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302
p. 197-205
LETTRE de M. Commerson, docteur en médecine, & médecin botaniste du Roi à l'Isle de France, le 25 Février 1769. SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI.
Début :
Le voyage que j'ai entrepris avec M. de Bougainville, autour du monde, pour le progrès de [...]
Mots clefs :
Île, Île de France, Île de Cythère, Tahiti, Peuple, Tahitien, Hommes, Forme, Nom, Nation, Langue, Mots, Émigrations, Femmes, Usages
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Commerson, docteur en médecine, & médecin botaniste du Roi à l'Isle de France, le 25 Février 1769. SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI.
LETTRE de M. Commerfon , docteur en
médecine , & médecin botaniſte du Roi
à l'Ile de France , le 25 Février 1769 .
SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE
ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI ,
2
Le voyage que j'ai entrepris avec M. de Bou-
E
gainville , autour du monde , pour le progrès de
I'Hiftoire Naturelle , m'a fourni la matiere d'un
nombre immenfe d'obſervations : mais parmi les
chofes fingulières & qui doivent le plus intéreffer
le public , il n'y a rien de plus remarquable que la
découverte d'une Ifle nouvelle de la mer du Sud.
d'où M. de Bougainville a emmené un des principaux
habitans.
Cette Ifle me parut telle , que je lui avois déjà
appliqué le nom d'Utopie ou de fortunée , que
1 iij
198 MERCURE DE FRANCE .
Thomas Morus avoit donné à fa République
idéale : je ne favois pas encore que M. de Bougainville
l'avoit nommée la nouvelle Cythère , &
ce n'eft que poftérieurement encore qu'un des princes
de cette nation , [ celui que l'on a conduit en
Europe , nous a appris qu'elle étoit nommée
TAITI, par fes propres habitans. Le nom que
je lui deftinois convenoit à un pays , le feul peutêtre
de la terre , où habitent des hommes fans
vices , fans préjugés , fans befoins , fans diffentions.
1
Nés fous le plus beau ciel , nourris des fruits
d'une terre qui eft féconde fans culture , régis par
des peres de famille plutôt que par des Rois , ils
ne connoiflent d'autre Dieu que l'amour ; tous les
jours lui font confacrés , toute l'Ifle eft fon temple
, toutes les femmes en font les idoles , tous les
hommes les adorateurs. Et quelles femmes encore
! Les rivales des Géorgiennes pour la beauté
& les foeurs des Graces fans voile. La honte ni la
pudeur n'exercent point leur tyrannie ; la plus
légère des gazes flotte toujours au gré du vent &
des defirs. L'acte de créer fon femblable eſt un acte
de religion ; les préludes en font encouragés par
les voeux & les chants de tout le peuple aflemblé
& la fin eft célébrée par des applaudiffemens univerfels
; tout étranger eft admis à participer à ces
heureux mystères ; c'eft même un des devoirs de
l'hofpitalité que de les y inviter , de forte que le
bon Taïtien , jouit fans ceffe ou du fentiment de
fes propres plaifirs , ou du fpectacle de ceux des
autres. Quelque cenfeur auftère ne verra peut être
en celaqu'un débordement de maurs , une horrible
proftitution, le cynifie le plus effronté ; mais n'eftce
point l'état de l'homme naturel , né ellentielNOVEMBRE.
1759. 199
lement bon , exempt de tout préjugé , & fuivant
lans défiance comme lans remords , les douces
impulfions d'un inftinct toujours fûr , parce qu'il
n'a pas encore dégénéré en raison.
འ་་ འ
Une langue très - lonore , très- harmonieuſe ,
compofée d'environ quatre ou cinq cens mots
indéclinables & inconjugables , c'est - à - dire fans
aucune fyntaxe , leur fuffit pour rendre toutes leurs
idées , & pour exprimer tous leurs beſoins . Noble
fimplicité , qui n'excluant ni les modifications des
tons , ni la pantomime des paffions , les garantit
de cette ſuperbe batrologia
Sue nous appelions la
richelle des langues , & qui nous fait perdre dans
le labyrinthe des mots , la netteté des perceptions
& la promptitude du jugement. Le Taïtien , au
contraire , nomme fon objet auffi- tôt qu'il l'apperçoit.
Le ton dont il a prononcé le nom de cet objer
, a déjà rendu la maniere dont il en eft
affecté. Peu de paroles font une converſation rapide.
Les opérations de l'ame , les mouvemens du
coeur font ifochrones avec le remuement des
lèvres. Celui qui parle , & celui qui écoute font
toujours à l'unifloa. Notre Prince Taïtien qui
depuis fept ou buit mois qu'il étoit avec nous ,
n'avoit pas encore appris dix de nos paroles ,
étourdi le plus fouvent de leur volubilité , n'avoit
d'autre refource que celle de ſe boucher les oreilles
, & de nous rire au nez .
Ce n'est point ici une horde de fauvages grof.
fiers & ftupides ; tout chez ce peuple eft marqué
au coin de la plus parfaite intelligence . Leurs pirogues
font d'une conſtruction qui n'a point de modèle
connu , leur navigation eft dirigée par l'infpection
des aftres , leurs cafes font vaftes, de forme
élégante , commodes & régulières ; ils ont
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Fart , non pas de tiffer fil à fil de la toile , mais de
la faire fortir fubitement toute faite de deffous le
battoir , & de la colorer de gouttes de pourpre. Les
arbres fruitiers y font judicieufement elpacés ,
dans des champs qui ont tout l'agrément de nos
vergers, lans en avoir l'ennuyeufe fymmétrie ; tous
les écueils de leurs côtes , font balifés & éclairés
de nuit , en faveur de ceux qui tiennent la mer :
toutes leurs plantes font connues , & diftinguées
par des noms qui vont jufqu'à en indiquer les
affinités : les inftrumens de leurs arts , quoique
irés des matiéres brutes , font dignes cependant
d'être comparés aux nôtres par le choix des formes
, & la fùreté de leurs opérations.
Avec quelle induftrie ne traitoient-ils pas déjà
le fer , ce métal fi précieux pour eux qui ne le
tournent qu'en des ufages utiles , fi vil pour
nous qui en avons fait les inftrumens du délefpoir
& de la mort ! Avec quelle horreur ne repouffoient
ils pas les coucaux & les cifeaux que nous
leur offrions , parce qu'ils fembloient deviner
l'abus qu'on en pouvoit faire ! Avec quel empreffement
au contraire , ne font- ils pas venus
de nos
prendre les dimenfions de nos canots ,
chaloupes , de nos voiles , de nos tentes , de nos
bariques , en un mot de tout ce qu'ils ont cru
pouvoir avantageufement imiter !
Nous avons admiré la fimplicité de leurs moeurs,
l'honnêteté de leurs procédés , fur- tout envers
leurs femmes qui ne font nullement fubjuguées
chez eux comme chez les fauvages , leur philadelphie
entre eux tous , leur horreur pour l'effufion
du fang humain , leur reſpect idolâtre pour
leurs morts qu'ils ne regardent que comme des
gens endormis , enfin leur hofpitalité pour les
étrangers.
NOVEMBRE . 1769. 201
On a admis leurs chefs à nos repas ; tout ce
qui a paru fur les tables a excité leur curiofité. Ils
ont voulu qu'on leur rendît raifon de chaque plat.
Un légume leur fembloitil-bonells en demandoient
auffi- tôt de la graine ; en la recevant , ils s'informoient
où , & comment il falloit la planter , dans
combien de tems elle viendroit en rapport. Notre
pain leur a paru excellent , mais il leur a falhu
montrer le grain dont on le faifoit , les moyens
de le pulvérifer , la maniere de mettre la farine en
pâte , de la faire fermenter & de la cuire. Tous
ces procédés ont été fuivis & faifis dans le détail ;
le plus fouvent même il fuffifoit de leur dire la
moitié de la chofe , l'autre étoit déjà prévue &
devinée . Leur averfion pour le vin & les liqueurs
étoit invincible. Hommes fages en tout , ils reçoivent
fidellement des mains de la nature leursalimens
& leurs boiffons ; il n'y a chez eux ni liqueurs
fermentées ,ni pots à cuire : auffi n'a tonjamais vu
de plus belles dents, ni de plus belle carnation . Il eft
bien dommage que le feul homme qu'on puiffe
montrer de cette nation , en foit peut -être le plus
laid ; qu'on fe garde bien d'en juger fur cette
montre: mais fi je fuis obligé de le déprécier à cet
égard , je lui dois rendre la juftice, qu'il mérite
d'être étudié & connu ; individu vraiment intéreflant,
digne de toutes les attentions du miniftère
, & auquel il eft même dût , à titre de juftice ,
bien des dédommagemens pour tous les facrifices
volontaires qu'il nous a faits dans l'enthouſiaſme
de fon attachement pour nous.
On demandera fans doute de quel continent ,
de quel penple font venus ces infulaires ? Comme
fi ce n'étoit que d'émigrations en émigrations que
Ies continens , & les Ifles euflent pu fe peupler.
Comme fil'on ne pouvoit pas dans l'hypothèle
I v
202. MERCURE DE FRANCE.
*
même des émigrations , qu'on ne fçauroit fe dif
penfer d'admettre de tems en tems , fuppofer par
Toute terre un peuple primitif, qui a reçu & incorporé
le peuple émigrant , ou qui en a été chaflé
ou détruit . Pour moi en ne confidérant cette queftion
qu'en Naturalifte , j'admettrois volontiers
par-tout , ces peuples Protoplaftes , dont malgré
les révolutions phyfiques arrivées fur les différentes
parties de notre globe , il s'eft toujours confervé
au moins un couple fur chacune de celles qui
font reftées habitées , & je ne traiterois qu'en
hiftorien des révolutions humaines , toutes ces
émigrations vraies ou prétendues ; je vois , d'ailleurs
, des races d'hommes très - diftinctes . Ces
races mêlées enſemble ont bien pu produire des
nuances ; mais il n'y a qu'un mythologifte qui
puifle expliquer comment le tout feroit forti d'une
fouche commune : ainfi je ne vois pas pourquoi
les bons Taïtiens , ne feroient pas les propres fils
de leur terre je veux dire defcendus de leurs
aïeux toujours Taïtiens , en remontant auffi haut
que le peuple le plus jaloux de fon ancienneté . Je
vois encore moins à quelle nation il faudroit faire
honneur de la peuplade de Taïti , toujours maintenue
dans les termes de la fimple nature . Une
fociété d'hommes une fois corrompue , ne peut
fe régénérer en entier. Les Colonies portent partout
avec elles les vices de leur métropole. Que
l'on trouve de l'analogie dans la langue , dans les
moeurs , dans les utages de quelque peuple voisin,
ou éloigné de Taïti ? Je n'aurai rien à répliquer
& dans ce cas encore la queftion ne feroit que
rétorquée , & non pas réfolue . Je forme feule
ment une conjecture que je foumets bien volonriers
à ceux qui fe plaifent à difcuter ces fortes de
fujets. Je trouve dans la langue Taïtienne quatre
ou cinq mots dérivés de l'Eſpagnol , entr'autres
*
NOVEMBRE . 1769. 20 ;
celui d'haouri , qui vient évidemment d'hierro ,
fer , & Mattar, Matté , qui veut dire tuer ou tué.
Seroient- ce quelques Elpagnols échoués dans les
premieres navigations de la mer du Sud , qui leur
auroient fourni ces mots en leur donnant la premiere
connoiffance de la chofe ? La langue Taïtienne
feroit- elle donc auffi glorieuse de n'avoir
point eu jufqu'alors de mot propre à exprimer
l'action de ruer , que les anciennes loix de Lacédémone
de n'avoir point prononcé de peine contre
le parricide pour n'en avoir pas imaginé la poffibilité.
Si l'on m'admettoit cette fuppofition , queje
ne voudrois cependant pas faire au préjudice d'une
nation que je refpecte , j'en tirerois bientôt l'explication
de quelques ufages , & de l'origine de
quelques animaux , qui me femblent empruntés
des Européens. Ce feroit ainsi qu'une chienne &
une truie , pleines , auroient procuré à cette Ifle la
race des cochons , & des petits chiens d'Europe.
Ce feroit ainfi que l'art de mailler des tramails ,
ou filets à poiffon , & de les monter comme nous ,
la pratique de la faignée faite avec des efquilles.
de nacre , aiguifés en forme de lancettes , la reffemblance
de leurs fiéges avec ceux que nos nienuifiers
font très bas fur quatre pieds & fans
doffier pour les enfans , leurs cordes , leurs lignes
faites de fibres de végétaux , leurs trefles de cheveux
, leurs paniers , leurs hachés faites en
forme d'herminette , leurs pagnes paflées aut
cou des homines , en forme de dalmatique , leur
paflion pour les pendans d'oreilles & les bracelets,
& quelques autres ufages , qui pris diftributivement
n'établiſſent rien , indiqueroieur collecti
vement une fuite d'imitations de modes Européennes
: enfin le peu de fer échappé au naufrage
·
I vj
204
MERCURE DE FRANCE.
auroit depuis lors été détruit par la rouille, enforte
qu'il n'eft pas furprenant que nous n'en ayons pas
trouvé les moindres veftiges ; mais la tradition &
le nom , quoiqu'un peu corrompu s'en feroient
confervés ; fi mieux on n'aime fuppofer qu'une
Ifle éloignée d'environ cent ou deux cens lieues
avec laquelle le prince Taïtien nous a afluré qu'ils
communiquoient , ne leur ait donné ces notions
fans qu'ils ayent jamais eu aucune communication
immédiate avec les Européens
9"
Je ne quitterai pas ces chers Taïtiens fans les
avoir lavés d'une injure qu'on leur fait en les traitant
de voleurs : il eft vrai qu'ils nous ont enlevé
beaucoup de chofes , & cela même avec une dextérité
qui feroit honneur au plus habile filou de
Paris ; mais méritent - ils pour cela le nom de voleurs
? Qu'eft- ce que le vol ? C'est l'enlèvement
d'une chofe qui eft en propriété à un autre ; i
faut donc pour que l'an fe plaigne juftement
d'avoir été volé , qu'il lui ait été enlevé un effet
furlequel fon droit de propriété étoit préétabli &
avoué ; mais ce droit de propriété eft - il dans la
nature ? Non ; il eft de pure convention. Aucune .
convention n'oblige , à moins qu'elle ne foit connue
& acceptée. Le Taïtien qui n'a rien à lui , qui
offre & donne généreufement tout ce qu'il voit
défirer , ne l'a point connue ce droit exclufif ; donc
l'acte d'enlevement qu'il nous fait d'une chofe qui
excite fa curiofité , n'eft , felon lui qu'un acte
d'équité naturelle par lequel il fçait nous faire
exécuter ce qu'il exécuteroit lui-même . C'eſt une
inverſe du talion , par lequel on s'applique tout
le bien qu'on auroit fait aux autres. Notre prince
Taïtien étoit un plaifant voleur , il prenoit d'une
main un clou , ou un verre , ou un bifcuit , mais
NOVEMBRE. 1769. 205
J
c'étoit pour le donner de l'autre au premier des
fiens qu'il rencontroit , en leur enlevant canards ,
poules & cochons , qu'il nous apportoit. J'ai vu
la canne d'un officier levée fur lui , comme on le
furprenoit dans cette efpèce de fupercherie dont
on n'ignoroit pas le motif généreux . Je me jettai
avec indignation entre deux au hazard d'en rece
voir le coup moi - même : telle eft l'ame dure de la
plupart des marins , fur laquelle Jean - Jacques.
Rouffeau place fi plaisamment un point de doute,..
& d'interrogation ?
Je joins ici un double de l'infcription que j'ai
laiflée dans cette Ifle , gravée fur des médaillons
de plomb dans l'Ifle de Taïti : ne l'examinez point
Monfieur , avec la fcrupuleufe rigueur des critiques
en ftyle lapidaire. Si on y reconnoît feulefement
l'expreffion d'une ame touchée & reconaoiflante
, j'ai rempli le but que je me propofois.
médecine , & médecin botaniſte du Roi
à l'Ile de France , le 25 Février 1769 .
SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE
ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI ,
2
Le voyage que j'ai entrepris avec M. de Bou-
E
gainville , autour du monde , pour le progrès de
I'Hiftoire Naturelle , m'a fourni la matiere d'un
nombre immenfe d'obſervations : mais parmi les
chofes fingulières & qui doivent le plus intéreffer
le public , il n'y a rien de plus remarquable que la
découverte d'une Ifle nouvelle de la mer du Sud.
d'où M. de Bougainville a emmené un des principaux
habitans.
Cette Ifle me parut telle , que je lui avois déjà
appliqué le nom d'Utopie ou de fortunée , que
1 iij
198 MERCURE DE FRANCE .
Thomas Morus avoit donné à fa République
idéale : je ne favois pas encore que M. de Bougainville
l'avoit nommée la nouvelle Cythère , &
ce n'eft que poftérieurement encore qu'un des princes
de cette nation , [ celui que l'on a conduit en
Europe , nous a appris qu'elle étoit nommée
TAITI, par fes propres habitans. Le nom que
je lui deftinois convenoit à un pays , le feul peutêtre
de la terre , où habitent des hommes fans
vices , fans préjugés , fans befoins , fans diffentions.
1
Nés fous le plus beau ciel , nourris des fruits
d'une terre qui eft féconde fans culture , régis par
des peres de famille plutôt que par des Rois , ils
ne connoiflent d'autre Dieu que l'amour ; tous les
jours lui font confacrés , toute l'Ifle eft fon temple
, toutes les femmes en font les idoles , tous les
hommes les adorateurs. Et quelles femmes encore
! Les rivales des Géorgiennes pour la beauté
& les foeurs des Graces fans voile. La honte ni la
pudeur n'exercent point leur tyrannie ; la plus
légère des gazes flotte toujours au gré du vent &
des defirs. L'acte de créer fon femblable eſt un acte
de religion ; les préludes en font encouragés par
les voeux & les chants de tout le peuple aflemblé
& la fin eft célébrée par des applaudiffemens univerfels
; tout étranger eft admis à participer à ces
heureux mystères ; c'eft même un des devoirs de
l'hofpitalité que de les y inviter , de forte que le
bon Taïtien , jouit fans ceffe ou du fentiment de
fes propres plaifirs , ou du fpectacle de ceux des
autres. Quelque cenfeur auftère ne verra peut être
en celaqu'un débordement de maurs , une horrible
proftitution, le cynifie le plus effronté ; mais n'eftce
point l'état de l'homme naturel , né ellentielNOVEMBRE.
1759. 199
lement bon , exempt de tout préjugé , & fuivant
lans défiance comme lans remords , les douces
impulfions d'un inftinct toujours fûr , parce qu'il
n'a pas encore dégénéré en raison.
འ་་ འ
Une langue très - lonore , très- harmonieuſe ,
compofée d'environ quatre ou cinq cens mots
indéclinables & inconjugables , c'est - à - dire fans
aucune fyntaxe , leur fuffit pour rendre toutes leurs
idées , & pour exprimer tous leurs beſoins . Noble
fimplicité , qui n'excluant ni les modifications des
tons , ni la pantomime des paffions , les garantit
de cette ſuperbe batrologia
Sue nous appelions la
richelle des langues , & qui nous fait perdre dans
le labyrinthe des mots , la netteté des perceptions
& la promptitude du jugement. Le Taïtien , au
contraire , nomme fon objet auffi- tôt qu'il l'apperçoit.
Le ton dont il a prononcé le nom de cet objer
, a déjà rendu la maniere dont il en eft
affecté. Peu de paroles font une converſation rapide.
Les opérations de l'ame , les mouvemens du
coeur font ifochrones avec le remuement des
lèvres. Celui qui parle , & celui qui écoute font
toujours à l'unifloa. Notre Prince Taïtien qui
depuis fept ou buit mois qu'il étoit avec nous ,
n'avoit pas encore appris dix de nos paroles ,
étourdi le plus fouvent de leur volubilité , n'avoit
d'autre refource que celle de ſe boucher les oreilles
, & de nous rire au nez .
Ce n'est point ici une horde de fauvages grof.
fiers & ftupides ; tout chez ce peuple eft marqué
au coin de la plus parfaite intelligence . Leurs pirogues
font d'une conſtruction qui n'a point de modèle
connu , leur navigation eft dirigée par l'infpection
des aftres , leurs cafes font vaftes, de forme
élégante , commodes & régulières ; ils ont
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Fart , non pas de tiffer fil à fil de la toile , mais de
la faire fortir fubitement toute faite de deffous le
battoir , & de la colorer de gouttes de pourpre. Les
arbres fruitiers y font judicieufement elpacés ,
dans des champs qui ont tout l'agrément de nos
vergers, lans en avoir l'ennuyeufe fymmétrie ; tous
les écueils de leurs côtes , font balifés & éclairés
de nuit , en faveur de ceux qui tiennent la mer :
toutes leurs plantes font connues , & diftinguées
par des noms qui vont jufqu'à en indiquer les
affinités : les inftrumens de leurs arts , quoique
irés des matiéres brutes , font dignes cependant
d'être comparés aux nôtres par le choix des formes
, & la fùreté de leurs opérations.
Avec quelle induftrie ne traitoient-ils pas déjà
le fer , ce métal fi précieux pour eux qui ne le
tournent qu'en des ufages utiles , fi vil pour
nous qui en avons fait les inftrumens du délefpoir
& de la mort ! Avec quelle horreur ne repouffoient
ils pas les coucaux & les cifeaux que nous
leur offrions , parce qu'ils fembloient deviner
l'abus qu'on en pouvoit faire ! Avec quel empreffement
au contraire , ne font- ils pas venus
de nos
prendre les dimenfions de nos canots ,
chaloupes , de nos voiles , de nos tentes , de nos
bariques , en un mot de tout ce qu'ils ont cru
pouvoir avantageufement imiter !
Nous avons admiré la fimplicité de leurs moeurs,
l'honnêteté de leurs procédés , fur- tout envers
leurs femmes qui ne font nullement fubjuguées
chez eux comme chez les fauvages , leur philadelphie
entre eux tous , leur horreur pour l'effufion
du fang humain , leur reſpect idolâtre pour
leurs morts qu'ils ne regardent que comme des
gens endormis , enfin leur hofpitalité pour les
étrangers.
NOVEMBRE . 1769. 201
On a admis leurs chefs à nos repas ; tout ce
qui a paru fur les tables a excité leur curiofité. Ils
ont voulu qu'on leur rendît raifon de chaque plat.
Un légume leur fembloitil-bonells en demandoient
auffi- tôt de la graine ; en la recevant , ils s'informoient
où , & comment il falloit la planter , dans
combien de tems elle viendroit en rapport. Notre
pain leur a paru excellent , mais il leur a falhu
montrer le grain dont on le faifoit , les moyens
de le pulvérifer , la maniere de mettre la farine en
pâte , de la faire fermenter & de la cuire. Tous
ces procédés ont été fuivis & faifis dans le détail ;
le plus fouvent même il fuffifoit de leur dire la
moitié de la chofe , l'autre étoit déjà prévue &
devinée . Leur averfion pour le vin & les liqueurs
étoit invincible. Hommes fages en tout , ils reçoivent
fidellement des mains de la nature leursalimens
& leurs boiffons ; il n'y a chez eux ni liqueurs
fermentées ,ni pots à cuire : auffi n'a tonjamais vu
de plus belles dents, ni de plus belle carnation . Il eft
bien dommage que le feul homme qu'on puiffe
montrer de cette nation , en foit peut -être le plus
laid ; qu'on fe garde bien d'en juger fur cette
montre: mais fi je fuis obligé de le déprécier à cet
égard , je lui dois rendre la juftice, qu'il mérite
d'être étudié & connu ; individu vraiment intéreflant,
digne de toutes les attentions du miniftère
, & auquel il eft même dût , à titre de juftice ,
bien des dédommagemens pour tous les facrifices
volontaires qu'il nous a faits dans l'enthouſiaſme
de fon attachement pour nous.
