaction précieufe , d'avoir arrêté
le cours d'une déprédation
fans bornes , & de fçavoir que la
Chambre de Juftice va devenir un
Epoque . , où le bon ordre dans
les Finances va fuccéder aux Abus
qui s'y étoient gliffez , la lumiere ,
à l'obfcurité : & la fageffe qui nous
gouverne , n'aura plus que le plaifir
de faire gouter fes bienfaits ,
» & d'établir la grandeur du Roy , &
le bonheur de fes Sujets.
Mr de la Moignon premier Préfident
de la Chambre de Juftice ,
lui répondit en peu de mots ; il
s'étendit particulierement fur la
gloire , qu'il s'étoit acquife au Bareau
, en qualité d'Avocat General ;
quoique dans un âge peu avancé ,
ayant réuni les qualités d'un parfait
Orateur , à celles d'un grand
Magiftrat. Il mit dans un beau
jour , ce qu'il avoit fait depuis ,
dans la Charge de Procureur General
, avec tant de gloire , pour
maintenir les Loix du Royaume ,
C
D
MER CUR Ea 171
& les Libertés de l'Eglife Gallicane.
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3863
p. 171-175
Extrait de l'édit du Roy, portant extinction de la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
Début :
On lût ensuite l'Edit du Roy, portant suppression de la Chambre [...]
Mots clefs :
Édit, Chambre de justice, Déclarations, Finances, Conseil, Arrêts, Condamnation , Comptes, Prince de Conty, Audience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'édit du Roy, portant extinction de la Chambre de Justice. [titre d'après la table]
On lût enfuite l'Edit du Roy ,
portant fuppreffion de la Chambre
de Juſtice ; on en ordonna
l'Enregistrement , & on en fit la
Publication .
Par cet Edit , le Roy fuprime la
Chambre de Juſtice , quitte , remet
& pardonne à tous ceux qui font
compris , tant dans l'Edit portant
Etabliffement de ladite Chambre de
Juſtice , que dans les Déclarations
rendues en conféquence , tous les
Délicts commis par eux, à l'occafion
des Finances & Deniers publics : les
décharge de toute recherche & folidité
, pour raifon des Condamnations
qui peuvent être intervenuës
contre leurs Affociez ; En ce toutefois
non compris à l'égard des Comptables
, le fimple des Omiffions de
Recettes , faux & double Emploi ,
Fauffes Repriſes & Erreurs de Calcul
, pour lefquels , les Prévenus ne
pouront être pourfuivis que Civilement
, le tout en payant par ceux
72 LE NOUVEAU
qui ont efté taxés, les fommes pour
lefquelles ils ont été employés dans
les Rôles arrêtés au Confeil ; commeauffifans
préjudice du payement
de leur part perfonelle,des condemnations
intervenues contr'eux , &
ce,fans préjudice de l'exécution des
Arrêts rendus par ladite Chambre ,
qui feront executés felon leur forme
& teneur : les faifies réelles &
mobiliaires des biens , meubles
& immeubles qui ont été & qui feront
faites , en execution defdits
Rôles arrêtés au Confeil & des Condamnations
prononcées à ladite
Chambre de Justice , feront portées
à la Cour des Aydes de Paris , en
la première Chambre de ladite
Cour : Au furplus les Comptes des
Officiers comptables feront rendus
comme auparavant, en ladite Chambre
de Juſtice.
Le 23 Mr le Prince de Conty
qui fe deftinoit pour la Campagne
de Hongrie , étant allé voir le Roy.
S. M. lui dit Mr le Prince de
Conty, vous n'irés point en Hongrie,
MERCURE. 173
>
grie , vôtre préfence m'eft néceffaire
, je vous accorde le Gouvernement
de Poitou & je vous
donne place dans mes Confeils.
En effet , Mr le Marquis de la
Vieuville abandonne ce Gouvernement
, moyennant la. fomme de
100000 livres à ce Prince , qui le
laiffe jouir durant fa vie de tous les
Revenus , montans à 40000 livres
de Rentes ; cette Grace a été fuivie
de celle , d'entrer au Confeil de Regence
, quoiqu'il n'ait que 22 ans,
étant né le dix Novembre 1695 .
Le 24. Mr Defalleurs , qui eft
Irevenu de fon Ambaffade de la
Porte , eft venu préfenter au Roy,.
une Lettre du Grand Seigneur ,
dont on a vu la Traduction ci- devant
, avec celles du Vifir , & du
Mufty.
Mr l'Abbé Dubois , en confideration
de fes fervices , a été admis
au Confeil des Affaires Etrangeres ,
& fait Sécrétaire du Cabinet du
Roy , à la place de feu Mr de Callieres
; il tiendra la plume.
P
174 LE NOUVEAU
Le Roy a gratifié Mr le Premier
Prefident de Mefmes d'un Don de
500000 livres.
On travaille avec empreffement
aux Equipages de Ms le Prince de
Dombes , qui va fervir en Hongrie.
Ils confiftent en 12. Mulets, 20. Chevaux
de main,une Berline, une Chai
fe de Pofte , & trois Surtouts . Ce
Prince emmene avec lui fon Gou
verneur , 4. Valets de chambre , &
6. Valets de pied.
Le Prince de Pons , & le Chevalier
de Lorraine fon frere, ont obtenus la
même permiffion.
Le Jeudy Saint 25 , le Roy alla à
dix heures du matin , accompagné
de Mer le Duc d'Orleans , de Me
le Duc , & de tous les Princes , dans
la Salle des Cent- Suiffes , où S.
M. y trouva 13 pauvres Enfans ,
couverts d'un drap rouge , avec un
linge , qui leur pendoit au col . Mr
l'Evêque de RENNES , en Habits
Epifcopaux , y officia à la place de
Mr le Cardinal de Rohan , qui
étoit abfent. Mr le Cardinal de
MERCURE. 175
E
Polignac , M l'Abbé de Mule
vrier , Mr l'Abbé de Cambou ,"
Mr l'Abbé de laVieuville , &M l'Abbé
de Froulay , tous Aumôniers du
Roy , y affiterent en Rochet
portant fuppreffion de la Chambre
de Juſtice ; on en ordonna
l'Enregistrement , & on en fit la
Publication .
Par cet Edit , le Roy fuprime la
Chambre de Juſtice , quitte , remet
& pardonne à tous ceux qui font
compris , tant dans l'Edit portant
Etabliffement de ladite Chambre de
Juſtice , que dans les Déclarations
rendues en conféquence , tous les
Délicts commis par eux, à l'occafion
des Finances & Deniers publics : les
décharge de toute recherche & folidité
, pour raifon des Condamnations
qui peuvent être intervenuës
contre leurs Affociez ; En ce toutefois
non compris à l'égard des Comptables
, le fimple des Omiffions de
Recettes , faux & double Emploi ,
Fauffes Repriſes & Erreurs de Calcul
, pour lefquels , les Prévenus ne
pouront être pourfuivis que Civilement
, le tout en payant par ceux
72 LE NOUVEAU
qui ont efté taxés, les fommes pour
lefquelles ils ont été employés dans
les Rôles arrêtés au Confeil ; commeauffifans
préjudice du payement
de leur part perfonelle,des condemnations
intervenues contr'eux , &
ce,fans préjudice de l'exécution des
Arrêts rendus par ladite Chambre ,
qui feront executés felon leur forme
& teneur : les faifies réelles &
mobiliaires des biens , meubles
& immeubles qui ont été & qui feront
faites , en execution defdits
Rôles arrêtés au Confeil & des Condamnations
prononcées à ladite
Chambre de Justice , feront portées
à la Cour des Aydes de Paris , en
la première Chambre de ladite
Cour : Au furplus les Comptes des
Officiers comptables feront rendus
comme auparavant, en ladite Chambre
de Juſtice.
Le 23 Mr le Prince de Conty
qui fe deftinoit pour la Campagne
de Hongrie , étant allé voir le Roy.
S. M. lui dit Mr le Prince de
Conty, vous n'irés point en Hongrie,
MERCURE. 173
>
grie , vôtre préfence m'eft néceffaire
, je vous accorde le Gouvernement
de Poitou & je vous
donne place dans mes Confeils.
En effet , Mr le Marquis de la
Vieuville abandonne ce Gouvernement
, moyennant la. fomme de
100000 livres à ce Prince , qui le
laiffe jouir durant fa vie de tous les
Revenus , montans à 40000 livres
de Rentes ; cette Grace a été fuivie
de celle , d'entrer au Confeil de Regence
, quoiqu'il n'ait que 22 ans,
étant né le dix Novembre 1695 .
Le 24. Mr Defalleurs , qui eft
Irevenu de fon Ambaffade de la
Porte , eft venu préfenter au Roy,.
une Lettre du Grand Seigneur ,
dont on a vu la Traduction ci- devant
, avec celles du Vifir , & du
Mufty.
Mr l'Abbé Dubois , en confideration
de fes fervices , a été admis
au Confeil des Affaires Etrangeres ,
& fait Sécrétaire du Cabinet du
Roy , à la place de feu Mr de Callieres
; il tiendra la plume.
P
174 LE NOUVEAU
Le Roy a gratifié Mr le Premier
Prefident de Mefmes d'un Don de
500000 livres.
On travaille avec empreffement
aux Equipages de Ms le Prince de
Dombes , qui va fervir en Hongrie.
Ils confiftent en 12. Mulets, 20. Chevaux
de main,une Berline, une Chai
fe de Pofte , & trois Surtouts . Ce
Prince emmene avec lui fon Gou
verneur , 4. Valets de chambre , &
6. Valets de pied.
Le Prince de Pons , & le Chevalier
de Lorraine fon frere, ont obtenus la
même permiffion.
Le Jeudy Saint 25 , le Roy alla à
dix heures du matin , accompagné
de Mer le Duc d'Orleans , de Me
le Duc , & de tous les Princes , dans
la Salle des Cent- Suiffes , où S.
M. y trouva 13 pauvres Enfans ,
couverts d'un drap rouge , avec un
linge , qui leur pendoit au col . Mr
l'Evêque de RENNES , en Habits
Epifcopaux , y officia à la place de
Mr le Cardinal de Rohan , qui
étoit abfent. Mr le Cardinal de
MERCURE. 175
E
Polignac , M l'Abbé de Mule
vrier , Mr l'Abbé de Cambou ,"
Mr l'Abbé de laVieuville , &M l'Abbé
de Froulay , tous Aumôniers du
Roy , y affiterent en Rochet
Fermer
3864
p. 175-180
Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion prononça devant le Roy le jour de la Céne. [titre d'après la table]
Début :
La Cérémonie commença par une courte Instruction, où Mr [...]
Mots clefs :
Discours, Abbé Bion, Courtisans, Cérémonie, Dignité, Dieu, Esprits, Grands, Digression, Réflexions, Apostrophe, Conséquences, Apôtres, Félicité
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion prononça devant le Roy le jour de la Céne. [titre d'après la table]
La Cérémonie commença par une
courte Intruction , où Mr l'Abbé
Bion , qui en avoit efté chargé , fe
propofa de montrer , que les Grands
doivent regarder les moindres hommes
avec refpect .
&
Après un trait affés vif fur les baffelles
des Coartifans , Source ordinaire
du mépris des Grands pour les
hommes ; il entra en matière
tira fes preuves de la Dignité de
l'homme en general , & de la Mifere
des Grands en particulier.
De la Dignité de l'homme en general.
Il est formé à l'image de Dieu;
il a efté racheté du Sang d'un Dieu ;
il est appellé au Royaume de Dieu.
De la Mifere des Grands en particulier.
Leur Condition eft la plus
malheureuſe pour le falut;ils ne font
faits que pour fervir les autres ; leur
Grandeur n'eft que lafuite & l'effet
du péché. Verités hardies que
Mc
175 LE NOUVEAU
ود
> à
l'Abbé Bion ne traita, qu'après avoir
prévenu l'abus que la Malignité hu--
maine pouroit en faire. Car fi
les Grands , dit-il , font portés à méprifer
le commun des hommes ; le
Commun des hommes n'eft gueres
moins difpofé à médire des Grands;
& malheur à moi, fi en voulant
détromper les uns , je venois autorifer
les autres. Vous ,donc Efprits
chagrins , Coeurs fuperbes , s'il en
étoit quelqu'un. Vous , dis -je
qui l'Orgueil , où la mauvaife humeur
rend toute domination importune
, & qui , peut - être , vousfaifiez
déja un plaifir malin , d'entendre
ici décrier la Grandeur ; prénez
à votre tour les réponfes de
la Religion. Que , les Grands ,
vous dira-t-elle , s'affligent de leur
Etat , comme de la condition la plus
malheureufe pour le fut : Qu'ils
engémiffent , comme d'une espéce
de défordre dans la Nature : Qu'ils
fe régardent comme des victimes
dévouées au bien public. C'est à
eux feuls . qu'il apartient de feſe
MERCURE. 177
voir fous cette face fi humiliante .
Mais pour vous , il ne vous eft permis
de les envifager , que comme
tenans à votre égard , la place du
Souverain Etre , que comme Dépofitaires
d'une autorité , qui n'eft
autre , que celle de Dieu -même :
en un mot, que comme des Perſonnes
facrées , en qui vous devez
honorer l'image vifible du Tout-
Puillant.
Aprés cette digreffiɔn , qui étoit
néceffaire , pour autorifer la Morale
un peu vive de Mr l'Abbé
Bion , contre les Grands ; il revint
à fonfujet, & Dévelopa fes fix Réflexions
, mais d'une maniere fi précife
, qu'il n'eſt pas poffible d'en
rien extraire. Je raporterai feulement
ce qui regarde la Cinquiéme ;
voir , que les Grands ne font
faits , que pour fervir les autres.
Que vous foyez établis , leur dit-il ,
pour fervir au bien public , independemment
de ce que la Religion
nous enfeigne fur ce point ; En
faut-il d'autre preuve , que la con→
Piij
178 LE NOUVEAU
duite du fage Prince , qui nous gouverne
? dès que le facré dépôt de
l'Autorité Royale lui fut, confié , ne
l'a -t'onpas vû, ramenant laGrandeur
à fa véritable fin ; non feulement
fe confacrer lui- même tout entier
au bonheur de cet Empire , mais
dans la Néceffité indifpenfable de
partager le Travail , s'affocier encore
par préférence , les plus Diftingués
d'entre Vous. Ah ! ne mépriſezdonc
pas des hommes , dont la
félicité doit être nôtre unique objet
; & puifqu'ils ne font point indignes
de vos foins . Refpectés-vous,
vous- mêmes, en les refpectant.
Le difcours finit par cette Apoftrophe
au Roy.
SIRE ,
,, Il y auroit plufieuresConfequen
,, ces à tirer de ces principes pour
la conduite particuliere des Sou-
,, verains. Mais je laiffe aux Grands
hommes qui vous environnent, le
foin de vous les developer. C'eft
3)
AV
179
MERCURE
.
»
و د
"3
,,
à eux qu'il eft refervé de nous
former en vous , unMonarque felon
,, le coeur de Dieu : & fans préten-
,, dre diminuer de leur gloire , j'ofe
affurer , SIRE , que par la droi-
,, ture de vostre efprit , & plus en-
» core par celle de voftre coeur, vous
,, leur rendrez bien aifée une fonc-
,, tion,d'ordinaire fi épineufe. Per-
,, mettez-moi feulement,en finiffant
,, ce Difcours , de vous adreiler en-
,, core les paroles de J. C. à fes
Apôtres,lorfqu'il va achever l'Action
éclatante que vous allez com-
,, mencer. C'eft , qu'après avoir con-
,, nu l'important devoir que je viens
d'établir , & que la Cérémonie de
,, ce jour vous rappellera chaque année
, vous ferez heureux , même
felon le monde , fi vous l'accom-
,, pliffez fidelement. Oui , SIRE .
yous ferez heureux,parce que nous
le ferons nous -mêines , & que le
bonheur d'un bon Prince n'eſt
point diftingué de la félicité de
,, fes peuples . Verité effentielle dont
Vôtre MAJESTE' fera un jour
-
و د
و د
"
و د
و د
""
99
و د
"
180 LE NOUVEAU
""
,, le fondement de fa politique , &
quisaprésl'avoir rendue fur la Terre,
les delices de ce vafte Empire,
lui procurera dans le Ciel la Cou-
,, ronne que Dieu referve aux Roys
felon fon Coeur.
و د
"
Au reste , je ne crois pas néceffaire
de dire ici , qui eft Mr l'Abbé
Bion : il eft affés connu par
le Panegyrique
de S. Louis qu'il a prononcé
en 1715. devant Meffieurs de
l'Académie Françoife.
courte Intruction , où Mr l'Abbé
Bion , qui en avoit efté chargé , fe
propofa de montrer , que les Grands
doivent regarder les moindres hommes
avec refpect .
&
Après un trait affés vif fur les baffelles
des Coartifans , Source ordinaire
du mépris des Grands pour les
hommes ; il entra en matière
tira fes preuves de la Dignité de
l'homme en general , & de la Mifere
des Grands en particulier.
De la Dignité de l'homme en general.
Il est formé à l'image de Dieu;
il a efté racheté du Sang d'un Dieu ;
il est appellé au Royaume de Dieu.
De la Mifere des Grands en particulier.
Leur Condition eft la plus
malheureuſe pour le falut;ils ne font
faits que pour fervir les autres ; leur
Grandeur n'eft que lafuite & l'effet
du péché. Verités hardies que
Mc
175 LE NOUVEAU
ود
> à
l'Abbé Bion ne traita, qu'après avoir
prévenu l'abus que la Malignité hu--
maine pouroit en faire. Car fi
les Grands , dit-il , font portés à méprifer
le commun des hommes ; le
Commun des hommes n'eft gueres
moins difpofé à médire des Grands;
& malheur à moi, fi en voulant
détromper les uns , je venois autorifer
les autres. Vous ,donc Efprits
chagrins , Coeurs fuperbes , s'il en
étoit quelqu'un. Vous , dis -je
qui l'Orgueil , où la mauvaife humeur
rend toute domination importune
, & qui , peut - être , vousfaifiez
déja un plaifir malin , d'entendre
ici décrier la Grandeur ; prénez
à votre tour les réponfes de
la Religion. Que , les Grands ,
vous dira-t-elle , s'affligent de leur
Etat , comme de la condition la plus
malheureufe pour le fut : Qu'ils
engémiffent , comme d'une espéce
de défordre dans la Nature : Qu'ils
fe régardent comme des victimes
dévouées au bien public. C'est à
eux feuls . qu'il apartient de feſe
MERCURE. 177
voir fous cette face fi humiliante .
Mais pour vous , il ne vous eft permis
de les envifager , que comme
tenans à votre égard , la place du
Souverain Etre , que comme Dépofitaires
d'une autorité , qui n'eft
autre , que celle de Dieu -même :
en un mot, que comme des Perſonnes
facrées , en qui vous devez
honorer l'image vifible du Tout-
Puillant.
Aprés cette digreffiɔn , qui étoit
néceffaire , pour autorifer la Morale
un peu vive de Mr l'Abbé
Bion , contre les Grands ; il revint
à fonfujet, & Dévelopa fes fix Réflexions
, mais d'une maniere fi précife
, qu'il n'eſt pas poffible d'en
rien extraire. Je raporterai feulement
ce qui regarde la Cinquiéme ;
voir , que les Grands ne font
faits , que pour fervir les autres.
Que vous foyez établis , leur dit-il ,
pour fervir au bien public , independemment
de ce que la Religion
nous enfeigne fur ce point ; En
faut-il d'autre preuve , que la con→
Piij
178 LE NOUVEAU
duite du fage Prince , qui nous gouverne
? dès que le facré dépôt de
l'Autorité Royale lui fut, confié , ne
l'a -t'onpas vû, ramenant laGrandeur
à fa véritable fin ; non feulement
fe confacrer lui- même tout entier
au bonheur de cet Empire , mais
dans la Néceffité indifpenfable de
partager le Travail , s'affocier encore
par préférence , les plus Diftingués
d'entre Vous. Ah ! ne mépriſezdonc
pas des hommes , dont la
félicité doit être nôtre unique objet
; & puifqu'ils ne font point indignes
de vos foins . Refpectés-vous,
vous- mêmes, en les refpectant.
Le difcours finit par cette Apoftrophe
au Roy.
SIRE ,
,, Il y auroit plufieuresConfequen
,, ces à tirer de ces principes pour
la conduite particuliere des Sou-
,, verains. Mais je laiffe aux Grands
hommes qui vous environnent, le
foin de vous les developer. C'eft
3)
AV
179
MERCURE
.
»
و د
"3
,,
à eux qu'il eft refervé de nous
former en vous , unMonarque felon
,, le coeur de Dieu : & fans préten-
,, dre diminuer de leur gloire , j'ofe
affurer , SIRE , que par la droi-
,, ture de vostre efprit , & plus en-
» core par celle de voftre coeur, vous
,, leur rendrez bien aifée une fonc-
,, tion,d'ordinaire fi épineufe. Per-
,, mettez-moi feulement,en finiffant
,, ce Difcours , de vous adreiler en-
,, core les paroles de J. C. à fes
Apôtres,lorfqu'il va achever l'Action
éclatante que vous allez com-
,, mencer. C'eft , qu'après avoir con-
,, nu l'important devoir que je viens
d'établir , & que la Cérémonie de
,, ce jour vous rappellera chaque année
, vous ferez heureux , même
felon le monde , fi vous l'accom-
,, pliffez fidelement. Oui , SIRE .
yous ferez heureux,parce que nous
le ferons nous -mêines , & que le
bonheur d'un bon Prince n'eſt
point diftingué de la félicité de
,, fes peuples . Verité effentielle dont
Vôtre MAJESTE' fera un jour
-
و د
و د
"
و د
و د
""
99
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"
180 LE NOUVEAU
""
,, le fondement de fa politique , &
quisaprésl'avoir rendue fur la Terre,
les delices de ce vafte Empire,
lui procurera dans le Ciel la Cou-
,, ronne que Dieu referve aux Roys
felon fon Coeur.
و د
"
Au reste , je ne crois pas néceffaire
de dire ici , qui eft Mr l'Abbé
Bion : il eft affés connu par
le Panegyrique
de S. Louis qu'il a prononcé
en 1715. devant Meffieurs de
l'Académie Françoife.
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3865
p. 180-185
Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Début :
Le Sermon fini. Mr l'Evêque de Rennes monta en chaire, [...]
Mots clefs :
Évêque, Sermon, Roi de France, Apôtres, Cérémonie, Duc, Estampes, Gentilhommes, Pâques, Jésus, Zèle, Innocence, Amour, Seigneur
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texteReconnaissance textuelle : Autre Extrait du Discours que le R. P. Terrasson prononça dev. le Roy le jour de Pasques. [titre d'après la table]
Le Sermon fini . Mr l'Evêque de
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
Rennes monta en chaire , la Mitre
fur la tête , la Croffe en main , &
donna l'Abfoure. Le Roy vint auffitôt
laver les pieds des 13. Pauvres,
repréfentans les Apôtres après
avoir verfé de l'eau fur leurs pieds ,
& les avoir effuyez , il les leur baifa .
Cette Ceremonie finie , on fervit les
Pauvres dans l'ordre fuivant. Mr
Defgranges Me des Ceremonies ,precedé
d'un Huiffier ; Mr le Marquis
de Dreux grand Me des Ceremonies
-avec fon bâton de Commandement,
fuivi de treize Mes d'Hoftel ; M85
MERCURE. 181.
le Duc grand Me de la Maifon du .
Roy , portant un bâton parfemné de
Fleurs -de-Lis d'or , marchoient les
premiers , en faifant une profonde
Reverence,lorfqu'ilspaffoientdevant
S. M, Enfuite venoit Mer le Duc
d'Orleans , portant un Plat de bois
fur lequel eftoient treize petits pains
avec une Galette , fuivi de Mrle Marquis
d'Estampes fon Capitaine des
Gardes : Merle Comte de Charollois
y portoit une Cruche pleine de
vin avec une coupe par deffus , le .
tout de bois . Merle Prince de Conti,
Me le Duc du Maine , Mgr le Prince.
de Dombes , Mgr le Comte d'Eu
portoient , l'un, un plat de poiffons,
l'autre de legumes ;des confitures &
du fruit , eftant fuivis du grand
Echanfon , du grand Panetier &...
& des Gentilhommes fervans qui
eſtoient au nombre de treize,portans
auffi chacun leur plat ; à mefure que
l'on aportoit ces plats au Roy , S.
M. les donnoit aux Pauvres . Cette
Ceremonie recommença juſqu'à 13 .
fais , parce que l'on fervoit treize
182 LE
NOUVEAU
-
plats à chaque pauvre. La ceremo
nie finie,le Royfe rendit aux Feüillants
pour y entendre les Tenebres.
Le 28. jour de Pâques , le Roy
ayant affifté à tout l'Office du matin
, avec une modeftie exemplaire,
foûtenue de beaucoup de dignité ,
entendit le Sermon prêché par le R.
P. Terraffon . Cet illuftre Prédicateur
acheva d'enlever les fuffrages
de toute la Cour , par le compliment
qu'il adreffa & S. M. & qui
fit la conclufion de fon Difcours.
Pour en voir tous les raports
, il
faut remarquer
que dansl ' Article qui le précedit
, il avoit été établi
que la Refirection
Spirituelle
( pour
être parfaitement
conforme
à la Refurection
de JESUS
- CHRIST
felon la Chair ) devoit être perfeverante
, & exempte
d'une nou- velle mort.
"" C'eft de vous , Omon Sauyeur ,
,, que nous atendons cette impor-
,, tante Grace , & le grand Mitté-
,, re que nous Célébrons , devient
,, le plus ferme appui de notre efpeMERCURE.
is;
›
pour
.2
te
ce
rance : Mais fi la plus pure Inocence
n'eft pas moins fujette à l'infta- «
bilité , que la nouvelle vie que nous ec
embraffons , elle n'a pas un moindre
interêt à obtenir , des mérites
de votre Refurection , la précieuſe
Grace de la Perfeverance . Et .
qui l'emploirions - nous O mon "
Dieu , avec plus de Zele ? que pour «e
ce digne Fils de vôtre Droite , qui «
fait aujourd'huy la refource , & les
delices de tout vôtre Peuple : déja ,
Seigneur , vous l'avez en quelque
forte reffufcité au monde , l'orfqu'en "
ces triſtes jours , où nous vîmes prefque
s'éteindre avec lui , toutes nos ‹‹
efperances , vous le ranimâtes de
votre foufle , & que par les tendres
ménagements de la fidele Gardienne
de fa premiere Enfance
vous le rendîtes à la lumiére , & à ‹
nos plus ardents défirs : Mais ce "
Miracle de vôtre amour n'en eſt
encore le plus important , & la Côn- ,
fervation de fon innocence fignalera
bien plus vôrre mifericorde que
la confervation de fa vie. Tout im- "
,
"
pas ce
34
LE NOUVEAU
;
plore pour lui , Seigneur , une gra-
" ce fifinguliere , & les dons mêmes,
"' que vous avez fi abondament verfé
dans fon âme , en font les confolans
préfages . Cette heureufe
difpofition à la piété ; cette atention
refpectueufe que nous lui avons
> vú donner à vôtre parole , en un âge
"
qui n'y aporte gueres que de l'ennui,
,,& des inquiétudes ; ce Caractere de
,,gravité , qui fans lui rien ôter de fes
graces les plus brillantes , tourne
" toutes fes affections du côté des
" chofes ferieufes , & le laiffe fans ardeur
, & fans goût pour tous les
,,frivoles amuſements è tant d'autres
vertus naillantes , fi hurenfement
cultivées par les fages Miniftres de
"fon éducation prêtent chaque jour
" de nouvelles forces à nos efpéran-
"
33
ces. Mais Seigneur , c'eft au milieu
,, des écueils que flote fon Innocence ,
& le Trône même qui devroit en
rehauffer l'éclat , fera pour elle le
plus dangereux . Bientôt l'yvrelle de
" la Grandeur , le Poifon de la flâterie
, l'Enchantement des plaifirs ,
confpiMERCURE.
185
pur
confp rerontà la corrompre ; & comment
le garentira -t'elle de leurs atreintes
, fi votre Puiffante Grace ne
veille fans ceffe à la proteger? Ah !
Seigneur , ne permettés pas qu'une
fi belle Fleur foit jamais flétrie .
C'est pour un Roy que nous vous
implorons , pour un Roy auffi
à vos yeux , qu'il eft aimable aux
nôtres Que votre amour foit à
jamais gravé dans fon coeur. Que
vôtre Loy foit toujours la régle de
fes entreprifes. Qu'il ne perde jamais
de vûë , ni vos Jugements , ni
vos Récompenfes : Et tandis que
l'Illuftre Prince , Dépofitaire de fa
Puiffance , fignale fa fageffe à lui
préparer fur la Terre , un Royaume
paifible , & floriffant ; fignalez ,
Seigneur , vôtre mifericorde à préparer
, dans le Ciel , à l'un , & à
l'autre , des Couronnes éternelles ,
& incorruptibles.
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3866
p. 185-189
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre François de la Fonds, Seigneur de la Beuvriere, Colonel d'un [...]
Mots clefs :
Décès, Seigneur, Colonel, Dame, Duc, Chevalier, Conseiller, Familles, Prêtre, Lieutenant général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES. MORTS.
Mre François de la Fonds, Seigneur
de la Beuvriere , Colonel d'un
Regiment d'infanterie , mourut le
25 Février 1717. Il étoit fils de
186 LE NOUVEAU
Mre Claude de la Fonds , Seigneur
de la Beuvriere,Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy,
ci-devant Intendant de Juftice en
Franche Comté , puis és Armées
du Roy en Allemagne , puis en
Alface ; & de Dame Jeanne Bence ;
& petit fils de Jacques de la Fonds ,
Seigneur de la Beuvriere , Sécrétaire
du Roy , & Garde des Rolles
des Offices de Finance , mort
en 1679 , & de Marguerite Bauvelier
Il étoit neveu de Dame
Marguerite de la Fonds , femme de
Mre Philippes - Augufte le Hardy ",
Marquis de la Trouffe , Chevalier
des Ordres du Roy.
Dame Marie - Victoire- Armande
de la Tremoille , femme d'Emanuël
- Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellan
de France , qu'elle avoit époufé
le premier Février 1696 ,
mourut le cinq Mars 1717 , en fa
quarantiéme année , laiffant, entr'autres
enfans deux fils , & une fille
mariée à Mr le Duc de Melun.
Elle étoit feur de Mr le Duc de
la Tremoille , & fille de feu CharMERCURE.
187
les Belgique - Hollande Duc de la
Tremoille , de Thouars , de Chaftelleraut
& de Loudun ' , Pair de
France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentil-Homme de
la Chambre de S. M. & de Magdeleine
de Crequy. Les Noms de
la Tour en Auvergne , de la Tremoille
en Poitou , & de Crequy
en Picardie , font fi grands , & fi illuftres
; & par conféquent vous
doivent être fi connus , que je crois
pouvoir me difpenfer , de vous en
doner ici aucun détail Généalogique .
Mre François de Callieres Chevalier,
Seigneurde laRoche - Chellay,
& de Gigny , Confeiller ordinaire
du Roy en fes Confeils , Sécrétaire
du Cabinet de S. M. ,
l'un des quarante de l'Academie
Françoife , & ci-devant Ambafladeur
Extraordinaire
, & Plenipotentiaire
de France à Rifvvick , mourut
le 5 Mars 1717 , fans laiffer de
pofterité .
Dame N. de Riants , femme de
Mré Anne - Charles Goiflard , Seigueur
de Monfabert , Confeiller
au Parlement , mourut le 16 Mars
Qij
188 LE NOUVEAU
1717. Elle étoit fille de feu Armand
de RiantsComte de Regmalart,
& Baron de Voré au Perche , Cornette
général des Dragons de
France , & de feu Therefe Angelique
Bourlon , petite fille de
François de Riants , Maître des
Requêtes , & de Louife de Moucy
, & arriere petite fille de François
de Riants Seigneur de Houdangeau
au Perche , Maître des
Requêtes & Confeiller d'Etat , lequel
étoit fi's de Gilles de Riants ,
Baron de Villeray au Perche ,
Préfident-à-Mortier au Parlement
de Paris , & Chancelier de Mr le
le Duc d'Anjou , frere du Roy,
mort l'an 1597 , fils de Denis Riants
, Seigneur de Villeray , aufli
Préfident-à -Mortier au Parlementde
Paris. Outre l'avantage què
la famille de Riants a , d'être
décorée des premieres Charges de
la Robe depuis plus de 160 ans :
Elle a encore celui de s'être alliée
aux Maifons de Bloffet Torcy , de
Mariden , Champagne la Suze , de-
Beauxoncles , de Laval , d'Angennes
, le Comte Nonant , &
MERCURE 189
à plufieures familles diftinguées
dans la Robe.
Pour M Goiflard de Monfabert,
il eft fils de Mre Marc Anne Goiflard
auffi Confeiller au Parlement,
& de Dame Anne le Maiftre , Dame
de Monfabert , petit fils d'André
Goislard Maître des Comtes à
Paris , & arriere petit fils de Jacques
Goiflard reçû Secretaire du Roy, l'an
1608 , & de Marie Sevin,
Mr d'Albergoti Lieutenant Général
des Armées du Roy , & Chevalier
de fes Ordres , Gouverneur de.
Sar Louis , Colonel du Regiment
Royal Italien , mourut d'apoplexie
à Paris, le 23 de ce mois,âgé de 63ans,
étant né à Florence le 25 Mai 1654.
-
Mr le Marquis d'Albergoti fon
Neveu , a obtenu l'agrément pour
ce Regiment.
Le P. Hubert Prêtre de l'Oratoire
célébre Predicateur , mourut le 22
Mars 1717,
Mre François de la Fonds, Seigneur
de la Beuvriere , Colonel d'un
Regiment d'infanterie , mourut le
25 Février 1717. Il étoit fils de
186 LE NOUVEAU
Mre Claude de la Fonds , Seigneur
de la Beuvriere,Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy,
ci-devant Intendant de Juftice en
Franche Comté , puis és Armées
du Roy en Allemagne , puis en
Alface ; & de Dame Jeanne Bence ;
& petit fils de Jacques de la Fonds ,
Seigneur de la Beuvriere , Sécrétaire
du Roy , & Garde des Rolles
des Offices de Finance , mort
en 1679 , & de Marguerite Bauvelier
Il étoit neveu de Dame
Marguerite de la Fonds , femme de
Mre Philippes - Augufte le Hardy ",
Marquis de la Trouffe , Chevalier
des Ordres du Roy.
Dame Marie - Victoire- Armande
de la Tremoille , femme d'Emanuël
- Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellan
de France , qu'elle avoit époufé
le premier Février 1696 ,
mourut le cinq Mars 1717 , en fa
quarantiéme année , laiffant, entr'autres
enfans deux fils , & une fille
mariée à Mr le Duc de Melun.
Elle étoit feur de Mr le Duc de
la Tremoille , & fille de feu CharMERCURE.
187
les Belgique - Hollande Duc de la
Tremoille , de Thouars , de Chaftelleraut
& de Loudun ' , Pair de
France , Chevalier des Ordres du
Roy , Premier Gentil-Homme de
la Chambre de S. M. & de Magdeleine
de Crequy. Les Noms de
la Tour en Auvergne , de la Tremoille
en Poitou , & de Crequy
en Picardie , font fi grands , & fi illuftres
; & par conféquent vous
doivent être fi connus , que je crois
pouvoir me difpenfer , de vous en
doner ici aucun détail Généalogique .
Mre François de Callieres Chevalier,
Seigneurde laRoche - Chellay,
& de Gigny , Confeiller ordinaire
du Roy en fes Confeils , Sécrétaire
du Cabinet de S. M. ,
l'un des quarante de l'Academie
Françoife , & ci-devant Ambafladeur
Extraordinaire
, & Plenipotentiaire
de France à Rifvvick , mourut
le 5 Mars 1717 , fans laiffer de
pofterité .
Dame N. de Riants , femme de
Mré Anne - Charles Goiflard , Seigueur
de Monfabert , Confeiller
au Parlement , mourut le 16 Mars
Qij
188 LE NOUVEAU
1717. Elle étoit fille de feu Armand
de RiantsComte de Regmalart,
& Baron de Voré au Perche , Cornette
général des Dragons de
France , & de feu Therefe Angelique
Bourlon , petite fille de
François de Riants , Maître des
Requêtes , & de Louife de Moucy
, & arriere petite fille de François
de Riants Seigneur de Houdangeau
au Perche , Maître des
Requêtes & Confeiller d'Etat , lequel
étoit fi's de Gilles de Riants ,
Baron de Villeray au Perche ,
Préfident-à-Mortier au Parlement
de Paris , & Chancelier de Mr le
le Duc d'Anjou , frere du Roy,
mort l'an 1597 , fils de Denis Riants
, Seigneur de Villeray , aufli
Préfident-à -Mortier au Parlementde
Paris. Outre l'avantage què
la famille de Riants a , d'être
décorée des premieres Charges de
la Robe depuis plus de 160 ans :
Elle a encore celui de s'être alliée
aux Maifons de Bloffet Torcy , de
Mariden , Champagne la Suze , de-
Beauxoncles , de Laval , d'Angennes
, le Comte Nonant , &
MERCURE 189
à plufieures familles diftinguées
dans la Robe.
Pour M Goiflard de Monfabert,
il eft fils de Mre Marc Anne Goiflard
auffi Confeiller au Parlement,
& de Dame Anne le Maiftre , Dame
de Monfabert , petit fils d'André
Goislard Maître des Comtes à
Paris , & arriere petit fils de Jacques
Goiflard reçû Secretaire du Roy, l'an
1608 , & de Marie Sevin,
Mr d'Albergoti Lieutenant Général
des Armées du Roy , & Chevalier
de fes Ordres , Gouverneur de.
Sar Louis , Colonel du Regiment
Royal Italien , mourut d'apoplexie
à Paris, le 23 de ce mois,âgé de 63ans,
étant né à Florence le 25 Mai 1654.
-
Mr le Marquis d'Albergoti fon
Neveu , a obtenu l'agrément pour
ce Regiment.
Le P. Hubert Prêtre de l'Oratoire
célébre Predicateur , mourut le 22
Mars 1717,
Fermer
3867
p. 189-191
MARIAGES.
Début :
Mre Antoine Gaspard de Colins Comte de Mortagne, cy-devant Premier Ecuyer [...]
Mots clefs :
Mariages, Duchesse, Comte, Dame, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIA GES.
Mre Antoine Gafpard de Colins
Comte de Mortagne , cy- levan :
Premier Ecuyer de S.A. R. Ma-
Qüij
190 LE NOUVEAU
dame Ducheffe d'Orleans , & auf
fi Capitaine Lieutenant des Gendirmes
de Bourgogne a épousé
le.. Mars. Dlle Charlotte deRohau ,
fille aînée de Mre Charles de Rohan
, Prince de Guemené Duc de
мntbazon , Pair de France & de
Dame Charlotte Elizabeth de Cochefilet
de Vaurineux ; мr le
Comte de Mortagne fort d'une famille
originaire des Païs - Bas , où
elle tient rang entre les plus diftinguées
, il eft veuf de deux femmes.
La premiere étoit de la mai
fon de Montgommerriy , & la feconde
étoit de celle de Baufremont.
ia paffé de ces Alliances à celle:
de la Maifon de Rohan , dont tout
le monde connoît la grandeur &
l'ancienneté .
Mre Charles Eleonor Colbert ,
Comte de Seignelay , Epoufa le 11
Mars 1717. Dlle Anne de la Tour
Taxis , fille de мre François - Sigifmond
de la Tour Taxis , Comte
de Valfaffine , & du S. Empire ,
Lieutenant General des Armées
de l'Empereur & Gouverneur des
Villes & Duché de Limbourg ; &:
MERCURE. * 197
de feüe Dame - Anne du Val. Sans :
entrer ici dans aucun détail généalogique
fur la naiffance de m ' le
Comte de Seignelay ; je vous dirai
feulement , qu'il eft fils & petit
fils de deux des plus grands Miniftres
, que la France ait encore
eûs ; que feu м le marquis de
Seignelay fon frere aîné avoit époufé
mle de Furftemberg , fille du
Prince de Furftemberg , d'une des
plus anciennes , & des plus illutres
Maifons d'Allemagne ; & que m' le
Comte de Creuilly auffi fon frere
aîné , eft marié depuis environ trois
ans avec мle Spinola , fille du
Prince Spinola , Prince de Vergagne
, & de l'Empire , & Grand
d'Espagne , pour la naiffance de la
nouvelle mariée , elle eft auffi desplus
illuftres je remers à vous en
inftruire amplement dans mon
premierJournal.
Mre Antoine Gafpard de Colins
Comte de Mortagne , cy- levan :
Premier Ecuyer de S.A. R. Ma-
Qüij
190 LE NOUVEAU
dame Ducheffe d'Orleans , & auf
fi Capitaine Lieutenant des Gendirmes
de Bourgogne a épousé
le.. Mars. Dlle Charlotte deRohau ,
fille aînée de Mre Charles de Rohan
, Prince de Guemené Duc de
мntbazon , Pair de France & de
Dame Charlotte Elizabeth de Cochefilet
de Vaurineux ; мr le
Comte de Mortagne fort d'une famille
originaire des Païs - Bas , où
elle tient rang entre les plus diftinguées
, il eft veuf de deux femmes.
La premiere étoit de la mai
fon de Montgommerriy , & la feconde
étoit de celle de Baufremont.
ia paffé de ces Alliances à celle:
de la Maifon de Rohan , dont tout
le monde connoît la grandeur &
l'ancienneté .
Mre Charles Eleonor Colbert ,
Comte de Seignelay , Epoufa le 11
Mars 1717. Dlle Anne de la Tour
Taxis , fille de мre François - Sigifmond
de la Tour Taxis , Comte
de Valfaffine , & du S. Empire ,
Lieutenant General des Armées
de l'Empereur & Gouverneur des
Villes & Duché de Limbourg ; &:
MERCURE. * 197
de feüe Dame - Anne du Val. Sans :
entrer ici dans aucun détail généalogique
fur la naiffance de m ' le
Comte de Seignelay ; je vous dirai
feulement , qu'il eft fils & petit
fils de deux des plus grands Miniftres
, que la France ait encore
eûs ; que feu м le marquis de
Seignelay fon frere aîné avoit époufé
mle de Furftemberg , fille du
Prince de Furftemberg , d'une des
plus anciennes , & des plus illutres
Maifons d'Allemagne ; & que m' le
Comte de Creuilly auffi fon frere
aîné , eft marié depuis environ trois
ans avec мle Spinola , fille du
Prince Spinola , Prince de Vergagne
, & de l'Empire , & Grand
d'Espagne , pour la naiffance de la
nouvelle mariée , elle eft auffi desplus
illuftres je remers à vous en
inftruire amplement dans mon
premierJournal.
Fermer
3868
p. 191-192
Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure, repris d'une faute considerable d'impression, qui s'est glissée dans le Mercure de Février.
Début :
Vous n'ignorez pas M. que dans la distribution des graces, il [...]
Mots clefs :
Grâces, Régent, Marquis, Maréchal, Régiment, Compagnie, Mousquetaires, Corrections
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure, repris d'une faute considerable d'impression, qui s'est glissée dans le Mercure de Février.
Fragment d'une Lettre à l'Auteur
du Mercure , repris d'une faute
confiderable d'impreffion , qui s'eft
gliffée dans le Mercure de Février:
Vous n'ignorez pas M. que dans
192 LE NOUVEAU
•
la diftribution des graces , il eit des
regles que Mer le Regent, à l'exemple
du feu Roy, s'est prefcrites : il n'y
a certainement pas manqué à l'égard
de M. le Marquis de Montefquiour
fils du Maréchal de ce nom ; puifqu'outre
que ce jeune Seigneur,à qui
M. fon pere a acheté le Regiment
d'Ifenghien , eft dans fa 17. année
& non dans fa 8e. comme il eſt marqué
dans voftre Journal de Février;
il a encore fatisfait à ces regles , en
fervant le Roy dans fa premiere
Compagnie des Moufquetaires commandée
par M. d'Artagnan fon oncle
à la mode de Bretagne , & forti
comme lui, de la maifon de Montelquiou
, l'une des plus anciennes &
des plus illuftres du Royaume. Ayez
pour agréable de corriger cette erreur.
Je fuis , &c.
du Mercure , repris d'une faute
confiderable d'impreffion , qui s'eft
gliffée dans le Mercure de Février:
Vous n'ignorez pas M. que dans
192 LE NOUVEAU
•
la diftribution des graces , il eit des
regles que Mer le Regent, à l'exemple
du feu Roy, s'est prefcrites : il n'y
a certainement pas manqué à l'égard
de M. le Marquis de Montefquiour
fils du Maréchal de ce nom ; puifqu'outre
que ce jeune Seigneur,à qui
M. fon pere a acheté le Regiment
d'Ifenghien , eft dans fa 17. année
& non dans fa 8e. comme il eſt marqué
dans voftre Journal de Février;
il a encore fatisfait à ces regles , en
fervant le Roy dans fa premiere
Compagnie des Moufquetaires commandée
par M. d'Artagnan fon oncle
à la mode de Bretagne , & forti
comme lui, de la maifon de Montelquiou
, l'une des plus anciennes &
des plus illuftres du Royaume. Ayez
pour agréable de corriger cette erreur.
Je fuis , &c.
Fermer
3869
p. 192-195
Avis au Public.
Début :
L'Auteur du Mercure reconnoît tous les jours de plus [...]
Mots clefs :
Lecteur, Auteur, Matières, Mémoire, Réflexions politiques, Annonce, Roman de chevalerie, Chants, Traducteur, Poème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis au Public.
Avis au Public.
L'Auteur du Mercure reconnoît
tous les jours de plus en plus , qu'il
a befin neceffairement des bontez
du Public , pour la continuation de fon
Journal : c'eft un ouvrage qui ne peut
fe fûtenir, que par quelque forte
d'indulgence pour fon travail. Il la
MERCURE. 193
lui demande donc tres -humblement,
& prie en même temps les perfonnes
curieufes de ne lui point refufer les
fecours de leur Porte-feüille ; fi elles
fouhaitent , qu'il n'abandonne pas un
livre qui deviendroit infailliblement
à charge , autant au Lecteur qu'à
l'Auteur. On adreffera les pacquets
deſtinez pour le Mercure , affranchis
de port, à M. Pierre Ribou , Quay des
Auguftins, à l'Image S. Louis ; finon
ils resteront au rebut.
On a efté obligé par l'abondance
des ma:ieres du temps , de renvoyer
differentes Pieces au mois d'Avril.
Entr'autres ,unMemoire trés - curieux
de feu M. le Maréchal de Rofen ;
l'Extrait des Reflexions Politiques &
Morales ; la fuite des Tables de l'extinction
des Rentes amorties,depuis
l'impofition des Taxes fur les Gens
d'affaires ; le précis des Edits &
Declarations , &c . l'Annonce des Livres
nouveaux ; le Compliment de
Meffieurs de la Bafoche , & c.
On vend chez Pierre Ribou , fur
le Quay des Auguftins , à l'Image
S.,Loüis, un Livre nouvellement imprimé
lous le Titre de Roland l'A194
LE NOUVEAU
moureux de Matheo Maria Boyardo,
Conte di Scandiano , en deux vol.
In douze , ornez de figures , le prix
eft de 5. liv .
tes y
Cet ouvrage eft un de ces Romans
de Chevalerie, qui ne plaifent que
par la varieté & la fingularité des
Avantures , mais où l'on ne doit
point efpérer de vrai - femblance
d'ordre , ni de liaifon ; les Hiftoriefont
contées naivement , les
Fictions galantes font heureufement
imaginées. Le fublime cependant
ne s'y rencontre que rarement : ce
n'eft pas à la verité manque de
Heros ; car on pouroit prefque en
conter dans ce Poëme , autant qu'il
y a de Chants ; mais quoique Pairs
de France , ils font par fois brutaux
& groffiers : pour s'en convaincre ,
qu'on fe donne la peine de lire le
Combat de Renaud & de Roland
devantAlbraque, on y verra le Comte
d'Angers , traiter le Seigneur de
Montauban,de Voleur de grand chemin
, & celui-ci, reprocher à l'autre ,
d'avoir employé la trahifon contre
tous les Guerriers qu'il avoit vaincu .
Le nouveau Traducteur avoit trop
MER CURE. 195
de difcernement pour ne pas fentir
qu'une querelle digne des Achilles
& des Agamemnon , ne feroit nullement
de nôtre goût . auffi l'a-t'il judicieufement
retranchée & adoucie :
il en a fait autant de la converfation
de ces deux Paladins à leur fortie de
chez la Fée Morgagne , du combat
d'Agrican fuivi de fa converfion &
quelques chants après de fa Canonization
; enfin dans plufieurs endroits
, il a fçu réformer avec difcernement,
la plupart des Avantures
qui , dans l'Original , ne font quelquesfois
ni ammenées , ni finies . De
forte que par tous les petits changements
que le Traducteur a fait à
propos ; ce Poëme Italien eft devenu
très amuſant dans nôtre Langue :
car quoique le ftile du Boyard pêche
par la baffeffe : on ne s'en aperçoit
point du tout dans la nouvelle Traduction,
d'où je conclus que l'Auteur
s'eft fait du moins autant d'honneur,
qu'auPoëte, qu'il nous a fait conoître
On trouve chez Pierre Prault , à
l'entrée du Quay de Gêvres , tous
les Edits , Déclarations , Arrefts & c ,
tant anciens , que nouveaux.
FIN.
L'Auteur du Mercure reconnoît
tous les jours de plus en plus , qu'il
a befin neceffairement des bontez
du Public , pour la continuation de fon
Journal : c'eft un ouvrage qui ne peut
fe fûtenir, que par quelque forte
d'indulgence pour fon travail. Il la
MERCURE. 193
lui demande donc tres -humblement,
& prie en même temps les perfonnes
curieufes de ne lui point refufer les
fecours de leur Porte-feüille ; fi elles
fouhaitent , qu'il n'abandonne pas un
livre qui deviendroit infailliblement
à charge , autant au Lecteur qu'à
l'Auteur. On adreffera les pacquets
deſtinez pour le Mercure , affranchis
de port, à M. Pierre Ribou , Quay des
Auguftins, à l'Image S. Louis ; finon
ils resteront au rebut.
On a efté obligé par l'abondance
des ma:ieres du temps , de renvoyer
differentes Pieces au mois d'Avril.
