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4551
p. 905-915
LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
Début :
J'ai lû, Monsieur , comme nous en étions convenus ensemble, la Jerusalem [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
J'ai lû, Monsieur , comme nous en
étions convenus ensemble, la Jerusalem
délivrée , et je vous avoie que
j'y ai remarqué des beautés que la foi-
blesse de l'âge , ou le préjugé François
m'avoient empêché d'admirer. Le Tasse,
malgré la Critique du Rossi et des Aca-
démiciens della Crusca , sera tou ours re-
gardé comme le premier des Poëtes Ita-
Liens , l'Arioste ,
il est vrai , lui dispute
le Sceptre Poëtique , son Orlando furioso
est rempli de ces images vivantes , et de
ces Portaits brillans que nous ne voyons
point dans l'autre ; mais celui ci est plus.
sage et moins emporté , ses Peintures ne
sont pas si hardies , mais dans leur gen-
re ce sont autant de miniatures finies
et dont la délicatesse saisir davantage
Dij
les
906 MERCURE DE FRANCE
les yeux le clair obscur et l'harmonie
des couleurs y sont mêlés avec plus
d'art , les nuances moins grossieres ; les
idées de l'Arioste sont bizarres , sublimes ,
gigantesques ; celle du Tasse sont à la
portée de tout le monde , l'un n'a pour
regle que son imagination , l'autre sçait
temperer cette imagination à propos , et
joint à la nature les perfections de l'art;
outre ces avantages , le Tasse a le vers
plus correct et moins enflé que celui de
l'Arioste.
•
M. Despreaux , cet Homme de notre
Siécle le moins ignorant Critique , a
quelquefois porté ses censures un peu
trop loin , beaucoup de petits esprits onc
adopté ses décisions comme sans apel.
C'est ainsi qu'on voit des Frêlons
Imiter souvent les Abeilles ,
Ils bourdonnent à nos oreilles ,
Vôlent de même, et rendent mêmes sons ;
Mais examine- t- on l'ouvrage ,
Le Frêlon est tout different ;
L'Abeille seule a l'avantage
Que lui dispute un Rival ignorant.
M. Mirabeaud dans sa Préface a vengé
le Poëte Italien de ces préjugés ridicules
Le caractere de Renaud est incompa-
rable '
MAY.
1737.
907
rable , je le préfererois à celui d'Achillle.
J'y vois un Heros que l'amour
Aveugle sur sa propre gloire ,
Et qui des deux esclave tour à tour ,
A tous les deux dispute la victoire ,
Tantôt l'amour prend le dessus ,
Le Héros céde , et de la fiere Armide
La beauté dans son cœur décide ,
Et l'emporte sur ses vertus ;
Tantôt rougissant de sa honte ,
Il goûte à regret les plaisirs ;
Le devoir , l'honneur le surmonte ,
Et la raison condamne ses desirs ;
Ainsi peu maître de lui - même ,
Il est jaloux, il n'aime pas , il aime ,
Qui des deux mérite un retour
Ou de la gloire , ou de l'amour ?
Celui de Tancrede est plus moderé ;
c'est un Prince courageux , dont l'âge a
reprimé la fougue ; plus prudent que
Renaud , il connoît davantage le dan-
ger , et par là sa bravoure est moins ac-
tive ; il a toutes les vertus d'Ulysse ,
sans en avoir les défauts.
1
En vain l'amour pour le surprendre
De l'aimable Herminie augmente les apas ,
Un cœur sçait toujours se défendre
D iij
Quand
908 MERCURE DE FRANCE
Quand la raison ne l'abandonne pas.
Clorinde a sçu toucher son ame ;
Mais ce n'est point une brûlante flamme ,
Telle que le plaifir allume dans nos cœurs ,
Qui s'éteint à l'instant qu'elle commence
naître ,
Et qui souvent craint de paroître ,
Pour nous cacher ses honteuses ardeurs
C'est un feu qui naît de l'estime
Que nourrit l'innocence et la fidelité ;
Ennemi de la volupté ,
La raison le soûtient , la constance l'anime ,
Et l'indolente oisiveté
Ne peut éteindre un feu si légitime.
Tancrede n'est point combattu
Par les transports d'une lâche tendresse ;
Ah ! si l'amour étoit une foiblesse ,
Quels cœurs auroient de la vertu ?
Godefroy fait le même Personnage que
Nestor dans l'Iliade, il ne se distingue des
autres Chefs que par une sagesse con
sommée.
C'est un Héros que la prudence guide ,
Dont la vieillesse est l'unique défaut ;
Peut être eût-il , comme Renaud ,
Suivi les pas de la trompeuse Armide.
Mais
M Ả Ý.
1737.
Mais quand l'âge avec la raison
909
Vient reprimer ces fougues indomptables
C'est recueillir en arriere saison,
Que vouloir enflammer des cœurs si respectables
L'Episode de Sophronie et d'Olinde
est bien touchée , quoiqu'on la trouve
déplacée et étrangere au sujet; quelques-
uns veulent que ce soit une copie défi-
gurée de Nisus er d'Euryale ; Argant ,
Aladin , Soliman y sont dépeints avec
les couleurs les plus vives , et les plus
naturelles,
leur caractere ne se dément
point dans la suite du Poëme ; le Tasse
a mis à profit cette maxime d'Horace ,
le seul Auteur de l'antiquité que les Mo
dernes daignent encore respecter. .' ..
Sit Mediaferox invictaque , flebilis Ino ,
Perfidus Ixion , Io vaga , tristis Orestes ;
Si quid inexpertum scene committis , et audes
Personamformare novam , servetur ad imum
Qualis abincapto processerit , et sibi constet.
Le Sarrazin ne connoissoit qu'une và➡
leur brutale et déterminée, semblable à ces
bêres qui ne suivent qu'un instinct gros-
sier ; il seroit à souhaiter pour nos Fran-
çois qu'ils pûssent dépeindre le caracte-
Diiij
re
910 MERCURE DE FRANCE
re des autres Peuples , aussi - bien que le
Poëte Italien ; le seul Auteur de Gil- Blas
a sçi , avec gloire , éviter ce défaut , il
a peint les Espagnols tels qu'ils sont , et
non pas sur des idées vagues ou univer-
selles; si nos Tragiques eussent suivi ce-
te regle , nous n'aurions point tant de
mauvaises Pieces , qui ne sont tout au
plus que de froids Dialogues montés sur
le même ton ; Pharamond ne parleroit
qu'en vrai Conquerant , &c. Mais ce
n'est point ici le lieu d'exercer la Criti-
que.
Ismeno , dans la Jerusalem délivrée
fait le personnage deCalchas dans l'Iliade,
l'un est un Devin qui ne sert qu'à entre-
tenir la superstition de l'Armée Grecque,
aussi Agamenon lui dit fort bien , E'onor
δ᾽ οὐδέτι πω εἶπας ἔπος , ουδ᾽ ἐτέλεββας.
Bonum nullum adbuc verbum dixisti , nes
fecisti.
L'autre est un Magicien qui effraye
les Sarrazins par les secrets de son art.
Le sublime Auteur de la Henriade
dans son Essai sur le Poëme Epique (Ou-
vrage merveilleux ) a rendu justice au
Tasse ; la conformité de talens ne lui a
point inspiré cette jalousie qu'il apelle
ui-même dans sa Préface d'Alzire , Ma-
adie incurable.
L'Episode
MAY.
1737.
911
L'Episode de Tancrede et de Clorin-
de est préférable , selon beaucoup de
Gens d'esprit , à celle de Didon dans
Virgile : je vois déja plusieurs Pédans qui
m'anathematisent , et me menacent des
foudres scholastiques ;
Mais leurs cris impuissans se perdent dans les
airs.
En effet , qu'est- ce que Didon ? une
femme furieuse dans sa passion , qui veut
à toute force aimer Enée , et en être ai-
mée ; comblée de refus outrageans elle se
tuë. ( Dénoüement rate parmi les fem-
mes de notre siècle. )
Ce fut sa faute en un mot :
A quoi songeoit cette Belle,
De prendre un Amant dévot ? *
Il est vrai que ces petits défauts de
caractere sont rachetés par une infinité
de morceaux frapans , et qui trouvent
facilement le chemin du cœur ; mais se
peut- il une situation plus touchante que
celle de nos deux Amans dans le Tasse ?
Tancrede est le propre assasin de sa Maî-
tresse , sans le sçavoir ; il reconnoît son
erreur, quand son aveuglement lui étoit
le plus nécessaire , et les derniers sou-
pirs de son Amante sont consacrés à un
* Rousseau.
D v amour
912 MERCURE DE FRANCE.
amour vertueux. Je m'en raporte aux
Dames dont le goût est plus délicat , et
le cœur plus susceptible de ces impres
sions de tendresse .
Temperes à lacrymis.
• Quis taliafando
La Forêt enchantée , l'Isle où se renfer-
me Armide avec Renaud , sont des coups
de pinceaux hardis que le Tasse a mêlés-
dans l'ombredu tableau ;iln'apartient qu'à
des Hommes choisis d'enfanter de pareil-
les productions , et qui leur sont même
particulieres. L'Albane differe du Titien,.
Michel - Ange se distingue par ses atti-
tudes , le fameux Tableau du Jugement
dernier , que les Curieux regardent com-
me un chef- d'oeuvre , est une preuve de
ce goût sublime qui n'est affecté qu'aux
génies véritablement grands ; les Cruci-
fix du Guide se font admirer de tous les
Connoisseurs.
Le Tombeau que le Tasse fait élever
à Didon , aproche beaucoup de celui de-
Patrocle ; s'il nous represente un com-
bat, c'est avec des expressions mâles er
hardies ; le desespoir où se trouvent les
Sarrazins , après la perte de leurs Chefs,
est d'un coloris admirable : la conclusion
de ce Poëme est bien ménagée, il n'y a
Dien:
MAY 1737.
Dvj
913
rien de trop ni de trop peu ; ce qu'on
pouroit blâmer avec justice , me semble
ce combat singulier qui se donne entre
Godefroy et Argant : notre Heros a le
même bonheur qu'Enée , un Ange lui
remet entre les mains des Armes d'une
trempe fine , et à l'épreuve des coups ;
Argant est un autre Turnus aussi mal-
heureux que le premier ; le Tasse cepen-
dant plus éclairé sur cet article que Vir-
gile , a trouvé moyen de rendre le Sar-
razin odieux à son Lecteur , le Rutulois
au contraire nous interesse ; il dispute à'
un Etranger la Princesse que Latinus lul
avoit promise , Enée n'agit pas en galant
Homme de vouloir enlever sa fiancée, et
sur quel droit prétend-il l'emporter con-
tre Turnus ? a t il quelques prérogatives
qui l'autorisent dans ce rapt ?
Virgile a imité Homere dans la plû-
part de ses fautes ; le Tasse , à son tour,
s'est arrogé celles de Virgile ; un certaint
préjugé que nous avons , dès notre en-
fance , pour les Anciens, nous empêche
de voir leurs défauts : je ne critiquerai
point le Tasse, il me suffit de l'admirer.
Que dirai-je de ses Héroïnes ?
Clorinde est fière , Herminie est sensible ,
Armide est d'autant plus terrible
Qu'elle
914 MERCURE DEFRANCE
Qu'elle sçait l'art de captiver les cours ;
Ses dédains affectés , sa beauté naturelle ,
Toutjusqu'à son silence est un charme pour elle
Mais que j'aime à la voir les yeux baignés de
pleurs ,
Se jetter aux genoux d'un Amant infidele ,
Lui demander la mort , soupirer , l'attendrir ,
Ebranler sa fierté , le vaincre et le féchir!
Mais non , l'ingrat bientôt reprend sa perfidie,
Armide en vain croit avoir triomphé,
Il détourne les yeux, il part , court dans l'Asie
Ensevelir un feu mal étouffé .
Dans cet instant cruel et redoutable ,
Cher Ami , j'ignore , à mon tour
Qui doit être le plus coupable
Ou de l'Amant , ou de l'Amour.
L'Amour , malgré l'Amant , fait sentir sa puis-
sance ;
L'Amant , malgré l'Amour , resiste à la cons-
tance :
Mon cœur veut condamner l'Amant ,
La prudente raison décide le contraire ,
Si j'écoute le cœur , Renaud est trop severe ,
Si j'en crois la raison , Renaud est innocent.
Voilà , Monsieur , ce que je pense en
peu de mots de ce grand Poëte ; il fau-
droit
MAY.
1737.
915
droit entendre l'Italien parfaitement pour
en concevoir toutes les beautés ; à moins
que de se transporter dans le Pays , on
ignore toûjours cette finesse de la lan-
gue annexée à ses seuls Citoyens . J'es-
pere que l'occasion poura me procurer
ce plaisir litteraire : en attendant cette
petite satisfaction , je m'en raporte à vo-
tre jugement , persuadé que vous étes
plus capable qu'aucun autre d'en décider.
J'ai l'honneur d'être , &c.
J'ai lû, Monsieur , comme nous en
étions convenus ensemble, la Jerusalem
délivrée , et je vous avoie que
j'y ai remarqué des beautés que la foi-
blesse de l'âge , ou le préjugé François
m'avoient empêché d'admirer. Le Tasse,
malgré la Critique du Rossi et des Aca-
démiciens della Crusca , sera tou ours re-
gardé comme le premier des Poëtes Ita-
Liens , l'Arioste ,
il est vrai , lui dispute
le Sceptre Poëtique , son Orlando furioso
est rempli de ces images vivantes , et de
ces Portaits brillans que nous ne voyons
point dans l'autre ; mais celui ci est plus.
sage et moins emporté , ses Peintures ne
sont pas si hardies , mais dans leur gen-
re ce sont autant de miniatures finies
et dont la délicatesse saisir davantage
Dij
les
906 MERCURE DE FRANCE
les yeux le clair obscur et l'harmonie
des couleurs y sont mêlés avec plus
d'art , les nuances moins grossieres ; les
idées de l'Arioste sont bizarres , sublimes ,
gigantesques ; celle du Tasse sont à la
portée de tout le monde , l'un n'a pour
regle que son imagination , l'autre sçait
temperer cette imagination à propos , et
joint à la nature les perfections de l'art;
outre ces avantages , le Tasse a le vers
plus correct et moins enflé que celui de
l'Arioste.
•
M. Despreaux , cet Homme de notre
Siécle le moins ignorant Critique , a
quelquefois porté ses censures un peu
trop loin , beaucoup de petits esprits onc
adopté ses décisions comme sans apel.
C'est ainsi qu'on voit des Frêlons
Imiter souvent les Abeilles ,
Ils bourdonnent à nos oreilles ,
Vôlent de même, et rendent mêmes sons ;
Mais examine- t- on l'ouvrage ,
Le Frêlon est tout different ;
L'Abeille seule a l'avantage
Que lui dispute un Rival ignorant.
M. Mirabeaud dans sa Préface a vengé
le Poëte Italien de ces préjugés ridicules
Le caractere de Renaud est incompa-
rable '
MAY.
1737.
907
rable , je le préfererois à celui d'Achillle.
J'y vois un Heros que l'amour
Aveugle sur sa propre gloire ,
Et qui des deux esclave tour à tour ,
A tous les deux dispute la victoire ,
Tantôt l'amour prend le dessus ,
Le Héros céde , et de la fiere Armide
La beauté dans son cœur décide ,
Et l'emporte sur ses vertus ;
Tantôt rougissant de sa honte ,
Il goûte à regret les plaisirs ;
Le devoir , l'honneur le surmonte ,
Et la raison condamne ses desirs ;
Ainsi peu maître de lui - même ,
Il est jaloux, il n'aime pas , il aime ,
Qui des deux mérite un retour
Ou de la gloire , ou de l'amour ?
Celui de Tancrede est plus moderé ;
c'est un Prince courageux , dont l'âge a
reprimé la fougue ; plus prudent que
Renaud , il connoît davantage le dan-
ger , et par là sa bravoure est moins ac-
tive ; il a toutes les vertus d'Ulysse ,
sans en avoir les défauts.
1
En vain l'amour pour le surprendre
De l'aimable Herminie augmente les apas ,
Un cœur sçait toujours se défendre
D iij
Quand
908 MERCURE DE FRANCE
Quand la raison ne l'abandonne pas.
Clorinde a sçu toucher son ame ;
Mais ce n'est point une brûlante flamme ,
Telle que le plaifir allume dans nos cœurs ,
Qui s'éteint à l'instant qu'elle commence
naître ,
Et qui souvent craint de paroître ,
Pour nous cacher ses honteuses ardeurs
C'est un feu qui naît de l'estime
Que nourrit l'innocence et la fidelité ;
Ennemi de la volupté ,
La raison le soûtient , la constance l'anime ,
Et l'indolente oisiveté
Ne peut éteindre un feu si légitime.
Tancrede n'est point combattu
Par les transports d'une lâche tendresse ;
Ah ! si l'amour étoit une foiblesse ,
Quels cœurs auroient de la vertu ?
Godefroy fait le même Personnage que
Nestor dans l'Iliade, il ne se distingue des
autres Chefs que par une sagesse con
sommée.
C'est un Héros que la prudence guide ,
Dont la vieillesse est l'unique défaut ;
Peut être eût-il , comme Renaud ,
Suivi les pas de la trompeuse Armide.
Mais
M Ả Ý.
1737.
Mais quand l'âge avec la raison
909
Vient reprimer ces fougues indomptables
C'est recueillir en arriere saison,
Que vouloir enflammer des cœurs si respectables
L'Episode de Sophronie et d'Olinde
est bien touchée , quoiqu'on la trouve
déplacée et étrangere au sujet; quelques-
uns veulent que ce soit une copie défi-
gurée de Nisus er d'Euryale ; Argant ,
Aladin , Soliman y sont dépeints avec
les couleurs les plus vives , et les plus
naturelles,
leur caractere ne se dément
point dans la suite du Poëme ; le Tasse
a mis à profit cette maxime d'Horace ,
le seul Auteur de l'antiquité que les Mo
dernes daignent encore respecter. .' ..
Sit Mediaferox invictaque , flebilis Ino ,
Perfidus Ixion , Io vaga , tristis Orestes ;
Si quid inexpertum scene committis , et audes
Personamformare novam , servetur ad imum
Qualis abincapto processerit , et sibi constet.
Le Sarrazin ne connoissoit qu'une và➡
leur brutale et déterminée, semblable à ces
bêres qui ne suivent qu'un instinct gros-
sier ; il seroit à souhaiter pour nos Fran-
çois qu'ils pûssent dépeindre le caracte-
Diiij
re
910 MERCURE DE FRANCE
re des autres Peuples , aussi - bien que le
Poëte Italien ; le seul Auteur de Gil- Blas
a sçi , avec gloire , éviter ce défaut , il
a peint les Espagnols tels qu'ils sont , et
non pas sur des idées vagues ou univer-
selles; si nos Tragiques eussent suivi ce-
te regle , nous n'aurions point tant de
mauvaises Pieces , qui ne sont tout au
plus que de froids Dialogues montés sur
le même ton ; Pharamond ne parleroit
qu'en vrai Conquerant , &c. Mais ce
n'est point ici le lieu d'exercer la Criti-
que.
Ismeno , dans la Jerusalem délivrée
fait le personnage deCalchas dans l'Iliade,
l'un est un Devin qui ne sert qu'à entre-
tenir la superstition de l'Armée Grecque,
aussi Agamenon lui dit fort bien , E'onor
δ᾽ οὐδέτι πω εἶπας ἔπος , ουδ᾽ ἐτέλεββας.
Bonum nullum adbuc verbum dixisti , nes
fecisti.
L'autre est un Magicien qui effraye
les Sarrazins par les secrets de son art.
Le sublime Auteur de la Henriade
dans son Essai sur le Poëme Epique (Ou-
vrage merveilleux ) a rendu justice au
Tasse ; la conformité de talens ne lui a
point inspiré cette jalousie qu'il apelle
ui-même dans sa Préface d'Alzire , Ma-
adie incurable.
L'Episode
MAY.
1737.
911
L'Episode de Tancrede et de Clorin-
de est préférable , selon beaucoup de
Gens d'esprit , à celle de Didon dans
Virgile : je vois déja plusieurs Pédans qui
m'anathematisent , et me menacent des
foudres scholastiques ;
Mais leurs cris impuissans se perdent dans les
airs.
En effet , qu'est- ce que Didon ? une
femme furieuse dans sa passion , qui veut
à toute force aimer Enée , et en être ai-
mée ; comblée de refus outrageans elle se
tuë. ( Dénoüement rate parmi les fem-
mes de notre siècle. )
Ce fut sa faute en un mot :
A quoi songeoit cette Belle,
De prendre un Amant dévot ? *
Il est vrai que ces petits défauts de
caractere sont rachetés par une infinité
de morceaux frapans , et qui trouvent
facilement le chemin du cœur ; mais se
peut- il une situation plus touchante que
celle de nos deux Amans dans le Tasse ?
Tancrede est le propre assasin de sa Maî-
tresse , sans le sçavoir ; il reconnoît son
erreur, quand son aveuglement lui étoit
le plus nécessaire , et les derniers sou-
pirs de son Amante sont consacrés à un
* Rousseau.
D v amour
912 MERCURE DE FRANCE.
amour vertueux. Je m'en raporte aux
Dames dont le goût est plus délicat , et
le cœur plus susceptible de ces impres
sions de tendresse .
Temperes à lacrymis.
• Quis taliafando
La Forêt enchantée , l'Isle où se renfer-
me Armide avec Renaud , sont des coups
de pinceaux hardis que le Tasse a mêlés-
dans l'ombredu tableau ;iln'apartient qu'à
des Hommes choisis d'enfanter de pareil-
les productions , et qui leur sont même
particulieres. L'Albane differe du Titien,.
Michel - Ange se distingue par ses atti-
tudes , le fameux Tableau du Jugement
dernier , que les Curieux regardent com-
me un chef- d'oeuvre , est une preuve de
ce goût sublime qui n'est affecté qu'aux
génies véritablement grands ; les Cruci-
fix du Guide se font admirer de tous les
Connoisseurs.
Le Tombeau que le Tasse fait élever
à Didon , aproche beaucoup de celui de-
Patrocle ; s'il nous represente un com-
bat, c'est avec des expressions mâles er
hardies ; le desespoir où se trouvent les
Sarrazins , après la perte de leurs Chefs,
est d'un coloris admirable : la conclusion
de ce Poëme est bien ménagée, il n'y a
Dien:
MAY 1737.
Dvj
913
rien de trop ni de trop peu ; ce qu'on
pouroit blâmer avec justice , me semble
ce combat singulier qui se donne entre
Godefroy et Argant : notre Heros a le
même bonheur qu'Enée , un Ange lui
remet entre les mains des Armes d'une
trempe fine , et à l'épreuve des coups ;
Argant est un autre Turnus aussi mal-
heureux que le premier ; le Tasse cepen-
dant plus éclairé sur cet article que Vir-
gile , a trouvé moyen de rendre le Sar-
razin odieux à son Lecteur , le Rutulois
au contraire nous interesse ; il dispute à'
un Etranger la Princesse que Latinus lul
avoit promise , Enée n'agit pas en galant
Homme de vouloir enlever sa fiancée, et
sur quel droit prétend-il l'emporter con-
tre Turnus ? a t il quelques prérogatives
qui l'autorisent dans ce rapt ?
Virgile a imité Homere dans la plû-
part de ses fautes ; le Tasse , à son tour,
s'est arrogé celles de Virgile ; un certaint
préjugé que nous avons , dès notre en-
fance , pour les Anciens, nous empêche
de voir leurs défauts : je ne critiquerai
point le Tasse, il me suffit de l'admirer.
Que dirai-je de ses Héroïnes ?
Clorinde est fière , Herminie est sensible ,
Armide est d'autant plus terrible
Qu'elle
914 MERCURE DEFRANCE
Qu'elle sçait l'art de captiver les cours ;
Ses dédains affectés , sa beauté naturelle ,
Toutjusqu'à son silence est un charme pour elle
Mais que j'aime à la voir les yeux baignés de
pleurs ,
Se jetter aux genoux d'un Amant infidele ,
Lui demander la mort , soupirer , l'attendrir ,
Ebranler sa fierté , le vaincre et le féchir!
Mais non , l'ingrat bientôt reprend sa perfidie,
Armide en vain croit avoir triomphé,
Il détourne les yeux, il part , court dans l'Asie
Ensevelir un feu mal étouffé .
Dans cet instant cruel et redoutable ,
Cher Ami , j'ignore , à mon tour
Qui doit être le plus coupable
Ou de l'Amant , ou de l'Amour.
L'Amour , malgré l'Amant , fait sentir sa puis-
sance ;
L'Amant , malgré l'Amour , resiste à la cons-
tance :
Mon cœur veut condamner l'Amant ,
La prudente raison décide le contraire ,
Si j'écoute le cœur , Renaud est trop severe ,
Si j'en crois la raison , Renaud est innocent.
Voilà , Monsieur , ce que je pense en
peu de mots de ce grand Poëte ; il fau-
droit
MAY.
1737.
915
droit entendre l'Italien parfaitement pour
en concevoir toutes les beautés ; à moins
que de se transporter dans le Pays , on
ignore toûjours cette finesse de la lan-
gue annexée à ses seuls Citoyens . J'es-
pere que l'occasion poura me procurer
ce plaisir litteraire : en attendant cette
petite satisfaction , je m'en raporte à vo-
tre jugement , persuadé que vous étes
plus capable qu'aucun autre d'en décider.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE de M. D. à M. l'Abbé Ph... au sujet du Tasse.
La lettre de M. D. à l'Abbé Ph... discute de la Jérusalem délivrée de Torquato Tasse, un poème épique italien. L'auteur reconnaît les mérites de Tasse malgré les critiques de Rossi et des Académiciens della Crusca, le qualifiant de premier poète italien. Il compare Tasse à l'Arioste, le trouvant plus sage et maître de l'art poétique, avec un vers plus correct et moins enflé. La lettre critique les jugements sévères de M. Despreaux envers Tasse, tandis que M. Mirabaud le défend dans sa préface. Les personnages de Renaud et Tancrede sont décrits respectivement comme oscillant entre amour et gloire, et comme un prince courageux et prudent. Le poème inclut des épisodes touchants, comme celui de Sophronie et d'Olinde, bien que certains le trouvent déplacé. Les personnages sarrazins sont dépeints avec réalisme, suivant une maxime d'Horace sur la cohérence des caractères. La lettre souligne la nécessité pour les auteurs français de mieux représenter les caractéristiques des autres peuples, citant l'exemple de l'auteur de Gil Blas. Ismeno est comparé à Calchas, tous deux servant à maintenir la superstition dans leurs armées. La lettre mentionne également que Voltaire a rendu justice à Tasse dans son essai sur le poème épique. Le texte compare les œuvres épiques de Tasse et de Virgile, préférant l'épisode de Tancrede et Clorinde à celui de Didon, qu'il qualifie de 'femme furieuse'. Il loue la capacité de Tasse à créer des scènes poignantes et des personnages complexes comme Armide, Clorinde et Herminie. L'auteur reconnaît que Tasse a imité certaines fautes de Virgile, mais admire néanmoins son œuvre. Il conclut en soulignant la nécessité de bien connaître l'italien pour apprécier pleinement les beautés du poème de Tasse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4552
p. 915-916
ΕΝVΟΥ.
Début :
Toi, qui de l'austere sagesse [...]
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texteReconnaissance textuelle : ΕΝVΟΥ.
ΕΝVΟΥ.
Toi, qui de l'austere sagesse
Sçais dérider le front chagrin ,
Et des Sophistes de la Greee
Erouffer le fatal venin :
Toi , qui d'Horace et de Catulle .
Goûtant les divines leçons ,
Aux fleurs du délicat Tibulle
Joins celles des Anacréons.
Docte Abbé , que sur le Parnasse
On vit plus d'une fois guider mes pas tremblans,
Souffre que , pour chanter le Tasse ,
J'emprunte tes nobles accens.
En vain la Critique severe
Cse lui refuser un légitime enceas ,
La
916 MERCURE DE FRANCE
La gloire est le seul prix des Rois et des Sça-
vans ,
C'est la Dévise de Voltaire.
Cher Ami , tels sont nos défauts ,
Ces Hommes sont pour nous des Hommes or-
dinaires ,
Mais, après leurs trépas, cessant d'être vulgaires, -
Ils cessent d'être nos égaux.
Toi, qui de l'austere sagesse
Sçais dérider le front chagrin ,
Et des Sophistes de la Greee
Erouffer le fatal venin :
Toi , qui d'Horace et de Catulle .
Goûtant les divines leçons ,
Aux fleurs du délicat Tibulle
Joins celles des Anacréons.
Docte Abbé , que sur le Parnasse
On vit plus d'une fois guider mes pas tremblans,
Souffre que , pour chanter le Tasse ,
J'emprunte tes nobles accens.
En vain la Critique severe
Cse lui refuser un légitime enceas ,
La
916 MERCURE DE FRANCE
La gloire est le seul prix des Rois et des Sça-
vans ,
C'est la Dévise de Voltaire.
Cher Ami , tels sont nos défauts ,
Ces Hommes sont pour nous des Hommes or-
dinaires ,
Mais, après leurs trépas, cessant d'être vulgaires, -
Ils cessent d'être nos égaux.
Fermer
Résumé : ΕΝVΟΥ.
L'auteur adresse une dédicace poétique à un 'Docte Abbé', symbole de sagesse et de culture classique. Il admire cet abbé comme guide sur le mont Parnasse et souhaite imiter son style pour célébrer Torquato Tasso. Le texte critique la méconnaissance de la valeur du Tasse, soulignant que la gloire est réservée aux rois et aux savants. Les grands hommes, après leur mort, échappent à la vulgarité et deviennent exceptionnels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4553
p. 916-929
LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen.
Début :
Il me paroît, Monsieur, par les lettres que vous avez écrites depuis un an à [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen.
LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine
d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au
Parlement de Roüen.
Il me paroît, Monsieur, par les lettres
que vous avez écrites depuis un an à
M. D. L. R. que vous vous êtes apliqué à
l'Histoire de Rouen et des environs, et que
vous en sçavez parfaitement les Anti-
quités. Le trait que vous venez de nous
donner de St Romain , votre Evêque (a)
m'a fait songer à vous communiquer
une découverte que j'ai faite par hazard
ces jours derniers. Je cherchois dans un
Pays fort éloigné d'ici , et même hors du
Royaume , ( b ) un monument que je
(a ) Mercure de Décembre 1736..
(b) A P'.bbaye de Saint-Gal en Suisse?
croyois
MAY.
$737.
917
croyois pouvoir donner dans mon Histoi-
re d'Auxerre, sur le jugement qu'en avoit
porté l'Auteur de l'Histoire literaire
de la France , Tome 2. p. 261. J'ai été frus-
tré de mon esperance ; il s'est trouvé que
ce Manuscrit dont on a donné communi-
cation fortvolontiers , est un monument
qui ne peut convenir qu'à l'Histoire de
Rouen , ou à l'Histoire Litteraire des
Gaules , ou bien dans un Recuëil tel
que la Bibliotheque des Pères et autres
Auteurs Ecclesiastiques. Je vous apten-
drai ce que c'est avec bien du plaisir.
C'est un Ouvrage de S. Victrice , votre
Evêque. S. Victrice de Rouen , parmi
les Auteurs Ecclesiastiques , est une es-
pece de Phénomene Litteraire. On sça-
voit seulement qu'il avoit écrit quelques
Lettres à S. Paulin de Nole , mais ces
Lettres étoient perduës. L'Ouvrage done
je veux vous parler est beaucoup plus
qu'une Lettre: c'est un Traité qu'il com-
posa à la louange des Saints dont il re
gur des Reliques , qui lui furent en-
voyées d'Italie , et dont plusieurs étoient
venuës de plus loin . Il porte la parole à ces
Saints presque d'un bout à l'autre.
Il nous aprend dans cet Ouvrage qu'il
étoit dans la Grande-Bretagne , dont les
Evêques l'avoient apellé, pour les aider
dans
918 MERCURE DE FRANCE
dans leur Ministere , ( a ) lorsque le Por
teur de ces Reliques , nommé Elien ,
étoit en chemin pour Roüen ; que ce
Porteur ne l'ayant point trouvé dans sa
Ville Episcopale , prit la route de la
Grande Bretagne , dans laquelle il le
rencontra à quarante mille seulement du
lieu d'où il venoit , ou du Port où il
avoit débarqué. Ensorte , dit - il , que les
Reliques vinrent deux fois dans la Ville
de Rouen. Les apostrophes en forme d'ac-
tions de graces , qu'il fait à saint Am-
broise , alors vivant, à un Evêque nom-
mé Théodule , à un autre nommé Eus-
et à d'autres , indiquent de
tathius , et à d'autres
quelles Eglises d'Italie lui venoient ces
précieux restes. Vous trouverez les noms
de ces Evêques à la fin de la Lettre du
Concile de Milan de l'an 390. contre
Jovinien et ses Adhérans. T. 2. Concil.
Labb. Col. 1027. Ces Reliques étoient
de S. Jean- Baptiste , S. Jean l'Evange
liste , S. André , S. Thomas , S. Luc ;
S. Gervais , S. Protais ,
et S. Nazaire , de
( a ) Usserius , ni Harpsfeldius , ni Alfordus ,
Historiens modernes de l'Eglise d'Angleterre, n'ont
point connu ce fait. Gildas ,
et depuis lui Bede
marquent que l'Arianisme trouva des fauteurs
dans la Grande Bretagne , et Usserius croit que
cefut vers l'an 3·80,
Milan :
MAY.
1737.
919
Milar : (a) S. Agricole et S. Procule de
Boulogne; Ste Euphemie, de Calcedoine;
S. Antonin , de Plaisance ; Ss . Saturnin
et Trajan , de Macedoine ; Ss. Mutius
Alexandre , Datysus ou Dathus , Cyn-
dée ou Chyndée , Ste Kogate, Ste Léoni-
de , Ste Anastasie , et Ste Anatocle. ( b )
Il paroît par ses expressions que ce n'é-
toient point des Ossemens de ces Saints ,
au moins quart à la plûpart , mais seu-
lement du Sang , ou de la terre détrem-
pée de leur Sang. Aussi S. Victrice s'é-
tend-il beaucoup à prouver que ce peu
équivaloit en vertu au Corps entier ,
puisqu'on ne peut pas partager le mérite
des Saints , que le Sang est le comple-
ment et la perfection de tous les mem-
bres , et que ces Reliques , toutes mo
diques qu'elles paroissent , sont enam-
mées d'une ardeur divine , qui les ren-
dent aussi puissantes en petite portion
que dans une plus grande. Quoiqu'il
qualifie cet amas de Reliques du nom
( a ) S. Paulin fit mettre sous l'Autel de l'E-
glise de S. Felix de Nole des Reliques des princi-
paux de tous ces Saints , ainsi qu'il paroit par son
Poëme 24. Vers 406. et suivans.
( b ) S. Victrice raporte , sur la fin de son Ou-
vrage , quelques actions de ces Saintes , peu con
ques d'ailleurs.
de
920 MERCURE DE FRANCE
de Troupe de Saints , par raport au nom-
bre dont il y en avoir , le Vase qui les
contenoit n'étoit cependant tout au plus
qu'une espece de Reliquaire portatif que
les Anciens apelloient Philactere , et qu'ils
attachoient au col . Mais l'Ecrit de S Vic-
trice prouve que dès lors on faisoit des
réjouissances pour ces sortes de recep-
zions. Il fait à cette occasion une des-
cription du Peuple de sa Ville , dans la
quelle il s'étend beaucoup sur l'état des
Vierges et des Veuves , afin de donner
par là des preuves de son unité de senti-
mens avec les Eglises d'Italie , qui avoient
condamné nouvellement Jovinien enne-
mi de l'état de Virginité.
Il y fait aussi une longue profession de
foy sur le Mystere de la Trinité , prin
cipalement sur la Divinité de J. C. qui
étoit aparemment combattue alors dans
les Gaules par quelques Ariens , depuis
la liberté que l'Empereur Gratien avoit
donnée en 378.
La 370. Lettre de Saint Paulin de No-
le , qui est adressée à ce même Saint
Victrice , paroît y'avoir raport. Ce que
j'ai encore bien remarqué , c'est qu'il sem
ble que Saint Paulin cût reçû de Vic-
trice un exemplaire de cet Ouvrage , par
la maniere dont il lui parle dans sa pre-
miere
M A Y.
1737.
921
miere Lettre qui est la 18c.) sur la nou-
velle face qu'avoit reprise la Ville de
Rouen sous son Gouvernement (num.s )
il le félicite sur ce qu'une Ville si éloi-
gnée , étoit enrichie de tant de Mémoires
de Saints Apôtres , qui sembloient de-
meurer avec lui pour cooperer à ses tra-
vaux , et être honorés par son Clergé et
son Peuple. Par le moyen de l'Ouvrage
de Saint Victrice , cet endroit de Saint
Paulin qui étoit assés obscur en lui - mê-
me , reçoit une certaine clarté qui fait
honneur à la Ville de Rouen . L'état des
Vierges et des Veuves y est dépeint avec
les mêmes couleurs que dans l'Ecrit de
Saint Victrice.
C'est à vous , Monsieur , à m'apren
dre maintenant s'il y eut dès le quatrié
me siecle à Rouen , une Eglise dédiée
sous l'Invocation de quelques Saints de
Milan ; car Saint Victrice dir que les fon-
demens des Bâtimens étoient déja jettés,
qu'il falloit maintenant ériger les Aurels.
Je ne sçaurois entendre à la lettre le
passage d'Orderic , qui dit que Saint Mel-
lon , votre premier Evêque avoit été in-
humé in Crypta Basilica S. Gervasii. Il
veut dire aparemment dans une Crypte
sur laquelle fut bâtie depuis l'Eglise de
Saint Gervais. Son témoignage prouve
assés
922 MERCURE DE FRANCE
assés que l'Eglise de Saint Gervais , qui
est aux Fauxbourg Occidental de votre
Ville , passoit de son temps pour être
très anciene. Le titre d'Abbaye qu'elle
avoit au XIe. siecle , la belle Crypte
qu'on y voit,sont autant d'indices de son
antiquité. Je croirois volontiers que ç'au-
roit été là que Saint Victrice déposa les
Reliques qu'on lui aporta de Milan , et
que ce fut la premiere Eglise Cimeteriale
du Clergé de Rouen. Vous pouvez re-
former mes conjectures , si elles font
fausses. Je ne suis jamais descendu dans la
Crypte de Saint Gervais , pour juger du
temps de son édifice.
Ce furent sans doute , les fruits que
Saint Victrice fit dans le temps qu'il
passa sur les côtes , qu'on apelle aujour-
d'hui le Pontieu et le Boulenois, qui en-
gagerent les Evêques de la Grande Breta-
gne à l'apeller dans leur Isle. Si la re-
marque de Scaliger sur le mot de Nervi-
ci litioris , au lieu duquel il voudroit qu'on
lût Ebruicani littoris , étoit mieux apuyée,
il sembleroit que ce seroit aux environs
d'York que Saint Victrice auroit été
évangeliser.
Si le Public souhaite que l'opuscule de
votre S.Evêque paroisse en entier, il fera
facile de le donner avec quelques notes.
11
MAY.
1737
923
Test tiré d'un Manuscrit de mille ans ,suc
lequel un Auteur de sept ou huit cent
ans a voulu faire des remarques qui sont
souvent fausses . J'oublicis de vous dire
que S. Victrice se nomme lui- même dans
ce petit Ouvrage. On y verra avec satis-
faction une nouvelle preuve de l'anti-
quité des pratiques de l'Eglise Catholi-
que , exprimées dans le langage du qua-
triéme siecle. Je ne sçai si ce Traité ne
seroit point celui de Laude generali om-
nium Maryrum , que Gennade a attribué
à Saint Paulin , et lequel ne se retrouve
plus. Le Copiste du Manuscrit de mille
ans avoit cru que cet Ouvrage de Vic-
trice , étoit de Saint Ambroise , et lui
avoit donné mal à propos ce titre , Inci-
pit Liber ejusdem ( Ambrosii ) de Laude
Sanctorum.
Les Historiens de votre premier Evê-
que Saint Mellon , le font Breton de nais-
sance , et quelques Auteurs comme Pos-
sevin lui attribuent des Homelies . J'a-
prehende qu'il n'y ait un peu de confu-
sion , au moins quant au dernier chef ,
et que les prétendues Homelies de Saint
Mellon ou Mellaine de la Grande Bre-
tagne , ne soient le Traité de Saint Vic-
trice , qui est assés en style de discours
public. On a cru jusqu'ici que Saint Vie-
trice
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé,M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou-
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocese dans le Pays Rethelois,
se
"
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit -il , dua-
bus à Mosomago leugis LeVillage de Bran
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum
:
la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas. Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville , ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ , fiit souvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun . Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
ац
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne Les Montagnes auprès des-
quelles il est, valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be-
nedictin , pag. 189. Pa dit situé juxia
sinung
dun ,
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritate fua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très-élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septiéme siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
( Duchêne Tom. 2. pag. 292. ) Au
Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28.
E
dixième
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé, M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocèse dans le Pays Rethelois,
se
་
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit-il , dua-
bus à Masomago lengis LeVillage de Bran-
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas, Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville, ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ ,fiitsouvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun. Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
au
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits ; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne : Les Montagnes auprès des-
quelles il est,valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be
nedictin , pag. 189. l'a dit situé juxia
sinung
"
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritatefua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit ,
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très -élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
3
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septième siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
E
•
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
dun , ( Duchêne Tom. 2. pag. 292, ) Au
* Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28 .
dixième
928 MERCURE DE FRANCE
dixiéme siecle, un Evêque de Lindisfarne
en Angleterre , portoit le nom d'Aldun
( Tom. 4. Annal. Bened. pag. 96. ) Dira-
t'on à cause de ces trois exemples , que
Dun signifie un homme ? Et parce que
voilà trois personnes de l'antiquité qui
l'ont eu dans leur nom , seroit-on bien
venu à dire que ce n'étoit pas un nom
de chose ? On feroit très-mal fondé à
tirer cette conclusior . Bucanan m'a pa-
ru aussi très-formel dans son Histoire
d'Ecosse , en faveur de mon interpreta-
tation. Au feüillet 5. de l'Edition de
1583. il dit : Secat regionemfluvius unus
qui memoratu sit dignus Carron , juxta
quem aliquot vetusta funt monumenta. Ad
lavam Carrontis duo terreni funt tumuli ha
minum operâ ( ut res indicat ) adificati ;
vulgo Duni pacis appellari. Voilà des émi-
nences de Terre , qu'en Ecosse on apelle
Duns-Bei , pour dire Montagne de paix.
Il dit plus bas , cujus pacis monumentum
bi colles effent , quod illic terminum fue
ditionis Romani statuissent. Si Bucanan
peut faire foy pour le Celtique qui avoit
pénétréjusques dans l'Ecosse , le Pere Lo-
bineau peut être écouté pour ce qui est
du Celtique des Gaules. Ce Sçavant His-
torien de Bretagne , pag 6. de la Préface
de ces preuves , nous insinue à la verité
qu'en
MAY.
1737.
929
qu'en Breton , Dordon signifie eau pro-
fonde ; mais aussi-tôt il ajoûte que
che
Uche
et Dun marquent aussi en Breton des
hauts lieux , des éminences. Je tiens
(comme vous voyez ) la promesse que
jai faite à M. Maillart de ramasser tous
les témoignages qui se présenteroient
pour fortifier l'ancien sentiment. Nous
verrons quelles observations Dom Du-
Plessis fera sur tout cela dans l'Histoire
de votre Diocése. Je suis , & c.
A Paris le 10. Février 1737.
d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au
Parlement de Roüen.
Il me paroît, Monsieur, par les lettres
que vous avez écrites depuis un an à
M. D. L. R. que vous vous êtes apliqué à
l'Histoire de Rouen et des environs, et que
vous en sçavez parfaitement les Anti-
quités. Le trait que vous venez de nous
donner de St Romain , votre Evêque (a)
m'a fait songer à vous communiquer
une découverte que j'ai faite par hazard
ces jours derniers. Je cherchois dans un
Pays fort éloigné d'ici , et même hors du
Royaume , ( b ) un monument que je
(a ) Mercure de Décembre 1736..
(b) A P'.bbaye de Saint-Gal en Suisse?
croyois
MAY.
$737.
917
croyois pouvoir donner dans mon Histoi-
re d'Auxerre, sur le jugement qu'en avoit
porté l'Auteur de l'Histoire literaire
de la France , Tome 2. p. 261. J'ai été frus-
tré de mon esperance ; il s'est trouvé que
ce Manuscrit dont on a donné communi-
cation fortvolontiers , est un monument
qui ne peut convenir qu'à l'Histoire de
Rouen , ou à l'Histoire Litteraire des
Gaules , ou bien dans un Recuëil tel
que la Bibliotheque des Pères et autres
Auteurs Ecclesiastiques. Je vous apten-
drai ce que c'est avec bien du plaisir.
C'est un Ouvrage de S. Victrice , votre
Evêque. S. Victrice de Rouen , parmi
les Auteurs Ecclesiastiques , est une es-
pece de Phénomene Litteraire. On sça-
voit seulement qu'il avoit écrit quelques
Lettres à S. Paulin de Nole , mais ces
Lettres étoient perduës. L'Ouvrage done
je veux vous parler est beaucoup plus
qu'une Lettre: c'est un Traité qu'il com-
posa à la louange des Saints dont il re
gur des Reliques , qui lui furent en-
voyées d'Italie , et dont plusieurs étoient
venuës de plus loin . Il porte la parole à ces
Saints presque d'un bout à l'autre.
Il nous aprend dans cet Ouvrage qu'il
étoit dans la Grande-Bretagne , dont les
Evêques l'avoient apellé, pour les aider
dans
918 MERCURE DE FRANCE
dans leur Ministere , ( a ) lorsque le Por
teur de ces Reliques , nommé Elien ,
étoit en chemin pour Roüen ; que ce
Porteur ne l'ayant point trouvé dans sa
Ville Episcopale , prit la route de la
Grande Bretagne , dans laquelle il le
rencontra à quarante mille seulement du
lieu d'où il venoit , ou du Port où il
avoit débarqué. Ensorte , dit - il , que les
Reliques vinrent deux fois dans la Ville
de Rouen. Les apostrophes en forme d'ac-
tions de graces , qu'il fait à saint Am-
broise , alors vivant, à un Evêque nom-
mé Théodule , à un autre nommé Eus-
et à d'autres , indiquent de
tathius , et à d'autres
quelles Eglises d'Italie lui venoient ces
précieux restes. Vous trouverez les noms
de ces Evêques à la fin de la Lettre du
Concile de Milan de l'an 390. contre
Jovinien et ses Adhérans. T. 2. Concil.
