Résultats : 21465 texte(s)
Détail
Liste
16951
p. 16
VERS en réponse à d'autres, où une Dame étoit comparée à l'AURORE, & son Epoux à TITON. C'est lui qui répond.
Début :
IL vous a plû de m'appeller du nom [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS en réponse à d'autres, où une Dame étoit comparée à l'AURORE, & son Epoux à TITON. C'est lui qui répond.
VERS en réponse à d'autres, où une
Dame étoit comparée à l'AURORE,
& son Epoux à TITON.
C'est lui qui répond.
IL vous a plû de m'appeller du nom
Qu'eut autrefois le mari de l'Aurore.
Seigneur Abbé , ce beau titre m'honore :
Mais grand merci de la comparaiſon :
Point ne voudrois reſſembler à Titon .
Ainſi que moi connoiſſez l'avanture
Du jeune époux de la tendre Procris.
..
Vraîment pour moije trouve heureux l'augure !
Et ne veux être immortel à ce prix.
Par le même.
Dame étoit comparée à l'AURORE,
& son Epoux à TITON.
C'est lui qui répond.
IL vous a plû de m'appeller du nom
Qu'eut autrefois le mari de l'Aurore.
Seigneur Abbé , ce beau titre m'honore :
Mais grand merci de la comparaiſon :
Point ne voudrois reſſembler à Titon .
Ainſi que moi connoiſſez l'avanture
Du jeune époux de la tendre Procris.
..
Vraîment pour moije trouve heureux l'augure !
Et ne veux être immortel à ce prix.
Par le même.
Fermer
16952
p. 16-17
COUPLET à Mde la Marquise de L... sur un reproche fait à l'Auteur.
Début :
JUSQU'ICI j'ai craint la Raison, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLET à Mde la Marquise de L... sur un reproche fait à l'Auteur.
COUPLET à Mde la Marquise de L...
sur un reproche fait à l'Auteur.
JUSQU'ICI j'ai craint la Raison,
Et j'étois excufable ;
MaisEglé trouvela façon
De nous la rendre aimable.
MARS. 1764.
Sans le pouvoir de ſes attraits,
Je ſerois raiſonnable.
Je deviens plus fou quejamais,
Etje ſuis pardonnable.
Par M. le Comte de Vo.. Capitaine de Cavalerie.
sur un reproche fait à l'Auteur.
JUSQU'ICI j'ai craint la Raison,
Et j'étois excufable ;
MaisEglé trouvela façon
De nous la rendre aimable.
MARS. 1764.
Sans le pouvoir de ſes attraits,
Je ſerois raiſonnable.
Je deviens plus fou quejamais,
Etje ſuis pardonnable.
Par M. le Comte de Vo.. Capitaine de Cavalerie.
Fermer
16953
p. 17
VERS à un Officier fort estimé, dont la taille est peu avantageuse.
Début :
PAR un caprice, la Nature [...]
Mots clefs :
Taille, Grande âme, Corps, Miniature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à un Officier fort estimé, dont la taille est peu avantageuse.
VERS à un Officier fort estimé , dont
la taille est peu avantageuse.
PAR un caprice, la Nature
Sans proportion le forma ;
La plus grande âme elle plaça
Dans un corps fait en mignature.......
Elle y doit être à la torture..
Par le même..
la taille est peu avantageuse.
PAR un caprice, la Nature
Sans proportion le forma ;
La plus grande âme elle plaça
Dans un corps fait en mignature.......
Elle y doit être à la torture..
Par le même..
Fermer
16954
p. 17
MADRIGAL.
Début :
POUR s'amuser, les Dieux un jour [...]
Mots clefs :
Belle âme, Belle femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
Pour s'amufer , les Dieux un jour
Dirent entr'eux : formons la plus belle âme
Qui ſe ſoit vue au terreſtre ſéjour ,
Et nous la donnerons à la plus belle femme.
Bon ! dit Jupin , ce chef-doeuvre eſt là-bas ,
Et pour le créer ſeul , je fus aſſez habile.
Eh ! vraîment , nous n'y penſions pas ,
C'est la charmante D.........
FEUTRY
Pour s'amufer , les Dieux un jour
Dirent entr'eux : formons la plus belle âme
Qui ſe ſoit vue au terreſtre ſéjour ,
Et nous la donnerons à la plus belle femme.
Bon ! dit Jupin , ce chef-doeuvre eſt là-bas ,
Et pour le créer ſeul , je fus aſſez habile.
Eh ! vraîment , nous n'y penſions pas ,
C'est la charmante D.........
FEUTRY
Fermer
16955
p. 18-34
LA SURPRISE DE L'AMOUR, CONTE, Qui n'en est pas un.
Début :
DANS un de ces Châteaux charmans, voisins de la rapide Loire, Fatime [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SURPRISE DE L'AMOUR, CONTE, Qui n'en est pas un.
LA SURPRISE DE L'AMOUR,
CONTE,
Qui n'en est pas un.
DANS un de ces Châteaux charmans,
voisins de la rapide Loire, Fatime
depuis quelques années voyoit naître
& finir le jour dans le ſein de la plus
douce tranquillité. Une mère qu'elle
adoroit , & à qui elle devoit ſeule la
plus parfaite éducation,& tousles plaifirs
qu'une heureuſe aiſance procure , par-
tageoient les premiers jours de fon
printemps..
La jeuneſſe & la beauté de Fatime
étoient ſes moindres charmes ; mille
grâces réunies dans toute ſa perſonne ;
desconnoiffances au-delà des bonnes or-
dinaires; une douceur, une aménité, une
franchiſe inaltérable dans le caractère ,.
formoient un enſemble de perfections
qui lui concilioient tous les ſuffrages.
Fatime n'ignoroit pourtant pas le pou-
voirde ſes charmes ; on lui avoit dit
mille fois qu'elle étoit belle: mais ces
hommages ſouvent mal amenés , &
MARS. 1764.
19
-prèſque toujours monotones n'avoient
pas plus touché fon cœur , que flatté
fon amour-propre. Ennemie de l'ombre
même de la coquetterie , Fatime ne
cachoit point le peu d'impreffion que
faifoit fur fon cœur
,
cette foule de
Vers , de Madrigaux , de Chanfons
de Bouquets , & de tous ces autres
petits hommages , où l'eſprit & le dé-
fir de plaire ont communément plus
de part , que le ſentiment. Aucun de
ſes admirateurs ne paroiſſoit être , &
n'étoit en effet préféré: tous ne pou-
voient qu'applaudir à la beauté de fon
âme; tous ne chantoient à l'envi , que
fes attraits & les grâces , qui accom-
pagnoient ſes moindres démarches.
Fatime ſe flattoit enfin de ne jamais
connoître l'amour : contente de l'ad-
miration qu'elle faisoit naître ;enchan-
tée de l'encens qu'elle recevoit de tous
les êtres fenfibles , ſon âme ne ſe for-
moit l'image d'aucun autre bonheur ;
lorſque Alcidor jeune , aimable &
modeſte lui fut préſenté comme le fils
d'une amie chèrie de ſa mère. Ce titre
qui le mit à portée de voir ſouvent
Fatime , les éclaira bientot fur leur
mérite mutuel; & l'uniformité de leurs
connoiffances , de leurs goûts , de leurs
20 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens , ne fit que refferrer de
plus en plus des nœuds qui ne leur
parurent être d'abord que l'ouvrage
d'une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous
ceux qui l'avoient agitée juſqu'alors ,
ne permit bien - tot plus à Fatime de
ſe diffimuler à elle même toute la pré-
férence qu'elle accordoit à Alcidor fur
ſes autres amans.Mais loin d'être effrayée
d'un ſentiment ſi nouveau pour elle ,
Fatime s'y livra avec d'autant plus de
confiance , qu'elle en jugeoit l'effet
moins dangereux. Ces jeunes amans ,
( car ils l'étoient en effet ſans le
ſçavoir ) vécurent affez longtemps dans
cette douce fécurité ; rien ne troubloit
leur union ; chaque inſtant au contraire
ſembloitla reſſerrer : lesgoûts, les plaiſirs
deFatimeétoienttoujoursceuxd'Alcidor;
un ſerin étoit pour lui l'objet le plus in-
téreſſant: c'étoit l'éléve de Fatime ; & il
ne quitta l'oiſeau qu'après lui avoir
appris l'air , qu'il ſçavoit plaire le mieux
à cette aimable fille. Petit -fils ne fut
plus un Serin ordinaire ; il devint , grace
aux ſoins d'Alcidor , le plus charmant
de tous les êtres de ſon eſpéce
...
cha-
que jour Fatime s'embelliſſoit de mille
fleurs nouvelles qu'Alcidor avoit ſoin
MARS. 1764.
21
delui faire remettre ; quelques vers ac-
compagnoient fouvent ces nouveaux
hommages.... Le couplet ſuivant fera
moins jugerdes talens Poëtiques d'Alci-
dor , que du ſentiment qui les lui inſpi-
roit.
:
*AIR.
Fleurs , qui de l'heureux Printemps
Nous offrez la douce image ,
Aux attraits les plus charmans
Allez rendre votre hommage;
Embelliſſez le ſein
De celle que j'adore ,
A l'éclat de ſon tein
Joignez le vôtre encore !
Mille galanteries de ce genredécélé-
rent bientot aux yeux de Fatime , Al-
cidor & fon amant
.....
Un retour
cruel qu'elle fit ſur elle-même ; un éxa-
men profond de la ſituation actuelle de
ſon cœur , tout lui fit connoître que
ce qu'elle ne croyoit d'abord qu'une
fimple préférence , étoit un ſentiment
beaucoup plus vif, infiniment plus ten-
dre. Allarmée d'une découverte que
* Ce Couplet peut se chanterfur l'Air :J'aime
une ingrateBeauté , &c.
22 MERCURE DE FRANCE.
fon peu d'expérience lui faifoit paroître
plus inquiétante encore , Fatime ſe dé-
termina à fuir tout ce qui pouvoit lui
rappeller le ſouvenir d'Alcidor. Petit-fils,
ne repoſe plus ſur ſon ſein d'albâtre ;
ſes lévres raviſſantes ne preffent plus
le petit bec de l'animal charmant ;
les cheveux de Fatime ne ſont plus
ornés des fleurs d'Alcidor;
ſa voix
ceſſe d'exprimer les chanſons délicieuſes
que cet amant lui avoit appriſes : enfin
Fatime livrée à la mélancolie , craint
juſqu'au nom même de l'Amour !
Alcidor , étoit encore trop jeune pour
pénétrer bien clairement les raiſons d'un
pareil changement; cependant la mé-
lancolie de Fatime augmente chaque
jour; cette gaîté charmante , le vérita-
ble fond de ſon caractère , eſt rem-
,
placé par des inquiétudes que rien ne
peut calmer.
Ces deux amans enfin ſe fuyoient
machinalement ; chacun d'eux ſe flat-
toit , ou du moins s'éfforçoit de vaincre
un penchant qu'ils ne pouvoient plus
fe cacher.
Un petit bois voiſin du Château
où le hazard les conduifit tous deux.,
leur facilita l'occaſion de s'expliquer
furleur fituation mutuelle :on préſume
MARS. 1764 .
23
queldut être leur embarras réciproque,
& furtout celui de Fatime. Tous deux
baifſent les yeux , rougiffent ,
tous
deux reſtent muets. Alcidor cepen-
dant qui ſe raffure par degrés , oſe en
balbutiant , demander à ſon amante ,
quelle peut être la cauſe du changement
dontellelevoitgémir ? ...Arrêtez ! s'écria
Fatime
,
vous devez le ſçavoir ; vous
le fçavez ; j'en fuis certaine.... Mais
,
ou rompons dès à préſent; réſolvez-vous
à neme voir jamais ; oujurez-moi que
plus dignede mon eſtime,vous imiterez
mes efforts pour vaincre des ſentimens
dontles fuites m'effrayent ... ne ſoyons
plus l'un à l'autre que ce que nous étions
lorſque nous nous ſommes connus;
lorſqu'avec moins de familiarité, nous
jouiffions fans trouble & fans remords ,
du plaifir de nous voir , & de nous
entretenir..... C'eſt un ami que jecher-
chois , que j'avois cru trouver en vous.
Bornez-vous à ce titre ; ou renoncezá
me revoirjamais.
Qui ! je vous le promets , cruelle ,
s'écrie le tremblant Alcidor en tom-
vous verrai
....
,
bant aux pieds de Fatime.... quelque
malheureux que je fois .... du moinsje
Oui , Fatime , raffurez-
vous : votre amant ; que dis-je , votre
24 MERCURE DE FRANCE.
ami ne connoît rienqui puiſſe l'éffrayer ,
dès qu'il s'agira de vous plaire ... Oui !
je vous cacherai les traces mêmes de
mes pleurs... Vous redoutez l'Amour ? je
ne sçaurois abſolument vous condam-
ner; nous dépendons tous deux de nos
parens. Mais ſi vous connoiffiez.....
N'importe ! je ne veux point troubler
votre repos ... je ſcaurai tellement me
contraindre , que jamais mon Amour...
non ,jamais ( du moins fansvotre aveu )
ne paroîtra , n'éclatera.
...
Ceffez donc
d'enparler, interrompit vivement Fati-
me; est-ce à nous , eft- ce à notre âge
qu'il eſt permis de s'y livrer ? Nous , que
peut-être nos parens ont déja deſtinés
àdes alliances contraires ? ... Alcidor ,
vous ferez toujours mon ami ; je vous
jureune eſtime
desmiennes.
...
Une eſtime ! ( reprit
Alcidor) une eſtime ? ..... quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l'amitié la
plus tendre ? ... Non , je noublie rien
( lui dit en fouriant Fatime , ) ſongez
à vos promeffes ; & foyez toujours für
Ces deux amans très - contens l'un
de l'autre , tout en ſe félicitant de leur
nouvelle réſolution , reprirent bientot
leur première gaîté & par conséquent
leurs premiers plaifirs.
Pett
MAR S. 1764.
25
Petit-fils neprononça plus que rare-
ment , Je vous aime ▸ qu'Alcidor
,
avoit eu tant de plaifir à lui apprendre.
En ceſſant de le lui répéter , le petit
animal ceffa de le dire , ou du moins ,
c'étoit fi foiblement !... fi foiblement ! ...
que bientot Fatime ne l'entendit plus.
Alcidor lui
préſentoit ſouvent des
fleurs ; mais la main de l'Amant ne ſe
remarquoit plus dans le choix,dans le
goût ,dans la variété de leur mêlan-
ge ; ſes vers même ne célébroient
plus que les prétendus charmes que
pouvoit offrir une ſimple amitié , fou
ventmême l'indifférence: temoins ceux-
ci dont Fatime affecta de faire la Mu-
fique.
*AIR.
Amour , je brave ta puiſſance,
Que l'indifférence
Ad'attraits ! ...
Non , non , je n'aimerai jamais ,
Et je ne crainspoint tavengeance.
Garde tes traits ,
Ils font ſans effets
Sur mon âme ! ...
* Ces paroles ſe peuvent chanterfur cetAirfi
connud'un ancien Opéra : L'Amour estunEnfant
timide, la ſévérité lui faitpeur,&c.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , je n'éprouveraijamais,
Nonjamais
Je n'éprouverai ta flamme.
Le ſouvenir de leurs fermens les
contint quelque temps dans les bornes
qu'ils s'étoient preſcrites. Mais chaque
jour altéroit ce ſouvenir : l'Amour fous
le maſque de l'amitié
,
ne s'infinuoit
que d'autant plus dans leur cœur ; &
chaque effort qu'ils croyoient faire ,
pour l'en éloigner , nel'en rapprochoit
que davantage.
Fatime ne trouva bientot plus de
goût , plus de fineſſe dans des Chanſons
qui ne peignoient que les charmes ima-
ginaires d'une froide (indifférence. Les
bouquets que lui offroit Alcidor , cef-
ferent de la flatter. Déjà l'ennui s'em-
parede ſon âme: déjà l'incarnat de fon
teint exprime par ſon altération , le
trouble & l'inquiétudede ſon cœur !
...
Alcidor inſenſiblement entraîné par le
charme irréſiſtible d'un pouvoir en-
chanteur qu'il ne lui eſt plus permis de
combattre , redevint par degrés plus
tendre , plus attentif , plus aimable
encore qu'il ne l'avoit été ; Petit-fils ,
redit avec plus de charmes que jamais ,
je vous aime ; Fatime ſe trouva de jour
MARS. 1764 .
Bij
27
en jour moins triſte : tous deux enfin ,
ſans prèſque s'en appercevoir , en cef-
fant de combattre un penchant qui les
forçoit de ſe livrer de bonne foi à leur
tendreſſe mutuelle , ceſſerent de rougir
dupeu de fuccès de leurpremière réſolu-
tion , & s'affermirent intérieurement
dans celle de s'aimer toujours.
La tendre Fatime , ſans manquer à
ce que la ſageſſe la plus auſtére lui
pouvoit preſcrire , laiſſoit quelquefois
entrevoir à ſon amant une partie des
ſentimens dont ſon cœur étoit rempli.
Momens délicieux ! .. Alcidor , moins
contraint , plus vif , plus pénétré de
fon bonheur , ne laiſſoit échapper
aucune occafion de mieux prouver
toute la tendre vivacité de ſa flame. Ce
fut fans doute dans un de ces inftans
précieux , qu'Alcidor fitles couplets que
voici .
AIR.
Le jeune Objet que j'adore ,
Sans exiger de retour ,
Eſt plus charmante que Flore
Et plus belle que l'Amonr!
...
Si Pâris eût vû ſes charmes ,
Vénus n'eût point eu le prixs
4
28 MERCURE DE FRANCE.
:
Son cœur en rendant les armes
Eût couronné mon Iris .
De ſa gorge raviſſante
Rien n'égale la blancheur ;
De la roſe encor naiſſante
Sa bouche offre la fraîcheur.
Dans tous les cœurs elle inſpire
Mille deſirs , mille feux ;
Et mon Iris d'un ſous-rire ,
Peut captiver tous les Dieux.
Quand Iris dans nos boccages
Vient répéter mes chanſons ,
Les oiſeaux par leurs ramages
Tâchent d'imiter ſes ſons ;
L'Onde par un doux murmure ,
Sembleexprimer ſa gaîté! ...
Tout enfin dans la Nature ,
Rend hommage àſa beauté.
Mais ces inftans délicieux , ce bon-
heur pur & raviſſant , dont s'enyvroient
leurs âmes devoit bientot éprouver un
revers , dont la rigueur leur ſeroit
d'autant plus ſenſible , qu'ils croioient
moins devoir le redouter.
Unjour que Fatime ſembloit répé-
ter avec plus d'attendriſſement que de
MARS. 1764
29
coutume , un air charmant qu'Alcidor
venoitde lui apprendre.... Que ſignifie ,
lui dit ſa mere , cette vive expreffion
de ſentimens que je remarque depuis
peu dans votre façon de chanter ? cette
moleſſe dans les infléxions , & cette
eſpéce de délire où je ne reconnois
plus ma fille ? ... Parlez Fatime : ou-
vrez votre âme à votre mère ; voyez
toujours en elle votre amie ; ou craignez
d'être moins digne d'être la fienne.
Fatime , à ces mots, tombe aux pieds
d'Araminte ; le trouble de fes yeux , la
pâleur qui fuccéde aux roſes de fon
tein, toutpeintà cette mère la beauté ,
la franchiſe & la ſenſibilité de l'âme de
ſa fille. Fatime n'a point recours au
menſonge pour lui voiler ſes nouveaux
ſentimens: la plus légére excuſe ſeroit
criminelle à ſes yeux ; elle avoue en
pleurant ſa foibleffe , & n'en déguiſe
ni l'origne ni les progrès. Ce n'eſt que
pour en obtenir le pardon , qu'elle
reconnoît toute ſon imprudence ; que
pour mériter de nouveau l'indulgence
& la tendreſſe de ſa mère ; que pour
recevoir d'elle enfin les conſeils dont
elle fent toute l'importance & la né-
ceffité. Araminte , qui dès long-temps
s'étoit apperçue des progrès d'une paf-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
ſion qu'elle defiroit de rendre heu-
reuſe , & qui n'avoit d'autre but, que
de s'aſſurer du fond qu'il étoit poffible
de faire ſur la conſtance & la folidité
des feux de ces jeunes amans ; Araminte
emportée par le ſentiment , tombe à ſon
tour dans les bras de ſa fille , la preſſe
contre ſon ſein , mêle ſes larmes aux
fiennes , & ne fait plus myſtere du
plaifir que lui fait l'Amour d'Alcidor.
Ma fille , ajouta-t- elle , Alcidor , eft
un parti convenable pour vous: mais
les hommes n'affectent que trop fou-
vent des paſſions qu'ils ne reffentent
point ; la plupart cédent à l'attrait du
plaifir , ou à ce goût d'intrigue & de
ſéduction qui les domineprèſque tous.
Quels garants avez-vous de la candeur ,
de la durée des ſentimens de votre
amant ? .... Ah ! ma mère
,
tout me
répond de la franchiſe & delatendreſſe
d'Alcidor Ala bonne heure (reprit
...
la mère ) : mais laiſſez-moi le plaifir de
m'en convaincre par moi-même ; cette
précaution eſt auſſi néceſſaire à mes
defſeins , qu'indiſpenſable pour affurer
votre bonheur. J'exige même que vous
me ſecondiez ; que rejettant fur mes or-
dres abſolus , le froid , l'indifférence
même que vous affecterez déſormais
MARS. 1764.
31
pourlui , vous me mettiez à portée de
connoître & d'appercevoir tout le fond
du caractére d'Alcidor .... Fatime ſe
ſent-elle affez de fermeté pour ſe con-
duire de façon à ne pas déconcerter les
vues de ſa mère ? ...Ah Madame ( s'écria-
t-elle ) pourriez - vous me ſoupçonner
de manquer jamais d'obéiſſance à vos
ordres ? ... Araminte par les careſſes les
plus tendres, ſe hâta de raſſurer ſa fille ; &
ces épanchemens de la tendreſſe la plus
pure arrêterent un nouveau déluge de
larmes que la tendre Fatime alloit ver-
fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin
l'occaſion de revoirſon amante , pour
ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d'avec ſa mère : les traces
de ſes larmes , ſa pâleur , une agitation
que la vue d'Alcidor ne pouvoit qu'aug-
menter encore , firent ſur l'âme de cet
amant l'impreſſion la plus vive & la plus
douloureuſe. Que vois-je ? dit-il , en
tombant à ſes pieds , Fatime pleure &
m'en cache la cauſe ! ... elle me fuit &
craint mes regards mêmes ? .... ah ,
malheureux ! je ſuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; & fon
cœur gémiſſoit de ladouleur qu'elle cau-
ſoit a fon amant : mais la promeſſe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle venoit de faire à ſa mère , lui
donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif-
ſe-moi , s'écria-t-elle : des ordres que
je reſpecterai toujours , ne me permet-
tent plus ! ... N'achevez pas , perfide ,
s'écriaAlcidor, ledéſeſpoir peintdans les
yeux; n'achevez pas de m'annoncer la
mort... Quel changement ,grand Dieu !
Ciel , eſt-ce au moment où je venois
vous apprendre avec tranſport ,
la
mortd'un oncle dont la fortune ajoute
immenſément à la mienne ? Est-ce au
moment où je commençois à me croire
plus digne de Fatime & de l'aveu de ſa
mère , que je dois voir mes vœux &
mon plus cher eſpoir trahis ? .... Eh
bien ,je périrai ; oui ! je périrai , cruelle :
mais craignez; quedis-je? tremblez pour
lesjoursde l'heureuxrival quefansdoute
vous me préférez
...
Est-ce Alcidor
que j'entends ? eſt-ce lui,(dit en foupi-
rant Fatime , ) qui m'oſe reprocher une
noirceurdontjefus toujours incapable?..
Dieu! fi mon cœur pouvoit s'ouvrir à lui.
Ah! pardonne , digne & belle Fatime ,
pardonne à la douleur qui tranſportoit
le plus ſincère amant ! ... Non , non ,
ton âme fut toujours trop vraie , trop
pleinede ladivinité dont elle est l'image,
pour connoître un inſtant l'impoſture...
MARS. 1764.
33
Que ta mère , hélas ! ne connoit-elle
toute la pureté , toute la violence de
ma flame ..... peut-être que ſenſible
aux maux que ſes ordres barbares vont
me faire fouffrir , ſon cœur pourroit
s'ouvrir à la pitié .... Permets , chère
Fatime , permets- moi la ſeule épreuve ,
laſeule tentative qui flatte encore l'eſpoir
de ton amant ! ... Que dis - je ? ah !
ſi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien...
tombons l'un & l'autre à ſes pieds.....
viens m'y voir expirer , ou obtenir d'elle
notre bonheur commun.
Araminte , quid'un cabinet voiſin les
voyoit & les entendoit , ne put laiſſer
durer plus longtemps un fupplice dont
fon cœur partageoit toute l'amertume.
O mes enfans ! s'écria -t-elle , en s'of-
frant à leurs yeux , vivez à jamais l'un
pour l'autre ..... Ces mots que l'émo-
tiond'Araminte lui permit à peine d'ar-
ziculer, produifirent fur lesjeunes amans
tout l'effet qu'ils devoient produire. Un
filence d'étonnement &d'excès de plai-
fir ,des regards où l'amour , la joie
&la reconnoiffance s'exprimoient tour-
à-tour, furent quelques inſtans les ſeuls
interprêtes de leurs cœurs... Les épan-
chemens réciproques fuccéderentà cette
By
34 MERCURE DE FRANCE.
première ivreſſedes ſens &l'hymend'Al-
cidor & de Fatime ne futdifféré qu'au-
tant qu'il le fallut pour en diſpoſer les
apprêts.
Par M. DUCLOS, S. D. M. D. F. G.
CONTE,
Qui n'en est pas un.
DANS un de ces Châteaux charmans,
voisins de la rapide Loire, Fatime
depuis quelques années voyoit naître
& finir le jour dans le ſein de la plus
douce tranquillité. Une mère qu'elle
adoroit , & à qui elle devoit ſeule la
plus parfaite éducation,& tousles plaifirs
qu'une heureuſe aiſance procure , par-
tageoient les premiers jours de fon
printemps..
La jeuneſſe & la beauté de Fatime
étoient ſes moindres charmes ; mille
grâces réunies dans toute ſa perſonne ;
desconnoiffances au-delà des bonnes or-
dinaires; une douceur, une aménité, une
franchiſe inaltérable dans le caractère ,.
formoient un enſemble de perfections
qui lui concilioient tous les ſuffrages.
Fatime n'ignoroit pourtant pas le pou-
voirde ſes charmes ; on lui avoit dit
mille fois qu'elle étoit belle: mais ces
hommages ſouvent mal amenés , &
MARS. 1764.
19
-prèſque toujours monotones n'avoient
pas plus touché fon cœur , que flatté
fon amour-propre. Ennemie de l'ombre
même de la coquetterie , Fatime ne
cachoit point le peu d'impreffion que
faifoit fur fon cœur
,
cette foule de
Vers , de Madrigaux , de Chanfons
de Bouquets , & de tous ces autres
petits hommages , où l'eſprit & le dé-
fir de plaire ont communément plus
de part , que le ſentiment. Aucun de
ſes admirateurs ne paroiſſoit être , &
n'étoit en effet préféré: tous ne pou-
voient qu'applaudir à la beauté de fon
âme; tous ne chantoient à l'envi , que
fes attraits & les grâces , qui accom-
pagnoient ſes moindres démarches.
Fatime ſe flattoit enfin de ne jamais
connoître l'amour : contente de l'ad-
miration qu'elle faisoit naître ;enchan-
tée de l'encens qu'elle recevoit de tous
les êtres fenfibles , ſon âme ne ſe for-
moit l'image d'aucun autre bonheur ;
lorſque Alcidor jeune , aimable &
modeſte lui fut préſenté comme le fils
d'une amie chèrie de ſa mère. Ce titre
qui le mit à portée de voir ſouvent
Fatime , les éclaira bientot fur leur
mérite mutuel; & l'uniformité de leurs
connoiffances , de leurs goûts , de leurs
20 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens , ne fit que refferrer de
plus en plus des nœuds qui ne leur
parurent être d'abord que l'ouvrage
d'une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous
ceux qui l'avoient agitée juſqu'alors ,
ne permit bien - tot plus à Fatime de
ſe diffimuler à elle même toute la pré-
férence qu'elle accordoit à Alcidor fur
ſes autres amans.Mais loin d'être effrayée
d'un ſentiment ſi nouveau pour elle ,
Fatime s'y livra avec d'autant plus de
confiance , qu'elle en jugeoit l'effet
moins dangereux. Ces jeunes amans ,
( car ils l'étoient en effet ſans le
ſçavoir ) vécurent affez longtemps dans
cette douce fécurité ; rien ne troubloit
leur union ; chaque inſtant au contraire
ſembloitla reſſerrer : lesgoûts, les plaiſirs
deFatimeétoienttoujoursceuxd'Alcidor;
un ſerin étoit pour lui l'objet le plus in-
téreſſant: c'étoit l'éléve de Fatime ; & il
ne quitta l'oiſeau qu'après lui avoir
appris l'air , qu'il ſçavoit plaire le mieux
à cette aimable fille. Petit -fils ne fut
plus un Serin ordinaire ; il devint , grace
aux ſoins d'Alcidor , le plus charmant
de tous les êtres de ſon eſpéce
...
cha-
que jour Fatime s'embelliſſoit de mille
fleurs nouvelles qu'Alcidor avoit ſoin
MARS. 1764.
21
delui faire remettre ; quelques vers ac-
compagnoient fouvent ces nouveaux
hommages.... Le couplet ſuivant fera
moins jugerdes talens Poëtiques d'Alci-
dor , que du ſentiment qui les lui inſpi-
roit.
:
*AIR.
Fleurs , qui de l'heureux Printemps
Nous offrez la douce image ,
Aux attraits les plus charmans
Allez rendre votre hommage;
Embelliſſez le ſein
De celle que j'adore ,
A l'éclat de ſon tein
Joignez le vôtre encore !
Mille galanteries de ce genredécélé-
rent bientot aux yeux de Fatime , Al-
cidor & fon amant
.....
Un retour
cruel qu'elle fit ſur elle-même ; un éxa-
men profond de la ſituation actuelle de
ſon cœur , tout lui fit connoître que
ce qu'elle ne croyoit d'abord qu'une
fimple préférence , étoit un ſentiment
beaucoup plus vif, infiniment plus ten-
dre. Allarmée d'une découverte que
* Ce Couplet peut se chanterfur l'Air :J'aime
une ingrateBeauté , &c.
22 MERCURE DE FRANCE.
fon peu d'expérience lui faifoit paroître
plus inquiétante encore , Fatime ſe dé-
termina à fuir tout ce qui pouvoit lui
rappeller le ſouvenir d'Alcidor. Petit-fils,
ne repoſe plus ſur ſon ſein d'albâtre ;
ſes lévres raviſſantes ne preffent plus
le petit bec de l'animal charmant ;
les cheveux de Fatime ne ſont plus
ornés des fleurs d'Alcidor;
ſa voix
ceſſe d'exprimer les chanſons délicieuſes
que cet amant lui avoit appriſes : enfin
Fatime livrée à la mélancolie , craint
juſqu'au nom même de l'Amour !
Alcidor , étoit encore trop jeune pour
pénétrer bien clairement les raiſons d'un
pareil changement; cependant la mé-
lancolie de Fatime augmente chaque
jour; cette gaîté charmante , le vérita-
ble fond de ſon caractère , eſt rem-
,
placé par des inquiétudes que rien ne
peut calmer.
Ces deux amans enfin ſe fuyoient
machinalement ; chacun d'eux ſe flat-
toit , ou du moins s'éfforçoit de vaincre
un penchant qu'ils ne pouvoient plus
fe cacher.
Un petit bois voiſin du Château
où le hazard les conduifit tous deux.,
leur facilita l'occaſion de s'expliquer
furleur fituation mutuelle :on préſume
MARS. 1764 .
23
queldut être leur embarras réciproque,
& furtout celui de Fatime. Tous deux
baifſent les yeux , rougiffent ,
tous
deux reſtent muets. Alcidor cepen-
dant qui ſe raffure par degrés , oſe en
balbutiant , demander à ſon amante ,
quelle peut être la cauſe du changement
dontellelevoitgémir ? ...Arrêtez ! s'écria
Fatime
,
vous devez le ſçavoir ; vous
le fçavez ; j'en fuis certaine.... Mais
,
ou rompons dès à préſent; réſolvez-vous
à neme voir jamais ; oujurez-moi que
plus dignede mon eſtime,vous imiterez
mes efforts pour vaincre des ſentimens
dontles fuites m'effrayent ... ne ſoyons
plus l'un à l'autre que ce que nous étions
lorſque nous nous ſommes connus;
lorſqu'avec moins de familiarité, nous
jouiffions fans trouble & fans remords ,
du plaifir de nous voir , & de nous
entretenir..... C'eſt un ami que jecher-
chois , que j'avois cru trouver en vous.
Bornez-vous à ce titre ; ou renoncezá
me revoirjamais.
Qui ! je vous le promets , cruelle ,
s'écrie le tremblant Alcidor en tom-
vous verrai
....
,
bant aux pieds de Fatime.... quelque
malheureux que je fois .... du moinsje
Oui , Fatime , raffurez-
vous : votre amant ; que dis-je , votre
24 MERCURE DE FRANCE.
ami ne connoît rienqui puiſſe l'éffrayer ,
dès qu'il s'agira de vous plaire ... Oui !
je vous cacherai les traces mêmes de
mes pleurs... Vous redoutez l'Amour ? je
ne sçaurois abſolument vous condam-
ner; nous dépendons tous deux de nos
parens. Mais ſi vous connoiffiez.....
N'importe ! je ne veux point troubler
votre repos ... je ſcaurai tellement me
contraindre , que jamais mon Amour...
non ,jamais ( du moins fansvotre aveu )
ne paroîtra , n'éclatera.
...
Ceffez donc
d'enparler, interrompit vivement Fati-
me; est-ce à nous , eft- ce à notre âge
qu'il eſt permis de s'y livrer ? Nous , que
peut-être nos parens ont déja deſtinés
àdes alliances contraires ? ... Alcidor ,
vous ferez toujours mon ami ; je vous
jureune eſtime
desmiennes.
...
Une eſtime ! ( reprit
Alcidor) une eſtime ? ..... quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l'amitié la
plus tendre ? ... Non , je noublie rien
( lui dit en fouriant Fatime , ) ſongez
à vos promeffes ; & foyez toujours für
Ces deux amans très - contens l'un
de l'autre , tout en ſe félicitant de leur
nouvelle réſolution , reprirent bientot
leur première gaîté & par conséquent
leurs premiers plaifirs.
Pett
MAR S. 1764.
25
Petit-fils neprononça plus que rare-
ment , Je vous aime ▸ qu'Alcidor
,
avoit eu tant de plaifir à lui apprendre.
En ceſſant de le lui répéter , le petit
animal ceffa de le dire , ou du moins ,
c'étoit fi foiblement !... fi foiblement ! ...
que bientot Fatime ne l'entendit plus.
Alcidor lui
préſentoit ſouvent des
fleurs ; mais la main de l'Amant ne ſe
remarquoit plus dans le choix,dans le
goût ,dans la variété de leur mêlan-
ge ; ſes vers même ne célébroient
plus que les prétendus charmes que
pouvoit offrir une ſimple amitié , fou
ventmême l'indifférence: temoins ceux-
ci dont Fatime affecta de faire la Mu-
fique.
*AIR.
Amour , je brave ta puiſſance,
Que l'indifférence
Ad'attraits ! ...
Non , non , je n'aimerai jamais ,
Et je ne crainspoint tavengeance.
Garde tes traits ,
Ils font ſans effets
Sur mon âme ! ...
* Ces paroles ſe peuvent chanterfur cetAirfi
connud'un ancien Opéra : L'Amour estunEnfant
timide, la ſévérité lui faitpeur,&c.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , je n'éprouveraijamais,
Nonjamais
Je n'éprouverai ta flamme.
Le ſouvenir de leurs fermens les
contint quelque temps dans les bornes
qu'ils s'étoient preſcrites. Mais chaque
jour altéroit ce ſouvenir : l'Amour fous
le maſque de l'amitié
,
ne s'infinuoit
que d'autant plus dans leur cœur ; &
chaque effort qu'ils croyoient faire ,
pour l'en éloigner , nel'en rapprochoit
que davantage.
Fatime ne trouva bientot plus de
goût , plus de fineſſe dans des Chanſons
qui ne peignoient que les charmes ima-
ginaires d'une froide (indifférence. Les
bouquets que lui offroit Alcidor , cef-
ferent de la flatter. Déjà l'ennui s'em-
parede ſon âme: déjà l'incarnat de fon
teint exprime par ſon altération , le
trouble & l'inquiétudede ſon cœur !
...
Alcidor inſenſiblement entraîné par le
charme irréſiſtible d'un pouvoir en-
chanteur qu'il ne lui eſt plus permis de
combattre , redevint par degrés plus
tendre , plus attentif , plus aimable
encore qu'il ne l'avoit été ; Petit-fils ,
redit avec plus de charmes que jamais ,
je vous aime ; Fatime ſe trouva de jour
MARS. 1764 .
Bij
27
en jour moins triſte : tous deux enfin ,
ſans prèſque s'en appercevoir , en cef-
fant de combattre un penchant qui les
forçoit de ſe livrer de bonne foi à leur
tendreſſe mutuelle , ceſſerent de rougir
dupeu de fuccès de leurpremière réſolu-
tion , & s'affermirent intérieurement
dans celle de s'aimer toujours.
La tendre Fatime , ſans manquer à
ce que la ſageſſe la plus auſtére lui
pouvoit preſcrire , laiſſoit quelquefois
entrevoir à ſon amant une partie des
ſentimens dont ſon cœur étoit rempli.
Momens délicieux ! .. Alcidor , moins
contraint , plus vif , plus pénétré de
fon bonheur , ne laiſſoit échapper
aucune occafion de mieux prouver
toute la tendre vivacité de ſa flame. Ce
fut fans doute dans un de ces inftans
précieux , qu'Alcidor fitles couplets que
voici .
AIR.
Le jeune Objet que j'adore ,
Sans exiger de retour ,
Eſt plus charmante que Flore
Et plus belle que l'Amonr!
...
Si Pâris eût vû ſes charmes ,
Vénus n'eût point eu le prixs
4
28 MERCURE DE FRANCE.
:
Son cœur en rendant les armes
Eût couronné mon Iris .
De ſa gorge raviſſante
Rien n'égale la blancheur ;
De la roſe encor naiſſante
Sa bouche offre la fraîcheur.
Dans tous les cœurs elle inſpire
Mille deſirs , mille feux ;
Et mon Iris d'un ſous-rire ,
Peut captiver tous les Dieux.
Quand Iris dans nos boccages
Vient répéter mes chanſons ,
Les oiſeaux par leurs ramages
Tâchent d'imiter ſes ſons ;
L'Onde par un doux murmure ,
Sembleexprimer ſa gaîté! ...
Tout enfin dans la Nature ,
Rend hommage àſa beauté.
Mais ces inftans délicieux , ce bon-
heur pur & raviſſant , dont s'enyvroient
leurs âmes devoit bientot éprouver un
revers , dont la rigueur leur ſeroit
d'autant plus ſenſible , qu'ils croioient
moins devoir le redouter.
Unjour que Fatime ſembloit répé-
ter avec plus d'attendriſſement que de
MARS. 1764
29
coutume , un air charmant qu'Alcidor
venoitde lui apprendre.... Que ſignifie ,
lui dit ſa mere , cette vive expreffion
de ſentimens que je remarque depuis
peu dans votre façon de chanter ? cette
moleſſe dans les infléxions , & cette
eſpéce de délire où je ne reconnois
plus ma fille ? ... Parlez Fatime : ou-
vrez votre âme à votre mère ; voyez
toujours en elle votre amie ; ou craignez
d'être moins digne d'être la fienne.
Fatime , à ces mots, tombe aux pieds
d'Araminte ; le trouble de fes yeux , la
pâleur qui fuccéde aux roſes de fon
tein, toutpeintà cette mère la beauté ,
la franchiſe & la ſenſibilité de l'âme de
ſa fille. Fatime n'a point recours au
menſonge pour lui voiler ſes nouveaux
ſentimens: la plus légére excuſe ſeroit
criminelle à ſes yeux ; elle avoue en
pleurant ſa foibleffe , & n'en déguiſe
ni l'origne ni les progrès. Ce n'eſt que
pour en obtenir le pardon , qu'elle
reconnoît toute ſon imprudence ; que
pour mériter de nouveau l'indulgence
& la tendreſſe de ſa mère ; que pour
recevoir d'elle enfin les conſeils dont
elle fent toute l'importance & la né-
ceffité. Araminte , qui dès long-temps
s'étoit apperçue des progrès d'une paf-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
ſion qu'elle defiroit de rendre heu-
reuſe , & qui n'avoit d'autre but, que
de s'aſſurer du fond qu'il étoit poffible
de faire ſur la conſtance & la folidité
des feux de ces jeunes amans ; Araminte
emportée par le ſentiment , tombe à ſon
tour dans les bras de ſa fille , la preſſe
contre ſon ſein , mêle ſes larmes aux
fiennes , & ne fait plus myſtere du
plaifir que lui fait l'Amour d'Alcidor.
Ma fille , ajouta-t- elle , Alcidor , eft
un parti convenable pour vous: mais
les hommes n'affectent que trop fou-
vent des paſſions qu'ils ne reffentent
point ; la plupart cédent à l'attrait du
plaifir , ou à ce goût d'intrigue & de
ſéduction qui les domineprèſque tous.
Quels garants avez-vous de la candeur ,
de la durée des ſentimens de votre
amant ? .... Ah ! ma mère
,
tout me
répond de la franchiſe & delatendreſſe
d'Alcidor Ala bonne heure (reprit
...
la mère ) : mais laiſſez-moi le plaifir de
m'en convaincre par moi-même ; cette
précaution eſt auſſi néceſſaire à mes
defſeins , qu'indiſpenſable pour affurer
votre bonheur. J'exige même que vous
me ſecondiez ; que rejettant fur mes or-
dres abſolus , le froid , l'indifférence
même que vous affecterez déſormais
MARS. 1764.
