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101
p. 177-187
PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
Début :
C'est à l'émulation que les artistes doivent leurs succès, mais c'est des [...]
Mots clefs :
Louvre, Tableaux, Ouvrage, Beauté, Portrait, Succès, Dessin, Composition, Public
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
PEINTURE.
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
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Résumé : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
En 1755, le Louvre a accueilli des expositions de peintures, sculptures et gravures, où les artistes cherchaient l'émulation et la reconnaissance des connaisseurs, valorisant les critiques constructives et les éloges mérités. Plusieurs artistes ont été particulièrement remarqués pour leurs œuvres. M. Restout a été loué pour son tableau représentant Jésus-Christ lavant les pieds des Apôtres. M. Carlo Vanloo a été admiré pour ses tableaux du Baptême de Saint Augustin et de Saint Augustin prêchant devant Valère. M. Jeaurat a été apprécié pour ses scènes de la vie populaire. M. Halle a été salué pour son tableau des Disciples d'Emmaüs. M. Vien a été reconnu pour son tableau de Saint Germain et Saint Vincent. M. Chardin a impressionné avec son imitation de bas-relief en bronze. Les portraits de M. Elvetius par Louis-Michel Vanloo, de Madame Henriette de France par Nattier, et de Madame de Pompadour par La Tour ont également été remarqués pour leur ressemblance et leur qualité. M. Bachelier a été félicité pour son tableau en cire représentant la fable du cheval et du loup. M. Vernet a été acclamé pour ses tableaux de vues maritimes et de tempêtes. En sculpture, les œuvres de M. Falconet et de M. Michel-Ange Slodtz ont été admirées. Le texte déplore l'absence de certaines figures emblématiques comme Boucher et Pigalle, attribuant cela à des critiques malveillantes. La gravure a été saluée pour sa capacité à diffuser les œuvres des peintres et à contrer les critiques provinciales. Enfin, le texte célèbre un siècle où les arts sont cultivés, aimés, encouragés et récompensés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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102
p. *220-220
« Il paroît un livre intéressant: mais comme il nous a été envoyé [...] »
Début :
Il paroît un livre intéressant: mais comme il nous a été envoyé [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Nouvelle parution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il paroît un livre intéressant: mais comme il nous a été envoyé [...] »
IL paroît un livre intéreſſant : mais comme
il nous a été envoyé trop tard pour être
annoncé dans la partie littéraire de ce Mercure,
nous avons cru devoir l'indiquer dans
les nouvelles. Il a pour titre , La Conduite
des François juftifiée , ou Obſervations fur un
écrit Anglois intitulé , Conduite des François
à l'égard de la nouvelle Ecoffe , depuis
fon premier établiſſement juſqu'à nos jours ;
par le S. D. L. G. D. C. Avocat en Parlement
. Prix 2 liv. A Utrecht , & il fe trouve
à Paris , chez le Breton , rue de la Harpe.
il nous a été envoyé trop tard pour être
annoncé dans la partie littéraire de ce Mercure,
nous avons cru devoir l'indiquer dans
les nouvelles. Il a pour titre , La Conduite
des François juftifiée , ou Obſervations fur un
écrit Anglois intitulé , Conduite des François
à l'égard de la nouvelle Ecoffe , depuis
fon premier établiſſement juſqu'à nos jours ;
par le S. D. L. G. D. C. Avocat en Parlement
. Prix 2 liv. A Utrecht , & il fe trouve
à Paris , chez le Breton , rue de la Harpe.
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Résumé : « Il paroît un livre intéressant: mais comme il nous a été envoyé [...] »
Le livre 'La Conduite des François juftifiée' de l'avocat S. D. L. G. D. C. répond à un écrit anglais critiquant la conduite des Français en Nouvelle-Écosse. Prix : deux livres. Disponible à Utrecht et Paris chez le libraire Breton. Annonce tardive dans la section des nouvelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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103
p. 35-67
SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
Début :
XII. LORSQUE dans les Mercures précédens, j'ai indiqué plusieurs morceaux de [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Voltaire, M. Rousseau, Bernard de La Monnoye, Lettre, Abbé, Ouvrage, Prix, Poète, Homme, Oracles, Lettres, Musique, Remarques, Recueil, Opéra, Critique, Paroles, Journal, Esprit, Vérité, Magie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
SUITE fur M. de Fontenelle ,• par
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
Fermer
Résumé : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
L'abbé Trublet évoque les œuvres de Bernard le Bouyer de Fontenelle et divers concours académiques. En 1675 et 1677, Fontenelle participa à des concours de l'Académie française sans succès, battu par M. de la Monnoye. Voltaire, à 20 ans, perdit également un concours en 1714. L'abbé du Jarry, malgré une réputation de mauvais poète, remporta plusieurs prix. Les prédicateurs obtenaient souvent des prix de poésie plutôt que d'éloquence. En 1687, l'Académie française proposa un sujet sur l'éducation des jeunes filles, remporté par Mlle Deshoulières. Fontenelle, élu à l'Académie en 1691, évita les polémiques littéraires et exprima son désintérêt pour les querelles. Cependant, il fut impliqué dans une controverse littéraire avec l'auteur des 'Remarques'. Dans les 'Nouvelles de la République des Lettres', M. Van Dale commenta l''Histoire des Oracles' de Fontenelle, notant des omissions et des interprétations erronées. Van Dale critiqua Fontenelle pour avoir ignoré des preuves contre la magie et les oracles. En 1757, un texte aborda les attitudes de Fontenelle face aux critiques littéraires. Il ignorait souvent les critiques et appréciait des œuvres révélant des impostures. En 1752, une controverse sur le tutoiement dans les traductions françaises de la Bible opposa Fontenelle à d'autres intellectuels. Fontenelle défendait le maintien du tutoiement pour respecter l'original, une position contestée par des protestants. Le texte traite également d'une controverse linguistique sur l'usage du tutoiement et du vouvoiement dans les traductions de l'Écriture Sainte. Fontenelle proposa d'unifier l'usage pour éviter la confusion. Il mentionne aussi des traductions de cantates et d'airs italiens pour un concert en 1724 chez M. Crozat. Une autre partie du texte discute de la controverse entre la musique italienne et française au XVIIIe siècle. Fontenelle, bien qu'il préférait la musique française, reconnaissait la valeur de la musique italienne. La dispute débuta avec un ouvrage de l'Abbé Raguenet, critiqué par M. de Freneuil. Le texte évoque également le succès prédit de l'opéra 'Roland' et l'approbation de l'œuvre 'Parallèle à l'Opéra de Roland'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
104
p. *231-231
SUPPLÉMENT AUX NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Début :
Jean-Thomas Hérissant, Libraire, rue S. Jacques, à Saint Paul & [...]
Mots clefs :
Nouvelle parution, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT AUX NOUVELLES LITTÉRAIRES.
SUPPLEMENT
AUX NOUVELLES LITTÉRAIres .
EAN - THOMAS Hériſſant , Libraire , rue
S. Jacques , à Saint Paul & à Saint Hilaire,
vient de mettre fous- preffe l'Abrégé chronologique
de l'Hiftoire d'Espagne & de Portugal
, ouvrage fort avancé par M. le Préfident
Hénault , & continué par M. Macquer
, à qui M. le Préfident Hénault a
remis fon manufcrit.
AUX NOUVELLES LITTÉRAIres .
EAN - THOMAS Hériſſant , Libraire , rue
S. Jacques , à Saint Paul & à Saint Hilaire,
vient de mettre fous- preffe l'Abrégé chronologique
de l'Hiftoire d'Espagne & de Portugal
, ouvrage fort avancé par M. le Préfident
Hénault , & continué par M. Macquer
, à qui M. le Préfident Hénault a
remis fon manufcrit.
Fermer
105
p. 205
LETTRE de l'Auteur du Dictionnaire héraldique, chronologique & historique, à l'Auteur du Mercure, sur la Maison du Chastel.
Début :
L'ouvrage que j'ai donné au Public, Monsieur, est trop étendu pour qu'il ne s'y [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Supplément, Libraire, Corrections, Familles nobles, Édition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de l'Auteur du Dictionnaire héraldique, chronologique & historique, à l'Auteur du Mercure, sur la Maison du Chastel.
LETTRE de l'Auteur du Dictionnaire béraldique
, chronologique & hiftorique, à l'Auteur
du Mercure , fur la Maifon du Chaftel.
L'OUVRAG
' OUVRAGE que j'ai donné au Public , Mon
fieur , eft trop érendu pour qu'il ne s'y trouve pas
beaucoup de fautes , & trop intéreffant pour que
je ne m'empreffe pas de les réparer. C'est pour
remplir cette vue , que je vais faire imprimer un
fupplément , qui contiendra un nombre affez confidérable
de corrections néceffaires , & de nouveaux
articles de beaucoup de familles Nobles de
différens endroits du Royaume , qui me font
parvenus par la voie du Libraire . Mais comme
Pédition demande encore quelque temps pour
être achevée , je ne dois pas attendre jufques- là à'
reconnoître publiquement entr'autres erreurs ,
celle dans laquelle je fuis tombé fur une des plus
illuftres Maifons du Royaume , que j'avois crue
éteinte fur la foi de quelques mauvais Mémoires,
Celui que j'ai l'honneur de vous envoyer eft plus
correct ; il eft prouvé fur des titres dont il feroit
aifé de prouver l'authenticité. Je vous prie de l'inférer
dans le Mercure prochain .
J'ai l'honneur d'être , &c.
· A Paris , ce 21 Novembre 1757-
, chronologique & hiftorique, à l'Auteur
du Mercure , fur la Maifon du Chaftel.
L'OUVRAG
' OUVRAGE que j'ai donné au Public , Mon
fieur , eft trop érendu pour qu'il ne s'y trouve pas
beaucoup de fautes , & trop intéreffant pour que
je ne m'empreffe pas de les réparer. C'est pour
remplir cette vue , que je vais faire imprimer un
fupplément , qui contiendra un nombre affez confidérable
de corrections néceffaires , & de nouveaux
articles de beaucoup de familles Nobles de
différens endroits du Royaume , qui me font
parvenus par la voie du Libraire . Mais comme
Pédition demande encore quelque temps pour
être achevée , je ne dois pas attendre jufques- là à'
reconnoître publiquement entr'autres erreurs ,
celle dans laquelle je fuis tombé fur une des plus
illuftres Maifons du Royaume , que j'avois crue
éteinte fur la foi de quelques mauvais Mémoires,
Celui que j'ai l'honneur de vous envoyer eft plus
correct ; il eft prouvé fur des titres dont il feroit
aifé de prouver l'authenticité. Je vous prie de l'inférer
dans le Mercure prochain .
J'ai l'honneur d'être , &c.
· A Paris , ce 21 Novembre 1757-
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Résumé : LETTRE de l'Auteur du Dictionnaire héraldique, chronologique & historique, à l'Auteur du Mercure, sur la Maison du Chastel.
Un auteur de dictionnaire béraldique, chronologique et historique écrit à l'auteur du Mercure pour signaler des erreurs dans son ouvrage. Il reconnaît que son livre, bien que volumineux et intéressant, contient des fautes qu'il souhaite corriger. Pour ce faire, il prépare un supplément incluant des corrections et de nouveaux articles sur des familles nobles de diverses régions du royaume, obtenus via le libraire. Cependant, l'édition du supplément nécessitant du temps, l'auteur décide de corriger publiquement certaines erreurs dès à présent. Il mentionne une erreur concernant une illustre maison du royaume qu'il croyait éteinte, basée sur des mémoires erronés. Il fournit une version corrigée, appuyée par des titres authentiques, et demande à l'auteur du Mercure de l'insérer dans la prochaine édition. La lettre est datée du 21 novembre 1757.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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106
p. 215-216
AVIS DIVERS.
Début :
L'Auteur de l'ouvrage qui a pour titre l'Architecture des Anciens, [...]
Mots clefs :
Auteur, Ouvrage, Souscriptions, Architecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DIVERS.
AVIS DIVERS,
L'AUTEUR de l'ouvrage qui a pour titre l'Archi
tecture des Anciens, développée dans les vraies pro216
MERCURE DE FRANCE.
portions , qui doit s'imprimer par foufcription
chez Jombert Imprimeur & Libraire rue Dauphine
, donne avis au Public , que les deniers des
foufcriptions jufqu'à préfent reçus , n'étant pas
fuffifant pour remplir l'objet des planches & gravures
de cet important ouvrage , on continuera
de recevoir les foufcriptions chez ledit fieur Jombert
, juſqu'au premier Mai prochain.
L'AUTEUR de l'ouvrage qui a pour titre l'Archi
tecture des Anciens, développée dans les vraies pro216
MERCURE DE FRANCE.
portions , qui doit s'imprimer par foufcription
chez Jombert Imprimeur & Libraire rue Dauphine
, donne avis au Public , que les deniers des
foufcriptions jufqu'à préfent reçus , n'étant pas
fuffifant pour remplir l'objet des planches & gravures
de cet important ouvrage , on continuera
de recevoir les foufcriptions chez ledit fieur Jombert
, juſqu'au premier Mai prochain.
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Résumé : AVIS DIVERS.
L'auteur de 'L'Architecture des Anciens, développée dans les vraies proportions' annonce que les fonds recueillis par souscription sont insuffisants pour les planches et gravures. Les souscriptions sont prolongées jusqu'au 1er mai chez Jombert, rue Dauphine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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107
p. 216
« Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
Début :
Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...]
Mots clefs :
Marchand, Musique, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
LE SIEUR Laigle , Marchand , rue des Carme à
Rouen avertit Meffieurs les Auteurs de Mufique ,
que depuis vingt années il fait feul le commerce
de la Mufique , dans ladite Ville , & que pour
rendre fon Magazin plus complet & plus général
, & leur procurer par- là un plus grand débit
de leurs ouvrages , il recevra pour.leur compte ,
celle qu'ils voudront lui envoyer. Ils auront la
bonté de s'adreffer à Paris , à M. Bordet , Maître
de Flute Traverfiere , rue S. Denys , prefque vià-
vis le paffage de l'ancien Grand - Cerf , la porte
cochere à côté d'un Epinglier , à qui l'on adreſfera
les lettres ou paquets francs de portspour
Rouen avertit Meffieurs les Auteurs de Mufique ,
que depuis vingt années il fait feul le commerce
de la Mufique , dans ladite Ville , & que pour
rendre fon Magazin plus complet & plus général
, & leur procurer par- là un plus grand débit
de leurs ouvrages , il recevra pour.leur compte ,
celle qu'ils voudront lui envoyer. Ils auront la
bonté de s'adreffer à Paris , à M. Bordet , Maître
de Flute Traverfiere , rue S. Denys , prefque vià-
vis le paffage de l'ancien Grand - Cerf , la porte
cochere à côté d'un Epinglier , à qui l'on adreſfera
les lettres ou paquets francs de portspour
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Résumé : « Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
Le sieur Laigle, marchand de musique à Rouen, propose d'enrichir son magasin en vendant les compositions des auteurs. Ces derniers peuvent contacter M. Bordet, maître de flûte traversière à Paris, pour envoyer leurs œuvres sans frais de port.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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108
p. 209-210
« Le sieur Laigle Marchand rue Carmes à Rouen, avertit Messieurs les Auteurs [...] »
Début :
Le sieur Laigle Marchand rue Carmes à Rouen, avertit Messieurs les Auteurs [...]
Mots clefs :
Marchand, Auteurs de musique, Magasin, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Laigle Marchand rue Carmes à Rouen, avertit Messieurs les Auteurs [...] »
Le ſieur Laigle Marchand rue des Carmes à
Rouen, avertit Meſſieurs les Auteurs de Muſique,
que depuis vingt années il fait ſeul ce commerce
dans ladite, Ville & que pour rendre ſon Ma
gaſin plus complet & plus général, & leur pro
curer par-la un plus grand débit de leurs Ou- .
vrages, il recevra pour leur compte celle qu'ils
voudront lui envoyer , ils auront la bonté de
s'adreſſer à Paris à M. Bordet Maître de Flute
Traverſiere, rue S. Denis, preſque vis-à-vis le
paſſage de l'ancien Grand-Cerf, la porte Cochere
-
2 I o M E R C U R E DE F RAN C E.
à côté d'un † à qui l'on adreſſera les Let
tTeS Ou paquets trancs de ports.
Rouen, avertit Meſſieurs les Auteurs de Muſique,
que depuis vingt années il fait ſeul ce commerce
dans ladite, Ville & que pour rendre ſon Ma
gaſin plus complet & plus général, & leur pro
curer par-la un plus grand débit de leurs Ou- .
vrages, il recevra pour leur compte celle qu'ils
voudront lui envoyer , ils auront la bonté de
s'adreſſer à Paris à M. Bordet Maître de Flute
Traverſiere, rue S. Denis, preſque vis-à-vis le
paſſage de l'ancien Grand-Cerf, la porte Cochere
-
2 I o M E R C U R E DE F RAN C E.
à côté d'un † à qui l'on adreſſera les Let
tTeS Ou paquets trancs de ports.
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Résumé : « Le sieur Laigle Marchand rue Carmes à Rouen, avertit Messieurs les Auteurs [...] »
Le sieur Laigle, résidant à Rouen, est le seul commerçant de musique depuis vingt ans. Il propose aux auteurs de musique de lui envoyer leurs œuvres pour enrichir son magasin. Les auteurs doivent contacter M. Bordet, maître de flûte, à Paris, rue Saint-Denis, pour envoyer leurs lettres ou paquets, frais de port inclus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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109
p. 223-224
« Le nouveau Systême que j'ai déja annoncé au mois de Novembre 1758, pour apprendre la Langue [...] »
Début :
Le nouveau Systême que j'ai déja annoncé au mois de Novembre 1758, pour apprendre la Langue [...]
Mots clefs :
Apprentissage, Latin, Raisonnement, Jeux, Entretien, Méthode, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le nouveau Systême que j'ai déja annoncé au mois de Novembre 1758, pour apprendre la Langue [...] »
Le nouveau Syſtême que j'ai déja annoncé au
224 MERCURE DE FRANCE.
mois de Novembre 1758 , pour apprendre la
Langue Latine de trois manieres différentes ,
par raifonnement , par jeux , & par entretiens ,
&c. Se vend actuellement à Paris chez Defpilly
Libraire , rue Saint Jacques , ' à la vieille
Pofte , vis-a- vis la rue du Plâtre; & à Troyes chez
Jean Garnier , Imprimeur Libraire rue du Temple.
Je parlerai dans la fuite plus amplement de
cette méthode , en faiſant part au Public d'une
differtation que M. le Roux Auteur de ce Syſtême
m'a remiſe , & dont il a fait mention dans la
réponſe à la critique de fon Livre.
224 MERCURE DE FRANCE.
mois de Novembre 1758 , pour apprendre la
Langue Latine de trois manieres différentes ,
par raifonnement , par jeux , & par entretiens ,
&c. Se vend actuellement à Paris chez Defpilly
Libraire , rue Saint Jacques , ' à la vieille
Pofte , vis-a- vis la rue du Plâtre; & à Troyes chez
Jean Garnier , Imprimeur Libraire rue du Temple.
Je parlerai dans la fuite plus amplement de
cette méthode , en faiſant part au Public d'une
differtation que M. le Roux Auteur de ce Syſtême
m'a remiſe , & dont il a fait mention dans la
réponſe à la critique de fon Livre.
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Résumé : « Le nouveau Systême que j'ai déja annoncé au mois de Novembre 1758, pour apprendre la Langue [...] »
Le texte présente un nouveau système pour apprendre le latin par raisonnement, jeux et entretiens. Il est disponible à Paris chez Defpilly, rue Saint Jacques, et à Troyes chez Jean Garnier, rue du Temple. L'auteur prévoit de détailler cette méthode via une dissertation de M. le Roux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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110
p. 225
« L'Europe vivante & mourante, ou Tableau annuel des principales Cours de [...] »
Début :
L'Europe vivante & mourante, ou Tableau annuel des principales Cours de [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Nouvelle parution, Suite, Europe, États
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Europe vivante & mourante, ou Tableau annuel des principales Cours de [...] »
L'Europe vivante & mourante , ои Tableau
annuel des principales Cours de l'Europe , ſuite du
Memorial de Chronologie , généalogique & hiftorique.
Année 1719. A Bruxelles , chez Erançois
Foppens , au Saint - Elprit , & ſe trouve à
Paris chez Debure l'aîné , Quai des Auguftins.
Ce petit Ouvrage n'eft qu'une fuite du Livre
qui a paru annuellement en 1747, 1748 & 1749,
fous le titre d'Almanach généalogique & hiftorique
, & qui a été continué depuis 1752 ju
qu'en 1755 , fous celui de Mémorial de Chronologie,
généalogique & hiftorique ; mais avec des
différences qui en ont fait chaque année un Livre
différent.
annuel des principales Cours de l'Europe , ſuite du
Memorial de Chronologie , généalogique & hiftorique.
Année 1719. A Bruxelles , chez Erançois
Foppens , au Saint - Elprit , & ſe trouve à
Paris chez Debure l'aîné , Quai des Auguftins.
Ce petit Ouvrage n'eft qu'une fuite du Livre
qui a paru annuellement en 1747, 1748 & 1749,
fous le titre d'Almanach généalogique & hiftorique
, & qui a été continué depuis 1752 ju
qu'en 1755 , fous celui de Mémorial de Chronologie,
généalogique & hiftorique ; mais avec des
différences qui en ont fait chaque année un Livre
différent.
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Résumé : « L'Europe vivante & mourante, ou Tableau annuel des principales Cours de [...] »
Le document 'L'Europe vivante & mourante' est une publication annuelle sur les principales cours européennes. Il succède au 'Mémorial de Chronologie, généalogique & historique' et a été publié pour la première fois en 1719 à Bruxelles et Paris. Il a également été édité sous le titre 'Almanach généalogique & historique' en 1747, 1748 et 1749, puis de 1752 à 1755. Chaque édition diffère, rendant chaque livre unique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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111
p. 212-215
« L[e] sieur Keyser a l'honneur de prévenir le Public, qu'ayant été attaqué de nouveau dans [...] »
Début :
L[e] sieur Keyser a l'honneur de prévenir le Public, qu'ayant été attaqué de nouveau dans [...]
Mots clefs :
M. Keyser, Attaque, Ouvrage, Défense, Vérité, Remède, Académie des sciences, Composants, Effets secondaires, Certificats, Cure, Palliatif, Maréchal de Biron, Témoignages de patients, Dragées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L[e] sieur Keyser a l'honneur de prévenir le Public, qu'ayant été attaqué de nouveau dans [...] »
Lfeur
Keyfer
a
l'honneur
de
prévenir
le
P
blic
,
qu'ayant
été
attaqué
de nouveau
dans
un
Livre
,
qui a
pour
titre
,
Traité
des
Tumeurs
&
Ulceres
,
de
la
façon
la
plus
injufte
&
la
pl
légere
,
il
vient d'y
répondre par
un
écrit
part
culier
qui
fe
trouve chez
le fieur
Delornel
Mar
chand
Libraire
,
rue du
Foin
;
il
le ſupplie
de
lit
attentivement
les
objets
de
défenſes
, d'obfervet
la
vérité
&
l'autenticité
des
Certificats
qu'il
a
pro
duit
,
&
d'être
perfuadé
qu'il
n'y a
rien
avant
qu'il
ne
foit
en
état
de prouver
aux
yeux
de
tou
l'Univers
: il
n'a
jufqu'ici
combattu
tous
fes
Ad
verfaires
qu'avec
les
armes de
la
vérité
; il
cre
être
au
moment de
les faire taire
pour
toujours
,
AOUST
.
1759
.
213
&
l'Académie
des
Sciences
,
qui veut
bien être
ſon
Juge
,
prononcera
bientôt
fur
la
compofition
defon
remède
,
fur
les
effets
&
fon
efficacité
;
cette
Académie
ayant
déja
nominé
pour
cela
des
Com-
miffaires
dont
les
talens
,
les
lumières
&
la
haute
réputation
ne
lui
laiſſent
rien
à
defirer
.
En
atten-
´
dant
il
croit
devoir
donner
ici
l'Extrait
court
&
fuccinct
de
la
dernière attaque qui
lui
a
été
faite
de
la
part
de
l'Auteur
anonyme du
Traité des
Tumeurs
,
&
celui
de
la
réponſe
qu'il
a
faite
.
Premièrement
,
fon
Aggrelleur
foupçonne
,
préfume
,
&
quoiqu'il
n'en
convienne
point
,
conclut
même
qu'il
doit
entrer
du
Sublimé
cor-
rofif
dans
la
compofition
de
fon
remède
.
Il
rap-
porte
pour
appuyer
les
conjectures
&
les
foupçons
une
expérience
frivole
; il
donne
les
raisons
les
plus
fuperficielles
;
il
cherche
à
perfuader
,
&
par
conféquent
il
effraye
injuftement
le
Public
.
A cela le fieur Keyſer répond par des analyſes
aurentiques faites à Paris & dans les Provinces par
les plus habiles Gens de l'Art. Tous atteſtent n'a-
voir trouvé dans la décompofition de fon reméde,
aucun atôme de Sublimé. Par conféquent l'impu-
tation tombe d'elle-même. On a fçu meme depuis
que l'Anonyme s'en étoit affuré par fes propres
expériences , & qu'il étoit convenu qu'il n'y avoit
point de Sublimé.
Secondement , l'Anonyme fe déchaîne contre
les effets du reméde. A le croire ce ne font que
nauſies , vomiſlemens , coliques , inflammations ,
effets pernicieux , funefles &c.
A cela le fieur Keyſer répond en offrant de
-préfenter à l'Anonime ( ne pouvant citer mille au❤
tres malades qu'il a traités , qu'il a bien guéris ,
& qui fe portent à merveille j 400 Soldats guéris
dans l'Hôpital de Monfi ur le Maréchal de Bi-
ron ; il produir les Certificats les plus autenti-
ques de Paris , & de la Province. Tous les Gens
£
14
MERCURE
DE
FRANCE
.
de
l'Art
qui
les
ont
donnés
atteſtent après
avoit
traité
avec
fon
reméde
les
uns to
Malades
,
les autres
30
,
ainſi
du
reſte
,
n'en
avoir
jamzi
vû
réſulter
le
moindre
accident
.
Par
conséquen
F'Anonyme
qui
ne
connoît point
le
reméde
,
qui
n'a jamais
traité
avec
,
qui
n'a
même
vû
traiter
perfonne
,
a
feul
vû
tous ces
mauvais
effets
.
Que
répondre à
cela
? Le
Public
jugera
fi
les
témoigna
ges
de
plus
de
cent perfonnes
habiles
dans
l'Ar
de
la
Médecine
,
&
de
la
Chirurgie
,
connues
pour
les plus
honnêtes
gens
,
peuvent
avoir
été
toutes
gagnées pour
s'accorder
à
dire
un
bien
général
d'une chofe
auffi
dangereufe
,
&
furtout
lorfque
l'on
prouve
qu'il
n'eft
pas
mort
en
feul
homme
far quatre
cens
.
D'ailleurs
comme
il
vient
d'être
démontré
dans
l'Article
précédent
qu'il n'y a
pas
de Sublimé
corrofif
,
il
eſt
clair
que
les
effets da
reméde
ne
peuvent
être
tels
que
l'Anonyme
les
fuppofe
.
Troifiémement
,
l'Anonyme
ne
s'en
tient
pas
là
,
il
veut encore
que
le
reméde
foit
infuffifant
,
que
les
cures
prétendues
ne
foient
que
palliatives
,
&
qu'il
faut
en
revenir
aux
frictions
&
c
.
A
cela
le fieur
Keyſer
offre
encore de
préfente
fes
400
Soldats
pour
fubir
l'examen
de
l'Anonyme
lui
-
même
,
il
produit
les
Certificats
de
perfonne
habiles
qui
atteftent
qu'il
s'en
eft fait
chaque
an
née
depuis quatre ans
une
revue générale
,
que
les guérifons
fe
font trouvées conftantes
&
foli-
des
que
les
Soldats
jouiffent
de
la
meilleure
fanté
.
Tous
les
Correfpóndans
du
feur
Keyſer
qui
ont
traité
une
multitude
de Malades
,
difent
la
même
choſe
;
perfonne ne
vient
le
plaindre
d'avoir
été
manqué
.
M.
le Maréchal de Biron
,
fi
connu par
fon
amour
pour
la vérité
,
pour
la
juftice
&
pour
le
bien public
,
veut bien appuyer
toutes ces preuves
AOUST
.
1759
.
211de
fon
témoignage
.
Il
a
en
main
les
originaux
de
tous
les
Certificats
;
il
va
les
dépofer
de
la
part
du
Roi
entre
les
mains
de l'Académie
.
Enfin
le
feur
Keyſer
offre
à
l'Anonyme
de
traiter
ſous
les
yeur
douze Malades
qu'il
choifira
lui
-
même
,
&
de
ne
pas
leur
donner une
ſeule
dragée
qu'en ſa
préſence
:
il
ſupplie
l'Académie
de
nommer
des
Commiflaires
pour
en
faire
autant
fous
leurs
yeux
.
Que
peut
-
il
faire
de
plus
?
&
comment
ſe
refuſer
à
des preuves
de
cette
force
?
Keyfer
a
l'honneur
de
prévenir
le
P
blic
,
qu'ayant
été
attaqué
de nouveau
dans
un
Livre
,
qui a
pour
titre
,
Traité
des
Tumeurs
&
Ulceres
,
de
la
façon
la
plus
injufte
&
la
pl
légere
,
il
vient d'y
répondre par
un
écrit
part
culier
qui
fe
trouve chez
le fieur
Delornel
Mar
chand
Libraire
,
rue du
Foin
;
il
le ſupplie
de
lit
attentivement
les
objets
de
défenſes
, d'obfervet
la
vérité
&
l'autenticité
des
Certificats
qu'il
a
pro
duit
,
&
d'être
perfuadé
qu'il
n'y a
rien
avant
qu'il
ne
foit
en
état
de prouver
aux
yeux
de
tou
l'Univers
: il
n'a
jufqu'ici
combattu
tous
fes
Ad
verfaires
qu'avec
les
armes de
la
vérité
; il
cre
être
au
moment de
les faire taire
pour
toujours
,
AOUST
.
1759
.
213
&
l'Académie
des
Sciences
,
qui veut
bien être
ſon
Juge
,
prononcera
bientôt
fur
la
compofition
defon
remède
,
fur
les
effets
&
fon
efficacité
;
cette
Académie
ayant
déja
nominé
pour
cela
des
Com-
miffaires
dont
les
talens
,
les
lumières
&
la
haute
réputation
ne
lui
laiſſent
rien
à
defirer
.
En
atten-
´
dant
il
croit
devoir
donner
ici
l'Extrait
court
&
fuccinct
de
la
dernière attaque qui
lui
a
été
faite
de
la
part
de
l'Auteur
anonyme du
Traité des
Tumeurs
,
&
celui
de
la
réponſe
qu'il
a
faite
.
Premièrement
,
fon
Aggrelleur
foupçonne
,
préfume
,
&
quoiqu'il
n'en
convienne
point
,
conclut
même
qu'il
doit
entrer
du
Sublimé
cor-
rofif
dans
la
compofition
de
fon
remède
.
Il
rap-
porte
pour
appuyer
les
conjectures
&
les
foupçons
une
expérience
frivole
; il
donne
les
raisons
les
plus
fuperficielles
;
il
cherche
à
perfuader
,
&
par
conféquent
il
effraye
injuftement
le
Public
.
A cela le fieur Keyſer répond par des analyſes
aurentiques faites à Paris & dans les Provinces par
les plus habiles Gens de l'Art. Tous atteſtent n'a-
voir trouvé dans la décompofition de fon reméde,
aucun atôme de Sublimé. Par conféquent l'impu-
tation tombe d'elle-même. On a fçu meme depuis
que l'Anonyme s'en étoit affuré par fes propres
expériences , & qu'il étoit convenu qu'il n'y avoit
point de Sublimé.
Secondement , l'Anonyme fe déchaîne contre
les effets du reméde. A le croire ce ne font que
nauſies , vomiſlemens , coliques , inflammations ,
effets pernicieux , funefles &c.
A cela le fieur Keyſer répond en offrant de
-préfenter à l'Anonime ( ne pouvant citer mille au❤
tres malades qu'il a traités , qu'il a bien guéris ,
& qui fe portent à merveille j 400 Soldats guéris
dans l'Hôpital de Monfi ur le Maréchal de Bi-
ron ; il produir les Certificats les plus autenti-
ques de Paris , & de la Province. Tous les Gens
£
14
MERCURE
DE
FRANCE
.
de
l'Art
qui
les
ont
donnés
atteſtent après
avoit
traité
avec
fon
reméde
les
uns to
Malades
,
les autres
30
,
ainſi
du
reſte
,
n'en
avoir
jamzi
vû
réſulter
le
moindre
accident
.
Par
conséquen
F'Anonyme
qui
ne
connoît point
le
reméde
,
qui
n'a jamais
traité
avec
,
qui
n'a
même
vû
traiter
perfonne
,
a
feul
vû
tous ces
mauvais
effets
.
Que
répondre à
cela
? Le
Public
jugera
fi
les
témoigna
ges
de
plus
de
cent perfonnes
habiles
dans
l'Ar
de
la
Médecine
,
&
de
la
Chirurgie
,
connues
pour
les plus
honnêtes
gens
,
peuvent
avoir
été
toutes
gagnées pour
s'accorder
à
dire
un
bien
général
d'une chofe
auffi
dangereufe
,
&
furtout
lorfque
l'on
prouve
qu'il
n'eft
pas
mort
en
feul
homme
far quatre
cens
.
D'ailleurs
comme
il
vient
d'être
démontré
dans
l'Article
précédent
qu'il n'y a
pas
de Sublimé
corrofif
,
il
eſt
clair
que
les
effets da
reméde
ne
peuvent
être
tels
que
l'Anonyme
les
fuppofe
.
Troifiémement
,
l'Anonyme
ne
s'en
tient
pas
là
,
il
veut encore
que
le
reméde
foit
infuffifant
,
que
les
cures
prétendues
ne
foient
que
palliatives
,
&
qu'il
faut
en
revenir
aux
frictions
&
c
.
A
cela
le fieur
Keyſer
offre
encore de
préfente
fes
400
Soldats
pour
fubir
l'examen
de
l'Anonyme
lui
-
même
,
il
produit
les
Certificats
de
perfonne
habiles
qui
atteftent
qu'il
s'en
eft fait
chaque
an
née
depuis quatre ans
une
revue générale
,
que
les guérifons
fe
font trouvées conftantes
&
foli-
des
que
les
Soldats
jouiffent
de
la
meilleure
fanté
.
Tous
les
Correfpóndans
du
feur
Keyſer
qui
ont
traité
une
multitude
de Malades
,
difent
la
même
choſe
;
perfonne ne
vient
le
plaindre
d'avoir
été
manqué
.
M.
le Maréchal de Biron
,
fi
connu par
fon
amour
pour
la vérité
,
pour
la
juftice
&
pour
le
bien public
,
veut bien appuyer
toutes ces preuves
AOUST
.
1759
.
211de
fon
témoignage
.
Il
a
en
main
les
originaux
de
tous
les
Certificats
;
il
va
les
dépofer
de
la
part
du
Roi
entre
les
mains
de l'Académie
.
Enfin
le
feur
Keyſer
offre
à
l'Anonyme
de
traiter
ſous
les
yeur
douze Malades
qu'il
choifira
lui
-
même
,
&
de
ne
pas
leur
donner une
ſeule
dragée
qu'en ſa
préſence
:
il
ſupplie
l'Académie
de
nommer
des
Commiflaires
pour
en
faire
autant
fous
leurs
yeux
.
Que
peut
-
il
faire
de
plus
?
&
comment
ſe
refuſer
à
des preuves
de
cette
force
?
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Résumé : « L[e] sieur Keyser a l'honneur de prévenir le Public, qu'ayant été attaqué de nouveau dans [...] »
Le sieur Keyfer a publié une déclaration en réponse à une attaque dans un livre intitulé 'Traité des Tumeurs & Ulcères'. Il a rédigé une réponse disponible chez le libraire Delornel et invite le public à examiner les preuves et certificats qu'il a fournis pour appuyer ses affirmations. Keyfer affirme n'avoir jamais utilisé d'autres moyens que la vérité pour se défendre et se dit prêt à faire taire ses détracteurs. L'Académie des Sciences, chargée de juger de la composition et de l'efficacité de son remède, a nommé des commissaires compétents. En attendant leur verdict, Keyfer présente un extrait de la dernière attaque et de sa réponse. L'auteur anonyme du 'Traité des Tumeurs' accuse Keyfer d'utiliser du sublimé corrosif dans son remède. Keyfer réfute cette accusation en produisant des analyses authentiques réalisées par des experts, confirmant l'absence de sublimé. L'anonyme critique également les effets du remède, les qualifiant de pernicieux et funestes. Keyfer répond en offrant de présenter 400 soldats guéris à l'hôpital de Montsurr, sous la supervision du Maréchal de Biron, ainsi que des certificats authentiques de médecins et chirurgiens attestant de l'efficacité et de la sécurité de son remède. Il propose également de traiter douze malades choisis par l'anonyme sous la supervision de l'Académie des Sciences pour prouver l'efficacité de son remède.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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112
p. 215-216
« Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de ce Catalogue [...] »
Début :
Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de ce Catalogue [...]
Mots clefs :
Intérêt, Ouvrage, Mémoires, Histoire, Généalogie, Catalogue, Titre de noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de ce Catalogue [...] »
Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de
ce Catalogue engage l'Auteur à rendre publics
fes Mémoires pour fervir à l'Hiftoire générale &
particulière du Royaume & à l'Hiftoire généalogique
des familles il eft garant de tous les
faits qui fe trouvent dans l'ouvrage , & il n'y en
aucun dont il ne produife le titre original, tou
tes les fois qu'il en fera befoin .
1
Cet ouvrage que l'on tranfcrit à préfent , contient
le Catalogue d'un grand nombre d'Archevêques
, Evêques , Abbés , Abbeffes , Prieurs ,
Prieures , Gentilshommes ordinaires de la Cham-
-bre & de la Maifon de nos Rois , de leurs Gentilshommes
fervans, de leurs Ecuyers ordinaires
des Ecuyers de leur écurie , de leurs Panetiers or
dinaires , de leurs Valets tranchans , des Gouverneurs
ou Capitaines de Provinces , de Villes
& de Châteaux forts , des Baillifs d'Épée , des
Châtelains , des Maîtres des Eaux & Forêts , des
· Médecins de nos Rois , des Intendans de leurs
écuries & livrées , des grands Fauconniers & des
Gentilshommes & Tréforiers de la Fauconnerie
-de France , des Sénéchaux , des Verdiers & des
Viguiers. Cer Ouvrage fera encore enrichi d'anecdotes
curieufes & intéreffantes prifes dans les
216 MERCURE DE FRANCE.
titres originaux ou dans les ouvrages des meil
leurs Auteurs qui feront cités exactement ; l'Auteur
fe propofe d'en faire imprimer le premier '
volume dans le courant du mois de Février prochain
les Familles qui ont droit d'y être nommées
pourront s'adreffer à lui : Sa demeure eft
à Paris , vielle rue du Temple , près de l'Hôtel de
Soubife dans la maifon de M.Tallart Apothicaire ;
l'Auteur ne recevra à ce fujet ni mémoires ni copies
quoiqu'en forme probante . Il les reſpecte ,
mais il n'en fera pas ufage ; il exige néceffairement
les titres originaux. Le Public éclairé connoit
combien cette précaution eft indifpenfable , &
combien un femblable ouvrage eft intéreffant.
On s'apperçoit que ce qui le rend encore recommandable
, c'eft qu'on n'y trouvera aucun fait
qui ne foit fondé en preuve autentique.
ce Catalogue engage l'Auteur à rendre publics
fes Mémoires pour fervir à l'Hiftoire générale &
particulière du Royaume & à l'Hiftoire généalogique
des familles il eft garant de tous les
faits qui fe trouvent dans l'ouvrage , & il n'y en
aucun dont il ne produife le titre original, tou
tes les fois qu'il en fera befoin .
1
Cet ouvrage que l'on tranfcrit à préfent , contient
le Catalogue d'un grand nombre d'Archevêques
, Evêques , Abbés , Abbeffes , Prieurs ,
Prieures , Gentilshommes ordinaires de la Cham-
-bre & de la Maifon de nos Rois , de leurs Gentilshommes
fervans, de leurs Ecuyers ordinaires
des Ecuyers de leur écurie , de leurs Panetiers or
dinaires , de leurs Valets tranchans , des Gouverneurs
ou Capitaines de Provinces , de Villes
& de Châteaux forts , des Baillifs d'Épée , des
Châtelains , des Maîtres des Eaux & Forêts , des
· Médecins de nos Rois , des Intendans de leurs
écuries & livrées , des grands Fauconniers & des
Gentilshommes & Tréforiers de la Fauconnerie
-de France , des Sénéchaux , des Verdiers & des
Viguiers. Cer Ouvrage fera encore enrichi d'anecdotes
curieufes & intéreffantes prifes dans les
216 MERCURE DE FRANCE.
titres originaux ou dans les ouvrages des meil
leurs Auteurs qui feront cités exactement ; l'Auteur
fe propofe d'en faire imprimer le premier '
volume dans le courant du mois de Février prochain
les Familles qui ont droit d'y être nommées
pourront s'adreffer à lui : Sa demeure eft
à Paris , vielle rue du Temple , près de l'Hôtel de
Soubife dans la maifon de M.Tallart Apothicaire ;
l'Auteur ne recevra à ce fujet ni mémoires ni copies
quoiqu'en forme probante . Il les reſpecte ,
mais il n'en fera pas ufage ; il exige néceffairement
les titres originaux. Le Public éclairé connoit
combien cette précaution eft indifpenfable , &
combien un femblable ouvrage eft intéreffant.
On s'apperçoit que ce qui le rend encore recommandable
, c'eft qu'on n'y trouvera aucun fait
qui ne foit fondé en preuve autentique.
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Résumé : « Le favorable accueil que l'on fait à l'objet de ce Catalogue [...] »
Le texte présente un catalogue et des mémoires visant à documenter l'histoire générale et particulière du Royaume ainsi que l'histoire généalogique des familles. L'auteur assure l'authenticité des faits relatés et s'engage à fournir les titres originaux si nécessaire. L'ouvrage inclut un catalogue de diverses personnalités, telles que des archevêques, évêques, abbés, abbesses, prieurs, prieures, gentilshommes de la chambre et de la maison des rois, écuyers, gouverneurs, baillis, châtelains, médecins, intendants, fauconniers, sénéchaux, verdiers et viguiers. Il sera enrichi d'anecdotes tirées des titres originaux ou des œuvres des meilleurs auteurs. Le premier volume doit être imprimé en février. Les familles concernées peuvent contacter l'auteur à Paris, rue du Temple, près de l'Hôtel de Soubise. L'auteur exige les titres originaux pour garantir l'authenticité des informations, refusant les mémoires ou copies. Le public est informé de l'importance de cette précaution et de l'intérêt de l'ouvrage, qui ne contient que des faits fondés sur des preuves authentiques.
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113
p. 205-206
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
Monsieur, L'avertissement amphibologique du Libraire de Madame R. ... Auteur des Mémoires [...]
Mots clefs :
Mémoire, Auteur, Lettres, Ouvrage, Livre, Libraire, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
ONSIEUR ,
L'avertiffement amphibologique du Libraire de
Madame R.... Auteur des Mémoires de Milady
2C6 MERCURE
DE FRANCE
>
B.... meforce à vous prier inftamment de vou-.
loir bien inftruire le Public , que l'Auteur des
Lettres de Fanny Butler , & de celles de Milady
Juliette Catesby n'a aucune prétention fur un
Quvrage, qui fans doute feroit beaucoup d'honpas
même
neur à fa plume ; mais qui ne lui eft
connu . Un de mes amis m'apporta hier une copie
de ce fingulier avertillement , & ne put me,
rendre compte de l'hiftoire de Milady B .... Mon génie peu fertile en événemens , & l'extrême
parelle de mon efprit , ne me permettront
jamais , je crois , d'entreprendre
un Livre en
quatre parties. Le Libraire de Madame R.... par
fa mal adroite façon de s'exprimer , a riſqué de lui enlever un avantage qu'elle a fur moi.Je lui en
reconnoîtrois bien d'autres , peut- être,fi j'avois le
temps de lirefon Livre. Jele penfe , & j'ai d'autang
plus de raifon de me le perfuader , qu'il n'eft,
pas ordinaire de rappeller au Public des Ouvra
ges,qui ont eu le bonheur d'obtenir fon fuffrage,
fans être bien für de l'agrément , de celui qu'on
préfente à leur fuite. J'en juge par moi -même,
Le fuccès de Milady Catesby m'a fi fort éffrayée, que je n'ai encore olé tenter un nouvel éffai. Il
elt fi rare de plaire deux fois ! R.
ONSIEUR ,
L'avertiffement amphibologique du Libraire de
Madame R.... Auteur des Mémoires de Milady
2C6 MERCURE
DE FRANCE
>
B.... meforce à vous prier inftamment de vou-.
loir bien inftruire le Public , que l'Auteur des
Lettres de Fanny Butler , & de celles de Milady
Juliette Catesby n'a aucune prétention fur un
Quvrage, qui fans doute feroit beaucoup d'honpas
même
neur à fa plume ; mais qui ne lui eft
connu . Un de mes amis m'apporta hier une copie
de ce fingulier avertillement , & ne put me,
rendre compte de l'hiftoire de Milady B .... Mon génie peu fertile en événemens , & l'extrême
parelle de mon efprit , ne me permettront
jamais , je crois , d'entreprendre
un Livre en
quatre parties. Le Libraire de Madame R.... par
fa mal adroite façon de s'exprimer , a riſqué de lui enlever un avantage qu'elle a fur moi.Je lui en
reconnoîtrois bien d'autres , peut- être,fi j'avois le
temps de lirefon Livre. Jele penfe , & j'ai d'autang
plus de raifon de me le perfuader , qu'il n'eft,
pas ordinaire de rappeller au Public des Ouvra
ges,qui ont eu le bonheur d'obtenir fon fuffrage,
fans être bien für de l'agrément , de celui qu'on
préfente à leur fuite. J'en juge par moi -même,
Le fuccès de Milady Catesby m'a fi fort éffrayée, que je n'ai encore olé tenter un nouvel éffai. Il
elt fi rare de plaire deux fois ! R.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Cette lettre vise à clarifier l'attribution de certaines œuvres littéraires. L'auteur nie être l'auteur des 'Mémoires de Milady', des 'Lettres de Fanny Butler' et des 'Lettres de Milady Juliette Catesby'. Bien qu'elle reconnaisse la qualité potentielle de ces ouvrages, elle affirme ne pas en être l'auteure. L'auteur mentionne avoir reçu une copie d'un avertissement du libraire de Madame R., qui a suggéré qu'elle pourrait être l'auteure de ces œuvres. Elle exprime son incapacité à écrire un livre en quatre parties en raison de son manque d'imagination et de la paresse de son esprit. Le succès de 'Milady Catesby' l'a dissuadée de tenter une nouvelle œuvre, craignant de ne pas pouvoir reproduire un tel succès. Elle souligne également qu'il est rare de plaire deux fois au public avec des œuvres successives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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114
p. 209-210
Avis au Public.
Début :
On vient d'attribuer, dans l'Avant-Coureur, l'ouvrage de l'Art du Chant, [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Art du chant, Conseil, Droits d'auteur, Privilège, Avocat au parlement, Défense, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis au Public.
Avis au Public.
On vient d'attribuer , dans l'Avant - Coureur ,
T'ouvrage de l'Art du Chant , à M. Berard , fur la
foi d'un Arrêt du Conſeil du 2 Mai 1757. On croit
devoir avertir,que le Confeil n'y a point prononcé
fur les droits d'Auteur , mais fur la validité du
privilége de M. Berard. On peut en juger par l'at
teftation fuivante.
Je fouffigné , Avocat au Parlement & ès Confeils
du Roi , certifie avoir été chargé , en l'année
1757 , de la défenſe de M. Blancher , contre
le fieur Berard , dans un Procès , au Confeil d'Etat
privé du Roi , jugé le 2 Mai , fur l'avis de MM .
les Commiffaires du Bureau de la Chancellerie &
Librairie . L'objet de difcuffion , étoit les Brevets
que chacune des Parties , avoit obtenus pour l'im
preffion d'un livre intitulé : l'Art du Chant. Le fieur
Berard argumentoit de la datte du fien , anterieur
à celui du fieur Blanchet , & fontenoit avoir rempli
fes conventions avec lui . Le fieur Blanchet
foutenoit le contraire de ce dernier moyen , &
demandoit fix Commiffaires de l'Académie , afin .
d'entendre les Parties , les interroger fur l'ouvrage
, & examiner les manufcrits. Ce qui ne fut
point accordé Je certifie de plus , que l'Arrêt n'a
point condamné le fieur Blanchet en cent liv. d'amendes
: ce que j'aicependant lû dans plufieurs Imprimés
du difpofitif de l'Arrêt, qui furent affichés ,
difpofition contre laquelle , j'avois confeillé ledit Sr
Blanchet de fe pourvoir , foit contre le fieur Berard
, foit contre l'Auteur defdites affiches . En foi
de quoi j'ai délivré le préfent Certificat , pour fervir
& valoir ce que de raiſon. A Paris , ce 7 Juillet
PENOL
3760.
210 MERCURE DE FRANCE
C'eft au Public éclairé & impartial , d'apprécier
les raifons , fur lefquelles M. Blancher, Auteur de
la Logique de l'efprit & du coeur , & Membre de
l'Académie Royale & Militaire de Besançon , fe
fonde pour revendiquer le traité de l'art du chant ?
elles font exposées, dans l'avertiffement qui est à
la tête des Principes Philofophiques du Chant 2 .
Edition corrigée & augmentée.
On vient d'attribuer , dans l'Avant - Coureur ,
T'ouvrage de l'Art du Chant , à M. Berard , fur la
foi d'un Arrêt du Conſeil du 2 Mai 1757. On croit
devoir avertir,que le Confeil n'y a point prononcé
fur les droits d'Auteur , mais fur la validité du
privilége de M. Berard. On peut en juger par l'at
teftation fuivante.
Je fouffigné , Avocat au Parlement & ès Confeils
du Roi , certifie avoir été chargé , en l'année
1757 , de la défenſe de M. Blancher , contre
le fieur Berard , dans un Procès , au Confeil d'Etat
privé du Roi , jugé le 2 Mai , fur l'avis de MM .
les Commiffaires du Bureau de la Chancellerie &
Librairie . L'objet de difcuffion , étoit les Brevets
que chacune des Parties , avoit obtenus pour l'im
preffion d'un livre intitulé : l'Art du Chant. Le fieur
Berard argumentoit de la datte du fien , anterieur
à celui du fieur Blanchet , & fontenoit avoir rempli
fes conventions avec lui . Le fieur Blanchet
foutenoit le contraire de ce dernier moyen , &
demandoit fix Commiffaires de l'Académie , afin .
d'entendre les Parties , les interroger fur l'ouvrage
, & examiner les manufcrits. Ce qui ne fut
point accordé Je certifie de plus , que l'Arrêt n'a
point condamné le fieur Blanchet en cent liv. d'amendes
: ce que j'aicependant lû dans plufieurs Imprimés
du difpofitif de l'Arrêt, qui furent affichés ,
difpofition contre laquelle , j'avois confeillé ledit Sr
Blanchet de fe pourvoir , foit contre le fieur Berard
, foit contre l'Auteur defdites affiches . En foi
de quoi j'ai délivré le préfent Certificat , pour fervir
& valoir ce que de raiſon. A Paris , ce 7 Juillet
PENOL
3760.
210 MERCURE DE FRANCE
C'eft au Public éclairé & impartial , d'apprécier
les raifons , fur lefquelles M. Blancher, Auteur de
la Logique de l'efprit & du coeur , & Membre de
l'Académie Royale & Militaire de Besançon , fe
fonde pour revendiquer le traité de l'art du chant ?
elles font exposées, dans l'avertiffement qui est à
la tête des Principes Philofophiques du Chant 2 .
Edition corrigée & augmentée.
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Résumé : Avis au Public.
L'Avant-Coureur a attribué l'ouvrage 'L'Art du Chant' à M. Berard suite à un arrêt du Conseil du 2 mai 1757, qui concernait la validité du privilège de M. Berard et non les droits d'auteur. Un avocat a défendu M. Blanchet contre M. Berard dans un procès au Conseil d'État privé du Roi, portant sur les brevets d'impression du livre. Les deux auteurs revendiquaient la priorité de leur brevet. Blanchet a demandé l'examen des manuscrits par les commissaires de l'Académie, ce qui a été refusé. L'avocat a également clarifié que l'arrêt n'a pas condamné Blanchet à une amende de cent livres, contrairement à certaines publications. Le public est invité à consulter les raisons pour lesquelles M. Blanchet, auteur de 'La Logique de l'esprit et du cœur' et membre de l'Académie Royale et Militaire de Besançon, revendique la paternité du traité 'L'Art du Chant'. Ces raisons sont détaillées dans l'avertissement des 'Principes Philosophiques du Chant', deuxième édition corrigée et augmentée.
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115
p. 58-106
OBSERVATIONS Sur la Langue Françoise.
Début :
L'UN des plus sages Métaphysiciens : M. l'ABBÉ DE CONDILLAC, a démontré [...]
Mots clefs :
Langue française, Langue, Mots, Idées, Oreille, Esprit, Syllabes, Caractère, Génie, Littérature, Nature, Ouvrage, Pensées, Progrès, Prononciation, Prosodie, Langage, Homme, Variété, Poésie, Racine, Boileau, Rousseau, Voltaire, Expressions, Inversion, Voyelle, Langue italienne, Corneille, Délicatesse, Justesse, Agrément, Noblesse, Langues modernes, Nations, Lettres, Vers, Grecs, Romains, Abbé Condillac
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS Sur la Langue Françoise.
OBSERVATIONS
Sur la Langue Françoife.
L'un des plus fages
Métaphyficiens ;
M. l'ABBÉ DE CONDILLAC, a démontré dans
fon Livre , de l'origine des connoiffances
humaines, que les progrès du génie étoient
en proportion avec ceux du langage. Il
a même avancé cette propofition :
39
» La Langue Françoife a été , pendant
longtemps , fi peu favorable aux progrès
de l'efprit , que fi l'on pouvoit le
» repréten er Corneille , fucceffivement ,
» dans les différens âges de la Monarchie ,
22
SEPTEMBRE. 1760. 59
on lui trouveroit moins de génie , à proportion
qu'on s'éloigneroit davantage
» de celui où il a vécu , & on arriveroit
» enfin à un Corneille , qui ne pourroit
» donner aucune preuve de talent.
Soutenu par l'autorité de ce célébre
Philofophe , j'ofe croire que la recherche
des chofes qui peuvent contribuer à la
perfection de notre Langue , n'eft pas une
puérile étude de mots ; & je trace ces
réflexions avec confiance..
Le langage fert à exprimer nos idées ,
àles fixer dans notre efprit , à les communiquer
; il eft plus parfait , à mesure qu'il
exprime un plus grand nombre d'idées ;
il faut encore qu'il les exprime d'une maniere
qui plaife à l'oreille & à l'efprit.
Clarté , jufteffe , abondance , font les
qualités éffentielles d'une Langue.
Harmonie , briéveté , force , vivacité ,
naïveté , nobleſſe , graces , délicateffe ,
font fes qualités acceſſoires.
Par les premieres , elle eft utile ; par
les fecondes , elle eft agréable. Mais cet
agrément même a fon utilité ; la vérité
toute nuë , n'auroit eu accès que dans
l'entendement , & n'eût trouvé que des
coeurs infenfibles : cette même vérité embellie
, plaît , intéreſſe , remuë , féduit ,
enchante , tranfporte. Elle doit aux or-
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE :
nemens du langage , tous fes triomphes.
Comme je ne veux rien dire d'inutile ,
fi je puis , je ne m'étendrai pas fur ce qui
conftitue la clarté & la jufteffe. Ces deux
qualités font fi
particulièrement propres
à la Langue Françoife , & fi univerfellement
avonces , que les preuves feroient
fuperfues ; la Langue Françoife a été
adoptée , par toutes les Nations , pour le
commerce politique de PEurope : c'eft le
plus beau titre qu'une Langue puiffe avoir
à cet égard.
Quant à l'abondance ; quoiqu'elle en
ait beaucoup , on ne peut nier qu'elle ne
céde aux belles Langues anciennes , &
même à certaines Langues modernes en
quelques parties.
Toutes les Langues font incomplettes :
toutes ont beaucoup à acquérir ; peut- être
ne cefferont- elles jamais de s'enrichir . Je
veux croire que les êtres font tous nommés
; mais leurs modifications , leurs acceptions
réciproques , font fi variées & G
infinies , qu'à chaque inftant , on éprouve
que l'on manque d'expreffions pour rendre
ce que l'on fent très bien. J'en dis de
même de nos fenfations , & de nos idées :
fi les expreffions que cherche un homme
qui penfe , ne font pas toujours équivoques
, elles font fouvent indécifes & foiSEPTFMBRE.
1760. 6i
bles ; des penfées ne font qu'indiquées ;
elles ne produifent pas la lumiere que
l'Auteur en attendoit ; elles font , pour
ainfi dire , perdues : un autre écrivain fuccéde
, cherche à développer ces mêmes
penfées ; fouvent il n'a pas un meilleur
fuccès ; les livres fe multiplient fans fruit,
& fatiguent les Lecteurs par leur nombre
, fans que ces mêmes penfées par
viennent jamais à fe peindre avec la clarté
& la force qu'elles devroient avoir. C'eſt
peut- être à la difette du langage , que
nous devons cette énorme multiplicité
d'écrits fur les mêmes fujets : lorfqu'une
idée et une fois rendue dans toute fon
énergie , elle eft comme gravée d'un burin
inéffaçable & inimitable tout - à - la
fois ; elle ne pourroit que perdre à être
répétée : elle ne l'est donc plus .
Le moyen de nous enrichir , feroit de
faire un Dictionnaire relatif des expreffions
que poffèdent les autres Langues , &
qui nous manquent: nous y verrions , d'un
coup d'oeil , tous les mots que nous pourrions
faire ou adopter . Lorsque l'expreffion
nous manqueroit abfolument , il me
femble qu'il n'y auroit pas à balancer à
la tranfporter dans notre Langue , en lui
donnant une terminaiſon françoiſe. Les
mots latins y feroient plus propres que
62 MERCURE DE FRANCE.
les autres , par la connoiffance habituel
le que nous avons de cette Langue ; le
fens en feroit fixé tout de fuite , & pafferoit
bien vite des Savans aux ignorans.
La Langue Italienne, par fa grande analógie
avec la nôtre , pourroit nous fournir
auffi beaucoup de richeffes.
Mais lorsque nous aurions déjà une
racine des mots que nous voudrions
adopter , la chofe feroit encore plus aifée.
Par exemple , nous difons bon : pour
quoi n'ofons- nous dire abbonnis? J'en dis
de même d'habituer , habituant , accla
mation , acclamer , tumulte , tumultuer
fombre defombrer , fange defanger , alternative
, d'alterner , fragile de fragilifer
&c.
Les diminutifs & les augmentatifs Ita
liens empruntés d'eux avec goût & fobriété
, pourroient encore nous enrichir
beaucoup. Il a été un temps qu nos Poëtes
en faifoient grand ufage ; ils en abuférent.
Ces mots furent profcrits : il fau
droit fonger à réparer cette perte. Mais
je crois qu'il conviendroit de préférer la
terminaifon des mots poverino , amorino
à celle des pargoletto qui emporte dans
notre langue une idée acceffoire de baf
feffe & de mépris ; femmelette , maigreletfont
toujours pris en mauvaiſe part,
SEPTEMBRE. 1760 by
Pauverin , amorin ne paroiffent pas de
même incompatibles avec la nobleffe &
la grace ; & fi on employe cette terminaifon
, je ne doute pas que notre oreille
ne s'accoutumât aux diminutifs nobles ,
comme aux autres.
Il conviendroit encore de chercher ,
dans nos anciens Auteurs , les mots qui
fe font infenfiblement abolis ; on en
trouveroit beaucoup d'utiles & d'expreffifs
, qui fe font perdus , fans qu'on puiffe
dire pourquoi , & fimplement par défaut
d'ufage: Marot, Amyot , & furtout Mon
tagne en fourniroient un grand nombre.
Ce feroit rendre fervice à la Langue, que
de former un Dictionnaire de ceux qui
paroîtroient propres à être remis en ufage .
Les Dictionnaires que je propofe , s'ils
étoient bien faits , fe répandroient dans
le Public ; la curiofité les parcourroit d'abord
; chacun conferveroit le fouvenir
de quelques termes qui lui auroient plû ,
ou dont il auroit été fimplement frappé ;
on le hazarderoit dans la converſation ;
l'oreille s'y habitueroit par degrés ; leur
utilité fe feroit fentir , le befoin naîtroit,
on oferoit en faire ufage dans les livres ,
on les écriroit en italique , comme tant
d'autres que nous avons vû adopter ;
enfin , après plufieurs épreuves , ils par64
MERCURE DE FRANCE.
·
viendroient à fe naturalifer entierement,
Par ce moyen , le defir & le goûr d'enrichir
notre Langue, prendroit infenfiblement
faveur. Au lieu d'être effarouchés ,
comme nous le fommes ridiculement par
toute espéce d'innovation dans le langage ,
& de chérir notre difette , au point qu'il
femble que nous ayons fait vou de pauvreté
; nous ferions une étude des mots
nouveaux ; on les effayeroit , on les examineroit
avec complaifance ; tout homme
qui penfe ambitionneroit la gloire de
créer quelques termes heureux. Enfin
nous ferions dans l'éloquence & dans la
Poefie , ce que la Métaphyfique , la Médecine
& toutes les parties de la Phyfique,
font depuis longtemps avec fuccès . Eh !
pourquoi les Auteurs n'auroient- ils pas la
même liberté , la même autorité que nous
accordons aux gens du monde , aux femmes
mêmes , par qui la langue a été enrichie
d'une foule de mots nouveaux
paffés infenfiblement de la converfation ,
dans nos Romans & nos Comédies ? C'eft
à celui qui crée des idées , qu'il appartient
de créer des mots . Pourquoi nos Orateurs
& nos Poctes , eux à qui les priviléges
de leur art devroient donner plus fpécia
lement ce droit , rampent- ils fervilement
fous la tyrannie de l'ufage , tandis que
SEPTEMBRE. 1760. 65
la Philofophie s'en eft heureufement délivrée
qu'ils ofent franchir cette foible
barriere pour peu qu'ils le faffent avec
choix & avec goût , ils doivent être affurés
du fuccès .
J'avoue que chaque Langue a fon caractére
particulier , analogue aux idées
& aux habitudes dominantes de la Nation
qui la parle il ne faut pas le bleffer
fans néceffité. Mais ne fommes - nous
pas dans le cas de cette néceffité abfo-
Il eft certain que notre Langue n'a
pas acquis , à beaucoup près , toutes les
richeffes dont elle eft fufceptible ; il eft
certain qu'elle eft inférieure à quelques
égards à plufieurs Langues connues , dont
nous ne pouvons traduire toutes les
beautés pourquoi ne ferions - nous pas
ce qu'ont fait les Grecs & les Romains ,
& plufieurs Nations modernes , pour
rendre notre Langue auffi abondante
que la leur ?
Je ne diffimulerai pas que nous avons
plus d'obftacles à craindre'; plus fages &
plus heureux que nous , ces peuples n'ont
fongé , pendant longtemps , qu'à enrichir
leur Langue : ce n'est qu'après y être parvenus
, qu'ils fe font appliqués à l'épurer ,
& à fixer fon caractére ; malheureufement
nous nous fommes hâtés de perfec66
MERCURE DE FRANCE.
tionner la pureté & l'élégance de notre
langage : Malherbe , Boileau , Racine ,
font venus trop-tôt ; il nous falloit peutêtre
dix Ronfard avant eux : nous n'en
avons eu qu'un fes hardieffes ont péri
avec lui: Il nous en coûte pour reculer ,
pour reprendre , dans fes fondemens , un
édifice orné & agréable , auquel il manque
des parties néceflaires ; ofons fortir
du cercle étroit d'un goût timide ; peutêtre
l'incompatibilité des innovations ,
avec le caractére de notre Langue , n'eftelle
qu'apparente. Propofons- nous , pour
objet capital , de fentir fortement , & de
croire que tout ce qui eft bon à penfer ,
eft bon à dire. Les Anglois ont , comme
nous , d'excellens ouvrages en tout genre;
cependant , il s'en faut bien qu'ils regardent
leur Langue comme fixée ; tout ce
qui peut contribuer à l'enrichir, eft adopté
hardiment ; ayons plus de goût , & moins
de licence qu'eux : mais ne craignons pas
d'imiter leur liberté , en ce qu'elle a d'eſtimable
& d'utile..
Je paffe aux qualités qui rendent une
Langue agréable ; & je commence par
Pharmonie.
Elle confifte dans la douceur , l'éclat
& la variété des fons.
La Langue la plus douce & la plus
SEPTEMBRE. 1760. 67
fonore , feroit celle qui auroit toutes fesfyllabes
terminées par des voyelles . Les
fyllabes , accompagnées de confonnes ,
ont quelque chofe de moins éclatant , &
de plus dur à prononcer ; la Langue Italienne
n'emploie prèfque que des voyelles
fimples ; la Langue Angloife , au contraire
, a prèfque toutes les définances de
fes mots chargées d'une ou de deux confonnes.
Entre ces deux extrémités font
placés le Grec , le Latin & le François.
Mais la douceur & l'éclat ne font qu'un
foible avantage , en comparaifon de la
variété des fons ; je n'en veux pour preu--
ve que l'accord unanime des Savans , qui
donnent à la Langue Grecque la fupério
rité de l'harmonie fur toutes les autres ;
quoique cette Langue ait un très - grand
nombre de fyllabes , modifiées par des
confonnes , les voyelles ne forment que
cinq fons , qui , répétés fans ceffe , fatiquent
l'oreille : la Langue devient néceffairement
Monotone. J'ajoute que la Na
ture nous ayant donné la faculté d'articuler
un plus grand nombre de fons ,
c'eft méconnoître fes dons que de n'en pas
ufer. Je dirai encore que le langage étant
destiné à exprimer des idées fortes , comme
des idées douces ; des fons toujours
également doux , ne peuvent fuffire à
68 MERCURE DE FRANC
fon énergie : l'efprit fouhaite , en quelque
forte , d'être averti par l'oreille de
la Nature de l'idée qu'on lui pré fente ; c'el.
certainement une beauté de plus dans
une Langue , d'avoir des analogues à toutes
fortes d'idées . Le défaut de la Langue
Italienne ; à cet égard , frappe vivement,
furtout lorfque l'on commence à l'étudier :
les penfées fortes font à peir apperçues ,
fous les expreffions molles efférinées
qui les déguifent ; & lorfqu'on eft parve
venu à les faifir , leur impreffion en eft
toujours néceffairement affoiblic.
Peut être même cette qualité des fons ,
rudes ou doux , influe-t elle fecrettement
fur le génie même des Ecrivains ; peutêtre
en obfervant le caractére des Langues
, trouveroit- on que felon leurs divers
degrés de douceur ou de dureté , elles
ont produit plus ou moins d'idées douces,
riantes , fublimes ou auftéres .
La Langue Françoife , moins douce &
moins fonore que quelques autres , ne
le céde à aucune pour la variété des fons ;
peut être l'emporte t elle à cet égard fur
le Latin la quantité de fes confonnes effraye
d'abord les yeux , mais l'ufage les
adoucit en bien des cas , & même les
fait difparoître entierement dans la prononciation
, ainfi que dans ces terminai
SEPTEMBRE. 1760 .
65
fons efprits , dangers , bienfaits , flots ,
flambeaux , laurier , furieux . &c. Il en
eft de même dans les infinitifs des verbes
en er , & dans la terminaiſon de la plûpart
des tems des verbes , vous aimez , il
aimoit , tu aimerois , tu aimas , &c.
Or. voit par là de quelle prodigieufe
variété de voyelles fonores notre Langue
eft enri par l'oreille , quoique l'oeil
ne les'apperçut pas , & qu'elles lui paruf
fent étouffées par les confonnes .
- On nous reproche nos E muets. Je réponds
1 °. qu'ils ont un vrai fon , peu
éclatant à la vérité , mais très - doux . 2°.
Tous les fons qu'ils forment fe trouvent
dans la Langue Latine : quelle différence
, en effet , peut trouver l'oreille ,
entre ces terminaifons des deux Langues
? fimilis milice , lux luxe , coelum
l'homme , lex circonflexe , Spes épaiffe
pax fyntaxe , domus aumuffe , conftans
conftance , illud prélude , amabas baffe ,
amaverint labyrinthe , legerunt hontes
viderat Hypocrate , fcripferit hypocrite ,
clamant mante , dixerim rime , iftic caractariftique
, hac hypotéque , hac attaque ,
hoc équivoque , huc caduque , & c. 3 °. cesi
fyllabes muettes , dans nos bons Auteurs'
en vers & en profe , difparoiffent fouvent
par l'élifion. Cette élifion eft douce & fair
50 MERCURE DE FRANCE.
harmonie. 4°. Lorsque certe fyllabe muet
te fe trouve enfermée dans un mot , la
prononciation l'anéantit ; defir , commandement
,fe prononcent abfolument comme
fi on écrivoit dfir , commandment.
5 °. Il eft pourtant vrai que dans les vers ,
quoique cette fyllabe difparoiffe par la
rapidité de la prononciation , elle ne laiffe
pas d'être comptée : mais c'est ce qui
rend notre Poëfie plus douce que la Latine.
En effet, lorfque , dans un yers Latin
, les fyllabes terminées par des confonnes
, font trop multipliées , il devient
d'une dureté infupportable , & perd toute
fon harmonie , comme celui- ci :
Rex , lex , dux , fons , lux , mõns ;
Spes , dol , pax , petra , Chriftus . 6° . La
fyllabe féminine à la fin de nos vers eft
comme anéantie & n'eft pas comptée.
7°. Il ne tiendroit qu'à nous d'en faire
autant dans le cours du vers ; mais je
crois que nous avons mieux fait de conferver
le fon de la fyllabe muette : l'harmonie
eft moins fonore , mais plus douce.
8°. Dans la profe , une prononciation
forte & foutenue , fait difparoître entierement
les fyllabes muettes ; en forte
que l'oreille ne fent aucune différence
entre la terminaiſon des mots François ,
SEPTEMBRE. 1760. 70
•
cités plus haut , & celle des mots Latins
que j'ai mis en comparaison.
Je crois pouvoir conclure de ces obfervations
, que les E muets , tant reprochés
à notre Langue , font abfolument
infenfibles dans la profe , puifqu'ils font
parfaitement confonans avec les fyllabes
Latines , terminées par des confonnes ;
& que , fi la fyllabe qu'ils forment , eft
comptée dans les vers , elle ne fert qu'à
les rendre plus doux .
Tous les reproches qu'on nous fait à
, cet égard , ne font fondés que lorsque
nous employons plufieurs fyllabes féminines
de fuite ; ainfi que dans ce vers de
Racine.
de la Patrie , il foit , s'il veut , le père;
9
Ah !
que
Défaut
qu'il
eft
facile
d'éviter
&
qu'en
effet
on
trouvera
rarement
dans
nos
bons
Auteurs
.
Les fons varient encore dans leur durée
, & cette forte de variété eft une
nouvelle fource d'harmonie ; toutes les
Langues ont des fyllabes longues , bréves
& incertaines : le Latin a fa profodie
fixée , les Langues modernes n'en ont
point de pareilles ; mais leurs fyllabes
n'en ont pas moins une meſure certaine
& décidée , finon par des régles , du
1
72 MERCURE DE FRANCE
moins par l'ufage . Ceux qui ont ofé dire
que nos vers n'étoient compofés que de
fpondées , ont avancé une propofition ridiculement
fauffe. Notre Langue a des
fyllabes longues & bréves , parfaitement
décidées telles. Il eft vrai qu'elle a des
bréves plus ou moins bréves , & des longues
plus ou moins longues ; mais bien
loin que ce foit un défaut , elles ne fervent
qu'à varier l'harmonie.
Si nous avons les mêmes voyelles ,
tantôt longues , tantôt bréves , c'eſt une
chofe qui nous eft commune avec les
Latins. Pourquoi dans tabulata , le même
A eft-il , tour-à-tour , bref& long ? Pourquoi
la valeur de l'E varie-t- elle dans
Soceros & proceres ? Celle de l'I dans limina
? Celle de l'O dans erroris focus ?
Celle de l'U enfin dans humum & lucem?
Ces queſtions ne finiroient pas. La profodie
Latine eft donc très- fouvent arbitraire
comme la nôtre ; elle n'a pas de regles
qui ne fouffrent beaucoup d'exceptions
; elle ne prend pas toujours fa fource
dans des qualités inhérentes aux voyelles
, ni même dans la place qu'elles occupent.
Qui nous empêche donc de faire des
loix pareilles à celles des Larins ? nous
ne les avons pas faites ; mais la valeur
de
SEPTEMBRE . 1760. 73
de nos fyllabes n'en eft pas moins décidée.
Si quelqu'un pouvoit en douter , qu'il
éffaye , en déclamant , d'allonger les fyllabes
que l'ufage a fait bréves , & d'accourcir
les longues ; il fera frappé luimême
de la barbarie de ce jargon . J'ai
entendu un Acteur , fujet à ce défaut , il
étoit infupportable à toute oreille . J'ai
vu une jeune perfonne , jouer la comédie
fans maîtres & fans principes que fon
oreille : elle fcandoit naturellement tous
les vers avec affez de jufteffe ; il n'y a perfonne
qui , en l'écoutant , n'eût pû marquer
les bréves & les longues ; fa maniere,
quoiqu'éloignée de notre ufage de rendre
Ja prononciation foutenue & égale, avoit
je ne fçai quoi qui plaifoit : la Profodie
devenue plus fenfible , remplaçoit , en
quelque forte , le défaut de fentiment &
de nobleffe arbitraire , que nous avons
imaginé.
Nous avons donc une profodie trèsfixe
, très- décidée , quoique fans régles
convenues.
De cette profodie, fentie ou méconnue
par une oreille délicate ou groffiere, naît
I'harmonie de nos bons vers , & la dureté
ou le défagrément de ceux qui font mal
faits : il fuffit d'ouvrir Chapelain & Ra-
D
4 MER CURE DE FRANCE
cine , pour en trouver mille exemples
elle eft de même la fource du nombre
oratoire.
Nos vers , il eft vrai , ne varient point
par le nombre des fyllabes ; ils varient
feulement en longueur , par les différens
mélanges des longues & des brèves ,
quoiqu'à la vérité moins que les Latins.
Mais fi l'oreille n'avoit pas guidé leurs Auteurs;
deux vers de fuite , l'un compofé de
fpondées , l'autre de dactiles , auroient
déplûpar leur trop grande oppofition . Qui
pourroit reconnoître la même meſure dans
ces deux vers ?
Immortali funt naturâ prædita certe.
Quadrupedante putrem fonitu quatit ungula came
pum .
Nous avons une variété , que les Latins
n'avoient pas. Quelquefois je trouve dans
nos vers jufqu'à cinq fyllabes bréves da
fuite.
Des Guifes , cependant , le rapide bonheur.
Le dactyle & le fpondée, toujours pla
cés dans le même ordre à la fin des vers
Latins , leur donne une forte de monoto
nie qui n'eft pas dans les nôtres car il
faut remarquer que l'oreille fe fixe , & fe
repofe naturellement, fur la fin de chaque
SEPTEMBRE . 1760 71
ers , outre que le fens des mots y fixe
l'attention de l'efprit.
Notrevers Alexandrin me paroît répondre
au pentamétre des Latins ; je trouve
chacun de fes hémiftiches compofé de
deux pieds , & un demi- pied long ; mais
il a plus de variété , parce que fes deux
hémiſtiches employent les longues & les
bréves indifféremment , & furtout parce.
que le dernier n'eft point affujetti au da
tyle , placé régulièrement à la fin , ca
qui rend la cadence du pentamétre trop
monotone.
Notre grand vers réunit à choix tous
les pieds des différens vers Latins ; il a
donc une très- grande variété : ce que je
dis du grand vers peut s'appliquer à tous
les autres ; du choix & du mélange de
ces pieds , réfulte un harmonie trèsréelle...
Avons- nous bien fait de ne pas rendre
la profodie auffi fenfible dans la prononciation
que nous le pouvions ? C'est une
queſtion importante. La Langue eſt dans
notre maniere moins fonore , elle perd
une partie de l'harmonie brillante qu'elle
auroit pu avoir ; elle y gagne du côté de
la douceur ; elle affecte plus la raiſon &
le fentiment : les Italiens ont une profo
die plus marquée , leur déclamatio : fait
Dij
MERCURE DE FRANCE
par conféquent plus d'effet fur l'oreille
elle en fait moins fur l'efprit & fur le
coeur ; elle agit plus fur les organes , que
fur l'âme même : auffi la déclamation eft
peu de chofe chez eux , du moins quant
aux paffions ; ils ne déclament point la
tragédie ; leurs Comédiens ne fongent
guères à toucher , ils ne veulent que faire
rire : nous avons au contraire remué tou
tes les paffions ; l'âme feule eft le vrai
guide de notre déclamation . Je crois que
nous avons choifi le genre qui convient
à des êtres penfans & fentans : j'ajoute
que fi la prononciation Florentine parle .
plus à l'oreille qu'au coeur , celle des Romains
a plus de notre maniere , & elle
eft généralement préférée .
Après avoir défendu la profodie &
l'harmonie de notre Langue , contre des
reproches injuftes ; je conviendrai pourtant
qu'il feroit utile de fixer irrévocablement
notre profodie , par des regles
écrites ; ce feroit un fûr moyen de la
garantir de l'altération & de la corruption,
qu'elle pourroit éprouver infenfiblement
de la part des gens du grand Monde
, dont les caprices inconftans devienment
des loix , & affujettiffent enfin auffi
riaeuiement que tyranniquement les Sa →
yans même & les Gens de Lettres , feule
SEPTEMBRE. 1766.
vrais Juges en cette mariere. M. l'Abbé
d'Olivet a déjà tenté, avec fuccès , un effai
de profodie ; mais pour rendre cette autorité
plus grande & plus reconnuë , il
femble que l'Académie Françoiſe devroit
fe charger de cette entrepriſe.
J'ajouterai à ce que je viens de dire
fur notre Poëfie , que nous devrions tenter
de faire ufage des vers non rimés ,
l'exemple des Anglois & des Italiens .
Pourquoi fommes -nous les feuls qui négligions
de les employer ? Ils feroient
très -bien placés dans nos Piéces de Théâtre
, où il convient que la Pocfie ne foit
prèfque pas fentie . Milton a écrit fon
Poëme en vers non rimés. La monotonie
de nos vers feroit diminuée ; notre Langue
s'enrichiroit d'excellentes Poëfies ,
de la part de beaucoup de bons efprits
rebutés de ce genre d'écrire , par la
fervitude que la rime impofe ; nous
n'aurions plus tant de vers foibles , qui
font fi fouvent à la fuite des meilleurs
vers , ni ces rimes trop prévues & trop
répétées, dans les cas où un mor a peu de
confonans. Gracès ne va jamais fans traces
; defirs , plaifirs , charmes , allarmes
fe fuivent toujours. Ces défauts contribuent
plus que toute autre chofe à dégoûter
les gens fimplement fenfés, de tra-
D iij
8 MERCURE DE FRANCE.
vailler en vers , quelquefois même de les
lire. D'ailleurs chaque genre a fon prix ,
& peut trouver fa place , & nul n'eft à
dédaigner.
L'entrelaffement des rimes mafculines
& féminines , ne me paroît pas plus néceffaire
à conferver ; il conviendroit d'éffayer
ce nouveau genre : on auroit l'avantage
d'éviter le rempliffage de quatre
vers , qui gâtent tant de Poefies , & qui
rendent les changemens & les corrections
fi difficiles .
La briéveté fert à rendre la Langue
plus préciſe , plus vive , plus énergique :
elle dépend des mots & des tours de
phraſes ; la Langue Françoiſe a en général
fes mots plus courts que la Latine &
l'Italienne ; fes fyllabes muettes n'étant
pas fenfibles
, y contribuent encore :
préfence eft plus court que prafentia ; il
en eft de même de foupire , fufpirat , legere
,
&c. On peut obferver encore
que nous avons prèfque toujours une fyllabe
de moins dans les yerbes cantare ,
chanter , adorare , adorer . Cet avantage
du François , eft encore plus fenfible à l'égard
de l'Italien : io amava ,j'aimois , io
fio amato , j'ai aimé , ioaurei amato, j'aurois
aimé.
lire ,
A l'égard des tours , nous avons prof
SEPTEMBRE . 1760.
ر و ن
trit les périodes de Balfac , nous avons
coupé nos phrafes , nous nous fommes
contenté de lier les idées , en fupprimant
les liaifons artificielles & traînantes des
expreffions ; par ce moyen , nous fommest
parvenus à nous paffer des tours rapides
des autres Langues : cependant , fi nous
pouvions en acquérir quelques - uns , ce
feroit une richelle dé plus.
се
Mais ce qui me paroît défigurer la
Langue , & furtout la Pocfie Françoife ,
c'eft la répétition inutile & vicieufe des
articles . Pourquoi n'ofons - nous dire vertu,
fcience , grandeur , France , homme , femme?
Toutes les autres Langues s'expriment
ainsi , du moins dans les vers ; on
peut hardiment fupprimer l'Article du
Nominatif , prèfque toujours celui de
P'Accufatif ; ceux du Datif & du Génitif
fubfifteroient. Mais ce feroit toujours autant
de fyllabes fuperflues , qui reviennent
fans ceffe , fans ajouter rien au fens
ni à la clarté , dont les répétitions feroient
retranchées. Il feroit utile de
pouvoir faire le même retranchement
dans les pronoms perfonnels , toutes les
fois que le temps & la perfonne peuvent
fe deviner par la prononciation du verbe
; ils fe devineroient prèfque toujours ,
fi nous prononcions notre Langue comme
Div
80 MERCURE DE FRANCE
elle eft écrite ; mais notre prononciation
actuelle eft fi affoiblie , les confonnes qui
terminent les verbes fi peu fenties , fi
peu diftinctes , que cette fuppreffion des
pronoms perfonnels peut être regardée
comme impoffible. On pourroit donc fe
borner au retranchement des Articles le ,
la, les , des . Ils rendroient notreLangue propre
au ftyle lapidaire, qualité qui fans cela
lui manquera toujours.Je fuis intimement
convaincu , que fi l'on faifoit une férieufe
attention ,fur l'inutilité abfoluë de ces fyllabes
vicieuſes , un dégoût juſte & invin
cible s'éléveroit contr'elles , & les profcriroit
fans retour . Peut- être ne fera- t-il
pas inutile , de donner ici un exemple du
changement avantageux , & du caractère
énergique, que cette fuppreffion des Arti
cles pourroit nous procurer. Le voici :
» Gloire , qui vient de conquêtes , ne
fauroit avoir approbation du Sage ; vertu
»doit être fondement de toute gloire.
»Homme fe dégrade lui-même en penfant
"autrement ; voix univerfelle doit s'élever
»contre tout ufurpateur; peut- être, à force
»decouvrir de honte ces ennemis du
genre
"humain , parviendra- t- on un jour à tour-
»ner les efprits des Rois , vers une gloire
"plus digne de ce nom : que Philofophie
»parle , que cri public fe joigne à elle
SEPTEMBRE . 1760. 81
que tous écrivains ne déshonorent plus
>>leurs talens , en célébrant exploits barbares
; tôt ou tard frénéfie d'ambition s'é-
»teindra du moins par honte , fi ce n'eft
»par remords. Rois & Princes font raffafiés
de refpects , richeffes , grandeurs ;
"Admiration eft le feul bien qui leur refte
»à défirer : qu'on ne la leur laiffe efpérer
"qu'unie avec amour : Il faudra bien qu'ils
»fe foumettent à opinion publique , feule
chofe , fur laquelle autorité fuprême ne
"peut rien.
Je fens combien ce foible morceau eft
peu propre à féduire en faveur de mon
fentiment ; il peut fervir du moins à prouver
que l'idée que je propoſe , eſt praticable
; & que cette maniere d'écrire ,
traitée plus heureufement , donneroit à
la Langue , une énergie qu'elle n'a pas .
Toutes nos idées , toutes nos paffions ,
ne font pas douces & foibles ; nous en
avons de fortes & de vives. Le langage
a donc befoin de force & de vivacité ,
pour les exprimer .Ces qualités dépendent
encore des termes & des tours : j'ai fait
voir plus haut , comment nous pourrions
nous enrichir des termes qui nous manquent.
Les tours confiftent dans l'arrangement
des mots ; nous n'avons qu'un
feul arrangement ; c'eft celui de la clarté ,
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
:
de la juſteſſe & de la raiſon ; les paffions
changent cet ordre pour fe peindre plus
vivement , elles employent les inverſions ;
la langue Latine , par fa propre nature ,
les admet & les varie à l'infini ; les langues
modernes , faute de terminaifons
différentes pour le cas des noms , & embarraffées
dans les verbes , par les auxiliaires
, font plus bornées dans leurs inverfions.
Cependant la Langue Italienne en a
infiniment plus que la Françoife , fans
qu'elle ait trouvé , dans fon caractére ,
beaucoup plus de facilité à les employer.
Il a fallu , pour cela , qu'elle altérât fouvent
la clarté du fens , mais les Lecteurs
fe font accoutumés à le deviner ; elle en
a peu dans fa profe ; elle les a multipliées
dans fes vers on ne fauroit trop marquer
de différences, entre la profe & la poëfie ;
celle- ci ne fauroit être trop figurée , trop
animée. L'inverfion eft la fource où elle
doit puifer particuliérement fon caractére
fpécifiques, les beautés éffentielles ; quelle
âme pourroit être infenfible à ces belles
inverfions ?
Illi robur , & æs triplex
Circà pectus erat , qui fragilem truci
Commifit pelago ratem
Primus.
SEPTEMBRE. 1760. 83
Nec quidquam fibi prodeft
Aerias tentaffe domos , animoque rotundum
Percurrifle polum , morituro.
Que l'on déplace les mots primus &
morituro, la penfée perd auffitôt prèfque
toute fa force. Tel eft l'empire de l'oreille
& de nos organes matériels , fur l'efprit
même.
Cependant la Poëfie Françoife n'admet
guères plus d'inverfions, que la profe élevée
, de toutes les Langues modernes , qui
n'avoient pourtant pas moins d'obftacles
à vaincre , la nôtre eft la plus pauvre à
cet égard ; nous fentons nos befoins .
mais notre timidité eft la plus forte.
N'effayerons- nous point de la vaincre ?