Labb. Col. 1027. Ces Reliques étoient
de S. Jean- Baptiste , S. Jean l'Evange
liste , S. André , S. Thomas , S. Luc ;
S. Gervais , S. Protais ,
et S. Nazaire , de
( a ) Usserius , ni Harpsfeldius , ni Alfordus ,
Historiens modernes de l'Eglise d'Angleterre, n'ont
point connu ce fait. Gildas ,
et depuis lui Bede
marquent que l'Arianisme trouva des fauteurs
dans la Grande Bretagne , et Usserius croit que
cefut vers l'an 3·80,
Milan :
MAY.
1737.
919
Milar : (a) S. Agricole et S. Procule de
Boulogne; Ste Euphemie, de Calcedoine;
S. Antonin , de Plaisance ; Ss . Saturnin
et Trajan , de Macedoine ; Ss. Mutius
Alexandre , Datysus ou Dathus , Cyn-
dée ou Chyndée , Ste Kogate, Ste Léoni-
de , Ste Anastasie , et Ste Anatocle. ( b )
Il paroît par ses expressions que ce n'é-
toient point des Ossemens de ces Saints ,
au moins quart à la plûpart , mais seu-
lement du Sang , ou de la terre détrem-
pée de leur Sang. Aussi S. Victrice s'é-
tend-il beaucoup à prouver que ce peu
équivaloit en vertu au Corps entier ,
puisqu'on ne peut pas partager le mérite
des Saints , que le Sang est le comple-
ment et la perfection de tous les mem-
bres , et que ces Reliques , toutes mo
diques qu'elles paroissent , sont enam-
mées d'une ardeur divine , qui les ren-
dent aussi puissantes en petite portion
que dans une plus grande. Quoiqu'il
qualifie cet amas de Reliques du nom
( a ) S. Paulin fit mettre sous l'Autel de l'E-
glise de S. Felix de Nole des Reliques des princi-
paux de tous ces Saints , ainsi qu'il paroit par son
Poëme 24. Vers 406. et suivans.
( b ) S. Victrice raporte , sur la fin de son Ou-
vrage , quelques actions de ces Saintes , peu con
ques d'ailleurs.
de
920 MERCURE DE FRANCE
de Troupe de Saints , par raport au nom-
bre dont il y en avoir , le Vase qui les
contenoit n'étoit cependant tout au plus
qu'une espece de Reliquaire portatif que
les Anciens apelloient Philactere , et qu'ils
attachoient au col . Mais l'Ecrit de S Vic-
trice prouve que dès lors on faisoit des
réjouissances pour ces sortes de recep-
zions. Il fait à cette occasion une des-
cription du Peuple de sa Ville , dans la
quelle il s'étend beaucoup sur l'état des
Vierges et des Veuves , afin de donner
par là des preuves de son unité de senti-
mens avec les Eglises d'Italie , qui avoient
condamné nouvellement Jovinien enne-
mi de l'état de Virginité.
Il y fait aussi une longue profession de
foy sur le Mystere de la Trinité , prin
cipalement sur la Divinité de J. C. qui
étoit aparemment combattue alors dans
les Gaules par quelques Ariens , depuis
la liberté que l'Empereur Gratien avoit
donnée en 378.
La 370. Lettre de Saint Paulin de No-
le , qui est adressée à ce même Saint
Victrice , paroît y'avoir raport. Ce que
j'ai encore bien remarqué , c'est qu'il sem
ble que Saint Paulin cût reçû de Vic-
trice un exemplaire de cet Ouvrage , par
la maniere dont il lui parle dans sa pre-
miere
M A Y.
1737.
921
miere Lettre qui est la 18c.) sur la nou-
velle face qu'avoit reprise la Ville de
Rouen sous son Gouvernement (num.s )
il le félicite sur ce qu'une Ville si éloi-
gnée , étoit enrichie de tant de Mémoires
de Saints Apôtres , qui sembloient de-
meurer avec lui pour cooperer à ses tra-
vaux , et être honorés par son Clergé et
son Peuple. Par le moyen de l'Ouvrage
de Saint Victrice , cet endroit de Saint
Paulin qui étoit assés obscur en lui - mê-
me , reçoit une certaine clarté qui fait
honneur à la Ville de Rouen . L'état des
Vierges et des Veuves y est dépeint avec
les mêmes couleurs que dans l'Ecrit de
Saint Victrice.
C'est à vous , Monsieur , à m'apren
dre maintenant s'il y eut dès le quatrié
me siecle à Rouen , une Eglise dédiée
sous l'Invocation de quelques Saints de
Milan ; car Saint Victrice dir que les fon-
demens des Bâtimens étoient déja jettés,
qu'il falloit maintenant ériger les Aurels.
Je ne sçaurois entendre à la lettre le
passage d'Orderic , qui dit que Saint Mel-
lon , votre premier Evêque avoit été in-
humé in Crypta Basilica S. Gervasii. Il
veut dire aparemment dans une Crypte
sur laquelle fut bâtie depuis l'Eglise de
Saint Gervais. Son témoignage prouve
assés
922 MERCURE DE FRANCE
assés que l'Eglise de Saint Gervais , qui
est aux Fauxbourg Occidental de votre
Ville , passoit de son temps pour être
très anciene. Le titre d'Abbaye qu'elle
avoit au XIe. siecle , la belle Crypte
qu'on y voit,sont autant d'indices de son
antiquité. Je croirois volontiers que ç'au-
roit été là que Saint Victrice déposa les
Reliques qu'on lui aporta de Milan , et
que ce fut la premiere Eglise Cimeteriale
du Clergé de Rouen. Vous pouvez re-
former mes conjectures , si elles font
fausses. Je ne suis jamais descendu dans la
Crypte de Saint Gervais , pour juger du
temps de son édifice.
Ce furent sans doute , les fruits que
Saint Victrice fit dans le temps qu'il
passa sur les côtes , qu'on apelle aujour-
d'hui le Pontieu et le Boulenois, qui en-
gagerent les Evêques de la Grande Breta-
gne à l'apeller dans leur Isle. Si la re-
marque de Scaliger sur le mot de Nervi-
ci litioris , au lieu duquel il voudroit qu'on
lût Ebruicani littoris , étoit mieux apuyée,
il sembleroit que ce seroit aux environs
d'York que Saint Victrice auroit été
évangeliser.
Si le Public souhaite que l'opuscule de
votre S.Evêque paroisse en entier, il fera
facile de le donner avec quelques notes.
11
MAY.
1737
923
Test tiré d'un Manuscrit de mille ans ,suc
lequel un Auteur de sept ou huit cent
ans a voulu faire des remarques qui sont
souvent fausses . J'oublicis de vous dire
que S. Victrice se nomme lui- même dans
ce petit Ouvrage. On y verra avec satis-
faction une nouvelle preuve de l'anti-
quité des pratiques de l'Eglise Catholi-
que , exprimées dans le langage du qua-
triéme siecle. Je ne sçai si ce Traité ne
seroit point celui de Laude generali om-
nium Maryrum , que Gennade a attribué
à Saint Paulin , et lequel ne se retrouve
plus. Le Copiste du Manuscrit de mille
ans avoit cru que cet Ouvrage de Vic-
trice , étoit de Saint Ambroise , et lui
avoit donné mal à propos ce titre , Inci-
pit Liber ejusdem ( Ambrosii ) de Laude
Sanctorum.
Les Historiens de votre premier Evê-
que Saint Mellon , le font Breton de nais-
sance , et quelques Auteurs comme Pos-
sevin lui attribuent des Homelies . J'a-
prehende qu'il n'y ait un peu de confu-
sion , au moins quant au dernier chef ,
et que les prétendues Homelies de Saint
Mellon ou Mellaine de la Grande Bre-
tagne , ne soient le Traité de Saint Vic-
trice , qui est assés en style de discours
public. On a cru jusqu'ici que Saint Vie-
trice
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé,M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou-
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocese dans le Pays Rethelois,
se
"
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit -il , dua-
bus à Mosomago leugis LeVillage de Bran
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum
:
la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas. Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville , ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ , fiit souvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun . Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
ац
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne Les Montagnes auprès des-
quelles il est, valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be-
nedictin , pag. 189. Pa dit situé juxia
sinung
dun ,
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritate fua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très-élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septiéme siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
( Duchêne Tom. 2. pag. 292. ) Au
Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28.
E
dixième
924 MERCURE DE FRANCE
trice étoit né ou dans l'Artois ou dans
Le Pays Boulenois ; mais l'endroit de la
18e. Epitre de Saint Paulin , sur lequel
uniquement cela est fondé , peut prouver
également , et même encore mieux , que
c'étoit dans la Grande Bretagne qu'il
avoit pris naissance. Te in lucem populi
sui de extimo , ou extremo orbis eduxit Do-
minus. En ce cas Saint Victrice dut natu-
rellement être porté à ſecourir sa Patrie.
Je vous suis très- obligé, M.du petit mot
que vous avez marqué dans votre Dis-
sertation par raport à mon sentiment sur
la signification du mot Dunum. Je trou
ve encore de temps en temps ( sans les
chercher ) des exemples de Lieux situés
sur des Montagnes ou à mi- côte , ou au
bas de quelque Montagne considérable
dont le nom latin se termine par ce cé-
lebre mot , dont la signification m'avoit
été contestée par le R. P. du Plessis . Une
personne qui a vu le Village de Senuc
au Diocèse de Rheims , où fut marty-
rifé Saint Oricle , par les Vandales du
cinquième siecle , m'a assuré que ce Vil-
lage nommé en latin Sindunum , est à
mi-côte sur une Montagne. C'est un Lieu
fameux dans l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Kemi de Rheims. Staonne qui est
au même Diocèse dans le Pays Rethelois,
se
་
MAY.
1737.
925
se dit en latin Stadonum ou Stadunum.
Le P. Mabillon nous fait en deux mots
dans sa Diplomatique la Discription de
sa situation , in edito colle , dit-il , dua-
bus à Masomago lengis LeVillage de Bran-
don au Diocèse de Mâcon est fort connu
par les Titres de l'Abbaye de Cluny , dont
il est peu éloigné. Ces Titres latins du
Monastere qui sont du onzième et dou-
ziéme siecle , l'apellent Brancidunum et
Brancedunum la Montagne auprès de
laquelle il est situé , est si considéra-
ble qu'elle est même figurée dans quel-
ques Cartes. Dun au Diocèse de Rheims
est dans le même cas, Le Prieuré
nommé Artun ou Artas , est situé sur
une hauteur à quelques lieuës de Lyon ;
Aussi les Titres de Cluny que l'on peut
voir cités dans le P. Mabillon ,T. 4. An-
nal. pag. 104. l'apellent ils Artedunum.
A Saverdun au Comté de Foix , il y a la
haute et la basse Ville, ce qui supose une
Montagne. L'Histoire des Evêques du
Mans , recueillie au neuviéme siecle ou
environ ,fiitsouvent mention d'un Lieu
qu'elle apelle Baladon ou Baladun. Or je
sçais par une personne qui a passé dans ce
Bourg du Pays du Maine , qu'il est situé
sur une Montagne ronde , seule et isolée
comme la Ville de Laon. Le Château est
au
926 MERCURE DE FRANCE
au sommet,et l'on voit de là tous les Pays
voisins en rond. On l'apelle aujourd'hui
Bâlon . Une Montagne que D. Duplessis
peut voir de sa fenêtre , est celle de Meu-
don. Le Village est à la verité dans le
bas de cette Montagne comme à Bran-
don , et en d'autres Endroits ; mais cela ne
change point le fond de la chose : les Châ-
teaux Seigneuriaux par où ces Villages
ont commencé étoient en haut. Or je
suis persuadé que le vrai nom Latin de
cette Montagne est Modunum ou Moldy--
"num. J'en tire la preuve du Pouiller de
l'Evêché de Paris , écrit au commence-
ment du treiziéme siecle , dont voici le
contenu au feuillet 4. Ecclesiæ pertinentes
ad donationem Episcopi in Decanatu Cas-
tri-Fortis. Ecclesia de Issiaco , Ecclesia de
Modun , Ecclesia de Seva , Ecclesia de
Columbis , Ecclesia de Rodolio. Quoique
nous prononcions aujourd'hui Meudon ,
il n'en est pas moins veritable , qu'au
treiziéme siecle et auparavant on pronon-
çoit Modun. Je n'omettrai point de vous
parler du célebre Monastere de Redon
en Bretagne : Les Montagnes auprès des-
quelles il est,valent bien celle de Meudon .
Un ancien Auteur dont l'Ouvrage se lit
au second Tome du quatriéme siecle Be
nedictin , pag. 189. l'a dit situé juxia
sinung
"
MAY.
1737.
927
sinum duorum fluminum , montibus proce
ritatefua polo vicinus : et fondé in verti-
ce Bellimontis : Et à la page 210. il dit ,
At ubi de cacumine montis descenderunt qui
Monasterio imminet. Cette Description
représente ce Lieu ,comme si on le voyoit.
Les Rochers très -élevés que l'Historien
de la Vie de Saint Martin , dit être au-
3
dessus de Marmoutiers , proche Tours,
suffisent par la même raison , pour avoir
fait donner à cette Ville le nom de Ca
sarodunum.
Si l'argument que D. Duplessis a tiré
de votre Ruisseau du Pays de Caux eût
valu quelque chose , et qu'on eût peu di-
re qu'une preuve que Dun ne signifioit
pas Montagne chés les Celtes , c'est que
ce nom se trouve donné à une eau cou-
lante , on eut pû dire également qu'il
ne signifie ni Vallée ni Montagne , puis-
qu'on trouve des noms d'hommes qui
finissoient également par Dunus. J'en
aperçois dans les mêmes Pays , où Dun
étoit employé pour signifier une Mon-
tagne. A Arles ou à Aix il y eut un Evê-
que apellé Chadunau septième siecle.
En Espagne un Capitaine de Tortose
E
•
au neuviéme siecle , se nommoit Abai-
dun , ( Duchêne Tom. 2. pag. 292, ) Au
* Hist. de l'Abbaye Saint Denis , page 28 .
dixième
928 MERCURE DE FRANCE
dixiéme siecle, un Evêque de Lindisfarne
en Angleterre , portoit le nom d'Aldun
( Tom. 4. Annal. Bened. pag. 96. ) Dira-
t'on à cause de ces trois exemples , que
Dun signifie un homme ? Et parce que
voilà trois personnes de l'antiquité qui
l'ont eu dans leur nom , seroit-on bien
venu à dire que ce n'étoit pas un nom
de chose ? On feroit très-mal fondé à
tirer cette conclusior . Bucanan m'a pa-
ru aussi très-formel dans son Histoire
d'Ecosse , en faveur de mon interpreta-
tation. Au feüillet 5. de l'Edition de
1583. il dit : Secat regionemfluvius unus
qui memoratu sit dignus Carron , juxta
quem aliquot vetusta funt monumenta. Ad
lavam Carrontis duo terreni funt tumuli ha
minum operâ ( ut res indicat ) adificati ;
vulgo Duni pacis appellari. Voilà des émi-
nences de Terre , qu'en Ecosse on apelle
Duns-Bei , pour dire Montagne de paix.
Il dit plus bas , cujus pacis monumentum
bi colles effent , quod illic terminum fue
ditionis Romani statuissent. Si Bucanan
peut faire foy pour le Celtique qui avoit
pénétréjusques dans l'Ecosse , le Pere Lo-
bineau peut être écouté pour ce qui est
du Celtique des Gaules. Ce Sçavant His-
torien de Bretagne , pag 6. de la Préface
de ces preuves , nous insinue à la verité
qu'en
MAY.
1737.
929
qu'en Breton , Dordon signifie eau pro-
fonde ; mais aussi-tôt il ajoûte que
che
Uche
et Dun marquent aussi en Breton des
hauts lieux , des éminences. Je tiens
(comme vous voyez ) la promesse que
jai faite à M. Maillart de ramasser tous
les témoignages qui se présenteroient
pour fortifier l'ancien sentiment. Nous
verrons quelles observations Dom Du-
Plessis fera sur tout cela dans l'Histoire
de votre Diocése. Je suis , & c.
A Paris le 10. Février 1737.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Le Beuf, Chanoine d'Auxerre, à M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen.
Le chanoine Le Beuf d'Auxerre adresse une lettre à M. Clerot, avocat au Parlement de Rouen, pour partager une découverte historique concernant Rouen. Il mentionne un manuscrit découvert à l'abbaye de Saint-Gall, attribué à Saint Victrice, évêque de Rouen. Ce manuscrit traite des reliques de saints, notamment celles de Saint Jean-Baptiste et Saint André, apportées à Rouen depuis la Grande-Bretagne. Saint Victrice y décrit également des célébrations, des professions de foi et une défense de la divinité de Jésus-Christ contre les ariens. Saint Paulin de Nole possédait un exemplaire de cet ouvrage, comme il le mentionne dans une de ses lettres. Le texte explore l'histoire religieuse de Rouen, soulignant les figures de Saint Victrice et Saint Mellon. Il évoque une église dédiée à des saints de Milan à Rouen dès le quatrième siècle et la crypte de l'église Saint-Gervais, potentiellement le premier lieu de dépôt des reliques. Le Beuf discute également des origines possibles de Saint Victrice en Grande-Bretagne. Le texte examine la signification du terme 'Dunum' dans divers lieux géographiques, souvent associés à des montagnes ou des hauteurs. Des exemples incluent Baladon dans le Pays du Maine, Meudon près de Paris, et Senuc dans le Diocèse de Reims. Le nom latin de la montagne de Meudon est Modunum ou Moldunum, attesté par un document du début du XIIIe siècle. D'autres exemples sont cités en Bretagne, près de Tours, et dans diverses régions. Le terme 'Dun' chez les Celtes désigne des montagnes, des vallées, ou des noms de personnes, une interprétation confirmée par Buchanan et le Père Lobineau. La lettre liste plusieurs églises relevant de la donation d'un évêque dans le Décanat de Castrum-Fortis, incluant Meudon, alors appelé Modun. Elle compare les montagnes de Meudon à celles du monastère de Redon en Bretagne et mentionne les rochers élevés près de Marmoutiers, proches de Tours. La lettre est datée du 10 février 1737.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4554
p. 929-932
ELEGIE.
Début :
EN quels lieux fuyez-vous, trop aimable Silvie ? [...]
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texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
ELEGIE.
EN quels lieux fuyez-vous, trop aimable Silvie ?
En vain depuis long-temps la fortune ennemie
Ne fait tomber sur moi que des yeux de cour
roux;
Helas ! elle a bien moins de cruauté que vous !
J'avois cru jusqu'ici que c'étoit sa puissance ,
Qui même,malgré vous,m'ôtoit toute esperancej
J'avois cru qu'à Tircis l'Hymen vous engageant,
Vous aimeriez toujours votre premier Amantg
Je commence à sentir toute mon infortune ,
Et la lumiere enfin me devient importune.
J'aprends , pour mon malheur , en ce funeste
jour ,
E ij
Que
930 MERCURE DE FRANCE
Que l'Hymen dans votre ame a fait naître l'a
II
vous
mour;
La jeunesse pour moi n'est plus un avantage :
Four vous plaire il faudroit avoir un peu plus
d'âge.
Vous préférez l'amour du vieux Tircis au mien,
Malgré son air rêveur et son grave maintien;
Toujours morne et pensif, pour flateuses avances,
fait
par amour de longues remontrances;
Elles valent pour vous les plus tendres aveux ;
A ses moindres leçons pour lui croissent vos feux;
Mais ce qui met le comble à mon malheur ex-
trême ,
C'est de voir sur ses pas voler tout ce que j'aime
Que, lorsque disparoît cet Argus si jaloux,
Le plaisir de vous voir m'est enlevé par vous
je me convaincs alors , trop ingrate Silvie
Je me convaincs alors de votre perfidie ;
Lorsqu'un trompeur espoir soulageoit mes sou
pirs ,
Pourquoi donc me ravir ce reste de plaisirs
Mais non, à vos desseins je rends plus de justice,
Si de l'amour en vous j'éprouve le caprice ,
Il sçait l'autoriser par un choix glorieux.
Quelqu'un des trois Bergers qui vinrent en ces
lieux ,
Ou Lislor , ou Lisis , ou l'empressé Crisante
Me ravit l'autre jour le cœur de mon Amante
Le départ de Tircis secondant vos desirs ,
Allez
MAY.
17378
Allez au plus heureux donner mille plaisirs.
Des plus nobles talens le brillant avantage
Lislor , favorisé par la docte Minerve ,
beaux jours ,
93
Les distingue tous trois dans notre voisinage ;
Ils sçavent, quand il faut , soupirer avec art ,
Et moi,pour mon malheur, je vous aime sans fard;
Sent souvent les transports d'une féconde verve;
Il sçait , en vers pompeux dans le temps des
Se plaindre et soupirer pour de feintes amours;
11 charme également , soit qu'assis près d'un
hêtre ,
Il enfle , à son loisir , une Flûte champêtre ,
Ou soit que se servant des plus tendres pipaux ,
Il mêle ses accens au doux chant des Oiseaux;
Dans ses vers aprouvés par les neuf doctes Fées ,
Il se plaît de Bacchus à chanter les trophées ;
Il parle élegamment de Pomone et Cerès ,
Des timides troupeaux , des monts et des forêts.
Les deux autres ont pû , par leur active adresse ,
Ainsi que votre estime avoir votre tendresse ;
L'honneur d'avoir été couronnés dans nos jeux ,
A pu leur mériter de vivre sous vos nœuds.
Helas !
s'il est ainsi , partez en diligence ;
Allez donc profiter de leur chere presence.
Usez à votre gré de votre liberté.
Privez-moi du bonheur que j'ai tant souhaité ;
Du choix le plus honteux me fissiez-vous l'ou
trage ,
E iij
Tircis
932 MERCURE DE FRANCE
Tircis sur mon amour eût-il quelque avantage ,
Et me quittassiez- vous pour le suivre.... Ah
mourir !
Plûtôt que me resoudre à ne vous pas cherir.
Soit enfin
que l'Amour, sous un fateur auspice,
Aux atraits séducteurs de quelque autre Nar-
cisse,
Qui des vôtres épris, dépoüille sa fierté ,
Et vous céde , attendri , le prix de la beauté ,
Soit , dis-je , qu'à ses vœux il vous rende sen-
sible ,
Et que pour lui j'éprouve un départ si terrible
Ah ! du moins succombant à mon mortel ennui,
Je sçaurai me montrer plus amoureux que lui.
EN quels lieux fuyez-vous, trop aimable Silvie ?
En vain depuis long-temps la fortune ennemie
Ne fait tomber sur moi que des yeux de cour
roux;
Helas ! elle a bien moins de cruauté que vous !
J'avois cru jusqu'ici que c'étoit sa puissance ,
Qui même,malgré vous,m'ôtoit toute esperancej
J'avois cru qu'à Tircis l'Hymen vous engageant,
Vous aimeriez toujours votre premier Amantg
Je commence à sentir toute mon infortune ,
Et la lumiere enfin me devient importune.
J'aprends , pour mon malheur , en ce funeste
jour ,
E ij
Que
930 MERCURE DE FRANCE
Que l'Hymen dans votre ame a fait naître l'a
II
vous
mour;
La jeunesse pour moi n'est plus un avantage :
Four vous plaire il faudroit avoir un peu plus
d'âge.
Vous préférez l'amour du vieux Tircis au mien,
Malgré son air rêveur et son grave maintien;
Toujours morne et pensif, pour flateuses avances,
fait
par amour de longues remontrances;
Elles valent pour vous les plus tendres aveux ;
A ses moindres leçons pour lui croissent vos feux;
Mais ce qui met le comble à mon malheur ex-
trême ,
C'est de voir sur ses pas voler tout ce que j'aime
Que, lorsque disparoît cet Argus si jaloux,
Le plaisir de vous voir m'est enlevé par vous
je me convaincs alors , trop ingrate Silvie
Je me convaincs alors de votre perfidie ;
Lorsqu'un trompeur espoir soulageoit mes sou
pirs ,
Pourquoi donc me ravir ce reste de plaisirs
Mais non, à vos desseins je rends plus de justice,
Si de l'amour en vous j'éprouve le caprice ,
Il sçait l'autoriser par un choix glorieux.
Quelqu'un des trois Bergers qui vinrent en ces
lieux ,
Ou Lislor , ou Lisis , ou l'empressé Crisante
Me ravit l'autre jour le cœur de mon Amante
Le départ de Tircis secondant vos desirs ,
Allez
MAY.
17378
Allez au plus heureux donner mille plaisirs.
Des plus nobles talens le brillant avantage
Lislor , favorisé par la docte Minerve ,
beaux jours ,
93
Les distingue tous trois dans notre voisinage ;
Ils sçavent, quand il faut , soupirer avec art ,
Et moi,pour mon malheur, je vous aime sans fard;
Sent souvent les transports d'une féconde verve;
Il sçait , en vers pompeux dans le temps des
Se plaindre et soupirer pour de feintes amours;
11 charme également , soit qu'assis près d'un
hêtre ,
Il enfle , à son loisir , une Flûte champêtre ,
Ou soit que se servant des plus tendres pipaux ,
Il mêle ses accens au doux chant des Oiseaux;
Dans ses vers aprouvés par les neuf doctes Fées ,
Il se plaît de Bacchus à chanter les trophées ;
Il parle élegamment de Pomone et Cerès ,
Des timides troupeaux , des monts et des forêts.
Les deux autres ont pû , par leur active adresse ,
Ainsi que votre estime avoir votre tendresse ;
L'honneur d'avoir été couronnés dans nos jeux ,
A pu leur mériter de vivre sous vos nœuds.
Helas !
s'il est ainsi , partez en diligence ;
Allez donc profiter de leur chere presence.
Usez à votre gré de votre liberté.
Privez-moi du bonheur que j'ai tant souhaité ;
Du choix le plus honteux me fissiez-vous l'ou
trage ,
E iij
Tircis
932 MERCURE DE FRANCE
Tircis sur mon amour eût-il quelque avantage ,
Et me quittassiez- vous pour le suivre.... Ah
mourir !
Plûtôt que me resoudre à ne vous pas cherir.
Soit enfin
que l'Amour, sous un fateur auspice,
Aux atraits séducteurs de quelque autre Nar-
cisse,
Qui des vôtres épris, dépoüille sa fierté ,
Et vous céde , attendri , le prix de la beauté ,
Soit , dis-je , qu'à ses vœux il vous rende sen-
sible ,
Et que pour lui j'éprouve un départ si terrible
Ah ! du moins succombant à mon mortel ennui,
Je sçaurai me montrer plus amoureux que lui.
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Résumé : ELEGIE.
Le poème 'Élégie' relate la douleur d'un amant rejeté par Sylvie, qui a préféré Tircis. Le poète se sent trahi par la fortune et l'ingratitude de Sylvie, qui apprécie Tircis pour son expérience et sa sagesse. Il regrette que Sylvie soit séduite par les conseils moralisateurs et ennuyeux de Tircis. Sylvie est également entourée de bergers talentueux comme Lislor, Lisis et Crisante, qui possèdent des qualités artistiques et poétiques et ont gagné son estime. Cette situation accentue la souffrance du poète. Bien qu'il accepte la décision de Sylvie, il exprime son désir de mourir plutôt que de cesser de l'aimer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4555
p. 932
« On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes du Mercure d'Avril par Bouton, [...] »
Début :
On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes du Mercure d'Avril par Bouton, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes du Mercure d'Avril par Bouton, [...] »
On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes
du Mercure d'Avril par Bouton,
Maison , Poitrine, fier, et Clamor. On
trouve dans le premier Logogry phe Mai,
ais , son, amo , Jonas, main , Minos , Sion,
Sina , as , Simon, ami , anis ,Jason , onam,
nom , os , ïo , ino , an , mois , Naïm, Mons,
le Mans,Siam , foas, soin, mi , et si. Dans
le second , le Po , Pot , Pont , Port , Porte,
Point , Pointe , Poire , Porc , Prône , Pie ,
Pin , Pinte, Pite , Pion , Peintre , Pieri.
Dans le troisième , If, fer , et Ré , note
de Musique. Et dans le quatrième , Clam,
Amor, Roma , et Lac.
du Mercure d'Avril par Bouton,
Maison , Poitrine, fier, et Clamor. On
trouve dans le premier Logogry phe Mai,
ais , son, amo , Jonas, main , Minos , Sion,
Sina , as , Simon, ami , anis ,Jason , onam,
nom , os , ïo , ino , an , mois , Naïm, Mons,
le Mans,Siam , foas, soin, mi , et si. Dans
le second , le Po , Pot , Pont , Port , Porte,
Point , Pointe , Poire , Porc , Prône , Pie ,
Pin , Pinte, Pite , Pion , Peintre , Pieri.
Dans le troisième , If, fer , et Ré , note
de Musique. Et dans le quatrième , Clam,
Amor, Roma , et Lac.
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Résumé : « On a dû expliquer l'Enigme et les Logogryphes du Mercure d'Avril par Bouton, [...] »
Le texte explique les énigmes et logogryphes du Mercure d'Avril par Bouton. Le premier logogryphe utilise des mots comme 'Mai', 'son', 'Jonas', 'main', 'Minos'. Le second inclut 'Po', 'Pont', 'Porte', 'Point'. Le troisième mentionne 'If', 'fer' et la note de musique 'Ré'. Le quatrième logogryphe comprend 'Clam', 'Amor', 'Roma', 'Lac'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4556
p. 933
ENIGME.
Début :
Je dois ma naissance à la Terre ; [...]
Mots clefs :
Papier
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
E dois ma naissance à la Terre ;
Le Auide Elément préside à ma façon.
Je proclame la Paix , je déclare la Guerre :
L'Aveugle ne sçauroit prendre de moi leçon.
Paisible confident des secrets des Puissances ,
Je regle par tous les Etats .
Je porte à la douceur , je nourris les vengeances.
Je brûle au milieu des Combats.
On ne sçauroit sans moi régler aucune affaire,
Tant je sus par tout nécessaire.
Aux Amans éloignés , je suis d'un grand secours.
Mon corps en mille endroits galope nuits et jours
Susceptible à la fois de bonté , de malice :
Mes Emplois sont bien différens,
Tantôt je sers à l'artifice ,
Tantôt la vertu je défen s .
L'Homme est si peu constant, si leger, si volage:
Qu'après m'avoir ardemment désiré :
Il me met au plus vil usage .
Mon moindre sort est d'être laceré .
J. B. C. C. De F.
E dois ma naissance à la Terre ;
Le Auide Elément préside à ma façon.
Je proclame la Paix , je déclare la Guerre :
L'Aveugle ne sçauroit prendre de moi leçon.
Paisible confident des secrets des Puissances ,
Je regle par tous les Etats .
Je porte à la douceur , je nourris les vengeances.
Je brûle au milieu des Combats.
On ne sçauroit sans moi régler aucune affaire,
Tant je sus par tout nécessaire.
Aux Amans éloignés , je suis d'un grand secours.
Mon corps en mille endroits galope nuits et jours
Susceptible à la fois de bonté , de malice :
Mes Emplois sont bien différens,
Tantôt je sers à l'artifice ,
Tantôt la vertu je défen s .
L'Homme est si peu constant, si leger, si volage:
Qu'après m'avoir ardemment désiré :
Il me met au plus vil usage .
Mon moindre sort est d'être laceré .
J. B. C. C. De F.
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4557
p. 934
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis plein de réjoüissance ; [...]
Mots clefs :
Opéra
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
J
E suis plein de réjouissance ;
J'assemble Peuple et grands Seigneurs
A Marscille , à Lyon , en d'autres Lieux de France ;
Mais à Paris surtout sont mes Adorateurs.
Mon nom est dérivé de la Langue Latine ;
L'Italie est mon origine ,
Prends-le de suite , il fournit quatre mots
Toûjours dans le même langage ,
Une exclamation , un secours dans les maux
Ce qu'un Meunier garde dans son ménage ,
Ce dont tout le monde a l'usage..
Mon Anagrame est du tout le plus fin ;
Terme respectueux , sans aller au Devin.
J
E suis plein de réjouissance ;
J'assemble Peuple et grands Seigneurs
A Marscille , à Lyon , en d'autres Lieux de France ;
Mais à Paris surtout sont mes Adorateurs.
Mon nom est dérivé de la Langue Latine ;
L'Italie est mon origine ,
Prends-le de suite , il fournit quatre mots
Toûjours dans le même langage ,
Une exclamation , un secours dans les maux
Ce qu'un Meunier garde dans son ménage ,
Ce dont tout le monde a l'usage..
Mon Anagrame est du tout le plus fin ;
Terme respectueux , sans aller au Devin.
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4558
p. 934-935
AUTRE.
Début :
Je suis legere, et je fais l'ornement [...]
Mots clefs :
Feuille
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E suis legere , et je fais l'ornement
D'un lieu sans moi dépouillé d'agrément
Cher Lecteur , en veux- tu connoître d'avantage?
Tu te feras en un moment ,
De mon Anatomie un divertissement.
Commençons : De mon nom sept pieds font
l'assemblage ;
Les trois premiers t'offrent un Elément ;
A mes quatre derniers , joins encore ma tête ,
Je
MAY.
935 1737.
Je plais , j'inspire de l'Amour ;
Sans moi le plus galant séjour
N'offiiroit qu'une triste Fête.
Prends -tu ma premiere moitié ,
Menu , long , d'un corps délié ,
J'unis , j'attache , je ressere.
4. 2. et 5. Nouvel arrangement ;
Je suis symbole ou cause de colere.
3.4 et 2. chose bien chere ,
Tâches d'en profiter , et quand ? dès ce moment.
Souvent il n'est plus temps , quand on pense à le
faire.
7. 6. 4. suivi de deux ,
Je suis le nom d'un Prophete fameux.
6. 4. et 7. le reste déplorable
D'un bon vin vieux , mais qui n'est plus potable
5. 7. 3. 4. un des Fils d'Israël .
Dont les Neveux n'eurent aucun partage
Aux Champs jadis promis par l'Etefnel.
3. 4. 2.-6. 7. au milieu du Village ,
Bergers dansent au bruit de mes tons ennuyeux
Mais j'en dis trop , Lecteur , dévine si tu peux.
J. N. M
E suis legere , et je fais l'ornement
D'un lieu sans moi dépouillé d'agrément
Cher Lecteur , en veux- tu connoître d'avantage?
Tu te feras en un moment ,
De mon Anatomie un divertissement.
Commençons : De mon nom sept pieds font
l'assemblage ;
Les trois premiers t'offrent un Elément ;
A mes quatre derniers , joins encore ma tête ,
Je
MAY.
935 1737.
Je plais , j'inspire de l'Amour ;
Sans moi le plus galant séjour
N'offiiroit qu'une triste Fête.
Prends -tu ma premiere moitié ,
Menu , long , d'un corps délié ,
J'unis , j'attache , je ressere.
4. 2. et 5. Nouvel arrangement ;
Je suis symbole ou cause de colere.
3.4 et 2. chose bien chere ,
Tâches d'en profiter , et quand ? dès ce moment.
Souvent il n'est plus temps , quand on pense à le
faire.
7. 6. 4. suivi de deux ,
Je suis le nom d'un Prophete fameux.
6. 4. et 7. le reste déplorable
D'un bon vin vieux , mais qui n'est plus potable
5. 7. 3. 4. un des Fils d'Israël .
Dont les Neveux n'eurent aucun partage
Aux Champs jadis promis par l'Etefnel.
3. 4. 2.-6. 7. au milieu du Village ,
Bergers dansent au bruit de mes tons ennuyeux
Mais j'en dis trop , Lecteur , dévine si tu peux.
J. N. M
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4559
p. [9]36
« TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière, des Couleurs, du Son, et [...] »
Début :
TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière, des Couleurs, du Son, et [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière, des Couleurs, du Son, et [...] »
TRAITÉ PHYSIQUE de la Lumière,
des Couleurs, du Son, et
des differens Tons , dédié au Duc de
Chartres , par M. Jean Bannieres. T. 1.
contenant le Traité de la Lumiere et des
Couleurs , 1737. in- 12. A Paris , chés
la Veuve Mazieres, et J. B. Garnier, Im-
primeurs- Libraires de la Reine , ruë S.
Jacques , à la Providence. Le second To-
me, où l'Auteur se propose de traiter
du Son et des differens Tous , doir pa-
roître incessamment.
des Couleurs, du Son, et
des differens Tons , dédié au Duc de
Chartres , par M. Jean Bannieres. T. 1.
contenant le Traité de la Lumiere et des
Couleurs , 1737. in- 12. A Paris , chés
la Veuve Mazieres, et J. B. Garnier, Im-
primeurs- Libraires de la Reine , ruë S.
Jacques , à la Providence. Le second To-
me, où l'Auteur se propose de traiter
du Son et des differens Tous , doir pa-
roître incessamment.
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4560
p. [9]36
« La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux et Comiques, Ouvrage Périodique, [...] »
Début :
La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux et Comiques, Ouvrage Périodique, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux et Comiques, Ouvrage Périodique, [...] »
La Suite des nouveaux Amusemens Sérieux
et Comiques, Ouvrage Périodique,
qui avoit été interrompu depuis quelque
temps , paroît chés Guillaume , rue Dau-
phine, c'est le même Libraire qui les avoit
commencés. On trouve dans les cinq ou
six feuilles qui ont parû depuis la reprise,
un Recueil choisi d'Historiettes , de Poë
sles et autres petites Pieces fugitives , très-
capables de répondre au titre de la feuille.
et Comiques, Ouvrage Périodique,
qui avoit été interrompu depuis quelque
temps , paroît chés Guillaume , rue Dau-
phine, c'est le même Libraire qui les avoit
commencés. On trouve dans les cinq ou
six feuilles qui ont parû depuis la reprise,
un Recueil choisi d'Historiettes , de Poë
sles et autres petites Pieces fugitives , très-
capables de répondre au titre de la feuille.
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4561
p. [9]36-937
« DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P. [...] »
Début :
DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P. [...] »
DE L'AMOUR DE DIEU, ses Motifs, ses Qualités, ses Effets. Par le R. P.
ses
MAY.
1737.
937
Pallu , de la Compagnie de Jesus. A Pa-
ris , chès Marc Bordelet , rue S. Jacques ,
vis -à-vis le College des Jesuites , à Saint
Ignace. 1737. in- 12.
ses
MAY.
1737.
937
Pallu , de la Compagnie de Jesus. A Pa-
ris , chès Marc Bordelet , rue S. Jacques ,
vis -à-vis le College des Jesuites , à Saint
Ignace. 1737. in- 12.
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4562
p. 937-944
Memoires pour servir à l'Histoire de Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire de Hommes Illustres, [titre d'après la table]
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des
Hommes Illustres dans la République des
Lettres , &c. A Paris, chés Briasson, rue
S. Jacques , à la Science. M. DCC .
XXXVI. T. XXX V.
Les Sçavans Illustres , dont il est par-
lé dans ce dernier Volume du Recueil
de R. P. Niceron , sont au nombre de
trente-quatre. Leurs Articles se font lire
avec plaisir , et aprennent plusieurs sin-
gularités litteraires. On en jugera par
celui de Pierre Dortigue de Vaumoriere,
que nous allons , selon notre coûtume ,
donner ici en son entier.
Pierre Dortigue Sr de Vaumoriere , étoit
natif d'Apt en Provence , et sortoit d'u-
ne Famille noble. Etant venu s'établir à
Paris , il donna dans le goût qui regnoit
alors , et composa plusieurs Romans et
divers autres Ouvrages , qui lui firent
honneur , et lui acquirent de la répu-
tation.
Il eut par-là entrée dans l'Académie
de l'Abbé d'Aubignac , qui étoit com-
E vj
posée
938 MERCURE DE FRANCE
posée de Personnes de mérite et d'érudi-
tion , et il en devint même Sous Di-
recteur.
On ignore les particularités de sa Vie.
Richelet nous aprend seulement qu'il
étoit brouillé avec la Fortune , et qu'il
avoit été prisonnier au Châtelet pendant
trois semaines ; mais il n'en dit point le
sujet. I mourut âgé en 1693 apa-
remment dans le mois de Septembre
puisque sa mort fut annoncée dans le
Mercure du mois d'Octobre de la même
année.
Mlle. de Scudery , qui a donné son
Eloge , n'y a rien dit de sa naissance , 'ni
de sa mort , ni de sa fortune ; elle
s'est
bornée aux bonnes qualités de son esprit
et de son cœur. En voici les principaux
traits.
M. de Vaumoriere étoit un Gentil-
homme , illustre par sa naissance , et dis-
tingué par un grand nombre d'Ouvra-
ges estimés. Sa moindre qualité étoit son
bel esprit. Il brilloit par- tout ; mais il
étoit encore plus honnête Homme , qu'il-
n'étoit Homme de Lettres. Il avoit l'es-
prit vif, les sentimens naturels et nobles,
Is idées justes et distinctes , les expres-
sions gayes et hardies , les manieres dou-
ces et engageantes , le cœur au dessus de
son
MAY.
1737.
939
son pouvoir et de son état .Généreux , em-
pressé , noble , prévenant , ne connois-
sant d'autre interêt que celui de ses amis ,
et d'autre plaisir que celui d'en faire ; il
n'avoit rien à lui , tous ceux qui le con-
noissoient étoient plus maîtres de son
bien que lui- même. Il disoit toujours que
l'argent et le cœur ne sont bons que lors-
qu'on les donne à quoi il ajoûtoit que
c'étoit un moindre mal d'être dupe, que
de craindre toujours d'être dupé. Dans
un âge fort avancé il conservoit tout le
feu d'une belle jeunesse ; il étoit enjoüé
et galant dans les ruelles , modeste avec
les Gens d'esprit , réjouissant et solide
avec les jeunes Gens : toujours doux ,
toujours poli , toujours agréable en tou-
tes sortes de societés ;
il portoit la joye
et le plaisir avec lui. Sa seule presence
avoit l'art de réveiller une conversation
assoupie. Il avoit et des idées et des ter-
mes que personne ne pouvoit prévoir, et
c'étoit toujours chose nouvelle . Les Gra-
ces ornoient tous ses discours , et la dou-
ceur de son naturel se répandoit sur ses
paroles: Il parloit bien , il écoutoit en-
core mieux , et sa complaisance déterroit
dans les Gens certain mérite et certain
tour d'esprit qu'ils ne connoissoient pas
eux-mêmes. Le don de conversation n'a
jamais
940 MERCURE DE FRANCE
jamais été prodigué avec plus d'avantage
par la nature. Sa facilité étoit soûtenuë
d'un fond qu'on ne trouve guere.
'Il avoit une connoissance parfaite de
l'Antiquité. Il n'y a pas un nom connu
dans l'Histoire , sur lequel il ne sçût un
détail curieux et peu connu . Il sçavoit
mettre entre l'Histoire et la Fable un
raport vraisemblable , qui persuadoir
agréablement. Il étoit vif et précis dans
ses narrations , surprenant dans ses pein-
tures , sçavant dans ses remarques , en-
nemi des parentheses , enjoüé , naturel ,
éloquent , et suivi par - tout.
Il est à présumer , dit le P. Niceron ,
qu'il y a un peu d'exageration dans tout
cela , et que l'amitié de Mademoiselle
de Scudery pour Vaumoriere le lui a fait
representer avec les mêmes couleurs qui
lui servoient à peindre les Héros de ses
Komans.
Catalogue de ses Ouvrages.
Le Grand Scipion .
Paris , 1658.
in-8. quatre Volumes. On étoit alors
dans le goût des grands Romans , et
Vaumoriere crût ne pouvoir mieux se
produire dans le monde , qu'en compo-
sant quelque chose en ce genre. Ce goût
ayant change quelque temps après ,
il
nc
MAY.
1737.
941
ne donna plus que de petites Nouvelles.
2. Il a continué Pharamond , Roman
de la Calprenede, qui en avoit donné sept
Volumes , et y en a ajoûté cinq autres,
dont le premier parut en 1665. in-8 . M.
de Salo parla fort avantageusement de
cette continuation dans le Journal des
Sçavans du 23. Février 1665. Il y a lieu
d'esperer , dit-il , par ce qui paroît du
huitième volume , que l'on ne regretera
pas long temps la mort de celui dont il
suit les traces. Il est parfaitement bien
entré dans l'esprit de cet Auteur. Il con-
serve aux Héros et aux Héroïnes les mê-
mes sentimens et les mêmes caracteres
qu'il leur avoit donnés ; et dans son stile
il a pris cet air grand et magnifique qui
lui étoit propre. On peut même dire que
le discours de M. de Vaumoriere est plus
uni et plus chîtié que le sien , et qu'il
a mieux sçû retenir les emportemens du
grand stile.
M. Gueret ne parle pas avec la même
indulgence de ce premier Tome de la
continuation de Pharamond , quoiqu'il
donne assés d'encens à l'Auteur. Je ne
suis pas mal satisfait du travail de ce
Continuateur , fait - il dire à Pharamond,
dans son Parnasse reformé , je voudrois
bien seulement qu'il n'eût pas fait un
Volume
-
942 MERCURE DE FRANCE
Volume entier de l'Histoire de Constan
tin : elle languit un peu trop , et sans la
beauté de son langage , qui réveille le
Lecteur , elle seroit ennuyeuse. Il l'a bien
aperçû lui- même , car il s'en est corrigé
aux Tomes suivans.
3. Histoire de la Galanterie des Anciens.
Paris. 1671. in 12. Deux Volumes.
4. Diane de France. Nouvelle Histori-
que. Paris. 1674. in- 1 z.
5.Mademoiselle de Tournon . Paris 1679%
in- 12. On a mis mal à propos cette Nou-
velle parmi les Oeuvres de Madame de
Villedieu , dans quelques Editions.
6. Mademoiselle d'Alençon . Autre Nou
velle , dont j'ignore la date , et qu'on a
mise aussi , sans raison , parmi les Oeu-
vres de Madame de Villedieu.
7. Adélaïde de Champagne. Paris . 1680.
in-12.4. Volumes. C'est un Roman .
8. Agiatis , Reine de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacédemoniens , sous
les Rois Agis et Léonidas. Paris. 1685. in-
12. 2. Volumes. Autre Roman.
9. L'Art de plaire dans la Conversa-
tion. Paris. 1688. in- 12. Cet Ouvrage
partagé en 20. Dialogues , renferme de
fort bons préceptes , qui méritent d'ê-
tre lûs.