31
pourlui , vous me mettiez à portée de
connoître & d'appercevoir tout le fond
du caractére d'Alcidor .... Fatime ſe
ſent-elle affez de fermeté pour ſe con-
duire de façon à ne pas déconcerter les
vues de ſa mère ? ...Ah Madame ( s'écria-
t-elle ) pourriez - vous me ſoupçonner
de manquer jamais d'obéiſſance à vos
ordres ? ... Araminte par les careſſes les
plus tendres, ſe hâta de raſſurer ſa fille ; &
ces épanchemens de la tendreſſe la plus
pure arrêterent un nouveau déluge de
larmes que la tendre Fatime alloit ver-
fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin
l'occaſion de revoirſon amante , pour
ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d'avec ſa mère : les traces
de ſes larmes , ſa pâleur , une agitation
que la vue d'Alcidor ne pouvoit qu'aug-
menter encore , firent ſur l'âme de cet
amant l'impreſſion la plus vive & la plus
douloureuſe. Que vois-je ? dit-il , en
tombant à ſes pieds , Fatime pleure &
m'en cache la cauſe ! ... elle me fuit &
craint mes regards mêmes ? .... ah ,
malheureux ! je ſuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; & fon
cœur gémiſſoit de ladouleur qu'elle cau-
ſoit a fon amant : mais la promeſſe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle venoit de faire à ſa mère , lui
donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif-
ſe-moi , s'écria-t-elle : des ordres que
je reſpecterai toujours , ne me permet-
tent plus ! ... N'achevez pas , perfide ,
s'écriaAlcidor, ledéſeſpoir peintdans les
yeux; n'achevez pas de m'annoncer la
mort... Quel changement ,grand Dieu !
Ciel , eſt-ce au moment où je venois
vous apprendre avec tranſport ,
la
mortd'un oncle dont la fortune ajoute
immenſément à la mienne ? Est-ce au
moment où je commençois à me croire
plus digne de Fatime & de l'aveu de ſa
mère , que je dois voir mes vœux &
mon plus cher eſpoir trahis ? .... Eh
bien ,je périrai ; oui ! je périrai , cruelle :
mais craignez; quedis-je? tremblez pour
lesjoursde l'heureuxrival quefansdoute
vous me préférez
...
Est-ce Alcidor
que j'entends ? eſt-ce lui,(dit en foupi-
rant Fatime , ) qui m'oſe reprocher une
noirceurdontjefus toujours incapable?..
Dieu! fi mon cœur pouvoit s'ouvrir à lui.
Ah! pardonne , digne & belle Fatime ,
pardonne à la douleur qui tranſportoit
le plus ſincère amant ! ... Non , non ,
ton âme fut toujours trop vraie , trop
pleinede ladivinité dont elle est l'image,
pour connoître un inſtant l'impoſture...
MARS. 1764.
33
Que ta mère , hélas ! ne connoit-elle
toute la pureté , toute la violence de
ma flame ..... peut-être que ſenſible
aux maux que ſes ordres barbares vont
me faire fouffrir , ſon cœur pourroit
s'ouvrir à la pitié .... Permets , chère
Fatime , permets- moi la ſeule épreuve ,
laſeule tentative qui flatte encore l'eſpoir
de ton amant ! ... Que dis - je ? ah !
ſi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien...
tombons l'un & l'autre à ſes pieds.....
viens m'y voir expirer , ou obtenir d'elle
notre bonheur commun.
Araminte , quid'un cabinet voiſin les
voyoit & les entendoit , ne put laiſſer
durer plus longtemps un fupplice dont
fon cœur partageoit toute l'amertume.
O mes enfans ! s'écria -t-elle , en s'of-
frant à leurs yeux , vivez à jamais l'un
pour l'autre ..... Ces mots que l'émo-
tiond'Araminte lui permit à peine d'ar-
ziculer, produifirent fur lesjeunes amans
tout l'effet qu'ils devoient produire. Un
filence d'étonnement &d'excès de plai-
fir ,des regards où l'amour , la joie
&la reconnoiffance s'exprimoient tour-
à-tour, furent quelques inſtans les ſeuls
interprêtes de leurs cœurs... Les épan-
chemens réciproques fuccéderentà cette
By
34 MERCURE DE FRANCE.
première ivreſſedes ſens &l'hymend'Al-
cidor & de Fatime ne futdifféré qu'au-
tant qu'il le fallut pour en diſpoſer les
apprêts.
Par M. DUCLOS, S. D. M. D. F. G.
Fermer
16956
p. 34-36
ÉTRENNES A LISE.
Début :
TOI que l'Amour a destinée [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉTRENNES A LISE.
ÉTRENNES A LISE.
TOI que l'Amour a destinée
Pour fixer les plus inconftans,
Toi , qui de ſes attraits brillans ,
Etde mille grâces ornée ,
Marches toujours environnée
Des arts, du goût & des talens !
Reçois ſur la nouvelle année
Et mes vœux & mes complimens.
Ne crois pas que mon tendre hommage ,
Jeune Life , dans ce beau jour ,
Soit le fade enfant d'un uſage
Que l'homme frivole & le ſage
Blâment & ſuivent tour-à- tour.
Plus vrai , plus ſimple , il eſt l'ouvrage
Du Sentiment & de l'Amour :
Tum'as apprisdans ce ſéjour
A ne parlerque leur langage.
Lisdonc ces vers ; la vérité
MARS. 1764.
Te'les trace d'une main fûre:
Loin que la modeſte parure
Dont elle orne ici la beauté ,
Serve de voile à l'impoſture ,
Mes vœux pour ta félicité
Partentd'une ſource trop pure
Pour avoir la moindre teinture
De l'art ou de la fauſſeté :
Voilà de quoi mon cœur t'aſſure ;
Ecoute ce qu'il m'a dicté.
Que tes jours précieux aux Grâces
Des mains de l'Amour ſoient filés !
Que loin de tes riantes traces
Les noirs ennuis & les diſgraces
Soient par les plaiſirs exilés.
Naiſſent ſans ceſſe ſur tes pas ;
Que loin d'affoiblir tes appas,
L'âge les embelliffe encore ;
Et quede l'empire de Flore
Les tréſors les plus délicats ,
Pour toi ſeule puiſſent éclore.
Que tout prévienne tes defirs
Entre les jeux & l'allegreſſe
Partage tes riants loiſirs ;
Vis longtemps , éprouve ſans ceſſe
Que c'eſt au Dieu de la tendreſſe
B vj
35
Quetous les biens que l'homme implore
Malgré la rigueur des frimats ,
36 MERCURE DE FRANCE.
Que nous devons les vrais plaiſirs !
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de Cavalerie.
TOI que l'Amour a destinée
Pour fixer les plus inconftans,
Toi , qui de ſes attraits brillans ,
Etde mille grâces ornée ,
Marches toujours environnée
Des arts, du goût & des talens !
Reçois ſur la nouvelle année
Et mes vœux & mes complimens.
Ne crois pas que mon tendre hommage ,
Jeune Life , dans ce beau jour ,
Soit le fade enfant d'un uſage
Que l'homme frivole & le ſage
Blâment & ſuivent tour-à- tour.
Plus vrai , plus ſimple , il eſt l'ouvrage
Du Sentiment & de l'Amour :
Tum'as apprisdans ce ſéjour
A ne parlerque leur langage.
Lisdonc ces vers ; la vérité
MARS. 1764.
Te'les trace d'une main fûre:
Loin que la modeſte parure
Dont elle orne ici la beauté ,
Serve de voile à l'impoſture ,
Mes vœux pour ta félicité
Partentd'une ſource trop pure
Pour avoir la moindre teinture
De l'art ou de la fauſſeté :
Voilà de quoi mon cœur t'aſſure ;
Ecoute ce qu'il m'a dicté.
Que tes jours précieux aux Grâces
Des mains de l'Amour ſoient filés !
Que loin de tes riantes traces
Les noirs ennuis & les diſgraces
Soient par les plaiſirs exilés.
Naiſſent ſans ceſſe ſur tes pas ;
Que loin d'affoiblir tes appas,
L'âge les embelliffe encore ;
Et quede l'empire de Flore
Les tréſors les plus délicats ,
Pour toi ſeule puiſſent éclore.
Que tout prévienne tes defirs
Entre les jeux & l'allegreſſe
Partage tes riants loiſirs ;
Vis longtemps , éprouve ſans ceſſe
Que c'eſt au Dieu de la tendreſſe
B vj
35
Quetous les biens que l'homme implore
Malgré la rigueur des frimats ,
36 MERCURE DE FRANCE.
Que nous devons les vrais plaiſirs !
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de Cavalerie.
Fermer
16957
p. 36
ÉΡΙΤΑΡΗΕ De M. de GEORVILLE, ancien Tresorier Général de la Marine, &c.
Début :
CY gît qui fit toujours le bien [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉΡΙΤΑΡΗΕ De M. de GEORVILLE, ancien Tresorier Général de la Marine, &c.
ÉΡΙΤΑΡΗΕ
De M. de GEORVILLE, ancien Tresorier
Général de la Marine, &c.
CY gît qui fit toujours le bien
Par penchant & par caractère.
S'il eſt mort ce vrai Citoyen ,
C'eſt de regret de n'en pas aſſez faire,
Par M. MOURET DUCHEMIN.
De M. de GEORVILLE, ancien Tresorier
Général de la Marine, &c.
CY gît qui fit toujours le bien
Par penchant & par caractère.
S'il eſt mort ce vrai Citoyen ,
C'eſt de regret de n'en pas aſſez faire,
Par M. MOURET DUCHEMIN.
Fermer
16958
p. 36
VERS sur un ruban donné à l'Auteur par Mlle L. M. de Sin.... & brodé par elle.
Début :
TISSU brillant, ouvrage de Daphné, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur un ruban donné à l'Auteur par Mlle L. M. de Sin.... & brodé par elle.
VERS sur un ruban donné à l'Auteur
par Mlle L. M. de Sin.... & brodé
par elle.
TISSU brillant, ouvrage de Daphné,
Enchaînes à jamais les amours ſur mes traces.
Don précieux à mon cœur fortuné !
Tu vauxpour moi la ceinturedesGrâces.
CHAUVET, J.
par Mlle L. M. de Sin.... & brodé
par elle.
TISSU brillant, ouvrage de Daphné,
Enchaînes à jamais les amours ſur mes traces.
Don précieux à mon cœur fortuné !
Tu vauxpour moi la ceinturedesGrâces.
CHAUVET, J.
Fermer
16959
p. 37-38
A Madame de S. H... à qui l'Auteur en dansant au Bal, avoit donné par mégarde, un coup dans l'oeil.
Début :
JALOUSE de vous voir si belle, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame de S. H... à qui l'Auteur en dansant au Bal, avoit donné par mégarde, un coup dans l'oeil.
A Madame de S. H... à qui l'Auteur
en dansant au Bal, avoit donné par
mégarde, un coup dans l'oeil.
JALOUSE de vous voir si belle,
Vénus hier pendant le Bal
S'en vangea ſur votre prunelle ,
Et mon bras matheureux fut l'inſtrument fatal
Dont ſe ſervit laDéeſſe cruelle,
Pour vous cauſer autant de mal.
Mais, belle Ifé , quellefut ſa ſurpriſe
D'entendre de l'Amour le cri leplus perçant
Elle reconnut ſamépriſe
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Ils'écrioit, » qu'avez-vous fait, ma mère?
» Quoi , vous éteignez mon flambeau!
>>>Fut-il jamais de douleur plus amère ?
Pouvoit-il être mieux que dans cetcœil ſibeaut
>> Ranimez doncencor votre colère ,
>>> Et détruiſez auſſi ſon frère
>> Dans lequelj'ai mistous mestraits.
>>Mais aprèstant de barbarie ,
>> Cruelle , ôtez-moi donc la vie,
Sinon mes pleurs ne tarirontjamais.
Par les crisde ſon fils la Déeſſe attendrie,
Ifé, dit-elle, ſois guérie.
38 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous , pour vous punir , Amour ,
Du dépôt de vos traits d'avoir fait un myſtère
A votre redoutable mère ,
Iffé les gardera toujours.
Des Rives du Lignon, le 23 Janvier 1764.
Par un Abonné au Mercure.
en dansant au Bal, avoit donné par
mégarde, un coup dans l'oeil.
JALOUSE de vous voir si belle,
Vénus hier pendant le Bal
S'en vangea ſur votre prunelle ,
Et mon bras matheureux fut l'inſtrument fatal
Dont ſe ſervit laDéeſſe cruelle,
Pour vous cauſer autant de mal.
Mais, belle Ifé , quellefut ſa ſurpriſe
D'entendre de l'Amour le cri leplus perçant
Elle reconnut ſamépriſe
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Ils'écrioit, » qu'avez-vous fait, ma mère?
» Quoi , vous éteignez mon flambeau!
>>>Fut-il jamais de douleur plus amère ?
Pouvoit-il être mieux que dans cetcœil ſibeaut
>> Ranimez doncencor votre colère ,
>>> Et détruiſez auſſi ſon frère
>> Dans lequelj'ai mistous mestraits.
>>Mais aprèstant de barbarie ,
>> Cruelle , ôtez-moi donc la vie,
Sinon mes pleurs ne tarirontjamais.
Par les crisde ſon fils la Déeſſe attendrie,
Ifé, dit-elle, ſois guérie.
38 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous , pour vous punir , Amour ,
Du dépôt de vos traits d'avoir fait un myſtère
A votre redoutable mère ,
Iffé les gardera toujours.
Des Rives du Lignon, le 23 Janvier 1764.
Par un Abonné au Mercure.
Fermer
16960
p. 38
VERS envoyés au mois de Septembre dernier, à une très-jolie femme de Dijon, qui venoit d'accoucher d'une troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir un garçon.
Début :
CONSOLE-TOI, mère charmante, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS envoyés au mois de Septembre dernier, à une très-jolie femme de Dijon, qui venoit d'accoucher d'une troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir un garçon.
VERS envoyés au mois de Septembre
dernier, à une très-jolie femme de
Dijon, qui venoit d'accoucher d'une
troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir
un garçon.
CONSOLE-TOI, mère charmante,
D'avoir malgré ta vive attente
Atrois fillesdonné le jour.
Ce ne ſontpoint là des diſgraces ,
Avantqued'enfanter l'Amour ,
Vénus enfanta les trois Grâces.
dernier, à une très-jolie femme de
Dijon, qui venoit d'accoucher d'une
troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir
un garçon.
CONSOLE-TOI, mère charmante,
D'avoir malgré ta vive attente
Atrois fillesdonné le jour.
Ce ne ſontpoint là des diſgraces ,
Avantqued'enfanter l'Amour ,
Vénus enfanta les trois Grâces.
Fermer
16961
p. 39-44
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
Début :
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai point trop enrichi l'image, ne tiennent [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère,
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
Fermer
16962
p. 44-45
LE SONGE.
Début :
JE reposois sur la fougère ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SONGE.
LE SONGE.
JE reposois sur la fougère ;
Morphée avoit fermé mes yeux ;
Je croyois être avec Glycère ,
Et le Plaifir m'ouvroit les Cieux.
Minerve m'offrit la ſageſſe ;
Vénus les grâces , la beauté ;
Hébé la fraîcheur , la jeuneſſes
Mars ſes lauriers & ſa fierté.
MAR S. 1764.
Bacchus dit: Bois ; Apollon , chante ,
Et prends ce luth , s'il t'a charmés
Viens , ditPlutus , ſi l'Or te tente ;
Amour me dit: Aime, & j'aimai.
JE reposois sur la fougère ;
Morphée avoit fermé mes yeux ;
Je croyois être avec Glycère ,
Et le Plaifir m'ouvroit les Cieux.
Minerve m'offrit la ſageſſe ;
Vénus les grâces , la beauté ;
Hébé la fraîcheur , la jeuneſſes
Mars ſes lauriers & ſa fierté.
MAR S. 1764.
Bacchus dit: Bois ; Apollon , chante ,
Et prends ce luth , s'il t'a charmés
Viens , ditPlutus , ſi l'Or te tente ;
Amour me dit: Aime, & j'aimai.
Fermer
16963
p. 45-47
EPITRE A Madame D** M***.
Début :
Cette Dame avoit écrit à l'Auteur qu'un homme d'esprit étoit dans un / LA Rose au milieu d'un Parterre, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Madame D** M***.
EPITRE
A Madame D** M***.
Brille au-deſſus des autres fleurs ;
Elle perd bientôt ſes couleurs.
Qui ſous l'herbe brille humblement
Et ſur le ſeind'une Lifette
Que la Roſe au teint délicats
Etma timideviolette
45
Cette Dame avoit écrit à l'Auteur
qu'un homme d'esprit étoit dans un
Cercle ce qu'étoit la Roſe dans un Par
terre. L'Auteur lui répondit par l'Epitre
ſuivante :
LA Rose au milieu d'un Parterre,
Plusbelle,maisplus paſſagère ,
Mais l'innocente violette ,
Echappe aux attaques du vent ,
Va parerun corſet galant,
Oui , j'aime mieux l'humble Fleurette,
Un ſoufflel'embellit , mais un fouffle l'abat
46 MERCURE DE FRANCE.
Garde plus longtemps ſon éclat.
Tel eſt le bon eſprit , toujours prudent & ſage ,
S'exprimant toujours ſans écart ,
Il a la douceur en partage ,
Il eſt modeſte en ſon langage ,
Et la Nature eſt tout ſon fard.
Souvent dans l'ombre d'un nuage
Il ſe dérobe à tous les yeux ;
Mais , tel qu'un aſtre radieux ,
C'eſt pour éclairer d'avantage.
Le ſtore qui rompt le paſſage
A l'éblouiſſante clarté ,
Eſt l'heureuſe timidité
Dont mon cœur chérit le partage ,
Puiſqu'il eſt le premier hommage
Qu'il oſe offrir à la beauté.
Qu'un Fat ambré , dans ſa manie
Sur un nouveau jargon monté ,
D'hommede bonne compagnie
Soutienne la célébrité ;
Que , par Cydaliſe ou Julie ,
Son nom dans les Boudoirs chanté
De la bouche de la Folie
Paſſeauxfaftes pompeux de la frivolité ;
C'eſt ſon deſtin : qu'un autrey porte envie;
Je n'en faurois être tenté.
Il eſt des prix pour le Génie,
Il en eſt pour la vanitéa
MARS. 1764.
Que le pèrede la ſaillie ,
Que ſemble ſervir le hazard,
D'unmotqui ne doit rien à l'Art,
De la pâle mélancolie
Ranime le ſombre regard ;
Oui , que P.... vous faſſe rire :
Seul il a ce droit , j'y conſens ;
Mais vous le connoillez , Thémire ,
C'eſt le moindre de ſes talens.
Moi qui ne ſuis P... ni petit-maître ,
Je me renferme dans mon être ,
Toutmon eſprit eſt dans mon cœur ;
Vous m'apprenez à le connoître.
Vos beauxyeux ſçavent tout charmer ;
Votreeſprit ſçait inſtruire & plaire ;
Etnous ,nous ne ſçavons qu'aimer.
Vousvoyez bien qu'il faut nous taire.
47
Par M. COSTARD, Fils.
A Madame D** M***.
Brille au-deſſus des autres fleurs ;
Elle perd bientôt ſes couleurs.
Qui ſous l'herbe brille humblement
Et ſur le ſeind'une Lifette
Que la Roſe au teint délicats
Etma timideviolette
45
Cette Dame avoit écrit à l'Auteur
qu'un homme d'esprit étoit dans un
Cercle ce qu'étoit la Roſe dans un Par
terre. L'Auteur lui répondit par l'Epitre
ſuivante :
LA Rose au milieu d'un Parterre,
Plusbelle,maisplus paſſagère ,
Mais l'innocente violette ,
Echappe aux attaques du vent ,
Va parerun corſet galant,
Oui , j'aime mieux l'humble Fleurette,
Un ſoufflel'embellit , mais un fouffle l'abat
46 MERCURE DE FRANCE.
Garde plus longtemps ſon éclat.
Tel eſt le bon eſprit , toujours prudent & ſage ,
S'exprimant toujours ſans écart ,
Il a la douceur en partage ,
Il eſt modeſte en ſon langage ,
Et la Nature eſt tout ſon fard.
Souvent dans l'ombre d'un nuage
Il ſe dérobe à tous les yeux ;
Mais , tel qu'un aſtre radieux ,
C'eſt pour éclairer d'avantage.
Le ſtore qui rompt le paſſage
A l'éblouiſſante clarté ,
Eſt l'heureuſe timidité
Dont mon cœur chérit le partage ,
Puiſqu'il eſt le premier hommage
Qu'il oſe offrir à la beauté.
Qu'un Fat ambré , dans ſa manie
Sur un nouveau jargon monté ,
D'hommede bonne compagnie
Soutienne la célébrité ;
Que , par Cydaliſe ou Julie ,
Son nom dans les Boudoirs chanté
De la bouche de la Folie
Paſſeauxfaftes pompeux de la frivolité ;
C'eſt ſon deſtin : qu'un autrey porte envie;
Je n'en faurois être tenté.
Il eſt des prix pour le Génie,
Il en eſt pour la vanitéa
MARS. 1764.
Que le pèrede la ſaillie ,
Que ſemble ſervir le hazard,
D'unmotqui ne doit rien à l'Art,
De la pâle mélancolie
Ranime le ſombre regard ;
Oui , que P.... vous faſſe rire :
Seul il a ce droit , j'y conſens ;
Mais vous le connoillez , Thémire ,
C'eſt le moindre de ſes talens.
Moi qui ne ſuis P... ni petit-maître ,
Je me renferme dans mon être ,
Toutmon eſprit eſt dans mon cœur ;
Vous m'apprenez à le connoître.
Vos beauxyeux ſçavent tout charmer ;
Votreeſprit ſçait inſtruire & plaire ;
Etnous ,nous ne ſçavons qu'aimer.
Vousvoyez bien qu'il faut nous taire.
47
Par M. COSTARD, Fils.
Fermer
16964
p. 47-48
A Madame D***, qui avoit eu la féve le jour des Rois. IMPROMPTU.
Début :
POURQUOI vous étonner, Glycère ? [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame D***, qui avoit eu la féve le jour des Rois. IMPROMPTU.
A Madame D***, qui avoit eu la
féve le jour des Rois.
IMPROMPTU.
POURQUOI vous étonner, Glycère ? L'événement n'est pas nouveau.
48 MERCURE DE FRANCE.
Quand l'Amour coupe le gâteau ,
La féve eſt toujours pour ſa mère.
Par le même.
féve le jour des Rois.
IMPROMPTU.
POURQUOI vous étonner, Glycère ? L'événement n'est pas nouveau.
48 MERCURE DE FRANCE.
Quand l'Amour coupe le gâteau ,
La féve eſt toujours pour ſa mère.
Par le même.
Fermer
16965
p. 48
VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur d'un Eloge de SULLY.
Début :
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire ! [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur d'un Eloge de SULLY.
VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur
d'un Eloge de SULLY.
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire !
Et d'Apollon tu vasgroſſir la cour :
Ta main quide Sully trace le caractère Grave & folâtre tour-à-tour,
Nous trace des leçons,&careſſe l'Amour.
A tes rivaux tu fais rendre les armes :
D'une double victoire ils viennent t'honorer.
Charmés de tes talens , ſubjugués par tes char
mes,
Ils ne ſçavent que t'admirer.
Mais c'eſt prendre ſur nousuntropgrand avane
tage;
Ne te ſuffit-il pasde régnerſur noscoeurs?
Faut-il encor nous ravir les faveurs
Dontle deſtinafait notre partage ?
Que nous puiſſions au moins, oubliant tes ri
gueurs,
Parquelques biens balancer nosdiſgraces:
Laiffe-nous nos talens, ou donne-nous ses grâces!
d'un Eloge de SULLY.
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire !
Et d'Apollon tu vasgroſſir la cour :
Ta main quide Sully trace le caractère Grave & folâtre tour-à-tour,
Nous trace des leçons,&careſſe l'Amour.
A tes rivaux tu fais rendre les armes :
D'une double victoire ils viennent t'honorer.
Charmés de tes talens , ſubjugués par tes char
mes,
Ils ne ſçavent que t'admirer.
Mais c'eſt prendre ſur nousuntropgrand avane
tage;
Ne te ſuffit-il pasde régnerſur noscoeurs?
Faut-il encor nous ravir les faveurs
Dontle deſtinafait notre partage ?
Que nous puiſſions au moins, oubliant tes ri
gueurs,
Parquelques biens balancer nosdiſgraces:
Laiffe-nous nos talens, ou donne-nous ses grâces!
Fermer
16966
p. 49-60
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
Début :
LETTRE IV. Vous voulez connaître les femmes qui sont ici. [...]
Mots clefs :
Jeune homme, Femmes, Amour, Yeux, Nature, Plaisir, Âme, Finesse, Grâces, Beauté, Doute, Femme, Douceur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
SUITE des Lettres d'unjeune Homme.
LETTREIV.
Vous voulez connoître les femmes
qui font ici. Vous me demandez des
portraits. Mon ami , c'eſt un ouvrage
délicat, Il eſt dangereux d'être vrai.
Mais, s'il arrive que j'éffleure quelques
ridicules & même quelques vices , je ne
démaſquerai point les Perſonnages , &
d'ailleurs nous avons de jeunes Dames
très - aimables , & dont on ne peut faire
que l'éloge.
Deux femmes qui viſent à la célébrité
, qui par conféquent ſe déteſtent
& ſe mépriſent , & qui , je crois , ſe
rendent juſtice : l'une aimant tout le
monde , & même ſon mari ; l'autre, plus
franche , plus décidée , & déclarant
nettement qu'elle regarde le fien à-peuprès
comme un animal domeftique
que des préjugés ont rendu néceſſaire à
la liberté d'une jolie femme. Toutes
deux aimant le plaifir , mais la première
avec moins d'éclat ; être pufillanime,
qui ne fuit qu'en tremblant ſon illuftre
modele..... Pafſons aux autres.
C
:
,
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez , mon ami , ce que la jeuneſſe
a de plus brillant , de plus tendre
& de plus délicat. Des cheveux blonds,
de grands yeux bleus pleins de douceur
, un viſage riant & modeſte , l'éclat
des plus belles couleurs , cette fineffe
& cette blancheur de peau particulière
aux blondes , & qui laiſſent
voir la pourpre imperceptible de ces
petites veines qui ornent les tempes &
le front , un ſourire enchanteur , une
taille légère & charmante , une politeſſe
aiſée , un eſprit aimable & cultivé,
un mélange touchant& fingulier de fineffe
& d'ingénuité dans le caractère : il
étoit réſervé à Mlle de Luficour de rafſembler
tant de grâces & tant d'heureuſes
qualités .
Nous avons encore une jeune Brune,
dont les yeux pétillent de tendreffe &
de vivacité. Elle penſe bien & s'exprime
de même. Vous lui trouvez d'abord
quelque timidité. Ce n'eſt point del'embarras
, c'eſt une fage circonfpection
qui naît de la modeſtie. Son eſprit eſt
juſte, ſes manières nobles& naturelles ,
ſa converſation agréable & fimple.
La figure de Madame d'Orville intéreſſe
d'abord. L'élégance & la légéreté
de ſa taille , la fineffe & la vivacité
MARS. 1764. 51
de ſa phyſionomie , le feu de ſes grands
yeux noirs , une certaine dignité répandue
fur toute ſa perſonne , tout cela
frappe & furprend. Avec plus de naïveté
, elle auroit de la grâce ; elle n'a
que de la majeſté. Vous ne lui trouvez
pas ces grâces touchantes qui vont chercherl'âme
* ; mais , permettez-moi l'expreffion
, une Beauté impérieuſe & hardie
, qui ſemble plutôt commander l'amour
, que l'inſpirer. Elle a beaucoup
d'eſprit , encore plus de prétentions.
Concluez de ceci , qu'elle a plus d'art
que de naturel , & vous conviendrez
néanmoins que Madame d'Orville eſt aimable.
Les femmes réuſſiſſent dans tous les
détails où il faut paroître : Mde d'Orville
y excelle. Elle fait parfaitement les
honneurs de ſa table & de ſa maiſon ;
rien ne lui échappe , & tout le monde
eſt ſatisfait : elle a toute l'adreſſe & la
préſence d'eſprit de ſon ſéxe. Mais vous
me ſoupçonnez de vouloir calomnier ce
ſéxe enchanteur , & de ne lui laiffer que
de petits talens . Je m'explique.
Ne pourroit- on pas dire aux femmes :
Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Rouffeau , Emile ou de l'Education.
:
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion. Elle est conforme à vos inclinations.
Elle pourroit être plus parfaite ,&
j'avoue que , fi elle ne l'eſt pas , il y a
de notre faute. Mais vous n'êtes pas faites
pour vous appeſantir par l'étude.
Contentez-vous d'être aimables ; régnez
par la douceur & la perfuafion : ne
cherchez point à devenir des honimes ,
vous y perdriez, Vous naiffez toutes coquettes
: ne vous offenſez pas , je vous
ſupplie , de ce diſcours ; je ne vous en
reſpecte pas moins , & la coquetterie
bien dirigée eſt un bienfait de la Nature.
C'eſt par elle que vous gouvernez
les hommes. Vertueuſes , vous faites des
ſages ; & des vives émotions de l'amour
je vois naître & s'établir les moeurs.
Quelle gloire pour vous , & quel autre
empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement
être hommes ? J'y confens ,j& je partagerai
de bon coeur avec vous les fatigues
& les dangers de la guerre. Devenez
graves & Içavantes , & préférez à
la fineffe du fentiment , à l'aimable enjoûment
de votre eſprit, les ſoins de la
politique & du gouvernement. Jettez
l'aiguille & le fuſeau ,& que vos mains
délicates prennent la bêche du ruſtre ,&
le marteau du forgeron . Non , la Nature
a marqué notre destination & la diffé
MARS. 1764 . 53
rence de nos emplois par la différence
de notre conformation. Une plus
haute ſtature , une organiſation plus folide
& moins fléxible indiquent les devoirs
honorables de Phomme. A Dieu
ne plaiſe que je penſe que notre âme
foit par ſa nature ſupérieure à la vôtre !
Quand toutes ces relations de ſéxes ne
ſubſiſteront plus , quand les temps ſe-l
ront perdus dans le gouffre de l'Eternité
, quand ce corps mortel fera diffous
, nous ferons tous égaux ; les âmes
ont-elles un séxe * ? Quelle différence
reſtera-t- il entre elles ? Mon ami , je me
ſouviendrai fans doute alors , & j'aurai
du plaifir à me rappeller que , lorſque
j'étois un homme , ton aimable ſoeur
étoit une femme dont la ſociété me
charmoit.... Mais vois-tu quelle Métaphyſique
à propos de Mde d'Orville ?
Pardonne à un pauvre Solitaire. L'habitude
du chagrin égare ſon imagination
, mais jamais elle ne corrompra
fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette
admirable campagne. Que ne puisje
partager ce plaifir avec toi ! Quelle
belle ſoirée ! La fraîcheur & le calme de
l'air ſemblent paſſer juſqu'à l'âme ! ...
Au revoir , mon ami !
*Rouffeau , Nouvelle Héloïſe.
Cij
54. MERCURE DE FRANCE.
LETTREV.
E reçois enfin votre lettre , mon ami.
Pourquoi l'ai -je fi longtemps attendue ?
Celong filence commençoit à m'inquiéter
, & mon coeur en a murmuré ; mais
l'amitié reſſemble aſſez à l'amour : la
moindre faveur d'une Belle appaiſe un
Amant irrité , & l'on pardonne aisément
à l'ami que l'on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite
hiſtoire , qui , je crois , vous divertira .
J'étois curieux de voir un homme à la
mode. Je viens de contempler enfin
cette merveille. Rien n'eſt ſi plaifant, je
vous affure , & je ſuis fatisfait. Mais , fi
j'ai trouvé ce Phénix ridicule , j'ai dû
lui paroître bien fot : il a fans doute eu
pitié de mon étonnement provincial.
L'attention avec laquelle je le confidérois
étoit en effet remarquable ; elle
faiſoit un beau contraſte avec la légéreté
de cet Agréable. Tandis qu'il pirouettoit
fans ceſſe , qu'il tournoit à
tout vent , qu'il parloit à toutes les Dames
, qu'il vantoit les yeux de l'une ,
admiroit la main de l'autre , je me difois
: ce rôle eſt tout-à-fait digne d'un
MARS. 1764. 55.
homme , & cette manière d'honorer les
femmes doit bien les flatter !
Mon ami , ſi je voulois infulter une
jeune perſonne , ſi je le pouvois , je
prendrois le ton de cet impertinent.
Mais rien n'égaloit ſa fade galanterie ,
que l'air ſuffifant avec lequel il s'emparoit
de la conversation . Il débitoit leftement
les plus dangereuſes maximes; il
décidoit , tranchoit ..... Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à
fes hommages.Il n'y eut pas juſqu'à la
vieille Préſident de Fierville à qui il
n'en eût conté. La petite niéce de cette
Dame eut fon tour : il lui adreſſa quelques
propos galans . Monfieur ,dit-elle,
retournez à ma tante , vous venez de
lui dire précisément la même choſe ;
elle eſt beaucoup plus raisonnable que
moi ; elle vous entendra mieux. La naï
veté de cette ſaillie nous frappa ; perſonne
ne put s'empêcher de ſourire. Si
tu n'as jamais vu un Petit- Maître déconcerté
,&déconcerté par une jeune fille
de douze ans ; j'ai vu , moi , j'ai vu ce
phénomène.
Cette gentilleſſe , cette affectation&
ces galans menfonges ne ſont guères
ſéduiſans , il est vrai ; ce n'eſt qu'un
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
vain perfifflage : mais ces lâches adulations
, cette commode & libertine Philofophie
ne laiſſent pas d'être pernicieuſes.
Vils corrupteurs ! ne vous plaignez
plus des vices des femmes : C'eſt
vous qui les faites germer dans leurs
coeurs. Galants eſclaves de la beauté !
c'eſt vous qui leur donnez enfin des armes
contre vous-mêmes. Elles n'ont
pas ufurpé l'empire ; vous le leur avez
tranfmis : heureux & libres en portant
leurs chaînes , fi vous aviez ſçu mieux
diriger ce doux afcendant que leur
donna fur nous la Nature !
Mais , mon ami , croiras - tu que je
fuis moi-même accufé de galanterie ,
moi qui déclame contre elle avec cette
véhémence ? On n'a rien imaginé de
mieux pour me corriger , que de me
propoſer une femme. On veut que j'épouſe
une fille très-riche.... & trèsvieille.
La perſonne n'eſt pas une Beauté
; mais la Raiſon ! ... La Raiſon eſt ſans
doute une très -belle choſe . On me regarde
comme un papillon qu'il faut fixer.
Je doute un peu que je m'attache
à cette fleur dont la fraîcheur & l'éclat
font fort équivoques. Ne fût-ce que par
curiofité , & pour en cauſer avec toi ,
il faut que je voltige autour. J'en ſerai
MARS. 1764. 57
के
57
quitte pour m'envoler bien vite , fi
l'objet me fait peur. Juge de la bonne
fortune ,& fi j'y perdrai mes aîles .
Adieu , mon ami , tâchez de vous
diſtraire. Continuez de vous occuper &
de vous amuſer. Chantez,lifez les loix,
& faites l'amour. L'homme d'efprit
ſçait tout concilier. Je defire ardemment
que la jeune perſonne dont vous me
parlez faffe bientôt votre bonheur. Plus
adroite que ces femmes impérieuſes ,
*qui ne ſçavent que révolter un mari ,
elle fent que l'empire de ſon ſéxe n'est
que celui de la douceur & de la perfuafion
. Elle a de la raifon & des graces
; le fort des malheureux la touche
& l'intéreſſe . N'hésite pas à t'unir à
cette aimable fille ; donne ton coeur au
vrai mérite. Adieu.
LETTRE VI.
H , que tu connois mal ton ami !
Ecoute l'hiſtoire de mon coeur , & juge
mieux de mes ſentimens .
J'aime une fille charmante. Je vais te
peindre les grâces qui parent la ſageſſe
Ce portrait pourra te féduire ; mais il
n'en fera que plus reſſemblant.
Gv
58 MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami , avez-vous vu quelquefois
de ces phyſionomies touchantes
, qui ſemblent demander le coeur
qu'elles raviffent ? La beauté de ma
maîtreſſe eſt d'un caractère fi tendre &
fi naïf ; elle a quelque choſe encore de
fi noble & de ſi gracieux ! ... Vous diriez
que,pour former ce modéle aimable,
la Nature a fondu la majeſté d'une Reine
avec l'ingénuité d'une Bergère. Une
figure brillante & modeſte , beaucoup
de délicateſſe & de ſenſibilité , une ſimplicité
charmante , un coeur généreux &
compatiſſant , une âme enfin voilà
l'objet enchanteur qui diſpoſe de ton
ami.
....
Peux- tu me foupçonner , après cela ,
de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu
n'as pu férieuſement interpréter ma
lettre comme tu le fais. L'amour n'achete
point ſes plaiſirs ; il ne les vend
pas ; c'eſt au coeur ſeul de les donner
& de les obtenir. Une maîtreſſe vraîment
eftimable pourroit arracher au libertinage
l'homme le plus vicieux. Tu
ne voudrois pas que je le devinffe.
Mais que penfer de l'homme vil qui
trahit indignement l'innocence , & déſeſpére
la pudeur ? Quel est ce plaifir
barbare , d'abufer du malheur d'une
MARS. 1764. 59
jeune perſonne aimable , de profiter de
fon extrême affliction pour la forcer de
ſe faire violence à elle-même , & de s'avilir
à ſes propres yeux ! Eſt- ce parmi
les horreurs de la miſére la plus déplo
rable que peut régner l'Amour? Homme
brutal ! comment n'éprouves-tu pas
un fupplice plus cruel que celui qu'imagina
cet exécrable tyran qui faifoit
unir un homme vivant à un cadavre ?
Il eſt inſenſible , ce cadavre ; mais
vil Sardanapale , la victime de tes làches
artifices & de ton impudence boit
toute l'amertume de ſon fort ! Es- tu
heureux de ſes peines , de ſes douleurs ?
Tu oſes mêler l'opprobre & la défolation
à la volupté ! O monſtre ! .....
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertudépend
encore de vous. Malgré le plus
fanglant outrage , elle n'en ſera que
plus refpectable .... Mais revenons.
Dites-moi , mon ami. Abandonneraije
ce que j'aime, parce que l'or n'a point
tiffu nos noeuds ? Il en faut , je le ſçais ,
de cet or fi recherché ; mais jamais je
ne defirerai d'inutiles & dangereuſes- richeffes.
Si je ne puis adoucir mon fort ni
celui de l'aimable fille qui m'a charmé,
j'irai dans quelque campagne oublier
le monde & la ſociété ; heureux , fi l'a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
mitié peut chaſſer de mon aſyle l'amour
& les méchans. Je ne ſçais ; mais je
fuis tenté de fuir. O mon ami ! l'on ne
croit plus à la vertu. Une lente mélancolie
me confume. Hâte-toi , viens con .
foler un infortuné qui t'aimera tonjours.
Viens m'aider à ſupporter mes
maux.
LETTREIV.
Vous voulez connoître les femmes
qui font ici. Vous me demandez des
portraits. Mon ami , c'eſt un ouvrage
délicat, Il eſt dangereux d'être vrai.
Mais, s'il arrive que j'éffleure quelques
ridicules & même quelques vices , je ne
démaſquerai point les Perſonnages , &
d'ailleurs nous avons de jeunes Dames
très - aimables , & dont on ne peut faire
que l'éloge.
Deux femmes qui viſent à la célébrité
, qui par conféquent ſe déteſtent
& ſe mépriſent , & qui , je crois , ſe
rendent juſtice : l'une aimant tout le
monde , & même ſon mari ; l'autre, plus
franche , plus décidée , & déclarant
nettement qu'elle regarde le fien à-peuprès
comme un animal domeftique
que des préjugés ont rendu néceſſaire à
la liberté d'une jolie femme. Toutes
deux aimant le plaifir , mais la première
avec moins d'éclat ; être pufillanime,
qui ne fuit qu'en tremblant ſon illuftre
modele..... Pafſons aux autres.
C
:
,
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez , mon ami , ce que la jeuneſſe
a de plus brillant , de plus tendre
& de plus délicat. Des cheveux blonds,
de grands yeux bleus pleins de douceur
, un viſage riant & modeſte , l'éclat
des plus belles couleurs , cette fineffe
& cette blancheur de peau particulière
aux blondes , & qui laiſſent
voir la pourpre imperceptible de ces
petites veines qui ornent les tempes &
le front , un ſourire enchanteur , une
taille légère & charmante , une politeſſe
aiſée , un eſprit aimable & cultivé,
un mélange touchant& fingulier de fineffe
& d'ingénuité dans le caractère : il
étoit réſervé à Mlle de Luficour de rafſembler
tant de grâces & tant d'heureuſes
qualités .
Nous avons encore une jeune Brune,
dont les yeux pétillent de tendreffe &
de vivacité. Elle penſe bien & s'exprime
de même. Vous lui trouvez d'abord
quelque timidité. Ce n'eſt point del'embarras
, c'eſt une fage circonfpection
qui naît de la modeſtie. Son eſprit eſt
juſte, ſes manières nobles& naturelles ,
ſa converſation agréable & fimple.
La figure de Madame d'Orville intéreſſe
d'abord. L'élégance & la légéreté
de ſa taille , la fineffe & la vivacité
MARS. 1764. 51
de ſa phyſionomie , le feu de ſes grands
yeux noirs , une certaine dignité répandue
fur toute ſa perſonne , tout cela
frappe & furprend. Avec plus de naïveté
, elle auroit de la grâce ; elle n'a
que de la majeſté. Vous ne lui trouvez
pas ces grâces touchantes qui vont chercherl'âme
* ; mais , permettez-moi l'expreffion
, une Beauté impérieuſe & hardie
, qui ſemble plutôt commander l'amour
, que l'inſpirer. Elle a beaucoup
d'eſprit , encore plus de prétentions.
Concluez de ceci , qu'elle a plus d'art
que de naturel , & vous conviendrez
néanmoins que Madame d'Orville eſt aimable.
Les femmes réuſſiſſent dans tous les
détails où il faut paroître : Mde d'Orville
y excelle. Elle fait parfaitement les
honneurs de ſa table & de ſa maiſon ;
rien ne lui échappe , & tout le monde
eſt ſatisfait : elle a toute l'adreſſe & la
préſence d'eſprit de ſon ſéxe. Mais vous
me ſoupçonnez de vouloir calomnier ce
ſéxe enchanteur , & de ne lui laiffer que
de petits talens . Je m'explique.
Ne pourroit- on pas dire aux femmes :
Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Rouffeau , Emile ou de l'Education.
:
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion. Elle est conforme à vos inclinations.
