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1
p. 61-64
DIALOGUES DES MORTS. Par M. Pesselier. PREMIER DIALOGUE. PITAGORE ET PLATON.
Début :
Pitagore. Je vous félicite d'avoir travaillé sur l'immortalité de [...]
Mots clefs :
Pythagore, Platon, Amour, Objet, Véritable, Source
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUES DES MORTS. Par M. Pesselier. PREMIER DIALOGUE. PITAGORE ET PLATON.
DIALOGUES
DES MORTS.
Par M. Pesselier.
PREMIER DIALOGUE.
PITAGORE ET PLATON.
Pitagore.
Je vous félicite d'avoir travaillé sur l'immortalité
de l'ame, & sur quelques au-
tres matieres qui ne sont pas moins dignes
de nos méditations; mais je ne sçaurois
vous pardonner d'avoir fait de l'amour un
objet de vos observations: de pareils sujets
avilissent le Philosophe, & profanent la
Philosophie.
Platon.
Le sérieux ne doit pas toujours nous
occuper. La variété des matieres soutient
l'esprit & forme le jugement; l'agrément
des unes aide à supporter la gravité des
autres.
Pitagore.
Je ny verrois pas d'inconvénient, si
l'on ne parloit des choses frivoles, que
pour en démontrer la frivolité; mais vous
n'avez disserté sur l'amour que pour en
faire l'apologie.
oogl
62 MERCURE DE FRANCE.
Platon.
Et c'est sur cela précisément que je
fonde la mienne.
Pitagore.
Je désespére un peu plus de vous, que
je ne faisois auparavant; quoi, vous pensez
que l'amour...
Platon.
Est la source de toutes les vertus; j'en-
tends parler du véritable.
Pitagore.
Le véritable est une belle chimére, que
votre imagination a voulu créer; mais que
le coeur humain ne réalisera jamais.
Platon.
Il seroit beau même de l'avoir imagi-
née; mais je nai que l'avantage de l'avoit
bien imitée, le modéle en est dans plus
d'un cœeur formé pour ressentir ce que je
n'ai fait que peindre. Celui des femmes
est surtout capable de cette délicatesse qui
vous paroît imaginaire, leur feu purifie
nos sentimens.
Pitagore.
Comme cette matiere, que vous pré-
tendez spiritualiser, m'a toujours paru
plus que problématique, je n'en ai jamais
pris qu'une islée confuse, & vous me fe-
riez plaisir de me la développer.
JANVIER.
1752.
&
Platon.
Il est des choses que l'on sent beaucoup
mieux que l'on ne les exprime: n'acculea
donc que la foiblesse de mes expressions,
de ce qui pourra manquer au Tableau de
l'Amour, tel que je le conçois. Il doit
joindre à la vivacité de sa flamme, la
dignité de l'estime, & la puteté de l'a-
mirie.
Ne s'occuper que d'un seul objet, lui
rapporter involontairement & sans con-
trainte tous ses goûts, toutes ses pensées,
tous ses sentimens; ne vouloir se perfec-
tionner que pour se rendre plus digne de
lui plaire; n etre charmé d'avoir plu, que
parce que c'est une raison d'aimer davan-
tage; ne voir en soi que l'objet aimé, &
voit tout en lui. N'avoir de plaisirs que
pour qu'il ses partage; deviner ses peines
pour les partager; être heureux de son
bonheur, & malheureux de son infor-
tune. Mériter d'obrenir, en ne deman-
dant rien; être après les faveurs aussi res-
pecteeux, que si l'on n'avoit pas même
encote de l'espoir; desirer sans importu-
nité, posséder sans ostentation, conserver
sans négligence & sans jalousie, voilà l'a-
mour tel que je l'ai conçu, tel que je l'ai
senti, tel que je l'ai vu dans les amans
délicats; tel en un mot que je le voudrois
par tout, & dans tous les cœeurs.
zed by Goc
64 MERCUREDEFRANCE.
Pitagore.
Ce seroit alors, comme vous l'avez dit,
la source des talens, des vertus & des
graces, mais encore une fois....
Plaion.