10. Harangues sur toutes sortes de su
jets
MAY.
1737.
943
jets,avec l'Art de les composer. Paris. 1688.
in 4. Item. 2e Edition augmentée. Paris.
1693. in 4. It. 3e Edition augmentée de-
puis la mort de l'Auteur , d'une Disserta-
tion sur les Oraisons Funebres , par M.
l'Abbé du Jarry , et d'un grand nombre de
nouvelles Harangues. Paris . 1713. in 4.
Vaumoriere n'est pas l'Auteur de toutes
les Harangues qu'on voit ici , comme
quelques-uns l'ont dit sans fondement ;
il y en a quelques-unes de lui ,mais il en a
tiré la plupart de differens Auteurs. M.
a
Gibert à fait la Critique du Traité Préli-
minaire dans le 3e Tome de ses Jugemens
des Sçavans sur les Maîtres de l'Eloquen-
ce , page 222 .
11. Lettres sur toutes sortes de sujets ,avec
des Avis sur la maniere de les écrire. Paris.
1689. in 12. deux Volumes. It. 2. Edition.
Ibid. 1695. in- 12 . Deux Volumes. Et
quelques autres fois depuis.
12. On voit quelques Vers de sa façon ,
imprimés à la tête de la Macarise de
l'Abbé d'Aubignac. Paris. 1664. in 8.
Il est aisé , par ce Catalogue , de re-
connoître que l'Art de plaire dans la
Conversation est certainement de Vau-
moriere , et non pas de M. l'Abbé de
Bellegarde , à qui un homme d'esprit
l'attribue gratuitementpour avoir le plai-
sir
944 MERCURE DE FRANCE
sir de dire un bon mot. M. de Bellegar-
de , bien superieur en tout à l'autre Au-
teur , a écrit des Modeles de Conversa-
tions pour les Personnes polies , c'es le Ti-
tre de son Livre , dont le but principal
est d'instruire. 1.Vol.12 . Paris. 1698.
Les autres Auteurs , dont 1 Histoire
entre dans ce XXXVe Volume du P. N.
sont N. Amelot de la Houssaye ; G. Au-
bert; P. Aubert ; F. le Metel de Boisro-
bert
P. V. P. Cayet ; E. Chilmead ; S.
Clarkes G. Coquille ; G. Corte ; A. Desi-
ré; F. Florent ; A. de la Fosse ; J. Freind ;
T. Galluzzi ; T. E. Gabe ; M. Inchuser ;
L. Joubert; C. Lancelot ; J. Magnus; O.
Magnus; C. Marcel ; J. de Marconville ;
J. Desmarets de S. Sorlin ; R. Desmarets ,
M. de Morgues ; J. J. Orsi ; J. B. Ramu-
sio; L. Savot ; G. Scioppius ; T. Spize-
lius P. Vivet, C. Vitringa , et C. Vitringa
le Fils.
Hommes Illustres dans la République des
Lettres , &c. A Paris, chés Briasson, rue
S. Jacques , à la Science. M. DCC .
XXXVI. T. XXX V.
Les Sçavans Illustres , dont il est par-
lé dans ce dernier Volume du Recueil
de R. P. Niceron , sont au nombre de
trente-quatre. Leurs Articles se font lire
avec plaisir , et aprennent plusieurs sin-
gularités litteraires. On en jugera par
celui de Pierre Dortigue de Vaumoriere,
que nous allons , selon notre coûtume ,
donner ici en son entier.
Pierre Dortigue Sr de Vaumoriere , étoit
natif d'Apt en Provence , et sortoit d'u-
ne Famille noble. Etant venu s'établir à
Paris , il donna dans le goût qui regnoit
alors , et composa plusieurs Romans et
divers autres Ouvrages , qui lui firent
honneur , et lui acquirent de la répu-
tation.
Il eut par-là entrée dans l'Académie
de l'Abbé d'Aubignac , qui étoit com-
E vj
posée
938 MERCURE DE FRANCE
posée de Personnes de mérite et d'érudi-
tion , et il en devint même Sous Di-
recteur.
On ignore les particularités de sa Vie.
Richelet nous aprend seulement qu'il
étoit brouillé avec la Fortune , et qu'il
avoit été prisonnier au Châtelet pendant
trois semaines ; mais il n'en dit point le
sujet. I mourut âgé en 1693 apa-
remment dans le mois de Septembre
puisque sa mort fut annoncée dans le
Mercure du mois d'Octobre de la même
année.
Mlle. de Scudery , qui a donné son
Eloge , n'y a rien dit de sa naissance , 'ni
de sa mort , ni de sa fortune ; elle
s'est
bornée aux bonnes qualités de son esprit
et de son cœur. En voici les principaux
traits.
M. de Vaumoriere étoit un Gentil-
homme , illustre par sa naissance , et dis-
tingué par un grand nombre d'Ouvra-
ges estimés. Sa moindre qualité étoit son
bel esprit. Il brilloit par- tout ; mais il
étoit encore plus honnête Homme , qu'il-
n'étoit Homme de Lettres. Il avoit l'es-
prit vif, les sentimens naturels et nobles,
Is idées justes et distinctes , les expres-
sions gayes et hardies , les manieres dou-
ces et engageantes , le cœur au dessus de
son
MAY.
1737.
939
son pouvoir et de son état .Généreux , em-
pressé , noble , prévenant , ne connois-
sant d'autre interêt que celui de ses amis ,
et d'autre plaisir que celui d'en faire ; il
n'avoit rien à lui , tous ceux qui le con-
noissoient étoient plus maîtres de son
bien que lui- même. Il disoit toujours que
l'argent et le cœur ne sont bons que lors-
qu'on les donne à quoi il ajoûtoit que
c'étoit un moindre mal d'être dupe, que
de craindre toujours d'être dupé. Dans
un âge fort avancé il conservoit tout le
feu d'une belle jeunesse ; il étoit enjoüé
et galant dans les ruelles , modeste avec
les Gens d'esprit , réjouissant et solide
avec les jeunes Gens : toujours doux ,
toujours poli , toujours agréable en tou-
tes sortes de societés ;
il portoit la joye
et le plaisir avec lui. Sa seule presence
avoit l'art de réveiller une conversation
assoupie. Il avoit et des idées et des ter-
mes que personne ne pouvoit prévoir, et
c'étoit toujours chose nouvelle . Les Gra-
ces ornoient tous ses discours , et la dou-
ceur de son naturel se répandoit sur ses
paroles: Il parloit bien , il écoutoit en-
core mieux , et sa complaisance déterroit
dans les Gens certain mérite et certain
tour d'esprit qu'ils ne connoissoient pas
eux-mêmes. Le don de conversation n'a
jamais
940 MERCURE DE FRANCE
jamais été prodigué avec plus d'avantage
par la nature. Sa facilité étoit soûtenuë
d'un fond qu'on ne trouve guere.
'Il avoit une connoissance parfaite de
l'Antiquité. Il n'y a pas un nom connu
dans l'Histoire , sur lequel il ne sçût un
détail curieux et peu connu . Il sçavoit
mettre entre l'Histoire et la Fable un
raport vraisemblable , qui persuadoir
agréablement. Il étoit vif et précis dans
ses narrations , surprenant dans ses pein-
tures , sçavant dans ses remarques , en-
nemi des parentheses , enjoüé , naturel ,
éloquent , et suivi par - tout.
Il est à présumer , dit le P. Niceron ,
qu'il y a un peu d'exageration dans tout
cela , et que l'amitié de Mademoiselle
de Scudery pour Vaumoriere le lui a fait
representer avec les mêmes couleurs qui
lui servoient à peindre les Héros de ses
Komans.
Catalogue de ses Ouvrages.
Le Grand Scipion .
Paris , 1658.
in-8. quatre Volumes. On étoit alors
dans le goût des grands Romans , et
Vaumoriere crût ne pouvoir mieux se
produire dans le monde , qu'en compo-
sant quelque chose en ce genre. Ce goût
ayant change quelque temps après ,
il
nc
MAY.
1737.
941
ne donna plus que de petites Nouvelles.
2. Il a continué Pharamond , Roman
de la Calprenede, qui en avoit donné sept
Volumes , et y en a ajoûté cinq autres,
dont le premier parut en 1665. in-8 . M.
de Salo parla fort avantageusement de
cette continuation dans le Journal des
Sçavans du 23. Février 1665. Il y a lieu
d'esperer , dit-il , par ce qui paroît du
huitième volume , que l'on ne regretera
pas long temps la mort de celui dont il
suit les traces. Il est parfaitement bien
entré dans l'esprit de cet Auteur. Il con-
serve aux Héros et aux Héroïnes les mê-
mes sentimens et les mêmes caracteres
qu'il leur avoit donnés ; et dans son stile
il a pris cet air grand et magnifique qui
lui étoit propre. On peut même dire que
le discours de M. de Vaumoriere est plus
uni et plus chîtié que le sien , et qu'il
a mieux sçû retenir les emportemens du
grand stile.
M. Gueret ne parle pas avec la même
indulgence de ce premier Tome de la
continuation de Pharamond , quoiqu'il
donne assés d'encens à l'Auteur. Je ne
suis pas mal satisfait du travail de ce
Continuateur , fait - il dire à Pharamond,
dans son Parnasse reformé , je voudrois
bien seulement qu'il n'eût pas fait un
Volume
-
942 MERCURE DE FRANCE
Volume entier de l'Histoire de Constan
tin : elle languit un peu trop , et sans la
beauté de son langage , qui réveille le
Lecteur , elle seroit ennuyeuse. Il l'a bien
aperçû lui- même , car il s'en est corrigé
aux Tomes suivans.
3. Histoire de la Galanterie des Anciens.
Paris. 1671. in 12. Deux Volumes.
4. Diane de France. Nouvelle Histori-
que. Paris. 1674. in- 1 z.
5.Mademoiselle de Tournon . Paris 1679%
in- 12. On a mis mal à propos cette Nou-
velle parmi les Oeuvres de Madame de
Villedieu , dans quelques Editions.
6. Mademoiselle d'Alençon . Autre Nou
velle , dont j'ignore la date , et qu'on a
mise aussi , sans raison , parmi les Oeu-
vres de Madame de Villedieu.
7. Adélaïde de Champagne. Paris . 1680.
in-12.4. Volumes. C'est un Roman .
8. Agiatis , Reine de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacédemoniens , sous
les Rois Agis et Léonidas. Paris. 1685. in-
12. 2. Volumes. Autre Roman.
9. L'Art de plaire dans la Conversa-
tion. Paris. 1688. in- 12. Cet Ouvrage
partagé en 20. Dialogues , renferme de
fort bons préceptes , qui méritent d'ê-
tre lûs.
10. Harangues sur toutes sortes de su
jets
MAY.
1737.
943
jets,avec l'Art de les composer. Paris. 1688.
in 4. Item. 2e Edition augmentée. Paris.
1693. in 4. It. 3e Edition augmentée de-
puis la mort de l'Auteur , d'une Disserta-
tion sur les Oraisons Funebres , par M.
l'Abbé du Jarry , et d'un grand nombre de
nouvelles Harangues. Paris . 1713. in 4.
Vaumoriere n'est pas l'Auteur de toutes
les Harangues qu'on voit ici , comme
quelques-uns l'ont dit sans fondement ;
il y en a quelques-unes de lui ,mais il en a
tiré la plupart de differens Auteurs. M.
a
Gibert à fait la Critique du Traité Préli-
minaire dans le 3e Tome de ses Jugemens
des Sçavans sur les Maîtres de l'Eloquen-
ce , page 222 .
11. Lettres sur toutes sortes de sujets ,avec
des Avis sur la maniere de les écrire. Paris.
1689. in 12. deux Volumes. It. 2. Edition.
Ibid. 1695. in- 12 . Deux Volumes. Et
quelques autres fois depuis.
12. On voit quelques Vers de sa façon ,
imprimés à la tête de la Macarise de
l'Abbé d'Aubignac. Paris. 1664. in 8.
Il est aisé , par ce Catalogue , de re-
connoître que l'Art de plaire dans la
Conversation est certainement de Vau-
moriere , et non pas de M. l'Abbé de
Bellegarde , à qui un homme d'esprit
l'attribue gratuitementpour avoir le plai-
sir
944 MERCURE DE FRANCE
sir de dire un bon mot. M. de Bellegar-
de , bien superieur en tout à l'autre Au-
teur , a écrit des Modeles de Conversa-
tions pour les Personnes polies , c'es le Ti-
tre de son Livre , dont le but principal
est d'instruire. 1.Vol.12 . Paris. 1698.
Les autres Auteurs , dont 1 Histoire
entre dans ce XXXVe Volume du P. N.
sont N. Amelot de la Houssaye ; G. Au-
bert; P. Aubert ; F. le Metel de Boisro-
bert
P. V. P. Cayet ; E. Chilmead ; S.
Clarkes G. Coquille ; G. Corte ; A. Desi-
ré; F. Florent ; A. de la Fosse ; J. Freind ;
T. Galluzzi ; T. E. Gabe ; M. Inchuser ;
L. Joubert; C. Lancelot ; J. Magnus; O.
Magnus; C. Marcel ; J. de Marconville ;
J. Desmarets de S. Sorlin ; R. Desmarets ,
M. de Morgues ; J. J. Orsi ; J. B. Ramu-
sio; L. Savot ; G. Scioppius ; T. Spize-
lius P. Vivet, C. Vitringa , et C. Vitringa
le Fils.
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Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire de Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Pierre Dortigue de Vaumoriere, écrivain français originaire d'Apt en Provence, s'est illustré par ses romans et ouvrages littéraires, lui conférant une réputation respectée. Membre de l'Académie de l'Abbé d'Aubignac, il en devint sous-directeur. Sa biographie est peu détaillée, mais il fut incarcéré au Châtelet pendant trois semaines pour des motifs non précisés et mourut en septembre 1693. Mademoiselle de Scudéry le dépeignit comme un homme généreux, honnête, doté d'un esprit vif et distingué, apprécié pour sa conversation et sa connaissance de l'antiquité. Le Père Niceron suggéra cependant que ces éloges pouvaient être exagérés en raison de leur amitié. Les œuvres de Vaumoriere comprennent 'Le Grand Scipion' (1658), un roman en quatre volumes, ainsi que la continuation du roman 'Pharamond' de La Calprenède, avec cinq volumes supplémentaires publiés à partir de 1665. Il rédigea également 'Histoire de la Galanterie des Anciens'. Parmi ses autres œuvres notables figurent 'Diane de France' (1674), 'Mademoiselle de Tournon' (1679), 'Adélaïde de Champagne' (1680), et 'Agiatis, Reine de Sparte' (1685). Il publia également des ouvrages didactiques tels que 'L'Art de plaire dans la Conversation' (1688) et 'Harangues sur toutes sortes de sujets' (1688). Ses 'Lettres sur toutes sortes de sujets' furent éditées en 1689, et des vers furent inclus dans 'La Macarise' (1664).
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4563
p. 944
« LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires de M. la Marquise de L. V. par [...] »
Début :
LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires de M. la Marquise de L. V. par [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires de M. la Marquise de L. V. par [...] »
LA PAYSANNE PARVENUE, ou les Mémoires
de M. la Marquise de L. V. par
M. le Chevalier de Mouky , huitième
Partie. A Paris , chés Prault , fils , Quay
de Conty , vis- à- vis la Descente du
Pont Neuf , à la Charité. 1737. in- 12 .
Prix 24. sols.
de M. la Marquise de L. V. par
M. le Chevalier de Mouky , huitième
Partie. A Paris , chés Prault , fils , Quay
de Conty , vis- à- vis la Descente du
Pont Neuf , à la Charité. 1737. in- 12 .
Prix 24. sols.
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4564
p. 945-947
Elemens de Mathématiques, &c. [titre d'après la table]
Début :
ELEMENS DE MATHEMATIQUES, contenant les Elemens de Géométrie, d'Arithmétique, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Elemens de Mathématiques, &c. [titre d'après la table]
ELEMENS DE MATHEMATIQUES, contenant
les Elemens de Géométrie, d'Arithmétique,
d'Algebre et d' Analise. Par le Pere
Duclos de la Compagnie de Jesus , Pro-
fesseur de Mathématiques dans le Col-
lege de Lyon , et de l'Académie des
Beaux Arts. A Lyon chés Claude Perrot ,
à l'Epée Royale , rue Confort. 1737. in- 8.
avec cinq Planches.
On ne manque pas d'Elemens de Ma-
thématiques. Il semble pourtant que les
Maîtres de l'Art ont dédaigné la pre-
miere Partie de cette Science. Le grand
nombre s'est attaché pour les Elemens de
Géométrie , à suivre Euclide, quoiqu'as-
surément on y trouve peu d'ordre et de
précision. Des deux principaux Auteurs
qui ont suivi une autre methode , le pre-
mier s'éloigne trop de la maniere de dé-
montrer d'Euclide , laquelle est pourtant
plus à la portée des Commençans. Le
second est extrémement diffus et fatigue
à pure perte , en faisant soupçonner du
mystere où il n'y en a point. Il est d'ail
leurs nécessaire de mêler les Elemens de
Géometrieavec ceux de l'Arithmérique et
de l'Algebre , sans quoi on ne sçait par
lesquels commencer . L'emploi qu'exerce
le P. Duclos lui a fait sentir ces incon-
veniens , et lui a fait entreprendre d'y
Ses
946 MERCURE DE FRANCE
Ses Elemens sont divisés en neuf Li-
vres. Dans le premier il démontre en sept
Théoremes presque tout le premier Li-
vre d'Euclide. Le second Livre renferme
en six Théoremes les proprietés du Cer-
cle au-delà de ce qu'en contient le troi-
siéme Livre d'Euclide. On a un com-
mencement de Géometrie pratique dans
les quinze Problêmes du troisiéme Livre.
Le quatrième contient les premieres Re-
gles d'Arithmetique et d'Algebre ; on
y trouve une bonne Partie du septième,
huitième et neuviéme Livre d'Euclide.
Le cinquiéme traite des Proportions.
Après avoir démontré la Regle de Trois,
et après une remarque très-simple et très-
claire , on en déduit par voie de Corot-
laire , et très-briévement le cinquième
Livre d'Euclide. Le sixième renferme
tout ce qui a raport aux fractions , aux
extractions de Racines , et aux Regles
de Proportion composée. Les dix Théo-
rêmes du septiéme Livre traitent des
Plans et des Solides , et de ce qu'il y a
d'utile dans le sixième , onzième , dou-
ziéme et treiziéme Livres d'Euclide. On
y démontre universellement , et d'une
maniere très simple les dernieres Propo-
sitions du premier , second et troisiéme
Livres. Le huitiéme Livre renferme huit
Problêmes
MAY.
la petitesse et le
1737 .
947
Problêmes qui suivent du Livre préce-
dent ; enfin dans le neuviéme on trouve
les principes de l'Analise ; on met un
Commençant au fait des questions du
premier et second degrés ; on lui décou-
vre les proprietés des differentes sortes
de Progressions ; et on lui aprend par un
petit nombre d'exemples choisis , à apli-
quer à la Géometrie les Préceptes de
L'Analise.
Le P. Duclos avertit au commence-
ment qu'il n'est pas entré dans un grand
détail par raport aux premieres Regles
d'Arithmétique , parce qu'elles s'apren-
nent plus aisément par un petit nombre.
de leçons verbales et d'exemples ,et qu'ila
omis lesOpérations d'Arihtmétique dont
l'Algebre facilite et abrege l'execution.
Il a eu soin de coter en marge à quel-
le Proposition d'Euclide les siennes se
taportent ; et il a fait une Table qui met
tout d'un coup la chose sous les yeux-
Il dédie son Ouvrage à Messieurs de l'A-
cadémie des Beaux Arts ; et il a l'avanta-
ge dans les éloges que renferme son Epi-
tre Dédicatoire , de s'accorder avec la
voix publique. Quant à l'Impresion ,
elle est telle que ceux qui étudieront ces
Elemens n'auront point à luter contre
peu
teres et des figures .
de netteté des caracteres et des figures.
les Elemens de Géométrie, d'Arithmétique,
d'Algebre et d' Analise. Par le Pere
Duclos de la Compagnie de Jesus , Pro-
fesseur de Mathématiques dans le Col-
lege de Lyon , et de l'Académie des
Beaux Arts. A Lyon chés Claude Perrot ,
à l'Epée Royale , rue Confort. 1737. in- 8.
avec cinq Planches.
On ne manque pas d'Elemens de Ma-
thématiques. Il semble pourtant que les
Maîtres de l'Art ont dédaigné la pre-
miere Partie de cette Science. Le grand
nombre s'est attaché pour les Elemens de
Géométrie , à suivre Euclide, quoiqu'as-
surément on y trouve peu d'ordre et de
précision. Des deux principaux Auteurs
qui ont suivi une autre methode , le pre-
mier s'éloigne trop de la maniere de dé-
montrer d'Euclide , laquelle est pourtant
plus à la portée des Commençans. Le
second est extrémement diffus et fatigue
à pure perte , en faisant soupçonner du
mystere où il n'y en a point. Il est d'ail
leurs nécessaire de mêler les Elemens de
Géometrieavec ceux de l'Arithmérique et
de l'Algebre , sans quoi on ne sçait par
lesquels commencer . L'emploi qu'exerce
le P. Duclos lui a fait sentir ces incon-
veniens , et lui a fait entreprendre d'y
Ses
946 MERCURE DE FRANCE
Ses Elemens sont divisés en neuf Li-
vres. Dans le premier il démontre en sept
Théoremes presque tout le premier Li-
vre d'Euclide. Le second Livre renferme
en six Théoremes les proprietés du Cer-
cle au-delà de ce qu'en contient le troi-
siéme Livre d'Euclide. On a un com-
mencement de Géometrie pratique dans
les quinze Problêmes du troisiéme Livre.
Le quatrième contient les premieres Re-
gles d'Arithmetique et d'Algebre ; on
y trouve une bonne Partie du septième,
huitième et neuviéme Livre d'Euclide.
Le cinquiéme traite des Proportions.
Après avoir démontré la Regle de Trois,
et après une remarque très-simple et très-
claire , on en déduit par voie de Corot-
laire , et très-briévement le cinquième
Livre d'Euclide. Le sixième renferme
tout ce qui a raport aux fractions , aux
extractions de Racines , et aux Regles
de Proportion composée. Les dix Théo-
rêmes du septiéme Livre traitent des
Plans et des Solides , et de ce qu'il y a
d'utile dans le sixième , onzième , dou-
ziéme et treiziéme Livres d'Euclide. On
y démontre universellement , et d'une
maniere très simple les dernieres Propo-
sitions du premier , second et troisiéme
Livres. Le huitiéme Livre renferme huit
Problêmes
MAY.
la petitesse et le
1737 .
947
Problêmes qui suivent du Livre préce-
dent ; enfin dans le neuviéme on trouve
les principes de l'Analise ; on met un
Commençant au fait des questions du
premier et second degrés ; on lui décou-
vre les proprietés des differentes sortes
de Progressions ; et on lui aprend par un
petit nombre d'exemples choisis , à apli-
quer à la Géometrie les Préceptes de
L'Analise.
Le P. Duclos avertit au commence-
ment qu'il n'est pas entré dans un grand
détail par raport aux premieres Regles
d'Arithmétique , parce qu'elles s'apren-
nent plus aisément par un petit nombre.
de leçons verbales et d'exemples ,et qu'ila
omis lesOpérations d'Arihtmétique dont
l'Algebre facilite et abrege l'execution.
Il a eu soin de coter en marge à quel-
le Proposition d'Euclide les siennes se
taportent ; et il a fait une Table qui met
tout d'un coup la chose sous les yeux-
Il dédie son Ouvrage à Messieurs de l'A-
cadémie des Beaux Arts ; et il a l'avanta-
ge dans les éloges que renferme son Epi-
tre Dédicatoire , de s'accorder avec la
voix publique. Quant à l'Impresion ,
elle est telle que ceux qui étudieront ces
Elemens n'auront point à luter contre
peu
teres et des figures .
de netteté des caracteres et des figures.
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Résumé : Elemens de Mathématiques, &c. [titre d'après la table]
En 1737, le Père Duclos, professeur de mathématiques au Collège de Lyon et membre de l'Académie des Beaux-Arts, publie 'Éléments de Mathématiques'. Cet ouvrage couvre la géométrie, l'arithmétique, l'algèbre et l'analyse. Duclos critique les méthodes existantes, soulignant le manque d'ordre et de précision dans les éléments de géométrie, souvent basés sur Euclide. Il prône la combinaison de la géométrie, de l'arithmétique et de l'algèbre pour une meilleure compréhension. L'ouvrage est structuré en neuf livres. Le premier livre démontre les théorèmes du premier livre d'Euclide. Le deuxième livre traite des propriétés du cercle au-delà du troisième livre d'Euclide. Le troisième livre introduit la géométrie pratique. Le quatrième livre aborde les règles d'arithmétique et d'algèbre, incluant des parties des livres VII, VIII et IX d'Euclide. Le cinquième livre traite des proportions et de la règle de trois. Le sixième livre couvre les fractions, les extractions de racines et les règles de proportion composée. Le septième livre discute des plans et des solides, et des propositions utiles des livres VI, XI, XII et XIII d'Euclide. Le huitième livre propose des problèmes supplémentaires. Enfin, le neuvième livre introduit les principes de l'analyse, les questions de premier et second degrés, et les propriétés des progressions. Duclos mentionne avoir omis certains détails sur les règles d'arithmétique, préférant des leçons verbales et des exemples. Il indique les correspondances avec les propositions d'Euclide et fournit une table pour faciliter la consultation. L'ouvrage est dédié à l'Académie des Beaux-Arts et est loué pour la clarté et la netteté de son impression.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4565
p. 948
« OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée de [...] »
Début :
OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition, revûë, corrigée et augmentée de [...] »
OEUVRES DE SCARON, nouvelle Edition,
revûë, corrigée et augmentée de
quantité de Pieces obmises dans les Edi-
tions précédentes. A Amsterdam , chés
Westein et Smith. 1737. Dix Volumes
in - 12.
revûë, corrigée et augmentée de
quantité de Pieces obmises dans les Edi-
tions précédentes. A Amsterdam , chés
Westein et Smith. 1737. Dix Volumes
in - 12.
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4566
p. 948
« HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol. [...] »
Début :
HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol. [...] »
HISTOIRE du Vaillant Chevalier Tiran
le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol.
in- 8. Le premier de 336. pages, sans l'A-
vertissement ; le second de 523. A Lon-
dres , et se vend à Paris chés la Veuve Pisa
sot , Quay de Coniy , à la descente du Pont-
Neuf, à la Croix d'Or. En attendant que
nous donnions un Extrait de ce Livre ,
nous renvoyons le Lecteur curieux au
Jugement du Curé , au Chapitre 6. du 1 .
Vol. de Don Quichotte.
le Blanc, traduite de l'Espagnol. 2. Vol.
in- 8. Le premier de 336. pages, sans l'A-
vertissement ; le second de 523. A Lon-
dres , et se vend à Paris chés la Veuve Pisa
sot , Quay de Coniy , à la descente du Pont-
Neuf, à la Croix d'Or. En attendant que
nous donnions un Extrait de ce Livre ,
nous renvoyons le Lecteur curieux au
Jugement du Curé , au Chapitre 6. du 1 .
Vol. de Don Quichotte.
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4567
p. 948
« LES PRINCIPES de la Morale et du Goût, en deux Poëmes, traduits de l'Anglois [...] »
Début :
LES PRINCIPES de la Morale et du Goût, en deux Poëmes, traduits de l'Anglois [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LES PRINCIPES de la Morale et du Goût, en deux Poëmes, traduits de l'Anglois [...] »
LES PRINCIPES de la Morale et du
Goût, en deux Poëmes , traduits de l'An
glois de M. Pope , par M. du Resnel ,
Abbé de Sept Fontaines , de l'Académie
des Inscriptions et des Belles lettres. A
Paris , chès Briasson . 1737. Vol . in-8.
Goût, en deux Poëmes , traduits de l'An
glois de M. Pope , par M. du Resnel ,
Abbé de Sept Fontaines , de l'Académie
des Inscriptions et des Belles lettres. A
Paris , chès Briasson . 1737. Vol . in-8.
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4568
p. 948-949
« HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des [...] »
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HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des [...]
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des [...] »
HISTOIRE ANCIENNE des Egyptiens,
des Carthaginois, des Assyriens, des
Babyloniens , des Medes et des Perses ,
des Macédoniens , des Grecs. Onziéme
Tome
MAY.
1737.
949
Tome contenant les Arts Liberaux ; et
ce Traité des Sciences et des Arts occu-
pera encore le douziéme Volume tout
entier au moins . Par M. Rollin.
des Carthaginois, des Assyriens, des
Babyloniens , des Medes et des Perses ,
des Macédoniens , des Grecs. Onziéme
Tome
MAY.
1737.
949
Tome contenant les Arts Liberaux ; et
ce Traité des Sciences et des Arts occu-
pera encore le douziéme Volume tout
entier au moins . Par M. Rollin.
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4569
p. 949-953
Les Vies des plus celebres Jurisconsultes, [titre d'après la table]
Début :
LES VIES des plus Célébres Jurisconsultes de toutes les Nations, tant Anciens [...]
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texteReconnaissance textuelle : Les Vies des plus celebres Jurisconsultes, [titre d'après la table]
LES VIES des plus Célébres Jurisconsultes
de toutes les Nations, tant Anciens
que Modernes ; sçavoir , Latins ou
Romains , François , Espagnols , Italiens,
Allemans , Anglois , Hollandois , &c.
tirées des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit , et mises en leur jour par Ordre
alphabétique. Par M. Taisand , Tréso
tier de France. Nouvelle Edition , aug-
mentée d'un tiers par M..... A Paris ,
Quay de Gesures , chés Prault , Pere , an
Paradis , et au Palais chés Jacques Nico
las le Clerc , à la Prudence 1737. Un Vo-
lume in-4, de 800. pages. Prix 9 liv.
Le Corps de cet Ouvrage est de M:
Pierre Taisand , Tresorier de France en
la Généralité de Bourgogne et de Bresse ,
qui mourut en 1715. Ce n'est qu'après
sa mort que son Ouvrage a été donné au
Public par un de ses Fils , Religieux de
l'Ordre de Cîteaux , qui l'a dédié à M. le
Chancelier.
L'Auteur n'a pas entrepris d'écrire les
Vies de tous ceux que leur Erat oblige
d'être versés dans la Science du Droit
tels
950 MERCURE DE FRANCE
tels que les Juges et les Avocats , ce qui
auroit fait un Ouvrage immense , et qui
seroit devenu ennuyeux. Il n'a compris
dans ce Recueil que les Vies de ceux qui
ont enseigné publiquement la Jurispru
dence , ou qui en ont donné au Public
quelques Traités.
Il les a rangées par Ordre alphabéti-
>
que comme étant le plus commode et
le plus naturel , et aussi pour éviter de
donner la préference du rang à l'un plû-
tôt qu'à l'autre, ce qui auroit pû causer
quelque jalousie à ceux qui s'interessent
à la gloire de ces Jurisconsultes.
Il pouvoit également éviter cet incon
venient en suivant l'Ordre Chronologi
que , mais il n'a pas jugé à propos de s'y
assujetir , dans la crainte que cet Ordre
ne fût pas assés exact , y ayant quelques
Jurisconsultes dont on ne sçait pas préci
sément le temps de la naissance.
Le Fils de l'Auteur a mis à la tête de
l'Ouvrage la Vie de son Pere : ensuite
sont les Vies des Jurisconsultes
posées par M. Taisand , au nombre de
plus de 5oo. depuis Comncanus , qui vi-
voit dans le Ve Siècle , et au commence-
ment du Vle et qui est le premier des
Anciens Jnrisconsultes qui ait acquis
quelqueréputation.
com
Comme
MAY.
1737.
༡ ད་
Comme l'Ouvrage de M. Taisand étoit
déja connu ,on n'en fera pas ici l'Analise
et on se contentera d'observer ce qu'il y
ade particulier dans la nouvelle Edition
qui vient d'en être donnée au Public,
On a mis à la fin de cette Edition des
Additions assés considerables, composées
par un Auteur Anonime, lesquelles con-
tiennent plus de 2 50. pages d'impression .
L'Auteur y a raporté plusieurs circons-
tances que M. Taisand avoit obmises
dans la Vie de quelques Jurisconsultes :
il y a aussi compris les Vies de plus de
cent Jurisconsultes dont M. Taisand n'a-
voit pas fait mention ; entr'autres ceux
qui ne sont morts qu'après lui , tels que
M. M. Rassicod , le Merre , Blanchard
de Cormis , Bretonnier, Brillon , Terras
son et plusieurs autres.
Ces Additions sont tirées de divers Au-
teurs , aussi- bien que les Vies composées
par M. Taisand , mais particulierement
des Journaux des Sçavans , du Diction-
naire Historique , du Suplément , des
Mémoires du P. Niceron , et de Mémoi-
res particuliers fournis à l'Auteur; ce qui
fait que lesVies contenues dans ces Addi .
tions ne sont pas écrites d'un même stile.
Le Public est certainement redevable à
M.Taisand et à l'Auteur des Additions de
F
952 MERCURE DE FRANCE
ce qu'ils ont pris la peine de recueillir et de
rassembler les Vies de tant de Jurisconsul
tes , rien n'étant plus convenable que de
perpétuer la mémoire des Gr. Hommes,
il est même souvent nécessaire de sça-
voir en quel temps et dans quels Pays
vivoit un Jurisconsulte , quel étoit son
génie et son caractere , dans quelles con
jonctures il a écrit, et quand il est décédé,
pour déterminer le jugement que l'on
doit porter de son Ouvrage , et l'usage
que l'on en doit faire.
Il est juste aussi, en écrivant la Vie d'un
Jurisconsulte, de rendre compte de ses ta-
lens , de ses vertus , et des autres belles
qualités qui l'ont rendu recommandable
et de le faire connoître à la Posterité pour
l'animer à suivre ces grands exemples.
Il y a cependant de certains détails peu
interessans , dans lesquels l'Auteur des
Additions surM.Taisand,auroit pû se dis-
penser d'entrer , comme il a fait en quel-
ques endroits, où il observe, par exemple,
que le Jurisconsulte dont il parle étoit fils
d'un Marchand,d'un Chirurgien , d'un Hom-
meInteressé dans les Fermes du Roy,qu'il rem-
portoit toujours les premiers Prix de sa Clas-
se ; qu'il a eu plusieurs enfans , mais qu'an-
cun ne s'est adonné à la Jurisprudence.
Il auroit pû aussi , à l'exemple de M.
Taisand
MAY.
1737-
953
Taisand , être plus moderé sur les Elo-
ges qu'il a donnés à la plupart des Juris-
consultes. Un Auteur peut bien , quand
il n'écrit que la Vie d'un seul Hornme
lui donner quelques loüanges , s'il les
mérite , mais dans un Ouvrage qui con-
tient les Vies de plus de 600. Juriscon-
sultes , et dans lequel , si on veut loüer,
on est exposé à repeter , presque à cha-
que page , les mêmes Eloges , il semble
que l'on doive être plus reservé sur cet
article; parce que , quand les Eloges sont
prodigués à tous ceux dont on parle , ils
deviennent insipides ,
et font moins
d'honneur à ceux auxquels ils sont don-
nés. Cela n'empêche pas que l'on ne ren-
de aux Grands Hommes toute la justice
qu'ils méritent ; mais la meilleure ma-
niere de les louer , est de raporter les
faits mémorables qui les ont distingués
du commun des hommes :Ce sont les faits
même qui loüent : Acta Virum probant.
de toutes les Nations, tant Anciens
que Modernes ; sçavoir , Latins ou
Romains , François , Espagnols , Italiens,
Allemans , Anglois , Hollandois , &c.
tirées des meilleurs Auteurs qui en ont
écrit , et mises en leur jour par Ordre
alphabétique. Par M. Taisand , Tréso
tier de France. Nouvelle Edition , aug-
mentée d'un tiers par M..... A Paris ,
Quay de Gesures , chés Prault , Pere , an
Paradis , et au Palais chés Jacques Nico
las le Clerc , à la Prudence 1737. Un Vo-
lume in-4, de 800. pages. Prix 9 liv.
Le Corps de cet Ouvrage est de M:
Pierre Taisand , Tresorier de France en
la Généralité de Bourgogne et de Bresse ,
qui mourut en 1715. Ce n'est qu'après
sa mort que son Ouvrage a été donné au
Public par un de ses Fils , Religieux de
l'Ordre de Cîteaux , qui l'a dédié à M. le
Chancelier.
L'Auteur n'a pas entrepris d'écrire les
Vies de tous ceux que leur Erat oblige
d'être versés dans la Science du Droit
tels
950 MERCURE DE FRANCE
tels que les Juges et les Avocats , ce qui
auroit fait un Ouvrage immense , et qui
seroit devenu ennuyeux. Il n'a compris
dans ce Recueil que les Vies de ceux qui
ont enseigné publiquement la Jurispru
dence , ou qui en ont donné au Public
quelques Traités.
Il les a rangées par Ordre alphabéti-
>
que comme étant le plus commode et
le plus naturel , et aussi pour éviter de
donner la préference du rang à l'un plû-
tôt qu'à l'autre, ce qui auroit pû causer
quelque jalousie à ceux qui s'interessent
à la gloire de ces Jurisconsultes.
Il pouvoit également éviter cet incon
venient en suivant l'Ordre Chronologi
que , mais il n'a pas jugé à propos de s'y
assujetir , dans la crainte que cet Ordre
ne fût pas assés exact , y ayant quelques
Jurisconsultes dont on ne sçait pas préci
sément le temps de la naissance.
Le Fils de l'Auteur a mis à la tête de
l'Ouvrage la Vie de son Pere : ensuite
sont les Vies des Jurisconsultes
posées par M. Taisand , au nombre de
plus de 5oo. depuis Comncanus , qui vi-
voit dans le Ve Siècle , et au commence-
ment du Vle et qui est le premier des
Anciens Jnrisconsultes qui ait acquis
quelqueréputation.
com
Comme
MAY.
1737.
༡ ད་
Comme l'Ouvrage de M. Taisand étoit
déja connu ,on n'en fera pas ici l'Analise
et on se contentera d'observer ce qu'il y
ade particulier dans la nouvelle Edition
qui vient d'en être donnée au Public,
On a mis à la fin de cette Edition des
Additions assés considerables, composées
par un Auteur Anonime, lesquelles con-
tiennent plus de 2 50. pages d'impression .
L'Auteur y a raporté plusieurs circons-
tances que M. Taisand avoit obmises
dans la Vie de quelques Jurisconsultes :
il y a aussi compris les Vies de plus de
cent Jurisconsultes dont M. Taisand n'a-
voit pas fait mention ; entr'autres ceux
qui ne sont morts qu'après lui , tels que
M. M. Rassicod , le Merre , Blanchard
de Cormis , Bretonnier, Brillon , Terras
son et plusieurs autres.
Ces Additions sont tirées de divers Au-
teurs , aussi- bien que les Vies composées
par M. Taisand , mais particulierement
des Journaux des Sçavans , du Diction-
naire Historique , du Suplément , des
Mémoires du P. Niceron , et de Mémoi-
res particuliers fournis à l'Auteur; ce qui
fait que lesVies contenues dans ces Addi .
tions ne sont pas écrites d'un même stile.
Le Public est certainement redevable à
M.Taisand et à l'Auteur des Additions de
F
952 MERCURE DE FRANCE
ce qu'ils ont pris la peine de recueillir et de
rassembler les Vies de tant de Jurisconsul
tes , rien n'étant plus convenable que de
perpétuer la mémoire des Gr. Hommes,
il est même souvent nécessaire de sça-
voir en quel temps et dans quels Pays
vivoit un Jurisconsulte , quel étoit son
génie et son caractere , dans quelles con
jonctures il a écrit, et quand il est décédé,
pour déterminer le jugement que l'on
doit porter de son Ouvrage , et l'usage
que l'on en doit faire.
Il est juste aussi, en écrivant la Vie d'un
Jurisconsulte, de rendre compte de ses ta-
lens , de ses vertus , et des autres belles
qualités qui l'ont rendu recommandable
et de le faire connoître à la Posterité pour
l'animer à suivre ces grands exemples.
Il y a cependant de certains détails peu
interessans , dans lesquels l'Auteur des
Additions surM.Taisand,auroit pû se dis-
penser d'entrer , comme il a fait en quel-
ques endroits, où il observe, par exemple,
que le Jurisconsulte dont il parle étoit fils
d'un Marchand,d'un Chirurgien , d'un Hom-
meInteressé dans les Fermes du Roy,qu'il rem-
portoit toujours les premiers Prix de sa Clas-
se ; qu'il a eu plusieurs enfans , mais qu'an-
cun ne s'est adonné à la Jurisprudence.
Il auroit pû aussi , à l'exemple de M.
Taisand
MAY.
1737-
953
Taisand , être plus moderé sur les Elo-
ges qu'il a donnés à la plupart des Juris-
consultes. Un Auteur peut bien , quand
il n'écrit que la Vie d'un seul Hornme
lui donner quelques loüanges , s'il les
mérite , mais dans un Ouvrage qui con-
tient les Vies de plus de 600. Juriscon-
sultes , et dans lequel , si on veut loüer,
on est exposé à repeter , presque à cha-
que page , les mêmes Eloges , il semble
que l'on doive être plus reservé sur cet
article; parce que , quand les Eloges sont
prodigués à tous ceux dont on parle , ils
deviennent insipides ,
et font moins
d'honneur à ceux auxquels ils sont don-
nés. Cela n'empêche pas que l'on ne ren-
de aux Grands Hommes toute la justice
qu'ils méritent ; mais la meilleure ma-
niere de les louer , est de raporter les
faits mémorables qui les ont distingués
du commun des hommes :Ce sont les faits
même qui loüent : Acta Virum probant.
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Résumé : Les Vies des plus celebres Jurisconsultes, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Les Vies des plus Célèbres Jurisconsultes' de Pierre Taisand, Trésorier de France, rassemble les biographies de juristes éminents de différentes nations et époques. Publié posthume en 1715 par son fils, membre de l'Ordre de Cîteaux, cet ouvrage se concentre sur les juristes ayant enseigné publiquement ou publié des traités juridiques. Les biographies sont organisées par ordre alphabétique afin d'éviter toute préférence ou jalousie. En 1737, une nouvelle édition enrichie d'un tiers voit le jour, incluant plus de 250 pages d'ajouts rédigés par un auteur anonyme. Ces ajouts corrigent des omissions de Taisand et ajoutent les vies de plus de cent juristes supplémentaires, notamment ceux décédés après lui. Les sources de ces additions proviennent de divers journaux savants et dictionnaires historiques. L'objectif principal de l'ouvrage est de perpétuer la mémoire des grands juristes en fournissant des détails sur leur époque, leur génie et leurs œuvres. Toutefois, l'auteur des additions est critiqué pour avoir inclus des informations superflues et pour avoir prodigué des éloges excessifs, ce qui diminue la valeur des éloges. L'accent est mis sur l'importance de rapporter des faits mémorables pour rendre hommage de manière significative aux grands hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4570
p. 953-954
« CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...] »
Début :
CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...] »
CONFERENCES des Ordonnances de
Louis XIV. Roy de France et de Navarre,
avec les anciennes Ordonnances
du Royaume , le Droit, Ecrit et les Ar-i
rêts, enrichies d'Annotations et de Décia
sions importantes. Par M. Philipe Bo
nier, Lieutenant Particulier en la Séné-
Fij.
chaussée
954 MERCURE DE FRANCE
chaussée de Montpellier. Nouvelle Edi-
tion , corrigée et augmenté des Edits ,
Déclarations et Arrêts donnés en inter-
prétation des Ordonnances , de plusieurs
Reglemens du Conseil , et d'un grand
nombre de Notes qui ne sont point dans
l'Edition précedente. Par M.... Avocat
en Parlement. A Paris , chès les Associés
choisis par ordre de S. M. pour l'Impres-
sion de ses Nouvelles Ordonnances.1737*
Deux Volumes in- 4. de plus de 800. pp.
chacun. Prix 15. liv. les deux Volumes.
Louis XIV. Roy de France et de Navarre,
avec les anciennes Ordonnances
du Royaume , le Droit, Ecrit et les Ar-i
rêts, enrichies d'Annotations et de Décia
sions importantes. Par M. Philipe Bo
nier, Lieutenant Particulier en la Séné-
Fij.
chaussée
954 MERCURE DE FRANCE
chaussée de Montpellier. Nouvelle Edi-
tion , corrigée et augmenté des Edits ,
Déclarations et Arrêts donnés en inter-
prétation des Ordonnances , de plusieurs
Reglemens du Conseil , et d'un grand
nombre de Notes qui ne sont point dans
l'Edition précedente. Par M.... Avocat
en Parlement. A Paris , chès les Associés
choisis par ordre de S. M. pour l'Impres-
sion de ses Nouvelles Ordonnances.1737*
Deux Volumes in- 4. de plus de 800. pp.
chacun. Prix 15. liv. les deux Volumes.
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Résumé : « CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...] »
Le document présente les ordonnances de Louis XIV, roi de France et de Navarre, annotées par Philippe Boinier. Une édition corrigée et augmentée a été publiée en 1737, incluant édits, déclarations, arrêts et règlements. L'ouvrage, en deux volumes de plus de 800 pages chacun, est vendu 15 livres. La publication a été réalisée par des imprimeurs désignés par le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4571
p. 954-955
« JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...] »
Début :
JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...]
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texteReconnaissance textuelle : « JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...] »
JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des
principales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Souveraines de France ;
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil , de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Beneficiales , et de Droit
Public. Par feus Mes Claude Blondeau et
Gabriël Gueret , Avocats en Parlement .
Nouvelle Edition , revûë , corrigée et
augmentée , dédiée à M. le Premier Pré-
sident. 2. Vol. in fol. contenant les Ar-
rêts depuis l'année 1600. jusqu'en 1700 .
A Paris,chés le Gras, Grand- Salle du Pa-
lais , David et Saugrain , Pere , Quay des
Aug., Cavelier, ruë S. Jacq. au Lys d'or ,
Dumenil et Mouchet , Quay des Augus.
Huart, rue S. Jacq . Rollin, Fils , Quay
des
MAY.
1737.
955
des Augustins, Saugrain, Fils, et Nully ,
Grand' Salle du Palais , Nyon , Fils , Quay
des Augustins. 1737 .
principales Décisions de tous les Parlemens
et Cours Souveraines de France ;
sur les Questions les plus importantes de
Droit Civil , de Coûtume , de Matieres
Criminelles et Beneficiales , et de Droit
Public. Par feus Mes Claude Blondeau et
Gabriël Gueret , Avocats en Parlement .
