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1
p. 3-35
ETAT PRESENT DES AFFAIRES DE FRANCE, & des Alliez.
Début :
Plus les choses sont rares & extraordinaires, plus elles font [...]
Mots clefs :
France, Ennemis, Alliés, Siège de Namur, Argent, Campagne, Places, Place, Roi, Angleterre, Troupes, Pays, Siège, Hommes, Remporter, Lieu, Prix, Armée, Casale Monferrato, Casal, Guerre, Conquêtes
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texteReconnaissance textuelle : ETAT PRESENT DES AFFAIRES DE FRANCE, & des Alliez.
ETAT PRESENT
DES AFFAIRES
DE FRANCE,
& des Alliez.
Lus les choses sont ra-
res & extraordinaires,
plus elles font d'impression
sur ceux qui les ont sou-
haitées avec ardeur. Les
Alliez, depuis l'ouverture
a 1)
Etat present
4
de la Guerre presente,
avoient continuellement
perdu des Places & des
Batailles, & un succés de
la nature de celuy de la
Prise de Namur, a este pour
eux une choſe si nouvelle,
que leur joye a de beaucoup
surpassé le cher avan-
tage qu'ils ont remporte.
Toute l'Europe en a retenty;
mais on en a donné
des marques en tant d'E
tats, qu'on n'a pû les faire
paroistre, sans qu'elles fis-
sent connoistre en même
des Affaires, & c.
temps la grandeur de la
France, puis que d'une gloi-
re partagée entre tant de
Souverains, il y en a peu
pour chacun; au lieu que
lorsque la France triomphe,
le Vainqueur remporte seul
toute la gloire, qui n'est
point partagée. Ainsi l'on
peutdire que nos moindres
triomphes sont grands
lors que ceux des Alliez
ne leur sont pas plus ho-
norables, que le seroit la
la Victoire de ceux dont
le nombre seroit grand,
a 11)
Etat present
6
pour accabler une seule
personne; ce qui fait qu'il
y auroit en quelque façon
sujet de dire, que l'avantage
qu'ils ont remporté est
accompagné de honte. Ce-
pendant, cet essay de bon-
heur qui seur a cousté assez
pour leur devoir faire ap-
prehender leur ruine entie-
re, s'ils ſe hazardent encore
à tenter de faire de pareilles
conquestes, les a rendus si
fiers, & les a jettez dans un
tel aveuglement, qu'ils
croyent estre déja maistres
des Affaires, &c.
de Dinant & de Philippeville,
& se voir en Champagne.
On pourroit leur
répondre, que la France
est moins épuisée qu'eux
de Troupes & d'argent;
que toutes nos autres
frontieres sont deffendues
par un grand nombre de
Places ttes fortes, & plus
regulieres que Namur; &
à l'égard de la Champagne,
qu'elle n'est pas tout-a-fait
exposée a leurs courses,
puis qu'elle est encore cou-
verte par dix bonnes Pla-
a 111
8 Etat present
ces, dont il y en a quatre
le long de la Meuſe, ſça
voir, Dinant, Charlemont,
Mezieres & Sedan; quatre
le long de la Sambre, qui
sont, Charleroy, Maubeu-
e, Avesnes, & Landrechies;
& deux entre ces
deux rivieres; sçavoir, Phi-
lippeville & Rocroy.
Ces obstacles sont assez
forts & meriteroient quel-
que reflexion; mais il vaut
mieux examiner si la prise
de Namur est aussi avanta-
geuse aux Alliez qu'ils se l'i-
des Affaires, &c.
maginent, & s' il leur seroit
utile de faire beaucoup de
semblables conquestes.
A la verité, Namur est
considerable par sa situa-
tion au conflans de la Sam-
bre & de la Meuse, & parce
qu'elle met en quelque fa-
çon a couvert le Pays de
Liege, qui est à la gauche
de la Meuse, & une partie
du Brabant Espagnol; mais
comme chaque chose a son
prix, il est certain que cet-
te Place leur coûte plus
qu'elle ne vaut. Les per.
10 Etat present
sonnes les mieux informées
demeurent d'accord que
la dépense de ce Siege va
à plus de trente millions;
qu'ils y ont mis une partie
de leur Artillerie hors d'é-
tat de servir, qu'ils y ont
épuisé leurs Magasins de
munitions & de vivres; &
qu'enfin ils y ont perdu
vingt-cinq à trente mil-
le hommes; ce qui pa-
roist évidemment, en ce
que depuis la prise de cette
Place, leur Armée n’a osé
paroistre devant celle du
des Affaires, &c. II
Roy, qui est demeuree
maiſtreſſe de la Campagne,
consumant les fourages, &
subsistant aux dépens du
Pays ennemi. A l'égard des
Fortifications, elles sont
ruinees de telle sorte, qu'il
faudra employer du moins
cinque millions pour les réta-
blir, puis qu'on a déja de-
mandé quatorze cens mille
florins aux Holsandois pour
leur quote part. Si l'on con-
sidere sans prévention tou-
tes ces circonstances, on
avouëra que les Alliez
Etat present
12
n'ont pas grand sujet de se
réjouir, & qu'il n'y a peut-
estre point de Prince qui
voulust acheter à ce prix
une pareille conqueste. Il
est certain que nous n'a-
vons jamais pris de Places
qui nous ayent tant coûté,
quoy que nos Ennemis
fondassent la ruine de la
France sur ce qu'elles nous
coûtoient si nous en pre-
nions davantage de la mes-
me sorte. Cependant il est
prouvéailleurs, tant par le
procez qu'ils ont fait ou
des Affaires, &c.
13
voulufaire aux Gouverneurs
de leurs Places, & principa-
lement a celuy de Namur
quand le Roy le prit, que
par les recompenses que
nous donnons aux nostres,
que nos Places les ont épuisez
d'argent, ce que n'ont
pas fait a nôre egard celles
que nous avons prises. Ainsi
on leur peut dire avec bien
plus de raison, quils sont
perdus s'ils tâchent encore
d'en prendre a ce mesme
prix. Les Conquestes éloi-
gnées de l'Angleterre sont
Etat present
14
inutiles à la Nation. Il est
pourtant vray que presque
tout ce que l'Angleterre
avoit de vieilles Troupes y
a pery, & que l'Etat s'épuise
d'argent, à cause que l'argent
en sort. Les Anglois
en murmurent, & tout cela
est expliqué dans des écrits
qui se debitent en Angle.
terre. Mais ce n'est pas en-
core tout ce que la con-
queste de Namur leur
coute.
Avant que de commen
cer le Siege, ils attaque
des Affaires, &c. 15
rent le petit Fort de la Kenoque;
mais soit que ce
fust une feinte, ou un des-
sein formé, pour penetrer
vers Furnes & Dunkerque,
ils en furent honteusement
repoussez avec perte d'en-
viron trois mille hommes
tuez ou bleſsez. Pendant le
Siege, on fit sept a huit
cens prisonniers dans trois
Chasteaux au de là de la
Lys. On donna la chaſſe à
l'Armée du Prince de Vaudemont,
& on luy tailla en
pieces deux ou trois Batail-
Etat present
16
lons. On prit Dixmude &
Deinse, avec trente deux
pieces de Canon, des Ma-
gasins de munitions de
guerre, de provisions de
bouche & de fourages, une
infinité de palissades, & on
fit prés de neuf mille pri-
sonniers, dont les deux
tiers ont pris party dans les
Troupes de France. On
obligea ensuite les Alliez
à promettre par un Traité
qu'ils ne fortifieroient plu;
Dixmude. Quelques jours
aprés, on força les Retrandes
Affaires, &c. 17
chemens qui empêchoient
les approches de Bruxelles,
& les Ennemis ayant refusé
de consentir a ne plus bom-
barder les Places qu'on
n'assiegeroit pas, on bom-
barda cette Ville, dont on
brûla les deux tiers, avec
une perte de plus de trente
millions, de l'aveu même
des Habitans. Pendant tout
ce temps là, plus de dix
mille de leurs Soldats sont
venus se rendre, & prendre
parti dans l'Armée de Fran-
ce, qui s'est trouvée plus
Etat present
18
nombreuse a la fin de la
Campagne qu'au commen-
cement, & qui a toujours
subsisté dans le Pays enne-
mi jusqua la distribution
des quartiers d'hiver. On
peut ajoûter a cela qu'on
a levé de grandes contributions
sans en payer au-
cunes; qu'on a fait de nou-
velles Lignes plus fortes
que les précedentes, sur le
rerriroire, & à la vûë des
Ennemis, & qu on a fortifié
Courtray sans qu'ils ayent
pul'empêcher; que les Al
des Affaires, &c19
liez ont besoin de plus de
quarante mille hommes de
recruë aux Pays Bas seule-
ment; que l'argent est fort
rare, & que les vivres sont
fort chers en Angleterre &
en Hollande; que les hom-
mes commencent à man-
quer en Allemagne, & que
les Victoires des Turcs en
Hongrie rendront les le-
vées encore plus difficiles,
parce que l'Empereur aura
besoin d'avoir de grands
renforts de Troupes.
Que si l'on veut consi-
e ij
Etat present
20
derer ce qui s'est fait dans
les autres Frontieres, on
trouvera qu'ils n'ont eu au-
cun avantage sur lequel
ils puissent fonder les es-
perances dont ils se fla-
tent.
En Allemagne, les Ar-
mées de France ont subsi-
ſté une partie de la Campagne
au delà du Rhin, où
elles auroient eu apparem-
ment des succés plus avan-
tageux, sans la maladie de
M le Maréchal Duc de
Lorges qui rompit ses des-
des Affaires, &c. 2.1
feins Elles ont repassé le
Rhiin a la vûë des Armées
du haut & du bas Rhin,
sans qu'elles ayent osé s'y
opposer. Elles ont occupé
tous les passages de cette
Riviere, & sy sont forti-
fiées de telle sorte, que les
Allemans nont pas même
tenté de les fotcer; & enfin
elles ont vêcu le reste
de la Campagne dans le
Palatinat, dans l'Electorat
de Mayence, & dans les
Evêchez de Spire & de
Wormes, toujours dans le
22. Etat present
Pays des Ennemis & à leurs
dépens.
En Italie, la France a
abandonné Casal, mais les
Ennemis n'ont pas forcé
cette Place, & n'en ont
pas profité, puis qu'elle a
esté raſée, & renduë à son
premier Maistre. Le Roy
épargne plus d'un million
qu'il y dépensoit tous les
ans. Il a fait-fortifier tous
les passages & les postes
necessaires pour conserver
une communication libre
entre la France & Pignerol.
des Affaires, &c. 23
On a remporté divers avan-
ges sur les Barbets & leve
les contributions dans le
Piémont. Rien n'a plus
mortifié l'Empereur que le
Traité fait pour la démoli-
tion de Casal, & il a esté
longtemps avant que de se
resoudre a le ratifier, par-
ce qu'il avoit toujours cru
que s'il pouvoit un jour
estre maistre de cette Pla-
ce, il le seroit bientost de
toute l'Italie, ce qui pou-
voit arriver, n'estant pas
impossible que le Roy
Etat present
24.
ayant tantd'Ennemis sur les
bras, perdist une Place, qu'-
on ne pouvoit ravitailler, ny
secourir, qu'en passant au
travers de ses Ennemis.
Ainsi, jamais coup de pru-
dence n'a esté fait plus à
propos. Le Roy na plus
Casal, mais il n'y a plus de
Casal, puisqu'il est démo-
ly. L'Italie délivrée de
crainte, doit au Roy sa dé-
livrance, & les Ennemis
de Sa Majesté sont privez
des avantages que cette
Place pouvoit leur fournir
contre
des affaires, &c.