Entr'autres ,unMemoire trés - curieux
de feu M. le Maréchal de Rofen ;
l'Extrait des Reflexions Politiques &
Morales ; la fuite des Tables de l'extinction
des Rentes amorties,depuis
l'impofition des Taxes fur les Gens
d'affaires ; le précis des Edits &
Declarations , &c . l'Annonce des Livres
nouveaux ; le Compliment de
Meffieurs de la Bafoche , & c.
On vend chez Pierre Ribou , fur
le Quay des Auguftins , à l'Image
S.,Loüis, un Livre nouvellement imprimé
lous le Titre de Roland l'A194
LE NOUVEAU
moureux de Matheo Maria Boyardo,
Conte di Scandiano , en deux vol.
In douze , ornez de figures , le prix
eft de 5. liv .
tes y
Cet ouvrage eft un de ces Romans
de Chevalerie, qui ne plaifent que
par la varieté & la fingularité des
Avantures , mais où l'on ne doit
point efpérer de vrai - femblance
d'ordre , ni de liaifon ; les Hiftoriefont
contées naivement , les
Fictions galantes font heureufement
imaginées. Le fublime cependant
ne s'y rencontre que rarement : ce
n'eft pas à la verité manque de
Heros ; car on pouroit prefque en
conter dans ce Poëme , autant qu'il
y a de Chants ; mais quoique Pairs
de France , ils font par fois brutaux
& groffiers : pour s'en convaincre ,
qu'on fe donne la peine de lire le
Combat de Renaud & de Roland
devantAlbraque, on y verra le Comte
d'Angers , traiter le Seigneur de
Montauban,de Voleur de grand chemin
, & celui-ci, reprocher à l'autre ,
d'avoir employé la trahifon contre
tous les Guerriers qu'il avoit vaincu .
Le nouveau Traducteur avoit trop
MER CURE. 195
de difcernement pour ne pas fentir
qu'une querelle digne des Achilles
& des Agamemnon , ne feroit nullement
de nôtre goût . auffi l'a-t'il judicieufement
retranchée & adoucie :
il en a fait autant de la converfation
de ces deux Paladins à leur fortie de
chez la Fée Morgagne , du combat
d'Agrican fuivi de fa converfion &
quelques chants après de fa Canonization
; enfin dans plufieurs endroits
, il a fçu réformer avec difcernement,
la plupart des Avantures
qui , dans l'Original , ne font quelquesfois
ni ammenées , ni finies . De
forte que par tous les petits changements
que le Traducteur a fait à
propos ; ce Poëme Italien eft devenu
très amuſant dans nôtre Langue :
car quoique le ftile du Boyard pêche
par la baffeffe : on ne s'en aperçoit
point du tout dans la nouvelle Traduction,
d'où je conclus que l'Auteur
s'eft fait du moins autant d'honneur,
qu'auPoëte, qu'il nous a fait conoître
On trouve chez Pierre Prault , à
l'entrée du Quay de Gêvres , tous
les Edits , Déclarations , Arrefts & c ,
tant anciens , que nouveaux.
FIN.
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3870
p. 195
« De l'Imprimerie de J François GROU, rue de la Huchette, [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J François GROU, rue de la Huchette, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de J François GROU, rue de la Huchette, [...] »
De l'Imprimeried J FRANCO'S GROU
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3871
s. p.
TABLE.
Début :
Avant-propos. Dissertation sur les langues en general, & sur la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Avant-propos.
viffercation fur les Langues en general , & fur
la Langue Francife en particulier , par Mr
l'Abbé de Pons.
Epitre de Mr Arroüet à Madame de Gondrin.
Vers à un Gouteux .
7
48
Ode fur la promotion de M. le Chane Dagueffeau.sz
Lettre curiere de Conftantinople fur les affaires du
Tems. 16
Filiation des 6. derniers Empereurs Otomans. 69
Traduction de la Let . duG. S. à l'Emper.deFrance.y
Traduction des Lettres écrites au Roy , par Ibrahim
Pacha & le Mufty. 74877
Nouvelles de Paris. 80
Harangue fa te au Koi par M. de Montempuis Rec
de l'Univerfice
Extrag au Traie d'Alliance entre la France , l'Aṇ-
geterte & la Hollar de . 89
Ex air de la Comedie intitulée la vie eft unfonge 93
Les Tina , Poëme du P. D. C.
-Nouvel es Ecrangeres.
104
157
Extrot les Lettres du Comte de Gyllenborg , des
Barons Gostz , Sperr &c.
Placet à S.AR. Monfeigrant leDuc Regent, préfenté
par les peti's enfans du lieur Duperter
Chap tre des Engines.
Chanfon.
Bouts timez à replir.
Suite des Nouvelles de Paris.
143
549
་་་
159
Difcours de Mle Chinc. à la Chambre de Justice .168
Extrait de l'edit da Roy , portant ex-inétion de la
Chambre de Juftice.
Extrait du Difcours que M. l'Abbé Bion prononça
devant le Roy 1 jour de la Céne.
171
175
Autre Extrait disifcours que le R. P.Terraffon prononça
dev. le Roy le jour de Palques. 182
Mor s.
Mariages.
Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure.
Avis au Publi:.
Avant-propos.
viffercation fur les Langues en general , & fur
la Langue Francife en particulier , par Mr
l'Abbé de Pons.
Epitre de Mr Arroüet à Madame de Gondrin.
Vers à un Gouteux .
7
48
Ode fur la promotion de M. le Chane Dagueffeau.sz
Lettre curiere de Conftantinople fur les affaires du
Tems. 16
Filiation des 6. derniers Empereurs Otomans. 69
Traduction de la Let . duG. S. à l'Emper.deFrance.y
Traduction des Lettres écrites au Roy , par Ibrahim
Pacha & le Mufty. 74877
Nouvelles de Paris. 80
Harangue fa te au Koi par M. de Montempuis Rec
de l'Univerfice
Extrag au Traie d'Alliance entre la France , l'Aṇ-
geterte & la Hollar de . 89
Ex air de la Comedie intitulée la vie eft unfonge 93
Les Tina , Poëme du P. D. C.
-Nouvel es Ecrangeres.
104
157
Extrot les Lettres du Comte de Gyllenborg , des
Barons Gostz , Sperr &c.
Placet à S.AR. Monfeigrant leDuc Regent, préfenté
par les peti's enfans du lieur Duperter
Chap tre des Engines.
Chanfon.
Bouts timez à replir.
Suite des Nouvelles de Paris.
143
549
་་་
159
Difcours de Mle Chinc. à la Chambre de Justice .168
Extrait de l'edit da Roy , portant ex-inétion de la
Chambre de Juftice.
Extrait du Difcours que M. l'Abbé Bion prononça
devant le Roy 1 jour de la Céne.
171
175
Autre Extrait disifcours que le R. P.Terraffon prononça
dev. le Roy le jour de Palques. 182
Mor s.
Mariages.
Fragment d'une Lettre à l'Auteur du Mercure.
Avis au Publi:.
Fermer
3872
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Les personnes qui souhaiteront faire insérer des Avis, Mémoires, ou [...]
Mots clefs :
Avis, Mémoire, Pièces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT .
L
ES perfonnes qui
fouhaiteront faire inférer
des Avis , Memoires ,
ou autres Piéces pour le
Mercure , auront la bonté
d adreffer leurs paquets à
M. PIERRE RIBOU , à la
defcente du Pont- Neuf ,
à l'Image S. Loüis . On
les prie d'en affranchir le
port , fans quoy ils refteront
du rebut.
L
ES perfonnes qui
fouhaiteront faire inférer
des Avis , Memoires ,
ou autres Piéces pour le
Mercure , auront la bonté
d adreffer leurs paquets à
M. PIERRE RIBOU , à la
defcente du Pont- Neuf ,
à l'Image S. Loüis . On
les prie d'en affranchir le
port , fans quoy ils refteront
du rebut.
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3873
p. 7-51
APOLOGIE POUR LES SCAVANS SUR Les vivacitez & les impolitesses qui leur échapens dans leurs querelles.
Début :
Je ne tirerai point de vanité des éloges que Mr l'Abbé [...]
Mots clefs :
Savants, Esprit, Politesse, Querelles, Modération, Invectives, Règles, Philosophie, Cicéron, Sensibilité, Défendre, Disputes, Doctrine, Érudition, Honneur, Critique, Reproches, Indulgence, Visionnaire
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texteReconnaissance textuelle : APOLOGIE POUR LES SCAVANS SUR Les vivacitez & les impolitesses qui leur échapens dans leurs querelles.
APOLOGIE
POUR LES SCAVANS
SUR
Les vivacitez & les impoliteffes
qui leur échapent dans
leurs querelles.
J
E ne tirerar point de vanité
des éloges que Mr
l'Abbé de Pons veut bien
donner à la moderation
que j'ai gardée , en défendant contre
8 LE MERCURE
>
hui les droits de la Poëfie Françoiſe ;
& quoique j'aye tout lieu de me
louer de la fienne à mon égard ,
j'ofe dire que, ni lui , ni moi , n'en
fommes pas encore au point de nous
tant aplaudir la - deffus. Jufqu'ici
il est vrai , tout s'eft fait dans les
régles de part & d'autre ; & la bienfçéance
n'a rien fouffert du zele
que les parties ont eû
pour la défenfe
de leurs fentiments ; mais nous
ne faifons que d'entrer en lice , &
la querelle n'eft pas encore affez
échauffée entre nous , pour que
nous foyons en droit de nous prévaloir
d'une retenue , qui n'a pû
être mife à dé grandes épreuves.
Il faudroit être de bien mauvaiſe
humeur pour commencer par ſe
quereller dabord , & pour débuter
par des invectives. C'est toujours
avec politeffe qu'on entre en matiére
on a des égards reciproques
dans les commencements , on mefure
les termes ; on ménage fon Adverfaire
, on refpecte même le Public
, témoin & juge de ces fortes
D'AVR I L.
de différents ; mais il eft difficile
d'avoir long - temps un ennemi en
tête , fans être tenté de le regarder
un peu comme un ennemi . On fe
chagrine , on s'irrite dans le cours
de la difpute ; de l'oppofition de
fentiments , on paffe à l'averfion
pour la perfonne ; & le moyen que
l'amertume & le fiel , que l'efprit
fait gliffer dans le coeur , n'influe
enfin dans la plume , & ne fe répande
dans les écrits !
Il est vrai qu'on ne s'oublie pas
tout d'un coup , & qu'on n'en vient
pas dabord aux derniers excés .
Ce ne font dans les commencements
que de petits traits envelopez
& prefque imperceptibles ;
mais qui , pour être plus déliez , ne
s'en font que mieux fentir. La Rifpofte
qui ne manque pas de fuivre
, & de renchérir fur l'attaque ,
donne lieu à une réplique plus vive
& plus piquante encore ; le ton
s'éleve peu
peu à peu , & comme par
dégrez , jufqu'à ce qu'enfin, ce qui
ne paroiffoit dabord que badinage ,
10 LE MERCURE
dégenere en fureur ; * Et la difpute
ne finit point , qu'on n'en foit venu
aux injures , & qu'on n'ait épuiſé
tout ce que la Rhetorique fournit
de figures plus aigres & plus violentes.
Je fuplie les Sçavans , y compris
les Erudits , qui peuvent fe
trouver dans le cas , de ne s'offenfer
point de la comparaison que je
vais faire ; mais il me paroît qu'il
y a beaucoup de conformité entre ce
qui arrive dans leurs querelles , &
ce qu'on voit arriver tous les jours
dans celles des enfants. Ceux - ci
en effet , quand ils jouent enſemble,
y vont dabord de la meilleure foy
du monde , & ne pensent à rien
moins qu'à fe faire du mal. Mais
comme les coups de main entrent
d'ordinaire dans tous leurs jeux
on n'eſt pas long-temps fans s'a-
* Donecjam foevus apertam
In rabiem verti cæpit josus.
* Hor. Ep. L. 1. Ep. 12.
D' AVRIL. II
gacer , fans s'efcrimer ; ce n'eſt
dabord qu'en badinant & légerement
; la main enfuite s'élevant par
proportion , le coup qu'on rend eft
toujours plus fort que celui qu'on
a reçeu : & de dégrez en dégrez
la chofe devenant toujours plus
ſérieuſe , ce qui n'étoit qu'un jeu
au commencement , aboutit enfin à
une vraye batterie.
J'avoue que ce n'eft pas fans
quelque forte de confufion , que
j'ay fait cette remarque , qui ne me
paroît que trop bien fondée. J'en
ai honte
pour les Sçavants , & je
ne puis m'empêcher de dire , que s'ils
étoient tentés de s'en faire accroire
fur leurs lumiéres ; pour peu qu'ils
fiffent de réflexion aux excez où
ils fe laiffent aller dans leurs démeflez
, ils y trouveroient bien de
quoi s'humilier. A ne confidérer
que l'élévation de leur génie , l'étendue
de leurs connoiffances , &
la fécondité de leurs productions ,
on fe fent épris pour eux d'un certain
fentiment de vénération qui ›
J2 LE MERCURE
nous les fait prefque envifager ,
comme des gens formez d'un meilleur
limon que nous , & d'une efpéce
fupérieure à la nôtre ; mais
une vétille de Grammaire , ou autre
minutie pareille vient - elle à les
divifer ? on voit ces Génies fublimes
baiffer tout d'un coup ; ces Hommes
fi grands , fi refpectables femblent
rapétiffer : L'aigreur & la colere
les ramène aux puérilitez
de l'enfance ; & de l'admiration
qu'on avoit pour leurs talents , on
paffe bientôt à la compaffion qu'on
ne peut s'empêcher d'avoir pour
leurs foibleffes.
Je ne fçais fi le Public a fur cela
autant d'indulgence pour eux , que
le prétend M l'Abbé de Pons , &
s'il eft bien vrai qu'il les ait difpenfé
de tous devoirs de bien-féance ,
les uns envers les autres ; mais je
doute qu'ils vouluffent fe prévaloir
d'une difpenfe qui leur eft acordée
à titre auffi injurieux , que
celle - ci . Car ce n'ett, dit -on , * qu'à
force d'excez qu'ils l'ont acquife , &
* Merc. Mars Pag. 9 .
fous
D'AVRIL.
13
fous nom de Peuple féroce & indif
ciplinable , qu'il faut abandonner
Par pitié à fa dure impoliteffe , à fa
greffiere rufticité. S'il en alloit ainfi,
un pareil Privilége ne leur feroit
gueres honorable . Ne feroit - ce
pas les mettre en quelque forte dans
la même Categorie que les Iroquois
, les Hurons & les autres
Barbares du Canada , dont on n'a
pû adoucir la férocité , & qu'on
à été contraint de laiffer dans la
poffeffion , où ils font de tout temps ,
de s'affommer & de fe manger les
uns les autres dans les guerres
qu'ils fe font Etrange Parallele
pour des gens qui font profeffion
de cultiver des Sciences qu'on a
toûjours regardées comme la fource
de l'Humanité & de la Politeffe
& auxquelles on a ſpécialement
par cette raison , donné le nom de
Lettres Humaines : Humaniores littera.
Que répondre à cela ? N'y auroit-
il point quelque biais , quelque
Duverture à laver d'un pareil re-
Avril 1717. B
14
LE
MERCURE
proche & les Sçavans & les Erudits
leurs Confreres , qui - qu'ils foient ;
car j'avoue ingenuement , que je
ne fuis pas encore bien au fait fur
le caractére diftinctif de ces derniers.
Nierons-nous que les uns &
les autres tombent effectivement
dans les excez qu'on leur reproche
?je voudrois bien qu'il me fût
permis de m'infcrire en faux fur
cela ; mais fi je le faifois , tous les
fiécles , depuis les plus reculez
jufques au nôtre , dépoferoient contre
moi , en dépofant contre eux ,
& j'ouvrirois à Mr l'Abbé de Pons
un beau champ pour la Replique .
Entreprendrai - je de les difculper
totalement à cet égard ? Ce feroit
me rendre coupable moi - même
fans les juftifier ,mais fi je ne puis
les excufer en tout , je puis du moins
améliorer leur caufe , & faire retomber
fur d'autres , une partie du
tort qu'on jette tout entier fur
eux .
Car on leur fait ,felon moi , une
double injuftice. Premierement ,
D'AVRIL.
15
en ce qu'on leur donne plus de tort
qu'ils n'en ont en effet . Secondement
, en ce qu'on les rend feuls
refponfables des excez qu'on leur
reproche , & dont il y en a qui font
peut -être plus coupables qu'eux.
C'eft dans ces deux confidérations
que je renferme cette efpéce d'Apologie
que je hazarde en leur
faveur , par raport à une licence
fur laquelle je ne les crois ni toutà-
fait excufables , ni aufli coupables
qu'on les fait.
>
5 .
Qu'ils ayent tort de faire entrer
de la paffion dans des
difputes
où la Raifon devroit
feule parler ; c'eft de quoi je ne
puis ni ne veux difconvenir ;
les bons mots , les traits piquants ,
les ironies cachées , les aplications
malignes , les reproches indirects
, & quelques fois formels ,
les apoftrophes
, les invectives ,
les injures , en un mot tout ce qui
fent la fatyre perfonnelle
, ne décide
rien pour le fonds des chofes
en matière de Doctrine . Je puis
Bij
16 LE MERCURE
,
:
être un ignorant & un mal-honnête
-Homme , & avoir raifon fur un fait
qui eft en queſtion . Mon Adverſaire
au contraire , peut fe tromper fur
ce même fait , & être d'ail
leurs plein d'érudition & de
vertu. Quand il s'agira de juger
de la probité de l'un ou de l'autre ,
l'examen des actions particuliéres
& la difcuffion des moeurs
pourra être de mife ; dans toute
autre matiére , elle eft abfolument
hors d'oeuvre De forte qu'il eft
vrai de dire , que fi , de tous les ouvrages
Polemiques , qui ne roulent
que fur des points de Doctrine
on retranchoit les Epifodes injurieux
, on n'en retrancheroit que
des inutilitez. Car j'apelle inutilitez
, tout ce qui ne va point au fait,
& qui n'intereffe en rien le fonds
de la difpute . Or je ne fçache rien
de plus indigne d'un Sçavant ,
ique de dire des chofes inutilles ,
par raport au fujet qu'il traite.
Et c'eft fur cela que j'ofe avancer,
que les reproches & les invectives
D'AVRIL. 17
font plus blamables encore à titre
d'inutilités dans un Sçavant, qu'elles
ne le font à titre de grotherté ; car
on peut être tres - Sçavant Homme
& être en même temps trés-groffier,
& tres-impoli , ces deux idées
n'ayant rien qui implique contradiction
; au lieu qu'un Sçavant dément
en quelque forte fon caractére,
& va directement contre l'efprit de
fa profeffion , en difant des chofes
inutiles , & qui ne font rien à ſon
fujer. Il s'enfuit de là , que mertant
même à parc ce qu'il y a de mefféance
entre honnêtes gens , à fe faire
des reproches injurieux , & de fuperchérie
à vouloir donner le change
; rien n'est d'ailleurs plus formellement
contraire au caractére ,
& à la profeffion de Sçavant , qued'ufer
de ce ftile.
Sur quoi donc prétens -je excufer,
au moins en partie , ceux qui en
ufent ? Premiérement fur ce que ça
été de tout temps le ftile des controverfes
entre les Sçavans . Je
m'attends bien qu'on va me répon
B iij
-18 LE + MERCURE
dre , que loin de les juftifier par ce
raifonnement , j'eſtablis au contraire
leur condamnation , & que de
dire, que ça été de tout temps le ftile
des Sçavans , c'eft prouver précifément
qu'ils ont û tort dans tous les
temps & dans tous les fiécles : mais
je fuplie le Lecteur de vouloir bien
fufpendre fon Jugement , & de fouffrir
que pour l'éclairciffement de ma
propofition , je diftingue unpeu les
temps par raport aux bien -féances.
La caufe que je traite eft commune
à tous les Sçavans en un point,
qui eft , que tous tant Anciens que
Modernes , ils fe font plus ou moins
émancipez dans leurs querelles ;
mais la faute n'eftpas égale dans tous;
& ce qui va paroître un paradoxe ,
c'eft qu'en même temps que je reconnois
que les Modernes font plus
moderez que ne l'ont été les Anciens,
je foutiens que les Anciens font encore
plus excufables que les Modernes
dans leurs excez , fi même
les premiers font juftement repréhenfibles;
& je crois être bien fon
農
D'AVRIL . 19
dé à en doûter : car voici à quoi je
reduis la justification des uns & des
autres.
Je dis donc en premier lieu , que
les Anciens qui ont ufé d'invectives ,
S & qui ont employé la Satyre dans
S leurs querelles dogmatiques , n'ont
rien fait en cela contre les régles
de la bien- féance entendues comme
elles le doivent eltre. Je dis en
fecond lieu , que les Modernes font
excufables d'avoir confervé quelque
teinture du ftile des Anciens
en ce genre , & qu'ils font même
louables d'en avoir adouci l'aigreur
autant qu'ils l'ont fait.
Pour déterminer reguliérement &
avec quelque forte de juftice , files
Anciens ont peché contre la bienféance
, en fe pouffant à toute outrance
les uns les autres dans leurs
querelles , il faut fçavoir, fi la bienféance
, telle qu'elle étoit établie
de leur temps , exigeoit d'eux plus
de modération qu'ils n'en ont gardé
, & leur interdifoit tout ce qui
seffentoit la paffion dans leurs dif
20 LE MERCURE
pures. Car fi nous voulons juger
les Anciens fur nos ufages & les ramener
à nos maniéres , il n'y a prefque
rien fur quoi nous ne puiffions les
condamner , comme il n'y a rien auffi
furquoi ils ne pûffent nous condamner
à leur tour. Il faut avoir ,
par raport à la différence des temps,
la même équité qu'on a par raport
à la difference des lieux : Chaque
temps a eu fes ufages , comme chaque
Païs a les fiens ; & nous ne fommes
pas plus en droit de condamner
les Anciens fur certains ufages
contraires aux nôtres , que nous le
fommes de condamner les maniéres
des Orientaux , parce qu'elles ne
font pas conformes à celles des Europeans.
Il s'agit donc de fçavoir,
non pas , fi les emportemens des Anciens
dans leurs querelles font contre
' es regles de la bien -féance de
no re fiècle , mais fielles font contre
les régles de la bien-feance receûë
& établie dans le leur : il s'agit
de déterminer, non pas, s'ils auroient
tort aujourd'hui , d'en ufer
D'AVRIL. 2-1
fur cela auffi librement qu'ils le
faifoient de leur tems , mais s'ils
avoient tort alors de le faire , &
je prétends qu'ils ne l'avoient pas.
Pourquoi ? parce qu'ils n'étoient pas
obligez d'avoir plus de retenue &
de modération dans leurs querelles,
que n'en faifoient paroître dans leurs
démêlés les plus grands Hommes de
leur temps , les plus fages , les plus
graves , & les plus diftinguez d'ailleurs
par leur Naiffance & leurs Dignitez
. Or , on a preuve en main que
de tres-grands Perfonnages , &de la
plus haute diftinction en toute maniére
, ont pouffé les chofes en ce
genre , dans des occafions tres éclatantes
, & devant des Affemblées
dignes de toutes fortes d'égards ,
plus loin que ne l'a jamais fait le
Sçavant le plus emporté , le plus fi
rieux , & le plus atrabilaire , contre
l'Antagoniſte le plus méprifable &
le plus vil .
En effet s'il y a jamais eu une
Compagnie refpectable & mêmeAugufte
, c'eſt ſans doute le Senat Romain
, fur tout , tel qu'il étoit fur
22 LE MERCURE
ils
les fins de la République , dans un
temps où il comptoit entre fes Mem
bres un Pompée , un Céfar, un Craffus
, un Caton , un Ciceron , un
Luculle , & tant d'autres grands Sujets
dont l'Hiftoire nous a fait l'éloge.
Cependant , de quel air ces
MESSIEURS fe traittoient
l'un l'autre dans leurs conteftations,
à la face même de ce Sénat fi Au.
gulte ? Je m'en raporte à la maniére
dont Ciceron perfonage Confulaire
& l'un des plus graves & des
plus fages Sénateurs de l'ancienne
Rome, traita autrefois en plein Sénat
le Confulaire Pifon , qui d'un
côté l'égaloit en dignité , & de l'autre
l'emportoit infiniment fur lui par
l'éclat de faNaiffance.Certainement
les termes qu'il employe dans cette
invective qui nous refte de fa façon
, ne font rien moins que mefurez
: il ne l'y apoftrophe jamais que
par les noms outrageants de Bête
féroce de Bête brute , d'Animal,
d'Hébêté, de Stupide, d' Afne, d'Exª
travagant , de Voleur , de Brigant,
D'AVRIL.
23
de Pendart , de Bourean , de Farie
, enfin de fale Bourbier & de
Charogne jettée à la Voirie. Cet
échantillon fuffit pour donner idée
du reste de la Piéce , dont il faudroit
tranfcrire la plus grande partie
, fi on vouloit en raporter tou
tes les injures ; auffi , ai-je été obii.
gé de fuprimer une partie même des
Apoftrophes , faute de les pouvoir
bien rendre en nôtre Langue , qui
n'est pas à beaucoup prés fi riche
en injures que la Latine , fur laquel
le la Grecque l'emporte encore
de beaucoup en ce genre.
Aurefte , fi je ne cite ici que l'invective
prononcée dans le Sénat con
tre Pifon , ce n'eft pas par difette
de pareils exemples tirés de Cicé
ron. Ceux qui conoiffent fes Ou.
vrages , fçavent que la feconde Phi
lippique , qu'on regarde comme un
Bellua pecudis , in Hoc animali ,Vecors
, tarditas ingenii . Afine , Amens ,
Qui latrones , qui prædones ? Furcifer ,
Carnifex , zuria , Cenum , ejecto Ca
davere.
24
LE MERCURE
chef-d'oeuvre d'éloquence , & qui
fut prononcée en plein Sénat en
face même du fameux Marc - Antoine
, actuellement Conful , eft ena
core tout autre chofe en fait d'ou.
trages fanglants , & que l'Orateur
s'ylivre fans nul ménagement à tout
ce que lui infpire fon indignation
& fa fureur.
Mais par ce qu'on pouroit s'ima.
giner que ces fortes d'excez étoient
rares , je renvoye fur cela le Lecteur
aux Lettres de Cicéron & en particulier
à celles qui font adreffées
à Atticus , dont Mt l'Abbé de Montgault
nous a donné une Traduc.
tion excellente , qui peut fervir de
Modele aux Traducteurs , comme
les éclairciffements qu'il y a joint
en peuvent fervir aux Commenta
teurs. Dans ces Lettres où Cicé.
ron rend compte à fon amy de ce
qui fe palloit à Rome , & en par
ticulier dans le Sénat , on verra les
Scénes que de graves Sénateurs y
donnoient quelques fois à la Com.
pagnie , en fe reprochant fort libre.
ment
›
D'AVRIL. 25
ment l'un à l'autre , leurs défauts
leurs foibleffes , leurs turpitudes ,
leur crapule & les débauches les
plus
plus infames. Qu'on life feulement
la ise Lettre du I Livre , où Cicéron
fait le détail d'une prife qu'il
avoit eû avec Clodius dans le Sénat
; & l'on fera convaincu , que
ces Héros de l'Ancienne Rome ,
& ces Maîtres de l'Univers ne fe
croyoient pas obligez entr'eux à de
grandes mefûres , ni par raport à
ceux qu'ils outrageoient , ni : , ni par raport
au Sénat à qui on faifoit effuyer
de pareilles Scenes
› &
On me dira que Cicéron avoit
tort de traiter fi indignement &
devant une fi Augufte Compagnie
Pifon
, Antoine Clodius
tout autre Sénateur ; qu'il oublioit
en ce point ce qu'il devoit à
leur Rang , ce qu'il devoit à la
Majefté du Sénat , & ce qu'il fe
devoit à lui - même . Tout cela eft
vray dans le fiftême de Politeffe
qui regne aujourd'hui ; mais la
queftion eft de fçavoir fi , dans ces
Avril 1717.
с
26 LE MERCURE
-
tems - là on étoit auffi fcrupuleux
fur l'article , qu'on l'eft à préfent ;
Or, c'est ce que je ne penfe pas ,
& voici furquoi je me fonde.
Cicéron étoit non feulement un
homme d'un très beau genie ,
& ce que nous apelons un trés bel
efprit ; mais il étoit encore Homme
de trés grand jugement , fage , entendu,
habile à prendre fes avantages
, & à ne point donner prife
fur lui . Rompu comme il l'étoit dans
les affaires , & inftruit,par une longue
expérience , de l'efprit & des
ufages du Senat , il devoit mieux
que perfonne , conoître les bienféances
de cette Compagnie ; & il
n'avoit garde dans une occafion où
il fe propofoit de rendre Pifon
odieux à cet illuftre Corps , d'employer
des termes & des outrages
dont il l'eût crû d'humeur à fe formalifer.
C'eft de quoy on ne poura
douter , fi l'on fait attention aux
ménagements & aux égards infinis
qu'il a dans fes difcours pour tous
ceux que leur probité , leur autorité,
D'AVRIL 27
leur mérite , leur crédit , ou leurs
fervices rendoient recommandables
aux yeux du Public . Dans l'affaire
de Murena , par exemple , où il
avoit Caton contre lui , il fe donne
bien de garde de le traitter comme
il auroit fait un Accufateur du commun
, & un Adverfaire moins acrédité
; mais par un des traits les plus
fins qu'il ait jamais mis en oeuvre,
il trouve moyen d'énerver l'autorité
de fon témoignage , en faisant
l'éloge de fa vertu : & cela d'une
maniere fi enjoüée , fi délicate ,
mais en même tems fi obligeante
& fi flareufe , que Caton lui-même,
loin de s'en offenfer , ne pût s'empêcher
de lui aplaudir . C'étoit Caton
qu'il refpectoit en cela , & non
pas le Tribunal devant lequel il parloit;
& il est conftant que quand il
s'abftenoit d'invectives dures & violentes
, c'étoit plus par ménagement
pour le particulier , que par
égard pour la bien - féance publique.
Que fi ce que je viens de dire
Cij
23 LE MERCURE
que
la-deffus , n'étoit admis que fur le
pied de conjecture , & qu'on fût
réfolu à ne point m'en tenir quitte ,
à moins d'une preuve plus précife
& plus pofitive : je renvoirois encore
une fois le Lecteur à la Lettre
j'aicitéeci - deffus, oùCiceronfait
mention de la prife qu'il eut avec
Clodius , & où il paroît fe fçavoir
fi bon gré de l'avantage fignalé
qu'il eut en cette occafion fur fon
Adverfaire qu'il atterra , dit - il ,
par fes réparties vives & piquantes,
& que les huées du Senat acheverent
de confondre , en lui fermant
la bouche . * Magnis clamoribas
afflictus conticuit , & concidit.
Voilà donc ce Senat fi grave & fi
augufte , qui aplaudit & frape des
mains en faveur d'un de fes Membres
, fur ce qu'il en outrage un autre
en fa préfence, & l'outrage de la
maniere la plus cruelle . Čar que
croit- on que renfermaffent ces reparties
ingénieufes , dont Ciceron
* Ep. ad Att . Lib. 1. Ep. 15.
D'AVRIL. 29
t
raporte avec tant de complaifance
quelques traits à fon ami Rien
moins que quelques petits reprothes
galants fur l'Inceite & fur les
défordres les plus abominables &
les plus affreux : Tout cela à la
verité en termes couverts , *mais
pourtant aflez intelligibles , pour
que le Senat pût y aplaudir avec
connoiffance de caufe.
Or , lupofons que ce qui s'eft
paflé autrefois dans le Sénat de
Rome entre Ciceron d'une part ,
& Pifon , Antoine , ou Clodius de
l'autre , fe paffe aujourd'huy dans
un de nos Parlements , entre deux
de fes Membres. Comment fe récrieroit-
on là deffus : & quelles fatisfactions
ne fe croiroit - on pas
en droit d'exiger pour la Majefté
de la Cour fi indignement violée ?
Le Parlement fe trouveroit en cela
bien plus lézé encore , que la perfonne-
même qui auroit éré outragée.
Il faut donc néceffairement
conclure , que les bien-féances ont
oir changé de ce qu'elles étoient
Cij
30. LE MERCURE
anciennement , & qu'on eſt aujour
d'huy tout autrement délicat fur
cet article , qu'on ne l'étoit autrefois.
C'eſt auffi ce qui me fait
paroître plus excufables les Heros
d'Homere dans les injures qu'ils
fe difent à tout propos , & qu'on
leur a tant reprochées. Car fi on
étoit encore figroffier fur ce Cha
pitre du , temps-même de Ciceron
c'eft-à-dire dans un fiécle très poli
d'ailleurs ; combien devoit - on l'être
davantage , tant de fiécles auparavant
, dans le temps d'Homere
c'est -à-dire dans le temps de la
naiffance de ces belles Lettres , qui
ont poli la Gree.
>
If eft vrai que les Efprits fe font
adoucis depuis , & que la colere ,
qu'on peut dire avoir été celle des
Paffions , qui s'eft le moins civilifée
chez les Anciens , a bien perdu de
fa premiere férocité dans la fuite
des temps. Que fi néanmoins , les
Sçavans en ont encore confervé
quelque teinture ; j'ofe dire que
le commerce qu'ils font oblige
D'AVRIL. 31
la
d'avoir avec les Anciens , & qu'ils
ne fçauroient acheter trop cher ,
les rend en quelque forte excufables
de ce côté - là. Il eft naturel de
prendre les manieres de ceux qu'on
fréquente ; on fe moule infenfiblement
fur eux , fans y prendre garde,
d peu prés comme on fe hale au
grand air , fans y faire réflexion ;
& plus on eitime les gens , plus on
s'étudie à les imiter , & à leur reffembler
jufques dans leurs défauts.
Ciceron eft fans difficulté., pour
folidité & la délicateffe des penfées,
pour la fécondité & la richeffe des
expreffions , le premier des Auteurs
Latins ; c'est celui de tous
qu'on lit le plus , & qu'on doit le
plus lire ; & c'est, pour ainfi dire ,
le premier lait qu'ayent fucé les
Sçavans dans leur jeuneffe. On
tâche de prendre fon ftile , & d'en
approcher le plus prés qu'on peut ;
on s'y exerce , & on y apporte toure
fon application ; rien n'eft plus
loüiable en effet , car le ftile de
Ciceron eft à mon gré le plus parfait
Cij
32 LE MERCURE
à
qu'il y ait , & le plus propre
former , non feulement pour bien
écrire en Latin,mais même pour bien
écrire en François , par la netteté
l'ordre , l'arrangement , & la liaifon
naturelle qu'il donne aux penſées.
Que s'il arrive aprés cela , qu'il
s'éléve quelque conteftation entre
les Doctes , & qu'on entre en difpute
, Sçavant contre Sçavant ,
comme Romains contre . Romains :
De qui empruntera-t-on plûtôt des
armes , foit pour attaquer , foir pour
fe défendre , que de Ciceron , le
modéle & le grand Maître en l'un
& l'autre genre On le confulte
donc , on le fuit on l'imite ,
on prend fon ton & fes expreffions ;
& comme les reproches , les outrages,
& les injures entrent pour quelque
chofe dans le fiftéme de fon
Eloquence , on fe laiffe aller fans
peine à les mettre en oeuvre ,
fur
la foi d'un tel garant : on fe raflure
fur fes fcrupules , & à l'exemple
de ce jeune débauché de Terence,
qui s'autorifoit au crime- par un
Tableau licentieux de Jupiter , on
›
D'AVRIL. 33
s'autorife aux invectives par l'exemple
de Ciceron , & on fe dit
à foi- même pour s'enhardir : Quoi ,
je ferois plus délicat & plus fcrupuleux
en matiére de bien -féance ,
que ne l'a été ce grand Homme. Il
a traité de ftupide , de bête brute ,
d'infenfé , & de pis encore , un
perfonnage Confulaire ; & je ferai
difficulté de traiter de vifionnaire &
d'extravagant , un Ecrivain qui a
l'audace de me contredire : * Ego
homuncio hoc non facerem ! Dieu
fçait après cela , comme onfe donne
carriere ! Les premiers qui ont fait
la planche , fe font autorifés de
Ciceron, & des autres Anciens dans
leurs excez ; ceux qui ont fuivi ,
ont eû de plus pour eux , l'exemple
de ces premiers Imitateurs ; ainfi
de fiècle en fiécle , & de Sçavans
en Sçavans, cet uſage s'eft perpétué,
& malgré les égards , & les ménagements
de politeffe que le temps &
le commerce civil ont introduit
dans les moeurs , & par lesquels
la bien-féance s'eft épurée chez
* Ter.Eunuch. A & , III Scen. 4°
34 LE MERCURE
les gens ignares , & non lettrez;
les Sçavans fe font prefque toûjours
maintenus , à quelques façons &
à quelques termes prés , dans l'ancienne
liberté d'attaquer & de fe
défendre à toute outrance. C'est
ce qu'il eft aifé de remarquer ,
furtout dans ceux qui ont écrit en
Latin , car je ne difconviens pas
qu'il n'y ait eu du déchet de ce côté
- là , & dans ceux qui ont écrit
en François , Langue plus modefte
plus retenue , où les termes injurieux
font plus rares , & forment
beaucoup plus mal , que dans la
Langue Latine .
Je fens fort bien ce que l'on peut
m'objecter là-deffus , & l'on ne
manquera pas de dire , qu'il eft
étrange que des perfonnes à qui
l'étude , la lecture & les belles
Lettres devroient avoir infpiré cette
humanité & cetre douceur qui leur
eft propre , & qu'on prétend-même
qui eft née dans leur fein , fe trouvent
pourtant moins fociables ,
moins traitables , d'un commerce
D'AVRIL.
35
les
plus épineux , d'un humeur plus
difficile , plus farouche , & fi je
l'ofe dire , plus hargneufe que le
commun des hommes , & que
ignorants-mêmes. Mais peut-être ,
en fera-t-on moins furpris , fi l'on
fait attention au caractére d'indé
pendance attaché à la profeffion
de Sçavant , & fur lequel je fonde
en leur faveur un fecond moyen de
défence & d'Apologie ; voici comment.
Qu'est- ce qui a policé les Hommes
dans les premiers temps , &
qui,du fonds des bois où ils vivoient
difperfez,comme des bêtes féroces ,
les a raprochés les uns des autres,
les a engagés à fe réunir , à vivre
enfemble , & à convenir entr'eux de
certaines loix ? Ce n'a été, ni l'Eloquence
, ni la Poëfie , ni la Mufique,
à qui les Orateurs , les Poëtes , les
Muficiens , chacun pour l'interêt &
la gloire de fon art , fans autre fondement
, ont bien voulu en faire
honneur ; ç'a été uniquement le befoin
reciproque qu'ils ont eu les uns
39
LE
MERCURE
des autres. C'est ce qui a formé les
Villes dans les premiers temps , &
e'eft encore ce qui les maintient . Si
les Hommes ont des ménagements
& des égards entr'eux , c'eſt parce
qu'ils ont actuellement , ou qu'ils
prévoyent qu'ils auront dans la fuite
befoin les uns des autres. Ainfi leur
politeffe n'eft fondée que fur ces
fecours reciproques qu'ils attendent
les uns des autres >
& qui font
que les plus Grands mêmes dépendent
des plus petits : Suprimez ces
befoins , vous ôtez la dépendance ,
& vous rompez par là toute liaiſon
d'interêt , toute focieté , tout commerce
, & par conféquent tous
égards , toute politeffe , & toute
bien-féance .
Or voilà la fituation où fe trouvent
les Sçavants , & ce qui fait en
même tems la Nobleffe de leur profeffion
. Ils n'ont befoin de perfonne ,
ils ne relévént que de leur génie , &
par là font indépendants. Un Marchand
a befoin d'un autre Marchand
pour faire aller fon commerce , &
il
D'AVRIL. 37
il ne s'en cache pas : Un Sçavant
ne veut rien devoir à un autre Sçavant,
il fçait fe paffer de fon fecours ,
pourquoy le ménageroit - il ? Un
Roy eft obligé d'avoir des égards
pour fes voifins , dont il peut craindre
les forces , il faut même qu'il
ait des attentions pour fes fujets ,
dont il fçait que les fecours lui font
neceffaires & en paix & en guerre.
Un Sçavant ne craint perfonne , &
la plume à la main , du fonds de fon
cabinet , il fait la guerre à toute la
Terre,toujours également prêt pour
l'offenfive ou la défenfive . Sans
dépendre en rien de qui ce foit , il
trouve dans lui - même , dans la force
de fon efprit , dans la richelle
de fes connoiffances , dans l'étenduë
de fes lumieres , & dans les
Livres de fa Bibliotheque qu'il regarde
comme fes Troupes Auxiliaires
, tout ce qu'il lui faut pour attaquer
ou pour fe défendre : & c'eſt
ce qui le difpenfe de tous ces égards .
& ces ménagements , auxquels on
a donné le nom de politeffe , pour
Avril 1717. Ꭰ
38 LE
MERCURE
relever la baffeffe de leur principe,
& colorer la honte de leur origine ,
qui eft le befoin & la dépendance.
Je ne veux pas dire pour cela,
que les Sçavans foient difpenfés
de toute politeffe les uns envers
les autres , ni même qu'il foit vrai
qu'ils n'en ayent jamais ; ce que je
prétends , c'est qu'ils font plus excufables
que le refte des Hommes ,
quand ils en manquent ; & que
quand ils veulent bien faire tant
que d'en avoir ; on doit leur en tenir
plus de compte qu'à d'autres ; &
parce que leur indépendance rend
leur politeffe bien plus défintereffée
, & parce qu'il leur en coute
plus , par raport à leur fenfibilité
qui me fournit encore un nouveau
moyen de défenfe en leur faveur .
Il eftfûr qu'il n'y a point de fenfibilité
, qui égale celle d'un Sçavant
qu'on attaque fur les ouvrages &
fur fes fentimens . C'est de quoi je
pourois aporter des preuves très
amples & très décifives , fi cela
étoit néceflaire : mais j'en fais grace
D'AVRIL.
39
au Lecteur , & à tous ayans caufe ;
&je fuis perfuadé qu'il y a bien des
gens difpofés à m'en tenir quitte.
Senfibilité au refte , d'autant plus
pardonable , quelque vive qu'elle
foit que véritablement elle eſt
fondée fur le point d'honneur le
plus délicat , qui eft la gloire de
' Elprit. On n'a point honte
d'être moins riche , ou dans un
rang moins élevé qu'un autre , d'être
moins bien partagé des autres avantages
de la Nature , ou de la Fortunes
on céde furtout cela fans répugnance
, mais en fait d'efprit , on
ne veut céder à perfonne.
*
Quivelit ingeniocedere rarus erit.
On paffe même affés librement à
quelques-uns la fupériorité du côté
de la Science , & de l'Erudition ; on
avoüera fans peine, qu'ils ont plus lû,
plus apris , & plus retenû que nous ;
mais qu'ils ayent plus d'efprit , c'eft
un aveu que même, avec beaucoup
* Martialis. Liv. VIII. Ep. 18
al Cirinum.
Dij
40
LE MERCURE
d'humilité , on ne fait pas volontiers.
Auffi, eft- il rare qu'on fe faſſe juſtice
là-deffus. Chacun croit avoir pour
le moins autant d'efprit que fon
voifin , & comme l'a dit fort fpirituellement
Madame Deshoulieres.
Nul n'eft content de fafortune ,
Ni mécontent de fon efprit.
Or , s'il y a gens au monde qui
doivent être contens du leur , c'eſt
fans contredit , les Sçavans. Comment
donc pouroient- ils n'être pas
fenfibles , quand on les attaque
de ce côté-là ? C'eft ce qui fait leur
gloire ; on veut le leur difputer ,
le leur arracher , c'est-à- dire , les
deshonorer , & ils le fouffriront
tranquillement ? Il faudroit pour
cela qu'ils euffent une vertu bien
héroïque , qu'on n'est pas en droit
d'éxiger d'eux. J'admire , pour moi,
l'injuftice du monde en ceci. .On
n'eft point étonné de voir deux
Parties acharnées l'une contre
l'autre , fe plaider à toute outranD'AVRIL.
4R
ce dans le Bareau , & méler-la fatire
perfonnelle dans leurs Factums,
fouvent pour un interêt très médiocre
; & l'on veut que des Sçavans
apointés à faits contraires ,
& qui travaillent , chacun de leur
côté, à ruiner de fond en comble
le fiftême de fon adverfe Partie ,
c'est -à-dire à aneantir tout le fruit.
de fes lectures , de fes études , &
de fes réflexions , combattent froidement
& poliment l'un contre l'autre
qu'ils fe difent tour à tour
avec douceur , avec honêteté ,
avec politeffe : qu'ils ont tort , qu'ils
font dans l'illufion , qu'ils y ont été
toute leur vie , qu'au lieu de s'inftruire
, ils n'ont fait que s'égarer ,
& qu'après avoir bien lû , bien médité,
bien écrit , leurs productions
vont directement contre le fens
commun. En verité dela n'eft pas.
poffible , auffi cela n'arrive -t - il guéres.
J'ai même remarqué que des
perfonnes fort moderées d'ailleurs ,
& qui avoient dans le commerce.
ordinaire ,non feulement de l'huma,
D iij
42 LE MERCURE
nité & de la politeffe , mais même
la douceur & la fimplicité d'un enfaut
, devenoient tout autres,quand
il s'agiffoit de défendre leurs fentiments
; &tel, qu'à l'entendre parler
, on ne croiroit pas qui fçût remuer
l'eau , n'a pas plûtôt la plume
à la main , qu'il paroît unferragus
& un pourfendeur de Géants.
;
On accufe affés communément
les Poëtes d'être plus fenfibles fur
leur réputation , & de prendre feu
plus aifément que les autres Sçavants.
* Genus irritabile vatum . Je
ne fçais pas bien fur quoi on fonde
ce préjugé car je ne vois pas que
les autres foient moins délicats &
moins vifs fur le chapitre de leurs
productions. Peut-être que comme
les Poëtes fe vengent d'ordinaire
avec plus de vivacité & plus de fel,
& que fouvent un vers leur fait
raifon d'un volume entier décoché
contre eux on a eu plus d'égard
à l'éclat de la vengeance qu'à la
Horat. Lib. II. Ep. 24
D'AVRIL. 43
force du reffentiment , & à l'effet
prompt & éclatant , que produifoit
dans eux la fenfibilité , qu'à la fenfibilité
même . Il me femble qu'elle
eſt à peu près égale dans tous les
Auteurs de quelque efpéce qu'ils
foient & dans quelques fiécles qu ils
fe foient rencontrez ; & fi elle s'eft
moins émancipée dans le nôtre
comme je le ferai voir dans la fuite,
il ne faut pas croire pour cela qu'elle
foit diminuée. Je la crois au contraire
plus vive qu'elle n'a jamais
été , & dans les régles elle le doit
être , puifqu'elle n'a peut - être jamais
été mife à de plus fréquentes
& de plus cruelles épreuves que
depuis cinquante ou foixante ans.
En quoi cela ? en ce qu'on n'a peutêtre
jamais plus écrit que depuis ce
temps-là , & que dans la démangeaifon
naturelle qu'ont les Sçavants
, de fe contredire les uns les
il autres on peut dire qu'où 2
plus de Sçavants , il y a auffi plus
de conteftations & de difputes.
A ce principe general qui de luiy
44
LE MERCURE
pre
*
même ne détermine pas plus ur
frécle que l'autre , & qui eft égal &
uniforme pour tous les temps , j'en
ajoûterai un particulier , qui est prode
nôtre fiécle. C'eſt cet efprit
de jufteffe , d'ordre & de préciſion
qui s'y eft introduit , & dont nous
avons obligation à la Philofophie
moderne , comme l'a fort bien remarqué
Mr P'Abbé Terraffon . Je
ne prétends point pour cela faire
ici l'éloge de tout ce qui entre dans
cette Philofophie , ni en aprouver
toutes les opinions . Qu'elle aittort
ou raiſon,en tout ou en partie , il eſt
toujours conftant qu'elle nous a rendu
un fervice inestimable, &dont l'utilité
fe fera toujours fentir de plus en
plus, en nousmettant en garde contre
les préjugez , & en nous accoûtumant
à examiner tout fur des régles fixes
& fûres , à déveloper nos idées , à
raporter toutes chofes à leurs principes
, & à ne nous rendre qu'à ce qui
* Differt. Crit.fur l'Iliade d'Hom..
Préface.
D'AVRIL.
45
nous eft fi clairement & fi fenfiblement
démontré, que laraifon forcée
lévidence , & fubjuguée, pour
ainfi dire par la verité , ne puiffe
fe défendre de ceder.
par
Qu'est-il arrivé de là ? c'est que
la Critique mieux inftruite & plus
éclairée , eft auffi devenue plus rigoureufe
& plus fevere. Autrefois
on fe contentoit à peu de frais.
Qu'on remonte cent ans , & moins
même , audeffus de nous , on reconnoîtra
que le gros des Ecrivains
donnoit fes premiers foins au brillant
de l'expreffion , & qu'il en faifoit
fon capital ; que c'étoit être
éloquent , que de dire beaucoup de
chofes,quelque inutiles qu'elles fi f
fent au fujet ; que c'étoit être Sçavant
, que d'entaffer citations fur
citations , fans nul befoin , & par
pure parade de Doctrine. Cela s'apeloit
Erudition , on couroit aprés ,
& l'on jugeoit de la profondeur
& de l'étendue de la fçience d'un
Ecrivain au prorata du Latin & du
Grec , dont il bigaroit fes Ecrits.
46 LE MERCURE
Mais depuis que l'Esprit de Géométrie
nous a rapelé au vrai , les
chofes ont bien changé de face . On
a exigé qu'en écrivant , la principale
attention fût pour les chofes , fans
préjudice néanmoins de la clarté
& de la régularité de l'élocution
qui a auffi fes droits , mais qui ne
doit être confiderée qu'en fecond ;
les mots étans faits pour exprimer
les penfées , & non les penfées ,
pour donner de l'emploi aux mots.