Nouvelle Edition , revûë , corrigée et
augmentée , dédiée à M. le Premier Pré-
sident. 2. Vol. in fol. contenant les Ar-
rêts depuis l'année 1600. jusqu'en 1700 .
A Paris,chés le Gras, Grand- Salle du Pa-
lais , David et Saugrain , Pere , Quay des
Aug., Cavelier, ruë S. Jacq. au Lys d'or ,
Dumenil et Mouchet , Quay des Augus.
Huart, rue S. Jacq . Rollin, Fils , Quay
des
MAY.
1737.
955
des Augustins, Saugrain, Fils, et Nully ,
Grand' Salle du Palais , Nyon , Fils , Quay
des Augustins. 1737 .
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Résumé : « JOURNAL DU PALAIS, ou Recueil des principales Décisions de tous les Parlemens [...] »
Le 'Journal du Palais' compile les décisions des parlements et cours souveraines françaises sur divers droits. Rédigé par Claude Blondeau et Gabriel Gueret, la nouvelle édition, dédiée au Premier Président, couvre les arrêts de 1600 à 1700. Publié en 1737 à Paris, il est disponible chez plusieurs libraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4572
p. 955-959
Principes de l'Histoire, [titre d'après la table]
Début :
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation de la Jeunesse : troisiéme année, qui [...]
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texteReconnaissance textuelle : Principes de l'Histoire, [titre d'après la table]
PRINCIPES DE L'HISTOIRE pour l'éducation
de la Jeunesse : troisiéme année, qui
contient l'Histoire de l'Empire Romain
en Orient et en Occident. Par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in 12. Paris , chés de
Bure l'aîné. 1737.
C'est toûjours le même ordre et la
même méthode que suit M. l'Abbé Len-
glet dans ce troisiéme Volume des Prin-
cipes de l'Histoire , qui contient celle de
l'Empire Romain , divisé entre l'Orient
et l'Occident. La précision y est égale et
les faits principaux s'y trouvent rapellés
avec beaucoup d'exactitude. Ce qui doit
faire plaisir dans cet Ouvrage , est qu'on
ne voit guere de Prince , d'Empereur ,
ou de Souverain, dont le caractere n'ysoit
marqué. On aime à connoître lesHommes.
L'Auteur a soin de soulager l'esprit et
la mémoire par quelques repos : et ces re-
pos sont des époques qui donnent une
nouvelle face à l'Histoire
d'eux à son instruction particuliere. Ain-
si depuis Auguste jusques à Constantin
on voit une même suite historique ,
comprise en trente- quatre leçons. L'ins-
Fiij
et chacun
truction
956 MERCURE DE FRANCE
truction qui les accompagne marque les
Auteurs qu'on doit lire pour se former
dans cette partie. Mais on n'y donne pas
l'Histoire Romaine de Laurent Echard
>
sur le pied d'une traduction simple et
servile , comme on l'a reproché à l'Au-
teur. Il dit lui-même le contraire dans
la liste qui est à la fin de la Préface de ce
troisiéme Volume.
L'Auteur poursuit l'Histoire Romai-
ne jusqu'aux révolutions , qui l'ont divi-
sé et presque anéanti. On y examine
toujours le caractere des Princes. Cons-
tantin n'y est pas loüé avec excès , ni
Julien blâmé avec aigreur.
Après deux leçons sur les destructeurs
de l'Empire Romain , vient toute l'His-
toire d'Orient jusqu'à la prise de Cons-
tantinople par les Turcs. Et comme les.
Ottomans ont continué cet Empire de-
puis Mahomet II. c'est ce qui donne lieu
à l'Auteur de tracer en peu de mots l'His-
toire desTurcs jusqu'à ces derniers temps.
L'on donne ensuite en 22. leçons tou-
te l'Histoire de l'Empire d'Occident ,
rétabli par Charlemagne , Roy de France:
et après la postérité de ce grand Prince ,
il prend le titre d'Empire d'Allemagne ,
ou Romano - Germanique , comme on
parle dans l'Empire. L'Auteur est loia-
ble
MAY.
1737.
957
ble de donner aux derniers Empereurs
de l'auguste Maison d'Autriche les louan-
ges qu'ils ont méritées. Voici ce qu'il
dit de l'Empereur Leopold
que fa
Réligion quifut toujours sincere a été récom-
pensée même en ce monde par les heureux
fuccès de fes armes en Hongrie ; sa grande
expériencejointe à ses talens naturels et à
une grande pénétration , l'avoit rendu con-
sommé dans toutes sortes d'affaires , dont il
prévoyoit toutes les conféquences. Né avec
beaucoup degoût et d'aplication , il avoit de
Pamour pour les Arts et les Sciences, dont il
se plaisoit à s'entretenir avec les plus grands
Maîtres.
Cet article est d'autant plus remarqua-
ble que l'on se fait un plaisir de montrer
dans la Bibliotheque Imperiale à Vien-
ne , des Lettres que ce grand Prince écri-
voit fimilierement à Lambecius , son
Bibliothequaire , comme à son Ami :
Elles sont en Latin , et commencent tou-
tes par ces termes affectueux , Chare mi
Lambeci , qui marquent la bonté de ce
digne Empereur , qui , au milieu des plus
grandes affaires, dont son regne fut agité,
daigne néanmoins s'entretenir cordiale
ment de Littérature avec un de ses sujets.
L'Empereur Charles VI . qui regnet
heureufement aujourd'hui , n'y est pas
Fij
moing
958 MERCURE DE FRANCE
moins bien caracterisé , par la sagesse et
la bonté de son Gouvernement , dont je
ne puis m'empêcher de raporter cette
preuve éclatante.
Toute la Ville de Vienne se souvient
encore avec admiration de la vertueuse
résolution de ce grand Prince. La peste
ayant pénétré jusque dans le Palais Im-
périal l'an 1715. tous les Courtisans
voulurent l'engager à sortir de sa Capi-
tale. Mais il répondit avec un courage
plein de Religion et d'humanité , que
s'il en sortoit , la Ville alloit périr de
faim et de maladie , et qu'il étoit plus
loüable qu'il mourût au milieu de son
peuple en le soulageant , que de le faire
périr doublement , en cherchant son pro-
pre
salut
par sa retraite
qu'il n'y avoit
donc qu'à purifier la Chambre de son
Palais qui étoit infectée , et la murer :
mais qu'il étoit résolu de rester au mi-
lieu de son Peuple.
L'Auteur nous tire d'une erreur où l'on
étoit ; c'est dans la 95e. Leçon , on avoit
dit , et le Continuateur de M. de Puf-
fendorffl'avoit marqué comme les autres,
que c'étoient des Commerçans Anglois ,
qui étoient Auteurs de la Compagnie
d'Ostende. M. l'Abbé Lenglet a soin de
nous en désabuser , en assurant que l'é
tablissement
MAY.
1737.
959
tablissement de cette Compagnie étoit
dû au Chevalier de la Merveille , le fils,
Navigateur Breton , actuellement au ser
vice de Sa Majesté Impériale à Trieste dans
le Golfe de la Mer Adriatique , où il est
Intendant de Marine et du Commerce
,
et qu'elle fut formée par un pur hazard.
L'Auteur finit ce Volume par l'Histoire
de Suisse et des Pays - Bas ,autrefois mem-
bres de l'Empire. Et quoique ce ne soit
ici qu'un Abrégé , on ne laisse pas d'y
trouver des particularités curieuses et
interessantes. Les autres Volumes vont
paroître de suite.
de la Jeunesse : troisiéme année, qui
contient l'Histoire de l'Empire Romain
en Orient et en Occident. Par M. l'Abbé
Lenglet Dufresnoy , in 12. Paris , chés de
Bure l'aîné. 1737.
C'est toûjours le même ordre et la
même méthode que suit M. l'Abbé Len-
glet dans ce troisiéme Volume des Prin-
cipes de l'Histoire , qui contient celle de
l'Empire Romain , divisé entre l'Orient
et l'Occident. La précision y est égale et
les faits principaux s'y trouvent rapellés
avec beaucoup d'exactitude. Ce qui doit
faire plaisir dans cet Ouvrage , est qu'on
ne voit guere de Prince , d'Empereur ,
ou de Souverain, dont le caractere n'ysoit
marqué. On aime à connoître lesHommes.
L'Auteur a soin de soulager l'esprit et
la mémoire par quelques repos : et ces re-
pos sont des époques qui donnent une
nouvelle face à l'Histoire
d'eux à son instruction particuliere. Ain-
si depuis Auguste jusques à Constantin
on voit une même suite historique ,
comprise en trente- quatre leçons. L'ins-
Fiij
et chacun
truction
956 MERCURE DE FRANCE
truction qui les accompagne marque les
Auteurs qu'on doit lire pour se former
dans cette partie. Mais on n'y donne pas
l'Histoire Romaine de Laurent Echard
>
sur le pied d'une traduction simple et
servile , comme on l'a reproché à l'Au-
teur. Il dit lui-même le contraire dans
la liste qui est à la fin de la Préface de ce
troisiéme Volume.
L'Auteur poursuit l'Histoire Romai-
ne jusqu'aux révolutions , qui l'ont divi-
sé et presque anéanti. On y examine
toujours le caractere des Princes. Cons-
tantin n'y est pas loüé avec excès , ni
Julien blâmé avec aigreur.
Après deux leçons sur les destructeurs
de l'Empire Romain , vient toute l'His-
toire d'Orient jusqu'à la prise de Cons-
tantinople par les Turcs. Et comme les.
Ottomans ont continué cet Empire de-
puis Mahomet II. c'est ce qui donne lieu
à l'Auteur de tracer en peu de mots l'His-
toire desTurcs jusqu'à ces derniers temps.
L'on donne ensuite en 22. leçons tou-
te l'Histoire de l'Empire d'Occident ,
rétabli par Charlemagne , Roy de France:
et après la postérité de ce grand Prince ,
il prend le titre d'Empire d'Allemagne ,
ou Romano - Germanique , comme on
parle dans l'Empire. L'Auteur est loia-
ble
MAY.
1737.
957
ble de donner aux derniers Empereurs
de l'auguste Maison d'Autriche les louan-
ges qu'ils ont méritées. Voici ce qu'il
dit de l'Empereur Leopold
que fa
Réligion quifut toujours sincere a été récom-
pensée même en ce monde par les heureux
fuccès de fes armes en Hongrie ; sa grande
expériencejointe à ses talens naturels et à
une grande pénétration , l'avoit rendu con-
sommé dans toutes sortes d'affaires , dont il
prévoyoit toutes les conféquences. Né avec
beaucoup degoût et d'aplication , il avoit de
Pamour pour les Arts et les Sciences, dont il
se plaisoit à s'entretenir avec les plus grands
Maîtres.
Cet article est d'autant plus remarqua-
ble que l'on se fait un plaisir de montrer
dans la Bibliotheque Imperiale à Vien-
ne , des Lettres que ce grand Prince écri-
voit fimilierement à Lambecius , son
Bibliothequaire , comme à son Ami :
Elles sont en Latin , et commencent tou-
tes par ces termes affectueux , Chare mi
Lambeci , qui marquent la bonté de ce
digne Empereur , qui , au milieu des plus
grandes affaires, dont son regne fut agité,
daigne néanmoins s'entretenir cordiale
ment de Littérature avec un de ses sujets.
L'Empereur Charles VI . qui regnet
heureufement aujourd'hui , n'y est pas
Fij
moing
958 MERCURE DE FRANCE
moins bien caracterisé , par la sagesse et
la bonté de son Gouvernement , dont je
ne puis m'empêcher de raporter cette
preuve éclatante.
Toute la Ville de Vienne se souvient
encore avec admiration de la vertueuse
résolution de ce grand Prince. La peste
ayant pénétré jusque dans le Palais Im-
périal l'an 1715. tous les Courtisans
voulurent l'engager à sortir de sa Capi-
tale. Mais il répondit avec un courage
plein de Religion et d'humanité , que
s'il en sortoit , la Ville alloit périr de
faim et de maladie , et qu'il étoit plus
loüable qu'il mourût au milieu de son
peuple en le soulageant , que de le faire
périr doublement , en cherchant son pro-
pre
salut
par sa retraite
qu'il n'y avoit
donc qu'à purifier la Chambre de son
Palais qui étoit infectée , et la murer :
mais qu'il étoit résolu de rester au mi-
lieu de son Peuple.
L'Auteur nous tire d'une erreur où l'on
étoit ; c'est dans la 95e. Leçon , on avoit
dit , et le Continuateur de M. de Puf-
fendorffl'avoit marqué comme les autres,
que c'étoient des Commerçans Anglois ,
qui étoient Auteurs de la Compagnie
d'Ostende. M. l'Abbé Lenglet a soin de
nous en désabuser , en assurant que l'é
tablissement
MAY.
1737.
959
tablissement de cette Compagnie étoit
dû au Chevalier de la Merveille , le fils,
Navigateur Breton , actuellement au ser
vice de Sa Majesté Impériale à Trieste dans
le Golfe de la Mer Adriatique , où il est
Intendant de Marine et du Commerce
,
et qu'elle fut formée par un pur hazard.
L'Auteur finit ce Volume par l'Histoire
de Suisse et des Pays - Bas ,autrefois mem-
bres de l'Empire. Et quoique ce ne soit
ici qu'un Abrégé , on ne laisse pas d'y
trouver des particularités curieuses et
interessantes. Les autres Volumes vont
paroître de suite.
Fermer
Résumé : Principes de l'Histoire, [titre d'après la table]
Le troisième volume des 'Principes de l'Histoire' de l'abbé Lenglet Dufresnoy, publié en 1737, se concentre sur l'histoire de l'Empire Romain, divisé en ses parties orientale et occidentale. L'ouvrage adopte une méthode précise et exacte, en mettant en avant les faits principaux et les caractéristiques des princes, empereurs et souverains. Pour structurer le récit et faciliter la mémorisation, l'auteur insère des périodes de repos. Le volume commence avec l'Empire Romain depuis Auguste jusqu'à Constantin, puis aborde les révolutions ayant conduit à sa division. Il explore ensuite l'histoire de l'Empire d'Orient jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs, ainsi que l'histoire des Turcs jusqu'aux temps récents. L'histoire de l'Empire d'Occident, restauré par Charlemagne, est également détaillée, incluant celle de la maison d'Autriche. L'auteur exalte les empereurs Léopold et Charles VI pour leurs qualités et actions remarquables. Le volume se conclut par l'histoire de la Suisse et des Pays-Bas, anciens membres de l'Empire, en fournissant des détails curieux et intéressants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4573
p. 959-963
Histoire Universelle de Diodore de Sicile, &c. [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE DE SICILE, traduite en François par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Universelle de Diodore de Sicile, &c. [titre d'après la table]
HISTOIRE UNIVERSELLE DE DIODORE
DE SICILE, traduite en François par M.
l'Abbé Terrasson , de l'Academie Fran-
çoise , in- 12 . à Paris, chés Debure l'aîné ,
Quay des Augustins , à l'Image Saint
Paul. 1737. 2. Volumes.
Diodore de Sicile , est un de nos an-
ciens Ecrivains qui mérite le plus d'être
traduit en notre Langue. Les Italiens en
ont plusieurs versions ; mais elles ne sont
pas également bonnes ; la premiere qui
ne contenoit que les cinq premiers Li-
vres , parut d'abordà Florence en 1526.
in - 8. et fut publiée depuis à Venise:
en 1542. et 1547. Cette version étoit
F v
faire ,
960 MERCURE DE FRANCE
faite , non sur l'Original Grec , mais sur
une version Latine du Pogge Florentin ,
imprimée d'abord à Venise en 1476.
1493. et 1496. François Baldelli , l'un
des plus habiles Traducteurs de l'Italie,
peu content de cette version , en publia
une nouvelle à Venise l'an 1575. in- 4.
Elle fait partie , et même c'est une des
versions les plus rares de la célébre Col-
lana , ou Chaîne des Historiens Grecs ,
si estimée par les Amateurs de la Lan-
gue Italienne.
Les François commencerent vers le
même temps à donner en notre Langue
quelques portions de cet Historien.Clau-
dede Seissel, qui est mort Archevêque de
Turin , donna l'an 1530. et 1545. l'His-
toire des Successeurs d'Alexandre , qu'on
a remise en meilleur François dans ces
derniers temps. Macaut , l'un des Valets
de Chambre de François I. publia en 1535.
et 1540. les trois premiers Livres de cet
Historien; enfin l'an 1554 , le célébré Jae-
ques Amiot en donna une autre version
françoise , mais il ne toucha point aux
cinq premiers Livres qui sont cependant
très-nécessaires pour connoître l'Histoire
fabuleuse des premiers temps , telle que
l'ont conçue les anciens qui n'avoient
aucune idée certaine des verités Histori-
ques
MAY.
1737.
961
ques, contenues dans les Livres de Moy-
se. Cette version fut réimprimée l'an
1585. par les soins de Louis le Roy , dit
Regius , qui joignit ensemble le travail de
Macaut et d'Amiot.
Mais comme ces deux versions , qui
ne laissoient pas d'être rares , avoient ex-
trémement vieilli , M. l'Abbé Terrasson
de l'Academie Françoise , distingué déja
par d'autres bonsOuvrages, vient d'en pu-
blier une nouvelle. Sa connoissance dans
les Langues Grecque et Françoise , nous
répond de la fidelité de sa Traduction :
Il commence aujourd'hui par les cinq
premiers Livres , et les autres vont venir
de suite.
Ces cinq Livres sont d'autant plus in-
teressans , qu'ils nous ont transmis des
faits et des mœurs , qui nous donnent
beaucoup de lumieres sur l'Histoire an-
cienne. Celle d'Egypte si curieuse, et ce-
pendant si embarrassée, fait la matiere du
premier ; mais que de choses singulie-
res , Diodore de Sicile ne nous a - t'il pas
conservé sur les mœurs , la Religion et
le Gouvernement des Egyptiens ? C'est
de là principalement que le célebre M.
Bossuet , a tiré le fond des sages et lumi-
neuses réflexions qu'il a données sur
l'Histoire d'Egypte , dans son discours
sur l'Histoire Universelle.
F vj
962 MERCURE DE FRANCE
Dans le second Livre , l'Auteur passe
à l'Empire des Assyriens ,
si célebre ,
mais si confus dans l'ancienne Histoire ,
par la diversité de sentimens qui se trou-
ve entre Herodote et les autres Ecrivains.
Diodore de Sicile plus proche des anciens
Monumens que nous ne sommes aujour-
d'hui , a choisi le meilleur parti ; et con-
formément à l'Ecriture Sainte , il fait re-
monter l'Histoire des
Assyriens aux
temps les plus prochains du Déluge.
Après quoi, il parcourt l'Inde , la Scythie
et l'Arabie.
Vient dans le troisiéme Livre , l'His-
toire des Ethiopiens , très curieuse par la
singularité de leurs mœurs , d'où l'Au-
teur passe aux anciennes Divinités de la
Fable ; Divinités cependant qui ont un
fondement réel dans l'Histoire , et Dio-
dore de Sicile a soin de nous donner les
fumieres nécessaires pour démêler la ve-
rité du mensonge.
Le quatriéme Livre de Diodore de Si-
cile continue à parler des anciennes Di-
vinités , d'où il vient aux Héros de la
Grece ; Hercule et Thésée sont ceux
dont il parle avec plus d'étendue , mais
toujours en raprochant la verité de la
Fable qui l'a couverte et envelopée.
Enfin , le cinquiéme Livre traite des
Isles
MAY.
1737.
951
ffles de la Mer Méditerranée , il passe
même jusques à l'Ocean , et pousse dans
l'Angleterre , et dans le Nord, d'où il re-
vient chés les Celtes et les Gaulois , et
raconte toujours des choses également
utiles et interessantes.
Enfin , le Traducteur finit cette éle-
gante version par plusieurs fragmens im-
portans , qui doivent suivre le cinquié-
me Livre. Il est à souhaiter que l'Auteur
également exact et poli , ne laisse pas
languir le Public qui désire avec impa-
tience la suite d'une Traduction , que
l'on attendoit depuis long- temps.
DE SICILE, traduite en François par M.
l'Abbé Terrasson , de l'Academie Fran-
çoise , in- 12 . à Paris, chés Debure l'aîné ,
Quay des Augustins , à l'Image Saint
Paul. 1737. 2. Volumes.
Diodore de Sicile , est un de nos an-
ciens Ecrivains qui mérite le plus d'être
traduit en notre Langue. Les Italiens en
ont plusieurs versions ; mais elles ne sont
pas également bonnes ; la premiere qui
ne contenoit que les cinq premiers Li-
vres , parut d'abordà Florence en 1526.
in - 8. et fut publiée depuis à Venise:
en 1542. et 1547. Cette version étoit
F v
faire ,
960 MERCURE DE FRANCE
faite , non sur l'Original Grec , mais sur
une version Latine du Pogge Florentin ,
imprimée d'abord à Venise en 1476.
1493. et 1496. François Baldelli , l'un
des plus habiles Traducteurs de l'Italie,
peu content de cette version , en publia
une nouvelle à Venise l'an 1575. in- 4.
Elle fait partie , et même c'est une des
versions les plus rares de la célébre Col-
lana , ou Chaîne des Historiens Grecs ,
si estimée par les Amateurs de la Lan-
gue Italienne.
Les François commencerent vers le
même temps à donner en notre Langue
quelques portions de cet Historien.Clau-
dede Seissel, qui est mort Archevêque de
Turin , donna l'an 1530. et 1545. l'His-
toire des Successeurs d'Alexandre , qu'on
a remise en meilleur François dans ces
derniers temps. Macaut , l'un des Valets
de Chambre de François I. publia en 1535.
et 1540. les trois premiers Livres de cet
Historien; enfin l'an 1554 , le célébré Jae-
ques Amiot en donna une autre version
françoise , mais il ne toucha point aux
cinq premiers Livres qui sont cependant
très-nécessaires pour connoître l'Histoire
fabuleuse des premiers temps , telle que
l'ont conçue les anciens qui n'avoient
aucune idée certaine des verités Histori-
ques
MAY.
1737.
961
ques, contenues dans les Livres de Moy-
se. Cette version fut réimprimée l'an
1585. par les soins de Louis le Roy , dit
Regius , qui joignit ensemble le travail de
Macaut et d'Amiot.
Mais comme ces deux versions , qui
ne laissoient pas d'être rares , avoient ex-
trémement vieilli , M. l'Abbé Terrasson
de l'Academie Françoise , distingué déja
par d'autres bonsOuvrages, vient d'en pu-
blier une nouvelle. Sa connoissance dans
les Langues Grecque et Françoise , nous
répond de la fidelité de sa Traduction :
Il commence aujourd'hui par les cinq
premiers Livres , et les autres vont venir
de suite.
Ces cinq Livres sont d'autant plus in-
teressans , qu'ils nous ont transmis des
faits et des mœurs , qui nous donnent
beaucoup de lumieres sur l'Histoire an-
cienne. Celle d'Egypte si curieuse, et ce-
pendant si embarrassée, fait la matiere du
premier ; mais que de choses singulie-
res , Diodore de Sicile ne nous a - t'il pas
conservé sur les mœurs , la Religion et
le Gouvernement des Egyptiens ? C'est
de là principalement que le célebre M.
Bossuet , a tiré le fond des sages et lumi-
neuses réflexions qu'il a données sur
l'Histoire d'Egypte , dans son discours
sur l'Histoire Universelle.
F vj
962 MERCURE DE FRANCE
Dans le second Livre , l'Auteur passe
à l'Empire des Assyriens ,
si célebre ,
mais si confus dans l'ancienne Histoire ,
par la diversité de sentimens qui se trou-
ve entre Herodote et les autres Ecrivains.
Diodore de Sicile plus proche des anciens
Monumens que nous ne sommes aujour-
d'hui , a choisi le meilleur parti ; et con-
formément à l'Ecriture Sainte , il fait re-
monter l'Histoire des
Assyriens aux
temps les plus prochains du Déluge.
Après quoi, il parcourt l'Inde , la Scythie
et l'Arabie.
Vient dans le troisiéme Livre , l'His-
toire des Ethiopiens , très curieuse par la
singularité de leurs mœurs , d'où l'Au-
teur passe aux anciennes Divinités de la
Fable ; Divinités cependant qui ont un
fondement réel dans l'Histoire , et Dio-
dore de Sicile a soin de nous donner les
fumieres nécessaires pour démêler la ve-
rité du mensonge.
Le quatriéme Livre de Diodore de Si-
cile continue à parler des anciennes Di-
vinités , d'où il vient aux Héros de la
Grece ; Hercule et Thésée sont ceux
dont il parle avec plus d'étendue , mais
toujours en raprochant la verité de la
Fable qui l'a couverte et envelopée.
Enfin , le cinquiéme Livre traite des
Isles
MAY.
1737.
951
ffles de la Mer Méditerranée , il passe
même jusques à l'Ocean , et pousse dans
l'Angleterre , et dans le Nord, d'où il re-
vient chés les Celtes et les Gaulois , et
raconte toujours des choses également
utiles et interessantes.
Enfin , le Traducteur finit cette éle-
gante version par plusieurs fragmens im-
portans , qui doivent suivre le cinquié-
me Livre. Il est à souhaiter que l'Auteur
également exact et poli , ne laisse pas
languir le Public qui désire avec impa-
tience la suite d'une Traduction , que
l'on attendoit depuis long- temps.
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Résumé : Histoire Universelle de Diodore de Sicile, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Universelle' de Diodore de Sicile a été traduit en français par l'Abbé Terrasson, membre de l'Académie Française, et publié en 1737 à Paris en deux volumes. Diodore de Sicile est considéré comme un écrivain ancien digne d'être traduit en français. Plusieurs versions italiennes existent, mais elles diffèrent en qualité. La première version italienne, couvrant les cinq premiers livres, a été publiée à Florence en 1526 et rééditée à Venise en 1542 et 1547. Cette version était basée sur une traduction latine réalisée par le Pogge Florentin. François Baldelli a publié une nouvelle version à Venise en 1575, intégrée à la célèbre collection 'Collana' des historiens grecs. En France, des portions de l'œuvre de Diodore ont été traduites dès le XVIe siècle. Claude de Seissel a traduit l'histoire des successeurs d'Alexandre en 1530 et 1545. Macaut, valet de chambre de François Ier, a publié les trois premiers livres en 1535 et 1540. Jacques Amiot a offert une autre version en 1554, réimprimée en 1585 par Louis le Roy, qui a combiné les travaux de Macaut et d'Amiot. La traduction de l'Abbé Terrasson vise à remplacer les versions obsolètes et rares. Elle commence par les cinq premiers livres, essentiels pour comprendre l'histoire fabuleuse des anciens temps. Ces livres couvrent divers sujets tels que l'Égypte ancienne, l'Empire des Assyriens, l'Inde, la Scythie, l'Arabie, les Éthiopiens, les divinités anciennes, les héros grecs comme Hercule et Thésée, ainsi que les îles de la Méditerranée jusqu'à l'Angleterre et le Nord.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4574
p. 963-967
Imitation de N. S. J. Ch. [titre d'après la table]
Début :
IMITATION de Notre Seigneur Jesus-Christ, traduite et revûë sur l'ancien [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Imitation de N. S. J. Ch. [titre d'après la table]
IMITATION de Notre Seigneur Jesus-Christ,
traduite et revûë sur l'ancien
original françois , d'où l'on a tiré un
Chapitre qui manque dans les autres Edi-
tions . Par M. l'Abbé Lenglet Dufresnoy ;
nouvelle Edition , in- 12. àParis , chés Án-
dré Cailleau, Quay des Augustins. 1737.
Cette nouvelle Edition de l'Imitation
de J.C.n'est pas un Ouvrage du caractere
des autres Livres de ce genre. Le hazard
fit trouver à M. l'Abbé Lenglet , lors
qu'il étoit en Flandres , quelques impri-
més gothiques , sous le titre de l'internelle
Consolation , ou de la Confolation interieu-
A l'inspection du Livre il remarqua
que
964 MERCURE DE FRANCE
que c'étoit celui de l'Imitation de J. C.
sous un autre nom , et dans un autre
ordre. Il n'en fallut pas d'avantage pour
exciter sa curiosité et pour l'animer à
faire quelques recherches , qui lui réüs-
sirent. Il remarqua non- seulement dans
ees anciens exemplaires beaucoup de
différences essentielles , mais il observa
même qu'il y avoit au Livre premier un
Chapitre entier,qui manquoit dans tou-
tes les Imitations ordinaires. De retour
à Paris , il continua ses recherches , et
trouva dans la célébre Bibliotheque de
l'Abbaye de Saint Germain des Prés
d'autres Exemplaires imprimés de ce
même Livre , et toujours sous le même
titre. M. l'Abbé Lenglet se détermina
donc à faire imprimer dans les Pays Bas
en 1731. une Edition nouvelle de l'Imi-
tation de J. C. avec ce nouveau Chapitre ,
qui fait le XXVIe, du premier Livre. Il
donne aujourd'hui de nouveau cette mê
me Edition qu'il a revûë exactement sur
ces Originaux. C'est une obligation que
Fon a aux recherches de cet Auteur.
La Préface de M. l'Abbé Lenglet , qui
est curieuse et instructive , tend à prou-
ver que l'original de l'Imitation de Jesus-
Christ , est françois , & que le latin n'en
est qu'une Traduction , qui a même
quel
MAY.
1737.
965
quelquefois abregé les paroles du premier
Auteur. M. l'Abbé Lenglet jerte les yeux
sur Gerson , Chancelier de l'Eglise et de
l'Université de Paris , au commencement
du XVe. siecle pour lui attribuer cette
pieuse production. Il a scrupuleusement
examiné toutes les Editions antiques du
François qui lui sont tombées entre les
mains , et pas une n'a marqué que ce fût
une Traduction . Elles font seulement
connoître que c'est un Livre nouvelle-
ment imprimé et corrigé. Cependant
c'étoit une gloire que nos anciens ne lais
soient point échaper ; ils préferoient la
qualité de Traducteur à celle d'Auteur,
qui leur paroissoit moins sçavante .
Le nouvel Editeur croit par- là qu'il
peut concilier les deux Traditions
•
dont l'une donne ce Livre à Gerson et
Pautre à Thomas à Kempis. Gerson aura
fait le Livre en François et Thomas à
Kempis l'aura traduit en Latin , en l'ac-
commodant néanmoins à la vie Religieu
se ; au lieu que l'Auteur original ne par-
le dans tout son Livre que des Chrétiens
en général. Ainsi les deux Traditions
sont également recevables , mais cepen-
dant à différens égards. En ce cas , l'E-
dition de Bresse en Italie de 1435. qui,
la premiere, attribue ce Livre à Gerson ,
n'a
966 MERCURE DE FRANCE
n'a pas moins raison que celle d'Aus-
bourg de 1475. et une autre de 1485. qui
la donnent à Thomas à Kempis ; à l'un
comme Auteur , et à l'autre comme Tra
ducteur.
Notre nouvel Editeur à raison de s'é-
tonner que tant de personnes habiles ,
les Naudés , les Frontons , les Launois , et
même les Dupins , ayant traité cette fa-
meuse controverse sur l'Auteur de ce
Livre , pas un n'ait d'écouvert cet Ou-
vrage François imprimé tant de fois . Il
est hors de doute qu'il auroit fait chan-
ger le systême de la dispute.
Mais quand le célébre Gerson auroit-il
fait cet Ouvrage ? Ce seroit sans doute
dans sa retraite. Cet illustre Théolo-
gien qui avoit assisté au Concile de Cons-
tance , ne revint plus à Paris , il voya-
gea et se retira ensuite à Lyon , où il me-
na une vie obscure et pénitente , et il y
mourut l'an 1429. Ce seroit là sansdoute,
qu'il auroit fait ce Livre pour raprocher
les maximes de la Vie Intérieure , de la
Vie commune de Jesus- Christ et de ses
Apôtres,
Pour marquer ce qu'on doit penser de
cette nouvelle Traduction , on se con-
tentera de marquer ici ce qu'en dit M..
l'Abbé de Marcilli , Docteur de la Mai-
son
MAY.
1737.
967
son et Societé de Sorbonne , dans son
Aprobation , que » la beauté du style ,
» la noblesse des expressions n'ôte rien à
» la simplicité convenable à un Ouvrage
» de ce genre , et lui donne un nouveau
» mérite au - dessus de celles qui ont paru
»jusques à présent . Le Traducteur habi-
le a le talent de rendre plus sensibles.
» les pensées de l'Auteur en quelques en-
» droits , qui avoient besoin d'être éclair-
>> cis : mais la découverte qu'il a faite d'un
>>
Chapitre , qui manquoit au premier
» Livre , enrichit sa Traduction d'un
» morceau excellent. Les personnes qui
» ont le vrai goût de la pieté ( que nul
>>Livre n'est plus capable de leur inspirer
» que celui de l'Imitation de J. C. ) sçau- .
>> ront bon gré à M. Lenglet et de sa re-
» cherche et de cette addition.
M. l'Abbé Lenglet voulant faire voir
le caractere de l'Auteur original , a mis le
XVIe. Chapitre du premier Livre dans
notre vieux Gaulois , tel qu'il l'a trouvé
dans ses Exemplaires.
traduite et revûë sur l'ancien
original françois , d'où l'on a tiré un
Chapitre qui manque dans les autres Edi-
tions . Par M. l'Abbé Lenglet Dufresnoy ;
nouvelle Edition , in- 12. àParis , chés Án-
dré Cailleau, Quay des Augustins. 1737.
Cette nouvelle Edition de l'Imitation
de J.C.n'est pas un Ouvrage du caractere
des autres Livres de ce genre. Le hazard
fit trouver à M. l'Abbé Lenglet , lors
qu'il étoit en Flandres , quelques impri-
més gothiques , sous le titre de l'internelle
Consolation , ou de la Confolation interieu-
A l'inspection du Livre il remarqua
que
964 MERCURE DE FRANCE
que c'étoit celui de l'Imitation de J. C.
sous un autre nom , et dans un autre
ordre. Il n'en fallut pas d'avantage pour
exciter sa curiosité et pour l'animer à
faire quelques recherches , qui lui réüs-
sirent. Il remarqua non- seulement dans
ees anciens exemplaires beaucoup de
différences essentielles , mais il observa
même qu'il y avoit au Livre premier un
Chapitre entier,qui manquoit dans tou-
tes les Imitations ordinaires. De retour
à Paris , il continua ses recherches , et
trouva dans la célébre Bibliotheque de
l'Abbaye de Saint Germain des Prés
d'autres Exemplaires imprimés de ce
même Livre , et toujours sous le même
titre. M. l'Abbé Lenglet se détermina
donc à faire imprimer dans les Pays Bas
en 1731. une Edition nouvelle de l'Imi-
tation de J. C. avec ce nouveau Chapitre ,
qui fait le XXVIe, du premier Livre. Il
donne aujourd'hui de nouveau cette mê
me Edition qu'il a revûë exactement sur
ces Originaux. C'est une obligation que
Fon a aux recherches de cet Auteur.
La Préface de M. l'Abbé Lenglet , qui
est curieuse et instructive , tend à prou-
ver que l'original de l'Imitation de Jesus-
Christ , est françois , & que le latin n'en
est qu'une Traduction , qui a même
quel
MAY.
1737.
965
quelquefois abregé les paroles du premier
Auteur. M. l'Abbé Lenglet jerte les yeux
sur Gerson , Chancelier de l'Eglise et de
l'Université de Paris , au commencement
du XVe. siecle pour lui attribuer cette
pieuse production. Il a scrupuleusement
examiné toutes les Editions antiques du
François qui lui sont tombées entre les
mains , et pas une n'a marqué que ce fût
une Traduction . Elles font seulement
connoître que c'est un Livre nouvelle-
ment imprimé et corrigé. Cependant
c'étoit une gloire que nos anciens ne lais
soient point échaper ; ils préferoient la
qualité de Traducteur à celle d'Auteur,
qui leur paroissoit moins sçavante .
Le nouvel Editeur croit par- là qu'il
peut concilier les deux Traditions
•
dont l'une donne ce Livre à Gerson et
Pautre à Thomas à Kempis. Gerson aura
fait le Livre en François et Thomas à
Kempis l'aura traduit en Latin , en l'ac-
commodant néanmoins à la vie Religieu
se ; au lieu que l'Auteur original ne par-
le dans tout son Livre que des Chrétiens
en général. Ainsi les deux Traditions
sont également recevables , mais cepen-
dant à différens égards. En ce cas , l'E-
dition de Bresse en Italie de 1435. qui,
la premiere, attribue ce Livre à Gerson ,
n'a
966 MERCURE DE FRANCE
n'a pas moins raison que celle d'Aus-
bourg de 1475. et une autre de 1485. qui
la donnent à Thomas à Kempis ; à l'un
comme Auteur , et à l'autre comme Tra
ducteur.
Notre nouvel Editeur à raison de s'é-
tonner que tant de personnes habiles ,
les Naudés , les Frontons , les Launois , et
même les Dupins , ayant traité cette fa-
meuse controverse sur l'Auteur de ce
Livre , pas un n'ait d'écouvert cet Ou-
vrage François imprimé tant de fois . Il
est hors de doute qu'il auroit fait chan-
ger le systême de la dispute.
Mais quand le célébre Gerson auroit-il
fait cet Ouvrage ? Ce seroit sans doute
dans sa retraite. Cet illustre Théolo-
gien qui avoit assisté au Concile de Cons-
tance , ne revint plus à Paris , il voya-
gea et se retira ensuite à Lyon , où il me-
na une vie obscure et pénitente , et il y
mourut l'an 1429. Ce seroit là sansdoute,
qu'il auroit fait ce Livre pour raprocher
les maximes de la Vie Intérieure , de la
Vie commune de Jesus- Christ et de ses
Apôtres,
Pour marquer ce qu'on doit penser de
cette nouvelle Traduction , on se con-
tentera de marquer ici ce qu'en dit M..
l'Abbé de Marcilli , Docteur de la Mai-
son
MAY.
1737.
967
son et Societé de Sorbonne , dans son
Aprobation , que » la beauté du style ,
» la noblesse des expressions n'ôte rien à
» la simplicité convenable à un Ouvrage
» de ce genre , et lui donne un nouveau
» mérite au - dessus de celles qui ont paru
»jusques à présent . Le Traducteur habi-
le a le talent de rendre plus sensibles.
» les pensées de l'Auteur en quelques en-
» droits , qui avoient besoin d'être éclair-
>> cis : mais la découverte qu'il a faite d'un
>>
Chapitre , qui manquoit au premier
» Livre , enrichit sa Traduction d'un
» morceau excellent. Les personnes qui
» ont le vrai goût de la pieté ( que nul
>>Livre n'est plus capable de leur inspirer
» que celui de l'Imitation de J. C. ) sçau- .
>> ront bon gré à M. Lenglet et de sa re-
» cherche et de cette addition.
M. l'Abbé Lenglet voulant faire voir
le caractere de l'Auteur original , a mis le
XVIe. Chapitre du premier Livre dans
notre vieux Gaulois , tel qu'il l'a trouvé
dans ses Exemplaires.
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Résumé : Imitation de N. S. J. Ch. [titre d'après la table]
En 1737, l'abbé Lenglet Dufresnoy a publié une nouvelle édition de l'*Imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ*, découverte en Flandres sous le titre *Internelle Consolation*. Lors de ses recherches, Lenglet a identifié des différences notables et un chapitre manquant dans les éditions existantes. Ce chapitre, ajouté comme le XXVIe du premier livre, a été retrouvé dans des exemplaires anciens de la bibliothèque de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Lenglet attribue l'œuvre originale à Jean Gerson, chancelier de l'Église et de l'Université de Paris au début du XVe siècle, et suggère que Thomas à Kempis en aurait fait une traduction latine adaptée à la vie religieuse. Cette hypothèse réconcilie les traditions attribuant l'ouvrage soit à Gerson, soit à Kempis. Lenglet exprime sa surprise que des érudits comme Naudé, Fronton, Launois et Dupin n'aient pas découvert ces versions françaises imprimées. Il propose que Gerson aurait écrit l'œuvre durant sa retraite à Lyon, où il est décédé en 1429. L'édition est approuvée par l'abbé de Marcilli, qui loue la beauté du style et la découverte du chapitre manquant. Lenglet inclut également le XVIe chapitre du premier livre en ancien français pour illustrer le caractère de l'auteur original.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4575
p. 967-970
Memoires concernant le Droit de Tiers et Danger, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES concernant le Droit de Tiers et Danger, sur les Bois de la Province de [...]
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texteReconnaissance textuelle : Memoires concernant le Droit de Tiers et Danger, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES concernant le Droit de Tiers
et Danger, sur les Bois de la Province de
Normandie. Par M. Louis GREARD ,
Ecuyer , ancien Avocat au Parlement de
Rouen. Avec les Preuves et Observations
de
968 MERCURE DE FRANCE
de M. Louis FROLAND , Ancien Bâtonnier
de MM.les Avocats du Parlement de Pa-
ris. 1. Vol. in-4° . A ROUEN , chés Abra-
bam Viret , Imprimeur- Libraire , ruë Séné-
caux , près Saint Martin fur Renelle , et
Pierre le Boucher le jeune , Libraire , sous
la Galerie du Palais. Et à Paris , chès de
Nully , le Gras et Girard , Libraires an
Palais.
Cet Ouvrage est également curieux et
intéressant , écrit avec une délicatesse et
une solidité qui le feroient seules recher-
cher. Il servit en 1673. à la défense de
toute une Province, qui le regarde encore
aujourd'hui avec une extrême vénération .
Celle qu'elle conserve pour la mémoire
du Sçavant Défenseur , à qui elle doit
son repos , lui faisoit désirer depuis long-
temps de voir renouveller un monument
qui lui est si précieux . M. Loüis FROLAND,
Neveu Maternel de M. GREARD , vient
de remplir de si just es desirs. Non - seu-
lement il a fait imprimer ces Mémoires ;
mais il y a joint un Extrait raisonné de
toutes les Pieces qui ont servi pour les au-
toriser. On admire surtout la précision et
la justesse avec laquelle l'Auteur s'expri-
me au milieu d'une foule de citations qu'il
s'est contenté de désigner. Dans les notes
placées entre chaque Chapitre , on voit
les
MAY.
1737.
969
les recherches immenses qu'il lui a fallu
faire pour choisir ses
autorités. Tout
ce que les Histoires ont dit de cette
Province et de ses prérogatives se trou-
ve adroitement employé par notre Au-
teur , et judicieusement mesuré aux cir-
constances dans lesquelles se trouvoit le
Pays qu'il avoit à défendre.
On a placé à la fin de ce Volume un Re-
cueil de différens Arrêts du Parlement
de Normandie , qui jugent les plus sin-
gulieres Questions de Fait et de Coûtu-
me. Ils ont été judicieusement recueillis
par feu M. Bertheaume , ancien Avocat
de ce Parlement. L'espece y est établie
avec précision , après le prononcé de
P'Arrêt , pour déterminer plus sûrement
la circonstance dans laquelle il a été ren.
du.
Après ce compte rendu au Public des
Mémoires sur le TIERS et DANGER , il n'est
pas hors de propos de dire un mot des
propres Ouvrages de M. Froland . On se
contentera d'en donner les Titres ; le cre-
dit qu'ils ont eu depuis qu'ils sont entre
les mains du Public , a prévenu l'Eloge
qu'on en pouroit faire .
MEMOIRES Concernant le Comté Pairie
d'Eu , et ses Usages prétendus Locaux ,
avec les Arrêts du Parlement de Paris
qui
970 MERCURE DE FRANCE
qui les ont condamnés , par M. Louis
FROLAND , Ancien Avocat au Parlement
de Paris. M. DCC . XXII . 1. Vol . in -4°.
MEMOIRES Concernant la prohibition
d'évoquer les Décrets d'Immeubles situés en
Normandie , avec les Chartes , Ordon-
nances , Edits , Déclarations , Lettres
Patentes , Réponses de nos Rois , Arrêts
du Conseil et du Parlement de Paris , qui
ont établi et confirmé le Privilege de la
Province ; diverses Questions mixtes qui
en dépendent , et les Arrêts qui les ont
décidées. M. DCC. XXII . 1. Vol. in 4.
MEMOIRES Concernant l'Observation du
Senatus-consulte Velleien dans le Duché
de Normandie, et diverses Questions mix-
tes qui en dépendent , avec les Arrêts
qui les ont décidées. M. DCC . XXIX . 1 .
Vol. in- 4.
MEMOIRES Concernant la nature et la
qualité des Statuts. Diverses Questions
mixtes de Droit et de Coutume , et la
plûpart des Arrêts qui les ont décidées.
M. DCC . XXIX. 2. Vol . in-4.
Tous ces Ouvrages se vendent à Paris
chés de Nully , au Palais .
et Danger, sur les Bois de la Province de
Normandie. Par M. Louis GREARD ,
Ecuyer , ancien Avocat au Parlement de
Rouen. Avec les Preuves et Observations
de
968 MERCURE DE FRANCE
de M. Louis FROLAND , Ancien Bâtonnier
de MM.les Avocats du Parlement de Pa-
ris. 1. Vol. in-4° . A ROUEN , chés Abra-
bam Viret , Imprimeur- Libraire , ruë Séné-
caux , près Saint Martin fur Renelle , et
Pierre le Boucher le jeune , Libraire , sous
la Galerie du Palais. Et à Paris , chès de
Nully , le Gras et Girard , Libraires an
Palais.
Cet Ouvrage est également curieux et
intéressant , écrit avec une délicatesse et
une solidité qui le feroient seules recher-
cher. Il servit en 1673. à la défense de
toute une Province, qui le regarde encore
aujourd'hui avec une extrême vénération .
Celle qu'elle conserve pour la mémoire
du Sçavant Défenseur , à qui elle doit
son repos , lui faisoit désirer depuis long-
temps de voir renouveller un monument
qui lui est si précieux . M. Loüis FROLAND,
Neveu Maternel de M. GREARD , vient
de remplir de si just es desirs. Non - seu-
lement il a fait imprimer ces Mémoires ;
mais il y a joint un Extrait raisonné de
toutes les Pieces qui ont servi pour les au-
toriser. On admire surtout la précision et
la justesse avec laquelle l'Auteur s'expri-
me au milieu d'une foule de citations qu'il
s'est contenté de désigner. Dans les notes
placées entre chaque Chapitre , on voit
les
MAY.
1737.