25
contre ce Monarque, pen-
dant qu'il est delivre du
soin de la garder, ce qu'il ne
pouvoit faire qu’à grands
frais, & en risquant les
hommes & l'argent. qu'on
estoit de temps en temps
obligé d’y envoyer.
En Catalogne, toute la
Campagne a esté glorieu-
se à la France. On a raſé
à la veuë des Ennemis, &
malgré tous les efforts qu-
ils ont faits pour l'empê-
cher. Castelfollit, Sanfeliu
de Quixols, Ostalric, Bla-
Etat presini
26
nes, Tordera, & Palamos,
dont on leur a fait lever le
Siege qu'ils avoient formé
par mer & par terre, & la
démolition de ces Places a
grossi l'Armée, épargné de
grandes sommes, & ou-
vert pour l'avenir l'entrée
en Catalogne.
Les Ennemis ont esté
encore moins heureux par
mer. Ils y ont dépensé
plus de vingt- cinq mil-
lions, sans pouvoir réussir
dans aucun de leurs pro-
jets. Les Bombardemens
des affaires, &c. 2
de Saint Malo, de Grandville
de Dunkerque & de
Calais, ont tous tourné à
leur confusion, & n'ont
servi qu'a nous donner lieu
de mettre pour toujours
nos Costes hors d'insulte.
Ils menaçoient de bom-
barder Toulon & Marseille,
& ils s'en sont ap-
prochez sans oser tenter
aucune chose. Ils mena-
çoient aussi d'assieger Vil-
lefranche, Rose & Pala-
mos; mais ilsn ont assiegé
que cette derniere Place,
1ij
a
28 Etat present
de devant laquelle, comme
on l'a déja remarqué, ils se
sont retirez presque aussi-
tost qu'ils y ont paru, tou-
jours en mer sans rien a-
vancer, toujours agissant
sans rien faire. Ainsi un
armement qui coûte tant
de millions, n'a profite en
rien, & n'a servi qu'à ruiner
la Marine d'Angleterre, le
ver s'estant mis a la plus-
part de leurs Vaisseaux. Ils
ont perdu plus de la moitié
de leurs Equipages, par les
tempestes & par le manque
des Affaires, & c 29
de vivres, ou les mauvais
vivyes, ce qui sera cause
qu'ils manqueront de Ma-
pelors pendant plusieurs
années, l'argent n'en fai-
sant pas trouver quand il
ny en a point. Ily a déja
du temps qu'ils estoient
rares, & cette Campagne
fera qu'il sera impossible
d'en trouver. Les Matelots
manquent aussi en Hollan-
de depuis longtemps C'est
un fait public, & pour en
avoir pour la Guerre, on
retranche des Pêches uti-
1 11)
30 Etat present
les à l'Etat, & une partie
du Commerce.
Les voyages de la Flote
des Alliez dans la Mediterranée,
n'ont abouti qu'à
transporter a grands frais
& fort inutilement quel-
ques Troupes en Catalo-
gne, à ruiner les Vaisseaux
& à faire perir une bonne
partie des Equipages; au
lieu que la France les a amu-
sez & trompez par des fein-
tes, avec fort peu de dépen-
se; & que nos Armateurs
ont fait perdre à leur com-
des Affaires, &c. 31
merce prés de quarante
millions, car des sept Vais-
seaux des Indes Orientales
qu'on attendoit en Angle-
terre, iln en est arrive qu'un
des moins riches. Des six
autres, le Samuel a estè brû-
lé dans la Baye de Dingle
en Irlande; deux autres ont
esté pris par Mr le Marquis
de Nesmond, & les trois
derniers ont esté enlevez
par Mrs de Baubriant l'E-
vesque, & du Guay-Trouin.
Ces six Vaisseaux auroient
valu en Angleterre pres de
32 Etat present
trente millions. Il ne seroit
pas possible de faire le dé-
nombrement de toutes les
prises que nos Armateurs
ont faites dans toutes les
mers voisines, & mesme
dans les Ports de Hollande,
& d'Angleterre, sur les
costes d'Afrique & d'Espa-
gne, aux Isles de l'Ameri-
que, en Groenland, &
dans la Baye de Hudson-
Si on compare ce que
certe Campagne coute aux
Ennemis, avec les avanta-
ges qui leur reviennent de
des Affaires, &c. 33
la Prise de Namur, on
trouvera que leurs pertes
sont infiniment plus gran-
des que les nostres. Elle les
a épuisez de toutes manie-
res, d'hommes & d'argent
par les dépenses, & par les
prises que l'on a faites sur
eux: & si on veut bien faire
reflexion sur ce qu'on vient
de marquer, qui iont des
faits, on trouvera que ja-
mais il ne s'est fait de si
grandes pertes en une seule
Campagne, au lieu que la
France n'a qu'une Ville de
Etat present
34
moins, qui n'estoit pas
à elle, & qu'elle l'a venduë
si cher, qu'elle voudroit
bien que les Alliez se reso-
lussent d'en prendre encore
d'autres à ce prix là. Leurs
rejouissances ne doivent
avoir esté que pour éblouir
les Peuples; & a bien exa-
miner les choses, on n'en
devroit faire que pour
ce qu'on prend, & non
pour ce qu'on reprend sur
ses Ennemis. On ne dit
rien du Journal, puis quon
va le lire; mais on peut
des Affaires, &c.
35
compter qu’on ny verra
rien que de nouveau, parce
qu'il est presque impossible
de bien sçavoir ce qui s' est
passé dans une Place assiegee,
qu'aprés qu'elle est
prise, ou que le Siege est
levé.
DES AFFAIRES
DE FRANCE,
& des Alliez.
Lus les choses sont ra-
res & extraordinaires,
plus elles font d'impression
sur ceux qui les ont sou-
haitées avec ardeur. Les
Alliez, depuis l'ouverture
a 1)
Etat present
4
de la Guerre presente,
avoient continuellement
perdu des Places & des
Batailles, & un succés de
la nature de celuy de la
Prise de Namur, a este pour
eux une choſe si nouvelle,
que leur joye a de beaucoup
surpassé le cher avan-
tage qu'ils ont remporte.
Toute l'Europe en a retenty;
mais on en a donné
des marques en tant d'E
tats, qu'on n'a pû les faire
paroistre, sans qu'elles fis-
sent connoistre en même
des Affaires, & c.
temps la grandeur de la
France, puis que d'une gloi-
re partagée entre tant de
Souverains, il y en a peu
pour chacun; au lieu que
lorsque la France triomphe,
le Vainqueur remporte seul
toute la gloire, qui n'est
point partagée. Ainsi l'on
peutdire que nos moindres
triomphes sont grands
lors que ceux des Alliez
ne leur sont pas plus ho-
norables, que le seroit la
la Victoire de ceux dont
le nombre seroit grand,
a 11)
Etat present
6
pour accabler une seule
personne; ce qui fait qu'il
y auroit en quelque façon
sujet de dire, que l'avantage
qu'ils ont remporté est
accompagné de honte. Ce-
pendant, cet essay de bon-
heur qui seur a cousté assez
pour leur devoir faire ap-
prehender leur ruine entie-
re, s'ils ſe hazardent encore
à tenter de faire de pareilles
conquestes, les a rendus si
fiers, & les a jettez dans un
tel aveuglement, qu'ils
croyent estre déja maistres
des Affaires, &c.
de Dinant & de Philippeville,
& se voir en Champagne.
On pourroit leur
répondre, que la France
est moins épuisée qu'eux
de Troupes & d'argent;
que toutes nos autres
frontieres sont deffendues
par un grand nombre de
Places ttes fortes, & plus
regulieres que Namur; &
à l'égard de la Champagne,
qu'elle n'est pas tout-a-fait
exposée a leurs courses,
puis qu'elle est encore cou-
verte par dix bonnes Pla-
a 111
8 Etat present
ces, dont il y en a quatre
le long de la Meuſe, ſça
voir, Dinant, Charlemont,
Mezieres & Sedan; quatre
le long de la Sambre, qui
sont, Charleroy, Maubeu-
e, Avesnes, & Landrechies;
& deux entre ces
deux rivieres; sçavoir, Phi-
lippeville & Rocroy.
Ces obstacles sont assez
forts & meriteroient quel-
que reflexion; mais il vaut
mieux examiner si la prise
de Namur est aussi avanta-
geuse aux Alliez qu'ils se l'i-
des Affaires, &c.
maginent, & s' il leur seroit
utile de faire beaucoup de
semblables conquestes.
A la verité, Namur est
considerable par sa situa-
tion au conflans de la Sam-
bre & de la Meuse, & parce
qu'elle met en quelque fa-
çon a couvert le Pays de
Liege, qui est à la gauche
de la Meuse, & une partie
du Brabant Espagnol; mais
comme chaque chose a son
prix, il est certain que cet-
te Place leur coûte plus
qu'elle ne vaut. Les per.
10 Etat present
sonnes les mieux informées
demeurent d'accord que
la dépense de ce Siege va
à plus de trente millions;
qu'ils y ont mis une partie
de leur Artillerie hors d'é-
tat de servir, qu'ils y ont
épuisé leurs Magasins de
munitions & de vivres; &
qu'enfin ils y ont perdu
vingt-cinq à trente mil-
le hommes; ce qui pa-
roist évidemment, en ce
que depuis la prise de cette
Place, leur Armée n’a osé
paroistre devant celle du
des Affaires, &c. II
Roy, qui est demeuree
maiſtreſſe de la Campagne,
consumant les fourages, &
subsistant aux dépens du
Pays ennemi. A l'égard des
Fortifications, elles sont
ruinees de telle sorte, qu'il
faudra employer du moins
cinque millions pour les réta-
blir, puis qu'on a déja de-
mandé quatorze cens mille
florins aux Holsandois pour
leur quote part. Si l'on con-
sidere sans prévention tou-
tes ces circonstances, on
avouëra que les Alliez
Etat present
12
n'ont pas grand sujet de se
réjouir, & qu'il n'y a peut-
estre point de Prince qui
voulust acheter à ce prix
une pareille conqueste. Il
est certain que nous n'a-
vons jamais pris de Places
qui nous ayent tant coûté,
quoy que nos Ennemis
fondassent la ruine de la
France sur ce qu'elles nous
coûtoient si nous en pre-
nions davantage de la mes-
me sorte. Cependant il est
prouvéailleurs, tant par le
procez qu'ils ont fait ou
des Affaires, &c.
13
voulufaire aux Gouverneurs
de leurs Places, & principa-
lement a celuy de Namur
quand le Roy le prit, que
par les recompenses que
nous donnons aux nostres,
que nos Places les ont épuisez
d'argent, ce que n'ont
pas fait a nôre egard celles
que nous avons prises. Ainsi
on leur peut dire avec bien
plus de raison, quils sont
perdus s'ils tâchent encore
d'en prendre a ce mesme
prix. Les Conquestes éloi-
gnées de l'Angleterre sont
Etat present
14
inutiles à la Nation. Il est
pourtant vray que presque
tout ce que l'Angleterre
avoit de vieilles Troupes y
a pery, & que l'Etat s'épuise
d'argent, à cause que l'argent
en sort. Les Anglois
en murmurent, & tout cela
est expliqué dans des écrits
qui se debitent en Angle.
terre. Mais ce n'est pas en-
core tout ce que la con-
queste de Namur leur
coute.