Mais pourquoi se faire un systême d'a-
vilir l'humanité? Le mien (si l'on peut
nommer ainsi l'inspiration du sentiment,)
a pour objet d'élever les hommes au-des-
sus de l'humanité même, pat le portrait
enchanteur de la délicatesse, dont je ses
crois plus capables, qu'ils n osent. peut-
être eux-mêmes l'imaginer. Vous ne
pourriez les convaincre de votte opinion,
sans les humilier; je ne puis les persuader
sans leur inspirer une noble émulation,
qui susfiroit seule pour les conduire aux
plus hautes persections. C'est souvent,
croyez moi, parce qu'il na pas assez d'a-
mour propre, que l'homme est vain, &
tombe dans les petitesses; il les éviteroit
s'il connoissoit sa véritable grandeur.
Rendons son coeur assez fier, assez grand,
pour oser aspirer, par l'amour niême, à la
vertu.
DES MORTS.
Par M. Pesselier.
PREMIER DIALOGUE.
PITAGORE ET PLATON.
Pitagore.
Je vous félicite d'avoir travaillé sur l'immortalité
de l'ame, & sur quelques au-
tres matieres qui ne sont pas moins dignes
de nos méditations; mais je ne sçaurois
vous pardonner d'avoir fait de l'amour un
objet de vos observations: de pareils sujets
avilissent le Philosophe, & profanent la
Philosophie.
Platon.
Le sérieux ne doit pas toujours nous
occuper. La variété des matieres soutient
l'esprit & forme le jugement; l'agrément
des unes aide à supporter la gravité des
autres.
Pitagore.
Je ny verrois pas d'inconvénient, si
l'on ne parloit des choses frivoles, que
pour en démontrer la frivolité; mais vous
n'avez disserté sur l'amour que pour en
faire l'apologie.
oogl
62 MERCURE DE FRANCE.
Platon.
Et c'est sur cela précisément que je
fonde la mienne.
Pitagore.
Je désespére un peu plus de vous, que
je ne faisois auparavant; quoi, vous pensez
que l'amour...
Platon.
Est la source de toutes les vertus; j'en-
tends parler du véritable.
Pitagore.
Le véritable est une belle chimére, que
votre imagination a voulu créer; mais que
le coeur humain ne réalisera jamais.
Platon.
Il seroit beau même de l'avoir imagi-
née; mais je nai que l'avantage de l'avoit
bien imitée, le modéle en est dans plus
d'un cœeur formé pour ressentir ce que je
n'ai fait que peindre. Celui des femmes
est surtout capable de cette délicatesse qui
vous paroît imaginaire, leur feu purifie
nos sentimens.
Pitagore.
Comme cette matiere, que vous pré-
tendez spiritualiser, m'a toujours paru
plus que problématique, je n'en ai jamais
pris qu'une islée confuse, & vous me fe-
riez plaisir de me la développer.
JANVIER.
1752.
&
Platon.
Il est des choses que l'on sent beaucoup
mieux que l'on ne les exprime: n'acculea
donc que la foiblesse de mes expressions,
de ce qui pourra manquer au Tableau de
l'Amour, tel que je le conçois. Il doit
joindre à la vivacité de sa flamme, la
dignité de l'estime, & la puteté de l'a-
mirie.
Ne s'occuper que d'un seul objet, lui
rapporter involontairement & sans con-
trainte tous ses goûts, toutes ses pensées,
tous ses sentimens; ne vouloir se perfec-
tionner que pour se rendre plus digne de
lui plaire; n etre charmé d'avoir plu, que
parce que c'est une raison d'aimer davan-
tage; ne voir en soi que l'objet aimé, &
voit tout en lui. N'avoir de plaisirs que
pour qu'il ses partage; deviner ses peines
pour les partager; être heureux de son
bonheur, & malheureux de son infor-
tune. Mériter d'obrenir, en ne deman-
dant rien; être après les faveurs aussi res-
pecteeux, que si l'on n'avoit pas même
encote de l'espoir; desirer sans importu-
nité, posséder sans ostentation, conserver
sans négligence & sans jalousie, voilà l'a-
mour tel que je l'ai conçu, tel que je l'ai
senti, tel que je l'ai vu dans les amans
délicats; tel en un mot que je le voudrois
par tout, & dans tous les cœeurs.
zed by Goc
64 MERCUREDEFRANCE.
Pitagore.
Ce seroit alors, comme vous l'avez dit,
la source des talens, des vertus & des
graces, mais encore une fois....
Plaion.