969
les recherches immenses qu'il lui a fallu
faire pour choisir ses
autorités. Tout
ce que les Histoires ont dit de cette
Province et de ses prérogatives se trou-
ve adroitement employé par notre Au-
teur , et judicieusement mesuré aux cir-
constances dans lesquelles se trouvoit le
Pays qu'il avoit à défendre.
On a placé à la fin de ce Volume un Re-
cueil de différens Arrêts du Parlement
de Normandie , qui jugent les plus sin-
gulieres Questions de Fait et de Coûtu-
me. Ils ont été judicieusement recueillis
par feu M. Bertheaume , ancien Avocat
de ce Parlement. L'espece y est établie
avec précision , après le prononcé de
P'Arrêt , pour déterminer plus sûrement
la circonstance dans laquelle il a été ren.
du.
Après ce compte rendu au Public des
Mémoires sur le TIERS et DANGER , il n'est
pas hors de propos de dire un mot des
propres Ouvrages de M. Froland . On se
contentera d'en donner les Titres ; le cre-
dit qu'ils ont eu depuis qu'ils sont entre
les mains du Public , a prévenu l'Eloge
qu'on en pouroit faire .
MEMOIRES Concernant le Comté Pairie
d'Eu , et ses Usages prétendus Locaux ,
avec les Arrêts du Parlement de Paris
qui
970 MERCURE DE FRANCE
qui les ont condamnés , par M. Louis
FROLAND , Ancien Avocat au Parlement
de Paris. M. DCC . XXII . 1. Vol . in -4°.
MEMOIRES Concernant la prohibition
d'évoquer les Décrets d'Immeubles situés en
Normandie , avec les Chartes , Ordon-
nances , Edits , Déclarations , Lettres
Patentes , Réponses de nos Rois , Arrêts
du Conseil et du Parlement de Paris , qui
ont établi et confirmé le Privilege de la
Province ; diverses Questions mixtes qui
en dépendent , et les Arrêts qui les ont
décidées. M. DCC. XXII . 1. Vol. in 4.
MEMOIRES Concernant l'Observation du
Senatus-consulte Velleien dans le Duché
de Normandie, et diverses Questions mix-
tes qui en dépendent , avec les Arrêts
qui les ont décidées. M. DCC . XXIX . 1 .
Vol. in- 4.
MEMOIRES Concernant la nature et la
qualité des Statuts. Diverses Questions
mixtes de Droit et de Coutume , et la
plûpart des Arrêts qui les ont décidées.
M. DCC . XXIX. 2. Vol . in-4.
Tous ces Ouvrages se vendent à Paris
chés de Nully , au Palais .
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Résumé : Memoires concernant le Droit de Tiers et Danger, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente les 'Mémoires concernant le Droit de Tiers et Danger sur les Bois de la Province de Normandie', rédigés par Louis Greard, ancien avocat au Parlement de Rouen, et publiés en 1673. En 1737, Louis Froland, neveu maternel de Greard, a réédité cet ouvrage en ajoutant un extrait raisonné des pièces ayant servi à autoriser les mémoires, mettant en avant la précision et la justesse des citations. Le volume comprend aussi un recueil d'arrêts du Parlement de Normandie, compilés par l'ancien avocat Bertheaume, abordant des questions spécifiques de fait et de coutume. Le texte mentionne également plusieurs autres ouvrages de Louis Froland, notamment sur le Comté Pairie d'Eu, la prohibition d'évoquer les décrets d'immeubles situés en Normandie, l'observation du Senatus-consulte Velleien dans le Duché de Normandie, et la nature et la qualité des statuts. Ces ouvrages sont disponibles chez divers libraires à Rouen et à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4576
p. 970-982
Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
Début :
LETTRE écrite par M. *** à M. *** au sujet du Passage du Roy et de la Reine de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
LETTRE écrite par M. *** à M. ***
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
.
de
·
978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
.
de
·
978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
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Résumé : Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
En avril 1737, le roi et la reine de Pologne traversèrent la Champagne pour prendre possession des États de Lorraine. Le roi quitta Meudon le 1er avril et passa par plusieurs villes, dont Mont-Saint-Père et Épernay, où il reçut des honneurs et des réceptions officielles. À Épernay, il dîna chez M. d'Aubigny et M. de Saint Clair, et la bourgeoisie locale monta la garde. Escorté par la maréchaussée et des compagnies du régiment de Pont, il fut complimenté à Aulnay par des demoiselles et le curé. Il continua vers Châlons, accueilli par l'évêque et les notables locaux, puis vers Saint-Dizier après une halte à Sary. La reine, quant à elle, quitta Meudon pour le château de Congy, où elle fut accueillie par l'intendant et les habitants. Elle se rendit ensuite à Châlons-en-Champagne, accueillie par les officiers de la ville et l'évêque. Elle séjourna au château de Sary et continua vers Vitry, où elle fut reçue par le gouverneur et l'intendant. À Vitry, elle reçut divers officiers et le prieur de la charité, qui lui offrit un ananas. Elle logea et fut nourrie avec magnificence avant de poursuivre son voyage vers Saint-Dizier, où elle fut accueillie par des détachements de maréchaussée et des milices bourgeoises. Elle logea au château préparé par M. de Beaupré et exprima sa satisfaction. À Bar-le-Duc, elle fut accueillie par une compagnie de chevaliers et trois mille bourgeois, et un feu d'artifice fut tiré en son honneur. En Pologne, la reine assista à une messe et fut escortée par la jeunesse polonaise jusqu'à la première bourgade, accompagnée par les Chevaliers et des musiques.
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4577
p. 982-984
« Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...] »
Début :
Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...] »
Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de
la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps
des Feuilles Périodiques , qui paroissent tous les
Mardis , et dont voici le titre : Reflexions sur les
Ouvrages de Litterature. Il paroît que deux Au-
reurs ont travaillé aux Feuilles qui composent le
premier volume , et que le second , dont le stile
est plus élegant et plus correct , mérite encore
plus l'estime du Public. L'Auteur de cette con-
tinuation fournit sa carriere avec plus de succès ;
sa Critique est instructive et agréable. Il juge
sainement des Livres modernes , et entremêle des
refléxions interessantes. Dans la premiere Füle
du second volume il expose ainsi son sentiment
sur la Critique.
99
D
>> Quel ton faut-il prendre en critiquant ? Si
l'on s'en raporte au bon sens , qui est l'œil de
l'esprit , il faut proportionner le ton à l'Ouvra-
ge qu'on discute ; s'il est sérieux ou dogmati-
" que les graces austeres , le stile ferme et sou-
tenu , sont alors de saison , et rien ne seroit
plus ridicule que la demangeaison de plaisanter.
" Veut-on aprécier le mérite d'un Ouvrage d'es-
55
prit ? les tours vifs et ingenieux , le sel attique
" et les jeux de l'imagination doivent assaisonner
כל
59
la Critique et les louanges. Mais le fiel et l'en-
vie d'élever sa réputation sur les ruines de celle
d'autrui , ne doivent jamais se faire sentir. La
probité , la droiture du cœur et la politesse ,
» sont les plus beaux ornemens de la Critique .
Quelle étrange situation pour celui qui se livre
à ce dangereux métier ! La plupart des Lec-
teurs
32
MAY.
1737.
983
teurs veulent être instruits d'une maniere
agréable ; ils exigent des traits vifs et hardis ,.
des ironies legeres, des tours figurés et expres-
" sifs , des saillies heureuses et même des Paro-
dies courtes , mais fines , du ridicule. Au con-
* traire l'Auteur crie à l'injustice, se plaint qu'on
→ cherche à divertir le Public à ses dépens , et vo-
mit un torrent d'injures. Faut-il que pour
lui plaire le Critique laisse dormir son imagi-
nation , et s'expose au danger certain d'en-
" nuyer ses Lecteurs par de tristes et froides re-
" fléxions ? En vain donneroit- on ce conseil au
Critique , il ne le suivroit pas , sçachant com-
» bien il est de son interêt d'égayer son Dis-
cours. Mais on a droit de lui prescrire une im-
partialité rigide , l'observation des regles de
" l'honnêteté et de la bienséance, et une sincerité-
qui ne se démente jamais . Heureux le Critique
qui ne fait jamais briller son esprit aux dépens
» de son cœur ! Sûr du suffrage du Public , il ob-
"tiendra l'aprobation de l'Auteur même , lors-
DJ que son ressentiment sera éteint.
Dans la cinquiéme Feuille , l'Auteur des Re-
fléxions s'explique ainsi à l'occasion d'un Libelle.
Rien de plus déplorable que l'abus des talens
de l'esprit dans les disputes où les Gens de Let-
» tres ne devroient se proposer que la perfection
» du goût et de la raison . A en juger par les in-
jures dont ils s'accablent , on croiroit que les
Belles- Lettres , loin de communiquer plus de
politesse et de modération , ne servent qu'à en'
étouffer les précieuses semences. Quelle idée
» veulent- ils que le Public se forme de leurs
" études et de leur éducation , lorsqu'il les voit
braver sans pudeur les loix de l'honnêteté er
de la bienséance
Ces procedés indigues ren-.
GY > deng
981 MERCURE DE FRANCE
» dent méprisables les Lettres et ceux qui fons
D
33
*
profession de les cultiver ... Je conviens que
le genre polemique doit être assaisonné d'un
» peu de sel, mais ce sel ne doit Fas être mordi-
33
cant , c'est à Venus et aux Graces de le prépa
rer ,pour rendre plus vif le goût de la raison .
Chercher à flatter la malignité des Lecteurs
> c'est se défier de la force et de la justesse des
39.
» raisonnemens qu'on leur présente , et révolter
toutes les personnes sensées. Je ne métonne pas
que des gens indignés des excès de la Critique,
l'ayent regardée comme une invention du Dia-
» ble. Omnino credo Diabolum esse Auctorem
" Critices , disoit David Pareus , maltraité par
» Joseph Scaliger. L'Auteur ne s'écarte point de
ces Regles judicieuses. Les dernieres Feuilles de
cet Ouvrage , sur tout , sont très-interessantes et
fort instructives ; toutes les personnes de goût
qui les ont lûës , ont jugé que peut- être elles ne
le cédoient pas aux autres Ouvrages qui parois-
sent dans le même goût.
la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps
des Feuilles Périodiques , qui paroissent tous les
Mardis , et dont voici le titre : Reflexions sur les
Ouvrages de Litterature. Il paroît que deux Au-
reurs ont travaillé aux Feuilles qui composent le
premier volume , et que le second , dont le stile
est plus élegant et plus correct , mérite encore
plus l'estime du Public. L'Auteur de cette con-
tinuation fournit sa carriere avec plus de succès ;
sa Critique est instructive et agréable. Il juge
sainement des Livres modernes , et entremêle des
refléxions interessantes. Dans la premiere Füle
du second volume il expose ainsi son sentiment
sur la Critique.
99
D
>> Quel ton faut-il prendre en critiquant ? Si
l'on s'en raporte au bon sens , qui est l'œil de
l'esprit , il faut proportionner le ton à l'Ouvra-
ge qu'on discute ; s'il est sérieux ou dogmati-
" que les graces austeres , le stile ferme et sou-
tenu , sont alors de saison , et rien ne seroit
plus ridicule que la demangeaison de plaisanter.
" Veut-on aprécier le mérite d'un Ouvrage d'es-
55
prit ? les tours vifs et ingenieux , le sel attique
" et les jeux de l'imagination doivent assaisonner
כל
59
la Critique et les louanges. Mais le fiel et l'en-
vie d'élever sa réputation sur les ruines de celle
d'autrui , ne doivent jamais se faire sentir. La
probité , la droiture du cœur et la politesse ,
» sont les plus beaux ornemens de la Critique .
Quelle étrange situation pour celui qui se livre
à ce dangereux métier ! La plupart des Lec-
teurs
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MAY.
1737.
983
teurs veulent être instruits d'une maniere
agréable ; ils exigent des traits vifs et hardis ,.
des ironies legeres, des tours figurés et expres-
" sifs , des saillies heureuses et même des Paro-
dies courtes , mais fines , du ridicule. Au con-
* traire l'Auteur crie à l'injustice, se plaint qu'on
→ cherche à divertir le Public à ses dépens , et vo-
mit un torrent d'injures. Faut-il que pour
lui plaire le Critique laisse dormir son imagi-
nation , et s'expose au danger certain d'en-
" nuyer ses Lecteurs par de tristes et froides re-
" fléxions ? En vain donneroit- on ce conseil au
Critique , il ne le suivroit pas , sçachant com-
» bien il est de son interêt d'égayer son Dis-
cours. Mais on a droit de lui prescrire une im-
partialité rigide , l'observation des regles de
" l'honnêteté et de la bienséance, et une sincerité-
qui ne se démente jamais . Heureux le Critique
qui ne fait jamais briller son esprit aux dépens
» de son cœur ! Sûr du suffrage du Public , il ob-
"tiendra l'aprobation de l'Auteur même , lors-
DJ que son ressentiment sera éteint.
Dans la cinquiéme Feuille , l'Auteur des Re-
fléxions s'explique ainsi à l'occasion d'un Libelle.
Rien de plus déplorable que l'abus des talens
de l'esprit dans les disputes où les Gens de Let-
» tres ne devroient se proposer que la perfection
» du goût et de la raison . A en juger par les in-
jures dont ils s'accablent , on croiroit que les
Belles- Lettres , loin de communiquer plus de
politesse et de modération , ne servent qu'à en'
étouffer les précieuses semences. Quelle idée
» veulent- ils que le Public se forme de leurs
" études et de leur éducation , lorsqu'il les voit
braver sans pudeur les loix de l'honnêteté er
de la bienséance
Ces procedés indigues ren-.
GY > deng
981 MERCURE DE FRANCE
» dent méprisables les Lettres et ceux qui fons
D
33
*
profession de les cultiver ... Je conviens que
le genre polemique doit être assaisonné d'un
» peu de sel, mais ce sel ne doit Fas être mordi-
33
cant , c'est à Venus et aux Graces de le prépa
rer ,pour rendre plus vif le goût de la raison .
Chercher à flatter la malignité des Lecteurs
> c'est se défier de la force et de la justesse des
39.
» raisonnemens qu'on leur présente , et révolter
toutes les personnes sensées. Je ne métonne pas
que des gens indignés des excès de la Critique,
l'ayent regardée comme une invention du Dia-
» ble. Omnino credo Diabolum esse Auctorem
" Critices , disoit David Pareus , maltraité par
» Joseph Scaliger. L'Auteur ne s'écarte point de
ces Regles judicieuses. Les dernieres Feuilles de
cet Ouvrage , sur tout , sont très-interessantes et
fort instructives ; toutes les personnes de goût
qui les ont lûës , ont jugé que peut- être elles ne
le cédoient pas aux autres Ouvrages qui parois-
sent dans le même goût.
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Résumé : « Pierre Gissey, Libraire et Imprimeur, ruë de la vieille Bouclerie, débite depuis quelque temps [...] »
Pierre Gissey, libraire et imprimeur, publie des 'Feuilles Périodiques' intitulées 'Réflexions sur les Ouvrages de Littérature', paraissant chaque mardi. Le premier volume a été rédigé par deux auteurs, tandis que le second, au style plus élégant et correct, est particulièrement estimé. L'auteur de cette continuation critique les livres modernes de manière instructive et agréable, en intégrant des réflexions intéressantes. Dans la première feuille du second volume, l'auteur discute du ton approprié pour la critique littéraire. Il recommande d'adapter le ton à l'œuvre discutée : sérieux et austère pour les ouvrages sérieux, vif et ingénieux pour les œuvres d'esprit. Il condamne l'envie et le fiel, prônant la probité, la droiture et la politesse. L'auteur souligne la difficulté de satisfaire les lecteurs, qui exigent des traits vifs et des ironies légères, tout en évitant les injures. Il insiste sur l'importance de l'impartialité, de l'honnêteté et de la sincérité dans la critique. Dans la cinquième feuille, l'auteur dénonce l'abus des talents dans les disputes littéraires, où les écrivains devraient chercher la perfection du goût et de la raison. Il critique les comportements indignes qui rendent les lettres et leurs cultivateurs méprisables. Il reconnaît que la critique polémique peut être nécessaire, mais elle doit être modérée et éviter de flatter la malignité des lecteurs. Les dernières feuilles de l'ouvrage sont jugées très intéressantes et instructives, rivalisant avec d'autres œuvres similaires.
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4578
p. 984
« CATALOGUE des Livres de feuë Madame la Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en [...] »
Début :
CATALOGUE des Livres de feuë Madame la Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en [...]
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texteReconnaissance textuelle : « CATALOGUE des Livres de feuë Madame la Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en [...] »
CATALOGUE des Livres de feuë Madame la
Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en
détail en son Hôtel , rue du Cherche- Midy , le
12 juin 1737. et jours suivans . A Paris , ruë
Arts , établie à Pau , distribuera le premier Fé
3
S. Jacques , chés Gabr. Martin , in 8. de 2408-
pages.
Comtesse de Verruë, dont la vente se fera en
détail en son Hôtel , rue du Cherche- Midy , le
12 juin 1737. et jours suivans . A Paris , ruë
Arts , établie à Pau , distribuera le premier Fé
3
S. Jacques , chés Gabr. Martin , in 8. de 2408-
pages.
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4579
p. 984-985
Prix pour l'Académie des Sciences établie à Pau, &c. [titre d'après la table]
Début :
L'ACADEMIE des Sciences et des Beaux-Arts, établie à Pau, distribuera le premier Février [...]
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texteReconnaissance textuelle : Prix pour l'Académie des Sciences établie à Pau, &c. [titre d'après la table]
L'ACADEMIE des Sciences et des Beaux-Arts, établie à Pau, distribuera le premier Février 1738 le Prix d'une Médaille d'or à l'Ou
vrage en Prose ou en Vers , qu'elle jugera le mé--
riters lequel ne sera pas de plus d'une
mie
heure de lecture.. Le Sujet proposé est : Quelles :
sompt
MA Y.
1737.
9 ཎཾ ;
sont les qualités les plus désirables dans la Societé,
celles de l'esprit où celles du cœur. On adressera
jusqu'au mois de Novembre inclusivement les
Pieces affranchies , à M. d'Hegobure , Secretaire
de l'Académie. On mettra au bas de l'Ouvrage
une Sentence, laquelle sera repetée au-dessus d'un
Billet cacheté , dans lequel sera le nom de l'Au-
teur.
vrage en Prose ou en Vers , qu'elle jugera le mé--
riters lequel ne sera pas de plus d'une
mie
heure de lecture.. Le Sujet proposé est : Quelles :
sompt
MA Y.
1737.
9 ཎཾ ;
sont les qualités les plus désirables dans la Societé,
celles de l'esprit où celles du cœur. On adressera
jusqu'au mois de Novembre inclusivement les
Pieces affranchies , à M. d'Hegobure , Secretaire
de l'Académie. On mettra au bas de l'Ouvrage
une Sentence, laquelle sera repetée au-dessus d'un
Billet cacheté , dans lequel sera le nom de l'Au-
teur.
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Résumé : Prix pour l'Académie des Sciences établie à Pau, &c. [titre d'après la table]
L'Académie des Sciences et des Beaux-Arts de Pau attribuera une médaille d'or le 1er février 1738 pour un ouvrage sur le thème 'Quelles sont les qualités les plus désirables dans la société, celles de l'esprit ou celles du cœur ?'. Les candidatures, en prose ou en vers, doivent être soumises avant novembre à M. d'Hégobure. Chaque œuvre inclut une sentence en bas de page et un billet cacheté avec le nom de l'auteur.
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4580
p. 985
Académie Royale de Soissons, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Lundi 29. Avril, l'Académie Royale de Soissons, tint son Assemblée publique dans le [...]
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texteReconnaissance textuelle : Académie Royale de Soissons, &c. [titre d'après la table]
Le Lundi 29. Avril, l'Académie Royale de
Soissons, tint son Assemblée publique dans le
Palais Episcopal. M. Vernier, Directeur de cette
Académie , en fit l'ouverture par un sçavant Dis-
Cours , après lequel on fit la lecture de la Dis-
sertation qui avoit remporté le Prix , dont le
Sujet étoit : L'Epoque de l'établissement de la Re-
ligion Chrétienne dans le Soissonnois , et les progrès`
du Christianisme dans le même Pays , avec le nom
des premiers Evêques de Soissons et la durée de leur
Episcopat jusqu'à la fin du quatrieme siecle Cette
Dissertation fut déclarée être de M. le Beuf,
Chanoine et Sous- Chantre de l'Eglise d'Auxerre,
qui étoit présent à l'Assemblée. M. l'Evêque ,
Instituteur de ce Prix , lui remit une Médaille
d'or toute semblable à celle dont nous avons fait
la description dans les années précedentes, excep-
té que dans l'Exergue on lit M. DCC. XXXVII.
Soissons, tint son Assemblée publique dans le
Palais Episcopal. M. Vernier, Directeur de cette
Académie , en fit l'ouverture par un sçavant Dis-
Cours , après lequel on fit la lecture de la Dis-
sertation qui avoit remporté le Prix , dont le
Sujet étoit : L'Epoque de l'établissement de la Re-
ligion Chrétienne dans le Soissonnois , et les progrès`
du Christianisme dans le même Pays , avec le nom
des premiers Evêques de Soissons et la durée de leur
Episcopat jusqu'à la fin du quatrieme siecle Cette
Dissertation fut déclarée être de M. le Beuf,
Chanoine et Sous- Chantre de l'Eglise d'Auxerre,
qui étoit présent à l'Assemblée. M. l'Evêque ,
Instituteur de ce Prix , lui remit une Médaille
d'or toute semblable à celle dont nous avons fait
la description dans les années précedentes, excep-
té que dans l'Exergue on lit M. DCC. XXXVII.
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Résumé : Académie Royale de Soissons, &c. [titre d'après la table]
Le 29 avril, l'Académie Royale de Soissons tint son Assemblée publique au Palais Episcopal. M. Vernier ouvrit la séance. On lut ensuite la dissertation primée sur l'établissement du christianisme dans le Soissonnois et ses premiers évêques jusqu'au IVe siècle. L'auteur, M. le Beuf, reçut une médaille d'or de M. l'Évêque.
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4581
p. 985-986
Séance publique de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Mardy 30. l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tint sa Séance publique [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Séance publique de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, &c. [titre d'après la table]
Le Mardy 30. l'Académie Royale des Inscriptions
et Belles-Lettres, tint sa Séance publique
d'après Pâques. M. le Cardinal de Polignac pré-
sida à cette Assemblée , et déclara que M. l'Abbé'
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital à
Paris , avoit remporté le Prix sur le sujer pro-
posé l'année derniere par cette Académie , qui
étoit l'Etat des Lettres en France depuis la mort
Govj
de
986 MERCURE DE FRANCE
de Charlemagnejusqu'au regne du Roy Robert. Ce
Abbé se présenta et reçut des mains de son Emi-
nepce la Médaille d'or de la valeur de 400. liv.
Ensuite M. de Foncemagne , Membre de l'A
cadémie , et l'un des 40. de l'Académie Françoi-
se , lut pour M. de Nicolay , une Dissertation sur
les Rois d'Epire et,sur tout, sur la Vie d'Alexandre
Molossus , oncle d'Alexandre le Grand. Cette
Dissertation fit grand plaisir à toute l'Assemblée.
qui l'a trouvée bien écrite et pleine de recher-
ches très curieuses. Elle fut suivie d'une Disser-
tation que M. Racine lut sur l'harmonie des
Vers François et sur la Rime , où il fit voir que
l'invention de la Rime est aussi ancienne que
celle de la Poësie même , et qu'elle a été connue
de tous les Peuples , même des Romains , qui
prenoient quelquefois pour un ornement de faire
rimer les Hémistiches de leurs Vers , sur tout
des Pentametres ; ce qu'il confirma par plusieurs
exemples , tirés des meilleurs Poëtes Latins.
M. l'Abbé Sallier lut ensuite pour M. Lance
lot , un Mémoire sur la véritable date du Maria-
&e de Charles VIII. et d'Anne de Bretagne. En
fin la Séance fut terminée par une Dissertation
que M. de Foncemagne lut pour M. de la Curne
de Sainte-Palaye , sur les Poisies de Froissard
Cette Dissertation et quelques Morceaux choisis
de cesPoësies, parurent faire plaisir à l'Assemblée .
et Belles-Lettres, tint sa Séance publique
d'après Pâques. M. le Cardinal de Polignac pré-
sida à cette Assemblée , et déclara que M. l'Abbé'
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital à
Paris , avoit remporté le Prix sur le sujer pro-
posé l'année derniere par cette Académie , qui
étoit l'Etat des Lettres en France depuis la mort
Govj
de
986 MERCURE DE FRANCE
de Charlemagnejusqu'au regne du Roy Robert. Ce
Abbé se présenta et reçut des mains de son Emi-
nepce la Médaille d'or de la valeur de 400. liv.
Ensuite M. de Foncemagne , Membre de l'A
cadémie , et l'un des 40. de l'Académie Françoi-
se , lut pour M. de Nicolay , une Dissertation sur
les Rois d'Epire et,sur tout, sur la Vie d'Alexandre
Molossus , oncle d'Alexandre le Grand. Cette
Dissertation fit grand plaisir à toute l'Assemblée.
qui l'a trouvée bien écrite et pleine de recher-
ches très curieuses. Elle fut suivie d'une Disser-
tation que M. Racine lut sur l'harmonie des
Vers François et sur la Rime , où il fit voir que
l'invention de la Rime est aussi ancienne que
celle de la Poësie même , et qu'elle a été connue
de tous les Peuples , même des Romains , qui
prenoient quelquefois pour un ornement de faire
rimer les Hémistiches de leurs Vers , sur tout
des Pentametres ; ce qu'il confirma par plusieurs
exemples , tirés des meilleurs Poëtes Latins.
M. l'Abbé Sallier lut ensuite pour M. Lance
lot , un Mémoire sur la véritable date du Maria-
&e de Charles VIII. et d'Anne de Bretagne. En
fin la Séance fut terminée par une Dissertation
que M. de Foncemagne lut pour M. de la Curne
de Sainte-Palaye , sur les Poisies de Froissard
Cette Dissertation et quelques Morceaux choisis
de cesPoësies, parurent faire plaisir à l'Assemblée .
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Résumé : Séance publique de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, &c. [titre d'après la table]
Le 30 avril, l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres tint sa séance publique annuelle après Pâques, présidée par le Cardinal de Polignac. L'Abbé Goujet reçut le prix pour son ouvrage 'L'État des Lettres en France depuis la mort de Charlemagne jusqu'au règne du roi Robert', accompagné d'une médaille d'or de 400 livres. M. de Foncemagne présenta ensuite une dissertation de M. de Nicolay sur les rois d'Épire et Alexandre Molosse, oncle d'Alexandre le Grand. M. Racine discuta de l'harmonie des vers français et de la rime, soulignant son ancienneté et sa présence chez divers peuples, y compris les Romains. L'Abbé Sallier lut un mémoire de M. Lancelot sur la date exacte du mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne. Enfin, M. de Foncemagne lut une dissertation de M. de La Curne de Sainte-Palaye sur les poésies de Froissart, incluant des extraits appréciés par l'assemblée.
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4582
p. 986-991
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçu le [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
1
MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
1
MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
Fermer
Résumé : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
En 1737, l'Académie Royale des Sciences a créé deux prix annuels grâce à un legs de M. Roüillé de Meslay. Le premier prix, doté de 2500 livres tous les deux ans, est destiné aux travaux sur le système général du monde et l'astronomie physique. Le second prix, de 2000 livres également tous les deux ans, concerne la navigation et le commerce. Récemment, des prix ont été attribués pour des travaux sur les ancres, divisés en trois catégories : la figure, la fabrication et l'épreuve. Le prix pour la figure des ancres a été attribué à la pièce intitulée 'Hic teneat nostras Anchora jacta ratés'. M. Tresaguet a remporté le prix pour la fabrication des ancres avec 'Vis unita fortior'. Pour l'épreuve des ancres, le prix a été partagé entre les pièces 'Omnia conando docilis solertia vincit' et celle du Marquis Poleni. L'Académie a également relevé des problèmes liés à l'utilisation du cabestan lors des manœuvres navales et a proposé un sujet pour le prix de 1739 : la meilleure construction du cabestan ou d'une machine équivalente. Les savants de toutes les nations sont invités à soumettre leurs travaux avant le 1er septembre 1738, rédigés dans la langue de leur choix avec une devise mais sans nom. La pièce lauréate sera annoncée lors de l'assemblée publique après Pâques 1739. Pour recevoir le prix, les auteurs doivent présenter un récépissé du secrétaire ou une procuration. L'Académie évalue uniquement les explications des phénomènes présentées, sans adopter nécessairement les principes ou les conséquences des œuvres soumises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4583
p. 991-996
Assemblée publique de la même Académie, et Memoires lûs, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 4. May, cette Académie tint son Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de la même Académie, et Memoires lûs, &c. [titre d'après la table]
Le Samedy 4. May, cette Académie tint son
Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson
présida. M. de Fontenelle ouvrit la Séance et an-
nonça les Pieces qui ont remporté les Prix de la
présente année ; il proposa ensuite le sujet du
Prix pour l'année 1739. l'un et l'autre.comme
on le voit dans l'article précedent.
M. Cassini lût après cela les Observations
qu'il a faites de la Comete qui a parû cette année;
il parla en ces termes :
Le 16. Février de l'année 1737. on a aperçâ
à Paris une Comete du côté de l'Occident , au-
dessous de la Planette de Vénus , dont elle étoit
éloignée de 7 à 8. degrés.
On continua de la voir les jours suivans qu'el
le parut avoir un mouvement de l'Occident vers
P'Orient,suivant la suite des Signes d'un peu plus
de deux degrés par jour.
Elle paroissoit à peu près comme une Etoile
fixe de la seconde grandeur , mais moins lumi-
neuse >
Σ
avec une queue de 2 à 3 degrés de lon-
gueur , qui étoit dans une direction oposée au
Soleil.
Cette Comete a été aperçue à la vûë simple
jusqu'au commencement de Mars', et on a con-
tinué à l'observer avec des Lunettes jusqu'au 2.
Avril , qu'on a cessé entierement de la voir ,
lorsquelle étoit au-dessous de l'œil du Taureau
Aldebaran . Elle a cû depuis le 17. Février jusqu'à
cejour un mouvement de 63. degrés en longitu
de et de 7. degrésen latitude vers le Midy.
Suivant les Observations qu'on en a faites ,
elle a décrit un Arc de grand cercle incliné de
1.2.4.
992 MERCURE DE FRANCE
2. degrés à l'Ecliptique qu'elle a coupé dans
le 13e degré des Poissons.
Sa distance à la Terre a été jugée le 16. Fé-
vrier , un peu moins du double de la distance de
la Terre au Soleil.
M. de Mairan lût ensuite un Discours sur la
propagation du son et des tons qui le modifient,
Après quoi M.Hellot û un Extrait de deux Me
moires sur une nouvelle Encre Sympatique , que
la chaleur fait paroître et qui disparoît au froid,
Ce qui a donné occasion à ces deux Memoires
est un Sel qu'un Artiste Allemand fit voir l'an-
née dernicie à quelques personnes de l'Acadé-
mie. Ce Sel , qui étoit couleur de rose , devenoit
Bleu en l'aprochant du feu, puis reprenoit sa pre-
miere couleur en refroidissant. C'est la dissolu
pion de ce Sel dans l'eau qui fait l'Encre Sym-
patique en question . Quant à la matiere qui lui
donne sa teinture , c'est une mine Aisenicale
espece de Cobolt , qui fournit en même- temps
par les essais de l'Arsenic , du Bismuth ou Etain
de glace , et une matiere fixe au feu , qui , mê-
lée par la fonte avec d'autres matieres aisées à
vitrifier , fait cette masse bleue qu'on nomme
Smalt , et qui étant réduite en poudre fort fine
est connue ici sous le nom de bleu d'émail ou
d'azur. Au lieu d'introduire cette matiere fixe
colorante dans la substance d'un verre quelcon-
que , il n'y a qu'à l'enlever par l'eau forte , di-
gerée sur la mine réduite en poudre , elle teint
ce dissolvant en rouge sale ou en feuille morte
foncé , on survuide cette eau forte teinte , dans
une jatte de verre ou de porcelaine , on y meg
autant de Sel de table blanc qu'on a employé de
Mine , et l'on desseche ce mêlange sur le feu en
une masse saline grainée , qui est verte tang
qu'elle
M. A Y.
1737.
993
qu'elle est chaude , et qui devient couleur de rose
en refroidissant. L'eau qu'on verse sur ce Sel
refroidi , le dissout et se teint de la couleur du
Lilas . On écrit avec cette Liqueur sur de bon
papier , on laisse secher l'écriture; rien ne paroît;
mais si on aproche le papier du feu , les caracte-
res invisibles prennent une couleur bleuâtre on
bleue verdâtre .On laisse refroidir le papier à l'air.
l'écriture disparoît de nouveau Si on le chauffe
encore , elle reparoît , et ainsi de suite , alterna
tivement , et pendant très- long-temps sans di-
minution de son effet quand la Mine est bien-
choisie. Tous les Cobolts donnent cette teinture
plus ou moins parfaite , selon la qualité des
matieres héterogones qu'ils contiennent. Le si-
gne principal auquel on en reconnoît la bonne
espece , est cette couleur d'une bonne Bierre
rouge qu'il doit donner à l'eau forte.
Cette Encre Sympathique , qui par les pro-
prietés qu'on vient de décrire , est differente de
toutes les autres Encres Sympathiques connues ,
peut devenir , pour ainst - dire , semblable à cha
cune d'elles , ou pour m'expliquer comme M.
Hellot , elle peut entrer dans chacune des quatre
classes de ces Encres Sympathiques , qu'on trou
ve décrites dans divers Auteurs . La premiere
classe est celle des Encres dont l'écriture ne pa-
roît qu'en passant dessus une nouvelle liqueur
•
ou sa vapeur. La seconde comprend les Encres
Sympathiques , dont les caracteres invisibles se
colorent à l'air. Dans la trosiéme sont les Li-
queurs glutineuses avec lesquelles on peut faire
une écriture qui ne paroît qu'en passant dessus
une poudre terreuse , fine et colorée. Enfin la
quatrième classe est celle des Encres dont l'écri-
ture ne peut être aperçuë qu'en chauffant vive-
ment
994 MERCURE DE FRANCE
ment le papier. Mais toutes ces Encres ne dispa-
roissent plus d'elles- mêmes dès qu'une fois on
les a fait paroître. La principale proprieté de
l'Encre Sympathique du Mémoire dont nous
parlons est de paroître d'un verd bleuâtre , M.
Hellot a trouvé le moyen d'avoir de la même
matiere des Encres Sympathiques bleuë , verte de
differentes teintes , colombine, violette claire, in-
carnate , couleur de rose , jaune de citron. Il ne
s'est rien réservé des procedés par lesquels il y
parvient , afin qu'un bon Dessinateur puisse faire
usage de ces couleurs sympathiques. Nous ne
pouvons le suivre de memoire , d'ailleurs ce que
nous donnons ici n'est qu'un abregé de l'Extrait
qu'il a lû.
M. du Hamel finit la Séance par un Memoire
des Observations qu'il a faites , conjointement
avec M. de Buffon , sur les differens effets que les
fortes gelées d'hyver produisent sur les arbres ,
comparés à ceux que les gelées du Printemps y
produisent. En voici l'Extrait.
La Physique des Végétaux qui conduit à la.
perfection de l'Agriculture , est une de ces Scien-
ces dont le progrès ne s'augmente que par une
multitude d'Observations qui ne peuvent être
Pouvrage ni d'un seul homme, ni d'un temps bor-
né; aussi les Observations ne passent-elles gueres
pour certaines que lorsqu'elles ont été repétées et
combinées en differens lieux , en differentes sai-
6ons et par differentes personnes qui ayent eû les
mêmes idées ; ç'a été dans cette vûë que
M. du Hamel et M. de Buffon se sont réunis
pour travailler de concert à l'éclaircissement
d'un nombre de Phénomenes difficiles à expliquer
dans cette partie de l'Histoire de la Nature , de
la connoissance desquels il peut résulter une in
finité
bier.
MAY.
1737.
995
Anité de choses utiles dans la pratique de l'Agri-
culture.
Des Observations sur l'excentricité des cou-
ches
igneuses , sur l'inégalité de l'épaisseur de
ces couches , sur les circonstances qui font que
l'Aubier se convertit plutôt en bois ou reste plus
long - temps dans son état d'Aubier , &c. ont été
les prémices de cette association , et des Observa-
tions sur les differens effets que produisent sur
les Végétaux les grandes gelées d'hyver et les
petites qui viennent au Printemps , sont une sui-
te de cette même association.
Ces Mrs examinent d'abord les désordres que
les grandes gelées de l'hyver produisent sur les
arbres , et cet examen forme la premiere partie
du Mémoire , dans laquelle entr'autres iis détail
lent avec grande exactitude une maladie des ar-
bres peu connue ,
connue , et qu'ils apellent double Au-
Dans la seconde partie il s'agit des gelées qui
viennent au Printemps , et on y démontre 1º.
que ce n'est pas ordinairement dans les situa
tions ou aux expositions où il fait le plus grand
fraid es où il gele le plus fort , que la gelée fait
le plus de tort aux Vegetaux.
20. Que tout ce qui porte de l'humidité sur
les Plantes, rend la gelée plus dangereuse ; telies.
sont les pluyes , les brouillards , les vapeurs qui
s'échapent de la terre et des fumiers , la transpi-
ration des Plantes , &c. au contraire tout ce qui
desseche l'exterieur des Plantes , quand même
ce seroit en augmentant le froid , empêche que
la gelée n'endommage les Végetaux .
Ils entrent ensuite dans un examen des effets
que le Soleil produit sur les Plantes gelées , et ils
terminent ce Memoire par des refléxions utiles
996 MERCURE DE FRANCE
l'Agriculture , mais comme ce Memoire n'est
qu'un tissu d'Observations et d'Experiences qui
sont intimement liées les unes aux autres er qui
se servent mutuellement de preuves, il n'est gue-
re susceptible d'un Extrait.
Nous donnerons dans le prochain Journal
PExtrait du Mémoire de M. Mayran.
Assemblée publique, à laquelle M. d'Argenson
présida. M. de Fontenelle ouvrit la Séance et an-
nonça les Pieces qui ont remporté les Prix de la
présente année ; il proposa ensuite le sujet du
Prix pour l'année 1739. l'un et l'autre.comme
on le voit dans l'article précedent.
M. Cassini lût après cela les Observations
qu'il a faites de la Comete qui a parû cette année;
il parla en ces termes :
Le 16. Février de l'année 1737. on a aperçâ
à Paris une Comete du côté de l'Occident , au-
dessous de la Planette de Vénus , dont elle étoit
éloignée de 7 à 8. degrés.
On continua de la voir les jours suivans qu'el
le parut avoir un mouvement de l'Occident vers
P'Orient,suivant la suite des Signes d'un peu plus
de deux degrés par jour.
Elle paroissoit à peu près comme une Etoile
fixe de la seconde grandeur , mais moins lumi-
neuse >
Σ
avec une queue de 2 à 3 degrés de lon-
gueur , qui étoit dans une direction oposée au
Soleil.
Cette Comete a été aperçue à la vûë simple
jusqu'au commencement de Mars', et on a con-
tinué à l'observer avec des Lunettes jusqu'au 2.
Avril , qu'on a cessé entierement de la voir ,
lorsquelle étoit au-dessous de l'œil du Taureau
Aldebaran . Elle a cû depuis le 17. Février jusqu'à
cejour un mouvement de 63. degrés en longitu
de et de 7. degrésen latitude vers le Midy.
Suivant les Observations qu'on en a faites ,
elle a décrit un Arc de grand cercle incliné de
1.2.4.
992 MERCURE DE FRANCE
2. degrés à l'Ecliptique qu'elle a coupé dans
le 13e degré des Poissons.
Sa distance à la Terre a été jugée le 16. Fé-
vrier , un peu moins du double de la distance de
la Terre au Soleil.
M. de Mairan lût ensuite un Discours sur la
propagation du son et des tons qui le modifient,
Après quoi M.Hellot û un Extrait de deux Me
moires sur une nouvelle Encre Sympatique , que
la chaleur fait paroître et qui disparoît au froid,
Ce qui a donné occasion à ces deux Memoires
est un Sel qu'un Artiste Allemand fit voir l'an-
née dernicie à quelques personnes de l'Acadé-
mie. Ce Sel , qui étoit couleur de rose , devenoit
Bleu en l'aprochant du feu, puis reprenoit sa pre-
miere couleur en refroidissant. C'est la dissolu
pion de ce Sel dans l'eau qui fait l'Encre Sym-
patique en question . Quant à la matiere qui lui
donne sa teinture , c'est une mine Aisenicale
espece de Cobolt , qui fournit en même- temps
par les essais de l'Arsenic , du Bismuth ou Etain
de glace , et une matiere fixe au feu , qui , mê-
lée par la fonte avec d'autres matieres aisées à
vitrifier , fait cette masse bleue qu'on nomme
Smalt , et qui étant réduite en poudre fort fine
est connue ici sous le nom de bleu d'émail ou
d'azur. Au lieu d'introduire cette matiere fixe
colorante dans la substance d'un verre quelcon-
que , il n'y a qu'à l'enlever par l'eau forte , di-
gerée sur la mine réduite en poudre , elle teint
ce dissolvant en rouge sale ou en feuille morte
foncé , on survuide cette eau forte teinte , dans
une jatte de verre ou de porcelaine , on y meg
autant de Sel de table blanc qu'on a employé de
Mine , et l'on desseche ce mêlange sur le feu en
une masse saline grainée , qui est verte tang
qu'elle
M. A Y.
1737.
993
qu'elle est chaude , et qui devient couleur de rose
en refroidissant. L'eau qu'on verse sur ce Sel
refroidi , le dissout et se teint de la couleur du
Lilas . On écrit avec cette Liqueur sur de bon
papier , on laisse secher l'écriture; rien ne paroît;
mais si on aproche le papier du feu , les caracte-
res invisibles prennent une couleur bleuâtre on
bleue verdâtre .On laisse refroidir le papier à l'air.
l'écriture disparoît de nouveau Si on le chauffe
encore , elle reparoît , et ainsi de suite , alterna
tivement , et pendant très- long-temps sans di-
minution de son effet quand la Mine est bien-
choisie. Tous les Cobolts donnent cette teinture
plus ou moins parfaite , selon la qualité des
matieres héterogones qu'ils contiennent. Le si-
gne principal auquel on en reconnoît la bonne
espece , est cette couleur d'une bonne Bierre
rouge qu'il doit donner à l'eau forte.
Cette Encre Sympathique , qui par les pro-
prietés qu'on vient de décrire , est differente de
toutes les autres Encres Sympathiques connues ,
peut devenir , pour ainst - dire , semblable à cha
cune d'elles , ou pour m'expliquer comme M.
Hellot , elle peut entrer dans chacune des quatre
classes de ces Encres Sympathiques , qu'on trou
ve décrites dans divers Auteurs . La premiere
classe est celle des Encres dont l'écriture ne pa-
roît qu'en passant dessus une nouvelle liqueur
•
ou sa vapeur. La seconde comprend les Encres
Sympathiques , dont les caracteres invisibles se
colorent à l'air. Dans la trosiéme sont les Li-
queurs glutineuses avec lesquelles on peut faire
une écriture qui ne paroît qu'en passant dessus
une poudre terreuse , fine et colorée. Enfin la
quatrième classe est celle des Encres dont l'écri-
ture ne peut être aperçuë qu'en chauffant vive-
ment
994 MERCURE DE FRANCE
ment le papier. Mais toutes ces Encres ne dispa-
roissent plus d'elles- mêmes dès qu'une fois on
les a fait paroître. La principale proprieté de
l'Encre Sympathique du Mémoire dont nous
parlons est de paroître d'un verd bleuâtre , M.
Hellot a trouvé le moyen d'avoir de la même
matiere des Encres Sympathiques bleuë , verte de
differentes teintes , colombine, violette claire, in-
carnate , couleur de rose , jaune de citron. Il ne
s'est rien réservé des procedés par lesquels il y
parvient , afin qu'un bon Dessinateur puisse faire
usage de ces couleurs sympathiques. Nous ne
pouvons le suivre de memoire , d'ailleurs ce que
nous donnons ici n'est qu'un abregé de l'Extrait
qu'il a lû.
M. du Hamel finit la Séance par un Memoire
des Observations qu'il a faites , conjointement
avec M. de Buffon , sur les differens effets que les
fortes gelées d'hyver produisent sur les arbres ,
comparés à ceux que les gelées du Printemps y
produisent. En voici l'Extrait.
La Physique des Végétaux qui conduit à la.
perfection de l'Agriculture , est une de ces Scien-
ces dont le progrès ne s'augmente que par une
multitude d'Observations qui ne peuvent être
Pouvrage ni d'un seul homme, ni d'un temps bor-
né; aussi les Observations ne passent-elles gueres
pour certaines que lorsqu'elles ont été repétées et
combinées en differens lieux , en differentes sai-
6ons et par differentes personnes qui ayent eû les
mêmes idées ; ç'a été dans cette vûë que
M. du Hamel et M. de Buffon se sont réunis
pour travailler de concert à l'éclaircissement
d'un nombre de Phénomenes difficiles à expliquer
dans cette partie de l'Histoire de la Nature , de
la connoissance desquels il peut résulter une in
finité
bier.
MAY.
1737.
995
Anité de choses utiles dans la pratique de l'Agri-
culture.
Des Observations sur l'excentricité des cou-
ches
igneuses , sur l'inégalité de l'épaisseur de
ces couches , sur les circonstances qui font que
l'Aubier se convertit plutôt en bois ou reste plus
long - temps dans son état d'Aubier , &c. ont été
les prémices de cette association , et des Observa-
tions sur les differens effets que produisent sur
les Végétaux les grandes gelées d'hyver et les
petites qui viennent au Printemps , sont une sui-
te de cette même association.
Ces Mrs examinent d'abord les désordres que
les grandes gelées de l'hyver produisent sur les
arbres , et cet examen forme la premiere partie
du Mémoire , dans laquelle entr'autres iis détail
lent avec grande exactitude une maladie des ar-
bres peu connue ,
connue , et qu'ils apellent double Au-
Dans la seconde partie il s'agit des gelées qui
viennent au Printemps , et on y démontre 1º.
que ce n'est pas ordinairement dans les situa
tions ou aux expositions où il fait le plus grand
fraid es où il gele le plus fort , que la gelée fait
le plus de tort aux Vegetaux.