On demandera fans doute de quel continent ,
de quel penple font venus ces infulaires ? Comme
fi ce n'étoit que d'émigrations en émigrations que
Ies continens , & les Ifles euflent pu fe peupler.
Comme fil'on ne pouvoit pas dans l'hypothèle
I v
202. MERCURE DE FRANCE.
*
même des émigrations , qu'on ne fçauroit fe dif
penfer d'admettre de tems en tems , fuppofer par
Toute terre un peuple primitif, qui a reçu & incorporé
le peuple émigrant , ou qui en a été chaflé
ou détruit . Pour moi en ne confidérant cette queftion
qu'en Naturalifte , j'admettrois volontiers
par-tout , ces peuples Protoplaftes , dont malgré
les révolutions phyfiques arrivées fur les différentes
parties de notre globe , il s'eft toujours confervé
au moins un couple fur chacune de celles qui
font reftées habitées , & je ne traiterois qu'en
hiftorien des révolutions humaines , toutes ces
émigrations vraies ou prétendues ; je vois , d'ailleurs
, des races d'hommes très - diftinctes . Ces
races mêlées enſemble ont bien pu produire des
nuances ; mais il n'y a qu'un mythologifte qui
puifle expliquer comment le tout feroit forti d'une
fouche commune : ainfi je ne vois pas pourquoi
les bons Taïtiens , ne feroient pas les propres fils
de leur terre je veux dire defcendus de leurs
aïeux toujours Taïtiens , en remontant auffi haut
que le peuple le plus jaloux de fon ancienneté . Je
vois encore moins à quelle nation il faudroit faire
honneur de la peuplade de Taïti , toujours maintenue
dans les termes de la fimple nature . Une
fociété d'hommes une fois corrompue , ne peut
fe régénérer en entier. Les Colonies portent partout
avec elles les vices de leur métropole. Que
l'on trouve de l'analogie dans la langue , dans les
moeurs , dans les utages de quelque peuple voisin,
ou éloigné de Taïti ? Je n'aurai rien à répliquer
& dans ce cas encore la queftion ne feroit que
rétorquée , & non pas réfolue . Je forme feule
ment une conjecture que je foumets bien volonriers
à ceux qui fe plaifent à difcuter ces fortes de
fujets. Je trouve dans la langue Taïtienne quatre
ou cinq mots dérivés de l'Eſpagnol , entr'autres
*
NOVEMBRE . 1769. 20 ;
celui d'haouri , qui vient évidemment d'hierro ,
fer , & Mattar, Matté , qui veut dire tuer ou tué.
Seroient- ce quelques Elpagnols échoués dans les
premieres navigations de la mer du Sud , qui leur
auroient fourni ces mots en leur donnant la premiere
connoiffance de la chofe ? La langue Taïtienne
feroit- elle donc auffi glorieuse de n'avoir
point eu jufqu'alors de mot propre à exprimer
l'action de ruer , que les anciennes loix de Lacédémone
de n'avoir point prononcé de peine contre
le parricide pour n'en avoir pas imaginé la poffibilité.
Si l'on m'admettoit cette fuppofition , queje
ne voudrois cependant pas faire au préjudice d'une
nation que je refpecte , j'en tirerois bientôt l'explication
de quelques ufages , & de l'origine de
quelques animaux , qui me femblent empruntés
des Européens. Ce feroit ainsi qu'une chienne &
une truie , pleines , auroient procuré à cette Ifle la
race des cochons , & des petits chiens d'Europe.
Ce feroit ainfi que l'art de mailler des tramails ,
ou filets à poiffon , & de les monter comme nous ,
la pratique de la faignée faite avec des efquilles.
de nacre , aiguifés en forme de lancettes , la reffemblance
de leurs fiéges avec ceux que nos nienuifiers
font très bas fur quatre pieds & fans
doffier pour les enfans , leurs cordes , leurs lignes
faites de fibres de végétaux , leurs trefles de cheveux
, leurs paniers , leurs hachés faites en
forme d'herminette , leurs pagnes paflées aut
cou des homines , en forme de dalmatique , leur
paflion pour les pendans d'oreilles & les bracelets,
& quelques autres ufages , qui pris diftributivement
n'établiſſent rien , indiqueroieur collecti
vement une fuite d'imitations de modes Européennes
: enfin le peu de fer échappé au naufrage
·
I vj
204
MERCURE DE FRANCE.
auroit depuis lors été détruit par la rouille, enforte
qu'il n'eft pas furprenant que nous n'en ayons pas
trouvé les moindres veftiges ; mais la tradition &
le nom , quoiqu'un peu corrompu s'en feroient
confervés ; fi mieux on n'aime fuppofer qu'une
Ifle éloignée d'environ cent ou deux cens lieues
avec laquelle le prince Taïtien nous a afluré qu'ils
communiquoient , ne leur ait donné ces notions
fans qu'ils ayent jamais eu aucune communication
immédiate avec les Européens
9"
Je ne quitterai pas ces chers Taïtiens fans les
avoir lavés d'une injure qu'on leur fait en les traitant
de voleurs : il eft vrai qu'ils nous ont enlevé
beaucoup de chofes , & cela même avec une dextérité
qui feroit honneur au plus habile filou de
Paris ; mais méritent - ils pour cela le nom de voleurs
? Qu'eft- ce que le vol ? C'est l'enlèvement
d'une chofe qui eft en propriété à un autre ; i
faut donc pour que l'an fe plaigne juftement
d'avoir été volé , qu'il lui ait été enlevé un effet
furlequel fon droit de propriété étoit préétabli &
avoué ; mais ce droit de propriété eft - il dans la
nature ? Non ; il eft de pure convention. Aucune .
convention n'oblige , à moins qu'elle ne foit connue
& acceptée. Le Taïtien qui n'a rien à lui , qui
offre & donne généreufement tout ce qu'il voit
défirer , ne l'a point connue ce droit exclufif ; donc
l'acte d'enlevement qu'il nous fait d'une chofe qui
excite fa curiofité , n'eft , felon lui qu'un acte
d'équité naturelle par lequel il fçait nous faire
exécuter ce qu'il exécuteroit lui-même . C'eſt une
inverſe du talion , par lequel on s'applique tout
le bien qu'on auroit fait aux autres. Notre prince
Taïtien étoit un plaifant voleur , il prenoit d'une
main un clou , ou un verre , ou un bifcuit , mais
NOVEMBRE. 1769. 205
J
c'étoit pour le donner de l'autre au premier des
fiens qu'il rencontroit , en leur enlevant canards ,
poules & cochons , qu'il nous apportoit. J'ai vu
la canne d'un officier levée fur lui , comme on le
furprenoit dans cette efpèce de fupercherie dont
on n'ignoroit pas le motif généreux . Je me jettai
avec indignation entre deux au hazard d'en rece
voir le coup moi - même : telle eft l'ame dure de la
plupart des marins , fur laquelle Jean - Jacques.
Rouffeau place fi plaisamment un point de doute,..
& d'interrogation ?
Je joins ici un double de l'infcription que j'ai
laiflée dans cette Ifle , gravée fur des médaillons
de plomb dans l'Ifle de Taïti : ne l'examinez point
Monfieur , avec la fcrupuleufe rigueur des critiques
en ftyle lapidaire. Si on y reconnoît feulefement
l'expreffion d'une ame touchée & reconaoiflante
, j'ai rempli le but que je me propofois.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Commerson, docteur en médecine, & médecin botaniste du Roi à l'Isle de France, le 25 Février 1769. SUR LA DÉCOUVERTE DE LA NOUVELLE ISLE DE CYTHÈRE OU TAÏTI.
La lettre de M. Commerfon, médecin et botaniste du Roi, datée du 25 février 1769, relate la découverte d'une nouvelle île lors d'un voyage autour du monde avec M. de Bougainville. Cette île, nommée Nouvelle Cythère par Bougainville et Taïti par ses habitants, se trouve dans la mer du Sud. Les Taïtiens vivent dans un environnement idyllique et sont décrits comme exempts de vices et de préjugés. Leur société est organisée autour de pères de famille plutôt que de rois, et ils vénèrent l'amour comme unique divinité. La sexualité y est libre et intégrée dans la vie quotidienne. Les Taïtiens possèdent une langue simple mais expressive et montrent une grande intelligence et savoir-faire dans divers domaines tels que la construction de pirogues, la navigation, l'agriculture et l'artisanat. Ils manifestent un grand intérêt pour les objets et techniques européens, notamment le fer. Leur société est marquée par la simplicité des mœurs, l'honnêteté, le respect mutuel et une hospitalité exemplaire. Ils refusent les armes et montrent une aversion pour la violence. En novembre 1769, des chefs taïtiens ont montré une grande curiosité pour les aliments européens, posant des questions détaillées sur divers plats et demandant des graines pour les cultiver. Ils ont refusé le vin et les liqueurs, préférant les aliments naturels. Leur santé dentaire et leur teint étaient remarquables. L'auteur discute de l'origine des habitants de Taïti, suggérant qu'ils pourraient être des peuples autochtones ayant évolué sur place. Il note des similitudes linguistiques avec l'espagnol et émet l'hypothèse que des Espagnols naufragés auraient pu introduire certains termes et usages. Plusieurs pratiques et objets taïtiens montrent des influences européennes, comme les filets de pêche et les vêtements. L'auteur défend les Tahitiens contre l'accusation de vol, expliquant que leur comportement est dicté par une compréhension différente de la propriété. Ils partagent généreusement leurs biens et prennent des objets européens par curiosité et pour les redistribuer. L'auteur raconte un incident où il a empêché une punition injustifiée et mentionne une inscription laissée sur l'île, exprimant sa reconnaissance envers les Tahitiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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303
p. 72-73
AUTRE.
Début :
Je suis ce qu'on m'a fait ; car je ne suis point né [...]
Mots clefs :
Avocat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
JE fuis ce qu'on m'a fait ; car je ne ſuis point né
Tout comme l'on me voit : mais quand je ſuis
formé ,
On me trouve à la ville , ainſi qu'à la campagne.
Je ſuis cauſe ſouvent que l'on perd ou l'on gagne ;
Je ſuis utile aux rois , aux grands comme aux petits;
Je cours après la gloire & je crains les mépris ;
J'habite les palais ainſi que les chaumieres ,
Pour m'éclairer fur- tout il faut bien des lumieres.
Si quelque fois j'ennuie , une autre fois je plais.
Je ſers à la diſcorde auſſi-bien qu'à la paix ;
Je produis très -ſouvent la joie & l'abondance ,
Mais je ſuis cauſe auſſi qu'on eſt dans l'indigence;
Je fais rire& pleurer , &dans le même inſtant
Je rends l'un ſatisfait & l'autre mécontent.
Souvent de ma fabrique il ſort un équipage ;
Je loge quelquefois dans un premier étage ,
Et plus ſouvent encore on me trouve au grenier.
Tel a le premier rang , je le mets au dernier ;
Mais en me combinant , voici bien d'autres cho-
)
fes:
Tranſpoſant mes fix pieds , que de métamorphoſes!
Si tu veux me trouver , lecteur , avec ſuccès ,
Cherche
AVRIL 1770. 73
Cherchebien douze mots , neuf latins , trois françois
;
J'offre d'abord en cinq , une fille avisée ,
Et perſonne expérimentée.
Quatre, forment le fonds de mille complimens ,
Cequ'on faitquand on veut vivre dans les couvens
;
Autrequatre aſlemblés font le nom d'une fille
Qui n'eſt pas fort ſouvent d'une grande famille ;
Plus , ceque fait chacun lorſqu'il va , qu'il agit ,
Etcertain officier , quand pour nous il écrit ;
Deux déſignent le ton d'un maître à ſon eſclave;
Une note , une clef, non celle de la cave.
Dans trois pieds , de mon tout , gît une qualité
Que donne un jeune enfant tout d'abord qu'il eſt
né.
Plus , une maladie aux brebis très - funeſte ,
Dont le ſon repété fait qu'on m'entend de reſte :
Plus , deux conjonctions , un verbe appellatif,
Unqui peint le loiſir , le même applicatif;
Enfin , me remettant dans ma premiere forme ,
Mon être indépendantdépend d'un droit énorme.
Faut- il , pour me trouver, parcourir tous les cieux;
Non , cher ami lecteur , car je ſuis ſous tes yeux .
Par M Alleon des Gouſtes ,
avocat au parlement.
JE fuis ce qu'on m'a fait ; car je ne ſuis point né
Tout comme l'on me voit : mais quand je ſuis
formé ,
On me trouve à la ville , ainſi qu'à la campagne.
Je ſuis cauſe ſouvent que l'on perd ou l'on gagne ;
Je ſuis utile aux rois , aux grands comme aux petits;
Je cours après la gloire & je crains les mépris ;
J'habite les palais ainſi que les chaumieres ,
Pour m'éclairer fur- tout il faut bien des lumieres.
Si quelque fois j'ennuie , une autre fois je plais.
Je ſers à la diſcorde auſſi-bien qu'à la paix ;
Je produis très -ſouvent la joie & l'abondance ,
Mais je ſuis cauſe auſſi qu'on eſt dans l'indigence;
Je fais rire& pleurer , &dans le même inſtant
Je rends l'un ſatisfait & l'autre mécontent.
Souvent de ma fabrique il ſort un équipage ;
Je loge quelquefois dans un premier étage ,
Et plus ſouvent encore on me trouve au grenier.
Tel a le premier rang , je le mets au dernier ;
Mais en me combinant , voici bien d'autres cho-
)
fes:
Tranſpoſant mes fix pieds , que de métamorphoſes!
Si tu veux me trouver , lecteur , avec ſuccès ,
Cherche
AVRIL 1770. 73
Cherchebien douze mots , neuf latins , trois françois
;
J'offre d'abord en cinq , une fille avisée ,
Et perſonne expérimentée.
Quatre, forment le fonds de mille complimens ,
Cequ'on faitquand on veut vivre dans les couvens
;
Autrequatre aſlemblés font le nom d'une fille
Qui n'eſt pas fort ſouvent d'une grande famille ;
Plus , ceque fait chacun lorſqu'il va , qu'il agit ,
Etcertain officier , quand pour nous il écrit ;
Deux déſignent le ton d'un maître à ſon eſclave;
Une note , une clef, non celle de la cave.
Dans trois pieds , de mon tout , gît une qualité
Que donne un jeune enfant tout d'abord qu'il eſt
né.
Plus , une maladie aux brebis très - funeſte ,
Dont le ſon repété fait qu'on m'entend de reſte :
Plus , deux conjonctions , un verbe appellatif,
Unqui peint le loiſir , le même applicatif;
Enfin , me remettant dans ma premiere forme ,
Mon être indépendantdépend d'un droit énorme.
Faut- il , pour me trouver, parcourir tous les cieux;
Non , cher ami lecteur , car je ſuis ſous tes yeux .
Par M Alleon des Gouſtes ,
avocat au parlement.
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307
p. 93-99
Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Début :
Discours sur l'Education, prononcés au Collége Royal de Rouen, suivis de [...]
Mots clefs :
Éducation, Lois, Élève, Mémoire, Dieu, Discours, Réflexions, Professeur, Jean-Jacques Rousseau, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Difcours fur l'Education , prononcés au
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
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Résumé : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Discours sur l'Éducation' de M. Auger, professeur d'éloquence au Collège de Rouen et membre de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen, vise à guider les parents dans l'éducation de leurs enfants. M. Auger s'inspire de divers auteurs, dont Jean-Jacques Rousseau, dont il apprécie l'œuvre 'Émile'. Rousseau préconise une éducation lacédémonienne axée sur le renforcement physique et l'apprentissage par la conversation. Cependant, M. Auger recommande de développer la mémoire des jeunes élèves dès leur plus jeune âge avec des sujets agréables et utiles, et d'enseigner tôt les principes religieux, contrairement à Rousseau. M. Auger met en avant l'importance de l'autonomie des élèves, capables de travailler seuls et de surmonter les obstacles sans aide extérieure. Il critique l'idée de n'instruire les enfants que par la conversation, estimant nécessaire de remplir leur mémoire de mots, de faits et d'idées dès le jeune âge pour faciliter l'application de l'esprit plus tard. Le texte aborde également la figure du souverain, dont le pouvoir repose sur les lois et l'amour de ses sujets. Les lois sont essentielles pour affirmer la puissance souveraine, et les princes rares sont ceux qui cherchent à les détruire. La corruption des lois provient souvent des sujets, certains voulant s'y soustraire, d'autres aspirant à dominer par leur biais. Pour que les lois soient respectées, il est crucial d'honorer les ministres et les compagnies utiles, comparées à des chaînes solides attachées au trône, unissant toutes les parties d'un vaste empire et liant les membres du corps politique au souverain. Le texte inclut aussi des extraits sur divers plans d'éducation, notamment ceux de Platon, des anciens Perses et de l'institution lacédémonienne, ainsi que des réflexions sur l'amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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308
p. 204
II.
Début :
M. Coulon, Expert vérificateur des écritures contestées en justice, &c. donne avis que pour [...]
Mots clefs :
Écritures, M. Coulon, Successions vacantes, Gazettes étrangères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
I I.
M. Coulon , Expert vérificateur des écritures
conteſtées en juftice , &c. donne avis que pour
l'agrément de ceux qui font des recherches pour
découvrir les fucceffions vacantes , qu'il a recueilli
& fait une collection de toutes celles qui
ont été annoncées dans les Gazettes étrangères
& autres papiers publics , depuis trente ans
jufqu'à ce jour. On peut donc s'adrefler directement
à M. Coulon , rue du Bacq , qui indiquera
le papier où le trouve la fucceffion après laquelle
on court.
M. Coulon , Expert vérificateur des écritures
conteſtées en juftice , &c. donne avis que pour
l'agrément de ceux qui font des recherches pour
découvrir les fucceffions vacantes , qu'il a recueilli
& fait une collection de toutes celles qui
ont été annoncées dans les Gazettes étrangères
& autres papiers publics , depuis trente ans
jufqu'à ce jour. On peut donc s'adrefler directement
à M. Coulon , rue du Bacq , qui indiquera
le papier où le trouve la fucceffion après laquelle
on court.
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309
p. 125-126
Commentaires sur les loix angloises, [titre d'après la table]
Début :
Commentaires sur les Loix Angloises, de M. Blackstone ; traduits de l'Anglois. [...]
Mots clefs :
Commentaire, Circonstances, Révolutions, Royaume, Lois
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texteReconnaissance textuelle : Commentaires sur les loix angloises, [titre d'après la table]
Commentairesfur les Loix Angloiſes , de
M. Blackſtone; traduits de l'Anglois.
Tomes IV , V & VI . A Paris , chez la
veuve Deſaint , Lib , rue du Foin ; &
Durand , rue Galande.
Nous avons rendu à ce profond Jurifconfulte
le juſte tribut d'éloges qui lui
eſt dû . Son Ouvrage , qui a eu en Angleterre
un ſuccès brillant , a été également
bien accueilli de tous les Etrangers.
Comme les loix dont cet Auteur nous
donne le commentaire , n'ont pas été
établies tout d'un coup , mais ſeulement
à meſure que les circonstances ont paru
l'exiger , il en réſulte que pour bien faire
comprendre ces règles, il a fallu déve
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
lopper les circonstances qui les avoient
ſuggérées . Et c'eſt ce qu'a fait M. Blackftone
dans ſon commentaire , qui peut
fervir à nous bien faire connoître l'hiftoire
des révolutions de ce Royaume.
Rien n'eſt plus propre à multiplier ces
révolutions que le mépris de ces mêmes
loix qui font deſtinées à opérer la tranquillité
& la liberté de chaque membre
de l'Etat ; & c'eſt au contraire de Pobſervation
répétée des loix que ſe forme
l'heureuſe habitude de l'obéiſſance , ſans
laquelle il n'y a point d'harmonie dans
un Royaume. On ne ſauroit donner trop
de ſtabilité aux loix qui aſſurent le tien
& le mien , qui autentiquent les propriétés
& qui mettent des bornes à l'arbitraire
du Juge ; & la connoiffance de
ces loix ne peut que produire d'heureux
effets. Pourquoi faut-il que leur multitude
trop immenfe , & la rareté des
bons commentaires , rendent cette étude
fi difficile.
M. Blackſtone; traduits de l'Anglois.
Tomes IV , V & VI . A Paris , chez la
veuve Deſaint , Lib , rue du Foin ; &
Durand , rue Galande.
Nous avons rendu à ce profond Jurifconfulte
le juſte tribut d'éloges qui lui
eſt dû . Son Ouvrage , qui a eu en Angleterre
un ſuccès brillant , a été également
bien accueilli de tous les Etrangers.
Comme les loix dont cet Auteur nous
donne le commentaire , n'ont pas été
établies tout d'un coup , mais ſeulement
à meſure que les circonstances ont paru
l'exiger , il en réſulte que pour bien faire
comprendre ces règles, il a fallu déve
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
lopper les circonstances qui les avoient
ſuggérées . Et c'eſt ce qu'a fait M. Blackftone
dans ſon commentaire , qui peut
fervir à nous bien faire connoître l'hiftoire
des révolutions de ce Royaume.
Rien n'eſt plus propre à multiplier ces
révolutions que le mépris de ces mêmes
loix qui font deſtinées à opérer la tranquillité
& la liberté de chaque membre
de l'Etat ; & c'eſt au contraire de Pobſervation
répétée des loix que ſe forme
l'heureuſe habitude de l'obéiſſance , ſans
laquelle il n'y a point d'harmonie dans
un Royaume. On ne ſauroit donner trop
de ſtabilité aux loix qui aſſurent le tien
& le mien , qui autentiquent les propriétés
& qui mettent des bornes à l'arbitraire
du Juge ; & la connoiffance de
ces loix ne peut que produire d'heureux
effets. Pourquoi faut-il que leur multitude
trop immenfe , & la rareté des
bons commentaires , rendent cette étude
fi difficile.
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Résumé : Commentaires sur les loix angloises, [titre d'après la table]
Le texte traite des 'Commentaires sur les Lois Angloises' de M. Blackstone, traduits de l'anglais et publiés en trois tomes à Paris. Cet ouvrage a rencontré un grand succès en Angleterre et a été favorablement reçu par les étrangers. Blackstone y explique les lois anglaises en les situant dans leur contexte historique, soulignant qu'elles ont été élaborées progressivement en fonction des besoins. Ses commentaires permettent de mieux comprendre les révolutions au Royaume-Uni. Le texte insiste sur l'importance du respect des lois pour préserver la tranquillité et la liberté dans l'État. Il met en garde contre le mépris des lois, susceptible de provoquer des révolutions, et souligne la nécessité de stabiliser les lois pour protéger les biens et limiter l'arbitraire judiciaire. Cependant, l'étude des lois est compliquée par leur nombre excessif et le manque de bons commentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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310
p. 126-131
Commentaire sur le code criminel d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Commentaire sur le Code criminel d'Angleterre, traduit de l'Anglois de Blackstone, [...]