Avant que de commen
cer le Siege, ils attaque
des Affaires, &c. 15
rent le petit Fort de la Kenoque;
mais soit que ce
fust une feinte, ou un des-
sein formé, pour penetrer
vers Furnes & Dunkerque,
ils en furent honteusement
repoussez avec perte d'en-
viron trois mille hommes
tuez ou bleſsez. Pendant le
Siege, on fit sept a huit
cens prisonniers dans trois
Chasteaux au de là de la
Lys. On donna la chaſſe à
l'Armée du Prince de Vaudemont,
& on luy tailla en
pieces deux ou trois Batail-
Etat present
16
lons. On prit Dixmude &
Deinse, avec trente deux
pieces de Canon, des Ma-
gasins de munitions de
guerre, de provisions de
bouche & de fourages, une
infinité de palissades, & on
fit prés de neuf mille pri-
sonniers, dont les deux
tiers ont pris party dans les
Troupes de France. On
obligea ensuite les Alliez
à promettre par un Traité
qu'ils ne fortifieroient plu;
Dixmude. Quelques jours
aprés, on força les Retrandes
Affaires, &c. 17
chemens qui empêchoient
les approches de Bruxelles,
& les Ennemis ayant refusé
de consentir a ne plus bom-
barder les Places qu'on
n'assiegeroit pas, on bom-
barda cette Ville, dont on
brûla les deux tiers, avec
une perte de plus de trente
millions, de l'aveu même
des Habitans. Pendant tout
ce temps là, plus de dix
mille de leurs Soldats sont
venus se rendre, & prendre
parti dans l'Armée de Fran-
ce, qui s'est trouvée plus
Etat present
18
nombreuse a la fin de la
Campagne qu'au commen-
cement, & qui a toujours
subsisté dans le Pays enne-
mi jusqua la distribution
des quartiers d'hiver. On
peut ajoûter a cela qu'on
a levé de grandes contributions
sans en payer au-
cunes; qu'on a fait de nou-
velles Lignes plus fortes
que les précedentes, sur le
rerriroire, & à la vûë des
Ennemis, & qu on a fortifié
Courtray sans qu'ils ayent
pul'empêcher; que les Al
des Affaires, &c19
liez ont besoin de plus de
quarante mille hommes de
recruë aux Pays Bas seule-
ment; que l'argent est fort
rare, & que les vivres sont
fort chers en Angleterre &
en Hollande; que les hom-
mes commencent à man-
quer en Allemagne, & que
les Victoires des Turcs en
Hongrie rendront les le-
vées encore plus difficiles,
parce que l'Empereur aura
besoin d'avoir de grands
renforts de Troupes.
Que si l'on veut consi-
e ij
Etat present
20
derer ce qui s'est fait dans
les autres Frontieres, on
trouvera qu'ils n'ont eu au-
cun avantage sur lequel
ils puissent fonder les es-
perances dont ils se fla-
tent.
En Allemagne, les Ar-
mées de France ont subsi-
ſté une partie de la Campagne
au delà du Rhin, où
elles auroient eu apparem-
ment des succés plus avan-
tageux, sans la maladie de
M le Maréchal Duc de
Lorges qui rompit ses des-
des Affaires, &c. 2.1
feins Elles ont repassé le
Rhiin a la vûë des Armées
du haut & du bas Rhin,
sans qu'elles ayent osé s'y
opposer. Elles ont occupé
tous les passages de cette
Riviere, & sy sont forti-
fiées de telle sorte, que les
Allemans nont pas même
tenté de les fotcer; & enfin
elles ont vêcu le reste
de la Campagne dans le
Palatinat, dans l'Electorat
de Mayence, & dans les
Evêchez de Spire & de
Wormes, toujours dans le
22. Etat present
Pays des Ennemis & à leurs
dépens.
En Italie, la France a
abandonné Casal, mais les
Ennemis n'ont pas forcé
cette Place, & n'en ont
pas profité, puis qu'elle a
esté raſée, & renduë à son
premier Maistre. Le Roy
épargne plus d'un million
qu'il y dépensoit tous les
ans. Il a fait-fortifier tous
les passages & les postes
necessaires pour conserver
une communication libre
entre la France & Pignerol.
des Affaires, &c. 23
On a remporté divers avan-
ges sur les Barbets & leve
les contributions dans le
Piémont. Rien n'a plus
mortifié l'Empereur que le
Traité fait pour la démoli-
tion de Casal, & il a esté
longtemps avant que de se
resoudre a le ratifier, par-
ce qu'il avoit toujours cru
que s'il pouvoit un jour
estre maistre de cette Pla-
ce, il le seroit bientost de
toute l'Italie, ce qui pou-
voit arriver, n'estant pas
impossible que le Roy
Etat present
24.
ayant tantd'Ennemis sur les
bras, perdist une Place, qu'-
on ne pouvoit ravitailler, ny
secourir, qu'en passant au
travers de ses Ennemis.
Ainsi, jamais coup de pru-
dence n'a esté fait plus à
propos. Le Roy na plus
Casal, mais il n'y a plus de
Casal, puisqu'il est démo-
ly. L'Italie délivrée de
crainte, doit au Roy sa dé-
livrance, & les Ennemis
de Sa Majesté sont privez
des avantages que cette
Place pouvoit leur fournir
contre
des affaires, &c.
25
contre ce Monarque, pen-
dant qu'il est delivre du
soin de la garder, ce qu'il ne
pouvoit faire qu’à grands
frais, & en risquant les
hommes & l'argent. qu'on
estoit de temps en temps
obligé d’y envoyer.
En Catalogne, toute la
Campagne a esté glorieu-
se à la France. On a raſé
à la veuë des Ennemis, &
malgré tous les efforts qu-
ils ont faits pour l'empê-
cher. Castelfollit, Sanfeliu
de Quixols, Ostalric, Bla-
Etat presini
26
nes, Tordera, & Palamos,
dont on leur a fait lever le
Siege qu'ils avoient formé
par mer & par terre, & la
démolition de ces Places a
grossi l'Armée, épargné de
grandes sommes, & ou-
vert pour l'avenir l'entrée
en Catalogne.
Les Ennemis ont esté
encore moins heureux par
mer. Ils y ont dépensé
plus de vingt- cinq mil-
lions, sans pouvoir réussir
dans aucun de leurs pro-
jets. Les Bombardemens
des affaires, &c. 2
de Saint Malo, de Grandville
de Dunkerque & de
Calais, ont tous tourné à
leur confusion, & n'ont
servi qu'a nous donner lieu
de mettre pour toujours
nos Costes hors d'insulte.
Ils menaçoient de bom-
barder Toulon & Marseille,
& ils s'en sont ap-
prochez sans oser tenter
aucune chose. Ils mena-
çoient aussi d'assieger Vil-
lefranche, Rose & Pala-
mos; mais ilsn ont assiegé
que cette derniere Place,
1ij
a
28 Etat present
de devant laquelle, comme
on l'a déja remarqué, ils se
sont retirez presque aussi-
tost qu'ils y ont paru, tou-
jours en mer sans rien a-
vancer, toujours agissant
sans rien faire. Ainsi un
armement qui coûte tant
de millions, n'a profite en
rien, & n'a servi qu'à ruiner
la Marine d'Angleterre, le
ver s'estant mis a la plus-
part de leurs Vaisseaux. Ils
ont perdu plus de la moitié
de leurs Equipages, par les
tempestes & par le manque
des Affaires, & c 29
de vivres, ou les mauvais
vivyes, ce qui sera cause
qu'ils manqueront de Ma-
pelors pendant plusieurs
années, l'argent n'en fai-
sant pas trouver quand il
ny en a point. Ily a déja
du temps qu'ils estoient
rares, & cette Campagne
fera qu'il sera impossible
d'en trouver. Les Matelots
manquent aussi en Hollan-
de depuis longtemps C'est
un fait public, & pour en
avoir pour la Guerre, on
retranche des Pêches uti-
1 11)
30 Etat present
les à l'Etat, & une partie
du Commerce.
Les voyages de la Flote
des Alliez dans la Mediterranée,
n'ont abouti qu'à
transporter a grands frais
& fort inutilement quel-
ques Troupes en Catalo-
gne, à ruiner les Vaisseaux
& à faire perir une bonne
partie des Equipages; au
lieu que la France les a amu-
sez & trompez par des fein-
tes, avec fort peu de dépen-
se; & que nos Armateurs
ont fait perdre à leur com-
des Affaires, &c. 31
merce prés de quarante
millions, car des sept Vais-
seaux des Indes Orientales
qu'on attendoit en Angle-
terre, iln en est arrive qu'un
des moins riches. Des six
autres, le Samuel a estè brû-
lé dans la Baye de Dingle
en Irlande; deux autres ont
esté pris par Mr le Marquis
de Nesmond, & les trois
derniers ont esté enlevez
par Mrs de Baubriant l'E-
vesque, & du Guay-Trouin.
Ces six Vaisseaux auroient
valu en Angleterre pres de
32 Etat present
trente millions. Il ne seroit
pas possible de faire le dé-
nombrement de toutes les
prises que nos Armateurs
ont faites dans toutes les
mers voisines, & mesme
dans les Ports de Hollande,
& d'Angleterre, sur les
costes d'Afrique & d'Espa-
gne, aux Isles de l'Ameri-
que, en Groenland, &
dans la Baye de Hudson-
Si on compare ce que
certe Campagne coute aux
Ennemis, avec les avanta-
ges qui leur reviennent de
des Affaires, &c. 33
la Prise de Namur, on
trouvera que leurs pertes
sont infiniment plus gran-
des que les nostres. Elle les
a épuisez de toutes manie-
res, d'hommes & d'argent
par les dépenses, & par les
prises que l'on a faites sur
eux: & si on veut bien faire
reflexion sur ce qu'on vient
de marquer, qui iont des
faits, on trouvera que ja-
mais il ne s'est fait de si
grandes pertes en une seule
Campagne, au lieu que la
France n'a qu'une Ville de
Etat present
34
moins, qui n'estoit pas
à elle, & qu'elle l'a venduë
si cher, qu'elle voudroit
bien que les Alliez se reso-
lussent d'en prendre encore
d'autres à ce prix là. Leurs
rejouissances ne doivent
avoir esté que pour éblouir
les Peuples; & a bien exa-
miner les choses, on n'en
devroit faire que pour
ce qu'on prend, & non
pour ce qu'on reprend sur
ses Ennemis. On ne dit
rien du Journal, puis quon
va le lire; mais on peut
des Affaires, &c.
35
compter qu’on ny verra
rien que de nouveau, parce
qu'il est presque impossible
de bien sçavoir ce qui s' est
passé dans une Place assiegee,
qu'aprés qu'elle est
prise, ou que le Siege est
levé.
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Résumé : ETAT PRESENT DES AFFAIRES DE FRANCE, & des Alliez.
Le texte décrit la situation militaire en Europe, en mettant en avant les récents événements et les défis rencontrés par les Alliés et la France. Les Alliés ont conquis la ville de Namur, mais cette victoire a été coûteuse, entraînant la perte de 25 à 30 000 hommes, des dommages à l'artillerie et l'épuisement des réserves de munitions et de vivres. Malgré cela, les Français ont conservé le contrôle du terrain et pillé les ressources ennemies. La France souligne la défense solide de ses frontières et la protection stratégique de la Champagne. La prise de Namur est critiquée pour son coût excessif par rapport aux avantages obtenus, et les Alliés, notamment les Anglais, ont subi des pertes significatives. En Flandre, les Français ont capturé environ 9 000 prisonniers et détruit une partie de Bruxelles. Ils ont également imposé un traité aux Alliés et renforcé leurs positions malgré les oppositions. En Allemagne, les armées françaises ont maintenu leurs positions au-delà du Rhin et opéré dans plusieurs régions ennemies. En Italie, la démolition de Casal a privé les ennemis d'un avantage stratégique, et les Français ont remporté des victoires contre les Barbets. En Catalogne, la France a démoli plusieurs places fortes ennemies, renforçant ainsi sa position. Les ennemis de la France, notamment en Hollande, souffrent de pénuries de vivres et de matelots, affectant le commerce et les pêches. Les voyages de la flotte alliée en Méditerranée ont été coûteux et inefficaces, tandis que les armateurs français ont réalisé des prises significatives dans diverses mers et ports. La prise de Namur par les Alliés est comparée aux gains français, soulignant que les pertes ennemies sont plus grandes. Les réjouissances des Alliés sont perçues comme destinées à éblouir les peuples plutôt que de refléter des succès réels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 111-131
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de Rouen, tenue le Mercredi 4 Août 1762.
