Oeuvre commentée (5)
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Résultats : 5 texte(s)
1
p. 169-238
Critique modeste du Livre de Madame Dacier, qui a pour Titre, des Causes de la Corruption du goust. [titre d'après la table]
Début :
Au reste, Messieurs, quoique j'aye donné mon consentement à [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Auteur, Éloquence, Anciens, Modernes, Anciens et Modernes, Ouvrages, Antiquité, Homère, Poètes, Héros, Grecs, Belles-lettres, Esprit, Goût, Corruption du goût, Quintilien, Éducation, Opéra, Éducation, Public, Dialogue, Perfection, Amour
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texteReconnaissance textuelle : Critique modeste du Livre de Madame Dacier, qui a pour Titre, des Causes de la Corruption du goust. [titre d'après la table]
Aureste,Meilleursquoique
j'aye donné mon consentementàl'Ouvrage
que vous
allez lire, quoi-que je l'aye
signé & paraphé, ne varietur,
& quoi-qu'en un mot il ne
tienne qu'à moi de me donner
des airs de sçavant à tort
6e à travers,& quand bon me
semble, gardez-vous bien de
faire à l'Auteur anonyme de
cette dissertation, lechagrin
de mecroirecapabled'unaut
si bon raisonnement. Je l'approuve,
& je pense comme
lui sur la matiere qu'il a traité.
Voila mon sentiment, lifez
donc cette piece, sans prévention,
si VOJS pouvez, Se
jeferai bien étonné, si vous
he pensez comme nous. Sinon
,àvous permis d'en penser
ôc d'en dire ce qui vous
plaira.
Memoires Littéraires, & CrU
qtiesP&c.
Sur la fin du dernier siecle
il s'alluma une querelle vive
dansla republique des Lettres.
Il estoitquestion de regler
un Cérémonial entre les
grandshommes de l'anna:ité,&
nosmaîtresmodernes
DeuxAcademiciens françois
dont l'un estoitencausepour
Jes Anciens,d'autre pour les
Modernes, aprés avoirconstesté
long-tems, avec grandevivacité,
pournerien dire
de plusn,se separerent enfin
au grand scandale du pufb1icy
£ànsr.avoirreg1éaucun
article. -->//
Cettequerelle serenouvelle
aujourdhuy entreMadame
Dacier & Monsieur dela
Motte.Il nes'agitneanmoins
encore,quedefixer les honmeursdûs
à Homere : Mais
ce qui fera décidé enfaveur
du plus grand desPoëte&
du plus reculé de nous, fcivira
de regle pour nossucres
ayeuls..<i
t i' l'..,.
1
Faits quieftabhfjent l'eflat de
- ', laqueflion.
: Il ya quelquesannées que
M. de la Motte conçut le desfein
de sauver la Nation du
reproche de n'avoir pu enfanter
un poëme digne d'estime.
Dans cette vûë il examina
la celebre Illiade d'Homere
:aprés un exact examen,
ilcrut sentir que le pere des
Pôëtesn'avoit donné qu'une
ébauche grossiere de son art. il reconnut àlavérité dans
cePoëme tant célébré
,
loue
ce qu'on peut exiger d'ungenie
rare& d'une imaginationriche,
à qui le secours
desregles &desbxémplîes^
manqué;mais il y sentit bien
des défauts qu'une plus grande
connoissance de l'art a sale
éviter àVirgile; &depuis à
quelques autres, que je ne
nommepasde peurdescan.
,dle.:tJ.r.,'rlc: Le sujetdel'Illiade, je veux
dire, le; fonds historique jdii
Poëmelui parut grand &.d«-
gne d'interesser.Paris.filsds
P,riamen*lew Helene èpoufc de
Menelas: Tous lesRoysdela
Grece seliguenten faveur ds
toffenfe,g/paffentJes Mers±
pour détruire un flçrifavt
t
ErfJt. pire!Voila.ungrandobjet
pour la curiosité. Cette guer
re est abondanteen grands
évenemens:lesDieuxsemeitent
de lapartie ttes unsse
declarent en faveur desGrecs.
les autresfavorisent lesTroyens
:
Quelle source demer,. veilleux!
- ïl est vray queles Dieux
n'agissentpas avec - dignité
Jns l'Iliade,& que leur puissance
y est exactementlimitée:
Mais si Homereavoit eq
une idée plusraisonnablede
sesDieux,il n'auroit pu en fii"Çyfff amusantôc
si varié dans son Ouvrage :
Supposé, par exemple, que
Jupiter eut esié le souverain
arbitre des destinées, Sarpedon
son fils n'auroit pu torn*-
ber fous les coups de Patron
cle, si les Dieux inférieurs
avoient esté parfaitementsubordonnez
à Jupiter: On ne
les eût pas vû divisez entre
les deux armées. La feule saveur
de Jupiter auroit acquis
tout le Ciel à un seul parti:
alors qu'auroit on pû esperer
pour l'autre? Les Dieux
de l'Iliade,tout méprisables
qu'ils sont EU WJI'I'IWCI'IWÔ ,
ne laissent pas d'estre
, par
leur petitessemême,plus propres
à jetter dans le Poëme
le genre de merveilleux que
nous amenons quelquefois
dans les nostres par le ministere
des enchanteurs,&.des
Fées.
Mais sila petitesse desDieux:
amene le merveilleux dans
l'Iliade, la grossiere rusticité
des Heros acteurs n'y amene
rien qui demande gracepour
elle. On ne doit pas
néanmoins faire un crimeà
Homere de n'avoir pas imaginé
des caracteres plus dignes
d'admiration, Il a peint
piftoriquement les Moeurs
baffes & grossieres de son
tems, & n'ayant aucune idée
decette politesse & de cette
veritable grandeur reservées
aux sieclessuivants, il seroit
injuste de ne lui pas faire grace
sur cela.
2
Il sembla donc à M. de la.
Motte qu'on pouvoit faire
de l'Iliaded'Homereun poë
me agreable dans nôtre lani.
gue,non pas en traduifanc
servilement, comme tant de
gens l'ont tenté, à la honte
deleurgoût, mais en corrigeantle
tissu de l'Hiiloire,
en supprimant certains traits
qui revoltent nos moeurs ou
quiblessent la vrai-semblance,
en avilissant un peu moins
les Dieux auteurs, qui neanmoins
ne peuvent,pour le
IQle qu'ils doivent jouer,estreélevez
jusqu'à leur verieqçn
pçqla^udefjTe&'larailicité,
peularedesse&
foppfiw^tipîpfiG^^repcisz,8oç^ peula,
o
des j en. un mot M. de la Mot-j
te seproposa, non de tradui- rHa,fgtu,lemen> c'sfti&w4$pren-î
dred sonouvragecequilui
sembloit bon,de cotri@erpli
supprimer e qu'il, j^geoif
dsfecueux&é féprehenfiQle
f .Dans,.cetespritilconippt
sa l'Jliade franoife.P9#.m
.hftribuéen :dqU¡é, Livresi
Ame&rje que cet Ouvrage
croissoit l'auteurle reckoitf
aux Assembléèspublicjùés-daf
l'Accademie, & l'onnêdciitt
pas craindre d'être démanti i
endisantqu'ilfuttoûjôurs
reçû du public avec accuei
avec acclamation enfinl'ouvrageachevé
5
M. de la Mot
técrût devoircompterau pu*
blicdes raisons pour lesquelles
il s'étoit tant écarté du
poëme original.Ilfit une
dHfertatÎotfk{url'lliadedHo
mere, il y rend hommage à
ce vieuxPoëte commeau plus
haut genie que lanature ait
peut-être enfanté,il declare
qu'àjuger de lui par le poër
mequ'ilahasardéavantque
JArG,suc( né,il seepersuade
que , dans quelque siecle oi*
Ú {teft«i&ei!oacplaçé rilHaur
roit_touj;oursét£le premier
Poëte dé ce siecle, & que
naissant dans un tems où les
reglesdel'Art auroient été
dévelopées,oules moeurs atiroientéteciviliséesou
l'on
auroic mieux connu la vertu
&. levericable heroisme,il auroit
fait un poëmeaccompli.
Ilfait l'enumeration des talents
naturels dont il voit les
fruits dans l'Ouvrage ; Mais
commetout Oev^agpihp.
main pàïcesoft ëâri&4reic
^ecéîefoûaiiÉeufpatqirôi^ûë
tléfaUtr)&qedÜUeuèil est
iïtïpôSi~lc~onm~nte~&
qu'onperfectionneuncoup
UnArtquidemandetant de
vûes i tant de lumieres ,tant
ifneditarions,!Nfcde;la
Mottenes'est pas crû enpe- rildepasserpouruninsensé
en dénonçant au public les
fautes grossieres qu'il a senîies
dans l'Iliade,fautes qu'il
n'allegue point en reproche
contre Homere
,
qui ne
nous devoit pas un prodige,
mais qu'il convientdéreprocher
à ces sçavans sans lu*.
rmeierce,qouni nne loes gîatvreent.pas
,.. D'abordquel'Ouvrage fut
public,le peupleConifaetitateur
interesse à mainrenir
le culte d'Homere dans torte
sa pureté
, s'émûtà la vue
des profanations sacrileges
de M. de la Motte, ils crurentqu'il
étoitimportant de
s'elever avec vigueur contre
cecriminel attentat,afin que
la crainte servît defrain dans
la fuite aux infideles.
Ils commencèrent donc
par qualifier le coupable
comme leurs Statuts le prescrivent,
c'est un homme sans
lumiere & sans goût, il nous
a bien trompé, nous lui trouvions
du talent&du genie,
il faut que la tête lu ait tourné,
c'efl: dommage? On endoctrinoit
le public, on combattait
vigoureusement l'adversaire
abfen t; la differtation
sur Homere, Messieurs,
est un poradoxe perpetuelle
poëme François, un Ouvrage
miserable & pire que leClo-
Vis,*&comment grandDieu 1
-
pouroit
*Puéme de Saint Sorlin.
pouroit-il naîtrequelquechose
depassablede lapaitd'uii
homme qui a assezpeu dç
goût pour trouver des dessauts
dans le divin Horoere.
Avec ces graves décisions ,
nos: confederez se faisoient
des échos de tous les cotez,
la plupartdes gens du,monde
ne sont pas fâchez d'entendre
condamner un Ouvrage
nouveau qu'ils se
croyent obligez de lire; c'est
une espece de dette dont on
acquitte leur parene.
Mais comment les confederez
pouront ils corrompre
le jugement des poëtes j
peupleindocileaujoug de
l'autorité V Ce que ne peut
furieuxl'autorité ;31a bassejalousieleva
faire. Ils souscrirontàr\
la,. condamnation du
poëme, en donnant des Eloges
hypocritesà la dissertatiort,
M.- de laMotte s'est
ouvert tant de chemins à la
réputation, il a excellé dans
tant de genres au grand préjudicéde
ces Messieurs,qu'il
doit leur pardonner cette legere
vengeance. L'affaire neanmoins devientserieuse
les poëtes,les
Juges de l'Art liguez avec
Je peuple Commentateur
entraînentla multitude, qui
oseras'opposer à ce torrent > lui Gfera-,* tout homme
d'honneur, qui, libre deprévention
& de vil interêt,aurà
senti que notre siecle n'a donné
aucun Ouvrage,où il
éclate plus de génie ,
plus de
conduite, plus de magnificence
poëtique,que dans Jeic
scandaleux poëme. Il en est,
chez les gens de lettres, de
ces hommes que je viens de
définir, j'en connoismême
entre les poëtes, quiont la
generosité de rendre justice
à M. de la Motte, au peril de
l'Epigramme & de la Satyre.
Les Journalistes de Paris,
ceux de Trevoux, & ceux
d'Hollande,enfin tous les
Tribunaux érigez, si j'ose le
dire, pour juger les Ouvrages
, ont donné de grands
éloges à celuy-ci. Les extraits
faits dans ces Journaux ont
fait lire l'Ouvrage, à tel qui lecondamnoit sur la foi d'autruy.
L'heresie faisoittous les
jours de nouveaux progrés :
Les confederez sentirentenfinla
necessité de tenter une
:ritique , ou l'onessaya de
demontrer la fausseté des
nouveaux dogmes.
Madame Dacier qui tient
ans contredit le premier
ang entre les Commentaleurs,
entreprit cette glorieux
efutation : Et elle s'est monrée
cette refutation, à la
grande joye de tout le parti,
e premier de ce mois.
En voicy le titre:
Des Cdufs de la corruption du
gouss ,par Madame Dacier.
E'ay(oic'yeledçffein; ÇfefïAuteur qui parle,
^efperefaireVoir d'une majniere
trcs-fible& tres-intel.
ligtble, que tout le difeours de M.
if la Motte) rouleJur de faux
principes: Que la critique des
passages dHomere quil a raeporteZ,
cftfrivole,& qu'il régnépar
tout un certaineyfrittrès
capable de nuire aux belles lettres
& à la Poësie.Apres a-
Voir examine le difeours>feutrcra;/
dans l'examen du Poeme.
fcwflamfor(kwwftç*qm
M.wMf)t.l 4$Mfg4metH
malheureux dans\cequ'il4. ref
tranché,dam et qtiii.a ajoutér
st) dans ce qu'ila changé9(§fc
ép4?Ja^çeJtê?Jtfieffatoz% si
frojaique3 qu'endemontaptJif
Vers yon riy trouvera pas la
tnoindreexpressiondtPoete, ttJ.
qu'on nefournoity fybflmer dg
prose plus familiere st)plus com~
muneMaispournepasfuir
re de cet Ouvrage un deces Outyrages
purement polémiquesyf$
que le hais, parce qu'ils me pafoijpnt
pluspropres à réjouir
quàwflmre tâcherai devif
tirer de cette- Vojye commune de
diffut;'&de fair&unetfpece
detraité quifera une recherche
descauses de la corruption du giujî j "ln.. '- \: "C'I.
>
MadameDaciernouspromet
beaucoup. Voyons commentelle
acquittera ses engagement.
Commençons par
son traité descauses de la
corruption du goût quin'occupe
que trois feuilletsd'un
livre de plus de six cent page
Nous examinerons ensuite
l'Ouvrage même, & nous jugéronsdes
coups qu'il porte
à M. de la MQtte.-- <
Mad1a- j
-
Madame Dacier nous a
donné autrefois une magnifiquedefiniton
du Goust
dans une Préface sur Ariftophane.
Elle n'estoit pas là
trop en place; mais elle auroit
eû , ce me semble, fort
bonne grace à la tête de son
petit Traité de la décadence
dugoût. On en va juger: la
voicy :
Tout le mondeparle dégoût,
&je n'ay encoretrouvéperjonne
qui l'ait bien défini les traite
quefen ay njûyneJont que des
idées confuses où il n'y a nijuflefjè
ni raiJon,Qjparconfèquentpoint.
de verité; fejpere que j'auray
este plus heureuse dans la recberch
e que *'en a 1
cherche j'enajfaite (t) que
la definition quefenVais donner,
contentera tous ceuxqui Voudront
Je donner lapeined'approfondir
ma pensee.
Le goût est une harmonie, un
accord de l'esprit&de la raison:
en en aplus ou moins ,Je/on que
cette harmonie efiplus ou moins
juste
y
cela étant, tous les objets
exterieurs quisepresentent à IL
maginationyjfontynonfeulement
une image,maisyrendent aussi
une efyece de soni Cartoutparle
à tefprit,sil'harmonie exterieure
Je trouve d'accordavec cette har:
monie intérieure : l'imagination
reçoit & approuve d'abord cet
objet, qu'elle ne manque jamais
de rejetter quand le contraire arrive.
Car comme l'harmonieM
l'accord eflla cause de l'amour
que ton a pour certains objets,
par la raijon des contraires; la
dissonance est certainement la
cause de la haineicettedissonance
Vient apurement ou de l'objet ou
de feJPrit qui juge, ou bienjou-
Vent de tous les deux; quand elle
Vient de l'objet, & que notre
esPrit a cette harmonieparfaite,
-dont je viens de parler; il estimpossible
que nous approuvions
l'objetqu'on nous presente
)
il
nous parditra toujoursdefectueux
quand la difonance vient
de nôtre esprit qui juge, alors les
meilleures cbojes nous paroiffint
mau-vasses, mais au lieu de nous
dccujernousmêmes, nous accusons
toujoursfobjet, parce que
comme nôtre esprit efl accoutume
à cette difJànance, il nesçauroit
de lui-même la remarquer ;
enfin quand elle efl dans l'un {$)
dans l'autre,&dans l'esprit&
dans l'objet, de là vient que les
plusmauvaises chosèspassentfort
fouVentpourbonnesy parce quellesfont
en proportion de di/Janance
avec le[prit.par ce moyen
on trouvera facilement la raifony
fourquoy un Ouvrage mediocre
trouve fort peu de censeurs, &
qiïun Ouvrage excellent ne pt«reout-ivtneombre.Sil'onvouqlouierpnofurft- petêtnombre.Sil'on
fer cette matiere à bout, ftj
tournermadéfinition entousfens,
jefinsperjuadéeqiïon auroit
l'explication des cbojes quiparoif
Jent les plus difficiles & lesplus
biZdres.
Il sieroit bien
, ce me semble,
au grand Aristote,d'être
l'Auteur de cette définition
tant elle est claire & inge**
nieufe, elle ne cede en rien
assurement à celle que ce
Prince des Philosophes a
donnée du rire immodérée
Madame Dacier la cite avec
élogedans saPréfacesur Terence
:Voicy ses termes.
Ce rirequHomereappelle mextinguible,
c"eft-a-dire,iull, nefinit
point,nest pas le lut de l&
-Comedie,(tJje [fay bon gré à
Aristote de l'avoir defini, une
difformitésans douleur qui corrompt
unepartiede lyhommefans
luyfaire aucun mal. C*esi pourfjuoy,
continuëc-elle~f/
condamne cerire immodéré,&
blâme fort Homere d'avoir t1t:'!.
tribué aux Dieux une passion
qui ricfi pas mêmepardonnable,
aux hommes. Cela est assurementadmirable,
mais revenons
augout, & voyons d'abord
commenton prouve
qu'il eu aujourd'huy corrompu.
Le bon gOllt, dit-on, qu'on*
ûnjm eu tant de peine à ftr
mer, est retombé danssa première
barbarie. Cette proposition
n'a pasbesoin de preuve
selon Madame Dacier,
c'est une véritéévidente,
c'est un fait denotoriété-,le
mal estconstant,il n'est plus
question que d'en demesler
les causes & de procéder à la
guerison. Passons lui sa proposition
,
puis qu'elle est si
évidemment vraye, mais
si le goût est retombé dans sa.
premiere barbarie; comment
s'est-il pu faire, comme Madame
Dacier le suppose,que
l'éloquence du barreau, &
celle de la chaire, quenôtre
poësie même, se soient garentiesdelacontagion;
changeons
l'ordre des propositions&
disons, si l'éloquent
ce &la poësie françoises sont
arrivées de nos jours au point
de pouvoir lutter contre les
travaux de l'antiquité, comment
peut - on dire que le
goût François soit tombé
dans la barbarie?Mais afin
qu'on ne m'accuse pas d'en
imposer
,
il est bon qu'on
voye comment Madame Daciers'explique.
j Véloquence de la chaire &
celle du barreau;) se font fau-
'Vez decette fejleJicontagieux
se. A quelle haut degré de perfèÛion
celle de U chaireti4
Uelle pas esiéportée de nos jours?
Où trouVe-t'on dans les anciens,
plus de Vehemence, plus
de passion
,
plus de force, plus
d'élévation d'efyrit3 des Images
plus Vives &plus magnifiques des , Figuresplusnobles}gr une
compositionplusmajeflueufe ?
ttJ quant à celle du barreau
pour ne pasparler de ces grands
personnages que nous avons perdus)&
qui ont acquis unegloire
immortelle par leur éloquence,
n'en Voyons -nous pas aujourd'huy
fr le .t dans le Parquet,
quAthènes (7 Rome auroient
conipte'Z autrefois parmi leurs
dusgrand Orateurs?Que dis-je
xotre éloquence,notrepoejîe mène
nes'elf- elle pas garantie
tussi de cette contagion
> &
less-elle pas devenue la rivale
le la poëjie des Grecs, entre,
es mains des grands poetes qui
Int bonnorè ledernier siecles
Dequoy donc se plaint
MadameDacier :l'éloquent
ce est actuellement au plus
iauc degré de perfection,où
elle se foit jamais élevée en
France ; lapoësie du dernier
Siecleestarrivée à son plus
haut point, Quand il seroit
vray ,
commeelle lesuppose
ensuite, que les poëtes qui
travaillentactuellement deshonoreroient
leurart, on ne
pourroit en rien conclure
contre le goût du public, à
qui l'on ne peut pas reprocher
de leur faire trop d'ae"
cueil. Ces grands Poëtes du
sïecle dernier,les Corneilles,
les Racines, les Molieres
vivent encore pour luy sur
nos Theatres?
Mais un peu de bonne foi.
Pourquoy Madame Dacier
ne dit - elle pas bonnemenc
son veritable grief: Relevons-
la du tort quesa mode-
[tie fait à sa cause.La preu-
Je, que le goût du Public eO:
âté, se tire des jugements
qu'il a porté destraductions
admirables qui lui ont esté
données des meilleurs Ouvrages
de l'antiquité. On lui
1 mis recemment fous les
eux le Poëme miraculeux
du divin Homere,avec des
notes qu'ilavertissentauxenendroits
qu'il doit le plus admira:
On luiavoitdonné cidevant
une Traduction des
Comedies admirables d'Ariftophanes,
avec des remarques
sur les endroits oùil est
du devoir de rire.