Mots clefs :
Lois, Peines, Code criminel, Angleterre, Général, Gabriel-François Coyer, Jurisconsultes, Délits, Coupables, Loi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Commentaire sur le code criminel d'Angleterre, [titre d'après la table]
Commentaire fur le Code criminel d'Angleterre
, traduit de l'Anglois de Blackf
tone , Ecuyer , Solliciteur Général de
Sa Majefté Britannique , par M. l'Abbé
Coyer , des Académics de Nancy , de
Rome & de Londres ; 2 vol . in- 8 °. A
Paris , chez Knapen , Imp . Lib . Pont
Saint Michel.
L'Auteur de cet Ouvrage eſt tout au
tant eſtimé en Anglererre , que M. de
Monteſquieu l'a été en France. Les leçons
publiques qu'il a données des loix de fon
paysdansla célèbre Univerſité d'Oxford ,
lui concilièrent tous les fuffrages de ſes
Concitoyens. LeGouvernement Anglois
perfuadé que celui qui poſſédoit ſi bien
la théorie & les principes des loix , ne
pouvoit être qu'un grand Magiſtrat , l'éleva
à la place de Solliciteur Général , la
ſeconde dans toutes les Cours de Juſtice
d'Angleterre. Les fonctions de cette place
reſſemblent à celles quel'Avocat-Général
exerce dans nos Tribunaux . L'Ouvrage
que cet Auteur profond a donné ſur les
loix civiles d'Angleterre a été bien accueilli
, même par les autres Nations. Il
n'y a certainement aucune étude qui
exige plus d'ordre & plus de précaution
que l'étude de la Jurisprudence , à cauſe
de l'étendue & de la variété des matières
qu'elle embraſſe plus ou moins dans tous
les pays. C'eſt rendre un grand ſervice
aux Jurifconfultes que de réduire les
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
ſciences étendues à des principes clairs
& certains qui ont leurs bornes, ou de
diffiper l'obfcurité qu'on y a mêlée . Les
Ouvrages clairs & profonds que M.
Blackſtone a donnés ſur les loix civiles
&criminelles , réuniſſent ce double avantage.
Quant au Code criminel dont nous
annonçons le commentaire , M. l'Abbé
Coyer , en patriote éclairé , fait l'éloge
de celui où les délits ſeroient exactement
définis ; où l'accufation & la défenſe ſer
roient publiques ; où l'accuſé auroit tous
les moyens raisonnables de ſe juſtifier ;
où il feroit jugé par ſes Pairs à la face
du Peuple ; où les peines feroient graduées
ſur les délits , ſans rien laiffer à
l'arbitraire ; où l'on appercevroit clairement
que l'objet des peines n'eſt pas tant
de faire expier que de prévenir le crime ;
où l'on ne traiteroit pas légèrement la
fortune , l'honneur & la vie du Citoyen ;
où l'on auroit pour principe qu'il vaut
mieux laiſſer échapper dix coupables que
de condamner un innocent ; où les peines
légères ſeroient préférées aux peines rigoureuſes
, comme plus propres à corriger
; où l'on établiroit que les loix mo
dérées font ordinaitement mieux obſervées
que les loix du ſang ; où l'on éloi
gneroit l'appareil révoltant de tortures ,
de tourmens atroces , de morts cruelles
& recherchées , dont eſt conſtruit le code
criminel de tantde Nations qu'on appelle
civiliſées ; où enfin la pitié , ce premier
ſentiment de l'homme , tempéreroit la
rigueur néceſſaire de la loi , par des remèdes
que la loi même autoriſeroit .
D'après cette idée de la légiflation criminelle
, le Traducteur defire que chaque
Nation ſe l'approprie , bien entendu
que l'on conſulte toujours ce que le génie
des Peuples , la nature du Gouverne
ment , la diverſité des moeurs , de la
Religion & des climats peuvent exiger .
Nous n'entreprendrons pas de faire ici
l'énumération des avantages&des inconvéniens
de différens codes criminels qui
exiftent en Europe. C'eſt aux ſavans Jurifconfultes
à faire ces fortes de difcuffions
, & aux Magiſtrats éclairés à les
apprécier & à ſe livrer à des travaux
utiles qui puiffent ſeconder le zèle & les
vues bienfaiſantes des Légiſlateurs. Nos
loix pénales ne font-elles pas trop ſévères
? La ſociété ne gagneroit elle pas à
voir commuer dans pluſieurs circonftances
, la peine de mort en travaux forcés ,
utiles au Public , & qui laifferoient aux
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
coupables l'eſpérance d'expier leurs cri
mes & de rentrer enfin dans l'ordre com
mun des Citoyens ? Ne doit - on pas
craindre que des Juges doux & clémens
n'éludent , autant qu'ils le peuvent , les
recherches & les pourſuites des délits ordinaires
, parce qu'ils craindront d'être
forcés par la loi à prononcer des jugemens
qui leur paroîtront trop ſévères ?
Et ne reſultera-t-il pas de cette négligence
que les coupables s'habitueront à
des tranfgreffions plus ou moins graves ,
&, de délit en délit , paſſeront juſqu'aux
crimes les plus énormes ? La crainte de
la mort eſt- elle toujours un objet fuffifant
de terreur pour des hommes dépravés
, qui redoutent encore plus les travaux
rudes & une longue captivité ?
Queſtions importantes & épineuſes , qui
exigent une profonde connoiſſance du
coeur humain , une expérience confommée
, un ardent amour pour la justice ,
&une forte de reſpect pour tous les
hommes , de quelque condition qu'ils
foient. Les Jurifconfultes & les Magif
trats qui réunillent ces heureuſes qualités
, ne peuvent que bien accueillir les
Ouvrages qui , comme celui de M...
l'Abbé Coyer , ſont propres à éclairs
a
OCTOBRE. 1776. 131
1
rer ſur des matières auſſi importantes.
, traduit de l'Anglois de Blackf
tone , Ecuyer , Solliciteur Général de
Sa Majefté Britannique , par M. l'Abbé
Coyer , des Académics de Nancy , de
Rome & de Londres ; 2 vol . in- 8 °. A
Paris , chez Knapen , Imp . Lib . Pont
Saint Michel.
L'Auteur de cet Ouvrage eſt tout au
tant eſtimé en Anglererre , que M. de
Monteſquieu l'a été en France. Les leçons
publiques qu'il a données des loix de fon
paysdansla célèbre Univerſité d'Oxford ,
lui concilièrent tous les fuffrages de ſes
Concitoyens. LeGouvernement Anglois
perfuadé que celui qui poſſédoit ſi bien
la théorie & les principes des loix , ne
pouvoit être qu'un grand Magiſtrat , l'éleva
à la place de Solliciteur Général , la
ſeconde dans toutes les Cours de Juſtice
d'Angleterre. Les fonctions de cette place
reſſemblent à celles quel'Avocat-Général
exerce dans nos Tribunaux . L'Ouvrage
que cet Auteur profond a donné ſur les
loix civiles d'Angleterre a été bien accueilli
, même par les autres Nations. Il
n'y a certainement aucune étude qui
exige plus d'ordre & plus de précaution
que l'étude de la Jurisprudence , à cauſe
de l'étendue & de la variété des matières
qu'elle embraſſe plus ou moins dans tous
les pays. C'eſt rendre un grand ſervice
aux Jurifconfultes que de réduire les
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
ſciences étendues à des principes clairs
& certains qui ont leurs bornes, ou de
diffiper l'obfcurité qu'on y a mêlée . Les
Ouvrages clairs & profonds que M.
Blackſtone a donnés ſur les loix civiles
&criminelles , réuniſſent ce double avantage.
Quant au Code criminel dont nous
annonçons le commentaire , M. l'Abbé
Coyer , en patriote éclairé , fait l'éloge
de celui où les délits ſeroient exactement
définis ; où l'accufation & la défenſe ſer
roient publiques ; où l'accuſé auroit tous
les moyens raisonnables de ſe juſtifier ;
où il feroit jugé par ſes Pairs à la face
du Peuple ; où les peines feroient graduées
ſur les délits , ſans rien laiffer à
l'arbitraire ; où l'on appercevroit clairement
que l'objet des peines n'eſt pas tant
de faire expier que de prévenir le crime ;
où l'on ne traiteroit pas légèrement la
fortune , l'honneur & la vie du Citoyen ;
où l'on auroit pour principe qu'il vaut
mieux laiſſer échapper dix coupables que
de condamner un innocent ; où les peines
légères ſeroient préférées aux peines rigoureuſes
, comme plus propres à corriger
; où l'on établiroit que les loix mo
dérées font ordinaitement mieux obſervées
que les loix du ſang ; où l'on éloi
gneroit l'appareil révoltant de tortures ,
de tourmens atroces , de morts cruelles
& recherchées , dont eſt conſtruit le code
criminel de tantde Nations qu'on appelle
civiliſées ; où enfin la pitié , ce premier
ſentiment de l'homme , tempéreroit la
rigueur néceſſaire de la loi , par des remèdes
que la loi même autoriſeroit .
D'après cette idée de la légiflation criminelle
, le Traducteur defire que chaque
Nation ſe l'approprie , bien entendu
que l'on conſulte toujours ce que le génie
des Peuples , la nature du Gouverne
ment , la diverſité des moeurs , de la
Religion & des climats peuvent exiger .
Nous n'entreprendrons pas de faire ici
l'énumération des avantages&des inconvéniens
de différens codes criminels qui
exiftent en Europe. C'eſt aux ſavans Jurifconfultes
à faire ces fortes de difcuffions
, & aux Magiſtrats éclairés à les
apprécier & à ſe livrer à des travaux
utiles qui puiffent ſeconder le zèle & les
vues bienfaiſantes des Légiſlateurs. Nos
loix pénales ne font-elles pas trop ſévères
? La ſociété ne gagneroit elle pas à
voir commuer dans pluſieurs circonftances
, la peine de mort en travaux forcés ,
utiles au Public , & qui laifferoient aux
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
coupables l'eſpérance d'expier leurs cri
mes & de rentrer enfin dans l'ordre com
mun des Citoyens ? Ne doit - on pas
craindre que des Juges doux & clémens
n'éludent , autant qu'ils le peuvent , les
recherches & les pourſuites des délits ordinaires
, parce qu'ils craindront d'être
forcés par la loi à prononcer des jugemens
qui leur paroîtront trop ſévères ?
Et ne reſultera-t-il pas de cette négligence
que les coupables s'habitueront à
des tranfgreffions plus ou moins graves ,
&, de délit en délit , paſſeront juſqu'aux
crimes les plus énormes ? La crainte de
la mort eſt- elle toujours un objet fuffifant
de terreur pour des hommes dépravés
, qui redoutent encore plus les travaux
rudes & une longue captivité ?
Queſtions importantes & épineuſes , qui
exigent une profonde connoiſſance du
coeur humain , une expérience confommée
, un ardent amour pour la justice ,
&une forte de reſpect pour tous les
hommes , de quelque condition qu'ils
foient. Les Jurifconfultes & les Magif
trats qui réunillent ces heureuſes qualités
, ne peuvent que bien accueillir les
Ouvrages qui , comme celui de M...
l'Abbé Coyer , ſont propres à éclairs
a
OCTOBRE. 1776. 131
1
rer ſur des matières auſſi importantes.
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Résumé : Commentaire sur le code criminel d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte traite du commentaire du Code criminel d'Angleterre, traduit par l'abbé Coyer, membre de plusieurs académies prestigieuses. L'auteur original, Sir William Blackstone, est un expert en droit et occupe le poste de Solliciteur Général en Angleterre, équivalent à celui d'Avocat-Général en France. Son ouvrage sur les lois civiles anglaises a été bien accueilli à l'international. L'étude de la jurisprudence nécessite ordre et précision en raison de la diversité des matières qu'elle englobe. L'abbé Coyer propose un idéal de législation criminelle où les délits sont clairement définis, les accusations et défenses sont publiques, et les accusés sont jugés par leurs pairs. Il préconise des peines proportionnées aux délits, visant à prévenir plutôt qu'à punir les crimes, et favorise des peines légères pour encourager la réhabilitation. L'abbé Coyer recommande à chaque nation d'adapter ces principes selon son contexte culturel et politique. Le texte aborde également la question de la sévérité des lois pénales, suggérant que des peines alternatives comme les travaux forcés pourraient être plus bénéfiques. Il discute des risques de laxisme judiciaire et des défis posés par la peur de la mort comme dissuasion. Enfin, il souligne l'importance des juristes et magistrats compétents pour traiter ces questions complexes et accueille favorablement des ouvrages éclairants comme celui de l'abbé Coyer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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311
p. 131-134
Oeuvres posthumes de M. Pothier, [titre d'après la table]
Début :
Oeuvres posthumes de M. Pothier. Traité des Fiefs, censives, relevoisons & [...]
Mots clefs :
Traité, Fiefs, Principes, Lois, Difficultés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oeuvres posthumes de M. Pothier, [titre d'après la table]
OEuvres pofthumés de M. Pothier. Traité
des Fiefs , cenſives , relevoiſons &
champarts ; 2 volumes in-1 2. A Paris ,
chez le Jay & Dorez , Libr. rue Saint
Jacques .
Combien de Commentateurs des loix ,
a dit ſi judicieuſement l'Auteur du premier
Eloge de M. Pothier , ( M. le
Comte de Bièvre , Procureur du Roi )
au lieu de nous en offrir les principes
& une juſte application , ne nous donnent
que leurs préjugés & leurs erreurs , pour
des maximes fûres & invariables ! Combien
y en a-t- il qui s'éloignent de l'ef.
prit même de ces loix , par des raifonnemens
à perte de vue , en énervant la force
par des fubtilités preſqu'inintelligibles ,
en éclipſant la lumière par les nuages des
difficultés qu'ils y oppofent , déconcertent
le Lecteur le plus patient par leur
incertitude , & dégoûtent le plus intrépide
par leur prolixité ! Combien de
deffeins prémédités dénaturent l'autorité
légiflative dans ſon établiſſement &
dans ſes fins , violent ſans fcrupule la
fainteté de ſon dépôt , & , d'une main
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
hardie , ofent ébranler cette baſe éternelle
ſur laquelle repoſent la ſûreté du
Prince & le bonheur de ſes Sujetsa
M. Pothier , loin de reſſembler en
rien à ces guides ſi dangereux , commence
toujours par poſer des principes
certains , en tire des conféquences toutes
naturelles , les applique convenablement
aux circonstances , met dans la balance
les opinions de ceux qui l'ont précédé
dans la même carrière , les adopte & les
fortifie fi elles ſont juſtes , les rectifie
& les rapproche de la règle ſi elles s'en
écartent; & par une diſcuſſion auſſi ſûre
que lumineuſe , lève les doutes , diffipe
les nuages & met la vérité dans le plus
beau jour. Formet il des queſtions fur
les matières dont il traite ? Il n'en forme
que d'intéreſſantes; il en trouve une folution
fi heureuſe dans les Loix Romai
nes , qu'on ne fait ce que l'on doit le
plus admirer , ou la grande ſageſſe de
ces anciens Législateurs du monde , qui
prennent fur! toutes les difficultés um
parti fi conforme à l'équité naturelle ;
ou l'art infini avec lequel notre Jurifconfulte
moderne examine , agite & réfout
ces mêmes difficultés .On fentmême
Kavantage qu'il a far ces premiers Ma
tres; n'ayant eu de reſſource que dans
leurs propres méditations , il leur arrive
quelquefois de s'éloigner un peu de
l'exacte équité. Maître à ſon tour , M.
Pothier les combat avec des armes qu'ils
ne connoiffoient pas , avec cette morale
pure de la révélation , à qui ſeule il appartient
de rendre ſenſibles ces traits primitifs
de juſtice , que les doigts de celui
qui en eſt la ſource , a d'abord gravés
dans les coeurs , & que les ténèbres de
Ihomme abandonné à lui-même a toujours
altérés.
Telle eſt la juſte idée que l'on a donné
du célèbre Juriſconſulte que la mort nous
a malheureuſement enlevé , lorſqu'il ſe
propoſoit de publier le Traité des Fiefs
à la ſuite de ſes autres Ouvrages . On
reconnoîtra aisément dans celui que nous
annonçons la folidité , la clarté & la méthode
qui caractériſent tout ce qui eſt
forti de ſa plume. Les principes y font
développés de la manière la plus lumi
neuſe; les conféquences déduites ſelon
l'ordre naturel qui les amène ; les queftions
traitées ſavamment ,&décidées par
les principes bien plus ſouvent que par
les préjugés , qui réſultent des jugemens
rendas ſur quelques eſpèces particulières.
134 MERCURE DE FRANCE!
Tout le monde ſait que la matière des
fiefs eſt hériſſée de difficultés & d'épines
; rien n'étoit donc plus eſſentiel que
de la trouver traitée par un profond Jurifconfulte
, qui ne s'eſt point aviſé
d'analyſer les fameux Traités de M.
Dumoulin ſur la même matière , encore
moins ceux de M. Guyot , Avocat , qui
a donné fix volumes in-4°. fur tout ce
qui a rapport aux fiefs. M. Pothier a
traité cette partie de notre Droit Coutumier
d'une manière qui lui eſt propre ,
& qui ne tient rien des Ouvrages qui
l'ont précédé , fi ce n'eſt de la collection
des loix & des coutumes , dont il a ſu ,
mieux qu'aucun Auteur de ſon ſiècle ,
développer & appliquer les principes.
On a joint au Traité des Fiefs un Traité
des Cens , & deux petits Traités fur
le droit de Champart , ſur les Corvées
& les Bannalités , qui font une ſuite
du premier , compofés, pareillement par
M. Pothier , dont la mémoire ſera
précieuſe dans tous les Tribunaux du
Royaume.
des Fiefs , cenſives , relevoiſons &
champarts ; 2 volumes in-1 2. A Paris ,
chez le Jay & Dorez , Libr. rue Saint
Jacques .
Combien de Commentateurs des loix ,
a dit ſi judicieuſement l'Auteur du premier
Eloge de M. Pothier , ( M. le
Comte de Bièvre , Procureur du Roi )
au lieu de nous en offrir les principes
& une juſte application , ne nous donnent
que leurs préjugés & leurs erreurs , pour
des maximes fûres & invariables ! Combien
y en a-t- il qui s'éloignent de l'ef.
prit même de ces loix , par des raifonnemens
à perte de vue , en énervant la force
par des fubtilités preſqu'inintelligibles ,
en éclipſant la lumière par les nuages des
difficultés qu'ils y oppofent , déconcertent
le Lecteur le plus patient par leur
incertitude , & dégoûtent le plus intrépide
par leur prolixité ! Combien de
deffeins prémédités dénaturent l'autorité
légiflative dans ſon établiſſement &
dans ſes fins , violent ſans fcrupule la
fainteté de ſon dépôt , & , d'une main
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
hardie , ofent ébranler cette baſe éternelle
ſur laquelle repoſent la ſûreté du
Prince & le bonheur de ſes Sujetsa
M. Pothier , loin de reſſembler en
rien à ces guides ſi dangereux , commence
toujours par poſer des principes
certains , en tire des conféquences toutes
naturelles , les applique convenablement
aux circonstances , met dans la balance
les opinions de ceux qui l'ont précédé
dans la même carrière , les adopte & les
fortifie fi elles ſont juſtes , les rectifie
& les rapproche de la règle ſi elles s'en
écartent; & par une diſcuſſion auſſi ſûre
que lumineuſe , lève les doutes , diffipe
les nuages & met la vérité dans le plus
beau jour. Formet il des queſtions fur
les matières dont il traite ? Il n'en forme
que d'intéreſſantes; il en trouve une folution
fi heureuſe dans les Loix Romai
nes , qu'on ne fait ce que l'on doit le
plus admirer , ou la grande ſageſſe de
ces anciens Législateurs du monde , qui
prennent fur! toutes les difficultés um
parti fi conforme à l'équité naturelle ;
ou l'art infini avec lequel notre Jurifconfulte
moderne examine , agite & réfout
ces mêmes difficultés .On fentmême
Kavantage qu'il a far ces premiers Ma
tres; n'ayant eu de reſſource que dans
leurs propres méditations , il leur arrive
quelquefois de s'éloigner un peu de
l'exacte équité. Maître à ſon tour , M.
Pothier les combat avec des armes qu'ils
ne connoiffoient pas , avec cette morale
pure de la révélation , à qui ſeule il appartient
de rendre ſenſibles ces traits primitifs
de juſtice , que les doigts de celui
qui en eſt la ſource , a d'abord gravés
dans les coeurs , & que les ténèbres de
Ihomme abandonné à lui-même a toujours
altérés.
Telle eſt la juſte idée que l'on a donné
du célèbre Juriſconſulte que la mort nous
a malheureuſement enlevé , lorſqu'il ſe
propoſoit de publier le Traité des Fiefs
à la ſuite de ſes autres Ouvrages . On
reconnoîtra aisément dans celui que nous
annonçons la folidité , la clarté & la méthode
qui caractériſent tout ce qui eſt
forti de ſa plume. Les principes y font
développés de la manière la plus lumi
neuſe; les conféquences déduites ſelon
l'ordre naturel qui les amène ; les queftions
traitées ſavamment ,&décidées par
les principes bien plus ſouvent que par
les préjugés , qui réſultent des jugemens
rendas ſur quelques eſpèces particulières.
134 MERCURE DE FRANCE!
Tout le monde ſait que la matière des
fiefs eſt hériſſée de difficultés & d'épines
; rien n'étoit donc plus eſſentiel que
de la trouver traitée par un profond Jurifconfulte
, qui ne s'eſt point aviſé
d'analyſer les fameux Traités de M.
Dumoulin ſur la même matière , encore
moins ceux de M. Guyot , Avocat , qui
a donné fix volumes in-4°. fur tout ce
qui a rapport aux fiefs. M. Pothier a
traité cette partie de notre Droit Coutumier
d'une manière qui lui eſt propre ,
& qui ne tient rien des Ouvrages qui
l'ont précédé , fi ce n'eſt de la collection
des loix & des coutumes , dont il a ſu ,
mieux qu'aucun Auteur de ſon ſiècle ,
développer & appliquer les principes.
On a joint au Traité des Fiefs un Traité
des Cens , & deux petits Traités fur
le droit de Champart , ſur les Corvées
& les Bannalités , qui font une ſuite
du premier , compofés, pareillement par
M. Pothier , dont la mémoire ſera
précieuſe dans tous les Tribunaux du
Royaume.
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Résumé : Oeuvres posthumes de M. Pothier, [titre d'après la table]
Le texte traite des œuvres posthumes de M. Pothier, notamment un traité sur les fiefs, les censives, les relevoisons et les champarts, publié en deux volumes à Paris chez Le Jay & Dorez. L'auteur critique les commentateurs des lois qui, au lieu de fournir des principes et des applications justes, propagent des préjugés et des erreurs. Il met en avant la méthode claire et méthodique de M. Pothier, qui consiste à poser des principes certains, à en tirer des conséquences naturelles et à appliquer les lois de manière appropriée. Pothier est également apprécié pour sa capacité à lever les doutes et à éclaircir les difficultés grâce à une discussion lumineuse et sûre. Le traité sur les fiefs, bien que complexe, est abordé avec profondeur et originalité, sans se baser sur les analyses des travaux antérieurs de Dumoulin ou Guyot. En plus du traité sur les fiefs, le texte inclut des traités sur les cens, les champarts, les corvées et les banalités, tous rédigés par M. Pothier. Son œuvre est reconnue pour sa solidité, sa clarté et sa méthode rigoureuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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313
p. 145-156
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Début :
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de Littérature, par M. l'Abbé [...]
