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4701
p. 174-177
DISCOURS pour la clôture du Théâtre François ; prononcé par M. AUGERS, l'un des Comédiens du ROI le Samedi 7 Avril 1764.
Début :
MESSIEURS, « JE vous dois tout, jusqu'au bonheur de pouvoir [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS pour la clôture du Théâtre François ; prononcé par M. AUGERS, l'un des Comédiens du ROI le Samedi 7 Avril 1764.
DISCOURS pour la clôture du Théâtre
François ; prononcé par M. AUGERS,
l'un des Comédiens du ROI
le Samedi 7 Avril 1764.
MESSIEURS,
« JE vous dois tout, jusqu'au bonheur
de pouvoir aujourd'hui vous té
» moigner publiquement ma recon
» noiſſance & celle de mes camarades.
» Il ne nous eſt permis de l'exprimer ,
» qu'une fois dans l'année ; & nous re-:
» cevons tous les jours des marques nou
» velles de votre protection & de votre
» indulgence. C'eſt à cette indulgence,
» mêlée d'une équitable ſévérité , que .
» notre Théâtre doit cette ſupériorité
» qu'Athènes même lui céderoit peut
» être, que Rome n'a point connue ,
» & que les ennemis du nom François
» ne lui diſputent plus.
» Oui , Meffieurs , la gloire de la
» Scène Françoiſe fut votre ouvrage
» dans tous les tems. Vos prédéceſſeurs
» avoient à juger des Molière, des Cor
» neille, des Racine ; ils les mirent à leur
» place ; & leur jugement devint celui
A V R I L. 1764.
175
» des Nations & de la Poſtérité. S'il
» n'eſt pas en votre pouvoir, Meſſieurs,
» de faire naître un autre CoRNEILLE ;
» vous empêchez du moins les P R A
» D o N s de les remplacer.
» Saifir le vrai, le beau, le ſublime,
» ſans les confondre jamais avec ce qui
» n'en a que l'apparence ; voilà ce que
» vous nous faites admirer ſans ceſſe ,
» & voilà ce qui vous rend les Arbi
» tres du Goût. Oui, Meffieurs, (je ne
» crains point qu'on me déſavoue ) c'eſt
» ici que ce Dieu rend ſes Oracles; c'eſt
» parmi vous qu'il habite; parce qu'il ne
» ſçauroit être où la liberté n'eſt pas.
» Vous avez paru ſatisfaits, Meffieurs,
» durant le cours de cette année, des
» efforts de notre zéle & de l'émulation
» des Ecrivains.
» La Tragédie de Manco vous offroit
» un contraſte intéreſſant des mœurs
» Américaines & des mœurs Européa
» nes ; de l'homme civil & du ſauva
» ge. Le tableau n'étoit pas neuf; il eſt
» tracé de la main d'un grand Maître ;
» cependant vous avez applaudi aux ef
» forts du Peintre qui a oſé le rajeunir.
» Socrate, qui n'a pû fléchir l'envie
» & l'injuſtice d'Athènes , a ému votre
» ſenſibilité.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
» Vous avez vû avec plaiſir les beau
» tés & les hardieſſes du Théâtre An
» glois tranſportées ſur le vôtre par le
» même Académicien qui avoit oſé,
» après Corneille , crayonner l'âme d'un
» Romain.
-
» Idoménée vous a ramenés dans ces
» climats aimés du Ciel, où la Tragé
» die naquit; la ſimplicité de celle-ci
» n'eſt qu'une conformité de plus avec
» le goût des anciens Grecs, nos mo
» dèles dans tous les gentes d'écrire.
» Votre indulgence, Meſſieurs, n'a
» pas été moindre pour les Comédies,
» devenues aujourd'hui ſi rares & fi.
» difficiles. Vous avez encouragé deux
» jeunes Athlètes
qui entrent dans
» cette carrière abandonnée. L'accueil
» que vous avez fait à leur coup d'eſſai
» vous promet des remercimens de leur
» part, & peut être de nouveaux plaiſirs.
» Enfin Warwick a paru, Warwick,
» plus particuliérement adopté par vous.
» L'Auteur, à peine ſorti de l'enfance ,
» tient de vous une vie nouvelle : il la.
-» commence ſous d'heureux auſpices.
» Telles étoient les eſpérances que don
» na , dans un âge à-peu-près pareil ,
» l'immortel Auteur d'Œdipe. Ce grand
» homme que nous nommons avec
» plaiſir le bienfaiteur de notre Théâtre,
A V R I L. 1764:
177
» vient d'y hazarder un nouveau Spec
» tacle honoré de vos applaudiſſemens,
» & dont vous auriez été privés dans ces
» jours de confuſion , où la foule des
» Spectateurs mêlée avec celle des Per
» ſonnages , auroit à peine laiſſé entre
» voir le bucher qui conſuma Statira,
» & l'action terrible d'Olimpie, qui ſe
» précipite au milieu des flammes pour
» ſe dérober à ſon époux.
François ; prononcé par M. AUGERS,
l'un des Comédiens du ROI
le Samedi 7 Avril 1764.
MESSIEURS,
« JE vous dois tout, jusqu'au bonheur
de pouvoir aujourd'hui vous té
» moigner publiquement ma recon
» noiſſance & celle de mes camarades.
» Il ne nous eſt permis de l'exprimer ,
» qu'une fois dans l'année ; & nous re-:
» cevons tous les jours des marques nou
» velles de votre protection & de votre
» indulgence. C'eſt à cette indulgence,
» mêlée d'une équitable ſévérité , que .
» notre Théâtre doit cette ſupériorité
» qu'Athènes même lui céderoit peut
» être, que Rome n'a point connue ,
» & que les ennemis du nom François
» ne lui diſputent plus.
» Oui , Meffieurs , la gloire de la
» Scène Françoiſe fut votre ouvrage
» dans tous les tems. Vos prédéceſſeurs
» avoient à juger des Molière, des Cor
» neille, des Racine ; ils les mirent à leur
» place ; & leur jugement devint celui
A V R I L. 1764.
175
» des Nations & de la Poſtérité. S'il
» n'eſt pas en votre pouvoir, Meſſieurs,
» de faire naître un autre CoRNEILLE ;
» vous empêchez du moins les P R A
» D o N s de les remplacer.
» Saifir le vrai, le beau, le ſublime,
» ſans les confondre jamais avec ce qui
» n'en a que l'apparence ; voilà ce que
» vous nous faites admirer ſans ceſſe ,
» & voilà ce qui vous rend les Arbi
» tres du Goût. Oui, Meffieurs, (je ne
» crains point qu'on me déſavoue ) c'eſt
» ici que ce Dieu rend ſes Oracles; c'eſt
» parmi vous qu'il habite; parce qu'il ne
» ſçauroit être où la liberté n'eſt pas.
» Vous avez paru ſatisfaits, Meffieurs,
» durant le cours de cette année, des
» efforts de notre zéle & de l'émulation
» des Ecrivains.
» La Tragédie de Manco vous offroit
» un contraſte intéreſſant des mœurs
» Américaines & des mœurs Européa
» nes ; de l'homme civil & du ſauva
» ge. Le tableau n'étoit pas neuf; il eſt
» tracé de la main d'un grand Maître ;
» cependant vous avez applaudi aux ef
» forts du Peintre qui a oſé le rajeunir.
» Socrate, qui n'a pû fléchir l'envie
» & l'injuſtice d'Athènes , a ému votre
» ſenſibilité.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
» Vous avez vû avec plaiſir les beau
» tés & les hardieſſes du Théâtre An
» glois tranſportées ſur le vôtre par le
» même Académicien qui avoit oſé,
» après Corneille , crayonner l'âme d'un
» Romain.
-
» Idoménée vous a ramenés dans ces
» climats aimés du Ciel, où la Tragé
» die naquit; la ſimplicité de celle-ci
» n'eſt qu'une conformité de plus avec
» le goût des anciens Grecs, nos mo
» dèles dans tous les gentes d'écrire.
» Votre indulgence, Meſſieurs, n'a
» pas été moindre pour les Comédies,
» devenues aujourd'hui ſi rares & fi.
» difficiles. Vous avez encouragé deux
» jeunes Athlètes
qui entrent dans
» cette carrière abandonnée. L'accueil
» que vous avez fait à leur coup d'eſſai
» vous promet des remercimens de leur
» part, & peut être de nouveaux plaiſirs.
» Enfin Warwick a paru, Warwick,
» plus particuliérement adopté par vous.
» L'Auteur, à peine ſorti de l'enfance ,
» tient de vous une vie nouvelle : il la.
-» commence ſous d'heureux auſpices.
» Telles étoient les eſpérances que don
» na , dans un âge à-peu-près pareil ,
» l'immortel Auteur d'Œdipe. Ce grand
» homme que nous nommons avec
» plaiſir le bienfaiteur de notre Théâtre,
A V R I L. 1764:
177
» vient d'y hazarder un nouveau Spec
» tacle honoré de vos applaudiſſemens,
» & dont vous auriez été privés dans ces
» jours de confuſion , où la foule des
» Spectateurs mêlée avec celle des Per
» ſonnages , auroit à peine laiſſé entre
» voir le bucher qui conſuma Statira,
» & l'action terrible d'Olimpie, qui ſe
» précipite au milieu des flammes pour
» ſe dérober à ſon époux.
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Résumé : DISCOURS pour la clôture du Théâtre François ; prononcé par M. AUGERS, l'un des Comédiens du ROI le Samedi 7 Avril 1764.
Le discours de clôture du Théâtre, prononcé par M. Augers le 7 avril 1764, exprime la gratitude des comédiens envers le public pour sa protection et son indulgence. Grâce à cette bienveillance, le théâtre français a atteint une supériorité reconnue même par les anciennes civilisations comme Athènes et Rome. Les prédécesseurs du public actuel ont jugé des auteurs tels que Molière, Corneille et Racine, contribuant à la renommée du théâtre français. Le public actuel empêche les mauvais dramaturges de remplacer ces grands noms et distingue le vrai, le beau et le sublime. Au cours de l'année, le public a apprécié diverses pièces. La tragédie 'Manco' a mis en contraste les mœurs américaines et européennes, tandis que 'Socrate' a ému par sa sensibilité. La pièce 'Idoménée' a rappelé la simplicité des tragédies grecques. Le public a également soutenu de jeunes talents dans la comédie et a accueilli favorablement la pièce 'Warwick'. Le jeune auteur de cette pièce, comparé à l'auteur d'Œdipe, a reçu des applaudissements pour son spectacle récent, malgré les conditions chaotiques lors de certaines représentations.
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4702
p. 177-180
EXTRAIT de l'AMATEUR, Comédie en un Acte & en vers libres, par M. BARTHE, de l'Académie des Belles-Lettres de Marseille.
Début :
DAMON Père de Constance veut marier sa fille à Valére son ami, jeune homme qui arrive d'Italie, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'AMATEUR, Comédie en un Acte & en vers libres, par M. BARTHE, de l'Académie des Belles-Lettres de Marseille.
EXTRAIT de l'AMATEUR, Comédie
en un Acte & en vers libres, par
M. BARTHE, de l'Académie des
Belles-Lettres de Marseille.
DAMON Père de Constance veut marier sa fille
à Valére son ami, jeune homme qui arrive d'Italie,
où il a pris une paſſion violente pour les
Arts. La Peinture, la Sculpture & l'Architecture
l'occupent uniquement ; enfin c'eſt un Amateur.
Damon lui rend juſtice.
,
Je ne le confonds pas avec la populace
De ces modernes Protecteurs
Qui des talens divers oſent marquer la place,
Des Artiſtes ſont les Tuteurs,
Se forment une Cour où leur grave manie
Daigne corriger le génie ;
Et qui jugent tout de travers.
· H v
-
-
:
.
Qui jugent la Peinture ; & la proſe & les vers,.
-
*
"
|
178 MERCURE DE FRANCE.
Valére critique ſans air, loue avec fineſſe ;
manie dextrement le pinceau & le burin , uſe
noblement d'un bien conſidérable en faveur des
Artiſtes indigens qu'il anime, qu'il produit &
· auxquels il cache ſes largeſſes. Un Amateur ſi
jeune & de ce caractère, eſt digne d'eſtime ;
Conſtance ajoute naïvement à ce que dit ſon
Père, qu'elle croit qu'on peut l'aimer. Damon
en convient , mais il prépare une bonne leçon
à Valére.
Il eſt gâté par l'Italie,
.
Charmant, mais un peu fou, c'eſt une maladie,
Une indiſcrette paſſion
Dont il eſpére que Conſtance le guérira. Da
mon qui avoit fait faire la Statue de ſa fille la
fait vendre au jeune Amateur pour une Statue
antique.
Elle aura ſon ſuffrage.
Elle paſſe pour grecque. Heureuſement pour nous
La mode eſt pour le grec;nos meubles nos bijoux,
Etoffes, coëffure, équipage,
Tout eſt grec, excepté vos âmes ;
Pour l'honneur de Valére on ajoute :
Et d'ailleurs
Ta Statue a trompé juſqu'à des Connoiſſeurs.
L'Amateur a vu cette Statue, il en eſt en
chanté, il en a fait l'acquiſition , on la tranſ
porte chez lui , eile arrive & il la fait placer.
Tout ceci eſt en action
Il eſt dans les plus
· vives inquiétudes , qu'il n'arrive accident à ſa
-
\
· avoir.
A V R I L. 1764..
C'eſt la candeur d'une Bergère
Le port de la Reine des Dieux,
17g
Statue. Il aide ceux qui la poſent ſur le pie
deſtal. Il leur preſcrit l'attention qu'ils doiven
Là doucement, Meſſieurs, avancez doucement,
-
Mes amis que chacun ſe tienne ſur ſes gardes.
Paſquin fait un faux pas qui met la Statue en
danger de tomber : ſon Maître l'apoſtrophe.
Ah ! malheureux, tu me poignardes !
Les valets retirés , l'Amateur contemple ſa
Statue avec admiration.
| Quel ſouris gracieux !
Comme la taille eſt noble, élégante & légère !
Les belles chairs ! le ſang y paroît circuler !
Et la bouche ' elle va parler.
L'Artiſte à qui l'on doit une ſi belle produc
tion, reçoit le tribut d'éloges dû a ſon travail.
O Sculpteur immortel, à qui je rends hommage,
Que de fois le ciſeau dut tomber de ta main !
Surtout en formant ce beau ſein,
· Oui, tu devois toi-même adorer ton ouvrage.
Entretien de Damon & de Valére. Céliante
arrive. C'eſt une Coquette que le père de l'Ama
teur lui avoit autrefois deſtinée en mariage. Pen
dant qu'il va lui montrer les curioſités de ſon
cabinet, Conſtance occupe la Scène avec ſon père.
Elle a apperçu Céliante-avec les yeux d'une rivaie ;
H vj
·
·
18ö MERCURE DE FRANCE.
Damon la raffure. Valére revient très-mécontent
de Céliante , qui n'a pas fait grand cas du cabinet
& qui en eſt ſortie pour aller au Spectacle, il
vole à ſa Statue. Il voit enfin l'original , ravi
d'étonnement, il lui fait mille queſtions. Damon
paroît, il explique le myſtére ; Valére voit † 3,
été joué par ſon ami: il lui pardonne cette ſuper
cherie , lui demande ſa fille & l'obtient.
en un Acte & en vers libres, par
M. BARTHE, de l'Académie des
Belles-Lettres de Marseille.
DAMON Père de Constance veut marier sa fille
à Valére son ami, jeune homme qui arrive d'Italie,
où il a pris une paſſion violente pour les
Arts. La Peinture, la Sculpture & l'Architecture
l'occupent uniquement ; enfin c'eſt un Amateur.
Damon lui rend juſtice.
,
Je ne le confonds pas avec la populace
De ces modernes Protecteurs
Qui des talens divers oſent marquer la place,
Des Artiſtes ſont les Tuteurs,
Se forment une Cour où leur grave manie
Daigne corriger le génie ;
Et qui jugent tout de travers.
· H v
-
-
:
.
Qui jugent la Peinture ; & la proſe & les vers,.
-
*
"
|
178 MERCURE DE FRANCE.
Valére critique ſans air, loue avec fineſſe ;
manie dextrement le pinceau & le burin , uſe
noblement d'un bien conſidérable en faveur des
Artiſtes indigens qu'il anime, qu'il produit &
· auxquels il cache ſes largeſſes. Un Amateur ſi
jeune & de ce caractère, eſt digne d'eſtime ;
Conſtance ajoute naïvement à ce que dit ſon
Père, qu'elle croit qu'on peut l'aimer. Damon
en convient , mais il prépare une bonne leçon
à Valére.
Il eſt gâté par l'Italie,
.
Charmant, mais un peu fou, c'eſt une maladie,
Une indiſcrette paſſion
Dont il eſpére que Conſtance le guérira. Da
mon qui avoit fait faire la Statue de ſa fille la
fait vendre au jeune Amateur pour une Statue
antique.
Elle aura ſon ſuffrage.
Elle paſſe pour grecque. Heureuſement pour nous
La mode eſt pour le grec;nos meubles nos bijoux,
Etoffes, coëffure, équipage,
Tout eſt grec, excepté vos âmes ;
Pour l'honneur de Valére on ajoute :
Et d'ailleurs
Ta Statue a trompé juſqu'à des Connoiſſeurs.
L'Amateur a vu cette Statue, il en eſt en
chanté, il en a fait l'acquiſition , on la tranſ
porte chez lui , eile arrive & il la fait placer.
Tout ceci eſt en action
Il eſt dans les plus
· vives inquiétudes , qu'il n'arrive accident à ſa
-
\
· avoir.
A V R I L. 1764..
C'eſt la candeur d'une Bergère
Le port de la Reine des Dieux,
17g
Statue. Il aide ceux qui la poſent ſur le pie
deſtal. Il leur preſcrit l'attention qu'ils doiven
Là doucement, Meſſieurs, avancez doucement,
-
Mes amis que chacun ſe tienne ſur ſes gardes.
Paſquin fait un faux pas qui met la Statue en
danger de tomber : ſon Maître l'apoſtrophe.
Ah ! malheureux, tu me poignardes !
Les valets retirés , l'Amateur contemple ſa
Statue avec admiration.
| Quel ſouris gracieux !
Comme la taille eſt noble, élégante & légère !
Les belles chairs ! le ſang y paroît circuler !
Et la bouche ' elle va parler.
L'Artiſte à qui l'on doit une ſi belle produc
tion, reçoit le tribut d'éloges dû a ſon travail.
O Sculpteur immortel, à qui je rends hommage,
Que de fois le ciſeau dut tomber de ta main !
Surtout en formant ce beau ſein,
· Oui, tu devois toi-même adorer ton ouvrage.
Entretien de Damon & de Valére. Céliante
arrive. C'eſt une Coquette que le père de l'Ama
teur lui avoit autrefois deſtinée en mariage. Pen
dant qu'il va lui montrer les curioſités de ſon
cabinet, Conſtance occupe la Scène avec ſon père.
Elle a apperçu Céliante-avec les yeux d'une rivaie ;
H vj
·
·
18ö MERCURE DE FRANCE.
Damon la raffure. Valére revient très-mécontent
de Céliante , qui n'a pas fait grand cas du cabinet
& qui en eſt ſortie pour aller au Spectacle, il
vole à ſa Statue. Il voit enfin l'original , ravi
d'étonnement, il lui fait mille queſtions. Damon
paroît, il explique le myſtére ; Valére voit † 3,
été joué par ſon ami: il lui pardonne cette ſuper
cherie , lui demande ſa fille & l'obtient.
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Résumé : EXTRAIT de l'AMATEUR, Comédie en un Acte & en vers libres, par M. BARTHE, de l'Académie des Belles-Lettres de Marseille.
La comédie 'L'Amateur', écrite par M. Barthe de l'Académie des Belles-Lettres de Marseille, relate l'histoire de Damon, qui souhaite marier sa fille Constance à Valère, un jeune homme revenu d'Italie passionné par les arts. Valère est un amateur éclairé, critique avisé et soutien financier des artistes. Damon, bien que reconnaissant ses qualités, le trouve gâté par son séjour en Italie. Pour tester Valère, Damon fait vendre une statue représentant Constance comme une œuvre antique grecque. Valère, séduit, achète et installe la statue chez lui. Après diverses péripéties, Valère découvre que la statue est Constance. Damon révèle la supercherie, et Valère, impressionné, demande la main de Constance et l'obtient. Durant ces événements, Céliante, une coquette autrefois destinée à Valère, apparaît brièvement, mais Valère reste indifférent à ses charmes, préférant Constance.
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4703
p. 180-181
REMARQUES SUR L'AMATEUR.
Début :
L'objet de la Comédie étant de peindre les ridicules, & son but d'en corriger ; l'Auteur a certainement [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR L'AMATEUR.
REMARQUES SUR L'AMATEUR.
L'objet de la Comédie étant de peindre les ridicules,
& son but d'en corriger ; l'Auteur a certainement
réuſſi dans le premier point. Mais il
n'eſt pas ſi ſûr qu'il parvienne à éclairer les demi
«onnoiſſeurs & à les fairerevenir de leur enthouſiaſ
me. Les détails de cette Piéce ſont jolis & ont été
vus avec plaiſir. Un des grands mérites de ce
Drame , c'eſt que les rôles ſemblent avoir été
faits pour les Acteurs, Perſonne n'étoit plus pro
pre que M. Molé à repréſenter un jeune hom
me, vif, ardent, paſſionné, extrême dans le
goût qu'il a pris pour les Arts, & qui expoſe avee
chaleur la manière dont il eſt affecté. Son valet,
M. Préville, qui ſe tranſporte & ſe paſſionne
| avec lui, fait en particulier de bonnes charges
ſur les travers de ſon Maître. Damon, l'homme
raiſonnable, applaudit avec juſtice a ce qu'il y a
d'eſtimable dans l'amour qu'on porte aux Arts,
& ne blâme que l'excès & l'enthouſiaſme qui
rend ridicule. M. Grandval étoit chargé de ce
Perſonnage, c'eſt dire avec quelle ſupériorité il
a été repréſenté. Le mépris que la coquette Cé
liante jette ſur le goût de Valére , va au même
but par une autre voie , & Mde Préville a joué
«e rôle avec diſtinction. Mlle Doligny a rempli
A V R I L. 1764.
ſupérieurement celui de Conſtance.
I8I
Elle a re
préſenté ſi naturellement toutes les paſſions qui
peuvent agiter ſucceſſivement une jeune perſon
ne aimable dans les poſitions où ſon rôle la met
toit, qu'elle ſeule auroit pu faire réuſſir la Piéce.
Elle exprime ſa joie ſi agréablement lorſque ſon
père lui apprend que Valére eſt amoureux de ſa
ſtatue ; ſon inquiétude eſt fi naïve lorſqu'elle ap
perçoit Céliante ; ſa jalouſie eſt celle d'un jeune
cœur qui éprouve pour la première fois ce ſenti
ment qu'elle ne connoiſſoit point. Elle eſt char
mante dans l'examen de ſa ſtatue ; lorſqu'elle eſt
occupée de la reſſemblance, & de ſçavoir ſi elle
doit gagner ou perdre à la comparaiſon. Tous
ces détails rendus avec grâces & intelligence ne
pouvoient manquer d'être fort applaudis , le mé
rite des Acteurs nous a paru contribuer beau
· coup au ſuccès ſoutenu de la Piéce.
L'objet de la Comédie étant de peindre les ridicules,
& son but d'en corriger ; l'Auteur a certainement
réuſſi dans le premier point. Mais il
n'eſt pas ſi ſûr qu'il parvienne à éclairer les demi
«onnoiſſeurs & à les fairerevenir de leur enthouſiaſ
me. Les détails de cette Piéce ſont jolis & ont été
vus avec plaiſir. Un des grands mérites de ce
Drame , c'eſt que les rôles ſemblent avoir été
faits pour les Acteurs, Perſonne n'étoit plus pro
pre que M. Molé à repréſenter un jeune hom
me, vif, ardent, paſſionné, extrême dans le
goût qu'il a pris pour les Arts, & qui expoſe avee
chaleur la manière dont il eſt affecté. Son valet,
M. Préville, qui ſe tranſporte & ſe paſſionne
| avec lui, fait en particulier de bonnes charges
ſur les travers de ſon Maître. Damon, l'homme
raiſonnable, applaudit avec juſtice a ce qu'il y a
d'eſtimable dans l'amour qu'on porte aux Arts,
& ne blâme que l'excès & l'enthouſiaſme qui
rend ridicule. M. Grandval étoit chargé de ce
Perſonnage, c'eſt dire avec quelle ſupériorité il
a été repréſenté. Le mépris que la coquette Cé
liante jette ſur le goût de Valére , va au même
but par une autre voie , & Mde Préville a joué
«e rôle avec diſtinction. Mlle Doligny a rempli
A V R I L. 1764.
ſupérieurement celui de Conſtance.
I8I
Elle a re
préſenté ſi naturellement toutes les paſſions qui
peuvent agiter ſucceſſivement une jeune perſon
ne aimable dans les poſitions où ſon rôle la met
toit, qu'elle ſeule auroit pu faire réuſſir la Piéce.
Elle exprime ſa joie ſi agréablement lorſque ſon
père lui apprend que Valére eſt amoureux de ſa
ſtatue ; ſon inquiétude eſt fi naïve lorſqu'elle ap
perçoit Céliante ; ſa jalouſie eſt celle d'un jeune
cœur qui éprouve pour la première fois ce ſenti
ment qu'elle ne connoiſſoit point. Elle eſt char
mante dans l'examen de ſa ſtatue ; lorſqu'elle eſt
occupée de la reſſemblance, & de ſçavoir ſi elle
doit gagner ou perdre à la comparaiſon. Tous
ces détails rendus avec grâces & intelligence ne
pouvoient manquer d'être fort applaudis , le mé
rite des Acteurs nous a paru contribuer beau
· coup au ſuccès ſoutenu de la Piéce.
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Résumé : REMARQUES SUR L'AMATEUR.
Le texte présente la pièce de théâtre 'L'Amateur', dont l'objectif est de dépeindre et de corriger les ridicules. L'auteur réussit à illustrer ces ridicules, mais il est incertain qu'il parvienne à éclairer les demi-connaisseurs et à modérer leur enthousiasme. Les détails de la pièce sont appréciés et les rôles semblent bien adaptés aux acteurs. M. Molé incarne un jeune homme vif et passionné par les arts. M. Préville joue son valet, partageant sa passion tout en critiquant ses travers. M. Grandval, dans le rôle de Damon, approuve l'amour des arts mais critique l'excès et l'enthousiasme. Mme Préville interprète Céliante, une coquette qui méprise le goût de Valère. Mlle Doligny excelle dans le rôle de Constance, exprimant naturellement diverses passions comme la joie, l'inquiétude et la jalousie. La performance des acteurs a grandement contribué au succès de la pièce.
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4704
p. 181-182
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LA clôture de ce Théâtre ne s'est faite que le Samedi 14 Avril. Pendant [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LA clôture de ce Théâtre ne s'est
faite que le Samedi 14 Avril. Pendant
cette dernière ſemaine on a joué des
Piéces Italiennes & Françoiſes qui ſont
en poſſeiiion de plaire au Public. Du
premier genre ont été le
Vénitien ,
Arlequin mort
Gondolier
vivant ,
Arlequin cru mort , & la Joute d'Arle
quin. Ces Piéces ont été étayées de plu
ſieurs Opéra-Comiques qui ſont le Bu
cheron, le Sorcier, le Milicien , Blaiſe
'
T182 MERCURE DE FRANCE.
le Savetier, Annette & Lubin, le Ma
réchal, les deux Chaſſeurs & la Laitiére,
les Sœurs rivales, On ne s'aviſe jamais
de tout, la N6ce Villageoiſe, & Roſe
& Colas.
LA clôture de ce Théâtre ne s'est
faite que le Samedi 14 Avril. Pendant
cette dernière ſemaine on a joué des
Piéces Italiennes & Françoiſes qui ſont
en poſſeiiion de plaire au Public. Du
premier genre ont été le
Vénitien ,
Arlequin mort
Gondolier
vivant ,
Arlequin cru mort , & la Joute d'Arle
quin. Ces Piéces ont été étayées de plu
ſieurs Opéra-Comiques qui ſont le Bu
cheron, le Sorcier, le Milicien , Blaiſe
'
T182 MERCURE DE FRANCE.
le Savetier, Annette & Lubin, le Ma
réchal, les deux Chaſſeurs & la Laitiére,
les Sœurs rivales, On ne s'aviſe jamais
de tout, la N6ce Villageoiſe, & Roſe
& Colas.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le théâtre a fermé le 14 avril après une semaine de représentations de pièces italiennes et françaises. Les pièces italiennes incluaient 'Le Vénitien', 'Arlequin mort', 'Gondolier vivant', 'Arlequin cru mort' et 'La Joute d'Arlequin'. Les opéras-comiques français présentés étaient 'Le Boucher', 'Le Sorcier', 'Le Milicien', 'Blaise', 'Annette et Lubin', 'Le Maréchal', 'Les deux Chasseurs et la Laitière', 'Les Sœurs rivales', 'On ne s'avise jamais de tout', 'La Noce Villageoise' et 'Rose et Colas'. Ces œuvres ont été appréciées du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4705
p. 182-183
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
LE Vendredi 13 Avril il y a eu Concert Spi[r]ituel. Il a commencé par une [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
LE Vendredi 13 Avril il y a eu Concert
Spi[r]ituel. Il a commencé par une
excellente Symphonie ; ſuivie de Miſe
rere mei Deus, nouveau Motet à grand
chœur, de M. Dauvergne, Maître de la
Muſique de la Chambre du Roi, dans
lequel M. le Gros a mérité les plus
grands applaudiſſemens. M. Jeanſon,
de la Muſique de S. A. S. Monſeigneur
le PRINcE DE CONTI , a réuni aux
ſuffrages du Public, ceux des Maîtres de
l'Art , dans une Sonate de Violoncelle
de ſa compoſition. Le Motet en Duo ,
Exultate juſti in Domino , de M. Dau
vergne, a été exécuté par Mlle Arnoud
^ & par M. le Gros. Cet enſemble a eu
§ le plus flatteur On a tenu comp
te de la difficulté vaincue, dans le Con
certo de violon exécuté par M. Capron.
Le goût du chant & la beauté de l'or
gane ont été plus admirés que la Muſi
que, dans le Motet à voix ſeule qu'a
A V R I L. 1764.
r83
· chanté Mlle Fel Le Concert a fini par
un très-beau Motet à grand Chœur de
M. l'Abbé Girouſt, Maître de Muſique
de la Cathédrale d'Orléans.
LE Vendredi 13 Avril il y a eu Concert
Spi[r]ituel. Il a commencé par une
excellente Symphonie ; ſuivie de Miſe
rere mei Deus, nouveau Motet à grand
chœur, de M. Dauvergne, Maître de la
Muſique de la Chambre du Roi, dans
lequel M. le Gros a mérité les plus
grands applaudiſſemens. M. Jeanſon,
de la Muſique de S. A. S. Monſeigneur
le PRINcE DE CONTI , a réuni aux
ſuffrages du Public, ceux des Maîtres de
l'Art , dans une Sonate de Violoncelle
de ſa compoſition. Le Motet en Duo ,
Exultate juſti in Domino , de M. Dau
vergne, a été exécuté par Mlle Arnoud
^ & par M. le Gros. Cet enſemble a eu
§ le plus flatteur On a tenu comp
te de la difficulté vaincue, dans le Con
certo de violon exécuté par M. Capron.
Le goût du chant & la beauté de l'or
gane ont été plus admirés que la Muſi
que, dans le Motet à voix ſeule qu'a
A V R I L. 1764.
r83
· chanté Mlle Fel Le Concert a fini par
un très-beau Motet à grand Chœur de
M. l'Abbé Girouſt, Maître de Muſique
de la Cathédrale d'Orléans.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le 13 avril 1764, un concert spirituel a été organisé. Il a commencé par une symphonie suivie du motet 'Miserere mei Deus' de François-Joseph de Dauvergne, maître de la musique de la Chambre du Roi, où Jean-Louis Laruette a été acclamé. Jean-Baptiste Jeanson a interprété une sonate pour violoncelle de sa composition, recevant l'approbation du public et des experts. Le motet en duo 'Exultate justi in Domino' de Dauvergne a été exécuté par Mademoiselle Arnoud et Jean-Louis Laruette. La performance de Monsieur Capron au concerto pour violon a été remarquée pour sa difficulté. La qualité du chant et de l'organe de Mademoiselle Fel a été particulièrement appréciée lors d'un motet à voix seule. Le concert s'est achevé par un motet à grand chœur de l'abbé Giroust, maître de musique de la cathédrale d'Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4706
p. 183-185
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. LE THÉATRE DE SOCIÉTÉ par M. COLLÉ. LA VEUVE, Comédie en un Acte en prose. SUJET DE LA PIÉCE.
Début :
MDE Durval jeune, fort riche & Veuve d'un Négociant, est engagée dans un commerce mutuel [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. LE THÉATRE DE SOCIÉTÉ par M. COLLÉ. LA VEUVE, Comédie en un Acte en prose. SUJET DE LA PIÉCE.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles.
LE THÉATRE DE SOCIÉTÉ
par M. COLLÉ.
LA VEUVE, Comédie en un Acte en prose.
SUJET DE LA PIÉCE.
MDE Durval jeune, fort riche & Veuve d'un
Négociant, est engagée dans un commerce mutuel
de tendreſſe avec le Chevalier du Lauret.
Les chagrins ſecrets que lui a fait éprouver l'in
conſtance de ſon premier Mari ont déterminé
cette Veuve à n'en prendre jamais un ſecond .
Cependant ,
elle avoue à un Commandeur ,
ami commun, qu'elle a penſé offrir elle-même
ſa main au Chevalier , ne pouvant vaincre au
trement ſon opiniâtre généroſité , & lui faire
accepter 8oooo liv. qu'il falloit pour payer un
Régiment dont il auroit obtenu l'agrément Pen
dant ces diſcuſſions de délicateſſe, la Cour avoit
diſpoſé du Régiment. La tendre Veuve inſtruite
par là du prix des occaſions , & en même-temps
allarmée ſur le ſort de ſon Amant, avoit pris.
* Voyez leprécédent Vol. du Mercure au ſupplé
| ment de l'Article des Spectacles.
-
184 MERCURE DE FRANCE.
à ſon inſçu , des meſures pour lui en aſſurèr
un , qui § indépendant du don de ſa main.
Elle apprend du Commandeur, que cette géné
roſité eſt devenue ſuperfiue ; parce que le Cheva
lier devient fort riche par la mort du fils uni
que d'un Oncle qui doit lui faire une fortune
très-conſidérable. Mde Durval n'en eſt que
plus affermie dans la réſolution de ne point
épouſer ſon Amant, ſans renoncer pour cela au
† de le voir. Cet arrangement de la Veuve
'a déja éxpoſé à des ſoupçons d'éſagréables juſque
dans ſon domeſtique. Tout ceci eſt préſenté en
peu de ſcènes. Le Chevalier encouragé & pour
ainſi dire autoriſé par la
bienfaiſance de ſon
Oncle, projette de propoſer à Mde Durval un
Mariage qui devient ſortable quant à l'égalité
de fortune. Il eſt arrêté & intimidé par les ré
pugnances de cette Veuve dont le Comnman
deur l'informe. Cependant il voit Mde Durval ,
& dans le moment qu'il va hazarder la pro
poſition ,
ils ſont interrompus par une Mar- .
quiſe de Leutry, femme d'une grande qualité
· dans toute l'étendue de
cette dénomination.
' Cette ſcène doit être lue en entier , un extrait
lui feroit trop perdre. La Marquiſe propoſe à
Mde Durval le mariage de ſon fils, Elle la flatte
du Tabouret. Celle-ci ſe refuſe à tant d'hon
neurs. La ſcéne finit aigrement de la part de la
| Marquiſe ; le Chevalier du Lauret n'eſt pas ou
| blié dans les reproches mépriſans de la femme
de Qualité. La Veuve éprouve enſuite un nou
veau déſagrément toujours occaſionné par la
façon dont elle continue avec le Chevalier. Ce
nouveau déſagrément vient d'une Femme-de
Chambre qui lui , demande ſon congé, ſous
· Prétexte de l'honneur & de la conſcience, mais
A V R I L. 1764.
185
dans le fait, piquée de n'être dans aucune con
fidence utile à ſes profits. Dans une ſcène pré
cédente , l'Oncle du Chevalier , tout occupé de
rencontrer ou ſon Neveu ou un commiſſion
naire de Cadix qui
le cherche & qu'il croit
lui apporter la remiſe de ſes fonds, a fait en
eourant une propoſition de mariage † ſon
Neveu. Mde Durval n'a jamais pû faire en
tendre ſon refus & les motifs de ce refus. Enfin
ſa bizarre délicateſſe , ſubit l'épreuve la plus
forte en réſiſtant aux plus vives & aux plus
tendres inſtances de ſon Aumant. C'eſt dans cette
Scène où ſe développe le ſyſtême du cœur de
la Veuve, le Chevalier en eſt déſeſpéré. Un
nouveau malheur vient l'accabler.
Il apprend
par ſon Oncle que les huit cens mille livres
attendues de Cadix ſont perdues. N'ayant point
trouvé de Lettres de change pour la remiſe
de cette ſomme, on l'envoyoit en piaſtres ſur
des vaiſleaux qui ont péri au ſortir du port. Le
Chevalier , dans une conjoncture auſſi affligeante
our lui, ne s'occupe qu'à conſoler ſon Oncle.
La Veuve eſt ſi touchée de la généroſité &
de la candeur du caractère de ſon Amant ,
que ſurmontant toutes ſes craintes , c'eſt elle
alors qui lui propoſe de conclure le mariage &
qui combat les
difficultés que ſuggéroit au
Chevalier l'état de ſa fortune. On quitte la
Scène pour paſſer dans le Cabinet de Mde ,
Durval, envoyer chercher le Notaire & ter-*
miner un mariage, que, dit-elle au Chevalier,
je deſire à préſent mille fois plus vivement
que vous. Ainſi ſe termine cette Comédie.
LE THÉATRE DE SOCIÉTÉ
par M. COLLÉ.
LA VEUVE, Comédie en un Acte en prose.
SUJET DE LA PIÉCE.
MDE Durval jeune, fort riche & Veuve d'un
Négociant, est engagée dans un commerce mutuel
de tendreſſe avec le Chevalier du Lauret.
Les chagrins ſecrets que lui a fait éprouver l'in
conſtance de ſon premier Mari ont déterminé
cette Veuve à n'en prendre jamais un ſecond .
Cependant ,
elle avoue à un Commandeur ,
ami commun, qu'elle a penſé offrir elle-même
ſa main au Chevalier , ne pouvant vaincre au
trement ſon opiniâtre généroſité , & lui faire
accepter 8oooo liv. qu'il falloit pour payer un
Régiment dont il auroit obtenu l'agrément Pen
dant ces diſcuſſions de délicateſſe, la Cour avoit
diſpoſé du Régiment. La tendre Veuve inſtruite
par là du prix des occaſions , & en même-temps
allarmée ſur le ſort de ſon Amant, avoit pris.
* Voyez leprécédent Vol. du Mercure au ſupplé
| ment de l'Article des Spectacles.
-
184 MERCURE DE FRANCE.
à ſon inſçu , des meſures pour lui en aſſurèr
un , qui § indépendant du don de ſa main.
Elle apprend du Commandeur, que cette géné
roſité eſt devenue ſuperfiue ; parce que le Cheva
lier devient fort riche par la mort du fils uni
que d'un Oncle qui doit lui faire une fortune
très-conſidérable. Mde Durval n'en eſt que
plus affermie dans la réſolution de ne point
épouſer ſon Amant, ſans renoncer pour cela au
† de le voir. Cet arrangement de la Veuve
'a déja éxpoſé à des ſoupçons d'éſagréables juſque
dans ſon domeſtique. Tout ceci eſt préſenté en
peu de ſcènes. Le Chevalier encouragé & pour
ainſi dire autoriſé par la
bienfaiſance de ſon
Oncle, projette de propoſer à Mde Durval un
Mariage qui devient ſortable quant à l'égalité
de fortune. Il eſt arrêté & intimidé par les ré
pugnances de cette Veuve dont le Comnman
deur l'informe. Cependant il voit Mde Durval ,
& dans le moment qu'il va hazarder la pro
poſition ,
ils ſont interrompus par une Mar- .
quiſe de Leutry, femme d'une grande qualité
· dans toute l'étendue de
cette dénomination.
' Cette ſcène doit être lue en entier , un extrait
lui feroit trop perdre. La Marquiſe propoſe à
Mde Durval le mariage de ſon fils, Elle la flatte
du Tabouret. Celle-ci ſe refuſe à tant d'hon
neurs. La ſcéne finit aigrement de la part de la
| Marquiſe ; le Chevalier du Lauret n'eſt pas ou
| blié dans les reproches mépriſans de la femme
de Qualité. La Veuve éprouve enſuite un nou
veau déſagrément toujours occaſionné par la
façon dont elle continue avec le Chevalier. Ce
nouveau déſagrément vient d'une Femme-de
Chambre qui lui , demande ſon congé, ſous
· Prétexte de l'honneur & de la conſcience, mais
A V R I L. 1764.
185
dans le fait, piquée de n'être dans aucune con
fidence utile à ſes profits. Dans une ſcène pré
cédente , l'Oncle du Chevalier , tout occupé de
rencontrer ou ſon Neveu ou un commiſſion
naire de Cadix qui
le cherche & qu'il croit
lui apporter la remiſe de ſes fonds, a fait en
eourant une propoſition de mariage † ſon
Neveu. Mde Durval n'a jamais pû faire en
tendre ſon refus & les motifs de ce refus. Enfin
ſa bizarre délicateſſe , ſubit l'épreuve la plus
forte en réſiſtant aux plus vives & aux plus
tendres inſtances de ſon Aumant. C'eſt dans cette
Scène où ſe développe le ſyſtême du cœur de
la Veuve, le Chevalier en eſt déſeſpéré. Un
nouveau malheur vient l'accabler.
Il apprend
par ſon Oncle que les huit cens mille livres
attendues de Cadix ſont perdues. N'ayant point
trouvé de Lettres de change pour la remiſe
de cette ſomme, on l'envoyoit en piaſtres ſur
des vaiſleaux qui ont péri au ſortir du port. Le
Chevalier , dans une conjoncture auſſi affligeante
our lui, ne s'occupe qu'à conſoler ſon Oncle.
La Veuve eſt ſi touchée de la généroſité &
de la candeur du caractère de ſon Amant ,
que ſurmontant toutes ſes craintes , c'eſt elle
alors qui lui propoſe de conclure le mariage &
qui combat les
difficultés que ſuggéroit au
Chevalier l'état de ſa fortune. On quitte la
Scène pour paſſer dans le Cabinet de Mde ,
Durval, envoyer chercher le Notaire & ter-*
miner un mariage, que, dit-elle au Chevalier,
je deſire à préſent mille fois plus vivement
que vous. Ainſi ſe termine cette Comédie.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. LE THÉATRE DE SOCIÉTÉ par M. COLLÉ. LA VEUVE, Comédie en un Acte en prose. SUJET DE LA PIÉCE.
Le texte décrit la pièce 'La Veuve' de M. Collé, centrée sur Madame Durval, une veuve aisée, et sa relation avec le Chevalier du Lauret. Après avoir été blessée par l'infidélité de son premier mari, Madame Durval est réticente à se remarier. Elle envisage de financer l'achat d'un régiment pour le Chevalier, mais cette opportunité s'évapore. Lorsque le Chevalier hérite d'une grande fortune, Madame Durval refuse de l'épouser pour conserver son indépendance financière. La pièce met en lumière les dilemmes et les malentendus entre les personnages, notamment les soupçons des domestiques et l'intervention de la Marquise de Leutry, qui suggère le mariage de son fils avec Madame Durval. Après diverses péripéties et la perte de la fortune du Chevalier, Madame Durval surmonte ses réserves et propose finalement le mariage. La pièce se conclut par leur décision de se marier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4707
p. 186-194
REMARQUES SUR la Comédie de la VEUVE.
Début :
LE sujet de cette Comédie, ainsi que M. Collé l'indique lui même, est encore [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR la Comédie de la VEUVE.
REMARQUES
SUR la Comédie de la VEUVE.
LE sujet de cette Comédie, ainsi que
M. Collé l'indique lui même, est encore
tiré des Illuſtres Françoiſes. Ceux qui
voudront prendre la peine de remonter
à la ſource, s'appercevront bientôt de
l'Art avec lequel l'Auteur Dramatique
a réformé la licence du Romancier. .
Dans le Roman, la façon de penſer ;
les raiſonnemens & le caractère de la
Veuve peuvent être conformes quelque
· fois à la nature, & ſe rencontrer réelle
ment dans la Société,mais ils ſont encore
plus conſtamment contre les mœurs :
cette femme qui a eu à la vérité, les
, ſujets les plus graves de ſe plaindre de
ſon premier Mari, s'obſtine à n'en pas
vouloir prendre un ſecond, à refuſer
de ſe marier avec un homme qu'elle
aime , avec lequel cependant elle vit
| librement, qui la preſſe de rendre leur
, union légitime, & qui l'en preſſe par le
plus puiſſant de tous les motifs; celui de
donner un état à un enfant naturel; &
dans la Comédie, au contraire, comme
dès l'expoſition du ſujet , la Veuve con
A V R I L. 1764.
r87
vient s'être déjà trouvée dans une circon
ſtance qui l'avoit déterminée à épouſer
ſon amant; comme il n'eſt rien qui indi
que un commerce illicite ; comme on
s'attend que ce mariage formera le dé
nouement , on lui pardonne un travers
d'eſprit que les malheurs de ſon premier
mariage rendent en quelque ſorte excuſa
ble. Elle eſt à la fin pleinement juſtifiée
dans l'eſprit du lecteur ou des ſpectateurs,
par la nobleſſe d'âme & par la généroſité
· qui la déterminent à épouſer le Chevalier,
Nous penſons que l'on doit ſçavoir gré à
M. Collé,d'avoir rendu ce caractère hon
nête , ſans lui ôter néanmoins le pi
quant que produit la ſingularité; & en
un mot, d'avoir tourné ce ſujet du côté
du ſentiment ; avantage qu'aſſurément
il n'a pas dans ſa ſource.
-
L'action de cette Comédie de ſenti
ment, (qu'il nous ſoit permis de la dé
ſigner ainſi ) eſt à peu-près du même
genre que celle de Dupuis & Deſronais ;
& quand on l'auroit annoncé comme
d'un Anonyme, il n'eût pas été difficile
de connoître qu'elle eſt du même Au
teur. Nous avons été aſſez heureux pour
que quelques connoiſſeurs ayent ap
plaudi à la diſtinction que nous avons
· faite , entre l'action phyſique & l'ac
188 MERCURE DE FRANCE.
tion morale ou métaphyfique à l'occa
ſion de la première Pièce de M. Collé.
Nous appliquerons cette même diſtinc
tion à la Comédie de la Veuve. Ce n'eſt
point une multitude d'événemens phy
fiques qui fournit l'acion de ce Drame.
Ce ſont encore, ainſi que nous l'avons
dit en parlant de Dupuis & Deſro
mois, (b) des obſtacles qui réſultent du
contraſte des caractères. C'eſt un jeu de
reſſorts , que produit la ſeule progreſſion
du ſentiment , entre des perſonnages
dont les intérêts ſont oppoſés & c. & c.
On doit dire encore à l'occaſion de la
Comédie dont nous avons à parler & de
quelques autres du même genre, d'Au
teurs antérieurs à M. Collé, entre des
perſonnages dont les intérêts ou ſont
oppoſés ou paroiffent l'être, en ce que
étant les mêmes, quant à la fin qu'ils ſe
propoſent, ils ne l'enviſagent pas tou
jours du même côté; ainſi ils différent
dans les moyens. Nous remarquerons
encore que dans la Comédie de la Veuve,
il y a plus de cette ſorte de mouvement
qui naît de la variation de fortune des
perſonnages, que dans Dupuis & Deſ
ronais,Pièce où il y auroit peut-être plus
-
"
!
-
(k) Voyez le Mercure de Mars 1763.,
A V R I L. 1764.
-
18g
d'inertie dramatique (c) que dans celle
ci , ſans l'extrême chaleur de ſentiment
qui affecte & émeut ſi puiſſament dans
Dupuis & Deſronais : ainſi tout eſt
heureuſement compenſé au profit de
l'intérêt de ſenſibilité entre ces deux
Ouvrages du même Auteur.
§ l'action & la marche d'un Dra
me, la partie la plus importante eſt celle
des caractères. Nous invitons les Lec
teurs de la Comédie de la Veuve à faire
attention à quelques-uns, qui nous ont
paru d'une touche plus diſtinguée que
ceux qu'on expoſe ordinairement ſur la
ſcène. Celui de la Marquiſe de Leutry,
entre autres, eſt frappant par ſa vérité.
Quiconque connoît un peu les modèles
d'où il eſt tiré, ſentira combien il eſt
heureuſement ſaiſi. On y retrouvera
comme dans la nature même, cette po
liteſſe exagérée de certaines gens de qua
lité, cette cajolerie de louanges pour
ceux dont ils veulent obtenir quelque
choſe ; & le mépris accablant qui ſuc
céde ſubitement, dès qu'ils éprouvent
de la réſiſtance à l'eſpoir de ſéduire. On
· (c) Les connoiſſeurs de l'Art entendront ces ex
preſſions. Qu'importe les imputations de grands
mots de Jargon &c. balbutiées par l'ignorance ou
hazardées par la mauvaiſe foi,
º
-
º *
-
19o MERCURE DE FRANCE.
entreverra les nuances fines de cette
affabilité ſouvent injurieuſe,juſques dans
ſes ſoupleſſes, & dans l'inſtant même où
l'intérêt la rend le plus careſſante. On ob
ſervera encore avec quelle juſteſſe l'Au
teur a marqué cette différence, délicate
à diſtinguer, bien plus encore à rendre,
mais qui exiſte , entre le ton de con
verſation de la Marquiſe & celui de la
Veuve.
Quoique l'opulence & la façon de vi
vre confondent aujourd'hui le premier
état des Citoyens avec le ſecond , il y a
un certain caractère diſtinctifdans le ton
du premier, que nous ſommes obligés
de convenir n'avoir prèſque jamais été
bien rendu au Théâtre, ni avec autant
de vérité que dans cette petite Pièce.
Après ce caractère, un des plus diſtin
ués , par ſa nouveauté ſur la Scène ,
eſt celui d'Agathe. Celle-ci eſt une vraie
Femme-de-chambre, telles qu'on les
voit , telles qu'on les entend dans les
maiſons de la ſociété. Ce n'eſt point une
Soubrette de Théâtre; caractère factice,
& qui , par convention , a été admis
contre la véritable, la grande, & peut
être la ſeule règle de la Comédie, qui eſt
la vérité d'imitation. Pourquoi la plu
part des Soubrettes de MoLIERE nous
A V R I L. 1764.
191
paroiſſent-elles ſi différentes des Soubret
tes modernes , pour leſquelles les Au
teurs ont fait comme les Actrices qui les
jouent, en les parant ſouvent plus que
les Maîtreſſes ? C'eſt que, par la révo
lution des mœurs & des uſages de la ſo
ciété, les Soubrettes ou Femmes-de
chambre du temps de MoLIERE, n'é-
toient pour le ton que ce que ſont aujour
d'hui nos Servantes.AinſiMoLIERE pei
gnoit juſte. L'Auteur de la Veuve n'a pas
donné dans l'erreur de bien des Auteurs,
admirateurs, mais admirateurs aveugles
du grand MoLIERE ; c'eſt-à-dire, con
fondant l'effet de ſon art avec les juſteſſes
de ſa pratique, & la ſagacité de ſon gé
nie. Ils reconnoiſſent le ton de Servante
dans les Soubrettes de MoLIERE ,
ils
font des Comédies où ils prêtent ce
même ton aux leurs, & ils croyent imi
ter MoLIERE. Voilà l'abus. Ils copient
ſes peintures, mais ils n'imitent point ſa
méthode. MoLIERE aujourd'hui ne
donneroit pas le ton de Servante à ſes
Soubrettes, mais celui de Femme-de
chambre , ainſi qu'a fait pour cette
Agathe, l'Auteur de la Veuve, qui paroît
avoir ſenti cette vérité.
On peut en dire autant des autres ca
ractères du Comique. Un Peintre qui ne
192 MERCURE DE FRANCE.
feroit que copier, ſans reſſemblance, la
façon d'ajuſter les Portraits familiere à
Rigaud, croiroit-il imiter ce Peintre ?
Mais celui qui peindroit avec la même
touche & la même vérité les perſonnes
de ce temps, ſeroit un grand Artiſte.
On nous pardonnera cette digreſſion,
en faveur de l'utilité dont elle peut être.
Il y a dans le caractère de la Veuve une
ſingularité, qui vient du travers d'eſprit
où la conduit, ſans qu'elle s'en apper
oive, une délicateſſe de ſentiment qui
§ ſa raiſon. Le contraſte de l'ardeur
du Chevalier, pour épouſer une Maî
treſſe qui l'aime, de la tendreſſe & de la
oſſeſſion même de laquelle il peut être
aſſuré ſans cet engagement, revient à
la définition que nous avons donnée de
1'action morale dans les Drames; & il en
confirme la juſteſſe, par le jeu, par le
reſſort qu'il produit dans cette Comédie.
En général, nous croyons que les Lec
teurs verront,comme nous,tous les carac
tères de cette Pièce ; non comme on les
figure ordinairement, & plus ſouvent
encore comme on les déguiſe au Théâ
tre, en prétendant les ajuſter ; mais
comme ils ſont journellement ſous nos
yeux dans la Société. Il paroît que M.
CoLLÉ s'eſt conduit d'après le même
principe
A V R I L. 1764.
I93
principe pour ſon Dialogue. On y re
trouve toujours la Nature, & il fait diſ
paroître entièrement les moyens prati
ques de l'art. C'eſt ſur quoi il eſt de notre
devoir de prévenir quelques Lecteurs,
trop accoutumés au ſtyle compaſſé de
notre Théâtre, ſi différent de la con
verſation familière.
Il nous reſte à remarquer ce que
tous les Lecteurs ſentiront bien mieux
encore par eux-mêmes ; c'eſt la chaleur
de ſentiment qui règne dans cette Pièce,
ſur tout dans les Dialogues entre la Veu
ve & le Chevalier. Ce genre de mérite
(le premier de tous pour les Ouvrages
de Théâtre ) ſeroit encore bien plus ſen
ſible, s'il étoit ſecondé par le jeu des
mêmes Acteurs qui ſçavent ſi bien nous
émouvoir dans Dupuis & Deſronais.
Nous avons appris que la Comédie de la
Veuve avoit été reçue, & qu'elle devoit
être jouée, ou à la ſuite, ou dans le
même temps que cette autre Pièce; mais
que la défiance modeſte que M. CoLLÉ
a toujours eue de ſon talent,l'a empêché
de la faire repréſenter.
Nous eſpérons, & il y a lieu 'd'en
flatter les Amateurs du Théâtre, que
les ſuffrages non-ſuſpects qui lui revien
dront de ceux qui l'auront lue , nous
II. Vol.
194 MERCURE DE FRANCE.
rendront le plaiſir que ſon injuſtice con
tre lui-même nous a trop long-temps
dérobé.
SUR la Comédie de la VEUVE.
LE sujet de cette Comédie, ainsi que
M. Collé l'indique lui même, est encore
tiré des Illuſtres Françoiſes. Ceux qui
voudront prendre la peine de remonter
à la ſource, s'appercevront bientôt de
l'Art avec lequel l'Auteur Dramatique
a réformé la licence du Romancier. .
Dans le Roman, la façon de penſer ;
les raiſonnemens & le caractère de la
Veuve peuvent être conformes quelque
· fois à la nature, & ſe rencontrer réelle
ment dans la Société,mais ils ſont encore
plus conſtamment contre les mœurs :
cette femme qui a eu à la vérité, les
, ſujets les plus graves de ſe plaindre de
ſon premier Mari, s'obſtine à n'en pas
vouloir prendre un ſecond, à refuſer
de ſe marier avec un homme qu'elle
aime , avec lequel cependant elle vit
| librement, qui la preſſe de rendre leur
, union légitime, & qui l'en preſſe par le
plus puiſſant de tous les motifs; celui de
donner un état à un enfant naturel; &
dans la Comédie, au contraire, comme
dès l'expoſition du ſujet , la Veuve con
A V R I L. 1764.
r87
vient s'être déjà trouvée dans une circon
ſtance qui l'avoit déterminée à épouſer
ſon amant; comme il n'eſt rien qui indi
que un commerce illicite ; comme on
s'attend que ce mariage formera le dé
nouement , on lui pardonne un travers
d'eſprit que les malheurs de ſon premier
mariage rendent en quelque ſorte excuſa
ble. Elle eſt à la fin pleinement juſtifiée
dans l'eſprit du lecteur ou des ſpectateurs,
par la nobleſſe d'âme & par la généroſité
· qui la déterminent à épouſer le Chevalier,
Nous penſons que l'on doit ſçavoir gré à
M. Collé,d'avoir rendu ce caractère hon
nête , ſans lui ôter néanmoins le pi
quant que produit la ſingularité; & en
un mot, d'avoir tourné ce ſujet du côté
du ſentiment ; avantage qu'aſſurément
il n'a pas dans ſa ſource.
-
L'action de cette Comédie de ſenti
ment, (qu'il nous ſoit permis de la dé
ſigner ainſi ) eſt à peu-près du même
genre que celle de Dupuis & Deſronais ;
& quand on l'auroit annoncé comme
d'un Anonyme, il n'eût pas été difficile
de connoître qu'elle eſt du même Au
teur. Nous avons été aſſez heureux pour
que quelques connoiſſeurs ayent ap
plaudi à la diſtinction que nous avons
· faite , entre l'action phyſique & l'ac
188 MERCURE DE FRANCE.
tion morale ou métaphyfique à l'occa
ſion de la première Pièce de M. Collé.
Nous appliquerons cette même diſtinc
tion à la Comédie de la Veuve. Ce n'eſt
point une multitude d'événemens phy
fiques qui fournit l'acion de ce Drame.
Ce ſont encore, ainſi que nous l'avons
dit en parlant de Dupuis & Deſro
mois, (b) des obſtacles qui réſultent du
contraſte des caractères. C'eſt un jeu de
reſſorts , que produit la ſeule progreſſion
du ſentiment , entre des perſonnages
dont les intérêts ſont oppoſés & c. & c.
On doit dire encore à l'occaſion de la
Comédie dont nous avons à parler & de
quelques autres du même genre, d'Au
teurs antérieurs à M. Collé, entre des
perſonnages dont les intérêts ou ſont
oppoſés ou paroiffent l'être, en ce que
étant les mêmes, quant à la fin qu'ils ſe
propoſent, ils ne l'enviſagent pas tou
jours du même côté; ainſi ils différent
dans les moyens. Nous remarquerons
encore que dans la Comédie de la Veuve,
il y a plus de cette ſorte de mouvement
qui naît de la variation de fortune des
perſonnages, que dans Dupuis & Deſ
ronais,Pièce où il y auroit peut-être plus
-
"
!
-
(k) Voyez le Mercure de Mars 1763.,
A V R I L. 1764.
-
18g
d'inertie dramatique (c) que dans celle
ci , ſans l'extrême chaleur de ſentiment
qui affecte & émeut ſi puiſſament dans
Dupuis & Deſronais : ainſi tout eſt
heureuſement compenſé au profit de
l'intérêt de ſenſibilité entre ces deux
Ouvrages du même Auteur.
§ l'action & la marche d'un Dra
me, la partie la plus importante eſt celle
des caractères. Nous invitons les Lec
teurs de la Comédie de la Veuve à faire
attention à quelques-uns, qui nous ont
paru d'une touche plus diſtinguée que
ceux qu'on expoſe ordinairement ſur la
ſcène. Celui de la Marquiſe de Leutry,
entre autres, eſt frappant par ſa vérité.
Quiconque connoît un peu les modèles
d'où il eſt tiré, ſentira combien il eſt
heureuſement ſaiſi. On y retrouvera
comme dans la nature même, cette po
liteſſe exagérée de certaines gens de qua
lité, cette cajolerie de louanges pour
ceux dont ils veulent obtenir quelque
choſe ; & le mépris accablant qui ſuc
céde ſubitement, dès qu'ils éprouvent
de la réſiſtance à l'eſpoir de ſéduire. On
· (c) Les connoiſſeurs de l'Art entendront ces ex
preſſions. Qu'importe les imputations de grands
mots de Jargon &c. balbutiées par l'ignorance ou
hazardées par la mauvaiſe foi,
º
-
º *
-
19o MERCURE DE FRANCE.
entreverra les nuances fines de cette
affabilité ſouvent injurieuſe,juſques dans
ſes ſoupleſſes, & dans l'inſtant même où
l'intérêt la rend le plus careſſante. On ob
ſervera encore avec quelle juſteſſe l'Au
teur a marqué cette différence, délicate
à diſtinguer, bien plus encore à rendre,
mais qui exiſte , entre le ton de con
verſation de la Marquiſe & celui de la
Veuve.
Quoique l'opulence & la façon de vi
vre confondent aujourd'hui le premier
état des Citoyens avec le ſecond , il y a
un certain caractère diſtinctifdans le ton
du premier, que nous ſommes obligés
de convenir n'avoir prèſque jamais été
bien rendu au Théâtre, ni avec autant
de vérité que dans cette petite Pièce.
Après ce caractère, un des plus diſtin
ués , par ſa nouveauté ſur la Scène ,
eſt celui d'Agathe. Celle-ci eſt une vraie
Femme-de-chambre, telles qu'on les
voit , telles qu'on les entend dans les
maiſons de la ſociété. Ce n'eſt point une
Soubrette de Théâtre; caractère factice,
& qui , par convention , a été admis
contre la véritable, la grande, & peut
être la ſeule règle de la Comédie, qui eſt
la vérité d'imitation. Pourquoi la plu
part des Soubrettes de MoLIERE nous
A V R I L. 1764.
191
paroiſſent-elles ſi différentes des Soubret
tes modernes , pour leſquelles les Au
teurs ont fait comme les Actrices qui les
jouent, en les parant ſouvent plus que
les Maîtreſſes ? C'eſt que, par la révo
lution des mœurs & des uſages de la ſo
ciété, les Soubrettes ou Femmes-de
chambre du temps de MoLIERE, n'é-
toient pour le ton que ce que ſont aujour
d'hui nos Servantes.AinſiMoLIERE pei
gnoit juſte. L'Auteur de la Veuve n'a pas
donné dans l'erreur de bien des Auteurs,
admirateurs, mais admirateurs aveugles
du grand MoLIERE ; c'eſt-à-dire, con
fondant l'effet de ſon art avec les juſteſſes
de ſa pratique, & la ſagacité de ſon gé
nie. Ils reconnoiſſent le ton de Servante
dans les Soubrettes de MoLIERE ,
ils
font des Comédies où ils prêtent ce
même ton aux leurs, & ils croyent imi
ter MoLIERE. Voilà l'abus. Ils copient
ſes peintures, mais ils n'imitent point ſa
méthode. MoLIERE aujourd'hui ne
donneroit pas le ton de Servante à ſes
Soubrettes, mais celui de Femme-de
chambre , ainſi qu'a fait pour cette
Agathe, l'Auteur de la Veuve, qui paroît
avoir ſenti cette vérité.
On peut en dire autant des autres ca
ractères du Comique. Un Peintre qui ne
192 MERCURE DE FRANCE.
feroit que copier, ſans reſſemblance, la
façon d'ajuſter les Portraits familiere à
Rigaud, croiroit-il imiter ce Peintre ?
Mais celui qui peindroit avec la même
touche & la même vérité les perſonnes
de ce temps, ſeroit un grand Artiſte.
On nous pardonnera cette digreſſion,
en faveur de l'utilité dont elle peut être.
Il y a dans le caractère de la Veuve une
ſingularité, qui vient du travers d'eſprit
où la conduit, ſans qu'elle s'en apper
oive, une délicateſſe de ſentiment qui
§ ſa raiſon. Le contraſte de l'ardeur
du Chevalier, pour épouſer une Maî
treſſe qui l'aime, de la tendreſſe & de la
oſſeſſion même de laquelle il peut être
aſſuré ſans cet engagement, revient à
la définition que nous avons donnée de
1'action morale dans les Drames; & il en
confirme la juſteſſe, par le jeu, par le
reſſort qu'il produit dans cette Comédie.
En général, nous croyons que les Lec
teurs verront,comme nous,tous les carac
tères de cette Pièce ; non comme on les
figure ordinairement, & plus ſouvent
encore comme on les déguiſe au Théâ
tre, en prétendant les ajuſter ; mais
comme ils ſont journellement ſous nos
yeux dans la Société. Il paroît que M.
CoLLÉ s'eſt conduit d'après le même
principe
A V R I L. 1764.
I93
principe pour ſon Dialogue. On y re
trouve toujours la Nature, & il fait diſ
paroître entièrement les moyens prati
ques de l'art. C'eſt ſur quoi il eſt de notre
devoir de prévenir quelques Lecteurs,
trop accoutumés au ſtyle compaſſé de
notre Théâtre, ſi différent de la con
verſation familière.
Il nous reſte à remarquer ce que
tous les Lecteurs ſentiront bien mieux
encore par eux-mêmes ; c'eſt la chaleur
de ſentiment qui règne dans cette Pièce,
ſur tout dans les Dialogues entre la Veu
ve & le Chevalier. Ce genre de mérite
(le premier de tous pour les Ouvrages
de Théâtre ) ſeroit encore bien plus ſen
ſible, s'il étoit ſecondé par le jeu des
mêmes Acteurs qui ſçavent ſi bien nous
émouvoir dans Dupuis & Deſronais.
Nous avons appris que la Comédie de la
Veuve avoit été reçue, & qu'elle devoit
être jouée, ou à la ſuite, ou dans le
même temps que cette autre Pièce; mais
que la défiance modeſte que M. CoLLÉ
a toujours eue de ſon talent,l'a empêché
de la faire repréſenter.
Nous eſpérons, & il y a lieu 'd'en
flatter les Amateurs du Théâtre, que
les ſuffrages non-ſuſpects qui lui revien
dront de ceux qui l'auront lue , nous
II. Vol.
194 MERCURE DE FRANCE.
rendront le plaiſir que ſon injuſtice con
tre lui-même nous a trop long-temps
dérobé.
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Résumé : REMARQUES SUR la Comédie de la VEUVE.
Le texte présente la comédie 'La Veuve' de Pierre-Claude Nivelle de La Chaussée, adaptée par Charles-Simon Favart et mise en musique par François-André Danican Philidor. Cette œuvre s'inspire des 'Illustres Françoises' mais modifie le sujet original pour rendre le personnage de la veuve plus honorable et excusable. Contrairement au roman, où la veuve refuse de se remarier malgré son amour et la nécessité de légitimer un enfant naturel, elle accepte le mariage dès le début dans la comédie. La pièce appartient au genre de la comédie de sentiment, mettant en avant le contraste des caractères et les obstacles liés aux intérêts opposés des personnages. La marquise de Leutry et Agathe sont particulièrement notables pour leurs traits distinctifs et réalistes. La marquise est marquée par sa politesse exagérée et son mépris abrupt, tandis qu'Agathe incarne authentiquement une femme de chambre de la société. Le texte compare les soubrettes de Molière à celles des auteurs modernes, soulignant que les premières reflètent les servantes de leur époque, contrairement aux femmes de chambre plus élégantes d'aujourd'hui. Les auteurs contemporains, en imitant Molière, commettent l'erreur de prêter aux soubrettes un ton inadapté. La veuve est caractérisée par une délicatesse de sentiment qui trouble sa raison, contrastant avec l'ardeur du Chevalier à l'épouser et la tendresse qu'il ressent déjà. La pièce est louée pour sa représentation authentique des caractères sociaux, en opposition aux représentations théâtrales habituelles. L'auteur regrette que la pièce n'ait pas été jouée en raison de la modestie de Collé, mais espère que sa lecture sera appréciée par les amateurs de théâtre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4708
p. 194-197
LE ROSSIGNOL, OU LE MARIAGE SECRET, COMÉDIE en un Acte en Proſe & en Vaudevilles. Deuxiéme Pièce du THÉATRE DE SOCIÉTÉ de M. COLLÉ. SUJET.
Début :
LES personnages de ce Drame sont M. VARAMBON, Colonel de Hussards, Père de CATHERINE, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE ROSSIGNOL, OU LE MARIAGE SECRET, COMÉDIE en un Acte en Proſe & en Vaudevilles. Deuxiéme Pièce du THÉATRE DE SOCIÉTÉ de M. COLLÉ. SUJET.
LE ROSSIGNOL,
OU
LE MARIAGE SECRET,
COMÉDIE en un Acte en Proſe & en
Vaudevilles.
Deuxiéme Pièce du THÉATRE DE
SOCIÉTÉ de M. COLLÉ.
SUJET.
LES personnages
de ce Drame sont M.
VARAMBON, Colonel de Hussards, Père de CATHERINE,
laquelle eſt mariée ſecrettement
avec M. RucHARD , Homme de
Robe. Un M.
de S. ALBoN , Capitaine de Cavalerie auquel M.
VARAMBoN veut donner ſa fille. Deux Valets.
PorTEvIN , Valet de M. Richard, & PIERRoT ,
Valet de M. S. ALEoN.
La Scène eſt ſur l'Eſplanade de la Porte ſaint
Antoine , & ſur le Boulevard, vis-à-vis de la
maiſon de M. Varambon.
Après un Monologue très-court, catherine 2
mariée ſecrettement à Richard, lui apprend que .
Varambon ſon Père veut lui faire épouſer S. Al-.
A V R I L. 1764.
I95
bon. Ce Rival ſurprend Richard dans ſon inquié
tude, il le plaiſante, & Richard ſe retire de mau
vaiſe humeur. S. Albon informé par ſon Valet
Pierrot, des rendez-vous nocturnes de Richard,
prend la réſolution de ſe venger de Catherine,
quoiqu'il affecte un air d'indifférence & de Petit
Maître avec un ton ſingulier qui ne peut ſe bien
faire ſentir, que dans la Piéce même. Il joint à
la promenade le père & la fille. Il la perſiffle ſur
ſon goût pour le chant du Roſſignol, Catherine
rend à S. Albon des ſarcaſmes qui font taire
ſon perſifflage. Il ſe pique, & les quitte en chan
tant d'un air ironique. Le Père fait d'aigres re
proches à Catherine ſur l'intempérance de ſes
bons mots. Elle en prend occaſion d'avouer toute
ſon averſion pour S. Albon & ſon inclination
pour Richard Varambon entre en fureur ſur la
ſeule propoſition d'avoir pour gendre un hom
me de Robe. Cela redouble l'embarras de Ca
therine. Son Père veut rentrer à la maiſon avec
elle , que l'on ſe couche & que l'on dorme.
Nous ne pouvons nous refuſer à donner une
idée à nos Lecteurs du ton de plaiſanterie qui
régne dans tout cet Ouvrage, par celle-ci , que
nous promettons uniquement de tranſcrire. Sur
ce que Catherine dit , d'un ton chagrin , que
pour elle, elle ne dormira pas ; ſon Père re
plique en courroux & avec menaces : Vous ne
dormirez pas ! ... moi , morbleu, je veux que
vous dormiez .. .. Dormex , Mademoiſelle , ou
vous aurez a faire à moi. Je veux qu'on dorine
chez moi. Je veux être obei , corbleu. Le Père
& la Fille entrent dans la maiſon. S. Albon
revient , ſe cache, & voit monter au Balcon de
Catherine ſon mari Richard qu'il croit n'être que
ſon Amant, Le Valet de Richard eſt ivre , ce
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
qui produit une Scène fort plaiſante dans cette
conjoncture. Auſſitôt que ce Valet eſt retiré, S.
Albon fait placer la même échelle au pied du
Balcon. Il y monte à l'aide d'une barre de fer
que ſon Pienot lui tend ,
il ferme la fenêtre
en dehors de façon qu'on ne puiſſe l'ouvrir par
dedans. C'eſt le
ſeul endroit par où Richard
doit ſortir , Varambon enfermant ſa
fille tous
les ſoirs dans ſa chambre. S. Albon & Pierrot
imitent le chant des oiſeaux & avec leſquels ils
accompagnent des chanſons de plaiſanterie ſur
la priſe du Roſſignol, Catherine & Richard enten
dent à la fin ce bruit. On doit juger de leur dou
leur & de leur embarras. Ils implorent long
temps en vain la clémence de S. Albon. Il eſt
inéxorable. Cependant traitant l'affaire militai
rement ,
il propoſe à Richard, qu'il qualifie de
Gouverneur, une capitulation honnête, s'il veut
rendre la place. Le mariage ſecret ne permet
pas d'accepter la capitulation.Alors S. Albon
en vainqueur qui mépriſe ſa conquête, délivre
les Priſonniers ſans rançon & ſans condition.
Dans le temps qu'il deſcend du Balcon & que
Catherine lui dit avec reconnoiſſance de prendre
garde de ſe bleſſer. Varambon qui a entendu
du bruit, ſort l'epée à la main , il croit que
S. Albon étoit en rendez-vous dans la cham
bre de ſa fille , il l'attaque, celui-ci ſe défend.
Ils ſont ſeparés par les deux Valets qui ſur
viennent.L'imbroglio s'éclaircit. Le mariage clan
deſtin ſe déclare. Le Père, dans ſa rage, con
ſent à le ratifier, mais il ne veut jamais voir
ſon gendre ni ſa fille. On entre dans l'eſpoir
de l'appaiſer. S. Albon termine la Piéce par
une ſcène très-courte avec
ſon valet Pierrot,
dans laquelle en riant de ce mariage, il ſou
A V R I L. 1764.
197
tient & confirme le caractère dans lequel nous
l'avons annoncé.
OU
LE MARIAGE SECRET,
COMÉDIE en un Acte en Proſe & en
Vaudevilles.
Deuxiéme Pièce du THÉATRE DE
SOCIÉTÉ de M. COLLÉ.
SUJET.
LES personnages
de ce Drame sont M.
VARAMBON, Colonel de Hussards, Père de CATHERINE,
laquelle eſt mariée ſecrettement
avec M. RucHARD , Homme de
Robe. Un M.
de S. ALBoN , Capitaine de Cavalerie auquel M.
VARAMBoN veut donner ſa fille. Deux Valets.
PorTEvIN , Valet de M. Richard, & PIERRoT ,
Valet de M. S. ALEoN.
La Scène eſt ſur l'Eſplanade de la Porte ſaint
Antoine , & ſur le Boulevard, vis-à-vis de la
maiſon de M. Varambon.
Après un Monologue très-court, catherine 2
mariée ſecrettement à Richard, lui apprend que .
Varambon ſon Père veut lui faire épouſer S. Al-.
A V R I L. 1764.
I95
bon. Ce Rival ſurprend Richard dans ſon inquié
tude, il le plaiſante, & Richard ſe retire de mau
vaiſe humeur. S. Albon informé par ſon Valet
Pierrot, des rendez-vous nocturnes de Richard,
prend la réſolution de ſe venger de Catherine,
quoiqu'il affecte un air d'indifférence & de Petit
Maître avec un ton ſingulier qui ne peut ſe bien
faire ſentir, que dans la Piéce même. Il joint à
la promenade le père & la fille. Il la perſiffle ſur
ſon goût pour le chant du Roſſignol, Catherine
rend à S. Albon des ſarcaſmes qui font taire
ſon perſifflage. Il ſe pique, & les quitte en chan
tant d'un air ironique. Le Père fait d'aigres re
proches à Catherine ſur l'intempérance de ſes
bons mots. Elle en prend occaſion d'avouer toute
ſon averſion pour S. Albon & ſon inclination
pour Richard Varambon entre en fureur ſur la
ſeule propoſition d'avoir pour gendre un hom
me de Robe. Cela redouble l'embarras de Ca
therine. Son Père veut rentrer à la maiſon avec
elle , que l'on ſe couche & que l'on dorme.
Nous ne pouvons nous refuſer à donner une
idée à nos Lecteurs du ton de plaiſanterie qui
régne dans tout cet Ouvrage, par celle-ci , que
nous promettons uniquement de tranſcrire. Sur
ce que Catherine dit , d'un ton chagrin , que
pour elle, elle ne dormira pas ; ſon Père re
plique en courroux & avec menaces : Vous ne
dormirez pas ! ... moi , morbleu, je veux que
vous dormiez .. .. Dormex , Mademoiſelle , ou
vous aurez a faire à moi. Je veux qu'on dorine
chez moi. Je veux être obei , corbleu. Le Père
& la Fille entrent dans la maiſon. S. Albon
revient , ſe cache, & voit monter au Balcon de
Catherine ſon mari Richard qu'il croit n'être que
ſon Amant, Le Valet de Richard eſt ivre , ce
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
qui produit une Scène fort plaiſante dans cette
conjoncture. Auſſitôt que ce Valet eſt retiré, S.
Albon fait placer la même échelle au pied du
Balcon. Il y monte à l'aide d'une barre de fer
que ſon Pienot lui tend ,
il ferme la fenêtre
en dehors de façon qu'on ne puiſſe l'ouvrir par
dedans. C'eſt le
ſeul endroit par où Richard
doit ſortir , Varambon enfermant ſa
fille tous
les ſoirs dans ſa chambre. S. Albon & Pierrot
imitent le chant des oiſeaux & avec leſquels ils
accompagnent des chanſons de plaiſanterie ſur
la priſe du Roſſignol, Catherine & Richard enten
dent à la fin ce bruit. On doit juger de leur dou
leur & de leur embarras. Ils implorent long
temps en vain la clémence de S. Albon. Il eſt
inéxorable. Cependant traitant l'affaire militai
rement ,
il propoſe à Richard, qu'il qualifie de
Gouverneur, une capitulation honnête, s'il veut
rendre la place. Le mariage ſecret ne permet
pas d'accepter la capitulation.Alors S. Albon
en vainqueur qui mépriſe ſa conquête, délivre
les Priſonniers ſans rançon & ſans condition.
Dans le temps qu'il deſcend du Balcon & que
Catherine lui dit avec reconnoiſſance de prendre
garde de ſe bleſſer. Varambon qui a entendu
du bruit, ſort l'epée à la main , il croit que
S. Albon étoit en rendez-vous dans la cham
bre de ſa fille , il l'attaque, celui-ci ſe défend.
Ils ſont ſeparés par les deux Valets qui ſur
viennent.L'imbroglio s'éclaircit. Le mariage clan
deſtin ſe déclare. Le Père, dans ſa rage, con
ſent à le ratifier, mais il ne veut jamais voir
ſon gendre ni ſa fille. On entre dans l'eſpoir
de l'appaiſer. S. Albon termine la Piéce par
une ſcène très-courte avec
ſon valet Pierrot,
dans laquelle en riant de ce mariage, il ſou
A V R I L. 1764.
197
tient & confirme le caractère dans lequel nous
l'avons annoncé.
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Résumé : LE ROSSIGNOL, OU LE MARIAGE SECRET, COMÉDIE en un Acte en Proſe & en Vaudevilles. Deuxiéme Pièce du THÉATRE DE SOCIÉTÉ de M. COLLÉ. SUJET.
La pièce 'Le Rossignol, ou Le Mariage Secret' est une comédie en un acte écrite par M. Collé. Les personnages principaux sont M. Varambon, colonel de hussards et père de Catherine, secrètement mariée à M. Richard, un homme de robe. M. de Saint-Albon, capitaine de cavalerie, est le prétendant imposé par Varambon. Les valets Portevin et Pierrot servent respectivement Richard et Saint-Albon. L'action se déroule sur l'esplanade de la Porte Saint-Antoine et sur le boulevard face à la maison de Varambon. Catherine informe Richard que son père souhaite la marier à Saint-Albon. Saint-Albon, averti par son valet Pierrot des rendez-vous nocturnes de Richard, décide de se venger. Il accompagne Varambon et Catherine en promenade, provoquant une dispute avec Catherine. Varambon, furieux à l'idée d'avoir un gendre homme de robe, augmente l'embarras de Catherine. Saint-Albon monte ensuite au balcon de Catherine et enferme Richard à l'intérieur. Après une tentative de négociation, Saint-Albon libère les prisonniers sans condition. Varambon, alerté par le bruit, attaque Saint-Albon, croyant qu'il était en rendez-vous avec sa fille. L'imbroglio se clarifie lorsque le mariage secret est révélé. Varambon, enragé, accepte le mariage mais refuse de voir son gendre et sa fille. La pièce se termine par une scène où Saint-Albon rit de la situation avec son valet Pierrot.
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4709
p. 197-201
REMARQUES.
Début :
EN lisant cette Pièce il nous a paru que l'Auteur n'avoit pris qu'une idée très-légère [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES.
REMARQUES.
EN lisant cette Pièce il nous a paru que
l'Auteur n'avoit pris qu'une idée très-légère
de ſon Sujet, dans le conte du Roſ
ſignol; l'invention de ſa Fable comique
lui appartient preſqu'en entier , tous les
incidens ſont de ſon imagination.
Indépendamment de la forme du Dia
logue, prèſque tout en vaudevilles, ce
Drame différe totalement de la Comé
die précédente & par la nature du
Sujet, & par le genre de l'action. Ici
c'eſt un des exemples de cette forte
d'action, que nous avons hazardé de
nommer phyſique ou matérielle : l'intri
gue, les incidens, les événemens im
prévus , le mouvement local des Per
ſonnages, ſont les reſſorts qui font mar
cher la Piéce, qui la conduiſent à ſon
dénouement, & qui diſtinguent cette
action de celle que nous avons remar
quée dans Dupuis & Deſronais, &
dans la Veuve, que nous croyons diſtin
guer le mieux , l'action phyſique de
l'action morale dans le dramatique , eſt
lorſque tous les incidens ſont ſous les
yeux du ſpectateur; c'eſt préciſément
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
ce qui arrive dans la Piéce du Roſſignol.
Aucune des actions, aucune des démar
ches des Acteurs , utiles à la marche du
Drame , n'eſt ſouſtrait de la Scène. La
ſérénade ſingulière que S. Albon don
ne aux époux clandeſtins & leur ſur
· priſe, forment une Scène qui ſemble de
voir être très-théâtrale & très-piquante
à la repréſentation.
C'eſt auſſi l'effet
que des gens de goût , qui ont vû
jouer cette Pièce ſur des théâtres particu
liers , nous ont aſſuré qu'elle produiſoit.
J.'action du dénouement,§
lement amenée, comme on a pû voir
dans la légère eſquiſſe que nous venons
d'en tracer, eſt d'une chaleur & d'une
vivacité qu'il eſt très-rare de trouver, &
cette vivacité ſe ſoutient juſqu'à la fin
lorſque l'Imbroglio s'éclaircit : circonſ
-tance néceſſaire mais ordinairement lan
·guiſſante dans nos meilleures Comédies.
Dans cet Ouvrage amuſant il y a des
caractères que ne peut faire connoître
· une ſimple notice du Sujet. Ils ſont tous
dans la nature , & d'une vérité que l'on
· ne peut méconnoître, quoique d'une
ſingularité fort piquante. Celui du vieux
Militaire , père de Catherine, qui ne
veut marier ſa fille qu'à un homme de
ſon état, eſt aſſurément d'un vrai in
conte1 table; ainſi que ſes principes ſur
,
-
-
A V R I L. 1764.
r 99
l'autorité paternelle & ſa manière de la
tourner en une eſpéce deſpotiſme. Le
caractère de S. Albon a un coin de
ſingularité tout neuf. Sa fatuité & ſa
façon de procéder avec les femmes,
font des objets qui n'avoient point en
core été préſentés ſous cette face au
Théâtre. Ce caractère ,
tel qu'il eſt
donné, quoique fingulier, n'en eſt pas
moins dans la Nature.
Tous les incidens, comme nous l'a-
vons remarqué, & comme le remarque
ront ceux qui liront la Pièce, font natu
rels, & n'ont rien de forcé; pas même
celui d'un Amant heureux & favoriſé ,
berné, pour ainſi dire, & expoſé à la
riſée par celui qui n'eſt pas aimé , &
qui n'eſt pas fait pour l'être. C'eſt une
des ſingularités qui diſtingue ce Drame,
ſans néanmoins l'écarter des Loix du bon
Comique. Tous ces incidens ont leurs
· principes dans les caractères de Saint
Albon & de Varambon, & ces caractères
eux-mêmes ſont dans la Nature.
Toutes ces conſidérations ne nous au
toriſent-elles pas ſuffiſamment à avancer
| que cette Pièce (d'un genre tout diffé
rent de celui de la Veuve ), réunit deux
· points difficiles, & cependant eſſentiels
pour conſtituer la vÉRITABLE CoMÉ
I iv
2oO MERCURE DE FRANCE.
DIE ; ſçavoir , la VRAISEMBLANCE
DEs ÉVÉNEMENs ET LA VÉRITÉ DES
CARACTÈRES.
",
Il nous reſte deux obſervations à
faire, l'une ſur le Dialogue, & l'autre
ſur le tour des Couplets. Le Dialogue
nous a paru ſerré, & avoir la préciſion
propre à ſoutenir la chaleur théâtrale.
Les couplets en général ſont d'autant
plus † , qu'ils ont cet air de faci
lité qui ſeul peut-être puiſſe raiſonnable
ment s'adapter au Comique, & entrer &
ſe produire ſur la Scène,ſans la défigurer.
Tel étoit le genre de ce qu'on appelloit
parmi nous l'Opéra-Comique, enfant de
la gaîté, père de l'enjouement & de la
ſatyre ſpirituelle. C'eſt ce que vient d'é-
clipſer de nos jours l'Opéra-Bouffon ou
Comédie mêlée d'Ariettes. Ce n'eſt ni
la partialité, ni la prévention, qui nous
dictent les regrets que nous laiſſons quel
quefois échapper ſur nos pertes.
L'Auteur du Roſſignol nous permet
tra, avant de finir, un reproche ſur le
trop d'eſprit, ſur le tour de plaiſanterie
du ton des meilleures ſociétés, que nous
avons cru remarquer dans quelques cou
plets du Pierrot. Ce Perſonnage, ſur
notre ancienne Scène & dans nos idées,
ne comporte pas autant de fineſſe. Au
reſte , l'objet de ce reproche tournera au
A V R I L. 1764.
2.O I
profit des Lecteurs de la Pièce. Elle n'en
devient par-là que plus agréable. Eh
bien ! ceci, par exemple eſt un défaut
dans lequel on ne peut tomber en com
poſant des Opera-Bouffons ou des Co
médies à Ariettes. La Nature même &
le genre propre de ces Drames, en ga
· rantiſſent néceſſairement , non - ſeule
| ment pour les rôles de Valets, mais auſſi
pour ceux des Maîtres & des Maîtres les
plus diſtingués.
N. B. Nous préſumons que lorſque
l'Eſſai du Théâtre de Société, dont nous
venons de rendre compte, ſera plus gé
néralement connu, M. CoLLÉ ſera ,
pour ainſi dire , forcé de ſurmonter ſes
défiances pour en donner la ſuite. Nous
| devons l'y exhorter d'autant plus vive
· ment, que des gens d'un goût ſûr &
diſtingué ont beaucoup applaudi d'autres
Pièces de ce même Théâtre, encore plus
piquantes que celles-ci, & qui reſtent à
1mprimer.
La VEUVE & le Ross IGVoL ſe
vendent à Paris, chez Ducheſne, au
· Temple du Goût. Le prix de la première
Pièce eſt de 24 ſ celui de la ſeconde, 3o
fols avec la Muſique.
EN lisant cette Pièce il nous a paru que
l'Auteur n'avoit pris qu'une idée très-légère
de ſon Sujet, dans le conte du Roſ
ſignol; l'invention de ſa Fable comique
lui appartient preſqu'en entier , tous les
incidens ſont de ſon imagination.
Indépendamment de la forme du Dia
logue, prèſque tout en vaudevilles, ce
Drame différe totalement de la Comé
die précédente & par la nature du
Sujet, & par le genre de l'action. Ici
c'eſt un des exemples de cette forte
d'action, que nous avons hazardé de
nommer phyſique ou matérielle : l'intri
gue, les incidens, les événemens im
prévus , le mouvement local des Per
ſonnages, ſont les reſſorts qui font mar
cher la Piéce, qui la conduiſent à ſon
dénouement, & qui diſtinguent cette
action de celle que nous avons remar
quée dans Dupuis & Deſronais, &
dans la Veuve, que nous croyons diſtin
guer le mieux , l'action phyſique de
l'action morale dans le dramatique , eſt
lorſque tous les incidens ſont ſous les
yeux du ſpectateur; c'eſt préciſément
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
ce qui arrive dans la Piéce du Roſſignol.
Aucune des actions, aucune des démar
ches des Acteurs , utiles à la marche du
Drame , n'eſt ſouſtrait de la Scène. La
ſérénade ſingulière que S. Albon don
ne aux époux clandeſtins & leur ſur
· priſe, forment une Scène qui ſemble de
voir être très-théâtrale & très-piquante
à la repréſentation.
C'eſt auſſi l'effet
que des gens de goût , qui ont vû
jouer cette Pièce ſur des théâtres particu
liers , nous ont aſſuré qu'elle produiſoit.
J.'action du dénouement,§
lement amenée, comme on a pû voir
dans la légère eſquiſſe que nous venons
d'en tracer, eſt d'une chaleur & d'une
vivacité qu'il eſt très-rare de trouver, &
cette vivacité ſe ſoutient juſqu'à la fin
lorſque l'Imbroglio s'éclaircit : circonſ
-tance néceſſaire mais ordinairement lan
·guiſſante dans nos meilleures Comédies.
Dans cet Ouvrage amuſant il y a des
caractères que ne peut faire connoître
· une ſimple notice du Sujet. Ils ſont tous
dans la nature , & d'une vérité que l'on
· ne peut méconnoître, quoique d'une
ſingularité fort piquante. Celui du vieux
Militaire , père de Catherine, qui ne
veut marier ſa fille qu'à un homme de
ſon état, eſt aſſurément d'un vrai in
conte1 table; ainſi que ſes principes ſur
,
-
-
A V R I L. 1764.
r 99
l'autorité paternelle & ſa manière de la
tourner en une eſpéce deſpotiſme. Le
caractère de S. Albon a un coin de
ſingularité tout neuf. Sa fatuité & ſa
façon de procéder avec les femmes,
font des objets qui n'avoient point en
core été préſentés ſous cette face au
Théâtre. Ce caractère ,
tel qu'il eſt
donné, quoique fingulier, n'en eſt pas
moins dans la Nature.
Tous les incidens, comme nous l'a-
vons remarqué, & comme le remarque
ront ceux qui liront la Pièce, font natu
rels, & n'ont rien de forcé; pas même
celui d'un Amant heureux & favoriſé ,
berné, pour ainſi dire, & expoſé à la
riſée par celui qui n'eſt pas aimé , &
qui n'eſt pas fait pour l'être. C'eſt une
des ſingularités qui diſtingue ce Drame,
ſans néanmoins l'écarter des Loix du bon
Comique. Tous ces incidens ont leurs
· principes dans les caractères de Saint
Albon & de Varambon, & ces caractères
eux-mêmes ſont dans la Nature.
Toutes ces conſidérations ne nous au
toriſent-elles pas ſuffiſamment à avancer
| que cette Pièce (d'un genre tout diffé
rent de celui de la Veuve ), réunit deux
· points difficiles, & cependant eſſentiels
pour conſtituer la vÉRITABLE CoMÉ
I iv
2oO MERCURE DE FRANCE.
DIE ; ſçavoir , la VRAISEMBLANCE
DEs ÉVÉNEMENs ET LA VÉRITÉ DES
CARACTÈRES.
",
Il nous reſte deux obſervations à
faire, l'une ſur le Dialogue, & l'autre
ſur le tour des Couplets. Le Dialogue
nous a paru ſerré, & avoir la préciſion
propre à ſoutenir la chaleur théâtrale.
Les couplets en général ſont d'autant
plus † , qu'ils ont cet air de faci
lité qui ſeul peut-être puiſſe raiſonnable
ment s'adapter au Comique, & entrer &
ſe produire ſur la Scène,ſans la défigurer.
Tel étoit le genre de ce qu'on appelloit
parmi nous l'Opéra-Comique, enfant de
la gaîté, père de l'enjouement & de la
ſatyre ſpirituelle. C'eſt ce que vient d'é-
clipſer de nos jours l'Opéra-Bouffon ou
Comédie mêlée d'Ariettes. Ce n'eſt ni
la partialité, ni la prévention, qui nous
dictent les regrets que nous laiſſons quel
quefois échapper ſur nos pertes.
L'Auteur du Roſſignol nous permet
tra, avant de finir, un reproche ſur le
trop d'eſprit, ſur le tour de plaiſanterie
du ton des meilleures ſociétés, que nous
avons cru remarquer dans quelques cou
plets du Pierrot. Ce Perſonnage, ſur
notre ancienne Scène & dans nos idées,
ne comporte pas autant de fineſſe. Au
reſte , l'objet de ce reproche tournera au
A V R I L. 1764.
2.O I
profit des Lecteurs de la Pièce. Elle n'en
devient par-là que plus agréable. Eh
bien ! ceci, par exemple eſt un défaut
dans lequel on ne peut tomber en com
poſant des Opera-Bouffons ou des Co
médies à Ariettes. La Nature même &
le genre propre de ces Drames, en ga
· rantiſſent néceſſairement , non - ſeule
| ment pour les rôles de Valets, mais auſſi
pour ceux des Maîtres & des Maîtres les
plus diſtingués.
N. B. Nous préſumons que lorſque
l'Eſſai du Théâtre de Société, dont nous
venons de rendre compte, ſera plus gé
néralement connu, M. CoLLÉ ſera ,
pour ainſi dire , forcé de ſurmonter ſes
défiances pour en donner la ſuite. Nous
| devons l'y exhorter d'autant plus vive
· ment, que des gens d'un goût ſûr &
diſtingué ont beaucoup applaudi d'autres
Pièces de ce même Théâtre, encore plus
piquantes que celles-ci, & qui reſtent à
1mprimer.
La VEUVE & le Ross IGVoL ſe
vendent à Paris, chez Ducheſne, au
· Temple du Goût. Le prix de la première
Pièce eſt de 24 ſ celui de la ſeconde, 3o
fols avec la Muſique.
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Résumé : REMARQUES.
Le texte traite de la pièce 'Le Rossignol' et la compare à d'autres œuvres théâtrales, notamment 'La Veuve'. 'Le Rossignol' se distingue par une action physique et matérielle, où tous les incidents sont visibles sur scène, à l'inverse d'une action morale. L'intrigue est dynamique et riche en événements imprévus, maintenant l'intérêt du spectateur jusqu'à la fin. Les personnages, comme le vieux militaire et Saint-Albon, sont décrits comme naturels et singuliers, contribuant à l'authenticité de la pièce. Le dialogue est jugé serré et précis, convenant bien au genre de l'opéra-comique. Toutefois, certains couplets sont critiqués pour leur excès de finesse, peu adapté au personnage de Pierrot. L'auteur recommande à M. Collé de publier davantage de pièces de ce théâtre, appréciées par des amateurs de goût sûr.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4710
p. 203
SUPPLÉMENT à l'Article des Arts.
Début :
L'ESTAMPE, de Mlle CLAIRON, gravée d'après le beau Tableau de M. Vanloo, premier Peintre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Arts.
SUPPLÉMENT à l'Article des Arts.
L'ESTAMPE, de Mlle CLAIRON, gravée d'après
le beau Tableau de M. Vanloo, premier Peintre
du RoI , par MM. Cars & Bauvarlet, & imprimé
par le Sr Beauvais, ſur le plus grand papier
Grand-Aigle, ſera miſe en vente au plus tard ,
dans trois mois. Le tirage en ſera peu conſidéra
ble, & le prix de 24 liv. La ſupériorité connue des
Talens du Peintre & des Graveurs, ne laiſſe pas
douter de celle de l'exécution d'une Eſtampe
depuis longtemps attendue par les Amateurs des
Arts & du Théâtre, & dont S. M. a daigné gra
tifier cette Actrice vraiment célébre.