L'inverfion excite l'attention , & la fixe
où elle doit être fixée. Dans une phrafet
traînante où tout eft , dit- on , dans l'ordre
naturel , l'attention eft errante , incertaine,&
ne fçait où fe repofer ; il convient
qu'elle foit dirigée , fur les parties
principales du difcours : l'inverfion feule
peut produire cet effet. Les Latins en ont
fouvent abufé , furtout dans la Pocfie
quelquefois même dans la profe : fouvent
on a peine à les entendre ; nous ne craindrons
pas ce défaut la nature de notre
Langue s'oppofe à tout excès en ce genre..
Divi
84 MERCURE DE FRANCE.
Il me femble que nous devrions fon
ger à introduire dans la Langue , le plus
d'inverfions qu'il fe pourroit , lorsqu'elles
feroient placées de maniere à ne point
produire d'ambiguité : c'eft la feule régle
que l'on peut fixer à cet égard ; je me
contenterai de donner quelques exem
ples.
Toutes les fois que le régime du verbe
n'eft pas un accufatif,l'inverfion peut avoir
lieu.Nous difons très-bien :à luifeul s'adref
fent tous mes voeux ; de lui dépend ma
fortune.
Lorfque le régime du verbe eft précédé
d'une prépofition , fur , devant ,
après , fous , à côté , par , pour , &c.
l'inverfion ne peut point non plus produire
d'équivoque : fur cette vafte plaine ,
s'élève un Temple . Sous fon Empire , les
Peuplesfont heureux.
Il y a auffi bien des cas , où l'inverfion
peut avoir lieu , quoique le verbe régiffe
l'accufatif ; par exemple , toutes les fois
que le nominatif du verbe eft un pronom
perfonnel , je , tu , il , parce que ces mots
font éffentiellement nominatifs ; il en eft
de même de qui. Rien ne nous empêche
de dire , avec le Taſſe :
s ;
Je chante les combats , & ce Héros vainqueur,
SEPTEMBRE. 1760 : 851
Qui , le tombeau facré délivra du Sauveur.
Les fucs amers , il boit avidement déçù ;
la vie il a reçu.
Et de la propre erreur ,
Ainfi , on peut bien dire : mille entreprifes
heureuſes tu conçus & exécutas , il
conçur & exécuta.
Lorfque le verbe exprime un fentiment
, & que le régime eft une chofe
inanimée , il ne peut point non plus y
avoir d'équivoque ; ainfi , ces deux vers ,
malgré les inverfions qu'ils contiennent ,
font très clairs.
Plein de ces fentimens , toute gloire mortelle
Ce Héros dédaignoit en fon ardeur fidelle .
Lorfque l'accufatif & le nominatif différent
en nombre , il ne peut point reſter
d'ambiguité ; mes feux , mes fentimens a
emporté dans fa tombe mon premier époux.
Souvent la force du fens fuffit feule
pour lever toute équivoque.
Et par art , Antioche ; & par force Nicée ,
Les fuperbes Chrétiens avoient déjà domptées;
Là , tu le fais , ô Mufe , accourent les Mortels ,
Où prodigue le plus des douceurs enchantées ,
Le féduifant Parnaſſe.
Ces vers , avec bonté , daigne ici recevoir..
86 MERCURE DE FRANCE.
Lorfque le verbe eft neutre , le nominatif
peut très- bien être placé après lui :
cependant brûle & fe confume la malheu
reufe Didon.
Ne pourroit- on pas quelquefois éloigner
le verbe de fon auxiliaire ? Si féparée
je n'avois été d'un époux tendre.
L'adverbe peut auffi n'être pas toujours
uni au verbe : conftamment lafortu
ne lefeconda.
Je trouve encore des cas où le ſubſtantif
& l'adjectif pourroient être ſépa
rés. Pourquoi n'ofons- nous dire >
Quel terrible & funefte , il affronta danger ?
Combien de glorieux il entreprit travaux !
Le fens eft pourtant clair & fans ambi
guité. J'en dis autant de ces vers.
Aux travaux de ſon ſexe , aux fuſeaux , à l'aiguille
Abbaifler ne daigna fes généreufes mains.
Donnera l'Univers , donnera le Ciel même,
A notre fier courage un fecours tout- puiffant.
Tombeau foit cette terre à tous les ennemis.
Le meilleur moyen pour accoutumer
notre Langue aux inverſions, & pour plier
fon génie à cette efpéce de nouveauté ,
ce feroit de travailler à traduire le plus.
fidellement qu'il feroit poffible , des ou
SEPTEMBRE. 1760. 87
vrages de Poëfie Latine , Italienne , Angloife
; le Lecteur fentant le prix des inverfions
heureufes , que le Traducteur
auroit confervées , lui fçauroit gré de les
avoir fait paffer dans notre idiôme , de
jeunes Poëtes avides de fe diftinguer, pourroient
enfuite s'exercer dans ce nouveau
genre : le caractére de notre Langue cefferoit
peut- être enfin de fe renfermer dans
les limites étroites , ou il a été botné jufqu'ici.
Mais il feroit à fouhaiter que l'on
n'employât les nouvelles inverfions qu'avec
choix.Il eft certain que la Langue Latine
les a trop multipliées ; fouvent elles ne
produifent qu'une beauté matérielle ,dont
notre Langue peut très - bien ſe paſſer ;
fouvent la phrafe auroit gagné à être
coupée ; l'habitude méchanique d'arranger
des mots , a entraîné les Latins , &
leur a fait noyer un petit fens dans beaucoup
de paroles artiftement fymétrilées ;
il en peut réfulter quelque agrément pour
l'oreille , fans que l'efprit en foit plus fatisfait
quelquefois elles ne font que
l'embaraffer , & que retarder & brouiller
lęs idées ; on peut fuppléer très heureufement
un grand nombre d'inverfions de
ceite espéce , en coupant les phraſes ; la
clarté , la jufteffe , la force même y gagnent
fûrement. Cet avantage eft fans
88 MERCURE DE FRANCE:
doute préférable à celui de contraſter des
mots , d'où il ne réfulte qu'une illufion
paffagére , que la réflexion diffipe bientôt.
Occupé de la combinaifon pénible
des termes , un Auteur néglige infenfiblement
les idées & les chofes, Si tant
d'ouvrages , qui plaifent en Latin, perdent
fi fouvent leur mérite à être traduits en
François , gardons - nous d'en rejetter la
faute fur notre idiôme ; admirons bien
plutôt la noble & heureufe fimplicité, qui
forme fon caractére , & félicitons - nous
de trouver en elle un creufet affuré , pour
diftinguer l'or pur d'un alliage faux &
frivole . Dégagée du foin de rechercher
des ornemens fuperflus , & privée de
l'efpoir de faire illufion par leur fecours ,
la Langue Françoife ne s'occupe que du
fond des chofes , elle fimplifie , elle épure
, elle preffe les penfées & les fentimens
; elle a l'avantage unique de parler
à l'efprit plus directement qu'aucune
autre .
Cependant , à la fuite d'un nombre
choifi d'inverfions qu'elle pourroit acquérir
, il feroit encore à défirer , comme je
l'ai dit plus haut , qu'elle empruntât de
quelques Auteurs Latins certains tours
vifs & précis, compofés de conftructions
hardies , fouvent même, fans conftruction
SEPTEMBRE. 1760 8
apparente , dont elle tireroit des nouveaux
degrés de vivacité & d'énergie . La
Bruyere , S. Evremont , la Fontaine ,
peuvent fournir des idées de ce ftyle :
une Langue , pour atteindre à la perfection,
doit embraffer tous les genres . Combien
de nuances de ftyle depuis l'élégance
nombreuſe de Ciceron , jufqu'à la nerveuſe
concifion de Tacite & de Sallufte , depuis
Virgile jufqu'à Juvenal & Perfe !
Je fais que la maniere différente de
ees grands hommes , tenoit à leur génie
particulier ; mais ces génies doivent renaître
dans chaque Siécle & dans chaque
Nation lettrée. C'est à ceux qui ſe ſentes
portés par la Nature à quelqu'un de
ces deux genres , à choisir les modéles
qui leur font propres , & à franchir , courageufement
, le joug impofant du ton
dominant de leur fiécle : nous avons affez
de talens , qui pourroient ſe faire un caractére
original ; il ne leur manque que
d'ofer, & de brifer les entraves de l'imitation.
Par là nous verrions , peut- être , renaître
cette précieufe naïveté , cette fimplicité
finguliere de nos premiers Auteurs ;
notre Langue acquerroit une force qu'elle
a enviée inutilement jufqu'ici à la
Langue Angloife.
Malherbe, Racine , Boileau , Rouſſeau,
90 MERCURE DE FRANCE.
ont rendu de grands fervices à leur Langue
; ils ont perfectionné fon élégance ,
fon exactitude , fa pureté , fa nobleffe ,
fa délicateffe , fes graces ; en forte qu'à
tous ces égards , elle ne céde à aucune
autre Langue : peut être ont- ils nui à des
progrès plus utiles , qquu''eellllee auroit pû
faire du côté de la hardieffe , de la vivacité
, de l'énergie , de l'abondance ; je
le répéte encore , ils font venus trop tôt.
Dès Malherbe , on s'eft écrié que cet
Auteur avoit fixé le caractére de la Langue
la Nation fortoit à peine de la barbarie
; dès le premier pas , elle crut
avoir, atteint la perfection. Malherbe
avoit l'âme grande & élevée; il ne lui a
manqué qu'une Langue plus avancée ,
pour déployer fon génie..
:
Racine , admirable par l'analyfe délicate
du coeur humain , par les charmes
délicieux de fon ftyle , par la conduite.
& l'intérêt de fes Piéces , Racine a créé
un genre , dans lequel il ne fera furpaffe
par perfonne. Mais il faut avouer que
chez lui l'élégance continue , a fouvent
étouffé la force.
Boileau étoit affurément un très - bel
efprit ; il avoit éffentiellement le coeur
froid, & l'âme peu élevée ; il fent peu,
il peint agréablement ; plus Verfificateur
SEPTEMBRE . 1760. 91
il
que Poëte , fes vers font rarement produits
la chaleur du fentiment , ou
par
-par la force des idées . Ils font faits , pour
ainfi dire , au compas , on devine les
mots qu'il a trouvés , qu'il a cherchés :
leur arrangement méchanique eft fon
principal mérite . Soutenu par Horace ,
s'eft élevé au- deffus de lui - même dans
fon Art poëtique : il y a pourtant de trèsbelles
chofes dans le Lutrin ; on trouve
dans fes Satyres , beaucoup de traits d'efprit
, agréablement tournés , mais fans
chaleur & fans élévation . Un Poëte fatyrique
pour exceller doit - être doué de cettehumeur
Angloife , pour laquelle nous n'avons
pas même de terme ; & il n'y en a
point , dans Boileau. La Bruyere , fimple
Profateur , l'avoit reçu de la Nature , fon
ouvrage en eft profondément empreint,
Rouffeau , quoiqu'avec beaucoup plus.
de chaleur que Boileau , & avec un ef
prit plus nourri par la Philofophie , manque
encore de véritable énergie ; ingénieux
, pur , correct , élégant , fes penfées
font juftes , folides , grandes , liées ,
ornées agréablement mais fon efpritn'a
pas une certaine profondeur ; & c'eft
chez lui , furtout que j'obferve un grand
nombre d'idées foiblement rendues. L'ex-
´preſſign lui a manqué : j'entens cette ex92
MERCURE DE FRANCE
preffion vigoureufe , ce coup de pincea
du grand- Maître la crainte d'offenfer
l'oreille , l'a trop fouvent arrêté. H n'a
employé qu'un très- petit nombre de ter
mes , dans fes ouvrages de grande Poëfie.
Une idée neuve , exprimée avec des
mots rebattus, ne fçauroit paroître neuve:
l'efprit eft la dupe des oreilles toute
penſée hardie doit être revêtuë d'expreffions
qui le foient. Les plus zélés admirateurs
de ce Poëte , font forcés de con
venir que
fon génie n'a rien d'original.
Ce que je viens de dire de ces grands
hommes , fouffrira fans doute beaucoup
de contradictions ; on fe porte prèfque
toujours à admirer fans réferve , ce qui
eft vraiment admirable à certains égards.
Cependant , je crois n'avoir arraché , de
leurs couronnes , aucun des lauriers qui
leur font légitimement acquis. Je voudrois
feulement qu'on pût fe perfuader
que , pour avoir excellé dans quelques
parties , ils n'ont pas également excellé
dans les autres ; qu'ils n'ont pû ouvrir
toutes les routes à la fois , & qu'il faut
bien fe garder de les préfenter comme
des modéles univerfels.
Créons des termes & des tours forts &
énergiques , nos penfées le deviendront,
Nous avons affez de jolis mots , & par
SEPTEMBRE . 1760. ༡༣
conféquent de jolies idées , & de jolies
âmes. Mais eft-ce tout ? Après un fiécle de
grâces & d'élégance , travaillons à nous
former des âmes hardies & robuftes.
Corneille , Boffuet , la Bruyere , Moncefquieu
, Voltaire & j'ajoute Rouffeau de
Genève,font lesEcrivains que nous devons
choifir pour modéles en ce genre : les penfées
que ces hommes célébres ont réuffi à
bien rendre,font gravées dans tous les ef
prits.Envain des Ecrivains médiocres travaillent
alles retourner; ils nous les offrent
affoiblies ; l'efprit ne les retrouve qu'avec
dégoût. Ce qui eft dit 8 : penfé avec un
certain degré de force , néantit à jamais
toutes les copies froides & imparfaites ;
toute penfée grande & fortement exprimée,
eft immortelle ; l'efprit peut amufer
l'efprit , l'âme feule a droit d'ébranler
l'âme : j'entens par âme, ce caractére fier,
indépendant , original & fublime , cette
chaleur intime & féconde , ce feu , pour
ainfi dire , électrique , qui étincelle rapidement
, qui éclaté , pénétre & communique
de même. Le fentiment coule avec
abondance de cette fource enflammée ; il
fe répand fur les ouvrages de pur agrément
, comme fur ceux de la perfuafion
la plus profonde ; il vivifie les genres
même qui en font le moins fufceptibles .
94 MERCURE DE FRANCE:
Point de génie fans fentiment : Sapho
eft la tendre amante de Phaon ; Montef
quieu & Newton, font les amans fublimes
de l'humanité & de la vérité.
Je crois que c'est grand dommage que
Montagne n'ait pas écrit à Paris ; cette
Ville donne le ton ; elle l'eût reçu de lui
& l'eût rendu au refte de la France : mais
Montagne étoit gafcon , il écrivoit dans
fon pays , il étoit énergique & hardi ; on
admira ces qualités , & on s'en tint là.
Le bel efprit , ce fléau du génie , dominoit
dans la Capitale ; il empêcha les
progrès de ce style expreffif , qui auroit
enrichi la Langue ; cependant Montagne
plaît à tous ceux qui le lifent. On le cite
avec complaifance , & perfonne n'ofe entreprendre
de le traduire en François
pur & élégant. On refteroit au - deffous de
lui , on feroit ridicule. Pourquoi s'efton
amufé fi longtemps à contrefaire le
ftyle de Marot , qui n'avoit en partage
qu'une naïveté agréable ? Le premier modéle
étoit bien plus digne d'être fuivi.
Mais , dira t-on , Montagne faifoit des
barbarifmes . Ah ! nous n'avons que trop
d'Auteurs purs & châtiés , c'eft- à - dire ,
faibles & froids. Il nous faut peut - être
de hardis faifeurs de barbarifines , fans
quoi notre Langue eft expofée à languir ,
SEPTEMBRE . 1760. 21
Tous les fauffes graces d'une élégance pué
rile & de cette délicateffe exceffive à laquelle
on a voulu borner fon caractére :
qualité qui , renfermée dans fes bornes
eft admirable en certains genres , mais
qui devient un vice dans beaucoup d'autres.
Nous n'ofons nommer plufieurs animaux
utiles. Nous craignons de peindre
avec trop de vérité , la mort , la pefte ,
la corruption , le vice. Livrés à un art
recherché , nous dédaignons la fimple
Nature ; il faut que nos Bergers foient
couverts de fleurs ; les arts utiles font
avilis à nos yeux délicats.
Chaque mot a fa place dans un certain
ftyle , il n'en fçauroit fortir ; tout écrit
élevé eft prèfque toujours bourfouflé &
vuide de chofes ; il faut fe faire entendre ,
par des périphrafes qui affoibliffent ; on
ne peut appeller prèfque aucune chofe
par fon nom dans le ftyle noble.
Nous fommes , par cette même délicareffe
, très- bornés dans le choix des images.
Combien en eft- il que nous admirons
dans Virgile, & dans Homere, & que notre
Langue ne peut admettre ? Le fentiment ,
dans nos ouvrages , eft toujours enflé
guindé , réfroidi, par un acceffoire de nobleffe
. Le naturel , le fimple , le vrai ,
66 MERCURE DE FRANCE:
nous paroît ignoble. La plupart des beau
tés naïves des tragiques Grecs , font perdues
pour nous .
t
Je trouve les fources de cette fauffe
'délicateffe , dans les idées relatives de
grandeur & de baffeffe qu'infpire la M
narchie ; dans le luxe , l'oifiveté , la fo
ciété trop affiduë ; & furtout , dans la fo
ciété des femmes.
La diftinction des rangs , l'orgueil &
la vanité qu'ils font naître , rejettent néceffairement
un mépris injufte fur lés
états inférieurs . Le luxe amoureux de
'Arts agréables , avilit par comparaifon
les Arts néceffaires . L'Oifiveté fille de la
Richeffe dédaigne les travaux utiles. La
Société, en rapprochant ces différens états,
infpire un refpect , une dépendance , une
fauffe honte , vis- à-vis de ceux qui font
plus élevés : ainfi tout prend une tendance
générale d'admiration & d'imitation ,
vers les premiers rangs , vers leurs moeurs,
leurs ufages , leurs ridicules même & leurs
vices : tout concourt à l'aviliffement des
autres , de leur utilité même , de leurs
travaux & de leurs vertus .
Enfin , la fociété habituelle des femmes
achéve de nous féparer de la noble & fimple
nature : élevées prèfqne toutes dans la
frivolité,dans l'art unique de plaire , elles
nous
SEPTEMBRE . 1760 . 97
nous y ramenent par le foible qu'elles
nous infpirent : jufte punition de l'éducation
à laquelle nous les avons condamnées
; elles nous donnent leurs propres défauts
, qu'elles doivent à notre tyrannie ;
nous fommes forcés de nous plier à leur
goût étroit & exclufif , à leurs paffions ,
qui veulent toujours être remuées en bien
ou en mal , à leur amour- propre , qui les
dégoûte de tout ce qui ne les flatte pas ,
de tout ce qui n'eft pas dirigé à leur amufement
; elles donnent le ton ; elles jugent
; elles prononcent d'après leurs idées
petites , foibles & fans principes : la Nature
eft méconnue , le génie fe glace , fe
rétrécit , & quitte les grands objets .
Chaque génération de ces idoles de
paffage , a fon bon ton dominant ; tout
ouvrage qui n'en porte pas l'empreinte ,
n'eft ni lû , ni vendu , ni prôné : tout Auteur
veut l'être que faire donc : Suivre
le torrent , ne rien produire d'élévé ni de
fort , oublier la poftérité , & fe borner à
la gloire honteufe d'avoir perfectionné la
corruption de fon fiécle. Ainfi , l'esprit
rampe fucceffivement dans un cercle rapide
de modes inconféquentes , outrées
& méprifables.
Le tourbillon des femmes renferme
une multitade d'hommes , plus femmes
E
98 MERCURE DE FRANCE
qu'elles , avec qui elles veulent bien par
tager leurs droits . Ces efclaves brillants
deviennent , en concurrence avec elles ,
tyrams , protecteurs & corrupteurs des
talens tels font les Juges qui affignent
les rangs dans les Lettres : l'homme de
fens , l'homme folidement inftruit fe tait ,
ou ne parle qu'à l'écart ; il n'a point de
paffions , de vices , de rang ni de place ,
c'eſt un être iſolé , & qui d'ailleurs , devient
tous les jours plus rare : il n'eft
point à la mode , parce que le bon fens ,
le mérite , l'honnêteté , la vertu n'eft
point de mode ; la folie , les vices , les
ridicules, triomphent impunément & lans
obftacles.
La mode est toute- puiffante en France ,
mais toute mode finit ; & la derniere jette
, néceffairement , un ridicule fur celle
qui l'a précédée : Les Héros & les Héroïe
nes du jour , dépouillés enfin de ce qui
féduit ou qui impofe , finiffent par devenir
des Marquis de Mafcarille , & des
Fées gothiques ; les Livres de mode les
plus admirés , font relégués parmi les
vieux portraits.
Cependant , l'ambition des hommes
de Lettres eft d'être auffi les hommes
du jour. Ils y parviennent par la baffeffe
& les lâchetés ferviles , qu'ils prodiguent
SEPTEMBRE . 1780: 59
dans leurs ouvrages. Voyez dans leurs
écrits , & furtout fur la fçéne , de quelles
couleurs brillantes ils peignent l'homme
à la mode , combien l'homme vertueux
eft obfcurci , abaiffé , facrifié ; s'ils
attaquent le vice & la folie , c'eft avec
des armes fi polies , des traits fi adoucis ,
qu'ils femblent plutôt flatter que combattre
quel bien ne feroit pas au contraire
une fatyre vigoureufe ? Elle éclaire-
Toit les foibles & la multitude : mais on
craint de paffer pour dur , de n'être plus
admis dans le monde , on trahit la Nation
, la vertu , fon propre honneur .
C'eſt aux gens à talens à fentir leur
fupériorité , & la haute dignité de leur
miniftére eux feuls peuvent oppofer une
barriére folide au torrent du faux goût &
des moeurs vicieuſes ; c'eft à eux de fubftituer
aux puérilités des jargons de mode ,
l'abondance & l'énergie qui conviennent
à la Langue d'un Peuple illuftre fa
par
puiffance & par fes lumieres : qu'ils faffent
paffer dans le langage les richeffes
du génie , & les graces folides de la vertu
; ils les communiqueront
juſqu'à nos
ames , leurs écrits feront immortels , &
la Nation s'élevera.
Il me refle à réfoudre une objection
importante , qui fe préfente naturelle-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ment : & nous nous déterminions à enrichir
notre Langue d'une foule de mots
nouveaux , à multiplier les inverfions , à
retrancher les articles , les ouvrages que
nous admirons le plus deviendroient gothiques
; Racine vieilliroit , nous le regarderions
du même il dont nous voyons
aujourd'hui Rotrou en voulant acquérir
des richeffes incertaines , nous perdrions
fûrement celles que nous pollédons , tout
l'édifice de notre Littérature feroit renverfé.
Je réponds 1. Que fi par ces change
mens , il arrivoit qu'une multitude d'ou
vrages médiocres & foibles , fût plongée
dans l'oubli , cette partie ne feroit pas à
regretter.
2°. Je foutiens que les ouvrages vraiment
bons fubfifteroient toujours : nous
en avons la preuve dans l'état préfent
de notre Littérature : Corneille quoique
vieilli , refte en poffeffion de notre
Théâtre. Montagne eft toujours lû . Les
bons écrits fubfifteroient même tout feuls
au milieu du naufrage des autres , ce qui
feroit un très- grand avantage.
3. Si les perfonnes qui compofent le
cercle frivole du monde , perdoient une
partie du goût vif qu'elles ont pour ces
ouvrages , le mal ne feroit pas grand ,
SEPTEMBRE. 1760. ΙΟΥ
il n'en réfulteroit aucun inconvénient réel
pour les Lettres.
4. Les Philofophes , les vrais Littérateurs
, les bons efprits ne cefferoient jamais
de lire , de méditer ces excellens
écrits , de foutenir leur réputation & de
les choifir pour modéles ; ainfi le progrès
des Lettres n'en feroit pas moins affuré ,
ce qui eft le feul point capital.
5 °.Que le plaifir qu'on auroit à les lire,
fût plus ou moins diminué , ce ne feroit
tout au plus que la perte de quelques fen,
fations agréables , qui feroient fûrement
remplacées par d'autres ; leurs penfées ,
leurs vues , leur ordonnance ne fçauroient
périr , & c'est tout ce qu'il feroient utile
de confer er.
6°. Si des penfées que l'on croyoit for
tes , ceffoient de paroître telles , ce ne
feroit que par comparaifon avec d'autres
vraiment fortes que nous aurions acquifes ;
nous n'aurions perdu qu'une erreur , nous
aurions gagné une vérité : fi des chofes
qui nous fembloient exprimées avec grâ
ce , paroiToient perdre cet agrément ,
ce ne feroit qu'un preftige dont nous aurions
reconnu l'illufion ; ce qui paroît
beau , ne peut être éffacé que par des
beautés plus réelles .
7°. Notre bonne Littérature n'a duré
E iij
to2 MERCURE DE FRANCE
encore qu'un fiécle : nous n'avons qu'un
petit nombre d'ouvrages de génie : notre
Monarchie, & par conféquent, notre Langue
, dans la conftitution actuelle des
chofes , doivent durer vraisemblablement
un très - grand nombre de fiécles ; feroit - il
raifonnable de les facrifier tous à la confidération
d'un feul , & d'immoler d'avance
les efforts multipliés que doit faire
notre poftérité , aux petits progrès que
nous avons faits dans un fi court eſpace
de temps ? Nous fommes encore au berceau
, nous ne faifons que de naître ;
voudrions-nous borner l'âge viril , qui
doit nous fuivre , à nos foibles facultés ,
qui font à peine dévéloppées ?
Si l'on objecte encore que les Arts font
bornés ; que , dans les Nations Lettrées ,
ils n'ont eu qu'un beau fiécle ; que nous
avons eu le nôtre , & que par conféquent ,
ces progrès , dont on nous flatte , ne peuvent
avoir lieu que dans le carrière des
Sciences , & non dans celle des Arts &
des Lettres.
Je dirai , qu'il eft peut-être téméraire
de juger des progrès, dont l'efprit humain
eft fufceptible , d'après des expériences
imparfaites ; & qu'il feroit néceffaire dé
les avoir bien plus multipliées , pour por
ter un jugement certain fur un objet fi
SEPTEMBRE. 1760. 103
vafte & fi compliqué . On a cru longtemps
que les Grecs & les Latins avoient
tout perfectionné, tout épuifé ; cependant
on fe trompoit les Auteurs modernes
ont du moins ajouté des dévéloppements
fout nouveaux , aux germes précieux que
nous avoient laiffés les Anciens : les grands
Orateurs & les grands Poëtes François ,
ont dû fe faire un caractére original ,
malgré les talens & les fuccès de ceux
qui ont écrit dans les beaux jours d'Athénes
& de Rome.
Si plufieurs peuples n'ont eu qu'un
beau fiécle , ce n'eft pas qu'ils euffent atteint
les limites des Arts ; tout ce qui
s'est fait depuis eux , prouve invinciblement
la fauffeté de cette prétention ;
dira- t- on que c'est la perfection où les
Romains avoient porté les ouvrages de
théâtre , qui les a forcés à dégénérer en
cette partie Le génie des Grecs & des
Romains , a baiffé tout à la fois , & dans
les genres qu'ils avoient traités avec le
plus de fuccès , & dans ceux où ils n'en
avoient eu que de médiocres : c'est donc
à des caufes étrangères , & tout - à - fair
différentes , qu'il faut attribuer leur décadence.
Il feroit fuperflu de les recher
cher ici.
Les Anciens ont trouvé les vrais prin
E iv
104 MERCUREDE FRANCE.
cipes , ils ont créé les genres ; c'est une
gloire unique qu'on ne peut leur conteſter
; mais ils n'ont fait qu'effleurer la
connoiffance de l'homme & de la nature ;
il nous refte à l'approfondir. L'invention
de l'Imprimerie a changé la face du
monde fçavant . Toutes les nations réunies
par elle , ne forment plus qu'un feul
empire des Lettres . L'émulation n'eft plus
de citoyen à citoyen ; elle eft de peuple
à peuple les diverfités des moeurs forment
autant de manieres différentes de
voir , de penfer & de fentir , & leurs
communications préfentent encore autant
de modifications nouvelles . Telle eft
la vafte carrière qui s'offre à nous les
Anciens avoient les talens d'un homme
four modéles ; nous avons ceux du genre
humain : que ne doit - on pas attendre de
cette émanation de lumiére rapide , immenfe
, immortelle ? De cette émulation
univerfelle & active , dont les rayons infinis
fe coupent , fe croifent & s'étendent
en tout fens Les ? obfervations de la Nature
, auxquelles notre fiécle s'eft livré ,
fuffiroient feules , pour fournir un fonds
intariflable de nouvelles richeffes à l'éloquence
& à la Poëfie ; ajoutons à tous ces
avantages , que nous n'avons plus d'obftacles
étrangers , ni d'irruptions de bar
bares à redouter.
SEPTEMBRE . 1760. 105.
Si de ces confidérations , je defcends à
l'examen particulier des progrès de notre
Nation , je trouve qu'elle a anályfé le
coeur humain avec une très - grande fupériorité
; mais , qu'il s'en faut bien qu'elle
ait atteint le même degré , dans les def
criptions de la Nature en général ; occiipée
des détails de nos curs paffagéres
& mobiles , cette partie eft reftée abfolument
neuve ; les idées fimples , primordiales
, & communes à tous les hommes ,
ont été négligées . C'eft pourtant dans ce
genre feul ,
feul , que l'on peut faire des oavrages
vraiment durables. Bien loin que
nous ayons tenté de peindre les effets infinis
de la Nature , avons nous feulement
une defcription du printems . faite
avec génie L'Angleterre , l'Allemagne
même , nous ouvrent la route , & nous
ne fongeons point à les fuivre ; cependant
Ce nouveau genre auroit de plus l'avantage
de développer le talent dans toutes
les Provinces de la France , & de le retifer
de l'imitation fervile de l'efprit de
mode de la Capitale , qui la rabaiffe &
lui ôte les moyens de fe diftinguer . Combien
comptons -nous de Poemes épiques ,
d'Epitres & d'Odes dignes d'être admirées
heureuse néceffité , où nous nous
trouvons ! Pour nous faire un caradire
-
Ex
JOG MERCURE DE FRANCE .
origin , il ne faut que revenir à la Na→
ture ; c'eft principalement dans cette carriére
, que nous fentirons la difette de
notre langage , & la néceffité de l'enrichir.
La Langue eft l'inftrument du génie ,
laiffons - lui la liberté de la perfectionner ;
nous en fecueillerons bientôt les fruits .
Sur la Langue Françoife.
L'un des plus fages
Métaphyficiens ;
M. l'ABBÉ DE CONDILLAC, a démontré dans
fon Livre , de l'origine des connoiffances
humaines, que les progrès du génie étoient
en proportion avec ceux du langage. Il
a même avancé cette propofition :
39
» La Langue Françoife a été , pendant
longtemps , fi peu favorable aux progrès
de l'efprit , que fi l'on pouvoit le
» repréten er Corneille , fucceffivement ,
» dans les différens âges de la Monarchie ,
22
SEPTEMBRE. 1760. 59
on lui trouveroit moins de génie , à proportion
qu'on s'éloigneroit davantage
» de celui où il a vécu , & on arriveroit
» enfin à un Corneille , qui ne pourroit
» donner aucune preuve de talent.
Soutenu par l'autorité de ce célébre
Philofophe , j'ofe croire que la recherche
des chofes qui peuvent contribuer à la
perfection de notre Langue , n'eft pas une
puérile étude de mots ; & je trace ces
réflexions avec confiance..
Le langage fert à exprimer nos idées ,
àles fixer dans notre efprit , à les communiquer
; il eft plus parfait , à mesure qu'il
exprime un plus grand nombre d'idées ;
il faut encore qu'il les exprime d'une maniere
qui plaife à l'oreille & à l'efprit.
Clarté , jufteffe , abondance , font les
qualités éffentielles d'une Langue.
Harmonie , briéveté , force , vivacité ,
naïveté , nobleſſe , graces , délicateffe ,
font fes qualités acceſſoires.
Par les premieres , elle eft utile ; par
les fecondes , elle eft agréable. Mais cet
agrément même a fon utilité ; la vérité
toute nuë , n'auroit eu accès que dans
l'entendement , & n'eût trouvé que des
coeurs infenfibles : cette même vérité embellie
, plaît , intéreſſe , remuë , féduit ,
enchante , tranfporte. Elle doit aux or-
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE :
nemens du langage , tous fes triomphes.
Comme je ne veux rien dire d'inutile ,
fi je puis , je ne m'étendrai pas fur ce qui
conftitue la clarté & la jufteffe. Ces deux
qualités font fi
particulièrement propres
à la Langue Françoife , & fi univerfellement
avonces , que les preuves feroient
fuperfues ; la Langue Françoife a été
adoptée , par toutes les Nations , pour le
commerce politique de PEurope : c'eft le
plus beau titre qu'une Langue puiffe avoir
à cet égard.
Quant à l'abondance ; quoiqu'elle en
ait beaucoup , on ne peut nier qu'elle ne
céde aux belles Langues anciennes , &
même à certaines Langues modernes en
quelques parties.
Toutes les Langues font incomplettes :
toutes ont beaucoup à acquérir ; peut- être
ne cefferont- elles jamais de s'enrichir . Je
veux croire que les êtres font tous nommés
; mais leurs modifications , leurs acceptions
réciproques , font fi variées & G
infinies , qu'à chaque inftant , on éprouve
que l'on manque d'expreffions pour rendre
ce que l'on fent très bien. J'en dis de
même de nos fenfations , & de nos idées :
fi les expreffions que cherche un homme
qui penfe , ne font pas toujours équivoques
, elles font fouvent indécifes & foiSEPTFMBRE.
1760. 6i
bles ; des penfées ne font qu'indiquées ;
elles ne produifent pas la lumiere que
l'Auteur en attendoit ; elles font , pour
ainfi dire , perdues : un autre écrivain fuccéde
, cherche à développer ces mêmes
penfées ; fouvent il n'a pas un meilleur
fuccès ; les livres fe multiplient fans fruit,
& fatiguent les Lecteurs par leur nombre
, fans que ces mêmes penfées par
viennent jamais à fe peindre avec la clarté
& la force qu'elles devroient avoir. C'eſt
peut- être à la difette du langage , que
nous devons cette énorme multiplicité
d'écrits fur les mêmes fujets : lorfqu'une
idée et une fois rendue dans toute fon
énergie , elle eft comme gravée d'un burin
inéffaçable & inimitable tout - à - la
fois ; elle ne pourroit que perdre à être
répétée : elle ne l'est donc plus .
Le moyen de nous enrichir , feroit de
faire un Dictionnaire relatif des expreffions
que poffèdent les autres Langues , &
qui nous manquent: nous y verrions , d'un
coup d'oeil , tous les mots que nous pourrions
faire ou adopter . Lorsque l'expreffion
nous manqueroit abfolument , il me
femble qu'il n'y auroit pas à balancer à
la tranfporter dans notre Langue , en lui
donnant une terminaiſon françoiſe. Les
mots latins y feroient plus propres que
62 MERCURE DE FRANCE.
les autres , par la connoiffance habituel
le que nous avons de cette Langue ; le
fens en feroit fixé tout de fuite , & pafferoit
bien vite des Savans aux ignorans.
La Langue Italienne, par fa grande analógie
avec la nôtre , pourroit nous fournir
auffi beaucoup de richeffes.
Mais lorsque nous aurions déjà une
racine des mots que nous voudrions
adopter , la chofe feroit encore plus aifée.
Par exemple , nous difons bon : pour
quoi n'ofons- nous dire abbonnis? J'en dis
de même d'habituer , habituant , accla
mation , acclamer , tumulte , tumultuer
fombre defombrer , fange defanger , alternative
, d'alterner , fragile de fragilifer
&c.
Les diminutifs & les augmentatifs Ita
liens empruntés d'eux avec goût & fobriété
, pourroient encore nous enrichir
beaucoup. Il a été un temps qu nos Poëtes
en faifoient grand ufage ; ils en abuférent.
Ces mots furent profcrits : il fau
droit fonger à réparer cette perte. Mais
je crois qu'il conviendroit de préférer la
terminaifon des mots poverino , amorino
à celle des pargoletto qui emporte dans
notre langue une idée acceffoire de baf
feffe & de mépris ; femmelette , maigreletfont
toujours pris en mauvaiſe part,
SEPTEMBRE. 1760 by
Pauverin , amorin ne paroiffent pas de
même incompatibles avec la nobleffe &
la grace ; & fi on employe cette terminaifon
, je ne doute pas que notre oreille
ne s'accoutumât aux diminutifs nobles ,
comme aux autres.
Il conviendroit encore de chercher ,
dans nos anciens Auteurs , les mots qui
fe font infenfiblement abolis ; on en
trouveroit beaucoup d'utiles & d'expreffifs
, qui fe font perdus , fans qu'on puiffe
dire pourquoi , & fimplement par défaut
d'ufage: Marot, Amyot , & furtout Mon
tagne en fourniroient un grand nombre.
Ce feroit rendre fervice à la Langue, que
de former un Dictionnaire de ceux qui
paroîtroient propres à être remis en ufage .
Les Dictionnaires que je propofe , s'ils
étoient bien faits , fe répandroient dans
le Public ; la curiofité les parcourroit d'abord
; chacun conferveroit le fouvenir
de quelques termes qui lui auroient plû ,
ou dont il auroit été fimplement frappé ;
on le hazarderoit dans la converſation ;
l'oreille s'y habitueroit par degrés ; leur
utilité fe feroit fentir , le befoin naîtroit,
on oferoit en faire ufage dans les livres ,
on les écriroit en italique , comme tant
d'autres que nous avons vû adopter ;
enfin , après plufieurs épreuves , ils par64
MERCURE DE FRANCE.
·
viendroient à fe naturalifer entierement,
Par ce moyen , le defir & le goûr d'enrichir
notre Langue, prendroit infenfiblement
faveur. Au lieu d'être effarouchés ,
comme nous le fommes ridiculement par
toute espéce d'innovation dans le langage ,
& de chérir notre difette , au point qu'il
femble que nous ayons fait vou de pauvreté
; nous ferions une étude des mots
nouveaux ; on les effayeroit , on les examineroit
avec complaifance ; tout homme
qui penfe ambitionneroit la gloire de
créer quelques termes heureux. Enfin
nous ferions dans l'éloquence & dans la
Poefie , ce que la Métaphyfique , la Médecine
& toutes les parties de la Phyfique,
font depuis longtemps avec fuccès . Eh !
pourquoi les Auteurs n'auroient- ils pas la
même liberté , la même autorité que nous
accordons aux gens du monde , aux femmes
mêmes , par qui la langue a été enrichie
d'une foule de mots nouveaux
paffés infenfiblement de la converfation ,
dans nos Romans & nos Comédies ? C'eft
à celui qui crée des idées , qu'il appartient
de créer des mots . Pourquoi nos Orateurs
& nos Poctes , eux à qui les priviléges
de leur art devroient donner plus fpécia
lement ce droit , rampent- ils fervilement
fous la tyrannie de l'ufage , tandis que
SEPTEMBRE. 1760. 65
la Philofophie s'en eft heureufement délivrée
qu'ils ofent franchir cette foible
barriere pour peu qu'ils le faffent avec
choix & avec goût , ils doivent être affurés
du fuccès .
J'avoue que chaque Langue a fon caractére
particulier , analogue aux idées
& aux habitudes dominantes de la Nation
qui la parle il ne faut pas le bleffer
fans néceffité. Mais ne fommes - nous
pas dans le cas de cette néceffité abfo-
Il eft certain que notre Langue n'a
pas acquis , à beaucoup près , toutes les
richeffes dont elle eft fufceptible ; il eft
certain qu'elle eft inférieure à quelques
égards à plufieurs Langues connues , dont
nous ne pouvons traduire toutes les
beautés pourquoi ne ferions - nous pas
ce qu'ont fait les Grecs & les Romains ,
& plufieurs Nations modernes , pour
rendre notre Langue auffi abondante
que la leur ?
Je ne diffimulerai pas que nous avons
plus d'obftacles à craindre'; plus fages &
plus heureux que nous , ces peuples n'ont
fongé , pendant longtemps , qu'à enrichir
leur Langue : ce n'est qu'après y être parvenus
, qu'ils fe font appliqués à l'épurer ,
& à fixer fon caractére ; malheureufement
nous nous fommes hâtés de perfec66
MERCURE DE FRANCE.
tionner la pureté & l'élégance de notre
langage : Malherbe , Boileau , Racine ,
font venus trop-tôt ; il nous falloit peutêtre
dix Ronfard avant eux : nous n'en
avons eu qu'un fes hardieffes ont péri
avec lui: Il nous en coûte pour reculer ,
pour reprendre , dans fes fondemens , un
édifice orné & agréable , auquel il manque
des parties néceflaires ; ofons fortir
du cercle étroit d'un goût timide ; peutêtre
l'incompatibilité des innovations ,
avec le caractére de notre Langue , n'eftelle
qu'apparente. Propofons- nous , pour
objet capital , de fentir fortement , & de
croire que tout ce qui eft bon à penfer ,
eft bon à dire. Les Anglois ont , comme
nous , d'excellens ouvrages en tout genre;
cependant , il s'en faut bien qu'ils regardent
leur Langue comme fixée ; tout ce
qui peut contribuer à l'enrichir, eft adopté
hardiment ; ayons plus de goût , & moins
de licence qu'eux : mais ne craignons pas
d'imiter leur liberté , en ce qu'elle a d'eſtimable
& d'utile..
Je paffe aux qualités qui rendent une
Langue agréable ; & je commence par
Pharmonie.
Elle confifte dans la douceur , l'éclat
& la variété des fons.
La Langue la plus douce & la plus
SEPTEMBRE. 1760. 67
fonore , feroit celle qui auroit toutes fesfyllabes
terminées par des voyelles . Les
fyllabes , accompagnées de confonnes ,
ont quelque chofe de moins éclatant , &
de plus dur à prononcer ; la Langue Italienne
n'emploie prèfque que des voyelles
fimples ; la Langue Angloife , au contraire
, a prèfque toutes les définances de
fes mots chargées d'une ou de deux confonnes.
Entre ces deux extrémités font
placés le Grec , le Latin & le François.
Mais la douceur & l'éclat ne font qu'un
foible avantage , en comparaifon de la
variété des fons ; je n'en veux pour preu--
ve que l'accord unanime des Savans , qui
donnent à la Langue Grecque la fupério
rité de l'harmonie fur toutes les autres ;
quoique cette Langue ait un très - grand
nombre de fyllabes , modifiées par des
confonnes , les voyelles ne forment que
cinq fons , qui , répétés fans ceffe , fatiquent
l'oreille : la Langue devient néceffairement
Monotone. J'ajoute que la Na
ture nous ayant donné la faculté d'articuler
un plus grand nombre de fons ,
c'eft méconnoître fes dons que de n'en pas
ufer. Je dirai encore que le langage étant
destiné à exprimer des idées fortes , comme
des idées douces ; des fons toujours
également doux , ne peuvent fuffire à
68 MERCURE DE FRANC
fon énergie : l'efprit fouhaite , en quelque
forte , d'être averti par l'oreille de
la Nature de l'idée qu'on lui pré fente ; c'el.
certainement une beauté de plus dans
une Langue , d'avoir des analogues à toutes
fortes d'idées . Le défaut de la Langue
Italienne ; à cet égard , frappe vivement,
furtout lorfque l'on commence à l'étudier :
les penfées fortes font à peir apperçues ,
fous les expreffions molles efférinées
qui les déguifent ; & lorfqu'on eft parve
venu à les faifir , leur impreffion en eft
toujours néceffairement affoiblic.
Peut être même cette qualité des fons ,
rudes ou doux , influe-t elle fecrettement
fur le génie même des Ecrivains ; peutêtre
en obfervant le caractére des Langues
, trouveroit- on que felon leurs divers
degrés de douceur ou de dureté , elles
ont produit plus ou moins d'idées douces,
riantes , fublimes ou auftéres .
La Langue Françoife , moins douce &
moins fonore que quelques autres , ne
le céde à aucune pour la variété des fons ;
peut être l'emporte t elle à cet égard fur
le Latin la quantité de fes confonnes effraye
d'abord les yeux , mais l'ufage les
adoucit en bien des cas , & même les
fait difparoître entierement dans la prononciation
, ainfi que dans ces terminai
SEPTEMBRE. 1760 .
65
fons efprits , dangers , bienfaits , flots ,
flambeaux , laurier , furieux . &c. Il en
eft de même dans les infinitifs des verbes
en er , & dans la terminaiſon de la plûpart
des tems des verbes , vous aimez , il
aimoit , tu aimerois , tu aimas , &c.
Or. voit par là de quelle prodigieufe
variété de voyelles fonores notre Langue
eft enri par l'oreille , quoique l'oeil
ne les'apperçut pas , & qu'elles lui paruf
fent étouffées par les confonnes .
- On nous reproche nos E muets. Je réponds
1 °. qu'ils ont un vrai fon , peu
éclatant à la vérité , mais très - doux . 2°.
Tous les fons qu'ils forment fe trouvent
dans la Langue Latine : quelle différence
, en effet , peut trouver l'oreille ,
entre ces terminaifons des deux Langues
? fimilis milice , lux luxe , coelum
l'homme , lex circonflexe , Spes épaiffe
pax fyntaxe , domus aumuffe , conftans
conftance , illud prélude , amabas baffe ,
amaverint labyrinthe , legerunt hontes
viderat Hypocrate , fcripferit hypocrite ,
clamant mante , dixerim rime , iftic caractariftique
, hac hypotéque , hac attaque ,
hoc équivoque , huc caduque , & c. 3 °. cesi
fyllabes muettes , dans nos bons Auteurs'
en vers & en profe , difparoiffent fouvent
par l'élifion. Cette élifion eft douce & fair
50 MERCURE DE FRANCE.
harmonie. 4°. Lorsque certe fyllabe muet
te fe trouve enfermée dans un mot , la
prononciation l'anéantit ; defir , commandement
,fe prononcent abfolument comme
fi on écrivoit dfir , commandment.
5 °. Il eft pourtant vrai que dans les vers ,
quoique cette fyllabe difparoiffe par la
rapidité de la prononciation , elle ne laiffe
pas d'être comptée : mais c'est ce qui
rend notre Poëfie plus douce que la Latine.
En effet, lorfque , dans un yers Latin
, les fyllabes terminées par des confonnes
, font trop multipliées , il devient
d'une dureté infupportable , & perd toute
fon harmonie , comme celui- ci :
Rex , lex , dux , fons , lux , mõns ;
Spes , dol , pax , petra , Chriftus . 6° . La
fyllabe féminine à la fin de nos vers eft
comme anéantie & n'eft pas comptée.
7°. Il ne tiendroit qu'à nous d'en faire
autant dans le cours du vers ; mais je
crois que nous avons mieux fait de conferver
le fon de la fyllabe muette : l'harmonie
eft moins fonore , mais plus douce.
8°. Dans la profe , une prononciation
forte & foutenue , fait difparoître entierement
les fyllabes muettes ; en forte
que l'oreille ne fent aucune différence
entre la terminaiſon des mots François ,
SEPTEMBRE. 1760. 70
•
cités plus haut , & celle des mots Latins
que j'ai mis en comparaison.
Je crois pouvoir conclure de ces obfervations
, que les E muets , tant reprochés
à notre Langue , font abfolument
infenfibles dans la profe , puifqu'ils font
parfaitement confonans avec les fyllabes
Latines , terminées par des confonnes ;
& que , fi la fyllabe qu'ils forment , eft
comptée dans les vers , elle ne fert qu'à
les rendre plus doux .
Tous les reproches qu'on nous fait à
, cet égard , ne font fondés que lorsque
nous employons plufieurs fyllabes féminines
de fuite ; ainfi que dans ce vers de
Racine.
de la Patrie , il foit , s'il veut , le père;
9
Ah !
que
Défaut
qu'il
eft
facile
d'éviter
&
qu'en
effet
on
trouvera
rarement
dans
nos
bons
Auteurs
.
Les fons varient encore dans leur durée
, & cette forte de variété eft une
nouvelle fource d'harmonie ; toutes les
Langues ont des fyllabes longues , bréves
& incertaines : le Latin a fa profodie
fixée , les Langues modernes n'en ont
point de pareilles ; mais leurs fyllabes
n'en ont pas moins une meſure certaine
& décidée , finon par des régles , du
1
72 MERCURE DE FRANCE
moins par l'ufage . Ceux qui ont ofé dire
que nos vers n'étoient compofés que de
fpondées , ont avancé une propofition ridiculement
fauffe. Notre Langue a des
fyllabes longues & bréves , parfaitement
décidées telles. Il eft vrai qu'elle a des
bréves plus ou moins bréves , & des longues
plus ou moins longues ; mais bien
loin que ce foit un défaut , elles ne fervent
qu'à varier l'harmonie.
Si nous avons les mêmes voyelles ,
tantôt longues , tantôt bréves , c'eſt une
chofe qui nous eft commune avec les
Latins. Pourquoi dans tabulata , le même
A eft-il , tour-à-tour , bref& long ? Pourquoi
la valeur de l'E varie-t- elle dans
Soceros & proceres ? Celle de l'I dans limina
? Celle de l'O dans erroris focus ?
Celle de l'U enfin dans humum & lucem?
Ces queſtions ne finiroient pas. La profodie
Latine eft donc très- fouvent arbitraire
comme la nôtre ; elle n'a pas de regles
qui ne fouffrent beaucoup d'exceptions
; elle ne prend pas toujours fa fource
dans des qualités inhérentes aux voyelles
, ni même dans la place qu'elles occupent.
Qui nous empêche donc de faire des
loix pareilles à celles des Larins ? nous
ne les avons pas faites ; mais la valeur
de
SEPTEMBRE . 1760. 73
de nos fyllabes n'en eft pas moins décidée.
Si quelqu'un pouvoit en douter , qu'il
éffaye , en déclamant , d'allonger les fyllabes
que l'ufage a fait bréves , & d'accourcir
les longues ; il fera frappé luimême
de la barbarie de ce jargon . J'ai
entendu un Acteur , fujet à ce défaut , il
étoit infupportable à toute oreille . J'ai
vu une jeune perfonne , jouer la comédie
fans maîtres & fans principes que fon
oreille : elle fcandoit naturellement tous
les vers avec affez de jufteffe ; il n'y a perfonne
qui , en l'écoutant , n'eût pû marquer
les bréves & les longues ; fa maniere,
quoiqu'éloignée de notre ufage de rendre
Ja prononciation foutenue & égale, avoit
je ne fçai quoi qui plaifoit : la Profodie
devenue plus fenfible , remplaçoit , en
quelque forte , le défaut de fentiment &
de nobleffe arbitraire , que nous avons
imaginé.
Nous avons donc une profodie trèsfixe
, très- décidée , quoique fans régles
convenues.
De cette profodie, fentie ou méconnue
par une oreille délicate ou groffiere, naît
I'harmonie de nos bons vers , & la dureté
ou le défagrément de ceux qui font mal
faits : il fuffit d'ouvrir Chapelain & Ra-
D
4 MER CURE DE FRANCE
cine , pour en trouver mille exemples
elle eft de même la fource du nombre
oratoire.
Nos vers , il eft vrai , ne varient point
par le nombre des fyllabes ; ils varient
feulement en longueur , par les différens
mélanges des longues & des brèves ,
quoiqu'à la vérité moins que les Latins.
Mais fi l'oreille n'avoit pas guidé leurs Auteurs;
deux vers de fuite , l'un compofé de
fpondées , l'autre de dactiles , auroient
déplûpar leur trop grande oppofition . Qui
pourroit reconnoître la même meſure dans
ces deux vers ?
Immortali funt naturâ prædita certe.
Quadrupedante putrem fonitu quatit ungula came
pum .
Nous avons une variété , que les Latins
n'avoient pas. Quelquefois je trouve dans
nos vers jufqu'à cinq fyllabes bréves da
fuite.
Des Guifes , cependant , le rapide bonheur.
Le dactyle & le fpondée, toujours pla
cés dans le même ordre à la fin des vers
Latins , leur donne une forte de monoto
nie qui n'eft pas dans les nôtres car il
faut remarquer que l'oreille fe fixe , & fe
repofe naturellement, fur la fin de chaque
SEPTEMBRE . 1760 71
ers , outre que le fens des mots y fixe
l'attention de l'efprit.
Notrevers Alexandrin me paroît répondre
au pentamétre des Latins ; je trouve
chacun de fes hémiftiches compofé de
deux pieds , & un demi- pied long ; mais
il a plus de variété , parce que fes deux
hémiſtiches employent les longues & les
bréves indifféremment , & furtout parce.
que le dernier n'eft point affujetti au da
tyle , placé régulièrement à la fin , ca
qui rend la cadence du pentamétre trop
monotone.
Notre grand vers réunit à choix tous
les pieds des différens vers Latins ; il a
donc une très- grande variété : ce que je
dis du grand vers peut s'appliquer à tous
les autres ; du choix & du mélange de
ces pieds , réfulte un harmonie trèsréelle...
Avons- nous bien fait de ne pas rendre
la profodie auffi fenfible dans la prononciation
que nous le pouvions ? C'est une
queſtion importante. La Langue eſt dans
notre maniere moins fonore , elle perd
une partie de l'harmonie brillante qu'elle
auroit pu avoir ; elle y gagne du côté de
la douceur ; elle affecte plus la raiſon &
le fentiment : les Italiens ont une profo
die plus marquée , leur déclamatio : fait
Dij
MERCURE DE FRANCE
par conféquent plus d'effet fur l'oreille
elle en fait moins fur l'efprit & fur le
coeur ; elle agit plus fur les organes , que
fur l'âme même : auffi la déclamation eft
peu de chofe chez eux , du moins quant
aux paffions ; ils ne déclament point la
tragédie ; leurs Comédiens ne fongent
guères à toucher , ils ne veulent que faire
rire : nous avons au contraire remué tou
tes les paffions ; l'âme feule eft le vrai
guide de notre déclamation . Je crois que
nous avons choifi le genre qui convient
à des êtres penfans & fentans : j'ajoute
que fi la prononciation Florentine parle .
plus à l'oreille qu'au coeur , celle des Romains
a plus de notre maniere , & elle
eft généralement préférée .
Après avoir défendu la profodie &
l'harmonie de notre Langue , contre des
reproches injuftes ; je conviendrai pourtant
qu'il feroit utile de fixer irrévocablement
notre profodie , par des regles
écrites ; ce feroit un fûr moyen de la
garantir de l'altération & de la corruption,
qu'elle pourroit éprouver infenfiblement
de la part des gens du grand Monde
, dont les caprices inconftans devienment
des loix , & affujettiffent enfin auffi
riaeuiement que tyranniquement les Sa →
yans même & les Gens de Lettres , feule
SEPTEMBRE. 1766.
vrais Juges en cette mariere. M. l'Abbé
d'Olivet a déjà tenté, avec fuccès , un effai
de profodie ; mais pour rendre cette autorité
plus grande & plus reconnuë , il
femble que l'Académie Françoiſe devroit
fe charger de cette entrepriſe.
J'ajouterai à ce que je viens de dire
fur notre Poëfie , que nous devrions tenter
de faire ufage des vers non rimés ,
l'exemple des Anglois & des Italiens .
Pourquoi fommes -nous les feuls qui négligions
de les employer ? Ils feroient
très -bien placés dans nos Piéces de Théâtre
, où il convient que la Pocfie ne foit
prèfque pas fentie . Milton a écrit fon
Poëme en vers non rimés. La monotonie
de nos vers feroit diminuée ; notre Langue
s'enrichiroit d'excellentes Poëfies ,
de la part de beaucoup de bons efprits
rebutés de ce genre d'écrire , par la
fervitude que la rime impofe ; nous
n'aurions plus tant de vers foibles , qui
font fi fouvent à la fuite des meilleurs
vers , ni ces rimes trop prévues & trop
répétées, dans les cas où un mor a peu de
confonans. Gracès ne va jamais fans traces
; defirs , plaifirs , charmes , allarmes
fe fuivent toujours. Ces défauts contribuent
plus que toute autre chofe à dégoûter
les gens fimplement fenfés, de tra-
D iij
8 MERCURE DE FRANCE.
vailler en vers , quelquefois même de les
lire. D'ailleurs chaque genre a fon prix ,
& peut trouver fa place , & nul n'eft à
dédaigner.
L'entrelaffement des rimes mafculines
& féminines , ne me paroît pas plus néceffaire
à conferver ; il conviendroit d'éffayer
ce nouveau genre : on auroit l'avantage
d'éviter le rempliffage de quatre
vers , qui gâtent tant de Poefies , & qui
rendent les changemens & les corrections
fi difficiles .
La briéveté fert à rendre la Langue
plus préciſe , plus vive , plus énergique :
elle dépend des mots & des tours de
phraſes ; la Langue Françoiſe a en général
fes mots plus courts que la Latine &
l'Italienne ; fes fyllabes muettes n'étant
pas fenfibles
, y contribuent encore :
préfence eft plus court que prafentia ; il
en eft de même de foupire , fufpirat , legere
,
&c. On peut obferver encore
que nous avons prèfque toujours une fyllabe
de moins dans les yerbes cantare ,
chanter , adorare , adorer . Cet avantage
du François , eft encore plus fenfible à l'égard
de l'Italien : io amava ,j'aimois , io
fio amato , j'ai aimé , ioaurei amato, j'aurois
aimé.
lire ,
A l'égard des tours , nous avons prof
SEPTEMBRE . 1760.
ر و ن
trit les périodes de Balfac , nous avons
coupé nos phrafes , nous nous fommes
contenté de lier les idées , en fupprimant
les liaifons artificielles & traînantes des
expreffions ; par ce moyen , nous fommest
parvenus à nous paffer des tours rapides
des autres Langues : cependant , fi nous
pouvions en acquérir quelques - uns , ce
feroit une richelle dé plus.
се
Mais ce qui me paroît défigurer la
Langue , & furtout la Pocfie Françoife ,
c'eft la répétition inutile & vicieufe des
articles . Pourquoi n'ofons - nous dire vertu,
fcience , grandeur , France , homme , femme?
Toutes les autres Langues s'expriment
ainsi , du moins dans les vers ; on
peut hardiment fupprimer l'Article du
Nominatif , prèfque toujours celui de
P'Accufatif ; ceux du Datif & du Génitif
fubfifteroient. Mais ce feroit toujours autant
de fyllabes fuperflues , qui reviennent
fans ceffe , fans ajouter rien au fens
ni à la clarté , dont les répétitions feroient
retranchées. Il feroit utile de
pouvoir faire le même retranchement
dans les pronoms perfonnels , toutes les
fois que le temps & la perfonne peuvent
fe deviner par la prononciation du verbe
; ils fe devineroient prèfque toujours ,
fi nous prononcions notre Langue comme
Div
80 MERCURE DE FRANCE
elle eft écrite ; mais notre prononciation
actuelle eft fi affoiblie , les confonnes qui
terminent les verbes fi peu fenties , fi
peu diftinctes , que cette fuppreffion des
pronoms perfonnels peut être regardée
comme impoffible. On pourroit donc fe
borner au retranchement des Articles le ,
la, les , des . Ils rendroient notreLangue propre
au ftyle lapidaire, qualité qui fans cela
lui manquera toujours.Je fuis intimement
convaincu , que fi l'on faifoit une férieufe
attention ,fur l'inutilité abfoluë de ces fyllabes
vicieuſes , un dégoût juſte & invin
cible s'éléveroit contr'elles , & les profcriroit
fans retour . Peut- être ne fera- t-il
pas inutile , de donner ici un exemple du
changement avantageux , & du caractère
énergique, que cette fuppreffion des Arti
cles pourroit nous procurer. Le voici :
» Gloire , qui vient de conquêtes , ne
fauroit avoir approbation du Sage ; vertu
»doit être fondement de toute gloire.
»Homme fe dégrade lui-même en penfant
"autrement ; voix univerfelle doit s'élever
»contre tout ufurpateur; peut- être, à force
»decouvrir de honte ces ennemis du
genre
"humain , parviendra- t- on un jour à tour-
»ner les efprits des Rois , vers une gloire
"plus digne de ce nom : que Philofophie
»parle , que cri public fe joigne à elle
SEPTEMBRE . 1760. 81
que tous écrivains ne déshonorent plus
>>leurs talens , en célébrant exploits barbares
; tôt ou tard frénéfie d'ambition s'é-
»teindra du moins par honte , fi ce n'eft
»par remords. Rois & Princes font raffafiés
de refpects , richeffes , grandeurs ;
"Admiration eft le feul bien qui leur refte
»à défirer : qu'on ne la leur laiffe efpérer
"qu'unie avec amour : Il faudra bien qu'ils
»fe foumettent à opinion publique , feule
chofe , fur laquelle autorité fuprême ne
"peut rien.
Je fens combien ce foible morceau eft
peu propre à féduire en faveur de mon
fentiment ; il peut fervir du moins à prouver
que l'idée que je propoſe , eſt praticable
; & que cette maniere d'écrire ,
traitée plus heureufement , donneroit à
la Langue , une énergie qu'elle n'a pas .
Toutes nos idées , toutes nos paffions ,
ne font pas douces & foibles ; nous en
avons de fortes & de vives. Le langage
a donc befoin de force & de vivacité ,
pour les exprimer .Ces qualités dépendent
encore des termes & des tours : j'ai fait
voir plus haut , comment nous pourrions
nous enrichir des termes qui nous manquent.
Les tours confiftent dans l'arrangement
des mots ; nous n'avons qu'un
feul arrangement ; c'eft celui de la clarté ,
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
:
de la juſteſſe & de la raiſon ; les paffions
changent cet ordre pour fe peindre plus
vivement , elles employent les inverſions ;
la langue Latine , par fa propre nature ,
les admet & les varie à l'infini ; les langues
modernes , faute de terminaifons
différentes pour le cas des noms , & embarraffées
dans les verbes , par les auxiliaires
, font plus bornées dans leurs inverfions.
Cependant la Langue Italienne en a
infiniment plus que la Françoife , fans
qu'elle ait trouvé , dans fon caractére ,
beaucoup plus de facilité à les employer.
Il a fallu , pour cela , qu'elle altérât fouvent
la clarté du fens , mais les Lecteurs
fe font accoutumés à le deviner ; elle en
a peu dans fa profe ; elle les a multipliées
dans fes vers on ne fauroit trop marquer
de différences, entre la profe & la poëfie ;
celle- ci ne fauroit être trop figurée , trop
animée. L'inverfion eft la fource où elle
doit puifer particuliérement fon caractére
fpécifiques, les beautés éffentielles ; quelle
âme pourroit être infenfible à ces belles
inverfions ?
Illi robur , & æs triplex
Circà pectus erat , qui fragilem truci
Commifit pelago ratem
Primus.
SEPTEMBRE. 1760. 83
Nec quidquam fibi prodeft
Aerias tentaffe domos , animoque rotundum
Percurrifle polum , morituro.
Que l'on déplace les mots primus &
morituro, la penfée perd auffitôt prèfque
toute fa force. Tel eft l'empire de l'oreille
& de nos organes matériels , fur l'efprit
même.
Cependant la Poëfie Françoife n'admet
guères plus d'inverfions, que la profe élevée
, de toutes les Langues modernes , qui
n'avoient pourtant pas moins d'obftacles
à vaincre , la nôtre eft la plus pauvre à
cet égard ; nous fentons nos befoins .
mais notre timidité eft la plus forte.
N'effayerons- nous point de la vaincre ?
L'inverfion excite l'attention , & la fixe
où elle doit être fixée. Dans une phrafet
traînante où tout eft , dit- on , dans l'ordre
naturel , l'attention eft errante , incertaine,&
ne fçait où fe repofer ; il convient
qu'elle foit dirigée , fur les parties
principales du difcours : l'inverfion feule
peut produire cet effet. Les Latins en ont
fouvent abufé , furtout dans la Pocfie
quelquefois même dans la profe : fouvent
on a peine à les entendre ; nous ne craindrons
pas ce défaut la nature de notre
Langue s'oppofe à tout excès en ce genre..
Divi
84 MERCURE DE FRANCE.
Il me femble que nous devrions fon
ger à introduire dans la Langue , le plus
d'inverfions qu'il fe pourroit , lorsqu'elles
feroient placées de maniere à ne point
produire d'ambiguité : c'eft la feule régle
que l'on peut fixer à cet égard ; je me
contenterai de donner quelques exem
ples.
Toutes les fois que le régime du verbe
n'eft pas un accufatif,l'inverfion peut avoir
lieu.Nous difons très-bien :à luifeul s'adref
fent tous mes voeux ; de lui dépend ma
fortune.
Lorfque le régime du verbe eft précédé
d'une prépofition , fur , devant ,
après , fous , à côté , par , pour , &c.
l'inverfion ne peut point non plus produire
d'équivoque : fur cette vafte plaine ,
s'élève un Temple . Sous fon Empire , les
Peuplesfont heureux.
Il y a auffi bien des cas , où l'inverfion
peut avoir lieu , quoique le verbe régiffe
l'accufatif ; par exemple , toutes les fois
que le nominatif du verbe eft un pronom
perfonnel , je , tu , il , parce que ces mots
font éffentiellement nominatifs ; il en eft
de même de qui. Rien ne nous empêche
de dire , avec le Taſſe :
s ;
Je chante les combats , & ce Héros vainqueur,
SEPTEMBRE. 1760 : 851
Qui , le tombeau facré délivra du Sauveur.
Les fucs amers , il boit avidement déçù ;
la vie il a reçu.
Et de la propre erreur ,
Ainfi , on peut bien dire : mille entreprifes
heureuſes tu conçus & exécutas , il
conçur & exécuta.
Lorfque le verbe exprime un fentiment
, & que le régime eft une chofe
inanimée , il ne peut point non plus y
avoir d'équivoque ; ainfi , ces deux vers ,
malgré les inverfions qu'ils contiennent ,
font très clairs.
Plein de ces fentimens , toute gloire mortelle
Ce Héros dédaignoit en fon ardeur fidelle .
Lorfque l'accufatif & le nominatif différent
en nombre , il ne peut point reſter
d'ambiguité ; mes feux , mes fentimens a
emporté dans fa tombe mon premier époux.
Souvent la force du fens fuffit feule
pour lever toute équivoque.
Et par art , Antioche ; & par force Nicée ,
Les fuperbes Chrétiens avoient déjà domptées;
Là , tu le fais , ô Mufe , accourent les Mortels ,
Où prodigue le plus des douceurs enchantées ,
Le féduifant Parnaſſe.
Ces vers , avec bonté , daigne ici recevoir..
86 MERCURE DE FRANCE.
Lorfque le verbe eft neutre , le nominatif
peut très- bien être placé après lui :
cependant brûle & fe confume la malheu
reufe Didon.
Ne pourroit- on pas quelquefois éloigner
le verbe de fon auxiliaire ? Si féparée
je n'avois été d'un époux tendre.
L'adverbe peut auffi n'être pas toujours
uni au verbe : conftamment lafortu
ne lefeconda.
Je trouve encore des cas où le ſubſtantif
& l'adjectif pourroient être ſépa
rés. Pourquoi n'ofons- nous dire >
Quel terrible & funefte , il affronta danger ?
Combien de glorieux il entreprit travaux !
Le fens eft pourtant clair & fans ambi
guité. J'en dis autant de ces vers.
Aux travaux de ſon ſexe , aux fuſeaux , à l'aiguille
Abbaifler ne daigna fes généreufes mains.
Donnera l'Univers , donnera le Ciel même,
A notre fier courage un fecours tout- puiffant.
Tombeau foit cette terre à tous les ennemis.
Le meilleur moyen pour accoutumer
notre Langue aux inverſions, & pour plier
fon génie à cette efpéce de nouveauté ,
ce feroit de travailler à traduire le plus.
fidellement qu'il feroit poffible , des ou
SEPTEMBRE. 1760. 87
vrages de Poëfie Latine , Italienne , Angloife
; le Lecteur fentant le prix des inverfions
heureufes , que le Traducteur
auroit confervées , lui fçauroit gré de les
avoir fait paffer dans notre idiôme , de
jeunes Poëtes avides de fe diftinguer, pourroient
enfuite s'exercer dans ce nouveau
genre : le caractére de notre Langue cefferoit
peut- être enfin de fe renfermer dans
les limites étroites , ou il a été botné jufqu'ici.
Mais il feroit à fouhaiter que l'on
n'employât les nouvelles inverfions qu'avec
choix.Il eft certain que la Langue Latine
les a trop multipliées ; fouvent elles ne
produifent qu'une beauté matérielle ,dont
notre Langue peut très - bien ſe paſſer ;
fouvent la phrafe auroit gagné à être
coupée ; l'habitude méchanique d'arranger
des mots , a entraîné les Latins , &
leur a fait noyer un petit fens dans beaucoup
de paroles artiftement fymétrilées ;
il en peut réfulter quelque agrément pour
l'oreille , fans que l'efprit en foit plus fatisfait
quelquefois elles ne font que
l'embaraffer , & que retarder & brouiller
lęs idées ; on peut fuppléer très heureufement
un grand nombre d'inverfions de
ceite espéce , en coupant les phraſes ; la
clarté , la jufteffe , la force même y gagnent
fûrement. Cet avantage eft fans
88 MERCURE DE FRANCE:
doute préférable à celui de contraſter des
mots , d'où il ne réfulte qu'une illufion
paffagére , que la réflexion diffipe bientôt.
Occupé de la combinaifon pénible
des termes , un Auteur néglige infenfiblement
les idées & les chofes, Si tant
d'ouvrages , qui plaifent en Latin, perdent
fi fouvent leur mérite à être traduits en
François , gardons - nous d'en rejetter la
faute fur notre idiôme ; admirons bien
plutôt la noble & heureufe fimplicité, qui
forme fon caractére , & félicitons - nous
de trouver en elle un creufet affuré , pour
diftinguer l'or pur d'un alliage faux &
frivole . Dégagée du foin de rechercher
des ornemens fuperflus , & privée de
l'efpoir de faire illufion par leur fecours ,
la Langue Françoife ne s'occupe que du
fond des chofes , elle fimplifie , elle épure
, elle preffe les penfées & les fentimens
; elle a l'avantage unique de parler
à l'efprit plus directement qu'aucune
autre .
Cependant , à la fuite d'un nombre
choifi d'inverfions qu'elle pourroit acquérir
, il feroit encore à défirer , comme je
l'ai dit plus haut , qu'elle empruntât de
quelques Auteurs Latins certains tours
vifs & précis, compofés de conftructions
hardies , fouvent même, fans conftruction
SEPTEMBRE. 1760 8
apparente , dont elle tireroit des nouveaux
degrés de vivacité & d'énergie . La
Bruyere , S. Evremont , la Fontaine ,
peuvent fournir des idées de ce ftyle :
une Langue , pour atteindre à la perfection,
doit embraffer tous les genres . Combien
de nuances de ftyle depuis l'élégance
nombreuſe de Ciceron , jufqu'à la nerveuſe
concifion de Tacite & de Sallufte , depuis
Virgile jufqu'à Juvenal & Perfe !
Je fais que la maniere différente de
ees grands hommes , tenoit à leur génie
particulier ; mais ces génies doivent renaître
dans chaque Siécle & dans chaque
Nation lettrée. C'est à ceux qui ſe ſentes
portés par la Nature à quelqu'un de
ces deux genres , à choisir les modéles
qui leur font propres , & à franchir , courageufement
, le joug impofant du ton
dominant de leur fiécle : nous avons affez
de talens , qui pourroient ſe faire un caractére
original ; il ne leur manque que
d'ofer, & de brifer les entraves de l'imitation.
Par là nous verrions , peut- être , renaître
cette précieufe naïveté , cette fimplicité
finguliere de nos premiers Auteurs ;
notre Langue acquerroit une force qu'elle
a enviée inutilement jufqu'ici à la
Langue Angloife.
Malherbe, Racine , Boileau , Rouſſeau,
90 MERCURE DE FRANCE.
ont rendu de grands fervices à leur Langue
; ils ont perfectionné fon élégance ,
fon exactitude , fa pureté , fa nobleffe ,
fa délicateffe , fes graces ; en forte qu'à
tous ces égards , elle ne céde à aucune
autre Langue : peut être ont- ils nui à des
progrès plus utiles , qquu''eellllee auroit pû
faire du côté de la hardieffe , de la vivacité
, de l'énergie , de l'abondance ; je
le répéte encore , ils font venus trop tôt.
Dès Malherbe , on s'eft écrié que cet
Auteur avoit fixé le caractére de la Langue
la Nation fortoit à peine de la barbarie
; dès le premier pas , elle crut
avoir, atteint la perfection. Malherbe
avoit l'âme grande & élevée; il ne lui a
manqué qu'une Langue plus avancée ,
pour déployer fon génie..
:
Racine , admirable par l'analyfe délicate
du coeur humain , par les charmes
délicieux de fon ftyle , par la conduite.
& l'intérêt de fes Piéces , Racine a créé
un genre , dans lequel il ne fera furpaffe
par perfonne. Mais il faut avouer que
chez lui l'élégance continue , a fouvent
étouffé la force.
Boileau étoit affurément un très - bel
efprit ; il avoit éffentiellement le coeur
froid, & l'âme peu élevée ; il fent peu,
il peint agréablement ; plus Verfificateur
SEPTEMBRE . 1760. 91
il
que Poëte , fes vers font rarement produits
la chaleur du fentiment , ou
par
-par la force des idées . Ils font faits , pour
ainfi dire , au compas , on devine les
mots qu'il a trouvés , qu'il a cherchés :
leur arrangement méchanique eft fon
principal mérite . Soutenu par Horace ,
s'eft élevé au- deffus de lui - même dans
fon Art poëtique : il y a pourtant de trèsbelles
chofes dans le Lutrin ; on trouve
dans fes Satyres , beaucoup de traits d'efprit
, agréablement tournés , mais fans
chaleur & fans élévation . Un Poëte fatyrique
pour exceller doit - être doué de cettehumeur
Angloife , pour laquelle nous n'avons
pas même de terme ; & il n'y en a
point , dans Boileau. La Bruyere , fimple
Profateur , l'avoit reçu de la Nature , fon
ouvrage en eft profondément empreint,
Rouffeau , quoiqu'avec beaucoup plus.
de chaleur que Boileau , & avec un ef
prit plus nourri par la Philofophie , manque
encore de véritable énergie ; ingénieux
, pur , correct , élégant , fes penfées
font juftes , folides , grandes , liées ,
ornées agréablement mais fon efpritn'a
pas une certaine profondeur ; & c'eft
chez lui , furtout que j'obferve un grand
nombre d'idées foiblement rendues. L'ex-
´preſſign lui a manqué : j'entens cette ex92
MERCURE DE FRANCE
preffion vigoureufe , ce coup de pincea
du grand- Maître la crainte d'offenfer
l'oreille , l'a trop fouvent arrêté. H n'a
employé qu'un très- petit nombre de ter
mes , dans fes ouvrages de grande Poëfie.
Une idée neuve , exprimée avec des
mots rebattus, ne fçauroit paroître neuve:
l'efprit eft la dupe des oreilles toute
penſée hardie doit être revêtuë d'expreffions
qui le foient. Les plus zélés admirateurs
de ce Poëte , font forcés de con
venir que
fon génie n'a rien d'original.
Ce que je viens de dire de ces grands
hommes , fouffrira fans doute beaucoup
de contradictions ; on fe porte prèfque
toujours à admirer fans réferve , ce qui
eft vraiment admirable à certains égards.
Cependant , je crois n'avoir arraché , de
leurs couronnes , aucun des lauriers qui
leur font légitimement acquis. Je voudrois
feulement qu'on pût fe perfuader
que , pour avoir excellé dans quelques
parties , ils n'ont pas également excellé
dans les autres ; qu'ils n'ont pû ouvrir
toutes les routes à la fois , & qu'il faut
bien fe garder de les préfenter comme
des modéles univerfels.
Créons des termes & des tours forts &
énergiques , nos penfées le deviendront,
Nous avons affez de jolis mots , & par
SEPTEMBRE . 1760. ༡༣
conféquent de jolies idées , & de jolies
âmes. Mais eft-ce tout ? Après un fiécle de
grâces & d'élégance , travaillons à nous
former des âmes hardies & robuftes.
Corneille , Boffuet , la Bruyere , Moncefquieu
, Voltaire & j'ajoute Rouffeau de
Genève,font lesEcrivains que nous devons
choifir pour modéles en ce genre : les penfées
que ces hommes célébres ont réuffi à
bien rendre,font gravées dans tous les ef
prits.Envain des Ecrivains médiocres travaillent
alles retourner; ils nous les offrent
affoiblies ; l'efprit ne les retrouve qu'avec
dégoût. Ce qui eft dit 8 : penfé avec un
certain degré de force , néantit à jamais
toutes les copies froides & imparfaites ;
toute penfée grande & fortement exprimée,
eft immortelle ; l'efprit peut amufer
l'efprit , l'âme feule a droit d'ébranler
l'âme : j'entens par âme, ce caractére fier,
indépendant , original & fublime , cette
chaleur intime & féconde , ce feu , pour
ainfi dire , électrique , qui étincelle rapidement
, qui éclaté , pénétre & communique
de même. Le fentiment coule avec
abondance de cette fource enflammée ; il
fe répand fur les ouvrages de pur agrément
, comme fur ceux de la perfuafion
la plus profonde ; il vivifie les genres
même qui en font le moins fufceptibles .
94 MERCURE DE FRANCE:
Point de génie fans fentiment : Sapho
eft la tendre amante de Phaon ; Montef
quieu & Newton, font les amans fublimes
de l'humanité & de la vérité.
Je crois que c'est grand dommage que
Montagne n'ait pas écrit à Paris ; cette
Ville donne le ton ; elle l'eût reçu de lui
& l'eût rendu au refte de la France : mais
Montagne étoit gafcon , il écrivoit dans
fon pays , il étoit énergique & hardi ; on
admira ces qualités , & on s'en tint là.
Le bel efprit , ce fléau du génie , dominoit
dans la Capitale ; il empêcha les
progrès de ce style expreffif , qui auroit
enrichi la Langue ; cependant Montagne
plaît à tous ceux qui le lifent. On le cite
avec complaifance , & perfonne n'ofe entreprendre
de le traduire en François
pur & élégant. On refteroit au - deffous de
lui , on feroit ridicule. Pourquoi s'efton
amufé fi longtemps à contrefaire le
ftyle de Marot , qui n'avoit en partage
qu'une naïveté agréable ? Le premier modéle
étoit bien plus digne d'être fuivi.
Mais , dira t-on , Montagne faifoit des
barbarifmes . Ah ! nous n'avons que trop
d'Auteurs purs & châtiés , c'eft- à - dire ,
faibles & froids. Il nous faut peut - être
de hardis faifeurs de barbarifines , fans
quoi notre Langue eft expofée à languir ,
SEPTEMBRE . 1760. 21
Tous les fauffes graces d'une élégance pué
rile & de cette délicateffe exceffive à laquelle
on a voulu borner fon caractére :
qualité qui , renfermée dans fes bornes
eft admirable en certains genres , mais
qui devient un vice dans beaucoup d'autres.
Nous n'ofons nommer plufieurs animaux
utiles. Nous craignons de peindre
avec trop de vérité , la mort , la pefte ,
la corruption , le vice. Livrés à un art
recherché , nous dédaignons la fimple
Nature ; il faut que nos Bergers foient
couverts de fleurs ; les arts utiles font
avilis à nos yeux délicats.
Chaque mot a fa place dans un certain
ftyle , il n'en fçauroit fortir ; tout écrit
élevé eft prèfque toujours bourfouflé &
vuide de chofes ; il faut fe faire entendre ,
par des périphrafes qui affoibliffent ; on
ne peut appeller prèfque aucune chofe
par fon nom dans le ftyle noble.
Nous fommes , par cette même délicareffe
, très- bornés dans le choix des images.
Combien en eft- il que nous admirons
dans Virgile, & dans Homere, & que notre
Langue ne peut admettre ? Le fentiment ,
dans nos ouvrages , eft toujours enflé
guindé , réfroidi, par un acceffoire de nobleffe
. Le naturel , le fimple , le vrai ,
66 MERCURE DE FRANCE:
nous paroît ignoble. La plupart des beau
tés naïves des tragiques Grecs , font perdues
pour nous .
t
Je trouve les fources de cette fauffe
'délicateffe , dans les idées relatives de
grandeur & de baffeffe qu'infpire la M
narchie ; dans le luxe , l'oifiveté , la fo
ciété trop affiduë ; & furtout , dans la fo
ciété des femmes.
La diftinction des rangs , l'orgueil &
la vanité qu'ils font naître , rejettent néceffairement
un mépris injufte fur lés
états inférieurs . Le luxe amoureux de
'Arts agréables , avilit par comparaifon
les Arts néceffaires . L'Oifiveté fille de la
Richeffe dédaigne les travaux utiles. La
Société, en rapprochant ces différens états,
infpire un refpect , une dépendance , une
fauffe honte , vis- à-vis de ceux qui font
plus élevés : ainfi tout prend une tendance
générale d'admiration & d'imitation ,
vers les premiers rangs , vers leurs moeurs,
leurs ufages , leurs ridicules même & leurs
vices : tout concourt à l'aviliffement des
autres , de leur utilité même , de leurs
travaux & de leurs vertus .
Enfin , la fociété habituelle des femmes
achéve de nous féparer de la noble & fimple
nature : élevées prèfqne toutes dans la
frivolité,dans l'art unique de plaire , elles
nous
SEPTEMBRE . 1760 . 97
nous y ramenent par le foible qu'elles
nous infpirent : jufte punition de l'éducation
à laquelle nous les avons condamnées
; elles nous donnent leurs propres défauts
, qu'elles doivent à notre tyrannie ;
nous fommes forcés de nous plier à leur
goût étroit & exclufif , à leurs paffions ,
qui veulent toujours être remuées en bien
ou en mal , à leur amour- propre , qui les
dégoûte de tout ce qui ne les flatte pas ,
de tout ce qui n'eft pas dirigé à leur amufement
; elles donnent le ton ; elles jugent
; elles prononcent d'après leurs idées
petites , foibles & fans principes : la Nature
eft méconnue , le génie fe glace , fe
rétrécit , & quitte les grands objets .
Chaque génération de ces idoles de
paffage , a fon bon ton dominant ; tout
ouvrage qui n'en porte pas l'empreinte ,
n'eft ni lû , ni vendu , ni prôné : tout Auteur
veut l'être que faire donc : Suivre
le torrent , ne rien produire d'élévé ni de
fort , oublier la poftérité , & fe borner à
la gloire honteufe d'avoir perfectionné la
corruption de fon fiécle. Ainfi , l'esprit
rampe fucceffivement dans un cercle rapide
de modes inconféquentes , outrées
& méprifables.
Le tourbillon des femmes renferme
une multitade d'hommes , plus femmes
E
98 MERCURE DE FRANCE
qu'elles , avec qui elles veulent bien par
tager leurs droits . Ces efclaves brillants
deviennent , en concurrence avec elles ,
tyrams , protecteurs & corrupteurs des
talens tels font les Juges qui affignent
les rangs dans les Lettres : l'homme de
fens , l'homme folidement inftruit fe tait ,
ou ne parle qu'à l'écart ; il n'a point de
paffions , de vices , de rang ni de place ,
c'eſt un être iſolé , & qui d'ailleurs , devient
tous les jours plus rare : il n'eft
point à la mode , parce que le bon fens ,
le mérite , l'honnêteté , la vertu n'eft
point de mode ; la folie , les vices , les
ridicules, triomphent impunément & lans
obftacles.
La mode est toute- puiffante en France ,
mais toute mode finit ; & la derniere jette
, néceffairement , un ridicule fur celle
qui l'a précédée : Les Héros & les Héroïe
nes du jour , dépouillés enfin de ce qui
féduit ou qui impofe , finiffent par devenir
des Marquis de Mafcarille , & des
Fées gothiques ; les Livres de mode les
plus admirés , font relégués parmi les
vieux portraits.
Cependant , l'ambition des hommes
de Lettres eft d'être auffi les hommes
du jour. Ils y parviennent par la baffeffe
& les lâchetés ferviles , qu'ils prodiguent
SEPTEMBRE . 1780: 59
dans leurs ouvrages. Voyez dans leurs
écrits , & furtout fur la fçéne , de quelles
couleurs brillantes ils peignent l'homme
à la mode , combien l'homme vertueux
eft obfcurci , abaiffé , facrifié ; s'ils
attaquent le vice & la folie , c'eft avec
des armes fi polies , des traits fi adoucis ,
qu'ils femblent plutôt flatter que combattre
quel bien ne feroit pas au contraire
une fatyre vigoureufe ? Elle éclaire-
Toit les foibles & la multitude : mais on
craint de paffer pour dur , de n'être plus
admis dans le monde , on trahit la Nation
, la vertu , fon propre honneur .
C'eſt aux gens à talens à fentir leur
fupériorité , & la haute dignité de leur
miniftére eux feuls peuvent oppofer une
barriére folide au torrent du faux goût &
des moeurs vicieuſes ; c'eft à eux de fubftituer
aux puérilités des jargons de mode ,
l'abondance & l'énergie qui conviennent
à la Langue d'un Peuple illuftre fa
par
puiffance & par fes lumieres : qu'ils faffent
paffer dans le langage les richeffes
du génie , & les graces folides de la vertu
; ils les communiqueront
juſqu'à nos
ames , leurs écrits feront immortels , &
la Nation s'élevera.
Il me refle à réfoudre une objection
importante , qui fe préfente naturelle-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ment : & nous nous déterminions à enrichir
notre Langue d'une foule de mots
nouveaux , à multiplier les inverfions , à
retrancher les articles , les ouvrages que
nous admirons le plus deviendroient gothiques
; Racine vieilliroit , nous le regarderions
du même il dont nous voyons
aujourd'hui Rotrou en voulant acquérir
des richeffes incertaines , nous perdrions
fûrement celles que nous pollédons , tout
l'édifice de notre Littérature feroit renverfé.
Je réponds 1. Que fi par ces change
mens , il arrivoit qu'une multitude d'ou
vrages médiocres & foibles , fût plongée
dans l'oubli , cette partie ne feroit pas à
regretter.
2°. Je foutiens que les ouvrages vraiment
bons fubfifteroient toujours : nous
en avons la preuve dans l'état préfent
de notre Littérature : Corneille quoique
vieilli , refte en poffeffion de notre
Théâtre. Montagne eft toujours lû . Les
bons écrits fubfifteroient même tout feuls
au milieu du naufrage des autres , ce qui
feroit un très- grand avantage.
3. Si les perfonnes qui compofent le
cercle frivole du monde , perdoient une
partie du goût vif qu'elles ont pour ces
ouvrages , le mal ne feroit pas grand ,
SEPTEMBRE. 1760. ΙΟΥ
il n'en réfulteroit aucun inconvénient réel
pour les Lettres.
4. Les Philofophes , les vrais Littérateurs
, les bons efprits ne cefferoient jamais
de lire , de méditer ces excellens
écrits , de foutenir leur réputation & de
les choifir pour modéles ; ainfi le progrès
des Lettres n'en feroit pas moins affuré ,
ce qui eft le feul point capital.