Mots clefs :
Jean-Sifrein Maury, Grands hommes, Henri-François d'Aguesseau, Religion, Saint Louis, Gloire, Orateur, Fénelon, Amour, Illustre, Public, Discours, Morale
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texteReconnaissance textuelle : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Difcours choifis fur divers fujets de Religion
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
32
39
•
encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
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encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
Fermer
Résumé : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil de discours religieux et littéraires de l'Abbé Mauri, incluant un panégyrique de Saint Louis, acclamé par l'Académie Française. Ce discours met en lumière Saint Louis comme un créateur de siècle et un bienfaiteur, respectueux de la religion et promoteur de la liberté et de la dignité humaine. Le christianisme est loué pour son rôle dans la civilisation des peuples et l'adoucissement des mœurs. L'orateur cite des philosophes comme Montesquieu et Rousseau pour appuyer son argumentation. Le recueil inclut également des panégyriques de Saint Augustin et de Fénélon, soulignant leur transformation spirituelle et leur rôle de prédicateurs. L'abbé Mauri développe des préceptes pour maintenir le bon goût de l'éloquence et évalue des écrivains célèbres, attribuant la première place au barreau français à Arnaud pour son 'Apologie des Catholiques d'Angleterre'. L'auteur distingue le zèle contre les opinions dangereuses de la haine, citant Bossuet et Fénelon comme exemples de prélats combinant zèle et charité. Il apprécie les talents des orateurs comme Bridaine et critique les éloges excessifs envers le chancelier d'Aguesseau, tout en reconnaissant sa gloire ministérielle. Le texte discute de la réputation du chancelier, suggérant que l'Abbé Mauri devrait lire ses plaidoyers célèbres pour mieux apprécier ses qualités littéraires. Le texte défend la mémoire du chancelier d'Aguesseau, dont les mérites sont reconnus, et met en garde contre les tentatives de dénigrement. Il souligne que les préceptes et les morceaux éloquents de l'œuvre contribuent à préserver la qualité littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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315
p. 139-147
Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Début :
Ce Code, ce monument de Jurisprudence le plus singulier & le plus curieux qu'on [...]
Mots clefs :
Femme, Gentoux, Chapitre, Lois, Brames, Homme, Maison, Mari, Vie, Code
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texteReconnaissance textuelle : Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Code des Loix des Gentoux , ou Réglemens
des Brames , traduit de l'Anglois , d'après
les Verfions faites de l'original écrit
en Langue Samskrète , vol. in-4to.
A Paris , chez Stoupe , rue de la Harpe
, 1778.
I
SECOND EXTRAIT *.
CE CODE , ce monument de Jurifprudence
le plus fingulier & le plus curieux qu'on
ait jamais publié , commence par un petit
difcours préliminaire où les Brames expofent
eux mêmes l'objet & l'utilité de cette
compilation . Ce morceau refpire le fentiment
, la nobleffe & la bienfaifance . La
tolérance eſt un dogme de la Religion des
Gentoux , fondé fur cet article de leur foi ,
que Dieu ne permettroit pas un fi grand
nombre de Religions , s'il n'avoit pas du
plaifir à contempler cette variété .
La première partie de l'introduction contient
l'Hiftoire de la Création , telle que
la croient les Gentoux : on y dit que les
quatre grandes tribus primitives provien-
* Voyez le premier Extrait , Mercure du 25 de Juin.
140
MERCURE
nent des quatre différens membres de Bra
ma ; & de la fonction principale attribuée
à ces quatre membres , fe déduifent les
devoirs , les travaux & le fort de chaque
cafte. Le Brame vient de la bouche (fageffe)
pour prier , lire & inftruire. Le Chehterée
vient du bras (force) , pour tirer l'arc ,
combattre & gouverner. Le Bice vient du
ventre & des cuiffes ( nourriture) pour pourvoir
aux befoins de la vie par l'agriculture
& le commerce. Le Sooder vient du pied
(fujétion) pour travailler , fervir , voyager.
Ces quatre grandes tribus comprennent les
divifions primitives d'un état bien gouverné.
Une cinquième tribu , nommée Burrun-
Sunker , eft formée des ouvriers & petits
Marchands de moindre importance ,
fervant plutôt au luxe qu'aux befoins de
la vie , & fe fubdivife prefqu'en autant de
caftes féparées qu'il y a de genres de travaux
& de trafics particuliers.
La feconde partie de l'introduction expofe
les qualités néceffaires à un Magiſtrat
, c'eſt-à- dire à celui qui gouverne , &
les devoirs de fa place. « Il doit être en état
"
de dominer fa concupifcence , fa colère ,
» fon avarice , fa folie & fon orgueil ; être
» bienfaifant , parler aux peuples en termes
tendres & affectueux ; être jufte &
» punir le crime ; avoir de l'indulgence &
» de la commifération pour les malheureux ,
DE FRANCE. 141
»
» partager les afflictions & les maux de tout
fon peuple. Il fe choifira fept ou huit
» Confeillers parmi ceux qui auront des
principes fages , de la pénétration & du
» jugement , des opinions faines , & l'a-
» mour des chofes louables. Il établira ,
» pour fon Secrétaire , un homme qui ait
» de l'honnêteté , de la fcience & de l'éloquence
, & qui n'ait point de mauvai-
» fes habitudes . » Tout ce début début que nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire en entier
, eft plein de chofes judicieuſes , dignes
du plus grand Législateur.
"3
Le Chapitre premier traite du prêt & de
l'emprunt. Le prêt est néceffaire & avantageux
au public , mais c'eft autant qu'il eft reftreint
dans de certaines bornes , & dirigé
par des réglemens qui maintiennent parmi
le peuple la fûreté , la confiance & l'équité.
Ce Chapitre eft divifé en fections
qui traitent en particulier de l'intérêt , des
gages , des cautions , de l'acquittement des
dettes , &c. En lifant les loix des Gentoux
fur cette matière comme fur plufieurs autres
, on eft étonné des Priviléges qu'elles
accordent à quelques Caftes , & de leur
extrême févérité à l'égard des autres . Cette
diftinction odieufe aux yeux du Philofophe
, ne l'eft point chez les Indoux , qui
font fi perfuadés de la fupériorité de la
nature des Brames , qu'ils ne murmurenţ
142 MERCURE
point du fort auquel ils font accoutumés
dès l'enfance .
Au Chapitre II , on détermine les droits
de fucceffion . Ici un homme eft regardé
comme tenant fa propriété feulement à
ferme pour la vie , & comme devant la
tranfmettre , ou plutôt la laiffer aller à fes
héritiers naturels . On y voit que , d'après
une coutume immémoriale en Orient , les
fils demandent leur Patrimoine durant la
vie de leur père qui eft obligé de le leur
accorder , quoiqu'il les connoiffe pour des
diffipateurs , ce qui explique l'hiftoire de
l'Enfant prodigue de l'Ecriture- Sainte.
Voici un paffage remarquable : « Si une
» veuve donne fa propriété & fes biens aux
» Brames pour des objets religieux , le don
» eft rigoureuſement valide (c'eft- à- dire
"
qu'il ne contredit pas la Loi) ; mais cette
» action n'eft pas convenable , & la femme
» eft digne de blâme. » Si cette cenfure
n'eſt pas une prohibition abfolue , c'eſt au
moins un avis fuffifant pour ceux qu'une
piété mal- entendue pourroit égarer, & une
preuve que la baffe avidité ne dominoit
point ces Prêtres légiflateurs.
Les Chapitres III , IV & fuivans , juſqu'au
IX , traitent de l'adminiſtration de
la Juftice , du Dépôt ou du Fidéi- Commis
, de la vente de la propriété d'un étranger
, c'est-à-dire d'une perfonne qui n'eft
DE FRANCE. 143
point alliée au vendeur ; des partages , des
donations , de la fervitude & des falaires.
Il y a une fection particulière des falaires
des danfeufes & des proftituées ; ce qui
prouve que les plus anciens Gouvernemens ,
comme les modernes , ont toléré la proftitution
& des lieux publics de débauche ,
en les foumettant à des réglemens d'autant
plus néceffaires , que le fexe & le métier
des proftituées les expofent davantage
aux infultes & aux mauvais traitemens.
2
Les loix contenues dans les huit Chapitres
qui fuivent concernent les baux &
locations , les achats & les ventes , les bornes
& limites , les partages dans la culture
des terres , la police des villes & des bourgs ,
les dommages faits à une récolte , les injures
, les violences qu'un homme pent faire
à un autre , le vol , &c. Les Législateurs
entrent dans de grands détails fur toutes
ces matières , & il faut convenir
que quel
ques- unes de ces loix portent l'empreinte
d'une profonde raifon qui feroit honneur
à nos tribunaux modernes , mais il y en a
de puériles , de contradictoires , d'abfurdes
même, qui cependant ne laiſſent pas d'être
en vigueur , parce qu'elles tiennent à des
préjugés auffi fortement enracinés dans les
efprits des Indoux , que les principes de la
plus faine morale dans l'ame du Sage. On
a écrit en Europe que le Code criminel
ques144
MERCURE
des Gentoux , extraordinairement doux ,
ne condamnoit prefque perfonne à perdre
la vie. On fera détrompé en lifant le Chapitre
du vol & quelques autres. On y verra
le voleur condamné en diverfes circonftances
à être ou crucifié , où étranglé , ou mutilé
& puis jeté au feu. Les Brames feuls ne
font pas foumis aux peines capitales , quel
que crime qu'ils commettent , mais la loi ,
dans tous les cas où elle porte peine de
mort contre tout autre , leur impofe des
châtimens fi terribles qu'on doit croire que
cette exemption de mort eft plutôt fondée
fur le refpect dû à la prééminence de lenr
nature , comme nous l'avons déjà dit , que
fur une injufte préférence que fe foient attribuée
ces Législateurs.
Le Chapitre XIX , intitulé de l'Adultère
, offre quelques idées contraires à notre
manière de penſer , & des crimes qui ne
font point défendus parmi nous : ce qu'il
faut attribuer fans doute à la différence des
moeurs. En Afie , dit M. Halhed dans fa
Préface , la virginité de la femme a toujours
été la condition la plus effentielle du
mariage : cette précaution eft une fuite de la
chaleur du tempérament des deux fexes ,
& de la jaloufie univerfellement répandue
parmi les hommes : le premier acte d'incontinence
a toujours été jugé fort dangereux
pour la fuite ; & Moyfe confidéroit
ce
DE FRANCE. 145
se crime fous un point de vue auffi férieux
que les Gentoux , puifqu'il ordonna de la
pider une fille qui ne fe trouveroit pas
vierge à fon mariage . Si les Indoux font
auffi délicats que les Juifs , il ne doit pas
paroître extraordinaire que leur Code con
damne tout ce qui peut violer la virgini
té , de quelque manière que ce foit ..
On lit au Chapitre XX un paffage bien
fort fur la débauche infatiable des femmes ,
& pourtant les Brames s'y expriment d'une
façon fi conforme à ce que dit Salomon
dans le Livre des proverbes , qu'on croiroit
qu'ils n'ont fait que le traduire littéralement.
Cette idée peu avantageufe de
la vertu des femmes , eft la fource de cette
difcipline dure & comme tyrannique à laquelle
le fexe a été affervi en Afie de temps
immémorial , fuivant les Ecrivains facrés &
profanes. Voici quelques particularités de la
Loi des Gentoux.
« Un homme doit le jour & la nuit con
tenir tellement fa femme dans la fou
» miffion , qu'elle ne puiffe rien faire de fa
"propre vvoolloonnttéé.. » La raiſon
La raifon que la Loi
donne d'un pareil commandement , c'eft
qu'une femme maîtresse de fes actions fe
comporte toujours mal. Il feroit difficile de
dire lequel eft le plus choquant & le plus
injufte , de la Loi ou du motif.
» Une femme qui , fuivant fon inclina-
15 Septembre 1778 .
G
146 MERCURE
» tion , va par-tout où il lui plaît , & ne
"
fait aucune attention à ce que lui dit fon
» maître , fera chaffée de la maifon de fon
» mari, 誓
» Une femme ne fortira jamais de la
maifon fans le confentement de fon ma-
» ri , & elle aura toujours le fein couvert ;
elle n'ira jamais dans la maifon d'un étran
» ger ; elle ne reftera point à la porte , &
» elle ne regardera jamais par la fenêtre.
» Une femme qui mange avant fon mari
» fera chaffée de la maifon.
»
»
» Si un homme va faire un voyage , fa
femme ne fe divertira pas par le jeu ; elle
» n'ira à aucun fpectacle public ; elle ne rira
point ; elle ne mettra ni fes bijoux ni fes
» beaux habits ; elle ne regardera point danfer
; elle n'exécutera point de mufique ;
» elle ne s'affiéra point à la fenêtre ; elle ne
montera point à cheval ; elle ne contem
» plera aucune curiofité , mais elle fermera
bien la porte de fa maifon ; elle vivra retirée
; elle ne mangera aucune friandife ;
» elle ne noircira point fes yeux avec de la
poudre à cil ; elle ne fe regardera pas
au miroir ; elle ne s'adonnera à aucun
» exercice agréable pendant l'abſence de
» fon mari.
»
ه د
» Il eft convenable qu'une femme fe
brûle avec le cadavre de fon mari. »
Quoique ce ne foit pas là un commande
DE FRANCE. 147
ment abfolu , cependant comme la Loi
ajoute que la femme qui fe brûlera ainfi
accompagnera fon mari en Paradis , il. paroît
que c'eft un devoir religieux ; & M.
Halhed nous affure que cette coutume n'eft
point tombée en défuétude , comme l'a: pu
blié un célèbre Ecrivain.
Enfin le XXI & dernier Chapitre contient
des réglemens fur divers objets , qui.
n'ont aucun rapport entre eux , tels que le
jeu , l'ufage de certains alimens , l'adoption
, & c. La Loi condamne au banniffement
un Brame qui mange volontairement
des oignons ou de l'ail ; fi un Sooder apprend
par coeur les Bedas , c'eft une profanation
qui mérite la mort . Cela eſt bien
dur.
des Brames , traduit de l'Anglois , d'après
les Verfions faites de l'original écrit
en Langue Samskrète , vol. in-4to.
A Paris , chez Stoupe , rue de la Harpe
, 1778.
I
SECOND EXTRAIT *.
CE CODE , ce monument de Jurifprudence
le plus fingulier & le plus curieux qu'on
ait jamais publié , commence par un petit
difcours préliminaire où les Brames expofent
eux mêmes l'objet & l'utilité de cette
compilation . Ce morceau refpire le fentiment
, la nobleffe & la bienfaifance . La
tolérance eſt un dogme de la Religion des
Gentoux , fondé fur cet article de leur foi ,
que Dieu ne permettroit pas un fi grand
nombre de Religions , s'il n'avoit pas du
plaifir à contempler cette variété .
La première partie de l'introduction contient
l'Hiftoire de la Création , telle que
la croient les Gentoux : on y dit que les
quatre grandes tribus primitives provien-
* Voyez le premier Extrait , Mercure du 25 de Juin.
140
MERCURE
nent des quatre différens membres de Bra
ma ; & de la fonction principale attribuée
à ces quatre membres , fe déduifent les
devoirs , les travaux & le fort de chaque
cafte. Le Brame vient de la bouche (fageffe)
pour prier , lire & inftruire. Le Chehterée
vient du bras (force) , pour tirer l'arc ,
combattre & gouverner. Le Bice vient du
ventre & des cuiffes ( nourriture) pour pourvoir
aux befoins de la vie par l'agriculture
& le commerce. Le Sooder vient du pied
(fujétion) pour travailler , fervir , voyager.
Ces quatre grandes tribus comprennent les
divifions primitives d'un état bien gouverné.
Une cinquième tribu , nommée Burrun-
Sunker , eft formée des ouvriers & petits
Marchands de moindre importance ,
fervant plutôt au luxe qu'aux befoins de
la vie , & fe fubdivife prefqu'en autant de
caftes féparées qu'il y a de genres de travaux
& de trafics particuliers.
La feconde partie de l'introduction expofe
les qualités néceffaires à un Magiſtrat
, c'eſt-à- dire à celui qui gouverne , &
les devoirs de fa place. « Il doit être en état
"
de dominer fa concupifcence , fa colère ,
» fon avarice , fa folie & fon orgueil ; être
» bienfaifant , parler aux peuples en termes
tendres & affectueux ; être jufte &
» punir le crime ; avoir de l'indulgence &
» de la commifération pour les malheureux ,
DE FRANCE. 141
»
» partager les afflictions & les maux de tout
fon peuple. Il fe choifira fept ou huit
» Confeillers parmi ceux qui auront des
principes fages , de la pénétration & du
» jugement , des opinions faines , & l'a-
» mour des chofes louables. Il établira ,
» pour fon Secrétaire , un homme qui ait
» de l'honnêteté , de la fcience & de l'éloquence
, & qui n'ait point de mauvai-
» fes habitudes . » Tout ce début début que nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire en entier
, eft plein de chofes judicieuſes , dignes
du plus grand Législateur.
"3
Le Chapitre premier traite du prêt & de
l'emprunt. Le prêt est néceffaire & avantageux
au public , mais c'eft autant qu'il eft reftreint
dans de certaines bornes , & dirigé
par des réglemens qui maintiennent parmi
le peuple la fûreté , la confiance & l'équité.
Ce Chapitre eft divifé en fections
qui traitent en particulier de l'intérêt , des
gages , des cautions , de l'acquittement des
dettes , &c. En lifant les loix des Gentoux
fur cette matière comme fur plufieurs autres
, on eft étonné des Priviléges qu'elles
accordent à quelques Caftes , & de leur
extrême févérité à l'égard des autres . Cette
diftinction odieufe aux yeux du Philofophe
, ne l'eft point chez les Indoux , qui
font fi perfuadés de la fupériorité de la
nature des Brames , qu'ils ne murmurenţ
142 MERCURE
point du fort auquel ils font accoutumés
dès l'enfance .
Au Chapitre II , on détermine les droits
de fucceffion . Ici un homme eft regardé
comme tenant fa propriété feulement à
ferme pour la vie , & comme devant la
tranfmettre , ou plutôt la laiffer aller à fes
héritiers naturels . On y voit que , d'après
une coutume immémoriale en Orient , les
fils demandent leur Patrimoine durant la
vie de leur père qui eft obligé de le leur
accorder , quoiqu'il les connoiffe pour des
diffipateurs , ce qui explique l'hiftoire de
l'Enfant prodigue de l'Ecriture- Sainte.
Voici un paffage remarquable : « Si une
» veuve donne fa propriété & fes biens aux
» Brames pour des objets religieux , le don
» eft rigoureuſement valide (c'eft- à- dire
"
qu'il ne contredit pas la Loi) ; mais cette
» action n'eft pas convenable , & la femme
» eft digne de blâme. » Si cette cenfure
n'eſt pas une prohibition abfolue , c'eſt au
moins un avis fuffifant pour ceux qu'une
piété mal- entendue pourroit égarer, & une
preuve que la baffe avidité ne dominoit
point ces Prêtres légiflateurs.
Les Chapitres III , IV & fuivans , juſqu'au
IX , traitent de l'adminiſtration de
la Juftice , du Dépôt ou du Fidéi- Commis
, de la vente de la propriété d'un étranger
, c'est-à-dire d'une perfonne qui n'eft
DE FRANCE. 143
point alliée au vendeur ; des partages , des
donations , de la fervitude & des falaires.
Il y a une fection particulière des falaires
des danfeufes & des proftituées ; ce qui
prouve que les plus anciens Gouvernemens ,
comme les modernes , ont toléré la proftitution
& des lieux publics de débauche ,
en les foumettant à des réglemens d'autant
plus néceffaires , que le fexe & le métier
des proftituées les expofent davantage
aux infultes & aux mauvais traitemens.
2
Les loix contenues dans les huit Chapitres
qui fuivent concernent les baux &
locations , les achats & les ventes , les bornes
& limites , les partages dans la culture
des terres , la police des villes & des bourgs ,
les dommages faits à une récolte , les injures
, les violences qu'un homme pent faire
à un autre , le vol , &c. Les Législateurs
entrent dans de grands détails fur toutes
ces matières , & il faut convenir
que quel
ques- unes de ces loix portent l'empreinte
d'une profonde raifon qui feroit honneur
à nos tribunaux modernes , mais il y en a
de puériles , de contradictoires , d'abfurdes
même, qui cependant ne laiſſent pas d'être
en vigueur , parce qu'elles tiennent à des
préjugés auffi fortement enracinés dans les
efprits des Indoux , que les principes de la
plus faine morale dans l'ame du Sage. On
a écrit en Europe que le Code criminel
ques144
MERCURE
des Gentoux , extraordinairement doux ,
ne condamnoit prefque perfonne à perdre
la vie. On fera détrompé en lifant le Chapitre
du vol & quelques autres. On y verra
le voleur condamné en diverfes circonftances
à être ou crucifié , où étranglé , ou mutilé
& puis jeté au feu. Les Brames feuls ne
font pas foumis aux peines capitales , quel
que crime qu'ils commettent , mais la loi ,
dans tous les cas où elle porte peine de
mort contre tout autre , leur impofe des
châtimens fi terribles qu'on doit croire que
cette exemption de mort eft plutôt fondée
fur le refpect dû à la prééminence de lenr
nature , comme nous l'avons déjà dit , que
fur une injufte préférence que fe foient attribuée
ces Législateurs.
Le Chapitre XIX , intitulé de l'Adultère
, offre quelques idées contraires à notre
manière de penſer , & des crimes qui ne
font point défendus parmi nous : ce qu'il
faut attribuer fans doute à la différence des
moeurs. En Afie , dit M. Halhed dans fa
Préface , la virginité de la femme a toujours
été la condition la plus effentielle du
mariage : cette précaution eft une fuite de la
chaleur du tempérament des deux fexes ,
& de la jaloufie univerfellement répandue
parmi les hommes : le premier acte d'incontinence
a toujours été jugé fort dangereux
pour la fuite ; & Moyfe confidéroit
ce
DE FRANCE. 145
se crime fous un point de vue auffi férieux
que les Gentoux , puifqu'il ordonna de la
pider une fille qui ne fe trouveroit pas
vierge à fon mariage . Si les Indoux font
auffi délicats que les Juifs , il ne doit pas
paroître extraordinaire que leur Code con
damne tout ce qui peut violer la virgini
té , de quelque manière que ce foit ..
On lit au Chapitre XX un paffage bien
fort fur la débauche infatiable des femmes ,
& pourtant les Brames s'y expriment d'une
façon fi conforme à ce que dit Salomon
dans le Livre des proverbes , qu'on croiroit
qu'ils n'ont fait que le traduire littéralement.
Cette idée peu avantageufe de
la vertu des femmes , eft la fource de cette
difcipline dure & comme tyrannique à laquelle
le fexe a été affervi en Afie de temps
immémorial , fuivant les Ecrivains facrés &
profanes. Voici quelques particularités de la
Loi des Gentoux.
« Un homme doit le jour & la nuit con
tenir tellement fa femme dans la fou
» miffion , qu'elle ne puiffe rien faire de fa
"propre vvoolloonnttéé.. » La raiſon
La raifon que la Loi
donne d'un pareil commandement , c'eft
qu'une femme maîtresse de fes actions fe
comporte toujours mal. Il feroit difficile de
dire lequel eft le plus choquant & le plus
injufte , de la Loi ou du motif.