Qu'est-il arrivé? le public
indocile & brouillon a ri souvent
sur les endroits admirables
d'Homere, & arefusé
le devoir au grand Comique
d'Aristophanes : En
voilà assez pour devoir convenir
que noussommes tombez
dans la plus grossiere barbarie-
Ne chicannons donc
plus sur cette question de
fait. Examinons seulement
avec Madame Dacier lescauses
de nôtre infortune,
t» Lairc cause que Madame
Dacier allégué de la corruption
du goût, c'est le peu de
cas que l'on fait des anciens
auteurs. C'est, dit-elle
,
l'éltude
des Grecs&des Latins qui
nous a tirez de la grossiereté où
nous estions, st) nous allons Voir
que c'est l'ignorance&lemépris
decette même étude qui nous J.
replongent. : ?
: Jeconviens d'abord avec
Madame Dacier que sans les
Grecs & les Latins qui nous
ont autrefois mis sur les traces
des sciences&des Arts:
il nous eue salu une longue
fuite de siecles, pour acquérir
par nous - mêmes & inventer
ce qu'ils avoient inventez
par degrez durant une
longue suite de siecles :
Ils nous auroient donc fort
abregé le chemin du beau &
du parfait dans tous les genres
,
n'eussent
- ils fait que
nous en ouvrir les premieres
voyes : mais de ce que nous
sommes autrefois sortis de
la grossieretéparl'étudeassidu
des Grecs & des Latins,
il ne s'enfuit pas qu'un étude
deaussiassidudeces Auteurs
nous foit aujourd'huy nececfairepour
nous empêcher d'y
retomber. Pourquoi cela? le
voici.Tenez-vous-lepourdic
une bonne fois,Messieurs les
Commentateurs, & ne faites
plus reparoître vôtrevieux,
sophisme.On pretend donc
Meilleurs, que quand tous , les anciens Philosophes, les
Aristotes, lesPlatons , les
Socrates nousmanqueroient,
nous ne laisserions pas de faire
de grandsPhilosophes a-
,vec les Descartes, les Malbranches&
autres hommes
qui ne font pas distants de
nous d'un demi siecle:quand
les Cicerons & les Demosthenes
seroient perdus pour
nous, nostre siecle a ses Cicerons
& ses Demosthenes ; ilasesEuripides, ses Sophocles,
ses Aristophanes :ila
plus d'un Anacreon & plus
d'unHorace,il a mieux qu'un
Theocrite. Il est étonnant
que nos Scoliastessoient devenus
si passionnezcitoyens
deRome& d'Athenes, qu'ils
ne puissent les perdre un moment
de vûë, pours'attacher
à la consideration des merveilles
de tout genre nouvellement
écloses dans leur ve
litable Patrie.
,
Je n'applique point cette
reflexion à Madame Dacier.
je l'excepte feule pour l'aveu
qu'elle vient de faire en faveur
de nôtre éloquence, 8c
de nôtre Poësie. Mais cet aveu
est- il bien sincere? N'ac
corde-t-elle rien à la dureté
de nos coeurs? Défions-nous
encore de sa loüange, car si
elle estoit sincere, Madame
Dacier qui a l'esprit si juste failliroit dans ses consequen-,
ces.
Un excellent Auteur ne
jouirajamais parfaitementde
la reputation meritée par ses
Ouvrages. Pour estre bien
loué, il faut qu'il ui en coûte
la vie: Ses Rivaux que sa
su periorité irritoit, setrouventalorsà
leuraise,& maîtres
du champs de bataille:
ils ne plaindront pas à l'ennemi
des éloges qui ne vont
pas jusqu'à lui.
Tel pardonne à M.Dacier
d'avoir prêché queMalherbe
tient encore le sceptre de la
.p()ëe lirique,quine me pardonnera
jamais d'avoirdonné
cet éloge, quoique mieux
[uerité)à son rival vivant:
Les maîtres dans tous les arts
liberaux,ne promenentpoint
leur ambition jalouse hors
des limites de leur genre: Un peintre,parexemple,qui
excelle pour le Portrait, ne
fera point mortifié des honneurs
qu'un autre Peintre acquiert
dans le genre Historique
ou dans le Paysage:
Leur ambition n'a pour objet
que le prix de la carriereoù
ilscourrent. Il n'en est pas de
même des gens de lettres, te
sur tout des Poëtes , genre
d'hommes, sur qui les pa6t
sions ont fait de tout telUi!
leurs plus grands miracles:
Le Dramatique enviera les
succés de l'Epique: LeLirique
fera jaloux du Pastoral.
Anisi dés qu'un excellentOuvrage
dePoësie se montre,les
plus competens d'en juger,
les Poëtes rivaux s'en saisissent
& l'examinent, dans le
dessein,non d'en proteger les
beautez, mais d'en dénoncer
lesdéfauts.Ils recueillentprécieuféméc
les traits les moins
heureux: Ils chargent malignement
leur memoire des
versfoibles,qu'ilsdistribuent
ensuite liberalement dans le
nonde. Les voila soulagez:
ls ont esquivé la honte de:)
eur défaite.
Ne soy ons point les duppes
despassions des Auteurs.
Dés que le beau se montre à
10US &, se fait sentir, il faut
e reconnoître,&le proteger.
Jouïssons les premiers de*,
heureux genies de ce siecle:
Ze les decourageons pas par
d'injustesoutrages. Excitons
au contraire leur émulation
en leur accordant nous-mêmes
des loüanges utiles, que,
la posteritéjudicieuse leur
prodiguera en vain. ,-
Madame Dacier est bien
opposéeàcette maxime:elle
croit ne devoir aucunségards
à un Auteur tel que
M de la Motte. Le tems de
sa gloiren'est pasarrivé.Elle
le méprise de toutes ses forces
pendant qu'il est vivant,
& lui laisse pour toute consolation
l'esperance des honneurs
qu'on lui fera après Ca
mort. Voicy comment elle
s'explique dans saPreface sur
Aristophanes Pendant que
tonrccenjoupour bon cequiestok
toit Vieux, un Auteurpouwit au
moins efpererque le tems leferoit
jouïr du priviïege que Ion accordoit
à tout ce qui efloit ancien,
& pour se consoler du mépris
quon avoit pour luy pendantsa
*uie3 il n'aVoit qu'à fionger a
l'honneur quon luy feroit après
sa mort: eAu lieu qne la préruention
où l'on est aujourd'huy
osse toute efterance à ïeffrit :
Elle l'abatjse, & si sose me
jfruir icy de cette figure de
Platon: Elle cou pe ses aiiles,
(f) l'empêche d'arriruer à cette
élévation> qui est la source des
belles chçfes.
C'est a dire, selonMadame
Dacier,que si l'on rendoitjustice
aux bons auteurs vivans,
cette justicemême toute flateuse
qu'elle paroist, les jecteroit
dans le découragemet,
parce qu'elle leur feroit un
sûr augure du mépris qui les
attendroic dans des tems re-<
cu lez.
M. de la Motte ne se seroit
pas avisé de soupçonner qu'il
dût à la pure bien-veillance
de son adversaire, les mauvais
traitemens qu'il en reçoit,
elle se gardera bien de
le louer,de peur que ses éloges
ne lui fassent tort & ne
l'avissent dans les tems futurs.
L'extrême modestie deMadameDacier
promene sa charité
par des chemins bien singuliers.
Il me semble que
plus un Auteur a elleaccueilli
de ses contemporains,plus
il a lieu de se flatter que ses
Ouvrages feront bien reçus
de la posterité. Il est vrai que
comme on neconnoistpoint
de bornes fixesà l'éloquence
& à la poësie, il peut arriver
que l'un & l'autre arc atteignant
dans la suite une plus
haute perfection, tel Ouvrage
autrefois le modele de (on
genre,cesseroit de l'estre, &:
cederoit la place au nouveau
venu. Mais ce peril, tout réel
qu'il est, ne cause pas grand
effroi aux Auteurs de ce siecle,
& je ne crains pas de
couper les aislesàleurgenie en
le mettant sous leurs yeux: il faut servir nos contemporains
au gré de leurs desirs ; ilsnous demandent Justice,
il faut la leur accorder. Ne
nous defions point de la pofterité
,
elle fera son devoir à
leur égard: Elle fera plus,
elle leur feragrace: elle hefitera
long-tems à les avoüer
vaincusapres leur defaite :
à moins que leslumieres de
la nouvelle Philosophie ne
delivre la republique des lettres
de l'idolatre amour de
l'antique.
Envoila,je pense,assez,
sur la premiere cause de la
,
décadence du goût. Parcourons
les autres: elles n'auront
pas besoin d'une longue
discution. C'est Madame
Dacier qui parle.
Mais nous avons deux choses
qui nous font particulières
9 & qui contribuent autant que
tout le reste à la corruption du
gouss: L'une, cefont ces fpeflacleslicentieux
qui combattent
direélément la Religion g- les
moeurs, st) dont la poejie &la
musique
y
également molles&effeminées)
communiquenttout leur
poison à l'ame,st) relâchent tous
les nerfs de te/prit,
Uautre3 cefont ces Ouvrages
f-desftjfrivoles, dont ai parlé
dans la 'Preface sur l'Iliade :
cesfaux Poëmes épique^ces Romans
inftnseZ que l'ignorance
st) l'amour ont produits, & qui
métamorphosant lesplus grands
Héros de l'antiquité en Bourgeois
Damoiseaux,accoutument
tellement les jenfs pens à ces faux caraEtcres qu'iols ne peu-
'ventplus fouflrir les vrais Héros
y
s'ils ne ressemblent à cesperflnndgcsbizarres
& extravaxants.
- Il efl vrai que la Morale
des Operas n'est gueres cTaccord
avec la morale de l'évangile.
Ce reproche pourraits'étendre
à tous les
Ouvrages de Theatre, dont
la fin generale est de dérober
l'homme à luy-même
> d'agacer ses passions, & de
l'amuser de leur revolte.
Je suis d'accord en cela
avec Madame Dacier : OüyJ
la morale de nos Opéras est
un poison dangereux pour les
ameschrestiennes: mais qu'il
me soit permis de le dire,
la morale du Galant Anacreon
dont elle fait ses déli
ces, & qu'elle nousatraduit
en françois
,
n'est-elle pas
beaucoup plus licentieufe,
que celle de nos Operas? e.
le a jugé que cette Traduction
pouvoit aider auprogrés
du genre lyrique,& à
la perfection du gouss:)nlais
l'utilité des lettres,selon fou
principe, devoit ceder au péril
des moeurs. Auresteles
Operas que Madame Dacier
condamne avec un zele si
loüable pour leur morale licentreuse,
sont ,à les considerer
du côté de l'esprit, des
poëmes ingenieux qui exi*
gent de la part des Auteurs,
beaucoup d'art de goût & de
genie. Il est vray quecegenre
de spectacle porte le vice
de n'avoir pas elle inventé
en Grece, & voila assuremet
un grand vice. Je m'en rapporte
à Madame Dacier.
Passons aux Romans, que
Madame Dacier appelle en
cause,assez mal-à- propos,ce
me semble, je pourrois d'abord
opposer la prescri ption
en leur faveur. Il y a longtems
qu'ils ne font plus de
mode en France. Il y a environ
un siecle que les Cyrus,
les Cassandres, les Cleopatres&
les Amadis, ( car ce
font là les poëmes que Madame
Dacier designe par le
reproche d'avoir travesti les
plus grands Heros de l'antiquité
en Bourgeois Damoiseaux)
il y a, dis- je, prés d'un
siecle que ces longsRomans
faisoient les delices de laNation,
maiscette passion ne
dura pas -,
le goût se tourna
à d'autres genres, & l'on se
fit unprincipe d'éducation ,
d'interdire ces lectures à la
jeunesse) parce qu'elles lùy
donnoientdudégoût pourdes
travaux plus serieux, & des
ledtures plus utiles.
Je souscris à la Critique
que Madame Dacier fait de
ces Romans, pourvu qu'on
ne prenne pas taut-a, -crl.lt à,
la lettre l'expression de Bourgeois
Damoiseaux. En effet
ces vieux Romanciers se proposant
de peindre les Grands
hommes de l'antiquité
,
ils
devoient laisser a ces Grands
hommes la rudesse de leurs
siecles. Cette politesse des
derniers tems, cette galanterie
respectueuse, bienséante
à nos Héros,s'ajuste mal a
l'idée quel'histoire nous don
jie des Heros Grecs ôc Romains.
Au reste ces Ouvrages que
Madame Dacier traite il injurieusement,
meritent plus
d'égards,àc j'avoue que j'ay
une grande idée du genie de
leurs Auteurs.
Nous n'avons pas fait. Il
nous revient encore trois eauses
de nôtre mauvais Goût
qu'un ancien Rhereur fournie
à Madame Dacier.
Quintilien Auteur presque
contemporain de Ciceron,
a faitm-ilheureucement pour
nous , un traité en forme de
Dialogue, où il recherche
les causes de la corru ption
de l'éloquence de son tems.
Madame Dacier nous invite àmediter ce Traité, parce
qu'il agite laquestionqui regne
entre nous sur les Anciens
& les Modernes, & que
l'Auteur y fait triompher les
premiers:Nous le mediterons
& nous tirerons party
de ses leçons. Mais voyons
ce que Madame Dacier en
a tiré : trois eauses denostre
mauvais goust: Sçavoir :
La mdu\diÇe éducation.
L'ignorance des Maifires..
Laparesse st) la négligence
des jeunes gens.
Du tems de Quintilien les
enfans estoient paresseux &
negligens: ils ne le sont pas
moins aujourd'huy,maisen
quel siecle les a-t-onvû vigilans,
actifs, se porter d'euxmêmes
au travail des Lettres.
Du temps de Quintilien,
il a esté vray de dire
en général
, que les peres &
meres ne sont pas assez attentifsa
l'éducation de leurs
enfans, & que les précepteurs
auxquels on commet
leur éducation
,
se trouvent
rarement ca pables de leur
-
employ.
Voila desveritez detous
les âges, des inconvénients
de tous les siecles. Madame
Dacier ne sent-elle pas la petitesse
titesse deces reproches vagues.
Ellese donne bien de
la peine pour lés para phraser
avec un ton patetique.
CVS une pitié dit- elle,de
;.z.'oir cruels Preceptrurs on
donne pour l'ordinaire à ces
pauvres enfans Celaestvrai
Madame, il seroit à souhaitter
que tous les précepteurs
eullentvotre érudition ôc
vos lumières : mais en quel
sieclea-t-on vu ce prodige?
Revenons à Quintihen..
MadameDucierest elle bien
entréedansles vûës de son
dialogue? j'ai grand penchant
àcroire qu'elle
n'a pu prendre le change
: Mais je fuis un peu
scandalisé de voir dans
l'Auteur des Paralelles-
un Extrait de ce
Dialogue mcfmc, qui
supposenecessairement
dans Quintilien le dessein
de saryrifer les an- ciensOrateurs.Voilà
comme il s'explique en-
J
fuite de l'Extraite quil
en'd onne.
Ou je nay pas le sens corn.,
muny ou ce Dialogu de 0!!."
iilien
y
ntest autre chosè qu'une
Satyre contre les anciens Ora.
teurs
y quoy -
qu'il conclue rn
leur faveur. Les raisons dont
illes attaquefont sifortes st)
celles dont illes dejfendfon•tJî
foibles jque je ne doutepoint
qu'il n'ait voulu se ranger parla
de rinjufiiee quon rendoit
à son siecle. L'Eloquence
>
<lit-ilJst. tombée en décadcnce1parce
que les femmes, au
lieude donner à taitter ellesmêmes
2 leurs enfans> les ont
mis en nourrice , parce qu'au
l1e. u d 1. de mener les jeunes gens
entendre ceux qui plaidoient
bien, on leur a donné des Maistres
de l'Eloquence, * st) enfin
, parce que les manches de
leurs Robbcs font devenues
heaucou, plusétroites quelles
n'efloitnt du temps desgrands
,. z." * Qr-itilienejoitAI,v('rîrcdeJ -î'JI:-f¡a- î
&pr(miers ordteurs.
N'fft.ce pas là une raillerie
mamfefîe?^aimerois bien un
homme qui ne Voudroitpasdonfierfit
cause à un de nos meilleurs
Avocats,parce qu'il au-
,roitappris que cet Avocat auroit
esiemisen Alourice aVaugirard
: 0'aulzeu de le mener
Joigneujèment aux uiudiances.9
on lluuyyaauurrooiittddoonnnnéé un MMaaieflre re
de Phetoriliie: Et enfin parce
que les manches defit RcMc
ne jèroientpas assiz larges. Ilestfutprenant que
ce Dialogue ait frappé
si différemment l'Atiteur
des Parallèles,&
Madame Dacier. Lestile
neanmoins en est simple
& la dictionnaire:
Il faut sans douteque
l'Auteur des Paralleles
ne l'ait pas assez médité:
car Madame Dacier
convient qu'il faut le
méditer pour y trouver
que lesanciens y triomphent.
Nousvoilà
j'aye donné mon consentementàl'Ouvrage
que vous
allez lire, quoi-que je l'aye
signé & paraphé, ne varietur,
& quoi-qu'en un mot il ne
tienne qu'à moi de me donner
des airs de sçavant à tort
6e à travers,& quand bon me
semble, gardez-vous bien de
faire à l'Auteur anonyme de
cette dissertation, lechagrin
de mecroirecapabled'unaut
si bon raisonnement. Je l'approuve,
& je pense comme
lui sur la matiere qu'il a traité.
Voila mon sentiment, lifez
donc cette piece, sans prévention,
si VOJS pouvez, Se
jeferai bien étonné, si vous
he pensez comme nous. Sinon
,àvous permis d'en penser
ôc d'en dire ce qui vous
plaira.
Memoires Littéraires, & CrU
qtiesP&c.
Sur la fin du dernier siecle
il s'alluma une querelle vive
dansla republique des Lettres.
Il estoitquestion de regler
un Cérémonial entre les
grandshommes de l'anna:ité,&
nosmaîtresmodernes
DeuxAcademiciens françois
dont l'un estoitencausepour
Jes Anciens,d'autre pour les
Modernes, aprés avoirconstesté
long-tems, avec grandevivacité,
pournerien dire
de plusn,se separerent enfin
au grand scandale du pufb1icy
£ànsr.avoirreg1éaucun
article. -->//
Cettequerelle serenouvelle
aujourdhuy entreMadame
Dacier & Monsieur dela
Motte.Il nes'agitneanmoins
encore,quedefixer les honmeursdûs
à Homere : Mais
ce qui fera décidé enfaveur
du plus grand desPoëte&
du plus reculé de nous, fcivira
de regle pour nossucres
ayeuls..<i
t i' l'..,.
1
Faits quieftabhfjent l'eflat de
- ', laqueflion.
: Il ya quelquesannées que
M. de la Motte conçut le desfein
de sauver la Nation du
reproche de n'avoir pu enfanter
un poëme digne d'estime.
Dans cette vûë il examina
la celebre Illiade d'Homere
:aprés un exact examen,
ilcrut sentir que le pere des
Pôëtesn'avoit donné qu'une
ébauche grossiere de son art. il reconnut àlavérité dans
cePoëme tant célébré
,
loue
ce qu'on peut exiger d'ungenie
rare& d'une imaginationriche,
à qui le secours
desregles &desbxémplîes^
manqué;mais il y sentit bien
des défauts qu'une plus grande
connoissance de l'art a sale
éviter àVirgile; &depuis à
quelques autres, que je ne
nommepasde peurdescan.
,dle.:tJ.r.,'rlc: Le sujetdel'Illiade, je veux
dire, le; fonds historique jdii
Poëmelui parut grand &.d«-
gne d'interesser.Paris.filsds
P,riamen*lew Helene èpoufc de
Menelas: Tous lesRoysdela
Grece seliguenten faveur ds
toffenfe,g/paffentJes Mers±
pour détruire un flçrifavt
t
ErfJt. pire!Voila.ungrandobjet
pour la curiosité. Cette guer
re est abondanteen grands
évenemens:lesDieuxsemeitent
de lapartie ttes unsse
declarent en faveur desGrecs.
les autresfavorisent lesTroyens
:
Quelle source demer,. veilleux!
- ïl est vray queles Dieux
n'agissentpas avec - dignité
Jns l'Iliade,& que leur puissance
y est exactementlimitée:
Mais si Homereavoit eq
une idée plusraisonnablede
sesDieux,il n'auroit pu en fii"Çyfff amusantôc
si varié dans son Ouvrage :
Supposé, par exemple, que
Jupiter eut esié le souverain
arbitre des destinées, Sarpedon
son fils n'auroit pu torn*-
ber fous les coups de Patron
cle, si les Dieux inférieurs
avoient esté parfaitementsubordonnez
à Jupiter: On ne
les eût pas vû divisez entre
les deux armées. La feule saveur
de Jupiter auroit acquis
tout le Ciel à un seul parti:
alors qu'auroit on pû esperer
pour l'autre? Les Dieux
de l'Iliade,tout méprisables
qu'ils sont EU WJI'I'IWCI'IWÔ ,
ne laissent pas d'estre
, par
leur petitessemême,plus propres
à jetter dans le Poëme
le genre de merveilleux que
nous amenons quelquefois
dans les nostres par le ministere
des enchanteurs,&.des
Fées.