5 °.Que le plaifir qu'on auroit à les lire,
fût plus ou moins diminué , ce ne feroit
tout au plus que la perte de quelques fen,
fations agréables , qui feroient fûrement
remplacées par d'autres ; leurs penfées ,
leurs vues , leur ordonnance ne fçauroient
périr , & c'est tout ce qu'il feroient utile
de confer er.
6°. Si des penfées que l'on croyoit for
tes , ceffoient de paroître telles , ce ne
feroit que par comparaifon avec d'autres
vraiment fortes que nous aurions acquifes ;
nous n'aurions perdu qu'une erreur , nous
aurions gagné une vérité : fi des chofes
qui nous fembloient exprimées avec grâ
ce , paroiToient perdre cet agrément ,
ce ne feroit qu'un preftige dont nous aurions
reconnu l'illufion ; ce qui paroît
beau , ne peut être éffacé que par des
beautés plus réelles .
7°. Notre bonne Littérature n'a duré
E iij
to2 MERCURE DE FRANCE
encore qu'un fiécle : nous n'avons qu'un
petit nombre d'ouvrages de génie : notre
Monarchie, & par conféquent, notre Langue
, dans la conftitution actuelle des
chofes , doivent durer vraisemblablement
un très - grand nombre de fiécles ; feroit - il
raifonnable de les facrifier tous à la confidération
d'un feul , & d'immoler d'avance
les efforts multipliés que doit faire
notre poftérité , aux petits progrès que
nous avons faits dans un fi court eſpace
de temps ? Nous fommes encore au berceau
, nous ne faifons que de naître ;
voudrions-nous borner l'âge viril , qui
doit nous fuivre , à nos foibles facultés ,
qui font à peine dévéloppées ?
Si l'on objecte encore que les Arts font
bornés ; que , dans les Nations Lettrées ,
ils n'ont eu qu'un beau fiécle ; que nous
avons eu le nôtre , & que par conféquent ,
ces progrès , dont on nous flatte , ne peuvent
avoir lieu que dans le carrière des
Sciences , & non dans celle des Arts &
des Lettres.
Je dirai , qu'il eft peut-être téméraire
de juger des progrès, dont l'efprit humain
eft fufceptible , d'après des expériences
imparfaites ; & qu'il feroit néceffaire dé
les avoir bien plus multipliées , pour por
ter un jugement certain fur un objet fi
SEPTEMBRE. 1760. 103
vafte & fi compliqué . On a cru longtemps
que les Grecs & les Latins avoient
tout perfectionné, tout épuifé ; cependant
on fe trompoit les Auteurs modernes
ont du moins ajouté des dévéloppements
fout nouveaux , aux germes précieux que
nous avoient laiffés les Anciens : les grands
Orateurs & les grands Poëtes François ,
ont dû fe faire un caractére original ,
malgré les talens & les fuccès de ceux
qui ont écrit dans les beaux jours d'Athénes
& de Rome.
Si plufieurs peuples n'ont eu qu'un
beau fiécle , ce n'eft pas qu'ils euffent atteint
les limites des Arts ; tout ce qui
s'est fait depuis eux , prouve invinciblement
la fauffeté de cette prétention ;
dira- t- on que c'est la perfection où les
Romains avoient porté les ouvrages de
théâtre , qui les a forcés à dégénérer en
cette partie Le génie des Grecs & des
Romains , a baiffé tout à la fois , & dans
les genres qu'ils avoient traités avec le
plus de fuccès , & dans ceux où ils n'en
avoient eu que de médiocres : c'est donc
à des caufes étrangères , & tout - à - fair
différentes , qu'il faut attribuer leur décadence.
Il feroit fuperflu de les recher
cher ici.
Les Anciens ont trouvé les vrais prin
E iv
104 MERCUREDE FRANCE.
cipes , ils ont créé les genres ; c'est une
gloire unique qu'on ne peut leur conteſter
; mais ils n'ont fait qu'effleurer la
connoiffance de l'homme & de la nature ;
il nous refte à l'approfondir. L'invention
de l'Imprimerie a changé la face du
monde fçavant . Toutes les nations réunies
par elle , ne forment plus qu'un feul
empire des Lettres . L'émulation n'eft plus
de citoyen à citoyen ; elle eft de peuple
à peuple les diverfités des moeurs forment
autant de manieres différentes de
voir , de penfer & de fentir , & leurs
communications préfentent encore autant
de modifications nouvelles . Telle eft
la vafte carrière qui s'offre à nous les
Anciens avoient les talens d'un homme
four modéles ; nous avons ceux du genre
humain : que ne doit - on pas attendre de
cette émanation de lumiére rapide , immenfe
, immortelle ? De cette émulation
univerfelle & active , dont les rayons infinis
fe coupent , fe croifent & s'étendent
en tout fens Les ? obfervations de la Nature
, auxquelles notre fiécle s'eft livré ,
fuffiroient feules , pour fournir un fonds
intariflable de nouvelles richeffes à l'éloquence
& à la Poëfie ; ajoutons à tous ces
avantages , que nous n'avons plus d'obftacles
étrangers , ni d'irruptions de bar
bares à redouter.
SEPTEMBRE . 1760. 105.
Si de ces confidérations , je defcends à
l'examen particulier des progrès de notre
Nation , je trouve qu'elle a anályfé le
coeur humain avec une très - grande fupériorité
; mais , qu'il s'en faut bien qu'elle
ait atteint le même degré , dans les def
criptions de la Nature en général ; occiipée
des détails de nos curs paffagéres
& mobiles , cette partie eft reftée abfolument
neuve ; les idées fimples , primordiales
, & communes à tous les hommes ,
ont été négligées . C'eft pourtant dans ce
genre feul ,
feul , que l'on peut faire des oavrages
vraiment durables. Bien loin que
nous ayons tenté de peindre les effets infinis
de la Nature , avons nous feulement
une defcription du printems . faite
avec génie L'Angleterre , l'Allemagne
même , nous ouvrent la route , & nous
ne fongeons point à les fuivre ; cependant
Ce nouveau genre auroit de plus l'avantage
de développer le talent dans toutes
les Provinces de la France , & de le retifer
de l'imitation fervile de l'efprit de
mode de la Capitale , qui la rabaiffe &
lui ôte les moyens de fe diftinguer . Combien
comptons -nous de Poemes épiques ,
d'Epitres & d'Odes dignes d'être admirées
heureuse néceffité , où nous nous
trouvons ! Pour nous faire un caradire
-
Ex
JOG MERCURE DE FRANCE .
origin , il ne faut que revenir à la Na→
ture ; c'eft principalement dans cette carriére
, que nous fentirons la difette de
notre langage , & la néceffité de l'enrichir.
La Langue eft l'inftrument du génie ,
laiffons - lui la liberté de la perfectionner ;
nous en fecueillerons bientôt les fruits .
Fermer
Résumé : OBSERVATIONS Sur la Langue Françoise.
Le texte traite de l'importance et de l'évolution de la langue française, mettant en avant ses qualités telles que la clarté, la justesse et l'abondance. Cependant, il reconnaît que le français est moins riche en vocabulaire comparé à certaines langues anciennes et modernes. Pour pallier cette lacune, l'auteur propose de créer un dictionnaire des expressions manquantes en empruntant des mots au latin, à l'italien, et en réintroduisant des termes anciens et des diminutifs italiens. Il critique l'attitude conservatrice envers les innovations linguistiques et prône une plus grande liberté dans la création de nouveaux mots. Le texte aborde également les caractéristiques phonétiques et prosodiques du français, défendant les 'E' muets pour leur rôle dans l'harmonie des vers. Il compare les vers français aux vers latins, soulignant une plus grande variété et douceur dans les premiers. Pour améliorer la poésie française, l'auteur suggère de fixer la prosodie par des règles écrites et d'explorer l'usage des vers non rimés. En matière de prose, le texte recommande l'utilisation de phrases courtes pour améliorer la clarté et suggère d'emprunter des tours vifs et précis à des auteurs latins. Il critique la langue contemporaine pour son raffinement excessif et son éloignement de la simplicité, influencés par la monarchie et le luxe. La tyrannie des modes littéraires et sociales en France est également dénoncée, car elle impose un goût étroit et favorise les œuvres flatteuses plutôt que celles de véritable qualité. L'auteur met en garde contre l'admiration excessive des grands écrivains et souligne que les talents supérieurs doivent résister au mauvais goût pour enrichir la langue. Il affirme que les œuvres médiocres seront oubliées, tandis que les grandes œuvres subsisteront. Le texte appelle à un retour à la nature pour enrichir la langue et le génie français, notant que la France a négligé la description de la nature, un domaine où l'Angleterre et l'Allemagne excellent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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116
p. 14-43
L'ÉLÉVE DE LA NOUVELLE HELOISE, OU LETTRES de Madame la Marquise de *** à Mde la Comtesse de ****.
Début :
AVIS DE L'EDITEUR. On convient généralement de l'austérité [...]
Mots clefs :
La Nouvelle Héloïse, Amie, Coeur, Julie, Amour, Vertus, Lettres, Père, Vie, Âme, Lettre, Fille, Mère, Temps, Ouvrage, Amant, Roman, Nature, Tendre, Enfants, Bonheur, Homme, Comtesse, Force, Peine, Vérité, Raison, Livre, Plaisir, Aimer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ÉLÉVE DE LA NOUVELLE HELOISE, OU LETTRES de Madame la Marquise de *** à Mde la Comtesse de ****.
L'ÉLÉVE DE LA NOUVELLE
HELOISE ,
OU LETTRES de Madame la Marquife
de *** à Mde la Comteffe de **** .
O
AVIS DE L'EDITE U R.
N convient généralement de l'auftérité
des leçons que l'on rencontre dans
le Roman de Julie. Perfonne ne l'a lû
fans fentir la force avec laquelle l'Auteur
attaque des ufages & des moeurs , que
bien des gens ont intérêt de défendre.
Il eft certain, malgré cela, que ce fexe aimable
que les hommes accufent de foibleffe
, & qu'ils prennent tant de peine à
corrompre ; ce fexe naturellement honnête
& fenfible , a mieux faifi qu'eux les
différentes beautés de la nouvelle Hé-
Loïfe . Pour peu qu'on cherche la caufe de
cette vive impreffion , on la trouvera
dans la vérité du ſentiment toujours plus
proche du Génie & de la Raiſon , que les
fubtilités de la critique. Les régles d'après
lefquelles on croit fouvent juger ,
ont été d'abord créées par des efprits vafAOUST.
1761. 15
tes & des âmes fenfibles. Il eft vrai qu'elles
exiſtoient avant eux fans être connues ;
mais ils en ont fait ufage les premiers.
Il faut fans doute fe laiffer aller au
mouvement de la Nature , ou être l'égal
de ces grands Génies , pour juger d'après
ces mêmes régles que tant de circonftances
varient .
L'Éditeur de ce petit ouvrage, dans lequel
on trouvera l'extrait d'une partie
de l'Héloife , a eu les quatre Lettres fui
vantes d'une Dame qui eft intime amie
de celle qui les lui a effectivement écrites.
Elle n'y a changé que quelques lignes ,
par pudeur & par difcrétion . On a imagi
né que le Public y verroit avec p'aifie
l'aveu fimple & vrai de l'impreffion que
doit faire cet ouvrage fur une âme tendre
& vertueuſe.
LETTRE PREMIERE.
SIItôt que le rétabliffement de ma fanté
me l'a permis , j'ai fuivi vos confeils ,
mon aimable amie , j'ai quitté mon appartement
le plutôt qu'il m'a été poffible
; & je commence à jouir des beautés
de la faifon. Cependant on ne me permet
pas encore de faire de longues promena16
MERCURE DE FRANCE.
des : cela m'afflige ; cette diverfion m'a
voit paru propre à diffiper je ne fçais
quelle langueur , dans laquelle je tombe
infenfiblement , furtout depuis ma derniere
maladie.
Je vois que mes efpérances m'avoient
féduite ; ma fille & mon fils , au lieu de
m'amufer , m'excédent tous les jours da
vantage leur gaîté bruyant e mere au
gue au point que je vais les mettre au
Collége & au Couvent . Mon mari me défole
par les leçons éternelles qu'il me
donne fur leur éducation . Il m'en écrit
fans ceffe de fon vieux Château , où fans
doute il n'a rien de mieux à faire . Eft-ce
que l'état de mes enfans n'eft pas décidé
par celui de leur pere ? Leur fortune eft
affurée; que m'importe le refte. Ils feront
comme les autres : je n'ai pas plus d'am- _
bition que cela.
Les principes de mon mari font tout
différens. Il voudroit me perfuader que
je ferois le modéle des femmes de mon
fiécle , fi j'avois le courage de me retirer
dans fon antique Château. A la vérité
nous y vivrions plus abondamment avec
une fortune médiocre ; mais auffi plus de
Spectacles , plus de Bals , plus de Livres
nouveaux , plus de ces Phènoménes du
bel- efprit , que l'on voit avec autant de
AOUST. 1761 . 17
cariofité qu'une chofe extraordinaire. J'au
rois en revanche des avenues fans fin
des bofquets enchantés , des parterres ,
des potagers ; & avec tout cela des Provinciaux
mauffades , & cette uniformité
continuelle que je ne pourrois fupporter.
>
Au refte , ce n'eft point l'amour , ce
premier fentiment de mon coeur qui
m'attache au lieu , où il a pris naiffance :
il me femble que ma paffion s'affoiblit
tous les jours , puifque j'ai pu réſiſter
à la préſence de celui qui me l'avoit inf
pirée ; l'abfence doit en effacer enfin le
Louvenir.
Quoiqu'il en foit , j'attends les lettres
où l'on me parle du Chevalier, avec moins
d'impatience ; & les miennes fout fi froides
& fi réservées , que je n'écris rien que
je ne puiffe dire en public.
Je vois cependant avec peine que la
lecture n'eft pas encore une refource &
un amuſement pour moi . Je me fuis fait
Lire pendant ma maladie trente volumes
de Romans : ils me touchent ; mais ils
m'attriftent , & il ne m'en rete rien .
J'entends parler depuis quelques jours de
la nouvelle Héloïje : envoyez -moi , je vous
prie , cet ouvrage , fur lequel on pronɔnce
fi diverſement . Il partage , à ce qu'on
m'a dit, la Ville & la Cour. J'ai vû ces der18
MERCURE DE FRANCE.
niers jours quelques-uns de ces efprits à
la mode , qui donnent le ton : ils m'ont
confirmée dans cette incertitude. Les uns
élévent aux nues le Livre nouveau ; d'au
tres qui n'approuvent rien , en difent
beaucoup de mal . Ces Meffieurs m'avertiffent
que j'aurai tort de ne pas m'ennuyer
de la longueur des differtations ;
enfuite comme moraliftes , ils font fâchés
de trouver dans un livre de Philofophie
des foibleffes trop excufables & trop
agréablement décrites.
Pour moi je ne connois de Juges fur
un ouvrage de cette nature que le coeur
ou le génie. Le dernier eft bien rare , &
le fecond commence à le devenir. Il y a
cependant longtemps que le Public a appellé
du Defpotifme , auquel les Maîtres
de l'esprit prétendent l'affujettir.
Quoi des milliers de fuffrages s'a
néantiroient devant leurs décifions ? Quoi !
ce jugement , ce cri univerfel d'une multitude
d'âmes fenfibles , cette apologie
univerfelle & involontaire feroient tranfformés
magiquement eft un froid mépris ?
Quoi ! lefel d'une Epigramme éteindroit,
dénatureroit le fentiment même ? C'eſt lui
feul que je veux confulter : jamais ceux
de la partialité de l'envie , de l'orgueil
de je ne fçais quelle inquiétude impérieuAOUST.
1761 ; 19
fe ne feront la regle du plaifir ou du dé
plaifir de mes lectures . S'ils en impoſent
aux efprits foibles , qui n'ont d'avis que
par infpiration , ils révoltent toujours l'équité
du Sage & du Philofophe , qui
fent & qui juge , parce qu'il penfe , fans
avoir befoin qu'on le faffe penfer.
›
Envoyez moi donc au plutót , ma chère
Comteffe cette nouvelle Héloïfe. Quel
plaifir , fi votre rhume étant entiérement
fini , vous pouvez me l'apporter vousmême.
Je vous réponds que je trouverois
le nouveau Roman admirable .
LETTRE DEUX I E ME.
'AVEZ Vous allez réfléchi , mon aima
ble amie , à la terrible nouvelle que vous
m'apprenez , lorfque vous m'avez mandé
que le Chevalier va arriver de Malthe ?
Vous m'écrivez froidement , que graces
aux réfléxions que j'ai eu le temps de faire,
fon retour ne fera pas difficile à fupporter.
En vérité , vous en parlez bien à votre
aiſe . Vous n'avez jamais eu de paffions à
combattre.
Je fuis vos avis , autant que cela eft'
en moi je m'occupe davantage ; je me
20 MERCURE DE FRANCE:
proméne beaucoup ; & j'ai déja lû quelques
lettres de votre nouvelle Héloïfe.
Je me repens bien d'avoir commencé.
cette lecture : je voudrois avoir la force
de la quitter. Comment avez vous eu l'imprudence
de m'envoyer ce maudit Roman
? Ne voyez vous pas que Julie eft
tout au moins auffi vertueufe que votre
amie : elle ne peut aimer davantage ; cependant
elle va bientôt fuccomber . Falloit-
il m'offrir un fi dangereux exemple ?
Que vous avez mal pris votre temps pour
me prêter des livres d'amour ?
Que vais je devenir féparée de mon
amie , éloignée d'un mari eftimable, dont
l'amitié & les procédes ont fouvent rallenti
les progrès de ma paffion ? Il m'impatiente
cependant avec fes perfécutions
éternelles , pour m'engager à me confiner
dans fon hermitage . Pour comble de malheur
, je fuis ici toute feule avec mes enfans
, qui deviennent tous les jours plus
indociles & plus infupportables. J'ai bien
peur qu'ils ne finiffent par être méchans
& ingrats.
Mes voisins , que je fuis forcé de voir
quelquefois,font facilement ennuyeux , &
fe formalifent de tout . Je ne reçois point
de lettres de Paris , qui ne foient remplies
de tracafferies & de méchancetés.On
AOUST. 1761 . 23
ne m'apprend que des Hiftoires fcandaleufes:
tous les gens de ma connoiffance
fe déchirent & fe haiffent. Comment
voulez- vous que je m'accoutume à les aimer?
Quelle confolation une femblable
fociété peut -elle répandre fur ma vie ?
Sans le fentiment dangereux qui foutient
mon coeur , mon exiftence me ſembleroit
d'un poids infupportable. L'amour , le
feul amour nous rend infenfibles à mille
contrariétés : il fait diverfion avec les
fpectacles continuels de l'injuſtice & de la
méchanceté des hommes . Ce n'eft pas que
je me cache à moi - même la honte & la
trifteffe , qui fuivent fouvent fes pas .
Hélas ! ma chere amie , vous favez tou
tes les réfléxions que nous avons faites
cent fois fur les aventures de plufieurs
femmes élevées avec nous . Nous n'avons
prefque jamais vu que des Amans malheureux
ou ennuyés ; cependant, quoique
bien avertis , nous finiffons prefque toujours
par aimer.
Je me perds , je vous l'avoue , dans
mon coeur & dans ma raiſon. O ciel ! eftil
concevable , que quatre lignes écrites
au hazard fur un bruit vague & peu cer
tain , caufent une fi grande révolution
dans un coeur? Non , je ne faurois vous exprimer
le défordre caufé dans tout mon
22 MERCURE DE FRANCE.
être , par ce que vous me dites du Che
valier. Je ne fuis plus la même ; je n'ai
plus les mêmes idées ; mes principes va▾
rient : ce qui me fembloit raisonnable ne
me paroît plus que chimérique & fouvent
ridicule .
Cependant , ma chere amie , je fens
que je tiens encore à ma réputation , à
ma vertu & à l'eftime publique ; je lens
que je dépens plutôt de l'opinion que l'on
a de moi , que de celle que l'on en devroit
avoir. Ce contentement de foi- même
; ce fentiment tout intérieur dont no .
tre vieille parente parle fans ceffe
pourroit-il habiter fur la terre ? N'en déplaife
à toutes ces prudes , comment feront
elles pour nous perfuader que la fidélité
conjugale eft une vertu réelle , &
que l'ennui , dont elle eft fi fouvent accompagnée,
n'eft qu'une chofe arbitraire?
Je fens pourtant . ..je fens
que je tiens encore à quelque chofe d'inexplicable.
Il me feroit échappé aujour
d'hui bien des extravagances, fi je ne m'é-
Cois pas méfiée de ma tête. Elle est dans
un étrange état. Ah ! ma Comteſſe , que
vous avez mal fait de m'envoyer cette
Hiftoire de Julie! pour vous en punir, vous
n'aurez de mes nouvelles que lorsque j'au
rai lû les fix volumes.
AOUST. 1761. 23
LETTRE TROISIEME.
J'ai achevé ce matin , ma chere amie ;
votre nouvelle Heloife . J'ai éte fi occupée
de cette lecture depuis que je l'ai com-
-mencée , qu'il y a plus de vingt- quatre
heures , que je n'ai penſé à toutes les extravagances
qui rempliffent fouvent mes
Lettres.
Je ne faurois vous dire encore toute
l'impreffion que m'a fait cet Ouvrage. Ce
n'eft point feulement un livre de Philofophie
; ce n'eſt point l'hiſtoire d'une Héroine
de Roman ; c'eſt celle du coeur hu- ;
main , vu ſous le plus beau jour , c'eſt- àdire
, au milieu des foibleffes les plus excufables
& des vertus les plus réelles. On
y trouve le développement de la rai on la
plus profonde , avec celui des Sophifmes
qui combattent fous l'ordre des paffions :
la vérité eft fans ceffe à côté de l'erreur :
l'erreur n'eſt jamais honteule ; & la vérité
eſt toujours aimable.
On trouve d'abord dans Julie une fille
charmante & fenfible , attaquée par tous
les traits que l'amour peut lancer ; elle a
contre elle le refpe&t de fon amant , la
violence de fon amour , les preftiges d'une
24 MERCURE DE FRANCE.
imagination vive & brillante , fa candeur ,
fa jeuneſſe , fon coeur & la beauté. Ces
redoutables ennemis triomphent de fon
honneur , fans pouvoir détruire les vertus,
ni même obfcurcir longtems les lumiéres
de fa raiſon. Tout eft grandeur & féduction
dans Julie. Ses fautes ont quelque
chofe qui les éléve ; fes vertus les plus auftères
ont je ne fçai quoi d'intéreffant , fes
confeils, fes remontrances, tout ce qu'elle
dit , tout ce qu'elle peut dire , reçoit l'expreffion
douce & touchante d'un âme tendre
& élevée.
Hélas ! ma Comteffe , que l'on fait volontiers
connoiffance avec cette fille àimable
& paffionnée ! .... Encore attaché
par fes erreurs , dont on trouve auffi la
fource trop attrayante , inſenſiblement on
s'accoutume à aimer celle qui doit bientôt
nous forcer au reſpect.
On trouve enfuite dans cette fille adorabte
un Philofophe & un Moralifte , que
l'on ne peut refufer d'entendre. Ce Philofophe
nous inftruit en même temps par fa
folie & fa raifon , par fes vertus & fes
foibleffes, par les réfléxions & fes remords.
Ce n'eft point par une tranfition fubite
que l'on paffe du goût à l'admiration : on
voit rapidement dans le principe des fau-
Fes
AOUST. 1761 . 23
res de Julie toutes les réflexions qu'elle eſt
au moment de faire .
A chaque page on s'attache plus fortement
à elle. Les événemens de ce Roman
font des événemens ordinaires . Les fituations
font fortes & grandes , mais fi naturelles
que les coeurs de tous les hommes
peuvent facilement les rencontrer. Voilà
d'où reffort la fublimité des idées , & les
traits du génie , auffi aifées à fentir , que
difficiles à imaginer.
Si l'on rencontre des fentimens trop
au- deffus des fiens , ils émeuvent plutôt
qu'ils n'éblouiffent . Ils touchent l'âme qu'ils
élévent. On ſoupire en les admirant on
cherche à fe les approprier. Si l'efprit
quelquefois diftrait du principal intérêt fe
voit forcé à fuivre une differtation longue
& férieufe , elle fe préfente fi naturellement
, & elle paroît fi importante par fon
objet , que l'intérêt perfonnel foutient la
curiofité.
Ne trouvez vous pas , ma chère amie ,
que l'on fe repofe avec une douce fatiffaction
au milieu de ces peintures fimples
& magnifiques , des vertus fociables , des
vraies beautés de l'ordre & de la réalité
des devoirs , qui font de tous les temps &
de tous les lieux ? N'avez-vous pas remarqué
que le bonheur de l'innocence par
-B
26 MERCURE DE FRANCE.
tout exalté , eſt toujours en action & en
vue , pendant que celui qui bleffe les loix
de la pudeur ne marche que d'un pas tremblant
, au milieu de l'incertitude & de la
crainte.
Julie & fon amant ne croient entrevoir
un état doux & tranquille que lorsqu'ils
penſent n'avoir plus de reproche à fe faire.
Ils paroiffent alors moins paffionnés , fans
devenir moins intéreffans. Loin d'avoir
perdu de fa fenfibilité , leur âme , fur- tout
celle de Julie , en fe répandant fur plus
d'objets ne fe montre que plus fenfible .
L'on n'apperçoit cependant que le développement
naturel de fon caractére.Infenfiblement
l'on change avec elle : on paſſe
à des fentimens moins tumultueux & plus
durables. La tendre humanité rencontre
des coeurs déjà gagnés , où les traits chers
& facrés fe gravent plus profondément .
On voit fous un jour nouveau le touchant
plaifir de faire du bien : l'amitié brille d'un
plus vif éclat : elle fe montre au milieu du
contentement de foi-même. Elle eft environnée
du repos & de la paix.
Quel fpectacle , que celui d'une famille
refpectable & heureuſe , confondue avec
de vertueux amis , avec des domeftiques
fortunés & reconnoiffans ; en qui l'attachement
& l'honneur éffacent la honte de
AOUST . 1761. 27
"
la fervitude ! quel tableau , que celui de
plufieurs êtres raffemblés fous un même
point de vue , qui s'eftiment & s'aiment
avec tant de raifons de s'aimer !
Les images grandes & flatteufes font
encore embellies par les charmes d'une vie
champêtre. On reçoit une nouvelle éxiftence
; on fe rapproche de la nature : on
fent renaître dans fon coeur l'efpoir confolant
d'un bonheur plus réel .
Je me fuis apperçu , ma chère amie ,
que ces plaifirs nouveaux , dont je ne m'étois
jamais formé d'idée , fupportent le
coup d'oeil de la Raifon . Ils s'embelliffent :
même , à mesure qu'elle les confidére.
Voilà par quelle route le Philofophe de
Genêve parvient à nous conduire dans des
lieux fi peu connus & fi peu defirés , dont
on ne voudroit plus fortir. Il a l'art de
préparer , fans que l'on s'en doute , tout
ce qui eft néceffaire pour nous rendre capables
d'écouter ces fublimes leçons . Vous
fentez bien , qu'il a dû commencer par
nous plaire : il a fallu nous accoutumer
doucement à la raifon . Voilà fans doute
pourquoi l'Auteur a pris la peine de fuivre
pas à pas nos extravagances & nos foibleffes.
Je vous difois , ce me femble , il y
a quelques jours , que le peu d'utilité de la
plupart des livres de morale naît du ton
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
defpotique de l'Auteur . Il eft vrai que l'on
imagine le voir regarder du haut de fa
raifon nos folies & nos malheurs . Il femble
qu'il fe dife impénétrable aux paffions
humaines. Ces mêmes paffions font elles
feules en action dans la plupart des Romans
ou bien l'on y rencontre au milieu
d'une troupe de fous ,, des perfonnages fi
ennuyeux & fi parfaits : ils font fi continuellement
raifonnables : ils ont fi peu de
rapport avec nous , qu'ils ne peuvent gagher
notre confiance .
Vous me direz peut-être que j'ai mes
raifons pour penfer ainfi. Il eft vrai que je
fais un gré infini au Philofophe Suiffe , d'avoir
fçu nous montrer les refforts qui fervent
à relever une âme bien née . Il a furtout
puiffamment combattu le découragement
des belles âmes , cette fource honteufe
& conftante de la corruption des
plus heureux caractères .
Si je voulois vous rendre compte de
tout ce que j'admire dans l'enſemble de
cet Ouvrage , il me faudroit peut - être
plus de temps pour le détailler , qu'il n'en
a fallu à l'Auteur pour le faire . Je regarde
fon plan comme une machine immenfe ,
cachée fous le voile de la plus noble fimpli
cité .
Je ne finirois pas , fi je me permettois
2.
AOUST. 1761 . 29
de vous dire tout ce que je crois appercevoir.
Il y a bien loin de l'impreffion
que j'ai reçue , à celle que je craignois .
J'ofe à peine penfer à ma derniere Lettre :
j'allois cependant vous en parler ; máis
je m'apperçois heureufement qu'il eft bien
tard. Je compte vous écrire encore après
demain.Adieu, ma chère amie; les obfervations
de votre fociété fur la nouvelleHélo
fe,dont vous me faites part , me paroiffent
petites & injuftes . Je fens que je ferai forcée
de vous en dire mon avis dans ma premiere
Lettre.
LETTRE QUATRIEME.
J'AIAI encore relu, ma chère amie, les trois
derniers tomes de Julie ; & je ne les ai interrompus
que pour écrire deux Lettres
d'affaires ; l'une pour obliger un malheuheureux
de ce Village , qui m'a autrefois
fervie , & l'autre à mon mari. Je le preffe
de profiter de la belle faifon , s'il a toujours
le projet d'aller cette année s'établir
dans fa terre. Je partirois tout de faite.
avec nos deux enfans ; & vous jugez bienque
la nouvelle Héloïfe ne feroit pas ou
bliée.
Je fuis plus indignée que jamais de vos
Bijj
30 MERCURE DE FRANCE.
remarques. Elles attaquent les endroits du
Livre qui me paroiffent les mieux inventés.
En vérité vos gens de goût ne peuvent
critiquer fi févérement cet Ouvrage,
que parce qu'ils ne l'ont pas fait .
Je m'imagine d'ici voir l'air de confiance
& d'autorité , avec lequel ces Meffieurs
perfuadent, après dîner, de jeunes petites,
Dames qui les accréditent . Ils blâment
fur tout avec fuccès les moeurs de Julie
parce que des maximes pernicieuſes ; parce
que des moeurs vraiment corrompues
font vivement attaquées par fa conduite.
Je crois les entendre dire à leur crédule
auditoire , avec un fourire ironique .....
Comment cette fille affez éprife pour
manquer à fon honneur , ne l'a- t - elle pas
affez été pour époufer fon amant ? Pourquoi
refufe- t- elle les offres du généreux
Edouard pourquoi ne quitte-t- elle pas
les parens qu'elle déshonore , pour aller
paffer fa vie avec ce qu'elle aime & l'ami
vertueux , qui leur offre un afyle ? n'a-telle
de l'audace & de la force d'efprit ,
que pour s'impofer des liens illégitimes ?
J'ai bien peur , ma chère amie , que
ceux qui raiſonnent ainfi , ne connoiffent
d'autres vertus que le préjugé , & d'autre
Eonneur que l'orgueil. Comment ne
oyent-ils pas que à Julie a manqué à ce
fi
AOUST. 1761 31
qu'elle ſe devoit à elle -même , vis-à- vis de
la vertu & de la raiſon , elle ne peut expier
les fautes que par fes remords & par
fes larmes doit -elle faire oublier fa foibleffe
par des torts plus graves & plus impardonnables
. Qui peut la condamner ?
fera-ce des Philofophes ou des dévots ?
fera ce des hommes fans principes ou ceux
qui prétendent en avoir ? lequel d'entr'eux
prononcera que le premier des crimes eft
l'amour illicite , & que les premiéres des
vertus ne font pas la reconnoiffance &
l'humanité ?
Julie aime fon amant fans ceffer de
chérir fon père : elle ne veut point fe féparer
d'une mère tendre & adorée. Il lui
en coûte pour s'éloigner d'une amie qu'elle
a toujours aimée. Lifez ces quatre lignes
que l'on trouve dans une Lettre de Claire
à Julie. » Il reste en toi , lui dit Claire ,
» mille adorables qualités , que l'eftime de
» toi-même peut feule conferver , qu'un
» excès de honte & l'aviliffement qui le
fuit détruiroit infailliblement ; & c'eft
"3 fur ce que tu croiras valoir encore , que
» tu vaudras en effet. Gardes - toi donc ,
» de tomber dans un abbattement dangereux
, qui t'aviliroit plus que ta foibleffe
» même . Le véritable amour eft il fait
»
» pour dégrader l'âme ?
·
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
Julie n'eft pas de ces femmes qui per
dent toutes leurs vertus en un jour. Plus
capable de facrifier fon honheur au bonheur
de ce qu'elle aime , que d'immoler
au fien les derniers jours d'un père & dune
mère qui n'exiftent que pour elle ; au
moment de plonger le poignard dans le
fein de ceux qui lui ont donné la vie , elle
regarde la profondeur du précipice , où
elle eft tombée. Le crime barbare , qu'elle
eft fur le point de commnettre , lui donne
de l'horreur pous les engagemens qu'elle
a pris . Enfin n'eft elle pas retenue dans
cette circonftance par fon extrême fenfibibilité
, la fource premiére de toutes les
vertus , & l'unique principe de fes erreurs?
Ne voit on pas ici tous les effets d'une
-même caufe & les conféquences néceffaires
du caractère que l'Auteur a dû donner
à fon Héroïne? Si ce font là des contrariétés
, convenez , ma chere amie , qu'elles
ont heureuſement leur racine dans le coeur
de l'homme.
Avec quel génie cette prétendue inconféquence
eft préparée ! On ne peut fe laffer
de lire la Lettre où Julie raconte la vialence
de fon père , & le charme de la Scène
touchante qui lui fuccéda : c'eſt Julie
qui s'exprime ainfi, page 374 , tome premier.
AOUST. 1761 : 33
"
"
Après le fouper , l'air fe trouva fi froid
que ma mère fit faire du feu dans fa
» chambre .Elle s'affit à l'un des coins de la
» cheminée, & mon père à l'autre. J'allois
» prendre une chaife pour me placer en-
» tr'eux ; quand m'arrêtant par ma robe,
❞ & me tirant à lui fans rien dire , il m'af-
» fit fur fes genoux. Tout cela fe fit fi
" promptement & par une forte de mou-
» vement fi involontaire , qu'il en eut une
efpéce de repentir le moment d'après.
Cependant j'étois fur les genoux : il ne
pouvoit plus s'en dédire ; & ce qu'il y
» avoit de pis pour la contenance , il fal-
» loit me tenir embraffée dans cette gênan
té attitude.Tout celà fe faifoit en filence ;
mais je fentois de tems en tems fes bras
»fe preffer contre mes flancs avec un fou-
» pir affez mal étouffé . Je ne fais quelle
» mauvaife honte empêchoit les bras pa-
» ternels dé fe livrer à ces douces étrein-
» tes . Une certaine gravité qu'on n'oſoit
» quitter ; une certaine confufion qu'on
» n'ofoit vaincre, mettoit entre un père &
fa fille ce charmant embarras que la
pudeur & l'amour donnent aux amans ;
tandis qu'une tendre mère , tranſpor
» tée d'aife , dévoroit en fecret un fi doux
fpectacle. Je voyois , je fentois tout
cela - men - Ange Et ne 'pus tenir plus
By
+
34 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
"3
ور
longtemps à l'attendriffement qui me
gagnoit. Je feignis de glifler. Je jettai ,
» pour me retenir, un bras au cou de mon
Fère. Je penchai mon vifage contre fon
vifage vénérable ; & dans un inftant il
» fut couvert de mes baifers & inondé de
» mes larmes. Je fentis , à celles qui cou-
» loient de fes yeux , qu'il étoit lui- même
foulagé d'une grande peine : ma mère
» vint partager nos tranfports . Douce &
paifible innocence , tu manquas feule à
» mon coeur , pour faire de cette fcène
» de la Nature le moment le plus déli-
» cieux de ma vie !
ور
ور
Cette fcène fi naturelle conduit le Lecteur
à approuver ce qui doit fuivre. Qu'il
eft aifé de fe repréfenter qu'après avoir
gémi de la violence de cet homme brulque
& fenfible, fon repentir, fes larmes &
les careffes qui lui échappent doivent
avoir un empire abfolu fur une fille comme
Julie!peut -on s'empêcher de comparer
les douceurs de cet épanchement de la
nature , de ce fentiment fi doux , fi refpectable
, avec le tumulte impétueux d'une
paffion déréglée ? quel contrafte ! quelle
fource de réfléxions !
Peu de temps après , elle voit mourir
fa mère , qui a découvert fon intrigue.
Cette mère charmante ne lui fait aucun
A OUST 1761.
35
fon père qui n'a
reproche : elle expire en faifant des voeux
pour le bonheur de fa fille . Julie fe perfuade
que le chagrin a abrégé fes jours :
elle ne voit plus que des objets lamentatables.
Séparée de fon Amant depuis plufieurs
mois , elle a eu le temps de réfléchir
: elle doit le moins aimer & le hair
peut -être , lorſqu'elle fe retrace fes fautes
& fes malheurs.
Dans cet inftant
plus qu'elle , ce vieillard malheureux ,
dont elle peut adoucir ou empoisonner
la vie , ce père fi haut , fi abſolu ſe jette
à fes genoux , pour la fupplier d'accorder
fa main à un homme vertueux , qui lui
a fauvé la vie . Il la preffe d'acquitter la
parole d'honneur qu'il a donnée à fon
ami . Ah ! ma Comteffe , n'avez-vous pas
remarqué que le mariage devient pour
une perfonne comme Julie une barriére
invincible contre les reftes d'une paffion
terrible & .malheureufe? Elle fe flatte de
rendre à fon père le repos & le bonheur
qu'elle lui a ôtés. Elle fuit les confeils
d'une amie qui a de l'empire fur ſon eſprit.
En réfléchiffant, elle fe regarde comme
une fille coupable & ingrate : elle voit
qu'elle peut devenir une femme vertueufe
& une mère tendre & respectée . Ce
dernier motif la décide . Elle promet &
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
accomplit avec joie fon ferment.
Que pourroit- on oppofer à des raifongfi
preffantes? Seroit - ce les intérêts de l'hon--
nête homme qu'elle époufe , & qui peut
ignorer fa conduite ? De pareilles confidérations
n'éffacent point la peinture que
je viens de faire . Eft-il même bien aifé de
décider fi l'obéiffance d'une fille à fon
père n'eſt pas un des premiers devoirs de
fon état ?
On pourroit enfin convenir tout au
plus , que les raifons fe combattent fans
pouvoir fe détruire; & c'en feroit plus qu'il
n'en faut pourfonder la conduite de Julie fi
bien dans la nature & dans la raiſon.Je vais
plus loin : en fuppofant qu'elle fit une fau
te devenue néceffaire , on pourroit feulement
en conclure , qu'une fois fortis des
limites de l'ordre & du devoir , nous n'avons
plus que le choix des fautes & des
malheurs.
Hélas ! ma chère amie , que cette ré
fléxion eft inftructive ; mais qu'elle eft éffrayante
pour moi ! qu'elle doit me donner
à penser Revenons à Julie.
Il falloit bien qu'elle eût ce dernier tort ::
il falloit qu'elle fût parjure avec fon
amant , pour ne pas devenir plus criminelle.
Cette derniére faute a donné l'éffor
à fesgrandes qualités : elle la rétablit dans
l'état , dont elle étoit déchue . Remar
AOUST. 1761. 37
quez que Julie plus foible que je ne l'ai
étés Julie dans la même fituation que moi ;
Julie , époufe & mère devint fublime &
irréprochable. It femble que fon âme s'agrandiffe
avec fes devoirs . La vertu embellit
fes jours : elle trouve des douceurs
inattendues dans fon nouvel état.
Cependant, ma Comteffe , ces foupirs
tendres & douloureux, qu'elle jette quelquefois
vers le paffé , nous enfeignent
malgré nous , qu'elle eût été plus heureufe
, fi fon coeur ne l'eût jamais égarée.
Que la dévotion de Julie , eft grande
& touchante ! Elle éléve l'âme & la confole.
Elle meurt enfin , lorfqu'on ne peut
plus fe paller de vivre avec elle. Elle gagne
une maladie mortelle , en fe jettant
dans le Lac , pour fauver la vie à un de
fes enfans. Je ne connois rien de fi touchant
que le moment , où l'on améne
à Julie mourante les deux enfans qui lui
font fi chers. M. de Volmar s'exprime
ainfi dans cet endroit de la lettre , où il
raconte la fin attendriffante de fa femme:
2
» Elle alloit me répondre , quand on
» amena les enfans. It ne fut plus quef-
» tion que d'eux ; & vous pouvez juger ,
» fi fe fentant prête à les quitter , fes ca-
» reffes furent tiédes & modérées . J'obfer--
vai même , qu'elle revenoit plus fou
38 MERCURE DE FRANCE .
» vent , & avec des étreintes encore plus
» ardentes à celui qui lui coutoit la vie ;
» comme s'il lui fût devenu plus cher .
Ce qui doit furprendre le Lecteur ; c'eſt
que cette mort , quoique prévue , n'en eft
que plus attendriffante.
>
Il faut que cette fingularité foit caufée
par un intérêt d'une autre nature , que
celui qui foutient la plupart des Romans .
Apparemment que tout eft vrai , fimple
& naturel : cette cataſtrophe n'a pas befoin
d'être imprévue pour attendrir. Apparemment
que les mouvemens que l'on
éprouve , ne tiennent point à des illuſions
paffagéres ; mais aux fentimens plus confrants
& plus intimes , dont l'âme ne fe
laffe jamais.
Je voudrois vous peindre avec des couleurs
affez vives les différents regrets des
différents témoins de ce fpectacle funeſte .
Quelle fermeté touchante dans Julie ,
uniquement occupée de ceux qui l'environnent
? Quel état que celui de Claire ,
fûre de perdre une telle amie , en faifant
de continuels efforts pour lui cacher
La douleur ! Que de larmes différentes fervent
à retracer tous les charmes & toutes
les vertus de cette adorable femme ! Tous
les fentimens , tous les caractéres , toutes
les conditions la pleurent & la refpectent.
AOUST. 1761 . 39
On voit, dans ce terrible inftant, un défefpoir
général ; celui de fes amis , celui
de les domeftiques , celui de tout un peuple
, qu'elle auroit voulu rendre heureux.
On voit avec autant de faififfement que
d'admiration la perplexité de Wolmar , de
cet homme froid par principe & par caractére.
L'incertitude s'élève tout -à- coup
dans le fein d'un Athée , qui tremble de
voir expirer avec Julie , la vertu & l'húmanité.
Le malheureux Wolmar ne peut
croire à l'anéantiſſement d'une âme auffi
tendre & auffi parfaite. Il paffe de l'athéifme
à l'excès de la timidité : il redoute
pour Julie un avenir , qu'il n'eût regardé
pour lui -même , que comme un port certain
, comme un fommeil tranquille . A
peine raffuré par les vertus de ce qu'il
aime , c'eft lui qui l'avertit en frémilfant
, qu'il ne lui refte que peu d'inftants à
vivre.
Il me femble qu'en voilà bien affez ,
pour faire oublier quelques obfervations
auffi faciles à détruire qu'à imaginer . Pour
moi, je vous avouerai, ma chère amie , que
je ne fuis point fâchée de rencontrer avec
des vertus fublimes quelques petiteffes
qui les rapprochent de moi. Au furplus
je ne m'embaraffe guéres de fçavoir fi Julie
a eu tort ou raiſon , de chercher à rafe
1
40 MERCURE DE FRANCE.
furer les regards de ceux qui la voyent finir.
Peut-être, fi vous le voulez , eût -elle mieux
fait de mourir plus férieufement . Je ne
voudrois cependant rien retrancher : tout
me plaît : tout me paroît néceffaire. Je
penfe que ce feroit avec moins de raifon
encore, que l'on s'en prendroit à quelques
inconféquences de Volmar , qui n'eft
point le pivot éffentiel & moral de l'ouvrage.
On trouve mauvais , dites - vous , que
cet homme extraordinaire ait époufé Julie
, fachant fa conduite & fon amour.
Mais en fuppofant même que Volmar ait
eu un tort ; faut- il donc s'étonner , qu'un
Athée , qui par hazard fe trouve bien né ,
tombe dans plufieurs inconféquences ?
Eft-il d'ailleurs bien fingulier , qu'ayant
connoiffance de la paffion de Julie , il
l'épouse , parce qu'elle lui plaît , parce
qu'il croit que fa fociété peut le rendre
heureux ; parce qu'il n'eft pas d'un caractère
jaloux ; parce qu'il fait qu'elle eft vertueufe
& reconnoiffante , & qu'il eſpére
que fes procedés & fes foins pourront enfin
la gagner; parce qu'il voit fon père
décidé à ne pas lui laiffer époufer fon
amant ; & fi l'on veut enfin , parce que
l'intérêt de fon plaifir & de fon bonheur
l'emporte un moment fur toute autre con
fidération ?
AOUST. 1761. 48
*
Ce même Volmar , plein d'amitié & de
refpect pour Julie , qui a eu affez dé bon
ne foi & de candeur pour lui avouer fest
égaremens , fait revenir faint Preux ,
après fix ans d'abfence. Eft - il bien révol
tant qu'il ne voye en lui qu'un ami commun,
& un homme eftimable ? Peut- on ou
blier que Volmar n'eft ni amoureux ni ja
loux , & qu'il ne peut craindre une infidélité
, ni par préjugé , ni par principes ?
D'ailleurs , il compte fur la vertu de Julie
, il l'aime ; il craint d'avoir empoifonné
fa vie ; & à quelque prix que ce
foit , il veut mériter fa confiance , & con
tribuer à fon bonheur.
7
Il faut ne voir dans l'amour que des
fureurs , dans l'honneur que de la férociré
, pour ne pas juger avec indulgence
cette généreufe fingularité.
A propos de cette réfléxion : n'avezvous
jamais pris garde , chère Comteffe ,
à lá pédante hypocrifie de quelques déclamateurs
? Ils ne croyent point à un
Légiflateur éternel . Ils s'amufent à groffir
continuellement de triftes préjugés ,
qui ne feroient que barbares dans leurs
fyftêmes. Il faut que ces préjugés fi gênans
& fi cruels ayent une caufe bien
puiffante , que nous ne pouvons diftinctes
L'Amant de Julie.
42 MERCURE DE FRANCE.
ment connoître . Mais laiffons la Philofophie
& l'amour.
Vous avez pu remarquer , que dans le
compte que je viens de vous rendre de la
nouvelle Héloïfe , je ne me fuis guéres occupée
que des traits qui ont un rapport éf- િ
fentiel à mes devoirs , & avec la fituation
préfente de mon coeur .
Je ne fais fi je me trompe , depuis que
j'ai lu ce Livre , il me femble que je vois
un nouvel ordre de choſes. Ce qui m'arrivera
d'ici à huit jours, peut décider du fort
de toute ma vie. Selon la réponſe de mon
mari , je vous verrai peut- être la femaine
prochaine ; car je pafferai certainement
par Paris , en allant à fa terre de Bretagne.
Ah ! ma chère amie , que j'aurai de
* Ceux qui n'aiment pas le Roman de Julie ,
doivent favoir quelque gré à la perfonne qui
écrit ces Lettres , d'avoir obmis de parler du
charme du ftyle & de la force des raifonnemens
, de leur fageffe , de leur profondeur , des
principes de morale lumineux & utiles que l'on
trouve à chaque page de la defcription du Pays
de Vaux ; des Lettres fur le Suicide , des chofes
ingénieufes que dit l'Auteur fur l'éducation des
enfans ,& fur la manière de former les domeſtiques
honnêtes , & de les rendre heureux. Il n'y
a pas de Lettre , où bien des Auteurs qui penfe
roient , ne trouvaflent dequoi ſe faire une répu
tation & un bon Livre .
AOUST. 1761 . 43
›
plaifir à vous embraffer , & que nous
avons de chofes à nous dire ! Aurai - je le
temps de difputer fur Julie avec vos Marchands
d'Elprit ? Vous m'avez mandé
qu'ils avoient la bonté d'approuver la promenade
fur le Lac , le rêve de Julie , la
réparation d'Edouard. S'ils avoient vû plus
loin , ou avec plus de bonne foi , ils feroient
convenus que ces fublimes beautés
tiennent immédiatement à un magnifique
enfemble , qui ne pourroit fe paſſer
d'aucune de ſes parties.
C'est ainsi que finiffent ces Lettres : il
eût été facile d'en faire un Roman agréable.
Mais l'Editeur n'a ni l'efprit de ce
genre , ni le temps de s'en occuper . Si
quelque efprit léger agréable & oifif
vouloit continuer ces Lettres , il pourroit
les intituler: Le pouvoir d'un bon Livrefur
un bon coeur.
HELOISE ,
OU LETTRES de Madame la Marquife
de *** à Mde la Comteffe de **** .
O
AVIS DE L'EDITE U R.
N convient généralement de l'auftérité
des leçons que l'on rencontre dans
le Roman de Julie. Perfonne ne l'a lû
fans fentir la force avec laquelle l'Auteur
attaque des ufages & des moeurs , que
bien des gens ont intérêt de défendre.
Il eft certain, malgré cela, que ce fexe aimable
que les hommes accufent de foibleffe
, & qu'ils prennent tant de peine à
corrompre ; ce fexe naturellement honnête
& fenfible , a mieux faifi qu'eux les
différentes beautés de la nouvelle Hé-
Loïfe . Pour peu qu'on cherche la caufe de
cette vive impreffion , on la trouvera
dans la vérité du ſentiment toujours plus
proche du Génie & de la Raiſon , que les
fubtilités de la critique. Les régles d'après
lefquelles on croit fouvent juger ,
ont été d'abord créées par des efprits vafAOUST.
1761. 15
tes & des âmes fenfibles. Il eft vrai qu'elles
exiſtoient avant eux fans être connues ;
mais ils en ont fait ufage les premiers.
Il faut fans doute fe laiffer aller au
mouvement de la Nature , ou être l'égal
de ces grands Génies , pour juger d'après
ces mêmes régles que tant de circonftances
varient .
L'Éditeur de ce petit ouvrage, dans lequel
on trouvera l'extrait d'une partie
de l'Héloife , a eu les quatre Lettres fui
vantes d'une Dame qui eft intime amie
de celle qui les lui a effectivement écrites.
Elle n'y a changé que quelques lignes ,
par pudeur & par difcrétion . On a imagi
né que le Public y verroit avec p'aifie
l'aveu fimple & vrai de l'impreffion que
doit faire cet ouvrage fur une âme tendre
& vertueuſe.
LETTRE PREMIERE.
SIItôt que le rétabliffement de ma fanté
me l'a permis , j'ai fuivi vos confeils ,
mon aimable amie , j'ai quitté mon appartement
le plutôt qu'il m'a été poffible
; & je commence à jouir des beautés
de la faifon. Cependant on ne me permet
pas encore de faire de longues promena16
MERCURE DE FRANCE.
des : cela m'afflige ; cette diverfion m'a
voit paru propre à diffiper je ne fçais
quelle langueur , dans laquelle je tombe
infenfiblement , furtout depuis ma derniere
maladie.
Je vois que mes efpérances m'avoient
féduite ; ma fille & mon fils , au lieu de
m'amufer , m'excédent tous les jours da
vantage leur gaîté bruyant e mere au
gue au point que je vais les mettre au
Collége & au Couvent . Mon mari me défole
par les leçons éternelles qu'il me
donne fur leur éducation . Il m'en écrit
fans ceffe de fon vieux Château , où fans
doute il n'a rien de mieux à faire . Eft-ce
que l'état de mes enfans n'eft pas décidé
par celui de leur pere ? Leur fortune eft
affurée; que m'importe le refte. Ils feront
comme les autres : je n'ai pas plus d'am- _
bition que cela.
Les principes de mon mari font tout
différens. Il voudroit me perfuader que
je ferois le modéle des femmes de mon
fiécle , fi j'avois le courage de me retirer
dans fon antique Château. A la vérité
nous y vivrions plus abondamment avec
une fortune médiocre ; mais auffi plus de
Spectacles , plus de Bals , plus de Livres
nouveaux , plus de ces Phènoménes du
bel- efprit , que l'on voit avec autant de
AOUST. 1761 . 17
cariofité qu'une chofe extraordinaire. J'au
rois en revanche des avenues fans fin
des bofquets enchantés , des parterres ,
des potagers ; & avec tout cela des Provinciaux
mauffades , & cette uniformité
continuelle que je ne pourrois fupporter.
>
Au refte , ce n'eft point l'amour , ce
premier fentiment de mon coeur qui
m'attache au lieu , où il a pris naiffance :
il me femble que ma paffion s'affoiblit
tous les jours , puifque j'ai pu réſiſter
à la préſence de celui qui me l'avoit inf
pirée ; l'abfence doit en effacer enfin le
Louvenir.
Quoiqu'il en foit , j'attends les lettres
où l'on me parle du Chevalier, avec moins
d'impatience ; & les miennes fout fi froides
& fi réservées , que je n'écris rien que
je ne puiffe dire en public.
Je vois cependant avec peine que la
lecture n'eft pas encore une refource &
un amuſement pour moi . Je me fuis fait
Lire pendant ma maladie trente volumes
de Romans : ils me touchent ; mais ils
m'attriftent , & il ne m'en rete rien .
J'entends parler depuis quelques jours de
la nouvelle Héloïje : envoyez -moi , je vous
prie , cet ouvrage , fur lequel on pronɔnce
fi diverſement . Il partage , à ce qu'on
m'a dit, la Ville & la Cour. J'ai vû ces der18
MERCURE DE FRANCE.
niers jours quelques-uns de ces efprits à
la mode , qui donnent le ton : ils m'ont
confirmée dans cette incertitude. Les uns
élévent aux nues le Livre nouveau ; d'au
tres qui n'approuvent rien , en difent
beaucoup de mal . Ces Meffieurs m'avertiffent
que j'aurai tort de ne pas m'ennuyer
de la longueur des differtations ;
enfuite comme moraliftes , ils font fâchés
de trouver dans un livre de Philofophie
des foibleffes trop excufables & trop
agréablement décrites.
Pour moi je ne connois de Juges fur
un ouvrage de cette nature que le coeur
ou le génie. Le dernier eft bien rare , &
le fecond commence à le devenir. Il y a
cependant longtemps que le Public a appellé
du Defpotifme , auquel les Maîtres
de l'esprit prétendent l'affujettir.
Quoi des milliers de fuffrages s'a
néantiroient devant leurs décifions ? Quoi !
ce jugement , ce cri univerfel d'une multitude
d'âmes fenfibles , cette apologie
univerfelle & involontaire feroient tranfformés
magiquement eft un froid mépris ?
Quoi ! lefel d'une Epigramme éteindroit,
dénatureroit le fentiment même ? C'eſt lui
feul que je veux confulter : jamais ceux
de la partialité de l'envie , de l'orgueil
de je ne fçais quelle inquiétude impérieuAOUST.
1761 ; 19
fe ne feront la regle du plaifir ou du dé
plaifir de mes lectures . S'ils en impoſent
aux efprits foibles , qui n'ont d'avis que
par infpiration , ils révoltent toujours l'équité
du Sage & du Philofophe , qui
fent & qui juge , parce qu'il penfe , fans
avoir befoin qu'on le faffe penfer.
›
Envoyez moi donc au plutót , ma chère
Comteffe cette nouvelle Héloïfe. Quel
plaifir , fi votre rhume étant entiérement
fini , vous pouvez me l'apporter vousmême.
Je vous réponds que je trouverois
le nouveau Roman admirable .
LETTRE DEUX I E ME.
'AVEZ Vous allez réfléchi , mon aima
ble amie , à la terrible nouvelle que vous
m'apprenez , lorfque vous m'avez mandé
que le Chevalier va arriver de Malthe ?
Vous m'écrivez froidement , que graces
aux réfléxions que j'ai eu le temps de faire,
fon retour ne fera pas difficile à fupporter.
En vérité , vous en parlez bien à votre
aiſe . Vous n'avez jamais eu de paffions à
combattre.
Je fuis vos avis , autant que cela eft'
en moi je m'occupe davantage ; je me
20 MERCURE DE FRANCE:
proméne beaucoup ; & j'ai déja lû quelques
lettres de votre nouvelle Héloïfe.
Je me repens bien d'avoir commencé.
cette lecture : je voudrois avoir la force
de la quitter. Comment avez vous eu l'imprudence
de m'envoyer ce maudit Roman
? Ne voyez vous pas que Julie eft
tout au moins auffi vertueufe que votre
amie : elle ne peut aimer davantage ; cependant
elle va bientôt fuccomber . Falloit-
il m'offrir un fi dangereux exemple ?
Que vous avez mal pris votre temps pour
me prêter des livres d'amour ?
Que vais je devenir féparée de mon
amie , éloignée d'un mari eftimable, dont
l'amitié & les procédes ont fouvent rallenti
les progrès de ma paffion ? Il m'impatiente
cependant avec fes perfécutions
éternelles , pour m'engager à me confiner
dans fon hermitage . Pour comble de malheur
, je fuis ici toute feule avec mes enfans
, qui deviennent tous les jours plus
indociles & plus infupportables. J'ai bien
peur qu'ils ne finiffent par être méchans
& ingrats.
Mes voisins , que je fuis forcé de voir
quelquefois,font facilement ennuyeux , &
fe formalifent de tout . Je ne reçois point
de lettres de Paris , qui ne foient remplies
de tracafferies & de méchancetés.On
AOUST. 1761 . 23
ne m'apprend que des Hiftoires fcandaleufes:
tous les gens de ma connoiffance
fe déchirent & fe haiffent. Comment
voulez- vous que je m'accoutume à les aimer?
Quelle confolation une femblable
fociété peut -elle répandre fur ma vie ?
Sans le fentiment dangereux qui foutient
mon coeur , mon exiftence me ſembleroit
d'un poids infupportable. L'amour , le
feul amour nous rend infenfibles à mille
contrariétés : il fait diverfion avec les
fpectacles continuels de l'injuſtice & de la
méchanceté des hommes . Ce n'eft pas que
je me cache à moi - même la honte & la
trifteffe , qui fuivent fouvent fes pas .
Hélas ! ma chere amie , vous favez tou
tes les réfléxions que nous avons faites
cent fois fur les aventures de plufieurs
femmes élevées avec nous . Nous n'avons
prefque jamais vu que des Amans malheureux
ou ennuyés ; cependant, quoique
bien avertis , nous finiffons prefque toujours
par aimer.
Je me perds , je vous l'avoue , dans
mon coeur & dans ma raiſon. O ciel ! eftil
concevable , que quatre lignes écrites
au hazard fur un bruit vague & peu cer
tain , caufent une fi grande révolution
dans un coeur? Non , je ne faurois vous exprimer
le défordre caufé dans tout mon
22 MERCURE DE FRANCE.
être , par ce que vous me dites du Che
valier. Je ne fuis plus la même ; je n'ai
plus les mêmes idées ; mes principes va▾
rient : ce qui me fembloit raisonnable ne
me paroît plus que chimérique & fouvent
ridicule .
Cependant , ma chere amie , je fens
que je tiens encore à ma réputation , à
ma vertu & à l'eftime publique ; je lens
que je dépens plutôt de l'opinion que l'on
a de moi , que de celle que l'on en devroit
avoir. Ce contentement de foi- même
; ce fentiment tout intérieur dont no .
tre vieille parente parle fans ceffe
pourroit-il habiter fur la terre ? N'en déplaife
à toutes ces prudes , comment feront
elles pour nous perfuader que la fidélité
conjugale eft une vertu réelle , &
que l'ennui , dont elle eft fi fouvent accompagnée,
n'eft qu'une chofe arbitraire?
Je fens pourtant . ..je fens
que je tiens encore à quelque chofe d'inexplicable.
Il me feroit échappé aujour
d'hui bien des extravagances, fi je ne m'é-
Cois pas méfiée de ma tête. Elle est dans
un étrange état. Ah ! ma Comteſſe , que
vous avez mal fait de m'envoyer cette
Hiftoire de Julie! pour vous en punir, vous
n'aurez de mes nouvelles que lorsque j'au
rai lû les fix volumes.
AOUST. 1761. 23
LETTRE TROISIEME.
J'ai achevé ce matin , ma chere amie ;
votre nouvelle Heloife . J'ai éte fi occupée
de cette lecture depuis que je l'ai com-
-mencée , qu'il y a plus de vingt- quatre
heures , que je n'ai penſé à toutes les extravagances
qui rempliffent fouvent mes
Lettres.
Je ne faurois vous dire encore toute
l'impreffion que m'a fait cet Ouvrage. Ce
n'eft point feulement un livre de Philofophie
; ce n'eſt point l'hiſtoire d'une Héroine
de Roman ; c'eſt celle du coeur hu- ;
main , vu ſous le plus beau jour , c'eſt- àdire
, au milieu des foibleffes les plus excufables
& des vertus les plus réelles. On
y trouve le développement de la rai on la
plus profonde , avec celui des Sophifmes
qui combattent fous l'ordre des paffions :
la vérité eft fans ceffe à côté de l'erreur :
l'erreur n'eſt jamais honteule ; & la vérité
eſt toujours aimable.
On trouve d'abord dans Julie une fille
charmante & fenfible , attaquée par tous
les traits que l'amour peut lancer ; elle a
contre elle le refpe&t de fon amant , la
violence de fon amour , les preftiges d'une
24 MERCURE DE FRANCE.
imagination vive & brillante , fa candeur ,
fa jeuneſſe , fon coeur & la beauté. Ces
redoutables ennemis triomphent de fon
honneur , fans pouvoir détruire les vertus,
ni même obfcurcir longtems les lumiéres
de fa raiſon. Tout eft grandeur & féduction
dans Julie. Ses fautes ont quelque
chofe qui les éléve ; fes vertus les plus auftères
ont je ne fçai quoi d'intéreffant , fes
confeils, fes remontrances, tout ce qu'elle
dit , tout ce qu'elle peut dire , reçoit l'expreffion
douce & touchante d'un âme tendre
& élevée.
Hélas ! ma Comteffe , que l'on fait volontiers
connoiffance avec cette fille àimable
& paffionnée ! .... Encore attaché
par fes erreurs , dont on trouve auffi la
fource trop attrayante , inſenſiblement on
s'accoutume à aimer celle qui doit bientôt
nous forcer au reſpect.
On trouve enfuite dans cette fille adorabte
un Philofophe & un Moralifte , que
l'on ne peut refufer d'entendre. Ce Philofophe
nous inftruit en même temps par fa
folie & fa raifon , par fes vertus & fes
foibleffes, par les réfléxions & fes remords.
Ce n'eft point par une tranfition fubite
que l'on paffe du goût à l'admiration : on
voit rapidement dans le principe des fau-
Fes
AOUST. 1761 . 23
res de Julie toutes les réflexions qu'elle eſt
au moment de faire .
A chaque page on s'attache plus fortement
à elle. Les événemens de ce Roman
font des événemens ordinaires . Les fituations
font fortes & grandes , mais fi naturelles
que les coeurs de tous les hommes
peuvent facilement les rencontrer. Voilà
d'où reffort la fublimité des idées , & les
traits du génie , auffi aifées à fentir , que
difficiles à imaginer.
Si l'on rencontre des fentimens trop
au- deffus des fiens , ils émeuvent plutôt
qu'ils n'éblouiffent . Ils touchent l'âme qu'ils
élévent. On ſoupire en les admirant on
cherche à fe les approprier. Si l'efprit
quelquefois diftrait du principal intérêt fe
voit forcé à fuivre une differtation longue
& férieufe , elle fe préfente fi naturellement
, & elle paroît fi importante par fon
objet , que l'intérêt perfonnel foutient la
curiofité.
Ne trouvez vous pas , ma chère amie ,
que l'on fe repofe avec une douce fatiffaction
au milieu de ces peintures fimples
& magnifiques , des vertus fociables , des
vraies beautés de l'ordre & de la réalité
des devoirs , qui font de tous les temps &
de tous les lieux ? N'avez-vous pas remarqué
que le bonheur de l'innocence par
-B
26 MERCURE DE FRANCE.
tout exalté , eſt toujours en action & en
vue , pendant que celui qui bleffe les loix
de la pudeur ne marche que d'un pas tremblant
, au milieu de l'incertitude & de la
crainte.
Julie & fon amant ne croient entrevoir
un état doux & tranquille que lorsqu'ils
penſent n'avoir plus de reproche à fe faire.
Ils paroiffent alors moins paffionnés , fans
devenir moins intéreffans. Loin d'avoir
perdu de fa fenfibilité , leur âme , fur- tout
celle de Julie , en fe répandant fur plus
d'objets ne fe montre que plus fenfible .
L'on n'apperçoit cependant que le développement
naturel de fon caractére.Infenfiblement
l'on change avec elle : on paſſe
à des fentimens moins tumultueux & plus
durables. La tendre humanité rencontre
des coeurs déjà gagnés , où les traits chers
& facrés fe gravent plus profondément .
On voit fous un jour nouveau le touchant
plaifir de faire du bien : l'amitié brille d'un
plus vif éclat : elle fe montre au milieu du
contentement de foi-même. Elle eft environnée
du repos & de la paix.
Quel fpectacle , que celui d'une famille
refpectable & heureuſe , confondue avec
de vertueux amis , avec des domeftiques
fortunés & reconnoiffans ; en qui l'attachement
& l'honneur éffacent la honte de
AOUST . 1761. 27
"
la fervitude ! quel tableau , que celui de
plufieurs êtres raffemblés fous un même
point de vue , qui s'eftiment & s'aiment
avec tant de raifons de s'aimer !
Les images grandes & flatteufes font
encore embellies par les charmes d'une vie
champêtre. On reçoit une nouvelle éxiftence
; on fe rapproche de la nature : on
fent renaître dans fon coeur l'efpoir confolant
d'un bonheur plus réel .
Je me fuis apperçu , ma chère amie ,
que ces plaifirs nouveaux , dont je ne m'étois
jamais formé d'idée , fupportent le
coup d'oeil de la Raifon . Ils s'embelliffent :
même , à mesure qu'elle les confidére.
Voilà par quelle route le Philofophe de
Genêve parvient à nous conduire dans des
lieux fi peu connus & fi peu defirés , dont
on ne voudroit plus fortir. Il a l'art de
préparer , fans que l'on s'en doute , tout
ce qui eft néceffaire pour nous rendre capables
d'écouter ces fublimes leçons . Vous
fentez bien , qu'il a dû commencer par
nous plaire : il a fallu nous accoutumer
doucement à la raifon . Voilà fans doute
pourquoi l'Auteur a pris la peine de fuivre
pas à pas nos extravagances & nos foibleffes.
Je vous difois , ce me femble , il y
a quelques jours , que le peu d'utilité de la
plupart des livres de morale naît du ton
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
defpotique de l'Auteur . Il eft vrai que l'on
imagine le voir regarder du haut de fa
raifon nos folies & nos malheurs . Il femble
qu'il fe dife impénétrable aux paffions
humaines. Ces mêmes paffions font elles
feules en action dans la plupart des Romans
ou bien l'on y rencontre au milieu
d'une troupe de fous ,, des perfonnages fi
ennuyeux & fi parfaits : ils font fi continuellement
raifonnables : ils ont fi peu de
rapport avec nous , qu'ils ne peuvent gagher
notre confiance .
Vous me direz peut-être que j'ai mes
raifons pour penfer ainfi. Il eft vrai que je
fais un gré infini au Philofophe Suiffe , d'avoir
fçu nous montrer les refforts qui fervent
à relever une âme bien née . Il a furtout
puiffamment combattu le découragement
des belles âmes , cette fource honteufe
& conftante de la corruption des
plus heureux caractères .
Si je voulois vous rendre compte de
tout ce que j'admire dans l'enſemble de
cet Ouvrage , il me faudroit peut - être
plus de temps pour le détailler , qu'il n'en
a fallu à l'Auteur pour le faire . Je regarde
fon plan comme une machine immenfe ,
cachée fous le voile de la plus noble fimpli
cité .
Je ne finirois pas , fi je me permettois
2.
AOUST. 1761 . 29
de vous dire tout ce que je crois appercevoir.
Il y a bien loin de l'impreffion
que j'ai reçue , à celle que je craignois .
J'ofe à peine penfer à ma derniere Lettre :
j'allois cependant vous en parler ; máis
je m'apperçois heureufement qu'il eft bien
tard. Je compte vous écrire encore après
demain.Adieu, ma chère amie; les obfervations
de votre fociété fur la nouvelleHélo
fe,dont vous me faites part , me paroiffent
petites & injuftes . Je fens que je ferai forcée
de vous en dire mon avis dans ma premiere
Lettre.
LETTRE QUATRIEME.
J'AIAI encore relu, ma chère amie, les trois
derniers tomes de Julie ; & je ne les ai interrompus
que pour écrire deux Lettres
d'affaires ; l'une pour obliger un malheuheureux
de ce Village , qui m'a autrefois
fervie , & l'autre à mon mari. Je le preffe
de profiter de la belle faifon , s'il a toujours
le projet d'aller cette année s'établir
dans fa terre. Je partirois tout de faite.
avec nos deux enfans ; & vous jugez bienque
la nouvelle Héloïfe ne feroit pas ou
bliée.
Je fuis plus indignée que jamais de vos
Bijj
30 MERCURE DE FRANCE.
remarques. Elles attaquent les endroits du
Livre qui me paroiffent les mieux inventés.
En vérité vos gens de goût ne peuvent
critiquer fi févérement cet Ouvrage,
que parce qu'ils ne l'ont pas fait .
Je m'imagine d'ici voir l'air de confiance
& d'autorité , avec lequel ces Meffieurs
perfuadent, après dîner, de jeunes petites,
Dames qui les accréditent . Ils blâment
fur tout avec fuccès les moeurs de Julie
parce que des maximes pernicieuſes ; parce
que des moeurs vraiment corrompues
font vivement attaquées par fa conduite.
Je crois les entendre dire à leur crédule
auditoire , avec un fourire ironique .....
Comment cette fille affez éprife pour
manquer à fon honneur , ne l'a- t - elle pas
affez été pour époufer fon amant ? Pourquoi
refufe- t- elle les offres du généreux
Edouard pourquoi ne quitte-t- elle pas
les parens qu'elle déshonore , pour aller
paffer fa vie avec ce qu'elle aime & l'ami
vertueux , qui leur offre un afyle ? n'a-telle
de l'audace & de la force d'efprit ,
que pour s'impofer des liens illégitimes ?
J'ai bien peur , ma chère amie , que
ceux qui raiſonnent ainfi , ne connoiffent
d'autres vertus que le préjugé , & d'autre
Eonneur que l'orgueil. Comment ne
oyent-ils pas que à Julie a manqué à ce
fi
AOUST. 1761 31
qu'elle ſe devoit à elle -même , vis-à- vis de
la vertu & de la raiſon , elle ne peut expier
les fautes que par fes remords & par
fes larmes doit -elle faire oublier fa foibleffe
par des torts plus graves & plus impardonnables
. Qui peut la condamner ?
fera-ce des Philofophes ou des dévots ?
fera ce des hommes fans principes ou ceux
qui prétendent en avoir ? lequel d'entr'eux
prononcera que le premier des crimes eft
l'amour illicite , & que les premiéres des
vertus ne font pas la reconnoiffance &
l'humanité ?
Julie aime fon amant fans ceffer de
chérir fon père : elle ne veut point fe féparer
d'une mère tendre & adorée. Il lui
en coûte pour s'éloigner d'une amie qu'elle
a toujours aimée. Lifez ces quatre lignes
que l'on trouve dans une Lettre de Claire
à Julie. » Il reste en toi , lui dit Claire ,
» mille adorables qualités , que l'eftime de
» toi-même peut feule conferver , qu'un
» excès de honte & l'aviliffement qui le
fuit détruiroit infailliblement ; & c'eft
"3 fur ce que tu croiras valoir encore , que
» tu vaudras en effet. Gardes - toi donc ,
» de tomber dans un abbattement dangereux
, qui t'aviliroit plus que ta foibleffe
» même . Le véritable amour eft il fait
»
» pour dégrader l'âme ?
·
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
Julie n'eft pas de ces femmes qui per
dent toutes leurs vertus en un jour. Plus
capable de facrifier fon honheur au bonheur
de ce qu'elle aime , que d'immoler
au fien les derniers jours d'un père & dune
mère qui n'exiftent que pour elle ; au
moment de plonger le poignard dans le
fein de ceux qui lui ont donné la vie , elle
regarde la profondeur du précipice , où
elle eft tombée. Le crime barbare , qu'elle
eft fur le point de commnettre , lui donne
de l'horreur pous les engagemens qu'elle
a pris . Enfin n'eft elle pas retenue dans
cette circonftance par fon extrême fenfibibilité
, la fource premiére de toutes les
vertus , & l'unique principe de fes erreurs?
Ne voit on pas ici tous les effets d'une
-même caufe & les conféquences néceffaires
du caractère que l'Auteur a dû donner
à fon Héroïne? Si ce font là des contrariétés
, convenez , ma chere amie , qu'elles
ont heureuſement leur racine dans le coeur
de l'homme.
Avec quel génie cette prétendue inconféquence
eft préparée ! On ne peut fe laffer
de lire la Lettre où Julie raconte la vialence
de fon père , & le charme de la Scène
touchante qui lui fuccéda : c'eſt Julie
qui s'exprime ainfi, page 374 , tome premier.
AOUST. 1761 : 33
"
"
Après le fouper , l'air fe trouva fi froid
que ma mère fit faire du feu dans fa
» chambre .Elle s'affit à l'un des coins de la
» cheminée, & mon père à l'autre. J'allois
» prendre une chaife pour me placer en-
» tr'eux ; quand m'arrêtant par ma robe,
❞ & me tirant à lui fans rien dire , il m'af-
» fit fur fes genoux. Tout cela fe fit fi
" promptement & par une forte de mou-
» vement fi involontaire , qu'il en eut une
efpéce de repentir le moment d'après.
Cependant j'étois fur les genoux : il ne
pouvoit plus s'en dédire ; & ce qu'il y
» avoit de pis pour la contenance , il fal-
» loit me tenir embraffée dans cette gênan
té attitude.Tout celà fe faifoit en filence ;
mais je fentois de tems en tems fes bras
»fe preffer contre mes flancs avec un fou-
» pir affez mal étouffé . Je ne fais quelle
» mauvaife honte empêchoit les bras pa-
» ternels dé fe livrer à ces douces étrein-
» tes . Une certaine gravité qu'on n'oſoit
» quitter ; une certaine confufion qu'on
» n'ofoit vaincre, mettoit entre un père &
fa fille ce charmant embarras que la
pudeur & l'amour donnent aux amans ;
tandis qu'une tendre mère , tranſpor
» tée d'aife , dévoroit en fecret un fi doux
fpectacle. Je voyois , je fentois tout
cela - men - Ange Et ne 'pus tenir plus
By
+
34 MERCURE DE FRANCE.
و د
"
"3
ور
longtemps à l'attendriffement qui me
gagnoit. Je feignis de glifler. Je jettai ,
» pour me retenir, un bras au cou de mon
Fère. Je penchai mon vifage contre fon
vifage vénérable ; & dans un inftant il
» fut couvert de mes baifers & inondé de
» mes larmes. Je fentis , à celles qui cou-
» loient de fes yeux , qu'il étoit lui- même
foulagé d'une grande peine : ma mère
» vint partager nos tranfports . Douce &
paifible innocence , tu manquas feule à
» mon coeur , pour faire de cette fcène
» de la Nature le moment le plus déli-
» cieux de ma vie !
ور
ور
Cette fcène fi naturelle conduit le Lecteur
à approuver ce qui doit fuivre. Qu'il
eft aifé de fe repréfenter qu'après avoir
gémi de la violence de cet homme brulque
& fenfible, fon repentir, fes larmes &
les careffes qui lui échappent doivent
avoir un empire abfolu fur une fille comme
Julie!peut -on s'empêcher de comparer
les douceurs de cet épanchement de la
nature , de ce fentiment fi doux , fi refpectable
, avec le tumulte impétueux d'une
paffion déréglée ? quel contrafte ! quelle
fource de réfléxions !
Peu de temps après , elle voit mourir
fa mère , qui a découvert fon intrigue.
Cette mère charmante ne lui fait aucun
A OUST 1761.
35
fon père qui n'a
reproche : elle expire en faifant des voeux
pour le bonheur de fa fille . Julie fe perfuade
que le chagrin a abrégé fes jours :
elle ne voit plus que des objets lamentatables.
Séparée de fon Amant depuis plufieurs
mois , elle a eu le temps de réfléchir
: elle doit le moins aimer & le hair
peut -être , lorſqu'elle fe retrace fes fautes
& fes malheurs.
Dans cet inftant
plus qu'elle , ce vieillard malheureux ,
dont elle peut adoucir ou empoisonner
la vie , ce père fi haut , fi abſolu ſe jette
à fes genoux , pour la fupplier d'accorder
fa main à un homme vertueux , qui lui
a fauvé la vie . Il la preffe d'acquitter la
parole d'honneur qu'il a donnée à fon
ami . Ah ! ma Comteffe , n'avez-vous pas
remarqué que le mariage devient pour
une perfonne comme Julie une barriére
invincible contre les reftes d'une paffion
terrible & .malheureufe? Elle fe flatte de
rendre à fon père le repos & le bonheur
qu'elle lui a ôtés. Elle fuit les confeils
d'une amie qui a de l'empire fur ſon eſprit.
En réfléchiffant, elle fe regarde comme
une fille coupable & ingrate : elle voit
qu'elle peut devenir une femme vertueufe
& une mère tendre & respectée . Ce
dernier motif la décide . Elle promet &
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
accomplit avec joie fon ferment.
Que pourroit- on oppofer à des raifongfi
preffantes? Seroit - ce les intérêts de l'hon--
nête homme qu'elle époufe , & qui peut
ignorer fa conduite ? De pareilles confidérations
n'éffacent point la peinture que
je viens de faire . Eft-il même bien aifé de
décider fi l'obéiffance d'une fille à fon
père n'eſt pas un des premiers devoirs de
fon état ?
On pourroit enfin convenir tout au
plus , que les raifons fe combattent fans
pouvoir fe détruire; & c'en feroit plus qu'il
n'en faut pourfonder la conduite de Julie fi
bien dans la nature & dans la raiſon.Je vais
plus loin : en fuppofant qu'elle fit une fau
te devenue néceffaire , on pourroit feulement
en conclure , qu'une fois fortis des
limites de l'ordre & du devoir , nous n'avons
plus que le choix des fautes & des
malheurs.
Hélas ! ma chère amie , que cette ré
fléxion eft inftructive ; mais qu'elle eft éffrayante
pour moi ! qu'elle doit me donner
à penser Revenons à Julie.
Il falloit bien qu'elle eût ce dernier tort ::
il falloit qu'elle fût parjure avec fon
amant , pour ne pas devenir plus criminelle.
Cette derniére faute a donné l'éffor
à fesgrandes qualités : elle la rétablit dans
l'état , dont elle étoit déchue . Remar
AOUST. 1761. 37
quez que Julie plus foible que je ne l'ai
étés Julie dans la même fituation que moi ;
Julie , époufe & mère devint fublime &
irréprochable. It femble que fon âme s'agrandiffe
avec fes devoirs . La vertu embellit
fes jours : elle trouve des douceurs
inattendues dans fon nouvel état.
Cependant, ma Comteffe , ces foupirs
tendres & douloureux, qu'elle jette quelquefois
vers le paffé , nous enfeignent
malgré nous , qu'elle eût été plus heureufe
, fi fon coeur ne l'eût jamais égarée.
Que la dévotion de Julie , eft grande
& touchante ! Elle éléve l'âme & la confole.
Elle meurt enfin , lorfqu'on ne peut
plus fe paller de vivre avec elle. Elle gagne
une maladie mortelle , en fe jettant
dans le Lac , pour fauver la vie à un de
fes enfans. Je ne connois rien de fi touchant
que le moment , où l'on améne
à Julie mourante les deux enfans qui lui
font fi chers. M. de Volmar s'exprime
ainfi dans cet endroit de la lettre , où il
raconte la fin attendriffante de fa femme:
2
» Elle alloit me répondre , quand on
» amena les enfans. It ne fut plus quef-
» tion que d'eux ; & vous pouvez juger ,
» fi fe fentant prête à les quitter , fes ca-
» reffes furent tiédes & modérées . J'obfer--
vai même , qu'elle revenoit plus fou
38 MERCURE DE FRANCE .
» vent , & avec des étreintes encore plus
» ardentes à celui qui lui coutoit la vie ;
» comme s'il lui fût devenu plus cher .
Ce qui doit furprendre le Lecteur ; c'eſt
que cette mort , quoique prévue , n'en eft
que plus attendriffante.
>
Il faut que cette fingularité foit caufée
par un intérêt d'une autre nature , que
celui qui foutient la plupart des Romans .
Apparemment que tout eft vrai , fimple
& naturel : cette cataſtrophe n'a pas befoin
d'être imprévue pour attendrir. Apparemment
que les mouvemens que l'on
éprouve , ne tiennent point à des illuſions
paffagéres ; mais aux fentimens plus confrants
& plus intimes , dont l'âme ne fe
laffe jamais.
Je voudrois vous peindre avec des couleurs
affez vives les différents regrets des
différents témoins de ce fpectacle funeſte .
Quelle fermeté touchante dans Julie ,
uniquement occupée de ceux qui l'environnent
? Quel état que celui de Claire ,
fûre de perdre une telle amie , en faifant
de continuels efforts pour lui cacher
La douleur ! Que de larmes différentes fervent
à retracer tous les charmes & toutes
les vertus de cette adorable femme ! Tous
les fentimens , tous les caractéres , toutes
les conditions la pleurent & la refpectent.
AOUST. 1761 . 39
On voit, dans ce terrible inftant, un défefpoir
général ; celui de fes amis , celui
de les domeftiques , celui de tout un peuple
, qu'elle auroit voulu rendre heureux.
On voit avec autant de faififfement que
d'admiration la perplexité de Wolmar , de
cet homme froid par principe & par caractére.
L'incertitude s'élève tout -à- coup
dans le fein d'un Athée , qui tremble de
voir expirer avec Julie , la vertu & l'húmanité.
Le malheureux Wolmar ne peut
croire à l'anéantiſſement d'une âme auffi
tendre & auffi parfaite. Il paffe de l'athéifme
à l'excès de la timidité : il redoute
pour Julie un avenir , qu'il n'eût regardé
pour lui -même , que comme un port certain
, comme un fommeil tranquille . A
peine raffuré par les vertus de ce qu'il
aime , c'eft lui qui l'avertit en frémilfant
, qu'il ne lui refte que peu d'inftants à
vivre.
Il me femble qu'en voilà bien affez ,
pour faire oublier quelques obfervations
auffi faciles à détruire qu'à imaginer . Pour
moi, je vous avouerai, ma chère amie , que
je ne fuis point fâchée de rencontrer avec
des vertus fublimes quelques petiteffes
qui les rapprochent de moi. Au furplus
je ne m'embaraffe guéres de fçavoir fi Julie
a eu tort ou raiſon , de chercher à rafe
1
40 MERCURE DE FRANCE.
furer les regards de ceux qui la voyent finir.
Peut-être, fi vous le voulez , eût -elle mieux
fait de mourir plus férieufement . Je ne
voudrois cependant rien retrancher : tout
me plaît : tout me paroît néceffaire. Je
penfe que ce feroit avec moins de raifon
encore, que l'on s'en prendroit à quelques
inconféquences de Volmar , qui n'eft
point le pivot éffentiel & moral de l'ouvrage.
On trouve mauvais , dites - vous , que
cet homme extraordinaire ait époufé Julie
, fachant fa conduite & fon amour.
Mais en fuppofant même que Volmar ait
eu un tort ; faut- il donc s'étonner , qu'un
Athée , qui par hazard fe trouve bien né ,
tombe dans plufieurs inconféquences ?
Eft-il d'ailleurs bien fingulier , qu'ayant
connoiffance de la paffion de Julie , il
l'épouse , parce qu'elle lui plaît , parce
qu'il croit que fa fociété peut le rendre
heureux ; parce qu'il n'eft pas d'un caractère
jaloux ; parce qu'il fait qu'elle eft vertueufe
& reconnoiffante , & qu'il eſpére
que fes procedés & fes foins pourront enfin
la gagner; parce qu'il voit fon père
décidé à ne pas lui laiffer époufer fon
amant ; & fi l'on veut enfin , parce que
l'intérêt de fon plaifir & de fon bonheur
l'emporte un moment fur toute autre con
fidération ?
AOUST. 1761. 48
*
Ce même Volmar , plein d'amitié & de
refpect pour Julie , qui a eu affez dé bon
ne foi & de candeur pour lui avouer fest
égaremens , fait revenir faint Preux ,
après fix ans d'abfence. Eft - il bien révol
tant qu'il ne voye en lui qu'un ami commun,
& un homme eftimable ? Peut- on ou
blier que Volmar n'eft ni amoureux ni ja
loux , & qu'il ne peut craindre une infidélité
, ni par préjugé , ni par principes ?
D'ailleurs , il compte fur la vertu de Julie
, il l'aime ; il craint d'avoir empoifonné
fa vie ; & à quelque prix que ce
foit , il veut mériter fa confiance , & con
tribuer à fon bonheur.
7
Il faut ne voir dans l'amour que des
fureurs , dans l'honneur que de la férociré
, pour ne pas juger avec indulgence
cette généreufe fingularité.
A propos de cette réfléxion : n'avezvous
jamais pris garde , chère Comteffe ,
à lá pédante hypocrifie de quelques déclamateurs
? Ils ne croyent point à un
Légiflateur éternel . Ils s'amufent à groffir
continuellement de triftes préjugés ,
qui ne feroient que barbares dans leurs
fyftêmes. Il faut que ces préjugés fi gênans
& fi cruels ayent une caufe bien
puiffante , que nous ne pouvons diftinctes
L'Amant de Julie.
42 MERCURE DE FRANCE.
ment connoître . Mais laiffons la Philofophie
& l'amour.
Vous avez pu remarquer , que dans le
compte que je viens de vous rendre de la
nouvelle Héloïfe , je ne me fuis guéres occupée
que des traits qui ont un rapport éf- િ
fentiel à mes devoirs , & avec la fituation
préfente de mon coeur .
Je ne fais fi je me trompe , depuis que
j'ai lu ce Livre , il me femble que je vois
un nouvel ordre de choſes. Ce qui m'arrivera
d'ici à huit jours, peut décider du fort
de toute ma vie. Selon la réponſe de mon
mari , je vous verrai peut- être la femaine
prochaine ; car je pafferai certainement
par Paris , en allant à fa terre de Bretagne.