» Une femme qui , fuivant fon inclina-
15 Septembre 1778 .
G
146 MERCURE
» tion , va par-tout où il lui plaît , & ne
"
fait aucune attention à ce que lui dit fon
» maître , fera chaffée de la maifon de fon
» mari, 誓
» Une femme ne fortira jamais de la
maifon fans le confentement de fon ma-
» ri , & elle aura toujours le fein couvert ;
elle n'ira jamais dans la maifon d'un étran
» ger ; elle ne reftera point à la porte , &
» elle ne regardera jamais par la fenêtre.
» Une femme qui mange avant fon mari
» fera chaffée de la maifon.
»
»
» Si un homme va faire un voyage , fa
femme ne fe divertira pas par le jeu ; elle
» n'ira à aucun fpectacle public ; elle ne rira
point ; elle ne mettra ni fes bijoux ni fes
» beaux habits ; elle ne regardera point danfer
; elle n'exécutera point de mufique ;
» elle ne s'affiéra point à la fenêtre ; elle ne
montera point à cheval ; elle ne contem
» plera aucune curiofité , mais elle fermera
bien la porte de fa maifon ; elle vivra retirée
; elle ne mangera aucune friandife ;
» elle ne noircira point fes yeux avec de la
poudre à cil ; elle ne fe regardera pas
au miroir ; elle ne s'adonnera à aucun
» exercice agréable pendant l'abſence de
» fon mari.
»
ه د
» Il eft convenable qu'une femme fe
brûle avec le cadavre de fon mari. »
Quoique ce ne foit pas là un commande
DE FRANCE. 147
ment abfolu , cependant comme la Loi
ajoute que la femme qui fe brûlera ainfi
accompagnera fon mari en Paradis , il. paroît
que c'eft un devoir religieux ; & M.
Halhed nous affure que cette coutume n'eft
point tombée en défuétude , comme l'a: pu
blié un célèbre Ecrivain.
Enfin le XXI & dernier Chapitre contient
des réglemens fur divers objets , qui.
n'ont aucun rapport entre eux , tels que le
jeu , l'ufage de certains alimens , l'adoption
, & c. La Loi condamne au banniffement
un Brame qui mange volontairement
des oignons ou de l'ail ; fi un Sooder apprend
par coeur les Bedas , c'eft une profanation
qui mérite la mort . Cela eſt bien
dur.
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Résumé : Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Le 'Code des Lois des Gentoux' est un ouvrage de jurisprudence traduit de l'anglais à partir de versions en langue samskrète, publié à Paris en 1778. Il commence par un discours préliminaire où les Brames expliquent l'objet et l'utilité de cette compilation, mettant en avant la tolérance religieuse et la diversité des croyances. L'introduction relate la création selon les Gentoux, décrivant les quatre grandes tribus primitives issues des membres de Brahma : les Brames, qui prient et instruisent ; les Chehterée, qui combattent et gouvernent ; les Bice, qui pourvoient aux besoins par l'agriculture et le commerce ; et les Sooder, qui travaillent et servent. Une cinquième tribu, les Burrun-Sunker, regroupe les ouvriers et petits marchands. Le texte décrit ensuite les qualités requises pour un magistrat, qui doit être juste, bienveillant et capable de dominer ses passions. Divers sujets juridiques sont abordés, tels que le prêt et l'emprunt, les droits de succession, l'administration de la justice, les dépôts, les ventes, les servitudes, les salaires, et même les prostituées. Les lois montrent une distinction marquée entre les castes, avec des privilèges pour certaines et une sévérité envers d'autres, reflétant la croyance en la supériorité des Brames. Le Code criminel des Gentoux est particulièrement sévère envers les voleurs, qui peuvent être crucifiés, étranglés ou mutilés. Les Brames échappent à la peine capitale mais subissent des châtiments sévères. Le Chapitre XIX traite de l'adultère et compare les mœurs européennes, où la virginité féminine est essentielle pour le mariage. Le Chapitre XX critique la débauche des femmes, justifiant une discipline stricte en Asie. Plusieurs lois détaillent les restrictions imposées aux femmes, comme l'interdiction de sortir sans consentement, de manger avant leur mari, ou de se divertir pendant l'absence de celui-ci. La coutume du sati est mentionnée comme un devoir religieux. Le Chapitre XXI réglemente divers sujets comme le jeu, l'alimentation, et l'adoption, avec des sanctions sévères pour certaines infractions.
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316
p. 190-191
« PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...] »
Début :
PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...]
Mots clefs :
Tribunaux des peuples, Thermomètres, Vers, Pierre Pithou
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texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...] »
PRORSOPSPEECCTTUUSS.. Effai fur l'hiſtoire générale des Tribunaux
des peuples tant anciens que modernes , ou
Dictionnaire hiftorique & judiciaire , contenant les
Anecdotes piquantes & les Jugemens fameux des
Tribunaux de tous les temps & de toutes les Nations ;
par M. des Eflarts , Avocat , Membre de plufieurs
Académies.
L'Ouvrage fera compofé de fix volumes in- 8 °. Il
fera imprimé avec des caractères neufs & fur de trèsbeau
papier : chaque volume , qui contiendra plus de
400 pages , fera vendu 4 livres.
On pourra s'adreffer à l'Auteur , rue de Verneuil ,
la troisième porte cochère avant la rue de Poitiers ,
ou aux Libraires ſuivans : Durand neveu , rue Galande
; Nyon aîné , rue Saint Jean- de-Beauvais , &
Mérigot jeune , quai des Auguſtins.
Nous rendrons compte inceffamment du premier
volume de cet ouvrage , auffi curieux qu'intéreffant.
Lettre de M. T. ** à M. le Baron de Servière ,
Officier au Régiment d'Orléans , &c. en réponſe
à fes Obfervations fur les Thermomètres , broch.
in-8°.
moyens
Hiftoire des vers qui s'engendrent dans le biſcuit
qu'on embarque fur les vaiffeaux , avec des
pour l'en garantir . Par M.J. B. X. Joyeufe , l'aîné ,
ancien Commiffaire de la Marine. A Avignon , che
DE FRANCE. 191
Jean Aubert , Imprimeur-Libraire ; & fe vend chez
Durand , Libraire , rue Galande , 11.4 f
Eloge de Pierre Pithou , célèbre Jurifconfulte du
feizième fiècle Auteur du Recueil des Libertés de
l'Eglife Gallicane , fous le règne des Rois Henri II ,
François II , Charles IX , Henri III & Henri IV. lu
le 20 Décembre 1777 , dans une affemblée d'Avocats
, par M. TAbbé Briquet de Lavaux , Avocat au
Parlement. Prix 3 1. broché. A Amfterdam , & fe
trouve à Paris chez l'Auteur , rue du Cimetière Saint
André - des - Arts , en face de l'ancien Collége de
Boiffy.
des peuples tant anciens que modernes , ou
Dictionnaire hiftorique & judiciaire , contenant les
Anecdotes piquantes & les Jugemens fameux des
Tribunaux de tous les temps & de toutes les Nations ;
par M. des Eflarts , Avocat , Membre de plufieurs
Académies.
L'Ouvrage fera compofé de fix volumes in- 8 °. Il
fera imprimé avec des caractères neufs & fur de trèsbeau
papier : chaque volume , qui contiendra plus de
400 pages , fera vendu 4 livres.
On pourra s'adreffer à l'Auteur , rue de Verneuil ,
la troisième porte cochère avant la rue de Poitiers ,
ou aux Libraires ſuivans : Durand neveu , rue Galande
; Nyon aîné , rue Saint Jean- de-Beauvais , &
Mérigot jeune , quai des Auguſtins.
Nous rendrons compte inceffamment du premier
volume de cet ouvrage , auffi curieux qu'intéreffant.
Lettre de M. T. ** à M. le Baron de Servière ,
Officier au Régiment d'Orléans , &c. en réponſe
à fes Obfervations fur les Thermomètres , broch.
in-8°.
moyens
Hiftoire des vers qui s'engendrent dans le biſcuit
qu'on embarque fur les vaiffeaux , avec des
pour l'en garantir . Par M.J. B. X. Joyeufe , l'aîné ,
ancien Commiffaire de la Marine. A Avignon , che
DE FRANCE. 191
Jean Aubert , Imprimeur-Libraire ; & fe vend chez
Durand , Libraire , rue Galande , 11.4 f
Eloge de Pierre Pithou , célèbre Jurifconfulte du
feizième fiècle Auteur du Recueil des Libertés de
l'Eglife Gallicane , fous le règne des Rois Henri II ,
François II , Charles IX , Henri III & Henri IV. lu
le 20 Décembre 1777 , dans une affemblée d'Avocats
, par M. TAbbé Briquet de Lavaux , Avocat au
Parlement. Prix 3 1. broché. A Amfterdam , & fe
trouve à Paris chez l'Auteur , rue du Cimetière Saint
André - des - Arts , en face de l'ancien Collége de
Boiffy.
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Résumé : « PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...] »
Le document présente plusieurs ouvrages et publications. L'ouvrage principal est 'Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes', un dictionnaire historique et judiciaire rédigé par M. des Éfarts, avocat et membre de plusieurs académies. Il se composera de six volumes in-octavo, imprimés avec des caractères neufs sur du papier de qualité, chaque volume contenant plus de 400 pages et étant vendu 4 livres. Les points de contact pour l'achat incluent l'auteur lui-même, résidant rue de Verneuil, ainsi que les libraires Durand neveu, Nyon aîné et Mérigot jeune. Le document mentionne également une lettre de M. T. adressée à M. le Baron de Servière, officier au Régiment d'Orléans, concernant des observations sur les thermomètres. Une autre publication traite de l'histoire des vers qui se développent dans le biscuit embarqué sur les vaisseaux et des moyens de les prévenir, écrite par M. J. B. X. Joyeuse, ancien commissaire de la Marine. Cette publication est disponible chez Jean Aubert, imprimeur-libraire à Avignon, et chez Durand, libraire à Paris. Enfin, le document inclut un éloge de Pierre Pithou, juriconsulte célèbre du seizième siècle, auteur du 'Recueil des Libertés de l'Église Gallicane' sous les règnes de Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV. Cet éloge a été lu le 20 décembre 1777 lors d'une assemblée d'avocats par M. l'Abbé Briquet de Lavaux, avocat au Parlement. La brochure est vendue 3 livres et est disponible chez l'auteur à Paris, rue du Cimetière Saint-André-des-Arts.
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317
p. 223-232
De PARIS, le 10 Septembre.
Début :
On attend avec impatience des nouvelles de la seconde sortie de M. le Comte d'Orvilliers ; « il a actuellement [...]
Mots clefs :
Paris, Anglais, Comte d'Orvilliers, Étienne Calveyrac, Canons, Général, Jacques Jouy, Procureur, Gérard, Enfant, M. de Longpré, Brest, Frégate, Régiment, Géométrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 10 Septembre.
De PARIS , le 10 Septembre.
ON attend avec impatience des nouvelles de la feconde
fortie de M. le Comte d'Orvilliers ; » il a actuellement
30 vaitſeaux de ligne , écrit-on de Breft
en date du 4 de ce mois . Il en aura 31 quand le Neptune
l'aura joint. Ce vaiſſeau a été mâté hier , & fera.
prêt en peu de jours , l'Etat -Major ne veut aucun
emménagement de commodité. La Ville de Paris
entrera dans le baffin dans 2 ou 3 jours . Il y a des
ordres pour la conftruction d'un vaiffeau de 100
canons , & pour la refonte du Sceptre , du Minotaure
& du Northumberland.
Les Camps projettés commencent à s'affembler ;
on doit y exécuter le règlement preferit fur le fervice
de l'Infanterie en Campagne. Voici le préambule
de ce règlement , qui a 229 pages in -folio .
" La nouvelle conftitution des Troupes exigeant
une nouvelle Ordonnance de Service de Campagne ,
S. M. a fait rédiger provifoirement le préfent règlement
, afin qu'étant mis à l'épreuve dans les Camps
qu'elle fe propofe de faire aflembler , on puiffe profiter
de toutes les obfervations de l'expérience , pour
lui donner enfuite fous la forme d'Ordonnance toute
la perfection dont cet important ouvrage eft fufceptible
".
» M. le Maréchal de Broglie , écrit - on de Breft ,
a paffé ici 8 jours avant le départ de M. le Comte
d'Orvilliers ; comme ils ont eu de fréquentes conférences
enfemble , on ne manque pas de conjecturer
qu'ils ont concerté enfemble quelque opération ; les
fpéculatifs qui veulent tout deviner , & qui peut- être
K 4
( 224 )
n'y ont pas mieux réuffi cette fois , irrités des outrages
que les Corfaires de Jerfey & de Guernefay
ont fait à nos bâtiments Marchands , leur fuppofent
le projet de les venger. Ils préfument en conféquence
qu'on pourroit bien faire une defcente dans ces Ifles .
Comme les gros vaiffeaux ne peuvent paffer dans
l'une ni dans l'autre , les troupes qu'on y employeroit
, feroient tranfportées fur des frégates & des
bâtimens de St-Malo & de Coutances. Cependant ,
comme ces Ifles font fituées dans la Manche, l'entre->
prife feroit hafardée fi M. le Comte d'Orvilliers ne ;
s'affaroit pas une fupériorité abfolue fur les Anglois
; on dit qu'il fera renforcé par l'Efcadre du Che .
valier de Fabry. On nomme M le Marquis de Caftries
, pour commander cette expédition que l'on
défire en général , mais qui n'eft peut-être pas à la
veille d'être exécutée ".
Les Anglois le réjouiffent du retour de 10 vaif-.
feaux de leur Compagnie des Indes Orientales , dont
ils eftiment la cargallon 1,500,000 liv. ſterl . , fi ces
vaiſſeaux ont trouvé la mer libre , les nôtres ont
eu le même avantage. Il en eft arrivé deux à l'Orient ,
le Terray , venant de Pondicheri , & les Quatre- .
Amis venant de Bengale , la cargaison de ce dernier
feul , monte à plus de 4 millions. Outre ces vailfeaux
, il en eft arrivé 54 des Indes Occidentales ,
qui font entrés dans les Ports de Nantes & de Bordeaux,
& qu'on évalue à plus de 20 millions . Il en arrive
journellement d'autres dans nos différents Ports.
Nos Armateurs répandus fur toutes les mers de
l'Europe , font fouvent des prifes confidérables. On
les voit jufques fur les côtes d'Angleterre , y gêner.
le commerce , & conduire fréquemment des prifes
à Oftende. » Deux Armateurs de Dunkerque , dont
un de 22 canons , commandés par MM. de Pers ,
pere & fils , écrit-on de ce Port , fe font emparés
d'un Corfaire Anglois de 24 canons , convoyant deux
vaiffeaux Marchands de fa nation ; il les ont con
( 225 )
duits ici , où ils ont été accueillis avec des démonstrations
d'une joie générale «.
» La frégate la Sultane , mande-t- on de Toulon ,
qui faifoit partie de l'Efcadre du Chevalier de Fabry ,
qui avoit été détachée avec le chebec le Renard , &
la corvette la Sardine , pour aller croifer entre Gênes
& le Cap Corfe , a fait différentes prifes qu'elle
a amenées dans ce Port ; elle a dû repartir le 18 du
mois dernier , pour eſcorter les bâtiments qui vont
pafler des troupes en Corfe , & en ramener celles
qui y font.
" La frégate l'Aurore , écrit-on de Breft , commandée
par M. de Préville , & la corvette le Roffignol
, par M. de la Touche , ont conduit dans ce.
Port 2 frégates Angloifes l'une de 20 canons & l'autre
de 16 ; cette dernière avoit été faite par la corvette
, qui avoit été prise enfuite elle-même par un
Corfaire Anglois de 20 canons , auquel elle n'avoit
pu réfifter , parce qu'elle avoit mis une partie de
fon équipage fur fa prife . Sa captivité n'a pas été
longue , puifque le lendemain , la frégate l'Aurore
l'a délivrée en s'emparant des deux Anglois « .
Un Pêcheur de ce Port , écrit-on de S. Jean - de- Luz ,
vient de faire une prife qui lui procurera une fortune
brillante pour un homme de fon état ; c'eſt un bâtiment
chargé de 4000 quintaux de morue , eftimé
50,000 écus . La manière dont il s'en eft rendu
maître eft allez fingulière «. Ce Pêcheur étant en
mer découvrit le bâtiment Anglois . Le Capitaine -
qui ne connoiffoit point ces parages , & qui s'eftimoit
à la hauteur de St.- Sebaftien , Port d'Espagne ,
voifin de celui de St.- Jean-de Luz , ayant découvert
la barque du pêcheur courut fur elle , & pria le patron
de le piloter jufqu'à St- Sebaſtien ; celui -ci qui
parloit Efpagnol , le remorqua en effet , & le pilota
bien qu'il le mena dans le Port de St. -Jean -de-
Luz ; quand il fut entré affez avant pour être fous
le canon du Fort , & à l'abri d'une révolte de la part
K s
( 226 )
des Anglois , il leur déclara qu'ils étoient ſes priſonniers
. Le Capitaine Anglois jura beaucoup contre la
furprife , & voulut fe facher ; mais il fut forcé de s'en
tenir là,& il fut conduit dans le Fort avec fon mondec
Ces fuccès multipliés animent les Armateurs dont
le nombre augmente tous les jours ; felon des lettres
de différents Ports , on arme à Marſeille 4 Corfaires
, dont 2 de 20 canons , un de 18 , & un de 10.
A Breft on arme pour la courfe 2 frégates de 26 canons
, & 2 goëlettes , l'une de 10 & l'autre de 6.
La frégate l'Iphigénie , a envoyé , le 31 du mois dernier
, dans ce Port , une prife chargée de vin , d'eaude-
vie & de taffia , & quelques jours après un corfaire
Anglois de 12 canons & 18 pierriers .
On dit que Madame la Ducheſſe de Chartres ayant
envoyé à M. Deftouches , Capitaine de Vaiffeau , qui
commandoit l'Artéfien , au combat d'Oueflant, & qui
dégagea le St- Efprit , attaqué par plufieurs vailleaux
Anglois , une fuperbe boîte d'or ; ce brave Officier a remercié
cette Princeffe avec beaucoup de ſenſibilité ,
en difant qu'il ne croyoit pas mériter une récompenfe
fi grande pour avoir fait fon devoir & exécuté
les ordres de fon Général.
On croit que la Légion de Marine , que M. le Duc
de Lauzun vient d'obtenir l'agrément de lever , eft
deftinée pour les Grandes Indes ; elle fera , dit- on ,
de 4 à 5000 hommes ; il en eft Colonel - Général ,
& il aura fous lui 4 Colonels. Plufieurs Officiers du
Régiment Royal Dragons , dont il étoit Meftre-de-
Camp , auront la permiffion de le fuivre ; c'eft M. de
Gontault , qui , dit-on , commandera à fa place le
Régiment Royal Dragons.
Les affiches de Reims nous fourniffent le trait fuivant
, que nous nous empreffons de rapporter , il a le
mérite de l'intérêt , s'il n'a pas celui de la nouveauté .
Le Prince de Rohan , Colonel du régiment de fon
nom , fe trouvant feul à pied fur le champ de ba
taille , à Rosbach , en 1757 , fut fecouru par un dragon
du régiment d'Apchon , qui le reçut fur fon
( 227)
cheval & le mit en sûreté ; le Prince , après avoir foupé
avec les dragons , donna fix louis à fon libérateur
, & partagea le refte de fon argent entre les
autres. Il recommanda au premier de le venir voir ,
& lui promit de l'obliger . En 1771 , le dragon fe
trouvant dans le cas de quitter le fervice , écrivit au
Prince , qui lui fit la réponſe fuivante , le 6 Mars :
J'ai reçu , mon cher Gerard , votre lettre avec un
grand plaifir , & je vous prie d'en être perfuadé . L'étendue
de la reconnoiffance que je vous deis ne peut
être comparée qu'à la feule envie que j'ai toujours eu
de vous en pouvoir , dans tout le cours de ma vie ,
donner des preuves convaincantes. J'ai eu jufqu'au moment
où j'ai reçu votre lettre , l'inquiétude la plus
grande , vous ayant perdu de vue , & ne fachant où
vous retrouver pour vous faire part du defir qu'a mon
coeur de pouvoir vous être utile au moment que vous
ferez dans l'intention de vous retirer du fervice . Oui ,
mon cher Gerard , vous pouvez demander votre
congé ; vous devez être affuré que vous aurez toujours
une retraite chez moi , fi vous voulez l'accepter.
Je vous prie de recevoir 400 liv . de penfion que
je vous continuerai à votre arrivée ici , mais aux conditions
que vous ne ferez chez moi que fur le pied
d'un brave & honnête militaire auquel je dois la vie :
fi à votre arrivée le pays ne vous convient pas , mon
coeur facrifiera toujours fa fatisfaction à votre bonheur
, & vous jouirez de votre penfion par - tout où
vous irez. Adieu , mon cher Gerard , foyez perfuadé
que vous aurez toujours en moi un ami bien reconnoiffant.
P. S. Accufez-moi , je vous prie , la réception
de ma lettre , & adreffez-moi la vôtre au Château de
Coufière , près Monbazon «. L'Auteur des affiches
de Reims affure qu'il tient le fait du fieur Gerard ,
qui lui a remis copie de la lettre du Prince . Le
brave dragon , qui fe nomme Gerard Gaillard , eft
né à Biermes , près Rethe , & s'eft retiré à Reims depuis
quelques années .
K 6
( 228 )
On lit dans le Journal de Patis , le trait fuivant ,
un enfant de 12 à 13 ans , fe baignant il y a quelques
jours , fut entraîné par le courant dans un lieu
profond , ou il fe feroit infailliblement noyé , fi un
chien qu'il avoit , n'étoit venu à fon fecours ; cet
animal a plongé après lui 14 ou is fois de fuite , &
l'a ramené autant de fois à la furface de l'eau , en le
prenant , tantôt par le bras , tantôt par les cheveux ;
il a donné le tems de venir au fecours de l'enfant ,
mais l'animal extenué de fatigue , & ne pouvant être
affez-tôt fecouru , a péri en fauvant fon maître.
» C'est dans le choc varié des paffions , & dans la
peinture des moeurs des particuliers , qu'on peut connoître
le coeur humain , & tirer des leçons de morale .