Mais sila petitesse desDieux:
amene le merveilleux dans
l'Iliade, la grossiere rusticité
des Heros acteurs n'y amene
rien qui demande gracepour
elle. On ne doit pas
néanmoins faire un crimeà
Homere de n'avoir pas imaginé
des caracteres plus dignes
d'admiration, Il a peint
piftoriquement les Moeurs
baffes & grossieres de son
tems, & n'ayant aucune idée
decette politesse & de cette
veritable grandeur reservées
aux sieclessuivants, il seroit
injuste de ne lui pas faire grace
sur cela.
2
Il sembla donc à M. de la.
Motte qu'on pouvoit faire
de l'Iliaded'Homereun poë
me agreable dans nôtre lani.
gue,non pas en traduifanc
servilement, comme tant de
gens l'ont tenté, à la honte
deleurgoût, mais en corrigeantle
tissu de l'Hiiloire,
en supprimant certains traits
qui revoltent nos moeurs ou
quiblessent la vrai-semblance,
en avilissant un peu moins
les Dieux auteurs, qui neanmoins
ne peuvent,pour le
IQle qu'ils doivent jouer,estreélevez
jusqu'à leur verieqçn
pçqla^udefjTe&'larailicité,
peularedesse&
foppfiw^tipîpfiG^^repcisz,8oç^ peula,
o
des j en. un mot M. de la Mot-j
te seproposa, non de tradui- rHa,fgtu,lemen> c'sfti&w4$pren-î
dred sonouvragecequilui
sembloit bon,de cotri@erpli
supprimer e qu'il, j^geoif
dsfecueux&é féprehenfiQle
f .Dans,.cetespritilconippt
sa l'Jliade franoife.P9#.m
.hftribuéen :dqU¡é, Livresi
Ame&rje que cet Ouvrage
croissoit l'auteurle reckoitf
aux Assembléèspublicjùés-daf
l'Accademie, & l'onnêdciitt
pas craindre d'être démanti i
endisantqu'ilfuttoûjôurs
reçû du public avec accuei
avec acclamation enfinl'ouvrageachevé
5
M. de la Mot
técrût devoircompterau pu*
blicdes raisons pour lesquelles
il s'étoit tant écarté du
poëme original.Ilfit une
dHfertatÎotfk{url'lliadedHo
mere, il y rend hommage à
ce vieuxPoëte commeau plus
haut genie que lanature ait
peut-être enfanté,il declare
qu'àjuger de lui par le poër
mequ'ilahasardéavantque
JArG,suc( né,il seepersuade
que , dans quelque siecle oi*
Ú {teft«i&ei!oacplaçé rilHaur
roit_touj;oursét£le premier
Poëte dé ce siecle, & que
naissant dans un tems où les
reglesdel'Art auroient été
dévelopées,oules moeurs atiroientéteciviliséesou
l'on
auroic mieux connu la vertu
&. levericable heroisme,il auroit
fait un poëmeaccompli.
Ilfait l'enumeration des talents
naturels dont il voit les
fruits dans l'Ouvrage ; Mais
commetout Oev^agpihp.
main pàïcesoft ëâri&4reic
^ecéîefoûaiiÉeufpatqirôi^ûë
tléfaUtr)&qedÜUeuèil est
iïtïpôSi~lc~onm~nte~&
qu'onperfectionneuncoup
UnArtquidemandetant de
vûes i tant de lumieres ,tant
ifneditarions,!Nfcde;la
Mottenes'est pas crû enpe- rildepasserpouruninsensé
en dénonçant au public les
fautes grossieres qu'il a senîies
dans l'Iliade,fautes qu'il
n'allegue point en reproche
contre Homere
,
qui ne
nous devoit pas un prodige,
mais qu'il convientdéreprocher
à ces sçavans sans lu*.
rmeierce,qouni nne loes gîatvreent.pas
,.. D'abordquel'Ouvrage fut
public,le peupleConifaetitateur
interesse à mainrenir
le culte d'Homere dans torte
sa pureté
, s'émûtà la vue
des profanations sacrileges
de M. de la Motte, ils crurentqu'il
étoitimportant de
s'elever avec vigueur contre
cecriminel attentat,afin que
la crainte servît defrain dans
la fuite aux infideles.
Ils commencèrent donc
par qualifier le coupable
comme leurs Statuts le prescrivent,
c'est un homme sans
lumiere & sans goût, il nous
a bien trompé, nous lui trouvions
du talent&du genie,
il faut que la tête lu ait tourné,
c'efl: dommage? On endoctrinoit
le public, on combattait
vigoureusement l'adversaire
abfen t; la differtation
sur Homere, Messieurs,
est un poradoxe perpetuelle
poëme François, un Ouvrage
miserable & pire que leClo-
Vis,*&comment grandDieu 1
-
pouroit
*Puéme de Saint Sorlin.
pouroit-il naîtrequelquechose
depassablede lapaitd'uii
homme qui a assezpeu dç
goût pour trouver des dessauts
dans le divin Horoere.
Avec ces graves décisions ,
nos: confederez se faisoient
des échos de tous les cotez,
la plupartdes gens du,monde
ne sont pas fâchez d'entendre
condamner un Ouvrage
nouveau qu'ils se
croyent obligez de lire; c'est
une espece de dette dont on
acquitte leur parene.
Mais comment les confederez
pouront ils corrompre
le jugement des poëtes j
peupleindocileaujoug de
l'autorité V Ce que ne peut
furieuxl'autorité ;31a bassejalousieleva
faire. Ils souscrirontàr\
la,. condamnation du
poëme, en donnant des Eloges
hypocritesà la dissertatiort,
M.- de laMotte s'est
ouvert tant de chemins à la
réputation, il a excellé dans
tant de genres au grand préjudicéde
ces Messieurs,qu'il
doit leur pardonner cette legere
vengeance. L'affaire neanmoins devientserieuse
les poëtes,les
Juges de l'Art liguez avec
Je peuple Commentateur
entraînentla multitude, qui
oseras'opposer à ce torrent > lui Gfera-,* tout homme
d'honneur, qui, libre deprévention
& de vil interêt,aurà
senti que notre siecle n'a donné
aucun Ouvrage,où il
éclate plus de génie ,
plus de
conduite, plus de magnificence
poëtique,que dans Jeic
scandaleux poëme. Il en est,
chez les gens de lettres, de
ces hommes que je viens de
définir, j'en connoismême
entre les poëtes, quiont la
generosité de rendre justice
à M. de la Motte, au peril de
l'Epigramme & de la Satyre.
Les Journalistes de Paris,
ceux de Trevoux, & ceux
d'Hollande,enfin tous les
Tribunaux érigez, si j'ose le
dire, pour juger les Ouvrages
, ont donné de grands
éloges à celuy-ci. Les extraits
faits dans ces Journaux ont
fait lire l'Ouvrage, à tel qui lecondamnoit sur la foi d'autruy.
L'heresie faisoittous les
jours de nouveaux progrés :
Les confederez sentirentenfinla
necessité de tenter une
:ritique , ou l'onessaya de
demontrer la fausseté des
nouveaux dogmes.
Madame Dacier qui tient
ans contredit le premier
ang entre les Commentaleurs,
entreprit cette glorieux
efutation : Et elle s'est monrée
cette refutation, à la
grande joye de tout le parti,
e premier de ce mois.
En voicy le titre:
Des Cdufs de la corruption du
gouss ,par Madame Dacier.
E'ay(oic'yeledçffein; ÇfefïAuteur qui parle,
^efperefaireVoir d'une majniere
trcs-fible& tres-intel.
ligtble, que tout le difeours de M.
if la Motte) rouleJur de faux
principes: Que la critique des
passages dHomere quil a raeporteZ,
cftfrivole,& qu'il régnépar
tout un certaineyfrittrès
capable de nuire aux belles lettres
& à la Poësie.Apres a-
Voir examine le difeours>feutrcra;/
dans l'examen du Poeme.
fcwflamfor(kwwftç*qm
M.wMf)t.l 4$Mfg4metH
malheureux dans\cequ'il4. ref
tranché,dam et qtiii.a ajoutér
st) dans ce qu'ila changé9(§fc
ép4?Ja^çeJtê?Jtfieffatoz% si
frojaique3 qu'endemontaptJif
Vers yon riy trouvera pas la
tnoindreexpressiondtPoete, ttJ.
qu'on nefournoity fybflmer dg
prose plus familiere st)plus com~
muneMaispournepasfuir
re de cet Ouvrage un deces Outyrages
purement polémiquesyf$
que le hais, parce qu'ils me pafoijpnt
pluspropres à réjouir
quàwflmre tâcherai devif
tirer de cette- Vojye commune de
diffut;'&de fair&unetfpece
detraité quifera une recherche
descauses de la corruption du giujî j "ln.. '- \: "C'I.
>
MadameDaciernouspromet
beaucoup. Voyons commentelle
acquittera ses engagement.
Commençons par
son traité descauses de la
corruption du goût quin'occupe
que trois feuilletsd'un
livre de plus de six cent page
Nous examinerons ensuite
l'Ouvrage même, & nous jugéronsdes
coups qu'il porte
à M. de la MQtte.-- <
Mad1a- j
-
Madame Dacier nous a
donné autrefois une magnifiquedefiniton
du Goust
dans une Préface sur Ariftophane.
Elle n'estoit pas là
trop en place; mais elle auroit
eû , ce me semble, fort
bonne grace à la tête de son
petit Traité de la décadence
dugoût. On en va juger: la
voicy :
Tout le mondeparle dégoût,
&je n'ay encoretrouvéperjonne
qui l'ait bien défini les traite
quefen ay njûyneJont que des
idées confuses où il n'y a nijuflefjè
ni raiJon,Qjparconfèquentpoint.
de verité; fejpere que j'auray
este plus heureuse dans la recberch
e que *'en a 1
cherche j'enajfaite (t) que
la definition quefenVais donner,
contentera tous ceuxqui Voudront
Je donner lapeined'approfondir
ma pensee.
Le goût est une harmonie, un
accord de l'esprit&de la raison:
en en aplus ou moins ,Je/on que
cette harmonie efiplus ou moins
juste
y
cela étant, tous les objets
exterieurs quisepresentent à IL
maginationyjfontynonfeulement
une image,maisyrendent aussi
une efyece de soni Cartoutparle
à tefprit,sil'harmonie exterieure
Je trouve d'accordavec cette har:
monie intérieure : l'imagination
reçoit & approuve d'abord cet
objet, qu'elle ne manque jamais
de rejetter quand le contraire arrive.
Car comme l'harmonieM
l'accord eflla cause de l'amour
que ton a pour certains objets,
par la raijon des contraires; la
dissonance est certainement la
cause de la haineicettedissonance
Vient apurement ou de l'objet ou
de feJPrit qui juge, ou bienjou-
Vent de tous les deux; quand elle
Vient de l'objet, & que notre
esPrit a cette harmonieparfaite,
-dont je viens de parler; il estimpossible
que nous approuvions
l'objetqu'on nous presente
)
il
nous parditra toujoursdefectueux
quand la difonance vient
de nôtre esprit qui juge, alors les
meilleures cbojes nous paroiffint
mau-vasses, mais au lieu de nous
dccujernousmêmes, nous accusons
toujoursfobjet, parce que
comme nôtre esprit efl accoutume
à cette difJànance, il nesçauroit
de lui-même la remarquer ;
enfin quand elle efl dans l'un {$)
dans l'autre,&dans l'esprit&
dans l'objet, de là vient que les
plusmauvaises chosèspassentfort
fouVentpourbonnesy parce quellesfont
en proportion de di/Janance
avec le[prit.par ce moyen
on trouvera facilement la raifony
fourquoy un Ouvrage mediocre
trouve fort peu de censeurs, &
qiïun Ouvrage excellent ne pt«reout-ivtneombre.Sil'onvouqlouierpnofurft- petêtnombre.Sil'on
fer cette matiere à bout, ftj
tournermadéfinition entousfens,
jefinsperjuadéeqiïon auroit
l'explication des cbojes quiparoif
Jent les plus difficiles & lesplus
biZdres.
Il sieroit bien
, ce me semble,
au grand Aristote,d'être
l'Auteur de cette définition
tant elle est claire & inge**
nieufe, elle ne cede en rien
assurement à celle que ce
Prince des Philosophes a
donnée du rire immodérée
Madame Dacier la cite avec
élogedans saPréfacesur Terence
:Voicy ses termes.
Ce rirequHomereappelle mextinguible,
c"eft-a-dire,iull, nefinit
point,nest pas le lut de l&
-Comedie,(tJje [fay bon gré à
Aristote de l'avoir defini, une
difformitésans douleur qui corrompt
unepartiede lyhommefans
luyfaire aucun mal. C*esi pourfjuoy,
continuëc-elle~f/
condamne cerire immodéré,&
blâme fort Homere d'avoir t1t:'!.
tribué aux Dieux une passion
qui ricfi pas mêmepardonnable,
aux hommes. Cela est assurementadmirable,
mais revenons
augout, & voyons d'abord
commenton prouve
qu'il eu aujourd'huy corrompu.
Le bon gOllt, dit-on, qu'on*
ûnjm eu tant de peine à ftr
mer, est retombé danssa première
barbarie. Cette proposition
n'a pasbesoin de preuve
selon Madame Dacier,
c'est une véritéévidente,
c'est un fait denotoriété-,le
mal estconstant,il n'est plus
question que d'en demesler
les causes & de procéder à la
guerison. Passons lui sa proposition
,
puis qu'elle est si
évidemment vraye, mais
si le goût est retombé dans sa.
premiere barbarie; comment
s'est-il pu faire, comme Madame
Dacier le suppose,que
l'éloquence du barreau, &
celle de la chaire, quenôtre
poësie même, se soient garentiesdelacontagion;
changeons
l'ordre des propositions&
disons, si l'éloquent
ce &la poësie françoises sont
arrivées de nos jours au point
de pouvoir lutter contre les
travaux de l'antiquité, comment
peut - on dire que le
goût François soit tombé
dans la barbarie?Mais afin
qu'on ne m'accuse pas d'en
imposer
,
il est bon qu'on
voye comment Madame Daciers'explique.
j Véloquence de la chaire &
celle du barreau;) se font fau-
'Vez decette fejleJicontagieux
se. A quelle haut degré de perfèÛion
celle de U chaireti4
Uelle pas esiéportée de nos jours?
Où trouVe-t'on dans les anciens,
plus de Vehemence, plus
de passion
,
plus de force, plus
d'élévation d'efyrit3 des Images
plus Vives &plus magnifiques des , Figuresplusnobles}gr une
compositionplusmajeflueufe ?
ttJ quant à celle du barreau
pour ne pasparler de ces grands
personnages que nous avons perdus)&
qui ont acquis unegloire
immortelle par leur éloquence,
n'en Voyons -nous pas aujourd'huy
fr le .t dans le Parquet,
quAthènes (7 Rome auroient
conipte'Z autrefois parmi leurs
dusgrand Orateurs?Que dis-je
xotre éloquence,notrepoejîe mène
nes'elf- elle pas garantie
tussi de cette contagion
> &
less-elle pas devenue la rivale
le la poëjie des Grecs, entre,
es mains des grands poetes qui
Int bonnorè ledernier siecles
Dequoy donc se plaint
MadameDacier :l'éloquent
ce est actuellement au plus
iauc degré de perfection,où
elle se foit jamais élevée en
France ; lapoësie du dernier
Siecleestarrivée à son plus
haut point, Quand il seroit
vray ,
commeelle lesuppose
ensuite, que les poëtes qui
travaillentactuellement deshonoreroient
leurart, on ne
pourroit en rien conclure
contre le goût du public, à
qui l'on ne peut pas reprocher
de leur faire trop d'ae"
cueil. Ces grands Poëtes du
sïecle dernier,les Corneilles,
les Racines, les Molieres
vivent encore pour luy sur
nos Theatres?
Mais un peu de bonne foi.
Pourquoy Madame Dacier
ne dit - elle pas bonnemenc
son veritable grief: Relevons-
la du tort quesa mode-
[tie fait à sa cause.La preu-
Je, que le goût du Public eO:
âté, se tire des jugements
qu'il a porté destraductions
admirables qui lui ont esté
données des meilleurs Ouvrages
de l'antiquité. On lui
1 mis recemment fous les
eux le Poëme miraculeux
du divin Homere,avec des
notes qu'ilavertissentauxenendroits
qu'il doit le plus admira:
On luiavoitdonné cidevant
une Traduction des
Comedies admirables d'Ariftophanes,
avec des remarques
sur les endroits oùil est
du devoir de rire.
Qu'est-il arrivé? le public
indocile & brouillon a ri souvent
sur les endroits admirables
d'Homere, & arefusé
le devoir au grand Comique
d'Aristophanes : En
voilà assez pour devoir convenir
que noussommes tombez
dans la plus grossiere barbarie-
Ne chicannons donc
plus sur cette question de
fait. Examinons seulement
avec Madame Dacier lescauses
de nôtre infortune,
t» Lairc cause que Madame
Dacier allégué de la corruption
du goût, c'est le peu de
cas que l'on fait des anciens
auteurs. C'est, dit-elle
,
l'éltude
des Grecs&des Latins qui
nous a tirez de la grossiereté où
nous estions, st) nous allons Voir
que c'est l'ignorance&lemépris
decette même étude qui nous J.
replongent. : ?
: Jeconviens d'abord avec
Madame Dacier que sans les
Grecs & les Latins qui nous
ont autrefois mis sur les traces
des sciences&des Arts:
il nous eue salu une longue
fuite de siecles, pour acquérir
par nous - mêmes & inventer
ce qu'ils avoient inventez
par degrez durant une
longue suite de siecles :
Ils nous auroient donc fort
abregé le chemin du beau &
du parfait dans tous les genres
,
n'eussent
- ils fait que
nous en ouvrir les premieres
voyes : mais de ce que nous
sommes autrefois sortis de
la grossieretéparl'étudeassidu
des Grecs & des Latins,
il ne s'enfuit pas qu'un étude
deaussiassidudeces Auteurs
nous foit aujourd'huy nececfairepour
nous empêcher d'y
retomber. Pourquoi cela? le
voici.Tenez-vous-lepourdic
une bonne fois,Messieurs les
Commentateurs, & ne faites
plus reparoître vôtrevieux,
sophisme.On pretend donc
Meilleurs, que quand tous , les anciens Philosophes, les
Aristotes, lesPlatons , les
Socrates nousmanqueroient,
nous ne laisserions pas de faire
de grandsPhilosophes a-
,vec les Descartes, les Malbranches&
autres hommes
qui ne font pas distants de
nous d'un demi siecle:quand
les Cicerons & les Demosthenes
seroient perdus pour
nous, nostre siecle a ses Cicerons
& ses Demosthenes ; ilasesEuripides, ses Sophocles,
ses Aristophanes :ila
plus d'un Anacreon & plus
d'unHorace,il a mieux qu'un
Theocrite. Il est étonnant
que nos Scoliastessoient devenus
si passionnezcitoyens
deRome& d'Athenes, qu'ils
ne puissent les perdre un moment
de vûë, pours'attacher
à la consideration des merveilles
de tout genre nouvellement
écloses dans leur ve
litable Patrie.
,
Je n'applique point cette
reflexion à Madame Dacier.
je l'excepte feule pour l'aveu
qu'elle vient de faire en faveur
de nôtre éloquence, 8c
de nôtre Poësie. Mais cet aveu
est- il bien sincere? N'ac
corde-t-elle rien à la dureté
de nos coeurs? Défions-nous
encore de sa loüange, car si
elle estoit sincere, Madame
Dacier qui a l'esprit si juste failliroit dans ses consequen-,
ces.
Un excellent Auteur ne
jouirajamais parfaitementde
la reputation meritée par ses
Ouvrages. Pour estre bien
loué, il faut qu'il ui en coûte
la vie: Ses Rivaux que sa
su periorité irritoit, setrouventalorsà
leuraise,& maîtres
du champs de bataille:
ils ne plaindront pas à l'ennemi
des éloges qui ne vont
pas jusqu'à lui.
Tel pardonne à M.Dacier
d'avoir prêché queMalherbe
tient encore le sceptre de la
.p()ëe lirique,quine me pardonnera
jamais d'avoirdonné
cet éloge, quoique mieux
[uerité)à son rival vivant:
Les maîtres dans tous les arts
liberaux,ne promenentpoint
leur ambition jalouse hors
des limites de leur genre: Un peintre,parexemple,qui
excelle pour le Portrait, ne
fera point mortifié des honneurs
qu'un autre Peintre acquiert
dans le genre Historique
ou dans le Paysage:
Leur ambition n'a pour objet
que le prix de la carriereoù
ilscourrent. Il n'en est pas de
même des gens de lettres, te
sur tout des Poëtes , genre
d'hommes, sur qui les pa6t
sions ont fait de tout telUi!
leurs plus grands miracles:
Le Dramatique enviera les
succés de l'Epique: LeLirique
fera jaloux du Pastoral.
Anisi dés qu'un excellentOuvrage
dePoësie se montre,les
plus competens d'en juger,
les Poëtes rivaux s'en saisissent
& l'examinent, dans le
dessein,non d'en proteger les
beautez, mais d'en dénoncer
lesdéfauts.Ils recueillentprécieuféméc
les traits les moins
heureux: Ils chargent malignement
leur memoire des
versfoibles,qu'ilsdistribuent
ensuite liberalement dans le
nonde. Les voila soulagez:
ls ont esquivé la honte de:)
eur défaite.
Ne soy ons point les duppes
despassions des Auteurs.
Dés que le beau se montre à
10US &, se fait sentir, il faut
e reconnoître,&le proteger.