Début :
M. le Cat, Secrétaire de la Classe des Sciences, a ouvert la Séance par l'énumération [...]
Mots clefs :
Prix, Rouen, Académie, Académie de Rouen, Temps, Année, Figures, Mémoire, Remporter, Éloge, Feydeau de Brou, Égypte, Débordement des rivières, Lettres, Anatomie, Indiens , Prêtres, Agriculture, Prosper de Crébillon, Hiéroglyphes, Exposition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de Rouen, tenue le Mercredi 4 Août 1762.
SÉANCE publique del'Académiedes
Sciences , des Belles-Lettres & des Arts
deRouen,tenueleMercredi4Août 17620
M.leCat,Secrétairede laClaſſedes
Sciences , a ouvertla Séanceparl'énu
mération des travaux dela Compagnie
dans l'année académique ;détail trop
conſidérable pour trouver place ici.
Ilditenfuite :
L' Académie avoit propoſé l'an paffé
pour ſujet du Prix de Phyſique,de
déterminer la meilleure maniered'aman
der les terres....... Quoiqu'elle ait reçu
ungrand nombre de Mémoires, par
mi leſquels il y ena qui méritent des
éloges , particulierement le Mémoire
N°.4. dont la deviſe eſt auxAmateurs
dela bonneagriculture , avec leslettres
initiales L.B.D, cependant elle trouve
112 MERCURE DE FRANCE.
qu'il n'eſt pas aſſez fourni d'expériences
nouvelles; elle exhorte donc l'Auteurà
redoubler ſes efforts , ſur une matière
auſſi importante , pour mériter le prix
qu'elle remet à l'année prochaine ; il
fera double , c'est-à-dire de la valeurde
600 liv. Les Auteurs des Mémoiresles
adreſſeront francs de portà M. le Cat,
ils, mettrontà leurs Mémoires une de
viſe , & auront l'attention de couvrir
leur nom d'un papier collé oucacheté.
Les Ecoles protégées par l'Académie
ont tenu leurs concours ordinaires &
au jugementdes Commiſſairesdecette
Compagnie,
Les prixd'Anatomieont étéadjugés ,
Le 1er à M. Louis Daurignac , de
Rouen.
Le 2º, à M. Jacques-René Boulard,
d'Evreux.
e
Le3º , à M. Hubert Aubé, de Ver
non.
Un4º,reſtéde l'anpaſſé,àM. Touf
faint le Roi, d'Evreux.
LesprixdeChirurgieont étéadjugés.
Le rer , à M. Jacques-RenéBoulard,
quia eu le 2º prix d'anatomie
cettenotice....Longè primus.
,
avec
OCTOBRE. 1762. 113
e
Le 2º prix , à M. HubertAubé , qui
a remportéle 3º prix d'anatomie.
Le3º, à M. Céſar Rubis , d'Orléans.
Un4, reſté l'an paſſé , à M. Louis
Daurignac , qui a remporté lepremier
prix d'anatomie.
Acceffit , M. Touſſaint le Roy , qui
a eule 4º prix d'anatomie.
Les prixde Mathématique ont été
adjugés.
Le 1er ſur l'analyſe &les ſectionsco
niques , à M. Maille , d'Elbeuf.
Le 2° & le 3 , fur le calcul & les
élémens de Géométrieont étédiſtribués
entre M. Coufin , de Dieppe , & M.
Tirvache , de Rouen ,lesquels ont ti
ré au fort pour le choix.
Lesprix de Botanique ontétéadjugés.
Le 1er , à M. Baudouin , de Rouen.
Le 2º , à M. Chandelier, de Rouen.
Lez ,a étéréſervé pourl'année pro
chaine.
M. du Boullay ,Secrétaire desBelles
Lettres , annonça que l'Académie avoit
encore remis leprixde Poëfie , dontle
Sujet étoit la délivrance de Salerne ,
par quarante Chevaliers Normands au
commencement du onziéme fiécle , &
114 MERCURE DE FRANCE.
la fondation du Royaume de Sicile ,
qui fut la ſuite de cette expédition.
Dès l'année derniere , l'Académie
avoit exhorté les Auteurs , à traiter ce
Sujetmoins en Hiſtoriens qu'en Poëtes;
elle les avoit avertis qu'elle nedeman
doit pas uneHiſtoireſuivie d'événemens
quioccupentprèsd'unſiécle , que cette
exactitude chronologique répandoit
unfroid mortel ſur un Poëmé , qu'il
s'agiſſoitde choiſirl'époque qu'on croi
roit la plus intéreſſante &de l'embellir
par quelque fiction ingénieuſe quidon
neroit les moyens d'y enchaſſerles évé
nemens qui l'auroient précédée ou fui
vie;quec'étoit lesſeuls avis qu'elle crût
devoir donner , perfuadée qu'il faut
laiſſer au génie une liberté entiere ,&
qu'il eſt peu de faitshiſtoriques , dont
le merveilleux & la fingularité prêtent
davantage à la Poëfie.
L'Académie ne ſe laſſera point de
réïterer le même programme , tant qu'il
ne lui viendrapointd'Ouvrages dignes
d'être couronnés.Elle avertit ſeulement
que pour ranimer encore davantage
l'émulation entre les concurrens elle
,
a jugé à propos dedoublerle prix qui
fera de 600liv. Les Ouvrages feront
adreſſés francs de port , & fous la for
OCTOBRE. 1762. 115
me ordinaire , avant le premier Juillet
1763 , à M. Maillet du Boullay ,Maître
des Comptes , Secrétaire perpétuel de
l'Académie de Rouen pour lesBelles
Lettres,derrière l'Archevêché,àRouen.
M. du Boullay annonça enſuite les
prix de l'Ecole de Deſſein.
L'Académie avoit proposé pour le
prixde compofition enpeinture,le Sa
crifice d'Iphigénie. Après avoir vû les
eſquiſſes desEléves , elles les a jugées
foibles , & elle a remis ce prix à l'an
née prochaine.
Le 1er prix d'après nature a été rem
porté par Marie-Gabriel Frenelle , de
Rouen , qui avoit remporté le ſecond
prixdanslamêmeclaſſel'annéederniere.
Le ſecond prix d'après nature a été
remporté par Anicet-Charles-Gabriël
le Monnier, de Rouen.
Le prix d'après la Boſſe , aété rem
porté par Charles le Carpentier , de
Ponteaudemer.
L'Acceffit , dans la même claſſe a été
adjugé à Philippe-Nicolas Vandart , de
Rouen.
Le prix de Deſſein aété remporté par
Dominique Martin , de Wardiré , près
de S. Omer.
L'Académie a accordéun prix extra
116 MERCURE DE FRANCE.
ordinaire dans cette claſſe à Mlle Do
rothée Jacques , de Rouen.
ARCHITECTURE.
Le Sujetd'Architecture étoitdecon
ſtruire au milieud'unJardin unBelveder,
dans lequel on pouvoit entrer par les
quatre faces , &deleterminer parune
balustrade. OnavoitdemandéunSallon
au centre ,un logement commode pour
le Maître , & laiſſé la liberté du choix
del'ordre dansla décoration extérieure
&intérieure; ce prix a été remporté
par Jacques- François Deſvaux , de
Rouen.
M. Vregeon lut les obſervations mé
téorologiques del'année.
M. le Cat lut l'éloge de M. deMoy
d'Ectot , Conſeiller de la Grand Cham
bre du Parlement & Membre de l'A
cadémie , né le 4 Janvier 1691
&
mort le 8 Juin 1762 , avec la réputa
,
tiond'un despluslaborieux& desplus
reſpectables Magiſtrats de cette Cour.
M. du Boullay lut l'éloge de M. de
Brou, Maîtredes Requêtes , Intendant
de la Généralité de Rouen, Académi
cien Titulairedans la claſſe des Belles
Lettres , né àParis le 3 Octobre 1731 ,
&mort dans lamême Ville le9 Juin
1
OCTOBRE. 1762. 117
1762. On ne peut faire d'autre extrait
de cet éloge qu'en en rapportantquel
questraits.
M. deBroudonna ,dès ſespremieres
années , des marques d'un eſprit péné
trant& d'une âme ſenſible. L'ambition
de ſe diftinguer & de ſe rendre utile ,
lui faiſoit trouverdes charmes dans tous
les objets de l'attention des hommes
qui ont le plus réfléchi.
» Il cultiva ſurtout l'éloquence ; il
>> ſavoit que c'étoit l'art qui le menoit
>> le plus directementà ſon but, &que
>>pour gouverner les hommes , il faut
>>ſavoirleurplaire &lesperfuader : mais
>>ce quifait le plus d'honneur à fon ju
>>gement, fon éloquence n'étoit point
>>celle defonâge. Leluxe de l'eſprit ne
>>le ſéduifit jamais. Ala noble fimplici
>>té de ſon ſtyle ,àla ſageſſedeſesré
>> flexions , on auroit cru entendre un
>> Orateur , dont le goût&la raiſon au
>>roient reçu des années ledernier degréود
>>de maturité. On ne reconnoiſſoit fa
>>jeuneſſe que dans les traits de fon
» viſage & la vive ſenſibilité de fon
» cœur.
Avocatdu Roi au Châteletavant dix
fept ans , Conſeiller au Parlement de
Parisà dix-neuf, Maître des Requêtes à
118 MERCURE DE FRANCE.
vingt,IntendantdeRouenàvingt-qua
tre , >>il fut toujours obligéde deman
>>der desdiſpenſes pourtoutes ſes char
>> ges ,& il prouva toujoursparſa capa
> cité, que cesdiſpenſes n'étoientpoint
»accordées au crédit & à la faveur.
>>Quiſçaura ſe figurerles mouvemens
» d'un jeune cœur que des éloges pré
»maturés ont rendu avide de louan
"ges,mais quidefire cependantencore
>>plus de les mériter que de les ob
»tenir, ſe formera unejuſte idée des
>>diſpoſitions avec leſquelles M. deBrou
>> vint prendre poſſeſſion de ſa Généra
„ lité. Bientôtles défauts& les inconvé
»niens de touteeſpéce, dont fourmil
»lent les inſtitutions humaines, ſe pré
>>fententàlui de toutesparts. Entraîné
>>parla vivacité de fon âge & de fon
>> zèle , il voudroit réformer tout ce qui
»luiparoît vicieux& fupprimertout ce
» cequi luiſemble nuiſible; mais il ne
>> tarde pas à s'appercevoirque les réfor
>>mations trop ſubitesſont ſouvent plus
>>dangereuſes quelesabus mêmes , &
» que le mérite de l'homme d'Etat
>>confifte moins à empêcher tous les
>>maux, qu'àlescontenirdans des bor
>> nes qu'ils ne puiſſent jamais fran
»chir.