Elle pourroit être plus parfaite ,&
j'avoue que , fi elle ne l'eſt pas , il y a
de notre faute. Mais vous n'êtes pas faites
pour vous appeſantir par l'étude.
Contentez-vous d'être aimables ; régnez
par la douceur & la perfuafion : ne
cherchez point à devenir des honimes ,
vous y perdriez, Vous naiffez toutes coquettes
: ne vous offenſez pas , je vous
ſupplie , de ce diſcours ; je ne vous en
reſpecte pas moins , & la coquetterie
bien dirigée eſt un bienfait de la Nature.
C'eſt par elle que vous gouvernez
les hommes. Vertueuſes , vous faites des
ſages ; & des vives émotions de l'amour
je vois naître & s'établir les moeurs.
Quelle gloire pour vous , & quel autre
empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement
être hommes ? J'y confens ,j& je partagerai
de bon coeur avec vous les fatigues
& les dangers de la guerre. Devenez
graves & Içavantes , & préférez à
la fineffe du fentiment , à l'aimable enjoûment
de votre eſprit, les ſoins de la
politique & du gouvernement. Jettez
l'aiguille & le fuſeau ,& que vos mains
délicates prennent la bêche du ruſtre ,&
le marteau du forgeron . Non , la Nature
a marqué notre destination & la diffé
MARS. 1764 . 53
rence de nos emplois par la différence
de notre conformation. Une plus
haute ſtature , une organiſation plus folide
& moins fléxible indiquent les devoirs
honorables de Phomme. A Dieu
ne plaiſe que je penſe que notre âme
foit par ſa nature ſupérieure à la vôtre !
Quand toutes ces relations de ſéxes ne
ſubſiſteront plus , quand les temps ſe-l
ront perdus dans le gouffre de l'Eternité
, quand ce corps mortel fera diffous
, nous ferons tous égaux ; les âmes
ont-elles un séxe * ? Quelle différence
reſtera-t- il entre elles ? Mon ami , je me
ſouviendrai fans doute alors , & j'aurai
du plaifir à me rappeller que , lorſque
j'étois un homme , ton aimable ſoeur
étoit une femme dont la ſociété me
charmoit.... Mais vois-tu quelle Métaphyſique
à propos de Mde d'Orville ?
Pardonne à un pauvre Solitaire. L'habitude
du chagrin égare ſon imagination
, mais jamais elle ne corrompra
fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette
admirable campagne. Que ne puisje
partager ce plaifir avec toi ! Quelle
belle ſoirée ! La fraîcheur & le calme de
l'air ſemblent paſſer juſqu'à l'âme ! ...
Au revoir , mon ami !
*Rouffeau , Nouvelle Héloïſe.
Cij
54. MERCURE DE FRANCE.
LETTREV.
E reçois enfin votre lettre , mon ami.
Pourquoi l'ai -je fi longtemps attendue ?
Celong filence commençoit à m'inquiéter
, & mon coeur en a murmuré ; mais
l'amitié reſſemble aſſez à l'amour : la
moindre faveur d'une Belle appaiſe un
Amant irrité , & l'on pardonne aisément
à l'ami que l'on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite
hiſtoire , qui , je crois , vous divertira .
J'étois curieux de voir un homme à la
mode. Je viens de contempler enfin
cette merveille. Rien n'eſt ſi plaifant, je
vous affure , & je ſuis fatisfait. Mais , fi
j'ai trouvé ce Phénix ridicule , j'ai dû
lui paroître bien fot : il a fans doute eu
pitié de mon étonnement provincial.
L'attention avec laquelle je le confidérois
étoit en effet remarquable ; elle
faiſoit un beau contraſte avec la légéreté
de cet Agréable. Tandis qu'il pirouettoit
fans ceſſe , qu'il tournoit à
tout vent , qu'il parloit à toutes les Dames
, qu'il vantoit les yeux de l'une ,
admiroit la main de l'autre , je me difois
: ce rôle eſt tout-à-fait digne d'un
MARS. 1764. 55.
homme , & cette manière d'honorer les
femmes doit bien les flatter !
Mon ami , ſi je voulois infulter une
jeune perſonne , ſi je le pouvois , je
prendrois le ton de cet impertinent.
Mais rien n'égaloit ſa fade galanterie ,
que l'air ſuffifant avec lequel il s'emparoit
de la conversation . Il débitoit leftement
les plus dangereuſes maximes; il
décidoit , tranchoit ..... Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à
fes hommages.Il n'y eut pas juſqu'à la
vieille Préſident de Fierville à qui il
n'en eût conté. La petite niéce de cette
Dame eut fon tour : il lui adreſſa quelques
propos galans . Monfieur ,dit-elle,
retournez à ma tante , vous venez de
lui dire précisément la même choſe ;
elle eſt beaucoup plus raisonnable que
moi ; elle vous entendra mieux. La naï
veté de cette ſaillie nous frappa ; perſonne
ne put s'empêcher de ſourire. Si
tu n'as jamais vu un Petit- Maître déconcerté
,&déconcerté par une jeune fille
de douze ans ; j'ai vu , moi , j'ai vu ce
phénomène.
Cette gentilleſſe , cette affectation&
ces galans menfonges ne ſont guères
ſéduiſans , il est vrai ; ce n'eſt qu'un
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
vain perfifflage : mais ces lâches adulations
, cette commode & libertine Philofophie
ne laiſſent pas d'être pernicieuſes.
Vils corrupteurs ! ne vous plaignez
plus des vices des femmes : C'eſt
vous qui les faites germer dans leurs
coeurs. Galants eſclaves de la beauté !
c'eſt vous qui leur donnez enfin des armes
contre vous-mêmes. Elles n'ont
pas ufurpé l'empire ; vous le leur avez
tranfmis : heureux & libres en portant
leurs chaînes , fi vous aviez ſçu mieux
diriger ce doux afcendant que leur
donna fur nous la Nature !
Mais , mon ami , croiras - tu que je
fuis moi-même accufé de galanterie ,
moi qui déclame contre elle avec cette
véhémence ? On n'a rien imaginé de
mieux pour me corriger , que de me
propoſer une femme. On veut que j'épouſe
une fille très-riche.... & trèsvieille.
La perſonne n'eſt pas une Beauté
; mais la Raiſon ! ... La Raiſon eſt ſans
doute une très -belle choſe . On me regarde
comme un papillon qu'il faut fixer.
Je doute un peu que je m'attache
à cette fleur dont la fraîcheur & l'éclat
font fort équivoques. Ne fût-ce que par
curiofité , & pour en cauſer avec toi ,
il faut que je voltige autour. J'en ſerai
MARS. 1764. 57
के
57
quitte pour m'envoler bien vite , fi
l'objet me fait peur. Juge de la bonne
fortune ,& fi j'y perdrai mes aîles .
Adieu , mon ami , tâchez de vous
diſtraire. Continuez de vous occuper &
de vous amuſer. Chantez,lifez les loix,
& faites l'amour. L'homme d'efprit
ſçait tout concilier. Je defire ardemment
que la jeune perſonne dont vous me
parlez faffe bientôt votre bonheur. Plus
adroite que ces femmes impérieuſes ,
*qui ne ſçavent que révolter un mari ,
elle fent que l'empire de ſon ſéxe n'est
que celui de la douceur & de la perfuafion
. Elle a de la raifon & des graces
; le fort des malheureux la touche
& l'intéreſſe . N'hésite pas à t'unir à
cette aimable fille ; donne ton coeur au
vrai mérite. Adieu.
LETTRE VI.
H , que tu connois mal ton ami !
Ecoute l'hiſtoire de mon coeur , & juge
mieux de mes ſentimens .
J'aime une fille charmante. Je vais te
peindre les grâces qui parent la ſageſſe
Ce portrait pourra te féduire ; mais il
n'en fera que plus reſſemblant.
Gv
58 MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami , avez-vous vu quelquefois
de ces phyſionomies touchantes
, qui ſemblent demander le coeur
qu'elles raviffent ? La beauté de ma
maîtreſſe eſt d'un caractère fi tendre &
fi naïf ; elle a quelque choſe encore de
fi noble & de ſi gracieux ! ... Vous diriez
que,pour former ce modéle aimable,
la Nature a fondu la majeſté d'une Reine
avec l'ingénuité d'une Bergère. Une
figure brillante & modeſte , beaucoup
de délicateſſe & de ſenſibilité , une ſimplicité
charmante , un coeur généreux &
compatiſſant , une âme enfin voilà
l'objet enchanteur qui diſpoſe de ton
ami.
....
Peux- tu me foupçonner , après cela ,
de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu
n'as pu férieuſement interpréter ma
lettre comme tu le fais. L'amour n'achete
point ſes plaiſirs ; il ne les vend
pas ; c'eſt au coeur ſeul de les donner
& de les obtenir. Une maîtreſſe vraîment
eftimable pourroit arracher au libertinage
l'homme le plus vicieux. Tu
ne voudrois pas que je le devinffe.
Mais que penfer de l'homme vil qui
trahit indignement l'innocence , & déſeſpére
la pudeur ? Quel est ce plaifir
barbare , d'abufer du malheur d'une
MARS. 1764. 59
jeune perſonne aimable , de profiter de
fon extrême affliction pour la forcer de
ſe faire violence à elle-même , & de s'avilir
à ſes propres yeux ! Eſt- ce parmi
les horreurs de la miſére la plus déplo
rable que peut régner l'Amour? Homme
brutal ! comment n'éprouves-tu pas
un fupplice plus cruel que celui qu'imagina
cet exécrable tyran qui faifoit
unir un homme vivant à un cadavre ?
Il eſt inſenſible , ce cadavre ; mais
vil Sardanapale , la victime de tes làches
artifices & de ton impudence boit
toute l'amertume de ſon fort ! Es- tu
heureux de ſes peines , de ſes douleurs ?
Tu oſes mêler l'opprobre & la défolation
à la volupté ! O monſtre ! .....
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertudépend
encore de vous. Malgré le plus
fanglant outrage , elle n'en ſera que
plus refpectable .... Mais revenons.
Dites-moi , mon ami. Abandonneraije
ce que j'aime, parce que l'or n'a point
tiffu nos noeuds ? Il en faut , je le ſçais ,
de cet or fi recherché ; mais jamais je
ne defirerai d'inutiles & dangereuſes- richeffes.
Si je ne puis adoucir mon fort ni
celui de l'aimable fille qui m'a charmé,
j'irai dans quelque campagne oublier
le monde & la ſociété ; heureux , fi l'a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
mitié peut chaſſer de mon aſyle l'amour
& les méchans. Je ne ſçais ; mais je
fuis tenté de fuir. O mon ami ! l'on ne
croit plus à la vertu. Une lente mélancolie
me confume. Hâte-toi , viens con .
foler un infortuné qui t'aimera tonjours.
Viens m'aider à ſupporter mes
maux.
Fermer
Résumé : SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
Dans une série de lettres, l'auteur décrit diverses femmes et hommes rencontrés dans un certain lieu, en évitant de blesser quiconque. Il mentionne deux femmes aspirant à la célébrité et se détestant mutuellement. L'une aime tout le monde, y compris son mari, tandis que l'autre voit son mari comme un animal domestique nécessaire à sa liberté. Parmi les jeunes femmes remarquables, Mademoiselle de Lusicour est louée pour sa beauté et sa douceur, une jeune brune pour sa vivacité et sa modestie, et Madame d'Orville pour son élégance et son esprit, bien qu'elle manque de grâce naturelle. L'auteur discute des rôles traditionnels des femmes, éduquées pour être aimables et régner par la douceur et la persuasion, et reconnaît la coquetterie comme un moyen de gouverner les hommes et de promouvoir la vertu. Il affirme que les différences physiques entre les sexes déterminent leurs rôles respectifs, mais que les âmes sont égales. Dans une autre lettre, l'auteur décrit un homme à la mode, superficiel et galant envers les femmes, critiquant sa galanterie pernicieuse. Il mentionne être accusé de galanterie et doute d'une union avec une femme riche et âgée, conseillant à son ami de se marier avec une jeune personne douce et raisonnable. L'auteur révèle aimer une jeune femme charmante, sage et compatissante, capable de redonner le chemin de la vertu. Il condamne ceux qui abusent de la détresse des jeunes femmes. Enfin, le narrateur exprime une profonde détresse et une réflexion morale, décrivant un personnage insensible et cruel. Il exhorte une 'fille infortunée' à préserver sa vertu malgré les outrages subis. Il envisage de se retirer à la campagne pour échapper au monde et aux méchants, espérant que l'amitié puisse lui apporter du réconfort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16967
p. 62-65
TRADUCTION.
Début :
QUELS transports de fureur & de rage ! Le regard menaçant, la bouche écumante : Mars. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION.
TRADUCTION.
QUELS transports de fureur & de rage ! Le
regard menaçant, la bouche écumante : Mars.
qui t'a précipité fur ce monceau d'Armes fan-
glantes que la mort a brisées ? Qui t'a chargé
de ces fers ? Qui t'a donné ces entraves ?
Dééſſe impitoyable , monſtre couronné de
Serpents. Quel déſeſpoir te faitprécipiterjuſques
au fond des Abîmes ! L'Enfer retentit des horri-
bles fifflements de ton fouer. Chaffée de deffus
la terre ,tu vas donc dans le ſeindes ténébres
MARS. 1764.
63
allumer la Guerre entre les Furies tes dignes
Sœurs.
La Paix , l'aimable Paix , revient enfinhabiter
parmi nous. Divinités ennemies,fuyez : elle vient
accompagnée des Muſes. Les Jeux & les Ris
volent ſur ſes pas. Déeſſe ſecourable , jettez
enfin des yeux de compaſſion ſur les François.
Régnez ; mais régnez àjamais ſur leurs Contrées.
Quel est donc ce Héros qui s'offre à ma vue ?
Il eſt monté ſur un ſuperbe Courſier. D'un main
il préſente ſon Sceptre : on diroit qu'il com-
mande, De l'autre il laiſſe flotter paiſiblement
les Rênes.
Une auguſte Majeſté brille ſur ſon front. On
litdans ſes regards la douceur & la tendreſſe. Ses
yeux animés d'une noble fierté , laiſſent échapper
un aimable ſourire ſur ceux qui le contemplent.
Aces traits je tereconnois, Louis ; ton cœur dit
quetu es Père , & ta main montre que tu es Roi.
Léveta tête au-deſſus des eaur, heureuſe Nym
phe de la Seine. Rends hommage à ton Roi. C'eſt
lui qui vient habiter tes rivages ,& qui réjouit par
fa préſence , cette ſuperbe Ville que tu arrofes
dans ton Cours .
Accourez , Déeſſes des Bois. Jeunes Dryades ,
Faunes, Satyres, accourez ? renouvellez vos Chan
64 MERCURE DE FRANCE.
ſons, redoublez vos Concerts,formez des Chœurs
dedanſes: il eſt temps.Louis a donné le ſignal,
Et toi,puiſſante Renommée ! toi qui apprends à
tout l'Universque Lovis eſt le Pèredela France:
viens voir ce Prince au milieu de ſes enfans. Ils lui
préſentent à l'envi , un cœur que le reſpect &
l'Amour lui ont aſſujetti.
Contemple ce Monarque aſſis ſur ſon Trône.
Thémis eſt à ſes côtés , Minerve le couronne. Il
ouvre ſon cœur à toutes les vertus , & ſe plaît à
les y réunir toutes enſemble.
GrandRoi ,lorſque tu foudroyois tes ennemis ,
1'Univers célébroit tes triomphes& ta gloire.Au-
jourd'hui que jaloux du bonheur de ton Peuple ,
tu donnes laPaix à la France , elle éléve en ton
honneur un Monument éternel.
Qu'à l'aſpectde ce glorieux Trophée, la fureur
briſe elle-même ſes traits. Que d'un vol précipité
elle retourne chez les Thraces , où elletient fon
empire. Tandis que la France tranquille déſor-
mais , célébre par des applaudiſſements réitérés ,
l'unique objetde ſatendreſſe.
Pardonne, Louis ! pardonne , à un jeune éleve
desMuſes,qui oſe élever ſa voix,trop foibleencore
MARS. 1764.
65
pour chanter ta gloire. Regarde cet effort de ſon
génie,comme untémoignage foible , il eſt vrai ,
mais ſincère de ſon amour pour toi.
Par M. l'Abbé DESFIEUX, Boursier au
Collége du Plessis-Sorbonne.
QUELS transports de fureur & de rage ! Le
regard menaçant, la bouche écumante : Mars.
qui t'a précipité fur ce monceau d'Armes fan-
glantes que la mort a brisées ? Qui t'a chargé
de ces fers ? Qui t'a donné ces entraves ?
Dééſſe impitoyable , monſtre couronné de
Serpents. Quel déſeſpoir te faitprécipiterjuſques
au fond des Abîmes ! L'Enfer retentit des horri-
bles fifflements de ton fouer. Chaffée de deffus
la terre ,tu vas donc dans le ſeindes ténébres
MARS. 1764.
63
allumer la Guerre entre les Furies tes dignes
Sœurs.
La Paix , l'aimable Paix , revient enfinhabiter
parmi nous. Divinités ennemies,fuyez : elle vient
accompagnée des Muſes. Les Jeux & les Ris
volent ſur ſes pas. Déeſſe ſecourable , jettez
enfin des yeux de compaſſion ſur les François.
Régnez ; mais régnez àjamais ſur leurs Contrées.
Quel est donc ce Héros qui s'offre à ma vue ?
Il eſt monté ſur un ſuperbe Courſier. D'un main
il préſente ſon Sceptre : on diroit qu'il com-
mande, De l'autre il laiſſe flotter paiſiblement
les Rênes.
Une auguſte Majeſté brille ſur ſon front. On
litdans ſes regards la douceur & la tendreſſe. Ses
yeux animés d'une noble fierté , laiſſent échapper
un aimable ſourire ſur ceux qui le contemplent.
Aces traits je tereconnois, Louis ; ton cœur dit
quetu es Père , & ta main montre que tu es Roi.
Léveta tête au-deſſus des eaur, heureuſe Nym
phe de la Seine. Rends hommage à ton Roi. C'eſt
lui qui vient habiter tes rivages ,& qui réjouit par
fa préſence , cette ſuperbe Ville que tu arrofes
dans ton Cours .
Accourez , Déeſſes des Bois. Jeunes Dryades ,
Faunes, Satyres, accourez ? renouvellez vos Chan
64 MERCURE DE FRANCE.
ſons, redoublez vos Concerts,formez des Chœurs
dedanſes: il eſt temps.Louis a donné le ſignal,
Et toi,puiſſante Renommée ! toi qui apprends à
tout l'Universque Lovis eſt le Pèredela France:
viens voir ce Prince au milieu de ſes enfans. Ils lui
préſentent à l'envi , un cœur que le reſpect &
l'Amour lui ont aſſujetti.
Contemple ce Monarque aſſis ſur ſon Trône.
Thémis eſt à ſes côtés , Minerve le couronne. Il
ouvre ſon cœur à toutes les vertus , & ſe plaît à
les y réunir toutes enſemble.
GrandRoi ,lorſque tu foudroyois tes ennemis ,
1'Univers célébroit tes triomphes& ta gloire.Au-
jourd'hui que jaloux du bonheur de ton Peuple ,
tu donnes laPaix à la France , elle éléve en ton
honneur un Monument éternel.
Qu'à l'aſpectde ce glorieux Trophée, la fureur
briſe elle-même ſes traits. Que d'un vol précipité
elle retourne chez les Thraces , où elletient fon
empire. Tandis que la France tranquille déſor-
mais , célébre par des applaudiſſements réitérés ,
l'unique objetde ſatendreſſe.
Pardonne, Louis ! pardonne , à un jeune éleve
desMuſes,qui oſe élever ſa voix,trop foibleencore
MARS. 1764.
65
pour chanter ta gloire. Regarde cet effort de ſon
génie,comme untémoignage foible , il eſt vrai ,
mais ſincère de ſon amour pour toi.
Par M. l'Abbé DESFIEUX, Boursier au
Collége du Plessis-Sorbonne.
Fermer
16968
p. 65
COUPLET présenté à Madame la Marquise de S. F. dans un Bal dont elle étoit la Reine. Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
Début :
AIMABLE Reine, sur vos traces [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLET présenté à Madame la Marquise de S. F. dans un Bal dont elle étoit la Reine. Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
COUPLET présenté à Madame la Marquise
de S. F. dans un Bal dont elle
étoit la Reine.
Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
AIMABLE Reine, sur vos traces
Vos Sujets voleront toujours,
Prèsde vous ſe fixentles Grâces ,
Les Jeux,les Plaiſirs , lesAmours.
Vos loix font le charmant empire
Du bonheur ;
C'eſt à vivre ſous lui qu'aſpire
LE
Notre cœur.
de S. F. dans un Bal dont elle
étoit la Reine.
Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
AIMABLE Reine, sur vos traces
Vos Sujets voleront toujours,
Prèsde vous ſe fixentles Grâces ,
Les Jeux,les Plaiſirs , lesAmours.
Vos loix font le charmant empire
Du bonheur ;
C'eſt à vivre ſous lui qu'aſpire
LE
Notre cœur.
Fermer
16969
p. 65-66
« LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Février est le Livre. Celui [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Février est le Livre. Celui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Février est le Livre. Celui [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Février est le Livre. Celui
de la ſeconde eſt l'Enigme elle-même.
Celui du premier Logogryphe eſt le
Foie. Celui du ſecond eſt Corfaire , Na-
66 MERCURE DE FRANCE.
vire fort léger , dans lequel on trouve
ris , acier , facre , cor , foc , ferde char-
rue , Acrife , Céos , Roi , foir , roc, cire,
Ea , ire , Sera , César-Auguste , arc , Io,
Afer , Afie , crife , or , rofe , car ,
Soria , Oife , Sare , air , foie , Eric de
Vaza , Ia , rofaire , eſpéce de chapelet ,
Sao ,fi ré , acis , aire , & rafoir.
Mercure de Février est le Livre. Celui
de la ſeconde eſt l'Enigme elle-même.
Celui du premier Logogryphe eſt le
Foie. Celui du ſecond eſt Corfaire , Na-
66 MERCURE DE FRANCE.
vire fort léger , dans lequel on trouve
ris , acier , facre , cor , foc , ferde char-
rue , Acrife , Céos , Roi , foir , roc, cire,
Ea , ire , Sera , César-Auguste , arc , Io,
Afer , Afie , crife , or , rofe , car ,
Soria , Oife , Sare , air , foie , Eric de
Vaza , Ia , rofaire , eſpéce de chapelet ,
Sao ,fi ré , acis , aire , & rafoir.
Fermer
16970
p. 66
ENIGME.
Début :
Aux humains tous les jours je rens mille services, [...]
Mots clefs :
Parole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
•
Aux humains tous les joursje rens mille ſervices,
Le Sexe fait de moi ſes plus chères délices
Sans partageje ſuis en mille endroits divers :
Vers le bien , vers le mal , mon penchant eſt
extrême.
Je naquis au moment qu'on créa l'univers.
Perſonne ne dira qui je ſuis , que moi même.
•
Aux humains tous les joursje rens mille ſervices,
Le Sexe fait de moi ſes plus chères délices
Sans partageje ſuis en mille endroits divers :
Vers le bien , vers le mal , mon penchant eſt
extrême.
Je naquis au moment qu'on créa l'univers.
Perſonne ne dira qui je ſuis , que moi même.
Fermer
16971
p. 66
AUTRE.
Début :
Toujours en l'air, toujours en peine, [...]
Mots clefs :
Crémaillère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
TOUJOURS OUJOURS en l'air , toujours en peine ,
La moitié de mon corps ſur l'autre ſe proméne.
Tantôtje monte , & tantôt je deſcends ;
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde ,
Je fais bien pis , je lui montre les dents :
C'eſt pourtant ſans que je le morde.
TOUJOURS OUJOURS en l'air , toujours en peine ,
La moitié de mon corps ſur l'autre ſe proméne.
Tantôtje monte , & tantôt je deſcends ;
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde ,
Je fais bien pis , je lui montre les dents :
C'eſt pourtant ſans que je le morde.
Fermer
16973
p. 67-69
LOGOGRYPHE.
Début :
Je ne vais point, Lecteur, où l'on ne m'aime pas ; [...]
Mots clefs :
Fricandeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
JE ne vais point, Lecteur , où l'on nem'aime pas,
Mais on me multiplie autant qu'on le deſire.
Je figure dans un repas ;
Et ce m'eſt un honneur quand quelqu'un me
déchire.
Il eſt peu de feſtins ſans moi ;
On m'y donne toujours une première place;
Chacun, felon fon goût , ou me cherche , ou me
chaffe,
Ou me laiſſe , ou me tire à ſoi.
Pourme mieux deviner , Lecteur , allons , diſſéques ,
Je te montre trois pieds , dix doigts ;
Et fournirai dequoi célébrer tes obſéques .
De plus , j'ai les Etats des plus illuſtres Rois ;
Une Ville Normande ; une autre de l'Afrique
L'imprudent fils de l'habile Crétois ;
Un très-grand fleuve Aſiatique ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Un arbre venimeux , l'ornement des Jardins ;
Une Ifle de la Gréce ; un Pays d'Amérique ;
Ce que l'on demande aux devins ;
Trois élémens ; deux notes de Muſique ;
Je t'offre une conjonction ;
Le fin Roſſignol d'Arcadie ;
Certaine compofition
Des pâles couleurs ennemie ;
Une boiſſon de Normandie
Avec celle du Bourguignon ;
Certain légume d'Arabie ;
Le contraire de raboteux ;
Ce qu'on voit dans les plus ſaints lieux ;
Un Bénéfice ; unAmphibie ;
Une arme ; un mal contagieux .
Mais ce n'eſt pas afſſez , cher Lecteur , cherche
encore
CePalais flottant de ſapin ,
Qui vadu couchant à l'aurore ,
Et revient chargé du butin
Qu'il trouve ſur la rive More ;
Deux nombres cardinaux ; le gîte d'un oiſeau ;
Ce que pouffe un enfant alors qu'il vient de naître;
Celui qui le premier pourra devenir Prètre ;
L'endroit de notre tête où loge le cerveau ;
Quelques mots terminés en Eau
Avec leſquels mêmeje rime.
MARS. 1764 . 69
Une pierre fort tendre ; un très- petit couteau
Et la matière d'une lime.
Je contiens en outre uu métal ;
Les ſynonymes de ſincère ;
Un inſtrument de mer ; un ſauvage animal
L'aſlaſſin d'un innocent frère ;
Cet endroit ſombre , creux & frais ,
Où près de tes tonneaux , pleins d'une liqueur
pure
Que tu favoures à longs traits ,
De l'air tu peux braver l'injure ;
La Déeſſe des bois ; la couleur du ſaffran ;
Un tragique François ; un Juge Muſulman
L'Infecte dont tu dois faire la nourriture ;
La peau d'un Boeuf ; une Meſure ;
Le vaſe où l'on mettoit les cendres desRomains >
De l'or qui dans ton coffre abonde ,
Avare , ce qui doit te reſter dans les mains
A ton paſſage en l'autre Monde ;
Ce que Phébus forme en ſon cours ; )
Ce que l'on porte au front , ſurtout dans les
vieux jours ;
En un mot , je peux tout , ayant l'Etre ſuprême.
Tu me verras très-peu chez un Néceſſiteux i
Je ne parois guère en Carême.
Lecteur , devine , ſi tu peux.
DESCHAMPS , d'Auxerre.
JE ne vais point, Lecteur , où l'on nem'aime pas,
Mais on me multiplie autant qu'on le deſire.
Je figure dans un repas ;
Et ce m'eſt un honneur quand quelqu'un me
déchire.
Il eſt peu de feſtins ſans moi ;
On m'y donne toujours une première place;
Chacun, felon fon goût , ou me cherche , ou me
chaffe,
Ou me laiſſe , ou me tire à ſoi.
Pourme mieux deviner , Lecteur , allons , diſſéques ,
Je te montre trois pieds , dix doigts ;
Et fournirai dequoi célébrer tes obſéques .
De plus , j'ai les Etats des plus illuſtres Rois ;
Une Ville Normande ; une autre de l'Afrique
L'imprudent fils de l'habile Crétois ;
Un très-grand fleuve Aſiatique ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Un arbre venimeux , l'ornement des Jardins ;
Une Ifle de la Gréce ; un Pays d'Amérique ;
Ce que l'on demande aux devins ;
Trois élémens ; deux notes de Muſique ;
Je t'offre une conjonction ;
Le fin Roſſignol d'Arcadie ;
Certaine compofition
Des pâles couleurs ennemie ;
Une boiſſon de Normandie
Avec celle du Bourguignon ;
Certain légume d'Arabie ;
Le contraire de raboteux ;
Ce qu'on voit dans les plus ſaints lieux ;
Un Bénéfice ; unAmphibie ;
Une arme ; un mal contagieux .
Mais ce n'eſt pas afſſez , cher Lecteur , cherche
encore
CePalais flottant de ſapin ,
Qui vadu couchant à l'aurore ,
Et revient chargé du butin
Qu'il trouve ſur la rive More ;
Deux nombres cardinaux ; le gîte d'un oiſeau ;
Ce que pouffe un enfant alors qu'il vient de naître;
Celui qui le premier pourra devenir Prètre ;
L'endroit de notre tête où loge le cerveau ;
Quelques mots terminés en Eau
Avec leſquels mêmeje rime.
MARS. 1764 . 69
Une pierre fort tendre ; un très- petit couteau
Et la matière d'une lime.
Je contiens en outre uu métal ;
Les ſynonymes de ſincère ;
Un inſtrument de mer ; un ſauvage animal
L'aſlaſſin d'un innocent frère ;
Cet endroit ſombre , creux & frais ,
Où près de tes tonneaux , pleins d'une liqueur
pure
Que tu favoures à longs traits ,
De l'air tu peux braver l'injure ;
La Déeſſe des bois ; la couleur du ſaffran ;
Un tragique François ; un Juge Muſulman
L'Infecte dont tu dois faire la nourriture ;
La peau d'un Boeuf ; une Meſure ;
Le vaſe où l'on mettoit les cendres desRomains >
De l'or qui dans ton coffre abonde ,
Avare , ce qui doit te reſter dans les mains
A ton paſſage en l'autre Monde ;
Ce que Phébus forme en ſon cours ; )
Ce que l'on porte au front , ſurtout dans les
vieux jours ;
En un mot , je peux tout , ayant l'Etre ſuprême.
Tu me verras très-peu chez un Néceſſiteux i
Je ne parois guère en Carême.
Lecteur , devine , ſi tu peux.
DESCHAMPS , d'Auxerre.
Fermer
16974
p. 70
AUTRE.
Début :
Il faut trouver dans un seul mot, [...]
Mots clefs :
Hermaphrodite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Il faut trouver dans un ſeul mot , L
Arme, Mitre , rime , Marot ,
Dame , mérite , Hermite , aprêt ,
Métier , Remi , Martyr , Arrêt ,
Atôme , Droit , Thême , Morphée ,
Terme , mari , Parme & marée.
Par REGNAULT , R. à Versailles.
Il faut trouver dans un ſeul mot , L
Arme, Mitre , rime , Marot ,
Dame , mérite , Hermite , aprêt ,
Métier , Remi , Martyr , Arrêt ,
Atôme , Droit , Thême , Morphée ,
Terme , mari , Parme & marée.
Par REGNAULT , R. à Versailles.
Fermer
16975
p. 70-71
BRUNETTE, Avec accompagnement de Guitarre.
Début :
QUAND je t'entends, chère Guitarre, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BRUNETTE, Avec accompagnement de Guitarre.
BRUNETTE,
Avec accompagnement de Guitarre.
QUAND je t'entends, chère Guitarre,
Des Inſtrumens le plus flatteur ,
De mes ſens quel charme s'empare !
Quels tranſports naiſſent dans moncœur!
Si les doigts d'Iris font éclore
Tes ſons touchans , harmonieux ;
Lecharme eſt plus puillant encore :
Jegoûte leplaiſir des Dieux.
Guitarre.
+
teur
+
*
+
M
Quandje t'en-=
-tends,chère Guitarre, Des instrumens, le plusflat
De mes sens, quel
Ι
Φ
W
14/
W
charme,s'empare,Quelstransports naissentdansmoncœur.
i
t
MARS. 1764.
Sa voix , l'écho de la tendreſſe ,
Augmentemon enchantement ;
Plongé dans une douce yvreſſe ,
Mes pleurs ſont ceuxdu ſentiment.
71
La Musique est de M. D'OBET fils, Organiste
à Châteaudun ; les Paroles de M. R***, de la
même Ville.
Avec accompagnement de Guitarre.
QUAND je t'entends, chère Guitarre,
Des Inſtrumens le plus flatteur ,
De mes ſens quel charme s'empare !
Quels tranſports naiſſent dans moncœur!
Si les doigts d'Iris font éclore
Tes ſons touchans , harmonieux ;
Lecharme eſt plus puillant encore :
Jegoûte leplaiſir des Dieux.
Guitarre.
+
teur
+
*
+
M
Quandje t'en-=
-tends,chère Guitarre, Des instrumens, le plusflat
De mes sens, quel
Ι
Φ
W
14/
W
charme,s'empare,Quelstransports naissentdansmoncœur.
i
t
MARS. 1764.
Sa voix , l'écho de la tendreſſe ,
Augmentemon enchantement ;
Plongé dans une douce yvreſſe ,
Mes pleurs ſont ceuxdu ſentiment.
71
La Musique est de M. D'OBET fils, Organiste
à Châteaudun ; les Paroles de M. R***, de la
même Ville.
Fermer
16976
p. 72-95
SUITE de la dissertation historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
Début :
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se rendre auprès de D. Jean dont les intrigues [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la dissertation historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. de BOISSY.
SUITE de la dissertation historique &
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. de BOISSY.
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se
rendre auprès de D. Jean dont les intrigues
de ſes ennemis avoient confi-
dérablement accru l'animofité à fon
égard ; il ne balança point à obéïr. Il
ſe hâta d'arriver à Lisbonne , d'où la
privation de ſes emplois l'avoit obligé
de s'éloigner. Il fut aſſez heureux pour
apprendre fur la route qu'on en vou-
loit à ſes jours. On l'avertit que le Roi
ne l'attiroit à ſa Cour que pour lui
tendre un piége dont il étoit de ſa
prudencede ſe garantir. Ces avis étoient
trop pofitifs pour avoir lieu de douter
de cequi ſe tramoit à ſon inſcu contre
lui. Il n'eut rien de plus preſſé que de
ſe ſouſtraire par une prompte fuite
au
MARS. 1764.
73
an danger qui menacoit ſa tête. Il ſe
réfugia dans le Royaume de Caſtille
ſans avoir le temps de ſe faire accom-
pagner de ſa femme & de ſes enfans
qui ne l'y vinrent trouver que quelque
temps après. Il uſa d'une fi grande di-
ligence , que dans l'intervalle d'une nuit
à l'autre il gagna les frontières de ce
Pays. D. Jean étant inſtruit de ſon éva-
ſion entra dans une furieuſe colére. Il
envoya fur ſes traces des foldats pour
le lui amener mort ou vif. Mais leurs
pourſuites furent inutiles. Abarbanél les
avoit devancés de vîteſſe. Ce Roi ne
put tirer d'autre vengeance que celle
que lui offrit la confifcation de tous les
biens & les effets de ce Rabbin qui
étoient demeurés en ſa puiſſance. Nous
devons le détail de toutes ces particu-
larités à Abarbanél lui-même qui dé-
plore ſa chute en des termes auſſi pa-
thétiques , que ceux dans leſquels il dé-
critfon élévation ſont magnifiques. Les
uns& les autres font un tiſſu de diverſes
phraſes priſes de l'Ecriture , qu'il adapte
&lie à la contexture de fon discours
en les accommodant au récit des dif-
férentes circonstances de ſa vie. Cela
eft affez ordinaire aux Auteurs Juifs &
principalement au nôtre. Il étoit dans
D
74 MERCURE DE FRANCE.
la quarante-cinquiéme année de fon
âge , quand il quitta le Royaume de
Portugal , pour aller s'établir dans celuil
de Caſtille. Le loiſir dont il jouit dans
ſa retraite , réveilla en lui le goût qu'il
avoit eu dans ſa première jeuneſſe pour
l'étude des Livres faints.Il reprit le cours
de ſes travauxfur l'Ecriture , qui avoient
fouffertune longue interruption. par les
occupations qui l'attachoient à la Cour.
Il paſſa quelques années à la méditer ;
& fes commentaires ſur les livres dei
Jofué,des Juges & de Samuelfurent le
fruitde ſon application. Cependant l'am-
bition qui le dominoit toujours , fit
encore diverfion à ſes veilles laborieu-
fes. Il ſe laiſſa ſurprendre une ſeconde
fois à l'appât des honneurs & des ri-
cheffes. La Cour de Ferdinand & d'I-
fabelle lui offrant un vaſte champ pour
déployer ſes talens, il s'y introduifit à la
faveur de laBanque qu'il faisoit enEf-
pagne. Animé du defir d'y figurer , il
employa toutes les refſources que put
lui fournir l'activité de ſon génie intri-
gant pour ſeménager un accès auprès
de Leurs Majestés Catholiques. Comme
il étoit habile dans l'art de captiver la
bienveillancedes Princes, ſes ſollicitare
tions réuffirent au gré de ſes ſouhaits.
MARS. 1764.
75
Ferdinand le prépofa au manîmentde
ſes finances , & l'éleva au rang de ſes
Miniſtres. Il est vraisemblable que ce
Monarque agréa les ſervices d'Abarba-
nél plus par politique que par amitié
pour lui. Il avoit formé le projet d'ex-
terminer les Maures ; & il ne ſe diffi-
muloit pas que ſes revenus fuffifoient
àpeine pour foutenir les frais de la
guerre où il vouloit s'engager. Il fentit
que notre Rabbin à qui l'importance
des emplois que celui-ci avoit adminif
trés , donnoit beaucoup de confidéra
tion & d'autorité parmi les Juifs , pour-
roit le ſervir utilementdans le poſte où
il le plaça. Il préſumoit d'obtenir d'eux
par ſon moyen les ſecours pécuniaires
dont il avoit beſoin. Abarbanelfutpen-
dant huit ans en poffeffion de la charge
dans laquelle il avoit été inſtallé. Elle
le dédommagea amplement de la per-
re qu'il avoit faite de ſes dignités , & de
ſes biens en Portugal. Ily amaſſa dans
ce court eſpace de temps d'auffi
grands tréſors que ceuxqui lui avoient
été ravis précédemment. Tout ſembloit
concourir à l'affermiſſement de fon bon-
heur , lorſqu'un événement inattendu
changea ſubitementla facede ſes affaires,
Ferdinand ayant à ſon retour de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conquête du Royame de Grenade fur
les Maures réſolu de chaffer tous les
Juifs habitués dans ſes Etats , fit publier
au mois de Mars de l'an 1492, un Edit
par lequel il leur étoit enjoint d'en fortir
dans trois mois à compter du jour de
ſa publication , ou d'embraſſer le Chrif-
tianiſme. ( a ) Iln'y eut pointd'excep-
tion ; l'Ordonnance étant générale , ſa
rigueur s'etendoit à tous ceux qui fai-
foient profeffion ouverte du Judaïsme.
Ainfi Abarbanél , malgré le crédit qu'il
avoit eu a la Cour juſques-là , ne put ſe
garantir de l'éxil commun. Frappé du
coup terrible qui étoit porté à ſa Na-
tion, il mit tout en œuvre pour le dé-
-tourner. Il alla ſe jetter aux genoux du
Roi qu'il tâcha de fléchir par ſes prières
& par ſes larmes ; il le conjura de ne-
(a) Abarbanel. præfat. Commentar. in Libr.
Reg.fol. 188. Salom. Ben. Virg. Schebet Jehouda.
fol.44 fcu.p.320 ex version .Gent.Gedaliah Schal-
Scheleth hakkabalah fol. 115. Mariana ( Hiftor.
Hifpan. Lib. XXVI. Cap.
1. ) & d'après lui
Sponde ( Continuat. Annal. Ecclef. Baron.fub ann.
1492. n. 3. Tom. II. pag. 202. ) ont étendu a l'ef-
pacede quatre mois le terme de l'expulfiondes Juifs.
L'Historien Ferréras l'a prolongé même jusques au
fixième mois ( Voyezfon Histoire d'Espagne XI.
part. Tom. VIII. pag. 128. de la traduction de
M.d.&Hermilly. )
MARS. 1764..
77
pointtraiter avec tant d'inhumanitédans
laperſonne des Juifs , des Sujets fidéles
& zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il
propoſa de leur part de payer toutes les
ſommesd'argentqu'il lui plairoitd'en éxi-
ger. Il l'aſſura qu'ils n'heſiteroient point
àacheter à ce prixla libertéde demeurer
dans les lieux de leur naiſſance. Il in-
téreſſa même dans la cauſe de ſa Na-
tion quelques - uns des plus intimes
favoris du Roi , qui gagnés par ſes pré-
ſens intercédérent pour faire révoquer
l'Arrêt qui la baniſſoit à perpétuité de
l'Eſpagne ; mais toutes ces tentatives
furent infructueuſes. Ferdinand fut iné-
branlable dans ſa réſolution. La Reine
fon Epouſe à qui ce Peuple étoit ſou-
verainement odieux , travailloit de fon
côté à l'y affermir. Elle le preſſoit con-
tinuellement d'exécuter avec vigueur
ce qu'il avoit heureuſement commencé.
Abarbanel ſe vit forcé de céder à la
violence de l'orage qui accabla ſa Na-
tion. Conſtant dans les principes de ſa
Religion , il aima mieux partager le fort
miſérable de ceux d'entre ſes Frères
qui ,à ſon exemple , refuſerentd'abjurer
leur croyance , que de conſerver ſa
place àla Cour de Caſtille aux dépens de
La confcience. Bartolocci prend occa-
Diij
1
78 MERCURE DE FRANCE.
fion d'éclater encore en reproches con-
tre notre Rabbin qu'il taxe de s'y être
auſſi mal conduit ,qu'à celle de Portu-
gal. Il veut qu'Abarbanel ait contribué
plus que perſonne à ce baniſſement des
Juifspar la tyrannie qu'il exerçoit envers
les pauvres , par ſes ufures exceſſives ,
parſa vanitéinfupportable qui lui faifoit
ufurper les titres qui ne font dûs qu'aux
maiſons nobles d'Eſpagne , enfin par
fes diſcours injurieux à la Religion
Chrétienne dont il étoit l'ennemi dé-
claré. S'il falloit juger de ce Rabbin
fur la dépoſition incontestablementtrop
fuſpecte d'un homme qui ſe plaît à
le noircir , on ne pourroit le regarder
que comme un franc ſcélérat qui facri-
fioit tout àune ambition démeſurée , &
à une infâme cupidité.N'est-ce pas mon-
trer évidemment l'effet de la paffion la
plus mépriſable , que de s'abandonner
à des accufations de cette nature ſans
avoir des preuves poſitives de ce qu'on
avance. Je ne crains pas de dire que
c'eſt précisément là le cas de Barto-
locci qui dans l'énonciation de ces
prétendus griefs , qu'une imagination
auffi fortement préoccupée que la
fienne étoit ſeule capable de réaliſer , a
plus confulté ſa haine particulière que
MARS. 1764.