L'ESTAMPE, de Mlle CLAIRON, gravée d'après
le beau Tableau de M. Vanloo, premier Peintre
du RoI , par MM. Cars & Bauvarlet, & imprimé
par le Sr Beauvais, ſur le plus grand papier
Grand-Aigle, ſera miſe en vente au plus tard ,
dans trois mois. Le tirage en ſera peu conſidéra
ble, & le prix de 24 liv. La ſupériorité connue des
Talens du Peintre & des Graveurs, ne laiſſe pas
douter de celle de l'exécution d'une Eſtampe
depuis longtemps attendue par les Amateurs des
Arts & du Théâtre, & dont S. M. a daigné gra
tifier cette Actrice vraiment célébre.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Article des Arts.
Une estampe intitulée 'L'ESTAMPE', représentant Mlle Clairon d'après un tableau de François Boucher, sera mise en vente dans trois mois. Gravée par MM. Cars et Bauvarlet, imprimée par le sieur Beauvais sur papier Grand-Aigle, elle sera limitée et vendue 24 livres. Les talents du peintre et des graveurs sont reconnus. Le roi apprécie cette actrice célèbre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4711
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
Début :
LA malice des hommes rend tout possible & tout croyable. La vigilance [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
LA malice des hommes rend tout
possible & tout croyable. La vigilance
d'un Conſul hardi & pénétrant, vient
de ſauver la République, qui étoit ſur
A iij .
6
le
MERCURE DE FRANCE.
point de périr ;
le ſupplice des
Conjurés a ſuivi de près la conviction
de leur crime : la mort ignominieuſe
qu'ils ont ſouffert en a impoſé à ceux
que la vue du châtiment peut ſeule re
tenir dans le devoir : Cicéron comblé
de gloire a entendu ſon nom prononcé
publiquement dans les actions de grâ
ces adreſſées aux immortels ;
il a reçu
une récompenſe plus flatteuſe encore ,
c'eſt l'eſtime & l'approbation des bons
Citoyens.. .. Ce n'étoit point aſſez : il
lui manquoit un rapport eſſentiel avec
tous les grands hommes qui avant lui
avoient ſervi leur patrie. Il ignoroit
juſqu'où va la rage & la fureur d'un
méchant qui perſécute un homme de
bien. Il étoit réſervé à Publius Clodius
de le lui faire éprouver.
Tous les traits de la ſcélérateſſe la
plus noire & la plus raffinée étoient en
trés, pour ainſi dire, dans la compoſition
de ſon âme. Doué d'un eſprit vif & pé
nétrant ,
il ne s'en ſer, it jamais que
pour faire du mal. Il paſſoit ſa vie dans
la plus mauvaiſe compagnie de Rome ;
& , par une ſuite bien naturelle, tous
les honnêtes gens dont la conduite étoit
une ſatyre vivante & continuelle de la
ſienne, devenoient l'objet de ſes raille
•
!
M A I. 1764.
-
7
ries les plus piquantes : il ne s'en tint
pas là : honteux d'un parallèle qui l'hu
milioit , il voulut les perſécuter ; &
c'eſt dans cette vue qu'il brigua le Tri
bunat du Peuple qu'il obtint. Il étoit
difficile de donner cette place à quel
qu'un qui la méritât moins. Cicéron fut
un des premiers qui ſuccomba ſous
l'injuſtice de ſes pourſuites.
-
Ce généreux Citoyen, comblé de
gloire & d'honneurs , paſſoit tranquille
ment ſes jours au ſein de la Philoſo
phie ; quand Clodius , jaloux de ſes ſuc
cès, & plus encore de ſa réputation,en
treprit de l'accuſer d'avoir fait mourir
ſans formalités les complices deCatilina,
dont il prenoit hautement la défenſe.
Les Partiſans ſecrets de ce Conſpira
teur, qui avoient voulu attendre l'évé
nement pour ſe déclarer , étoient en
plus grand nombre encore que ceux qui
avoient embraſſé ouvertement ſon par
ti; & Cicéron avoit dans chacun d'eux
un ennemi d'autant plus dangereux,
qu'il
étoit plus caché. Il ne fut pas
difficile à ſon Accuſateur de les enga- .
er à l'appuyer dans ſon entrepriſe.
# ne fut qu'après s'être muni de tou
tes ces reſſources, qu'il ſe préſenta au
Peuple, favoriſé en ſecret par les deux
A iv
3 MERCURE BE FRANCE.
Tribuns Sextus Attilius & Numerius
Quintus , tous deux liés précédemment
avec les Conjurés, & par conſéquent
in éreſſés perſonnellement à la perte de
l'illuſtre Ex-Conſul.
Tous les bons Citoyens rejetterent
avec indignation & mépris la plainte
de Clodius , qui paſſa pourtant après
· bien des conteſtations à la pluralité des
voix; & le défenſeur de la République
fut condamné à l'exil. Les Chevaliers
Romains qui ſe faiſoient gloire de comp
ter Cicéron pour un des Membres de
leur Corps, donnerent des preuves écla
tantes del'eſtime ſingulièrequ'ils avoient
pour lui , en prenant des habits de
deuil conformes aux fiens. Un grand
nombre de Patriciens & d'autres Ci
toyens les imiterent.
Des témoignages auſſi flatteurs au
roient dû le conſoler d'une injuſti
ce dont le ſentiment intérieur de ſa
· conſcience le vengeoit aſſez d'ailleurs ;
avouons-le pourtant : Cicéron y fut trop
ſenſible ; ſes ſollicitations furent ram
pantes; il vit avec effroi que Pompée,ſon
ancien ami, l'avoit abandonné (a), &
( a ) J'ai ſuivi ici l'opinion la plus commune ;
quoique peut-être la moins prouvée. Il paſſe
pour conſtant que Pompé« évita adroitement la
M A I. 1764.
il partit de Rome pour ſe retirer en Si
cile, le déſeſpoir & la mort dans le
cœur. Son éloignement donna une libre
carrière aux fureurs de ſon cruel enne
mi : il obtint dans les Comices un Plé
biſcite qui ordonnoit que la maiſon de
l'Ex-Conſul ſeroit râſée : & on éleva
ſur ſes ruines un Temple à la Liberté,
comme ſi cet illuſtre Proſcrit, qui avoit
expoſé ſes jours pour la défendre, avoit
voulu en être le deſtructeur.
I. Son abſence remit le calme dans
la ville : elle dura dix-ſept mois. Pen
dant ce temps ſes amis employerent ef
ficacement leur crédit pour ramener les
eſprits. Le rappel de Cicéron fut pro
poſé;& bientôt après le décret en fut ex
pédié ſans difficulté. Il revint donc dans.
ſa patrie la veille des Nones de Sep
tembre ( b ) pour me ſervir des termes
viſite que Cicéron venoit lui faire, en s'échap
pant par un eſcalier dérobé ; cependant Cicérons
ne le dit poſitivement dans aucune de ſes lettres.
( b) Les Amateurs de la Chronologie exacte &
ſcrupuleuſe ſçauront avec plaiſir, que c'eſt Cicéron2
lui-même qui m'a appris cette date. Voici ce qu'il
écrit à Atticus , dans la première Lettre du qua
triéme Livre du Recueil de ſes Epîtres.... Poſtridie
in Senatu, qui fuit dies Non. Septemb, Senatu#
#ratias agimus, , , , , &c..
Ad.Ait. L. ſV. Eg, ſº
A u
1o MERCURE DE FRANCE.
du Calendrier Romain , l'an DCXCVF
de la fondation de Rome. Le lende
iain de ſon arrivée , il ſe rendit au Sé
mat, où il prononça le premier des qua
tre Diſcours dont il s'agit : il eſt connu
des Sçavans & dans les Ecoles, ſous le
titre de Poſt reditum in Senatu.
Cette Piéce intéreſſante à tous égards,
mériteroit à bon droit le titre d'...
Effuſion d'un cœur reconnoiſſant.
La belle âme de l'Orateur s'y peint
toute entière; & ceux qui ſçavent en
tendre le cri de la nature , voyent avec
plaiſir que le ſentiment y eft traité en
Maître. Cicéron y remercie en particulier
tous les Magiſtrats qui avoient contri
bué à ſon retour ; & il adreſſe enſuite
des actions de graces à tout le Sénat en
général. Les Conſuls de cette année
étoient Publius Lentulus & Quintus
Metellus. Les termes dont il ſe ſert pour
témoigner ſa gratitude , font entendre .
qu'il croyoit devoir en grande partie
à l'un des deux , le changement arrivé
dans ſa fortune ; mais qu'il n'avoit d'au
tre obligation au ſecond , que celle
de ne s'être pas oppoſé à ce qu'on avoit .
fait pour lui. Les Tribuns du PeupleT.A.
Millon , P. Sextius, C. Seſtilius , M.
- -
M A I. 1764.
I l
Cuſpius, T. Fadius, M. Curtius, C.
Meſſinius & Qu. Fabritius, reçoivent en
ſuite leur compliment. Les éloges qu'il
prodigue aux deux premiers, marquent
aſſez qu'ils l'avoient ſerviplus ardemment
que les autres : le ſilence affecté qu'il
garde ſur le compte d'Attilius & de
Numerius , qui lui avoient été contrai
res , forme un contraſte admirable avec
les traits piquans dont il accable enſuite
ſon adverſaire P. Clodius, qui , com
me nous l'avons dit, avoit été Tribun
du Peuple l'année précedente , & qui
s'étoit ſi mal ſervi de ſon autorité. Après
les Tribuns, Cicéron témoigne ſa recon
noiſſance aux ſept premiers Préteurs,
L. Cœcilius, M. Calidius , C. Septimius,
Qu. Valerius, P. Craſſus , Sex. Quinti
lius , & C. Cornutus. Il ne dit mot du
huitiéme & dernier Appius Claudius ,
parce qu'il étoit frère de P. Clodius ,
& qu'il n'avoit pas été de l'avis de ſes
collégues. (c) Enfin il termine ſaharan
( c ) On ne s'étonnera pas de ce que Cicéron
place ici les Préteurs après les Tribuns du Peu
ple, quoique ceux-ci ne fuſſent jamais que des
Plébéiens toujours inférieurs en naiſſance à ceux
la ,
ſi on fait réfléxion que la puiſſance Tribuni
cienne étoit bien ſupérieure à celle des Préteurs ,
quoiqu'ils fuſſent Patriciens , du moins pour la
plupart,
•
* .
.
A vj
-
-
12. MERCURE DE FRANCE.
gue en témoignant à Pompée qui lui .
avoit rendu ſon ancienne amitié, com
bien il a été ſenſible à la marque écla
tante qu'il lui à donnée de ſon attache
ment, en prononçant dans le Sénat un
beau diſcours en ſa faveur.
-
II. Le Peuple n'avoit pas été ſpectateur
oififde cette fameuſe querelle : il y avoit
pris part en banniſſant Cicéron, & en le
dépouillant de ſes biens : il répara ſon in
juſtice en contribuant à ſon rétabliſſe
ment. Cicéron avoit des actions de
graces à lui rendre; & il s'acquitta de ce
devoir au gré de tout le monde, peu de
jours après l'avoir rempli dans le Sénat.
Ce diſcours porte ordinairement en
titre, Poſt reditum ad Quirites. (d)
III. Cicéron, rétabli dans ſa patrie,
n'étoit pas encore ſatisfait : il voyoit
toujours ſubſiſter un monument odieux
de la fureur de Clodius. Sa maiſon étoit
démolie ; & le Temple de la Liberté
ſembloit avoir été élevé pour perpétuer
(d) Tous les Editeurs de Cicéron s'accordent à
placer ce Diſcours avant le précédent, quoiqu'il
ſoit conſtant qu'il n'ait été prononcé que le ſe
cond, Une tranſpoſition de Copiſte aura été la
première cauſe de cette faute qui perpétuée juſ
qu'à nos jours, prouve que la plupart des Éru
dits conſultent plus la routine que la raiſon.
,
M A I. 1764.
13
à jamais la mémoire de l'affront qu'il
avoit reçu. La ſituation de l'Orateur
étoit des plus embaraſſantes, parce que
ſon ennemi, auſſi ruſé que Politique,
avoit trouvé moyen d'intéreſſer les
Dieux dans ſa cauſe, & d'immortali
ſer ainſi ſa vengeance. Le Sénat au
quel il s'adreſſa d'abord, le renvoya aux
Pontifes, comme Juges naturels d'une
affaire , où le culte des Dieux ſe trouvoit
mêlé.Ce fut donc en leur préſence qu'il
prononça, le dernier jour de Septembre,
le diſcours dont il eſt queſtion, & qui
porte le titre vulgaire de Pro domo ſuâ
ad Pontifices. Le ſuccès le plus brillant
fut le prix de ſon éloquence; ſes raiſons
parurent bonnes; & le Sacré Collége,
s'il eſt permis de s'exprimer ainſi, le
remit en poſſeſſion de ſon bien par
une ſentence qui fut enſuite confirmée
par un arrêt du Sénat. Cicéron nous
l'apprend lui-même dans une de ſes .
lettres à ſon digne ami le célébre Atti
cus : c'eſt la ſeconde du quatriéme livre
du recueil déjà cité.
IV. Cicéron triomphoit : ſa fortune
étoit rétablie, ſes ennemis confondus,
| ſon crédit devenoit plus grand de jour
en jour; Clodius commençoit à per--
dre le ſien, & à tomber dans un mépris
-
14 MERCURE DE FRANCE.
général ; perſpective que doivent enviſa
† tous ceux qui ne craindront pas de
ui reſſembler.
Sa fureur n'étoit pas encore aſſouvie :
il réſolut de tourmenter de nouveau
ſon adverſaire. La ſuperſtition eſt un .
aliment dont ſe repaiſſent aiſément les
eſprits foibles; ce fut par là qu'il voulut
leur faire prendre intérêt dans ſa que
relle , ſoit qu'il crût que rien ne lui
ſeroit plus facile que de leur en impoſer,
ſoit qu'il s'imaginât que comme ils
étoient en plus grand nombre , ils lui
formeroient un corps de partiſans plus
conſidérable.
.
.
Pour commencer à faire jouer cette
Comédie, il apoſta des gens à lui, qui
débiterent avec effionterie, qu'on enten
doit toutes les nuits un bruit affreux de
cliquetis d'Armes, & de chaînes de fer,
dans une Campagne fort peu éloignée
de la Ville qu'on appelloit le Champ La
tin. Ce merveilleux étonna d'abord ;
les gens ſenſés n'en firent que rire; mais
il n'en fut pas ainſi des autres, qui à for
ce d'entendre répéter aux créatures de
Clodius , leurs ridicules rêveries, en
vinrent bientôt à les adopter eux mê
mes, & à ſe perſuader qu'ils avoient en
tendu ces bruits.
-
!
M A I. 1764: º
1 5
L'effroi ne tarda pas à ſe répandre
dans la ville ; & d'une commune voix
on eut recours aux Haruſpices ou De
vins, eſpéce de Charlatans qui préten
doient prédire l'avenir par l'inſpection
des entrailles encore fumantes des ani
maux nouvellement égorgés : l'inquié
tude & la curioſité naturelles aux Ro
mains comme aux autres hommes, fai
ſoient vivre cette eſpéce de Prêtres dans
une conſidération ſingulière.
Leur réponſe fut que les Dieux irri
tés manifeſtoient leur colère de ce qu'on
négligeoit leur culte , & qu'on oublioit
leur puiſſance. Cette réponſe ambiguë
& dictée ſans doute par les libéralités
de l'Auteur même du prodige , donna
lieu à Clodius, revêtu pour lors de la
charge d'Edile Curule , de déclamer
publiquement contre le decret qui avoit
remis Cicéron en poſſeſſion de ſa mai
ſon, en affectant de lui appliquer les
paroles équivoques des Haruſpices. Ci
céron indigné de ce nouveau trait de
vengeance auquel il ne s'attendoit pas,
entreprit de réfuter les calomnies de
Clodius dans un Diſcours qu il pronon
ça dans le Sénat , diſcours connu ordi
nairement ſous ce titre , De Haruſpi
citm reſponſis.
26 MfER CURE DE FRANCE.
Ce Morceau eſt plein de chaleur & de
ſolidité. Il eſt vrai que Cicéron s'y laiſſe
un peu trop emporter à la vivacité de
fon reſſentiment; mais il faut convenir
auſſi qu'en faiſant à Clodius l'applica
tion de l'Oracle, il parle avec plus de
fondement & plus de vérité que n'avoit
fait ſon adverſaire.
LA malice des hommes rend tout
possible & tout croyable. La vigilance
d'un Conſul hardi & pénétrant, vient
de ſauver la République, qui étoit ſur
A iij .
6
le
MERCURE DE FRANCE.
point de périr ;
le ſupplice des
Conjurés a ſuivi de près la conviction
de leur crime : la mort ignominieuſe
qu'ils ont ſouffert en a impoſé à ceux
que la vue du châtiment peut ſeule re
tenir dans le devoir : Cicéron comblé
de gloire a entendu ſon nom prononcé
publiquement dans les actions de grâ
ces adreſſées aux immortels ;
il a reçu
une récompenſe plus flatteuſe encore ,
c'eſt l'eſtime & l'approbation des bons
Citoyens.. .. Ce n'étoit point aſſez : il
lui manquoit un rapport eſſentiel avec
tous les grands hommes qui avant lui
avoient ſervi leur patrie. Il ignoroit
juſqu'où va la rage & la fureur d'un
méchant qui perſécute un homme de
bien. Il étoit réſervé à Publius Clodius
de le lui faire éprouver.
Tous les traits de la ſcélérateſſe la
plus noire & la plus raffinée étoient en
trés, pour ainſi dire, dans la compoſition
de ſon âme. Doué d'un eſprit vif & pé
nétrant ,
il ne s'en ſer, it jamais que
pour faire du mal. Il paſſoit ſa vie dans
la plus mauvaiſe compagnie de Rome ;
& , par une ſuite bien naturelle, tous
les honnêtes gens dont la conduite étoit
une ſatyre vivante & continuelle de la
ſienne, devenoient l'objet de ſes raille
•
!
M A I. 1764.
-
7
ries les plus piquantes : il ne s'en tint
pas là : honteux d'un parallèle qui l'hu
milioit , il voulut les perſécuter ; &
c'eſt dans cette vue qu'il brigua le Tri
bunat du Peuple qu'il obtint. Il étoit
difficile de donner cette place à quel
qu'un qui la méritât moins. Cicéron fut
un des premiers qui ſuccomba ſous
l'injuſtice de ſes pourſuites.
-
Ce généreux Citoyen, comblé de
gloire & d'honneurs , paſſoit tranquille
ment ſes jours au ſein de la Philoſo
phie ; quand Clodius , jaloux de ſes ſuc
cès, & plus encore de ſa réputation,en
treprit de l'accuſer d'avoir fait mourir
ſans formalités les complices deCatilina,
dont il prenoit hautement la défenſe.
Les Partiſans ſecrets de ce Conſpira
teur, qui avoient voulu attendre l'évé
nement pour ſe déclarer , étoient en
plus grand nombre encore que ceux qui
avoient embraſſé ouvertement ſon par
ti; & Cicéron avoit dans chacun d'eux
un ennemi d'autant plus dangereux,
qu'il
étoit plus caché. Il ne fut pas
difficile à ſon Accuſateur de les enga- .
er à l'appuyer dans ſon entrepriſe.
# ne fut qu'après s'être muni de tou
tes ces reſſources, qu'il ſe préſenta au
Peuple, favoriſé en ſecret par les deux
A iv
3 MERCURE BE FRANCE.
Tribuns Sextus Attilius & Numerius
Quintus , tous deux liés précédemment
avec les Conjurés, & par conſéquent
in éreſſés perſonnellement à la perte de
l'illuſtre Ex-Conſul.
Tous les bons Citoyens rejetterent
avec indignation & mépris la plainte
de Clodius , qui paſſa pourtant après
· bien des conteſtations à la pluralité des
voix; & le défenſeur de la République
fut condamné à l'exil. Les Chevaliers
Romains qui ſe faiſoient gloire de comp
ter Cicéron pour un des Membres de
leur Corps, donnerent des preuves écla
tantes del'eſtime ſingulièrequ'ils avoient
pour lui , en prenant des habits de
deuil conformes aux fiens. Un grand
nombre de Patriciens & d'autres Ci
toyens les imiterent.
Des témoignages auſſi flatteurs au
roient dû le conſoler d'une injuſti
ce dont le ſentiment intérieur de ſa
· conſcience le vengeoit aſſez d'ailleurs ;
avouons-le pourtant : Cicéron y fut trop
ſenſible ; ſes ſollicitations furent ram
pantes; il vit avec effroi que Pompée,ſon
ancien ami, l'avoit abandonné (a), &
( a ) J'ai ſuivi ici l'opinion la plus commune ;
quoique peut-être la moins prouvée. Il paſſe
pour conſtant que Pompé« évita adroitement la
M A I. 1764.
il partit de Rome pour ſe retirer en Si
cile, le déſeſpoir & la mort dans le
cœur. Son éloignement donna une libre
carrière aux fureurs de ſon cruel enne
mi : il obtint dans les Comices un Plé
biſcite qui ordonnoit que la maiſon de
l'Ex-Conſul ſeroit râſée : & on éleva
ſur ſes ruines un Temple à la Liberté,
comme ſi cet illuſtre Proſcrit, qui avoit
expoſé ſes jours pour la défendre, avoit
voulu en être le deſtructeur.
I. Son abſence remit le calme dans
la ville : elle dura dix-ſept mois. Pen
dant ce temps ſes amis employerent ef
ficacement leur crédit pour ramener les
eſprits. Le rappel de Cicéron fut pro
poſé;& bientôt après le décret en fut ex
pédié ſans difficulté. Il revint donc dans.
ſa patrie la veille des Nones de Sep
tembre ( b ) pour me ſervir des termes
viſite que Cicéron venoit lui faire, en s'échap
pant par un eſcalier dérobé ; cependant Cicérons
ne le dit poſitivement dans aucune de ſes lettres.
( b) Les Amateurs de la Chronologie exacte &
ſcrupuleuſe ſçauront avec plaiſir, que c'eſt Cicéron2
lui-même qui m'a appris cette date. Voici ce qu'il
écrit à Atticus , dans la première Lettre du qua
triéme Livre du Recueil de ſes Epîtres.... Poſtridie
in Senatu, qui fuit dies Non. Septemb, Senatu#
#ratias agimus, , , , , &c..
Ad.Ait. L. ſV. Eg, ſº
A u
1o MERCURE DE FRANCE.
du Calendrier Romain , l'an DCXCVF
de la fondation de Rome. Le lende
iain de ſon arrivée , il ſe rendit au Sé
mat, où il prononça le premier des qua
tre Diſcours dont il s'agit : il eſt connu
des Sçavans & dans les Ecoles, ſous le
titre de Poſt reditum in Senatu.
Cette Piéce intéreſſante à tous égards,
mériteroit à bon droit le titre d'...
Effuſion d'un cœur reconnoiſſant.
La belle âme de l'Orateur s'y peint
toute entière; & ceux qui ſçavent en
tendre le cri de la nature , voyent avec
plaiſir que le ſentiment y eft traité en
Maître. Cicéron y remercie en particulier
tous les Magiſtrats qui avoient contri
bué à ſon retour ; & il adreſſe enſuite
des actions de graces à tout le Sénat en
général. Les Conſuls de cette année
étoient Publius Lentulus & Quintus
Metellus. Les termes dont il ſe ſert pour
témoigner ſa gratitude , font entendre .
qu'il croyoit devoir en grande partie
à l'un des deux , le changement arrivé
dans ſa fortune ; mais qu'il n'avoit d'au
tre obligation au ſecond , que celle
de ne s'être pas oppoſé à ce qu'on avoit .
fait pour lui. Les Tribuns du PeupleT.A.
Millon , P. Sextius, C. Seſtilius , M.
- -
M A I. 1764.
I l
Cuſpius, T. Fadius, M. Curtius, C.
Meſſinius & Qu. Fabritius, reçoivent en
ſuite leur compliment. Les éloges qu'il
prodigue aux deux premiers, marquent
aſſez qu'ils l'avoient ſerviplus ardemment
que les autres : le ſilence affecté qu'il
garde ſur le compte d'Attilius & de
Numerius , qui lui avoient été contrai
res , forme un contraſte admirable avec
les traits piquans dont il accable enſuite
ſon adverſaire P. Clodius, qui , com
me nous l'avons dit, avoit été Tribun
du Peuple l'année précedente , & qui
s'étoit ſi mal ſervi de ſon autorité. Après
les Tribuns, Cicéron témoigne ſa recon
noiſſance aux ſept premiers Préteurs,
L. Cœcilius, M. Calidius , C. Septimius,
Qu. Valerius, P. Craſſus , Sex. Quinti
lius , & C. Cornutus. Il ne dit mot du
huitiéme & dernier Appius Claudius ,
parce qu'il étoit frère de P. Clodius ,
& qu'il n'avoit pas été de l'avis de ſes
collégues. (c) Enfin il termine ſaharan
( c ) On ne s'étonnera pas de ce que Cicéron
place ici les Préteurs après les Tribuns du Peu
ple, quoique ceux-ci ne fuſſent jamais que des
Plébéiens toujours inférieurs en naiſſance à ceux
la ,
ſi on fait réfléxion que la puiſſance Tribuni
cienne étoit bien ſupérieure à celle des Préteurs ,
quoiqu'ils fuſſent Patriciens , du moins pour la
plupart,
•
* .
.
A vj
-
-
12. MERCURE DE FRANCE.
gue en témoignant à Pompée qui lui .
avoit rendu ſon ancienne amitié, com
bien il a été ſenſible à la marque écla
tante qu'il lui à donnée de ſon attache
ment, en prononçant dans le Sénat un
beau diſcours en ſa faveur.
-
II. Le Peuple n'avoit pas été ſpectateur
oififde cette fameuſe querelle : il y avoit
pris part en banniſſant Cicéron, & en le
dépouillant de ſes biens : il répara ſon in
juſtice en contribuant à ſon rétabliſſe
ment. Cicéron avoit des actions de
graces à lui rendre; & il s'acquitta de ce
devoir au gré de tout le monde, peu de
jours après l'avoir rempli dans le Sénat.
Ce diſcours porte ordinairement en
titre, Poſt reditum ad Quirites. (d)
III. Cicéron, rétabli dans ſa patrie,
n'étoit pas encore ſatisfait : il voyoit
toujours ſubſiſter un monument odieux
de la fureur de Clodius. Sa maiſon étoit
démolie ; & le Temple de la Liberté
ſembloit avoir été élevé pour perpétuer
(d) Tous les Editeurs de Cicéron s'accordent à
placer ce Diſcours avant le précédent, quoiqu'il
ſoit conſtant qu'il n'ait été prononcé que le ſe
cond, Une tranſpoſition de Copiſte aura été la
première cauſe de cette faute qui perpétuée juſ
qu'à nos jours, prouve que la plupart des Éru
dits conſultent plus la routine que la raiſon.
,
M A I. 1764.
13
à jamais la mémoire de l'affront qu'il
avoit reçu. La ſituation de l'Orateur
étoit des plus embaraſſantes, parce que
ſon ennemi, auſſi ruſé que Politique,
avoit trouvé moyen d'intéreſſer les
Dieux dans ſa cauſe, & d'immortali
ſer ainſi ſa vengeance. Le Sénat au
quel il s'adreſſa d'abord, le renvoya aux
Pontifes, comme Juges naturels d'une
affaire , où le culte des Dieux ſe trouvoit
mêlé.Ce fut donc en leur préſence qu'il
prononça, le dernier jour de Septembre,
le diſcours dont il eſt queſtion, & qui
porte le titre vulgaire de Pro domo ſuâ
ad Pontifices. Le ſuccès le plus brillant
fut le prix de ſon éloquence; ſes raiſons
parurent bonnes; & le Sacré Collége,
s'il eſt permis de s'exprimer ainſi, le
remit en poſſeſſion de ſon bien par
une ſentence qui fut enſuite confirmée
par un arrêt du Sénat. Cicéron nous
l'apprend lui-même dans une de ſes .
lettres à ſon digne ami le célébre Atti
cus : c'eſt la ſeconde du quatriéme livre
du recueil déjà cité.
IV. Cicéron triomphoit : ſa fortune
étoit rétablie, ſes ennemis confondus,
| ſon crédit devenoit plus grand de jour
en jour; Clodius commençoit à per--
dre le ſien, & à tomber dans un mépris
-
14 MERCURE DE FRANCE.
général ; perſpective que doivent enviſa
† tous ceux qui ne craindront pas de
ui reſſembler.
Sa fureur n'étoit pas encore aſſouvie :
il réſolut de tourmenter de nouveau
ſon adverſaire. La ſuperſtition eſt un .
aliment dont ſe repaiſſent aiſément les
eſprits foibles; ce fut par là qu'il voulut
leur faire prendre intérêt dans ſa que
relle , ſoit qu'il crût que rien ne lui
ſeroit plus facile que de leur en impoſer,
ſoit qu'il s'imaginât que comme ils
étoient en plus grand nombre , ils lui
formeroient un corps de partiſans plus
conſidérable.
.
.
Pour commencer à faire jouer cette
Comédie, il apoſta des gens à lui, qui
débiterent avec effionterie, qu'on enten
doit toutes les nuits un bruit affreux de
cliquetis d'Armes, & de chaînes de fer,
dans une Campagne fort peu éloignée
de la Ville qu'on appelloit le Champ La
tin. Ce merveilleux étonna d'abord ;
les gens ſenſés n'en firent que rire; mais
il n'en fut pas ainſi des autres, qui à for
ce d'entendre répéter aux créatures de
Clodius , leurs ridicules rêveries, en
vinrent bientôt à les adopter eux mê
mes, & à ſe perſuader qu'ils avoient en
tendu ces bruits.
-
!
M A I. 1764: º
1 5
L'effroi ne tarda pas à ſe répandre
dans la ville ; & d'une commune voix
on eut recours aux Haruſpices ou De
vins, eſpéce de Charlatans qui préten
doient prédire l'avenir par l'inſpection
des entrailles encore fumantes des ani
maux nouvellement égorgés : l'inquié
tude & la curioſité naturelles aux Ro
mains comme aux autres hommes, fai
ſoient vivre cette eſpéce de Prêtres dans
une conſidération ſingulière.
Leur réponſe fut que les Dieux irri
tés manifeſtoient leur colère de ce qu'on
négligeoit leur culte , & qu'on oublioit
leur puiſſance. Cette réponſe ambiguë
& dictée ſans doute par les libéralités
de l'Auteur même du prodige , donna
lieu à Clodius, revêtu pour lors de la
charge d'Edile Curule , de déclamer
publiquement contre le decret qui avoit
remis Cicéron en poſſeſſion de ſa mai
ſon, en affectant de lui appliquer les
paroles équivoques des Haruſpices. Ci
céron indigné de ce nouveau trait de
vengeance auquel il ne s'attendoit pas,
entreprit de réfuter les calomnies de
Clodius dans un Diſcours qu il pronon
ça dans le Sénat , diſcours connu ordi
nairement ſous ce titre , De Haruſpi
citm reſponſis.
26 MfER CURE DE FRANCE.
Ce Morceau eſt plein de chaleur & de
ſolidité. Il eſt vrai que Cicéron s'y laiſſe
un peu trop emporter à la vivacité de
fon reſſentiment; mais il faut convenir
auſſi qu'en faiſant à Clodius l'applica
tion de l'Oracle, il parle avec plus de
fondement & plus de vérité que n'avoit
fait ſon adverſaire.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE des Quatre Discours de CICÉRON, tant au S[é]nat qu'au Peuple, au retour de son exil.
Après son retour d'exil, Cicéron fut acclamé pour avoir protégé la République en condamnant des conspirateurs. Cependant, Publius Clodius, envieux de sa renommée, l'accusa injustement et parvint à obtenir son exil malgré l'opposition des citoyens. Soutenu par les Chevaliers Romains, Cicéron se retira en Sicile. Clodius fit démolir la maison de Cicéron pour y construire un temple dédié à la Liberté. Dix-sept mois plus tard, Cicéron fut rappelé à Rome grâce à l'intervention de ses amis et prononça un discours au Sénat, 'Post reditum in Senatu', où il exprima sa reconnaissance envers les magistrats, les tribuns du peuple et le peuple romain. Il critiqua implicitement ses adversaires et attaqua Clodius. Bien que Cicéron obtînt la reconstruction de sa maison, Clodius tenta de relancer les hostilités en exploitant la superstition populaire. Les haruspices interprétèrent des signes divins comme une manifestation de la colère des dieux, permettant à Clodius de critiquer le décret rétablissant Cicéron dans ses droits. En réponse, Cicéron prononça un autre discours au Sénat, 'De Haruspicum Responsis', où il réfuta les accusations de Clodius et démontra la solidité et la véracité de ses arguments, malgré son ressentiment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4712
p. 54-66
LETTRE écrite de la Nouvelle-Orléans dans la Louisiane, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, à Paris. Par M. F****, sur feu M. TITON DU TILLET.
Début :
VOUS n'avez pas ignoré, sans doute, dans le temps, Monsieur, que la mort nous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de la Nouvelle-Orléans dans la Louisiane, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, à Paris. Par M. F****, sur feu M. TITON DU TILLET.
LETTRE écrite de la Nouvelle-Orléans
dans la Louisiane, à M. DE LA
PLACE, Auteur du Mercure, à Paris.
Par M. F****, sur feu M. TITON
DU TILLET.
VOUS n'avez pas ignoré, sans doute,
dans le temps, Monsieur, que la mort nous
a enlevé un excellent citoyen;un Ecrivain
eſtimable , un Académicien de prèſque
toutes les Académies de l'Europe , un
homme audeſſus de la claſſe ordinaire de
ſes ſemblables,aſſez ardent & aſſez géné
reux pour avoir conſacré une partie de ſa
vie & de ſa fortune à élever à la gloire de
ſon Prince & de ſa patrie, un monur ^nt
auſſi durable que le bronze dont il eſt ror
mé.Je n'ai pas beſoin de vous nommer le
célébre M.Titon du Tillet; l'amitié dont il
m'honora durant ſes dernières années ,
me reproche d'avoir différé juſqu'à pré
ſent à vous adreſſer au moins une eſquiſſe
ſur ſa perſonne & ſur ſes ouvrages : je
ſçais que des plumes habiles & exercées
lui ont rendu des hommages dignes de
lui. Je les ai lus avec cette ſatisfaction
douce que procure la contemplation de
,
M A I. 1764.
55
ſa juſtice rendue au mérite : mai, vous
l'avouerai-je ? je n'ai pas été peu ſurpris
devoir que le Doyen de nos Ouvrages
périodiques, le Mercure de France, le
Journal de la nation , ait gardé ſeul juſ
quà ce jour, un profond ſilence ſur un
François qui a tant & ſi bien travaillé
pour l'honneur de ſes compatriotes. *
Pour réparer, ſi je puis, une telle omiſ- .
ſion, le regret & la douleur enhardiſ
ſent ma main timide & inconnue , à
vous tracer ici quelques-uns des prin
cipaux traits qui m'ont frappé dans ce
reſpectable Mortel.
Moréri & ſes ſupplémens nous ap
prennent qu'il étoit fils de Maximilien
Titon , Seigneur de Bévre , de Lançon,
d'Iſtre & d'Ognon, Secrétaire du Roi ,
qui le premier propoſa l'établiſſement
des magazins d'armes, dont il fut nom
mé par Sa Majeſté, Directeur Général
dans toute l'étendue du Royaume. Ma
acimilien Titon eſt dit ſorti d'une famille
d'Ecoſſe, d'où ſon grand-père vint s'é-
tablir à Paris. Son épouſe fut Dame
Marguerite Becaille , dont il eut ſept
enfans , du nombre deſquels eſt celui
dont je vais parler.
* On nous avoit promis ſur ce ſujet, des Mé
moires qui ne nous ont pas encore été remis.
Civ
- 56 MERCURE DE FRANCE.
Evrard Titon du Tillet nâquit à Paris,
à l'Arſénal, ſur la Paroiſſe de S. Paul , le
16 Janvier 1677. Après avoir fait de
fort bonnes études au Collége des Jé
ſuites, il entra jeune dans le Service. Il
eut une Compagnie, ſous ſon nom, com
poſée de 1oo fuſiliers. Malgré la vie
inappliquée de l'état militaire, il trouva
le temps d'étudier en Droit,& de ſe faire
recevoir Avocat en Parlement à Paris.
Par la ſuite, devenu Capitaine de Dra
gons, il fut réformé après la paix de
Riſwich conclue en 1697 : alors il ache
ta une Charge de Maître-d'Hôtel de
Madame la Ducheſſe de Bourgogne,
Adélaide de Savoie, Dauphine & Mère
de Louis XV. La mort de cette Prin
ceſſe, arrivée en 1712 , lui fit perdre ſa
Charge, & le rendit totalement maître
de lui-même.
En 1719 il alla à Rome, où il paſſà
quatre mois & où il apprit très-bien
' l'Italien. Il parcourut la plus grande
partie de l'Italie. Il fit ce voyage en
homme de goût qui cherche à s'inſtrui
re & qui y réuſſit. Auſſi a-t-il laiſſé
une collection de Tableaux & de Bron
zes fort eſtimés.
A ſon retour, à la ſollicitation de ſa fa
mille, il acquit une charge de Commiſſai
re Provincial des Guèrres,dont il remplit
/
".
M A I. 1764.
ceux qui en furent les témoins.
|
57
les fonctions à la ſatisfaction de tous
Dès 17o8, il avoit conçu la grande idée
- d'exécuter en bronze un Parnaſſe Fran
çois à la Gloire de la France & de LovIs
· LE-GRAND, & à la mémoire immortelle
des Illuſtres Poëtes & des fameux Mu
ſiciens François. Il conſulta les meil
leurs Artiſtes & les plus grands Critiques
du temps, ſurtout le ſévère Boileau
Deſpréaux. Ils applaudirent à une ſi
belle idée; ils jugerent même équitable
qu'après avoir placé au premier rang
les Poëtes & les Artiſtes les plus renom
més,on mît les autres dignes d'y figurer,
dans des degrés inférieurs ſelon leurs dif
férens mérites : Stat ſua cuique merces.
- Louis Garnier, Sculpteur, éléve de
· Girardon , travailla près de dix ans pour
pour le finir. Ce Monument offre un
groupe de figures en bronze d'environ
neufpieds d'élévation; quatre ſont pour
le maſſif de bois de chêne bronzé qui
fait le bas de la montagne, & cinq &
quelques pouces, pour le bronze au
deſſus, où ſe voyent les différentes fi
gures : les quinze principales ont de
puis douze juſquà dix-huit pouces de
proportion ou de hauteur. Ce groupe
n'eſt qu'un modéle. Loºgde l'Auteur
L V -
|
58 MERCURE DE FRANCE.
étoit de le
faire exécuter en Statues
Coloſſales au milieu d'une vaſte Place
publique ou d'un magnifique Jardin ,
tel que l'Eſtampe le repréſente. Ce fa
meux Ouvrage fut achevé en 1718.
M. du Tillet pour le faire connoître
au Public qui paroiſſoit le deſirer, en
· fit faire un deſſein & un tableau par
Nicolas Poilly, excellent Artiſte. En
ſuite il en fit graver une grande Eſtam
pe par Jean Audran, qui fut achevée &
préſentée à Sa Majeſté en 1723 avec
le tableau : ces préſens furent reçus
avec une bonté & un accueil très-flat
teurs pour l'Auteur. La Reine en 1726
accepta une pareille Eſtampe ſous verre,
décorée d'une riche bordure. Une gran
de quantité d'autres fut diſtribuée à tout
ce qu'il y avoit de mieux à la Cour, à
la Ville , dans les Provinces & dans les
Pays étrangers.
Outre ces précautions, l'Auteur pour
donner une parfaite idée de ſon Ou
vrage, en compoſa & en fit imprimer
une deſcription détaillée en 1727,in-12,
à Paris. Ce même Livre fut réimprimé
en 1732 , mais beaucoup plus ample,
in-folio , grand & petit papier avec des
Eſtampes. Il y a ajouté depuis deux
Supplémens de pareil format , l'un en
-
M A I. 1764..
5 9
· 1743 , l'autre en 1755 , toujours avec
des Eſtampes & des Vignettes , & il
reſte en manuſcrit actuéllement , tout
diſpoſé, dequoi en publier un troiſiéme.
En 1734 , M. Titon du Tillet , pour
prouver à l'Univers que ſon zéle en
• érigeant ſon Parnaſſe , n'étoit qu'une
imitation de ce qu'ont pratiqué les An
ciens , a mis de plus en lumière , un
Ouvrage relatif aux précédens, en un
volume in-12 , ſous ce Titre : Eſſais
ſur les honneurs & ſur les Monumens
accordés aux illuſtres Sçavans pendant
la ſuite des Siécles , &c.
Indépendamment de ces ſecours, pro
pres à produire dans tout ſon jour ſon
· ſublime deſſein, l'Auteur a fait exécuter
en médaillons de bronze, les principaux
Perſonnages mentionnés ſur ce Parnaſ
ſe. En 173o, il offrit à Sa Majeſté une ,
ſuite des vingt premiers, qu'Elle reçut
avec ſatisfaction.
Il a donné de ces
médaillons à beaucoup de perſonnes »
ainſi qu'une très - grande quantité de
copies en cuivre bronzé qu'il en avoit
fait tirer. Quelque temps avant ſa mort »
il gratifia l'Académie des Inſcriptions &
Belles-Lettres de trente-trois de ces Mé
daillons originaux, auxquels il joignir
C vi,
6o MERCURE DE FRANCE.
celui de Louis XIV de même matière,
de deux pieds de haut ſur deux de large.
Enfin M. du Tillet, après avoir paſſé
quarante ans dans des Emplois ou Char
es militaires, ſans avoir jamais ſongé
# ſe marier ; dans une indépendance
hiloſophique, jouiſſant tout entier de
† , ſe retira rue de Montreuil ,
fauxbourg S.Antoine, dans une maiſon
qu'il tenoit de ſon père. Là, unique
ment occupé des Lettres & de ſon Par
naſſe, ſon humeur enjouée, égale, ſon
accueil riant, ſa douceur, ſa complai
ſance dans la Société, ſes égards pour
tout le monde, ſa converſation variée
d'une infinité d'Anecdotes littéraires &
morales, ſes repas bien ſervis chaque
ſemaine pour les gens d'eſprit , de goût
ou Sçavans ; la Muſique qu'il aimoit
beaucoup, la Baſſe-de-viole dont il
jouoit paſſablement, la belle Baſſe-taille
qu'il tenoit de la Nature, dont il en
chantoit ſouvent ſes convives, & qu'il a
conſervée juſqu'à ſon décès, à deux ou
trois ans près, formèrent de ſon aſyle
un ſéjour des plus amuſans & des plus
agréables. Mademoiſelle Felix ſa nièce,
à la tête de ſa maiſon depuis quelques
années, & chargée d'en faire les hon
M A I. 1764.
6 F
neurs, s'en eſt acquittée avec un eſprit,
une politeſſe, une attention & une no
bleſſe, qui ajoutant de nouveaux char
mes à ſon commerce, l'ont rendu cher
à tout ce qu'il y a eu de gens recomman
dables & diſtingués dans la Capitale de
la France. Il y étoit ſans ceſſe recher
ché, eſtimé, fêté, même des Etrangers
qui abondoient chaque jour chez lui de
puis plus de quarante ans, attirés par ſa
renommée de toutes les parties du Mon
de, pour contempler & admirer le mo
dèle de ſon immortel Parnaſſe.
C'eſt dans cette ſituation que ne per
dant jamais de vue ſon amour d'obliger
les gens de Lettres , & tout ce qui
les regarde, on lui préſenta le petit-neveu
du grand Corneille. Le voir & s'intéreſſer
à lui fut l'effet du premier inſtant. Il em
ploya ſon crédit & ſes amis aſſez heureu
ſement auprès de M. de Voltaire, pour
procurer à Mlle Corneille un ſort conve
nable au beau nom qu'elle orte. Le di
gne Chantre du grand HENRI , reçut
avec empreſſement cette héritière de
notre premier Tragique ; &, faiſant
envers elle conſtamment l'office de
Père , vient de conſommer ſon ou
vrage , en la mariant auſſi avanta
62 MERCURE DE FRANCE.
geuſement
qu'honorablement à M.
Dupuis, Capitaine de Dragons.
M. Titon, attaqué d'un rhûme qui lui
dura environ ſix ou ſept ſemaines , ſans
lui ôter l'appétit,conſervant toujours tou
te ſa tête & tout ſon enjoûment, ſe ſentit
aſſez mal le 24 Décembre 1762 , ſur les
quatre heures, après avoir bien & gaî
ment dîné, pour demander à ſe cou
cher. Cette demande, la première de
cette nature qu'il eût faite en ſa vie, fut
auſſi la dernière. Il ne ſe releva point de
ſon lit. Son eſtomach s'emplit de plus en
plus ; ſon rhûme l'étouffa le 26 Décem
bre, lendemain de Noël, vers midi.
Il avoit quatre-vingt-cinq ans, onze
mois, vingt-un jours. La Nature, qui
lui avoit donné un tempérament vi
goureux, le fit toujours jouir de la ſanté
la plus ſolide. Il n'avoit jamais été ſaigné
qu'une fois ou deux, & n'avoit jamais
connu ni fiévre , ni mal-de-tête, ainſi
que feu M. de Fontenelle ſon ami.
Il n'eſt guères poſſible d'accumuler
plus d'Honneurs littéraires qu'il en a re
çus durant ſa vie. Il étoit Académicien
ou Aſſocié de prèſque toute les Acadé
mies. On voit par une Ode de M. Des
forges-Maillard, inſérée dans les diver
à
M A I. 1764.
63
fes Piéces au ſujet du Parnaſſe François,
à la fin du Supplément de 2755 (p. 57)
qu'il étoit de vingt huit Académies ; &
depuis l'impreſſion de ce Livre, il avoit
encore eu d'autres Lettres d'Académir
cien de diverſes autres Académies.
Tous ces illuſtres Corps Littéraires ont
paru ſe trouver honorés de l'avoir pour
Membre ou Agrégé. Il n'en eſt aucun
qui n'ait fait les premiers pas pour ſe
l'attacher. C'eſt par la raiſon contraire
qu'il n'a été de pas une ſeule Académie
de Paris. Il l'eût deſiré, ſans doute, &
ſon Parnaſſe en eût été le prix. Son ca
ractère modeſte l'a toujours fait tenir
tranquille, & répondre à ceux qui l'in
vitoient à faire quelques démasches ,
qu'il n'en étoit pas digne. Mais une diſ
tinction qui lui eſt, je crois, particulière ;
c'eſt que quand il alloit à leurs Séances,
on lui préſentoit le fauteuil, on lui don
noit un Jetton, & on l'invitoit à venir
aux Aſſemblées.
Au ſurplus ,
il eſt conſtant que M.
Titon a fait honneur aux Lettres & à la
France; & cela d'une façon unique. Si
les éloges, les honneurs & le rang que
lui ont accordé tous les Corps Littérai
res, ſur-tout les Etrangers, dont il étoit»
64 MERCURE DE FRANCE.
ſans parler des Gens de Lettres les plus
diſtingués parmi nous, peuvent faire
compenſation , le noble & l'immortel
Titon, comme Ecrivain & comme Ci
toyen, n'a eu rien à deſirer.
Quel autre Particulier, dit le Direc
teur perpétuel de l'Académie Royale
d'Hiſtoire de Madrid, M. de Montiano,
p. 91 de la ſeconde partie du Supplément
de 1755, immortaliſera jamais à ſes pro
pres dépens le mérite de ſes plus habiles
Compatriotes ? Et quels ſont les génies
les plus jaloux d'une ſi grande gloire ,
qui ſe ſoient préſentés pourremplir l'objet
' d'une ſi noble entrepriſe ?
Ses généreux travaux , dit un des
Memcres de la même Académie , M.
Boſquiat de la Houze , p. 85 & 86 du
même Supplément , ont été couronnés
par ſon aſſociation aux plus célébres
Académies de l'Europe ; & ne puis-je
pas déjà regarder comme votre Confrère
un Auteur dont les Ouvrages font une
partie de l'Immortalité de LovIs-LE
GRAND ?
Ces ſortes de perſonnes , diſent les
Mémoires pour l'Hiſtoire des Sciences &
des Beaux-Arts, mois de Juillet 1735 ,
Article 64 , page 1177, ſont dans la
M A I. 1764.
65
République des Lettres ce que les bons
Citoyens ſont dans un Etat : Ils s'ou
blient eux-mêmes,en quelque façon, pour
• ne penſer qu'au bien public; & la ſplen
deur de la Patrie les touche plus,que leur
gloire particulière.
Rouſſeau , notre grand Rouſſeau,dans
une lettre adreſſée à M. Titon , lui dit
en parlant de ſon Parnaſſe & des Au
teurs qui y ſont placés , page 33 du
Supplément de 1755. Vous pouvez donc
vous aſſurer , Monſieur, quoique vous
n'y ayez peut-être pas penſé, que vous
avez travaillé pour votre gloire autant
que pour la leur, & que ce Monument
que vous avez élevé à leur mérite, en
ſera un éternel du vôtre : puiſque ſelon
la penſée de Scaliger : NvNQUAM
POESIS AUT POETARUM A MOR
IN HU MILEM ANI MUM cEcI -
DIT; s ED MAxIMA PLE Rv MQUE
sEQUITvR INGENIA,EoRvMQvE
PERPETUUS FERE COM ES.
Qui ne lui dira donc pas avec Madame
Lhéritier de Villadon, p. 56 du même
Supplément :
Peut-on aſſez priſer ton ſçavoir & ton zéle ?
Non, ſans doute : & tes joins & ta plume fidelle
Ayant étemiſé tant d'illuſtres Autcurs,
"
66 MERCURE DE FRANCE.
Couvert d'une gloire immortelle,
Ton nom doit à jamais briller parmi les leurs.
J'ai l'honneur d'être , &c. F***
A la Nouvelle-Orléans en Amérique,
le 28 Août 1763.
dans la Louisiane, à M. DE LA
PLACE, Auteur du Mercure, à Paris.
Par M. F****, sur feu M. TITON
DU TILLET.
VOUS n'avez pas ignoré, sans doute,
dans le temps, Monsieur, que la mort nous
a enlevé un excellent citoyen;un Ecrivain
eſtimable , un Académicien de prèſque
toutes les Académies de l'Europe , un
homme audeſſus de la claſſe ordinaire de
ſes ſemblables,aſſez ardent & aſſez géné
reux pour avoir conſacré une partie de ſa
vie & de ſa fortune à élever à la gloire de
ſon Prince & de ſa patrie, un monur ^nt
auſſi durable que le bronze dont il eſt ror
mé.Je n'ai pas beſoin de vous nommer le
célébre M.Titon du Tillet; l'amitié dont il
m'honora durant ſes dernières années ,
me reproche d'avoir différé juſqu'à pré
ſent à vous adreſſer au moins une eſquiſſe
ſur ſa perſonne & ſur ſes ouvrages : je
ſçais que des plumes habiles & exercées
lui ont rendu des hommages dignes de
lui. Je les ai lus avec cette ſatisfaction
douce que procure la contemplation de
,
M A I. 1764.
55
ſa juſtice rendue au mérite : mai, vous
l'avouerai-je ? je n'ai pas été peu ſurpris
devoir que le Doyen de nos Ouvrages
périodiques, le Mercure de France, le
Journal de la nation , ait gardé ſeul juſ
quà ce jour, un profond ſilence ſur un
François qui a tant & ſi bien travaillé
pour l'honneur de ſes compatriotes. *
Pour réparer, ſi je puis, une telle omiſ- .
ſion, le regret & la douleur enhardiſ
ſent ma main timide & inconnue , à
vous tracer ici quelques-uns des prin
cipaux traits qui m'ont frappé dans ce
reſpectable Mortel.
Moréri & ſes ſupplémens nous ap
prennent qu'il étoit fils de Maximilien
Titon , Seigneur de Bévre , de Lançon,
d'Iſtre & d'Ognon, Secrétaire du Roi ,
qui le premier propoſa l'établiſſement
des magazins d'armes, dont il fut nom
mé par Sa Majeſté, Directeur Général
dans toute l'étendue du Royaume. Ma
acimilien Titon eſt dit ſorti d'une famille
d'Ecoſſe, d'où ſon grand-père vint s'é-
tablir à Paris. Son épouſe fut Dame
Marguerite Becaille , dont il eut ſept
enfans , du nombre deſquels eſt celui
dont je vais parler.
* On nous avoit promis ſur ce ſujet, des Mé
moires qui ne nous ont pas encore été remis.
Civ
- 56 MERCURE DE FRANCE.
Evrard Titon du Tillet nâquit à Paris,
à l'Arſénal, ſur la Paroiſſe de S. Paul , le
16 Janvier 1677. Après avoir fait de
fort bonnes études au Collége des Jé
ſuites, il entra jeune dans le Service. Il
eut une Compagnie, ſous ſon nom, com
poſée de 1oo fuſiliers. Malgré la vie
inappliquée de l'état militaire, il trouva
le temps d'étudier en Droit,& de ſe faire
recevoir Avocat en Parlement à Paris.
Par la ſuite, devenu Capitaine de Dra
gons, il fut réformé après la paix de
Riſwich conclue en 1697 : alors il ache
ta une Charge de Maître-d'Hôtel de
Madame la Ducheſſe de Bourgogne,
Adélaide de Savoie, Dauphine & Mère
de Louis XV. La mort de cette Prin
ceſſe, arrivée en 1712 , lui fit perdre ſa
Charge, & le rendit totalement maître
de lui-même.
En 1719 il alla à Rome, où il paſſà
quatre mois & où il apprit très-bien
' l'Italien. Il parcourut la plus grande
partie de l'Italie. Il fit ce voyage en
homme de goût qui cherche à s'inſtrui
re & qui y réuſſit. Auſſi a-t-il laiſſé
une collection de Tableaux & de Bron
zes fort eſtimés.
A ſon retour, à la ſollicitation de ſa fa
mille, il acquit une charge de Commiſſai
re Provincial des Guèrres,dont il remplit
/
".
M A I. 1764.
ceux qui en furent les témoins.
|
57
les fonctions à la ſatisfaction de tous
Dès 17o8, il avoit conçu la grande idée
- d'exécuter en bronze un Parnaſſe Fran
çois à la Gloire de la France & de LovIs
· LE-GRAND, & à la mémoire immortelle
des Illuſtres Poëtes & des fameux Mu
ſiciens François. Il conſulta les meil
leurs Artiſtes & les plus grands Critiques
du temps, ſurtout le ſévère Boileau
Deſpréaux. Ils applaudirent à une ſi
belle idée; ils jugerent même équitable
qu'après avoir placé au premier rang
les Poëtes & les Artiſtes les plus renom
més,on mît les autres dignes d'y figurer,
dans des degrés inférieurs ſelon leurs dif
férens mérites : Stat ſua cuique merces.
- Louis Garnier, Sculpteur, éléve de
· Girardon , travailla près de dix ans pour
pour le finir. Ce Monument offre un
groupe de figures en bronze d'environ
neufpieds d'élévation; quatre ſont pour
le maſſif de bois de chêne bronzé qui
fait le bas de la montagne, & cinq &
quelques pouces, pour le bronze au
deſſus, où ſe voyent les différentes fi
gures : les quinze principales ont de
puis douze juſquà dix-huit pouces de
proportion ou de hauteur. Ce groupe
n'eſt qu'un modéle. Loºgde l'Auteur
L V -
|
58 MERCURE DE FRANCE.
étoit de le
faire exécuter en Statues
Coloſſales au milieu d'une vaſte Place
publique ou d'un magnifique Jardin ,
tel que l'Eſtampe le repréſente. Ce fa
meux Ouvrage fut achevé en 1718.
M. du Tillet pour le faire connoître
au Public qui paroiſſoit le deſirer, en
· fit faire un deſſein & un tableau par
Nicolas Poilly, excellent Artiſte. En
ſuite il en fit graver une grande Eſtam
pe par Jean Audran, qui fut achevée &
préſentée à Sa Majeſté en 1723 avec
le tableau : ces préſens furent reçus
avec une bonté & un accueil très-flat
teurs pour l'Auteur. La Reine en 1726
accepta une pareille Eſtampe ſous verre,
décorée d'une riche bordure. Une gran
de quantité d'autres fut diſtribuée à tout
ce qu'il y avoit de mieux à la Cour, à
la Ville , dans les Provinces & dans les
Pays étrangers.
Outre ces précautions, l'Auteur pour
donner une parfaite idée de ſon Ou
vrage, en compoſa & en fit imprimer
une deſcription détaillée en 1727,in-12,
à Paris. Ce même Livre fut réimprimé
en 1732 , mais beaucoup plus ample,
in-folio , grand & petit papier avec des
Eſtampes. Il y a ajouté depuis deux
Supplémens de pareil format , l'un en
-
M A I. 1764..
5 9
· 1743 , l'autre en 1755 , toujours avec
des Eſtampes & des Vignettes , & il
reſte en manuſcrit actuéllement , tout
diſpoſé, dequoi en publier un troiſiéme.
En 1734 , M. Titon du Tillet , pour
prouver à l'Univers que ſon zéle en
• érigeant ſon Parnaſſe , n'étoit qu'une
imitation de ce qu'ont pratiqué les An
ciens , a mis de plus en lumière , un
Ouvrage relatif aux précédens, en un
volume in-12 , ſous ce Titre : Eſſais
ſur les honneurs & ſur les Monumens
accordés aux illuſtres Sçavans pendant
la ſuite des Siécles , &c.
Indépendamment de ces ſecours, pro
pres à produire dans tout ſon jour ſon
· ſublime deſſein, l'Auteur a fait exécuter
en médaillons de bronze, les principaux
Perſonnages mentionnés ſur ce Parnaſ
ſe. En 173o, il offrit à Sa Majeſté une ,
ſuite des vingt premiers, qu'Elle reçut
avec ſatisfaction.
Il a donné de ces
médaillons à beaucoup de perſonnes »
ainſi qu'une très - grande quantité de
copies en cuivre bronzé qu'il en avoit
fait tirer. Quelque temps avant ſa mort »
il gratifia l'Académie des Inſcriptions &
Belles-Lettres de trente-trois de ces Mé
daillons originaux, auxquels il joignir
C vi,
6o MERCURE DE FRANCE.
celui de Louis XIV de même matière,
de deux pieds de haut ſur deux de large.
Enfin M. du Tillet, après avoir paſſé
quarante ans dans des Emplois ou Char
es militaires, ſans avoir jamais ſongé
# ſe marier ; dans une indépendance
hiloſophique, jouiſſant tout entier de
† , ſe retira rue de Montreuil ,
fauxbourg S.Antoine, dans une maiſon
qu'il tenoit de ſon père. Là, unique
ment occupé des Lettres & de ſon Par
naſſe, ſon humeur enjouée, égale, ſon
accueil riant, ſa douceur, ſa complai
ſance dans la Société, ſes égards pour
tout le monde, ſa converſation variée
d'une infinité d'Anecdotes littéraires &
morales, ſes repas bien ſervis chaque
ſemaine pour les gens d'eſprit , de goût
ou Sçavans ; la Muſique qu'il aimoit
beaucoup, la Baſſe-de-viole dont il
jouoit paſſablement, la belle Baſſe-taille
qu'il tenoit de la Nature, dont il en
chantoit ſouvent ſes convives, & qu'il a
conſervée juſqu'à ſon décès, à deux ou
trois ans près, formèrent de ſon aſyle
un ſéjour des plus amuſans & des plus
agréables. Mademoiſelle Felix ſa nièce,
à la tête de ſa maiſon depuis quelques
années, & chargée d'en faire les hon
M A I. 1764.
6 F
neurs, s'en eſt acquittée avec un eſprit,
une politeſſe, une attention & une no
bleſſe, qui ajoutant de nouveaux char
mes à ſon commerce, l'ont rendu cher
à tout ce qu'il y a eu de gens recomman
dables & diſtingués dans la Capitale de
la France. Il y étoit ſans ceſſe recher
ché, eſtimé, fêté, même des Etrangers
qui abondoient chaque jour chez lui de
puis plus de quarante ans, attirés par ſa
renommée de toutes les parties du Mon
de, pour contempler & admirer le mo
dèle de ſon immortel Parnaſſe.
C'eſt dans cette ſituation que ne per
dant jamais de vue ſon amour d'obliger
les gens de Lettres , & tout ce qui
les regarde, on lui préſenta le petit-neveu
du grand Corneille. Le voir & s'intéreſſer
à lui fut l'effet du premier inſtant. Il em
ploya ſon crédit & ſes amis aſſez heureu
ſement auprès de M. de Voltaire, pour
procurer à Mlle Corneille un ſort conve
nable au beau nom qu'elle orte. Le di
gne Chantre du grand HENRI , reçut
avec empreſſement cette héritière de
notre premier Tragique ; &, faiſant
envers elle conſtamment l'office de
Père , vient de conſommer ſon ou
vrage , en la mariant auſſi avanta
62 MERCURE DE FRANCE.
geuſement
qu'honorablement à M.
Dupuis, Capitaine de Dragons.
M. Titon, attaqué d'un rhûme qui lui
dura environ ſix ou ſept ſemaines , ſans
lui ôter l'appétit,conſervant toujours tou
te ſa tête & tout ſon enjoûment, ſe ſentit
aſſez mal le 24 Décembre 1762 , ſur les
quatre heures, après avoir bien & gaî
ment dîné, pour demander à ſe cou
cher. Cette demande, la première de
cette nature qu'il eût faite en ſa vie, fut
auſſi la dernière. Il ne ſe releva point de
ſon lit. Son eſtomach s'emplit de plus en
plus ; ſon rhûme l'étouffa le 26 Décem
bre, lendemain de Noël, vers midi.
Il avoit quatre-vingt-cinq ans, onze
mois, vingt-un jours. La Nature, qui
lui avoit donné un tempérament vi
goureux, le fit toujours jouir de la ſanté
la plus ſolide. Il n'avoit jamais été ſaigné
qu'une fois ou deux, & n'avoit jamais
connu ni fiévre , ni mal-de-tête, ainſi
que feu M. de Fontenelle ſon ami.
Il n'eſt guères poſſible d'accumuler
plus d'Honneurs littéraires qu'il en a re
çus durant ſa vie. Il étoit Académicien
ou Aſſocié de prèſque toute les Acadé
mies. On voit par une Ode de M. Des
forges-Maillard, inſérée dans les diver
à
M A I. 1764.
63
fes Piéces au ſujet du Parnaſſe François,
à la fin du Supplément de 2755 (p. 57)
qu'il étoit de vingt huit Académies ; &
depuis l'impreſſion de ce Livre, il avoit
encore eu d'autres Lettres d'Académir
cien de diverſes autres Académies.
Tous ces illuſtres Corps Littéraires ont
paru ſe trouver honorés de l'avoir pour
Membre ou Agrégé. Il n'en eſt aucun
qui n'ait fait les premiers pas pour ſe
l'attacher. C'eſt par la raiſon contraire
qu'il n'a été de pas une ſeule Académie
de Paris. Il l'eût deſiré, ſans doute, &
ſon Parnaſſe en eût été le prix. Son ca
ractère modeſte l'a toujours fait tenir
tranquille, & répondre à ceux qui l'in
vitoient à faire quelques démasches ,
qu'il n'en étoit pas digne. Mais une diſ
tinction qui lui eſt, je crois, particulière ;
c'eſt que quand il alloit à leurs Séances,
on lui préſentoit le fauteuil, on lui don
noit un Jetton, & on l'invitoit à venir
aux Aſſemblées.
Au ſurplus ,
il eſt conſtant que M.
Titon a fait honneur aux Lettres & à la
France; & cela d'une façon unique. Si
les éloges, les honneurs & le rang que
lui ont accordé tous les Corps Littérai
res, ſur-tout les Etrangers, dont il étoit»
64 MERCURE DE FRANCE.
ſans parler des Gens de Lettres les plus
diſtingués parmi nous, peuvent faire
compenſation , le noble & l'immortel
Titon, comme Ecrivain & comme Ci
toyen, n'a eu rien à deſirer.
Quel autre Particulier, dit le Direc
teur perpétuel de l'Académie Royale
d'Hiſtoire de Madrid, M. de Montiano,
p. 91 de la ſeconde partie du Supplément
de 1755, immortaliſera jamais à ſes pro
pres dépens le mérite de ſes plus habiles
Compatriotes ? Et quels ſont les génies
les plus jaloux d'une ſi grande gloire ,
qui ſe ſoient préſentés pourremplir l'objet
' d'une ſi noble entrepriſe ?
Ses généreux travaux , dit un des
Memcres de la même Académie , M.
Boſquiat de la Houze , p. 85 & 86 du
même Supplément , ont été couronnés
par ſon aſſociation aux plus célébres
Académies de l'Europe ; & ne puis-je
pas déjà regarder comme votre Confrère
un Auteur dont les Ouvrages font une
partie de l'Immortalité de LovIs-LE
GRAND ?
Ces ſortes de perſonnes , diſent les
Mémoires pour l'Hiſtoire des Sciences &
des Beaux-Arts, mois de Juillet 1735 ,
Article 64 , page 1177, ſont dans la
M A I. 1764.
65
République des Lettres ce que les bons
Citoyens ſont dans un Etat : Ils s'ou
blient eux-mêmes,en quelque façon, pour
• ne penſer qu'au bien public; & la ſplen
deur de la Patrie les touche plus,que leur
gloire particulière.
Rouſſeau , notre grand Rouſſeau,dans
une lettre adreſſée à M. Titon , lui dit
en parlant de ſon Parnaſſe & des Au
teurs qui y ſont placés , page 33 du
Supplément de 1755. Vous pouvez donc
vous aſſurer , Monſieur, quoique vous
n'y ayez peut-être pas penſé, que vous
avez travaillé pour votre gloire autant
que pour la leur, & que ce Monument
que vous avez élevé à leur mérite, en
ſera un éternel du vôtre : puiſque ſelon
la penſée de Scaliger : NvNQUAM
POESIS AUT POETARUM A MOR
IN HU MILEM ANI MUM cEcI -
DIT; s ED MAxIMA PLE Rv MQUE
sEQUITvR INGENIA,EoRvMQvE
PERPETUUS FERE COM ES.
Qui ne lui dira donc pas avec Madame
Lhéritier de Villadon, p. 56 du même
Supplément :
Peut-on aſſez priſer ton ſçavoir & ton zéle ?
Non, ſans doute : & tes joins & ta plume fidelle
Ayant étemiſé tant d'illuſtres Autcurs,
"
66 MERCURE DE FRANCE.
Couvert d'une gloire immortelle,
Ton nom doit à jamais briller parmi les leurs.
J'ai l'honneur d'être , &c. F***
A la Nouvelle-Orléans en Amérique,
le 28 Août 1763.
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Résumé : LETTRE écrite de la Nouvelle-Orléans dans la Louisiane, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, à Paris. Par M. F****, sur feu M. TITON DU TILLET.
La lettre, envoyée de la Nouvelle-Orléans, est adressée à M. de La Place et traite de la vie et des œuvres de M. Titon du Tillet, récemment décédé. L'auteur exprime sa surprise que le Mercure de France n'ait pas encore rendu hommage à cet homme remarquable, écrivain respecté et académicien reconnu en Europe. Titon du Tillet, né à Paris en 1677, était le fils de Maximilien Titon et de Marguerite Becaille. Il étudia au Collège des Jésuites, servit dans l'armée et devint avocat au Parlement de Paris. En 1712, après avoir perdu sa charge de Maître-d'Hôtel de la Duchesse de Bourgogne, il se consacra à la création d'un Parnasse Français en bronze, dédié à Louis XIV et aux poètes et musiciens français. Ce projet, réalisé par Louis Garnier, fut achevé en 1718. En 1734, il publia 'Essais sur les honneurs & sur les Monumens accordés aux illustres Sçavans pendant la suite des Siécles' et réalisa des médaillons de bronze représentant des personnages célèbres. Titon du Tillet accueillait également des intellectuels et des artistes chez lui à Paris et aida le petit-neveu de Corneille. Il mourut en décembre 1762 à l'âge de 85 ans, membre de nombreuses académies européennes, mais refusant toujours d'en intégrer une à Paris. Plusieurs personnalités notoires louèrent ses contributions littéraires et son dévouement au bien public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4713
p. 71-78
DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle ; contenant l'Histoire des Animaux, des Végétaux & des Minéraux, & celle des Corps célestes, des Météores & des autres principaux Phénomènes de la Nature, avec l'histoire & la description des Drogues simples, tirées des trois régnes, & le détail de leurs usages en Médecine, dans l'économie domestique & champêtre, & dans les Arts & Métiers. Par M. VALMONT DE BOMARE, Démonstrateur d'Histoire Naturelle ; Honoraire de la Société économique de Berne ; Associé de l'Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Rouen ; Correspondant de la Société Royale des Sciences de Montpellier ; Associé de l'Académie Royale des Belles-Lettres de Caën ; Membre de la Société Littéraire de Clermont-Ferrand. Cinq volumes in 8 o . Prix, 17 liv. 10 s. brochés. A Paris, chez Didot le jeune, quai des Augustins ; Musier fils, quai des Augustins ; Dehansy, Pont au Change ; Panckoucke, rue & près de la Comédie Françoise. 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi. PREMIER EXTRAIT.
Début :
LES Merveilles de la Nature nous environnent de toutes parts ; les Cieux, la [...]
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texteReconnaissance textuelle : DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle ; contenant l'Histoire des Animaux, des Végétaux & des Minéraux, & celle des Corps célestes, des Météores & des autres principaux Phénomènes de la Nature, avec l'histoire & la description des Drogues simples, tirées des trois régnes, & le détail de leurs usages en Médecine, dans l'économie domestique & champêtre, & dans les Arts & Métiers. Par M. VALMONT DE BOMARE, Démonstrateur d'Histoire Naturelle ; Honoraire de la Société économique de Berne ; Associé de l'Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Rouen ; Correspondant de la Société Royale des Sciences de Montpellier ; Associé de l'Académie Royale des Belles-Lettres de Caën ; Membre de la Société Littéraire de Clermont-Ferrand. Cinq volumes in 8 o . Prix, 17 liv. 10 s. brochés. A Paris, chez Didot le jeune, quai des Augustins ; Musier fils, quai des Augustins ; Dehansy, Pont au Change ; Panckoucke, rue & près de la Comédie Françoise. 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi. PREMIER EXTRAIT.
DICTIONNAIRE raisonné, universel,
d'Histoire Naturelle ; contenant l'Histoire
des Animaux, des Végétaux &
des Minéraux, & celle des Corps célestes,
des Météores & des autres principaux
Phénomènes de la Nature,
avec l'histoire & la description des
Drogues simples, tirées des trois régnes,
& le détail de leurs usages en
Médecine, dans l'économie domestique
& champêtre, & dans les Arts
& Métiers. Par M. VALMONT DE
BOMARE, Démonstrateur d'Histoire
Naturelle ; Honoraire de la Société
économique de Berne ; Associé de l'Académie
Royale des Sciences, Belles-Lettres
& Arts de Rouen ; Correspondant
de la Société Royale des
Sciences de Montpellier ; Associé de
l'Académie Royale des Belles-Lettres
de Caën ; Membre de la Société Littéraire
de Clermont-Ferrand. Cinq
volumes in 8o. Prix, 17 liv.
10 s.
brochés. A Paris, chez Didot le jeune,
quai des Augustins ; Musier fils,
quai des Augustins ; Dehansy, Pont
au Change ; Panckoucke, rue & près
de la Comédie Françoise. 1764. Avec
Approbation & Privilége du Roi.
PREMIER EXTRAIT.
LES Merveilles de la Nature nous
environnent de toutes parts ; les Cieux, la
Terre , la Mer, les Elémens, les Etres
ſans nombre qui peuplent cet Univers,
nous préſentent le ſpectacle le plus ad
mirable & les Phénomènes les plus inté
reſſans.C'eſt ce vaſte & ſublime tableau,
ue l'Auteur a entrepris de craïon
ner & de préſenter au Public ; c'eſt en
quelque ſorte tout le domaine de la Na
ture dont il donne la deſcription.
Ces connoiſſances ſont ſi belles , ſi
curieuſes & ſi propres à plaire à tou
tes ſortes de
perſonnes , que nous
croyons devoir donner ſucceſſivement
llIlC
M A I. 1764.
73
une eſquiſſe de la manière dont chaque
régne de la Nature eſt traité dans cet
Ouvrage. Nous commençons par le
régne animal.
Quel ſpectacle, que celui des êtres
animés & ſans nombre, qui peuplent
l'Univers ! quelle variété dans les for
mes , dans l'organiſation , dans les
mœurs , dans l'inſtinct ! Quelle maniè
re différente de vivre , de croître , de
ſe multiplier , toutes relatives à l'élé
ment , au climat dans lequel ils vivent !
En jettant un coup d'œil ſur les Arti
cles Animal, Quadrupéde , Oiſeaux ,
Poiſſons, Reptiles , Coquillages , In
ſectes, on ſe convainc de ces vérités.
Tous ces Articles généraux ſont, com
me dit l'Auteur , autant de points de
réunion, où le Lecteur peut ſe placer,
d'où il peut
obſerver l'analogie des
genres & des eſpéces, & ſaiſir la chaîne
qui doit lui faire parcourir avec ordre
& ſucceſſivement, tous les objets de ſa
curioſité.
-
Si l'on conſidére l'Animal en géné
ral , que de forces ! que de machines
& de mouvemens renfermés dans cette
· portion de matière qui le compoſe !
Combien de combinaiſons de princi
pes, qui tous concourent au#s but !
74 MERCURE DE FRANCE.
Quelle autre merveille ſe préſente dans
la ſucceſſion , dans le renouvellement,
dans la durée des eſpéces ! Quelle unité
admirable, toujours ſubſiſtante & qui
paroît éternelle ! Lorſqu'on jette un
coup d'œil ſur les Articles particuliers,
Homme , Singe, Caſtor, Didelphe, Her
maphrodite , Loutre, Hippototame, &c.
on y voit à chaque inſtant la fécon
dité , les reſſources & l'Induſtrie de la
Nature; tout, juſqu'à ſes écarts mêmes,
eſt plein d'intérêt.
-
-
Vient-on à conſidérer les oiſeaux,
une nouvelle organiſation ſe préſente ;
on y remarque des variétés, toutes re
latives à leur manière de vivre , de ſe
nourrir, de ſe multiplier ; une légéreté
particulière dans leurs os, une diſpoſi
tion ſingulière dans leurs aîles , enfin
le plus beau méchaniſme. On trouve
aux mots Grive , Etourneau, Oye, Ca
nards ſauvages , l'ordre que ces Ani
maux ſuivent dans leurs migrations. Les
Articles Aigle, Pélican, Oiſeau-mou
che, Colibri , Hirondelle , Autruche ,
& c , font voir l'inſtinct , les mœurs , la
manière dont ces divers oiſeaux conſ
truiſent leurs nids , les avantages que .
nous procurent ces animaux , ſoit pour
pos beſoins, ſoit pour nos plaiſirs ; par
#
M A I. 1764.
75
tout l'utile ſe trouve réuni à l'agréable.
Les habitans des eaux de l'un & de
l'autre hémiſphère, depuis la Baleine,
le Cachalot , le Goulu de mer , le Re
quin, juſqu'aux plus petits poiſſons des
lacs & des rivières , nous offrent une
foule d'objets curieux, Les Cétacés ,
tels que la Baleine ſont vivipares, &
s'accouplent à la maniére des Quadru
pedes ; au contraire, les mâles des au
tres poiſſons fécondent les œufs, en
faiſant couler deſſus, a l'inſtant où la
femelle les laiſſe échapper, leur liqueur
ſéminale que l'on nomme laitance. Plus
on étudie la Nature, plus on admire
comment elle arrive aux mêmes fins par
des moyens divers ; l'organiſation de
certain poiſſon qui tient de celle des
Quadrupédes, comparée à l'organiſation
d'autres eſpéces de poiſſons qui en eſt
tout-à-fait éloignée, nous en donne des
preuves les plus frappantes. L'hiſtoire
du Narwal, du Nord-caper, du Dait
phin , du Marſouin , de la Licorne de
mer, de l'Eſpadon , de l'Epée de Groe
land , nous préſente le tableau des
guerres éternelles que ſe font ces monſ
tres des eaux ; celle de la Morue , du
Hareng ,
des Sardines , des Maque
reaux, des Saumons, des Anchois, nous
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
fait voit l'ordre que ſuivent, dans leurs
marches au milieu des mers, certaines
eſpéces qui vont toujours en troupe.
Les divers lieux & la manière dont ſe
font les pêches , les avantages qu'en -
retirent pluſieurs Nations ; tous ces dé
tails contribuent à rendre ces articles
extrêmement intéreſſans.
La claſſe des Inſectes réunit les par
ticularités les plus picquantes ; outre
les phénomènes qui lui ſont communs
avec les autres genres d'animaux, elle
en a qui lui ſont particuliers ;
elle
ſeule nous préſente de véritables her
maphrodites qui ſe fécondent mutuel
lement (tes ſont les limaçons) des ani
maux chez qui la fécondation a lieu
pour pluſieurs générations, (tels que
les Pucerons. )
-
La Nature entiere fourmille de petits
êtres animés, dans leſquels on décou
vre l'organiſation la plus fine & la
plus admirable ; l'Air , la Terre , les
Eaux , tous les Corps , ſont remplis
d'Inſectes qui forment, pour ainſi dire,
un Monde à part , & dont un très
grand nombre ne ſont viſibles qu'au
microſcope. Leurs formes , leurs ma
nières de vivre, de croître , de ſe mul
tiplier, ſont variés à l'infini. Dans cette
claſſe on voit les Polypes ſe régenérer
M A I.
1764.
77
à la manière des végetaux , & chacune
de leurs parties , coupée & ſéparée du
corps, donner un nouvel être vivant ;
régénération ſi étonnante dans un ani
mal , que les obſervateurs les plus ha
biles ont douté long - temps , à quel
régne de la Nature pouvoit appartenir
une eſpéce fi ſingulière.
Les Inſectes, malgré leur petiteſſe,
ſont quelquefois nos plus terribles en
nemis, par leur effrayante multiplica
tion & par les ravages qu'ils font ;
mais l'induſtrie humaine a trouvé des
armes pour combattre ces eſpéces nui
ſibles, dont nous admirons l'induſtrie
dans l'inftant même où nous ſommes
obligés de les détruire. L'Auteur a eu
grand ſoin de s'étendre ſur ces objets :
les mots Teigne , Vers rongeurs de
digues , Vers terreſtres & aquatiques,
Ver ſolitaire, Mouche éphémère, Cou
· ſin, ſont enrichis de ces obſervations
importantes.
Mais s'il y a des Inſectes malfaiſans,
il s'en trouve auſſi qui ſont de la plus
grande utilité pour nos Arts & pour
nos beſoins, ſoit par eux-mêmes, ſoit
par leur travail & leur production : du
nombre de ces premiers ſont le Kermès,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
le Coccus Polonicus ,
le
Cochenille ,
qu'on employe pour la teinture ou
pour la Médecine ; parmi les derniers
on diſtingue le Ver auquel nous ſorn
mes redevables de la ſoie , l'Abeille
qui nous fournit de la cire & le miel,
la Fourmi qui nous donne la laque,
Ces articles & en général tout ce qui
concerne les animaux , eſt traité dans
ce Dictionnaire d'une manière qui nous
paroît devoir ſatisfaire également les
perſonnes qui cherchent l'inſtruction
& celles qui veulent ſe procurer une
lecture amuſante. Dans quelques uns
des volumes ſuivans, nous donnerons
pareillement l'eſquiſſe des régnes vé
gétal & minéral , & de l'hiſtoire des
principaux phénomènes de la Nature.
d'Histoire Naturelle ; contenant l'Histoire
des Animaux, des Végétaux &
des Minéraux, & celle des Corps célestes,
des Météores & des autres principaux
Phénomènes de la Nature,
avec l'histoire & la description des
Drogues simples, tirées des trois régnes,
& le détail de leurs usages en
Médecine, dans l'économie domestique
& champêtre, & dans les Arts
& Métiers. Par M. VALMONT DE
BOMARE, Démonstrateur d'Histoire
Naturelle ; Honoraire de la Société
économique de Berne ; Associé de l'Académie
Royale des Sciences, Belles-Lettres
& Arts de Rouen ; Correspondant
de la Société Royale des
Sciences de Montpellier ; Associé de
l'Académie Royale des Belles-Lettres
de Caën ; Membre de la Société Littéraire
de Clermont-Ferrand. Cinq
volumes in 8o. Prix, 17 liv.
10 s.
brochés. A Paris, chez Didot le jeune,
quai des Augustins ; Musier fils,
quai des Augustins ; Dehansy, Pont
au Change ; Panckoucke, rue & près
de la Comédie Françoise. 1764. Avec
Approbation & Privilége du Roi.
PREMIER EXTRAIT.
LES Merveilles de la Nature nous
environnent de toutes parts ; les Cieux, la
Terre , la Mer, les Elémens, les Etres
ſans nombre qui peuplent cet Univers,
nous préſentent le ſpectacle le plus ad
mirable & les Phénomènes les plus inté
reſſans.C'eſt ce vaſte & ſublime tableau,
ue l'Auteur a entrepris de craïon
ner & de préſenter au Public ; c'eſt en
quelque ſorte tout le domaine de la Na
ture dont il donne la deſcription.
Ces connoiſſances ſont ſi belles , ſi
curieuſes & ſi propres à plaire à tou
tes ſortes de
perſonnes , que nous
croyons devoir donner ſucceſſivement
llIlC
M A I. 1764.
73
une eſquiſſe de la manière dont chaque
régne de la Nature eſt traité dans cet
Ouvrage. Nous commençons par le
régne animal.
Quel ſpectacle, que celui des êtres
animés & ſans nombre, qui peuplent
l'Univers ! quelle variété dans les for
mes , dans l'organiſation , dans les
mœurs , dans l'inſtinct ! Quelle maniè
re différente de vivre , de croître , de
ſe multiplier , toutes relatives à l'élé
ment , au climat dans lequel ils vivent !
En jettant un coup d'œil ſur les Arti
cles Animal, Quadrupéde , Oiſeaux ,
Poiſſons, Reptiles , Coquillages , In
ſectes, on ſe convainc de ces vérités.
Tous ces Articles généraux ſont, com
me dit l'Auteur , autant de points de
réunion, où le Lecteur peut ſe placer,
d'où il peut
obſerver l'analogie des
genres & des eſpéces, & ſaiſir la chaîne
qui doit lui faire parcourir avec ordre
& ſucceſſivement, tous les objets de ſa
curioſité.
-
Si l'on conſidére l'Animal en géné
ral , que de forces ! que de machines
& de mouvemens renfermés dans cette
· portion de matière qui le compoſe !
Combien de combinaiſons de princi
pes, qui tous concourent au#s but !
74 MERCURE DE FRANCE.
Quelle autre merveille ſe préſente dans
la ſucceſſion , dans le renouvellement,
dans la durée des eſpéces ! Quelle unité
admirable, toujours ſubſiſtante & qui
paroît éternelle ! Lorſqu'on jette un
coup d'œil ſur les Articles particuliers,
Homme , Singe, Caſtor, Didelphe, Her
maphrodite , Loutre, Hippototame, &c.
on y voit à chaque inſtant la fécon
dité , les reſſources & l'Induſtrie de la
Nature; tout, juſqu'à ſes écarts mêmes,
eſt plein d'intérêt.
-
-
Vient-on à conſidérer les oiſeaux,
une nouvelle organiſation ſe préſente ;
on y remarque des variétés, toutes re
latives à leur manière de vivre , de ſe
nourrir, de ſe multiplier ; une légéreté
particulière dans leurs os, une diſpoſi
tion ſingulière dans leurs aîles , enfin
le plus beau méchaniſme. On trouve
aux mots Grive , Etourneau, Oye, Ca
nards ſauvages , l'ordre que ces Ani
maux ſuivent dans leurs migrations. Les
Articles Aigle, Pélican, Oiſeau-mou
che, Colibri , Hirondelle , Autruche ,
& c , font voir l'inſtinct , les mœurs , la
manière dont ces divers oiſeaux conſ
truiſent leurs nids , les avantages que .
nous procurent ces animaux , ſoit pour
pos beſoins, ſoit pour nos plaiſirs ; par
#
M A I. 1764.
75
tout l'utile ſe trouve réuni à l'agréable.
Les habitans des eaux de l'un & de
l'autre hémiſphère, depuis la Baleine,
le Cachalot , le Goulu de mer , le Re
quin, juſqu'aux plus petits poiſſons des
lacs & des rivières , nous offrent une
foule d'objets curieux, Les Cétacés ,
tels que la Baleine ſont vivipares, &
s'accouplent à la maniére des Quadru
pedes ; au contraire, les mâles des au
tres poiſſons fécondent les œufs, en
faiſant couler deſſus, a l'inſtant où la
femelle les laiſſe échapper, leur liqueur
ſéminale que l'on nomme laitance. Plus
on étudie la Nature, plus on admire
comment elle arrive aux mêmes fins par
des moyens divers ; l'organiſation de
certain poiſſon qui tient de celle des
Quadrupédes, comparée à l'organiſation
d'autres eſpéces de poiſſons qui en eſt
tout-à-fait éloignée, nous en donne des
preuves les plus frappantes. L'hiſtoire
du Narwal, du Nord-caper, du Dait
phin , du Marſouin , de la Licorne de
mer, de l'Eſpadon , de l'Epée de Groe
land , nous préſente le tableau des
guerres éternelles que ſe font ces monſ
tres des eaux ; celle de la Morue , du
Hareng ,
des Sardines , des Maque
reaux, des Saumons, des Anchois, nous
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
fait voit l'ordre que ſuivent, dans leurs
marches au milieu des mers, certaines
eſpéces qui vont toujours en troupe.
Les divers lieux & la manière dont ſe
font les pêches , les avantages qu'en -
retirent pluſieurs Nations ; tous ces dé
tails contribuent à rendre ces articles
extrêmement intéreſſans.
La claſſe des Inſectes réunit les par
ticularités les plus picquantes ; outre
les phénomènes qui lui ſont communs
avec les autres genres d'animaux, elle
en a qui lui ſont particuliers ;
elle
ſeule nous préſente de véritables her
maphrodites qui ſe fécondent mutuel
lement (tes ſont les limaçons) des ani
maux chez qui la fécondation a lieu
pour pluſieurs générations, (tels que
les Pucerons. )
-
La Nature entiere fourmille de petits
êtres animés, dans leſquels on décou
vre l'organiſation la plus fine & la
plus admirable ; l'Air , la Terre , les
Eaux , tous les Corps , ſont remplis
d'Inſectes qui forment, pour ainſi dire,
un Monde à part , & dont un très
grand nombre ne ſont viſibles qu'au
microſcope. Leurs formes , leurs ma
nières de vivre, de croître , de ſe mul
tiplier, ſont variés à l'infini. Dans cette
claſſe on voit les Polypes ſe régenérer
M A I.
1764.
77
à la manière des végetaux , & chacune
de leurs parties , coupée & ſéparée du
corps, donner un nouvel être vivant ;
régénération ſi étonnante dans un ani
mal , que les obſervateurs les plus ha
biles ont douté long - temps , à quel
régne de la Nature pouvoit appartenir
une eſpéce fi ſingulière.
Les Inſectes, malgré leur petiteſſe,
ſont quelquefois nos plus terribles en
nemis, par leur effrayante multiplica
tion & par les ravages qu'ils font ;
mais l'induſtrie humaine a trouvé des
armes pour combattre ces eſpéces nui
ſibles, dont nous admirons l'induſtrie
dans l'inftant même où nous ſommes
obligés de les détruire. L'Auteur a eu
grand ſoin de s'étendre ſur ces objets :
les mots Teigne , Vers rongeurs de
digues , Vers terreſtres & aquatiques,
Ver ſolitaire, Mouche éphémère, Cou
· ſin, ſont enrichis de ces obſervations
importantes.
Mais s'il y a des Inſectes malfaiſans,
il s'en trouve auſſi qui ſont de la plus
grande utilité pour nos Arts & pour
nos beſoins, ſoit par eux-mêmes, ſoit
par leur travail & leur production : du
nombre de ces premiers ſont le Kermès,
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
le Coccus Polonicus ,
le
Cochenille ,
qu'on employe pour la teinture ou
pour la Médecine ; parmi les derniers
on diſtingue le Ver auquel nous ſorn
mes redevables de la ſoie , l'Abeille
qui nous fournit de la cire & le miel,
la Fourmi qui nous donne la laque,
Ces articles & en général tout ce qui
concerne les animaux , eſt traité dans
ce Dictionnaire d'une manière qui nous
paroît devoir ſatisfaire également les
perſonnes qui cherchent l'inſtruction
& celles qui veulent ſe procurer une
lecture amuſante. Dans quelques uns
des volumes ſuivans, nous donnerons
pareillement l'eſquiſſe des régnes vé
gétal & minéral , & de l'hiſtoire des
principaux phénomènes de la Nature.
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Résumé : DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle ; contenant l'Histoire des Animaux, des Végétaux & des Minéraux, & celle des Corps célestes, des Météores & des autres principaux Phénomènes de la Nature, avec l'histoire & la description des Drogues simples, tirées des trois régnes, & le détail de leurs usages en Médecine, dans l'économie domestique & champêtre, & dans les Arts & Métiers. Par M. VALMONT DE BOMARE, Démonstrateur d'Histoire Naturelle ; Honoraire de la Société économique de Berne ; Associé de l'Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Rouen ; Correspondant de la Société Royale des Sciences de Montpellier ; Associé de l'Académie Royale des Belles-Lettres de Caën ; Membre de la Société Littéraire de Clermont-Ferrand. Cinq volumes in 8 o . Prix, 17 liv. 10 s. brochés. A Paris, chez Didot le jeune, quai des Augustins ; Musier fils, quai des Augustins ; Dehansy, Pont au Change ; Panckoucke, rue & près de la Comédie Françoise. 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi. PREMIER EXTRAIT.
Le 'Dictionnaire raisonné, universel, d'Histoire Naturelle' de Valmont de Bomare, publié en 1764, est une œuvre encyclopédique qui couvre l'histoire naturelle des animaux, des végétaux, des minéraux, des corps célestes, des météores et des phénomènes naturels. L'auteur y décrit les drogues simples provenant des trois règnes de la nature et leurs applications en médecine, économie domestique, agriculture et arts. Le texte explore la diversité et la complexité des êtres vivants, détaillant les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les reptiles, les coquillages et les insectes, ainsi que leurs caractéristiques spécifiques et adaptations. Il aborde les migrations des oiseaux, les modes de reproduction des poissons et les particularités des insectes, tels que les hermaphrodites et les pucerons. Le dictionnaire vise à fournir une description complète et ordonnée de la nature, accessible à un large public. Il met en lumière la variété des formes et des modes de vie des insectes, y compris ceux visibles ou non au microscope, comme les polypes capables de régénération. Certains insectes, bien que nuisibles, sont combattus par l'homme. D'autres, comme le kermès, la cochenille, le ver à soie, l'abeille et la fourmi, sont bénéfiques et utilisés pour la teinture, la médecine, la production de soie, de cire, de miel et de laque. Les volumes suivants traiteront des règnes végétal et minéral ainsi que des principaux phénomènes naturels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4713
DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle ; contenant l'Histoire des Animaux, des Végétaux & des Minéraux, & celle des Corps célestes, des Météores & des autres principaux Phénomènes de la Nature, avec l'histoire & la description des Drogues simples, tirées des trois régnes, & le détail de leurs usages en Médecine, dans l'économie domestique & champêtre, & dans les Arts & Métiers. Par M. VALMONT DE BOMARE, Démonstrateur d'Histoire Naturelle ; Honoraire de la Société économique de Berne ; Associé de l'Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Rouen ; Correspondant de la Société Royale des Sciences de Montpellier ; Associé de l'Académie Royale des Belles-Lettres de Caën ; Membre de la Société Littéraire de Clermont-Ferrand. Cinq volumes in 8 o . Prix, 17 liv. 10 s. brochés. A Paris, chez Didot le jeune, quai des Augustins ; Musier fils, quai des Augustins ; Dehansy, Pont au Change ; Panckoucke, rue & près de la Comédie Françoise. 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi. PREMIER EXTRAIT.
4714
p. 79-90
ELITE de Poësies fugitives ; avec cette Epigraphe : Les Muses sont des Abeilles volages. Gresset. A Londres, & se trouve à Paris, chez Desaint & Saillant, Libraires, rue S. Jean de Beauvais, & chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise ; trois vol. in-12, petit format, avec de jolies Gravures.
Début :
POURQUOI la plupart des Recueils de Poësies donnés au Public, sont-ils des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELITE de Poësies fugitives ; avec cette Epigraphe : Les Muses sont des Abeilles volages. Gresset. A Londres, & se trouve à Paris, chez Desaint & Saillant, Libraires, rue S. Jean de Beauvais, & chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise ; trois vol. in-12, petit format, avec de jolies Gravures.
ELITE de Poësies fugitives ; avec cette Epigraphe :
Les Muses sont des Abeilles volages. Gresset.
A Londres, & se trouve à Paris, chez
Desaint & Saillant, Libraires, rue S.
Jean de Beauvais, & chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la Comédie
Françoise ; trois vol. in-12, petit format,
avec de jolies Gravures.
POURQUOI la plupart des Recueils de
Poësies donnés au Public, sont-ils des
Collections imparfaites, & prèſque tou
jours au - deſſous du médiocre ? C'eſt
que les Editeurs, moins éclairés par le
goût, que conduits par l'appas du gain,
n'ont pas été aſſez difficiles dans le choix,
aſſez ſoigneux dans l'exécution, aſſez
répandus parmi les gens de Lettres pour
en tirer les ſecours néceſſaires. Ce n'a
prèſque jamais été qu'une affaire de com
merce. Auſſi eſt-il fort peu de ces Re
cueils qui ayent pu échapper à l'oubli
pour lequel ils ſembloient faits.
On vient de publier un Ouvrage de ce
D iv
8O MERCURE DE FRANCE.
genre, qui paroît mériter davantage
l'attention des vrais Littérateurs. Il
règne une diverſité qui produit l'effet le
plus agréable. Tantôt c'eſt une Odeſu
blime, tantôt une Pièce légère ; ici,
dans une Epigramme, c'eſt une ſaillie
piquante ; là, dans un Madrigal, c'eſt
l'expreſſion la plus vive ou la plus tou
chante du ſentiment le plus exquis. On
y trouve des Fables ingénieuſes, de jo
lies Chanſons , des † charmans.
Le Lecteur n'y voit les mauvais Poëtes
que du côté favorable ; car il eſt échap
pé deux Madrigaux aſſez bons à Cotin,
& quatre Vers heureux à Pradon. Il
n'y voit point les Pièces médiocres de
nos Ecrivains les plus connus; car Fon
tenelle a fait quelques Poëſies froides ,
& Chaulieu beaucoup de Vers d'une né
gligence inexcuſable. Mais ce qui rend
le nouveau Recueil plus précieux, ce
ſont pluſieurs morceaux rares ou ignorés,
ſoit d'Auteurs anonymes, ſoit d'autres
Auteurs, dont on connoît mieux les
noms que les Ouvrages, tels que Char
leval, la Faye, Genonville & Ferrand.
On en venge auſſi quelques-uns de l'in
juſtice de leurs Juges, tels qu'Hénaut &
Sénécé. Parmi les noms qui font hon
neur à notre Littérature, nous avons vu
M A I. 1764.
8'I
avec plaiſir ceux de grand nombre de
perſonnes illuſtres par leur naiſſance,
le Prince Cantemir, M. le Duc de Ni
vernois, M. le C. de B. M. le Maréchal
de Richelieu , S. M. le Roi de Pruffe, &
beaucoup d'autres qui ont jetté ſur les
Lettres un éclat qui a rejailli ſur eux,
& qui ont prouvé que la Nature ne s'eſt
point trompée en les diſtinguant des au
tres hommes. C'eſt un triomphe de plus
pour notre ſiécle & pour la Philoſophie.