Mais pourquoi se faire un systême d'a-
vilir l'humanité? Le mien (si l'on peut
nommer ainsi l'inspiration du sentiment,)
a pour objet d'élever les hommes au-des-
sus de l'humanité même, pat le portrait
enchanteur de la délicatesse, dont je ses
crois plus capables, qu'ils n osent. peut-
être eux-mêmes l'imaginer. Vous ne
pourriez les convaincre de votte opinion,
sans les humilier; je ne puis les persuader
sans leur inspirer une noble émulation,
qui susfiroit seule pour les conduire aux
plus hautes persections. C'est souvent,
croyez moi, parce qu'il na pas assez d'a-
mour propre, que l'homme est vain, &
tombe dans les petitesses; il les éviteroit
s'il connoissoit sa véritable grandeur.
Rendons son coeur assez fier, assez grand,
pour oser aspirer, par l'amour niême, à la
vertu.
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Résumé : DIALOGUES DES MORTS. Par M. Pesselier. PREMIER DIALOGUE. PITAGORE ET PLATON.
Le texte relate un dialogue entre Pythagore et Platon sur la nature de l'amour et son rôle dans la philosophie. Pythagore critique Platon pour avoir abordé ce sujet, le jugeant indigne d'un philosophe. Platon rétorque que divers sujets philosophiques enrichissent l'esprit et le jugement. Il défend l'amour véritable comme source de toutes les vertus, le décrivant comme une passion intense combinant vivacité, estime et admiration. Dans cette relation, l'individu se dévoue entièrement à l'être aimé, partage ses joies et ses peines, et cherche à mériter son affection sans rien demander en retour. Malgré le scepticisme de Pythagore, Platon insiste sur le potentiel de l'amour à élever l'humanité et à inspirer la vertu, affirmant que l'amour-propre bien dirigé évite les petitesses humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 65-68
II. DIALOGUE. RHODOPE ET THISBÉ.
Début :
Thisbé. Il est vrai que mon amour m'a coûté [...]
Mots clefs :
Rhodope, Thisbé, Amour, Galanterie, Sentiment
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texteReconnaissance textuelle : II. DIALOGUE. RHODOPE ET THISBÉ.
II. DIALOGUE.
RHODOPE ET THISBÉ.
Thisbé,
Il est vrai que mon amour m'a coûté
la vie, mais je ne sçaurois m'en repen-
tir, puisque ma mort même est une preu-
ve de mon amour.
Rhodope.
Vous preniez les choses au tragique,
à ce qu'il me paroît, & vous faisiez à l'A-
mour beaucoup plus d'honneur qu'il nen
mérite, il ne vaut pas ce qu'il vous a
coûté.
Thisbe.
Vous avez vos raisons pour le décrier;
vous n avez jamais encensé que sa plus
mortelle ennemie; la galanterie seule avoit
acquis des droits sur vos sentimens.
Rhodope.
J'aurois été très fâchée de m'occuper
d'autre chose....
Thi bé.
Vous n'occupiez donc personne!
Rhodope.
Pourquoi donc, s'il vous plaît ? J'oc-
cupois d'autant plus, que la crainte de
O
66 MERCUREDEFRANCE.
mes infidélités tenoient sans cesse en ha-
leine ceux qui m'étoient attachés.
Thisbé.
Vous craigniez donc vous-même de les
perdre?
Rhodope.
Est- il des conquêtes que l'on dédaigne
de conservet?
Thisbé.
Vos galanteries vous ont plus coûté que
mon amour ne m'a fait de peine.
Rhodope.
Je ne vous entends pas.
Thisbé.
Le manège d'une coquette est un tra-
vail, qui doit lui coûter d'autant plus
que l'esprit seul la soutient dans ses intri-
gues, & que le sentiment ne lui fait au-
cune illusion. Quelle gloire aviez-vous
dans vos succès? Vous ne les deviez qu'à
la supercherie.
Rhodope.
Je conviens qu'il est assez peu glorieux
de faire des dupes; mais comptez-vous
pour rien de ne l'être pas?
Thisbé.
Il est si doux de l'être quelquefois !
Rhodope.
J'avois quelques plaisirs de moins que
les amans, mais combien ont ils de peines
que je n ai jamais éprouvées ?
JANVIER. 1752.
61
Thisbé.