79
les intérêtsde la vérité. C'eſt pourquoi
on ne doit pas avoir égard à ſes décla-
mations monachales. Abarbanel s'em-
barqua avec toute fa famille pour
l'Italie , & aborda à Naples , ( b ) où
- Ferdinandle bâtard régnoit alors. Il eut
le bonheur d'être bien accueilli de ce
Prince , à la Cour duquel il s'infinua
-par les mêmes voies qui l'avoient mis
en crédit à celles de Portugal & de
Caftille. Comme Ferdinand ſe piquoit
d'une politique raffinée , il ſcut en
adroit courtiſan ſe faire valoir auprès
de lui par les connoiffances qu'il avoit
été àportée d'y acquérir en ce genre.
Ce Monarque le prit en affection , &
l'employa avantageuſement dans les
affaires les plus ſecrètes & les plus dif-
ficiles du Gouvernement. La mort
ayant enlevé Ferdinand peu de temps
après qu'Abarbanél ſe fut établi dans
ſa Capitale , Alphonse II. de ce nom
lui fuccèda l'an 1494. Notre Rabbin
eut également part aux hommes graces
de ce dernier à qui ſes ſervices ne
furent pas moins agréables , qu'ils l'a-
voient été à ſon prédéceſſeur. Il re-
cueilloit tranquillement le fruit de fa
(b ) Abarban. loco fuprà citato & præfat.Com-
mentar. in Libr. Deuteronom.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
faveur, lorſque la fortune qui n'étoit
-pas encore laſſe de le perfécuter lui
préparoit un nouveau ſujet d'affliction.
On auroit dit qu'elle ne ſe plaiſoit
jamais plus à lui nuire , qu'au moment
qu'elle paroiſſoit le favorifer davan-
tage. Charles VIII. Roi de France en-
treprit la conquête du Royaume de
Naples , auquel il prétendoit en confé-
quence des droits fur ce Pays que
Charles Comte du Maine héritier de
René d'Anjou avoit cédés à Louis XI.
Ily entra à la tête d'une Armée nom-
breuſe & s'empara des principales pla-
ces fans trouver aucune réſiſtance.
Alphonse conſterné de la rapidité du
progrès de ſes Armes , & ne ſe ſentant
pointaffez fort pour s'y oppoſer , aban-
donna Naples à la difcrétion duvain-
queur. Il s'enfuit en Sicile , où le ſuivit
Abarbanél qui demeura fidéle à fon
Prince , au milieu des revers qui le dé-
pouilloient de ſes états & de fes richef-
Tes. Ils firent l'un & l'autre leur réſiden-
ce à Meffine. Nicolas Antonio s'est
mépris en marquant dans l'appendice
de fa Bibliothéque d'Eſpagne , que
notre Rabbin fit le trajet de la Sicile
avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
T
MARS. 1764.
81
par les François. ( c) Cela regarde uni-
quement Alphonse ; le premier de ces
Monarques ayant ceffé de vivre un an
avant l'arrivée de Charles en Italie.
Alphonse ne ſurvécut que de quelques
mois à la perte de ſa Couronne. Suc-
combant fous le poids de ſes malheurs ,
il mourut l'an 1495. Abarbanel qu'au-
cun motif ne retenoit plus dans cette
Iſle ſe retira à Corfou , où il ne s'ar-
rêta pas longtemps ; car il repaſſa
l'année ſuivante en Italie. Il fixa ſon
domicile à Monopoli dans la Pouille
pour être à couvert des inſultes des
François,dans la retraite qu'elle lui of-
frit. Il compoſa divers écrits pendant
ſon ſéjour en cette Ville , où il reſta en-
viron ſept ans. ( d) Il eut enſuite occa-
ſion d'aller à Veniſe , ou ſon Fils Jofeph
l'accompagna , pour concilier quelques
différends furvenus entre les Magiftrats
de cette République , & le Roi de
Portugal au ſujet du commerce des
Epiceries. ( e ) Il ſe conduiſit avec beau-
coup de prudence & d'habilité dans cet-
( c ) Nicol. Anton.
Biblioth. Hifpan. Ap-
pend. Tom. II. pag. 686.
(d) Vide præfation. I. Libri quem Abarbanel
infcripfitMaaianei Jefchouahfol. 3 .
(e) Ibidem fol. 4.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu'il termina au gré des
Puiſſances quiy étoient intéreſſées : ce
qui le mit auprès d'elles en grande répu-
tation. ( e ) Auſſi eut-il la fatisfaction
d'en acquérir l'eſtime & la faveur. Il
acheva le reſte de ſes jours en cette
Ville qui fut le terme de ſes voyages ,
& mourut l'an 1508. dans la 71°. an-
née de ſon âge. Tel fut le cours d'une
vie marquée alternativement par des
honneurs éclatans&par une longue ſuite
de diſgraces ; & c'eſt prèſque toujours
là le fort qu'éprouvent ceux qui , com-
me Abarbanél , ambitionnant trop la
poffeffion des dignités & des richefſes ,
s'attachent au ſervice des Grands dans
l'eſpérance de ſe la procurer. Les Prin-
cipaux des Juifs célébrerent avec beau-
coup de pompe ſes funérailles , aux-
quelles affiftérent même pluſieurs No-
bles Vénitiens. On tranſporta fon corps
à Padoue , & on l'enterra dans un an-
ciencimetièrequi étoit hors de la Ville ,
& qui appartenoit aux Juifs. R. Juda
Menz qui avoit été Recteur de leurAca-
démie , y fut placé auprès de ſon ami
Abarbanel , auquel il ne ſurvécut pas
huitjours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffeh Ben. Ifrael. Spes Ifrael. pag. 91 .
MARS. 1764.
83
tièrement ruiné pendant le Siége que
cetteVille fouffrit en 1509 , devint de-
puis in chemin pavé; de forte qu'on
ne peut plus reconnoître actuellement
le lieu de la Sépulture de ces deux Rab-
bins. ( g ) Abarbanéllaiſſa trois Fils Ju-
da, Jofeph & Samuel. L'aîné vulgaire-
ment connu ſous le nom de Leon l'He-
breu , Auteur des Dialogués de l'A-
mour, a été grand Philofophe & ha-
bile Médecin. Il s'eſt encore diftingué
par fon talent pour la Poëfie , & il a
fait pluſieurs Vers à la gloire de celui
à qui il devoit le jour. Jofeph partagea
la bonne & la mauvaiſe fortune de ſon
Père juſques à ſa mort Samuel le plus
jeune des ſes Frères paſſe pour avoir
été plus ſçavant qu'eux & même qu'A-
barbanel fon Père , s'il en faut croire
Bartolocci qui me paroît avancer ce
fait bien gratuitement. (h) Au moins
c'eſt ce que ne diſent point ceux d'entre
les Ecrivains Juifs qui font entrés dans
quelque détail fur ce qui concerne notre
Rabbin , & fa famille. Aboab vante à la
vérité le ſçavoir de Samuel. ( i) Mais
:
( g ) Præfatio 1. Maaianei Jefchouah fol. 4
( h ) Bartolocci Bibl. Rabb. P. III. pag. 881 .
(i) Jm. Aboab Nomologia P. II. cap. 27. pag.
327.
D vj
:
84 MERCURE DE FRANCE .
il n'attribue au Fils aucune fupériorité
ſur le Père à cet égard. D'ailleurs nous
n'avons du premier aucun ouvrage qui
justifie l'opinion , que Bartolocci vou-
droit qu'on en prît. Il ne l'a proba-
blement eue qu'en faveur du Chriſtia-
niſme qu'on prétend que ce Juifem-
braſſa à Férrare , où il reçut au Baptême
le nom d'Alphonse qui étoit celui du
Duc qui lui fit l'honneur d'être fon
Parrain. La requête qu'il préſenta à ce
ce ſujèt ſous le Pontificat de Jules III.
au Cardinal Sirlet Protecteur des Neo-
phytes , fe conferve manufcrite dans
laBibliothéque du Vatican. ( k ) Cepen-
dant le filence profond qu'Aboab garde
fur la converfion de Samuel, fait dou-
- ter de ſa publicité dans tous les lieux où
:
les Juifs font diſperſés ; à moins qu'on
ne croye qu'il l'a diffimulée de deſſein
prémédité. Mais il eſt plus vraiſembla.
ble, qu'elle n'eſt point venue à ſa con-
noiffance , à en juger par les grands
éloges qu'il prodigue àce Fils d'Abarba-
nél. Illeslui eûtdonnésavecplus de réſer-
ve , ſi en effet il eût ſçu que celui-ci avoit
abjurélaReligionde ſesPères. Il n'arrive
guères aux Juifs de parler favorable-
(k) Vide Catalog. Bibliothe. Vatican fub. n.
6415. pag. 191.
MARS. 1764.
85
ment de leurs Apoſtats , dont au con-
traire ils s'efforcent de flétrir la mé-
moire , quelque irréprochable qu'elle
pût être. Aboab nous apprend que la
femme que Samuel Abarbanél avoit
épousée , ne lui cédoit pas en mérite.
Elle s'appelloit Benvenida de fon nom
de famille , & elle réuniſſoit aux vertus
de ſon ſéxe les avantages de l'eſprit ,
qui étoient encore relevés par beau-
coup de prudence , de grandeur & de
fermeté d'âme. D. Pedre de Toléde
Vice-Roide Naples , auprès de qui Sa-
muél fut fort en crédit, conçur pour
elle une eſtime ſi particulière , qu'il ne
balança point à confier à ſes ſoins l'é-
ducation de ſa Fille Léonor. Aboab
ajoute que celle
ci ayant été depuis
mariée à Come de Médicis Grand-Duc
de Toſcane , faiſoit gloire en toute
occafion de régler ſa conduite ſur les
inſtructions qu'elle avoit reçues dans
fon enfance de D. Benvenida qui de-
meuroit alors à Ferrare. Auſſi ne dé-
daignoit-elle pas de la nommer ſa Me-
re , la reſpectant comme telle , & la
traitant avec toutes fortes de dif-
tinctions. ( 1 ) Ces circonstances déno-
tent affez que Samuel Abarbanel &
(1 ) Aboab locofuprà citato.
86 MERCURE DE FRANCE.
ſa femme avoient dès-lors une diſpoſi-
tion prochaine à ſe faire Chrétiens ;
n'étant guères croyable , que le Vice-
Roi ſe fût avisé de donner à fa Fille
une Gouvernante qui eût perſéveré
dans ſon attachement à une Religion
différente de la fienne. Notre Samuel
étoit puiſſamment riche , & quand il
abandonna le ſéjour deNaples l'an 1540,
il emporta avec ſoi
و
au rapport de
David Gantz, la valeur de plus deux
cens mille écus. (m )La famille desA-
barbanels ſubſiſtoit encore avec quel-
que éclat du temps de Daniel Levi de
Barrios , qui compte un Jofeph Abar-
banél avec Ménaſſéh ſon Frère & Jo-
nas Fils du dernier , au nombre des
membres de l'Ecole Fſpagnole , que les
Juifs ont à Amſterdam ſous le nom
de Cether Thorah, ( n)
Après avoir vu notre Ifaac ſe pro-
duire dans les Cours des Princes par
fes talens politiques , qui l'y firent
revêtir d'emplois importans, nous al
lons le confidérer en qualité d'Ecrivain
الله
( m )R. David Ganz. Zemach David adann.
$300. pag. 152. ex version. Latin, G. Vortii.
(n) Dan. Lev. de Barrios Defcript. Cether
Thorah. pag. 9. Vide Christ. Wolf. Biblioth.
Hebra . Tom. III. pag. ispy
λονδία ( 1 )
MARS. 1764.
87
qui s'eſt rendu célébre par les produc-
tions de ſa plume. Elles lui ont mérité
un des premiers rangs parmi les Doc-
teurs de ſa Nation. Auſſi les Juifs
s'empreſſent-ils à lui déférer le titre
d'homme Illuſtre ,de ſcavant & d'in-
comparable Théologien. (o ).On l'égale
au fameux Maimonide. Quelques-uns
même n'hésitent point à le lui préférer.
On doit convenir qu'à un eſprit net
& pénétrant , il joignoit une imagina-
tion vive & féconde qui étoit fou-
tenue d'une élocution abondante &
aifée. Né naturellement laborieux , il
fe livroit à l'étude avec une ardeur in-
fatigable. Il eſt étonnant même qu'un
homme dont la vie a été alternative-
ment engagée dans le tumulte du grand
monde , dans l'embarras des affaires
&dans les chagrins de l'éxil , ait encore
pû trouver le temps de s'y appliquer.
Il écrivoit avec une ſi grande facilité
que peu de jours lui fuffifoient pour
commenter quelques Livres de l'Ecri
( 0) Salom. Ben Virg. Schebet Jehoudahfol.44,
feu319 exversion. Gent.Azarias Meor Enajimfol.
139. Dav. Ganz. Zemach David. P. I. fol. 61 .
EditHebr.feu pag. 150. ex Verf. Vorst. Menaffeh
Ben Ifraelde creation. Problem. I. page 2. &Pro-
blem. XII. page 50. Aboab. Nomolog.pag. 326.
88 MERCURE DE FRANCE.
ture Sainte. De - là cette multitude
d'ouvrages qu'il a composés. ( p ) M.
Maius a pris ſoin de recueillir à la ſuite
de l'abrégé de la vie qu'il a donné de
ce Rabbin , les Jugemens que les
Sçavans de diverſes Communions en
ont portés. ( q ) Ils lui font générale-
ment affez favorables , ſurtout en ce
qui concerne l'explication du Texte
Sacré: c'eſt auſſi dans cette partie qu'il
s'eſt principalementdiftingué. Ses Com-
mentaires ſont ſans contredit ce qu'il a
fait de plus conſidérable ; & il paffe
avec raiſon pour un des meilleurs in-
terprétes Juifs. M. Simon veut que ce
foit celui dont on peut le plus profiter
(p ) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. III.
pagg. ) & M. Wolff. ( Biblioth. Hebra. Tom.
I. pagg. 629 , 639. ) ont donné la notice des
Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint
le dénombrement des différentes Editions qui s'en
fontfaites. Aleuréxemplej'en ai dreſſé le Catalo-
gue qui auroit paru à la fuitede la vie d'Abar
banel , fi je n'étois perfuadé que les détails qui
réſultent de ce genre de travail nefont guères de la
compétence du Mercure. C'est pourquoije lefupprime
ici , & je lui réſerve une placeplus convenable.
(9 ) Vide pag. 20 &feqq. Vita Abarbanelis
fubjunctaPræconi Salutis quemV. C. Latine ver-
fit, & Francof. ad mæn. 1712. edidit.
: MARS. 1764.
89
pour l'intelligence de l'Ecriture. ( r ) Sa
Méthode eſt à quelques égards ſembla-
ble a celle de Toftat , de qui il paroît
avoir lù les Commentaires ſur la Bible.
Il forme , comme cet Evêque Eſpa-
gnol , pluſieurs queſtions ſur le Texte
quil explique. Il déploye d'ordinaire
beaucoup de ſagacité dans la maniére
de les réfoudre. Cependant nous ne
diſconviendrons pas qu'il ne ſe ſoit
trop plu à les multiplier. Il y en a quel-
ques-unes qui bien loin d'être de la
moindre utilité , ne ſont propres qu'à
embaraſſer l'eſprit des Lecteurs par les
doutes qu'elles y font naître. Il apporte
toute fon application à éclaircir les en-
droits difficiles & obfcurs des Livres
Saints , à découvrir la liaiſon & les
rapports des Hiſtoires & des Prophéties
qu'ils contiennent , & à marquer la
fignification , & la force des mots Hé-
breux.
Il s'écarte rarement du ſens
Grammatical. Il ne lui arrive guères
non plus d'abandonner le ſens littéral
auquel il eſt fort attaché. Il s'efforce
même de l'établir dans des occafions
où la plupart des Rabbins qui l'ont
précédé ſe ſont retranchés dans l'Al-
(r ) Simon Histo. Critiq. du.V. Teftam. Liv
III. Chap. 6. page 380.
90 MERCURE DE FRANCE.
légorie , pour n'avoir pu trouver une
interprétation conforme à la Lettre du
Texte de l'Auteur inſpiré.
Il péche
quelquefois par trop de fubtilité , qui
le porte à raffiner ſur l'explication des
autres Commentateurs de ſa Nation.
Quelque reſpect qu'il ait pour l'autorité
de ſes Maîtres dont il rapporte fré-
quemment les opinions
,
elle ne lui
impoſe point juſques à les admettre
ſans un mûr examen. Il les appuie ou
les combat , felon qu'elles lui femblent
vraies ou fauſſes. Le plagiat dont quel-
ques-uns d'entre eux font coupables ,&
les autres fautes qu'ils peuvent avoir
commifes n'échappent point à ſa cen-
fure. Il propoſe ſon ſentiment avec une
entière liberté,&il eſt fertile en conjectu-
res qu'il hafarde trop volontiers. Enfin
il étaledans tout ce qu'ildit une grande
érudition Juive. Celle même qui s'ac-
quiert par la lecture des Auteurs pro-
fanes ou Chrétiens , n'eſt pas pour lui
un objet tour-à-fait étranger. Il cite
ſouvent Platon & Ariftote. Ildifpute
furtout contre le dernier de ces Phi-
loſophes fécond en paradoxes qui favo-
Tiſent l'irréligion. Le P. Souciet croit
avoir remarqué des paſſages de Pline :
MARS. 1764 .
91
produits par notre Rabbin . ( s ) Mais
c'eſt une obſervation que nous ne pré-
tendons point garantir. Abarbanél al-
légue en divers endroits de ſes Com-
mentaires S. Jérôme & S. Augustin ,
foit qu'il eût feuilleté quelques écrits
de ces Pères , ou ce qui est plus vrai-
ſemblable , qu'il tînt ce qu'il en rap-
porte , de Nicolas Lyre & de Paul
de Burgos , dont il avoit lu les anno-
tations fur l'Ecriture. Ilne fait aucune
difficulté de ſuivre quelques-unes de
leurs explications , & il réfute celles
qui ne s'accordent point avec ſes pré-
jugés.Au reſte ces allégations ſuppoſent
qu'il avoit quelque teinture de la
Langue Latine. Fier des connoiffances
qu'il avoit puiſées dans la Philofophie
minutieuſe qui régnoit de ſon temps ,
& qu'il entendoit affez bien , il affecte
de charger de raiſonnemens Métaphyfi-
ques les diſcuſſions où il entre. De-là
leur prolixité qui rebute autant qu'elle
ennuie. Aufſi ſon ſtyle qui a d'ailleurs
le mérite de la pureté & de la clarté ,
eſt infiniment diffus , & abonde en
répétitions faftidieuſes. C'eſt probable-
ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Souciet Recueil de Differtat. Critiq. fur
des endroits difficiles de l'Ecriture Sainte,pag 4.
92 MERCURE DE FRANCE.
Juif de Pignerol , avec qui M. Simon
étoit en relation , avoit coûtume de
Pappeller un pur compilateur & un
babillard. ( t ) Il ſe montre par-tout
zélé défenſeur des Dogmes , & des
pratiques de ſa Religion. Son entêre-
ment pour les prétendues prérogatives
de ſa Nation lui a fait adopter mille
idées chimériques & extravagantes
fur ce qui peut y avoir rapport. Mais
le défaut le plus eſſentiel qui choque
dans ſes Commentaires & dans ſes
Traités Théologiques , c'eſt ſon achar-
nement à y invectiver contre le Chrif-
tianiſme , & contre ſon divin Inſtitu-
teur. Toutes les fois que l'occaſion ſe
préſente d'en attaquer les principes ,
il la ſaiſit avidement , ſans garder aucu-
ne meſure. S'il ne diſſimule pasdans ſes
controverfes avec les Chrétiens les
raiſons ſur lesquelles ceux-ci fondent
la verité de leur créance , il les énerve
autant qu'il lui eſt poffible , & il tron-
que leurs objections contre le Judaïfme
pour y répondre avec plus de facilité.
Les Juifs ſont perfuadés qu'il les a
• ruinées de fond en comble. Il leur eft
libre de ſe repaître de ce triomphe
(t) Simon , Lettres Choifies Tom, III. pag. II
Edit. de la Marti,
MARS. 1764.
93
imaginaire. Ce qu'il ya de certain ,c'eſt
que les efforts d'Abarbanel ſervent à
prouver la foibleſſe de ſa cauſe. Ce
quifait le plus de peine à Bartolocci,
ce font les termes outrageans & in-
jurieux (dans lesquels il parle du Pape
&du Clergé. Il eſt ſans doute indigne
d'un homme raisonnable de ſe livrer à
des emportemens qui dégradent ſon
caractère. Nous ne voulons point juſti-
fier Abarbanel fur ce point. Cependant
à juger des choſes humainement , on
nedoit pas s'étonner qu'il en ait fi mal
ufé a l'égard du Clergé. Il ſçavoit que
c'étoit par ſes brigues & par fon crédit ,
qu'il avoit été dépouillé des dignités
&des richeſſes qu'il avoit poſſédées à
la Cour de Portugal. Il n'ignoroit pas
non plus que le banniſſement général
de ſa Nation de tous les Etats de D.
Ferdinand , & de D. Jean , étoit l'effet
de ſes preffantes ſollicitations auprès
de ces Princes. Il lui imputoit donc
tous les malheurs dans leſquels cet
éxil l'avoit précipité , ainſi que ſes
Frères. La haine implacable qu'il nour-
riffoit au fond du cœur contre les Mi-
niftres de l'Eglife Romaine avoit confé-
quemment ſa ſource dans un motif
perfonnel. Penſe-t-on qu'un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de ſa religion avoient ac-
coutumé dès l'enfance à regarder de
mauvais œil celle qui s'eſt établie ſurles
ruines de la fienne
,
ait été capable
d'avoir des ménagemens envers des
gens qui avoient ſoulevé les Puiffances
contre ſaNation.Les chagrins qu'il avoit
éprouvés dans le cours & à la fuite
de ces révolutions fi funeſtes à ſon am-
bition , n'avoient pas peu contribué à
aigrir fon humeur. Ayant réſolu de ſe
venger par quelque voie que ce fût
de ceux qui les lui avoient ſuſcités ; il
n'a cru pouvoir mieux fignaler fon
averſion , qu'en les diffamant dans ſes
écrits qui portent prèſque tous l'em-
preinte des traits de ſa colère &de fon
indignation. Il n'auroit pas dû laiſſer
prendre un fi fort empire au reſſentiment,
que lui cauſoit le ſouvenir des perfécu-
tions que ſes Frères avoient fouffertes ,
& auxqu'elles il n'avoit pas eu une
médiocre part. Si les mouvemens im-
pétueux de ſa bile n'euffent point
offuſqué les facultés de ſon âme , il
auroit reconnu qu'il y a de l'injuftice
à médire d'une Religion , à cauſe des
abus qu'en peuvent faire ceux qui la
profeffent , & des excès auxquels les
emportent l'intolérance & l'eſprit de
MARS. 1764.
95
domination. Mais on n'est équitable
qu'autant qu'on agit fans paffion. Cette
conduite ſi rare parmi les perſonnes qui
ſe parent, du beau nom de Philofo-
phes , l'eſt encore plus parmi les
Théologiens. Il fuffit qu'ils soient de
différens partis pour les voir ſe décrier
les uns les autres avec fureur; l'on ſçait
affez que la modération n'eſt guères
le partage de ces Meſſieurs , quoique
par état ils duffent en donner l'exemple
au reſte des hommes. Si Bartolocci ſe
plaint de ce que les Juifs ſont dans
l'habitude de remplir les Livres qu'ils
publient d'invectives contre les Chré-
tiens , ces derniers & lui en particulier
ufent largement à leur tour du droit de
repréfailles , à l'égard des membres de la
Synagogue. Encore font-ils moins ex-
cufables ; puiſque l'Evangile qui re-
commande les devoirs de la charité mê-
me envers ſes ennemis , leur défend ex-
preſſément de rendre injures pour inju-
res. C'eſt un précépte qu'il feroit à
propos que bien des gens euſſent de-
vant les yeux. On ne verroit pas tant
de libelles diffamatoires ſe répandre
hardiment dans le Public.
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. de BOISSY.
NOTRE Rabbin reçut un ordre de se
rendre auprès de D. Jean dont les intrigues
de ſes ennemis avoient confi-
dérablement accru l'animofité à fon
égard ; il ne balança point à obéïr. Il
ſe hâta d'arriver à Lisbonne , d'où la
privation de ſes emplois l'avoit obligé
de s'éloigner. Il fut aſſez heureux pour
apprendre fur la route qu'on en vou-
loit à ſes jours. On l'avertit que le Roi
ne l'attiroit à ſa Cour que pour lui
tendre un piége dont il étoit de ſa
prudencede ſe garantir. Ces avis étoient
trop pofitifs pour avoir lieu de douter
de cequi ſe tramoit à ſon inſcu contre
lui. Il n'eut rien de plus preſſé que de
ſe ſouſtraire par une prompte fuite
au
MARS. 1764.
73
an danger qui menacoit ſa tête. Il ſe
réfugia dans le Royaume de Caſtille
ſans avoir le temps de ſe faire accom-
pagner de ſa femme & de ſes enfans
qui ne l'y vinrent trouver que quelque
temps après. Il uſa d'une fi grande di-
ligence , que dans l'intervalle d'une nuit
à l'autre il gagna les frontières de ce
Pays. D. Jean étant inſtruit de ſon éva-
ſion entra dans une furieuſe colére. Il
envoya fur ſes traces des foldats pour
le lui amener mort ou vif. Mais leurs
pourſuites furent inutiles. Abarbanél les
avoit devancés de vîteſſe. Ce Roi ne
put tirer d'autre vengeance que celle
que lui offrit la confifcation de tous les
biens & les effets de ce Rabbin qui
étoient demeurés en ſa puiſſance. Nous
devons le détail de toutes ces particu-
larités à Abarbanél lui-même qui dé-
plore ſa chute en des termes auſſi pa-
thétiques , que ceux dans leſquels il dé-
critfon élévation ſont magnifiques. Les
uns& les autres font un tiſſu de diverſes
phraſes priſes de l'Ecriture , qu'il adapte
&lie à la contexture de fon discours
en les accommodant au récit des dif-
férentes circonstances de ſa vie. Cela
eft affez ordinaire aux Auteurs Juifs &
principalement au nôtre. Il étoit dans
D
74 MERCURE DE FRANCE.
la quarante-cinquiéme année de fon
âge , quand il quitta le Royaume de
Portugal , pour aller s'établir dans celuil
de Caſtille. Le loiſir dont il jouit dans
ſa retraite , réveilla en lui le goût qu'il
avoit eu dans ſa première jeuneſſe pour
l'étude des Livres faints.Il reprit le cours
de ſes travauxfur l'Ecriture , qui avoient
fouffertune longue interruption. par les
occupations qui l'attachoient à la Cour.
Il paſſa quelques années à la méditer ;
& fes commentaires ſur les livres dei
Jofué,des Juges & de Samuelfurent le
fruitde ſon application. Cependant l'am-
bition qui le dominoit toujours , fit
encore diverfion à ſes veilles laborieu-
fes. Il ſe laiſſa ſurprendre une ſeconde
fois à l'appât des honneurs & des ri-
cheffes. La Cour de Ferdinand & d'I-
fabelle lui offrant un vaſte champ pour
déployer ſes talens, il s'y introduifit à la
faveur de laBanque qu'il faisoit enEf-
pagne. Animé du defir d'y figurer , il
employa toutes les refſources que put
lui fournir l'activité de ſon génie intri-
gant pour ſeménager un accès auprès
de Leurs Majestés Catholiques. Comme
il étoit habile dans l'art de captiver la
bienveillancedes Princes, ſes ſollicitare
tions réuffirent au gré de ſes ſouhaits.
MARS. 1764.
75
Ferdinand le prépofa au manîmentde
ſes finances , & l'éleva au rang de ſes
Miniſtres. Il est vraisemblable que ce
Monarque agréa les ſervices d'Abarba-
nél plus par politique que par amitié
pour lui. Il avoit formé le projet d'ex-
terminer les Maures ; & il ne ſe diffi-
muloit pas que ſes revenus fuffifoient
àpeine pour foutenir les frais de la
guerre où il vouloit s'engager. Il fentit
que notre Rabbin à qui l'importance
des emplois que celui-ci avoit adminif
trés , donnoit beaucoup de confidéra
tion & d'autorité parmi les Juifs , pour-
roit le ſervir utilementdans le poſte où
il le plaça. Il préſumoit d'obtenir d'eux
par ſon moyen les ſecours pécuniaires
dont il avoit beſoin. Abarbanelfutpen-
dant huit ans en poffeffion de la charge
dans laquelle il avoit été inſtallé. Elle
le dédommagea amplement de la per-
re qu'il avoit faite de ſes dignités , & de
ſes biens en Portugal. Ily amaſſa dans
ce court eſpace de temps d'auffi
grands tréſors que ceuxqui lui avoient
été ravis précédemment. Tout ſembloit
concourir à l'affermiſſement de fon bon-
heur , lorſqu'un événement inattendu
changea ſubitementla facede ſes affaires,
Ferdinand ayant à ſon retour de la
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
conquête du Royame de Grenade fur
les Maures réſolu de chaffer tous les
Juifs habitués dans ſes Etats , fit publier
au mois de Mars de l'an 1492, un Edit
par lequel il leur étoit enjoint d'en fortir
dans trois mois à compter du jour de
ſa publication , ou d'embraſſer le Chrif-
tianiſme. ( a ) Iln'y eut pointd'excep-
tion ; l'Ordonnance étant générale , ſa
rigueur s'etendoit à tous ceux qui fai-
foient profeffion ouverte du Judaïsme.
Ainfi Abarbanél , malgré le crédit qu'il
avoit eu a la Cour juſques-là , ne put ſe
garantir de l'éxil commun. Frappé du
coup terrible qui étoit porté à ſa Na-
tion, il mit tout en œuvre pour le dé-
-tourner. Il alla ſe jetter aux genoux du
Roi qu'il tâcha de fléchir par ſes prières
& par ſes larmes ; il le conjura de ne-
(a) Abarbanel. præfat. Commentar. in Libr.
Reg.fol. 188. Salom. Ben. Virg. Schebet Jehouda.
fol.44 fcu.p.320 ex version .Gent.Gedaliah Schal-
Scheleth hakkabalah fol. 115. Mariana ( Hiftor.
Hifpan. Lib. XXVI. Cap.
1. ) & d'après lui
Sponde ( Continuat. Annal. Ecclef. Baron.fub ann.
1492. n. 3. Tom. II. pag. 202. ) ont étendu a l'ef-
pacede quatre mois le terme de l'expulfiondes Juifs.
L'Historien Ferréras l'a prolongé même jusques au
fixième mois ( Voyezfon Histoire d'Espagne XI.
part. Tom. VIII. pag. 128. de la traduction de
M.d.&Hermilly. )
MARS. 1764..
77
pointtraiter avec tant d'inhumanitédans
laperſonne des Juifs , des Sujets fidéles
& zélés pour la gloire de Sa Majefté. Il
propoſa de leur part de payer toutes les
ſommesd'argentqu'il lui plairoitd'en éxi-
ger. Il l'aſſura qu'ils n'heſiteroient point
àacheter à ce prixla libertéde demeurer
dans les lieux de leur naiſſance. Il in-
téreſſa même dans la cauſe de ſa Na-
tion quelques - uns des plus intimes
favoris du Roi , qui gagnés par ſes pré-
ſens intercédérent pour faire révoquer
l'Arrêt qui la baniſſoit à perpétuité de
l'Eſpagne ; mais toutes ces tentatives
furent infructueuſes. Ferdinand fut iné-
branlable dans ſa réſolution. La Reine
fon Epouſe à qui ce Peuple étoit ſou-
verainement odieux , travailloit de fon
côté à l'y affermir. Elle le preſſoit con-
tinuellement d'exécuter avec vigueur
ce qu'il avoit heureuſement commencé.
Abarbanel ſe vit forcé de céder à la
violence de l'orage qui accabla ſa Na-
tion. Conſtant dans les principes de ſa
Religion , il aima mieux partager le fort
miſérable de ceux d'entre ſes Frères
qui ,à ſon exemple , refuſerentd'abjurer
leur croyance , que de conſerver ſa
place àla Cour de Caſtille aux dépens de
La confcience. Bartolocci prend occa-
Diij
1
78 MERCURE DE FRANCE.
fion d'éclater encore en reproches con-
tre notre Rabbin qu'il taxe de s'y être
auſſi mal conduit ,qu'à celle de Portu-
gal. Il veut qu'Abarbanel ait contribué
plus que perſonne à ce baniſſement des
Juifspar la tyrannie qu'il exerçoit envers
les pauvres , par ſes ufures exceſſives ,
parſa vanitéinfupportable qui lui faifoit
ufurper les titres qui ne font dûs qu'aux
maiſons nobles d'Eſpagne , enfin par
fes diſcours injurieux à la Religion
Chrétienne dont il étoit l'ennemi dé-
claré. S'il falloit juger de ce Rabbin
fur la dépoſition incontestablementtrop
fuſpecte d'un homme qui ſe plaît à
le noircir , on ne pourroit le regarder
que comme un franc ſcélérat qui facri-
fioit tout àune ambition démeſurée , &
à une infâme cupidité.N'est-ce pas mon-
trer évidemment l'effet de la paffion la
plus mépriſable , que de s'abandonner
à des accufations de cette nature ſans
avoir des preuves poſitives de ce qu'on
avance. Je ne crains pas de dire que
c'eſt précisément là le cas de Barto-
locci qui dans l'énonciation de ces
prétendus griefs , qu'une imagination
auffi fortement préoccupée que la
fienne étoit ſeule capable de réaliſer , a
plus confulté ſa haine particulière que
MARS. 1764.
79
les intérêtsde la vérité. C'eſt pourquoi
on ne doit pas avoir égard à ſes décla-
mations monachales. Abarbanel s'em-
barqua avec toute fa famille pour
l'Italie , & aborda à Naples , ( b ) où
- Ferdinandle bâtard régnoit alors. Il eut
le bonheur d'être bien accueilli de ce
Prince , à la Cour duquel il s'infinua
-par les mêmes voies qui l'avoient mis
en crédit à celles de Portugal & de
Caftille. Comme Ferdinand ſe piquoit
d'une politique raffinée , il ſcut en
adroit courtiſan ſe faire valoir auprès
de lui par les connoiffances qu'il avoit
été àportée d'y acquérir en ce genre.
Ce Monarque le prit en affection , &
l'employa avantageuſement dans les
affaires les plus ſecrètes & les plus dif-
ficiles du Gouvernement. La mort
ayant enlevé Ferdinand peu de temps
après qu'Abarbanél ſe fut établi dans
ſa Capitale , Alphonse II. de ce nom
lui fuccèda l'an 1494. Notre Rabbin
eut également part aux hommes graces
de ce dernier à qui ſes ſervices ne
furent pas moins agréables , qu'ils l'a-
voient été à ſon prédéceſſeur. Il re-
cueilloit tranquillement le fruit de fa
(b ) Abarban. loco fuprà citato & præfat.Com-
mentar. in Libr. Deuteronom.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
faveur, lorſque la fortune qui n'étoit
-pas encore laſſe de le perfécuter lui
préparoit un nouveau ſujet d'affliction.
On auroit dit qu'elle ne ſe plaiſoit
jamais plus à lui nuire , qu'au moment
qu'elle paroiſſoit le favorifer davan-
tage. Charles VIII. Roi de France en-
treprit la conquête du Royaume de
Naples , auquel il prétendoit en confé-
quence des droits fur ce Pays que
Charles Comte du Maine héritier de
René d'Anjou avoit cédés à Louis XI.
Ily entra à la tête d'une Armée nom-
breuſe & s'empara des principales pla-
ces fans trouver aucune réſiſtance.
Alphonse conſterné de la rapidité du
progrès de ſes Armes , & ne ſe ſentant
pointaffez fort pour s'y oppoſer , aban-
donna Naples à la difcrétion duvain-
queur. Il s'enfuit en Sicile , où le ſuivit
Abarbanél qui demeura fidéle à fon
Prince , au milieu des revers qui le dé-
pouilloient de ſes états & de fes richef-
Tes. Ils firent l'un & l'autre leur réſiden-
ce à Meffine. Nicolas Antonio s'est
mépris en marquant dans l'appendice
de fa Bibliothéque d'Eſpagne , que
notre Rabbin fit le trajet de la Sicile
avec Ferdinand qui avoit été déthrôné
T
MARS. 1764.
81
par les François. ( c) Cela regarde uni-
quement Alphonse ; le premier de ces
Monarques ayant ceffé de vivre un an
avant l'arrivée de Charles en Italie.
Alphonse ne ſurvécut que de quelques
mois à la perte de ſa Couronne. Suc-
combant fous le poids de ſes malheurs ,
il mourut l'an 1495. Abarbanel qu'au-
cun motif ne retenoit plus dans cette
Iſle ſe retira à Corfou , où il ne s'ar-
rêta pas longtemps ; car il repaſſa
l'année ſuivante en Italie. Il fixa ſon
domicile à Monopoli dans la Pouille
pour être à couvert des inſultes des
François,dans la retraite qu'elle lui of-
frit. Il compoſa divers écrits pendant
ſon ſéjour en cette Ville , où il reſta en-
viron ſept ans. ( d) Il eut enſuite occa-
ſion d'aller à Veniſe , ou ſon Fils Jofeph
l'accompagna , pour concilier quelques
différends furvenus entre les Magiftrats
de cette République , & le Roi de
Portugal au ſujet du commerce des
Epiceries. ( e ) Il ſe conduiſit avec beau-
coup de prudence & d'habilité dans cet-
( c ) Nicol. Anton.
Biblioth. Hifpan. Ap-
pend. Tom. II. pag. 686.
(d) Vide præfation. I. Libri quem Abarbanel
infcripfitMaaianei Jefchouahfol. 3 .
(e) Ibidem fol. 4.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
te négociation qu'il termina au gré des
Puiſſances quiy étoient intéreſſées : ce
qui le mit auprès d'elles en grande répu-
tation. ( e ) Auſſi eut-il la fatisfaction
d'en acquérir l'eſtime & la faveur. Il
acheva le reſte de ſes jours en cette
Ville qui fut le terme de ſes voyages ,
& mourut l'an 1508. dans la 71°. an-
née de ſon âge. Tel fut le cours d'une
vie marquée alternativement par des
honneurs éclatans&par une longue ſuite
de diſgraces ; & c'eſt prèſque toujours
là le fort qu'éprouvent ceux qui , com-
me Abarbanél , ambitionnant trop la
poffeffion des dignités & des richefſes ,
s'attachent au ſervice des Grands dans
l'eſpérance de ſe la procurer. Les Prin-
cipaux des Juifs célébrerent avec beau-
coup de pompe ſes funérailles , aux-
quelles affiftérent même pluſieurs No-
bles Vénitiens. On tranſporta fon corps
à Padoue , & on l'enterra dans un an-
ciencimetièrequi étoit hors de la Ville ,
& qui appartenoit aux Juifs. R. Juda
Menz qui avoit été Recteur de leurAca-
démie , y fut placé auprès de ſon ami
Abarbanel , auquel il ne ſurvécut pas
huitjours. Ce cimetière ayant été en-
(f) Menaffeh Ben. Ifrael. Spes Ifrael. pag. 91 .
MARS. 1764.
83
tièrement ruiné pendant le Siége que
cetteVille fouffrit en 1509 , devint de-
puis in chemin pavé; de forte qu'on
ne peut plus reconnoître actuellement
le lieu de la Sépulture de ces deux Rab-
bins. ( g ) Abarbanéllaiſſa trois Fils Ju-
da, Jofeph & Samuel. L'aîné vulgaire-
ment connu ſous le nom de Leon l'He-
breu , Auteur des Dialogués de l'A-
mour, a été grand Philofophe & ha-
bile Médecin. Il s'eſt encore diftingué
par fon talent pour la Poëfie , & il a
fait pluſieurs Vers à la gloire de celui
à qui il devoit le jour. Jofeph partagea
la bonne & la mauvaiſe fortune de ſon
Père juſques à ſa mort Samuel le plus
jeune des ſes Frères paſſe pour avoir
été plus ſçavant qu'eux & même qu'A-
barbanel fon Père , s'il en faut croire
Bartolocci qui me paroît avancer ce
fait bien gratuitement. (h) Au moins
c'eſt ce que ne diſent point ceux d'entre
les Ecrivains Juifs qui font entrés dans
quelque détail fur ce qui concerne notre
Rabbin , & fa famille. Aboab vante à la
vérité le ſçavoir de Samuel. ( i) Mais
:
( g ) Præfatio 1. Maaianei Jefchouah fol. 4
( h ) Bartolocci Bibl. Rabb. P. III. pag. 881 .
(i) Jm. Aboab Nomologia P. II. cap. 27. pag.
327.
D vj
:
84 MERCURE DE FRANCE .
il n'attribue au Fils aucune fupériorité
ſur le Père à cet égard. D'ailleurs nous
n'avons du premier aucun ouvrage qui
justifie l'opinion , que Bartolocci vou-
droit qu'on en prît. Il ne l'a proba-
blement eue qu'en faveur du Chriſtia-
niſme qu'on prétend que ce Juifem-
braſſa à Férrare , où il reçut au Baptême
le nom d'Alphonse qui étoit celui du
Duc qui lui fit l'honneur d'être fon
Parrain. La requête qu'il préſenta à ce
ce ſujèt ſous le Pontificat de Jules III.
au Cardinal Sirlet Protecteur des Neo-
phytes , fe conferve manufcrite dans
laBibliothéque du Vatican. ( k ) Cepen-
dant le filence profond qu'Aboab garde
fur la converfion de Samuel, fait dou-
- ter de ſa publicité dans tous les lieux où
:
les Juifs font diſperſés ; à moins qu'on
ne croye qu'il l'a diffimulée de deſſein
prémédité. Mais il eſt plus vraiſembla.
ble, qu'elle n'eſt point venue à ſa con-
noiffance , à en juger par les grands
éloges qu'il prodigue àce Fils d'Abarba-
nél. Illeslui eûtdonnésavecplus de réſer-
ve , ſi en effet il eût ſçu que celui-ci avoit
abjurélaReligionde ſesPères. Il n'arrive
guères aux Juifs de parler favorable-
(k) Vide Catalog. Bibliothe. Vatican fub. n.