En un mot, les Auteurs de cette Collec
tion ſe ſont efforcés de réunir tout ce
qui peut exciter & ſatisfaire la curioſité
d'un homme de goût.
Dans la Préface, on rend un compte
exact & précis, tant de la forme de l'en
trepriſe, que de la manière dont on a
cru devoir l'exécuter.
Enſuite de cet
avis,eſt une Table alphabétique de tous
les noms des Auteurs, au-deſſous deſ
quels on a placé une Liſte de leurs Ou
vrages contenus dans ce Choix , en in
diquant le tome & la page où chaque
Piéce eſt inſérée.
Nous allons jetter un coup-d'œil ra
pide ſur les trois volumes de ces Poëfies
fugitives.
Le premier commence par une Ode
ſur le ſublime Poëtique , qui eſt pleine
V
82 MERCURE DE FRANCE.
t
de feu & de hardieſſe : c'eſt le vrai ton
de l'Ode.
Quelques pages après eſt un Conte de
M. de Sénécé, intitulé : Filer le parfait
amour. Beaucoup de naturel, d'eſprit &
de facilité, voilà ce qui caractériſe cette
Pièce. Si l'on n'avoit pas lu la Fontaine,
on s'imagineroit qu'on ne peut aller plus
loin dans ce genre.
Autre morceau que l'on retrouve ici
avec plaiſir, c'eſt la manière de prendre
les Oiſeaux, Dialogue. Ce petit Poème
eſt peut-être ce que nous avons de plus
parfait dans le genre paſtoral. L'Auteur
n'en eſt point connu ; il faut que ſa mo
deſtie ait été grande, ſi c'eſt-là le motif
qui l'a engagé à garder l'anonyme.
Suit une Epître fort belle ſur la Santé.
C'eſt un Ouvrage eſtimable & rare.
Voici une Epigramme très-plaiſante :
Blaiſe voyant à l'agonie
Lucas qui lui devoit cent francs, .
Lui dit, toute honte bannie :
.
'
» Ça, payez-moi vite, il eſt temps.
» Laiſſez-moi mourir à mon aiſe,
Répondit foiblement Lucas.
» Oh parbleu ! vous ne mourrez pas
• » Que je ne ſois payé, dit Blaiſe,
-
M A I. 1764.
-
83
M. de Moncrifeſt, parmi nos Auteurs
vivans, un de ceux dont les Ouvrages
ont le plus contribué à enrichir cette
Collection. L'eſprit & la fineſſe brillent
également dans un Dialogue entre Lais
· & Diogène, qui eſt imprimé ici pour la
première fois. Il ſeroit à ſouhaiter que
cet Auteur donnât au Public la partie
de ſes Poëſies qui n'eſt point connue.
On en trouve ici pluſieurs qui font déſi
rer les autres.
·
Comme il n'eſt pas poſſible de citer
- les morceaux un peu étendus, nous nous
bornerons à ceux qui le ſont moins.
VERS à M. de SoUcI , Tréſorier de
l'Epargne.
-
Mes Vers, Monſieur, ſont peu de choſe,
Et, Dieu merci, je le ſçais bien :
Mais vous ferez beaucoup de rien,
Si les changez en votre Proſe.
E P I G R A M M E.
Certain Rimeur qui jamais ne repoſe,
· Me dit hier arrogamment,.
Qu'il n'a jamais écrit en proſe :
, Liſez ſes Vers; vous verrez comme il ment,
-
Paſſerat.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
uelle naïveté délicieuſe dans cette
, Chanſon adreſſée à Madame la Ducheſſe
de la Valière ! Elle eſt encore de M. de
Moncrif
Autrefois un Temple étoit,
La fête en eſt paſſée ;
Chaque Amant y répétoit
Sa plus douce penſée.
Si ce Temple ſe r'ouvroit
Pour ce tant doux myſtère,
Que de fois on entendroit :
J'adore la Valière.
Quelle délicateſſe dans ce Madrigal de
Ferrand !
D'amour & de mélancolie
Jadis Celamnus conſumé,
En Fontaine fut transformé;
Et qui boit de ſes eaux oublie
Juſqu'au nom de l'objet aimé.
Pour mieux oublier Egérie,
J'y courus hier vainement ;
A force de changer d'Amant,
L'infidèle l'avoit tarie.
•
-
Ce premier Tome finit par une Epître
à M. de Boullongne : elle eſt de M. Greſ
Jet, & ne ſe trouve point dans ſes (2u
-
,
M A I. 1764.
85
vres. On y reconnoît ſa manière ; ce
ſont les mêmes graces & la même facilité
que dans ſes autres Ouvrages.
Les autres morceaux remarquables
contenus dans ceVolume ſont une Epître
à M. Laurent, de M. l'Abbé de Lille,
l'Ode ſur l'enthouſiaſme de M. Sabatier,
la traduction du commencement du
· Poëme de Lucrèce par Hénaut, les Tom
beaux, Poème de M. Feutry, le triom
phe d'Alexandre de M. de S. Lambert ,
une Epître ſur la Solitude, l'Epître aux
Dieux Pénates , une Eglogue de M.
l'Abbé Mangenot, l'Epître au peuple de
· M. Thomas, le Soleil fixe au milieu des
lanetes, Ode ; une Epître de M. Blin,
M. de Voltaire; en lui adreſſant ſon
Héroïde de Gabrielle, & la réponſe de
M. de Voltaire ; une Ode ſur la Guerre
duRoi de Pruſſe,& le rajeuniſſement inu
· tile de M. de Moncrif; toutes pièces qu'il
ſuffit d'indiquer & qui n'ont pas beſoin
d'éloges.
Le ſecond volume eſt pour le moins
auſſi bien compoſé que le premier. Je
ne connois point de ſentiment mieux
exprimé que dans ce Madrigal.
Que je ſouffre un cruel martyre,
Quand juſqu'au fond des bois Tircis vient me
chercher !
-
86 MERCURE DE FRANCE.
Il a cent choſes à médire,
Et j'en ai cent à lui cacher.
Diroit-on que l'Epigramme ſuivante
ait été faite par un Poète auſſi ancien que
Saint Gélais.
Sur le Pſeautier de Mlle de Meſmes.
Si Dieu mettoit les dons en vous & moi
Qu'avoit l'Auteur de cette Œuvre parfaite ;
Pour votre part ſeriez femme de Roi
Et par ſouhait, j'en ſerois le prophète.
On doit ſçavoir bon gré aux Editeurs
de ce recueil de nous avoir remis ſous
les yeux le Kaimak, ſecond Conte de
M. de Sénécé, qui n'eſt point dans ſes
(Euvres. Dix à douze morceaux de cette
eſpéce auroient mis ce Poète à côté de
nos meilleurs Ecrivains.
C'eſt le ſort de M. de Voltaire, d'ex
celler dans tous les genres où il veut
s'eſſayer. En voici une nouvelle preuve
quant aux poëſies légères.
MADRrGAL à Mde du BocAGE , à
ſon départ pour l'Italie.
Nouvelle Muſe, aimable Grâce ,
Allez au Capitole, allez , rapportez-nous
-
-
M A I. 1764.
87
Les Myrthes de Pétrarque & les lauriers du Taſſe ;
Si tous deux revivoient,ils chanteroient pour vous,.
Et voyant vos beaux yeux & votre Poèſie,
Tous deux mourroient à vos genoux
Ou d'amour ou de jalouſie.
Il étoit réſervé au ſiécle préſent de voir
des vers galans & bien tournés ſortir de
la plume des Philoſophes les plus pro
fonds.
Les vers de M. de la Faye qui ſont
dans ce Recueil juſtifient ſa réputation.
Madrigal.
Phœbus dont l'art me coûta tant de nuits,
Pour mes travaux m'a mis en main ſa Lyre ;
L'amour enfin , touché de mes ennuis ,
Veut que pour moi tout rie en ſon empire.
L'un alluma le beau feu qui m'inſpire ;
L'autre m'apprit les ſons les plus touchans ;
, Si j'en ſuis fier, c'eſt parce que Thémire
Daigne écouter mes deſirs & mes chants,
On lit auſſi dans ce recueil, une Chan
fon de M. de Fenelon , Archevêque de
Cambrai.
-
La meilleure réponſe aux injuſtes Sa
tyres de Boileau à l'égard de Quinaut,
c'eſt la douceur des Vers ſuivans :
Le mal de mes rivaux n'égale point ma peine ;
88 MERCURE DE FRANCE.
La douce illuſion d'une eſpérance vaine
Ne les fait point tomber du faîte du bonheur ;
Aucun d'eux comme moi n'a perdu votre cœur,
Comme eux à votre humeur ſévère,
Je ne ſuis point accoutumé :
Quel tourment de ceſſer de plaire
Quand on a fait l'eſſai du bonheur d'être aimé !
Les principales Pièces de ce ſecond
volume, ſont une Ode ſur les Poëtes
Lyriques, de M. le C. de B. l'Ode ſur
la Mort de Rouſſeau, de M. le Franc ;
l'Epître ſur l'Amitié, de M. Guimond de
la Touche ; une Epître ſur l'utilité de la
Retraite pour les Gens de Lettres, de
M. l'Abbé Delille ; une Epître à M. le
C. de B. par M. Blin ; le Temple des
Deſirs, par un Auteur Anonyme; l'E-
glogue de M. l'Abbé Mangenot, Au dé
clin d'un beau jour; une Ode de Rouſ
ſeau qui n'eſt point connue ; l'Epître
aux Poëtes par M. Marmontel, qui a rem
porté le prix de l'Académie ; les quatre
parties du Jour, de M. le C. de B. & les
deux parties du Jour, de M. de Saint
Lambert.
-
A l'égard du dernier volume, nous
nous contenterons de déſigner les mor
ceaux les plus remarquables.
Une Ode ſur les Vers, par M. de la
M A I. 1764.
8g
Faye; Elégie ſur la diſgrace de M. Fou
quet , par la Fontaine; une Epître de
Boileau qui n'eſt dans aucune Edition
de ſes Œuvres ; Métamorphoſe d'un
Homme en Oiſeau , très-joli Conte de
Paſſerat ; la Sageſſe, Poème de M. Ré
mond de Saint-Marc; les quatre Saiſons,
Poème de M. le C. de B. qu'on n'eſt pas
fâché de voir compris dans ce Recueil,
quoiqu'il y occupe une place conſidéra
ble; l'Epître ſur laquelle le Marquis de
Saint-Aulaire a été reçu à l'Académie
Françoiſe ; Leçons aux Enfans des Sou
verains, par le Père Lombard, Jéſuite ;
l'Epître d'Héloïſe à Abailard, de M.
Colardeau; une Epître de M. Barthe à
Madame du Bocage; une Ode de M. de
la Grange-Chancel; le Philoſophe des
Alpes, Ode de M. de la Harpe ; & l'Eſ
ſai ſur la Déclamation Tragique , de M.
Dorat.
Il réſulte de la lecture de cette Collec
tion, une vérité qui doit ranimer notre
eſpérance pour le ſoutien de la Littéra
ture Françoiſe : c'eſt que la plupart des
productions de nos jeunes Auteurs ne pa
roiſſent guères inférieures à celles du ſiè
cle dernier , & l'on ne ſçauroit trop en
courager les Talens qu'ils annoncent.
Il y a une jolie Vignette au Frontiſ
·
9o MERCURE DE FRANCE.
pice de chaque Volume : les Deſſeins
ſont de M. Gravelot. En un mot, ce Li
vre ſuppoſe dans les Editeurs autant de
goût que de diſcernement; &, placé
dans une Bibliothèque choiſie, il peut
diſpenſer de l'acquiſition de plus de ſoi
xante Volumes.
Les Muses sont des Abeilles volages. Gresset.
A Londres, & se trouve à Paris, chez
Desaint & Saillant, Libraires, rue S.
Jean de Beauvais, & chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la Comédie
Françoise ; trois vol. in-12, petit format,
avec de jolies Gravures.
POURQUOI la plupart des Recueils de
Poësies donnés au Public, sont-ils des
Collections imparfaites, & prèſque tou
jours au - deſſous du médiocre ? C'eſt
que les Editeurs, moins éclairés par le
goût, que conduits par l'appas du gain,
n'ont pas été aſſez difficiles dans le choix,
aſſez ſoigneux dans l'exécution, aſſez
répandus parmi les gens de Lettres pour
en tirer les ſecours néceſſaires. Ce n'a
prèſque jamais été qu'une affaire de com
merce. Auſſi eſt-il fort peu de ces Re
cueils qui ayent pu échapper à l'oubli
pour lequel ils ſembloient faits.
On vient de publier un Ouvrage de ce
D iv
8O MERCURE DE FRANCE.
genre, qui paroît mériter davantage
l'attention des vrais Littérateurs. Il
règne une diverſité qui produit l'effet le
plus agréable. Tantôt c'eſt une Odeſu
blime, tantôt une Pièce légère ; ici,
dans une Epigramme, c'eſt une ſaillie
piquante ; là, dans un Madrigal, c'eſt
l'expreſſion la plus vive ou la plus tou
chante du ſentiment le plus exquis. On
y trouve des Fables ingénieuſes, de jo
lies Chanſons , des † charmans.
Le Lecteur n'y voit les mauvais Poëtes
que du côté favorable ; car il eſt échap
pé deux Madrigaux aſſez bons à Cotin,
& quatre Vers heureux à Pradon. Il
n'y voit point les Pièces médiocres de
nos Ecrivains les plus connus; car Fon
tenelle a fait quelques Poëſies froides ,
& Chaulieu beaucoup de Vers d'une né
gligence inexcuſable. Mais ce qui rend
le nouveau Recueil plus précieux, ce
ſont pluſieurs morceaux rares ou ignorés,
ſoit d'Auteurs anonymes, ſoit d'autres
Auteurs, dont on connoît mieux les
noms que les Ouvrages, tels que Char
leval, la Faye, Genonville & Ferrand.
On en venge auſſi quelques-uns de l'in
juſtice de leurs Juges, tels qu'Hénaut &
Sénécé. Parmi les noms qui font hon
neur à notre Littérature, nous avons vu
M A I. 1764.
8'I
avec plaiſir ceux de grand nombre de
perſonnes illuſtres par leur naiſſance,
le Prince Cantemir, M. le Duc de Ni
vernois, M. le C. de B. M. le Maréchal
de Richelieu , S. M. le Roi de Pruffe, &
beaucoup d'autres qui ont jetté ſur les
Lettres un éclat qui a rejailli ſur eux,
& qui ont prouvé que la Nature ne s'eſt
point trompée en les diſtinguant des au
tres hommes. C'eſt un triomphe de plus
pour notre ſiécle & pour la Philoſophie.
En un mot, les Auteurs de cette Collec
tion ſe ſont efforcés de réunir tout ce
qui peut exciter & ſatisfaire la curioſité
d'un homme de goût.
Dans la Préface, on rend un compte
exact & précis, tant de la forme de l'en
trepriſe, que de la manière dont on a
cru devoir l'exécuter.
Enſuite de cet
avis,eſt une Table alphabétique de tous
les noms des Auteurs, au-deſſous deſ
quels on a placé une Liſte de leurs Ou
vrages contenus dans ce Choix , en in
diquant le tome & la page où chaque
Piéce eſt inſérée.
Nous allons jetter un coup-d'œil ra
pide ſur les trois volumes de ces Poëfies
fugitives.
Le premier commence par une Ode
ſur le ſublime Poëtique , qui eſt pleine
V
82 MERCURE DE FRANCE.
t
de feu & de hardieſſe : c'eſt le vrai ton
de l'Ode.
Quelques pages après eſt un Conte de
M. de Sénécé, intitulé : Filer le parfait
amour. Beaucoup de naturel, d'eſprit &
de facilité, voilà ce qui caractériſe cette
Pièce. Si l'on n'avoit pas lu la Fontaine,
on s'imagineroit qu'on ne peut aller plus
loin dans ce genre.
Autre morceau que l'on retrouve ici
avec plaiſir, c'eſt la manière de prendre
les Oiſeaux, Dialogue. Ce petit Poème
eſt peut-être ce que nous avons de plus
parfait dans le genre paſtoral. L'Auteur
n'en eſt point connu ; il faut que ſa mo
deſtie ait été grande, ſi c'eſt-là le motif
qui l'a engagé à garder l'anonyme.
Suit une Epître fort belle ſur la Santé.
C'eſt un Ouvrage eſtimable & rare.
Voici une Epigramme très-plaiſante :
Blaiſe voyant à l'agonie
Lucas qui lui devoit cent francs, .
Lui dit, toute honte bannie :
.
'
» Ça, payez-moi vite, il eſt temps.
» Laiſſez-moi mourir à mon aiſe,
Répondit foiblement Lucas.
» Oh parbleu ! vous ne mourrez pas
• » Que je ne ſois payé, dit Blaiſe,
-
M A I. 1764.
-
83
M. de Moncrifeſt, parmi nos Auteurs
vivans, un de ceux dont les Ouvrages
ont le plus contribué à enrichir cette
Collection. L'eſprit & la fineſſe brillent
également dans un Dialogue entre Lais
· & Diogène, qui eſt imprimé ici pour la
première fois. Il ſeroit à ſouhaiter que
cet Auteur donnât au Public la partie
de ſes Poëſies qui n'eſt point connue.
On en trouve ici pluſieurs qui font déſi
rer les autres.
·
Comme il n'eſt pas poſſible de citer
- les morceaux un peu étendus, nous nous
bornerons à ceux qui le ſont moins.
VERS à M. de SoUcI , Tréſorier de
l'Epargne.
-
Mes Vers, Monſieur, ſont peu de choſe,
Et, Dieu merci, je le ſçais bien :
Mais vous ferez beaucoup de rien,
Si les changez en votre Proſe.
E P I G R A M M E.
Certain Rimeur qui jamais ne repoſe,
· Me dit hier arrogamment,.
Qu'il n'a jamais écrit en proſe :
, Liſez ſes Vers; vous verrez comme il ment,
-
Paſſerat.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
uelle naïveté délicieuſe dans cette
, Chanſon adreſſée à Madame la Ducheſſe
de la Valière ! Elle eſt encore de M. de
Moncrif
Autrefois un Temple étoit,
La fête en eſt paſſée ;
Chaque Amant y répétoit
Sa plus douce penſée.
Si ce Temple ſe r'ouvroit
Pour ce tant doux myſtère,
Que de fois on entendroit :
J'adore la Valière.
Quelle délicateſſe dans ce Madrigal de
Ferrand !
D'amour & de mélancolie
Jadis Celamnus conſumé,
En Fontaine fut transformé;
Et qui boit de ſes eaux oublie
Juſqu'au nom de l'objet aimé.
Pour mieux oublier Egérie,
J'y courus hier vainement ;
A force de changer d'Amant,
L'infidèle l'avoit tarie.
•
-
Ce premier Tome finit par une Epître
à M. de Boullongne : elle eſt de M. Greſ
Jet, & ne ſe trouve point dans ſes (2u
-
,
M A I. 1764.
85
vres. On y reconnoît ſa manière ; ce
ſont les mêmes graces & la même facilité
que dans ſes autres Ouvrages.
Les autres morceaux remarquables
contenus dans ceVolume ſont une Epître
à M. Laurent, de M. l'Abbé de Lille,
l'Ode ſur l'enthouſiaſme de M. Sabatier,
la traduction du commencement du
· Poëme de Lucrèce par Hénaut, les Tom
beaux, Poème de M. Feutry, le triom
phe d'Alexandre de M. de S. Lambert ,
une Epître ſur la Solitude, l'Epître aux
Dieux Pénates , une Eglogue de M.
l'Abbé Mangenot, l'Epître au peuple de
· M. Thomas, le Soleil fixe au milieu des
lanetes, Ode ; une Epître de M. Blin,
M. de Voltaire; en lui adreſſant ſon
Héroïde de Gabrielle, & la réponſe de
M. de Voltaire ; une Ode ſur la Guerre
duRoi de Pruſſe,& le rajeuniſſement inu
· tile de M. de Moncrif; toutes pièces qu'il
ſuffit d'indiquer & qui n'ont pas beſoin
d'éloges.
Le ſecond volume eſt pour le moins
auſſi bien compoſé que le premier. Je
ne connois point de ſentiment mieux
exprimé que dans ce Madrigal.
Que je ſouffre un cruel martyre,
Quand juſqu'au fond des bois Tircis vient me
chercher !
-
86 MERCURE DE FRANCE.
Il a cent choſes à médire,
Et j'en ai cent à lui cacher.
Diroit-on que l'Epigramme ſuivante
ait été faite par un Poète auſſi ancien que
Saint Gélais.
Sur le Pſeautier de Mlle de Meſmes.
Si Dieu mettoit les dons en vous & moi
Qu'avoit l'Auteur de cette Œuvre parfaite ;
Pour votre part ſeriez femme de Roi
Et par ſouhait, j'en ſerois le prophète.
On doit ſçavoir bon gré aux Editeurs
de ce recueil de nous avoir remis ſous
les yeux le Kaimak, ſecond Conte de
M. de Sénécé, qui n'eſt point dans ſes
(Euvres. Dix à douze morceaux de cette
eſpéce auroient mis ce Poète à côté de
nos meilleurs Ecrivains.
C'eſt le ſort de M. de Voltaire, d'ex
celler dans tous les genres où il veut
s'eſſayer. En voici une nouvelle preuve
quant aux poëſies légères.
MADRrGAL à Mde du BocAGE , à
ſon départ pour l'Italie.
Nouvelle Muſe, aimable Grâce ,
Allez au Capitole, allez , rapportez-nous
-
-
M A I. 1764.
87
Les Myrthes de Pétrarque & les lauriers du Taſſe ;
Si tous deux revivoient,ils chanteroient pour vous,.
Et voyant vos beaux yeux & votre Poèſie,
Tous deux mourroient à vos genoux
Ou d'amour ou de jalouſie.
Il étoit réſervé au ſiécle préſent de voir
des vers galans & bien tournés ſortir de
la plume des Philoſophes les plus pro
fonds.
Les vers de M. de la Faye qui ſont
dans ce Recueil juſtifient ſa réputation.
Madrigal.
Phœbus dont l'art me coûta tant de nuits,
Pour mes travaux m'a mis en main ſa Lyre ;
L'amour enfin , touché de mes ennuis ,
Veut que pour moi tout rie en ſon empire.
L'un alluma le beau feu qui m'inſpire ;
L'autre m'apprit les ſons les plus touchans ;
, Si j'en ſuis fier, c'eſt parce que Thémire
Daigne écouter mes deſirs & mes chants,
On lit auſſi dans ce recueil, une Chan
fon de M. de Fenelon , Archevêque de
Cambrai.
-
La meilleure réponſe aux injuſtes Sa
tyres de Boileau à l'égard de Quinaut,
c'eſt la douceur des Vers ſuivans :
Le mal de mes rivaux n'égale point ma peine ;
88 MERCURE DE FRANCE.
La douce illuſion d'une eſpérance vaine
Ne les fait point tomber du faîte du bonheur ;
Aucun d'eux comme moi n'a perdu votre cœur,
Comme eux à votre humeur ſévère,
Je ne ſuis point accoutumé :
Quel tourment de ceſſer de plaire
Quand on a fait l'eſſai du bonheur d'être aimé !
Les principales Pièces de ce ſecond
volume, ſont une Ode ſur les Poëtes
Lyriques, de M. le C. de B. l'Ode ſur
la Mort de Rouſſeau, de M. le Franc ;
l'Epître ſur l'Amitié, de M. Guimond de
la Touche ; une Epître ſur l'utilité de la
Retraite pour les Gens de Lettres, de
M. l'Abbé Delille ; une Epître à M. le
C. de B. par M. Blin ; le Temple des
Deſirs, par un Auteur Anonyme; l'E-
glogue de M. l'Abbé Mangenot, Au dé
clin d'un beau jour; une Ode de Rouſ
ſeau qui n'eſt point connue ; l'Epître
aux Poëtes par M. Marmontel, qui a rem
porté le prix de l'Académie ; les quatre
parties du Jour, de M. le C. de B. & les
deux parties du Jour, de M. de Saint
Lambert.
-
A l'égard du dernier volume, nous
nous contenterons de déſigner les mor
ceaux les plus remarquables.
Une Ode ſur les Vers, par M. de la
M A I. 1764.
8g
Faye; Elégie ſur la diſgrace de M. Fou
quet , par la Fontaine; une Epître de
Boileau qui n'eſt dans aucune Edition
de ſes Œuvres ; Métamorphoſe d'un
Homme en Oiſeau , très-joli Conte de
Paſſerat ; la Sageſſe, Poème de M. Ré
mond de Saint-Marc; les quatre Saiſons,
Poème de M. le C. de B. qu'on n'eſt pas
fâché de voir compris dans ce Recueil,
quoiqu'il y occupe une place conſidéra
ble; l'Epître ſur laquelle le Marquis de
Saint-Aulaire a été reçu à l'Académie
Françoiſe ; Leçons aux Enfans des Sou
verains, par le Père Lombard, Jéſuite ;
l'Epître d'Héloïſe à Abailard, de M.
Colardeau; une Epître de M. Barthe à
Madame du Bocage; une Ode de M. de
la Grange-Chancel; le Philoſophe des
Alpes, Ode de M. de la Harpe ; & l'Eſ
ſai ſur la Déclamation Tragique , de M.
Dorat.
Il réſulte de la lecture de cette Collec
tion, une vérité qui doit ranimer notre
eſpérance pour le ſoutien de la Littéra
ture Françoiſe : c'eſt que la plupart des
productions de nos jeunes Auteurs ne pa
roiſſent guères inférieures à celles du ſiè
cle dernier , & l'on ne ſçauroit trop en
courager les Talens qu'ils annoncent.
Il y a une jolie Vignette au Frontiſ
·
9o MERCURE DE FRANCE.
pice de chaque Volume : les Deſſeins
ſont de M. Gravelot. En un mot, ce Li
vre ſuppoſe dans les Editeurs autant de
goût que de diſcernement; &, placé
dans une Bibliothèque choiſie, il peut
diſpenſer de l'acquiſition de plus de ſoi
xante Volumes.
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Résumé : ELITE de Poësies fugitives ; avec cette Epigraphe : Les Muses sont des Abeilles volages. Gresset. A Londres, & se trouve à Paris, chez Desaint & Saillant, Libraires, rue S. Jean de Beauvais, & chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise ; trois vol. in-12, petit format, avec de jolies Gravures.
Le texte présente une collection de poèmes intitulée 'Elite de Poësies fugitives', publiée à Londres et distribuée à Paris par Desaint & Saillant et Panckoucke. Cette collection se caractérise par sa diversité, comprenant des odes, des épigrammes, des fables et des chansons. Les éditeurs ont choisi de mettre en avant des œuvres rares ou méconnues d'auteurs anonymes ou peu connus, tels que Charleval, La Faye, Genonville et Ferrand, ainsi que des auteurs injustement critiqués comme Hénaut et Sénécé. Parmi les contributeurs notables figurent le Prince Cantemir, le Duc de Nivernois, le Maréchal de Richelieu et le Roi de Prusse. La préface explique la forme et l'exécution de cette entreprise, suivie d'une table alphabétique des auteurs et de leurs œuvres. Le premier volume s'ouvre sur une ode sur le sublime poétique et inclut des pièces remarquables comme un conte de Sénécé et des épigrammes plaisantes. Le recueil est structuré en trois volumes, chacun offrant une variété d'œuvres et des contributions d'auteurs contemporains et classiques. Le second volume est particulièrement apprécié pour sa qualité, avec des madrigaux, des épigrammes et des œuvres de Voltaire. Le troisième volume présente des œuvres telles qu'une ode sur les vers de La Faye et une élégie de La Fontaine. Le texte conclut en soulignant la qualité des productions des jeunes auteurs et le discernement des éditeurs dans la sélection des œuvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4714
ELITE de Poësies fugitives ; avec cette Epigraphe : Les Muses sont des Abeilles volages. Gresset. A Londres, & se trouve à Paris, chez Desaint & Saillant, Libraires, rue S. Jean de Beauvais, & chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise ; trois vol. in-12, petit format, avec de jolies Gravures.
4715
p. 90-100
LE MONDE MORAL, ou Mémoires pour servir à l'histoire du coeur humain, par M.... ancien Résident de France dans plusieurs Cours étrangères ; avec cette Epigraphe : Successerunt... magis alii homines, quàm alii affectus & alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome II. en deux parties in 12, à Genève 1764.
Début :
LE premier Tome, ou les deux premières parties de ce Roman, par feu [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MONDE MORAL, ou Mémoires pour servir à l'histoire du coeur humain, par M.... ancien Résident de France dans plusieurs Cours étrangères ; avec cette Epigraphe : Successerunt... magis alii homines, quàm alii affectus & alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome II. en deux parties in 12, à Genève 1764.
LE MONDE MORAL, ou Mémoires
pour servir à l'histoire du coeur humain,
par M.... ancien Résident de France
dans plusieurs Cours étrangères ; avec
cette Epigraphe : Successerunt... magis
alii homines, quàm alii affectus &
alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome
II. en deux parties in 12, à Genève
1764.
LE premier Tome, ou les deux premières
parties de ce Roman, par feu
M. l'Abbé Prévot, parurent dans l'an
née 17éo ; mais ce n'eſt que depuis ſa
.. mort, que le ſecond Tome , qui n'eſt
point encore la fin du Roman , a été
publié. On lit à la fin cet avertiſſement :
» M. l'Abbé Prévot, Auteur de ces Mé
» moires, occupé depuis trois ans de
M A I. 1764.
9 1
» ſon hiſtoire des maiſons de Condé &
» de Conti, avoit négligé de les finir.
» Il avoit repris ce travail avec plus d'ar
» deur que jamais, lorſque la mort le
» ſurprit. L'Editeur croiroit manquer au
» Public, s'il ne lui donnoit les reſtes
» précieux du travail d'un homme,dont il
» a honoré tous les ouvrages d'un accueil
» fi univerſel. On lui fait eſpérer qu'il ſe
» trouvera ſous les ſcellés une ſuite de
» cet Ouvrage, peut-être imparfaite ,
» qu'il s'empreſſera néanmoins de don
» ner auſſi-tôt qu'elle lui ſera remiſe :
» certain que le Public regretteroit la
» perte qu'on lui feroit eſſuyer, en le
» privant des moindres fragmens d'un
» homme dont la mémoire lui ſera tou
» jours chère.
-
On a vu, par la lecture des deux pre
mières parties de cet Ouvrage, que le
Héros du Roman eſt un Philoſophe Ob
ſervateur, qui, dans les aventures d'au
trui dont il eſt témoin, cherche à régler
ſa propre conduite. Ce n'eſt donc point
ſa propre Hiſtoire qui compoſe les deux
premiers tomes, ou les quatre premiè
res parties ; on n'y trouve que des avan
tures épiſodiques, qui peuvent encore
être multipliées à l'infini. Auſſi l'Auteur
dit-il dans un Avertiſſement, que , dans
92 MERCURE DE FRANCE.
la erainte que quelque obſtacle ne lui
permette pas de conduire ſon Ouvrage
à ſa fin, il prend le parti d'expoſer ſon
plan, pour tracer les voies à ceux qui
voudront l'éxécuter après lui. Rien n'eſt
plus ſimple que ce plan ; c'eſt de faire en
viſager, du côté moral, tous les événe
mens dont on ſe propoſe le récit. On en
tend par le côté moral, certaines faces
qui répondent aux reſſorts intérieurs des
actions, & qui peuvent conduire, par
cette porte, à la connoiſſance des motifs
& des ſentimens.
Le premier tome, qui paroît depuis
quatre ans, renferme dix ou douze aven
tures. Le ſecond, publié nouvellement ,
ne contient que l'Hiſtoire de l'Abbé
Brenner & de Mademoiſelle Tekely ;
encore cette Hiſtoire n'eſt-elle point ter
minée. L'un & l'autre de ces deux volu
mes ont donné lieu à deux Lettres, que
nous allons mettre ſous les yeux du Pu
blic. La première eſt de M. l'Abbé Pré
vot. Elle eſt adreſſée à un Seigneur de la
Cour,à qui il avoit envoyé les deux pre
mières parties de ſon Roman, & qui lui
en avoit dit ſon ſentiment par écrit. La
Lettre de M. l'Abbé Prévot eſt donc une
réponſe à cette eſpèce de critique. Il faut
ſe rappeller les aventures contenues dans
-
cette Lettre.
· A"
, M A I. 1764.
le Duc de ...
Ce 29 Mars 176o.
93
1es deug. premières parties du Roman ,
pour Uien entendre tous les endroits de
LETTRE de M. l'Abbé PRÉVoT à M.
º
| 25 MrErE grâces à Monſieur le Duc,
» Je reconnois ſa bonté juſques dans ſa
» critique; & je me propoſe d'aller lui
» faire ma cour, &c.
» J'adopte toutes les idées de Monſieur
» le Duc, ſur les Ouvrages de la nature
» du mien : elles ſont juſtes, ſolides ,
» bien conçues & bien exprimées. La
» critique ſur le défaut d'intérêt me ſem
» ble précoce ; parce qu'il n'eſt queſtion
» juſqu'à préſent,que de former le carac
» tère de mon Obſervateur, que je n'ai
» pu faire tomber des nues tout propre à
» ſon rôle. Chaque petite aventure étant
» dirigé à ce but, ne doit prendre en
» elle-même que l'eſpèce & le degré
» d'intérêt qui peut y conduire. Telles
» du moins ont été mes vues, dont il
» me ſemble que l'avenir ſeul peut faire
» juger. De ces petites aventures iſolées,
|
94 MERCURE DE FRANNCE.
» l'une eſt plus touchante, l'autre , moins;
» l'une gaie , l'autre ſérieuſe ; d'anutres
» ſimples & naïves, d'autres intriguèces :
» d'autres tendres & d'autres terribles ;
» d'autres mêlées, & c ; tout cela, pour
» faire atte2dre dans mon Héros, & de
» la manière dont il enviſage ſon objet,
» un caractère ſuſceptible de toutes ſor
» tes de ſentimens, avec un eſprit capa
» ble de toutes ſortes de réfléxions. Ses
» propres aventures, qui ſeront formées
32† & dont j'ai déja jetté diver
» ſes ſemences, feront la vraie ligne &
» le vrai foyer de l'intérêt. En un mot,
» je crois avoir obſervé les règles d'une
» bonne Architecture , & l'avenir fera
» voir ſi je me ſuis trompé.
' » Si l'Hiſtoire du Quêteur n'eſt pas
» vraiſemblable, le fond n'eſt pas moins
» réel , puiſque c'eſt l'aventure d'un
» vieux Financier, mort depuis ſix mois,
» & qu'elle n'eſt ignorée de perſonne.
» Celle du Célérier n'eſt pas touchante,
» ſi ce mot doit toujours ſignifier tendre :
» mais je la crois très-touchante dans le
» ſens tragique, qui renferme terreur &
» pitié; & c eſt ce que je me ſuis pro
» poſé Le vrai eſt, que moi qui l'ai fai
» te, je ne l'ai pas relue ſans émotion.
» La comparaiſon des Liévres mâles
\
$
-
M A I. 1764.
g5
» eſt p'ſaiſante, & n'en eſt pas plus dé
» ſy ſantageuſe à la niéce du Prieur, s'il
3: éſt vrai qu'elle tue ſon homme d'auſſi
» bonne grâce, que M. le Duc tue les
» males Liévres. L'étoffe dont j'ai taillé
» cette fille eſt d'un deſſein aſſez neuf,
» & nous verrons quel effet il produira.
» A tout prendre, Monſieur le Duc
» voit que j'entre de bon cœur dans ſon
» idée d'un premier acte de Tragédie.
» Jamais Auteur ne fut moins rebelle à
» la critique.Je ſouhaiterois même que
» Monſieur le Duc m'eût auſſi marqué
» ſon ſentiment ſur les peintures, les ré
» fléxions, le ſtyle, & ſur les degrés par
» leſquels je fais entrer mon Héros en
» danſe : car au fond, c'eſt la partie eſ-
» ſentielle de mon entrepriſe, & ſur
» quoi je ne puis appeller à l'avenir. Ce
» n'eſt pas un Roman que je fais; c'eſt
» un Livre de Morale vêtu de cette cou
» leur. Ma curioſité ſur ces quatre points
» expoſe Monſieur le Duc à de nouvel
» les queſtions, la première fois que j'i-
» rai l'aſſurer de mon tendre & parfait
» attachement.
-
-
| Nous avons dit que les deux nouvelles
parties du Monde Moral ne contiennent
que l'Hiſtoire de Mademoiſelle Tekelys
-
--
-
-
*
|
--
-
96 MERCURE DE FRANtE. "E.
avec l'Abbé Brenner. L'Auteur nins';s fait
voyager en Turquie, dans le temps tes nue
M. de F. ... étoit Ambaſſadeur de Fran-- -
ce à la Cour Ottomane. Ce qui lui don
ne occaſion de parler de ce Miniſtre; &
c'eſt ce qu'il en dit, qui a donné lieu à
la ſeconde Lettre dont nous avons parlé.
Nous allons d'abord rapporter ce que
M. l'Abbé Prévot raconte de M. de F.....
» Cet Ambaſſadeur avoit fait prépa
» rer une Fête pour quelques Dames de
» France & de Hollande, dans un Vil- .
» lage voiſin de Pera. On s'y rendit à
» neuf ou dix heures du matin, les Da
» mes dans leurs voitures , & M. l'Am
» baſſadeur à cheval, avec la plupart
» des hommes. Il faiſoit fort chaud; mais
» à l'aide des rafraîchiſſemens , on fit
» bonne chère, & la danſe y ſuccéda.
» En retournant, comme on étoit venu,
» M. de F. ... vit ou crut voir un ſer
» pent qui traverſoit le chemin devant
» les pieds du cheval d'un Gentilhomme
» François , nommé Marigny ,
qu'il
» favoriſoit beaucoup, & qui étoit à ſa
» gauche. Il lui dit : prenez garde que
» votre cheval ne marche ſur ce ſerpent.
» Marigny ayant répondu qu'il n'y en
» avoit aucun, ſa réponſe déplut à l'Am
» baſſadeur, qui la regarda comme un
» démenti ;
M A I. 1764.
97
» démenti; &, dans cette fauſſe idée,
» il lui donna un coup de fouet ſur les
» épaules. Eſt ce ainſi, s'écria le Gentil
» homme, qu'on traite un homme de
» condition ? Oui, repliqua M. de F....
» quand il parle comme vous faites.
» Cette conteſtation, qui devint beau
» coup plus vive, ne fut pas interprétée
» à l'avantage de l'Ambaſſadeur ; & le
» reſte de la compagnie lui croyant la
» tête échauffée par l'exceſſive chaleur ,
» on fit ſigne à Marigny de ne le pas
» contredire plus long-temps. Mais ſa co
» lère ne fit qu'augmenter en rentrant
» dans ſon Palais.
Il ne dormit pas de
» toute la nuit ſuivante ; ſes diſcours &
» ſes actions ſembloient marquer le plus
» violent délire; il devint ſi furieux,qu'on
» fut obligé de le lier........ Ce déſor
» dre ne put demeurer ſecret; il alla ſi
» loin, que les Officiers de l'Ambaſſade
» prirent enfin le parti d'envoyer en
» France une atteſtation de la folie de
» leur Chef, ſignée des principaux Mar
» chands de la Nation. M. de F. ... fut
» rappellé , & M. Deſalleurs nommé
» pour lui ſuccéder.
-
Voilà le fait tel qu'il eſt rapporté au
commencement de la quatrième partie
du Roman. La Lettre ſuivante en prouve
la fàuſſeté,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
LET'TRE à M. D E L A P E A c E ,
Auteur du Mercure, ſur feu M. de
FERRIOL, Ambaſſadeur de France
à la Porte.
99 J'AI lu avec étonnement, Monſieur,
» dans l'un des deux nouveaux volumes
» d'un Livre intitulé, le Monde Moral,
» de feu M. l'Abbé Prévot, de préten
» dues anecdotes concernant M. de Fer
» riol, dont perſonne n'eſt plus à portée
» que moi, de démontrer la§ Je
» vous prie, au cas que vous rendiez
» compte de cet Ouvrage dans le Mer
» cure, de vouloir bien y inſérer ma
» Lettre. C'eſt le moins que je doive à
» la mémoire d'un Miniſtre reſpectable,
» que mon père a beaucoup connu; &
»je vous crois trop juſte,pour ne paseſ
» pérer de vous cette grace.
.
• » Je ſuis donc en état de vous aſſurer,
» Monſieur, que M. de Ferriol, Ambaſ
» ſadeur à Conſtantinople , a joui tant
» qu'il a vécu , d'une réputation qu'il
» avoit méritée par ſes lumières & par ſa
» probité; qu'il alaiſſé dans le pays où il
» a été employé, le ſouvenir des occa
* ...
:
'
,-
•--
)
, l
' iº -
. ..
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:
·
•
•
!
• • ! .
-
-
.
M A I. 1764.
99
» ſions où il a ſoutenu la dignité de ſon
» caractère & la gloire de ſon Maître,
» avec une force & un courage dont il y
» a peu d'exemples. On trouve en effat
» dans pluſieursrelations, la façon dont il .
» ſe conduiſit à ſa première Audience, *
» où il ne voulut jamais quitter ſon
» épée ; ainſi que la réſiſtance qu'il ap
» porta aux ordres qui lui furent ſigni
» fiés de la part du Grand-Seigneur, au
» ſujet des artifices & illuminations qu'il
» avoit fait préparer dans ſon Palais, pour
- » célébrer la naiſſance du premier Duc
» de Bretagne. Il conſervoit, il eſt vrai,
» un peu trop dans ſon intérieur , cette
» fierté & cette infléxibilité qui conve
» noient dans lesactions d'éclat; il puniſ
» niſſoit ſévèrement les moindres fautes.
» Ses principaux Domeſtiques, irrités
» de cette ſévérité, & excités peut-être
» par d'autres motifs dont les détails ne
» me ſont pas aujourd'hui préſens, for
» mèrent la plus étrange conſpiration
» qu'il y ait jamais eu. Il profitèrent d'u-
» ne maladie conſidérable qu'il eſſuya,
» (c'étoit une eſpèce de fiévre maligne)
» pour le tenir dans une eſpèce de char
» te privée, ne le laiſſant parler à qui
· " Voyez le Choix des Mercures, tom. 1o2, p.41.
- -
-
-
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE.
» que ce ſoit; ils débitèrent que la tête
» lui avoit abſolument tourné, & en
» voyèrent un Mémoire à la Cour de
» France, qui atteſtoit cette calomnie.
» L'Ambaſſadeur, étant en convaleſ
» cence, s'apperçut du traitement inoui
» qu'il éprouvoit; & ne ſçachant com
» ment ſe tirer de ſa priſon , il apperçut
» à une fenêtre qui touchoit à la fienne,
» l'Ambaſſadeur d'Hollande, qui étoit
» fort de ſes amis. Il lui conta ſon hiſtoi- .
» re : alors cet Ambaſſadeur ſe tranſpor
» ta chez lui, ſe fit ouvrir les portes, le
» tira de captivité. Les auteurs de la conſ
» piration s'enfuirent & ſe diſperſèrent.
» M. de Ferriol dépêcha en France un
» Comte de Raza, Officier qui avoit
» ſervi en Hongrie pour le Prince Tekeli.
» Ce Comte de Raza, qui devoit faire
» une grande diligence, afin de détruire
» les bruits injurieux qu'on avoit répan
» dus contre M. de Ferriol, fut retenu en
» Dauphiné par une maladie, & n'arri
» va préciſément que le jour même où
» M. Deſalleurs avoit été nommé pour
» ſuccéder à M. de Ferriol. Le coup
» étant ſans remède, ce dernier fut obli
» gé de revenir à Paris, où il a vêcu plu
» ſieurs années eſtimé & conſidéré de
'» tous ceux qui l'ont connu. J'ai l'hon
» neur, &c.
· N****,
pour servir à l'histoire du coeur humain,
par M.... ancien Résident de France
dans plusieurs Cours étrangères ; avec
cette Epigraphe : Successerunt... magis
alii homines, quàm alii affectus &
alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome
II. en deux parties in 12, à Genève
1764.
LE premier Tome, ou les deux premières
parties de ce Roman, par feu
M. l'Abbé Prévot, parurent dans l'an
née 17éo ; mais ce n'eſt que depuis ſa
.. mort, que le ſecond Tome , qui n'eſt
point encore la fin du Roman , a été
publié. On lit à la fin cet avertiſſement :
» M. l'Abbé Prévot, Auteur de ces Mé
» moires, occupé depuis trois ans de
M A I. 1764.
9 1
» ſon hiſtoire des maiſons de Condé &
» de Conti, avoit négligé de les finir.
» Il avoit repris ce travail avec plus d'ar
» deur que jamais, lorſque la mort le
» ſurprit. L'Editeur croiroit manquer au
» Public, s'il ne lui donnoit les reſtes
» précieux du travail d'un homme,dont il
» a honoré tous les ouvrages d'un accueil
» fi univerſel. On lui fait eſpérer qu'il ſe
» trouvera ſous les ſcellés une ſuite de
» cet Ouvrage, peut-être imparfaite ,
» qu'il s'empreſſera néanmoins de don
» ner auſſi-tôt qu'elle lui ſera remiſe :
» certain que le Public regretteroit la
» perte qu'on lui feroit eſſuyer, en le
» privant des moindres fragmens d'un
» homme dont la mémoire lui ſera tou
» jours chère.
-
On a vu, par la lecture des deux pre
mières parties de cet Ouvrage, que le
Héros du Roman eſt un Philoſophe Ob
ſervateur, qui, dans les aventures d'au
trui dont il eſt témoin, cherche à régler
ſa propre conduite. Ce n'eſt donc point
ſa propre Hiſtoire qui compoſe les deux
premiers tomes, ou les quatre premiè
res parties ; on n'y trouve que des avan
tures épiſodiques, qui peuvent encore
être multipliées à l'infini. Auſſi l'Auteur
dit-il dans un Avertiſſement, que , dans
92 MERCURE DE FRANCE.
la erainte que quelque obſtacle ne lui
permette pas de conduire ſon Ouvrage
à ſa fin, il prend le parti d'expoſer ſon
plan, pour tracer les voies à ceux qui
voudront l'éxécuter après lui. Rien n'eſt
plus ſimple que ce plan ; c'eſt de faire en
viſager, du côté moral, tous les événe
mens dont on ſe propoſe le récit. On en
tend par le côté moral, certaines faces
qui répondent aux reſſorts intérieurs des
actions, & qui peuvent conduire, par
cette porte, à la connoiſſance des motifs
& des ſentimens.
Le premier tome, qui paroît depuis
quatre ans, renferme dix ou douze aven
tures. Le ſecond, publié nouvellement ,
ne contient que l'Hiſtoire de l'Abbé
Brenner & de Mademoiſelle Tekely ;
encore cette Hiſtoire n'eſt-elle point ter
minée. L'un & l'autre de ces deux volu
mes ont donné lieu à deux Lettres, que
nous allons mettre ſous les yeux du Pu
blic. La première eſt de M. l'Abbé Pré
vot. Elle eſt adreſſée à un Seigneur de la
Cour,à qui il avoit envoyé les deux pre
mières parties de ſon Roman, & qui lui
en avoit dit ſon ſentiment par écrit. La
Lettre de M. l'Abbé Prévot eſt donc une
réponſe à cette eſpèce de critique. Il faut
ſe rappeller les aventures contenues dans
-
cette Lettre.
· A"
, M A I. 1764.
le Duc de ...
Ce 29 Mars 176o.
93
1es deug. premières parties du Roman ,
pour Uien entendre tous les endroits de
LETTRE de M. l'Abbé PRÉVoT à M.
º
| 25 MrErE grâces à Monſieur le Duc,
» Je reconnois ſa bonté juſques dans ſa
» critique; & je me propoſe d'aller lui
» faire ma cour, &c.
» J'adopte toutes les idées de Monſieur
» le Duc, ſur les Ouvrages de la nature
» du mien : elles ſont juſtes, ſolides ,
» bien conçues & bien exprimées. La
» critique ſur le défaut d'intérêt me ſem
» ble précoce ; parce qu'il n'eſt queſtion
» juſqu'à préſent,que de former le carac
» tère de mon Obſervateur, que je n'ai
» pu faire tomber des nues tout propre à
» ſon rôle. Chaque petite aventure étant
» dirigé à ce but, ne doit prendre en
» elle-même que l'eſpèce & le degré
» d'intérêt qui peut y conduire. Telles
» du moins ont été mes vues, dont il
» me ſemble que l'avenir ſeul peut faire
» juger. De ces petites aventures iſolées,
|
94 MERCURE DE FRANNCE.
» l'une eſt plus touchante, l'autre , moins;
» l'une gaie , l'autre ſérieuſe ; d'anutres
» ſimples & naïves, d'autres intriguèces :
» d'autres tendres & d'autres terribles ;
» d'autres mêlées, & c ; tout cela, pour
» faire atte2dre dans mon Héros, & de
» la manière dont il enviſage ſon objet,
» un caractère ſuſceptible de toutes ſor
» tes de ſentimens, avec un eſprit capa
» ble de toutes ſortes de réfléxions. Ses
» propres aventures, qui ſeront formées
32† & dont j'ai déja jetté diver
» ſes ſemences, feront la vraie ligne &
» le vrai foyer de l'intérêt. En un mot,
» je crois avoir obſervé les règles d'une
» bonne Architecture , & l'avenir fera
» voir ſi je me ſuis trompé.
' » Si l'Hiſtoire du Quêteur n'eſt pas
» vraiſemblable, le fond n'eſt pas moins
» réel , puiſque c'eſt l'aventure d'un
» vieux Financier, mort depuis ſix mois,
» & qu'elle n'eſt ignorée de perſonne.
» Celle du Célérier n'eſt pas touchante,
» ſi ce mot doit toujours ſignifier tendre :
» mais je la crois très-touchante dans le
» ſens tragique, qui renferme terreur &
» pitié; & c eſt ce que je me ſuis pro
» poſé Le vrai eſt, que moi qui l'ai fai
» te, je ne l'ai pas relue ſans émotion.
» La comparaiſon des Liévres mâles
\
$
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M A I. 1764.
g5
» eſt p'ſaiſante, & n'en eſt pas plus dé
» ſy ſantageuſe à la niéce du Prieur, s'il
3: éſt vrai qu'elle tue ſon homme d'auſſi
» bonne grâce, que M. le Duc tue les
» males Liévres. L'étoffe dont j'ai taillé
» cette fille eſt d'un deſſein aſſez neuf,
» & nous verrons quel effet il produira.
» A tout prendre, Monſieur le Duc
» voit que j'entre de bon cœur dans ſon
» idée d'un premier acte de Tragédie.
» Jamais Auteur ne fut moins rebelle à
» la critique.Je ſouhaiterois même que
» Monſieur le Duc m'eût auſſi marqué
» ſon ſentiment ſur les peintures, les ré
» fléxions, le ſtyle, & ſur les degrés par
» leſquels je fais entrer mon Héros en
» danſe : car au fond, c'eſt la partie eſ-
» ſentielle de mon entrepriſe, & ſur
» quoi je ne puis appeller à l'avenir. Ce
» n'eſt pas un Roman que je fais; c'eſt
» un Livre de Morale vêtu de cette cou
» leur. Ma curioſité ſur ces quatre points
» expoſe Monſieur le Duc à de nouvel
» les queſtions, la première fois que j'i-
» rai l'aſſurer de mon tendre & parfait
» attachement.
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| Nous avons dit que les deux nouvelles
parties du Monde Moral ne contiennent
que l'Hiſtoire de Mademoiſelle Tekelys
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96 MERCURE DE FRANtE. "E.
avec l'Abbé Brenner. L'Auteur nins';s fait
voyager en Turquie, dans le temps tes nue
M. de F. ... étoit Ambaſſadeur de Fran-- -
ce à la Cour Ottomane. Ce qui lui don
ne occaſion de parler de ce Miniſtre; &
c'eſt ce qu'il en dit, qui a donné lieu à
la ſeconde Lettre dont nous avons parlé.
Nous allons d'abord rapporter ce que
M. l'Abbé Prévot raconte de M. de F.....
» Cet Ambaſſadeur avoit fait prépa
» rer une Fête pour quelques Dames de
» France & de Hollande, dans un Vil- .
» lage voiſin de Pera. On s'y rendit à
» neuf ou dix heures du matin, les Da
» mes dans leurs voitures , & M. l'Am
» baſſadeur à cheval, avec la plupart
» des hommes. Il faiſoit fort chaud; mais
» à l'aide des rafraîchiſſemens , on fit
» bonne chère, & la danſe y ſuccéda.
» En retournant, comme on étoit venu,
» M. de F. ... vit ou crut voir un ſer
» pent qui traverſoit le chemin devant
» les pieds du cheval d'un Gentilhomme
» François , nommé Marigny ,
qu'il
» favoriſoit beaucoup, & qui étoit à ſa
» gauche. Il lui dit : prenez garde que
» votre cheval ne marche ſur ce ſerpent.
» Marigny ayant répondu qu'il n'y en
» avoit aucun, ſa réponſe déplut à l'Am
» baſſadeur, qui la regarda comme un
» démenti ;
M A I. 1764.
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» démenti; &, dans cette fauſſe idée,
» il lui donna un coup de fouet ſur les
» épaules. Eſt ce ainſi, s'écria le Gentil
» homme, qu'on traite un homme de
» condition ? Oui, repliqua M. de F....
» quand il parle comme vous faites.
» Cette conteſtation, qui devint beau
» coup plus vive, ne fut pas interprétée
» à l'avantage de l'Ambaſſadeur ; & le
» reſte de la compagnie lui croyant la
» tête échauffée par l'exceſſive chaleur ,
» on fit ſigne à Marigny de ne le pas
» contredire plus long-temps. Mais ſa co
» lère ne fit qu'augmenter en rentrant
» dans ſon Palais.
Il ne dormit pas de
» toute la nuit ſuivante ; ſes diſcours &
» ſes actions ſembloient marquer le plus
» violent délire; il devint ſi furieux,qu'on
» fut obligé de le lier........ Ce déſor
» dre ne put demeurer ſecret; il alla ſi
» loin, que les Officiers de l'Ambaſſade
» prirent enfin le parti d'envoyer en
» France une atteſtation de la folie de
» leur Chef, ſignée des principaux Mar
» chands de la Nation. M. de F. ... fut
» rappellé , & M. Deſalleurs nommé
» pour lui ſuccéder.
-
Voilà le fait tel qu'il eſt rapporté au
commencement de la quatrième partie
du Roman. La Lettre ſuivante en prouve
la fàuſſeté,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
LET'TRE à M. D E L A P E A c E ,
Auteur du Mercure, ſur feu M. de
FERRIOL, Ambaſſadeur de France
à la Porte.
99 J'AI lu avec étonnement, Monſieur,
» dans l'un des deux nouveaux volumes
» d'un Livre intitulé, le Monde Moral,
» de feu M. l'Abbé Prévot, de préten
» dues anecdotes concernant M. de Fer
» riol, dont perſonne n'eſt plus à portée
» que moi, de démontrer la§ Je
» vous prie, au cas que vous rendiez
» compte de cet Ouvrage dans le Mer
» cure, de vouloir bien y inſérer ma
» Lettre. C'eſt le moins que je doive à
» la mémoire d'un Miniſtre reſpectable,
» que mon père a beaucoup connu; &
»je vous crois trop juſte,pour ne paseſ
» pérer de vous cette grace.
.
• » Je ſuis donc en état de vous aſſurer,
» Monſieur, que M. de Ferriol, Ambaſ
» ſadeur à Conſtantinople , a joui tant
» qu'il a vécu , d'une réputation qu'il
» avoit méritée par ſes lumières & par ſa
» probité; qu'il alaiſſé dans le pays où il
» a été employé, le ſouvenir des occa
* ...
:
'
,-
•--
)
, l
' iº -
. ..
..
:
·
•
•
!
• • ! .
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.
M A I. 1764.
99
» ſions où il a ſoutenu la dignité de ſon
» caractère & la gloire de ſon Maître,
» avec une force & un courage dont il y
» a peu d'exemples. On trouve en effat
» dans pluſieursrelations, la façon dont il .
» ſe conduiſit à ſa première Audience, *
» où il ne voulut jamais quitter ſon
» épée ; ainſi que la réſiſtance qu'il ap
» porta aux ordres qui lui furent ſigni
» fiés de la part du Grand-Seigneur, au
» ſujet des artifices & illuminations qu'il
» avoit fait préparer dans ſon Palais, pour
- » célébrer la naiſſance du premier Duc
» de Bretagne. Il conſervoit, il eſt vrai,
» un peu trop dans ſon intérieur , cette
» fierté & cette infléxibilité qui conve
» noient dans lesactions d'éclat; il puniſ
» niſſoit ſévèrement les moindres fautes.
» Ses principaux Domeſtiques, irrités
» de cette ſévérité, & excités peut-être
» par d'autres motifs dont les détails ne
» me ſont pas aujourd'hui préſens, for
» mèrent la plus étrange conſpiration
» qu'il y ait jamais eu. Il profitèrent d'u-
» ne maladie conſidérable qu'il eſſuya,
» (c'étoit une eſpèce de fiévre maligne)
» pour le tenir dans une eſpèce de char
» te privée, ne le laiſſant parler à qui
· " Voyez le Choix des Mercures, tom. 1o2, p.41.
- -
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E ij
1oo MERCURE DE FRANCE.
» que ce ſoit; ils débitèrent que la tête
» lui avoit abſolument tourné, & en
» voyèrent un Mémoire à la Cour de
» France, qui atteſtoit cette calomnie.
» L'Ambaſſadeur, étant en convaleſ
» cence, s'apperçut du traitement inoui
» qu'il éprouvoit; & ne ſçachant com
» ment ſe tirer de ſa priſon , il apperçut
» à une fenêtre qui touchoit à la fienne,
» l'Ambaſſadeur d'Hollande, qui étoit
» fort de ſes amis. Il lui conta ſon hiſtoi- .
» re : alors cet Ambaſſadeur ſe tranſpor
» ta chez lui, ſe fit ouvrir les portes, le
» tira de captivité. Les auteurs de la conſ
» piration s'enfuirent & ſe diſperſèrent.
» M. de Ferriol dépêcha en France un
» Comte de Raza, Officier qui avoit
» ſervi en Hongrie pour le Prince Tekeli.
» Ce Comte de Raza, qui devoit faire
» une grande diligence, afin de détruire
» les bruits injurieux qu'on avoit répan
» dus contre M. de Ferriol, fut retenu en
» Dauphiné par une maladie, & n'arri
» va préciſément que le jour même où
» M. Deſalleurs avoit été nommé pour
» ſuccéder à M. de Ferriol. Le coup
» étant ſans remède, ce dernier fut obli
» gé de revenir à Paris, où il a vêcu plu
» ſieurs années eſtimé & conſidéré de
'» tous ceux qui l'ont connu. J'ai l'hon
» neur, &c.
· N****,
Fermer
Résumé : LE MONDE MORAL, ou Mémoires pour servir à l'histoire du coeur humain, par M.... ancien Résident de France dans plusieurs Cours étrangères ; avec cette Epigraphe : Successerunt... magis alii homines, quàm alii affectus & alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome II. en deux parties in 12, à Genève 1764.
Le texte traite de 'Le Monde moral, ou Mémoires' de l'abbé Prévost, publié en deux tomes à Genève en 1764. Le premier tome, paru en 1730, narre les aventures observées par un philosophe en quête de guide pour sa conduite. L'auteur, décédé avant l'achèvement de l'œuvre, avait prévu de publier un plan pour permettre à d'autres de poursuivre son travail. Le deuxième tome, inachevé, raconte l'histoire de l'abbé Brenner et de Mademoiselle Tekely. Une lettre de Prévost répond à une critique du duc de..., justifiant ses choix narratifs et défendant le réalisme de certaines histoires. Prévost souhaite des critiques sur divers aspects de son livre, insistant sur le fait qu'il s'agit d'un ouvrage de morale déguisé en roman. Le texte mentionne également un incident impliquant M. de Fériol, ambassadeur de France à la Cour ottomane. Lors d'une fête, M. de Fériol aurait frappé un gentilhomme français, Marigny, croyant voir un serpent. Cet incident a conduit à une dispute et à une escalade de violence, poussant M. de Fériol à un état de délire. Les officiers de l'ambassade ont envoyé une attestation de sa folie en France, entraînant son rappel. Cependant, une lettre conteste cette version, affirmant que M. de Fériol était respecté pour ses qualités et révélant une conspiration de ses domestiques pour le discréditer. Un prisonnier, apercevant l'ambassadeur d'Hollande, raconta son histoire et fut libéré. Les conspirateurs s'enfuirent. M. de Fériol envoya le comte de Raza en France pour contrer les rumeurs, mais celui-ci arriva trop tard. M. de Fériol revint à Paris, où il vécut plusieurs années, respecté et estimé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4715
LE MONDE MORAL, ou Mémoires pour servir à l'histoire du coeur humain, par M.... ancien Résident de France dans plusieurs Cours étrangères ; avec cette Epigraphe : Successerunt... magis alii homines, quàm alii affectus & alli mores. Tacit. histor. lib. 2. Tome II. en deux parties in 12, à Genève 1764.
4716
p. 101-105
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
LE Négociant Citoyen, ou essai dans la recherche des moyens d'augmenter [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
LE Négociant Citoyen, ou essai dans
la recherche des moyens d'augmenter
les lumières de la Nation ſur le Com
merce & l'Agriculture; avec cette Epi
graphe :
Varium calipradicer morem .
cura ſit, ac patrios cultuſque habituſque locomum,,
Et guia quæque ferat regio, quid quaque recuſet.
Virg. Georg.Lib. I.
Par M. C. C. A à Amſterdam , & ſe
trouve à Paris , chez Ducheſne, Li
braire, rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît, au Temple du
Goût. Brochure in-$°. de 56 pages.
|
Il ſeroit à ſouhaiter que les vues que
I'on ſe propoſè dans cet Ecrit, euſſent
leur exécution ; on verroit ſe former
dans la profeſſion du Commerce & de
l'Agriculture, une pépinière d'hommes
, également éclairés & utiles, Ceux qui
auroient vieilli dans les emplois, vien
droient ſervir la Patrie par leurs lumiè
res & leur expérience dans les Cham
bres de Commerce & dans les Bureaux
d'Agriculture du Royaume , dans les
1o2 MERCURE DE FRANCE.
Places qui leur feroient acquiſes par
droit de vétérance. Ce ne ſont là que
les idées principales de cette brochure ;
l'Auteur qui les développe avec autant
d'ordre que de précifion & de clarté,
fait connoître les moyens les plus ſûrs
de parvenir à l'exécution de ſes vues pa
triotiques.
-
-
-
,
DEs Corps poſitiques ' & de leurs
gouvernemens; deux volumes in-12.
C'eſt un nouveau Titre d'un Ouvra
ge connu & intitnlé, Abrégé de la Répu
blique de Bodin, à Londres, chez Jean
Nourſe;& ſe trouve à Paris chez Cavelier,
rue S. Jacques, 1755. On ſçait que la Ré
publique de Bodin a eu dans ſon temps
un ſuccès ſemblable à celui de l'Eſprit
des Loix ; mais on ne la liroit plus au
jourd'hui, ſi on n'en avoit rajeuni le
ſtyle, & retranché le ſuperflu. C'eſt ce
# fait avec ſuccès un Magiſtrat de
Bordeaux, en y mêlant quelques réflé
| xions qui donnent un nouveau prix à
l'Ouvrage lequel ſe vend toujours chez
Cavelier, rue S. Jacques, au lys d'or.
Le nouveau titre que porte ce Livre ac
tuellement, ne regarde que le Frontiſpi
ce; car les titres des chapitres nous ont
paru les mêmes; & il eſt égal de l'acheter
M A I. 1764.
1o3
ſous le titre des Corps politiques, &c ,
ou ſous celui d'Abrégé de la République
de Bodin.
APoLoGUEs Orientaux. par M. de
Sauvigni, dédiés à Mgr LE DAUPHIN;
à Paris , chez Ducheſne, Libraire, rue
S. Jacques, au-deſſous de la Fontaine
S. Benoît, au Temple du Goût; avea
approbation & permiſſion ; 1764. Bro
chure in-12 d'environ 2oo pages.
.
Les divers morceaux de cette Bro-*
ehure , rapportés ci-deſſus dans l'Arti
cle des Piéces fugitives de ce Mercure,
nous diſpenſent de nous étendre ſur le
mérite de ces Apologues ; nos Lecteurs
en jugeront par eux-mêmes, puiſque
nous en avons mis quelques-uns ſous
leurs yeux. Nous ne doutons pas que
ce léger échantillon ne faſſe defirer de
ſe procurer tout l'Ouvrage.
-
RÉFLExIoNs ſur les préjugés qui
s'oppoſent aux progrés & à la perfec
tion de l'inoculation : par M. Gatti,
Médecin Conſultant du Roi, & Pro
feſſeur en Médecine dans l'Univerſité
de Piſe ; à Bruxelles, & fe trouve à
Paris chez Misſier Fils , quai des Au
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
guſtins , 1764 ; brochure in-12 de 24o
pages.
.
Les préjugés ſur leſquels M. Gatti
fait des Réflexions, regardent 1°. La
nature de la petite vérole 1°. La mé
thode d'inoculer. 3°. La contagion de lâ
† vérole. inoculée 4°. le retour de
a petite vérole après l'inoculation. M.
Gatti combat tous ces préjugés : &
uoique cette matière ait été pluſieurs
ois agitée, nous croyons que cette
brochure , où l'on donne de nouvelles
raiſons, ou des raiſons expoſées d'une
manière nouvelle , excitera encore la
curioſité des perſonnes qui prennent
parti pour ou contre , dans cette fa
meuſe queſtion.
·
MÉMoIREs pour la vie de François
Pétrarque, tirés de ſes Œuvres, & des
Auteurs contemporains, avec des no
tes, ou difſertations, & les Piéces juſ
tificatives ; à Amſterdam chez Arſkée
& Mercus , 1764; un vol. in-4°. qui
doit être ſuivi de 2 ou 3 autres du
même format.
Plus de trente perſonnes ont écrit la
vie de Pétrarque ; & cependant l'Au
· teur ne craint point d'aſſurer que nous
-
M A I. 1764.
I O5
n'avons point encore de bonne vie
de ce Poëte Italien. Pour le prouver il
adreſſe une très-longue Préface aux
perſonnes d'Italie qui aiment la Poéſie
& les Lettres. Il en adreſſe une autre
aux François , Amateurs de la Poéſie
& des Belles-Lettres , pour leur décou
vrir le principal motif qui lui a fait
entreprendre ce grand Ouvrage. On
ſent bien que ce motif ne peut être,
que de faire connoître en France un
homme , à qui il prétend que nous
, avons les
plus grandes
obligations.
Nous reviendrons plus d'une fois ſur
, ce Livre, à meſure qu'il en paroîtra
, un nouveau volume ; & nous en tire--
rons des anecdotes qui pourront four
nir matière à des extraits curieux, agréa--
bles & inſtructifs. .
LE Négociant Citoyen, ou essai dans
la recherche des moyens d'augmenter
les lumières de la Nation ſur le Com
merce & l'Agriculture; avec cette Epi
graphe :
Varium calipradicer morem .
cura ſit, ac patrios cultuſque habituſque locomum,,
Et guia quæque ferat regio, quid quaque recuſet.
Virg. Georg.Lib. I.
Par M. C. C. A à Amſterdam , & ſe
trouve à Paris , chez Ducheſne, Li
braire, rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît, au Temple du
Goût. Brochure in-$°. de 56 pages.
|
Il ſeroit à ſouhaiter que les vues que
I'on ſe propoſè dans cet Ecrit, euſſent
leur exécution ; on verroit ſe former
dans la profeſſion du Commerce & de
l'Agriculture, une pépinière d'hommes
, également éclairés & utiles, Ceux qui
auroient vieilli dans les emplois, vien
droient ſervir la Patrie par leurs lumiè
res & leur expérience dans les Cham
bres de Commerce & dans les Bureaux
d'Agriculture du Royaume , dans les
1o2 MERCURE DE FRANCE.
Places qui leur feroient acquiſes par
droit de vétérance. Ce ne ſont là que
les idées principales de cette brochure ;
l'Auteur qui les développe avec autant
d'ordre que de précifion & de clarté,
fait connoître les moyens les plus ſûrs
de parvenir à l'exécution de ſes vues pa
triotiques.
-
-
-
,
DEs Corps poſitiques ' & de leurs
gouvernemens; deux volumes in-12.
C'eſt un nouveau Titre d'un Ouvra
ge connu & intitnlé, Abrégé de la Répu
blique de Bodin, à Londres, chez Jean
Nourſe;& ſe trouve à Paris chez Cavelier,
rue S. Jacques, 1755. On ſçait que la Ré
publique de Bodin a eu dans ſon temps
un ſuccès ſemblable à celui de l'Eſprit
des Loix ; mais on ne la liroit plus au
jourd'hui, ſi on n'en avoit rajeuni le
ſtyle, & retranché le ſuperflu. C'eſt ce
# fait avec ſuccès un Magiſtrat de
Bordeaux, en y mêlant quelques réflé
| xions qui donnent un nouveau prix à
l'Ouvrage lequel ſe vend toujours chez
Cavelier, rue S. Jacques, au lys d'or.
Le nouveau titre que porte ce Livre ac
tuellement, ne regarde que le Frontiſpi
ce; car les titres des chapitres nous ont
paru les mêmes; & il eſt égal de l'acheter
M A I. 1764.
1o3
ſous le titre des Corps politiques, &c ,
ou ſous celui d'Abrégé de la République
de Bodin.
APoLoGUEs Orientaux. par M. de
Sauvigni, dédiés à Mgr LE DAUPHIN;
à Paris , chez Ducheſne, Libraire, rue
S. Jacques, au-deſſous de la Fontaine
S. Benoît, au Temple du Goût; avea
approbation & permiſſion ; 1764. Bro
chure in-12 d'environ 2oo pages.
.
Les divers morceaux de cette Bro-*
ehure , rapportés ci-deſſus dans l'Arti
cle des Piéces fugitives de ce Mercure,
nous diſpenſent de nous étendre ſur le
mérite de ces Apologues ; nos Lecteurs
en jugeront par eux-mêmes, puiſque
nous en avons mis quelques-uns ſous
leurs yeux. Nous ne doutons pas que
ce léger échantillon ne faſſe defirer de
ſe procurer tout l'Ouvrage.
-
RÉFLExIoNs ſur les préjugés qui
s'oppoſent aux progrés & à la perfec
tion de l'inoculation : par M. Gatti,
Médecin Conſultant du Roi, & Pro
feſſeur en Médecine dans l'Univerſité
de Piſe ; à Bruxelles, & fe trouve à
Paris chez Misſier Fils , quai des Au
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
guſtins , 1764 ; brochure in-12 de 24o
pages.
.
Les préjugés ſur leſquels M. Gatti
fait des Réflexions, regardent 1°. La
nature de la petite vérole 1°. La mé
thode d'inoculer. 3°. La contagion de lâ
† vérole. inoculée 4°. le retour de
a petite vérole après l'inoculation. M.
Gatti combat tous ces préjugés : &
uoique cette matière ait été pluſieurs
ois agitée, nous croyons que cette
brochure , où l'on donne de nouvelles
raiſons, ou des raiſons expoſées d'une
manière nouvelle , excitera encore la
curioſité des perſonnes qui prennent
parti pour ou contre , dans cette fa
meuſe queſtion.
·
MÉMoIREs pour la vie de François
Pétrarque, tirés de ſes Œuvres, & des
Auteurs contemporains, avec des no
tes, ou difſertations, & les Piéces juſ
tificatives ; à Amſterdam chez Arſkée
& Mercus , 1764; un vol. in-4°. qui
doit être ſuivi de 2 ou 3 autres du
même format.
Plus de trente perſonnes ont écrit la
vie de Pétrarque ; & cependant l'Au
· teur ne craint point d'aſſurer que nous
-
M A I. 1764.
I O5
n'avons point encore de bonne vie
de ce Poëte Italien. Pour le prouver il
adreſſe une très-longue Préface aux
perſonnes d'Italie qui aiment la Poéſie
& les Lettres. Il en adreſſe une autre
aux François , Amateurs de la Poéſie
& des Belles-Lettres , pour leur décou
vrir le principal motif qui lui a fait
entreprendre ce grand Ouvrage. On
ſent bien que ce motif ne peut être,
que de faire connoître en France un
homme , à qui il prétend que nous
, avons les
plus grandes
obligations.
Nous reviendrons plus d'une fois ſur
, ce Livre, à meſure qu'il en paroîtra
, un nouveau volume ; & nous en tire--
rons des anecdotes qui pourront four
nir matière à des extraits curieux, agréa--
bles & inſtructifs. .
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le texte présente plusieurs annonces de livres. Le premier ouvrage, 'Le Négociant Citoyen' de M. C. C. A., se propose d'éclairer la nation sur le commerce et l'agriculture. L'auteur souhaite voir naître des professionnels compétents et utiles dans ces domaines, aptes à servir la patrie grâce à leur expertise. Ce livre est disponible à Amsterdam et à Paris chez Duchesne, Libraire. Un autre ouvrage mentionné est 'Des Corps politiques & de leurs gouvernements', une révision moderne de 'La République' de Bodin. Cette version actualisée et épurée conserve les titres des chapitres originaux et est publiée à Londres, tout en étant disponible à Paris chez Cavelier. Les 'Apologues Orientaux' de M. de Sauvigny, dédiés à Monseigneur le Dauphin, sont également annoncés. Ce recueil de fables est disponible chez Duchesne, Libraire, à Paris. Le texte mentionne aussi 'Réflexions sur les préjugés qui s'opposent aux progrès & à la perfection de l'inoculation' par M. Gatti, médecin consultant du Roi et professeur à l'Université de Pise. Cet ouvrage traite des préjugés concernant la nature de la petite vérole, la méthode d'inoculation, la contagion et le retour de la maladie après inoculation. Le livre est disponible à Bruxelles et à Paris chez Missier Fils. Enfin, 'Mémoires pour la vie de François Pétrarque' est annoncé. L'auteur affirme que malgré les nombreuses biographies existantes, aucune n'est satisfaisante. Le livre inclut des notes, des dissertations et des pièces justificatives, et sera publié en plusieurs volumes. Il est disponible à Amsterdam chez Arkstée & Mercus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4717
p. 105-107
« LA Cuisine Bourgeoise, suivie de l'Office, à l'usage de tous ceux qui se [...] »
Début :
LA Cuisine Bourgeoise, suivie de l'Office, à l'usage de tous ceux qui se [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA Cuisine Bourgeoise, suivie de l'Office, à l'usage de tous ceux qui se [...] »
LA Cuisine Bourgeoise, suivie de
l'Office, à l'usage de tous ceux qui se
mêlent de dépenſes de maiſons ; con
tenant la manière de connoître , diſſé
uer & ſervir toutes ſortes de viandes ;:
des avis intéreſſans ſur leur bonté , &
ſur le choix qu'on en doit faire ; la fa
çon de faire des menus pour les quatre
Saiſons, & des ragoûts des plus nou--
veaux ; une explication de #º proº
·
·
·
-
v ·
· ·
·
1o6 MERCURE DE FRANCE.
pres, & à l'uſage de la Cuiſine & de
Office ; & une liſte alphabétique des
uſtenſiles néceſſaires ; nouvelle édition
augmentée de pluſieurs apprêts qui ſont
marqués par une étoile ; à Paris , chez
Guillyn, quai des Auguſtins, du côté
du Pont S. Michel, au Lys d'or, 1764 ;
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in-12 ; prix , 4 liv. †
| Dans cette édition , ainſi que dans
les précédentes , on ſent que l'Auteur
s'eſt attaché à éviter la dépenſe, à fim
plifier la méthode & à réduire , pour
ainſi dire, au niveau des cuiſines bour
geoiſes, ce qui ſembloit ne devoir être
réſervé qu'aux cuiſines opulentes.L'Au
teur avertit le Public que ſon Livre a été
contrefait en Province; que cette con
trefaction eſt remplie de fautes; qu'on
a changé les doſes qui la plûpart ne
valent rien; que celui qui a donné cette
édition contrefaite, ne ſçait ni Cuiſine
ni Office ; & qu'enfin la bonne édi
tion eſt celle que nous annonçons ac
tuellement. On trouve chez le même
Libraire toutes ſortes de Livres de Cui
ſine d'Office ; & entre-autres les ſou
pers de la Cour, ou l'art de travailler
toutes ſortes d'alimens pour ſervir les
meilleures Tables ſuivant les quatre fai
M A I. 1764.
6S.
ro7
ſons in-12 4 vol. 1o liv. Le nouveatt
Traité de Cuifine avec de nouveaux
deſſeins de Table, & vingt-quatre me
nus, ou l'on apprend ce que l'on doit
ſervir, ſuivant chaque Saiſons, en gras,
en maigre & en pâtiſſerie , in-12. 3
vol. 7 liv. La ſcience du Maître d'Hô
tel Cuiſinier , avec des obſervations ſur
la connoiſſance & propriété des ali
mens in-12.3 liv. La ſcience du Maître
d'Hôtel Confiſeur , à l'uſage des Of
ficiers , avec des obſervations ſur la
connoiſſance & propriété des fruits in
12. avec fig. 3 liv.
l'Office, à l'usage de tous ceux qui se
mêlent de dépenſes de maiſons ; con
tenant la manière de connoître , diſſé
uer & ſervir toutes ſortes de viandes ;:
des avis intéreſſans ſur leur bonté , &
ſur le choix qu'on en doit faire ; la fa
çon de faire des menus pour les quatre
Saiſons, & des ragoûts des plus nou--
veaux ; une explication de #º proº
·
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v ·
· ·
·
1o6 MERCURE DE FRANCE.
pres, & à l'uſage de la Cuiſine & de
Office ; & une liſte alphabétique des
uſtenſiles néceſſaires ; nouvelle édition
augmentée de pluſieurs apprêts qui ſont
marqués par une étoile ; à Paris , chez
Guillyn, quai des Auguſtins, du côté
du Pont S. Michel, au Lys d'or, 1764 ;
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in-12 ; prix , 4 liv. †
| Dans cette édition , ainſi que dans
les précédentes , on ſent que l'Auteur
s'eſt attaché à éviter la dépenſe, à fim
plifier la méthode & à réduire , pour
ainſi dire, au niveau des cuiſines bour
geoiſes, ce qui ſembloit ne devoir être
réſervé qu'aux cuiſines opulentes.L'Au
teur avertit le Public que ſon Livre a été
contrefait en Province; que cette con
trefaction eſt remplie de fautes; qu'on
a changé les doſes qui la plûpart ne
valent rien; que celui qui a donné cette
édition contrefaite, ne ſçait ni Cuiſine
ni Office ; & qu'enfin la bonne édi
tion eſt celle que nous annonçons ac
tuellement. On trouve chez le même
Libraire toutes ſortes de Livres de Cui
ſine d'Office ; & entre-autres les ſou
pers de la Cour, ou l'art de travailler
toutes ſortes d'alimens pour ſervir les
meilleures Tables ſuivant les quatre fai
M A I. 1764.
6S.
ro7
ſons in-12 4 vol. 1o liv. Le nouveatt
Traité de Cuifine avec de nouveaux
deſſeins de Table, & vingt-quatre me
nus, ou l'on apprend ce que l'on doit
ſervir, ſuivant chaque Saiſons, en gras,
en maigre & en pâtiſſerie , in-12. 3
vol. 7 liv. La ſcience du Maître d'Hô
tel Cuiſinier , avec des obſervations ſur
la connoiſſance & propriété des ali
mens in-12.3 liv. La ſcience du Maître
d'Hôtel Confiſeur , à l'uſage des Of
ficiers , avec des obſervations ſur la
connoiſſance & propriété des fruits in
12. avec fig. 3 liv.
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Résumé : « LA Cuisine Bourgeoise, suivie de l'Office, à l'usage de tous ceux qui se [...] »
'La Cuisine Bourgeoise' est un ouvrage axé sur la gestion des dépenses domestiques et la préparation culinaire. Il fournit des instructions sur la connaissance, la dissection et le service de diverses viandes, ainsi que des conseils pour choisir les meilleures pièces. Le livre propose des menus saisonniers et des recettes nouvelles, accompagnés d'explications sur les poids et mesures utiles en cuisine. Une liste alphabétique des ustensiles nécessaires est également incluse. La nouvelle édition de 1764, publiée à Paris chez Guillyn, est enrichie de plusieurs recettes marquées d'une étoile et bénéficie de l'approbation et du privilège royal. L'auteur vise à simplifier les méthodes et à réduire les coûts pour rendre la cuisine accessible aux ménages bourgeois. Il met en garde contre une contrefaçon provinciale erronée et recommande l'achat de la véritable édition. Le libraire propose également d'autres ouvrages sur la cuisine et l'office, tels que 'Les Soupers de la Cour' et 'Le Nouveau Traité de Cuisine'.
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4718
p. 107-119
« INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...] »
Début :
INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...] »
INSTRUCTIONS pour la premiere
Communion, distribuées en cinq desseins,
par un Curé de la Campagne ;
avec cette Epigraphe : Evangeliſare
pauperibus miſit me Dominus. Luc. 4.
A Paris, chez Prault, quai de Geſ
vres, au Paradis, 1764 ; avec appro
bation & privilége du Roi. Brochure
in - 12 de 12o
M. Voile de #moz , Curé de la
Paroiſſe de Bouhi , eſt l'Auteur de ce
petit Livre édifiant , qui vient à propos
dans le temps préſent. On ne doit y
chercher que de la ſimplicité & de l'onc
tion, On n'a à parler qu'à des enfans; il
E vj
# o8 MERCURE DE FRANCE.
faut donc que le langage que l'on em
ploye, non ſeulement ſoit accommodé
à leur portée, mais encore qu'il aille
à leur cœur & les touche. C'eſt à quoi
l'Auteur paroît s'être appliqué unique
IIlCI)t,
TRAITÉ des Miracles , dans leque !
on examine 1°. leur nature , & les
moyens de les diſcerner d'avec les pro
diges de l'Enfer. 2°. leur fin. 3°. leur
uſage : à Paris , chez d'Eſpilly , Li
braire, rue S. Jacques, à la Croix d'or,
vis-à-vis de la vieille Poſte, 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; 2
vol. in-12. Prix 5 liv. reliés.
-
, Le titre de ce Livre en annonce la
diviſion générale ; nous y ajouterons
quelques ſubdiviſions particulières qui
achéveront de faire connoître le deſſein
& le plan de ce Traité. La première Par
tie eſt ſoudiviſée en 26 Chapitres où l'on
donne, d'après S. Auguſtin, S.Thomas ,
les Pères & les Théologiens, des moyens
de diſcerner les vrais miracles. Les fins
,our leſquelles Dieu accorde des miracles,
nt la confirmation de la foi, la mani
feſtation de ſa gloire & celle de la ſain
teté de ſes ſerviteurs. Il y a encore des
sniracles qui ont pour fin d'éprouver &
.
-- M A I. 1764.
, - 1 og
de révéler le fond des cœurs. Dieu en
a ſait auſſi, dit l'Auteur, pour aveugler
& endurcir les cœurs ſuperbes. Ces di
vers points ſont traités en pluſieurs cha
pitres qui forment la ſeconde diviſion.
On y fait voir encore qu'il s'opére quel
† · des miracles par des hommes
lont la foi n'eſt pas pure, par des Hé
rétiques, des Schiſmatiques , &c; mais
la Religion même ſçait en tirer avanta
ge; & il y a de la différence entre la
manière dont les dons ſurnaturels ſont
dans l'Egliſe, & celle dont ils ſe trou
vent dans de fauſſes communions. Enfin
la troiſiéme Partie traite des motifs par
ticuliers qui ont engagé les hommes à
ajoûter foi aux miracles
qui ſe ſont
faits à l'établiſſement de la doctrine ré
vélée. Ces motifs ſont en grand nom
bre, & c'eſt ce qu'il faut lire dans l'Ou
\vrage, ainſi que pluſieurs autres cha
pitres, dans leſquels l'Auteur achéve de
traiter à fond cette matière importante.
· EssAI de navigation Lorraine, trai
tée relativement à la politique , au
militaire , au commerce intérieur ou
extérieur, à la Marine & aux Colonies
de la France ; pour ſervir de Suite à
l'eſſai ſur les Duchés de Lorraine & de
11o MERCURE DE FRANCE.
Bar ; par lequel Plan on établit la jonc
tion de la Méditerranée à l'Océan par le
centre du Royaume & par la Capitale ;
& enſuite la communication entre les
deux Mers & la Mer Noire par la Lor
raine, l'Alſace ,
l'Allemagne , & les
Etats de l'Impératrice, Reine de Hon
rie ; par Charles-Leopold Andreu de
# ; à Amſterdam , chez H. Con
ſtapel, Libraire ; 1764. Brochure in-12.
de 184 pages.
Ce titre explique ſuffiſamment l'ob
jet de cet écrit, & nous diſpenſe d'en
trer dans d'autres détails.
MÉTAHHYsIQUE de l'âme , ou
théorie des ſentimens moraux, traduite
de l'Anglois de M. Adam Smith, Pro
feſſeur de Philoſophie morale dans l'U-
niverſité de Glaſcow; par M.... à Paris,
chez Briaſſon , rue S. Jacques , à la
Science ; 1764, avec Approbation &
Privilége du Roi. 2 vol. petit in-8°.
Cet Ouvrage a eu le plus grand ſuc
cès en Angleterre ; & il y a lieu de croi
re qu'il ne ſera pas accueilli moins favo
rablement en France. Nous avons été
ſatisfaits de la manière dont on y ex
plique nos affections & nos jugemens ;
& on ſera peut-être ſurpris d'y voir les
matières métaphyſiques les plus abſtrai
, M A I. 1764..
Lecteurs.
11,
tes, miſes à la portée du commun des
TRADUCTIoN du Traité de l'Amitié
de Cicéron ; dédiée à Madame de Sar
tine; par le ſieur L ***; à Paris, chez
Debure, père , quai des Auguſtins , à
l'Image S. Paul , & chez Mérigot, près
la rue Gît-le cœur ; avec approbation &
permiſſion ; 1764. Brochure in-12. de
266 pages ; prix, 1 liv. 4 ſ,
Cette Traduction d'un des meilleurs
Ouvrages de Cicéron nous a paru très
bien faite. Il ſeroit à ſouhaiter que celle
du Traité de la vieilleſſe du même Auteur
nous eût été donnée par la même main.
HISToIRE d'Ecoſſe ſous les régnes
de Marie Stuart & de Jacques IV, juſ
qu'a l'avénement de ce Prince à la Cou
ronne d'Angleterre , avec un Abrégé
de l'Hiſtoire d'Ecoffe dans les temps qui
ont précédé ces époques ; par M. Guil
laume Robertſon, Do8teur, Miniſtre de
- Ladyyeſter, à Edimboarg; traduite de
l'Anglois ;'à Londres , 1764 ; 3 vol.
in-12. !
>
|
º | |
|
| ' : ,
,
.
J'
M. Robertſon, fans cheicher à recu
fer & à illuſtrer l'origine de fà Nation,
la repréfente d'abord dansiºn état de
2
|
# 12 MERCURE DE FRANCE.
barbarie, & livrée à tous les imconvé
niens du gouvernement féodal. Il peint
fa patrie aſſervie à l'Angleterre par l'in
fidélité d'Edouard I, qui enléve à l'E-
coſſe les titres de ſa liberté ; qui veut
lui donner des Souverains & lui dicter
des loix ; & qui jette les fondemens de
cette antipathie qui a régné ſi long
temps entre les deux Nations. Après
avoir parcouru les premiers régnes , en
obſervant toujours de rapporter les faits
principaux, & de tracer avec des traits
hardis le caractère des Princes & des
Perſonnages les plus remarquables, il
commence ſon ſecond Livre : par la
naiſſance de Marie Stuart, par ſon avé
nement au Trône , & par les troubles
de ſa minorité. Il annonce de loin cette
étrange révolution , cette cataſtrophe
ſingulière qui conduiſit du Trône à l'é-
chaffaut une Princeſſe accomplie. Il
cherche la ſource de cette funeſte riva
lité entre Eliſabeth & Marie ; il la trou
ve dans une jalouſie de femme ; & il
fait voir que les plus grands événemens
n'ont bien ſouvent que des cauſes fri
voles. Nous ne faiſons que citer une
très-petite partie de la Préface , où le
Traducteur donne la plus haute idée de
cette Hiſtoire curieuſe & intéreſſante..
M A I. 1764.
1 13
: GRAMMAIRE des Sciences Philoſo
† , ou Analyſe abrégée de la Phi
'oſophie moderne , appuyée ſur les ex
périences : traduit de l'Anglois de Benj.
Martin; nouvelle Edition, corrigée &
àugmentée; à Paris, chez Briaſſon ,
rue S. Jacques, à la Science & à l'Ange
| Gardien; 1764; avec approbation & pri
vilége du Roi ; un vol. in-8°. avec beau
· coup de planches gravées.
, Cet Ouvrage déja connu, eſt, com
fme on ſçair, par demandes & par ré
onſes, & traite de la Science de la Phi
oſophie en général , de la Philoſophie
naturelle en particulier, de ſes parties, de
ſon ſujet, & des différens ufàges dont
elle eft dans la vie, Il eft queſtion,dans la
première partie, de la nature commune
# de la propriété de tous les corps na
turels ; de l'extenfion, de la grandeur
& des dimenſions des corps ; de la divi
fibilité de la matière ; de ſon infinité,de
la ſolidité & de la figurabilité des corps ;
de la mobilité , de la nature du mouve
ment & du repos ; de la lumière , des
couleurs, des odeurs ; du ſon, de la pe
ſanteur , de la tranſparence, de l'opa
cité, de la dureté , de la moleſſe , de la
roideur, de la fléxibilité, de la chaleur,
de la froidure , &c , &c. La ſeconde
114 MERCURE DE FRANCE.
Partie traite de la coſmologie en géné
ral, de l'eſpace du monde, du vuide ,
de la durée & du temps; des corps cé
leſtes, de la théorie du Soleil, de la
Lune, des Planétes, des Cométes, des .
Etoiles fixes. Il s'agit dans la troiſiéme
Partie, de la théorie de l'air , des vents,
des météores, de l'arc-en-ciel, des par
hélies, &c. Enfin la dernière Partie pré
ſente la doctrine générale concernant
le globe terreſtre, les foſſiles, les miné
raux, les métaux, les eaux # la rner a
des fleuves, des lacs, des fontaines s
des bains; les plantes, les végétaux, les
animaux de toutes eſpéces , &c , &c«
Les remarques de pluſieurs perſonnes
ſçavantes ont déterminé l'Auteur à faire
dans cette nouvelle Edition,des change
mens & des additions. Il y a traité plu
ſieurs Sujets nouveaux & curieux, & a
cité, dans les Notes, les Auteurs les plus
eſtimés qui ont écrit ſur les mêmes ma
tières.e
HISTOIRE du Ministère du Chevalier
Robert Walpool, devenu Ministre
d'Angleterre & Comte d'Oxford ; à
Amſterdam, chez Marc Rey ; 1764 ;
& à Paris, chez Durand, neveu, rue S.
Jacques. 3 vol.in-12. Prix, 7 liv. 1o ſ.
M A I. 1764.
115
Ce n'eſt point ici une Traduction ; on
en jugera par quelques endroits de la
Préface. » Je me donnerai bien de gar
» de , dit l'Auteur, d'adopter la partia
» lité de celui qui me fournit la plus
» grande partie de mes matériaux. Il
» paroît trop animé de l'eſprit républi
» cain. ... On jugera de M. Walpool,
» non par ce que j'en dirai, mais par
» ſes opérations. On n'aura point à me
» reprocher que je me ſuis trop livré
» aux portraits ; tout ſera en action. Je
» ferai toujours marcher mon Lecteur
» à côté du Miniſtre ; aucune de ſes
» démarches ne lui échappera ; par ce
» moyen je le mettrai en état de le ju
» ger.. .. J'oſe dire que le Lecteur ſe
» trouvera intéreſſé par les harangues,
» les raiſonnemens , la politique & les
» réfléxions que les divers événemens
» arrivés ſous le miniſtère du Chevalier
» Walpool ont occaſionnés.. ... J'ai a
» douci, autant † m'a été poſſible,
» les expreſſions dures & libres qui ſe
» trouvene dans certaines harangues où
» il eſt queſtion de la France. .. j'ai
» mis tous mes ſoins à écarter les dou
» tes que contiennent les écrits que la
» liberté Angloiſe donne le droit de
» rendre publics; l'original que je con
116 MERCURE DE FRANCE.
» ſulte, mais que je ne ſuis point entiè
» rement, avertit lui-même qu'il a été
» obligé de faire un choix , pour ne
» pas commettre d'injuſtice, &c.
RosE & Colas , Comédie en un
Acte, Proſe & Muſique , repréſentée
pour la premiere fois par les Comé
diens Italiens ordinaires du Roi, le 8
Mars 1764 La Comédie eſt de M.
Sedaine, & la Muſique de M. Mon
cigny. Prix
1 liv. 4 ſols. A Paris ,
chez Claude Heriſſant , Imprimeur-Li
braire , rue Neuve Notre-Dame, à la
Croix d'or , avec approbation & pri
vilége du Roi ; 1764; in-8°. On trou
ve chez le même Libraire les airs dé
tachés : prix, 1
partition. .
liv, 16 f On grave la
-
-
-
On parlera plus au long de cette
Piéce dans l'Article des Spectacles,
· PRosPECTUS d'un Livre intitulé,
Etat préſent de l'Orléannois, ou Eſſai
hiſtorique & typographique de cette Pro
vince, diviſé en trois parties ; avec cette
Epigraphe : Ille terrarum mihi prœter
•mnes angulus ridet; Hor. Avec addition.
de notes ſingulières.
Cet Ouvrage auquel M. Recullé de
,
M A I. 1764.
117
Saint-Laurent travaille depuis trois ans ,
& auquel il a été encouragé par le Chef
du Conſeil d'un de nos Princes, con
tient Orléans, ce qui s'y eſt paſſé de plus
remarquable, les meilleurs crus de vin ,
les Sçavans, les Rois, les Ducs, la Mai
ſon entière de Monſeigneur le Duc
d'Orléans, l'Evêché, les Evêques, l'E-
dit de 1758 soncernant la délivrance des
priſonniers , la Cathédrale, les autres
Chapitres de la Ville & du Diocèſe, les
Abbayes de la Ville & du Diocèſe , les
Collateurs des Cures, les Paroiſſes d'Or
- léans, les deux Commanderies , les Sé
minaires, la Juriſdiction Eccléſiaſtique,
les Bureaux , le Gouvernement, les Tri
bunaux, un Traité honorable de la Ma
giſtrature, de MM. les Avocats, Notai
res & autres Compagnies, l'Univerſité,
la Médecine, la Chirurgie, la nouvelle
Société d'Agriculture, les Bibliothéques,
l'Académie des Sciences, la Butte, l'A-
cadémie de Muſique, le Spectacle, &c.
Les principales Villes & Bourgs de l'Ap
panage, ſuivant le rôle des Aſſiſes, com
me Pithiviers, Meun, Jargeau, Arte
nay, Toury, Saint-Benoît, Donnery,
Cléry, Monpuipeau , Saint-Denis-de
Jargeau, Rebrechien , la Ferté, Sue
vre, &c. Jenville, Baugency , Bois
I 18 MERCURE DE FRANCE.
commun, Sully, Château-neuf, Gien ,
Montargis, &c. Chartres, ce qu'il y a
de remarquable ſur cette Ville; les Ab
bayes, Villes & principaux Bourgs de
ce diocèſe. Blois, ce que l'Hiſtoire nous
en apprend de plus intéreſſant; ſa Cham
bre des Comptes,les Abbayes, Villes &
principaux endroits de ce Pays & Dio
cèſe ; le tout accompagné d'Edits, Ar
rêts , Traits d'Hiſtoire, faits & Anec
dotes utiles & de ſentimens.Cet Ouvra
ge ſera ſuivi d'une ſuite concernant les
Villes Epiſcopales, les Cours Souverai
nes, les Gouvernemens, &c. Si quel
qu'un a quelques Notes à faire paſſer à
l'Auteur, il eſt prié de le faire au plutôt,
chez M. Valleyre fils, Imprimeur & Li
braire à Paris, rue de la vieille Boucle
rie, & d'affranchir les lettres. Cet Ou
vrage ſera de format in-12. de 3 liv. &
de 4o ſ.
