ODE.
SUR L'AMITIE.
DEscendez , Nymphe du Permesse ;
Je soupire après vos bienfaits ;
Soutenez- moi dans mon yvresse ,
Qu'elle éclate par d'heureux traits.
Dans les mouvemens de mon ame
Versez cette divine flamme ,
D'où naissent les sons merveilleux ;
Tranquile devant les Menades,
Des Orestes et des Filades
Je vais chanter les tendres nœuds,
M
Douce amitié de l'innocence ;
Fais régner la naïveté ;
D'une sincere intelligence
Daigne affermir la sûreté :
1. Vola Bij Pan
2546 MERCURE DE FRANCE
- Parois au milieu de l'orage ;
Viens dissiper l'épais nuage ,
Qui veut t'obscurcir à nos yeux :
Quels cœurs pourroient à tes doux charmes
Refuser de rendre les armes ?
Seule , tu sçais nous rendre heureux.
M
Sentiment généreux , solide ,
Digne de toucher un grand cœur ,
Toi , par qui la raison nous guide
Dans les sentiers du vrai bonheur,
Se pourroit- il que l'imposture
Osat ravir à la Nature
Tes sinceres attachemens !
Et sa venimeuse influence
Donneroit- elle la naissance
Ade tristes égaremens ?
·粥
Union pure et simpatique ,
Dans tes épanchemens de cœur
D'une trompeuse politique
Tu fais sentir toute l'horreur :
C'est en vain qu'un traître se pare
D'un faux dehors , qui nous prépare
L'appast qu'il nous cache avec art ,
Anous le démasquer habile ,
I,Vol. Tu
DECEMBRE. 1732. 2547,"
Tu sçais bien-tôt rendre inutile
Son déguisement et son fard.
溶
Quelle multitude innombrable
De ces imposteurs odieux
Opose leur haine implacable.
Ames accens harmonieux !
Loin d'ici , profane cohuë ,
Revérez ma verve ingenuë ;
Renoncez aux lâches détours ;
Vils enfans de la perfidie
Je déteste la noire envie
Quivous prête de vains secours ↓
E®
Comme par un heureux présage
Le Palinure vigilant
.Prévoit d'un dangereux naufrage
Le déplorable évenement ;
De la trop bouillante jeunesse ,
Flotant au gré de la molesse
Tu prédis ainsi le malheur ;
2
Mais brisant tes plus douces chaînes
Bien-tôt aux Circés , aux Syrenes
Elle se livre avec fureur.
I. Vol Biij En
2548 MERCURE DE FRANCE
En vain une injuste Puissance , (a)
Tramant de nouveaux attentats ,
་
Dujeune Oreste sans deffense ,
Osera ravir les Etats :
Tu sçais dissiper ses allarmes ; ( 6)
Tu cours , tu prends en main les armes,
Tu détruis ces lâches projets ;
Solide appui , sage Minerve ,
Le prompt secours qui le conserve ,
N'est que le fruit de tes bienfaits.
Cede , cruel fils de Plisthene , (c)
Qu'un indigne amour posseda ,
Au zele ardent qui se déchaîne ,
Contre la fille de Leda. (d)
Lâche Thoas , ton cœur barbare ,
N'a rien qui trouble et qui sépare
Deux cœurs fermes et génereux. ( e)
Tel paroît le Scyte intrépide ,
Rachetant d'un Chef homicide , (f)
(a) Egisthe.
"
(b) Oreste secouru de son ami Pilade , fit périv
Egisthe , et rentra dans ses Etats. 200 .
(c) Egisthe.
(d) Clitemnestre.
(e) Oreste et Pilade en Tauride.
( f) Dendamis consentit à perdre les yeux pour
vacheter des mains des Sarmates , son Ami Amisoque. Voyez Lucien , dans Toxaris de l'Amitié.
1. Vol.
Amisoque
DECEMBRE. 1732 2540
Amisoque, au prix de ses yeux..
Mais du vaillant fils de Pelée,
Découvrant la juste fureur !
Aux yeux d'Hecube desolée ,
Pourquoi seme-t'il la terreure
La mort de Patrocle l'anime ;
La pitié lui paroît un crime ;
'Hector expire sous son bras ;
Dans la rage qui le dévore ,
Il poursuit le Troyen encore ,
Jusques au-delà du trépas.
› De la constante Penelope ,
Suivons le fils infortuné.
Ala trame qui l'enveloppe ,
Le verrons-nous abandonné ?
Non, d'une ardeur vive et sincere ,
Mentor prédit ce qu'il espere, (4)
Au jeune Prince sans appui.
Où la douce amitié domine,
Le sort fatal en vain s'obstine
A nous entraîner avec lui.
Par M. de Peyron , d'Arles en Provence.