6415. pag. 191.
MARS. 1764.
85
ment de leurs Apoſtats , dont au con-
traire ils s'efforcent de flétrir la mé-
moire , quelque irréprochable qu'elle
pût être. Aboab nous apprend que la
femme que Samuel Abarbanél avoit
épousée , ne lui cédoit pas en mérite.
Elle s'appelloit Benvenida de fon nom
de famille , & elle réuniſſoit aux vertus
de ſon ſéxe les avantages de l'eſprit ,
qui étoient encore relevés par beau-
coup de prudence , de grandeur & de
fermeté d'âme. D. Pedre de Toléde
Vice-Roide Naples , auprès de qui Sa-
muél fut fort en crédit, conçur pour
elle une eſtime ſi particulière , qu'il ne
balança point à confier à ſes ſoins l'é-
ducation de ſa Fille Léonor. Aboab
ajoute que celle
ci ayant été depuis
mariée à Come de Médicis Grand-Duc
de Toſcane , faiſoit gloire en toute
occafion de régler ſa conduite ſur les
inſtructions qu'elle avoit reçues dans
fon enfance de D. Benvenida qui de-
meuroit alors à Ferrare. Auſſi ne dé-
daignoit-elle pas de la nommer ſa Me-
re , la reſpectant comme telle , & la
traitant avec toutes fortes de dif-
tinctions. ( 1 ) Ces circonstances déno-
tent affez que Samuel Abarbanel &
(1 ) Aboab locofuprà citato.
86 MERCURE DE FRANCE.
ſa femme avoient dès-lors une diſpoſi-
tion prochaine à ſe faire Chrétiens ;
n'étant guères croyable , que le Vice-
Roi ſe fût avisé de donner à fa Fille
une Gouvernante qui eût perſéveré
dans ſon attachement à une Religion
différente de la fienne. Notre Samuel
étoit puiſſamment riche , & quand il
abandonna le ſéjour deNaples l'an 1540,
il emporta avec ſoi
و
au rapport de
David Gantz, la valeur de plus deux
cens mille écus. (m )La famille desA-
barbanels ſubſiſtoit encore avec quel-
que éclat du temps de Daniel Levi de
Barrios , qui compte un Jofeph Abar-
banél avec Ménaſſéh ſon Frère & Jo-
nas Fils du dernier , au nombre des
membres de l'Ecole Fſpagnole , que les
Juifs ont à Amſterdam ſous le nom
de Cether Thorah, ( n)
Après avoir vu notre Ifaac ſe pro-
duire dans les Cours des Princes par
fes talens politiques , qui l'y firent
revêtir d'emplois importans, nous al
lons le confidérer en qualité d'Ecrivain
الله
( m )R. David Ganz. Zemach David adann.
$300. pag. 152. ex version. Latin, G. Vortii.
(n) Dan. Lev. de Barrios Defcript. Cether
Thorah. pag. 9. Vide Christ. Wolf. Biblioth.
Hebra . Tom. III. pag. ispy
λονδία ( 1 )
MARS. 1764.
87
qui s'eſt rendu célébre par les produc-
tions de ſa plume. Elles lui ont mérité
un des premiers rangs parmi les Doc-
teurs de ſa Nation. Auſſi les Juifs
s'empreſſent-ils à lui déférer le titre
d'homme Illuſtre ,de ſcavant & d'in-
comparable Théologien. (o ).On l'égale
au fameux Maimonide. Quelques-uns
même n'hésitent point à le lui préférer.
On doit convenir qu'à un eſprit net
& pénétrant , il joignoit une imagina-
tion vive & féconde qui étoit fou-
tenue d'une élocution abondante &
aifée. Né naturellement laborieux , il
fe livroit à l'étude avec une ardeur in-
fatigable. Il eſt étonnant même qu'un
homme dont la vie a été alternative-
ment engagée dans le tumulte du grand
monde , dans l'embarras des affaires
&dans les chagrins de l'éxil , ait encore
pû trouver le temps de s'y appliquer.
Il écrivoit avec une ſi grande facilité
que peu de jours lui fuffifoient pour
commenter quelques Livres de l'Ecri
( 0) Salom. Ben Virg. Schebet Jehoudahfol.44,
feu319 exversion. Gent.Azarias Meor Enajimfol.
139. Dav. Ganz. Zemach David. P. I. fol. 61 .
EditHebr.feu pag. 150. ex Verf. Vorst. Menaffeh
Ben Ifraelde creation. Problem. I. page 2. &Pro-
blem. XII. page 50. Aboab. Nomolog.pag. 326.
88 MERCURE DE FRANCE.
ture Sainte. De - là cette multitude
d'ouvrages qu'il a composés. ( p ) M.
Maius a pris ſoin de recueillir à la ſuite
de l'abrégé de la vie qu'il a donné de
ce Rabbin , les Jugemens que les
Sçavans de diverſes Communions en
ont portés. ( q ) Ils lui font générale-
ment affez favorables , ſurtout en ce
qui concerne l'explication du Texte
Sacré: c'eſt auſſi dans cette partie qu'il
s'eſt principalementdiftingué. Ses Com-
mentaires ſont ſans contredit ce qu'il a
fait de plus conſidérable ; & il paffe
avec raiſon pour un des meilleurs in-
terprétes Juifs. M. Simon veut que ce
foit celui dont on peut le plus profiter
(p ) Bartolocci ( Biblioth. Rabbin. P. III.
pagg. ) & M. Wolff. ( Biblioth. Hebra. Tom.
I. pagg. 629 , 639. ) ont donné la notice des
Ouvrages de notre Rabin , à laquelle ils ont joint
le dénombrement des différentes Editions qui s'en
fontfaites. Aleuréxemplej'en ai dreſſé le Catalo-
gue qui auroit paru à la fuitede la vie d'Abar
banel , fi je n'étois perfuadé que les détails qui
réſultent de ce genre de travail nefont guères de la
compétence du Mercure. C'est pourquoije lefupprime
ici , & je lui réſerve une placeplus convenable.
(9 ) Vide pag. 20 &feqq. Vita Abarbanelis
fubjunctaPræconi Salutis quemV. C. Latine ver-
fit, & Francof. ad mæn. 1712. edidit.
: MARS. 1764.
89
pour l'intelligence de l'Ecriture. ( r ) Sa
Méthode eſt à quelques égards ſembla-
ble a celle de Toftat , de qui il paroît
avoir lù les Commentaires ſur la Bible.
Il forme , comme cet Evêque Eſpa-
gnol , pluſieurs queſtions ſur le Texte
quil explique. Il déploye d'ordinaire
beaucoup de ſagacité dans la maniére
de les réfoudre. Cependant nous ne
diſconviendrons pas qu'il ne ſe ſoit
trop plu à les multiplier. Il y en a quel-
ques-unes qui bien loin d'être de la
moindre utilité , ne ſont propres qu'à
embaraſſer l'eſprit des Lecteurs par les
doutes qu'elles y font naître. Il apporte
toute fon application à éclaircir les en-
droits difficiles & obfcurs des Livres
Saints , à découvrir la liaiſon & les
rapports des Hiſtoires & des Prophéties
qu'ils contiennent , & à marquer la
fignification , & la force des mots Hé-
breux.
Il s'écarte rarement du ſens
Grammatical. Il ne lui arrive guères
non plus d'abandonner le ſens littéral
auquel il eſt fort attaché. Il s'efforce
même de l'établir dans des occafions
où la plupart des Rabbins qui l'ont
précédé ſe ſont retranchés dans l'Al-
(r ) Simon Histo. Critiq. du.V. Teftam. Liv
III. Chap. 6. page 380.
90 MERCURE DE FRANCE.
légorie , pour n'avoir pu trouver une
interprétation conforme à la Lettre du
Texte de l'Auteur inſpiré.
Il péche
quelquefois par trop de fubtilité , qui
le porte à raffiner ſur l'explication des
autres Commentateurs de ſa Nation.
Quelque reſpect qu'il ait pour l'autorité
de ſes Maîtres dont il rapporte fré-
quemment les opinions
,
elle ne lui
impoſe point juſques à les admettre
ſans un mûr examen. Il les appuie ou
les combat , felon qu'elles lui femblent
vraies ou fauſſes. Le plagiat dont quel-
ques-uns d'entre eux font coupables ,&
les autres fautes qu'ils peuvent avoir
commifes n'échappent point à ſa cen-
fure. Il propoſe ſon ſentiment avec une
entière liberté,&il eſt fertile en conjectu-
res qu'il hafarde trop volontiers. Enfin
il étaledans tout ce qu'ildit une grande
érudition Juive. Celle même qui s'ac-
quiert par la lecture des Auteurs pro-
fanes ou Chrétiens , n'eſt pas pour lui
un objet tour-à-fait étranger. Il cite
ſouvent Platon & Ariftote. Ildifpute
furtout contre le dernier de ces Phi-
loſophes fécond en paradoxes qui favo-
Tiſent l'irréligion. Le P. Souciet croit
avoir remarqué des paſſages de Pline :
MARS. 1764 .
91
produits par notre Rabbin . ( s ) Mais
c'eſt une obſervation que nous ne pré-
tendons point garantir. Abarbanél al-
légue en divers endroits de ſes Com-
mentaires S. Jérôme & S. Augustin ,
foit qu'il eût feuilleté quelques écrits
de ces Pères , ou ce qui est plus vrai-
ſemblable , qu'il tînt ce qu'il en rap-
porte , de Nicolas Lyre & de Paul
de Burgos , dont il avoit lu les anno-
tations fur l'Ecriture. Ilne fait aucune
difficulté de ſuivre quelques-unes de
leurs explications , & il réfute celles
qui ne s'accordent point avec ſes pré-
jugés.Au reſte ces allégations ſuppoſent
qu'il avoit quelque teinture de la
Langue Latine. Fier des connoiffances
qu'il avoit puiſées dans la Philofophie
minutieuſe qui régnoit de ſon temps ,
& qu'il entendoit affez bien , il affecte
de charger de raiſonnemens Métaphyfi-
ques les diſcuſſions où il entre. De-là
leur prolixité qui rebute autant qu'elle
ennuie. Aufſi ſon ſtyle qui a d'ailleurs
le mérite de la pureté & de la clarté ,
eſt infiniment diffus , & abonde en
répétitions faftidieuſes. C'eſt probable-
ment pour cela que Jonas Salvador
(s) Souciet Recueil de Differtat. Critiq. fur
des endroits difficiles de l'Ecriture Sainte,pag 4.
92 MERCURE DE FRANCE.
Juif de Pignerol , avec qui M. Simon
étoit en relation , avoit coûtume de
Pappeller un pur compilateur & un
babillard. ( t ) Il ſe montre par-tout
zélé défenſeur des Dogmes , & des
pratiques de ſa Religion. Son entêre-
ment pour les prétendues prérogatives
de ſa Nation lui a fait adopter mille
idées chimériques & extravagantes
fur ce qui peut y avoir rapport. Mais
le défaut le plus eſſentiel qui choque
dans ſes Commentaires & dans ſes
Traités Théologiques , c'eſt ſon achar-
nement à y invectiver contre le Chrif-
tianiſme , & contre ſon divin Inſtitu-
teur. Toutes les fois que l'occaſion ſe
préſente d'en attaquer les principes ,
il la ſaiſit avidement , ſans garder aucu-
ne meſure. S'il ne diſſimule pasdans ſes
controverfes avec les Chrétiens les
raiſons ſur lesquelles ceux-ci fondent
la verité de leur créance , il les énerve
autant qu'il lui eſt poffible , & il tron-
que leurs objections contre le Judaïfme
pour y répondre avec plus de facilité.
Les Juifs ſont perfuadés qu'il les a
• ruinées de fond en comble. Il leur eft
libre de ſe repaître de ce triomphe
(t) Simon , Lettres Choifies Tom, III. pag. II
Edit. de la Marti,
MARS. 1764.
93
imaginaire. Ce qu'il ya de certain ,c'eſt
que les efforts d'Abarbanel ſervent à
prouver la foibleſſe de ſa cauſe. Ce
quifait le plus de peine à Bartolocci,
ce font les termes outrageans & in-
jurieux (dans lesquels il parle du Pape
&du Clergé. Il eſt ſans doute indigne
d'un homme raisonnable de ſe livrer à
des emportemens qui dégradent ſon
caractère. Nous ne voulons point juſti-
fier Abarbanel fur ce point. Cependant
à juger des choſes humainement , on
nedoit pas s'étonner qu'il en ait fi mal
ufé a l'égard du Clergé. Il ſçavoit que
c'étoit par ſes brigues & par fon crédit ,
qu'il avoit été dépouillé des dignités
&des richeſſes qu'il avoit poſſédées à
la Cour de Portugal. Il n'ignoroit pas
non plus que le banniſſement général
de ſa Nation de tous les Etats de D.
Ferdinand , & de D. Jean , étoit l'effet
de ſes preffantes ſollicitations auprès
de ces Princes. Il lui imputoit donc
tous les malheurs dans leſquels cet
éxil l'avoit précipité , ainſi que ſes
Frères. La haine implacable qu'il nour-
riffoit au fond du cœur contre les Mi-
niftres de l'Eglife Romaine avoit confé-
quemment ſa ſource dans un motif
perfonnel. Penſe-t-on qu'un Juif que
94 MERCURE DE FRANCE.
les préjugés de ſa religion avoient ac-
coutumé dès l'enfance à regarder de
mauvais œil celle qui s'eſt établie ſurles
ruines de la fienne
,
ait été capable
d'avoir des ménagemens envers des
gens qui avoient ſoulevé les Puiffances
contre ſaNation.Les chagrins qu'il avoit
éprouvés dans le cours & à la fuite
de ces révolutions fi funeſtes à ſon am-
bition , n'avoient pas peu contribué à
aigrir fon humeur. Ayant réſolu de ſe
venger par quelque voie que ce fût
de ceux qui les lui avoient ſuſcités ; il
n'a cru pouvoir mieux fignaler fon
averſion , qu'en les diffamant dans ſes
écrits qui portent prèſque tous l'em-
preinte des traits de ſa colère &de fon
indignation. Il n'auroit pas dû laiſſer
prendre un fi fort empire au reſſentiment,
que lui cauſoit le ſouvenir des perfécu-
tions que ſes Frères avoient fouffertes ,
& auxqu'elles il n'avoit pas eu une
médiocre part. Si les mouvemens im-
pétueux de ſa bile n'euffent point
offuſqué les facultés de ſon âme , il
auroit reconnu qu'il y a de l'injuftice
à médire d'une Religion , à cauſe des
abus qu'en peuvent faire ceux qui la
profeffent , & des excès auxquels les
emportent l'intolérance & l'eſprit de
MARS. 1764.
95
domination. Mais on n'est équitable
qu'autant qu'on agit fans paffion. Cette
conduite ſi rare parmi les perſonnes qui
ſe parent, du beau nom de Philofo-
phes , l'eſt encore plus parmi les
Théologiens. Il fuffit qu'ils soient de
différens partis pour les voir ſe décrier
les uns les autres avec fureur; l'on ſçait
affez que la modération n'eſt guères
le partage de ces Meſſieurs , quoique
par état ils duffent en donner l'exemple
au reſte des hommes. Si Bartolocci ſe
plaint de ce que les Juifs ſont dans
l'habitude de remplir les Livres qu'ils
publient d'invectives contre les Chré-
tiens , ces derniers & lui en particulier
ufent largement à leur tour du droit de
repréfailles , à l'égard des membres de la
Synagogue. Encore font-ils moins ex-
cufables ; puiſque l'Evangile qui re-
commande les devoirs de la charité mê-
me envers ſes ennemis , leur défend ex-
preſſément de rendre injures pour inju-
res. C'eſt un précépte qu'il feroit à
propos que bien des gens euſſent de-
vant les yeux. On ne verroit pas tant
de libelles diffamatoires ſe répandre
hardiment dans le Public.
Fermer
16977
p. 96-104
LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA PLACE, sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées chez Barbou, d'un très-joli caractère, & qui se vendent chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
Début :
IL FAUT convenir, Monsieur, que dans la foule de nos Brochures littéraires, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONTY, à M. DE LA PLACE, sur la nouvelle Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées chez Barbou, d'un très-joli caractère, & qui se vendent chez Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la Comédie Françoise.
LETTRE de M. LE BRUN, Secrétaire
des Commandemens de S. A. S. Monseigneur
le PRINCE DE CONTY, à
M. DE LA PLACE, sur la nouvelle
Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées
chez Barbou, d'un très-joli
caractère, & qui se vendent chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoise.
IL FAUT convenir, Monsieur, que
dans la foule de nos Brochures littéraires,
il en eſt bien peu qui ſoient faites pour
honorer longtemps notre Littérature. La
raiſon en eſt ſimple; c'eſt qu'il en eſt peu
où régne ce goût précieux de la docte
Antiquité , qui ſeul peut rendre un Ou-
vrageimmortel. Ileſtplus faciledemé-
priſer les Anciens que de les atteindre :
c'eſt le parti le plus commode que pren-
nent la plupart de nos jeunes Auteurs.
Selon eux , il ne s'agit plus d'étudier pro-
fondément ſon art ; mais de ſe faire une
cabale qui vous ſuppoſe des talens , &
vous diſpenſe d'en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiſſemens que d'obtenir
des
:
MARS. 1764.
97
des fuffrages , ils préférent les lueurs
d'une célébrité paſſlagère à l'éclat d'un
nom vraiment durable. De-là ce flux &
ce reflux de petites réputations précoces
qui ſe croifent, fe choquent & s'effa-
cent fans retour : de-là ces monftres
dramatiques prèſque honteux de leurs
ſuccès énormes , ces Tragédies panto-
mimes où le tumulte des ſcènes , l'appa-
reil des décorations , le preſtige des Ac-
teurs remplacent , à ce qu'on croit , la
Poëfie , l'Intérêt & le Sentiment.
De-là ces Comédies ambiguës où le
rire & les pleurs ſe rendent mutuelle-
ment ridicules ; ces Odes ſans feu , ſans
verve , ſans ſtyle , ſans génie , qui fe-
roient bâiller Horace & Malherbe ; ces
Romans fans idées , ſans caractères
,
ſans vraiſemblance & fans fin ; ce dé-
luge d'Héroïdes faftidieuſes qui font les
premiers bégayemens de nos jeunes
Poëtes : enfin ces ramesde Feuilles pré-
tendues critiques , où la baſſe envie ſe
mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! quel temps fut jamais plus fertile en ſots
Livres ?
La lecture des Œuvres de M. de Sivri
vous convaincra, Monfieur, qu'au moins
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cejeuneAuteura marchédansles bonnes
routes. Amoureux des Anciens & de la
belle Nature , il a cru que les admirer &
les ſuivre , c'étoit pouvoir prétendre à
quelques ſuccès. Sûr de la bonté de ces
principes , ildéclare généreuſement qu'il
n'implore point ſes Lecteurs. Sije mé-
rite, dit-il, leurs fuffrages , ils me les ac-
corderont ,fût-ce malgré eux. Sij'enfuis
indigne, en vain obtiendrois-je pour un
instant leurs éloges ; les cenfures de la
Poftéritésçauroient un jourme remettre à
ma place.... Quiconque eft dans le cas
demendier lafaveur, dès-lors même n'en
mérite aucune. C'est ainſi que l'Auteur
parle dans ſon Avant-propos. Vous m'a-
vouerez , Monfieur , qu'un Livre qui
s'annonce avec cette noble vigueur mé-
rite quelqu'attention.
Briféis , première Tragédie de l'Au-
teur , ſe préſente à la tête du Recueil.
Elle futjouée en 1759 , & reçut de juſtes
applaudiſſemens. Ony trouva de la cha-
leur dans les ſentimens , de la nobleſſe
dans les caractères , de la rapidité dans
le dialogue , & quelque choſe de ce
tour Racinien qui diſtinguera toujours
M. de Sivri de ſes rivaux dans la carrière
tragique. Le quatrième Acte ſur - tout
offre de très-beaux momens.
re
MARS. 1764.
99
Quepouvoit-ondefirer de plus dansun
fijeuneAuteur?Quelle audace que d'em-
braffer prèſque toute l'Iliade dans une
ſeuleTragédie! Le plan eſt hardi, vaſte,
& trop vaſte peut-être. Il étoit à craindre
d'éffleurer ce qu'Homère approfondit , &
de raccourcir trop les grands objets de
l'Iliade. Mais avec quelle adrefſſe le jeune
Auteur a ſçu les réunir par un trait d'in-
vention qui ſeul met enjeu tous ſes ca-
ractères ! Peut- être quelques perſonnes
s'étonnèrent-elles de voir Priam fi long-
temps en ſcène avec Achille , & difcuter
des intérêts politiques avec le meurtrier
de fes fils. Auſſi Homère ne le conduit
dans la tente d'Achille, que pour rede-
mander les reſtes du malheureux Hector:
Scène touchante & pathétique , que M.
de Sivri n'a pas manquée dans ſon cin-
quième Acte. C'eſt-là qu'il met dans la
bouche de Priam ces beaux vers d'im-
précation,dont le modèle eſt dans Ho-
mère , & que tous les Poëtes , Catulle ,
Virgile , le Taffe, &c , fe font fait gloi-
d'imiter. Comme ces objets de
comparaifon fervent aux progrès du
goût , il ne fera pas inutile de les rappro-
cher ſous les yeux du Lecteur. Dans
Catulle , Ariane dit à ſon parjure Thésée :
Quænam te genuitſolafub rupe Leæna?
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Quod mare conceptum ſpumantibus expuitundis ?
Quæ Syrtis , quæ Scylla rapax , quæ vaſta Cha-
rybdis ,
Talia qui reddis pro dulcipremia vitâ ?
Vers fi énergiques & fi beaux que Vir-
gile même , qui les avoit ſous les yeux ,
n'a pu les égaler par ceux-ci que pro-
nonce Didon , au quatriéme Livre de
l'Eneide.
Nec tibi diva parens genuit , necDardanus auctor
Perfide, fedduris genuit te cautibus horrens
Caucafus , Hircanæque admorunt ubera tigres.
Voici maintenant l'imprécation que M.
de Sivri met dans la bouche de Priam
contre le barbare Achille , qui vient
d'immoler Hector, & de le traîner à fon
char.
Toi , le ſang de Pélée , ou celui de Thétis !
Opprobre des Héros , non tu n'es point leur fils.
Le flambeau de la Rage éclaira ta naiſſance ,
LaHaine te reçut des mains dela Vengeance;
Les flancs del'Hydre affreuſe, ou le Styx en fureur
Te vomirent au jour , pour en être l'horreur.
O menſtre ! ...
Combien ces beaux vers , pleins de cha-
leur, de force& de Poësie , font-ils fu-
MARS. 1764.
ΙΟΙ
périeurs à ceux d'une autre Tragédie :
Non, tu n'es pas le ſang des Héros nides Dieux :
Au milieu des rochers , tu reçus la naiſſance ;
Unehorrible lionne allaita ton enfance ,
Et tu n'as rien d'humain , &c.
Mais que fera-ce ſi l'on compare à cet
heureux morceaude l'AuteurdeBriféïs,
cet endroitd'une Héroïde aſſez récente ,
où l'on a cru traduire le Taſſe de cette
manière ?
Non, tu n'es point le filsde la belle Sophie ;
Non , ne te vante point de lui devoir la vie.
Le Caucaſe , au milieu des neiges , des glaçons ,
Te conçutdans la nuit de ſes antres profonds.
Il y a la même différence entre ces vers
& ceux de M. Sivri , qu'entre la Phèdre
de Pradon & celle de Racine.
Je ne dirai qu'un mot de l'Appel au
petit nombre , ou Procès de la multitude
qui fert de Préface à l'Ajax. Cette Bro-
chure parut vive. On la taxa de nouveau-
té audacieuſe ; faute de ſçavoir que tous
les grands Hommes avoient dit & pen-
ſé la même chose. En effet , ce n'eſt
qu'un fidèle commentaire de cette pen-
fée d'Horace.
Neque te ut miretur turba labores,
Contentuspaucis lectoribus.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
de forte qu'on ne peut blamer l'Appel
au petit nombre , fans blâmer auſſi les
vers d'Horace. L'alternative eft emba-
raſſante.
Vous ſçavez , Monfieur , le deſtin
d'Ajax; mais vous ſçavez auſſi qu'une
Pièce bien écrite ne tombe jamais , du
moins aux yeux de quiconque ſçait lire.
Ajax même en eſt la preuve. Il eſt cer-
tain que le filence du cabinet vangera
M. de Sivri des tumultes du Parterre.
Les gens de goût reconnoiſſent dans
ce Drame, de vraies beautés.Efthern'eſt
point théâtrale à notre égard ; il ſe
pourroit bien qu'Ajax fût dans le même
cas qu'Efther.
La diſpute des armes d'Achille , ſujet
que la Grèce entière eût applaudi , n'eſt
peut-être pas affez intéreſſante pour des
François frivoles & légers ; peut - être
auſſi le rôle de Penthéfilée ne s'offre-t-il
pas dans un jour affez favorable. C'eſt
par une ſévérité de goût bien rare dans
un jeune Auteur, que M. de Sivri s'eft
défendu le rôle de Memnon , qui né-
ceſſairement auroit produit des ſituations
très-vives,& qui ſurtout eút mis enjeu le
caractère de Penthéfilée. Mais il craignit
de trop détourner du principal objet.
Racine s'eſt pourtant permis le rôle
MARS. 1764 .
103
d'Eriphile dans ſon Iphigénie en Au-
lide ; &, fans ce caractère épiſodique ,
ſa Tragédie , plus correcte en effet , eût
manqué à la première des régles , qui eſt
celle de plaire. Il faut être juſte : le rôle
d'Ulysse dansAjax eſt un des plus beaux
peut-être que nous ayons au Théâtre.
Aglaé, petite Pièce en un Acte , dans
legenre gracieux, eft ingénieuſe & tou-
chante. On lit à la tête cette heureuſe
Epigraphe , imitée de Térence.
S'il eſt quelqu'un qui cherche àſatisfaire
L'homme éclairé , non l'aveugle vulgaire,
Je le tiens ſage, & je veux aujourd'hui ,
Pour le vrai goût , me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Traduction de
pluſieurs Poëtes Grecs , Anacreon , Sa-
pho , Bion , Moschus , Tyrthee , &c.
dont M. de Sivri nous donne une ſe-
conde Edition dans ce Recueil. Ces dif-
férens morceaux ſont déja connus avan-
tageuſement du Public. L'Auteur ſçait
mieux que perſonne combien il étoitdif-
ficile , & même impoffible , de rendre
toutes les grâces, les délicateſſes , & les
faillies ingénues d'un Poëte tel qu'A-
nacreon. Ce qu'on peut affurer , fans
crainte d'être contredit , c'eſt que la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de M. de Sivri eſt infiniment
ſupérieure à toutes celles qui l'ont précé-
dée. Tel eſt , Monfieur , cet eftimable
Recueil , qui mérite certainement de te-
nir une place diſtinguée dans la Biblio-
thèque des Gens de goût.
J'ai l'honneur d'être , &c.
des Commandemens de S. A. S. Monseigneur
le PRINCE DE CONTY, à
M. DE LA PLACE, sur la nouvelle
Edition des Oeuvres de M. de Sivri, imprimées
chez Barbou, d'un très-joli
caractère, & qui se vendent chez Panckoucke,
Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoise.
IL FAUT convenir, Monsieur, que
dans la foule de nos Brochures littéraires,
il en eſt bien peu qui ſoient faites pour
honorer longtemps notre Littérature. La
raiſon en eſt ſimple; c'eſt qu'il en eſt peu
où régne ce goût précieux de la docte
Antiquité , qui ſeul peut rendre un Ou-
vrageimmortel. Ileſtplus faciledemé-
priſer les Anciens que de les atteindre :
c'eſt le parti le plus commode que pren-
nent la plupart de nos jeunes Auteurs.
Selon eux , il ne s'agit plus d'étudier pro-
fondément ſon art ; mais de ſe faire une
cabale qui vous ſuppoſe des talens , &
vous diſpenſe d'en avoir. Plus jaloux de
ravir des applaudiſſemens que d'obtenir
des
:
MARS. 1764.
97
des fuffrages , ils préférent les lueurs
d'une célébrité paſſlagère à l'éclat d'un
nom vraiment durable. De-là ce flux &
ce reflux de petites réputations précoces
qui ſe croifent, fe choquent & s'effa-
cent fans retour : de-là ces monftres
dramatiques prèſque honteux de leurs
ſuccès énormes , ces Tragédies panto-
mimes où le tumulte des ſcènes , l'appa-
reil des décorations , le preſtige des Ac-
teurs remplacent , à ce qu'on croit , la
Poëfie , l'Intérêt & le Sentiment.
De-là ces Comédies ambiguës où le
rire & les pleurs ſe rendent mutuelle-
ment ridicules ; ces Odes ſans feu , ſans
verve , ſans ſtyle , ſans génie , qui fe-
roient bâiller Horace & Malherbe ; ces
Romans fans idées , ſans caractères
,
ſans vraiſemblance & fans fin ; ce dé-
luge d'Héroïdes faftidieuſes qui font les
premiers bégayemens de nos jeunes
Poëtes : enfin ces ramesde Feuilles pré-
tendues critiques , où la baſſe envie ſe
mêle à la plus lourde ignorance.
Eh! quel temps fut jamais plus fertile en ſots
Livres ?
La lecture des Œuvres de M. de Sivri
vous convaincra, Monfieur, qu'au moins
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cejeuneAuteura marchédansles bonnes
routes. Amoureux des Anciens & de la
belle Nature , il a cru que les admirer &
les ſuivre , c'étoit pouvoir prétendre à
quelques ſuccès. Sûr de la bonté de ces
principes , ildéclare généreuſement qu'il
n'implore point ſes Lecteurs. Sije mé-
rite, dit-il, leurs fuffrages , ils me les ac-
corderont ,fût-ce malgré eux. Sij'enfuis
indigne, en vain obtiendrois-je pour un
instant leurs éloges ; les cenfures de la
Poftéritésçauroient un jourme remettre à
ma place.... Quiconque eft dans le cas
demendier lafaveur, dès-lors même n'en
mérite aucune. C'est ainſi que l'Auteur
parle dans ſon Avant-propos. Vous m'a-
vouerez , Monfieur , qu'un Livre qui
s'annonce avec cette noble vigueur mé-
rite quelqu'attention.
Briféis , première Tragédie de l'Au-
teur , ſe préſente à la tête du Recueil.
Elle futjouée en 1759 , & reçut de juſtes
applaudiſſemens. Ony trouva de la cha-
leur dans les ſentimens , de la nobleſſe
dans les caractères , de la rapidité dans
le dialogue , & quelque choſe de ce
tour Racinien qui diſtinguera toujours
M. de Sivri de ſes rivaux dans la carrière
tragique. Le quatrième Acte ſur - tout
offre de très-beaux momens.
re
MARS. 1764.
99
Quepouvoit-ondefirer de plus dansun
fijeuneAuteur?Quelle audace que d'em-
braffer prèſque toute l'Iliade dans une
ſeuleTragédie! Le plan eſt hardi, vaſte,
& trop vaſte peut-être. Il étoit à craindre
d'éffleurer ce qu'Homère approfondit , &
de raccourcir trop les grands objets de
l'Iliade. Mais avec quelle adrefſſe le jeune
Auteur a ſçu les réunir par un trait d'in-
vention qui ſeul met enjeu tous ſes ca-
ractères ! Peut- être quelques perſonnes
s'étonnèrent-elles de voir Priam fi long-
temps en ſcène avec Achille , & difcuter
des intérêts politiques avec le meurtrier
de fes fils. Auſſi Homère ne le conduit
dans la tente d'Achille, que pour rede-
mander les reſtes du malheureux Hector:
Scène touchante & pathétique , que M.
de Sivri n'a pas manquée dans ſon cin-
quième Acte. C'eſt-là qu'il met dans la
bouche de Priam ces beaux vers d'im-
précation,dont le modèle eſt dans Ho-
mère , & que tous les Poëtes , Catulle ,
Virgile , le Taffe, &c , fe font fait gloi-
d'imiter. Comme ces objets de
comparaifon fervent aux progrès du
goût , il ne fera pas inutile de les rappro-
cher ſous les yeux du Lecteur. Dans
Catulle , Ariane dit à ſon parjure Thésée :
Quænam te genuitſolafub rupe Leæna?
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Quod mare conceptum ſpumantibus expuitundis ?
Quæ Syrtis , quæ Scylla rapax , quæ vaſta Cha-
rybdis ,
Talia qui reddis pro dulcipremia vitâ ?
Vers fi énergiques & fi beaux que Vir-
gile même , qui les avoit ſous les yeux ,
n'a pu les égaler par ceux-ci que pro-
nonce Didon , au quatriéme Livre de
l'Eneide.
Nec tibi diva parens genuit , necDardanus auctor
Perfide, fedduris genuit te cautibus horrens
Caucafus , Hircanæque admorunt ubera tigres.
Voici maintenant l'imprécation que M.
de Sivri met dans la bouche de Priam
contre le barbare Achille , qui vient
d'immoler Hector, & de le traîner à fon
char.
Toi , le ſang de Pélée , ou celui de Thétis !
Opprobre des Héros , non tu n'es point leur fils.
Le flambeau de la Rage éclaira ta naiſſance ,
LaHaine te reçut des mains dela Vengeance;
Les flancs del'Hydre affreuſe, ou le Styx en fureur
Te vomirent au jour , pour en être l'horreur.
O menſtre ! ...
Combien ces beaux vers , pleins de cha-
leur, de force& de Poësie , font-ils fu-
MARS. 1764.
ΙΟΙ
périeurs à ceux d'une autre Tragédie :
Non, tu n'es pas le ſang des Héros nides Dieux :
Au milieu des rochers , tu reçus la naiſſance ;
Unehorrible lionne allaita ton enfance ,
Et tu n'as rien d'humain , &c.
Mais que fera-ce ſi l'on compare à cet
heureux morceaude l'AuteurdeBriféïs,
cet endroitd'une Héroïde aſſez récente ,
où l'on a cru traduire le Taſſe de cette
manière ?
Non, tu n'es point le filsde la belle Sophie ;
Non , ne te vante point de lui devoir la vie.
Le Caucaſe , au milieu des neiges , des glaçons ,
Te conçutdans la nuit de ſes antres profonds.
Il y a la même différence entre ces vers
& ceux de M. Sivri , qu'entre la Phèdre
de Pradon & celle de Racine.
Je ne dirai qu'un mot de l'Appel au
petit nombre , ou Procès de la multitude
qui fert de Préface à l'Ajax. Cette Bro-
chure parut vive. On la taxa de nouveau-
té audacieuſe ; faute de ſçavoir que tous
les grands Hommes avoient dit & pen-
ſé la même chose. En effet , ce n'eſt
qu'un fidèle commentaire de cette pen-
fée d'Horace.
Neque te ut miretur turba labores,
Contentuspaucis lectoribus.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
de forte qu'on ne peut blamer l'Appel
au petit nombre , fans blâmer auſſi les
vers d'Horace. L'alternative eft emba-
raſſante.
Vous ſçavez , Monfieur , le deſtin
d'Ajax; mais vous ſçavez auſſi qu'une
Pièce bien écrite ne tombe jamais , du
moins aux yeux de quiconque ſçait lire.
Ajax même en eſt la preuve. Il eſt cer-
tain que le filence du cabinet vangera
M. de Sivri des tumultes du Parterre.
Les gens de goût reconnoiſſent dans
ce Drame, de vraies beautés.Efthern'eſt
point théâtrale à notre égard ; il ſe
pourroit bien qu'Ajax fût dans le même
cas qu'Efther.
La diſpute des armes d'Achille , ſujet
que la Grèce entière eût applaudi , n'eſt
peut-être pas affez intéreſſante pour des
François frivoles & légers ; peut - être
auſſi le rôle de Penthéfilée ne s'offre-t-il
pas dans un jour affez favorable. C'eſt
par une ſévérité de goût bien rare dans
un jeune Auteur, que M. de Sivri s'eft
défendu le rôle de Memnon , qui né-
ceſſairement auroit produit des ſituations
très-vives,& qui ſurtout eút mis enjeu le
caractère de Penthéfilée. Mais il craignit
de trop détourner du principal objet.
Racine s'eſt pourtant permis le rôle
MARS. 1764 .
103
d'Eriphile dans ſon Iphigénie en Au-
lide ; &, fans ce caractère épiſodique ,
ſa Tragédie , plus correcte en effet , eût
manqué à la première des régles , qui eſt
celle de plaire. Il faut être juſte : le rôle
d'Ulysse dansAjax eſt un des plus beaux
peut-être que nous ayons au Théâtre.
Aglaé, petite Pièce en un Acte , dans
legenre gracieux, eft ingénieuſe & tou-
chante. On lit à la tête cette heureuſe
Epigraphe , imitée de Térence.
S'il eſt quelqu'un qui cherche àſatisfaire
L'homme éclairé , non l'aveugle vulgaire,
Je le tiens ſage, & je veux aujourd'hui ,
Pour le vrai goût , me liguer avec lui.
Je ne dirai rien de la Traduction de
pluſieurs Poëtes Grecs , Anacreon , Sa-
pho , Bion , Moschus , Tyrthee , &c.
dont M. de Sivri nous donne une ſe-
conde Edition dans ce Recueil. Ces dif-
férens morceaux ſont déja connus avan-
tageuſement du Public. L'Auteur ſçait
mieux que perſonne combien il étoitdif-
ficile , & même impoffible , de rendre
toutes les grâces, les délicateſſes , & les
faillies ingénues d'un Poëte tel qu'A-
nacreon. Ce qu'on peut affurer , fans
crainte d'être contredit , c'eſt que la
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Traduction de M. de Sivri eſt infiniment
ſupérieure à toutes celles qui l'ont précé-
dée. Tel eſt , Monfieur , cet eftimable
Recueil , qui mérite certainement de te-
nir une place diſtinguée dans la Biblio-
thèque des Gens de goût.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
16977
16978
p. 104-114
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
Début :
NOUS n'avions encore aucun Cours complet de Belles-Lettres ; aucun qui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
Fermer
16978
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
16979
p. 115-116
LA VEUVE, Comédie, en un Acte, & en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS ET DES RONAIS. Le Prix est de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi.
Début :
NOUS nous contentons, simplement ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VEUVE, Comédie, en un Acte, & en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS ET DES RONAIS. Le Prix est de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous de la fontaine Saint Benoît, au Temple du Goût, 1764. Avec Approbation & Privilége du Roi.
LA VEUVE, Comédie, en un Acte, &
en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS
ET DES RONAIS. Le Prix est
de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne,
Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous
de la fontaine Saint Benoît, au
Temple du Goût, 1764. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
NOUS nous contentons, simplement
ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu
que , pour les raiſons que nous
endirons , nous en donnerons un ex-
trait , à la fin de l'Article des Specta-
cles du prochain Mercure.
LE ROSSIGNOL , Comédie en un
Acte , en Vaudevilles , du méme Auteur,
eſt , actuellement , ſous preffe ; &
paroîtra inceſſament. On la trouvera
pareillement chez Duchesne.
Ce n'eſt point le Roffignol , qui a
été joué à l'Opéra Comique ; mais ,
cette Piéce charmante , qui a déja ſa
réputation faite , & qui a été repréſen-
tée avec tant de ſuccès , il y a plusde
116 MERCURE DE FRANCE .
douze ans , chez S. A. S. Monſeigneur
le Comte de Clermont, Prince du Sang.
:
M. Collé ſeroit en état, s'il le vouloit, de
donner au Public un Théâtre de Socié-
té, affez conſidérable. Ilya longtemps
que les Amateurs , & que les perſonnes
qui jouent la Comédie , entr'elles à
Paris , ou dans leurs campagne , atten-
dent , avec la plus vive impatience , qu'il
fafle imprimer ce Recueil précieux de
Comédies , & de petites Piéces , qui ne
peuvent être repréſentées ſurdes Théâ-
tres Publics , mais qui feroient comme
elles l'ont déjafait, l'amusement , & le
charme des Sociétés particulières.
en Prose, par l'AUTEUR DE DUPUIS
ET DES RONAIS. Le Prix est
de 24 sols ; à Paris, chez Duchesne,
Libraire, rue Saint Jacques, au-dessous
de la fontaine Saint Benoît, au
Temple du Goût, 1764. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
NOUS nous contentons, simplement
ici, d'annocer cette jolie Comédie, attendu
que , pour les raiſons que nous
endirons , nous en donnerons un ex-
trait , à la fin de l'Article des Specta-
cles du prochain Mercure.
LE ROSSIGNOL , Comédie en un
Acte , en Vaudevilles , du méme Auteur,
eſt , actuellement , ſous preffe ; &
paroîtra inceſſament. On la trouvera
pareillement chez Duchesne.
Ce n'eſt point le Roffignol , qui a
été joué à l'Opéra Comique ; mais ,
cette Piéce charmante , qui a déja ſa
réputation faite , & qui a été repréſen-
tée avec tant de ſuccès , il y a plusde
116 MERCURE DE FRANCE .
douze ans , chez S. A. S. Monſeigneur
le Comte de Clermont, Prince du Sang.
:
M. Collé ſeroit en état, s'il le vouloit, de
donner au Public un Théâtre de Socié-
té, affez conſidérable. Ilya longtemps
que les Amateurs , & que les perſonnes
qui jouent la Comédie , entr'elles à
Paris , ou dans leurs campagne , atten-
dent , avec la plus vive impatience , qu'il
fafle imprimer ce Recueil précieux de
Comédies , & de petites Piéces , qui ne
peuvent être repréſentées ſurdes Théâ-
tres Publics , mais qui feroient comme
elles l'ont déjafait, l'amusement , & le
charme des Sociétés particulières.
Fermer
16980
p. 116-119
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives. VERS à Mde de B..... qui le soir de ses nôces, après que tout le monde fut retiré, éxigea, toute affaire cessante, que son mari la menât au Bal de l'Opéra qu'elle n'avoit jamais vu. Le père du nouveau marié qui les avoit entendus se lever, s'habilla, se masqua, les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries, il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
Début :
CONDUITS par l'Hyménée & le Dieu de Cythère, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives. VERS à Mde de B..... qui le soir de ses nôces, après que tout le monde fut retiré, éxigea, toute affaire cessante, que son mari la menât au Bal de l'Opéra qu'elle n'avoit jamais vu. Le père du nouveau marié qui les avoit entendus se lever, s'habilla, se masqua, les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries, il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives.