20. Que tout ce qui porte de l'humidité sur
les Plantes, rend la gelée plus dangereuse ; telies.
sont les pluyes , les brouillards , les vapeurs qui
s'échapent de la terre et des fumiers , la transpi-
ration des Plantes , &c. au contraire tout ce qui
desseche l'exterieur des Plantes , quand même
ce seroit en augmentant le froid , empêche que
la gelée n'endommage les Végetaux .
Ils entrent ensuite dans un examen des effets
que le Soleil produit sur les Plantes gelées , et ils
terminent ce Memoire par des refléxions utiles
996 MERCURE DE FRANCE
l'Agriculture , mais comme ce Memoire n'est
qu'un tissu d'Observations et d'Experiences qui
sont intimement liées les unes aux autres er qui
se servent mutuellement de preuves, il n'est gue-
re susceptible d'un Extrait.
Nous donnerons dans le prochain Journal
PExtrait du Mémoire de M. Mayran.
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Résumé : Assemblée publique de la même Académie, et Memoires lûs, &c. [titre d'après la table]
Lors de l'assemblée publique de l'Académie tenue le 4 mai sous la présidence de M. d'Argenson, M. de Fontenelle annonça les lauréats des prix de l'année et proposa le sujet du prix pour 1739. M. Cassini présenta ses observations sur une comète apparue en 1737, visible à Paris le 16 février près de Vénus. Cette comète, de magnitude similaire à une étoile fixe de seconde grandeur mais moins lumineuse, avait une queue de 2 à 3 degrés de longueur dirigée à l'opposé du Soleil. Elle fut observée jusqu'au 2 avril, décrivant un arc de 63 degrés en longitude et 7 degrés en latitude, à une distance estimée au double de celle entre la Terre et le Soleil. M. de Mairan discuta de la propagation du son et de ses modifications. M. Hellot lut un extrait sur une nouvelle encre sympathique, révélée par un sel allemand changeant de couleur avec la température. Cette encre, composée de cobalt et d'autres matières, devient visible en chauffant le papier et disparaît en refroidissant, permettant de produire diverses couleurs sympathiques. M. du Hamel et M. de Buffon collaborèrent sur un mémoire concernant les effets des fortes gelées d'hiver et de printemps sur les arbres. Leur étude vise à améliorer la physique des végétaux et l'agriculture. Ils soulignèrent l'importance de répéter et combiner les observations pour garantir leur fiabilité. Leur travail examine les désordres causés par les gelées hivernales, notamment une maladie appelée 'double Aube', et analyse les effets des gelées printanières. Ils démontrèrent que les plantes sont moins endommagées par la gelée lorsque les températures sont très basses. L'humidité, qu'elle provienne de la pluie, des brouillards, des vapeurs ou de la transpiration des plantes, augmente les dommages causés par la gelée, tandis que le dessèchement protège les végétaux. Le mémoire inclut également des réflexions sur les effets du soleil sur les plantes gelées et des expériences liées à l'agriculture.
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4584
p. 996
DISCOURS prononcé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 4. May par M. Lépicié, Graveur ordinaire du Roy, après avoir prêté le Serment ordinaire pour la place de Secretaire et Historiographe de cette Académie, vacante par la mort de M. de Saint Gelais.
Début :
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois, Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 4. May par M. Lépicié, Graveur ordinaire du Roy, après avoir prêté le Serment ordinaire pour la place de Secretaire et Historiographe de cette Académie, vacante par la mort de M. de Saint Gelais.
DISCOURS prononcé à l'Académie
Royale de Peinture et de Sculpture
le 4. May par M. Lépicié, Graveur
ordinaire du Roy, après avoir prêté
le Serment ordinaire pour la place de
Secretaire et Historiographe de cette
Académie, vacante par la mort de
M. de Saint Gelais.
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois,
Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur
que vous me faites aujourd'hui , mais puisque
l'inexperience est la source des fautes , fose attendre
que vous mettrez le comble à vos bontés , en m'ai-
dant de vos lumieres et de vos conseils , mon Pré-
decesseur étoit un homme consommé dans les affai-
ves , illustrépar les differens Emplois dont le Minis-
tere l'avoit honoré , et qui n'avoit pas crû mieux
finir sa carriere , qu'en devenant votre Secretaire
et votre Historiographe. Heureux , Messieurs , sije
puis remplir avec succès la double place que vous
me confiez , et plus heureux encore si mon travail
et mon exactitude peuvent m'acquerir l'unanimité
de votre estime !
Royale de Peinture et de Sculpture
le 4. May par M. Lépicié, Graveur
ordinaire du Roy, après avoir prêté
le Serment ordinaire pour la place de
Secretaire et Historiographe de cette
Académie, vacante par la mort de
M. de Saint Gelais.
SI le zele tenoit lieu de capacité, je recevrois,
Messieurs, avec une joye sans égale l'honneur
que vous me faites aujourd'hui , mais puisque
l'inexperience est la source des fautes , fose attendre
que vous mettrez le comble à vos bontés , en m'ai-
dant de vos lumieres et de vos conseils , mon Pré-
decesseur étoit un homme consommé dans les affai-
ves , illustrépar les differens Emplois dont le Minis-
tere l'avoit honoré , et qui n'avoit pas crû mieux
finir sa carriere , qu'en devenant votre Secretaire
et votre Historiographe. Heureux , Messieurs , sije
puis remplir avec succès la double place que vous
me confiez , et plus heureux encore si mon travail
et mon exactitude peuvent m'acquerir l'unanimité
de votre estime !
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Résumé : DISCOURS prononcé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture le 4. May par M. Lépicié, Graveur ordinaire du Roy, après avoir prêté le Serment ordinaire pour la place de Secretaire et Historiographe de cette Académie, vacante par la mort de M. de Saint Gelais.
Le 4 mai, M. Lépicié a prononcé un discours à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture après avoir été nommé secrétaire et historiographe, succédant à M. de Saint Gelais décédé. Il a exprimé son honneur et sa joie tout en reconnaissant son inexpérience, espérant recevoir les conseils des membres de l'Académie. Il a rendu hommage à son prédécesseur, soulignant ses compétences et les honneurs reçus durant sa carrière. M. Lépicié a affirmé son désir de remplir ses nouvelles fonctions avec succès et de gagner l'estime de l'Académie par son travail et son exactitude.
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4585
p. 996-997
« Louis-François Dubois de Saint Gelais , ancien Conseiller du Roy , Commissaire de Marine [...] »
Début :
Louis-François Dubois de Saint Gelais , ancien Conseiller du Roy , Commissaire de Marine [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Louis-François Dubois de Saint Gelais , ancien Conseiller du Roy , Commissaire de Marine [...] »
Louis-François Dubois de Saint Gelais , ancien Conseiller du Roy , Commissaire de Marine
cien
MAY.
1737.
997
à Amsterdam , Secretaire pour l'Espagne au
Congrès d'Utrech , Contrôleur des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , Secretaire et Histo-
riographe de l'Académie Royale de Peinture et
Sculpture , mourut en sa maison de Cires - les-
Marlou , en Beauvoisis , le 23. Avril dernier ,
dans la 68e année de son âge.
cien
MAY.
1737.
997
à Amsterdam , Secretaire pour l'Espagne au
Congrès d'Utrech , Contrôleur des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , Secretaire et Histo-
riographe de l'Académie Royale de Peinture et
Sculpture , mourut en sa maison de Cires - les-
Marlou , en Beauvoisis , le 23. Avril dernier ,
dans la 68e année de son âge.
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4586
p. 997-998
Estampes Nouvelles.
Début :
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés [...]
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texteReconnaissance textuelle : Estampes Nouvelles.
Estampes Nouvelles.
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par
Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés
par Huquier , 12. Pieces en hauteur.
SECOND LIVRE de Vases , inventés par
le inême Auteur et gravés par le même Graveur,
12. Pieces en hauteur.
RECUEIL de dessus de porte , inventés par
un des plus habiles Maîtres, gravés par Huquier,
7. Pieces en hauteur et en largeur , compris le
titre. Ce sont diverses Pieces de Gibier mort et
vivant ; Trophées de Musique , de Peinture , & c,
RECUEIL de differentes Charges , dessinées
à Rome par CHARLES VANLOO , Peintre
du Roy , et gravées par le Bas et Ravenet , 120
Pieces en hauteur ; figures d'hommes en pied et
assis , de diverses Nations.
LES CRIS DE PARIS , par Fran. Boucher,
gravés par le Bas et Ravenet , 12. Pieces en bau-
teur ; figures debout , hommes et femmes , sça-
voir , Rémouleur , Racommodeur de soufflets ,
de seaux et de paraplaye. Vendeuse de Noiset-
tes au litron , Vendeur de balais , Charbonnier,
Ramoneur ; Crêmiere ; Vendeur de Gâteaux et
Talmouses ; Chaudronnier ; Vendeuse de Raves;
Vinaigrier ; Laitiere.
Dit
98 MERCURE DE FRANCE
DIFFERENTES PENSE'ES D'CRNEMENS ,
et Arabesques à divers usages ; en deux Parties
de dix Pieces chacune en large , inventées par
Bellay , et gravées par Huquier.
PREMIER LIVRE de differens Morceaux
à l'usage de tous ceux qui s'apliquent aux Beaux
Arts, inventé par G. M. Oppenor , Architecte dde
Roy , et gravé par Huquier , 6. Pieces en hau-
teur.
SIX MORCEAUX en hauteur de la Suite
du Roman Comique , du Dessein de M. Qudry ,
Peintre du Roy , sçavoir, L'arrivée de l'Opéra-
teur dans l'Hôtellerie.
Ragotin dans le coffre.
Sérenade donnée par Ragotin,
Ragotin renversé dans la boue.
L'Olive rétrecit l'habit de Ragotin.
Ventouses données à Ragotin.
Comme on continue toujours à graver ce **
Suite , il y en a à présent 26. Morceaux .
Toutes les Estampes dont on vient de par
se débitent chés Huquier ,
vis- à - vis le grana
Châtelet. On trouvera tous les mois chés lui dif-
ferentes Nouveautés à l'usage des Artistes et de
Curieux. Il est assorti d'un très-grand nombre
de Desseins , qu'il a fait faire par les plus babi-
les Maîtres pour cet usage.
PREMIER LIVRE de Vases, inventés par
Edme Bouchardon, Sculpteur du Roy, gravés
par Huquier , 12. Pieces en hauteur.
SECOND LIVRE de Vases , inventés par
le inême Auteur et gravés par le même Graveur,
12. Pieces en hauteur.
RECUEIL de dessus de porte , inventés par
un des plus habiles Maîtres, gravés par Huquier,
7. Pieces en hauteur et en largeur , compris le
titre. Ce sont diverses Pieces de Gibier mort et
vivant ; Trophées de Musique , de Peinture , & c,
RECUEIL de differentes Charges , dessinées
à Rome par CHARLES VANLOO , Peintre
du Roy , et gravées par le Bas et Ravenet , 120
Pieces en hauteur ; figures d'hommes en pied et
assis , de diverses Nations.
LES CRIS DE PARIS , par Fran. Boucher,
gravés par le Bas et Ravenet , 12. Pieces en bau-
teur ; figures debout , hommes et femmes , sça-
voir , Rémouleur , Racommodeur de soufflets ,
de seaux et de paraplaye. Vendeuse de Noiset-
tes au litron , Vendeur de balais , Charbonnier,
Ramoneur ; Crêmiere ; Vendeur de Gâteaux et
Talmouses ; Chaudronnier ; Vendeuse de Raves;
Vinaigrier ; Laitiere.
Dit
98 MERCURE DE FRANCE
DIFFERENTES PENSE'ES D'CRNEMENS ,
et Arabesques à divers usages ; en deux Parties
de dix Pieces chacune en large , inventées par
Bellay , et gravées par Huquier.
PREMIER LIVRE de differens Morceaux
à l'usage de tous ceux qui s'apliquent aux Beaux
Arts, inventé par G. M. Oppenor , Architecte dde
Roy , et gravé par Huquier , 6. Pieces en hau-
teur.
SIX MORCEAUX en hauteur de la Suite
du Roman Comique , du Dessein de M. Qudry ,
Peintre du Roy , sçavoir, L'arrivée de l'Opéra-
teur dans l'Hôtellerie.
Ragotin dans le coffre.
Sérenade donnée par Ragotin,
Ragotin renversé dans la boue.
L'Olive rétrecit l'habit de Ragotin.
Ventouses données à Ragotin.
Comme on continue toujours à graver ce **
Suite , il y en a à présent 26. Morceaux .
Toutes les Estampes dont on vient de par
se débitent chés Huquier ,
vis- à - vis le grana
Châtelet. On trouvera tous les mois chés lui dif-
ferentes Nouveautés à l'usage des Artistes et de
Curieux. Il est assorti d'un très-grand nombre
de Desseins , qu'il a fait faire par les plus babi-
les Maîtres pour cet usage.
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Résumé : Estampes Nouvelles.
Le document énumère les estampes nouvelles disponibles chez Huquier, situé près du Grand Châtelet. Parmi les œuvres, on trouve deux livres de vases conçus par Edme Bouchardon et gravés par Huquier, chacun comprenant 12 pièces en hauteur. Un recueil de dessus-de-porte, créé par un maître anonyme et gravé par Huquier, contient 7 pièces en hauteur et en largeur, représentant divers gibiers et trophées. Un autre recueil, dessiné par Charles Vanloo à Rome et gravé par Le Bas et Ravenet, inclut 120 pièces en hauteur illustrant des figures humaines de différentes nations. Les 'Cris de Paris' par François Boucher, gravés par Le Bas et Ravenet, montrent 12 figures debout, hommes et femmes, dans diverses professions telles que rémouleur, vendeuse de noisettes, charbonnier, etc. Le document mentionne aussi des pensées décoratives et arabesques par Bellay, des morceaux pour les Beaux-Arts par G. M. Oppenord, et six scènes du 'Roman Comique' par Quentin de La Tour, totalisant 26 morceaux. Huquier propose régulièrement des nouveautés pour les artistes et les curieux, disposant d'une vaste collection de dessins réalisés par des maîtres renommés.
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4587
p. 998-999
« Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...] »
Début :
Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...] »
Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable
yéc
par le sieur Et. Fessard, d'après une admi
rable composition de M. de Troy. C'est la Nais-
sance de Venus, traitée d'une maniere aussi riche
qu'ingénieuse et Poëtique Elle se vend chés
PAuteur, Place des Victoires , et ruë S. Jacques,
chés Duchange. On lit ces Vers au bas,
Quelque
MAY.
1737
Quelpouvoir inconnu ranime l'Univers !
Ilporte son flambeau sur la Terre étonnée
999
Tout s'enflâme à la fois , et les Eaux et les Airs !
Un nouveau Dieuparoît ! c'est l'aimable Himenée,
L'Astre disjour ressent de nouvelles ardeurs ;
Le Triton s'abandonne à de douses langueurs ;
Maispourquoi.m'étonner de voir changer leMonde
La tendre Vénus sort du vaste sein de l'Onde.
yéc
par le sieur Et. Fessard, d'après une admi
rable composition de M. de Troy. C'est la Nais-
sance de Venus, traitée d'une maniere aussi riche
qu'ingénieuse et Poëtique Elle se vend chés
PAuteur, Place des Victoires , et ruë S. Jacques,
chés Duchange. On lit ces Vers au bas,
Quelque
MAY.
1737
Quelpouvoir inconnu ranime l'Univers !
Ilporte son flambeau sur la Terre étonnée
999
Tout s'enflâme à la fois , et les Eaux et les Airs !
Un nouveau Dieuparoît ! c'est l'aimable Himenée,
L'Astre disjour ressent de nouvelles ardeurs ;
Le Triton s'abandonne à de douses langueurs ;
Maispourquoi.m'étonner de voir changer leMonde
La tendre Vénus sort du vaste sein de l'Onde.
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Résumé : « Il paroît une grande Estampe en large, gravée par le sieur Et. Fessard, d'après une admirable [...] »
En mai 1737, l'estampe 'La Naissance de Vénus' a été publiée. Gravée par Étienne Fessard d'après François de Troy, elle illustre la naissance de Vénus. Disponible chez l'auteur et chez Duchange, elle est accompagnée d'un poème décrivant l'impact de Vénus sur l'univers. Les eaux et les airs s'enflamment, et un nouveau dieu, Hyménée, apparaît. Les astres ressentent de nouvelles ardeurs, et Triton est pris de douce langueur.
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4588
p. 999-1000
Estampe représentant un Combat selon le Poëme Macaronique de R. Belleau, &c. [titre d'après la table]
Début :
Voici la 24e Estampe que le sieur Moyreau met au jour d'après Ph. Wauvermans. C'est une [...]
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texteReconnaissance textuelle : Estampe représentant un Combat selon le Poëme Macaronique de R. Belleau, &c. [titre d'après la table]
Voici la 24e Estampe que le sieur Moyreau
met au jour d'après Ph. Wauvermans. C'est une
taille, dont le Tableau original de 29. pouces
large , sur 21. de haut , est dans le Cabinet
M. Crozat. On lit au bas , Guerre des Hugue-
sous Charles IX. en 1562. Elle se vend avec
te la suite du même Maître , ruë Galande,
à -vis S. Blaise , chés l'Auteur.
Estampe que nous annonçons ici , a donné
à une conjecture assés singuliere , que nous
croyons pas qu'on doive absolument rejetter.
es Personnes intelligentes ont crû que Wauvre-
mans , en traitant ce Sujet bizare , avoit eû l'i-
agination échauffée et guidée par la lecture du
acux Poëme Macaronique , fait il y a près de
b. ans par Remy Belleau , et intitulé : De Bello
Huguenotico , et Reïstrorum pigliamine.
En effet la Description du Poëte et les objets
représentés par le Peintre , se ressemblent à bien
des égards; le mélange du sérieux et du burlesque
s'y trouve également répandu, et pour peu qu'on
yeuille s'humaniser àlire des Vers Macaroniques,
on trouvera des ráports assés bien fondés entre
la nouvelle Estampe et P'Ouvrage Latin qui dé-
bute par ces quatre Vers.
H Tempus
1000 MERCURE DE FRANCE
Tempus erat quo Mars rubicundam sanguine
spadam
Ficcarat croco , permutaratque Botilla ...
Ronflabatque super lardum vacuando barillos ;
Gaudebatque suum ad solem distendere ventrem..
Traduits ainsi par un de nos anciens Poëtes
Mars avoit mis au croc son Olinde vermeille ,
Il ne se battoit plus qu'à grands coups de Boud
teille ,
Et son énorme ventre au Soleil étendu ,
Prouvoit assés la graisse et le vin répandu …..&cj
met au jour d'après Ph. Wauvermans. C'est une
taille, dont le Tableau original de 29. pouces
large , sur 21. de haut , est dans le Cabinet
M. Crozat. On lit au bas , Guerre des Hugue-
sous Charles IX. en 1562. Elle se vend avec
te la suite du même Maître , ruë Galande,
à -vis S. Blaise , chés l'Auteur.
Estampe que nous annonçons ici , a donné
à une conjecture assés singuliere , que nous
croyons pas qu'on doive absolument rejetter.
es Personnes intelligentes ont crû que Wauvre-
mans , en traitant ce Sujet bizare , avoit eû l'i-
agination échauffée et guidée par la lecture du
acux Poëme Macaronique , fait il y a près de
b. ans par Remy Belleau , et intitulé : De Bello
Huguenotico , et Reïstrorum pigliamine.
En effet la Description du Poëte et les objets
représentés par le Peintre , se ressemblent à bien
des égards; le mélange du sérieux et du burlesque
s'y trouve également répandu, et pour peu qu'on
yeuille s'humaniser àlire des Vers Macaroniques,
on trouvera des ráports assés bien fondés entre
la nouvelle Estampe et P'Ouvrage Latin qui dé-
bute par ces quatre Vers.
H Tempus
1000 MERCURE DE FRANCE
Tempus erat quo Mars rubicundam sanguine
spadam
Ficcarat croco , permutaratque Botilla ...
Ronflabatque super lardum vacuando barillos ;
Gaudebatque suum ad solem distendere ventrem..
Traduits ainsi par un de nos anciens Poëtes
Mars avoit mis au croc son Olinde vermeille ,
Il ne se battoit plus qu'à grands coups de Boud
teille ,
Et son énorme ventre au Soleil étendu ,
Prouvoit assés la graisse et le vin répandu …..&cj
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Résumé : Estampe représentant un Combat selon le Poëme Macaronique de R. Belleau, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit la 24e estampe du sieur Moyreau, inspirée par Philippe Wauvermans, illustrant la 'Guerre des Huguenots sous Charles IX en 1562'. Cette œuvre, initialement un tableau de 29 pouces de large sur 21 de haut, est conservée dans le cabinet de Monsieur Crozat. L'estampe est disponible à la vente avec d'autres œuvres du même artiste, rue Galande, face à Saint-Blaise, chez l'auteur. Certaines personnes érudites suggèrent que Wauvermans a pu être influencé par le poème macaronique 'De Bello Huguenotico et Reïstrorum pigliamine' de Rémy Belleau, écrit environ deux siècles plus tôt. Le poème et l'estampe partagent des similitudes, notamment un mélange de sérieux et de burlesque. Le poème commence par des vers décrivant Mars, le dieu de la guerre, dans une scène comique et grotesque, traduits en français par un ancien poète.
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4589
p. 1000
« La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...] »
Début :
La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...] »
La suite des Portraits des grands Hommes
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
les Sciences , se continue avec succès , ches.
Odieuvre , Matchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole.
Il vient de faire paroître , et tou
jours de la même grandeur :
HENRIETTE- ANNE D'ANGLETERRE,
Duchesse d'Orleans , née à Excester le 16. Juin
1644. morte à S. Cloud le 39. Juin 1670. dessi
née et gravée par Cl. Mellan.
NINON DE LENCLOS , de Paris ,
morte le 17. Octobre 1705. âgée de 90. ans
peinte par Ferdinand,et gravée par G.F. Schmidt$
GEORGES MARESCHAL , Conseiller ,
Premier Chirurgien du Roy , Chevalier de l'Or-
dre de S. Michel , né à Calais en 1658. mort en
son Château de Bievre le 13. Décembre 173.6.
peint par Fontaine , et gravé par Daullé.
Ces Portraits ont toujours un grand débit , et
ces trois derniers sont gravés avec beaucoup de
soin.
et des Personnes illustres dans les Arts et dans
les Sciences , se continue avec succès , ches.
Odieuvre , Matchand d'Estampes , sur le Quay
de l'Ecole.
Il vient de faire paroître , et tou
jours de la même grandeur :
HENRIETTE- ANNE D'ANGLETERRE,
Duchesse d'Orleans , née à Excester le 16. Juin
1644. morte à S. Cloud le 39. Juin 1670. dessi
née et gravée par Cl. Mellan.
NINON DE LENCLOS , de Paris ,
morte le 17. Octobre 1705. âgée de 90. ans
peinte par Ferdinand,et gravée par G.F. Schmidt$
GEORGES MARESCHAL , Conseiller ,
Premier Chirurgien du Roy , Chevalier de l'Or-
dre de S. Michel , né à Calais en 1658. mort en
son Château de Bievre le 13. Décembre 173.6.
peint par Fontaine , et gravé par Daullé.
Ces Portraits ont toujours un grand débit , et
ces trois derniers sont gravés avec beaucoup de
soin.
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Résumé : « La suite des Portraits des grands Hommes et des Personnes illustres dans les Arts et dans [...] »
Le texte décrit une série de portraits de personnalités notables publiée par Odieuvre, Matchand d'Estampes. Elle inclut Henriette-Anne d'Angleterre, Duchesse d'Orléans, Ninon de Lenclos et Georges Mareschal, Conseiller et Premier Chirurgien du Roi. Ces portraits, réalisés avec soin, bénéficient d'une grande popularité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4590
p. *1001-1001
DUO.
Début :
Marthe et Colin se sont mis en ménage ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : DUO.
DUO.
Eole en regle le destin
TOGE
Marthe et Colin se sont mis en ménage ;
Un Moulin fait leur héritage ,
Si-tôt qu'il souffle , ils ont du vin.
Mais lorsqu'il a calmé sa fureur vagabonde ,
La guerre est allumée entre Marthe et Colin,
Po
I
Il faut que le vent gronde
la paix soit au Moulin.
Eole en regle le destin
TOGE
Marthe et Colin se sont mis en ménage ;
Un Moulin fait leur héritage ,
Si-tôt qu'il souffle , ils ont du vin.
Mais lorsqu'il a calmé sa fureur vagabonde ,
La guerre est allumée entre Marthe et Colin,
Po
I
Il faut que le vent gronde
la paix soit au Moulin.
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4591
p. 1001-1018
L'Ecole des Amis, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA Comédie qui a pour titre l'Ecole des Amis, et qu'on croit être de M. de la Chaussée, [...]
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texteReconnaissance textuelle : L'Ecole des Amis, &c. [titre d'après la table]
LA Comédie qui a pour titre l'Ecole des
Amis, et qu'on croit être de M. de la Chaussée,
des Quarante de l'Académie Françoise,
ayant été interrompuë à la dixiéme Représenta
tion , par l'indisposition d'un Acteur , fut re-
prise vers la fin du Carême avec autant d'aplau-
dissemens qu'elle en avoit eu dans sa naissance.
Nous allons satisfaire la juste impatience de nos
Lecteurs , par l'Extrait qu'ils attendent de nous.
Il ne faut pas chercher dans cette Piece , ce
tissu de plaisanteries qui divertit sans instruire.
C'est un genre nouveau , mais il n'en est pas
moins utile , pour faire un peu moins rire que
bien d'autres , d'où l'on ne raporte quelquefois
Hij
que
100% MERCURE DE FRANCE
que la honte d'y avoir ri. A Dieu ne plaise que
nous prétendions borner la Comédie à instruire
seulement ; il faut instruire agréablement autant
que le comporte le Sujet qu'on traite.
Celui dont nous parlons présentement n'est
pas susceptible de ces ris immoderés qui sont à
la portée du plus grand nombre des Spectateurs;
le genre aproche de l'héroïque ; les interlocu
teurs de la Piece , sont des Gens de Cour ou des
Officiers ; l'Auteur même a affecté de n'y point
mettre de Valets , sur qui , dans la plupart des
Comédies , roule toute l'intrigue ; il a pris soin
a
de n'y inserer qu'une Soubrette , qui n'a pas ,
beaucoup près, le feu d'imagination que ces sor-
tes de caracteres demandent. En effet Clorine
Suivante d'Hortense, qui est l'Héroïne de la Pie-
Acte etdans
ce?ne fait riendans tout le premier
;
une partie du second , qui sente l'intriguante
;
nous n'en parlons
que d'après les Connoisseurs
dont
que l'artifice
rien n'est plus mal imaginé
entre
une entrevûë
elle se sert pour occasionner
aimeavec
. CeMonrose
Monrose
et sa Maîtresse
dontil
, qu'il évite Hortense
tant de délicatesse
est aimé, quoi qu'il doute de l'être ;voici com
,
enparlant à Clorine
ment il s'exprime
Quandj'étois unpeu plus digne d'elle ,
Je l'ai vue insensible à l'ardeur la plus belle ;
Que seroit-ce à présent que je puis n'être rien ?
Comme il persiste dans le dessein de ne point
voir sa Maîtresse , voici de quel stratagême s'a-
vise Clorine; elle parle ainsi dans un Monologue
Fort bien. Il va se perdre en fuyant ma Maîtressen
Jeveux les raprocher tous deux avec adresse.
Ella
MAY.
ginative le voici.
1737.
Ilfaut lui procurer en secret ce bienfait ,
1003
Elle rêve un moment ; que produira son imaż
Eh! le Portrait d'Hortense estpropre à cet effet.
Et luifaire trouver par quelque stratagême
Cette heureuse ressource en dépit de lui- même.
Je veux que ce Portrait serve à vous réunir ;
Oui , Monsieur , je sçaurai vous forcer à venir
Le remettre vous-même entre les mains d'Hortense
Alors ils se verront ; l'Amour d'intelligence ,
Les menera plus loin qu'ils ne veulent tous deux.
Pour bien juger d'un stratagême , il faut d'a-
bord examiner si le piege est tendu d'une ma-
niere à pouvoir réussir ; c'est ce qu'on n'a pas
trouvé dans celui- ci. Clorine dans l'Acte suivant
dit au fond du Théatre :
Le Portrait est en vûë ,
Monrose va rentrer ; attendons -en l'issuë.
Mais quelle en doit être vrai-semblablement
l'issuë ? Ĉlorine est-elle sûre que Monrose rena
trera le premier ? Non , puisque c'est Aramont
qui ramasse le Portrait ; mais quand ce seroit
Monrose , qui répondra à cette trop crédule in-
triguante,qu'il voudra bien le rendre à Hortense ?
N'y a-t'il pas plus d'aparence que prêt à quitter
l'original , il sera ravi d'emporter au moins la
copie ? L'Auteur semble avoir prévû cette criti-
que et y avoir répondu d'avance en faisant dire
à Monrose , parlant à Clorine du Portrait en
question , qu'on avoit fait peindre exprès pour
Jui et qu'on n'a pû lui faire tenir.
H iij
Si
T004 MERCURE DE FRANCE
Si j'avois son Portrait , ilfaudroit le lui rendre
Ilfaudroit la revoir encore et me plonger ..
*
C'est , sans doute , sur ces deux Vers que Clo-
rine a fondé le succès de son stratagême ; mais
cela n sert qu'à faire mieux connoître la force
de l'objection , puisque l'Auteur la sentie tout le
;
premier cependant ce qu'il y a de plus vrai-sem-
blable, c'est que Monrose auroit emporté le Por-
trait , ou que , suposé qu'il eût porté le scrupule
jusqu'à n'oser retenir une chose qui lui avoit
été destinée , il auroit pû exempter sa probité de
tout reproche , en remettant le Portrait d'Hor-
tense entre les mans de sa Confidente.
Nous nous sommes peut-être un peu trop
arrêtés à ces minuties ; mais nous allons dédom
mager l'Auteur de cette legere Critique , par les
beautés de détail dont ce premier Acte est rem-
pli , beautés d'autant plus précieuses qu'elles sont
tirées du fond de la Piece , puisqu'elles regar-
dent le choix des Amis.
Clorine nous a déja exposé le caractere des
Amis de Monrose dès la seconde Scene.
Ses Amis auront beau le servir de leur mieux ;
L'un d'eux n'est qu'un bon homme, ardent, officieux
Qui tracasse et qui veut toujours être de fête ;
L'autre n'a que du faste et du vent dans la tête.
Clorine ne parle pas d'un troisiéme qui mérite
beaucoup mieux le nom respectable d'Ami , c'est
Ariste ; nous en parlerons après avoir montré le
ridicule des deux premiers.
Quoi qu'Aramont soit donné dans la Piece
comme un Ami d'une espece équivoque , on peut
dire
MAY.
1737.
1005
dire de lui qu'il peche plutôt par l'esprit que par
le cœur. Voici comme il parle des Amis qui vous
abandonnent,dès que la fortune vous est contraire.
Cette espece d'Amis n'est pas la moins commune į
Habiles à prévoir de loin une infortune ,
Ils ne paroissent plus dans les temps orageux ;
Le calme revient- il ? on peut compter sur eux ;"
Il ramene avec lui leur troupe mercenaire ;
Dans le Monde en un mot , c'est l'usage ordinaire,
Quifut et qui sera toujours comme aujourd'hui ;
On n'aime à partager que le bonheur d'autrui
:
Il s'en faut bien que Dornane ait le cœur aussi
bon qu'Aramont. On peut même avancer har-
diment que c'est un très- mal-honnête homme ;
voici quels sont ses sentimens sur l'amitié , c'est
lui-même qui parle à Aramont , au sujet d'Aris-
te,dont l'amitié lui paroît douteuse , parce qu'elle
ne paroît pas avec assés d'éclat pour être véri-
table.
Quand on est tel,croi moi,l'on s'annonce autrement.
En effet , l'amitié donne un air moins austere ;
Un véritable Ami n'a d'autre caractere ,
Que celui qui nous plait ; il se regle sur nous ;
Hadopte nos mœurs , il se fait à nos goûts ;
Il se métamorphose au gré de nos caprices ;
Ilprend nos passions , nos vertus et ños vices ,
C'est un Cameleon qui reçoit tour- a- tour ...
Ariste , qui écoute sans se montrer , ne peut
Jui laisser achever une peinture si injurieuse à a
Hij
véritable
1006 MERCURE DE FRANCE
véritable amitié , et lui répond en l'interrompany
brusquement :
Ce Portrait-la, Monsieur, est celui de l'Amour,
II continue ainsi :
Les Amis de Monrose étoient sur le tapis
Vous paroissez avoir épuisé la matiere ,
Et Monrose vous doit sa confiance entiere ;
Qui par provision , vous nous excluez tous
Il ne doit plus compter sur d'autres que sur vous ♬
Vous suffirezà tout , du moins je le souhaite ;
L'amitié qui se vante est souvent indiscrète ;
Cependant , trouvez bon qu'au rang de ses Amis
Quelqu'autre puisse encore avec vous être mis ;
L'Amitié n'admet point de basses jalousies ;
C'est à l'Amour qu'il faut laisser ces frenesies.
L'arrivée de Monrose empêche que cette pe
tite altercation ne soit poussée plus loin ; Mon
rose aprend à Aramont et à Dornane , que ses
affaires sont sur un bon pied à la Cour , et que
tout le monde lui en fait compliment. Ariste le
blâme de prêter l'oreille à des bruits qui ont si
peu de fondement ; Dornane prend un parti
tout oposé , et dit à Monrose , en parlant des
prétendus faux Bruits :
Les empêcher ! je dis que c'est un coup d'Etat ;-
On n'y sçauroit donner trop de cours et d'éclat
Sur la foi de ce bruit heureux et profitable ,
Chacun trouve que rien n'étoit plus équitable
Tout le monde aplaudit ; je vous laisse à penser
MAY.
1737.
Si la Cour qui le voit poura se dispenser
Et qu'enfin elle cede à la nécessité.
1007
D'un Acte d'équité que l'on trouve à sa place ;
Il ne dépend plus d'elle , ilfaut qu'elle le fasse,
Ariste ne pouvant soûtenir un conseil si dan
gereux, et craignant d'éclater , prie Monrose de
vouloir bien l'attendre chés lui , afin qu'il puisse
l'entretenir sans témoins ; Monrose y consent ;
Ariste se retire ; Dornane et Aramont en font
bien-tôt autant , et Monrose finit le premir Ac-
te par ces deux Vers :
Hortense est-il possible ? ... ab !' qu'il me seroit doux
D'avoir à vous offrir un rang digne de vous !
Ariste et Monrose commencent le second Acte,
Monrose fait connoître par un à parte que c'est
à
regret qu'il va écouter ce qu'Ariste peut avoir
à lui dire ; Ariste lui fait une leçon dans laquelle
brille le caractere d'un véritable Ami ; la voici ::
Vous entrez dans le Monde , et vous allezp aroître
Sur ce fameux Théatre , où j'ignore comment
Fai pû me soutenir jusques à ce moment.
Vous n'êtes pas encore instruit de ses mysteres.
Jusqu'ici vos emplois , vos devoirs militaires ,
Vous en ont écarté. La Cour est en tout temps:
Une Terre inconnuë à tous ses Habitans.
Après un long séjour , après un long usage »
On s'y retrouve encore à son aprentissage ;
On y vit entouré d'un Peuple de Rivaux,
'
On y marche toujours sur des pieges nouveaux: -
Ну Q
1cc8 MERCURE DE FRANCE
Cu d'Amis dangereux . Heureux qui les devine !
On n'y peut s'élever que sur quelque ruine ;
On n'y peut profiter que des fautes d'autrui.
Tel, au gré de ses vœux, s'y maintient aujourd'hui,
Qui demain ne poura faire tête à l'orage ,
Et l'onfinit souvent par y faire nauffrage.
Mais d'après ce Portrait qu'on ne peut qu'ébaucher ›
N'avez- vous en secret rien à vous reprocher ?
Monrose , que ses imprudens Amis ont plongé
dans une funeste sécurité , brave tous les périls
qu'Ariste veut lui faire entrevor , et croit qu'on
ne sçauroit , sans injustice , lui refuser l'Emplo
te , en vrai et fidele Ami , lui répond ainsi :
être
2
que son oncle a laissé vacant par sa mort ; Aris--
Vous vousfaites un droit qui pouroit ne pas
Vos Ayeux ont chacun obtenu dans leur temps
Le prix que·méritoient leurs services constans
Ce sont leurs actions , plutôt que leurs Ancêtres
Quiles ontfait combler desfaveurs de leursMaîtresă,
Et monter aux honneurs que vous sollicitez ;
Les bienfaits sont à ceux qui les ont mérités,
Les graces ne sont point des biens hereditaires 3 €
Nous n'en sommesjamais que les dépositaires ; :
"Inais par la même voye on peut les obtenir.
Vos Peres ont laissé leur nom à soutenir ,
Leur vertu, leur exemple et leur carriere à suivre
Voilà cequ'après eux ilfaut faire revivre ,
Elt dontwous vous devez mettre en possession ;-
That ldcreste- n'est pas de leur succession.
Dess
MAY.
1737.
Des maximes si sages produisent dans le cœur
de Monrose le fruit qu'Ariste s'en est promis; ik
lui rend une Lettre que Dornane lui avoit con-
seillé d'écrire au Ministre , et qui est heureuse .
men passée en de plus fidelle malas , attenda
qu'elle l'auroit perdu si elle fût parvenue à la
Cour,par la présomption dont elle etoit remplie.
Après ces citations , qui font un honneur in-
fini à l'Auteur, nos Lecteurs doivent trouver bon
que nous n'en grossissions pas davantage cet Ex-
trait , et que nous nous attachions un quement
à l'action Théatrale , qui a beaucoup de mérite,
tant par sa simplicité que par l'ordre qui y regne.
Monrose ouvre les yeux ; il reconnoit Ariste
pour un véritable Ami , et se résoud à se livrer
tout entier à ses fideles conseils , Ariste ne s'ou
vre point à lui sur les soins qu'il prend secrete-
ment pour sa fortune , de peur qu'il n'ait la foi-
blesse d'en faire part à Aramont et sur tout à
Dornane.
Le premier soin qui occupe Ariste , c'est de
tacher de pénetrer dans le cœur d'Hortense .
pour agir en conséquence ; Hortense plus dé-
iante qu'il n'avoit présumé, ne lui déclar point
e penchant qu'elle a pour Mo rose , mais il ne
laisse pas d'en entrevoir assés pour s'aff rmir
dans le dessein qu'il a formé de l´s unir ensem-
ble , il le fait connoître par ce Vers :
Ah ! je ne m'étois pas trompé dans mon at'ente.
Nous avons déja parlé du stratagême de C
rine ; comme il ne meritoit pas de réussir , nous
n'en dirons rien de plus ; ce qui nous reste à dire
est beaucoup plus important.
Monrose vient aprendre à Aramont et à Dor
nane, qu'il n'a plus rien à prétendre du côté de
a Cour et qu'un autre que lui vient d'être pour
H vj !
1
JOTO MERCURE DE FRANCE
vû du Gouvernement de feu son Oncle. Dor-
nane ne peut croire une injustice si criante.
Monrose veut vendre son Régiment pour payer
ses dettes ; Dornane s'y opose , parce qu'il croit
qu'il n'est rien de plus ourgeois que de satifaire
ses Créanciers ; L le quitte pour un moment, et
revient pour lui demander la préference, en cas
qu'il soit réduit à vendre son Régiment ; Mon◄
rose a le cœur assés bon pour la lui promettre ,
quoiqu'Aramot lui dise que ce préten u Ache-
teur n'a point d'argent. Le reste de ce second Acts
n'a rien d'assés interessant pour nous arrêter ; il
fini par un germe d'action que nous verrons
éclore dans le troisiéme ; c'est un projet d'Ara-
mont , dont nous avons déja remarqué qu'il
peche plutôt par l'esprit que par le cœur ; il ima-
gine de rendre Hortense jalouse , pour réveiller
Pamour qu'elle avoit pour Monrose ; voici par
ou Aramont fait connoître son projet aux Spec-
tateurs e finit le second Acte :
Nous n'avons plus qu'Hortense en cette extrémité,
Allons hater le coup que j'ai prémédité ;
Portons au cœur d'Hortense une atteinte fatale ;
Faisons lui redouter une heureuse Rivale ;
Et , puisqu'il faut contre elle employer ce détour ,
Armons la Jalousie en faveur de l'Amour、
Le troisieme Acte a parû le plus beau et le
plus interessant de la Piece ; Ariste fait connoî-
tre par un court Monologue les raisons qui
Pobligent à cacher à Monrose les démarches se-
crettes qu'il fait pour lui à la Cour. Monrose
vient ; Ariste n'oublie rien pour le detourner du
dessein qu'il a formé de vendre son Régiment. Il
lui dit entre autres choses :
Empêchex
MAY.
1737
Empechez cependant qu'on n'aille débiter
IOLE
Ala Cour et partout que vous voulez quitter
Um bruit si ridicule a l'air d'une menace .
Ou du moins d'un dépit qui n'est pas à saplace!
Il ajoûte en parlant des faux amis , à qui on se
livre trop facilement.
Ne croyez pas , Monsieur , queje taxe personne
Dans ces reflexions que je vous abandonne..
Quand j'y pense, entre nous , je vois présentemene
Que l'amitié se donne et se prend aisément.
Elle est , comme l'Amour , hazardeuse et legere
Une conformité frivole et passagere",
D'âge , d'état , d'humeur et sur tout deplaisir,,
Sans. nul autre examen suffit pour nous saisir
;
Nous nous associons , comme onfait en voyage
Sans sçavoir avec qui le hazard nous engage ,
Et l'on devient Ami comme on devient Amant ;
Pourfaire une Maîtresse il nefaut qu'un moment .
Mais l'amitié, du moins comme je l'envisage
De part et d'autre , exige un long aprentissage,
Et vous devez sçavoir à vos propres dépens ,
Qu'un Ami véritable est l'ouvrage du temps .
Revenons à l'Action. Ariste quitte Monrose ,
pour aller à la Cour , où il lui promet de ne le
pas oublier. Monrose se retire un moment après;
Clorine , qui lui faccede , ne dit que deux Vers;
Hortense vient avec un Billet à la main , elle
Pa ouvert par méprise, croyant qu'il s'adressoit
à elle , cependant comme c'est pour Monrose
qu'il
To12 MERCURE DE FRANCE
qu'il est écrit , elle veut le lui remettre , quoi
qu'il soit de la main d'une Rivale qui lui fait des -
offres capables de le tenter . Elle ordonne à Clo-
rie d'aller chercher Aramont, qu'elle veut char-
ger
du soin de rendre ce Billet à son Ami.
Hortense , en attendant le retour de Clorine ,
refléchit sur sa situation ; elle sent toute la dou
leur d'avoir une Rivale ; mais elle s'en console
un peu , par la flateuse penseé de l'avoir pré-
venue en generosité , et par là l'Auteur nous fair
pressentir ce que nous verrons dans la suite;nous
n'avons garde de blâmer ces petites précautions
mais quelquefois pour trop instruire elles ôtent
le plaisir de la surprise , qui est ce qu'il y a de
plus picquant dans les Pieces de Théatre.
Clorine revient toute éperduë ; elle annonce à
sa Maîtresse qu'on vient de lever le scellé chés
le feu Oncle de Monrose et qu'on n'y a rien →
trouvé ; cette nouvelle l'afflige plus pour M
rose que pour elle- même , quoique tout s
bien eût été mis en dépôt chès cet Oncle. El
se réjouit en secret de ce que le plus nécessai
lui est resté ; ce sont ses Pierreries , dont
aprendra bientôt la destination.
Aramont vient , Hörtense renvoye Clorir
elle fait promettre à Aramont avec serment q
exécutera ce qu'elle va exiger de lui ; Aramo
s'y engage, Dans le temps qu'elle va lui dire a
quoi il s'agit , Clorine , fondant en larmes , vient
lui annoncer qu'elle ne trouve pas ses Pierreries,
et qu'elle ne doute nullement qu'elles n'ayent
été volées. Hortense reçoit ce nouveau coup du
sort avec tant d'indifference , que Clorine com
mence à soupçonner , ou plutôt qu'elle devine
quoiqu'assés gratuitement, la vé ité du fait Com
me elle veut expliquer ses soupçons , sa Maîtresse
la
Μ᾿ ΑΥ.
1737.
101f
la chasse ; et se trouvant seule avec Aramont ,
elle poursuit la conversation interromptë ; elle
lui aprend que ses Pierreries ne sont pas perdues
et qu'elle les a envoyés chés lui afin qu'elles
servent à payer les Créanciers de Monrose , Ara--
mont , après quelque résistance , se rend enfin.
Cette Sc ne est interrompue par l'arrivée de
Monrose, qui voit Hortense pour la premiere fois-
et qui voudroit bien ne l'avoir point rencontrée;
Hortense après lui avoir demandé l'état de ses
affaires, lui dit qu'il n'est pas abandonné de tout
le monde , et lui remet entre les mains la Let- ·
tre d'une Rivale prétendue. Monrose est bien sur-
pris à la lecture de cette Lettre , qu'il croit être
de la ma n d'Hortense ; on lui offre tous les se-
cours qu'il peut esperer , pourvu qu'il renonce à à
tout autre amour ; il communique la Lettre à
Aramont , qui est bien plus étouné à son tour de
voir que c'est la même qu'il s'est avisé d'écri◄-
re pour picquer Hortense par la jalousie ; Mon-
rose se détermine à répondre à l'inconnue , sans
sçavoir à qui il doit s'adresser ; Aramont lui dit
que ce n'est pas la peine , et lui avoué que c'est
i-même qui a écrit ce Billet pour rendre Hor-
inse jalouse. Cet Acte finit par une generosité
ue fait Monrose ; comme il a apris qu'on n'a
ien trouvé sous le scellé de son Oncle , et qu'il
s'accuse par-là 'avoirpart au malheur d'Horten-
se , il met une Procuration entre les mains d'A~~
ramont et le charge de vendre une Terre qui
lui reste, à quelque prix que ce soit , et de don
ner à Hortense tout l'argent qu'il en poura re-
tirer. Aramont n'y veut pas consentir; mais Mon- -
rose refuse de reprendre sa Procuration , et le
quitte après lui avoir dit un éternel adieu. Nous
abregerons les deux derniers Actes qui nous res
tent ,
1614 MERCURE DE FRANCE
sent, pour ne point passer les bornes ordinaires.