Jouïssons les premiers de*,
heureux genies de ce siecle:
Ze les decourageons pas par
d'injustesoutrages. Excitons
au contraire leur émulation
en leur accordant nous-mêmes
des loüanges utiles, que,
la posteritéjudicieuse leur
prodiguera en vain. ,-
Madame Dacier est bien
opposéeàcette maxime:elle
croit ne devoir aucunségards
à un Auteur tel que
M de la Motte. Le tems de
sa gloiren'est pasarrivé.Elle
le méprise de toutes ses forces
pendant qu'il est vivant,
& lui laisse pour toute consolation
l'esperance des honneurs
qu'on lui fera après Ca
mort. Voicy comment elle
s'explique dans saPreface sur
Aristophanes Pendant que
tonrccenjoupour bon cequiestok
toit Vieux, un Auteurpouwit au
moins efpererque le tems leferoit
jouïr du priviïege que Ion accordoit
à tout ce qui efloit ancien,
& pour se consoler du mépris
quon avoit pour luy pendantsa
*uie3 il n'aVoit qu'à fionger a
l'honneur quon luy feroit après
sa mort: eAu lieu qne la préruention
où l'on est aujourd'huy
osse toute efterance à ïeffrit :
Elle l'abatjse, & si sose me
jfruir icy de cette figure de
Platon: Elle cou pe ses aiiles,
(f) l'empêche d'arriruer à cette
élévation> qui est la source des
belles chçfes.
C'est a dire, selonMadame
Dacier,que si l'on rendoitjustice
aux bons auteurs vivans,
cette justicemême toute flateuse
qu'elle paroist, les jecteroit
dans le découragemet,
parce qu'elle leur feroit un
sûr augure du mépris qui les
attendroic dans des tems re-<
cu lez.
M. de la Motte ne se seroit
pas avisé de soupçonner qu'il
dût à la pure bien-veillance
de son adversaire, les mauvais
traitemens qu'il en reçoit,
elle se gardera bien de
le louer,de peur que ses éloges
ne lui fassent tort & ne
l'avissent dans les tems futurs.
L'extrême modestie deMadameDacier
promene sa charité
par des chemins bien singuliers.
Il me semble que
plus un Auteur a elleaccueilli
de ses contemporains,plus
il a lieu de se flatter que ses
Ouvrages feront bien reçus
de la posterité. Il est vrai que
comme on neconnoistpoint
de bornes fixesà l'éloquence
& à la poësie, il peut arriver
que l'un & l'autre arc atteignant
dans la suite une plus
haute perfection, tel Ouvrage
autrefois le modele de (on
genre,cesseroit de l'estre, &:
cederoit la place au nouveau
venu. Mais ce peril, tout réel
qu'il est, ne cause pas grand
effroi aux Auteurs de ce siecle,
& je ne crains pas de
couper les aislesàleurgenie en
le mettant sous leurs yeux: il faut servir nos contemporains
au gré de leurs desirs ; ilsnous demandent Justice,
il faut la leur accorder. Ne
nous defions point de la pofterité
,
elle fera son devoir à
leur égard: Elle fera plus,
elle leur feragrace: elle hefitera
long-tems à les avoüer
vaincusapres leur defaite :
à moins que leslumieres de
la nouvelle Philosophie ne
delivre la republique des lettres
de l'idolatre amour de
l'antique.
Envoila,je pense,assez,
sur la premiere cause de la
,
décadence du goût. Parcourons
les autres: elles n'auront
pas besoin d'une longue
discution. C'est Madame
Dacier qui parle.
Mais nous avons deux choses
qui nous font particulières
9 & qui contribuent autant que
tout le reste à la corruption du
gouss: L'une, cefont ces fpeflacleslicentieux
qui combattent
direélément la Religion g- les
moeurs, st) dont la poejie &la
musique
y
également molles&effeminées)
communiquenttout leur
poison à l'ame,st) relâchent tous
les nerfs de te/prit,
Uautre3 cefont ces Ouvrages
f-desftjfrivoles, dont ai parlé
dans la 'Preface sur l'Iliade :
cesfaux Poëmes épique^ces Romans
inftnseZ que l'ignorance
st) l'amour ont produits, & qui
métamorphosant lesplus grands
Héros de l'antiquité en Bourgeois
Damoiseaux,accoutument
tellement les jenfs pens à ces faux caraEtcres qu'iols ne peu-
'ventplus fouflrir les vrais Héros
y
s'ils ne ressemblent à cesperflnndgcsbizarres
& extravaxants.
- Il efl vrai que la Morale
des Operas n'est gueres cTaccord
avec la morale de l'évangile.
Ce reproche pourraits'étendre
à tous les
Ouvrages de Theatre, dont
la fin generale est de dérober
l'homme à luy-même
> d'agacer ses passions, & de
l'amuser de leur revolte.
Je suis d'accord en cela
avec Madame Dacier : OüyJ
la morale de nos Opéras est
un poison dangereux pour les
ameschrestiennes: mais qu'il
me soit permis de le dire,
la morale du Galant Anacreon
dont elle fait ses déli
ces, & qu'elle nousatraduit
en françois
,
n'est-elle pas
beaucoup plus licentieufe,
que celle de nos Operas? e.
le a jugé que cette Traduction
pouvoit aider auprogrés
du genre lyrique,& à
la perfection du gouss:)nlais
l'utilité des lettres,selon fou
principe, devoit ceder au péril
des moeurs. Auresteles
Operas que Madame Dacier
condamne avec un zele si
loüable pour leur morale licentreuse,
sont ,à les considerer
du côté de l'esprit, des
poëmes ingenieux qui exi*
gent de la part des Auteurs,
beaucoup d'art de goût & de
genie. Il est vray quecegenre
de spectacle porte le vice
de n'avoir pas elle inventé
en Grece, & voila assuremet
un grand vice. Je m'en rapporte
à Madame Dacier.
Passons aux Romans, que
Madame Dacier appelle en
cause,assez mal-à- propos,ce
me semble, je pourrois d'abord
opposer la prescri ption
en leur faveur. Il y a longtems
qu'ils ne font plus de
mode en France. Il y a environ
un siecle que les Cyrus,
les Cassandres, les Cleopatres&
les Amadis, ( car ce
font là les poëmes que Madame
Dacier designe par le
reproche d'avoir travesti les
plus grands Heros de l'antiquité
en Bourgeois Damoiseaux)
il y a, dis- je, prés d'un
siecle que ces longsRomans
faisoient les delices de laNation,
maiscette passion ne
dura pas -,
le goût se tourna
à d'autres genres, & l'on se
fit unprincipe d'éducation ,
d'interdire ces lectures à la
jeunesse) parce qu'elles lùy
donnoientdudégoût pourdes
travaux plus serieux, & des
ledtures plus utiles.
Je souscris à la Critique
que Madame Dacier fait de
ces Romans, pourvu qu'on
ne prenne pas taut-a, -crl.lt à,
la lettre l'expression de Bourgeois
Damoiseaux. En effet
ces vieux Romanciers se proposant
de peindre les Grands
hommes de l'antiquité
,
ils
devoient laisser a ces Grands
hommes la rudesse de leurs
siecles. Cette politesse des
derniers tems, cette galanterie
respectueuse, bienséante
à nos Héros,s'ajuste mal a
l'idée quel'histoire nous don
jie des Heros Grecs ôc Romains.
Au reste ces Ouvrages que
Madame Dacier traite il injurieusement,
meritent plus
d'égards,àc j'avoue que j'ay
une grande idée du genie de
leurs Auteurs.
Nous n'avons pas fait. Il
nous revient encore trois eauses
de nôtre mauvais Goût
qu'un ancien Rhereur fournie
à Madame Dacier.
Quintilien Auteur presque
contemporain de Ciceron,
a faitm-ilheureucement pour
nous , un traité en forme de
Dialogue, où il recherche
les causes de la corru ption
de l'éloquence de son tems.
Madame Dacier nous invite àmediter ce Traité, parce
qu'il agite laquestionqui regne
entre nous sur les Anciens
& les Modernes, & que
l'Auteur y fait triompher les
premiers:Nous le mediterons
& nous tirerons party
de ses leçons. Mais voyons
ce que Madame Dacier en
a tiré : trois eauses denostre
mauvais goust: Sçavoir :
La mdu\diÇe éducation.
L'ignorance des Maifires..
Laparesse st) la négligence
des jeunes gens.
Du tems de Quintilien les
enfans estoient paresseux &
negligens: ils ne le sont pas
moins aujourd'huy,maisen
quel siecle les a-t-onvû vigilans,
actifs, se porter d'euxmêmes
au travail des Lettres.
Du temps de Quintilien,
il a esté vray de dire
en général
, que les peres &
meres ne sont pas assez attentifsa
l'éducation de leurs
enfans, & que les précepteurs
auxquels on commet
leur éducation
,
se trouvent
rarement ca pables de leur
-
employ.
Voila desveritez detous
les âges, des inconvénients
de tous les siecles. Madame
Dacier ne sent-elle pas la petitesse
titesse deces reproches vagues.
Ellese donne bien de
la peine pour lés para phraser
avec un ton patetique.
CVS une pitié dit- elle,de
;.z.'oir cruels Preceptrurs on
donne pour l'ordinaire à ces
pauvres enfans Celaestvrai
Madame, il seroit à souhaitter
que tous les précepteurs
eullentvotre érudition ôc
vos lumières : mais en quel
sieclea-t-on vu ce prodige?
Revenons à Quintihen..
MadameDucierest elle bien
entréedansles vûës de son
dialogue? j'ai grand penchant
àcroire qu'elle
n'a pu prendre le change
: Mais je fuis un peu
scandalisé de voir dans
l'Auteur des Paralelles-
un Extrait de ce
Dialogue mcfmc, qui
supposenecessairement
dans Quintilien le dessein
de saryrifer les an- ciensOrateurs.Voilà
comme il s'explique en-
J
fuite de l'Extraite quil
en'd onne.
Ou je nay pas le sens corn.,
muny ou ce Dialogu de 0!!."
iilien
y
ntest autre chosè qu'une
Satyre contre les anciens Ora.
teurs
y quoy -
qu'il conclue rn
leur faveur. Les raisons dont
illes attaquefont sifortes st)
celles dont illes dejfendfon•tJî
foibles jque je ne doutepoint
qu'il n'ait voulu se ranger parla
de rinjufiiee quon rendoit
à son siecle. L'Eloquence
>
<lit-ilJst. tombée en décadcnce1parce
que les femmes, au
lieude donner à taitter ellesmêmes
2 leurs enfans> les ont
mis en nourrice , parce qu'au
l1e. u d 1. de mener les jeunes gens
entendre ceux qui plaidoient
bien, on leur a donné des Maistres
de l'Eloquence, * st) enfin
, parce que les manches de
leurs Robbcs font devenues
heaucou, plusétroites quelles
n'efloitnt du temps desgrands
,. z." * Qr-itilienejoitAI,v('rîrcdeJ -î'JI:-f¡a- î
&pr(miers ordteurs.
N'fft.ce pas là une raillerie
mamfefîe?^aimerois bien un
homme qui ne Voudroitpasdonfierfit
cause à un de nos meilleurs
Avocats,parce qu'il au-
,roitappris que cet Avocat auroit
esiemisen Alourice aVaugirard
: 0'aulzeu de le mener
Joigneujèment aux uiudiances.9
on lluuyyaauurrooiittddoonnnnéé un MMaaieflre re
de Phetoriliie: Et enfin parce
que les manches defit RcMc
ne jèroientpas assiz larges. Ilestfutprenant que
ce Dialogue ait frappé
si différemment l'Atiteur
des Parallèles,&
Madame Dacier. Lestile
neanmoins en est simple
& la dictionnaire:
Il faut sans douteque
l'Auteur des Paralleles
ne l'ait pas assez médité:
car Madame Dacier
convient qu'il faut le
méditer pour y trouver
que lesanciens y triomphent.
Nousvoilà
Fermer
2
p. 3-13
Prelude où l'Auteur montre assez d'esprit pour faire voir qu'il n'est pas tout-à-fait aussi ignorant qu'on le dit. [titre d'après la table]
Début :
QUOYQUE j'aye fait ma declaration le mois dernier en [...]
Mots clefs :
Ignorant, Madame Dacier, Savant, Jugement, Homère, Traduction, Préjugé, Antoine Houdard de la Motte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude où l'Auteur montre assez d'esprit pour faire voir qu'il n'est pas tout-à-fait aussi ignorant qu'on le dit. [titre d'après la table]
UOYQUE jaye
ana declaration le mois
dernier en faveur de
M. de la Motte , & que j'aye
adopté les jugemens d'un de
ſes amis , contre le Traité des
cauſes de la corruption du
goût , je ne laiſſeray pas de
prefenter au Public ce qui me
Mars 1715. A ij
DE3
MERCURE
ſera adreſſe dans lafuitepar le
party contraire. Je l'exhorte
au reſte , à ſemunir de raifons
contre les affaillans , c'eſt la
monnoye de cours aujourd'huy.
Les autoritez & les injures
autrefois li victorieuſes ,
netiennentpluscontre unbon
raiſonnement . A propos
d'injures .... on m'a déja qualifié
d'ignorant & de temeraire
; je ſuis un ignorant ,
dit-on , parce que j'ignore la
LangueGrecque , & je ſuis un
temeraire , parce que je juge
d'Homere ſur une Traduction
Françoiſe. J'ay deux mots à
LA
GALANT
1
dire contre ces deux reproches.
Mainojivi. Jart
Dirapon d'un homme
qu'il eſt un ignorant , parce
qu'il ne ſçait point |Hebreu ?
accufera-t-on de temerité ce
même hommes parce qu'il
aura porté jugement en fa
veur des Livres Saints fur la
foy des Traductions Latines
oufFrançoiles autentiquement
approuvées ? non fans doute's
nous netrouvons point étrangeoque
Madame Dacier qui
ne fçait point l'Hebreu , fafle
gloire de commoiſtre parfaite
ment les Livres Hiſtoriques&
Aiij
6 MERCURE
Prophetiques de l'AncienTeftament.
Mais je prie Madame
•Dacier de remarquer combien
il luy eſt meſſeant de
trouver mauvais que nous jugions
d'Homere: fur la Tras
duction qu'elle en a donnéa
elle-même quelle a été ſavûë
quand elle nous a traduit l'Iliade
en François a elle anla été
autre que de faire commoiſtro
le Poëme & le genie de fons
Auteur à ceux qui ignorent la
Langue originale. Voicy.comment
elle s'en expliquedans fa
Preface fur l'Hiade. Fay toû
jours en l'ambition de pouvoir
GALANC. 7
i
cegrand
donner à noſtre Siecle une Traduction
d'Homere , qui en confervant
les principaux traits de
Poëte pûtfaire revenir
la plupart des gens du monde
du préjugé dešavantageux que
leur en ont donné des copies difformes
qu'on en a faites . Voſtre
Traduction , Madame , n'eſt,
pas une copje difforme , nous
en convenons avec plaifir avec
vous vous y conſervez les
principaux traits du Poëme
original , nous ne ſommes,
point en garde contre voſtre
bonne foy , mais vous vous
eſtiez flattée que voſtre éle-
(
A iiij
8 MERCURE
ganteTraduction feroit revenit
les hommes du préjugé
deſavantageux qu'ils avoient
conçus contre Homere , &
malheureuſement elle a faic
un effet tout contraire ; elle a
affermi les rebelles dans le
préjugé qu'elle ſe propoſoit
de détruire . Quel party deviez-
vous prendre dans ce
malheur ineſperé il falloit
vous en tenir à crier de toutes
vos forces que le bon goût a
abandonné la race humaine;
mais il falloit bien vous garder
dedéprimer vôtre propre
Ouvrage, &de faire un crime
GALANT.
à M. de la Motte d'avoir jugé
d'Homere ſur le portrait fidele
que vous en aviez donné,
afin qu'on l'adorât avec con
noiffance de cauſe. Il ya du
deſeſpoir dans ce procedé , &
je crains fort ,que les Scoliaf
tes qui ont tant celebré voſtra
Traduction , avant la querelle
émuë , ne la deſavoüent enfin
ſur la foy de vos proteſtations
imprudentes , & ne vous facrifient
à leur Idole.
y Mais j'ay encore une hum
ble remontrance à vous faire ,
Madame , ou plutôt àtous les
Scoliaftes. Vous gratifiezMef
10 MERCURE
fieurs d'un ſouverain mépris,
& vous traitez d'ignorant
quiconque ne ſçait pasła LangueGrecque,
c'est- à-dire, que
le nom de vray Sçavant vous
eſt acquis au titre qui nous
manque , & que nous vous
devons une eſtime fans bornes.
Définiſſonsun peule vray
Sçavant,&nous jugerons en
fuite de nos dettes recipro
ques ८
Le vray Sçavant eſt celuy
qui a acquis un grandnombre
de connoiffance , & qui a cul
rivé & formé fon jugement ,
de manierequ'il ſçait faireufa
4
GALANT. IF
1
gedes connoiffances acquifes
au gré de ladroiteraiſon. Nos
Scavants Grecs ont grand in
térêt à rejerter ma définition..
D'accord : mais quelle eſt la
kuri Le Sçavant , c'eſt celuy
qui ſçait du Greca cela n'eft
pas poffible. Les Langues no
font pas des ſciences , elles no
portentoparelles-mêmes aucunes
lumieres à l'efprit. Un
hommepourroit ſçavoir vingt
Langues differentes& être une
groſſe bête , un ignorant , un
ſtupide perſonnagel On excuferoit
même ſon ignorance&
ſa ſtopidité par le ſterile étude
12 MERCURE
qui l'auroit derobé aux veri
tables ſciences. C'eſt un hom
me , diroit on , qui a paflé fa
vie à apprendre des mots. It
auroit fourny dans le monde
une carriere honorable fi du
travail ingrat dont iba fervi fa
memoire , il en avoit ſervį fon
efprit & fon jugement
Voila à peu prés comment
nous excuſons les mauvais rai
fonnemens des Scoliaftes.
Apréstout on nedoit pas leur
faire un grand crime de raifonner
mal ; il n'eſt pas de leur
métier de juger des Ouvrages
foit d'Eloquence , ſoitdePoëGALANT.
13
(
fie , leur métier eſt de traduire
les Auteurs originaux. Ont- Is
remplis ce devoir , qu'ils s'en
tiennent là ; c'eſt aux Maîtres
dans les deux Arts à juger du
merite des Auteurs traduits.
J'avois le coeur gros , comme
on dit , d'avoir été appellé
ignorant. L'épithete mettoit
trop bien acquiſe pour n'en
être pas un peu bleflé. Mais je
pardonne l'injure de tres-bon
coeur.
ana declaration le mois
dernier en faveur de
M. de la Motte , & que j'aye
adopté les jugemens d'un de
ſes amis , contre le Traité des
cauſes de la corruption du
goût , je ne laiſſeray pas de
prefenter au Public ce qui me
Mars 1715. A ij
DE3
MERCURE
ſera adreſſe dans lafuitepar le
party contraire. Je l'exhorte
au reſte , à ſemunir de raifons
contre les affaillans , c'eſt la
monnoye de cours aujourd'huy.
Les autoritez & les injures
autrefois li victorieuſes ,
netiennentpluscontre unbon
raiſonnement . A propos
d'injures .... on m'a déja qualifié
d'ignorant & de temeraire
; je ſuis un ignorant ,
dit-on , parce que j'ignore la
LangueGrecque , & je ſuis un
temeraire , parce que je juge
d'Homere ſur une Traduction
Françoiſe. J'ay deux mots à
LA
GALANT
1
dire contre ces deux reproches.
Mainojivi. Jart
Dirapon d'un homme
qu'il eſt un ignorant , parce
qu'il ne ſçait point |Hebreu ?
accufera-t-on de temerité ce
même hommes parce qu'il
aura porté jugement en fa
veur des Livres Saints fur la
foy des Traductions Latines
oufFrançoiles autentiquement
approuvées ? non fans doute's
nous netrouvons point étrangeoque
Madame Dacier qui
ne fçait point l'Hebreu , fafle
gloire de commoiſtre parfaite
ment les Livres Hiſtoriques&
Aiij
6 MERCURE
Prophetiques de l'AncienTeftament.
Mais je prie Madame
•Dacier de remarquer combien
il luy eſt meſſeant de
trouver mauvais que nous jugions
d'Homere: fur la Tras
duction qu'elle en a donnéa
elle-même quelle a été ſavûë
quand elle nous a traduit l'Iliade
en François a elle anla été
autre que de faire commoiſtro
le Poëme & le genie de fons
Auteur à ceux qui ignorent la
Langue originale. Voicy.comment
elle s'en expliquedans fa
Preface fur l'Hiade. Fay toû
jours en l'ambition de pouvoir
GALANC. 7
i
cegrand
donner à noſtre Siecle une Traduction
d'Homere , qui en confervant
les principaux traits de
Poëte pûtfaire revenir
la plupart des gens du monde
du préjugé dešavantageux que
leur en ont donné des copies difformes
qu'on en a faites . Voſtre
Traduction , Madame , n'eſt,
pas une copje difforme , nous
en convenons avec plaifir avec
vous vous y conſervez les
principaux traits du Poëme
original , nous ne ſommes,
point en garde contre voſtre
bonne foy , mais vous vous
eſtiez flattée que voſtre éle-
(
A iiij
8 MERCURE
ganteTraduction feroit revenit
les hommes du préjugé
deſavantageux qu'ils avoient
conçus contre Homere , &
malheureuſement elle a faic
un effet tout contraire ; elle a
affermi les rebelles dans le
préjugé qu'elle ſe propoſoit
de détruire . Quel party deviez-
vous prendre dans ce
malheur ineſperé il falloit
vous en tenir à crier de toutes
vos forces que le bon goût a
abandonné la race humaine;
mais il falloit bien vous garder
dedéprimer vôtre propre
Ouvrage, &de faire un crime
GALANT.