Ainfi , quand il s'eft trouvé des
Ouvrages , qui péchoient par un
de ces deux endroits , on a
plus d'indulgence pour des irrégularités
d'expreffions qui pouvoient
fe réparer , & qui n'alteroient en
rien le fond des chofes , que pour
un manque de juftelle & de folidité
dans le raifonnement
·
on a eu
qu'on n'a
point pardonné , parce qu'il étoit.
fans remede. C'eft ce qui à confervé
ou remis en honneur des Livres ,
quoique d'ailleurs d'un langage furanné
, quand le fonds s'en eft trouvé
bon , & c'est ce qui en a fait tomber
D'AVRIL.. 47
En tout genre , une infinité d'autres
qui faifoient l'admiration du Public ,
il y a foixante ans ; & qu'on ne lit
plus aujourd'huy , parce qu'on n'y
trouve riendefolide , & qu on n'eſt
plus d'humeur à fe payer de l'harmonie
vaine d'une Période , qui
n'apprend rien. C'est pour cela
encore , que les Ouvrages des Anciens
qui ont écrit fenfément , n'ont
rien perdu de leur prix dans les plas
vieilles Traductions
; tandis que
les plus brillantes, avec le langage
le plus noble & le plus fleuri , n'ont
pû nous féduire , en faveur de ceux
qui nous ont parû pécher dans
l'ellentiel .
On s'eft donc mis à examiner les
chofes de plus près , & fi quelqu'un
s'eit échapé à avancer des opinions
fauffes , ou mal prouvées , il ne l'a
plus fait impunément . Les Sçavans
ne s'attaquoient gueres autrefois
que par jaloufie de mêtier ,
ou par des raifons d'interêt de Parti .
Je ne difconviens pas que quelquefois
il n'en arrive encore de même ,
48 LE MERCURE
mais cela eft borné à certaines ma
tieres Hors de là on n'attaque
un Auteur , que parce qu'on croit
que fes Principes font faux , Ou
qu'il les étend à des conféquences
qui n'en fuivent pas . Le goût que
La Philofophie nous a donné pour
le vrai , fuffit dans ces rencontres
pour animer nôtre zele. On ne
veut point que le Public refte dans
l'erreur , & l'on n'épargne rien
pour le détromper. De là , quelle
foule de Contradicteurs ! Quelle
févérité de critique ! & conféquemment
, quelles épreuves pour la
fenfibilité naturelle ! Mais fi elle
eft plus fouvent & plus vivement
attaquée , elle l'eft aufli avec plus
de ménagement & de modération ;
puifqu'en même temps que l'efprit
de Philofophie a rendu la critique
plus fréquente & plus févére , il
l'a rendue auffi plus fage & plus
moderée ; & quoiqu'il foit vrai de
dire que l'efprit de Politeffe qui
fe perfectionne , & s'épure tous les
jours dans une Nation d'un caractére
naturellement
D'AVRIL. 49
y
naturellement doux & humain , a
beaucoup contribué à infpirer de
la retenue & de la moderation
aux Sçavants mêmes , j'ofe dire que
l'efprit de Philofophie y a eu encore
plus de part . Car cet efprit nous
accoûtumant à chercher le vray , a
tendre directement , & à regarder
, comme des inutilitez , tout ce
qui ne nous y méne pas , il écarte
comme étranger , tout ce qui n'eſt
pas raiſon & • par conféquent
toute fatyre perfonnelle . Il nous
fait entrevoir dans toute invective,
un aveu fecret d'impuiffance de la
part de celui qui s'en fert , & qui eft
cenfé ne les employer que pour
fupléér
au défaut des raifons qui lui
manquent . Il ne va point rechercher,
fi les preuves qu'allégue un
Adverfaire , viennent de fon fonds
ou d'emprunt , mais il examine uniquement
,fi elles font concluantes de
quelque part qu'elles viennent. Il ne
s'attache point à refuter pour chagriner
, mais pour inftruire en réfutant.
Lorfqu'il arrive à un Auteur
Avril 1717. E
50 LE MERCURE
d'avancer des extravagances & des
vifions ; ce n'eft point en le traitant
de vifionnaire & d'extravagant ,
qu'on montre qu'il a tort. L'affaire
de celui qui réfute , eft de mettre
le Public au fait le Public inftruit,
fçaura de lui - même donner aux
opinions bien refutées , les qualifications
qui leur conviennent.
Ce font là les principes que donne
en cette matiere la veritable Philofophie.
Auffi eft -il vrai de dire ,
que depuis qu'elle s'eft accréditée
parmi nous , les Sçavants ont apporté
dans leurs querelles plus de
moderation qu'ils ne faifoient autrefois
je ne doute pas qu'à mefure
, que cet efprit prévaudra , la
moderation n'aille toujours en augmentant.
Mais fi malgré tout ce que
j'ai dit pour excufer les Sçavants
au moins en partie , on refuſoit encore
de leur faire aucune grace , je
ferois du moins en droit d'éxiger
qu'on ne les accablât pas de tout le
blâme. Quelque coupables qu'on les
juge j'ole dire que ce ne font pas
D'AVRIL. SL
eux qui ont le plus de tort en tout
ceci , comme j'efpere le prouver
bien- tôt dans la feconde partie de
leur Apologie-
POUR LES SCAVANS
SUR
Les vivacitez & les impoliteffes
qui leur échapent dans
leurs querelles.
J
E ne tirerar point de vanité
des éloges que Mr
l'Abbé de Pons veut bien
donner à la moderation
que j'ai gardée , en défendant contre
8 LE MERCURE
>
hui les droits de la Poëfie Françoiſe ;
& quoique j'aye tout lieu de me
louer de la fienne à mon égard ,
j'ofe dire que, ni lui , ni moi , n'en
fommes pas encore au point de nous
tant aplaudir la - deffus. Jufqu'ici
il est vrai , tout s'eft fait dans les
régles de part & d'autre ; & la bienfçéance
n'a rien fouffert du zele
que les parties ont eû
pour la défenfe
de leurs fentiments ; mais nous
ne faifons que d'entrer en lice , &
la querelle n'eft pas encore affez
échauffée entre nous , pour que
nous foyons en droit de nous prévaloir
d'une retenue , qui n'a pû
être mife à dé grandes épreuves.
Il faudroit être de bien mauvaiſe
humeur pour commencer par ſe
quereller dabord , & pour débuter
par des invectives. C'est toujours
avec politeffe qu'on entre en matiére
on a des égards reciproques
dans les commencements , on mefure
les termes ; on ménage fon Adverfaire
, on refpecte même le Public
, témoin & juge de ces fortes
D'AVR I L.
de différents ; mais il eft difficile
d'avoir long - temps un ennemi en
tête , fans être tenté de le regarder
un peu comme un ennemi . On fe
chagrine , on s'irrite dans le cours
de la difpute ; de l'oppofition de
fentiments , on paffe à l'averfion
pour la perfonne ; & le moyen que
l'amertume & le fiel , que l'efprit
fait gliffer dans le coeur , n'influe
enfin dans la plume , & ne fe répande
dans les écrits !
Il est vrai qu'on ne s'oublie pas
tout d'un coup , & qu'on n'en vient
pas dabord aux derniers excés .
Ce ne font dans les commencements
que de petits traits envelopez
& prefque imperceptibles ;
mais qui , pour être plus déliez , ne
s'en font que mieux fentir. La Rifpofte
qui ne manque pas de fuivre
, & de renchérir fur l'attaque ,
donne lieu à une réplique plus vive
& plus piquante encore ; le ton
s'éleve peu
peu à peu , & comme par
dégrez , jufqu'à ce qu'enfin, ce qui
ne paroiffoit dabord que badinage ,
10 LE MERCURE
dégenere en fureur ; * Et la difpute
ne finit point , qu'on n'en foit venu
aux injures , & qu'on n'ait épuiſé
tout ce que la Rhetorique fournit
de figures plus aigres & plus violentes.
Je fuplie les Sçavans , y compris
les Erudits , qui peuvent fe
trouver dans le cas , de ne s'offenfer
point de la comparaison que je
vais faire ; mais il me paroît qu'il
y a beaucoup de conformité entre ce
qui arrive dans leurs querelles , &
ce qu'on voit arriver tous les jours
dans celles des enfants. Ceux - ci
en effet , quand ils jouent enſemble,
y vont dabord de la meilleure foy
du monde , & ne pensent à rien
moins qu'à fe faire du mal. Mais
comme les coups de main entrent
d'ordinaire dans tous leurs jeux
on n'eſt pas long-temps fans s'a-
* Donecjam foevus apertam
In rabiem verti cæpit josus.
* Hor. Ep. L. 1. Ep. 12.
D' AVRIL. II
gacer , fans s'efcrimer ; ce n'eſt
dabord qu'en badinant & légerement
; la main enfuite s'élevant par
proportion , le coup qu'on rend eft
toujours plus fort que celui qu'on
a reçeu : & de dégrez en dégrez
la chofe devenant toujours plus
ſérieuſe , ce qui n'étoit qu'un jeu
au commencement , aboutit enfin à
une vraye batterie.
J'avoue que ce n'eft pas fans
quelque forte de confufion , que
j'ay fait cette remarque , qui ne me
paroît que trop bien fondée. J'en
ai honte
pour les Sçavants , & je
ne puis m'empêcher de dire , que s'ils
étoient tentés de s'en faire accroire
fur leurs lumiéres ; pour peu qu'ils
fiffent de réflexion aux excez où
ils fe laiffent aller dans leurs démeflez
, ils y trouveroient bien de
quoi s'humilier. A ne confidérer
que l'élévation de leur génie , l'étendue
de leurs connoiffances , &
la fécondité de leurs productions ,
on fe fent épris pour eux d'un certain
fentiment de vénération qui ›
J2 LE MERCURE
nous les fait prefque envifager ,
comme des gens formez d'un meilleur
limon que nous , & d'une efpéce
fupérieure à la nôtre ; mais
une vétille de Grammaire , ou autre
minutie pareille vient - elle à les
divifer ? on voit ces Génies fublimes
baiffer tout d'un coup ; ces Hommes
fi grands , fi refpectables femblent
rapétiffer : L'aigreur & la colere
les ramène aux puérilitez
de l'enfance ; & de l'admiration
qu'on avoit pour leurs talents , on
paffe bientôt à la compaffion qu'on
ne peut s'empêcher d'avoir pour
leurs foibleffes.
Je ne fçais fi le Public a fur cela
autant d'indulgence pour eux , que
le prétend M l'Abbé de Pons , &
s'il eft bien vrai qu'il les ait difpenfé
de tous devoirs de bien-féance ,
les uns envers les autres ; mais je
doute qu'ils vouluffent fe prévaloir
d'une difpenfe qui leur eft acordée
à titre auffi injurieux , que
celle - ci . Car ce n'ett, dit -on , * qu'à
force d'excez qu'ils l'ont acquife , &
* Merc. Mars Pag. 9 .
fous
D'AVRIL.
13
fous nom de Peuple féroce & indif
ciplinable , qu'il faut abandonner
Par pitié à fa dure impoliteffe , à fa
greffiere rufticité. S'il en alloit ainfi,
un pareil Privilége ne leur feroit
gueres honorable . Ne feroit - ce
pas les mettre en quelque forte dans
la même Categorie que les Iroquois
, les Hurons & les autres
Barbares du Canada , dont on n'a
pû adoucir la férocité , & qu'on
à été contraint de laiffer dans la
poffeffion , où ils font de tout temps ,
de s'affommer & de fe manger les
uns les autres dans les guerres
qu'ils fe font Etrange Parallele
pour des gens qui font profeffion
de cultiver des Sciences qu'on a
toûjours regardées comme la fource
de l'Humanité & de la Politeffe
& auxquelles on a ſpécialement
par cette raison , donné le nom de
Lettres Humaines : Humaniores littera.
Que répondre à cela ? N'y auroit-
il point quelque biais , quelque
Duverture à laver d'un pareil re-
Avril 1717. B
14
LE
MERCURE
proche & les Sçavans & les Erudits
leurs Confreres , qui - qu'ils foient ;
car j'avoue ingenuement , que je
ne fuis pas encore bien au fait fur
le caractére diftinctif de ces derniers.
Nierons-nous que les uns &
les autres tombent effectivement
dans les excez qu'on leur reproche
?je voudrois bien qu'il me fût
permis de m'infcrire en faux fur
cela ; mais fi je le faifois , tous les
fiécles , depuis les plus reculez
jufques au nôtre , dépoferoient contre
moi , en dépofant contre eux ,
& j'ouvrirois à Mr l'Abbé de Pons
un beau champ pour la Replique .
Entreprendrai - je de les difculper
totalement à cet égard ? Ce feroit
me rendre coupable moi - même
fans les juftifier ,mais fi je ne puis
les excufer en tout , je puis du moins
améliorer leur caufe , & faire retomber
fur d'autres , une partie du
tort qu'on jette tout entier fur
eux .
Car on leur fait ,felon moi , une
double injuftice. Premierement ,
D'AVRIL.
15
en ce qu'on leur donne plus de tort
qu'ils n'en ont en effet . Secondement
, en ce qu'on les rend feuls
refponfables des excez qu'on leur
reproche , & dont il y en a qui font
peut -être plus coupables qu'eux.
C'eft dans ces deux confidérations
que je renferme cette efpéce d'Apologie
que je hazarde en leur
faveur , par raport à une licence
fur laquelle je ne les crois ni toutà-
fait excufables , ni aufli coupables
qu'on les fait.
>
5 .
Qu'ils ayent tort de faire entrer
de la paffion dans des
difputes
où la Raifon devroit
feule parler ; c'eft de quoi je ne
puis ni ne veux difconvenir ;
les bons mots , les traits piquants ,
les ironies cachées , les aplications
malignes , les reproches indirects
, & quelques fois formels ,
les apoftrophes
, les invectives ,
les injures , en un mot tout ce qui
fent la fatyre perfonnelle
, ne décide
rien pour le fonds des chofes
en matière de Doctrine . Je puis
Bij
16 LE MERCURE
,
:
être un ignorant & un mal-honnête
-Homme , & avoir raifon fur un fait
qui eft en queſtion . Mon Adverſaire
au contraire , peut fe tromper fur
ce même fait , & être d'ail
leurs plein d'érudition & de
vertu. Quand il s'agira de juger
de la probité de l'un ou de l'autre ,
l'examen des actions particuliéres
& la difcuffion des moeurs
pourra être de mife ; dans toute
autre matiére , elle eft abfolument
hors d'oeuvre De forte qu'il eft
vrai de dire , que fi , de tous les ouvrages
Polemiques , qui ne roulent
que fur des points de Doctrine
on retranchoit les Epifodes injurieux
, on n'en retrancheroit que
des inutilitez. Car j'apelle inutilitez
, tout ce qui ne va point au fait,
& qui n'intereffe en rien le fonds
de la difpute . Or je ne fçache rien
de plus indigne d'un Sçavant ,
ique de dire des chofes inutilles ,
par raport au fujet qu'il traite.
Et c'eft fur cela que j'ofe avancer,
que les reproches & les invectives
D'AVRIL. 17
font plus blamables encore à titre
d'inutilités dans un Sçavant, qu'elles
ne le font à titre de grotherté ; car
on peut être tres - Sçavant Homme
& être en même temps trés-groffier,
& tres-impoli , ces deux idées
n'ayant rien qui implique contradiction
; au lieu qu'un Sçavant dément
en quelque forte fon caractére,
& va directement contre l'efprit de
fa profeffion , en difant des chofes
inutiles , & qui ne font rien à ſon
fujer. Il s'enfuit de là , que mertant
même à parc ce qu'il y a de mefféance
entre honnêtes gens , à fe faire
des reproches injurieux , & de fuperchérie
à vouloir donner le change
; rien n'est d'ailleurs plus formellement
contraire au caractére ,
& à la profeffion de Sçavant , qued'ufer
de ce ftile.
Sur quoi donc prétens -je excufer,
au moins en partie , ceux qui en
ufent ? Premiérement fur ce que ça
été de tout temps le ftile des controverfes
entre les Sçavans . Je
m'attends bien qu'on va me répon
B iij
-18 LE + MERCURE
dre , que loin de les juftifier par ce
raifonnement , j'eſtablis au contraire
leur condamnation , & que de
dire, que ça été de tout temps le ftile
des Sçavans , c'eft prouver précifément
qu'ils ont û tort dans tous les
temps & dans tous les fiécles : mais
je fuplie le Lecteur de vouloir bien
fufpendre fon Jugement , & de fouffrir
que pour l'éclairciffement de ma
propofition , je diftingue unpeu les
temps par raport aux bien -féances.
La caufe que je traite eft commune
à tous les Sçavans en un point,
qui eft , que tous tant Anciens que
Modernes , ils fe font plus ou moins
émancipez dans leurs querelles ;
mais la faute n'eftpas égale dans tous;
& ce qui va paroître un paradoxe ,
c'eft qu'en même temps que je reconnois
que les Modernes font plus
moderez que ne l'ont été les Anciens,
je foutiens que les Anciens font encore
plus excufables que les Modernes
dans leurs excez , fi même
les premiers font juftement repréhenfibles;
& je crois être bien fon
農
D'AVRIL . 19
dé à en doûter : car voici à quoi je
reduis la justification des uns & des
autres.
Je dis donc en premier lieu , que
les Anciens qui ont ufé d'invectives ,
S & qui ont employé la Satyre dans
S leurs querelles dogmatiques , n'ont
rien fait en cela contre les régles
de la bien- féance entendues comme
elles le doivent eltre. Je dis en
fecond lieu , que les Modernes font
excufables d'avoir confervé quelque
teinture du ftile des Anciens
en ce genre , & qu'ils font même
louables d'en avoir adouci l'aigreur
autant qu'ils l'ont fait.
Pour déterminer reguliérement &
avec quelque forte de juftice , files
Anciens ont peché contre la bienféance
, en fe pouffant à toute outrance
les uns les autres dans leurs
querelles , il faut fçavoir, fi la bienféance
, telle qu'elle étoit établie
de leur temps , exigeoit d'eux plus
de modération qu'ils n'en ont gardé
, & leur interdifoit tout ce qui
seffentoit la paffion dans leurs dif
20 LE MERCURE
pures. Car fi nous voulons juger
les Anciens fur nos ufages & les ramener
à nos maniéres , il n'y a prefque
rien fur quoi nous ne puiffions les
condamner , comme il n'y a rien auffi
furquoi ils ne pûffent nous condamner
à leur tour. Il faut avoir ,
par raport à la différence des temps,
la même équité qu'on a par raport
à la difference des lieux : Chaque
temps a eu fes ufages , comme chaque
Païs a les fiens ; & nous ne fommes
pas plus en droit de condamner
les Anciens fur certains ufages
contraires aux nôtres , que nous le
fommes de condamner les maniéres
des Orientaux , parce qu'elles ne
font pas conformes à celles des Europeans.
Il s'agit donc de fçavoir,
non pas , fi les emportemens des Anciens
dans leurs querelles font contre
' es regles de la bien -féance de
no re fiècle , mais fielles font contre
les régles de la bien-feance receûë
& établie dans le leur : il s'agit
de déterminer, non pas, s'ils auroient
tort aujourd'hui , d'en ufer
D'AVRIL. 2-1
fur cela auffi librement qu'ils le
faifoient de leur tems , mais s'ils
avoient tort alors de le faire , &
je prétends qu'ils ne l'avoient pas.
Pourquoi ? parce qu'ils n'étoient pas
obligez d'avoir plus de retenue &
de modération dans leurs querelles,
que n'en faifoient paroître dans leurs
démêlés les plus grands Hommes de
leur temps , les plus fages , les plus
graves , & les plus diftinguez d'ailleurs
par leur Naiffance & leurs Dignitez
. Or , on a preuve en main que
de tres-grands Perfonnages , &de la
plus haute diftinction en toute maniére
, ont pouffé les chofes en ce
genre , dans des occafions tres éclatantes
, & devant des Affemblées
dignes de toutes fortes d'égards ,
plus loin que ne l'a jamais fait le
Sçavant le plus emporté , le plus fi
rieux , & le plus atrabilaire , contre
l'Antagoniſte le plus méprifable &
le plus vil .
En effet s'il y a jamais eu une
Compagnie refpectable & mêmeAugufte
, c'eſt ſans doute le Senat Romain
, fur tout , tel qu'il étoit fur
22 LE MERCURE
ils
les fins de la République , dans un
temps où il comptoit entre fes Mem
bres un Pompée , un Céfar, un Craffus
, un Caton , un Ciceron , un
Luculle , & tant d'autres grands Sujets
dont l'Hiftoire nous a fait l'éloge.
Cependant , de quel air ces
MESSIEURS fe traittoient
l'un l'autre dans leurs conteftations,
à la face même de ce Sénat fi Au.
gulte ? Je m'en raporte à la maniére
dont Ciceron perfonage Confulaire
& l'un des plus graves & des
plus fages Sénateurs de l'ancienne
Rome, traita autrefois en plein Sénat
le Confulaire Pifon , qui d'un
côté l'égaloit en dignité , & de l'autre
l'emportoit infiniment fur lui par
l'éclat de faNaiffance.Certainement
les termes qu'il employe dans cette
invective qui nous refte de fa façon
, ne font rien moins que mefurez
: il ne l'y apoftrophe jamais que
par les noms outrageants de Bête
féroce de Bête brute , d'Animal,
d'Hébêté, de Stupide, d' Afne, d'Exª
travagant , de Voleur , de Brigant,
D'AVRIL.
23
de Pendart , de Bourean , de Farie
, enfin de fale Bourbier & de
Charogne jettée à la Voirie. Cet
échantillon fuffit pour donner idée
du reste de la Piéce , dont il faudroit
tranfcrire la plus grande partie
, fi on vouloit en raporter tou
tes les injures ; auffi , ai-je été obii.
gé de fuprimer une partie même des
Apoftrophes , faute de les pouvoir
bien rendre en nôtre Langue , qui
n'est pas à beaucoup prés fi riche
en injures que la Latine , fur laquel
le la Grecque l'emporte encore
de beaucoup en ce genre.
Aurefte , fi je ne cite ici que l'invective
prononcée dans le Sénat con
tre Pifon , ce n'eft pas par difette
de pareils exemples tirés de Cicé
ron. Ceux qui conoiffent fes Ou.
vrages , fçavent que la feconde Phi
lippique , qu'on regarde comme un
Bellua pecudis , in Hoc animali ,Vecors
, tarditas ingenii . Afine , Amens ,
Qui latrones , qui prædones ? Furcifer ,
Carnifex , zuria , Cenum , ejecto Ca
davere.
24
LE MERCURE
chef-d'oeuvre d'éloquence , & qui
fut prononcée en plein Sénat en
face même du fameux Marc - Antoine
, actuellement Conful , eft ena
core tout autre chofe en fait d'ou.
trages fanglants , & que l'Orateur
s'ylivre fans nul ménagement à tout
ce que lui infpire fon indignation
& fa fureur.
Mais par ce qu'on pouroit s'ima.
giner que ces fortes d'excez étoient
rares , je renvoye fur cela le Lecteur
aux Lettres de Cicéron & en particulier
à celles qui font adreffées
à Atticus , dont Mt l'Abbé de Montgault
nous a donné une Traduc.
tion excellente , qui peut fervir de
Modele aux Traducteurs , comme
les éclairciffements qu'il y a joint
en peuvent fervir aux Commenta
teurs. Dans ces Lettres où Cicé.
ron rend compte à fon amy de ce
qui fe palloit à Rome , & en par
ticulier dans le Sénat , on verra les
Scénes que de graves Sénateurs y
donnoient quelques fois à la Com.
pagnie , en fe reprochant fort libre.
ment
›
D'AVRIL. 25
ment l'un à l'autre , leurs défauts
leurs foibleffes , leurs turpitudes ,
leur crapule & les débauches les
plus
plus infames. Qu'on life feulement
la ise Lettre du I Livre , où Cicéron
fait le détail d'une prife qu'il
avoit eû avec Clodius dans le Sénat
; & l'on fera convaincu , que
ces Héros de l'Ancienne Rome ,
& ces Maîtres de l'Univers ne fe
croyoient pas obligez entr'eux à de
grandes mefûres , ni par raport à
ceux qu'ils outrageoient , ni : , ni par raport
au Sénat à qui on faifoit effuyer
de pareilles Scenes
› &
On me dira que Cicéron avoit
tort de traiter fi indignement &
devant une fi Augufte Compagnie
Pifon
, Antoine Clodius
tout autre Sénateur ; qu'il oublioit
en ce point ce qu'il devoit à
leur Rang , ce qu'il devoit à la
Majefté du Sénat , & ce qu'il fe
devoit à lui - même . Tout cela eft
vray dans le fiftême de Politeffe
qui regne aujourd'hui ; mais la
queftion eft de fçavoir fi , dans ces
Avril 1717.
с
26 LE MERCURE
-
tems - là on étoit auffi fcrupuleux
fur l'article , qu'on l'eft à préfent ;
Or, c'est ce que je ne penfe pas ,
& voici furquoi je me fonde.
Cicéron étoit non feulement un
homme d'un très beau genie ,
& ce que nous apelons un trés bel
efprit ; mais il étoit encore Homme
de trés grand jugement , fage , entendu,
habile à prendre fes avantages
, & à ne point donner prife
fur lui . Rompu comme il l'étoit dans
les affaires , & inftruit,par une longue
expérience , de l'efprit & des
ufages du Senat , il devoit mieux
que perfonne , conoître les bienféances
de cette Compagnie ; & il
n'avoit garde dans une occafion où
il fe propofoit de rendre Pifon
odieux à cet illuftre Corps , d'employer
des termes & des outrages
dont il l'eût crû d'humeur à fe formalifer.
C'eft de quoy on ne poura
douter , fi l'on fait attention aux
ménagements & aux égards infinis
qu'il a dans fes difcours pour tous
ceux que leur probité , leur autorité,
D'AVRIL 27
leur mérite , leur crédit , ou leurs
fervices rendoient recommandables
aux yeux du Public . Dans l'affaire
de Murena , par exemple , où il
avoit Caton contre lui , il fe donne
bien de garde de le traitter comme
il auroit fait un Accufateur du commun
, & un Adverfaire moins acrédité
; mais par un des traits les plus
fins qu'il ait jamais mis en oeuvre,
il trouve moyen d'énerver l'autorité
de fon témoignage , en faisant
l'éloge de fa vertu : & cela d'une
maniere fi enjoüée , fi délicate ,
mais en même tems fi obligeante
& fi flareufe , que Caton lui-même,
loin de s'en offenfer , ne pût s'empêcher
de lui aplaudir . C'étoit Caton
qu'il refpectoit en cela , & non
pas le Tribunal devant lequel il parloit;
& il est conftant que quand il
s'abftenoit d'invectives dures & violentes
, c'étoit plus par ménagement
pour le particulier , que par
égard pour la bien - féance publique.
Que fi ce que je viens de dire
Cij
23 LE MERCURE
que
la-deffus , n'étoit admis que fur le
pied de conjecture , & qu'on fût
réfolu à ne point m'en tenir quitte ,
à moins d'une preuve plus précife
& plus pofitive : je renvoirois encore
une fois le Lecteur à la Lettre
j'aicitéeci - deffus, oùCiceronfait
mention de la prife qu'il eut avec
Clodius , & où il paroît fe fçavoir
fi bon gré de l'avantage fignalé
qu'il eut en cette occafion fur fon
Adverfaire qu'il atterra , dit - il ,
par fes réparties vives & piquantes,
& que les huées du Senat acheverent
de confondre , en lui fermant
la bouche . * Magnis clamoribas
afflictus conticuit , & concidit.
Voilà donc ce Senat fi grave & fi
augufte , qui aplaudit & frape des
mains en faveur d'un de fes Membres
, fur ce qu'il en outrage un autre
en fa préfence, & l'outrage de la
maniere la plus cruelle . Čar que
croit- on que renfermaffent ces reparties
ingénieufes , dont Ciceron
* Ep. ad Att . Lib. 1. Ep. 15.
D'AVRIL. 29
t
raporte avec tant de complaifance
quelques traits à fon ami Rien
moins que quelques petits reprothes
galants fur l'Inceite & fur les
défordres les plus abominables &
les plus affreux : Tout cela à la
verité en termes couverts , *mais
pourtant aflez intelligibles , pour
que le Senat pût y aplaudir avec
connoiffance de caufe.
Or , lupofons que ce qui s'eft
paflé autrefois dans le Sénat de
Rome entre Ciceron d'une part ,
& Pifon , Antoine , ou Clodius de
l'autre , fe paffe aujourd'huy dans
un de nos Parlements , entre deux
de fes Membres. Comment fe récrieroit-
on là deffus : & quelles fatisfactions
ne fe croiroit - on pas
en droit d'exiger pour la Majefté
de la Cour fi indignement violée ?
Le Parlement fe trouveroit en cela
bien plus lézé encore , que la perfonne-
même qui auroit éré outragée.
Il faut donc néceffairement
conclure , que les bien-féances ont
oir changé de ce qu'elles étoient
Cij
30. LE MERCURE
anciennement , & qu'on eſt aujour
d'huy tout autrement délicat fur
cet article , qu'on ne l'étoit autrefois.
C'eſt auffi ce qui me fait
paroître plus excufables les Heros
d'Homere dans les injures qu'ils
fe difent à tout propos , & qu'on
leur a tant reprochées. Car fi on
étoit encore figroffier fur ce Cha
pitre du , temps-même de Ciceron
c'eft-à-dire dans un fiécle très poli
d'ailleurs ; combien devoit - on l'être
davantage , tant de fiécles auparavant
, dans le temps d'Homere
c'est -à-dire dans le temps de la
naiffance de ces belles Lettres , qui
ont poli la Gree.
>
If eft vrai que les Efprits fe font
adoucis depuis , & que la colere ,
qu'on peut dire avoir été celle des
Paffions , qui s'eft le moins civilifée
chez les Anciens , a bien perdu de
fa premiere férocité dans la fuite
des temps. Que fi néanmoins , les
Sçavans en ont encore confervé
quelque teinture ; j'ofe dire que
le commerce qu'ils font oblige
D'AVRIL. 31
la
d'avoir avec les Anciens , & qu'ils
ne fçauroient acheter trop cher ,
les rend en quelque forte excufables
de ce côté - là. Il eft naturel de
prendre les manieres de ceux qu'on
fréquente ; on fe moule infenfiblement
fur eux , fans y prendre garde,
d peu prés comme on fe hale au
grand air , fans y faire réflexion ;
& plus on eitime les gens , plus on
s'étudie à les imiter , & à leur reffembler
jufques dans leurs défauts.
Ciceron eft fans difficulté., pour
folidité & la délicateffe des penfées,
pour la fécondité & la richeffe des
expreffions , le premier des Auteurs
Latins ; c'est celui de tous
qu'on lit le plus , & qu'on doit le
plus lire ; & c'est, pour ainfi dire ,
le premier lait qu'ayent fucé les
Sçavans dans leur jeuneffe. On
tâche de prendre fon ftile , & d'en
approcher le plus prés qu'on peut ;
on s'y exerce , & on y apporte toure
fon application ; rien n'eft plus
loüiable en effet , car le ftile de
Ciceron eft à mon gré le plus parfait
Cij
32 LE MERCURE
à
qu'il y ait , & le plus propre
former , non feulement pour bien
écrire en Latin,mais même pour bien
écrire en François , par la netteté
l'ordre , l'arrangement , & la liaifon
naturelle qu'il donne aux penſées.
Que s'il arrive aprés cela , qu'il
s'éléve quelque conteftation entre
les Doctes , & qu'on entre en difpute
, Sçavant contre Sçavant ,
comme Romains contre . Romains :
De qui empruntera-t-on plûtôt des
armes , foit pour attaquer , foir pour
fe défendre , que de Ciceron , le
modéle & le grand Maître en l'un
& l'autre genre On le confulte
donc , on le fuit on l'imite ,
on prend fon ton & fes expreffions ;
& comme les reproches , les outrages,
& les injures entrent pour quelque
chofe dans le fiftéme de fon
Eloquence , on fe laiffe aller fans
peine à les mettre en oeuvre ,
fur
la foi d'un tel garant : on fe raflure
fur fes fcrupules , & à l'exemple
de ce jeune débauché de Terence,
qui s'autorifoit au crime- par un
Tableau licentieux de Jupiter , on
›
D'AVRIL. 33
s'autorife aux invectives par l'exemple
de Ciceron , & on fe dit
à foi- même pour s'enhardir : Quoi ,
je ferois plus délicat & plus fcrupuleux
en matiére de bien -féance ,
que ne l'a été ce grand Homme. Il
a traité de ftupide , de bête brute ,
d'infenfé , & de pis encore , un
perfonnage Confulaire ; & je ferai
difficulté de traiter de vifionnaire &
d'extravagant , un Ecrivain qui a
l'audace de me contredire : * Ego
homuncio hoc non facerem ! Dieu
fçait après cela , comme onfe donne
carriere ! Les premiers qui ont fait
la planche , fe font autorifés de
Ciceron, & des autres Anciens dans
leurs excez ; ceux qui ont fuivi ,
ont eû de plus pour eux , l'exemple
de ces premiers Imitateurs ; ainfi
de fiècle en fiécle , & de Sçavans
en Sçavans, cet uſage s'eft perpétué,
& malgré les égards , & les ménagements
de politeffe que le temps &
le commerce civil ont introduit
dans les moeurs , & par lesquels
la bien-féance s'eft épurée chez
* Ter.Eunuch. A & , III Scen. 4°
34 LE MERCURE
les gens ignares , & non lettrez;
les Sçavans fe font prefque toûjours
maintenus , à quelques façons &
à quelques termes prés , dans l'ancienne
liberté d'attaquer & de fe
défendre à toute outrance. C'est
ce qu'il eft aifé de remarquer ,
furtout dans ceux qui ont écrit en
Latin , car je ne difconviens pas
qu'il n'y ait eu du déchet de ce côté
- là , & dans ceux qui ont écrit
en François , Langue plus modefte
plus retenue , où les termes injurieux
font plus rares , & forment
beaucoup plus mal , que dans la
Langue Latine .
Je fens fort bien ce que l'on peut
m'objecter là-deffus , & l'on ne
manquera pas de dire , qu'il eft
étrange que des perfonnes à qui
l'étude , la lecture & les belles
Lettres devroient avoir infpiré cette
humanité & cetre douceur qui leur
eft propre , & qu'on prétend-même
qui eft née dans leur fein , fe trouvent
pourtant moins fociables ,
moins traitables , d'un commerce
D'AVRIL.
35
les
plus épineux , d'un humeur plus
difficile , plus farouche , & fi je
l'ofe dire , plus hargneufe que le
commun des hommes , & que
ignorants-mêmes. Mais peut-être ,
en fera-t-on moins furpris , fi l'on
fait attention au caractére d'indé
pendance attaché à la profeffion
de Sçavant , & fur lequel je fonde
en leur faveur un fecond moyen de
défence & d'Apologie ; voici comment.
Qu'est- ce qui a policé les Hommes
dans les premiers temps , &
qui,du fonds des bois où ils vivoient
difperfez,comme des bêtes féroces ,
les a raprochés les uns des autres,
les a engagés à fe réunir , à vivre
enfemble , & à convenir entr'eux de
certaines loix ? Ce n'a été, ni l'Eloquence
, ni la Poëfie , ni la Mufique,
à qui les Orateurs , les Poëtes , les
Muficiens , chacun pour l'interêt &
la gloire de fon art , fans autre fondement
, ont bien voulu en faire
honneur ; ç'a été uniquement le befoin
reciproque qu'ils ont eu les uns
39
LE
MERCURE
des autres. C'est ce qui a formé les
Villes dans les premiers temps , &
e'eft encore ce qui les maintient . Si
les Hommes ont des ménagements
& des égards entr'eux , c'eſt parce
qu'ils ont actuellement , ou qu'ils
prévoyent qu'ils auront dans la fuite
befoin les uns des autres. Ainfi leur
politeffe n'eft fondée que fur ces
fecours reciproques qu'ils attendent
les uns des autres >
& qui font
que les plus Grands mêmes dépendent
des plus petits : Suprimez ces
befoins , vous ôtez la dépendance ,
& vous rompez par là toute liaiſon
d'interêt , toute focieté , tout commerce
, & par conféquent tous
égards , toute politeffe , & toute
bien-féance .
Or voilà la fituation où fe trouvent
les Sçavants , & ce qui fait en
même tems la Nobleffe de leur profeffion
. Ils n'ont befoin de perfonne ,
ils ne relévént que de leur génie , &
par là font indépendants. Un Marchand
a befoin d'un autre Marchand
pour faire aller fon commerce , &
il
D'AVRIL. 37
il ne s'en cache pas : Un Sçavant
ne veut rien devoir à un autre Sçavant,
il fçait fe paffer de fon fecours ,
pourquoy le ménageroit - il ? Un
Roy eft obligé d'avoir des égards
pour fes voifins , dont il peut craindre
les forces , il faut même qu'il
ait des attentions pour fes fujets ,
dont il fçait que les fecours lui font
neceffaires & en paix & en guerre.
Un Sçavant ne craint perfonne , &
la plume à la main , du fonds de fon
cabinet , il fait la guerre à toute la
Terre,toujours également prêt pour
l'offenfive ou la défenfive . Sans
dépendre en rien de qui ce foit , il
trouve dans lui - même , dans la force
de fon efprit , dans la richelle
de fes connoiffances , dans l'étenduë
de fes lumieres , & dans les
Livres de fa Bibliotheque qu'il regarde
comme fes Troupes Auxiliaires
, tout ce qu'il lui faut pour attaquer
ou pour fe défendre : & c'eſt
ce qui le difpenfe de tous ces égards .
& ces ménagements , auxquels on
a donné le nom de politeffe , pour
Avril 1717. Ꭰ
38 LE
MERCURE
relever la baffeffe de leur principe,
& colorer la honte de leur origine ,
qui eft le befoin & la dépendance.
Je ne veux pas dire pour cela,
que les Sçavans foient difpenfés
de toute politeffe les uns envers
les autres , ni même qu'il foit vrai
qu'ils n'en ayent jamais ; ce que je
prétends , c'est qu'ils font plus excufables
que le refte des Hommes ,
quand ils en manquent ; & que
quand ils veulent bien faire tant
que d'en avoir ; on doit leur en tenir
plus de compte qu'à d'autres ; &
parce que leur indépendance rend
leur politeffe bien plus défintereffée
, & parce qu'il leur en coute
plus , par raport à leur fenfibilité
qui me fournit encore un nouveau
moyen de défenfe en leur faveur .
Il eftfûr qu'il n'y a point de fenfibilité
, qui égale celle d'un Sçavant
qu'on attaque fur les ouvrages &
fur fes fentimens . C'est de quoi je
pourois aporter des preuves très
amples & très décifives , fi cela
étoit néceflaire : mais j'en fais grace
D'AVRIL.
39
au Lecteur , & à tous ayans caufe ;
&je fuis perfuadé qu'il y a bien des
gens difpofés à m'en tenir quitte.
Senfibilité au refte , d'autant plus
pardonable , quelque vive qu'elle
foit que véritablement elle eſt
fondée fur le point d'honneur le
plus délicat , qui eft la gloire de
' Elprit. On n'a point honte
d'être moins riche , ou dans un
rang moins élevé qu'un autre , d'être
moins bien partagé des autres avantages
de la Nature , ou de la Fortunes
on céde furtout cela fans répugnance
, mais en fait d'efprit , on
ne veut céder à perfonne.
*
Quivelit ingeniocedere rarus erit.
On paffe même affés librement à
quelques-uns la fupériorité du côté
de la Science , & de l'Erudition ; on
avoüera fans peine, qu'ils ont plus lû,
plus apris , & plus retenû que nous ;
mais qu'ils ayent plus d'efprit , c'eft
un aveu que même, avec beaucoup
* Martialis. Liv. VIII. Ep. 18
al Cirinum.
Dij
40
LE MERCURE
d'humilité , on ne fait pas volontiers.
Auffi, eft- il rare qu'on fe faſſe juſtice
là-deffus. Chacun croit avoir pour
le moins autant d'efprit que fon
voifin , & comme l'a dit fort fpirituellement
Madame Deshoulieres.
Nul n'eft content de fafortune ,
Ni mécontent de fon efprit.
Or , s'il y a gens au monde qui
doivent être contens du leur , c'eſt
fans contredit , les Sçavans. Comment
donc pouroient- ils n'être pas
fenfibles , quand on les attaque
de ce côté-là ? C'eft ce qui fait leur
gloire ; on veut le leur difputer ,
le leur arracher , c'est-à- dire , les
deshonorer , & ils le fouffriront
tranquillement ? Il faudroit pour
cela qu'ils euffent une vertu bien
héroïque , qu'on n'est pas en droit
d'éxiger d'eux. J'admire , pour moi,
l'injuftice du monde en ceci. .On
n'eft point étonné de voir deux
Parties acharnées l'une contre
l'autre , fe plaider à toute outranD'AVRIL.
4R
ce dans le Bareau , & méler-la fatire
perfonnelle dans leurs Factums,
fouvent pour un interêt très médiocre
; & l'on veut que des Sçavans
apointés à faits contraires ,
& qui travaillent , chacun de leur
côté, à ruiner de fond en comble
le fiftême de fon adverfe Partie ,
c'est -à-dire à aneantir tout le fruit.
de fes lectures , de fes études , &
de fes réflexions , combattent froidement
& poliment l'un contre l'autre
qu'ils fe difent tour à tour
avec douceur , avec honêteté ,
avec politeffe : qu'ils ont tort , qu'ils
font dans l'illufion , qu'ils y ont été
toute leur vie , qu'au lieu de s'inftruire
, ils n'ont fait que s'égarer ,
& qu'après avoir bien lû , bien médité,
bien écrit , leurs productions
vont directement contre le fens
commun. En verité dela n'eft pas.
poffible , auffi cela n'arrive -t - il guéres.
J'ai même remarqué que des
perfonnes fort moderées d'ailleurs ,
& qui avoient dans le commerce.
ordinaire ,non feulement de l'huma,
D iij
42 LE MERCURE
nité & de la politeffe , mais même
la douceur & la fimplicité d'un enfaut
, devenoient tout autres,quand
il s'agiffoit de défendre leurs fentiments
; &tel, qu'à l'entendre parler
, on ne croiroit pas qui fçût remuer
l'eau , n'a pas plûtôt la plume
à la main , qu'il paroît unferragus
& un pourfendeur de Géants.
;
On accufe affés communément
les Poëtes d'être plus fenfibles fur
leur réputation , & de prendre feu
plus aifément que les autres Sçavants.
* Genus irritabile vatum . Je
ne fçais pas bien fur quoi on fonde
ce préjugé car je ne vois pas que
les autres foient moins délicats &
moins vifs fur le chapitre de leurs
productions. Peut-être que comme
les Poëtes fe vengent d'ordinaire
avec plus de vivacité & plus de fel,
& que fouvent un vers leur fait
raifon d'un volume entier décoché
contre eux on a eu plus d'égard
à l'éclat de la vengeance qu'à la
Horat. Lib. II. Ep. 24
D'AVRIL. 43
force du reffentiment , & à l'effet
prompt & éclatant , que produifoit
dans eux la fenfibilité , qu'à la fenfibilité
même . Il me femble qu'elle
eſt à peu près égale dans tous les
Auteurs de quelque efpéce qu'ils
foient & dans quelques fiécles qu ils
fe foient rencontrez ; & fi elle s'eft
moins émancipée dans le nôtre
comme je le ferai voir dans la fuite,
il ne faut pas croire pour cela qu'elle
foit diminuée. Je la crois au contraire
plus vive qu'elle n'a jamais
été , & dans les régles elle le doit
être , puifqu'elle n'a peut - être jamais
été mife à de plus fréquentes
& de plus cruelles épreuves que
depuis cinquante ou foixante ans.
En quoi cela ? en ce qu'on n'a peutêtre
jamais plus écrit que depuis ce
temps-là , & que dans la démangeaifon
naturelle qu'ont les Sçavants
, de fe contredire les uns les
il autres on peut dire qu'où 2
plus de Sçavants , il y a auffi plus
de conteftations & de difputes.
A ce principe general qui de luiy
44
LE MERCURE
pre
*
même ne détermine pas plus ur
frécle que l'autre , & qui eft égal &
uniforme pour tous les temps , j'en
ajoûterai un particulier , qui est prode
nôtre fiécle. C'eſt cet efprit
de jufteffe , d'ordre & de préciſion
qui s'y eft introduit , & dont nous
avons obligation à la Philofophie
moderne , comme l'a fort bien remarqué
Mr P'Abbé Terraffon . Je
ne prétends point pour cela faire
ici l'éloge de tout ce qui entre dans
cette Philofophie , ni en aprouver
toutes les opinions . Qu'elle aittort
ou raiſon,en tout ou en partie , il eſt
toujours conftant qu'elle nous a rendu
un fervice inestimable, &dont l'utilité
fe fera toujours fentir de plus en
plus, en nousmettant en garde contre
les préjugez , & en nous accoûtumant
à examiner tout fur des régles fixes
& fûres , à déveloper nos idées , à
raporter toutes chofes à leurs principes
, & à ne nous rendre qu'à ce qui
* Differt. Crit.fur l'Iliade d'Hom..
Préface.
D'AVRIL.
45
nous eft fi clairement & fi fenfiblement
démontré, que laraifon forcée
lévidence , & fubjuguée, pour
ainfi dire par la verité , ne puiffe
fe défendre de ceder.
par
Qu'est-il arrivé de là ? c'est que
la Critique mieux inftruite & plus
éclairée , eft auffi devenue plus rigoureufe
& plus fevere. Autrefois
on fe contentoit à peu de frais.
Qu'on remonte cent ans , & moins
même , audeffus de nous , on reconnoîtra
que le gros des Ecrivains
donnoit fes premiers foins au brillant
de l'expreffion , & qu'il en faifoit
fon capital ; que c'étoit être
éloquent , que de dire beaucoup de
chofes,quelque inutiles qu'elles fi f
fent au fujet ; que c'étoit être Sçavant
, que d'entaffer citations fur
citations , fans nul befoin , & par
pure parade de Doctrine. Cela s'apeloit
Erudition , on couroit aprés ,
& l'on jugeoit de la profondeur
& de l'étendue de la fçience d'un
Ecrivain au prorata du Latin & du
Grec , dont il bigaroit fes Ecrits.
46 LE MERCURE
Mais depuis que l'Esprit de Géométrie
nous a rapelé au vrai , les
chofes ont bien changé de face . On
a exigé qu'en écrivant , la principale
attention fût pour les chofes , fans
préjudice néanmoins de la clarté
& de la régularité de l'élocution
qui a auffi fes droits , mais qui ne
doit être confiderée qu'en fecond ;
les mots étans faits pour exprimer
les penfées , & non les penfées ,
pour donner de l'emploi aux mots.
Ainfi , quand il s'eft trouvé des
Ouvrages , qui péchoient par un
de ces deux endroits , on a
plus d'indulgence pour des irrégularités
d'expreffions qui pouvoient
fe réparer , & qui n'alteroient en
rien le fond des chofes , que pour
un manque de juftelle & de folidité
dans le raifonnement
·
on a eu
qu'on n'a
point pardonné , parce qu'il étoit.
fans remede. C'eft ce qui à confervé
ou remis en honneur des Livres ,
quoique d'ailleurs d'un langage furanné
, quand le fonds s'en eft trouvé
bon , & c'est ce qui en a fait tomber
D'AVRIL.. 47
En tout genre , une infinité d'autres
qui faifoient l'admiration du Public ,
il y a foixante ans ; & qu'on ne lit
plus aujourd'huy , parce qu'on n'y
trouve riendefolide , & qu on n'eſt
plus d'humeur à fe payer de l'harmonie
vaine d'une Période , qui
n'apprend rien. C'est pour cela
encore , que les Ouvrages des Anciens
qui ont écrit fenfément , n'ont
rien perdu de leur prix dans les plas
vieilles Traductions
; tandis que
les plus brillantes, avec le langage
le plus noble & le plus fleuri , n'ont
pû nous féduire , en faveur de ceux
qui nous ont parû pécher dans
l'ellentiel .
On s'eft donc mis à examiner les
chofes de plus près , & fi quelqu'un
s'eit échapé à avancer des opinions
fauffes , ou mal prouvées , il ne l'a
plus fait impunément . Les Sçavans
ne s'attaquoient gueres autrefois
que par jaloufie de mêtier ,
ou par des raifons d'interêt de Parti .
Je ne difconviens pas que quelquefois
il n'en arrive encore de même ,
48 LE MERCURE
mais cela eft borné à certaines ma
tieres Hors de là on n'attaque
un Auteur , que parce qu'on croit
que fes Principes font faux , Ou
qu'il les étend à des conféquences
qui n'en fuivent pas . Le goût que
La Philofophie nous a donné pour
le vrai , fuffit dans ces rencontres
pour animer nôtre zele. On ne
veut point que le Public refte dans
l'erreur , & l'on n'épargne rien
pour le détromper. De là , quelle
foule de Contradicteurs ! Quelle
févérité de critique ! & conféquemment
, quelles épreuves pour la
fenfibilité naturelle ! Mais fi elle
eft plus fouvent & plus vivement
attaquée , elle l'eft aufli avec plus
de ménagement & de modération ;
puifqu'en même temps que l'efprit
de Philofophie a rendu la critique
plus fréquente & plus févére , il
l'a rendue auffi plus fage & plus
moderée ; & quoiqu'il foit vrai de
dire que l'efprit de Politeffe qui
fe perfectionne , & s'épure tous les
jours dans une Nation d'un caractére
naturellement
D'AVRIL. 49
y
naturellement doux & humain , a
beaucoup contribué à infpirer de
la retenue & de la moderation
aux Sçavants mêmes , j'ofe dire que
l'efprit de Philofophie y a eu encore
plus de part . Car cet efprit nous
accoûtumant à chercher le vray , a
tendre directement , & à regarder
, comme des inutilitez , tout ce
qui ne nous y méne pas , il écarte
comme étranger , tout ce qui n'eſt
pas raiſon & • par conféquent
toute fatyre perfonnelle . Il nous
fait entrevoir dans toute invective,
un aveu fecret d'impuiffance de la
part de celui qui s'en fert , & qui eft
cenfé ne les employer que pour
fupléér
au défaut des raifons qui lui
manquent . Il ne va point rechercher,
fi les preuves qu'allégue un
Adverfaire , viennent de fon fonds
ou d'emprunt , mais il examine uniquement
,fi elles font concluantes de
quelque part qu'elles viennent. Il ne
s'attache point à refuter pour chagriner
, mais pour inftruire en réfutant.
Lorfqu'il arrive à un Auteur
Avril 1717. E
50 LE MERCURE
d'avancer des extravagances & des
vifions ; ce n'eft point en le traitant
de vifionnaire & d'extravagant ,
qu'on montre qu'il a tort. L'affaire
de celui qui réfute , eft de mettre
le Public au fait le Public inftruit,
fçaura de lui - même donner aux
opinions bien refutées , les qualifications
qui leur conviennent.