Ah ! ma chère amie , que j'aurai de
* Ceux qui n'aiment pas le Roman de Julie ,
doivent favoir quelque gré à la perfonne qui
écrit ces Lettres , d'avoir obmis de parler du
charme du ftyle & de la force des raifonnemens
, de leur fageffe , de leur profondeur , des
principes de morale lumineux & utiles que l'on
trouve à chaque page de la defcription du Pays
de Vaux ; des Lettres fur le Suicide , des chofes
ingénieufes que dit l'Auteur fur l'éducation des
enfans ,& fur la manière de former les domeſtiques
honnêtes , & de les rendre heureux. Il n'y
a pas de Lettre , où bien des Auteurs qui penfe
roient , ne trouvaflent dequoi ſe faire une répu
tation & un bon Livre .
AOUST. 1761 . 43
›
plaifir à vous embraffer , & que nous
avons de chofes à nous dire ! Aurai - je le
temps de difputer fur Julie avec vos Marchands
d'Elprit ? Vous m'avez mandé
qu'ils avoient la bonté d'approuver la promenade
fur le Lac , le rêve de Julie , la
réparation d'Edouard. S'ils avoient vû plus
loin , ou avec plus de bonne foi , ils feroient
convenus que ces fublimes beautés
tiennent immédiatement à un magnifique
enfemble , qui ne pourroit fe paſſer
d'aucune de ſes parties.
C'est ainsi que finiffent ces Lettres : il
eût été facile d'en faire un Roman agréable.
Mais l'Editeur n'a ni l'efprit de ce
genre , ni le temps de s'en occuper . Si
quelque efprit léger agréable & oifif
vouloit continuer ces Lettres , il pourroit
les intituler: Le pouvoir d'un bon Livrefur
un bon coeur.
Fermer
Résumé : L'ÉLÉVE DE LA NOUVELLE HELOISE, OU LETTRES de Madame la Marquise de *** à Mde la Comtesse de ****.
'La Nouvelle Héloïse' de Jean-Jacques Rousseau est un roman qui suscite des opinions variées, particulièrement apprécié par les femmes pour la vérité des sentiments qu'il exprime. Une amie de l'auteure décrit l'impact profond du livre sur son âme, malgré les avis divergents. Elle admire la sagesse de l'auteure et trouve le roman à la fois captivant et dangereux, craignant de succomber comme Julie, le personnage principal. Le roman met en lumière la grandeur et la séduction de Julie, qui, malgré ses erreurs, possède une aura qui élève ses vertus. Les événements narrés sont ordinaires mais naturels, renforçant leur sublimité. Les sentiments de Julie et de son amant sont authentiques et touchants. L'œuvre valorise la famille, l'amitié et les plaisirs simples de la vie champêtre. Rousseau capte l'attention du lecteur avant de l'instruire, évitant le ton despotique et montrant les passions humaines de manière réaliste. Une scène émotionnelle intense montre Julie, submergée par ses émotions, embrassant son père et pleurant. Sa mère, également émue, partage leurs transports. Peu après, la mère de Julie décède, laissant cette dernière accablée de chagrin. Séparée de son amant, Julie réfléchit à ses fautes et à ses malheurs. Son père la supplie d'épouser un homme vertueux pour apaiser sa conscience. Julie accepte, voyant dans ce mariage une manière de redevenir vertueuse et de rendre le bonheur à son père. Elle devient une épouse et une mère exemplaire, bien que parfois nostalgique de son passé. Elle meurt en sauvant un de ses enfants, dans une scène poignante. La mort de Julie suscite un désespoir général parmi ses proches et le peuple. Wolmar, malgré son athéisme, est troublé par la perte de Julie. L'auteur admire la manière dont Rousseau intègre des vertus sublimes et des petites faiblesses pour rendre les personnages plus relatables. Elle défend également les actions de Wolmar et mentionne le retour de Saint-Preux après six ans d'absence, organisé par Wolmar pour le bien-être de Julie. L'auteur partage ses réflexions personnelles sur le roman, notant qu'il a changé sa perception des choses et pourrait influencer son avenir. Elle reconnaît les nombreux aspects louables du roman, tels que le style, la sagesse et les principes moraux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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117
s. p.
HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES DES MOUSQUETAIRES.
Début :
M. De Saint-Foix va donner incessamment un Supplément à ses Essais [...]
Mots clefs :
Mousquetaires, Ouvrage, Ennemi, Attaque, Cavalerie, Gouverneur, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES DES MOUSQUETAIRES.
M.De Saint-Foixva donner inceffamment
un Supplément à fes Effais
hiftoriques fur Paris . On étoit étonné
qu'ayant fait mention de tant de palais
& d'hôtels de cette Capitale , il n'eût pas
parlé des deux hôtels des Moufquetaires ;
voici l'article qu'il nous a communiqué .
Quelle clarté , quelle netteté , quel ton
fimple , naturel & facile ! D'autres ont
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
marré ; M. de Saint- Foix peint. D'ail
leurs , il cite fes garans , à chaque fair
qu'il rapporté.
HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES
DES MOUSQUETAÍRES .
Un Spartiate vantoit à un étranger
l'intrépidité avec laquelle les jeunes
gens de Sparte combattoient & s'expofoient
à tous les dangers : je ferois étonné
(a) , lui répondit cet étranger , qu'ils
ne cherchaffent pas la mort , attendu la
vie trifte , ennuyeufe & dure qu'ils menent
& que vous menez tous dans votre
république. On ne dira pas que les plaifirs
manquent à Paris ; qu'on y eft trifte
& morne comme à Lacédémone , &
que la nobleffe Françoife n'eft brave
que par mauvaiſe humeur contre la
vie.
9
La première Compagnie des Moufquétaires
fut créée en 1622, Elle fe
diftingua dans toutes les occafions. Ce
fut au pas de Suze , dont elle força les
trois retranchemens , l'épée à la main ,
que Louis XIII , qui y étoit en perfonne
, dit que ce qui lui plaifoit tou-
( a ) Vid. Craggium de Republ. Laced. Lib. 3.
Inftit. 8.
FEVRIER. 1763 . 7
jours dans fes Moufquetaires , c'étoit
cette gayeté célére avec laquelle ils marchoient
à tout ce qu'on leur difoit d'attaquer.
A la bataille des Dunes , le grand
Condé , qui fervoit alors contre la
France , les fit charger quatre fois par
des corps bien fupérieurs en nombre
fans pouvoir les dépofter du terrein
qu'ils occupoient.
La feconde Compagnie ne fut mife
fur le même pied que la première , & le
Roi ne s'en déclara le Capitaine qu'en
1665 .
2
La guerre entre la France & l'Efpagne
ayant recommencé en 1667`, à
Poccafion des droits de la Reine , les
Moufquetaires fuivirent le Roi en Flandres
, & continuerent d'y faire le fervice
à pied & à cheval à tous les fiéges. A
celui de Lille ils furent commandés
pour l'attaque de la demie-lune & l'emporterent
en moins d'un quart-d'heure .
Le lendemain le Gouverneur battit la
chamade ; & lorfque la capitulation fut
fignée , & que les Moufquetaires fe
furent emparés de la porte qu'il livroit ,
il fut étonné de voir que la plupart
étoient des jeunes gens de dix - fept , dixhuit
ou vingt ans .
En 1668 ils marcherent en Franche-
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Comté : Dole fut la feule ville qui parut
vouloir foutenir un fiége ; mais à peine
avions -nous ouvert la tranchée
, que
trente ou quarante Moufquetaires (b)fe
jetterent dans le chemin couvert ; le
grand Condé arriva dans l'inftant &
voyant que leur audacieufe témérité en
avoit impofé à l'ennemi qui fuyoit , il
les fit foutenir par de l'infanterie &
réuffir dans une attaque où ils auroient
dû payer de leurs vies l'imprudence de
leur courage. Dole fe rendit le lendemain
.
,
En 1669 , Louis XIV joignit un
détachement de cent Moufquetaires aux
autres troupes qu'il envoyoit en Candie.
Ils fe fignalerent par tous les efforts
de la plus grande valeur dans la fortie
que fit le Duc de Navailles , & où la
cavalerie Turque fut mife dans une entiere
déroute . Deux jours après , ils défendirent
la brêche du côté de la Sabionnaire
, & repoufferent les Turcs à
tous les affauts qu'ils y donnerent. Deux
Maréchaux des logis & trente Moufquetaires
y furent bleffés , & deux Brigadiers
tués.
En. 1672 Louis XIV déclara la guerre
( b ) Journal de la conquête de la Franche- Comté
en 1668 .
FEVRIER. 1763. 9
la Hollande , & le 12 Juin les Moufquetaires
pafferent le Rhin à la nage
avec les autres efcadrons de la Maiſon.
Au fiége de Maſtrick , en 1673 , la
premiere Compagnie fut commandée
pour l'attaque de la demie-lune féche ,
tandis que la feconde attaqueroit les paliffades
entre cette demie-lune & l'ouvrage
à corne. On donne le fignal , elles
marchent ; & malgré la vigoureuſe réfiftance
de l'ennemi , malgré le feu des
fournaux qu'il fait jouer & les éclats terribles
des grenades qu'il jette fans ceffe ,
ces ouvrages furent emportés prefqu'en
même temps . L'action du lendemain fut
encore plus vive & plus meurtrière ; on
croyoit les logemens affurés & les
Moufquetaires étoient rentrés dans le
camp ;l'ennemi fit jouer tout-à- coup un
fourneau que nous n'avions pas découvert
dans la demie-lune ; on. dut crain --
dre qu'il n'y en eût d'autres. Farjaux ,
Gouverneur de la Place , qui s'étoit mis
à la tête des meilleures , troupes de fa
garnifon , profitant de ce moment d'al-
Farme , rentra dans cet ouvrage , en
chaffa nos foldats on commanda de
nouveau les Moufquétaires (c) pour le
2*
( o) Relation du Duc de Montmouth à Charles
II. Recueil depièces . p . 139.
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
reprendre , & ils le reprirent ; mais
après un combat des plus fanglans &
des plus opiniâtres ; cinquante-trois
Moufquetaires y furent bleffés , trente .
fept tués avec le Comte d'Artagnan
Commandant de la première Compagnie.
Les Moufquetaires qui en revinrent
, dit Peliffon ( d ) , avoient tous
leurs épées fanglantes jufqu'aux gardes
, & fauffées des coups qu'ils avoient
donnés .
Deux fortes barricades & un retranchement
autour de l'Eglife de S. Etienne
, défendoient les approches de la citadelle
de Befançon ; les Moufquetaires ,
le 20 Mai 1674 , à dix heures du matin ,
marchent deux cens pas à découvert
fous tout le feu du canon & de la moufqueterie
de l'ennemi , forcent ces deux
barricades & ce retranchement , &
mettent nos travailleurs en état de commencer
le logement fur le glacis .
Louis XIV, le 21 Avril 1676, affiégea
Condé , une des plus fortes places du
Hainaut ; le prince d'Orange marcha
auffitôt pout la fecourir ; la communication
entre nos quartiers étoit très-difficile
à caufe de l'inondation , & nos
lignes embraffoient une fi grande éten-
( d ) T. 1. p. 325.
9
FEVRIER. 1763. 11
,
due de terrein , qu'il n'étoit pas poffible
de les défendre contre une armée , fut
elle-même bien inférieure à la nôtre ;
il falloit donc , ou marcher au devant de
l'ennemi & le combattre , ou preffer le
fiége par une attaque fi vive , que la
place fut obligée de fe rendre avant l'arrivée
du fecours. La nuit du 25 au 26
Avril , les deux Compagnies des Moufquetaires
, à la tête de plufieurs détachemens
d'infanterie , furent commandées
pour cette attaque ; fi jamais leur
valeur & l'émulation qu'elle infpire ;
ont rendu un fervice important , ce fut
en cette occafion : un jour de plus ou
de moins , dit Peliffon (e) , étoit de la
plus grande conféquence dans la conjoncture
des chofes ; ainfi les nôtres
ajoute-t-il , avoient ordre de ne fe point
arrêter , s'il fe pouvoit , que tout nefût
emporté. Tout le fut , les paliffades , le
foffé , la contrefcarpe , l'ouvrage avancé
, la feconde contrefcarpe avec des
redoutes fur fes angles faillans , & des
fourneaux au-deffous , les deux baſtions
détachés & leur courtine ; l'ennemi ,
dans aucun de ces ouvrages , ne put
foutenir l'impétuofité de nos affauts ;
( e) T. 3. p. 20 & 21 .
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
les (f) Moufquetaires , fuivis des Grenadiers
des régimens d'Artois & du
Maine , pénétrerent jufques dans lá
baffe ville ; le Gouverneur confterné fit
battre la chamade , envoya promptement
des ôtages , & fe rendit à difcrétion.
Dans ces différentes attaques , qui
furent fi vives qu'elles femblerent n'en
faire qu'une , il n'y eut qu'onze Moufquetaires
tués , & dix-fept bleffés ; la
Hoguette , Enfeigne de la premiere
Compagnie , y reçut un coup de pique
dans la cuiffe ; un des fourneaux fit
fauter Jauvelle , Capitaine-Lieutenant
de la feconde , & de Vins Sous- Lieutenant
; il en furent quittes pour quelques
meurtriffures.
De bonnes fortifications & bien entretenues
, des munitions de guerre &
des vivres en abondance ; une artillerie
des plus formidables für les remparts
& dans chaque ouvrage ; trois à quatre
mille hommes de garnifon ; la haine
des bourgeois contre la France , & leur
affection pour le gouvernement Efpagnol
tout fembloit annoncer que le
fiége de Valenciennes feroit long , pénible
& très-meurtrier. Le côté de la
( fJourna! du Maréchald'Humieres. Recueil de
pieces . p. 147.
FEVRIER. 1763. 13
étoit
ville qu'embraffoit notre attaque ,
défendu par une demie-lune à droite ,
& une autre à gauche , en avant d'un
ouvrage couronné , paliffadé , fraizé
& dont le foffé étoit coupé de plufieurs
traverſes. Dans cet ouvrage couronné ,
il y avoit encore une demie - lune avec
un bon foffé , le tout bien revêtu ; audelà
de cette demie-lune , un bras de
l'Eſcaut ; enfuite un ouvrage apellé le
pâté , & enfin le grand cours de l'Efcaut
, profond , rapide , coulant &
fervant de foflé entre le pâté & la muraille
de la ville dont les remparts , beaux
& larges , protégeoient par leur canon ,
& celui de deux baftions , toutes ces
défenſes extérieures . Le 9 Mars 1677
on avoit ouvert la tranchée. Le 16 au
foir , les Moufquetaires furent commandés
avec (g ) les Grenadiers de la Maifon
, & de gros détachemens du régiment
des Gardes & de celui de Picardie.
Le 17 , à neuf heures du matin ,
ils marcherent à l'attaque de l'ouvrage (h)
(g ) Les Grenadiers à Cheval , créés à la fin de
l'année 1676 , & unis à la Maifon du Roi. Cette
Compagnie ne fut d'abord que de quatre-vingtquatre
Maîtres . On les appelloit les Riotors du
nom de leur commandant.
( h) On palla derrière les deux demies- lunes
14 MERCURE DE FRANCE.
peu couronné , & l'emporterent en affez
de temps. Bientôt après , dit Peliffon
le Roi, à leurs habits rouges , diftingua
fort bien fes Moufquetaires (i) qui étoient
dans la demie-lune enfermée dans l'ouvrage
couronné ; cela paroiſſoit incroyable
, ajoute-t-il , car l'ordre étoit de fe
loger dans l'ouvrage couronné & de
s'arrêter là ; de quoi le Roi fe contentoit
pour cette fois. Si ce commencement
d'action parut incroyable , on dut être
encore bien plus étonné de la fuite. Il y
avoit , fur le petit bras de l'Eſcaut , un
pont qui communiquoit de cette demie
-lune au pâté , & à l'entrée de ce
pont , une barriere de groffes piéces de
bois pointues , avec un guichet au milieu
où il ne pouvoit paffer qu'un homme à la
fois. Tandis qu'une partie de ceux des
Moufquetaires qui y arriverent les premiers,
tâchoit d'en forcer l'entrée , les
autres monterent au haut de la barriere ,
bravant les coups de piques & de fufils ,
& fauterent de l'autre côté , l'épée à la
main ; l'ennemi épouvanté s'enfuit
avancées , fans les attaquer , parce qu'elles tomboient
d'elles- mêmes , & qu'on en devenoit les
maîtres en prenant l'ouvrage couronné qui les
dominoit.
( i ) T. 3. p. 172 .
FEVRIER. 1763. 15
.
abandonnant la défenfe du guichet ; on
le pourfuit fur le pont , on arrive au
pâté , on attaque cet ouvrage , & il fut
auffi rapidement emporté que l'ouvrage
couronné & la demie-lune ; mais on
alloit y être infailliblement écrasé par le
canon du rempart ; les Moufquetaires (k)
blancs apperçurent une petite porte qu'ils
enfoncerent ( 1) , & ils virent un
efcalier dérobé , pratiqué dans l'épaiffeur
du mur , & par lequel ils monterent
au haut du pâté ; ils y trouverent
une autre porte qui donnoit entrée dans
une galerie , conftruite fur le grand canal
de l'Efcaut , & qui les conduifit au
rempart , d'où ils defcendirent dans la
ville & enfilerent une rue au milieu
de laquelle étoit un pont fur un troifiéme
bras de l'Efcaut qui la traverſoit.
Moiffac , cornette , & la Barre , maréchal
des logis , qui étoient à leur tête
en logerent une partie dans les maifons
les plus proches , afin qu'ils puffent , des
fenêtres , protéger par leur feu ceux qui
défendroient le pont , & qui le défendirent
en effet avec une valeur incroyable
; la cavalerie de la garniſon ,
( k ) Ibid. 192 .
( 4 ) On les appelloit alors ainſi , à cauſe de
leurs chevaux blancs.
16 MERCURE DE FRANCE.
qui les affaillit jufqu'à trois fois , ne put
jamais les ébranler ni les enfoncer , mal--
gré leur petit nombre ; l'infanterie pou--
voit venir les prendre par derriere , en
paffant par le rempart ; mais elle y trouva
la plus grande partie des Moufquetaires
noirs , & les Grenadiers de la :
Maifon , qui la repoufferent vigoureufement.
La bourgeoifie s'étonnoit ;
l'Hôtel-de-Ville s'affembloit ; on entra
en quelque pour-parler avec Moiffac
qui reçut & donna des ôtages ; on députa
vers le Roi ; il en étoit temps
pour empêcher que la ville ne fut
pillée ; les foldats du régiment des Gardes
Françoifes , & de celui de Picardie
commençoient à y entrer en foule
quelques grenadiers de la Maiſon ayant
baiffé le (m) pont-levis du grand canal
de l'Efcaut. Je ne fais fi l'hiftoire , dit
Larrey , fournit bien des exemples d'une:
action fi brufque & fi heureufe , & de la
prife , en fi peu de temps , d'une grande
& forte ville qui ne manquoit de rien
(m ) J'ai dit que le grand cours ou canal de
l'Efcaut couloit & fervoit de follé entre la muraille
de la ville & le pâté ; les Moufquetaires ,.
ayant pris le pâté , feroient entrés dans la ville
pêle-mêle avec les fuyards , fi les affiégés n'avoient
pas promptement levé ce pont- levis·
17 FEVRIER. 1763.
pour fa défenfe. Tout en tient du prodige
, ajoute-t-il , & tout enfut attribué
à l'heureufe témérité des Moufquetaires.
Elle fut heureufe , parce que le fens
froid & la prudence acheverent ce que
l'ardeur & le feu du courage avoient
commencé. Tout y caractériſe la vraie
valeur , cette valeur qui éléve l'homme
au-deffus de lui-même , & qui fouvent
le fait triompher contre toute apparence .
& malgré le danger évident où il femble
s'être précipité.
Le 17 Mars 1677 , les Moufquetaires
avoient pris Valenciennes ; le 11 Avril
ils déciderent du gain de la bataille à
Caffel. Notre armée étoit commandée
par Monfieur , frere du Roi ; le Prin
ce d'Orange commandoit celle des ennemis
. Nous les prévînmes au paffage
d'un ruiffeau , & nous enfonçames &
mîmes en fuite les premieres troupes
qui fe préfenterent ; mais nous trouvâmes
aprèsplus de difficulté , dit (n) Peliffon ;
car quelques régimens d'infanterie , &
particulierement celui des gardes duPrince
d'Orange , fe firent tailler en pièces ,
fans que pas un foldat quitát fa place
&fon rang. Notre cavalerie , ajoute- t- il ,
qu'ils attendoient derriere des hayes , les
( a) T. 3.p.231.
18 MERCURE DE FRANCE.
piques baiffées , s'avanca , mais n'ofa
jamais les joindre , jufqu'à ce que les
Moufquetaires , pied à terre , deux bataillons
de Navarre & deux d'Humieres,
les allerent tous tuer , l'épée à la main.
Il dit dans une autre lettre que les Mouf
quetaires (o) étant defcendus de cheval ,
firent des merveilles , mais qu'en fe retirant
pour aller reprendre leurs chevaux,
ilsfaillirent à faire reculer quelques-
uns de nos bataillons qui lesfuivoient
, & qui crurent qu'ils avoient été
repouffés. Atravers cette narration féche
& peu exacte , repréfentons nous les
gardes du Prince d'Orange , foutenus
de deux autres bataillons , ayant devant
eux un foffé & des haies , leur premier
rang compofé de piquiers , & les
autres faifant un feu terrible fur notre
cavalerie qui tente de franchir le foffé
fe rompt deux fois & fe rebute ; on
commande les Moufquetaires , reffource
ordinaire (p) dans ces fortes d'occa-
( 0) T. 3. p. 289.
(p ) Au fiége d'Ypres , en 1678 , a l'attaque
de la contrefcarpe , nos troupes , dit Peliffon 2
( T. 3. p. 337. ) n'allerent point avec leur vigueur
ordinaire ; un détachement des Mousquetaires
ajoute- t-il , de cinquante feulement , rétablit l'affaire
; ilsfe mirent au-devant de tous , fans dire
FEVRIER. 1763. 19
fions ils mettent pied à terre , marchent
, & il femble que le foffé s'eft
applani , que les haies ont difparu devant
eux , & que leur impétueufe célérité
a devancé & rendu fans effet le feu
de l'ennemi ; ils joignent ces coloffes
armés de piques , les enfoncent , les terraffent
& font voir que la véritable
force dépend de la fupériorité de l'ame.
Laiffant enfuite achever la défaite & le
carnage aux bataillons qui les ont fuivis
, ils retournent promptement reprendre
leurs chevaux , & fe montrer
prêts à exécuter les nouveaux ordres
qu'on voudra leur donner. Ils ne tarderent
pas à en recevoir ; ils chargerent
& mirent en fuite ( q ) un corps affez
autre chofe que gare , comme s'il n'eût été queftion
que de paffer quelque chemin . Ils fe jetterent
dans la contrefcarpe , l'épée à la main , & forcerent
l'ennemi de l'abandonner. Ypres capitula le
lendemain .
En 1691 , au fiége de Mons , les deux batailfons
chargés de l'attaque de l'ouvrage à corhe ,
ayant été repouffés & paroiffant rebutés , Louis
XIV dit , avec quelque dépit , qu'il y enverroit
des troupes qui ne reculeroient pas. En effet les
Moufqueraires qu'il y envoya le lendemain , prirent
cet ouvrage.
(q ) Mémoires des expéditions Militaires de la
guerre de Hollande.
20 MERCURE DE FRANCE.
confidérable de cavalerie qui faifoit
différens mouvemens für leur gauche ,
& dont l'objet étoit de s'approcher de
S. Omer (r) & d'y jetter du fecours.
Le lendemain de cette mémorable
journée , Monfieur , en envoyant quelques
ordres aux commandans des deux
Compagnies , leur écrivit qu'elles avoient
ébauché la victoire & donné le branle à
toute l'affaire.
Je ne les fuivrai point aux fiéges d'Ypres
, de Courtrai , de Philifbourg , de
Mons , ( s ) de Namur ; les actions qu'ils
y firent ne méritent pas moins d'être
confacrées dans les faftes militaires de
la nation , que celles que je viens de
rapporter , mais mon deffein n'a pas été
d'entreprendre leur hiftoire , & il ne me
refte qu'à les confidérer dans ces momens
malheureux , ces circonstances fa→
tales qui font peut-être l'épreuve la plus
fure du vrai courage. La bataille de Ra-
( r ) Monfieur affiégeoit S. Omer , & avoit
marché au-devant du Prince d'Orange qui venoit
pour fecourir cette Place.
(s ) A l'attaque de la caffotte , M, de Mau--
pertuis leur dit que fi quelqu'un d'eux , avant
L'action engagée , fe précipitoit & avançoit hors de
fon rang , il avoit ordre de le tuer . le Roisi ayant
remarqué avec une extrême fenfibilité , que leur trop
Lardeur leur étoit quelquefois funefte.
FEVRIER. 1763 . 21
millies ſe donna le 23 Mai 1706, jour de
la Pentecôte. Notre armée étoit de quarante
mille hommes; celle des ennemis(t)
de foixante-cinq mille . LesGardes duRoi ,
les Gendarmes , les Chevaux- Légers
les Moufquetaires & les Grenadiers à
cheval compofoient la premiere ligne
de notre aîle droite ; ( u ) ils percerent
& enfoncerent quatre lignes de l'aîle
gauche des ennemis , firent des priſonniers
& prirent fix piéces de canon ;
mais il n'étoit que trop facile à Milord
Malboroug de leur arracher la victoire
en profitant des mauvaifes difpofitions
qu'avoient faites nos Généraux &
des fautes qu'il firent encore pendant
l'action fix bataillons , avec quelques
régimens de dragons , qu'ils avoient mis
dans le vallon de Tavieres , ne pouvoient
que foiblement protéger & couvrir
le flanc de notre aîle droite : un
marais impraticable entre notre aîle
gauche & l'aile droite de l'ennemi ,
empêchoit qu'elles ne puffent réciproquement
agir l'une contre l'autre : ainfi
Malboroug ne rifquant rien en dégarniffant
cette aîle droite , qui ne pouvoit
( t) Larrey.
(u ) Rapin de Toiras , continuat.
22 MERCURE DE FRANCE.
être attaquée , en tira cinquante eſcadrons
pour fortifier fon aîle gauche ; de
forte que la Maifon du Roi , qui avoit
percé & enfoncé , comme je l'ai dit ,
quatre lignes de cette aîle gauche , vit
tout-à-coup fe former devant elle des
efcadrons tout frais & derriere lefquels
fe rallioient les quatre lignes qu'elle
avoit battues & difperfées. Malboroug
fit en même temps attaquer , par toute
fa réſerve , les fix bataillons que nous
avions dans le vallon de Tavieress ;; ils ne
purent réfifter à la fupériorité du nombre
, & par leur déroute , tout le côté
de notre aile droite fe trouva découvert ;
la cavalerie qui compofoit la feconde
ligne de cette aîle , derriere la Maifon
du Roi , tenta de préfenter le front
en appuyant fur fa droite , & faifant un
mouvement par fa gauche ; mais cette
évolution ne put pas être affez prompte
devant un ennemi qui s'avançoit avec
rapidité & qui la prenoit en flanc ; les
efcadrons les plus proches furent culbutés
; les autres prirent la fuite ; la Maiſon
du Roi , attaquée de front , en flanc &
par derriere , fe fit jour & joignit notre
aile gauche. On voit que tandis que
Malboroug tiroit des troupes de fon
aile droite pour les porter à fon aîle
FEVRIER. 1763 . 23
>
gauche , fi nos généraux en avoient pareillement
tiré de leur aîle gauche pour
fortifier leur aîle droite , & furtout les
fix bataillons qui étoient dans le vallon
de Tavieres il y a toute apparence
que la victoire nous feroit demeurée . On
voit encore , par les relations mêmes
des ennemis , que la perte étoit à-peuprès
égale de part & d'autre ; qu'ils ne
penfoient point à nous pourſuivre; qu'ils
n'auroient donc remporté de toute cette
action que le ftérile honneur d'avoir
gagné le champ de bataille ; que notre
aîle gauche, avec la Maifon du Roi , fit
tranquillement fa retraite & ne fut
point entamée ; que même l'infanterie
& la cavalerie de l'aîle droite , quoique
battues , fe retiroient en affez bon
ordre , ( x ) lorsqu'un accident imprévu
rendit cette journée une des
plus funeftes pour la France ; quelques
chariots ayant rompu dans un
défilé , & le paffage étant embarraffé
elles crurent entendre l'ennemi qui les
pourſuivoit ; la difparution de leurs généraux
& le peu d'eftime qu'elles avoient
pour eux , ajouterent fans doute à cette
terreur panique ; elles fe débandent
& fuyent de tous côtés ; Malboroug
( x) Rapin de Toiras, continuat,
24
MERCURE
DE FRANCE
.
C
averti par les coureurs qu'il avoit en
avant , détache une partie de fa cavalerie
& fes dragons qui tombent fur
ces troupes en défordre , & ne font
des prifonniers que lorfqu'ils font las
de tuer ; bagages , artillerie , caiffons ,
tout fut pris.
Je n'entrerai en aucuns détails fur la
bataille de Malplaquet ; la Maifon du
Roi chargea quatre fois la cavalerie
des ennemis , & quatre fois la plia &
la renverfa fur fon infanterie ; quand
nous abandonnâmes le champ de bataille
, elle fit l'arriere- garde ; c'étoit le
lion bleffé qui fe retire ; dès que l'ennemi
qui nous fuivoit , s'avançoit de
trop près , elle fe retournoit , & auffitôt
il fe replioit. Les Moufquetaires firent
voir dans cette jonrnée à quel
point l'honneur fçait captiver le naturel
& commander au caractère ; cette troupe
qu'on peint fi vive fi ardente
toujours empreffée d'attaquer & frémiffant
d'impatience fous la main qui l'arrête
, refta pendant cinq heures expoſée
au feu d'une baterie de trente Piéces
de canon ; leur contenance parut toujours
ferme & tranquille dans cette
pofition & ces momens critiques où il
n'eft pas même permis de quitter fon
rang
FEVRIER . 1763. 25
rang pour s'élancer contre la foudre qui
s'allume , & n'en être du moins écrasé
qu'en marchant pour l'attaquer ; ce
mouvement fi naturel feroit regardé
comme un inftant de foibleffe ; il faut
refter immobile devant la mort , l'attendre
, l'enviſager , toujours prête à nous
frapper , & frappant fans ceffe autour
de nous. Au fiége de Philisbourg , en
1734 , quand on fit entrer la Maifon du
Roi dans les Lignes , les Moufquetaires
furent encore expofés à une canonade
très-vive , & la foutinrentavec le même
fang froid : cependant nous fortions
d'une longue paix , & la plupart voyoient
la guerre pour la première fois. Pourrions
- nous être avares d'éloges envers
une troupe dont l'honneur & la haute
réputation femblent s'imprimer dans
l'ame d'un jeune homme dès qu'il y
eft entré ? Lorfqu'à Ramillies , à Malplaquet
, à Etinguen , elle ramène fes
débris fanglans que l'ennemi n'oſe attaquer
, nous paroîtra-t-elle moins recommandable
que lorfqu'elle éleve des
trophées à fon Maître dans la plaine
de Fontenoi ?
un Supplément à fes Effais
hiftoriques fur Paris . On étoit étonné
qu'ayant fait mention de tant de palais
& d'hôtels de cette Capitale , il n'eût pas
parlé des deux hôtels des Moufquetaires ;
voici l'article qu'il nous a communiqué .
Quelle clarté , quelle netteté , quel ton
fimple , naturel & facile ! D'autres ont
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
marré ; M. de Saint- Foix peint. D'ail
leurs , il cite fes garans , à chaque fair
qu'il rapporté.
HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES
DES MOUSQUETAÍRES .
Un Spartiate vantoit à un étranger
l'intrépidité avec laquelle les jeunes
gens de Sparte combattoient & s'expofoient
à tous les dangers : je ferois étonné
(a) , lui répondit cet étranger , qu'ils
ne cherchaffent pas la mort , attendu la
vie trifte , ennuyeufe & dure qu'ils menent
& que vous menez tous dans votre
république. On ne dira pas que les plaifirs
manquent à Paris ; qu'on y eft trifte
& morne comme à Lacédémone , &
que la nobleffe Françoife n'eft brave
que par mauvaiſe humeur contre la
vie.
9
La première Compagnie des Moufquétaires
fut créée en 1622, Elle fe
diftingua dans toutes les occafions. Ce
fut au pas de Suze , dont elle força les
trois retranchemens , l'épée à la main ,
que Louis XIII , qui y étoit en perfonne
, dit que ce qui lui plaifoit tou-
( a ) Vid. Craggium de Republ. Laced. Lib. 3.
Inftit. 8.
FEVRIER. 1763 . 7
jours dans fes Moufquetaires , c'étoit
cette gayeté célére avec laquelle ils marchoient
à tout ce qu'on leur difoit d'attaquer.
A la bataille des Dunes , le grand
Condé , qui fervoit alors contre la
France , les fit charger quatre fois par
des corps bien fupérieurs en nombre
fans pouvoir les dépofter du terrein
qu'ils occupoient.
La feconde Compagnie ne fut mife
fur le même pied que la première , & le
Roi ne s'en déclara le Capitaine qu'en
1665 .
2
La guerre entre la France & l'Efpagne
ayant recommencé en 1667`, à
Poccafion des droits de la Reine , les
Moufquetaires fuivirent le Roi en Flandres
, & continuerent d'y faire le fervice
à pied & à cheval à tous les fiéges. A
celui de Lille ils furent commandés
pour l'attaque de la demie-lune & l'emporterent
en moins d'un quart-d'heure .
Le lendemain le Gouverneur battit la
chamade ; & lorfque la capitulation fut
fignée , & que les Moufquetaires fe
furent emparés de la porte qu'il livroit ,
il fut étonné de voir que la plupart
étoient des jeunes gens de dix - fept , dixhuit
ou vingt ans .
En 1668 ils marcherent en Franche-
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Comté : Dole fut la feule ville qui parut
vouloir foutenir un fiége ; mais à peine
avions -nous ouvert la tranchée
, que
trente ou quarante Moufquetaires (b)fe
jetterent dans le chemin couvert ; le
grand Condé arriva dans l'inftant &
voyant que leur audacieufe témérité en
avoit impofé à l'ennemi qui fuyoit , il
les fit foutenir par de l'infanterie &
réuffir dans une attaque où ils auroient
dû payer de leurs vies l'imprudence de
leur courage. Dole fe rendit le lendemain
.
,
En 1669 , Louis XIV joignit un
détachement de cent Moufquetaires aux
autres troupes qu'il envoyoit en Candie.
Ils fe fignalerent par tous les efforts
de la plus grande valeur dans la fortie
que fit le Duc de Navailles , & où la
cavalerie Turque fut mife dans une entiere
déroute . Deux jours après , ils défendirent
la brêche du côté de la Sabionnaire
, & repoufferent les Turcs à
tous les affauts qu'ils y donnerent. Deux
Maréchaux des logis & trente Moufquetaires
y furent bleffés , & deux Brigadiers
tués.
En. 1672 Louis XIV déclara la guerre
( b ) Journal de la conquête de la Franche- Comté
en 1668 .
FEVRIER. 1763. 9
la Hollande , & le 12 Juin les Moufquetaires
pafferent le Rhin à la nage
avec les autres efcadrons de la Maiſon.
Au fiége de Maſtrick , en 1673 , la
premiere Compagnie fut commandée
pour l'attaque de la demie-lune féche ,
tandis que la feconde attaqueroit les paliffades
entre cette demie-lune & l'ouvrage
à corne. On donne le fignal , elles
marchent ; & malgré la vigoureuſe réfiftance
de l'ennemi , malgré le feu des
fournaux qu'il fait jouer & les éclats terribles
des grenades qu'il jette fans ceffe ,
ces ouvrages furent emportés prefqu'en
même temps . L'action du lendemain fut
encore plus vive & plus meurtrière ; on
croyoit les logemens affurés & les
Moufquetaires étoient rentrés dans le
camp ;l'ennemi fit jouer tout-à- coup un
fourneau que nous n'avions pas découvert
dans la demie-lune ; on. dut crain --
dre qu'il n'y en eût d'autres. Farjaux ,
Gouverneur de la Place , qui s'étoit mis
à la tête des meilleures , troupes de fa
garnifon , profitant de ce moment d'al-
Farme , rentra dans cet ouvrage , en
chaffa nos foldats on commanda de
nouveau les Moufquétaires (c) pour le
2*
( o) Relation du Duc de Montmouth à Charles
II. Recueil depièces . p . 139.
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
reprendre , & ils le reprirent ; mais
après un combat des plus fanglans &
des plus opiniâtres ; cinquante-trois
Moufquetaires y furent bleffés , trente .
fept tués avec le Comte d'Artagnan
Commandant de la première Compagnie.
Les Moufquetaires qui en revinrent
, dit Peliffon ( d ) , avoient tous
leurs épées fanglantes jufqu'aux gardes
, & fauffées des coups qu'ils avoient
donnés .
Deux fortes barricades & un retranchement
autour de l'Eglife de S. Etienne
, défendoient les approches de la citadelle
de Befançon ; les Moufquetaires ,
le 20 Mai 1674 , à dix heures du matin ,
marchent deux cens pas à découvert
fous tout le feu du canon & de la moufqueterie
de l'ennemi , forcent ces deux
barricades & ce retranchement , &
mettent nos travailleurs en état de commencer
le logement fur le glacis .
Louis XIV, le 21 Avril 1676, affiégea
Condé , une des plus fortes places du
Hainaut ; le prince d'Orange marcha
auffitôt pout la fecourir ; la communication
entre nos quartiers étoit très-difficile
à caufe de l'inondation , & nos
lignes embraffoient une fi grande éten-
( d ) T. 1. p. 325.
9
FEVRIER. 1763. 11
,
due de terrein , qu'il n'étoit pas poffible
de les défendre contre une armée , fut
elle-même bien inférieure à la nôtre ;
il falloit donc , ou marcher au devant de
l'ennemi & le combattre , ou preffer le
fiége par une attaque fi vive , que la
place fut obligée de fe rendre avant l'arrivée
du fecours. La nuit du 25 au 26
Avril , les deux Compagnies des Moufquetaires
, à la tête de plufieurs détachemens
d'infanterie , furent commandées
pour cette attaque ; fi jamais leur
valeur & l'émulation qu'elle infpire ;
ont rendu un fervice important , ce fut
en cette occafion : un jour de plus ou
de moins , dit Peliffon (e) , étoit de la
plus grande conféquence dans la conjoncture
des chofes ; ainfi les nôtres
ajoute-t-il , avoient ordre de ne fe point
arrêter , s'il fe pouvoit , que tout nefût
emporté. Tout le fut , les paliffades , le
foffé , la contrefcarpe , l'ouvrage avancé
, la feconde contrefcarpe avec des
redoutes fur fes angles faillans , & des
fourneaux au-deffous , les deux baſtions
détachés & leur courtine ; l'ennemi ,
dans aucun de ces ouvrages , ne put
foutenir l'impétuofité de nos affauts ;
( e) T. 3. p. 20 & 21 .
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
les (f) Moufquetaires , fuivis des Grenadiers
des régimens d'Artois & du
Maine , pénétrerent jufques dans lá
baffe ville ; le Gouverneur confterné fit
battre la chamade , envoya promptement
des ôtages , & fe rendit à difcrétion.
Dans ces différentes attaques , qui
furent fi vives qu'elles femblerent n'en
faire qu'une , il n'y eut qu'onze Moufquetaires
tués , & dix-fept bleffés ; la
Hoguette , Enfeigne de la premiere
Compagnie , y reçut un coup de pique
dans la cuiffe ; un des fourneaux fit
fauter Jauvelle , Capitaine-Lieutenant
de la feconde , & de Vins Sous- Lieutenant
; il en furent quittes pour quelques
meurtriffures.
De bonnes fortifications & bien entretenues
, des munitions de guerre &
des vivres en abondance ; une artillerie
des plus formidables für les remparts
& dans chaque ouvrage ; trois à quatre
mille hommes de garnifon ; la haine
des bourgeois contre la France , & leur
affection pour le gouvernement Efpagnol
tout fembloit annoncer que le
fiége de Valenciennes feroit long , pénible
& très-meurtrier. Le côté de la
( fJourna! du Maréchald'Humieres. Recueil de
pieces . p. 147.
FEVRIER. 1763. 13
étoit
ville qu'embraffoit notre attaque ,
défendu par une demie-lune à droite ,
& une autre à gauche , en avant d'un
ouvrage couronné , paliffadé , fraizé
& dont le foffé étoit coupé de plufieurs
traverſes. Dans cet ouvrage couronné ,
il y avoit encore une demie - lune avec
un bon foffé , le tout bien revêtu ; audelà
de cette demie-lune , un bras de
l'Eſcaut ; enfuite un ouvrage apellé le
pâté , & enfin le grand cours de l'Efcaut
, profond , rapide , coulant &
fervant de foflé entre le pâté & la muraille
de la ville dont les remparts , beaux
& larges , protégeoient par leur canon ,
& celui de deux baftions , toutes ces
défenſes extérieures . Le 9 Mars 1677
on avoit ouvert la tranchée. Le 16 au
foir , les Moufquetaires furent commandés
avec (g ) les Grenadiers de la Maifon
, & de gros détachemens du régiment
des Gardes & de celui de Picardie.
Le 17 , à neuf heures du matin ,
ils marcherent à l'attaque de l'ouvrage (h)
(g ) Les Grenadiers à Cheval , créés à la fin de
l'année 1676 , & unis à la Maifon du Roi. Cette
Compagnie ne fut d'abord que de quatre-vingtquatre
Maîtres . On les appelloit les Riotors du
nom de leur commandant.
( h) On palla derrière les deux demies- lunes
14 MERCURE DE FRANCE.
peu couronné , & l'emporterent en affez
de temps. Bientôt après , dit Peliffon
le Roi, à leurs habits rouges , diftingua
fort bien fes Moufquetaires (i) qui étoient
dans la demie-lune enfermée dans l'ouvrage
couronné ; cela paroiſſoit incroyable
, ajoute-t-il , car l'ordre étoit de fe
loger dans l'ouvrage couronné & de
s'arrêter là ; de quoi le Roi fe contentoit
pour cette fois. Si ce commencement
d'action parut incroyable , on dut être
encore bien plus étonné de la fuite. Il y
avoit , fur le petit bras de l'Eſcaut , un
pont qui communiquoit de cette demie
-lune au pâté , & à l'entrée de ce
pont , une barriere de groffes piéces de
bois pointues , avec un guichet au milieu
où il ne pouvoit paffer qu'un homme à la
fois. Tandis qu'une partie de ceux des
Moufquetaires qui y arriverent les premiers,
tâchoit d'en forcer l'entrée , les
autres monterent au haut de la barriere ,
bravant les coups de piques & de fufils ,
& fauterent de l'autre côté , l'épée à la
main ; l'ennemi épouvanté s'enfuit
avancées , fans les attaquer , parce qu'elles tomboient
d'elles- mêmes , & qu'on en devenoit les
maîtres en prenant l'ouvrage couronné qui les
dominoit.
( i ) T. 3. p. 172 .
FEVRIER. 1763. 15
.
abandonnant la défenfe du guichet ; on
le pourfuit fur le pont , on arrive au
pâté , on attaque cet ouvrage , & il fut
auffi rapidement emporté que l'ouvrage
couronné & la demie-lune ; mais on
alloit y être infailliblement écrasé par le
canon du rempart ; les Moufquetaires (k)
blancs apperçurent une petite porte qu'ils
enfoncerent ( 1) , & ils virent un
efcalier dérobé , pratiqué dans l'épaiffeur
du mur , & par lequel ils monterent
au haut du pâté ; ils y trouverent
une autre porte qui donnoit entrée dans
une galerie , conftruite fur le grand canal
de l'Efcaut , & qui les conduifit au
rempart , d'où ils defcendirent dans la
ville & enfilerent une rue au milieu
de laquelle étoit un pont fur un troifiéme
bras de l'Efcaut qui la traverſoit.
Moiffac , cornette , & la Barre , maréchal
des logis , qui étoient à leur tête
en logerent une partie dans les maifons
les plus proches , afin qu'ils puffent , des
fenêtres , protéger par leur feu ceux qui
défendroient le pont , & qui le défendirent
en effet avec une valeur incroyable
; la cavalerie de la garniſon ,
( k ) Ibid. 192 .
( 4 ) On les appelloit alors ainſi , à cauſe de
leurs chevaux blancs.
16 MERCURE DE FRANCE.
qui les affaillit jufqu'à trois fois , ne put
jamais les ébranler ni les enfoncer , mal--
gré leur petit nombre ; l'infanterie pou--
voit venir les prendre par derriere , en
paffant par le rempart ; mais elle y trouva
la plus grande partie des Moufquetaires
noirs , & les Grenadiers de la :
Maifon , qui la repoufferent vigoureufement.
La bourgeoifie s'étonnoit ;
l'Hôtel-de-Ville s'affembloit ; on entra
en quelque pour-parler avec Moiffac
qui reçut & donna des ôtages ; on députa
vers le Roi ; il en étoit temps
pour empêcher que la ville ne fut
pillée ; les foldats du régiment des Gardes
Françoifes , & de celui de Picardie
commençoient à y entrer en foule
quelques grenadiers de la Maiſon ayant
baiffé le (m) pont-levis du grand canal
de l'Efcaut. Je ne fais fi l'hiftoire , dit
Larrey , fournit bien des exemples d'une:
action fi brufque & fi heureufe , & de la
prife , en fi peu de temps , d'une grande
& forte ville qui ne manquoit de rien
(m ) J'ai dit que le grand cours ou canal de
l'Efcaut couloit & fervoit de follé entre la muraille
de la ville & le pâté ; les Moufquetaires ,.
ayant pris le pâté , feroient entrés dans la ville
pêle-mêle avec les fuyards , fi les affiégés n'avoient
pas promptement levé ce pont- levis·
17 FEVRIER. 1763.
pour fa défenfe. Tout en tient du prodige
, ajoute-t-il , & tout enfut attribué
à l'heureufe témérité des Moufquetaires.
Elle fut heureufe , parce que le fens
froid & la prudence acheverent ce que
l'ardeur & le feu du courage avoient
commencé. Tout y caractériſe la vraie
valeur , cette valeur qui éléve l'homme
au-deffus de lui-même , & qui fouvent
le fait triompher contre toute apparence .
& malgré le danger évident où il femble
s'être précipité.
Le 17 Mars 1677 , les Moufquetaires
avoient pris Valenciennes ; le 11 Avril
ils déciderent du gain de la bataille à
Caffel. Notre armée étoit commandée
par Monfieur , frere du Roi ; le Prin
ce d'Orange commandoit celle des ennemis
. Nous les prévînmes au paffage
d'un ruiffeau , & nous enfonçames &
mîmes en fuite les premieres troupes
qui fe préfenterent ; mais nous trouvâmes
aprèsplus de difficulté , dit (n) Peliffon ;
car quelques régimens d'infanterie , &
particulierement celui des gardes duPrince
d'Orange , fe firent tailler en pièces ,
fans que pas un foldat quitát fa place
&fon rang. Notre cavalerie , ajoute- t- il ,
qu'ils attendoient derriere des hayes , les
( a) T. 3.p.231.
18 MERCURE DE FRANCE.
piques baiffées , s'avanca , mais n'ofa
jamais les joindre , jufqu'à ce que les
Moufquetaires , pied à terre , deux bataillons
de Navarre & deux d'Humieres,
les allerent tous tuer , l'épée à la main.
Il dit dans une autre lettre que les Mouf
quetaires (o) étant defcendus de cheval ,
firent des merveilles , mais qu'en fe retirant
pour aller reprendre leurs chevaux,
ilsfaillirent à faire reculer quelques-
uns de nos bataillons qui lesfuivoient
, & qui crurent qu'ils avoient été
repouffés. Atravers cette narration féche
& peu exacte , repréfentons nous les
gardes du Prince d'Orange , foutenus
de deux autres bataillons , ayant devant
eux un foffé & des haies , leur premier
rang compofé de piquiers , & les
autres faifant un feu terrible fur notre
cavalerie qui tente de franchir le foffé
fe rompt deux fois & fe rebute ; on
commande les Moufquetaires , reffource
ordinaire (p) dans ces fortes d'occa-
( 0) T. 3. p. 289.
(p ) Au fiége d'Ypres , en 1678 , a l'attaque
de la contrefcarpe , nos troupes , dit Peliffon 2
( T. 3. p. 337. ) n'allerent point avec leur vigueur
ordinaire ; un détachement des Mousquetaires
ajoute- t-il , de cinquante feulement , rétablit l'affaire
; ilsfe mirent au-devant de tous , fans dire
FEVRIER. 1763. 19
fions ils mettent pied à terre , marchent
, & il femble que le foffé s'eft
applani , que les haies ont difparu devant
eux , & que leur impétueufe célérité
a devancé & rendu fans effet le feu
de l'ennemi ; ils joignent ces coloffes
armés de piques , les enfoncent , les terraffent
& font voir que la véritable
force dépend de la fupériorité de l'ame.
Laiffant enfuite achever la défaite & le
carnage aux bataillons qui les ont fuivis
, ils retournent promptement reprendre
leurs chevaux , & fe montrer
prêts à exécuter les nouveaux ordres
qu'on voudra leur donner. Ils ne tarderent
pas à en recevoir ; ils chargerent
& mirent en fuite ( q ) un corps affez
autre chofe que gare , comme s'il n'eût été queftion
que de paffer quelque chemin . Ils fe jetterent
dans la contrefcarpe , l'épée à la main , & forcerent
l'ennemi de l'abandonner. Ypres capitula le
lendemain .
En 1691 , au fiége de Mons , les deux batailfons
chargés de l'attaque de l'ouvrage à corhe ,
ayant été repouffés & paroiffant rebutés , Louis
XIV dit , avec quelque dépit , qu'il y enverroit
des troupes qui ne reculeroient pas. En effet les
Moufqueraires qu'il y envoya le lendemain , prirent
cet ouvrage.
(q ) Mémoires des expéditions Militaires de la
guerre de Hollande.
20 MERCURE DE FRANCE.
confidérable de cavalerie qui faifoit
différens mouvemens für leur gauche ,
& dont l'objet étoit de s'approcher de
S. Omer (r) & d'y jetter du fecours.
Le lendemain de cette mémorable
journée , Monfieur , en envoyant quelques
ordres aux commandans des deux
Compagnies , leur écrivit qu'elles avoient
ébauché la victoire & donné le branle à
toute l'affaire.
Je ne les fuivrai point aux fiéges d'Ypres
, de Courtrai , de Philifbourg , de
Mons , ( s ) de Namur ; les actions qu'ils
y firent ne méritent pas moins d'être
confacrées dans les faftes militaires de
la nation , que celles que je viens de
rapporter , mais mon deffein n'a pas été
d'entreprendre leur hiftoire , & il ne me
refte qu'à les confidérer dans ces momens
malheureux , ces circonstances fa→
tales qui font peut-être l'épreuve la plus
fure du vrai courage. La bataille de Ra-
( r ) Monfieur affiégeoit S. Omer , & avoit
marché au-devant du Prince d'Orange qui venoit
pour fecourir cette Place.
(s ) A l'attaque de la caffotte , M, de Mau--
pertuis leur dit que fi quelqu'un d'eux , avant
L'action engagée , fe précipitoit & avançoit hors de
fon rang , il avoit ordre de le tuer . le Roisi ayant
remarqué avec une extrême fenfibilité , que leur trop
Lardeur leur étoit quelquefois funefte.
FEVRIER. 1763 . 21
millies ſe donna le 23 Mai 1706, jour de
la Pentecôte. Notre armée étoit de quarante
mille hommes; celle des ennemis(t)
de foixante-cinq mille . LesGardes duRoi ,
les Gendarmes , les Chevaux- Légers
les Moufquetaires & les Grenadiers à
cheval compofoient la premiere ligne
de notre aîle droite ; ( u ) ils percerent
& enfoncerent quatre lignes de l'aîle
gauche des ennemis , firent des priſonniers
& prirent fix piéces de canon ;
mais il n'étoit que trop facile à Milord
Malboroug de leur arracher la victoire
en profitant des mauvaifes difpofitions
qu'avoient faites nos Généraux &
des fautes qu'il firent encore pendant
l'action fix bataillons , avec quelques
régimens de dragons , qu'ils avoient mis
dans le vallon de Tavieres , ne pouvoient
que foiblement protéger & couvrir
le flanc de notre aîle droite : un
marais impraticable entre notre aîle
gauche & l'aile droite de l'ennemi ,
empêchoit qu'elles ne puffent réciproquement
agir l'une contre l'autre : ainfi
Malboroug ne rifquant rien en dégarniffant
cette aîle droite , qui ne pouvoit
( t) Larrey.
(u ) Rapin de Toiras , continuat.
22 MERCURE DE FRANCE.
être attaquée , en tira cinquante eſcadrons
pour fortifier fon aîle gauche ; de
forte que la Maifon du Roi , qui avoit
percé & enfoncé , comme je l'ai dit ,
quatre lignes de cette aîle gauche , vit
tout-à-coup fe former devant elle des
efcadrons tout frais & derriere lefquels
fe rallioient les quatre lignes qu'elle
avoit battues & difperfées. Malboroug
fit en même temps attaquer , par toute
fa réſerve , les fix bataillons que nous
avions dans le vallon de Tavieress ;; ils ne
purent réfifter à la fupériorité du nombre
, & par leur déroute , tout le côté
de notre aile droite fe trouva découvert ;
la cavalerie qui compofoit la feconde
ligne de cette aîle , derriere la Maifon
du Roi , tenta de préfenter le front
en appuyant fur fa droite , & faifant un
mouvement par fa gauche ; mais cette
évolution ne put pas être affez prompte
devant un ennemi qui s'avançoit avec
rapidité & qui la prenoit en flanc ; les
efcadrons les plus proches furent culbutés
; les autres prirent la fuite ; la Maiſon
du Roi , attaquée de front , en flanc &
par derriere , fe fit jour & joignit notre
aile gauche. On voit que tandis que
Malboroug tiroit des troupes de fon
aile droite pour les porter à fon aîle
FEVRIER. 1763 . 23
>
gauche , fi nos généraux en avoient pareillement
tiré de leur aîle gauche pour
fortifier leur aîle droite , & furtout les
fix bataillons qui étoient dans le vallon
de Tavieres il y a toute apparence
que la victoire nous feroit demeurée . On
voit encore , par les relations mêmes
des ennemis , que la perte étoit à-peuprès
égale de part & d'autre ; qu'ils ne
penfoient point à nous pourſuivre; qu'ils
n'auroient donc remporté de toute cette
action que le ftérile honneur d'avoir
gagné le champ de bataille ; que notre
aîle gauche, avec la Maifon du Roi , fit
tranquillement fa retraite & ne fut
point entamée ; que même l'infanterie
& la cavalerie de l'aîle droite , quoique
battues , fe retiroient en affez bon
ordre , ( x ) lorsqu'un accident imprévu
rendit cette journée une des
plus funeftes pour la France ; quelques
chariots ayant rompu dans un
défilé , & le paffage étant embarraffé
elles crurent entendre l'ennemi qui les
pourſuivoit ; la difparution de leurs généraux
& le peu d'eftime qu'elles avoient
pour eux , ajouterent fans doute à cette
terreur panique ; elles fe débandent
& fuyent de tous côtés ; Malboroug
( x) Rapin de Toiras, continuat,
24
MERCURE
DE FRANCE
.
C
averti par les coureurs qu'il avoit en
avant , détache une partie de fa cavalerie
& fes dragons qui tombent fur
ces troupes en défordre , & ne font
des prifonniers que lorfqu'ils font las
de tuer ; bagages , artillerie , caiffons ,
tout fut pris.
Je n'entrerai en aucuns détails fur la
bataille de Malplaquet ; la Maifon du
Roi chargea quatre fois la cavalerie
des ennemis , & quatre fois la plia &
la renverfa fur fon infanterie ; quand
nous abandonnâmes le champ de bataille
, elle fit l'arriere- garde ; c'étoit le
lion bleffé qui fe retire ; dès que l'ennemi
qui nous fuivoit , s'avançoit de
trop près , elle fe retournoit , & auffitôt
il fe replioit. Les Moufquetaires firent
voir dans cette jonrnée à quel
point l'honneur fçait captiver le naturel
& commander au caractère ; cette troupe
qu'on peint fi vive fi ardente
toujours empreffée d'attaquer & frémiffant
d'impatience fous la main qui l'arrête
, refta pendant cinq heures expoſée
au feu d'une baterie de trente Piéces
de canon ; leur contenance parut toujours
ferme & tranquille dans cette
pofition & ces momens critiques où il
n'eft pas même permis de quitter fon
rang
FEVRIER . 1763. 25
rang pour s'élancer contre la foudre qui
s'allume , & n'en être du moins écrasé
qu'en marchant pour l'attaquer ; ce
mouvement fi naturel feroit regardé
comme un inftant de foibleffe ; il faut
refter immobile devant la mort , l'attendre
, l'enviſager , toujours prête à nous
frapper , & frappant fans ceffe autour
de nous. Au fiége de Philisbourg , en
1734 , quand on fit entrer la Maifon du
Roi dans les Lignes , les Moufquetaires
furent encore expofés à une canonade
très-vive , & la foutinrentavec le même
fang froid : cependant nous fortions
d'une longue paix , & la plupart voyoient
la guerre pour la première fois. Pourrions
- nous être avares d'éloges envers
une troupe dont l'honneur & la haute
réputation femblent s'imprimer dans
l'ame d'un jeune homme dès qu'il y
eft entré ? Lorfqu'à Ramillies , à Malplaquet
, à Etinguen , elle ramène fes
débris fanglans que l'ennemi n'oſe attaquer
, nous paroîtra-t-elle moins recommandable
que lorfqu'elle éleve des
trophées à fon Maître dans la plaine
de Fontenoi ?
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Résumé : HÔTEL DES DEUX COMPAGNIES DES MOUSQUETAIRES.
Un supplément aux Essais historiques sur Paris de M. de Saint-Foix a été publié, incluant un article sur les hôtels des Mousquetaires. L'auteur de ce texte salue la clarté et la précision de Saint-Foix, qui cite toujours ses sources. L'article aborde les deux compagnies des Mousquetaires, créées en 1622 et 1665. La première compagnie se distingua notamment au siège de Suze et à la bataille des Dunes. En 1667, lors de la guerre entre la France et l'Espagne, les Mousquetaires suivirent le roi en Flandres et participèrent à plusieurs sièges, comme ceux de Lille et de Dole. En 1669, ils combattirent en Candie aux côtés du duc de Navailles. En 1672, ils traversèrent le Rhin à la nage lors de la guerre contre la Hollande et participèrent à divers sièges, tels que ceux de Mastrick et de Besançon. En 1676, ils assiégèrent Condé et en 1677, Valenciennes, où ils montrèrent une grande bravoure et une stratégie efficace, permettant la prise rapide de la ville. Les Mousquetaires se distinguèrent par leur bravoure et leur discipline. Le 17 mars 1677, ils prirent Valenciennes et le 11 avril, ils jouèrent un rôle crucial dans la bataille de Cassel, où ils chargèrent à pied et repoussèrent les troupes ennemies malgré une forte résistance. Leur intervention permit de renverser le cours de la bataille. Ils se distinguèrent également lors des sièges d'Ypres, de Courtrai, de Philisbourg, de Mons et de Namur. Lors de la bataille de Ramillies en 1706, ils perçèrent les lignes ennemies mais furent finalement repoussés en raison de mauvaises dispositions stratégiques. À Malplaquet, ils montrèrent une grande discipline en restant immobiles sous le feu ennemi pendant cinq heures. Leur courage et leur dévouement furent également notables lors du siège de Philisbourg en 1734. Le texte met en avant leur valeur et leur capacité à surmonter les dangers, illustrant ainsi leur rôle essentiel dans les victoires militaires françaises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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118
p. 98
LETTRE de M. le Brun, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Mgr le Prince de Conti, à l'Auteur du Mercure.
Début :
J'apprends, Monsieur, avec beaucoup de surprise que quelques personnes, [...]
Mots clefs :
Renommée littéraire, Auteurs, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Brun, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Mgr le Prince de Conti, à l'Auteur du Mercure.
LETTRE de M. le Brun , Secrétaire
des Commandemens de S. A. S. Mgr
le Prince de Conti , à l'Auteur du Mercure.
:
J'apprends , Monfieur,avec beaucoup
de furprife que quelques perfonnes ,
dont fans doute je n'ai pas l'honneur
d'être connu , croyent , ou feignent de
croire que je fuis un des Auteurs du
nouveau Journal de la Renommée Littéraire.
Je vous prie de vouloir bien
rendre publique cette Lettre , où je déclare
que je n'aurai jamais de part à aucun
Ouvrage de ce genre d'ailleurs trèseftimable
, mais dont je n'ai ni le temps
ni le goût , ni le talent .
J'ai l'honneur d'être , &c .
des Commandemens de S. A. S. Mgr
le Prince de Conti , à l'Auteur du Mercure.
:
J'apprends , Monfieur,avec beaucoup
de furprife que quelques perfonnes ,
dont fans doute je n'ai pas l'honneur
d'être connu , croyent , ou feignent de
croire que je fuis un des Auteurs du
nouveau Journal de la Renommée Littéraire.
Je vous prie de vouloir bien
rendre publique cette Lettre , où je déclare
que je n'aurai jamais de part à aucun
Ouvrage de ce genre d'ailleurs trèseftimable
, mais dont je n'ai ni le temps
ni le goût , ni le talent .
J'ai l'honneur d'être , &c .
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Résumé : LETTRE de M. le Brun, Secrétaire des Commandemens de S. A. S. Mgr le Prince de Conti, à l'Auteur du Mercure.
Monsieur le Brun, secrétaire du Prince de Conti, dément être l'auteur du 'Journal de la Renommée Littéraire'. Il nie toute implication et affirme manquer de temps, de goût et de talent pour ce journal. Il demande au rédacteur du Mercure de publier cette lettre pour clarifier la situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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119
p. 178-181
SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a remis au Théâtre le Mardi 22 Février [...]
Mots clefs :
Opéra, Musique, Prologue, Ouvrage, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
SPECTACLES DE PARIS.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a remis au Théâtre le Mardi 22 Février
TITON & L'AURORE, Paftorale Héroïque
en en 3 Actes, précédée d'un Prologue,
dont le Sujet eft PROMETHEE animant
des Statues d'hommes & de femmes
avec le feu du Ciel qu'il a dérobé .
Cet Opéra a été repréſenté pour la
première fois , au mois de Janvier 1753 .
Il eut alors le fuccès le plus éclatant &
le plus longtemps foutenu , qu'on ait
vu fur ce Théâtre. Une époque mémorable
, mais affligeante pour les Amateurs
de ce Spectacle , ajoute encore à
fa célébrité , en ce que cet Opéra a été
le dernier dans lequel M. GELIOTE
a chanté fur le Théâtre de Paris.
Le Public a prouvé dès la première
repréſentation de cette Remife que l'ouvrage
devoit à fon propre mérite , &
non pas aux circonftances , l'avantage
de lui plaire. M. PILLOT qui joue le
rôle de Titon , eft applaudi avec juftice
dans plufieurs endroits éffentiels de ce.
MARS. 1763 . 179
,
rôle. La mémoire récente encore de
M. GELIOTTE , & renouvellée journellement
par les repréſentations de la Cour
eft une ennemie qui fait honneur , même
en triomphant , au talent & à l'application
de M. PILLOT , bien moins
fecondé par l'organe que fon célébre
Prédéceffeur. Mlle LE MIERRE ( époufe
de M. LARRIVÉE ) fans avoir eu
les mêmes obftacles de comparaifon à
vaincre fe fait beaucoup d'honneur
dans le rôle de l'Aurore qu'elle chante
& qu'elle joue avec un égal fuccès . Les
rôles de Palès & d'Eole , quoique moins
intéreffans dans le fujet que les deux précédens
, font beaucoup d'effet , & font
très bien rendus ; le premier , par Mlle
CHEVALIER ; l'autre , par M. GELIN.
Ce dernier eft particuliérement très -applaudi
dans le grand morceau du fecond
Acte Vents furieux , &c , dans
lequel fa belle voix eft déployée avec
tous fes avantages. Mais ce qui , avec
beaucoup de plaifir , fait l'étonnement
& l'attention du Public , c'eft la manière -
dont M.MUGUETchante la célébre Ariette
du Dieu des coeurs &c. On peut avec
autant de justice lui attribuer ce que
nous venons de dire à l'occafion de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. PILLOT , puifque cette Ariette étoit
exécutée par M. GELIOTE , & faifoit ,
une partie très - brillante du rôle de
Titon. On doit ajouter au fujet de
M. MUGUET qu'en donnant de juftes
éloges aux foins qu'il a pris de
chanter avec art ce Morceau , il eft redevable
auffi à l'avantage de fa voix du
plaifir que le Public trouve à l'entendre.
Cette favorable circonftance doit
fans doute encourager ce Sujet à redoubler
d'efforts & d'application pour
profiter du même avantage dans d'autres
occafions , & pour faire valoir par le
talent la faveur que la Nature lui a donnée
du côté de l'organe.
Nous ne parlerons point des parties
acceffoires dans cet Opéra ; les vers
& la Mufique fuffifent au fuccès de
l'ouvrage .
Les vers du Prologue font de feu M.
de la MOTHE . Le Poëme de feu M. de
la MARRE , Auteur du Poëme de Zaïde
(a). La Mufique de M. de MONDONVILLE.
(a)Nous ignorons par quel motif dans l'édition
des paroles de cet Opéra , on n'a fait ,
contre l'uſage mention uniquement que de
Auteur de la Mufique . Comme nous n'avons
aucune raifon pour priver la mémoire de feu Made
?
MAR S. 1763. 181
L'Extrait du Poëme fe trouve au Mercure
de Février 1753 .
On continue les Fêtes Grecques & :
Romaines les Jeudis . Le Public y entend
avec beaucoup de plaifir entr'autres
talens de ce Théatre M. LARRIVÉE
dans le rôle d'Alcibiade , ainfi que
dans le rôle de Prométhée au Prologue
de Titon & l'Aurore.
la MARRE de la gloire d'un ouvrage auffi agréable,
nous avons cru , conformément à tous les Journaliſtes
& les Bibliographes de ce Théâtre, devoir
la lui reftituer ici .
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a remis au Théâtre le Mardi 22 Février
TITON & L'AURORE, Paftorale Héroïque
en en 3 Actes, précédée d'un Prologue,
dont le Sujet eft PROMETHEE animant
des Statues d'hommes & de femmes
avec le feu du Ciel qu'il a dérobé .
Cet Opéra a été repréſenté pour la
première fois , au mois de Janvier 1753 .
Il eut alors le fuccès le plus éclatant &
le plus longtemps foutenu , qu'on ait
vu fur ce Théâtre. Une époque mémorable
, mais affligeante pour les Amateurs
de ce Spectacle , ajoute encore à
fa célébrité , en ce que cet Opéra a été
le dernier dans lequel M. GELIOTE
a chanté fur le Théâtre de Paris.
Le Public a prouvé dès la première
repréſentation de cette Remife que l'ouvrage
devoit à fon propre mérite , &
non pas aux circonftances , l'avantage
de lui plaire. M. PILLOT qui joue le
rôle de Titon , eft applaudi avec juftice
dans plufieurs endroits éffentiels de ce.
MARS. 1763 . 179
,
rôle. La mémoire récente encore de
M. GELIOTTE , & renouvellée journellement
par les repréſentations de la Cour
eft une ennemie qui fait honneur , même
en triomphant , au talent & à l'application
de M. PILLOT , bien moins
fecondé par l'organe que fon célébre
Prédéceffeur. Mlle LE MIERRE ( époufe
de M. LARRIVÉE ) fans avoir eu
les mêmes obftacles de comparaifon à
vaincre fe fait beaucoup d'honneur
dans le rôle de l'Aurore qu'elle chante
& qu'elle joue avec un égal fuccès . Les
rôles de Palès & d'Eole , quoique moins
intéreffans dans le fujet que les deux précédens
, font beaucoup d'effet , & font
très bien rendus ; le premier , par Mlle
CHEVALIER ; l'autre , par M. GELIN.
Ce dernier eft particuliérement très -applaudi
dans le grand morceau du fecond
Acte Vents furieux , &c , dans
lequel fa belle voix eft déployée avec
tous fes avantages. Mais ce qui , avec
beaucoup de plaifir , fait l'étonnement
& l'attention du Public , c'eft la manière -
dont M.MUGUETchante la célébre Ariette
du Dieu des coeurs &c. On peut avec
autant de justice lui attribuer ce que
nous venons de dire à l'occafion de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. PILLOT , puifque cette Ariette étoit
exécutée par M. GELIOTE , & faifoit ,
une partie très - brillante du rôle de
Titon. On doit ajouter au fujet de
M. MUGUET qu'en donnant de juftes
éloges aux foins qu'il a pris de
chanter avec art ce Morceau , il eft redevable
auffi à l'avantage de fa voix du
plaifir que le Public trouve à l'entendre.
Cette favorable circonftance doit
fans doute encourager ce Sujet à redoubler
d'efforts & d'application pour
profiter du même avantage dans d'autres
occafions , & pour faire valoir par le
talent la faveur que la Nature lui a donnée
du côté de l'organe.
Nous ne parlerons point des parties
acceffoires dans cet Opéra ; les vers
& la Mufique fuffifent au fuccès de
l'ouvrage .
Les vers du Prologue font de feu M.
de la MOTHE . Le Poëme de feu M. de
la MARRE , Auteur du Poëme de Zaïde
(a). La Mufique de M. de MONDONVILLE.
(a)Nous ignorons par quel motif dans l'édition
des paroles de cet Opéra , on n'a fait ,
contre l'uſage mention uniquement que de
Auteur de la Mufique . Comme nous n'avons
aucune raifon pour priver la mémoire de feu Made
?
MAR S. 1763. 181
L'Extrait du Poëme fe trouve au Mercure
de Février 1753 .
On continue les Fêtes Grecques & :
Romaines les Jeudis . Le Public y entend
avec beaucoup de plaifir entr'autres
talens de ce Théatre M. LARRIVÉE
dans le rôle d'Alcibiade , ainfi que
dans le rôle de Prométhée au Prologue
de Titon & l'Aurore.
la MARRE de la gloire d'un ouvrage auffi agréable,
nous avons cru , conformément à tous les Journaliſtes
& les Bibliographes de ce Théâtre, devoir
la lui reftituer ici .
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
Le 22 février, l'opéra 'Titon et l'Aurore' a été représenté à l'Académie Royale de Musique à Paris. Cet opéra pastoral héroïque en trois actes, précédé d'un prologue, raconte l'histoire de Prométhée animant des statues avec le feu du ciel. Créé en janvier 1753, il a connu un succès retentissant et fut le dernier opéra dans lequel M. GELIOTE chanta à Paris. Le public a apprécié l'œuvre pour son mérite propre, indépendamment des circonstances. M. PILLOT, interprétant Titon, fut acclamé, bien que comparé à M. GELIOTE. Mlle LE MIERRE, épouse de M. LARRIVÉE, a également reçu des éloges pour son rôle d'Aurore. Les rôles de Palès et d'Éole, joués par Mlle CHEVALIER et M. GELIN, furent bien accueillis, ce dernier étant particulièrement applaudi pour son interprétation des 'Vents furieux'. M. MUGUET fut remarqué pour son interprétation de l'ariette 'Dieu des cœurs'. Les vers du prologue sont de M. de la MOTHE, le poème de M. de la MARRE, et la musique de M. de MONDONVILLE. Les fêtes grecques et romaines continuent les jeudis, avec des performances notables de M. LARRIVÉE dans les rôles d'Alcibiade et de Prométhée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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120
p. 181-182
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 26 Février on joua pour la 17e représentation Dupuis & des Ronais [...]
Mots clefs :
Éloge, Édition, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE
$
E 26 Février on joua pour la 17ª
repréſentation Dupuis & des Ronais
Comédie dont nous avons déja parlé
dans le Mercure précédent. Il eft , depuis
longtemps fi peu d'exemples d'un
pareil nombre de repréſentations fur ce
Théâtre , que cette feule circonstance
fait mieux que tout ce que nous
pourrions ajouter l'éloge le moins
fufpect de cet Ouvrage. L'analyfe
que nous en donnons ici , n'eft que
pour fatisfaire la première curiofité des
,
182 MERCURE DE FRANCE:
Lecteurs qui n'auroient pu fe procurer
l'édition de cette Piéce. Quand nous.
aurions étendu davantage notre Extrait
nous aurions toujours fait perdre trop
de
plaifir aux Lecteurs & fupprimé trop
de beautés dans le coloris de l'Ouvrage
, pour difpenfer de recourir à l'Ouvrage
même.
FRANÇOISE.
LE
$
E 26 Février on joua pour la 17ª
repréſentation Dupuis & des Ronais
Comédie dont nous avons déja parlé
dans le Mercure précédent. Il eft , depuis
longtemps fi peu d'exemples d'un
pareil nombre de repréſentations fur ce
Théâtre , que cette feule circonstance
fait mieux que tout ce que nous
pourrions ajouter l'éloge le moins
fufpect de cet Ouvrage. L'analyfe
que nous en donnons ici , n'eft que
pour fatisfaire la première curiofité des
,
182 MERCURE DE FRANCE:
Lecteurs qui n'auroient pu fe procurer
l'édition de cette Piéce. Quand nous.
aurions étendu davantage notre Extrait
nous aurions toujours fait perdre trop
de
plaifir aux Lecteurs & fupprimé trop
de beautés dans le coloris de l'Ouvrage
, pour difpenfer de recourir à l'Ouvrage
même.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le texte évoque la 17e représentation de la comédie 'Françoise' le 26 février, un exploit rare pour ce théâtre. Il propose une analyse pour les lecteurs absents, tout en déconseillant les résumés étendus pour préserver le plaisir de la découverte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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121
p. 109-123
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
DICTIONNAIRE domestique portatif, contenant toutes les connoissances relatives à l'œconomie domestique [...]
Mots clefs :
Libraire, Académie, Ouvrage, Imprimeur, Édition, Dynamique, Mouvement, Volumes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
DICTIONNAIRE domeftique portatif
, contenant toutes les connoiffances
relatives à l'oeconomie domestique &
rurale ; où l'on détaille les différentes
110 MERCURE DE FRANCE.
branches de l'agriculture , la manière
de foigner les chevaux , celle de nourrir
& de conferver toute forte de beftiaux
, celle d'élever les abeilles , les
vers à foie ; & dans lequel on trouve
les inftructions néceffaires fur la Chaffe,
la Pêche , les Arts , le Commerce , la
Procédure , l'Office la Cuifine & c .
Ouvrage également utile à ceux qui vivent
de leurs rentes ou qui ont des terres
, comme aux Fermiers , aux Jardi
niers , aux Commerçans & aux Artiſtes.
Par une Société de gens de Lettres . In-
8° . Paris , 1763. Chez Vincent , Imprimeur-
Libraire , rue S. Severin .
,
Nous avons annoncé , l'année dernière
, la première partie du premier volume
de cet Ouvrage utile , contenant
les lettres A & B. Celle que nous annonçons
aujourd'hui , renferme la lettre
C.
LE GENTILHOMME CULTIVATEUR
, ou Corps complet d'Agriculture
, traduit de l'Anglois de M. Hall ,
& tiré des Auteurs qui ont le mieux
écrit fur cet Art. Par M. Dupuy d'Emportes
,
de l'Académie de Florence.
Tome 5. in-4°. Paris , 1763.. Chez
P. G. Simon , Imprimeur du Parlement,
AVRIL. 1763.
rue de la Harpe ; Durand , Libraire,
rue du Foin ; Bauche , Libraire , quai
des Auguftins ; & à Bordeaux , chez
Chapuis l'aîné.
din ,
HISTOIRE DE SALADIN , Sultan
d'Egypte & de Syrie ; avec une Introduction
, ou Hiftoire abrégée de la dynaftie
des Ayoubites fondée par Salades
notes critiques , hiftoriques ,
géographiques , & quelques piéces juftificatives.
Par M. Marin , de la Société
Royale des Sciences & Belles -Lettres
de Lorraine , de l'Académie de
Marſeille , & Cenfeur Royal.
Quis nefcit primam effe hiftoriæ legem , he
quid falfi dicere audeat , deinde ne quid
veri non audeat ?
Cic. de Orat. Lib . II,
Pont
2 volumes in- 12 . Paris , 1763. Chez
Grangé , Imprimeur- Libraire
Notre- Dame , près la Pompé , au Cabinet
de la Nouveauté ; Bauche , quai
des Auguftins ; & Dufour , quai de
Gêvres , à l'Ange Gardien ."
Le fuccès de la première Edition de
cet Ouvrage garantit celui de la feconde.
ESPRIT , Saillies & Singularités du
112 MERCURE DE FRANCE.
P. Caftel. In- 12 . Amfterdam , 1763. Et
fe trouve à Paris , chez Vincent , rue
S. Severin .
Nous rendrons compte avec plaifir
de cet Ouvrage rempli d'idées auffi fingulières
qu'amufantes.
MANDEMENT & Inftruction paſtorale
de Mgr l'Archevêque de Lyon ,
portant condamnation des trois parties
de l'hiftoire du Peuple de Dieu , compofée
par le F. Berruyer, de la Compagnie
de Jefus , des écrits imprimés
pour la défenſe de ladite hiftoire , & du
Commentaire latin du F. Hardouin , de
da même Compagnie , fur le Nouveau
Teftament. In- 12. Lyon , 1763. de
l'Imprimerie & chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur de Mgr l'Archevêque & du
Clergé aux Halles de la Grenette ;
chez Claude Cizeron , Libraire , à la
defcente du pont de pierre , du côté de
S. Nizier. Et fe trouve à Paris , chez
Pankoucke , Libraire , rue & à côté de
la Comédie Françoife.
RECUEIL DE PIECES en Profe &
en Vers , lues dans les Affemblées publiques
de l'Académie Royale de la
Rochelle dédié à S. A. S. Mgr. leAVRIL.
1763. 113
Et
e
Prince de Conti , Protecteur de ladite
Académie . Tome 3. in- 8° . A La Rochel
le , 1763. Chez Jérôme Legier , Imprimeur
de l'Académie , au Canton des
Flamands ; & fe trouve à Paris , chez
Merigot Père , quai des Auguftins . Prix,
31. 10 f. broché , 4 1. 10 f. relié.
On trouve chez le même Libraire
l'Ordonnance de la Marine commentée
par M. Valier. In-4°. 2 vol . Prix ,
24 liv. relié.
LE LANGAGE DE LA RAISON ;
par l'Auteur de la jouillance de foimême.
Venitefilii , audite me ; timorem Domini
docebo vos.
Pf. 33. V. II .
Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire ,
quai des Auguftins , à l'Occafion .
HISTOIRE Univerfelle , Sacrée &
Profane , compofée par ordre de Mefdames
de France. Tomes 15 & 16. in-
12. Paris , 1763. Chez Louis Cellot
Imprimeur - Libraire Grand'Salle du
Palais , à l'Ecu de France & rue Dauphine.
Ces deux nouveaux volumes ne font
•
114 MERCURE DE FRANCE.
que confirmer la réputation juftement
acquife de leur Auteur ( M. Hardion
de l'Académie Françoife ) dont l'Ouvrage
traduit en Italien fe trouve chez
le même Libraire .
VOYAGE Pittorefque des environs
de Paris , ou defcription des Maifons.
Royales , Châteaux , & autres lieux de
plaifance , fituées à quinze lieues aux
environs de cette Ville . Par M. D ***.
Nouvelle Edition , corrigée & augmentée.
In- 12. Paris , 1763. Chez Debure
Père , quai des Auguftins , à l'Image
S. Paul ; & Debure , fils aîné , même
quai , à la Bible d'or .
MELANGE de Maximes , de Réfléxions
& de Caractères. Par M. Durey
d'Harnoncourt , Licentié en Droit. On
y a joint une Traduction des Conclufioni
d'Amore de Scipion Maffei , avec
le Texte à côté. Nouv. Edition , revue
& corrigée par l'Auteur;in -8 °; Bruxelles,
1763 ; & fe vend à Paris , chez Valleyrefils
, Imprimeur-Libraire , rue de la
vieille Bouclerie , à l'Arbre de Jeffé.
L'Auteur dit , dans fa Préface , qu'il
s'eft propofé les deux grands modéles
qui font nos maîtres dans l'art de peinAVRIL.
1763. 115
dre les hommes , la Rochefoucault &
la Bruyere ; mais fans fe flatter de les
atteindre , & fans s'affujettir à leur manière
, c'est-à-dire à la précifion du premier
, & à la méthode de l'autre. On
trouvera ( dit - il ) ici , comme l'annonce
le titre , des maximes , des réfléxions
& des portraits ; mais ce ne font que
des découpures jettées fans ordre fur
le papier. On a cru que la diverfité qui
fait le prix de ces fortes d'Ouvrages
demandoit cette efpéce de négligence .
On peut comparer , ce me femble , les
écrits de ce caractère à ces bofquets
dont les arbres , plantés irréguliérement
par les feules mains de la Nature , donnent
à la vue un plaifir plus touchant ,
que ces jardins fomptueux , dont tous
les plans font alignés & tirés au cordeau
, & c.
Nous ne tarderons pas à rendre compte
de cet Ouvrage , qui fait honneur
à fon Auteur.
NOUVELLES Obfervations théoriques
& pratiques fur la Goutte , avec
le détail des plantes , &c , qui forment
le reméde fpécifique calmant la goutte ;
dédiées à M. le Marquis de Marigny
Commandeur des Ordres du Roi , Di116
MERCURE DE FRANCE.
recteur général de fes Bâtimens , &c.
Par M. Chavy de Mongerbet , Médecin
des Bâtimens du Roi. On a joint , à la
fin de ce Traité celui des hernies
avec le traitement de ces maladies &
de celles des relâchemens de matrice &
de fondement.
,
Hic non agitur de verbis , fed de rebus.
In-12. Paris , 1763. Chez Michel Lambert
, rue & à côté de la Comédie Françoife.
LA LOUISIADE , ou le Voyage de
la Terre-Sainte , Poëme héroïque . Par
M. Moline , Avocaten Parlement.
Dùmnumerat palmas , credidit eſſe ſenem. Mart.
in-8° . Paris , 1763. Chez Defaint , junior
, à la Bonne-foi.
CONTES MORAUX dans le goût de
ceux de M. Marmontel , tirés de divers
Auteurs , & publiés par Mlle Uncy ; tomes
III & IV , chez Vincent , rue S. Severin.
Nous rendrons compte à la fois de
ces deux nouveaux volumes, & des deux
qui les ont précédés.
ODE SUR LA PAIX , par M. Pioger,
Capitaine de Cavalerie. In -8 °, Paris
1763. Chez Cuiſſart , Libraire , Pont au
AVRIL. 1763. 117
1
1
1
Change , à la Harpe. Nous en rendrons
compte dans le Mercure prochain .
LE BUCHERON , ou les trois Souhaits
, Comédie en un Acte , mêlée d'ariettes
. Repréfentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi , le Lundi 28 Février 1763 ,
in-8° . à Paris , chez Claude Hériffant,
Imprimeur-Libraire , rue Neuve Notre
- Dame , à la Croix d'or . Prix , 1 liv.
4 f. Mufique de M. Philidor. Voyez
L'Article des Spectacles,
NOUVEAUX Elémens de Dynamique
& de Méchanique , par M. Mathon
de la Cour , de l'Académie Royale
des Sciences & Belles - Lettres de
Lyon ; à Paris chez les Frères Periffe ;
& fe trouve à Paris , chez Rollin
rue S. Jacques , vol. in -8 ° de 130
pages avec figures. 2 liv. 10 f. broché,
Les Principes de la Méchanique & de
la Dynamique font abftraits difficiles
, même pour les Géométres ; les
plus habiles n'ont pas dédaigné de s'en
occuper de la manière , ce femble , la
plus élémentaire , & ils ne font pas
toujours d'accord fur les premières vérités
d'où il s'agit de partir.
118 MERCURE DE FRANCE.
L'ouvrage de M. Mathon eft traite
d'une manière nouvelle , & fa méthode
n'avoit point encore paru ; elle fe
réduit à l'équilibre ou à l'oppofition
qu'il y a dans les forces motrices ; jointe
à la réfiftance que l'Auteur fuppofe
dans la matière pour toute efpéce de
mouvement.
Les propriétés de l'équilibre font 1º.
l'égalité qu'il y a néceffairement entre
les fommes des forces oppofées, en quelque
fens que ce foit qu'on les décompofe.
2. L'égalité entre les fommes
des momens oppofés par rapport
à un point quelconque du plan dans
lequel font les directions des forces ,
ou par rapport à un axe quelconque
qu'on peut imaginer à volonté dans le
cas où les directions des forces ne feroient
pas toutes dans un même plan .
M. Mathon tire de ces deux propriétés
plufieurs équations algébriques qu'il
applique aux principaux problêmes de
la Dynamique ; ceux qui ont le plus de
rapport avec les grandes queftions qui
ont ététraitées par les Géométres; il s'agit
par exemple de trouver le mouvement
que recevra un fyftême de corps agité
par des forces quelconques ; de trouver
le mouvement que doivent prendre
L
AVRIL. 1763. 119
?
plufieurs corps frappés à la fois par
un autre ; la plupart des problêmes de
Dynamique viennent fe placer comme
de fimples corollaires des principes lumineux
que l'Auteur y établit tels
font les théories des centres d'ofcillations
des centres de rotations
des plans inclinés , des poulies , des
frottemens ; la charge que fupportent
ces points d'appui , ces léviers
& plufieurs autres queftions importantes
& délicates. Ce Traité quoique fort
court , ne laiffe pas de développer les
élémens de cette Science avec plus de
netteté qu'on ne l'a fait en même
temps qu'il s'éléve à des recherches
très-fçavantes ; on y voit l'efprit mathé
matique , c'eft-à-dire d'ordre, de fimplification
, de déduction , les nouveaux
théorêmes donnés par M. le Chevalier
d'Arcy , y font démontrés d'une ma
nière très-fimple. Et cet Ouvrage paroît
fort néceffaire à ceux qui voudroient
entreprendre de lire feuls ce
qu'ont écrit fur la Dynamique les Auteurs
illuftres qui s'en font occupés , tels
que MM. Bernoulli , Herman , Euler,
Clairaut , d'Alembert , &c .
,
CHARPENTIER , Libraire , quai des
120 MERCURE DE FRANCE
Auguftins , près le Pont S. Michel , à
S. Chryfoftome , a acheté de M. Prault,
petit-fils , les OEuvres de Nivelle de la
Chauffée , de l'Académie Françoiſe ,
nouvelle Edition , corrigée & augmentée
de plufieurs Piéces qui n'avoient
point encore paru . 1763.5 vol. in-12.
petit format. Cette Edition mérite à
toutes fortes d'égards d'être recherchée .
On la doit à un ami de l'Auteur,M . Sablier
, Affocié de l'Académie des Belles-
Lettres de Marfeille. Les OEuvres de
Deftouches , 10 vol . in- 12. petit format.