VERS à Mde de B..... qui le soir de
ses nôces, après que tout le monde fut
retiré, éxigea, toute affaire cessante,
que son mari la menât au Bal de l'Opéra
qu'elle n'avoit jamais vu. Le père
du nouveau marié qui les avoit entendus
se lever, s'habilla, se masqua,
les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries,
il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
MARS. 1764.
117
CONDUITS par l'Hyménée & le Dieu de Cythère,
Dans le lit nuptial , cette nuitdeux époux,
Alloient goûter lesplaiſirs les plus doux ,
Sous les yeux du tendre myſtère ;
Quandtout-à-coup ,jalouxde leursjoyeux ébats,
Momus , cédant au dépit qui l'emporte ,
Entredans leur réduit, ſans frapper à la porte ,
S'approchedesconjointsquines'endormoientpas,
Etdes tendres amours écartant la cohorte,
A l'épouſe parle tout bas ,
Et la tance de cette forte.
Quoi !dit-il, à votre âge on n'eſtdonc pas touché,
D'un plaiſir qu'à vosyeux on atoujours caché ?
Tandisquedansmontemple,ou régnel'allégreſſe,
Bourgeois & Financier , Robin , Prince, Ducheſſe,
Tous viennent me faire la cour ;
Vous ſeule , à mon culte rebelle ,
Epriſe d'un nouvel amour ,
A côté d'un mari , jeune, aimable , fidéle ,
Vous voulez attendre le jour ?
Ypenſez-vous:d'Hymencommençantla carrière
,
118 MERCURE DE FRANCE.
Apeineunpauvre époux ouvre-t-il la barrière ;
Qu'il eſt déja prèſque ſur le côté :
De votre propre bien ſoyez plus ménagère ,
Par principe de volupté.
Votre époux eſt à vous : uſez-ende manière ,
Qu'il n'altére.point ſa ſanté.
Plaiſirs pouffés trop loin cauſent ſatiété.
D'Hymen toute la vie on peut chomer la fête;
Onprévoit ſesdouceurs juſques dans l'avenir;
Ses jours coulent en paix , & les miens vontfinir.
Profitez des jeux que j'apprête :
L'Ennemi* qui me ſuit va bientôt lesbannir.
Après ces mots, l'indiſcrette folie
Force les deux époux à ſortir de leur lit.
L'épouſe en eſt charmée , & l'époux obéit.
Peut-on rienrefuſer à femme qui ſupplie ?
On s'habille à la hâte , on s'échappe ſans bruit:
Au Bal de l'Opéra leplaiſir les conduit.
Ils arrivent maſqués ; qui peut les reconnoître ?
Qui ? l'Amourqui les ſuit. Déjàce petit traître,
Voyantque d'une utile nuit ,
Dont ildoit diſpoſer en maître ,
Un autreDieu perçoit le fruit ,
Dit lenom des époux , découvre le myſtère ,
A tout venant conte l'affaire ;
Lui-même déguiſé , prend l'épouſe àl'écart ,
Et lui flétrit le cœur par maint & maint brocard,
* Le Carême.
MARS. 1764.
L'aventure devient publique ;
L'un applaudit , l'autre critique :
La fingularité trouve despartiſans ;
Et cet époux afait la nique
A tous les maris complaiſans :
Mais peu fuivront cette pratique.
AimableBi.... vous qui dans votre lit ,
Avez paſſé la nuit , & vu naître l'aurore ,
Dont tout le monde parle encore ,
Dans les foyersde Terpficore.
119
En comblant de plaiſir l'époux qui vous adore ,
Amuſez-vous de ce récit ,
VERS à Mde de B..... qui le soir de
ses nôces, après que tout le monde fut
retiré, éxigea, toute affaire cessante,
que son mari la menât au Bal de l'Opéra
qu'elle n'avoit jamais vu. Le père
du nouveau marié qui les avoit entendus
se lever, s'habilla, se masqua,
les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries,
il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
MARS. 1764.
117
CONDUITS par l'Hyménée & le Dieu de Cythère,
Dans le lit nuptial , cette nuitdeux époux,
Alloient goûter lesplaiſirs les plus doux ,
Sous les yeux du tendre myſtère ;
Quandtout-à-coup ,jalouxde leursjoyeux ébats,
Momus , cédant au dépit qui l'emporte ,
Entredans leur réduit, ſans frapper à la porte ,
S'approchedesconjointsquines'endormoientpas,
Etdes tendres amours écartant la cohorte,
A l'épouſe parle tout bas ,
Et la tance de cette forte.
Quoi !dit-il, à votre âge on n'eſtdonc pas touché,
D'un plaiſir qu'à vosyeux on atoujours caché ?
Tandisquedansmontemple,ou régnel'allégreſſe,
Bourgeois & Financier , Robin , Prince, Ducheſſe,
Tous viennent me faire la cour ;
Vous ſeule , à mon culte rebelle ,
Epriſe d'un nouvel amour ,
A côté d'un mari , jeune, aimable , fidéle ,
Vous voulez attendre le jour ?
Ypenſez-vous:d'Hymencommençantla carrière
,
118 MERCURE DE FRANCE.
Apeineunpauvre époux ouvre-t-il la barrière ;
Qu'il eſt déja prèſque ſur le côté :
De votre propre bien ſoyez plus ménagère ,
Par principe de volupté.
Votre époux eſt à vous : uſez-ende manière ,
Qu'il n'altére.point ſa ſanté.
Plaiſirs pouffés trop loin cauſent ſatiété.
D'Hymen toute la vie on peut chomer la fête;
Onprévoit ſesdouceurs juſques dans l'avenir;
Ses jours coulent en paix , & les miens vontfinir.
Profitez des jeux que j'apprête :
L'Ennemi* qui me ſuit va bientôt lesbannir.
Après ces mots, l'indiſcrette folie
Force les deux époux à ſortir de leur lit.
L'épouſe en eſt charmée , & l'époux obéit.
Peut-on rienrefuſer à femme qui ſupplie ?
On s'habille à la hâte , on s'échappe ſans bruit:
Au Bal de l'Opéra leplaiſir les conduit.
Ils arrivent maſqués ; qui peut les reconnoître ?
Qui ? l'Amourqui les ſuit. Déjàce petit traître,
Voyantque d'une utile nuit ,
Dont ildoit diſpoſer en maître ,
Un autreDieu perçoit le fruit ,
Dit lenom des époux , découvre le myſtère ,
A tout venant conte l'affaire ;
Lui-même déguiſé , prend l'épouſe àl'écart ,
Et lui flétrit le cœur par maint & maint brocard,
* Le Carême.
MARS. 1764.
L'aventure devient publique ;
L'un applaudit , l'autre critique :
La fingularité trouve despartiſans ;
Et cet époux afait la nique
A tous les maris complaiſans :
Mais peu fuivront cette pratique.
AimableBi.... vous qui dans votre lit ,
Avez paſſé la nuit , & vu naître l'aurore ,
Dont tout le monde parle encore ,
Dans les foyersde Terpficore.
119
En comblant de plaiſir l'époux qui vous adore ,
Amuſez-vous de ce récit ,
Fermer
16980
SUPPLÉMENT aux Piéces Fugitives. VERS à Mde de B..... qui le soir de ses nôces, après que tout le monde fut retiré, éxigea, toute affaire cessante, que son mari la menât au Bal de l'Opéra qu'elle n'avoit jamais vu. Le père du nouveau marié qui les avoit entendus se lever, s'habilla, se masqua, les suivit au Bal ; & à force de plaisanteries, il obligea sa bru de revenir avec son Mari masqués encore l'un & l'autre, & ne comprenant pas comment ils avoient pu être reconnus. Le père m'écrivit l'aventure le matin, & elle reçut ces Vers l'après-diner à sa toilette : ce qui l'étonna beaucoup.
16981
p. 120
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
Début :
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI,
en Lorraine & en Alaace, en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere,
Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé
de Dragons, & ci-devant Aide-Major
Général des Logis de l'Armée du
Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire,
quai de Gêvres ; vol. in 8o. petit
format ; 1764 ; avec une Carte très-bien
faite de la Lorraine, & d'une partie
de l'Alsace.
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant
plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite
l'intelligence de cette Campagne ,
elle est un moyen ſimple & aiſé d'en re-
paffer d'un coupd'œil toutes les opéra-
tions , & d'en conſerver une idée nette
&fructueuſe. Quant à l'Ouvrage même,
la Campagne de M. de Créqui eſt ſi cu-
rieuſe &fi inſtructive , par les événe-
mens qu'elle préſente , par la conduite
admirable de ce Général , & par le dé-
tailde toutes les marches de fon Armée ,
& des Camps qu'elle a occupés , que ce
Livre ne peut manquer d'être d'une très-
grande utilité aux Militaires : furtout les
faitsy étant expoſés avec une clarté , un
ordre & une précision quifont honneur
à l'Auteur de cette utile & précieuſe ré-
daction.
en Lorraine & en Alaace, en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere,
Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé
de Dragons, & ci-devant Aide-Major
Général des Logis de l'Armée du
Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire,
quai de Gêvres ; vol. in 8o. petit
format ; 1764 ; avec une Carte très-bien
faite de la Lorraine, & d'une partie
de l'Alsace.
L'AUTEUR a jugé cette Carte d'autant
plus nécessaire, qu'outre qu'elle facilite
l'intelligence de cette Campagne ,
elle est un moyen ſimple & aiſé d'en re-
paffer d'un coupd'œil toutes les opéra-
tions , & d'en conſerver une idée nette
&fructueuſe. Quant à l'Ouvrage même,
la Campagne de M. de Créqui eſt ſi cu-
rieuſe &fi inſtructive , par les événe-
mens qu'elle préſente , par la conduite
admirable de ce Général , & par le dé-
tailde toutes les marches de fon Armée ,
& des Camps qu'elle a occupés , que ce
Livre ne peut manquer d'être d'une très-
grande utilité aux Militaires : furtout les
faitsy étant expoſés avec une clarté , un
ordre & une précision quifont honneur
à l'Auteur de cette utile & précieuſe ré-
daction.
Fermer
16981
CAMPAGNE du Marquis de CRÉQUI, en Lorraine & en Alaace, en 1677 ; rédigée par M. Carlet de la Roziere, Chevalier de S. Louis, Capitaine réformé de Dragons, & ci-devant Aide-Major Général des Logis de l'Armée du Rhin ; à Paris, chez Lesclapart, Libraire, quai de Gêvres ; vol. in 8 o . petit format ; 1764 ; avec une Carte très-bien faite de la Lorraine, & d'une partie de l'Alsace.
16982
p. 121-129
BIBLIOTHÉQUE choisie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques tant François qu'Etrangers, avec plusieurs Piéces rares & des remarques utiles & curieuses. Par M. PLANQUE, Docteur en Médecine, Tome VIII. avec Figures. A Paris, chez la veuve d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'ORLÉANS, rue Severin, près la rue S. Jacques. 1763.
Début :
LA matière qui compose ce huitieme Volume, est comprise dans les mots [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BIBLIOTHÉQUE choisie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques tant François qu'Etrangers, avec plusieurs Piéces rares & des remarques utiles & curieuses. Par M. PLANQUE, Docteur en Médecine, Tome VIII. avec Figures. A Paris, chez la veuve d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'ORLÉANS, rue Severin, près la rue S. Jacques. 1763.
BIBLIOTHÉQUE choisie de Médecine,
tirée des Ouvrages périodiques tant
François qu'Etrangers, avec plusieurs
Piéces rares & des remarques utiles
& curieuses. Par M. PLANQUE,
Docteur en Médecine, Tome VIII.
avec Figures. A Paris, chez la veuve
d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'ORLÉANS, rue Severin,
près la rue S. Jacques. 1763.
LA matière qui compose ce huitieme
Volume, est comprise dans les mots
néphrétique , nerf, nourriture , obésité ,
odontalgie , odorat , œil , œsophage ,
ongle , opération Césarienne , ophthal-
mie , & os.
Le premier Article renferme la ſtruc-
ture des reins dans l'état naturel &
dans l'état contre nature ; l'on en dé-
veloppe la méchanique ; on expoſe leurs
maladies & les moyens de les guérir.
On rapporte l'hiſtoire d'une néphréti-
quepériodique quiattaquoit une Dame
de 50 ans tous les mois & à la même
heure. Cette hiſtoire eſt ſuivie de beau-
F
122 MERCURE DE FRANCE .
coupde remarques curieuſes non-feule-
ment ſur la néphrétique , mais encore
ſur pluſieurs autres affections dont les
retours périodiques ſont ſurprenans ,
comme des fiévres qui revenoient tous
les ans , la parole perdue , qui revenoît
tous les jours depuis midi juſqu'à une
heure , &c.
Les nerfs dont la connoiſſance eſt ſi
néceſſaire , fait le ſujet du ſecond Ar-
ticle. On y examine leur nature , leur
origine , leur progrès , leurs diviſions.
On prouve l'existence des eſprits ani-
maux dans les nerfs ; on expoſe leur
puiſſance dans l'economie animale , on
démontre que c'eſt par leur moyen
que l'âme s'apperçoit de ce qui ſe
paffe dans notre machine vivante ;
on recherche quelle eſt la partie du
cerveau où l'âme exerce ſes fonctions ,
& où elle reçoit les impreffions des ob-
jets ; on explique la cauſe de ladouleur
& l'on rapporte quelques conjectures
fur les maladies des eſprits & fur le dé-
fordre du cerveau dans certaines affec-
tions ſurprenantes , comme dans la ca-
talepfie ,dans les raviſſemens ou exta-
fes , &c.
L'Article fuivant regarde la nourritu-
re. On y traite de la nature des alimens,
MARS. 1764.
123
de leur différence dans différens Pays ;
on demande ſi l'on peut vivre long-
temps ſans leur fecours. On rapporte
pluſieurs exemples d'hommes & d'ani-
maux qui ont vêcu pluſieurs années
fans boire & fans manger ; on y lit
l'hiſtoire d'une femme qui depuis 18
ans juſqu'à un âge avancé rejettoit ce
qu'elle prenoit , a l'exception de l'eau
& du petit lait. On remarque qu'elle a
été ſeize ans n'allant qu'une fois à la
ſelle chaque année , c'étoit toujours au
mois de Mars .
Cet Article finit par la méthode de
faire cuire les Os , par l'hiſtoire du Cho-
colat & par les moyens de conferver les
Grains &c.
Le quatrieme Article eſt employé à
traiter de l'Obésité, cet embonpoint ex-
ceffif, qui fait tantd'obstacles aux fonc-
tions animales & vitales. Il renferme
beaucoupd'exemples de groſſeurs énor-
mes , des accidens qui les accompagnent
& des moyens de les détruire.
Le mot Odontalgie fournit des ſujets
auffi curieux qu'utiles. On parle dans ce
cinquiéme Article , de la nature des
Dents , de leurs maladies , de leurs re-
médes , des accidens qui peuvent ar-
river en les arrachant
des fecours
qu'on doit y apporter. L'on finit cet
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Article par les prognoſtics qu'on peut
tirer de l'inſpection des Dents.
L'on paſſe enſuite à la connoiſſance
de la ſtructure du fiége de l'Odorat ,
on donne une deſcription exacte de
toutes les parties de cet organe ; on
rend raiſon de pluſieurs phénomènes
curieux ; par exemple , pourquoi l'on
pleure quand on a reſpiré des odeurs
fortes , pourquoi l'on éternue , quand
les yeux font frappés d'une vive lumière.
Onparle enfuite de l'éternuëment ; on
en découvre la cauſe , ſes bons & fes
mauvais effets , auſſi bien que ceux du
Tabac ; enfin on recherche l'origine des
ſouhaits qu'on fait à ceux qui éternuent ;
dans l'Article de l'œil on lit la defcrip-
tion de cet organe , on parle de l'action
de fes muſcles & de leur uſage , on rap-
portédes obſervations ſurla méchanique
des muſcles obliques , ſur l'iris & fur
la porofitéde la cornée tranſparente ; on
y trouve pluſieurs découvertes fur les
yeux de differens animaux , une differ-
tation ſçavante ſur la Méchanique des
mouvemens de la prunelle , où l'on é-
xamine quelle est la ſtructure & la ma-
nière d'agir des fibres droites de l'uvée;on
y traite des mouvemens de l'iris , & par
occafionde la partie principale del'orga-
ne de la vue; on y litun mémoire fur les
MARS. 1764.
125
yeux gelés , dans lequel on détermine la
grandeur des chambres que renferme
l'humeur aqueuſe;delaconnoiffance exac-
tedes parties de l'œil,&de leurs fonctions;
l'on paſſe aux maladies dont les princi-
pales font la cataracte , & la fiftule la-
crymale. On rapporte les diverſes ma-
nières d'en faire les opérations , plu-
fieurs obſervations ſur une maladie du
ſyphon lacrymal dont les Auteurs n'a-
voient pas encore parlé ; ſur un ban-
dage compreffif deſtiné à la cure de la
tumeur lacrymale ; une diſſertation ſur
la cauſe du ſtrabisme ou des yeux lou-
ches , & fur d'autres maladies qui atta-
quent cet organe , & les paupières.
Le mot œsophage conduit à des cho-
ſes intéreſſantes qui regardent la déglu-
tition : après être entré dans la defcrip-
tion des parties de cet organe, on expli-
que comment ſe fait la déglutition ; on
rencontre des remarques ſur la luette ,
ſur ſes fonctions , ſur ſes maladies & fur
celles de plufieurs autres parties de la
bouche. On y lit auffi un Mémoire fur
une difficulté d'avaler , & l'on y donne
les moyens de ſecourir les malades.
Les ongles occupent le neuviéme arti-
cle : on y explique de quoi & comment
ils ſe forment , comment ils ſe nourrif-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ſent , comment ils croiſſent & comment
ils végétent. On réfutel'opinionde ceux
qui s'imaginent qu'ils croiffent après la
mort de l'animal. On rapporte pluſieurs
hiſtoires d'ongles monstrueux ; on y lit
une lettre curieuſe touchant une fille à
qui il venoit des cornes fur plufieurs en-
droits de fon corps.
Après cetarticle on vient à l'opération
céſarienne, l'on en rapporte l'origine , le
temps de fa néceſſité & la façon de la
faire. On finit cet article par l'hiſtoire
d'une opération céſarienne fingulière.
L'ophthalmie remplit ledixiéme arti-
cle. On y explique enquoiconfiſte cette
maladie , quelle eſt la partie qu'elle af-
fecte, & combienil y en a de fortes. On
rapporte des éxemples de pluſieurs acci-
dens , fuites fâcheuſes de l'ophthalmie ,
qui ont conduit à l'aveuglement. L'émé
ralopie ou vue de jour fournit la matière
d'un Mémoire fort curieux & fingulier :
les perſonnes attaquées de cette maladie
n'apperçoivent les objets qu'aux grands
rayons du Soleil , encore même avec
quelque confufion ; on explique la caufe
de cette affection extraordinaire , & l'on
enſeigne les remédes capables de la gué-
rir. On prendde-là occafion de rappor-
tor pluſieurs hiſtoires de vues ſiperçantes,
qu'à peine peut- on y ajouter foi , com
MARS. 1764.
127
me d'appercevoir ce qui eft caché dans
la terre , le mouvement du ſang dans le
cœur , les dépôts d'humeurs formés inté-
rieurement. On parle auſſi de ceux qui
voyent les objets doubles ,& on rend
raiſon de ce phénomène ; comme auſſi
de ceux qui ne voyent qu'une partie des
objets. On rapporte auſſi des éxemples
de ceux qui ne voyent pas le jour , &
qui voyent affez bien la nuit.
De ces phénomènes extraordinaires ,
l'on paſſe à une maladie qui eſt aſſez
commune , mais dont on ſe défait diffi-
cilement. Ce fontdes filamens , des pe-
tits pelotons , d'eſpèces d'aîles de mou-
ches , & autres apparences qui ſemblent
voltiger dans l'œil. On tâche d'en décou-
vrir la cauſe , & l'on en donne quelques
remédes.
Les os terminent la matière de ce vo-
lume : l'on y éxamine leur nature , leurs
parties , leur uſage ; on explique com-
ment ils parviennent à cette dureté qui
les diftingue des autres parties , & com-
ment il arrive que certaines parties mol-
les s'offifient; on lit des obſervations fur
la ſtructure & fur les maladies des carti-
lages qui ſe trouvent dans les articula-
tions ; on en rapporte d'autres ſur les
jointures écailleuſes & fur les jointures
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
dentelées du crâne , fur les os du palais ,
fur les vertébres des côtes ; fur la propor-
tion des os du ſquélettede l'homme; fur
le mouvement des mâchoires ; ſur la
ſtructure & le ſentiment de la moëlle ;
fur la teinture en rouge des os des ani-
maux vivans. On paffe enſuite aux ob-
ſervations qui regardent leurs maladies ,
comme le craquement des os , la fracture
de la rotule , de l'humerus , de la cuiſſe.
On fait mention d'une partie de ſquélette
qui étoit ſans articulation , & d'un ſqué-
lette entier qui ne formoit qu'une feule
piéce d'os ; c'étoit un domeſtique qui
mourut à foixante-un ans.Il commença à
être moins agile à l'âge de dix-huit ans.
Vingt ans avant la mort de cet homme ,
il eut une fiévre très- violente , pouravoir
paffé une partie de la nuit à dormir fur
l'herbe , ayant chaud. Depuis qu'il fut
rétabli , il ne futjamais fans reffentir de
grandes douleurs dans les os. En quatre
ans , il perdit l'uſage & le mouvement
des mâchoires ; de forte qu'on fut obli-
gé de lui arracher pluſieurs dents pour le
nourrir de foupe , de lait& de bierre ; il
ne pouvoit ni s'aſſeoir , ni ſe baiffer ; il
dormoit dans une guérite avec une pe-
tite planche qu'il gliſſoit dans une cou-
liffe, contre laquelle il appuyoit ſon eſto-
mac. Il ne pouvoit pas faire le moindre
MARS. 1764.
129
mouvement avec ſa tête. Il pouvoit ſe
mouvoir fur un terrein uni par une eſpè
ce de faut , & il reſtoit plufieurs heures
dans un jardin , en ſe tenant le dos ap-
puyé contre une muraille. Ily a dans ce
huitiéme volume une infinité de faits
auſſi utiles que curieux, furleſquels il ne
nous eſt pas poſſible de nous arrêter , &
nous ne croyons pas nous compromettre
en afſurant le Public que ce volume ne
mérite pas moins fon approbation que
les précédens.
Le neuviéme volume eſt ſous preſſe ,
auffi-bien que le vingt- cinquiéme de
l'édition in- 12 , de laquelle il paroît
vingt-quatre Tomes.
tirée des Ouvrages périodiques tant
François qu'Etrangers, avec plusieurs
Piéces rares & des remarques utiles
& curieuses. Par M. PLANQUE,
Docteur en Médecine, Tome VIII.
avec Figures. A Paris, chez la veuve
d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'ORLÉANS, rue Severin,
près la rue S. Jacques. 1763.
LA matière qui compose ce huitieme
Volume, est comprise dans les mots
néphrétique , nerf, nourriture , obésité ,
odontalgie , odorat , œil , œsophage ,
ongle , opération Césarienne , ophthal-
mie , & os.
Le premier Article renferme la ſtruc-
ture des reins dans l'état naturel &
dans l'état contre nature ; l'on en dé-
veloppe la méchanique ; on expoſe leurs
maladies & les moyens de les guérir.
On rapporte l'hiſtoire d'une néphréti-
quepériodique quiattaquoit une Dame
de 50 ans tous les mois & à la même
heure. Cette hiſtoire eſt ſuivie de beau-
F
122 MERCURE DE FRANCE .
coupde remarques curieuſes non-feule-
ment ſur la néphrétique , mais encore
ſur pluſieurs autres affections dont les
retours périodiques ſont ſurprenans ,
comme des fiévres qui revenoient tous
les ans , la parole perdue , qui revenoît
tous les jours depuis midi juſqu'à une
heure , &c.
Les nerfs dont la connoiſſance eſt ſi
néceſſaire , fait le ſujet du ſecond Ar-
ticle. On y examine leur nature , leur
origine , leur progrès , leurs diviſions.
On prouve l'existence des eſprits ani-
maux dans les nerfs ; on expoſe leur
puiſſance dans l'economie animale , on
démontre que c'eſt par leur moyen
que l'âme s'apperçoit de ce qui ſe
paffe dans notre machine vivante ;
on recherche quelle eſt la partie du
cerveau où l'âme exerce ſes fonctions ,
& où elle reçoit les impreffions des ob-
jets ; on explique la cauſe de ladouleur
& l'on rapporte quelques conjectures
fur les maladies des eſprits & fur le dé-
fordre du cerveau dans certaines affec-
tions ſurprenantes , comme dans la ca-
talepfie ,dans les raviſſemens ou exta-
fes , &c.
L'Article fuivant regarde la nourritu-
re. On y traite de la nature des alimens,
MARS. 1764.
123
de leur différence dans différens Pays ;
on demande ſi l'on peut vivre long-
temps ſans leur fecours. On rapporte
pluſieurs exemples d'hommes & d'ani-
maux qui ont vêcu pluſieurs années
fans boire & fans manger ; on y lit
l'hiſtoire d'une femme qui depuis 18
ans juſqu'à un âge avancé rejettoit ce
qu'elle prenoit , a l'exception de l'eau
& du petit lait. On remarque qu'elle a
été ſeize ans n'allant qu'une fois à la
ſelle chaque année , c'étoit toujours au
mois de Mars .
Cet Article finit par la méthode de
faire cuire les Os , par l'hiſtoire du Cho-
colat & par les moyens de conferver les
Grains &c.
Le quatrieme Article eſt employé à
traiter de l'Obésité, cet embonpoint ex-
ceffif, qui fait tantd'obstacles aux fonc-
tions animales & vitales. Il renferme
beaucoupd'exemples de groſſeurs énor-
mes , des accidens qui les accompagnent
& des moyens de les détruire.
Le mot Odontalgie fournit des ſujets
auffi curieux qu'utiles. On parle dans ce
cinquiéme Article , de la nature des
Dents , de leurs maladies , de leurs re-
médes , des accidens qui peuvent ar-
river en les arrachant
des fecours
qu'on doit y apporter. L'on finit cet
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Article par les prognoſtics qu'on peut
tirer de l'inſpection des Dents.
L'on paſſe enſuite à la connoiſſance
de la ſtructure du fiége de l'Odorat ,
on donne une deſcription exacte de
toutes les parties de cet organe ; on
rend raiſon de pluſieurs phénomènes
curieux ; par exemple , pourquoi l'on
pleure quand on a reſpiré des odeurs
fortes , pourquoi l'on éternue , quand
les yeux font frappés d'une vive lumière.
Onparle enfuite de l'éternuëment ; on
en découvre la cauſe , ſes bons & fes
mauvais effets , auſſi bien que ceux du
Tabac ; enfin on recherche l'origine des
ſouhaits qu'on fait à ceux qui éternuent ;
dans l'Article de l'œil on lit la defcrip-
tion de cet organe , on parle de l'action
de fes muſcles & de leur uſage , on rap-
portédes obſervations ſurla méchanique
des muſcles obliques , ſur l'iris & fur
la porofitéde la cornée tranſparente ; on
y trouve pluſieurs découvertes fur les
yeux de differens animaux , une differ-
tation ſçavante ſur la Méchanique des
mouvemens de la prunelle , où l'on é-
xamine quelle est la ſtructure & la ma-
nière d'agir des fibres droites de l'uvée;on
y traite des mouvemens de l'iris , & par
occafionde la partie principale del'orga-
ne de la vue; on y litun mémoire fur les
MARS. 1764.
125
yeux gelés , dans lequel on détermine la
grandeur des chambres que renferme
l'humeur aqueuſe;delaconnoiffance exac-
tedes parties de l'œil,&de leurs fonctions;
l'on paſſe aux maladies dont les princi-
pales font la cataracte , & la fiftule la-
crymale. On rapporte les diverſes ma-
nières d'en faire les opérations , plu-
fieurs obſervations ſur une maladie du
ſyphon lacrymal dont les Auteurs n'a-
voient pas encore parlé ; ſur un ban-
dage compreffif deſtiné à la cure de la
tumeur lacrymale ; une diſſertation ſur
la cauſe du ſtrabisme ou des yeux lou-
ches , & fur d'autres maladies qui atta-
quent cet organe , & les paupières.
Le mot œsophage conduit à des cho-
ſes intéreſſantes qui regardent la déglu-
tition : après être entré dans la defcrip-
tion des parties de cet organe, on expli-
que comment ſe fait la déglutition ; on
rencontre des remarques ſur la luette ,
ſur ſes fonctions , ſur ſes maladies & fur
celles de plufieurs autres parties de la
bouche. On y lit auffi un Mémoire fur
une difficulté d'avaler , & l'on y donne
les moyens de ſecourir les malades.
Les ongles occupent le neuviéme arti-
cle : on y explique de quoi & comment
ils ſe forment , comment ils ſe nourrif-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ſent , comment ils croiſſent & comment
ils végétent. On réfutel'opinionde ceux
qui s'imaginent qu'ils croiffent après la
mort de l'animal. On rapporte pluſieurs
hiſtoires d'ongles monstrueux ; on y lit
une lettre curieuſe touchant une fille à
qui il venoit des cornes fur plufieurs en-
droits de fon corps.
Après cetarticle on vient à l'opération
céſarienne, l'on en rapporte l'origine , le
temps de fa néceſſité & la façon de la
faire. On finit cet article par l'hiſtoire
d'une opération céſarienne fingulière.
L'ophthalmie remplit ledixiéme arti-
cle. On y explique enquoiconfiſte cette
maladie , quelle eſt la partie qu'elle af-
fecte, & combienil y en a de fortes. On
rapporte des éxemples de pluſieurs acci-
dens , fuites fâcheuſes de l'ophthalmie ,
qui ont conduit à l'aveuglement. L'émé
ralopie ou vue de jour fournit la matière
d'un Mémoire fort curieux & fingulier :
les perſonnes attaquées de cette maladie
n'apperçoivent les objets qu'aux grands
rayons du Soleil , encore même avec
quelque confufion ; on explique la caufe
de cette affection extraordinaire , & l'on
enſeigne les remédes capables de la gué-
rir. On prendde-là occafion de rappor-
tor pluſieurs hiſtoires de vues ſiperçantes,
qu'à peine peut- on y ajouter foi , com
MARS. 1764.
127
me d'appercevoir ce qui eft caché dans
la terre , le mouvement du ſang dans le
cœur , les dépôts d'humeurs formés inté-
rieurement. On parle auſſi de ceux qui
voyent les objets doubles ,& on rend
raiſon de ce phénomène ; comme auſſi
de ceux qui ne voyent qu'une partie des
objets. On rapporte auſſi des éxemples
de ceux qui ne voyent pas le jour , &
qui voyent affez bien la nuit.
De ces phénomènes extraordinaires ,
l'on paſſe à une maladie qui eſt aſſez
commune , mais dont on ſe défait diffi-
cilement. Ce fontdes filamens , des pe-
tits pelotons , d'eſpèces d'aîles de mou-
ches , & autres apparences qui ſemblent
voltiger dans l'œil. On tâche d'en décou-
vrir la cauſe , & l'on en donne quelques
remédes.
Les os terminent la matière de ce vo-
lume : l'on y éxamine leur nature , leurs
parties , leur uſage ; on explique com-
ment ils parviennent à cette dureté qui
les diftingue des autres parties , & com-
ment il arrive que certaines parties mol-
les s'offifient; on lit des obſervations fur
la ſtructure & fur les maladies des carti-
lages qui ſe trouvent dans les articula-
tions ; on en rapporte d'autres ſur les
jointures écailleuſes & fur les jointures
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
dentelées du crâne , fur les os du palais ,
fur les vertébres des côtes ; fur la propor-
tion des os du ſquélettede l'homme; fur
le mouvement des mâchoires ; ſur la
ſtructure & le ſentiment de la moëlle ;
fur la teinture en rouge des os des ani-
maux vivans. On paffe enſuite aux ob-
ſervations qui regardent leurs maladies ,
comme le craquement des os , la fracture
de la rotule , de l'humerus , de la cuiſſe.
On fait mention d'une partie de ſquélette
qui étoit ſans articulation , & d'un ſqué-
lette entier qui ne formoit qu'une feule
piéce d'os ; c'étoit un domeſtique qui
mourut à foixante-un ans.Il commença à
être moins agile à l'âge de dix-huit ans.
Vingt ans avant la mort de cet homme ,
il eut une fiévre très- violente , pouravoir
paffé une partie de la nuit à dormir fur
l'herbe , ayant chaud. Depuis qu'il fut
rétabli , il ne futjamais fans reffentir de
grandes douleurs dans les os. En quatre
ans , il perdit l'uſage & le mouvement
des mâchoires ; de forte qu'on fut obli-
gé de lui arracher pluſieurs dents pour le
nourrir de foupe , de lait& de bierre ; il
ne pouvoit ni s'aſſeoir , ni ſe baiffer ; il
dormoit dans une guérite avec une pe-
tite planche qu'il gliſſoit dans une cou-
liffe, contre laquelle il appuyoit ſon eſto-
mac. Il ne pouvoit pas faire le moindre
MARS. 1764.
129
mouvement avec ſa tête. Il pouvoit ſe
mouvoir fur un terrein uni par une eſpè
ce de faut , & il reſtoit plufieurs heures
dans un jardin , en ſe tenant le dos ap-
puyé contre une muraille. Ily a dans ce
huitiéme volume une infinité de faits
auſſi utiles que curieux, furleſquels il ne
nous eſt pas poſſible de nous arrêter , &
nous ne croyons pas nous compromettre
en afſurant le Public que ce volume ne
mérite pas moins fon approbation que
les précédens.
Le neuviéme volume eſt ſous preſſe ,
auffi-bien que le vingt- cinquiéme de
l'édition in- 12 , de laquelle il paroît
vingt-quatre Tomes.
Fermer
16982
BIBLIOTHÉQUE choisie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques tant François qu'Etrangers, avec plusieurs Piéces rares & des remarques utiles & curieuses. Par M. PLANQUE, Docteur en Médecine, Tome VIII. avec Figures. A Paris, chez la veuve d'Houry, Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'ORLÉANS, rue Severin, près la rue S. Jacques. 1763.
16983
p. 129-131
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
HARMONIE des Pseaumes & de l'Evangile, ou Traduction des Pseaumes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
HARMONIE des Pseaumes & de
l'Evangile, ou Traduction des Pseaumes
& des Cantiques de l'Eglife ; avec
des Notes relatives à la Vulgate , aux
Septante & au Texte Hébreu ; ouvra-
ge posthume de M. Pluche ; à Paris
chez les Freres Eflienne , rue S. Jac-
ques , à la Vertu ; 1764 , un Vol. in-12..
Avec Approbation & Privilége du Roi.
Cette nouvelle Traduction des Preau-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
mes, qui ne le céde à aucune de celles
qui ont paru juſqu'à préſent , eſt pré-
cédé d'une Préface très-étendue & très-
inſtructive , quidonne la clefdes Pſeau-
mes , fait connoître le caractère parti-
culier du langage des Hébreux , le
tour de leur Poësie , l'état actuel du
Texte de l'Ecriture , & les divers acci-
dens arrivés aux verſions Grecque &
Latine. Les Notes dont M. Pluche a
accompagnié ſa verſion , répandent
beaucoup de clarté ſur le Texte.
DISSERTATION fur différens points
de Géographie , adreſſée à l'Académie
des Sciences & Belles-Lettres de Gor-
tingue ; par M. Rizzi Zannoni ; 1764 ,
brochure in-8°.
Le but de cet écrit eſt de réfuter M.
Bonne , Mathématicien , qui avoit atta-
qué M. Rizzi Zannoni au ſujet dequel-
ques fentimens ſur la Géographie : on
réduit ici à deux points principaux , les
plaintes de M. Bonne. Le premier roule
fur ce que M.Rizzi Zannoni avoitdit que
c'étoitun projet chimérique & ridicule
,
que de prétendre nous donner des Car-
tes arplaties vers les Pôles ; dans le
fecond M. Bonne reproche à fon Ad-
verſaire de l'avoir copié dans ſa Carte
MARS. 1764.
131
des Côtes Maritimes de la France , &
d'y avoir ajouté des fautes. La réfuta-
tion des accuſations de M. Bonne fait
tout le ſujet de cette differtation.
HARMONIE des Pseaumes & de
l'Evangile, ou Traduction des Pseaumes
& des Cantiques de l'Eglife ; avec
des Notes relatives à la Vulgate , aux
Septante & au Texte Hébreu ; ouvra-
ge posthume de M. Pluche ; à Paris
chez les Freres Eflienne , rue S. Jac-
ques , à la Vertu ; 1764 , un Vol. in-12..
Avec Approbation & Privilége du Roi.
Cette nouvelle Traduction des Preau-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
mes, qui ne le céde à aucune de celles
qui ont paru juſqu'à préſent , eſt pré-
cédé d'une Préface très-étendue & très-
inſtructive , quidonne la clefdes Pſeau-
mes , fait connoître le caractère parti-
culier du langage des Hébreux , le
tour de leur Poësie , l'état actuel du
Texte de l'Ecriture , & les divers acci-
dens arrivés aux verſions Grecque &
Latine. Les Notes dont M. Pluche a
accompagnié ſa verſion , répandent
beaucoup de clarté ſur le Texte.
DISSERTATION fur différens points
de Géographie , adreſſée à l'Académie
des Sciences & Belles-Lettres de Gor-
tingue ; par M. Rizzi Zannoni ; 1764 ,
brochure in-8°.
Le but de cet écrit eſt de réfuter M.
Bonne , Mathématicien , qui avoit atta-
qué M. Rizzi Zannoni au ſujet dequel-
ques fentimens ſur la Géographie : on
réduit ici à deux points principaux , les
plaintes de M. Bonne. Le premier roule
fur ce que M.Rizzi Zannoni avoitdit que
c'étoitun projet chimérique & ridicule
,
que de prétendre nous donner des Car-
tes arplaties vers les Pôles ; dans le
fecond M. Bonne reproche à fon Ad-
verſaire de l'avoir copié dans ſa Carte
MARS. 1764.
131
des Côtes Maritimes de la France , &
d'y avoir ajouté des fautes. La réfuta-
tion des accuſations de M. Bonne fait
tout le ſujet de cette differtation.
Fermer
16984
p. 131
« LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
Début :
LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Lettres, Philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
LETTRES à M. Rousseau , pour fervir
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
Fermer
Résumé : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
L'ouvrage 'Lettres à M. Rousseau' vise à réfuter les écrits de Jean-Jacques Rousseau, jugés dangereux pour la religion et le gouvernement. Composé de quinze lettres, chaque lettre forme un volume d'environ quinze feuilles. Les deux premières lettres sont disponibles au prix de 3 livres 6 sols. Plusieurs prélats ont approuvé cette réfutation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16985
p. 132-133
« THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...] »
Début :
THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « THÉATRE de la dernière Guerre en Allemagne, &c, en six Volumes in- 2. [...] »
THÉATRE de la dernière Guerre en
Allemagne, &c, en six Volumes in- 2.
chez Langlois , fils , Libraire à Paris
,
rue de la Harpe , près de la rue Poupée ,
à la Couronne d'Or.
Ce Libraire propoſe de le donner
au Public par forme de ſouſcription
avec une diminution de prix confidéra-
ble. Juſqu'ici les fix premiers Volumes
ont toujours été vendus chacun 3 liv.
en Feuilles ; ce qui faisoit pour le tout
18 liv. Chaque Volume pareillement
en Feuilles , fera donné pour 2 livres &
relié coûtera 2. liv. 12 ſols. Cela fait
fur les fix Volumes une diminution
du tiers , ou une réduction de 18 liv.
à 12 liv. Les deux derniers Volumes
fept & huit qui paroîtront dans le
mois de Mai prochain 1764 , ne feront
auffi vendus chacun en feuilles que 2
livres à ceux qui auront pris les fix pré-
cédens ; c'est-à-dire , à ceux qui auront
ſouſcrit juſqu'au mois de Mai : ainfi
l'Ouvrage entier composé de huit Volu-
mes , ne coûtera plus que 16 livres au
lieu de 24 livres , & l'on aura dans cet
Ouvrage une collection complette &
très-bien gravéedes Plans de Batailles ,
Siéges , Combats , Marches , & autres
actions de la dernière Guerre. Cette in
MARS. 1764 .
133
téreſſante collection,recommandable par
la beauté & la quantité des Gravures
qui monteront à plus de cent Planches ,
ainſi que par l'exactitude & par la fin-
gularité desdétails , ſera très-utile pour
PHiſtoire. La diminution qu'on annon-
се, n'aura lieu que juſqu'au premier
Mai 1764. Ce terme paſſé , l'Ouvrage
entier ſera vendu comme auparavant
trois livres chaque Volume en feuilles.
Allemagne, &c, en six Volumes in- 2.
chez Langlois , fils , Libraire à Paris
,
rue de la Harpe , près de la rue Poupée ,
à la Couronne d'Or.
Ce Libraire propoſe de le donner
au Public par forme de ſouſcription
avec une diminution de prix confidéra-
ble. Juſqu'ici les fix premiers Volumes
ont toujours été vendus chacun 3 liv.
en Feuilles ; ce qui faisoit pour le tout
18 liv. Chaque Volume pareillement
en Feuilles , fera donné pour 2 livres &
relié coûtera 2. liv. 12 ſols. Cela fait
fur les fix Volumes une diminution
du tiers , ou une réduction de 18 liv.
à 12 liv. Les deux derniers Volumes
fept & huit qui paroîtront dans le
mois de Mai prochain 1764 , ne feront
auffi vendus chacun en feuilles que 2
livres à ceux qui auront pris les fix pré-
cédens ; c'est-à-dire , à ceux qui auront
ſouſcrit juſqu'au mois de Mai : ainfi
l'Ouvrage entier composé de huit Volu-
mes , ne coûtera plus que 16 livres au
lieu de 24 livres , & l'on aura dans cet
Ouvrage une collection complette &
très-bien gravéedes Plans de Batailles ,
Siéges , Combats , Marches , & autres
actions de la dernière Guerre. Cette in
MARS. 1764 .