Ce font là les principes que donne
en cette matiere la veritable Philofophie.
Auffi eft -il vrai de dire ,
que depuis qu'elle s'eft accréditée
parmi nous , les Sçavants ont apporté
dans leurs querelles plus de
moderation qu'ils ne faifoient autrefois
je ne doute pas qu'à mefure
, que cet efprit prévaudra , la
moderation n'aille toujours en augmentant.
Mais fi malgré tout ce que
j'ai dit pour excufer les Sçavants
au moins en partie , on refuſoit encore
de leur faire aucune grace , je
ferois du moins en droit d'éxiger
qu'on ne les accablât pas de tout le
blâme. Quelque coupables qu'on les
juge j'ole dire que ce ne font pas
D'AVRIL. SL
eux qui ont le plus de tort en tout
ceci , comme j'efpere le prouver
bien- tôt dans la feconde partie de
leur Apologie-
Fermer
3874
p. 58-59
LES QUATRE ÂGES DE LA FILLE OU LE BON ÂGE D'UNE FILLE POUR BIEN CHOISIR UN EPOUX. Par M. D. F.
Début :
A quel âge une fille sage [...]
Mots clefs :
Fille sage, Époux, Âge, Choix, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES QUATRE ÂGES DE LA FILLE OU LE BON ÂGE D'UNE FILLE POUR BIEN CHOISIR UN EPOUX. Par M. D. F.
LES QUATRE ÂGES
DE LA FILLE ,
ου
LE BON AGE
D'UNE FILLE
POUR BIEN CHOISIR UN EPOUX .
Par M. D. F.
Aquel
âge une fille fage
doit-elle choisir un Epoux ?
Vers les quinze ans , on n'eft pas
allés fage ,
Pour choisir le meilleur de tous.
A vingt-cinq ans , on peut être affés
fage ,
Pour craindre le meilleur de tous.
A quarante ans , on doit être affés
fage ,
Pour les conoître & les méprifer
tous.
D'AVRIL. 59
Qu'à foixante & dix ans , la fille
mûre & fage ,
Choififfe un Epoux de fon âge ,
Qui pourra n'être alors ,Tni raitre ,
ni jaloux ;
Pourvû qu'elle ne ſoit , ni prude ,
ni volage ,
Ils pouront faire bon ménage .
Si ce n'eft pas un hûreux Mariage ,
Du moins c'est le plus fage ,
Et le mieux afforti de tous.
DE LA FILLE ,
ου
LE BON AGE
D'UNE FILLE
POUR BIEN CHOISIR UN EPOUX .
Par M. D. F.
Aquel
âge une fille fage
doit-elle choisir un Epoux ?
Vers les quinze ans , on n'eft pas
allés fage ,
Pour choisir le meilleur de tous.
A vingt-cinq ans , on peut être affés
fage ,
Pour craindre le meilleur de tous.
A quarante ans , on doit être affés
fage ,
Pour les conoître & les méprifer
tous.
D'AVRIL. 59
Qu'à foixante & dix ans , la fille
mûre & fage ,
Choififfe un Epoux de fon âge ,
Qui pourra n'être alors ,Tni raitre ,
ni jaloux ;
Pourvû qu'elle ne ſoit , ni prude ,
ni volage ,
Ils pouront faire bon ménage .
Si ce n'eft pas un hûreux Mariage ,
Du moins c'est le plus fage ,
Et le mieux afforti de tous.
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3875
p. 59-68
RELATION. De Banda, le 9 Octobre 1716.
Début :
J'ai obligation à Mr Delisle fameux Géographe, de la / J'ai commandé pendant deux ans le Navire Schaap, pour aller faire [...]
Mots clefs :
Géographe, Voyages, Pays étrangers, Navire, Côte, Sauvages, Soldats, Attaques, Mer, Ennemis, Blessés, Négociation, Rivière, Peuples, Anthropophages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION. De Banda, le 9 Octobre 1716.
J'ai obligation à Mr Deliſle fameux
Géographe , de la Relation
fuivante : elle contient des faits fi
finguliers , & fi fort éloignés de nos
moeurs & de nos ufages , que ce
feroit priver les Amateurs de Voyages
, d'une Piéce des plus curieufes
de ce Receuil , fi je lui en fubitituois
quelqu'autre.
1
Il feroit à fouhaiter , que les perfonnes
qui poffèdent des Relations
fidelles des Païs étrangers , vouluffent
bien les communiquer à l'Auteur
du Mercure : en les mettant au
50 LE MERCURE
jour , il fauveroit par là quantité de
morceaux utiles , qui s'anéantiſſent
fouvent par une infinité d'inconvéniens
, & qui pouroient cependant
devenir auffi neceffaires , que curieux
par la fuite.
RELATION.
De Banda , le 9. Octobre 1716.
'' Ai commandé pendant deux ans
le Navire SCHAAP , pour aller
faire des découvertes du côté de
la Nouvelle Guinée ; mais je ne
m'en fuis pas bien trouvé. J'û d'abord
le malheur d'y perdre mon
fecond Pilote , nommé PIETERJANSSEN,
un Caporal, neufou dix
Soldats , & quatre Matelots que
j'avois détachés dans une Chaloupe ,
pour reconnoître la Côte & faire
de l'eau leur imprudence leur coûta
la vie car s'étant un peu trop
engagés dans les Terres contre mes
ordres , ils furent furpris par les Sauvages
, & accablés par leur grand
nombre
D'AVRIL. 61
nombre,il ne s'en fauva qu'un Matelot
& un Soldat , encore étoient- ils
bleffés mortellement , ayant chacun
le corps iffé de fléches , dont ils
moururent peu de tems aprés . Nôtre
Vaiffeau étant abordé dans le moment,
nous retirames ces deux Malheureux
de l'eau où ils s'étoient jettés,
pour regagner la Chaloupe.Nous
ne pûmes cependant arriver affés
à tems , pour empêcher que les Habitans
du Païs , vrais ANTROPOPHA
GES , ne coupaffent les têtes de ceux
de mes gens , qui étoient étendus
fur le fable , & ne les emportaffent
dans les bois avec les Corps entiers
du Caporal & de quelques Soldats.
Epouvanté d'un fpectacle fi affreux ,
je ne penfai qu'à faire enlever le ref
te des Cadavres que jefis jetter dans
la Mer à deux lieues au large , avec
des poids attachés aux jambes ; afin
que les flots ne les raportaffent point
fur le rivage. Lorsque cet accident
arriva , nous moüillions à côté de
la Riviere des ASSASINS , à une
Ile nommée NAMETOTTA . Cette
Avril 1717. F
62 LE MERCURE
Ifle eft habitée par des Peuples de
Taille Gigantefque : ils ont trois
bâtons qui leurs traverfent le nez
en croix , & qui viennent aboutir à
la bouche. Chaque bâton eft comme
une petite broche , où l'on enfile
les Harancs ; les Hommes &
les Femmes vont nuds comme la
main : & comme ils ne connoiſſent
point du tout l'ufage du feu ; ils fe
nouriffent de viandes cruës , vivants
ordinairement de Serpens , de
Crapauds & de Limaçons de Mer :
mais ce qu'il y a de plus dénaturé,
c'eft qu'ils ont la barbare coûrume
de fe repaître de chair humaine
; & femblables à des Tigres ,
ils déchirent entre leurs dents ,
des enfans encore tout fumans
les arrachans fouvent du fein des
femmes de leurs ennemis , parce
qu'ils trouvent plus de ragoût dans
cette chair tendre & nouvelle ,
que dans celle des perfonnes plus
âgées. Il eft ordinaire de voir le
fils ronger avidement le cadavre
de fon pere ou de fa mere , & tirer
D'AVRI L.
63
gloire d'avoir , dévoré un plus grand
nombre d'hommes. Comme nos
vivres étoient prefque confommez
ou gâtez , & que nous étions
à la veille de perir de faim ; Réduits
à cette dure extrémité , nous
primes le party d'avancer dans
l'interieur du Païs pour giboyer
quelque danger qu'il y eur à l'entreprendre
à peine étions -nous en
marche , que nous fumes affaillis
par ces GOLIATS ; nous fîmes
feu fur eux , & en ayant tué &
bleffé quelques-uns , entre autres
deux ou trois femmes , ils en fûrent
fi effrayez , qu'ils prirent la
fuite , & abandonnerent leurs gens.
Nous enlevâmes à nôtre tour leurs
bleffez , & les ayant conduits dans
nôtre Vaiffeau , nous les fîmes bien
foigner & panfer ; Aprés un auffi
doux traitement , nous renvoyâmes
une de ces femmes , deux jours
aprés Elle revint le lendemain ,
accompagnée de plufieures autres ,
les hommes les fuivans de loin ,
elles vinrent à nous avec confiance ,
:
Fij
64
LE MERCURE
portant chacune derrier fon dos
des animaux de differentes
efpéces
, que leurs Maris avoient tué :
On leur fit boire quelques coups
d'Eau-de-Vie , qu'elles trouverent
délicieufe. Leur ayant enfuite fait
entendre avec peine par des fignes ,
que nous étions prêts de rendre leurs
Compagnes
& les autres bleffés , fi
elles nous aportoient une certaine
quantité de provifions , elles y confentirent
; en effet s'en étant retournées
, nous fumes bien furpris
quelque tems après, de les voir revenir
, chargées de toutes fortes
de Vénaifon , qu'elles nous donnerent
fans compte . Ce qui nous
frapa le plus , c'est que pendant
cette muette Négociation
, aucun
homme n'ofa s'approcher
de nôtre
Navire . Nous remarquâmes
qu'ils
paroiffoient
tres - foumis à leurs
femmes , & qu'elles étoient les
Maîtrelles. Toutes les fois qu'elles
fe préfenterent
devant nous , elles
avoient la pudeur de couvrir le
derriere avec leurs mains , fans
D'AVRIL. 65
s'embaraffer du refte . Elles font fi
agiles , qu'étant poursuivies par
des Bêtes féroces , dont ces forêts
font remplies : elles grimpent pour
s'en garantir , fur les arbres , avec
leurs enfans attachés fur le dos ,
auffi légérement que des SINGES.
Les Peuples qui habitent les
bords de la Riviére des ASSASSINS ,
ne le cedent point en Cruauté ni
en Figure épouventable à ceux de
I'Ifle ; ils vont à la Chaffe des bommes,
comme on fait enEurope à celle
des Bêtes ils ont le nez entiérement
fendû , y fourant des brochettes
de la même maniére qu'on
les met en Hollande aux Saumons
fumez ? En leur regardant les narines
, on leur voit facilement le
fond du gofier , quand nous nous
approchions d'eux , ils mouroient
d'envie de s'élancer fur nous pour
nous dévorer , mais nos armes pour
lefquelles ils avoientde terribles frayeurs
, les tenoient en reſpect.
Quelque industrie que nous empluyaffions
pour en tirer quelque:
Fij
66 LE MERCURE
lumiére , il ne nous fût pas poffible
de découvrir en eux aucune lüeur
de raifon. Il femble que la nature
les a formé , à la figure prés , de la
même fubftance dont elle a pétri
les Panthères & les Lyons ; tant
il y a de conformité entre ces hommes
& cesBêtes toujours altérées de
fang. Plus on avance vers L'EST,
plus les hommes y font grands &
puiffants ; J'ay obfervé des traces
de pieds d'homme , qui avoient le
double des nôtres . En quelque
endroit que nous abordaffions de
cette Rivière , nous ne trouvions
que de ces faces hideufes & fanguinaires
, Auffi nous fut - il impoffible
de pouvoir négocier avec
ces Mangeurs d'hommes Enfin
accablés d'incommodités , de fatigues
, &expofés à chaque inftant de
perdre la vie à travers une infinité
de dangers , & toujours la fonde
à la main , nous abandonnâmes ces
abominables Contrées pour regagner
B AN DA , où me voici rendu,
graces à Dieu.
D'AVRIL. 67
Mon Equipage qui étoit compofé
de 126 hommes , en partant de
cette derniére Place , a prefque
tout péri , à l'exception de quatre
hommes feulement ; fçavoir VvILLEM
GORIS, JEAN HERMANZ , GISBERT
PIETERSEN , avec fon frere
VVILLEM D'YKHURPEN , & moi.
Tout le Païs de la nouvelle
Guinée eft fabloneux , le côté du
SUD eft femblable à la Hollande,
on y voit des Dunes , & entre ces
Dunes , des Prairies pendant 30 ou
40 lieuës . A 25 ou 30 lieues dans
le Païs , on trouve des Montagnes
extrêmement élevées , dont
les Environs ne font point habités;
Cette côte eft remplie d'une prodigieufe
quantité de Lapins , elle eft
de plus, fort faine , & on peut aprocher
la Terre d'auffi prés qu'on
le veut .
Devant la Riviére d'ABEL
TATMANS , à so lieuës au Lar
ge , nous trouvâmes un Banc de vaze
, long de 30 lieuës felon nôtre
eftime , & quand nous l'âmes paf68
LE MERCURE
fé , nous n'ûmes plus de fonds ; il
ya bien de l'apparence que ce Banc
étoit autre -fois une Ifle que la Mer
a fubmergée : car la profondeur en
eft de 30 , en diminuant jufqu'à
deux braffes , & c'eft à la profondeur
de deux Braffes que la Terre
eft la plus ferme..
Géographe , de la Relation
fuivante : elle contient des faits fi
finguliers , & fi fort éloignés de nos
moeurs & de nos ufages , que ce
feroit priver les Amateurs de Voyages
, d'une Piéce des plus curieufes
de ce Receuil , fi je lui en fubitituois
quelqu'autre.
1
Il feroit à fouhaiter , que les perfonnes
qui poffèdent des Relations
fidelles des Païs étrangers , vouluffent
bien les communiquer à l'Auteur
du Mercure : en les mettant au
50 LE MERCURE
jour , il fauveroit par là quantité de
morceaux utiles , qui s'anéantiſſent
fouvent par une infinité d'inconvéniens
, & qui pouroient cependant
devenir auffi neceffaires , que curieux
par la fuite.
RELATION.
De Banda , le 9. Octobre 1716.
'' Ai commandé pendant deux ans
le Navire SCHAAP , pour aller
faire des découvertes du côté de
la Nouvelle Guinée ; mais je ne
m'en fuis pas bien trouvé. J'û d'abord
le malheur d'y perdre mon
fecond Pilote , nommé PIETERJANSSEN,
un Caporal, neufou dix
Soldats , & quatre Matelots que
j'avois détachés dans une Chaloupe ,
pour reconnoître la Côte & faire
de l'eau leur imprudence leur coûta
la vie car s'étant un peu trop
engagés dans les Terres contre mes
ordres , ils furent furpris par les Sauvages
, & accablés par leur grand
nombre
D'AVRIL. 61
nombre,il ne s'en fauva qu'un Matelot
& un Soldat , encore étoient- ils
bleffés mortellement , ayant chacun
le corps iffé de fléches , dont ils
moururent peu de tems aprés . Nôtre
Vaiffeau étant abordé dans le moment,
nous retirames ces deux Malheureux
de l'eau où ils s'étoient jettés,
pour regagner la Chaloupe.Nous
ne pûmes cependant arriver affés
à tems , pour empêcher que les Habitans
du Païs , vrais ANTROPOPHA
GES , ne coupaffent les têtes de ceux
de mes gens , qui étoient étendus
fur le fable , & ne les emportaffent
dans les bois avec les Corps entiers
du Caporal & de quelques Soldats.
Epouvanté d'un fpectacle fi affreux ,
je ne penfai qu'à faire enlever le ref
te des Cadavres que jefis jetter dans
la Mer à deux lieues au large , avec
des poids attachés aux jambes ; afin
que les flots ne les raportaffent point
fur le rivage. Lorsque cet accident
arriva , nous moüillions à côté de
la Riviere des ASSASINS , à une
Ile nommée NAMETOTTA . Cette
Avril 1717. F
62 LE MERCURE
Ifle eft habitée par des Peuples de
Taille Gigantefque : ils ont trois
bâtons qui leurs traverfent le nez
en croix , & qui viennent aboutir à
la bouche. Chaque bâton eft comme
une petite broche , où l'on enfile
les Harancs ; les Hommes &
les Femmes vont nuds comme la
main : & comme ils ne connoiſſent
point du tout l'ufage du feu ; ils fe
nouriffent de viandes cruës , vivants
ordinairement de Serpens , de
Crapauds & de Limaçons de Mer :
mais ce qu'il y a de plus dénaturé,
c'eft qu'ils ont la barbare coûrume
de fe repaître de chair humaine
; & femblables à des Tigres ,
ils déchirent entre leurs dents ,
des enfans encore tout fumans
les arrachans fouvent du fein des
femmes de leurs ennemis , parce
qu'ils trouvent plus de ragoût dans
cette chair tendre & nouvelle ,
que dans celle des perfonnes plus
âgées. Il eft ordinaire de voir le
fils ronger avidement le cadavre
de fon pere ou de fa mere , & tirer
D'AVRI L.
63
gloire d'avoir , dévoré un plus grand
nombre d'hommes. Comme nos
vivres étoient prefque confommez
ou gâtez , & que nous étions
à la veille de perir de faim ; Réduits
à cette dure extrémité , nous
primes le party d'avancer dans
l'interieur du Païs pour giboyer
quelque danger qu'il y eur à l'entreprendre
à peine étions -nous en
marche , que nous fumes affaillis
par ces GOLIATS ; nous fîmes
feu fur eux , & en ayant tué &
bleffé quelques-uns , entre autres
deux ou trois femmes , ils en fûrent
fi effrayez , qu'ils prirent la
fuite , & abandonnerent leurs gens.
Nous enlevâmes à nôtre tour leurs
bleffez , & les ayant conduits dans
nôtre Vaiffeau , nous les fîmes bien
foigner & panfer ; Aprés un auffi
doux traitement , nous renvoyâmes
une de ces femmes , deux jours
aprés Elle revint le lendemain ,
accompagnée de plufieures autres ,
les hommes les fuivans de loin ,
elles vinrent à nous avec confiance ,
:
Fij
64
LE MERCURE
portant chacune derrier fon dos
des animaux de differentes
efpéces
, que leurs Maris avoient tué :
On leur fit boire quelques coups
d'Eau-de-Vie , qu'elles trouverent
délicieufe. Leur ayant enfuite fait
entendre avec peine par des fignes ,
que nous étions prêts de rendre leurs
Compagnes
& les autres bleffés , fi
elles nous aportoient une certaine
quantité de provifions , elles y confentirent
; en effet s'en étant retournées
, nous fumes bien furpris
quelque tems après, de les voir revenir
, chargées de toutes fortes
de Vénaifon , qu'elles nous donnerent
fans compte . Ce qui nous
frapa le plus , c'est que pendant
cette muette Négociation
, aucun
homme n'ofa s'approcher
de nôtre
Navire . Nous remarquâmes
qu'ils
paroiffoient
tres - foumis à leurs
femmes , & qu'elles étoient les
Maîtrelles. Toutes les fois qu'elles
fe préfenterent
devant nous , elles
avoient la pudeur de couvrir le
derriere avec leurs mains , fans
D'AVRIL. 65
s'embaraffer du refte . Elles font fi
agiles , qu'étant poursuivies par
des Bêtes féroces , dont ces forêts
font remplies : elles grimpent pour
s'en garantir , fur les arbres , avec
leurs enfans attachés fur le dos ,
auffi légérement que des SINGES.
Les Peuples qui habitent les
bords de la Riviére des ASSASSINS ,
ne le cedent point en Cruauté ni
en Figure épouventable à ceux de
I'Ifle ; ils vont à la Chaffe des bommes,
comme on fait enEurope à celle
des Bêtes ils ont le nez entiérement
fendû , y fourant des brochettes
de la même maniére qu'on
les met en Hollande aux Saumons
fumez ? En leur regardant les narines
, on leur voit facilement le
fond du gofier , quand nous nous
approchions d'eux , ils mouroient
d'envie de s'élancer fur nous pour
nous dévorer , mais nos armes pour
lefquelles ils avoientde terribles frayeurs
, les tenoient en reſpect.
Quelque industrie que nous empluyaffions
pour en tirer quelque:
Fij
66 LE MERCURE
lumiére , il ne nous fût pas poffible
de découvrir en eux aucune lüeur
de raifon. Il femble que la nature
les a formé , à la figure prés , de la
même fubftance dont elle a pétri
les Panthères & les Lyons ; tant
il y a de conformité entre ces hommes
& cesBêtes toujours altérées de
fang. Plus on avance vers L'EST,
plus les hommes y font grands &
puiffants ; J'ay obfervé des traces
de pieds d'homme , qui avoient le
double des nôtres . En quelque
endroit que nous abordaffions de
cette Rivière , nous ne trouvions
que de ces faces hideufes & fanguinaires
, Auffi nous fut - il impoffible
de pouvoir négocier avec
ces Mangeurs d'hommes Enfin
accablés d'incommodités , de fatigues
, &expofés à chaque inftant de
perdre la vie à travers une infinité
de dangers , & toujours la fonde
à la main , nous abandonnâmes ces
abominables Contrées pour regagner
B AN DA , où me voici rendu,
graces à Dieu.
D'AVRIL. 67
Mon Equipage qui étoit compofé
de 126 hommes , en partant de
cette derniére Place , a prefque
tout péri , à l'exception de quatre
hommes feulement ; fçavoir VvILLEM
GORIS, JEAN HERMANZ , GISBERT
PIETERSEN , avec fon frere
VVILLEM D'YKHURPEN , & moi.
Tout le Païs de la nouvelle
Guinée eft fabloneux , le côté du
SUD eft femblable à la Hollande,
on y voit des Dunes , & entre ces
Dunes , des Prairies pendant 30 ou
40 lieuës . A 25 ou 30 lieues dans
le Païs , on trouve des Montagnes
extrêmement élevées , dont
les Environs ne font point habités;
Cette côte eft remplie d'une prodigieufe
quantité de Lapins , elle eft
de plus, fort faine , & on peut aprocher
la Terre d'auffi prés qu'on
le veut .
Devant la Riviére d'ABEL
TATMANS , à so lieuës au Lar
ge , nous trouvâmes un Banc de vaze
, long de 30 lieuës felon nôtre
eftime , & quand nous l'âmes paf68
LE MERCURE
fé , nous n'ûmes plus de fonds ; il
ya bien de l'apparence que ce Banc
étoit autre -fois une Ifle que la Mer
a fubmergée : car la profondeur en
eft de 30 , en diminuant jufqu'à
deux braffes , & c'eft à la profondeur
de deux Braffes que la Terre
eft la plus ferme..
Fermer
3876
p. 68-87
MEMOIRE HISTORIQUE, De Lunéville en Lorraine, le 15 Avril 1717.
Début :
Je m'interesse trop à vôtre Mercure, Monsieur, pour ne vous pas communiquer [...]
Mots clefs :
Mémoire, Cardinal de Retz, Histoire, Monarchie, Grands hommes, Morales, Connaissances, Anecdotes, Gouvernement, Comtes, Diable, Réflexion, Vérité, Mlle de Vendôme, Roi de France, Couvent, Fontainebleau, Gouverneur, Cardinal Mazarin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE HISTORIQUE, De Lunéville en Lorraine, le 15 Avril 1717.
MEMOIRE HISTORIQUE ,
De Lunéville en Lorraine , le 15
Avril 1717.
JE
E m'intereffe trop à vôtre Mercure
, Monfieur, pour ne vous
pas communiquer l'Extrait que
jay fait d'un Mémoire curieux, qui
m'eft tombé entre les mains ces
jours paffés. Ce Mémoire eft intitulé
, HISTOIRE OU MEMOIRES
DE MILE CARDINAL DE Retz ,
vous fçavez , Monfieur , avec quel
foin je recherche tout ce qui peut
me procurer une parfaite connoiffance
de nôtre Hiftoire , & parti
D'AVRIL. 69
tulierement des Régnes de nos derniers
Monarques , fous lefquels la
Monarchie eft montée au plus haut
période de fa Grandeur ; vous jugerez
de là que ma joye fut extrême
, de voir entre mes mains les
Mémoires d'une perfonne qui a
joué un fi grand Rôle dans le Siécle
dernier. LaLecture furpaffa mon
attente ; Jamais homme n'a eû
un efprit plus propre pour bien écrire
l'Hiftoire , que Mr le Cardinal
de Retz. La plupart des grands
Hommes qui ont écrit leurs propres
Mémoires , je n'en excepte point
Céfar , fe font contentez de nous
raporter nuënient les faits qui
étoient à leur avantage , fans nous
inftruire des motifs qui les engageoient
à agir. Le Cardinal de
Retz aucontraire , nous fait part de
tous les motifs qui conduifoient les
principaux Autheurs de fon tems.
Il parle de lui - même , comme il
parle des autres , je veux dire , qu'il
découvre également fes Vices & fes
Vertus, enforte qu'on croit en lifant
70 LE MERCURE
cette Hiftoire , que le principal but
de l'Hiftorien a été de procurer à
fes Lecteurs une exacte connoiffance
des Hommes. Une pareille Hiftoire
apprend mieux la Morale , que
tous les Traitez des Philofophes .
Vous connoîtrez mieux , Monfieur
, ce que j'ay l'honneur de
vous dire, par l'Extrait que je vous
envoye des plus beaux endroits de
ces Mémoires , & que j'ay crû plus
propre à interreffer les Lecteurs
du Mercure. Il feroit à fouhaiter
que ceux qui ont entre leurs mains
unpareilThréfor, vouluffent en faire
part au Public. En ce cas vous y
trouveriés la matiére de plufieurs
Morceaux d'autant plus interreffans
pour vos Lecteurs , qu'ils y découvriroient
plufieures Anecdotes,
qu'on ne peut trouver autre part.
Le Mémoire qui m'a été communiqué,
eft écrit de la propre main
de Son Eminence , mais ceux qui
ont eû ce Thréfor en leur poffeffion
, n'en ont point eû affez de foin ;
plufieurs feuillets font arrachez :
D'AVRIL.
78
enforte qu'il n'eft tefté qu'environ
trente pages de tout le premier
Livre de cette Hiftoire , dans lequel
il paroît que ce grand Homme
rendoit compte à la perfonne à
qui ces Mémoires fon adreffez , de
fon éducation & de la manière dont
il étoit entré dans le monde : Car
dés le prémier Livre , il nous fait
un recit trés circonftancié de fa nomination
à la Coadjutorerie de Paris
, & de ce qui y avoit donné lieu
& finit ainfi. Il me femble que j'ay
étéjufqu'ici dans le Partere ou tout
au plus dans l'Orchestre , à jouer &
à badiner avec les Violons : je vais
monter fur le Théatre, où vous verrez
des Scénes , non pas dignes de
vous , mais un peu moins indignes
de vôtre attention.
J'ay choif dans cette premiere
partie,deux endroits qui m'ont parû
devoir être les plus intereffans pour
toutes fortes de Lecteurs , quoiqu'il
y en ait d'infiniment plus intereffans
pour ceux qui fe mélent
de la Politique , & du Gouverne72
LE MERCURE
Y
ment des Etats : Voici le premier.
Feüie Mde de Choify propofa une
promenade à S. Cloud , & dit en
badinant à Me de Vendôme , qu'il
falloit donner la Comédie à Mr
de Lizieux . Le bon homme qui
admiroit les Piéces de Corneil ,
répondit qu'il n'en feroit aucune
difficulté , pourvû que ce fur à la
Campagne, & qu'il y eut peu de
monde. La partie fe fit , on convint
qu'il n'y auroit que Mde & Mile
de Vendôme , Mde de Choify ,
Mr de Turenne , Mr de Brion ,
Voiture & moi . Le Comte de Brion
qui avoit été deux fois Capucin ,
& qui faifoit un falmigondi perpétuel
de dévotion & de péché , fe chargea
de la Comédie & des Violons ;
je me chargeai de la colation.
Nous allames à S. Cloud chez
Mr l'Archevêque , les Comédiens
qui jouoient ce foir à Ruel chez
Mr le Cardinal de Richelieu , n'arriverent
qu'extrêmement tard . Mr
de Lizieux prit plaifir aux Violons ,
Mde de Vendôme ne fe laffoit point
de
D'AVRIL. 73
de voir danfer Mlle fa fille , qui
danfoit pourtant toute feule : Enfin
l'on s'amufa tant , que la petite
pointe du jour ( c'étoit aux grands
jours d'été ) commençoit à paroître,
quand on fut au bas de la defcente
des Bons-Hommes , juftement au
pied , le caroffe arrêta tout court :
Comme j'étois à une des portieres
avec Mlle de Vendôme , je demandai
au Cocher , pourquoi il arrêtoit ,
il me répondit avec une voix
fort étonnée , voulez -vous que je
palle par deffus tous les Diables qui
font devant moi ? Je mis la tête à
la portiere , & comme j'ay toûjours
cu la vûë fort baffe , je ne vis rien.
Me de Choify qui étoit à l'autre portiere
avec Mr de Turenne , fur la
premiere qui apperçût du carroſſe ,
la caufe de la frayeur du Cocher ;
je dis du carroffe , car cinq ou fix
Laquais qui étoient derriere , crioient
JESUS MARIA , & trembloient
déja de peur. Mr de Turenne fe
jetta en bas du carroffe aux cris
de Me de Choify. Je crû que c'é-
Avril 1717. G
74 LE MERCURE
toient des voleurs , je fautai auffi
en bas du carroffe , je pris l'épée
d'un Laquais , je la tirai , & j'allai
joindre Mr de Turenne de l'autre
côté , que je trouvai regardant
fixement quelque chofe que je ne
voyois point. Je lui demandai ce
qu'il regardoit , & il me répondit
en me pouffant le bras , & affés bas
je vous le dirai , mais il ne faut
pas épouventer ces Dames , qui
hûrloient plûtôt qu'elles ne crioient.
Voiture commença un OREMUS .
Vous connoilés peut-être les cris
aigûs deMde de Choify ; ils ne difcontinuerent
point. Mlle de Vendôme
difoit fon Chapelet . Mde de
Vendôme vouloit fe confefler à Mr
de Lizieux , qui lui difoit , ma fille
n'ayez point de peur , vous êtes en
la main de Dieu , & le Comte de
Brion avoit entonné bien dévotement
avec tous nos Laguais , les
Litanies de la Vierge . Tout cela fe
paffa, comme vous pouvés croire,
en même tems , & en moins de rien.
Mr de Turenne qui avoit une petite
D'A VRI L. 75
épée à ſon côté , l'avoit auffi tirée ,
& après avoir regardé , comme je
vous ai déja dit , il fe tourna vers
moi de l'air dont il eut donné une
bataille , & me dit ces paroles :
Allons voir ces gens - là. Quels
gens lui repartis- je ? Et dans la vérité,
n'appercevant rien à caufe de
ma mauvaiſe vûe , je croyois que
tout le monde eur perdu le fens.
Il me répondit , effectivement je
crois que ce pouroit bien être des
Diables. Comme nous avions déja
fait cinq ou fix pas du côté de la
CHANNERIE, & que nous étions
par conféquent plus proches du Spetacle
, je commençai à appercevoir
quelque chofe , & ce qui m'en
parut , fut une longue Proceffion
de Phantômes noirs , qui me donna
dabord plus d'émotion , qu'elle
n'en avoit caufé à Mr de Turenne ,
mais qui ,par la réflexion que je fis ',
que j'avois long-tems cherché des
Efprits , & qu'apparemment j'en
trouvois en ce lieu , me fit faire
an mouvement plus vif que les
Gij
76
LE MERCURE
manieres de Mr de Turenne ne
lui permettoient de faire. Je fis
deux ou trois fauts vers la Proceffion
Les gens du carroffe qui
croyoient que nous étions aux
mains avec tous les Diables , poufferent
un grand cri , & ce ne fut pourtant
pas eux qui eurent le plus de
frayeur. Les pauvres Auguftins Réformés
, que l'on apelle les Capucins
Noirs , qui étoient nos Diables
d'imagination , voyans venir à eux
deux hommes qui avoient l'épée
à la main , l'ûrent tres-grande ; &
l'un d'eux fe détachant de la troupe
, nous cria , Meffieurs , nous
fommes de pauvres Religieux , ne
faifins de mal à perfonne , & qui
dans venous nous rafraichir un peu
la Riviere pour notre fanté. Nous
retournâmes au carroffe Mr de
Turenne & moi , avec des éclats
de rire , que vous vous pouvés
imaginer, & nous fîmes, lui & moi ,
dés ce moment -même , deux réflexions
que nous nous communiquâ
mes dés le lendemain matin . Il me
D'AVRIL.. 77
jura que la premiere apparition de
ces phantômes imaginaires lui avoir
donné de la joye , quoiqu'il eur
toujours crû auparavant qu'il auroit
peur , s'il voyoit jamais quelque
chofe d'éxtraordinaire ; &,
je lui avouai que la premiere vûë
m'avoit ému , quoique j'euffe fouhaité
toute ma vie de voir des
Efprits. La feconde réflexion que
nous fimes , fut ; que tout ce que
nous voyons dans la vie de la plûpart
des hommes, eit faux, M de
Turenne me jura , qu'il n'avoit fenti
aucune émotion : Il convint que
j'avois eût fujet de croire par fon
regard fi fixe , & fon mouvement
flent , qu'il en avoit eû beaucoup .
Je lui confeffai que j'en avois eû
dabord , & il me protetta , qu'il avoit
juré fur fon falut , que je n'avois
eu que du courage & de la gayété .
Qui peut donc croire la vérité ,
que ceux qui l'ont fentie ; & le
Président de Thou a eu raifon de
dire , qu'il n'y a de véritables Hitoires
, que celles qui ont été écri→
↑
G iij
78 LE MERCURE
tes par des Hommes qui ont été
afles fincéres , pour parler véritablement
d'eux - mêmes. Ma Morale
ne tire aucun mérite de cette fincérité
; car je trouve une fatisfaction
fi fenfible à vous rendre compre
de tous les replis de mon ame ,
& de ceux de mon coeur , que que la
raifon à mon égard , a beaucoup
moins de part , que le plaifir dans
la Religion , & l'exactitude que
j'ay pour la Vérité. Ezany ..
Mile de Vendôme conçût un mépris
inconcevable pour le pauvre
Brion , qui en effet avoit fait voir
auffi de fon côté dans cette avanture
une foib'elle inimaginable . Elle
s'en mocqua avec moi , dès que
nous fumes rentrez en caroffe , &
me dit : Je fens , à l'estime que je fais
de la valeur , que je fuis petite Fille
de Henry le Grand . Il faut que
vous ne craigniez rien, puifque vous
n'avez pas eu peur en cette occafion.
J'ay eû peur , lui répondis-je ,
Mile , mais comme je ne fuis pas
a dévot que Brion , mapeur n'a pas
D'AVRIL . 79
que
rourné du côté des Litanies. Vous
n'en n'avez point eû , me réponditelle
; & je crois que vous ne croyez
pas aux Diables : car M de Turenne
qui est bien brave , a été bien
émû lui même , & il n'alloit pas fi
vîte que vous. Je vous confeffe
cette diftinction , qu'elle mit entre
Mr de Turenne & moi , me plût .
& me fit naître la penſée d'hazarder
quelque douceur . Je lui dis donc ;
l'on peut croire le Diable fans le
craindre, il y a des choſes au monde
plus terribles. Et quoi ? repritelle.
Elles le font fi fort que l'on n'o
feroit même les nommer , lui répondis-
je Elle m'entendit bien à ce
qu'elle m'a confeffé depuis mais
elle n'en fit pas femblant. Elle fe
remit dans la converfation publique,
l'on defcendit à l'Hôtel de Vendome
, & chacun s'en retourna chez
foir
Voici deux autres Avantures qui
m'ont frappé , non , par leurs Circonftances
, mais par les fuites qu'-
elle's eurent.
80 LE MERCURE
Le Cardinal de Richelieu étant
mort , le Roy ratifia les Legs que ce
Miniftre avoit fait des Charges &
des Gouvernemens : il careffa tous.
fes Proches il maintint dans le
Ministére toutes fes Créatures , &
il affecta de recevoir affez mal tous
ceux qui avoient été mál avec lui.,
Je fus le feul Privilegié. Lorfque
Mr l'Archevêque de Paris me préfenta
au Roy , il me traita , je ne
dis pa s feulement honnêtement ,
mais avec une diftinction qui fur..
prit & qui étonna tout le monde ..
Il me parla de mes Etudes , de mes,
il
Sermons ; & il me fit même des
railleries douces & obligeantes . Il
me commanda de lui faire ma Cour
toutes les femaines . Voici les raifons
de ce bon traitement , que nous
ne fçûmes nous-mêmes que la veille
de fa mort, qu'il les dit à la Reine.
Ces deux raifons font deux avantures
qui m'arivérent au fortirduCol.
lege, & defquelles je ne vous ay pas.
parlé , parce que je n'ai pas crû ,
que n'ayant aucun raport à rien.
D'AVRIL 81
par elle -mêmes
, elles méritaffent
Teulement
vôtre réfléxion
. Je fuis
obligé
de les expofer
en ce lieu , parce que je trouve
que la fortune
leur a donné plus de fuite fans com. paraifon
, qu'elles
n'en devoient
avoir naturellement
.....
Un peu aprés que je fus forti
du College , le Valet de Chambre
de mon Gouverneur trouva chez
une miférable Epingliére une Niéce
de 14 ans qui étoit d'une beauté
furprenante. Il l'acheta pour moy
cinquante Piſtoles ; aprés me l'avoir
fait voir , il lui loua une Maiſon
à Issı , il mit fa foeur auprés d'Elle,
& j'y allai le lendemain qu'elle y fut
logée. Je la trouvai dans un abattement
extrême , & je n'en fus point
furpris , parce que je l'attribuai à
la pudeur. J'y trouvai quelque chofe
le lendemain de plus , qui fut,
une raifon encore plus furprenante
& plus extraordinaire que fa beauté
, & c'étoit beaucoup dire . Elle
me parla fagement , faintement ,
& fans emportement ; Toure -
82 LE MERCURE
fois elle ne pleura qu'autant
qu'elle ne pût s'en empêcher. Elle
craignoit fa Tante à un point qui
me fit pitié. J'admirai fon efprit,
& aprés j'admirai fa Vertu. Je la
preffois autant qu'il le falut pour
'éprouver: j'eu honte pour moi même.
J'attendis la nuit pour la mettre
dans mon carroffe . Je la menai à
ma Tante de Megnelay , qui la mit
dans un Convent , où elle mourut S
ou 10 ans aprés, en réputationde Sainteté
. Ma Tante , à qui cette fille avoua
que les menacesde l'Epingliere
l'avoient fi fort intimidée , qu'elle
auroit fait tout ce que j'aurois
voulu , fut fi touchée de mon
procédé , qu'elle alla dés le lendemain
, le conter à M¹ de Lizieux ,
qui le dit, le jour-même , au Roy à
fon dîné. Voilà la premiere de ces
deux avantures ; la feconde ne fut
pas de même nature , mais elle ne
fit pas un moindre effet dans l'ef
prit du Roy.
Un An avant cette premiere Avanture
, j'étois allé courre le Cerf &
D'AVRIL. 83
Fontainebleau , avec la Meutte de
Mr de Souvray. Comme mes Chevaux
étoient fort las , je pris la pofte
pour revenir à Paris. Etant mieux
monté que mon Gouverneur , &
qu'un Valet de chambre qui couroit
avec moi , j'arrivai le premier
à Juvify, & je fis mettre ma Selle
fur le meilleur Cheval que j'y trouvai.
Couteneau Capitaine de la petite
Compagnie des Chevaux - Legers
du Roy , brave , mais extravagant
, qui venoit de Paris auffi en
pofte , commanda à un Palfrenier
d'ôter ma Selle , & d'y mettre la
fienne. Je m'avançai , en lui difant,
que j'avois retenu le Cheval ; &
comme il me voyoit un petit colet
uni & un habit fimple , il me prit
pour ce que j'étois en effet , c'est-àdire
, pour un Ecolier , & il ne me
répondit que par un foufflet , qu'il
me donna à tour de bras , & qui me
mit tout en fang. Je mis l'epée à la
main , & lui auſſi , & dés le premier
coup que nous nous portâmes , il
tomba , le pied lui ayant gliffé ; &
84 LE MERCURE
comme il donna de la main , en fe
voulant foûtenir,contre un morceau
de bois pointu , fon épée s'en alla
auffi de l'autre côté. Je me reculai
deux pas , & lui dis de reprendre
fon épée ; il le fit , mais ce fut
par la pointe ; car il m'en préfenta
la garde en me demandant un million
de pardons. Il les redoubla
bien ; quand mon Gouverneur fut
arrivé , qui lui dit qui j'étois : il retourna
fur fes pas , & alla conter au
Roy , avec lequel il avoit une très
grande liberté , toute cette petite
Hiftoire elle lui plût , & il s'en
fouvint en tems & lieu , comme
vous l'allez voir.
Le bon traitement que je recevois
du Roy , fit croire à mes proches
, que l'on pourroit peut - être
trouver quelque ouverture pour
moi à laCoadjutorerie deParis . Ils y
trouvérent dabord beaucoup de difficulté
dans l'efprit de mon Oncle ,
très petit , & par conféquent jaloux
& difficile. Ils le gagnerent par le
moyen d'Efita fon Avocat & de
Coeuret
D'AVRI L. st
Coeuretfon Aumônier, mais ils firent
enmême tems une faute qui rompit,
au moins pour ce coup , leurs mefures.
Ils firent éclater contre mon
fentiment , le confentement de Mr
de Paris , & ils fouffrirent même .
que la Sorbonne , les Curez & le
Chapitre lui en fillent des remercîmens.
Cette conduite eut beaucoup
d'éclat , mais elle en cur
trop. Mr le Cardinal Mazarin ,
Defnoyers & Chavigny en prirent
fujet de me traverfer , en difant au
Roy,qu'il ne falloit pas accoûtumer
les Corps à fe défigner eux mêmes
des Archevêques : De forte que Mr
le Maréchal de Schomberg , qui
avoit épousé enpremieres Noces ma
Coufine germaine , ayant voulu
fonder le Gué , n'y trouvà aucun
jour. Le Roy lui répondit avec
beaucoup de bonté pour moi , mais
que j'étois trop jeune , & que l'affaire
avoit fait trop de bruit avant
que d'aller à lui ; & autres chofes ....
Le Roy mourut .... Mt de Beauvais
.. prit la figure de premier
Avril 1717. H
86. LE MERCURE
Miniftre , & demanda dés les premiers
jours aux Hollandois , qu'ils
fe convertiffent à la Religion Romaine
, s'ils vouloient demeurer
dans l'Alliance de France. La Reine
eut honte de cette momerie du
Miniftre. Elle me commanda d'aller
offrir de fa part , la premiere
place à mon pere , & voyant qu'il
refufoit obítinément de fortir de fa
Célule des Peres de l'Oratoire ,
Elle fe mit entre les mains de Mr
le Cardinal Mazarin. Vous pouvés
juger qu'il ne me fut pas difficile
de trouver ma place dans ces
premiers momens , dans lefquels
d'ailleurs l'on ne refufoit rien
Madame de Megnelay & Mr de
Lizieux demanderent la Coadjutorerie
pour moi , & la Reine
leur refufà , difant qu'elle ne l'accorderoit
qu'à mon pere , qui ne
vouloit point du tout paroître au
Louvre. Il y vint enfin une unique
fois. La Reine lui dit publiquement
qu'elle avoit reçû ordre du
feu Roy , la veille de fa mort
...
de
D'AVRIL. 87
me la faire expédier , & qu'il lui
avoit dit en préfence de Mr de
Lizieux , qu'il m'avoit toujours eû
dans l'efprit depuis les deux avantures
, de l'Epingliere & de Couteneau.
Quel raport de ces deux
bagatelles à l'Archevêché de Paris :
Et voilà toutefois comme la plupart
des chofes fe font.
J'efpere , Monfieur ; que les Extraits
que je vous fournirai du fe
cond Livre de cet excellent Ouvra
ge , vous feront encore plus de
plaifir. Vous pourrés en difpofer ,
comme de vôtre bien propre, & les
inferer dans votre Mercure , Je me
ferai toujours un plaifir de vous témoigner
& c.
De Lunéville en Lorraine , le 15
Avril 1717.
JE
E m'intereffe trop à vôtre Mercure
, Monfieur, pour ne vous
pas communiquer l'Extrait que
jay fait d'un Mémoire curieux, qui
m'eft tombé entre les mains ces
jours paffés. Ce Mémoire eft intitulé
, HISTOIRE OU MEMOIRES
DE MILE CARDINAL DE Retz ,
vous fçavez , Monfieur , avec quel
foin je recherche tout ce qui peut
me procurer une parfaite connoiffance
de nôtre Hiftoire , & parti
D'AVRIL. 69
tulierement des Régnes de nos derniers
Monarques , fous lefquels la
Monarchie eft montée au plus haut
période de fa Grandeur ; vous jugerez
de là que ma joye fut extrême
, de voir entre mes mains les
Mémoires d'une perfonne qui a
joué un fi grand Rôle dans le Siécle
dernier. LaLecture furpaffa mon
attente ; Jamais homme n'a eû
un efprit plus propre pour bien écrire
l'Hiftoire , que Mr le Cardinal
de Retz. La plupart des grands
Hommes qui ont écrit leurs propres
Mémoires , je n'en excepte point
Céfar , fe font contentez de nous
raporter nuënient les faits qui
étoient à leur avantage , fans nous
inftruire des motifs qui les engageoient
à agir. Le Cardinal de
Retz aucontraire , nous fait part de
tous les motifs qui conduifoient les
principaux Autheurs de fon tems.
Il parle de lui - même , comme il
parle des autres , je veux dire , qu'il
découvre également fes Vices & fes
Vertus, enforte qu'on croit en lifant
70 LE MERCURE
cette Hiftoire , que le principal but
de l'Hiftorien a été de procurer à
fes Lecteurs une exacte connoiffance
des Hommes. Une pareille Hiftoire
apprend mieux la Morale , que
tous les Traitez des Philofophes .
Vous connoîtrez mieux , Monfieur
, ce que j'ay l'honneur de
vous dire, par l'Extrait que je vous
envoye des plus beaux endroits de
ces Mémoires , & que j'ay crû plus
propre à interreffer les Lecteurs
du Mercure. Il feroit à fouhaiter
que ceux qui ont entre leurs mains
unpareilThréfor, vouluffent en faire
part au Public. En ce cas vous y
trouveriés la matiére de plufieurs
Morceaux d'autant plus interreffans
pour vos Lecteurs , qu'ils y découvriroient
plufieures Anecdotes,
qu'on ne peut trouver autre part.
Le Mémoire qui m'a été communiqué,
eft écrit de la propre main
de Son Eminence , mais ceux qui
ont eû ce Thréfor en leur poffeffion
, n'en ont point eû affez de foin ;
plufieurs feuillets font arrachez :
D'AVRIL.
78
enforte qu'il n'eft tefté qu'environ
trente pages de tout le premier
Livre de cette Hiftoire , dans lequel
il paroît que ce grand Homme
rendoit compte à la perfonne à
qui ces Mémoires fon adreffez , de
fon éducation & de la manière dont
il étoit entré dans le monde : Car
dés le prémier Livre , il nous fait
un recit trés circonftancié de fa nomination
à la Coadjutorerie de Paris
, & de ce qui y avoit donné lieu
& finit ainfi. Il me femble que j'ay
étéjufqu'ici dans le Partere ou tout
au plus dans l'Orchestre , à jouer &
à badiner avec les Violons : je vais
monter fur le Théatre, où vous verrez
des Scénes , non pas dignes de
vous , mais un peu moins indignes
de vôtre attention.
J'ay choif dans cette premiere
partie,deux endroits qui m'ont parû
devoir être les plus intereffans pour
toutes fortes de Lecteurs , quoiqu'il
y en ait d'infiniment plus intereffans
pour ceux qui fe mélent
de la Politique , & du Gouverne72
LE MERCURE
Y
ment des Etats : Voici le premier.
Feüie Mde de Choify propofa une
promenade à S. Cloud , & dit en
badinant à Me de Vendôme , qu'il
falloit donner la Comédie à Mr
de Lizieux . Le bon homme qui
admiroit les Piéces de Corneil ,
répondit qu'il n'en feroit aucune
difficulté , pourvû que ce fur à la
Campagne, & qu'il y eut peu de
monde. La partie fe fit , on convint
qu'il n'y auroit que Mde & Mile
de Vendôme , Mde de Choify ,
Mr de Turenne , Mr de Brion ,
Voiture & moi . Le Comte de Brion
qui avoit été deux fois Capucin ,
& qui faifoit un falmigondi perpétuel
de dévotion & de péché , fe chargea
de la Comédie & des Violons ;
je me chargeai de la colation.
Nous allames à S. Cloud chez
Mr l'Archevêque , les Comédiens
qui jouoient ce foir à Ruel chez
Mr le Cardinal de Richelieu , n'arriverent
qu'extrêmement tard . Mr
de Lizieux prit plaifir aux Violons ,
Mde de Vendôme ne fe laffoit point
de
D'AVRIL. 73
de voir danfer Mlle fa fille , qui
danfoit pourtant toute feule : Enfin
l'on s'amufa tant , que la petite
pointe du jour ( c'étoit aux grands
jours d'été ) commençoit à paroître,
quand on fut au bas de la defcente
des Bons-Hommes , juftement au
pied , le caroffe arrêta tout court :
Comme j'étois à une des portieres
avec Mlle de Vendôme , je demandai
au Cocher , pourquoi il arrêtoit ,
il me répondit avec une voix
fort étonnée , voulez -vous que je
palle par deffus tous les Diables qui
font devant moi ? Je mis la tête à
la portiere , & comme j'ay toûjours
cu la vûë fort baffe , je ne vis rien.
Me de Choify qui étoit à l'autre portiere
avec Mr de Turenne , fur la
premiere qui apperçût du carroſſe ,
la caufe de la frayeur du Cocher ;
je dis du carroffe , car cinq ou fix
Laquais qui étoient derriere , crioient
JESUS MARIA , & trembloient
déja de peur. Mr de Turenne fe
jetta en bas du carroffe aux cris
de Me de Choify. Je crû que c'é-
Avril 1717. G
74 LE MERCURE
toient des voleurs , je fautai auffi
en bas du carroffe , je pris l'épée
d'un Laquais , je la tirai , & j'allai
joindre Mr de Turenne de l'autre
côté , que je trouvai regardant
fixement quelque chofe que je ne
voyois point. Je lui demandai ce
qu'il regardoit , & il me répondit
en me pouffant le bras , & affés bas
je vous le dirai , mais il ne faut
pas épouventer ces Dames , qui
hûrloient plûtôt qu'elles ne crioient.