Les OEuvres de Théâtre de M. de Saint-
Foix , nouvelle Edition revue , corrigée
& augmentée de plufieurs Comédies
4 vol. in-12. 1762 . ,
AVIS AU PUBLIC,
SUR le Mémoire de M. DEPARCIEUX.
Nous avons dit dans notre dernier
Mercure, qu'on n'avoit tiré du Mémoire
de M. Deparcieux , fur le moyen
' d'amener la riviere d'Yvette à Paris ,
à la porte S. Michel , que le nombre
d'exemplaires qu'on vouloit donner ,
& cela étoit vrai ; mais on avoit eu
la précaution de ne pas rompre les
formes ; & voyant que bien des perfonnes
AVRIL. 1763.
121
fonnes le demandoient , on en a tiré
depuis quelques exemplaires qui fe
vendent chez M. Durand , Libraire ,
rue du Foin .
Quelques perfonnes,mais en petit nombre
, ont marqué de l'inquiétude fur le
goût de vafe ou de Marais , dont M.
Dep. parle dans fon Mémoire. Il a'oublié
de faire obferver que l'eau fur
laquelle ont été faites toutes les épreuves
, a été puifée dans le temps que les
feuilles des arbres achevoient de tomber
, encore toutes vertes & pleines de
fuc , qu'elles ne pouvoient manquer de
communiquer à l'eau , joint à ce qu'elle
doit néceffairement enlever des dépôts
qui font dans prèfque tout le cours de
cette rivière , qu'on ne cure jamais
ou que par parties , & de loin en loin
y ayant tels endroits que perfonne du
lieu n'a jamais vu curer ; goût qu'elle
ne prendra plus quand on fera obferver
le réglement pour le curage de la
rivière. Car il ne faut pas être grand
Phyficien pour fentir que l'eau ne peut
avoir ce goût en fortant de la terre &
après avoir été filtrée par un terrein qui
eft prèfque partout de fable vitrifiable
qu'elle lave depuis des Siétles ' ;
terrein de même nature que ceux des
I. Vol. F
>
122 MERCURE DE FRANCE.
hauts de S. Cloud , ville Davré , Ro
quencourt , Meudon , Vanvres Clamart
, Buc , & c. dont les eaux font
pourtant excellentes.
,
Pour ne laiffer aucun doute fur un
projet auffi important pour la Ville de
Paris , M. Dep. fe propofe de lever plus
expreffement toutes ces difficultés , quí
dans le fond ne peuvent guères faire
d'impreffion fur l'efprit des Magiſtrats
éclairés que cela regarde , qui s'en rapporteront
au jugement des perfonnes
capables d'examiner , qui affurent que
l'eau expofée à l'air libre , fans chaleur
& fans mouvement , a entièrement
perdu ce goût au bout de quelques
jours. On pourroit dire d'après cela ,
qu'importeroit-il qu'elle eût ce goût
en fortant de terre , puifqu'elle le perd ?
( fuppofition gratuite. ) Au furplus, c'eft
un goût qu'elle a de commun avec
l'eau de toutes les rivières plus ou
moins fort ; la Seine elle -même n'en
eft pas exempte quand elle eft baffe
en Automne ; on n'y fait pas attention
parce que perfonne n'en parle , &
cela parce que perfonne ne boit l'eau
de la Seine qu'après qu'elle a repofé
dans un réfervoir ou qu'elle a paffé par
une fontaine fablée ; il faudroit dans
AVRIL. 1763: 123
le's comparaifons mettre toujours toutes
chofes égales.
DICTIONNAIRE domeftique portatif
, contenant toutes les connoiffances
relatives à l'oeconomie domestique &
rurale ; où l'on détaille les différentes
110 MERCURE DE FRANCE.
branches de l'agriculture , la manière
de foigner les chevaux , celle de nourrir
& de conferver toute forte de beftiaux
, celle d'élever les abeilles , les
vers à foie ; & dans lequel on trouve
les inftructions néceffaires fur la Chaffe,
la Pêche , les Arts , le Commerce , la
Procédure , l'Office la Cuifine & c .
Ouvrage également utile à ceux qui vivent
de leurs rentes ou qui ont des terres
, comme aux Fermiers , aux Jardi
niers , aux Commerçans & aux Artiſtes.
Par une Société de gens de Lettres . In-
8° . Paris , 1763. Chez Vincent , Imprimeur-
Libraire , rue S. Severin .
,
Nous avons annoncé , l'année dernière
, la première partie du premier volume
de cet Ouvrage utile , contenant
les lettres A & B. Celle que nous annonçons
aujourd'hui , renferme la lettre
C.
LE GENTILHOMME CULTIVATEUR
, ou Corps complet d'Agriculture
, traduit de l'Anglois de M. Hall ,
& tiré des Auteurs qui ont le mieux
écrit fur cet Art. Par M. Dupuy d'Emportes
,
de l'Académie de Florence.
Tome 5. in-4°. Paris , 1763.. Chez
P. G. Simon , Imprimeur du Parlement,
AVRIL. 1763.
rue de la Harpe ; Durand , Libraire,
rue du Foin ; Bauche , Libraire , quai
des Auguftins ; & à Bordeaux , chez
Chapuis l'aîné.
din ,
HISTOIRE DE SALADIN , Sultan
d'Egypte & de Syrie ; avec une Introduction
, ou Hiftoire abrégée de la dynaftie
des Ayoubites fondée par Salades
notes critiques , hiftoriques ,
géographiques , & quelques piéces juftificatives.
Par M. Marin , de la Société
Royale des Sciences & Belles -Lettres
de Lorraine , de l'Académie de
Marſeille , & Cenfeur Royal.
Quis nefcit primam effe hiftoriæ legem , he
quid falfi dicere audeat , deinde ne quid
veri non audeat ?
Cic. de Orat. Lib . II,
Pont
2 volumes in- 12 . Paris , 1763. Chez
Grangé , Imprimeur- Libraire
Notre- Dame , près la Pompé , au Cabinet
de la Nouveauté ; Bauche , quai
des Auguftins ; & Dufour , quai de
Gêvres , à l'Ange Gardien ."
Le fuccès de la première Edition de
cet Ouvrage garantit celui de la feconde.
ESPRIT , Saillies & Singularités du
112 MERCURE DE FRANCE.
P. Caftel. In- 12 . Amfterdam , 1763. Et
fe trouve à Paris , chez Vincent , rue
S. Severin .
Nous rendrons compte avec plaifir
de cet Ouvrage rempli d'idées auffi fingulières
qu'amufantes.
MANDEMENT & Inftruction paſtorale
de Mgr l'Archevêque de Lyon ,
portant condamnation des trois parties
de l'hiftoire du Peuple de Dieu , compofée
par le F. Berruyer, de la Compagnie
de Jefus , des écrits imprimés
pour la défenſe de ladite hiftoire , & du
Commentaire latin du F. Hardouin , de
da même Compagnie , fur le Nouveau
Teftament. In- 12. Lyon , 1763. de
l'Imprimerie & chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur de Mgr l'Archevêque & du
Clergé aux Halles de la Grenette ;
chez Claude Cizeron , Libraire , à la
defcente du pont de pierre , du côté de
S. Nizier. Et fe trouve à Paris , chez
Pankoucke , Libraire , rue & à côté de
la Comédie Françoife.
RECUEIL DE PIECES en Profe &
en Vers , lues dans les Affemblées publiques
de l'Académie Royale de la
Rochelle dédié à S. A. S. Mgr. leAVRIL.
1763. 113
Et
e
Prince de Conti , Protecteur de ladite
Académie . Tome 3. in- 8° . A La Rochel
le , 1763. Chez Jérôme Legier , Imprimeur
de l'Académie , au Canton des
Flamands ; & fe trouve à Paris , chez
Merigot Père , quai des Auguftins . Prix,
31. 10 f. broché , 4 1. 10 f. relié.
On trouve chez le même Libraire
l'Ordonnance de la Marine commentée
par M. Valier. In-4°. 2 vol . Prix ,
24 liv. relié.
LE LANGAGE DE LA RAISON ;
par l'Auteur de la jouillance de foimême.
Venitefilii , audite me ; timorem Domini
docebo vos.
Pf. 33. V. II .
Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire ,
quai des Auguftins , à l'Occafion .
HISTOIRE Univerfelle , Sacrée &
Profane , compofée par ordre de Mefdames
de France. Tomes 15 & 16. in-
12. Paris , 1763. Chez Louis Cellot
Imprimeur - Libraire Grand'Salle du
Palais , à l'Ecu de France & rue Dauphine.
Ces deux nouveaux volumes ne font
•
114 MERCURE DE FRANCE.
que confirmer la réputation juftement
acquife de leur Auteur ( M. Hardion
de l'Académie Françoife ) dont l'Ouvrage
traduit en Italien fe trouve chez
le même Libraire .
VOYAGE Pittorefque des environs
de Paris , ou defcription des Maifons.
Royales , Châteaux , & autres lieux de
plaifance , fituées à quinze lieues aux
environs de cette Ville . Par M. D ***.
Nouvelle Edition , corrigée & augmentée.
In- 12. Paris , 1763. Chez Debure
Père , quai des Auguftins , à l'Image
S. Paul ; & Debure , fils aîné , même
quai , à la Bible d'or .
MELANGE de Maximes , de Réfléxions
& de Caractères. Par M. Durey
d'Harnoncourt , Licentié en Droit. On
y a joint une Traduction des Conclufioni
d'Amore de Scipion Maffei , avec
le Texte à côté. Nouv. Edition , revue
& corrigée par l'Auteur;in -8 °; Bruxelles,
1763 ; & fe vend à Paris , chez Valleyrefils
, Imprimeur-Libraire , rue de la
vieille Bouclerie , à l'Arbre de Jeffé.
L'Auteur dit , dans fa Préface , qu'il
s'eft propofé les deux grands modéles
qui font nos maîtres dans l'art de peinAVRIL.
1763. 115
dre les hommes , la Rochefoucault &
la Bruyere ; mais fans fe flatter de les
atteindre , & fans s'affujettir à leur manière
, c'est-à-dire à la précifion du premier
, & à la méthode de l'autre. On
trouvera ( dit - il ) ici , comme l'annonce
le titre , des maximes , des réfléxions
& des portraits ; mais ce ne font que
des découpures jettées fans ordre fur
le papier. On a cru que la diverfité qui
fait le prix de ces fortes d'Ouvrages
demandoit cette efpéce de négligence .
On peut comparer , ce me femble , les
écrits de ce caractère à ces bofquets
dont les arbres , plantés irréguliérement
par les feules mains de la Nature , donnent
à la vue un plaifir plus touchant ,
que ces jardins fomptueux , dont tous
les plans font alignés & tirés au cordeau
, & c.
Nous ne tarderons pas à rendre compte
de cet Ouvrage , qui fait honneur
à fon Auteur.
NOUVELLES Obfervations théoriques
& pratiques fur la Goutte , avec
le détail des plantes , &c , qui forment
le reméde fpécifique calmant la goutte ;
dédiées à M. le Marquis de Marigny
Commandeur des Ordres du Roi , Di116
MERCURE DE FRANCE.
recteur général de fes Bâtimens , &c.
Par M. Chavy de Mongerbet , Médecin
des Bâtimens du Roi. On a joint , à la
fin de ce Traité celui des hernies
avec le traitement de ces maladies &
de celles des relâchemens de matrice &
de fondement.
,
Hic non agitur de verbis , fed de rebus.
In-12. Paris , 1763. Chez Michel Lambert
, rue & à côté de la Comédie Françoife.
LA LOUISIADE , ou le Voyage de
la Terre-Sainte , Poëme héroïque . Par
M. Moline , Avocaten Parlement.
Dùmnumerat palmas , credidit eſſe ſenem. Mart.
in-8° . Paris , 1763. Chez Defaint , junior
, à la Bonne-foi.
CONTES MORAUX dans le goût de
ceux de M. Marmontel , tirés de divers
Auteurs , & publiés par Mlle Uncy ; tomes
III & IV , chez Vincent , rue S. Severin.
Nous rendrons compte à la fois de
ces deux nouveaux volumes, & des deux
qui les ont précédés.
ODE SUR LA PAIX , par M. Pioger,
Capitaine de Cavalerie. In -8 °, Paris
1763. Chez Cuiſſart , Libraire , Pont au
AVRIL. 1763. 117
1
1
1
Change , à la Harpe. Nous en rendrons
compte dans le Mercure prochain .
LE BUCHERON , ou les trois Souhaits
, Comédie en un Acte , mêlée d'ariettes
. Repréfentée pour la première
fois par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi , le Lundi 28 Février 1763 ,
in-8° . à Paris , chez Claude Hériffant,
Imprimeur-Libraire , rue Neuve Notre
- Dame , à la Croix d'or . Prix , 1 liv.
4 f. Mufique de M. Philidor. Voyez
L'Article des Spectacles,
NOUVEAUX Elémens de Dynamique
& de Méchanique , par M. Mathon
de la Cour , de l'Académie Royale
des Sciences & Belles - Lettres de
Lyon ; à Paris chez les Frères Periffe ;
& fe trouve à Paris , chez Rollin
rue S. Jacques , vol. in -8 ° de 130
pages avec figures. 2 liv. 10 f. broché,
Les Principes de la Méchanique & de
la Dynamique font abftraits difficiles
, même pour les Géométres ; les
plus habiles n'ont pas dédaigné de s'en
occuper de la manière , ce femble , la
plus élémentaire , & ils ne font pas
toujours d'accord fur les premières vérités
d'où il s'agit de partir.
118 MERCURE DE FRANCE.
L'ouvrage de M. Mathon eft traite
d'une manière nouvelle , & fa méthode
n'avoit point encore paru ; elle fe
réduit à l'équilibre ou à l'oppofition
qu'il y a dans les forces motrices ; jointe
à la réfiftance que l'Auteur fuppofe
dans la matière pour toute efpéce de
mouvement.
Les propriétés de l'équilibre font 1º.
l'égalité qu'il y a néceffairement entre
les fommes des forces oppofées, en quelque
fens que ce foit qu'on les décompofe.
2. L'égalité entre les fommes
des momens oppofés par rapport
à un point quelconque du plan dans
lequel font les directions des forces ,
ou par rapport à un axe quelconque
qu'on peut imaginer à volonté dans le
cas où les directions des forces ne feroient
pas toutes dans un même plan .
M. Mathon tire de ces deux propriétés
plufieurs équations algébriques qu'il
applique aux principaux problêmes de
la Dynamique ; ceux qui ont le plus de
rapport avec les grandes queftions qui
ont ététraitées par les Géométres; il s'agit
par exemple de trouver le mouvement
que recevra un fyftême de corps agité
par des forces quelconques ; de trouver
le mouvement que doivent prendre
L
AVRIL. 1763. 119
?
plufieurs corps frappés à la fois par
un autre ; la plupart des problêmes de
Dynamique viennent fe placer comme
de fimples corollaires des principes lumineux
que l'Auteur y établit tels
font les théories des centres d'ofcillations
des centres de rotations
des plans inclinés , des poulies , des
frottemens ; la charge que fupportent
ces points d'appui , ces léviers
& plufieurs autres queftions importantes
& délicates. Ce Traité quoique fort
court , ne laiffe pas de développer les
élémens de cette Science avec plus de
netteté qu'on ne l'a fait en même
temps qu'il s'éléve à des recherches
très-fçavantes ; on y voit l'efprit mathé
matique , c'eft-à-dire d'ordre, de fimplification
, de déduction , les nouveaux
théorêmes donnés par M. le Chevalier
d'Arcy , y font démontrés d'une ma
nière très-fimple. Et cet Ouvrage paroît
fort néceffaire à ceux qui voudroient
entreprendre de lire feuls ce
qu'ont écrit fur la Dynamique les Auteurs
illuftres qui s'en font occupés , tels
que MM. Bernoulli , Herman , Euler,
Clairaut , d'Alembert , &c .
,
CHARPENTIER , Libraire , quai des
120 MERCURE DE FRANCE
Auguftins , près le Pont S. Michel , à
S. Chryfoftome , a acheté de M. Prault,
petit-fils , les OEuvres de Nivelle de la
Chauffée , de l'Académie Françoiſe ,
nouvelle Edition , corrigée & augmentée
de plufieurs Piéces qui n'avoient
point encore paru . 1763.5 vol. in-12.
petit format. Cette Edition mérite à
toutes fortes d'égards d'être recherchée .
On la doit à un ami de l'Auteur,M . Sablier
, Affocié de l'Académie des Belles-
Lettres de Marfeille. Les OEuvres de
Deftouches , 10 vol . in- 12. petit format.
Les OEuvres de Théâtre de M. de Saint-
Foix , nouvelle Edition revue , corrigée
& augmentée de plufieurs Comédies
4 vol. in-12. 1762 . ,
AVIS AU PUBLIC,
SUR le Mémoire de M. DEPARCIEUX.
Nous avons dit dans notre dernier
Mercure, qu'on n'avoit tiré du Mémoire
de M. Deparcieux , fur le moyen
' d'amener la riviere d'Yvette à Paris ,
à la porte S. Michel , que le nombre
d'exemplaires qu'on vouloit donner ,
& cela étoit vrai ; mais on avoit eu
la précaution de ne pas rompre les
formes ; & voyant que bien des perfonnes
AVRIL. 1763.
121
fonnes le demandoient , on en a tiré
depuis quelques exemplaires qui fe
vendent chez M. Durand , Libraire ,
rue du Foin .
Quelques perfonnes,mais en petit nombre
, ont marqué de l'inquiétude fur le
goût de vafe ou de Marais , dont M.
Dep. parle dans fon Mémoire. Il a'oublié
de faire obferver que l'eau fur
laquelle ont été faites toutes les épreuves
, a été puifée dans le temps que les
feuilles des arbres achevoient de tomber
, encore toutes vertes & pleines de
fuc , qu'elles ne pouvoient manquer de
communiquer à l'eau , joint à ce qu'elle
doit néceffairement enlever des dépôts
qui font dans prèfque tout le cours de
cette rivière , qu'on ne cure jamais
ou que par parties , & de loin en loin
y ayant tels endroits que perfonne du
lieu n'a jamais vu curer ; goût qu'elle
ne prendra plus quand on fera obferver
le réglement pour le curage de la
rivière. Car il ne faut pas être grand
Phyficien pour fentir que l'eau ne peut
avoir ce goût en fortant de la terre &
après avoir été filtrée par un terrein qui
eft prèfque partout de fable vitrifiable
qu'elle lave depuis des Siétles ' ;
terrein de même nature que ceux des
I. Vol. F
>
122 MERCURE DE FRANCE.
hauts de S. Cloud , ville Davré , Ro
quencourt , Meudon , Vanvres Clamart
, Buc , & c. dont les eaux font
pourtant excellentes.
,
Pour ne laiffer aucun doute fur un
projet auffi important pour la Ville de
Paris , M. Dep. fe propofe de lever plus
expreffement toutes ces difficultés , quí
dans le fond ne peuvent guères faire
d'impreffion fur l'efprit des Magiſtrats
éclairés que cela regarde , qui s'en rapporteront
au jugement des perfonnes
capables d'examiner , qui affurent que
l'eau expofée à l'air libre , fans chaleur
& fans mouvement , a entièrement
perdu ce goût au bout de quelques
jours. On pourroit dire d'après cela ,
qu'importeroit-il qu'elle eût ce goût
en fortant de terre , puifqu'elle le perd ?
( fuppofition gratuite. ) Au furplus, c'eft
un goût qu'elle a de commun avec
l'eau de toutes les rivières plus ou
moins fort ; la Seine elle -même n'en
eft pas exempte quand elle eft baffe
en Automne ; on n'y fait pas attention
parce que perfonne n'en parle , &
cela parce que perfonne ne boit l'eau
de la Seine qu'après qu'elle a repofé
dans un réfervoir ou qu'elle a paffé par
une fontaine fablée ; il faudroit dans
AVRIL. 1763: 123
le's comparaifons mettre toujours toutes
chofes égales.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En avril 1763, le Mercure de France publie plusieurs annonces de livres. Parmi eux, un 'DICTIONNAIRE DOMESTIQUE PORTATIF' traite de divers aspects de l'économie domestique et rurale, édité par une société de gens de lettres. Le 'GENTILHOMME CULTIVATEUR', traduit de l'anglais par M. Dupuy d'Emportes, est annoncé dans son cinquième tome. L''HISTOIRE DE SALADIN' par M. Marin, membre de plusieurs académies, est publiée en deux volumes. D'autres ouvrages mentionnés incluent 'ESPRIT, Saillies & Singularités' de P. Castel, un 'MANDEMENT & INSTRUCTION PASTORALE' de l'Archevêque de Lyon condamnant certains écrits, et un 'RECUEIL DE PIECES' de l'Académie Royale de la Rochelle. Le texte évoque également des publications sur la dynamique, la médecine, la poésie, et des recueils de maximes. Plusieurs de ces ouvrages sont disponibles chez divers libraires à Paris et dans d'autres villes. Par ailleurs, le texte aborde les propriétés de l'eau et sa perception gustative. Il observe que l'eau exposée à l'air libre, sans chaleur ni mouvement, perd son goût au bout de quelques jours. Cette observation remet en question l'importance du goût de l'eau lorsqu'elle sort de terre, car elle le perd rapidement. Le texte considère cette idée comme une supposition gratuite. Il note également que ce goût est partagé par l'eau de toutes les rivières, plus ou moins fortement. Par exemple, la Seine peut avoir ce goût en automne lorsqu'elle est basse, mais cela passe inaperçu car les gens boivent l'eau après qu'elle a reposé dans un réservoir ou passé par une fontaine filtrée. Le texte insiste sur l'importance de comparer des conditions égales pour évaluer ces caractéristiques.
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122
p. 163-167
MUSIQUE.
Début :
MÉTHODE ou Principes pour enseigner & apprendre facilement l'accompagnement du Clavecin [...]
Mots clefs :
Flûte, Auteur, Méthode, Adresse, Ouvrage, Clavecin
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE...
METHODE THODE ou Principes pour enfeigner
& apprendre facilement l'accompagnement
du Clavecin ou l'harmonie
, le raifonnement , ou la théorie
de baffe fondamentale avec les
paffages de baffe- continue quelcon--
ques , & la façon de les accompagner
à coup-für , même fans chiffres & une.
Planche gravée à la fin du Livre pour
les exemples ; par M. Bertheau , Organifte
de la Métropole de Tours. Cette
méthode coûte 12 fols , & fe trouve à
Paris aux adreffes ordinaires de Mufique
; à Orléans , chez Chevillon , Li-.
braire , rue Royale ; à Angers chez
Boutemy ; à Tours , chez Lambert.
•
L'ART de la Flute Traverfière , par
M. de Luffe. Prix , 7 liv . 4 f. Se vend
aux adreffes ordinaires de Mufique , &
chez l'Auteur , rue S. Jacques , près S..
164 MERCURE DE FRANCE.
Yves , maifon de l'Univerfité à Paris.
L'Auteur a eu pour but dans cet ouvrage
de tirer des ténébres le principe
théorique & pratique de la flute , & de
l'expofer au grand jour avec toute la
précifion & la clarté dont il étoit fufceptible.
Par là ce principe devient à la
portée même de ceux qui n'ont aucune
connoiffance de la Mufique.
M. D. L, dans fon Difcours préliminaire
enfeigne à bien placer les mains
fur la flute donne la vraie façon de
l'emboucher , & démontre enfuite les
divers tacs ou coups de langue , leurs
différentes propriétés , la manière de les
articuler , les pofitions des doigts pour
former tous les tons des gammes naturelle,
diézée & bémolifée , & leurs tremblemens
appellés cadences.
Nous pouvons affurer que ces démonftrations
font faites plus nettement
qu'elles ne l'ont encore été.
L'Auteur entre fçavamment dans le
détail inftructif des agrémens , dans celui
de leur genre & du caractère d'expreffion
auquel ils font propres . Il parle
très-bien de la fixation des phraſes muficales
, du lieu & des momens confacrés
à la refpiration . Cet Article nous
paroît important pour la confervation
AVRIL 1763. 165
•
des poulmons. Si on eût pris ces mefures-
là plutôt , les Médecins n'auroient
pas affuré que la flute eft contraire aux
petites fantés ; la méthode victorieuſe
de M. D. L. doit faire évanouir ce préjugé.
Qu'on fçache ménager fa refpiration
, alors l'un des plus agréable inftrumens
de la Mufique reprendra vigueur
parmi nous. Un foufle doux & léger ne
ruinera jamais la poitrine. Nous confeillons
aux Amateurs de la flute de fe procurer
le Livre eſtimable de M. D. L. il
leur développera ce que nous ne faifons
qu'indiquer ici.
Après une tablature des fons harmoniques
, fuivent plufieurs leçons en forme
de petites Sonates avec la baffe , mais
proportionnées aux forces des Commencans.
L'ouvrage fe termine par douze
Caprices ou cadences finales remplis de
traits & de difficultés propres à faciliter
l'exercice de l'embouchure & des
doigts . On peut les inférer dans les Concertos
pour la flute .
Nous ne pouvons qu'applaudir à cette
nouvelle méthode ; elle jette de la
lumiére fur un art agréable , & foulage
les Maîtres en les difpenfant de la rebu-
´tante occupation d'écrire eux-mêmes des
principes ; mais fon plus grand mérite
166 MERCURE DE FRANCE .
eft de conduire leurs éléves à des fuc
cès auffi certains que rapides.
SEI SINFONIE , con violini , alto
viola , baffo , & corni da caccia a
piacimento , da Gio Battifta Cirri da
Forlir Opera feconda. Prix 9 liv . Chez
PAuteur , rue Croix des Petits - Champs ,
chez le fieur Mique , Perruquier , &
aux Adreffes ordinaires. Ces Symphonies
font d'un nouveau genre & fort
goûtées .
SONATES DE CLAVECIN , Premier
Livre. Par J. P. le Grand , Maître
de Clavecin & Organifte de l'Abbaye
S. Germain des Près. Chez l'Auteur
, rue S. Honoré , vis-à -vis la rue
neuve du Luxembourg ; & chez le fieur
le Menu , Marchand de Mufique , rue
du Roule , à la Clef d'Or, Prix 19 liv.
Cet Ouvrage fait honneur à fon
Auteur.
RÉFLEXIONS fur la Mufique ,
& la vraie manière de l'exécuter fur
le violon ; Par M. Brijon. Prix en blanc ,
avec les exemples & les airs gravés ,
3 liv . 12 f. à Paris chez l'Auteur , logé
chez M. Prudent , Profeffeur de Mu
fique & d'Inftrumens , rue du Petit
AVRIL. 1763 . 167
Pont , au bas de la rue S. Jacques , la
porte cochere à côté d'un Marchand
Papetier. On en trouve auffi des Exemplaires
chez M. Vaudemont , rue Beaurepaire
, près la rue Montorgueil , &
aux Adreffes ordinaires de Mufique.
Cet Ouvrage renferme des idées neuves
, auffi heureufement que clairement
exprimées. Nous en donnerons
ipceffamment l'Extrait.
METHODE THODE ou Principes pour enfeigner
& apprendre facilement l'accompagnement
du Clavecin ou l'harmonie
, le raifonnement , ou la théorie
de baffe fondamentale avec les
paffages de baffe- continue quelcon--
ques , & la façon de les accompagner
à coup-für , même fans chiffres & une.
Planche gravée à la fin du Livre pour
les exemples ; par M. Bertheau , Organifte
de la Métropole de Tours. Cette
méthode coûte 12 fols , & fe trouve à
Paris aux adreffes ordinaires de Mufique
; à Orléans , chez Chevillon , Li-.
braire , rue Royale ; à Angers chez
Boutemy ; à Tours , chez Lambert.
•
L'ART de la Flute Traverfière , par
M. de Luffe. Prix , 7 liv . 4 f. Se vend
aux adreffes ordinaires de Mufique , &
chez l'Auteur , rue S. Jacques , près S..
164 MERCURE DE FRANCE.
Yves , maifon de l'Univerfité à Paris.
L'Auteur a eu pour but dans cet ouvrage
de tirer des ténébres le principe
théorique & pratique de la flute , & de
l'expofer au grand jour avec toute la
précifion & la clarté dont il étoit fufceptible.
Par là ce principe devient à la
portée même de ceux qui n'ont aucune
connoiffance de la Mufique.
M. D. L, dans fon Difcours préliminaire
enfeigne à bien placer les mains
fur la flute donne la vraie façon de
l'emboucher , & démontre enfuite les
divers tacs ou coups de langue , leurs
différentes propriétés , la manière de les
articuler , les pofitions des doigts pour
former tous les tons des gammes naturelle,
diézée & bémolifée , & leurs tremblemens
appellés cadences.
Nous pouvons affurer que ces démonftrations
font faites plus nettement
qu'elles ne l'ont encore été.
L'Auteur entre fçavamment dans le
détail inftructif des agrémens , dans celui
de leur genre & du caractère d'expreffion
auquel ils font propres . Il parle
très-bien de la fixation des phraſes muficales
, du lieu & des momens confacrés
à la refpiration . Cet Article nous
paroît important pour la confervation
AVRIL 1763. 165
•
des poulmons. Si on eût pris ces mefures-
là plutôt , les Médecins n'auroient
pas affuré que la flute eft contraire aux
petites fantés ; la méthode victorieuſe
de M. D. L. doit faire évanouir ce préjugé.
Qu'on fçache ménager fa refpiration
, alors l'un des plus agréable inftrumens
de la Mufique reprendra vigueur
parmi nous. Un foufle doux & léger ne
ruinera jamais la poitrine. Nous confeillons
aux Amateurs de la flute de fe procurer
le Livre eſtimable de M. D. L. il
leur développera ce que nous ne faifons
qu'indiquer ici.
Après une tablature des fons harmoniques
, fuivent plufieurs leçons en forme
de petites Sonates avec la baffe , mais
proportionnées aux forces des Commencans.
L'ouvrage fe termine par douze
Caprices ou cadences finales remplis de
traits & de difficultés propres à faciliter
l'exercice de l'embouchure & des
doigts . On peut les inférer dans les Concertos
pour la flute .
Nous ne pouvons qu'applaudir à cette
nouvelle méthode ; elle jette de la
lumiére fur un art agréable , & foulage
les Maîtres en les difpenfant de la rebu-
´tante occupation d'écrire eux-mêmes des
principes ; mais fon plus grand mérite
166 MERCURE DE FRANCE .
eft de conduire leurs éléves à des fuc
cès auffi certains que rapides.
SEI SINFONIE , con violini , alto
viola , baffo , & corni da caccia a
piacimento , da Gio Battifta Cirri da
Forlir Opera feconda. Prix 9 liv . Chez
PAuteur , rue Croix des Petits - Champs ,
chez le fieur Mique , Perruquier , &
aux Adreffes ordinaires. Ces Symphonies
font d'un nouveau genre & fort
goûtées .
SONATES DE CLAVECIN , Premier
Livre. Par J. P. le Grand , Maître
de Clavecin & Organifte de l'Abbaye
S. Germain des Près. Chez l'Auteur
, rue S. Honoré , vis-à -vis la rue
neuve du Luxembourg ; & chez le fieur
le Menu , Marchand de Mufique , rue
du Roule , à la Clef d'Or, Prix 19 liv.
Cet Ouvrage fait honneur à fon
Auteur.
RÉFLEXIONS fur la Mufique ,
& la vraie manière de l'exécuter fur
le violon ; Par M. Brijon. Prix en blanc ,
avec les exemples & les airs gravés ,
3 liv . 12 f. à Paris chez l'Auteur , logé
chez M. Prudent , Profeffeur de Mu
fique & d'Inftrumens , rue du Petit
AVRIL. 1763 . 167
Pont , au bas de la rue S. Jacques , la
porte cochere à côté d'un Marchand
Papetier. On en trouve auffi des Exemplaires
chez M. Vaudemont , rue Beaurepaire
, près la rue Montorgueil , &
aux Adreffes ordinaires de Mufique.
Cet Ouvrage renferme des idées neuves
, auffi heureufement que clairement
exprimées. Nous en donnerons
ipceffamment l'Extrait.
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Résumé : MUSIQUE.
Le texte présente divers ouvrages et méthodes liés à la musique. La 'Méthode Thode' de M. Bertheau, organiste de Tours, se concentre sur l'accompagnement au clavecin et l'harmonie, avec des exemples illustrés. Ce livre est disponible à Paris, Orléans, Angers et Tours pour un coût de 12 francs. L'ouvrage 'L'Art de la Flûte Traversière' de M. de Luffe, vendu 7 livres 4 francs, expose les principes théoriques et pratiques de la flûte. Il couvre la position des mains, l'embouchure, les coups de langue, et les positions des doigts. Il aborde également les agréments, la respiration, et les soins des poumons, contredisant l'idée que la flûte est nuisible aux enfants. Le livre inclut des sonates et des caprices pour exercer l'embouchure et les doigts. Les 'Sei Sinfonie' de Gio Battista Cirri sont des symphonies d'un nouveau genre, vendues 9 livres. Les 'Sonates de Clavecin' de J. P. le Grand, maître de clavecin, sont également mentionnées. Enfin, les 'Réflexions sur la Musique' de M. Brijon, à 3 livres 12 francs, proposent des idées nouvelles sur l'exécution musicale au violon.
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123
p. 35-37
VERS à Mde RICCOBONI, Auteur d'AMÉLIE, Roman de FIELDING, Auteur de TOM JONES & de JOSEHP ANDREWS.
Début :
AINSI de tes écrits les charmes ravissans, [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Tendre, Heureux, Malheurs, Génie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mde RICCOBONI, Auteur d'AMÉLIE, Roman de FIELDING, Auteur de TOM JONES & de JOSEHP ANDREWS.
VERS à Mde RICCO BONI ,Auteur
d'AMÉLIE , Roman de FIELDING
Auteur de TOM JONES & de Ja-
SEHP ANDREWS.
AINSI de tes écrits les charmes raviflans ,
La vivacité , la nobleffe
Unie à la délicateffe ,
Se rendent maître de nos fens !
Chaque trait qui naît fous ta plume
Eft l'empreinte du Sentiment ;
Et le beau feu que ton génie allume ,
Décide de nos coeurs le moindre mouvement
Par un penchant doux & facile ,
B vi
35 MERCURE DE FRANCE.
La tendre fierté de ton ſtyle
>
>
Les force à partager tes regrets , tes plaifirs
Et meut tous les efprits au gré de tes defirs
Et quel coeur barbare , infléxible ,
Peut ne pas devenir ſenſible , ( a )
Aux peines que reffent l'aimable Catesby ?
Qui n'eft pas pénétré de fa vive allégreffe ,
Lorſqu'elle voit enfin couronner fa tendreſſe
Par fa douce union à l'heureux d'Offery,
A cet objet , celui d'une longue triſteſſe ?
Cet objet qu'elle crut parjure , vicieux ;
Quel plaifir de le voir fincère , vertueux !
Lorfque l'on voit Fanni ( b ) ( amanre infortunée
! )
Pleurer fa trifte deſtinée ,
Qui pourroit ne pas s'attendrir ?
Quand du plus tendre amour on la voit embrasée ,
Par un indigne amant lâchement abuſée ;
Eh ! quel coeur pourroit , fans frémir ,
L'écouter , fe plaindre , gémir ?
Pour moi quand je l'entends à tous tant que nous
fommes
Nous reprocher ſes chagrins , ſes malheurs ;
Mon viſage bientôt eft baigné de ſes pleurs :
Je rougis d'être au nombre de ces hommes.
(a )Lettres de Milady Juliette Catesby à Milady
Henriette Campley fon amie.
( b ) Lettres de Miftris Fanni Butler à Milord
Charles Alfred , &c. ouvrage charmant de
Madame Riccoboni.
AVRIL 1763 . 37
>
De ta félicité que tu fais d'envieux ,
Heureux Fielding ! Ecrivain glorieux
Dé qui devoient les fortunes ouvrages
Par la main du Génie être un jour embellis ,
Et les fentimens annoblis
Ravir d'univerfels fuffrages !
Mais Dieux que dis-je ? .... & quel trouble eft le
mien ?
Cet ouvrage n'eft plus le tien
Oui , fous les mêmes noms qu'a peine on en con .
ſerve ,
C'est l'ouvrage du Goût , c'eft celui de Miner
Afes traits on le reconnoît :
L'Anglois fe voit détruit , & Fielding difparoît.
Heureux Fenton , plus heureufe Amélie , (c)
Vous que le fort enfin le plus fortuné lie :
Ah ! vous l'étiez juſques dans vos malheurs !
Dieux ! que la main qui les publie
En nous attendriffant adoucit vos douleurs !
Mais qu'à nos yeux votre bonheur augmente
Lorfque Riccoboni nous en peint les douceurs .
Généreufe , compatiſſante ,
Mère des Grâces , des Talens ,
M
Tendre Riccoboni ; tout par toi nous enchante
Notre félicité devient bien plus touchante ;
Nos malheurs bien moins accablans ,
Dès que c'eſt ta voix qui les chante.
(c ) Amélie , Roman de M. Fielding , deraïer
Ouvrage de Mde. Riccoboni.
Par le C. D. §. ´A ****
d'AMÉLIE , Roman de FIELDING
Auteur de TOM JONES & de Ja-
SEHP ANDREWS.
AINSI de tes écrits les charmes raviflans ,
La vivacité , la nobleffe
Unie à la délicateffe ,
Se rendent maître de nos fens !
Chaque trait qui naît fous ta plume
Eft l'empreinte du Sentiment ;
Et le beau feu que ton génie allume ,
Décide de nos coeurs le moindre mouvement
Par un penchant doux & facile ,
B vi
35 MERCURE DE FRANCE.
La tendre fierté de ton ſtyle
>
>
Les force à partager tes regrets , tes plaifirs
Et meut tous les efprits au gré de tes defirs
Et quel coeur barbare , infléxible ,
Peut ne pas devenir ſenſible , ( a )
Aux peines que reffent l'aimable Catesby ?
Qui n'eft pas pénétré de fa vive allégreffe ,
Lorſqu'elle voit enfin couronner fa tendreſſe
Par fa douce union à l'heureux d'Offery,
A cet objet , celui d'une longue triſteſſe ?
Cet objet qu'elle crut parjure , vicieux ;
Quel plaifir de le voir fincère , vertueux !
Lorfque l'on voit Fanni ( b ) ( amanre infortunée
! )
Pleurer fa trifte deſtinée ,
Qui pourroit ne pas s'attendrir ?
Quand du plus tendre amour on la voit embrasée ,
Par un indigne amant lâchement abuſée ;
Eh ! quel coeur pourroit , fans frémir ,
L'écouter , fe plaindre , gémir ?
Pour moi quand je l'entends à tous tant que nous
fommes
Nous reprocher ſes chagrins , ſes malheurs ;
Mon viſage bientôt eft baigné de ſes pleurs :
Je rougis d'être au nombre de ces hommes.
(a )Lettres de Milady Juliette Catesby à Milady
Henriette Campley fon amie.
( b ) Lettres de Miftris Fanni Butler à Milord
Charles Alfred , &c. ouvrage charmant de
Madame Riccoboni.
AVRIL 1763 . 37
>
De ta félicité que tu fais d'envieux ,
Heureux Fielding ! Ecrivain glorieux
Dé qui devoient les fortunes ouvrages
Par la main du Génie être un jour embellis ,
Et les fentimens annoblis
Ravir d'univerfels fuffrages !
Mais Dieux que dis-je ? .... & quel trouble eft le
mien ?
Cet ouvrage n'eft plus le tien
Oui , fous les mêmes noms qu'a peine on en con .
ſerve ,
C'est l'ouvrage du Goût , c'eft celui de Miner
Afes traits on le reconnoît :
L'Anglois fe voit détruit , & Fielding difparoît.
Heureux Fenton , plus heureufe Amélie , (c)
Vous que le fort enfin le plus fortuné lie :
Ah ! vous l'étiez juſques dans vos malheurs !
Dieux ! que la main qui les publie
En nous attendriffant adoucit vos douleurs !
Mais qu'à nos yeux votre bonheur augmente
Lorfque Riccoboni nous en peint les douceurs .
Généreufe , compatiſſante ,
Mère des Grâces , des Talens ,
M
Tendre Riccoboni ; tout par toi nous enchante
Notre félicité devient bien plus touchante ;
Nos malheurs bien moins accablans ,
Dès que c'eſt ta voix qui les chante.
(c ) Amélie , Roman de M. Fielding , deraïer
Ouvrage de Mde. Riccoboni.
Par le C. D. §. ´A ****
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Résumé : VERS à Mde RICCOBONI, Auteur d'AMÉLIE, Roman de FIELDING, Auteur de TOM JONES & de JOSEHP ANDREWS.
Le poème est adressé à Madame Riccoboni, auteure de l'œuvre 'Amélie'. Il met en lumière la vivacité et la délicatesse de son style, capable de toucher les cœurs et de susciter des émotions. Le texte mentionne des personnages des romans de Fielding, tels que Catesby, Fanny et Amélie, en soulignant les sentiments qu'ils inspirent. Il exprime l'admiration pour la manière dont Riccoboni adapte et améliore les œuvres de Fielding, rendant les personnages et leurs histoires plus touchants. Le poème se termine par une admiration pour Riccoboni, qualifiée de 'mère des Grâces et des Talents', dont la voix adoucit les douleurs et rend les malheurs moins accablants.
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124
p. 94-103
HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
Début :
L'OUVRAGE que nous annonçons est d'un genre singulier ; & le nom de [...]
Mots clefs :
Homme, Grand, Héros, Femme, Grandeur, Ouvrage, Innocent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
HISTOIRE de JONATHAN WILD
le Grand , traduit de l'Anglois de
M. FIELDING, Auteur de JOSEPH
ANDREWS & de TOM JONES , &c
A Londres , & fe trouve à Paris chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques,
au Temple du Goût , 1763 ; deux volumes
in- 12.
L'OUVRAGE que nous annonçons
eft d'un genre fingulier ; & le nom de
fon Auteur , fi connu en France par les
AVRIL. 1763. 95
Traductions qui ont été faites de plufieurs
de fesromans , prévient d'avance
en faveur de celui- ci. Sous le voile d'une
ironie foutenue depuis le commencement
jufqu'à la fin de l'Ouvrage, l'Au
teur cherche à défabufer les hommes
des idées fauffes & prèfque toujours
dangereufes , qu'ils fe forment communément
de la grandeur. Un infigne Scélérat
que des crimes de toute efpéce
conduifent enfin au dernier fupplice , eft
le héros qu'il a choifi pour relever &
cenfurer les préjugés , le mauvais goût,
l'efprit de parti & différens autres défauts
de fes compatriotes ; & quoique,
l'ouvrage foit fait principalement pour
la Nation Angloife , il n'y a point de
Peuple qui ne puiffe s'y reconnoître, ni
de Lecteur qui ne puiffe en profiter. On
ne s'attend pas que nous faffions le récit
des attentats horribles que l'on fait
commettre au fameux Scélérat qui joue
le premier rôle dans ce roman. Il n'eft
question que de vols , d'affaffinats & de
perfidies les plus atroces ; contentonsnous
d'en citer quelques exemples pour
faire connoître le genre de critique de
notre Auteur , toujours préfenté fous le
-voile de l'ironie.
Jonathan Wild , dit Legrand , chef
96 MERCURE DE FRANCE .
»
d'une troupe de voleurs , étoit iffu de
parens diftingués dans cette profeffion .
On l'envoya à l'école avec les autres
enfans de fon âge ; mais il montra
» pour l'étude la répugnance la plus
» marquée . Son Maître , homme de
» beaucoup de fens & de mérite , le
» difpenfa bientôt de toute peine à cet
» égard ; & tandis qu'il affuroit à fes
parens qu'il faifoit les plus grands
» progrès , il lui permettoit de fe livrer
» entiérement à fes inclinations , parce
» qu'il fentoit bien qu'elles le porte-
» roient à des objets plus nobles que les
» fciences , qui , comme on en convient
généralement , ne rendent aucun pró-
» fit , & ne font propres , qu'à empêcher
» un galant homme de s'avancer dans
» le monde. "
Wild y débuta par quelques traits de
friponnerie qui donnerent dès - lors de
grandes efpérances de fon talent. Il fit
connoiffance avec le Comte de la Rufe,
Chevalier d'induftrie ; & ils eurent enfemble
de fréquentes conférences fur
les principes fondamentaux de leur art.
On croit communément que les voleurs
confervent entr'eux une forte de probité
qui les empêche de fe nuire mutuellement.
Le grand. Wild étoit bien audeffus
AVRIL 1763: 97
deffus de ces petites foibleffes : nonfeulement
il croyoit qu'il eft indigne
d'un grand coeur de refpecter la bourfe
de fes camarades ; » mais il n'étoit pas
» même de ces hommes mal -nés , qui
» rougiroient de voir un ami , après
» l'avoir volé ou trahi. Ce caractère
» pufillanime a fouvent produit dans le
» monde les crimes les plus monstrueux .
" Un excès de modeftie dans ce genre
» a porté bien des gens à affaffiner , ou
» du moins à ruiner fans reffource ceux
>> contre qui leur confcience leur repro-
" choit d'avoir commis quelque pecca-
» dille , foit en débauchant leurs fem-
» mes on leurs filles , foit en trahiffant
» leur confiance , foit en rendant contre
>> eux un faux témoignage. Mais dans
» notre héros , tout étoit véritablement
» grand. Toujours maître de lui , il ne
"
craignoit point d'aller boire avec un
» homme qu'il avoit dévalifé le mo-
» ment d'auparavant. »
Sa conduite à l'égard de fon ami
Francoeur fut un chef- d'oeuvre d'héroïfme
en ce genre. Ce dernier étoit
un Marchand Jouiallier , qui affervi aux
idées populaires avoit la foibleffe d'être
compatiffant , fenfible & généreux . Il
portoit la fimplicité au point de ne jamais
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
tirer avantage de l'ignorance de ceux
~ qui venoient acheter chez lui , & de fe
contenter du profit le plus modique.
Sa femme étoit une ame commune
efpèce d'animal domeftique , qui avoit
la petiteffe de fe borner aux foins de
fa famille & de fe faire un devoir de
plaire à fon mari & de bien élever fes
enfans. Ce fut à cette femme , fi peu
manièrée , que Francoeur. préfenta le
grand Wild comme le meilleur de fes
amis. Les premières preuves que notre
héros lui donna de fon amitié , furent
de lui faire efcamoter fes bijoux , tirer
de lui des lettres de change , de le faire
mettre en prifon , de lui enlever fa femme
, &c. &c . & à chaque trait de perfidie
, il avoit la force & le courage de
fe préfenter à lui , tandis que des âmes
vulgaires fe feroient fait un devoir d'éviter
fa rencontre. » Il n'avoit ni l'ex-
» térieur foumis d'un Curé qui aborde
» fon Seigneur après s'être oppofé à
» fon élection , ni l'air, qu'affecte un
» un Médecin , qui apprend à la porte
» de fon malade , que , graces à fes foins ,
» le pauvre patient eft parti pour l'autre
» monde, nila contenance abbattue d'un
» homme, qui , après avoir long-temps
» lutté entre la vertu & le vice , &
»
AVRIL 1763.
TOPHEQUE
Gron
DE
LA
ה ד ו
s'être enfin
déterminé
pour le dern
» eft malheureufement
pris fur le fa
» dans fa première friponnerie
: Mais
» fon maintien noble , hardi , magna-
» nime & plein de confiance , étoit
» celui d'un homme en place , lorſqu'il
" affure un des fes protégés
, que le
» pofte qu'il lui avoit promis n'eft plus
» vacant , & qu'il eft actuellement
rem-
» pli par un autre qui le lui avoit de-
» mandé avant lui . Car de même que
» l'homme en place ne manque pas de
» vous reprocher aigrement
, que vous
» n'avez perdu l'emploi que vous fou: -
haitiez , que par votre négligence
» de même auffi notre héros commen-
» çoit par blâmer fon ami fans lui don-
» ner le tems de répondre ; & c . »
Wild ne croit pas avoir affez fait
contre Francoeur , s'il ne vient à bout
de le conduire à la potence . Déjà il á
trouvé le moyen de le repréfenter comme
un banqueroutier frauduleux , &
de faire arrêter fa femme comme complice.
Wild en impofe tellement aux
Juges de fon ami , qu'un Arrêt définitif
condamne enfin au dernier fupplice
l'infortuné Francoeur , qui , tout innocent
& tout honnête homme qu'il eft ,
eft fur le point de voir fa fentencé
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
à
éxécutée. Il eft vrai que lorfqueJonathan
apprit le fort de fon ami , il eut un
un inftant de foibleffe. Il pâlit pour la
première fois ; il faillit de fuccomber
fous le poids des horreurs que lui caufoit
la destinée d'un innocent que luimême
avoit fait condamner injuftement.
Mais fa grandeur d'âme vint toutà-
coup à fon fecours , & lui fir blâmer
ces penfées ignobles , qui s'étoient élevées
malgré lui dans fon efprit. » Quoi !
» difoit-il , femblable à un enfant
» une femme , je perdrois en un inf
tant cet honneur que j'ai acquis avec
» tant de gloire ? .... Qu'est - ce après
tout que la vie d'un homme ? Des
armées , des nations entiéres n'ont-
» elles pas été fouvent immolées à la
» fantaifie d'un grand homme ? Et fans
» parler ici de cette première claffe de
» la grandeur , qui comprend les con
» quérans du genre- humain , combien
» de gens n'ont-ils pas été facrifiés fous
» de vains prétextes pour fatisfaire le
" reffentiment particulier , ou même
» pour exercer le génie d'un héros du
» fecond ordre ? Mais qu'ai-je fait après
tout ? J'ai ruiné une famille ; j'ai con-
» duit un innocent à la potence. Loin
de m'en repentir , je devrois pleurer
AVRIL 1763.
ΤΟΙ
?
comme Alexandre de n'en avoir
» pas ruiné davantage , ou fait pendre
un plus grand nombre.
Francoeur n'eut cependant pas le fort
qui fembloit l'attendre. Son innocence
fut reconnue de fes Juges ; & le grand
Wild reçut enfin la récompenfe dûe à
fon héroïfme. Il fut convaincu & condamné
à une mort qu'on ne pourra
s'empêcher d'appeller honorable , fi on
confidére les grands hommes qui ont
eu l'honneur de la mériter.
6
??
par
Jamais ce héros ne fut arrêté.
aucune de ces foibleffes qui déconcertent
les petites âmes , & qui font
» généralement comprifes fous la dé-
» nomination d'honnêteté. Il avoit entiérement
renoncé à toute pudeur ,
à tout fentiment de compaffion &
» d'humanité ; défauts , qui , comme il
» ne craignoit pas de le dire , étoient
» directement contraires à la grandeur ,
" & fuffifoient pour rendre un homme
» abfolument incapable de faire dans le
» monde une figure un peu honnête ...
» Il avoit compofé des maximes qu'il
» regardoit comme autant de moyens
» fùrs pour parvenir à la grandeur , &
» qu'il obferva conftamment dans toutes
fes démarches. En voici quelques-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» unes. Ne faire jamais à perfonne plus
» de mal qu'il n'eft néceffaire pour
» l'éxécution de fon projet ; parce que
le mal eft quelque chofe de trop
précieux pour le prodiguer inutile-
"
» ment.
» N'admettre parmi les hommes au-
» cune diftinction fondée fur l'amitié
» ou fur quelqu'autre raifon que ce foit ,
mais les facrifier tous également à ſon
» intérêt.
2
» Éviter la pauvreté & la mifére , &
» ne s'attacher , autant qu'il eft poffible ,
» qu'au pouvoir & aux richeffes.
» Ne jamais récompenfer perſonne
" felon fon mérité , & lui infinuer ce-
» pendant toujours que la récompenfe
» eft fort au- deffus de ce qu'on lui doit.
» Une bonne réputation eft comme
» l'argent ; on peut s'en défaire , ou
,, du moins la rifquer pour fe procurer
» quelqu'avantage.
" Les vertus , femblables à des pièrres
» précieuſes , fon aifément contrefaites.
» Parmi les unes & les autres , les fauf-
» fes parent également ceux qui les
" poffedent , & il y a bien ly. peu de con-
» noiffeurs affez habiles pour diftinguer
le vrai diamant du diamant factice.
Eien des fripons fe font perdus pour
AVRIL. 1763 . 103
»ne s'être pas livrés fans réferve à la
» friponnerie. Un homme qui ne joue
» pas tout fon jeu doit naturellement
» perdre ».
En voilà affez pour faire connoître
le genre de critique contenu dans ce
Roman , & le tour d'efprit qu'employe
l'Auteur pour reprendre les défauts qui
font l'objet de fa cenfure. On doit
fçavoir gré au Traducteur de nous avoir
procuré la connoiffance de cet Ouvrage
agréable & plaifant. Sa verfion nous a
paru fidéle fans fervitude , fon ftyle
aifé , mais fans négligence :
le Grand , traduit de l'Anglois de
M. FIELDING, Auteur de JOSEPH
ANDREWS & de TOM JONES , &c
A Londres , & fe trouve à Paris chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques,
au Temple du Goût , 1763 ; deux volumes
in- 12.
L'OUVRAGE que nous annonçons
eft d'un genre fingulier ; & le nom de
fon Auteur , fi connu en France par les
AVRIL. 1763. 95
Traductions qui ont été faites de plufieurs
de fesromans , prévient d'avance
en faveur de celui- ci. Sous le voile d'une
ironie foutenue depuis le commencement
jufqu'à la fin de l'Ouvrage, l'Au
teur cherche à défabufer les hommes
des idées fauffes & prèfque toujours
dangereufes , qu'ils fe forment communément
de la grandeur. Un infigne Scélérat
que des crimes de toute efpéce
conduifent enfin au dernier fupplice , eft
le héros qu'il a choifi pour relever &
cenfurer les préjugés , le mauvais goût,
l'efprit de parti & différens autres défauts
de fes compatriotes ; & quoique,
l'ouvrage foit fait principalement pour
la Nation Angloife , il n'y a point de
Peuple qui ne puiffe s'y reconnoître, ni
de Lecteur qui ne puiffe en profiter. On
ne s'attend pas que nous faffions le récit
des attentats horribles que l'on fait
commettre au fameux Scélérat qui joue
le premier rôle dans ce roman. Il n'eft
question que de vols , d'affaffinats & de
perfidies les plus atroces ; contentonsnous
d'en citer quelques exemples pour
faire connoître le genre de critique de
notre Auteur , toujours préfenté fous le
-voile de l'ironie.
Jonathan Wild , dit Legrand , chef
96 MERCURE DE FRANCE .
»
d'une troupe de voleurs , étoit iffu de
parens diftingués dans cette profeffion .
On l'envoya à l'école avec les autres
enfans de fon âge ; mais il montra
» pour l'étude la répugnance la plus
» marquée . Son Maître , homme de
» beaucoup de fens & de mérite , le
» difpenfa bientôt de toute peine à cet
» égard ; & tandis qu'il affuroit à fes
parens qu'il faifoit les plus grands
» progrès , il lui permettoit de fe livrer
» entiérement à fes inclinations , parce
» qu'il fentoit bien qu'elles le porte-
» roient à des objets plus nobles que les
» fciences , qui , comme on en convient
généralement , ne rendent aucun pró-
» fit , & ne font propres , qu'à empêcher
» un galant homme de s'avancer dans
» le monde. "
Wild y débuta par quelques traits de
friponnerie qui donnerent dès - lors de
grandes efpérances de fon talent. Il fit
connoiffance avec le Comte de la Rufe,
Chevalier d'induftrie ; & ils eurent enfemble
de fréquentes conférences fur
les principes fondamentaux de leur art.
On croit communément que les voleurs
confervent entr'eux une forte de probité
qui les empêche de fe nuire mutuellement.
Le grand. Wild étoit bien audeffus
AVRIL 1763: 97
deffus de ces petites foibleffes : nonfeulement
il croyoit qu'il eft indigne
d'un grand coeur de refpecter la bourfe
de fes camarades ; » mais il n'étoit pas
» même de ces hommes mal -nés , qui
» rougiroient de voir un ami , après
» l'avoir volé ou trahi. Ce caractère
» pufillanime a fouvent produit dans le
» monde les crimes les plus monstrueux .
" Un excès de modeftie dans ce genre
» a porté bien des gens à affaffiner , ou
» du moins à ruiner fans reffource ceux
>> contre qui leur confcience leur repro-
" choit d'avoir commis quelque pecca-
» dille , foit en débauchant leurs fem-
» mes on leurs filles , foit en trahiffant
» leur confiance , foit en rendant contre
>> eux un faux témoignage. Mais dans
» notre héros , tout étoit véritablement
» grand. Toujours maître de lui , il ne
"
craignoit point d'aller boire avec un
» homme qu'il avoit dévalifé le mo-
» ment d'auparavant. »
Sa conduite à l'égard de fon ami
Francoeur fut un chef- d'oeuvre d'héroïfme
en ce genre. Ce dernier étoit
un Marchand Jouiallier , qui affervi aux
idées populaires avoit la foibleffe d'être
compatiffant , fenfible & généreux . Il
portoit la fimplicité au point de ne jamais
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
tirer avantage de l'ignorance de ceux
~ qui venoient acheter chez lui , & de fe
contenter du profit le plus modique.
Sa femme étoit une ame commune
efpèce d'animal domeftique , qui avoit
la petiteffe de fe borner aux foins de
fa famille & de fe faire un devoir de
plaire à fon mari & de bien élever fes
enfans. Ce fut à cette femme , fi peu
manièrée , que Francoeur. préfenta le
grand Wild comme le meilleur de fes
amis. Les premières preuves que notre
héros lui donna de fon amitié , furent
de lui faire efcamoter fes bijoux , tirer
de lui des lettres de change , de le faire
mettre en prifon , de lui enlever fa femme
, &c. &c . & à chaque trait de perfidie
, il avoit la force & le courage de
fe préfenter à lui , tandis que des âmes
vulgaires fe feroient fait un devoir d'éviter
fa rencontre. » Il n'avoit ni l'ex-
» térieur foumis d'un Curé qui aborde
» fon Seigneur après s'être oppofé à
» fon élection , ni l'air, qu'affecte un
» un Médecin , qui apprend à la porte
» de fon malade , que , graces à fes foins ,
» le pauvre patient eft parti pour l'autre
» monde, nila contenance abbattue d'un
» homme, qui , après avoir long-temps
» lutté entre la vertu & le vice , &
»
AVRIL 1763.
TOPHEQUE
Gron
DE
LA
ה ד ו
s'être enfin
déterminé
pour le dern
» eft malheureufement
pris fur le fa
» dans fa première friponnerie
: Mais
» fon maintien noble , hardi , magna-
» nime & plein de confiance , étoit
» celui d'un homme en place , lorſqu'il
" affure un des fes protégés
, que le
» pofte qu'il lui avoit promis n'eft plus
» vacant , & qu'il eft actuellement
rem-
» pli par un autre qui le lui avoit de-
» mandé avant lui . Car de même que
» l'homme en place ne manque pas de
» vous reprocher aigrement
, que vous
» n'avez perdu l'emploi que vous fou: -
haitiez , que par votre négligence
» de même auffi notre héros commen-
» çoit par blâmer fon ami fans lui don-
» ner le tems de répondre ; & c . »
Wild ne croit pas avoir affez fait
contre Francoeur , s'il ne vient à bout
de le conduire à la potence . Déjà il á
trouvé le moyen de le repréfenter comme
un banqueroutier frauduleux , &
de faire arrêter fa femme comme complice.
Wild en impofe tellement aux
Juges de fon ami , qu'un Arrêt définitif
condamne enfin au dernier fupplice
l'infortuné Francoeur , qui , tout innocent
& tout honnête homme qu'il eft ,
eft fur le point de voir fa fentencé
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
à
éxécutée. Il eft vrai que lorfqueJonathan
apprit le fort de fon ami , il eut un
un inftant de foibleffe. Il pâlit pour la
première fois ; il faillit de fuccomber
fous le poids des horreurs que lui caufoit
la destinée d'un innocent que luimême
avoit fait condamner injuftement.
Mais fa grandeur d'âme vint toutà-
coup à fon fecours , & lui fir blâmer
ces penfées ignobles , qui s'étoient élevées
malgré lui dans fon efprit. » Quoi !
» difoit-il , femblable à un enfant
» une femme , je perdrois en un inf
tant cet honneur que j'ai acquis avec
» tant de gloire ? .... Qu'est - ce après
tout que la vie d'un homme ? Des
armées , des nations entiéres n'ont-
» elles pas été fouvent immolées à la
» fantaifie d'un grand homme ? Et fans
» parler ici de cette première claffe de
» la grandeur , qui comprend les con
» quérans du genre- humain , combien
» de gens n'ont-ils pas été facrifiés fous
» de vains prétextes pour fatisfaire le
" reffentiment particulier , ou même
» pour exercer le génie d'un héros du
» fecond ordre ? Mais qu'ai-je fait après
tout ? J'ai ruiné une famille ; j'ai con-
» duit un innocent à la potence. Loin
de m'en repentir , je devrois pleurer
AVRIL 1763.
ΤΟΙ
?
comme Alexandre de n'en avoir
» pas ruiné davantage , ou fait pendre
un plus grand nombre.
Francoeur n'eut cependant pas le fort
qui fembloit l'attendre. Son innocence
fut reconnue de fes Juges ; & le grand
Wild reçut enfin la récompenfe dûe à
fon héroïfme. Il fut convaincu & condamné
à une mort qu'on ne pourra
s'empêcher d'appeller honorable , fi on
confidére les grands hommes qui ont
eu l'honneur de la mériter.
6
??
par
Jamais ce héros ne fut arrêté.
aucune de ces foibleffes qui déconcertent
les petites âmes , & qui font
» généralement comprifes fous la dé-
» nomination d'honnêteté. Il avoit entiérement
renoncé à toute pudeur ,
à tout fentiment de compaffion &
» d'humanité ; défauts , qui , comme il
» ne craignoit pas de le dire , étoient
» directement contraires à la grandeur ,
" & fuffifoient pour rendre un homme
» abfolument incapable de faire dans le
» monde une figure un peu honnête ...
» Il avoit compofé des maximes qu'il
» regardoit comme autant de moyens
» fùrs pour parvenir à la grandeur , &
» qu'il obferva conftamment dans toutes
fes démarches. En voici quelques-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» unes. Ne faire jamais à perfonne plus
» de mal qu'il n'eft néceffaire pour
» l'éxécution de fon projet ; parce que
le mal eft quelque chofe de trop
précieux pour le prodiguer inutile-
"
» ment.
» N'admettre parmi les hommes au-
» cune diftinction fondée fur l'amitié
» ou fur quelqu'autre raifon que ce foit ,
mais les facrifier tous également à ſon
» intérêt.
2
» Éviter la pauvreté & la mifére , &
» ne s'attacher , autant qu'il eft poffible ,
» qu'au pouvoir & aux richeffes.
» Ne jamais récompenfer perſonne
" felon fon mérité , & lui infinuer ce-
» pendant toujours que la récompenfe
» eft fort au- deffus de ce qu'on lui doit.
» Une bonne réputation eft comme
» l'argent ; on peut s'en défaire , ou
,, du moins la rifquer pour fe procurer
» quelqu'avantage.
" Les vertus , femblables à des pièrres
» précieuſes , fon aifément contrefaites.
» Parmi les unes & les autres , les fauf-
» fes parent également ceux qui les
" poffedent , & il y a bien ly. peu de con-
» noiffeurs affez habiles pour diftinguer
le vrai diamant du diamant factice.
Eien des fripons fe font perdus pour
AVRIL. 1763 . 103
»ne s'être pas livrés fans réferve à la
» friponnerie. Un homme qui ne joue
» pas tout fon jeu doit naturellement
» perdre ».
En voilà affez pour faire connoître
le genre de critique contenu dans ce
Roman , & le tour d'efprit qu'employe
l'Auteur pour reprendre les défauts qui
font l'objet de fa cenfure. On doit
fçavoir gré au Traducteur de nous avoir
procuré la connoiffance de cet Ouvrage
agréable & plaifant. Sa verfion nous a
paru fidéle fans fervitude , fon ftyle
aifé , mais fans négligence :
Fermer
Résumé : HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
L'ouvrage 'Histoire de Jonathan Wild le Grand' est une traduction de l'anglais par Henry Fielding, également auteur de 'Joseph Andrews' et 'Tom Jones'. Publié à Paris en 1763, ce roman utilise l'ironie pour critiquer les idées fausses et dangereuses que les hommes se forment sur la grandeur. Le héros, Jonathan Wild, est un scélérat dont les crimes variés le mènent au supplice. L'auteur choisit ce personnage pour dénoncer les préjugés, le mauvais goût et l'esprit de parti. Jonathan Wild, issu d'une famille de voleurs, montre dès l'enfance une aversion pour l'étude. Son maître, reconnaissant ses inclinations, le laisse se livrer à ses véritables aspirations. Wild commence sa carrière criminelle en collaborant avec le Comte de la Rufe, un autre voleur. Contrairement aux autres voleurs, Wild n'hésite pas à trahir ses camarades pour son propre intérêt. Un exemple notable de sa perfidie est sa relation avec Francoeur, un marchand joaillier compatissant et généreux. Wild escamote les bijoux de Francoeur, tire des lettres de change à son nom, le fait emprisonner et enlever sa femme. Malgré ces trahisons, Wild continue de se présenter à Francoeur avec assurance. Wild parvient même à faire condamner Francoeur à la potence pour banqueroute frauduleuse, bien que son innocence soit finalement reconnue. Wild est finalement condamné à une mort honorable pour ses crimes. Wild suit des maximes strictes pour atteindre la grandeur, évitant la pauvreté, sacrifiant ses amis à son intérêt et manipulant les perceptions des autres. L'auteur utilise ce personnage pour critiquer les défauts humains et les préjugés sociaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
125
p. 106-114
L'ÉCONOME POLITIQUE ; Projet pour enrichir & pour perfectionner l'espèce humaine, in-12. à Paris, chez Moreau, rue Galande, Pissot, Quai de Conti, &c. 1763, brochure en tout 224 pages, prix 26 sols broché.
Début :
CET ouvrage traite de plusieurs matières toutes fort intéressantes pour la Société [...]
Mots clefs :
Auteur, Page, Économe, Politique, Ouvrage, Espèce humaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ÉCONOME POLITIQUE ; Projet pour enrichir & pour perfectionner l'espèce humaine, in-12. à Paris, chez Moreau, rue Galande, Pissot, Quai de Conti, &c. 1763, brochure en tout 224 pages, prix 26 sols broché.
L'ÉCONOME POLITIQUE ; Projet
21your
pour enrichir & pour perfectionner
l'efpèce humaine , in- 12 . à Paris ,
chez Moreau, rue Galande , Pilot ,
• Quai de Conti , &c . 1763 , brochure
-1 en tout 224 pages , prix 26 fols
broché.
olallo ob quolla paltor
CET ouvrage traite de plufieurs matiè
res toutes fort intéreffantes pour la Société.
L'Auteur anonyme propofe d'abord
un moyen tres-fimple d'affarer une honnête
fubfiftance aux domeftiques ,aux ar
tifans , & aux laboureurs dans leur vieik
leffe , moyen également propre à mettre
à l'aife tous ceux qui voudroient l'eme
ployer; viennent enfuite quelques pros
jets relatifs au perfectionnement de l'ef
pèce humaine , matière trop grave pour
ne pas mériter l'attention du Gouver
ment. On trouve après cela des ré
(
AVRIL. 1763. 107
fléxions fur les abus des Maîtrifes &
des Réceptions dans les Mêtiers & dans
le Négoce.
En lifant ce que l'Auteur expofe fur
fur ce dernier objet , on voit que tous
ce qu'il a traité précédemment forme
un tout intimément lié . En effet , notre
Econome Politique ne s'occupe partie
culiérement jufqu'ici que des intérêts
du petit peuple , toujours auffi dépourvu
de fortune que de lumières. Cet Ouvrage
eft terminé par quelques nouvelles vues
relatives à l'éducation . Nous ne ferons
qu'indiquer ce qué penfe l'Auteur , &
nous renverrons à fon Livre pour les
détails.
Afin de mettre à l'aife les gens de la
plus baffe condition , notre Auteur qui
reléve avec beaucoup de jugement le
mérite d'une vie économe & laborieufe
fuppofe que chacun des Domeftiques ,
Artifáns & Laboureurs , peut épargner
par an guarante-huit livres en renonçant
pour cela , s'il le faut , au tabac ,
au vin , au jeu .
» Cette fomme remife , dit - il , * ă
» quelque Compagnie folide & com-
» merçante , portera fept & demi pour
» cent d'intérêt viager , mais intérêt.
* Page 7 & 8..
Τ
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
» qui demeurera entre les mains des
» Preneurs pendant le cours de vingt
» ans , & qui fervira pour groffir le capital
, fi ce n'eft que le bailleur vienne
à fe marier avant ce terme , auquel
» cas on lui fera , s'il le veut , la rente
» des fonds qu'il aura livrés à la condition
de fept & demi pour cent
» pendant les premiers vingt ans.
On ne voit qu'avec furprife les produits
qui résultent de l'emploi fage &
bien fuivi qu'un travailleur peut faire
de fes épargnes , & l'on eft forcé de
convenir avec notre Économe que la
pierre philofophale eft trouvée , le
moyen de faire une fortune honnête
puifqu'il ne s'agit pour cela
que d'être
fobre & laborieux .
Les preuves de ces produits font bien
expofées par l'Auteur : il fait voir que
fi celui qui pendant vingt ans a fourni
quarante- huit livres par années ( ce qui
fera 960 liv. ) n'en reçoit pas l'intêret
durant ces vingt années , fon capital lui
produira 218 liv. 14 f. de rente viagere ,
fur le pied de dix pour cent après ces
vingt ans . Une mife plus ou moins forte
produiroit un viager plus ou moins con
fidérable après le même nombre d'années
, & toujours à proportion en conAVRIL
1763. 109 .
tinuant plus long-tems. Les calculs qui
fondent ce projet font aifés à vérifier
pour peu qu'on foit attentif en les li
fant.
L'Auteur qui déplore les ravages du
luxe , de la prodigalité & du défoeuvrement
dans toutes les conditions , réunit
ici les fages motifs qui doivent engager
nos concitoyens à fe réformer. Selon
lui les Prédicateurs fans craindre d'avilir
la dignité de la Chaire , devroient furtout
remontrer les maux qui résultent
de la pareffe & des vaines dépenses en
faifant voir les avantages inestimables
que produit l'économie jointe à des
Occupations utiles & conftantes . Il penfe
que comme rien n'eft vil ou petit que
ce qui eft mauvais ou inutile , nos Orateurs
facrés ne devroient pas craindre
de defcendre fur cette matière à certains
détails feuls capables d'inftruire le
petit peuple de ſes vrais intérêts ,
Le goût du peuple pour les chanfons
fournit un autre moyen de le corriger.
» Je youdrois , dit * l'Auteur , que l'A-
» cadémie Françoife , de concert avec
» celles qui lui font les plus unies , def-
» tinât au moins fix cens livres tous les
» ans pour une chanfon faite avec
* Page go.
*
110 MERCURE DE FRANCE .
» efprit fur un air agréable & connu ,
» chanfon qui enfeigneroit une morale
utile , raifonnable , tendant à l'enri-
» chiffement du public & des particu
liers , & qui préfentant le travail & la
parcimonie comme les vrais fonde-
» mens de l'honneur & du plaifir , ex-
» poferoit par un contrafte habilement
» tracé , les fuites honteufes & funeftes
de la pareffe & de la diffipation . »
Quelques pages auparavant , on voit
les Dames chargées de l'honorable
emploi de la réformation des moeurs.
» Si de jeunes beautés , chacune dans
» fa fphère , témoignoient à leurs fou
» pirans certains mépris pour les frivolités
, les jeux , les momeries , pour
toute dépenfe infructueufe & mat
placée , qu'elles marquaffent une ef-
» time de préférence pour ceux qui
» montreroient des fruits fenfibles de
» l'économie , d'un travail continu
"
*
d'une application perfévérante , c'eſt
alors que nous verrions les change-
» mens les plus heureux & les plus
inefpérés. »
30.
Terminons l'extrait de cette partie
de l'ouvrage , en renvoyant le Lecteur
aux occupations fubfidiaires que PAu-
Page 88,
^ " AVRIL. 1763. 13
F
teur donne aux gens aifés page 64.
Leur amour-propre n'eft qu'une vaine
délicateffe aux yeux de notre Econome
Politique , auffi le traite - t'il très -philofophiquement
en voulant qu'ils ayent
tous quelque petite occupation manuelle
pour remplacer le jeu , les fpectacles ;
Les vifutes & les lectures inutiles..
Dans la feconde partie , l'Auteur affigne
d'abord les différentes caufes phyfiques
de la foibleffe de l'efpèce hu
maine. Elles ne nous ont para que trop
vraies , contentons -nous d'en rapporter
une feule , le Lecteur la trouvera fuivie
de l'une de ces grandes vérités qu'on
ne peut trop inculquer à la jeuneffe.
» Une autre caufe * d'affoibliffement
" parmi nous , c'eft que les travailleurs.
» en petit nombre , écrafés des fatigues.
néceffaires pour foutenir tant de gens.
» oifeux , accablés d'ailleurs par les mis
39 lices & les corvées , felvoyent encore
arracher de mille manières une fub-
» fiftance dont ils auroient befoin pour
» éléver leurs enfans ..... C'eſt ainfi
» qu'on perd ou qu'on affoiblit fans ' y
penfer les meilleurs fujets du Royau-
» me car enfin hous l'avouerons fi
" nous fommes de bonne foi ; un la
Page 126,917, xton ollut sup
112 MERCURE DE FRANCE.
" boureur , un ouvrier de campagne ,
» un manoeuvre font conftamment plus
» précieux & plus à ménager que tant
» de citadins , artiſtes de moleffe & de
» luxe , à qui nous prodiguons notre
» eftime. Ces hommes de fatigue & de
» peine , injuftement avilis , nous procu-
» rent l'abondant néceffaire & nous
» comblent en un mot de biens folides
» & durables , tandis qu'un frifoneur
» s'exerce vingt ans fur nos têtes fans
qu'il nous laiffe au bout du terme le
» moindre fruit d'un fi long travail,
" Qu'on n'oublie donc jamais que les
» fimples villageois , les travailleurs les
plus groffiers , font proprement les
peres nourriciers de notre efpège , &
qu'ainfi nous fommes tous intéreffés
» à ce qu'on ne les fatigue pas au point
" de ne pouvoir remplir leur haute def
» tination. "
"
Quant au moyen de perfectionner
notre espéce , l'Auteur en indique plufieurs
qu'il faut voir à la page 130 &
fuivantes de fon Ouvrage. Ils nous ont
parut très -fimples ; mais ici comme dans
ce qui regarde le public , le fuccès dépend
des foins du Gouvernement,
Difons un mot des deux autres ebjets
que traite notre Auteur. Il parle
AVRIL. 1763. * 113
avec force contre les abus des maîtrifes
& fait voir que les droits auxquels
font affujettis la plupart des Récipiendaires,
écartent un grand nombre
de Sujets capables d'être utiles en public.
Faute d'argent pour être admis
dans les Corps des Métiers ou dans le
Négoce , plufieurs de ceux que leurs
talens appellent à la perfection , paffent
leur vie dans la détreffe , attachée à
l'état d'apprentifs ou de compagnons, &
par conféquent reftent malgré eux dans
le célibat ; ou ce qui eft encore pis
portent leur courage & leur habileté
chez les Etrangers nos ennemis ou nos
rivaux. Ceux qui ofent fe marier chez
nous fans obtenir la Maîtrife , rampent
toute leur vie dans la mifere avec leur
famille
, double caufe de la dépo
pulation & de l'affoibliffement de notre
efpéce.
L'Auteur approfondit cette matière
importante ; & après avoir montré tous
les inconviens de l'état actuel des Maitrifes
, il expofe les moyens de remédier
à un mal dont les effets font beaucoup
plus nuifibles à la nation , qu'on
ne le croit communément.
Le même goût pour l'utilité qui di114
MERCURE DE FRANCE .
rige toujours les vues de notre Econome
politique , lui fait defirer que l'écriture
& le calcul foient enfeignés à
la jeuneffe avec le plus grand foin dans
le cours des études ; il propofe encore
quelques autres projets relatifs à l'éducation.
Du refte cette brochure écrite
d'un ftyle clair & coulant , eft pleine
d'idées neuves & intéreffantes , & tout
y refpire l'amour de la Patrie & le
goût de l'aifance nationale . C'est ce
que l'Auteur a bien caractérise par ce
beau Quatrain où il s'eft peint lui-même
page 153 .
Indulgent pour autrui , pour lui-même ſévère ,
Damis au bien commun dirigea ſes travaux ,
Et fenfible pour tous à l'humaine mifère ,
Chercha l'art d'éviter ou d'alléger nos maux.
21your
pour enrichir & pour perfectionner
l'efpèce humaine , in- 12 . à Paris ,
chez Moreau, rue Galande , Pilot ,
• Quai de Conti , &c . 1763 , brochure
-1 en tout 224 pages , prix 26 fols
broché.
olallo ob quolla paltor
CET ouvrage traite de plufieurs matiè
res toutes fort intéreffantes pour la Société.
L'Auteur anonyme propofe d'abord
un moyen tres-fimple d'affarer une honnête
fubfiftance aux domeftiques ,aux ar
tifans , & aux laboureurs dans leur vieik
leffe , moyen également propre à mettre
à l'aife tous ceux qui voudroient l'eme
ployer; viennent enfuite quelques pros
jets relatifs au perfectionnement de l'ef
pèce humaine , matière trop grave pour
ne pas mériter l'attention du Gouver
ment. On trouve après cela des ré
(
AVRIL. 1763. 107
fléxions fur les abus des Maîtrifes &
des Réceptions dans les Mêtiers & dans
le Négoce.
En lifant ce que l'Auteur expofe fur
fur ce dernier objet , on voit que tous
ce qu'il a traité précédemment forme
un tout intimément lié . En effet , notre
Econome Politique ne s'occupe partie
culiérement jufqu'ici que des intérêts
du petit peuple , toujours auffi dépourvu
de fortune que de lumières. Cet Ouvrage
eft terminé par quelques nouvelles vues
relatives à l'éducation . Nous ne ferons
qu'indiquer ce qué penfe l'Auteur , &
nous renverrons à fon Livre pour les
détails.
Afin de mettre à l'aife les gens de la
plus baffe condition , notre Auteur qui
reléve avec beaucoup de jugement le
mérite d'une vie économe & laborieufe
fuppofe que chacun des Domeftiques ,
Artifáns & Laboureurs , peut épargner
par an guarante-huit livres en renonçant
pour cela , s'il le faut , au tabac ,
au vin , au jeu .
» Cette fomme remife , dit - il , * ă
» quelque Compagnie folide & com-
» merçante , portera fept & demi pour
» cent d'intérêt viager , mais intérêt.
* Page 7 & 8..
Τ
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
» qui demeurera entre les mains des
» Preneurs pendant le cours de vingt
» ans , & qui fervira pour groffir le capital
, fi ce n'eft que le bailleur vienne
à fe marier avant ce terme , auquel
» cas on lui fera , s'il le veut , la rente
» des fonds qu'il aura livrés à la condition
de fept & demi pour cent
» pendant les premiers vingt ans.
On ne voit qu'avec furprife les produits
qui résultent de l'emploi fage &
bien fuivi qu'un travailleur peut faire
de fes épargnes , & l'on eft forcé de
convenir avec notre Économe que la
pierre philofophale eft trouvée , le
moyen de faire une fortune honnête
puifqu'il ne s'agit pour cela
que d'être
fobre & laborieux .
Les preuves de ces produits font bien
expofées par l'Auteur : il fait voir que
fi celui qui pendant vingt ans a fourni
quarante- huit livres par années ( ce qui
fera 960 liv. ) n'en reçoit pas l'intêret
durant ces vingt années , fon capital lui
produira 218 liv. 14 f. de rente viagere ,
fur le pied de dix pour cent après ces
vingt ans . Une mife plus ou moins forte
produiroit un viager plus ou moins con
fidérable après le même nombre d'années
, & toujours à proportion en conAVRIL
1763. 109 .
tinuant plus long-tems. Les calculs qui
fondent ce projet font aifés à vérifier
pour peu qu'on foit attentif en les li
fant.
L'Auteur qui déplore les ravages du
luxe , de la prodigalité & du défoeuvrement
dans toutes les conditions , réunit
ici les fages motifs qui doivent engager
nos concitoyens à fe réformer. Selon
lui les Prédicateurs fans craindre d'avilir
la dignité de la Chaire , devroient furtout
remontrer les maux qui résultent
de la pareffe & des vaines dépenses en
faifant voir les avantages inestimables
que produit l'économie jointe à des
Occupations utiles & conftantes . Il penfe
que comme rien n'eft vil ou petit que
ce qui eft mauvais ou inutile , nos Orateurs
facrés ne devroient pas craindre
de defcendre fur cette matière à certains
détails feuls capables d'inftruire le
petit peuple de ſes vrais intérêts ,
Le goût du peuple pour les chanfons
fournit un autre moyen de le corriger.
» Je youdrois , dit * l'Auteur , que l'A-
» cadémie Françoife , de concert avec
» celles qui lui font les plus unies , def-
» tinât au moins fix cens livres tous les
» ans pour une chanfon faite avec
* Page go.
*
110 MERCURE DE FRANCE .
» efprit fur un air agréable & connu ,
» chanfon qui enfeigneroit une morale
utile , raifonnable , tendant à l'enri-
» chiffement du public & des particu
liers , & qui préfentant le travail & la
parcimonie comme les vrais fonde-
» mens de l'honneur & du plaifir , ex-
» poferoit par un contrafte habilement
» tracé , les fuites honteufes & funeftes
de la pareffe & de la diffipation . »
Quelques pages auparavant , on voit
les Dames chargées de l'honorable
emploi de la réformation des moeurs.
» Si de jeunes beautés , chacune dans
» fa fphère , témoignoient à leurs fou
» pirans certains mépris pour les frivolités
, les jeux , les momeries , pour
toute dépenfe infructueufe & mat
placée , qu'elles marquaffent une ef-
» time de préférence pour ceux qui
» montreroient des fruits fenfibles de
» l'économie , d'un travail continu
"
*
d'une application perfévérante , c'eſt
alors que nous verrions les change-
» mens les plus heureux & les plus
inefpérés. »
30.
Terminons l'extrait de cette partie
de l'ouvrage , en renvoyant le Lecteur
aux occupations fubfidiaires que PAu-
Page 88,
^ " AVRIL. 1763. 13
F
teur donne aux gens aifés page 64.
Leur amour-propre n'eft qu'une vaine
délicateffe aux yeux de notre Econome
Politique , auffi le traite - t'il très -philofophiquement
en voulant qu'ils ayent
tous quelque petite occupation manuelle
pour remplacer le jeu , les fpectacles ;
Les vifutes & les lectures inutiles..
Dans la feconde partie , l'Auteur affigne
d'abord les différentes caufes phyfiques
de la foibleffe de l'efpèce hu
maine. Elles ne nous ont para que trop
vraies , contentons -nous d'en rapporter
une feule , le Lecteur la trouvera fuivie
de l'une de ces grandes vérités qu'on
ne peut trop inculquer à la jeuneffe.
» Une autre caufe * d'affoibliffement
" parmi nous , c'eft que les travailleurs.
» en petit nombre , écrafés des fatigues.
néceffaires pour foutenir tant de gens.
» oifeux , accablés d'ailleurs par les mis
39 lices & les corvées , felvoyent encore
arracher de mille manières une fub-
» fiftance dont ils auroient befoin pour
» éléver leurs enfans ..... C'eſt ainfi
» qu'on perd ou qu'on affoiblit fans ' y
penfer les meilleurs fujets du Royau-
» me car enfin hous l'avouerons fi
" nous fommes de bonne foi ; un la
Page 126,917, xton ollut sup
112 MERCURE DE FRANCE.
" boureur , un ouvrier de campagne ,
» un manoeuvre font conftamment plus
» précieux & plus à ménager que tant
» de citadins , artiſtes de moleffe & de
» luxe , à qui nous prodiguons notre
» eftime. Ces hommes de fatigue & de
» peine , injuftement avilis , nous procu-
» rent l'abondant néceffaire & nous
» comblent en un mot de biens folides
» & durables , tandis qu'un frifoneur
» s'exerce vingt ans fur nos têtes fans
qu'il nous laiffe au bout du terme le
» moindre fruit d'un fi long travail,
" Qu'on n'oublie donc jamais que les
» fimples villageois , les travailleurs les
plus groffiers , font proprement les
peres nourriciers de notre efpège , &
qu'ainfi nous fommes tous intéreffés
» à ce qu'on ne les fatigue pas au point
" de ne pouvoir remplir leur haute def
» tination. "
"
Quant au moyen de perfectionner
notre espéce , l'Auteur en indique plufieurs
qu'il faut voir à la page 130 &
fuivantes de fon Ouvrage. Ils nous ont
parut très -fimples ; mais ici comme dans
ce qui regarde le public , le fuccès dépend
des foins du Gouvernement,
Difons un mot des deux autres ebjets
que traite notre Auteur. Il parle
AVRIL. 1763. * 113
avec force contre les abus des maîtrifes
& fait voir que les droits auxquels
font affujettis la plupart des Récipiendaires,
écartent un grand nombre
de Sujets capables d'être utiles en public.
Faute d'argent pour être admis
dans les Corps des Métiers ou dans le
Négoce , plufieurs de ceux que leurs
talens appellent à la perfection , paffent
leur vie dans la détreffe , attachée à
l'état d'apprentifs ou de compagnons, &
par conféquent reftent malgré eux dans
le célibat ; ou ce qui eft encore pis
portent leur courage & leur habileté
chez les Etrangers nos ennemis ou nos
rivaux. Ceux qui ofent fe marier chez
nous fans obtenir la Maîtrife , rampent
toute leur vie dans la mifere avec leur
famille
, double caufe de la dépo
pulation & de l'affoibliffement de notre
efpéce.
L'Auteur approfondit cette matière
importante ; & après avoir montré tous
les inconviens de l'état actuel des Maitrifes
, il expofe les moyens de remédier
à un mal dont les effets font beaucoup
plus nuifibles à la nation , qu'on
ne le croit communément.
Le même goût pour l'utilité qui di114
MERCURE DE FRANCE .
rige toujours les vues de notre Econome
politique , lui fait defirer que l'écriture
& le calcul foient enfeignés à
la jeuneffe avec le plus grand foin dans
le cours des études ; il propofe encore
quelques autres projets relatifs à l'éducation.
Du refte cette brochure écrite
d'un ftyle clair & coulant , eft pleine
d'idées neuves & intéreffantes , & tout
y refpire l'amour de la Patrie & le
goût de l'aifance nationale . C'est ce
que l'Auteur a bien caractérise par ce
beau Quatrain où il s'eft peint lui-même
page 153 .
Indulgent pour autrui , pour lui-même ſévère ,
Damis au bien commun dirigea ſes travaux ,
Et fenfible pour tous à l'humaine mifère ,
Chercha l'art d'éviter ou d'alléger nos maux.