-
. ZÉLIs au bain , Poëme en quatre
Chants; à Genéve, & ſe trouve à Paris,
chez Jorry, Imprimeur-Libraire , rue
& vis-à-vis de la Comédie Françoiſe ;
iu-8°. 1763 ; en tres-beau papier, orné
de quatre Eſtampes, quatre Vignettes,
quatre culs-de-lampes & d'un Frontiſ
pice, le tout deſſiné & gravé par de
très-habiles Maîtres.
» ſes plus
M A I. 1764.
I I3
Outre tous ces ornemens typogra
phiques, qui font rechercher cette Bro
chure par les Connoiſſeurs, on doit
encore compter pour beaucoup le mé
rite littéraire de cette agréable produc
tion , où régne ce que la Poëſie a de
plus riche , de plus tendre & de plus
gracieux en expreſſions, en ſentimens
& en images.
Communion, distribuées en cinq desseins,
par un Curé de la Campagne ;
avec cette Epigraphe : Evangeliſare
pauperibus miſit me Dominus. Luc. 4.
A Paris, chez Prault, quai de Geſ
vres, au Paradis, 1764 ; avec appro
bation & privilége du Roi. Brochure
in - 12 de 12o
M. Voile de #moz , Curé de la
Paroiſſe de Bouhi , eſt l'Auteur de ce
petit Livre édifiant , qui vient à propos
dans le temps préſent. On ne doit y
chercher que de la ſimplicité & de l'onc
tion, On n'a à parler qu'à des enfans; il
E vj
# o8 MERCURE DE FRANCE.
faut donc que le langage que l'on em
ploye, non ſeulement ſoit accommodé
à leur portée, mais encore qu'il aille
à leur cœur & les touche. C'eſt à quoi
l'Auteur paroît s'être appliqué unique
IIlCI)t,
TRAITÉ des Miracles , dans leque !
on examine 1°. leur nature , & les
moyens de les diſcerner d'avec les pro
diges de l'Enfer. 2°. leur fin. 3°. leur
uſage : à Paris , chez d'Eſpilly , Li
braire, rue S. Jacques, à la Croix d'or,
vis-à-vis de la vieille Poſte, 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; 2
vol. in-12. Prix 5 liv. reliés.
-
, Le titre de ce Livre en annonce la
diviſion générale ; nous y ajouterons
quelques ſubdiviſions particulières qui
achéveront de faire connoître le deſſein
& le plan de ce Traité. La première Par
tie eſt ſoudiviſée en 26 Chapitres où l'on
donne, d'après S. Auguſtin, S.Thomas ,
les Pères & les Théologiens, des moyens
de diſcerner les vrais miracles. Les fins
,our leſquelles Dieu accorde des miracles,
nt la confirmation de la foi, la mani
feſtation de ſa gloire & celle de la ſain
teté de ſes ſerviteurs. Il y a encore des
sniracles qui ont pour fin d'éprouver &
.
-- M A I. 1764.
, - 1 og
de révéler le fond des cœurs. Dieu en
a ſait auſſi, dit l'Auteur, pour aveugler
& endurcir les cœurs ſuperbes. Ces di
vers points ſont traités en pluſieurs cha
pitres qui forment la ſeconde diviſion.
On y fait voir encore qu'il s'opére quel
† · des miracles par des hommes
lont la foi n'eſt pas pure, par des Hé
rétiques, des Schiſmatiques , &c; mais
la Religion même ſçait en tirer avanta
ge; & il y a de la différence entre la
manière dont les dons ſurnaturels ſont
dans l'Egliſe, & celle dont ils ſe trou
vent dans de fauſſes communions. Enfin
la troiſiéme Partie traite des motifs par
ticuliers qui ont engagé les hommes à
ajoûter foi aux miracles
qui ſe ſont
faits à l'établiſſement de la doctrine ré
vélée. Ces motifs ſont en grand nom
bre, & c'eſt ce qu'il faut lire dans l'Ou
\vrage, ainſi que pluſieurs autres cha
pitres, dans leſquels l'Auteur achéve de
traiter à fond cette matière importante.
· EssAI de navigation Lorraine, trai
tée relativement à la politique , au
militaire , au commerce intérieur ou
extérieur, à la Marine & aux Colonies
de la France ; pour ſervir de Suite à
l'eſſai ſur les Duchés de Lorraine & de
11o MERCURE DE FRANCE.
Bar ; par lequel Plan on établit la jonc
tion de la Méditerranée à l'Océan par le
centre du Royaume & par la Capitale ;
& enſuite la communication entre les
deux Mers & la Mer Noire par la Lor
raine, l'Alſace ,
l'Allemagne , & les
Etats de l'Impératrice, Reine de Hon
rie ; par Charles-Leopold Andreu de
# ; à Amſterdam , chez H. Con
ſtapel, Libraire ; 1764. Brochure in-12.
de 184 pages.
Ce titre explique ſuffiſamment l'ob
jet de cet écrit, & nous diſpenſe d'en
trer dans d'autres détails.
MÉTAHHYsIQUE de l'âme , ou
théorie des ſentimens moraux, traduite
de l'Anglois de M. Adam Smith, Pro
feſſeur de Philoſophie morale dans l'U-
niverſité de Glaſcow; par M.... à Paris,
chez Briaſſon , rue S. Jacques , à la
Science ; 1764, avec Approbation &
Privilége du Roi. 2 vol. petit in-8°.
Cet Ouvrage a eu le plus grand ſuc
cès en Angleterre ; & il y a lieu de croi
re qu'il ne ſera pas accueilli moins favo
rablement en France. Nous avons été
ſatisfaits de la manière dont on y ex
plique nos affections & nos jugemens ;
& on ſera peut-être ſurpris d'y voir les
matières métaphyſiques les plus abſtrai
, M A I. 1764..
Lecteurs.
11,
tes, miſes à la portée du commun des
TRADUCTIoN du Traité de l'Amitié
de Cicéron ; dédiée à Madame de Sar
tine; par le ſieur L ***; à Paris, chez
Debure, père , quai des Auguſtins , à
l'Image S. Paul , & chez Mérigot, près
la rue Gît-le cœur ; avec approbation &
permiſſion ; 1764. Brochure in-12. de
266 pages ; prix, 1 liv. 4 ſ,
Cette Traduction d'un des meilleurs
Ouvrages de Cicéron nous a paru très
bien faite. Il ſeroit à ſouhaiter que celle
du Traité de la vieilleſſe du même Auteur
nous eût été donnée par la même main.
HISToIRE d'Ecoſſe ſous les régnes
de Marie Stuart & de Jacques IV, juſ
qu'a l'avénement de ce Prince à la Cou
ronne d'Angleterre , avec un Abrégé
de l'Hiſtoire d'Ecoffe dans les temps qui
ont précédé ces époques ; par M. Guil
laume Robertſon, Do8teur, Miniſtre de
- Ladyyeſter, à Edimboarg; traduite de
l'Anglois ;'à Londres , 1764 ; 3 vol.
in-12. !
>
|
º | |
|
| ' : ,
,
.
J'
M. Robertſon, fans cheicher à recu
fer & à illuſtrer l'origine de fà Nation,
la repréfente d'abord dansiºn état de
2
|
# 12 MERCURE DE FRANCE.
barbarie, & livrée à tous les imconvé
niens du gouvernement féodal. Il peint
fa patrie aſſervie à l'Angleterre par l'in
fidélité d'Edouard I, qui enléve à l'E-
coſſe les titres de ſa liberté ; qui veut
lui donner des Souverains & lui dicter
des loix ; & qui jette les fondemens de
cette antipathie qui a régné ſi long
temps entre les deux Nations. Après
avoir parcouru les premiers régnes , en
obſervant toujours de rapporter les faits
principaux, & de tracer avec des traits
hardis le caractère des Princes & des
Perſonnages les plus remarquables, il
commence ſon ſecond Livre : par la
naiſſance de Marie Stuart, par ſon avé
nement au Trône , & par les troubles
de ſa minorité. Il annonce de loin cette
étrange révolution , cette cataſtrophe
ſingulière qui conduiſit du Trône à l'é-
chaffaut une Princeſſe accomplie. Il
cherche la ſource de cette funeſte riva
lité entre Eliſabeth & Marie ; il la trou
ve dans une jalouſie de femme ; & il
fait voir que les plus grands événemens
n'ont bien ſouvent que des cauſes fri
voles. Nous ne faiſons que citer une
très-petite partie de la Préface , où le
Traducteur donne la plus haute idée de
cette Hiſtoire curieuſe & intéreſſante..
M A I. 1764.
1 13
: GRAMMAIRE des Sciences Philoſo
† , ou Analyſe abrégée de la Phi
'oſophie moderne , appuyée ſur les ex
périences : traduit de l'Anglois de Benj.
Martin; nouvelle Edition, corrigée &
àugmentée; à Paris, chez Briaſſon ,
rue S. Jacques, à la Science & à l'Ange
| Gardien; 1764; avec approbation & pri
vilége du Roi ; un vol. in-8°. avec beau
· coup de planches gravées.
, Cet Ouvrage déja connu, eſt, com
fme on ſçair, par demandes & par ré
onſes, & traite de la Science de la Phi
oſophie en général , de la Philoſophie
naturelle en particulier, de ſes parties, de
ſon ſujet, & des différens ufàges dont
elle eft dans la vie, Il eft queſtion,dans la
première partie, de la nature commune
# de la propriété de tous les corps na
turels ; de l'extenfion, de la grandeur
& des dimenſions des corps ; de la divi
fibilité de la matière ; de ſon infinité,de
la ſolidité & de la figurabilité des corps ;
de la mobilité , de la nature du mouve
ment & du repos ; de la lumière , des
couleurs, des odeurs ; du ſon, de la pe
ſanteur , de la tranſparence, de l'opa
cité, de la dureté , de la moleſſe , de la
roideur, de la fléxibilité, de la chaleur,
de la froidure , &c , &c. La ſeconde
114 MERCURE DE FRANCE.
Partie traite de la coſmologie en géné
ral, de l'eſpace du monde, du vuide ,
de la durée & du temps; des corps cé
leſtes, de la théorie du Soleil, de la
Lune, des Planétes, des Cométes, des .
Etoiles fixes. Il s'agit dans la troiſiéme
Partie, de la théorie de l'air , des vents,
des météores, de l'arc-en-ciel, des par
hélies, &c. Enfin la dernière Partie pré
ſente la doctrine générale concernant
le globe terreſtre, les foſſiles, les miné
raux, les métaux, les eaux # la rner a
des fleuves, des lacs, des fontaines s
des bains; les plantes, les végétaux, les
animaux de toutes eſpéces , &c , &c«
Les remarques de pluſieurs perſonnes
ſçavantes ont déterminé l'Auteur à faire
dans cette nouvelle Edition,des change
mens & des additions. Il y a traité plu
ſieurs Sujets nouveaux & curieux, & a
cité, dans les Notes, les Auteurs les plus
eſtimés qui ont écrit ſur les mêmes ma
tières.e
HISTOIRE du Ministère du Chevalier
Robert Walpool, devenu Ministre
d'Angleterre & Comte d'Oxford ; à
Amſterdam, chez Marc Rey ; 1764 ;
& à Paris, chez Durand, neveu, rue S.
Jacques. 3 vol.in-12. Prix, 7 liv. 1o ſ.
M A I. 1764.
115
Ce n'eſt point ici une Traduction ; on
en jugera par quelques endroits de la
Préface. » Je me donnerai bien de gar
» de , dit l'Auteur, d'adopter la partia
» lité de celui qui me fournit la plus
» grande partie de mes matériaux. Il
» paroît trop animé de l'eſprit républi
» cain. ... On jugera de M. Walpool,
» non par ce que j'en dirai, mais par
» ſes opérations. On n'aura point à me
» reprocher que je me ſuis trop livré
» aux portraits ; tout ſera en action. Je
» ferai toujours marcher mon Lecteur
» à côté du Miniſtre ; aucune de ſes
» démarches ne lui échappera ; par ce
» moyen je le mettrai en état de le ju
» ger.. .. J'oſe dire que le Lecteur ſe
» trouvera intéreſſé par les harangues,
» les raiſonnemens , la politique & les
» réfléxions que les divers événemens
» arrivés ſous le miniſtère du Chevalier
» Walpool ont occaſionnés.. ... J'ai a
» douci, autant † m'a été poſſible,
» les expreſſions dures & libres qui ſe
» trouvene dans certaines harangues où
» il eſt queſtion de la France. .. j'ai
» mis tous mes ſoins à écarter les dou
» tes que contiennent les écrits que la
» liberté Angloiſe donne le droit de
» rendre publics; l'original que je con
116 MERCURE DE FRANCE.
» ſulte, mais que je ne ſuis point entiè
» rement, avertit lui-même qu'il a été
» obligé de faire un choix , pour ne
» pas commettre d'injuſtice, &c.
RosE & Colas , Comédie en un
Acte, Proſe & Muſique , repréſentée
pour la premiere fois par les Comé
diens Italiens ordinaires du Roi, le 8
Mars 1764 La Comédie eſt de M.
Sedaine, & la Muſique de M. Mon
cigny. Prix
1 liv. 4 ſols. A Paris ,
chez Claude Heriſſant , Imprimeur-Li
braire , rue Neuve Notre-Dame, à la
Croix d'or , avec approbation & pri
vilége du Roi ; 1764; in-8°. On trou
ve chez le même Libraire les airs dé
tachés : prix, 1
partition. .
liv, 16 f On grave la
-
-
-
On parlera plus au long de cette
Piéce dans l'Article des Spectacles,
· PRosPECTUS d'un Livre intitulé,
Etat préſent de l'Orléannois, ou Eſſai
hiſtorique & typographique de cette Pro
vince, diviſé en trois parties ; avec cette
Epigraphe : Ille terrarum mihi prœter
•mnes angulus ridet; Hor. Avec addition.
de notes ſingulières.
Cet Ouvrage auquel M. Recullé de
,
M A I. 1764.
117
Saint-Laurent travaille depuis trois ans ,
& auquel il a été encouragé par le Chef
du Conſeil d'un de nos Princes, con
tient Orléans, ce qui s'y eſt paſſé de plus
remarquable, les meilleurs crus de vin ,
les Sçavans, les Rois, les Ducs, la Mai
ſon entière de Monſeigneur le Duc
d'Orléans, l'Evêché, les Evêques, l'E-
dit de 1758 soncernant la délivrance des
priſonniers , la Cathédrale, les autres
Chapitres de la Ville & du Diocèſe, les
Abbayes de la Ville & du Diocèſe , les
Collateurs des Cures, les Paroiſſes d'Or
- léans, les deux Commanderies , les Sé
minaires, la Juriſdiction Eccléſiaſtique,
les Bureaux , le Gouvernement, les Tri
bunaux, un Traité honorable de la Ma
giſtrature, de MM. les Avocats, Notai
res & autres Compagnies, l'Univerſité,
la Médecine, la Chirurgie, la nouvelle
Société d'Agriculture, les Bibliothéques,
l'Académie des Sciences, la Butte, l'A-
cadémie de Muſique, le Spectacle, &c.
Les principales Villes & Bourgs de l'Ap
panage, ſuivant le rôle des Aſſiſes, com
me Pithiviers, Meun, Jargeau, Arte
nay, Toury, Saint-Benoît, Donnery,
Cléry, Monpuipeau , Saint-Denis-de
Jargeau, Rebrechien , la Ferté, Sue
vre, &c. Jenville, Baugency , Bois
I 18 MERCURE DE FRANCE.
commun, Sully, Château-neuf, Gien ,
Montargis, &c. Chartres, ce qu'il y a
de remarquable ſur cette Ville; les Ab
bayes, Villes & principaux Bourgs de
ce diocèſe. Blois, ce que l'Hiſtoire nous
en apprend de plus intéreſſant; ſa Cham
bre des Comptes,les Abbayes, Villes &
principaux endroits de ce Pays & Dio
cèſe ; le tout accompagné d'Edits, Ar
rêts , Traits d'Hiſtoire, faits & Anec
dotes utiles & de ſentimens.Cet Ouvra
ge ſera ſuivi d'une ſuite concernant les
Villes Epiſcopales, les Cours Souverai
nes, les Gouvernemens, &c. Si quel
qu'un a quelques Notes à faire paſſer à
l'Auteur, il eſt prié de le faire au plutôt,
chez M. Valleyre fils, Imprimeur & Li
braire à Paris, rue de la vieille Boucle
rie, & d'affranchir les lettres. Cet Ou
vrage ſera de format in-12. de 3 liv. &
de 4o ſ.
-
. ZÉLIs au bain , Poëme en quatre
Chants; à Genéve, & ſe trouve à Paris,
chez Jorry, Imprimeur-Libraire , rue
& vis-à-vis de la Comédie Françoiſe ;
iu-8°. 1763 ; en tres-beau papier, orné
de quatre Eſtampes, quatre Vignettes,
quatre culs-de-lampes & d'un Frontiſ
pice, le tout deſſiné & gravé par de
très-habiles Maîtres.
» ſes plus
M A I. 1764.
I I3
Outre tous ces ornemens typogra
phiques, qui font rechercher cette Bro
chure par les Connoiſſeurs, on doit
encore compter pour beaucoup le mé
rite littéraire de cette agréable produc
tion , où régne ce que la Poëſie a de
plus riche , de plus tendre & de plus
gracieux en expreſſions, en ſentimens
& en images.
Fermer
Résumé : « INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...] »
En 1764, plusieurs ouvrages notables ont été publiés. Parmi eux, 'Instructions pour la première Communion' de M. Voile de Moz, curé de Bouhi, est un livre destiné aux enfants. Le 'Traité des Miracles' explore la nature, les fins et l'usage des miracles, en se basant sur les écrits de Saint Augustin et Saint Thomas, et est structuré en trois parties. L''Essai de navigation Lorraine' aborde les aspects politiques, militaires, commerciaux et maritimes de la navigation en Lorraine. La 'Métaphysique de l'âme' est une traduction de l'œuvre de M. Adam Smith sur les sentiments moraux. La 'Traduction du Traité de l'Amitié' de Cicéron est appréciée pour sa qualité. L''Histoire d'Écosse' de M. Guillaume Robertson couvre les règnes de Marie Stuart et Jacques VI jusqu'à son accession au trône d'Angleterre. Le texte évoque également une œuvre sur la rivalité entre Élisabeth et Marie, attribuant leur conflit à une jalousie féminine. La 'Grammare des Sciences Philosophiques' de Benjamin Martin traite divers aspects de la philosophie naturelle. L''Histoire du Ministère du Chevalier Robert Walpool' est publiée à Amsterdam et à Paris, sans jugement personnel de l'auteur. La pièce de théâtre 'Rose et Colas' de Sedaine, mise en musique par Moncigny, a été représentée en mars 1764. Un prospectus annonce un livre sur l'Orléannois, détaillant l'histoire et les aspects notables de la province d'Orléans. Deux autres ouvrages sont mentionnés : le 'Traité honorable de la Magistrature', qui contient des informations sur diverses professions et institutions, et le poème 'Zélis au bain', composé de quatre chants, publié à Genève et disponible à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4719
p. 119-121
« LE POT-POURRI, Epître à qui on voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ; [...] »
Début :
LE POT-POURRI, Epître à qui on voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE POT-POURRI, Epître à qui on voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ; [...] »
LE POT-POURRI, Epître à qui on
voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ;
ſuivi d'une autre Epître , par l'Auteur
de Zélis au bain; à Genéve, & ſe trouve
à Paris , chez Sébaſtien Jorry , Impri
meur - Libraire , rue & vis - à - vis de
la Comédie Françoiſe , au Grand Mo
narque & aux Cigognes; 1764, in-8°.
enrichi comme la Brochure précédente,
de tous les ornemens de la Typographie
& du Burin.
On lit à la tête cet Avertiſſement qui
explique le Sujet de la première Piéce.
» Un voyage que je fis l'Automne der
» nier près de Blois, dit l'Auteur,i(M.
» Dorat) a donné lieu à cette Epitre.
» Il ſemble que la Nature ait choiſi les
» bords de la Loire pour y déployer
riches ornemens. C'eſt là
» qu'elle eſt riante & majeſtueuſe; c'eſt
12o MERCURE DE FRANCE.
» là qu'elle préſente à l'imagination les
• » tableaux les plus variés. J'ai tâché
» d'en reproduire quelques-uns dans cet
» Ouvrage , où j'ai peint ce que j'ai
» vu , & où j'exprime ce que j'ai ſenti,
Parmi ces divers tableaux nous choiſiſ
ſons celui du Château de Blois , parce
qu'il fait avec le Concierge & les Voya
geurs , le Sujet de la première Gravure,
Tu connois ce Châtel antique
Que fit bâtir François Premier ;
Mazure biſarre & gothique,
Mais qu'il ne faut point oublier.
Sur-tout ſon Concierge fidèle
Mérite bien d'être cité :
C'eſt un Monſieur tout plein de zèle,
Et très-plaiſant en vérité.
Malgré la peſanteur de l'âge,
Et ſes deux aulnes de viſage,
Il va grimpant , trottant, ſoufflant ;
Vous indique chaque paſſage,
Et s'extaſie à tout inſtant.
Il voit de la magnificence
Où l'on ne voit que des débris :
Il n'eſt point de trou de ſouris,
Qui ne faſſe honneur à la France.
Dans les recoins les plus obſcurs
· Très-gravement il vous promène ;
II
M A I. 1764.
Il vous fait admirer les murs
Comme des murs de porcelaine.
Souvent, pour vous inſtruire mieux,
Il s'arrête, ferme les yeux,
Met ſes deux mains ſur ſa bedaine ;
Et puis voilà mon gros menteur
Qui, ſans oſer reprendre haleine,
Vous dit tout ſon Château par cœur.
I2.I
L'Epître qui termine ce recueil eſt
intitulée : Epître à mon ami , au retour
du voyage qui a donné lieu au Pot
pourri. Nous avons dit qu'elle eſt de
l'Auteur de Zélis au bain : c'eſt dire
que la Poëſie en eſt gracieuſe.
voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ;
ſuivi d'une autre Epître , par l'Auteur
de Zélis au bain; à Genéve, & ſe trouve
à Paris , chez Sébaſtien Jorry , Impri
meur - Libraire , rue & vis - à - vis de
la Comédie Françoiſe , au Grand Mo
narque & aux Cigognes; 1764, in-8°.
enrichi comme la Brochure précédente,
de tous les ornemens de la Typographie
& du Burin.
On lit à la tête cet Avertiſſement qui
explique le Sujet de la première Piéce.
» Un voyage que je fis l'Automne der
» nier près de Blois, dit l'Auteur,i(M.
» Dorat) a donné lieu à cette Epitre.
» Il ſemble que la Nature ait choiſi les
» bords de la Loire pour y déployer
riches ornemens. C'eſt là
» qu'elle eſt riante & majeſtueuſe; c'eſt
12o MERCURE DE FRANCE.
» là qu'elle préſente à l'imagination les
• » tableaux les plus variés. J'ai tâché
» d'en reproduire quelques-uns dans cet
» Ouvrage , où j'ai peint ce que j'ai
» vu , & où j'exprime ce que j'ai ſenti,
Parmi ces divers tableaux nous choiſiſ
ſons celui du Château de Blois , parce
qu'il fait avec le Concierge & les Voya
geurs , le Sujet de la première Gravure,
Tu connois ce Châtel antique
Que fit bâtir François Premier ;
Mazure biſarre & gothique,
Mais qu'il ne faut point oublier.
Sur-tout ſon Concierge fidèle
Mérite bien d'être cité :
C'eſt un Monſieur tout plein de zèle,
Et très-plaiſant en vérité.
Malgré la peſanteur de l'âge,
Et ſes deux aulnes de viſage,
Il va grimpant , trottant, ſoufflant ;
Vous indique chaque paſſage,
Et s'extaſie à tout inſtant.
Il voit de la magnificence
Où l'on ne voit que des débris :
Il n'eſt point de trou de ſouris,
Qui ne faſſe honneur à la France.
Dans les recoins les plus obſcurs
· Très-gravement il vous promène ;
II
M A I. 1764.
Il vous fait admirer les murs
Comme des murs de porcelaine.
Souvent, pour vous inſtruire mieux,
Il s'arrête, ferme les yeux,
Met ſes deux mains ſur ſa bedaine ;
Et puis voilà mon gros menteur
Qui, ſans oſer reprendre haleine,
Vous dit tout ſon Château par cœur.
I2.I
L'Epître qui termine ce recueil eſt
intitulée : Epître à mon ami , au retour
du voyage qui a donné lieu au Pot
pourri. Nous avons dit qu'elle eſt de
l'Auteur de Zélis au bain : c'eſt dire
que la Poëſie en eſt gracieuſe.
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Résumé : « LE POT-POURRI, Epître à qui on voudra ; par l'Auteur de Barnevelt ; [...] »
La brochure 'Le Pot-Pourri' a été publiée en 1764 à Genève et est disponible à Paris chez Sébastien Jorry. Elle contient des ornements typographiques et des gravures. L'œuvre inclut deux épîtres. La première, écrite par Jean-Pierre Claris de Florian, auteur de 'Barnevelt', décrit un voyage près de Blois effectué l'automne précédent. Florian y vante la beauté et la diversité des paysages des bords de la Loire et mentionne notamment le Château de Blois, illustré par une gravure montrant le château, le concierge et les voyageurs. Le concierge est décrit comme un homme zélé et agréable, malgré son âge, qui guide les visiteurs avec passion et leur montre les moindres détails du château. La seconde épître, intitulée 'Épître à mon ami, au retour du voyage qui a donné lieu au Pot-pourri', est de l'auteur de 'Zélis au bain' et est qualifiée de gracieuse.
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4720
p. 121-125
« LES Baladins, ou Melpomène vengée ; avec cette Epigraphe : Facit indignatio [...] »
Début :
LES Baladins, ou Melpomène vengée ; avec cette Epigraphe : Facit indignatio [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Baladins, ou Melpomène vengée ; avec cette Epigraphe : Facit indignatio [...] »
LES Baladins, ou Melpomène vengée ;
avec cette Epigraphe : Facit indignatio
verſum. A Amſterdam , I764,
in-8°. de 36 pages.
Nous n'annonçons cette Brochure ,
que pour cette claſſe de Lecteurs qui
ne veulent rien ignorer de ce qui s'im
prime à Paris ; car ceux pour qui la
critique eſt un genre odieux , pren
dront peu de part à cette production.
On affecte d'y rabaiſſer la plupart des
gens de Lettres, & principalement ceux
qui travaillent pour la Comédie Ita
lienne & les Spectacles for
2-4
.
: 22 MERCURE DE FRANCE.
CHIMERANDRE l'Anti-Grec , fils
de Bacha Bilboquet, ou les équivoques
de la Langue Franchoſe : nouvelle re
fonte ; avec cette Epigraphe.
º
-
Ne perdas operam ; qui ſe mirantur in illos
Virus habe : nos hac novimus eſſe nihil.
· Martial. Lib. 13. Epig. 2,
à Balivernopolis , 1764 ; & ſe vend
chez Hériſſant , Libraire , rue Neuve
| Notre-Dame. Brochure in-12. de 62
| pages.
.
-
Le Bacha Bilboquet eſt une Brochure
• ſi connue , qu'il ſuffit, pour connoître
celle que nous annonçons , de dire
qu'elle eſt écrite dans le même goût &
le même ſtyle. Elle peut ſervir de pen
dant à la première, & être reliée dans
, le même volume. C'eſt une autre hiſtoi
re & d'autres équivoques qui égayeront
le Lecteur pendant quelques inſtans de
déſœuvrement.
LE Code de l'Amour', ou les déci
ſions de Cythère ; Ftrennes du mois de
Mai , à l'uſage des Amans déſœuvrés, "
| par une Société de vieux amoureux ; à
Cythère , chez Tyrſis galant , à l'En
ſeigne du Mai, & ſe trouve à Paris ,
chez Hériſſant , Imprimeur-Libraire,
'.
)
-
M A I. 1764.
-
12.3
rue Neuve Notre-Dame ; I764 ; 1 vol.
in-12 , diviſé en deux parties d'environ
2oo pages chacune.
,
Malgré ce qu'il peut y avoir de plai
ſant dans le titre, il eſt certain que cet
te double Brochure contient des Piéces
très-ingénieuſes. Elles ſont tirées , pour
la plûpart, des Journaux & autres Ou
vrages périodiques , & choiſies avec
goût. On eſt charmé de retrouver en
un ſeul recueil un grand nombre de
diſſertations pleines de ſel, d'agrément
& de fineſſe , qui ſe trouvoient telle
ment diſperſées , qu'on pouvoit les re
garder comme perdues pour le Public
avant qu'on eût pris le ſoin très-loua
ble de les raſſembler en un volume. Ce
qui nous a fait le plus de plaiſir dans
cet agréable recueil, ce ſont des queſ
tions ſur des matières qui intéreſſent le
cœur, & dont la déciſion ſuppoſe une
· connoiſſance parfaite de tous ſes divers
mouvemens. On y trouve auſſi, en for
me de digreſſions, pluſieurs morceaux
très-bien faits ſur des Sujets analogues
au reſte de l'Ouvrage. La Proſe y eſt
agréablement mêlée avec la Poëſie ; &
le tout enſemble forme une variété qui
· plaît, qui attache & qui #e
1]
|
124 MERCURE DE FRANCE.
DICTIoNNAIRE
Géographique ,
Hiſtorique & Politique des Gaules & de
la France ; par M. l'Abbé Expilly,Cha
· noine-Tréſorier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte-Marthe de Taraſcon ,
de la Société Royale des Sciences &
Belles-Lettres de Nanci, &c; Tome ſe
| cond ; à Amſterdam ; & ſe trouve à
Paris , chez Deſaint & Saillant, Li
braires , rue S. Jean de Beauvais ; Bau
che , Libraire, quai des Auguſtins ; Hé
riſſant , Libraire , rue S. Jacques ; Deſ
pilly , Libraire , rue S. Jacques ; Nyon
Libraire , rue S. Jacques , 1764 ; vol.
in-folio.
Nous avons annoncé ce grand Ou
vrage, lorſqu'on en publia le premier
volume. Le ſecond Tome comprend les
lettres C. D. E, & répond parfaitement
à l'idée avantageuſe qu'en a donnée le
Proſpectus que nous avons auſſi annon
cé dans le temps. Nous avons lu avec
, la plus grande ſatisfaction pluſieurs Ar
ticles de ce nouveau volume ; & par
l'exactitude avec laquelle l'Auteur a
parlé de tous les lieux que nous con--
noiſſons, nous avons jugé de celle qu'il
a miſe également en parlant des Pays
& des Villes qui nous ſont moins con
nus. Nous partageons avec le Public la
M A I. 1764.
125
reconnoiſſance due à M. l'Abbé d'Ex
pilly pour un travail ſi utile ; & nous
croyons que cette entrepriſe, qui fait
tant d'honneur à ſon Auteur , eſt auſ
ſi très-glorieuſe à notre Siécle & à
notre Nation.
avec cette Epigraphe : Facit indignatio
verſum. A Amſterdam , I764,
in-8°. de 36 pages.
Nous n'annonçons cette Brochure ,
que pour cette claſſe de Lecteurs qui
ne veulent rien ignorer de ce qui s'im
prime à Paris ; car ceux pour qui la
critique eſt un genre odieux , pren
dront peu de part à cette production.
On affecte d'y rabaiſſer la plupart des
gens de Lettres, & principalement ceux
qui travaillent pour la Comédie Ita
lienne & les Spectacles for
2-4
.
: 22 MERCURE DE FRANCE.
CHIMERANDRE l'Anti-Grec , fils
de Bacha Bilboquet, ou les équivoques
de la Langue Franchoſe : nouvelle re
fonte ; avec cette Epigraphe.
º
-
Ne perdas operam ; qui ſe mirantur in illos
Virus habe : nos hac novimus eſſe nihil.
· Martial. Lib. 13. Epig. 2,
à Balivernopolis , 1764 ; & ſe vend
chez Hériſſant , Libraire , rue Neuve
| Notre-Dame. Brochure in-12. de 62
| pages.
.
-
Le Bacha Bilboquet eſt une Brochure
• ſi connue , qu'il ſuffit, pour connoître
celle que nous annonçons , de dire
qu'elle eſt écrite dans le même goût &
le même ſtyle. Elle peut ſervir de pen
dant à la première, & être reliée dans
, le même volume. C'eſt une autre hiſtoi
re & d'autres équivoques qui égayeront
le Lecteur pendant quelques inſtans de
déſœuvrement.
LE Code de l'Amour', ou les déci
ſions de Cythère ; Ftrennes du mois de
Mai , à l'uſage des Amans déſœuvrés, "
| par une Société de vieux amoureux ; à
Cythère , chez Tyrſis galant , à l'En
ſeigne du Mai, & ſe trouve à Paris ,
chez Hériſſant , Imprimeur-Libraire,
'.
)
-
M A I. 1764.
-
12.3
rue Neuve Notre-Dame ; I764 ; 1 vol.
in-12 , diviſé en deux parties d'environ
2oo pages chacune.
,
Malgré ce qu'il peut y avoir de plai
ſant dans le titre, il eſt certain que cet
te double Brochure contient des Piéces
très-ingénieuſes. Elles ſont tirées , pour
la plûpart, des Journaux & autres Ou
vrages périodiques , & choiſies avec
goût. On eſt charmé de retrouver en
un ſeul recueil un grand nombre de
diſſertations pleines de ſel, d'agrément
& de fineſſe , qui ſe trouvoient telle
ment diſperſées , qu'on pouvoit les re
garder comme perdues pour le Public
avant qu'on eût pris le ſoin très-loua
ble de les raſſembler en un volume. Ce
qui nous a fait le plus de plaiſir dans
cet agréable recueil, ce ſont des queſ
tions ſur des matières qui intéreſſent le
cœur, & dont la déciſion ſuppoſe une
· connoiſſance parfaite de tous ſes divers
mouvemens. On y trouve auſſi, en for
me de digreſſions, pluſieurs morceaux
très-bien faits ſur des Sujets analogues
au reſte de l'Ouvrage. La Proſe y eſt
agréablement mêlée avec la Poëſie ; &
le tout enſemble forme une variété qui
· plaît, qui attache & qui #e
1]
|
124 MERCURE DE FRANCE.
DICTIoNNAIRE
Géographique ,
Hiſtorique & Politique des Gaules & de
la France ; par M. l'Abbé Expilly,Cha
· noine-Tréſorier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte-Marthe de Taraſcon ,
de la Société Royale des Sciences &
Belles-Lettres de Nanci, &c; Tome ſe
| cond ; à Amſterdam ; & ſe trouve à
Paris , chez Deſaint & Saillant, Li
braires , rue S. Jean de Beauvais ; Bau
che , Libraire, quai des Auguſtins ; Hé
riſſant , Libraire , rue S. Jacques ; Deſ
pilly , Libraire , rue S. Jacques ; Nyon
Libraire , rue S. Jacques , 1764 ; vol.
in-folio.
Nous avons annoncé ce grand Ou
vrage, lorſqu'on en publia le premier
volume. Le ſecond Tome comprend les
lettres C. D. E, & répond parfaitement
à l'idée avantageuſe qu'en a donnée le
Proſpectus que nous avons auſſi annon
cé dans le temps. Nous avons lu avec
, la plus grande ſatisfaction pluſieurs Ar
ticles de ce nouveau volume ; & par
l'exactitude avec laquelle l'Auteur a
parlé de tous les lieux que nous con--
noiſſons, nous avons jugé de celle qu'il
a miſe également en parlant des Pays
& des Villes qui nous ſont moins con
nus. Nous partageons avec le Public la
M A I. 1764.
125
reconnoiſſance due à M. l'Abbé d'Ex
pilly pour un travail ſi utile ; & nous
croyons que cette entrepriſe, qui fait
tant d'honneur à ſon Auteur , eſt auſ
ſi très-glorieuſe à notre Siécle & à
notre Nation.
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Résumé : « LES Baladins, ou Melpomène vengée ; avec cette Epigraphe : Facit indignatio [...] »
En 1764, plusieurs brochures et ouvrages ont été publiés. 'Les Baladins, ou Melpomène vengée' est une brochure de 36 pages éditée à Amsterdam, qui critique les gens de lettres, en particulier ceux associés à la Comédie Italienne et aux spectacles. 'Chimerandre l'Anti-Grec, fils de Bacha Bilboquet' est une brochure de 62 pages, vendue à Paris chez Hérissant, et poursuit le style de 'Bacha Bilboquet'. 'Le Code de l'Amour, ou les décisions de Cythère' est un ouvrage de 400 pages, publié à Cythère et Paris, compilant des pièces ingénieuses extraites de journaux et d'ouvrages périodiques, accompagnées de dissertations sur des sujets relatifs au cœur. Enfin, le 'Dictionnaire Géographique, Historique & Politique des Gaules & de la France' rédigé par l'Abbé Expilly est un ouvrage en deux tomes. Le second tome couvre les lettres C, D et E, et a été publié à Amsterdam. Il est disponible chez divers libraires parisiens et est apprécié pour son exactitude et son utilité.
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4721
p. 125-129
« SOUSCRIPTIONS pour les chaînes élastiques, à substituer aux soupentes & [...] »
Début :
SOUSCRIPTIONS pour les chaînes élastiques, à substituer aux soupentes & [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SOUSCRIPTIONS pour les chaînes élastiques, à substituer aux soupentes & [...] »
SOUSCRIPTIONS pour les chaînes
élastiques, à substituer aux soupentes
& reſſorts des Carroſſes ,
Berlines ,
Chaiſes de Poſtes & autres ſemblables
voitures; propoſées par le Sr Guillaume
Zacharie le jeune, Horloger de la
Ville de Lyon, Inventeur & privilé
gié du Roi pour la monture des chaînes,
par Lettres-Patentes du 28 Août 176I ,
enregiſtrées au Parlement de Paris le 17
Juin 1763 ; à Lyon, de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche, Imprimeur - Li
brire de la Ville & du Gouvernement ;
aux Halles de la Grenette; 1763; bro
chure in-8° de 3o pages.
Les perſonnes à équipages prendront
ſurtout intérêt à cet écrit qui contient
toutes les conditions de la ſouſcription.
On pourra ſe le procurer à Lyon chez
M. Soupat, Avocat en Parlement, &
Notaire , rue de Grenette ; & à Paris ,
chez M. l'Héritier, Notaire, rue de la
Verrerie. En attendant nous placerons
F iij
I26 MERCURE DE FRANCE.
ici cet avis qu'on nous prie d'inſérer
dans notre Mercure.
» LE Sieur Guillaume Zacharie a
» fait annoncer cette nouvelle décou
» verte dans les Gazettes & Papiers pu
» blics , & a fait répandre une brochu
» re inſtructive, afin que l'Europe en
» tière en ſoit inſtruite & puiſſe en pro
» fiter.
-
·
» Il a appris que beaucoup de per
» ſonnes, en ouvrant les yeux ſur l'uti
» lité de cette découverte, craignoient
» que le temps de remplir les 3ooo ſouſ
» criptions ne fût trop long, & qu'elles
» ne vouloient ſe déterminer à ſouſcrire
» qu'à l'extrémité de l'accompliſſement
» des ſouſcriptions.
· » Mais le ſieur Zacharie ſe croit obli
» gé de leur faire ſçavoir par le préſent
99 § que le nombre des ſouſcriptions
» augmente chaque jour, & que ceux
» qui différent pourroient ſe priver eux--
» mêmes du bénéfice de la ſouſcription
» en ſe laiſſant devancer par d'autres ;
» il ſe pourroit même qu'au lieu du ter
» me de cette année, annoncé pour la
» délivrance des Chaînes, (uniquement
» dans la vue de donner le loiſir aux
» perſonnes qui habitent les contrées
M A I. 1764.
-
127
» les plus reculées, de ſe procurer l'a-
» vantage de cette découverte ,) le
» nombre des ſouſcriptions pourroit
» être accompli dans ſix mois ; & dans
» ce cas , la délivrance des Chaînes ſe
» feroit avant le temps projetté : on
» n'aura pas de peine à le croire, ſi l'on
» jette un coup d'œil ſur la quantité d'é-
» quipages qu'il ya en Europe,qui mon
» te à plus de 3ooooo.
» Déjà la France, l'Angleterre, l'Al
» lemagne, Rome, Naples, Gênes &
» autres Villes, ont fourni grand nom
» bre de ſouſcriptions; c'eſt ſans doute
» au jugement qu'en a porté l'Académie
» Royale des Sciences de Paris, que cette
» confiance eſt due.Jugement prononcé
» après l'examen le plus ſévere & le plus
» réfléchi ſur le Caroſſe en grand que
» l'Auteura préſenté.
» L'Auteur a encore ajouté depuis
» l'obtention de ſon Privilége, un nouvel
» avantage dans l'uſage de ces montures;
» c'eſt qu'en roulant dans des chemins
» rapides, ſoit en montant ou en deſcen
» dant, on mettra la caiſſe dans le niveau
» par le moyen du jeu d'un cordon que
» l'on tirera avee aiſance de ſa place
» dans le Carroſſe ; & dans la plaine
» l'on donnera le penchant que l'on vou
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
» dra à la caiſſe en arriere,pour ſe mettre
» mieux à ſon aiſe par le moyen d'un
» autre cordon que l'on tirera auſſi
» ſans éffort & ſans ſe déranger de ſa
» place.
-
» Le Sieur Zacharie s'engage de livrer
» les 3ooo montures dans l'intervalle de -
» trois mois après les ſouſcriptions rem
» plies ; mais il n'en délivrera point,
» ſous quelque prétexte que ce ſoit,
» avant cette époque, Les Papiers pu
» blics informeront les Intéreſſés du
» temps de la livraiſon des Chaînes,
» pour les faire retirer à Lyon ; à l'é-
» gard de ceux qui auront ſouſcrit à
» Paris, elles leur ſeront livrées dans
» cette Capitale dans l'endroit qu'il indi
» quera.
» Il déclare de plus au Public, comme
» il a fait dans ſa Brochure, page 1o,qu'à
» meſure qu'il reçoit la première moitié
» des ſouſcriptions , il en fait emploi
» pour la fabrication des Chaînes élaſti
» ques, ce qui hâtera le moment de la
» délivrance totale.
» Le Bureau général pour les ſouſcrip
» tions, eſt établi à Lyon , chez M° Sou
» pat, Avocat en Parlement, Conſeiller
» du Roi, Notaire , rue Grenette.
» On peut auſſi s'adreſſer au Sieur
· M A I. 1764.
I29
» Zacharie, qui délivrera gratis des Bro
» chures inſtructives, avec la gravure du
» Caroſſe monté en Chaînes élaſtiques.
. » Les perſonnes réſidantes à Paris ou
» aux environs, pourront ſe procurer
» des ſouſcriptions dans ladite Ville ,
» chez M. L'Heritier , Conſeiller du
» Roi, Notaire au Châtelet, rue de la
» Verrerie, qui délivrera aux ſouſcrip
» teurs des reconnoiſſances ſignées de
» l'Auteur, & chez lequel on trouvera
» auſſi des Brochures inſtructives avec
» la gravure du Carroſſe.
élastiques, à substituer aux soupentes
& reſſorts des Carroſſes ,
Berlines ,
Chaiſes de Poſtes & autres ſemblables
voitures; propoſées par le Sr Guillaume
Zacharie le jeune, Horloger de la
Ville de Lyon, Inventeur & privilé
gié du Roi pour la monture des chaînes,
par Lettres-Patentes du 28 Août 176I ,
enregiſtrées au Parlement de Paris le 17
Juin 1763 ; à Lyon, de l'Imprimerie
d'Aimé de la Roche, Imprimeur - Li
brire de la Ville & du Gouvernement ;
aux Halles de la Grenette; 1763; bro
chure in-8° de 3o pages.
Les perſonnes à équipages prendront
ſurtout intérêt à cet écrit qui contient
toutes les conditions de la ſouſcription.
On pourra ſe le procurer à Lyon chez
M. Soupat, Avocat en Parlement, &
Notaire , rue de Grenette ; & à Paris ,
chez M. l'Héritier, Notaire, rue de la
Verrerie. En attendant nous placerons
F iij
I26 MERCURE DE FRANCE.
ici cet avis qu'on nous prie d'inſérer
dans notre Mercure.
» LE Sieur Guillaume Zacharie a
» fait annoncer cette nouvelle décou
» verte dans les Gazettes & Papiers pu
» blics , & a fait répandre une brochu
» re inſtructive, afin que l'Europe en
» tière en ſoit inſtruite & puiſſe en pro
» fiter.
-
·
» Il a appris que beaucoup de per
» ſonnes, en ouvrant les yeux ſur l'uti
» lité de cette découverte, craignoient
» que le temps de remplir les 3ooo ſouſ
» criptions ne fût trop long, & qu'elles
» ne vouloient ſe déterminer à ſouſcrire
» qu'à l'extrémité de l'accompliſſement
» des ſouſcriptions.
· » Mais le ſieur Zacharie ſe croit obli
» gé de leur faire ſçavoir par le préſent
99 § que le nombre des ſouſcriptions
» augmente chaque jour, & que ceux
» qui différent pourroient ſe priver eux--
» mêmes du bénéfice de la ſouſcription
» en ſe laiſſant devancer par d'autres ;
» il ſe pourroit même qu'au lieu du ter
» me de cette année, annoncé pour la
» délivrance des Chaînes, (uniquement
» dans la vue de donner le loiſir aux
» perſonnes qui habitent les contrées
M A I. 1764.
-
127
» les plus reculées, de ſe procurer l'a-
» vantage de cette découverte ,) le
» nombre des ſouſcriptions pourroit
» être accompli dans ſix mois ; & dans
» ce cas , la délivrance des Chaînes ſe
» feroit avant le temps projetté : on
» n'aura pas de peine à le croire, ſi l'on
» jette un coup d'œil ſur la quantité d'é-
» quipages qu'il ya en Europe,qui mon
» te à plus de 3ooooo.
» Déjà la France, l'Angleterre, l'Al
» lemagne, Rome, Naples, Gênes &
» autres Villes, ont fourni grand nom
» bre de ſouſcriptions; c'eſt ſans doute
» au jugement qu'en a porté l'Académie
» Royale des Sciences de Paris, que cette
» confiance eſt due.Jugement prononcé
» après l'examen le plus ſévere & le plus
» réfléchi ſur le Caroſſe en grand que
» l'Auteura préſenté.
» L'Auteur a encore ajouté depuis
» l'obtention de ſon Privilége, un nouvel
» avantage dans l'uſage de ces montures;
» c'eſt qu'en roulant dans des chemins
» rapides, ſoit en montant ou en deſcen
» dant, on mettra la caiſſe dans le niveau
» par le moyen du jeu d'un cordon que
» l'on tirera avee aiſance de ſa place
» dans le Carroſſe ; & dans la plaine
» l'on donnera le penchant que l'on vou
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
» dra à la caiſſe en arriere,pour ſe mettre
» mieux à ſon aiſe par le moyen d'un
» autre cordon que l'on tirera auſſi
» ſans éffort & ſans ſe déranger de ſa
» place.
-
» Le Sieur Zacharie s'engage de livrer
» les 3ooo montures dans l'intervalle de -
» trois mois après les ſouſcriptions rem
» plies ; mais il n'en délivrera point,
» ſous quelque prétexte que ce ſoit,
» avant cette époque, Les Papiers pu
» blics informeront les Intéreſſés du
» temps de la livraiſon des Chaînes,
» pour les faire retirer à Lyon ; à l'é-
» gard de ceux qui auront ſouſcrit à
» Paris, elles leur ſeront livrées dans
» cette Capitale dans l'endroit qu'il indi
» quera.
» Il déclare de plus au Public, comme
» il a fait dans ſa Brochure, page 1o,qu'à
» meſure qu'il reçoit la première moitié
» des ſouſcriptions , il en fait emploi
» pour la fabrication des Chaînes élaſti
» ques, ce qui hâtera le moment de la
» délivrance totale.
» Le Bureau général pour les ſouſcrip
» tions, eſt établi à Lyon , chez M° Sou
» pat, Avocat en Parlement, Conſeiller
» du Roi, Notaire , rue Grenette.
» On peut auſſi s'adreſſer au Sieur
· M A I. 1764.
I29
» Zacharie, qui délivrera gratis des Bro
» chures inſtructives, avec la gravure du
» Caroſſe monté en Chaînes élaſtiques.
. » Les perſonnes réſidantes à Paris ou
» aux environs, pourront ſe procurer
» des ſouſcriptions dans ladite Ville ,
» chez M. L'Heritier , Conſeiller du
» Roi, Notaire au Châtelet, rue de la
» Verrerie, qui délivrera aux ſouſcrip
» teurs des reconnoiſſances ſignées de
» l'Auteur, & chez lequel on trouvera
» auſſi des Brochures inſtructives avec
» la gravure du Carroſſe.
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Résumé : « SOUSCRIPTIONS pour les chaînes élastiques, à substituer aux soupentes & [...] »
Guillaume Zacharie, horloger lyonnais, a inventé des chaînes élastiques destinées à remplacer les soupentes et ressorts des carrosses, berlines, chaises de poste et autres véhicules similaires. Cette invention est protégée par un privilège royal accordé par lettres patentes le 28 août 1761 et enregistré au Parlement de Paris le 17 juin 1763. Une brochure de 30 pages, imprimée à Lyon par Aimé de la Roche, fournit les détails sur les conditions de souscription. Cette brochure est disponible à Lyon chez M. Soupat, avocat et notaire, et à Paris chez M. l'Héritier, notaire. Zacharie a diffusé des annonces dans les gazettes et distribué des brochures pour promouvoir son invention en Europe. Il encourage les souscriptions, notant que le nombre de souscripteurs augmente rapidement, ce qui pourrait avancer la date de livraison initialement prévue pour la fin de l'année 1764. Plusieurs pays européens, dont la France, l'Angleterre, l'Allemagne, Rome, Naples et Gênes, ont déjà fourni un grand nombre de souscriptions. L'Académie Royale des Sciences de Paris a rendu un jugement favorable après avoir examiné un carrosse équipé de cette innovation. Zacharie a également ajouté une fonctionnalité permettant d'ajuster la position de la caisse du carrosse en cours de route. Il s'engage à livrer les 3000 montures dans les trois mois suivant la clôture des souscriptions, mais refuse toute livraison anticipée. Les souscripteurs seront informés par les journaux publics du moment de la livraison. Les fonds des premières souscriptions sont utilisés pour accélérer la fabrication des chaînes élastiques.
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4722
p. 129-131
« OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
Début :
OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
GEUvREs de M. Rouſſeau de Gené
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
ve; nouvelle édition revue, corrigée &
augmentée de pluſieurs morceaux qui
n'avoient point encore paru. A Neu
chatel, 1764 ; pluſieurs vol. in-8°; &
une autre Edition en autant de vol. in
I2. : On en trouve à Paris chez les Li
braires qui vendent les Nouveautés.
Nous avions déjà différentes éditions
des OEuvres de M. Rouſſeau ; mais elles
ſont ſi défectueuſes, qu'elles ont excité
les juſtes plaintes de l'Auteur , qui les
, déſavoue , & du Public qui n'y retrou
ve pas toutes les Piéces qu'il connoît.
Le recueil qu'on lui préſente aujour
d'hui , ſans avoir été imprimé ſous les
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
yeux deM Rouſſeau , n'en a pas été
fait avec moins de ſoin. On a re
cueilli dans cette double Edition, non
ſeulement tous les Ouvrages connus de
cet Auteur, mais encore pluſieurs écrits
qui n'avoient point encore paru. On y a
fait entrer auſſi différentes critiques que
M.Rouſſeau a jugées dignes d'une répon
ſe;& à l'égard de cette multitude de Bro
· chures auxquelles ſes Ouvrages ont don
né lieu, elles n'y ſont inſérées que par
extrait. Quant à la partie typographique,
il nous a paru qu'on ne pouvoit y appor
ter plus d'attention , ni de ſoin , ni de
dépenſe. La beauté du papier, la nette
té des caractères , la fineſſe du deſſein ,
le mérite de la gravure & des eſtampes,
tout concourt à donner à cette nouvelle
Edition toute la perfection dont elle eſt
ſuſceptible. Elle ne peut être ni plus bel
le, ni plus exacte, ni plus complette ; &
dans celles qu'on pourra faire déſormais,
aucune ne contiendra un plus grand
nombre de Piéces, à moins que l'Au
teur ne donne de nouveaux Ouvrages.
Dans ce cas,ſans rien changer à ce recueil
on les imprimera ſéparémènt dans le mê
me format & on les placera à la ſuite de
cette Edition ; ce qui diſpenſera le Public
d'acheter deux fois le même Livre.Nous
n'entrerons aujourd'hui dans aucun dé
M A I. 1764 . 131
tail de ce que contient chacun des
volumes'; nous dirons ſeulement qu'ils
ne renferment que les dEUvREs D1
vERsEs de M. Rouſſeau.
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Résumé : « OEUVRES de M. Rousseau de Genéve ; nouvelle édition revue, corrigée & [...] »
En 1764, une nouvelle édition des œuvres de Jean-Jacques Rousseau est publiée à Neuchâtel et à Paris. Disponible en formats in-8° et in-12°, elle est revue, corrigée et enrichie de morceaux inédits. Les précédentes éditions étaient incomplètes et défectueuses, ce qui avait provoqué des plaintes de l'auteur et du public. Cette édition inclut tous les ouvrages connus de Rousseau, ainsi que des écrits jamais publiés et des critiques auxquelles l'auteur a jugé bon de répondre. La qualité typographique est remarquable, avec un papier de belle qualité, des caractères nets, des dessins fins et des gravures de mérite. Présentée comme la plus belle, exacte et complète possible, elle contient un grand nombre de pièces. Pour éviter aux lecteurs d'acheter deux fois le même livre, les futurs ouvrages de Rousseau seront imprimés séparément dans le même format et ajoutés à cette édition. Les volumes renferment uniquement les œuvres diverses de Rousseau.
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4723
p. 131-132
« OEUVRES de Théâtre de M. de Voltaire, de l'Académie Françoise, de [...] »
Début :
OEUVRES de Théâtre de M. de Voltaire, de l'Académie Françoise, de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de Théâtre de M. de Voltaire, de l'Académie Françoise, de [...] »
OEUVRES de Théâtre de M. de Voltaire,
de l'Académie Françoise, de
celle de Berlin, & de la Société Royale
de Londres. A Paris, chez Ducheſue,'
rue S. Jacques, au Temple du Goût ;
1764 : avec approbation & privilége
du Roi ; 5 vol. in-12 ; à la tête deſquels
eſt le Portrait de l'Auteur très - bien
ravé.
-
-
-
L'empreſſement univerſel pour tout
ce qui ſort de la plume de M. de Vol
taire , a fait entreprendre des éditions
ſans nombre de † différens Ouvra--
ges. Comme on a paru deſirer d'avoir
ſéparément un recueil de ſon Théâtre,
beaucoup de Libraires ſe ſont efforcés
en différens temps, de ſatisfaire le Pu
blic à cet égard. C'eſt dans cette vue
que le Sieur Ducheſne donne aujour
d'hui cette édition , qui eſt la plus
complette que nous ayons juſqu'à pré
ſent, des Œuvres dramatiques de ce
célébre Auteur. Il ne faut qu'y jetter
un coup d'œil pour ſentir combien elle
eſt ſupérieure à toutes les autres, non
-
- -
,
· s F vj
- -
132 MERCURE DE FRANCE.
ſeulement par le nombre des
Pièces
(elle renferme toutes , celles que M.
de Voltaire a fait jouer juſqu'à préſent ,
depuis Œdipe juſqu'à Olympie , &
d'autres même qui n'ont pas été re
préſentées ) mais encore par la beau
té du papier , la correction typogra
phique , & tout ce qui peut donner
du prix à une édition.
de l'Académie Françoise, de
celle de Berlin, & de la Société Royale
de Londres. A Paris, chez Ducheſue,'
rue S. Jacques, au Temple du Goût ;
1764 : avec approbation & privilége
du Roi ; 5 vol. in-12 ; à la tête deſquels
eſt le Portrait de l'Auteur très - bien
ravé.
-
-
-
L'empreſſement univerſel pour tout
ce qui ſort de la plume de M. de Vol
taire , a fait entreprendre des éditions
ſans nombre de † différens Ouvra--
ges. Comme on a paru deſirer d'avoir
ſéparément un recueil de ſon Théâtre,
beaucoup de Libraires ſe ſont efforcés
en différens temps, de ſatisfaire le Pu
blic à cet égard. C'eſt dans cette vue
que le Sieur Ducheſne donne aujour
d'hui cette édition , qui eſt la plus
complette que nous ayons juſqu'à pré
ſent, des Œuvres dramatiques de ce
célébre Auteur. Il ne faut qu'y jetter
un coup d'œil pour ſentir combien elle
eſt ſupérieure à toutes les autres, non
-
- -
,
· s F vj
- -
132 MERCURE DE FRANCE.
ſeulement par le nombre des
Pièces
(elle renferme toutes , celles que M.
de Voltaire a fait jouer juſqu'à préſent ,
depuis Œdipe juſqu'à Olympie , &
d'autres même qui n'ont pas été re
préſentées ) mais encore par la beau
té du papier , la correction typogra
phique , & tout ce qui peut donner
du prix à une édition.
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Résumé : « OEUVRES de Théâtre de M. de Voltaire, de l'Académie Françoise, de [...] »
En 1764, Duchesne publia à Paris une édition des œuvres théâtrales de Voltaire, approuvée et privilégiée par le Roi. Cette édition, composée de cinq volumes in-12, inclut un portrait de l'auteur. Elle se distingue par son exhaustivité, regroupant toutes les pièces jouées par Voltaire depuis 'Œdipe' jusqu'à 'Olympie', ainsi que d'autres non représentées. La qualité du papier, la correction typographique et les divers éléments ajoutés augmentent sa valeur. L'intérêt du public pour les écrits de Voltaire a engendré de nombreuses éditions de ses œuvres.
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4724
p. 132-145
MÉMOIRE de M. TRÉBUCHET d'Auxerre, ancien Officier de la REINE, sur les observations du Passage de Vénus, du 6 Juin 1761.
Début :
JAMAIS Phénomène ne fut plus célébré que le passage de Vénus sur le Soleil, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE de M. TRÉBUCHET d'Auxerre, ancien Officier de la REINE, sur les observations du Passage de Vénus, du 6 Juin 1761.
MÉMOIRE de M. TRÉBUCHET
d'Auxerre, ancien
Officier de la
REINE, sur les observations du Passage
de Vénus, du 6 Juin 1761.
JAMAIS Phénomène ne fut plus célébré
que le passage de Vénus sur le Soleil,
du 6 Juin 1761 :
il fut annoncé
pour la première fois par le célébre Ké
pler en 1629, & M. Halley fut le pre
mier qui en fit ſentir les avantages de
la manière la plus préciſe & la plus
éclatante en 1691 , & ſurtout en 1716
M A I. 1764.
133
dans les Tranſactions Philoſophiques
de ces années & les Actes de Léipſic,
1693 & 1717. Il dit qu'on en déduira
la parallaxe du Soleil à r#s & par con
ſéquent avec la plus grande préciſion
poſſible, la diſtance réciproqne de tous
les Corps Planetaires, c'eſt ce qu'il ap
pelle la ſolution du plus beau de tous
les problêmes inſoluble d'ailleurs, pro
blematis nobiliſſimi & aliunde inacceſſi
ſolutio certa & adœquata.
' M. Legentil, l'a dit en termes équi
· valens dans ſon Mémoire du Journal
des Sçavans, de Mars 176o ; en don
nant la ſubſtance de celui de M. Halley,
il dit que l'obſervation de ce paſſage
achévera de perfectionner le ſyſtême
Planetaire : & voici comme s'en expli
ue M. de Lalande, dans ſa Connoiſ
§ des Temps de 1761. » Que ne de
» vroit-on pas entreprendre, à la vue
» d'un événement ſi rare, dont les avan
»tages, négligés une fois, ne ſçauroient
» être enſuite compenſés, ni par les ef
» forts du génie, ni par la conſtance des
» travaux, ni par la magnificence des
» plus grands Rois. «
Les obſervations de ce paſſage, qui
ont été faites en Europe, n'ont pas ré
pondu aux eſpérances qu'on en avoit
136 MERCURE DE FRANCE.
yeux ſur la Mappe-Monde de M. Deliſle,
on voit que dans l'Iſle Bermude, ou
dans les Açores, la ſortie a paru ſe faire
· au Soleil levant au même inſtant qu'à la
Mecque, où elle s'eſt faite au Zénith ;
puiſque le cercle de 8 heures 58 minu
tes paſſe par ces différens endroits.
• Il dit, ſuivant ſon principe, que de .
deux lieux placés à la même latitude, le .
plus occidental a dû voir la ſortie plus
tard que le plus oriental ; & comparant
ſon obſervation faite à Vienne avec celle
de Tyrnau, il compte en effet 19 ſecon
des de plus,& 8 ſec. de plus par l'obſerva
tion de M. Lyſogorsk : mais s'il eût com
paré les obſervations du P. Lyeſganigg,
de M. Caffini, & du P. Scherffèr, il au
roit compté d'abord, ni plus, ni moins,
enſuite 2 ſecondes de moins , & enfin 16
ſecondes de moins, comme il compte
encore moins à Paris comparé à Ingol
ftad. Son principe n'eſt donc rien moins
que conſtaté par l'obſervation.
Ce qu'il dit des deux lieux placés ſous
un même Méridien , s'accorde mieux
avec la théorie & l'obſervation. J'ob
ſerverai ſeulement que la différence des
Méridiens d'Ingolſtad & de Bologne
n'eſt que de 5 ſecondes, ſuivant ſa troi
ſiéme Table, & qu'il l'a faite de 15 ſe
M A I. 1764.
137
condes, dans la comparaiſon des obſer
vations de ces deux Villes : ce qui fait
une mépriſe de 1o ſecondes dans les ré
ſultats qu'il donne.
-
Mais ce qu'il dit, en troifiéme lieu,
que l'effet de la parallaxe eſt le même
pour deux endroits, dont l'un ſeroit au
tant oriental que l'autre ſeroit méridio
nal, eſt encore contraire à la Mappe
Monde, où l'on voit que cet effet † le
même pour le Pic des Açores, Lisbon
ne, Madrid , le Caire , la Mecque & la
Côte occidentale de la Nouvelle-Hol
lande; quoique ces différens endroits ne
diffèrent point également en longitude .
& en latitude. Des Açores à la Nouvelle
Hollande il y a une différence de 14o
degrés de longitude, & il n'y en a qu'une
de 7o en latitude.
•.
Le P. Hell auroit ſouhaité pouvoir
conſtruire deux Tables , dont l'une au
roit marqué les effets de la parallaxe ab
ſolue ou relative au centre de la Terre,
pour tous les lieux où l'obſervation a été
faite, & l'autre aùroit été relative au
Méridien de Paris, afin que l'on eût pu
y choiſir les obſervations les plus pro
pres à déterminer la parallaxe du Soleil..
Mais le temps qu'il eſt obligé de mettre
à la compoſition de ſes Ephémérides &
138 MERCURE DE FRANCE.
autres Ouvrages, ne lui a pas laiſſé le
loiſir de faire ces deux Tables. A leur
défaut, j'ai dreſſé celle qui eſt à la fin de
ce Mémoire. Si elle eſt bien faite, elle
pourra ſuppléer à ce que cet Aſtronome
auroit voulu faire.
-
Chaque colomne de cette Table porte
ſon titre , qui s'entend aſſez de lui
même.
-
-
J'ai pris pour terme de comparaiſon
l'obſervation faite à Paris à l'Obſerva
toire de la Marine, ſur les Bains de Ju- .
lien l'Apoſtat, par M. Baudouin, Maî
tre des Requêtes. Ce Magiſtrat, qui don
ne à Uranie les momens que Thémis lui
laiſſe, avoit déja, avant ſon obſerva
- tion, mérité de toute l'Aſtronomie, en
aſſurant à Vénus un Satellite dont l'éxiſ
tence étoit plus que douteuſe. M. Caffi
ni crut l'avoir vu en 1686, M Short dit
l'avoir vu une fois en 174o. Mais ces
grands Maîtres, quoiqu'armés des meil- .
leurs Inſtrumens, ſembloient n'avoir
enfanté que le Rat de la Montagne. Il
étoit réſervé à M. Montagne, Aſtronome
de Limoges, & ſecondé par M. Bau
douin , de réaliſer à nos yeux, avec une
lunette de neuf pieds, un être auſſi an
cien que le Monde. Quatre obſervations
qui en ont été faites en huit jours de
- -
M A I. 1764.
13g.
temps , au mois de Mai 1761 , avec la
même configuration ou le même croiſ
ſant que la Planéte principale, dans
quatre points oppoſés de ſon orbite ,
doivent diſſiper le charme de l'illuſion &
de l'incrédulité. Pour ſe convaincre des,
avantages que l'Aſtronomie doit retirer
de cette inſigne découverte, il ne faut que
lire les ſçavantes Diſſertations que ſon
Promoteur en a lûes le même mois à l'A-
cadémie, & ce qu'en ont dit ſes illuſtres.
approbateurs. A la vue du nouvel Aſtre
qui vient nous révéler des ſecrets du
Monde planétaire, inconnus juſqu'ici ,
& qui doit porter à la poſtérité le nom
de celui qui l'a ſi bien fait connoître,
qu'il me ſoit permis de dire : Quid non
cœleſtia cogis, 6 Bodoix !
-
Les quatrièmes colomnes marquent
en degrés & minutes la valeur de l'angle
formé par le demi-diamètre horiſontal
du Soleil, & ſon rayon tiré au point de
contact. Les points ſoulignés marquent
ceux qui ſont arrivés au-deſſus de ce
diamètre horiſontal : ceux où il n'y a
point de barre ſont arrivés au-deſſous.,
Ainſi l'on voit qu'à Madrid le premier
contact s'eſt fait 2 degrés 48 minutes au
deſſus du diamètre horiſontal, & à Pa
ris 8 degrés 43 minutes au-deſſous. On
a4o MERCURE DE FRANCE.
peut remarquer qu'en général plus ces
angles ſont grands, plus auſſi eſt grand
l'effet de la parallaxe abſolue marquée
dans la colonne à côté. Je dis, en géné
ral, & toutes choſes d'ailleurs égales ;
car à Stokolm où l'entrée s'eſt faite 44
degrés 3 minutes au-deſſous du D. H.
la parallaxe a été de 5 minutes 11 ſecon
des ; & à Tobolsk, où la ſortie s'eſt
faite à 63 degrés 35 minutes, la paralla
xe n'eſt que de 4 minutes 7 ſecondes.
La raiſon de cette exception vient de la
différence des parallaxes de hauteur qui
a été plus confidérable à Stoklom , où
§ s'eſt faite vers l'horiſon , qu'à
Tobolsk, où la ſortie s'eſt faite vers le
Méridien. .
-
Pour réduire l'obſervation au centre
de la Terre, j'ai ajouté ou ſouſtrait l'effet
de la parallaxe, ſelon qu'il eſt affecté du
ſigne plus ou moins, dans la cinquiéme
colonne.
-
On peut remarquer ici qu'à la ſortie
ou émerſion, l'inſtant du contact a été
avancé par-tout où il s'eſt fait au-deſſous
du diamètre horiſontal , & qu'il a été re
tardé là où il s'eſt fait au-deſſus. Ce qui
n'eſt arrivé qu'a Lisbonne, à Madrid &
à Rodriguez, & que l'entrée ou l'im
merſion a été retardée pour Stokolm ,
M A I. 1764.
141
Petersbourg & Tobolsk, où elle a paru
ſe faire au-deſſous du même diamètre.
On peut donc dire, par forme de co
· rollaire, 1°. que l'effet de la parallaxe eſt
d'avancer l'entrée , ſi elle ſe fait au-deſ
ſus du diamètre horiſontal du Soleil, &
de la retarder ſi elle ſe fait au-deſſous ;
au contraire , de retarder la ſortie ,
quand elle ſe fait au-deſſus, & de l'a-
vancer, quand elle ſe fait au-deſſous. .
2°. Que cet effet eſt d'autant plus conſi
dérable qu'il ſe fait ſentir plus loin de ce
diamètre, & qu'il eſt nul vers ſes extré
mités, ſoit que les phaſes arrivent le
matin , à midi, le ſoir, à l'horiſon ou au
zénith. On conçoit bien que dans ce
dernier cas, le diſque du Soleil étant dans
une ſituation parallèle à l'horiſon , tous
ſes diamètres peuvent être regardés com
me horiſontaux, & qu'une ligne tirée
du centre de la Terre au Soleil, paſſant
par l'œil de l'Obſervateur, l'effet de la
parallaxe ne peut être que nul. Il doit
l'être également à l'horiſon, s'il arrive à
l'extrémité du diamètre horiſontal; puiſ
que la différence des parallaxes horizon
tales n'étant pas d'une demie minute de
'degré, un arc d'une auſſi petite quantité
eſt confondu avec la portion du verti
cal tangent au Soleil dans lequel agit
la parallaxe.
_A
142 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir réduit l'obſervation au
centre de la Terre dans les ſixiémes
colonnes , pour la réduire au Méri
dien de Paris , j'ai emploié la difference
des longitudes marquée dans la con
noiſſance des temps de 1764, & dans
la troiſiéme Table du Père Hell ; de
ſorte que la ſeptiéme colonne devroit
préſenter un même inſtant, puiſqu'elle
eſt réduite à un même Méridien. Les
différences qui s'y rencontrent ne peu
vent venir que de l'incertitude des lon
gitudes, ou du défaut des obſervations,
ou de celui de mon cacul.
Il eſt fâcheux que le père Hell, dans
le temps qu'il travailloit à ſa diſſerta
tion , n'ait pas eu connoiſſance de l'ob
ſervation faite à Lisbonne par M. de
Ciera, Profeſſeur des Etudes au Collége
des Nobles ; cette Capitale du Portu
gal, Port de mer le plus occidental de
toute l'Europe dont la longitude, par
· cette raiſon, eſt ſans doute aujourd'hui
éxactement connue , auroit pu fournir
un terme de comparaiſon plus propre
que Madrid , dont la longitude eſt viſi
: blement défectueuſe, comme le dit le
Père Hell ſur ſa quatriéme Table : &
puiſque la longitude de Stokolm eſt
encore incertaine à dix-neuf ſecondes
-
M A I. 1764.
I43
de temps près, ſuivant la Table de M.
de Lalande comparée à celle du Père
· Hell, n'en peut-on pas dire du moins
autant de la
plûpart des autres en
droits où l'obſervation s'eſt faite ? A
cette première ſource d'incertitude ſe
joint
celle qui vient de l'obſerva
tion même. Il eſt certain qu'elle a dû
ſe faire a la même ſeconde pour le mê
me endroit. Et l'on voit dans un Paris,
un Vienne & un Bologne , entre ſix
ou ſept Obſervateurs également habi
les , juſqu'à des dix-huit, trente-cinq
& cinquante-huit ſecondes de différen
ce qui vient apparemment de la diffé
rence des Inſtrumens & des yeux.
Le Père Hell , a donc bien raiſon
de s'écrier dans ſa première remarque
ſur ſa ſixiéme Table : Quis eſt Obſer
vatorum vel Aſtronomorum Deus qui
aut obſervando aut calculando , ſe qua
tuor ſecundis non aberraſſe perſuadere
nobis poſſit ?
Je n'ai garde d'aſſurer d'avoir atteint
dans mon calcul à cette préciſion de
quatre ſecondes, quand je vois que je
différe au moins avec M. de Lalande,
de ſept ſecondes & demi pour le contact
obſervé a Paris,de trente-huit ſecondes,
pour le premier contact intérieur obſer
#
144 MERCURE DE FRANCE.
vé à Stokolm, & de quatorze ſecondes
pour le ſecond. Sur quoi il eſt pour
tant bon de remarquer qu'il a emploié
une,différence des parallaxes horiſonta
les de vingt-cinq ſecondes, 6. avec une
Méthode qui lui eſt propre, & que je
n'ai employé qu'une difference des pa
ralaxes de vingt-quatre ſecondes avec la
Méthode de M. Caffini, imprimée dans
les Mémoires de l'Académie année
1743 , page 385. Celle de M. Deliſle,
à la fin du même Volume m'a donné à
- peu-près les mêmes réſultats, je n'ai pu
faire uſage de celle de M. de Lalande,
parce que je ne l'entends pas.
La Méthode de M. Caſſini, qui me
ſemble avoir été priſe dans le grand
livre de la Nature auſſi ſimple que ma
nifique, conſiſte " dans la réſolution
d'un ſeul triangle dans lequel il y a un
angle conſtant, & toujours égal à celui
qui eſt formé au centre du ſoleil par la
perpendiculaire à l'orbite & le rayon tiré
au point de contact, cet angle eſt tou
jours oppoſé à la différence des parallaxes
dehauteur.Un autreangle qui eſtvariable
eſtformé par la tangente au point de con
tact & le vertical dans lequel agit la
s parallaxe, cet angle eſt toujours égal
à l'arc ou à la portion du limbe du
-
ſoleil
M A I. 1764.
I45
ſoleil interceptée depuis ſon diamètre
horiſontal juſqu'au point de contact ,
& le côté oppoſé à cet angle donne
l'effet de la parallaxe.
-
Pour ſe donner une idée de ce trian
gle, on peut jetter les yeux ſur la troi
§ Figure employée par M. Caffini,
dans ſes calculs ſur le paſſage de Mer
cure en 1743 , à l'endroit que je viens
de citer. On y voit les triangles HD G,
I C K, dans leſquels les angles H, I
ſont égaux aux angles MS D, MS C,
& oppoſé aux verticaux D G, CK; on
voit encore que l'effet de la parallaxe
a été plus grand à l'entrée qu'à la ſortie,
, parce que l'angle G D H étoit plus
grand que l'angle I CK, & que ſi cet
angle eût été ſi petit, que le vertical C
K n'eût fait qu'une ligne avec la tan- .
gente C I ( comme il arrive toutes
# fois que le point de contact ſe fait
à l'éxtrémité du diametre horiſontal)
il ne ſe ſeroit point fait de triangle &
par conſéquent l'effet de la parallaxe,
exprimé par IK auroit été nul , quand
même la fortie ſeroit arrivée vers l'ho
riſon , ſoit au levant , ſoit au couchant.
La ſuite au Mercure prochain.
d'Auxerre, ancien
Officier de la
REINE, sur les observations du Passage
de Vénus, du 6 Juin 1761.
JAMAIS Phénomène ne fut plus célébré
que le passage de Vénus sur le Soleil,
du 6 Juin 1761 :
il fut annoncé
pour la première fois par le célébre Ké
pler en 1629, & M. Halley fut le pre
mier qui en fit ſentir les avantages de
la manière la plus préciſe & la plus
éclatante en 1691 , & ſurtout en 1716
M A I. 1764.
133
dans les Tranſactions Philoſophiques
de ces années & les Actes de Léipſic,
1693 & 1717. Il dit qu'on en déduira
la parallaxe du Soleil à r#s & par con
ſéquent avec la plus grande préciſion
poſſible, la diſtance réciproqne de tous
les Corps Planetaires, c'eſt ce qu'il ap
pelle la ſolution du plus beau de tous
les problêmes inſoluble d'ailleurs, pro
blematis nobiliſſimi & aliunde inacceſſi
ſolutio certa & adœquata.
' M. Legentil, l'a dit en termes équi
· valens dans ſon Mémoire du Journal
des Sçavans, de Mars 176o ; en don
nant la ſubſtance de celui de M. Halley,
il dit que l'obſervation de ce paſſage
achévera de perfectionner le ſyſtême
Planetaire : & voici comme s'en expli
ue M. de Lalande, dans ſa Connoiſ
§ des Temps de 1761. » Que ne de
» vroit-on pas entreprendre, à la vue
» d'un événement ſi rare, dont les avan
»tages, négligés une fois, ne ſçauroient
» être enſuite compenſés, ni par les ef
» forts du génie, ni par la conſtance des
» travaux, ni par la magnificence des
» plus grands Rois. «
Les obſervations de ce paſſage, qui
ont été faites en Europe, n'ont pas ré
pondu aux eſpérances qu'on en avoit
136 MERCURE DE FRANCE.
yeux ſur la Mappe-Monde de M. Deliſle,
on voit que dans l'Iſle Bermude, ou
dans les Açores, la ſortie a paru ſe faire
· au Soleil levant au même inſtant qu'à la
Mecque, où elle s'eſt faite au Zénith ;
puiſque le cercle de 8 heures 58 minu
tes paſſe par ces différens endroits.
• Il dit, ſuivant ſon principe, que de .
deux lieux placés à la même latitude, le .
plus occidental a dû voir la ſortie plus
tard que le plus oriental ; & comparant
ſon obſervation faite à Vienne avec celle
de Tyrnau, il compte en effet 19 ſecon
des de plus,& 8 ſec. de plus par l'obſerva
tion de M. Lyſogorsk : mais s'il eût com
paré les obſervations du P. Lyeſganigg,
de M. Caffini, & du P. Scherffèr, il au
roit compté d'abord, ni plus, ni moins,
enſuite 2 ſecondes de moins , & enfin 16
ſecondes de moins, comme il compte
encore moins à Paris comparé à Ingol
ftad. Son principe n'eſt donc rien moins
que conſtaté par l'obſervation.
Ce qu'il dit des deux lieux placés ſous
un même Méridien , s'accorde mieux
avec la théorie & l'obſervation. J'ob
ſerverai ſeulement que la différence des
Méridiens d'Ingolſtad & de Bologne
n'eſt que de 5 ſecondes, ſuivant ſa troi
ſiéme Table, & qu'il l'a faite de 15 ſe
M A I. 1764.
137
condes, dans la comparaiſon des obſer
vations de ces deux Villes : ce qui fait
une mépriſe de 1o ſecondes dans les ré
ſultats qu'il donne.
-
Mais ce qu'il dit, en troifiéme lieu,
que l'effet de la parallaxe eſt le même
pour deux endroits, dont l'un ſeroit au
tant oriental que l'autre ſeroit méridio
nal, eſt encore contraire à la Mappe
Monde, où l'on voit que cet effet † le
même pour le Pic des Açores, Lisbon
ne, Madrid , le Caire , la Mecque & la
Côte occidentale de la Nouvelle-Hol
lande; quoique ces différens endroits ne
diffèrent point également en longitude .
& en latitude. Des Açores à la Nouvelle
Hollande il y a une différence de 14o
degrés de longitude, & il n'y en a qu'une
de 7o en latitude.
•.
Le P. Hell auroit ſouhaité pouvoir
conſtruire deux Tables , dont l'une au
roit marqué les effets de la parallaxe ab
ſolue ou relative au centre de la Terre,
pour tous les lieux où l'obſervation a été
faite, & l'autre aùroit été relative au
Méridien de Paris, afin que l'on eût pu
y choiſir les obſervations les plus pro
pres à déterminer la parallaxe du Soleil..
Mais le temps qu'il eſt obligé de mettre
à la compoſition de ſes Ephémérides &
138 MERCURE DE FRANCE.
autres Ouvrages, ne lui a pas laiſſé le
loiſir de faire ces deux Tables. A leur
défaut, j'ai dreſſé celle qui eſt à la fin de
ce Mémoire. Si elle eſt bien faite, elle
pourra ſuppléer à ce que cet Aſtronome
auroit voulu faire.
-
Chaque colomne de cette Table porte
ſon titre , qui s'entend aſſez de lui
même.
-
-
J'ai pris pour terme de comparaiſon
l'obſervation faite à Paris à l'Obſerva
toire de la Marine, ſur les Bains de Ju- .
lien l'Apoſtat, par M. Baudouin, Maî
tre des Requêtes. Ce Magiſtrat, qui don
ne à Uranie les momens que Thémis lui
laiſſe, avoit déja, avant ſon obſerva
- tion, mérité de toute l'Aſtronomie, en
aſſurant à Vénus un Satellite dont l'éxiſ
tence étoit plus que douteuſe. M. Caffi
ni crut l'avoir vu en 1686, M Short dit
l'avoir vu une fois en 174o. Mais ces
grands Maîtres, quoiqu'armés des meil- .
leurs Inſtrumens, ſembloient n'avoir
enfanté que le Rat de la Montagne. Il
étoit réſervé à M. Montagne, Aſtronome
de Limoges, & ſecondé par M. Bau
douin , de réaliſer à nos yeux, avec une
lunette de neuf pieds, un être auſſi an
cien que le Monde. Quatre obſervations
qui en ont été faites en huit jours de
- -
M A I. 1764.
13g.
temps , au mois de Mai 1761 , avec la
même configuration ou le même croiſ
ſant que la Planéte principale, dans
quatre points oppoſés de ſon orbite ,
doivent diſſiper le charme de l'illuſion &
de l'incrédulité. Pour ſe convaincre des,
avantages que l'Aſtronomie doit retirer
de cette inſigne découverte, il ne faut que
lire les ſçavantes Diſſertations que ſon
Promoteur en a lûes le même mois à l'A-
cadémie, & ce qu'en ont dit ſes illuſtres.
approbateurs. A la vue du nouvel Aſtre
qui vient nous révéler des ſecrets du
Monde planétaire, inconnus juſqu'ici ,
& qui doit porter à la poſtérité le nom
de celui qui l'a ſi bien fait connoître,
qu'il me ſoit permis de dire : Quid non
cœleſtia cogis, 6 Bodoix !
-
Les quatrièmes colomnes marquent
en degrés & minutes la valeur de l'angle
formé par le demi-diamètre horiſontal
du Soleil, & ſon rayon tiré au point de
contact. Les points ſoulignés marquent
ceux qui ſont arrivés au-deſſus de ce
diamètre horiſontal : ceux où il n'y a
point de barre ſont arrivés au-deſſous.,
Ainſi l'on voit qu'à Madrid le premier
contact s'eſt fait 2 degrés 48 minutes au
deſſus du diamètre horiſontal, & à Pa
ris 8 degrés 43 minutes au-deſſous. On
a4o MERCURE DE FRANCE.
peut remarquer qu'en général plus ces
angles ſont grands, plus auſſi eſt grand
l'effet de la parallaxe abſolue marquée
dans la colonne à côté. Je dis, en géné
ral, & toutes choſes d'ailleurs égales ;
car à Stokolm où l'entrée s'eſt faite 44
degrés 3 minutes au-deſſous du D. H.
la parallaxe a été de 5 minutes 11 ſecon
des ; & à Tobolsk, où la ſortie s'eſt
faite à 63 degrés 35 minutes, la paralla
xe n'eſt que de 4 minutes 7 ſecondes.
La raiſon de cette exception vient de la
différence des parallaxes de hauteur qui
a été plus confidérable à Stoklom , où
§ s'eſt faite vers l'horiſon , qu'à
Tobolsk, où la ſortie s'eſt faite vers le
Méridien. .
-
Pour réduire l'obſervation au centre
de la Terre, j'ai ajouté ou ſouſtrait l'effet
de la parallaxe, ſelon qu'il eſt affecté du
ſigne plus ou moins, dans la cinquiéme
colonne.
-
On peut remarquer ici qu'à la ſortie
ou émerſion, l'inſtant du contact a été
avancé par-tout où il s'eſt fait au-deſſous
du diamètre horiſontal , & qu'il a été re
tardé là où il s'eſt fait au-deſſus. Ce qui
n'eſt arrivé qu'a Lisbonne, à Madrid &
à Rodriguez, & que l'entrée ou l'im
merſion a été retardée pour Stokolm ,
M A I. 1764.
141
Petersbourg & Tobolsk, où elle a paru
ſe faire au-deſſous du même diamètre.
On peut donc dire, par forme de co
· rollaire, 1°. que l'effet de la parallaxe eſt
d'avancer l'entrée , ſi elle ſe fait au-deſ
ſus du diamètre horiſontal du Soleil, &
de la retarder ſi elle ſe fait au-deſſous ;
au contraire , de retarder la ſortie ,
quand elle ſe fait au-deſſus, & de l'a-
vancer, quand elle ſe fait au-deſſous. .
2°. Que cet effet eſt d'autant plus conſi
dérable qu'il ſe fait ſentir plus loin de ce
diamètre, & qu'il eſt nul vers ſes extré
mités, ſoit que les phaſes arrivent le
matin , à midi, le ſoir, à l'horiſon ou au
zénith. On conçoit bien que dans ce
dernier cas, le diſque du Soleil étant dans
une ſituation parallèle à l'horiſon , tous
ſes diamètres peuvent être regardés com
me horiſontaux, & qu'une ligne tirée
du centre de la Terre au Soleil, paſſant
par l'œil de l'Obſervateur, l'effet de la
parallaxe ne peut être que nul. Il doit
l'être également à l'horiſon, s'il arrive à
l'extrémité du diamètre horiſontal; puiſ
que la différence des parallaxes horizon
tales n'étant pas d'une demie minute de
'degré, un arc d'une auſſi petite quantité
eſt confondu avec la portion du verti
cal tangent au Soleil dans lequel agit
la parallaxe.
_A
142 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir réduit l'obſervation au
centre de la Terre dans les ſixiémes
colonnes , pour la réduire au Méri
dien de Paris , j'ai emploié la difference
des longitudes marquée dans la con
noiſſance des temps de 1764, & dans
la troiſiéme Table du Père Hell ; de
ſorte que la ſeptiéme colonne devroit
préſenter un même inſtant, puiſqu'elle
eſt réduite à un même Méridien. Les
différences qui s'y rencontrent ne peu
vent venir que de l'incertitude des lon
gitudes, ou du défaut des obſervations,
ou de celui de mon cacul.
Il eſt fâcheux que le père Hell, dans
le temps qu'il travailloit à ſa diſſerta
tion , n'ait pas eu connoiſſance de l'ob
ſervation faite à Lisbonne par M. de
Ciera, Profeſſeur des Etudes au Collége
des Nobles ; cette Capitale du Portu
gal, Port de mer le plus occidental de
toute l'Europe dont la longitude, par
· cette raiſon, eſt ſans doute aujourd'hui
éxactement connue , auroit pu fournir
un terme de comparaiſon plus propre
que Madrid , dont la longitude eſt viſi
: blement défectueuſe, comme le dit le
Père Hell ſur ſa quatriéme Table : &
puiſque la longitude de Stokolm eſt
encore incertaine à dix-neuf ſecondes
-
M A I. 1764.
I43
de temps près, ſuivant la Table de M.
de Lalande comparée à celle du Père
· Hell, n'en peut-on pas dire du moins
autant de la
plûpart des autres en
droits où l'obſervation s'eſt faite ? A
cette première ſource d'incertitude ſe
joint
celle qui vient de l'obſerva
tion même. Il eſt certain qu'elle a dû
ſe faire a la même ſeconde pour le mê
me endroit. Et l'on voit dans un Paris,
un Vienne & un Bologne , entre ſix
ou ſept Obſervateurs également habi
les , juſqu'à des dix-huit, trente-cinq
& cinquante-huit ſecondes de différen
ce qui vient apparemment de la diffé
rence des Inſtrumens & des yeux.
Le Père Hell , a donc bien raiſon
de s'écrier dans ſa première remarque
ſur ſa ſixiéme Table : Quis eſt Obſer
vatorum vel Aſtronomorum Deus qui
aut obſervando aut calculando , ſe qua
tuor ſecundis non aberraſſe perſuadere
nobis poſſit ?
Je n'ai garde d'aſſurer d'avoir atteint
dans mon calcul à cette préciſion de
quatre ſecondes, quand je vois que je
différe au moins avec M. de Lalande,
de ſept ſecondes & demi pour le contact
obſervé a Paris,de trente-huit ſecondes,
pour le premier contact intérieur obſer
#
144 MERCURE DE FRANCE.
vé à Stokolm, & de quatorze ſecondes
pour le ſecond. Sur quoi il eſt pour
tant bon de remarquer qu'il a emploié
une,différence des parallaxes horiſonta
les de vingt-cinq ſecondes, 6. avec une
Méthode qui lui eſt propre, & que je
n'ai employé qu'une difference des pa
ralaxes de vingt-quatre ſecondes avec la
Méthode de M. Caffini, imprimée dans
les Mémoires de l'Académie année
1743 , page 385. Celle de M. Deliſle,
à la fin du même Volume m'a donné à
- peu-près les mêmes réſultats, je n'ai pu
faire uſage de celle de M. de Lalande,
parce que je ne l'entends pas.
La Méthode de M. Caſſini, qui me
ſemble avoir été priſe dans le grand
livre de la Nature auſſi ſimple que ma
nifique, conſiſte " dans la réſolution
d'un ſeul triangle dans lequel il y a un
angle conſtant, & toujours égal à celui
qui eſt formé au centre du ſoleil par la
perpendiculaire à l'orbite & le rayon tiré
au point de contact, cet angle eſt tou
jours oppoſé à la différence des parallaxes
dehauteur.Un autreangle qui eſtvariable
eſtformé par la tangente au point de con
tact & le vertical dans lequel agit la
s parallaxe, cet angle eſt toujours égal
à l'arc ou à la portion du limbe du
-
ſoleil
M A I. 1764.
I45
ſoleil interceptée depuis ſon diamètre
horiſontal juſqu'au point de contact ,
& le côté oppoſé à cet angle donne
l'effet de la parallaxe.
-
Pour ſe donner une idée de ce trian
gle, on peut jetter les yeux ſur la troi
§ Figure employée par M. Caffini,
dans ſes calculs ſur le paſſage de Mer
cure en 1743 , à l'endroit que je viens
de citer. On y voit les triangles HD G,
I C K, dans leſquels les angles H, I
ſont égaux aux angles MS D, MS C,
& oppoſé aux verticaux D G, CK; on
voit encore que l'effet de la parallaxe
a été plus grand à l'entrée qu'à la ſortie,
, parce que l'angle G D H étoit plus
grand que l'angle I CK, & que ſi cet
angle eût été ſi petit, que le vertical C
K n'eût fait qu'une ligne avec la tan- .
gente C I ( comme il arrive toutes
# fois que le point de contact ſe fait
à l'éxtrémité du diametre horiſontal)
il ne ſe ſeroit point fait de triangle &
par conſéquent l'effet de la parallaxe,
exprimé par IK auroit été nul , quand
même la fortie ſeroit arrivée vers l'ho
riſon , ſoit au levant , ſoit au couchant.
La ſuite au Mercure prochain.
Fermer
Résumé : MÉMOIRE de M. TRÉBUCHET d'Auxerre, ancien Officier de la REINE, sur les observations du Passage de Vénus, du 6 Juin 1761.
Le mémoire de M. Trébuchet, ancien officier de la Reine, décrit les observations du passage de Vénus sur le Soleil le 6 juin 1761, un événement prédit par Kepler en 1629 et popularisé par Halley. Ce phénomène permet de déterminer la parallaxe du Soleil et les distances entre les corps planétaires avec précision. Les observations européennes ont été décevantes, mais celles réalisées aux Bermudes, aux Açores et à la Mecque ont fourni des données utiles. Trébuchet critique certaines interprétations, notamment celles de Hell, et propose une table pour compléter les travaux inachevés de cet astronome. Il souligne également l'observation de M. Baudouin à Paris, confirmant l'existence d'un satellite de Vénus. Le texte traite aussi des observations du passage de Mercure devant le Soleil, effectuées à Madrid, Paris, Stockholm et Tobolsk. Les angles formés par le demi-diamètre horizontal du Soleil et son rayon au point de contact varient selon les lieux d'observation. Par exemple, à Madrid, le premier contact était à 2 degrés 48 minutes au-dessus du diamètre horizontal, tandis qu'à Paris, il était à 8 degrés 43 minutes en dessous. Des angles plus grands indiquent généralement une parallaxe absolue plus importante, bien que des exceptions existent en raison des différences de parallaxes de hauteur. L'auteur discute des ajustements nécessaires pour réduire les observations au centre de la Terre, notant que l'instant du contact à la sortie est avancé ou retardé selon la position par rapport au diamètre horizontal. Il mentionne les difficultés liées à la réduction des observations au méridien de Paris en raison des incertitudes des longitudes et des erreurs d'observation. Il regrette que le Père Hell n'ait pas connu l'observation faite à Lisbonne, qui aurait pu offrir une référence plus précise. Enfin, le texte décrit diverses méthodes pour mesurer la parallaxe solaire, incluant celles de M. Caffini, M. Delisle et M. Cassini. La méthode de M. Cassini est détaillée, reposant sur la résolution d'un triangle formé par des angles constants et variables au centre du Soleil. L'effet de la parallaxe est plus grand à l'entrée qu'à la sortie du passage de Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4725
p. 146-149
OBSERVATIONS sur un Marasme occasionné par un morceau de plomb, par M. HOUSSET, de la Société Royale des Sciences, & Docteur en l'Université de Médecine de Montpellier, Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire & ancien Directeur de la Société des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
Début :
J'AI vu en 1757 à l'Hôtel-Dieu un homme, qui, quelques heures après [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur un Marasme occasionné par un morceau de plomb, par M. HOUSSET, de la Société Royale des Sciences, & Docteur en l'Université de Médecine de Montpellier, Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire & ancien Directeur de la Société des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
OBSERVATIONS sur un Marasme occasionné
par un morceau de plomb,
par M. HOUSSET, de la Société
Royale des Sciences, & Docteur en
l'Université de Médecine de Montpellier,
Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire
& ancien Directeur de la Société
des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
J'AI vu en 1757 à l'Hôtel-Dieu un
homme, qui, quelques heures après
avoir mangé, rejettoit tous les alimens.
Je ſoupçonnois qu'il étoit attaqué d'un
ſchirre à l'orifice inférieur du ventricule,
qui empêchoit les ſol des de paſſer dans
le duodenum. J'emplo5 ai pour le guérir
les remèdes que je jugeois les plus effica
ces , les vomitifs , les purgatifs, les fon
dans , les #péritirs, mais infructueuſe
ment Le malade , ennuyé du peu de
ſuccès qº'il retiroit de ces ſecours, ſor
ti de l'Hôpital , retourna dans ſon pays.
J'appris quelque temps après, par ſon
Chirurgien , qu'il y étoit mort; que ſon
" ,
M A I. 1764.
147
cadâvre ayant été ouvert , on avoit
trouvé au fond de ſon eſtomach un mor
ceau de plomb d'une figure irrégulière,
aſſez conſidérable pour obliturer le canal
des inteſtins, & empêcher que , les ali
mens pouſſés par le mouvement périſtal
tique de l eſtomach , n'entraſſent dans le
duodenum ; en ſorte que le viſcère de
voit être irrité dans le temps de la digeſ
tion , & par un mouvement rétrogra
de, rejetter les matières alimenteuſès à
moitié digérées. Ce qui a conduit inſen
ſiblement notre malade a un maraſme
univerſel , & enfn à la mort. Il auroit
pu guérir par un uſage journalier de
certaines préparations mercuriellcs. Les
heureuſes obſervaticns de M. le Dran ,
ſur la diſſolution du plomb dans la veſ
ſie, par le moyen du mercure, nous au
roient invité à les employer, & nous
auroient fait eſpérer une cure radicale :
mais les payſans ſont ſouvent d'un génie
ſi borné, qu'on les prendroit plutôt
our des automates , que pour des gens
capables de donner le moindre éclairciſ
ſement ſur la cauſe de leurs maladies. *
* L'eſton ach jouit de deux ſortes de mouve
mens, l'un progreſſif ou périſtalique, par lequel
1es alinmens en partie digérés dans cet organe,
ſont pouſſés dans le duodenum , l'autre, retrogra
G ij
148 MERCURE DE FRANCE. .
SEcoNDE Obſervation ſur une Perte de
Sang ſuivie de la Fiſtule lacrymale.