L'amour qui les occasionne, aide à les
supporter; mais la galanterie n'offre rien
qui diminue les siennes: le coeur est le
seul point d'appui de la felicité, puisqu'il
peut seul faire goûter les vrais plaisirs
& que dans les peines mêmes, il adoucit
son in fortune par le sentiment de l'objet,
pour lequel on est malheureux. La ga-
lanterie connoit-elle ces douces conso-
lations ?
Rhodope.
Elle fait mieux, elle n'en a pas be-
soin.
Thisbé.
Je croyois Rhodope de meilleure foi:
elle devroit bien-plutôt convenir, que
ce qui tourne le grand nombre du côté
de la galanterie, c est la rareté des cœurs
faits pour aimer véritablement; la galan-
terie ne fait, pour ainsi dire, qu'effleurer la
surface de l'ame; l'amour est fait pour en
occuper toures les facultés; mais tous les
cœeurs ne méritent pas de s'en remplit; &
voilà ce qui fait apparamment que l'on
voit tant d'hommes galans, & si peu qui
soient amoureux.
Rhodope.
Vous me feriez presque croire le bon
sens commun dans le monde.
68 MERCURE DEFRANCE.
Thisbé.
Les galans mêmés de profession, ne
croyent par l'amout si méprisable, qu'ils
ne veuillent en donner le nom à la galan-
terie, & c'est ce que je leut pardonne le
moins. C'est profaner l'Amour, que de
l'associer à ce qui lui ressemble si peu; je
nen connois qu'un qui mérite un si beau
nom; mais lui seul, il suffit à ceux, qui
connoissent tout ce qu'il vaut.
RHODOPE ET THISBÉ.
Thisbé,
Il est vrai que mon amour m'a coûté
la vie, mais je ne sçaurois m'en repen-
tir, puisque ma mort même est une preu-
ve de mon amour.
Rhodope.
Vous preniez les choses au tragique,
à ce qu'il me paroît, & vous faisiez à l'A-
mour beaucoup plus d'honneur qu'il nen
mérite, il ne vaut pas ce qu'il vous a
coûté.
Thisbe.
Vous avez vos raisons pour le décrier;
vous n avez jamais encensé que sa plus
mortelle ennemie; la galanterie seule avoit
acquis des droits sur vos sentimens.
Rhodope.
J'aurois été très fâchée de m'occuper
d'autre chose....
Thi bé.
Vous n'occupiez donc personne!
Rhodope.
Pourquoi donc, s'il vous plaît ? J'oc-
cupois d'autant plus, que la crainte de
O
66 MERCUREDEFRANCE.
mes infidélités tenoient sans cesse en ha-
leine ceux qui m'étoient attachés.
Thisbé.
Vous craigniez donc vous-même de les
perdre?
Rhodope.
Est- il des conquêtes que l'on dédaigne
de conservet?
Thisbé.
Vos galanteries vous ont plus coûté que
mon amour ne m'a fait de peine.
Rhodope.
Je ne vous entends pas.
Thisbé.
Le manège d'une coquette est un tra-
vail, qui doit lui coûter d'autant plus
que l'esprit seul la soutient dans ses intri-
gues, & que le sentiment ne lui fait au-
cune illusion. Quelle gloire aviez-vous
dans vos succès? Vous ne les deviez qu'à
la supercherie.
Rhodope.
Je conviens qu'il est assez peu glorieux
de faire des dupes; mais comptez-vous
pour rien de ne l'être pas?
Thisbé.
Il est si doux de l'être quelquefois !
Rhodope.
J'avois quelques plaisirs de moins que
les amans, mais combien ont ils de peines
que je n ai jamais éprouvées ?
JANVIER. 1752.
61
Thisbé.
L'amour qui les occasionne, aide à les
supporter; mais la galanterie n'offre rien
qui diminue les siennes: le coeur est le
seul point d'appui de la felicité, puisqu'il
peut seul faire goûter les vrais plaisirs
& que dans les peines mêmes, il adoucit
son in fortune par le sentiment de l'objet,
pour lequel on est malheureux. La ga-
lanterie connoit-elle ces douces conso-
lations ?
Rhodope.
Elle fait mieux, elle n'en a pas be-
soin.
Thisbé.