OCTOBRE. 1762. 119
Achevons de caractériſer M. deBrou
par quelques autres traits. Après avoir
rapporté ſes Ordonnances ſur la police
des corvées, les exemptions qu'ila ac
cordées auxpèresde famille qui avoient
donné un certain nombred'enfansàla
Patrie,les encouragemens qu'il a procu
rés autant qu'il étoit enſon pouvoir, à
l'Agriculture , au Commerce&auxArts,
lesbienfaits dont l'Académie lui eſt re
devable; M. du Boullay ajoute ce qui
fuit:
» Les malheurs publics retombent,
>>fans doute , ſur tous les Citoyens ;
>> mais ils accablent encore davantage
» ceux qui ontle courage de tenir le
>>gouvernail dans des temps difficiles :
» M. deBrou, quin'avoitpeut-être en
>> core enviſagé les grandes places que
>>parles côtés agréables, en dut reffen
»tir alors toute l'amertume. Mais il
>>étoitbienéloignéd'attacherle fruitde
>>ſes travauxà l'opinion.C'eſt cequ'il fit
>>voirlors du bombardementduHavre;
>>événement rapporté dans cet éloge
>>avec les détails qu'il méritoit.
M. du Boullay le termine par cette
anecdote honorable à la mémoire deM.
deBrou.
» LeRoilui-même , attentifà récom
120 MERCURE DE FRANCE.
penſer ſes fidéles ſerviteurs juſques
>> dans leurpoſtérité, a juſtifiéces éloges
»pardes marques publiquesde ſa bon
>>té,tandisque les perſonnesqui avoient
»été lesplus chères àM. deBrou, reti
>>rées à la campagne y déploroient
>>uneperte fi imprévue , &fi cruelle.
»Sa Majesté leur envoya annoncer la
>> part qu'elle prenoit à leur juſte dou
>>leur,&qu'elledonnoitunepenſion au
>>jeune enfant qui fait déſormais l'uni
>>que eſpérance de cette famille déſo
»lée, bienfait honorable , qui l'excitera
>> à marcherunjourſurles traces de fon
»père.
M.duLagne, Profeſſeurd'Hydrogra
phie, lut un Mémoire concernantune
Cartequ'ilapréſentée, furlaquelle étoit
tracée la route qu'a tenue la derniere
Cométependantle mois deJuindecette
année. Cette Carte étoitdreſſée ſelon les
différences d'aſcenſion droite, & de dé
clinaiſon qu'il avoit obſervées conjoin
tement avec M. Bouin, Aſſocié de l'A
cadémie, entre la Cométe & un grand
nombred'Etoiles.
M. du Boullaylutàla mêmeSéance ,
des réfléxions fur les Ouvragesde M.de
Crébillon ; il avoit cru traiterd'une ma
nière plus littéraire qu'hiſtorique, l'éloge
de
OCTOBRE. 1762. 121
decet illuſtre mort, pour ne pasrépé
ter ce que le Public adéja vû dans le
Mercure , ſecond volumedeJuillet.
Nousnerapportonsquel'éxamend'A
trée & Thyeſte, cellede ſes piéces qui
caractériſe le plus fon génie.
Riennemontreplus , dit M. duBoul
lay,combienlesvéritables Génies font
au-deſſus des vues bornées qui détermi
nentles hommesvulgaires. Pourtoutau
tre que M. Crébillon,c'eûtété une témé
rité d'entreprendre de faire applaudir,
par des Spectateurs François , un ſujet
qu'onauroitcrû êtreobligéd'adoucirfur
le Théâtre mêmedeLondres. Dequelle
difficulté n'étoit pas le principal Rôle ?
CombienlePoëte n'avoit-il pas àcrain
drede la ſituation où il étoitobligé de
repréſenterceperſonnage,&del'eſpéce
d'outrage dontiltireune ſi atroce ven
geance. Devant le Tribunal de notre
Nation, il n'y avoit pasde milieu entre
la terreur&le ridicule.
Pournepasſe brifercontrecetécueil,
il falloit obſerver ſcrupuleuſement les
bienféances , conduire le Drame avec
le plus grandArt, accommoder laFable
ànos mœurs,c'eſt ce qui paroiſſoitpref
qu'impoffible , & c'eſt ceque M. deCré
billonexécuta.
II. Vol.
F
122. MERCURE DE FRANCE.
Enſuppoſant que c'eſt aux Autels
mêmes queThyeſte a enlevéEropeà fon
frère , il écarte du perſonnage d'Atrée
tout cequi pouvoit en diminuer la di
gnité. Cependant l'outrage n'en eſtpas
moins fanglant ; condition néceſſaire
pour rendre la vengeanced'Atrée égale
ment terrible & vraisemblable. Cette
vengeance elle-même , qui faitfrémir
,
eſt préparéede loin', & néceffitée mê
me en quelque forte par les obstacles
qu'Atrée rencontre dans l'exécution de
ſes premiers deſſeins. Enfin , quoique
le Poëteeût eula noblehardieſſedepré
ſenter auxyeux mêmes du Spectateur,la
plus horrible catastrophe qui puiſſe ja
maisterminer une Tragédie,cependant
la Scène n'eſt point deshonorée par un
attentat qui auroit révolté la nature :la
vueſeule de cette coupe funeſte qu'A
tréepréſenteà ſonfrère, ſuffit pour que
la ſituation ne perde riende fa force &
defon effet.
Alabellediſpoſitionde ſonſujet,M.
de Crébillon ſçut ajouter toutes lesbeau
tés de détail dont il étoit fufceptible.
Tous ces caractères ſe ſoutiennent tels
qu'ils ſe fontannoncés. Uncolorisfom
bre , mais vigoureux, femblableà celui
de cesTableaux qu'on fuppofe éclairés
t
OCTOBRE. 1762. 123
parlalueurd'un incendie ,ſubjugue l'at
tention,&attachelesSpectateurs , com
me malgré eux , enles pénétrant d'une
fecrette horreur. Enfin cetteTragédie eft
la preuve la plus complette de la vérité
decettemaximeavancée par nos Maî
tres:
Qu'il n'eſt point deforfait nidemonſtre odieux.
Qui parl'art embellinepuiſſe plaireauxyeux.
M.deCrébillonfut reçuà l'Académie
deRouenle21 Novembre 1754, & elle
regardera toujours comme une diftinc
tion flatteuſe,l'honneurd'avoir compté,
parmi ſesMembres, unPoëteque laNa
tion ne ceſſerajamaisde réclamer parmi
ſes plus grands Maîtres.
M. de Saint Paul, Mouſquetaire du
Roy, lut un Mémoire furl'origine des
Hieroglyphes Egyptiens , dont voici
l'extrait.
Après avoir expoſé la célébrité des
hieroglyphes , ou Ecriture ſacrée des
Egyptiens, M. deSaintPaulajoûtaque
lesAuteursGrecs &Latins n'étoient pas
desguides ſuffiſans dans cette forte d'é
tude; qu'il falloit joindre aux connoif
fances qu'ils donnent, celle des Allégo .
ries Religieuſes des Indiens ; il l'apuiſée
dansdiversmanufcrits queluiont con
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
muniqués des perſonnesqui ont fait un
long ſéjour dans les Indes ſa Patrie.
On ſçait que les Indiens defcendent
desEyptiens , queles cruautés de Cam
byfeobligerentde ſetranſplanterdansles
Indes, mais on ignore communément
que ces fugitifs , eny portant leursuſa
ges &leur religion, y porterent auffi
leurs anciens hieroglyphes ; ils y font
connus ſous le nom des Incarnations,
ou changemens de forme de Vichenou.
CeDieu, le Neptunedes Indiens , étoit
adoré comme Auteur de l'Eau qui fait
croître le pâturage.
Les premiersHabitansdel'Egypte ne
ſe nourrirentpendantlongtemps quede
féves , de Lotus,&dulaitdeleurstrou
peaux. Enfin, il ſe trouva parmi eux
quelques hommesdegéniequi invente
rentlesSciences & les Arts , entr'autres
l'Agriculture. Pendant que cesSçavans
accumuloientde jour enjour de nou
velles connoiffances, lepeuple croupif
foit dansune ignorance quilui étoit ex
trémement préjudiciable. La plupart ſe
laiſſoient furprendre par le débordement
duNil, avantque d'avoirprislesprécau
tionsnéceſſaires, tantpoureuxquepour
leurs beftiaux ; celui-ci ſemoittrop tôt ;
ſongrainpourrifſoit; celui-là trop tard,
il ne levoitpointà temps; cetautreper
OCTOBRE. 1762. 125
doit ſa peine à pêcher hors de ſaiſon , &
ainfi du reſte.
Les Sçavan's ouPrêtres(cesdeux ter
mes ſont ſynonymes ) chercherent le
moyende remédieràces inconvéniens ,
&réuffirent. Ils inventerent neufFigu
res ſymboliques , qu'ils expofoient à la
vue du Peuple, pour Pinformer de ce
qu'illui étoit importantde ſçavoir.
Cinq de ces figures avoient rapport
audébordementdu Nil.
Lapremiere étoitunchien; on l'ex
poſoit pour avertir quel'étoile que nous
appellons encore la canicule, commen
çoit d'être viſible le matin ; que confé
quemmentledébordementduNilnetar
deroitpas à ſefaire fentir , & qu'il étoit
temps de prendre des précautions au
fujetdecette inondation ;ilſemble qu'ern
cetemps-là, cetteétoile ſelevoit vers le
commencementdeJuîn.
La deuxiéme figure étoit un Lion ;
elle avertiſſoit que le débordement que
I'on comparoit à un Lion furieux qui
ravage tout, commençoit d'inonder la
plaine: l'éxpoſition de ce Lion ſe fai
ſoitvers les premiers jours deJuillet.
La troifiéme étoit une des fix fortes
d'oiſeaux de proie connusſous le nom
général d'éperviers. Son éxpoſition ap
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
prenoit que le vent Septentrional qui
favoriſe l'augmentation du déborde
ment, commençoitàſouffler avec force.
Les Prêtres avoient choifi un de ces
Eperviers pour déſigner ce vent; parce
que ces fortesd'oiſeauxde paſſage neſe
sendent en Egypte que quandilſe fait
fentir fortement; l'expofition de cet oi
feau ſe faiſoittantôtplutôt, tantôt plus
tard.
La quatriéme figure étoit celle d'un
Enfantquinefaitquede naître; ſon ex
pofition apprenoit que le débordement
étant arrivéà ſa plus grande hauteur, le
travail ruſtique renaiſſoit ; mais qu'il n'é
toitpas encorepoffiblede s'en occuper ;
qu'on ne lepourroitque quand cetEn
fant feroit devenu grand, c'est-à-dire ,
quand onpourroitmener paîtrelestrou
peaux, &enfemencerla terre. Cette fi
gures'expofoitversle vingtiéme Août ,
c'est-à-dire , environſept ſemaines après
le commencement du débordement.
Lacinquiéme étoit un Héronà aigret
te ; les Prêtres l'expofoient pour ap
prendre au Peuple que le ventméridio
nal,qui favoriſe l'écoulement du débor
dementfe faiſoit ſentir,& qu'ainſi on
pourroit enſemencer les terres dans un
temps convenable : on avoit choiſi le
Héron à aigrette, pour être le ſymbole
OCTOBRE. 1762. 127
decevent, parce qu'onnevoit deces
oiſeauxdepaſſage en Egypte,que quand
il commence à fe fairefentir. L'expofi
tion duHéronſefaiſoitdu premier au
dixiéme de Septembre.
Cefontcescinqfiguresque lesGrecs
ont appellées Bactyles , les comparant
auxcinqdoigtsdelamain,quifonttou
jours enſemble; aux Indes, on les ap
pelle Pandeva' , c'est-à-dire les cinq fre
res.
Lafixiémefigure étoit uncochon:fon
expofition apprenoit qu'il étoit temps
d'enſemencerlesterres.Dans ces anciens
temps la charruen'étoit pas encore in
ventée , &l'onenſemençoit les terres à
l'aide de ces animaux. L'expoſitionde
cette figure ſefaiſoit vers le 15 d'Octob.