Voiture commença un OREMUS .
Vous connoilés peut-être les cris
aigûs deMde de Choify ; ils ne difcontinuerent
point. Mlle de Vendôme
difoit fon Chapelet . Mde de
Vendôme vouloit fe confefler à Mr
de Lizieux , qui lui difoit , ma fille
n'ayez point de peur , vous êtes en
la main de Dieu , & le Comte de
Brion avoit entonné bien dévotement
avec tous nos Laguais , les
Litanies de la Vierge . Tout cela fe
paffa, comme vous pouvés croire,
en même tems , & en moins de rien.
Mr de Turenne qui avoit une petite
D'A VRI L. 75
épée à ſon côté , l'avoit auffi tirée ,
& après avoir regardé , comme je
vous ai déja dit , il fe tourna vers
moi de l'air dont il eut donné une
bataille , & me dit ces paroles :
Allons voir ces gens - là. Quels
gens lui repartis- je ? Et dans la vérité,
n'appercevant rien à caufe de
ma mauvaiſe vûe , je croyois que
tout le monde eur perdu le fens.
Il me répondit , effectivement je
crois que ce pouroit bien être des
Diables. Comme nous avions déja
fait cinq ou fix pas du côté de la
CHANNERIE, & que nous étions
par conféquent plus proches du Spetacle
, je commençai à appercevoir
quelque chofe , & ce qui m'en
parut , fut une longue Proceffion
de Phantômes noirs , qui me donna
dabord plus d'émotion , qu'elle
n'en avoit caufé à Mr de Turenne ,
mais qui ,par la réflexion que je fis ',
que j'avois long-tems cherché des
Efprits , & qu'apparemment j'en
trouvois en ce lieu , me fit faire
an mouvement plus vif que les
Gij
76
LE MERCURE
manieres de Mr de Turenne ne
lui permettoient de faire. Je fis
deux ou trois fauts vers la Proceffion
Les gens du carroffe qui
croyoient que nous étions aux
mains avec tous les Diables , poufferent
un grand cri , & ce ne fut pourtant
pas eux qui eurent le plus de
frayeur. Les pauvres Auguftins Réformés
, que l'on apelle les Capucins
Noirs , qui étoient nos Diables
d'imagination , voyans venir à eux
deux hommes qui avoient l'épée
à la main , l'ûrent tres-grande ; &
l'un d'eux fe détachant de la troupe
, nous cria , Meffieurs , nous
fommes de pauvres Religieux , ne
faifins de mal à perfonne , & qui
dans venous nous rafraichir un peu
la Riviere pour notre fanté. Nous
retournâmes au carroffe Mr de
Turenne & moi , avec des éclats
de rire , que vous vous pouvés
imaginer, & nous fîmes, lui & moi ,
dés ce moment -même , deux réflexions
que nous nous communiquâ
mes dés le lendemain matin . Il me
D'AVRIL.. 77
jura que la premiere apparition de
ces phantômes imaginaires lui avoir
donné de la joye , quoiqu'il eur
toujours crû auparavant qu'il auroit
peur , s'il voyoit jamais quelque
chofe d'éxtraordinaire ; &,
je lui avouai que la premiere vûë
m'avoit ému , quoique j'euffe fouhaité
toute ma vie de voir des
Efprits. La feconde réflexion que
nous fimes , fut ; que tout ce que
nous voyons dans la vie de la plûpart
des hommes, eit faux, M de
Turenne me jura , qu'il n'avoit fenti
aucune émotion : Il convint que
j'avois eût fujet de croire par fon
regard fi fixe , & fon mouvement
flent , qu'il en avoit eû beaucoup .
Je lui confeffai que j'en avois eû
dabord , & il me protetta , qu'il avoit
juré fur fon falut , que je n'avois
eu que du courage & de la gayété .
Qui peut donc croire la vérité ,
que ceux qui l'ont fentie ; & le
Président de Thou a eu raifon de
dire , qu'il n'y a de véritables Hitoires
, que celles qui ont été écri→
↑
G iij
78 LE MERCURE
tes par des Hommes qui ont été
afles fincéres , pour parler véritablement
d'eux - mêmes. Ma Morale
ne tire aucun mérite de cette fincérité
; car je trouve une fatisfaction
fi fenfible à vous rendre compre
de tous les replis de mon ame ,
& de ceux de mon coeur , que que la
raifon à mon égard , a beaucoup
moins de part , que le plaifir dans
la Religion , & l'exactitude que
j'ay pour la Vérité. Ezany ..
Mile de Vendôme conçût un mépris
inconcevable pour le pauvre
Brion , qui en effet avoit fait voir
auffi de fon côté dans cette avanture
une foib'elle inimaginable . Elle
s'en mocqua avec moi , dès que
nous fumes rentrez en caroffe , &
me dit : Je fens , à l'estime que je fais
de la valeur , que je fuis petite Fille
de Henry le Grand . Il faut que
vous ne craigniez rien, puifque vous
n'avez pas eu peur en cette occafion.
J'ay eû peur , lui répondis-je ,
Mile , mais comme je ne fuis pas
a dévot que Brion , mapeur n'a pas
D'AVRIL . 79
que
rourné du côté des Litanies. Vous
n'en n'avez point eû , me réponditelle
; & je crois que vous ne croyez
pas aux Diables : car M de Turenne
qui est bien brave , a été bien
émû lui même , & il n'alloit pas fi
vîte que vous. Je vous confeffe
cette diftinction , qu'elle mit entre
Mr de Turenne & moi , me plût .
& me fit naître la penſée d'hazarder
quelque douceur . Je lui dis donc ;
l'on peut croire le Diable fans le
craindre, il y a des choſes au monde
plus terribles. Et quoi ? repritelle.
Elles le font fi fort que l'on n'o
feroit même les nommer , lui répondis-
je Elle m'entendit bien à ce
qu'elle m'a confeffé depuis mais
elle n'en fit pas femblant. Elle fe
remit dans la converfation publique,
l'on defcendit à l'Hôtel de Vendome
, & chacun s'en retourna chez
foir
Voici deux autres Avantures qui
m'ont frappé , non , par leurs Circonftances
, mais par les fuites qu'-
elle's eurent.
80 LE MERCURE
Le Cardinal de Richelieu étant
mort , le Roy ratifia les Legs que ce
Miniftre avoit fait des Charges &
des Gouvernemens : il careffa tous.
fes Proches il maintint dans le
Ministére toutes fes Créatures , &
il affecta de recevoir affez mal tous
ceux qui avoient été mál avec lui.,
Je fus le feul Privilegié. Lorfque
Mr l'Archevêque de Paris me préfenta
au Roy , il me traita , je ne
dis pa s feulement honnêtement ,
mais avec une diftinction qui fur..
prit & qui étonna tout le monde ..
Il me parla de mes Etudes , de mes,
il
Sermons ; & il me fit même des
railleries douces & obligeantes . Il
me commanda de lui faire ma Cour
toutes les femaines . Voici les raifons
de ce bon traitement , que nous
ne fçûmes nous-mêmes que la veille
de fa mort, qu'il les dit à la Reine.
Ces deux raifons font deux avantures
qui m'arivérent au fortirduCol.
lege, & defquelles je ne vous ay pas.
parlé , parce que je n'ai pas crû ,
que n'ayant aucun raport à rien.
D'AVRIL 81
par elle -mêmes
, elles méritaffent
Teulement
vôtre réfléxion
. Je fuis
obligé
de les expofer
en ce lieu , parce que je trouve
que la fortune
leur a donné plus de fuite fans com. paraifon
, qu'elles
n'en devoient
avoir naturellement
.....
Un peu aprés que je fus forti
du College , le Valet de Chambre
de mon Gouverneur trouva chez
une miférable Epingliére une Niéce
de 14 ans qui étoit d'une beauté
furprenante. Il l'acheta pour moy
cinquante Piſtoles ; aprés me l'avoir
fait voir , il lui loua une Maiſon
à Issı , il mit fa foeur auprés d'Elle,
& j'y allai le lendemain qu'elle y fut
logée. Je la trouvai dans un abattement
extrême , & je n'en fus point
furpris , parce que je l'attribuai à
la pudeur. J'y trouvai quelque chofe
le lendemain de plus , qui fut,
une raifon encore plus furprenante
& plus extraordinaire que fa beauté
, & c'étoit beaucoup dire . Elle
me parla fagement , faintement ,
& fans emportement ; Toure -
82 LE MERCURE
fois elle ne pleura qu'autant
qu'elle ne pût s'en empêcher. Elle
craignoit fa Tante à un point qui
me fit pitié. J'admirai fon efprit,
& aprés j'admirai fa Vertu. Je la
preffois autant qu'il le falut pour
'éprouver: j'eu honte pour moi même.
J'attendis la nuit pour la mettre
dans mon carroffe . Je la menai à
ma Tante de Megnelay , qui la mit
dans un Convent , où elle mourut S
ou 10 ans aprés, en réputationde Sainteté
. Ma Tante , à qui cette fille avoua
que les menacesde l'Epingliere
l'avoient fi fort intimidée , qu'elle
auroit fait tout ce que j'aurois
voulu , fut fi touchée de mon
procédé , qu'elle alla dés le lendemain
, le conter à M¹ de Lizieux ,
qui le dit, le jour-même , au Roy à
fon dîné. Voilà la premiere de ces
deux avantures ; la feconde ne fut
pas de même nature , mais elle ne
fit pas un moindre effet dans l'ef
prit du Roy.
Un An avant cette premiere Avanture
, j'étois allé courre le Cerf &
D'AVRIL. 83
Fontainebleau , avec la Meutte de
Mr de Souvray. Comme mes Chevaux
étoient fort las , je pris la pofte
pour revenir à Paris. Etant mieux
monté que mon Gouverneur , &
qu'un Valet de chambre qui couroit
avec moi , j'arrivai le premier
à Juvify, & je fis mettre ma Selle
fur le meilleur Cheval que j'y trouvai.
Couteneau Capitaine de la petite
Compagnie des Chevaux - Legers
du Roy , brave , mais extravagant
, qui venoit de Paris auffi en
pofte , commanda à un Palfrenier
d'ôter ma Selle , & d'y mettre la
fienne. Je m'avançai , en lui difant,
que j'avois retenu le Cheval ; &
comme il me voyoit un petit colet
uni & un habit fimple , il me prit
pour ce que j'étois en effet , c'est-àdire
, pour un Ecolier , & il ne me
répondit que par un foufflet , qu'il
me donna à tour de bras , & qui me
mit tout en fang. Je mis l'epée à la
main , & lui auſſi , & dés le premier
coup que nous nous portâmes , il
tomba , le pied lui ayant gliffé ; &
84 LE MERCURE
comme il donna de la main , en fe
voulant foûtenir,contre un morceau
de bois pointu , fon épée s'en alla
auffi de l'autre côté. Je me reculai
deux pas , & lui dis de reprendre
fon épée ; il le fit , mais ce fut
par la pointe ; car il m'en préfenta
la garde en me demandant un million
de pardons. Il les redoubla
bien ; quand mon Gouverneur fut
arrivé , qui lui dit qui j'étois : il retourna
fur fes pas , & alla conter au
Roy , avec lequel il avoit une très
grande liberté , toute cette petite
Hiftoire elle lui plût , & il s'en
fouvint en tems & lieu , comme
vous l'allez voir.
Le bon traitement que je recevois
du Roy , fit croire à mes proches
, que l'on pourroit peut - être
trouver quelque ouverture pour
moi à laCoadjutorerie deParis . Ils y
trouvérent dabord beaucoup de difficulté
dans l'efprit de mon Oncle ,
très petit , & par conféquent jaloux
& difficile. Ils le gagnerent par le
moyen d'Efita fon Avocat & de
Coeuret
D'AVRI L. st
Coeuretfon Aumônier, mais ils firent
enmême tems une faute qui rompit,
au moins pour ce coup , leurs mefures.
Ils firent éclater contre mon
fentiment , le confentement de Mr
de Paris , & ils fouffrirent même .
que la Sorbonne , les Curez & le
Chapitre lui en fillent des remercîmens.
Cette conduite eut beaucoup
d'éclat , mais elle en cur
trop. Mr le Cardinal Mazarin ,
Defnoyers & Chavigny en prirent
fujet de me traverfer , en difant au
Roy,qu'il ne falloit pas accoûtumer
les Corps à fe défigner eux mêmes
des Archevêques : De forte que Mr
le Maréchal de Schomberg , qui
avoit épousé enpremieres Noces ma
Coufine germaine , ayant voulu
fonder le Gué , n'y trouvà aucun
jour. Le Roy lui répondit avec
beaucoup de bonté pour moi , mais
que j'étois trop jeune , & que l'affaire
avoit fait trop de bruit avant
que d'aller à lui ; & autres chofes ....
Le Roy mourut .... Mt de Beauvais
.. prit la figure de premier
Avril 1717. H
86. LE MERCURE
Miniftre , & demanda dés les premiers
jours aux Hollandois , qu'ils
fe convertiffent à la Religion Romaine
, s'ils vouloient demeurer
dans l'Alliance de France. La Reine
eut honte de cette momerie du
Miniftre. Elle me commanda d'aller
offrir de fa part , la premiere
place à mon pere , & voyant qu'il
refufoit obítinément de fortir de fa
Célule des Peres de l'Oratoire ,
Elle fe mit entre les mains de Mr
le Cardinal Mazarin. Vous pouvés
juger qu'il ne me fut pas difficile
de trouver ma place dans ces
premiers momens , dans lefquels
d'ailleurs l'on ne refufoit rien
Madame de Megnelay & Mr de
Lizieux demanderent la Coadjutorerie
pour moi , & la Reine
leur refufà , difant qu'elle ne l'accorderoit
qu'à mon pere , qui ne
vouloit point du tout paroître au
Louvre. Il y vint enfin une unique
fois. La Reine lui dit publiquement
qu'elle avoit reçû ordre du
feu Roy , la veille de fa mort
...
de
D'AVRIL. 87
me la faire expédier , & qu'il lui
avoit dit en préfence de Mr de
Lizieux , qu'il m'avoit toujours eû
dans l'efprit depuis les deux avantures
, de l'Epingliere & de Couteneau.
Quel raport de ces deux
bagatelles à l'Archevêché de Paris :
Et voilà toutefois comme la plupart
des chofes fe font.
J'efpere , Monfieur ; que les Extraits
que je vous fournirai du fe
cond Livre de cet excellent Ouvra
ge , vous feront encore plus de
plaifir. Vous pourrés en difpofer ,
comme de vôtre bien propre, & les
inferer dans votre Mercure , Je me
ferai toujours un plaifir de vous témoigner
& c.
Fermer
3877
p. 87-103
NOUVELLE DE PARIS.
Début :
Le 28. jour de Pâques, le Roy ayant été préparé la [...]
Mots clefs :
Duc, Marquis, Prince, Roi de France, Régent, Maréchal, Charges, Nominations, Gouvernement, Pensions, Compagnie, Chambre, Cérémonie, Magnificence, Gentilhommes, Ambassadeurs, Princesses, Paroisse, Garde du corps, Pâques, Aumônier, Honneur, Rentes, Cour, Conseils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE DE PARIS.
NOUVELLES DE PARIS.
L
E 28.jour de Pâques , le Roy
ayant été préparé la veille
par Mr l'Abbé Fleury fon Confeffeur
, fe confeffa à lui pour la premiere
fois . Il rempliten Roy Tres-
Hji
88 LE MERCURE
*
CHRETIEN , ce devoir de Religion
, avec tout le recueillement ,
& l'édification poffible.
Le même jour , le Roy fit rendre
les Pains- benis à l'Eglife de Saint
Germain l'Auxerrois fa Paroiffe
par M l'Abbé du Cambou l'un
de fes Aumôniers , en Rochet : S.
M. voulut voir de fon Balcon la
marche de cette Cérémonie , qui
étoit tres - magnifique ; il y avoit
huit Pains ornés de Banderoles aux
Armes de France & de Navarre ,
portés par 16 Suiffes de la Garde ,
précédés des Trompetes , Timbales ,
Haut- bois & Tambours , accompagnés
de plufieurs Officiers du Roy.
Mr du Cambou alla à l'Offrande
avec un Cierge garni de Louisd'Or
Il fit plufieures libéralités
aux Quéteufes .
Mde Ducheffe de Berry le fit
rendre auffi le même jour , à l'Eglife
de Saint Sulpice fa Paroiffe ,
par M l'Abbé de Partenai l'un
de fes Aumôniers , en Rochet . Il y
avoit pareillement huit Pains-benis
D'AVRIL. 89
ornés des Banderoles aux Armes de
Berry & d'Orleans , portés par 16
Suiffes , précédés de 12 valets -de-
Pied , 8 Haut-bois , 8 Trompettes ,
des Tambours & Timbales : Cet
Aumônier alla à l'Offrande , avec
un Cierge tout piqué de Louis :
Il fit beaucoup de charités aux
Quéteufes & aux Pauvres. Cette
Princeffe entendit ce jour - là la
Meffe & les Vêpres aux Carmelites
de la rue de Grenelle.
Merle Duc d'Orleans fit rendre auifi
8 Pains - benis , avec les mêmes
Cérémonies à S. Euftache fa Paroiffe.
On annonça le matin à la Cour ,
la mort de M de Briffac Lieutenant
des Gardes du Corps , de la
Compagnie de Villeroy , & Gouverneur
de Guife , arrivée à minuit.
J'oubliai de vous informer , que
M. le Duc Régent avoit accordé ces
jours paffés , trois Brevets de Confeillerd'Etat
, l'un à Ml'Archevêque
de. Cambrai , les deux autres à
Mr le Comte de Chiverni , & à
•
H jii
༡༠ LE MERCURE
Mr le Marquis de Canillac.
Le 29 , M Binet le Cadet
Perruquier & Barbier du Roy
mourut âgé de
35 ans .
Le Lundy de Pâques , Mde
Sallo Abbelle des Cordelieres ,
rentra dans fon Convent , fuivant
l'Arrêt du Parlement rendu en fa,
faveur ; toutes les Religieufes de ſa
Communauté
vinrent au devant
d'elle , pour la recevoir.
Le 30 , Mile Cardinal Archevêque
de Paris , s'étant rendu à l'Abbaye
Royale de Chelles , donna
le Voile blanc à la Princeffe Louïfe-
Adelaïde . d'Orleans Cadette de
Madame Ducheffe de Berry : Cette
Cérémonie fe fit à huis clos , en
préſence de Madame la Ducheffe
d'Orleans .
Ce matin avant la Meffe , le Roy
a donné la premiere Audience à
Mr le Comte de Kinigſegg Ambaſfadeur
de l'Empereur , étant conduit
par M le Marquis de Magny
* Née le 13 Aouft , 1698.
D'AVRIL. ' 91
Introducteur des Ambaffadeurs ;
Mr le Maréchal d'Uxelles y étoit
préfent , comme Sécrétaire des
Affaires Etrangères. Aprés la Meffe ,
tous les Miniftres Etrangers s'y font
trouvés. Mt le Nonce en fortit le
dernier.
MB le Duc Régent a écrit une
Lettre Circulaire à tous les Prélats
du Royaume , pour les éxhorter à
la Paix.
Le 31 , Mr le Duc de Villeroy
ayant vû S. A. R. à 11 heures &
demie , on fçût un moment aprés ,
que Mr de la Boulaye le plus ancien
des Enfeignes de la Compagnie
de Villeroy , étoit monté à la
Lieutenance de feu M'de Briffac,
& que la Brigade du défunt avoit
été accordée au Marquis du Palais
Colonel de Cavalerie réformé , à
la fuite du Régiment du Mayne.
Le Roy allant à ſon Diner , reçûr
l'avis , que la Reine d'Eſpagne
étoit hûreufement accouchée le 21
d'un fecond Prince. A trois heures,
le Prince de Cellamaré Ambaffa-
A jiii
92
LE MERCURE
deur d'Efpagne en vint apporter la
confirmation à S. M. On fçût que
cet Infant , qui eft le cinquième de
la Maiſon Royale , avoit été ondoyé,&
nommé Don Francifco . Au
départ du Courier , le Prince &
la Reine fe portoient bien. Le
Prince Cellamaré prépare une
Fête magnifique pour la Naiffance
de cet Infant.
On a eu avis que M. Burlet premier
Medecin de S. M. C. revenoit
d'Espagne.
Le premier Avril , on a vû
relever les Quartiers des Gardes
du Corps & des Chevaux LEGERS .
M. le Duc de Chaulnes Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux LEGERS , accompagné de
fept ou huit Maréchaux des Logis ,
vint faire fa Cour au Roy.
Le 2 , MADAME fe fit feigner ,
pour rémédier à une efpéce d'affoupiffement
, dont elle fe fent incommodée.
S. M. y envoya M. Roland
un de fes Gentils - Hommes ordilui
faire fes Compli- . pour
naires
mens .
D'AVRIL .
93
•
M. le Marquis d'Albergotti a laiffé
par fa mort , une riche Succeffion ;
il joüiffoit de 80000 livres de Rentes
, Sçavoir le Gouvernement de
Sar-Louis de 20000 livres , une
Penfion de 10000 livres , comme
Lieutenant General , fon Regiment
Royal Italien de 30000 livres , &
de biens confidérables en Italie.
Il a inftitué M. le Marquis d'Albergotti
fon Neveu , héritier de tout
ce qu'il poffedoir en France ; pour
fes biens d'Italie , il les a abandonné
à fes Neveux qui font restés
au delà des Monts.
Mr le Prince de Talmont de la
Tremouille , Coufin Germain de
Madame , Oncle à la mode de Bretagne
de MB LE DUC REGENT , a
obtenu le Gouvernement de Sar-
Louis de 20 mille livres de rentes;
en fuivant les difpofitions de la Régence
, il a abandonné une Penfion
de 12 mille livres fur l'Etat,
parce que on prétend éteindre toutes
les Penfionsjufqu'à ce qu'elles
foient réduites àla fomme de deux
94
LE MERCURE
millions.
Le Roy a donné ce matin le
Gouvernement de Guife follicité
par tous les Lieutenants Généraux
& Maréchaux de Camp , à Mr le
Marquis de Hautefort , le plus ancien
des Lieutenants Généraux, qui
n'avoit que 6000 mille livres de
Penfion , comme Lieutenant Général
. Elle demeure éreinre au profit
du Roy , fuivant le Réglement
de la Régence , qui porte que ,
quand on fera des Graces aux Penfionnaires
qui excéderont leurs
Penfions , elles feront . fupprimées ..
M8 le Duc Régent a fait l'Eloge
de Mr le Marquis de Hautefort ,
en difant aux Perfonnes qui l'en font
venuës remercier , que c'étoit une
juftice , & non une grace , qui étoit
due aux Services de cet Officier.
Mr Pelletier de Souzy , Ancien.
Confeiller du Confeil Royal des
Finances , qui n'entroit au Confeil
de Régence que lorfqu'il y étoit appellé
, a reçû aujourd'hui l'honneur
de l'entrée à tous les Confeils de
- Régence .
D'AVRIL
55
Le 4. jour de Quasimodo , Mi
le Duc du Maine fit offrir fix
Pains Benis à Saint Germain de
l'Auxerrois fa Parroiffe , avec les
Cérémonies ordinaires .
Madame vint voir le Roy , qui
avoit voulû prévenir certe Princeffe
; mais Elle pria S. M. de ne
lui point faire cet honneur , parce
qu'Elle ne fe trouvoit pas en affez
bon état pour la rçevoir.
Mr l'Evêque de Fréjus , Précepteur
du Roy , a été défigné par
l'Académie Françoife , pour remplacer
feu M de Callieres .
A deux heures & demie , on vit en
trer dans lesŢuilleries Mile Duc de
Chaulnes , & Mr le Vidame d'Amiens
fon fils,à la tête desChevaux-
Legers de Quartier. Mr le Maréchal
de Villeroy étant monté à Cheval
, vint recevoir le Serment de
fidelité de M le Vidame , pour
la Charge de Capitaine Lieutenant
de cette Compagnie , recû
en furvivance de M le Duc de
95 LE MERCURE
Chaulnes fon pere ; il en a prêté
Serment de fidélité entre les mains
du Roy, en prefence de Mer le
Duc Regent. S. M. étant fur le Balcon
de la Salle des Cent Suiffes,
a eû la confidération de ne faire fai-.
re aucun mouvement à cette Brigade
, à caufe de la pluye .
M. le Duc d'Orleans eft entré
enfuite au Cenfeil de Régence , le
premier qui s'eft tenu depuis les
Fêtes.
M. le Prince de Conty ût féance
pour la premiere fois dans ce Confeil
, où il fut inftalé par S. A. R.
Les , M. du Liboys Gentil-Homme
seront fort diftingué par
fon mérite , a été choiſi pour aller
recevoir le CZAR fur la Frontiere
& l'accompagner jufques à Paris.
Il y a un ordre du Roy , de traiter
ce Prince par tout avec Cérémonie.
Le Sieur Bocquet Maître
d'Hôtel de M. le Marquis de
de Livry , a été chargé de faire la
dépenfe de la Table : ce Prince
fera défrayé aux dépens du Roy ,
dés
D'AVRIL. 97
dés le moment qu'il mettra le pied
fur les Terres de France.
د
Mr le Commandeur de Belle-
Fontaine ancien Officier de confidération
, a été nommé General
des Galeres du Pape avec l'agrément
du Grand Maître qui lui a
témoigné par une Lettre fort obligeante
, la part qu'il prénoit de le
voir dans un Pofte où il ne lui
laifferoit manquer de rien.
Le 6 , on préfenta à S. M. dix
Oifeaux pour la Fauconerie , que
le Roy de DANEMARC a envoyé
; ils font des plus forts &
des plus beaux que l'on ait vû en
France .
Le même jour , M. l'Abbé Landy
Envoyé Extraordinaire de M. le
Duc de Parme , ût fa premiere
Audience publique du Roy ; il fut
reçû dans le grand Cabinet , le Roy
étant debout ; ce qui ne fe pratiquoit
pas fous le Gouvernement des
Femmes. S. M.recevant pour lors indifferemment
, Ambaffadeurs & Envoyez
dans fon Fauteuil , fur fon
Avril 1717. I
98 LE MERCURE
Trône ; mais M. le Maréchal de
Villeroy a remis les chofes en régle .
Mr de Conflans Marquis d'Armentieres
, premier Gentil - Homme
de la Chambre de M. le Duc
d'Orleans mourut le
dans une
de fes Terres : Sa Charge a paffé
fur la tête de Mr le Marquis de
Conflans fon frere , qui payera
vingt mille écus à la Veuve , dont
le fils qui n'a que huit ans , aura la
Charge en furvivance , aprés la
mort de Monfieur fon Oncle.
La Charge de Maître de la Garde-
Robe de S. A. R. , qui vaquoit
depuis près d'un an , par la mort
de Mr le Marquis de Breauté , a
été accordée gratis à Mr le Comte
de Nocé ; c'eft un Préfent de 50000
écus.
Mr le Marquis de Pluvaut qui
eft auffi revêtu d'une femblable
Charge , a été honoré d'un Brevet
de Premier Gentil-Homme de la
Chambre de M. le Duc Regent ,
avec l'agrément de vendre la premiere.
D'AVRIL. 99
Sur les 3. heures S. M. alla faire
vifite au Palais Royal : le Roy s'étant
mis proche la glace d'une des
portieres , pour mieux voir , M.
le Duc du Maine fe plaça immédiatement
auprès du Roy, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
M. le Duc du Maine . M. le Duc
de Villeroy , comme Capitaine
des Gardes , étoit fur le devant ,
avec M. le Premier.
Le 7 , M. le .Cardinal de
Noailles vint voir le Roy .
Le8 , M. le Premier Préfident
de Mefnars préfenta au Roy M. de
Maupoux à qui il a vendu fa Char
ge de Préfident à Mortier , fept
cens mille livres , dont l'Acquereur
ne jouira cependant qu'après la
mort du Vendeur , à qui il donne
a préfent deux cens mille livres
comptant ; & le jour qu'il l'exercera
, foit par la inort de M. de Mefnars
, où par celle d'un Préfident
à Mortier , il payera les 500 autres
mille livres.
Le 9 , M. Grillet Chef de Bri-
Lij
100 LE MERCURE
gade dans les Gardes du Corps ,
frere de feu M. de Briffac , a obtenu
une gratification de deux mille
livres par chacun an.
Hier , on fit un Service folemnel
& magnifique dans la Paroiffe
de S. Euftache , pour feu Mr le
Marquis d'Albergotti.
M. le Marquis de Silly s'étant excufé
de fuivre M. le Prince de
Dombes en Hongrie , M. le Marquis
d'Eftrades s'eft préfenté en fa
place avec fon fils ; S. M. en confidération
de cette démarche , lui
a accordé un Brevet de retenuë
de 100000 livres fur la mairie de
Bourdeaux , dont il avoit été gratifié
à la mort de M. le Maréchal de
Montrevel , & qui avoit été poffedée
précédemment par le feu
Maréchal d'Eftrades.
M. l'Evêque de Soiffons s'eft préfenté
le 10 , devant le maître Autel
de la Catédrale de Reims , pour
faire fon Serment , en qualité de
premier Suffragant de cet Archevêché
.
D'AVRIL . 101
Le 10 , M. le Marquis d'Alincour
fils de Mr le Duc de Villeroy ,
partit pour aller fervir en Hongrie.
Le 12 , M de Sommery fous-
Gouverneur de S. M. , ût l'honneur
de faire manger le Roy , à
la place de M. le Maréchal de
Villeroy , qui avoit pris ce jour- là,
médecine .
M. le Comte du Luc arrivales ,
de fon Ambaffade de Vienne en
Autriche ; il a été obligé de garder
la Chambre à caufe de fes incommodités,
il a été vifité de toute
la Cour.
Le 14 , on ût avis que le feu
ayant pris dans une Hôtellerie de
Châlons en Champagne , où étoient
les Equipages de M. le Prince de
Dombes , il y avoit perdu feize
Chevaux , huit de Maitre , &
huit de Palfreniers. M. le Duc
du Maine a donné ordre qu'on réparat
promptement le dommage
caufé par le feu , il a renvoyé quatre
beaux Chevaux Anglois , & M.
le Comte de Toulouze a fuplée au
refte.
Iiij
102 LE MERCURE
pour
M. le Duc de la Force & M.
Pelletier des Forts font nommez ,
entendre les raiſons de ceux
qui fe plaignent d'avoit été furtaxés
à la Chambre de Juftice . Le
premier examinera les Rolles Impairs
, & le fecond les Pairs. C'eſtà-
dire qu'ils ont partagé l'Ouvrage .
M. le Duc de la Force ayant le 1,
le 3: le s , le e Rôlle &c. Et
Mr des Forts ayant le 2 , 4. 6.8 .
ainfi jufqu'au 19e.
Mgr le Duc Régent a gratifié
M. Coepel fameux Peintre, de toutes
les prérogatives accordées à feu
M. Jouvenet ; outre la qualité de
Gentil- homme qui lui a été conférée
; ce Prince a ajouté une Penfion
de 2500 livres , & une autre
de soo livres à fon fils , qui fuit de 500
fort prés м. fon pere dans fon Art .
3
Il y a tous les Dimanches & Fêtes,
Toillette chez Madame Ducheffe
de Berry à midy ; M le Nonce
les Ambaffadeurs & Minifttes Etrangers
s'y trouvent régulièrement avec
quantité de Seigneurs & de Dames;
D'AVRIL. 103 •
ce qui forme la Cour la plus nom
breuſe & la plus brillante de l'Eu
rope .
L
E 28.jour de Pâques , le Roy
ayant été préparé la veille
par Mr l'Abbé Fleury fon Confeffeur
, fe confeffa à lui pour la premiere
fois . Il rempliten Roy Tres-
Hji
88 LE MERCURE
*
CHRETIEN , ce devoir de Religion
, avec tout le recueillement ,
& l'édification poffible.
Le même jour , le Roy fit rendre
les Pains- benis à l'Eglife de Saint
Germain l'Auxerrois fa Paroiffe
par M l'Abbé du Cambou l'un
de fes Aumôniers , en Rochet : S.
M. voulut voir de fon Balcon la
marche de cette Cérémonie , qui
étoit tres - magnifique ; il y avoit
huit Pains ornés de Banderoles aux
Armes de France & de Navarre ,
portés par 16 Suiffes de la Garde ,
précédés des Trompetes , Timbales ,
Haut- bois & Tambours , accompagnés
de plufieurs Officiers du Roy.
Mr du Cambou alla à l'Offrande
avec un Cierge garni de Louisd'Or
Il fit plufieures libéralités
aux Quéteufes .
Mde Ducheffe de Berry le fit
rendre auffi le même jour , à l'Eglife
de Saint Sulpice fa Paroiffe ,
par M l'Abbé de Partenai l'un
de fes Aumôniers , en Rochet . Il y
avoit pareillement huit Pains-benis
D'AVRIL. 89
ornés des Banderoles aux Armes de
Berry & d'Orleans , portés par 16
Suiffes , précédés de 12 valets -de-
Pied , 8 Haut-bois , 8 Trompettes ,
des Tambours & Timbales : Cet
Aumônier alla à l'Offrande , avec
un Cierge tout piqué de Louis :
Il fit beaucoup de charités aux
Quéteufes & aux Pauvres. Cette
Princeffe entendit ce jour - là la
Meffe & les Vêpres aux Carmelites
de la rue de Grenelle.
Merle Duc d'Orleans fit rendre auifi
8 Pains - benis , avec les mêmes
Cérémonies à S. Euftache fa Paroiffe.
On annonça le matin à la Cour ,
la mort de M de Briffac Lieutenant
des Gardes du Corps , de la
Compagnie de Villeroy , & Gouverneur
de Guife , arrivée à minuit.
J'oubliai de vous informer , que
M. le Duc Régent avoit accordé ces
jours paffés , trois Brevets de Confeillerd'Etat
, l'un à Ml'Archevêque
de. Cambrai , les deux autres à
Mr le Comte de Chiverni , & à
•
H jii
༡༠ LE MERCURE
Mr le Marquis de Canillac.
Le 29 , M Binet le Cadet
Perruquier & Barbier du Roy
mourut âgé de
35 ans .
Le Lundy de Pâques , Mde
Sallo Abbelle des Cordelieres ,
rentra dans fon Convent , fuivant
l'Arrêt du Parlement rendu en fa,
faveur ; toutes les Religieufes de ſa
Communauté
vinrent au devant
d'elle , pour la recevoir.
Le 30 , Mile Cardinal Archevêque
de Paris , s'étant rendu à l'Abbaye
Royale de Chelles , donna
le Voile blanc à la Princeffe Louïfe-
Adelaïde . d'Orleans Cadette de
Madame Ducheffe de Berry : Cette
Cérémonie fe fit à huis clos , en
préſence de Madame la Ducheffe
d'Orleans .
Ce matin avant la Meffe , le Roy
a donné la premiere Audience à
Mr le Comte de Kinigſegg Ambaſfadeur
de l'Empereur , étant conduit
par M le Marquis de Magny
* Née le 13 Aouft , 1698.
D'AVRIL. ' 91
Introducteur des Ambaffadeurs ;
Mr le Maréchal d'Uxelles y étoit
préfent , comme Sécrétaire des
Affaires Etrangères. Aprés la Meffe ,
tous les Miniftres Etrangers s'y font
trouvés. Mt le Nonce en fortit le
dernier.
MB le Duc Régent a écrit une
Lettre Circulaire à tous les Prélats
du Royaume , pour les éxhorter à
la Paix.
Le 31 , Mr le Duc de Villeroy
ayant vû S. A. R. à 11 heures &
demie , on fçût un moment aprés ,
que Mr de la Boulaye le plus ancien
des Enfeignes de la Compagnie
de Villeroy , étoit monté à la
Lieutenance de feu M'de Briffac,
& que la Brigade du défunt avoit
été accordée au Marquis du Palais
Colonel de Cavalerie réformé , à
la fuite du Régiment du Mayne.
Le Roy allant à ſon Diner , reçûr
l'avis , que la Reine d'Eſpagne
étoit hûreufement accouchée le 21
d'un fecond Prince. A trois heures,
le Prince de Cellamaré Ambaffa-
A jiii
92
LE MERCURE
deur d'Efpagne en vint apporter la
confirmation à S. M. On fçût que
cet Infant , qui eft le cinquième de
la Maiſon Royale , avoit été ondoyé,&
nommé Don Francifco . Au
départ du Courier , le Prince &
la Reine fe portoient bien. Le
Prince Cellamaré prépare une
Fête magnifique pour la Naiffance
de cet Infant.
On a eu avis que M. Burlet premier
Medecin de S. M. C. revenoit
d'Espagne.
Le premier Avril , on a vû
relever les Quartiers des Gardes
du Corps & des Chevaux LEGERS .
M. le Duc de Chaulnes Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux LEGERS , accompagné de
fept ou huit Maréchaux des Logis ,
vint faire fa Cour au Roy.
Le 2 , MADAME fe fit feigner ,
pour rémédier à une efpéce d'affoupiffement
, dont elle fe fent incommodée.
S. M. y envoya M. Roland
un de fes Gentils - Hommes ordilui
faire fes Compli- . pour
naires
mens .
D'AVRIL .
93
•
M. le Marquis d'Albergotti a laiffé
par fa mort , une riche Succeffion ;
il joüiffoit de 80000 livres de Rentes
, Sçavoir le Gouvernement de
Sar-Louis de 20000 livres , une
Penfion de 10000 livres , comme
Lieutenant General , fon Regiment
Royal Italien de 30000 livres , &
de biens confidérables en Italie.
Il a inftitué M. le Marquis d'Albergotti
fon Neveu , héritier de tout
ce qu'il poffedoir en France ; pour
fes biens d'Italie , il les a abandonné
à fes Neveux qui font restés
au delà des Monts.
Mr le Prince de Talmont de la
Tremouille , Coufin Germain de
Madame , Oncle à la mode de Bretagne
de MB LE DUC REGENT , a
obtenu le Gouvernement de Sar-
Louis de 20 mille livres de rentes;
en fuivant les difpofitions de la Régence
, il a abandonné une Penfion
de 12 mille livres fur l'Etat,
parce que on prétend éteindre toutes
les Penfionsjufqu'à ce qu'elles
foient réduites àla fomme de deux
94
LE MERCURE
millions.
Le Roy a donné ce matin le
Gouvernement de Guife follicité
par tous les Lieutenants Généraux
& Maréchaux de Camp , à Mr le
Marquis de Hautefort , le plus ancien
des Lieutenants Généraux, qui
n'avoit que 6000 mille livres de
Penfion , comme Lieutenant Général
. Elle demeure éreinre au profit
du Roy , fuivant le Réglement
de la Régence , qui porte que ,
quand on fera des Graces aux Penfionnaires
qui excéderont leurs
Penfions , elles feront . fupprimées ..
M8 le Duc Régent a fait l'Eloge
de Mr le Marquis de Hautefort ,
en difant aux Perfonnes qui l'en font
venuës remercier , que c'étoit une
juftice , & non une grace , qui étoit
due aux Services de cet Officier.
Mr Pelletier de Souzy , Ancien.
Confeiller du Confeil Royal des
Finances , qui n'entroit au Confeil
de Régence que lorfqu'il y étoit appellé
, a reçû aujourd'hui l'honneur
de l'entrée à tous les Confeils de
- Régence .
D'AVRIL
55
Le 4. jour de Quasimodo , Mi
le Duc du Maine fit offrir fix
Pains Benis à Saint Germain de
l'Auxerrois fa Parroiffe , avec les
Cérémonies ordinaires .
Madame vint voir le Roy , qui
avoit voulû prévenir certe Princeffe
; mais Elle pria S. M. de ne
lui point faire cet honneur , parce
qu'Elle ne fe trouvoit pas en affez
bon état pour la rçevoir.
Mr l'Evêque de Fréjus , Précepteur
du Roy , a été défigné par
l'Académie Françoife , pour remplacer
feu M de Callieres .
A deux heures & demie , on vit en
trer dans lesŢuilleries Mile Duc de
Chaulnes , & Mr le Vidame d'Amiens
fon fils,à la tête desChevaux-
Legers de Quartier. Mr le Maréchal
de Villeroy étant monté à Cheval
, vint recevoir le Serment de
fidelité de M le Vidame , pour
la Charge de Capitaine Lieutenant
de cette Compagnie , recû
en furvivance de M le Duc de
95 LE MERCURE
Chaulnes fon pere ; il en a prêté
Serment de fidélité entre les mains
du Roy, en prefence de Mer le
Duc Regent. S. M. étant fur le Balcon
de la Salle des Cent Suiffes,
a eû la confidération de ne faire fai-.
re aucun mouvement à cette Brigade
, à caufe de la pluye .
M. le Duc d'Orleans eft entré
enfuite au Cenfeil de Régence , le
premier qui s'eft tenu depuis les
Fêtes.
M. le Prince de Conty ût féance
pour la premiere fois dans ce Confeil
, où il fut inftalé par S. A. R.
Les , M. du Liboys Gentil-Homme
seront fort diftingué par
fon mérite , a été choiſi pour aller
recevoir le CZAR fur la Frontiere
& l'accompagner jufques à Paris.
Il y a un ordre du Roy , de traiter
ce Prince par tout avec Cérémonie.
Le Sieur Bocquet Maître
d'Hôtel de M. le Marquis de
de Livry , a été chargé de faire la
dépenfe de la Table : ce Prince
fera défrayé aux dépens du Roy ,
dés
D'AVRIL. 97
dés le moment qu'il mettra le pied
fur les Terres de France.
د
Mr le Commandeur de Belle-
Fontaine ancien Officier de confidération
, a été nommé General
des Galeres du Pape avec l'agrément
du Grand Maître qui lui a
témoigné par une Lettre fort obligeante
, la part qu'il prénoit de le
voir dans un Pofte où il ne lui
laifferoit manquer de rien.
Le 6 , on préfenta à S. M. dix
Oifeaux pour la Fauconerie , que
le Roy de DANEMARC a envoyé
; ils font des plus forts &
des plus beaux que l'on ait vû en
France .
Le même jour , M. l'Abbé Landy
Envoyé Extraordinaire de M. le
Duc de Parme , ût fa premiere
Audience publique du Roy ; il fut
reçû dans le grand Cabinet , le Roy
étant debout ; ce qui ne fe pratiquoit
pas fous le Gouvernement des
Femmes. S. M.recevant pour lors indifferemment
, Ambaffadeurs & Envoyez
dans fon Fauteuil , fur fon
Avril 1717. I
98 LE MERCURE
Trône ; mais M. le Maréchal de
Villeroy a remis les chofes en régle .
Mr de Conflans Marquis d'Armentieres
, premier Gentil - Homme
de la Chambre de M. le Duc
d'Orleans mourut le
dans une
de fes Terres : Sa Charge a paffé
fur la tête de Mr le Marquis de
Conflans fon frere , qui payera
vingt mille écus à la Veuve , dont
le fils qui n'a que huit ans , aura la
Charge en furvivance , aprés la
mort de Monfieur fon Oncle.
La Charge de Maître de la Garde-
Robe de S. A. R. , qui vaquoit
depuis près d'un an , par la mort
de Mr le Marquis de Breauté , a
été accordée gratis à Mr le Comte
de Nocé ; c'eft un Préfent de 50000
écus.
Mr le Marquis de Pluvaut qui
eft auffi revêtu d'une femblable
Charge , a été honoré d'un Brevet
de Premier Gentil-Homme de la
Chambre de M. le Duc Regent ,
avec l'agrément de vendre la premiere.
D'AVRIL. 99
Sur les 3. heures S. M. alla faire
vifite au Palais Royal : le Roy s'étant
mis proche la glace d'une des
portieres , pour mieux voir , M.
le Duc du Maine fe plaça immédiatement
auprès du Roy, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
M. le Duc du Maine . M. le Duc
de Villeroy , comme Capitaine
des Gardes , étoit fur le devant ,
avec M. le Premier.
Le 7 , M. le .Cardinal de
Noailles vint voir le Roy .
Le8 , M. le Premier Préfident
de Mefnars préfenta au Roy M. de
Maupoux à qui il a vendu fa Char
ge de Préfident à Mortier , fept
cens mille livres , dont l'Acquereur
ne jouira cependant qu'après la
mort du Vendeur , à qui il donne
a préfent deux cens mille livres
comptant ; & le jour qu'il l'exercera
, foit par la inort de M. de Mefnars
, où par celle d'un Préfident
à Mortier , il payera les 500 autres
mille livres.
Le 9 , M. Grillet Chef de Bri-
Lij
100 LE MERCURE
gade dans les Gardes du Corps ,
frere de feu M. de Briffac , a obtenu
une gratification de deux mille
livres par chacun an.
Hier , on fit un Service folemnel
& magnifique dans la Paroiffe
de S. Euftache , pour feu Mr le
Marquis d'Albergotti.
M. le Marquis de Silly s'étant excufé
de fuivre M. le Prince de
Dombes en Hongrie , M. le Marquis
d'Eftrades s'eft préfenté en fa
place avec fon fils ; S. M. en confidération
de cette démarche , lui
a accordé un Brevet de retenuë
de 100000 livres fur la mairie de
Bourdeaux , dont il avoit été gratifié
à la mort de M. le Maréchal de
Montrevel , & qui avoit été poffedée
précédemment par le feu
Maréchal d'Eftrades.
M. l'Evêque de Soiffons s'eft préfenté
le 10 , devant le maître Autel
de la Catédrale de Reims , pour
faire fon Serment , en qualité de
premier Suffragant de cet Archevêché
.
D'AVRIL . 101
Le 10 , M. le Marquis d'Alincour
fils de Mr le Duc de Villeroy ,
partit pour aller fervir en Hongrie.
Le 12 , M de Sommery fous-
Gouverneur de S. M. , ût l'honneur
de faire manger le Roy , à
la place de M. le Maréchal de
Villeroy , qui avoit pris ce jour- là,
médecine .
M. le Comte du Luc arrivales ,
de fon Ambaffade de Vienne en
Autriche ; il a été obligé de garder
la Chambre à caufe de fes incommodités,
il a été vifité de toute
la Cour.
Le 14 , on ût avis que le feu
ayant pris dans une Hôtellerie de
Châlons en Champagne , où étoient
les Equipages de M. le Prince de
Dombes , il y avoit perdu feize
Chevaux , huit de Maitre , &
huit de Palfreniers. M. le Duc
du Maine a donné ordre qu'on réparat
promptement le dommage
caufé par le feu , il a renvoyé quatre
beaux Chevaux Anglois , & M.
le Comte de Toulouze a fuplée au
refte.
Iiij
102 LE MERCURE
pour
M. le Duc de la Force & M.
Pelletier des Forts font nommez ,
entendre les raiſons de ceux
qui fe plaignent d'avoit été furtaxés
à la Chambre de Juftice . Le
premier examinera les Rolles Impairs
, & le fecond les Pairs. C'eſtà-
dire qu'ils ont partagé l'Ouvrage .
M. le Duc de la Force ayant le 1,
le 3: le s , le e Rôlle &c. Et
Mr des Forts ayant le 2 , 4. 6.8 .
ainfi jufqu'au 19e.
Mgr le Duc Régent a gratifié
M. Coepel fameux Peintre, de toutes
les prérogatives accordées à feu
M. Jouvenet ; outre la qualité de
Gentil- homme qui lui a été conférée
; ce Prince a ajouté une Penfion
de 2500 livres , & une autre
de soo livres à fon fils , qui fuit de 500
fort prés м. fon pere dans fon Art .
3
Il y a tous les Dimanches & Fêtes,
Toillette chez Madame Ducheffe
de Berry à midy ; M le Nonce
les Ambaffadeurs & Minifttes Etrangers
s'y trouvent régulièrement avec
quantité de Seigneurs & de Dames;
D'AVRIL. 103 •
ce qui forme la Cour la plus nom
breuſe & la plus brillante de l'Eu
rope .
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3878
p. 103-113
ARTICLE DES SPECTACLES
Début :
Le 7 du mois dernier, l'Academie Royale de Musique représenta [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Tragédie, Auteurs de musique, Opéra, Versificateur, Fable, Ariane , Minos, Minotaure, Thésée, Crète, Princesse, Jalousie, Hyménée , Athéniens, Vaisseau, Labyrinthe, Actes, Comédiens italiens
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texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES
ARTICLE DES SPECTACLES
E l'Aca-
Ldemie Royale de Mufique repréfenta
pour la prémiére fois
ARIANE , Tragédie nouvelle .
M. Roy & M. de la Grange font
Auteurs du Poëme..
Le fieur Mouret eft Auteur de
la Mufique.
Cet Opéra n'a pas été accueilli
favorablement du Public. Je crois
néanmoins qu'on fera bien aiſe d'en
voir le Plan.
Les Auteurs du Poëme me permettront
, s'il leur plaît , de dire
en général , qu'il s'en faut beaucoup
que la Fable de leur Piéce
réponde à la haute espérance que
le Public avoit concuë de leur
union. Il n'étoit pas cependant poffible
que deux Verfificateurs de leur
104 LE MERCURE
mérite ne répandiffent dans l'ouvra.
ge commun , grand nombre de traits
marqués au coin du Génie. Auffi
peut-on dire qu'il n'y a aucun Acte
dans lequel on ne trouve des Morceaux
faillants , des graces neuves,
des hardieffes heureufes mais cela
ne fuffit pas pour fauver un Ouvrage
dont le tiffu n'est pas induf
trieux ; rien ne rachette le vice d'une
Fable qui viole les bienfeances
ou qui pêche contre la vrai -femblance
, telle eft la Fable d'Ariane .
FABLE DE LA TRAGEDIE
d'Ariane.
ANDROGE'E fils de Minos
ayant été affaffiné par les Athéniens
; les Crétois arment contre
les Coupables , & les forcent par
un Traité de Paix ,à livrer tous les
ans , certain nombre d'Athéniens ,
pour être dévorez par le Minotaure
afin de venger la mort d'Androgée
.
THESE'E Voulant affranchir les
D'AVRI L. 105
Athéniens de ce barbare Tribut ,
forme une Ligue puiffante. Vingt
Roys fes Alliez , s'embarquent avec
lui pour defcendre en Créte :
la Flotte conféderée et battue
de la Tempête ; tout l'Armement
périt , & le feul Vaiffeau qui
porte Théfée eft jetté par les vents
au Port de Sydonie en Créte.