à M. de la Motte d'avoir jugé
d'Homere ſur le portrait fidele
que vous en aviez donné,
afin qu'on l'adorât avec con
noiffance de cauſe. Il ya du
deſeſpoir dans ce procedé , &
je crains fort ,que les Scoliaf
tes qui ont tant celebré voſtra
Traduction , avant la querelle
émuë , ne la deſavoüent enfin
ſur la foy de vos proteſtations
imprudentes , & ne vous facrifient
à leur Idole.
y Mais j'ay encore une hum
ble remontrance à vous faire ,
Madame , ou plutôt àtous les
Scoliaftes. Vous gratifiezMef
10 MERCURE
fieurs d'un ſouverain mépris,
& vous traitez d'ignorant
quiconque ne ſçait pasła LangueGrecque,
c'est- à-dire, que
le nom de vray Sçavant vous
eſt acquis au titre qui nous
manque , & que nous vous
devons une eſtime fans bornes.
Définiſſonsun peule vray
Sçavant,&nous jugerons en
fuite de nos dettes recipro
ques ८
Le vray Sçavant eſt celuy
qui a acquis un grandnombre
de connoiffance , & qui a cul
rivé & formé fon jugement ,
de manierequ'il ſçait faireufa
4
GALANT. IF
1
gedes connoiffances acquifes
au gré de ladroiteraiſon. Nos
Scavants Grecs ont grand in
térêt à rejerter ma définition..
D'accord : mais quelle eſt la
kuri Le Sçavant , c'eſt celuy
qui ſçait du Greca cela n'eft
pas poffible. Les Langues no
font pas des ſciences , elles no
portentoparelles-mêmes aucunes
lumieres à l'efprit. Un
hommepourroit ſçavoir vingt
Langues differentes& être une
groſſe bête , un ignorant , un
ſtupide perſonnagel On excuferoit
même ſon ignorance&
ſa ſtopidité par le ſterile étude
12 MERCURE
qui l'auroit derobé aux veri
tables ſciences. C'eſt un hom
me , diroit on , qui a paflé fa
vie à apprendre des mots. It
auroit fourny dans le monde
une carriere honorable fi du
travail ingrat dont iba fervi fa
memoire , il en avoit ſervį fon
efprit & fon jugement
Voila à peu prés comment
nous excuſons les mauvais rai
fonnemens des Scoliaftes.
Apréstout on nedoit pas leur
faire un grand crime de raifonner
mal ; il n'eſt pas de leur
métier de juger des Ouvrages
foit d'Eloquence , ſoitdePoëGALANT.
13
(
fie , leur métier eſt de traduire
les Auteurs originaux. Ont- Is
remplis ce devoir , qu'ils s'en
tiennent là ; c'eſt aux Maîtres
dans les deux Arts à juger du
merite des Auteurs traduits.
J'avois le coeur gros , comme
on dit , d'avoir été appellé
ignorant. L'épithete mettoit
trop bien acquiſe pour n'en
être pas un peu bleflé. Mais je
pardonne l'injure de tres-bon
coeur.
Fermer
3
p. 13-60
LETTRE à Monsieur ...... sur l'Iiade de M. de la Motte.
Début :
J'ay promis de donner au Public tous les mois un / Vous exigez de moy, Monsieur, un compte exact des divers [...]
Mots clefs :
Antoine Houdard de la Motte, Langue, Iliade, Traduction, Ouvrage, Aristote, Goût, Hommes, Élégance, Madame Dacier, Grecs, Précision, Mérite, Savants, Poète, Beautés, Mépris, Expression, Génie, Homère, Effets, Précision, Langue française, Langue grecque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Monsieur ...... sur l'Iiade de M. de la Motte.
J'ay promis de donner
au Public tous les mois un
morceau Litteraire , je tiens
parole , & l'on va voir dans
ce Volume une Lettre-ano14
MERCURE
ninie qui parut quelques jours
aprés que l'Iliade de M. de la
Motte fut répandue dans le
monde.
LETTRE
àMonfieur fur l'Iliade ......
de M. de la Motte.
Vous exigez de moy,Monſieur
,uncompte exact des divers
jugemens que les Gens de
Lettres ont portez de la nouvelle
Iliade ; je vais tâcher de
vous fatisfaire: Mais pourquoi
me faites vous myſtere du jugement
que vous en portez
vous-même ? N'oſez-vousha
GALANT . 15
zarder vôtre fuffrage fur la
foy de vos propres lumieres ?
Que je plains les Auteurs ! &
quel peril ne court pas aujourd'huy
le meilleur Livre ? Je
connois bien des gens qui allient
comme vous , Monſieur
, à un goût fûr ,une raifon
libre de tout eſprit de parti:
Qui ne fentque de tels Lecteurs
devroient ſeuls faire autorité
dans la Litterature ? Il y
en a peu neanmoins qui ayent
le courage de lutter contre la
multitude: ils attendent à juger
d'un Ouvrage que le Public
ait prononcé ,ils recueil16
MERCURE
lent les voix , & fe rangent du
parti dominant : Tel dans ſon
Cabinet a jugé un Livre excellent
, qui venant à apprendre
queceLivre eſtmepriſé par des
Hommes celebres , ſe foumet
,
fervilement à leur autorité
ſans ſe défier du fol eſprit de
parti ,&de certaine émulation
jaloufe, qui de tout temps ont
fait commettre tant d'injuftices
aux plus grands Critiques :
Il ahonte d'avoir penſéautrement
que ces Perſonnages
qu'il revere , il rougit à la vûë
du Livre qui l'a féduit , il ſe
diſſimule autant qu'il le peur ,
pour
GALANT. 17
९
pour ſe foulager l'impreſſion
qu'il luy a faite , il le relit dé
terminé à le trouver mauvais ,
il eſt en garde contre le plaifir
humiliant que luy a fait la premiere
lecture ; les mêmes chofes
repaſſent ſous ſes yeuxavec
les couleurs qu'il leur a deſtinées
, tout l'ennuye , tout le
revolte dans ce même Livre
dont la veille il falloit ſes de-
Je n'aypas de peine à deviper
comment vous aurez été
affecté de l'Iliade de Monfieur
de la Motte , &de fa Differration
critique ſur le Poëme
Mars 1715. B
18 MERCURE
Original ; le goût que je vous
connois , m'eſt garant que
vous les aurez lûs avec grand
plaifir : Mais quandvous ſçaurez
combien de Scavans Te
reuniffcht contre l'un &l'au
tre Ouvrage, vous éprouverez
peut eſtre envous la révo
lution que je viens de décrire.
Non Monfieur nonne
foyez pas infidele àvos lumie
res , oſez penſer par vous mê
me , & ne prenez point l'ordre
de ces ſtupides Erudits quř
ont prêté ſerment de fidelité à
Homere,deces gensfans ta
116
lens &fans goût , qui ne ſçaGALANT.
19
vent pas ſuivre le progrés des
Arts&des Talens dans la ſucceffiondes
fiecles; de ces Scoliaſtes
fanatiques qui entrent
dans une eſpece d'extaſe à la
lecture de l'Iliade Originale ,
où l'Art naiſſant n'a pu donner
qu'un eſſai informe ,&qui
n'apperçoivent pas dans les
travauxde noſtre âge le merveilleux
accroiffement de ce
même Art.
Vous voyezdans cePrelude
que cette eſpece de Sçavans
a pris parti contre Monfieur
de la Motte , cela fait un
grand peuple ,le Createur en
Bij
20 MERCURE
beni l'engeance : Mais que fait
ici le nombre ? Monfieur de
la Motte a bonne caufe ,&
tous les talens qu'il faut pour
la ſauver d'inſulte : Il eſt d'ailleurs
de vrais Sçavans inacceffibles
à laprevention , chez qui
les Ouvrages anciens & les
Ouvrages modernes font en
égale confideration , qui reconnoiſſent
les beautez & les
défauts des uns & des autres
avec une égale equité ; J'en
ſçay chez qui la paffion ne
s'empare jamais des droits du
goût& de la raiſon: Voila les
ſeuls Oracles que doit confulGALANT
22
1
terunAuteur : Ils ont prononcéenfaveur
de lanouvelle Iliade
: Elle vaincra la jalouſe rage
des Confederez , & paffera à
la poſterité comme unOuvrage
digne tout à la fois & de
fon Autcur & de noftre
fiecle..
Laiffons crier lesAdorateurs
d'Homere , ils feront moins
de mal que de bruit ; il eſt
bienjuſte aprés tout que M.
de la Motte pardonne quel
ques excés àde pieux Fanati
ques qu'ils'aviſe de venir trou
bler dans leur culte.
Je connois la plupart de
22 MERCURE
ees Partiſans outrez d'Homere,
ce ſont debonnes gens qui
nés ſans genie , & ſe ſentans
incapables de créer en aucun
genre ,ſe ſontretranchez dans
la plus profonde étude de la
LangueGrecque ; ils ontdevoré
avec fatigue les Ouvrages
d'Homere, ils ont vûce Poëte
celebré d'âge en âge par des
Auteurs illuftres juſqu'à nos
jours :A la vûëde tant d'hommages
prodiguez àHomere
avec continuité durant trois
mille ans , ils ont eſté ſaiſis
d'un faint reſpect pour ce
grand homme , ils luy ont
GALLAANNTT.. 23
voué une eſpece de culte , ils
lifent tousles jours fon divin
Poëme , ils lelifent avec deliees,
parce qu'ils le lifent avec
une foy vive : Ils font dans
un raviſſement confus, ils font
enchantez ,non des beautez
distinctes qu'ils découvrent
en effet dans leur divin textes
mais des hautes merveilles que
leur foy leur dity être cachées.
Nous avons vû le vicil Arifto.
te honoré d'un pareil culte :
durant plus de deux mille ans
il a tenu le fceptre philofophi
que,ſes ſophimes les plusobf
curs étoient autant d'Oracles ,
24 MERCURE
C
à l'autorité deſquels la raifon
des Philoſophes cedoit fans
murmure. Un Peripateticien
s'imaginoit avoir la clefdes
myſteres les plus fecrets de la
nature , il répondoit à toutes
queſtions avec une complai-
Lance ſuperbe , parce qu'il ré
pondoit comme fon infaillible
MMaaiiſlttrree : Leshonneurs rendus
au divin Ariſtore durant une
filongue ſuite de fiecles , ne
luy permettoientpas de foupçonner
qu'il fut échappé quel
quechoſe aux lumieres de ce
grand homme: Lorſqu'on demandoit
à unPeripateticien les
caufes
J
GALANT.
cauſes phyſiques de la vertu
l'Aiman , ou de l'effet pretendu
ſympatique de la poudrede
Vitriol , il répondoit avec le
bon Ariftote : Il y a dans l'Aiman
& dans le Vitriol calciné
certaine qualité occulte qui
produit les effets qui vous furprennent.
Ce ſeroit traiter Ariftote
d'imbecile , que de pretendre
qu'il eût donné cette réponſe ,
pour toute autre choſe que
pour l'aveu formel de fon
ignorance ſur la difficulté propoſée;
car avoir recours à une
qualité occulte , c'eſt indiquer
Mars 1715. C
26 MERCURE
une cauſe quelconque qu'on
ne connoiſt point , dont on n'a
pas d'idée.Je croy donc devoir
faire honneur à Ariftote de
fon humble réponſe : Mais
comment ſauver du mépris
ces zelez Sectateurs, qui penfoient
que leur Maiſtre donnoit
à la difficulté une veritableſolution?
Ils s'imaginoient
donc voir clairement la cauſe
de l'effet en queſtion ; ils
croyoient même la faire fentir
aux autres , en leur difant formellement
avec Ariftote ; la
cauſedecet effet eſt une qualité
occulte ,ou ce qui revientau
GALANT. 27
,
même, la cauſe de cat effer ne
nous eft pas connue. Lorfqu'un
Diſciple ofoit demander
à ſon Maiſtre ce qu'il entendoit
parqualitez occultes ,
ce Maiſtre infultoit à ſon peu
de ſagacité , luy rendoit en
nouveaux termes l'équivalent
du myſtere ,&forçoit l'amour
propre da Difciple à croite
qu'il avoit enfin faifi lemotde
1Enigme.
C'eſt ainſi que tous nos Phyficiens
abufez par l'ancienne
réputation d'Ariftote , bornoient
leur ambition à l'étude
deles Ouvrages,& croyoient
Cij
28 MERCURE
rendre bon compte des operations
de la nature en alleguant
les fombres fubtilitez
de leur Maiſtre .
Il ya cu de tout temps des
eſprits indociles à l'erreur la
plus accreditée : combien de
gens ont ſenti dans tous les
temps que la Phyſique d'Arif,
tote n'étoit qu'un amas confus
de mots deftituez de ſens : mais
comment ofer hazarder une
pareille verité ? N'étoit- il pas
plus fage qu'ils receüilliſſent
cux-mêmes les honneurs injuſtes
que l'humaine imbecillité
déferoit à cette fauſſcéruGALANT.
29
dition , que de s'attirer par leur
indifcret aveu les outrages
d'un grand peuple , que l'intereft
& l'aveugle prevention
rendoient inconvertibles?d'ailleurs
, pour ofer reprocher à
F'Univers fon orgueilleuſe
ignorance , il falloit pouvoir
mettreleshommes ſur lestra
ees de la verité , & payer l'injure
par un bienfait équivalent.
Pour un projet auffi
grand , il ne falloit pas un
homme moins grand queDef
cartes ; ce merveilleux genie
ayant jetté les yeux fur les
Ouvrages d'Ariſtore , il en
Cij
30 MERCURE
ſentit toute l'indigence. En
vain le prejugé luy montroit
dansun vaſte éloignement le
Prince des Philoſophes recevant
ſucceſſivement les hommages
de tous les fiecles ; la
Cenſeur incorruptible détour
noit ſes yeux de ce vain faſte ,
&jugeoit l'Oracle univerſel
du genre humain,non ſur les
témoignages de ſes credules
Adorateurs; mais ſur ſes Ouvragesmêmes.
Il ſentit combience
Philoſophe étoit éloignéde
la verité. Il n'endemeura
pas là , il la chercha luymême
avec la genereufe con
GALANT. 31
fiance que luy donnoit fon
genie immenfe. Il la trouva
enfin ; un nouveau ſyſteme
de Philofophie ſe montre , un
nouvel art , ou plutôt le ſeul
art de raiſonner s'introduic
peuàpeudans les Ecoles : Les
Sectateurs obſtinez de l'erreur
fe liguent en vain pour combattrel'évidence
;on perſecute
celuyquia ofé éclairer fon
fiecle ; le mal eſt ſansremede ,
lescriminelsOuvrages que l'on
condamne feront les delices
desraces futures , c'eſt par ces
Ouvragesmêmes que les hommes
feront dorénavant for-
C iiij
32 MERCURE
mez: Encore quelque temps ,
& tous les fuffrages leréünilfent
en faveur du Philoſophe
moderne.
Cerems eſt venu, Monfieur,
la ſecte opiniâtre d'Ariftote
eſt enfin éteinte;il eſt peut être
encore au fond des Colleges
quelques vieux Peripateticiens
quimourront impenitens,laifſons
les mourir en paix.
Ne voyez vous pas,Monfieur
dans l'hiſtoire du long regne
d'Ariftote , l'image de celuy
d'Homere ? La chûte de celuylà
ne vous fait- elle pas pref
ſentir la chûte prochaine de
1
GALANT. 33
88
celui ci ? La cauſe de M. de
la Motte n'eſt aſſurément pas
moins victorieuſe que celle
de Descartes : le prejugé ne
parle pas plus haut en faveur
de l'un qu'il ne parla autrefois
en faveur de l'autre;
Mide la Motte en ſera quitte
aprés tout pour quelquesbons
mots pedanteſques qu'il luy
faudra eſſuyer de la part de
nos Scoliaftes : c'eſt avec ces
armes victorieuſes qu'ils ont
coûtume de combattre lesRivaux
d'Homere , de Theocri
te,&de Pindare : Tout Moderne
qui a l'infolente teme34
MERCURE
rité d'entrer en lice avec ces
vieux Athletes , eft digne ,
felon ces Meſſieurs , d'un ſouverain
mépris : Les premiers
hommes du fiecle ſont ceux
qui ſçavent le Grec : tel ſe
croit un Homere , parce qu'il
entendHomere dans lalangue
originale , le divin Poëte im.
penetrable aux autres hommes
revit en luy, il eft juſte
qu'on le reſpecte en luy: Voilà
donc deux hommes transformez
en un feul ; fi vous
dites du mal d'Homere , vous
contriftez ſon Synonime ;
vous le careſſez au contraire fi
GALANT 3'5
vous celebrez le divin Poëme,
Voilà la folle illuſion qui
allume le zeledes Homeriſtes;
mais le plaiſant eſt que le Publicait
filongtems ſervi cette
même illufion. On étoit penetré
de reſpect à la vue d'un
Pedant , dont tout le merite
étoit de connoiſtre , aimer ,
& fervir le bon Homere ; on
rendoit à l'idolâtre les hommages
acquis à l'Idole ; on ne
jugeoit alors du merite d'Homere
que ſur la foy des acclamations
pieuſes de les Ado.
rateurs Combien peu degens
ſcavent la Langue Grecque ?
1
36 MERCURE
La divine Iliade n'eſtoit en
tendue que des Erudits , on
leur envioit avec reſpect ce
dépôt ſacré ; ils infultoient
impunément à nos meilleurs
Ecrivains , l'injusticeleur tournoit
même à honneur , parce
qu'on ſe perfuadoit que les
beautez modernes comparées
par eux aux merveilles anti
ques , leur devoient faire une
impreſſion moins vive.
Noſtre erreur dureroit encore
, ils ſcroient encore les
objets de noſtre reſpectueu
fe jaloufie , ſi Madame Da-
Gier ne nous eût deſfillé les
GALANT. 37
yeux , en donnant une Traduction
fidele du myſterieux
Poëme.
Chacun cherche dans l'élegante
Traduction le genie
élevé d'Homere,ſon choix riche
, fon goût infaillible ; on
s'attend à reſſentir , à quelquechoſe
prés, ceraviſſement
délicieux que le Texte cauſe:
mais je ne ſcay par quelle fatalité
le Lecteur tombe dans
un ennui mortel.On trouveà
laverité de temps à autre des
traits vifs , des images heureuſes
, des recits ornez ; mais une
ſi petite meſure de beau ne
38 MERCURE
paye pas , à beaucoup prés , le
Lecteur de tant d'abſurditez
pueriles, de tant de baſſeſſes ,
de tant de froideurs qui font
un contraſte dominant dans
ce tout monstrueux.
Nous ofons donc à preſent
juger de l'Iliade; cette merveille
tant vantée eft tout au
plus un beau monſtre , né,
pour ainſi dire , du ſeul inftinet
d'un homme fuperieur ,
jedis d'unhomme ſuperieur ,
car ſi l'on fait attention au
fiecle groffier dans lequel nâquit
Homere, ſi l'on a égard
auxmoeurs ruſtiques qui reg-
5
CALANT.
1
39
*
noient alors , fi l'on ne perd
pas de vue l'impoffibilité morale
d'atteindre la perfection
dans un eſſai hazardé ſans le
fecours des regles & des
exemples , on jugera Homere
un grand genie , & le premier
homme de fon ſiecle ruſtique,
enmême temps qu'on jugera
fon Poëme tres defectueux
pour un fiecle auſſi éclairé que
le nôtre.
C'eſt ainſi que M. de la
Motte dans ſa Differtation
critique diftingue l'Auteur &
Ouvrage. Homere auroit
peut être atteintla perfection,
s'il fûc nédans le fiecle d'Au
40 MERCURE
guſte ou dans le noſtre; mais
né dans des temps où l'Art ne
s'étoit point encore montré
n'eſtant guidé par aucunes
regles , éclairé par aucuns
exemples , on luy doit tenir
grand compte de ſon Poëme ,
tout monstrueux qu'il eſt.
L'hommage perſonnel rendu
à Homere ne fatisfait pas
ſes Adorateurs , ily va de tour
pour eux de ſauver du mépris
l'Ouvrage même,ils l'ontunanimement
vanté comme une
merveille audeſſus de tout effort
humain. S'ilspaſſent condamnation
fur les abſurditez
impertinentes
GALANT. 4
impertinentes que reprend
Monfieur de la Motte,les voilà
livrez à tout le mepris dont
ils font dignes : Comment
d'un autre côté ſe reſoudre à
ofer défendre tant de miſeres
que décele leur Traduction ?
Dans cette étrange perplexité,
ils ſe ſont aviſez d'un expedient
ingenieux , à la faveur
duquel ils comptent eſquiver;
ſuivons-les.