Je croyois Rhodope de meilleure foi:
elle devroit bien-plutôt convenir, que
ce qui tourne le grand nombre du côté
de la galanterie, c est la rareté des cœurs
faits pour aimer véritablement; la galan-
terie ne fait, pour ainsi dire, qu'effleurer la
surface de l'ame; l'amour est fait pour en
occuper toures les facultés; mais tous les
cœeurs ne méritent pas de s'en remplit; &
voilà ce qui fait apparamment que l'on
voit tant d'hommes galans, & si peu qui
soient amoureux.
Rhodope.
Vous me feriez presque croire le bon
sens commun dans le monde.
68 MERCURE DEFRANCE.
Thisbé.
Les galans mêmés de profession, ne
croyent par l'amout si méprisable, qu'ils
ne veuillent en donner le nom à la galan-
terie, & c'est ce que je leut pardonne le
moins. C'est profaner l'Amour, que de
l'associer à ce qui lui ressemble si peu; je
nen connois qu'un qui mérite un si beau
nom; mais lui seul, il suffit à ceux, qui
connoissent tout ce qu'il vaut.
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Résumé : II. DIALOGUE. RHODOPE ET THISBÉ.
Le dialogue entre Rhodope et Thisbé explore les différences entre l'amour et la galanterie. Thisbé affirme que son amour lui a coûté la vie, mais elle ne regrette rien, car cela démontre la profondeur de son sentiment. Rhodope, en revanche, estime que l'amour ne justifie pas de tels sacrifices et critique la galanterie, la qualifiant de supercherie qui ne procure pas de vrais plaisirs. Thisbé reconnaît que la galanterie est épuisante, mais souligne que l'amour, malgré ses peines, offre des consolations que la galanterie ignore. Rhodope concède que la galanterie évite certaines souffrances, mais Thisbé insiste sur la rareté des cœurs capables d'aimer véritablement, contrairement à ceux qui se contentent de galanterie. Le dialogue se conclut par une réflexion sur la distinction entre l'amour authentique et la galanterie superficielle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 68-72
III. DIALOGUE. BRANTÔME, DON QUICHOTTE.
Début :
Don Quichotte. Vous rirez, tant qu'il vous plaira, de [...]
Mots clefs :
Don Quichotte, Femmes, Brantôme, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : III. DIALOGUE. BRANTÔME, DON QUICHOTTE.
III. DIALOGUE.
BRANTÔME, DON QUICHOTTE.
Don Quichotte.
Vous rirez, tant qu'il vous plaira,
de mon zéle pour la glore des Da-
mes; vous l'appellerez même, si vous
voulez, enthousiasme & fanatisme, mais
il est certain, que si vous eussicz vêca
de mon tems, je ne vous aurois pas laistè
publier impunément tant d'anecdotes ras-
semblées pour nuite à la réputation des
plus aimables femmes de notre siécle.
Braniôme.
Qu'entendez vous par nuire à leur ré-
putation? je compte bien au contraire l'a-
voir établie de maniere à les obliger.
66
JANVIER. 1752.
Don Quichotie.
Vous verrez que les femmes vous de-
vront de la reconnoislance pour tous les
mystéres que vous avez révelez.
Brantôme.
J'y compte bien, & sans cela, croyez-
vous de bonne foi, que j'eusse recueilli
soigneusement tant de frivoles historiettes,
qui sont d'ailleurs assez peu dignes d'at-
tention.
Don Quichotte.
Je ne conçois pas sur quoi votre espe-
rance pouvoit etre fondée.
Brantôme.
Rien n'est plus raisonnable. Les faits
que j'ai racontez sont des témoignages
incontestables du pouvoir des femmes,
& de l'empire de la beauté; c'est par leurs
conquentes qu'elles peuvent reprendre sur
nous, ce que nous avons affecté de leur
enlever de crédit & d'autorité; mais com-
me nous avons porté la malice & la pré-
vention, jusqu'à leur faire de leurs con-
quêres même, un sujet de peine & de
confusion, elles n'osent publier sur ce
point, tous leurs succès & tous leurs
avantages. C'est donc leur rendre un ser-
vice fort intéressant que de parler pour
elles: en général elles aiment qu on les
de vine,
zed by Goo
70MERCUREDEIFANC
Don Quichotte.
Et que l'on se taise: & c'est aussi notre
intérêt.
Brantôme.
Que me dites-vous là? Les femmes ont
tant de vanité, elles sont si fieres des
droits que la Nature leur a donnés sur
nos cœurs, qu'il a fallu les balancer par
d'autres titres de supétiorité: voilà ce que
nous avons fait adroitement, en nous ré-
servant certaines qualités ausquelles nous
avons attaché le plus de gloire & de dis-
tinction; tout rentreroit dans le premier
état, si no us travaillions à la gloire de
l'autre sexe
Don Quichotte.