Fermer
Résumé : L'ÉCONOME POLITIQUE ; Projet pour enrichir & pour perfectionner l'espèce humaine, in-12. à Paris, chez Moreau, rue Galande, Pissot, Quai de Conti, &c. 1763, brochure en tout 224 pages, prix 26 sols broché.
L'ouvrage 'L'Économiste Politique', publié en 1763 à Paris, propose des solutions pour améliorer la subsistance des domestiques, artisans et laboureurs. L'auteur anonyme recommande d'économiser annuellement quarante-huit livres en réduisant des dépenses superflues telles que le tabac, le vin et le jeu. Ces économies devraient être investies dans des compagnies commerciales offrant un intérêt viager de sept pour cent et demi sur vingt ans. L'auteur critique les abus dans les métiers et le commerce, soulignant l'importance de l'éducation et de la réforme des mœurs. Il dénonce les ravages du luxe, de la prodigalité et du désœuvrement, et appelle les prédicateurs à encourager l'économie et le travail utile. Il suggère également que l'Académie Française récompense des chansons moralisatrices et que les femmes influentes montrent l'exemple en valorisant l'économie et le travail. L'auteur propose que les personnes aisées se consacrent à des occupations utiles pour remplacer les activités futiles. Dans la seconde partie, l'auteur examine les causes physiques de la faiblesse de l'espèce humaine et insiste sur l'importance d'inculquer ces vérités aux jeunes. Le texte discute des causes de l'affaiblissement de la population en France, notamment la surcharge de travail des paysans et ouvriers, essentiels pour subvenir aux besoins de la nation. Ces travailleurs, épuisés par les corvées et les misères, peinent à élever leurs enfants, affaiblissant ainsi le royaume. L'auteur critique les abus des maîtres dans les corporations, qui empêchent les talents prometteurs d'accéder à des postes utiles, les condamnant à la misère ou à l'émigration. Il propose des solutions pour remédier à ces problèmes et insiste sur l'importance de l'éducation, notamment l'enseignement de l'écriture et du calcul aux jeunes. La brochure est louée pour son style clair et ses idées nouvelles, reflétant un amour patriotique et un désir d'améliorer la condition nationale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
126
p. 99-106
LETTRE de M. MARIN à M. DE LA PLACE, sur l'Histoire de SALADIN, &c.
Début :
VOUS avez eu la bonté, Monsieur, de faire mention dans le Mercure d'Avril [...]
Mots clefs :
Avocats, Bureau, Pauvres, Conseil, Consultations , Histoire, Ouvrage, Honneur, Syrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. MARIN à M. DE LA PLACE, sur l'Histoire de SALADIN, &c.
LETTRE de M. MARIN à M. DE LA
PLACE , fur l'Hiftoire de SALA
& c. DIN ,
VOUS Ous avez eu la bonté , Monfieur .
de faire mention dans le Mercure d'Avril
de l'Hiftoire de Saladin , & vous
l'avez annoncée comme une nouvelle
édition. Je fuis fort éloigné d'approuver
ces petites rufes de Libraires , & je
vous prie d'apprendre au Public que j'ai
fait quelques légers changemens dans
cet écrit , mais qu'il n'a point été réimprimé
de nouveau .
Cet Ouvrage qui m'a couté dix années
de travail , dont j'ai puifé les matériaux
dans tous les Auteurs du temps ,
Chrétiens & Mufulmans , que j'ai écrit
avec le plus de foin qu'il m'a été poffible
, & que j'avois cru rendre intéreſfant
par le développement & l'Hiftoire
abrégée des Dynafties Arabes , par le
tableau des moeurs & des opinions des
!
qu'on pouvoit donner une fauffe interprétation
au premier vers de fon Ode à Hiéron ; c'eſt
pourquoi il répéte enfuite cette même comparaifon
, & donne la correction néceffaire .
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
+
Mahometans , & en préfentant fous une
face nouvelle , une de ces expéditions .
malheureufes qui firent de la Syrie un
gouffre où l'Europe venoit s'engloutir ;
cet Ouvrage , dis-je , traité avec ce ton
de vérité que quelques critiques ont
blâme , & que je regarde comme le premier
devoir impofe à l'Hiftorien , obtint
le fuffrage des gens de lettres ; mais
les femmes qui font dans notre fiécle le
fuccès des livres nouveaux , & dont
plufieurs méritent cet honneur ; mais
le commun des Lecteurs François furent
rebutés des noms barbares qu'on y rencontre
à chaque page. On étoit accoutumé
à lire dans Maimbourg , ( dont je
viens d'imiter la prolixité dans la phraſe
précédente ) dans Vertot , & tant d'autres
, les noms de Noradin , d'Adile ,
de Saladin , & on a été effrayé d'y voir
fubftituer ceux de Zenghi , de Kara-
Arflan , de Schirgouht , de Schaour ,
de Kamstegghin , & c ; vous penfez bien ' ,
Monfieur , que cet affemblage de lettres
qu'il falloit , pour ainfi dire , épeler chaque
fois pour leur faire produire deз
fons ; que ces fons bizarres qui venoient
à chaque inftant irriter les oreilles délicates
, ont dû laffer la patience des perfonnes
qui lifent plus pour s'amufer que
M A I. 1763.
ΤΟΥ
pour s'inftruire . J'ai eu tort fans doute
de ne point animer leur conftance en
les avertiffant dans la Préface , qu'après
le troifiéme ou le quatriéme livre , elles
n'auroient rencontré que des noms trèsconnus
, des noms de leurs ancêtres
des détails peut- être intéreffans & des
anecdotes que très-fùrement elles ne
trouveront point ailleurs ainfi raffemblés.
C'étoient , s'il m'eft permis de le dire
, les déferts qui conduifent dans l'Arabie
heureuſe. Mais je m'apperçois qu'à
l'occafion de votre annonce , je me
charge du ridicule de faire moi - même
l'éloge de mon Ouvrage , & c'eſt ſans
donte là une rufe de l'amour- propre
moins pardonnable que celle de mes
Libraires.
Dans le même volume , vous avez
inféré une Lettre pleine de réflexions .
judicieuses , à l'occafion du projet que
j'avois imaginé, & auquel vous avez bien
vou'u applaudir . On a eu tort de confondre
cet établiffement avec les confultations
gratuites des Avocats. Je propofe
une affemblée ou bureau de perfonnes
inftruites & autorifées à pourfuivre
avec vigueur les intérêts des pauvres
contre la tyrannie des débiteurs puiffans
& de mauvaife foi. Je n'ai cité
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
qu'un exemple dans ma Lettre , mais.
j'aurois pu en appeller plufieurs à l'appui
de mes idées , fi je n'avois craint des.
applications. Je les développerois & je
leur donnerois plus d'étendue , fi ce
projet pouvoit avoir lieu. On fentiroit
par la multiplicité d'injuftices criantes.
qu'on pourroit dévoiler , combien il feroit
important de réprimer la cruauté de
certains hommes qui infultent dans des
voitures magnifiques , aux malheureux
dont ils traînent les dépouilles.
Mais ce qu'il faut dire ici pour l'honneur
de l'humanité , c'eft que ma Lettre
adreffée à M. le P. de.... a occafionné
plufieurs bonnes oeuvres. On a recherché
les infortunés de l'efpéce de ceuxdont
j'ai parlé , & on s'eft difputé la
gloire de les fecourir, Un Avocat eftimable
que je ne puis nommer fans fon
aveu , a offert de fe charger de toutes
les caufes des pauvres & de faire les
avances néceffaires ; & fans doute plufieurs
de fes Confrères font dans la
même difpofition . Ainfi dans ce fiécle
que nos Moraliftes ne ceffent de rabaiffer
dans leurs déclamations , l'humanité:
n'a rien perdu de fes droits. Elle n'eft
point éteinte dans le coeur des hommes
& il fuffit de réveiller leur fenfibilité :
M A I. 1763. 103
pour les ramener à cette compaffion
bienfaifante que la Nature nous infpire
pour nos femblables .
Il est encore queftion de moi , Monfieur
, dans le même Mercure. En lifant
le manufcrit de l'Anglois à Bordeaux ,
Piéce qu'on ne fauroit trop louer ; j'ajoutai
un couplet à ceux du Vaudeville
qui termine cette Comédie . Ce
couplet destiné feulement pour M.
Favart , eft tombé entre les mains du
Libraire , qui l'a mêlé avec d'autres jolis
vers . Imprimé ainfi féparément il a un
air de prétention qu'il ne mérite pas , &
que je n'ai jamais eu deffein de luidonner.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris ce Avril 1763 . MARIN.
P.S. Comme le projet que j'avois
propofé n'aura peut-être jamais lieu , je
crois devoir ajouter ici quelques éclairciffemens
fur ce qui fe pratique à Paris ,
à Lyon & à Nancy.
Henri IV, qui s'occupoit fans ceffe
du bonheur de fes Sujets , avoit voulu
quelque temps avant fa mort, procurer
aux pauvres les fecours dont ils pourroient
avoir befoin pour l'inftruction &
la défenfe de leurs affaires. Il rendit à
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
cet effet le 6 Mars 1610 , un Arrêt de
fon Confeil d'Etat, qui ordonnoit que
dans toutes les Cours tant fouveraines
que fubalternes , il feroit commis des
Avocats & Procureurs , lefquels feroient
tenus d'affifter de leur confeil , labeur
& vacations , les Veuves , Orphelins ,
Pauvres Gentilshommes , Marchands
Laboureurs & autres qui feroient dépourvus
de confeils & d'argent , &c . La
mort prématurée de ce grand Roi empêcha
l'éxécution d'une fi belle entreprife.
Elle eft demeurée depuis fans
effet ; mais les Avocats y ont fuppléé
en partie , en établiffant des Confultations
de charité qui fe tiennent dans la
Bibliothéque que fen M. de Riparfond
a laiffée à l'Ordre des Avocats . Cette
Bibliothéque eft dans une des Salles de
l'Archevêché. Il s'y affemble une fois
la femaine , plufieurs anciens & jeunes
Avocats nommés par Meffieurs les Avocats
Généraux du Parlement , pour donner
leur avis fur les affaires qui font
propofées. Un d'entre les jeunes rend
compte a l'ancien des Mémoires , &
rédige les Confultations fans en recevoir
aucun honoraire. Meffieurs les
Avocats Généraux & M. le Procureur
Général áffiftoient anciennement à ces
M A I. 1763. TOS
affemblées & y viennent encore quelquefois.
Je tiens ces éclairciffemens d'un Avocat
( M. A. de M... ) qui m'a dit les
avoir envoyés également au Journal de
Jurifprudence. A Lyon il y a un Bureau ,
ou Confeil charitable. Ce Bureau doit
fon établiffement à M. de Rochebonne ,
Archevêque de Lyon , qui affecta 2000 1 .
à prendre fur les revenus de l'Archevêché.
Tous ces Succeffeurs ont continué
cette bonne oeuvre . La Ville ena
augmenté les revenus.
M. l'Archevêque préfide à ce Bureau,
en fon abfence c'eftfon premier Grand
Vicaire , ou un Comte de Lyon. Il y
affifte des Magiftrats de la Cour des
Monnoyes , Maréchauffée & Préfidial
de Lyon , des Avocats , des Procureurs,
des Négocians & notables Bourgeois .
On y régle à l'amiable toutes les conteftations
lorsque les parties veulent bien
s'en rapporter à ce Confeil. On fe charge
des procès des pauvres , où on leur
fournit des fecours , c'eſt-à - dire de l'argent
pour les pourfuivre eux - mêmes.
On y donne auffi des confultations gratuies
.
Ce Bureau s'affemble à l'Archevêché
tous les Samedis.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Ce Bureau éxerce encore une bonne
oeuvre. Les loyers fe payent à Lyon
tous les fix mois , c'eft- à- dire , à la S.
Jean & à Noël. Quand un ouvrier ou ,
un autre pauvre particulier eft dans l'impuiffance
de payer fon terme , on s'en
charge. On met la femme en condition
, on a foin des enfans & on aide
le mari.
A Nancy , Saniflas le bienfaisant ,
qui mérite ce nom à tant de titres , a
établi un , Confeil d'Avocats qui éxaminent
toutes les conteftations & les.
décident. Ces Avocats font payés par
le Roi & il n'en coûte rien aux Parties
qui vont les confulter,
PLACE , fur l'Hiftoire de SALA
& c. DIN ,
VOUS Ous avez eu la bonté , Monfieur .
de faire mention dans le Mercure d'Avril
de l'Hiftoire de Saladin , & vous
l'avez annoncée comme une nouvelle
édition. Je fuis fort éloigné d'approuver
ces petites rufes de Libraires , & je
vous prie d'apprendre au Public que j'ai
fait quelques légers changemens dans
cet écrit , mais qu'il n'a point été réimprimé
de nouveau .
Cet Ouvrage qui m'a couté dix années
de travail , dont j'ai puifé les matériaux
dans tous les Auteurs du temps ,
Chrétiens & Mufulmans , que j'ai écrit
avec le plus de foin qu'il m'a été poffible
, & que j'avois cru rendre intéreſfant
par le développement & l'Hiftoire
abrégée des Dynafties Arabes , par le
tableau des moeurs & des opinions des
!
qu'on pouvoit donner une fauffe interprétation
au premier vers de fon Ode à Hiéron ; c'eſt
pourquoi il répéte enfuite cette même comparaifon
, & donne la correction néceffaire .
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
+
Mahometans , & en préfentant fous une
face nouvelle , une de ces expéditions .
malheureufes qui firent de la Syrie un
gouffre où l'Europe venoit s'engloutir ;
cet Ouvrage , dis-je , traité avec ce ton
de vérité que quelques critiques ont
blâme , & que je regarde comme le premier
devoir impofe à l'Hiftorien , obtint
le fuffrage des gens de lettres ; mais
les femmes qui font dans notre fiécle le
fuccès des livres nouveaux , & dont
plufieurs méritent cet honneur ; mais
le commun des Lecteurs François furent
rebutés des noms barbares qu'on y rencontre
à chaque page. On étoit accoutumé
à lire dans Maimbourg , ( dont je
viens d'imiter la prolixité dans la phraſe
précédente ) dans Vertot , & tant d'autres
, les noms de Noradin , d'Adile ,
de Saladin , & on a été effrayé d'y voir
fubftituer ceux de Zenghi , de Kara-
Arflan , de Schirgouht , de Schaour ,
de Kamstegghin , & c ; vous penfez bien ' ,
Monfieur , que cet affemblage de lettres
qu'il falloit , pour ainfi dire , épeler chaque
fois pour leur faire produire deз
fons ; que ces fons bizarres qui venoient
à chaque inftant irriter les oreilles délicates
, ont dû laffer la patience des perfonnes
qui lifent plus pour s'amufer que
M A I. 1763.
ΤΟΥ
pour s'inftruire . J'ai eu tort fans doute
de ne point animer leur conftance en
les avertiffant dans la Préface , qu'après
le troifiéme ou le quatriéme livre , elles
n'auroient rencontré que des noms trèsconnus
, des noms de leurs ancêtres
des détails peut- être intéreffans & des
anecdotes que très-fùrement elles ne
trouveront point ailleurs ainfi raffemblés.
C'étoient , s'il m'eft permis de le dire
, les déferts qui conduifent dans l'Arabie
heureuſe. Mais je m'apperçois qu'à
l'occafion de votre annonce , je me
charge du ridicule de faire moi - même
l'éloge de mon Ouvrage , & c'eſt ſans
donte là une rufe de l'amour- propre
moins pardonnable que celle de mes
Libraires.
Dans le même volume , vous avez
inféré une Lettre pleine de réflexions .
judicieuses , à l'occafion du projet que
j'avois imaginé, & auquel vous avez bien
vou'u applaudir . On a eu tort de confondre
cet établiffement avec les confultations
gratuites des Avocats. Je propofe
une affemblée ou bureau de perfonnes
inftruites & autorifées à pourfuivre
avec vigueur les intérêts des pauvres
contre la tyrannie des débiteurs puiffans
& de mauvaife foi. Je n'ai cité
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
qu'un exemple dans ma Lettre , mais.
j'aurois pu en appeller plufieurs à l'appui
de mes idées , fi je n'avois craint des.
applications. Je les développerois & je
leur donnerois plus d'étendue , fi ce
projet pouvoit avoir lieu. On fentiroit
par la multiplicité d'injuftices criantes.
qu'on pourroit dévoiler , combien il feroit
important de réprimer la cruauté de
certains hommes qui infultent dans des
voitures magnifiques , aux malheureux
dont ils traînent les dépouilles.
Mais ce qu'il faut dire ici pour l'honneur
de l'humanité , c'eft que ma Lettre
adreffée à M. le P. de.... a occafionné
plufieurs bonnes oeuvres. On a recherché
les infortunés de l'efpéce de ceuxdont
j'ai parlé , & on s'eft difputé la
gloire de les fecourir, Un Avocat eftimable
que je ne puis nommer fans fon
aveu , a offert de fe charger de toutes
les caufes des pauvres & de faire les
avances néceffaires ; & fans doute plufieurs
de fes Confrères font dans la
même difpofition . Ainfi dans ce fiécle
que nos Moraliftes ne ceffent de rabaiffer
dans leurs déclamations , l'humanité:
n'a rien perdu de fes droits. Elle n'eft
point éteinte dans le coeur des hommes
& il fuffit de réveiller leur fenfibilité :
M A I. 1763. 103
pour les ramener à cette compaffion
bienfaifante que la Nature nous infpire
pour nos femblables .
Il est encore queftion de moi , Monfieur
, dans le même Mercure. En lifant
le manufcrit de l'Anglois à Bordeaux ,
Piéce qu'on ne fauroit trop louer ; j'ajoutai
un couplet à ceux du Vaudeville
qui termine cette Comédie . Ce
couplet destiné feulement pour M.
Favart , eft tombé entre les mains du
Libraire , qui l'a mêlé avec d'autres jolis
vers . Imprimé ainfi féparément il a un
air de prétention qu'il ne mérite pas , &
que je n'ai jamais eu deffein de luidonner.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris ce Avril 1763 . MARIN.
P.S. Comme le projet que j'avois
propofé n'aura peut-être jamais lieu , je
crois devoir ajouter ici quelques éclairciffemens
fur ce qui fe pratique à Paris ,
à Lyon & à Nancy.
Henri IV, qui s'occupoit fans ceffe
du bonheur de fes Sujets , avoit voulu
quelque temps avant fa mort, procurer
aux pauvres les fecours dont ils pourroient
avoir befoin pour l'inftruction &
la défenfe de leurs affaires. Il rendit à
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
cet effet le 6 Mars 1610 , un Arrêt de
fon Confeil d'Etat, qui ordonnoit que
dans toutes les Cours tant fouveraines
que fubalternes , il feroit commis des
Avocats & Procureurs , lefquels feroient
tenus d'affifter de leur confeil , labeur
& vacations , les Veuves , Orphelins ,
Pauvres Gentilshommes , Marchands
Laboureurs & autres qui feroient dépourvus
de confeils & d'argent , &c . La
mort prématurée de ce grand Roi empêcha
l'éxécution d'une fi belle entreprife.
Elle eft demeurée depuis fans
effet ; mais les Avocats y ont fuppléé
en partie , en établiffant des Confultations
de charité qui fe tiennent dans la
Bibliothéque que fen M. de Riparfond
a laiffée à l'Ordre des Avocats . Cette
Bibliothéque eft dans une des Salles de
l'Archevêché. Il s'y affemble une fois
la femaine , plufieurs anciens & jeunes
Avocats nommés par Meffieurs les Avocats
Généraux du Parlement , pour donner
leur avis fur les affaires qui font
propofées. Un d'entre les jeunes rend
compte a l'ancien des Mémoires , &
rédige les Confultations fans en recevoir
aucun honoraire. Meffieurs les
Avocats Généraux & M. le Procureur
Général áffiftoient anciennement à ces
M A I. 1763. TOS
affemblées & y viennent encore quelquefois.
Je tiens ces éclairciffemens d'un Avocat
( M. A. de M... ) qui m'a dit les
avoir envoyés également au Journal de
Jurifprudence. A Lyon il y a un Bureau ,
ou Confeil charitable. Ce Bureau doit
fon établiffement à M. de Rochebonne ,
Archevêque de Lyon , qui affecta 2000 1 .
à prendre fur les revenus de l'Archevêché.
Tous ces Succeffeurs ont continué
cette bonne oeuvre . La Ville ena
augmenté les revenus.
M. l'Archevêque préfide à ce Bureau,
en fon abfence c'eftfon premier Grand
Vicaire , ou un Comte de Lyon. Il y
affifte des Magiftrats de la Cour des
Monnoyes , Maréchauffée & Préfidial
de Lyon , des Avocats , des Procureurs,
des Négocians & notables Bourgeois .
On y régle à l'amiable toutes les conteftations
lorsque les parties veulent bien
s'en rapporter à ce Confeil. On fe charge
des procès des pauvres , où on leur
fournit des fecours , c'eſt-à - dire de l'argent
pour les pourfuivre eux - mêmes.
On y donne auffi des confultations gratuies
.
Ce Bureau s'affemble à l'Archevêché
tous les Samedis.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Ce Bureau éxerce encore une bonne
oeuvre. Les loyers fe payent à Lyon
tous les fix mois , c'eft- à- dire , à la S.
Jean & à Noël. Quand un ouvrier ou ,
un autre pauvre particulier eft dans l'impuiffance
de payer fon terme , on s'en
charge. On met la femme en condition
, on a foin des enfans & on aide
le mari.
A Nancy , Saniflas le bienfaisant ,
qui mérite ce nom à tant de titres , a
établi un , Confeil d'Avocats qui éxaminent
toutes les conteftations & les.
décident. Ces Avocats font payés par
le Roi & il n'en coûte rien aux Parties
qui vont les confulter,
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Résumé : LETTRE de M. MARIN à M. DE LA PLACE, sur l'Histoire de SALADIN, &c.
M. Marin adresse une lettre à M. de La Place pour clarifier des informations concernant son ouvrage sur l'histoire de Saladin. Il précise que cet ouvrage, résultant de dix années de travail, n'a pas été réimprimé mais a subi quelques modifications. Il compile des matériaux provenant d'auteurs chrétiens et musulmans et se concentre sur une expédition malheureuse en Syrie. Malgré des critiques sur son style, l'ouvrage a été bien accueilli par les gens de lettres, mais a rebuté le commun des lecteurs français en raison des noms barbares utilisés. M. Marin mentionne également une lettre publiée dans le Mercure de France, qui traite d'un projet visant à protéger les intérêts des pauvres contre la tyrannie des débiteurs puissants. Ce projet, bien que confondu avec les consultations gratuites des avocats, propose la création d'une assemblée de personnes instruites pour défendre les pauvres. Cette initiative a déjà suscité des bonnes œuvres et des actions de soutien. Enfin, M. Marin explique qu'il a ajouté un couplet à une pièce de théâtre, qui a été imprimé séparément et de manière inappropriée. Il fournit également des éclaircissements sur des initiatives similaires à Paris, Lyon et Nancy, où des avocats et des magistrats offrent des consultations gratuites et des aides financières aux pauvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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127
p. 119-120
TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
Début :
CE Livre qui aura une suite, n'est encore qu'au premier volume. On y [...]
Mots clefs :
Plante, Médecine, Volume, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
TRAITE hiftorique des Plantes qui croif
fent dans la Lorraine & les 3 Evêchés ,
contenant leur defcription , leurfigu
re , leur nom , l'endroit où elles croif--
fent , leur culture , leur analyfe &
leurs propriétés , tant pour la Médecine
, quepour les arts & métiers , par
M. P. J. BUCHOZ , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie
& en Médecine , Agrégé du Collége
Royal des Médecins dé Nancy.
A Nancy chez MESSIN , Marchand
Libraire , rue de la Hache ; 1762. in-
12 , ou petit in-8° .
CEE Livre qui aura une fuite , n'eſt
encore qu'au premier volume. On y
traite des Plantes en général, de leur anatomie
, de leur végétation , de leur générati
on , & des différens fyftêmes de
Botanique ; ce qui fait le fujet de fix difcours
qui fervent d'introduction à tout
l'Ouvrage. Mais comme ces notions préliminaires
ne fuffifoient pas pour former
un volume , l'Auteur y a joint deux
120 MERCURE DE FRANCE .
·
théfes qu'il a foutenues dans la Faculté
de Médecine de Pont -à-Mouffon , & dont
la première traite de l'inoculation de la
petite vérole ; la feconde , de la manière
de connoître le pouls par la mufique . Ces
deux théfes font en latin & en françois.
M. Buchoz, promet que les volumes
fuivans feront plus étendus , & ornés
de beaucoup de Planches en taille- douce
, qui repréfenteront les figures des
plantes au naturel . L'Ouvrage ne fe diftribuera
toujours que par foufcription ,
ainfi qu'il a été annoncé.
fent dans la Lorraine & les 3 Evêchés ,
contenant leur defcription , leurfigu
re , leur nom , l'endroit où elles croif--
fent , leur culture , leur analyfe &
leurs propriétés , tant pour la Médecine
, quepour les arts & métiers , par
M. P. J. BUCHOZ , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie
& en Médecine , Agrégé du Collége
Royal des Médecins dé Nancy.
A Nancy chez MESSIN , Marchand
Libraire , rue de la Hache ; 1762. in-
12 , ou petit in-8° .
CEE Livre qui aura une fuite , n'eſt
encore qu'au premier volume. On y
traite des Plantes en général, de leur anatomie
, de leur végétation , de leur générati
on , & des différens fyftêmes de
Botanique ; ce qui fait le fujet de fix difcours
qui fervent d'introduction à tout
l'Ouvrage. Mais comme ces notions préliminaires
ne fuffifoient pas pour former
un volume , l'Auteur y a joint deux
120 MERCURE DE FRANCE .
·
théfes qu'il a foutenues dans la Faculté
de Médecine de Pont -à-Mouffon , & dont
la première traite de l'inoculation de la
petite vérole ; la feconde , de la manière
de connoître le pouls par la mufique . Ces
deux théfes font en latin & en françois.
M. Buchoz, promet que les volumes
fuivans feront plus étendus , & ornés
de beaucoup de Planches en taille- douce
, qui repréfenteront les figures des
plantes au naturel . L'Ouvrage ne fe diftribuera
toujours que par foufcription ,
ainfi qu'il a été annoncé.
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Résumé : TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Traité historique des Plantes qui croissent en Lorraine & les 3 Evêchés', rédigé par M. P. J. Buchoz, avocat au Parlement de Metz, docteur en philosophie et en médecine, et agrégé du Collège Royal des Médecins de Nancy. Publié à Nancy en 1762, ce livre est le premier volume d'une série dédiée aux plantes. Il couvre leur description, leur figure, leur nom, leur habitat, leur culture, leur analyse et leurs propriétés médicinales, ainsi que leurs usages dans les arts et métiers. Le premier volume traite des plantes en général, de leur anatomie, de leur végétation, de leur génération et des différents systèmes de botanique. L'auteur a ajouté deux thèses soutenues à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson : l'une sur l'inoculation de la petite vérole et l'autre sur la manière de connaître le pouls par la musique, rédigées en latin et en français. Buchoz prévoit que les volumes suivants seront plus étendus et illustrés de planches en taille-douce représentant les plantes au naturel. L'ouvrage sera distribué uniquement par souscription.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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127
TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
128
p. 128-129
SUJETS proposés par l'Acad. Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à PAU, pour deux Prix, qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1764.
Début :
L'ACADÉMIE a réservé un des deux Prix qu'elle avoit à distribuer cette année [...]
Mots clefs :
Académie, Ouvrage, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Acad. Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à PAU, pour deux Prix, qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1764.
SUJETS propofés par l'Acad. Royale
des Sciences & Beaux - Arts , établie
à PAU , pour deux Prix , qui feront
diftribués le premier Jeudi du mois de
Février 1764.
L'ACADÉMIE a réservé un des deux
Prix qu'elle avoit à diftribuer cette année
; celui de la Poëfie a été remporté
par M. Lemefle de l'Académie des Scien
Belles-Lettres & Arts de Rouen :
Elle en donnera deux en 1764. Le premier
à un Ouvrage de Profe , qui aura
pour Sujet ,
ces ,
L'Éloge de feu M. le Maréchal de
GASSION.
Le fecond à un Ouvrage de Poeſie ,
qui aura pour Sujet ,
Les Avantages de la Navigation..
Les Ouvrages de Poëfie feront au plus
de cent Vers , & ceux de Profe d'une
demi heure de lecture , il en fera adreffé
deux exemplaires à M. de Faget de
Poms , Secrétaire de l'Académie on
n'en recevra aucun après le mois de Novembre
, & s'ils ne font affranchis.
JUILLET. 1763. 129
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
Ouvrage une Sentence , & la répétera
au-deffus du Billet cacheté , où il écrira
fon nom .
des Sciences & Beaux - Arts , établie
à PAU , pour deux Prix , qui feront
diftribués le premier Jeudi du mois de
Février 1764.
L'ACADÉMIE a réservé un des deux
Prix qu'elle avoit à diftribuer cette année
; celui de la Poëfie a été remporté
par M. Lemefle de l'Académie des Scien
Belles-Lettres & Arts de Rouen :
Elle en donnera deux en 1764. Le premier
à un Ouvrage de Profe , qui aura
pour Sujet ,
ces ,
L'Éloge de feu M. le Maréchal de
GASSION.
Le fecond à un Ouvrage de Poeſie ,
qui aura pour Sujet ,
Les Avantages de la Navigation..
Les Ouvrages de Poëfie feront au plus
de cent Vers , & ceux de Profe d'une
demi heure de lecture , il en fera adreffé
deux exemplaires à M. de Faget de
Poms , Secrétaire de l'Académie on
n'en recevra aucun après le mois de Novembre
, & s'ils ne font affranchis.
JUILLET. 1763. 129
Chaque Auteur mettra à la fin de fon
Ouvrage une Sentence , & la répétera
au-deffus du Billet cacheté , où il écrira
fon nom .
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Résumé : SUJETS proposés par l'Acad. Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à PAU, pour deux Prix, qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1764.
En juillet 1763, l'Académie Royale des Sciences et Beaux-Arts de Pau a annoncé deux prix pour février 1764. Un prix de 1763 était réservé, celui de poésie attribué à M. Lemesle. Pour 1764, deux prix sont prévus : un éloge du Maréchal de Gassion en prose et un poème sur les avantages de la navigation. Les candidatures, avec deux exemplaires et une sentence, doivent être envoyées à M. de Faget de Poms avant novembre 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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129
p. 12-19
LE TÉLÉMAQUE, POÉME.
Début :
CHANT PREMIER. I. JE chante les glorieuses avantures du fils [...]
Mots clefs :
Divin, Gloire, Aventures, Conseils, Génie, Ouvrage, Hardiesse, Dames, Renommée, Hardiesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TÉLÉMAQUE, POÉME.
LE TÉLÉMAQUE , POÉME.
CHANT PREMIER.
1.
JE chante les glorieufes avantures du
fils d'Ulyffe . On verra dans mon Poëme
comme il erra longtemps fur la tèrre
& fur la mer ; comme il paffa le noir
Achéron pour aller chercher fon père
aux Enfers. Je raconterai les plaifirs &
les peines de fes jeunes amours , fes
guerres fameufes & fes éclatantes victoires
qui porterent la réputation de fa
fageffe & de fa valeur jufques dans les
climats les plus éloignés .
I I.
Je ferai connoître les fages confeils
& les tendres foins de Minerve qui defcendit
des Cieux pour accompagner
Télémaque fous la figure de Mentor. Je
dirai comme elle fut fon guide au milieu
des périls où l'expofoit la jeuneffe,
fon foutien dans les grandes chofes qu'il
entreprit ; & comme elle forma fon efprit
& fon coeur au grand art de régner.
III.
Sublime & beau génie * qui le premier
entras dans la carrière où j'ofe
marcher fur tes traces , & qui , fi j'en
* M. de Fenelon , Archevêque de Cambrai .
SEPTEMBRE. 1763. 13
IL TELEMACO.
CANTO PRIMO.
I.
CANTO l'alte vicende , ei lunghi errori
Del Figluolo d'Uliffe in terra , e in mare ,
Comefin d'Acheronte i trifti umori
Ardi , cercando il Genitor , varcare .
Dirò gli sdegni , e i giovanili amori ,
Le illuftri guerre , e le felici , e rare
Vittorie , ond' ei per ogni eſtranio lide
Portò di fenno , e di valore il grido.
II.
Eil bel configlio , e la pietoſa cura
De la fagace dea farò paleſe ,
Che di Mentore preſa la figura
Al fianco di Telemaco difcefe ;
Etra i perigli de l'età immatura
Gli fù guida , e foftegno à l'ardue impreſſe,
El' docil cuore, & il fecondo ingegno
Ne la grand arte ammaeſtrò del Regno,
III.
Spirto altero e gentil , che l'orme prime
Segnafti in terra del cammin che'i' prendo ,
Ed or fovra del Ciel doggi fublime ,
14 MERCURE DE FRANCE.
re- crois mon espérance & tes vertus
poſes maintenant au plus haut des cieux;
pendant que je mets en vers ton Ouvrage
, & que par là je te prouve & à ta
Nation mon admiration & mon amour,
pardonne ma hardieffe , accorde- moi ta
faveur , & obtiens- moi celle des autres .
IV.
Tu es mon guide , mon appui , & la
Mufe que j'invoque . Le travail eft immenfe;
mes forces font foibles , & mes
talens ne répondent pas à mon zéle.
Seconde donc mes voeux , conduis- moi ,
fortifie-moi. Que ton feu divin m'éclaire
& m'enflamme. Ta gloire y eft inréreffée
auffi bien que la mienne.
V.
Si quelqu'un me blâme de ne travailler
que d'après autrui , qu'il penfe
qu'on loue le fculpteur , foit qu'il imite
, foit qu'il invente . Mais comme ce
n'eft pas l'amour feul de la gloire qui
m'anime , la crainte du blâme ne m'arrêtera
pas non plus. Et au refte qui eft
le maître de ma volonté ? Ne fuis- je pas
né libre ? Je ferai affez content , fi j'ai
le bonheur de plaire au GRAND
LOUIS.
V I.
J'aime l'Italie , fes belles Dames , fes
SEPTEMBRE. 1763. IS
Se ben mia fpeme è tua virtude intendo .
Mentr'io ritraggo i tuoi diſegni in rime ,
Eà te qual pollo , e à la tua Gente rendo
Studio ed amor , ah tu l'ardir perdona !
L'altru m'impetra , e ' l tuo favor mi dona.
IV.
Tu'l duca mio , tu la fedel mia ſcorta ,
Tu la mia Mula , che pregando invoco.
Lunga fatica , & pazientia corta ,
Molta la voglia , ed il potere è poco,
Deh ſeconda i miei voti , e mi conforta
A l'uopo , ereggi e col divin tuo fuoco
L'intelletto riſchiara , infiamma il core
Siccome in opra di comune onore.
V.
Che s ' altri mi dileggia , o mi riprende
Perche lavor non mio ricompor tenti ,
Penti che lode a lo fcultor fi rende ,
Ofe le forme imiti o fe le inventi..
Ne amor i gloria , ne timor m'offende
Di biafmo altrui . Checerco altri argomenti ?
Chi può ful voler mio ? Libero nacqui.
Epiacqui affai fe al GRAN LUIGI piacqui.
$
Amo l'Italia , e ftimo i dotti amici
Le ornate done , i Cavalieri egregis
16 MERCURE DE FRANCE.
aimables Cavaliers , & les hommes de
mérite que j'y ai pour amis. Mais le
plus grand prix de mes foibles vers leur
viendra de l'augufte Nom de LOUIS .
Heureux habitans des bords de la Seine,
à qui il eft permis de voir de près
un , Roi dont la Renommée remplit l'Univers
!
VIL
Sage & invincible Monarque , mes
yeux ne peuvent foutenir l'éclat de ta
grandeur & de ta gloire. Tous ceux qui
admirent ton courage dans la guerre &
ta fageffe dans la Paix , diront que Pallas
t'a donné la valeur & la prudence
du fils d'Ulyſſe.
VIII.
Ils diront que tu as recueilli le fruit
de ce Livre divin ; que les femences de
toutes les vertus qui y font répandues ,
ont germé dans ton fein ; que fi un
deftin cruel & prématuré enleva ton
augufte père & couvrit la France de
deuil , toutes fes fublimes qualités ont
paffé en toi avec fon fang & fes droits,
& que tu réunis tout ce que fon illuftre
Précepteur voulut mettre dans fon âme
tout ce qui peut faire un Roi puiffant
& heureux,
SEPTEMBRE.
17
1763. 1763.
Mà vien dal facro nome agl' infelici
Carmi , il tefor più grato , ond'io mifregi
Ed oh di fenna Abitator felici !
Che fia mirar da preſſo i fommi pregi
Se in ogni parte lo fplendor ne giunge ,
Che l'ampia terra o l'ampio mar diſgiunge !
VIN
Certo il mio faguardo infermo il huro raggio
Softener non poria di tua grandezza ;
Che non fu mai , Monarca invitto e faggio ,
Debil pupilla à tanto lume avvezza .
Mà chi la fapienza & il coraggio
Ammira in pace , & ne la guerra apprezza ,
Dirà che Palla à te diede il configlio ,
E'l militar valor d'Uliſſe il Figlio.
VIII.
Eche de l'aureo feme , onde il divino
Libro fù fparfo , in te s'accoglie il frutto 3
Efe tolle immaturo , e fier deftino
L'auguſto Padre , e pofe Francia in lutto ,
La fua virtu col fangue e col domino
In te difcefe , e in te fi compien tutto
Quell' eccelfo penfier , che à far poſſente
E Lieto un Ré , volle il Maeſtro in mente.
18 MERCURE DE FRANCE.
IX.
Tels font les motifs , GRAND Ror
qui m'ont infpiré la hardieffe de te préfenter
mes vers , & qui me font eſpérer
qu'ils ne feront pas indignes de trouver
grace devant tes yeux. Je fçais d'ailleurs
que les Mufes Italiennes ne font pas
un objet défagréable pour les Efprits
François . L'Ouvrage immortel d'après
lequel je travaille , m'attirera peut - être
tes regards. Si la ftatue que j'ofe t'offrir
eft nouvelle , le marbre eft antique.
SEPTEMBRE. 1763. 19
IX .
Qaefta è la fpeme , che nel tuo cofpetto
Move i miei verfi , e d'apparir ſa degni,
Ed il faper , che non ingrate obietto
Son l'Italiche Mufe ai Franchi ingeg i .
Forfe in mercè dell' immortal foggetto
Verrà che di tua grazia anco le degni.
Antico è il marmo e novo il fimolacro , >
SIGNOR , che al Real trono offro e confacro.
* L'Auteur de cette traduction en a vu une manufcrite
en vers latins, des premiers livres du Télémaque
François , qui com mençoit ainfi .
Telemaci errores varios , variofque labores
Etfidam errantis comitem cantare Minervam.
Aggredior.
Ce début eft d'une heureufe fimplicité.
CHANT PREMIER.
1.
JE chante les glorieufes avantures du
fils d'Ulyffe . On verra dans mon Poëme
comme il erra longtemps fur la tèrre
& fur la mer ; comme il paffa le noir
Achéron pour aller chercher fon père
aux Enfers. Je raconterai les plaifirs &
les peines de fes jeunes amours , fes
guerres fameufes & fes éclatantes victoires
qui porterent la réputation de fa
fageffe & de fa valeur jufques dans les
climats les plus éloignés .
I I.
Je ferai connoître les fages confeils
& les tendres foins de Minerve qui defcendit
des Cieux pour accompagner
Télémaque fous la figure de Mentor. Je
dirai comme elle fut fon guide au milieu
des périls où l'expofoit la jeuneffe,
fon foutien dans les grandes chofes qu'il
entreprit ; & comme elle forma fon efprit
& fon coeur au grand art de régner.
III.
Sublime & beau génie * qui le premier
entras dans la carrière où j'ofe
marcher fur tes traces , & qui , fi j'en
* M. de Fenelon , Archevêque de Cambrai .
SEPTEMBRE. 1763. 13
IL TELEMACO.
CANTO PRIMO.
I.
CANTO l'alte vicende , ei lunghi errori
Del Figluolo d'Uliffe in terra , e in mare ,
Comefin d'Acheronte i trifti umori
Ardi , cercando il Genitor , varcare .
Dirò gli sdegni , e i giovanili amori ,
Le illuftri guerre , e le felici , e rare
Vittorie , ond' ei per ogni eſtranio lide
Portò di fenno , e di valore il grido.
II.
Eil bel configlio , e la pietoſa cura
De la fagace dea farò paleſe ,
Che di Mentore preſa la figura
Al fianco di Telemaco difcefe ;
Etra i perigli de l'età immatura
Gli fù guida , e foftegno à l'ardue impreſſe,
El' docil cuore, & il fecondo ingegno
Ne la grand arte ammaeſtrò del Regno,
III.
Spirto altero e gentil , che l'orme prime
Segnafti in terra del cammin che'i' prendo ,
Ed or fovra del Ciel doggi fublime ,
14 MERCURE DE FRANCE.
re- crois mon espérance & tes vertus
poſes maintenant au plus haut des cieux;
pendant que je mets en vers ton Ouvrage
, & que par là je te prouve & à ta
Nation mon admiration & mon amour,
pardonne ma hardieffe , accorde- moi ta
faveur , & obtiens- moi celle des autres .
IV.
Tu es mon guide , mon appui , & la
Mufe que j'invoque . Le travail eft immenfe;
mes forces font foibles , & mes
talens ne répondent pas à mon zéle.
Seconde donc mes voeux , conduis- moi ,
fortifie-moi. Que ton feu divin m'éclaire
& m'enflamme. Ta gloire y eft inréreffée
auffi bien que la mienne.
V.
Si quelqu'un me blâme de ne travailler
que d'après autrui , qu'il penfe
qu'on loue le fculpteur , foit qu'il imite
, foit qu'il invente . Mais comme ce
n'eft pas l'amour feul de la gloire qui
m'anime , la crainte du blâme ne m'arrêtera
pas non plus. Et au refte qui eft
le maître de ma volonté ? Ne fuis- je pas
né libre ? Je ferai affez content , fi j'ai
le bonheur de plaire au GRAND
LOUIS.
V I.
J'aime l'Italie , fes belles Dames , fes
SEPTEMBRE. 1763. IS
Se ben mia fpeme è tua virtude intendo .
Mentr'io ritraggo i tuoi diſegni in rime ,
Eà te qual pollo , e à la tua Gente rendo
Studio ed amor , ah tu l'ardir perdona !
L'altru m'impetra , e ' l tuo favor mi dona.
IV.
Tu'l duca mio , tu la fedel mia ſcorta ,
Tu la mia Mula , che pregando invoco.
Lunga fatica , & pazientia corta ,
Molta la voglia , ed il potere è poco,
Deh ſeconda i miei voti , e mi conforta
A l'uopo , ereggi e col divin tuo fuoco
L'intelletto riſchiara , infiamma il core
Siccome in opra di comune onore.
V.
Che s ' altri mi dileggia , o mi riprende
Perche lavor non mio ricompor tenti ,
Penti che lode a lo fcultor fi rende ,
Ofe le forme imiti o fe le inventi..
Ne amor i gloria , ne timor m'offende
Di biafmo altrui . Checerco altri argomenti ?
Chi può ful voler mio ? Libero nacqui.
Epiacqui affai fe al GRAN LUIGI piacqui.
$
Amo l'Italia , e ftimo i dotti amici
Le ornate done , i Cavalieri egregis
16 MERCURE DE FRANCE.
aimables Cavaliers , & les hommes de
mérite que j'y ai pour amis. Mais le
plus grand prix de mes foibles vers leur
viendra de l'augufte Nom de LOUIS .
Heureux habitans des bords de la Seine,
à qui il eft permis de voir de près
un , Roi dont la Renommée remplit l'Univers
!
VIL
Sage & invincible Monarque , mes
yeux ne peuvent foutenir l'éclat de ta
grandeur & de ta gloire. Tous ceux qui
admirent ton courage dans la guerre &
ta fageffe dans la Paix , diront que Pallas
t'a donné la valeur & la prudence
du fils d'Ulyſſe.
VIII.
Ils diront que tu as recueilli le fruit
de ce Livre divin ; que les femences de
toutes les vertus qui y font répandues ,
ont germé dans ton fein ; que fi un
deftin cruel & prématuré enleva ton
augufte père & couvrit la France de
deuil , toutes fes fublimes qualités ont
paffé en toi avec fon fang & fes droits,
& que tu réunis tout ce que fon illuftre
Précepteur voulut mettre dans fon âme
tout ce qui peut faire un Roi puiffant
& heureux,
SEPTEMBRE.
17
1763. 1763.
Mà vien dal facro nome agl' infelici
Carmi , il tefor più grato , ond'io mifregi
Ed oh di fenna Abitator felici !
Che fia mirar da preſſo i fommi pregi
Se in ogni parte lo fplendor ne giunge ,
Che l'ampia terra o l'ampio mar diſgiunge !
VIN
Certo il mio faguardo infermo il huro raggio
Softener non poria di tua grandezza ;
Che non fu mai , Monarca invitto e faggio ,
Debil pupilla à tanto lume avvezza .
Mà chi la fapienza & il coraggio
Ammira in pace , & ne la guerra apprezza ,
Dirà che Palla à te diede il configlio ,
E'l militar valor d'Uliſſe il Figlio.
VIII.
Eche de l'aureo feme , onde il divino
Libro fù fparfo , in te s'accoglie il frutto 3
Efe tolle immaturo , e fier deftino
L'auguſto Padre , e pofe Francia in lutto ,
La fua virtu col fangue e col domino
In te difcefe , e in te fi compien tutto
Quell' eccelfo penfier , che à far poſſente
E Lieto un Ré , volle il Maeſtro in mente.
18 MERCURE DE FRANCE.
IX.
Tels font les motifs , GRAND Ror
qui m'ont infpiré la hardieffe de te préfenter
mes vers , & qui me font eſpérer
qu'ils ne feront pas indignes de trouver
grace devant tes yeux. Je fçais d'ailleurs
que les Mufes Italiennes ne font pas
un objet défagréable pour les Efprits
François . L'Ouvrage immortel d'après
lequel je travaille , m'attirera peut - être
tes regards. Si la ftatue que j'ofe t'offrir
eft nouvelle , le marbre eft antique.
SEPTEMBRE. 1763. 19
IX .
Qaefta è la fpeme , che nel tuo cofpetto
Move i miei verfi , e d'apparir ſa degni,
Ed il faper , che non ingrate obietto
Son l'Italiche Mufe ai Franchi ingeg i .
Forfe in mercè dell' immortal foggetto
Verrà che di tua grazia anco le degni.
Antico è il marmo e novo il fimolacro , >
SIGNOR , che al Real trono offro e confacro.
* L'Auteur de cette traduction en a vu une manufcrite
en vers latins, des premiers livres du Télémaque
François , qui com mençoit ainfi .
Telemaci errores varios , variofque labores
Etfidam errantis comitem cantare Minervam.
Aggredior.
Ce début eft d'une heureufe fimplicité.
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130
p. 92-93
L'INTÉREST d'un ouvrage, Discours prononcé par M*** le jour de sa réception à l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, le 8 Mai 1763. A Paris chez Vallat-la-Chapelle, Libraire au Palais, sur le Perron de la Sainte-Chapelle, au Château de Champlâtreux, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi. Brochure in 8°. de 44 pages.
Début :
TOUS parlent de l'intérêt d'un ouvrage, dit l'Auteur, aucun ne dit en [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Style, Charme, Expression, Traité de littérature
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texteReconnaissance textuelle : L'INTÉREST d'un ouvrage, Discours prononcé par M*** le jour de sa réception à l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, le 8 Mai 1763. A Paris chez Vallat-la-Chapelle, Libraire au Palais, sur le Perron de la Sainte-Chapelle, au Château de Champlâtreux, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi. Brochure in 8°. de 44 pages.
L'INTÉREST d'un ouvrage , Difcours
prononcé par M*** le jour de fa récep
tion à l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8 Mai
1763. A Paris chezVallat- la- Chapelle,
Libraire au Palais , fur le Perron de
la Sainte - Chapelle , au Château de
Champlâtreux , 1763 ; avec Approbation
& Privilége du Roi. Brochure
in 8°. de 44 pages .
"
ToTOUS
ous
parlent
de
l'intérêt
d'un
ou-
»
vrage
, dit
l'Auteur
, aucun
ne
dit
en
»
quoi
confifte
cet
intérêt
. Leur
filence
»
fur
cette
matière
a
occafionné
de
ma
»
part
quelques
obfervations
générales
»
que
je
foumets
à votre
jugement
.
Ce font ces objections qui font le fujet
du Difcours du Récipiendaire;& pour
tracer en peu de mots tout fon plan , il
fuffira de rapporter encorequelques-unes
de fes paroles où fon fyftême eft développé.
» Le choix, l'ordre & la repréſentation
de la penfée , voilà le fondement , la
» forme , & la décoration d'un ouvrage..
SEPTEMBRE. 1763. 93
Le choix décide le fujet , l'ordre éta
blit le plan , la repréfentation donne
» le ftyle. Si l'ouvrage affecte par le fujet
, s'il fatisfait par le plan , s'il attache
» par le ftyle , c'eft un ouvrage intéreffant.
D'un fujet qui affecte , naît le
» charme des détails & des applications ;
» d'un plan qui fatisfait , naît le charme
» du développement & de l'enſemble ;
» d'un ftyle qui attache , naît le charme
» du coloris & de l'expreffion . Leftyle
» fans le fujet , n'attache qu'un moment,
» le fujet fans le ftyle, n'attache qu'à de-
» mi ; l'un & l'autre fans le plan , ne
P fatisfont que par intervalles ; réunis
» tous les trois , c'eft alors qu'ils excitent
* par des fecouffes fucceffives & rapides,
» cette impreffion profonde , cette émo-
» tion entiere , ce tranſport continu
» cet enthoufiafme progreffif, le triomphe
de la fenfibilité de l'âme , & le
».comble de l'intérêt d'un ouvrage.
En reprenant tous ces divers membres
& les développant , l'Auteur nous donne
un excellent Traité de Littérature qu'on
gagnera toujours à lire & à confulter,
prononcé par M*** le jour de fa récep
tion à l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8 Mai
1763. A Paris chezVallat- la- Chapelle,
Libraire au Palais , fur le Perron de
la Sainte - Chapelle , au Château de
Champlâtreux , 1763 ; avec Approbation
& Privilége du Roi. Brochure
in 8°. de 44 pages .
"
ToTOUS
ous
parlent
de
l'intérêt
d'un
ou-
»
vrage
, dit
l'Auteur
, aucun
ne
dit
en
»
quoi
confifte
cet
intérêt
. Leur
filence
»
fur
cette
matière
a
occafionné
de
ma
»
part
quelques
obfervations
générales
»
que
je
foumets
à votre
jugement
.
Ce font ces objections qui font le fujet
du Difcours du Récipiendaire;& pour
tracer en peu de mots tout fon plan , il
fuffira de rapporter encorequelques-unes
de fes paroles où fon fyftême eft développé.
» Le choix, l'ordre & la repréſentation
de la penfée , voilà le fondement , la
» forme , & la décoration d'un ouvrage..
SEPTEMBRE. 1763. 93
Le choix décide le fujet , l'ordre éta
blit le plan , la repréfentation donne
» le ftyle. Si l'ouvrage affecte par le fujet
, s'il fatisfait par le plan , s'il attache
» par le ftyle , c'eft un ouvrage intéreffant.
D'un fujet qui affecte , naît le
» charme des détails & des applications ;
» d'un plan qui fatisfait , naît le charme
» du développement & de l'enſemble ;
» d'un ftyle qui attache , naît le charme
» du coloris & de l'expreffion . Leftyle
» fans le fujet , n'attache qu'un moment,
» le fujet fans le ftyle, n'attache qu'à de-
» mi ; l'un & l'autre fans le plan , ne
P fatisfont que par intervalles ; réunis
» tous les trois , c'eft alors qu'ils excitent
* par des fecouffes fucceffives & rapides,
» cette impreffion profonde , cette émo-
» tion entiere , ce tranſport continu
» cet enthoufiafme progreffif, le triomphe
de la fenfibilité de l'âme , & le
».comble de l'intérêt d'un ouvrage.
En reprenant tous ces divers membres
& les développant , l'Auteur nous donne
un excellent Traité de Littérature qu'on
gagnera toujours à lire & à confulter,
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130
L'INTÉREST d'un ouvrage, Discours prononcé par M*** le jour de sa réception à l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, le 8 Mai 1763. A Paris chez Vallat-la-Chapelle, Libraire au Palais, sur le Perron de la Sainte-Chapelle, au Château de Champlâtreux, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi. Brochure in 8°. de 44 pages.
131
p. 76-92
POÉSIES sacrées & Philosophiques, tirées des Livres Saints, par M. LE FRANC DE POMPIGNAN, nouvelle Edition considérablement augmentée & enrichie de gravures, volume in-4°. A Paris, de l'Imprimerie de Prault, quai de Gêvres.
Début :
C'EST en 1751 que parut la première édition de cet ouvrage. Tous les Journalistes [...]
Mots clefs :
Discours, Vertu, Ouvrage, Peuple, Honneur, Livres, Poésies, Prophéties, Cantiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POÉSIES sacrées & Philosophiques, tirées des Livres Saints, par M. LE FRANC DE POMPIGNAN, nouvelle Edition considérablement augmentée & enrichie de gravures, volume in-4°. A Paris, de l'Imprimerie de Prault, quai de Gêvres.
POÉSIES facrées & Philofophiques ,
tirées des Livres Saints , par M. LE
FRANC DE POMPIGN AN
velle Edition confidérablement augmentée
& enrichie de gravures, volume
in-4° . A Paris de l'Imprimerie de
Prault , quai de Gévres.
,
C'EST en 1751 que parut la première
édition de cet ouvrage. Tous les Journaliſtes
en rendirent alors le compte le
plus avantageux ; & le Public fouvent
injufte quand il blâme , mais prèfque
toujours équitable quand il applaudit ,
reçut ces Poëfies facrées avec reconnoiffance.
En 1754 , Chaubert en donna une
feconde édition & celle que nous annonçons
eft la troifiéme. Le papier &
le caractère en font beaux ; les gravures
deffiuées par le célébre Cochin & exé-
1
OCTOBRE. 1763. 77
cutées par Prévôt font auffi ingénieufes
qu'agréables.
L'Auteur a fait beaucoup d'additions
à fon ouvrage , & nous avons lieu d'augurer
qu'elles obtiendront les éloges
des vrais Littérateurs , ainfi que les applaudiffemens
des âmes honnêtes, fenfibles
& vertueufès.
Après avoir luce Recueil fans partialité
( & jufqu'ici , nous n'imaginons
pas que l'on nous en foupçonne ) quelques
exemples choifis prefqu'au ha
zard juftifieront le jugement que nous
en portons , en renvoyant à l'Extrait
que le Mercure en donna en 1752 , pour
la partie de ce même Recueil qui parut
alors.
Cet ouvrage eft divifé en cinq livres.
Le premier renferme 19 Pieaumès , le
fecond 20 Cantiques , le troifiéme 7
Prophéties formant 18 Chapitres , le
quatriéme 16 Hymnes , & le cinquiéme
12 Difcours Philofophiques . Tout
cela eft terminé par l'examen qui fut
fait des premières éditions des Poëfies
facrées , & dont il a été rendu compte
en 1756.
Le Difcours Préliminaire est écrit
avec beaucoup de chaleur & d'agrément.
On y trouve des recherches , des
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vues profondes , des difcuffions fçavantes
, mais parées de toutes les grâces de
la Littérature. Et ce qui eft affez rare
aujourd'hui dans un Auteur , celui - ci
parle toujours modeftement de luimême
& avec beaucoup d'éloges de
tous ceux qui ont parcouru la même
carrière avec quelques fuccès.
Si dans un ouvrage confacré à la
piété & à la religion , il s'éléve quelquefois
contre les incrédules s'il les
combat avec force , c'eft toujours en
ménageant les perfonnes , qu'il ne nomme
pas , qu'il fe garde même de défigner.
On fent qu'il voudroit les convaincre
, mais jamais les outrager.
L'Auteur fe flatte dans ce Difours
qu'on l'approuvera du moins d'avoir
imaginé des Poëmes Philofophiques
d'un caractère nouveau : » c'eft , dit- il ,
» un éffai fufceptible de perfection ,
» une route des plus ouvertes à la Poëfie
; nous avons aujourd'hui des Poë-
» tes Philofophes leurs vers valent
» mieux que les miens , j'en fuis per-
» fuadé ; mais la Philofophie de Salo-
» mon vaut certainement mieux que la
» leur , & c'eft celle- là que j'ai miſe
» en Vers. »
Mais entrons en matière ; il y a neuf
OCTOBRE. 1763 . 79
Pleaumes nouvellement traduits dans
cette édition . Le dernier eft fingulier
par la beauté & la variété des images ,
par le mêlange de douceur & l'élévation
qui y regne.
Dieu n'eft point,dit l'impie, il n'eft point, & la terre
Adore un étre nul par la peur encenſe ;
La peur forgea fon maître au feul bruit d'un tonnerre
Qu'il n'a jamais lancé .
À ce cri de révolte , à ce cri de démence
Dieu jette fur la terre un regard de douleur :
Il la parcourt , il cherche un refte de Prudence ;
Il ne trouve qu'erreur.
Il ne trouvé qu'ingrats armés contre leur père ;
Mais dans ces noirs accès d'un fiécle malheureux ,
Ce n'eft point la Raiſon , c'eſt le coeur qui profére
Ces blafphèmes affreux.
Telle eſt du'vice impur la puiffance empéllée ,
Des moeurs , de la vertu Dieu venge ainfi l'affront .
La doctrine à ſon tour eſt bientôt infectée
Quand le coeur fe corrompt.
Mépriſons , dira - t -il , les pleurs des Miférables ,
Perfécutons la veuve , opprimons l'orphelin ,
Et dans les maux publics prodiguons fur nos tables
Les pafums & le vin .
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Le vice & la vertu font des noms arbitraires.
Le plaifir , l'intérêt , la force fait nos droits.
Laiffons aux malheureux , laiffons aux coeurs vul
gaires
Les autels & les loix.
Quand la mort l'a frappé , que refte - t - il de
l'homme ?
Notre esprit eft un fouffle , & le temps une fleur.
Que ce temps précieux dans les jeux fe confomme
Et mourons fans douleur.
Tu mourras en effet, mais non comme ru penfess
Ce fouffle prétendu furvit à ton trépas.
C'eſt une âme immortelle & leDieu des
Ne l'anéantit pas.
vengeances
Que de poëfie , de force , & de fublime
dans les Cantiques ! qu'on en juge
par le début & la fin du feiziéme . L'Auteur
ou plutôt le Prophéte Ezechiel
peint la magnificence & prédit la ruine
de Tyr.
O Tyr! ferois - tu fatisfaite ,
Toi qui difois à l'Univers :
Je ſuis d'une beauté parfaite ;
Mon trône eft bâti dans les mers?
Tes citoyens pour te conſtruire
Dans ta demeure ont fçu conduire
Les plus hauts cédres du Liban ,
OCTOBRE. 1763 . 81
Les fapins qu'Hernon nous préfente ,
Toutl'ivoire que l'Inde enfante ,
Et les vieux chênes de Bafun.
Après plufieurs Strophes confacrées à
décrire la richeffe & la magnificence
de cette Ville , l'Auteur continue ainfi.
Tyr! o trop fuperbe Reine,
Tes richeffes t'enfloient d'orgueil .
Des mers unique Souveraine
Tu ne redoutcis point l'écueil.
En vain l'orage te menace ,
Tes rameurs pleins de ton audace
Te ménent fur les grandes eaux,
Mais , ô confiance funefte !
Miniftres du courroux célefte
Les vents te brifent fur les flots.
Tes riches magafins , tes temples , tes portiques ,
Tes vaftes arénaux , tes palais magnifiques ,
Tes Prêtres , tes Soldats , les Docteurs de ta Lois
Tes tréfors , tes projets & tes grandeurs fi vaines
Et tes femmes hautaines
Dans les profondes mers tomberont avec toi.
En lifant cette dernière Strophe , ne
croit-on pas voir Tyr elle - même , s'écrouler
, fe perdre & s'abîmer dans les
flots ? & avec quel art l'Auteur nous
retrace en fix vers la ruine d'une ville.
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
qu'il n'a bâtie pour ainfi dire que lentement
& à l'aide de près de quatre-vingt
vers ? M. de Pompignan femble fe furpaffer
encore dans les Prophéties. On en
pourra juger par quelques morceaux
de celle d'Ezechiel qui nous offre un
Tableau fi fidéle & fi frappant de la
réfurrection des morts.
Dans une trifte & vaſte plaine
La main du Seigneur m'a conduit ,
De nombreux offemens la campagne étoit pleine s
L'effroi me précéde & me ſuit.
Je parcours lentement cette affreuſe carrière
Et contemple en filence épars fur la pouffière ,
Ces reftes défléchés d'un peuple entier détruit .
Crois-tu , dit le Seigneur , homme à quije confie
Des fecrets qu'à toi ſeul ma bouche a réſervés ,
Que de leurs cendres relevés
Ces Morts retournent à la vie ?
C'eſt vous feul , ô mon Dieu ! vous feul qui le
fçavez.
Il dit , & je répéte à peine
Les oracles de fon pouvoir ,
Que j'entends partout dans la plaine
Ces os avec bruit fe mouvoir.
Dans leurs liens ils fe replacent
OCTOBRE . 1763 . 83
Leurs nerfs croiffent & s'entrelacent ,
Le fang inonde ſes canaux ,
La chair renaît & fe colore :
L'âme feule' manquoit encore
A ces habitans des tombeaux .
Mais le Seigneur fe firentendre ,
Et je m'écriai plein d'ardeur :
Elprit , hâtez-vous de deſcendre ,
Venez , Esprit réparateur ;
Soufflez des quatre Vents du Monde ,
Soufflez votre chaleur féconde
Sur ces corps prêts d'ouvrir les yeux.
Soudain le prodige s'achève ,
Et ce Peuple de morts ſé léve
Étonné de revoir les Cieux .
Les hymnes de M. de Pompignan
font abfolument à lui ; il y a pris tous
les ftyles afin d'entrer dans l'efprit de
tous les mystères . L'hymne de S. Louis
eft furtout intéreffante pour nous : on
n'ous y retrace en très-beaux vers les
traits les plus glorieux de la vie de ce
faint Roi
François , voici le jour de gloire ,
Le jour où les chants les plus doux
De l'Ayeol des Bourbons célébrent la mémoires
Coeurs François , applaudiffez tous.
D vj
MERCURE DE FRANCE.
Couvrons de fleurs & de feuillages
La demeure paible où Louis tient ſa Cour.
Nos ayeux y portoient les tributs de l'Amour
Portons ý des voeux , des hommages
Qui montentjufqu'à lui dans le divin féjour.
O Vincennes ! Palais champêtre ,
Tes bois antiques , tes vergers ,
Raffembloient autour de leur Maître
Les Grands , le Peuple , & les Bergers .
Quel éclat fur fon front ! quelle majefté fainte !
Qu'il fçavoit inſpirer de reſpect & de crainte
Lorsqu'il étoit aflis dans le Temple des Loix!
Qu'il donnoit de leçons & d'exemples aux Rois
Quand le glaive de fa juftice
Frappoit le faux honneur , le blafphême, & le vice,
Et du Trône infulté vengeoit les juſtes droits.
O miracle , ô Vertu ! Louis eft dans les chaînes
Et fes Vainqueurs fon à fes pieds.
On ne peut s'empêcher de citer la
dernière Strophe . C'eft expreffion des
fentimens & des voeux de tous les bons
François.
Que Louis en ce jour dans la gloire immortelle
De fon Peuple chéri reconnoille la voix,
OCTOBRE. 1763. 84
Qu'il foit de les Enfans à jamais le modéle ;
Et que du haut des Cieux il régne avec nos Rois :
Nous voilà , enfin , parvenus aux difcours
Philofophiques ; ils compofent le
3. Livre où tout eft frappant , le ftyle ,
l'arrangement , les Sujets , la Morale.
Les anciens Philofophes , dit Minutius
Felix , ont puifé la vérité dans les
Prophéties qu'ils ont altérées .
Malheur à moi , ajoute M. de Pompi
guan. » Malheur à ces difcours , s'ils
» étoient dans le même cas ; mais j'ofe
» croire qu'ils font à l'abri de toute
imputation de cette nature . Je dois
feulement prévenir le Lecteur qu'ils
» n'ont pas été travaillés dans le même
» ordre , ni fur le même plan que les
» Pleaumes , les Cantiques & les Pro-
" phéties. Là , je traduis fidélement
» ou j'imite avec exactitude l'original ;
» ici j'accommode le Texte aux Sujets
» que j'ai choifis , fujets tirés néan-
» moins des mêmes livres qui m'ont
» fourni les matériaux de l'ouvrage.
Pour cela j'ai pris dans différens cha-
» pitres tous les verfets relatifs au même
» objet ; je les ai liés enfemble ; j'en
» ai développé le fens & les preuves ,
» je leur ai donné une jufte étendue ;
86 MERCURE DE FRANCE .
» & j'en ai compofé des difcours déta-
» chés & indépendans l'un de l'autre .
» C'est la forme que j'ai obfervée à l'é-
» gard des Proverbes , parce que les
» matières y femblent mêlées & con-
» fondues . Ce Livre eft un tréfor de
» penſées .
Les bornes que nous fommes obligés
de nous préfcrire dans cet Extrait nous
empêchent de rendre un compte détaillé
de chacun de ces difcours ; nous
n'en rapporterons que quelques Morceaux
qui mettront le Lecteur à portée
de juger des autres .
La Sageffe eft le bras , l'oeil & l'âme des Rois .
A fes enfeignemens s'ils conforment leurs loix ,
Si par eux la Juſtice eft toujours révérée ,
Ils font puiffans , chéris , leur mémoire eft facrée.
Un infenfé qui règne eſt un monſtre cruel ;
Un Sage fur le Trône eſt un préſent du Ciel.
Le fecond difcours eft terminé par ces
Vers.
L'homme a dans fes devoirs l'objet de tous fes
voeux ;
Plus il leur eſt fidéle & plus il eſt heureux :
La vertu fut toujours la volupté fuprême.
Interroge le vice , il re dira lui-même
OCTOBRE. 1763. 87
Qu'il connut le plaifir , mais jamais le bonheur :
Il n'en eft point , mon fils , pour qui vit fans
honneur.
La Peinture du riche , dans le troifiéme
difcours mérite auffi d'être rapportée .
Le riche eft le jouet de fa propre fortune ;
C'eſt un tyran cruel dont le joug l'importune.
Tourmenté de defirs , de befoin déchiré ,
De rivaux , de jaloux , d'ennemis entouré ,
Ses biens font au pillage , & fes jours à l'enchère :
Son bonheur eft plus trifte encor que la mifère.
Lui-même il fe déchire & devient tour-à -tour
De fon coeur inquiet , la proie & le vautour.
Plein de fes pathons il ne connoît , il n'aime ,
Que les goûts , fes plaiſirs , la fortune & luimême.
Pofféder , acquérir , c'eſt ſa vertu , ſon art ;
Il fait de les trésors fon Temple & fon rempart.
C'eſt un mur qui l'entoure , où malgré ſon au❤
dace
Le fouffle des revers l'aceable & le terraffe.
Dans le quatriéme difcours qui eft
l'éloge de la vie laborieufe & champêtre,
88 MERCURE DE FRANCE.
de l'Economie , & de la Femme-forl'Auteur
débute ainfi :
te •
Heureux qui de fes mains cultive les fillons ;
Où fon champêtre ayeul planta fes pavillons ,
Qui demande à la terre un tribut légitime ,
Pour nourrir les mortels l'épuife & la ranime ,
Et par l'utile effort d'un foin toujours nouveau
En devient l'Econome , & non pas le fardeau !
•
On ne fera peut -être pas faché de
voir auffi le Portrait de la femme-forte.
Que pour d'autres le marbre entaſſé juſqu'aux
Cieux ,
Apprenne à l'Univers leurs titres glorieux ;
L'Artifan fecouru , la pauvreté bannie ,
Ses ferviteurs heureux , & fa famille unie ,
Des fils dont elle-même a formé la Raiſon ,
C'eſt dans ces monumens qu'elle aime à voir fon
nom :
C'eſt là qu'il ſe conſerve & qu'honoré des Sages
Il triomphe à la fois de l'envie & des âges.
O! crainte du Seigneur , tu régles tous fes pas
Tu repands fes tréfors , tu défens ſes appas
Le monde rend hommage à fa conduite auftére ,
Tout corrompu qu'il eft , c'eft un Juge févére ,
Qui dételte & méprife en dépit des flatteurs,
Les biens fans la vertu , la beauté fans les moeurs
OCTOBRE. 1763 . 89
Le cinquiéme difcours
lomnie , commence ainfi .
Aimer tous les humains d'une charité
fur la Capure
C'eft la Loi du Seigneur , le voeu de la Nature ,
Quelle douceur dans les vers qui terminent
ce difcours !
N'eft- il pas même encor des deferts & des bois ;
Où de la Calomnie on n'entend pas la voix ?
Fuyons avec l'honneur , fuyons dans cet aſyle ;
Oublions loin du monde , en ce féjour tranquile
Tout perfide ennemi , tout indigne rival.
Sur-tout ne diſons point : je lui rendrai le mal.
S'il a faim , que nos mets largement le nour
riffent ;
S'il a foif, que nos eaux foudain le rafraîchiſſent.
Nos foins & nos bienfaits , nos dans fur lui
verfés ,
Sont des charbons de feu fur la tête amaflés.
O Mortel ! c'est ainsi que la vertu ſe venge.
Les coeurs font à Dieu feul , c'eſt lui ſeul qui les
change.
Des bons & des méchans lui feul peut ordonner.
C'eſt à Dieu de punir , à nous de pardonner.
A la page 418 , ligne 7 , il s'eft gliffé
une faute d'impreffion :
Et que feroit-ce encor fi des faits diffamansa
Lifez traits diffamans.
go MERCURE DE FRANCE.
Le difcours fur les devoirs des Rois
& des Sujets , eft plein de force , d'éloquence
& d'agrémens.
Le pouvoir paternel , l'autorité fuprême
Sont des droits émanés du Créateur lui - même.
Dieu für la même tête unit leur double loi ;
Qui fit le premier père , a fait le premier Roi.
Le premier qui du Sceptre exerca la puiſſance ,
N'avoit que fes enfans fous fon obéiffance .
Les enfans à leur tour , dans ce Chef révéré ,
Obéiffoient à Dieu qui l'avoit confacré .
Dans ces noeuds que forma la fageffe divine ,
Du vrai Gouvernement nous trouvons l'origine ;
Sur l'intérêt commun fes titres font fondés.
Vous que régit un Maître & vous qui comman
dez ,
Confervez à jamais de fi doux caractères ;
Rois , voilà vos enfans ; Sujets , voilà vos pères.
Que n'exigeons-nous pas , impérieux Sujets :
Des talens , des vertus , & même des ſuccès ?
Vous dont le coeur eft droit , l'âme tranquille &
faine ,
Parcourez les devoirs de cette vie humaine ,
Obfervez bien les Rois , & vous direz : hélas !
Trop heureux qui fçait l'être , heureux qui ne
l'eft pas .
OCTOBRE. 1763 .
Le feptiéme difcours renferme les deux
premiersChapitres de l'Eccléfiafte . L'Auteur
parcourt tous les âges, toutes les conditions
, & c. il en fait la peinture la plus
vraie , la plus agréable , & conclut avec
le Sage que tout n'eft que vanité.
Depuis que ces objets affiégent mes efprits
Que la vie à mes yeux a pèrdu de fon prix !
Elle m'eft importune , & fon fardeau m'accable.
Ne la furchargeons plus d'un travail milérable.
C'eſt le fort d'un Pécheur d'augmenter fes befoins
,
D'abandonner fon âme à d'inutiles foins ,
De pofféder fans goût , d'acquérir fans meſure.
Savourons fobrement les dons de la Nature ;
Ils viennent de Dieu même , ils font pour les humains
:
Enjouir fans abus c'eft remplir fes deffeins .
L'art de fe modérer naît de l'expérience.
Aux Mortels qu'il chérit Dieu donne la ſcience ,
La fageffe , la paix , & les loisirs heureux ;
Le reste eft fuperflus , s'il n'eſt pas dangereux .
Dans les cinq derniers difcours l'Auteur
fuit le plan de l'Eccléfiafte , &
garde l'ordre des Chapitres. Ils font
dignes des fept premiers. Les différens
morceaux que nous venons de rapporter
nous ont paru propres à faire con- .
92 MERCURE DE FRANCE.
noître le mérite des Poëfies facrées ; &,
l'on ne peut être foupçonné de vouloir
en impofer au Public , quand on met
fous fes yeux dequoi juftifier le jugement
qu'on porte de l'Ouvrage entier
d'un Citoyen qui a toujours fait autant
d'honneur aux Lettres par l'éclat & le
fuccès avec lequel il les a cultivées, que
par la manière diftinguée dont il a rempli
une des premières Places de la Magiftrature.
tirées des Livres Saints , par M. LE
FRANC DE POMPIGN AN
velle Edition confidérablement augmentée
& enrichie de gravures, volume
in-4° . A Paris de l'Imprimerie de
Prault , quai de Gévres.
,
C'EST en 1751 que parut la première
édition de cet ouvrage. Tous les Journaliſtes
en rendirent alors le compte le
plus avantageux ; & le Public fouvent
injufte quand il blâme , mais prèfque
toujours équitable quand il applaudit ,
reçut ces Poëfies facrées avec reconnoiffance.
En 1754 , Chaubert en donna une
feconde édition & celle que nous annonçons
eft la troifiéme. Le papier &
le caractère en font beaux ; les gravures
deffiuées par le célébre Cochin & exé-
1
OCTOBRE. 1763. 77
cutées par Prévôt font auffi ingénieufes
qu'agréables.
L'Auteur a fait beaucoup d'additions
à fon ouvrage , & nous avons lieu d'augurer
qu'elles obtiendront les éloges
des vrais Littérateurs , ainfi que les applaudiffemens
des âmes honnêtes, fenfibles
& vertueufès.
Après avoir luce Recueil fans partialité
( & jufqu'ici , nous n'imaginons
pas que l'on nous en foupçonne ) quelques
exemples choifis prefqu'au ha
zard juftifieront le jugement que nous
en portons , en renvoyant à l'Extrait
que le Mercure en donna en 1752 , pour
la partie de ce même Recueil qui parut
alors.
Cet ouvrage eft divifé en cinq livres.
Le premier renferme 19 Pieaumès , le
fecond 20 Cantiques , le troifiéme 7
Prophéties formant 18 Chapitres , le
quatriéme 16 Hymnes , & le cinquiéme
12 Difcours Philofophiques . Tout
cela eft terminé par l'examen qui fut
fait des premières éditions des Poëfies
facrées , & dont il a été rendu compte
en 1756.
Le Difcours Préliminaire est écrit
avec beaucoup de chaleur & d'agrément.
On y trouve des recherches , des
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vues profondes , des difcuffions fçavantes
, mais parées de toutes les grâces de
la Littérature. Et ce qui eft affez rare
aujourd'hui dans un Auteur , celui - ci
parle toujours modeftement de luimême
& avec beaucoup d'éloges de
tous ceux qui ont parcouru la même
carrière avec quelques fuccès.
Si dans un ouvrage confacré à la
piété & à la religion , il s'éléve quelquefois
contre les incrédules s'il les
combat avec force , c'eft toujours en
ménageant les perfonnes , qu'il ne nomme
pas , qu'il fe garde même de défigner.
On fent qu'il voudroit les convaincre
, mais jamais les outrager.
L'Auteur fe flatte dans ce Difours
qu'on l'approuvera du moins d'avoir
imaginé des Poëmes Philofophiques
d'un caractère nouveau : » c'eft , dit- il ,
» un éffai fufceptible de perfection ,
» une route des plus ouvertes à la Poëfie
; nous avons aujourd'hui des Poë-
» tes Philofophes leurs vers valent
» mieux que les miens , j'en fuis per-
» fuadé ; mais la Philofophie de Salo-
» mon vaut certainement mieux que la
» leur , & c'eft celle- là que j'ai miſe
» en Vers. »
Mais entrons en matière ; il y a neuf
OCTOBRE. 1763 . 79
Pleaumes nouvellement traduits dans
cette édition . Le dernier eft fingulier
par la beauté & la variété des images ,
par le mêlange de douceur & l'élévation
qui y regne.
Dieu n'eft point,dit l'impie, il n'eft point, & la terre
Adore un étre nul par la peur encenſe ;
La peur forgea fon maître au feul bruit d'un tonnerre
Qu'il n'a jamais lancé .
À ce cri de révolte , à ce cri de démence
Dieu jette fur la terre un regard de douleur :
Il la parcourt , il cherche un refte de Prudence ;
Il ne trouve qu'erreur.
Il ne trouvé qu'ingrats armés contre leur père ;
Mais dans ces noirs accès d'un fiécle malheureux ,
Ce n'eft point la Raiſon , c'eſt le coeur qui profére
Ces blafphèmes affreux.
Telle eſt du'vice impur la puiffance empéllée ,
Des moeurs , de la vertu Dieu venge ainfi l'affront .
La doctrine à ſon tour eſt bientôt infectée
Quand le coeur fe corrompt.
Mépriſons , dira - t -il , les pleurs des Miférables ,
Perfécutons la veuve , opprimons l'orphelin ,
Et dans les maux publics prodiguons fur nos tables
Les pafums & le vin .
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Le vice & la vertu font des noms arbitraires.
Le plaifir , l'intérêt , la force fait nos droits.
Laiffons aux malheureux , laiffons aux coeurs vul
gaires
Les autels & les loix.
Quand la mort l'a frappé , que refte - t - il de
l'homme ?
Notre esprit eft un fouffle , & le temps une fleur.
Que ce temps précieux dans les jeux fe confomme
Et mourons fans douleur.
Tu mourras en effet, mais non comme ru penfess
Ce fouffle prétendu furvit à ton trépas.
C'eſt une âme immortelle & leDieu des
Ne l'anéantit pas.
vengeances
Que de poëfie , de force , & de fublime
dans les Cantiques ! qu'on en juge
par le début & la fin du feiziéme . L'Auteur
ou plutôt le Prophéte Ezechiel
peint la magnificence & prédit la ruine
de Tyr.
O Tyr! ferois - tu fatisfaite ,
Toi qui difois à l'Univers :
Je ſuis d'une beauté parfaite ;
Mon trône eft bâti dans les mers?
Tes citoyens pour te conſtruire
Dans ta demeure ont fçu conduire
Les plus hauts cédres du Liban ,
OCTOBRE. 1763 . 81
Les fapins qu'Hernon nous préfente ,
Toutl'ivoire que l'Inde enfante ,
Et les vieux chênes de Bafun.
Après plufieurs Strophes confacrées à
décrire la richeffe & la magnificence
de cette Ville , l'Auteur continue ainfi.
Tyr! o trop fuperbe Reine,
Tes richeffes t'enfloient d'orgueil .
Des mers unique Souveraine
Tu ne redoutcis point l'écueil.
En vain l'orage te menace ,
Tes rameurs pleins de ton audace
Te ménent fur les grandes eaux,
Mais , ô confiance funefte !
Miniftres du courroux célefte
Les vents te brifent fur les flots.
Tes riches magafins , tes temples , tes portiques ,
Tes vaftes arénaux , tes palais magnifiques ,
Tes Prêtres , tes Soldats , les Docteurs de ta Lois
Tes tréfors , tes projets & tes grandeurs fi vaines
Et tes femmes hautaines
Dans les profondes mers tomberont avec toi.
En lifant cette dernière Strophe , ne
croit-on pas voir Tyr elle - même , s'écrouler
, fe perdre & s'abîmer dans les
flots ? & avec quel art l'Auteur nous
retrace en fix vers la ruine d'une ville.
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
qu'il n'a bâtie pour ainfi dire que lentement
& à l'aide de près de quatre-vingt
vers ? M. de Pompignan femble fe furpaffer
encore dans les Prophéties. On en
pourra juger par quelques morceaux
de celle d'Ezechiel qui nous offre un
Tableau fi fidéle & fi frappant de la
réfurrection des morts.
Dans une trifte & vaſte plaine
La main du Seigneur m'a conduit ,
De nombreux offemens la campagne étoit pleine s
L'effroi me précéde & me ſuit.
Je parcours lentement cette affreuſe carrière
Et contemple en filence épars fur la pouffière ,
Ces reftes défléchés d'un peuple entier détruit .
Crois-tu , dit le Seigneur , homme à quije confie
Des fecrets qu'à toi ſeul ma bouche a réſervés ,
Que de leurs cendres relevés
Ces Morts retournent à la vie ?
C'eſt vous feul , ô mon Dieu ! vous feul qui le
fçavez.
Il dit , & je répéte à peine
Les oracles de fon pouvoir ,
Que j'entends partout dans la plaine
Ces os avec bruit fe mouvoir.
Dans leurs liens ils fe replacent
OCTOBRE . 1763 . 83
Leurs nerfs croiffent & s'entrelacent ,
Le fang inonde ſes canaux ,
La chair renaît & fe colore :
L'âme feule' manquoit encore
A ces habitans des tombeaux .
Mais le Seigneur fe firentendre ,
Et je m'écriai plein d'ardeur :
Elprit , hâtez-vous de deſcendre ,
Venez , Esprit réparateur ;
Soufflez des quatre Vents du Monde ,
Soufflez votre chaleur féconde
Sur ces corps prêts d'ouvrir les yeux.
Soudain le prodige s'achève ,
Et ce Peuple de morts ſé léve
Étonné de revoir les Cieux .
Les hymnes de M. de Pompignan
font abfolument à lui ; il y a pris tous
les ftyles afin d'entrer dans l'efprit de
tous les mystères . L'hymne de S. Louis
eft furtout intéreffante pour nous : on
n'ous y retrace en très-beaux vers les
traits les plus glorieux de la vie de ce
faint Roi
François , voici le jour de gloire ,
Le jour où les chants les plus doux
De l'Ayeol des Bourbons célébrent la mémoires
Coeurs François , applaudiffez tous.
D vj
MERCURE DE FRANCE.
Couvrons de fleurs & de feuillages
La demeure paible où Louis tient ſa Cour.
Nos ayeux y portoient les tributs de l'Amour
Portons ý des voeux , des hommages
Qui montentjufqu'à lui dans le divin féjour.
O Vincennes ! Palais champêtre ,
Tes bois antiques , tes vergers ,
Raffembloient autour de leur Maître
Les Grands , le Peuple , & les Bergers .
Quel éclat fur fon front ! quelle majefté fainte !
Qu'il fçavoit inſpirer de reſpect & de crainte
Lorsqu'il étoit aflis dans le Temple des Loix!
Qu'il donnoit de leçons & d'exemples aux Rois
Quand le glaive de fa juftice
Frappoit le faux honneur , le blafphême, & le vice,
Et du Trône infulté vengeoit les juſtes droits.
O miracle , ô Vertu ! Louis eft dans les chaînes
Et fes Vainqueurs fon à fes pieds.
On ne peut s'empêcher de citer la
dernière Strophe . C'eft expreffion des
fentimens & des voeux de tous les bons
François.
Que Louis en ce jour dans la gloire immortelle
De fon Peuple chéri reconnoille la voix,
OCTOBRE. 1763. 84
Qu'il foit de les Enfans à jamais le modéle ;
Et que du haut des Cieux il régne avec nos Rois :
Nous voilà , enfin , parvenus aux difcours
Philofophiques ; ils compofent le
3. Livre où tout eft frappant , le ftyle ,
l'arrangement , les Sujets , la Morale.
Les anciens Philofophes , dit Minutius
Felix , ont puifé la vérité dans les
Prophéties qu'ils ont altérées .
Malheur à moi , ajoute M. de Pompi
guan. » Malheur à ces difcours , s'ils
» étoient dans le même cas ; mais j'ofe
» croire qu'ils font à l'abri de toute
imputation de cette nature . Je dois
feulement prévenir le Lecteur qu'ils
» n'ont pas été travaillés dans le même
» ordre , ni fur le même plan que les
» Pleaumes , les Cantiques & les Pro-
" phéties. Là , je traduis fidélement
» ou j'imite avec exactitude l'original ;
» ici j'accommode le Texte aux Sujets
» que j'ai choifis , fujets tirés néan-
» moins des mêmes livres qui m'ont
» fourni les matériaux de l'ouvrage.
Pour cela j'ai pris dans différens cha-
» pitres tous les verfets relatifs au même
» objet ; je les ai liés enfemble ; j'en
» ai développé le fens & les preuves ,
» je leur ai donné une jufte étendue ;
86 MERCURE DE FRANCE .
» & j'en ai compofé des difcours déta-
» chés & indépendans l'un de l'autre .
» C'est la forme que j'ai obfervée à l'é-
» gard des Proverbes , parce que les
» matières y femblent mêlées & con-
» fondues . Ce Livre eft un tréfor de
» penſées .
Les bornes que nous fommes obligés
de nous préfcrire dans cet Extrait nous
empêchent de rendre un compte détaillé
de chacun de ces difcours ; nous
n'en rapporterons que quelques Morceaux
qui mettront le Lecteur à portée
de juger des autres .
La Sageffe eft le bras , l'oeil & l'âme des Rois .
A fes enfeignemens s'ils conforment leurs loix ,
Si par eux la Juſtice eft toujours révérée ,
Ils font puiffans , chéris , leur mémoire eft facrée.
Un infenfé qui règne eſt un monſtre cruel ;
Un Sage fur le Trône eſt un préſent du Ciel.
Le fecond difcours eft terminé par ces
Vers.
L'homme a dans fes devoirs l'objet de tous fes
voeux ;
Plus il leur eſt fidéle & plus il eſt heureux :
La vertu fut toujours la volupté fuprême.
Interroge le vice , il re dira lui-même
OCTOBRE. 1763. 87
Qu'il connut le plaifir , mais jamais le bonheur :
Il n'en eft point , mon fils , pour qui vit fans
honneur.
La Peinture du riche , dans le troifiéme
difcours mérite auffi d'être rapportée .
Le riche eft le jouet de fa propre fortune ;
C'eſt un tyran cruel dont le joug l'importune.
Tourmenté de defirs , de befoin déchiré ,
De rivaux , de jaloux , d'ennemis entouré ,
Ses biens font au pillage , & fes jours à l'enchère :
Son bonheur eft plus trifte encor que la mifère.
Lui-même il fe déchire & devient tour-à -tour
De fon coeur inquiet , la proie & le vautour.
Plein de fes pathons il ne connoît , il n'aime ,
Que les goûts , fes plaiſirs , la fortune & luimême.
Pofféder , acquérir , c'eſt ſa vertu , ſon art ;
Il fait de les trésors fon Temple & fon rempart.
C'eſt un mur qui l'entoure , où malgré ſon au❤
dace
Le fouffle des revers l'aceable & le terraffe.