Laſeptiéme étoit un Poiffon. On l'ex
poſoitvers lecommencement de Fé
vrier,pour avertirquec'étoit le tempsde
s'occuper de la pêché.
La huitième étoit une Tortue. On
apprenoitpar ſonexpoſition,quec'étoit
la ſaiſon d'obſerverdans quels endroits
les Tortues venoient faire leur ponte ,
afin d'enlever l'animal & fes œufs. On
ne fait rien decertain touchant le temps
de l'expoſition de cette figure.
La neuviéme étoit un Ours : Elle
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
apprenoit que larecolte étantfinie,c'é
toit letemps defairela chaffe à cetani
mal & aux autres Bêtes féroces qui in
feſtoient le Pays. L'expofition de cette
figure ſe faiſoit vers le 15 deMars.
Cesneuffiguresfont devenues , entre
les mains desGrecs, les neufSybilles ,
les neuf Piérides & les neufMuſes.
QuantauxIndiens, elles leur ontdonné
lieu de direqueleurNeptune avoitpris
fucceffivement la forme de ces neuf
Symboles, cequifait la principalepartie
de leurMythologie.
Il y avoitdéja longtemsque ces neuf
figures avoientété inventées , lorſque
des Juifs ſe tranſplanterent en Egypte.
Ils adopterent l'uſage lucratif d'expofer
les neuffigures , & même en invente
rent unedixiéme. Avantleur arrivée,
les Egyptiens n'avoient pointde bat
teaux capables de naviger ſur le Nil
pendant la duréedeſon débordement;
les Prêtres , ou les plusSçavans d'entre
cesJuifs, inventerentles barques à voi
les&àrames;&lorſque ledébordement
étoit parvenu à une hauteur affez con
fidérablepour qu'on pûtſe ſervirde ces
nouveaux batteaux, ils en expoſoient
undedeux coudéesdelong.
Cette dixiéme & derniere figure a
OCTOBRE. 1762. 129
donné lieu au dixiéme changement du
Neptune Indien en cheval aîlé, ainſi
qu'au foulier de Perſée qui avoit deux
coudées de long , & au cheval Pégaſe
desGrecs. Elleaauſſi faitdire par quel
ques-unsd'eux , qu'ilyavoit dixMuſes
&dixSybilles.
Telle eſt l'origine des premiers Hié
roglyphes des Egyptiens; on peut më
meajoûterque c'eſt auſſi celledelaplu
part des Symboles qui accompagnent
les Divinités , tant Grecques qu'In
diennes , & quele cultepopulaire ap
pellé idolatrie, leDogmedela Métemp
fycofe , &les métamorphofesviennent
delamêmefource.
Il eſt vrai qu'à l'imitation de ces dix
anciennes figures, les Prêtres d'Egypte
enontinventédans la fuiteune grande
quantité de nouvelles ; maisil n'eſt pas
difficile d'en pénétrer la fignification ,
quand on connoît bien les dix, dont
onvientdeparler, furtout fià cette con
noiffance onjoint celle des Fables Re
ligieuſesdesGrecs&des Indiens.
:
Cequi a été dit ne fuffitcependant
que pour connoître la fignification de
chaque hiéroglyphe en particulier ;
mais lorſqu'il s'agit de déchiffrer une
fuite de figures hieroglyphiques telles
Fw
130 MERCURE DE FRANCE.
qu'on envoitfurpluſieurs monumens ,
il faut encore obſerver que ſouvent on
doit conſidérer cette écriture ſacrée,
commeune écriture tracée àla manière
des Juifs , c'est-à-dire,comme uneécri
ture qui va de la droite à la gauche;
&s'ilyapluſieurs grouppes de figures ,
ondoit regarderchaquegrouppe , com
meautant de pages d'unLivre dontla
premiere eſt celle qu'à notre façonnous
appellons la dernière. C'eſt en ſuivant
cette méthode qu'il n'est pas difficile ,
parexemple , depénétrerle ſensdes hié
roglyphes de la Table Iſiaque, celui
des grandes figures quiſe voyent aubas
delaTable Egyptienne
&celui des
quatrederniers grouppesdelaTablede
Sienne.2.
L'explication détaillée que M. de
Saint-Paulſepropoſe de donner dans
lafuite,de divers monumens & des Al
légories qui y ont rapport , achévera
deprouverla véritéde fonexpofé. 10
M. Lecat lut l'abregé d'un Mémoire
fur le fommeil, diviféen deux parties.
FL
Dans la première il prétend renverſer
Vol.4. de l'Antiquité expliquée duP.Monfau
Planche 139. Edition de 1719.
oh
2. Idem Pl. 141.
Edition
:
OCTOBRE. 1762. 131
le ſyſtêmele plus reçu pourl'explication
८
dece phénomène. Dans la feconde, il
yenſubſtitue un de ſon invention
,
par lequel il rend raiſon de toutes les
circonstances du fommeil, & fur-tout
de celles qu'il avoit trouvées inexplica
bles par le ſyſtême ordinaire.
M. l'Abbé Yart, des Académies de
Caën & de Lyon , &de la Société
Royale d'Agriculture,terminala féance
parundiſcours ſurl'hiſtoire , où il mon
tra ce que doit être & ce quedoit faire
unHiſtorien. Ildoit être reſpectable par
lui-même ,judicieuxdansſes principes ,
jufte dans ſes ſentimens , il doit écrire
avecſageſſe, avec courage , avec utili
té. Onne pourroit entrer dans le détail
intéreſſant deces diviſions, fans paffer
les bornes quinous fontprefcritesdans
nos extraits.
Sciences , des Belles-Lettres & des Arts
deRouen,tenueleMercredi4Août 17620
M.leCat,Secrétairede laClaſſedes
Sciences , a ouvertla Séanceparl'énu
mération des travaux dela Compagnie
dans l'année académique ;détail trop
conſidérable pour trouver place ici.
Ilditenfuite :
L' Académie avoit propoſé l'an paffé
pour ſujet du Prix de Phyſique,de
déterminer la meilleure maniered'aman
der les terres....... Quoiqu'elle ait reçu
ungrand nombre de Mémoires, par
mi leſquels il y ena qui méritent des
éloges , particulierement le Mémoire
N°.4. dont la deviſe eſt auxAmateurs
dela bonneagriculture , avec leslettres
initiales L.B.D, cependant elle trouve
112 MERCURE DE FRANCE.
qu'il n'eſt pas aſſez fourni d'expériences
nouvelles; elle exhorte donc l'Auteurà
redoubler ſes efforts , ſur une matière
auſſi importante , pour mériter le prix
qu'elle remet à l'année prochaine ; il
fera double , c'est-à-dire de la valeurde
600 liv. Les Auteurs des Mémoiresles
adreſſeront francs de portà M. le Cat,
ils, mettrontà leurs Mémoires une de
viſe , & auront l'attention de couvrir
leur nom d'un papier collé oucacheté.
Les Ecoles protégées par l'Académie
ont tenu leurs concours ordinaires &
au jugementdes Commiſſairesdecette
Compagnie,
Les prixd'Anatomieont étéadjugés ,
Le 1er à M. Louis Daurignac , de
Rouen.
Le 2º, à M. Jacques-René Boulard,
d'Evreux.
e
Le3º , à M. Hubert Aubé, de Ver
non.
Un4º,reſtéde l'anpaſſé,àM. Touf
faint le Roi, d'Evreux.
LesprixdeChirurgieont étéadjugés.
Le rer , à M. Jacques-RenéBoulard,
quia eu le 2º prix d'anatomie
cettenotice....Longè primus.
,
avec
OCTOBRE. 1762. 113
e
Le 2º prix , à M. HubertAubé , qui
a remportéle 3º prix d'anatomie.
Le3º, à M. Céſar Rubis , d'Orléans.
Un4, reſté l'an paſſé , à M. Louis
Daurignac , qui a remporté lepremier
prix d'anatomie.
Acceffit , M. Touſſaint le Roy , qui
a eule 4º prix d'anatomie.
Les prixde Mathématique ont été
adjugés.
Le 1er ſur l'analyſe &les ſectionsco
niques , à M. Maille , d'Elbeuf.
Le 2° & le 3 , fur le calcul & les
élémens de Géométrieont étédiſtribués
entre M. Coufin , de Dieppe , & M.
Tirvache , de Rouen ,lesquels ont ti
ré au fort pour le choix.
Lesprix de Botanique ontétéadjugés.
Le 1er , à M. Baudouin , de Rouen.
Le 2º , à M. Chandelier, de Rouen.
Lez ,a étéréſervé pourl'année pro
chaine.
M. du Boullay ,Secrétaire desBelles
Lettres , annonça que l'Académie avoit
encore remis leprixde Poëfie , dontle
Sujet étoit la délivrance de Salerne ,
par quarante Chevaliers Normands au
commencement du onziéme fiécle , &
114 MERCURE DE FRANCE.
la fondation du Royaume de Sicile ,
qui fut la ſuite de cette expédition.
Dès l'année derniere , l'Académie
avoit exhorté les Auteurs , à traiter ce
Sujetmoins en Hiſtoriens qu'en Poëtes;
elle les avoit avertis qu'elle nedeman
doit pas uneHiſtoireſuivie d'événemens
quioccupentprèsd'unſiécle , que cette
exactitude chronologique répandoit
unfroid mortel ſur un Poëmé , qu'il
s'agiſſoitde choiſirl'époque qu'on croi
roit la plus intéreſſante &de l'embellir
par quelque fiction ingénieuſe quidon
neroit les moyens d'y enchaſſerles évé
nemens qui l'auroient précédée ou fui
vie;quec'étoit lesſeuls avis qu'elle crût
devoir donner , perfuadée qu'il faut
laiſſer au génie une liberté entiere ,&
qu'il eſt peu de faitshiſtoriques , dont
le merveilleux & la fingularité prêtent
davantage à la Poëfie.
L'Académie ne ſe laſſera point de
réïterer le même programme , tant qu'il
ne lui viendrapointd'Ouvrages dignes
d'être couronnés.Elle avertit ſeulement
que pour ranimer encore davantage
l'émulation entre les concurrens elle
,
a jugé à propos dedoublerle prix qui
fera de 600liv. Les Ouvrages feront
adreſſés francs de port , & fous la for
OCTOBRE. 1762. 115
me ordinaire , avant le premier Juillet
1763 , à M. Maillet du Boullay ,Maître
des Comptes , Secrétaire perpétuel de
l'Académie de Rouen pour lesBelles
Lettres,derrière l'Archevêché,àRouen.
M. du Boullay annonça enſuite les
prix de l'Ecole de Deſſein.
L'Académie avoit proposé pour le
prixde compofition enpeinture,le Sa
crifice d'Iphigénie. Après avoir vû les
eſquiſſes desEléves , elles les a jugées
foibles , & elle a remis ce prix à l'an
née prochaine.
Le 1er prix d'après nature a été rem
porté par Marie-Gabriel Frenelle , de
Rouen , qui avoit remporté le ſecond
prixdanslamêmeclaſſel'annéederniere.
Le ſecond prix d'après nature a été
remporté par Anicet-Charles-Gabriël
le Monnier, de Rouen.
Le prix d'après la Boſſe , aété rem
porté par Charles le Carpentier , de
Ponteaudemer.
L'Acceffit , dans la même claſſe a été
adjugé à Philippe-Nicolas Vandart , de
Rouen.
Le prix de Deſſein aété remporté par
Dominique Martin , de Wardiré , près
de S. Omer.