& de conduite pour toutes les claffes de la fociété . Ce
motif détermine à donner ici le précis d'une affaire
remarquable par fa fingularité . Jacques Jouy , de
Cuxac , Diocèfe de Carcaffonne , inconftant par caractère
, changeoit fouvent de demeure ; la fituation
du lieu d'Efcale , au Diocèfe de Narbonne , lui ayant
plu , il crut pouvoir s'y fixer ; il convint , verbalement
, avec Etienne Calveyrac de lui acheter , au prix
de 150 liv. , un champ , & fans en prendre poffeflion
il lui compta cette fomme. Dégoûté , bientôt après ,
du féjour d'Efcale , il la réclama ; mais Calveyrac
étoit alors hors d'état de la lui remettre. Un procureur
leur fit faire un accord , felon lequel Calveyrac
devoit compter à Jouy , dans un an , la moitié de la
fomme , & l'autre moitié l'année ſuivante. Les parties
ne fachant pas écrire , ne le figuerent pas. Après
l'échéance du dernier terme , le Procureur ayant ren
contré , par hazard , à Efcale , Calveyrac , il lui demanda
s'il avoit fatisfait au payement de ce qu'il devoit
à Jouy. Cette demande fait aflez fentir qu'il n'étoit
pas chargé de la fuite de cette affaire. La réponse
de Calveyrac , dictée par l'ingénuité , fut , qu'au
moyen de fes travaux & de fes fueurs , il étoit parà
ramaſſer la fomme due , qu'il étoit prêt à la venu
( 229 )
compter à celui qui lui remettroit la quittance de
Jouy , & que comme ce dernier n'étoit pas venu la
retirer , il y avoit lieu de croire qu'il étoit mort. Le
Procureur , profitant de cette ouverture , fit affigner
Calveyrac , le 27 Août 1777 , & malgré les pro-
'meffes qu'il lui fit de ne pas continuer les pourfuites
d'après fon offre réitérée de payer la fomme due , il
obtint un jugement de condamnation qu'il fit rendre ,
le 15 Septembre fuivant , par un poſtulant , qui n'étoit
pas le Juge naturel des parties . Par une précipitation
remarquable , il envoya le lendemain , 16 , à Eſcale ;
des Huifliers & des Records pour fignifier le Jugement
à Calveyrac , & pour lui faifir & enlever, en préfence
de fa famille infortunée , le peu d'effets que recéloit
fa chaumière. Pour fe mettre à l'abri de cette cruelle
expoliation , Calveyrac n'eut d'autre parti à prendre
que de remettre aux Huiffiers la fomme demandée &
le montant des frais des pourfuites. Comme la quittance
qui lui avoit été délivrée ne le déchargeoit pas
valablement , il réfolut de fe procurer celle de Jouy
fon véritable céancier. Mais quelle ne fut pas fa
furprife , lorfque , conduit par fes recherches , il découvrit
que Jouy étoit décédé , le 16 Septembre 1776,
un an avant l'affignation ; d'où il fuit que le Procureur
l'avoit affigné , pourfuivi , faifi , au nom d'un mort ,
& conféquemment fans en avoir le droit ni la miſſion .
C'étoit faire un ufage merveilleux de la fameufe maxime
le mortfaifit le vif. Touché de ce défordre &
des vexations exercées contre un de fes vaffaux , M,
de Marcorelle , Seigneur & Baron d'Eſcale , vint à
fan fecours , & réclama les bontés & la juftice de M.
de Noé , Procureur- Général au Parlement de Touloufe
. Ce Magiftrat , après avoir fait vérifier fur les
lieux les faits , & en avoir reconnu la vérité , obligea
le Procureur de reftituer , aux héritiers de Jouy , la
fomme qu'il avoit inducment reçue , & de rembourfer
à Calveyrac les frais fi cruellement exigés . La reftitution
fut faite , le 9 Décembre 1777 , par acte paſſé
( 230 )
devant Notaire , & le remboursement a été opéré le
13 Août de l'année courante 1778. C'eſt ainſi qu'a fini
cette affaire , fingulière par fa nature , & intéreffante
par fes effets . Elle renferme une leçon qui apprend
quelques-uns des moyens dont fe fert l'impofture
pour ufurper le bien d'autrui , & ceux qu'on doit employer
pour la démafquer & la punir «< .
L'école de Mathématiques , de Deffin , de Géographie
& d'Hiftoire , établie à Paris , rue & vis -à- vis
l'Abbaye Saint-Victor , & dirigée par M. de Longpré ,
Profeffeur de Mathématiques , jouit d'une réputation'
méritée ; l'éducation des enfans deſtinés à la Marine ,
à l'Artillerie ou au Génie , eft particulièrement dirigée
vers ce but. Il eft forti de cette Ecole un grand
nombre d'élèves , actuellement ingénieurs ordinaires
du Roi , dont le mérite & les talens font honneur à
ceux de M. de Longpré. Exciter la curiofité des enfans
, proportionner les leçons à leur fagacité , diſcoufir
fouvent avec eux par forme d'amuſement , former
leur ame par des inftructions de morale miles à
leur portée , échauffer leur coeur par les traits de
l'Hiftoire qui infpirent l'amour de la vertu ; voilà le
plan d'éducation de M. de Longpré , qui le développe
avec plaifir , en donnant aux parens intéreffés à les
connoître tous les détails qu'ils peuvent defirer . L'expérience
& la raifon prouvent qu'un enfant apprend
plus aifément la Géométrie élémentaire , que les principes
fecs & abftraits de la Grammaire. La Géométrie
en l'accoutumant à ne raifonner que jufte , rend trèssûrs
& très-rapides fes progrès dans les autres fciences .
Le Deffin amufe & occupe utilement les enfans portés
à l'imitation ; la Géographie eft une ſcience de leur
âge ; en deflinant eux-mêmes la carte , les noms
des lieux & leur pofition refpective , fe fixent fans
peine dans leur tête , & les difpofent à l'étude de
T'hiftoire. Les exercices publics que M. de Longpré fait
foutenir à ſes élèves viennent à l'appui de ce qu'on
avance ici. Les progrès prodigieux de ces élèves éton
1
( 231 )
nent , tous les ans , les Membres de l'Académie
Royale des Sciences , qui s'empreffent d'affifter à ces
exercices. Dans ceux qui ont été foutenus les 17 , 18 ,
19 , 20 & 21 du mois dernier , on a vu un enfant de
TI ans , M. Antoine - Romain- Coquebert de Montbret
, répondre avec netteté , affurance & précifion
fur l'Arithmétique , la Géométrie , la Trigonométrie
rectiligue & fphérique , l'Algèbre , jufqu'aux équations
du quatrième degré inclufivement ; l'applica
tion de l'Algèbre à la Géométrie , les Sections coniques
, les principes du Calcul différentiel & intégral ,
la Statique , la Dinamique , la Géographie & l'Hif
toire. Un enfant de 11 ans capable de répondre avec
intelligence & netteté fur toutes ces parties , eft fans
doute un phénomène intéreffant , & le public à qui
M. de Longpré en préfente de pareils , prefque tous
les ans ne fort point encore de fon étonnement.
Ces faits prouvent plus en faveur de fa méthode que
tout ce que nous pourrions ajouter .
A l'annonce que nous avons faite dernièrement du
taffetas gommé , impénétrable à l'eau , nous devons
ajouter que le public peut voir au Magaſin général
tous les différents ouvrages que l'Auteur en fait faire ,
& le tarif des prix différents de chacun . Ce Magafin
eft aux Quinze-Vingts , vis-à-vis le Cimetière, efcalier
n°. 8. Mlle. Guerin , qui le tient , fatisfera
à toutes les demandes qui lui feront faites , même
par lettres , pourvu qu'on les lui adreffe franches de
port.
Pierre- Charles de Beaufort - Montboiffier , Mar.
quis de Canillac , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , eft mort le 10 du mois dernier , en fon
Château de Chaffaigne en Auvergne.
Le Comte de Montefquiou - Fezenffac , Brigadier
des Armées du Roi , chef d'une Brigade de Carabiniers
, eft mort le 19 dans fon Château d'Algens ,
près Lavaur.
Pierre-Aimé de Guiffrey de Monteynard , Comte
( 232 )
de Marcieu , Chevalier , Grand- Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de St. Louis , Commandant de
celui de St. Lazare , de Jérufalem , & de Notre-
Dame du Mont Carmel , Doyen des Lieutenants-
Généraux des armées du Roi , Gouverneur en furvivance
des Villes & Citadelle de Valence , ancien
Infpecteur- Général d'Infanterie , & ci- devant Commandant
en chef en Dauphiné , eſt mort à Grenoble
le 26 , âgé de 91 ans .
Charles de la Michaudiere , Confeiller d'Honneur
au Parlement , eft mort ici le 31 Août , âgé de 89 ans.
Les Numeros fortis au Tirage du premier de ce
mois , de la Loterie Royale de France , font : 76 ,
44 , 85 , 52 , 60.
ON attend avec impatience des nouvelles de la feconde
fortie de M. le Comte d'Orvilliers ; » il a actuellement
30 vaitſeaux de ligne , écrit-on de Breft
en date du 4 de ce mois . Il en aura 31 quand le Neptune
l'aura joint. Ce vaiſſeau a été mâté hier , & fera.
prêt en peu de jours , l'Etat -Major ne veut aucun
emménagement de commodité. La Ville de Paris
entrera dans le baffin dans 2 ou 3 jours . Il y a des
ordres pour la conftruction d'un vaiffeau de 100
canons , & pour la refonte du Sceptre , du Minotaure
& du Northumberland.
Les Camps projettés commencent à s'affembler ;
on doit y exécuter le règlement preferit fur le fervice
de l'Infanterie en Campagne. Voici le préambule
de ce règlement , qui a 229 pages in -folio .
" La nouvelle conftitution des Troupes exigeant
une nouvelle Ordonnance de Service de Campagne ,
S. M. a fait rédiger provifoirement le préfent règlement
, afin qu'étant mis à l'épreuve dans les Camps
qu'elle fe propofe de faire aflembler , on puiffe profiter
de toutes les obfervations de l'expérience , pour
lui donner enfuite fous la forme d'Ordonnance toute
la perfection dont cet important ouvrage eft fufceptible
".
» M. le Maréchal de Broglie , écrit - on de Breft ,
a paffé ici 8 jours avant le départ de M. le Comte
d'Orvilliers ; comme ils ont eu de fréquentes conférences
enfemble , on ne manque pas de conjecturer
qu'ils ont concerté enfemble quelque opération ; les
fpéculatifs qui veulent tout deviner , & qui peut- être
K 4
( 224 )
n'y ont pas mieux réuffi cette fois , irrités des outrages
que les Corfaires de Jerfey & de Guernefay
ont fait à nos bâtiments Marchands , leur fuppofent
le projet de les venger. Ils préfument en conféquence
qu'on pourroit bien faire une defcente dans ces Ifles .
Comme les gros vaiffeaux ne peuvent paffer dans
l'une ni dans l'autre , les troupes qu'on y employeroit
, feroient tranfportées fur des frégates & des
bâtimens de St-Malo & de Coutances. Cependant ,
comme ces Ifles font fituées dans la Manche, l'entre->
prife feroit hafardée fi M. le Comte d'Orvilliers ne ;
s'affaroit pas une fupériorité abfolue fur les Anglois
; on dit qu'il fera renforcé par l'Efcadre du Che .
valier de Fabry. On nomme M le Marquis de Caftries
, pour commander cette expédition que l'on
défire en général , mais qui n'eft peut-être pas à la
veille d'être exécutée ".
Les Anglois le réjouiffent du retour de 10 vaif-.
feaux de leur Compagnie des Indes Orientales , dont
ils eftiment la cargallon 1,500,000 liv. ſterl . , fi ces
vaiſſeaux ont trouvé la mer libre , les nôtres ont
eu le même avantage. Il en eft arrivé deux à l'Orient ,
le Terray , venant de Pondicheri , & les Quatre- .
Amis venant de Bengale , la cargaison de ce dernier
feul , monte à plus de 4 millions. Outre ces vailfeaux
, il en eft arrivé 54 des Indes Occidentales ,
qui font entrés dans les Ports de Nantes & de Bordeaux,
& qu'on évalue à plus de 20 millions . Il en arrive
journellement d'autres dans nos différents Ports.
Nos Armateurs répandus fur toutes les mers de
l'Europe , font fouvent des prifes confidérables. On
les voit jufques fur les côtes d'Angleterre , y gêner.
le commerce , & conduire fréquemment des prifes
à Oftende. » Deux Armateurs de Dunkerque , dont
un de 22 canons , commandés par MM. de Pers ,
pere & fils , écrit-on de ce Port , fe font emparés
d'un Corfaire Anglois de 24 canons , convoyant deux
vaiffeaux Marchands de fa nation ; il les ont con
( 225 )
duits ici , où ils ont été accueillis avec des démonstrations
d'une joie générale «.
» La frégate la Sultane , mande-t- on de Toulon ,
qui faifoit partie de l'Efcadre du Chevalier de Fabry ,
qui avoit été détachée avec le chebec le Renard , &
la corvette la Sardine , pour aller croifer entre Gênes
& le Cap Corfe , a fait différentes prifes qu'elle
a amenées dans ce Port ; elle a dû repartir le 18 du
mois dernier , pour eſcorter les bâtiments qui vont
pafler des troupes en Corfe , & en ramener celles
qui y font.
" La frégate l'Aurore , écrit-on de Breft , commandée
par M. de Préville , & la corvette le Roffignol
, par M. de la Touche , ont conduit dans ce.
Port 2 frégates Angloifes l'une de 20 canons & l'autre
de 16 ; cette dernière avoit été faite par la corvette
, qui avoit été prise enfuite elle-même par un
Corfaire Anglois de 20 canons , auquel elle n'avoit
pu réfifter , parce qu'elle avoit mis une partie de
fon équipage fur fa prife . Sa captivité n'a pas été
longue , puifque le lendemain , la frégate l'Aurore
l'a délivrée en s'emparant des deux Anglois « .
Un Pêcheur de ce Port , écrit-on de S. Jean - de- Luz ,
vient de faire une prife qui lui procurera une fortune
brillante pour un homme de fon état ; c'eſt un bâtiment
chargé de 4000 quintaux de morue , eftimé
50,000 écus . La manière dont il s'en eft rendu
maître eft allez fingulière «. Ce Pêcheur étant en
mer découvrit le bâtiment Anglois . Le Capitaine -
qui ne connoiffoit point ces parages , & qui s'eftimoit
à la hauteur de St.- Sebaftien , Port d'Espagne ,
voifin de celui de St.- Jean-de Luz , ayant découvert
la barque du pêcheur courut fur elle , & pria le patron
de le piloter jufqu'à St- Sebaſtien ; celui -ci qui
parloit Efpagnol , le remorqua en effet , & le pilota
bien qu'il le mena dans le Port de St. -Jean -de-
Luz ; quand il fut entré affez avant pour être fous
le canon du Fort , & à l'abri d'une révolte de la part
K s
( 226 )
des Anglois , il leur déclara qu'ils étoient ſes priſonniers
. Le Capitaine Anglois jura beaucoup contre la
furprife , & voulut fe facher ; mais il fut forcé de s'en
tenir là,& il fut conduit dans le Fort avec fon mondec
Ces fuccès multipliés animent les Armateurs dont
le nombre augmente tous les jours ; felon des lettres
de différents Ports , on arme à Marſeille 4 Corfaires
, dont 2 de 20 canons , un de 18 , & un de 10.
A Breft on arme pour la courfe 2 frégates de 26 canons
, & 2 goëlettes , l'une de 10 & l'autre de 6.
La frégate l'Iphigénie , a envoyé , le 31 du mois dernier
, dans ce Port , une prife chargée de vin , d'eaude-
vie & de taffia , & quelques jours après un corfaire
Anglois de 12 canons & 18 pierriers .
On dit que Madame la Ducheſſe de Chartres ayant
envoyé à M. Deftouches , Capitaine de Vaiffeau , qui
commandoit l'Artéfien , au combat d'Oueflant, & qui
dégagea le St- Efprit , attaqué par plufieurs vailleaux
Anglois , une fuperbe boîte d'or ; ce brave Officier a remercié
cette Princeffe avec beaucoup de ſenſibilité ,
en difant qu'il ne croyoit pas mériter une récompenfe
fi grande pour avoir fait fon devoir & exécuté
les ordres de fon Général.
On croit que la Légion de Marine , que M. le Duc
de Lauzun vient d'obtenir l'agrément de lever , eft
deftinée pour les Grandes Indes ; elle fera , dit- on ,
de 4 à 5000 hommes ; il en eft Colonel - Général ,
& il aura fous lui 4 Colonels. Plufieurs Officiers du
Régiment Royal Dragons , dont il étoit Meftre-de-
Camp , auront la permiffion de le fuivre ; c'eft M. de
Gontault , qui , dit-on , commandera à fa place le
Régiment Royal Dragons.
Les affiches de Reims nous fourniffent le trait fuivant
, que nous nous empreffons de rapporter , il a le
mérite de l'intérêt , s'il n'a pas celui de la nouveauté .
Le Prince de Rohan , Colonel du régiment de fon
nom , fe trouvant feul à pied fur le champ de ba
taille , à Rosbach , en 1757 , fut fecouru par un dragon
du régiment d'Apchon , qui le reçut fur fon
( 227)
cheval & le mit en sûreté ; le Prince , après avoir foupé
avec les dragons , donna fix louis à fon libérateur
, & partagea le refte de fon argent entre les
autres. Il recommanda au premier de le venir voir ,
& lui promit de l'obliger . En 1771 , le dragon fe
trouvant dans le cas de quitter le fervice , écrivit au
Prince , qui lui fit la réponſe fuivante , le 6 Mars :
J'ai reçu , mon cher Gerard , votre lettre avec un
grand plaifir , & je vous prie d'en être perfuadé . L'étendue
de la reconnoiffance que je vous deis ne peut
être comparée qu'à la feule envie que j'ai toujours eu
de vous en pouvoir , dans tout le cours de ma vie ,
donner des preuves convaincantes. J'ai eu jufqu'au moment
où j'ai reçu votre lettre , l'inquiétude la plus
grande , vous ayant perdu de vue , & ne fachant où
vous retrouver pour vous faire part du defir qu'a mon
coeur de pouvoir vous être utile au moment que vous
ferez dans l'intention de vous retirer du fervice . Oui ,
mon cher Gerard , vous pouvez demander votre
congé ; vous devez être affuré que vous aurez toujours
une retraite chez moi , fi vous voulez l'accepter.
Je vous prie de recevoir 400 liv . de penfion que
je vous continuerai à votre arrivée ici , mais aux conditions
que vous ne ferez chez moi que fur le pied
d'un brave & honnête militaire auquel je dois la vie :
fi à votre arrivée le pays ne vous convient pas , mon
coeur facrifiera toujours fa fatisfaction à votre bonheur
, & vous jouirez de votre penfion par - tout où
vous irez. Adieu , mon cher Gerard , foyez perfuadé
que vous aurez toujours en moi un ami bien reconnoiffant.
P. S. Accufez-moi , je vous prie , la réception
de ma lettre , & adreffez-moi la vôtre au Château de
Coufière , près Monbazon «. L'Auteur des affiches
de Reims affure qu'il tient le fait du fieur Gerard ,
qui lui a remis copie de la lettre du Prince . Le
brave dragon , qui fe nomme Gerard Gaillard , eft
né à Biermes , près Rethe , & s'eft retiré à Reims depuis
quelques années .
K 6
( 228 )
On lit dans le Journal de Patis , le trait fuivant ,
un enfant de 12 à 13 ans , fe baignant il y a quelques
jours , fut entraîné par le courant dans un lieu
profond , ou il fe feroit infailliblement noyé , fi un
chien qu'il avoit , n'étoit venu à fon fecours ; cet
animal a plongé après lui 14 ou is fois de fuite , &
l'a ramené autant de fois à la furface de l'eau , en le
prenant , tantôt par le bras , tantôt par les cheveux ;
il a donné le tems de venir au fecours de l'enfant ,
mais l'animal extenué de fatigue , & ne pouvant être
affez-tôt fecouru , a péri en fauvant fon maître.
» C'est dans le choc varié des paffions , & dans la
peinture des moeurs des particuliers , qu'on peut connoître
le coeur humain , & tirer des leçons de morale .
& de conduite pour toutes les claffes de la fociété . Ce
motif détermine à donner ici le précis d'une affaire
remarquable par fa fingularité . Jacques Jouy , de
Cuxac , Diocèfe de Carcaffonne , inconftant par caractère
, changeoit fouvent de demeure ; la fituation
du lieu d'Efcale , au Diocèfe de Narbonne , lui ayant
plu , il crut pouvoir s'y fixer ; il convint , verbalement
, avec Etienne Calveyrac de lui acheter , au prix
de 150 liv. , un champ , & fans en prendre poffeflion
il lui compta cette fomme. Dégoûté , bientôt après ,
du féjour d'Efcale , il la réclama ; mais Calveyrac
étoit alors hors d'état de la lui remettre. Un procureur
leur fit faire un accord , felon lequel Calveyrac
devoit compter à Jouy , dans un an , la moitié de la
fomme , & l'autre moitié l'année ſuivante. Les parties
ne fachant pas écrire , ne le figuerent pas. Après
l'échéance du dernier terme , le Procureur ayant ren
contré , par hazard , à Efcale , Calveyrac , il lui demanda
s'il avoit fatisfait au payement de ce qu'il devoit
à Jouy. Cette demande fait aflez fentir qu'il n'étoit
pas chargé de la fuite de cette affaire. La réponse
de Calveyrac , dictée par l'ingénuité , fut , qu'au
moyen de fes travaux & de fes fueurs , il étoit parà
ramaſſer la fomme due , qu'il étoit prêt à la venu
( 229 )
compter à celui qui lui remettroit la quittance de
Jouy , & que comme ce dernier n'étoit pas venu la
retirer , il y avoit lieu de croire qu'il étoit mort. Le
Procureur , profitant de cette ouverture , fit affigner
Calveyrac , le 27 Août 1777 , & malgré les pro-
'meffes qu'il lui fit de ne pas continuer les pourfuites
d'après fon offre réitérée de payer la fomme due , il
obtint un jugement de condamnation qu'il fit rendre ,
le 15 Septembre fuivant , par un poſtulant , qui n'étoit
pas le Juge naturel des parties . Par une précipitation
remarquable , il envoya le lendemain , 16 , à Eſcale ;
des Huifliers & des Records pour fignifier le Jugement
à Calveyrac , & pour lui faifir & enlever, en préfence
de fa famille infortunée , le peu d'effets que recéloit
fa chaumière. Pour fe mettre à l'abri de cette cruelle
expoliation , Calveyrac n'eut d'autre parti à prendre
que de remettre aux Huiffiers la fomme demandée &
le montant des frais des pourfuites. Comme la quittance
qui lui avoit été délivrée ne le déchargeoit pas
valablement , il réfolut de fe procurer celle de Jouy
fon véritable céancier. Mais quelle ne fut pas fa
furprife , lorfque , conduit par fes recherches , il découvrit
que Jouy étoit décédé , le 16 Septembre 1776,
un an avant l'affignation ; d'où il fuit que le Procureur
l'avoit affigné , pourfuivi , faifi , au nom d'un mort ,
& conféquemment fans en avoir le droit ni la miſſion .
C'étoit faire un ufage merveilleux de la fameufe maxime
le mortfaifit le vif. Touché de ce défordre &
des vexations exercées contre un de fes vaffaux , M,
de Marcorelle , Seigneur & Baron d'Eſcale , vint à
fan fecours , & réclama les bontés & la juftice de M.
de Noé , Procureur- Général au Parlement de Touloufe
. Ce Magiftrat , après avoir fait vérifier fur les
lieux les faits , & en avoir reconnu la vérité , obligea
le Procureur de reftituer , aux héritiers de Jouy , la
fomme qu'il avoit inducment reçue , & de rembourfer
à Calveyrac les frais fi cruellement exigés . La reftitution
fut faite , le 9 Décembre 1777 , par acte paſſé
( 230 )
devant Notaire , & le remboursement a été opéré le
13 Août de l'année courante 1778. C'eſt ainſi qu'a fini
cette affaire , fingulière par fa nature , & intéreffante
par fes effets . Elle renferme une leçon qui apprend
quelques-uns des moyens dont fe fert l'impofture
pour ufurper le bien d'autrui , & ceux qu'on doit employer
pour la démafquer & la punir «< .