MINOS eft parti pour fe faire
livrer les Victimes Athéniénes , il a
deffendu en partant qu'on laiffât entrer
aucun Etranger dans le Port .
ARIANE reçoit Théfée , &
quoiquelle ne voye en lui qu'un
Etranger fans nom , elle s'enfâmme
pourcet inconnu d'une violente
paffion.
On annonce le retour de Minos.
en Créte , Ariane dit à l'Etranger
de fuir la colere de Minos .
Lorfque je vous permis d'entrer
dans fes Etats.
وو
Je trahis fa Loy fouveraine.
Minos arrive au Port avec les
Captifs Athéniens. Peribée Princeffe
Athéniene , deftinée à l'Hy106
LE MERCURE
men de Thefée , eft au nombre des
Captifs.Minos à conçu une violente
paffion pour cette Princeffe ; il compâtit
à fon fort , & charge Ariane
de propofer à la Princeffe captive ,
de fauver fes jours en époufant Minos
Ariane s'acquite de cette
Commiffion , mais Peribée refiftant
courageufement à cette offre , on la
conduit avec les autres Captifs au
Tombeau d'Androgée , pour y être
immolée . Lorsqu'on eft fur le point
de faire ce Sacrifice Théfée
arrive feul , qui aprend aux Athéniens
qu'il a forcé la Garde , pour
accourir à leur fecours , & dit à Péribée
& aux autres Captifs , de le
fuivre & de prendre les armes des
Soldats qu'il vient de tuer à la
Porte ; les Captifs nomment Théfée
& le fuivent fans obftacle.
>
Ariane qui aprend que l'Etranger
qu'elle aime , eft Thefée , &
qu'elle a dans Péribée une Rivale ,
pour qui fon Amant foupçonné d'ingratitude
, vient d'ofer tant hazarder,
Ariane , dis -je , fe livre aux fureurs
de la jaloufie .
D'AVRIL. 107
Quoique Théfée & les Captifs faffent
des prodiges de valeur , ils font
néanmoins vaincus par les Troupes
de Minos , & remis dans les fers ;
Minos témoin du courage de Péribée
, s'eft de plus en plus enflâmé
pour Elle. Il propofe à Péribée de
T'époufer , à cette condition il s'engage
de faire grace aux Athéniens ,
& de les délivrer à jamais du Tribut
annuel . Péribée , pour fauver
Théfée & fa Patrie, accepte la main
de Minos , réfoluë de fe donner la
mort,aprés avoir fauvé l'un& l'autre
Les Epoux arrivent à l'Autel
de l'Hymen pour fe jurer la
Foy mutuelle . Les ferments de
Minosfont interrompus
par l'Ombre
d'Androgée
, qui exige une
Victime unique , que le fort doit
choifir entre les Captifs .
On prépare une Urne où les Athéniens
Captifs doivent mettre leur
nom. Théfée fubftitue le fien à celui
de Peribée.
Peribée qui a fû de Théfee même.
qu'il s'expofe pour elle , im108
LE MERCURE
plore la Juftice de Minos , & le prie
envain de la rendre à fon fort , en
fauvant Thefée . Le fort fatal
tombe fur Thefée .
Ariane émuë du danger de fon
Amant, s'emflâmme d'autant plus
pour lui , qu'elle a fû de lui même ,
que le devoir feul & non l'Amour,
l'a forcé à fe dévouer pour Peribée
, elle médite de le fécourir ,
s'il eft poffible.
On conduit la Victime au Labirinthe
, pour y être dévorée par le
Minotaure . Ariane trouve le moïen
d'armer Théfée, & met tout fon
efpoir dans le courage du Héros .
Elle prend toutefois la précaution
de faire préparer un Vaiffeau prés
du Rivage deftiné à le conduire
àAthènes aprés la mort du Monftre .
Thefte fort vainqueur du Labirin .
the , Ariane qui fe trouve à fa rencontre
, le preffe de s'embarquer
dans le Vaiffeau préparé. Thefée
ne peut fe réfoudre , comme galant
homme , de laiffer Ariane en proïe
aux fureurs de Minos. Envain il
l'invite .
DAVRIL. 109
l'invite , il la preffè à fuir avec lui.
Peribée arrive avec empreffement
& avertit Thefée , que Minos vient
avec des Troupes pour ſe faifir de
lui. Minos paroît dans l'inftant même
, & fait éclarer fa fureur contre
Ariane. Un nuage épais envelope
fort à propos Ariane & Thefée ,
& les tranfporte dans le Vaiffeau
qui doit les ramener à Athenes .
Venus qui a operé ce prodige .
infulte à Minos , & découvre à Peribée
la trahifon de Thefée.
Peribée fe donne la mort , & Minos
défefpéré appelle la foudre
qui , à fon commandement , réduit
le Labirinthe en cendres.
Les perfonnes qui n'ont point lû
ce Poëme, pourront aifément juger
de fa conftitution , par le tiflu dont
je viens de donner l'extrait. Du
refte , le Poëme étoit femé de quantité
de traits qui font honneur aux
deux Poëtes affuciez . Peut- on rien
de plus noble que ce que dir
Thefée inconnu à Ariane dans la
2e Scene du 1er Acte ? aprés la dé-
Avril , 1717.
>
K
110 LE MERCURE
claration d'amour qu'il a fait à
cette Princeffe , qui en témoigne
fon indignation par ces paroles.
Qu'entens- je , quel difcours ?
,, On reconnoît ainfi les bontés
d'Ariane . "
THESE E LUI REPOND ,
,, Il n'eft plus tems de fuir. D'un
Amour malheureux ,
Vous avez percé le мyftere :
,, Vous m'avez fait parler , quand
j'ai voulu me taire .
,, Ma mort doit prévénir vos ordres
rigoureux ;
"> Mais avant ce moment , on pourra
me connoître :
,, Et mes derniers foûpiis juftificront
peut-être ,
La témérité de mes feux .
Minos frapé d'admiration pour le
courage héroïque de Peribée qu'il
avûà la tête de fes Compagnes ,
deffendant les jours de Thefée
s'exprime ainfi dans la 2e Scene ,
D'AVRIL. 111
du troifiéme Acte .
17
J'ai vu la fureur dans les Graces ,
" J'ai vû la beauté même effrayer
mes regards,
" J'ai vu cette Princeffe & terrible
& charmante ,
19
A côté de Thefée , imiter fes
exploits.
Elle fe montroit à la fois
Et fa Rivale & fon Amante.
La Scene 4º du 4º Acté eſt tout à
fait touchante & bien dialoguée ,
comme il faudroit la tranfcrire toute
entiere ; je fuis obligé d'y renvoyer
mon Lecteur , afin de paffer à
quelque autre Article.
La Mufique de cet Opera eft de
M. Mouret , Auteur de la mufique.
des Fêtes de Thalie. Le Public
a grand penchant à l'abfoudre ; il
eft tres -digne de cette indulgence.
Cet Opera a été relevé par HYPER.
MNESTRE remife au Théatre , avec
un se Acte fubftitué à l'ancien ;
on y a fait encore d'autres changemens
que l'on a jugé neceffaires .
Kij
D'AVRIL.
En tout cas on repere actuellement
TANCREDE, qui fera fuivi des
Fêtes Corinthiennes , Balet que
l'on prépare pour le commencement
de Juin. Les Paroles font de м.
AUTEREAU , & la мufique de м.
CAMPRA.
Les Comediens Italiens jouérent
le 7 du mois pour la premiere
fois , fur le Téatre de l'Hôtel de
Bourgogne , la pauvreté de Renauld
de Montauban , Comedie
tirée de l'Espagnole , à laquelle le
Public ne fit pas un favorable accueil.
Le Samedy onze, les Comediens
François donnerent la premiere
Réprefentation de SEMIRAMIS
Tragédie de M. de Crebillon. On
en a d'abord dit du moins autant
de mal , que de bien ; c'eſt l'allure
ordinaire . Malgré ce partage de
fentimens , elle fut continuée le
Lundi , le mercredi fuivant & le
Jeudi : Elle fut jouée avec fuccez ,
en préfence de la Cour fur le Théaue
du Palais Royal : ce qui fait
D'AVRIL. II3
préfumer qu'elle fe foûtiendra malgré
la critique. Mile Defiarts qui
fait le Rôle de SEMIRAMIS , m'en
eft caution : D'ailleurs , le Rôle
D'AGENOR qui eft le dominant
de la Piéce , & fenfément executé
par M. Beaubourg , ne contribuera
pas peu à la maintenir . Je
m'abftiendrai donc d'hazarder mon
jugement, jufques à ce qu'elle foit
imprimée , ou dévolte à la Troupe.
C'est une Loi que je me fuis impofée
, à laquelle je ferai fort religieux
par la fuite. On doit ces égards
aux Auteurs , tant que leur Piéce
eft en vigueur ; après quoi , il eſt
du devoir du Mercure d'en rendre
compte au Public , en faifant un
examen équitable fur les differentes
parties qui entrent dans l'oeconomie
d'un ouvrage de Théatre .
E l'Aca-
Ldemie Royale de Mufique repréfenta
pour la prémiére fois
ARIANE , Tragédie nouvelle .
M. Roy & M. de la Grange font
Auteurs du Poëme..
Le fieur Mouret eft Auteur de
la Mufique.
Cet Opéra n'a pas été accueilli
favorablement du Public. Je crois
néanmoins qu'on fera bien aiſe d'en
voir le Plan.
Les Auteurs du Poëme me permettront
, s'il leur plaît , de dire
en général , qu'il s'en faut beaucoup
que la Fable de leur Piéce
réponde à la haute espérance que
le Public avoit concuë de leur
union. Il n'étoit pas cependant poffible
que deux Verfificateurs de leur
104 LE MERCURE
mérite ne répandiffent dans l'ouvra.
ge commun , grand nombre de traits
marqués au coin du Génie. Auffi
peut-on dire qu'il n'y a aucun Acte
dans lequel on ne trouve des Morceaux
faillants , des graces neuves,
des hardieffes heureufes mais cela
ne fuffit pas pour fauver un Ouvrage
dont le tiffu n'est pas induf
trieux ; rien ne rachette le vice d'une
Fable qui viole les bienfeances
ou qui pêche contre la vrai -femblance
, telle eft la Fable d'Ariane .
FABLE DE LA TRAGEDIE
d'Ariane.
ANDROGE'E fils de Minos
ayant été affaffiné par les Athéniens
; les Crétois arment contre
les Coupables , & les forcent par
un Traité de Paix ,à livrer tous les
ans , certain nombre d'Athéniens ,
pour être dévorez par le Minotaure
afin de venger la mort d'Androgée
.
THESE'E Voulant affranchir les
D'AVRI L. 105
Athéniens de ce barbare Tribut ,
forme une Ligue puiffante. Vingt
Roys fes Alliez , s'embarquent avec
lui pour defcendre en Créte :
la Flotte conféderée et battue
de la Tempête ; tout l'Armement
périt , & le feul Vaiffeau qui
porte Théfée eft jetté par les vents
au Port de Sydonie en Créte.
MINOS eft parti pour fe faire
livrer les Victimes Athéniénes , il a
deffendu en partant qu'on laiffât entrer
aucun Etranger dans le Port .
ARIANE reçoit Théfée , &
quoiquelle ne voye en lui qu'un
Etranger fans nom , elle s'enfâmme
pourcet inconnu d'une violente
paffion.
On annonce le retour de Minos.
en Créte , Ariane dit à l'Etranger
de fuir la colere de Minos .
Lorfque je vous permis d'entrer
dans fes Etats.
وو
Je trahis fa Loy fouveraine.
Minos arrive au Port avec les
Captifs Athéniens. Peribée Princeffe
Athéniene , deftinée à l'Hy106
LE MERCURE
men de Thefée , eft au nombre des
Captifs.Minos à conçu une violente
paffion pour cette Princeffe ; il compâtit
à fon fort , & charge Ariane
de propofer à la Princeffe captive ,
de fauver fes jours en époufant Minos
Ariane s'acquite de cette
Commiffion , mais Peribée refiftant
courageufement à cette offre , on la
conduit avec les autres Captifs au
Tombeau d'Androgée , pour y être
immolée . Lorsqu'on eft fur le point
de faire ce Sacrifice Théfée
arrive feul , qui aprend aux Athéniens
qu'il a forcé la Garde , pour
accourir à leur fecours , & dit à Péribée
& aux autres Captifs , de le
fuivre & de prendre les armes des
Soldats qu'il vient de tuer à la
Porte ; les Captifs nomment Théfée
& le fuivent fans obftacle.
>
Ariane qui aprend que l'Etranger
qu'elle aime , eft Thefée , &
qu'elle a dans Péribée une Rivale ,
pour qui fon Amant foupçonné d'ingratitude
, vient d'ofer tant hazarder,
Ariane , dis -je , fe livre aux fureurs
de la jaloufie .
D'AVRIL. 107
Quoique Théfée & les Captifs faffent
des prodiges de valeur , ils font
néanmoins vaincus par les Troupes
de Minos , & remis dans les fers ;
Minos témoin du courage de Péribée
, s'eft de plus en plus enflâmé
pour Elle. Il propofe à Péribée de
T'époufer , à cette condition il s'engage
de faire grace aux Athéniens ,
& de les délivrer à jamais du Tribut
annuel . Péribée , pour fauver
Théfée & fa Patrie, accepte la main
de Minos , réfoluë de fe donner la
mort,aprés avoir fauvé l'un& l'autre
Les Epoux arrivent à l'Autel
de l'Hymen pour fe jurer la
Foy mutuelle . Les ferments de
Minosfont interrompus
par l'Ombre
d'Androgée
, qui exige une
Victime unique , que le fort doit
choifir entre les Captifs .
On prépare une Urne où les Athéniens
Captifs doivent mettre leur
nom. Théfée fubftitue le fien à celui
de Peribée.
Peribée qui a fû de Théfee même.
qu'il s'expofe pour elle , im108
LE MERCURE
plore la Juftice de Minos , & le prie
envain de la rendre à fon fort , en
fauvant Thefée . Le fort fatal
tombe fur Thefée .
Ariane émuë du danger de fon
Amant, s'emflâmme d'autant plus
pour lui , qu'elle a fû de lui même ,
que le devoir feul & non l'Amour,
l'a forcé à fe dévouer pour Peribée
, elle médite de le fécourir ,
s'il eft poffible.
On conduit la Victime au Labirinthe
, pour y être dévorée par le
Minotaure . Ariane trouve le moïen
d'armer Théfée, & met tout fon
efpoir dans le courage du Héros .
Elle prend toutefois la précaution
de faire préparer un Vaiffeau prés
du Rivage deftiné à le conduire
àAthènes aprés la mort du Monftre .
Thefte fort vainqueur du Labirin .
the , Ariane qui fe trouve à fa rencontre
, le preffe de s'embarquer
dans le Vaiffeau préparé. Thefée
ne peut fe réfoudre , comme galant
homme , de laiffer Ariane en proïe
aux fureurs de Minos. Envain il
l'invite .
DAVRIL. 109
l'invite , il la preffè à fuir avec lui.
Peribée arrive avec empreffement
& avertit Thefée , que Minos vient
avec des Troupes pour ſe faifir de
lui. Minos paroît dans l'inftant même
, & fait éclarer fa fureur contre
Ariane. Un nuage épais envelope
fort à propos Ariane & Thefée ,
& les tranfporte dans le Vaiffeau
qui doit les ramener à Athenes .
Venus qui a operé ce prodige .
infulte à Minos , & découvre à Peribée
la trahifon de Thefée.
Peribée fe donne la mort , & Minos
défefpéré appelle la foudre
qui , à fon commandement , réduit
le Labirinthe en cendres.
Les perfonnes qui n'ont point lû
ce Poëme, pourront aifément juger
de fa conftitution , par le tiflu dont
je viens de donner l'extrait. Du
refte , le Poëme étoit femé de quantité
de traits qui font honneur aux
deux Poëtes affuciez . Peut- on rien
de plus noble que ce que dir
Thefée inconnu à Ariane dans la
2e Scene du 1er Acte ? aprés la dé-
Avril , 1717.
>
K
110 LE MERCURE
claration d'amour qu'il a fait à
cette Princeffe , qui en témoigne
fon indignation par ces paroles.
Qu'entens- je , quel difcours ?
,, On reconnoît ainfi les bontés
d'Ariane . "
THESE E LUI REPOND ,
,, Il n'eft plus tems de fuir. D'un
Amour malheureux ,
Vous avez percé le мyftere :
,, Vous m'avez fait parler , quand
j'ai voulu me taire .
,, Ma mort doit prévénir vos ordres
rigoureux ;
"> Mais avant ce moment , on pourra
me connoître :
,, Et mes derniers foûpiis juftificront
peut-être ,
La témérité de mes feux .
Minos frapé d'admiration pour le
courage héroïque de Peribée qu'il
avûà la tête de fes Compagnes ,
deffendant les jours de Thefée
s'exprime ainfi dans la 2e Scene ,
D'AVRIL. 111
du troifiéme Acte .
17
J'ai vu la fureur dans les Graces ,
" J'ai vû la beauté même effrayer
mes regards,
" J'ai vu cette Princeffe & terrible
& charmante ,
19
A côté de Thefée , imiter fes
exploits.
Elle fe montroit à la fois
Et fa Rivale & fon Amante.
La Scene 4º du 4º Acté eſt tout à
fait touchante & bien dialoguée ,
comme il faudroit la tranfcrire toute
entiere ; je fuis obligé d'y renvoyer
mon Lecteur , afin de paffer à
quelque autre Article.
La Mufique de cet Opera eft de
M. Mouret , Auteur de la mufique.
des Fêtes de Thalie. Le Public
a grand penchant à l'abfoudre ; il
eft tres -digne de cette indulgence.
Cet Opera a été relevé par HYPER.
MNESTRE remife au Théatre , avec
un se Acte fubftitué à l'ancien ;
on y a fait encore d'autres changemens
que l'on a jugé neceffaires .
Kij
D'AVRIL.
En tout cas on repere actuellement
TANCREDE, qui fera fuivi des
Fêtes Corinthiennes , Balet que
l'on prépare pour le commencement
de Juin. Les Paroles font de м.
AUTEREAU , & la мufique de м.
CAMPRA.
Les Comediens Italiens jouérent
le 7 du mois pour la premiere
fois , fur le Téatre de l'Hôtel de
Bourgogne , la pauvreté de Renauld
de Montauban , Comedie
tirée de l'Espagnole , à laquelle le
Public ne fit pas un favorable accueil.
Le Samedy onze, les Comediens
François donnerent la premiere
Réprefentation de SEMIRAMIS
Tragédie de M. de Crebillon. On
en a d'abord dit du moins autant
de mal , que de bien ; c'eſt l'allure
ordinaire . Malgré ce partage de
fentimens , elle fut continuée le
Lundi , le mercredi fuivant & le
Jeudi : Elle fut jouée avec fuccez ,
en préfence de la Cour fur le Théaue
du Palais Royal : ce qui fait
D'AVRIL. II3
préfumer qu'elle fe foûtiendra malgré
la critique. Mile Defiarts qui
fait le Rôle de SEMIRAMIS , m'en
eft caution : D'ailleurs , le Rôle
D'AGENOR qui eft le dominant
de la Piéce , & fenfément executé
par M. Beaubourg , ne contribuera
pas peu à la maintenir . Je
m'abftiendrai donc d'hazarder mon
jugement, jufques à ce qu'elle foit
imprimée , ou dévolte à la Troupe.
C'est une Loi que je me fuis impofée
, à laquelle je ferai fort religieux
par la fuite. On doit ces égards
aux Auteurs , tant que leur Piéce
eft en vigueur ; après quoi , il eſt
du devoir du Mercure d'en rendre
compte au Public , en faifant un
examen équitable fur les differentes
parties qui entrent dans l'oeconomie
d'un ouvrage de Théatre .
Fermer
3879
p. 135-136
« Mr l'Abbé de Vallemont nous a donné l'Eloge de Mr le [...] »
Début :
Mr l'Abbé de Vallemont nous a donné l'Eloge de Mr le [...]
Mots clefs :
Éloge, Ouvrages, Auteur, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mr l'Abbé de Vallemont nous a donné l'Eloge de Mr le [...] »
Mr l'Abbé de Vallemont nous
a donné l'Eloge de Mr le Clerc ,
Chevalier Romain , Deffinateur ,
& Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , avec le Catalogue de fes
Ouvrages , & des Réflexions fur
quelques - uns des principaux.
Quand on a un fujet auffi hûreux
à traitter , que celui que fournit la
matiere de ce Livre , un Auteur
eft prefque toujours fûr de la réuf-
* Virg. Eglog. 3.
135 LE MERCURE
fite . On n'a donc rien à défirer du
côté de l'Ecrivain , & du grand
Homme qu'il célébre. Cujus immortalitari
.... profpexit & Sue.
Ce Livre mérite certainement d'être
lû par bien des endroits ; l'Hiftoire
feule des Ouvrages de ce fameux
Graveur ne peut qu'inftruire
& plaîre , ce n'eft pas un médiocre
avantage pour le faire lire.
C'eft un Volume in - 12 , qui
fe vend chez Nicolas Caillou .
Quay de Conty , à la Conftance ;
& chez Jean Mufier , à la defcente
du Pont- Neuf , au coin de la rue
de Névers , à l'Olivier.
a donné l'Eloge de Mr le Clerc ,
Chevalier Romain , Deffinateur ,
& Graveur ordinaire du Cabinet
du Roy , avec le Catalogue de fes
Ouvrages , & des Réflexions fur
quelques - uns des principaux.
Quand on a un fujet auffi hûreux
à traitter , que celui que fournit la
matiere de ce Livre , un Auteur
eft prefque toujours fûr de la réuf-
* Virg. Eglog. 3.
135 LE MERCURE
fite . On n'a donc rien à défirer du
côté de l'Ecrivain , & du grand
Homme qu'il célébre. Cujus immortalitari
.... profpexit & Sue.
Ce Livre mérite certainement d'être
lû par bien des endroits ; l'Hiftoire
feule des Ouvrages de ce fameux
Graveur ne peut qu'inftruire
& plaîre , ce n'eft pas un médiocre
avantage pour le faire lire.
C'eft un Volume in - 12 , qui
fe vend chez Nicolas Caillou .
Quay de Conty , à la Conftance ;
& chez Jean Mufier , à la defcente
du Pont- Neuf , au coin de la rue
de Névers , à l'Olivier.
Fermer
3880
p. 136-140
Jugement porté sur la piéce de Sanson. [titre d'après la table]
Début :
Ayant promis dans le Mercure de Mars de parler de [...]
Mots clefs :
Tragicomédie, Samson, Pièce, Théâtre, Providence, Comique, Arlequin, Philistins, Comédiens-Italiens, Spectateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Jugement porté sur la piéce de Sanson. [titre d'après la table]
Ayant promis dans le Mercure
de Mars de parler de SANSO N
Tragi- Comedie , il eft de mon
devoir d'acquiter ma parole .
Comme cette Piéce eft entre les
mains de tout le Monde , & que
d'ailleurs , felon l'Editeur même ,
c'eft un de ces Monftres dont le
D'AVRIL 137
Théatre d'Italie fut fi fertil pendant
le dernier Siécle , je crois que
ce feroit abufer de la patience du
Lecteur , que de lui en donner un
Extrait complet. Il fuffira de dire
que le fujet de cette Tragi- Comedie
n'eft autre que la délivrance
des Hebreux & la ruïne des Philiftins
; c'est là ce qui produit l'action
principale ; tout le reste n'étant
que les divers moïens employez
par la Providence pour y.parvenir,
& dans lefquels on a fuivi l'Ecriture
à la Lettre.
Qu'on ne s'attende pas d'y trouver
ni régularité , ni vray -femblance
, l'Autheur ne s'est point affujetti
aux Régles d'Ariftote , il a fuivi
un certain merveilleux , fans
s'embarraffer de la durée du tems ,
de l'unité du Lieu &c. On n'y trou
véra cependant aucun fentiment qui
démente le caractere de Sanfon ,
& qui ne lui convienne : Ce qui
a.parû de plus extraordinaire pour
les François , c'eft de voir Arlequin
efclave d'Acab , qui voulant
138 LE MERCURE
imiter Sanfon dans toutes les actions
de force qu'il lui voit operer,
repand un Comique fi bouffon dans
l'effai qu'il en fait , que les moins
fcrupuleux s'enfont formalifez . Je
n'en raporterai que deux exemples.
Aprés que la perfide DALILA
a coupé les cheveux de Sanfon endormi
, dans lefquels réfidoit le
principe furnaturel de cette force
qui auoit été fi fatalle aux Philiftins
; Arlequin s'imagine qu'en s'en
fervant en guife de Cadenettes ,
il alloit être un autre Sanfon lui.
même alors fe jettant avec con.
fiance fur la Baluftrade
pour
racher ; Aprés quelques efforts
inutils , il fe faifit d'une Lettre
qu'il déchire av c fureur . Enfuite
de cette épreuve de force ,
il, en tente une autre , il attrape
un Poulet qu'il veut mettre en quartiers
par imitation au Lyon déchiré
par Sanfon Comme il eft prêc
de le faire , le Poalet crie ; alors
touché de compaffion , il lui donne
généreufement la vie , bien enten-
:
l'ar.
D'AVRIL 139
:
du que, comme un gourmand qu'il
ett,il le deſtine pour fon fouper. Il
femble qu'aprés un compofe fibizarre
du Prophane avec le Sacré ,
on devroit trouver encoreplus étran
ge que l'on fuivît avec empreffement
une Piéce fi oppofée aux
Loix du Théatre François Voilà
précisément ce qui fait l'éloge des
Comediens Italiens , & de LELIO
en particulier ; puifque malgré
toutes ces difparates , ce dernier
Acteur faifit avec tant d'ame la
dignité de fon fujet, qu'il s'empare
de la bienveillance du fpectateur,
& lui impofe tellement par la verité
de fon jeu , que fouvent il s'attire
des applaudiffemens dans des endroits
qui feroient fiffler tout autre
Comedien. Si le Theatre Italien
a fon LELIO , la Scene Françoiſe
a Mile Defmarts par excellence ,
à qui on doit la même juftice dans
SEMIRAMIS.
Qu'il me foit permis d'hazarder
ici une Réflexion. Les Comédiens
Italiens ont mérité par la fûreté de
140 LE MERCURE
leurs talens, &par la vivacité de leur
émulation, tous les fuffrages dunt le
public a honoré leur Théatre . Le
mérite des Acteurs , a beaucoup
contribué à faire illufion à la multitude
en faveur de leurs Piéces . Les
Auteurs François font d'autant moins
tentez de critiquer ceThéatre,qu'ils
fentent mieux combien les Comedies
Italiennes font informes , comparées
aux Comedies Françoifes.
Cette distance leur eft fi évidente ,
qu'elle les fauve de toute jaloufie.
Mais je crains fort que ces abfurditez
, qui font fortune dans les Piéces
Italiennes , ne s'introduifent
enfin peu à peu dans les nôtres . Je
crois voir le Public difpofé à fe relâcher
de cette févérité infléxible
à qui nous devons la perfection de
nôtre Théatre.
de Mars de parler de SANSO N
Tragi- Comedie , il eft de mon
devoir d'acquiter ma parole .
Comme cette Piéce eft entre les
mains de tout le Monde , & que
d'ailleurs , felon l'Editeur même ,
c'eft un de ces Monftres dont le
D'AVRIL 137
Théatre d'Italie fut fi fertil pendant
le dernier Siécle , je crois que
ce feroit abufer de la patience du
Lecteur , que de lui en donner un
Extrait complet. Il fuffira de dire
que le fujet de cette Tragi- Comedie
n'eft autre que la délivrance
des Hebreux & la ruïne des Philiftins
; c'est là ce qui produit l'action
principale ; tout le reste n'étant
que les divers moïens employez
par la Providence pour y.parvenir,
& dans lefquels on a fuivi l'Ecriture
à la Lettre.
Qu'on ne s'attende pas d'y trouver
ni régularité , ni vray -femblance
, l'Autheur ne s'est point affujetti
aux Régles d'Ariftote , il a fuivi
un certain merveilleux , fans
s'embarraffer de la durée du tems ,
de l'unité du Lieu &c. On n'y trou
véra cependant aucun fentiment qui
démente le caractere de Sanfon ,
& qui ne lui convienne : Ce qui
a.parû de plus extraordinaire pour
les François , c'eft de voir Arlequin
efclave d'Acab , qui voulant
138 LE MERCURE
imiter Sanfon dans toutes les actions
de force qu'il lui voit operer,
repand un Comique fi bouffon dans
l'effai qu'il en fait , que les moins
fcrupuleux s'enfont formalifez . Je
n'en raporterai que deux exemples.
Aprés que la perfide DALILA
a coupé les cheveux de Sanfon endormi
, dans lefquels réfidoit le
principe furnaturel de cette force
qui auoit été fi fatalle aux Philiftins
; Arlequin s'imagine qu'en s'en
fervant en guife de Cadenettes ,
il alloit être un autre Sanfon lui.
même alors fe jettant avec con.
fiance fur la Baluftrade
pour
racher ; Aprés quelques efforts
inutils , il fe faifit d'une Lettre
qu'il déchire av c fureur . Enfuite
de cette épreuve de force ,
il, en tente une autre , il attrape
un Poulet qu'il veut mettre en quartiers
par imitation au Lyon déchiré
par Sanfon Comme il eft prêc
de le faire , le Poalet crie ; alors
touché de compaffion , il lui donne
généreufement la vie , bien enten-
:
l'ar.
D'AVRIL 139
:
du que, comme un gourmand qu'il
ett,il le deſtine pour fon fouper. Il
femble qu'aprés un compofe fibizarre
du Prophane avec le Sacré ,
on devroit trouver encoreplus étran
ge que l'on fuivît avec empreffement
une Piéce fi oppofée aux
Loix du Théatre François Voilà
précisément ce qui fait l'éloge des
Comediens Italiens , & de LELIO
en particulier ; puifque malgré
toutes ces difparates , ce dernier
Acteur faifit avec tant d'ame la
dignité de fon fujet, qu'il s'empare
de la bienveillance du fpectateur,
& lui impofe tellement par la verité
de fon jeu , que fouvent il s'attire
des applaudiffemens dans des endroits
qui feroient fiffler tout autre
Comedien. Si le Theatre Italien
a fon LELIO , la Scene Françoiſe
a Mile Defmarts par excellence ,
à qui on doit la même juftice dans
SEMIRAMIS.
Qu'il me foit permis d'hazarder
ici une Réflexion. Les Comédiens
Italiens ont mérité par la fûreté de
140 LE MERCURE
leurs talens, &par la vivacité de leur
émulation, tous les fuffrages dunt le
public a honoré leur Théatre . Le
mérite des Acteurs , a beaucoup
contribué à faire illufion à la multitude
en faveur de leurs Piéces . Les
Auteurs François font d'autant moins
tentez de critiquer ceThéatre,qu'ils
fentent mieux combien les Comedies
Italiennes font informes , comparées
aux Comedies Françoifes.
Cette distance leur eft fi évidente ,
qu'elle les fauve de toute jaloufie.
Mais je crains fort que ces abfurditez
, qui font fortune dans les Piéces
Italiennes , ne s'introduifent
enfin peu à peu dans les nôtres . Je
crois voir le Public difpofé à fe relâcher
de cette févérité infléxible
à qui nous devons la perfection de
nôtre Théatre.
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3881
p. 140-142
SONNET EN BOUTS RIMÉS.
Début :
J'aurois fort souhaité pouvoir insérer dans ce Receuil 50 Sonnets / Qui ne seroit charmé de ma chere .... Nabore [...]
Mots clefs :
Amant, Amour, Autel, Flacon, Carquois, Échec
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET EN BOUTS RIMÉS.
J'aurois fort fouhaité pouvoir
inférer dans ce Receuil so Sonners
au moins en Bout- Rimés, que l'on a
û la bonté de m'envoyer ; mais me
D'AVRIL. 141
trouvant trop referré par les bornes
queje me fuis prefcrites dans le nombre
de feuilles de ce Livre. Ce n'est
pas fans peine que je me vois réduit
à ne pouvoir contenter un chacun ;
ne trouvant de place que pour les
trois premiers qui m'ont efté adreffés
,je crois qu'ils plairont aux perfonnes
qui ont encore du goût pour
cette Poëfie , contre laquelle Sarrazin
a fait un Poëme , dont il attribue
l'invention à du Lor qui étoit
un fou celebre.
404 BIG BANG +47 OMG OMG OMÅ DIG 2004 GAFD
SONNET
EN BOUTS
RIMES.
Q
Ui ne feroit charmé de ma
chere Nabote
C'eſt un jeune Ortolan , c'eſt le
plus joli ..
A qui jamais Amant ait fait
Bec
.Salamalec .
Pour elle je vendrois jufques à
ma Culote.
142 MERCURE LE
Tel a des cheveux blancs cachez
fous fa • Calote.
Qui , pour s'en faire aimer , mettroit
fa bourſe à ... Sec.
Chacun de fes regards met un
coeur en / Echec.
Mais loin de s'enflamer , elle devient
Bigote.
C'eft bien ta faute, Amour , comme
un franc . . . Iroquois ,
Tu t'en vas fottement épuifer ton ..
Carquois.
Pour faire d'un vieux fage , un ef-
Cinique.
fronté ·
Viens dans le coeur d'Iris fondre
comme un . . Faucon ,
Peut - être elle t'attend ; qué ta
lenteur me . • Pique !
Viens , & fur ton Autel je brife
mon • Flacon,
inférer dans ce Receuil so Sonners
au moins en Bout- Rimés, que l'on a
û la bonté de m'envoyer ; mais me
D'AVRIL. 141
trouvant trop referré par les bornes
queje me fuis prefcrites dans le nombre
de feuilles de ce Livre. Ce n'est
pas fans peine que je me vois réduit
à ne pouvoir contenter un chacun ;
ne trouvant de place que pour les
trois premiers qui m'ont efté adreffés
,je crois qu'ils plairont aux perfonnes
qui ont encore du goût pour
cette Poëfie , contre laquelle Sarrazin
a fait un Poëme , dont il attribue
l'invention à du Lor qui étoit
un fou celebre.
404 BIG BANG +47 OMG OMG OMÅ DIG 2004 GAFD
SONNET
EN BOUTS
RIMES.
Q
Ui ne feroit charmé de ma
chere Nabote
C'eſt un jeune Ortolan , c'eſt le
plus joli ..
A qui jamais Amant ait fait
Bec
.Salamalec .
Pour elle je vendrois jufques à
ma Culote.
142 MERCURE LE
Tel a des cheveux blancs cachez
fous fa • Calote.
Qui , pour s'en faire aimer , mettroit
fa bourſe à ... Sec.
Chacun de fes regards met un
coeur en / Echec.
Mais loin de s'enflamer , elle devient
Bigote.
C'eft bien ta faute, Amour , comme
un franc . . . Iroquois ,
Tu t'en vas fottement épuifer ton ..
Carquois.
Pour faire d'un vieux fage , un ef-
Cinique.
fronté ·
Viens dans le coeur d'Iris fondre
comme un . . Faucon ,
Peut - être elle t'attend ; qué ta
lenteur me . • Pique !
Viens , & fur ton Autel je brife
mon • Flacon,
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3882
p. 143-144
A UN HOMME Qui a épousé une femme mal-faite & Bigotte. SUR LES RIMES PROPOSÉES DANS LE MERCURE DERNIER
Début :
Quand tu te résolus d'épouser ta .... Nabotte, [...]
Mots clefs :
Femme, Bigote, Échec, Carquois, Flacon, Hymen
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A UN HOMME Qui a épousé une femme mal-faite & Bigotte. SUR LES RIMES PROPOSÉES DANS LE MERCURE DERNIER
A UN HOMME
Qui a épouse unefemme malfaire
& Bigotte.
SUR LES RIMES PROPOSE'ES
DANS LE MERCURE DERNIER
Uand tu te réfolus d'époufer
ta .
Tu ne préfumois pas qu'elle avoit
bon Bec ;
Mais fitôt qu'à fes yeux tu fis
Salamalec .
Elle ſe propofa de porter la Culotte.
Vainement à préſent tu grates ta
Calote ;
I'auroit mieux valu manger ton
pain tour
Sec ,
Que d'avoir hazardé le malheureux
Echec ,
Qui te donne une femme intraitable
& • • Bigotte,
Comment, toi qui nommois les Maris
Iroquois ,
144
LE MERCURE
Qui méprifois l'Hymen , l'Amour
& fon
Carquois
,
As tu fitôt quitté ta liberté..Cinique
?
Je croyois que ton coeur léger comme
un Faucon ' ,
N'aimoit que la liqueur qui chatoüille
, qui ·
Pique ,
Et ne voudroit jamais chérir que
le • Flacon.
Qui a épouse unefemme malfaire
& Bigotte.
SUR LES RIMES PROPOSE'ES
DANS LE MERCURE DERNIER
Uand tu te réfolus d'époufer
ta .
Tu ne préfumois pas qu'elle avoit
bon Bec ;
Mais fitôt qu'à fes yeux tu fis
Salamalec .
Elle ſe propofa de porter la Culotte.
Vainement à préſent tu grates ta
Calote ;
I'auroit mieux valu manger ton
pain tour
Sec ,
Que d'avoir hazardé le malheureux
Echec ,
Qui te donne une femme intraitable
& • • Bigotte,
Comment, toi qui nommois les Maris
Iroquois ,
144
LE MERCURE
Qui méprifois l'Hymen , l'Amour
& fon
Carquois
,
As tu fitôt quitté ta liberté..Cinique
?
Je croyois que ton coeur léger comme
un Faucon ' ,
N'aimoit que la liqueur qui chatoüille
, qui ·
Pique ,
Et ne voudroit jamais chérir que
le • Flacon.
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3883
p. 145-146
« On prie les personnes qui destineront des Enigmes à l'Auteur, de ne point [...] »
Début :
On prie les personnes qui destineront des Enigmes à l'Auteur, de ne point [...]
Mots clefs :
Énigmes, Réponses, Liste de noms
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On prie les personnes qui destineront des Enigmes à l'Auteur, de ne point [...] »
On prie les perfonnes qui deftineront
des Fnigmes à l'Auteur , de
ne point omettre le Mor ; fans quoi
elles
deviendront inutiles. C'est
un
avertiffement pour celles qui
m'en ont envoyé
précédemment.
La premiere Enigme , dont le
Avril 1717.
N
146 LE MERCURE
mot eft CLISTERE , a été manquée
par les Devins les plus confommez.
A l'égard de la feconde , qui eft la
LANGUE , elle a trouvé plufieurs Oedipes
, ou pour parler plus naturellement
, le Democrite Moderne
l'a ainfi interprétée en vers.
"" C'est envain que Mercure a recours
à la plume ,
,, Quoique d'elle il tire fon plus bel
و د
ornement :
,, C'eft en vain qu'il fe fert d'un fi
cher inftrument;
>>
>>
C'eft un foible moyen pour perfuader
les Dames ,
Ce fexe dans la LANGUE y trouve
bien des charmes ,
Qu'il ne trouveroit pas dans ..
beaucoup de Volumes .
Le Philofophe Moderne , le Philofophe
en herbe , le Tranquille
Javore au Sonnet mal tourné : La
belle Louifon & fa Compagne , Mr
Planchon Conſeiller au Préfidial
de Caen & fon aimable Iris , Mrs
Gravier , Pichot & Claudin amis
du Mercure , le Préfident de S.
Gilles & tant d'autres .
des Fnigmes à l'Auteur , de
ne point omettre le Mor ; fans quoi
elles
deviendront inutiles. C'est
un
avertiffement pour celles qui
m'en ont envoyé
précédemment.
La premiere Enigme , dont le
Avril 1717.
N
146 LE MERCURE
mot eft CLISTERE , a été manquée
par les Devins les plus confommez.
A l'égard de la feconde , qui eft la
LANGUE , elle a trouvé plufieurs Oedipes
, ou pour parler plus naturellement
, le Democrite Moderne
l'a ainfi interprétée en vers.
"" C'est envain que Mercure a recours
à la plume ,
,, Quoique d'elle il tire fon plus bel
و د
ornement :
,, C'eft en vain qu'il fe fert d'un fi
cher inftrument;
>>
>>
C'eft un foible moyen pour perfuader
les Dames ,
Ce fexe dans la LANGUE y trouve
bien des charmes ,
Qu'il ne trouveroit pas dans ..
beaucoup de Volumes .
Le Philofophe Moderne , le Philofophe
en herbe , le Tranquille
Javore au Sonnet mal tourné : La
belle Louifon & fa Compagne , Mr
Planchon Conſeiller au Préfidial
de Caen & fon aimable Iris , Mrs
Gravier , Pichot & Claudin amis
du Mercure , le Préfident de S.
Gilles & tant d'autres .
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3884
p. 148-149
AUTRE.
Début :
Sans être de Divine Essence, [...]
Mots clefs :
Plume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ans être de Divine Effence ,
J'étonne & jefurprend les yeux ,
Je parcours les Airs & les Cieux .
Quoiqu'à l'humidité je doive ma
naillance.
་
Lorfque le tems m'arrache à qui
je dois le jour,
Mon fort n'eft pas d'être inutile.
Je me prête aux Mortels & j'y trouve
un azile ,
J'y fais leur gloire & leur amour.
Laire Difcorde & l'Envie ,
Les plus doux charmes de la Paix ',
La fincére Amitié, cette illuftre bannie
Empruntent, pour finir &pour naître,
mes traits.
Mes honneurs vont jufqu'à l'extréme
:
Couronner des Héros , font des brillans
emplois ,
Je préfide au repos , au Cabinet des
Rois
des
Tex
A
annie
now
語util:
trod
nce
eux,
eux,
mi
jlaleplus d'attraits traits.
6 *
D'AVRIL.. 149
Et l'on me voit fouvent où fut un
Diadême.
Ans être de Divine Effence ,
J'étonne & jefurprend les yeux ,
Je parcours les Airs & les Cieux .
Quoiqu'à l'humidité je doive ma
naillance.
་
Lorfque le tems m'arrache à qui
je dois le jour,
Mon fort n'eft pas d'être inutile.
Je me prête aux Mortels & j'y trouve
un azile ,
J'y fais leur gloire & leur amour.
Laire Difcorde & l'Envie ,
Les plus doux charmes de la Paix ',
La fincére Amitié, cette illuftre bannie
Empruntent, pour finir &pour naître,
mes traits.
Mes honneurs vont jufqu'à l'extréme
:
Couronner des Héros , font des brillans
emplois ,
Je préfide au repos , au Cabinet des
Rois
des
Tex
A
annie
now
語util:
trod
nce
eux,
eux,
mi
jlaleplus d'attraits traits.
6 *
D'AVRIL.. 149
Et l'on me voit fouvent où fut un
Diadême.
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3885
p. 149
SARABANDE.
Début :
C'est dans ces lieux qu'on voit l'Amour se plaire, [...]
Mots clefs :
Amour, Attraits, Ardeur , Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SARABANDE.
SARABANDE .
C'Eft dans
Eft dans ces lieux qu'on voit
l'Amour fe plaire ,
C'eft dans ces lieux qu'il a le plus
d'attraits :
On n'y voit point d'ardeur qui foit
légere
Pour nous
festrace
Dieu choifit
Er de ces traits la bleffure eft f
chere ,
:
Qu'on fait des voeux pour n'en
guérir jamais.
C'Eft dans
Eft dans ces lieux qu'on voit
l'Amour fe plaire ,
C'eft dans ces lieux qu'il a le plus
d'attraits :
On n'y voit point d'ardeur qui foit
légere
Pour nous
festrace
Dieu choifit
Er de ces traits la bleffure eft f
chere ,
:
Qu'on fait des voeux pour n'en
guérir jamais.
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3886
p. 175-176
A Pesaro, le 23 Mars 1717.
Début :
Le Chevalier de S. Georges qu'on apelle ici Roi d'Angleterre, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Ville, Duc, Prince, Canon, Modène, Romains, Sénateurs, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Pesaro, le 23 Mars 1717.
A Pefaro , le 23 Mars 1717 .
E Chevalier de S. Georges
qu'on apelle ici Roi d'Angleterre
, elt arrivé en cette Ville fans
aucune pompe , n'ayant pas voulu
permettre qu'on tirât le Canon le
jour de fon arrivée ; il foupa en Pu
blic, mais fans diftinction de rang
ni de place. Le Duc d'Ormond &
d'autres Seigneurs Anglois étoient à
fa Table , avec D. Carlo Albani . M
Anguifcola Vice- Legat , Mr Mofca ,
le Marquis Bufalini . Le Vice- Legat
donna le Regal . Le Chevalier de
S. Georges ne voulut être accompagné
d'aucuns Gardes dans la Salle,
il permit feulement qu'ils fuffent
devant la porte du Palais. Il n'a encore
que so. perfonnes de fa fuite ,
mais on en attend un plus grand
nombre.
Ce Prince a receu tous les hongeurs
poffibles à fon paffage
176 LE MERCURE
"
par l'Etat de Modéne , jufqu'à
fon arrivée à Boulogne , les
Ducs de Modéne & de Parme
l'ont défrayé , & l'ont regalé fplendidement.
Le premier lui a fait préfent
d'un magnifique caroffe attelé
de fix chevaux , & le fecond d'une
fomme de 12000 écus Romains,
Il partit le 13. de Modéné avec 5.
caroffes à fix chevaux , & la Garde
des Chevaux- Legers du Duc , pour
Caftel Franco , où il fut complimenté
par D. Carlo Albani , accompagné
de quatre Senateurs de cette
Ville.
E Chevalier de S. Georges
qu'on apelle ici Roi d'Angleterre
, elt arrivé en cette Ville fans
aucune pompe , n'ayant pas voulu
permettre qu'on tirât le Canon le
jour de fon arrivée ; il foupa en Pu
blic, mais fans diftinction de rang
ni de place. Le Duc d'Ormond &
d'autres Seigneurs Anglois étoient à
fa Table , avec D. Carlo Albani . M
Anguifcola Vice- Legat , Mr Mofca ,
le Marquis Bufalini . Le Vice- Legat
donna le Regal . Le Chevalier de
S. Georges ne voulut être accompagné
d'aucuns Gardes dans la Salle,
il permit feulement qu'ils fuffent
devant la porte du Palais. Il n'a encore
que so. perfonnes de fa fuite ,
mais on en attend un plus grand
nombre.
Ce Prince a receu tous les hongeurs
poffibles à fon paffage
176 LE MERCURE
"
par l'Etat de Modéne , jufqu'à
fon arrivée à Boulogne , les
Ducs de Modéne & de Parme
l'ont défrayé , & l'ont regalé fplendidement.
Le premier lui a fait préfent
d'un magnifique caroffe attelé
de fix chevaux , & le fecond d'une
fomme de 12000 écus Romains,
Il partit le 13. de Modéné avec 5.
caroffes à fix chevaux , & la Garde
des Chevaux- Legers du Duc , pour
Caftel Franco , où il fut complimenté
par D. Carlo Albani , accompagné
de quatre Senateurs de cette
Ville.
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3887
p. 180-181
De Vienne le 15 Avril 1717.
Début :
Le Poëte Rousseau si connu par ses Ouvrages, s'est acquis [...]
Mots clefs :
Poète, Esprit, Opéra, Troupe italienne, Prince, Vienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne le 15 Avril 1717.
De Vienne le 15 Avril 1717 .
Le Poëte Rouffeau fi connu par
fes Ouvrages , s'eſt acquis la réputation
d'un Homme de beaucoup
d'Efprit dans cette Cour. Il la doit
en partie aux Remarques critiques
qu'il fit fur un Opera Italien , intitulé
CONSTANTIN , qui fut joué
le 19 Novembre , en préfence de
Leurs Majeftés Impériales ; le Poëte
y ayant trouvé plufieurs défauts con .
fidérables , communiqua fes réflexions
aux Chefs de la Troupe Italienne
, qui fçurent fi bien en profiter
, que tout le monde s'apperçût
du changement dans la
Repréſentation
fuivante ; ce qui
lui
D'AVRIL. 181
lui attira beaucoup d'égards de la
part de L. M. I. du Prince Emanuel
de Portugal , & de tous les
Minifties Etrangers qui font à
Vienne .
Le Poëte Rouffeau fi connu par
fes Ouvrages , s'eſt acquis la réputation
d'un Homme de beaucoup
d'Efprit dans cette Cour. Il la doit
en partie aux Remarques critiques
qu'il fit fur un Opera Italien , intitulé
CONSTANTIN , qui fut joué
le 19 Novembre , en préfence de
Leurs Majeftés Impériales ; le Poëte
y ayant trouvé plufieurs défauts con .
fidérables , communiqua fes réflexions
aux Chefs de la Troupe Italienne
, qui fçurent fi bien en profiter
, que tout le monde s'apperçût
du changement dans la
Repréſentation
fuivante ; ce qui
lui
D'AVRIL. 181
lui attira beaucoup d'égards de la
part de L. M. I. du Prince Emanuel
de Portugal , & de tous les
Minifties Etrangers qui font à
Vienne .
Fermer
3888
p. 181-182
De Rotterdam le 4 Avril.
Début :
Le séjour de leurs Majestés Czarienes s'est abbrégé contre [...]
Mots clefs :
Tsar, Remparts, Princesse, Bâtiment, Troupes, Culture, Rotterdam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rotterdam le 4 Avril.
De
Rotterdam le 4 Avril.
Le féjour de leurs
Majeftés
Czarienes s'eft abbrégé contie nôtre
attente. Le Czat étant parti fur les
fept heures du matin pour Middelbourg
au bruit du Canon de
nos
Remparts . La Czarine n'a pas
été
acceffible pendant le féjour
qu'elle a fait ici. C'eft une belle
Princeffe , d'une taille bien prife
& au deffus de la médiocre , l'oeil vif
& ouvert , les fourcils & les cheveux
de
couleur de geay , l'air
doux, & dans fes manieres une forte
de décence dégagée des
affetteries
&
mignardifes
Européannes. Le
Czar s'eft promené par tous les Canaux
dans une Chaloupe découverte
, admirant une Ville que la Nature
&
l'induftrie ont percée de tou-
Avril 1717.
e
182 LE MERCURE
tes parts à l'avantage du Commerce.