L'Académie a accordéun prix extra
116 MERCURE DE FRANCE.
ordinaire dans cette claſſe à Mlle Do
rothée Jacques , de Rouen.
ARCHITECTURE.
Le Sujetd'Architecture étoitdecon
ſtruire au milieud'unJardin unBelveder,
dans lequel on pouvoit entrer par les
quatre faces , &deleterminer parune
balustrade. OnavoitdemandéunSallon
au centre ,un logement commode pour
le Maître , & laiſſé la liberté du choix
del'ordre dansla décoration extérieure
&intérieure; ce prix a été remporté
par Jacques- François Deſvaux , de
Rouen.
M. Vregeon lut les obſervations mé
téorologiques del'année.
M. le Cat lut l'éloge de M. deMoy
d'Ectot , Conſeiller de la Grand Cham
bre du Parlement & Membre de l'A
cadémie , né le 4 Janvier 1691
&
mort le 8 Juin 1762 , avec la réputa
,
tiond'un despluslaborieux& desplus
reſpectables Magiſtrats de cette Cour.
M. du Boullay lut l'éloge de M. de
Brou, Maîtredes Requêtes , Intendant
de la Généralité de Rouen, Académi
cien Titulairedans la claſſe des Belles
Lettres , né àParis le 3 Octobre 1731 ,
&mort dans lamême Ville le9 Juin
1
OCTOBRE. 1762. 117
1762. On ne peut faire d'autre extrait
de cet éloge qu'en en rapportantquel
questraits.
M. deBroudonna ,dès ſespremieres
années , des marques d'un eſprit péné
trant& d'une âme ſenſible. L'ambition
de ſe diftinguer & de ſe rendre utile ,
lui faiſoit trouverdes charmes dans tous
les objets de l'attention des hommes
qui ont le plus réfléchi.
» Il cultiva ſurtout l'éloquence ; il
>> ſavoit que c'étoit l'art qui le menoit
>> le plus directementà ſon but, &que
>>pour gouverner les hommes , il faut
>>ſavoirleurplaire &lesperfuader : mais
>>ce quifait le plus d'honneur à fon ju
>>gement, fon éloquence n'étoit point
>>celle defonâge. Leluxe de l'eſprit ne
>>le ſéduifit jamais. Ala noble fimplici
>>té de ſon ſtyle ,àla ſageſſedeſesré
>> flexions , on auroit cru entendre un
>> Orateur , dont le goût&la raiſon au
>>roient reçu des années ledernier degréود
>>de maturité. On ne reconnoiſſoit fa
>>jeuneſſe que dans les traits de fon
» viſage & la vive ſenſibilité de fon
» cœur.
Avocatdu Roi au Châteletavant dix
fept ans , Conſeiller au Parlement de
Parisà dix-neuf, Maître des Requêtes à
118 MERCURE DE FRANCE.
vingt,IntendantdeRouenàvingt-qua
tre , >>il fut toujours obligéde deman
>>der desdiſpenſes pourtoutes ſes char
>> ges ,& il prouva toujoursparſa capa
> cité, que cesdiſpenſes n'étoientpoint
»accordées au crédit & à la faveur.
>>Quiſçaura ſe figurerles mouvemens
» d'un jeune cœur que des éloges pré
»maturés ont rendu avide de louan
"ges,mais quidefire cependantencore
>>plus de les mériter que de les ob
»tenir, ſe formera unejuſte idée des
>>diſpoſitions avec leſquelles M. deBrou
>> vint prendre poſſeſſion de ſa Généra
„ lité. Bientôtles défauts& les inconvé
»niens de touteeſpéce, dont fourmil
»lent les inſtitutions humaines, ſe pré
>>fententàlui de toutesparts. Entraîné
>>parla vivacité de fon âge & de fon
>> zèle , il voudroit réformer tout ce qui
»luiparoît vicieux& fupprimertout ce
» cequi luiſemble nuiſible; mais il ne
>> tarde pas à s'appercevoirque les réfor
>>mations trop ſubitesſont ſouvent plus
>>dangereuſes quelesabus mêmes , &
» que le mérite de l'homme d'Etat
>>confifte moins à empêcher tous les
>>maux, qu'àlescontenirdans des bor
>> nes qu'ils ne puiſſent jamais fran
»chir.
OCTOBRE. 1762. 119
Achevons de caractériſer M. deBrou
par quelques autres traits. Après avoir
rapporté ſes Ordonnances ſur la police
des corvées, les exemptions qu'ila ac
cordées auxpèresde famille qui avoient
donné un certain nombred'enfansàla
Patrie,les encouragemens qu'il a procu
rés autant qu'il étoit enſon pouvoir, à
l'Agriculture , au Commerce&auxArts,
lesbienfaits dont l'Académie lui eſt re
devable; M. du Boullay ajoute ce qui
fuit:
» Les malheurs publics retombent,
>>fans doute , ſur tous les Citoyens ;
>> mais ils accablent encore davantage
» ceux qui ontle courage de tenir le
>>gouvernail dans des temps difficiles :
» M. deBrou, quin'avoitpeut-être en
>> core enviſagé les grandes places que
>>parles côtés agréables, en dut reffen
»tir alors toute l'amertume. Mais il
>>étoitbienéloignéd'attacherle fruitde
>>ſes travauxà l'opinion.C'eſt cequ'il fit
>>voirlors du bombardementduHavre;
>>événement rapporté dans cet éloge
>>avec les détails qu'il méritoit.
M. du Boullay le termine par cette
anecdote honorable à la mémoire deM.
deBrou.
» LeRoilui-même , attentifà récom
120 MERCURE DE FRANCE.
penſer ſes fidéles ſerviteurs juſques
>> dans leurpoſtérité, a juſtifiéces éloges
»pardes marques publiquesde ſa bon
>>té,tandisque les perſonnesqui avoient
»été lesplus chères àM. deBrou, reti
>>rées à la campagne y déploroient
>>uneperte fi imprévue , &fi cruelle.
»Sa Majesté leur envoya annoncer la
>> part qu'elle prenoit à leur juſte dou
>>leur,&qu'elledonnoitunepenſion au
>>jeune enfant qui fait déſormais l'uni
>>que eſpérance de cette famille déſo
»lée, bienfait honorable , qui l'excitera
>> à marcherunjourſurles traces de fon
»père.
M.duLagne, Profeſſeurd'Hydrogra
phie, lut un Mémoire concernantune
Cartequ'ilapréſentée, furlaquelle étoit
tracée la route qu'a tenue la derniere
Cométependantle mois deJuindecette
année. Cette Carte étoitdreſſée ſelon les
différences d'aſcenſion droite, & de dé
clinaiſon qu'il avoit obſervées conjoin
tement avec M. Bouin, Aſſocié de l'A
cadémie, entre la Cométe & un grand
nombred'Etoiles.
M. du Boullaylutàla mêmeSéance ,
des réfléxions fur les Ouvragesde M.de
Crébillon ; il avoit cru traiterd'une ma
nière plus littéraire qu'hiſtorique, l'éloge
de
OCTOBRE. 1762. 121
decet illuſtre mort, pour ne pasrépé
ter ce que le Public adéja vû dans le
Mercure , ſecond volumedeJuillet.
Nousnerapportonsquel'éxamend'A
trée & Thyeſte, cellede ſes piéces qui
caractériſe le plus fon génie.
Riennemontreplus , dit M. duBoul
lay,combienlesvéritables Génies font
au-deſſus des vues bornées qui détermi
nentles hommesvulgaires. Pourtoutau
tre que M. Crébillon,c'eûtété une témé
rité d'entreprendre de faire applaudir,
par des Spectateurs François , un ſujet
qu'onauroitcrû êtreobligéd'adoucirfur
le Théâtre mêmedeLondres. Dequelle
difficulté n'étoit pas le principal Rôle ?
CombienlePoëte n'avoit-il pas àcrain
drede la ſituation où il étoitobligé de
repréſenterceperſonnage,&del'eſpéce
d'outrage dontiltireune ſi atroce ven
geance. Devant le Tribunal de notre
Nation, il n'y avoit pasde milieu entre
la terreur&le ridicule.
Pournepasſe brifercontrecetécueil,
il falloit obſerver ſcrupuleuſement les
bienféances , conduire le Drame avec
le plus grandArt, accommoder laFable
ànos mœurs,c'eſt ce qui paroiſſoitpref
qu'impoffible , & c'eſt ceque M. deCré
billonexécuta.
II. Vol.
F
122. MERCURE DE FRANCE.
Enſuppoſant que c'eſt aux Autels
mêmes queThyeſte a enlevéEropeà fon
frère , il écarte du perſonnage d'Atrée
tout cequi pouvoit en diminuer la di
gnité. Cependant l'outrage n'en eſtpas
moins fanglant ; condition néceſſaire
pour rendre la vengeanced'Atrée égale
ment terrible & vraisemblable. Cette
vengeance elle-même , qui faitfrémir
,
eſt préparéede loin', & néceffitée mê
me en quelque forte par les obstacles
qu'Atrée rencontre dans l'exécution de
ſes premiers deſſeins. Enfin , quoique
le Poëteeût eula noblehardieſſedepré
ſenter auxyeux mêmes du Spectateur,la
plus horrible catastrophe qui puiſſe ja
maisterminer une Tragédie,cependant
la Scène n'eſt point deshonorée par un
attentat qui auroit révolté la nature :la
vueſeule de cette coupe funeſte qu'A
tréepréſenteà ſonfrère, ſuffit pour que
la ſituation ne perde riende fa force &
defon effet.
Alabellediſpoſitionde ſonſujet,M.
de Crébillon ſçut ajouter toutes lesbeau
tés de détail dont il étoit fufceptible.
Tous ces caractères ſe ſoutiennent tels
qu'ils ſe fontannoncés. Uncolorisfom
bre , mais vigoureux, femblableà celui
de cesTableaux qu'on fuppofe éclairés
t
OCTOBRE. 1762. 123
parlalueurd'un incendie ,ſubjugue l'at
tention,&attachelesSpectateurs , com
me malgré eux , enles pénétrant d'une
fecrette horreur. Enfin cetteTragédie eft
la preuve la plus complette de la vérité
decettemaximeavancée par nos Maî
tres:
Qu'il n'eſt point deforfait nidemonſtre odieux.
Qui parl'art embellinepuiſſe plaireauxyeux.
M.deCrébillonfut reçuà l'Académie
deRouenle21 Novembre 1754, & elle
regardera toujours comme une diftinc
tion flatteuſe,l'honneurd'avoir compté,
parmi ſesMembres, unPoëteque laNa
tion ne ceſſerajamaisde réclamer parmi
ſes plus grands Maîtres.
M. de Saint Paul, Mouſquetaire du
Roy, lut un Mémoire furl'origine des
Hieroglyphes Egyptiens , dont voici
l'extrait.
Après avoir expoſé la célébrité des
hieroglyphes , ou Ecriture ſacrée des
Egyptiens, M. deSaintPaulajoûtaque
lesAuteursGrecs &Latins n'étoient pas
desguides ſuffiſans dans cette forte d'é
tude; qu'il falloit joindre aux connoif
fances qu'ils donnent, celle des Allégo .
ries Religieuſes des Indiens ; il l'apuiſée
dansdiversmanufcrits queluiont con
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
muniqués des perſonnesqui ont fait un
long ſéjour dans les Indes ſa Patrie.
On ſçait que les Indiens defcendent
desEyptiens , queles cruautés de Cam
byfeobligerentde ſetranſplanterdansles
Indes, mais on ignore communément
que ces fugitifs , eny portant leursuſa
ges &leur religion, y porterent auffi
leurs anciens hieroglyphes ; ils y font
connus ſous le nom des Incarnations,
ou changemens de forme de Vichenou.