Madame Lefèbvre, Religieuſe du Cou
vent de la Viſitation, étoit attaquée de
puis pluſieurs années d'une perte de ſang. .
Feu mon Père , Médecin de cette Com
munauté, laiſſoit aller cette perte juſqu'à
ce qu'elle eût affoibli un peu les forces
du corps, ſans néanmoins en bleſſer no
tablement les fonctions ; il la faiſoit en
ſuite ſaigner du bras. Ce qui ſuſpendoit
pendant un long eſpace de temps l'écou
lement. Je ſuivois la même méthode à
laquelle la Nature étoit habituée : elle
me réuſſiſſoit. Mais cette maladie , de
ſimple qu'elle étoit, devint compliquée ;
de ou antiperiſtaltique, qui, au lieu de les conſer
ver pour l'œuvre de la nutrition, les chaſſe au
contraire au-dehors. Ce double mouvement eſt
vermiculaire, involontaire, contre les Sthaliens,
ne dépend que de l'irritation faite à la membrane
muſculaire du viſcère qui ſeule en eſt le ſiége. Ce
mouvement,à quion a donné le nom d'irritabilite,
connu depuis peu, annoncéſi ſçavamment dans les
Expériences du célébre M. de Haller, vient d'être
développé, quant à ſa nature & ſes propriétés,
dans les Lettres de M. Houſſet adreſſées à cet Au
reur. Voyez le ſecond volume des Mémoires ſur
les Parties ſenſibles & irritables, Edit, de Lau
fanne, 176o,
,
M A I. 176 p.
I 4 j
· une ophtalmie, un flux de larmes invo
lontaires qui dégénérèrent en un ulcère
| fiſtuleux lacrymal , rendoient ſon état
plus triſte de jour en jour, & me firent
penſer ſérieuſement à détruire juſqu'aux
plus profondes racines du mal. Pénétré
de cette réfléxion,jejugeai que l'état pré
ſent ne pouvoit avoir d'autres cauſes que
la conſtitution âcre de la maſſe du ſang
qui tendoit à la diſſolution ;
il s'agiſſoit
en conſéquence d'adoucir l'acrimonie
de ce fluide, & d'en rallier les principes.
L'uſage habituel du lait & des alimens
farineux , comme le ris au gras , le ver
micelle, les œufs au lait, &c, me paru
· rent les plus propres à remplir ces deux
indications; le tout précédé des remèdes
énéraux convenables à ſon état. Cette
eligieuſe, à qui je donnois l'eſpérance
de la guériſon, ſuivit conſtamment mes
conſeils, & au bout de huit mois elle
fut délivrée, non-ſeulement de ſa perte,
mais auſſi guérie de ſa fiſtule, qui depuis
cinq ou ſix ans, n'a laiſſé entrevoir au
cune marque qui fît craindre ſon retour,
A Auxerre, ce 13 Avril 1764.
par un morceau de plomb,
par M. HOUSSET, de la Société
Royale des Sciences, & Docteur en
l'Université de Médecine de Montpellier,
Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire
& ancien Directeur de la Société
des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
J'AI vu en 1757 à l'Hôtel-Dieu un
homme, qui, quelques heures après
avoir mangé, rejettoit tous les alimens.
Je ſoupçonnois qu'il étoit attaqué d'un
ſchirre à l'orifice inférieur du ventricule,
qui empêchoit les ſol des de paſſer dans
le duodenum. J'emplo5 ai pour le guérir
les remèdes que je jugeois les plus effica
ces , les vomitifs , les purgatifs, les fon
dans , les #péritirs, mais infructueuſe
ment Le malade , ennuyé du peu de
ſuccès qº'il retiroit de ces ſecours, ſor
ti de l'Hôpital , retourna dans ſon pays.
J'appris quelque temps après, par ſon
Chirurgien , qu'il y étoit mort; que ſon
" ,
M A I. 1764.
147
cadâvre ayant été ouvert , on avoit
trouvé au fond de ſon eſtomach un mor
ceau de plomb d'une figure irrégulière,
aſſez conſidérable pour obliturer le canal
des inteſtins, & empêcher que , les ali
mens pouſſés par le mouvement périſtal
tique de l eſtomach , n'entraſſent dans le
duodenum ; en ſorte que le viſcère de
voit être irrité dans le temps de la digeſ
tion , & par un mouvement rétrogra
de, rejetter les matières alimenteuſès à
moitié digérées. Ce qui a conduit inſen
ſiblement notre malade a un maraſme
univerſel , & enfn à la mort. Il auroit
pu guérir par un uſage journalier de
certaines préparations mercuriellcs. Les
heureuſes obſervaticns de M. le Dran ,
ſur la diſſolution du plomb dans la veſ
ſie, par le moyen du mercure, nous au
roient invité à les employer, & nous
auroient fait eſpérer une cure radicale :
mais les payſans ſont ſouvent d'un génie
ſi borné, qu'on les prendroit plutôt
our des automates , que pour des gens
capables de donner le moindre éclairciſ
ſement ſur la cauſe de leurs maladies. *
* L'eſton ach jouit de deux ſortes de mouve
mens, l'un progreſſif ou périſtalique, par lequel
1es alinmens en partie digérés dans cet organe,
ſont pouſſés dans le duodenum , l'autre, retrogra
G ij
148 MERCURE DE FRANCE. .
SEcoNDE Obſervation ſur une Perte de
Sang ſuivie de la Fiſtule lacrymale.
Madame Lefèbvre, Religieuſe du Cou
vent de la Viſitation, étoit attaquée de
puis pluſieurs années d'une perte de ſang. .
Feu mon Père , Médecin de cette Com
munauté, laiſſoit aller cette perte juſqu'à
ce qu'elle eût affoibli un peu les forces
du corps, ſans néanmoins en bleſſer no
tablement les fonctions ; il la faiſoit en
ſuite ſaigner du bras. Ce qui ſuſpendoit
pendant un long eſpace de temps l'écou
lement. Je ſuivois la même méthode à
laquelle la Nature étoit habituée : elle
me réuſſiſſoit. Mais cette maladie , de
ſimple qu'elle étoit, devint compliquée ;
de ou antiperiſtaltique, qui, au lieu de les conſer
ver pour l'œuvre de la nutrition, les chaſſe au
contraire au-dehors. Ce double mouvement eſt
vermiculaire, involontaire, contre les Sthaliens,
ne dépend que de l'irritation faite à la membrane
muſculaire du viſcère qui ſeule en eſt le ſiége. Ce
mouvement,à quion a donné le nom d'irritabilite,
connu depuis peu, annoncéſi ſçavamment dans les
Expériences du célébre M. de Haller, vient d'être
développé, quant à ſa nature & ſes propriétés,
dans les Lettres de M. Houſſet adreſſées à cet Au
reur. Voyez le ſecond volume des Mémoires ſur
les Parties ſenſibles & irritables, Edit, de Lau
fanne, 176o,
,
M A I. 176 p.
I 4 j
· une ophtalmie, un flux de larmes invo
lontaires qui dégénérèrent en un ulcère
| fiſtuleux lacrymal , rendoient ſon état
plus triſte de jour en jour, & me firent
penſer ſérieuſement à détruire juſqu'aux
plus profondes racines du mal. Pénétré
de cette réfléxion,jejugeai que l'état pré
ſent ne pouvoit avoir d'autres cauſes que
la conſtitution âcre de la maſſe du ſang
qui tendoit à la diſſolution ;
il s'agiſſoit
en conſéquence d'adoucir l'acrimonie
de ce fluide, & d'en rallier les principes.
L'uſage habituel du lait & des alimens
farineux , comme le ris au gras , le ver
micelle, les œufs au lait, &c, me paru
· rent les plus propres à remplir ces deux
indications; le tout précédé des remèdes
énéraux convenables à ſon état. Cette
eligieuſe, à qui je donnois l'eſpérance
de la guériſon, ſuivit conſtamment mes
conſeils, & au bout de huit mois elle
fut délivrée, non-ſeulement de ſa perte,
mais auſſi guérie de ſa fiſtule, qui depuis
cinq ou ſix ans, n'a laiſſé entrevoir au
cune marque qui fît craindre ſon retour,
A Auxerre, ce 13 Avril 1764.
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Résumé : OBSERVATIONS sur un Marasme occasionné par un morceau de plomb, par M. HOUSSET, de la Société Royale des Sciences, & Docteur en l'Université de Médecine de Montpellier, Médecin des Hôpitaux, Bibliothécaire & ancien Directeur de la Société des Sciences & Belles-Lettres d'Auxerre.
En 1757, M. Housset observa un homme à l'Hôtel-Dieu qui rejetait tous les aliments peu après les avoir ingérés. Il suspecta une obstruction à l'orifice inférieur du ventricule et tenta divers traitements sans succès. Le patient quitta l'hôpital et mourut peu après. L'autopsie révéla un morceau de plomb dans l'estomac, obstruant le passage vers le duodénum, ce qui provoquait un reflux des aliments et un marasme général. Le patient aurait pu être soigné avec des préparations mercurielles, mais les paysans avaient souvent du mal à fournir des informations précises sur leurs maladies. Dans un autre cas, M. Housset décrivit la situation de Madame Lefèbvre, une religieuse souffrant d'une perte de sang chronique. Initialement traitée par des saignées, son état se compliqua par une ophtalmie et une fistule lacrymale. Housset diagnostiqua une constitution acide du sang et prescrivit un régime alimentaire adoucissant, incluant du lait et des aliments farineux. Après huit mois de traitement, Madame Lefèbvre fut guérie de sa perte de sang et de sa fistule.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4726
p. 150-152
LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame la Générale la MOTTE, du 10 Mars 1763, au sujet de ses Gouttes blanches & jaunes.
Début :
MADAME, LA vie & la santé de mon Père, que [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame la Générale la MOTTE, du 10 Mars 1763, au sujet de ses Gouttes blanches & jaunes.
LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame
la Générale la MOTTE, du 10
Mars 1763, au sujet de ses Gouttes
blanches & jaunes.
MADAME,
LA vie & la santé de mon Père, que
je dois à l'excellence de votre Elixir, &
aux bons ſoins de M. Thiery , Docteur
en Médecine de la Faculté de Paris,
ſont pour moi les motifs d'une recon
noiſſance qui ne s'altérera jamais. Que
ne puis-je perſuader au Public que, ſi la
paralyſie a des effets ſi fâcheux, que les
tempéramens même les plus robuſtes
n'en ſont pas exempts, on trouve dans
votre Elixir un excellent remède contre
cette maladie. Mon Père, ſexagénaire &
fort replet, fut tout-à-coup réduit le 31
Janvier dernier en un état qui ne permet
toit pas même aux gens de l'Art, d'eſpé
rer le rétabliſſement de toute la partie
droite du corps qui étoit immobile.Mais
comme nous trouvâmes heureuſement
* Cette Lettre n'a été retrouvée que depuis
quelques jours , au Bureau du Mercure.
-
M A I. 1764.
1 5 1
M Thiery , dont les lum ères ſont auſſi
connues que les bonnes qualités de ſon
cœur, il ne déſeſpéra point d'une gué
riſon parfaite. Parmi les moyens dont il
ſe ſervit, il employa principalement l'E-
lixir jaune. Ces ſecours firent au bout de
trois jours concevoir les plus grandes
eſpérances. La langue qui ſubitement
s'étoit tellement engagée, que mon Père
ne pouvoit nommer ce dont il avoit be
ſoin , commença à ſe délier, & le ſixié
me jour de ſa maladie il ſe faiſoit en
tendre. M. Thiery ayant ordonné des
frictions avec votre Elixir blanc, le long
du bras droit plus fortement affecté, le
ſurlendemain de cette opération le doigt
annulaire & le petit doigt donnèrent
quelques ſignes de mouvement, J'affir
me avec la plus grande vérité,que la con
tinuation de ces frictions, l'uſage inté
rieur de l'Elixir jaune, avec les autres
remèdes, ont en moins de quinze jours
produit des effets étonnans ; de ſorte que
l'articulation des doigts de la main étoit
on ne peut pas plus ſenſible, & il reſtoit
à la langue peu d'embarras. Je certifie
qu'aujourd'hui mon Père va, vient, ſe
proméne ;
qu'il parle auſſi librement
qu'autrefois, & ſe ſert de ſon bras au
point de s'en raſer. Tout le quartier du
G iv
1 52 MERCURE DE FRANCE.
fauxbourg S. Honoré a connoiſſance de
cet événement , auſſi-bien que M. le
Comte de Saint-Florentin , & auquel ce
Miniſtre auſſi diſtingué par ſa ſageſſe
que par ſa bonté, s'eſt intéreſſé. Indé
pendamment de M. Thiery, qui a diri
gé la cure de mon Père, je puis citer
our témoins de ſon état actuel & paſſé
MM. Bainieres, Cagnard & Cadet , Chi
rurgiens. M. de Laſſaigne, Médecin du
Roi, qui a bien voulu ſuivre mon Père
dans ſa convaleſcence , avec une atten
tion particulière, a cru ne pouvoir mieux
faire que de continuer le traitement qui
avoit ſi bien réuſſi.
Je ſuis avec autant de reſpect que de
reconnoiſſance , &c,
A Paris, le 10 Mars 1763.
la Générale la MOTTE, du 10
Mars 1763, au sujet de ses Gouttes
blanches & jaunes.
MADAME,
LA vie & la santé de mon Père, que
je dois à l'excellence de votre Elixir, &
aux bons ſoins de M. Thiery , Docteur
en Médecine de la Faculté de Paris,
ſont pour moi les motifs d'une recon
noiſſance qui ne s'altérera jamais. Que
ne puis-je perſuader au Public que, ſi la
paralyſie a des effets ſi fâcheux, que les
tempéramens même les plus robuſtes
n'en ſont pas exempts, on trouve dans
votre Elixir un excellent remède contre
cette maladie. Mon Père, ſexagénaire &
fort replet, fut tout-à-coup réduit le 31
Janvier dernier en un état qui ne permet
toit pas même aux gens de l'Art, d'eſpé
rer le rétabliſſement de toute la partie
droite du corps qui étoit immobile.Mais
comme nous trouvâmes heureuſement
* Cette Lettre n'a été retrouvée que depuis
quelques jours , au Bureau du Mercure.
-
M A I. 1764.
1 5 1
M Thiery , dont les lum ères ſont auſſi
connues que les bonnes qualités de ſon
cœur, il ne déſeſpéra point d'une gué
riſon parfaite. Parmi les moyens dont il
ſe ſervit, il employa principalement l'E-
lixir jaune. Ces ſecours firent au bout de
trois jours concevoir les plus grandes
eſpérances. La langue qui ſubitement
s'étoit tellement engagée, que mon Père
ne pouvoit nommer ce dont il avoit be
ſoin , commença à ſe délier, & le ſixié
me jour de ſa maladie il ſe faiſoit en
tendre. M. Thiery ayant ordonné des
frictions avec votre Elixir blanc, le long
du bras droit plus fortement affecté, le
ſurlendemain de cette opération le doigt
annulaire & le petit doigt donnèrent
quelques ſignes de mouvement, J'affir
me avec la plus grande vérité,que la con
tinuation de ces frictions, l'uſage inté
rieur de l'Elixir jaune, avec les autres
remèdes, ont en moins de quinze jours
produit des effets étonnans ; de ſorte que
l'articulation des doigts de la main étoit
on ne peut pas plus ſenſible, & il reſtoit
à la langue peu d'embarras. Je certifie
qu'aujourd'hui mon Père va, vient, ſe
proméne ;
qu'il parle auſſi librement
qu'autrefois, & ſe ſert de ſon bras au
point de s'en raſer. Tout le quartier du
G iv
1 52 MERCURE DE FRANCE.
fauxbourg S. Honoré a connoiſſance de
cet événement , auſſi-bien que M. le
Comte de Saint-Florentin , & auquel ce
Miniſtre auſſi diſtingué par ſa ſageſſe
que par ſa bonté, s'eſt intéreſſé. Indé
pendamment de M. Thiery, qui a diri
gé la cure de mon Père, je puis citer
our témoins de ſon état actuel & paſſé
MM. Bainieres, Cagnard & Cadet , Chi
rurgiens. M. de Laſſaigne, Médecin du
Roi, qui a bien voulu ſuivre mon Père
dans ſa convaleſcence , avec une atten
tion particulière, a cru ne pouvoir mieux
faire que de continuer le traitement qui
avoit ſi bien réuſſi.
Je ſuis avec autant de reſpect que de
reconnoiſſance , &c,
A Paris, le 10 Mars 1763.
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Résumé : LETTRE écrite par M. FARCY, à Madame la Générale la MOTTE, du 10 Mars 1763, au sujet de ses Gouttes blanches & jaunes.
Dans une lettre datée du 10 mars 1763, M. Farcy exprime sa gratitude à Madame la Générale la Motte pour l'efficacité de son élixir dans le traitement de son père. Ce dernier, âgé et corpulent, avait subi une paralysie le 31 janvier précédent, immobilisant la moitié droite de son corps. Le Dr Thiery, de la Faculté de Paris, utilisa principalement l'élixir jaune, observant des améliorations significatives après trois jours. Des frictions avec l'élixir blanc furent ensuite appliquées sur le bras droit, accélérant la récupération. En moins de quinze jours, le père de M. Farcy retrouva l'usage de ses doigts, de sa langue, put marcher, parler et utiliser son bras. Plusieurs témoins, y compris des chirurgiens et le médecin du roi, confirmèrent cette guérison. Le comte de Saint-Florentin manifesta également son intérêt pour cet événement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4727
p. 152-164
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
Début :
LE 25 du mois d'Août dernier, 1763, l'Académie célébra le matin la [...]
Mots clefs :
Femmes, Sein, Mort, Discours, Gangrène, Utérus, Sciences, Abbé Gros, Traité, Mauvais, Voyages, Voyageur, Histoire, Couches
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
LE 25 du mois d'Août dernier,
1763, l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis, par une Meſſe
M A I. 1764.
I 53
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baſtard Prêtre , Sacriſtain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrè
res, lut le Panégyrique du Saint, qui
eut l'applaudiſſement d'une nombreuſe
aſſemblée.
Le même jour, vers les cinq heures
après midi, l'Académie ſe rendit à l'Hô
tel-de-Ville, où en préſence de MM.
les Maire & Conſuls, d'un grand nom
bre d'Officiers , & d'autres perſonnes
de diſtinction, M. Brouzet, Directeur ,
ouvrit la ſéance par un diſcours, où il
parla de la Paix ; & des circonſtances
qui l'ont précédée, & à la fin du quel il
fit l'Eloge du RoI, de M. le Comte. de
· S. Florentin notre Protecteur , de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. En
ſuite il s'étendit beaucoup ſur l'éduca
tion morale des Enfans : c'étoit la ſe
conde partie de ſes réfléxions ſur ce ſu
jet. Il en avoit lu la première dans la
ſéance publique précédente.
M. l'Abbé de Manſe, qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du diſcours ſur l'utilité des Voya
ges, que notre Aſſocié M. l'Abbé Gros
de-Beſplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne, vient de faire imprimer,
lut ce qui ſuit,
.
"
G v
*
-
.
^.
154 MERCURE DE FRANCE.
M. l'Abbé Gros, après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choiſir le Sujet qu'il
a traité, commence ſon diſcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en ſe voyant admis par
mi nous. La modeſtie & la reconnoiſſan
ce ſemblent lui avoir dicté les expreſ
ſions dont il ſe ſert à cette occaſion ;
il paſſe tout de ſuite à l'utilité des voya
ges, relativement aux Sciences & aux
mœurs :
il
fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les mœurs : voilà les deux parties de
ſon diſcours.
-
, Les voyages, dit-il, après M. Piga
miol de la Force, on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regar
de l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui par
court tous les Livres qui y ſont conte
nus; avec cette différence, que le Voya
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eſt bien autrement
· affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres : tout eſt froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui-là.
L'hiſtoire des Nations policées , & de
M A I. 1754.
-
1 55
celles qui ne le ſont pas, l'hiſtoire des
Empires & des Peuples, l'hiſtoire natu
relle, l'hiſtoire même de la Religion ,
tout eſt à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites,
Philoſophie, Théologie, Aſtronomie ,
Géographie, Tactique, Médecine, Bota
nique , tout eſt dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout, qu'il
écoute tout.
-
C'eſt le tableau que nous préſente
l'Auteur dans la première
partie de
ſon Diſcours ; & ce tableau eſt un
tableau mouvant, qui fait paſſer l'objet
dans le cœur du Spectateur.
La ſeconde partie , dit M. de Manſe,
eſt d'autant plus agréable à lire, que
l'Auteur combat victorieuſement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut ſe refuſer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages ſont profitables aux mœurs ;
premierement, en corrigeant les défauts
qui peuvent ſe trouver dans les caracté
res nationaux & perſonnels.
Il y a
des vices , dit-il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en ſubſti
G vj
/
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui don
nent de l'éclat aux Nations que l'on va
viſiter. La vertu ſe montre au voyageur
ſous tant d'images, qu'il ſent redoubler
pour elle ſon inclination. D'ailleurs il a
des motifs bien puiſſans pour devenir
vertueux ; la gloire de ſa Nation, & ſà
gloire perſonnelle.
-
| Parmi nous un Citoyen ſe montre-t-il
léger ? c'eſt le vice de la perſonne : chez
l'Etranger , il fait accuſer la Nation ;
· c'eſt le vice des François. Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération ,
qui peut-être n'eſt due qu'à ſes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reſſource
que ſon propre mérite pour ſe concilier
les ſuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit ſon Ouvrage par
I'Eloge du RoI,de M.le Comte de S. Flo
rentin notre Protecteur, de M. Béſiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fon
dateur, de Mde Lepaute notre Aſſociée;
& tous ces Eloges font ſortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mé
rite de ceux qui ſont loués.
Après le Diſcours dont je viens , dit
M. de Manſe, de donner le précis, M.
Gros ajoute des réfléxions ſur les Voya
ges; & ce n'eſt pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de ſon écrit.
M A I. 1764.
157
Il étoit ſi plein de ſa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la-deſſus, dans un diſcours
de demi-heure de lecture, il a été obligé
de la ciſailler, pour ainſi dire, afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perſuader
ſon Sujet, & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même.
Comme Orateur, ſon éloquence déter
mine à voyager : comme penſeur, ſes
maximes apprennent à voyager : la mé
fiance, dit-il, eſt un vice dans le com
merce de la Société : elle eſt indipenſa
ble dans les voyages, & devient une
prudence; c'eſt en ce ſens, qu'on a tou
jours dit que la méfiance étoit mère,
de ſureté.
L'
-
Si l'on croit les gens du Païs , on
accourcit ſon chemin par les ſentiers ;
& j'aſſure , dit-il, qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aiſément la vérité.
Les autres réfléxions que l'on trouve
en aſſez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , ſont très - judi
cieuſes, & d'une pratique ſûre & avan
tageuſe. Il ſeroit à ſouhaiter qu'on les
gravât dans l'eſprit & dans le cœur des
jeunes gens qu'on deſtine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enſuite ſur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & ſur les moyens de pré
venir cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les cauſes : il réſerva pour une
autre occaſion la ſyncope, la ſuffoca
tion utérine , l'apopléxie laiteuſe ; &
pour l'hémorrhagie exceſſive , il ren
voya à M. Levret, habile Accoucheur
de Paris , qui en a très-bien diſſerté
dans un de ſes ouvrages. Il ſe borna à la
gangrène de l'utérus, ſuite de l'inflam
mation de cette partie , & la cauſe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées : Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflam
mation, & la gangrène qui lui ſuccède
ſi promptement ? Le commun des hom
mes en rapporte ordinairement la cauſe
à quelque coup extérieur , à quelque
chute , ou à quelque déchirure, a quel
que contuſion dans l'intérieur du ſein ;
& l'on ne peut pas nier qu'a l'égard de
" M. Aſtruc a parlé de l'inflammation de la
ma trice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeſſo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des ma
ladies des Femmes imprimé en 176 I.
,
M A I. 1764.
159
certaines femmes qui ont péri bruſque
ment , ces cauſes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auſſi de ſoupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée ,
ſi ſa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant, on voit 1°. mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chute , & qui n'avoient reçu aucun
coup ſur le ventre.
2°. Il en meurt auſſi ſans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contuſion dans
leur ſein ; & l'on en voit réchapper dont
le ſein n'a pû qu'être furieuſement mal
traité. Car ſans parler de celles qui ont
ſurvécu
à l'Opération Céſarienne ,
combien d'exemples n'a-t-on pas, de
femmes à qui on a arraché de force .
ou tiré par des crochets des enfans
morts, ou des têtes ſeparées de leur
tronc , ou enclavées entre les os du
baſſin, ſans que la mort s'en ſoit tou
jours enſuivie ?
Il y a plus : on a vu revenir en ſanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur ſein, avoient percé l'abdomen, s'é-
toient frayés une iſſue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteſtin
-
•
•
• •
• à
7 6- MERCURE DE FRANCE.
rectu n,"d'où ils ſortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment, que, quoique
la ſubſtance de l'utérus ſoit très-délicate,
très-ſuſceptible des impreſſions ſoit ex
térieures , ſoit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poſ
ſible , ce n'eſt pas pourtant toujours
à raiſon de ſa délicateſſe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites,
ou des meurtriſſures qu'elle a pu rece
voir , ou des inflammations & des
abſcès qui ont pu s'y former, que la
gangrène de cette partie enléve ſi bruſ
quement la femme en couche.
3°. Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Mé
decins, quoiqu'elles ſe fuſſent délivrées
naturellement, & que dans leur mala
die elles euſſent été traitées ſelon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le triſte ſort
de ces femmes ? C'eſt, répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement, & à la
quelle ſuccédent promptement l'inflam
mation & la gangrène de leur ſein.
* V. Joann. Langii Epiſt. Mad. Lib. 2. Epiſt.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences, année
17o2. p. 234. Obſerv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom, V, Art, 39° &c.
M A I. 1744.
161 .
Après avoir expliqué en peu de mots
Ia diſpoſition de l'utérus après l'en
fantement, & avoir rapporté les cauſes
générales de la gangrène & du ſphacèle,
· M. B. ajoute qu'il eſt viſible que ſi une
femme avant ſes couches n'a pas ob
ſervé les régles d'une ſage diéte, ſi elle a
uſé de mauvais alimens, d'alimens capa
bles de fournir une grande quantité de
ſucs de mauvaiſe qualité,ou que par quel
que cauſe que ce ſoit ces mauvais ſucs ſe
ſoient formés dans ſon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien
nent à ſe développer, & qu'ils occa
ſionnent une fiévre de mauvais ca
ractère avec de violens redoublemens ,
ſon ſein doit s'engorger à un extrême
degré , ſe gangrener , ſe ſphacéler,
d'où s'enſuivra une prompte mort.
On ne ſera pas ſurpris de ce funeſte
accident, ſi on conſidére d'un côté !'état
où ſe trouve le ſein des femmes d'abord
après l'accouchement, & de l'autre, ſi
on examine les effets que doivent pro
duire ſur ce viſcére les violens pa
roxiſmes d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diſtendus vers la fin de la
groſſeſſe, ſe rapprochent; que leurs vaiſ
ſeaux extrêmement gonflés ſe vuident
1 62 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent, & que
tout le corps de ce viſcére revienne à
ſon premier état ; d'où il eſt aiſé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus ſoit réduit à ſon premier volu
me ; ſes vaiſſeaux déjà gorgés & dé
pourvus d'élaſticité céderont aiſément à
l'impétuoſité des humeurs qui y abor
deront; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels ſe rempliront outre
meſure; les liqueurs qui y ſont accumu-'
lées ne pourront plus rouler; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatées
fe rompront ; & il ſurviendra une ceſſà
tion totale du cours des liquides, & du
mouvement ſyſtaltique des ſolides : en
un mot la gangrène & le ſphacéle ou
la mort de ce viſcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée.
Ajoutons que plus les femmes auront
· manqué dans leur régime pendant leur
groſſeſſe, plus elles ſeront expoſées à
ce ſiniſtre événement après leurs cou
ches , & beaucoup davantage celles
dont le ſein n'étoit pas originairement
bien conſtitué.
M. B. rend raiſon du mauvais ſuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit; &
il ajoute qu'on ne doit accuſer ici ni
M A I. 1764.
163
Médecin , ni Accoucheur. Il prétend
qu'ils ne ſont point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eſt
uniquement à la mauvaiſe diſpoſition
de leur ſein , & à la fiévre putride
-maligne qui les ſaiſit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre.
D'où il conclut que pour éviter une
ſi bruſque & ſi fâcheuſe cataſtrophe, le
· ſeul moyen ſeroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occaſionnant prompte
ment l'inflammation & la gangrène de
leur ſein. Et ce moyen conſiſte , dit-il,
en un régime très-rigoureux , en une
privation abſolue d'alimens indigeſtes,
ou aiſés à ſe corrompre, ſur-tout de
ragoûts , de pâtiſſeries , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer, en un
ſommeil tranquille , en un exercice
modéré, & en une ſuſpenſion prèſque
totale des paſſions de l'âme : en un
mot, en une manière de vivre frugale ,
priſe principalement des végétaux , &
réglée de telle ſorte,que les femmes pen
dant leur groſſeſſe n'ayent aucune in
digeſtion à craindre, & qu'elles puiſſent
ſe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
\
1 o4 MERCURE DE FRANCE.
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions, auxquelles
vraiſemblablement peu de femmes groſ
ſes voudront entièrement s'aſſujettir ,
quelque néceſſaires qu'elles leur ſoient,
ou du moins en y ſuppléant ſuffiſam
ment, s'il eſt poſſible, par le ſecours
de l'Art , elles préviendront infaillible
ment la fiévre putride maligne , dont
, quelques-unes ſont menacées après leurs
couches, & dont les effets leur ſont ſi
funeſtes.
-
-
-
A BESIERS, le 15 Septembre 1763.
Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
LE 25 du mois d'Août dernier,
1763, l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis, par une Meſſe
M A I. 1764.
I 53
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baſtard Prêtre , Sacriſtain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrè
res, lut le Panégyrique du Saint, qui
eut l'applaudiſſement d'une nombreuſe
aſſemblée.
Le même jour, vers les cinq heures
après midi, l'Académie ſe rendit à l'Hô
tel-de-Ville, où en préſence de MM.
les Maire & Conſuls, d'un grand nom
bre d'Officiers , & d'autres perſonnes
de diſtinction, M. Brouzet, Directeur ,
ouvrit la ſéance par un diſcours, où il
parla de la Paix ; & des circonſtances
qui l'ont précédée, & à la fin du quel il
fit l'Eloge du RoI, de M. le Comte. de
· S. Florentin notre Protecteur , de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. En
ſuite il s'étendit beaucoup ſur l'éduca
tion morale des Enfans : c'étoit la ſe
conde partie de ſes réfléxions ſur ce ſu
jet. Il en avoit lu la première dans la
ſéance publique précédente.
M. l'Abbé de Manſe, qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du diſcours ſur l'utilité des Voya
ges, que notre Aſſocié M. l'Abbé Gros
de-Beſplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne, vient de faire imprimer,
lut ce qui ſuit,
.
"
G v
*
-
.
^.
154 MERCURE DE FRANCE.
M. l'Abbé Gros, après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choiſir le Sujet qu'il
a traité, commence ſon diſcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en ſe voyant admis par
mi nous. La modeſtie & la reconnoiſſan
ce ſemblent lui avoir dicté les expreſ
ſions dont il ſe ſert à cette occaſion ;
il paſſe tout de ſuite à l'utilité des voya
ges, relativement aux Sciences & aux
mœurs :
il
fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les mœurs : voilà les deux parties de
ſon diſcours.
-
, Les voyages, dit-il, après M. Piga
miol de la Force, on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regar
de l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui par
court tous les Livres qui y ſont conte
nus; avec cette différence, que le Voya
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eſt bien autrement
· affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres : tout eſt froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui-là.
L'hiſtoire des Nations policées , & de
M A I. 1754.
-
1 55
celles qui ne le ſont pas, l'hiſtoire des
Empires & des Peuples, l'hiſtoire natu
relle, l'hiſtoire même de la Religion ,
tout eſt à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites,
Philoſophie, Théologie, Aſtronomie ,
Géographie, Tactique, Médecine, Bota
nique , tout eſt dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout, qu'il
écoute tout.
-
C'eſt le tableau que nous préſente
l'Auteur dans la première
partie de
ſon Diſcours ; & ce tableau eſt un
tableau mouvant, qui fait paſſer l'objet
dans le cœur du Spectateur.
La ſeconde partie , dit M. de Manſe,
eſt d'autant plus agréable à lire, que
l'Auteur combat victorieuſement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut ſe refuſer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages ſont profitables aux mœurs ;
premierement, en corrigeant les défauts
qui peuvent ſe trouver dans les caracté
res nationaux & perſonnels.
Il y a
des vices , dit-il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en ſubſti
G vj
/
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui don
nent de l'éclat aux Nations que l'on va
viſiter. La vertu ſe montre au voyageur
ſous tant d'images, qu'il ſent redoubler
pour elle ſon inclination. D'ailleurs il a
des motifs bien puiſſans pour devenir
vertueux ; la gloire de ſa Nation, & ſà
gloire perſonnelle.
-
| Parmi nous un Citoyen ſe montre-t-il
léger ? c'eſt le vice de la perſonne : chez
l'Etranger , il fait accuſer la Nation ;
· c'eſt le vice des François. Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération ,
qui peut-être n'eſt due qu'à ſes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reſſource
que ſon propre mérite pour ſe concilier
les ſuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit ſon Ouvrage par
I'Eloge du RoI,de M.le Comte de S. Flo
rentin notre Protecteur, de M. Béſiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fon
dateur, de Mde Lepaute notre Aſſociée;
& tous ces Eloges font ſortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mé
rite de ceux qui ſont loués.
Après le Diſcours dont je viens , dit
M. de Manſe, de donner le précis, M.
Gros ajoute des réfléxions ſur les Voya
ges; & ce n'eſt pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de ſon écrit.
M A I. 1764.
157
Il étoit ſi plein de ſa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la-deſſus, dans un diſcours
de demi-heure de lecture, il a été obligé
de la ciſailler, pour ainſi dire, afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perſuader
ſon Sujet, & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même.
Comme Orateur, ſon éloquence déter
mine à voyager : comme penſeur, ſes
maximes apprennent à voyager : la mé
fiance, dit-il, eſt un vice dans le com
merce de la Société : elle eſt indipenſa
ble dans les voyages, & devient une
prudence; c'eſt en ce ſens, qu'on a tou
jours dit que la méfiance étoit mère,
de ſureté.
L'
-
Si l'on croit les gens du Païs , on
accourcit ſon chemin par les ſentiers ;
& j'aſſure , dit-il, qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aiſément la vérité.
Les autres réfléxions que l'on trouve
en aſſez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , ſont très - judi
cieuſes, & d'une pratique ſûre & avan
tageuſe. Il ſeroit à ſouhaiter qu'on les
gravât dans l'eſprit & dans le cœur des
jeunes gens qu'on deſtine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enſuite ſur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & ſur les moyens de pré
venir cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les cauſes : il réſerva pour une
autre occaſion la ſyncope, la ſuffoca
tion utérine , l'apopléxie laiteuſe ; &
pour l'hémorrhagie exceſſive , il ren
voya à M. Levret, habile Accoucheur
de Paris , qui en a très-bien diſſerté
dans un de ſes ouvrages. Il ſe borna à la
gangrène de l'utérus, ſuite de l'inflam
mation de cette partie , & la cauſe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées : Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflam
mation, & la gangrène qui lui ſuccède
ſi promptement ? Le commun des hom
mes en rapporte ordinairement la cauſe
à quelque coup extérieur , à quelque
chute , ou à quelque déchirure, a quel
que contuſion dans l'intérieur du ſein ;
& l'on ne peut pas nier qu'a l'égard de
" M. Aſtruc a parlé de l'inflammation de la
ma trice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeſſo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des ma
ladies des Femmes imprimé en 176 I.
,
M A I. 1764.
159
certaines femmes qui ont péri bruſque
ment , ces cauſes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auſſi de ſoupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée ,
ſi ſa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant, on voit 1°. mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chute , & qui n'avoient reçu aucun
coup ſur le ventre.
2°. Il en meurt auſſi ſans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contuſion dans
leur ſein ; & l'on en voit réchapper dont
le ſein n'a pû qu'être furieuſement mal
traité. Car ſans parler de celles qui ont
ſurvécu
à l'Opération Céſarienne ,
combien d'exemples n'a-t-on pas, de
femmes à qui on a arraché de force .
ou tiré par des crochets des enfans
morts, ou des têtes ſeparées de leur
tronc , ou enclavées entre les os du
baſſin, ſans que la mort s'en ſoit tou
jours enſuivie ?
Il y a plus : on a vu revenir en ſanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur ſein, avoient percé l'abdomen, s'é-
toient frayés une iſſue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteſtin
-
•
•
• •
• à
7 6- MERCURE DE FRANCE.
rectu n,"d'où ils ſortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment, que, quoique
la ſubſtance de l'utérus ſoit très-délicate,
très-ſuſceptible des impreſſions ſoit ex
térieures , ſoit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poſ
ſible , ce n'eſt pas pourtant toujours
à raiſon de ſa délicateſſe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites,
ou des meurtriſſures qu'elle a pu rece
voir , ou des inflammations & des
abſcès qui ont pu s'y former, que la
gangrène de cette partie enléve ſi bruſ
quement la femme en couche.
3°. Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Mé
decins, quoiqu'elles ſe fuſſent délivrées
naturellement, & que dans leur mala
die elles euſſent été traitées ſelon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le triſte ſort
de ces femmes ? C'eſt, répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement, & à la
quelle ſuccédent promptement l'inflam
mation & la gangrène de leur ſein.
* V. Joann. Langii Epiſt. Mad. Lib. 2. Epiſt.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences, année
17o2. p. 234. Obſerv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom, V, Art, 39° &c.
M A I. 1744.
161 .
Après avoir expliqué en peu de mots
Ia diſpoſition de l'utérus après l'en
fantement, & avoir rapporté les cauſes
générales de la gangrène & du ſphacèle,
· M. B. ajoute qu'il eſt viſible que ſi une
femme avant ſes couches n'a pas ob
ſervé les régles d'une ſage diéte, ſi elle a
uſé de mauvais alimens, d'alimens capa
bles de fournir une grande quantité de
ſucs de mauvaiſe qualité,ou que par quel
que cauſe que ce ſoit ces mauvais ſucs ſe
ſoient formés dans ſon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien
nent à ſe développer, & qu'ils occa
ſionnent une fiévre de mauvais ca
ractère avec de violens redoublemens ,
ſon ſein doit s'engorger à un extrême
degré , ſe gangrener , ſe ſphacéler,
d'où s'enſuivra une prompte mort.
On ne ſera pas ſurpris de ce funeſte
accident, ſi on conſidére d'un côté !'état
où ſe trouve le ſein des femmes d'abord
après l'accouchement, & de l'autre, ſi
on examine les effets que doivent pro
duire ſur ce viſcére les violens pa
roxiſmes d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diſtendus vers la fin de la
groſſeſſe, ſe rapprochent; que leurs vaiſ
ſeaux extrêmement gonflés ſe vuident
1 62 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent, & que
tout le corps de ce viſcére revienne à
ſon premier état ; d'où il eſt aiſé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus ſoit réduit à ſon premier volu
me ; ſes vaiſſeaux déjà gorgés & dé
pourvus d'élaſticité céderont aiſément à
l'impétuoſité des humeurs qui y abor
deront; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels ſe rempliront outre
meſure; les liqueurs qui y ſont accumu-'
lées ne pourront plus rouler; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatées
fe rompront ; & il ſurviendra une ceſſà
tion totale du cours des liquides, & du
mouvement ſyſtaltique des ſolides : en
un mot la gangrène & le ſphacéle ou
la mort de ce viſcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée.
Ajoutons que plus les femmes auront
· manqué dans leur régime pendant leur
groſſeſſe, plus elles ſeront expoſées à
ce ſiniſtre événement après leurs cou
ches , & beaucoup davantage celles
dont le ſein n'étoit pas originairement
bien conſtitué.
M. B. rend raiſon du mauvais ſuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit; &
il ajoute qu'on ne doit accuſer ici ni
M A I. 1764.
163
Médecin , ni Accoucheur. Il prétend
qu'ils ne ſont point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eſt
uniquement à la mauvaiſe diſpoſition
de leur ſein , & à la fiévre putride
-maligne qui les ſaiſit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre.
D'où il conclut que pour éviter une
ſi bruſque & ſi fâcheuſe cataſtrophe, le
· ſeul moyen ſeroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occaſionnant prompte
ment l'inflammation & la gangrène de
leur ſein. Et ce moyen conſiſte , dit-il,
en un régime très-rigoureux , en une
privation abſolue d'alimens indigeſtes,
ou aiſés à ſe corrompre, ſur-tout de
ragoûts , de pâtiſſeries , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer, en un
ſommeil tranquille , en un exercice
modéré, & en une ſuſpenſion prèſque
totale des paſſions de l'âme : en un
mot, en une manière de vivre frugale ,
priſe principalement des végétaux , &
réglée de telle ſorte,que les femmes pen
dant leur groſſeſſe n'ayent aucune in
digeſtion à craindre, & qu'elles puiſſent
ſe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
\
1 o4 MERCURE DE FRANCE.
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions, auxquelles
vraiſemblablement peu de femmes groſ
ſes voudront entièrement s'aſſujettir ,
quelque néceſſaires qu'elles leur ſoient,
ou du moins en y ſuppléant ſuffiſam
ment, s'il eſt poſſible, par le ſecours
de l'Art , elles préviendront infaillible
ment la fiévre putride maligne , dont
, quelques-unes ſont menacées après leurs
couches, & dont les effets leur ſont ſi
funeſtes.
-
-
-
A BESIERS, le 15 Septembre 1763.
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
Le 25 août 1763, l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Béziers célébra la fête de Saint Louis avec une messe et un panégyrique. Dans l'après-midi, l'Académie se réunit à l'Hôtel-de-Ville. M. Brouzet, Directeur, ouvrit la séance en évoquant la paix récente et en rendant hommage au Roi, au Comte de Saint-Florentin, à l'Évêque et à M. de Mairan. Il aborda ensuite la question de l'éducation morale des enfants. L'Abbé de Manse présenta un résumé du discours de l'Abbé Gros de-Besplas sur l'utilité des voyages, soulignant leur rôle dans l'acquisition de connaissances variées et la formation des mœurs. L'Abbé Gros réfuta le préjugé selon lequel voyager ne rend pas nécessairement meilleur, affirmant que les voyages corrigent les défauts nationaux et personnels et encouragent la vertu. Le texte traite également des réflexions de l'Abbé Gros et de M. Bouillet sur la mortalité maternelle. M. Bouillet examina les causes de la mort rapide de certaines femmes en couches, notamment la gangrène de l'utérus due à des traumatismes ou des erreurs de traitement. Il identifia une fièvre maligne post-partum comme principale cause, aggravée par une mauvaise alimentation pendant la grossesse. Cette fièvre entraîne une inflammation et une gangrène de l'utérus, menant à la mort. Pour prévenir cette condition, M. Bouillet recommanda un régime strict durant la grossesse, évitant les aliments indigestes et les boissons alcoolisées, ainsi qu'un mode de vie frugal et modéré.
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4728
p. 164-165
MANUFACTURES.
Début :
L'ON avertit le Public qu'il se vend tant a Paris, que dans les Provinces, des [...]
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texteReconnaissance textuelle : MANUFACTURES.
MANUFACTURES.
L'ON avertit le Public qu'il se vend
tant a Paris, que dans les Provinces, des
Toiles rt intes ſous le nom de la Manu
Jacture d'Orange, qui n'en ſont pas ; &
que la véritable façon de connoître cel
M A I. 1764.
165
les qui ſont peintes & imprimées à Oran
ge,& de convaincre les débitans de mau
vaiſe foi qui trompent tous les jours les
perſonnes qui achetent de ces étoffes ,
eſt de ſe faire répréſenter les chefs des
Pièces qui ſont toutes marquées en tête
& en queue : Manufaéture de J. R.
Wetter, & ſa Compagnie à Orange & de
rejetter toutes celles qui ne le ſeront
pas, ou dont la marque paroîtroit avoir
été ajoutée après coup.
L'on avertit auſſi le Public , que le
Magazin général de cette Manufacture,
qui ſe tient toujours à l'Hôtel de Jaback,
rue neuve S. Médéric , eſt continuelle
ment aſſorti en toutes ſortes de Toiles
peintes tant pour Meubles, Robbes,
Deuils & autres ; Toiles pour habits
d'Hommes en deſſeins de luſtrine, Veſ
tes à bordures, Mouchoirs ; & qu'il ne
ſe vend que des Toiles en ladite Manu
facture.
L'ON avertit le Public qu'il se vend
tant a Paris, que dans les Provinces, des
Toiles rt intes ſous le nom de la Manu
Jacture d'Orange, qui n'en ſont pas ; &
que la véritable façon de connoître cel
M A I. 1764.
165
les qui ſont peintes & imprimées à Oran
ge,& de convaincre les débitans de mau
vaiſe foi qui trompent tous les jours les
perſonnes qui achetent de ces étoffes ,
eſt de ſe faire répréſenter les chefs des
Pièces qui ſont toutes marquées en tête
& en queue : Manufaéture de J. R.
Wetter, & ſa Compagnie à Orange & de
rejetter toutes celles qui ne le ſeront
pas, ou dont la marque paroîtroit avoir
été ajoutée après coup.
L'on avertit auſſi le Public , que le
Magazin général de cette Manufacture,
qui ſe tient toujours à l'Hôtel de Jaback,
rue neuve S. Médéric , eſt continuelle
ment aſſorti en toutes ſortes de Toiles
peintes tant pour Meubles, Robbes,
Deuils & autres ; Toiles pour habits
d'Hommes en deſſeins de luſtrine, Veſ
tes à bordures, Mouchoirs ; & qu'il ne
ſe vend que des Toiles en ladite Manu
facture.
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Résumé : MANUFACTURES.
Le texte alerte sur la vente illégale de toiles falsifiées prétendant provenir de la Manufacture d'Orange. Pour authentifier les toiles, il est conseillé de vérifier la présence des marques 'Manufacture de J. R. Wetter, & sa Compagnie à Orange' aux extrémités des pièces. Les acheteurs doivent refuser les toiles non marquées ou dont la marque semble ajoutée après coup. Le magasin général de la manufacture, situé à l'Hôtel de Jaback, rue neuve S. Médéric, offre divers types de toiles peintes adaptées à différents usages : meubles, robes, deuils, habits d'hommes, vestes à bordures et mouchoirs. Le magasin garantit la vente exclusive de toiles authentiques de la Manufacture d'Orange.
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4729
p. 166-167
MUSIQUE.
Début :
MÉTHODE qui abrége les régles en usage, pour apprendre l'accompagnement [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
MÉTHODE qui abrége les régles
en usage, pour apprendre l'accompagnement
du clavecin, & dont la pra
tique éxige tout au plus deux mois
d'exercice, pour parvenir à accompa
ner tout ſeul, toute ſorte de Muſique
à livre ouvert, & en beaucoup moins
de temps encore, avec le ſecours d'un
Maître ; par M. Giannotti.
L'Auteur propoſe cet Ouvrage par
ſouſcription , dont le nombre eſt fixé
à deux cent; le prix ſera de 24 liv. On
ſouſcrira chez M. le Clerc , Marchand
de Muſique, rue S. Honoré, près la
rue des Prouvaires , à Ste Cécile. On
payera 12 liv. en ſouſcrivant & 12 liv.
en recevant l'exemplaire au premier .
Août prochain 1764. On prend ce
terme , pour donner le temps aux
Provinces & dans les Pays Etrangers
de s'y intéreſſer.
-
Si on doutoit des progrès rapides
que l'on fait par cette admirable mé
thode, on prie les perſonnes qui veulent
· M A I. 1764.
167
s'y intéreſſer, de s'adreſſer a M de Caſa
major, rue des Bons-Enfans , au coin
de la rue Neuve des Petits - Champs,
qui en a la preuve ſous ſes yeux ; &
à Mlle Fel, rue S. Thomas du Louvre,
L'une & l'autre de ces perſonnes, en
rendront témoignage. Cet
Ouvrage
convient également pour la Harpe.
PREMIER RECUEIL des Menuets
nouveaux , pour le Violon , avec Ac
· compagnement de Baſſe & de Clavecin,
§ a M. le Baron de S. PoRT, com
poſé par M. Cramer. Prix, 1
liv. 4 f.
chez M. Theveneau , au grand Bureau
de la Poſte de Paris , rue des Quatre
Vents ; & aux Adreſſes ordinaires de
Muſique.
MÉTHODE qui abrége les régles
en usage, pour apprendre l'accompagnement
du clavecin, & dont la pra
tique éxige tout au plus deux mois
d'exercice, pour parvenir à accompa
ner tout ſeul, toute ſorte de Muſique
à livre ouvert, & en beaucoup moins
de temps encore, avec le ſecours d'un
Maître ; par M. Giannotti.
L'Auteur propoſe cet Ouvrage par
ſouſcription , dont le nombre eſt fixé
à deux cent; le prix ſera de 24 liv. On
ſouſcrira chez M. le Clerc , Marchand
de Muſique, rue S. Honoré, près la
rue des Prouvaires , à Ste Cécile. On
payera 12 liv. en ſouſcrivant & 12 liv.
en recevant l'exemplaire au premier .
Août prochain 1764. On prend ce
terme , pour donner le temps aux
Provinces & dans les Pays Etrangers
de s'y intéreſſer.
-
Si on doutoit des progrès rapides
que l'on fait par cette admirable mé
thode, on prie les perſonnes qui veulent
· M A I. 1764.
167
s'y intéreſſer, de s'adreſſer a M de Caſa
major, rue des Bons-Enfans , au coin
de la rue Neuve des Petits - Champs,
qui en a la preuve ſous ſes yeux ; &
à Mlle Fel, rue S. Thomas du Louvre,
L'une & l'autre de ces perſonnes, en
rendront témoignage. Cet
Ouvrage
convient également pour la Harpe.
PREMIER RECUEIL des Menuets
nouveaux , pour le Violon , avec Ac
· compagnement de Baſſe & de Clavecin,
§ a M. le Baron de S. PoRT, com
poſé par M. Cramer. Prix, 1
liv. 4 f.
chez M. Theveneau , au grand Bureau
de la Poſte de Paris , rue des Quatre
Vents ; & aux Adreſſes ordinaires de
Muſique.
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Résumé : MUSIQUE.
Le document présente deux ouvrages musicaux. Le premier est une méthode d'accompagnement au clavecin, proposée par M. Giannotti, permettant d'apprendre à accompagner toute sorte de musique en deux mois seul ou plus rapidement avec un maître. L'ouvrage est disponible par souscription limitée à deux cents exemplaires, au prix de 24 livres (12 livres à la souscription et 12 livres à la réception). Les souscriptions se font chez M. le Clerc, marchand de musique, rue Saint-Honoré, près la rue des Prouvaires, à Sainte-Cécile. La date limite pour les souscriptions est fixée à août 1764. Des témoignages sur l'efficacité de la méthode sont disponibles auprès de M. de Casa major ou de Mlle Fel. Cette méthode convient également pour la harpe. Le second ouvrage est un recueil de menuets nouveaux pour violon, avec accompagnement de basse et de clavecin, composé par M. Cramer et dédié à M. le Baron de Saint-Port. Ce recueil est vendu au prix de 1 livre et 4 francs chez M. Theveneau, au grand Bureau de la Poste de Paris, rue des Quatre-Vents, ainsi qu'aux adresses ordinaires de musique.
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4730
p. 167-169
GRAVURE.
Début :
lL paroît une Estampe nouvelle, dédiée à M. Handmann, Peintre à Basle, [...]
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
lL paroît une Estampe nouvelle, dédiée
à M. Handmann, Peintre à Basle,
repréſentant la Lune cachée , gravée
d'après le tableau original de Vander
néer, par le ſieur Zingg. Cet ingénieux
Artiſte, qui par l'intelligence de ſon
art & un burin extrêmement flatteur ,
·
168 MERCURE DE FRANCE. .
a le ſecret de rendre intéreſſantes : ſes
moindres productions, a ſçu réunir dans
celle-ci le gracieux à un très-bel effet.
Cette Eſtampe, dont le prix eſt de 1 liv.
• ſe trouve chez le fieur Aliamet , Gra
veur du RoI , rue des Mathurins, vis
à-vis celle des Maçons.
-
On trouve auſſi chez le même deux
autres Eſtampes nouvelles, gravées d'a-
près les Table auxoriginaux de Berghem,
qui ſont au cabinet de M. le Chevalier
Damery. Le prix de chacune de ces Eſ
tampes eſt de 1 liv. 16 ſ
Le ſieur MIGER vient de graver une
Eſtampe, d'après le Tableau Original,
peint à Rome d'après nature , par M.
Vien , intitulée l'Hermite ſans ſouci. Ce
Morceau qui ne peut faire que beau
coup d'honneur au burin de cet Artiſte,
eſt dédié à M. Cochin , Chevalier de
l'Ordre du RoI, Secrétaire perpétuel &
Hiſtoriographe de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture ; & ſe vend
au vieux Louvre , chez M. Vien, Peintre
du RoI.
PLAN d'une Maiſon , avec ſes dé
pendances, provenant de la ſucceſſion
-
de
M A I. 1764.
16g
de S. A. S. Mgr le COMTE DE CHA
RoLoIS , ſituée à la Nouvelle-France,
fait, & levé par M. Gillet, le jeune,
Architecte. Prix, 1 liv. 1o ſ. Chez l'Au
teur, grande rue du Fauxbourg Saint
Martin.
· Il ſe trouve attenant ce Château,
pluſieurs Maiſons propres pour des Ma
nufacture , pour des Marchands de
Vin & autres, que le ſieur Chefdeville ,
Officier du RoI , Maître de Muſette
des D A M E S D E F R A N C E , a
fait conſtruire , avec de beaux Jar
dins garnis d'eſpaliers & des meilleurs
fruits ; ainſi que de grands Emplace
mens propres a bâtir ſoit ſur trois rues,
ſoit du côté de la Campagne , à ven
dre en une ou en pluſieurs parties. On
peut s'adreſſer au ſieur Chefdeville ,
tous les Mardi & Vendredi de chaque
ſemaine après-midi, en ladite Maiſon ;
chez l'Auteur du Plan , à l'adreſſe ci
deſſus indiquée , & à MM. Maréchal
& Trutat, Notaires , rue de Condé à
Paris, qui donneront ſur ce Sujet,tous
les éclairciſſemens néceſſaires.
lL paroît une Estampe nouvelle, dédiée
à M. Handmann, Peintre à Basle,
repréſentant la Lune cachée , gravée
d'après le tableau original de Vander
néer, par le ſieur Zingg. Cet ingénieux
Artiſte, qui par l'intelligence de ſon
art & un burin extrêmement flatteur ,
·
168 MERCURE DE FRANCE. .
a le ſecret de rendre intéreſſantes : ſes
moindres productions, a ſçu réunir dans
celle-ci le gracieux à un très-bel effet.
Cette Eſtampe, dont le prix eſt de 1 liv.
• ſe trouve chez le fieur Aliamet , Gra
veur du RoI , rue des Mathurins, vis
à-vis celle des Maçons.
-
On trouve auſſi chez le même deux
autres Eſtampes nouvelles, gravées d'a-
près les Table auxoriginaux de Berghem,
qui ſont au cabinet de M. le Chevalier
Damery. Le prix de chacune de ces Eſ
tampes eſt de 1 liv. 16 ſ
Le ſieur MIGER vient de graver une
Eſtampe, d'après le Tableau Original,
peint à Rome d'après nature , par M.
Vien , intitulée l'Hermite ſans ſouci. Ce
Morceau qui ne peut faire que beau
coup d'honneur au burin de cet Artiſte,
eſt dédié à M. Cochin , Chevalier de
l'Ordre du RoI, Secrétaire perpétuel &
Hiſtoriographe de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture ; & ſe vend
au vieux Louvre , chez M. Vien, Peintre
du RoI.
PLAN d'une Maiſon , avec ſes dé
pendances, provenant de la ſucceſſion
-
de
M A I. 1764.
16g
de S. A. S. Mgr le COMTE DE CHA
RoLoIS , ſituée à la Nouvelle-France,
fait, & levé par M. Gillet, le jeune,
Architecte. Prix, 1 liv. 1o ſ. Chez l'Au
teur, grande rue du Fauxbourg Saint
Martin.
· Il ſe trouve attenant ce Château,
pluſieurs Maiſons propres pour des Ma
nufacture , pour des Marchands de
Vin & autres, que le ſieur Chefdeville ,
Officier du RoI , Maître de Muſette
des D A M E S D E F R A N C E , a
fait conſtruire , avec de beaux Jar
dins garnis d'eſpaliers & des meilleurs
fruits ; ainſi que de grands Emplace
mens propres a bâtir ſoit ſur trois rues,
ſoit du côté de la Campagne , à ven
dre en une ou en pluſieurs parties. On
peut s'adreſſer au ſieur Chefdeville ,
tous les Mardi & Vendredi de chaque
ſemaine après-midi, en ladite Maiſon ;
chez l'Auteur du Plan , à l'adreſſe ci
deſſus indiquée , & à MM. Maréchal
& Trutat, Notaires , rue de Condé à
Paris, qui donneront ſur ce Sujet,tous
les éclairciſſemens néceſſaires.
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Résumé : GRAVURE.
Le texte annonce plusieurs œuvres artistiques et biens immobiliers. Une estampe représentant la Lune cachée, gravée par Zingg d'après un tableau de Vander néer, est dédiée à M. Handmann et vendue 1 livre chez Aliamet. Deux autres estampes, gravées d'après des tableaux de Berghem appartenant au Chevalier Damery, sont également disponibles chez Aliamet à 1 livre 16 sous chacune. Miger a gravé 'l'Hermite sans souci' d'après un tableau de M. Vien, dédié à M. Cochin, et vendue au vieux Louvre chez M. Vien. Un plan d'une maison avec ses dépendances en Nouvelle-France, réalisé par l'architecte Gillet, est à vendre pour 1 livre 10 sous. Plusieurs maisons adaptées pour des manufactures ou des marchands de vin, construites par Chefdeville, sont également en vente. Des informations supplémentaires peuvent être obtenues auprès de Chefdeville, Gillet, ou des notaires Maréchal et Trutat à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4731
p. 170-191
NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de M. de VOLTAIRE.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. OLYMPIE, Fille d'Aléxandre, Mlle Clairon, CASSANDRE, Fils [...]
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texteReconnaissance textuelle : NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de M. de VOLTAIRE.
NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de
M. de VOLTAIRE. *
PERSONNAGES. ACTEURS.
OLYMPIE, Fille d'Aléxandre,
Mlle Clairon,
CASSANDRE, Fils d'Antipatre,
-
, Roi de Macédoine,
M. le Kain.
ANTIGONE, Roi d'une partie
-
de l'Aſie,
· M. Bellecour.
-
-
sTATIRA, veuve d'Alexandre, Mlle Dumeſnil
L'HIEROPHANTE, ou Grand
Prêtre qui préſide à la Célé
M, Britard. -
bration des grands Myſtères 2
soSTENE, Officier de Caſſandre, M. Dauberval.
HERMAS, Officier d'Antigone, M. Blainville,
Prêtres initiés, Prêtreſſes, Soldats
#
& Peuple.
.
*
-
-
La Scène eſt dans le Temple d'Ephèſe, où l'on cé
lébre les grands Myſtères.
:
* Comme cette Pièce eſt imprimée depuis long
temps, & qu'elle eſt entre les mains de tout le
monde , ainſi que tout ce qui s'imprime d'un Au
teur auſſi célébre, nous nous bornons à une ſimple
Notice.
º
· M A I. 1764.
171
A C T E P R E M I E R.
SosTENE eſt dans le Périſtyle du grand
Temple. La principale porte s'ouvre ;
Caſſandre en ſort, & paroît agité. Il con
fie à Soſtène le trouble dont il eſpère
être bientôt délivré. Les grands Myſtères
vont finir ; il s'eſt fait initier. Il invite
Soſtène à reſter dans le parvis, pour être
témoin de ſes premiers devoirs & de ſes
premiers ſoins envers Olympie. Cette
Olympie eſt une Eſclave enlevée dans
ſon enfance par Antipatre, qui avoit des
raiſons pour cacher le ſecret de ſa naiſ
ſance ; Caſſandre le ſçait & veut ré
parer l'outrage. Il avertit Soſtène que
cette prétendue Eſclave doit être reſpec
tée. Elle expie, dit-il , entre les mains
des Prêtreſſes qui la préſentent au Tem
ple, des forfaits qu'elle ne connoît pas,
& qu'il deſire ardemment qu'elle ne
connoiſſe jamais. Ce ſecret inquiète An
tigone. Il veut l'arracher de Caſſandre.
Il vient avant le jour le trouver pour ce
la dans les Parvis de ce Temple. Il ex
horte Caſſandre au nom de leur ancienne
amitié,à réunir leurs forces pour partager
laTerre entr'eux,&pour§ les con
quêtes d'Aléxandre contre les ennemis
H ij
*.
172 MERCURE DE FRANCE.
qui viennent de toutes parts s'emparer de
ces riches dépouiles.Sur un regret qui
échappe à Caſſandre, Antigone veut cal
mer ſes remords.Le premier avoitpréſen
té dans un feſtin le poiſon qui cauſa la
mort d'Aléxandre. Il lui avoit été donné
par ſon père Antipatre, mais fans lui en
avoir confié le ſecret Antigone , par le
portrait qu'il fait d'Aléxandre, entre
piend devguſtifier l'attentat. L'âme de
Caſſandre s'épouvante toujours de l'hor
reur du crime. Antigone, qui veut aller
à ſon but ſur le ſecret qu'il a deſſein
de pénétrer , reclame de nouveau l'ami
tié de Caſſandre. Il en exige une pro
meſſe de lui accorder ce qu'il demande
- ra. Caſſandre promet , Antigone ne de
mande qu'une Eſclave; mais cette Eſ
clave eſt Olympie. A cette demande
Caſſandre eſt troublé. Son ami inſiſte,
il répond par ces Vers :
» Sous les yeux vigilans des Dieux & des Déeſſes,
- olympie eſtgardée au milieu des Prêtreſſes.
» Les portes s'ouvriront quand il en ſera temps.
• Dans ce Parvis ouvert au reſte des vivans,
» Sans vous plaindre de moi, daignez au moins
-
-
» m'attendre.
# prendre,
T
,
•
-
» Des Myſtères nouveaux pourront vous y ſur
-
M A I. 1764.
- » Et vous déciderez ſi la Terre a des Rois
2º Qui puiſſent aſſervir Olympie à leurs loix.
173
Caſſandre rentre dans le Temple ;
Antigone crojt avoir pénétré le grand
myſtère qu'il ſoupçonne ſur le ſort d'O-
lympie. On ouvre les trois portes du
Temple , dont on découvre l'intérieur.
Les Prêtres d'un côté & les Prêtreſſes de
Pautre environnent l'Autel , ſur lequel
Caſſandre & Olympie méttent la main :
ils prononcent alternativement en pré
ſence de l'Hierophante, des ſermens
préparatoires de l'Hymen dont on va
célébrer la pompe. Caſſandre en appelle
à Antigone lui même, pour ſçavoir ſi,
malgré les liens de l'amitié, il pouvoit
lui faire un tel ſacrifice, & les portes du
Temple ſe referment. Antigone eſt plus
confirmé que jamais dans ſes ſoupçons
ſur le ſort d'Olympie. L'ambition & l'a-
mour ſe réuniſſent pourl'animer. Olym
pie a des droits qui peuvent élever ſon
Epoux au rang de Roi des Rois. L'a-
mour a plus d'empire ſur ſon cœur qu'il
ne croyoit lui-même ; tout excite ſa ja
louſie , tout enflâme ſa colère.. La pom
pe de l'Hymen qui s'apprête irrite & re
double en lui ces cruelles paſſions. Il
s'écarte des objets qui le bleſſent. Il va
-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
concerter les projets furieux qu'il con
çoit, pour empêcher que l'Hymen de
Caſſandre & d'Olympie ne s'accom
pliſſe.
-
A C T E I I.
: Les trois portes ſont ouvertes. Tout
le Théâtre eſt réputé alors l'intérieur
du Temple. L'Hierophante eſt envi
ronné des Prêtres & des Prêtreſſes.
Une ſeule Prêtreſſe, enſévelie dans ſa
douleur , n'aſſiſte point aux Myſtères.
Mais le ſort l'a nommée pour la célébra
tion de l'Hymen qui ſe prépare. La voix
du Sort eſt regardée comme celle de
Dieu même ; il faut qu'elle obéiſſe. Une
Prêtreſſe inférieure eſt chargée de la faire
venir. Elle paroît, elle regrette en larmes
la néceſſité qui l'arrache à ſa retraite.
Une autre néceſſité l'accable : ſon ſort
étoit reſté inconnu même dans l'intérieur
du Temple. Les loix du Rit qu'on y
pratique exigent qu'elle ſe déclare. Elle
cède avec effort ; elle prend le ſerment
de tout ce qui aſſiſte ſur les ſecrets qu'elle
va révéler.
Elle s'informe auparavant
s'il eſt vrai que Caſſandre ſoit au nombre
· des Initiés. Elle gémit de ce qu'il parle
aux mêmesDieux qu'elle. L'Hierophante
cherche à la conſoler par des ſentimens
t
- --
-
M A I. 1764.
,
175
de Religion. Enfin cette Prêtreſſe voi
lée eſt Statira ; c'eſt la fille de Darius ,
c'eſt la veuve d'Aléxandre , qui décla
re que Caſſandre eſt l'auteur de la
mort de ſon Maître, qu'il a plongé dans
ſon ſein à elle-même un fer meurtrier ,
& qu'il
l'a laiſſée mourante , ſur le
corps de ſon auguſte Epoux. L'Hiero
phante veut ſe proſterner aux pieds de
cette grande Reine ; mais elle ne de
mande de reſpect que pour ſa douleur.
Elle connoît trop le néant des grandeurs
du monde. Un vil étranger, un pauvre,
ſoulagea la miſère de Darius ; une fem
me Ephéſienne lui a ſauvé la vie à elle
même, abandonnée de ſes amis & de
ſes Sujets. Cette femme eſt la Prêtreſſe
inférieure qui l'accompagne ; l'horreur
du monde l'a déterminée à s'enterrer
vivante au fond de ce Temple. Elle
pleure une fille , un enfant arraché de
ſes bras ſanglans Quelques efforts qu'il
en puiſſe coûter à ſon cœur, la loi qu'elle
, a embraſſée l'oblige en cette occaſion à
bénir elle-même l'Hymen d'Olympie &
de Caſſandre : c'eſt elle qui doit préſen
ter le feu ſacré, l'eau luſtrale, l'encens,
enfin tout ce qui doit conſacrer cette au
· guſte Cérémonie. L'Hierophante plaint
Statira, & la laiſſe ſeule attendre Olym
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ie Celle - ci s'avance. Le Temple eſt
ébranlé à ſon approche. - Le cœur de
Statira eſt ému juſqu'au trouble, à l'aſ
pect de cette jeune Perſonne, qu'elle re
garde comme une victime dévouée au
malheur. Elle plaint ſur tout l'illuſion de
ſon cœur , quand elle entend de ſa bou
che ingénue la déclaration vraie & ſin
cère de ſes ſentimens pour Caſſandre.
» Depuis " dit olympie) que je tombai en ſes au
» guſtes mains,
-
» J'ai vu toujours en lui le plus grand des Humains.
» Je chéris un Epoux, & je révère un Maître.
» Voilà mes ſentimens, & voilà tout mon être.-
C'eſt dans cette Scène que ſe prépare
de la manière la plus naturelle & la plus
intéreſſante , la reconnoiſſance entre la
mère & la fille. Toutes les réponſes
d'Olympie aux queſtions de Statira ſur
ſon ſort, ſur les époques de ſa naiſſance
& de ſon eſclavage, jettent une lumière
encore indéciſe, mais qui frappe ſenſi
Àblement l'âme de cette mère infortunée.
L'Hierophante ſurvient : il achève d'é-
claircir ce grand évènement. Il apprend
·à Statira qu'Antigone, que les Peuples,
· que l'Armée, que toutes les voix enfin ſe
réuniſſent à déclarer que cette Olympie
-
, M A I. 1764.
177
eſt fille d'Aléxandre. Ce bonheur eſt
mêlé pour Statira de l'affreuſe amertu
me qu'y répand l'Hymen projetté. On
menace le Temple ; des Soldats l'envi
ronnent. Ephèſe eſt diviſée en deux fac
. tions. L'Hierophante exhorte les Prin
ceſſes à demeurer au pied des Autels. Il
va ſe préſenter aux Rois audacieux †
menacent de violer la ſainteté de ſon
aſyle ; & ſi la tyrannie, dit-il, oſoit en
approcher ,
23 marcher.
-
» C'eſt ſur ſon corps ſanglant qu'il lui faudra
Statira fait des vœux pour le ſuccès
des armes d'Antigone , & de doulou
reuſes réfléxions ſur la néceſſité où elle
eſt de n'attendre du ſecours que de ſes
ennemis qui ont été ſes Sujets. Elle ex
horte Olympie à ſuivre le devoir qu'el
le-même s'eſt preſcrit, de ſoutenir le
grand nom qui reſte à la mère & à la
fille.
·
·
·
·
·
A c T E I I i
, ,
| LE Temple eſt fermé. Caſſandre &
Soſtène ſont dans le périſtile. Le pre
mier a cédé à la voix publique. Il eſt
convenu qu'Olympie º# d'Aléxan
178 MERCURE DE FRANCE.
dre. Antigone, abuſant de la religion ,
qu'il ne reſpecte pas, a ſoulevé le Peu
ple, & fait enviſager comme un crime
affreux l'hymen de Caſſandre avec une
fille dont il a tué la mère. Caſſandre
convient avoir tué Statira , mais c'eſt .
dans le tumulte & l'horreur des com
bats. Son plus grand ſupplice eſt d'être
coupable aux yeux d'Olympie qu'il
adore. Il eſpére cependant de la ten
dreſſe d'Olympie, dont le cœur eſt à lui
dès l'enfance. Mais ſi elle retiroit la
inain qu'elle lui a donnée, il menace
de détruire le Temple même dont il eſt
le défenſeur.
Il cherche Olympie ,
il
eſt arrêté par l'Hierophante. Il lui de
mande la Princeſſe , l'Hierophante lui
| promet que la Prêtreſſe chargée du ſoin
ſacré de la cérémonie, va bientôt l'a-
mener; mais il fait des vœux pour que
cet hymen n'occaſionne pas le mal
heur de l'un & de l'autre époux. Ces
vœux allarment Caſſandre , il veut faire
expliquer l'Hierophante, il l'accuſe d'ê-
trc du parti d'Antigone contre lui. Le
Grand-Prêtre répond à ce ſoupçon avec
· une religieuſe fermeté.
-
» Me préſervent les cieux de paſſer les limites
» Que mon culte paiſible à mon zéle a preſcrites
* -
M A I. 1764
:
1-3
» Les intrigues des cours, les cris des factions, .
» Des humains que je fuis les triſtes paſſions
» N'ont point encor troublé nos retraites obſcures,
» Au Dieu que nous ſervons nous levons des
» mains pures.
-
» Les débats des grands Rois prompts à ſe divi
» ſer 2
v
» Ne ſont connus de nous que pour les appaiſer.
» Et nous ignorerions leurs grandeurs paſſagères,
» Sans le fatal beſoin qu'ils ont de nos prières.
;
•
.
.
•
•
.
&c. &c.
•
-
· Olympie s'avance avec Statira voi
lée. Dans cette Scène, en même temps
terrible & attendriſſante, Caſfandre re
connoît Statira dans les bras de laquelle
ſejette Olympie. Caſſandre eſt confondu
& accablé de ſes remords. Statira lui
rappelle tous les crimes qu'elle lui re
proche. Il ne prétend s'excuſer ſur rien,
Olympie, preſſée par un devoir qu'elle
croit ſacré, demande elle-même à ſa
mère d'éteindre les flambeaux d'un ſi
funeſte hyménée. Caſſandre au déſeſ
oir, Caſſandre, qui a mis ſon Sceptre
ſa Couronne aux pieds de ces Prin
ceſſes, ſans prétendre ſe juſtifier, n'é-
coutant plus qu'un amour auquel il ne
peut réſiſter, jure d'enlever du Temple
& même des bras de ſa mère la triſte
H vj.
5
-
18o MERCURE DE FRANCE.
Olympie qu'il a droit de regarder déjà
comme ſon épouſe. Il ſort & laiſſe les
deux Princeſſes dans les allarmes que
leur cauſe la fureur de ſes menaces. An
tigone vient ſe préſenter à Statira pour
être le défenſeur de la veuve & de la
fille d'Aléxandre. Il demande le ſuffra
ge de Statira ; il l'obtient aiſément du
defir qu'elle a de ſe venger ; mais il
prétend pour prix de ſes ſervices la main
d'Olympie. Statira conſulte l'aveu de ſa
fille. Celle-ci apporte pour excuſe le
trouble affreux de ſa ſituation,& ne pro
met rien. Statira répond de ſon aveu,
Reſtée ſeule avec ſa fille, elle la preſſe
de ſe décider, elle lui propoſe de ral
lumer pour Antigone les flambeaux de
l'hymen éteints pour Caſſandre. Olym
pie ſe défend quelque temps, en pro
,teſtant qu'elle ne veut d'autre Trône ,
d'autre hymen que la retraite obſcure
qu'avoit choiſie ſa mère , pour elle
même. Elle propoſe à cette mère affli
gée, de laiſſer tous les débats de ces
Rois forcenés, de ne point joindre leurs
mains tremblantes, à ces mains meur
trières.
-
• Les larmes ſont pour nous , les crimes ſont
» pour eux.
·
-
Ces larmes , qu'en effet elle voit ré
VA
,
,
A
-
M A I. 1764.
18 x
pandre à ſa fille, glacent d'horreur Sta
tira. La tremblante Olympie ne peut
lui cacher qu'elle aime Caſſandre , mais
elle jure de le fuir. Statira eſt épouvan
tée d'un ſentiment qu'elle déteſte dans
ſa fille, celle-ci tombe à ſes pieds.
-
•
» Hélas, dit-elle, de douleur dévorée,
» Tremblante à vos genoux, je les baigne de
» pleurs.
» Ma mère, pardonnez.
1
ST A T I RA,
» Je pardonne & je meurs :
Olympie jure de ne jamais trahir ſes
devoirs, & de mourir plutôt que d'of
fenſer la gloire des Auteurs de ſa naiſ
ſance. Statira eſt pénétrée de douleur
de voir qu'Olympie peut mourir plutôt
que de haïr l'ennemi qu'elle déteſte.
Mais elle compte ſur ſa vertu, & ne peut
la regarder comme coupable.
-
A C T E I V.
, Antigone eſt dans le périſtile, ſes ſol
dats occupent les paſſages qui condui
ſent au Temple ;le Peuple d'Ephèſe eſt
partagé entre Caſſandre & lui ; le ſignal
de la guerre eſt donné, il y court ; mais
il eſt arrêté par Caſſandre, qui lui re
proche l'amitié trahie, Antigone lui ob
r82 MERCURE DE FRANCE.
jecte ſes crimes & l'erreur à laquelle ii
prétend qu'il devoit la tendreſſe d'O-
lympie. Il lui propoſe de reprendre leur
ancienne alliance , & même de périr
pour lui s'il veut céder Olympie. Caſ -
ſandre ne répond à cette propoſition
que par celle d'un combat ſingulier.
Le combat eſt accepté , ils mettent
répée à la main aux portes du Tem=
ple; l'Hierophante les ouvre. Il apoſtro
phe avec véhémence les deux Rois qui
profanent ſon ſaint aſyle. Les Prêtres,
les Initiés & le peuplé en foule ſe pré
cipitent entre les combattans & les ſé
parent. Antigone perſiſte & atteſte le
Ciel & les Mânes d'Aléxandre qu'il ne
ſouffrira pas qu'un hymen illégitime
s'accompliſſe. Caſſandre n'eſt pas plus
diſpoſé à céder de ſes
prétentions,
L'Hierophante exhorte ce dernier à la
modération. Il lui repréſente la force
de la loi, qui permet à une femme de
paſſer dès le même jour dans les bras
d'un autre époux , ſi le ſien a verſé le
† de quelqu'un de ſa famille, dans
quelque circonſtance & de quelque
rang que ſoit cet époux. De plus , la
mère d'Olympie vit encore, c'eſt à elle
à diſpoſer du ſort de ſa fille. C'eſt à lui
d'attendre les arrêts de l'une & de l'au
*.
'\
M A I. 1764.
183
tre. Antigone ſaiſit comme un eſpoir
certain de ſon ſuccès ce qu'a dit l'Hié
rophante. Caſſandre , libre avec ſon
Confident, ſe promet de ſe porter aux
plus grandes extrémités plutôt que de
renoncer à l'hymen d'Olympie. Mais
Antigone a ſéduit Statira. Il ne doit
pas eſpérer de fléchir cette mère irritée.
Ses remords ne lui laiſſent pas la dou
ceur de penſer qu'Olympie elle-même
puiſſe jamais lui pardonner. Il a formé
le projet de l'enlever aux Dieux mêmes
qu'il a ſervis. Dans ce moment,il apper
- çoit Olympie proſternée aux pieds d'un
Autel. Il ordone à Soſtène d'allet tout
préparer pour l'enlévement.Olympie ap
| perçoit Caſſandre. Celui-ci fait les der
niers efforts pour calmer l'horreur qui
accable l'âme de ſa maîtreſſe. Il la preſſe
de le ſuivre, elle lui demande avec inſ
tance de la fuir. Elle s'irrite de la crainte
qu'il a qu'elle ne céde aux vœux d'An
tigone. Enfin, ſur ce qu'il veut entre
prendre de l'arracher de ſon aſyle, elle
lui demande la mort. Caſſandre lui re
| proche l'excès de ſa haine. Olympie
termine ſes reproches par un dernier
aveu du ſentiment le plus tendre.
» Ma haine eſt-elle juſtè, & l'as-tu méritée ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
» Caſſandre, fi ta main féroce, enfanglantée ;-
» Ta main, qui de ma Mère oſa percer le fianc s
» N'eût frappé que moi ſeule & verſé que mora
-
» ſang ,
-
-
· » Je te pardonnerois,je t'aimerois .. .. babare
» Va, tout nous déſunit •
• • • • • • • . .
' Caſſandre inſiſte encore plus vivement:
Quand elle devroit l'épouſer pour lui
percer le cœur, il faut que ſon deſtin
s'accompliſſe , il faut qu'elle le ſuive ... --
--
*-
-
"
» Haïſſez, puniſſez, mais ſuivez votre époux.
Soſtène, interrompt cette Scène en
venant informer Caſſandre qu'Antigone
eſt aux portes du Temple; qu'il cher
che à ſéduire ſes amis , à détourner
, ſes ſoldats, que le Peuple eſt ébranlé ,
qu'il atteſte Aléxandre , Olympie elle
même. Caſſandre accuſe tendrement
· Olympie de vouloir ſa mort. Il lui arra
· che encore un nouvel aveu de ſa foibleſſé.
:
*
o LY MP 1E.
» Moi : vouloir ton trépas ! ... va,j'en ſuis
· » incapable. .. ..
'» Vis loin de moi,
-
C A S S A N'D R E.
º » Sans vous le jour m'eſt érécrable
|
-
M A I. 1764.
185
» Et s'il m'eſt conſervé,je revole en ces lieux ,
» Je vous arrache au Temple, & je meurs à vos
» yeux.
- -
-
-
Olympie ſe reproche amérement les
pleurs que lui coûte Caſſandre. La voix
du devoir, la voix de la nature eſt la
ſeule à qui elle veut obéir. Les Dieux
avoient reçu d'elle les ſermens de l'amour
le plus tendre. Les Dieux ont tout chan
é.... mais qu'ils changent donc ſon
· cœur. C'eſt ce qu'elle implore du Ciel.
» Eh! que peut ſur ſoi-même une foible Mortelle !
·
Elle ſent bien qu'elle enfonce le
trait qu'elle veut arracher. Ce cœur déja
déchiré, va éprouver de nouvelles bleſ
ſures. L'Hiérophaute vient apprendre
à Olympie que Statira ſa Mère, al
# du bruit & du carnage qui pro
fauent lesiſſues du Temple, & voyant
que Caſſandre s'y fraye un chemin,
dans la crainte de voir ſa fille tomber
entre les mains du raviſſeur qu'elle
abhorre, a faiſi le glaive des ſacrifices
& s'en eſt percé le ſein. Caſſandre eſt
à ſes pieds, Caſſandre l'implore , mais
ſa ſoumiſſion & ſes ſoins redoublent
l'horreur de ſes derniers momens. Sta
tira va expirer. Elle a éxigé de l'Hié
".
186 MERCURE DE FRANCE.
rophante qu'il viendroit conſoler Olym
pie & lui dire que la dernière volon
té de ſa Mère, eſt que pour la ven
ger elle épouſe Antigone. Olympie veut
aller mourir près d'elle. L'Hiérophante
lui dit :
» Armez-vous de courage..
-
·
O L Y M P I E.
· A. C T E , V.
-
° ""
» O ſang qui m'a fait naître !
» J'en ai beſoin, Seigneur, & j'en aurai peut
:
·
·
t F
º ..
· Antigone, dans le périſtyle, s'entre
tient avec ſon Confident ſur l'eſpoir qui
femble l'aſſurer de poſſéder Olympie :
les dernières volontés de ſa mère lui
donnent ſur elle des droits irrévocables,.
auxquels il ne doute pas qu'elle ne ſonſ
crive. Si Caſſandre entreprenoit de s'y
oppoſer, il ſe promet de l'en punir. Mais
le reſpect de la Pompe funèbre va ſuſ
pendre toute hoſtilité. L'Hierophante ,
les Prêtres & les Prêtreſſes s'avancent en
pleurant; on ſoutient Olympie, à peine
reſpirante. Antigone s'adreſſe à elle pour
lui promettre de venger ſa mère, & pour
la raſſurer contre toutes les entrepriſes
M A I. 1764.
187
de Caſſandre. Olympie répond par ces
deux vers :
• Ah, Seigneur ! parlez moins de meurtre & de
-
» vengeance.
-
» Elle a vécu, je meurs au reſte des humains. .
- Antigone ſe retire. Olympie conſulte
l'Hierophante, pour ſçavoir s'il ne lui eſt
pas permis de conſacrer le reſte de ſa vie
dans le Temple, & de s'enſévelir dans la
même obſcurité qui avoit dérobé ſa
mère aux regards des humains. Convain
cue par ce Miniſtre des Dieux, que ſi
elle ne choiſit pas Antigone pour époux,
il faut qu'elle retombe au pouvoir de
Caſſandre, elle prend ſon parti; &, ſans
s'expliquer davantage, elle dit à l'Hiero
phante que ſon choix eſt fait, qu'elle eſt
déterminée.. ..... Lorſqu'il veut ſçavoir
d'elle ſur qui tombe ce choix, elle lui
rappelle le contraſte inconciliable qu'il
trouve lui-même entre les flambeaux de
la mort & ceux de l'Hymen. Elle s'in
forme s'il lui ſera permis d'approcher du
corps de ſa mère, & de lui rendre les
derniers dévoirs ſur le Bucher. L'Hiero
phante l'aſſure que non-ſeulement elle le
peut, mais qu'elle le doit. C'eſt elle qui
préſentera les offrandes funéraires, c'eſt
·
183 MERCURE DE FRANCE.
elle qui fera les libations , &c. Les
Prêtreſſes apportent tout ce qui eſt né
ceſſaire pour cette lugubre cérémonie.
Olympie preſſe l'Hierophante de tout
préparer. Elle le prie de faire venir les
deux Rois rivaux.
C'eſt devant eux
qu'elle veut s'expliquer, aux pieds des
Autels, à l'aſpect de ſa mère, aux yeux
des Prêtreſſes..
» Témoins de mes malheurs, témoins de mes
» promeſſes,
s
-
-
» Mes ſentimens, mon choix vont être déclarés.
»Vous les plaindrez peut-être, & les approuverez,
Olympie gémit en ſecret de l'empire
cruel que Caſſandre conſerve malgré
elle ſur ſon cœur. Il arrive le premier,
il vient offrir de s'immoler , il ſe re
connoît auſſi coupable que malheu
reux ; mais il invoque toujours les ſer
mens de l'Hymen. Il ſe jette à ſes ge
noux ,
•s Venge-toi, dit-il, punis-moi; mais ne ſois pointº
» parjure.
.
-
» Va,l'Hymen eſt encor plus ſaint que la Nature
Elle le fait relever, en le conjurant de
ne pas ſouiller les dons qu'elle va pré
· ſenter, & de ne pas approcher du lieu
-
M A I. 1764.
189
de la Cérémonie. Antigone de ſon côté
vient preſſer la Princeſſe de s'expliquer.
Elle le promet; mais elle exige, de mê
me que de Caſſandre, qu'il la reſpecte
en ces momens funébres, & qu'il ſe ſou
mette à ſes volontés. Les deux rivaux en
font le ferment. Alors Olympie s'accuſe
elle même d'avoir mérité ſes malheurs,
d'avoir trahi ſes parens dès qu'elle les a
connus. Sa mère en expirant lui a or
donné d'épouſer Antigone, elle a refu
ſé d'obéir. Elle interrompt le reproche
que veut faire Antigone, en lui diſant :
» A ſes Mânes (de ſa mère) à vous, je ne fais
» point d'injure ; .
'
-
» Je rends juſtice à tous, & je la rends à moi ,
» Coſſandre, devant lui je vousdonnai ma foi,
» Voyez ſi mes liens ont été légitimes ;
» Je vous laiſſe en juger , vous connoiſſez vos
» crimes.
» Il ſeroit ſuperflu de vous les reprocher,
•s Réparez-les un jour...
On voit le Bucher déjà embrâſé ;
Olympie le fait conſidérer à Caſſandre ;
elle y monte avec une noble & modeſte
aſſurance ; elle y fait toutes les céré-
monies du culte des Anciens, & rela
tives à leur grande vénération pour les
Mânes de leurs parens.
4
|
|
|
#
º,
·
sgo MERCURE DE FRANCE.
Après une apoſtrophe à Caſſandre,
· qui rappelle & ſes crimes & les malheurs
d'Olympie, en lui diſant :
» Tu crois mes lâches feux de mon âme bannie ;
» Apprends que je t'adore, & que je m'en punis. - -
» Cendres de Statira ! recevez Olympie.
Elle ſe jette dans le Bucher, & diſpa
roît comme dévorée par les flammes.
L'Hiérophante , les Prêtres & les Prê
treſſes ainſi que tous les Afſiſtans ſont
ſaiſis de terreur & d'admiration. Caſ
ſandre, en ſe frappant, s'immole à ſon
amour & à ſes remords. Il exhorte An
tigone à l'imiter. .
-
Ainſi finit cette Tragédie , par un
coup de Théâtre auſſi neuf ſur no
,tre Scène, que pathétique & pittoreſ
'que. Coup de Théâtrè auquel le talent
ſublime de Mlle Clairon pour la repré
ſentation, met une vérité & une di
gnité , qui en ont toujours rendu l'effet
admirable.
-
-
-
N. B. Nous n'ajouterons point de re
marques à celles qui ſont imprimées avec,
cette Piéce. Il y auroit une préſomption
répréhenſible en nous , de prétendre
donner plus d'éclairciſſemens au Lec
teur ſur les Ouvrages de l'Auteur d'O-
-
M A I. 1764.
I 9 I
lympie, qu'il en donne lui-même. Su
périeur à nos éloges, il en ſeroit peu
flatté, & le Public n'a pas beſoin d'être
· excité à lui donner tous ceux que ſes
productions ſont en droit d'obtenir.
Nous nous arrêterons, ſur cette Tra
gédie, à un fait bien conſtaté, c'eſt que
les repreſentations ont attiré & atta
ché un un fort grand nombre de Spec
tateurs. Il y a , comme on voit dans
la
texture de ce Drame , une aſſez
grande quantité de points tragiques ,
qui naiſſent des ſituations. La fingu
larité du Spectacle , ſa pompe & ſa
majeſté, imprimeront toujours une ſor
te d'émotion, que l'art ne doit peut
être pas dédaigner de mettre au nombre
de ſes moyens, mais dont il ſeroit dan
· gereux de faire trop uſage.
M. de VOLTAIRE. *
PERSONNAGES. ACTEURS.
OLYMPIE, Fille d'Aléxandre,
Mlle Clairon,
CASSANDRE, Fils d'Antipatre,
-
, Roi de Macédoine,
M. le Kain.
ANTIGONE, Roi d'une partie
-
de l'Aſie,
· M. Bellecour.
-
-
sTATIRA, veuve d'Alexandre, Mlle Dumeſnil
L'HIEROPHANTE, ou Grand
Prêtre qui préſide à la Célé
M, Britard. -
bration des grands Myſtères 2
soSTENE, Officier de Caſſandre, M. Dauberval.
HERMAS, Officier d'Antigone, M. Blainville,
Prêtres initiés, Prêtreſſes, Soldats
#
& Peuple.
.
*
-
-
La Scène eſt dans le Temple d'Ephèſe, où l'on cé
lébre les grands Myſtères.
:
* Comme cette Pièce eſt imprimée depuis long
temps, & qu'elle eſt entre les mains de tout le
monde , ainſi que tout ce qui s'imprime d'un Au
teur auſſi célébre, nous nous bornons à une ſimple
Notice.
º
· M A I. 1764.
171
A C T E P R E M I E R.
SosTENE eſt dans le Périſtyle du grand
Temple. La principale porte s'ouvre ;
Caſſandre en ſort, & paroît agité. Il con
fie à Soſtène le trouble dont il eſpère
être bientôt délivré. Les grands Myſtères
vont finir ; il s'eſt fait initier. Il invite
Soſtène à reſter dans le parvis, pour être
témoin de ſes premiers devoirs & de ſes
premiers ſoins envers Olympie. Cette
Olympie eſt une Eſclave enlevée dans
ſon enfance par Antipatre, qui avoit des
raiſons pour cacher le ſecret de ſa naiſ
ſance ; Caſſandre le ſçait & veut ré
parer l'outrage. Il avertit Soſtène que
cette prétendue Eſclave doit être reſpec
tée. Elle expie, dit-il , entre les mains
des Prêtreſſes qui la préſentent au Tem
ple, des forfaits qu'elle ne connoît pas,
& qu'il deſire ardemment qu'elle ne
connoiſſe jamais. Ce ſecret inquiète An
tigone. Il veut l'arracher de Caſſandre.
Il vient avant le jour le trouver pour ce
la dans les Parvis de ce Temple. Il ex
horte Caſſandre au nom de leur ancienne
amitié,à réunir leurs forces pour partager
laTerre entr'eux,&pour§ les con
quêtes d'Aléxandre contre les ennemis
H ij
*.
172 MERCURE DE FRANCE.
qui viennent de toutes parts s'emparer de
ces riches dépouiles.Sur un regret qui
échappe à Caſſandre, Antigone veut cal
mer ſes remords.Le premier avoitpréſen
té dans un feſtin le poiſon qui cauſa la
mort d'Aléxandre. Il lui avoit été donné
par ſon père Antipatre, mais fans lui en
avoir confié le ſecret Antigone , par le
portrait qu'il fait d'Aléxandre, entre
piend devguſtifier l'attentat. L'âme de
Caſſandre s'épouvante toujours de l'hor
reur du crime. Antigone, qui veut aller
à ſon but ſur le ſecret qu'il a deſſein
de pénétrer , reclame de nouveau l'ami
tié de Caſſandre. Il en exige une pro
meſſe de lui accorder ce qu'il demande
- ra. Caſſandre promet , Antigone ne de
mande qu'une Eſclave; mais cette Eſ
clave eſt Olympie. A cette demande
Caſſandre eſt troublé. Son ami inſiſte,
il répond par ces Vers :
» Sous les yeux vigilans des Dieux & des Déeſſes,
- olympie eſtgardée au milieu des Prêtreſſes.
» Les portes s'ouvriront quand il en ſera temps.
• Dans ce Parvis ouvert au reſte des vivans,
» Sans vous plaindre de moi, daignez au moins
-
-
» m'attendre.
# prendre,
T
,
•
-
» Des Myſtères nouveaux pourront vous y ſur
-
M A I. 1764.
- » Et vous déciderez ſi la Terre a des Rois
2º Qui puiſſent aſſervir Olympie à leurs loix.
173
Caſſandre rentre dans le Temple ;
Antigone crojt avoir pénétré le grand
myſtère qu'il ſoupçonne ſur le ſort d'O-
lympie. On ouvre les trois portes du
Temple , dont on découvre l'intérieur.
Les Prêtres d'un côté & les Prêtreſſes de
Pautre environnent l'Autel , ſur lequel
Caſſandre & Olympie méttent la main :
ils prononcent alternativement en pré
ſence de l'Hierophante, des ſermens
préparatoires de l'Hymen dont on va
célébrer la pompe. Caſſandre en appelle
à Antigone lui même, pour ſçavoir ſi,
malgré les liens de l'amitié, il pouvoit
lui faire un tel ſacrifice, & les portes du
Temple ſe referment. Antigone eſt plus
confirmé que jamais dans ſes ſoupçons
ſur le ſort d'Olympie. L'ambition & l'a-
mour ſe réuniſſent pourl'animer. Olym
pie a des droits qui peuvent élever ſon
Epoux au rang de Roi des Rois. L'a-
mour a plus d'empire ſur ſon cœur qu'il
ne croyoit lui-même ; tout excite ſa ja
louſie , tout enflâme ſa colère.. La pom
pe de l'Hymen qui s'apprête irrite & re
double en lui ces cruelles paſſions. Il
s'écarte des objets qui le bleſſent. Il va
-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
concerter les projets furieux qu'il con
çoit, pour empêcher que l'Hymen de
Caſſandre & d'Olympie ne s'accom
pliſſe.
-
A C T E I I.
: Les trois portes ſont ouvertes. Tout
le Théâtre eſt réputé alors l'intérieur
du Temple. L'Hierophante eſt envi
ronné des Prêtres & des Prêtreſſes.
Une ſeule Prêtreſſe, enſévelie dans ſa
douleur , n'aſſiſte point aux Myſtères.
Mais le ſort l'a nommée pour la célébra
tion de l'Hymen qui ſe prépare. La voix
du Sort eſt regardée comme celle de
Dieu même ; il faut qu'elle obéiſſe. Une
Prêtreſſe inférieure eſt chargée de la faire
venir. Elle paroît, elle regrette en larmes
la néceſſité qui l'arrache à ſa retraite.
Une autre néceſſité l'accable : ſon ſort
étoit reſté inconnu même dans l'intérieur
du Temple. Les loix du Rit qu'on y
pratique exigent qu'elle ſe déclare. Elle
cède avec effort ; elle prend le ſerment
de tout ce qui aſſiſte ſur les ſecrets qu'elle
va révéler.
Elle s'informe auparavant
s'il eſt vrai que Caſſandre ſoit au nombre
· des Initiés. Elle gémit de ce qu'il parle
aux mêmesDieux qu'elle. L'Hierophante
cherche à la conſoler par des ſentimens
t
- --
-
M A I. 1764.
,
175
de Religion. Enfin cette Prêtreſſe voi
lée eſt Statira ; c'eſt la fille de Darius ,
c'eſt la veuve d'Aléxandre , qui décla
re que Caſſandre eſt l'auteur de la
mort de ſon Maître, qu'il a plongé dans
ſon ſein à elle-même un fer meurtrier ,
& qu'il
l'a laiſſée mourante , ſur le
corps de ſon auguſte Epoux. L'Hiero
phante veut ſe proſterner aux pieds de
cette grande Reine ; mais elle ne de
mande de reſpect que pour ſa douleur.