L'école de Mathématiques , de Deffin , de Géographie
& d'Hiftoire , établie à Paris , rue & vis -à- vis
l'Abbaye Saint-Victor , & dirigée par M. de Longpré ,
Profeffeur de Mathématiques , jouit d'une réputation'
méritée ; l'éducation des enfans deſtinés à la Marine ,
à l'Artillerie ou au Génie , eft particulièrement dirigée
vers ce but. Il eft forti de cette Ecole un grand
nombre d'élèves , actuellement ingénieurs ordinaires
du Roi , dont le mérite & les talens font honneur à
ceux de M. de Longpré. Exciter la curiofité des enfans
, proportionner les leçons à leur fagacité , diſcoufir
fouvent avec eux par forme d'amuſement , former
leur ame par des inftructions de morale miles à
leur portée , échauffer leur coeur par les traits de
l'Hiftoire qui infpirent l'amour de la vertu ; voilà le
plan d'éducation de M. de Longpré , qui le développe
avec plaifir , en donnant aux parens intéreffés à les
connoître tous les détails qu'ils peuvent defirer . L'expérience
& la raifon prouvent qu'un enfant apprend
plus aifément la Géométrie élémentaire , que les principes
fecs & abftraits de la Grammaire. La Géométrie
en l'accoutumant à ne raifonner que jufte , rend trèssûrs
& très-rapides fes progrès dans les autres fciences .
Le Deffin amufe & occupe utilement les enfans portés
à l'imitation ; la Géographie eft une ſcience de leur
âge ; en deflinant eux-mêmes la carte , les noms
des lieux & leur pofition refpective , fe fixent fans
peine dans leur tête , & les difpofent à l'étude de
T'hiftoire. Les exercices publics que M. de Longpré fait
foutenir à ſes élèves viennent à l'appui de ce qu'on
avance ici. Les progrès prodigieux de ces élèves éton
1
( 231 )
nent , tous les ans , les Membres de l'Académie
Royale des Sciences , qui s'empreffent d'affifter à ces
exercices. Dans ceux qui ont été foutenus les 17 , 18 ,
19 , 20 & 21 du mois dernier , on a vu un enfant de
TI ans , M. Antoine - Romain- Coquebert de Montbret
, répondre avec netteté , affurance & précifion
fur l'Arithmétique , la Géométrie , la Trigonométrie
rectiligue & fphérique , l'Algèbre , jufqu'aux équations
du quatrième degré inclufivement ; l'applica
tion de l'Algèbre à la Géométrie , les Sections coniques
, les principes du Calcul différentiel & intégral ,
la Statique , la Dinamique , la Géographie & l'Hif
toire. Un enfant de 11 ans capable de répondre avec
intelligence & netteté fur toutes ces parties , eft fans
doute un phénomène intéreffant , & le public à qui
M. de Longpré en préfente de pareils , prefque tous
les ans ne fort point encore de fon étonnement.
Ces faits prouvent plus en faveur de fa méthode que
tout ce que nous pourrions ajouter .
A l'annonce que nous avons faite dernièrement du
taffetas gommé , impénétrable à l'eau , nous devons
ajouter que le public peut voir au Magaſin général
tous les différents ouvrages que l'Auteur en fait faire ,
& le tarif des prix différents de chacun . Ce Magafin
eft aux Quinze-Vingts , vis-à-vis le Cimetière, efcalier
n°. 8. Mlle. Guerin , qui le tient , fatisfera
à toutes les demandes qui lui feront faites , même
par lettres , pourvu qu'on les lui adreffe franches de
port.
Pierre- Charles de Beaufort - Montboiffier , Mar.
quis de Canillac , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , eft mort le 10 du mois dernier , en fon
Château de Chaffaigne en Auvergne.
Le Comte de Montefquiou - Fezenffac , Brigadier
des Armées du Roi , chef d'une Brigade de Carabiniers
, eft mort le 19 dans fon Château d'Algens ,
près Lavaur.
Pierre-Aimé de Guiffrey de Monteynard , Comte
( 232 )
de Marcieu , Chevalier , Grand- Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de St. Louis , Commandant de
celui de St. Lazare , de Jérufalem , & de Notre-
Dame du Mont Carmel , Doyen des Lieutenants-
Généraux des armées du Roi , Gouverneur en furvivance
des Villes & Citadelle de Valence , ancien
Infpecteur- Général d'Infanterie , & ci- devant Commandant
en chef en Dauphiné , eſt mort à Grenoble
le 26 , âgé de 91 ans .
Charles de la Michaudiere , Confeiller d'Honneur
au Parlement , eft mort ici le 31 Août , âgé de 89 ans.
Les Numeros fortis au Tirage du premier de ce
mois , de la Loterie Royale de France , font : 76 ,
44 , 85 , 52 , 60.
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Résumé : De PARIS, le 10 Septembre.
Le document du 10 septembre à Paris détaille divers événements militaires et maritimes. La flotte du Comte d'Orvilliers, composée de 30 vaisseaux de ligne, attend le Neptune pour atteindre 31 unités. La Ville de Paris se prépare à entrer en bassin, et des ordres sont donnés pour construire un vaisseau de 100 canons et refondre trois autres. Le Maréchal de Broglie rencontre le Comte d'Orvilliers pour planifier une opération concertée contre les Anglais. Les Anglais célèbrent le retour de vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales, tandis que la France reçoit des vaisseaux des Indes Orientales et Occidentales chargés de marchandises précieuses. Les armateurs français réalisent des prises importantes, notamment sur les côtes anglaises. À Toulon, la frégate la Sultane escorte des troupes en Corse après plusieurs prises. À Brest, les frégates l'Aurore et le Rossignol capturent des navires anglais. Un pêcheur de Saint-Jean-de-Luz capture un navire anglais chargé de morue. Les succès maritimes encouragent les armateurs à armer de nouveaux navires à Marseille et Brest. À Marseille, quatre corvettes sont armées, et à Brest, deux frégates et deux goélettes sont préparées. La frégate l'Iphigénie capture un navire anglais après une prise chargée de vin et d'eau-de-vie. Madame la Duchesse de Chartres récompense M. Deftouches pour son courage lors du combat d'Ouessant. La Légion de Marine, approuvée par le Duc de Lauzun, est destinée aux Grandes Indes et comptera 4 000 à 5 000 hommes. Plusieurs officiers du Régiment Royal Dragons suivront Lauzun, et M. de Gontault prendra le commandement du régiment. Le texte mentionne des anecdotes, comme l'histoire du Prince de Rohan aidant un dragon sauvé lors de la bataille de Rossbach, et celle d'un chien sauvant un enfant de la noyade. Une affaire juridique implique Jacques Jouy et Étienne Calveyrac, aboutissant à la restitution de sommes indûment perçues. L'école de Mathématiques, de Dessin, de Géographie et d'Histoire dirigée par M. de Longpré à Paris forme des élèves pour la Marine, l'Artillerie ou le Génie. Un élève de 11 ans, Antoine-Romain Coquebert de Montbret, se distingue par ses compétences en sciences et mathématiques. Le document annonce le décès de plusieurs personnalités militaires, dont Pierre-Charles de Beaufort-Montboissier, le Comte de Montesquiou-Fezensac, Pierre-Aimé de Guiffrey, Marcieu et Charles de la Michaudiere.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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318
p. 293-296
Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur l'Histoire générale des Tribunaux des Peuples, tant anciens que modernes, [...]
Mots clefs :
Tribunaux, M. des Essarts, Nations, Histoire, Temps, Tragédie, Adultère, Alger, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
Fermer
Résumé : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux' de M. Des Effarts, avocat et membre de plusieurs académies, compile des anecdotes et jugements célèbres des tribunaux à travers les âges et les nations. Le premier volume, publié à Paris, se concentre sur les criminels notoires et les tragédies inspirées des archives judiciaires. L'auteur vise à réformer les lois criminelles françaises en examinant les méthodes judiciaires mondiales, souvent préjudiciables aux innocents. Il compare les lois pénales de diverses nations et propose des améliorations pour mieux dissuader les délinquants. Des articles spécifiques traitent de sujets comme l'adultère, Alger et l'Angleterre, détaillant les supplices et les systèmes judiciaires variés. Bien que certains articles puissent être améliorés, l'ouvrage est jugé utile et agréable pour sa compilation d'informations dispersées. M. Des Effarts, grâce à sa connaissance des causes célèbres et ses contacts avec des voyageurs et des ambassadeurs, est bien placé pour enrichir les futurs volumes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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319
p. 35-40
Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Début :
Traité de l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire, par M. Fournel, Avocat. A [...]
Mots clefs :
Adultère, Femme, Mari, Peines, Traité, Coupables, Jean-François Fournel, Crime, Complice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Traité de l'Adultère confidéré dans l'ordre
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
judiciaire ,
, par M. Fournel , Avocat . A
Paris , chez Baftien , rue du Petit I yon ,
Fauxbourg S. Germain , in - 8 ° . Prix 2 liv.
10 f. broché .
M. le Marquis de Beccaria a renfermé
dans un petit volume prefque tous les délits
, & des réflexions fur les peines qu'on
a cru devoir leur appliquer. Son Ouvrage
eft celui d'un Philofophe qui a eu pour objet
d'adoucir la févérité de la Loi , & d'éclairer
fa vengeance. Jufqu'à préfent , il a
été lu 、traduit , admiré , mais les abus
qu'il indiquoit font reftés . Il en eft de même
de beaucoup de vérités fenties , qui demeurent
étouffées fous le poids de l'habitude .
Nous aimons à faire aujourd'hui ce que
nous avons fait hier , & c'eft ainfi que le
mal fe perpétue.
L'Auteur du Traité que nous annonçons ,
en continuant la route dans laquelle il vient
de faire un premier pas , recueillera moins
de gloire que celui des délits & des peines ,
mais il fera peut - être plus utile aux Jurifconfultes
; il ne les entraîne pas dans d'heureufes
poffibilités , il les arrête fur ce qui
exifte ; il ne prétend point leur apprendre
ce que la Loi auroit dû prononcer , mais
ce qu'elle a prononcé effectivement.
B vj
36
MERCURE
"
If a cru devoir commencer fon Traité
par l'adultère , ce crime qui cache fa difformité
fous des charmes trompeurs , qui
eft la fource de tant d'injuftices , qui renverfe
l'ordre des fucceffions , qui mine &
détruit l'union conjugale , qui éteint les
affections paternelles par une affreufe incertitude
, qui allume les guerres domeftiques
, & finit par couvrir la femme de
mépris , & le mari de ridicule.
L'adultère eft le crime qui fe foupçonne
le plus légèrement , & qui eft le plus difficile
à prouver ; il eft parmi nous ce qu'étoit
autrefois le vol à Lacédémone , ce n'eft
pas lui qui eft puni , c'eſt l'imprudence qui
s'eft laiffée furprendre.
"
و د
" Chez les Juifs , les femmes étoient
éprouvées d'une manière myſtérieufe ; le
mari qui foupçonnoit fa femme de lui
» être infidelle la conduifoit au Prêtre , ce-
" lui ci offroit un facrifice à Dieu , & compofoit
un certain breuvage d'une extrême
» amertume qu'il préfentoit à la femme
» accufée , en prononçant contre elle des
imprécations terribles. Ingrediantur aque
» maledicta in ventrem tuum & utero tu-
» mefcente putrefcat femur , & refpondebit
» mulier , amen , amen.
ود
"
›
Nous avons peine à concevoir pourquoi
tant de Jurifconfultes éclairés ont été furpris
que le mari eût le droit de pourfuivre fa femDE
FRANCE.
37
me comme adultère , & qu'elle , de fon côté,
ne pût le faire punir de fes infidélités.
Il eft certain qu'ayant tous deux contracté
au pied des Autels les mêmes engagemens
, ils fe rendent , lorfqu'ils font parjures
, également coupables aux yeux du Dieu
qu'ils ont pris à témoin de leur ferment .
Mais le crime des deux n'eft pas d'une conféquence
égale aux yeux de la Loi ; l'inconftance
du mari ne donne à la femme
pas
des enfants dont elle n'eft pas la mère ;
elle n'introduit pas dans fa maifon des
étrangers qui viennent hardiment prendre
part à l'héritage des enfans légitimes.
11 y a pourtant une circonftance où la
femme peut pourfuivre fon mari adultère ,
c'eft lorfqu'il a déshonoré fa fille ; mais elle
fe montre alors fous le titre impofant de
mère. Non jure uxoris , fed jure matris.
Les Romains , qui donnoient à la puiffance
paternelle la plus grande étendue ,
autorifoient le Père à tuer fa fille qu'il furprenoit
en adultère dans fa propre maifon ,
ou dans celle de fon gendre ; mais elle
n'accordoit pas le même droit au mari . Patri
, non marito mulierem permiffum eft occidere
. Nos Loix ne donnent ce pouvoir
ni à l'un ni à l'autre. Époux malheureux
qui furprends ta compagne dans les bras
d'un étranger , fi tu es encore attaché à
༣ ? MERCURE
la vie , jette loin de toi ce fer dont su
viens de t'armer pour percer l'infidelle &
fon complice. Cependant fi , égaré par une
jufte fureur , le mari poignardoit les coupables
offerts à fa vue , il auroit lieu d'efpérer
fa grace du Souverain , & il n'y a
pas même d'exemple de refus . Si les Parlements
ont quelquefois fait difficulté d'entériner
les lettres de grace , c'est parce
que l'homicide étoit aggravé par les circonftances.
M. Fournel a divifé fon Ouvrage par
Chapitres , ce qui répand plus de clarté ;
dans celui des peines de l'adultère , il parcourt
les divers châtimens dont différents
peuples puniffoient l'adultère. Chez les
Juifs , les coupables étoient conduits hors
de la Ville , & lapidés par le peuple .
Les anciens Saxons brûloient la femme ,
& fur les cendres ils élevoient un gibet ,.
où le complice de fon adultère étoit étranglé.
Les Sarmates.... Epargnons à nos Lecteurs
une image affreufe & qui peint l'excès
de la cruauté.
Chez les Turcs , on enterre la femme
à demi , & on la lapide.
Parmi les différentes peines que les Romains
prononcèrent contre l'adultère , il
en eft une qui fait peu d'honneur à ce
DE FRANCE. 39
peuple légiflateur. On reléguoit la femme
coupable dans un mauvais lieu , où elle étoit
forcée de fouffrir une prostitution publique.
Etrange punition , s'écrie M. Fournel ,
qui violoit les moeurs qu'elle feignoit
» de venger ! :
་
"
Les Francs , ces aïeux dont nous mépri
fons l'ignorance , & qui cependant attachoient
plus que nous de prix à la vie & à
la liberté des hommes , ne puniffoient l'adultère
que de peines pécuniaires.
Lorfque nous eumes adopté le droit
Romain , l'adultère fut puni corporellement
; il le fut même de mort fous Chil
péric comme il l'avoit été fous Conftantin.
Sous la troisième race , la punition fut
très-mitigée ; on condamnoit quelquefois
les coupables à courir nuds dans un espace
de la Seigneurie , ou depuis une porte juf
qu'à l'autre. Cette courfe humiliante a été
depuis fupprimée par les Parlements , comme
contraire aux bonnes moeurs. Aujour
d'hui la femme adultère eft reléguée dans
un Monaftère , & eft enfuite rafée & condamnée
à une captivité perpétuelle fi , après
un certain temps , fon mari ne la rappelle
pas auprès de lui . A l'égard du complice,,
il est condamné à une amende pécuniaire ,
à une amende honorable , quelquefois au
banniſſement , & même aux galères , fuivant
la gravité des circonstances.
40 MERCURE
Il eft à fouhaiter que l'Auteur du Traité
fur l'adultère , continue de nous en donner
de femblables fur les différents crimes que
la Juftice eft obligé de punir ; on ne peut
pas trop éclairer ceux qui font armés de
fon glaive , ou qui font chargés de dé- .
fendre l'innocence , afin que les premiers
ne frappent pas au hafard & dans la nuit
de l'ignorance
& pour que les autres
puiffent à propos parer leurs coups.
(Cet article eft de M. de L* * , Avocat.)
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Résumé : Traité de l'Adultère, [titre d'après la table]
Le traité 'De l'Adultère considéré dans l'ordre judiciaire' de M. Fournel analyse le crime d'adultère et ses implications juridiques. Malgré les propositions de réforme de philosophes tels que le Marquis de Beccaria, les abus liés à ce crime persistent souvent par habitude. L'adultère est un délit complexe à prouver et est fréquemment puni de manière disproportionnée. Historiquement, les lois concernant l'adultère ont varié. Chez les Juifs, les femmes suspectées d'adultère devaient boire un breuvage amer sous imprécations. Chez les Romains, le père avait le droit de tuer sa fille adultère, mais cette prérogative n'était pas accordée au mari. Les peines pour adultère incluaient la lapidation, la brûlure, ou la prostitution forcée. En France, les Francs imposaient des amendes, tandis que sous le droit romain, l'adultère était puni de mort. À l'époque du traité, la femme adultère était reléguée dans un monastère et condamnée à une captivité perpétuelle en cas de récidive. Le complice de l'adultère encourrait une amende pécuniaire, une amende honorable, parfois le bannissement, voire les galères, selon la gravité des circonstances. L'auteur espère que son traité éclairera les juges pour qu'ils agissent avec connaissance et défendent mieux l'innocence. Le texte est signé par M. de L*, avocat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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320
p. 47-49
Éloge de Pibrac, [titre d'après la table]
Début :
Éloge de Gui Dufour de Pibrac, Discours qui a remporté le Prix, au jugement de [...]
Mots clefs :
Guy du Faur de Pibrac, Éloge, Prix, Académie des Jeux floraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Éloge de Pibrac, [titre d'après la table]
Eloge de Gui Dufour de Pibrac , Difcours
qui a remporté le Prix , au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse,
en 1778 ; par M. l'Abbé Calvet , de l'Académie
des Sciences , Infcriptions &
Belles Lettres de Châlons - fur - Marne.
A Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire
, quai des Auguftins , au coin de la rue
Pavée. Prix , broché , 1 liv. 4 fols .
•
Pibrac fut un homme vertueux , & d'un
efprit au-deffus de fon fiècle. Il exerça quelque
temps la charge d'Avocat - Général au
Parlement de Paris. Il accompagna Henri
III dans fon voyage de Pologne , & eut
beaucoup de peine à fe fauver à la fuite de
ce Prince , qui s'échappoit de ce pays en fugitif
après y être entré en Roi. Il fut chargó
de quelques négociations particulières dans
les troubles de la Ligue , mais il influa peu
fur les affaires publiques. Il eft connu furtout
par fes Quatrains pleins de fens & de
raifon , & dont l'expreffion même eft quelquefois
heureufe , malgré la rudeffe d'un
langage encore informe. Ce n'étoit pas - là
un fujet d'éloge à propofer à l'éloquence,
On peut fans doute donner , dans quelques
48
MERCURE
pages , une notice hiftorique du mérite de
Fibrac, comme on peut le faire pour beaucoup
d'autres hommes eftimables ; mais
peut- être les Sociétés Littéraires devroientelles
faire un peu plus d'attention aux choix
des fujets qu'elles propofent aux Orateurs.
Comme l'art oratoire eft par lui - même
grand & élevé , il ne faut l'employer qu'à
ce qui en eft digne , fans quoi l'on tombe
dans un de ces inconvéniens inévitables , ou
de rabaiffer l'art , ou d'exagérer le fujet ; &
delà tant de déclamations emphatiques &
tant de lieux communs rebattus. La première
qualité de tout ouvrage , eft que le
ton foit analogue à la matière ; & le premier
devoir de celui qui écrit , eft de faifir d'abord
cette proportion , & de placer les objets
dans le point de vue fous lequel ils doivent
être préfentés au Lecteur raifonnable. Il ne
faut pas louer du même ton un Général ,
un Philofophe , un Poëte , & cette flexibi
lité de ftyle eft le premier fecret de l'art &
la première preuve du talent. En général ,
tout ce qui a influé fur la deftinée des Nations
ou fur l'efprit humain , mérite d'être
célébré par l'éloquence avec le degré d'intérêt
proportionné au fujet ; mais fi l'hom
me qui veut louer Pibrac a la prétention
d'être Orateur , il fera comme Simonide ,
il parlera de Pibrac en quelques lignes , &
le refte fera l'Hiftoire de la Ligue ; il fera
le
DE FRANCE.
49
le portrait de tous les grands perfonnages
de ce temps , & redira ce qu'on a dit cent
fois beaucoup plus à propos & beaucoup
mieux. Ce n'eft pas la première fois que
la
critique a remarqué cet abus , & toujours
inutilement. Qui eft - ce qui s'attend , par
exemple , à lire au commencement de l'Eloge
de Pibrac Malheur à quiconque ofe
calomnier les vertus & les talens , jufqu'à
croire que la naiffance peut ajouter à leur
prix ? Cette expreffion de calomnier eft auffi
fauffe que le ton de cette phrafe eft déplacé;
& c'eft à-peu- près-celui de tout le Difcours.
qui a remporté le Prix , au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse,
en 1778 ; par M. l'Abbé Calvet , de l'Académie
des Sciences , Infcriptions &
Belles Lettres de Châlons - fur - Marne.
A Paris , chez Mérigot le jeune , Libraire
, quai des Auguftins , au coin de la rue
Pavée. Prix , broché , 1 liv. 4 fols .
•
Pibrac fut un homme vertueux , & d'un
efprit au-deffus de fon fiècle. Il exerça quelque
temps la charge d'Avocat - Général au
Parlement de Paris. Il accompagna Henri
III dans fon voyage de Pologne , & eut
beaucoup de peine à fe fauver à la fuite de
ce Prince , qui s'échappoit de ce pays en fugitif
après y être entré en Roi. Il fut chargó
de quelques négociations particulières dans
les troubles de la Ligue , mais il influa peu
fur les affaires publiques. Il eft connu furtout
par fes Quatrains pleins de fens & de
raifon , & dont l'expreffion même eft quelquefois
heureufe , malgré la rudeffe d'un
langage encore informe. Ce n'étoit pas - là
un fujet d'éloge à propofer à l'éloquence,
On peut fans doute donner , dans quelques
48
MERCURE
pages , une notice hiftorique du mérite de
Fibrac, comme on peut le faire pour beaucoup
d'autres hommes eftimables ; mais
peut- être les Sociétés Littéraires devroientelles
faire un peu plus d'attention aux choix
des fujets qu'elles propofent aux Orateurs.
Comme l'art oratoire eft par lui - même
grand & élevé , il ne faut l'employer qu'à
ce qui en eft digne , fans quoi l'on tombe
dans un de ces inconvéniens inévitables , ou
de rabaiffer l'art , ou d'exagérer le fujet ; &
delà tant de déclamations emphatiques &
tant de lieux communs rebattus. La première
qualité de tout ouvrage , eft que le
ton foit analogue à la matière ; & le premier
devoir de celui qui écrit , eft de faifir d'abord
cette proportion , & de placer les objets
dans le point de vue fous lequel ils doivent
être préfentés au Lecteur raifonnable. Il ne
faut pas louer du même ton un Général ,
un Philofophe , un Poëte , & cette flexibi
lité de ftyle eft le premier fecret de l'art &
la première preuve du talent. En général ,
tout ce qui a influé fur la deftinée des Nations
ou fur l'efprit humain , mérite d'être
célébré par l'éloquence avec le degré d'intérêt
proportionné au fujet ; mais fi l'hom
me qui veut louer Pibrac a la prétention
d'être Orateur , il fera comme Simonide ,
il parlera de Pibrac en quelques lignes , &
le refte fera l'Hiftoire de la Ligue ; il fera
le
DE FRANCE.