133
téreſſante collection,recommandable par
la beauté & la quantité des Gravures
qui monteront à plus de cent Planches ,
ainſi que par l'exactitude & par la fin-
gularité desdétails , ſera très-utile pour
PHiſtoire. La diminution qu'on annon-
се, n'aura lieu que juſqu'au premier
Mai 1764. Ce terme paſſé , l'Ouvrage
entier ſera vendu comme auparavant
trois livres chaque Volume en feuilles.
Fermer
16986
p. 133-135
« TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...] »
Début :
TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...] »
TRAITÉ Historique des Plantes de la
Lorraine & des trois Evêchés ; par M.
Buchoz, Médecin Ordinaire du Roi de
Pologne , &c.
Nous avons déjà donné pluſieurs ex-
traits de ce Livre utile , qui ſe conti-
nue avec ſuccès. Nous ajoutons ſeule-
ment , qu'il fera diviſé en vingt Volu-
mes. Le premiereſt le proſpectus de l'Ou-
vrage ; les dix-neuf autres renferment
chacun une famille différente de Plan-
tes , ſuivant le ſyſtême de leurs vertus.
Ondonne dans cet Ouvrage la deſcrip-
tion botanique de la Plante , ſa figure ,
l'endroit où elle croît , ſa culture , ſon
analyſe chymique & ſes propriétés , tant
pourlamédecine que pourles arts & mé-
tiers. On raporte les, ſentimens des an
134 MERCURE DE FRANCE.
ciens & des modernes , auxquels on
ajoute toutes les nouvelles obſervations
qui font faites fur ces matières. Le ſim-
ple expoſé de cet Ouvrage en démontre
l'utilité & la vaſte étendue.
L'Auteur a beſoin d'inſtruction pour
remplir cet objet ; les différens voyages
qu'il a faits dans la Lorraine & les
trois Evêchés ne font pas fuffifans ; il
réitére donc ſes inſtances auprès des
curieux , & il les prie très-inſtamment ,
de même que MM. les Cultivateurs ,
Curés , Médecins , Chirurgiens , Phar-
maciens , Phyficiens , Jardiniers , Artif
tes,& autres perſonnes,de luifaire tenir ,
par des commodités sûres & ſans frais
9
des notes de tout ce qui peut ſe trouver
de remarquable dans les différentes
contrées qu'ils habitent
,
obſervations ſur la nature du climat ,
fur ſes différentes productions , fur les
avantages que les habitans du pays peu-
yent en tirer.
avec leurs
La ſouſcriptionde l'hiſtoire des végé-
taux ſera de foixante livres pendant le
courant de 1764 , & de foixante-douze
livres pour les années poſtérieures ; le
tout payable en quatre termes , en re-
cevant les premier , cinquiéme , dixiéme
& quinziéme Volumes. Ceux néan-
MARS. 1764.
135
moins qui voudront bien contribuer
aux frais de quelques planches , auront
toujours en tout tems l'Ouvrage entier
pour quarante-huit livres. Il ſera orné
de 400 planches gravées en taille-dou-
ce , & deffinées d'après nature , au bas
deſquelles font gravées les armes & les
qualités de ceux qui y ont coopéré.
Les premier & fecond volume font
déja imprimés. Ceux qui voudront faire
les fraisde quelques planches , ſouſcrire
à cet Ouvrage & communiquer leurs
obſervations , ſont priés de s'adreſſer
directement à l'Auteur à Nancy , grande
rue , ville-vieille.
Lorraine & des trois Evêchés ; par M.
Buchoz, Médecin Ordinaire du Roi de
Pologne , &c.
Nous avons déjà donné pluſieurs ex-
traits de ce Livre utile , qui ſe conti-
nue avec ſuccès. Nous ajoutons ſeule-
ment , qu'il fera diviſé en vingt Volu-
mes. Le premiereſt le proſpectus de l'Ou-
vrage ; les dix-neuf autres renferment
chacun une famille différente de Plan-
tes , ſuivant le ſyſtême de leurs vertus.
Ondonne dans cet Ouvrage la deſcrip-
tion botanique de la Plante , ſa figure ,
l'endroit où elle croît , ſa culture , ſon
analyſe chymique & ſes propriétés , tant
pourlamédecine que pourles arts & mé-
tiers. On raporte les, ſentimens des an
134 MERCURE DE FRANCE.
ciens & des modernes , auxquels on
ajoute toutes les nouvelles obſervations
qui font faites fur ces matières. Le ſim-
ple expoſé de cet Ouvrage en démontre
l'utilité & la vaſte étendue.
L'Auteur a beſoin d'inſtruction pour
remplir cet objet ; les différens voyages
qu'il a faits dans la Lorraine & les
trois Evêchés ne font pas fuffifans ; il
réitére donc ſes inſtances auprès des
curieux , & il les prie très-inſtamment ,
de même que MM. les Cultivateurs ,
Curés , Médecins , Chirurgiens , Phar-
maciens , Phyficiens , Jardiniers , Artif
tes,& autres perſonnes,de luifaire tenir ,
par des commodités sûres & ſans frais
9
des notes de tout ce qui peut ſe trouver
de remarquable dans les différentes
contrées qu'ils habitent
,
obſervations ſur la nature du climat ,
fur ſes différentes productions , fur les
avantages que les habitans du pays peu-
yent en tirer.
avec leurs
La ſouſcriptionde l'hiſtoire des végé-
taux ſera de foixante livres pendant le
courant de 1764 , & de foixante-douze
livres pour les années poſtérieures ; le
tout payable en quatre termes , en re-
cevant les premier , cinquiéme , dixiéme
& quinziéme Volumes. Ceux néan-
MARS. 1764.
135
moins qui voudront bien contribuer
aux frais de quelques planches , auront
toujours en tout tems l'Ouvrage entier
pour quarante-huit livres. Il ſera orné
de 400 planches gravées en taille-dou-
ce , & deffinées d'après nature , au bas
deſquelles font gravées les armes & les
qualités de ceux qui y ont coopéré.
Les premier & fecond volume font
déja imprimés. Ceux qui voudront faire
les fraisde quelques planches , ſouſcrire
à cet Ouvrage & communiquer leurs
obſervations , ſont priés de s'adreſſer
directement à l'Auteur à Nancy , grande
rue , ville-vieille.
Fermer
16987
p. 135-144
« PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
Début :
PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
PROSPECTUS d'une Diplomatique
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
Fermer
16988
p. 144-145
SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux Prix qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1765.
Début :
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de réserver le Prix de la Poësie, en 1764, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux Prix qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1765.
SUJETS proposés par l'Académie
Royale des Sciences & Beaux-Arts,
établie à Pau, pour deux Prix qui
seront distribués le premier Jeudi du
mois de Février 1765.
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de
réserver le Prix de la Poësie, en 1764,
endonnera deux en 1765 , l'un à un
Ouvrage
MARS. 1764.
145
Ouvrage de Proſe qui aura pour Sajet :
Le moyen le plus propre d'établir un
Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont
le Sujet ſera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages , ne pourront excéder
une demie heure de lecture , il en fera
fait deux exemplaires , qui feront adref-
fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire
de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre & s'ils ne
font affranchis des frais du port. Cha-
que Auteur mettra à la fin de fon Ou-
vrage la Sentence qu'il voudra ;
il la
répétera au-deſſus d'un Billet cacheté
dans lequel il écrira ſon nom.
M. Cazalet de Pau , qui n'a pas vingt
ans , eſt l'Auteur de l'Ouvrage qui a
remporté le prix en 1764.
Royale des Sciences & Beaux-Arts,
établie à Pau, pour deux Prix qui
seront distribués le premier Jeudi du
mois de Février 1765.
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de
réserver le Prix de la Poësie, en 1764,
endonnera deux en 1765 , l'un à un
Ouvrage
MARS. 1764.
145
Ouvrage de Proſe qui aura pour Sajet :
Le moyen le plus propre d'établir un
Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont
le Sujet ſera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages , ne pourront excéder
une demie heure de lecture , il en fera
fait deux exemplaires , qui feront adref-
fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire
de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre & s'ils ne
font affranchis des frais du port. Cha-
que Auteur mettra à la fin de fon Ou-
vrage la Sentence qu'il voudra ;
il la
répétera au-deſſus d'un Billet cacheté
dans lequel il écrira ſon nom.
M. Cazalet de Pau , qui n'a pas vingt
ans , eſt l'Auteur de l'Ouvrage qui a
remporté le prix en 1764.
Fermer
16989
p. 145-149
PRIX proposés par la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de PARIS.
Début :
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposés par la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de PARIS.
PRIX proposés par la Société Royale
d'Agriculture de la Généralité de
PARIS.
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ce de la plus grande fécondité poffible
des terres , relativement à leurs quali-
tés; & des moyens de procurer cette
fécondité, ſoit par les labours, ſoit par
les engrais.
Le ſuccès des labours peut dépendre
de pluſieurs cauſes, telles que leur fré-
quence , leur profondeur plus ou moins
grande , & l'influence du temps le plus
propre à la préparation des terres.
Le ſuccès des engrais procède de
leur qualité & quantité, qui doivent
toujours être relatives à la qualité des
terres; de la meilleure méthode de pré-
parer les fumiers; du degréde leur fer-
mentation au temps où ils font em-
ployés, & plus particulièrement encore
du temps de les répandre & de les en-
fouir; enfin de l'état où se trouvent les
terres lorſqu'on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif-
fance exacte de ces moyens de fécon-
dité, que par des obſervations & des
expériences dont les réſultats ſoient
bien conftatés.
Dans lavue d'encourager les Cultiva-
reurs à ſe livrer à un travail auffi eſſen-
tiel au bien public, la Société Royale
d'Agriculture propoſe des Prix à ceux
MARS. 1764.
147
quiauront obtenu la récolte defroment la
plus abondante & de la meilleure quali-
té ,fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs font, par leur pro-
feffion,à portée de connoître la qualité
de chaque eſpèce de terres , & les pro-
priétés des différentes cultures;la Socié-
té les invite à ſe regarder comme plus
plus particulièrement engagés à des re-
cherches auffi intéreſſantes, & dont le
fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
1.º Les cinq arpens qui feront culti-
vés pour concourir aux Prix , feront
enune ſeule pièce , & de la meſure du
lieu; la différence des meſures locales
étant relatives à celle qui ſe trouve dans
les produits.
2. On ne pourra choiſir que des
terres qui ſoient actuellement & ha-
bituellement en culture , & non des
terres nouvellement défrichées , ſoit
d'herbages , foit de vignes ou de bois ,
ou précédemment employées au jardi-
nage , ni à toute autre production cul-
tivée à bras.
3.º Ces terres feront entièrement
labourées à la charrue.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
4.º Les ſemences pourront ſe faire
à la main , ſuivant l'ufage de chaque
lieu ; ou avec le ſemoir , ſi les Concur-
rens jugent à propos de ſe ſervir de
cet inſtrument , ou par telle autre mé-
thode qu'ils voudront éſſayer.
tatée par la meſure & le poids.
:
5.º La quantité de ſemence ſera conf-
6.° La récolte ſera conſtatée par le
nombre & la meſure des gerbes , par
la meſure & le poids du grain qui en
fera provenu , après qu'elles auront
été battues , & que le grain en aura
été bien criblé.
7.º Ceux qui ſe propoſeront pour
le concours , en donneront avis , avant
le 1. Août au plus tard , à M. de Pa-
lerne , Secrétaire perpétuel de la Société
Royale d'Agriculture , & lui adrefſferont
leurs lettres , ſous l'enveloppe de M.
l'Intendant de la Généralité de Paris..
8.º Les faits qui font l'objet des fix
premiers articles de ces conditions , ſe-
ront conſtatés diſtinctement & dans la
forme la plus exacte , par des cettificats
des Curé , Syndic , & des deux princi-
paux Laboureurs du lieu ; & le Con-
currentjoindra à ces certificats unMés
moire détaillé de la culture ordinaire
du lieu , & de la méthode particulière
MARS. 1764.
149
qu'il aura pratiquée , tant à l'égard des
labours qu'à l'égard des engrais , pour
faire connoître par cette comparaiſon ,
les principes & les avantages d'une
meilleure culture ; ce Mémoire fera cer-
tifié de même que les autres piéces.
9.° Ces certificats &Mémoires ſeront
adreſſés à M. de Palerne , ainſi
er
de quoi ils ne ſferont plus reçus.
qu'il
eſt dit à l'article 7. avant le 1. Dé-
cembre 1765 au plus tard , à défaut
10. ° Il ſera diſtribué , dans les pre-
miers jours de Janvier 1766 , cinq Prix
à ceux des Concurrens qui auront le
mieux réuffi. Le premier , de la ſomme
de Cinq cens livres , ſera adjugé à celui
qui aura obtenu la récolte la plus abon-
dante , relativement à la qualité & au
produit ordinaire de la terre qu'il aura
cultivée. Les quatre autres ,l'un de Trois
cens livres , un de Deux cens livres ,
& deux de Cent livres chacun , feront
la récompenſe de ceux des Concurrens
qui auront le plus approché du fuccés
qui aura mérité le premier Prix.
d'Agriculture de la Généralité de
PARIS.
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ce de la plus grande fécondité poffible
des terres , relativement à leurs quali-
tés; & des moyens de procurer cette
fécondité, ſoit par les labours, ſoit par
les engrais.
Le ſuccès des labours peut dépendre
de pluſieurs cauſes, telles que leur fré-
quence , leur profondeur plus ou moins
grande , & l'influence du temps le plus
propre à la préparation des terres.
Le ſuccès des engrais procède de
leur qualité & quantité, qui doivent
toujours être relatives à la qualité des
terres; de la meilleure méthode de pré-
parer les fumiers; du degréde leur fer-
mentation au temps où ils font em-
ployés, & plus particulièrement encore
du temps de les répandre & de les en-
fouir; enfin de l'état où se trouvent les
terres lorſqu'on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif-
fance exacte de ces moyens de fécon-
dité, que par des obſervations & des
expériences dont les réſultats ſoient
bien conftatés.
Dans lavue d'encourager les Cultiva-
reurs à ſe livrer à un travail auffi eſſen-
tiel au bien public, la Société Royale
d'Agriculture propoſe des Prix à ceux
MARS. 1764.
147
quiauront obtenu la récolte defroment la
plus abondante & de la meilleure quali-
té ,fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs font, par leur pro-
feffion,à portée de connoître la qualité
de chaque eſpèce de terres , & les pro-
priétés des différentes cultures;la Socié-
té les invite à ſe regarder comme plus
plus particulièrement engagés à des re-
cherches auffi intéreſſantes, & dont le
fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
1.º Les cinq arpens qui feront culti-
vés pour concourir aux Prix , feront
enune ſeule pièce , & de la meſure du
lieu; la différence des meſures locales
étant relatives à celle qui ſe trouve dans
les produits.
2. On ne pourra choiſir que des
terres qui ſoient actuellement & ha-
bituellement en culture , & non des
terres nouvellement défrichées , ſoit
d'herbages , foit de vignes ou de bois ,
ou précédemment employées au jardi-
nage , ni à toute autre production cul-
tivée à bras.
3.º Ces terres feront entièrement
labourées à la charrue.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
4.º Les ſemences pourront ſe faire
à la main , ſuivant l'ufage de chaque
lieu ; ou avec le ſemoir , ſi les Concur-
rens jugent à propos de ſe ſervir de
cet inſtrument , ou par telle autre mé-
thode qu'ils voudront éſſayer.
tatée par la meſure & le poids.
:
5.º La quantité de ſemence ſera conf-
6.° La récolte ſera conſtatée par le
nombre & la meſure des gerbes , par
la meſure & le poids du grain qui en
fera provenu , après qu'elles auront
été battues , & que le grain en aura
été bien criblé.
7.º Ceux qui ſe propoſeront pour
le concours , en donneront avis , avant
le 1. Août au plus tard , à M. de Pa-
lerne , Secrétaire perpétuel de la Société
Royale d'Agriculture , & lui adrefſferont
leurs lettres , ſous l'enveloppe de M.
l'Intendant de la Généralité de Paris..
8.º Les faits qui font l'objet des fix
premiers articles de ces conditions , ſe-
ront conſtatés diſtinctement & dans la
forme la plus exacte , par des cettificats
des Curé , Syndic , & des deux princi-
paux Laboureurs du lieu ; & le Con-
currentjoindra à ces certificats unMés
moire détaillé de la culture ordinaire
du lieu , & de la méthode particulière
MARS. 1764.
149
qu'il aura pratiquée , tant à l'égard des
labours qu'à l'égard des engrais , pour
faire connoître par cette comparaiſon ,
les principes & les avantages d'une
meilleure culture ; ce Mémoire fera cer-
tifié de même que les autres piéces.
9.° Ces certificats &Mémoires ſeront
adreſſés à M. de Palerne , ainſi
er
de quoi ils ne ſferont plus reçus.
qu'il
eſt dit à l'article 7. avant le 1. Dé-
cembre 1765 au plus tard , à défaut
10. ° Il ſera diſtribué , dans les pre-
miers jours de Janvier 1766 , cinq Prix
à ceux des Concurrens qui auront le
mieux réuffi. Le premier , de la ſomme
de Cinq cens livres , ſera adjugé à celui
qui aura obtenu la récolte la plus abon-
dante , relativement à la qualité & au
produit ordinaire de la terre qu'il aura
cultivée. Les quatre autres ,l'un de Trois
cens livres , un de Deux cens livres ,
& deux de Cent livres chacun , feront
la récompenſe de ceux des Concurrens
qui auront le plus approché du fuccés
qui aura mérité le premier Prix.
Fermer
16990
p. 150-154
LETTRE à l'Auteur du Mercure de France. SUR LA GOUTE, &c.
Début :
JE VOUS PRIE, Monsieur, de m'acquitter envers le Public, à qui j'ai promis, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure de France. SUR LA GOUTE, &c.
LETTRE à l'Auteur du Mercure de
France.
SUR LA GOUTE, &c.
JE VOUS PRIE, Monsieur, de m'acquitter
envers le Public, à qui j'ai promis,
à la fin de mes nouvelles Obferva-
tions , & dans les Journaux Etrangers ,
de lui faire part ,dansleMercuredeMars
prochain , des heureuxeffets qu'auroient
opéré , ſoit la Poudre Balfamique , ſoit
le Baume Végétal , relativement à fes
qualités qui méritent une attention parti-
culière. Si vousdaignez remplir le même
objet tous les trois mois , ce Public inf-
truit par des faits incontestables , devra
autant àvotre attention , qu'à mes ſoins
empreſlés de ruiner un préjugé qui lui
eft funeſte , & qui intéreſſe tant de mil-
liers d'hommes reſpectables , ſi ſouvent
abufés , & prèſque toujours livrés fans.
fecours aux maux les plus crue's.
Poudre Balsamique.
Je ne rappelle point les faits de prati-
que furprenans opérés dans les Provin-
ces,& cités dans mon Ouvrage ; la vé
ر
MARS. 1764:
151
ritéles a tracés , & ce caractère eſt infé-
parablede mesſentimens. Voici de nou-
veaux faits qui ſe ſont préſentés dans
Paris.
En Mai 1763 , le R. P. Gardien des
Capucins deMeudon ,étant attaquéd'un
accès de goute au pied & au genouil ,
dans le Couvent de la rue S. Honoré, en
fut bientôt délivré par l'uſage de la Pou-
dre Balfamique.
M. de Poilly , Inſpecteur de la Place
du Roi , rue S. Honoré , en Décembre
1763 , eut un accès de goute aux muf-
cles de la poitrine , au coude & à l'é-
paule. Il fut tranquilliſé la même nuit
par la Poudre Balsamique , & bientôt
rétabli par fon uſage.
M. Fontaine , Maître-d'Hôtel de M. le
Marquis de Marigny , en Décembre
1763 , eut un violent accès de goute aux
deux pieds. Il fut calmé la même nuit ,
& rétabli en peu de jours par la Poudre
Balfamique.
M. Jacquiau , Négociant , rue Mont-
martre , vis-à-vis la Juffienne , chez le
Chapelier , a eu en Janvier un accès de
goute au pied , avec extravafion defang.
Il en a été rétabli en peu de jours par la
Poudre Balfamique , &c.
MM. le Duc de Laval, le Comte de
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Mailly , de Janssen , Duval de l'Epinoy
à Paris , & M. Lebégue , Concierge du
Grand-Commun à Versailles , font un
uſage répété de la Poudre Balſamique &
duBaume Végétal : ce qui parle en fa-
veur des Remèdes.
MM. les Profeſſeurs de Médecine de
Montpellier ont eu la Poudre Balfami-
que à leur difpofition en faveur des Pau-
vres. M. Carquet , Apoticaire de cette
Ville, m'a envoyé des certificats de ſes
heureux effets.
Baume Végétal.
J'ai annoncé que l'uſage du Baume
Végétal, trois jours de chaque mois ,
éloignoit les accès de goute , en y affo-
ciant la Manne ; & la pratique m'a ap-
pris ce que je n'ofois en attendre , & ce
que ne peut opéreraucune eſpèce d'Eli-
xirs , foit par leur activité , ſoit par leur
goût , qui ne peut corriger celui de la
Manne , &c. & qui en altéreroient les
vertus. Voici quelques faits.
LaCuiſinière de Madame de Létang ,
rue du Sépulcre , ayant une bile répan-
due&une langueur ; après avoir été éva-
cuée unefoisavec peu d'Ypécacuana , a
fait uſage du Baume Végétal avec de
la Manne & le Sel de Duobus pendant
MARS. 1764.
ſon appétit& ſes forces.
153
quelques jours , & elle reprit ſon tein ,
Dlle Houdinet , petite rue S. Roch ,
quartier Montmartre , ayant des infom-
nies & des dégoûts continués depuis fix
mois , s'eſt procurée l'appétit & le fom-
meil en peu de jours par l'uſage du Bau-
me Végétal dans un peu de vin.
Un très-grand nombre de perſonnes
de tous âges , ſéxes & tempéramens , ſe
fontpurgées avec deux onces de Manne ,
ungros &demi de SeldeDuobus,& trois
cuillerées du Baume Végétal dans une
verrée d'eau , & y ont trouvé la dou-
ceur des effets , l'abondance proportion-
née des évacuations , & l'agrément du
goût. Ce qui eſt inconnujuſques à ce
jour.
Le Baume Végétal détruit totalement
le mauvais goût & la fadeur de la Manne ,
des Syrops & des Sels purgatifs ; ne don-
nant qu'un goût de mielvineux , fans
nauſée ni dégoût. Il en aiguiſe les ver-
tus, fans échauffer , & fans caufer la
moindre tranchée ; & les effets ne font
pas lents à ſe produire : un moment en
fait la preuve.
Il faut voir l'Ordonnance à la fin de
mon Ouvrage , où ſes uſagesparticuliers
&ſes moyens font détaillés.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
Je ne parlerai que pratique dans le
Mercure de Juillet prochain , & j'expli-
querai les vrais moyens de dériver las
goute aux pieds.
Je loge petite rue S. Roch , quartier-
Montmartre ; & pour Pâques prochain ,
mon adreſſe ſera dans la rue du Gros-
Chenet, la ſeconde porte cochère à l'en-
trée de la rue de Clery , quartier Mont-
martre.
Je laiſſe à la Poſte les Lettres que l'ons
n'a pas le foin d'affranchir.
:
:
:
C. DE MONTGERBET, Méd. ord. des Bâtimens
du Roi.
France.
SUR LA GOUTE, &c.
JE VOUS PRIE, Monsieur, de m'acquitter
envers le Public, à qui j'ai promis,
à la fin de mes nouvelles Obferva-
tions , & dans les Journaux Etrangers ,
de lui faire part ,dansleMercuredeMars
prochain , des heureuxeffets qu'auroient
opéré , ſoit la Poudre Balfamique , ſoit
le Baume Végétal , relativement à fes
qualités qui méritent une attention parti-
culière. Si vousdaignez remplir le même
objet tous les trois mois , ce Public inf-
truit par des faits incontestables , devra
autant àvotre attention , qu'à mes ſoins
empreſlés de ruiner un préjugé qui lui
eft funeſte , & qui intéreſſe tant de mil-
liers d'hommes reſpectables , ſi ſouvent
abufés , & prèſque toujours livrés fans.
fecours aux maux les plus crue's.
Poudre Balsamique.
Je ne rappelle point les faits de prati-
que furprenans opérés dans les Provin-
ces,& cités dans mon Ouvrage ; la vé
ر
MARS. 1764:
151
ritéles a tracés , & ce caractère eſt infé-
parablede mesſentimens. Voici de nou-
veaux faits qui ſe ſont préſentés dans
Paris.
En Mai 1763 , le R. P. Gardien des
Capucins deMeudon ,étant attaquéd'un
accès de goute au pied & au genouil ,
dans le Couvent de la rue S. Honoré, en
fut bientôt délivré par l'uſage de la Pou-
dre Balfamique.
M. de Poilly , Inſpecteur de la Place
du Roi , rue S. Honoré , en Décembre
1763 , eut un accès de goute aux muf-
cles de la poitrine , au coude & à l'é-
paule. Il fut tranquilliſé la même nuit
par la Poudre Balsamique , & bientôt
rétabli par fon uſage.
M. Fontaine , Maître-d'Hôtel de M. le
Marquis de Marigny , en Décembre
1763 , eut un violent accès de goute aux
deux pieds. Il fut calmé la même nuit ,
& rétabli en peu de jours par la Poudre
Balfamique.
M. Jacquiau , Négociant , rue Mont-
martre , vis-à-vis la Juffienne , chez le
Chapelier , a eu en Janvier un accès de
goute au pied , avec extravafion defang.
Il en a été rétabli en peu de jours par la
Poudre Balfamique , &c.
MM. le Duc de Laval, le Comte de
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
Mailly , de Janssen , Duval de l'Epinoy
à Paris , & M. Lebégue , Concierge du
Grand-Commun à Versailles , font un
uſage répété de la Poudre Balſamique &
duBaume Végétal : ce qui parle en fa-
veur des Remèdes.
MM. les Profeſſeurs de Médecine de
Montpellier ont eu la Poudre Balfami-
que à leur difpofition en faveur des Pau-
vres. M. Carquet , Apoticaire de cette
Ville, m'a envoyé des certificats de ſes
heureux effets.
Baume Végétal.
J'ai annoncé que l'uſage du Baume
Végétal, trois jours de chaque mois ,
éloignoit les accès de goute , en y affo-
ciant la Manne ; & la pratique m'a ap-
pris ce que je n'ofois en attendre , & ce
que ne peut opéreraucune eſpèce d'Eli-
xirs , foit par leur activité , ſoit par leur
goût , qui ne peut corriger celui de la
Manne , &c. & qui en altéreroient les
vertus. Voici quelques faits.
LaCuiſinière de Madame de Létang ,
rue du Sépulcre , ayant une bile répan-
due&une langueur ; après avoir été éva-
cuée unefoisavec peu d'Ypécacuana , a
fait uſage du Baume Végétal avec de
la Manne & le Sel de Duobus pendant
MARS. 1764.
ſon appétit& ſes forces.
153
quelques jours , & elle reprit ſon tein ,
Dlle Houdinet , petite rue S. Roch ,
quartier Montmartre , ayant des infom-
nies & des dégoûts continués depuis fix
mois , s'eſt procurée l'appétit & le fom-
meil en peu de jours par l'uſage du Bau-
me Végétal dans un peu de vin.
Un très-grand nombre de perſonnes
de tous âges , ſéxes & tempéramens , ſe
fontpurgées avec deux onces de Manne ,
ungros &demi de SeldeDuobus,& trois
cuillerées du Baume Végétal dans une
verrée d'eau , & y ont trouvé la dou-
ceur des effets , l'abondance proportion-
née des évacuations , & l'agrément du
goût. Ce qui eſt inconnujuſques à ce
jour.
Le Baume Végétal détruit totalement
le mauvais goût & la fadeur de la Manne ,
des Syrops & des Sels purgatifs ; ne don-
nant qu'un goût de mielvineux , fans
nauſée ni dégoût. Il en aiguiſe les ver-
tus, fans échauffer , & fans caufer la
moindre tranchée ; & les effets ne font
pas lents à ſe produire : un moment en
fait la preuve.
Il faut voir l'Ordonnance à la fin de
mon Ouvrage , où ſes uſagesparticuliers
&ſes moyens font détaillés.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
Je ne parlerai que pratique dans le
Mercure de Juillet prochain , & j'expli-
querai les vrais moyens de dériver las
goute aux pieds.
Je loge petite rue S. Roch , quartier-
Montmartre ; & pour Pâques prochain ,
mon adreſſe ſera dans la rue du Gros-
Chenet, la ſeconde porte cochère à l'en-
trée de la rue de Clery , quartier Mont-
martre.
Je laiſſe à la Poſte les Lettres que l'ons
n'a pas le foin d'affranchir.
:
:
:
C. DE MONTGERBET, Méd. ord. des Bâtimens
du Roi.
Fermer
16991
p. 154-158
EAUX FILTRÉES. AVIS AU PUBLIC.
Début :
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées du Port-à-l'Anglois ont commencé [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EAUX FILTRÉES. AVIS AU PUBLIC.
EAUX FILTRÉES.
AVIS AU PUBLIC.
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées
du Port-à-l'Anglois ont commencé
leurdiſtribution le 30 Janvier dernier
avec un applaudiſſement; & tous les
honnêtes gens ont pris part aux dif-
férens, accidens qu'ils ont éſſuyés par
la crue inattendue des eaux & le débor-
dement de la rivière , qui a ſubmergé
toute leur manutention , & mis leur
établiſſement à deux doigtsde ſa perte
MARS. 1764.
155
C'eſt dans cette criſe que leur zéle a fair
les plus grands efforts pour foutenir
leur ſervice , & remplir autant qu'il a
été en leur pouvoir les obligations d'un
Etabliſſement ſi intéreſſant au bien de
l'humanité. Ils n'ont rien épargné pour
fatisfaire le Public ; ſoins , peines &
dépenſes , tout a été prodigué ; ils ſe
ſont même montrés avec distinction
dans quelques occafions périlleuſes , où
il y a eu pluſieurs de leurs barques
toutes chargées de paniers , bouteilles.
&autres uftenciles , qui ont été écrafés
par des coups de vent , & coulés à
fonds avec perte de quelques-uns de
leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le
plus grand chagrin en portant les yeux.
fur les vafes & bouteilles de grez qui
contiennent leur eau , qu'il y en avoit
-d'une qualité inférieure qui donne un
louche à ces mêmes eaux & ſe diffol-
vent enpartie par le défaut qu'ont ces
vafes de n'avoir pas été affés cuits ni
féchés. Les Entrepreneurs les font re--
tirer à meſure qu'on les découvre; &
quoiqu'en laiſſantun peu repoſer l'eau
dans ces bouteilles,elle reprennebien-
tôt ſa première clarté, ſans jamais al--
térer ſa bonté primitive , néanmoins
comme l'eau de ces vaſes choque les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
yeux , les Entrepreneurs prient le Pu-
blic de vouloir bien faire rapporter ces
mêmes bouteilles chacun au dépôt où il
ſe fournit avec une petite marque à
la craye qui les puiſſe faire recon-
noître.
Leur ſervice ayant commencé dans
la ſaiſon la plus ingrate & la plus ri-
goureuſe , ils n'ont pu être en garde
contre l'infidélité de quelques fournif
ſeurs qui ont trompé leur confiance par
la défectuoſité de ces vaſes. Il en eft
de même pour la fureté du cachet des
bouteilles ; les Entrepreneurs font in-
formés qu'il s'eſt déja gliffé de la frau-
de , & qu'il ſe ſubſtitue dans quelques
maiſons une autre eau à la leur en levant
le bouchon qui n'étoit pas affez her-
métiquement cacheté. Dans cet état ,
quoique l'expédient de la ficelle & du
nœud des Marchands de vin ſoit plus
couteux à la régie , les Entrepreneurs
vont faire ficeler& cacheter leurs vafes ;
en forte qu'il ſera à la portée des Maî-
tres , de jetter un coup d'œil ſur les
bouteilles , & de s'aſſurer par eux-mê-
mes de la fidélité des cachets: précau-
tion très-recommandée par les Entre-
preneurs , comme de renvoyer aux dé-
pôts , les bouteilles douteuſes , où il y
MARS. 1764 .
157
aura ordre d'en donner d'autres à la
place , toujours avec une marque qui
puiſſe les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiſſemens ont tou-
jours des précautions à prendre & des
fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs
ne peuvent pas eſpérer que le leur fera
tout d'un coup affranchi de ces défagré-
mens ; & c'eſt ce qui les a portés à prier
le Public de donner ſes conſeils & fes
avis dans les ſujets qui lui paroîtront
dignes de ſes remarques.
A l'égard d'une infinité de propos
abfurdes
,
que des mal-intentionnés
répandent journellement ſur la qualité
&la bonté de leurs eaux , les Entrepre-
neurs en appellent au Public fenfé &
impartial. Tout le monde connoît quel-
les font leurs opérations & leur manu-
tention au Port - à - l'Anglois; tout le
monde peut voir en détail & fe con-
vaincre par ſes propres yeux , fi la
flitration ſe fait par des préparations
chymiques , & s'ils employent ou l'alun
ouaucuneautre eſpéce de compoſitions.
Ces contes groffiers , & ces inventions ri-
dicules ne peuvent ſurprendre que les
eſprits foibles qui croyent ſans appro-
fondir , ou le vulgaire ignorant.
: La Faculté de Médecine a déja conf-
(
158 MERCURE DE FRANCE.
taté par ſes Commiſſaires labonté& les
excellentes qualités de l'eau des Entre-
preneurs : fon décret qui n'a été rendu
qu'après l'examen le plus fcrupuleux ,
eſt l'écueil des rêveries qui ſe débitent ,
&la ſeule réponſe qu'on doity faire.
Les Entrepreneurs ne s'occupant que
des moyens d'étendre leur établiſe-
ment , pour le mettre à la portée d'un
chacun , vont augmenter le nombre
de leurs petits dépôts , & employer
pluſieurs charettes pour approviſionner
tous les différens quartiers de la Ca-
pitale.
AVIS AU PUBLIC.
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées
du Port-à-l'Anglois ont commencé
leurdiſtribution le 30 Janvier dernier
avec un applaudiſſement; & tous les
honnêtes gens ont pris part aux dif-
férens, accidens qu'ils ont éſſuyés par
la crue inattendue des eaux & le débor-
dement de la rivière , qui a ſubmergé
toute leur manutention , & mis leur
établiſſement à deux doigtsde ſa perte
MARS. 1764.
155
C'eſt dans cette criſe que leur zéle a fair
les plus grands efforts pour foutenir
leur ſervice , & remplir autant qu'il a
été en leur pouvoir les obligations d'un
Etabliſſement ſi intéreſſant au bien de
l'humanité. Ils n'ont rien épargné pour
fatisfaire le Public ; ſoins , peines &
dépenſes , tout a été prodigué ; ils ſe
ſont même montrés avec distinction
dans quelques occafions périlleuſes , où
il y a eu pluſieurs de leurs barques
toutes chargées de paniers , bouteilles.
&autres uftenciles , qui ont été écrafés
par des coups de vent , & coulés à
fonds avec perte de quelques-uns de
leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le
plus grand chagrin en portant les yeux.
fur les vafes & bouteilles de grez qui
contiennent leur eau , qu'il y en avoit
-d'une qualité inférieure qui donne un
louche à ces mêmes eaux & ſe diffol-
vent enpartie par le défaut qu'ont ces
vafes de n'avoir pas été affés cuits ni
féchés. Les Entrepreneurs les font re--
tirer à meſure qu'on les découvre; &
quoiqu'en laiſſantun peu repoſer l'eau
dans ces bouteilles,elle reprennebien-
tôt ſa première clarté, ſans jamais al--
térer ſa bonté primitive , néanmoins
comme l'eau de ces vaſes choque les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
yeux , les Entrepreneurs prient le Pu-
blic de vouloir bien faire rapporter ces
mêmes bouteilles chacun au dépôt où il
ſe fournit avec une petite marque à
la craye qui les puiſſe faire recon-
noître.
Leur ſervice ayant commencé dans
la ſaiſon la plus ingrate & la plus ri-
goureuſe , ils n'ont pu être en garde
contre l'infidélité de quelques fournif
ſeurs qui ont trompé leur confiance par
la défectuoſité de ces vaſes. Il en eft
de même pour la fureté du cachet des
bouteilles ; les Entrepreneurs font in-
formés qu'il s'eſt déja gliffé de la frau-
de , & qu'il ſe ſubſtitue dans quelques
maiſons une autre eau à la leur en levant
le bouchon qui n'étoit pas affez her-
métiquement cacheté. Dans cet état ,
quoique l'expédient de la ficelle & du
nœud des Marchands de vin ſoit plus
couteux à la régie , les Entrepreneurs
vont faire ficeler& cacheter leurs vafes ;
en forte qu'il ſera à la portée des Maî-
tres , de jetter un coup d'œil ſur les
bouteilles , & de s'aſſurer par eux-mê-
mes de la fidélité des cachets: précau-
tion très-recommandée par les Entre-
preneurs , comme de renvoyer aux dé-
pôts , les bouteilles douteuſes , où il y
MARS. 1764 .
157
aura ordre d'en donner d'autres à la
place , toujours avec une marque qui
puiſſe les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiſſemens ont tou-
jours des précautions à prendre & des
fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs
ne peuvent pas eſpérer que le leur fera
tout d'un coup affranchi de ces défagré-
mens ; & c'eſt ce qui les a portés à prier
le Public de donner ſes conſeils & fes
avis dans les ſujets qui lui paroîtront
dignes de ſes remarques.
A l'égard d'une infinité de propos
abfurdes
,
que des mal-intentionnés
répandent journellement ſur la qualité
&la bonté de leurs eaux , les Entrepre-
neurs en appellent au Public fenfé &
impartial. Tout le monde connoît quel-
les font leurs opérations & leur manu-
tention au Port - à - l'Anglois; tout le
monde peut voir en détail & fe con-
vaincre par ſes propres yeux , fi la
flitration ſe fait par des préparations
chymiques , & s'ils employent ou l'alun
ouaucuneautre eſpéce de compoſitions.
Ces contes groffiers , & ces inventions ri-
dicules ne peuvent ſurprendre que les
eſprits foibles qui croyent ſans appro-
fondir , ou le vulgaire ignorant.
: La Faculté de Médecine a déja conf-
(
158 MERCURE DE FRANCE.
taté par ſes Commiſſaires labonté& les
excellentes qualités de l'eau des Entre-
preneurs : fon décret qui n'a été rendu
qu'après l'examen le plus fcrupuleux ,
eſt l'écueil des rêveries qui ſe débitent ,
&la ſeule réponſe qu'on doity faire.
Les Entrepreneurs ne s'occupant que
des moyens d'étendre leur établiſe-
ment , pour le mettre à la portée d'un
chacun , vont augmenter le nombre
de leurs petits dépôts , & employer
pluſieurs charettes pour approviſionner
tous les différens quartiers de la Ca-
pitale.
Fermer
16992
p. 158-161
CHIRURGIE. PRIX proposé par l'Académie Royale de CHIRURGIE, pour l'Année 1765.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propose pour le Prix de l'année 1765, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. PRIX proposé par l'Académie Royale de CHIRURGIE, pour l'Année 1765.
CHIRURGIE.
PRIX proposé par l'Académie Royale
de CHIRURGIE, pour l'Année
1765.
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propose pour le Prix de l'année 1765,
MARS. 1764.
159
le Sujet ſuivant :
Déterminer le caractère eſſentiel des
Tumeurs connues ſous le nom de Lou-
pes , expoſer leurs différences , & quels
font les moyens que la Chirurgie doit
employer de préférence dans chaque ef-
péce & relativement à la partie qu'elles
occupent.
Le Prix eſt une Médaille d'or de la
valeur de cinq cens livres , fondé par
M. de la Peyronnie.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort liſibles.
Les Auteurs mettront ſimplement
une deviſe à leurs Ouvrages ; mais ,
pour ſe faire connoître ,ils y joindront
àpart dans un papier cacheté & écrit
de leur propre main, leurs nom , qua-
lité & demeure ; & ce papier ne ſera
ouvert qu'en cas que la Piéce ait rem-
porté le Prix.
Ils adreſſeront leurs ouvrages , franc
de port , à M. Morand, Secrétaire per-
pétuel de l'Académie Royale de Chi-
rurgie à Paris , ou les lui feront remet-
tre entre les mains..
160 MERCURE DE FRANCE .
Toutes perſonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront aſpi-
rer au Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
La Médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui ſe ſera fait connoître , ou
au Porteur d'une procuration de ſa part ;
l'un ou l'autre repréſentant la marque
diftinctive , & une copie nette du Mé-
moire.
Les Ouvrages feront reçus juſqu'au
dernier jour de Décembre 1764 inclu-
fivement ; & l'Académie , à fonAffem-
blée publique de 1765 , qui ſe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâ-
ques , proclamera la Piéce qui aura
remporté le Prix.
L'Académie ayant établi qu'elle don-
neroit tous les ans fur les fonds qui
lui ont été légués par M. de la Peyro-
nie , une Médaille d'or de deux cens
livres , à celui des Chirurgiens Etran-
gers ou Régnicoles , non Membres de
l'Académie , qui l'aura méritée par un
Ouvrage fur quelque matière de Chi-
rurgie que ce ſoit , au choix de l'Au-
teur; elle l'adjugera à celui qui aura
envoyé le meilleur Ouvrage dans le
courant de l'année 1764. Ce prix d'é-
mulation ſera proclamé le jour de la
Séance publique.
1
MARS. 1764.
161
Le même jour , elle diſtribuera cinq
Médailles d'or de cent francs chacune ,
à cinq Chirurgiens , ſoit Académiciens
de laClaſſe des Libres , ſoit ſimplement
Régnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1764 un Mémoire , ou
trois obſervations intéreſſantes.
PRIX proposé par l'Académie Royale
de CHIRURGIE, pour l'Année
1765.
L'ACADÉMIE Royale de Chirurgie propose pour le Prix de l'année 1765,
MARS. 1764.
159
le Sujet ſuivant :
Déterminer le caractère eſſentiel des
Tumeurs connues ſous le nom de Lou-
pes , expoſer leurs différences , & quels
font les moyens que la Chirurgie doit
employer de préférence dans chaque ef-
péce & relativement à la partie qu'elles
occupent.
Le Prix eſt une Médaille d'or de la
valeur de cinq cens livres , fondé par
M. de la Peyronnie.
Ceux qui envoyeront des Mémoires
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'avoir attention qu'ils
foient fort liſibles.