Le quatrième Acte ne cede guere au troisiéme
en beautés de fond et de détail , nous ne pou
vons nous attacher qu'aux beautés de fond,par la
Faison que nous venons de dire ; voici quel est
Fordre des Scenes. La premiere qui est entre
Aramont et Clorine , ne sert proprement qu'à
faire entendre ce qui s'est passé dans l'Entre-Ac
te. Aramont veut empêcher Clorine de faire de
nouvelles tentatives , pour suivre Hortense au
Convent , où elle a résolu d'aller s'ensevelir ;
comme il n'a aucun interêt dans son sort , l'Au-
teur n'a pu faire entre eux qu'une Scene un peu
froide , quoique bien écrite. Clorine qui a déja
soupçonné Aramont d'avoir reçu les Pierreries de
sa Maîtresse , pour en faire l'usage qu'elle lui a
prescrit , fait connoître en le quittant qu'elle va
lui faire une tracasserie avec Monrose.
Hortense demande à Aramont s'il lui.a' tenu
parole au sujet du dépôt qu'elle a mis entre ses
mains ; Aramont lui dit qu'il doit bien s'en gar
der depuis qu'il a apris qu'elle est ruinée ; Hor-
tense lui reproche son manque de foi , mais inu
lement ; ne pouvant rien gagner sur lui , elle
le quitte sans vouloir reprendre ses Pierreries.
Monrose instruit par Clorine , vient demander
à Aramont s'il est vrai qu'il ait accepté les Pier--
reries en question, pour en faire l'usage qu'Hore
tense exige de lui Aramont garde un silence que
Monrose prend pour un aveu du prétendu cri-
me dont on P'accuse.
Un Valet aporte un paquet à Monrose ; il est
tout étonné d'y trouver tous ses Billets acquités;
le premier soupçon qui le frape , c'est qu'ils ont
été payés par la vente des Pierreries d'Hortense ;
Aramont s'en justifie en l'assurant qu'elles sont:
encore
MAY.
1737.
TOTS
encore chés lui ; Monrose ne sçait à qui attri
buer cet acte de generosité ; ce qui l'occupe le
plus c'est un aveu que lui fait Aramont de tous
fes services qu'il a prétendu lui rendre , comme
d'avoir apris à Hortense qu'elle est ruinée, quoi-
qu'il fut convenu avec Monrose de le lui laisser
ignorer ; il lui avoie même qu'il a dit à Hor-
tense qu'elle ne devoit plus compter sur son
cœur ; ce dernier coup accable Monrose.
Dornane vient lui en porter un encore plus
sensible ; il lui aprend qu'Ariste l'a trahi, et qu'il
l'a suplanté en se faisant donner le Gouverne-
ment de feu son Oncle. Monrose a de la peine
à le croire , mais enfin ne pouvant plus en dou-
ter , il l'excuse par ces Vers.
J'étois exclus ; je n'y pouvois prétendre ,
C'étoient des biens vacāns , des graces à répandre 3
Ariste en étoit digne ; il en est revétu
;
Et la Cour a du moins décoré la vertu.
Dornane après avoir imprudemment conseillé
* Monrose de tirer raison de la prétenduë perfi-
die d'Ariste , part pour la Cour ; Monrose prie
plus que jamais Aramont de vendre la Terre pour
laquelle il lui a donné sa Procuration ; Ara-
mont n'en veut rien faire. Clorine vient avertir
Monrose qu'Hortense va partir pour le Convent;
Monrose court chés elle pour l'en détourner.
Cette seconde Scene entre Aramont et Clorine
n'est guère plus nécessaire que l'a été la précé-
dente dans ce même Acte.
Le quatriéme Acte finit par une Scene très-
touchante entre Monrose et Hortense ; cetre
Amante affligée y fait paroître des sentimens
sout à-fait héroïques, auxquels Monrose répond
d'une
1016 MERCURE DE FRANCE
d'une maniere à faire voir que ces deux Amans"
sont dignes l'un de l'autre. Nous allons être en
core plus succints dans le dernier Acte.
Monrose et Aramont ouvrent la Scene ; ce-
dernier , pour empêcher son Ami de partir , lui
aprend que l'honneur de l'un et de l'autre exi-
gent qu'il rest ; ii le prouve par une Lettre qu'il
vient de recevoir de Dornane , elle est con
çûë en ces termes :
Je t'écris à la bâte ; Ariste , non content
Des biens de notre Ami , lui ravit sa Maîtresse
Il l'a fait demander le fait est irès constant.
Tu lui diras , en cas que cela l'interesse.
A propos; on le croit riche , et jc ie l'aprends';
Entre nous , tu lui vaux cette galanterie ;
On l'accuse d'avoir détourné ... tu m'entends
Fais cesser au plutôt cette plaisanterie.
Cette derniere calomnie met le comble au dé-
sespoir de Monrose ; il en est d'autant plus acca
Blé , que les aparences sont co tre lui , et qu'il·
ne donte point que Clorine ne dise par tout que
sa Maîtresse lui a remis ses Pierreries pour en
dispo er à son gré , il veut plus que jamais par--
tir d'un lieu où sa gloire est si indignement
soupçonnée.
Un Garde vient l'arrêter sans pouvoir lui dire
pourquoi. Tout indigné qu'il est de se voir trai-
ter en Criminel , il ne laisse pas d'être prêt à se
soumettre aux ordres de la Cour ; mais le Garde
lui dit qu'il lui est seulement consigné. Aramont
prie le Garde de passer dans un des Apartemens
de la maison. Pendant l'accablement où se trouve
Monrose, Hortense vient le consoler , elle n'ou
blig
MAY.
1737.
1017
Blie rien pour l'arracher aux résolutions les plus
funestes ; sensible à ces marques d'amour, Mon
rose se jette à ses pieds, prêt à faire tout ce qu'elle
lui ordonnera ; cette Scene est des plus tendres.
Aramont qui s'étoit retiré pour les laisser parler
avec plus de liberté , revient pour leur aprendre
qu'Ariste aproche. Hortense qui a apris de Mon-
rose qu'il aspire à son hymen , se prépare à lei
faire une étrange accueil ; elle lui parle dabord:
avec beaucoup de vivacité , de colere et d'indi-
gnation ; mais elle est agréablemen: surprise aus-
si bien que Monrose et Aramont , d'aprendre
que ce prétendu persécuteur est le plus genereux
bienfaicteur qui fût jamais. Ariste leur rend
compte de toute sa conduite , dont il ne leur a
fait un secret que par un effet de prudence : il dit
à Hortense que l'Oncle de Monrose avoit dé-
posé tous ses biens chés un Notaire ; il aprend
à Monrose qu'il a brigué le Gouvernement que
son Oncle avoit laissé vacant par sa mort , de
peur que quelqu'autre ne s'en fîc pourvo r ; qu'il
a obtenu la grace toute entiere de la Cour,et que
le Prince consent qu'il s'en démette en sa faveur,
il ajoûte qu'il n'a fait défendre à Hortense d en
trer dans un Convent que pour la lui faire pos
seder. La Piece finit par ces quatre Vers que
Monrose charmé adresse dabord à sa chere Hor-
tense , et après au génereux Ariste.
Ah ! Madame , souffrez que mon cœur se partage,
Monsieur , je ne puis rien vous offrir davantage.
O Fortune , je sens et j'éprouve à présent
Qu'un Ami véritable est ton plus grand présent.
Quoiqu'on soit encore partagé sur ce nouveaus
genic de Comédie, les Connoisseurs les plus sen-
sés.
for8 MERCURE DE FRANCE
sés conviennent qu'il seroit à souhaiter qu'il eût
des imitateurs , les jeunes gens qui font le plus
grand nombre des Spectateurs et qui préférent
Pagréable à l'utile, y perdroient, mais les mœurs
y gagneroient infiniment.
Cette Piece est très- bien imprimée in 12. chés
le Breton , Quay des Augustins , et mérite le
grand débit qu'elle a.
Amis, et qu'on croit être de M. de la Chaussée,
des Quarante de l'Académie Françoise,
ayant été interrompuë à la dixiéme Représenta
tion , par l'indisposition d'un Acteur , fut re-
prise vers la fin du Carême avec autant d'aplau-
dissemens qu'elle en avoit eu dans sa naissance.
Nous allons satisfaire la juste impatience de nos
Lecteurs , par l'Extrait qu'ils attendent de nous.
Il ne faut pas chercher dans cette Piece , ce
tissu de plaisanteries qui divertit sans instruire.
C'est un genre nouveau , mais il n'en est pas
moins utile , pour faire un peu moins rire que
bien d'autres , d'où l'on ne raporte quelquefois
Hij
que
100% MERCURE DE FRANCE
que la honte d'y avoir ri. A Dieu ne plaise que
nous prétendions borner la Comédie à instruire
seulement ; il faut instruire agréablement autant
que le comporte le Sujet qu'on traite.
Celui dont nous parlons présentement n'est
pas susceptible de ces ris immoderés qui sont à
la portée du plus grand nombre des Spectateurs;
le genre aproche de l'héroïque ; les interlocu
teurs de la Piece , sont des Gens de Cour ou des
Officiers ; l'Auteur même a affecté de n'y point
mettre de Valets , sur qui , dans la plupart des
Comédies , roule toute l'intrigue ; il a pris soin
a
de n'y inserer qu'une Soubrette , qui n'a pas ,
beaucoup près, le feu d'imagination que ces sor-
tes de caracteres demandent. En effet Clorine
Suivante d'Hortense, qui est l'Héroïne de la Pie-
Acte etdans
ce?ne fait riendans tout le premier
;
une partie du second , qui sente l'intriguante
;
nous n'en parlons
que d'après les Connoisseurs
dont
que l'artifice
rien n'est plus mal imaginé
entre
une entrevûë
elle se sert pour occasionner
aimeavec
. CeMonrose
Monrose
et sa Maîtresse
dontil
, qu'il évite Hortense
tant de délicatesse
est aimé, quoi qu'il doute de l'être ;voici com
,
enparlant à Clorine
ment il s'exprime
Quandj'étois unpeu plus digne d'elle ,
Je l'ai vue insensible à l'ardeur la plus belle ;
Que seroit-ce à présent que je puis n'être rien ?
Comme il persiste dans le dessein de ne point
voir sa Maîtresse , voici de quel stratagême s'a-
vise Clorine; elle parle ainsi dans un Monologue
Fort bien. Il va se perdre en fuyant ma Maîtressen
Jeveux les raprocher tous deux avec adresse.
Ella
MAY.
ginative le voici.
1737.
Ilfaut lui procurer en secret ce bienfait ,
1003
Elle rêve un moment ; que produira son imaż
Eh! le Portrait d'Hortense estpropre à cet effet.
Et luifaire trouver par quelque stratagême
Cette heureuse ressource en dépit de lui- même.
Je veux que ce Portrait serve à vous réunir ;
Oui , Monsieur , je sçaurai vous forcer à venir
Le remettre vous-même entre les mains d'Hortense
Alors ils se verront ; l'Amour d'intelligence ,
Les menera plus loin qu'ils ne veulent tous deux.
Pour bien juger d'un stratagême , il faut d'a-
bord examiner si le piege est tendu d'une ma-
niere à pouvoir réussir ; c'est ce qu'on n'a pas
trouvé dans celui- ci. Clorine dans l'Acte suivant
dit au fond du Théatre :
Le Portrait est en vûë ,
Monrose va rentrer ; attendons -en l'issuë.
Mais quelle en doit être vrai-semblablement
l'issuë ? Ĉlorine est-elle sûre que Monrose rena
trera le premier ? Non , puisque c'est Aramont
qui ramasse le Portrait ; mais quand ce seroit
Monrose , qui répondra à cette trop crédule in-
triguante,qu'il voudra bien le rendre à Hortense ?
N'y a-t'il pas plus d'aparence que prêt à quitter
l'original , il sera ravi d'emporter au moins la
copie ? L'Auteur semble avoir prévû cette criti-
que et y avoir répondu d'avance en faisant dire
à Monrose , parlant à Clorine du Portrait en
question , qu'on avoit fait peindre exprès pour
Jui et qu'on n'a pû lui faire tenir.
H iij
Si
T004 MERCURE DE FRANCE
Si j'avois son Portrait , ilfaudroit le lui rendre
Ilfaudroit la revoir encore et me plonger ..
*
C'est , sans doute , sur ces deux Vers que Clo-
rine a fondé le succès de son stratagême ; mais
cela n sert qu'à faire mieux connoître la force
de l'objection , puisque l'Auteur la sentie tout le
;
premier cependant ce qu'il y a de plus vrai-sem-
blable, c'est que Monrose auroit emporté le Por-
trait , ou que , suposé qu'il eût porté le scrupule
jusqu'à n'oser retenir une chose qui lui avoit
été destinée , il auroit pû exempter sa probité de
tout reproche , en remettant le Portrait d'Hor-
tense entre les mans de sa Confidente.
Nous nous sommes peut-être un peu trop
arrêtés à ces minuties ; mais nous allons dédom
mager l'Auteur de cette legere Critique , par les
beautés de détail dont ce premier Acte est rem-
pli , beautés d'autant plus précieuses qu'elles sont
tirées du fond de la Piece , puisqu'elles regar-
dent le choix des Amis.
Clorine nous a déja exposé le caractere des
Amis de Monrose dès la seconde Scene.
Ses Amis auront beau le servir de leur mieux ;
L'un d'eux n'est qu'un bon homme, ardent, officieux
Qui tracasse et qui veut toujours être de fête ;
L'autre n'a que du faste et du vent dans la tête.
Clorine ne parle pas d'un troisiéme qui mérite
beaucoup mieux le nom respectable d'Ami , c'est
Ariste ; nous en parlerons après avoir montré le
ridicule des deux premiers.
Quoi qu'Aramont soit donné dans la Piece
comme un Ami d'une espece équivoque , on peut
dire
MAY.
1737.
1005
dire de lui qu'il peche plutôt par l'esprit que par
le cœur. Voici comme il parle des Amis qui vous
abandonnent,dès que la fortune vous est contraire.
Cette espece d'Amis n'est pas la moins commune į
Habiles à prévoir de loin une infortune ,
Ils ne paroissent plus dans les temps orageux ;
Le calme revient- il ? on peut compter sur eux ;"
Il ramene avec lui leur troupe mercenaire ;
Dans le Monde en un mot , c'est l'usage ordinaire,
Quifut et qui sera toujours comme aujourd'hui ;
On n'aime à partager que le bonheur d'autrui
:
Il s'en faut bien que Dornane ait le cœur aussi
bon qu'Aramont. On peut même avancer har-
diment que c'est un très- mal-honnête homme ;
voici quels sont ses sentimens sur l'amitié , c'est
lui-même qui parle à Aramont , au sujet d'Aris-
te,dont l'amitié lui paroît douteuse , parce qu'elle
ne paroît pas avec assés d'éclat pour être véri-
table.
Quand on est tel,croi moi,l'on s'annonce autrement.
En effet , l'amitié donne un air moins austere ;
Un véritable Ami n'a d'autre caractere ,
Que celui qui nous plait ; il se regle sur nous ;
Hadopte nos mœurs , il se fait à nos goûts ;
Il se métamorphose au gré de nos caprices ;
Ilprend nos passions , nos vertus et ños vices ,
C'est un Cameleon qui reçoit tour- a- tour ...
Ariste , qui écoute sans se montrer , ne peut
Jui laisser achever une peinture si injurieuse à a
Hij
véritable
1006 MERCURE DE FRANCE
véritable amitié , et lui répond en l'interrompany
brusquement :
Ce Portrait-la, Monsieur, est celui de l'Amour,
II continue ainsi :
Les Amis de Monrose étoient sur le tapis
Vous paroissez avoir épuisé la matiere ,
Et Monrose vous doit sa confiance entiere ;
Qui par provision , vous nous excluez tous
Il ne doit plus compter sur d'autres que sur vous ♬
Vous suffirezà tout , du moins je le souhaite ;
L'amitié qui se vante est souvent indiscrète ;
Cependant , trouvez bon qu'au rang de ses Amis
Quelqu'autre puisse encore avec vous être mis ;
L'Amitié n'admet point de basses jalousies ;
C'est à l'Amour qu'il faut laisser ces frenesies.
L'arrivée de Monrose empêche que cette pe
tite altercation ne soit poussée plus loin ; Mon
rose aprend à Aramont et à Dornane , que ses
affaires sont sur un bon pied à la Cour , et que
tout le monde lui en fait compliment. Ariste le
blâme de prêter l'oreille à des bruits qui ont si
peu de fondement ; Dornane prend un parti
tout oposé , et dit à Monrose , en parlant des
prétendus faux Bruits :
Les empêcher ! je dis que c'est un coup d'Etat ;-
On n'y sçauroit donner trop de cours et d'éclat
Sur la foi de ce bruit heureux et profitable ,
Chacun trouve que rien n'étoit plus équitable
Tout le monde aplaudit ; je vous laisse à penser
MAY.
1737.
Si la Cour qui le voit poura se dispenser
Et qu'enfin elle cede à la nécessité.
1007
D'un Acte d'équité que l'on trouve à sa place ;
Il ne dépend plus d'elle , ilfaut qu'elle le fasse,
Ariste ne pouvant soûtenir un conseil si dan
gereux, et craignant d'éclater , prie Monrose de
vouloir bien l'attendre chés lui , afin qu'il puisse
l'entretenir sans témoins ; Monrose y consent ;
Ariste se retire ; Dornane et Aramont en font
bien-tôt autant , et Monrose finit le premir Ac-
te par ces deux Vers :
Hortense est-il possible ? ... ab !' qu'il me seroit doux
D'avoir à vous offrir un rang digne de vous !
Ariste et Monrose commencent le second Acte,
Monrose fait connoître par un à parte que c'est
à
regret qu'il va écouter ce qu'Ariste peut avoir
à lui dire ; Ariste lui fait une leçon dans laquelle
brille le caractere d'un véritable Ami ; la voici ::
Vous entrez dans le Monde , et vous allezp aroître
Sur ce fameux Théatre , où j'ignore comment
Fai pû me soutenir jusques à ce moment.
Vous n'êtes pas encore instruit de ses mysteres.
Jusqu'ici vos emplois , vos devoirs militaires ,
Vous en ont écarté. La Cour est en tout temps:
Une Terre inconnuë à tous ses Habitans.
Après un long séjour , après un long usage »
On s'y retrouve encore à son aprentissage ;
On y vit entouré d'un Peuple de Rivaux,
'
On y marche toujours sur des pieges nouveaux: -
Ну Q
1cc8 MERCURE DE FRANCE
Cu d'Amis dangereux . Heureux qui les devine !
On n'y peut s'élever que sur quelque ruine ;
On n'y peut profiter que des fautes d'autrui.
Tel, au gré de ses vœux, s'y maintient aujourd'hui,
Qui demain ne poura faire tête à l'orage ,
Et l'onfinit souvent par y faire nauffrage.
Mais d'après ce Portrait qu'on ne peut qu'ébaucher ›
N'avez- vous en secret rien à vous reprocher ?
Monrose , que ses imprudens Amis ont plongé
dans une funeste sécurité , brave tous les périls
qu'Ariste veut lui faire entrevor , et croit qu'on
ne sçauroit , sans injustice , lui refuser l'Emplo
te , en vrai et fidele Ami , lui répond ainsi :
être
2
que son oncle a laissé vacant par sa mort ; Aris--
Vous vousfaites un droit qui pouroit ne pas
Vos Ayeux ont chacun obtenu dans leur temps
Le prix que·méritoient leurs services constans
Ce sont leurs actions , plutôt que leurs Ancêtres
Quiles ontfait combler desfaveurs de leursMaîtresă,
Et monter aux honneurs que vous sollicitez ;
Les bienfaits sont à ceux qui les ont mérités,
Les graces ne sont point des biens hereditaires 3 €
Nous n'en sommesjamais que les dépositaires ; :
"Inais par la même voye on peut les obtenir.
Vos Peres ont laissé leur nom à soutenir ,
Leur vertu, leur exemple et leur carriere à suivre
Voilà cequ'après eux ilfaut faire revivre ,
Elt dontwous vous devez mettre en possession ;-
That ldcreste- n'est pas de leur succession.
Dess
MAY.
1737.
Des maximes si sages produisent dans le cœur
de Monrose le fruit qu'Ariste s'en est promis; ik
lui rend une Lettre que Dornane lui avoit con-
seillé d'écrire au Ministre , et qui est heureuse .
men passée en de plus fidelle malas , attenda
qu'elle l'auroit perdu si elle fût parvenue à la
Cour,par la présomption dont elle etoit remplie.
Après ces citations , qui font un honneur in-
fini à l'Auteur, nos Lecteurs doivent trouver bon
que nous n'en grossissions pas davantage cet Ex-
trait , et que nous nous attachions un quement
à l'action Théatrale , qui a beaucoup de mérite,
tant par sa simplicité que par l'ordre qui y regne.
Monrose ouvre les yeux ; il reconnoit Ariste
pour un véritable Ami , et se résoud à se livrer
tout entier à ses fideles conseils , Ariste ne s'ou
vre point à lui sur les soins qu'il prend secrete-
ment pour sa fortune , de peur qu'il n'ait la foi-
blesse d'en faire part à Aramont et sur tout à
Dornane.
Le premier soin qui occupe Ariste , c'est de
tacher de pénetrer dans le cœur d'Hortense .
pour agir en conséquence ; Hortense plus dé-
iante qu'il n'avoit présumé, ne lui déclar point
e penchant qu'elle a pour Mo rose , mais il ne
laisse pas d'en entrevoir assés pour s'aff rmir
dans le dessein qu'il a formé de l´s unir ensem-
ble , il le fait connoître par ce Vers :
Ah ! je ne m'étois pas trompé dans mon at'ente.
Nous avons déja parlé du stratagême de C
rine ; comme il ne meritoit pas de réussir , nous
n'en dirons rien de plus ; ce qui nous reste à dire
est beaucoup plus important.
Monrose vient aprendre à Aramont et à Dor
nane, qu'il n'a plus rien à prétendre du côté de
a Cour et qu'un autre que lui vient d'être pour
H vj !
1
JOTO MERCURE DE FRANCE
vû du Gouvernement de feu son Oncle. Dor-
nane ne peut croire une injustice si criante.
Monrose veut vendre son Régiment pour payer
ses dettes ; Dornane s'y opose , parce qu'il croit
qu'il n'est rien de plus ourgeois que de satifaire
ses Créanciers ; L le quitte pour un moment, et
revient pour lui demander la préference, en cas
qu'il soit réduit à vendre son Régiment ; Mon◄
rose a le cœur assés bon pour la lui promettre ,
quoiqu'Aramot lui dise que ce préten u Ache-
teur n'a point d'argent. Le reste de ce second Acts
n'a rien d'assés interessant pour nous arrêter ; il
fini par un germe d'action que nous verrons
éclore dans le troisiéme ; c'est un projet d'Ara-
mont , dont nous avons déja remarqué qu'il
peche plutôt par l'esprit que par le cœur ; il ima-
gine de rendre Hortense jalouse , pour réveiller
Pamour qu'elle avoit pour Monrose ; voici par
ou Aramont fait connoître son projet aux Spec-
tateurs e finit le second Acte :
Nous n'avons plus qu'Hortense en cette extrémité,
Allons hater le coup que j'ai prémédité ;
Portons au cœur d'Hortense une atteinte fatale ;
Faisons lui redouter une heureuse Rivale ;
Et , puisqu'il faut contre elle employer ce détour ,
Armons la Jalousie en faveur de l'Amour、
Le troisieme Acte a parû le plus beau et le
plus interessant de la Piece ; Ariste fait connoî-
tre par un court Monologue les raisons qui
Pobligent à cacher à Monrose les démarches se-
crettes qu'il fait pour lui à la Cour. Monrose
vient ; Ariste n'oublie rien pour le detourner du
dessein qu'il a formé de vendre son Régiment. Il
lui dit entre autres choses :
Empêchex
MAY.
1737
Empechez cependant qu'on n'aille débiter
IOLE
Ala Cour et partout que vous voulez quitter
Um bruit si ridicule a l'air d'une menace .
Ou du moins d'un dépit qui n'est pas à saplace!
Il ajoûte en parlant des faux amis , à qui on se
livre trop facilement.
Ne croyez pas , Monsieur , queje taxe personne
Dans ces reflexions que je vous abandonne..
Quand j'y pense, entre nous , je vois présentemene
Que l'amitié se donne et se prend aisément.
Elle est , comme l'Amour , hazardeuse et legere
Une conformité frivole et passagere",
D'âge , d'état , d'humeur et sur tout deplaisir,,
Sans. nul autre examen suffit pour nous saisir
;
Nous nous associons , comme onfait en voyage
Sans sçavoir avec qui le hazard nous engage ,
Et l'on devient Ami comme on devient Amant ;
Pourfaire une Maîtresse il nefaut qu'un moment .
Mais l'amitié, du moins comme je l'envisage
De part et d'autre , exige un long aprentissage,
Et vous devez sçavoir à vos propres dépens ,
Qu'un Ami véritable est l'ouvrage du temps .
Revenons à l'Action. Ariste quitte Monrose ,
pour aller à la Cour , où il lui promet de ne le
pas oublier. Monrose se retire un moment après;
Clorine , qui lui faccede , ne dit que deux Vers;
Hortense vient avec un Billet à la main , elle
Pa ouvert par méprise, croyant qu'il s'adressoit
à elle , cependant comme c'est pour Monrose
qu'il
To12 MERCURE DE FRANCE
qu'il est écrit , elle veut le lui remettre , quoi
qu'il soit de la main d'une Rivale qui lui fait des -
offres capables de le tenter . Elle ordonne à Clo-
rie d'aller chercher Aramont, qu'elle veut char-
ger
du soin de rendre ce Billet à son Ami.
Hortense , en attendant le retour de Clorine ,
refléchit sur sa situation ; elle sent toute la dou
leur d'avoir une Rivale ; mais elle s'en console
un peu , par la flateuse penseé de l'avoir pré-
venue en generosité , et par là l'Auteur nous fair
pressentir ce que nous verrons dans la suite;nous
n'avons garde de blâmer ces petites précautions
mais quelquefois pour trop instruire elles ôtent
le plaisir de la surprise , qui est ce qu'il y a de
plus picquant dans les Pieces de Théatre.
Clorine revient toute éperduë ; elle annonce à
sa Maîtresse qu'on vient de lever le scellé chés
le feu Oncle de Monrose et qu'on n'y a rien →
trouvé ; cette nouvelle l'afflige plus pour M
rose que pour elle- même , quoique tout s
bien eût été mis en dépôt chès cet Oncle. El
se réjouit en secret de ce que le plus nécessai
lui est resté ; ce sont ses Pierreries , dont
aprendra bientôt la destination.
Aramont vient , Hörtense renvoye Clorir
elle fait promettre à Aramont avec serment q
exécutera ce qu'elle va exiger de lui ; Aramo
s'y engage, Dans le temps qu'elle va lui dire a
quoi il s'agit , Clorine , fondant en larmes , vient
lui annoncer qu'elle ne trouve pas ses Pierreries,
et qu'elle ne doute nullement qu'elles n'ayent
été volées. Hortense reçoit ce nouveau coup du
sort avec tant d'indifference , que Clorine com
mence à soupçonner , ou plutôt qu'elle devine
quoiqu'assés gratuitement, la vé ité du fait Com
me elle veut expliquer ses soupçons , sa Maîtresse
la
Μ᾿ ΑΥ.
1737.
101f
la chasse ; et se trouvant seule avec Aramont ,
elle poursuit la conversation interromptë ; elle
lui aprend que ses Pierreries ne sont pas perdues
et qu'elle les a envoyés chés lui afin qu'elles
servent à payer les Créanciers de Monrose , Ara--
mont , après quelque résistance , se rend enfin.
Cette Sc ne est interrompue par l'arrivée de
Monrose, qui voit Hortense pour la premiere fois-
et qui voudroit bien ne l'avoir point rencontrée;
Hortense après lui avoir demandé l'état de ses
affaires, lui dit qu'il n'est pas abandonné de tout
le monde , et lui remet entre les mains la Let- ·
tre d'une Rivale prétendue. Monrose est bien sur-
pris à la lecture de cette Lettre , qu'il croit être
de la ma n d'Hortense ; on lui offre tous les se-
cours qu'il peut esperer , pourvu qu'il renonce à à
tout autre amour ; il communique la Lettre à
Aramont , qui est bien plus étouné à son tour de
voir que c'est la même qu'il s'est avisé d'écri◄-
re pour picquer Hortense par la jalousie ; Mon-
rose se détermine à répondre à l'inconnue , sans
sçavoir à qui il doit s'adresser ; Aramont lui dit
que ce n'est pas la peine , et lui avoué que c'est
i-même qui a écrit ce Billet pour rendre Hor-
inse jalouse. Cet Acte finit par une generosité
ue fait Monrose ; comme il a apris qu'on n'a
ien trouvé sous le scellé de son Oncle , et qu'il
s'accuse par-là 'avoirpart au malheur d'Horten-
se , il met une Procuration entre les mains d'A~~
ramont et le charge de vendre une Terre qui
lui reste, à quelque prix que ce soit , et de don
ner à Hortense tout l'argent qu'il en poura re-
tirer. Aramont n'y veut pas consentir; mais Mon- -
rose refuse de reprendre sa Procuration , et le
quitte après lui avoir dit un éternel adieu. Nous
abregerons les deux derniers Actes qui nous res
tent ,
1614 MERCURE DE FRANCE
sent, pour ne point passer les bornes ordinaires.
Le quatrième Acte ne cede guere au troisiéme
en beautés de fond et de détail , nous ne pou
vons nous attacher qu'aux beautés de fond,par la
Faison que nous venons de dire ; voici quel est
Fordre des Scenes. La premiere qui est entre
Aramont et Clorine , ne sert proprement qu'à
faire entendre ce qui s'est passé dans l'Entre-Ac
te. Aramont veut empêcher Clorine de faire de
nouvelles tentatives , pour suivre Hortense au
Convent , où elle a résolu d'aller s'ensevelir ;
comme il n'a aucun interêt dans son sort , l'Au-
teur n'a pu faire entre eux qu'une Scene un peu
froide , quoique bien écrite. Clorine qui a déja
soupçonné Aramont d'avoir reçu les Pierreries de
sa Maîtresse , pour en faire l'usage qu'elle lui a
prescrit , fait connoître en le quittant qu'elle va
lui faire une tracasserie avec Monrose.
Hortense demande à Aramont s'il lui.a' tenu
parole au sujet du dépôt qu'elle a mis entre ses
mains ; Aramont lui dit qu'il doit bien s'en gar
der depuis qu'il a apris qu'elle est ruinée ; Hor-
tense lui reproche son manque de foi , mais inu
lement ; ne pouvant rien gagner sur lui , elle
le quitte sans vouloir reprendre ses Pierreries.
Monrose instruit par Clorine , vient demander
à Aramont s'il est vrai qu'il ait accepté les Pier--
reries en question, pour en faire l'usage qu'Hore
tense exige de lui Aramont garde un silence que
Monrose prend pour un aveu du prétendu cri-
me dont on P'accuse.
Un Valet aporte un paquet à Monrose ; il est
tout étonné d'y trouver tous ses Billets acquités;
le premier soupçon qui le frape , c'est qu'ils ont
été payés par la vente des Pierreries d'Hortense ;
Aramont s'en justifie en l'assurant qu'elles sont:
encore
MAY.
1737.
TOTS
encore chés lui ; Monrose ne sçait à qui attri
buer cet acte de generosité ; ce qui l'occupe le
plus c'est un aveu que lui fait Aramont de tous
fes services qu'il a prétendu lui rendre , comme
d'avoir apris à Hortense qu'elle est ruinée, quoi-
qu'il fut convenu avec Monrose de le lui laisser
ignorer ; il lui avoie même qu'il a dit à Hor-
tense qu'elle ne devoit plus compter sur son
cœur ; ce dernier coup accable Monrose.
Dornane vient lui en porter un encore plus
sensible ; il lui aprend qu'Ariste l'a trahi, et qu'il
l'a suplanté en se faisant donner le Gouverne-
ment de feu son Oncle. Monrose a de la peine
à le croire , mais enfin ne pouvant plus en dou-
ter , il l'excuse par ces Vers.
J'étois exclus ; je n'y pouvois prétendre ,
C'étoient des biens vacāns , des graces à répandre 3
Ariste en étoit digne ; il en est revétu
;
Et la Cour a du moins décoré la vertu.
Dornane après avoir imprudemment conseillé
* Monrose de tirer raison de la prétenduë perfi-
die d'Ariste , part pour la Cour ; Monrose prie
plus que jamais Aramont de vendre la Terre pour
laquelle il lui a donné sa Procuration ; Ara-
mont n'en veut rien faire. Clorine vient avertir
Monrose qu'Hortense va partir pour le Convent;
Monrose court chés elle pour l'en détourner.
Cette seconde Scene entre Aramont et Clorine
n'est guère plus nécessaire que l'a été la précé-
dente dans ce même Acte.
Le quatriéme Acte finit par une Scene très-
touchante entre Monrose et Hortense ; cetre
Amante affligée y fait paroître des sentimens
sout à-fait héroïques, auxquels Monrose répond
d'une
1016 MERCURE DE FRANCE
d'une maniere à faire voir que ces deux Amans"
sont dignes l'un de l'autre. Nous allons être en
core plus succints dans le dernier Acte.
Monrose et Aramont ouvrent la Scene ; ce-
dernier , pour empêcher son Ami de partir , lui
aprend que l'honneur de l'un et de l'autre exi-
gent qu'il rest ; ii le prouve par une Lettre qu'il
vient de recevoir de Dornane , elle est con
çûë en ces termes :
Je t'écris à la bâte ; Ariste , non content
Des biens de notre Ami , lui ravit sa Maîtresse
Il l'a fait demander le fait est irès constant.
Tu lui diras , en cas que cela l'interesse.
A propos; on le croit riche , et jc ie l'aprends';
Entre nous , tu lui vaux cette galanterie ;
On l'accuse d'avoir détourné ... tu m'entends
Fais cesser au plutôt cette plaisanterie.
Cette derniere calomnie met le comble au dé-
sespoir de Monrose ; il en est d'autant plus acca
Blé , que les aparences sont co tre lui , et qu'il·
ne donte point que Clorine ne dise par tout que
sa Maîtresse lui a remis ses Pierreries pour en
dispo er à son gré , il veut plus que jamais par--
tir d'un lieu où sa gloire est si indignement
soupçonnée.
Un Garde vient l'arrêter sans pouvoir lui dire
pourquoi. Tout indigné qu'il est de se voir trai-
ter en Criminel , il ne laisse pas d'être prêt à se
soumettre aux ordres de la Cour ; mais le Garde
lui dit qu'il lui est seulement consigné. Aramont
prie le Garde de passer dans un des Apartemens
de la maison. Pendant l'accablement où se trouve
Monrose, Hortense vient le consoler , elle n'ou
blig
MAY.
1737.
1017
Blie rien pour l'arracher aux résolutions les plus
funestes ; sensible à ces marques d'amour, Mon
rose se jette à ses pieds, prêt à faire tout ce qu'elle
lui ordonnera ; cette Scene est des plus tendres.
Aramont qui s'étoit retiré pour les laisser parler
avec plus de liberté , revient pour leur aprendre
qu'Ariste aproche. Hortense qui a apris de Mon-
rose qu'il aspire à son hymen , se prépare à lei
faire une étrange accueil ; elle lui parle dabord:
avec beaucoup de vivacité , de colere et d'indi-
gnation ; mais elle est agréablemen: surprise aus-
si bien que Monrose et Aramont , d'aprendre
que ce prétendu persécuteur est le plus genereux
bienfaicteur qui fût jamais. Ariste leur rend
compte de toute sa conduite , dont il ne leur a
fait un secret que par un effet de prudence : il dit
à Hortense que l'Oncle de Monrose avoit dé-
posé tous ses biens chés un Notaire ; il aprend
à Monrose qu'il a brigué le Gouvernement que
son Oncle avoit laissé vacant par sa mort , de
peur que quelqu'autre ne s'en fîc pourvo r ; qu'il
a obtenu la grace toute entiere de la Cour,et que
le Prince consent qu'il s'en démette en sa faveur,
il ajoûte qu'il n'a fait défendre à Hortense d en
trer dans un Convent que pour la lui faire pos
seder. La Piece finit par ces quatre Vers que
Monrose charmé adresse dabord à sa chere Hor-
tense , et après au génereux Ariste.
Ah ! Madame , souffrez que mon cœur se partage,
Monsieur , je ne puis rien vous offrir davantage.
O Fortune , je sens et j'éprouve à présent
Qu'un Ami véritable est ton plus grand présent.
Quoiqu'on soit encore partagé sur ce nouveaus
genic de Comédie, les Connoisseurs les plus sen-
sés.
for8 MERCURE DE FRANCE
sés conviennent qu'il seroit à souhaiter qu'il eût
des imitateurs , les jeunes gens qui font le plus
grand nombre des Spectateurs et qui préférent
Pagréable à l'utile, y perdroient, mais les mœurs
y gagneroient infiniment.
Cette Piece est très- bien imprimée in 12. chés
le Breton , Quay des Augustins , et mérite le
grand débit qu'elle a.
Fermer
Résumé : L'Ecole des Amis, &c. [titre d'après la table]
La pièce 'L'École des Amis' de M. de La Chaussée, initialement interrompue par l'indisposition d'un acteur, a été reprise avec succès à la fin du Carême. Cette comédie vise à instruire agréablement sans recourir à des plaisanteries excessives. Les personnages principaux sont des gens de cour ou des officiers, et l'auteur évite d'inclure des valets, limitant même le rôle de la soubrette Clorine. L'intrigue principale tourne autour de Monrose, qui évite Hortense malgré son amour pour elle. Clorine imagine un stratagème pour les rapprocher, mais ce plan est jugé peu crédible. La pièce explore également les caractères des amis de Monrose, notamment Aramont, décrit comme manquant d'esprit plus que de cœur, et Dornane, présenté comme un homme malhonnête. Une conversation entre Dornane, Aramont, Ariste et Monrose révèle des visions contrastées de l'amitié. Dornane la compare à un caméléon adaptable, tandis qu'Ariste affirme que l'amitié véritable ne doit pas être jalouse ou indiscrète. Monrose, influencé par Ariste, reconnaît ses erreurs et décide de suivre ses conseils. Ariste cherche à unir Hortense et Monrose, malgré les sentiments d'Hortense pour ce dernier. Monrose, endetté, envisage de vendre son régiment pour payer ses dettes. Dornane s'oppose à cette vente, et Aramont prévoit de rendre Hortense jalouse pour raviver son amour pour Monrose. Dans le troisième acte, Ariste dissuade Monrose de vendre son régiment et lui parle des dangers des faux amis. Hortense découvre une lettre destinée à Monrose, écrite par une rivale, et décide de la lui remettre. Clorine tente d'empêcher Hortense d'entrer au couvent. Hortense accuse Aramont de trahison après qu'il a révélé sa ruine. Monrose, informé par Clorine, confronte Aramont au sujet des bijoux d'Hortense. Aramont avoue ses actions, ce qui accable Monrose. Dornane révèle qu'Ariste a usurpé le gouvernement de l'oncle de Monrose, ajoutant à son désespoir. Monrose pardonne Ariste et refuse de se venger. La pièce se conclut par une scène touchante entre Monrose et Hortense, où ils montrent des sentiments héroïques. Dans une scène ultérieure, Monrose, injustement suspecté, est confiné chez lui par un garde. Hortense cherche à le réconforter. Ariste justifie ses actions par prudence et générosité, informant Monrose qu'il a obtenu un gouvernement et empêché Hortense d'entrer au couvent.
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4592
p. 1018
« Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...] »
Début :
Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...] »
Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique,
donna par extraordinaire et pour la Capitation
des Acteurs
: représentation de l'Opera de
Persée , qui fut suivie du Pas de Six et du Di-
vertiffement de Pourceaugnac.
Le 9.Elle donna la premiere représentation d'un
Ballet nouveau, composé d'un Prologue et de trois
Entrées , intitulé le Triomphe de l'Harmonie ; le
Poëme est de M. le F. et la Musique de M.
Grenet , Maître de Musique de l'Académie,
Comme cet Ouvrage a été reçû favorablement
du Public , nous en parlerons plus au long
ainsi que des Décorations qui expriment très-
bien , et avec pompe , les differentes Scenes de
ce Ballet. On assure qu'il sera succedé par
celui des Amours des Dieux , qui fut donné.
dans sa nouveauté , il y a dix ans , et dont le
Poëme est de M. Fuzelier , et la Musique de
M. Mouret.
donna par extraordinaire et pour la Capitation
des Acteurs
: représentation de l'Opera de
Persée , qui fut suivie du Pas de Six et du Di-
vertiffement de Pourceaugnac.
Le 9.Elle donna la premiere représentation d'un
Ballet nouveau, composé d'un Prologue et de trois
Entrées , intitulé le Triomphe de l'Harmonie ; le
Poëme est de M. le F. et la Musique de M.
Grenet , Maître de Musique de l'Académie,
Comme cet Ouvrage a été reçû favorablement
du Public , nous en parlerons plus au long
ainsi que des Décorations qui expriment très-
bien , et avec pompe , les differentes Scenes de
ce Ballet. On assure qu'il sera succedé par
celui des Amours des Dieux , qui fut donné.
dans sa nouveauté , il y a dix ans , et dont le
Poëme est de M. Fuzelier , et la Musique de
M. Mouret.
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Résumé : « Le 6. Mai, l'Académie Royale de Musique, donna par extraordinaire et pour la Capitation [...] »
Le 6 mai, l'Académie Royale de Musique organisa une représentation avec l'opéra 'Persée', le 'Pas de Six' et le divertissement 'Pourceaugnac'. Le 9 mai, elle présenta 'Le Triomphe de l'Harmonie', un ballet en prologue et trois entrées, avec un poème de M. le F. et la musique de M. Grenet. Le public apprécia l'œuvre et les décorations. Suivra 'Les Amours des Dieux', avec un poème de M. Fuzelier et la musique de M. Mouret.
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4593
p. 1018
« Les Comédiens François repetent une Tragédie nouvelle pour être représentée incessamment. [...] »
Début :
Les Comédiens François repetent une Tragédie nouvelle pour être représentée incessamment. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François repetent une Tragédie nouvelle pour être représentée incessamment. [...] »
Les Comédiens François repetent une Tragédie
nouvelle pour être représentée incessamment.
Elle a pour titre Lisimachus.
nouvelle pour être représentée incessamment.
Elle a pour titre Lisimachus.
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4594
p. 1019-1020
RUSSIE.
Début :
LE 25. Mars, S. M. Cz. reçut un Courier, par lequel elle aprit que le Contre-Amiral [...]
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.LE 25. Mars, S. M. Cz. reçut un Courier,
par lequel elle aprit que le Contre-Amiral
Bredahl étoit arrivé à Asoph avec les Galeres
qu'on a construites cet hyver à Bransch et à Ve
ronitz , et qui font faites de maniere qu'elles
peuvent le démonter et se remonter facilement;
que ce Contre-Amiral étoit descendu avec une
partie de ces Galeres à l'embouchure du Fleuve
du Tanais; qu'il y avoit fait la revue de la Flotte
qu'il avoit trouvée en très- bon état , et que
deux Bâtimens qu'il avoit envoyés à la décou-
verte dans la Mer Noire , s'étoient emparés
d'un Brigantin Turc , qui alloit de Constanti-
nople à Caffa , sur lequel on avoit fait 126.
Esclaves ; et que les Turcs pris fur ce Brigantin
avoient assuré que le Capitan Pacha faifoit tou-
tes les dispositions nécessaires , pour que la Flotte'
Au Grand Seigneur pût être mise en Mer au
Commencement du mois de Mai.
On assure que le G. S. auroit accordé à la
Czarine une partie de ses demandes , et peut-
être même lui auroit cedé Asoph , si les Jannis-
saires et le Peuple de Constantinople , ayant été
informés de ce que contenoient les Articles Pré-
liminaires proposés par S. M. Cz. ne s'étoient
attroupés plusieurs fois tumultueusement pour
demander la continuation de la Guerre
et que
Hautesse avoit lieu de craindre d'exciter le
méconten
1010 MERCURE DE FRANCE
mécontentement de ses Sujets ,
si elle accepteit
les conditions que la Czarine exigeoit d'elle.
par lequel elle aprit que le Contre-Amiral
Bredahl étoit arrivé à Asoph avec les Galeres
qu'on a construites cet hyver à Bransch et à Ve
ronitz , et qui font faites de maniere qu'elles
peuvent le démonter et se remonter facilement;
que ce Contre-Amiral étoit descendu avec une
partie de ces Galeres à l'embouchure du Fleuve
du Tanais; qu'il y avoit fait la revue de la Flotte
qu'il avoit trouvée en très- bon état , et que
deux Bâtimens qu'il avoit envoyés à la décou-
verte dans la Mer Noire , s'étoient emparés
d'un Brigantin Turc , qui alloit de Constanti-
nople à Caffa , sur lequel on avoit fait 126.
Esclaves ; et que les Turcs pris fur ce Brigantin
avoient assuré que le Capitan Pacha faifoit tou-
tes les dispositions nécessaires , pour que la Flotte'
Au Grand Seigneur pût être mise en Mer au
Commencement du mois de Mai.
On assure que le G. S. auroit accordé à la
Czarine une partie de ses demandes , et peut-
être même lui auroit cedé Asoph , si les Jannis-
saires et le Peuple de Constantinople , ayant été
informés de ce que contenoient les Articles Pré-
liminaires proposés par S. M. Cz. ne s'étoient
attroupés plusieurs fois tumultueusement pour
demander la continuation de la Guerre
et que
Hautesse avoit lieu de craindre d'exciter le
méconten
1010 MERCURE DE FRANCE
mécontentement de ses Sujets ,
si elle accepteit
les conditions que la Czarine exigeoit d'elle.
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Résumé : RUSSIE.
Le 25 mars, la tsarine Catherine II apprit l'arrivée du contre-amiral Bredahl à Azov avec des galères démontables construites à Branitz et Veronitz. Bredahl inspecta la flotte à l'embouchure du fleuve Don et la trouva en bon état. Deux navires en mission de reconnaissance capturèrent un brigantin turc, libérant 126 esclaves. Les prisonniers turcs révélèrent que le Capitaine Pacha préparait la flotte ottomane pour une sortie en mer début mai. Parallèlement, des rumeurs suggéraient que le sultan pourrait céder Azov et accepter certaines demandes de la tsarine, mais la pression des janissaires et du peuple de Constantinople l'en empêcha. Le sultan craignait de provoquer le mécontentement de ses sujets en acceptant les conditions de la tsarine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4595
p. 1020-1022
ALLEMAGNE.