Elle connoît trop le néant des grandeurs
du monde. Un vil étranger, un pauvre,
ſoulagea la miſère de Darius ; une fem
me Ephéſienne lui a ſauvé la vie à elle
même, abandonnée de ſes amis & de
ſes Sujets. Cette femme eſt la Prêtreſſe
inférieure qui l'accompagne ; l'horreur
du monde l'a déterminée à s'enterrer
vivante au fond de ce Temple. Elle
pleure une fille , un enfant arraché de
ſes bras ſanglans Quelques efforts qu'il
en puiſſe coûter à ſon cœur, la loi qu'elle
, a embraſſée l'oblige en cette occaſion à
bénir elle-même l'Hymen d'Olympie &
de Caſſandre : c'eſt elle qui doit préſen
ter le feu ſacré, l'eau luſtrale, l'encens,
enfin tout ce qui doit conſacrer cette au
· guſte Cérémonie. L'Hierophante plaint
Statira, & la laiſſe ſeule attendre Olym
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
ie Celle - ci s'avance. Le Temple eſt
ébranlé à ſon approche. - Le cœur de
Statira eſt ému juſqu'au trouble, à l'aſ
pect de cette jeune Perſonne, qu'elle re
garde comme une victime dévouée au
malheur. Elle plaint ſur tout l'illuſion de
ſon cœur , quand elle entend de ſa bou
che ingénue la déclaration vraie & ſin
cère de ſes ſentimens pour Caſſandre.
» Depuis " dit olympie) que je tombai en ſes au
» guſtes mains,
-
» J'ai vu toujours en lui le plus grand des Humains.
» Je chéris un Epoux, & je révère un Maître.
» Voilà mes ſentimens, & voilà tout mon être.-
C'eſt dans cette Scène que ſe prépare
de la manière la plus naturelle & la plus
intéreſſante , la reconnoiſſance entre la
mère & la fille. Toutes les réponſes
d'Olympie aux queſtions de Statira ſur
ſon ſort, ſur les époques de ſa naiſſance
& de ſon eſclavage, jettent une lumière
encore indéciſe, mais qui frappe ſenſi
Àblement l'âme de cette mère infortunée.
L'Hierophante ſurvient : il achève d'é-
claircir ce grand évènement. Il apprend
·à Statira qu'Antigone, que les Peuples,
· que l'Armée, que toutes les voix enfin ſe
réuniſſent à déclarer que cette Olympie
-
, M A I. 1764.
177
eſt fille d'Aléxandre. Ce bonheur eſt
mêlé pour Statira de l'affreuſe amertu
me qu'y répand l'Hymen projetté. On
menace le Temple ; des Soldats l'envi
ronnent. Ephèſe eſt diviſée en deux fac
. tions. L'Hierophante exhorte les Prin
ceſſes à demeurer au pied des Autels. Il
va ſe préſenter aux Rois audacieux †
menacent de violer la ſainteté de ſon
aſyle ; & ſi la tyrannie, dit-il, oſoit en
approcher ,
23 marcher.
-
» C'eſt ſur ſon corps ſanglant qu'il lui faudra
Statira fait des vœux pour le ſuccès
des armes d'Antigone , & de doulou
reuſes réfléxions ſur la néceſſité où elle
eſt de n'attendre du ſecours que de ſes
ennemis qui ont été ſes Sujets. Elle ex
horte Olympie à ſuivre le devoir qu'el
le-même s'eſt preſcrit, de ſoutenir le
grand nom qui reſte à la mère & à la
fille.
·
·
·
·
·
A c T E I I i
, ,
| LE Temple eſt fermé. Caſſandre &
Soſtène ſont dans le périſtile. Le pre
mier a cédé à la voix publique. Il eſt
convenu qu'Olympie º# d'Aléxan
178 MERCURE DE FRANCE.
dre. Antigone, abuſant de la religion ,
qu'il ne reſpecte pas, a ſoulevé le Peu
ple, & fait enviſager comme un crime
affreux l'hymen de Caſſandre avec une
fille dont il a tué la mère. Caſſandre
convient avoir tué Statira , mais c'eſt .
dans le tumulte & l'horreur des com
bats. Son plus grand ſupplice eſt d'être
coupable aux yeux d'Olympie qu'il
adore. Il eſpére cependant de la ten
dreſſe d'Olympie, dont le cœur eſt à lui
dès l'enfance. Mais ſi elle retiroit la
inain qu'elle lui a donnée, il menace
de détruire le Temple même dont il eſt
le défenſeur.
Il cherche Olympie ,
il
eſt arrêté par l'Hierophante. Il lui de
mande la Princeſſe , l'Hierophante lui
| promet que la Prêtreſſe chargée du ſoin
ſacré de la cérémonie, va bientôt l'a-
mener; mais il fait des vœux pour que
cet hymen n'occaſionne pas le mal
heur de l'un & de l'autre époux. Ces
vœux allarment Caſſandre , il veut faire
expliquer l'Hierophante, il l'accuſe d'ê-
trc du parti d'Antigone contre lui. Le
Grand-Prêtre répond à ce ſoupçon avec
· une religieuſe fermeté.
-
» Me préſervent les cieux de paſſer les limites
» Que mon culte paiſible à mon zéle a preſcrites
* -
M A I. 1764
:
1-3
» Les intrigues des cours, les cris des factions, .
» Des humains que je fuis les triſtes paſſions
» N'ont point encor troublé nos retraites obſcures,
» Au Dieu que nous ſervons nous levons des
» mains pures.
-
» Les débats des grands Rois prompts à ſe divi
» ſer 2
v
» Ne ſont connus de nous que pour les appaiſer.
» Et nous ignorerions leurs grandeurs paſſagères,
» Sans le fatal beſoin qu'ils ont de nos prières.
;
•
.
.
•
•
.
&c. &c.
•
-
· Olympie s'avance avec Statira voi
lée. Dans cette Scène, en même temps
terrible & attendriſſante, Caſfandre re
connoît Statira dans les bras de laquelle
ſejette Olympie. Caſſandre eſt confondu
& accablé de ſes remords. Statira lui
rappelle tous les crimes qu'elle lui re
proche. Il ne prétend s'excuſer ſur rien,
Olympie, preſſée par un devoir qu'elle
croit ſacré, demande elle-même à ſa
mère d'éteindre les flambeaux d'un ſi
funeſte hyménée. Caſſandre au déſeſ
oir, Caſſandre, qui a mis ſon Sceptre
ſa Couronne aux pieds de ces Prin
ceſſes, ſans prétendre ſe juſtifier, n'é-
coutant plus qu'un amour auquel il ne
peut réſiſter, jure d'enlever du Temple
& même des bras de ſa mère la triſte
H vj.
5
-
18o MERCURE DE FRANCE.
Olympie qu'il a droit de regarder déjà
comme ſon épouſe. Il ſort & laiſſe les
deux Princeſſes dans les allarmes que
leur cauſe la fureur de ſes menaces. An
tigone vient ſe préſenter à Statira pour
être le défenſeur de la veuve & de la
fille d'Aléxandre. Il demande le ſuffra
ge de Statira ; il l'obtient aiſément du
defir qu'elle a de ſe venger ; mais il
prétend pour prix de ſes ſervices la main
d'Olympie. Statira conſulte l'aveu de ſa
fille. Celle-ci apporte pour excuſe le
trouble affreux de ſa ſituation,& ne pro
met rien. Statira répond de ſon aveu,
Reſtée ſeule avec ſa fille, elle la preſſe
de ſe décider, elle lui propoſe de ral
lumer pour Antigone les flambeaux de
l'hymen éteints pour Caſſandre. Olym
pie ſe défend quelque temps, en pro
,teſtant qu'elle ne veut d'autre Trône ,
d'autre hymen que la retraite obſcure
qu'avoit choiſie ſa mère , pour elle
même. Elle propoſe à cette mère affli
gée, de laiſſer tous les débats de ces
Rois forcenés, de ne point joindre leurs
mains tremblantes, à ces mains meur
trières.
-
• Les larmes ſont pour nous , les crimes ſont
» pour eux.
·
-
Ces larmes , qu'en effet elle voit ré
VA
,
,
A
-
M A I. 1764.
18 x
pandre à ſa fille, glacent d'horreur Sta
tira. La tremblante Olympie ne peut
lui cacher qu'elle aime Caſſandre , mais
elle jure de le fuir. Statira eſt épouvan
tée d'un ſentiment qu'elle déteſte dans
ſa fille, celle-ci tombe à ſes pieds.
-
•
» Hélas, dit-elle, de douleur dévorée,
» Tremblante à vos genoux, je les baigne de
» pleurs.
» Ma mère, pardonnez.
1
ST A T I RA,
» Je pardonne & je meurs :
Olympie jure de ne jamais trahir ſes
devoirs, & de mourir plutôt que d'of
fenſer la gloire des Auteurs de ſa naiſ
ſance. Statira eſt pénétrée de douleur
de voir qu'Olympie peut mourir plutôt
que de haïr l'ennemi qu'elle déteſte.
Mais elle compte ſur ſa vertu, & ne peut
la regarder comme coupable.
-
A C T E I V.
, Antigone eſt dans le périſtile, ſes ſol
dats occupent les paſſages qui condui
ſent au Temple ;le Peuple d'Ephèſe eſt
partagé entre Caſſandre & lui ; le ſignal
de la guerre eſt donné, il y court ; mais
il eſt arrêté par Caſſandre, qui lui re
proche l'amitié trahie, Antigone lui ob
r82 MERCURE DE FRANCE.
jecte ſes crimes & l'erreur à laquelle ii
prétend qu'il devoit la tendreſſe d'O-
lympie. Il lui propoſe de reprendre leur
ancienne alliance , & même de périr
pour lui s'il veut céder Olympie. Caſ -
ſandre ne répond à cette propoſition
que par celle d'un combat ſingulier.
Le combat eſt accepté , ils mettent
répée à la main aux portes du Tem=
ple; l'Hierophante les ouvre. Il apoſtro
phe avec véhémence les deux Rois qui
profanent ſon ſaint aſyle. Les Prêtres,
les Initiés & le peuplé en foule ſe pré
cipitent entre les combattans & les ſé
parent. Antigone perſiſte & atteſte le
Ciel & les Mânes d'Aléxandre qu'il ne
ſouffrira pas qu'un hymen illégitime
s'accompliſſe. Caſſandre n'eſt pas plus
diſpoſé à céder de ſes
prétentions,
L'Hierophante exhorte ce dernier à la
modération. Il lui repréſente la force
de la loi, qui permet à une femme de
paſſer dès le même jour dans les bras
d'un autre époux , ſi le ſien a verſé le
† de quelqu'un de ſa famille, dans
quelque circonſtance & de quelque
rang que ſoit cet époux. De plus , la
mère d'Olympie vit encore, c'eſt à elle
à diſpoſer du ſort de ſa fille. C'eſt à lui
d'attendre les arrêts de l'une & de l'au
*.
'\
M A I. 1764.
183
tre. Antigone ſaiſit comme un eſpoir
certain de ſon ſuccès ce qu'a dit l'Hié
rophante. Caſſandre , libre avec ſon
Confident, ſe promet de ſe porter aux
plus grandes extrémités plutôt que de
renoncer à l'hymen d'Olympie. Mais
Antigone a ſéduit Statira. Il ne doit
pas eſpérer de fléchir cette mère irritée.
Ses remords ne lui laiſſent pas la dou
ceur de penſer qu'Olympie elle-même
puiſſe jamais lui pardonner. Il a formé
le projet de l'enlever aux Dieux mêmes
qu'il a ſervis. Dans ce moment,il apper
- çoit Olympie proſternée aux pieds d'un
Autel. Il ordone à Soſtène d'allet tout
préparer pour l'enlévement.Olympie ap
| perçoit Caſſandre. Celui-ci fait les der
niers efforts pour calmer l'horreur qui
accable l'âme de ſa maîtreſſe. Il la preſſe
de le ſuivre, elle lui demande avec inſ
tance de la fuir. Elle s'irrite de la crainte
qu'il a qu'elle ne céde aux vœux d'An
tigone. Enfin, ſur ce qu'il veut entre
prendre de l'arracher de ſon aſyle, elle
lui demande la mort. Caſſandre lui re
| proche l'excès de ſa haine. Olympie
termine ſes reproches par un dernier
aveu du ſentiment le plus tendre.
» Ma haine eſt-elle juſtè, & l'as-tu méritée ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
» Caſſandre, fi ta main féroce, enfanglantée ;-
» Ta main, qui de ma Mère oſa percer le fianc s
» N'eût frappé que moi ſeule & verſé que mora
-
» ſang ,
-
-
· » Je te pardonnerois,je t'aimerois .. .. babare
» Va, tout nous déſunit •
• • • • • • • . .
' Caſſandre inſiſte encore plus vivement:
Quand elle devroit l'épouſer pour lui
percer le cœur, il faut que ſon deſtin
s'accompliſſe , il faut qu'elle le ſuive ... --
--
*-
-
"
» Haïſſez, puniſſez, mais ſuivez votre époux.
Soſtène, interrompt cette Scène en
venant informer Caſſandre qu'Antigone
eſt aux portes du Temple; qu'il cher
che à ſéduire ſes amis , à détourner
, ſes ſoldats, que le Peuple eſt ébranlé ,
qu'il atteſte Aléxandre , Olympie elle
même. Caſſandre accuſe tendrement
· Olympie de vouloir ſa mort. Il lui arra
· che encore un nouvel aveu de ſa foibleſſé.
:
*
o LY MP 1E.
» Moi : vouloir ton trépas ! ... va,j'en ſuis
· » incapable. .. ..
'» Vis loin de moi,
-
C A S S A N'D R E.
º » Sans vous le jour m'eſt érécrable
|
-
M A I. 1764.
185
» Et s'il m'eſt conſervé,je revole en ces lieux ,
» Je vous arrache au Temple, & je meurs à vos
» yeux.
- -
-
-
Olympie ſe reproche amérement les
pleurs que lui coûte Caſſandre. La voix
du devoir, la voix de la nature eſt la
ſeule à qui elle veut obéir. Les Dieux
avoient reçu d'elle les ſermens de l'amour
le plus tendre. Les Dieux ont tout chan
é.... mais qu'ils changent donc ſon
· cœur. C'eſt ce qu'elle implore du Ciel.
» Eh! que peut ſur ſoi-même une foible Mortelle !
·
Elle ſent bien qu'elle enfonce le
trait qu'elle veut arracher. Ce cœur déja
déchiré, va éprouver de nouvelles bleſ
ſures. L'Hiérophaute vient apprendre
à Olympie que Statira ſa Mère, al
# du bruit & du carnage qui pro
fauent lesiſſues du Temple, & voyant
que Caſſandre s'y fraye un chemin,
dans la crainte de voir ſa fille tomber
entre les mains du raviſſeur qu'elle
abhorre, a faiſi le glaive des ſacrifices
& s'en eſt percé le ſein. Caſſandre eſt
à ſes pieds, Caſſandre l'implore , mais
ſa ſoumiſſion & ſes ſoins redoublent
l'horreur de ſes derniers momens. Sta
tira va expirer. Elle a éxigé de l'Hié
".
186 MERCURE DE FRANCE.
rophante qu'il viendroit conſoler Olym
pie & lui dire que la dernière volon
té de ſa Mère, eſt que pour la ven
ger elle épouſe Antigone. Olympie veut
aller mourir près d'elle. L'Hiérophante
lui dit :
» Armez-vous de courage..
-
·
O L Y M P I E.
· A. C T E , V.
-
° ""
» O ſang qui m'a fait naître !
» J'en ai beſoin, Seigneur, & j'en aurai peut
:
·
·
t F
º ..
· Antigone, dans le périſtyle, s'entre
tient avec ſon Confident ſur l'eſpoir qui
femble l'aſſurer de poſſéder Olympie :
les dernières volontés de ſa mère lui
donnent ſur elle des droits irrévocables,.
auxquels il ne doute pas qu'elle ne ſonſ
crive. Si Caſſandre entreprenoit de s'y
oppoſer, il ſe promet de l'en punir. Mais
le reſpect de la Pompe funèbre va ſuſ
pendre toute hoſtilité. L'Hierophante ,
les Prêtres & les Prêtreſſes s'avancent en
pleurant; on ſoutient Olympie, à peine
reſpirante. Antigone s'adreſſe à elle pour
lui promettre de venger ſa mère, & pour
la raſſurer contre toutes les entrepriſes
M A I. 1764.
187
de Caſſandre. Olympie répond par ces
deux vers :
• Ah, Seigneur ! parlez moins de meurtre & de
-
» vengeance.
-
» Elle a vécu, je meurs au reſte des humains. .
- Antigone ſe retire. Olympie conſulte
l'Hierophante, pour ſçavoir s'il ne lui eſt
pas permis de conſacrer le reſte de ſa vie
dans le Temple, & de s'enſévelir dans la
même obſcurité qui avoit dérobé ſa
mère aux regards des humains. Convain
cue par ce Miniſtre des Dieux, que ſi
elle ne choiſit pas Antigone pour époux,
il faut qu'elle retombe au pouvoir de
Caſſandre, elle prend ſon parti; &, ſans
s'expliquer davantage, elle dit à l'Hiero
phante que ſon choix eſt fait, qu'elle eſt
déterminée.. ..... Lorſqu'il veut ſçavoir
d'elle ſur qui tombe ce choix, elle lui
rappelle le contraſte inconciliable qu'il
trouve lui-même entre les flambeaux de
la mort & ceux de l'Hymen. Elle s'in
forme s'il lui ſera permis d'approcher du
corps de ſa mère, & de lui rendre les
derniers dévoirs ſur le Bucher. L'Hiero
phante l'aſſure que non-ſeulement elle le
peut, mais qu'elle le doit. C'eſt elle qui
préſentera les offrandes funéraires, c'eſt
·
183 MERCURE DE FRANCE.
elle qui fera les libations , &c. Les
Prêtreſſes apportent tout ce qui eſt né
ceſſaire pour cette lugubre cérémonie.
Olympie preſſe l'Hierophante de tout
préparer. Elle le prie de faire venir les
deux Rois rivaux.
C'eſt devant eux
qu'elle veut s'expliquer, aux pieds des
Autels, à l'aſpect de ſa mère, aux yeux
des Prêtreſſes..
» Témoins de mes malheurs, témoins de mes
» promeſſes,
s
-
-
» Mes ſentimens, mon choix vont être déclarés.
»Vous les plaindrez peut-être, & les approuverez,
Olympie gémit en ſecret de l'empire
cruel que Caſſandre conſerve malgré
elle ſur ſon cœur. Il arrive le premier,
il vient offrir de s'immoler , il ſe re
connoît auſſi coupable que malheu
reux ; mais il invoque toujours les ſer
mens de l'Hymen. Il ſe jette à ſes ge
noux ,
•s Venge-toi, dit-il, punis-moi; mais ne ſois pointº
» parjure.
.
-
» Va,l'Hymen eſt encor plus ſaint que la Nature
Elle le fait relever, en le conjurant de
ne pas ſouiller les dons qu'elle va pré
· ſenter, & de ne pas approcher du lieu
-
M A I. 1764.
189
de la Cérémonie. Antigone de ſon côté
vient preſſer la Princeſſe de s'expliquer.
Elle le promet; mais elle exige, de mê
me que de Caſſandre, qu'il la reſpecte
en ces momens funébres, & qu'il ſe ſou
mette à ſes volontés. Les deux rivaux en
font le ferment. Alors Olympie s'accuſe
elle même d'avoir mérité ſes malheurs,
d'avoir trahi ſes parens dès qu'elle les a
connus. Sa mère en expirant lui a or
donné d'épouſer Antigone, elle a refu
ſé d'obéir. Elle interrompt le reproche
que veut faire Antigone, en lui diſant :
» A ſes Mânes (de ſa mère) à vous, je ne fais
» point d'injure ; .
'
-
» Je rends juſtice à tous, & je la rends à moi ,
» Coſſandre, devant lui je vousdonnai ma foi,
» Voyez ſi mes liens ont été légitimes ;
» Je vous laiſſe en juger , vous connoiſſez vos
» crimes.
» Il ſeroit ſuperflu de vous les reprocher,
•s Réparez-les un jour...
On voit le Bucher déjà embrâſé ;
Olympie le fait conſidérer à Caſſandre ;
elle y monte avec une noble & modeſte
aſſurance ; elle y fait toutes les céré-
monies du culte des Anciens, & rela
tives à leur grande vénération pour les
Mânes de leurs parens.
4
|
|
|
#
º,
·
sgo MERCURE DE FRANCE.
Après une apoſtrophe à Caſſandre,
· qui rappelle & ſes crimes & les malheurs
d'Olympie, en lui diſant :
» Tu crois mes lâches feux de mon âme bannie ;
» Apprends que je t'adore, & que je m'en punis. - -
» Cendres de Statira ! recevez Olympie.
Elle ſe jette dans le Bucher, & diſpa
roît comme dévorée par les flammes.
L'Hiérophante , les Prêtres & les Prê
treſſes ainſi que tous les Afſiſtans ſont
ſaiſis de terreur & d'admiration. Caſ
ſandre, en ſe frappant, s'immole à ſon
amour & à ſes remords. Il exhorte An
tigone à l'imiter. .
-
Ainſi finit cette Tragédie , par un
coup de Théâtre auſſi neuf ſur no
,tre Scène, que pathétique & pittoreſ
'que. Coup de Théâtrè auquel le talent
ſublime de Mlle Clairon pour la repré
ſentation, met une vérité & une di
gnité , qui en ont toujours rendu l'effet
admirable.
-
-
-
N. B. Nous n'ajouterons point de re
marques à celles qui ſont imprimées avec,
cette Piéce. Il y auroit une préſomption
répréhenſible en nous , de prétendre
donner plus d'éclairciſſemens au Lec
teur ſur les Ouvrages de l'Auteur d'O-
-
M A I. 1764.
I 9 I
lympie, qu'il en donne lui-même. Su
périeur à nos éloges, il en ſeroit peu
flatté, & le Public n'a pas beſoin d'être
· excité à lui donner tous ceux que ſes
productions ſont en droit d'obtenir.
Nous nous arrêterons, ſur cette Tra
gédie, à un fait bien conſtaté, c'eſt que
les repreſentations ont attiré & atta
ché un un fort grand nombre de Spec
tateurs. Il y a , comme on voit dans
la
texture de ce Drame , une aſſez
grande quantité de points tragiques ,
qui naiſſent des ſituations. La fingu
larité du Spectacle , ſa pompe & ſa
majeſté, imprimeront toujours une ſor
te d'émotion, que l'art ne doit peut
être pas dédaigner de mettre au nombre
de ſes moyens, mais dont il ſeroit dan
· gereux de faire trop uſage.
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Résumé : NOTICE d'OLYMPIE, Tragédie de M. de VOLTAIRE.
La pièce 'Olympie' de Voltaire est une tragédie qui se déroule dans le Temple d'Éphèse lors des grands Mystères. Les personnages principaux incluent Olympie, fille d'Alexandre, Cassandre, roi de Macédoine, Antigone, roi d'une partie de l'Asie, et Statira, veuve d'Alexandre. Cassandre protège Olympie, dont il connaît la véritable identité. Antigone, jaloux, exige qu'Olympie lui soit livrée, mais Cassandre refuse, affirmant qu'elle est protégée par les prêtresses. Lors de la cérémonie nuptiale entre Cassandre et Olympie, Statira accuse Cassandre d'avoir assassiné Alexandre sur ordre d'Antipatre et d'avoir tenté de la tuer. Ces révélations exacerbent la jalousie d'Antigone. Statira, veuve de Darius, est dans le temple après avoir été abandonnée. Une prêtresse, mère d'Olympie, pleure sa fille. Statira doit bénir le mariage d'Olympie et de Cassandre, révélant ainsi ses sentiments sincères. L'Hiérophante confirme qu'Olympie est la fille d'Alexandre, mêlant joie et amertume à Statira. Cassandre admet avoir tué Statira par accident et espère la tendresse d'Olympie. L'Hiérophante assure sa neutralité. Cassandre, désespéré, jure d'enlever Olympie. Antigone offre son aide à Statira en échange de la main d'Olympie. Olympie refuse de trahir ses sentiments pour Cassandre et exprime son désir de rester fidèle à sa mère. Antigone et Cassandre se disputent la main d'Olympie. L'Hiérophante rappelle la nécessité de respecter les lois et les volontés de la mère d'Olympie. Olympie avoue à Cassandre qu'elle le hait pour avoir tué sa mère mais reconnaît qu'elle l'aimerait s'il avait épargné sa vie. Cassandre insiste pour l'emmener, prêt à mourir pour elle. Statira se suicide après avoir appris que Cassandre cherchait à capturer sa fille. Olympie accepte d'épouser Antigone pour éviter Cassandre et organise une cérémonie funéraire pour sa mère. Lors de cette cérémonie, Olympie se jette dans le bûcher funéraire et meurt. Cassandre, pris de remords, se suicide également, exhortant Antigone à l'imiter. La pièce se termine par cette double tragédie. La représentation théâtrale met en lumière le talent exceptionnel de Mlle Clairon. Les auteurs s'abstiennent de faire des commentaires supplémentaires, jugeant que l'auteur de la pièce est au-delà de leurs éloges. Les représentations de cette tragédie ont attiré un grand nombre de spectateurs.
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4732
p. 192-195
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Il Y A EU Concert tous les jours, à commencer du Dimanche 15 Avril, jusques & compris le Mardi [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Il Y A EU Concert tous les jours, à commencer
du Dimanche 15 Avril, jusques & compris le Mardi
14.
Le nouveau Motet à grand-chœur Miſerere mei
JDeus, par M. DAUvERGNE , a été donné le Di
manche 15 & le Jeudi 19, à la ſatisfaction du Pu
blic, & a été fort applaudi.
• Le Dimanche 15 , le Lundi 16 , & le Dimanche
22 , Mlle ARNoULD & M. le GRos ont chanté le
nouveau Motet Exultate Juſti, & c a deux voix,
du même M. DAUvERGNE. Ce Motet a paru faire
chaque fois un plaiſir nouveau & plus vif.
Le Lundi 16 , le Mercredi 18 & le Vendredi
2o on a donné encore du même Compoſiteur,
le De profundis, nouveau Moret à grand-chœur,
dans lequel les Amateurs ont trouvé des beautés.
Le Samedi 21 , le Dimanche 22 & le Mardi 24,
Regina Cœli, nouveau Motet à grand chœur,
auſſi de la compoſition de M. DAUvERGNE. Le
mérite & le nombre de ces productions nouvelles,
dans un auſſi court eſpace de temps , ont confirmé
de plus en plus le Publicdans l'opinion avantageuſe
qu'il avoit de la facilité & des granºs talens de ce
Compoſiteur. Nous devons des éloges, que tous
les Amateurs approuveront, au zèle & aux efforts
continuels de M. DAUvERGNE , pour ajouter cha
que jour à ſa réputation.
-
Le Mardi 17 , le Mercredi 18 , le Jeudi 19 , &
Vendredi !o, M. ALBANEzE, de la Muſique du
Roi, & Mlle HARDY ont chanté le beau Stabat
Mater del Signor PERGoLEzE
Les autres Motets donnés pendant ces dix# 2
OIlt
M A I. 1764.
I
ſont, Exaudi Deus Nationum, Motet à grand
chœur de M. l'Abbé G1RoUsT, Me de Muſique
de la Cathédrale d'Orléans. Dominus regnavit &
· Confitemini de M. DELALANDE. Deus venerunt
Gentes & Cantate Domino de feu M. FANToN.
Le Te Deum de M. DAUvERGNE , du plus grand
& du plus bel effet. In convertendo , nouveau
Motet a grand chœur d'un Anonyme. En petits
Motets, Diligam te, de M. DAUvERGNE, chanté
par Mlle RozET , Nunc dimittis, de M. BrLLoU ;
chanté par Mlle BERNARD , Coronate , Conſerva
me, Afferte Domino , de M. LEFEvRE ; Cantate
Domino, de M. A N T H E A U M E, de l'Académie
Royale de Muſique ; Laudate, de M. PoULAIN.
Ces cinq ont été chantés par M. LE GRos, &
pluſieurs autres Motets à voix ſeule chantés par
Mlle FEL , dont on a toujours admiré le goût
& la voix, ainſi que dans les récits qu'elle a
chantés dans les grands Motets.
M. DUPAR, Hautecontre de l'Académie Roya
le de Muſique, a débuté avec ſuccès, le Lundi
2 3 , par le Motet Benedictus Dominus de feu M.
MoUR ET , MM. GAvINIÉs, BALBATRE & CA
x'RoN ont exécuté différens Concerto, avec tout
le talent que l'on connoît à chacun d'eux & les
ſuffrages unanimes des Auditeurs. Le Dimanche
1 5 , le Mardi 17, le Mercredi 18 & le Vendredi
2o , M. DUPoRT a exécuté différentes Sonates de
Violoncelle. Le nommer à préſent ſuffit pour
ſon éloge. D'ailleurs les Phénomènes n'en ſont
pas ſuſceptibles , puiſqu'ils ſemblent ſortir de
l'ordre naturel des choſes connues.
Le Lundi 16 & le Jeudi 19 , M. JANNsoN de
la Muſique de S. A. S. Mgr LE PRuNcE DE
dCoNTI, a auſſi exécuté deux Sonates de Violon
celle. On n'a rien à ajouter à ce qui a été dit de
194 MERCURE DE FRANCE.
lui dans le ſecond Volume d'Avril , à l'Art, du
Concert.
-
Le Lundi 23, M. LEGRAND,Organiſte de l'Ab
baye de S. Germain des Prés, & le Samedi 24 ,
M. SEGUR, Organiſte de S. André des Arcs, ont
exécuté chacun un Concerto d'orgues, & ont eu
des applaudiſſemens.
Le jeudi 19, le Vendredi 2o, le Samedi 2 r,
& le Mardi 23 , M. RoDoLPHE de la Muſique de
S. A. le Duc Régnant de Wirtemberg a ſurpris &
enchanté par les Concerto de ſa compoſition
qu'il a exécutés avec le Cor de Chaſſe. On ne
craint pas de dire que juſqu'à ce qu'on l'eût
entendu, on ne croyoit pas poſſible de rendre
ſur cet Inſtrument, comme le fait M. RoDoL
pHE, toutes les difficultés d'une Muſique ſçavante,
les intonations les plus difficiles avec le ſon le
plus flatteur & les cadences de la plus belle voix.
Le Samedi 21 , le Lundi 23 , & le Mardi 24 ,
M. LoLLy, de la Muſique de S. A, le Duc de
Wintemberg a exécuté différentes Sonates de Vio
lon de ſa compoſition. De l'aveu de tous les
Connoiſſeurs , cet habile Artiſte ne laiſſe rien à
deſirer. Il joint à la plus admirable exécution à
tous égards le mérite d'un très-habile Compoſi
teur. Le Vendredi 28, on exécuta Omnes gentes,
Motet à grand chœur de M. DAUvERGNE. Mlle
LA CRoIx chanta Regina Cœli, Motet à voix
ſeule de feu M. MoUREt. Mlle ARNoULD & M.
LEGRos chanterent l'Exultate de M. DAUvER
GNE. Mlle HARDY chanta un Air Italien. Pour
la fin du Concert on exécuta Dominus regnavit,
Motet à grand chœur de M. DELALANDE , dans
lequel Mlle ARNoULD chanta avec cet art que
les grâces & la nature lui ont donné pour en
chanter dans tous les genres.
º
Le Dimanche 29 Avril on exécuta le Regina
M A I. 1764.'
I 95
Cali & le Te Deum, Motets à grand chœur de
M. DAUvERGNE , dont nous avons déjà parlé.
Mlle ARNoULD & M. LHGRos y répétérent l'E-
xultate avec autant d'applaudiſſemens que les
premières fois. M. GAvINIés exécuta un Concerto
de ſa compoſition, qui fut-fort applaudi. Mlle
FEL chanta un Motet à voix ſeule.
En général , les Concerts dont on vient de
rendre compte, ont été fort variés , arrangés
avec l'intelligence † doit attendre de M.
DAUvERGNE , & parfaitement exécutés. Le Public
s'y eſt porté avec affluence. Il ne s'eſt point ap
perçu que M. GÉLIN fût à peine guéri d'une in
diſpoſition conſidérable, & lui a donné, ainſi
u'à Mlle ARNoULD & à M. LEGRos particulié
rement , les témoignages les plus flatteurs & les
plus agréables de ſa ſatisfaction.
Il Y A EU Concert tous les jours, à commencer
du Dimanche 15 Avril, jusques & compris le Mardi
14.
Le nouveau Motet à grand-chœur Miſerere mei
JDeus, par M. DAUvERGNE , a été donné le Di
manche 15 & le Jeudi 19, à la ſatisfaction du Pu
blic, & a été fort applaudi.
• Le Dimanche 15 , le Lundi 16 , & le Dimanche
22 , Mlle ARNoULD & M. le GRos ont chanté le
nouveau Motet Exultate Juſti, & c a deux voix,
du même M. DAUvERGNE. Ce Motet a paru faire
chaque fois un plaiſir nouveau & plus vif.
Le Lundi 16 , le Mercredi 18 & le Vendredi
2o on a donné encore du même Compoſiteur,
le De profundis, nouveau Moret à grand-chœur,
dans lequel les Amateurs ont trouvé des beautés.
Le Samedi 21 , le Dimanche 22 & le Mardi 24,
Regina Cœli, nouveau Motet à grand chœur,
auſſi de la compoſition de M. DAUvERGNE. Le
mérite & le nombre de ces productions nouvelles,
dans un auſſi court eſpace de temps , ont confirmé
de plus en plus le Publicdans l'opinion avantageuſe
qu'il avoit de la facilité & des granºs talens de ce
Compoſiteur. Nous devons des éloges, que tous
les Amateurs approuveront, au zèle & aux efforts
continuels de M. DAUvERGNE , pour ajouter cha
que jour à ſa réputation.
-
Le Mardi 17 , le Mercredi 18 , le Jeudi 19 , &
Vendredi !o, M. ALBANEzE, de la Muſique du
Roi, & Mlle HARDY ont chanté le beau Stabat
Mater del Signor PERGoLEzE
Les autres Motets donnés pendant ces dix# 2
OIlt
M A I. 1764.
I
ſont, Exaudi Deus Nationum, Motet à grand
chœur de M. l'Abbé G1RoUsT, Me de Muſique
de la Cathédrale d'Orléans. Dominus regnavit &
· Confitemini de M. DELALANDE. Deus venerunt
Gentes & Cantate Domino de feu M. FANToN.
Le Te Deum de M. DAUvERGNE , du plus grand
& du plus bel effet. In convertendo , nouveau
Motet a grand chœur d'un Anonyme. En petits
Motets, Diligam te, de M. DAUvERGNE, chanté
par Mlle RozET , Nunc dimittis, de M. BrLLoU ;
chanté par Mlle BERNARD , Coronate , Conſerva
me, Afferte Domino , de M. LEFEvRE ; Cantate
Domino, de M. A N T H E A U M E, de l'Académie
Royale de Muſique ; Laudate, de M. PoULAIN.
Ces cinq ont été chantés par M. LE GRos, &
pluſieurs autres Motets à voix ſeule chantés par
Mlle FEL , dont on a toujours admiré le goût
& la voix, ainſi que dans les récits qu'elle a
chantés dans les grands Motets.
M. DUPAR, Hautecontre de l'Académie Roya
le de Muſique, a débuté avec ſuccès, le Lundi
2 3 , par le Motet Benedictus Dominus de feu M.
MoUR ET , MM. GAvINIÉs, BALBATRE & CA
x'RoN ont exécuté différens Concerto, avec tout
le talent que l'on connoît à chacun d'eux & les
ſuffrages unanimes des Auditeurs. Le Dimanche
1 5 , le Mardi 17, le Mercredi 18 & le Vendredi
2o , M. DUPoRT a exécuté différentes Sonates de
Violoncelle. Le nommer à préſent ſuffit pour
ſon éloge. D'ailleurs les Phénomènes n'en ſont
pas ſuſceptibles , puiſqu'ils ſemblent ſortir de
l'ordre naturel des choſes connues.
Le Lundi 16 & le Jeudi 19 , M. JANNsoN de
la Muſique de S. A. S. Mgr LE PRuNcE DE
dCoNTI, a auſſi exécuté deux Sonates de Violon
celle. On n'a rien à ajouter à ce qui a été dit de
194 MERCURE DE FRANCE.
lui dans le ſecond Volume d'Avril , à l'Art, du
Concert.
-
Le Lundi 23, M. LEGRAND,Organiſte de l'Ab
baye de S. Germain des Prés, & le Samedi 24 ,
M. SEGUR, Organiſte de S. André des Arcs, ont
exécuté chacun un Concerto d'orgues, & ont eu
des applaudiſſemens.
Le jeudi 19, le Vendredi 2o, le Samedi 2 r,
& le Mardi 23 , M. RoDoLPHE de la Muſique de
S. A. le Duc Régnant de Wirtemberg a ſurpris &
enchanté par les Concerto de ſa compoſition
qu'il a exécutés avec le Cor de Chaſſe. On ne
craint pas de dire que juſqu'à ce qu'on l'eût
entendu, on ne croyoit pas poſſible de rendre
ſur cet Inſtrument, comme le fait M. RoDoL
pHE, toutes les difficultés d'une Muſique ſçavante,
les intonations les plus difficiles avec le ſon le
plus flatteur & les cadences de la plus belle voix.
Le Samedi 21 , le Lundi 23 , & le Mardi 24 ,
M. LoLLy, de la Muſique de S. A, le Duc de
Wintemberg a exécuté différentes Sonates de Vio
lon de ſa compoſition. De l'aveu de tous les
Connoiſſeurs , cet habile Artiſte ne laiſſe rien à
deſirer. Il joint à la plus admirable exécution à
tous égards le mérite d'un très-habile Compoſi
teur. Le Vendredi 28, on exécuta Omnes gentes,
Motet à grand chœur de M. DAUvERGNE. Mlle
LA CRoIx chanta Regina Cœli, Motet à voix
ſeule de feu M. MoUREt. Mlle ARNoULD & M.
LEGRos chanterent l'Exultate de M. DAUvER
GNE. Mlle HARDY chanta un Air Italien. Pour
la fin du Concert on exécuta Dominus regnavit,
Motet à grand chœur de M. DELALANDE , dans
lequel Mlle ARNoULD chanta avec cet art que
les grâces & la nature lui ont donné pour en
chanter dans tous les genres.
º
Le Dimanche 29 Avril on exécuta le Regina
M A I. 1764.'
I 95
Cali & le Te Deum, Motets à grand chœur de
M. DAUvERGNE , dont nous avons déjà parlé.
Mlle ARNoULD & M. LHGRos y répétérent l'E-
xultate avec autant d'applaudiſſemens que les
premières fois. M. GAvINIés exécuta un Concerto
de ſa compoſition, qui fut-fort applaudi. Mlle
FEL chanta un Motet à voix ſeule.
En général , les Concerts dont on vient de
rendre compte, ont été fort variés , arrangés
avec l'intelligence † doit attendre de M.
DAUvERGNE , & parfaitement exécutés. Le Public
s'y eſt porté avec affluence. Il ne s'eſt point ap
perçu que M. GÉLIN fût à peine guéri d'une in
diſpoſition conſidérable, & lui a donné, ainſi
u'à Mlle ARNoULD & à M. LEGRos particulié
rement , les témoignages les plus flatteurs & les
plus agréables de ſa ſatisfaction.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Du 15 avril au 24 avril, une série de concerts spirituels a été organisée, mettant en avant divers motets et compositions. Le motet 'Miserere mei Deus' de Michel Dauvergne a été particulièrement apprécié lors des représentations des 15 et 19 avril. Les motets 'Exultate Justi' et 'De profundis' de Dauvergne ont également reçu un accueil favorable. Parmi les autres œuvres remarquables, on peut citer 'Regina Cœli' de Dauvergne, le 'Stabat Mater' de Pergolèse interprété par M. Albanez et Mlle Hardy, ainsi que plusieurs motets de l'abbé Giroust, Delalande et Fanton. Le Te Deum de Dauvergne a également été salué pour son impact. Plusieurs interprètes se sont distingués par leurs performances, notamment M. Dupar, M. Duport, M. Jansson, M. Legrand, M. Segur, M. Rodolphe et M. Lolly. Les concerts ont été variés et bien organisés, attirant un public nombreux et satisfait.
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4733
p. 195-197
THÉATRES.
Début :
Celui de l'Académie Royale de Musique doit faire l'ouverture de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THÉATRES.
THÉATRES.
Celui de l'Académie Royale de Musique
doit faire l'ouverture de
ſon
Spectacle, Mardi 1" du préſent mois de
Mai, par Titon & l'Aurore, Paſtorale
héroïque, ſans le Prologue. On pré
pare le Ballet charmant des Talens Ly
rtques.
N. B. On a fait quelques change
emens dans la diſpoſition des places
de cette Salle, dont on eſpére que le
Public ſera ſatisfait , la commodité. des
Spectateurs ayant été le ſeul point de
· vue qu'on ſe ſoit propoſé.
I ij -
4*-
196 MERCURE DE FRANCE.
.
Le Théâtre François doit ouvrir Ie
Lundi 3o Avril par Héraclius, Tragé
die du grand CoRNEILLE , & par la
première repréſentation de la jeune In
dienne , Comédie nouvelle en un Acte
& en vers , de laquelle on rendra comp
te dans le prochain Mercure.
La Comédie Italienne n'a fermé ſon
Théâtre que le Samedi 14 Avril , veille
du Dimanche des Rameaux. Comme le
Compliment a été partagé en pluſieurs
Couplets chantés par divers Sujets de
ce Théâtre & adaptés aux Ariettes les
plus agréables au Public , nous ne le
rapporterons pas ici. Ces ſortes de pro
ductions ayant toujours beſoin de la
Muſique pour laquelle elles ſont faites ;
ce ſeroit en donner une fauſſe idée, &
leur faire perdre de leur prix, que de les
préſenter aux Lecteurs dénués de cette
brillante parure. Ce Théâtre doit ou
vrir auſſi le Lundi 3o Avril par la con
tinuation du Sorcier & autres Piéces de
ce genre. Une jeune Actrice, (Mlle
Beaupré) qui avoit débuté à la ſatis
faction du Public , ayant rempli les
engagemens qui l'éloignoient pour un
temps de la Capitale , doit embellir
cette Scène d'un Talent fort aimable
& que le Public a paru deſirer avec
" mpreſſement,
:
-
-
·
M A I. 1764.
197
On doit donner auſſi ſur ce même
Théâtre une Piéce Italienne nouvelle,
qui nous rendra les talens ſupérieurs
· de l'admirable Mlle Camille. Cette Piéce
eſt intitulée Camille Aubergiſte.
Celui de l'Académie Royale de Musique
doit faire l'ouverture de
ſon
Spectacle, Mardi 1" du préſent mois de
Mai, par Titon & l'Aurore, Paſtorale
héroïque, ſans le Prologue. On pré
pare le Ballet charmant des Talens Ly
rtques.
N. B. On a fait quelques change
emens dans la diſpoſition des places
de cette Salle, dont on eſpére que le
Public ſera ſatisfait , la commodité. des
Spectateurs ayant été le ſeul point de
· vue qu'on ſe ſoit propoſé.
I ij -
4*-
196 MERCURE DE FRANCE.
.
Le Théâtre François doit ouvrir Ie
Lundi 3o Avril par Héraclius, Tragé
die du grand CoRNEILLE , & par la
première repréſentation de la jeune In
dienne , Comédie nouvelle en un Acte
& en vers , de laquelle on rendra comp
te dans le prochain Mercure.
La Comédie Italienne n'a fermé ſon
Théâtre que le Samedi 14 Avril , veille
du Dimanche des Rameaux. Comme le
Compliment a été partagé en pluſieurs
Couplets chantés par divers Sujets de
ce Théâtre & adaptés aux Ariettes les
plus agréables au Public , nous ne le
rapporterons pas ici. Ces ſortes de pro
ductions ayant toujours beſoin de la
Muſique pour laquelle elles ſont faites ;
ce ſeroit en donner une fauſſe idée, &
leur faire perdre de leur prix, que de les
préſenter aux Lecteurs dénués de cette
brillante parure. Ce Théâtre doit ou
vrir auſſi le Lundi 3o Avril par la con
tinuation du Sorcier & autres Piéces de
ce genre. Une jeune Actrice, (Mlle
Beaupré) qui avoit débuté à la ſatis
faction du Public , ayant rempli les
engagemens qui l'éloignoient pour un
temps de la Capitale , doit embellir
cette Scène d'un Talent fort aimable
& que le Public a paru deſirer avec
" mpreſſement,
:
-
-
·
M A I. 1764.
197
On doit donner auſſi ſur ce même
Théâtre une Piéce Italienne nouvelle,
qui nous rendra les talens ſupérieurs
· de l'admirable Mlle Camille. Cette Piéce
eſt intitulée Camille Aubergiſte.
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Résumé : THÉATRES.
En mai 1764, deux principaux théâtres parisiens annoncent leurs réouvertures. L'Académie Royale de Musique ouvre le 1er mai avec la pastorale héroïque 'Titon et l'Aurore' et prépare un ballet intitulé 'Les Talents lyriques'. Des améliorations ont été apportées à la disposition des places pour le confort des spectateurs. Le Théâtre Français ouvre le 30 avril avec la tragédie 'Héraclius' de Corneille et la première représentation de la comédie 'La jeune Indienne', en un acte et en vers. La Comédie Italienne, fermée depuis le 14 avril, rouvre également le 30 avril avec la suite du 'Sorcier' et d'autres pièces. L'actrice Mlle Beaupré revient après une absence temporaire. Une nouvelle pièce italienne, 'Camille Aubergiste', mettra en vedette Mlle Camille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4734
p. 210-211
LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
Début :
Monsieur, Le détail de la Fête que nous avons l'honneur de vous [...]
Mots clefs :
Fête, Récit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure. A Tours, le 7 Mars 1764.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
A Tours, le 7 Mars 1764.
M o N s 1 E U R , } .
Le détail de la Fête que nousavons l'honneur de
vous adreſſer eſt intéreſſant, parce qu'il eſt une
preuve de nos ſentimens & de notre façon de pen
ſer pour M. l'Eſcalopier. Nous vous prions de
vouloir bien l'inſérer dans votre premier Mercure,
& de nous croire avec une parfaite conſidération ,
Monſieur,
- Vos très-humbles & très
obéiſſans Serviteurs,
· Signé par les trois Etats
de la Ville de Tours. .
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4735
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
Début :
LA défense de Publius Quintius passe pour le coup d'essai du Prince des Orateurs. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
DÉFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. (a)
LA défense de Publius Quintius passe
pour le coup d'essai du Prince des Orateurs.
( a ) Des raiſons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les ſuivans, qui naturellement auroient dûs être
A iij
"-
6 MERCURE DE FRANCE.
Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce diſcours, l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Conſuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cor
nelius Dolabella. Ces dates préciſes qui
ſemblent n'avoir été conſervées à la
poſtérité, que pour conſtater ſûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annon
cent prèſque toujours d'une façon bril
lante : ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière, tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
-
z
Là modeſtie eſt la compagne inſépa
rable desvrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être
la vertu des jeunes
gens. Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens :
il n'oſa pas riſquer
en Public l'eſſai de ſes talens , c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiſtoire & le ſujet.
Sextus Nœvius s'étoit aſſocié dans
ſon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort ſans enfans , ſon frère Pu
placés à la tête de l'Ouvrage.Si jamais on fait une
édition de cette HIsToIRE , on y obſervera
exaétement l'ordre chronologique, dont nous ne
nous écarterons plus déſormais, .
|
,
'
J U I N. 1764. .
blius Quintiits ſe porta pour héritier, &
recueillit en cette qualité ſa ſucceſſion.
L'intérêt qui diviſe tous les hommes,
ſema bientôt la diſcorde entre Nœvius
' & Quintius quand il fut queſtion de
faire les partages. Le premier plus adroit
· ou plus fripon que celui-ci, perſécuta
· ſans relâche ſon adverſaire par toutes les
· chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laſſé des mauvais procédés de Naevius,
peut-être auſſi plus pareſſeux & moins .
actif que lui, ceſſa de ſe défendre : il
-† même la ſécurité , juſqu'à ſe
·
laiſſer condamner par défaut.
..
,
Quelque † après Quintius re
venu de cette eſpéce d'aſſoupiſſement,
ſoit de lui-même, ſoit par les conſeils
de ſes amis , voulut recommencer à
pourſuivre Nævius pour le contraindre
faire le partage de la façon dont il
le deſiroit.
•*
-
1V
- '
-
'
•
Mais l'affaire avoit bien changé de
face; & Naevius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit proviſoirement
en poſſeſſion des biens conteftés , ſe
mocquoit de tous les vains efforts de
, Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur, n'avoit que deux moyens de
ſortir d'embarras. Le premier, c'étoit
d'avouer pubiquement aº s'étoit laiſ
..
º2
8 MERCURE DE FRANCE. .
ſé condamner par défaut , & de don
ner en même-temps caution de ſe ſou
| mettre au jugement à intervenir, quel
' qu'il fût. Le ſeçond c'étoit de dépoſer
· une certaine ſomme, en conſentant à
· la perdre, s'il nè prouvoit pas que c'é-
toit mal-à-propos que Naevius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur,
puiſque ce Magiſtrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poſſeſſion des biens
· qui faiſoient la matière du procès. .
- Chacun de ces expédiens , rempli
· d'inconvéniens , devenoit également† En ſuivant
le premier parti, il ſe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui ſe laiſ
· ſoient condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le ſecond, il
† pour ainſi dire, ſon rang dans
a procédure , puiſque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceſſairement
| Demandeur. ..
-
|
|
|
|
|
|
Il préféra pourtant ce dernier parti,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il ſe fit nommer un Juge par
le Préteur, à qui les droits de ſa charge
donnoient cette fonction. Le choix de
ce Magiſtrat tomba ſur le grave Juriſ
conſulte C. Aquillius Galliis , Perſon
nage auſſi recommandable par ſes pro
#
·
| J U I N. 1764.
fondes lumières, que par ſon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'aſſocia
trois
autres Juriſconſultes, P. Quintilius, M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça ſon
plaidoyer , à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces ſortes d'affaires. .
Le fonds de la queſtion étoit de ſça
voir ſi Nœvius avoit pu être mis légiti
mement en poſſeſſion des biens de
Quintius, par la Sentence du Préteur ?
Ciceron ſoutint la négative , & il la
prouve par des raiſonnemens auſſi ſoli
, des qu'éloquens. Ce diſcours quoique
plus foible que ceux qu'il compoſa dans
la ſuite, lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dansl'eſprit des ſçavans; &
s'il n'eſt pas d'un Orateur conſommé, au
moins y reconnoit-on le germe des
talens ſupérieurs que ſon illuſtre Au
teur fit briller dans la ſuite.
DÉFENsE de SExTvs Roscrvs
d'Ameries.
-
Tout le monde a entendu parler des
démêlés ſanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui-ci ; & par un de ces
jeux biſarres de la fortune, Rome ſe vit
aſſervie tour-à-tour, par deux Citoyens
» &
--
…
A V
4o MERCURE DE FRANCE.
qui avoient proteſté d'abord que l'in
térêt ſeul de la liberté Publique leur
, mettoit les armes à la main. Sylla, plus
habile que ſon ennemi, conſerva tran
quillement ſon autorité tant qu'il voulut
être le maître. Dans la ſuite, quand il ne
daigna plus gouverner ſa Patrie, il ſe
retira couvert de gloire, ſans appréhen
der ce qu'un Tyran doit toujours crain
dre. Heureux, s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreuſes, connues ſous
le nom de proſcriptions, qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Ci
toyens pour égorger l'autre ! Elles furent
cauſe du malheur de Roſcius , & don
nerent occaſion à Cicéron de prononcer
ſon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conſul pour la ſeconde fois, avec
Qu. Metellus.
Sextus Roſcius, père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition, lié avec les plus honnêtes .
Citoyens & reçu avec plaiſir dans les
meilleures maiſons de la Ville. Poſſeſſeur
d'un bien conſidérable, ſa dépenſe étoit
pourtant des mieux réglées; il jouiſſoit
de la meilleure réputation.Attaché d'ail
leurs au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il n'avoit rien # craindre du
J U I N. 1764.
1 1
vainqueur.Son fils unique, nommé com
me lui Sextus Roſcius,(c'eſt de lui dont
il eſt queſtion) étoit un de ces génies
épais, peu propres aux affaires , quoi
que capables de s'acquitter avec un cer- .
tain ſuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiſſoit ſon caractère,
le tenoit aſſez ordinairement à une
maiſon de Campa ne,proche d'Ameries,
petite Ville, où # réſidoit communé
ment quand il n'étoit pas à Rome.
Un ſoir , qu'il revenoit aſſez tard de
ſouper , il fut aſſailli vigoureuſement
par pluſieurs aſſaſſins aux environs du
mont Palatin. Après une réſiſtance
aſſez longue & malheureuſement inuti
le, il tomba ſans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent prompte
ment.
| La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiſ
toire du jour, & puis on finit par l'ou
blier. Roſcius étoit riche : il avoit deux
parens aſſez proches & qui portoient
ſon nom , avec qui des raiſons d'in
térêt l'avoient brouillé depuis long
temps. Ces deux Roſcius étoient d'ail
leurs deux ſcélérats publiquement ,e-
connus pour tels, juſques-là'que l'un
- des deux paſſoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
déterminé. Ils ne voyoient pas ſans envie .
la fortune brillante de Roſcius; & ce fur
pour s'en mettre en poſſeſſion, qu'ils
réſolurent de perdre du même coup &
le père & le fils.
|
.
•.
On voit que ce complot déteſtable
avoit déjà eu des commencemens aſſez
heureux ; quand un Citoyen obſcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort ſur la liſte des Proſcrits. Ce fut
ſans doute àl'inſtigation de Chryſogonus
affranchi de Sylla, quijouiſſoit de toute
la faveur de ſon Maître, & dont l'in
ſolence ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de ſon crédit. Les, biens de
Roſcius le tentoient, & il vouloit les ac
quérir à bon compte quand on les ven
droit à l'enchère comme tous ceux des
Proſcrits. Cryſogonus réuſſit , & les
biens de Roſcius lui furent adjugés à un
prix ſix fois au-deſſous de leur valeur.
L'injuſtice parut criante, & révolta
tout le monde. Les deux Roſcius pen
ſerent à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Roſcius le fils , &
de l'accuſer de parricide. Quelque deſ
tituée de vraiſemblance que fût cette
accuſation, elle fit impreſſion par ſon
atrocité : peut-être même Sylla appuya- .
--
-
J U I N. 1764.
I3
t-il ſourdement les bruits qui couru
rent alors. L'affaire fut réglee, les Juges
nommés, les témoins entendus. Cicéron
prit en main la défenſe de Roſcius , &
ſon éloquence victorieuſe, en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné ,
lui conſerva l'honneur & la vie.
Son Diſcours eſt un modéle de bon
ſens & de raiſonnement. Il eſt difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'eſprit, & le
ſentiment affectueux qui perce le cœur
& qui arrache des larmes. ( b)
(b) On remarque que Cicéron fait ſouvent
uſage dans ce Diſcours de la
figure nommée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryſogonus & ſon achar
nement impitoyable à dépouiller le malheureux
Roſcius, il dit : qu'il ne lui laiſſoit pas même la
liberté de marcher ſur le chemin qui conduiſoit au
tombeau de ſon père. Cette image eſt grande, &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us, qui, Com
mentateurs ennuyeux, avec beaucoup de mérite
pourtant, veulent trouver des ſens cachés par
tout , nommé Facciolatus , abandonne le ſens
figuré, & prouve avec peſanteur que cette phra
ſe doit s'entendre au propre. » Je ne puis m'ima
» giner, dit-il , que Cicéron ſe ſerve en cette oc
» caſion d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
» croire qu'il parle ſérieuſement, d'autant#
» que la ſépulture de Roſcius étant ſituée dans
s
:
.'
-* • !
-
l'
·
·
·
·
·
· •
14 MERCURE DE FRANCE.
PLAIDoYER pour le Comédien
QU. R o s c I v s.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiſſe faire du
Comédien Roſcius, c'eſt celui que fait
de lui Cicéron dans le Diſcours qu'il
prononça en ſa faveur » Ce Roſcius ,
» dit-il aux Juges, eſt ſi habile dans ſon
» art, qu'il eſt le ſeul homme digne
» de paroître ſur la ſçène : mais il eſt
» auſſi tellement homme de bien, qu'il
» paroît ſeul digne qu'on l'empêche d'y
|yy mOnt€I'.
" L
»
- -
· Voici ce qui donna occaſion à ſon
démêlé avec Cherea ſon adverſaire.
Ce Caius Fannius Cherea avoit un Eſ
clave nommé Panurgus, en qui il crut
» ſa terre, & la terre ayant été vendue à Chry
» ſogonus, ce dernier étoit maître du chemin en
» queſtion, & pouvoit, s'il le jugeoit à propos,
• empêcher de marcher deſſus. Une loi expreſſe
» lui en donnoit le droit, à moins quil ne fût
* du nombre de ceux que ſe réſervoit le ven
• deur , exception dont je ne vois pas que Roſ
* cius ait fait uſage. • On ne ſe permer de rele
ver une pareille puérilité , que pour donner un
exemple des inutilités ſçavantes dont fourmil
lens la plupart des Commentaires Croiroit-on
après cela que ce Facciolatus eſt un des plus eſ
timés, & qu'il mérite de l'être,
-,.
-
J U I N. 1764.
15
remarquer d'heureuſes diſpoſitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Roſcius pour les cultiver, en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pour
roit produire le talent de l'Eſclave. A
quelque temps de là , comme il com
mençoit à donner à ſon Maître des
eſpérances flatteuſes de ſe voir bientôt
récompenſé & dédommagé de ſes
peines , il fut tué par un certain Fla
vius, natif de Tarquinies, Ville aſſez
peu conſidérable par elle-même, mais
que les Tarquins avoient rendue cé
lébre. Celui-ci, pourſuivi par Roſcius ,
éluda ſous différens prétextes le paye
ment de la ſomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
ſorte que notre Acteur fut obligé de
ſe rejetter ſur Fannius qui évita long
temps ſes pourſuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il ſe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus re
culer. Cicéron ſe chargea d'en faire la
demande aux Juges, au nom de Roſ
cius , & il s'en acquitta ſi bien , que
Cherea ne put lui rien refuſer.
Ces deux mots ſuffiſent pour met
tre au fait de l'hiſtoire de ce diſcours
aſſez peu conſidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en reſte, fait conjecturer qu'à
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la ſixiéme partie.
Ces pertes en ſont de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui ſçavent apprécier au juſte
le mérite ſingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiſtoire complette de tous les Diſcours pro
noncés dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain.
Discours de CICÉRON.
DÉFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. (a)
LA défense de Publius Quintius passe
pour le coup d'essai du Prince des Orateurs.
( a ) Des raiſons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les ſuivans, qui naturellement auroient dûs être
A iij
"-
6 MERCURE DE FRANCE.
Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce diſcours, l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Conſuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cor
nelius Dolabella. Ces dates préciſes qui
ſemblent n'avoir été conſervées à la
poſtérité, que pour conſtater ſûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annon
cent prèſque toujours d'une façon bril
lante : ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière, tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
-
z
Là modeſtie eſt la compagne inſépa
rable desvrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être
la vertu des jeunes
gens. Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens :
il n'oſa pas riſquer
en Public l'eſſai de ſes talens , c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiſtoire & le ſujet.
Sextus Nœvius s'étoit aſſocié dans
ſon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort ſans enfans , ſon frère Pu
placés à la tête de l'Ouvrage.Si jamais on fait une
édition de cette HIsToIRE , on y obſervera
exaétement l'ordre chronologique, dont nous ne
nous écarterons plus déſormais, .
|
,
'
J U I N. 1764. .
blius Quintiits ſe porta pour héritier, &
recueillit en cette qualité ſa ſucceſſion.
L'intérêt qui diviſe tous les hommes,
ſema bientôt la diſcorde entre Nœvius
' & Quintius quand il fut queſtion de
faire les partages. Le premier plus adroit
· ou plus fripon que celui-ci, perſécuta
· ſans relâche ſon adverſaire par toutes les
· chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laſſé des mauvais procédés de Naevius,
peut-être auſſi plus pareſſeux & moins .
actif que lui, ceſſa de ſe défendre : il
-† même la ſécurité , juſqu'à ſe
·
laiſſer condamner par défaut.
..
,
Quelque † après Quintius re
venu de cette eſpéce d'aſſoupiſſement,
ſoit de lui-même, ſoit par les conſeils
de ſes amis , voulut recommencer à
pourſuivre Nævius pour le contraindre
faire le partage de la façon dont il
le deſiroit.
•*
-
1V
- '
-
'
•
Mais l'affaire avoit bien changé de
face; & Naevius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit proviſoirement
en poſſeſſion des biens conteftés , ſe
mocquoit de tous les vains efforts de
, Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur, n'avoit que deux moyens de
ſortir d'embarras. Le premier, c'étoit
d'avouer pubiquement aº s'étoit laiſ
..
º2
8 MERCURE DE FRANCE. .
ſé condamner par défaut , & de don
ner en même-temps caution de ſe ſou
| mettre au jugement à intervenir, quel
' qu'il fût. Le ſeçond c'étoit de dépoſer
· une certaine ſomme, en conſentant à
· la perdre, s'il nè prouvoit pas que c'é-
toit mal-à-propos que Naevius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur,
puiſque ce Magiſtrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poſſeſſion des biens
· qui faiſoient la matière du procès. .
- Chacun de ces expédiens , rempli
· d'inconvéniens , devenoit également† En ſuivant
le premier parti, il ſe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui ſe laiſ
· ſoient condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le ſecond, il
† pour ainſi dire, ſon rang dans
a procédure , puiſque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceſſairement
| Demandeur. ..
-
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|
Il préféra pourtant ce dernier parti,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il ſe fit nommer un Juge par
le Préteur, à qui les droits de ſa charge
donnoient cette fonction. Le choix de
ce Magiſtrat tomba ſur le grave Juriſ
conſulte C. Aquillius Galliis , Perſon
nage auſſi recommandable par ſes pro
#
·
| J U I N. 1764.
fondes lumières, que par ſon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'aſſocia
trois
autres Juriſconſultes, P. Quintilius, M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça ſon
plaidoyer , à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces ſortes d'affaires. .
Le fonds de la queſtion étoit de ſça
voir ſi Nœvius avoit pu être mis légiti
mement en poſſeſſion des biens de
Quintius, par la Sentence du Préteur ?
Ciceron ſoutint la négative , & il la
prouve par des raiſonnemens auſſi ſoli
, des qu'éloquens. Ce diſcours quoique
plus foible que ceux qu'il compoſa dans
la ſuite, lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dansl'eſprit des ſçavans; &
s'il n'eſt pas d'un Orateur conſommé, au
moins y reconnoit-on le germe des
talens ſupérieurs que ſon illuſtre Au
teur fit briller dans la ſuite.
DÉFENsE de SExTvs Roscrvs
d'Ameries.
-
Tout le monde a entendu parler des
démêlés ſanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui-ci ; & par un de ces
jeux biſarres de la fortune, Rome ſe vit
aſſervie tour-à-tour, par deux Citoyens
» &
--
…
A V
4o MERCURE DE FRANCE.
qui avoient proteſté d'abord que l'in
térêt ſeul de la liberté Publique leur
, mettoit les armes à la main. Sylla, plus
habile que ſon ennemi, conſerva tran
quillement ſon autorité tant qu'il voulut
être le maître. Dans la ſuite, quand il ne
daigna plus gouverner ſa Patrie, il ſe
retira couvert de gloire, ſans appréhen
der ce qu'un Tyran doit toujours crain
dre. Heureux, s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreuſes, connues ſous
le nom de proſcriptions, qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Ci
toyens pour égorger l'autre ! Elles furent
cauſe du malheur de Roſcius , & don
nerent occaſion à Cicéron de prononcer
ſon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conſul pour la ſeconde fois, avec
Qu. Metellus.
Sextus Roſcius, père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition, lié avec les plus honnêtes .
Citoyens & reçu avec plaiſir dans les
meilleures maiſons de la Ville. Poſſeſſeur
d'un bien conſidérable, ſa dépenſe étoit
pourtant des mieux réglées; il jouiſſoit
de la meilleure réputation.Attaché d'ail
leurs au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il n'avoit rien # craindre du
J U I N. 1764.
1 1
vainqueur.Son fils unique, nommé com
me lui Sextus Roſcius,(c'eſt de lui dont
il eſt queſtion) étoit un de ces génies
épais, peu propres aux affaires , quoi
que capables de s'acquitter avec un cer- .
tain ſuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiſſoit ſon caractère,
le tenoit aſſez ordinairement à une
maiſon de Campa ne,proche d'Ameries,
petite Ville, où # réſidoit communé
ment quand il n'étoit pas à Rome.
Un ſoir , qu'il revenoit aſſez tard de
ſouper , il fut aſſailli vigoureuſement
par pluſieurs aſſaſſins aux environs du
mont Palatin. Après une réſiſtance
aſſez longue & malheureuſement inuti
le, il tomba ſans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent prompte
ment.
| La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiſ
toire du jour, & puis on finit par l'ou
blier. Roſcius étoit riche : il avoit deux
parens aſſez proches & qui portoient
ſon nom , avec qui des raiſons d'in
térêt l'avoient brouillé depuis long
temps. Ces deux Roſcius étoient d'ail
leurs deux ſcélérats publiquement ,e-
connus pour tels, juſques-là'que l'un
- des deux paſſoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
déterminé. Ils ne voyoient pas ſans envie .
la fortune brillante de Roſcius; & ce fur
pour s'en mettre en poſſeſſion, qu'ils
réſolurent de perdre du même coup &
le père & le fils.
|
.
•.
On voit que ce complot déteſtable
avoit déjà eu des commencemens aſſez
heureux ; quand un Citoyen obſcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort ſur la liſte des Proſcrits. Ce fut
ſans doute àl'inſtigation de Chryſogonus
affranchi de Sylla, quijouiſſoit de toute
la faveur de ſon Maître, & dont l'in
ſolence ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de ſon crédit. Les, biens de
Roſcius le tentoient, & il vouloit les ac
quérir à bon compte quand on les ven
droit à l'enchère comme tous ceux des
Proſcrits. Cryſogonus réuſſit , & les
biens de Roſcius lui furent adjugés à un
prix ſix fois au-deſſous de leur valeur.
L'injuſtice parut criante, & révolta
tout le monde. Les deux Roſcius pen
ſerent à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Roſcius le fils , &
de l'accuſer de parricide. Quelque deſ
tituée de vraiſemblance que fût cette
accuſation, elle fit impreſſion par ſon
atrocité : peut-être même Sylla appuya- .
--
-
J U I N. 1764.
I3
t-il ſourdement les bruits qui couru
rent alors. L'affaire fut réglee, les Juges
nommés, les témoins entendus. Cicéron
prit en main la défenſe de Roſcius , &
ſon éloquence victorieuſe, en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné ,
lui conſerva l'honneur & la vie.
Son Diſcours eſt un modéle de bon
ſens & de raiſonnement. Il eſt difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'eſprit, & le
ſentiment affectueux qui perce le cœur
& qui arrache des larmes. ( b)
(b) On remarque que Cicéron fait ſouvent
uſage dans ce Diſcours de la
figure nommée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryſogonus & ſon achar
nement impitoyable à dépouiller le malheureux
Roſcius, il dit : qu'il ne lui laiſſoit pas même la
liberté de marcher ſur le chemin qui conduiſoit au
tombeau de ſon père. Cette image eſt grande, &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us, qui, Com
mentateurs ennuyeux, avec beaucoup de mérite
pourtant, veulent trouver des ſens cachés par
tout , nommé Facciolatus , abandonne le ſens
figuré, & prouve avec peſanteur que cette phra
ſe doit s'entendre au propre. » Je ne puis m'ima
» giner, dit-il , que Cicéron ſe ſerve en cette oc
» caſion d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
» croire qu'il parle ſérieuſement, d'autant#
» que la ſépulture de Roſcius étant ſituée dans
s
:
.'
-* • !
-
l'
·
·
·
·
·
· •
14 MERCURE DE FRANCE.
PLAIDoYER pour le Comédien
QU. R o s c I v s.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiſſe faire du
Comédien Roſcius, c'eſt celui que fait
de lui Cicéron dans le Diſcours qu'il
prononça en ſa faveur » Ce Roſcius ,
» dit-il aux Juges, eſt ſi habile dans ſon
» art, qu'il eſt le ſeul homme digne
» de paroître ſur la ſçène : mais il eſt
» auſſi tellement homme de bien, qu'il
» paroît ſeul digne qu'on l'empêche d'y
|yy mOnt€I'.
" L
»
- -
· Voici ce qui donna occaſion à ſon
démêlé avec Cherea ſon adverſaire.
Ce Caius Fannius Cherea avoit un Eſ
clave nommé Panurgus, en qui il crut
» ſa terre, & la terre ayant été vendue à Chry
» ſogonus, ce dernier étoit maître du chemin en
» queſtion, & pouvoit, s'il le jugeoit à propos,
• empêcher de marcher deſſus. Une loi expreſſe
» lui en donnoit le droit, à moins quil ne fût
* du nombre de ceux que ſe réſervoit le ven
• deur , exception dont je ne vois pas que Roſ
* cius ait fait uſage. • On ne ſe permer de rele
ver une pareille puérilité , que pour donner un
exemple des inutilités ſçavantes dont fourmil
lens la plupart des Commentaires Croiroit-on
après cela que ce Facciolatus eſt un des plus eſ
timés, & qu'il mérite de l'être,
-,.
-
J U I N. 1764.
15
remarquer d'heureuſes diſpoſitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Roſcius pour les cultiver, en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pour
roit produire le talent de l'Eſclave. A
quelque temps de là , comme il com
mençoit à donner à ſon Maître des
eſpérances flatteuſes de ſe voir bientôt
récompenſé & dédommagé de ſes
peines , il fut tué par un certain Fla
vius, natif de Tarquinies, Ville aſſez
peu conſidérable par elle-même, mais
que les Tarquins avoient rendue cé
lébre. Celui-ci, pourſuivi par Roſcius ,
éluda ſous différens prétextes le paye
ment de la ſomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
ſorte que notre Acteur fut obligé de
ſe rejetter ſur Fannius qui évita long
temps ſes pourſuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il ſe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus re
culer. Cicéron ſe chargea d'en faire la
demande aux Juges, au nom de Roſ
cius , & il s'en acquitta ſi bien , que
Cherea ne put lui rien refuſer.
Ces deux mots ſuffiſent pour met
tre au fait de l'hiſtoire de ce diſcours
aſſez peu conſidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en reſte, fait conjecturer qu'à
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la ſixiéme partie.
Ces pertes en ſont de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui ſçavent apprécier au juſte
le mérite ſingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiſtoire complette de tous les Diſcours pro
noncés dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
Le texte décrit deux discours célèbres de Cicéron. En 672 de la fondation de Rome, Cicéron, alors âgé de 26 ans, défendit Publius Quintius dans un litige de succession contre Sextus Naevius. À cette époque, Sylla était dictateur, et les consuls étaient Marcus Tullius Decula et Gnaeus Cornelius Dolabella. Cicéron opta pour déposer une somme d'argent afin d'éviter une condamnation par défaut et fut nommé juge par le préteur. Bien que ce discours ne soit pas aussi remarquable que ses œuvres ultérieures, il révélait déjà des talents prometteurs. L'année suivante, en 673, Cicéron défendit Sextus Roscius d'Amérie, victime des proscriptions de Sylla. Sextus Roscius, un citoyen riche et respecté, avait été assassiné, et son fils fut injustement accusé de parricide par des parents éloignés visant à s'approprier sa fortune. Grâce à son éloquence, Cicéron parvint à démontrer l'innocence du jeune Roscius, lui sauvant ainsi la vie. Ce discours est apprécié pour son bon sens et son émotion. Le texte évoque également une autre affaire où Cicéron aida Roscius à obtenir une compensation pour la mort d'un esclave tué par Flavius. Après plusieurs refus, Fannius finit par céder sous la pression, et Cherea, le juge, accepta la demande. Le discours de Cicéron sur cette affaire est peu connu et seules quelques parties subsistent, ce qui constitue une perte pour les lettrés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4736
p. 69-80
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX, de l'Académie Françoise.
Début :
VOUS m'avez demandé, Monsieur, quelques détails sur la vie de M. de Marivaux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX, de l'Académie Françoise.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX,
de l'Académie Françoise.
VOUS m'avez demandé, Monsieur,
quelques détails sur la vie de M. de Marivaux,
votre ami : je vous les envoie
un peu tard , mes occupations ne
m'ayant pas permis de ſatisfaire plutôt à
votre demande.
· Pierre Carlet de Marivaux nâquit à
Paris ſur la Paroiſſe de S. Gervais , en
1688, & non en Auvergne, comme on
le trouve écrit en pluſieurs endroits. Son
père, qui avoit été Directeur de la Mon
noie a Riom, étoit d'une famille an
cienne dans le Parlement de Norman
die : il ne négligea rien pour l'éducation
de ſon fils, qui annonça de bonne heure,
par des progrès rapides dans ſes pre
mières études, cette fineſſe d'eſprit qui
7o MERCURE DE FRANCE.
' caractériſe ſes ouvrages. Un des pre
miers qui ſoient ſortis de ſa plume, ſont
les Folies Romaneſques , en deux vo
lumes, qui ſe reſſentent de la jeuneſſe de
ſon Auteur. C'eſt une imitation du Ro
man de Dom Quichotte. M. de Marivaux
l'a retouché depuis; & ce Roman fait
partie de la derniere édition de ſes Œu
vres, ſous le titre de Dom Quichotte
moderne. Pharſamon en eſt le héros.
Plein des idées extravagantes qu'il a
puiſées dans les Romans de Chevalerie ,
il ſe fait accompagner par ſon valet,
qui, ſous le nom de Cliton, & en qua
lité d'Ecuyer, participe à ſes aventures.
Il leur en arrive d'aſſez plaiſantes en gé
néral ; & cet Ouvrage reſpire la gaîté.
A peine ſorti du College, M. de Ma
rivaux s'étoit aviſé de dire qu'une Co
médie n'étoit pas une choſe difficile.
Pour le prouver, il compoſà le Pere
prudent, petit Drame en un Acte , &
fit voir en effet qu'une mauvaiſe Pièce
eſt une choſe aiſée pour un homme
d'eſprit. Il s'eſſaya enſuite dans le tra
gique, & donna en 172G la Mort d'An
nibal. Le peu de ſuccès qu'eut d'abord
cette Tragédie, quoiqu'eſtimable à bien -
des égards, le détermina pour toujours
à abandonner ce genre & ce ſtyle ; &
-
M A I N. 1754.
71
ce parti ſage, en le rendant à ſon génie
· naturel, lui ouvrit une carrière bril
lante, pour laquelle il étoit beaucoup
plus propre. Vous ſçavez, Monſieur,
avec quel applaudiſſement il a travaillé
pendant plus de trente années pour deux
de nos Théâtres. Il a ſoutenu ſeul, &
long-temps, la fortune des Italiens, qui,
ſans ce ſecours, & faute de ſpectateurs,
étoient prèſque contraints d'abandonner
leur Spectacle. Il leur a donné vingt-une
Pièces, dont la plupart reſtées au théâ
tre , ſe jouent toujours avec ſuccès :
elles forment un Recueil en cinq volu
mes qui , avec les neuf Pièces qu'il a
données aux François , compoſent en
femble les ſept volumes de ſon Théâ
tre. Celles qui reparoiſſent le plus ſou
vent à la Comédie Françoiſe , ſont la
Surpriſe de l'Amour, le Legs & le Pré
jugé vaincu ; & aux It liens, la Mère
confidente , le Jeu de l'Amour & du
Hazard , l heureux Stratagême , Arle
quin poli par l'Amour, la double In
conſtance, la fauſſe Suivante , l'Ecole
des Mères, les fauſſes Confidences, l'Iſle
des Eſclaves , &c.
· Permettez-moi, Monſieur, de rappel
ler ici ce que j'ai dit ailleurs " ſur le gé
-* Dans l'Obſervateur Littéraire.
72 MERCURE DE FRANCE.
nie de M. de Marivaux dans le genre
dramatique. Voyant que ſes prédéceſ
ſeurs avoient épuiſé tous les ſujets des
Comédies de caractères, il s'eſt livré à la
compoſition des Pièces d'intrigue ; &
dans cette
carrière ne voulant avoir
d'autre modèle que lui-même ,
il s'eſt
frayé une route nouvelle : il a imaginé
d'introduire la Métaphyſique ſur la Scè
ne, & d'analyſer le cœur humain dans
des diſſertations tendrement épigram
matiques.Auſſi le canevas de la plupart
de ſes Comédies n'eſt-il ordinairement
qu'une petite toile fort légère , dont
l'ingénieuſe broderie exprime ce que
les replis du cœur ont de plus ſecret,
ce que les rafinemens de l'eſprit ont de
lus délicat. Ne croyez cependant pas
ue cette ſubtilité comique ſoit le ſeul
caractère diſtinctif de ſon Théâtre : ce
ui y regne principalement, eſt un fond
de philoſophie, dont les idées dévelop
ées avec fineſſe , filées avec art, &
adroitement accommodées à la ſcène,
ont preſque toujours un but utile &
moral. Je voudrois rendre les hommes
plus juſtes & plus humains , diſoit-il ;
& je n'ai que cet objet en vue. Il criti
uoit comme Démocrite, en Philoſophe
qui ſçait excuſer les défauts qu'il reprend
ſans
J U I N. 1764:
73
ſans aigreur, & avec autant de prudence
· & de circonſpection , que de fineſſe &
- d'aménité.
.
-
Doué d'un eſprit ſubtil & réfléchi,
· M. de Marivaux tint encore un rang
diſtingué parmi nos moraliſtes Obſer
vateurs. Son Spectateur François lui a
merité en Angleterre l'honneur d'être
comparé à Labruyere. Son plan embraſ
ſe toute ſorte d'objets , Morale , Reli
gion, Politique, Science, Beaux-Arts,
Commerce , &c; & ſur toutes ces ma
tières on retrouve toujours un Philoſo
phe agréable , qui connoît le monde ,
& ſçait donner à la vertu
cet air
d'agrément qui la fait aimer , & au
vice, les couleurs qui effarouchent la
| Vertu.
La même choſe ſe fait encore remar
· quer dans la Vie de Mariane & dans
· le Payſan parvenu, deux Romans de
· M. de Marivaux, où brillent la viva
cité & la fécondité de ſon imagination :
c'eſt toujours le même goût pour la mo
rale ; beaucoup d'eſprit , beaucoup de
ſentiment, beaucoup de rafinement dans
l'un & dans l'autre : mais toujours des
réfléxions utiles & délicates , & des
peintures aimables de la vertu.
"
.
• Dans la nouvelle édition des QEuvres
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Marivaux , fai.e chez Ducheſ
ne, rue S. Jacques , on a inſéré ſon
Homere traveſti , Poëme burleſque ,
dont le but eſt de ridiculiſer les Héros
de l'Iliade.J'aurois dû vous parler plu
tôt de cette plaiſanterie, parce que ce
fut un de ſes premiers ouvrages. L'Au
teur y fait voir avec eſprit, combien il
eſt facile de donner une face riſible aux
choſes les plus grandes & les plus ſé
rieuſes.
Tous les Ecrits de M. de Marivaux
n'ont pas eu un égal ſuccès ; mais on ne
peut lui refuſer le mérite d'avoir aſſu
j tti par-tout l'imagination aux prin
cipes de la ſageſſe, le bel eſprit à la dé
-cence , & de n'avoir été prodigue de
' l'un & de l'autre , qu'au profit des bon
nes mœurs. On conviendra auſſi que
peu d'Auteurs ont traité leurs Sujets avec
autant de fécondité & de grâces; qu'il y en
| a | eu dont la Philoſophie ait tant fourni
de reſſources à l'imagination,tant de pen
· ſées & de ſaillies à l'eſprit. Quant à ſon
ſtyle, je ne doute pas que vous n'adop
tiez l'idée qu'il s en étoit formée lui
même : il étoit analogue a ſa manière
de voir & de ſentir. » Ce ſtyle particu
» lier , & le ſeul qui corvenoit à la
» •l oſe » l'a fait regarder comme un
-
J U I N. 1764.
75
» Auteur ſingulier dans ſes expreſſions :
» on n'a pas ſçu ſentir d'abord que la
» fineſſe de ſes penſées ne pouvoit être
» rendue autrement. On a mis ſur le
» compte du ſtyle ce qui appartenoit à
» ſa pénétration ; & j'oſe dire qu'alors
» on le condamna ſans l'entendre. De
» puis long temps les perſonnes judi
» cieuſes § revenues à la vérité ; &
» on lui ſait gré d'avoir pû aſſujettir ſon
» ſtyle au genre des matières qu'il trai
» toit. Il # chez la poſtérité un Au
» teur ſingulier, qu'on lira avec plaiſir
» & uti'ité, mais qu'il ſeroit dangereux
• de vouloir prendre pour modèle.
M. de Marivaux s'eſt peint dans ſes
Ouvrages.Vous, Monſieur , qui l'avez
connu particuliérement , vous ſçavez
qu'il étoit avec lui-même, & dans le
commerce de la vie, ce qu'il paroiſſoit
dans ſes Ecrits. Avec un caractère tran
quille, quoique ſenſible, il poſſédoit en
core toutes les qualités qu'exigent la ſo
ciété, & qui la rendent ſûre & agréable.
A une probité exacte, à un nob'e déſin
téreſſement , il réuniſſoit une candeur
aimable, une âme bienfaiſante , - une
modeſtie ſans a1d & ſans prétention ,
une aff.bilité pleine de ſentiment, &
1'attention la plus ſcrupuleuſe à évit.x
D ij
· 76 MERCURE DE FRANCE.
tout ce qui pouvoit offenſer ou dé
plaire.
Son reſpect pour nos myſtères étoit
auſſi ſincère que ſon amour pour la
vertu & pour la paix. Il ſavoit, il ai
moit, il pratiquoit la Religion : toute
Philoſophie contraire à ſes principes &
à ſes dogmes lui paroiſſoit frivole & in
conſéquente; & ſon zèle s'anima plus
d'une fois contre les railleries & les
vains raiſonnemens des eſprits forts.
Mais ſa religion ne ſe bornoit pas à ce
zèle : c'étoit dans la pratique des bonnes
ceuvres qu'il la faiſoit conſiſter, & ſpé
cialement dans une ſenſibilité effective
pour les pauvres & les malheureux.
Simple , attentif, eſſentiel dans le
commerce de l'amitié, M. de Marivaux
y portoit également la délicateſſe & la
ſincérité. Lorſque ſes amis, ſur-tout les
gens de Lettres, le conſultoient, toute
autre conſidération cédoit alors au deſir
de leur être utile :
il ſavoit allier la dou
ceur de l'infinuation avec l'expreſſion
de la vérité.
-
Au reſte , M. de Marivaux décidoit
peu :
il conſultoit au contraire beau
coup, & n'aimoit point à conteſter ni à
prouver qu'il avoit raiſon. Jamais il ne
répondit à la critique, ſe contentant d'en
• -
-
J U I N. 1764.
77
profiter ſi elle étoit juſte , l'abandonnant
† du Public , ſi elle ne l'étoit
pas, J'aime mon repos, diſoit-il un jour
à Madame de Tencin; & je ne veux point
troubler celui des autres.
C'eſt par l'heureux aſſemblage de ces
qualités chrétiennes & ſociales avec
les talens de l'eſprit les plus brillans ,
que M. de Marivaux s'acquit l'eſtime &
la conſidération d'un grand Prince , &
qu'il ſe fit un grand nombre d'amis dans
un monde choiſi, particuliérement dans
l'Académie Françoiſe , où il fut reçu
d'une voix unanime au mois de Février
1743 Feu M. le Duc d'Orléans , en
tr'autres témoignages de la bienveillance
dont il l'honoroit , dota ſa fille à l'Ab
baye du Tréſor, & fournit à tous les
frais de ſa Profeſſion religieuſe. M. de
Marivaux avoit eu cette fille unique de
ſon mariage en 1721 avec Mlle Martin,
d'une bonne famille de Sens, & d'un
mérite diſtingué, qu'il eut le chagrin de
perdre en 1723, & qu'il a regrettée toute
ſa vie.
Rien peut-être ne prouve mieux la
ſolidité de la philoſophie de notre illuſtre
Académicien , que ſon indifférence
pour les richeſſes & les diſtinctions. II
ne ſollicita jamais les faveurs des Grands :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
jamais il n'imagina que ſes talens duſſent
les lui mériter. Mais s'il crut devoir né
gliger la fortune, & ne faire aucune dé
marche vers elle, il ne refuſa point ſes
dons lorſqu'elle les lui fit offrit par l'eſ
time & l'amitié, ou par les protecteurs
déſintéreſſés des arts & des talens. Sa
reconnoiſſance eût voulu ne laiſſer igno
rer à perſonne, ni les attentions géné
reuſes que lui prodiguoit Madame de
Tencin, ſi célebre elle-même par les
charmes de ſon eſprit, ni celles de Mlle
de Saint Jean , qui, en acceptant le
titre de ſà Légataire univerſelle, a con
tinué ſi noblement d'être ſa bienfai
trice, même après ſa mort.Je crois, en
publiant les bienfaits & les noms de ſes
illuſtres amies, ajouter à ſa gloire, faire
leur éloge & celui de l'amitié. M. de Ma
rivaux jouiſſoit d'ailleurs d'une penſion
ſur la caſſette du Roi, & d'une autre
plus conſidérable que lui faiſoit payer,
ſans que peut-être il le ſçût lui-même ,
une Dame de la Cour , que les Lettres,
les Arts & les Sciences ont reconnue
long temps pour leur amie généreuſe &
leur protectrice éclairée.
- .
Avec ces reſſources, M. de Marivaux
ſe ſeroit fait une ſituation auſſi aiſée que
commode , s'il eût été moins ſenſible
-
J U I N. 1764:
· 79
aux malheurs d'autrui & moins libéral.
Il étoit né avec ces heureux penchans,
que ſes infortunes perſonnelles avoient
d'ailleurs nourris & fortifiés dans ſon
cœur; & ſon premier plaiſir fut toujours
celui de les ſatisfaire. On ſait que , mal
gré la modi ité de ſa fortune, il faiſoit ,
beaucoup de dons ſecrets , & que ſa
charité , toujours bienfaiſante, ne ſe
rébutoit pas même d'obliger & de ſe
courir des ingrats. On l'a vu plus d'une
fois ſacrifier juſqu'à ſon néceſſaire pour
rendre la liberté, & même la vie, à des
Particuliers qu'il connoiſſoit à peine,
mais qui étoient ou pourſuivis par des
créanciers impitoyables , ou réduits au
déſeſpoir. Il ſuffiſoit d'être dans l'in
digence ou dans l'adverſité, pour avoir
un droit aſſuré ſur ſes généroſités; & ſi
la reconnoiſſance les publioit, il n'en
convenoit qu'avec peine.
Il avoit la
même attention à recommander le ſe
cret à ceux qu'il obligeoit , qu'à cacher
à ſes plus intimes amis ſes chagrins do
meſtiques & ſes propres beſoins.
- Des vertus ſi ſolides & ſi effectives
préparoient d'elles-mêmes M. de Mari
vaux à ſon dernier moment. Ses infir- .
mités le lui firent enviſager ; & il le vit
•t avec toute la tranquillité d'un
D iv
8O MERCURE DE FRANCE.
Philoſophe chrétien, qui ne regarde la .
mort que comme un don de la Provi
dence , & l'heureux moyen d'échanger
le néant de la gloire & des proſpérités de
ce monde avec la jouiſſance ineffable
du bonheur de l'autre vie. Il mourut !
dans ces ſentimens le 11 Février 1763 ,
âgé de 75 ans.
Je ſuis , &c.
-
L'Abbé D. L. P.
Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX,
de l'Académie Françoise.
VOUS m'avez demandé, Monsieur,
quelques détails sur la vie de M. de Marivaux,
votre ami : je vous les envoie
un peu tard , mes occupations ne
m'ayant pas permis de ſatisfaire plutôt à
votre demande.
· Pierre Carlet de Marivaux nâquit à
Paris ſur la Paroiſſe de S. Gervais , en
1688, & non en Auvergne, comme on
le trouve écrit en pluſieurs endroits. Son
père, qui avoit été Directeur de la Mon
noie a Riom, étoit d'une famille an
cienne dans le Parlement de Norman
die : il ne négligea rien pour l'éducation
de ſon fils, qui annonça de bonne heure,
par des progrès rapides dans ſes pre
mières études, cette fineſſe d'eſprit qui
7o MERCURE DE FRANCE.
' caractériſe ſes ouvrages. Un des pre
miers qui ſoient ſortis de ſa plume, ſont
les Folies Romaneſques , en deux vo
lumes, qui ſe reſſentent de la jeuneſſe de
ſon Auteur. C'eſt une imitation du Ro
man de Dom Quichotte. M. de Marivaux
l'a retouché depuis; & ce Roman fait
partie de la derniere édition de ſes Œu
vres, ſous le titre de Dom Quichotte
moderne. Pharſamon en eſt le héros.
Plein des idées extravagantes qu'il a
puiſées dans les Romans de Chevalerie ,
il ſe fait accompagner par ſon valet,
qui, ſous le nom de Cliton, & en qua
lité d'Ecuyer, participe à ſes aventures.
Il leur en arrive d'aſſez plaiſantes en gé
néral ; & cet Ouvrage reſpire la gaîté.
A peine ſorti du College, M. de Ma
rivaux s'étoit aviſé de dire qu'une Co
médie n'étoit pas une choſe difficile.
Pour le prouver, il compoſà le Pere
prudent, petit Drame en un Acte , &
fit voir en effet qu'une mauvaiſe Pièce
eſt une choſe aiſée pour un homme
d'eſprit. Il s'eſſaya enſuite dans le tra
gique, & donna en 172G la Mort d'An
nibal. Le peu de ſuccès qu'eut d'abord
cette Tragédie, quoiqu'eſtimable à bien -
des égards, le détermina pour toujours
à abandonner ce genre & ce ſtyle ; &
-
M A I N. 1754.
71
ce parti ſage, en le rendant à ſon génie
· naturel, lui ouvrit une carrière bril
lante, pour laquelle il étoit beaucoup
plus propre. Vous ſçavez, Monſieur,
avec quel applaudiſſement il a travaillé
pendant plus de trente années pour deux
de nos Théâtres. Il a ſoutenu ſeul, &
long-temps, la fortune des Italiens, qui,
ſans ce ſecours, & faute de ſpectateurs,
étoient prèſque contraints d'abandonner
leur Spectacle. Il leur a donné vingt-une
Pièces, dont la plupart reſtées au théâ
tre , ſe jouent toujours avec ſuccès :
elles forment un Recueil en cinq volu
mes qui , avec les neuf Pièces qu'il a
données aux François , compoſent en
femble les ſept volumes de ſon Théâ
tre. Celles qui reparoiſſent le plus ſou
vent à la Comédie Françoiſe , ſont la
Surpriſe de l'Amour, le Legs & le Pré
jugé vaincu ; & aux It liens, la Mère
confidente , le Jeu de l'Amour & du
Hazard , l heureux Stratagême , Arle
quin poli par l'Amour, la double In
conſtance, la fauſſe Suivante , l'Ecole
des Mères, les fauſſes Confidences, l'Iſle
des Eſclaves , &c.
· Permettez-moi, Monſieur, de rappel
ler ici ce que j'ai dit ailleurs " ſur le gé
-* Dans l'Obſervateur Littéraire.
72 MERCURE DE FRANCE.
nie de M. de Marivaux dans le genre
dramatique. Voyant que ſes prédéceſ
ſeurs avoient épuiſé tous les ſujets des
Comédies de caractères, il s'eſt livré à la
compoſition des Pièces d'intrigue ; &
dans cette
carrière ne voulant avoir
d'autre modèle que lui-même ,
il s'eſt
frayé une route nouvelle : il a imaginé
d'introduire la Métaphyſique ſur la Scè
ne, & d'analyſer le cœur humain dans
des diſſertations tendrement épigram
matiques.Auſſi le canevas de la plupart
de ſes Comédies n'eſt-il ordinairement
qu'une petite toile fort légère , dont
l'ingénieuſe broderie exprime ce que
les replis du cœur ont de plus ſecret,
ce que les rafinemens de l'eſprit ont de
lus délicat. Ne croyez cependant pas
ue cette ſubtilité comique ſoit le ſeul
caractère diſtinctif de ſon Théâtre : ce
ui y regne principalement, eſt un fond
de philoſophie, dont les idées dévelop
ées avec fineſſe , filées avec art, &
adroitement accommodées à la ſcène,
ont preſque toujours un but utile &
moral. Je voudrois rendre les hommes
plus juſtes & plus humains , diſoit-il ;
& je n'ai que cet objet en vue. Il criti
uoit comme Démocrite, en Philoſophe
qui ſçait excuſer les défauts qu'il reprend
ſans
J U I N. 1764:
73
ſans aigreur, & avec autant de prudence
· & de circonſpection , que de fineſſe &
- d'aménité.
.
-
Doué d'un eſprit ſubtil & réfléchi,
· M. de Marivaux tint encore un rang
diſtingué parmi nos moraliſtes Obſer
vateurs. Son Spectateur François lui a
merité en Angleterre l'honneur d'être
comparé à Labruyere. Son plan embraſ
ſe toute ſorte d'objets , Morale , Reli
gion, Politique, Science, Beaux-Arts,
Commerce , &c; & ſur toutes ces ma
tières on retrouve toujours un Philoſo
phe agréable , qui connoît le monde ,
& ſçait donner à la vertu
cet air
d'agrément qui la fait aimer , & au
vice, les couleurs qui effarouchent la
| Vertu.
La même choſe ſe fait encore remar
· quer dans la Vie de Mariane & dans
· le Payſan parvenu, deux Romans de
· M. de Marivaux, où brillent la viva
cité & la fécondité de ſon imagination :
c'eſt toujours le même goût pour la mo
rale ; beaucoup d'eſprit , beaucoup de
ſentiment, beaucoup de rafinement dans
l'un & dans l'autre : mais toujours des
réfléxions utiles & délicates , & des
peintures aimables de la vertu.
"
.
• Dans la nouvelle édition des QEuvres
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Marivaux , fai.e chez Ducheſ
ne, rue S. Jacques , on a inſéré ſon
Homere traveſti , Poëme burleſque ,
dont le but eſt de ridiculiſer les Héros
de l'Iliade.J'aurois dû vous parler plu
tôt de cette plaiſanterie, parce que ce
fut un de ſes premiers ouvrages. L'Au
teur y fait voir avec eſprit, combien il
eſt facile de donner une face riſible aux
choſes les plus grandes & les plus ſé
rieuſes.
Tous les Ecrits de M. de Marivaux
n'ont pas eu un égal ſuccès ; mais on ne
peut lui refuſer le mérite d'avoir aſſu
j tti par-tout l'imagination aux prin
cipes de la ſageſſe, le bel eſprit à la dé
-cence , & de n'avoir été prodigue de
' l'un & de l'autre , qu'au profit des bon
nes mœurs. On conviendra auſſi que
peu d'Auteurs ont traité leurs Sujets avec
autant de fécondité & de grâces; qu'il y en
| a | eu dont la Philoſophie ait tant fourni
de reſſources à l'imagination,tant de pen
· ſées & de ſaillies à l'eſprit. Quant à ſon
ſtyle, je ne doute pas que vous n'adop
tiez l'idée qu'il s en étoit formée lui
même : il étoit analogue a ſa manière
de voir & de ſentir. » Ce ſtyle particu
» lier , & le ſeul qui corvenoit à la
» •l oſe » l'a fait regarder comme un
-
J U I N. 1764.