49
le portrait de tous les grands perfonnages
de ce temps , & redira ce qu'on a dit cent
fois beaucoup plus à propos & beaucoup
mieux. Ce n'eft pas la première fois que
la
critique a remarqué cet abus , & toujours
inutilement. Qui eft - ce qui s'attend , par
exemple , à lire au commencement de l'Eloge
de Pibrac Malheur à quiconque ofe
calomnier les vertus & les talens , jufqu'à
croire que la naiffance peut ajouter à leur
prix ? Cette expreffion de calomnier eft auffi
fauffe que le ton de cette phrafe eft déplacé;
& c'eft à-peu- près-celui de tout le Difcours.
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Résumé : Éloge de Pibrac, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Éloge de Gui Dufour de Pibrac' a été récompensé par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse en 1778. L'auteur, l'Abbé Calvet, membre de l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Châlons-sur-Marne, a publié ce discours à Paris chez Mérigot le jeune. Gui Dufour de Pibrac, homme vertueux et doté d'un esprit supérieur, a exercé la fonction d'Avocat-Général au Parlement de Paris et a accompagné Henri III lors de son voyage en Pologne. Il a également participé à des négociations durant les troubles de la Ligue, bien que son influence sur les affaires publiques ait été limitée. Pibrac est surtout connu pour ses quatrains, riches en sens et en raison, bien que leur expression soit parfois maladroite. L'Abbé Calvet critique les choix des sujets proposés par les sociétés littéraires, estimant que l'art oratoire doit être réservé à des sujets dignes. Il souligne l'importance d'adapter le ton à la matière et d'éviter l'exagération ou la banalité. Selon lui, l'éloge de Pibrac ne devrait pas se transformer en une histoire détaillée de la Ligue ou en portraits de grands personnages, ce qui serait hors de propos et redondant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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321
p. 57-61
CAUSE INTÉRESSANTE.
Début :
Le célebre J. J. Rousseau a dit que la Comédie du Légataire de Regnard, loin [...]
Mots clefs :
Neveux, Femme, Tante, Notaires, Faux, Légataire, Jean-François Regnard, Procès, Testament, Fontenay-le-Comte, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : CAUSE INTÉRESSANTE.
CAUSE INTÉRESSANTE. ·
2
LE célebre J. J. Rouffeau a dit que la
Comédie du Légataire de Regnard , loin
d'avoir un but moral, ne pouvoit au con-
Cy
58 MERCURE
traire infpirer que l'idée de commettre un
des crimes les plus dangereux pour la
fociété , ( celui de faux . ) Cette critique ,
peut-être trop rigoureufe , vient cependant
d'être juftifiée par un exemple récent qui a
donné lieu à une procédure criminelle , fur
laquelle le Parlement de Paris a prononcé
depuis peu . Voici les faits de ce procès :
ils peuvent fervir à prouver que plufieurs
de nos pièces de Théâtre font bien éloignées
de renfermer des leçons de vertu
A
Deux particuliers d'un Village du Bas-
Poitou avoient une tante âgée de plus de
quatre-vingt ans ; cette vieille femme jouiffoit
d'une certaine aifance . Ses neveux
craignant qu'elle ne vint à décéder fans
les avoir inftitués fes légataires univerfels
, imaginèrent de fuivre la marche que
Regnard avoit tracée dans fa Comédie
du Légataire. Ils formèrent le projet de
faire dicter un faux teftament par la femme
d'un d'eux à des Notaires à qui ils perfuaderoient
que c'étoit leur tante.
Ce plan étant conçu & arrêté , les deux
neveux fe réndirent chez un des Notaires
de la Ville de Fontenay - le-Comte , & le
prièrent de fe tranfporter au domicile dè
leur tante avec un de fes confrères pour y
recevoir fon teftament.
Le Notaire refufa d'abord; mais il céda
enfin aux prières & anxinftances des
DE FRANCE. 5.9
neveux ; ces derniers dirent au Notaire qu'il
étoit de la plus grande importance qu'on
ne l'apperçut pas dans l'endroit que leur
tante habitoit parce que des voifins jaloux
& avides mettroient des entraves à la
générosité de leur bienfaitrice.
>
>
Le Notaire étoit bien éloigné de foupçonner
que ces précautions étoient des
piéges qu'on lui tendoit pour prêter fon miniſtère
à un faux . Au jour & à l'heure
convenus il partit avec un de fes confrères
; un des neveux s'étoit chargé d'accompagner
les deux Officiers publics . Il les
conduifit au milieu de la Campagne , &
après plufieurs heures de marche pendant
la nuit , ils arrivèrent à une mailon que
leur conducteur leur dit être celle de la
reftatrice.
Les deux Notaires , en entrant , trouvèrent
l'autre neveu , qui les pria de ne pas
faire de bruit , & de paffer dans la chambre
où étoit la fauffe teftatrice . Ces deux Officiers
s'approchèrent du lit de la prétendue
octogénaire , & lui firent différentes queftions
; le fon de la voix de cette femme
leur infpira des foupçons . Pour les diffiper
ils tirerent les rideaux , & approchèrent avec
une lumière ; ayant apperçu une femme
qui , malgré l'attention qu'elle avoit de fe
cacher le vifage , n'avoit pas trente- fix ans ,
il refusèrent de recevoir le faux teftament
C vj
60 MERCURE
qu'elle devoit leur dicter . Indignés de cette
fupercherie , les Notaires fortirent fur le
champ , & menacèrent les coupables ne-.
veux de dénoncer leurs manoeuvres criminelles
à la Juftice .
Le bruit de cette fcène bifarre fe répandit
dans le pays : il parvint aux oreilles du
Ministère public , qui rendit plainte contre
les trois coupables , les deux neveux & la
nièce. Sur l'information qui fut faite à
Fontenay - le-Comte , les trois accufés furent
décrétés de prife - de - corps & conſtitués
prifonniers. Malgré leurs efforts pour
pallier la vérité , ils furent convaincus du
crime pour lequel ils étoient pourfuivis.
En conféquence , par Sentence de la Sénéchauffée
de Fontenay - le - Comte , les
neveux furent condamnés à être Alétris &
aux Galères , & la nièce au blâme .
Ce procès ayant été porté par appel au
Parlement de Paris , il y eft intervenn
Arrêt , qui a condamné les deux particu
liers au blâme, & à une amende de trois livres
, & a mis la femme hors de Cour.
Il réfulte de cet Arrêt que les premiers
Juges avoient porté la févérité un peu trop
loin . Cependant il faut convenir que le
crime dont les Accufés s'étoient promis de
profiter , eft un des plus dangereux pour la
fociété & que fous ce point de vue , ils
méritoient d'être punis.
>
DE FRANCE. 61
L'Hiftoire de ce procès prouve que J. J.
Rouffeau a eu raifon d'écrire que la Pièce
du Légataire de Régnard étoit bien
éloignée d'être une école de vertu .
2
LE célebre J. J. Rouffeau a dit que la
Comédie du Légataire de Regnard , loin
d'avoir un but moral, ne pouvoit au con-
Cy
58 MERCURE
traire infpirer que l'idée de commettre un
des crimes les plus dangereux pour la
fociété , ( celui de faux . ) Cette critique ,
peut-être trop rigoureufe , vient cependant
d'être juftifiée par un exemple récent qui a
donné lieu à une procédure criminelle , fur
laquelle le Parlement de Paris a prononcé
depuis peu . Voici les faits de ce procès :
ils peuvent fervir à prouver que plufieurs
de nos pièces de Théâtre font bien éloignées
de renfermer des leçons de vertu
A
Deux particuliers d'un Village du Bas-
Poitou avoient une tante âgée de plus de
quatre-vingt ans ; cette vieille femme jouiffoit
d'une certaine aifance . Ses neveux
craignant qu'elle ne vint à décéder fans
les avoir inftitués fes légataires univerfels
, imaginèrent de fuivre la marche que
Regnard avoit tracée dans fa Comédie
du Légataire. Ils formèrent le projet de
faire dicter un faux teftament par la femme
d'un d'eux à des Notaires à qui ils perfuaderoient
que c'étoit leur tante.
Ce plan étant conçu & arrêté , les deux
neveux fe réndirent chez un des Notaires
de la Ville de Fontenay - le-Comte , & le
prièrent de fe tranfporter au domicile dè
leur tante avec un de fes confrères pour y
recevoir fon teftament.
Le Notaire refufa d'abord; mais il céda
enfin aux prières & anxinftances des
DE FRANCE. 5.9
neveux ; ces derniers dirent au Notaire qu'il
étoit de la plus grande importance qu'on
ne l'apperçut pas dans l'endroit que leur
tante habitoit parce que des voifins jaloux
& avides mettroient des entraves à la
générosité de leur bienfaitrice.
>
>
Le Notaire étoit bien éloigné de foupçonner
que ces précautions étoient des
piéges qu'on lui tendoit pour prêter fon miniſtère
à un faux . Au jour & à l'heure
convenus il partit avec un de fes confrères
; un des neveux s'étoit chargé d'accompagner
les deux Officiers publics . Il les
conduifit au milieu de la Campagne , &
après plufieurs heures de marche pendant
la nuit , ils arrivèrent à une mailon que
leur conducteur leur dit être celle de la
reftatrice.
Les deux Notaires , en entrant , trouvèrent
l'autre neveu , qui les pria de ne pas
faire de bruit , & de paffer dans la chambre
où étoit la fauffe teftatrice . Ces deux Officiers
s'approchèrent du lit de la prétendue
octogénaire , & lui firent différentes queftions
; le fon de la voix de cette femme
leur infpira des foupçons . Pour les diffiper
ils tirerent les rideaux , & approchèrent avec
une lumière ; ayant apperçu une femme
qui , malgré l'attention qu'elle avoit de fe
cacher le vifage , n'avoit pas trente- fix ans ,
il refusèrent de recevoir le faux teftament
C vj
60 MERCURE
qu'elle devoit leur dicter . Indignés de cette
fupercherie , les Notaires fortirent fur le
champ , & menacèrent les coupables ne-.
veux de dénoncer leurs manoeuvres criminelles
à la Juftice .
Le bruit de cette fcène bifarre fe répandit
dans le pays : il parvint aux oreilles du
Ministère public , qui rendit plainte contre
les trois coupables , les deux neveux & la
nièce. Sur l'information qui fut faite à
Fontenay - le-Comte , les trois accufés furent
décrétés de prife - de - corps & conſtitués
prifonniers. Malgré leurs efforts pour
pallier la vérité , ils furent convaincus du
crime pour lequel ils étoient pourfuivis.
En conféquence , par Sentence de la Sénéchauffée
de Fontenay - le - Comte , les
neveux furent condamnés à être Alétris &
aux Galères , & la nièce au blâme .
Ce procès ayant été porté par appel au
Parlement de Paris , il y eft intervenn
Arrêt , qui a condamné les deux particu
liers au blâme, & à une amende de trois livres
, & a mis la femme hors de Cour.
Il réfulte de cet Arrêt que les premiers
Juges avoient porté la févérité un peu trop
loin . Cependant il faut convenir que le
crime dont les Accufés s'étoient promis de
profiter , eft un des plus dangereux pour la
fociété & que fous ce point de vue , ils
méritoient d'être punis.
>
DE FRANCE. 61
L'Hiftoire de ce procès prouve que J. J.
Rouffeau a eu raifon d'écrire que la Pièce
du Légataire de Régnard étoit bien
éloignée d'être une école de vertu .
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Résumé : CAUSE INTÉRESSANTE.
Un procès récent a validé la critique de Jean-Jacques Rousseau à propos de la pièce 'Le Légataire universel' de Regnard. Rousseau avait souligné que cette comédie pouvait inciter à des crimes nuisibles pour la société, notamment la falsification de testaments. Un cas concret a illustré cette critique : deux neveux d'un village du Bas-Poitou ont tenté de faire rédiger un faux testament par la femme de l'un d'eux, se faisant passer pour leur tante octogénaire. Ils ont réussi à convaincre deux notaires de se rendre chez la supposée testatrice, mais les notaires ont découvert la supercherie et refusé de recevoir le faux testament. Les neveux et la nièce ont été arrêtés et condamnés. Le Parlement de Paris a confirmé la sentence, bien qu'il ait réduit les peines initiales. Ce procès montre que la pièce de Regnard ne véhicule pas de leçons de vertu et met en lumière la dangerosité du crime de faux testament pour la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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323
p. 120-121
LOGOGRYPHE.
Début :
On a beau me parer, je ne suis jamais belle. [...]
Mots clefs :
Prison
325
p. 101-105
De HAMBOURG, le 30 Novembre.
Début :
La plupart de nos papiers ne présentent aujourd'hui que des observations & des faits [...]
Mots clefs :
Hambourg, Femmes, Religion, Porte, Russie, Crimée, Forteresse, Esprit, Filles, Messie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De HAMBOURG, le 30 Novembre.
De HAMBOURG , le 30 Novembre.
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
LA plupart de nos papiers ne préfentent
aujourd'hui que des obfervations & des faits
relatifs aux différends prêts à s'élever entre
la Ruffic & la Porte au fujet de la Crimée.
Nous nous contenterons de les tranfcrire .
» Les dernières lettres de Conftantinople , difente
3
( 102 )
ils , font' du 25 Octobre ; elles portent qu'un nouvel
incendie a éclaté dans cette malheureufe ville
le zi du même mois ; mais que graces aux foins
& à la vigilance du Capitan Bacha , on eft parvenu
à l'éteindre fans qu'il ait caulé beaucoup de dommage
. Le peuple toujours inconféquent & dont
les voeux ardens vont toujours au- delà de les
moyens , que prefque toujours ils l'empêchent de
confidérer , continue de demander la guerre ,
laquelle le Divan , mieux inftruit de la fituation
de l'Empire , s'oppofe encore avec fermeté ; mais
il eft à craindre que le gouvernement ne foit obligé
de céder ; & comme dans ce cas , il peut y avoir
quelques rencontres entre les troupes des deux Puiffances
, la Hongrie & les autres Etats de la Maifon
d'Autriche , que leur pofition met à portée des
endroits où pourront fe porter les coups , feroient
expolés à quelques excurfions . On affure qu'en
conféquence on avoit ordre de mettre en état de
défenfe toutes les frontières de ce côté. On doit
élever une nouvelle fortereffe près de la rivière
de Marofch , non loin de Témefwar , rétablir celles
de Brodt & de Gradiska , près de la Save , augmenter
les fortifications de Péterwaradin & d'Effeck ,
& mettre Segedin & Krad en état de couvrir la
Hongrie «.
Une lifte qu'en dit authentique porte la
population des Royaumes de Galicie & de
Lodomerie à 1,112,442 hommes & 1,093 ,
311 femmes , tous de la Religion Chrétienne,
à 68,601 Juifs & 70,472 Juives ; ce qui fait
en tout 2,344,826 perfonnes . On compte
dans ces deux Etats T066 Eglifes Catholiques,
2955 Eglifes Grèques avec 188. Couvents
d'hommes , 28 Convents de femmes , 2722
Religieux , 678 Religieufes , 483 Hopitaux &
244 Synagogues.
( 103 )
L'Empereur , écrit-on de Vienne , le croyoit
en pleine paix avec les Régences Barbarefques
pour la navigation de fes vailleaux dans la Médi
terranée , loriqu'il a appris , par fon Conful à
Gênes , qu'un corfaire Algérien , qui n'avoit que
6 canons , avoit ofé appeller à l'obéiffance un bâ
timent Impérial , dont l'artillerie étoit fupérieure à
la fienne. Le Capitaine de celui - ci , loin de fe prêter
à ce qu'on exigeoit de lui , envoya toute fa bordée
au corfaire , qui fut obligé de lâcher prife. La
Régence d'Alger , inftruite de ce fait , à déclaré
qu'elle ne vouloit plus entendre parler ni de traité
ni de trève avec notre Cour. S. M. I. pour prévenir
les conféquences de cette déclaration a ordonné
à ſon Envoyé à la Porte d'y réclamer en fon
nom l'exécution du traité de Belgrade de 1735 »
par lequel la Cour Ottomane a promis à la notre
de protéger fon commerce dans toute l'étendue
de fes mers ; & même en cas qu'un vaiffeau Impérial
y fût pris ou infalté , de fe charger de tout
dédommagement. On attend à cet égard la réponſe
de la Pone «.
On apprend de Ratisbonne que le Directoire
de Mayence a communiqué à la Dictature
une lettre du Prince- Evêque de Spire ,
en date du 11 de ce mois , par laquelle il lui
fait part qu'en conféquence de l'ordre donné
par l'Empereur , il y a quelques jours , de
vendre tout ce qui lui appartenoit dans la
fortereffe de Philipsbourg , à l'exception de
l'artillerie qu'il falloit tranfporter dans fes
Etats , & d'en faire fortir la garniſon Impériale
, le Prince- Evêque , après que cet
ordre a été exécuté a pris poffeffion de
cette fortereſſe évacuée , en qualité de Souverain
, & y a mis une garnifon de fes troupes;
€ 4
( 104 )
il le notifie à la Dière , afin qu'on lui affure
préfentement & pour toujours , à lui & à
fon Evêché , la propriété de cette Ville &
de fes dépendan ces.
On lit dans la Gazette de Berlin un fait
bien extraordinaire. Il y a été publié par
ordie de la Chambre Royale de Juftice.
Nous nous contenterons de le tranfcrire.
5כ
Jean- Paul - Philippe Rofenfeld , ci-devant garde
bois dans les forêts du Roi , renvoyé il y a quelques
années , pour avoir fabriqué de faux billets de bois ,
s'attacha depuis à fe faire un parti parmi le bas peu
ple , auquel il prêcha une nouvelle religion ,
2
s'accrédita fi fort dans l'efprit de ces hommes ignorans
, qu'en qualité de leur nouveau législateur il
difpofoit de la fortune , des femmes & des filles de
ceux qu'il avoit féduits . Il fe dit le véritable Meffie envoyé
de Dieu , & prononça anathême , non-feulement
contre la Ste- Cène & le Baptême , inftitués par J. C.;
mais il défendit expreffément à fes profelytes d'allif
ter à aucuns des cultes divias reçus de nos jours . Enfin
s'etant rendu coupable du crime de lèze- majeſté
par les difcours les plus féditieux en promettant
publiquement à fes adhérens que pour les rendre
parfaitement heureux & indépendans , il parviendroit
à extirper toute juftice féculière , il fut arrêté
il y a quelques années comme fanatique , & enfermé
à l'hopital des fous ; on n'avoit découvert
jufque - là aucunes de fes autres intrigues criminelles.
Il fe tira de là par un changement de conduite
qui parut fans reproche ; mais il reprit bien- tôt toutes
fes mauvaifes & anciennes habitudes ; un de fes fectaires
, qui ouvrit enfin les yeux fur l'abomination
de fa doctrine , le déclara. C'eft par lui qu'on fut
inftruit que ce nouvel apôtre fous prétexte de la
religion qu'il prêchoit , menoit aux dépens de fes
? 10s )
difciples la vie la plus licencieufe , la plus volup
tucufe & la plus puniflable , en donnant des lettres
de divorce felon fon bon plaifir , & indiftinctement
aux maris & aux femmes qui refufoient d'embraffer
fa fecte. Il avoit gagné tant d'autorité far fon troupead
, que méme pendant qu'il étoit détenu dans la
maifon de force , on lui amena une fille de 15 ans ,
dont il abufa en préfence de fa mère & de fes parens
, dans la vie d'opérer le grand oeuvre de la
rédemption du geore humain , & il eut dans la fuite
fept autres jeunes filles qui furent remifes à fa difpofition
par les adhérens ; il abafa de toutes , de manière
cependant quedu nombre des 7 il n'y eut qu'une feule
qui devint enceinte . Il a retenu long- tems ces fept
files dans une maifon , où il les faifoit filer , en
les traitant fi durement , que probablement elles font
mortes de faim & de misère. Il y a en outre des indices
irrefragables d'un meurtre qu'une de ces filles
a commis fur fon propre enfant , vraisemblablement
à la perfuafion ou avec la participation de ce fcélérat .
C'eft abfolument aux dépens de fes difciples qu'il
a vécu , ils ont fourni à tous fes befoins . Tous les
témoins , out affirmé unanimement , n'avoir jamais
remarqué en lui aucune aliénation ou égarement
d'efprit ; ce jugement a été confirmé par les méde
cins & autres perfonnes expertes appellés pour juger
de l'état & des facultés de fon efprit : C'eft fur toutes
ces preuves , & pour s'être rendu coupable de
crimes atroces , fous le mafque de la religion , de
blafphême , de lèze- majefté & c. , que le fufdit Rofenfeld
a été condamné , avec l'approbation du Roi ,
à être fouetté publiquement par la main du bour→
reau , & à être enfermé pour le refte de fes jours
dans une fortereffe , pour y être employé aux trayaux
publics «c,
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Résumé : De HAMBOURG, le 30 Novembre.
Le document du 30 novembre à Hambourg rapporte plusieurs événements politiques et sociaux. À Constantinople, un incendie survenu le 21 octobre a été contrôlé par le Capitan Bacha. La population locale exprime son désir de déclarer la guerre à la Russie, mais cette demande est contrecarrée par le Divan. Des mesures de défense sont mises en place aux frontières de la Hongrie et des États autrichiens. En Autriche, un navire impérial a été attaqué par un corsaire algérien, ce qui a conduit à la rupture de la paix avec les régences barbaresques. L'empereur exige l'application du traité de Belgrade de 1735. À Ratisbonne, le Prince-Évêque de Spire a pris possession de la forteresse de Philipsbourg après le retrait des troupes impériales. À Berlin, Jean-Paul-Philippe Rosenfeld, ancien garde-bois, a été arrêté pour avoir fondé une secte et perpétré divers crimes, notamment des abus sexuels et des discours séditieux. Rosenfeld a abusé de plusieurs jeunes filles, même en détention, et les a soumises à des conditions de vie extrêmement dures, entraînant probablement leur décès. Il vivait aux dépens de ses disciples et a été condamné à être fouetté publiquement et emprisonné à perpétuité pour ses crimes, incluant des actes contre la religion, le blasphème et le lèse-majesté.
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326
p. 166-167
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Début :
D'un Juge & d'un Huissier j'ai l'habit & la mine, [...]
Mots clefs :
Bâtonnier
327
p. 11
LOGOGRYPHE.
Début :
Tanpis pour toi, Lecteur, si tu connois ma mère [...]
Mots clefs :
Procès
329
p. 165
CHARADE.
Début :
Plus d'un Négociant en faisant mon premier, [...]
Mots clefs :
Banqueroute
333
p. 52
CHARADE.
Début :
Tel de qui mon premier fut l'emploi dans la ville, [...]
Mots clefs :
Banqueroute
335
p. 103-104
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Début :
Sous deux sexes, Lecteur, je m'offre à tes regards ; [...]
Mots clefs :
Cartouche
341
p. 6-7
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Début :
Je produis en tous lieux le trouble & l'injustice ; [...]
Mots clefs :
Calomnie
342
p. 55-56
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Début :
Je suis d'abord utile, & je deviens fâcheux ; [...]
Mots clefs :
Créancier
343
p. 7-8
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Début :
Mes neuf pieds bien remplis, utiles à la guerre, [...]
Mots clefs :
Cartouche