Dites plutôt que nous y gagnerions de
toutes les façons; ne sommes-nous nas de
moitié dans tout ce qui les intérelse? &
ne participons-nous pas à tout ce qui les
touche? Ce sexe charmant ne sçauroit
être l'objet continuel & général de nos
desirs, de nos soins, de nos attentions
sans que nous partagions sa gloire ou ses
humiliations. Que diriez-vous d'un ido-
lâtre, qui perpétuellement prosterné de-
vant le Dieu qu'il adore, affecteroit sans
cesse de railler & de blasphemer l'objet de
son culte & de ses adorations? Plus les
femmes seront célébrées, plus leurs ado-
JANVIER.
1752.
71
ateurs seront justifiés: augmentons, s'il
se peut, la bonne opinion que nous avons
naturellement de leurs charmes; ce seront
pour nos foiblesses des excuses de plus.
Ajoûtons quelques degrés à leurs Trônes,
afin que les sujets se ressentent dans leurs
hommages de l'élévation du Souverain.
Brantôme.
Vous leur donnerez à la fin tant de
dignité, qu'elles ne sçauront plus com-
ment faire pour descendre jusqu'à leurs
sujets : c est quelquefois les servir assez
mal, que de vouloir tant les obliger; je
ne doute pas, par exemple, que plusieurs
de Messicurs vos confreres, les Cheva-
liers, n'ayent mal adroitement secouru
certaines Infantes, en les arrachant des
bras de leurs ravisseurs; on a quelquefois
ses raisons pour se faire enlever.
Don Quichotte.
Vous plaisantez assez agréablement.
mais un bon mot, n'est-ce pas une rai-
son: J'ai peut- être dans mon systême, por-
tè les choses un peu trop loin; mais cet
excès est plus convenable que le vôtre,
il tourne au profit de la plus belle moitié
du monde; quel honneur trouve-t'on à la
décrier: ne diroit-on pas qu elle forme un
peuple à part, & si nous avions le mal-
heur d'en être isolés, qu'autions-nous de
72 MERCUREDEFRANCE.
mieux à faire que de nous en rapprocher?
Nos droits sont unis, ne les séparons
pas; notre union peut seule former un
ensemble, & perfectionner l'univers; &
croyez que dans ce traité les femmes ga-
gneront moins que nous; elles ont beau-
coup à perdre pour nous subjuguer, & le
desir de leur plaire, nous fait souvent en-
treprendre les plus grandes choses.
BRANTÔME, DON QUICHOTTE.
Don Quichotte.
Vous rirez, tant qu'il vous plaira,
de mon zéle pour la glore des Da-
mes; vous l'appellerez même, si vous
voulez, enthousiasme & fanatisme, mais
il est certain, que si vous eussicz vêca
de mon tems, je ne vous aurois pas laistè
publier impunément tant d'anecdotes ras-
semblées pour nuite à la réputation des
plus aimables femmes de notre siécle.
Braniôme.
Qu'entendez vous par nuire à leur ré-
putation? je compte bien au contraire l'a-
voir établie de maniere à les obliger.
66
JANVIER. 1752.
Don Quichotie.
Vous verrez que les femmes vous de-
vront de la reconnoislance pour tous les
mystéres que vous avez révelez.
Brantôme.
J'y compte bien, & sans cela, croyez-
vous de bonne foi, que j'eusse recueilli
soigneusement tant de frivoles historiettes,
qui sont d'ailleurs assez peu dignes d'at-
tention.
Don Quichotte.
Je ne conçois pas sur quoi votre espe-
rance pouvoit etre fondée.
Brantôme.
Rien n'est plus raisonnable. Les faits
que j'ai racontez sont des témoignages
incontestables du pouvoir des femmes,
& de l'empire de la beauté; c'est par leurs
conquentes qu'elles peuvent reprendre sur
nous, ce que nous avons affecté de leur
enlever de crédit & d'autorité; mais com-
me nous avons porté la malice & la pré-
vention, jusqu'à leur faire de leurs con-
quêres même, un sujet de peine & de
confusion, elles n'osent publier sur ce
point, tous leurs succès & tous leurs
avantages. C'est donc leur rendre un ser-
vice fort intéressant que de parler pour
elles: en général elles aiment qu on les
de vine,
zed by Goo
70MERCUREDEIFANC
Don Quichotte.