Il eſt vray , diſent- ils , que
ſi l'on juge d'Homere par la
Traduction de Madame Dacier
, quoique la plus élégante
&la plus fidele qui ait paru ,
Mars 1715. D
42 MERCURE
on ſera à peu prés d'accord
avec Monfieur de la Motte ;
mais il faut bien ſe garder de
juger du Texte original par la
Traduction Françoiſe : nôtre
Langue eſt impuiſſante par
elle-même à rendre la force ,
l'énergie ,la noble harmonic
des termes Grecs, elle manque
de ces tours heureux , de
ces expreſſions énergiques qui
nous charmentdans le Grec,
nous ſentons la force de ces
expreffions & la nobleſſe de
ces tours; mais nôtre Langue
indigente nous refuſant de
juſtes équivalents , nous baif
:
GALANT . 43
fons le ton pour nous exprimer
en François
Je veux bien paſſer pourun
moment à ces Moffieurs leur
faufſe ſuppoſition , que pourroient
ils en conclure ? Cela
prouveroit tout au plus quela
Traduction jetteroit quelquefois
du froid dans les recits,
qu'elle ofteroit de la chaleur
aux ſentimens , de la vivacité
aux penſées , qu'elle ne rendroit
pas l'équivalent de la
pretenduë harmonie de l'Original
: mais Monfieur de la
Mottenejugepoint de l'Iliade
àces égards , il veut bien ſup-
1
Dij
44 MERCURE
poſer les expreſſions Grecques
d'une force & d'une élegance
infiniment ſuperieures à la
Traduction. De quoi juge- t-il
préciſement ? de l'Historique
du Poëme ; j'appelle l'Hiſtorique
dans un Poeme, les faits,
les évenemens exprimez en recit
, ou mis en action. M. de la
Motte examine donc la fable
generale du Poëme , l'action
principale , l'ordonnance de
Ouvrage , les épiſodes ; il
examine les moeurs , les caracteres
de ſes Heros , dont il jugepar
leurs paroles& par leurs
actions .
:
GALANT 45
Voilà ,Monfieur , les ſeules
choſes dont Monfieur de la
Mottea ofé juger ſur la foyde
la Traduction ; celle de Madame
Dacier avoüée par tous
les Sçavans Grecs , n'a pû le
tromper ſur l'Hiſtorique , elle
rend sûrement Homere , elle
le fuit dans ſa courſe , elle
bronche avec luy , ſe releve
avec luy : enfin Madame Dacier
n'a rien imaginé d'ellemême
dans ſon Ouvrage , elle
a compté rendre preciſément
fon Original ; fi elle a prêté
quelquecharité àHomere , les
Grecs n'ont qu'à la déceler
46 MERCURE
en ce cas , la Critique de
Monfieur de la Motte tombera
ſur Madame Dacier ; mais
je ſerois bien garand pour elle
qu'aucun de nos Grecs ne
ſera affez hardi pour ofer démentir
par écrit ſa Traduction
, aucun d'eux ne luy difpute
l'honneur de poffeder
avec ſuperiorité les fineſſes de
la Langue Grecque, ellea entendu
Homere autant qu'on
lepeut entendreaujourd'huy,
elle ſçait beaucoup mieux encore
la Langue Françoiſe ;
le a rendu le plus élegamment
- qu'elle a pû dans noftre Lane
elGALANT
47
gue , ce qu'elle a vû , penſé &
ſenti en liſant le Grec; cela me
ſuffit,j'ay l'Iliade en ſubſtance,
ainſi c'eſt ſur Homere même ,
&non fur la ſeule Traduction
, que portent les Remarques
Critiques de Monfieur
de la Motte , qui n'appuyent
que ſur des choſes étrangeres
àcette élegancepretendue des
termes originaux , & à certaine
harmonie attribuée au
fon de ces termes .
Mais revenons à la ſuppoſition
de nos Advertaires . Eſt il
bien vray que noſtre Langue
foit infericure à la Langue
1
48 MERCURE
Grecque ? Eſt il bien vray que
la Langue Françoiſe ne ſuffife
pas à rendre parfaitement les
grandes idées , les hauts fen
timens ,les paffions heroïques,
les vivacitez galantes , les faillies
ſatyriques , les naïvetez fines?
A-t-elle mal ſerviàces dif
ferens égards,Corneille, Racine,
Moliere,Deſpreaux,laFonraine
? Cette Langue n'a-t-elle
pas auſſi ſon harmonic comme
la Grecque : Quand nous
liſons nos bonsOuvrages, foit
de Profe , foit de Poëfie , n'éprouvons
nous pas un fentiment
confus de plaisir , que
nous
GALANT. 49
nous attribuons au fon pretendu
harmonicux des exproffions
?
Il peut bien arriver quel
quefois que telle expreſſion
Grecque qui renferme un
grand ſens , ne pourra être
Tenduë en François que par
pluſieurs expreffions reünies ;
mais il arrivera quelquefois
auſſi qu'une penſée exprimée
par plufieurs termes Grecs ,
pourraêtrerenfermée enFrançois
dans des limites plus étroites
, enſorte qu'il y aura
compenfation juſte.
Mais quand il feroit vray
Mars 1715. E
50 MERCURE
que la Langue Grecque feroit
par elle-même moins diffuſe
que la Françoiſe , en pourroiton
conclure que la Langue
Françoiſe ne pourroit produire
en nous le ſentiment qui
naît de la préciſion ? Nous accordons
à un Ouvrage François
le merite de la préciſion ,
forſque nous ne fentons pas
la poſſibilité de renfermer en
moins de paroles le fens de cer
Ouvrage , nous ne comprons
pas les ſyllabes, ce calcul nous
importe peu. Je vais tâcher de
me faire entendre.
Je ſuppoſe l'Iliade écrite
1
GALANT. σε
avec l'élegance & la préciſion
tant vantées , je ſuppoſe enſuite
qu'on vânt à demander à
Homere en quoy confifte
l'un & l'autre merite de ſon
Ouvrage , il diroit , pour donner
l'idée de l'élegance , qu'il
a employé dans ſa Langue
les tours &les expreſſions les
plus propres à repreſenter ſes
idées , & à peindre ſes ſentimens
; & fur la préciſion ,il
diroit qu'il n'a pas eſté poffible
de rendre en moins de
paroles le ſens de fon Ou
vrage.
Si Homere avec ſon même
Eij
S. MERCURE
genic, & fon goût, étoit né de
nos jours ,& qu'ayant conçu
fon Iliade , il nous l'écrivit en
François, qu'il poffedât noſtre
Langue comme il poſſedoit
autrefois la ſienne , fans doute
il employeroit les expreffions
Françoiſes les plus propres à
rendre ſon ſens ,& il s'exprimeroit
avec le moins de diffuſion
qu'il luy ſeroit poſſible :
Ne ſentez vous pas qu'alors
il ſeroit autant frappé de l'élegance
& de la préciſion qu'il
auroit atteint dans noſtre Idiome
, qu'il le fut autrefois de
l'un & l'autre merite, qu'il
:
GALANT. 5
atteignit dans le fien ?
Si Racine avec ſon genie &
ſes lumieres acquiſes ,fut né
dans le fiecle d'Homere , &
qu'il eût écrit en Grec lesTragedies
que
gedies que nous avons de luy
dans nôtre Langue , il auroit
fait dans cette Langue le choix
heureux qu'il a fait dans la
noltre ,& fon ſtyleGrec auroit
fait preciſement en Grece la
même fortune que fon ſtyle
François a fait chez nous.
On ne ſçauroit dire qu'une
Langue ſoit moins propre
qu'une autre à la vraye peinture
des penfécs & des ſenti
i
E iij
$4 MERCURE
mens ; les mots ne ſignifient
sienpar eux-mêmes , c'eſt le
caprice arbitrairedes Nations,
quides fons articulez a fait des
ſignes fixes , au moyen defquels
les hommes ſe puffent
communiquer reciproquement
leurs penſées ; chaque
Nation aſes ſignes fixes pour
repreſenter tous les objets que
fon intelligence embraffe.
Qu'on ne diſe donc plus que
les beautez qu'on a ſenties en
lifant Homere
, ne peuvent
être parfaitement renduës en
François. Ce qu'on a fenti
oupenſé ,on peut l'exprimer
GALANT. 55
avec une élegance égale dans
toutes les Langues ; & chaque
Langue vous fournira
les expreſſions uniques pour
caracteriſer quelque penſée ,
quelque ſentiment que ce ſoit,
&pour en fixer le degré de
vivacité ou de nobleffe. De là
je conclus que fi Madame Dacier
a ſenti dans l'Iliade autant
de merveilles qu'ellele publie,
elle nous a dû rendre toutes
ces merveilles en François avec
une élegance équivalente à
celle du Texte.
Il m'eſt tombé depuis peu
dans les mains une Traduction
E iiij
'S6 MERCURE
en profe de la Tragedie An
gloiſe , intitulée Caton. Cette
Traduction , quoiqu'inélem'a
donné une tresgante
,
haute idée de l'Original. Je
voy dans le Poëte Anglois la
grande partie qui caracteriſe
noſtre Corneille . Je n'ay rien
vû de plus grand au Theatre
que le caractere de Caton ;il
eſt vrayque l'Auteur ne conduit
pas ſon action avec fineffe,
il l'interromt même par des
Amours Epiſodiques d'affez
mauvais goût ; mais à travers
ces défauts , je voy le grand
Poëte,je voy unhomme illuf
1
GALANT. 57
tre , digne d'eſtre envié à ſa
Nation
D'où vient qu'en lifant l'élegante
Traduction de Piliade
par Madame Dacier , j'ay
une ſi petite idée de l'Original ?
j'en ſçay la raiſon; c'eſt que
* le Poëme Original porte un
fond ſi bizarre , fi confus , fi
abfurde , que la decorationdu
ſtyle le plus riche dans une
Traduction fidele , ne peut
défendre le Lecteur du froid
mortel, del'infupportable en
nui que ce miferable fond
traîne à ſa ſuite.
Il n'y avoit qu'un moyen
58 MERCURE
1
de faire goûter l'lhade, en
François , c'étoit de compo.
fer un Poëme Original , pour
ainſi dire , qui cût pour fujet
la fameuſe Guerre de Troye ,
d'oſter à l'Histoire monftrueц
fed Homere tant de traits qui
bleffent nos moeurs , qui re
voltent noſtre credulité ; de
déguifer engrand lebas merveilleux
qui anime l'Iliade ,
d'en corriger les Epiſodes
quelquefois ingenieux , mais
toûjours défigurez ; & de porter
àunhautpoint d'élevation
les caracteres bizarres des He-
#osGrecs& Troyens : en un
GALANT. رو
mot, il ne falloit rien moins
que le grand genie , la ſage
hardiefle , & les riches reffources
de Monfieur de la Motte ,
pour nous traveſtir le Monftre
Grec , de maniere que
loin de nous déplaire , il charmât
nos regards.
1
Vous voyez , Monfieur ,
que je penſe hautement de
Monfieur de la Motte ; mais
je croy qu'il eſt du devoir
d'un honneſte homme de dire
toûjours à ſes perils , tout ce
qu'il penſe àl'avantage d'autrui.
Je parle toûjours des
bonsAuteurs vivans , comme
60 MERCURE
jeme perfuade que la poſterite
deſintereſſée en parlera. Il n'y
a pas moins de baſleſſe que
d'injuſtice à diſſimuler l'eſtime
qu'onn'a pûrefuſer à un hom
me ſuperieur. Adieu , Monſieur
,je croy avoir fatisfait à
ce que vous exigez de moy.
S'il paroiſt quelque nouveauté
dans la ſuite , j'auray fon de
vous en faire part. Je ſuis ,
Monfieurt
au Public tous les mois un
morceau Litteraire , je tiens
parole , & l'on va voir dans
ce Volume une Lettre-ano14
MERCURE
ninie qui parut quelques jours
aprés que l'Iliade de M. de la
Motte fut répandue dans le
monde.
LETTRE
àMonfieur fur l'Iliade ......
de M. de la Motte.
Vous exigez de moy,Monſieur
,uncompte exact des divers
jugemens que les Gens de
Lettres ont portez de la nouvelle
Iliade ; je vais tâcher de
vous fatisfaire: Mais pourquoi
me faites vous myſtere du jugement
que vous en portez
vous-même ? N'oſez-vousha
GALANT . 15
zarder vôtre fuffrage fur la
foy de vos propres lumieres ?
Que je plains les Auteurs ! &
quel peril ne court pas aujourd'huy
le meilleur Livre ? Je
connois bien des gens qui allient
comme vous , Monſieur
, à un goût fûr ,une raifon
libre de tout eſprit de parti:
Qui ne fentque de tels Lecteurs
devroient ſeuls faire autorité
dans la Litterature ? Il y
en a peu neanmoins qui ayent
le courage de lutter contre la
multitude: ils attendent à juger
d'un Ouvrage que le Public
ait prononcé ,ils recueil16
MERCURE
lent les voix , & fe rangent du
parti dominant : Tel dans ſon
Cabinet a jugé un Livre excellent
, qui venant à apprendre
queceLivre eſtmepriſé par des
Hommes celebres , ſe foumet
,
fervilement à leur autorité
ſans ſe défier du fol eſprit de
parti ,&de certaine émulation
jaloufe, qui de tout temps ont
fait commettre tant d'injuftices
aux plus grands Critiques :
Il ahonte d'avoir penſéautrement
que ces Perſonnages
qu'il revere , il rougit à la vûë
du Livre qui l'a féduit , il ſe
diſſimule autant qu'il le peur ,
pour
GALANT. 17
९
pour ſe foulager l'impreſſion
qu'il luy a faite , il le relit dé
terminé à le trouver mauvais ,
il eſt en garde contre le plaifir
humiliant que luy a fait la premiere
lecture ; les mêmes chofes
repaſſent ſous ſes yeuxavec
les couleurs qu'il leur a deſtinées
, tout l'ennuye , tout le
revolte dans ce même Livre
dont la veille il falloit ſes de-
Je n'aypas de peine à deviper
comment vous aurez été
affecté de l'Iliade de Monfieur
de la Motte , &de fa Differration
critique ſur le Poëme
Mars 1715. B
18 MERCURE
Original ; le goût que je vous
connois , m'eſt garant que
vous les aurez lûs avec grand
plaifir : Mais quandvous ſçaurez
combien de Scavans Te
reuniffcht contre l'un &l'au
tre Ouvrage, vous éprouverez
peut eſtre envous la révo
lution que je viens de décrire.
Non Monfieur nonne
foyez pas infidele àvos lumie
res , oſez penſer par vous mê
me , & ne prenez point l'ordre
de ces ſtupides Erudits quř
ont prêté ſerment de fidelité à
Homere,deces gensfans ta
116
lens &fans goût , qui ne ſçaGALANT.
19
vent pas ſuivre le progrés des
Arts&des Talens dans la ſucceffiondes
fiecles; de ces Scoliaſtes
fanatiques qui entrent
dans une eſpece d'extaſe à la
lecture de l'Iliade Originale ,
où l'Art naiſſant n'a pu donner
qu'un eſſai informe ,&qui
n'apperçoivent pas dans les
travauxde noſtre âge le merveilleux
accroiffement de ce
même Art.
Vous voyezdans cePrelude
que cette eſpece de Sçavans
a pris parti contre Monfieur
de la Motte , cela fait un
grand peuple ,le Createur en
Bij
20 MERCURE
beni l'engeance : Mais que fait
ici le nombre ? Monfieur de
la Motte a bonne caufe ,&
tous les talens qu'il faut pour
la ſauver d'inſulte : Il eſt d'ailleurs
de vrais Sçavans inacceffibles
à laprevention , chez qui
les Ouvrages anciens & les
Ouvrages modernes font en
égale confideration , qui reconnoiſſent
les beautez & les
défauts des uns & des autres
avec une égale equité ; J'en
ſçay chez qui la paffion ne
s'empare jamais des droits du
goût& de la raiſon: Voila les
ſeuls Oracles que doit confulGALANT
22
1
terunAuteur : Ils ont prononcéenfaveur
de lanouvelle Iliade
: Elle vaincra la jalouſe rage
des Confederez , & paffera à
la poſterité comme unOuvrage
digne tout à la fois & de
fon Autcur & de noftre
fiecle..
Laiffons crier lesAdorateurs
d'Homere , ils feront moins
de mal que de bruit ; il eſt
bienjuſte aprés tout que M.
de la Motte pardonne quel
ques excés àde pieux Fanati
ques qu'ils'aviſe de venir trou
bler dans leur culte.
Je connois la plupart de
22 MERCURE
ees Partiſans outrez d'Homere,
ce ſont debonnes gens qui
nés ſans genie , & ſe ſentans
incapables de créer en aucun
genre ,ſe ſontretranchez dans
la plus profonde étude de la
LangueGrecque ; ils ontdevoré
avec fatigue les Ouvrages
d'Homere, ils ont vûce Poëte
celebré d'âge en âge par des
Auteurs illuftres juſqu'à nos
jours :A la vûëde tant d'hommages
prodiguez àHomere
avec continuité durant trois
mille ans , ils ont eſté ſaiſis
d'un faint reſpect pour ce
grand homme , ils luy ont
GALLAANNTT.. 23
voué une eſpece de culte , ils
lifent tousles jours fon divin
Poëme , ils lelifent avec deliees,
parce qu'ils le lifent avec
une foy vive : Ils font dans
un raviſſement confus, ils font
enchantez ,non des beautez
distinctes qu'ils découvrent
en effet dans leur divin textes
mais des hautes merveilles que
leur foy leur dity être cachées.
Nous avons vû le vicil Arifto.
te honoré d'un pareil culte :
durant plus de deux mille ans
il a tenu le fceptre philofophi
que,ſes ſophimes les plusobf
curs étoient autant d'Oracles ,
24 MERCURE
C
à l'autorité deſquels la raifon
des Philoſophes cedoit fans
murmure. Un Peripateticien
s'imaginoit avoir la clefdes
myſteres les plus fecrets de la
nature , il répondoit à toutes
queſtions avec une complai-
Lance ſuperbe , parce qu'il ré
pondoit comme fon infaillible
MMaaiiſlttrree : Leshonneurs rendus
au divin Ariſtore durant une
filongue ſuite de fiecles , ne
luy permettoientpas de foupçonner
qu'il fut échappé quel
quechoſe aux lumieres de ce
grand homme: Lorſqu'on demandoit
à unPeripateticien les
caufes
J
GALANT.
cauſes phyſiques de la vertu
l'Aiman , ou de l'effet pretendu
ſympatique de la poudrede
Vitriol , il répondoit avec le
bon Ariftote : Il y a dans l'Aiman
& dans le Vitriol calciné
certaine qualité occulte qui
produit les effets qui vous furprennent.
Ce ſeroit traiter Ariftote
d'imbecile , que de pretendre
qu'il eût donné cette réponſe ,
pour toute autre choſe que
pour l'aveu formel de fon
ignorance ſur la difficulté propoſée;
car avoir recours à une
qualité occulte , c'eſt indiquer
Mars 1715. C
26 MERCURE
une cauſe quelconque qu'on
ne connoiſt point , dont on n'a
pas d'idée.Je croy donc devoir
faire honneur à Ariftote de
fon humble réponſe : Mais
comment ſauver du mépris
ces zelez Sectateurs, qui penfoient
que leur Maiſtre donnoit
à la difficulté une veritableſolution?
Ils s'imaginoient
donc voir clairement la cauſe
de l'effet en queſtion ; ils
croyoient même la faire fentir
aux autres , en leur difant formellement
avec Ariftote ; la
cauſedecet effet eſt une qualité
occulte ,ou ce qui revientau
GALANT. 27
,
même, la cauſe de cat effer ne
nous eft pas connue. Lorfqu'un
Diſciple ofoit demander
à ſon Maiſtre ce qu'il entendoit
parqualitez occultes ,
ce Maiſtre infultoit à ſon peu
de ſagacité , luy rendoit en
nouveaux termes l'équivalent
du myſtere ,&forçoit l'amour
propre da Difciple à croite
qu'il avoit enfin faifi lemotde
1Enigme.
C'eſt ainſi que tous nos Phyficiens
abufez par l'ancienne
réputation d'Ariftote , bornoient
leur ambition à l'étude
deles Ouvrages,& croyoient
Cij
28 MERCURE
rendre bon compte des operations
de la nature en alleguant
les fombres fubtilitez
de leur Maiſtre .
Il ya cu de tout temps des
eſprits indociles à l'erreur la
plus accreditée : combien de
gens ont ſenti dans tous les
temps que la Phyſique d'Arif,
tote n'étoit qu'un amas confus
de mots deftituez de ſens : mais
comment ofer hazarder une
pareille verité ? N'étoit- il pas
plus fage qu'ils receüilliſſent
cux-mêmes les honneurs injuſtes
que l'humaine imbecillité
déferoit à cette fauſſcéruGALANT.
29
dition , que de s'attirer par leur
indifcret aveu les outrages
d'un grand peuple , que l'intereft
& l'aveugle prevention
rendoient inconvertibles?d'ailleurs
, pour ofer reprocher à
F'Univers fon orgueilleuſe
ignorance , il falloit pouvoir
mettreleshommes ſur lestra
ees de la verité , & payer l'injure
par un bienfait équivalent.
Pour un projet auffi
grand , il ne falloit pas un
homme moins grand queDef
cartes ; ce merveilleux genie
ayant jetté les yeux fur les
Ouvrages d'Ariſtore , il en
Cij
30 MERCURE
ſentit toute l'indigence. En
vain le prejugé luy montroit
dansun vaſte éloignement le
Prince des Philoſophes recevant
ſucceſſivement les hommages
de tous les fiecles ; la
Cenſeur incorruptible détour
noit ſes yeux de ce vain faſte ,
&jugeoit l'Oracle univerſel
du genre humain,non ſur les
témoignages de ſes credules
Adorateurs; mais ſur ſes Ouvragesmêmes.