Ce Prince s'étoit choifi un Logement
fur les BOOMTIES , pour avoir
la pleine vûe de la Meuze
qui rend nôtre Port fi magnifique
& fi commode. S. M. Cz. fe plaît
à garder quelquefois l'incognito
pour voir le train de tout ce qui fe
pafle en public & le particulier de
ce qui fe trame de plus curieux.
Ayant apperçu un Batiment Anglois
, d'une structure légere , il en
apprit toutes les dimentions jufques
à la groffeur des cordages , &
a déffiné une nouvelle maniére
d'affût qui tient le Canon en
équilibre. Rien n'échape au coup
d'oeil du Czar ; c'eft ainfi que ce
Prince tire ufage de fes momens de
loifir pour le bien de fon Empire.
Lui feul a formé une Marine puiffante
, des Troupes aguérries , un
Commerce fort étendu en un mot
la Culture la plus précieuſe , c'eſtà-
dire celle des Efprits , par l'introduction
des Arts & Fabriques
à la convenance de fon Païs .
Rotterdam le 4 Avril.
Le féjour de leurs
Majeftés
Czarienes s'eft abbrégé contie nôtre
attente. Le Czat étant parti fur les
fept heures du matin pour Middelbourg
au bruit du Canon de
nos
Remparts . La Czarine n'a pas
été
acceffible pendant le féjour
qu'elle a fait ici. C'eft une belle
Princeffe , d'une taille bien prife
& au deffus de la médiocre , l'oeil vif
& ouvert , les fourcils & les cheveux
de
couleur de geay , l'air
doux, & dans fes manieres une forte
de décence dégagée des
affetteries
&
mignardifes
Européannes. Le
Czar s'eft promené par tous les Canaux
dans une Chaloupe découverte
, admirant une Ville que la Nature
&
l'induftrie ont percée de tou-
Avril 1717.
e
182 LE MERCURE
tes parts à l'avantage du Commerce.
Ce Prince s'étoit choifi un Logement
fur les BOOMTIES , pour avoir
la pleine vûe de la Meuze
qui rend nôtre Port fi magnifique
& fi commode. S. M. Cz. fe plaît
à garder quelquefois l'incognito
pour voir le train de tout ce qui fe
pafle en public & le particulier de
ce qui fe trame de plus curieux.
Ayant apperçu un Batiment Anglois
, d'une structure légere , il en
apprit toutes les dimentions jufques
à la groffeur des cordages , &
a déffiné une nouvelle maniére
d'affût qui tient le Canon en
équilibre. Rien n'échape au coup
d'oeil du Czar ; c'eft ainfi que ce
Prince tire ufage de fes momens de
loifir pour le bien de fon Empire.
Lui feul a formé une Marine puiffante
, des Troupes aguérries , un
Commerce fort étendu en un mot
la Culture la plus précieuſe , c'eſtà-
dire celle des Efprits , par l'introduction
des Arts & Fabriques
à la convenance de fon Païs .
Fermer
3889
p. 183-184
A Cartagene le 12 Avril 1717.
Début :
On a appris par l'arrivée d'un Batiment François dans ce Port, [...]
Mots clefs :
Bâtiment, Commandant, Troupes, Maures, Retranchement , Garnison, Cartagène
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texteReconnaissance textuelle : A Cartagene le 12 Avril 1717.
A Cartagene le 12 Avril. 1717.
On a appris par l'arrivée d'un
Batiment François dans ce Port
le détail de l'Action qui s'eft paffée
le 12 Mars dernier à Ceuta . Le 、
Commandant de cette Place ayant
fait tirer un retranchement devant
la fauffe Braye, à la portée du Moufquet
, l'avoit fait fortifier de quatre
Redoutres gardées par 30 hommes
chacune . La nuit du 11 au 12 ,
les Maures au nombre de 6 mille ,
s'en approcherent fans être découverts
, & à la petite pointe du jour
ils les attaquerent & en emporterent
deux d'affaut , les deux reftantes
s'étant deffenduës jufques à huit
heures , furent pareillement emportées.
Les Troupes qui étoient
dans ces redoutes & ce retranchement,
ayant été obligées de fe retirer
dans la fauffe Braye , les Maures
enflés de ce premier fuccés , s'avancerent
pour l'attaquer , ils y entrerent
même & commençoient à s'y
Qij
184 LE MERCURE
loger : mais fur le midi , le Commandant
avec des Troupes d'élite
les attaqua fi vigoureuſement , qu’-
il les força de regagner avec précipitation
les retranchemens , d'où
ils furent encore délogés , & contrains
de fe retirer dans la derniere
confufion. Ils ont perdu dans ces
differentes attaques plus de 4000
hommes tués ou bleffés. la Garniſon
n'a û en toutes ces diverfes Actions ,
que So hommes tués & 120 de
bleflès .
On a appris par l'arrivée d'un
Batiment François dans ce Port
le détail de l'Action qui s'eft paffée
le 12 Mars dernier à Ceuta . Le 、
Commandant de cette Place ayant
fait tirer un retranchement devant
la fauffe Braye, à la portée du Moufquet
, l'avoit fait fortifier de quatre
Redoutres gardées par 30 hommes
chacune . La nuit du 11 au 12 ,
les Maures au nombre de 6 mille ,
s'en approcherent fans être découverts
, & à la petite pointe du jour
ils les attaquerent & en emporterent
deux d'affaut , les deux reftantes
s'étant deffenduës jufques à huit
heures , furent pareillement emportées.
Les Troupes qui étoient
dans ces redoutes & ce retranchement,
ayant été obligées de fe retirer
dans la fauffe Braye , les Maures
enflés de ce premier fuccés , s'avancerent
pour l'attaquer , ils y entrerent
même & commençoient à s'y
Qij
184 LE MERCURE
loger : mais fur le midi , le Commandant
avec des Troupes d'élite
les attaqua fi vigoureuſement , qu’-
il les força de regagner avec précipitation
les retranchemens , d'où
ils furent encore délogés , & contrains
de fe retirer dans la derniere
confufion. Ils ont perdu dans ces
differentes attaques plus de 4000
hommes tués ou bleffés. la Garniſon
n'a û en toutes ces diverfes Actions ,
que So hommes tués & 120 de
bleflès .
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3890
p. 184-200
RENTRÉE DES ACADEMIES DES SCIENCES ET DES BELLES LETTRES.
Début :
Le Mardy 6. l'Académie des Inscriptions & de belles Lettres s'étant [...]
Mots clefs :
Académie des inscriptions et belles-lettres, Éloge, Grammairien , Abbé, Assemblée, Dissertation sur le paganisme, Académie des sciences, Physique, Mémoire, Aimant, Auteur ancien, Nature, Philosophie, Fables, Vertus, Temples, Statues, Mahomet, Historiens, Plutarque, Expériences, Charette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RENTRÉE DES ACADEMIES DES SCIENCES ET DES BELLES LETTRES.
RENTREE DES ACADEMIES
DES SCIENCES ET DES BELLES
LETTRES .
Le Mardy 6. l'Académie des Infcriptions
& des belles1.ettres s'étant
raffemblée , Mr de Boze Sécrétaire
perpetuel lût l'Eloge de feu M
Kufter Affocié : Il entra dans un
grand détail fur les differens Ouvrages
que ce célébre Grammairien
Allemand a donné au Public.
Mr l'Abbé Anfelme fit enſuite
D'AVRI L. 185
part à l'affemblée d'une Differtation
fort étenduë fur les faux Miracles
du Paganifme. Il échapa peu
de traits curieux à cet illuftre
Académicien , j'aurois été fort tenté
d'en donner l'Extrait , mais dominé
par la quantité de matiere qui
me refte , je fuis contraint de m'en
tenir à l'annonce feule.
Mr Falconer le Fils lût enfuite une
differtation hiſtorique & critique ,
fur ce que le Anciens ont crû de
l'Aimant. La circonstance de l'hifto- .
rique & du critique met dans le
reffort de l'Académie des belles
Lettres , une matiere qui appartient
par le Phyfique à l'Academie des
Sciences . Les explications Phyfiques,
foit anciennes , foit modernes
entrent elles - mêmes , comme des
faits dans le Mémoire de M. Falconet
; mais on y voit fur tout un tableau
fçavant & curieux de l'ignorance
& de l'incertitude des premiers
Naturaliftes , auffi- bien que de
la credulité & de la prévention des
anciens peuples. M. Falconet par-
1 Qiij
136 LEMERCURE
court d'abord les noms qu'a eû
l'Aimant dans le cours des fiecles , à
proportion qu'il devenoit plus connu
& plus fameux. Le premier de ces
noms qui eft MAGNETES , fe trouve
dans les Poëfies du faux Orphée, ou
d'Onomacrite : Hippocrate l'a appellé
PIERRE MAGNESIE , Sophocle
PIERRE DE LYDIE , Platon PIERRE
D'HERACLE'E. Ces trois noms vien.
nent de la même fource , c'eft à dire
de la Ville de Magnefie , appellée
auffi Heraclée , fous le mont Sypille
enLydie; ce qui découvre en paffant
la méprife de ceux qui ont appellé
l'Aimant PIERRE D'HERCULE paral
lufion,à la force duHeros de ce nom,
au lieu de l'appeller Pierre d'Heraclée
; conformément à l'origine de
l'Aimant. Arifto e lui a fait plus
d'honneur que tous les autres , en le
nommant PIERRE par excellence :
Cependant le mot MAGNES , qui
n'a pas été le plus ufité chez les
Grecs, a paffé feul chez les Latins.
La proprieté qu'a l'Aimant d'attirer
le fer, paroît avoir été connue de
D'A VRI L. 137
tout tems , & l'onnevoit pas fa naiffan .
ce.Mais celle de repouffer lefer,felon
la difference de fes pôles , eft- beaucoup
moins répandue dans les Auteurs
unpeu anciens. Cependant Plutarque
rapporte que les Egyptiens ſe
reprefentoient l'accord ou le combat
des parties élementaires , fous
le fymbole de l'Aimant , qui tantôt
attire & tantô: repoutle le fer. Marcellus
Empyricus Medecin du grand
Theodofe Auteur peu celebre
d'ailleurs, fait mention auffi de cette
double proprieté , & ces deux paffages
font uniques chez les Anciens
pour ce fait-là ; car tous les autres
Auteurs parlent de l'Aimant qui
attire le fer, & de l'Aimant qui le
répouffe , comme de deux pierres
differentes , dont l'une s'appelloit
MAGNES , & l'autre THEAMEDES .
,
Cependant ces mêmes Anciens
avoient obfervé des Circonstances
affés fines de la vertu de l'Aimant ,
par exemple la communication de
cette vertu au fer même. L'experience
des Anneaux de fer licz
188 LE MERCURË
invifiblement les uns aux autres ,
eft décrite dans Platon. Lucrece ,
Pline , Galien , Nemefius & Saint
Auguftin en parlent . Lucrece & Saint
Auguftin ont allegué de plus la
tranfmiffion des efprits Magnetiques
à travers des Corps étrangers , comme
d'autres metaux & d'autres
pierres, & ils fçavoient l'experience
de la limaille de fer fur une plaque
de cuivre , fans la porter néanmoins
à l'exactitude que nous lui donnons .
Alexandre , Aphrodifée & Claudien
ont dit que l'Aimant & le fer fe
vivifioient mutuellement . C'est de
là que nous avons imaginé les armures
des Aimants pour les fortifier .
L'Illuftre M. Puget à Lion en
avoit un qui par ce fecours étoit en
état de foûtenir 168 fois fon propre
poids. Voilà où fe termine la connoiffance
réelle ou vraye que les
Anciens avoient de l'Aimant ; fa
vertu directrice d'où eft née la
Bouffole ne leur appartenoit point;
ainfi elle n'eit pas de ce memoire :
mais, comme nous l'avons déja dit ,
D'AVRIL. 189
l'Hiftoire des explications Phyfiques
tentées par les Anciens fur les effets
alors connus , entrent dans le deffein
préfent de M Falconet. Thales le
plus ancienPhilofophe de la Grèce ,
appelloit Ame , le Principe de la
Vertu attractive dé l'Aimant. Les
Autheurs d'imagination fe font
longtems contentez de cette idée
Poëtique . Mais l'Ecole de Pythagore
fe rendit plus difficile ; & c'eft
dans fon fein que les Leucippes , les
Philolaus , les Démocrites & les
Timées puiferent les grandes vûes
du Mécanifme. Platon qui n'a
voit à lui aucun fyftême Phyfique ,
avoit emprunté d'eux & en particulier
d'un Livre de Philolaus , l'éxplication
qu'il donne de l'Aimant
dans fon Timée ; Lucrece l'a'traitée
enfuite fur les principes particuliers
de Démocrite : mais Plutarque
l'a mife enfin dans tout fon
jour. La voici. ,, Il n'y a aucune
,, attraction dans la Nature , il s'é
lance de l'Aimant vers le fer
des Corpufcules qui rarefient
و د
190 LE MERCURE
,, l'Air : l'Air rarefié chaffe l'Air
,, voisin , qui revenant par derriere
le fer , le pouffe vers l'ai-
» mant , comme à l'endroit où il
,, y a une espece de vuide . Plutarque
ajoûte que l'Aimant n'agît que
fur le fer , parce qu'il eft le feul
des Métaux dont les pores ayent
une configuration proportionée aux
émanations de la Pierre . Les Ennemis
de la nouvelle Philofophie
combattirent d'abord l'explication
de Defcartes , comme chimerique .
Mais des qu'ils en apperçûrent des
traces dans les vieux Philofophes ,
ils la trouverent excellente & voulurent
faire paffer Descartes pour un
Plagiaire . Platon le feroit autant
que lui mais il y a cette difference
entre les vols de l'un & de l'autre,
que la Phyfique de Platon n'eft qu'-
un amas de differentes Piéces qu'on
ne fçauroit joindre , au lieu que
Descartes a fi bien lié les parties de
fa Phifique , qu'elles paroiffent toutes
de lui. Cela eft vray fur tout de
l'explication de l'Aimant , qui non
D'AVRIL. 191
feulement fatisfait chez lui & à la
Vertu attractive connuedes Anciens,
& à la directrice à laquelle ils ne
penfoient pas , mais qui de plus
entre dans le Systême du monde entier.
Mr Falconet paflant.aux Fables
qu'on a débitées fur l'Aimant , en
diftingue de deux fortes : les unes
ont quelque fondement dans la
Nature ; & les autres n'en ont
aucun. Pour commencer par les
premieres: le BergerMagnes fe fenrit
attaché à l'Aimant par les clous
de fes fouliers , en menant fes Trou.
peaux fur une Montagne fi la
Ville de Magnefie , vraye Patrie de
l'Aimant , n'indiquoit fuffifamment
l'Origine de cette Fable , nous la
refuterions par raiſon Phifique , en
difant que l'Aimant expofé à l'air &
à la pluye fur la fuperficie de la Terre,
perd bien- tôt toute fa Vertu . Cependant
Pline raconte allez ferieufement
qu'auprés du Fleuve Indus
il y a deux Montagnes , dont l'une
arrête & l'autre repouffe ceux qui
192 LE MERCURE
y vont avec
des fouliers garnis
de clous. Ce font , comme l'on
voit, les deux Poles de l'Aimant &
mal entendus & portés à un effet
outré. Les faux miracles de cette
Pierre ont été encore plus grands
dans les Villes. Le fameux Prolemée
avoit entrepris de faire revetir
d'Aimant la Voûte du Temple
d'Arfinoé , pour y fufpendre la Statue
de cette Princeffe. Pline dit que
l'Ouvrage commencé fut interrompu
par la mort de l'Architecte Dinocares
: Aufone nous donne pourtant.
la chofe comme faite. On a conté
la même merveille de la Statuë
du Soleil dans le Temple de Sera
pis à Alexandrie . Rufin qui en a
parlé le premier , ne dit point que la
Statue fut en l'air ; mais Saint Au
guftin avoit oui dire qu'elle étoit
fufpendue entre les Aimants de la
Voûte & ceux du pavé accroiffement
or.linaire du merveilleux.
Maimonides cité par Kircher ,
allégue une autre Statue du Soleil
dans la même pofition fous la voute
du
D'AVRIL 193
du Temple de Belus à Babilone ,
fans parler des Veaux de Jeroboam
fufpendus ainfi , felon le Talmud ;
ce qui fut une des principales caufes
de l'Idolatrie des Ifraëlites .
Quand les Rabbins ne feroient pas
auffi décrédités qu'ils le font en
fait d'Hiftoire , on fait d'ailleurs
qu'on n'est jamais parvenu à faire
tenir une aiguille en équilibre entre
deux Aimants , cependant il regne
encore aujourd'huy une pareille
opinion à l'égard du Tombeau de
Mahomet . Les Turcs mêmes , dit
Bernier , fe mocquent des crédules
Etrangers qui leur en parlent ;
mais Gabriel Bremond dans un
-Voyage curieux écrit en Italien ,
nous donne fur ce fait un dénoûment
qu'on peut appliquer à peu
près à tous les faits femblables de
Ï'Antiquité. ,, Au deffus duTombeau
de Mahomet , dit -il , qui eſt à
""
ر د
terre , comme il convient à un
,, Tombeau , il y a une Pierre d'Aimant
longue & large de deux
» pieds & épaiffe de trois doigts ,
Avril 17170
"
R
194 LE MERCURE
,, à laquelle eft fufpendu un Croif.
و د
,, fant d'or , enrichi de Pierreries ,
par
د د
moyen
le
eft au milieu. Voilà le merveilleux
réduit au vrai.
d'un gros clou qui
""
Les prodiges des Hiftoriens n'ont
point égalé ceux des Géographes . Il
ne coute rien à Ptolomée & aux Ara.
bes Auteurs de la Géographie Nu
bienne de faire arrêter les Vaiffeaux
dans leurs courfes par des rochers
d'Aimant qui en attiroient les cloux.
Auffi , ajoutent-ils , les Habitans des
Indes corrigez par cette expérience
n'emploient dans la conftruction de
leurs Vaiffeaux que des chevilles
de bois le fait eft vrai , mais il
vient de la rareté du fer en ce Païslà.
La vertu directrice de l'Aimant
découverte en ces derniers fiècles ,
fit imaginer à des Géographes une
grande montagne au milieu des
Mers , prés du Pôle qui attiroit
les Vaifleaux vers elle . L'on trouve
cette montagne imaginaire dans
des Cartes qui n'ont gueres plus
de cent ans. C'eft - là que nous pou.
:
D'AVRIL.
195
vons
commencer le fabuleux qui n'a
aucun fondement , & dont le détail
très abregé terminera cet Extrait.
Plutarque a dit que l'Ail émouffoit
la vertu attractive de l'Aimant,
& Pline a cru que l'Aimant n'ofoit
rien attirer en préfence du Diamant
qui attiroit le fer encore mieux
que lui.
L'Aimant ne connoît aujourd'hui
d'autres
Adverfaires , que
la roüille & le feu . La
prétendue
vertu attractive du Diamant , dont
perfonne au monde n'a vu un feul
exemple , a néanmoins été crue fi
long- tems , que la confufion que l'on
a faite du
Diamant & de l'Aimant
à cet égard , a procuré à chacun
d'eux un nom François , qui a pour
étimologie commune ce feul mot
Latin Adamas .
L'exemple de la vertu de l'Aimant
a produit dans
l'imagination
des
Naturaliftes les
differentes vertus
de la Sagde qui attiroit le
bois , de
l'Amphitane qui attiroit
l'or , mais furtout de la Pantarbe
qui fe faifoit rendre hommage par
Rij
196 LE MERCURE
routes les pierres , & qui les attiroit
toutes. On a attribué à l'Aimant
lui-même une vertu attractive
,
générale
ou univerfele
. Albert le
Grand lui fait attirer la chair , les
poiffons , l'huile , le vinaigre & c .
pas à conféquence
:
cela ne tire
Mais Mr Hughens faifoit mouvoir
une régle de cuivre avec un Aimant .
Le R. P. Gouie prétend que des
Bouffoles
où il entre du cuivre ,
détournent
l'aiguille Aimantée . Le
fameux Boyle a vû des Aimans qui
attiroient
foiblement
de petits Diamans
: Il en dit une raifon qui doit
fervir à tous les exemples. Ces
corps contiennent
des parties de
fer ,feul métail reconnu aujourd'hui
à être attiré
propre
par l'Aimant.
Le Mémoire
de M Falconet
finit
proprement
ici ; car il daigne à
peine citer , dans l'ordre même des
erreurs , les propriétez
furnaturelles
de l'Aimant , comme de lier l'amitié
fraternelle
felon le faux Orphée ,
& l'union Conjugale
felon le Medecin
Petrus Hifpanus , depuis Pape
D'AVRIL
197
fous le nom de Jean XXII , de faire
parler les femmes infidelles pendant
le fommeil , felon Marbodeus , ou
de fervir à la Magie , felon les
Gloffes Latriques , citées par
par du
Cange . Ces opinions autrefois pernicieufes
pour les Philofophes les
plus graves , font utiles aujourd'hui
pour divertir toutes fortes de
Lecteurs.
>>
"
و د
Mr l'Abbé Sevin finit la Séance.
par un Difcours intitulé. ,, Recherche
fur l'Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de JUBA le jeune
Roy de Mauritanie. On fçait que
ce Prince fils de Juba I. fut enlevé,
encore enfant par les Romains , &
fervit à orner le Triomphe de Jules
Cefar l'an 708. de Rome. Auguite
ayant pris foin de fon éducation , il
fe rendit fi recommandable par fa
fcience & les talents de l'efprit ,
que Pline ne craint pas de dire , qu'il
étoit encore plus illuftre par cet
avantage que par celui que la Couronne
lui donnoit. On en pourra
juger par la lifte de ſes Ouvrages ci-
Riij
198 LE MERCURE
tés par M. l'Abbé Sevin , qui confiftoient
dans une Hiftoire d'Arabie ,
d'Affirie , de Libye , de l'Empire
Romain , des Théatres , de la Peinture
, des Peintres , outre un Traité
de la Corruption , de la Diction , &
la Defcription d'une Plante, nommée
Euphorbion , qui avoit la proprieté
d'éclaircir laveuë, de garantir de la
morfure des Serpens , & d'empêcher
l'effet de toutes fortes de poifons.
Augufte lui fit époufer Cléopatre
la jeune , fille d'Antoine & de la
belle Cléopatre : c'eft de ce mariage
que nâquit Ptolomée que Caligula
fit mourir. Selon Jofeph , il
ût pour femme Glaphyra veuve
d'un des fils d'Hérode mais cet
Hiftorien s'eft trompé.
Le Mercretly 7. l'Académie des
Sciences fe raſſembla.
Monfieur Delifle le jeune ouvrit
la Séance par la lecture d'un morceau
fort curieux de Phyfique ,
fur une nouvelle proprieté qu'il a
D'AVRIL. 199
remarquée dans les rayons de la
Lumiere. On mettra le Lecteur
en état d'en juger par l'extrait que
l'on en donnera le mois prochain .
M. Venflou lût enfuite un Me.
moire d'Anatomie fur la découverte
qu'il a faite d'une Valvule dans la
Veine Cave defcendente . Il prétend
par le moyen de cette Valvule faire
finir la fameufe Difpute du trou
ovale qui a agité fi lon -tems deux
des plus célébres Anatomiſtes de
ce fiécle , Mrs du Verney & Mery .
Mr Defcamus fit quelques Ex.
périences pour prouver que les
petites roues des caroffes & des
chariots doivent être abandonnées ,
ilfubftituë en leur place des roues
auffi grandes que celles de derriere.
Il montre qu'il faut une force bien
plus petite pour tirer un caroffe ,
ou un chariot dont les quatre rouës
font égales , que lorfque celles de
devant font plus petites . Il démontre
auffi , qu'une charette à quatre roues
égales eft préférable à une charette
à deux rouës.
200 LE MERCURE
Mr de Refton finit la feance par
un Mémoire fur le Salpêtre , qui
fe tire de quantité de Plantes, comme
la Bourache , la Poirée , le
Pourpier. &c.
DES SCIENCES ET DES BELLES
LETTRES .
Le Mardy 6. l'Académie des Infcriptions
& des belles1.ettres s'étant
raffemblée , Mr de Boze Sécrétaire
perpetuel lût l'Eloge de feu M
Kufter Affocié : Il entra dans un
grand détail fur les differens Ouvrages
que ce célébre Grammairien
Allemand a donné au Public.
Mr l'Abbé Anfelme fit enſuite
D'AVRI L. 185
part à l'affemblée d'une Differtation
fort étenduë fur les faux Miracles
du Paganifme. Il échapa peu
de traits curieux à cet illuftre
Académicien , j'aurois été fort tenté
d'en donner l'Extrait , mais dominé
par la quantité de matiere qui
me refte , je fuis contraint de m'en
tenir à l'annonce feule.
Mr Falconer le Fils lût enfuite une
differtation hiſtorique & critique ,
fur ce que le Anciens ont crû de
l'Aimant. La circonstance de l'hifto- .
rique & du critique met dans le
reffort de l'Académie des belles
Lettres , une matiere qui appartient
par le Phyfique à l'Academie des
Sciences . Les explications Phyfiques,
foit anciennes , foit modernes
entrent elles - mêmes , comme des
faits dans le Mémoire de M. Falconet
; mais on y voit fur tout un tableau
fçavant & curieux de l'ignorance
& de l'incertitude des premiers
Naturaliftes , auffi- bien que de
la credulité & de la prévention des
anciens peuples. M. Falconet par-
1 Qiij
136 LEMERCURE
court d'abord les noms qu'a eû
l'Aimant dans le cours des fiecles , à
proportion qu'il devenoit plus connu
& plus fameux. Le premier de ces
noms qui eft MAGNETES , fe trouve
dans les Poëfies du faux Orphée, ou
d'Onomacrite : Hippocrate l'a appellé
PIERRE MAGNESIE , Sophocle
PIERRE DE LYDIE , Platon PIERRE
D'HERACLE'E. Ces trois noms vien.
nent de la même fource , c'eft à dire
de la Ville de Magnefie , appellée
auffi Heraclée , fous le mont Sypille
enLydie; ce qui découvre en paffant
la méprife de ceux qui ont appellé
l'Aimant PIERRE D'HERCULE paral
lufion,à la force duHeros de ce nom,
au lieu de l'appeller Pierre d'Heraclée
; conformément à l'origine de
l'Aimant. Arifto e lui a fait plus
d'honneur que tous les autres , en le
nommant PIERRE par excellence :
Cependant le mot MAGNES , qui
n'a pas été le plus ufité chez les
Grecs, a paffé feul chez les Latins.
La proprieté qu'a l'Aimant d'attirer
le fer, paroît avoir été connue de
D'A VRI L. 137
tout tems , & l'onnevoit pas fa naiffan .
ce.Mais celle de repouffer lefer,felon
la difference de fes pôles , eft- beaucoup
moins répandue dans les Auteurs
unpeu anciens. Cependant Plutarque
rapporte que les Egyptiens ſe
reprefentoient l'accord ou le combat
des parties élementaires , fous
le fymbole de l'Aimant , qui tantôt
attire & tantô: repoutle le fer. Marcellus
Empyricus Medecin du grand
Theodofe Auteur peu celebre
d'ailleurs, fait mention auffi de cette
double proprieté , & ces deux paffages
font uniques chez les Anciens
pour ce fait-là ; car tous les autres
Auteurs parlent de l'Aimant qui
attire le fer, & de l'Aimant qui le
répouffe , comme de deux pierres
differentes , dont l'une s'appelloit
MAGNES , & l'autre THEAMEDES .
,
Cependant ces mêmes Anciens
avoient obfervé des Circonstances
affés fines de la vertu de l'Aimant ,
par exemple la communication de
cette vertu au fer même. L'experience
des Anneaux de fer licz
188 LE MERCURË
invifiblement les uns aux autres ,
eft décrite dans Platon. Lucrece ,
Pline , Galien , Nemefius & Saint
Auguftin en parlent . Lucrece & Saint
Auguftin ont allegué de plus la
tranfmiffion des efprits Magnetiques
à travers des Corps étrangers , comme
d'autres metaux & d'autres
pierres, & ils fçavoient l'experience
de la limaille de fer fur une plaque
de cuivre , fans la porter néanmoins
à l'exactitude que nous lui donnons .
Alexandre , Aphrodifée & Claudien
ont dit que l'Aimant & le fer fe
vivifioient mutuellement . C'est de
là que nous avons imaginé les armures
des Aimants pour les fortifier .
L'Illuftre M. Puget à Lion en
avoit un qui par ce fecours étoit en
état de foûtenir 168 fois fon propre
poids. Voilà où fe termine la connoiffance
réelle ou vraye que les
Anciens avoient de l'Aimant ; fa
vertu directrice d'où eft née la
Bouffole ne leur appartenoit point;
ainfi elle n'eit pas de ce memoire :
mais, comme nous l'avons déja dit ,
D'AVRIL. 189
l'Hiftoire des explications Phyfiques
tentées par les Anciens fur les effets
alors connus , entrent dans le deffein
préfent de M Falconet. Thales le
plus ancienPhilofophe de la Grèce ,
appelloit Ame , le Principe de la
Vertu attractive dé l'Aimant. Les
Autheurs d'imagination fe font
longtems contentez de cette idée
Poëtique . Mais l'Ecole de Pythagore
fe rendit plus difficile ; & c'eft
dans fon fein que les Leucippes , les
Philolaus , les Démocrites & les
Timées puiferent les grandes vûes
du Mécanifme. Platon qui n'a
voit à lui aucun fyftême Phyfique ,
avoit emprunté d'eux & en particulier
d'un Livre de Philolaus , l'éxplication
qu'il donne de l'Aimant
dans fon Timée ; Lucrece l'a'traitée
enfuite fur les principes particuliers
de Démocrite : mais Plutarque
l'a mife enfin dans tout fon
jour. La voici. ,, Il n'y a aucune
,, attraction dans la Nature , il s'é
lance de l'Aimant vers le fer
des Corpufcules qui rarefient
و د
190 LE MERCURE
,, l'Air : l'Air rarefié chaffe l'Air
,, voisin , qui revenant par derriere
le fer , le pouffe vers l'ai-
» mant , comme à l'endroit où il
,, y a une espece de vuide . Plutarque
ajoûte que l'Aimant n'agît que
fur le fer , parce qu'il eft le feul
des Métaux dont les pores ayent
une configuration proportionée aux
émanations de la Pierre . Les Ennemis
de la nouvelle Philofophie
combattirent d'abord l'explication
de Defcartes , comme chimerique .
Mais des qu'ils en apperçûrent des
traces dans les vieux Philofophes ,
ils la trouverent excellente & voulurent
faire paffer Descartes pour un
Plagiaire . Platon le feroit autant
que lui mais il y a cette difference
entre les vols de l'un & de l'autre,
que la Phyfique de Platon n'eft qu'-
un amas de differentes Piéces qu'on
ne fçauroit joindre , au lieu que
Descartes a fi bien lié les parties de
fa Phifique , qu'elles paroiffent toutes
de lui. Cela eft vray fur tout de
l'explication de l'Aimant , qui non
D'AVRIL. 191
feulement fatisfait chez lui & à la
Vertu attractive connuedes Anciens,
& à la directrice à laquelle ils ne
penfoient pas , mais qui de plus
entre dans le Systême du monde entier.
Mr Falconet paflant.aux Fables
qu'on a débitées fur l'Aimant , en
diftingue de deux fortes : les unes
ont quelque fondement dans la
Nature ; & les autres n'en ont
aucun. Pour commencer par les
premieres: le BergerMagnes fe fenrit
attaché à l'Aimant par les clous
de fes fouliers , en menant fes Trou.
peaux fur une Montagne fi la
Ville de Magnefie , vraye Patrie de
l'Aimant , n'indiquoit fuffifamment
l'Origine de cette Fable , nous la
refuterions par raiſon Phifique , en
difant que l'Aimant expofé à l'air &
à la pluye fur la fuperficie de la Terre,
perd bien- tôt toute fa Vertu . Cependant
Pline raconte allez ferieufement
qu'auprés du Fleuve Indus
il y a deux Montagnes , dont l'une
arrête & l'autre repouffe ceux qui
192 LE MERCURE
y vont avec
des fouliers garnis
de clous. Ce font , comme l'on
voit, les deux Poles de l'Aimant &
mal entendus & portés à un effet
outré. Les faux miracles de cette
Pierre ont été encore plus grands
dans les Villes. Le fameux Prolemée
avoit entrepris de faire revetir
d'Aimant la Voûte du Temple
d'Arfinoé , pour y fufpendre la Statue
de cette Princeffe. Pline dit que
l'Ouvrage commencé fut interrompu
par la mort de l'Architecte Dinocares
: Aufone nous donne pourtant.
la chofe comme faite. On a conté
la même merveille de la Statuë
du Soleil dans le Temple de Sera
pis à Alexandrie . Rufin qui en a
parlé le premier , ne dit point que la
Statue fut en l'air ; mais Saint Au
guftin avoit oui dire qu'elle étoit
fufpendue entre les Aimants de la
Voûte & ceux du pavé accroiffement
or.linaire du merveilleux.
Maimonides cité par Kircher ,
allégue une autre Statue du Soleil
dans la même pofition fous la voute
du
D'AVRIL 193
du Temple de Belus à Babilone ,
fans parler des Veaux de Jeroboam
fufpendus ainfi , felon le Talmud ;
ce qui fut une des principales caufes
de l'Idolatrie des Ifraëlites .
Quand les Rabbins ne feroient pas
auffi décrédités qu'ils le font en
fait d'Hiftoire , on fait d'ailleurs
qu'on n'est jamais parvenu à faire
tenir une aiguille en équilibre entre
deux Aimants , cependant il regne
encore aujourd'huy une pareille
opinion à l'égard du Tombeau de
Mahomet . Les Turcs mêmes , dit
Bernier , fe mocquent des crédules
Etrangers qui leur en parlent ;
mais Gabriel Bremond dans un
-Voyage curieux écrit en Italien ,
nous donne fur ce fait un dénoûment
qu'on peut appliquer à peu
près à tous les faits femblables de
Ï'Antiquité. ,, Au deffus duTombeau
de Mahomet , dit -il , qui eſt à
""
ر د
terre , comme il convient à un
,, Tombeau , il y a une Pierre d'Aimant
longue & large de deux
» pieds & épaiffe de trois doigts ,
Avril 17170
"
R
194 LE MERCURE
,, à laquelle eft fufpendu un Croif.
و د
,, fant d'or , enrichi de Pierreries ,
par
د د
moyen
le
eft au milieu. Voilà le merveilleux
réduit au vrai.
d'un gros clou qui
""
Les prodiges des Hiftoriens n'ont
point égalé ceux des Géographes . Il
ne coute rien à Ptolomée & aux Ara.
bes Auteurs de la Géographie Nu
bienne de faire arrêter les Vaiffeaux
dans leurs courfes par des rochers
d'Aimant qui en attiroient les cloux.
Auffi , ajoutent-ils , les Habitans des
Indes corrigez par cette expérience
n'emploient dans la conftruction de
leurs Vaiffeaux que des chevilles
de bois le fait eft vrai , mais il
vient de la rareté du fer en ce Païslà.
La vertu directrice de l'Aimant
découverte en ces derniers fiècles ,
fit imaginer à des Géographes une
grande montagne au milieu des
Mers , prés du Pôle qui attiroit
les Vaifleaux vers elle . L'on trouve
cette montagne imaginaire dans
des Cartes qui n'ont gueres plus
de cent ans. C'eft - là que nous pou.
:
D'AVRIL.
195
vons
commencer le fabuleux qui n'a
aucun fondement , & dont le détail
très abregé terminera cet Extrait.
Plutarque a dit que l'Ail émouffoit
la vertu attractive de l'Aimant,
& Pline a cru que l'Aimant n'ofoit
rien attirer en préfence du Diamant
qui attiroit le fer encore mieux
que lui.
L'Aimant ne connoît aujourd'hui
d'autres
Adverfaires , que
la roüille & le feu . La
prétendue
vertu attractive du Diamant , dont
perfonne au monde n'a vu un feul
exemple , a néanmoins été crue fi
long- tems , que la confufion que l'on
a faite du
Diamant & de l'Aimant
à cet égard , a procuré à chacun
d'eux un nom François , qui a pour
étimologie commune ce feul mot
Latin Adamas .
L'exemple de la vertu de l'Aimant
a produit dans
l'imagination
des
Naturaliftes les
differentes vertus
de la Sagde qui attiroit le
bois , de
l'Amphitane qui attiroit
l'or , mais furtout de la Pantarbe
qui fe faifoit rendre hommage par
Rij
196 LE MERCURE
routes les pierres , & qui les attiroit
toutes. On a attribué à l'Aimant
lui-même une vertu attractive
,
générale
ou univerfele
. Albert le
Grand lui fait attirer la chair , les
poiffons , l'huile , le vinaigre & c .
pas à conféquence
:
cela ne tire
Mais Mr Hughens faifoit mouvoir
une régle de cuivre avec un Aimant .
Le R. P. Gouie prétend que des
Bouffoles
où il entre du cuivre ,
détournent
l'aiguille Aimantée . Le
fameux Boyle a vû des Aimans qui
attiroient
foiblement
de petits Diamans
: Il en dit une raifon qui doit
fervir à tous les exemples. Ces
corps contiennent
des parties de
fer ,feul métail reconnu aujourd'hui
à être attiré
propre
par l'Aimant.
Le Mémoire
de M Falconet
finit
proprement
ici ; car il daigne à
peine citer , dans l'ordre même des
erreurs , les propriétez
furnaturelles
de l'Aimant , comme de lier l'amitié
fraternelle
felon le faux Orphée ,
& l'union Conjugale
felon le Medecin
Petrus Hifpanus , depuis Pape
D'AVRIL
197
fous le nom de Jean XXII , de faire
parler les femmes infidelles pendant
le fommeil , felon Marbodeus , ou
de fervir à la Magie , felon les
Gloffes Latriques , citées par
par du
Cange . Ces opinions autrefois pernicieufes
pour les Philofophes les
plus graves , font utiles aujourd'hui
pour divertir toutes fortes de
Lecteurs.
>>
"
و د
Mr l'Abbé Sevin finit la Séance.
par un Difcours intitulé. ,, Recherche
fur l'Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de JUBA le jeune
Roy de Mauritanie. On fçait que
ce Prince fils de Juba I. fut enlevé,
encore enfant par les Romains , &
fervit à orner le Triomphe de Jules
Cefar l'an 708. de Rome. Auguite
ayant pris foin de fon éducation , il
fe rendit fi recommandable par fa
fcience & les talents de l'efprit ,
que Pline ne craint pas de dire , qu'il
étoit encore plus illuftre par cet
avantage que par celui que la Couronne
lui donnoit. On en pourra
juger par la lifte de ſes Ouvrages ci-
Riij
198 LE MERCURE
tés par M. l'Abbé Sevin , qui confiftoient
dans une Hiftoire d'Arabie ,
d'Affirie , de Libye , de l'Empire
Romain , des Théatres , de la Peinture
, des Peintres , outre un Traité
de la Corruption , de la Diction , &
la Defcription d'une Plante, nommée
Euphorbion , qui avoit la proprieté
d'éclaircir laveuë, de garantir de la
morfure des Serpens , & d'empêcher
l'effet de toutes fortes de poifons.
Augufte lui fit époufer Cléopatre
la jeune , fille d'Antoine & de la
belle Cléopatre : c'eft de ce mariage
que nâquit Ptolomée que Caligula
fit mourir. Selon Jofeph , il
ût pour femme Glaphyra veuve
d'un des fils d'Hérode mais cet
Hiftorien s'eft trompé.
Le Mercretly 7. l'Académie des
Sciences fe raſſembla.
Monfieur Delifle le jeune ouvrit
la Séance par la lecture d'un morceau
fort curieux de Phyfique ,
fur une nouvelle proprieté qu'il a
D'AVRIL. 199
remarquée dans les rayons de la
Lumiere. On mettra le Lecteur
en état d'en juger par l'extrait que
l'on en donnera le mois prochain .
M. Venflou lût enfuite un Me.
moire d'Anatomie fur la découverte
qu'il a faite d'une Valvule dans la
Veine Cave defcendente . Il prétend
par le moyen de cette Valvule faire
finir la fameufe Difpute du trou
ovale qui a agité fi lon -tems deux
des plus célébres Anatomiſtes de
ce fiécle , Mrs du Verney & Mery .
Mr Defcamus fit quelques Ex.
périences pour prouver que les
petites roues des caroffes & des
chariots doivent être abandonnées ,
ilfubftituë en leur place des roues
auffi grandes que celles de derriere.
Il montre qu'il faut une force bien
plus petite pour tirer un caroffe ,
ou un chariot dont les quatre rouës
font égales , que lorfque celles de
devant font plus petites . Il démontre
auffi , qu'une charette à quatre roues
égales eft préférable à une charette
à deux rouës.
200 LE MERCURE
Mr de Refton finit la feance par
un Mémoire fur le Salpêtre , qui
fe tire de quantité de Plantes, comme
la Bourache , la Poirée , le
Pourpier. &c.
Fermer
3891
p. 200-207
SUITE DES NOUVELLES DE PARIS.
Début :
Le Commissaire la Minois ayant apposé le Scellé dans le Palais [...]
Mots clefs :
Commissaire, Marquis, Duc d'Orléans, Charge, Maisons royales, Arrêts, Grands officiers, Roi de France, Princesse, Maréchal, Reine mère, Vieux Louvre, Gardes françaises, Études, Conseils, Oratoire, Éloquence, Contrat de mariage, Nominations, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES NOUVELLES DE PARIS.
SUITE DES NOUVELLES
DE PARIS ..
Le Commiffaire la Minois ayant
appofé le Scellé dans le Palais
Royal à l'Appartement de M le
Marquis d'Armentieres , mort à fa
Maifon de Campagne. Mr le Grand
Prévôt en alla porter fes plaintes
àM. le Duc d'Orleans , prétendant
qu'il avoit le pouvoir par fa Charge
de mettre le Scellé dans toutes les
Maifons Royales . Ainfi , qu'il prioit
S. A. R. de ne point permettre
qu'on contrevint à tous les Arrêts
qui lui adjugeoient ce Droit . Sur ces
remontrances , le Commiffire eut
ordre de fe retirer , & les Officiers
de la Grande Prévôté firent leur
fonction , tant pour le Scellé , que
que pour l'Inventaire .
{
D'AVRIL. 201
Le 17 , le Roy figna le Contrat
de Mile Duc d'Olonne , avec Mlle
de Harlus de Vertilly.
Le Roy a donné la furvivance
de la Charge de Maître de la Garde-
Robe à M. de Maillebois
. S. M. a
fait une grace bien plus éclatante ,
en accordant au Prince de Bouillon
âgé de treize ans , la furvivance
de
la Charge de Grand Chambellan
de France.
Mde qui s'étoit trouvée incommodée
d'un Rhume , Le porte
beaucoup mieux , cette Princeffe
va paffer l'Eté à Saint Cloud.
On difpofe, ici l'Appartement de
la Reine Mere dans le Louvre . Mr
Coëpelle a été chargé de faire nétoyer
toutes les Peintures & lés
Dorures .
il
M. Nerot eft occupé de le faire
meubler magnifiquement
, y a
toute apparence que tous ces préparatifs
font deſtinés pour le Czar.
Les Maréchaux des Logis ont reçû
l'ordre de chercher aux environs
du Louvre , des Maifons garnies ,
202
LE MERCURE
qu'ils marquent à la craye , pour
loger les Officiers de S. M. Ĉzarienne.
On fait en même tems préparer
l'Hôtel de Lefdiguiéres , au
cas que ce Prince refufe de loger
dans une Maifon Royale.
Le 19 , on a appris que Madame
Royale avoit été dangereufement
malade , mais que cette Princeffe
étoit hors de danger.
Les Réparations & Ameuble.
mens que l'on fait dans le Vieux
Louvre om difperfé les Confeils;
qui fe tiendront chez les Chefs .
La Revue des Gardes Françoifes
& Suifles , fe fit dans la Grande
Allée des Tuilleries , en préfence
du Roy , qui tenoit le Rôle entre
fes mains ; il l'examinoit à mefure
qu'il paffoit des Compagnies avec
une application qui excita autant
de furprife que de plaifir.
Il a la même attention dans fes Etudes
, & il fait tous fes Exercices avec
une grace & une envie de s'inftruire
qui charme toutes les perfonnes qui
D'AVRIL. 203
.ont
l'honneur d'être
propofées à fon
Education. Il eft
tellement reglé
qu'Il regarde lui même à fa Pendule
quel Maître il doit faire appeller.
Mr le Maréchal de Villeroy
doit fe féliciter de trouver des
difpofitions fi
vertueufes dans un
Prince , qui par des
préfages fi
heureux , doit faire le bonheur de
fes
Sujets.
"
Le 21 & le 22 , on tint le Confeil
des Finances & le Confeil de
Commerce , chez Mr le Maréchal
de
Villeroy
Le 23 , le R. Terraffon de l'Oratoire
a été
demandé par M.le
Duc de
Lorraine , pour prêcher le
Carême prochain. Ce Prince étant
curieux
d'entendre
fucceflivement
nos plus célébres
Prédicateurs .
Le même jourfe fit
l'Election
d'un
Profeffeur en Droit en la place
de feu M ,
l'Ecuyer. Les fuffrages
fe réunirent
unanimement dans
la
perfonne de M. Lorry.
Cechoix
a été
applaudi de tous ceux qui
connoiffent le mérite du
nouvean
204 LE MERCURE
Profeffeur , dont l'Efprit , le bon
Goût , l'Erudition , & l'Application
continuelle annonçent depuis longtemps
au Public la capacité avec
laquelle il remplira cette Chaire.
M. Dargouges Lieutenant Civil ,
Doyen d'Honneur de la Faculté ,
qui avoit adifté tres exactement à
toutes les actions de la difpute ,
opina dans l'Election avec un difcernement
& une Eloquence qui
firent l'admiration de toute l'Af
femblée.
Le 24. le Roy figna le Contrat
de Mariage de M. le Marquis de
Bretonvilliers
Lieutenant
de Roy
de Paris , avec Mlle de Cornillon
riche héritière
de Provence . Mr
le Marquis de la Vrilliere
à la
tête de tous les Parens , ût l'honneur
de préfenter la plume à S. M.
Mr le Préfident Nicolaï a obrenu
la Survivance de la Charge de
premier Préfident en la Chambre
des Comptes pour M. fon fils ,
Confeiller au Parlement , c'eſt le
8. de cette famille qui aura fuccédé
de
D'AVRI L.
205
de pere en fils à cette Charge importante
, en remontant à Jean Nicolaï
fieur de S. Victor Maître des
Requêtes , qui a vêcu fous les Régnes
de Charles VIII & Louis XII.
Le 21 le Roy a receu ce matin
le Serment de fidelité de M. le
Marquis d'Argenteuil pour la Charge
de Lieutenant Général au Gouvernement
de Champagne , dont
Mr de Lefville Lieutenant des Gardes
du Corps , s'eft défait en fa faveur.
Mrsles Maréchaux de Harcour, de
Villeroy & Mr le Marquis de
Louvois font allés demander à
Me le Duc Régent l'agrèment du
Roy , pour le Mariage de Mr le
Marquis de Harcour , avec Mlle de
Louvois fille de M. le Marquis
de Barbezieux . on fçait que ce jeune
Se neur eft veuf depuis peu de
Mlle de Villery.
Le 25 , on fut informé que le
Czar avoit débarqué à Dunkerque ,
il eft accompagné de plufieurs Princes
& Seigneurs : Il tient une Table
de 12 Couverts pour lui & une
autre de 17 pour les Perfonnes
qualifiées de fa fuite . Il fit l'hon-
Avril 1717. S
206 LE MERCURE
neur à M. du Lybois Gentil-homme
ordinaire , qui s'étoit rendu à Dun-
Kerque pour le recevoir , & à M.
d'Herouville Colonel fils & furvivancier
de M. d'Herouville ancien
Maître d'Hôtel du Roy , de
les faire manger avec lui. Ce Prince
a prié le Roy , & M. le Regent
de lui accorder 20 Places de Garde
de Marine , pour autant de Ġentils
- hommes qu'il fait venir de
Mofcovie , afin qu'ils s'inftruiſent
dans la Marine.
La quantité de Troupes qui filent
dans les Païs de Cleves & de
Gueldres appartenants
au Roy
de Pruffe , qu'on dit devoir venir
en France femble porter quelque
ombrage à une Puiffance voiline ,
qui, par precaution,a donné des ordres
de faire fortifier les Places de
la frontiere ; on ne fçait point d'autres
raifons de ces mouvemens , finon
, que les Miniftres du Roy de
Pruffe fe plaignent que l'on a arrêté
un des Vaiffeaux de leur Maître
fur les Cô es d'Affrique .
Le 27 , Mst le Prince de Dombe s
eft parti à fix heures du matin en
pofte pour la Hongrie . M. le MarD'AVRIL
207
quis d'Eftrades , & M. fon fils courrent
avec ce Prince , qui a pris le
nom du Comte de Tehalmont.
Le 30 du mois paffé S. M. à
honnoré du Cordon de Comman
deur de l'Ordre de S. Loüis , M.
Forteffon Maréchal des Logis, Ayde
Major de la Compagnie des Chevaux
Legers de fa Garde & ancien
Meftre de Camp de Cavalerie.
M. du Bois refté feul de 218 Rentiers
qui compofoient la 14° Claffe
de la premiére Tontine établie en
1689 & qui touchoit en cette
qualité 29125 liv. de rentes , depuis
le 23 Janvier 1716 , pour deux Actions
de 300 liv. chacune , jouïf.
foit encore de prés de 4000 liv.
de rentes dans la premiere Claffe
de la 2e Tontine , où il avoit un
feptième , & qui par fa mort arrivée
le 27 du mois dernier , âgé de
93 ans , eft réduite à fix Rentiers.
DE PARIS ..
Le Commiffaire la Minois ayant
appofé le Scellé dans le Palais
Royal à l'Appartement de M le
Marquis d'Armentieres , mort à fa
Maifon de Campagne. Mr le Grand
Prévôt en alla porter fes plaintes
àM. le Duc d'Orleans , prétendant
qu'il avoit le pouvoir par fa Charge
de mettre le Scellé dans toutes les
Maifons Royales . Ainfi , qu'il prioit
S. A. R. de ne point permettre
qu'on contrevint à tous les Arrêts
qui lui adjugeoient ce Droit . Sur ces
remontrances , le Commiffire eut
ordre de fe retirer , & les Officiers
de la Grande Prévôté firent leur
fonction , tant pour le Scellé , que
que pour l'Inventaire .