Dans le quatriéme difcours qui eft
l'éloge de la vie laborieufe & champêtre,
88 MERCURE DE FRANCE.
de l'Economie , & de la Femme-forl'Auteur
débute ainfi :
te •
Heureux qui de fes mains cultive les fillons ;
Où fon champêtre ayeul planta fes pavillons ,
Qui demande à la terre un tribut légitime ,
Pour nourrir les mortels l'épuife & la ranime ,
Et par l'utile effort d'un foin toujours nouveau
En devient l'Econome , & non pas le fardeau !
•
On ne fera peut -être pas faché de
voir auffi le Portrait de la femme-forte.
Que pour d'autres le marbre entaſſé juſqu'aux
Cieux ,
Apprenne à l'Univers leurs titres glorieux ;
L'Artifan fecouru , la pauvreté bannie ,
Ses ferviteurs heureux , & fa famille unie ,
Des fils dont elle-même a formé la Raiſon ,
C'eſt dans ces monumens qu'elle aime à voir fon
nom :
C'eſt là qu'il ſe conſerve & qu'honoré des Sages
Il triomphe à la fois de l'envie & des âges.
O! crainte du Seigneur , tu régles tous fes pas
Tu repands fes tréfors , tu défens ſes appas
Le monde rend hommage à fa conduite auftére ,
Tout corrompu qu'il eft , c'eft un Juge févére ,
Qui dételte & méprife en dépit des flatteurs,
Les biens fans la vertu , la beauté fans les moeurs
OCTOBRE. 1763 . 89
Le cinquiéme difcours
lomnie , commence ainfi .
Aimer tous les humains d'une charité
fur la Capure
C'eft la Loi du Seigneur , le voeu de la Nature ,
Quelle douceur dans les vers qui terminent
ce difcours !
N'eft- il pas même encor des deferts & des bois ;
Où de la Calomnie on n'entend pas la voix ?
Fuyons avec l'honneur , fuyons dans cet aſyle ;
Oublions loin du monde , en ce féjour tranquile
Tout perfide ennemi , tout indigne rival.
Sur-tout ne diſons point : je lui rendrai le mal.
S'il a faim , que nos mets largement le nour
riffent ;
S'il a foif, que nos eaux foudain le rafraîchiſſent.
Nos foins & nos bienfaits , nos dans fur lui
verfés ,
Sont des charbons de feu fur la tête amaflés.
O Mortel ! c'est ainsi que la vertu ſe venge.
Les coeurs font à Dieu feul , c'eſt lui ſeul qui les
change.
Des bons & des méchans lui feul peut ordonner.
C'eſt à Dieu de punir , à nous de pardonner.
A la page 418 , ligne 7 , il s'eft gliffé
une faute d'impreffion :
Et que feroit-ce encor fi des faits diffamansa
Lifez traits diffamans.
go MERCURE DE FRANCE.
Le difcours fur les devoirs des Rois
& des Sujets , eft plein de force , d'éloquence
& d'agrémens.
Le pouvoir paternel , l'autorité fuprême
Sont des droits émanés du Créateur lui - même.
Dieu für la même tête unit leur double loi ;
Qui fit le premier père , a fait le premier Roi.
Le premier qui du Sceptre exerca la puiſſance ,
N'avoit que fes enfans fous fon obéiffance .
Les enfans à leur tour , dans ce Chef révéré ,
Obéiffoient à Dieu qui l'avoit confacré .
Dans ces noeuds que forma la fageffe divine ,
Du vrai Gouvernement nous trouvons l'origine ;
Sur l'intérêt commun fes titres font fondés.
Vous que régit un Maître & vous qui comman
dez ,
Confervez à jamais de fi doux caractères ;
Rois , voilà vos enfans ; Sujets , voilà vos pères.
Que n'exigeons-nous pas , impérieux Sujets :
Des talens , des vertus , & même des ſuccès ?
Vous dont le coeur eft droit , l'âme tranquille &
faine ,
Parcourez les devoirs de cette vie humaine ,
Obfervez bien les Rois , & vous direz : hélas !
Trop heureux qui fçait l'être , heureux qui ne
l'eft pas .
OCTOBRE. 1763 .
Le feptiéme difcours renferme les deux
premiersChapitres de l'Eccléfiafte . L'Auteur
parcourt tous les âges, toutes les conditions
, & c. il en fait la peinture la plus
vraie , la plus agréable , & conclut avec
le Sage que tout n'eft que vanité.
Depuis que ces objets affiégent mes efprits
Que la vie à mes yeux a pèrdu de fon prix !
Elle m'eft importune , & fon fardeau m'accable.
Ne la furchargeons plus d'un travail milérable.
C'eſt le fort d'un Pécheur d'augmenter fes befoins
,
D'abandonner fon âme à d'inutiles foins ,
De pofféder fans goût , d'acquérir fans meſure.
Savourons fobrement les dons de la Nature ;
Ils viennent de Dieu même , ils font pour les humains
:
Enjouir fans abus c'eft remplir fes deffeins .
L'art de fe modérer naît de l'expérience.
Aux Mortels qu'il chérit Dieu donne la ſcience ,
La fageffe , la paix , & les loisirs heureux ;
Le reste eft fuperflus , s'il n'eſt pas dangereux .
Dans les cinq derniers difcours l'Auteur
fuit le plan de l'Eccléfiafte , &
garde l'ordre des Chapitres. Ils font
dignes des fept premiers. Les différens
morceaux que nous venons de rapporter
nous ont paru propres à faire con- .
92 MERCURE DE FRANCE.
noître le mérite des Poëfies facrées ; &,
l'on ne peut être foupçonné de vouloir
en impofer au Public , quand on met
fous fes yeux dequoi juftifier le jugement
qu'on porte de l'Ouvrage entier
d'un Citoyen qui a toujours fait autant
d'honneur aux Lettres par l'éclat & le
fuccès avec lequel il les a cultivées, que
par la manière diftinguée dont il a rempli
une des premières Places de la Magiftrature.
Fermer
132
p. 92-99
ABRÉGÉ Chronologique de l'Histoire de France de M. le Président HÉNAULT.
Début :
ON vient de traduire en Anglois cet excellent Ouvrage ; c'est un honneur [...]
Mots clefs :
Histoire, Ouvrage, Président, Abrégé, Préface, Traducteur, Détails
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ Chronologique de l'Histoire de France de M. le Président HÉNAULT.
ABRÉGÉ Chronologique de l'Hiftoire de
France de M. le Préſident HÉN AULT.
O N vient de traduire en Anglois cet
excellent Ouvrage ; c'eft un honneur
qui lui a été déja rendu en plufieurs
Langues , fans compter la filiation de
toutes les Hiftoires de l'Europe qui ont
fuivi dans le même format & dont
les Auteurs lui ont tous reporté l'hommage.
Le Traducteur Anglois a fait une
Préface , dont voici la traduction : on
la lira avec plaifir.
OCTOBRE. 1763. 93
PRÉFACE que le Traducteur Anglois
a mife à la tête de l'Ouvrage
de M. le Préfident HENAULT.
Cet Ouvrage différe beaucoup de
tous les autres abrégés chronologiques ,
qui , deſtinés principalement à éxercer
la mémoire des enfans , ne contiennent
guères que les dates des Naiffances , des
Mariages , des Batailles & des Morts ;
le Préfident Hénault a pris un plan plus
étendu ; non-feulement fon Abrégé eft
utile à ceux qui ne cherchent que les
dates & la fucceffion des événemens
ordinaires , mais encore il indique la
fondation & les progrès de la Monarchie
Françoife , les différentes révolutions
qu'elle a éprouvées dans la forme de
fon Gouvernement , les maximes fondamentales
de l'Etat , la véritable fource
du Droit pubic des François , l'origine
des Ufages & des Coûtumes , la création
& les différens changemens des
Charges de la Couronne , l'établiffement
des différentes Cours de Juſtice ,
la fucceffion des premiers Magiftrats ,
avec les noms des Miniftres , Capitaines
& Gens de Lettres qui fe font rendus
illuftres dans ce Royaume.
94 MERCURE DE FRANCE.
Tel eft le Plan du Préfident Hénault ;
il n'échappera pas à ceux qui liront fon
Livre avec attention : ils fentiront que
les recherches de l'Hiftorien ont été dirigées
par le Magiftrat & l'Homme d'Etat.
Ils feront frappés particulièrement
des remarques dont cette Hiftoire eſt
embellie . Si je voulois en relever toutes
les beautés , j'excéderois les bornes
d'une Préface ; elles font répandues dans
tout l'Ouvrage , & elles le mettent audeffus
de tous ceux du même genre.
Mais en particulier , fes obfervations
fur l'établiffement des François dans
les Gaules , fur les Minorités , fur l'origine
de la Nobleffe & des Annobliffemens
, fur l'adminiſtration de la Juftice ,
fur la vénalité des charges , fur l'aliénation
des terres de la Couronne, les duels ,
les Tournois , les Croiſades , & c , font
comme des étoiles de la première grandeur
, qui ne peuvent même échapper
à un Obfervateur ordinaire .
>
Il éft vrai qu'il y a dans cet excellent
Auteur, plufieurs beautés cachées .
qui demandent un regard plus fin & plus
perçant pour les découvrir. Il paroît fouventjetter
les fondemens d'un Traité entier
, & laiffe fon Lecteur jouir du plaifir
de le développer ; à peine y a-t-il une
OCTOBRE. 1763. 95
page qui ne contienne quelques paffages
qui mériteroient un Commentaire particulier.
En un mot , il raffemble dans
l'espace d'un petit nombre de lignes autant
d'inftructions que d'autres dans les
differtations les plus étendues. Il eſt évident
par tout ce que nous venons de
dire , que c'est un Ouvrage d'un genre
très- différent de tous ceux qui portent
le même nom. Il est même à remarquer
qu'il contient quelques éclairciffemens
qu'on chercheroit en vain dans les Hif
toires les plus étendues. On ne trouve
nulle-part un détail auffi clair fur le fameux
Traité de Bretigny , fur lequel il
différe beaucoup de M. Rapin . Il a auffi
une opinion qui lui eft propre tou
chant Catherine de Médicis , que tous
les Hiftoriens fuppofent avoir été Régente
de France , & il prouve clairement
que c'eft le premier exemple d'une
minorité fans Régence , & d'un Roi mineur
nommant lui -même fes Miniftres,
Mais ce qu'on ne peut s'empêcher
d'admirer , ce font les Portraits fi bien
deffinés qu'il fait de la plupart des
Rois de France , & des autres perfonnes
confidérables ; celui du Cardinal de
Retz eft un chef-d'oeuvre dans fon genre
, & feroit honneur à l'Hiftorien le
96 MERCURE DE FRANCE.
plus célébre. Pour ce qui eft des détails
hiftoriques, ils deviennent plus confidérables
, à mefure que l'Auteur fe
rapproche de fon temps , parce que le récit
des faits eft toujours plus intéreſſant,
& d'une plus grande utilité , lorfqu'on
peut les appliquer aux coûtumes & aux
moeurs préfentes ; c'eft pourquoi notre
Auteur à traité avec un plus grand détail
les regnes de Louis XIII, & de
Louis XIV. qu'aucune autre partie de
fon Hiftoire .
Quant à la forme de cet ouvrage , elle
eft entierement nouvelle , n'étant ni
une véritable hiftoire , ni une fimple
Chronologie , mais un mêlange judicieux
de l'un & de l'autre.
Notre fçavant Préfident, dit M. Macquer
,
très-bon imitateur de fa manière
d'écrire , parle ainfi dans la préface de
fon Abregé Chronologique de l'Hiftoire
Romaine, je vais rendre compte
» de ce que j'ai fait , pour conformer
" mon plan à celui de M. le Préfident
» Henault , dans fon Abrégé Chrono-
» logique de l'Hiftoire de France , qui ,
» après avoir été le modéle de plufieurs
» autres ouvrages , l'a encore été de
celui-ci. Rendre un très- court abrégé
» prèfqu'auffi intéreffant , auffi inftructif
OCTOBRE. 1763 . 97
tif que les grands corps d'Hiftoire : y
» mettre à la portée de tous les Lecurs ,
» fans affe& ation , fans que Part fe
» faffe fentir , tout ce qu'un homme
» de génie peut recueillir d'une lecture
» longue & réfléchic : faire difparoî.re
» les détails & conferver leurs réful-
» tats : tracer des Portraits reffemblans,
» & n'employer que des touches effen-
» tielles caractérifiques : tout appro-
" fondir & paroî re tout effleurer : tel-
» le eft l'entreprife que M. le Préfident
Hénault a formée , & qu'il a exé-
" cutée avec le brillant fuccès que
» perfonne n'ignore .
Ce genre de compofition , dent nous
fommes redevables à notre célébre Auteur
, a été admiré par les Critiques les
plus éclairés de ce temps , & ils ont
honoré fon Inventeur des plus grands
éloges.
*
Le Roi de Pruffe ( dont le jugement
dans les Arts agréables comme dans
celui de la guerre fera toujours refpecté
par cette Nation ) remarque
abrégé peut être confidéré comme
» la fubftance de toutes les chofes re-
» marquables & dignes d'être retenues ,
que cet
* Préface des Mémoires de Brandebourg.
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
» qui fe trouvent dans l'Hiftoire de
» France , que fon judicieux Auteur a
» l'art d'embellir l'étude féche de la
» Chronologie , & que quiconque pof-
» féde bien cet ouvrage peut paffer
» pour fçavoir parfaitement l'Hiftoire
» de France. Un autre bon Juge dont
j'emprunterai les paroles pour terminer
cette Préface dit * " que nous fommes
» redevables à M. le Préfident Hénauls
» de la plus courte & de la meilleure
Hiftoire de France , & peut- être de
la feule manière dont l'Hiftoire de
» tous les grands Royaumes devroit
» être écrite à l'avenir , car les faits &
» les détails fe font tellement multipliés
» que nous nous contenterons bientôt
» de lire feulement des Extraits & des
Dictionnaires.
"
Je dois faire obferver que les notes
de cet Ouvrage ont toutes été ajoutées
par le Traducteur ; fon intention a été
d'expliquer des obfcurités ; de fuppléer
à des omiffions , & même de rectifier
quelques petites méprifes qui fe font
gliffées dans l'original, Ces dernières
font en petit nombre , & font toutes
relatives à l'Hiftoire d'Angleterre . Si
>
* Siécle de Louis XIV. dans le Catalogue des
Aureurs,
OCTOBRE . 1763. 99
l'Auteur a pu s'écarter quelquefois de
fon exactitude ordinaire , le Public , je
l'efpére , me pardonnera d'avoir cherché
à le remettre fur la voie.
On trouvera des exemplaires de l'Abrégé
Chronologique traduit en Anglois,
chez Cavelier , rue S. Jacques.
France de M. le Préſident HÉN AULT.
O N vient de traduire en Anglois cet
excellent Ouvrage ; c'eft un honneur
qui lui a été déja rendu en plufieurs
Langues , fans compter la filiation de
toutes les Hiftoires de l'Europe qui ont
fuivi dans le même format & dont
les Auteurs lui ont tous reporté l'hommage.
Le Traducteur Anglois a fait une
Préface , dont voici la traduction : on
la lira avec plaifir.
OCTOBRE. 1763. 93
PRÉFACE que le Traducteur Anglois
a mife à la tête de l'Ouvrage
de M. le Préfident HENAULT.
Cet Ouvrage différe beaucoup de
tous les autres abrégés chronologiques ,
qui , deſtinés principalement à éxercer
la mémoire des enfans , ne contiennent
guères que les dates des Naiffances , des
Mariages , des Batailles & des Morts ;
le Préfident Hénault a pris un plan plus
étendu ; non-feulement fon Abrégé eft
utile à ceux qui ne cherchent que les
dates & la fucceffion des événemens
ordinaires , mais encore il indique la
fondation & les progrès de la Monarchie
Françoife , les différentes révolutions
qu'elle a éprouvées dans la forme de
fon Gouvernement , les maximes fondamentales
de l'Etat , la véritable fource
du Droit pubic des François , l'origine
des Ufages & des Coûtumes , la création
& les différens changemens des
Charges de la Couronne , l'établiffement
des différentes Cours de Juſtice ,
la fucceffion des premiers Magiftrats ,
avec les noms des Miniftres , Capitaines
& Gens de Lettres qui fe font rendus
illuftres dans ce Royaume.
94 MERCURE DE FRANCE.
Tel eft le Plan du Préfident Hénault ;
il n'échappera pas à ceux qui liront fon
Livre avec attention : ils fentiront que
les recherches de l'Hiftorien ont été dirigées
par le Magiftrat & l'Homme d'Etat.
Ils feront frappés particulièrement
des remarques dont cette Hiftoire eſt
embellie . Si je voulois en relever toutes
les beautés , j'excéderois les bornes
d'une Préface ; elles font répandues dans
tout l'Ouvrage , & elles le mettent audeffus
de tous ceux du même genre.
Mais en particulier , fes obfervations
fur l'établiffement des François dans
les Gaules , fur les Minorités , fur l'origine
de la Nobleffe & des Annobliffemens
, fur l'adminiſtration de la Juftice ,
fur la vénalité des charges , fur l'aliénation
des terres de la Couronne, les duels ,
les Tournois , les Croiſades , & c , font
comme des étoiles de la première grandeur
, qui ne peuvent même échapper
à un Obfervateur ordinaire .
>
Il éft vrai qu'il y a dans cet excellent
Auteur, plufieurs beautés cachées .
qui demandent un regard plus fin & plus
perçant pour les découvrir. Il paroît fouventjetter
les fondemens d'un Traité entier
, & laiffe fon Lecteur jouir du plaifir
de le développer ; à peine y a-t-il une
OCTOBRE. 1763. 95
page qui ne contienne quelques paffages
qui mériteroient un Commentaire particulier.
En un mot , il raffemble dans
l'espace d'un petit nombre de lignes autant
d'inftructions que d'autres dans les
differtations les plus étendues. Il eſt évident
par tout ce que nous venons de
dire , que c'est un Ouvrage d'un genre
très- différent de tous ceux qui portent
le même nom. Il est même à remarquer
qu'il contient quelques éclairciffemens
qu'on chercheroit en vain dans les Hif
toires les plus étendues. On ne trouve
nulle-part un détail auffi clair fur le fameux
Traité de Bretigny , fur lequel il
différe beaucoup de M. Rapin . Il a auffi
une opinion qui lui eft propre tou
chant Catherine de Médicis , que tous
les Hiftoriens fuppofent avoir été Régente
de France , & il prouve clairement
que c'eft le premier exemple d'une
minorité fans Régence , & d'un Roi mineur
nommant lui -même fes Miniftres,
Mais ce qu'on ne peut s'empêcher
d'admirer , ce font les Portraits fi bien
deffinés qu'il fait de la plupart des
Rois de France , & des autres perfonnes
confidérables ; celui du Cardinal de
Retz eft un chef-d'oeuvre dans fon genre
, & feroit honneur à l'Hiftorien le
96 MERCURE DE FRANCE.
plus célébre. Pour ce qui eft des détails
hiftoriques, ils deviennent plus confidérables
, à mefure que l'Auteur fe
rapproche de fon temps , parce que le récit
des faits eft toujours plus intéreſſant,
& d'une plus grande utilité , lorfqu'on
peut les appliquer aux coûtumes & aux
moeurs préfentes ; c'eft pourquoi notre
Auteur à traité avec un plus grand détail
les regnes de Louis XIII, & de
Louis XIV. qu'aucune autre partie de
fon Hiftoire .
Quant à la forme de cet ouvrage , elle
eft entierement nouvelle , n'étant ni
une véritable hiftoire , ni une fimple
Chronologie , mais un mêlange judicieux
de l'un & de l'autre.
Notre fçavant Préfident, dit M. Macquer
,
très-bon imitateur de fa manière
d'écrire , parle ainfi dans la préface de
fon Abregé Chronologique de l'Hiftoire
Romaine, je vais rendre compte
» de ce que j'ai fait , pour conformer
" mon plan à celui de M. le Préfident
» Henault , dans fon Abrégé Chrono-
» logique de l'Hiftoire de France , qui ,
» après avoir été le modéle de plufieurs
» autres ouvrages , l'a encore été de
celui-ci. Rendre un très- court abrégé
» prèfqu'auffi intéreffant , auffi inftructif
OCTOBRE. 1763 . 97
tif que les grands corps d'Hiftoire : y
» mettre à la portée de tous les Lecurs ,
» fans affe& ation , fans que Part fe
» faffe fentir , tout ce qu'un homme
» de génie peut recueillir d'une lecture
» longue & réfléchic : faire difparoî.re
» les détails & conferver leurs réful-
» tats : tracer des Portraits reffemblans,
» & n'employer que des touches effen-
» tielles caractérifiques : tout appro-
" fondir & paroî re tout effleurer : tel-
» le eft l'entreprife que M. le Préfident
Hénault a formée , & qu'il a exé-
" cutée avec le brillant fuccès que
» perfonne n'ignore .
Ce genre de compofition , dent nous
fommes redevables à notre célébre Auteur
, a été admiré par les Critiques les
plus éclairés de ce temps , & ils ont
honoré fon Inventeur des plus grands
éloges.
*
Le Roi de Pruffe ( dont le jugement
dans les Arts agréables comme dans
celui de la guerre fera toujours refpecté
par cette Nation ) remarque
abrégé peut être confidéré comme
» la fubftance de toutes les chofes re-
» marquables & dignes d'être retenues ,
que cet
* Préface des Mémoires de Brandebourg.
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
» qui fe trouvent dans l'Hiftoire de
» France , que fon judicieux Auteur a
» l'art d'embellir l'étude féche de la
» Chronologie , & que quiconque pof-
» féde bien cet ouvrage peut paffer
» pour fçavoir parfaitement l'Hiftoire
» de France. Un autre bon Juge dont
j'emprunterai les paroles pour terminer
cette Préface dit * " que nous fommes
» redevables à M. le Préfident Hénauls
» de la plus courte & de la meilleure
Hiftoire de France , & peut- être de
la feule manière dont l'Hiftoire de
» tous les grands Royaumes devroit
» être écrite à l'avenir , car les faits &
» les détails fe font tellement multipliés
» que nous nous contenterons bientôt
» de lire feulement des Extraits & des
Dictionnaires.
"
Je dois faire obferver que les notes
de cet Ouvrage ont toutes été ajoutées
par le Traducteur ; fon intention a été
d'expliquer des obfcurités ; de fuppléer
à des omiffions , & même de rectifier
quelques petites méprifes qui fe font
gliffées dans l'original, Ces dernières
font en petit nombre , & font toutes
relatives à l'Hiftoire d'Angleterre . Si
>
* Siécle de Louis XIV. dans le Catalogue des
Aureurs,
OCTOBRE . 1763. 99
l'Auteur a pu s'écarter quelquefois de
fon exactitude ordinaire , le Public , je
l'efpére , me pardonnera d'avoir cherché
à le remettre fur la voie.
On trouvera des exemplaires de l'Abrégé
Chronologique traduit en Anglois,
chez Cavelier , rue S. Jacques.
Fermer
133
p. 103-111
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
PROFESSION de Foi philosophique, à Amsterdam, chez Marc-Michel [...]
Mots clefs :
Libraire, Brochure, Ouvrage, Lettres, Mémoires, Imprimeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
PROFESSION de Foi philofophique
, à Amfterdam , chez Marc-Michel
Rey, & fe trouve à Lyon , chez les
Frères Periffe , petite Brochure in - 12 . de
36 pages , dont on trouve
quelque
Exemplaires chez Bauche , quai des Auguftins
, à Paris .
MÉMOIRE pour fervir à l'hiſtoire de
l'ufage interne du Mercure fublimé cor-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
1
rofif; par M. le Bégue de Prefe , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal. On y a joint
un Recueil d'obfervations faites fur l'ufage
interne de ce reméde en Allemagne
, en Angleterre , en Italie , & c .
At prudenter à prudente Medico ufurpetur.
Boerh.
In- 12. La Haye , 1763. Et fe trouve à
Paris chez P. Fr. Didot , Libraire, quai
des Auguftins , près du Pont S. Michel,
à S. Auguftin . Prix , 2 liv . broché.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune ,
Duc de Sully , de M. Thomas. Nous
nous propofons de parler plus amplement
de cet excellent Ouvrage.
INSTITUTIONS Militaires pour la
France , ou le Végéce François , par
M. Andreu de Biliftein. Première Partie .
MÉMOIRES fur la fubfiftance d'une armée
& fur les contributions , II Partie.
in-8°. 1762. aux dépens de l'Auteur . Se
trouve à Amfterdam chez E, van Harrevelt
, & à Paris chez Jorry , rue de la
Comédie Françoife. Prix , 3 liv .
ÉSSAI fur la Ville de Nanci , par le
OCTOBRE . 1763. 105
même Auteur. In- 12. Amfterdam, 1762.
Chez H. Conftape!, Libraire , & à Paris
, chez Jorry , rue & vis- à- vis la Comédie
Françoife..Prix , 1 liv. 4 f
LETTRES intéreffantes aux Amis de
la Vérité. In - 18. 1763. *
LETTRE de l'homme civil à l'homme
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
LE POETE malgré les autres , ou
le Méchant malgré lui , Drame en un
Acte de Profe mêlé de Vers . Repréfenté
à l'occafion de la fête de Madame la-
Ducheffe d'Ollone , le 14 Juillet 1763
à Châtillon -fur- Loing. In- 12 . 1763.
LETTRES à M. Rouſſeau , pour
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
RECHERCHES fur la nature & l'inoculation
de la petite vérole. Par M. Robert
, Docteur-Régent en la Faculté de
Médecine de l'Univerfité de Paris . In-
12. La Haye , 1763. Et fe trouve à Paris
chez P. Fr. Didot , quai des Auguftins.
PLAIDOYERS & Mémoires contenant
des queſtions intéreffantes tant en
matières civiles , canoniques & crimi
OCTOBRE. 1763. 107
nelles , que de Police & de Commerce ,
avec les jugemens & leurs motifs fommaires
, & plufieurs difcours fur différentes
matières , foit de Droit public ,
foit d'Hiftoire. Par M. Mannory , ancien
Avocat au Parlement . Tome neuviéme.
In- 12 . Paris , 1763. Chez Claude
Hériffant , Libraire -Imprimeur, rue neuve
Notre-Dame , à la Croix d'or.
Cette collection auffi utile & auffi variée
qu'intéreffante , ne fçauroit devenir
trop volumineufe.
LETTRES Phyfiques contenant les
notions les plus néceffaires à ceux qui
veulent fuivre les leçons expérimentales
de cette Science. In - 12 . Paris , 1763.
Chez Louis- Guillaume de Hanfy , Libraire
, Pont- au Change , à S. Nicolas.
PRINCIPES généraux & particuliers
de la Langue Françoife , confirmés par
des exemples choifis , inftructifs , agréables
& tirés des bons Auteurs ; avec des
remarques fur les lettres , la prononciation
, les accens , la ponctuation ,
l'ortographe
, & un Abrégé de la verfification
Françoife . Par M. de Wailly. Nouvelle
Edition , revue & confidérable-
E vj
103 MERCURE DE FRANCE.
ment augmentée , avec cette Epigraphe :
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous foit toujours
facrée .
Boileau .
à Paris , chez J. Barbou , rue S. Jacques
, aux Cigognes ; avec Approbation
& Privilége du Roi. 1763. 1 vol . in- 12.
CORRESPONDANCE fur une Queftion
Politique d'Agriculture. In- 12 . Amfterdam
, 1763. Et fe trouve à Paris ,
chez Fournier , Libraire , quai des Auguftins.
OBSERVATIONS fur divers moyens
de foutenir & d'encourager l'Agricultu
re , principalement dans la Province de
Guienne , où l'on traite des cultures propres
à cette Province & des obſtacles
qui les empêchent de s'étendre : quatre
parties in 12. qui fe vendent à Bordeaux
, chez les freres Labotiere & à
Paris chez différens Libraires. Il en parut
deux parties en 1756. il en a paru
depuis quelque temps deux autres parties
qui feront, dit-on, fuivies d'une cinquiéme
laquelle contiendra des obfèrvations
Méthéorologiques, faites avec ſoin,
"
OCTOBRE. 1763. 109
pendant vingt ans. Nous avons appris
que l'Auteur de cet excellent Ouvrage
eft M. le Chevalier de Vivens , de Clairac
en Agenois , de l'Académie des Sciences
de Bordeaux , & des Sociétés Royales
de Metz & de Limoges , déjà con-.
nu très avantageufement par fon eſai
fur les principes de la Phyfique, volume
in 8° . 1746 ; fa nouvelle Théorie du
Mouvement auffi in - 8 °. 1749 ,
& par
d'autres productions non moins eftimées.
›
DISCOURS & Mémoires relatifs à.
l'Agriculture par MM . de Mafac &
Sélébran Brochure in 12. 1763 , à
Paris , chez Duchefne , à Bordeaux , chez
les Frères Labotiere , à Limoges chez
Barbou , à Touloufe , chez Robert fils.
L'avertiffement du Libraire eft conçu
en ces termes : » Comme il me paroît
» que les deux Ouvrages réunis dans
» cette Brochure , peuvent être d'au-
" tant plus utiles qu'ils font écrits avec
» la clarté & la précifion convenables
» en pareilles matières , je ne doute pas
» que les vrais Amateurs de l'Agricultu
» re, ne me fçachent quelque gré de les
» avoir mis au jour. » Nous ajouterons
à ce jugement , auquel nous foufcrivons
volontiers , que cet Ouvrage ne
110 MERCURE DE FRANCE.
fçauroit être trop répandu dans les différentes
Généralités du Royaume.
SELECTA è novo Teftamento Hiftoriæ
, ex Erafini Roterodami paraphrafibus
defumptæ. Opufculum elementarium
, in gratiam Tyronum. Parifiis
apud J. Barbou , viâ fan -Jacobeâ , fub
Ciconiis. 1763. Brochure petit-in- 12 .
ÉLOGE du ROI , prononcé à la publication
de la Paix. Par M l'Abbé Donjon
, Docteur en Théologie , Principal
du College de Henri- le - Grand , avec
cette Epigraphe :
Et nos cedamus amori.
A la Flèche , & fe trouve à Paris chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cigognes
. 1763. Brochure in-8° . de 32 pag.
VIES des Peres , des Martyrs , & des
autres principaux Saints , tirées des Actes
originaux & des Monumens les plus
authentiques ; avec des notes hiftoriques
& critiques. Ouvrage traduit de l'Anglois.
Tome I. A Villefranche de Rouergue
, chez Pierre Videillhie , Libraire-
Imprimeur , & à Paris , chez Barbou
ne S. Jacques , aux Cigognes , 1763 .
OCTOBRE. 1763. III .
Ce n'est ici que le Proſpectus in-8 ° . de
huit pages
.
INSTRUCTION Paftorale de Mgr
Evêque du Puy , fur la prétendue Philofophie
des Incrédules Modernes . Au
Puy , chez Clet , Imprimeur de Mgr
l'Evêque. Et fe trouve à Lyon , chez
J. Deville. A Paris , chez Chaubert ,
quai des Auguftins. 1763. Avec Privilége
du Roi.
PROFESSION de Foi philofophique
, à Amfterdam , chez Marc-Michel
Rey, & fe trouve à Lyon , chez les
Frères Periffe , petite Brochure in - 12 . de
36 pages , dont on trouve
quelque
Exemplaires chez Bauche , quai des Auguftins
, à Paris .
MÉMOIRE pour fervir à l'hiſtoire de
l'ufage interne du Mercure fublimé cor-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
1
rofif; par M. le Bégue de Prefe , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal. On y a joint
un Recueil d'obfervations faites fur l'ufage
interne de ce reméde en Allemagne
, en Angleterre , en Italie , & c .
At prudenter à prudente Medico ufurpetur.
Boerh.
In- 12. La Haye , 1763. Et fe trouve à
Paris chez P. Fr. Didot , Libraire, quai
des Auguftins , près du Pont S. Michel,
à S. Auguftin . Prix , 2 liv . broché.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune ,
Duc de Sully , de M. Thomas. Nous
nous propofons de parler plus amplement
de cet excellent Ouvrage.
INSTITUTIONS Militaires pour la
France , ou le Végéce François , par
M. Andreu de Biliftein. Première Partie .
MÉMOIRES fur la fubfiftance d'une armée
& fur les contributions , II Partie.
in-8°. 1762. aux dépens de l'Auteur . Se
trouve à Amfterdam chez E, van Harrevelt
, & à Paris chez Jorry , rue de la
Comédie Françoife. Prix , 3 liv .
ÉSSAI fur la Ville de Nanci , par le
OCTOBRE . 1763. 105
même Auteur. In- 12. Amfterdam, 1762.
Chez H. Conftape!, Libraire , & à Paris
, chez Jorry , rue & vis- à- vis la Comédie
Françoife..Prix , 1 liv. 4 f
LETTRES intéreffantes aux Amis de
la Vérité. In - 18. 1763. *
LETTRE de l'homme civil à l'homme
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
LE POETE malgré les autres , ou
le Méchant malgré lui , Drame en un
Acte de Profe mêlé de Vers . Repréfenté
à l'occafion de la fête de Madame la-
Ducheffe d'Ollone , le 14 Juillet 1763
à Châtillon -fur- Loing. In- 12 . 1763.
LETTRES à M. Rouſſeau , pour
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
RECHERCHES fur la nature & l'inoculation
de la petite vérole. Par M. Robert
, Docteur-Régent en la Faculté de
Médecine de l'Univerfité de Paris . In-
12. La Haye , 1763. Et fe trouve à Paris
chez P. Fr. Didot , quai des Auguftins.
PLAIDOYERS & Mémoires contenant
des queſtions intéreffantes tant en
matières civiles , canoniques & crimi
OCTOBRE. 1763. 107
nelles , que de Police & de Commerce ,
avec les jugemens & leurs motifs fommaires
, & plufieurs difcours fur différentes
matières , foit de Droit public ,
foit d'Hiftoire. Par M. Mannory , ancien
Avocat au Parlement . Tome neuviéme.
In- 12 . Paris , 1763. Chez Claude
Hériffant , Libraire -Imprimeur, rue neuve
Notre-Dame , à la Croix d'or.
Cette collection auffi utile & auffi variée
qu'intéreffante , ne fçauroit devenir
trop volumineufe.
LETTRES Phyfiques contenant les
notions les plus néceffaires à ceux qui
veulent fuivre les leçons expérimentales
de cette Science. In - 12 . Paris , 1763.
Chez Louis- Guillaume de Hanfy , Libraire
, Pont- au Change , à S. Nicolas.
PRINCIPES généraux & particuliers
de la Langue Françoife , confirmés par
des exemples choifis , inftructifs , agréables
& tirés des bons Auteurs ; avec des
remarques fur les lettres , la prononciation
, les accens , la ponctuation ,
l'ortographe
, & un Abrégé de la verfification
Françoife . Par M. de Wailly. Nouvelle
Edition , revue & confidérable-
E vj
103 MERCURE DE FRANCE.
ment augmentée , avec cette Epigraphe :
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous foit toujours
facrée .
Boileau .
à Paris , chez J. Barbou , rue S. Jacques
, aux Cigognes ; avec Approbation
& Privilége du Roi. 1763. 1 vol . in- 12.
CORRESPONDANCE fur une Queftion
Politique d'Agriculture. In- 12 . Amfterdam
, 1763. Et fe trouve à Paris ,
chez Fournier , Libraire , quai des Auguftins.
OBSERVATIONS fur divers moyens
de foutenir & d'encourager l'Agricultu
re , principalement dans la Province de
Guienne , où l'on traite des cultures propres
à cette Province & des obſtacles
qui les empêchent de s'étendre : quatre
parties in 12. qui fe vendent à Bordeaux
, chez les freres Labotiere & à
Paris chez différens Libraires. Il en parut
deux parties en 1756. il en a paru
depuis quelque temps deux autres parties
qui feront, dit-on, fuivies d'une cinquiéme
laquelle contiendra des obfèrvations
Méthéorologiques, faites avec ſoin,
"
OCTOBRE. 1763. 109
pendant vingt ans. Nous avons appris
que l'Auteur de cet excellent Ouvrage
eft M. le Chevalier de Vivens , de Clairac
en Agenois , de l'Académie des Sciences
de Bordeaux , & des Sociétés Royales
de Metz & de Limoges , déjà con-.
nu très avantageufement par fon eſai
fur les principes de la Phyfique, volume
in 8° . 1746 ; fa nouvelle Théorie du
Mouvement auffi in - 8 °. 1749 ,
& par
d'autres productions non moins eftimées.
›
DISCOURS & Mémoires relatifs à.
l'Agriculture par MM . de Mafac &
Sélébran Brochure in 12. 1763 , à
Paris , chez Duchefne , à Bordeaux , chez
les Frères Labotiere , à Limoges chez
Barbou , à Touloufe , chez Robert fils.
L'avertiffement du Libraire eft conçu
en ces termes : » Comme il me paroît
» que les deux Ouvrages réunis dans
» cette Brochure , peuvent être d'au-
" tant plus utiles qu'ils font écrits avec
» la clarté & la précifion convenables
» en pareilles matières , je ne doute pas
» que les vrais Amateurs de l'Agricultu
» re, ne me fçachent quelque gré de les
» avoir mis au jour. » Nous ajouterons
à ce jugement , auquel nous foufcrivons
volontiers , que cet Ouvrage ne
110 MERCURE DE FRANCE.
fçauroit être trop répandu dans les différentes
Généralités du Royaume.
SELECTA è novo Teftamento Hiftoriæ
, ex Erafini Roterodami paraphrafibus
defumptæ. Opufculum elementarium
, in gratiam Tyronum. Parifiis
apud J. Barbou , viâ fan -Jacobeâ , fub
Ciconiis. 1763. Brochure petit-in- 12 .
ÉLOGE du ROI , prononcé à la publication
de la Paix. Par M l'Abbé Donjon
, Docteur en Théologie , Principal
du College de Henri- le - Grand , avec
cette Epigraphe :
Et nos cedamus amori.
A la Flèche , & fe trouve à Paris chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cigognes
. 1763. Brochure in-8° . de 32 pag.
VIES des Peres , des Martyrs , & des
autres principaux Saints , tirées des Actes
originaux & des Monumens les plus
authentiques ; avec des notes hiftoriques
& critiques. Ouvrage traduit de l'Anglois.
Tome I. A Villefranche de Rouergue
, chez Pierre Videillhie , Libraire-
Imprimeur , & à Paris , chez Barbou
ne S. Jacques , aux Cigognes , 1763 .
OCTOBRE. 1763. III .
Ce n'est ici que le Proſpectus in-8 ° . de
huit pages
.
INSTRUCTION Paftorale de Mgr
Evêque du Puy , fur la prétendue Philofophie
des Incrédules Modernes . Au
Puy , chez Clet , Imprimeur de Mgr
l'Evêque. Et fe trouve à Lyon , chez
J. Deville. A Paris , chez Chaubert ,
quai des Auguftins. 1763. Avec Privilége
du Roi.
Fermer
134
p. 182-193
SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
Début :
QUELQUES éloges qu'on ait dûs aux précédens Ouvrages de M. Michel Vanloo [...]
Mots clefs :
Tableau, Peintre, Public, Salon, Ouvrage, Louvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Description des Tableaux exposés au Sallon du Louvre.
SUITE de la Defcription * des Tableaux
expofés au Sallon du Louvre.
M. MICHEL VANLOO.
QUELQUES UELQUES éloges qu'on ait dûs aux
précédens Ouvrages de M. Michel Vanloo
, ils ne fuffiroient pas pour le plus
beau de fes Tableaux dont nous avons
particuliérement à parler cette année.
Il s'y eft repréſenté lui - même affis devant
un chevalet , fur lequel eft pofé le
* N. B. Le fupplément de frais qu'exige cette
Defcription , difpenferoitt de l'inférer dans le Mercure
ordinaire. Mais la confidération que l'on a
pour les Abonnés nous a engagés à la faire réim
primer dans les volumes des mois . Ceux qui defireront
l'avoirraffemblée en une feule Brochure & en
entier, la trouveront au Bureau du Mercure &
chez les Libraires. Le prix eft de 12.f.
OCTOBRE. 1763. 183
portrait de fon père , qui fait l'objet de
fon travail. Sa foeur eft debout , derrière
fon fiége , examinant fon ouvrage. Les
pofitions de ces deux Figures font fi faciles
& dans une fi noble fimplicité ,
que l'on peut en regarder la repréfentation
comme une de ces heureuſes circonſtances
, où l'Art a fi bien mis tous
fes efforts fur le compte de la Nature ,
qu'on ne foupçonneroit pas qu'il lui en
eût couté aucuns . ( a )
Toutes les vérités poffibles , celles
même qu'à peine on oferoit exiger de
la Peinture , frappent également dans ce
Tableau . La vérité de reffemblance dans
les têtes eft d'une fidélité la plus exacte
& ne laiffe rien à defirer ni à chercher ;
celle du coloris dans les étoffes , dans
les carnations , dans les divers effets de
toutes les parties , ainfi que dans la jufteffe
des plans, opére un preftige illufoire
pour les yeux les plus accoutumés à la
magie de la Peinture . En un mot , on
s'accorde à dire que cet Ouvrage eft
moins un Tableau que la réalité même
de ce qu'il repréfente. Il y a du même
Peintre plufieurs autres Portraits en
bufte de différentes perfonnes. Ils por-
( a)Ce Tableau a 7 pieds de haut furs de
largeur.
184 MERCURE DE FRANCE.
tent tous le caractère de vérité & la même
beauté de ce qu'en langage d'Artiſte
on nomme le faire.
M. BOUCHER.
Nous avons encore à regretter M.
Boucher dans cette expofition , par le
peu d'Ouvrages qu'on y voit de lui. Un
très-petit Tableau repréfentant un ſommeil
de l'Enfant Jefus , dans lequel on
retrouve l'agrément qui caractériſe fon
pinceau ; un autre plus petit encore ,
mais charmant & précieux , contenant
une partie de Payfage ; un troifiéme de
moyenne grandeur , où l'on voit, dans un
bocage agréable, un Berger endormi fur
les genoux de fa Bergère, font les feules
productions dont cer aimable Génie ait
fait part au Public dans le Sallon ( b )
M. JEAURAT.
M.Jeaurat, en poffeffion d'attirer & de
fixer l'attention de la multitude , par la repréfentation
naïve de diverfes fcènes, ou
populaires ou domeftiques , n'a offert à
l'amufement du Public cette année
que deux Tableaux de ce genre. L'un
(b) Le premier de ces Tableaux a 2 pieds
fur un .
OCTOBRE. 1763 . 185
repréſente un Peintre dans fon cabinet ,
faifant le portrait d'une jeune Dame. Le
Sujet de l'autre est tiré d'un Conte
de feu M. Vadé , intitulé les Citrons de
Javotte.
M. PIERRE .
Entre autres Tableaux de M. Pierre
nous nous arrêterons fur celui qui eft
destiné à être exécuté en tapifferie à la
Manufacture Royale des Gobelins . Le
Sujet eft la métamorphofe d'Aglaure en
pierre , pour avoir voulu empêcher
Mercure d'entrer chez fa foeur Herfé
dont ce Dieu étoit amoureux. Ce Tableau
eft d'une fort belle entente &
d'une fçavante compofition .Tous les perfonnages
y ont une expreffion jufte , relative
au Sujet & conforme àla paffion
dont ils doivent être affectés . Les Plans
jouent ( fi l'on peut ufer de cette expreffion
) dans un fite convenable , &
font très - diftincts par leurs effets ,
chacun felon fon afpect naturel . Il
feroit peut - être à defirer que ce Tableau
eût été placé dans une autre pofition
que celle où il eft vu au Sallon ,
parce que la lumière gliffant de côté , altére
les effets du coloris relativement
au jour pour lequel il a été fait ; & par
186 MERCURE DE FRANCE.
2
là les effets ne doivent plus être les
mêmes qu'ils auront paru dans le Cabinet
de l'Auteur . D'ailleurs , il eſt à
obferver que deſtiné , comme on l'a
déjà dit , à l'exécution en tapiſſerie
cet ouvrage doit être confidéré fous ce
point de vue. On fçait combien ce Maître
a donné de preuves de fon intelligence
dans ce que la Peinture peut procu
rer d'officieux à la Fabrique de la Tapifferie
, & les fuccès en font garants.
Ainfi les motifs qui dirigent fa manière
dans ces fortes de Tableaux , doivent
entrer en confidération dans les jugemens
qu'on en porte & déterminer à
la juftice légitimement due aux grands
talens du Peintre .
Une Mère qui s'eft poignardée de
douleur après le meurtre de fon fils
dans le maffacre des Innocens offre
un fpectacle d'horreur & de pitié dans
un autre Tableau de M. Pierre . Ces
fortes d'objets , fur lefquels le Public
qui ne cherche que l'amufement , évite
d'arrêter long-temps fes regards ,
peuvent attendre des fuffrages que des.
Maîtres ou des Connoiffeurs de l'Art ;
il fort peu d'ouvrages des mains de ce
Peintre qui n'ayent des Titres fùrs pour
en mériter. On voit auffi de lui un
ouvrage d'un genre différent , c'eſt une
ne
OCTOBRE. 1763. 187
Bacchante endormie. On doit trouver
à applaudir dans toutes les productions
des Maîtres qui connoiffent auffi bien
les grands principes de l'Art.
M. NATTIER.
M. Nattier , célébre dans l'Art de
prêter des graces à la Nature fans la
faire méconnoître , n'a pas eu befoin de
ce talent pour nous conferver l'image
d'une femme que la mort lui a enlevée
il y a plufieurs années , & dans la perte
de laquelle tous ceux qui la connoif-
Dient ont eu à regretter encore plus
les charmes de l'efprit que ceux de la
gure. Le Tableau qui contient le Portrait
de feue Madame Nattier , dans le
plus bel âge , celui de l'Auteur & des
enfans très jeunes qu'il avoit alors ,
qui paroît par là avoir été fait , ou au
moins commencé il y a long-temps ,
eft le feul de ce Peintre que l'on ait expofé
au Sallon . Son âge & les infirmités
qui l'accompagnent ordinairement ,
ne le difpenfent que trop de concourir
avec de plus jeunes Emules. On doit lui
tenir compte aujourd'hui , de fes travaux
paffés & du fuccès qu'ils ont
eus. ( c)
-
( c ) Ce Tableau eft des pieds s pouces de
Largeur fur 4 pieds 10 pouces de hauteur.
188 MERCURE DE FRANCE .
M. HALLÉ.
Plufieurs Tableaux de M. Hallé , expofés
cette année, font honneur aux talens
de ce Peintre . Nous ne parlerons
que du plus apparent par fon étendue :
le Sujet eft Abraham ( d ) recevant les
Anges qui lui annoncent la féconditéde
Sara. On remarque avec de très-juftes
éloges dans ce Tableau , ainfi
que dans
tous les autres du même Peintre un
fort beau genre de compofition , dans
le noble & dans la manière qui mérite
le plus de confidération des Connoif
feurs ; de l'accord & de l'entente dans
les couleurs. Si nous n'entrons pas dans
plus de détails fur les productions de
cet Artifte , c'est bien moins faute de
chofes avantageufes à y faire remarquer,
que faute d'efpace & de temps , par
les bornes que nous avons dû nous impofer
pour cette Deſcription .
M. VIEN.
Les Ouvrages de M. Vien fe diftin
guent au Sallon par une rigoureuſe imitation
de l'Antique. Il en avoit précé-
( d ) 8 pieds de largeur fur 2 pieds, 8 pouces
de hauteur.
OCTOBRE. 1763. 189
demment montré quelques effais ; il
femble avoir totalement & exclufivement
adopté ce genre , au moins à
cette expofition . Une grande fimplicité
ans les pofitions des figures pièfque
roites & fans mouvement , très - peu
e draperies , communément affez mines
, fans jeu & pour ainfi dire collées
ur le nud ; une févère fobriété dans les
ornemens acceffoires , voilà , comme
' on fçait , ce qui caractériſe particuliérement
l'Antique. Si tant d'austérité
peut quelquefois , même en Sculpture ,
aroître à des yeux vulgaires une indirence
froide & infipide , fera-t- elle en
' einture un mérite réel & un moyen
éceffaire à la perfection de notre Ecoe
? C'eft une difcuffion dans laquelle il
e nous appartient pas d'entrer. Des
Connoiffeurs plus éclairés que nous, ont
enfé apparemment que cette méthode
ce genie de goût auroient des avanges.
Il eft certain au moins , & le
ablic le penfera comme nous , que
e n'eft ni par caprice , ni affurément
ir impuiffance de talent dans d'autres
enres , que M, Vien ne préfente auburd'hui
que celui- ci à notre curiofité,
Dans le cas où il feroit décidé que ce
genre porteroit l'Art à de nouveaux pro-
1
190 MERCURE DE FRANCE .
grès , il faudroit louer le courageux défintéreffement
de facrifier le nombre
des fuffrages au poids de leur valeur.
On inféreroit injuftement de là , qu'aucun
des Ouvrages expofés par M. Vien
n'occupe agréablement les regards du
Public. On ne peut au contraire fe refufer
au fentiment agréable qu'infpire
entr'autres la tendre & naïve expreffion
d'une jeune Fille qui va préfenter une
offrande au Temple de Vénus . Les grâces
touchantes des prémices du coeur y
font mariées avec la timidité de la Pudeur.
On eſt affecté d'un Tableau piquant
, où la Nature fans voiles , dans
une attitude fort fimple , mais fouple &
gracieuſe , attire , flatte & rappelle nos
regards. Ce Tableau offre l'image d'une
Femme fortant du bain & fervie par une
Efclave. Il régne fur la principale Figure
un bel effet de lumière qui donne de
l'éclat à la carnation , & le deffein nous
en a paru affez correct & affez élégant
pour plaire autant aux Amateurs des
moyens pratiques de l'Art , qu'à ceux
qui n'en jugent que par les effets .
Deux repréſentations différentes de
la belle Glycère , qui vendoit des couronnes
de fleurs aux portes des Temples
d'Athénes, peuvent être fort agréa
OCTOBRE . 1763. 191
bles pour les Curieux de l'Antiquité.
Un autre Tableau , de forme différente,
dans lequel le Peintre a très- bien rendu
la vérité gracieufe & naïve d'une
jolie Femme arrofant un pot de fleurs
eft encore très -digne de l'attention du
Public . Mais celui qui en eft le plus
remarqué, eft un Tableau dont le Peintre
a emprunté le Sujet d'une Peinture
confervée dans les ruines d'Herculanum.
Il eft intitulé dans le livre d'explication
, la Marchande à la toilette.
Cette Marchande eft une espéce d'Efclave
qui préfente à une jeune Grecque
, affife près d'une table antique
un petit Amour qu'elle tient par les
ailerons ; à-peu- près comme les Marchands
de volailles vivantes préfentent
leurs marchandifes. Un pannier dans
lequel font d'autres petits enfans ailés
de même nature , indique qu'elle en a
forti celui qu'elle offre pour montre.
Indépendament de la fingularité de cette
compofition , les Connoiffeurs trouvent
dans l'ouvrage beaucoup de chofes
à remarquer à l'avantage du Peintre
moderne.
Il y a des beautés à louer dans
deux autres Tableaux du même Auteur.
Proferpine , ornant de fleurs le Buſte
192 MERCURE DE FKANCE .
de Cérès , & une Prêtreffe qui brule
de l'encens fur un trépied .
Il eft certain que dans chaque production
des Anciens en Sculpture ou
en Peinture , on reconnoît toujours les
traces d'un modéle commun à tous ,
& ce modéle étoit le beau idéal : il en
réfulte pour nous , plus amateurs de la
variété , une conformité que nous devons
taxer de monotonie. Ĉe feroit donc
un mérite dont on fçauroit gré à leurs
imitateurs , que de fervir notre goût pour
la variété , fans néanmoins s'écarter
du fond de leurs principes ; c'est ce
que doit faire tout Artifte qui entreprend
de fuivre ces modéles. Quant à la
préférence que peut mériter cette imitation
, tout fe réduit à fçavoir fi le peu
qui nous refte des Peintures de l'Antiquité
, abftraction faite de l'exactitude
du Coftume , procure à l'Art des exemples
dont il puiffe s'enrichir & qui doivent
l'emporter fur ceux que nous ont
laiffés les plus grands Maîtres de nos
Ecoles modernes depuis Raphaël jufqu'à
ceux de nos jours ? C'eft une
queftion que nous croyons prudent à
nous de réduire en problême , plus prudent
encore de n'en pas hazarder la
folution , & que chacun eft en état de
réfoudre
OCTOBRE. 1763 : 1931
réfoudre. Il nous feroit difficile cependant
de diffimuler les regrets que nous
avons entendus faire de plufieurs côtés,
für ce que fait perdre aux Curieux,dansle
ftyle naturel de notre Ecole , pour
lequel M. Vien a des talens fi précieux , +
l'attachement & l'application qu'il paroît
vouer depuis quelque temps a ce
ftyle antique , que plufieurs d'entreles
Amateurs pourroient bien ne pas
eftimer autant les uns que les autres
, & dont il eft affez évidemment
prouvé que le général du Public difpenferoit
volontiers nos Artiftes,
•
La fuite au Mercure prochain.
expofés au Sallon du Louvre.
M. MICHEL VANLOO.
QUELQUES UELQUES éloges qu'on ait dûs aux
précédens Ouvrages de M. Michel Vanloo
, ils ne fuffiroient pas pour le plus
beau de fes Tableaux dont nous avons
particuliérement à parler cette année.
Il s'y eft repréſenté lui - même affis devant
un chevalet , fur lequel eft pofé le
* N. B. Le fupplément de frais qu'exige cette
Defcription , difpenferoitt de l'inférer dans le Mercure
ordinaire. Mais la confidération que l'on a
pour les Abonnés nous a engagés à la faire réim
primer dans les volumes des mois . Ceux qui defireront
l'avoirraffemblée en une feule Brochure & en
entier, la trouveront au Bureau du Mercure &
chez les Libraires. Le prix eft de 12.f.
OCTOBRE. 1763. 183
portrait de fon père , qui fait l'objet de
fon travail. Sa foeur eft debout , derrière
fon fiége , examinant fon ouvrage. Les
pofitions de ces deux Figures font fi faciles
& dans une fi noble fimplicité ,
que l'on peut en regarder la repréfentation
comme une de ces heureuſes circonſtances
, où l'Art a fi bien mis tous
fes efforts fur le compte de la Nature ,
qu'on ne foupçonneroit pas qu'il lui en
eût couté aucuns . ( a )
Toutes les vérités poffibles , celles
même qu'à peine on oferoit exiger de
la Peinture , frappent également dans ce
Tableau . La vérité de reffemblance dans
les têtes eft d'une fidélité la plus exacte
& ne laiffe rien à defirer ni à chercher ;
celle du coloris dans les étoffes , dans
les carnations , dans les divers effets de
toutes les parties , ainfi que dans la jufteffe
des plans, opére un preftige illufoire
pour les yeux les plus accoutumés à la
magie de la Peinture . En un mot , on
s'accorde à dire que cet Ouvrage eft
moins un Tableau que la réalité même
de ce qu'il repréfente. Il y a du même
Peintre plufieurs autres Portraits en
bufte de différentes perfonnes. Ils por-
( a)Ce Tableau a 7 pieds de haut furs de
largeur.
184 MERCURE DE FRANCE.
tent tous le caractère de vérité & la même
beauté de ce qu'en langage d'Artiſte
on nomme le faire.
M. BOUCHER.
Nous avons encore à regretter M.
Boucher dans cette expofition , par le
peu d'Ouvrages qu'on y voit de lui. Un
très-petit Tableau repréfentant un ſommeil
de l'Enfant Jefus , dans lequel on
retrouve l'agrément qui caractériſe fon
pinceau ; un autre plus petit encore ,
mais charmant & précieux , contenant
une partie de Payfage ; un troifiéme de
moyenne grandeur , où l'on voit, dans un
bocage agréable, un Berger endormi fur
les genoux de fa Bergère, font les feules
productions dont cer aimable Génie ait
fait part au Public dans le Sallon ( b )
M. JEAURAT.
M.Jeaurat, en poffeffion d'attirer & de
fixer l'attention de la multitude , par la repréfentation
naïve de diverfes fcènes, ou
populaires ou domeftiques , n'a offert à
l'amufement du Public cette année
que deux Tableaux de ce genre. L'un
(b) Le premier de ces Tableaux a 2 pieds
fur un .
OCTOBRE. 1763 . 185
repréſente un Peintre dans fon cabinet ,
faifant le portrait d'une jeune Dame. Le
Sujet de l'autre est tiré d'un Conte
de feu M. Vadé , intitulé les Citrons de
Javotte.
M. PIERRE .
Entre autres Tableaux de M. Pierre
nous nous arrêterons fur celui qui eft
destiné à être exécuté en tapifferie à la
Manufacture Royale des Gobelins . Le
Sujet eft la métamorphofe d'Aglaure en
pierre , pour avoir voulu empêcher
Mercure d'entrer chez fa foeur Herfé
dont ce Dieu étoit amoureux. Ce Tableau
eft d'une fort belle entente &
d'une fçavante compofition .Tous les perfonnages
y ont une expreffion jufte , relative
au Sujet & conforme àla paffion
dont ils doivent être affectés . Les Plans
jouent ( fi l'on peut ufer de cette expreffion
) dans un fite convenable , &
font très - diftincts par leurs effets ,
chacun felon fon afpect naturel . Il
feroit peut - être à defirer que ce Tableau
eût été placé dans une autre pofition
que celle où il eft vu au Sallon ,
parce que la lumière gliffant de côté , altére
les effets du coloris relativement
au jour pour lequel il a été fait ; & par
186 MERCURE DE FRANCE.
2
là les effets ne doivent plus être les
mêmes qu'ils auront paru dans le Cabinet
de l'Auteur . D'ailleurs , il eſt à
obferver que deſtiné , comme on l'a
déjà dit , à l'exécution en tapiſſerie
cet ouvrage doit être confidéré fous ce
point de vue. On fçait combien ce Maître
a donné de preuves de fon intelligence
dans ce que la Peinture peut procu
rer d'officieux à la Fabrique de la Tapifferie
, & les fuccès en font garants.
Ainfi les motifs qui dirigent fa manière
dans ces fortes de Tableaux , doivent
entrer en confidération dans les jugemens
qu'on en porte & déterminer à
la juftice légitimement due aux grands
talens du Peintre .
Une Mère qui s'eft poignardée de
douleur après le meurtre de fon fils
dans le maffacre des Innocens offre
un fpectacle d'horreur & de pitié dans
un autre Tableau de M. Pierre . Ces
fortes d'objets , fur lefquels le Public
qui ne cherche que l'amufement , évite
d'arrêter long-temps fes regards ,
peuvent attendre des fuffrages que des.
Maîtres ou des Connoiffeurs de l'Art ;
il fort peu d'ouvrages des mains de ce
Peintre qui n'ayent des Titres fùrs pour
en mériter. On voit auffi de lui un
ouvrage d'un genre différent , c'eſt une
ne
OCTOBRE. 1763. 187
Bacchante endormie. On doit trouver
à applaudir dans toutes les productions
des Maîtres qui connoiffent auffi bien
les grands principes de l'Art.
M. NATTIER.
M. Nattier , célébre dans l'Art de
prêter des graces à la Nature fans la
faire méconnoître , n'a pas eu befoin de
ce talent pour nous conferver l'image
d'une femme que la mort lui a enlevée
il y a plufieurs années , & dans la perte
de laquelle tous ceux qui la connoif-
Dient ont eu à regretter encore plus
les charmes de l'efprit que ceux de la
gure. Le Tableau qui contient le Portrait
de feue Madame Nattier , dans le
plus bel âge , celui de l'Auteur & des
enfans très jeunes qu'il avoit alors ,
qui paroît par là avoir été fait , ou au
moins commencé il y a long-temps ,
eft le feul de ce Peintre que l'on ait expofé
au Sallon . Son âge & les infirmités
qui l'accompagnent ordinairement ,
ne le difpenfent que trop de concourir
avec de plus jeunes Emules. On doit lui
tenir compte aujourd'hui , de fes travaux
paffés & du fuccès qu'ils ont
eus. ( c)
-
( c ) Ce Tableau eft des pieds s pouces de
Largeur fur 4 pieds 10 pouces de hauteur.
188 MERCURE DE FRANCE .
M. HALLÉ.
Plufieurs Tableaux de M. Hallé , expofés
cette année, font honneur aux talens
de ce Peintre . Nous ne parlerons
que du plus apparent par fon étendue :
le Sujet eft Abraham ( d ) recevant les
Anges qui lui annoncent la féconditéde
Sara. On remarque avec de très-juftes
éloges dans ce Tableau , ainfi
que dans
tous les autres du même Peintre un
fort beau genre de compofition , dans
le noble & dans la manière qui mérite
le plus de confidération des Connoif
feurs ; de l'accord & de l'entente dans
les couleurs. Si nous n'entrons pas dans
plus de détails fur les productions de
cet Artifte , c'est bien moins faute de
chofes avantageufes à y faire remarquer,
que faute d'efpace & de temps , par
les bornes que nous avons dû nous impofer
pour cette Deſcription .
M. VIEN.
Les Ouvrages de M. Vien fe diftin
guent au Sallon par une rigoureuſe imitation
de l'Antique. Il en avoit précé-
( d ) 8 pieds de largeur fur 2 pieds, 8 pouces
de hauteur.
OCTOBRE. 1763. 189
demment montré quelques effais ; il
femble avoir totalement & exclufivement
adopté ce genre , au moins à
cette expofition . Une grande fimplicité
ans les pofitions des figures pièfque
roites & fans mouvement , très - peu
e draperies , communément affez mines
, fans jeu & pour ainfi dire collées
ur le nud ; une févère fobriété dans les
ornemens acceffoires , voilà , comme
' on fçait , ce qui caractériſe particuliérement
l'Antique. Si tant d'austérité
peut quelquefois , même en Sculpture ,
aroître à des yeux vulgaires une indirence
froide & infipide , fera-t- elle en
' einture un mérite réel & un moyen
éceffaire à la perfection de notre Ecoe
? C'eft une difcuffion dans laquelle il
e nous appartient pas d'entrer. Des
Connoiffeurs plus éclairés que nous, ont
enfé apparemment que cette méthode
ce genie de goût auroient des avanges.
Il eft certain au moins , & le
ablic le penfera comme nous , que
e n'eft ni par caprice , ni affurément
ir impuiffance de talent dans d'autres
enres , que M, Vien ne préfente auburd'hui
que celui- ci à notre curiofité,
Dans le cas où il feroit décidé que ce
genre porteroit l'Art à de nouveaux pro-
1
190 MERCURE DE FRANCE .
grès , il faudroit louer le courageux défintéreffement
de facrifier le nombre
des fuffrages au poids de leur valeur.
On inféreroit injuftement de là , qu'aucun
des Ouvrages expofés par M. Vien
n'occupe agréablement les regards du
Public. On ne peut au contraire fe refufer
au fentiment agréable qu'infpire
entr'autres la tendre & naïve expreffion
d'une jeune Fille qui va préfenter une
offrande au Temple de Vénus . Les grâces
touchantes des prémices du coeur y
font mariées avec la timidité de la Pudeur.
On eſt affecté d'un Tableau piquant
, où la Nature fans voiles , dans
une attitude fort fimple , mais fouple &
gracieuſe , attire , flatte & rappelle nos
regards. Ce Tableau offre l'image d'une
Femme fortant du bain & fervie par une
Efclave. Il régne fur la principale Figure
un bel effet de lumière qui donne de
l'éclat à la carnation , & le deffein nous
en a paru affez correct & affez élégant
pour plaire autant aux Amateurs des
moyens pratiques de l'Art , qu'à ceux
qui n'en jugent que par les effets .
Deux repréſentations différentes de
la belle Glycère , qui vendoit des couronnes
de fleurs aux portes des Temples
d'Athénes, peuvent être fort agréa
OCTOBRE . 1763. 191
bles pour les Curieux de l'Antiquité.
Un autre Tableau , de forme différente,
dans lequel le Peintre a très- bien rendu
la vérité gracieufe & naïve d'une
jolie Femme arrofant un pot de fleurs
eft encore très -digne de l'attention du
Public . Mais celui qui en eft le plus
remarqué, eft un Tableau dont le Peintre
a emprunté le Sujet d'une Peinture
confervée dans les ruines d'Herculanum.
Il eft intitulé dans le livre d'explication
, la Marchande à la toilette.
Cette Marchande eft une espéce d'Efclave
qui préfente à une jeune Grecque
, affife près d'une table antique
un petit Amour qu'elle tient par les
ailerons ; à-peu- près comme les Marchands
de volailles vivantes préfentent
leurs marchandifes. Un pannier dans
lequel font d'autres petits enfans ailés
de même nature , indique qu'elle en a
forti celui qu'elle offre pour montre.
Indépendament de la fingularité de cette
compofition , les Connoiffeurs trouvent
dans l'ouvrage beaucoup de chofes
à remarquer à l'avantage du Peintre
moderne.
Il y a des beautés à louer dans
deux autres Tableaux du même Auteur.
Proferpine , ornant de fleurs le Buſte
192 MERCURE DE FKANCE .
de Cérès , & une Prêtreffe qui brule
de l'encens fur un trépied .
Il eft certain que dans chaque production
des Anciens en Sculpture ou
en Peinture , on reconnoît toujours les
traces d'un modéle commun à tous ,
& ce modéle étoit le beau idéal : il en
réfulte pour nous , plus amateurs de la
variété , une conformité que nous devons
taxer de monotonie. Ĉe feroit donc
un mérite dont on fçauroit gré à leurs
imitateurs , que de fervir notre goût pour
la variété , fans néanmoins s'écarter
du fond de leurs principes ; c'est ce
que doit faire tout Artifte qui entreprend
de fuivre ces modéles. Quant à la
préférence que peut mériter cette imitation
, tout fe réduit à fçavoir fi le peu
qui nous refte des Peintures de l'Antiquité
, abftraction faite de l'exactitude
du Coftume , procure à l'Art des exemples
dont il puiffe s'enrichir & qui doivent
l'emporter fur ceux que nous ont
laiffés les plus grands Maîtres de nos
Ecoles modernes depuis Raphaël jufqu'à
ceux de nos jours ? C'eft une
queftion que nous croyons prudent à
nous de réduire en problême , plus prudent
encore de n'en pas hazarder la
folution , & que chacun eft en état de
réfoudre
OCTOBRE. 1763 : 1931
réfoudre. Il nous feroit difficile cependant
de diffimuler les regrets que nous
avons entendus faire de plufieurs côtés,
für ce que fait perdre aux Curieux,dansle
ftyle naturel de notre Ecole , pour
lequel M. Vien a des talens fi précieux , +
l'attachement & l'application qu'il paroît
vouer depuis quelque temps a ce
ftyle antique , que plufieurs d'entreles
Amateurs pourroient bien ne pas
eftimer autant les uns que les autres
, & dont il eft affez évidemment
prouvé que le général du Public difpenferoit
volontiers nos Artiftes,
•
La fuite au Mercure prochain.
Fermer
135
p. 101-105
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ŒUVRES DU PHILOSOPHE BIENFAISANT. 4. volumes in-8°. Paris, [...]
Mots clefs :
Libraire, Édition, Ouvrage, Annonces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
OEUVRES DU PHILOSOPHE BIENFAISANT.
4. volumes in - 8 °. Paris
1763. Chez Cailleau , Libraire , rue S.
Jacques. Belle Edition , tant pour le papier
que pour le caractère .
En attendant que nous puiffions entrer
dans un plus grand détail fur un ouvrage
qui fait d'autant plus d'honneur à
l'humanité , que le très-illuftre & en
effet très - bienfaifant Auteur étoit né
pour lui dicter des Loix plutôt que pour
l'inftruire , nous ne pouvons probable
ment mieux faire que de rapporter fur
ce fujet ce que dit l'Editeur au commencement
de fa Préface.
Je me fuis propofé de donner au Public
tout ce que j'ai pû recueillir des ou
vrages du Roi STANISLAS ; j'ofe les
mettre au jour fans fon aveu , mais avec
d'autant plus de confiance , qu'il n'en
eft aucun qui ne puiffe contribuer à fa
gloire & à ce qu'il aime furement plus
que fa gloire , au progrès de la Religion
& des bonnes moeurs. Je regarde tout
ce qui eft forti defa plume , comme un
bien qui appartient à tous les hommes
E jij
102 MERCURE DE FRANCE,
capables de le goûter ; & fi je ne me
trompe , il en doit être des richeffes de
fon coeur & de fon efprit , comme de
celles qu'il ne ceffe de répandre fur tous
les malheureux dont il peut feulement
foupçonner l'indigence. Ces Ouvrages
font d'autant plus précieux qu'ils ne
viennent point de l'éffort obſtiné d'un
Littérateur qui , pour fe faire un nom ,
ou pour donner un foupçon de fon
exiſtence , s'agite péniblement dans le
tourbillon étroit de fa fphère , confond
le travail avec le génie , veut penfer audelà
de fes lumières , & ne peut d'ordinaire
autre chofe , que remplacer la
Nature par l'Art , embellir des riens , &
mettre des mots au lieu de chofès. Ceux
que je donne ici n'ont aucun air de travail
; ce font des plantes qui ont cru d'el
les-mêmes , & qui ne doivent leurs fleurs.
& leurs fruits qu'à la vigueur du terrain
où elles fe font trouvé dépofées. Ces
productions , fi je puis parler ainfi
font venues toutes faites ; elles font
tombées fans éffort du génie qui , fans
le vouloir , les a fait éclore. Aúffi n'y
voit-on ni apprêt , ni fard , ni enluminu⚫
ni prétention. Avec de l'élévation ,
de la force , de l'ordre & du choix , on
n'y apperçoit qu'une prééminence de
2.
OCTOBRE. 1763 . 103
bon fens & de Raiſon , qui fait oublier
celui qui écrit , pour ne ' s'occuper que
de la vérité des objets qu'il expoſe .
VOYAGE à la Martinique , contenant
diverfes obfervations fur la Phyfique
, l'Hiftoire Naturelle , l'Agriculture
, les moeurs & les ufages de cette
Ifle , faites en 1951 & dans les années
fuivantes. Lu à l'Académie Royale des
Sciences de Paris en 1761. Par M. Thibault
de Chanvalon. In - 4°. Paris, 1763.
Chez Cl. J. B. Bauche , Libraire , quai
des Auguftins , à Ste Géneviéve , & à
S. Jean dans le Défert.
MAISON RUSTIQUE à l'afage des
habitans de la Partie de la France
Equinoxiale , connue fous le nom de
Cayenne. Par M. Préfontaine , ancien
habitant , Chevalier de l'Ordre de S.
Louis , Commandant de la partie du
Nord de la Guyane. In - 8°. Paris
1763. Chez le même Libraire.
DICTIONNAIRE GALIBI ( ou des
Sauvages de la Cayenne ) préfenté fous
deux formes. 1 °. commençant par le
mot François ; 2°. par le mot Galibi.
Précédé d'un Effai de Grammaire. Par
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
M. D. L. S. in-8 ° . Paris , 1763. Chez
le même.
AMUSEMENS Philofophiques fur diverfes
Parties des Sciences , & principalement
de la Phyfique & des Mathématiques.
Par le Père Bonaventure Abat
Cordelier de l'Obfervance, Affocié de
l'Académie Royale des Belles - Lettres
de Barcelone . In 8° . Amfterdam, 1763 ;
& fe vend à Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Canebière.
AVIS AU PEUPLE fur fa fanté , ou
Traité des maladies les plus fréquentes.
Par M. Tillot , Médecin , Membre des
Sociétés de Londres & de Bâle , & c . Seconde
Edition augmentée fur la derniè
re de l'Auteur , de la defcription & de la
cure de plufieurs maladies , & principalement
de celles qui demandent de
prompts fecours. Ouvrage composé en
faveur des habitans de la campagne, du
Peuple des Villes , & de tous ceux qui
ne peuvent avoir facilement des Médecins.
2 vol. in - 12 . Paris , 1763. Aux
dépens de P. Fr. Didot le jeune , quai
des Auguftins , à S. Auguftin . Prix
2 liv. 10 f. brochés ; reliés en un feul
volume , 3 liv. Si la première Edition.
OCTOBRE. 1763 , 105
de cet Ouvrage , quoique nombreuſe , a
été enlevée en moins d'un an , que
ne doit-on pas augurer de celle- ci qui
eft en effet revue & confidérablement
augmentée ?
AVIS fur l'inoculation de la petite
Vérole . Brochure in- 12 . Chez Didot le
jeune , quai des Auguſtins . Prix , 12 f.
OEUVRES DU PHILOSOPHE BIENFAISANT.
4. volumes in - 8 °. Paris
1763. Chez Cailleau , Libraire , rue S.
Jacques. Belle Edition , tant pour le papier
que pour le caractère .
En attendant que nous puiffions entrer
dans un plus grand détail fur un ouvrage
qui fait d'autant plus d'honneur à
l'humanité , que le très-illuftre & en
effet très - bienfaifant Auteur étoit né
pour lui dicter des Loix plutôt que pour
l'inftruire , nous ne pouvons probable
ment mieux faire que de rapporter fur
ce fujet ce que dit l'Editeur au commencement
de fa Préface.
Je me fuis propofé de donner au Public
tout ce que j'ai pû recueillir des ou
vrages du Roi STANISLAS ; j'ofe les
mettre au jour fans fon aveu , mais avec
d'autant plus de confiance , qu'il n'en
eft aucun qui ne puiffe contribuer à fa
gloire & à ce qu'il aime furement plus
que fa gloire , au progrès de la Religion
& des bonnes moeurs. Je regarde tout
ce qui eft forti defa plume , comme un
bien qui appartient à tous les hommes
E jij
102 MERCURE DE FRANCE,
capables de le goûter ; & fi je ne me
trompe , il en doit être des richeffes de
fon coeur & de fon efprit , comme de
celles qu'il ne ceffe de répandre fur tous
les malheureux dont il peut feulement
foupçonner l'indigence. Ces Ouvrages
font d'autant plus précieux qu'ils ne
viennent point de l'éffort obſtiné d'un
Littérateur qui , pour fe faire un nom ,
ou pour donner un foupçon de fon
exiſtence , s'agite péniblement dans le
tourbillon étroit de fa fphère , confond
le travail avec le génie , veut penfer audelà
de fes lumières , & ne peut d'ordinaire
autre chofe , que remplacer la
Nature par l'Art , embellir des riens , &
mettre des mots au lieu de chofès. Ceux
que je donne ici n'ont aucun air de travail
; ce font des plantes qui ont cru d'el
les-mêmes , & qui ne doivent leurs fleurs.
& leurs fruits qu'à la vigueur du terrain
où elles fe font trouvé dépofées. Ces
productions , fi je puis parler ainfi
font venues toutes faites ; elles font
tombées fans éffort du génie qui , fans
le vouloir , les a fait éclore. Aúffi n'y
voit-on ni apprêt , ni fard , ni enluminu⚫
ni prétention. Avec de l'élévation ,
de la force , de l'ordre & du choix , on
n'y apperçoit qu'une prééminence de
2.
OCTOBRE. 1763 . 103
bon fens & de Raiſon , qui fait oublier
celui qui écrit , pour ne ' s'occuper que
de la vérité des objets qu'il expoſe .
VOYAGE à la Martinique , contenant
diverfes obfervations fur la Phyfique
, l'Hiftoire Naturelle , l'Agriculture
, les moeurs & les ufages de cette
Ifle , faites en 1951 & dans les années
fuivantes. Lu à l'Académie Royale des
Sciences de Paris en 1761. Par M. Thibault
de Chanvalon. In - 4°. Paris, 1763.
Chez Cl. J. B. Bauche , Libraire , quai
des Auguftins , à Ste Géneviéve , & à
S. Jean dans le Défert.
MAISON RUSTIQUE à l'afage des
habitans de la Partie de la France
Equinoxiale , connue fous le nom de
Cayenne. Par M. Préfontaine , ancien
habitant , Chevalier de l'Ordre de S.
Louis , Commandant de la partie du
Nord de la Guyane. In - 8°. Paris
1763. Chez le même Libraire.
DICTIONNAIRE GALIBI ( ou des
Sauvages de la Cayenne ) préfenté fous
deux formes. 1 °. commençant par le
mot François ; 2°. par le mot Galibi.
Précédé d'un Effai de Grammaire. Par
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
M. D. L. S. in-8 ° . Paris , 1763. Chez
le même.
AMUSEMENS Philofophiques fur diverfes
Parties des Sciences , & principalement
de la Phyfique & des Mathématiques.
Par le Père Bonaventure Abat
Cordelier de l'Obfervance, Affocié de
l'Académie Royale des Belles - Lettres
de Barcelone . In 8° . Amfterdam, 1763 ;
& fe vend à Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Canebière.
AVIS AU PEUPLE fur fa fanté , ou
Traité des maladies les plus fréquentes.
Par M. Tillot , Médecin , Membre des
Sociétés de Londres & de Bâle , & c . Seconde
Edition augmentée fur la derniè
re de l'Auteur , de la defcription & de la
cure de plufieurs maladies , & principalement
de celles qui demandent de
prompts fecours. Ouvrage composé en
faveur des habitans de la campagne, du
Peuple des Villes , & de tous ceux qui
ne peuvent avoir facilement des Médecins.
2 vol. in - 12 . Paris , 1763. Aux
dépens de P. Fr. Didot le jeune , quai
des Auguftins , à S. Auguftin . Prix
2 liv. 10 f. brochés ; reliés en un feul
volume , 3 liv. Si la première Edition.
OCTOBRE. 1763 , 105
de cet Ouvrage , quoique nombreuſe , a
été enlevée en moins d'un an , que
ne doit-on pas augurer de celle- ci qui
eft en effet revue & confidérablement
augmentée ?
AVIS fur l'inoculation de la petite
Vérole . Brochure in- 12 . Chez Didot le
jeune , quai des Auguſtins . Prix , 12 f.
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136
p. 109-111
ACADÉMIE des Belles-Lettres de MONTAUBAN.
Début :
L'ACADÉMIE des Belles-Lettres de Montauban distribuera le 25 Août prochain [...]
Mots clefs :
Académie, Prix, Discours, Auteurs, Ouvrage, Éloquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE des Belles-Lettres de MONTAUBAN.
ACADÉMIE des Belles Lettres de
MONTAU BAN.
L'ACADÉMIE des Belles- Lettres de
Montauban diftribuera le 25
Août pro
chain , Fête de S. Louis , un prix d'éloquence
qu'elle a destiné à un Difcours
dont le Sujet fera pour l'année 1764 : la
Préfomption eft la compagne ordinaire
d'un mérite médiocre ; conformément
à ces paroles de l'Ecriture fainte : Qui
confidit in corde fuo , ftultus eft : Prov.
XXVIII . 26.
Ce Prix eft une Médaille d'or de la
valeur de deux cens cinquante livres
portant d'un côté les armes de l'Académie
, avec ces paroles dans l'exergue
110 MERCURE DE FRANCE.
Academia Montalbanenfis fundata auf
pice Ludovico XV , P. P. P. F. A.
imperii anno XXIX : Et fur le revers
ces mots renfermés dans une couronne
de laurier ; Ex munificentia viri
Academici D. D. Bertrandi de la Tour ,
Decani Ecclef. Mont. M. DCC . LXIII.
Les Auteurs font avertis de s'attacher
à bien prendre le fens du Sujet
qui leur eft propofé , d'éviter le ton
de déclamateur , de ne point s'écarter
de leur plan , & d'en remplir toute les
parties avec jufteffe & avec préciſion ..
Les Difcours ne feront , tout au plus,
que d'une demie -heure de lecture, & finiront
par une courte prière à JESUSCHRIST
.
On n'en recevra aucun qui n'a une
approbation fignée de deux Docteurs
en Théologie,
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais feulement
une marque ou paraphe , avec un Paffage
de l'Ecriture fainte , ou d'un Père
de l'Eglife , qu'on écrira auffi fur le regiftre
du Secrétaire de l'Académie.
Ils feront remettre leurs ouvrages pen.
danttout le mois de Mai prochain , entre
les mains de M. de Bernoi, Secrétaire perpétuel
de l'Académie , en fa maiſon , rue
OCTOBRE. 1763 . III
Montmurat , ou en fon abfence , à M.
Abbé Bellet , en fa maiſon , rue Courde-
Touloufe .
Le Prix ne fera délivré à aucun ,
qu'il ne le nomme & qu'il ne fe préfente
en perfonne , ou par procureur ,
pour le recevoir & figner le Difcours.
Les Auteurs font priés d'adreffer à
M. le Secrétaire trois copies bien lifibles
de leurs ouvrages , & d'affranchir
les paquets qui feront envoyés
par la pofte.
Le Prix d'éloquence de cette année
a été adjugé au Difcours qui a pour
Sentence : Cave tibi , & attende diligenter
auditui tuo. Ecclef. XIN . 16.
Et le Prix réfervé de l'année 1762
a été adjugé au Poëme qui a pour de
vife : Salus populi fuprema lex efto.
MONTAU BAN.
L'ACADÉMIE des Belles- Lettres de
Montauban diftribuera le 25
Août pro
chain , Fête de S. Louis , un prix d'éloquence
qu'elle a destiné à un Difcours
dont le Sujet fera pour l'année 1764 : la
Préfomption eft la compagne ordinaire
d'un mérite médiocre ; conformément
à ces paroles de l'Ecriture fainte : Qui
confidit in corde fuo , ftultus eft : Prov.
XXVIII . 26.
Ce Prix eft une Médaille d'or de la
valeur de deux cens cinquante livres
portant d'un côté les armes de l'Académie
, avec ces paroles dans l'exergue
110 MERCURE DE FRANCE.
Academia Montalbanenfis fundata auf
pice Ludovico XV , P. P. P. F. A.
imperii anno XXIX : Et fur le revers
ces mots renfermés dans une couronne
de laurier ; Ex munificentia viri
Academici D. D. Bertrandi de la Tour ,
Decani Ecclef. Mont. M. DCC . LXIII.
Les Auteurs font avertis de s'attacher
à bien prendre le fens du Sujet
qui leur eft propofé , d'éviter le ton
de déclamateur , de ne point s'écarter
de leur plan , & d'en remplir toute les
parties avec jufteffe & avec préciſion ..
Les Difcours ne feront , tout au plus,
que d'une demie -heure de lecture, & finiront
par une courte prière à JESUSCHRIST
.
On n'en recevra aucun qui n'a une
approbation fignée de deux Docteurs
en Théologie,
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais feulement
une marque ou paraphe , avec un Paffage
de l'Ecriture fainte , ou d'un Père
de l'Eglife , qu'on écrira auffi fur le regiftre
du Secrétaire de l'Académie.
Ils feront remettre leurs ouvrages pen.
danttout le mois de Mai prochain , entre
les mains de M. de Bernoi, Secrétaire perpétuel
de l'Académie , en fa maiſon , rue
OCTOBRE. 1763 . III
Montmurat , ou en fon abfence , à M.
Abbé Bellet , en fa maiſon , rue Courde-
Touloufe .
Le Prix ne fera délivré à aucun ,
qu'il ne le nomme & qu'il ne fe préfente
en perfonne , ou par procureur ,
pour le recevoir & figner le Difcours.
Les Auteurs font priés d'adreffer à
M. le Secrétaire trois copies bien lifibles
de leurs ouvrages , & d'affranchir
les paquets qui feront envoyés
par la pofte.
Le Prix d'éloquence de cette année
a été adjugé au Difcours qui a pour
Sentence : Cave tibi , & attende diligenter
auditui tuo. Ecclef. XIN . 16.
Et le Prix réfervé de l'année 1762
a été adjugé au Poëme qui a pour de
vife : Salus populi fuprema lex efto.
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137
p. 208-210
« Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Début :
Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...]
Mots clefs :
Estampes, Dessins, Vignettes, Ouvrage, Alphabet, Livre, Papiers, Emblèmes, Marchands, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
LE Sieur BRESSON DE MAILLARD , Marchand
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
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Résumé : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Le document présente le Sieur Bresson de Maillard, un marchand d'estampes parisien, privilégié des Enfants de France, spécialisé dans les caractères, dessins et vignettes. Il réside rue Saint-Jacques, à la maison de M. de Lambon, avocat, près de M. Duchefne, libraire. Maillard propose divers produits comme des caractères, vignettes, fleurs définis d'après nature, et des outils pour réaliser des dessins pour meubles. Il offre également des adresses, alphabets pour enfants, notes, étiquettes, marques, chiffres, et dessins pour broder ou peindre. Il fournit des papiers peints en vignettes et grave des adresses avec les attributs des différentes professions. Son épouse colore les fleurs, emblèmes, armoiries et écrans, et enseigne aux dames l'utilisation des planches à jour. Le magasin vend des estampes en emblèmes, devises, fables, prières, bouquets et vœux pour les bonnes fêtes, présentés sous forme de calendriers emblématiques et chantants pour la nouvelle année. Les articles sont disponibles à Paris chez Maillard ou en province via des libraires et marchands d'estampes spécifiques, tels que M. Daudet à Lyon, M. Frère à Rouen, M. Jouques à Toulouse, et d'autres dans diverses villes françaises et belges.
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138
p. 199-200
« Le 31 du mois dernier, la Marquis de Louvois fut présentée à Leurs [...] »
Début :
Le 31 du mois dernier, la Marquis de Louvois fut présentée à Leurs [...]
Mots clefs :
Marquise , Cardinal, Famille royale, Duc, Ambassadeur, Machine, Invention , Ouvrage, Horloger, Montres
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texteReconnaissance textuelle : « Le 31 du mois dernier, la Marquis de Louvois fut présentée à Leurs [...] »
L E 31 du mois dernier , la Marquiſe de Louvois
fut préſentée à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale par la Marquiſe de Montmirel.
Le Cardinal de Bernis eſt arrivé ici le 9 de ce
mois & a eu l'honneur de faire , le même jour ,
ſa révérence à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale : il eſt reparti le lendemain pour retourner
à la même Campagne où il étoit.
Le Duc de Barwick , Grand d'Eſpagne , fut
préſenté le 10 au Roi par l'Ambaſſadeur de Naples.
Le 2 , le ſieur de Coteneuve a eu l'honneur de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
,
préſenter au Roi une machine de ſon invention,
au moyen de laquelle la même perſonne peut
écrire trois copies à la fois du même ouvrage.
L'Auteur lui donne le nomde Polygraphe , ou Copiste
habile. Il y a quelques mois qu'on annonça
dans les papiers publics une machine de ce genre
préſentée à l'Impératrice Reine & inventée :
par le Comte de Neuperg. Le ſieur de Coteneuve
avoit achevé la ſienne & l'avoit miſe en uſage
devant le Marquis de Marigny le 21 Octobre dernier.
Il la préſenta à l'Académie Royale des
Sciences le 23 Novembre ſuivant. Les Commiſ
faires nommés pour l'examiner en ont fait un
rapport avantageux , & ont jugé cette machine
très- ingénieuſe & digne de l'approbation de l'Asadémie.