CeDieu, le Neptunedes Indiens , étoit
adoré comme Auteur de l'Eau qui fait
croître le pâturage.
Les premiersHabitansdel'Egypte ne
ſe nourrirentpendantlongtemps quede
féves , de Lotus,&dulaitdeleurstrou
peaux. Enfin, il ſe trouva parmi eux
quelques hommesdegéniequi invente
rentlesSciences & les Arts , entr'autres
l'Agriculture. Pendant que cesSçavans
accumuloientde jour enjour de nou
velles connoiffances, lepeuple croupif
foit dansune ignorance quilui étoit ex
trémement préjudiciable. La plupart ſe
laiſſoient furprendre par le débordement
duNil, avantque d'avoirprislesprécau
tionsnéceſſaires, tantpoureuxquepour
leurs beftiaux ; celui-ci ſemoittrop tôt ;
ſongrainpourrifſoit; celui-là trop tard,
il ne levoitpointà temps; cetautreper
OCTOBRE. 1762. 125
doit ſa peine à pêcher hors de ſaiſon , &
ainfi du reſte.
Les Sçavan's ouPrêtres(cesdeux ter
mes ſont ſynonymes ) chercherent le
moyende remédieràces inconvéniens ,
&réuffirent. Ils inventerent neufFigu
res ſymboliques , qu'ils expofoient à la
vue du Peuple, pour Pinformer de ce
qu'illui étoit importantde ſçavoir.
Cinq de ces figures avoient rapport
audébordementdu Nil.
Lapremiere étoitunchien; on l'ex
poſoit pour avertir quel'étoile que nous
appellons encore la canicule, commen
çoit d'être viſible le matin ; que confé
quemmentledébordementduNilnetar
deroitpas à ſefaire fentir , & qu'il étoit
temps de prendre des précautions au
fujetdecette inondation ;ilſemble qu'ern
cetemps-là, cetteétoile ſelevoit vers le
commencementdeJuîn.
La deuxiéme figure étoit un Lion ;
elle avertiſſoit que le débordement que
I'on comparoit à un Lion furieux qui
ravage tout, commençoit d'inonder la
plaine: l'éxpoſition de ce Lion ſe fai
ſoitvers les premiers jours deJuillet.
La troifiéme étoit une des fix fortes
d'oiſeaux de proie connusſous le nom
général d'éperviers. Son éxpoſition ap
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
prenoit que le vent Septentrional qui
favoriſe l'augmentation du déborde
ment, commençoitàſouffler avec force.
Les Prêtres avoient choifi un de ces
Eperviers pour déſigner ce vent; parce
que ces fortesd'oiſeauxde paſſage neſe
sendent en Egypte que quandilſe fait
fentir fortement; l'expofition de cet oi
feau ſe faiſoittantôtplutôt, tantôt plus
tard.
La quatriéme figure étoit celle d'un
Enfantquinefaitquede naître; ſon ex
pofition apprenoit que le débordement
étant arrivéà ſa plus grande hauteur, le
travail ruſtique renaiſſoit ; mais qu'il n'é
toitpas encorepoffiblede s'en occuper ;
qu'on ne lepourroitque quand cetEn
fant feroit devenu grand, c'est-à-dire ,
quand onpourroitmener paîtrelestrou
peaux, &enfemencerla terre. Cette fi
gures'expofoitversle vingtiéme Août ,
c'est-à-dire , environſept ſemaines après
le commencement du débordement.
Lacinquiéme étoit un Héronà aigret
te ; les Prêtres l'expofoient pour ap
prendre au Peuple que le ventméridio
nal,qui favoriſe l'écoulement du débor
dementfe faiſoit ſentir,& qu'ainſi on
pourroit enſemencer les terres dans un
temps convenable : on avoit choiſi le
Héron à aigrette, pour être le ſymbole
OCTOBRE. 1762. 127
decevent, parce qu'onnevoit deces
oiſeauxdepaſſage en Egypte,que quand
il commence à fe fairefentir. L'expofi
tion duHéronſefaiſoitdu premier au
dixiéme de Septembre.
Cefontcescinqfiguresque lesGrecs
ont appellées Bactyles , les comparant
auxcinqdoigtsdelamain,quifonttou
jours enſemble; aux Indes, on les ap
pelle Pandeva' , c'est-à-dire les cinq fre
res.
Lafixiémefigure étoit uncochon:fon
expofition apprenoit qu'il étoit temps
d'enſemencerlesterres.Dans ces anciens
temps la charruen'étoit pas encore in
ventée , &l'onenſemençoit les terres à
l'aide de ces animaux. L'expoſitionde
cette figure ſefaiſoit vers le 15 d'Octob.
Laſeptiéme étoit un Poiffon. On l'ex
poſoitvers lecommencement de Fé
vrier,pour avertirquec'étoit le tempsde
s'occuper de la pêché.
La huitième étoit une Tortue. On
apprenoitpar ſonexpoſition,quec'étoit
la ſaiſon d'obſerverdans quels endroits
les Tortues venoient faire leur ponte ,
afin d'enlever l'animal & fes œufs. On
ne fait rien decertain touchant le temps
de l'expoſition de cette figure.
La neuviéme étoit un Ours : Elle
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
apprenoit que larecolte étantfinie,c'é
toit letemps defairela chaffe à cetani
mal & aux autres Bêtes féroces qui in
feſtoient le Pays. L'expofition de cette
figure ſe faiſoit vers le 15 deMars.
Cesneuffiguresfont devenues , entre
les mains desGrecs, les neufSybilles ,
les neuf Piérides & les neufMuſes.
QuantauxIndiens, elles leur ontdonné
lieu de direqueleurNeptune avoitpris
fucceffivement la forme de ces neuf
Symboles, cequifait la principalepartie
de leurMythologie.
Il y avoitdéja longtemsque ces neuf
figures avoientété inventées , lorſque
des Juifs ſe tranſplanterent en Egypte.
Ils adopterent l'uſage lucratif d'expofer
les neuffigures , & même en invente
rent unedixiéme. Avantleur arrivée,
les Egyptiens n'avoient pointde bat
teaux capables de naviger ſur le Nil
pendant la duréedeſon débordement;
les Prêtres , ou les plusSçavans d'entre
cesJuifs, inventerentles barques à voi
les&àrames;&lorſque ledébordement
étoit parvenu à une hauteur affez con
fidérablepour qu'on pûtſe ſervirde ces
nouveaux batteaux, ils en expoſoient
undedeux coudéesdelong.
Cette dixiéme & derniere figure a
OCTOBRE. 1762. 129
donné lieu au dixiéme changement du
Neptune Indien en cheval aîlé, ainſi
qu'au foulier de Perſée qui avoit deux
coudées de long , & au cheval Pégaſe
desGrecs. Elleaauſſi faitdire par quel
ques-unsd'eux , qu'ilyavoit dixMuſes
&dixSybilles.
Telle eſt l'origine des premiers Hié
roglyphes des Egyptiens; on peut më
meajoûterque c'eſt auſſi celledelaplu
part des Symboles qui accompagnent
les Divinités , tant Grecques qu'In
diennes , & quele cultepopulaire ap
pellé idolatrie, leDogmedela Métemp
fycofe , &les métamorphofesviennent
delamêmefource.
Il eſt vrai qu'à l'imitation de ces dix
anciennes figures, les Prêtres d'Egypte
enontinventédans la fuiteune grande
quantité de nouvelles ; maisil n'eſt pas
difficile d'en pénétrer la fignification ,
quand on connoît bien les dix, dont
onvientdeparler, furtout fià cette con
noiffance onjoint celle des Fables Re
ligieuſesdesGrecs&des Indiens.
:
Cequi a été dit ne fuffitcependant
que pour connoître la fignification de
chaque hiéroglyphe en particulier ;
mais lorſqu'il s'agit de déchiffrer une
fuite de figures hieroglyphiques telles
Fw
130 MERCURE DE FRANCE.
qu'on envoitfurpluſieurs monumens ,
il faut encore obſerver que ſouvent on
doit conſidérer cette écriture ſacrée,
commeune écriture tracée àla manière
des Juifs , c'est-à-dire,comme uneécri
ture qui va de la droite à la gauche;
&s'ilyapluſieurs grouppes de figures ,
ondoit regarderchaquegrouppe , com
meautant de pages d'unLivre dontla
premiere eſt celle qu'à notre façonnous
appellons la dernière. C'eſt en ſuivant
cette méthode qu'il n'est pas difficile ,
parexemple , depénétrerle ſensdes hié
roglyphes de la Table Iſiaque, celui
des grandes figures quiſe voyent aubas
delaTable Egyptienne
&celui des
quatrederniers grouppesdelaTablede
Sienne.2.
L'explication détaillée que M. de
Saint-Paulſepropoſe de donner dans
lafuite,de divers monumens & des Al
légories qui y ont rapport , achévera
deprouverla véritéde fonexpofé. 10
M. Lecat lut l'abregé d'un Mémoire
fur le fommeil, diviféen deux parties.
FL
Dans la première il prétend renverſer
Vol.4. de l'Antiquité expliquée duP.Monfau
Planche 139. Edition de 1719.
oh
2. Idem Pl. 141.
Edition
:
OCTOBRE. 1762. 131
le ſyſtêmele plus reçu pourl'explication
८
dece phénomène. Dans la feconde, il
yenſubſtitue un de ſon invention
,
par lequel il rend raiſon de toutes les
circonstances du fommeil, & fur-tout
de celles qu'il avoit trouvées inexplica
bles par le ſyſtême ordinaire.
M. l'Abbé Yart, des Académies de
Caën & de Lyon , &de la Société
Royale d'Agriculture,terminala féance
parundiſcours ſurl'hiſtoire , où il mon
tra ce que doit être & ce quedoit faire
unHiſtorien. Ildoit être reſpectable par
lui-même ,judicieuxdansſes principes ,
jufte dans ſes ſentimens , il doit écrire
avecſageſſe, avec courage , avec utili
té. Onne pourroit entrer dans le détail
intéreſſant deces diviſions, fans paffer
les bornes quinous fontprefcritesdans
nos extraits.
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de Rouen, tenue le Mercredi 4 Août 1762.
Lors d'une séance publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres et des Arts de Rouen le 4 août 1762, M. le Cat a présenté les travaux de l'année académique. L'Académie avait proposé un sujet sur l'amélioration des terres, mais les mémoires reçus manquaient d'expériences nouvelles. Le prix de physique sera doublé à 600 livres pour l'année suivante. Divers prix académiques ont été attribués en anatomie, chirurgie, mathématiques, botanique, et poésie. En arts, des prix ont été décernés à plusieurs étudiants, dont Mlle Dorothée Jacques et Jacques-François Desvaux en architecture. Le texte évoque également la vie de M. de Broudonna, connu pour son esprit pénétrant et son éloquence. Il a occupé plusieurs postes prestigieux, dont avocat du Roi, conseiller au Parlement de Paris, maître des requêtes, et intendant de Rouen. Il a cherché à réformer les abus et a montré un dévouement exemplaire lors du bombardement du Havre. Le roi a récompensé ses services en offrant une pension à son jeune enfant. La tragédie 'Atrée et Thyeste' de Crébillon est mentionnée, soulignant la dignité et la crédibilité du personnage principal. Une étude sur les hiéroglyphes égyptiens par M. de Saint Paul est également présentée. Elle explique leur lien avec les allégories religieuses indiennes et leur utilisation pour informer le peuple des événements importants, comme le débordement du Nil. Les hiéroglyphes sont comparés à des figures symboliques utilisées par différentes cultures pour indiquer des périodes spécifiques de l'année.
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