{
D'AVRIL. 201
Le 17 , le Roy figna le Contrat
de Mile Duc d'Olonne , avec Mlle
de Harlus de Vertilly.
Le Roy a donné la furvivance
de la Charge de Maître de la Garde-
Robe à M. de Maillebois
. S. M. a
fait une grace bien plus éclatante ,
en accordant au Prince de Bouillon
âgé de treize ans , la furvivance
de
la Charge de Grand Chambellan
de France.
Mde qui s'étoit trouvée incommodée
d'un Rhume , Le porte
beaucoup mieux , cette Princeffe
va paffer l'Eté à Saint Cloud.
On difpofe, ici l'Appartement de
la Reine Mere dans le Louvre . Mr
Coëpelle a été chargé de faire nétoyer
toutes les Peintures & lés
Dorures .
il
M. Nerot eft occupé de le faire
meubler magnifiquement
, y a
toute apparence que tous ces préparatifs
font deſtinés pour le Czar.
Les Maréchaux des Logis ont reçû
l'ordre de chercher aux environs
du Louvre , des Maifons garnies ,
202
LE MERCURE
qu'ils marquent à la craye , pour
loger les Officiers de S. M. Ĉzarienne.
On fait en même tems préparer
l'Hôtel de Lefdiguiéres , au
cas que ce Prince refufe de loger
dans une Maifon Royale.
Le 19 , on a appris que Madame
Royale avoit été dangereufement
malade , mais que cette Princeffe
étoit hors de danger.
Les Réparations & Ameuble.
mens que l'on fait dans le Vieux
Louvre om difperfé les Confeils;
qui fe tiendront chez les Chefs .
La Revue des Gardes Françoifes
& Suifles , fe fit dans la Grande
Allée des Tuilleries , en préfence
du Roy , qui tenoit le Rôle entre
fes mains ; il l'examinoit à mefure
qu'il paffoit des Compagnies avec
une application qui excita autant
de furprife que de plaifir.
Il a la même attention dans fes Etudes
, & il fait tous fes Exercices avec
une grace & une envie de s'inftruire
qui charme toutes les perfonnes qui
D'AVRIL. 203
.ont
l'honneur d'être
propofées à fon
Education. Il eft
tellement reglé
qu'Il regarde lui même à fa Pendule
quel Maître il doit faire appeller.
Mr le Maréchal de Villeroy
doit fe féliciter de trouver des
difpofitions fi
vertueufes dans un
Prince , qui par des
préfages fi
heureux , doit faire le bonheur de
fes
Sujets.
"
Le 21 & le 22 , on tint le Confeil
des Finances & le Confeil de
Commerce , chez Mr le Maréchal
de
Villeroy
Le 23 , le R. Terraffon de l'Oratoire
a été
demandé par M.le
Duc de
Lorraine , pour prêcher le
Carême prochain. Ce Prince étant
curieux
d'entendre
fucceflivement
nos plus célébres
Prédicateurs .
Le même jourfe fit
l'Election
d'un
Profeffeur en Droit en la place
de feu M ,
l'Ecuyer. Les fuffrages
fe réunirent
unanimement dans
la
perfonne de M. Lorry.
Cechoix
a été
applaudi de tous ceux qui
connoiffent le mérite du
nouvean
204 LE MERCURE
Profeffeur , dont l'Efprit , le bon
Goût , l'Erudition , & l'Application
continuelle annonçent depuis longtemps
au Public la capacité avec
laquelle il remplira cette Chaire.
M. Dargouges Lieutenant Civil ,
Doyen d'Honneur de la Faculté ,
qui avoit adifté tres exactement à
toutes les actions de la difpute ,
opina dans l'Election avec un difcernement
& une Eloquence qui
firent l'admiration de toute l'Af
femblée.
Le 24. le Roy figna le Contrat
de Mariage de M. le Marquis de
Bretonvilliers
Lieutenant
de Roy
de Paris , avec Mlle de Cornillon
riche héritière
de Provence . Mr
le Marquis de la Vrilliere
à la
tête de tous les Parens , ût l'honneur
de préfenter la plume à S. M.
Mr le Préfident Nicolaï a obrenu
la Survivance de la Charge de
premier Préfident en la Chambre
des Comptes pour M. fon fils ,
Confeiller au Parlement , c'eſt le
8. de cette famille qui aura fuccédé
de
D'AVRI L.
205
de pere en fils à cette Charge importante
, en remontant à Jean Nicolaï
fieur de S. Victor Maître des
Requêtes , qui a vêcu fous les Régnes
de Charles VIII & Louis XII.
Le 21 le Roy a receu ce matin
le Serment de fidelité de M. le
Marquis d'Argenteuil pour la Charge
de Lieutenant Général au Gouvernement
de Champagne , dont
Mr de Lefville Lieutenant des Gardes
du Corps , s'eft défait en fa faveur.
Mrsles Maréchaux de Harcour, de
Villeroy & Mr le Marquis de
Louvois font allés demander à
Me le Duc Régent l'agrèment du
Roy , pour le Mariage de Mr le
Marquis de Harcour , avec Mlle de
Louvois fille de M. le Marquis
de Barbezieux . on fçait que ce jeune
Se neur eft veuf depuis peu de
Mlle de Villery.
Le 25 , on fut informé que le
Czar avoit débarqué à Dunkerque ,
il eft accompagné de plufieurs Princes
& Seigneurs : Il tient une Table
de 12 Couverts pour lui & une
autre de 17 pour les Perfonnes
qualifiées de fa fuite . Il fit l'hon-
Avril 1717. S
206 LE MERCURE
neur à M. du Lybois Gentil-homme
ordinaire , qui s'étoit rendu à Dun-
Kerque pour le recevoir , & à M.
d'Herouville Colonel fils & furvivancier
de M. d'Herouville ancien
Maître d'Hôtel du Roy , de
les faire manger avec lui. Ce Prince
a prié le Roy , & M. le Regent
de lui accorder 20 Places de Garde
de Marine , pour autant de Ġentils
- hommes qu'il fait venir de
Mofcovie , afin qu'ils s'inftruiſent
dans la Marine.
La quantité de Troupes qui filent
dans les Païs de Cleves & de
Gueldres appartenants
au Roy
de Pruffe , qu'on dit devoir venir
en France femble porter quelque
ombrage à une Puiffance voiline ,
qui, par precaution,a donné des ordres
de faire fortifier les Places de
la frontiere ; on ne fçait point d'autres
raifons de ces mouvemens , finon
, que les Miniftres du Roy de
Pruffe fe plaignent que l'on a arrêté
un des Vaiffeaux de leur Maître
fur les Cô es d'Affrique .
Le 27 , Mst le Prince de Dombe s
eft parti à fix heures du matin en
pofte pour la Hongrie . M. le MarD'AVRIL
207
quis d'Eftrades , & M. fon fils courrent
avec ce Prince , qui a pris le
nom du Comte de Tehalmont.
Le 30 du mois paffé S. M. à
honnoré du Cordon de Comman
deur de l'Ordre de S. Loüis , M.
Forteffon Maréchal des Logis, Ayde
Major de la Compagnie des Chevaux
Legers de fa Garde & ancien
Meftre de Camp de Cavalerie.
M. du Bois refté feul de 218 Rentiers
qui compofoient la 14° Claffe
de la premiére Tontine établie en
1689 & qui touchoit en cette
qualité 29125 liv. de rentes , depuis
le 23 Janvier 1716 , pour deux Actions
de 300 liv. chacune , jouïf.
foit encore de prés de 4000 liv.
de rentes dans la premiere Claffe
de la 2e Tontine , où il avoit un
feptième , & qui par fa mort arrivée
le 27 du mois dernier , âgé de
93 ans , eft réduite à fix Rentiers.
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3892
p. 207-213
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre Paul François Vollant, Chevalier Seigneur de Berville, Capitaine [...]
Mots clefs :
Chevalier, Capitaine, Décès, Maitre de camp, Seigneur, Lieutenant, Conseiller, Veuve, Femme, Peintre, Comtesse, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
Mre Paul François Vollant , Chevalier
Seigneur de Berville , Capitaine
dans le Regiment Meftre de
Camp general de Cavalerie , mourut
le 24 Mars 1717.
Sij
208 LE MERCURE
Mre Germain Chriftophe Ollier
de Beffic Mestre de Camp , mourut
le 25 Mars , ayant eu entre autres
enfans un fils , & feuë Mada→
me le Cocq , femme du Confeiller
au Parlement de ce nom .
> &
Mre Alexandre-Honoré deGriller
Seigneur de Briffac , Maréchal de
Camp des Armées du Roy , Lieutenant
des Gardes du Corps
Gouverneur de Guife , mourut le
27. Mars âgé de 53. ans , fans enfans
de Dame N .. de Serre , fille
du Confeiller au Parlement de ce
nom. Il étoit neveu de feu Mre Albert
de Grillet de Briffac , Lieutenant
Général des Armées du Roy ,
Major des Gardes du Corps de S.
M. & Gouverneur de Guife , &
fortoit d'une Famille originaire de
Breffe , divifée en plufieures branches
établies dans le Comtat Veneflin
& ailleurs , toutes égallement
diftinguées par leurs Alliances
& leurs fervices.
De Marie Dorfon , femme de
Mr Jean de Romanet Confeiller ,
Sécrétaire du Roy , & l'un des Fermiers
Generaux de S. M. , mourut
le trente Mars . âgée de 72 ans ,
D'AVRIL. 209
ayant eu pour enfans M'de Romanet
Préfident au Grand Confeil , mort
en Janvier 1717 , & un fils Confeiller
au Parlement.
>
Mre Armand de Bethune , Duc de
Charôt , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy mourut
le premier Avril 1717 , laiffant entr'autres
enfans de feue De Marie
Fouquet fon Epoufe ,fille de Nicolas
Fouquet Vicomte de Vaux , Marquis
de Belle -Ifle , Procureur General
au Parlement de Paris , Miniftre
d'Etat , & Sur- Intendant des
Finances; Armand de Bethune Duc
de Charôt , Pair de France' , Capitaine
des Gardes du Corps du Roi,
pere de feu Mr le Marquis de Charôt
mort des bleffures qu'il reçût à
la Bataille de Malplaquet , & de
Mr le Marquis d'Ancenis . La Maifon
de Bethune eft une des plus
anciennes & des plus illuftres du
Royaume , comme on le peut voir
par l'Hiftoire qui nous en a été donnée
par le fieur Duchêne , & dans
l'Histoire des Grands Officiers de
la Couronne .
Mre Antoine Rancher , Chevalier,
Seigneur de Maudetour , Lieute-
Siij
210 LE MERCURE
1
nant de Roy en la Province & Gouvernement
de Berry , mourut le 3
Avril 1717. Il avoit épousé Geneviéve
Angelique de Machault , fille
de Louis de Machault Confeiller
au Parlement ; il étoit fils de feu
Mre Antoine Rancher , Seigneur de
Trefiemont, mort Sous - Doyen des
Confeillers au Parlement de Paris,
& de De Elifabeth Rubantel , la Famille
de Rancher eft originaire de
la Ville de Tours , & elle n'eſt
moins diftinguée dans la Robe par
fon ancienneté, que par fes Alliances.
pas
De Marie Nozereau Fagon, Femme
de Mre Guy- Crefcent Fagon
premier Médecin du feu Roy ,
mourut le 4 Avril 1717. Elle étoit
mere de Mr Fagon , Confeiller
d'Etat , & Confeiller au Confeil
Royal des Finances , & de Mre
Antoine Fagon Evêque de Lombés.
Mr Jouvenet Peintre ordinaire
du Roy , ancien Directeur & Recteur
perpetuel de l'Academic
Royale de Peinture & Sculpture ,
mourut le fix Avril.
Me Claude Jean Pepin , ancien
Correcteur des Comtes , mourut le
Sept Avril.
.
D'AVRIL . 211
Antoine Benoît Ecuyer , Pein
tre du Roy enfon Academie Royale,
& fon unique Sculpteur en cire ,
mourut le huit Avril.
De Armande de la Tour d'Auvergne
, Epoufe de Mre Louis de
Melun , Duc de Joyeuſe , Pair de
France , Prince d'Epinoy , Comte
de Saint Pol &c. Meftre de Camp
& Commandant le Régiment Royal
Cavalerie , moûrut en couches le
13 Avril 1717 , âgée de 19 ans , 7
mois. Elle étoit fille de Me Ema.
nuel Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellant
de France & de Dame Marie
Victoire- Armande de la Tremoille ,
dont je vous appris la mort dans
mon dernier Journal. Les Maifons
de la Tour d'Auvergne & de Melun
font fi grandes & fi illuftres , & par
conféquent vous doivent être fi
connuës , , que je ne vous en donnerai
ici aucun détail .
De Louife - Madeleine de la
Marck , Comteffe de Braine , Baronne
de Pontarcy , Serignan , Mareüil
, la Vieille -Tour &c. veuve ,
de Mre Henry de Durfort , Duc de
Duras , mourut le 13 Avril , âgée
212 LE MERCURE
de 58 ans , laiffant pour fille Jeanne
Henriette de Durfort , mariée depuis
le 22 May 1709 , avec Henry
de Lorraine , Prince de Lambeſc ,
Petit fils de Mr le Comte d'Armagnac.
Elle étoit filled'Henry Robert
Efchalart de la Marck , Comte de
la Marck , Colonel du Régiment
de Picardie , & de Dame Jeanne
de Saveufe , & elle fortoit d'une
ancienne Maiſon originaire de Poitou
.
De Marie- Angelique de Cofnac ,
veuve de M. Procope - François
Comte d'Egmond , Duc de Gueldres
, de Juliers & de Eergues ,
Prince de Gaure & du S. Empire ,
Marquis de Renty , de la Longueville
&c. Grand d'Efpagne , Chevalier
de la Toifon d'or , General
de la Cavalerie , & des Dragons
de S. M. C. mourut le 14 Avril
1717 , âgée de 43 ans. Elle étoit
fille de M. François de Cofnac ,
Marquis de Cofnac , & de Dame
Locife d'Efparbes de Luffan , & petite
niéce de Daniel de Conafc
·Archevêque d'Aix , Commandeur
de l'Ordre de S. Efprit , & fortoit
d'une des plus anciennes & des plus
D'AVRIL . 213
illuftres Maifons du Limofin.
Mie Jean-Baptiste de Ribodon
Chevalier , Seigneur du Mouffeau ,
Liverdy &c. Confeiller de la Grande
Chambre du Parlement , mourut
le 15 Avril , âgé de 69 ans. Il
avoit été reçû Confeiller au Parlement
le 15 Janvier 1683. & étoit
fils de Claude Ribodon , Seigneur
du Mouffeau , & de Dame Cathe
rine Grangié de Liverdy.
De Marie Quatrehommes veuve
de M. Achille Barentin , Confeiller
du Roy en fa Cour de Parlement
& Grand Chambre d'icelle ,
fut enterrée Dimanche 26 , dans
l'Eglife du Grand Convent des
R. P. Auguftins.
Mre Paul François Vollant , Chevalier
Seigneur de Berville , Capitaine
dans le Regiment Meftre de
Camp general de Cavalerie , mourut
le 24 Mars 1717.
Sij
208 LE MERCURE
Mre Germain Chriftophe Ollier
de Beffic Mestre de Camp , mourut
le 25 Mars , ayant eu entre autres
enfans un fils , & feuë Mada→
me le Cocq , femme du Confeiller
au Parlement de ce nom .
> &
Mre Alexandre-Honoré deGriller
Seigneur de Briffac , Maréchal de
Camp des Armées du Roy , Lieutenant
des Gardes du Corps
Gouverneur de Guife , mourut le
27. Mars âgé de 53. ans , fans enfans
de Dame N .. de Serre , fille
du Confeiller au Parlement de ce
nom. Il étoit neveu de feu Mre Albert
de Grillet de Briffac , Lieutenant
Général des Armées du Roy ,
Major des Gardes du Corps de S.
M. & Gouverneur de Guife , &
fortoit d'une Famille originaire de
Breffe , divifée en plufieures branches
établies dans le Comtat Veneflin
& ailleurs , toutes égallement
diftinguées par leurs Alliances
& leurs fervices.
De Marie Dorfon , femme de
Mr Jean de Romanet Confeiller ,
Sécrétaire du Roy , & l'un des Fermiers
Generaux de S. M. , mourut
le trente Mars . âgée de 72 ans ,
D'AVRIL. 209
ayant eu pour enfans M'de Romanet
Préfident au Grand Confeil , mort
en Janvier 1717 , & un fils Confeiller
au Parlement.
>
Mre Armand de Bethune , Duc de
Charôt , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy mourut
le premier Avril 1717 , laiffant entr'autres
enfans de feue De Marie
Fouquet fon Epoufe ,fille de Nicolas
Fouquet Vicomte de Vaux , Marquis
de Belle -Ifle , Procureur General
au Parlement de Paris , Miniftre
d'Etat , & Sur- Intendant des
Finances; Armand de Bethune Duc
de Charôt , Pair de France' , Capitaine
des Gardes du Corps du Roi,
pere de feu Mr le Marquis de Charôt
mort des bleffures qu'il reçût à
la Bataille de Malplaquet , & de
Mr le Marquis d'Ancenis . La Maifon
de Bethune eft une des plus
anciennes & des plus illuftres du
Royaume , comme on le peut voir
par l'Hiftoire qui nous en a été donnée
par le fieur Duchêne , & dans
l'Histoire des Grands Officiers de
la Couronne .
Mre Antoine Rancher , Chevalier,
Seigneur de Maudetour , Lieute-
Siij
210 LE MERCURE
1
nant de Roy en la Province & Gouvernement
de Berry , mourut le 3
Avril 1717. Il avoit épousé Geneviéve
Angelique de Machault , fille
de Louis de Machault Confeiller
au Parlement ; il étoit fils de feu
Mre Antoine Rancher , Seigneur de
Trefiemont, mort Sous - Doyen des
Confeillers au Parlement de Paris,
& de De Elifabeth Rubantel , la Famille
de Rancher eft originaire de
la Ville de Tours , & elle n'eſt
moins diftinguée dans la Robe par
fon ancienneté, que par fes Alliances.
pas
De Marie Nozereau Fagon, Femme
de Mre Guy- Crefcent Fagon
premier Médecin du feu Roy ,
mourut le 4 Avril 1717. Elle étoit
mere de Mr Fagon , Confeiller
d'Etat , & Confeiller au Confeil
Royal des Finances , & de Mre
Antoine Fagon Evêque de Lombés.
Mr Jouvenet Peintre ordinaire
du Roy , ancien Directeur & Recteur
perpetuel de l'Academic
Royale de Peinture & Sculpture ,
mourut le fix Avril.
Me Claude Jean Pepin , ancien
Correcteur des Comtes , mourut le
Sept Avril.
.
D'AVRIL . 211
Antoine Benoît Ecuyer , Pein
tre du Roy enfon Academie Royale,
& fon unique Sculpteur en cire ,
mourut le huit Avril.
De Armande de la Tour d'Auvergne
, Epoufe de Mre Louis de
Melun , Duc de Joyeuſe , Pair de
France , Prince d'Epinoy , Comte
de Saint Pol &c. Meftre de Camp
& Commandant le Régiment Royal
Cavalerie , moûrut en couches le
13 Avril 1717 , âgée de 19 ans , 7
mois. Elle étoit fille de Me Ema.
nuel Theodofe de la Tour , Duc
d'Albret , Pair & Grand Chambellant
de France & de Dame Marie
Victoire- Armande de la Tremoille ,
dont je vous appris la mort dans
mon dernier Journal. Les Maifons
de la Tour d'Auvergne & de Melun
font fi grandes & fi illuftres , & par
conféquent vous doivent être fi
connuës , , que je ne vous en donnerai
ici aucun détail .
De Louife - Madeleine de la
Marck , Comteffe de Braine , Baronne
de Pontarcy , Serignan , Mareüil
, la Vieille -Tour &c. veuve ,
de Mre Henry de Durfort , Duc de
Duras , mourut le 13 Avril , âgée
212 LE MERCURE
de 58 ans , laiffant pour fille Jeanne
Henriette de Durfort , mariée depuis
le 22 May 1709 , avec Henry
de Lorraine , Prince de Lambeſc ,
Petit fils de Mr le Comte d'Armagnac.
Elle étoit filled'Henry Robert
Efchalart de la Marck , Comte de
la Marck , Colonel du Régiment
de Picardie , & de Dame Jeanne
de Saveufe , & elle fortoit d'une
ancienne Maiſon originaire de Poitou
.
De Marie- Angelique de Cofnac ,
veuve de M. Procope - François
Comte d'Egmond , Duc de Gueldres
, de Juliers & de Eergues ,
Prince de Gaure & du S. Empire ,
Marquis de Renty , de la Longueville
&c. Grand d'Efpagne , Chevalier
de la Toifon d'or , General
de la Cavalerie , & des Dragons
de S. M. C. mourut le 14 Avril
1717 , âgée de 43 ans. Elle étoit
fille de M. François de Cofnac ,
Marquis de Cofnac , & de Dame
Locife d'Efparbes de Luffan , & petite
niéce de Daniel de Conafc
·Archevêque d'Aix , Commandeur
de l'Ordre de S. Efprit , & fortoit
d'une des plus anciennes & des plus
D'AVRIL . 213
illuftres Maifons du Limofin.
Mie Jean-Baptiste de Ribodon
Chevalier , Seigneur du Mouffeau ,
Liverdy &c. Confeiller de la Grande
Chambre du Parlement , mourut
le 15 Avril , âgé de 69 ans. Il
avoit été reçû Confeiller au Parlement
le 15 Janvier 1683. & étoit
fils de Claude Ribodon , Seigneur
du Mouffeau , & de Dame Cathe
rine Grangié de Liverdy.
De Marie Quatrehommes veuve
de M. Achille Barentin , Confeiller
du Roy en fa Cour de Parlement
& Grand Chambre d'icelle ,
fut enterrée Dimanche 26 , dans
l'Eglife du Grand Convent des
R. P. Auguftins.
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3893
p. 213-215
MARIAGES.
Début :
Mre Paul Sigismond de Momont-morency-Luxembourg, Duc d'Olonne, veuf [...]
Mots clefs :
Mariages, Veuf, Lieutenant, Prince, Alliances, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGE S.
Mre Paul Sigifmond de Momontmorency-
Luxembourg , Duc d'Olonne
veuf de Dame ...... le
Tellier de Barbezieux , a épousé
le 19 de ce mois Mlle de Harlus de
Vertilly fillefunique deMrede Harlus
de Vertilly , Lieutenant general
des Armées du Roy , & de Dame
...Goder de Soudé . La Maifon
214 LE MERCURE
de Montmorency , fans contredit ,
la plus illuftre du Royaume , vous
eft affés connue pour ne vous en donner
ici aucun détail généalogique ; à
l'égard du nom de Harlus de Vertilly,
il eft originaire du Vallois ,
& égallement diftingué par fon ancienneté
, par fes Alliances , & par
les fervices,que ceux qui l'ont porté
, ont rendus à l'Etat depuis près
de 300. ans.
Don Jofeph Cantelmo Prince de
Pettorano , fils de Don Roftain Cantelmo
Duc de Popoli , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , Capitaine
des Gardes du Corps de Sa Majesté
Catholique ,Gouverneur du Sereniffime
Prince des Afturies,& de Dona
Beatrix Cantelmo , a épousé à Blois
le 22 , Catherine Berthe de Bouflers
fille de feu Loüis François de Bouflers
, Duc de Bouflers , Pair &
Marechal de France , Chevalier
des Ordres du Roy & de la Toifon
d'Or , Capitaine des Gardes du
Corps , Gouverneur & Lieutenant
General des Provinces de Flandres
& de Haynault , Gouverneur Parti
culier & Souverain Bailly des Ville ,
Citadelle & Châtellenie de l'Ille ,
D'AVRIL.
215
& General des Armées du Roy ; &
de Catherine - Charlotte de Grammont.
Les grands Titres dont eft
revêtu Mr le Duc de Popoli pere du
nouveau Marié , font une preuve
certaine , que fa Naiffance eft des
plus Illuftres pour la Maifon de
Bouflers , elle eft originaire de
Picardie , & il en ait peu dans cette
Province qui foient auffi connues
par fon ancienneté & par fes alliances.
Made la Ducheffe de Pettorano
n'a qu'un frere qui eft M¹ le Duc de
Boußers Pair de France , Gouverneur
General de Flandres & de
Haynault & Gouverneur Particulier
des Ville , Citadelle & Châtellenie
del'Ifle ; elle a auffi une foeur aînée ,
mariée depuis peu d'années avec M
le Marquis de Remiencourt fon
coufin , & de même Maifon qu'elle .
Mr de Malezieux a épousé le……..
de ce mois , Mlle Sthoupe , fille
du Capitaine aux Gardes
Mre Paul Sigifmond de Momontmorency-
Luxembourg , Duc d'Olonne
veuf de Dame ...... le
Tellier de Barbezieux , a épousé
le 19 de ce mois Mlle de Harlus de
Vertilly fillefunique deMrede Harlus
de Vertilly , Lieutenant general
des Armées du Roy , & de Dame
...Goder de Soudé . La Maifon
214 LE MERCURE
de Montmorency , fans contredit ,
la plus illuftre du Royaume , vous
eft affés connue pour ne vous en donner
ici aucun détail généalogique ; à
l'égard du nom de Harlus de Vertilly,
il eft originaire du Vallois ,
& égallement diftingué par fon ancienneté
, par fes Alliances , & par
les fervices,que ceux qui l'ont porté
, ont rendus à l'Etat depuis près
de 300. ans.
Don Jofeph Cantelmo Prince de
Pettorano , fils de Don Roftain Cantelmo
Duc de Popoli , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , Capitaine
des Gardes du Corps de Sa Majesté
Catholique ,Gouverneur du Sereniffime
Prince des Afturies,& de Dona
Beatrix Cantelmo , a épousé à Blois
le 22 , Catherine Berthe de Bouflers
fille de feu Loüis François de Bouflers
, Duc de Bouflers , Pair &
Marechal de France , Chevalier
des Ordres du Roy & de la Toifon
d'Or , Capitaine des Gardes du
Corps , Gouverneur & Lieutenant
General des Provinces de Flandres
& de Haynault , Gouverneur Parti
culier & Souverain Bailly des Ville ,
Citadelle & Châtellenie de l'Ille ,
D'AVRIL.
215
& General des Armées du Roy ; &
de Catherine - Charlotte de Grammont.
Les grands Titres dont eft
revêtu Mr le Duc de Popoli pere du
nouveau Marié , font une preuve
certaine , que fa Naiffance eft des
plus Illuftres pour la Maifon de
Bouflers , elle eft originaire de
Picardie , & il en ait peu dans cette
Province qui foient auffi connues
par fon ancienneté & par fes alliances.
Made la Ducheffe de Pettorano
n'a qu'un frere qui eft M¹ le Duc de
Boußers Pair de France , Gouverneur
General de Flandres & de
Haynault & Gouverneur Particulier
des Ville , Citadelle & Châtellenie
del'Ifle ; elle a auffi une foeur aînée ,
mariée depuis peu d'années avec M
le Marquis de Remiencourt fon
coufin , & de même Maifon qu'elle .
Mr de Malezieux a épousé le……..
de ce mois , Mlle Sthoupe , fille
du Capitaine aux Gardes
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3894
p. 215
« M. le Maréchal de Tessé a été nommé pour aller audevant du [...] »
Début :
M. le Maréchal de Tessé a été nommé pour aller audevant du [...]
Mots clefs :
Ouvrages, Musique, Violons, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. le Maréchal de Tessé a été nommé pour aller audevant du [...] »
M. le Maréchal de Teſſé a été nommé pour aller
audevant du Czar juſqu'à Beaumont , & M. le Marquisse
êles a é é choisi pour lu aller faire Com
pliment de la part du Risfur fon arrivée en France.
Le firur Mara's Ordinaire dela Mufique de la
Chambre du Roy , vient d'expofer en Vente un
Nouveau Livre de Piéces à une & à trois Violes.
Ce quatriéane Volume eft divifé en trois Partics ;
fgavoir , la premiere Partie de Piéces familieres ,
peu remplies d'accords & très chamantes ; la
deuxième Partie eft au contraire , difficile & char
gée d'accords , mais avec un peu d'application,
elle deviendra tres praticable. La troifiéme Parsie
eft compofée de pieces à trois Violes, lefquelles
fe pouroni jouer fur le Violon où deflus de violes
& mên e avec la Flute Traverfiere On pourra auffi
mêlanger un Inftrument avec un autre
le premier deffus par une Flute Traverfiere , & le
deuxieme avec un Violon , deffus de Viole ou
Vicle ,fi l'on vent ; le prix de ce quatrième Volume
fra le même des trois précédens.
" comme
On trouvera aufi chez l'Auteur , rue Bentia
poiré , les Triots pour la Flute, Violons, deffns
de Viole , avec la Bafle continue Chiffie, pour le
Clavecin Opera d'Alcione & l'Opera de Seu élé.
audevant du Czar juſqu'à Beaumont , & M. le Marquisse
êles a é é choisi pour lu aller faire Com
pliment de la part du Risfur fon arrivée en France.
Le firur Mara's Ordinaire dela Mufique de la
Chambre du Roy , vient d'expofer en Vente un
Nouveau Livre de Piéces à une & à trois Violes.
Ce quatriéane Volume eft divifé en trois Partics ;
fgavoir , la premiere Partie de Piéces familieres ,
peu remplies d'accords & très chamantes ; la
deuxième Partie eft au contraire , difficile & char
gée d'accords , mais avec un peu d'application,
elle deviendra tres praticable. La troifiéme Parsie
eft compofée de pieces à trois Violes, lefquelles
fe pouroni jouer fur le Violon où deflus de violes
& mên e avec la Flute Traverfiere On pourra auffi
mêlanger un Inftrument avec un autre
le premier deffus par une Flute Traverfiere , & le
deuxieme avec un Violon , deffus de Viole ou
Vicle ,fi l'on vent ; le prix de ce quatrième Volume
fra le même des trois précédens.
" comme
On trouvera aufi chez l'Auteur , rue Bentia
poiré , les Triots pour la Flute, Violons, deffns
de Viole , avec la Bafle continue Chiffie, pour le
Clavecin Opera d'Alcione & l'Opera de Seu élé.
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3895
s. p.
TABLE.
Début :
Avant-propos. Apologie pour les Sçavans, sur les vivacités & impolitesses [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
A
Vant - propos.
Apologiee pour les Sçavans , fur les vivacités &
impoliteffes qui leur échapeni , &c.
Epitre de Mr Aroüet à M.
Conte par M. de S A.
7
5135
Le bon Age d'ure fille , pour bien choisir un Epoux, per M. D. F.
Relatione Banda.
Memoire Historique.
Nouvelles de Paris .
Article des Spectacles.
58
60
68
87
103
Orphée. Paraphrafe d'une Redondille Esp &c. 14
Copie d'un Memoire de feu M. le Maréchal de
Rofen. 9
Reflexions Politiques & Morales par M. l'Abbé
regere.
Jugement poré fur la pièce de Sanſon .
Senacts en Bos rimés.
En geries. n
Sarabande & parodie par Roy.
Chan :on .
129
136
147
147
149 1
140
Lettre à M de .... par M. l'Abbé de la Fargue, 151
Nouvelles Etrangeres . 175
Rentrée des Academies des Sciences & des belles
Lettres.
Suite des Nouvelles de Parisg
Morts.
Mariages,
184
200
17
213
A
Vant - propos.
Apologiee pour les Sçavans , fur les vivacités &
impoliteffes qui leur échapeni , &c.
Epitre de Mr Aroüet à M.
Conte par M. de S A.
7
5135
Le bon Age d'ure fille , pour bien choisir un Epoux, per M. D. F.
Relatione Banda.
Memoire Historique.
Nouvelles de Paris .
Article des Spectacles.
58
60
68
87
103
Orphée. Paraphrafe d'une Redondille Esp &c. 14
Copie d'un Memoire de feu M. le Maréchal de
Rofen. 9
Reflexions Politiques & Morales par M. l'Abbé
regere.
Jugement poré fur la pièce de Sanſon .
Senacts en Bos rimés.
En geries. n
Sarabande & parodie par Roy.
Chan :on .
129
136
147
147
149 1
140
Lettre à M de .... par M. l'Abbé de la Fargue, 151
Nouvelles Etrangeres . 175
Rentrée des Academies des Sciences & des belles
Lettres.
Suite des Nouvelles de Parisg
Morts.
Mariages,
184
200
17
213
Fermer
3896
s. p.
AVIS.
Début :
LE Mercure de Juin & les suivants, sont fixés à 20 sols, [...]
Mots clefs :
Mercure, Frais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
LE Mercure de Juin & les
suivants, sont fixés à 20 sols,
l'Auteur ne pouvant plus les donner
à 15 ; parce que les frais qu'il
est obligé de faire pour la composi-
tion de ce Livre, excédent de beau-
coup le produit.
LE Mercure de Juin & les
suivants, sont fixés à 20 sols,
l'Auteur ne pouvant plus les donner
à 15 ; parce que les frais qu'il
est obligé de faire pour la composi-
tion de ce Livre, excédent de beau-
coup le produit.
Fermer
3897
p. 66-73
ENTRÉE DU CZAR DANS MOSCOU.
Début :
Le premier de Mars 1710 jour destiné pour cette Entrée [...]
Mots clefs :
Entrée, Pierre Ier de Russie, Moscou, Cheval, Gardes, Régiment, Bataille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTRÉE DU CZAR DANS MOSCOU.
ENTRÉE DU CZAR
DANS MOSCOU.
Le premier de Mars 1710
jour destiné pour cette Entrée
triomphante, la solenni-
té commença au son de toutes
les Cloches de la Ville, &
au bruit des Canons des Rem-
parts, à plusieures reprises,
& la Marche se fit dans
l'ordre suivant.
1. Les Trompetres & Tim-
baliers à cheval, tous riche-
ment vêtus.
2. S. Alt. le Prince Mi-
chel l'ainé de Galischin,
Lieutenant General & Co-
Historique.
67
lonel des Gardes à cheval, à
la tête du Regiment des Gar-
des a pied de Semionovuski;
ce Regiment habillé & ar-
me avec la derniere magni-
ficence, precedé des Chevaux
de parade de ce Prince, cou-
verts de housses trés-riches.
3. Le Regiment des Gardes
a cheval, de Semionovvski,
aussi somprueusement equipé
que le premier.
4 L'Artillerie prise aux
Suédois dans la Bataille,
contre le General Leevven-
haupt.
5. Les Drapeaux & Eten-
darts pris dans certe Bataille.
6. Les hauts & bas Offi-
Relation
68
ciers faits prisonniers dans la
même action.
7. Une Compagnie du
Regiment des Gardes a Che-
val, de Preobrazenski, dont
la magnificence en monture,
surpaßoit encore celle de Se-
mionovuski.
8. Les Prisonniers faits à
la Baraille de Pultavva, &
par capitularion a Perevvo
loczna; les bas Officiers mar-
chans les premiers, suivis des
Enseignes, Sous-Lieutenans,
Lieutenans, Capitaines, Ca-
pitaines de Cavalerie &
d'Infanterie.
9. Les Officiers de l'Ar-
tillerie Ennemie, & ceux
Historique.
64
qui la servoient.
10. L'Artillerie prise à la
Bataille de Pultavva.
11. Les Etendarts, Dra-
peaux, Timballes, & au-
tres Trophées pris dans la mê-
me Bataille.
12. Les Majors, Lieutenans-
Colonels & Adjudans Ge-
neraux du Roy de Suéde.
13. Les Officiers de sa Cour
& de l'Ecurie, & la chaise
dont S. M. Suédoise se ser-
voit pendant la Bataille.
14. Sa Chancellerie.
15. Le General & Colonel
aux Gardes, Posse y les Ge-
neraux Majors Hamilton,
Stackelberg, Rose, Krus,
Relation
20
Kreurz, Stipenbach; le Com-
te de Leuvvenhaupt, Gene-
ral de l'Infanterie & Gou-
verneur de Riga; le Comte
de Reinschild, Grand Velt
Maréchal, & Conseiller Pri-
vé du Roy de Suéde: le Com-
te de Piper, premier Mini-
stre, Conseiller Privé &
Grand Maréchal de la Cour
de S. M. Suédoise; tous a
pied.
16. S. M. Czarienne à
cheval: A sa droite, un peu
en arriere, S. A. le Prince
de Menszikof, General
Velt-Maréchal de S. M. &
a sa gauche, S. A. le Prince
Basilis de Colgorouk i, Ge-
Historique.
neral Major, & Lieutenant
Colonel des Gardes à pied,
tous deux a cheval.
17. Le Regiment des Gar-
des de Preobrazenski.
18. Les Chariots d'Ammu-
nitions appartenans à l'Ar-
mée Ennemie.
Achaque Arc de Triom-
phe, dont il y en avoit 7. en
differents endroits de la Vil-
le. Les Grands de la Cour,
les Seigneurs du Senat & les
Ecclesiastiques allerent au de-
vant de S. M. Czarienne,
& lui firent des Compliments
de felicitation sur cette victoi-
re signalée: Ces felicitations
ctoient entremélées de Con-
Relation
12
certs de Voix & d'Instru-
ments. Cela fini, plusieurs
jeunes Seigneurs, vêtus a la
Romaine, & tenans d'une
main des Lauriers, & de
l'autre, des Palmes, salue-
rent tour à rour, S. M. &
mirent sous ses pieds ces mar-
ques de victoire.
On chanta des vers sur cette
grande Révolution, & on re-
cira des Panegeriques à l'hon-
neur de S. M. Cz. il est im-
possible d'exprimer les accla-
mations du Peuple, qui bor-
doit les rues; il n'y eût point
de maison de la Ville qui ne
fut illuminée, rapißée, ou
du moins embellie par dehors.
On
Historique.
Ons'occupa quelque tems a-
prés, à graver les Emblemes
Inscriptions qui ont servi
a l'ornement des Arcs de
Triomphe.
DANS MOSCOU.
Le premier de Mars 1710
jour destiné pour cette Entrée
triomphante, la solenni-
té commença au son de toutes
les Cloches de la Ville, &
au bruit des Canons des Rem-
parts, à plusieures reprises,
& la Marche se fit dans
l'ordre suivant.
1. Les Trompetres & Tim-
baliers à cheval, tous riche-
ment vêtus.
2. S. Alt. le Prince Mi-
chel l'ainé de Galischin,
Lieutenant General & Co-
Historique.
67
lonel des Gardes à cheval, à
la tête du Regiment des Gar-
des a pied de Semionovuski;
ce Regiment habillé & ar-
me avec la derniere magni-
ficence, precedé des Chevaux
de parade de ce Prince, cou-
verts de housses trés-riches.
3. Le Regiment des Gardes
a cheval, de Semionovvski,
aussi somprueusement equipé
que le premier.
4 L'Artillerie prise aux
Suédois dans la Bataille,
contre le General Leevven-
haupt.
5. Les Drapeaux & Eten-
darts pris dans certe Bataille.
6. Les hauts & bas Offi-
Relation
68
ciers faits prisonniers dans la
même action.
7. Une Compagnie du
Regiment des Gardes a Che-
val, de Preobrazenski, dont
la magnificence en monture,
surpaßoit encore celle de Se-
mionovuski.
8. Les Prisonniers faits à
la Baraille de Pultavva, &
par capitularion a Perevvo
loczna; les bas Officiers mar-
chans les premiers, suivis des
Enseignes, Sous-Lieutenans,
Lieutenans, Capitaines, Ca-
pitaines de Cavalerie &
d'Infanterie.
9. Les Officiers de l'Ar-
tillerie Ennemie, & ceux
Historique.
64
qui la servoient.
10. L'Artillerie prise à la
Bataille de Pultavva.
11. Les Etendarts, Dra-
peaux, Timballes, & au-
tres Trophées pris dans la mê-
me Bataille.
12. Les Majors, Lieutenans-
Colonels & Adjudans Ge-
neraux du Roy de Suéde.
13. Les Officiers de sa Cour
& de l'Ecurie, & la chaise
dont S. M. Suédoise se ser-
voit pendant la Bataille.
14. Sa Chancellerie.
15. Le General & Colonel
aux Gardes, Posse y les Ge-
neraux Majors Hamilton,
Stackelberg, Rose, Krus,
Relation
20
Kreurz, Stipenbach; le Com-
te de Leuvvenhaupt, Gene-
ral de l'Infanterie & Gou-
verneur de Riga; le Comte
de Reinschild, Grand Velt
Maréchal, & Conseiller Pri-
vé du Roy de Suéde: le Com-
te de Piper, premier Mini-
stre, Conseiller Privé &
Grand Maréchal de la Cour
de S. M. Suédoise; tous a
pied.
16. S. M. Czarienne à
cheval: A sa droite, un peu
en arriere, S. A. le Prince
de Menszikof, General
Velt-Maréchal de S. M. &
a sa gauche, S. A. le Prince
Basilis de Colgorouk i, Ge-
Historique.
neral Major, & Lieutenant
Colonel des Gardes à pied,
tous deux a cheval.
17. Le Regiment des Gar-
des de Preobrazenski.
18. Les Chariots d'Ammu-
nitions appartenans à l'Ar-
mée Ennemie.
Achaque Arc de Triom-
phe, dont il y en avoit 7. en
differents endroits de la Vil-
le. Les Grands de la Cour,
les Seigneurs du Senat & les
Ecclesiastiques allerent au de-
vant de S. M. Czarienne,
& lui firent des Compliments
de felicitation sur cette victoi-
re signalée: Ces felicitations
ctoient entremélées de Con-
Relation
12
certs de Voix & d'Instru-
ments. Cela fini, plusieurs
jeunes Seigneurs, vêtus a la
Romaine, & tenans d'une
main des Lauriers, & de
l'autre, des Palmes, salue-
rent tour à rour, S. M. &
mirent sous ses pieds ces mar-
ques de victoire.
On chanta des vers sur cette
grande Révolution, & on re-
cira des Panegeriques à l'hon-
neur de S. M. Cz. il est im-
possible d'exprimer les accla-
mations du Peuple, qui bor-
doit les rues; il n'y eût point
de maison de la Ville qui ne
fut illuminée, rapißée, ou
du moins embellie par dehors.
On
Historique.
Ons'occupa quelque tems a-
prés, à graver les Emblemes
Inscriptions qui ont servi
a l'ornement des Arcs de
Triomphe.
Fermer
3898
p. 165-167
Du Revenu des Etats & des Impositions de S. M. Cz.
Début :
Il est assez difficile de donner un état fort juste des Revenus [...]
Mots clefs :
Revenus, Impositions, États, Droit, Tsar
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Revenu des Etats & des Impositions de S. M. Cz.
Du Revenu des Etats
& des Impositions
de S. M. Cz.
Il est assez difficile de donner
un état fort juste des Revenus
de la Moscovie. Les
Etats du Czar etant d'u-
ne trés-grande etendue, ses
Revenus se monrent a pro-
portion.
L'Imposirion qui est sur
le Vin, la Bierre, l'Hidro-
mel, & l'Eau-de-Vie, aussi
166
Relation
bien que les Droits d'Entrée,
sont d'un trés gros produit
pource Prince; la seule Ville
d'Archangel fournit plus de
600000 ecus. Le Commerce.
que le Czar fait faire par ses
factures, en divers Etats de
l'Europe, aussi-bien que le
profit qu'il fait sur les Mar-
tres Zibelines, & les droits
qu'il tire sur les Heritages
& sur les Maisons de Mos-
covie, vont a des sommes
immenses; de plus, la taxe du
dixième denier sur le bien de
tous ses Sujets en remps de
Guerre, monte trés-haut;
aussi, peut-il lever dans une
necessité, des Armees de deux
Historique.
167
ou trois cent mille hommes,
fournies de tout ce qui est ne-
cessaire.
& des Impositions
de S. M. Cz.
Il est assez difficile de donner
un état fort juste des Revenus
de la Moscovie. Les
Etats du Czar etant d'u-
ne trés-grande etendue, ses
Revenus se monrent a pro-
portion.
L'Imposirion qui est sur
le Vin, la Bierre, l'Hidro-
mel, & l'Eau-de-Vie, aussi
166
Relation
bien que les Droits d'Entrée,
sont d'un trés gros produit
pource Prince; la seule Ville
d'Archangel fournit plus de
600000 ecus. Le Commerce.
que le Czar fait faire par ses
factures, en divers Etats de
l'Europe, aussi-bien que le
profit qu'il fait sur les Mar-
tres Zibelines, & les droits
qu'il tire sur les Heritages
& sur les Maisons de Mos-
covie, vont a des sommes
immenses; de plus, la taxe du
dixième denier sur le bien de
tous ses Sujets en remps de
Guerre, monte trés-haut;
aussi, peut-il lever dans une
necessité, des Armees de deux
Historique.
167
ou trois cent mille hommes,
fournies de tout ce qui est ne-
cessaire.
Fermer
3899
p. 167-170
Remarque sur l'Etat de la Noblesse de Moscovie.
Début :
Quoique les Genealogies des Anciennes & Illustres Maisons de Moscovie, [...]
Mots clefs :
Noblesse, Moscovie, Tsar, État, Princes, Gentilshommes, Seigneurs, Gouvernements, Terres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarque sur l'Etat de la Noblesse de Moscovie.
Remarque sur l'Etat
de la Noblesse de
Moscovie.
Quoique les Genealogies des
Anciennes & Illustres Maisons
de Moscovie, ne soient
pas encore aussi bien connues
que celles des autres Nations
de l'Europes ce grand & va-
ste Empire renferme une forte
grande quantité de Noblesse.
Le titre de Comte n'y est que
nouvellement introduit. I y
a en Moscovie trois sortes de
Nobleße. La premiere appar-
tient aux Princes & aux
Relation
168
Gentils-Hommes. Les Prin-
ces sont les plus riches Sei-
gneurs du Pays, que le Czar
employe dans les plus hautes
Charges & aux premiers
Gouvernemens de cet Empi-
re. Ils sont aussi ordinaire-
ment Bojares ou Conseillers
d'Etat. Ils tiennent une gran-
de Cour & demeurent la
plus grande partie de l'année,
dans leurs Palais qui sont
dans la Ville de Moscou; on
les appelle dans leurLangue
Knias. Le second degré de
Noblesse, est celui des Sei-
gneurs. Le troisième, des
Gentils-Hommes qui posse-
dent des Fiefs par la grace &
la
Historique,
169
la liberalire du Czar, pour
leur merite. Ces Terres tom-
bent aussi avec le Titre sur
leurs fils. Pendant la paix, ils
demeurent sur leurs Terres.
Ils etoient obligez autrefois
d'envoyer a la Guerre un cer-
tain nombre de Valets a che-
vals mais à present, le Czar
ayant discipline ses Armees, à
la manière des Princes de
l'Europe, choisit seulement
des Officiers, & en fait d'au-
tres de Cavalerie & de
Dragons qui sont a sa solde.
Le Czar honore encore cette
Noblesse de divers Emplois,
comme de Gouvernemens de
Provinces & Territoires. Il
170
Relation
les fait Chambellans, Gar-
des du Corps. Outre ceux-cy,
il y a encore les Banquiers &
Marchands renommez, qui
tiennent aussi rang de No-
bles. Ily en a toujours deux
ou trois dans le Conseil d'E-
tat, on les appelle Gosten.
de la Noblesse de
Moscovie.
Quoique les Genealogies des
Anciennes & Illustres Maisons
de Moscovie, ne soient
pas encore aussi bien connues
que celles des autres Nations
de l'Europes ce grand & va-
ste Empire renferme une forte
grande quantité de Noblesse.
Le titre de Comte n'y est que
nouvellement introduit. I y
a en Moscovie trois sortes de
Nobleße. La premiere appar-
tient aux Princes & aux
Relation
168
Gentils-Hommes. Les Prin-
ces sont les plus riches Sei-
gneurs du Pays, que le Czar
employe dans les plus hautes
Charges & aux premiers
Gouvernemens de cet Empi-
re. Ils sont aussi ordinaire-
ment Bojares ou Conseillers
d'Etat. Ils tiennent une gran-
de Cour & demeurent la
plus grande partie de l'année,
dans leurs Palais qui sont
dans la Ville de Moscou; on
les appelle dans leurLangue
Knias. Le second degré de
Noblesse, est celui des Sei-
gneurs. Le troisième, des
Gentils-Hommes qui posse-
dent des Fiefs par la grace &
la
Historique,
169
la liberalire du Czar, pour
leur merite. Ces Terres tom-
bent aussi avec le Titre sur
leurs fils. Pendant la paix, ils
demeurent sur leurs Terres.
Ils etoient obligez autrefois
d'envoyer a la Guerre un cer-
tain nombre de Valets a che-
vals mais à present, le Czar
ayant discipline ses Armees, à
la manière des Princes de
l'Europe, choisit seulement
des Officiers, & en fait d'au-
tres de Cavalerie & de
Dragons qui sont a sa solde.
Le Czar honore encore cette
Noblesse de divers Emplois,
comme de Gouvernemens de
Provinces & Territoires. Il
170
Relation
les fait Chambellans, Gar-
des du Corps. Outre ceux-cy,
il y a encore les Banquiers &
Marchands renommez, qui
tiennent aussi rang de No-
bles. Ily en a toujours deux
ou trois dans le Conseil d'E-
tat, on les appelle Gosten.
Fermer
3900
s. p.
ERRATA. POUR LE MERCURE D'AVRIL.
Début :
Pag. Lig. Fautes. Corrigez. 91 3. Secretaire President 96 16 [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ERRATA. POUR LE MERCURE D'AVRIL.
ERRATA.
ASTOR, LENOPOUR LE MERCURE D'AVRIL.
TILDEN FOUNDATIONS
Pag. Lig. Fautes .
91 3. Secretaire
96 16 Servant
99 14 ôtez premier
Corrigez .
Prefident
ordinaire
102 17. Gentilhomme. Noble
208 2Meft.deCamp.MedesComp
.
215 24 Françoifes . Suiffes.
ASTOR, LENOPOUR LE MERCURE D'AVRIL.
TILDEN FOUNDATIONS
Pag. Lig. Fautes .
91 3. Secretaire
96 16 Servant
99 14 ôtez premier
Corrigez .
Prefident
ordinaire
102 17. Gentilhomme. Noble
208 2Meft.deCamp.MedesComp
.
215 24 Françoifes . Suiffes.
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