75
» Auteur ſingulier dans ſes expreſſions :
» on n'a pas ſçu ſentir d'abord que la
» fineſſe de ſes penſées ne pouvoit être
» rendue autrement. On a mis ſur le
» compte du ſtyle ce qui appartenoit à
» ſa pénétration ; & j'oſe dire qu'alors
» on le condamna ſans l'entendre. De
» puis long temps les perſonnes judi
» cieuſes § revenues à la vérité ; &
» on lui ſait gré d'avoir pû aſſujettir ſon
» ſtyle au genre des matières qu'il trai
» toit. Il # chez la poſtérité un Au
» teur ſingulier, qu'on lira avec plaiſir
» & uti'ité, mais qu'il ſeroit dangereux
• de vouloir prendre pour modèle.
M. de Marivaux s'eſt peint dans ſes
Ouvrages.Vous, Monſieur , qui l'avez
connu particuliérement , vous ſçavez
qu'il étoit avec lui-même, & dans le
commerce de la vie, ce qu'il paroiſſoit
dans ſes Ecrits. Avec un caractère tran
quille, quoique ſenſible, il poſſédoit en
core toutes les qualités qu'exigent la ſo
ciété, & qui la rendent ſûre & agréable.
A une probité exacte, à un nob'e déſin
téreſſement , il réuniſſoit une candeur
aimable, une âme bienfaiſante , - une
modeſtie ſans a1d & ſans prétention ,
une aff.bilité pleine de ſentiment, &
1'attention la plus ſcrupuleuſe à évit.x
D ij
· 76 MERCURE DE FRANCE.
tout ce qui pouvoit offenſer ou dé
plaire.
Son reſpect pour nos myſtères étoit
auſſi ſincère que ſon amour pour la
vertu & pour la paix. Il ſavoit, il ai
moit, il pratiquoit la Religion : toute
Philoſophie contraire à ſes principes &
à ſes dogmes lui paroiſſoit frivole & in
conſéquente; & ſon zèle s'anima plus
d'une fois contre les railleries & les
vains raiſonnemens des eſprits forts.
Mais ſa religion ne ſe bornoit pas à ce
zèle : c'étoit dans la pratique des bonnes
ceuvres qu'il la faiſoit conſiſter, & ſpé
cialement dans une ſenſibilité effective
pour les pauvres & les malheureux.
Simple , attentif, eſſentiel dans le
commerce de l'amitié, M. de Marivaux
y portoit également la délicateſſe & la
ſincérité. Lorſque ſes amis, ſur-tout les
gens de Lettres, le conſultoient, toute
autre conſidération cédoit alors au deſir
de leur être utile :
il ſavoit allier la dou
ceur de l'infinuation avec l'expreſſion
de la vérité.
-
Au reſte , M. de Marivaux décidoit
peu :
il conſultoit au contraire beau
coup, & n'aimoit point à conteſter ni à
prouver qu'il avoit raiſon. Jamais il ne
répondit à la critique, ſe contentant d'en
• -
-
J U I N. 1764.
77
profiter ſi elle étoit juſte , l'abandonnant
† du Public , ſi elle ne l'étoit
pas, J'aime mon repos, diſoit-il un jour
à Madame de Tencin; & je ne veux point
troubler celui des autres.
C'eſt par l'heureux aſſemblage de ces
qualités chrétiennes & ſociales avec
les talens de l'eſprit les plus brillans ,
que M. de Marivaux s'acquit l'eſtime &
la conſidération d'un grand Prince , &
qu'il ſe fit un grand nombre d'amis dans
un monde choiſi, particuliérement dans
l'Académie Françoiſe , où il fut reçu
d'une voix unanime au mois de Février
1743 Feu M. le Duc d'Orléans , en
tr'autres témoignages de la bienveillance
dont il l'honoroit , dota ſa fille à l'Ab
baye du Tréſor, & fournit à tous les
frais de ſa Profeſſion religieuſe. M. de
Marivaux avoit eu cette fille unique de
ſon mariage en 1721 avec Mlle Martin,
d'une bonne famille de Sens, & d'un
mérite diſtingué, qu'il eut le chagrin de
perdre en 1723, & qu'il a regrettée toute
ſa vie.
Rien peut-être ne prouve mieux la
ſolidité de la philoſophie de notre illuſtre
Académicien , que ſon indifférence
pour les richeſſes & les diſtinctions. II
ne ſollicita jamais les faveurs des Grands :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
jamais il n'imagina que ſes talens duſſent
les lui mériter. Mais s'il crut devoir né
gliger la fortune, & ne faire aucune dé
marche vers elle, il ne refuſa point ſes
dons lorſqu'elle les lui fit offrit par l'eſ
time & l'amitié, ou par les protecteurs
déſintéreſſés des arts & des talens. Sa
reconnoiſſance eût voulu ne laiſſer igno
rer à perſonne, ni les attentions géné
reuſes que lui prodiguoit Madame de
Tencin, ſi célebre elle-même par les
charmes de ſon eſprit, ni celles de Mlle
de Saint Jean , qui, en acceptant le
titre de ſà Légataire univerſelle, a con
tinué ſi noblement d'être ſa bienfai
trice, même après ſa mort.Je crois, en
publiant les bienfaits & les noms de ſes
illuſtres amies, ajouter à ſa gloire, faire
leur éloge & celui de l'amitié. M. de Ma
rivaux jouiſſoit d'ailleurs d'une penſion
ſur la caſſette du Roi, & d'une autre
plus conſidérable que lui faiſoit payer,
ſans que peut-être il le ſçût lui-même ,
une Dame de la Cour , que les Lettres,
les Arts & les Sciences ont reconnue
long temps pour leur amie généreuſe &
leur protectrice éclairée.
- .
Avec ces reſſources, M. de Marivaux
ſe ſeroit fait une ſituation auſſi aiſée que
commode , s'il eût été moins ſenſible
-
J U I N. 1764:
· 79
aux malheurs d'autrui & moins libéral.
Il étoit né avec ces heureux penchans,
que ſes infortunes perſonnelles avoient
d'ailleurs nourris & fortifiés dans ſon
cœur; & ſon premier plaiſir fut toujours
celui de les ſatisfaire. On ſait que , mal
gré la modi ité de ſa fortune, il faiſoit ,
beaucoup de dons ſecrets , & que ſa
charité , toujours bienfaiſante, ne ſe
rébutoit pas même d'obliger & de ſe
courir des ingrats. On l'a vu plus d'une
fois ſacrifier juſqu'à ſon néceſſaire pour
rendre la liberté, & même la vie, à des
Particuliers qu'il connoiſſoit à peine,
mais qui étoient ou pourſuivis par des
créanciers impitoyables , ou réduits au
déſeſpoir. Il ſuffiſoit d'être dans l'in
digence ou dans l'adverſité, pour avoir
un droit aſſuré ſur ſes généroſités; & ſi
la reconnoiſſance les publioit, il n'en
convenoit qu'avec peine.
Il avoit la
même attention à recommander le ſe
cret à ceux qu'il obligeoit , qu'à cacher
à ſes plus intimes amis ſes chagrins do
meſtiques & ſes propres beſoins.
- Des vertus ſi ſolides & ſi effectives
préparoient d'elles-mêmes M. de Mari
vaux à ſon dernier moment. Ses infir- .
mités le lui firent enviſager ; & il le vit
•t avec toute la tranquillité d'un
D iv
8O MERCURE DE FRANCE.
Philoſophe chrétien, qui ne regarde la .
mort que comme un don de la Provi
dence , & l'heureux moyen d'échanger
le néant de la gloire & des proſpérités de
ce monde avec la jouiſſance ineffable
du bonheur de l'autre vie. Il mourut !
dans ces ſentimens le 11 Février 1763 ,
âgé de 75 ans.
Je ſuis , &c.
-
L'Abbé D. L. P.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX, de l'Académie Françoise.
Pierre Carlet de Marivaux naquit à Paris en 1688 dans une famille issue du Parlement de Normandie. Dès son jeune âge, il manifesta des aptitudes intellectuelles exceptionnelles. Ses premières œuvres incluent 'Les Folies Romanesques', retouchée sous le titre 'Dom Quichotte moderne'. Après ses études, il écrivit 'Le Père prudent' et tenta le genre tragique avec 'La Mort d'Annibal' en 1720, sans succès notable. Il se tourna alors vers la comédie, écrivant pour les théâtres français et italien. Ses pièces les plus célèbres sont 'La Surprise de l'Amour', 'Le Legs', 'Le Prévoyé vaincu', 'La Mère confidente' et 'Arlequin poli par l'amour'. Marivaux innova en intégrant la métaphysique et l'analyse du cœur humain dans ses comédies, cherchant à rendre les hommes plus justes et humains. Il fut également reconnu comme moraliste, souvent comparé à La Bruyère pour son 'Spectateur Français'. Ses romans 'La Vie de Mariane' et 'Le Paysan parvenu' illustrent sa vivacité d'imagination et son goût pour la morale. Parmi ses autres œuvres, on trouve 'Homère travesti', un poème burlesque ridiculisant les héros de l'Iliade. Marivaux était un homme de caractère tranquille et sensible, doté de probité, de désintéressement, de candeur, de bienveillance et de modestie. Il respectait profondément la religion et pratiquait la charité, notamment envers les pauvres. Dans ses relations amicales, il était attentif et sincère, évitant les conflits et les critiques inutiles. Sa philosophie se caractérisait par une indifférence envers les richesses et les distinctions, bien qu'il ait accepté les faveurs de protecteurs désintéressés. Il acquit l'estime de nombreux amis et de figures influentes, comme le duc d'Orléans, et fut reçu à l'Académie française en 1743. Malgré ses ressources, il restait très sensible aux malheurs des autres et généreux. Marivaux mourut paisiblement le 11 février 1763, à l'âge de 75 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4737
p. 80-88
DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE, Cinq volumes in-8 o . Prix, 17 liv. 10 s. broché. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires. SECOND EXTRAIT.
Début :
DANS le premier Extrait de cet excellent Ouvrage, nous avons jetté un [...]
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texteReconnaissance textuelle : DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE, Cinq volumes in-8 o . Prix, 17 liv. 10 s. broché. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires. SECOND EXTRAIT.
DICTIONNAIRE raisonné, universel,
d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOMARE, Cinq volumes
in-8o. Prix, 17 liv. 10 s. broché. A
Paris, chez Didot le jeune, Musier
fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires.
SECOND EXTRAIT.
DANS le premier Extrait de cet
excellent Ouvrage, nous avons jetté un
coup d'œil très-rapide ſur le régne Ani
mal , & nous nous ſommes bornés à
propoſer quelques-unes des vues que
l'Auteur a répandues dans les Articles
généraux, que nous regardons comme "
- J U I N. 1764.
de l'Induſtrie.
8 r .
une des parties les plus eſſentielles de
ſon travail. Nous invitons nos Lecteurs
à chercher dans l'Ouvrage même les
idées & les objets de§ y trouve
ront une multitude de choſes auſſi agréa
bles qu'inſtructives ſur l'inſtinét , les
mœurs, les formes diſtinctives des Ani
maux ; ſur la Chaſſe, la Pêche, le Ma
nége, la Fauconnerie; ſur les moyens de
détruire, de multiplier certaines eſpéces,
de les plier à notre uſage & de les ſou
mettre a notre ſervice, C'eſt un tableau
où tout eſt animé , où tout eſt en mou
vement & en action par les forces de la
Nature, aidées des efforts de l'Art &
M. Valmont de Bomare a traité
avec le même ſoin & le même agrément
le régne végetal, qui, comme l'on ſçait,
comprend tout ce qui concerne les
Arbres, les Plantes, & généralement
tous les êtres organiſés qui prennent leur
nourriture & reçeivent leur accroiſſe
ment dans le ſein de la terre, & qui
dans l'échelle de la Nature font le paſ
fage des Animaux aux Minéraux. Pour
donner une idée de la manière dont les
Articles du régne végétal ſont remplis,
nous allons # les mots Arbre &
L
-
-
D v
-
82 - MERCURE DE FRANCE.
Plante, qui s'offrent naturellement les
premiers. -
L'Auteur commence ſa diſſertation
ſur les arbres par une explication de la -
Phyſique de ces végetaux , tirée des
écrits de MM. Duhamel, de Buffon &
Pluche , & remplie des obſervations
curieuſes de Dodard , de Mariotte &
de MM. Magnol & de Reſſons. On y
trouve des détails très-intéreſſans ſur la
Greffe , la Taille , les Boutures, les Mar
· cottes, qu'on peut regarder comme les
plus belles inventions de l'induſtrie hu
maine dans l'Art du Jardinage.
· L'Article de la Phyſique des Arbres
eſt terminé par une très - belle expé
rience de M. Duhamel. Ce célébre Na
turaliſte fit planter des Arbres les bran
- ches dans la terre & les racines en l'air ;
ils reprirent dans cette étrange poſition ;
les branches produiſirent des racines, &
les racines donnerent des feuilles. M.
Duhamel a même été plus loin ;
il a
diſpoſé des boutures, les unes dans leur
poſition naturelle, les autres dans une
poſition renverſée, & il les a placées de
manière que la poſition qui avoit d'a-
bord donné des bourgeons & des feuil
les , donnoit enſuite des, racines, &
après
cela elle donnoit de nouveau
-
-
J U I N. 1764:
83
des bourgeons & des feuilles; ce qui
§ que les germes qui éxiſtent dans
es Arbres ſont également propres à pro
duire des branches ou des racines; la
partie qu'on entoure de terre donne tou
jours des racines, celle qu'on expoſe à
l'air donne des bourgeons & des feuilles.
Les Arbres étant des êtres organiſés
font ſujets , comme les animaux, à
différentes eſpéces de maladies, occa
ſionnées par l'altération des ſolides ou
celle des flufdes; & qui cauſent quelque
fois des ravages aſſez conſidérables dans
' nos jardins & dans nos vergers. L'Au
teur détaille ces différentes maladies; il
en explique les effets; & ce qui eſt plus
eſſentiel encore, il indique les moyens
d'y remédier.
· Après ces notions préliminaires que
nous ne faiſons qu'indiquer , l'Auteur
paſſe à l'hiſtoire des Arbres qui n'ont
point d'au re dénomination qu'une
épithéte relative à quelqu'une de leurs
propriétés, & qui par conſéquent ne
pouvoient être placés ailleurs que dans
cet article; tel eſt par exemple, l'Ar
bre à enivrer les Poiſſons, qui tire ſon
nom de ſon effet Cet arbre qui croît
aux Antilles, eſt de la groſſeur d'un Poi
rier. Le P. du Tertre rapporte que
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
lorſqu'on veut aller à la pêche dans les
rivieres ou dans quelque baïe de mer ,
on porte avec ſoi des ſacs remplis de
l'écorce des racines de cet arbre pilée
& réduite en poudre comme du tan ;
on met ces ſacs dans l'eau ; on les y
agite ; toutes les particules d'écorce qui
ſe détachent par ce mouvement, eni
vrent tellement les poiſſons qui ſe ren
contrent aux environs , que peu de
temps après on les voit bondir ſur les
eaux & nager ſur le dos ou ſur le côté; .
ils viennent même ſe jetter ſur les
rivages pour fuir cette eau empoiſonnée,
& on les prend alors avec facilité.
L'Arbre du pain , qui croit à Ti
nian l'une des Iſles Marianes , a été
ainſi nommé par les gens de l'équi
page de l'Amiral Anſon , qui ſe ſer
voient de ſon fruit au lieu de pain ,
pendant leur ſéjour dans cette Iſle, lors
du voyage que cet Amiral fit autour du
monde. Ce fruit vient indifféremment à
tous les endroits des branches ; il eſt
d'une figure plus ovale que ronde; il
a environ ſept ou huit pouces de lon
gueur & eſt couvert d'une écorce forte
, & épaiſſe. Lorſqu'il eſt parvenu à ſa
roſſeur, il eſt d'une ſaveur à-peu-près
emblable à celle qu'a le cul d'Arti
^
J U I N. 1764.
85
chaux lorſqu'il eſt cuit. Pendant le ſéjour
dans l'Iſle de Tinian , où le Vaiſſeau
de l'Amiral Anſon, infecté du ſcorbut,
avoit débarqué heureuſement , on ne
diſtribua point de pain à l'équipage ;
tout le monde préféroit ce fruit au biſ
cuit qu'on avoit en proviſion dans le
Vaiſſeau.
L'Arbre aux Savonettes croît dans
les Iſles Antilles ſur le bord de la Mer,
& dans les lieux les plus ſableux. Ses
fruits qui ſont ſuſpendus en grappes ,
reſſemblent aſſez à nos ceriſes pour la
forme, mais ils ſont de couleur jaune.
Ils ſont remplis d'une ſubſtance claire
& gluante comme la gomme arabique,
lorſqu'elle n'eſt point encore figée. Ces
fruits étant mis & agités dans de l'eau,la.
rendent mouſſeuſe , comme le fait le
ſavon, & lui donnent la propriété de
dégraiſſer & blanchir le linge.
L'Arbre du Vernis , nommé par les
Chinois Thi-chou , eſt celui qui fournit
le beau vernis noir ſi connu ſous le
nom de vernis de la chine. Cet arbre
croît naturellement ſur les montagnes,
mais les Chinois le cultivent auſſi dans
les plaines, & ces arbres ainſi cultivés
donnent du vernis trois fois dans l'Eté.
On fait à chaque arbre trois ou quatre
86 MERCURE DE FRANCE.
légères entailles ſur l'écorce, ſous cha
cune deſquelles on place une coquille
de Moule de rivière, pour recevoir la
liqueur. Les vapeurs de ce vernis , lorſ
qu'il eſt encore en liqueur, ſont ſi dan
gereuſes , qu'en le tranſvaſant , il faut
avoir grand ſoin de détourner la tête
pour les éviter. L'Auteur, # ne laiſſe
échapper aucune occaſion de parler de
l'emploi que l'Art fait des matières pre
mieres, expoſe la méthode de préparer
& d'appliquer ce vernis, d'après un
excellent mémoire compoſé ſur le lieu
même par le P. d'Incarville. Il faut lire
ce détail dans l'ouvrage, ainſi que tout
ce que l'Auteur dit de curieux ſur
pluſieurs arbres ſinguliers, dont il eſt
queſtion dans cet Article.
-
Pour completter l'hiſtoire des Ar
bres , confidérés en général , M. de
Bomare renvoye aux Articles Bois,
Ecorce, Feuille, Fleurs, Forêts, Fruits,
Racine, & au mot Plante , dont nous
allons dire quelque choſe.
· Le terme Plante eſt générique, &
pourroit s'appliquer à tous les végétaux
qui ſont implantés dans la terre & qui
y tiennent par leurs racines; mais l'uſage
l'a reſtreint à ceux qui ſont inférieurs
aux Arb es & aux Arbuſtes, en gran
deur, en force & en durée.
J U I N. 1764.
87
On ne peut diſconvenir, dit l'Au
teur, que les Plantes ne ſoient des êtres
organiſés & vivans; elles ont d'abord
toute la délicateſſe propre à l'enfance ;
elles tirent par le moyen de leurs racines,
comme par des veines lactées , le chyle
qui les doit nourrir. Cette liqueur éprou
ve, dans les viſcéres des plantes, des
ſécrétions & plufieurs préparations qui
la rendent propre à être nutritive : peut
être encore que des ſucs aſpirés par les
feuilles ſe mêlent avec ceux que les
racines ont attirés. Quelques ſçavans
Phyficiens ont reconnu , par des ob
ſervations faites avec beaucoup de ſaga
cité, qu'il y a dans les végétaux une
tranſpiration ſenſible & inſenſible, ce
qui doit beaucoup influer ſur la pré
paration du ſuc nourricier. Peu-à-peu
la plante devient adulte : alors pourvue
des organes des deux ſéxes, elle produit
des ſemences fécondes , qu'on peut
regarder comme de vrais œufs , dans
leſquels les rudimens des plantes qui .
en doivent ſortir ſe forment par de
grés. Après que les végétaux ont fourni
une innombrable poſtérité, ils tombent
dans la dégradation de la viéilleſſe, &
périſſent , les uns plutôt , les autres
plus tard.
-
88 MERCURE DE FRANCE.
Tous ces différens points de la Phyſique
des plantes ſe trouvent expliqués ici , :
avec le détail convenable, d'après les
expériences des plus célébres Natura
liſtes , ainſi que le ſommeil des plantes
ſuivant le ſentiment de M. Linnœus.
L'Auteur donne enſuite des notions ſur
les plantes Annuelles, Vivaces, Exoti
ques, Indigénes, Terreſtres, Marines ,
Aluviatiles,Paraſites,&enfin ſur les plan
tes uſuelles , qui ſont, ſans contredit,
les plus intéreſſantes. M. de Bomare ,
termine ce qu'il dit ſur ces dernières
par un tableau alphabétique des vertus
& de la manière d'agir des plantes mé
dicinales. Ce morceau précieux , qui
eſt d'une étendue conſidérable , a été
extrait des dictées de Botanique, faites
au Jardin Royal de Paris par l'illuſtre
· M. Bernard de Juſſieu. Il y a encore
dans cet Article une liſte alphabéti
que du nom des différentes parties des
plantes , & des principaux termes de
Botanique, qui ſera d'une grande uti ;
lité pour bien des Lecteurs.
d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOMARE, Cinq volumes
in-8o. Prix, 17 liv. 10 s. broché. A
Paris, chez Didot le jeune, Musier
fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires.
SECOND EXTRAIT.
DANS le premier Extrait de cet
excellent Ouvrage, nous avons jetté un
coup d'œil très-rapide ſur le régne Ani
mal , & nous nous ſommes bornés à
propoſer quelques-unes des vues que
l'Auteur a répandues dans les Articles
généraux, que nous regardons comme "
- J U I N. 1764.
de l'Induſtrie.
8 r .
une des parties les plus eſſentielles de
ſon travail. Nous invitons nos Lecteurs
à chercher dans l'Ouvrage même les
idées & les objets de§ y trouve
ront une multitude de choſes auſſi agréa
bles qu'inſtructives ſur l'inſtinét , les
mœurs, les formes diſtinctives des Ani
maux ; ſur la Chaſſe, la Pêche, le Ma
nége, la Fauconnerie; ſur les moyens de
détruire, de multiplier certaines eſpéces,
de les plier à notre uſage & de les ſou
mettre a notre ſervice, C'eſt un tableau
où tout eſt animé , où tout eſt en mou
vement & en action par les forces de la
Nature, aidées des efforts de l'Art &
M. Valmont de Bomare a traité
avec le même ſoin & le même agrément
le régne végetal, qui, comme l'on ſçait,
comprend tout ce qui concerne les
Arbres, les Plantes, & généralement
tous les êtres organiſés qui prennent leur
nourriture & reçeivent leur accroiſſe
ment dans le ſein de la terre, & qui
dans l'échelle de la Nature font le paſ
fage des Animaux aux Minéraux. Pour
donner une idée de la manière dont les
Articles du régne végétal ſont remplis,
nous allons # les mots Arbre &
L
-
-
D v
-
82 - MERCURE DE FRANCE.
Plante, qui s'offrent naturellement les
premiers. -
L'Auteur commence ſa diſſertation
ſur les arbres par une explication de la -
Phyſique de ces végetaux , tirée des
écrits de MM. Duhamel, de Buffon &
Pluche , & remplie des obſervations
curieuſes de Dodard , de Mariotte &
de MM. Magnol & de Reſſons. On y
trouve des détails très-intéreſſans ſur la
Greffe , la Taille , les Boutures, les Mar
· cottes, qu'on peut regarder comme les
plus belles inventions de l'induſtrie hu
maine dans l'Art du Jardinage.
· L'Article de la Phyſique des Arbres
eſt terminé par une très - belle expé
rience de M. Duhamel. Ce célébre Na
turaliſte fit planter des Arbres les bran
- ches dans la terre & les racines en l'air ;
ils reprirent dans cette étrange poſition ;
les branches produiſirent des racines, &
les racines donnerent des feuilles. M.
Duhamel a même été plus loin ;
il a
diſpoſé des boutures, les unes dans leur
poſition naturelle, les autres dans une
poſition renverſée, & il les a placées de
manière que la poſition qui avoit d'a-
bord donné des bourgeons & des feuil
les , donnoit enſuite des, racines, &
après
cela elle donnoit de nouveau
-
-
J U I N. 1764:
83
des bourgeons & des feuilles; ce qui
§ que les germes qui éxiſtent dans
es Arbres ſont également propres à pro
duire des branches ou des racines; la
partie qu'on entoure de terre donne tou
jours des racines, celle qu'on expoſe à
l'air donne des bourgeons & des feuilles.
Les Arbres étant des êtres organiſés
font ſujets , comme les animaux, à
différentes eſpéces de maladies, occa
ſionnées par l'altération des ſolides ou
celle des flufdes; & qui cauſent quelque
fois des ravages aſſez conſidérables dans
' nos jardins & dans nos vergers. L'Au
teur détaille ces différentes maladies; il
en explique les effets; & ce qui eſt plus
eſſentiel encore, il indique les moyens
d'y remédier.
· Après ces notions préliminaires que
nous ne faiſons qu'indiquer , l'Auteur
paſſe à l'hiſtoire des Arbres qui n'ont
point d'au re dénomination qu'une
épithéte relative à quelqu'une de leurs
propriétés, & qui par conſéquent ne
pouvoient être placés ailleurs que dans
cet article; tel eſt par exemple, l'Ar
bre à enivrer les Poiſſons, qui tire ſon
nom de ſon effet Cet arbre qui croît
aux Antilles, eſt de la groſſeur d'un Poi
rier. Le P. du Tertre rapporte que
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
lorſqu'on veut aller à la pêche dans les
rivieres ou dans quelque baïe de mer ,
on porte avec ſoi des ſacs remplis de
l'écorce des racines de cet arbre pilée
& réduite en poudre comme du tan ;
on met ces ſacs dans l'eau ; on les y
agite ; toutes les particules d'écorce qui
ſe détachent par ce mouvement, eni
vrent tellement les poiſſons qui ſe ren
contrent aux environs , que peu de
temps après on les voit bondir ſur les
eaux & nager ſur le dos ou ſur le côté; .
ils viennent même ſe jetter ſur les
rivages pour fuir cette eau empoiſonnée,
& on les prend alors avec facilité.
L'Arbre du pain , qui croit à Ti
nian l'une des Iſles Marianes , a été
ainſi nommé par les gens de l'équi
page de l'Amiral Anſon , qui ſe ſer
voient de ſon fruit au lieu de pain ,
pendant leur ſéjour dans cette Iſle, lors
du voyage que cet Amiral fit autour du
monde. Ce fruit vient indifféremment à
tous les endroits des branches ; il eſt
d'une figure plus ovale que ronde; il
a environ ſept ou huit pouces de lon
gueur & eſt couvert d'une écorce forte
, & épaiſſe. Lorſqu'il eſt parvenu à ſa
roſſeur, il eſt d'une ſaveur à-peu-près
emblable à celle qu'a le cul d'Arti
^
J U I N. 1764.
85
chaux lorſqu'il eſt cuit. Pendant le ſéjour
dans l'Iſle de Tinian , où le Vaiſſeau
de l'Amiral Anſon, infecté du ſcorbut,
avoit débarqué heureuſement , on ne
diſtribua point de pain à l'équipage ;
tout le monde préféroit ce fruit au biſ
cuit qu'on avoit en proviſion dans le
Vaiſſeau.
L'Arbre aux Savonettes croît dans
les Iſles Antilles ſur le bord de la Mer,
& dans les lieux les plus ſableux. Ses
fruits qui ſont ſuſpendus en grappes ,
reſſemblent aſſez à nos ceriſes pour la
forme, mais ils ſont de couleur jaune.
Ils ſont remplis d'une ſubſtance claire
& gluante comme la gomme arabique,
lorſqu'elle n'eſt point encore figée. Ces
fruits étant mis & agités dans de l'eau,la.
rendent mouſſeuſe , comme le fait le
ſavon, & lui donnent la propriété de
dégraiſſer & blanchir le linge.
L'Arbre du Vernis , nommé par les
Chinois Thi-chou , eſt celui qui fournit
le beau vernis noir ſi connu ſous le
nom de vernis de la chine. Cet arbre
croît naturellement ſur les montagnes,
mais les Chinois le cultivent auſſi dans
les plaines, & ces arbres ainſi cultivés
donnent du vernis trois fois dans l'Eté.
On fait à chaque arbre trois ou quatre
86 MERCURE DE FRANCE.
légères entailles ſur l'écorce, ſous cha
cune deſquelles on place une coquille
de Moule de rivière, pour recevoir la
liqueur. Les vapeurs de ce vernis , lorſ
qu'il eſt encore en liqueur, ſont ſi dan
gereuſes , qu'en le tranſvaſant , il faut
avoir grand ſoin de détourner la tête
pour les éviter. L'Auteur, # ne laiſſe
échapper aucune occaſion de parler de
l'emploi que l'Art fait des matières pre
mieres, expoſe la méthode de préparer
& d'appliquer ce vernis, d'après un
excellent mémoire compoſé ſur le lieu
même par le P. d'Incarville. Il faut lire
ce détail dans l'ouvrage, ainſi que tout
ce que l'Auteur dit de curieux ſur
pluſieurs arbres ſinguliers, dont il eſt
queſtion dans cet Article.
-
Pour completter l'hiſtoire des Ar
bres , confidérés en général , M. de
Bomare renvoye aux Articles Bois,
Ecorce, Feuille, Fleurs, Forêts, Fruits,
Racine, & au mot Plante , dont nous
allons dire quelque choſe.
· Le terme Plante eſt générique, &
pourroit s'appliquer à tous les végétaux
qui ſont implantés dans la terre & qui
y tiennent par leurs racines; mais l'uſage
l'a reſtreint à ceux qui ſont inférieurs
aux Arb es & aux Arbuſtes, en gran
deur, en force & en durée.
J U I N. 1764.
87
On ne peut diſconvenir, dit l'Au
teur, que les Plantes ne ſoient des êtres
organiſés & vivans; elles ont d'abord
toute la délicateſſe propre à l'enfance ;
elles tirent par le moyen de leurs racines,
comme par des veines lactées , le chyle
qui les doit nourrir. Cette liqueur éprou
ve, dans les viſcéres des plantes, des
ſécrétions & plufieurs préparations qui
la rendent propre à être nutritive : peut
être encore que des ſucs aſpirés par les
feuilles ſe mêlent avec ceux que les
racines ont attirés. Quelques ſçavans
Phyficiens ont reconnu , par des ob
ſervations faites avec beaucoup de ſaga
cité, qu'il y a dans les végétaux une
tranſpiration ſenſible & inſenſible, ce
qui doit beaucoup influer ſur la pré
paration du ſuc nourricier. Peu-à-peu
la plante devient adulte : alors pourvue
des organes des deux ſéxes, elle produit
des ſemences fécondes , qu'on peut
regarder comme de vrais œufs , dans
leſquels les rudimens des plantes qui .
en doivent ſortir ſe forment par de
grés. Après que les végétaux ont fourni
une innombrable poſtérité, ils tombent
dans la dégradation de la viéilleſſe, &
périſſent , les uns plutôt , les autres
plus tard.
-
88 MERCURE DE FRANCE.
Tous ces différens points de la Phyſique
des plantes ſe trouvent expliqués ici , :
avec le détail convenable, d'après les
expériences des plus célébres Natura
liſtes , ainſi que le ſommeil des plantes
ſuivant le ſentiment de M. Linnœus.
L'Auteur donne enſuite des notions ſur
les plantes Annuelles, Vivaces, Exoti
ques, Indigénes, Terreſtres, Marines ,
Aluviatiles,Paraſites,&enfin ſur les plan
tes uſuelles , qui ſont, ſans contredit,
les plus intéreſſantes. M. de Bomare ,
termine ce qu'il dit ſur ces dernières
par un tableau alphabétique des vertus
& de la manière d'agir des plantes mé
dicinales. Ce morceau précieux , qui
eſt d'une étendue conſidérable , a été
extrait des dictées de Botanique, faites
au Jardin Royal de Paris par l'illuſtre
· M. Bernard de Juſſieu. Il y a encore
dans cet Article une liſte alphabéti
que du nom des différentes parties des
plantes , & des principaux termes de
Botanique, qui ſera d'une grande uti ;
lité pour bien des Lecteurs.
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Résumé : DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE, Cinq volumes in-8 o . Prix, 17 liv. 10 s. broché. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires. SECOND EXTRAIT.
Le 'Dictionnaire raisonné, universel, d'Histoire Naturelle' de M. Valmont de Bomare, publié en cinq volumes, se concentre sur le règne végétal, incluant les arbres et les plantes. L'auteur s'appuie sur les travaux de plusieurs naturalistes, tels que Duhamel, Buffon, Pluche, Dodart, Mariotte, Magnol et de Ressons, pour aborder la physique des végétaux. Il décrit diverses techniques horticoles comme la greffe, la taille, les boutures et les marcottes, illustrées par des expériences de Duhamel sur la régénération des arbres. Le texte traite également des maladies des arbres et des méthodes pour les soigner. L'ouvrage détaille des arbres spécifiques, comme l'arbre à enivrer les poissons, l'arbre du pain et l'arbre aux savonettes, en expliquant leurs propriétés et usages. Par exemple, certains fruits produisent une substance capable de rendre l'eau mousseuse et de dégraisser le linge. L'arbre du vernis, connu sous le nom de Thi-chou en Chine, fournit un vernis noir utilisé dans ce pays, avec des méthodes de collecte spécifiques. Le texte classe les plantes selon leur taille, force et durée, les distinguant des arbres et arbustes. Il explique que les plantes sont des êtres organisés et vivants, passant par des stades de croissance similaires à ceux des animaux. Les processus de nutrition, de reproduction, de transpiration et de formation des semences sont détaillés. L'auteur renvoie à divers articles pour compléter l'histoire des arbres et des plantes, fournissant des informations sur différents types de plantes, telles que les annuelles, vivaces, exotiques, indigènes, terrestres, marines, alluviales et parasites. Un tableau alphabétique des vertus des plantes médicinales, basé sur les enseignements de M. Bernard de Jussieu au Jardin Royal de Paris, est inclus, ainsi qu'une liste alphabétique des parties des plantes et des termes botaniques.
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4738
p. 89-93
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
Début :
IL parut l'année dernière, Monsieur, une brochure en deux volumes, sous le [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
IL parut l'année dernière, Monsieur,
une brochure en deux volumes, sous le
titre d'Olivier, que le Public a lu avec
beaucoup de plaiſir ; dont différens
Journaux ont fait de longs extraits,
& de grands éloges : on a blâmé l'Au
teur de l'avoir intitulé Poéme : je penſe
qu'on a eu raiſon ; il faut qu'il y ait une
diſtinction
eſſentielle entre l'Iliade ,
l'Enéide, le Paradis perdu , la Hen
riade & tout autre ouvrage dont le
fond n'aura point aſſez de vérité:& dont
l'éxécution n'aura pas la majeſté con
venable : ce ſont là, à ce que je penſe,
les caractères de l'Epopée. Mais fi l'on
a cru que le titre de Roman auroit mieux
convenu au Livre dont nous parlons,
j'eſtime que l'erreur n'eſt pas moins
groſſière , c'eſt un titre trop générique ,
même en ajoutant au titre de Roman
l'épithéte de poëtique : ce qui caractèri
ſeroit au plus les Ouvrages de Scudery,
la Calprenede, Deſmarets,&c. J'oſerois
9o MERCURE DE FRANCE.
ouvrir un autre avis , & inſinuer que
le titre de Fable ſeroit beaucoup mieux
appliqué : il eſt vrai que le Public ha
bitué à penſer que, dans tout ouvrage
ainſi dénommé , les animaux doivent
être les principaux Acteurs, que la
Fable doit être un récit court & ſerré,
d'une action ſimple terminée par une
moralité , pourroit encore n'être pas
ſatisfait. Mais je perſiſterois toujours
dans mon opinion, & je rangerois dans
la même claſſe & ſous le même titre,
la Jéruſalem délivrée , quoique le fond
cn ſoit un peu hiſtorique ; l'Arioſte,
Roland l'amoureux, le Bertholde , Ri
chardet, & toutes autres prod ,ctions
qui nous ſont venues d'Italie ſous le
titre faſtueux de Poëmes.
Olivier, ſelon moi , Monſieur, ne le
céde à aucuns de ces prétendus chefs
d'œuvres; quelques-uns ont peut-être de
l'avantage ſur lui en quelque partie;mais
nul ne réuſſit au point où eſt parvenu
celui-ci. La fraîcheur, le brillant, la for
ce dans le coloris ; la vivacité, le feu , la
variété,la vérité dans les images: à la ſage
économie qui en oppoſe les effets les
uns aux autres, ajoutez la touche, les
nuances, & la correction dans les ca
ractères : la fertilité & le naturel dans
J U I N. 1764.
c)1
les inventions, le piquant dans la plai
ſanterie, qui, après tant d'ouvrages d'un
ſel & d'un goût ſi différens , nous a
convaincu, qu'on peut quelque ſoit la
corruption prétendue du fiécle, amuſer
innocemment le Lecteur ſans danger
pour ſa religion, ni pour ſes mœurs ,
& allier une morale ſage aux plus bruſ
ques incartades de l'imagination; & vous
conviendrez que ce badinage vaut ceux
dont s'honore étonnément l'Italie ; &
que, monſtre pour monftre, peut-être,
il vaut mieux. Je n'en dirai pas davan
tage pour ne pas répéter ce qu'en ont
dit les Journaux : je viens au point qui
nous touche nous autres Bouguignons,
que l'amour de la patrie rend ſenſibles
à tout ce qui peut la maintenir dans ſon
éclat : ſoit modeſtie, ſoit politique, l'Au
teur n'a pas mis ſon nom à la tête de
l'ouvrage : mais on ſçait qu'il a pris naiſ
ſance à Dijon d'une famille très-ancien
ne, à qui même quelques titres du treizié
me ſiécle donnent déjà une ſorte de no
bleſſe : honorée depuis de charges de
Magiſtratures & alliée à d'anciennes
familles nobles du Païs : l'exacte probité
qui les a preſque tous affectés, & l'amour
des lettres où quelques-uns ſe ſont reſ
traints ſans autre ambition que de les
92 MERCURE DE FRANCE.
cultiver, ne leur a pas permis d'en ſuivre
hors de leur Patrie les récompenſes. Il
n'eſt pas le premier d'entre eux qui ait
acquis quelque célébrité ſur le Parnaſſe.
La Bibliothèque des Auteurs de Bourgo
gne fait mention d'un de ſes grands-on
· cles (a) qui,en ſe délaſſant des fatigues du
| Barreau & de la Magiſtrature dans une
Cour Souveraine,donna au , Public en
1641 quelques poëſies dans un ſtyle un
peu Gaulois , mais eſtimées dans le
temps. Celui-cº, (b) dans ſa première
jeuneſſe, s'eſt fait connoître du Public
par quelques Ouvrages d'imaginaticn
& de critique, qui donnoient lieu d'en
bien eſpérer. Des vues différentes de
ſes Ancêtres l'ont entraîné dans d'autres
occupations plus utiles à l'Etat , mais
† pénibles , qui ne lui permettoient
e cultiver les Lettres , que dans des
temps & des momens très-courts , &
par forme d'amuſemens.
Ses amis ont entre les mains un re
cueil de Fables dont la plupart ne dé
, pareroient pas celui de la Fontaine :
mais l'on peut juger par l'Ouvrage, qui
eſt le ſujet de ma lettre , qu'il n'a ja
( a) Jean Caſotte, Avocat, Echevin de la
Ville de Dijon, Conſeiller à la Table de Marbre,
( b ) V. la France Littéraire, 1759 & 176 ;.
J U I N. 1764.
.
93
mais perdu de vue l'envie de s'inſtruire.
Il y fait preuve, quoique ſans affecta
tion , d'une grande multiplicité de con
noiſſances, de beaucoup de goût; il
nous laiſſe à regretter, Monſieur, qu'il
| n'en faſſe pas davantage pour ſa réputa
tion. Qu'il ſe montre à découvert ſur
la Scène ; qu'il vienne ſe joindre aux
Pirons, aux Buffons , aux Rameaux,
ces Athlétes, ces Hercules qui combat
tent encore pour l'honneur des Muſes
Françoiſes & de la réputation Dijon
noiſe. Nous cherchons en vain de
puis longtemps à côté d'eux & au-deſ
ſous d'eux les demi-Dieux qui pour
' roient les remplacer.
-
J'ai l'honneur d'être, &c.
M. D. G. C. A. G. A. L. T. D. M.
Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
IL parut l'année dernière, Monsieur,
une brochure en deux volumes, sous le
titre d'Olivier, que le Public a lu avec
beaucoup de plaiſir ; dont différens
Journaux ont fait de longs extraits,
& de grands éloges : on a blâmé l'Au
teur de l'avoir intitulé Poéme : je penſe
qu'on a eu raiſon ; il faut qu'il y ait une
diſtinction
eſſentielle entre l'Iliade ,
l'Enéide, le Paradis perdu , la Hen
riade & tout autre ouvrage dont le
fond n'aura point aſſez de vérité:& dont
l'éxécution n'aura pas la majeſté con
venable : ce ſont là, à ce que je penſe,
les caractères de l'Epopée. Mais fi l'on
a cru que le titre de Roman auroit mieux
convenu au Livre dont nous parlons,
j'eſtime que l'erreur n'eſt pas moins
groſſière , c'eſt un titre trop générique ,
même en ajoutant au titre de Roman
l'épithéte de poëtique : ce qui caractèri
ſeroit au plus les Ouvrages de Scudery,
la Calprenede, Deſmarets,&c. J'oſerois
9o MERCURE DE FRANCE.
ouvrir un autre avis , & inſinuer que
le titre de Fable ſeroit beaucoup mieux
appliqué : il eſt vrai que le Public ha
bitué à penſer que, dans tout ouvrage
ainſi dénommé , les animaux doivent
être les principaux Acteurs, que la
Fable doit être un récit court & ſerré,
d'une action ſimple terminée par une
moralité , pourroit encore n'être pas
ſatisfait. Mais je perſiſterois toujours
dans mon opinion, & je rangerois dans
la même claſſe & ſous le même titre,
la Jéruſalem délivrée , quoique le fond
cn ſoit un peu hiſtorique ; l'Arioſte,
Roland l'amoureux, le Bertholde , Ri
chardet, & toutes autres prod ,ctions
qui nous ſont venues d'Italie ſous le
titre faſtueux de Poëmes.
Olivier, ſelon moi , Monſieur, ne le
céde à aucuns de ces prétendus chefs
d'œuvres; quelques-uns ont peut-être de
l'avantage ſur lui en quelque partie;mais
nul ne réuſſit au point où eſt parvenu
celui-ci. La fraîcheur, le brillant, la for
ce dans le coloris ; la vivacité, le feu , la
variété,la vérité dans les images: à la ſage
économie qui en oppoſe les effets les
uns aux autres, ajoutez la touche, les
nuances, & la correction dans les ca
ractères : la fertilité & le naturel dans
J U I N. 1764.
c)1
les inventions, le piquant dans la plai
ſanterie, qui, après tant d'ouvrages d'un
ſel & d'un goût ſi différens , nous a
convaincu, qu'on peut quelque ſoit la
corruption prétendue du fiécle, amuſer
innocemment le Lecteur ſans danger
pour ſa religion, ni pour ſes mœurs ,
& allier une morale ſage aux plus bruſ
ques incartades de l'imagination; & vous
conviendrez que ce badinage vaut ceux
dont s'honore étonnément l'Italie ; &
que, monſtre pour monftre, peut-être,
il vaut mieux. Je n'en dirai pas davan
tage pour ne pas répéter ce qu'en ont
dit les Journaux : je viens au point qui
nous touche nous autres Bouguignons,
que l'amour de la patrie rend ſenſibles
à tout ce qui peut la maintenir dans ſon
éclat : ſoit modeſtie, ſoit politique, l'Au
teur n'a pas mis ſon nom à la tête de
l'ouvrage : mais on ſçait qu'il a pris naiſ
ſance à Dijon d'une famille très-ancien
ne, à qui même quelques titres du treizié
me ſiécle donnent déjà une ſorte de no
bleſſe : honorée depuis de charges de
Magiſtratures & alliée à d'anciennes
familles nobles du Païs : l'exacte probité
qui les a preſque tous affectés, & l'amour
des lettres où quelques-uns ſe ſont reſ
traints ſans autre ambition que de les
92 MERCURE DE FRANCE.
cultiver, ne leur a pas permis d'en ſuivre
hors de leur Patrie les récompenſes. Il
n'eſt pas le premier d'entre eux qui ait
acquis quelque célébrité ſur le Parnaſſe.
La Bibliothèque des Auteurs de Bourgo
gne fait mention d'un de ſes grands-on
· cles (a) qui,en ſe délaſſant des fatigues du
| Barreau & de la Magiſtrature dans une
Cour Souveraine,donna au , Public en
1641 quelques poëſies dans un ſtyle un
peu Gaulois , mais eſtimées dans le
temps. Celui-cº, (b) dans ſa première
jeuneſſe, s'eſt fait connoître du Public
par quelques Ouvrages d'imaginaticn
& de critique, qui donnoient lieu d'en
bien eſpérer. Des vues différentes de
ſes Ancêtres l'ont entraîné dans d'autres
occupations plus utiles à l'Etat , mais
† pénibles , qui ne lui permettoient
e cultiver les Lettres , que dans des
temps & des momens très-courts , &
par forme d'amuſemens.
Ses amis ont entre les mains un re
cueil de Fables dont la plupart ne dé
, pareroient pas celui de la Fontaine :
mais l'on peut juger par l'Ouvrage, qui
eſt le ſujet de ma lettre , qu'il n'a ja
( a) Jean Caſotte, Avocat, Echevin de la
Ville de Dijon, Conſeiller à la Table de Marbre,
( b ) V. la France Littéraire, 1759 & 176 ;.
J U I N. 1764.
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93
mais perdu de vue l'envie de s'inſtruire.
Il y fait preuve, quoique ſans affecta
tion , d'une grande multiplicité de con
noiſſances, de beaucoup de goût; il
nous laiſſe à regretter, Monſieur, qu'il
| n'en faſſe pas davantage pour ſa réputa
tion. Qu'il ſe montre à découvert ſur
la Scène ; qu'il vienne ſe joindre aux
Pirons, aux Buffons , aux Rameaux,
ces Athlétes, ces Hercules qui combat
tent encore pour l'honneur des Muſes
Françoiſes & de la réputation Dijon
noiſe. Nous cherchons en vain de
puis longtemps à côté d'eux & au-deſ
ſous d'eux les demi-Dieux qui pour
' roient les remplacer.
-
J'ai l'honneur d'être, &c.
M. D. G. C. A. G. A. L. T. D. M.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
En 1763, la publication de la brochure 'Olivier' en deux volumes a suscité un vif intérêt public et des éloges dans divers journaux. Toutefois, le titre 'Poème' a été critiqué pour son inappropriation, car l'œuvre manque de majesté et de vérité épique. Le terme 'Roman' est également jugé trop vague. L'auteur de la lettre propose 'Fable' comme titre plus adéquat, malgré les conventions associées à ce genre. Il compare favorablement 'Olivier' à des œuvres italiennes telles que 'La Jérusalem délivrée' et 'Roland amoureux'. L'auteur de 'Olivier' est natif de Dijon et provient d'une famille ancienne et noble, reconnue pour sa probité et son amour des lettres. Bien qu'il ait publié des œuvres de jeunesse et possède un recueil de fables, ses responsabilités au service de l'État ont limité son temps consacré à la littérature. Ses amis détiennent un recueil de fables qui rivalisent avec celles de La Fontaine. L'auteur de la lettre encourage cet écrivain à se révéler davantage et à rejoindre d'autres écrivains célèbres pour honorer les Muses françaises et la réputation littéraire de Dijon.
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4739
p. 93-104
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
MÉMOIRES sur les Matières domaniales, ou Traité du Domaine, Ouvrage [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En juin 1764, le Mercure de France présente divers ouvrages. Parmi eux, les 'Mémoires sur les Matières domaniales' de M. le Fevre de la Planche, un traité juridique en trois volumes destiné aux jurisconsultes, complété par des notes et une préface de l'éditeur. 'Instructions pour les jeunes Dames qui entrent dans le monde' de Madame Leprince de Beaumont est un guide en quatre volumes pour les adolescentes. Les 'Lettres d'un Actionnaire sur le Commerce de la Compagnie des Indes' abordent l'utilité du commerce de la compagnie et la liberté du commerce. Le poème 'Les Métamorphoses' de M. Zacharie est une satire traduite de l'allemand. La 'Lettre de Valcour' répond à une lettre de M. Dorat mais ne atteint pas son mérite littéraire. Trois ouvrages à paraître sont également annoncés : 'Guide du Commerce', 'Mappemondes', et 'l'Arithmétique démontrée'. L''Histoire de la Maison de Montmorency' par M. Désormeaux, en cinq volumes, couvre la généalogie et l'histoire de cette famille de 960 au XVIe siècle. D'autres publications incluent une histoire des connétables de France de 1494 à 1695, ainsi que des biographies de personnalités telles que Henri Ier, Charles d'Amville, et François-Henri de Montmorency. Un mémoire sur l'exportation et l'importation des grains plaide pour la liberté du commerce extérieur des grains. Une histoire de l'Angleterre, traduite par M. Targe, couvre la période de Jules César au traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. La vie de Michel de L'Hôpital, chancelier de France, est présentée comme un ouvrage intéressant. Une dissertation des jeunes Jésuites s'adresse aux évêques pour prouver qu'ils peuvent prêter les serments exigés par les Parlements sans compromettre leur honneur. Enfin, des réflexions sur l'île de Minorque, son climat et les maladies y régnant, rédigées par M. Claude-François Passerat de la Chapelle, sont jugées utiles pour les praticiens médicaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4740
p. 104-109
« ARMORIAL général de la France, par MM. d'Hozier, tome huitieme, [...] »
Début :
ARMORIAL général de la France, par MM. d'Hozier, tome huitieme, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ARMORIAL général de la France, par MM. d'Hozier, tome huitieme, [...] »
ARMORIAL général de la France,
par MM. d'Hozier, tome huitieme,
vol. in folio.
Nous croyons ne pouvoir rien faire
de mieux, que de placer ici l'Avertiſſe
ment qui eſt à la tête de ce nouveau vo
lume. Ce ſont les Auteurs eux-mêmes
qui rendent compte au Public de l'in
terruption & de la repriſe de leur tra
vail.
» Après avoir ſuſpendu pendant quel
J U I N. 1764.
1o5
» ques années l'impreſſion de l'Armo
» rial Général, nous en publions enfin
» le huitiéme volume. Au reſte ſi nous
» avons un peu différé de ſatisfaire l'em
» preſſement qu'on a témoigné de voir
» la ſuite de cette collection, ce n'étoit
» pas que nous euſſions perdu de vuë
» les engagemens que nous avions con
» tractés vis-à-vis du public ; la guerre
» que Sa Majeſté vient de terminer à
» la ſatisfaction de ſes peuples , n'a
» prèſque point permis à la Nobleſſe,
» occupée du ſervice militaire, de s'em
» ployer à la recherche de ſes titres ,
» recherche qui néceſſairement deman
» de beaucoup de loiſir , & eſt fort
» diſpendieuſe. Telle a été l'unique
» cauſe de cette interruption & de nos
» délais.
» Nous ne diſſimulerons cependant
» pas que nous nous les reprochons en
» quelque ſorte , parce qu'un tas de
» compilateurs ſans goût, comme ſans
» caractère & ſans aveu, ont profité de
» notre filence pour infeſter le Public
» de productions généalogiques qui por
» tent l'empreinte d'une ignorance craſ
» ſe , ou de la plus honteuſe adulation.
» Ces Ecrivains téméraires ignorent ſans
» doute que les nobiliaires, regiſtres ,
E v
: C6 MERCURE DE FRANCE.
» catalogues héraldiques, & les autres
» ouvrages qui ont trait à la nobleſſe,
» ſont eſſentiellement réſervés aux fonc
» tions du Juge d'Armes, officier créé
» par Louis XIII, à la ſollicitation des
» Etats - Généraux , pour réprimer les
» uſurpations des faux nobles, & pour
» être ordinairement à la ſuite du Roi,
» afin de lui certifier la nobleſſe de ſes
» Sujets.
-
-
» Ayant donc en vue ces deux ob
» jets
, principaux devoirs de notre
» Charge , nous entreprîmes il y a plu
» ſieurs années l'Armorial Général de
» la France , ſur le plan que nous traça
» M. le Cardinal de Fleury par ordre
» de Sa Majeſté même. Nous ſentions
» toute la peſanteur du fardeau que l'on
» nous impoſoit, & nous fumes effrayés
» de l'étendue des obligations que nous
» allions contracter; mais enfin, notre
» courage & notre zèle nous animant,
» nous nous trouvâmes bientôt en état
» de faire paroître les ſept premiers vo
» lumes que nous eumes l'honneur de
» préſenter ſucceſfivement à Sa Ma
» jeſté : Elle voulut bien nous témoi
» gner qu'elle étoit ſatisfaite de notre
» travail ; & la Nation entière le reçut
» avec intérêt & reçonnoiſſance. Nous
-
J U I N. 1764.
1o7
» eſpérons que le huitiéme volume ne
» ſera pas moins bien accueilli que
» l'ont été les précédens.
» appuyées , ſoit ſur les
•
•
.
» Conformément à ce qu'avoit preſ
» crit M. le Cardinal de Fleury , on
»,y détaille degrés par degrés les filia
» tions , les ſervices, les graces reçues,
» les priviléges, les diſtinctions & les
» dignités dont les preuves ſe trouvent
titres #
» naux , ſoit ſur des Arrêts du Conſeil
» ou des Commiſſaires Généraux, ſoit
» ſur des Jugemens & Ordonnances des
» Commiſſaires députés dans les diffé
» rentes Généralités , des Arrêts des
» Cours Supérieures, des Sentences des
» Elections ,
des Procès-verbaux de
» Malthe, des invitations & admiſſions
» aux Etats dans les Provinces où ces
» aſſemblées ſe trouvent établies ; ſoit
» enfin ſur des preuves déja agréées par
» le Roi pour les établiſſemens qui en
» éxigent.
*.
» Quant à ce qui concerne les divers
» réglemens portés par nos Rois pour
» mettre un frein à la liberté que des
» Particuliers ſe donnent de s'arroger
» des titres , des qualifications & des
» armoiries qui ne leur appartiennent
» pas, nous renvoyons ceux qui deſi
|
-
•
-
*
-
. •
·
•
• •
• •
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• • •
• •
. E vi.
"
• •
,º-
-
Io8 MERCURE DE FRANCE.
» reront en être inſtruits, au précis que
» nous en avons publié à la fin du ſe
» cond Tome de notre Armorial. La
» lecture & l'exécution de ces ſages Or
» donnances deviennent d'autant plus
» néceſſaires , que la licence à cet égard
» eſt portée aujourd'hui à un tel excès,
» qu'il ſemble que toutes les condi
» tions ſoient confondues , & qu'un
» homme fraîchement annobli ſe croye
» en droit de trancher de l'homme de
» qualité, & de s'annoncer ſous les dé
» nominations les plus diſtinguées ;
» comme ſi l'on ignoroit qu'on ne peut
» les prendre légitimement ces déno
» minations, qu'autant qu'elles ſont re
» vêtues du ſceau du Souverain & de
» l'enregiſtrement dans ſes Cours ! Il
» ſeroit inutile de répondre que la plû
» part de ces Réglemens ayant été faits
» dans des temps reculés , on peut ſe
» permettre de ne les plus obſerver. On
» ne preſcrit point contre des Loix de
» cette nature ; & c'eſt s'abuſer que de
» penſer que leur vétuſté ſoit un pré
» texte ſuffiſant pour juſtifier leur inob
» ſervance. Auſſi peut-on ſe promettre
» que le zèle des Cours Supérieures ſe
· » ranimera à ce ſujet. Dépoſitaires du
» pouvoir de Sa Majeſté, verroient- .
» elles avec indlfférence léſer ſes droits
J U I N. 1764.
1o9
» par des , uſurpations qu'on pourroit
» avec raiſsn taxer d'attentats & d'en
» trepriſes ſur l'autorité du Monarque.
» Dans des temps où les abus en ce
» genre étoient beaucoup moins mul
» tipliés qu'ils ne le ſont de nos jours,
» le premier Parlement du Royaume
» rendit le 13 Août 1663 un Arrêt
» pour les proſcrire. Puiſſe ſa vigilance
» ſe porter encore vers cet objet ! »
par MM. d'Hozier, tome huitieme,
vol. in folio.
Nous croyons ne pouvoir rien faire
de mieux, que de placer ici l'Avertiſſe
ment qui eſt à la tête de ce nouveau vo
lume. Ce ſont les Auteurs eux-mêmes
qui rendent compte au Public de l'in
terruption & de la repriſe de leur tra
vail.
» Après avoir ſuſpendu pendant quel
J U I N. 1764.
1o5
» ques années l'impreſſion de l'Armo
» rial Général, nous en publions enfin
» le huitiéme volume. Au reſte ſi nous
» avons un peu différé de ſatisfaire l'em
» preſſement qu'on a témoigné de voir
» la ſuite de cette collection, ce n'étoit
» pas que nous euſſions perdu de vuë
» les engagemens que nous avions con
» tractés vis-à-vis du public ; la guerre
» que Sa Majeſté vient de terminer à
» la ſatisfaction de ſes peuples , n'a
» prèſque point permis à la Nobleſſe,
» occupée du ſervice militaire, de s'em
» ployer à la recherche de ſes titres ,
» recherche qui néceſſairement deman
» de beaucoup de loiſir , & eſt fort
» diſpendieuſe. Telle a été l'unique
» cauſe de cette interruption & de nos
» délais.
» Nous ne diſſimulerons cependant
» pas que nous nous les reprochons en
» quelque ſorte , parce qu'un tas de
» compilateurs ſans goût, comme ſans
» caractère & ſans aveu, ont profité de
» notre filence pour infeſter le Public
» de productions généalogiques qui por
» tent l'empreinte d'une ignorance craſ
» ſe , ou de la plus honteuſe adulation.
» Ces Ecrivains téméraires ignorent ſans
» doute que les nobiliaires, regiſtres ,
E v
: C6 MERCURE DE FRANCE.
» catalogues héraldiques, & les autres
» ouvrages qui ont trait à la nobleſſe,
» ſont eſſentiellement réſervés aux fonc
» tions du Juge d'Armes, officier créé
» par Louis XIII, à la ſollicitation des
» Etats - Généraux , pour réprimer les
» uſurpations des faux nobles, & pour
» être ordinairement à la ſuite du Roi,
» afin de lui certifier la nobleſſe de ſes
» Sujets.
-
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» Ayant donc en vue ces deux ob
» jets
, principaux devoirs de notre
» Charge , nous entreprîmes il y a plu
» ſieurs années l'Armorial Général de
» la France , ſur le plan que nous traça
» M. le Cardinal de Fleury par ordre
» de Sa Majeſté même. Nous ſentions
» toute la peſanteur du fardeau que l'on
» nous impoſoit, & nous fumes effrayés
» de l'étendue des obligations que nous
» allions contracter; mais enfin, notre
» courage & notre zèle nous animant,
» nous nous trouvâmes bientôt en état
» de faire paroître les ſept premiers vo
» lumes que nous eumes l'honneur de
» préſenter ſucceſfivement à Sa Ma
» jeſté : Elle voulut bien nous témoi
» gner qu'elle étoit ſatisfaite de notre
» travail ; & la Nation entière le reçut
» avec intérêt & reçonnoiſſance. Nous
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J U I N. 1764.
1o7
» eſpérons que le huitiéme volume ne
» ſera pas moins bien accueilli que
» l'ont été les précédens.
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» Conformément à ce qu'avoit preſ
» crit M. le Cardinal de Fleury , on
»,y détaille degrés par degrés les filia
» tions , les ſervices, les graces reçues,
» les priviléges, les diſtinctions & les
» dignités dont les preuves ſe trouvent
titres #
» naux , ſoit ſur des Arrêts du Conſeil
» ou des Commiſſaires Généraux, ſoit
» ſur des Jugemens & Ordonnances des
» Commiſſaires députés dans les diffé
» rentes Généralités , des Arrêts des
» Cours Supérieures, des Sentences des
» Elections ,
des Procès-verbaux de
» Malthe, des invitations & admiſſions
» aux Etats dans les Provinces où ces
» aſſemblées ſe trouvent établies ; ſoit
» enfin ſur des preuves déja agréées par
» le Roi pour les établiſſemens qui en
» éxigent.
*.
» Quant à ce qui concerne les divers
» réglemens portés par nos Rois pour
» mettre un frein à la liberté que des
» Particuliers ſe donnent de s'arroger
» des titres , des qualifications & des
» armoiries qui ne leur appartiennent
» pas, nous renvoyons ceux qui deſi
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Io8 MERCURE DE FRANCE.
» reront en être inſtruits, au précis que
» nous en avons publié à la fin du ſe
» cond Tome de notre Armorial. La
» lecture & l'exécution de ces ſages Or
» donnances deviennent d'autant plus
» néceſſaires , que la licence à cet égard
» eſt portée aujourd'hui à un tel excès,
» qu'il ſemble que toutes les condi
» tions ſoient confondues , & qu'un
» homme fraîchement annobli ſe croye
» en droit de trancher de l'homme de
» qualité, & de s'annoncer ſous les dé
» nominations les plus diſtinguées ;
» comme ſi l'on ignoroit qu'on ne peut
» les prendre légitimement ces déno
» minations, qu'autant qu'elles ſont re
» vêtues du ſceau du Souverain & de
» l'enregiſtrement dans ſes Cours ! Il
» ſeroit inutile de répondre que la plû
» part de ces Réglemens ayant été faits
» dans des temps reculés , on peut ſe
» permettre de ne les plus obſerver. On
» ne preſcrit point contre des Loix de
» cette nature ; & c'eſt s'abuſer que de
» penſer que leur vétuſté ſoit un pré
» texte ſuffiſant pour juſtifier leur inob
» ſervance. Auſſi peut-on ſe promettre
» que le zèle des Cours Supérieures ſe
· » ranimera à ce ſujet. Dépoſitaires du
» pouvoir de Sa Majeſté, verroient- .
» elles avec indlfférence léſer ſes droits
J U I N. 1764.
1o9
» par des , uſurpations qu'on pourroit
» avec raiſsn taxer d'attentats & d'en
» trepriſes ſur l'autorité du Monarque.
» Dans des temps où les abus en ce
» genre étoient beaucoup moins mul
» tipliés qu'ils ne le ſont de nos jours,
» le premier Parlement du Royaume
» rendit le 13 Août 1663 un Arrêt
» pour les proſcrire. Puiſſe ſa vigilance
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Résumé : « ARMORIAL général de la France, par MM. d'Hozier, tome huitieme, [...] »
Le texte est un avertissement issu du huitième volume de l'Armorial général de la France, rédigé par MM. d'Hozier. Les auteurs justifient une interruption de plusieurs années dans la publication en raison de la guerre et de l'engagement de la noblesse dans le service militaire, ce qui a compliqué la recherche des titres de noblesse. Cette pause a permis à des compilateurs peu scrupuleux de publier des œuvres généalogiques erronées ou flatteuses. Les auteurs rappellent que les nobiliaires et les ouvrages héraldiques relèvent de la compétence exclusive du Juge d'Armes, un officier créé par Louis XIII pour prévenir les usurpations de titres nobiliares. L'Armorial Général de la France a été initié sur ordre du roi et sous la direction du Cardinal de Fleury. Les sept premiers volumes ont été bien reçus par le roi et la nation. Le huitième volume poursuit le même plan, détaillant les filiations, services, grâces, privilèges, distinctions et dignités des familles nobles, en s'appuyant sur des documents officiels tels que des arrêts du Conseil, des jugements et des sentences des élections. Les auteurs insistent sur l'importance de respecter les règlements royaux concernant l'usage des titres et des armoiries. Ils espèrent que les cours supérieures veilleront à faire respecter ces lois pour éviter les usurpations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4741
p. 109-119
SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
Début :
SOIT X l'angle constant que j'ai trouvé par les contacts extérieurs de Vénus [...]
Mots clefs :
Vénus, Différence, Parallaxe, Table, Edmond Halley, Journal, Lieu, Passage, Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, Observation, Sortie, Durée, Effet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
SUITE DU MÉMoIRE DE M.
- TRÉBvcHET.
Soir X l'angle conſtant que j'ai trou
Vé par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes, & pour les
contacts intérieurs de 51d 51'; ſoit Y la
différence des parallaxes de hauteur, &
Z l'angle variable marqué dans les co
lonnes du point de contact, on aura
9 — T fin. Z
l'effet de la parallaxe = # -
Pour réduire en tems cet effet de la
parallaxe, comme il eſt marqué dans
I IC MERCURE DE FRANCE.
les 5° & 1o° colonnes, j'ai employé le
logarithme conſtant 11811o additif, que
M. Delalande dans ſa Connoiſſance de
2763,p.2o3, dit avoir tiré desTables du
mouvement deVénus,&être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obſervation. L'effet de la parallaxe re
lative à Paris, n'étant autre choſe que la
ſomme ou la différence de ſa parallaxe
abſolue avec celle d'un lieu propoſé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit, par
exemple, que l'obſervation du premier
contact s'eſt faite à Paris, 1’ 11" plutôt
qu'à Madrid, & ſeulement 23" plutôt
qu'à Lyon, & 19" plus tard qu'à Green
wich, & ainſi des autres.
L'entrée n'ayant été obſervée qu'à
Stokolm, Pétersbourg, Tobolsk & Trin
quebar, j'ai écrit ce mot entrée dans la
ſeconde colonne vis - à - vis l'inſtant de
l'obſervation. Tous les autres tems doi
vent s'entendre de la ſortie. Ma Table
eſt conſtruite d'après celle du P. Hell,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte, à la réſerve de celles de
Lisbonne, de Naples, de l'iſle Rodri
gues, & de Trinquebar ſur la côte de
Coromandel, qui m'ont été communi
quées par M. Meſſier. Cet Aſtronome
J U I N. 1764. .. 1 1 1
infatigable, que les veilles les plus ſou
tenues dans l'obſervatoire de la Marine,
mettent en correſpondance avec tous les
Aſtronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paſſer ces quatre
cbſervations, qu'il me ſoit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai ſuppoſé la latitude ſeptentrionale ,
de Trinquebar de 11*; mais ſa longi
tude n'étant point exactement connue,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Pa
ris, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiſ
ſance des Tems , ni dans la Diſſertation
ſur Vénus. &
L'Obſervation de l'iſle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meſſier
par M. Pingré qui l'a faite, & qu'elle
eſt employée dans ma Table, différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le ſecond Mercure de
Juillet 1762, & dans la Connoiſſance
des Tems de 1764. Il y dit : que le con
tact intérieur, à la ſortie, y a été obſer
vé 34'44" après midi; il ſuppoſe la dif
férence des Méridiens de 4º 2', d'où il
conclut la parallaxe du ſoleil 9" , 55 ;
mais il fait obſerver que 2o" d'erreur
ſur la différence des Méridiens de Paris
1 12 MERCURE DE FRANCE.
& de l'iſle Rodrigues, font o", 7 de
différence ſur la parallaxe du ſoleil.
Or, M. Pingré marque le même con
tact à o" 36'49", avec la différence des
mêmes Méridiens de 4" 3'26" , ainſi ,
ſans parler de la différence de 2 5" qui
ſe trouve ici dans les inſtans du contact,
la ſeule différence de 1'26'º dans la lon
gitude de Rodrigues entre ces deux Aſ -
tronomes, laiſſe une incertitude de 3"
entières ſur les 9" 55 de la parallaxe con
clue par M. Delalande. -
Je ne fais cette remarque que pour
faire ſentir l'avantage de la méthode de
M. Halley, qui n'exige pas la connoiſ
ſance des longitudes, mais ſeulement
des pendules à ſecondes & des lunettes
ordinaires, comme de 15 à 18 pieds,
c'eſt-à-dire, d'égale longueur & d'égale
bonté, à la faveur deſquelles deux Ob
ſervateurs placés dans les lieux les plus
éloignés, puiſſent obſerver la durée to
tale du paſſage avec la plus grande diffé
| rence poſſible. Tel eſt l'avantage que
promet le paſſage de 1769 pour deux
Obſervateurs, dont l'un ſera à Mexico,
capitale du Mexique, & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paſſage ſera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
- J U I N. 1764. 1 13
· M. Halley avoit indiqué pour le paſ
ſage de 1761 , comme les lieux les plus
avantageuſement ſitués la baye d'Hud
ſon, & les rives du Gange, mais il eſt
aſſez ſurprenant que dans le précis qu'on
a fait de ſon ingénieux Mémoire, à la
page 1o3 du Journal Etranger de Mai
176 r , on lui ait fait dire préciſément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit : qu'à la bave d'Hudſon l'effet
de la parallaxe ſeroit de retarder la ſortie
de Vénus ; on lui fait dire, accélérer. Il
a dit : que la durée du paſſage entier y
devoit paroître plus longue, longiorem,
d'environ 6 que pour le centre de la
terre; on lui fait dire, qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit : que vers l'embouchure du
Gange la ſortie paroîtroit accélérée; on
lui fait dire, retardée.
Enfin, il a dit : que la durée du paſ
ſage y devoit être diminuée, contrahe
tur, d'environ 11' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire, pro
longée. A
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la ſuite que M. Halley s'étoit trom
pé; M. Ferguſon, Anglois, en ayant fait
la remarque à la page 99, on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar
\
114 MERCURE DE FRANCE.
que à la France, & en particulier à M.
Deliſle, qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences, & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai, mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Deliſle.
Content d'avoir fait la découverte., j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom; ſi
j'en euſſe parlé tout ſeul, on ne m'au
roit jamais cru, lui-même a été ſix jours
ſans me croire, & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois ſans être cru ; tant étoit
grand ſur tous les eſprits l'aſcendant du
Prince des Aſtronomes Anglois , M.
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
On dit à la page 1o5 du même Jour
nal Etranger, que ce ſavant Aſtronome
s'étoit mépris dans la poſition d'un an
gle, & que cette mépriſe cauſoit une
erreur conſidérable : il falloit dire dans
la poſition d'un cercle, & que cette mé
priſe ne cauſoit aucune erreur ſenſible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Sa
vans de Novembre 176o, & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance,qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
J U I N. 1764. 1 15
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
ſujet des calculs de M. Deliſle.
Il eſt donc bien certain que le mé
compte de M. Halley n'a d'autre fonde
ment que dans la latitude de 4' qu'il a
employée, au lieu de celle de 1o' qu'il
auroit dû employer; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus, qui n'étoit pas connu lorſ
qu'il travailloit à ſon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il fai
ſoit ſa Table pour mille ans des Con
jonctions Ecliptiques de Vénus. C'eſt ce
qui fait dire à l'Académicien, rédacteur
de l'Hiſtoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inſérer dans ſa Table des années où il
n'eſt pas ſûr qu'il doive arriver des paſ
ſages de Vénus, & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs ſur les nouveaux élé
777(277$.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eſt ſorti de deſſous la preſſe qu'à la fin
de l'année derniere, * j'avois penſé les
mêmes choſes au commencement de la
même année ; c'eſt ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eſt im
primée dans le Journal des Savans de
# 1762 .
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compoſé ſa Table, il y en a ſix
à rabattre, ſavoir quatre pour le paſſé,
& deux pour l'avenir, dans leſquelles il
eſt sûr qu'il n'y a point eu, & qu'il n'y
aura pas de paſſage de Vénns
En relevant quelques erreurs qui ſe
ſont gliſſées dans le Journal Etranger,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préſide à la rédaction de ce Journal ;
le ſoin qu'il prend de nous tranſmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui ſeroient perdues pour nous ſans ſon
Recueil, m'eſt garant de ſes ſentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs, ou, pour mieux dire, de
ces inadvertances; la célébrité & la rare
té du phénomène, pour me ſervir de ſes
expreſſions, pag. t ou , me fait penſer
qu'il ne me ſaura pas mauvais gré de les
avoir fait obſerver ; & il eſt trop au fait
de la matière pour ne pas les ſentir; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
aVOller.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horiſontales de 24"; je dois ajoûter que
j'ai ſuppoſé le demi-diamètre du ſoleil
J U I N. 1764. 117
de 15 47", celui de Vénus de 29", &
la plus proche diſtance des centres de 9!
27", par une eſpèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aſtronome Alle
mand que par ſa Diſſertation ; c'en eſt
aſſez pour me faire juger de ſes talens,
n'en ayant rien, je ne me flatte pas
d'avoir rempli ſes vues par la conſtruc
tion de ma Table ; heureux, ſi, en la
donnant au Public, j'ai ſçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aſtrono
mie, & mon reſpect pour un Savant ſi
digne d'orner la Liſte de tous ceux qui
répondent ſi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuſtre Protectrice S. M. la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine ſemble ne tenir le ſceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheu
reux, lui paroiſſent les plus dignes de
ſes bontés & de ſa protection, quand ils
ne ſont pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à ſon trône, ne ſauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens,
elle ne fait que les couronner en les
tranſplantant juſqu'aux extrémités de ſes
Etats.
--
1 18 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi que bien plus heureuſe
que Chriſtine de Suéde, cette Chriſ#ine
d'Autriche , ſans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des ſié
cles de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reſtes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Pro
vinces : déja l'on ſait que le Turban
veut arborer l'étendard de la cé
leſte Uranie, en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conſtanti
nople.* Puiſſe cetteVille d'ailleurs ſi flo
riſſante, & jadis la capitale du monde
Chrétien, redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y décou
vrir ! Puiſſent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu, ſeul Auteur de
tant de merveilles auſſi anciennes que le
Monde; & le Croiſſant, ce ſymbole de
l'inconſtance , s'y changer pour jamais
dans le ſigne ſacré du ſalut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1zs; ,
Page 9 f•
J U I N. 1764: 1 19
P. S. Les Obſervations du Satellité
de Vénus, dont j'ai parlé dans ce Mé
moire fait l'an paſſé, ont été confirmées
au mois de Mars dernier; ſavoir, les 3,4,
1o & 11 à Copenhague par Mº Roed
kier & Horrebow. (Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril). Et les 15, 28 &
29 du même mois de Mars, à Auxerre,
par M. de Montbaron , Conſeiller au
Bailliage (c'eſt ainſi qu'il faut lire, au
lieu de M. de Montbazon dans ma Let
tre ſur l'Eclipſe du premier Avril au
ſecond Mercure d'Avril.)
Au Mercure de Mai, pag. 134 lig. 3o
au lieu de m'en avoient, liſez m'avoient.
Fage 143 lig. 28 au lieu de au moins
iſez en moins.
Page I44 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire uſage, ajoutex, (dans la con
noiſſance des temps 1761.)
- TRÉBvcHET.
Soir X l'angle conſtant que j'ai trou
Vé par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes, & pour les
contacts intérieurs de 51d 51'; ſoit Y la
différence des parallaxes de hauteur, &
Z l'angle variable marqué dans les co
lonnes du point de contact, on aura
9 — T fin. Z
l'effet de la parallaxe = # -
Pour réduire en tems cet effet de la
parallaxe, comme il eſt marqué dans
I IC MERCURE DE FRANCE.
les 5° & 1o° colonnes, j'ai employé le
logarithme conſtant 11811o additif, que
M. Delalande dans ſa Connoiſſance de
2763,p.2o3, dit avoir tiré desTables du
mouvement deVénus,&être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obſervation. L'effet de la parallaxe re
lative à Paris, n'étant autre choſe que la
ſomme ou la différence de ſa parallaxe
abſolue avec celle d'un lieu propoſé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit, par
exemple, que l'obſervation du premier
contact s'eſt faite à Paris, 1’ 11" plutôt
qu'à Madrid, & ſeulement 23" plutôt
qu'à Lyon, & 19" plus tard qu'à Green
wich, & ainſi des autres.
L'entrée n'ayant été obſervée qu'à
Stokolm, Pétersbourg, Tobolsk & Trin
quebar, j'ai écrit ce mot entrée dans la
ſeconde colonne vis - à - vis l'inſtant de
l'obſervation. Tous les autres tems doi
vent s'entendre de la ſortie. Ma Table
eſt conſtruite d'après celle du P. Hell,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte, à la réſerve de celles de
Lisbonne, de Naples, de l'iſle Rodri
gues, & de Trinquebar ſur la côte de
Coromandel, qui m'ont été communi
quées par M. Meſſier. Cet Aſtronome
J U I N. 1764. .. 1 1 1
infatigable, que les veilles les plus ſou
tenues dans l'obſervatoire de la Marine,
mettent en correſpondance avec tous les
Aſtronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paſſer ces quatre
cbſervations, qu'il me ſoit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai ſuppoſé la latitude ſeptentrionale ,
de Trinquebar de 11*; mais ſa longi
tude n'étant point exactement connue,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Pa
ris, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiſ
ſance des Tems , ni dans la Diſſertation
ſur Vénus. &
L'Obſervation de l'iſle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meſſier
par M. Pingré qui l'a faite, & qu'elle
eſt employée dans ma Table, différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le ſecond Mercure de
Juillet 1762, & dans la Connoiſſance
des Tems de 1764. Il y dit : que le con
tact intérieur, à la ſortie, y a été obſer
vé 34'44" après midi; il ſuppoſe la dif
férence des Méridiens de 4º 2', d'où il
conclut la parallaxe du ſoleil 9" , 55 ;
mais il fait obſerver que 2o" d'erreur
ſur la différence des Méridiens de Paris
1 12 MERCURE DE FRANCE.
& de l'iſle Rodrigues, font o", 7 de
différence ſur la parallaxe du ſoleil.
Or, M. Pingré marque le même con
tact à o" 36'49", avec la différence des
mêmes Méridiens de 4" 3'26" , ainſi ,
ſans parler de la différence de 2 5" qui
ſe trouve ici dans les inſtans du contact,
la ſeule différence de 1'26'º dans la lon
gitude de Rodrigues entre ces deux Aſ -
tronomes, laiſſe une incertitude de 3"
entières ſur les 9" 55 de la parallaxe con
clue par M. Delalande. -
Je ne fais cette remarque que pour
faire ſentir l'avantage de la méthode de
M. Halley, qui n'exige pas la connoiſ
ſance des longitudes, mais ſeulement
des pendules à ſecondes & des lunettes
ordinaires, comme de 15 à 18 pieds,
c'eſt-à-dire, d'égale longueur & d'égale
bonté, à la faveur deſquelles deux Ob
ſervateurs placés dans les lieux les plus
éloignés, puiſſent obſerver la durée to
tale du paſſage avec la plus grande diffé
| rence poſſible. Tel eſt l'avantage que
promet le paſſage de 1769 pour deux
Obſervateurs, dont l'un ſera à Mexico,
capitale du Mexique, & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paſſage ſera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
- J U I N. 1764. 1 13
· M. Halley avoit indiqué pour le paſ
ſage de 1761 , comme les lieux les plus
avantageuſement ſitués la baye d'Hud
ſon, & les rives du Gange, mais il eſt
aſſez ſurprenant que dans le précis qu'on
a fait de ſon ingénieux Mémoire, à la
page 1o3 du Journal Etranger de Mai
176 r , on lui ait fait dire préciſément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit : qu'à la bave d'Hudſon l'effet
de la parallaxe ſeroit de retarder la ſortie
de Vénus ; on lui fait dire, accélérer. Il
a dit : que la durée du paſſage entier y
devoit paroître plus longue, longiorem,
d'environ 6 que pour le centre de la
terre; on lui fait dire, qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit : que vers l'embouchure du
Gange la ſortie paroîtroit accélérée; on
lui fait dire, retardée.
Enfin, il a dit : que la durée du paſ
ſage y devoit être diminuée, contrahe
tur, d'environ 11' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire, pro
longée. A
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la ſuite que M. Halley s'étoit trom
pé; M. Ferguſon, Anglois, en ayant fait
la remarque à la page 99, on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar
\
114 MERCURE DE FRANCE.
que à la France, & en particulier à M.
Deliſle, qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences, & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai, mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Deliſle.
Content d'avoir fait la découverte., j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom; ſi
j'en euſſe parlé tout ſeul, on ne m'au
roit jamais cru, lui-même a été ſix jours
ſans me croire, & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois ſans être cru ; tant étoit
grand ſur tous les eſprits l'aſcendant du
Prince des Aſtronomes Anglois , M.
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
On dit à la page 1o5 du même Jour
nal Etranger, que ce ſavant Aſtronome
s'étoit mépris dans la poſition d'un an
gle, & que cette mépriſe cauſoit une
erreur conſidérable : il falloit dire dans
la poſition d'un cercle, & que cette mé
priſe ne cauſoit aucune erreur ſenſible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Sa
vans de Novembre 176o, & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance,qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
J U I N. 1764. 1 15
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
ſujet des calculs de M. Deliſle.
Il eſt donc bien certain que le mé
compte de M. Halley n'a d'autre fonde
ment que dans la latitude de 4' qu'il a
employée, au lieu de celle de 1o' qu'il
auroit dû employer; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus, qui n'étoit pas connu lorſ
qu'il travailloit à ſon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il fai
ſoit ſa Table pour mille ans des Con
jonctions Ecliptiques de Vénus. C'eſt ce
qui fait dire à l'Académicien, rédacteur
de l'Hiſtoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inſérer dans ſa Table des années où il
n'eſt pas ſûr qu'il doive arriver des paſ
ſages de Vénus, & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs ſur les nouveaux élé
777(277$.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eſt ſorti de deſſous la preſſe qu'à la fin
de l'année derniere, * j'avois penſé les
mêmes choſes au commencement de la
même année ; c'eſt ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eſt im
primée dans le Journal des Savans de
# 1762 .
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compoſé ſa Table, il y en a ſix
à rabattre, ſavoir quatre pour le paſſé,
& deux pour l'avenir, dans leſquelles il
eſt sûr qu'il n'y a point eu, & qu'il n'y
aura pas de paſſage de Vénns
En relevant quelques erreurs qui ſe
ſont gliſſées dans le Journal Etranger,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préſide à la rédaction de ce Journal ;
le ſoin qu'il prend de nous tranſmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui ſeroient perdues pour nous ſans ſon
Recueil, m'eſt garant de ſes ſentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs, ou, pour mieux dire, de
ces inadvertances; la célébrité & la rare
té du phénomène, pour me ſervir de ſes
expreſſions, pag. t ou , me fait penſer
qu'il ne me ſaura pas mauvais gré de les
avoir fait obſerver ; & il eſt trop au fait
de la matière pour ne pas les ſentir; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
aVOller.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horiſontales de 24"; je dois ajoûter que
j'ai ſuppoſé le demi-diamètre du ſoleil
J U I N. 1764. 117
de 15 47", celui de Vénus de 29", &
la plus proche diſtance des centres de 9!
27", par une eſpèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aſtronome Alle
mand que par ſa Diſſertation ; c'en eſt
aſſez pour me faire juger de ſes talens,
n'en ayant rien, je ne me flatte pas
d'avoir rempli ſes vues par la conſtruc
tion de ma Table ; heureux, ſi, en la
donnant au Public, j'ai ſçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aſtrono
mie, & mon reſpect pour un Savant ſi
digne d'orner la Liſte de tous ceux qui
répondent ſi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuſtre Protectrice S. M. la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine ſemble ne tenir le ſceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheu
reux, lui paroiſſent les plus dignes de
ſes bontés & de ſa protection, quand ils
ne ſont pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à ſon trône, ne ſauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens,
elle ne fait que les couronner en les
tranſplantant juſqu'aux extrémités de ſes
Etats.
--
1 18 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi que bien plus heureuſe
que Chriſtine de Suéde, cette Chriſ#ine
d'Autriche , ſans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des ſié
cles de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reſtes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Pro
vinces : déja l'on ſait que le Turban
veut arborer l'étendard de la cé
leſte Uranie, en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conſtanti
nople.* Puiſſe cetteVille d'ailleurs ſi flo
riſſante, & jadis la capitale du monde
Chrétien, redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y décou
vrir ! Puiſſent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu, ſeul Auteur de
tant de merveilles auſſi anciennes que le
Monde; & le Croiſſant, ce ſymbole de
l'inconſtance , s'y changer pour jamais
dans le ſigne ſacré du ſalut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1zs; ,
Page 9 f•
J U I N. 1764: 1 19
P. S. Les Obſervations du Satellité
de Vénus, dont j'ai parlé dans ce Mé
moire fait l'an paſſé, ont été confirmées
au mois de Mars dernier; ſavoir, les 3,4,
1o & 11 à Copenhague par Mº Roed
kier & Horrebow. (Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril). Et les 15, 28 &
29 du même mois de Mars, à Auxerre,
par M. de Montbaron , Conſeiller au
Bailliage (c'eſt ainſi qu'il faut lire, au
lieu de M. de Montbazon dans ma Let
tre ſur l'Eclipſe du premier Avril au
ſecond Mercure d'Avril.)
Au Mercure de Mai, pag. 134 lig. 3o
au lieu de m'en avoient, liſez m'avoient.
Fage 143 lig. 28 au lieu de au moins
iſez en moins.
Page I44 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire uſage, ajoutex, (dans la con
noiſſance des temps 1761.)
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Résumé : SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
Le texte aborde les calculs astronomiques relatifs aux observations du passage de Vénus, en se concentrant sur les angles et les parallaxes observés lors des contacts extérieurs et intérieurs. L'auteur utilise un logarithme constant pour minimiser l'effet de la parallaxe en temps, comme mentionné dans le 'Mercure de France'. Les observations varient légèrement selon les lieux, tels que Paris, Madrid, Lyon et Greenwich, et sont basées principalement sur les données du Père Hell, complétées par celles de M. Messier provenant de Lisbonne, Naples, l'île Rodrigues et Trinquebar. Une divergence notable est observée entre les données de M. Pingré et M. Delalande à l'île Rodrigues, affectant la précision de la parallaxe du Soleil. La méthode de M. Halley pour le passage de 1769 est soulignée pour sa précision, ne nécessitant que des pendules à secondes et des lunettes ordinaires. Le texte critique une erreur dans le résumé du mémoire de M. Halley concernant le passage de 1761, où les lieux avantageux pour les observations ont été mal interprétés. Cette erreur a été corrigée grâce à M. Delisle. Des erreurs dans les calculs d'Edmond Halley sont également discutées, notamment une mauvaise position d'un cercle et une latitude incorrecte due à l'ignorance du mouvement du nœud de Vénus. Halley avait inclus des années incertaines dans sa table des conjonctions écliptiques de Vénus. L'auteur a corrigé ces erreurs et publié une nouvelle table dans le 'Journal des Savans' de 1762, rectifiant six erreurs dans les conjonctions vénériennes. Le texte se conclut par des corrections mineures et des observations confirmées concernant le satellite de Vénus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4742
p. 124-131
RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
Début :
VOUS estimez donc, Monsieur, que je ne peux me dispenser de lever le voile [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une
Lettre de M. de SAINT-ANGEL,
Conseiller à la Cour des Aides de
Montferrand, insérée dans le Mercure
d'Avril 1764.
VOUS estimez donc, Monsieur, que
je ne peux me dispenser de lever le voile
ſous lequel j'avois aimé à me cacher,
en priant M. De la Place d'inſérer dans
le Mercure mes obſervations ſur le Ver
Solitaire. Vos inſtances ſont trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
ſur la crainte de m'expoſer à l'épithéte
d'homme à ſecret , épithéte que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir.Je rou
irois donc encore de m'avouer poſ
ſeſſeur d'un ſecret, ſi je ne croyois avoir
une excuſe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conſé
quence vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquiſition.
Le ſieur Noufer, Médecin de Morat
en Suiſſe, ayant découvert ce Spécifi
-
J U I N. 1764.
125
que, acquit bientôt de la célébrité.
Il
fut appellé à Lyon par pluſieurs per
ſonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureuſes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
' gelat, Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale-Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreſſà d'apprendre les
ſuccès du ſieur Noufer à M. Senac ,
premier Médecin du Roi, lequel par
tagea auſſitôt ſon zéle & ſa bonne vo
lonté. En conſéquence M. Roſſignol,
alors Intendant de Lyon, fut chargé de
faire des informations, & de propoſer
au ſieur Noufer de vendre ſon ſecret
au R oi ſi ces informations étoient fa
vorables. Une ſeule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des eſ
ſais en ſa préſence. Celui-ci qui com
mençoit à peine à eſtropier quelques
ques mots François, & qui ſe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient, ſe refuſa
opiniâtrément à ce voyage, & ſacrifia
à ſa tranquillité les avantages que lui
préſentoit la fortune.
Ce Médecin eſt mort il y a quel
ques années. Il n'étoit pas riche ; ſa
veuve, obligée pour tirer parti du Spéci
F iij
1 26 MERCURE DE FRANCE.
fique dont ſon mari lui avoit laiſſé la
recette, de faire plufieurs voyages, s'eſt
bientôt lafſée d'un genre de vie qui
n'étoit pas ſans inconvénient pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre ſon ſe
cret , & perſonne ne s'eſt préſenté pour
acheter le ſecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de pluſieurs Cu
res tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes, me confiant aux ap
parences les plus heureuſes d'une pro
bité vraiment helvétique, & décidé par
les
inſtances d'une
Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique, ſi
je ne la raſſurois avec connoiſſance de
cauſe contre la prévention qui le pla
çoit dans la claſſe des poiſons ; je ſuis
entré en marché avec la veuve du Doc
teur Noufer. L'hiſtoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curioſité,
que je ne pouvois ſatisfaire qu'à l'aide
de ce ſecret ; & vous avez vu là-deſſus
un eſſai de mes recherches dans le ſe
cond volume du Mercure de Janvier. .
Une ſoupe au beurre, un biſcuit,
un verre de vin
blanc , & quel
quefois un lavement de lait, qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
ncurriture du ſoir, comme pour tout
,.
"
J U I N. 1764.
127
· préparatif, avoit accrédité l'idée qu'un
poiſon violent faiſoit la baſe de ce ſpé
cifique ; des maux de cœur : quelque
fois un peu de vomiſſement lorſque le
ver ayant priſe avec le remède , faiſoit
les plus grands efforts pour lui échap
per, ſervoient encore † étayer cette
opinion. Comme il eſt compoſé d'un
breuvage, & d'un bol qu'on fait pren
dre deux heures après , le bol paſſoit
pour le contrepoiſon du breuvage ; enfin
l'air de myſtère , & l'attention à cacher
le remède en le préſentant, ſembloient
mettre le dernier ſceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique.
C'en étoit aſſez pour allarmer ma
délicateſſe : je demandai donc pour pré
liminaires qu'il me fût permis de m'inſ
·crire contre les engagemens que j'allois
prendre , ſi dans le remède dont j'ache
tois la recette , il y avoit quelque dro
gue qui pût paſſer pour poiſon.Ayant
reçu à cet égard toutes les aſſurances
néceſſaires, le contrat fut bientôt paſſé
& ſigné.
" Vous voyez, Monſieur, que ce re
mède eſt préciſément le même que ce
lui qui a délivré votre Femme-de-charge
de ſon ver ſolitaire . Si elle fut un peu
·fatiguée par ſon effet, e# que le ſieur
1V .
128 MERCURE DE FRANCE.
Noufer en étoit encore à des tâtonne
| mens que l'expérience lui a épargnés
dans la ſuite : cependant le produit net
de ce ſpécifique fut que votre malade,
qui étoit auparavant dans le plus triſte
état, ſe trouva en peu d'heures débar
raſſée de ſon ver ſolitaire : elle ſortit dans
la même journée, & fut ſi bien dès le
lendemain , qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre.A l'égard du
vuide conſidérable qu'elle ſentit dans
ſon eſtomach lorſque ſon ver fut expul
ſé , il eſt commun à tous les malades
| que ce reméde délivre, mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal paraſite, héberge dans
l'eſtomach & dans les inteſtins;il les irri
te par une eſpéce de chatouillementau
quel, comme je l'ai dit dans les obſer
vations,doivent être attribués tous les dé
rangemens qu'il occaſionne ; c'eſt un
effet néceſſaire de ſes mouvemens, & de
ſes ondulations ſur des parties auſſi irri
tables, & auſſi ſenſibles. Mais lorſque
le ver a été expulſé, l'abſence de cette
ſenſation en produit une autre par de
ficit ; & c'eſt là la vraie cauſe de ce
vuide que reſſentent les malades.
La vertu antivermineuſe du ver ſoli
taire deſſeché, & pris en reméde ne
· J U I N. 1764.
12 g
m'eſt pas connue; je ſçai qu'elle a été
propoſée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
aſſurer qu'elle n'entre en aucune ſorte
dans le Spécifique dont je ſuis poſſeſſeur.
Il faut à préſent vous rendre compte
de cette ſoupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde. Madame
Noufèr, n'à pas été en état de ſatisfaire
ma curioſité la-deſſus : c'eſt ainſi , m'a-
t-elle dit, qu'en agiſſoit mon mari; je
>
8
j
n'en ſçai pas-davantage. Ce ſeroit donc
encore une énigme pour moi ſans l'ob
ſervation ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a ſouvent aſſuré que
le beurre & le lait, & même le miel ,
étoient les aliments après leſquels ſon
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor, Curé de la Guillotiè re,
Fauxbourg de Lyon, étoit attaqué du
ver ſolitaire; il mangea par hazard du
beurre , & ſe trouva auſſi-tôt ſoulagé ;
depuis ce moment , il eut ſouvent re
cours à cette recette pour ſon ſoula
gement, & toujours avec ſuccès juſqu'à
ce qu'il prît le ſpecifique des mains mê
mes de Madame Noufer Etudiant la
ſenſation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeſtion du beurre,
il en avoit conclu que le ver ſolitaire
-
-
F V
J o MERCURE DE FRANCE
s'accommode très bien de ce genre d'a-
liment, & qu'il reſte enſuite dans I'in
action ainſi qu'un enfant qui vient de
quitter le ſein de ſa mère ; voilà une
recette ſacile pour le ſoulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même ſervir d'épreuve
pour ceux à qui des ſymptômes biſar
res & équivoques le feroient ſeulement
ſcupçonner.
-
Vous voyez à préſent que l'aliment
préſenté au Ver ſolitaire la veille de ſon
expulſion, eſt un leurre pour lui ; il s'é-
panouit pour prendre à l'aiſe une nour
riture qui lui eſt agréable ; & le lende
main il eſt attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être élude
rcit-il ſon action, ſi irrité par des re
médes contraires, il étoit tapi -& collé
contre les parois de ſon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées, ou
les ouvertures par leſquelles il aſpire ſa
nourriture ſeroient exactement fermées,
& le Spécifique gliſſeroit deſſus ſans les
pénétrer. Les inſtructions du ſieur Nou
fer portent expreſſément de laiſſer un
intervalle aſſez conſidérable entre ſon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
uſage antérieurement.
· -
: Un des avantages de ce Spécifique,
-
1
·
J U I N. 1764.
I 3 t
dont les effets ſont toujours auſſi promts
· que ſûrs, eſt de pouvoir être donné ſur
de ſimples ſoupçons , & j'eſpére acqué
rir avec le temps des connoiſſances aſ
ſez exactes , pour diſcerner ceux qui
ſont légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & ſe ſont
épuiſés par des remédes pris au haſard,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les ſelles vînt leur apprendre
quelle étoit la cauſe de leurs indiſpoſi
tions !
M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville,
m'a permis de publier qu'il a été déli
vré il y a peu de jours par ce reméde,
du Ver Solitaire dans l'eſpace de deux
heures & demi. Il ſouhaiteroit avec
moi que ſa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la ſûreté & l'éfficacité ; mais en me li
vrant ſans réſerve à une pareille expul
ſion,peut-être ſerois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime ſourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi. .
J'ai l'honneur d'être, &c.
PONTEAU, Docteur en Med. Me en Chirurgie,
ancien Chirurgien en Chef du grand Hôtel-Dieu
de Lyon, &c.