Et que l'on se taise: & c'est aussi notre
intérêt.
Brantôme.
Que me dites-vous là? Les femmes ont
tant de vanité, elles sont si fieres des
droits que la Nature leur a donnés sur
nos cœurs, qu'il a fallu les balancer par
d'autres titres de supétiorité: voilà ce que
nous avons fait adroitement, en nous ré-
servant certaines qualités ausquelles nous
avons attaché le plus de gloire & de dis-
tinction; tout rentreroit dans le premier
état, si no us travaillions à la gloire de
l'autre sexe
Don Quichotte.
Dites plutôt que nous y gagnerions de
toutes les façons; ne sommes-nous nas de
moitié dans tout ce qui les intérelse? &
ne participons-nous pas à tout ce qui les
touche? Ce sexe charmant ne sçauroit
être l'objet continuel & général de nos
desirs, de nos soins, de nos attentions
sans que nous partagions sa gloire ou ses
humiliations. Que diriez-vous d'un ido-
lâtre, qui perpétuellement prosterné de-
vant le Dieu qu'il adore, affecteroit sans
cesse de railler & de blasphemer l'objet de
son culte & de ses adorations? Plus les
femmes seront célébrées, plus leurs ado-
JANVIER.
1752.
71
ateurs seront justifiés: augmentons, s'il
se peut, la bonne opinion que nous avons
naturellement de leurs charmes; ce seront
pour nos foiblesses des excuses de plus.
Ajoûtons quelques degrés à leurs Trônes,
afin que les sujets se ressentent dans leurs
hommages de l'élévation du Souverain.
Brantôme.
Vous leur donnerez à la fin tant de
dignité, qu'elles ne sçauront plus com-
ment faire pour descendre jusqu'à leurs
sujets : c est quelquefois les servir assez
mal, que de vouloir tant les obliger; je
ne doute pas, par exemple, que plusieurs
de Messicurs vos confreres, les Cheva-
liers, n'ayent mal adroitement secouru
certaines Infantes, en les arrachant des
bras de leurs ravisseurs; on a quelquefois
ses raisons pour se faire enlever.
Don Quichotte.
Vous plaisantez assez agréablement.
mais un bon mot, n'est-ce pas une rai-
son: J'ai peut- être dans mon systême, por-
tè les choses un peu trop loin; mais cet
excès est plus convenable que le vôtre,
il tourne au profit de la plus belle moitié
du monde; quel honneur trouve-t'on à la
décrier: ne diroit-on pas qu elle forme un
peuple à part, & si nous avions le mal-
heur d'en être isolés, qu'autions-nous de
72 MERCUREDEFRANCE.
mieux à faire que de nous en rapprocher?
Nos droits sont unis, ne les séparons
pas; notre union peut seule former un
ensemble, & perfectionner l'univers; &
croyez que dans ce traité les femmes ga-
gneront moins que nous; elles ont beau-
coup à perdre pour nous subjuguer, & le
desir de leur plaire, nous fait souvent en-
treprendre les plus grandes choses.
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Résumé : III. DIALOGUE. BRANTÔME, DON QUICHOTTE.
Le dialogue entre Don Quichotte et Brantôme explore la réputation des femmes et le rôle des hommes dans leur célébration. Don Quichotte défend ardemment la gloire des dames, critiquant les anecdotes de Brantôme qui pourraient nuire à leur réputation. Brantôme, de son côté, affirme que ses récits visent à établir et à renforcer la réputation des femmes en révélant leurs mystères et leurs conquêtes. Il estime que les femmes doivent récupérer le crédit et l'autorité que les hommes leur ont retirés. Don Quichotte argue que les femmes et les hommes sont interdépendants, et que la gloire des femmes reflète également sur eux. Il soutient que célébrer les femmes justifie leurs adorateurs et excuse leurs faiblesses. Brantôme, en revanche, met en garde contre l'excès de flatterie, suggérant que trop d'honneurs pourrait éloigner les femmes de leurs sujets. Le dialogue se conclut sur l'idée que les droits des femmes et des hommes sont unis et que leur union est nécessaire pour perfectionner l'univers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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