Il ſentit combience
Philoſophe étoit éloignéde
la verité. Il n'endemeura
pas là , il la chercha luymême
avec la genereufe con
GALANT. 31
fiance que luy donnoit fon
genie immenfe. Il la trouva
enfin ; un nouveau ſyſteme
de Philofophie ſe montre , un
nouvel art , ou plutôt le ſeul
art de raiſonner s'introduic
peuàpeudans les Ecoles : Les
Sectateurs obſtinez de l'erreur
fe liguent en vain pour combattrel'évidence
;on perſecute
celuyquia ofé éclairer fon
fiecle ; le mal eſt ſansremede ,
lescriminelsOuvrages que l'on
condamne feront les delices
desraces futures , c'eſt par ces
Ouvragesmêmes que les hommes
feront dorénavant for-
C iiij
32 MERCURE
mez: Encore quelque temps ,
& tous les fuffrages leréünilfent
en faveur du Philoſophe
moderne.
Cerems eſt venu, Monfieur,
la ſecte opiniâtre d'Ariftote
eſt enfin éteinte;il eſt peut être
encore au fond des Colleges
quelques vieux Peripateticiens
quimourront impenitens,laifſons
les mourir en paix.
Ne voyez vous pas,Monfieur
dans l'hiſtoire du long regne
d'Ariftote , l'image de celuy
d'Homere ? La chûte de celuylà
ne vous fait- elle pas pref
ſentir la chûte prochaine de
1
GALANT. 33
88
celui ci ? La cauſe de M. de
la Motte n'eſt aſſurément pas
moins victorieuſe que celle
de Descartes : le prejugé ne
parle pas plus haut en faveur
de l'un qu'il ne parla autrefois
en faveur de l'autre;
Mide la Motte en ſera quitte
aprés tout pour quelquesbons
mots pedanteſques qu'il luy
faudra eſſuyer de la part de
nos Scoliaftes : c'eſt avec ces
armes victorieuſes qu'ils ont
coûtume de combattre lesRivaux
d'Homere , de Theocri
te,&de Pindare : Tout Moderne
qui a l'infolente teme34
MERCURE
rité d'entrer en lice avec ces
vieux Athletes , eft digne ,
felon ces Meſſieurs , d'un ſouverain
mépris : Les premiers
hommes du fiecle ſont ceux
qui ſçavent le Grec : tel ſe
croit un Homere , parce qu'il
entendHomere dans lalangue
originale , le divin Poëte im.
penetrable aux autres hommes
revit en luy, il eft juſte
qu'on le reſpecte en luy: Voilà
donc deux hommes transformez
en un feul ; fi vous
dites du mal d'Homere , vous
contriftez ſon Synonime ;
vous le careſſez au contraire fi
GALANT 3'5
vous celebrez le divin Poëme,
Voilà la folle illuſion qui
allume le zeledes Homeriſtes;
mais le plaiſant eſt que le Publicait
filongtems ſervi cette
même illufion. On étoit penetré
de reſpect à la vue d'un
Pedant , dont tout le merite
étoit de connoiſtre , aimer ,
& fervir le bon Homere ; on
rendoit à l'idolâtre les hommages
acquis à l'Idole ; on ne
jugeoit alors du merite d'Homere
que ſur la foy des acclamations
pieuſes de les Ado.
rateurs Combien peu degens
ſcavent la Langue Grecque ?
1
36 MERCURE
La divine Iliade n'eſtoit en
tendue que des Erudits , on
leur envioit avec reſpect ce
dépôt ſacré ; ils infultoient
impunément à nos meilleurs
Ecrivains , l'injusticeleur tournoit
même à honneur , parce
qu'on ſe perfuadoit que les
beautez modernes comparées
par eux aux merveilles anti
ques , leur devoient faire une
impreſſion moins vive.
Noſtre erreur dureroit encore
, ils ſcroient encore les
objets de noſtre reſpectueu
fe jaloufie , ſi Madame Da-
Gier ne nous eût deſfillé les
GALANT. 37
yeux , en donnant une Traduction
fidele du myſterieux
Poëme.
Chacun cherche dans l'élegante
Traduction le genie
élevé d'Homere,ſon choix riche
, fon goût infaillible ; on
s'attend à reſſentir , à quelquechoſe
prés, ceraviſſement
délicieux que le Texte cauſe:
mais je ne ſcay par quelle fatalité
le Lecteur tombe dans
un ennui mortel.On trouveà
laverité de temps à autre des
traits vifs , des images heureuſes
, des recits ornez ; mais une
ſi petite meſure de beau ne
38 MERCURE
paye pas , à beaucoup prés , le
Lecteur de tant d'abſurditez
pueriles, de tant de baſſeſſes ,
de tant de froideurs qui font
un contraſte dominant dans
ce tout monstrueux.
Nous ofons donc à preſent
juger de l'Iliade; cette merveille
tant vantée eft tout au
plus un beau monſtre , né,
pour ainſi dire , du ſeul inftinet
d'un homme fuperieur ,
jedis d'unhomme ſuperieur ,
car ſi l'on fait attention au
fiecle groffier dans lequel nâquit
Homere, ſi l'on a égard
auxmoeurs ruſtiques qui reg-
5
CALANT.
1
39
*
noient alors , fi l'on ne perd
pas de vue l'impoffibilité morale
d'atteindre la perfection
dans un eſſai hazardé ſans le
fecours des regles & des
exemples , on jugera Homere
un grand genie , & le premier
homme de fon ſiecle ruſtique,
enmême temps qu'on jugera
fon Poëme tres defectueux
pour un fiecle auſſi éclairé que
le nôtre.
C'eſt ainſi que M. de la
Motte dans ſa Differtation
critique diftingue l'Auteur &
Ouvrage. Homere auroit
peut être atteintla perfection,
s'il fûc nédans le fiecle d'Au
40 MERCURE
guſte ou dans le noſtre; mais
né dans des temps où l'Art ne
s'étoit point encore montré
n'eſtant guidé par aucunes
regles , éclairé par aucuns
exemples , on luy doit tenir
grand compte de ſon Poëme ,
tout monstrueux qu'il eſt.
L'hommage perſonnel rendu
à Homere ne fatisfait pas
ſes Adorateurs , ily va de tour
pour eux de ſauver du mépris
l'Ouvrage même,ils l'ontunanimement
vanté comme une
merveille audeſſus de tout effort
humain. S'ilspaſſent condamnation
fur les abſurditez
impertinentes
GALANT. 4
impertinentes que reprend
Monfieur de la Motte,les voilà
livrez à tout le mepris dont
ils font dignes : Comment
d'un autre côté ſe reſoudre à
ofer défendre tant de miſeres
que décele leur Traduction ?
Dans cette étrange perplexité,
ils ſe ſont aviſez d'un expedient
ingenieux , à la faveur
duquel ils comptent eſquiver;
ſuivons-les.
Il eſt vray , diſent- ils , que
ſi l'on juge d'Homere par la
Traduction de Madame Dacier
, quoique la plus élégante
&la plus fidele qui ait paru ,
Mars 1715. D
42 MERCURE
on ſera à peu prés d'accord
avec Monfieur de la Motte ;
mais il faut bien ſe garder de
juger du Texte original par la
Traduction Françoiſe : nôtre
Langue eſt impuiſſante par
elle-même à rendre la force ,
l'énergie ,la noble harmonic
des termes Grecs, elle manque
de ces tours heureux , de
ces expreſſions énergiques qui
nous charmentdans le Grec,
nous ſentons la force de ces
expreffions & la nobleſſe de
ces tours; mais nôtre Langue
indigente nous refuſant de
juſtes équivalents , nous baif
:
GALANT . 43
fons le ton pour nous exprimer
en François
Je veux bien paſſer pourun
moment à ces Moffieurs leur
faufſe ſuppoſition , que pourroient
ils en conclure ? Cela
prouveroit tout au plus quela
Traduction jetteroit quelquefois
du froid dans les recits,
qu'elle ofteroit de la chaleur
aux ſentimens , de la vivacité
aux penſées , qu'elle ne rendroit
pas l'équivalent de la
pretenduë harmonie de l'Original
: mais Monfieur de la
Mottenejugepoint de l'Iliade
àces égards , il veut bien ſup-
1
Dij
44 MERCURE
poſer les expreſſions Grecques
d'une force & d'une élegance
infiniment ſuperieures à la
Traduction. De quoi juge- t-il
préciſement ? de l'Historique
du Poëme ; j'appelle l'Hiſtorique
dans un Poeme, les faits,
les évenemens exprimez en recit
, ou mis en action. M. de la
Motte examine donc la fable
generale du Poëme , l'action
principale , l'ordonnance de
Ouvrage , les épiſodes ; il
examine les moeurs , les caracteres
de ſes Heros , dont il jugepar
leurs paroles& par leurs
actions .
:
GALANT 45
Voilà ,Monfieur , les ſeules
choſes dont Monfieur de la
Mottea ofé juger ſur la foyde
la Traduction ; celle de Madame
Dacier avoüée par tous
les Sçavans Grecs , n'a pû le
tromper ſur l'Hiſtorique , elle
rend sûrement Homere , elle
le fuit dans ſa courſe , elle
bronche avec luy , ſe releve
avec luy : enfin Madame Dacier
n'a rien imaginé d'ellemême
dans ſon Ouvrage , elle
a compté rendre preciſément
fon Original ; fi elle a prêté
quelquecharité àHomere , les
Grecs n'ont qu'à la déceler
46 MERCURE
en ce cas , la Critique de
Monfieur de la Motte tombera
ſur Madame Dacier ; mais
je ſerois bien garand pour elle
qu'aucun de nos Grecs ne
ſera affez hardi pour ofer démentir
par écrit ſa Traduction
, aucun d'eux ne luy difpute
l'honneur de poffeder
avec ſuperiorité les fineſſes de
la Langue Grecque, ellea entendu
Homere autant qu'on
lepeut entendreaujourd'huy,
elle ſçait beaucoup mieux encore
la Langue Françoiſe ;
le a rendu le plus élegamment
- qu'elle a pû dans noftre Lane
elGALANT
47
gue , ce qu'elle a vû , penſé &
ſenti en liſant le Grec; cela me
ſuffit,j'ay l'Iliade en ſubſtance,
ainſi c'eſt ſur Homere même ,
&non fur la ſeule Traduction
, que portent les Remarques
Critiques de Monfieur
de la Motte , qui n'appuyent
que ſur des choſes étrangeres
àcette élegancepretendue des
termes originaux , & à certaine
harmonie attribuée au
fon de ces termes .
Mais revenons à la ſuppoſition
de nos Advertaires . Eſt il
bien vray que noſtre Langue
foit infericure à la Langue
1
48 MERCURE
Grecque ? Eſt il bien vray que
la Langue Françoiſe ne ſuffife
pas à rendre parfaitement les
grandes idées , les hauts fen
timens ,les paffions heroïques,
les vivacitez galantes , les faillies
ſatyriques , les naïvetez fines?
A-t-elle mal ſerviàces dif
ferens égards,Corneille, Racine,
Moliere,Deſpreaux,laFonraine
? Cette Langue n'a-t-elle
pas auſſi ſon harmonic comme
la Grecque : Quand nous
liſons nos bonsOuvrages, foit
de Profe , foit de Poëfie , n'éprouvons
nous pas un fentiment
confus de plaisir , que
nous
GALANT. 49
nous attribuons au fon pretendu
harmonicux des exproffions
?
Il peut bien arriver quel
quefois que telle expreſſion
Grecque qui renferme un
grand ſens , ne pourra être
Tenduë en François que par
pluſieurs expreffions reünies ;
mais il arrivera quelquefois
auſſi qu'une penſée exprimée
par plufieurs termes Grecs ,
pourraêtrerenfermée enFrançois
dans des limites plus étroites
, enſorte qu'il y aura
compenfation juſte.
Mais quand il feroit vray
Mars 1715. E
50 MERCURE
que la Langue Grecque feroit
par elle-même moins diffuſe
que la Françoiſe , en pourroiton
conclure que la Langue
Françoiſe ne pourroit produire
en nous le ſentiment qui
naît de la préciſion ? Nous accordons
à un Ouvrage François
le merite de la préciſion ,
forſque nous ne fentons pas
la poſſibilité de renfermer en
moins de paroles le fens de cer
Ouvrage , nous ne comprons
pas les ſyllabes, ce calcul nous
importe peu. Je vais tâcher de
me faire entendre.
Je ſuppoſe l'Iliade écrite
1
GALANT. σε
avec l'élegance & la préciſion
tant vantées , je ſuppoſe enſuite
qu'on vânt à demander à
Homere en quoy confifte
l'un & l'autre merite de ſon
Ouvrage , il diroit , pour donner
l'idée de l'élegance , qu'il
a employé dans ſa Langue
les tours &les expreſſions les
plus propres à repreſenter ſes
idées , & à peindre ſes ſentimens
; & fur la préciſion ,il
diroit qu'il n'a pas eſté poffible
de rendre en moins de
paroles le ſens de fon Ou
vrage.
Si Homere avec ſon même
Eij
S. MERCURE
genic, & fon goût, étoit né de
nos jours ,& qu'ayant conçu
fon Iliade , il nous l'écrivit en
François, qu'il poffedât noſtre
Langue comme il poſſedoit
autrefois la ſienne , fans doute
il employeroit les expreffions
Françoiſes les plus propres à
rendre ſon ſens ,& il s'exprimeroit
avec le moins de diffuſion
qu'il luy ſeroit poſſible :
Ne ſentez vous pas qu'alors
il ſeroit autant frappé de l'élegance
& de la préciſion qu'il
auroit atteint dans noſtre Idiome
, qu'il le fut autrefois de
l'un & l'autre merite, qu'il
:
GALANT. 5
atteignit dans le fien ?
Si Racine avec ſon genie &
ſes lumieres acquiſes ,fut né
dans le fiecle d'Homere , &
qu'il eût écrit en Grec lesTragedies
que
gedies que nous avons de luy
dans nôtre Langue , il auroit
fait dans cette Langue le choix
heureux qu'il a fait dans la
noltre ,& fon ſtyleGrec auroit
fait preciſement en Grece la
même fortune que fon ſtyle
François a fait chez nous.
On ne ſçauroit dire qu'une
Langue ſoit moins propre
qu'une autre à la vraye peinture
des penfécs & des ſenti
i
E iij
$4 MERCURE
mens ; les mots ne ſignifient
sienpar eux-mêmes , c'eſt le
caprice arbitrairedes Nations,
quides fons articulez a fait des
ſignes fixes , au moyen defquels
les hommes ſe puffent
communiquer reciproquement
leurs penſées ; chaque
Nation aſes ſignes fixes pour
repreſenter tous les objets que
fon intelligence embraffe.
Qu'on ne diſe donc plus que
les beautez qu'on a ſenties en
lifant Homere
, ne peuvent
être parfaitement renduës en
François. Ce qu'on a fenti
oupenſé ,on peut l'exprimer
GALANT. 55
avec une élegance égale dans
toutes les Langues ; & chaque
Langue vous fournira
les expreſſions uniques pour
caracteriſer quelque penſée ,
quelque ſentiment que ce ſoit,
&pour en fixer le degré de
vivacité ou de nobleffe. De là
je conclus que fi Madame Dacier
a ſenti dans l'Iliade autant
de merveilles qu'ellele publie,
elle nous a dû rendre toutes
ces merveilles en François avec
une élegance équivalente à
celle du Texte.
Il m'eſt tombé depuis peu
dans les mains une Traduction
E iiij
'S6 MERCURE
en profe de la Tragedie An
gloiſe , intitulée Caton. Cette
Traduction , quoiqu'inélem'a
donné une tresgante
,
haute idée de l'Original. Je
voy dans le Poëte Anglois la
grande partie qui caracteriſe
noſtre Corneille . Je n'ay rien
vû de plus grand au Theatre
que le caractere de Caton ;il
eſt vrayque l'Auteur ne conduit
pas ſon action avec fineffe,
il l'interromt même par des
Amours Epiſodiques d'affez
mauvais goût ; mais à travers
ces défauts , je voy le grand
Poëte,je voy unhomme illuf
1
GALANT. 57
tre , digne d'eſtre envié à ſa
Nation
D'où vient qu'en lifant l'élegante
Traduction de Piliade
par Madame Dacier , j'ay
une ſi petite idée de l'Original ?
j'en ſçay la raiſon; c'eſt que
* le Poëme Original porte un
fond ſi bizarre , fi confus , fi
abfurde , que la decorationdu
ſtyle le plus riche dans une
Traduction fidele , ne peut
défendre le Lecteur du froid
mortel, del'infupportable en
nui que ce miferable fond
traîne à ſa ſuite.
Il n'y avoit qu'un moyen
58 MERCURE
1
de faire goûter l'lhade, en
François , c'étoit de compo.
fer un Poëme Original , pour
ainſi dire , qui cût pour fujet
la fameuſe Guerre de Troye ,
d'oſter à l'Histoire monftrueц
fed Homere tant de traits qui
bleffent nos moeurs , qui re
voltent noſtre credulité ; de
déguifer engrand lebas merveilleux
qui anime l'Iliade ,
d'en corriger les Epiſodes
quelquefois ingenieux , mais
toûjours défigurez ; & de porter
àunhautpoint d'élevation
les caracteres bizarres des He-
#osGrecs& Troyens : en un
GALANT. رو
mot, il ne falloit rien moins
que le grand genie , la ſage
hardiefle , & les riches reffources
de Monfieur de la Motte ,
pour nous traveſtir le Monftre
Grec , de maniere que
loin de nous déplaire , il charmât
nos regards.
1
Vous voyez , Monfieur ,
que je penſe hautement de
Monfieur de la Motte ; mais
je croy qu'il eſt du devoir
d'un honneſte homme de dire
toûjours à ſes perils , tout ce
qu'il penſe àl'avantage d'autrui.
Je parle toûjours des
bonsAuteurs vivans , comme
60 MERCURE
jeme perfuade que la poſterite
deſintereſſée en parlera. Il n'y
a pas moins de baſleſſe que
d'injuſtice à diſſimuler l'eſtime
qu'onn'a pûrefuſer à un hom
me ſuperieur. Adieu , Monſieur
,je croy avoir fatisfait à
ce que vous exigez de moy.
S'il paroiſt quelque nouveauté
dans la ſuite , j'auray fon de
vous en faire part. Je ſuis ,
Monfieurt
Fermer
4
p. 160-178
Lettre curieuse & tres-amusante sur le même sujet. [titre d'après la table]
Début :
Ceux qui prennent serieusement parti dans cette cause, [...]
Mots clefs :
Brune, Blonde, Anciens, Modernes, Homère, Madame Dacier, Dames
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texteReconnaissance textuelle : Lettre curieuse & tres-amusante sur le même sujet. [titre d'après la table]
Ceux qui prennent ferieufement
parti dans cette cause,
fendront mieux quemoy l'espritde
la Lettre suivante,ils
en feront l'urage & l'application
que bon leur femblcra;
mais il ya une autre forte de
public qui ne cherche qu'à
samuser & qui exige des fameux
metix Auteurs comme moy, des
pieces dont les sçavants &
grands raisonnements ne donnent
point la torture à l'imagination.
Jayjustement son
fffaire,& en voicy une qui luy
convient. C'est
,
Messieurs
à
ine Lettre qu'un galant homme
qui a certainement beaucou
p desprit,adresseàvous
,
i moy) ou putoc à tout ta
monde.
r Je ne puis, Monsieur, répondre
mieux à la curiosité,
jue vous me paroiflez avoir
ic ce qu'on pense dans !«.
monde pour & contre les-
Avril 1715.O
Auteurs anciens, qu'en vous
racontant une conversation
qui se p essa hier aux Thuilleries
assez prés de moy entre
deux Dames
,
dont l'une est
grande, blonde & serieuse
J l'autre est brune,de taille me.
diocre
,
mais libre, & d'un
air assez vif
Apres que chacune d'elles
eût donné des loüanges à la
beauté de l'autre, & que
pour exeufer les deffauts de la
Îîenne
,
elle eût allégué ou fupporé
quelque legereincommo-
-
ditéj enfin après qu'elles eurent
épuisé tout ce quenfeigne
le grand arc de flatter
l'amour propre d'autruy
,
&
de ménager les intérêts du fien,
j'entendis la plus grande dire
à l'autre.
Avez-vous lû le Livre de
Madame D. Madame.
LA BRUNE.
J'en ay parcouru quelques
Feuillets
,
Madame
,
pendant
qu'on me coëffoit, & hier au
oir que j'avoislatête encore.
échauffée d'une reprisede Beran;&
quejene pouvoism'endormir
je me le fis lire, &
l'en fus tres. satisfaite.
LA BLONDE.
Oh,Madame, il n'yarien
de si beau, nostre sexe a bien
de l'obligation à Madame
Da. son exemple suffit à faire
voir l'injustice des hommes
qui nous veulent exclurre de
-
la République des Lettres, &
qui non contents de nous faire
un crime de l'usage de nos
coeurs,nousinterdisent encore
l'usage de nostre esprit.
N'avez vous pas esté bienaise
de voir avec quel air de
superioritéelle traite ce pauvre
la M.
LA BRUNE.
Nous avons toutes interest
à luy applaudir, Madame, je
voudrois feulement qu'en se
saisissant des avantages que les
hommes se sontreservez,elle
conservât toute la douceur,
toute la modestie qui font
nostrepartage & qui nous
siéent sibien,mais ce que j'ay
le plus de peine à luy pardonner
,
c'est qu'elle mêle dans sa
querelle,les Romans & l'Opera.
Qu'elleaugmente nostre
gloire à la bonne heure;mais
qu'elle ne retranche rien à nos
plaisirs.
-
LA BLONDE.