Début :
Les Lettres de Vienne portent qu'on a apris de Parak dans la Haute Hongrie , que le feu [...]
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Les Lettres de Vienne portent qu'on a apris
de Parak dans la Haute Hongrie , que le feu
y ayant pris dernierement à une écurie du Châ-
teau , les flammes avoient gagné en peu de tems
le principal corps de logis , d'où elles s'étoient
communiquées à l'Eglise des Jesuites , qui a été
entierement consumée , ainsi que leur Maison,
leur College et le Convent des Religieux Tri-
nitaires.
Par le Courier de Bender , arrivé à Vienne le
12. du mois , on a apris que M. Dahlman ayane
fait de nouvelles instances pour obtenir une dé-
claration positive de la Porte sur les Articles Pré-
liminaires de Paix proposés par l'Empereur , le
Grand Visir avoit répondu qu'il n'étoit pas en-
core instruit des réfolutions du Grand Seigneur
qu'au refte Sa Hautesse ne risquoit rien à refuser
des conditions aussi désavantageuses que celles
qu'on vouloit sur imposer, et que les Moscovites
ne pourroient porter plus loin leurs prétentions
si les Turcs avoient éprouvé les plus mauvais suc
cès, et s'ils avoient perdu plusieurs Batailles.
Un autre Courier a raporté que le Grand Vi.
sir, quelques jours après la conference dans la
quelle il avoit témoigné à M. Dahlman , que la
Porte étoit peu satisfaite des propositions de S.
M. Imp. lui avoit fait sçavoir par un de ses In
terprétes qu'il avoit dépêché un Aga au Grand
Seigneur ,pour lui donner part de ce que con-
tenoit la seconde Lettre du Comte de Konigseg
et pour suplier Sa Hautesse de lui mander ses
intentions "
MAY.
1 ཏ ; 7 ,
1021
intentions ; et que le Grand Visir avoit ajouté
que le Grand Seigneur, voulant donner des preu
ves du desir sincere qu'il avoit de faire tout son
possible pour lever les difficultés qui pouvoient
retarder le Congrés, consentoit qu'il ne s'assem
blât point à Sorocka , puisque la Czarine trou-
voit que cette Ville étoit trop éloignée des fron
tieres de ses Etats et qu'il offroit d'envoyer ses
Ministres Plenipotentiaires à Oczakow ou à
Kudac.
L'Empereur a envoyé ordre à M. Dahlman
de déclarer au Grand Visir , que si la Porte ne
s'expliquoit pas clairement avant le 15. du mois
de May , sur le projet d'accommodement pro
posé , il ne pouroit se dispenser de remplir les
engagemens qu'il avoit pris avec la Czarine.
Les Lettres de Vienne de la fin du mois der
nier,portent que,quoique le GrandVisir fasse tou-
tes les dispositions nécessaires pour commencer
les actes d'hostilité contre les Moscovites , et
qu'il paroisse être dans le dessein de hasarder une
bataille pour les empêcher d'entreprendre le Siés
ge.d'Oczakow ,
il a renouvel é encore depuis
peu les assurances qu'il a déja données plusieurs
fois à M. Dahlman du desir sincere qu'avoit le
Grand Seigneur de parvenir à un accommode-
ment avec la Czarine. Il lui a même fait dire
quelques jours avant que de partir pour Bender ,
qu'il ne s'y rendoit que pour être plus à portée
du lieu où se tiendroit le Congrés , que sa Hau
tesse souhaiteroit de pouvoir y envoyer dès à
present ses Ministres Plenipotentiaires , mais que
le Bairam , dans lequel on alloit entrer . obli
geoit de differer leur départ ; qu'ils partiroient
certainement de Constantinople aussi - tôt après
que ce temps de devotion seroit passé , et que les
mouvemens
1022 MERCURE DE FRANCE
mouvemens que faisoient les Troupes Ottoma→
nes n'étoient causés que par la necessité de les
faire changer de quartiers pour leur procurer
une plus grande abondance de vivres et de fou-
rages.
L'Aga que le Grand Visir a envoyé à M.
Dablman pour l'assurer que le Grand Seigneur
persistoit à vouloir la paix , a ajouté que quel-
que positive que fût la déclaration contenue dans
la seconde Lettre du Comte de Konigseg au G.
Visir , Sa Hautesse ne pouroit se persuader que
Empereur fût déterminé à lui faire la guerre ,
si les prétentions excessives de la Czarine étoient
le seul obstacle au succès des Négociations , er
que si S. M. Imp. vouloit observer la neutrali-
té, et se conformer au Traité de Passarowitz
elle pouvoit se procurer par-là des avantages
plus certains que ceux qu'elle se promettoit de la
guerre,
Les Lettres de Vienne portent qu'on a apris
de Parak dans la Haute Hongrie , que le feu
y ayant pris dernierement à une écurie du Châ-
teau , les flammes avoient gagné en peu de tems
le principal corps de logis , d'où elles s'étoient
communiquées à l'Eglise des Jesuites , qui a été
entierement consumée , ainsi que leur Maison,
leur College et le Convent des Religieux Tri-
nitaires.
Par le Courier de Bender , arrivé à Vienne le
12. du mois , on a apris que M. Dahlman ayane
fait de nouvelles instances pour obtenir une dé-
claration positive de la Porte sur les Articles Pré-
liminaires de Paix proposés par l'Empereur , le
Grand Visir avoit répondu qu'il n'étoit pas en-
core instruit des réfolutions du Grand Seigneur
qu'au refte Sa Hautesse ne risquoit rien à refuser
des conditions aussi désavantageuses que celles
qu'on vouloit sur imposer, et que les Moscovites
ne pourroient porter plus loin leurs prétentions
si les Turcs avoient éprouvé les plus mauvais suc
cès, et s'ils avoient perdu plusieurs Batailles.
Un autre Courier a raporté que le Grand Vi.
sir, quelques jours après la conference dans la
quelle il avoit témoigné à M. Dahlman , que la
Porte étoit peu satisfaite des propositions de S.
M. Imp. lui avoit fait sçavoir par un de ses In
terprétes qu'il avoit dépêché un Aga au Grand
Seigneur ,pour lui donner part de ce que con-
tenoit la seconde Lettre du Comte de Konigseg
et pour suplier Sa Hautesse de lui mander ses
intentions "
MAY.
1 ཏ ; 7 ,
1021
intentions ; et que le Grand Visir avoit ajouté
que le Grand Seigneur, voulant donner des preu
ves du desir sincere qu'il avoit de faire tout son
possible pour lever les difficultés qui pouvoient
retarder le Congrés, consentoit qu'il ne s'assem
blât point à Sorocka , puisque la Czarine trou-
voit que cette Ville étoit trop éloignée des fron
tieres de ses Etats et qu'il offroit d'envoyer ses
Ministres Plenipotentiaires à Oczakow ou à
Kudac.
L'Empereur a envoyé ordre à M. Dahlman
de déclarer au Grand Visir , que si la Porte ne
s'expliquoit pas clairement avant le 15. du mois
de May , sur le projet d'accommodement pro
posé , il ne pouroit se dispenser de remplir les
engagemens qu'il avoit pris avec la Czarine.
Les Lettres de Vienne de la fin du mois der
nier,portent que,quoique le GrandVisir fasse tou-
tes les dispositions nécessaires pour commencer
les actes d'hostilité contre les Moscovites , et
qu'il paroisse être dans le dessein de hasarder une
bataille pour les empêcher d'entreprendre le Siés
ge.d'Oczakow ,
il a renouvel é encore depuis
peu les assurances qu'il a déja données plusieurs
fois à M. Dahlman du desir sincere qu'avoit le
Grand Seigneur de parvenir à un accommode-
ment avec la Czarine. Il lui a même fait dire
quelques jours avant que de partir pour Bender ,
qu'il ne s'y rendoit que pour être plus à portée
du lieu où se tiendroit le Congrés , que sa Hau
tesse souhaiteroit de pouvoir y envoyer dès à
present ses Ministres Plenipotentiaires , mais que
le Bairam , dans lequel on alloit entrer . obli
geoit de differer leur départ ; qu'ils partiroient
certainement de Constantinople aussi - tôt après
que ce temps de devotion seroit passé , et que les
mouvemens
1022 MERCURE DE FRANCE
mouvemens que faisoient les Troupes Ottoma→
nes n'étoient causés que par la necessité de les
faire changer de quartiers pour leur procurer
une plus grande abondance de vivres et de fou-
rages.
L'Aga que le Grand Visir a envoyé à M.
Dablman pour l'assurer que le Grand Seigneur
persistoit à vouloir la paix , a ajouté que quel-
que positive que fût la déclaration contenue dans
la seconde Lettre du Comte de Konigseg au G.
Visir , Sa Hautesse ne pouroit se persuader que
Empereur fût déterminé à lui faire la guerre ,
si les prétentions excessives de la Czarine étoient
le seul obstacle au succès des Négociations , er
que si S. M. Imp. vouloit observer la neutrali-
té, et se conformer au Traité de Passarowitz
elle pouvoit se procurer par-là des avantages
plus certains que ceux qu'elle se promettoit de la
guerre,
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Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne, des incendies ont ravagé plusieurs bâtiments à Vienne, notamment une écurie du Château de Parak en Haute Hongrie, ainsi que le corps principal du bâtiment, l'église des Jésuites, et les installations des Trinitaires. Parallèlement, des correspondances de Bender révèlent que M. Dahlman a demandé une clarification de la Porte ottomane sur les articles préliminaires de paix proposés par l'Empereur. Le Grand Visir a répondu qu'il n'était pas informé des décisions du Grand Seigneur et a refusé des conditions désavantageuses, affirmant que les Moscovites ne pourraient pas exiger davantage même en cas de défaites turques. Un autre courrier indique que le Grand Visir a informé M. Dahlman de l'envoi d'un Aga au Grand Seigneur pour discuter des propositions du Comte de Königsegg et exprimer le désir de lever les obstacles au Congrès. Le Grand Visir a proposé que les ministres plénipotentiaires turcs se rendent à Oczakow ou à Kudac, plutôt qu'à Sorocka, pour accommoder la Czarine. L'Empereur a ordonné à M. Dahlman de demander une explication claire de la Porte avant le 15 mai, sous peine de remplir ses engagements avec la Czarine. Malgré les préparatifs militaires turcs contre les Moscovites, le Grand Visir a renouvelé ses assurances de vouloir un accord avec la Czarine. Il a justifié son déplacement à Bender par la proximité du lieu du Congrès et a expliqué que les mouvements des troupes ottomanes étaient nécessaires pour assurer l'approvisionnement en vivres et fourrages. Un Aga envoyé à M. Dahlman a confirmé la volonté de paix du Grand Seigneur, suggérant que l'Empereur observe la neutralité.
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4596
p. 1022-1026
ITALIE.
Début :
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour la Canonisation de la Bienheureuse Catherine [...]
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour
la Canonisation de la Bienheureuse Catherine
Tine Fieschi de Genes , dont la Cérémonie a dů
se faire le 28. ainsi que celle de la Canonisation
des Bienheureux Vincent et Regis ; et de la
Bienheureuse Falconieri.
La correspondance étant rétablie entre les
Cours de Vienne et de Madrid , le Cardinal
'Aquaviva , chargé des affaires du Roy d'Espa-
gne auprès du Saint Siege , envoya le 7. Avril
dernier complimenter à cette occasion le Car
dinal del Giudice.
La Congrégation des Rites a décidé que dans
La Cérémonie de la Canonisation des Bienheu-
eux Vincent et Regis , ce premier auroit la
préséance
MAY.
1737.
préséance comme Fondateur d'Ordre.
1023
Le Comte Trivelli, célebre Poëte , et Jean-
Baptiste Jacoboni , Prêtre , Auteurs des Satyres
répandues à Rome depuis quelque temps contre
le S. Siege, et contre les Personnes les plus con-
siderables , ont été condamnés à mort , le pre-
mier eut la tête tranchée dans la Place du Pont
Saint-Ange , le 23. Février dernier. Il reconnue
en mourant le mauvais usage qu'il avoit fait de
ses talens. Le Pere Santo Canale , Jesuite , qui
Pexhorta à la mort , eut bien de la peine à lui
faire entendre raison sur la Religion , voulant
mourir dans les sentimens de libertinage dans
lesquels il avoit vêcu , et il ne se rendit aux vives
instances de son Confesseur que peu de tems
avant qu'on le menât au suplice. It donna des
marques d'un sincere repentir , et mourut avec
beaucoup de fermeté et de résignation , Le Prêtre
Jacoboni fut condamné au même suplice ; on
2 commué sa peine en celle des Galeres , le Car
dinal Guadagni , l'un des plus maltraités dans
ees Satyres , ayant vivement et généreusement
sollicité pour lui sauver la vie.
. En conséquence de l'ordre envoyé par l'Em-
pereur au Comte de Traun , de prendre posses
sion des Duchés de Parme et de Plaisance , au
nom de S. M. Imp. ce Comte se rendit le 16.
du mois passé à Parme. Le Prince de Lobkowitz
qui y commande , alla au devant de lui à quel-
ques mille de la Ville , et les Députés des Ma-
gistrats le reçûrent hors des Portes. Lorsque le
Comte de Traun entra dans la Ville , il fut sa-
lué par une triple décharge de l'Artillerie des
remparts. Ayant été conduit par le Prince de
Lobkowitz et par les Députés des Magistrats au
Palais qu'on avoit préparé pour le racevoir , il
I
yfur
1024 MERCURE DE FRANCE
y fut complimenté par le Clergé , par la No-
blesse et par les Tribunaux, et l'aprèsmidi il re
çût , au nom de l'Empereur , le serment de f
delité des Habitans. Il communiqua aux Magis
trats les résolutions de S. M. Imp. par raport à
l'administration des affaires de ce Duché et au
Gouvernement de cette Ville , dans laquelle elle
se propose d'établir une Junte semblable à celle
qui vient d'être établie à Mantoüe.
On aprend de Turin que le 21. Avril , jour
fixé pour P'Entrée de la Reine dans cette Capi
tale , leurs Majestés étant parties du Château de
Ja Venerie vers les sept heures du soir , trouve-
rent sur leur chemin le Régiment Royal Pié
mont Cavalerie , et les deux Régimens de Dra-
gons du Roy et de la Reine , qui les accompa
gnerent pendant la marche le long de la Rive
du Pô , oposée à celle par laquelle leurs Majes
és passerent pour se rendre à Turiu ; on avoit
allumé des feux de distance en distance , et la
Maison de Plaisance de la Reine , bâtie sur la
Montagne vis à-vis la Porte du Pô, étoit enție-
rement illuminée.
L'arrivée du Roy et de la Reine fut annon-
cée au Peuple par une triple Salve de 150. pic-
ces de Canon , placées sur les remparts de la
Ville et de la Citadelle , et leurs Majestés ayant
été reçûës à la Porte du Pô par les Magistrats ,
et par le Corps de Ville , la marche de l'Entrée
commença par une Troupe de 200. Marchands
à cheval , ayant à leur tête le Vicaire de la Ville.
Cinq Carosses du Roy , attelés de six Chevaux ,
précédoient celui du Corps, qui éton escorté
par un détachement des Gardes , et dans lequel
leurs Majestés étoient seules avec le Duc de
Savoye,
Le
MAY.
1737.
1025
Le Roy et la Reine étoient suivis de cinq au-
tres Carosses attelés aussi de six chevaux , après
lesquels marchoient trois Escadrons des Gardes
du Corps , et les quinze Escadrons de Cavale-
rie et de Dragons qui étoient venus de la Ve-
nerie avec leurs Majestés.
La ruë du Pô étoit bordée des deux côtés jus-
qu'au Palais du Duc de Savoye par la Bourgeoi-
sie qui étoit en haye sous les armes ; chaque
Corps de Métier étant distingué par des unifor-
mes et des Drapeaux differens. Deux Bataillone
du Regiment des Gardes à pied, deux du Regi-
ment de Rhebinder , et deux de celui de Lom."
bardie , bordoient le reste du chemin depuis le
Palais du Duc de Savoye jusqu'au Palais Royal,
lequel étoit illuminé ainsi que celui du Duc de
Savoye , et toutes les Places publiques , selon
l'ordre de leur Architecture. Toutes les ruës
étoient aussi illuminées,et il y avoit aux premier,"
second et troisième étages de toutes les mai-
sons , cinq lumieres à chaque croisée, Cette il-
lumination formoit un spectacle que la seule
Ville de Turin est capable de fournir à cause de
la régularité de ses Bâtimens,
.
tiré vis-à-vis ce Palais.
t.
Leurs Majestés , en arrivant au Palais ,
trouverent les Ministres étrangers , et les Sei
gneurs et Dames de la Cour. La Reine après s'ê- Ÿ
tre reposée quelque temps, alla au Palais du Duc
de Savoye pour voir un feu d'artifice qui fut
Le lendemain S. M. reçut les complimens
des Ministres étrangers , des Ministres d'Etat
et de la principale Noblesse , qui fut admise à
lui baiser la main.
7
Le Palais du Roy , celui du Duc de Savoye ,
les Places publiques , et toutes les Maisons de la
I ij
Ville
1026 MERCURE DE FRANCE
Ville ont été illuminées pendant quatre nuits
consecutives de la même maniere qu'ils l'avoient
été le jour de l'Entrée de la Reine;
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour
la Canonisation de la Bienheureuse Catherine
Tine Fieschi de Genes , dont la Cérémonie a dů
se faire le 28. ainsi que celle de la Canonisation
des Bienheureux Vincent et Regis ; et de la
Bienheureuse Falconieri.
La correspondance étant rétablie entre les
Cours de Vienne et de Madrid , le Cardinal
'Aquaviva , chargé des affaires du Roy d'Espa-
gne auprès du Saint Siege , envoya le 7. Avril
dernier complimenter à cette occasion le Car
dinal del Giudice.
La Congrégation des Rites a décidé que dans
La Cérémonie de la Canonisation des Bienheu-
eux Vincent et Regis , ce premier auroit la
préséance
MAY.
1737.
préséance comme Fondateur d'Ordre.
1023
Le Comte Trivelli, célebre Poëte , et Jean-
Baptiste Jacoboni , Prêtre , Auteurs des Satyres
répandues à Rome depuis quelque temps contre
le S. Siege, et contre les Personnes les plus con-
siderables , ont été condamnés à mort , le pre-
mier eut la tête tranchée dans la Place du Pont
Saint-Ange , le 23. Février dernier. Il reconnue
en mourant le mauvais usage qu'il avoit fait de
ses talens. Le Pere Santo Canale , Jesuite , qui
Pexhorta à la mort , eut bien de la peine à lui
faire entendre raison sur la Religion , voulant
mourir dans les sentimens de libertinage dans
lesquels il avoit vêcu , et il ne se rendit aux vives
instances de son Confesseur que peu de tems
avant qu'on le menât au suplice. It donna des
marques d'un sincere repentir , et mourut avec
beaucoup de fermeté et de résignation , Le Prêtre
Jacoboni fut condamné au même suplice ; on
2 commué sa peine en celle des Galeres , le Car
dinal Guadagni , l'un des plus maltraités dans
ees Satyres , ayant vivement et généreusement
sollicité pour lui sauver la vie.
. En conséquence de l'ordre envoyé par l'Em-
pereur au Comte de Traun , de prendre posses
sion des Duchés de Parme et de Plaisance , au
nom de S. M. Imp. ce Comte se rendit le 16.
du mois passé à Parme. Le Prince de Lobkowitz
qui y commande , alla au devant de lui à quel-
ques mille de la Ville , et les Députés des Ma-
gistrats le reçûrent hors des Portes. Lorsque le
Comte de Traun entra dans la Ville , il fut sa-
lué par une triple décharge de l'Artillerie des
remparts. Ayant été conduit par le Prince de
Lobkowitz et par les Députés des Magistrats au
Palais qu'on avoit préparé pour le racevoir , il
I
yfur
1024 MERCURE DE FRANCE
y fut complimenté par le Clergé , par la No-
blesse et par les Tribunaux, et l'aprèsmidi il re
çût , au nom de l'Empereur , le serment de f
delité des Habitans. Il communiqua aux Magis
trats les résolutions de S. M. Imp. par raport à
l'administration des affaires de ce Duché et au
Gouvernement de cette Ville , dans laquelle elle
se propose d'établir une Junte semblable à celle
qui vient d'être établie à Mantoüe.
On aprend de Turin que le 21. Avril , jour
fixé pour P'Entrée de la Reine dans cette Capi
tale , leurs Majestés étant parties du Château de
Ja Venerie vers les sept heures du soir , trouve-
rent sur leur chemin le Régiment Royal Pié
mont Cavalerie , et les deux Régimens de Dra-
gons du Roy et de la Reine , qui les accompa
gnerent pendant la marche le long de la Rive
du Pô , oposée à celle par laquelle leurs Majes
és passerent pour se rendre à Turiu ; on avoit
allumé des feux de distance en distance , et la
Maison de Plaisance de la Reine , bâtie sur la
Montagne vis à-vis la Porte du Pô, étoit enție-
rement illuminée.
L'arrivée du Roy et de la Reine fut annon-
cée au Peuple par une triple Salve de 150. pic-
ces de Canon , placées sur les remparts de la
Ville et de la Citadelle , et leurs Majestés ayant
été reçûës à la Porte du Pô par les Magistrats ,
et par le Corps de Ville , la marche de l'Entrée
commença par une Troupe de 200. Marchands
à cheval , ayant à leur tête le Vicaire de la Ville.
Cinq Carosses du Roy , attelés de six Chevaux ,
précédoient celui du Corps, qui éton escorté
par un détachement des Gardes , et dans lequel
leurs Majestés étoient seules avec le Duc de
Savoye,
Le
MAY.
1737.
1025
Le Roy et la Reine étoient suivis de cinq au-
tres Carosses attelés aussi de six chevaux , après
lesquels marchoient trois Escadrons des Gardes
du Corps , et les quinze Escadrons de Cavale-
rie et de Dragons qui étoient venus de la Ve-
nerie avec leurs Majestés.
La ruë du Pô étoit bordée des deux côtés jus-
qu'au Palais du Duc de Savoye par la Bourgeoi-
sie qui étoit en haye sous les armes ; chaque
Corps de Métier étant distingué par des unifor-
mes et des Drapeaux differens. Deux Bataillone
du Regiment des Gardes à pied, deux du Regi-
ment de Rhebinder , et deux de celui de Lom."
bardie , bordoient le reste du chemin depuis le
Palais du Duc de Savoye jusqu'au Palais Royal,
lequel étoit illuminé ainsi que celui du Duc de
Savoye , et toutes les Places publiques , selon
l'ordre de leur Architecture. Toutes les ruës
étoient aussi illuminées,et il y avoit aux premier,"
second et troisième étages de toutes les mai-
sons , cinq lumieres à chaque croisée, Cette il-
lumination formoit un spectacle que la seule
Ville de Turin est capable de fournir à cause de
la régularité de ses Bâtimens,
.
tiré vis-à-vis ce Palais.
t.
Leurs Majestés , en arrivant au Palais ,
trouverent les Ministres étrangers , et les Sei
gneurs et Dames de la Cour. La Reine après s'ê- Ÿ
tre reposée quelque temps, alla au Palais du Duc
de Savoye pour voir un feu d'artifice qui fut
Le lendemain S. M. reçut les complimens
des Ministres étrangers , des Ministres d'Etat
et de la principale Noblesse , qui fut admise à
lui baiser la main.
7
Le Palais du Roy , celui du Duc de Savoye ,
les Places publiques , et toutes les Maisons de la
I ij
Ville
1026 MERCURE DE FRANCE
Ville ont été illuminées pendant quatre nuits
consecutives de la même maniere qu'ils l'avoient
été le jour de l'Entrée de la Reine;
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Résumé : ITALIE.
En avril 1737, plusieurs événements significatifs se déroulèrent en Italie. Le 5 avril, un décret fut publié à Rome pour la canonisation de Catherine Tine Fieschi de Gênes, Vincent, Régis et Falconieri, avec une cérémonie prévue pour le 28 avril. La Congrégation des Rites attribua à saint Vincent la préséance lors de la cérémonie en raison de son rôle de fondateur d'ordre. La correspondance entre les cours de Vienne et de Madrid fut rétablie, et le cardinal Aquaviva félicita le cardinal del Giudice à cette occasion. Le comte Trivelli, poète, et Jean-Baptiste Jacoboni, prêtre, furent condamnés pour avoir écrit des satires contre le Saint-Siège et des personnalités influentes. Trivelli fut exécuté le 23 février après avoir reconnu ses erreurs. Jacoboni, initialement condamné à mort, vit sa peine commuée en travaux forcés grâce à l'intervention du cardinal Guadagni. Sur ordre de l'empereur, le comte de Traun prit possession des duchés de Parme et de Plaisance le 16 avril, en présence du prince de Lobkowitz et des magistrats locaux. Il reçut le serment de fidélité des habitants et communiqua les résolutions impériales concernant l'administration du duché. À Turin, le 21 avril, le roi et la reine firent une entrée solennelle dans la capitale, accompagnés de régiments militaires et accueillis par des salves de canons. La ville était illuminée, et les rues bordées de bourgeois en armes. Le roi et la reine furent reçus par les magistrats et les dignitaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4597
p. 1026
ESPAGNE.
Début :
Les revenus de la Charge de Grand Amiral d'Espagne, dont l'Infant Dom Philipe a [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
Les revenus de la Charge de Grand Amiral
d'Espagne, dont l'Infant Dom Philipe a
été pourvû , ont été fixés à 200000. Ducats par
an , et il a été reglé que tous les Officiers de la
Marine seroient obligés de s'adresser à ce Prin-
ce pour ce qui regarde les fonctions de leurs
Emplois , et pour obtenir les graces qu'il sau-
rønt à demander à la Cour.
Les revenus de la Charge de Grand Amiral
d'Espagne, dont l'Infant Dom Philipe a
été pourvû , ont été fixés à 200000. Ducats par
an , et il a été reglé que tous les Officiers de la
Marine seroient obligés de s'adresser à ce Prin-
ce pour ce qui regarde les fonctions de leurs
Emplois , et pour obtenir les graces qu'il sau-
rønt à demander à la Cour.
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4598
p. 1026
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
La Duchesse de Northumberland, qui est âgée de plus de cent ans, et qui a été malade pendant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE-BRETAGNE.
La Duchesse de Northumberland, qui est âgée
de plus de cent ans, et qui a été malade pendant
quelques jours , étant parfaitement rétablie
de son indisposition ,
partit le 23. du mois
passé pour sa Terre de Throgmore.
Le même jour 2. Bateaux venant de Greenwich
à Londres furent renversés , et 13. Passagers
furent noyés. Plusieurs autres Bateaux fureng
renversés le 24. entre Fulham et Westminster
et il a peri 8. ou 9. personnes.
La Duchesse de Northumberland, qui est âgée
de plus de cent ans, et qui a été malade pendant
quelques jours , étant parfaitement rétablie
de son indisposition ,
partit le 23. du mois
passé pour sa Terre de Throgmore.
Le même jour 2. Bateaux venant de Greenwich
à Londres furent renversés , et 13. Passagers
furent noyés. Plusieurs autres Bateaux fureng
renversés le 24. entre Fulham et Westminster
et il a peri 8. ou 9. personnes.
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4599
p. 1027-1030
DISCOURS prononcé par M. Toustain de Viray, Avocat Général de Lorraine, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes en forme d'Edit du Roy de Pologne, pour la Prise de Possession des Duchés de Lorraine et de Bar.
Début :
Mrs, Plus les Décrets de la Providence sont impénetrables, plus ils exigent nos adorations. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé par M. Toustain de Viray, Avocat Général de Lorraine, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes en forme d'Edit du Roy de Pologne, pour la Prise de Possession des Duchés de Lorraine et de Bar.
DISCOURS prononcé par M. Toustain
de Viray, Avocat Général de
Lorraine, au sujet de l'Enregistrement
des Lettres Patentes en forme
d'Edit du Roy de Pologne, pour la
Prise de Possession des Duchés de Lorraine
et de Bar.
Mrs, Plus les Décrets de la Providence sont
impénetrables, plus ils exigent nos adorations.
Cette profondeur de Conseil que la sagesse
humaine ne peut fonder , et ces dénouëmens sur-
prenans , amenés par des voyes qui en paroifoient
si éloignées , portent le caractere des effets d'une
intelligence suprême , qui n'a pas besoin d'être
justifiée par les acquiescemens de notre foible rai-
son ,
et qui veut néanmoins étre honorée par la
soumission de nos cœurs.
Tel est le grand Evenement qui nous assemble
en cejour , plus vrai que vrai-semblable , qui apor-
te un changement si notable dans l'ordre le plus
immuable des choses humaines ! Respectons ces mys-›
teres , c'est l'hommage dû par notre esprit , à ce
qui lui est superieur , et celui de notre volonté , n'en
sera pas pour cela un mouvement aveugle ; notre
obéissance est éclairée par notre Religion .
C'est à
elle seule qu'il apartient de dissiper les allarmes dè no-
trefidelité étonnée, en la fixant à son veritable objét,
par des réflexions toujours solides et consolantes. Il
est écrit que toute Puissance vient de Dieu , il est
le seul Dispensateur legitime des Couronnes , toute
I iij.
leu
*1028 MERCURE DE FRANCE
leur splendeur n'est qu'un rayon emprunté de sa
Gloire , et ces titres augustes de Majestés humai-
nes seroient autant de blasphêmes , si ceux à qui
`on les attribuë , n'avoient reçu de Dieu le carac
tere sacré, par lequel il se fait représenter sur la
Terre.
C'est à lui seul que se raportent tous les hon-
neurs que nous leurs déférons , et les tributs que
nous portons à leurs pieds, sont autant de sacrifices
qu'on lui immole
en sorte , que dans le plus juste
aspect de notre obéissance
cette nouveauté même
n'est pas pour elle une vicissitude ,
et nous ne de-
vons la considerer que comme une nouvelle déco-
ration qu'il lui plait de donner à son image.
Ce n'est pas que nous veuillions dissimuler , en-
core moins condamner le trouble de notre situation .
On ne se déprend pas sans agitation de ses plus
douces habitudes. Les liens qui tenoient notre
cœur attaché , ont ils pû être brisés sans s'émou-
voir ? et le moyen qu'après une telle révolution
dans le Chef , les Membres soient exempts de criser
Lafidelité ,
cette vertu propre de notre Patrie ,
ce précieux heritage de nos Peres , qui tant defois
les a dépouillés de tout autre heritage , est une de
ces vertus tendres , délicates et scrupuleuses , qui
s'allarmant aisément , et à laquelle conviennent
si bien les reserves ,
>
les saisissemens et les bien-
séantes frayeurs , semblable à la pudeur , dont les
innocentes répugnances envers l'objet même legiti-
me etcheri , n'ont d'autre effet que d'attirer d'au-
tant plus la confiance et l'estime.
Ne rougissons point defaire cet aveu au Prince
Magnanime , sous la domination duquel nous pas,
sons , c'est le gage le plus sûr que nous puissions
lui présenter de l'attachement inviolable que nous
lui voñons dès ce moment, Il est autant de son
interêt
MAY.
1737.
1029
interêt que du nôtre , que nous lui mettions à dém
couvert cet interieur qui vient d'être ulceré, pour
luifaire connoître à fonds la qualité et le prix de
son acquisition pour luifaire voir
que
Les bontés
qu'il nous prépare, ne tomberont point sur une ter-
re ingrate , et sans fruit qui soit à négliger , pour
exposer à sa vûë ce germe de tendresse, de zele , et
de reconnoissance , qui a jetté dans son sein de si
profondes racines , digne production des graces dont
elle a été habituellement arrosée , et des largesses
dont elle est cultivée depuis tant de siecles.
Peuples , bénissez le Seigneur , de ce qu'il afait
pour vous,ce qu'il nefait pas pour toutes les Nations,
en vous donnant des Princes si dignes et si propres à
le representer dans sa clemence , et dans ses bien-
faits ; mais ne lui rendez pas de moindres actions
de graces de ce qu'en retirant de nous cette Famille
vraiment Royale , il n'a pas retiré ses bontés.
C'est dans sa méme misericorde qu'il vous en-
voye aujourd'hui un Roy qu'il a formé selon son
cœur , et pour la possession duquel il vous préfere
même à sa Patrie , Prince de qui la renommée
publie toutes les qualités capables d'honorer le
Diademe , d'accrediter la Religion , de concilier
l'admiration , l'amour , et la gratitude , tout ce
qui rendroit un Particulier respectable , élevé par
la scule vertu à la dignité Royale , sans être re-
devable de rien à la fortune ; à qui la probité est
plus précieuse que le Sceptre , à qui le Paganisme
auroit dréssé des Autels , Prince que le Ciel sem-
ble avoir specialement instruit du bon usage de ses
faveurs , en le dressant à l'humanité , et à la com-
passion dans l'Ecole de ses salutaires adversités.
Remarquez ses premieres expressions , c'est un
langage paternel , voyez cette complaisance qu'il
mise à s'imposer lui-même une sorte de res
I iiij
peot
1030 MERCURE DE FRANCE
pect pour les traces, et les établissemens des Regnes
précedens , qui ont fait nos plus grands.délices.
Considerez ses Ministres , par lesquels il se fait
devancer , Ministres de sa sagesse , de sa douceur,
et de sa modération.
Livrez- vous done , Peuples , livrez- vous à la
joye , que cette Capitale retentisse des cris de votre
allegresse , et de vos empressemens à posseder dans
son enceinte ce présent des Cieux , qu'il vive , que
·la durée de ses jours se mésure sur l'étenduë de sa
réputation, et que leur nombre soit comptépar celui
de ses vertus , qu'il regne pour le triomphe de la
Religion, et pour notre felicité , qu'il soit placédans
vos cœurs ; c'est le Trône ordinaire de vos Mai-
-tres.
C'est dans ces sentimens que Nous requerons
L'Enregistrement des Lettres Patentes en forme
d'Edit,
&c.
de Viray, Avocat Général de
Lorraine, au sujet de l'Enregistrement
des Lettres Patentes en forme
d'Edit du Roy de Pologne, pour la
Prise de Possession des Duchés de Lorraine
et de Bar.
Mrs, Plus les Décrets de la Providence sont
impénetrables, plus ils exigent nos adorations.
Cette profondeur de Conseil que la sagesse
humaine ne peut fonder , et ces dénouëmens sur-
prenans , amenés par des voyes qui en paroifoient
si éloignées , portent le caractere des effets d'une
intelligence suprême , qui n'a pas besoin d'être
justifiée par les acquiescemens de notre foible rai-
son ,
et qui veut néanmoins étre honorée par la
soumission de nos cœurs.
Tel est le grand Evenement qui nous assemble
en cejour , plus vrai que vrai-semblable , qui apor-
te un changement si notable dans l'ordre le plus
immuable des choses humaines ! Respectons ces mys-›
teres , c'est l'hommage dû par notre esprit , à ce
qui lui est superieur , et celui de notre volonté , n'en
sera pas pour cela un mouvement aveugle ; notre
obéissance est éclairée par notre Religion .
C'est à
elle seule qu'il apartient de dissiper les allarmes dè no-
trefidelité étonnée, en la fixant à son veritable objét,
par des réflexions toujours solides et consolantes. Il
est écrit que toute Puissance vient de Dieu , il est
le seul Dispensateur legitime des Couronnes , toute
I iij.
leu
*1028 MERCURE DE FRANCE
leur splendeur n'est qu'un rayon emprunté de sa
Gloire , et ces titres augustes de Majestés humai-
nes seroient autant de blasphêmes , si ceux à qui
`on les attribuë , n'avoient reçu de Dieu le carac
tere sacré, par lequel il se fait représenter sur la
Terre.
C'est à lui seul que se raportent tous les hon-
neurs que nous leurs déférons , et les tributs que
nous portons à leurs pieds, sont autant de sacrifices
qu'on lui immole
en sorte , que dans le plus juste
aspect de notre obéissance
cette nouveauté même
n'est pas pour elle une vicissitude ,
et nous ne de-
vons la considerer que comme une nouvelle déco-
ration qu'il lui plait de donner à son image.
Ce n'est pas que nous veuillions dissimuler , en-
core moins condamner le trouble de notre situation .
On ne se déprend pas sans agitation de ses plus
douces habitudes. Les liens qui tenoient notre
cœur attaché , ont ils pû être brisés sans s'émou-
voir ? et le moyen qu'après une telle révolution
dans le Chef , les Membres soient exempts de criser
Lafidelité ,
cette vertu propre de notre Patrie ,
ce précieux heritage de nos Peres , qui tant defois
les a dépouillés de tout autre heritage , est une de
ces vertus tendres , délicates et scrupuleuses , qui
s'allarmant aisément , et à laquelle conviennent
si bien les reserves ,
>
les saisissemens et les bien-
séantes frayeurs , semblable à la pudeur , dont les
innocentes répugnances envers l'objet même legiti-
me etcheri , n'ont d'autre effet que d'attirer d'au-
tant plus la confiance et l'estime.
Ne rougissons point defaire cet aveu au Prince
Magnanime , sous la domination duquel nous pas,
sons , c'est le gage le plus sûr que nous puissions
lui présenter de l'attachement inviolable que nous
lui voñons dès ce moment, Il est autant de son
interêt
MAY.
1737.
1029
interêt que du nôtre , que nous lui mettions à dém
couvert cet interieur qui vient d'être ulceré, pour
luifaire connoître à fonds la qualité et le prix de
son acquisition pour luifaire voir
que
Les bontés
qu'il nous prépare, ne tomberont point sur une ter-
re ingrate , et sans fruit qui soit à négliger , pour
exposer à sa vûë ce germe de tendresse, de zele , et
de reconnoissance , qui a jetté dans son sein de si
profondes racines , digne production des graces dont
elle a été habituellement arrosée , et des largesses
dont elle est cultivée depuis tant de siecles.
Peuples , bénissez le Seigneur , de ce qu'il afait
pour vous,ce qu'il nefait pas pour toutes les Nations,
en vous donnant des Princes si dignes et si propres à
le representer dans sa clemence , et dans ses bien-
faits ; mais ne lui rendez pas de moindres actions
de graces de ce qu'en retirant de nous cette Famille
vraiment Royale , il n'a pas retiré ses bontés.
C'est dans sa méme misericorde qu'il vous en-
voye aujourd'hui un Roy qu'il a formé selon son
cœur , et pour la possession duquel il vous préfere
même à sa Patrie , Prince de qui la renommée
publie toutes les qualités capables d'honorer le
Diademe , d'accrediter la Religion , de concilier
l'admiration , l'amour , et la gratitude , tout ce
qui rendroit un Particulier respectable , élevé par
la scule vertu à la dignité Royale , sans être re-
devable de rien à la fortune ; à qui la probité est
plus précieuse que le Sceptre , à qui le Paganisme
auroit dréssé des Autels , Prince que le Ciel sem-
ble avoir specialement instruit du bon usage de ses
faveurs , en le dressant à l'humanité , et à la com-
passion dans l'Ecole de ses salutaires adversités.
Remarquez ses premieres expressions , c'est un
langage paternel , voyez cette complaisance qu'il
mise à s'imposer lui-même une sorte de res
I iiij
peot
1030 MERCURE DE FRANCE
pect pour les traces, et les établissemens des Regnes
précedens , qui ont fait nos plus grands.délices.
Considerez ses Ministres , par lesquels il se fait
devancer , Ministres de sa sagesse , de sa douceur,
et de sa modération.
Livrez- vous done , Peuples , livrez- vous à la
joye , que cette Capitale retentisse des cris de votre
allegresse , et de vos empressemens à posseder dans
son enceinte ce présent des Cieux , qu'il vive , que
·la durée de ses jours se mésure sur l'étenduë de sa
réputation, et que leur nombre soit comptépar celui
de ses vertus , qu'il regne pour le triomphe de la
Religion, et pour notre felicité , qu'il soit placédans
vos cœurs ; c'est le Trône ordinaire de vos Mai-
-tres.
C'est dans ces sentimens que Nous requerons
L'Enregistrement des Lettres Patentes en forme
d'Edit,
&c.
Fermer
Résumé : DISCOURS prononcé par M. Toustain de Viray, Avocat Général de Lorraine, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes en forme d'Edit du Roy de Pologne, pour la Prise de Possession des Duchés de Lorraine et de Bar.
Le discours de M. Toustain de Viray, Avocat Général de Lorraine, porte sur l'enregistrement des Lettres Patentes en forme d'Édit du Roi de Pologne concernant la prise de possession des Duchés de Lorraine et de Bar. Il commence par rappeler l'impénétrabilité des décrets divins et l'importance de la soumission à la volonté supérieure, soulignant que toute puissance vient de Dieu, seul dispensateur légitime des couronnes. Les honneurs rendus aux rois sont des sacrifices offerts à Dieu, et la fidélité des sujets doit rester inébranlable malgré les changements politiques. Toustain reconnaît le trouble causé par cette transition politique, mais insiste sur la nécessité de la fidélité, une vertu chère à la patrie lorraine. Il encourage les habitants à exprimer leur attachement au nouveau prince, affirmant que les bontés du roi ne tomberont pas sur une terre ingrate. Il loue les qualités du nouveau roi, formé selon le cœur de Dieu, et capable d'honorer la religion tout en conciliant admiration et gratitude. Le discours se conclut par une exhortation à la joie et à l'allégresse, appelant les habitants à accueillir le nouveau roi avec respect et dévotion, et à souhaiter longévité et prospérité à son règne. Enfin, il requiert l'enregistrement des Lettres Patentes en forme d'Édit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4600
p. 1030-1031
AUTRE DISCOURS du même, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes du Roy très-Chrétien, pour la Prise de Possession Eventuelle de la Lorraine.
Début :
Mrs, N'avons-nous pas à admirer une seconde fois, les vûës encore plus singulieres [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE DISCOURS du même, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes du Roy très-Chrétien, pour la Prise de Possession Eventuelle de la Lorraine.
AUTRE DISCOURS du même,
au sujet de l'Enregistrement des Lettres
Patentes du Roy très-Chrétien,
pour
la Prise de Possession Eventuelle
de la Lorraine.
Mrs, N'avons-nous pas à admirer une seconde
fois, les vûës encore plus singulieres
de la Providence sur nous ? Non contente d'avoir
continué notre bonheur actuel , et celui de nos
Concitoyens ; elle veut encore le perpetuer , et nous
reveler dès à présent l'avenir glorieux qu'elle assu-
re à notre postérité.
Quelle perspective de prosperités pour cette Pro-
vince, et d'abondance pour son Commerce ! Quelle
carriere d'émulation pour nos arrieres Neveux ,
que
M A Y.
1737.
T031
que de dignités à meriter ! que de perfections a
étudier ! que d'agrémens à goûter, d'être associés au
Peuple le plus sociable et le plus poli de l'Univers;
d'être incorpores aù premier Royaume du monde ,
tant d'honneur à l'humanité
a
-ce Royaume que le Ciel a privilegié par dessus tou-
tes les Contrées de la Terre , en richesses , en gran-
deur, et en magnificence A ce Royaume qui est
le centre du bon ordre , du bon goût ,
et des plus
belles connoissances! Dont le genie des Habitansfait
dont les Ministres
semblent concerter leurs desseins avec l'Auteur des
destinées, et dont l'invincible Monarque est l'Arbi-
tre du repos de l'Europe ! Peut- il être une idée d'un
sort plusflateur pour nos Descendans , que d'avoir
droit à sagloire , de partager ses succès , de jouir
de sa Justice , et d'augmenter sa puissance ?
Fixons ici nos réflexions . C'en est bien assés pour
remplir toute la capacité de notre ambition , et
batons-nous de requerir l'Enregistrement, &c.
au sujet de l'Enregistrement des Lettres
Patentes du Roy très-Chrétien,
pour
la Prise de Possession Eventuelle
de la Lorraine.
Mrs, N'avons-nous pas à admirer une seconde
fois, les vûës encore plus singulieres
de la Providence sur nous ? Non contente d'avoir
continué notre bonheur actuel , et celui de nos
Concitoyens ; elle veut encore le perpetuer , et nous
reveler dès à présent l'avenir glorieux qu'elle assu-
re à notre postérité.
Quelle perspective de prosperités pour cette Pro-
vince, et d'abondance pour son Commerce ! Quelle
carriere d'émulation pour nos arrieres Neveux ,
que
M A Y.
1737.
T031
que de dignités à meriter ! que de perfections a
étudier ! que d'agrémens à goûter, d'être associés au
Peuple le plus sociable et le plus poli de l'Univers;
d'être incorpores aù premier Royaume du monde ,
tant d'honneur à l'humanité
a
-ce Royaume que le Ciel a privilegié par dessus tou-
tes les Contrées de la Terre , en richesses , en gran-
deur, et en magnificence A ce Royaume qui est
le centre du bon ordre , du bon goût ,
et des plus
belles connoissances! Dont le genie des Habitansfait
dont les Ministres
semblent concerter leurs desseins avec l'Auteur des
destinées, et dont l'invincible Monarque est l'Arbi-
tre du repos de l'Europe ! Peut- il être une idée d'un
sort plusflateur pour nos Descendans , que d'avoir
droit à sagloire , de partager ses succès , de jouir
de sa Justice , et d'augmenter sa puissance ?
Fixons ici nos réflexions . C'en est bien assés pour
remplir toute la capacité de notre ambition , et
batons-nous de requerir l'Enregistrement, &c.
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Résumé : AUTRE DISCOURS du même, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes du Roy très-Chrétien, pour la Prise de Possession Eventuelle de la Lorraine.
Le discours traite de l'enregistrement des lettres patentes du roi de France pour la prise de possession éventuelle de la Lorraine. L'orateur exprime son admiration pour la providence divine, garantissant le bonheur présent et un avenir glorieux. Il souligne les perspectives de prospérité et d'abondance commerciale pour la province, ainsi que les opportunités de mérite pour les générations futures. La Lorraine est présentée comme bénéficiant de l'association avec un peuple sociable et poli, intégré au premier royaume du monde, riche, grand et magnifique. Ce royaume est décrit comme le centre du bon ordre, du bon goût et des connaissances. Les habitants et les ministres sont loués pour leur génie et leur alignement avec les desseins divins. Le monarque est présenté comme l'arbitre du repos de l'Europe. L'orateur conclut en invitant à se contenter de ces réflexions pour satisfaire l'ambition et à procéder à l'enregistrement des lettres patentes.
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