Les Auteurs mettront ſimplement
une deviſe à leurs Ouvrages ; mais ,
pour ſe faire connoître ,ils y joindront
àpart dans un papier cacheté & écrit
de leur propre main, leurs nom , qua-
lité & demeure ; & ce papier ne ſera
ouvert qu'en cas que la Piéce ait rem-
porté le Prix.
Ils adreſſeront leurs ouvrages , franc
de port , à M. Morand, Secrétaire per-
pétuel de l'Académie Royale de Chi-
rurgie à Paris , ou les lui feront remet-
tre entre les mains..
160 MERCURE DE FRANCE .
Toutes perſonnes de quelque qualité
& pays qu'elles foient , pourront aſpi-
rer au Prix ; on n'en excepte que les
Membres de l'Académie.
La Médaille fera délivrée à l'Auteur
même qui ſe ſera fait connoître , ou
au Porteur d'une procuration de ſa part ;
l'un ou l'autre repréſentant la marque
diftinctive , & une copie nette du Mé-
moire.
Les Ouvrages feront reçus juſqu'au
dernier jour de Décembre 1764 inclu-
fivement ; & l'Académie , à fonAffem-
blée publique de 1765 , qui ſe tiendra
le Jeudi d'après la quinzaine de Pâ-
ques , proclamera la Piéce qui aura
remporté le Prix.
L'Académie ayant établi qu'elle don-
neroit tous les ans fur les fonds qui
lui ont été légués par M. de la Peyro-
nie , une Médaille d'or de deux cens
livres , à celui des Chirurgiens Etran-
gers ou Régnicoles , non Membres de
l'Académie , qui l'aura méritée par un
Ouvrage fur quelque matière de Chi-
rurgie que ce ſoit , au choix de l'Au-
teur; elle l'adjugera à celui qui aura
envoyé le meilleur Ouvrage dans le
courant de l'année 1764. Ce prix d'é-
mulation ſera proclamé le jour de la
Séance publique.
1
MARS. 1764.
161
Le même jour , elle diſtribuera cinq
Médailles d'or de cent francs chacune ,
à cinq Chirurgiens , ſoit Académiciens
de laClaſſe des Libres , ſoit ſimplement
Régnicoles , qui auront fourni dans le
cours de l'année 1764 un Mémoire , ou
trois obſervations intéreſſantes.
Fermer
16993
p. 161-163
LETTRE de M. DEJEAN, Maître en Chirurgie de Paris ; en réponse à celle de M. FLURANT, Maître en Chirurgie à Lyon, insérée dans le Mercure du mois de Mai 1763.
Début :
MONSIEUR, La description la plus exacte des parties & des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DEJEAN, Maître en Chirurgie de Paris ; en réponse à celle de M. FLURANT, Maître en Chirurgie à Lyon, insérée dans le Mercure du mois de Mai 1763.
LETTRE de M. DEJEAN, Maître
en Chirurgie de Paris ; en réponse à
celle de M. FLURANT, Maître en
Chirurgie à Lyon, insérée dans le
Mercure du mois de Mai 1763.
MONSIEUR,
La description la plus exacte des
parties & des proportions d'un instrument
ne préſente pas toujours une
idée juſte de ſa forme ; je vais cepen-
dant éſſayer de vous fatisfaire à l'égard
de la curette propre à l'opération de la
taille ,dans le cas où la pierre ſe brife &
dont j'ai parlé dans le Mercure de Fé-
vrier dernier.
Cet inſtrument , comme je l'ai dit
reſſembleaffez en petit à une cuillere à
162 MERCURE DE FRANCE.
Plombier: il a une coquille, une tige ,
&un manche; la coquille a en tous ſens
onze lignes de diamètre , & trois lignes
de profondeur dans ſon milieu ; la tige
a cinq pouces & demi de long ; ſon ex-
trémité qui tient à la coquille eſt un
peu évaſée , & va en diminuantjuſque
vers le milieu , qui eſt à-peu-près de la
groſſeur d'un tiers de plume d'oye , &
ſe termine au manche en forme de poi-
re avec une embaſe ; cette tige n'eſt
point droite , elle a en dehors une
courbure qui s'accommode à l'arcade
de l'os pubis , lorſqu'on retire cet inf-
trument de la veffie. Le manche eſt à
8 pans & 3 pouces de longueur. La
foie qui le traverſe eſt quarrée , elle eft
rivée au bout pardeſſus une roſette..
La manière de ſe ſervir de cette cu-
rette eſt ſimple. Lorſqu'elle eſt intro-
duitedans la veſſie ; en regardant la
marque du Coutelier qui doit être pla-
cée ſur la tige près du manche & du
côté du dos , on pourra diriger cette
curette ſuivant lebeſoin,pour amener
les fragmens au dehors.
Voilà , je crois , Monfieur , l'explica-
tionla plus claire qu'on puiſſe donner
decetinſtrument;fi elle ne fuffitpas pour
le faire exécuter , on peut y remédier
MARS. 1764.
Maître Coutelier
,
en s'adreſſant à Paris au ſieur le Sueur,
rue des Canettes ,
Fauxbourg S. Germain,à l'A couronné.
en Chirurgie de Paris ; en réponse à
celle de M. FLURANT, Maître en
Chirurgie à Lyon, insérée dans le
Mercure du mois de Mai 1763.
MONSIEUR,
La description la plus exacte des
parties & des proportions d'un instrument
ne préſente pas toujours une
idée juſte de ſa forme ; je vais cepen-
dant éſſayer de vous fatisfaire à l'égard
de la curette propre à l'opération de la
taille ,dans le cas où la pierre ſe brife &
dont j'ai parlé dans le Mercure de Fé-
vrier dernier.
Cet inſtrument , comme je l'ai dit
reſſembleaffez en petit à une cuillere à
162 MERCURE DE FRANCE.
Plombier: il a une coquille, une tige ,
&un manche; la coquille a en tous ſens
onze lignes de diamètre , & trois lignes
de profondeur dans ſon milieu ; la tige
a cinq pouces & demi de long ; ſon ex-
trémité qui tient à la coquille eſt un
peu évaſée , & va en diminuantjuſque
vers le milieu , qui eſt à-peu-près de la
groſſeur d'un tiers de plume d'oye , &
ſe termine au manche en forme de poi-
re avec une embaſe ; cette tige n'eſt
point droite , elle a en dehors une
courbure qui s'accommode à l'arcade
de l'os pubis , lorſqu'on retire cet inf-
trument de la veffie. Le manche eſt à
8 pans & 3 pouces de longueur. La
foie qui le traverſe eſt quarrée , elle eft
rivée au bout pardeſſus une roſette..
La manière de ſe ſervir de cette cu-
rette eſt ſimple. Lorſqu'elle eſt intro-
duitedans la veſſie ; en regardant la
marque du Coutelier qui doit être pla-
cée ſur la tige près du manche & du
côté du dos , on pourra diriger cette
curette ſuivant lebeſoin,pour amener
les fragmens au dehors.
Voilà , je crois , Monfieur , l'explica-
tionla plus claire qu'on puiſſe donner
decetinſtrument;fi elle ne fuffitpas pour
le faire exécuter , on peut y remédier
MARS. 1764.
Maître Coutelier
,
en s'adreſſant à Paris au ſieur le Sueur,
rue des Canettes ,
Fauxbourg S. Germain,à l'A couronné.
Fermer
16994
p. 163
MUSIQUE.
Début :
RECUEIL D'AIRS, avec des Accompagnemens de Guittarre, faciles & à la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.RECUEIL D'AIRS, avec des Accompagnemens
de Guittarre, faciles & à la
portée des Commençans. Par M. Merchi.
8. Livre de Guittarre. Œuvre XI . Prix
3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Auteur , rue
S. Thomas du Louvre , du côté du Châ-
teau d'Eau , chez un Menuifier , le ſe
cond eſcalier après la Cour ; & aux
adreſſes ordinaires de Mufique.
Pluſieurs Amateurs de Guittarre ayant
foufcrit , pour SIX DUO de Guittarre &
Violon , avec Sourdine , par M. Merchi ,
& qui font fon Œuvre XII ; l'Auteur
les avertit qu'il va paroître , & qu'on en
trouvera des Exemplaires chez lui , rue
S.Thomas du Louvre,àlamême adreſſe.
de Guittarre, faciles & à la
portée des Commençans. Par M. Merchi.
8. Livre de Guittarre. Œuvre XI . Prix
3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Auteur , rue
S. Thomas du Louvre , du côté du Châ-
teau d'Eau , chez un Menuifier , le ſe
cond eſcalier après la Cour ; & aux
adreſſes ordinaires de Mufique.
Pluſieurs Amateurs de Guittarre ayant
foufcrit , pour SIX DUO de Guittarre &
Violon , avec Sourdine , par M. Merchi ,
& qui font fon Œuvre XII ; l'Auteur
les avertit qu'il va paroître , & qu'on en
trouvera des Exemplaires chez lui , rue
S.Thomas du Louvre,àlamême adreſſe.
Fermer
16995
p. 164
GRAVURE.
Début :
CARTE du Passage de l'ombre de la Lune à travers de l'Europe, de la fameuse [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
CARTE du Passage de l'ombre de la
Lune à travers de l'Europe, de la fameuse
Eclipse centrale & annulaire de
Soleil du premier Avril prochain , calcu-
lée par Madame Lepaute , de l'Académie
de Béziers , qui a eu l'honneur de la pré-
ſenter à Sa Majeſté ;avec une explication
intéreſſante de ce Phénomène. A Paris ,
chez Lattré , Graveur rue S. Jacques ,
près la Fontaine S. Severin , à la Ville de
Bordeaux ; avec Privilége du Roi.
CARTE du Passage de l'ombre de la
Lune à travers de l'Europe, de la fameuse
Eclipse centrale & annulaire de
Soleil du premier Avril prochain , calcu-
lée par Madame Lepaute , de l'Académie
de Béziers , qui a eu l'honneur de la pré-
ſenter à Sa Majeſté ;avec une explication
intéreſſante de ce Phénomène. A Paris ,
chez Lattré , Graveur rue S. Jacques ,
près la Fontaine S. Severin , à la Ville de
Bordeaux ; avec Privilége du Roi.
Fermer
16996
p. 164
SUPPLÉMENT à l'Article des Sciences. GÉOGRAPHIE.
Début :
CALCULS & projection de la grande Eclipse de Soleil, du premier Avril 1764. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Sciences. GÉOGRAPHIE.
SUPPLÉMENT à l'Article des Sciences.
GÉOGRAPHIE.
CALCULS & projection de la grande
Eclipse de Soleil, du premier Avril 1764.
Par M. le Carlier d'Epuifart , Confeiller
en la Cour des Monnoyes. Approuvés
par l'Académie Royale des Sciences ,le
3 Septembre 1763. Brochure in-4°. à
Paris , chez Moreau , Libraire - Impri-
meur de la Reine , & de Mgr le Dau-
phin ; Seguin , rue Dauphine , & la veuve
Gautier, Cloître S. Honoré ,débitans la
Carte de France.
GÉOGRAPHIE.
CALCULS & projection de la grande
Eclipse de Soleil, du premier Avril 1764.
Par M. le Carlier d'Epuifart , Confeiller
en la Cour des Monnoyes. Approuvés
par l'Académie Royale des Sciences ,le
3 Septembre 1763. Brochure in-4°. à
Paris , chez Moreau , Libraire - Impri-
meur de la Reine , & de Mgr le Dau-
phin ; Seguin , rue Dauphine , & la veuve
Gautier, Cloître S. Honoré ,débitans la
Carte de France.
Fermer
16997
p. 165-169
« LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...] »
Début :
LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens François représentèrent Blanche & Guiscard, [...] »
LE JEUDI 19 Janvier, les Comédiens
François représentèrent Blanche & Guiscard,
Tragédie nouvelle , par M. SAU-
RIN , de l'Académie Françoiſe .
Le rôle de Guiſcard étoit joué par le
Sr LE KAIN ; celui d'Osmont , Conné-
table , par le Sr MOLE ; Rodolphe , par
le Sr DAUBERVAL ; Blanche , par la
Dile CLAIRON ; Laure ſa Confidente ,
par la Dile PRÉVILLE.
CetteTragédie fut ſuivie du François
àLondres , Comédie en un Acte & en
Profe , de feu M. DE BOISSY ,
1723.)
( de
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Co-
médiens repréſenterent le Diſtrait , Co-
médie en cinq Actes & en vers , de
REGNARD , (de 1697. ) Le Sr BEL-
COURTjouoit le rôle du Diſtrait; le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
MOLÉ , celui du Chevalier ; le Sr PRÉ-
VILLE, le rôle de Carlin , la Demoiſelle
DROUIN , celui de Mad. Grognac , &c.
Pour ſeconde Pièce , le Retour impré-
vu , Comédie en un Acte & en profe du
même Auteur , (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens
Italiens , le Maréchal , Opera-Comique
en deux Actes , précédé des Frères Ri-
vaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26 ,
les Comédiens
François repréſentèrent Brutus , Tra-
gédie de M. DE VOLTAIRE , (de 1730.)
Le rôle de Brutus futjoué parle Sr BRI-
ZARD ; celui de fon fils Titus , par le Sr
MOLÉ ; Arons , par le Sr DUBOIS, & le
rôle de Tullie ,par la Dile DUBOIS , &c.
&c.
Pour ſeconde Piéce , on donna l'E-
tourderie , Comédie en un Acte & en
profe , de feu M. FAGAN , (de 1737.)
LeMercredi premier Février , lesCo-
médiens Italiens repréſentèrent le Diable
Boiteux , Comédie Italienne en deux
Actes , qui fut ſuiviedes Enforcelés , ou
Jeannot & Jeannette , Opéra-Comique
en un Acte , en Vaudevilles , par laDile
FAVART en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février , les Comédiens Fran-
çois repréſentèrent la Métromanie, Co-
MARS. 1764.
167
médie en cinq Actes & en vers , de M.
PIRON , (de 1738. )
Le Sr BELCOUR joua le rôle de Da-
mis ; le Sr MOLÉ , celui de Dorante ; le
Sr PRÉVILLE , celui de Mondor. Le rôle
de Lucile par la Dlle DESPINAY , & le
rôle de Lisette par la Dile FANIER ,
Débutante , &c. &c.
Pour ſeconde Piece , on donna le
Colin Maillard, Comédie en un Acte &
enprofe , du feu Sr DANCOURT , ( de
1702); dans laquelle la Dile FANIER ,
Débutante , joua auſſi le rôle de Sou-
brette: la DlleDOLIGNY yjouoit celui
d'Angélique , &c.
LeMercredi 8 Février , les Comédiens
Italiens repréſentèrent la Joûte d'Arle-
quin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour , après la Pièce Italien-
ne , les Sujets de l'Académie Royale de
Muſique & de la Muſique du Roi,éxécu-
tèrent, pour la feconde fois , laDanfe ,
troiſième Entrée du Ballet des Talens
Lyriques. Les Acteurs & les Danſeurs
étoient les mêmes qu'à la première Re-
préſentation. On en a donné le détail
dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François
repréſentèrent Edipe , Tragédie de M.
DE VOLTAIRE , (de 1718.) Le Sr LE
68 MERCURE DE FRANCE.
KAIN joua le rôle d'Edipe , le Sr BEL-
COUR celui de Philoctete ; la Dlle Du-
MESNIL joua le rôle de Jocafte , &c.
&c.
Cette Piéce fut ſuiviedu ProcureurAr-
bitre , Comédie en un Acte & en vers ,
du feu Sr POISSON , ( de 1728. ) Le Sr
BELCOUR joua le rôle du Procureur,
Je Sr GRANGER celui d'Agénor ; la
Dile DOLIGNI , Isabelle ; la Dlle P
VILLE , la Veuve; & la Dlle DROUIN ,
la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François
repréſentèrent le Misantrope , Comédie
de MOLIERE , en cinq Actes & en vers,
(de 1666. ) Le Sr GRANDVAL y joua
le rôle du Misantrope. Il y fit le même
plaifir qu'il avoit fait à Paris ; & l'on y
jugea de même des nouveaux degrés de
perfection qu'il avoit acquis dans lejeu
de ce rôle. *
La grande Piéce fut ſuivie du Mari re-
trouvé, Comédie en un Acte & en profe
du feu Sr DANCOURT , ( de 1698. )
Le 15 , les Comédiens Italiens donné-
rent Arlequin Barbierparalytique , Pié-
ce Italienne , qui fut ſuivie du Peintre
* Voyez ci-après à l'Article des Spectacle
de Paris, celui de la Comédie Françoiſe.
amoureux
MARS. 1764.
169
amoureux defon Modéle , Opéra-Comi-
que mêlé d'Ariettes.
Le Jeudi 16 , les Comédiens François
repréſentèrent Polieucte , Tragédie du
Grand CORNEILLE. Le Sr MOLÉjoua
le rôle de Polieucte , le Sr BELLECOUR
celui de Sévère , le Sr PAULIN celuide
Félix. La Dile DUMESNIL y jouoit le
rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Piéce
eſtde 1640. )
Pour ſeconde Piéce , on donna le
Rendez-vous , Comédie en un Acte & en
vers de feu M. FAGAN , ( de 1733. )
Lafuite au Mercure prochain.
François représentèrent Blanche & Guiscard,
Tragédie nouvelle , par M. SAU-
RIN , de l'Académie Françoiſe .
Le rôle de Guiſcard étoit joué par le
Sr LE KAIN ; celui d'Osmont , Conné-
table , par le Sr MOLE ; Rodolphe , par
le Sr DAUBERVAL ; Blanche , par la
Dile CLAIRON ; Laure ſa Confidente ,
par la Dile PRÉVILLE.
CetteTragédie fut ſuivie du François
àLondres , Comédie en un Acte & en
Profe , de feu M. DE BOISSY ,
1723.)
( de
Le Mardi 24 Janvier , les mêmes Co-
médiens repréſenterent le Diſtrait , Co-
médie en cinq Actes & en vers , de
REGNARD , (de 1697. ) Le Sr BEL-
COURTjouoit le rôle du Diſtrait; le Sr
166 MERCURE DE FRANCE.
MOLÉ , celui du Chevalier ; le Sr PRÉ-
VILLE, le rôle de Carlin , la Demoiſelle
DROUIN , celui de Mad. Grognac , &c.
Pour ſeconde Pièce , le Retour impré-
vu , Comédie en un Acte & en profe du
même Auteur , (de 1700.)
Le Mercredi 25 , par les Comédiens
Italiens , le Maréchal , Opera-Comique
en deux Actes , précédé des Frères Ri-
vaux , petite Pièce Italienne.
Le lendemain 26 ,
les Comédiens
François repréſentèrent Brutus , Tra-
gédie de M. DE VOLTAIRE , (de 1730.)
Le rôle de Brutus futjoué parle Sr BRI-
ZARD ; celui de fon fils Titus , par le Sr
MOLÉ ; Arons , par le Sr DUBOIS, & le
rôle de Tullie ,par la Dile DUBOIS , &c.
&c.
Pour ſeconde Piéce , on donna l'E-
tourderie , Comédie en un Acte & en
profe , de feu M. FAGAN , (de 1737.)
LeMercredi premier Février , lesCo-
médiens Italiens repréſentèrent le Diable
Boiteux , Comédie Italienne en deux
Actes , qui fut ſuiviedes Enforcelés , ou
Jeannot & Jeannette , Opéra-Comique
en un Acte , en Vaudevilles , par laDile
FAVART en Société, ( de 1757. )
Le 7 Février , les Comédiens Fran-
çois repréſentèrent la Métromanie, Co-
MARS. 1764.
167
médie en cinq Actes & en vers , de M.
PIRON , (de 1738. )
Le Sr BELCOUR joua le rôle de Da-
mis ; le Sr MOLÉ , celui de Dorante ; le
Sr PRÉVILLE , celui de Mondor. Le rôle
de Lucile par la Dlle DESPINAY , & le
rôle de Lisette par la Dile FANIER ,
Débutante , &c. &c.
Pour ſeconde Piece , on donna le
Colin Maillard, Comédie en un Acte &
enprofe , du feu Sr DANCOURT , ( de
1702); dans laquelle la Dile FANIER ,
Débutante , joua auſſi le rôle de Sou-
brette: la DlleDOLIGNY yjouoit celui
d'Angélique , &c.
LeMercredi 8 Février , les Comédiens
Italiens repréſentèrent la Joûte d'Arle-
quin & de Scapin , Comédie Italienne.
Le même jour , après la Pièce Italien-
ne , les Sujets de l'Académie Royale de
Muſique & de la Muſique du Roi,éxécu-
tèrent, pour la feconde fois , laDanfe ,
troiſième Entrée du Ballet des Talens
Lyriques. Les Acteurs & les Danſeurs
étoient les mêmes qu'à la première Re-
préſentation. On en a donné le détail
dans le Mercure de Février.
Le Jeudi 9 , les Comédiens François
repréſentèrent Edipe , Tragédie de M.
DE VOLTAIRE , (de 1718.) Le Sr LE
68 MERCURE DE FRANCE.
KAIN joua le rôle d'Edipe , le Sr BEL-
COUR celui de Philoctete ; la Dlle Du-
MESNIL joua le rôle de Jocafte , &c.
&c.
Cette Piéce fut ſuiviedu ProcureurAr-
bitre , Comédie en un Acte & en vers ,
du feu Sr POISSON , ( de 1728. ) Le Sr
BELCOUR joua le rôle du Procureur,
Je Sr GRANGER celui d'Agénor ; la
Dile DOLIGNI , Isabelle ; la Dlle P
VILLE , la Veuve; & la Dlle DROUIN ,
la Baronne , &. &c.
Le Mardi 14, les Comédiens François
repréſentèrent le Misantrope , Comédie
de MOLIERE , en cinq Actes & en vers,
(de 1666. ) Le Sr GRANDVAL y joua
le rôle du Misantrope. Il y fit le même
plaifir qu'il avoit fait à Paris ; & l'on y
jugea de même des nouveaux degrés de
perfection qu'il avoit acquis dans lejeu
de ce rôle. *
La grande Piéce fut ſuivie du Mari re-
trouvé, Comédie en un Acte & en profe
du feu Sr DANCOURT , ( de 1698. )
Le 15 , les Comédiens Italiens donné-
rent Arlequin Barbierparalytique , Pié-
ce Italienne , qui fut ſuivie du Peintre
* Voyez ci-après à l'Article des Spectacle
de Paris, celui de la Comédie Françoiſe.
amoureux
MARS. 1764.
169
amoureux defon Modéle , Opéra-Comi-
que mêlé d'Ariettes.
Le Jeudi 16 , les Comédiens François
repréſentèrent Polieucte , Tragédie du
Grand CORNEILLE. Le Sr MOLÉjoua
le rôle de Polieucte , le Sr BELLECOUR
celui de Sévère , le Sr PAULIN celuide
Félix. La Dile DUMESNIL y jouoit le
rôle de Pauline , &c. &c. ( Cette Piéce
eſtde 1640. )
Pour ſeconde Piéce , on donna le
Rendez-vous , Comédie en un Acte & en
vers de feu M. FAGAN , ( de 1733. )
Lafuite au Mercure prochain.
Fermer
16998
p. 169-170
OPERA.
Début :
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné le Public pour le Spectacle de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné
le Public pour le Spectacle de
l'Opéra , a été pleinement juſtifié par
le concours foutenu des Spectateurs
juſqu'à préſent. Les beautés du Pоёте
& de la Muſique de Castor & Pollux ,
jointes à la magnificence du Spectacle ,
font de plus en plus ſenties , & prou-
vées par une affluence
perpétuelle.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Titon & l'Aurore n'eſt pas moins ſuivi
les Jeudis , quoique ce jour fût ordi-
nairement un des plus foibles.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du
Bal , & plus on en reconnoît la beauté
&tous les agrémens : le plus grandnom-
bre de Maſques n'y produit que la viva-
cité néceſſaire à l'amusement du Bal,
& cette forte de confufion qui en fait
tout le brillant , ſans que l'on y éprouve
les incommodités d'une foule trop reffer-
rée. Il ſeroit difficile de diſpoſer un lieu
plus commode & plus convenable pour
la fête la plus magnifique.
L'EMPRESSEMENT qu'avoit témoigné
le Public pour le Spectacle de
l'Opéra , a été pleinement juſtifié par
le concours foutenu des Spectateurs
juſqu'à préſent. Les beautés du Pоёте
& de la Muſique de Castor & Pollux ,
jointes à la magnificence du Spectacle ,
font de plus en plus ſenties , & prou-
vées par une affluence
perpétuelle.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Titon & l'Aurore n'eſt pas moins ſuivi
les Jeudis , quoique ce jour fût ordi-
nairement un des plus foibles.
Plus on fréquente la nouvelle Salle du
Bal , & plus on en reconnoît la beauté
&tous les agrémens : le plus grandnom-
bre de Maſques n'y produit que la viva-
cité néceſſaire à l'amusement du Bal,
& cette forte de confufion qui en fait
tout le brillant , ſans que l'on y éprouve
les incommodités d'une foule trop reffer-
rée. Il ſeroit difficile de diſpoſer un lieu
plus commode & plus convenable pour
la fête la plus magnifique.
Fermer
16999
p. 170-172
AVIS aux Amateurs d'Instrumens. NOUVELLE Invention d'une LYRE pareille à celle des Anciens. N. B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis suivant dans cet Article.
Début :
NOUS avions annoncé précédemment un Instrument qui approchoit de la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS aux Amateurs d'Instrumens. NOUVELLE Invention d'une LYRE pareille à celle des Anciens. N. B. L'analogie de l'objet nous engage à placer l'Avis suivant dans cet Article.
AVIS aux Amateurs d'Instrumens.
NOUVELLE Invention d'une LYRE
pareille à celle des Anciens.
N. B. L'analogie de l'objet nous engage
à placer l'Avis suivant dans cet Article.
NOUS avions annoncé précédemment
un Instrument qui approchoit de
la Lyre : mais dont il paroît que le fuc-
cès n'a pas répondu à l'eſpoir de fon In-
venteur. Nous croyons que celui-ci ſera
MARS. 1764.
171
plus heureux. On regrettoit avec raifon
quelaformedela Lyreantique , ſiagréa-
ble , fi noble , propre à nous réaliſer les
idées poëtiques , ne pût pas ſe concilier
avec la conſtruction propre aux effets
harmoniques. Dans l'Inftrument dont
nous parlons , on eſt parvenu à lever
cettedifficulté. Sa forme eſt entièrement
telle que l'on nous peint la LYRE d'A-
pollon. Elle est auſſi ſevelte , auffi élé-
gante & très- ornée. La partie inférieure
eſt traverſée par un corps de Lut , fur
lequel font poſées obliquement les qua-
rante cordes diviſées fur deux lignes pa-
rallèles. Il en réſulte une auffi belle qua-
lité de ſon que fur la Harpe. Les cordes
ſe pincentdemême , mais avec beaucoup
plus de facilité , le corps de tout l'Inftru-
ment n'excédant pas la portée du bras
d'un enfant. Nous avons entendu jouer
de cette Lyre , & l'effet nous en a parů
très-agréable , en ce que les cordes des
deffus rendent un ſon plus moëleux que
celles de la Harpe. Si l'effet général n'eſt
pas d'une auffi forte réfonance que fur
ce dernier Inſtrument , cette Lyre nous
a paru égalerà cet égard ,pour le moins ,
un très - fort Archiluth. Les quarante
cordes contiennent trois octaves & de-
mi de tonsde ſuite. Ilyadansla traverſe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fupérieure de la Lyre , une méchanique
cachéeaffez curieuse pour les Diezes &
les Bémols fur toutes les cordes ; on en
fait uſage à volonté ſuivant les divers
tons que l'on veut parcourir. Nous
ne doutons pas que l'on n'adopte ce
nouvel Inſtrument , par la facilité de
fon exécution , par celle de le tranf-
porter , par l'agrément dont fon jeu
peut être , enfin par les grâces de fon
aſpect , par celles qu'il prêteroit à
ceux & fur- tout à celles qui len
joueroient. Les Peintres doivent être
intéreſlés au progrès de cette Lyre Ils
y trouveroient de nouvelles pofitions
pour les Portraits , infiniment plus avan-
tageuſes que toutes celles qui ſont déja
épuiſées & devenues ſi communes.
L'Inventeurde cette LYRE eft le Sieur
MICHELOT , Luthier , rue S. Honoré
près la rue de l'Echelle , à côté des Ecu-
ries de M. le Dauphin.
NOUVELLE Invention d'une LYRE
pareille à celle des Anciens.
N. B. L'analogie de l'objet nous engage
à placer l'Avis suivant dans cet Article.
NOUS avions annoncé précédemment
un Instrument qui approchoit de
la Lyre : mais dont il paroît que le fuc-
cès n'a pas répondu à l'eſpoir de fon In-
venteur. Nous croyons que celui-ci ſera
MARS. 1764.
171
plus heureux. On regrettoit avec raifon
quelaformedela Lyreantique , ſiagréa-
ble , fi noble , propre à nous réaliſer les
idées poëtiques , ne pût pas ſe concilier
avec la conſtruction propre aux effets
harmoniques. Dans l'Inftrument dont
nous parlons , on eſt parvenu à lever
cettedifficulté. Sa forme eſt entièrement
telle que l'on nous peint la LYRE d'A-
pollon. Elle est auſſi ſevelte , auffi élé-
gante & très- ornée. La partie inférieure
eſt traverſée par un corps de Lut , fur
lequel font poſées obliquement les qua-
rante cordes diviſées fur deux lignes pa-
rallèles. Il en réſulte une auffi belle qua-
lité de ſon que fur la Harpe. Les cordes
ſe pincentdemême , mais avec beaucoup
plus de facilité , le corps de tout l'Inftru-
ment n'excédant pas la portée du bras
d'un enfant. Nous avons entendu jouer
de cette Lyre , & l'effet nous en a parů
très-agréable , en ce que les cordes des
deffus rendent un ſon plus moëleux que
celles de la Harpe. Si l'effet général n'eſt
pas d'une auffi forte réfonance que fur
ce dernier Inſtrument , cette Lyre nous
a paru égalerà cet égard ,pour le moins ,
un très - fort Archiluth. Les quarante
cordes contiennent trois octaves & de-
mi de tonsde ſuite. Ilyadansla traverſe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fupérieure de la Lyre , une méchanique
cachéeaffez curieuse pour les Diezes &
les Bémols fur toutes les cordes ; on en
fait uſage à volonté ſuivant les divers
tons que l'on veut parcourir. Nous
ne doutons pas que l'on n'adopte ce
nouvel Inſtrument , par la facilité de
fon exécution , par celle de le tranf-
porter , par l'agrément dont fon jeu
peut être , enfin par les grâces de fon
aſpect , par celles qu'il prêteroit à
ceux & fur- tout à celles qui len
joueroient. Les Peintres doivent être
intéreſlés au progrès de cette Lyre Ils
y trouveroient de nouvelles pofitions
pour les Portraits , infiniment plus avan-
tageuſes que toutes celles qui ſont déja
épuiſées & devenues ſi communes.
L'Inventeurde cette LYRE eft le Sieur
MICHELOT , Luthier , rue S. Honoré
près la rue de l'Echelle , à côté des Ecu-
ries de M. le Dauphin.
Fermer
17000
p. 172-177
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 4 Février, on donna pour la dernière fois Blanche & Guiscard, Tragédie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LE 4 Février, on donna pour la dernière
fois Blanche & Guiscard, Tragédie
nouvelle , qui a eu neufrepréſen
MARS. 1764.
73
tations , y compris les trois , avant le
Voyage de Fontainebleau.
L'Epreuve indifcrette , Comédie nou-
velle , dont nous avons annoncé la pre-
mière Repréſentation dans le précédent
Mercure , a étéretirée après la quatrième
le 6 du même mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux
Piéces à la fin de cet Article.
Lemêmejour (6 Février) M. GRAND-
VAL eſt rentré au Théâtre , par le rôle
du Misantrope. Dès qu'il parut , les
les applaudiſſemens les plus vifs fufpen-
dirent long-temps le commencement
de la ſcène. Ces témoignages , quoi-
que mérités , de la prévention favo-
rable du Public , redoublérent , dans
cet ancien Acteur , la crainte de n'y
pas répondre ſuffiſamment. Il fut facile
d'appercevoir ſon émotion. Cependant il
donna de nouvelles preuves d'un talent
confommé; & tous les Spectateurs intel-
ligens ſont convenus qu'il avoit joué un
grand nombre de traits dans ce rôle ,
non-feulementd'une manière fort ſupé-
rieure à celle dont il le jouoit avant fa
retraite , mais encore à tout ce qu'on
pouvoit ſe rappeller de mieux. Il jouale
8 , avec ſuccès , le rôle du Philofophe
Marié,dans la Piéce de ce nom. Lorf-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. BELCOUR yparut dans le rôle
de Damon , le Public , par des applaudif-
femens redoublés , donna à cet Acteur
dépoffédé de pluſieurs rôles qu'il jouoit
pendant l'absence de M. GRANDVAL ,
des marques de lajustice qu'ilrend à fon
zèle infatigable , à l'intelligence de fon
jeu, ainſi qu'à l'utilité & à l'agrément
dont lui feront toujours ſes ſervices.
M. GRANDVAL a joué depuis le rôle
de Cimon dans l'Andrienne. L'épreuve
de ce caractère , nouveau pour l'Acteur,
étoit auffi intéreſſante pour lesAmateurs
du Théâtre que pour lui-même. Quoi-
qu'avec une figure , moins changée par
l'âge que peut-être notre opinion ou
notre habitude n'éxige pour cet emploi ,
il a rempli toutes les parties du rôle avec
ce talent de détail & de raifonnement ,
toujours fi agréable pour le connoiffeur,
joint à un pathétique vrai & ſenſible ,
dont l'impreffion a entraîné les fuffrages
& les applaudiffemens.
Nous devons, enparlant del'Andrien-
ne, renouvellerles juftes murmures d'un
Public éclairé fur l'habitude de jouer
toujours cette Piéce en habits François.
Cette habitude ,digne des temps obſcurs
& barbares de notre Théâtre , ne peut
avoir fon excuſe dans le défaut d'habil
MAR S. 1764.
175
lement , 1 °. parce qu'on en afait la dé-
penſe pour des Piéces fort inférieures à
celle-ci , qui deviendroit par-là toute
nouvelle; 2º. parce qu'on voitjournel-
lement fur la Scène tragique des habits
ſimples , dont la forme conviendroit
fort bien à ce genrede comique. Croit-
on que , les habits militaires exceptés ,
les Anciens changeaſſent de vêtemens
pour les fituations tragiques qui pou-
voient traverſer le cours de leur vie ?
L'erreur de croire n'avoir pas d'habille-
mens propres à jouer des Comédies
Grecques , ne peutvenirque d'une autre
erreur , qui eſt de rapporter la forme
d'habillementde l'ancienne Gréce à celle
des vêtemens mordenes du Levant. Que
l'on confulte les monumens antiques ,
& l'on trouvera bien plus de rapport
dans ces vêtemens entre les habitans
d'Athènes & ceux de Rome , qu'entre
les Grecs modernes & les anciens. En un
mot , le plus déſagréable de tous les in-
convéniens , & la plus abfurde de toutes
les difparates , eſt de voir au milieu d'A-
thènes Cimon en vieux Seigneur de no-
tre Cour , fon fils Pamphile en petit-
maître , les efclaves en laquais , &c. &c.
M. GRANDVAL joua le 12 dans le
Misantrope , & le même jour le Faux
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE .
Damis dans le Mariage fait & rompu.
Mlle LE KAIN jouoit dans cette fecon-
de Piéce le rôle de Soubrette avec beau-
coup de naturel. Qu'il nous ſoit permis
de remarquer que de bons Juges du ta-
lens en accordent à cette Actrice , pour
certains genres de Soubrettes , dans lef
quels elle ſe perfectionne de plus en
plus.
Le Lundi 13 on donna la première re-
préſentation d'Idomenée , Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. Cette Piéce fut
reçue avec applaudiſſement à tous les
Actes. Une acclamationfoutenue appella
l'Auteur à la fin de la Piéce : il ſe dif-
penſa de paroître. Nous ne faiſons pas
mention de cette circonſtance , pour
preuve de fuccès. L'abus que l'on fait
aujourd'hui dans le Parterre de cette ef-
péce de cri de triomphe en a trop avili le
prix. Mais , ce qui eſt plus décifif en fa-
veur de l'Ouvrage , eſt la continuation
des repréſentations.
1 Mile FANNIER , dont nous avons
parlé dans les précédens Mercures a ter-
miné ſes débuts. L'eſpoir du Public fur
les talens de cette jeune Actrice , doit
être fondé ſur ceux que l'on reconnoît
& que l'on applaudit journellement
dans M. MOLÉ , de qui elle eſt Eléve.
MAR S. 1764.
177
L'intelligence fine du Maître , ne per-
met pas dedouter qu'il n'ait reconnu
dans ce Sujet , des diſpoſitions dignes
de ſes ſoins , & propres à lui faire
honneur.
LE 4 Février, on donna pour la dernière
fois Blanche & Guiscard, Tragédie
nouvelle , qui a eu neufrepréſen
MARS. 1764.
73
tations , y compris les trois , avant le
Voyage de Fontainebleau.
L'Epreuve indifcrette , Comédie nou-
velle , dont nous avons annoncé la pre-
mière Repréſentation dans le précédent
Mercure , a étéretirée après la quatrième
le 6 du même mois.
N. B. On trouvera les Extraits de ces deux
Piéces à la fin de cet Article.
Lemêmejour (6 Février) M. GRAND-
VAL eſt rentré au Théâtre , par le rôle
du Misantrope. Dès qu'il parut , les
les applaudiſſemens les plus vifs fufpen-
dirent long-temps le commencement
de la ſcène. Ces témoignages , quoi-
que mérités , de la prévention favo-
rable du Public , redoublérent , dans
cet ancien Acteur , la crainte de n'y
pas répondre ſuffiſamment. Il fut facile
d'appercevoir ſon émotion. Cependant il
donna de nouvelles preuves d'un talent
confommé; & tous les Spectateurs intel-
ligens ſont convenus qu'il avoit joué un
grand nombre de traits dans ce rôle ,
non-feulementd'une manière fort ſupé-
rieure à celle dont il le jouoit avant fa
retraite , mais encore à tout ce qu'on
pouvoit ſe rappeller de mieux. Il jouale
8 , avec ſuccès , le rôle du Philofophe
Marié,dans la Piéce de ce nom. Lorf-
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
que M. BELCOUR yparut dans le rôle
de Damon , le Public , par des applaudif-
femens redoublés , donna à cet Acteur
dépoffédé de pluſieurs rôles qu'il jouoit
pendant l'absence de M. GRANDVAL ,
des marques de lajustice qu'ilrend à fon
zèle infatigable , à l'intelligence de fon
jeu, ainſi qu'à l'utilité & à l'agrément
dont lui feront toujours ſes ſervices.
M. GRANDVAL a joué depuis le rôle
de Cimon dans l'Andrienne. L'épreuve
de ce caractère , nouveau pour l'Acteur,
étoit auffi intéreſſante pour lesAmateurs
du Théâtre que pour lui-même. Quoi-
qu'avec une figure , moins changée par
l'âge que peut-être notre opinion ou
notre habitude n'éxige pour cet emploi ,
il a rempli toutes les parties du rôle avec
ce talent de détail & de raifonnement ,
toujours fi agréable pour le connoiffeur,
joint à un pathétique vrai & ſenſible ,
dont l'impreffion a entraîné les fuffrages
& les applaudiffemens.
Nous devons, enparlant del'Andrien-
ne, renouvellerles juftes murmures d'un
Public éclairé fur l'habitude de jouer
toujours cette Piéce en habits François.
Cette habitude ,digne des temps obſcurs
& barbares de notre Théâtre , ne peut
avoir fon excuſe dans le défaut d'habil
MAR S. 1764.
175
lement , 1 °. parce qu'on en afait la dé-
penſe pour des Piéces fort inférieures à
celle-ci , qui deviendroit par-là toute
nouvelle; 2º. parce qu'on voitjournel-
lement fur la Scène tragique des habits
ſimples , dont la forme conviendroit
fort bien à ce genrede comique. Croit-
on que , les habits militaires exceptés ,
les Anciens changeaſſent de vêtemens
pour les fituations tragiques qui pou-
voient traverſer le cours de leur vie ?
L'erreur de croire n'avoir pas d'habille-
mens propres à jouer des Comédies
Grecques , ne peutvenirque d'une autre
erreur , qui eſt de rapporter la forme
d'habillementde l'ancienne Gréce à celle
des vêtemens mordenes du Levant. Que
l'on confulte les monumens antiques ,
& l'on trouvera bien plus de rapport
dans ces vêtemens entre les habitans
d'Athènes & ceux de Rome , qu'entre
les Grecs modernes & les anciens. En un
mot , le plus déſagréable de tous les in-
convéniens , & la plus abfurde de toutes
les difparates , eſt de voir au milieu d'A-
thènes Cimon en vieux Seigneur de no-
tre Cour , fon fils Pamphile en petit-
maître , les efclaves en laquais , &c. &c.
M. GRANDVAL joua le 12 dans le
Misantrope , & le même jour le Faux
Η iv
176 MERCURE DE FRANCE .
Damis dans le Mariage fait & rompu.
Mlle LE KAIN jouoit dans cette fecon-
de Piéce le rôle de Soubrette avec beau-
coup de naturel. Qu'il nous ſoit permis
de remarquer que de bons Juges du ta-
lens en accordent à cette Actrice , pour
certains genres de Soubrettes , dans lef
quels elle ſe perfectionne de plus en
plus.
Le Lundi 13 on donna la première re-
préſentation d'Idomenée , Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. Cette Piéce fut
reçue avec applaudiſſement à tous les
Actes. Une acclamationfoutenue appella
l'Auteur à la fin de la Piéce : il ſe dif-
penſa de paroître. Nous ne faiſons pas
mention de cette circonſtance , pour
preuve de fuccès. L'abus que l'on fait
aujourd'hui dans le Parterre de cette ef-
péce de cri de triomphe en a trop avili le
prix. Mais , ce qui eſt plus décifif en fa-
veur de l'Ouvrage , eſt la continuation
des repréſentations.
1 Mile FANNIER , dont nous avons
parlé dans les précédens Mercures a ter-
miné ſes débuts. L'eſpoir du Public fur
les talens de cette jeune Actrice , doit
être fondé ſur ceux que l'on reconnoît
& que l'on applaudit journellement
dans M. MOLÉ , de qui elle eſt Eléve.
MAR S. 1764.
177
L'intelligence fine du Maître , ne per-
met pas dedouter qu'il n'ait reconnu
dans ce Sujet , des diſpoſitions dignes
de ſes ſoins , & propres à lui faire
honneur.
Fermer