Lettre de M. de SAINT-ANGEL,
Conseiller à la Cour des Aides de
Montferrand, insérée dans le Mercure
d'Avril 1764.
VOUS estimez donc, Monsieur, que
je ne peux me dispenser de lever le voile
ſous lequel j'avois aimé à me cacher,
en priant M. De la Place d'inſérer dans
le Mercure mes obſervations ſur le Ver
Solitaire. Vos inſtances ſont trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
ſur la crainte de m'expoſer à l'épithéte
d'homme à ſecret , épithéte que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir.Je rou
irois donc encore de m'avouer poſ
ſeſſeur d'un ſecret, ſi je ne croyois avoir
une excuſe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conſé
quence vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquiſition.
Le ſieur Noufer, Médecin de Morat
en Suiſſe, ayant découvert ce Spécifi
-
J U I N. 1764.
125
que, acquit bientôt de la célébrité.
Il
fut appellé à Lyon par pluſieurs per
ſonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureuſes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
' gelat, Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale-Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreſſà d'apprendre les
ſuccès du ſieur Noufer à M. Senac ,
premier Médecin du Roi, lequel par
tagea auſſitôt ſon zéle & ſa bonne vo
lonté. En conſéquence M. Roſſignol,
alors Intendant de Lyon, fut chargé de
faire des informations, & de propoſer
au ſieur Noufer de vendre ſon ſecret
au R oi ſi ces informations étoient fa
vorables. Une ſeule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des eſ
ſais en ſa préſence. Celui-ci qui com
mençoit à peine à eſtropier quelques
ques mots François, & qui ſe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient, ſe refuſa
opiniâtrément à ce voyage, & ſacrifia
à ſa tranquillité les avantages que lui
préſentoit la fortune.
Ce Médecin eſt mort il y a quel
ques années. Il n'étoit pas riche ; ſa
veuve, obligée pour tirer parti du Spéci
F iij
1 26 MERCURE DE FRANCE.
fique dont ſon mari lui avoit laiſſé la
recette, de faire plufieurs voyages, s'eſt
bientôt lafſée d'un genre de vie qui
n'étoit pas ſans inconvénient pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre ſon ſe
cret , & perſonne ne s'eſt préſenté pour
acheter le ſecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de pluſieurs Cu
res tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes, me confiant aux ap
parences les plus heureuſes d'une pro
bité vraiment helvétique, & décidé par
les
inſtances d'une
Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique, ſi
je ne la raſſurois avec connoiſſance de
cauſe contre la prévention qui le pla
çoit dans la claſſe des poiſons ; je ſuis
entré en marché avec la veuve du Doc
teur Noufer. L'hiſtoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curioſité,
que je ne pouvois ſatisfaire qu'à l'aide
de ce ſecret ; & vous avez vu là-deſſus
un eſſai de mes recherches dans le ſe
cond volume du Mercure de Janvier. .
Une ſoupe au beurre, un biſcuit,
un verre de vin
blanc , & quel
quefois un lavement de lait, qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
ncurriture du ſoir, comme pour tout
,.
"
J U I N. 1764.
127
· préparatif, avoit accrédité l'idée qu'un
poiſon violent faiſoit la baſe de ce ſpé
cifique ; des maux de cœur : quelque
fois un peu de vomiſſement lorſque le
ver ayant priſe avec le remède , faiſoit
les plus grands efforts pour lui échap
per, ſervoient encore † étayer cette
opinion. Comme il eſt compoſé d'un
breuvage, & d'un bol qu'on fait pren
dre deux heures après , le bol paſſoit
pour le contrepoiſon du breuvage ; enfin
l'air de myſtère , & l'attention à cacher
le remède en le préſentant, ſembloient
mettre le dernier ſceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique.
C'en étoit aſſez pour allarmer ma
délicateſſe : je demandai donc pour pré
liminaires qu'il me fût permis de m'inſ
·crire contre les engagemens que j'allois
prendre , ſi dans le remède dont j'ache
tois la recette , il y avoit quelque dro
gue qui pût paſſer pour poiſon.Ayant
reçu à cet égard toutes les aſſurances
néceſſaires, le contrat fut bientôt paſſé
& ſigné.
" Vous voyez, Monſieur, que ce re
mède eſt préciſément le même que ce
lui qui a délivré votre Femme-de-charge
de ſon ver ſolitaire . Si elle fut un peu
·fatiguée par ſon effet, e# que le ſieur
1V .
128 MERCURE DE FRANCE.
Noufer en étoit encore à des tâtonne
| mens que l'expérience lui a épargnés
dans la ſuite : cependant le produit net
de ce ſpécifique fut que votre malade,
qui étoit auparavant dans le plus triſte
état, ſe trouva en peu d'heures débar
raſſée de ſon ver ſolitaire : elle ſortit dans
la même journée, & fut ſi bien dès le
lendemain , qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre.A l'égard du
vuide conſidérable qu'elle ſentit dans
ſon eſtomach lorſque ſon ver fut expul
ſé , il eſt commun à tous les malades
| que ce reméde délivre, mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal paraſite, héberge dans
l'eſtomach & dans les inteſtins;il les irri
te par une eſpéce de chatouillementau
quel, comme je l'ai dit dans les obſer
vations,doivent être attribués tous les dé
rangemens qu'il occaſionne ; c'eſt un
effet néceſſaire de ſes mouvemens, & de
ſes ondulations ſur des parties auſſi irri
tables, & auſſi ſenſibles. Mais lorſque
le ver a été expulſé, l'abſence de cette
ſenſation en produit une autre par de
ficit ; & c'eſt là la vraie cauſe de ce
vuide que reſſentent les malades.
La vertu antivermineuſe du ver ſoli
taire deſſeché, & pris en reméde ne
· J U I N. 1764.
12 g
m'eſt pas connue; je ſçai qu'elle a été
propoſée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
aſſurer qu'elle n'entre en aucune ſorte
dans le Spécifique dont je ſuis poſſeſſeur.
Il faut à préſent vous rendre compte
de cette ſoupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde. Madame
Noufèr, n'à pas été en état de ſatisfaire
ma curioſité la-deſſus : c'eſt ainſi , m'a-
t-elle dit, qu'en agiſſoit mon mari; je
>
8
j
n'en ſçai pas-davantage. Ce ſeroit donc
encore une énigme pour moi ſans l'ob
ſervation ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a ſouvent aſſuré que
le beurre & le lait, & même le miel ,
étoient les aliments après leſquels ſon
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor, Curé de la Guillotiè re,
Fauxbourg de Lyon, étoit attaqué du
ver ſolitaire; il mangea par hazard du
beurre , & ſe trouva auſſi-tôt ſoulagé ;
depuis ce moment , il eut ſouvent re
cours à cette recette pour ſon ſoula
gement, & toujours avec ſuccès juſqu'à
ce qu'il prît le ſpecifique des mains mê
mes de Madame Noufer Etudiant la
ſenſation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeſtion du beurre,
il en avoit conclu que le ver ſolitaire
-
-
F V
J o MERCURE DE FRANCE
s'accommode très bien de ce genre d'a-
liment, & qu'il reſte enſuite dans I'in
action ainſi qu'un enfant qui vient de
quitter le ſein de ſa mère ; voilà une
recette ſacile pour le ſoulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même ſervir d'épreuve
pour ceux à qui des ſymptômes biſar
res & équivoques le feroient ſeulement
ſcupçonner.
-
Vous voyez à préſent que l'aliment
préſenté au Ver ſolitaire la veille de ſon
expulſion, eſt un leurre pour lui ; il s'é-
panouit pour prendre à l'aiſe une nour
riture qui lui eſt agréable ; & le lende
main il eſt attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être élude
rcit-il ſon action, ſi irrité par des re
médes contraires, il étoit tapi -& collé
contre les parois de ſon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées, ou
les ouvertures par leſquelles il aſpire ſa
nourriture ſeroient exactement fermées,
& le Spécifique gliſſeroit deſſus ſans les
pénétrer. Les inſtructions du ſieur Nou
fer portent expreſſément de laiſſer un
intervalle aſſez conſidérable entre ſon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
uſage antérieurement.
· -
: Un des avantages de ce Spécifique,
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1
·
J U I N. 1764.
I 3 t
dont les effets ſont toujours auſſi promts
· que ſûrs, eſt de pouvoir être donné ſur
de ſimples ſoupçons , & j'eſpére acqué
rir avec le temps des connoiſſances aſ
ſez exactes , pour diſcerner ceux qui
ſont légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & ſe ſont
épuiſés par des remédes pris au haſard,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les ſelles vînt leur apprendre
quelle étoit la cauſe de leurs indiſpoſi
tions !
M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville,
m'a permis de publier qu'il a été déli
vré il y a peu de jours par ce reméde,
du Ver Solitaire dans l'eſpace de deux
heures & demi. Il ſouhaiteroit avec
moi que ſa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la ſûreté & l'éfficacité ; mais en me li
vrant ſans réſerve à une pareille expul
ſion,peut-être ſerois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime ſourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi. .
J'ai l'honneur d'être, &c.
PONTEAU, Docteur en Med. Me en Chirurgie,
ancien Chirurgien en Chef du grand Hôtel-Dieu
de Lyon, &c.
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Résumé : RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
L'auteur répond à M. de Saint-Angel au sujet du traitement du ver solitaire. Il mentionne un remède découvert par le médecin suisse Noufer, connu pour ses succès à Lyon. Le roi, informé par M. Bourgelat et M. Senac, tenta sans succès d'obtenir le secret de Noufer, qui refusa de se rendre à Paris. Après la mort de Noufer, sa veuve vendit la recette à l'auteur, intrigué par le ver solitaire et convaincu de la probité de la veuve. Le remède, initialement perçu comme potentiellement toxique, s'avéra efficace. L'auteur décrit les effets du traitement et les sensations des patients après l'expulsion du ver. Il précise que le ver solitaire déshydraté n'est pas utilisé dans son spécifique. Une soupe au beurre est donnée la veille du remède comme préparation. Le Dr. Ponteau indique que le beurre, le lait et le miel ne perturbent pas le ver solitaire. Il relate l'expérience de M. Midor, un curé, qui trouva soulagement en consommant du beurre. Le beurre sert de leurre pour rendre le ver inactif avant l'administration d'un spécifique qui le tue. Un intervalle est nécessaire entre les remèdes pour éviter que le ver ne se défende. Le spécifique est efficace même sur de simples soupçons et peut soulager rapidement, comme le montre l'exemple de M. de Fleurieu, guéri en deux heures et demie. Le Dr. Ponteau espère que ce remède deviendra accessible à tous, tout en restant prudent sur son propre état de santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4743
p. 132-136
SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
Début :
MONSIEUR, UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée depuis [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
SUITE pratique de la Goute, des
Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
MONSIEUR,
UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée
depuis le vingt Mars jusques en
Mai, ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provin
ces ; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inſtruire dans celui du mois de Juil
let ;je lui tiens parole, & voici des faits
très-intéreſſans capables de le conſoler
par l'eſpérance de trouver des reſſources
qui lui ont toujours paru fabuleufes.
FAI T'S D E PA R I S.
M. le Comte de Fenelon,Hôtel Notre
Dame , rue du Colombier, près l'Ab
baye Saint Germain, goute aux pieds
& aux genoux ; fort ſoulagé par la pou
· dre balſamique, & le baume végétal.
Ce fait eſt de Mars.
M. Perruchon, Ancien Régiſſeur Gé
néral des Hôpitaux de l'Armée : en
Février, étant fort tourmenté d'un rhu
J U I N. 1764.
, 133
matiſme dans les reins, dans les épaules
- & les cuiſſes ; logé Hôtel de Grenelle ,
rue de Grenelle Saint Honoré, fut cal
mé en vingt-quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balſamique
& le baume végétal.
M. Deſhayes , Hotel du Saint Eſ
prit, rue du Four Saint Honoré; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins , aux
épaules & aux genoux ; calmé en quel
ques jours par leſdits remèdes, & tou
jours de mieux en mieux par la conti- .
nuité de leur uſage.
: M. le Chevalier de Bauvais, chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier,
quartier Montmartre, en Mars, la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main : calmée en trente heures : a com
mencé à marcher un peu le troiſiéme
jour & s'eſt bien - tôt rétabli par-la
· poudre balſamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt, Gentil-homme de
de Monſeigneur le Cardinal de Gêvres,
en ſon Hôtel, rue neuve des Auguſtins,
en Mars, rhumatiſme aux jambes, aux
épaules & aux mains, fort calmé en
quinze jours par la tiſane balſamique,
& ſe trouvant toujours mieux par ſon
uſage , & celui du baume végétal.
Puquéry, Hôtel de Bretagne, rue &
134 MERCURE DE FRANCE.
croix des petits champs, en Avril a uſé
de la poudre balſamique & du baume
végétal, ce qui lui a fait un très-grand
bien par une copieuſe évacuation de
glaires.
Obſervation néceſſaire ſur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne, rue de la Monnoye, &
M. Duval , Secrétaire du Roi , rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reſtoit foibleſſe des parties & quel
ques légers reſſentimens , s'étant pur
gé avec la manne, le ſel de duobus, &
le baume végétal , furent en état de
ſortir le lendemain. .
· M. de Berthecour, par le même pur
# le lendemain eut le mouvement
e ſa main rhumatiſée.
-
| Cette façon de purger eſt la ſeule qui
ſoit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eſt pro
pre à l'humeur & aux nerfs.
Faits de Provinces.
| M Jore , à la Cour de l'Hotel de
· Ville de Rouen, ayant une goute fixée
aux clavicules ; reſpiration gênée, dif
ficulté de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balſamique, & ſur tout
t!,t
tº
#
#
#
V
J U I N. 1764.
I 35
le baume végétal lui avoient très-bien
fait, qu'il marchoit plus librernent &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trlne.
· Une femme de Lyon, très-vivement
rhumatiſée depuis pluſieurs années, &
ſans ſoulagement, l'a trouvé dans l'uſa
ge de la poudre balſamique & du bau
me végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni, Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les re
médes.
-
-
· M. de Montricouſte, Premier Préſi
dent de la Cour des Aydes de Montau
ban, m'a écrit en Mars , que le baume
végétal lui faiſoit au mieux pour ſon
eſtomach affoibli ;
il le continue.
.
Je ne peux citer un très-grand nombre.
de perſonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne, qui font uſage deſdits
remédes, ſoit pour la goute, les 1 huma--
tiſmes &c. ou pour l'eſtomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je ſuis à mes viſi
tes ſans donner les noms ni les adreſſes.
· Je viens de réformer mon ordonnan
ce à la fin de mon ouvrage,parce qu'el
le étoit trop générale , & ne réuſſiſſoit
qu'à quelques-uns ; des ſuccès conti
nués tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tem
péramens ; elle eſt diſtincte; elle indi
que les traitemens généraux & particu
liers, propres à un chacun & à tous les
genres de Goute, &c. J'y donne la fa
çon de faire le topique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Liſez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage ſe vend chez Panckoucke,
Libraire, rue & près la Comédie Fran
çoiſe à Paris.
Mon adreſſe eſt chez M. Burel , Chi
rurgien , rue du gros Chenet, quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au com
mencement d'Août, après les colleStions
de mes Simples.
Je ne reçois que les Lettres affran- .
chies.
C. DE MONTGERBET, Médecin du ROI
& ordinaire de ses Bâtimens.
Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
MONSIEUR,
UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée
depuis le vingt Mars jusques en
Mai, ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provin
ces ; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inſtruire dans celui du mois de Juil
let ;je lui tiens parole, & voici des faits
très-intéreſſans capables de le conſoler
par l'eſpérance de trouver des reſſources
qui lui ont toujours paru fabuleufes.
FAI T'S D E PA R I S.
M. le Comte de Fenelon,Hôtel Notre
Dame , rue du Colombier, près l'Ab
baye Saint Germain, goute aux pieds
& aux genoux ; fort ſoulagé par la pou
· dre balſamique, & le baume végétal.
Ce fait eſt de Mars.
M. Perruchon, Ancien Régiſſeur Gé
néral des Hôpitaux de l'Armée : en
Février, étant fort tourmenté d'un rhu
J U I N. 1764.
, 133
matiſme dans les reins, dans les épaules
- & les cuiſſes ; logé Hôtel de Grenelle ,
rue de Grenelle Saint Honoré, fut cal
mé en vingt-quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balſamique
& le baume végétal.
M. Deſhayes , Hotel du Saint Eſ
prit, rue du Four Saint Honoré; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins , aux
épaules & aux genoux ; calmé en quel
ques jours par leſdits remèdes, & tou
jours de mieux en mieux par la conti- .
nuité de leur uſage.
: M. le Chevalier de Bauvais, chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier,
quartier Montmartre, en Mars, la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main : calmée en trente heures : a com
mencé à marcher un peu le troiſiéme
jour & s'eſt bien - tôt rétabli par-la
· poudre balſamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt, Gentil-homme de
de Monſeigneur le Cardinal de Gêvres,
en ſon Hôtel, rue neuve des Auguſtins,
en Mars, rhumatiſme aux jambes, aux
épaules & aux mains, fort calmé en
quinze jours par la tiſane balſamique,
& ſe trouvant toujours mieux par ſon
uſage , & celui du baume végétal.
Puquéry, Hôtel de Bretagne, rue &
134 MERCURE DE FRANCE.
croix des petits champs, en Avril a uſé
de la poudre balſamique & du baume
végétal, ce qui lui a fait un très-grand
bien par une copieuſe évacuation de
glaires.
Obſervation néceſſaire ſur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne, rue de la Monnoye, &
M. Duval , Secrétaire du Roi , rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reſtoit foibleſſe des parties & quel
ques légers reſſentimens , s'étant pur
gé avec la manne, le ſel de duobus, &
le baume végétal , furent en état de
ſortir le lendemain. .
· M. de Berthecour, par le même pur
# le lendemain eut le mouvement
e ſa main rhumatiſée.
-
| Cette façon de purger eſt la ſeule qui
ſoit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eſt pro
pre à l'humeur & aux nerfs.
Faits de Provinces.
| M Jore , à la Cour de l'Hotel de
· Ville de Rouen, ayant une goute fixée
aux clavicules ; reſpiration gênée, dif
ficulté de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balſamique, & ſur tout
t!,t
tº
#
#
#
V
J U I N. 1764.
I 35
le baume végétal lui avoient très-bien
fait, qu'il marchoit plus librernent &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trlne.
· Une femme de Lyon, très-vivement
rhumatiſée depuis pluſieurs années, &
ſans ſoulagement, l'a trouvé dans l'uſa
ge de la poudre balſamique & du bau
me végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni, Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les re
médes.
-
-
· M. de Montricouſte, Premier Préſi
dent de la Cour des Aydes de Montau
ban, m'a écrit en Mars , que le baume
végétal lui faiſoit au mieux pour ſon
eſtomach affoibli ;
il le continue.
.
Je ne peux citer un très-grand nombre.
de perſonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne, qui font uſage deſdits
remédes, ſoit pour la goute, les 1 huma--
tiſmes &c. ou pour l'eſtomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je ſuis à mes viſi
tes ſans donner les noms ni les adreſſes.
· Je viens de réformer mon ordonnan
ce à la fin de mon ouvrage,parce qu'el
le étoit trop générale , & ne réuſſiſſoit
qu'à quelques-uns ; des ſuccès conti
nués tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tem
péramens ; elle eſt diſtincte; elle indi
que les traitemens généraux & particu
liers, propres à un chacun & à tous les
genres de Goute, &c. J'y donne la fa
çon de faire le topique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Liſez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage ſe vend chez Panckoucke,
Libraire, rue & près la Comédie Fran
çoiſe à Paris.
Mon adreſſe eſt chez M. Burel , Chi
rurgien , rue du gros Chenet, quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au com
mencement d'Août, après les colleStions
de mes Simples.
Je ne reçois que les Lettres affran- .
chies.
C. DE MONTGERBET, Médecin du ROI
& ordinaire de ses Bâtimens.
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Résumé : SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
Le document, rédigé par C. de Montgerbet, médecin du roi, aborde les traitements efficaces contre la goutte, les sciatiques et les rhumatismes gouteux. L'auteur mentionne avoir été empêché de répondre aux attentes des patients en raison d'une maladie de poitrine. Il présente plusieurs cas de guérison à Paris et en province grâce à l'utilisation de la poudre balsamique et du baume végétal. Parmi les exemples de patients guéris figurent M. le Comte de Fenelon, M. Perruchon, M. Deshayes, M. le Chevalier de Bauvais, et M. de Berthecourt. Le texte insiste sur l'importance d'une purge spécifique adaptée à ces maladies. Des témoignages provenant de différentes régions, tels que ceux de M. Jore à Rouen et d'une femme de Lyon, confirment l'efficacité des traitements proposés. L'auteur a révisé ses ordonnances pour mieux adapter les traitements aux divers cas et tempéraments. Le livre contenant ces informations est disponible chez Panckoucke, libraire à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4744
p. 137-153
CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
Début :
ARTICLE PREMIER. PRÉCIS historique de l'usurpation de la découverte [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
CHIRURGIE.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province, Auteur des Observations
sur l'origine & sur les progrès
de la Taille, appellée Méthode de
RAU, &c, insérées dans les Mercures
des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENAVE, Chirurgien
Professeur à S. Cosme, de
l'Académie Royale de Chirurgie, &c,
insérées dans le Mercure d'Octobre II.
vol, & Novembre 1763.
ARTICLE PREMIER.
PRÉCIS historique de l'usurpation de
la découverte du FRERE JACQUES.
Les Amateurs de la vérité ne ſeront
138 MERCURE DE FRANCE.
pas peu ſurpris d'apprendre que les re
cherches de M. Bordenave ont pour ob
jet d'obſcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant ren
du la taille du périné méthodique, par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreſſantes pour
l'humanité, il ſoit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plûpart des Chirurgiens, & ſur-tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François, Chirurgien par goût & par
' éducation, & entiérement dévoué au
· bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille, par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières ſi imparfaites d'ex
traire la pierre de la veſſie, pratiquées
ſéparément; reconnut par l'Anatomie
& par l'obſervation, qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniſſant en
ſemble, dans une ſeule & mème opé
J'ſltlO/1.
Convaincu par dix années d'expé
, rience, de la bonté & ſupériorité de ſa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
J U I N. 1764.
-
| 139
veſſie, & enfin après avoir taillé en dif
férentes Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ,
tant par les anciennes que par ſa nou
velle opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre,
en préſence des Medecins, des Chirur,
giens & des Magiſtrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
· ſon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris, pour mon
trer aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour ſa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
comme plus facile, plus ſûre & beau
coup moins dangéreuſe que celle qu'on
prat1quoIt.
-
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité , enleva d'abord les
ſuffrages : tous les Medecins & les Chi
rurgiens furent ſurpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opéra
tions meurtrières ſéparément , le petit &
le grand appareil, il en réſultoit la taille
· la plus avantageuſe poſſible. Convain
cus en outre par les épreuves, & par les
ſuccès dont ils furent témoins, ils en
firent publiquement, & au Roi & à la
Famille Royale, les plus grands éloges,
en annonçant le Frère Jacques comme
14o MERCURE DE FRANCE.
un homme envoyé de Dieu pour ſoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre ,
par une méthode plus aiſée & moins
dangereuſe que celle qu'on pratiquoit ,
C»
-
M. Meri , Chirurgien de S. Coſme,
Major de l'Hôtel-Dieu, Membre de l'A-
cadémie Royale des Sciences, &c. fut
chargé conjointement avec
pluſieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préſident de Harlai, de
l'éxamen de cette nouvelle opération.
Meri fit en préſence deſdits Médecins &
Chirurgiens, d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même, ſur le ca
davre d'un homme, la deſcription ana
tomique exacte, du trajet de ſon inci
ſion , avec un rapport circonſtancié ,
ſans altération (a), des grands avantages
& de la ſupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
ſur l'ancienne, le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiſſant pas mieux,
( a ) Ce rapport fut altéré dans la ſuite par
des additions démonſtrativement machinées &
ajoutées après coup, auſſi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'eſt ainſi que
Méri les a tranſmis dans ſes obſervations, qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
· & ſon opération-
-
l
J U I N. 1764.
I4 1
& il donna le ſurlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier-Préſident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux ſurpris au premier mouve
ment de leur cœur : l'envie ſuccéda à
l'admiration ; & comme cette décou
verte étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie, quoique grand Chirur
gien dans le fond, il ne fut plus queſ
tion que des moyens de ſe dédire, ſous
prétexte d'éxamen inſuffiſant & d'expé
rience contraire, & d'altérer & décom
poſer cette opération, pour en faire
naitre des inconvéniens , & expoſer ſon
auteur le Frère Jacques, ſous un point
de vue d'ignorance craſſe , pour s'ap
proprier enſuite ſous prétexte d'inſtruc
tions & de corrections, l'honneur de ſa
découverte.
-
-
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pefec
tion, auquel ſes raviſſeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter ,
ils et rent
recours à l'invention. .. ... & comme
l'anatomie & la ſonde crénelée ſont au
lithotomiſte ce que la carte & la bouſſole
ſont au Pilote , & que leur en ôter la
connoiſſance , c'eſt en faire des igno
trans qui n'ont que la témérité pour
i42 MERCURE DE FRANCE.
guide & le haſard pour ſuccès, & ſur lè
compte deſquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poſſibles ; les
Chirurgiens de S. Coſme, particuliére
ment ceux qui pratiquoient la lithoto
mie, Meri, Delaunai , Saviard, Maré
chal, Dionis , &c. inventerent & pu
blierent que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiſſance des parties ſur leſ
quelles il opéroit, point d'aºatomie ,
& que la ſonde ſeule dont il ſe ſervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de ſon biſ
touri lithotome à la veſſie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques inciſoit dans ſa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feſſe, & qu'il prati
quoit encore de même le petit appa
reil, en coupant de bas en haut tout ce
ui ſe rencontroit de parties, depuis la
tubéroſité de l'iſchion, où il commençoit
l'inciſion , juſqu'à la pierre, &c. & ils
| firent naître de cet ordre renverſé des
impérities de toute eſpéce, & même au
delà de toute poſſibilité.
-
Enfin Meri fit une collection de tou
tes ces inventions controuvées, qu'il pu
blia en I7oo (b) comme autant de rap
( b ) Obſervations ſur la manière de tailler
Pour l'extraction de la pierre pratiquée par Frére
| J U I N. 1764.
-
143
ports & d'obſervations conſtatées, faites
par l'ordre de M. le Premier Préſident,
ſur les épreuves & ſur les opérations du
Frère Jacques. Il eſt vrai que Meri y a
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiſ
trat, mais avec des additions relatives
aux fauſſetés inventées depuis, & dé
monſtrativement ajoutées à ce premier
rapport, pour juſtifier ſes contradictions,
& autoriſer ſes fauſſes obſervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens, particuliérement à cauſe
du défaut, ſuppoſé, de crénelure de la
ſonde, & c'eſt ce qui en a le plus impo
ſé. Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots, mais il me
paroît, Monſeigneur, que Frère Jacques
pourroit, & c. page 23.
Meri termine ſes fauſſes obſervations
en indiquant de créneller la ſonde pour
ſûreté de l'inciſion, & de borner l'inciſion
à l'uretre excluſivement au col & au
corps de la veſſie, pour éviter, dit-il,
la fiſtule & l incontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de diſſertations ſpécieu
ſes contre tout principe, & démenties
par l'expérience. C'eſt là l'origine & la
Jacques, &c. par Jean Meri, Chirurgien de la
feue Reine, &c.
-
-
| 144 MERCURE DE FRANCE.
ſource (le Livre des obſervations de Meri
ſur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abſurdités & fauſſetés débitées juſ
qu'a ce jour, ſur la capacité du Frère
Jacques , & ſur la nature & l'exécution
de ſa nouvelle opération (c).
Dans le même temps Delaunai, Sa
viard, Dionis, &c. écrivirent auſſi con
tre le Frère Jacques & contre ſon opéra
tion : mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuiſé le ſujet, ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes in
ventions , en les ornant chacun ſuivant
ſon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieuſes. Tous ces Ecrits, joints
aux ſuccès étonnans du Frère Jacques,
& aux honneurs publics qu'on lui ren
doit alors en Hollande , fomentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques, que
Meri fit à M. le Premier Préſident en i 697, eſt
le premier & le ſeul Ecrit vrai qui ait été fait
ſur cette opération ; & le Traité des Obſervations
que Meri a publié en 17oo, ſur cette même opé
ration , après que l'envie l'eut ſubjugué, n'eſt
qu'un tiſſu de fauſſetés, de contradictions & d'ab
urdités. C'eſt le premier qui a été impri é, &
† tous ceux qui ont écrit depuis, ſur
'opération du Frère Jacques, ſans aucune excep
tion juſqu'à M. Bordenave lui-même , n'ont fait
ue répéter & commenter les mêmes fauſſetés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
-
J U I N. 1764.
I45 ·
l'envie au point qu'elle gagna, comme
, par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau,Médecin-Opé
rateur à Amſterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuiſable d'impoſtures de
toutes eſpèces; & c'eſt des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille, que la hardieſſe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que preſcrivent les Ecrits
périodiques, ne nous permettant pas de
pourſuivre plus loin cette Hiſtoire, nous
l'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteſtables à M. Borde
nave, malgré toutes ſes autorités, té
moins oculaires & authenticités, que le
Frère Jacques n'a jamais taillé ſur une
ſonde ſans crénelure, ni pratiqué le pe
tit appareil par le moyen de la feſſe, &
que les principales cauſes des impérities
qu'on lui a imputées en conſéquence ,
ſont d'une impoſſibilité abſolue.
146 MERCURE DE FRANCE.
A R T I C L E I I.
AssERTIoNs des fauſſes imputations
faites au Frère JAcQvES.
Dire que le Frère Jacques a décou
vert une méthode de tirer la pierre de la
veſſie plus facile & moins dangereuſe
que celle qu'ou pratiquoit, & cela ſans
connoître la topographie, l'anatomie ,
des parties ſujettes à ſon lithotome , ni
la cannelure de la ſonde, qui en eſt le
uide : autaut vaudroit-il avancer qu'un
§ a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles, des
routes abrégées & beaucoup moins pé
rilleuſes , † connoître la carte ni la
# (d). C'eſt cependant à de telles
abſurdités que l'envie eſt parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans ſes recherches,
fur la taille du Frère Jacques, en ré
ponſe à nos obſervations, » L'Hiſtoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé
» crite dans trop de Livres, par des Au
(d ) La cannelure eſt à la ſonde à tailler ce que
l'aimant eſt à la bouſſole ; il leur donne à l'une
& a l'autre, la propriété qu'elles ont, de con
duire & diriger les opérations.
J U I N. 1764.
147
» teurs non ſuſpects, inſtruits , la plû
» part témoins oculaires , pour paroître
» équivoque, & il faut être aveugle &
» de mauvaiſe foi pour ſe refuſer à la
» vérité.
-
» Malgré l'expoſition claire des faits
» les mieux circonſtanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art con
» temporains , ſeuls Juges compétens
» en cette matière , il a plù cependant à
» un Anonyme, ſe diſant Chirurgien de
» Province, de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de ſoixante ans ſur
» la taille de Frère Jacques ; d'accuſer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomiſtes de ſon temps; de leur
» imputer d'avoir publié des obſerva
» tions fauſſes contre ſa nouvelle ma
» nière de tirer le pierre , & d'avoir ſup
» poſé que la ſonde dont ce Frère ſe
» ſervoit pour tailler n'étoit point cré
» nelée pour retenir & conduire la poin
» te de ſon lithotome à la veſſie, &c.
» Mais il reſte à ſavoir ſur quelle auto
» rité l'Anonyme peut révoquer en
» doute les faits les plus conſtatés, dont
» il n'a pas été le témoin.....
» Quelle allégation d'ailleurs peut-on
» oppoſer aujourd'hui après
-
G j
plus de
-
148 MERCURE DE FRANCE.
» ſoixante-trois ans, contre l'Ouvrage
» de M. Meri, qui réunit en ſa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
» également recommandable par ſes
» lumières & par ſa probité, &c ... a
» laiſſé des obſervations lumineuſes,
» détaillées, exactes, ſans paſſion, dont
» il n'eſt jamais le ſeul témoin , mais
» qui ſont atteſtées toujours par la pré
» ſence d'un grand nombre des plus cé
» lébres Médecins & Chirurgiens.
» On peut même ajouter que l'Ou
» vrage de M. Meri eſt moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
» public. Ainſi comment peut-on dire
» après de pareilles preuves , que les
» obſervations des impérities de Frère
» Jacques ſont d'une impoſſibilité ab
» ſolue ?
» On va plus loin, on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou ſonde non-cannelée : mais
» M. Meri & ſes contemporains l'ont
» vu opérer ainſi. Ce n'eſt donc pas une
» ſuppoſition de ſa part.....
» C'eſt donc manquer à la vérité ſans
» aucun fondement, & uniquement par
» paſſion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
» jamais taillé avec un cathéter,ou ſonde
:' non-cannelée &c...
Q U E S.
J U I N. 1764.
I49
» Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonymº
» provincial dans ſes aſſertions.Cet9º
» vrage obſcur, produit dans les téné
» bres, dicté par la paſſion, paroît uni
» quement fait pour décrier des Chirur*
» giens recommandables , & déſigner
» un ſucceſſeur au Frère Jacques ;.j'a-
» bandonne au temps la cauſe actuelle ;
» la poſtérité ſeule peut la juger. Mºis
» j'ai cru devoir à la mémoire de M
» Meri les recherches qui ont été Prº
» poſées, & qui prouvent inconteſtable
» ment la vérité & l'utilité de ſon Ou
» vrage, contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppoſer &c.
A R T I C L E I I I.
D E l'impoſſibilité démontrée des im
p
-
-
putations faites au FR E R E JA c
Nos autorités, C'eſt la démonſtration,
contre laquelle le nombre des années ,
ni le nombre des hommes, avec tous
leurs titres, talens, & probité apparente ,
ne peuvent abſolument rien. Il n'eſt
pas toujours indiſpenſable, comme le
ſuppoſe M. Bordenave, d'avoir été pré
ſent à la fabrication des faits controu
G iij
15o MERCURE DE FRANCE.
vés, pour les nier. Il ſuffit qu'ils ayent
été aſſez mal concertés ou mal com
binés, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauſſeté, ou l'impoſſi
bilité ; & les imputations faites au Frère
Jacques, pour lui ravir l'honneur de
ſa découverte, ſont abſolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave, contre le Frère Jacques,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eſt pas une ſeule, dont on ne puiſſe
malgré tous ſes témoins oculaires , &
toutes ſes authentiques autorités, dé
montrer la fauſſeté. Les aveux du Frère
Jacques même ſur les défauts de cannelure
de ſa ſonde, s'il en étoit de bien conſta
tés, ne pourroient être que des aveux
ſurpris ou forcés; parce qu'il n'étoit pas
plus dans ſon pouvoir, qu'à tout autre,
d'éxecuter des choſes abſolument im
poſſibles.
'
-
-
Pour trancher court ſur les diſcuſ
ſion , éviter les queſtions incidentes ,
& tout ſubterfuge , & ſaper par les
fondemens le ſpécieux de toutes les preu
ves alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques, & par
ticulièrement contre la cannelure de ſa
ſonde ; nous lui propoſons le défi, de ré
pondre démonſtrativement , ſans équi
· J U I N. 1764.
-
1 51
voque ni ambiguité, aux propoſitions
uIVa f)teS, ,
,
-
PREMIÉRE PRoPosITrow.
Le grand appareil eſt il praticable,ſur
la convéxité de la courbure d'une ſonde
folide rempliſſant l'urétre , exactement
ronde , & ſans cannelure ou rainure ,
pour l'inciſion, & l'introduction ſucceſſive
| des différents inſtruments , propres à
forcer & dilater ce canal juſqu'à la veſſie,
pour en extraire la pierre ?
R E M A R Q U E s.
Le grand apareil de Romanis, que
le Frère Jacques avoit pratiqué, & ré
uni avec le petit appareil de Celſe, des
anciens , dans ſa nouvelle opération ,
conſiſte à ouvrir par une inciſion per
pendiculaire au haut du périné l'urétre, à
quatre travers de doigt, ou environ en
deça du corps de la veffie,ſur la convéxité
d'une groſſe ſonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce ca
nal , pour en faciliter l'introduction
pardeſſous l'arcade du pubis dans la
veſſie , (e) & crenelée, ſur la convéxi
· (e) Le Frère Jacques ſe ſervoit de ſondes plus
greſſes que les ſondes ordinaires, pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde ſans en altérer
la force, Elles étoient auſſi plus recourbées pour
-
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de ſa grande courbure pour l'inſinua$
tion, & introduction forcée & †À
ſive, des différens inſtrumens pour di
later le canal de l'urétre juſqu'à la veſſie,
& en extraire la pierre; ce qui ne pour
roit certainement pas avoir lieu ſur
une ſonde ſans cannelure.
Une ſonde ſolide exactement ronde &
ſans rainure, rempliſſant le canal de
l'urétre, comme la ſupoſe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'au
cun autre inſtrument dans la veſſie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il ſuit
† la Canellure ou rainure de la ſon
e , eſt d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grandappareil;donc
le Frère Jacques connoiſſoit la crenelu
re, de la ſonde à tailler, avant d'aller
à Paris; puiſque de l'aveu des hiſtoriens,.
& de Meri même, il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans ſa nouvelle
opération.
Meri dit page 64, de ſes obſerva
tions ſur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peut
amener & préſenter le bas du canal de l'urétre
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu
reté de ſon opération.
(f) Obſervations de Meri, page 17.
J U I N. 1764.
I 53
» être ſoupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il ſçait touchant le petit
» appareil; & qu'il y a ajouté la prati
» que du grand appareil» &c. Meri con
vient donc, non ſeulement,que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand ap
pareil, où la cannelure de la ſonde eſt
indiſpenſable, mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil, dans ſa
nouvelle opération; & conſéquemment,
que la ſonde cannelée du grand ap
pareil entroit indiſpenſablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réu
nies , dans une ſeule & même opéra
tion , qui conſtitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opé
ration étoit de ſa nature auſſi impratica
ble que le grand appareil ſans la cre
nelure de la ſonde.
s
-
Le reſte au Mercure prochain.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province, Auteur des Observations
sur l'origine & sur les progrès
de la Taille, appellée Méthode de
RAU, &c, insérées dans les Mercures
des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENAVE, Chirurgien
Professeur à S. Cosme, de
l'Académie Royale de Chirurgie, &c,
insérées dans le Mercure d'Octobre II.
vol, & Novembre 1763.
ARTICLE PREMIER.
PRÉCIS historique de l'usurpation de
la découverte du FRERE JACQUES.
Les Amateurs de la vérité ne ſeront
138 MERCURE DE FRANCE.
pas peu ſurpris d'apprendre que les re
cherches de M. Bordenave ont pour ob
jet d'obſcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant ren
du la taille du périné méthodique, par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreſſantes pour
l'humanité, il ſoit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plûpart des Chirurgiens, & ſur-tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François, Chirurgien par goût & par
' éducation, & entiérement dévoué au
· bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille, par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières ſi imparfaites d'ex
traire la pierre de la veſſie, pratiquées
ſéparément; reconnut par l'Anatomie
& par l'obſervation, qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniſſant en
ſemble, dans une ſeule & mème opé
J'ſltlO/1.
Convaincu par dix années d'expé
, rience, de la bonté & ſupériorité de ſa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
J U I N. 1764.
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veſſie, & enfin après avoir taillé en dif
férentes Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ,
tant par les anciennes que par ſa nou
velle opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre,
en préſence des Medecins, des Chirur,
giens & des Magiſtrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
· ſon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris, pour mon
trer aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour ſa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
comme plus facile, plus ſûre & beau
coup moins dangéreuſe que celle qu'on
prat1quoIt.
-
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité , enleva d'abord les
ſuffrages : tous les Medecins & les Chi
rurgiens furent ſurpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opéra
tions meurtrières ſéparément , le petit &
le grand appareil, il en réſultoit la taille
· la plus avantageuſe poſſible. Convain
cus en outre par les épreuves, & par les
ſuccès dont ils furent témoins, ils en
firent publiquement, & au Roi & à la
Famille Royale, les plus grands éloges,
en annonçant le Frère Jacques comme
14o MERCURE DE FRANCE.
un homme envoyé de Dieu pour ſoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre ,
par une méthode plus aiſée & moins
dangereuſe que celle qu'on pratiquoit ,
C»
-
M. Meri , Chirurgien de S. Coſme,
Major de l'Hôtel-Dieu, Membre de l'A-
cadémie Royale des Sciences, &c. fut
chargé conjointement avec
pluſieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préſident de Harlai, de
l'éxamen de cette nouvelle opération.
Meri fit en préſence deſdits Médecins &
Chirurgiens, d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même, ſur le ca
davre d'un homme, la deſcription ana
tomique exacte, du trajet de ſon inci
ſion , avec un rapport circonſtancié ,
ſans altération (a), des grands avantages
& de la ſupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
ſur l'ancienne, le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiſſant pas mieux,
( a ) Ce rapport fut altéré dans la ſuite par
des additions démonſtrativement machinées &
ajoutées après coup, auſſi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'eſt ainſi que
Méri les a tranſmis dans ſes obſervations, qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
· & ſon opération-
-
l
J U I N. 1764.
I4 1
& il donna le ſurlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier-Préſident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux ſurpris au premier mouve
ment de leur cœur : l'envie ſuccéda à
l'admiration ; & comme cette décou
verte étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie, quoique grand Chirur
gien dans le fond, il ne fut plus queſ
tion que des moyens de ſe dédire, ſous
prétexte d'éxamen inſuffiſant & d'expé
rience contraire, & d'altérer & décom
poſer cette opération, pour en faire
naitre des inconvéniens , & expoſer ſon
auteur le Frère Jacques, ſous un point
de vue d'ignorance craſſe , pour s'ap
proprier enſuite ſous prétexte d'inſtruc
tions & de corrections, l'honneur de ſa
découverte.
-
-
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pefec
tion, auquel ſes raviſſeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter ,
ils et rent
recours à l'invention. .. ... & comme
l'anatomie & la ſonde crénelée ſont au
lithotomiſte ce que la carte & la bouſſole
ſont au Pilote , & que leur en ôter la
connoiſſance , c'eſt en faire des igno
trans qui n'ont que la témérité pour
i42 MERCURE DE FRANCE.
guide & le haſard pour ſuccès, & ſur lè
compte deſquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poſſibles ; les
Chirurgiens de S. Coſme, particuliére
ment ceux qui pratiquoient la lithoto
mie, Meri, Delaunai , Saviard, Maré
chal, Dionis , &c. inventerent & pu
blierent que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiſſance des parties ſur leſ
quelles il opéroit, point d'aºatomie ,
& que la ſonde ſeule dont il ſe ſervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de ſon biſ
touri lithotome à la veſſie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques inciſoit dans ſa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feſſe, & qu'il prati
quoit encore de même le petit appa
reil, en coupant de bas en haut tout ce
ui ſe rencontroit de parties, depuis la
tubéroſité de l'iſchion, où il commençoit
l'inciſion , juſqu'à la pierre, &c. & ils
| firent naître de cet ordre renverſé des
impérities de toute eſpéce, & même au
delà de toute poſſibilité.
-
Enfin Meri fit une collection de tou
tes ces inventions controuvées, qu'il pu
blia en I7oo (b) comme autant de rap
( b ) Obſervations ſur la manière de tailler
Pour l'extraction de la pierre pratiquée par Frére
| J U I N. 1764.
-
143
ports & d'obſervations conſtatées, faites
par l'ordre de M. le Premier Préſident,
ſur les épreuves & ſur les opérations du
Frère Jacques. Il eſt vrai que Meri y a
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiſ
trat, mais avec des additions relatives
aux fauſſetés inventées depuis, & dé
monſtrativement ajoutées à ce premier
rapport, pour juſtifier ſes contradictions,
& autoriſer ſes fauſſes obſervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens, particuliérement à cauſe
du défaut, ſuppoſé, de crénelure de la
ſonde, & c'eſt ce qui en a le plus impo
ſé. Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots, mais il me
paroît, Monſeigneur, que Frère Jacques
pourroit, & c. page 23.
Meri termine ſes fauſſes obſervations
en indiquant de créneller la ſonde pour
ſûreté de l'inciſion, & de borner l'inciſion
à l'uretre excluſivement au col & au
corps de la veſſie, pour éviter, dit-il,
la fiſtule & l incontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de diſſertations ſpécieu
ſes contre tout principe, & démenties
par l'expérience. C'eſt là l'origine & la
Jacques, &c. par Jean Meri, Chirurgien de la
feue Reine, &c.
-
-
| 144 MERCURE DE FRANCE.
ſource (le Livre des obſervations de Meri
ſur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abſurdités & fauſſetés débitées juſ
qu'a ce jour, ſur la capacité du Frère
Jacques , & ſur la nature & l'exécution
de ſa nouvelle opération (c).
Dans le même temps Delaunai, Sa
viard, Dionis, &c. écrivirent auſſi con
tre le Frère Jacques & contre ſon opéra
tion : mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuiſé le ſujet, ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes in
ventions , en les ornant chacun ſuivant
ſon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieuſes. Tous ces Ecrits, joints
aux ſuccès étonnans du Frère Jacques,
& aux honneurs publics qu'on lui ren
doit alors en Hollande , fomentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques, que
Meri fit à M. le Premier Préſident en i 697, eſt
le premier & le ſeul Ecrit vrai qui ait été fait
ſur cette opération ; & le Traité des Obſervations
que Meri a publié en 17oo, ſur cette même opé
ration , après que l'envie l'eut ſubjugué, n'eſt
qu'un tiſſu de fauſſetés, de contradictions & d'ab
urdités. C'eſt le premier qui a été impri é, &
† tous ceux qui ont écrit depuis, ſur
'opération du Frère Jacques, ſans aucune excep
tion juſqu'à M. Bordenave lui-même , n'ont fait
ue répéter & commenter les mêmes fauſſetés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
-
J U I N. 1764.
I45 ·
l'envie au point qu'elle gagna, comme
, par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau,Médecin-Opé
rateur à Amſterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuiſable d'impoſtures de
toutes eſpèces; & c'eſt des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille, que la hardieſſe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que preſcrivent les Ecrits
périodiques, ne nous permettant pas de
pourſuivre plus loin cette Hiſtoire, nous
l'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteſtables à M. Borde
nave, malgré toutes ſes autorités, té
moins oculaires & authenticités, que le
Frère Jacques n'a jamais taillé ſur une
ſonde ſans crénelure, ni pratiqué le pe
tit appareil par le moyen de la feſſe, &
que les principales cauſes des impérities
qu'on lui a imputées en conſéquence ,
ſont d'une impoſſibilité abſolue.
146 MERCURE DE FRANCE.
A R T I C L E I I.
AssERTIoNs des fauſſes imputations
faites au Frère JAcQvES.
Dire que le Frère Jacques a décou
vert une méthode de tirer la pierre de la
veſſie plus facile & moins dangereuſe
que celle qu'ou pratiquoit, & cela ſans
connoître la topographie, l'anatomie ,
des parties ſujettes à ſon lithotome , ni
la cannelure de la ſonde, qui en eſt le
uide : autaut vaudroit-il avancer qu'un
§ a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles, des
routes abrégées & beaucoup moins pé
rilleuſes , † connoître la carte ni la
# (d). C'eſt cependant à de telles
abſurdités que l'envie eſt parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans ſes recherches,
fur la taille du Frère Jacques, en ré
ponſe à nos obſervations, » L'Hiſtoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé
» crite dans trop de Livres, par des Au
(d ) La cannelure eſt à la ſonde à tailler ce que
l'aimant eſt à la bouſſole ; il leur donne à l'une
& a l'autre, la propriété qu'elles ont, de con
duire & diriger les opérations.
J U I N. 1764.
147
» teurs non ſuſpects, inſtruits , la plû
» part témoins oculaires , pour paroître
» équivoque, & il faut être aveugle &
» de mauvaiſe foi pour ſe refuſer à la
» vérité.
-
» Malgré l'expoſition claire des faits
» les mieux circonſtanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art con
» temporains , ſeuls Juges compétens
» en cette matière , il a plù cependant à
» un Anonyme, ſe diſant Chirurgien de
» Province, de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de ſoixante ans ſur
» la taille de Frère Jacques ; d'accuſer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomiſtes de ſon temps; de leur
» imputer d'avoir publié des obſerva
» tions fauſſes contre ſa nouvelle ma
» nière de tirer le pierre , & d'avoir ſup
» poſé que la ſonde dont ce Frère ſe
» ſervoit pour tailler n'étoit point cré
» nelée pour retenir & conduire la poin
» te de ſon lithotome à la veſſie, &c.
» Mais il reſte à ſavoir ſur quelle auto
» rité l'Anonyme peut révoquer en
» doute les faits les plus conſtatés, dont
» il n'a pas été le témoin.....
» Quelle allégation d'ailleurs peut-on
» oppoſer aujourd'hui après
-
G j
plus de
-
148 MERCURE DE FRANCE.
» ſoixante-trois ans, contre l'Ouvrage
» de M. Meri, qui réunit en ſa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
» également recommandable par ſes
» lumières & par ſa probité, &c ... a
» laiſſé des obſervations lumineuſes,
» détaillées, exactes, ſans paſſion, dont
» il n'eſt jamais le ſeul témoin , mais
» qui ſont atteſtées toujours par la pré
» ſence d'un grand nombre des plus cé
» lébres Médecins & Chirurgiens.
» On peut même ajouter que l'Ou
» vrage de M. Meri eſt moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
» public. Ainſi comment peut-on dire
» après de pareilles preuves , que les
» obſervations des impérities de Frère
» Jacques ſont d'une impoſſibilité ab
» ſolue ?
» On va plus loin, on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou ſonde non-cannelée : mais
» M. Meri & ſes contemporains l'ont
» vu opérer ainſi. Ce n'eſt donc pas une
» ſuppoſition de ſa part.....
» C'eſt donc manquer à la vérité ſans
» aucun fondement, & uniquement par
» paſſion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
» jamais taillé avec un cathéter,ou ſonde
:' non-cannelée &c...
Q U E S.
J U I N. 1764.
I49
» Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonymº
» provincial dans ſes aſſertions.Cet9º
» vrage obſcur, produit dans les téné
» bres, dicté par la paſſion, paroît uni
» quement fait pour décrier des Chirur*
» giens recommandables , & déſigner
» un ſucceſſeur au Frère Jacques ;.j'a-
» bandonne au temps la cauſe actuelle ;
» la poſtérité ſeule peut la juger. Mºis
» j'ai cru devoir à la mémoire de M
» Meri les recherches qui ont été Prº
» poſées, & qui prouvent inconteſtable
» ment la vérité & l'utilité de ſon Ou
» vrage, contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppoſer &c.
A R T I C L E I I I.
D E l'impoſſibilité démontrée des im
p
-
-
putations faites au FR E R E JA c
Nos autorités, C'eſt la démonſtration,
contre laquelle le nombre des années ,
ni le nombre des hommes, avec tous
leurs titres, talens, & probité apparente ,
ne peuvent abſolument rien. Il n'eſt
pas toujours indiſpenſable, comme le
ſuppoſe M. Bordenave, d'avoir été pré
ſent à la fabrication des faits controu
G iij
15o MERCURE DE FRANCE.
vés, pour les nier. Il ſuffit qu'ils ayent
été aſſez mal concertés ou mal com
binés, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauſſeté, ou l'impoſſi
bilité ; & les imputations faites au Frère
Jacques, pour lui ravir l'honneur de
ſa découverte, ſont abſolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave, contre le Frère Jacques,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eſt pas une ſeule, dont on ne puiſſe
malgré tous ſes témoins oculaires , &
toutes ſes authentiques autorités, dé
montrer la fauſſeté. Les aveux du Frère
Jacques même ſur les défauts de cannelure
de ſa ſonde, s'il en étoit de bien conſta
tés, ne pourroient être que des aveux
ſurpris ou forcés; parce qu'il n'étoit pas
plus dans ſon pouvoir, qu'à tout autre,
d'éxecuter des choſes abſolument im
poſſibles.
'
-
-
Pour trancher court ſur les diſcuſ
ſion , éviter les queſtions incidentes ,
& tout ſubterfuge , & ſaper par les
fondemens le ſpécieux de toutes les preu
ves alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques, & par
ticulièrement contre la cannelure de ſa
ſonde ; nous lui propoſons le défi, de ré
pondre démonſtrativement , ſans équi
· J U I N. 1764.
-
1 51
voque ni ambiguité, aux propoſitions
uIVa f)teS, ,
,
-
PREMIÉRE PRoPosITrow.
Le grand appareil eſt il praticable,ſur
la convéxité de la courbure d'une ſonde
folide rempliſſant l'urétre , exactement
ronde , & ſans cannelure ou rainure ,
pour l'inciſion, & l'introduction ſucceſſive
| des différents inſtruments , propres à
forcer & dilater ce canal juſqu'à la veſſie,
pour en extraire la pierre ?
R E M A R Q U E s.
Le grand apareil de Romanis, que
le Frère Jacques avoit pratiqué, & ré
uni avec le petit appareil de Celſe, des
anciens , dans ſa nouvelle opération ,
conſiſte à ouvrir par une inciſion per
pendiculaire au haut du périné l'urétre, à
quatre travers de doigt, ou environ en
deça du corps de la veffie,ſur la convéxité
d'une groſſe ſonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce ca
nal , pour en faciliter l'introduction
pardeſſous l'arcade du pubis dans la
veſſie , (e) & crenelée, ſur la convéxi
· (e) Le Frère Jacques ſe ſervoit de ſondes plus
greſſes que les ſondes ordinaires, pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde ſans en altérer
la force, Elles étoient auſſi plus recourbées pour
-
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de ſa grande courbure pour l'inſinua$
tion, & introduction forcée & †À
ſive, des différens inſtrumens pour di
later le canal de l'urétre juſqu'à la veſſie,
& en extraire la pierre; ce qui ne pour
roit certainement pas avoir lieu ſur
une ſonde ſans cannelure.
Une ſonde ſolide exactement ronde &
ſans rainure, rempliſſant le canal de
l'urétre, comme la ſupoſe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'au
cun autre inſtrument dans la veſſie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il ſuit
† la Canellure ou rainure de la ſon
e , eſt d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grandappareil;donc
le Frère Jacques connoiſſoit la crenelu
re, de la ſonde à tailler, avant d'aller
à Paris; puiſque de l'aveu des hiſtoriens,.
& de Meri même, il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans ſa nouvelle
opération.
Meri dit page 64, de ſes obſerva
tions ſur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peut
amener & préſenter le bas du canal de l'urétre
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu
reté de ſon opération.
(f) Obſervations de Meri, page 17.
J U I N. 1764.
I 53
» être ſoupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il ſçait touchant le petit
» appareil; & qu'il y a ajouté la prati
» que du grand appareil» &c. Meri con
vient donc, non ſeulement,que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand ap
pareil, où la cannelure de la ſonde eſt
indiſpenſable, mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil, dans ſa
nouvelle opération; & conſéquemment,
que la ſonde cannelée du grand ap
pareil entroit indiſpenſablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réu
nies , dans une ſeule & même opéra
tion , qui conſtitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opé
ration étoit de ſa nature auſſi impratica
ble que le grand appareil ſans la cre
nelure de la ſonde.
s
-
Le reſte au Mercure prochain.
Fermer
Résumé : CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
Le texte décrit une controverse entre le Frère Jacques et les chirurgiens parisiens au sujet d'une nouvelle méthode de lithotomie. Le Frère Jacques, membre du tiers-Ordre de Saint-François, avait élaboré une technique innovante combinant les avantages du petit et du grand appareil, réduisant ainsi les risques associés aux méthodes existantes. Après avoir réalisé avec succès plus de 4500 opérations en Europe, il se rendit à Paris en 1697 pour présenter sa méthode. Initialement bien accueillie, cette technique suscita rapidement des critiques et des accusations de manque de connaissances anatomiques et techniques. Jean Meri, chirurgien de la reine, publia en 1700 des observations critiquant la méthode du Frère Jacques, l'accusant de pratiquer des incisions incorrectes et de ne pas utiliser de sonde crénelée. Ces accusations furent relayées par d'autres chirurgiens tels que Delaunai, Savard et Dionis. Un texte anonyme vint contester ces critiques, affirmant que le Frère Jacques utilisait effectivement une sonde crénelée. Le débat porta principalement sur l'utilisation d'une sonde non cannelée, que Meri et ses contemporains affirmaient avoir observée. Le texte conclut en validant les observations de Meri et en soulignant la nécessité d'utiliser une sonde crénelée pour la technique du Frère Jacques. Ce dernier avait innové en combinant le 'grand appareil' et le 'petit appareil' dans une seule opération, constituant ainsi sa découverte majeure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4744
CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
4745
p. 153-157
SÉANCE publique de l'Académie Royale de CHIRURGIE. Du 5 Mai 1764.
Début :
LE sieur Morand, Secrétaire perpétuel, ouvrit la Séance par l'adjudication [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale de CHIRURGIE. Du 5 Mai 1764.
SÉANCE publique
de l'Académie
Royale de CHIRURGIE.
Du 5 Mai 1764.
LE sieur Morand, Secrétaire perpétuel,
ouvrit la Séance par l'adjudication
des Prix en ces termes : L'Académie
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
avoit propoſé pour le Prix de 1762 le
Sujet ſuivant : Déterminer la manière
d'ouvrir les abſcès , & leur traitement
méthodique ſuivant les différentes parties
du corps.
-
"
.
Le même Sujet fut remis pour cette
année 1764 avec un Prix double ; c'eſt
à-dire deux Médailles d'or chacune de
la valeur de cinq cens livres, ou une
Médaille & la valeur de l'autre au choix
de celui qui auroit gagné le Prix.
Il a été adjugé au Mémoire N°. 24,
dont la deviſe eſt tirée des Georgiques
de Virgile :
Dum medicas adhibere manus ad vulnera paſtor
Abnegat.
· Alitur vitium vivitque tegendo,
-
-
· L'Auteur eſt M. David, Maître ès
Arts, & Candidat pour la Maîtriſe en
Chirurgie.
-
Il a développé cette matière impor
tante dans un Mémoire très-ample di
viſé en deux parties , & chacune en
pluſieurs Sections. Dans la première par
tie il traite des abſcès qui ont leur ſié
ge dans les parties extérieures ; & dans
la ſeconde, des abſcès internes, c'eſt
à-dire qui affectent la tête, la poitrine,
le bas-ventre.
-
' J U I N. 1764.
1 55
Tous ces détails ſont précédés d'une
théorie générale ſur la formation du
pus, tirée des meilleurs principes de la
Phyſiologie; ce qui jette un grand jour
ſur la doctrine qui en eſt déduite pour
les cas particuliers.
-
"
-
Différens Ouvrages avoient déja fa
vorablement annoncé M. David. Ses
recherches ſur la manière d'agir de la
ſaignée & ſur les effets qu'elle produit
relativement à la partie où on la fait,.
contiennent des remarques judicieuſes
ſur les écrits de quelques grands Maî
tres de l'Art qui ont traité la queſtion.
La découverte de la circulation du ſang
devoit naturellement éclairer cette ma
tière ; cependant en partant des mêmes
principes, M. Sylva a avancé des er
reurs qui ont été combattues par M.
Queſnay , & M. Queſnay n'a pas com
battu auſſi avantageuſement qu'il le
croyoit la pratique généralement adop--
tée de faire des ſaignées à différentes
parties ſuivant la ſituation des mala
dies. Le Livre de M. David, dont il y a
eu deux éditions , nous manquoit pour
éclaircir un point ſi intéreſſant à l'art
de guérir.
Depuis la publication de cet Ouvra
ge, la Société Hennºo . des Scien
VJ
--
-
156 MERCURE DE FRANCE.
ces établie à Harlem en a couronné
un autre du même Auteur en 1762
Cette Société avoit propoſé pour Sujet
du Prix : Ce qu'il convient de faire pour
augmenter, diminuer, ou ſupprimer le
lait des femmes ; quels accidens il occa
ſionne le plus ſouvent , & comment ont
peut les prévenir.
Le nom de M. David eſt encore con
nu à l'Académie Royale des Sciences
par des expériencesdont il lui a rendu
compte, ſur le rafraîchiſſement du ſang
par l'opération de l'air dans le poumon,
prouvé par ſes différens états dans les
ventricules du cœur.
M. David aujourd'hui couronné par
celle de Chirurgie lui ſera attaché dans
peu par ſon admiſſion à la Maîtriſe ; &
c'eſt une acquiſition que l'Académie
deſire.
Le Prix d'émulation fut adjugé à M.
Peyrand, Chirurgien à Bellac en Baſſe
marche ; & les cinq petites Médailles
furent partagées entre MM. Dupuis,
Leger, Dufouart le jeune, Braillets ,
Académiciens libres, & Maigrot, Chi
- rurgien à Ramſoniere près Langres. .
Àprès l'adjudication des Prix , M.
ordenave lut un Mémoire ſur la réu
|
· J U I N. 1764.
: 157
nion des membres prèſque entierement
féparés du corps. :
.
-
• M. Fabre hut des remarques ſur l''o-
pinion de M. de Haller touchant la ſen
ſibilité de certaines parties du corps hu
main.
-
M. Gourſant lut des remarques ſur
les hernies avec étranglement,
. M. le Vacher démontra une machine
fort† pour prévenir & guérir
la courbure de l'épine.
-
M. Sué le jeune termina la Séance par
des recherches hiſtoriques ſur les cou
tumes des anciens Peuples par rapport
aux accouchemens.
-
L'on donnera des Extraits de ces dif
férentes Piéces dans les Mercures ſui
Vans.
de l'Académie
Royale de CHIRURGIE.
Du 5 Mai 1764.
LE sieur Morand, Secrétaire perpétuel,
ouvrit la Séance par l'adjudication
des Prix en ces termes : L'Académie
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
avoit propoſé pour le Prix de 1762 le
Sujet ſuivant : Déterminer la manière
d'ouvrir les abſcès , & leur traitement
méthodique ſuivant les différentes parties
du corps.
-
"
.
Le même Sujet fut remis pour cette
année 1764 avec un Prix double ; c'eſt
à-dire deux Médailles d'or chacune de
la valeur de cinq cens livres, ou une
Médaille & la valeur de l'autre au choix
de celui qui auroit gagné le Prix.
Il a été adjugé au Mémoire N°. 24,
dont la deviſe eſt tirée des Georgiques
de Virgile :
Dum medicas adhibere manus ad vulnera paſtor
Abnegat.
· Alitur vitium vivitque tegendo,
-
-
· L'Auteur eſt M. David, Maître ès
Arts, & Candidat pour la Maîtriſe en
Chirurgie.
-
Il a développé cette matière impor
tante dans un Mémoire très-ample di
viſé en deux parties , & chacune en
pluſieurs Sections. Dans la première par
tie il traite des abſcès qui ont leur ſié
ge dans les parties extérieures ; & dans
la ſeconde, des abſcès internes, c'eſt
à-dire qui affectent la tête, la poitrine,
le bas-ventre.
-
' J U I N. 1764.
1 55
Tous ces détails ſont précédés d'une
théorie générale ſur la formation du
pus, tirée des meilleurs principes de la
Phyſiologie; ce qui jette un grand jour
ſur la doctrine qui en eſt déduite pour
les cas particuliers.
-
"
-
Différens Ouvrages avoient déja fa
vorablement annoncé M. David. Ses
recherches ſur la manière d'agir de la
ſaignée & ſur les effets qu'elle produit
relativement à la partie où on la fait,.
contiennent des remarques judicieuſes
ſur les écrits de quelques grands Maî
tres de l'Art qui ont traité la queſtion.
La découverte de la circulation du ſang
devoit naturellement éclairer cette ma
tière ; cependant en partant des mêmes
principes, M. Sylva a avancé des er
reurs qui ont été combattues par M.
Queſnay , & M. Queſnay n'a pas com
battu auſſi avantageuſement qu'il le
croyoit la pratique généralement adop--
tée de faire des ſaignées à différentes
parties ſuivant la ſituation des mala
dies. Le Livre de M. David, dont il y a
eu deux éditions , nous manquoit pour
éclaircir un point ſi intéreſſant à l'art
de guérir.
Depuis la publication de cet Ouvra
ge, la Société Hennºo . des Scien
VJ
--
-
156 MERCURE DE FRANCE.
ces établie à Harlem en a couronné
un autre du même Auteur en 1762
Cette Société avoit propoſé pour Sujet
du Prix : Ce qu'il convient de faire pour
augmenter, diminuer, ou ſupprimer le
lait des femmes ; quels accidens il occa
ſionne le plus ſouvent , & comment ont
peut les prévenir.
Le nom de M. David eſt encore con
nu à l'Académie Royale des Sciences
par des expériencesdont il lui a rendu
compte, ſur le rafraîchiſſement du ſang
par l'opération de l'air dans le poumon,
prouvé par ſes différens états dans les
ventricules du cœur.
M. David aujourd'hui couronné par
celle de Chirurgie lui ſera attaché dans
peu par ſon admiſſion à la Maîtriſe ; &
c'eſt une acquiſition que l'Académie
deſire.
Le Prix d'émulation fut adjugé à M.
Peyrand, Chirurgien à Bellac en Baſſe
marche ; & les cinq petites Médailles
furent partagées entre MM. Dupuis,
Leger, Dufouart le jeune, Braillets ,
Académiciens libres, & Maigrot, Chi
- rurgien à Ramſoniere près Langres. .
Àprès l'adjudication des Prix , M.
ordenave lut un Mémoire ſur la réu
|
· J U I N. 1764.
: 157
nion des membres prèſque entierement
féparés du corps. :
.
-
• M. Fabre hut des remarques ſur l''o-
pinion de M. de Haller touchant la ſen
ſibilité de certaines parties du corps hu
main.
-
M. Gourſant lut des remarques ſur
les hernies avec étranglement,
. M. le Vacher démontra une machine
fort† pour prévenir & guérir
la courbure de l'épine.
-
M. Sué le jeune termina la Séance par
des recherches hiſtoriques ſur les cou
tumes des anciens Peuples par rapport
aux accouchemens.
-
L'on donnera des Extraits de ces dif
férentes Piéces dans les Mercures ſui
Vans.
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie Royale de CHIRURGIE. Du 5 Mai 1764.
Lors d'une séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie le 5 mai 1764, le sujet du prix de 1762, concernant la manière d'ouvrir les abcès et leur traitement selon les différentes parties du corps, a été renouvelé pour l'année 1764 avec un prix double : deux médailles d'or ou une médaille et la valeur de l'autre. Le prix a été attribué au mémoire numéro 24, rédigé par M. David, Maître ès Arts et candidat pour la Maîtrise en Chirurgie. Ce mémoire, divisé en deux parties, traite des abcès externes et internes, précédé d'une théorie générale sur la formation du pus basée sur les principes de la physiologie. M. David est reconnu pour ses travaux sur la saignée et leurs effets, ainsi que pour ses recherches sur la circulation du sang. La Société Hannoise des Sciences a couronné un de ses ouvrages en 1762. Il a également présenté des expériences sur le rafraîchissement du sang par l'air dans les poumons, ce qui lui a valu la reconnaissance de l'Académie Royale des Sciences. Le prix d'émulation a été attribué à M. Peyrand, chirurgien à Bellac. Cinq petites médailles ont été partagées entre MM. Dupuis, Leger, Dufouart le jeune, Braillets, et Maigrot. Après l'attribution des prix, plusieurs mémoires ont été présentés, notamment sur la réunion des membres presque entièrement séparés du corps, la sensibilité de certaines parties du corps humain, les hernies avec étranglement, une machine pour prévenir et guérir la courbure de l'épine, et les coutumes des anciens peuples concernant les accouchements. Des extraits de ces pièces seront publiés dans les prochains numéros du Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4746
p. 157-158
MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
Début :
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir bien insérer dans le Mercure prochain [...]
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texteReconnaissance textuelle : MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
MANUFACTURE DE GLACES.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir
bien insérer dans le Mercure prochain
la Lettre ci-jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreſſer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture, & que vous ſemblez
138 MERCURE DE FRANCE.
vous faire une loi de ne jamais obmet
tre d'annoncer ce qui peut être de quel
que utilité, j'oſe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous de
mande.
J'ai l'honneur d'être, &c.
BERNIERE.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir
bien insérer dans le Mercure prochain
la Lettre ci-jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreſſer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture, & que vous ſemblez
138 MERCURE DE FRANCE.
vous faire une loi de ne jamais obmet
tre d'annoncer ce qui peut être de quel
que utilité, j'oſe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous de
mande.
J'ai l'honneur d'être, &c.
BERNIERE.
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Résumé : MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
Bernière écrit à M. de La Place pour publier une lettre à M. Delatour dans le Mercure de France. Cette lettre intéresse les peintres en pastel et leurs amateurs. Bernière rappelle que M. de La Place diffuse des informations utiles et espère voir sa demande acceptée.
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4747
p. 158-162
LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur
des Ponts & Chaussées, à M.
DELATOUR.
I L y a longtemps , Monſieur, que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces, ayant tou
jours un peu de couleur, altérent celles
que vous ſçavez employer ſi heureuſe
ment pour faire ces portraits admira
bles dont la vérité nous ſurprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation ſi juſtement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces.
de France ſont cependant les plus bel
les du monde, & il faut convenir que
ceux qui ſont à la tête de cette Manu
facture n'épargnent ni ſoins ni dépenſe
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'eſt un vice propre à la ſoude
-
J U I N. 1764.
15g
d'Eſpagne de produire un verre ſombre
& verdâtre, & c'eſt grand dommage
qu'on n'ait pu juſqu'à préſent em
ployer à la confection de nos glaces
françoiſes , les mêmes ou ſemblables
matières qui ſervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui ſe fait ſans ſoude
d'Eſpagne , & qu'on appelle ſur le
lieu Flint-Glaſſ Expreſſion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fuſil, parce que apparemment
c'eſt un caillou de cette eſpéce qui tient
lieu de ſable dans la compoſition de ce
| Verre.
· Cet inconvénient fait que vous re
cherchez les glaces les moins épaiſſes.
Mais ſi vous gagnez par là quelque
choſe du côté de la couleur de ces glaces,
vous perdez davantage du côté de leur
force, & vous avez à craindre que trop
minces & trop foibles, elles ne ſoient
fracaſſées au moindre choc, & que leurs
éclats ne détruiſent en un moment un
chef-d'œuvre ſouvent précieux à toute
une famille, précieux par lui-même, &
dont la perte eſt d'autant plus ſenſi
ble encore, qu'elle eſt irréparable.
J'ai vu d'autres Artiſtes ſe retourner du,
côté du verre appellé ici communément
verre de Boheme, mais qui ſe tire de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meſſin. Ce verre eſt beau & porte in
finiment peu de couleur ; mais les ſur
faces n'en étant pas droites , on y ap
perçoit une eſpéce d'ondulation dé
ſagréable & fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers ,
& ſouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me ſeroit-il permis de vous propoſer
quelques moyens quej'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penſe
que tout Citoyen ſe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la ſer
vir il ne peut être blâmable en cher
chant à remplir ce devoir; & que lorſ
qu'il n'a ni le talent ni l'occaſion de la
ſervir dans les grands objets, il doit
toujours ſe trouver très-flatté de l'aider
dans les petits. Je croi que vous m'ac
cordez cela ; en conſéquence voici ce
dont il s'agit.
· Vous connoiſſez ma manufacture de
glaces & verres courbés; vous ſçavez
qu'on
peut y rendre réguliérement
courbe une glace priſe droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auſſi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins. En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours, ſur un moule
N
J U I N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit, & par-là ceſſe d'avoir ces ondu
lations dont je viens de parler ;
il ac
quiert ces deux perfections ſans rien
erdre de ſa tranſparence & de ſon éclat;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait, &
ſans qu'aucune de ſes couleurs ſoit al
térée ou chargée.
Il eſt un ſecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres; c'eſt de
leur donner une courbure régulière, &
· je penſe que ce moyen ſeroit le meil
leur dans le cas dont il s'agit ; car com
me on ne veut pas que le paſtel touche
au verre qui le couvre, on eſt obligé de
donner beaucoup d'épaiſſeur à la bor
dure pour laiſſer entre le paſtel & le
verre une eſpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ;
il en réſulte que le tableau eſt
fort enfoncé , qu'il faut être prèſque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande ſaillie ſur le mur de l'appar
tement.
*
Sil'on employoit un verre bombé, la
bordure n'auroit des deux côtés que l'é-
paiſſeur ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait ſeroit vu comme un por
162 MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile ſans être enfoncé dans ſa
bordure ; & le verre qui ſeroit par
deſſus, étant bombé , en ſeroit infini
ment plus fort & plus capable de réſiſ
ter aux accidens. Il ſuffiroit de donner
8 à 1o lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paſtel.
Vous ſentez auſſi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin, en
cire , & en autres matières qu'on veut
préſerver des mouches, de la fumée,
& de la pouſſière.
:
J'ai l'honneur d'être &c.
Paris, ce 12 Mai 1764.
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eſt rue des Prouvaires , la pre
mière porte Cochere à gauche en entrant
par la rue Saint Honoré.
des Ponts & Chaussées, à M.
DELATOUR.
I L y a longtemps , Monſieur, que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces, ayant tou
jours un peu de couleur, altérent celles
que vous ſçavez employer ſi heureuſe
ment pour faire ces portraits admira
bles dont la vérité nous ſurprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation ſi juſtement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces.
de France ſont cependant les plus bel
les du monde, & il faut convenir que
ceux qui ſont à la tête de cette Manu
facture n'épargnent ni ſoins ni dépenſe
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'eſt un vice propre à la ſoude
-
J U I N. 1764.
15g
d'Eſpagne de produire un verre ſombre
& verdâtre, & c'eſt grand dommage
qu'on n'ait pu juſqu'à préſent em
ployer à la confection de nos glaces
françoiſes , les mêmes ou ſemblables
matières qui ſervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui ſe fait ſans ſoude
d'Eſpagne , & qu'on appelle ſur le
lieu Flint-Glaſſ Expreſſion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fuſil, parce que apparemment
c'eſt un caillou de cette eſpéce qui tient
lieu de ſable dans la compoſition de ce
| Verre.
· Cet inconvénient fait que vous re
cherchez les glaces les moins épaiſſes.
Mais ſi vous gagnez par là quelque
choſe du côté de la couleur de ces glaces,
vous perdez davantage du côté de leur
force, & vous avez à craindre que trop
minces & trop foibles, elles ne ſoient
fracaſſées au moindre choc, & que leurs
éclats ne détruiſent en un moment un
chef-d'œuvre ſouvent précieux à toute
une famille, précieux par lui-même, &
dont la perte eſt d'autant plus ſenſi
ble encore, qu'elle eſt irréparable.
J'ai vu d'autres Artiſtes ſe retourner du,
côté du verre appellé ici communément
verre de Boheme, mais qui ſe tire de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meſſin. Ce verre eſt beau & porte in
finiment peu de couleur ; mais les ſur
faces n'en étant pas droites , on y ap
perçoit une eſpéce d'ondulation dé
ſagréable & fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers ,
& ſouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me ſeroit-il permis de vous propoſer
quelques moyens quej'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penſe
que tout Citoyen ſe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la ſer
vir il ne peut être blâmable en cher
chant à remplir ce devoir; & que lorſ
qu'il n'a ni le talent ni l'occaſion de la
ſervir dans les grands objets, il doit
toujours ſe trouver très-flatté de l'aider
dans les petits. Je croi que vous m'ac
cordez cela ; en conſéquence voici ce
dont il s'agit.
· Vous connoiſſez ma manufacture de
glaces & verres courbés; vous ſçavez
qu'on
peut y rendre réguliérement
courbe une glace priſe droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auſſi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins. En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours, ſur un moule
N
J U I N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit, & par-là ceſſe d'avoir ces ondu
lations dont je viens de parler ;
il ac
quiert ces deux perfections ſans rien
erdre de ſa tranſparence & de ſon éclat;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait, &
ſans qu'aucune de ſes couleurs ſoit al
térée ou chargée.
Il eſt un ſecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres; c'eſt de
leur donner une courbure régulière, &
· je penſe que ce moyen ſeroit le meil
leur dans le cas dont il s'agit ; car com
me on ne veut pas que le paſtel touche
au verre qui le couvre, on eſt obligé de
donner beaucoup d'épaiſſeur à la bor
dure pour laiſſer entre le paſtel & le
verre une eſpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ;
il en réſulte que le tableau eſt
fort enfoncé , qu'il faut être prèſque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande ſaillie ſur le mur de l'appar
tement.
*
Sil'on employoit un verre bombé, la
bordure n'auroit des deux côtés que l'é-
paiſſeur ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait ſeroit vu comme un por
162 MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile ſans être enfoncé dans ſa
bordure ; & le verre qui ſeroit par
deſſus, étant bombé , en ſeroit infini
ment plus fort & plus capable de réſiſ
ter aux accidens. Il ſuffiroit de donner
8 à 1o lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paſtel.
Vous ſentez auſſi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin, en
cire , & en autres matières qu'on veut
préſerver des mouches, de la fumée,
& de la pouſſière.
:
J'ai l'honneur d'être &c.
Paris, ce 12 Mai 1764.
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eſt rue des Prouvaires , la pre
mière porte Cochere à gauche en entrant
par la rue Saint Honoré.
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Résumé : LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
Dans sa lettre à M. Delatour, M. Bernière, Contrôleur des Ponts & Chaussées, aborde les problèmes liés à la qualité des glaces utilisées pour les portraits. Les glaces françaises, bien que de bonne qualité, présentent une légère teinte due à la soude d'Espagne, ce qui altère les couleurs des portraits. Les glaces anglaises, connues sous le nom de 'Flint-Glass', ne possèdent pas ce défaut mais ne sont pas disponibles en France. Les artistes explorent des alternatives, comme le verre de Bohême provenant de Saint-Quirin, mais celui-ci présente des ondulations indésirables. Pour pallier ces inconvénients, Bernière propose deux solutions. La première consiste à redresser les verres ondulés en les chauffant dans un four sur un moule approprié, ce qui élimine les ondulations sans compromettre la transparence. La seconde solution est de donner une courbure régulière aux verres, ce qui permettrait de réduire l'épaisseur de la bordure des cadres et d'éviter l'enfoncement des tableaux. Les verres bombés seraient également plus résistants et mieux adaptés pour protéger des médaillons en divers matériaux. Bernière conclut en offrant ses services pour améliorer la qualité des glaces utilisées dans les portraits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4748
p. 163-164
JOUAILLERIE. LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
JE ne puis voir sans étonnement, Mr. qu'il y ait des gens assez peut [sic] susceptibles [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOUAILLERIE. LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JOUAILLERIE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE ne puis voir sans étonnement, Mr.
qu'il y ait des gens assez peut [sic] susceptibles
§ pudeur pour oſer, à la face de la Capi
tale, s'arroger, même à titre excluſif,
des ſecrets qu'ils n'ont jamais connus.
Celui de peindre les diamans en toutes
couleurs & que la Demoiſelle Granier
a oſé reclamer dans les affiches du 19
Avril dernier , comme prétendant le
poſſeder ſeule, ne lui a jamais été que
fort mal enſeigné , & par † lln
ui n'en ſçavoit guère plus qu'elle à cet
gard. Ce ſecret renfermé dans tous les
temps dans le ſein de la famille du célé
bre M. Trochus , eſt encore aujourd'hui
entre les mains de Mlles Goujon, ſes pe
tites-niéces , demeurant rue de Harlai,
qui le pratiquent avec un ſuccès vrai
ment digne d'applaudiſſement. Il a été
un temps où leur jeuneſſe & le bien du
commerce m'avoit fait prendre le parti
de l'exercer; ces Dlles ſçavent par quelle
164 MERCURE DE FRANCE.
voie j'y étois parvenu ; mais dès que je
les ai vues s'y adonner elles-mêmes , je
les y ai encouragées, & je leur ai com
muniqué les obſervations que le temps
de mon exercice & mes lumières m'ont
permis de faire ſur cet Art. J'ai vu
avec une ſurpriſe agréable qu'elles ont
pouſſé la perfection au-de là de mes
recherches , & je m'en ſuis réjoui en
faveur de la jouaillerie qui y gagnera de
plus en plus ; mais auſſi, je ne puis ſup
porter que Public ſoit expoſé à être
tous les jours la dupe d'avis indiſcrets
donnés par une foule de mercenaires
que l'on doit regarder comme de vérita
bles ignorans. Leur ouvrage eſt tout
au plus bon pour être employé à des
éventails de bas prix ou autres ouvrages
de cette eſpéce , parce que leur peu
de durée ne laiſſera pas le temps de
reconnoître la mal-adreſſe d'ouvriers
qui ont plus beſoin de pain que de
belle gloire.
J'ai l'honneur d'être, &c. STRAS.
Ce 6 Mai 1764.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE ne puis voir sans étonnement, Mr.
qu'il y ait des gens assez peut [sic] susceptibles
§ pudeur pour oſer, à la face de la Capi
tale, s'arroger, même à titre excluſif,
des ſecrets qu'ils n'ont jamais connus.
Celui de peindre les diamans en toutes
couleurs & que la Demoiſelle Granier
a oſé reclamer dans les affiches du 19
Avril dernier , comme prétendant le
poſſeder ſeule, ne lui a jamais été que
fort mal enſeigné , & par † lln
ui n'en ſçavoit guère plus qu'elle à cet
gard. Ce ſecret renfermé dans tous les
temps dans le ſein de la famille du célé
bre M. Trochus , eſt encore aujourd'hui
entre les mains de Mlles Goujon, ſes pe
tites-niéces , demeurant rue de Harlai,
qui le pratiquent avec un ſuccès vrai
ment digne d'applaudiſſement. Il a été
un temps où leur jeuneſſe & le bien du
commerce m'avoit fait prendre le parti
de l'exercer; ces Dlles ſçavent par quelle
164 MERCURE DE FRANCE.
voie j'y étois parvenu ; mais dès que je
les ai vues s'y adonner elles-mêmes , je
les y ai encouragées, & je leur ai com
muniqué les obſervations que le temps
de mon exercice & mes lumières m'ont
permis de faire ſur cet Art. J'ai vu
avec une ſurpriſe agréable qu'elles ont
pouſſé la perfection au-de là de mes
recherches , & je m'en ſuis réjoui en
faveur de la jouaillerie qui y gagnera de
plus en plus ; mais auſſi, je ne puis ſup
porter que Public ſoit expoſé à être
tous les jours la dupe d'avis indiſcrets
donnés par une foule de mercenaires
que l'on doit regarder comme de vérita
bles ignorans. Leur ouvrage eſt tout
au plus bon pour être employé à des
éventails de bas prix ou autres ouvrages
de cette eſpéce , parce que leur peu
de durée ne laiſſera pas le temps de
reconnoître la mal-adreſſe d'ouvriers
qui ont plus beſoin de pain que de
belle gloire.
J'ai l'honneur d'être, &c. STRAS.
Ce 6 Mai 1764.
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Résumé : JOUAILLERIE. LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
La lettre dénonce l'usurpation du secret technique de teinture des diamants en différentes couleurs. L'auteur réfute la prétention exclusive de la demoiselle Granier sur ce savoir-faire, affirmant qu'il appartient à la famille de M. Trochus et est actuellement maîtrisé par ses petites-nièces, les demoiselles Goujon, habitant rue de Harlay. L'auteur reconnaît avoir pratiqué ce secret autrefois et avoir transmis ses connaissances aux demoiselles Goujon, qui ont depuis excédé ses compétences. Il soutient leur travail et déplore la tromperie du public par des artisans incompétents offrant des produits de mauvaise qualité, adaptés seulement à des usages mineurs comme les éventails bon marché. La lettre met en garde contre ces 'mercenaires' ignorants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4749
p. 165-167
GRAVURE. AVIS pour la nouvelle édition des Fables de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
Début :
CETTE nouvelle édition a été annoncée par un Prospectus qui indique [...]
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. AVIS pour la nouvelle édition des Fables de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
GRAVURE.
AVIS pour la nouvelle édition des Fables
de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
CETTE nouvelle édition a été annoncée
par un Prospectus qui indique
tous les moyens qu'on a pris pour lui
donner toute la perfection poſſible. Il
ſuffit de ſçavoir que les figures ſeront
† par M. Feſſard , Graveur du
oI & de ſa Bibliothéque, & dont les
talens ſont connus , & que le Texte ,
au lieu d'être en caractères mobiles ,
ſera également gravé par M. Monthalay,
& d'après les beaux caractères de M.
Fournier.
4
M. Feſſard, principal auteur de cette
entrepriſe, plus occupé de ſa gloire que
de ſes intérêts, à cru devoir ſacrifier les
peines qu'il avoit priſes & travailler à
nouveaux frais , pour procurer à ſon
ouvrage toute la perfection dont il
étoit ſuſceptible. Quoique le Public
eût été content des eſſais qu'il avoit
préſentés dans le mois de Janvier, il a
166 MERCURE DE FRANCE.
| recommencé le tout pour donner à ſes
planches une forme moins quarrée &
plus élégante, pour le rapprocher du
format de la nouvelle édition des Contes
de la Fontaine, pour eſpacer ſes ſujets
& les faire ſortir davantage & mettre
ſes groupes , & ſes figures dans un
ſite plus agréable, & les faire quadrer
avec le texte gravé vis-à-vis, dont on
a également allongé la forme.
Quoique ce travail ait doublé ſa dé
penſe, il n'augmentera point le prix de
ſes ſouſcriptions. Mais comme les Ar
tiſtes & les Connoiſſeurs auroient pu
juger de l'édition par les eſſais qu'il en
a donnés, il nous a chargés d'inviter
ſes Souſcripteurs & les Amateurs de
ſſer à la Bibliothéque du Roi, ou à
† domicile rue Sainte Anne, chez
le Commiſſaire, pour y voir les progrès
de cette entrepriſe, qui acquiert tous
les jours de nouvelles beautés.
Le Sr Feſſard, qui a vu avec reconnoiſ
ſan ce combien on s'étoit empreſſé de
contribuer au ſuccès de ſon ouvrage,par
les ſouſtriptions qu'on a déjà priſes,
oſe eſpérer qu'a la ſeule inſpection de
ſes deſſeins & de ſes gravures, on con
tinuera à animer ſon zéle par la mê
me voie.
-
J U I N. 1764.
167
Nous concevons aiſément les frais
immenſes que doit coûter à un Artiſte
une édition auſſi belle ; où le texte &
les figures ſeront également gravés, &
nous ſommes bien perſuadés que ceux
qui n'ont point encore ſouſcrit s'em
preſſeront de le faire pour mettre M.
Feſſard en état de ne rien épargner
pour finir ſon ouvrage, & pour con
tribuer par là autant à la gloire de la
Nation, qu'à celle des Arts qu'on y
cultive..
Les changemens conſidérables dont
nous venons de parler ont mis cet Artiſ
te dansl'impoſſibilité de délivrer le pre
mier Volume au premier Juillet, ainſi
qu'il l'avoit annoncé dans le proſpectus,
Le premier Volume paroîtra ſans faute
au premier Octobre, & tous les autres
dans les termes qu'il avoit indiqués.
On ſçait que le prix de la ſouſcrip
tion totale eſt de 48 livres, pour les
quatres Volumes en beau papier d'Hol
lande, mais on ne donne que 12 liv,
en ſouſcrivant; ceux qui n'auront point
ſouſcrit payeront les quatre Volumes
6o livres , pour le Papier d'Hollande &
48livres , pour le beau papier de Fran
ce.
AVIS pour la nouvelle édition des Fables
de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
CETTE nouvelle édition a été annoncée
par un Prospectus qui indique
tous les moyens qu'on a pris pour lui
donner toute la perfection poſſible. Il
ſuffit de ſçavoir que les figures ſeront
† par M. Feſſard , Graveur du
oI & de ſa Bibliothéque, & dont les
talens ſont connus , & que le Texte ,
au lieu d'être en caractères mobiles ,
ſera également gravé par M. Monthalay,
& d'après les beaux caractères de M.
Fournier.
4
M. Feſſard, principal auteur de cette
entrepriſe, plus occupé de ſa gloire que
de ſes intérêts, à cru devoir ſacrifier les
peines qu'il avoit priſes & travailler à
nouveaux frais , pour procurer à ſon
ouvrage toute la perfection dont il
étoit ſuſceptible. Quoique le Public
eût été content des eſſais qu'il avoit
préſentés dans le mois de Janvier, il a
166 MERCURE DE FRANCE.
| recommencé le tout pour donner à ſes
planches une forme moins quarrée &
plus élégante, pour le rapprocher du
format de la nouvelle édition des Contes
de la Fontaine, pour eſpacer ſes ſujets
& les faire ſortir davantage & mettre
ſes groupes , & ſes figures dans un
ſite plus agréable, & les faire quadrer
avec le texte gravé vis-à-vis, dont on
a également allongé la forme.
Quoique ce travail ait doublé ſa dé
penſe, il n'augmentera point le prix de
ſes ſouſcriptions. Mais comme les Ar
tiſtes & les Connoiſſeurs auroient pu
juger de l'édition par les eſſais qu'il en
a donnés, il nous a chargés d'inviter
ſes Souſcripteurs & les Amateurs de
ſſer à la Bibliothéque du Roi, ou à
† domicile rue Sainte Anne, chez
le Commiſſaire, pour y voir les progrès
de cette entrepriſe, qui acquiert tous
les jours de nouvelles beautés.
Le Sr Feſſard, qui a vu avec reconnoiſ
ſan ce combien on s'étoit empreſſé de
contribuer au ſuccès de ſon ouvrage,par
les ſouſtriptions qu'on a déjà priſes,
oſe eſpérer qu'a la ſeule inſpection de
ſes deſſeins & de ſes gravures, on con
tinuera à animer ſon zéle par la mê
me voie.
-
J U I N. 1764.
167
Nous concevons aiſément les frais
immenſes que doit coûter à un Artiſte
une édition auſſi belle ; où le texte &
les figures ſeront également gravés, &
nous ſommes bien perſuadés que ceux
qui n'ont point encore ſouſcrit s'em
preſſeront de le faire pour mettre M.
Feſſard en état de ne rien épargner
pour finir ſon ouvrage, & pour con
tribuer par là autant à la gloire de la
Nation, qu'à celle des Arts qu'on y
cultive..
Les changemens conſidérables dont
nous venons de parler ont mis cet Artiſ
te dansl'impoſſibilité de délivrer le pre
mier Volume au premier Juillet, ainſi
qu'il l'avoit annoncé dans le proſpectus,
Le premier Volume paroîtra ſans faute
au premier Octobre, & tous les autres
dans les termes qu'il avoit indiqués.
On ſçait que le prix de la ſouſcrip
tion totale eſt de 48 livres, pour les
quatres Volumes en beau papier d'Hol
lande, mais on ne donne que 12 liv,
en ſouſcrivant; ceux qui n'auront point
ſouſcrit payeront les quatre Volumes
6o livres , pour le Papier d'Hollande &
48livres , pour le beau papier de Fran
ce.
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Résumé : GRAVURE. AVIS pour la nouvelle édition des Fables de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
L'annonce présente une nouvelle édition des Fables de La Fontaine, gravée en taille-douce par M. Fessard, graveur du Roi et de sa Bibliothèque, et M. Monthalay, qui grave le texte selon les caractères de M. Fournier. M. Fessard a repris le travail pour améliorer la qualité des planches, leur format et l'agencement des illustrations avec le texte, motivé par la perfection et la gloire plutôt que par des intérêts financiers. Malgré l'augmentation des coûts, le prix des souscriptions reste inchangé. Les artistes et connaisseurs peuvent voir les progrès de l'œuvre à la Bibliothèque du Roi ou chez le commissaire. Le premier volume, initialement prévu pour juillet, sera disponible en octobre. Le prix total de souscription pour les quatre volumes en papier d'Holland est de 48 livres. Pour ceux qui ne souscrivent pas, le prix sera de 60 livres pour le papier d'Holland et 48 livres pour le papier de France.
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4750
p. 168-169
MUSIQUE.
Début :
PREMIER RECUEIL d'Airs choisis, avec Accompagnement de Guitarre, dédié [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
PREMIER RECUEIL d'Airs choisis,
avec Accompagnement de Guitarre,
dédié à Madame la Comteſſe d'Egmont,
par M. Berard, Chevalier de l'Ordre
de Chriſt, Auteur de l'Art du Chant.
· Ces Accompagnemens peuvent s'exé
cuter ſur la Harpe, d'autant plus aiſé
ment que la marche de la Baſſe eſt fort
analogue à cet Inſtrument. A Paris ,
chez f§ , & aux Adreſſes ordinai
res de Muſique. Prix , 7 liv. 4 ſ.
· ON averrtit le Public, que paſſé le
3o Juin prochain, on ne délivrera plus
de Souſcriptions chez M. le Clerc , rue
S. Honoré, près la rue des Prouvaires,
à Ste Cécile, pour ſe procurer la mé
thode de M. Gianotti , par le moyen
de laquelle on parvient à accompagner
tout ſeul, en moins de deux mois.
Si le nombre des Souſcriptions, fi
xées & annoncées dans dans les Jour
naux, ne ſe trouvoit pas rempli audit
jour, le ſieur le Clerc eſt chargé de
rendre l'argent aux perſonnes qui ont
déja ſouſcrit pour cet ouvrage, qu'on
nC
J U I N. 1764.
169
ne pourra ſe procurer que par ce moyen;
parce que les Planches ſeront caſſées 2
après avoir tiré le nombre annoncé.
PREMIER RECUEIL d'Airs choisis,
avec Accompagnement de Guitarre,
dédié à Madame la Comteſſe d'Egmont,
par M. Berard, Chevalier de l'Ordre
de Chriſt, Auteur de l'Art du Chant.
· Ces Accompagnemens peuvent s'exé
cuter ſur la Harpe, d'autant plus aiſé
ment que la marche de la Baſſe eſt fort
analogue à cet Inſtrument. A Paris ,
chez f§ , & aux Adreſſes ordinai
res de Muſique. Prix , 7 liv. 4 ſ.
· ON averrtit le Public, que paſſé le
3o Juin prochain, on ne délivrera plus
de Souſcriptions chez M. le Clerc , rue
S. Honoré, près la rue des Prouvaires,
à Ste Cécile, pour ſe procurer la mé
thode de M. Gianotti , par le moyen
de laquelle on parvient à accompagner
tout ſeul, en moins de deux mois.
Si le nombre des Souſcriptions, fi
xées & annoncées dans dans les Jour
naux, ne ſe trouvoit pas rempli audit
jour, le ſieur le Clerc eſt chargé de
rendre l'argent aux perſonnes qui ont
déja ſouſcrit pour cet ouvrage, qu'on
nC
J U I N. 1764.
169
ne pourra ſe procurer que par ce moyen;
parce que les Planches ſeront caſſées 2
après avoir tiré le nombre annoncé.
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Résumé : MUSIQUE.
Le document annonce la publication du 'Premier Recueil d'Airs choisis' avec accompagnement de guitare, dédié à Madame la Comtesse d'Egmont. L'auteur est M. Berard, Chevalier de l'Ordre de Christ et créateur de 'L'Art du Chant'. Les accompagnements peuvent aussi être joués sur la harpe grâce à une basse adaptée. Le recueil est disponible à Paris chez un éditeur non spécifié et dans les magasins de musique habituels, au prix de 7 livres et 4 sous. Par ailleurs, le public est averti que la souscription à la méthode de M. Gianotti pour apprendre à accompagner seul en moins de deux mois prendra fin le 30 juin 1764. Les souscriptions sont acceptées chez M. le Clerc, rue Saint-Honoré, près de la rue des Prouvaires, à Sainte-Cécile. En cas de non-atteinte du nombre requis de souscriptions, M. le Clerc remboursera les souscripteurs. La méthode ne sera accessible que par souscription, car les planches seront détruites après impression.
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