- Ah ma chere ! ctt- il possible
que depuis que vous avez
douze ans passez, vous ayez
encore du goût pour des choses
si frivoles.
LA BRUNE.
Mais,Madame, cette Iliade
devant laquelleMadame D. est
toujours à genoux, est-ce
donc une Histoiresacrée?
-- LA BLONDE.
Oh non, Madame, si c'étoit
une Histoire çe ne pourroit
être le sujet d'un Poëme
Epique; & si vous avez lû ce
qu'en dit le grand
LABRUNE.
r< Je ne sçay point ce qu'ont
dit ces grands
,
Madame
quand , je trouve leurs noms
dans un Livre,je les faute commeceschoses
qu'il ne nousest
pas permis de prononcer; mais
j'aytoujourscomprisqu'un
tissu d'avantures qui n'est pas
une Histoire, est un Roman.
LABLONDE.
auRoman si vous voulez, mais
moins ce n'est pas de ceux
dont lesHeros toûjours polis,
toûjoursgenereux, font insupportables
à force de mérite.
Icy vous voyez peints au naturel
tous les deffauts d'un fieclc
grossier, vousyreconnoissezla
simplenature, & j'aime
bien mieux voir ces illustres
grivois se chanter poüilles, &
faire eux mêmesleur fricassée,
que d'entendre nos braves &
nos mignons, toujours guindez
dans les plus nobles sentimens
defierté, ou confits dans
les plus tendres sentiments de
l'amour.
LA BRUNE, -
Il est vray que la peinture
de ces tems impolisaquelque
chose de curieux,le portrait
d'un païsage brute &sauvage
peuri
peut avoir sa force & Ces graces
: je comprens bien que des
siecles plus policez ont pû en
être charmez;on aime à voir
les petites malices & les jeux
ridicules de l'enfance dont on
est revenu; mais je ne f<¡ay si
nos Modernes ont eu tort de
tracer quelque chose d'utile
dans des peintures qui ne sont
pas faites feulement pour le
plaisir des yeux, & si en montrant
les hommes tels qu'ils
font, ils n'ont pas dû les representer
quelquefois tels qu'ils
doivent être, quand leur siecle
plus heureux que les premiers,
a fourni des exemples, ou du
moins des idées de dignité Si
de delicatesse,c'eût esté trahit
sa gloire & l'utilité des tems
à venir, que de les supprimes
par une scrupuleuse imitation
des Anciens.
- LA BLONDE. 1
Oh ma chere! les sentimens
ont pû se perfectionner
, 1
connoissances se développera
& s'étendre; mais 1arc de la
Poësie fut porté tout d'un
coup par Homere à un degré
de perfectionauquel il nJc.
pas permisde prétendre. "1
l' LA BRUNE.
Oüy. Je comprens partout
ce que j'entens dire d'Homere
qu'il eût plus que tout autre
l'esprit Poëtique ; je crois que
le feu de son imagination a
échauffé celle des Poëtes qui
- l'ont suivy,& a merité par là
leurs hommages. Je ne doute
point que M. de la M.luy même
n'en ait esté touché, quand
il a entrepris de l'imiter; mais
j'ay peine à croire que les avantures
de l'Iliade soient aussiinteressantes
que celles de Cleopatre.
La versification d'Homerc
dans une Langue qui luy
estavantageuse, peut luy fournir
des graces que nôtre prose
n'apas, & que nos rimes ne
peuvent peut-être avoir;mais
pour ce qui est de laconduite
d'un Ouvrage, de la noblesse
des caracteres, de la beauté des
situations, bien des gens
croyent l'avantage du costé
des Modernes.
LA BLONDE.
Oh Madame!que ces genslà
auroient besoin des leçons
de Madame D. pour apprendre
à discerner ce qui ca admirable,
ce qui est divin,d'avec
ce qui n'est que - fade &insipide,
Osent-ils. se revolter
contre des approbationssi anciennes,
siautentiques ? quelle
audacelouct orguëil!
LA BRUNE.
L'orguëil se cache sous bien
des formes, Madame; il se mê.
le dans les loüanges aussi bien
que dans les critiques, & c'est
ce qui fait que les unes ni les -
autresne s'arrêtent guere dans
leurs justes bor nes. S'il y a de la
vanitéà ne se pas soumettre à
des autorirezrespectables,n'y
m a-t il point à soûtenir ses
prejugez contre les lumières
que la raison vient offrir. Un
-
Grec en loüant son Compatriote
aura cru ne pouvoir élever
trop haut une gloire à laquelleil
étoit associé. Les premiers
Latins qui connurent le
Grec ne pouvoient trop priser
un tresor qui n'estoit que pour
eux; un sentiment si naturel
est de tous les siecles, Madame.
LA BLONDE.
Ah Madame! peut-on soupçonnerdes
ames si tlevéesJdes
cfprits si éclairez, d'avoir esté
susceptibles de quelque vanité
,
& prodigues de loiiwgcs,
Sçavez vous, Madame ,qu'ils
avoient fait écrire lesOuvrages
d'Homere en Lettres d'or
sur la peau d'un Dragon;oseroit-
on encore voir des dessauts
dans un monument si
respectable,s'ilestoitparvenu
jusques à nous;mais helas il
perit dans cet incendie qui arriva
à Constantinople
,
lorsque
Leon l'Isaurien fit condamner
les briseursd'Images.
LABRUNE.
J'ignorois, Madame, une
chosesicurieuse; mais cela me
fait venir à l'esprit une penséc:
fie se pourroit-il pas que dans
cet incendie ou d'autres semblables,
les Ouvrages d'Homere
eussent peri, & qu'il ne
s'en fut sauvé que quelque imitation
,telle que feroit à present
le Virgile travesti, ou la
Critique de Telemaque , si
nous en avions perdu les originaux
,qu'en ditcs-vous.
Madame ? ces Dieux qui battent
leurs femmes& qui fuïent
devant les hommes, ces harangercs
immortelles, ces braves
qui rapportent si à propos leur
genealogie, & y trouvent de
si bonnes raisons pourmettre
bas leurs armes redoutables.
Ce Heros si fier & si terri ble
qui va bouder dans son Vaisseau,
aprés s'être laissé ôter sa
Maistresse , sans faire autre
chose que de porter la main
sur la garde de son épée, tout
cela n'at-il point l'air d'êstre
quelque descendant du costé
gauche,qui aura recuëilli les
magnifiques loüanges données
à la verita ble tige.
LA BLONDE.
Vous riez
,
Madame,de
i
chosebien serieuses .c'e*ft une
impictequi'refremble en quelq,
ue façon à celle que Leon ex- termina.
> LA BRUNE.
Oh Madame!je ne prétends
pointestreimpie,j'aime mieux
donner de l'encens à Homere,
& je le respecteray en VOUS)
comme s'il estoit encore sur
la peau de ceDragon.
La grande Blonde rougit ài
ce mot de Dragon; les tons
s'aigrirent, & nos deux Dames
commençoient à faire les
Déesses, quand un de mes amis
qui me vint embrasser, me fit
perdre la fuite de leurs discours.
Je suisde tourmon
coeur,
&c.
parti dans cette cause,
fendront mieux quemoy l'espritde
la Lettre suivante,ils
en feront l'urage & l'application
que bon leur femblcra;
mais il ya une autre forte de
public qui ne cherche qu'à
samuser & qui exige des fameux
metix Auteurs comme moy, des
pieces dont les sçavants &
grands raisonnements ne donnent
point la torture à l'imagination.
Jayjustement son
fffaire,& en voicy une qui luy
convient. C'est
,
Messieurs
à
ine Lettre qu'un galant homme
qui a certainement beaucou
p desprit,adresseàvous
,
i moy) ou putoc à tout ta
monde.
r Je ne puis, Monsieur, répondre
mieux à la curiosité,
jue vous me paroiflez avoir
ic ce qu'on pense dans !«.
monde pour & contre les-
Avril 1715.O
Auteurs anciens, qu'en vous
racontant une conversation
qui se p essa hier aux Thuilleries
assez prés de moy entre
deux Dames
,
dont l'une est
grande, blonde & serieuse
J l'autre est brune,de taille me.
diocre
,
mais libre, & d'un
air assez vif
Apres que chacune d'elles
eût donné des loüanges à la
beauté de l'autre, & que
pour exeufer les deffauts de la
Îîenne
,
elle eût allégué ou fupporé
quelque legereincommo-
-
ditéj enfin après qu'elles eurent
épuisé tout ce quenfeigne
le grand arc de flatter
l'amour propre d'autruy
,
&
de ménager les intérêts du fien,
j'entendis la plus grande dire
à l'autre.
Avez-vous lû le Livre de
Madame D. Madame.
LA BRUNE.
J'en ay parcouru quelques
Feuillets
,
Madame
,
pendant
qu'on me coëffoit, & hier au
oir que j'avoislatête encore.
échauffée d'une reprisede Beran;&
quejene pouvoism'endormir
je me le fis lire, &
l'en fus tres. satisfaite.
LA BLONDE.
Oh,Madame, il n'yarien
de si beau, nostre sexe a bien
de l'obligation à Madame
Da. son exemple suffit à faire
voir l'injustice des hommes
qui nous veulent exclurre de
-
la République des Lettres, &
qui non contents de nous faire
un crime de l'usage de nos
coeurs,nousinterdisent encore
l'usage de nostre esprit.
N'avez vous pas esté bienaise
de voir avec quel air de
superioritéelle traite ce pauvre
la M.
LA BRUNE.
Nous avons toutes interest
à luy applaudir, Madame, je
voudrois feulement qu'en se
saisissant des avantages que les
hommes se sontreservez,elle
conservât toute la douceur,
toute la modestie qui font
nostrepartage & qui nous
siéent sibien,mais ce que j'ay
le plus de peine à luy pardonner
,
c'est qu'elle mêle dans sa
querelle,les Romans & l'Opera.
Qu'elleaugmente nostre
gloire à la bonne heure;mais
qu'elle ne retranche rien à nos
plaisirs.
-
LA BLONDE.
- Ah ma chere ! ctt- il possible
que depuis que vous avez
douze ans passez, vous ayez
encore du goût pour des choses
si frivoles.
LA BRUNE.
Mais,Madame, cette Iliade
devant laquelleMadame D. est
toujours à genoux, est-ce
donc une Histoiresacrée?
-- LA BLONDE.
Oh non, Madame, si c'étoit
une Histoire çe ne pourroit
être le sujet d'un Poëme
Epique; & si vous avez lû ce
qu'en dit le grand
LABRUNE.
r< Je ne sçay point ce qu'ont
dit ces grands
,
Madame
quand , je trouve leurs noms
dans un Livre,je les faute commeceschoses
qu'il ne nousest
pas permis de prononcer; mais
j'aytoujourscomprisqu'un
tissu d'avantures qui n'est pas
une Histoire, est un Roman.
LABLONDE.
auRoman si vous voulez, mais
moins ce n'est pas de ceux
dont lesHeros toûjours polis,
toûjoursgenereux, font insupportables
à force de mérite.
Icy vous voyez peints au naturel
tous les deffauts d'un fieclc
grossier, vousyreconnoissezla
simplenature, & j'aime
bien mieux voir ces illustres
grivois se chanter poüilles, &
faire eux mêmesleur fricassée,
que d'entendre nos braves &
nos mignons, toujours guindez
dans les plus nobles sentimens
defierté, ou confits dans
les plus tendres sentiments de
l'amour.
LA BRUNE, -
Il est vray que la peinture
de ces tems impolisaquelque
chose de curieux,le portrait
d'un païsage brute &sauvage
peuri
peut avoir sa force & Ces graces
: je comprens bien que des
siecles plus policez ont pû en
être charmez;on aime à voir
les petites malices & les jeux
ridicules de l'enfance dont on
est revenu; mais je ne f<¡ay si
nos Modernes ont eu tort de
tracer quelque chose d'utile
dans des peintures qui ne sont
pas faites feulement pour le
plaisir des yeux, & si en montrant
les hommes tels qu'ils
font, ils n'ont pas dû les representer
quelquefois tels qu'ils
doivent être, quand leur siecle
plus heureux que les premiers,
a fourni des exemples, ou du
moins des idées de dignité Si
de delicatesse,c'eût esté trahit
sa gloire & l'utilité des tems
à venir, que de les supprimes
par une scrupuleuse imitation
des Anciens.
- LA BLONDE. 1
Oh ma chere! les sentimens
ont pû se perfectionner
, 1
connoissances se développera
& s'étendre; mais 1arc de la
Poësie fut porté tout d'un
coup par Homere à un degré
de perfectionauquel il nJc.
pas permisde prétendre. "1
l' LA BRUNE.
Oüy. Je comprens partout
ce que j'entens dire d'Homere
qu'il eût plus que tout autre
l'esprit Poëtique ; je crois que
le feu de son imagination a
échauffé celle des Poëtes qui
- l'ont suivy,& a merité par là
leurs hommages. Je ne doute
point que M. de la M.luy même
n'en ait esté touché, quand
il a entrepris de l'imiter; mais
j'ay peine à croire que les avantures
de l'Iliade soient aussiinteressantes
que celles de Cleopatre.
La versification d'Homerc
dans une Langue qui luy
estavantageuse, peut luy fournir
des graces que nôtre prose
n'apas, & que nos rimes ne
peuvent peut-être avoir;mais
pour ce qui est de laconduite
d'un Ouvrage, de la noblesse
des caracteres, de la beauté des
situations, bien des gens
croyent l'avantage du costé
des Modernes.
LA BLONDE.
Oh Madame!que ces genslà
auroient besoin des leçons
de Madame D. pour apprendre
à discerner ce qui ca admirable,
ce qui est divin,d'avec
ce qui n'est que - fade &insipide,
Osent-ils. se revolter
contre des approbationssi anciennes,
siautentiques ? quelle
audacelouct orguëil!
LA BRUNE.
L'orguëil se cache sous bien
des formes, Madame; il se mê.
le dans les loüanges aussi bien
que dans les critiques, & c'est
ce qui fait que les unes ni les -
autresne s'arrêtent guere dans
leurs justes bor nes. S'il y a de la
vanitéà ne se pas soumettre à
des autorirezrespectables,n'y
m a-t il point à soûtenir ses
prejugez contre les lumières
que la raison vient offrir. Un
-
Grec en loüant son Compatriote
aura cru ne pouvoir élever
trop haut une gloire à laquelleil
étoit associé. Les premiers
Latins qui connurent le
Grec ne pouvoient trop priser
un tresor qui n'estoit que pour
eux; un sentiment si naturel
est de tous les siecles, Madame.
LA BLONDE.
Ah Madame! peut-on soupçonnerdes
ames si tlevéesJdes
cfprits si éclairez, d'avoir esté
susceptibles de quelque vanité
,
& prodigues de loiiwgcs,
Sçavez vous, Madame ,qu'ils
avoient fait écrire lesOuvrages
d'Homere en Lettres d'or
sur la peau d'un Dragon;oseroit-
on encore voir des dessauts
dans un monument si
respectable,s'ilestoitparvenu
jusques à nous;mais helas il
perit dans cet incendie qui arriva
à Constantinople
,
lorsque
Leon l'Isaurien fit condamner
les briseursd'Images.
LABRUNE.
J'ignorois, Madame, une
chosesicurieuse; mais cela me
fait venir à l'esprit une penséc:
fie se pourroit-il pas que dans
cet incendie ou d'autres semblables,
les Ouvrages d'Homere
eussent peri, & qu'il ne
s'en fut sauvé que quelque imitation
,telle que feroit à present
le Virgile travesti, ou la
Critique de Telemaque , si
nous en avions perdu les originaux
,qu'en ditcs-vous.
Madame ? ces Dieux qui battent
leurs femmes& qui fuïent
devant les hommes, ces harangercs
immortelles, ces braves
qui rapportent si à propos leur
genealogie, & y trouvent de
si bonnes raisons pourmettre
bas leurs armes redoutables.
Ce Heros si fier & si terri ble
qui va bouder dans son Vaisseau,
aprés s'être laissé ôter sa
Maistresse , sans faire autre
chose que de porter la main
sur la garde de son épée, tout
cela n'at-il point l'air d'êstre
quelque descendant du costé
gauche,qui aura recuëilli les
magnifiques loüanges données
à la verita ble tige.
LA BLONDE.
Vous riez
,
Madame,de
i
chosebien serieuses .c'e*ft une
impictequi'refremble en quelq,
ue façon à celle que Leon ex- termina.
> LA BRUNE.
Oh Madame!je ne prétends
pointestreimpie,j'aime mieux
donner de l'encens à Homere,
& je le respecteray en VOUS)
comme s'il estoit encore sur
la peau de ceDragon.
La grande Blonde rougit ài
ce mot de Dragon; les tons
s'aigrirent, & nos deux Dames
commençoient à faire les
Déesses, quand un de mes amis
qui me vint embrasser, me fit
perdre la fuite de leurs discours.
Je suisde tourmon
coeur,
&c.
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5
p. 54-57
Prélude nouveau. [titre d'après la table]
Début :
M. de la Motte vient de mettre au jour la seconde partie [...]
Mots clefs :
M. de la Motte, Homère
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texteReconnaissance textuelle : Prélude nouveau. [titre d'après la table]
MERCURE
M. de la Motte vient de
mettre au jour la ſecondepartie
de ſa réponſe à Madame
Dacier : dans cette partie il
fatisfait à tous les reproches
que ſon illuſtre adverfaire
avoit faits contre ſa Differtation
ſur Homere. La controverſemeparoît
épuisée. C'eſt
au Public judicieux à juger à
preſent ſi M. de la Motte dans
ſa Diflertation a traité Homere
avec trop de rigueur , ou
s'il a fait uſage à ſon égard
d'une charité trop indulgente.
Il ne dement point dans cette
ſeconde partie la galante poGALANT
. SS
i
liteſſe qui faifoit la principale
grace de la premiere. Le ton
modeſte , le ſtile poli font infiniment
plus fertils en agrements
, que le ton imperieux ,
que le ſtile ruſtique & pedanteſque.
Il eſt vray que le dernier
accommodedavantage la
malice humaine ,que les injures
les plus groffieres plaiſent
davantage à certaines gens
que les menagements les plus
delicats ? mais ce n'eſt point à
ces groffiers Lecteurs que les
gens de Lettres ont affaire ; ils
doivent ſe propoſer d'éclairer
les gens ſenſez ,& d'édifier en
E iiij
56 MERCURE
même tems les gens de bien ,
c'eſt pourquoy ils doivent étudier
l'art de ſe combattre les
uns les autres fans bleſſer la
charité , ſans manquer aux devoirs
de la ſocieté.
M. le Chancelier veut fauver
aux Sçavants de France le
reproche de rufticité ; il a declaré
recemment que s'il paroiſſoit
à l'avenir aucun Livre
où il ſe trouva quelque trait
injurieux , il en feroit fubir la
peine à l'Approbateur. Depuis
quelques jours il a paruun Livre
ſous le titred'Homere van.
gé, ce Livre eſt un tiſſu grofGALANT.
57
م
fier d'injures directement addrreefſfſééeess
ààMM.. de la Motte.Ce
Livre a eſté denoncé à M. le
Chancelier par M. l'Abbé de
Pons. Il a ſigné ſonMemoire
dedenonciation avec élection
de domicile ; il en court même
des copies dans Paris , ainſi je
crois que cet ouvrage eſt devolu'auMercure,&
je luy donne
place icy.
M. de la Motte vient de
mettre au jour la ſecondepartie
de ſa réponſe à Madame
Dacier : dans cette partie il
fatisfait à tous les reproches
que ſon illuſtre adverfaire
avoit faits contre ſa Differtation
ſur Homere. La controverſemeparoît
épuisée. C'eſt
au Public judicieux à juger à
preſent ſi M. de la Motte dans
ſa Diflertation a traité Homere
avec trop de rigueur , ou
s'il a fait uſage à ſon égard
d'une charité trop indulgente.
Il ne dement point dans cette
ſeconde partie la galante poGALANT
. SS
i
liteſſe qui faifoit la principale
grace de la premiere. Le ton
modeſte , le ſtile poli font infiniment
plus fertils en agrements
, que le ton imperieux ,
que le ſtile ruſtique & pedanteſque.
Il eſt vray que le dernier
accommodedavantage la
malice humaine ,que les injures
les plus groffieres plaiſent
davantage à certaines gens
que les menagements les plus
delicats ? mais ce n'eſt point à
ces groffiers Lecteurs que les
gens de Lettres ont affaire ; ils
doivent ſe propoſer d'éclairer
les gens ſenſez ,& d'édifier en
E iiij
56 MERCURE
même tems les gens de bien ,
c'eſt pourquoy ils doivent étudier
l'art de ſe combattre les
uns les autres fans bleſſer la
charité , ſans manquer aux devoirs
de la ſocieté.
M. le Chancelier veut fauver
aux Sçavants de France le
reproche de rufticité ; il a declaré
recemment que s'il paroiſſoit
à l'avenir aucun Livre
où il ſe trouva quelque trait
injurieux , il en feroit fubir la
peine à l'Approbateur. Depuis
quelques jours il a paruun Livre
ſous le titred'Homere van.
gé, ce Livre eſt un tiſſu grofGALANT.
57
م
fier d'injures directement addrreefſfſééeess
ààMM.. de la Motte.Ce
Livre a eſté denoncé à M. le
Chancelier par M. l'Abbé de
Pons. Il a ſigné ſonMemoire
dedenonciation avec élection
de domicile ; il en court même
des copies dans Paris , ainſi je
crois que cet ouvrage eſt devolu'auMercure,&
je luy donne
place icy.
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