Parmi ſes différens avantages , elle a
celui d'être facile à tranſporter.
Le fieur Coupſon fils , Horloger à Paris , a eu
l'honneur de préſenter au Roi , le 10 de ce mois ,
une montre nouvelle de ſon invention. Elle est
compoſée de cinq roues comme les montres ordinaires
; mais l'Auteur a ſubſtitué au barillet , au
grand reffort , à la chaîne & à la fuſée , un ſimple
reffort qui opère le même effet que ces différentes
piéces , ſans en avoir les inconvéniens. On la met
en mouvement ſans clef pour vingt-quatre heures
, en preſſant feulement ſur un pouſſoir ſemblable
à celui d'une montre à répétition.
fut préſentée à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale par la Marquiſe de Montmirel.
Le Cardinal de Bernis eſt arrivé ici le 9 de ce
mois & a eu l'honneur de faire , le même jour ,
ſa révérence à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale : il eſt reparti le lendemain pour retourner
à la même Campagne où il étoit.
Le Duc de Barwick , Grand d'Eſpagne , fut
préſenté le 10 au Roi par l'Ambaſſadeur de Naples.
Le 2 , le ſieur de Coteneuve a eu l'honneur de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
,
préſenter au Roi une machine de ſon invention,
au moyen de laquelle la même perſonne peut
écrire trois copies à la fois du même ouvrage.
L'Auteur lui donne le nomde Polygraphe , ou Copiste
habile. Il y a quelques mois qu'on annonça
dans les papiers publics une machine de ce genre
préſentée à l'Impératrice Reine & inventée :
par le Comte de Neuperg. Le ſieur de Coteneuve
avoit achevé la ſienne & l'avoit miſe en uſage
devant le Marquis de Marigny le 21 Octobre dernier.
Il la préſenta à l'Académie Royale des
Sciences le 23 Novembre ſuivant. Les Commiſ
faires nommés pour l'examiner en ont fait un
rapport avantageux , & ont jugé cette machine
très- ingénieuſe & digne de l'approbation de l'Asadémie.
Parmi ſes différens avantages , elle a
celui d'être facile à tranſporter.
Le fieur Coupſon fils , Horloger à Paris , a eu
l'honneur de préſenter au Roi , le 10 de ce mois ,
une montre nouvelle de ſon invention. Elle est
compoſée de cinq roues comme les montres ordinaires
; mais l'Auteur a ſubſtitué au barillet , au
grand reffort , à la chaîne & à la fuſée , un ſimple
reffort qui opère le même effet que ces différentes
piéces , ſans en avoir les inconvéniens. On la met
en mouvement ſans clef pour vingt-quatre heures
, en preſſant feulement ſur un pouſſoir ſemblable
à celui d'une montre à répétition.
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Résumé : « Le 31 du mois dernier, la Marquis de Louvois fut présentée à Leurs [...] »
Le 31 du mois dernier, la Marquise de Louvois fut présentée à Leurs Majestés et à la Famille Royale par la Marquise de Montmirel. Le Cardinal de Bernis arriva le 9 du mois, rendit hommage à Leurs Majestés et à la Famille Royale, puis repartit le lendemain pour sa campagne. Le Duc de Barwick, Grand d'Espagne, fut présenté au Roi le 10 par l'Ambassadeur de Naples. Le 2, le sieur de Coteneuve présenta au Roi une machine appelée Polygraphe, capable d'écrire trois copies simultanément. Cette invention avait déjà été approuvée par le Marquis de Marigny et l'Académie Royale des Sciences. Le 10 du mois, le sieur Coupson fils, horloger à Paris, présenta au Roi une montre innovante fonctionnant avec un simple ressort, sans clef, pour une durée de vingt-quatre heures.
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139
p. 196-200
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
J'espere, Monsieur, que dans la partie de votre Journal que vous réservez [...]
Mots clefs :
Lettre, Ouvrage, M. Turmeau, Maison des Turmea, Noblesse, Fortune, Médiocrité, Mariage, Famille, Énonciation, Vérité, Succession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE. *
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
A Paris , le 24 Mars 1764.
J''EESSPPEERREE ,, Monfieur , que dans la partie de votre
Journal que vous réservez aux Annonces généalogiques
, vous voudrez bien inférer cette Lettre.
L'intérêt que je prends à M. Turmeau de la Morandiere
, mon parent , me fait fouhaiter de détruire
la furprife que bien des perfonnes ont reffentie à
l'occafion de ce qu'il dit de fes Ayeux dans fon
* L'abondance des matières eft caufe que cette
Lettre n'a point paru plutôt dans le Mercure.
JUILLET . 1764. 197
Ouvrage intitulé , Principes politiques fur le rap- .
pel des Proteftans en France.
Son nom eft Turmeau : le furnom de la Morandiere
eft celui d'un petit Fief fitué à deux lieues
de Romorantin , fur le bord du Cher , dont les
Turmeau ont communément porté le nom par
préférence à leur propre nom & a celui des autres
Fiefs qui leur appartenoient : tels que la Grande-.
Maifon de Parpeçay , la Jarrerie , &c . Il y a cependant
eu des Turmeau des Beraudières & des
Turmeau de la Grange.
Les Turmeau font du nombre des anciennes
Nobleffes ils font compris dans le Catalogue des
Familles nobles de Blois , fait par Bernier en
1682. Il eft vrai que commé il y a plus de cent
cinquante ans qu'ils font pauvres , ils ont été
tellement ignorés , que Bernier les a cru éteints .
On ne connoît pas leur origine : il y a lieu de
croire qu'ils ons été appellés avec les Brachet dans
le Bléfois en 151s par Louife , Ducheffe d' Angou
lême , lorfque François I. fon fils monta fur le
Trône. Un fait conftant , c'eft que Jean Brachet,,
qui avoit été Précepteur de François I , donna
l'une de fes filles en mariage à un des Aïeux, pa-,
ternels de M. de la Morandiere , avec une portion
du Fief fis à Romorantin , qui lui avoit été donné
par Madame d' Angoulême , de forte que ce Fief
s'appella le Fief de Turmeau. Il fubfifte encore
fous ce nom , quoique très dénaturé.
La médiocrité de la fortune de fes defcendans ,
les Guerres Civiles , le peu de durée de la faveur,
des Brachet , ont été autant de caufes d'éloignement
& d'oubli . Malgré ces contre temps , les.
Turmeau & les Brachet ont fouvent renouvellé
par des mariages leur ancienne alliance , & c'eft
de ces mariages que M. de la Morandiere tire lon
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
droit au Collège de Boily pour y placer fes en
fans , comme parens du Fondateur.
Il eft à obferver que dans la généalogie des
Chartier, qui eft commune aux Maifons de Gefres
, de Molé , d'Ormefon , de Montholon , &
autres qui ont , comme lui , droit au Collège au
même titre de parenté , il eft ignoré , fi Françoife
Chartier dont il defcend , a eu postérité.
Quelque pauvre que foit cette Famille , on ne
peut lui reprocher comme à beaucoup d'autres
qui figurent aujourd'hui , qu'elle ait un feul rejetton
qui ait exercé aucune profeffion méchanique
ou humiliante. Tous ont été voués depuis un
remps immémorial à la Magiftrature ou au Barreau.
Les uns ont été Châtelains ou Procureurs du
Roi de Romorantin , oa Juges Royaux ; les autres
ont été Avocats au Parlement ou dans d'autres
Places analogues , & tous ont fait de grandes
Alliances. Il y a fort peu de Maiſons à la Cour
auxquelles cette Famille n'ait l'honneur d'apparrenir.
La mère de fon père étoit Charlotte de Bafoges
de Boismaitre , laquelle étoit petite-fille de
Marguerite de Caftelnau , foeur du Marquis de-
Caftelnau , Ambaffadeur en Angleterre , &
grande- tante du Maréchal de France . L'Abbé
Te Laboureur a dit à l'Article de Marguerite de Caf
telnau , qu'elle mourut fans poſtérité.
Heft , Monfieur , bien fingulier , que dans une
même Généalogie , on trouve trois énonciations
auffi peu éxactes . Bernier a dit que les Turmeau
étoient éteints ; l'ancien Rédacteur de la généalogie
du Collège de Boiffy paroît faire conjecturer
que Françoife Chartier étoit morte fans postérité ;
& le Laboureur annonce le même fait contre les
enfans de Madame de Boismaitre .
Aujourd'hui M. de la Morandiere rapporte des
JUILLET. 1764. 199
L
titres non équivoques pour prouver le peu d'éxactitude
de ces trois énonciations. Il eft fans contredit
de la Famille Turmeau de Blois ; il vient de
prouver fon droit au Collège de Boiffy , comme
defcendant de Françoife Chartier , mariée à
Etienne Bracher , & il a le contrat de mariage
de Charlotte de Bafoges , Dame de Boismaitre
fon aïeule paternelle , petite-fille de Marguerite
de Caftelnau.
D'après cet expofé , la furpriſe du Public difparoîtra
en fentant que dans ce qu'a dit M. de laMorandiere
dans fon Ouvrage , il a eu principalement
en vue fes Aieux maternels . Il a donc été fondé à
dire que les Aïeux ( Brachet , Chartier , Caftelnau
& beaucoup d'autres que ces mêmes alliances lui
ont donné , ) ont rempli pendant cinq fiécles de
très-grandes places à la Cour. La médiocrité de
la fortune de fes Aïeux paternels depuis plus
d'un fiécle ne doit rien faire contre lui. On fait
qu'il y a des Maiſons illuftres dont plufieurs rejettons
font tombés dans l'oubli par le défaut de
fortune. On peut encore ajouter en faveur des
Turmeau que s'ils ont eu l'honneur de s'allier
conftamment avec les bonnes Maifons de la Province
qu'ils ont habitée , plufieurs Gentilshommes
ont pris alliance dans cette famille. La Bifaïeule
de M. le Comte de Riocourt étoit une Turmeau ,
de la branche des Seigneurs de Monteaux , &c .
Les alliances ont été fréquentes & réciproques
avec les Familles Gallus de Rioubert Brachet
de la Milletiere & de Pormoran , Pajon Devillai
mes, Dauvergne , Leclerc de Douy , &c.
Meffieurs de Montmorency & de Fains , ont
recueilli la fucceffion d'un Montmorency , Seigneur
de Neavy- le-Palliou , au partage de laquelle fe
préfenta comme parent il y a vingt einq ans le
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE.
père de M. de la Morandiere . A la vérité il n'y
eur aucune portion , parce qu'on lui fit croire qu'il
étoit parent plus éloigné du défunt que les copartageans.
Je fais qu'il eſt dans l'intention d'examiner
s'il ne pourroit pas revenir également
contre cette exclufion à la fucceffion de cette
branche Montmorency , comme il revient aujour
d'hui contre les énonciations qui fembloient détruire
fes Aïeuls tant paternels que maternels.
J'ai l'honneur d'être &c.
PAJON DE MONCATS.
Lafuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
La lettre datée du 24 mars 1764, adressée à l'auteur du Mercure, vise à rectifier des informations erronées concernant la famille de M. Turmeau de la Morandiere. L'auteur souhaite clarifier les origines et la noblesse de cette famille, souvent méconnues ou mal interprétées. La famille Turmeau porte le surnom de la Morandiere, issu d'un fief près de Romorantin. Elle est une ancienne famille noble, mentionnée dans le catalogue des familles nobles de Blois en 1682. Leur origine exacte est inconnue, mais il est probable qu'ils aient été appelés en Berry par Louise d'Angoulême au début du XVIe siècle. Un fait avéré est que Jean Brachet, précepteur de François Ier, a marié l'une de ses filles à un ancêtre de M. de la Morandiere, lui transmettant ainsi un fief. Malgré des périodes de pauvreté et d'oubli, les Turmeau ont maintenu leur noblesse et ont souvent renouvelé leurs alliances avec d'autres familles nobles par des mariages. M. de la Morandiere revendique ainsi des droits au Collège de Boily grâce à ces alliances. La lettre souligne que, bien que la famille soit modeste, elle n'a jamais exercé de professions méprisables. Les Turmeau ont traditionnellement été impliqués dans la magistrature ou le barreau, et ont fait de nombreuses alliances prestigieuses. La mère du père de M. de la Morandiere était Charlotte de Bafoges de Boismaitre, petite-fille de Marguerite de Castelnau, sœur du Marquis de Castelnau, ambassadeur en Angleterre. L'auteur critique les erreurs trouvées dans diverses généalogies, notamment celles de Bernier, du rédacteur du Collège de Boily, et de l'Abbé Te Laboureur. M. de la Morandiere a fourni des preuves pour corriger ces erreurs, démontrant ainsi la continuité de sa lignée et ses droits nobles. Enfin, la lettre mentionne que la famille Turmeau a souvent été alliée à des maisons illustres et que des gentilshommes ont pris des alliances dans cette famille. Elle conclut en exprimant l'intention de M. de la Morandiere de réexaminer une exclusion de succession dans la branche Montmorency.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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140
p. 200-204
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
Début :
J'ai lu, Monsieur, dans votre Mercure du mois de Juillet dernier, Article [...]
Mots clefs :
Mémoire, Histoire de France, Anecdotes, Ouvrage, Historiens, Bibliothèque, Saint-Esprit, Ordres, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
à M. DE LA PLACE.
J'AI lu , Monfieur , dans votre Mercure
du mois de Juillet dernier , Article
des Nouvelles Littéraires , cette annonce
: Mémoire pour fervir à l'Hiftoire
de France du quatorziéme fiécle , contenant
les Statuts de l'Ordre du S. Efprit
AU DROIT DESIROU DU NOEU , inf
titué à Naples , en 1352 , par Louis
Premier du Nom , Roi de Jerufalem ,
JUILLET. 1764. 201
de Naples & de Sicile , & renouvellé en
1579 par Henri III , Roi de France
,fous le titre de l'ORDRE DU S. Es-
PRIT , avec une notice fur le manufcrit
original qui renferme les anciens Statuts
, & des Remarques Hiftoriques fur
cet Ordre , par M. LEFEVRE , Prétre
de la Doctrine Chrétienne. Brochure
de quatre vingt-deux pages.
J'ai cru fur ce titre , que je trouverois
dans cette petite brochure quelques
Anecdotes & quelques faits concernant
notre Ordre du S. Efprit ; il n'y
en a pas un feul , excepté que l'Auteur
dit qu'il a été renouvellé d'après
celui de Naples.
M. de Saintfoix , en 1758 , fit imprimer
un petit Ouvrage fur notre
Ordre du S. Efprit ; il le préfenta même
au Roi ; il y rapporte les Statuts
de celui de Naples avec des notes &
quelques Anecdotes fur cet Ordre qui
font à- peu-près les mêmes que celles
de M. Le Fevre. Je ne prétends pas
dire que M. Le Fevre ait vù ce petit
Ouvrage de M. de Saintfoix ; j'ai même
des raifons pour ne le pas croire ;
mais voici ce que M. de Saintfoix y
dit : Louis d'Anjou , Roi de Jérufalem
& de Naples , inflitua , en 1352 ,
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
un Ordre du S. Efprit. Plufieurs dé
nos Hiftoriens difent qu'attendu les
troubles dont fon régne fut agité dès
l'an 1354 , cet Ordre du S. Efprit
ne putfe foutenir, & que peut - être igno
reroit-on qu'il eût exifté , fi le hafard
n'avoit pas fait tomber le titre original
de fon inflitution entre les mains d'un
Noble Vénitien qui en fit préfent a
Henri III , lorfqu'il paffa par Venife
à fon retour de Pologne ; que ce
Prince voulant s'en approprier l'idée,
le tint fort caché , & qu'après avoir
fait extraire par Chiverni , Chancelier
de France , ce qu'il en vouloit tirer
pour fon nouvel Ordre , il lui ordonna
de le briller ; que Chiverni conferva
cette pièce rare & curieufe , en
partie à caufe des belles mignatures
dont elle étoit ornée ; qu'après fa mort ,
elle paffa dans la Bibliothèque de fon
Fils , & de cette Bibliothèque dans celle
du Président de Maifons . Si ces Hiftoriens
avoient confronté les Statuts de
rOrdre du S. Efprit de Naples , inftituée
en 1352 ; avec ceux de l'Ordre
de l'Etoile , inftitué à Paris un an
auparavant , en 1351 , par le Roi
Jean , ils auroient vu qu'ils font les
mêmes , & qu'étant les mêmes , & ceux
JUILLET. 1764. 203
de l'Ordre de l'Etoile étant très connus
en France , Henri III par conséquent
n'avoit pas pu penfer à s'en approprier
l'idée. D'ailleurs parmi les Statuts de
notre Ordre du S. Efprit , il n'y en
a' au que ou
femblent à ceux de cinq qui refl'Ordre
S.
prit de Naples , & ces quatre ou cinq
Statuts fe trouvent auffi parmi ceux de
S. Michel inftitué par Louis XI: ainfi
ce ne feroit pas de l'Ordre du S. Ef
prit de Naples que Henri III les auroit
pris, mais de celui de S. Michel. Enfin
fi ces Hiftoriens avoient la les Statuts
de nos Ordres de S. Michel & du
S. Efprit , ils auroient vu que le fond
eft entierement le même , & qu'il n'y
a que les changemens qu'exigeoient les
temps différens ; le droit féodal par
rapport a la convocation des grands
& petits Vaffaux , fubfiftoit encore du
temps de Louis XI , au lieu qu'il ne
fubfiftoit plus du temps de Henri III.
Voilà ce qu'avoit dit M. de Saintfoix
& ce que nous retrouverons fans
doute dans fon Hiftoire des Ordres
du Roi . On peut juger à préfent fis
M. Le Fevre a raifon de mettre dans
le titre de fa Brochure que Henri III
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
n'a fait que renouveller l'Ordre du
S. Efprit de Naples.
J'ai l'honneur d'être & c.
DE LA DIX MERIE,
A Paris , le 7 Juillet 1764.
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Résumé : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE.
M. de La Dixmerie écrit à M. de La Place au sujet d'une brochure de M. Lefèvre intitulée 'Mémoire pour servir à l'histoire de France du quatorzième siècle'. Cette brochure traite des Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit, institué à Naples en 1352 par Louis Ier, Roi de Jérusalem, de Naples et de Sicile, et renouvelé en 1579 par Henri III. La brochure ne contient aucune autre information sur l'Ordre du Saint-Esprit, sauf la mention de son renouvellement par Henri III. M. de La Dixmerie compare cette brochure à un ouvrage de M. de Saintfoix publié en 1758. Saintfoix relate que Louis d'Anjou a institué l'Ordre du Saint-Esprit en 1352, mais que les troubles de son règne ont empêché sa pérennité. Henri III a redécouvert cet ordre grâce à un titre original trouvé par un noble vénitien et a décidé de le renouveler. Saintfoix souligne que les Statuts de l'Ordre du Saint-Esprit de Naples sont identiques à ceux de l'Ordre de l'Étoile, institué en 1351 par le Roi Jean. Il note également des similitudes avec les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI. Saintfoix conclut que Henri III a probablement repris les Statuts de l'Ordre de Saint-Michel pour renouveler l'Ordre du Saint-Esprit. M. de La Dixmerie conclut que M. Lefèvre a raison de mentionner dans le titre de sa brochure que Henri III a renouvelé l'Ordre du Saint-Esprit de Naples.
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141
p. 193-194
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Début :
Le Roi vient de nommer quatre Commissaires à l'effet d'examiner [...]
Mots clefs :
Nomination, Commissaires, Ouvrage, Académie royale des belles-lettres, Membres, Censeur royal, Assemblée, Jugement, Public
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Le 17 juillet 1764, à Compiègne, le Roi a nommé quatre commissaires pour examiner l'ouvrage de M. Barletti de Saint-Paul intitulé 'Institutions nécessaires, ou Corps complet d'éducation pratique & relative'. Cet ouvrage propose une méthode d'étude et d'enseignement des sciences adaptée aux deux sexes, à tous les âges et à tous les états. Les commissaires désignés sont M. Bonamy, historiographe et bibliothécaire de Paris, membre de l'Académie Royale des Belles-Lettres, M. DeGuignes, membre de cette académie et professeur royal, M. Londres, interprète à la Bibliothèque du Roi pour les langues orientales, M. De Montcarville, censeur royal pour les mathématiques, et M. De Passe, censeur royal pour l'histoire ancienne et gouverneur de M. de Saint-Farjeau. La première assemblée des commissaires est prévue pour le lundi 30 juillet chez M. De Montcarville. Le jugement des commissaires sera également rendu public.
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142
p. 168-170
De VERSAILLES, le 3 Octobre 1764.
Début :
Le Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Duc de Lorraine, Chevalier, Colonie, Commandant, Contrat de mariage, Ambassadeur, Ouvrage, Professeur, Capitaines, Lieutenant, Marquis, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 3 Octobre 1764.
De VERSAILLES , le 3.Octobre 1764.
La Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
eft arrivé de Lunéville ici , le 15 du mois dernier,
& il eft parti aujourd'hui pour retourner à Lunéville.
Le Chevalier Turgot , Gouverneur , Lieutenant-
Général de la Guyane , & le fieur de Béhague
, Commandant en Chef dans cette Colonie ,
ont eu l'honneur de prendre congé le 9 de Leurs
Majeftés & de la Famille Royale : ils fe difpolent
à partir inceffamment pour Rochefort , où ils doiyent
s'embarquer pour paller à Cayenne,
La
NOVEMBRE. 1764. 1fg
le
La Comteffe de Bercheny , nominée Dame
our accompagner Mefdames à la place de la
Marquife de Soulanges , a été en cette qualité
préfentée au Roi le 20 .
Le Roi a accordé les entrées de fa Chambre au
Duc de Villars , Pair de France , Gouverneur &
Commandant en Provence.
Leurs Majeſtés & la Famille Royale ont figné le
30 le contrat de mariage du Marquis de Rochechouart
avec Demoiſelle de Courteille . Le même
jour le fieur de S. Prieft , Intendant de Languedoc
, qui a obtenu la Place de Conſeiller d'Etat
vacante par la mort du fieur de Lucé , Intendant,
d'Alface , a eu l'honneur d'être préfenté au Roi
en cette qualité.
Le même jour le Comte de Guerchy , Ambaf
fadeur du Roi auprès de Sa Majefté Britannique ,
& la Comteffe de Guerchy , fon époufe , ont pris
congé de Leurs Majeftés & de la Famille Royale ,
pour retourner à Londres,
Le 29 , le fieur de Fleury , ancien Profeffeur
Royal de Mathématique , de Génie & d'Artillerie
a eu l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale , ainſi qu'au Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , un Ouvrage intitulé : .,
Effaifur les moyens de réformer l'éducation particu
Lière & générale.
"
Le koi a nommé Lieutenans - Généraux des Armées
Navales le Prince de Beauffremont - Liftenois
, le Comte de Blenac , le Chevalier d'Aubigny .
& le fieur de Bompar , Chefs d'Eſcadre. Le Marquis
de Saint Aignan, le Comte de Coufages , les
fieurs Rofily , Maurville , Keruforet & le Borgne
le Chevalier d'Eaux de Raimondis le fieur de
Sabran , le Vicomte d'Urtubie , les fieurs Beauffiers
de l'Ifle , de Rochemore & de Panat , le
H
•
1-0 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Bouville , les fieurs d'Orvilliers , du
Chaffault & le Chevalier de Rohan , Capitaines de
Vaiffeaux , ont été faits Chefs d'Efcadre. Sa Ma➡
jefté ayant rétabli le grade de Capitaine de Frégate
, a avancé à ce grade cinquante Lieutenans
de Va fleau, Elle a accordé le grade de Lieutenant
de Vaiſeau à foixante- deux Enfeignes , & celui
d'Enfeigne de Vaiffeau à quatre - vingt - fix Gardes
du Pavillon & de la Marine . Elle a auſſi fait un
remplacement de fix Gardes de la Marine.
Sa Majefté a rendu le 14 du mois dernier
deux Ordonnances ; l'une concernant les régles
qu'elle prefcrit pour l'avancement aux différens
grades de la Marine & fur l'uniforme des Officiers
de la Marine ; l'autre , fur la compofition , le fervice
, la difcipline & l'inftruction des Compagnies
des Gardes du Pavillon & de la Marine , & fur
l'admiffion des Volontaires qui feront agréés pour
fervir fur les Vaiffeaux de Sa Majesté.
Le Roi a difpofé de fa Lieutenance des Gardes
du Corps dans la Compagnie de Luxembourg
vacante par la retraite du Marquis de Vareille ,
en faveur du Marquis de Laubepin , qui étoit
premier Enfeigne de la même Compagnie , &
qui a été remplacé par le Marquis de Floreffac,
Le fieur de Bonfol a obtenu le Bâton d'Exempt.
La Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ,
eft arrivé de Lunéville ici , le 15 du mois dernier,
& il eft parti aujourd'hui pour retourner à Lunéville.
Le Chevalier Turgot , Gouverneur , Lieutenant-
Général de la Guyane , & le fieur de Béhague
, Commandant en Chef dans cette Colonie ,
ont eu l'honneur de prendre congé le 9 de Leurs
Majeftés & de la Famille Royale : ils fe difpolent
à partir inceffamment pour Rochefort , où ils doiyent
s'embarquer pour paller à Cayenne,
La
NOVEMBRE. 1764. 1fg
le
La Comteffe de Bercheny , nominée Dame
our accompagner Mefdames à la place de la
Marquife de Soulanges , a été en cette qualité
préfentée au Roi le 20 .
Le Roi a accordé les entrées de fa Chambre au
Duc de Villars , Pair de France , Gouverneur &
Commandant en Provence.
Leurs Majeſtés & la Famille Royale ont figné le
30 le contrat de mariage du Marquis de Rochechouart
avec Demoiſelle de Courteille . Le même
jour le fieur de S. Prieft , Intendant de Languedoc
, qui a obtenu la Place de Conſeiller d'Etat
vacante par la mort du fieur de Lucé , Intendant,
d'Alface , a eu l'honneur d'être préfenté au Roi
en cette qualité.
Le même jour le Comte de Guerchy , Ambaf
fadeur du Roi auprès de Sa Majefté Britannique ,
& la Comteffe de Guerchy , fon époufe , ont pris
congé de Leurs Majeftés & de la Famille Royale ,
pour retourner à Londres,
Le 29 , le fieur de Fleury , ancien Profeffeur
Royal de Mathématique , de Génie & d'Artillerie
a eu l'honneur de préfenter à Leurs Majeftés & à
la Famille Royale , ainſi qu'au Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , un Ouvrage intitulé : .,
Effaifur les moyens de réformer l'éducation particu
Lière & générale.
"
Le koi a nommé Lieutenans - Généraux des Armées
Navales le Prince de Beauffremont - Liftenois
, le Comte de Blenac , le Chevalier d'Aubigny .
& le fieur de Bompar , Chefs d'Eſcadre. Le Marquis
de Saint Aignan, le Comte de Coufages , les
fieurs Rofily , Maurville , Keruforet & le Borgne
le Chevalier d'Eaux de Raimondis le fieur de
Sabran , le Vicomte d'Urtubie , les fieurs Beauffiers
de l'Ifle , de Rochemore & de Panat , le
H
•
1-0 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Bouville , les fieurs d'Orvilliers , du
Chaffault & le Chevalier de Rohan , Capitaines de
Vaiffeaux , ont été faits Chefs d'Efcadre. Sa Ma➡
jefté ayant rétabli le grade de Capitaine de Frégate
, a avancé à ce grade cinquante Lieutenans
de Va fleau, Elle a accordé le grade de Lieutenant
de Vaiſeau à foixante- deux Enfeignes , & celui
d'Enfeigne de Vaiffeau à quatre - vingt - fix Gardes
du Pavillon & de la Marine . Elle a auſſi fait un
remplacement de fix Gardes de la Marine.
Sa Majefté a rendu le 14 du mois dernier
deux Ordonnances ; l'une concernant les régles
qu'elle prefcrit pour l'avancement aux différens
grades de la Marine & fur l'uniforme des Officiers
de la Marine ; l'autre , fur la compofition , le fervice
, la difcipline & l'inftruction des Compagnies
des Gardes du Pavillon & de la Marine , & fur
l'admiffion des Volontaires qui feront agréés pour
fervir fur les Vaiffeaux de Sa Majesté.
Le Roi a difpofé de fa Lieutenance des Gardes
du Corps dans la Compagnie de Luxembourg
vacante par la retraite du Marquis de Vareille ,
en faveur du Marquis de Laubepin , qui étoit
premier Enfeigne de la même Compagnie , &
qui a été remplacé par le Marquis de Floreffac,
Le fieur de Bonfol a obtenu le Bâton d'Exempt.
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Résumé : De VERSAILLES, le 3 Octobre 1764.
En octobre 1764, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour de Versailles. Le 3 octobre, le roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, arriva de Lunéville et repartit le même jour. Le 9 octobre, le chevalier Turgot et le sieur de Béhague prirent congé pour se rendre à Rochefort avant d'embarquer pour Cayenne. En novembre, la comtesse de Bercheny fut présentée au roi pour remplacer la marquise de Soulanges auprès de Mesdames. Le duc de Villars devint gouverneur de Provence. Le 30 novembre, le contrat de mariage du marquis de Rochechouart fut signé. Le sieur de Saint-Priest fut présenté comme conseiller d'État et intendant de Languedoc. Le comte et la comtesse de Guerchy prirent congé pour retourner à Londres. Le sieur de Fleury présenta un ouvrage sur la réforme de l'éducation. Le roi nomma plusieurs lieutenants-généraux des armées navales et rendit des ordonnances sur l'avancement et l'uniforme des officiers de la marine. Le marquis de Laubepin succéda au marquis de Vareille comme lieutenant des gardes du corps, et le sieur de Bonfol obtint le bâton d'exempt.
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143
p. 173-174
MORTS.
Début :
Jacques le Febvre du Quesnois, Evêque de Coutances, Abbé Comendataire [...]
Mots clefs :
Évêque, Abbé commandataire, Abbaye royale, Ordre, Marquis, Maréchal de camp, Compositeur, Ouvrage, Décès
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Jacques le Febvre du Quefnois , Evêque de
Coutances , Abbé Commendataire de l'Abbaye
Royale de Saint Sauveur -le - Vicomte , Ordre de
S. Benoît , Diocèle de Courances , eft morten fon
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
Abbaye , le 9 Septembre , âgé de cinquante- fept
ans .
L'Abbé de Bragelongne , ancien Doyen &
Grand- Vicaire de Beauvais , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Longuai , Ordre de
Citeaux , Diocèle de Langres , eft mort en cette
Ville le 23 âgé de foixante- quatre ans. 7
Le fieur de Bertet , Marquis de la Clue , &
Lieutenant- Général des Armées Navales , elt
mort à Paily le 3 Octobre , âgé de foixante-huit
ans.
Le fieur de la Broue de Vareille , Maréchal de
Camp, Lieutenant des Gardes du Corps & Commandant
de la Compagnie de Luxembourg , eft
mort le premier Octobre , âgé de cinquante- fix
ans.
Jean - Philippe Rameau , Compofiteur de la
Mulique du Cabinet du Roi , dont le nom & les
Ouvrages feront une époque dans l'Hiftoire de la
Mufique , eft mort ici le 12 Septembre dans la
quatre-vingt- deuxième année de fon âge.
Jacques le Febvre du Quefnois , Evêque de
Coutances , Abbé Commendataire de l'Abbaye
Royale de Saint Sauveur -le - Vicomte , Ordre de
S. Benoît , Diocèle de Courances , eft morten fon
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
Abbaye , le 9 Septembre , âgé de cinquante- fept
ans .
L'Abbé de Bragelongne , ancien Doyen &
Grand- Vicaire de Beauvais , Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Longuai , Ordre de
Citeaux , Diocèle de Langres , eft mort en cette
Ville le 23 âgé de foixante- quatre ans. 7
Le fieur de Bertet , Marquis de la Clue , &
Lieutenant- Général des Armées Navales , elt
mort à Paily le 3 Octobre , âgé de foixante-huit
ans.
Le fieur de la Broue de Vareille , Maréchal de
Camp, Lieutenant des Gardes du Corps & Commandant
de la Compagnie de Luxembourg , eft
mort le premier Octobre , âgé de cinquante- fix
ans.
Jean - Philippe Rameau , Compofiteur de la
Mulique du Cabinet du Roi , dont le nom & les
Ouvrages feront une époque dans l'Hiftoire de la
Mufique , eft mort ici le 12 Septembre dans la
quatre-vingt- deuxième année de fon âge.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate le décès de plusieurs personnalités notables. Jacques le Febvre du Quefnois, Évêque de Coutances et Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de Saint-Sauveur-le-Vicomte, est décédé à l'âge de cinquante-sept ans le 9 septembre. L'Abbé de Bragelongne, ancien Doyen et Grand-Vicaire de Beauvais, Abbé Commendataire de l'Abbaye Royale de Longuai, est mort à Langres à l'âge de soixante-quatre ans le 23 septembre. Le sieur de Bertet, Marquis de la Clue et Lieutenant-Général des Armées Navales, est décédé à Paily à l'âge de soixante-huit ans le 3 octobre. Le sieur de la Broue de Vareille, Maréchal de Camp, Lieutenant des Gardes du Corps et Commandant de la Compagnie de Luxembourg, est mort à l'âge de cinquante-six ans le 1er octobre. Jean-Philippe Rameau, compositeur de la Musique du Cabinet du Roi, est décédé à Paris à l'âge de quatre-vingt-deux ans le 12 septembre.
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144
p. 211-212
AVIS très-intéressant au Public.
Début :
Les accidens funestes dont on entend parler continuellement, surtout dans la saison [...]
Mots clefs :
Chasse, Canons, Ouvrage, Ruban, Poudre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS très-intéressant au Public.
Av.1s très-intéreffant au Public
Las accidens funeftes dont on entend parler
continuellement , furtout dans la faifon des Chaf
fes , ont fair faire des réfléxions férieuſes pours.
mettre le Public à l'abri de toute eſpèce d'inconvénient
Il y a longtemps qu'on parle de Canons à rubans
, mais le temps qu'il faut employer pour les
bien faire , les frais qui en font la fuite & la difficulté
de l'Ouvrage y ont fait renoncer ; de forte
que les Artiftes ont préféré les fufils bientôt faits
à la fureté des Gitoyens. On le contente de les
faire à platebande , & par extraordinaire on en
fait de fer torts qu'on fait paffer poor rubans , &
qui , pour peu qu'on y réfléchiffe , font encore
plus défectueux que lespremiers.
Qn a donc établi dans la Cour de la Corderies
212 MERCURE DE FRANCE
du Temple à Paris une Fabrique de Canons à
rubans , forgés de vieilles férailles qui reçoivent
une fi prodigieufe quantité de chaudes , que le
fer le trouve tout - à - fait dépuré & auſſi doux que
le plomb. Plufieurs de ces Canons à qui on a fair
éprouver la triple charge fe font courbés & ont
été redreffés avec un fimple mandrin de bois fans
effort & fans qu'il y paroiffe. Ces Canons font fins ,.
légers , parfaitement dreffés , portent très-bien
le plomb , & on ofe affurer qu'il eft impoffible
qu'ils crévent ; leur folidité couronne leur perfection
. On n'en diftribue aucun qui n'ait fubi plufieurs
fois l'épreuve de deux fortes charges de la
meilleure poudre & d'autant de plomb ; & pour
mettre les gens curieux de leur fanté en état de
n'être pas trompés , ils font invités à prendre la
peine d'aller dans quelque temps & à quelque
heure que ce foit dans ladite Cour du Temple :
ils les verront forger , & ne pourront s'empêcher
de reconnoître avec étonnement la folidité de ce
travail. Avec demie charge de poudre ils portent
auffi loin que les autres avec la charge ordinaire.
L'Auteur a auffi imaginé une Machine curieufe
qui en perfore fix à la fois . Le Magalin
de ces Canons eft chez M. Defcourtieux , Marchand
, rue S. Denys , Porte cochère vis-à- vis
l'ancien grand Cerf à Paris.
Las accidens funeftes dont on entend parler
continuellement , furtout dans la faifon des Chaf
fes , ont fair faire des réfléxions férieuſes pours.
mettre le Public à l'abri de toute eſpèce d'inconvénient
Il y a longtemps qu'on parle de Canons à rubans
, mais le temps qu'il faut employer pour les
bien faire , les frais qui en font la fuite & la difficulté
de l'Ouvrage y ont fait renoncer ; de forte
que les Artiftes ont préféré les fufils bientôt faits
à la fureté des Gitoyens. On le contente de les
faire à platebande , & par extraordinaire on en
fait de fer torts qu'on fait paffer poor rubans , &
qui , pour peu qu'on y réfléchiffe , font encore
plus défectueux que lespremiers.
Qn a donc établi dans la Cour de la Corderies
212 MERCURE DE FRANCE
du Temple à Paris une Fabrique de Canons à
rubans , forgés de vieilles férailles qui reçoivent
une fi prodigieufe quantité de chaudes , que le
fer le trouve tout - à - fait dépuré & auſſi doux que
le plomb. Plufieurs de ces Canons à qui on a fair
éprouver la triple charge fe font courbés & ont
été redreffés avec un fimple mandrin de bois fans
effort & fans qu'il y paroiffe. Ces Canons font fins ,.
légers , parfaitement dreffés , portent très-bien
le plomb , & on ofe affurer qu'il eft impoffible
qu'ils crévent ; leur folidité couronne leur perfection
. On n'en diftribue aucun qui n'ait fubi plufieurs
fois l'épreuve de deux fortes charges de la
meilleure poudre & d'autant de plomb ; & pour
mettre les gens curieux de leur fanté en état de
n'être pas trompés , ils font invités à prendre la
peine d'aller dans quelque temps & à quelque
heure que ce foit dans ladite Cour du Temple :
ils les verront forger , & ne pourront s'empêcher
de reconnoître avec étonnement la folidité de ce
travail. Avec demie charge de poudre ils portent
auffi loin que les autres avec la charge ordinaire.
L'Auteur a auffi imaginé une Machine curieufe
qui en perfore fix à la fois . Le Magalin
de ces Canons eft chez M. Defcourtieux , Marchand
, rue S. Denys , Porte cochère vis-à- vis
l'ancien grand Cerf à Paris.
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Résumé : AVIS très-intéressant au Public.
Le texte aborde les accidents fréquents liés à l'utilisation des fusils, notamment lors des chasses, et les réflexions sur la sécurité du public. Les canons à rubans, bien que connus depuis longtemps, n'ont pas été adoptés en raison de leur temps de fabrication, de leur coût élevé et des difficultés techniques. Les artisans ont préféré les fusils à platine, souvent en fer, qui sont encore plus défectueux. Une fabrique de canons à rubans a été créée dans la cour des Corderies du Temple à Paris. Ces canons sont forgés à partir de vieilles ferrailles chauffées à haute température, ce qui les rend doux et sans impuretés. Ils sont légers, bien dressés et résistent aux charges de poudre et de plomb. Leur solidité est prouvée par des épreuves répétées avec des charges importantes. Le public est invité à visiter la fabrique pour constater la solidité de ces canons. Une machine permet de percer six canons simultanément. Les canons sont disponibles chez M. Defcourtieux, marchand rue Saint-Denis à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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145
p. 39-44
A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
Début :
MONSIEUR, DEPUIS que le célébre M. Rameau mon compatriote a [...]
Mots clefs :
Musique, Auteur, Gloire, Lyrique, Académie de Dijon, Sciences, M. Rousseau, Patrie, Ouvrage, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
A M. DE LA PLACE , en lui envoyant
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
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Résumé : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
La lettre, datée du 31 août 1765, est adressée à M. de La Place par un avocat nommé Beguillet. Elle aborde principalement la musique française et la réputation de Jean-Jacques Rousseau. Beguillet conteste les affirmations de Rousseau selon lesquelles la langue française ne serait pas lyrique et que la France manquerait de musique. Il cite la pièce 'Le Devin du Village' de Rousseau comme contre-exemple. Beguillet suggère que Rousseau pourrait avoir adopté ses propres paradoxes après leur succès initial. La lettre reconnaît également les contributions de Rousseau sur l'inégalité des conditions, l'éducation et le contrat social, tout en soulignant son humanité et son amour pour ses semblables. L'auteur exprime sa satisfaction de voir la France honorer les savants et les artistes, tels que Newton, Crébillon et Rameau. Il regrette que la patrie de Rameau n'ait pas érigé de mausolée en son honneur et encourage la promotion des sciences, des arts et des talents. Beguillet partage également une lettre de Rameau sur les effets de la musique des anciens et son système musical. Il mentionne avoir reçu des correspondances agréables mais craint d'importuner le destinataire. Il attend une réponse concernant ce sujet et se présente comme avocat au Parlement et premier notaire de la province de Bourgogne, résidant place Saint-Étienne à Dijon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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146
p. 179
« Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Début :
Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...]
Mots clefs :
Sonates, Musique, Ouvrage, Genre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Six Sonates à violon feul avec la baffe ,
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
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Résumé : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
L'ouvrage 'Six Sonates à violon seul avec la basse' de M. J. Avolio, dédié à M. de Saint George, est le quatrième de l'auteur. Il est vendu à Paris pour sept livres et quatre sols. La gravure est réalisée par Mme Deluffe, connue pour ses travaux de qualité. L'ouvrage est présumé être bien accueilli par les connaisseurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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147
p. 135-152
« DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
Début :
DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Ouvrage, Livres, Approbation, Prix, Privilège, Imprimeur, Livres rares, Catalogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
ICTIONNAIRE typographique , hiftorique
& critique des livres rares , finguliers ,
eftimés & recherchés en tous genres ; contenant
, par ordre alphabétique , les noms &
furnoms de leurs auteurs , le lieu de leur
naiffance , le tems où ils ont vécu & celui
de leur mort : avec des remarques néceffaires
pour en diftinguer les bonnes éditions
, & quelques anecdotes hiftoriques ,
critiques & intéreffantes , tirées des meil
leures fources. On y a joint le prix qu'ils
fe vendent la plupart dans les ventes publiques.
Par J. B. L. Ofmont , Libraire , à
Paris. Pour epigraphe : Ex uno nofce omnes.
A Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1768 : deux volumes , grand in- 8º .
d'environ 500 pages chacun . Prix 9 liv.
reliés.
Ce livre eft eftimé de nos plus habiles
Bibliographes , plufieurs même d'entr'eux
fe font fait un plaifir de contribuer à fa
perfection par leurs confeils & par leurs
travaux. M. Mercier , Abbé de faint Leger
de Soiffons , & Bibliothécaire de fainte
Génevieve , dont les lumières fupérieutes
136 MERCURE DE FRANCE.
•
dans ce genre de littérature , font fi connues
du public , a bien voulu prendre la
peine de le lire en entier , pour y faire fes
obfervations. M. Floncel , Cenfeur royal,
plus célèbre encore par l'étendue de fes
connoiffances , que par le riche cabinet de
livres italiens , rares & recherchés , dont il
a formé lui - même la collection , a eu la
générosité de faire part à l'auteur des lumières
qu'il a acquifes depuis plus de
quarante ans dans la littérature italienne ;
il lui a fourni les notices de plufieurs
livres rares & finguliers , qui fe trouvent
chez lui ; il a corrigé celles qui font défectueufes
dans les Bibliographes italiens
.
Pour completter tout ce qui peut intéreffer
la curiofité des amateurs , l'auteura
placé à la fin de fon Dictionnaire : 1º . Plu-
Heurs catalogues des livres qu'on cherche
ordinairement à fe procurer , pour peu
que l'on aime les belles éditions ; telles
que les auteurs claffiques cum notis variorum
, ceux qui ont été imprimés ad uſum
Delphini ; les Elvezirs , les Barbou , &c.
2º. La chronologie des pères de l'églife
grecs & latins ; celle des poetes grecs anciens
; & celle des poëtes latins , pour en
faciliter l'arrangement dans un catalogue
ou une bibliothèque.
1
JUIN 1768.) 137
3 °. La lifte des livres qui compofent
la collana graca & la collana latina.
4°. Le catalogue exact de ce qu'il faut ,
pour former une collection complette des
mémoires du Clergé , procès - verbaux
rapports , & autres pièces.
Il y a lieu de penfer qu'une bibliographie
fi bien entendue , & où les recherches
font fi faciles au moyen de l'ordre alphabétique
, fera fort accueillie , dans un
temps où l'amour des livres & le goût de
la littérature fe répand parmi les perfonnes
de tout état.
DICTIONNAIRE grammatical de la langue
françoife , contenant toutes les régles
d'ortographe , de la prononciation , de la
profodie , du régime , de la conftruction ,
& c.; avec les remarques & obfervations
des plus habiles grammairiens : nouvelle
édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez Vincent ,
Imprimeur - Libraire , rue Saint Severin ;
1768 avec approbation & privilége du
Roi ; 2 volumes in 8°.
:
TRAITÉ pratique de l'inoculation , dans
lequel on expofe les régles de conduite
relatives au choix de la faifon propre à
cette opération ; de l'âge & de la confti-
તે
138 MERCURE DE FRANCE.
tution du fujet à inoculer ; de la préparation
qui lui convient ; de l'efpèce de
méthode qui doit être préférée ; & du
traitement de la maladie communiquéé
par l'infertion : par M. Gandoger de Foigny
, Docteur en inédecine , Médecin confultant
du feu Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar , Aggrégé au college
des Médecins de Nancy , membre de l'Académie
royale des fciences & belles lettres
de la même ville , Profeffeur Démonftrateur
d'anatomie & de chirurgie. A Nancy ,
chez J. B. Hyacinthe Leclerc , Imprinreurs
Libraire , & à Paris , chez G. Merlin , Libraire
, rue de la Harpe ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi ; 2 volumes
in- 8°.
LE Courrier de la mode , ou le Journal
du goût , ouvrage périodique contenant le
détail de toutes les nouveautés de mode ,
avec cette épigraphe : Tout eft Joumis au
règne de la mode. Avril 1768 .
On donnera exactement chaque mois
une demi- feuille in- 8 ° , contenant le détail
de toutes les nouveautés relatives à la
parure & à la décoration 5 on indiquera
les différens goûts régnants pour toutes les
chofes d'agrément , & les Artiftes chez lefquels
elles fe trouvent , on y joindra le
JUIN 1768 . 139
titre des livres de pur amufement & l'arriette
courante.
La foufcription , à commencer au mois
d'avril , fera de 3 livres , franc de port pour
Paris , elle fe fera chez Jorry, Imprimeur ,
vis-à-vis la Comédie Françoife , le Menu,
Marchand de mufique , rue du Roule , à
la Clef d'or , & chez l'auteur , rue Saint-
Honoré , vis- à - vis la grande écurie du Roit
s'adreffer au ſieur Macret , Ebéniſte .
Des caufes du bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin ; par M.
l'Abbé Gros de Befplas , de la maiſon &
fociété de Sorbonne , Prédicateur du Roi , \
& c. A Paris , de l'Imprimerie de Sébastien
Jorry, rue & vis- à- vis la Comédie Françoife
, au Grand Monarque & aux Cigognes
; 1768 avec approbation & privi
lége du Roi , in - 8°.
COURS d'hiftoire univerfelle par M.
Luneau de Boifgermain. A Paris , chez
l'Auteur , à l'hôtel de la Fautrière ; Panckoucke
, Libraire , même maifon , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 2 volumes
in- 8°. 9 livres brochés en carton , II liv . re
liés .
Nous nous propofons de donner un
extrait de ces deux premiers volumes dans
140 MERCURE DE FRANCE.
le Mercure prochain & de reprendre le
compte que nous avons déja rendu de
l'édition de Racine que nous a donné l'auteur
du Cours d'hiftoire . Un préjugé bien
favorable à ce dernier ouvrage , c'eft qu'on
le réimprime actuellement chez Cellot.
JOURNAL d'éducation , avril 1768 , préfenté
au Roi par M. Leroux , Maître ès
arts en l'univerfité de Paris , Maître de penfion
à Amiens. A Amiens , de l'Imprimerie
de la veuve Caron , Imprimeur & Libraire
, vis -à - vis faint Martin ; fe trouve à
Paris , chez Durand , neveu , Libraire , rue
Saint -Jacques ; à Verfailles , chez Fournier
, Libraire , galerie des Princes ; & dans
les principales villes , chez les principaux
Libraires ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 12 .
HISTOIRE de l'opéra bouffon , contenant
les jugemens de toutes les pièces qui
ont paru depuis fa naiffance jufqu'à ce jour,
pour fervir à l'hiftoire du théâtre de Paris .
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Grangé , Libraire , pont Notre - Dame , au
cabinet littéraire , près la pompe ; 1768 :
deux parties in- 12.
ARMORIAL des États de Languedoc ,
JUIN 1768 . 141
par M. Gaftelier de la Tour , Ecuyer. A
Paris , de l'Imprimerie de Vincent 1767 :
volume in 4° préfenté aux États de
1768.
On a raffemblé fous ce titre les armoiries
des Commiffaires , préfidans pour le
Roi aux Etats de Languedoc , & celles
de leurs Officiers ; les armoiries du clergé ,
fuivant le rang des Prélats qui ont droit
aux affemblées ; celles de la nobleſſe ; enfin
, les armoiries des villes qui envoient.
leurs députés aux Etats , & celles des Officiers
de la province. On y a joint des
notes hiftoriques fur les Baronies annuelles.
& de tour , & fur les métropoles & cathédrales.
Cet ouvrage eft très - bien exécuté ,
tant pour la partie typographique , que
pour la gravure.
*
›
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , Roi de
France prononcé dans la chapelle du
Louvre , en préfence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25 août 1767 ; par
M. l'Abbé de Baffinet . A Paris , chez la
veuve Regnard , Imprimeur de l'Académie
françoife , grand'falle du Palais , à la Providence
, & rue baffe des Urfins ; 1768 :
in-8°.
LA bataille de Fontenoy, ou l'Apothéoſe
142 MERCURE DE FRANCE .
moderne opéra- tragédie , en trois actes ,
traduite du grec par un Ciclopédifte . A
Chambord ; 1768 : & fe trouve à Paris ,
chez Defpilly , Libraire , rue Saint- Jacques
, à la Croix d'or. Le prix , 1 liv. 4
fols , in- 8°.
NOUVEAU Commentaire fur la coutume
de la Rochelle & du pays d'Aunis , où l'on
a réuni tout ce qui a paru néceffaire pour
l'intelligence de la coutume , en recueillant
exactement les divers .points d'ufage
de la province ; & où l'on a difcuté , outre
les difficultés dépendantes de l'interprétation
de chaque article , plufieurs queſtions
importantes relatives au droit coutumier ,
fuivant les maximes reçues au palais , &
le dernier état de la jurifprudence. Par Me
René- Jofué Valin , ancien avocat au Préfidial
de la Rochelle ; nouvelle édition ,
augmentée des queftions les plus intéreffantes
qui ont été décidées au Parlement
de Paris depuis la première édition ; par
M. *** avocat au Parlement. A Paris ,
chez Vincent , rue Saint - Severin.
,
L'ouvrage dont nous annonçons ici une
nouvelle édition , eft d'un Jurifconfulte
habile qui a joui pendant fa vie de la plus
grande
réputation.Son livre lui même a parfaitement
répondu à ce qu'on attendoit de
JUIN 1768 . 143
fes talens & de fes lumières . L'accueil favorable
que le public lui a fait lorſqu'il
a
paru pour la premiere
fois , eft un préjugé
de celui qu'il fera à cette nouvelle
édition
.
Au refte , il ne faut pas croire qu'on fe
foit borné dans cet ouvrage à développer
le droit particulier
à la coutume
de la Rochelle
; le titre lui - même annonce
un plus
vafte delfein. Il déclare
qu'outre
cela on y
a traité plufieurs
queftions
importantes
relatives
au droit coutumier
. Mais ce titre ,
parfaitement
conforme
au goût de fon auteur
, eft trop modefte
. Nous ne craignons
.
pas d'affurer
qu'on y trouvera
une difcuf
fion complette
de tout le droit coutumier
,
& une fcience
profonde
de la jurifprudence
qui a lieu à cet égard. Cet ouvrage
fera fur-tout très-utile à ceux qui s'attachent
à l'étude de la coutume
de Paris , parce
que cette coutume
étant le droit général
de toutes les autres dans les points où elles
font muettes
, M. Valin s'eft appliqué
d'une manière
particulière
à en faifir l'ef
prit , & qu'il l'a prife pour fondement
de
la plupart de fes décifions. Les augmen
tations
qu'on a faites à cette nouvelle
édi
tion , en complettant
l'ouvrage
ne pour
ront que piquer
la curiofité
du public
par
l'intérêt
même des questions
qui en font
l'objet.
144 MERCURE DE FRANCE .
LÉGENDE dorée , ou hiftoires morales.
A Genève , & fe trouve à Paris , chez Dufour
, Libraire , quai de Gêvres , au bon
Pafteur. in- 12 ; 1768 : prix 1 liv . 10 f.
L'EXISTENCE de Dieu , démontrée par
les merveilles de la nature : ouvrage , où
après avoir mis dans le plus grand jour les
preuves de l'existence & des perfections de
Dieu , que l'univers préfente , on répond
à quelques philofophes de nos jours qui
ont tâché de les affoiblir : par M. Bullet ,
Profeffeur royal de théologie , & doyen de
l'univerfité de Befançon , des académies de
Befançon , de Lyon , de Dijon , affocié de
l'académie royale des infcriptions & belleslettres.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue Saint - Jacques , & chez Valade , Libraire
, rue de la Parcheminerie , maiſon
de M. Grange ; 1768 avec approbation
& privilége du Roi ; in- 12 .
ICONES rerum naturalium , ou figures
enluminées d'hiftoire naturelle . Premier
cayer , contenant dix planches , avec leur
explication : favoir Ire planche , la carpe de
mer. VI pl . l'orphie . II pl. l'anguille de
mer. VII pl . la vive , ou dragon de mer .
III pl . le maquereau. VIII le corbeau
blanc de Feroë. IV pl . le dorfeh . IX. pl.
le
JUIN 1768 . 145
le vanneau gris de fer . V pl. le Vydtling ,
efpece de dorfeh. X pl. la tulipe de mer.
A Copenhague , aux dépens & de l'imprimerie
de Claude Philibert ; & fe trouve
à Genève , chez le même , & à Paris
chez Saillant , rue Saint-Jean - de - Beauvais
; 1767 : in -folio en forme de livre de
mufique. Prix 12 liv.
:
SUPPLÉMENT , de l'art de la coëffure des
Dames Françoifes , par le fieur Legros ,
Coëffeur des Dames , enclos des Quinze-
Vingts uftenfiles de l'art de la coëffure
des Dames Françoifes : forme du cachet
que l'on donne aux élèves qui coëffent
conformément aux eftampes du fupplément
de l'art de la coëffure des Dames
Françoifes. A Paris , chez Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint-Jacques , à
la Bible d'or ; 1768 : avec approbation &
privilége du Roi. Brochure in- 4º , ´d'environ
so pages , avec des figures enluminées.
NOUVELLE méthode allemande , felon
le traité de la manière d'apprendre les langues
; par M. Gerau de Palmfeld , Profeffeur
de la langue allemande de MM , les
Chevaux- Légers , des Pages du Roi & de
la Reine. A Paris , chez la veuve Regnard,
146 MERCURE DE FRANCE.
grand'falle du palais ; la veuve Duchefne,
rue Saint-Jacques ; Defaint , rue du Foin ;
Saillant , rue Saint Jean- de- Beauvais ; &
à Verfailles , chez Fournier , rue Satory ,
& au Château ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi. Brochure in- 8 °, de
120 pages.
LE Coenobitophyle , ou lettres d'un
Religieux François , à un laic , fon ami ,
fur les préjugés publics contre l'état monaftique
. Au mont Caffin , & fe trouve
à Paris , chez Valleyre l'aîné , rue de la
vieille Bouclerie , à l'arbre de Jeffé ; 1768 :
brochure in- 12 de 160 pages,
LE Marchand de Venife , comédie traduite
de l'anglois de Sharkespeare . Prix
30 fols , A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Grange , Imprimeur - Libraire , au
Cabinet littéraire , pont Notre - Dame , près
la pompe; Delalain , Libraire , rue Saint-
Jacques ; Valade , Libraire , rue de la
Parcheminerie 1768 , in- 8°,
AGATHE & Ifidore ; par Mde Benoît ;
deux parties. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Durand , rue Saint-Jacques ,
la Sageffe ; 1768 ; vol, in- 12 .
Nous donnerons l'extrait de ce roman
dans un des prochains Mercures,
JUIN 1768 . 147
ORLANDO innamorato , poema in ottava
rima , di Matteo - Maria Bojardo ,
`rifatto da Francefco Berni ; 4 vol. in - 12 .
Parigi , appreffo Molini , Librajo ; 1768 :
avec le portrait de Berni , gravé , prix 10
liv. broché.
Il y en a un très - petit nombre d'exemplaires
, tirés fur du papier de Hollande.
L'INNOCENCE du premier âge en France;
chez Delalain , à Paris , rue Saint-Jacques ;
1768. prix 3 livres broché.
Ce nouveau volume de M. de Sauvigny,
eft du même format que fon Hiftoire
amoureufe de Pierre le Long , que vend le
même Libraire , & au moins auffi intéreffant
, bien écrit & digne de l'accueil
diftingué du public. En attendant que nous
en rendions un compte détaillé nous
croyons devoir au moins annoncer qu'il
contient la Rofe , ou la fête de Salency , &
' Ifle d'Oueffani ; qu'il eft orné d'un titre
gravé , d'une très - belle eftampe compofée
par M. Greuze , d'une jolie vignette ; le
tout bien gravé , par M. Moreau le jeune ,
& qu'il fe trouve accompagné de mufiqué
faite par M. Moncini , & digne de lui.
On vend auffi chez Delalain les Mémoires
d'un homme de bien , 3 yol in- 12 ,
par l'auteur de l'Hiftoire de Mile. de Ter
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
ville , que nous avons annoncée dans notre
dernier Mercure.
Il vient d'acquérir ce qu'il reftoir d'exemplaires
de l'Esprit de Bourdaloue , un vol,
in- 1 2; excellent ouvrage, que tous les Jour
naux ont bien annoncé dans le temps qu'il
a paru.
,
•
ÉDITS du mois d'août 1764 & mai
1765 concernant l'adminiftration des
villes du royaume , & la déclaration donnée
le 25 juin 1766 , en interprétation ;
le tout rangé par ordre de matières. On
y a ajouté les arrêts rendus depuis les édits
& en interprétation d'iceux. ATroyes , chez
la veuve Lefebvre , & fe trouve à Paris ; -
chez Brocas , Libraire , rue Saint- Jacques ;
un vol . in- 12 .
L'ESPRIT des Romains , confidéré dans
les plus belles fentences , maximes & ré-
Alexions des auteurs célèbres de l'ancienne
Rome. On y a joint les portraits de plufieurs
hommes illuftres de l'antiquité , le
tout en françois & en latin , collection
propre aux jeunes gens de qualité ; un
yol, in- 12. A Paris , chez Brocas , & Delalain
, Libraires , rue Saint- Jacques , &
Saugrain , rue du Hurepoix : 1768.
JUIN 1768 . 149
SUPPLÉMENT au catalogue des livres du
magaſin littéraire. A Paris , chez Jacques-
François Quillau , Libraire , rue Chriftine ,
attenant la rue Dauphine , fauxbourg Saint
Germain ; 1768 : in- 12 de 40 pages.
2
Parmi les divers établiffemens de la na
ture du magasin littéraire , celui - ci , auquel
préfide le fieur Quillau , a toujours
tenu le premier rang ; il eft même le feul
qui rende , pour ainfi dire , compte au public
, des nouvelles acquifitions qu'il fair
en livres en lui donnant de temps en
temps des fupplémens imprimés des nouveaux
tréfors littéraires qui s'accroiffent cha
que année dans ce magasin , le mieux fourni
, fans contredit , le plus riche , le plus
varié de tous les cabinets de la librairie .
On eft donc affuré d'y trouver tout ce que
peuvent defirer les perfonnes qui y viennent
lire , ou celles à qui on loue des livres 5
mais comme le fervice dépend de la
prompte circulation de ces mêmes livres ,
le fieur Quillau prie fes abonnés de ne pas
les garder fi long - temps , comme le font
plufieurs , qui ne les rendent qu'au bout
de fix mois & même un an . Delà les
plaintes des autres abonnés qui en font
privés nécellairement , malgré les foins &
les attentions du fieur Quillau à les bien
fervir.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS & expériences fur diverfes
parties de l'agriculture , par M. Formanoir
de Palteau , de la Société royale
d'agriculture de la généralité de Paris.
chez la veuve D'houry , Imprimeur - Libraire
de la Société royale d'agriculture
de la généralité de Paris , rue Saint - Severin
, près la rue Saint - Jacques ; 1768 ;
brochure in- 8°. de 80 pages.
TRAITÉ des vertus & des récompenfes
pour fervir de fuite au Traité des délits &
des peines ; traduit de l'italien , par M.
Pingeron , Capitaine d'artillerie au fervice
du Roi & de la république de Pologne.
A Paris , chez Panckoucke , Libraire , rue
& à côté de la comédie Françoife ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi , vol.
in- 12 .
Le fuccès qu'a eu dans toute l'Europe
le traité italien des délits & des peines ,
fi bien traduit dans notre langue , demandoit
à être fuivi de l'ouvrage que nous
annonçons ; & ces deux écrits font faits
pour être réunis dans un même recueil
& placés dans les mêmes cabinets . Dans
ce nouveau Traité des vertus & des récompenfes
, on a mis le texte italien à côté de
la traduction françoiſe.
Les métamorphofes de la religieufe : letJUIN
1768. Isr
tres d'une Dame à fon amie. A Amfterdam
, chez Schreuder ; 1768 : & fe trouve
à Paris , chez Laurent Prault , au coin de
la rue Gît- le- coeur , à la fource des Sciences
; deux parties in- 12 .
Ce roman eft véritablement forti de la
main d'une femme , & mérite qu'on en
faffe l'extrait dans un des prochains Mercares.
HISTOIRES morales , fuivies d'une correfpondance
épiftolaire entre deux Dames ;
par Mademoifelle *** avec cette épigraphe
:
›
De toute fiction l'adroite faufleté
Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
Boileau , épit. 3 .
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Lejay , Libraire , quai de Gêvres , au
grand Corneille ; 1768 : in- 12 .
Nous donnerons une notice de ce petit
ouvrage , qui eft réellement auffi d'une
Demoifelle .
PRINCIPES élémentaires de la tactique ,
ou nouvelles obfervations fur l'art militaire
; par M. B ** , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de faint Louis. A
Paris , chez Laurent Prault . Libraire , quai
des Auguftins , à la fource des Sciences ;
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
1
1768 : avec approbation & privilége du
Roi , in- 8°.
Le même Libraire mettra en vente inceffamment
le premier volume d'un ouvrage
intitulé , Mémoires fur differentes
parties des fciences & des arts ; par M.
Guétard , de l'Académie royale des fciences
. Le fecond volume , qui eft fous preffe ,
paroîtra dans peu , & nous donnerons une
notice de l'un & de l'autre.
& critique des livres rares , finguliers ,
eftimés & recherchés en tous genres ; contenant
, par ordre alphabétique , les noms &
furnoms de leurs auteurs , le lieu de leur
naiffance , le tems où ils ont vécu & celui
de leur mort : avec des remarques néceffaires
pour en diftinguer les bonnes éditions
, & quelques anecdotes hiftoriques ,
critiques & intéreffantes , tirées des meil
leures fources. On y a joint le prix qu'ils
fe vendent la plupart dans les ventes publiques.
Par J. B. L. Ofmont , Libraire , à
Paris. Pour epigraphe : Ex uno nofce omnes.
A Paris , chez Lacombe , Libraire , quai de
Conti ; 1768 : deux volumes , grand in- 8º .
d'environ 500 pages chacun . Prix 9 liv.
reliés.
Ce livre eft eftimé de nos plus habiles
Bibliographes , plufieurs même d'entr'eux
fe font fait un plaifir de contribuer à fa
perfection par leurs confeils & par leurs
travaux. M. Mercier , Abbé de faint Leger
de Soiffons , & Bibliothécaire de fainte
Génevieve , dont les lumières fupérieutes
136 MERCURE DE FRANCE.
•
dans ce genre de littérature , font fi connues
du public , a bien voulu prendre la
peine de le lire en entier , pour y faire fes
obfervations. M. Floncel , Cenfeur royal,
plus célèbre encore par l'étendue de fes
connoiffances , que par le riche cabinet de
livres italiens , rares & recherchés , dont il
a formé lui - même la collection , a eu la
générosité de faire part à l'auteur des lumières
qu'il a acquifes depuis plus de
quarante ans dans la littérature italienne ;
il lui a fourni les notices de plufieurs
livres rares & finguliers , qui fe trouvent
chez lui ; il a corrigé celles qui font défectueufes
dans les Bibliographes italiens
.
Pour completter tout ce qui peut intéreffer
la curiofité des amateurs , l'auteura
placé à la fin de fon Dictionnaire : 1º . Plu-
Heurs catalogues des livres qu'on cherche
ordinairement à fe procurer , pour peu
que l'on aime les belles éditions ; telles
que les auteurs claffiques cum notis variorum
, ceux qui ont été imprimés ad uſum
Delphini ; les Elvezirs , les Barbou , &c.
2º. La chronologie des pères de l'églife
grecs & latins ; celle des poetes grecs anciens
; & celle des poëtes latins , pour en
faciliter l'arrangement dans un catalogue
ou une bibliothèque.
1
JUIN 1768.) 137
3 °. La lifte des livres qui compofent
la collana graca & la collana latina.
4°. Le catalogue exact de ce qu'il faut ,
pour former une collection complette des
mémoires du Clergé , procès - verbaux
rapports , & autres pièces.
Il y a lieu de penfer qu'une bibliographie
fi bien entendue , & où les recherches
font fi faciles au moyen de l'ordre alphabétique
, fera fort accueillie , dans un
temps où l'amour des livres & le goût de
la littérature fe répand parmi les perfonnes
de tout état.
DICTIONNAIRE grammatical de la langue
françoife , contenant toutes les régles
d'ortographe , de la prononciation , de la
profodie , du régime , de la conftruction ,
& c.; avec les remarques & obfervations
des plus habiles grammairiens : nouvelle
édition , revue , corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris , chez Vincent ,
Imprimeur - Libraire , rue Saint Severin ;
1768 avec approbation & privilége du
Roi ; 2 volumes in 8°.
:
TRAITÉ pratique de l'inoculation , dans
lequel on expofe les régles de conduite
relatives au choix de la faifon propre à
cette opération ; de l'âge & de la confti-
તે
138 MERCURE DE FRANCE.
tution du fujet à inoculer ; de la préparation
qui lui convient ; de l'efpèce de
méthode qui doit être préférée ; & du
traitement de la maladie communiquéé
par l'infertion : par M. Gandoger de Foigny
, Docteur en inédecine , Médecin confultant
du feu Roi de Pologne , Duc de
Lorraine & de Bar , Aggrégé au college
des Médecins de Nancy , membre de l'Académie
royale des fciences & belles lettres
de la même ville , Profeffeur Démonftrateur
d'anatomie & de chirurgie. A Nancy ,
chez J. B. Hyacinthe Leclerc , Imprinreurs
Libraire , & à Paris , chez G. Merlin , Libraire
, rue de la Harpe ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi ; 2 volumes
in- 8°.
LE Courrier de la mode , ou le Journal
du goût , ouvrage périodique contenant le
détail de toutes les nouveautés de mode ,
avec cette épigraphe : Tout eft Joumis au
règne de la mode. Avril 1768 .
On donnera exactement chaque mois
une demi- feuille in- 8 ° , contenant le détail
de toutes les nouveautés relatives à la
parure & à la décoration 5 on indiquera
les différens goûts régnants pour toutes les
chofes d'agrément , & les Artiftes chez lefquels
elles fe trouvent , on y joindra le
JUIN 1768 . 139
titre des livres de pur amufement & l'arriette
courante.
La foufcription , à commencer au mois
d'avril , fera de 3 livres , franc de port pour
Paris , elle fe fera chez Jorry, Imprimeur ,
vis-à-vis la Comédie Françoife , le Menu,
Marchand de mufique , rue du Roule , à
la Clef d'or , & chez l'auteur , rue Saint-
Honoré , vis- à - vis la grande écurie du Roit
s'adreffer au ſieur Macret , Ebéniſte .
Des caufes du bonheur public , ouvrage
dédié à Monfeigneur le Dauphin ; par M.
l'Abbé Gros de Befplas , de la maiſon &
fociété de Sorbonne , Prédicateur du Roi , \
& c. A Paris , de l'Imprimerie de Sébastien
Jorry, rue & vis- à- vis la Comédie Françoife
, au Grand Monarque & aux Cigognes
; 1768 avec approbation & privi
lége du Roi , in - 8°.
COURS d'hiftoire univerfelle par M.
Luneau de Boifgermain. A Paris , chez
l'Auteur , à l'hôtel de la Fautrière ; Panckoucke
, Libraire , même maifon , rue & à
côté de la Comédie Françoife ; 2 volumes
in- 8°. 9 livres brochés en carton , II liv . re
liés .
Nous nous propofons de donner un
extrait de ces deux premiers volumes dans
140 MERCURE DE FRANCE.
le Mercure prochain & de reprendre le
compte que nous avons déja rendu de
l'édition de Racine que nous a donné l'auteur
du Cours d'hiftoire . Un préjugé bien
favorable à ce dernier ouvrage , c'eft qu'on
le réimprime actuellement chez Cellot.
JOURNAL d'éducation , avril 1768 , préfenté
au Roi par M. Leroux , Maître ès
arts en l'univerfité de Paris , Maître de penfion
à Amiens. A Amiens , de l'Imprimerie
de la veuve Caron , Imprimeur & Libraire
, vis -à - vis faint Martin ; fe trouve à
Paris , chez Durand , neveu , Libraire , rue
Saint -Jacques ; à Verfailles , chez Fournier
, Libraire , galerie des Princes ; & dans
les principales villes , chez les principaux
Libraires ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 12 .
HISTOIRE de l'opéra bouffon , contenant
les jugemens de toutes les pièces qui
ont paru depuis fa naiffance jufqu'à ce jour,
pour fervir à l'hiftoire du théâtre de Paris .
A Amfterdam , & fe trouve à Paris , chez
Grangé , Libraire , pont Notre - Dame , au
cabinet littéraire , près la pompe ; 1768 :
deux parties in- 12.
ARMORIAL des États de Languedoc ,
JUIN 1768 . 141
par M. Gaftelier de la Tour , Ecuyer. A
Paris , de l'Imprimerie de Vincent 1767 :
volume in 4° préfenté aux États de
1768.
On a raffemblé fous ce titre les armoiries
des Commiffaires , préfidans pour le
Roi aux Etats de Languedoc , & celles
de leurs Officiers ; les armoiries du clergé ,
fuivant le rang des Prélats qui ont droit
aux affemblées ; celles de la nobleſſe ; enfin
, les armoiries des villes qui envoient.
leurs députés aux Etats , & celles des Officiers
de la province. On y a joint des
notes hiftoriques fur les Baronies annuelles.
& de tour , & fur les métropoles & cathédrales.
Cet ouvrage eft très - bien exécuté ,
tant pour la partie typographique , que
pour la gravure.
*
›
PANÉGYRIQUE de Saint Louis , Roi de
France prononcé dans la chapelle du
Louvre , en préfence de Meffieurs de l'Académie
Françoife , le 25 août 1767 ; par
M. l'Abbé de Baffinet . A Paris , chez la
veuve Regnard , Imprimeur de l'Académie
françoife , grand'falle du Palais , à la Providence
, & rue baffe des Urfins ; 1768 :
in-8°.
LA bataille de Fontenoy, ou l'Apothéoſe
142 MERCURE DE FRANCE .
moderne opéra- tragédie , en trois actes ,
traduite du grec par un Ciclopédifte . A
Chambord ; 1768 : & fe trouve à Paris ,
chez Defpilly , Libraire , rue Saint- Jacques
, à la Croix d'or. Le prix , 1 liv. 4
fols , in- 8°.
NOUVEAU Commentaire fur la coutume
de la Rochelle & du pays d'Aunis , où l'on
a réuni tout ce qui a paru néceffaire pour
l'intelligence de la coutume , en recueillant
exactement les divers .points d'ufage
de la province ; & où l'on a difcuté , outre
les difficultés dépendantes de l'interprétation
de chaque article , plufieurs queſtions
importantes relatives au droit coutumier ,
fuivant les maximes reçues au palais , &
le dernier état de la jurifprudence. Par Me
René- Jofué Valin , ancien avocat au Préfidial
de la Rochelle ; nouvelle édition ,
augmentée des queftions les plus intéreffantes
qui ont été décidées au Parlement
de Paris depuis la première édition ; par
M. *** avocat au Parlement. A Paris ,
chez Vincent , rue Saint - Severin.
,
L'ouvrage dont nous annonçons ici une
nouvelle édition , eft d'un Jurifconfulte
habile qui a joui pendant fa vie de la plus
grande
réputation.Son livre lui même a parfaitement
répondu à ce qu'on attendoit de
JUIN 1768 . 143
fes talens & de fes lumières . L'accueil favorable
que le public lui a fait lorſqu'il
a
paru pour la premiere
fois , eft un préjugé
de celui qu'il fera à cette nouvelle
édition
.
Au refte , il ne faut pas croire qu'on fe
foit borné dans cet ouvrage à développer
le droit particulier
à la coutume
de la Rochelle
; le titre lui - même annonce
un plus
vafte delfein. Il déclare
qu'outre
cela on y
a traité plufieurs
queftions
importantes
relatives
au droit coutumier
. Mais ce titre ,
parfaitement
conforme
au goût de fon auteur
, eft trop modefte
. Nous ne craignons
.
pas d'affurer
qu'on y trouvera
une difcuf
fion complette
de tout le droit coutumier
,
& une fcience
profonde
de la jurifprudence
qui a lieu à cet égard. Cet ouvrage
fera fur-tout très-utile à ceux qui s'attachent
à l'étude de la coutume
de Paris , parce
que cette coutume
étant le droit général
de toutes les autres dans les points où elles
font muettes
, M. Valin s'eft appliqué
d'une manière
particulière
à en faifir l'ef
prit , & qu'il l'a prife pour fondement
de
la plupart de fes décifions. Les augmen
tations
qu'on a faites à cette nouvelle
édi
tion , en complettant
l'ouvrage
ne pour
ront que piquer
la curiofité
du public
par
l'intérêt
même des questions
qui en font
l'objet.
144 MERCURE DE FRANCE .
LÉGENDE dorée , ou hiftoires morales.
A Genève , & fe trouve à Paris , chez Dufour
, Libraire , quai de Gêvres , au bon
Pafteur. in- 12 ; 1768 : prix 1 liv . 10 f.
L'EXISTENCE de Dieu , démontrée par
les merveilles de la nature : ouvrage , où
après avoir mis dans le plus grand jour les
preuves de l'existence & des perfections de
Dieu , que l'univers préfente , on répond
à quelques philofophes de nos jours qui
ont tâché de les affoiblir : par M. Bullet ,
Profeffeur royal de théologie , & doyen de
l'univerfité de Befançon , des académies de
Befançon , de Lyon , de Dijon , affocié de
l'académie royale des infcriptions & belleslettres.
A Paris , chez Delalain , Libraire ,
rue Saint - Jacques , & chez Valade , Libraire
, rue de la Parcheminerie , maiſon
de M. Grange ; 1768 avec approbation
& privilége du Roi ; in- 12 .
ICONES rerum naturalium , ou figures
enluminées d'hiftoire naturelle . Premier
cayer , contenant dix planches , avec leur
explication : favoir Ire planche , la carpe de
mer. VI pl . l'orphie . II pl. l'anguille de
mer. VII pl . la vive , ou dragon de mer .
III pl . le maquereau. VIII le corbeau
blanc de Feroë. IV pl . le dorfeh . IX. pl.
le
JUIN 1768 . 145
le vanneau gris de fer . V pl. le Vydtling ,
efpece de dorfeh. X pl. la tulipe de mer.
A Copenhague , aux dépens & de l'imprimerie
de Claude Philibert ; & fe trouve
à Genève , chez le même , & à Paris
chez Saillant , rue Saint-Jean - de - Beauvais
; 1767 : in -folio en forme de livre de
mufique. Prix 12 liv.
:
SUPPLÉMENT , de l'art de la coëffure des
Dames Françoifes , par le fieur Legros ,
Coëffeur des Dames , enclos des Quinze-
Vingts uftenfiles de l'art de la coëffure
des Dames Françoifes : forme du cachet
que l'on donne aux élèves qui coëffent
conformément aux eftampes du fupplément
de l'art de la coëffure des Dames
Françoifes. A Paris , chez Antoine Boudet ,
Imprimeur du Roi , rue Saint-Jacques , à
la Bible d'or ; 1768 : avec approbation &
privilége du Roi. Brochure in- 4º , ´d'environ
so pages , avec des figures enluminées.
NOUVELLE méthode allemande , felon
le traité de la manière d'apprendre les langues
; par M. Gerau de Palmfeld , Profeffeur
de la langue allemande de MM , les
Chevaux- Légers , des Pages du Roi & de
la Reine. A Paris , chez la veuve Regnard,
146 MERCURE DE FRANCE.
grand'falle du palais ; la veuve Duchefne,
rue Saint-Jacques ; Defaint , rue du Foin ;
Saillant , rue Saint Jean- de- Beauvais ; &
à Verfailles , chez Fournier , rue Satory ,
& au Château ; 1768 : avec approbation
& privilége du Roi. Brochure in- 8 °, de
120 pages.
LE Coenobitophyle , ou lettres d'un
Religieux François , à un laic , fon ami ,
fur les préjugés publics contre l'état monaftique
. Au mont Caffin , & fe trouve
à Paris , chez Valleyre l'aîné , rue de la
vieille Bouclerie , à l'arbre de Jeffé ; 1768 :
brochure in- 12 de 160 pages,
LE Marchand de Venife , comédie traduite
de l'anglois de Sharkespeare . Prix
30 fols , A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Grange , Imprimeur - Libraire , au
Cabinet littéraire , pont Notre - Dame , près
la pompe; Delalain , Libraire , rue Saint-
Jacques ; Valade , Libraire , rue de la
Parcheminerie 1768 , in- 8°,
AGATHE & Ifidore ; par Mde Benoît ;
deux parties. A Amfterdam , & fe trouve
à Paris , chez Durand , rue Saint-Jacques ,
la Sageffe ; 1768 ; vol, in- 12 .
Nous donnerons l'extrait de ce roman
dans un des prochains Mercures,
JUIN 1768 . 147
ORLANDO innamorato , poema in ottava
rima , di Matteo - Maria Bojardo ,
`rifatto da Francefco Berni ; 4 vol. in - 12 .
Parigi , appreffo Molini , Librajo ; 1768 :
avec le portrait de Berni , gravé , prix 10
liv. broché.
Il y en a un très - petit nombre d'exemplaires
, tirés fur du papier de Hollande.
L'INNOCENCE du premier âge en France;
chez Delalain , à Paris , rue Saint-Jacques ;
1768. prix 3 livres broché.
Ce nouveau volume de M. de Sauvigny,
eft du même format que fon Hiftoire
amoureufe de Pierre le Long , que vend le
même Libraire , & au moins auffi intéreffant
, bien écrit & digne de l'accueil
diftingué du public. En attendant que nous
en rendions un compte détaillé nous
croyons devoir au moins annoncer qu'il
contient la Rofe , ou la fête de Salency , &
' Ifle d'Oueffani ; qu'il eft orné d'un titre
gravé , d'une très - belle eftampe compofée
par M. Greuze , d'une jolie vignette ; le
tout bien gravé , par M. Moreau le jeune ,
& qu'il fe trouve accompagné de mufiqué
faite par M. Moncini , & digne de lui.
On vend auffi chez Delalain les Mémoires
d'un homme de bien , 3 yol in- 12 ,
par l'auteur de l'Hiftoire de Mile. de Ter
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
ville , que nous avons annoncée dans notre
dernier Mercure.
Il vient d'acquérir ce qu'il reftoir d'exemplaires
de l'Esprit de Bourdaloue , un vol,
in- 1 2; excellent ouvrage, que tous les Jour
naux ont bien annoncé dans le temps qu'il
a paru.
,
•
ÉDITS du mois d'août 1764 & mai
1765 concernant l'adminiftration des
villes du royaume , & la déclaration donnée
le 25 juin 1766 , en interprétation ;
le tout rangé par ordre de matières. On
y a ajouté les arrêts rendus depuis les édits
& en interprétation d'iceux. ATroyes , chez
la veuve Lefebvre , & fe trouve à Paris ; -
chez Brocas , Libraire , rue Saint- Jacques ;
un vol . in- 12 .
L'ESPRIT des Romains , confidéré dans
les plus belles fentences , maximes & ré-
Alexions des auteurs célèbres de l'ancienne
Rome. On y a joint les portraits de plufieurs
hommes illuftres de l'antiquité , le
tout en françois & en latin , collection
propre aux jeunes gens de qualité ; un
yol, in- 12. A Paris , chez Brocas , & Delalain
, Libraires , rue Saint- Jacques , &
Saugrain , rue du Hurepoix : 1768.
JUIN 1768 . 149
SUPPLÉMENT au catalogue des livres du
magaſin littéraire. A Paris , chez Jacques-
François Quillau , Libraire , rue Chriftine ,
attenant la rue Dauphine , fauxbourg Saint
Germain ; 1768 : in- 12 de 40 pages.
2
Parmi les divers établiffemens de la na
ture du magasin littéraire , celui - ci , auquel
préfide le fieur Quillau , a toujours
tenu le premier rang ; il eft même le feul
qui rende , pour ainfi dire , compte au public
, des nouvelles acquifitions qu'il fair
en livres en lui donnant de temps en
temps des fupplémens imprimés des nouveaux
tréfors littéraires qui s'accroiffent cha
que année dans ce magasin , le mieux fourni
, fans contredit , le plus riche , le plus
varié de tous les cabinets de la librairie .
On eft donc affuré d'y trouver tout ce que
peuvent defirer les perfonnes qui y viennent
lire , ou celles à qui on loue des livres 5
mais comme le fervice dépend de la
prompte circulation de ces mêmes livres ,
le fieur Quillau prie fes abonnés de ne pas
les garder fi long - temps , comme le font
plufieurs , qui ne les rendent qu'au bout
de fix mois & même un an . Delà les
plaintes des autres abonnés qui en font
privés nécellairement , malgré les foins &
les attentions du fieur Quillau à les bien
fervir.
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS & expériences fur diverfes
parties de l'agriculture , par M. Formanoir
de Palteau , de la Société royale
d'agriculture de la généralité de Paris.
chez la veuve D'houry , Imprimeur - Libraire
de la Société royale d'agriculture
de la généralité de Paris , rue Saint - Severin
, près la rue Saint - Jacques ; 1768 ;
brochure in- 8°. de 80 pages.
TRAITÉ des vertus & des récompenfes
pour fervir de fuite au Traité des délits &
des peines ; traduit de l'italien , par M.
Pingeron , Capitaine d'artillerie au fervice
du Roi & de la république de Pologne.
A Paris , chez Panckoucke , Libraire , rue
& à côté de la comédie Françoife ; 1768 :
avec approbation & privilége du Roi , vol.
in- 12 .
Le fuccès qu'a eu dans toute l'Europe
le traité italien des délits & des peines ,
fi bien traduit dans notre langue , demandoit
à être fuivi de l'ouvrage que nous
annonçons ; & ces deux écrits font faits
pour être réunis dans un même recueil
& placés dans les mêmes cabinets . Dans
ce nouveau Traité des vertus & des récompenfes
, on a mis le texte italien à côté de
la traduction françoiſe.
Les métamorphofes de la religieufe : letJUIN
1768. Isr
tres d'une Dame à fon amie. A Amfterdam
, chez Schreuder ; 1768 : & fe trouve
à Paris , chez Laurent Prault , au coin de
la rue Gît- le- coeur , à la fource des Sciences
; deux parties in- 12 .
Ce roman eft véritablement forti de la
main d'une femme , & mérite qu'on en
faffe l'extrait dans un des prochains Mercares.
HISTOIRES morales , fuivies d'une correfpondance
épiftolaire entre deux Dames ;
par Mademoifelle *** avec cette épigraphe
:
›
De toute fiction l'adroite faufleté
Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
Boileau , épit. 3 .
A Londres , & fe trouve à Paris , chez
Lejay , Libraire , quai de Gêvres , au
grand Corneille ; 1768 : in- 12 .
Nous donnerons une notice de ce petit
ouvrage , qui eft réellement auffi d'une
Demoifelle .
PRINCIPES élémentaires de la tactique ,
ou nouvelles obfervations fur l'art militaire
; par M. B ** , Chevalier de l'ordre
royal & militaire de faint Louis. A
Paris , chez Laurent Prault . Libraire , quai
des Auguftins , à la fource des Sciences ;
Giv
152 MERCURE DE FRANCE .
1
1768 : avec approbation & privilége du
Roi , in- 8°.
Le même Libraire mettra en vente inceffamment
le premier volume d'un ouvrage
intitulé , Mémoires fur differentes
parties des fciences & des arts ; par M.
Guétard , de l'Académie royale des fciences
. Le fecond volume , qui eft fous preffe ,
paroîtra dans peu , & nous donnerons une
notice de l'un & de l'autre.
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Résumé : « DICTIONNAIRE typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, [...] »
En 1768, plusieurs ouvrages remarquables ont été publiés. Parmi eux, le 'Dictionnaire typographique, historique & critique des livres rares, singuliers, estimés & recherchés' de J. B. L. Ofmont, en deux volumes, est particulièrement estimé par des bibliographes comme M. Mercier et M. Floncel. Cet ouvrage fournit des informations détaillées sur les auteurs, leurs lieux de naissance, leurs périodes de vie, et des remarques pour identifier les bonnes éditions. Il inclut également des catalogues de livres recherchés, des chronologies de pères de l'Église et de poètes, ainsi qu'une liste pour constituer une collection complète de mémoires du clergé. D'autres publications notables incluent le 'Dictionnaire grammatical de la langue françoise' édité chez Vincent, le 'Traité pratique de l'inoculation' de M. Gandoger de Foigny, et 'Le Courrier de la mode, ou le Journal du goût', un périodique sur les nouveautés de mode. Le texte mentionne également 'Des causes du bonheur public' de l'Abbé Gros de Befplas et le 'Cours d'histoire universelle' de M. Luneau de Boisfgermain. Le 'Journal d'éducation' présenté au Roi par M. Leroux est disponible à Amiens, Paris, Versailles et d'autres grandes villes. Parmi les autres ouvrages, on trouve 'Histoire de l'opéra bouffon', qui contient des jugements sur les pièces de théâtre parisiennes et est disponible à Amsterdam et Paris. L''Armorial des États de Languedoc' par M. Gastelier de la Tour, publié en 1767, rassemble les armoiries des commissaires, du clergé, de la noblesse et des villes, avec des notes historiques sur les baronies et les cathédrales. Le 'Panégyrique de Saint Louis' a été prononcé au Louvre en 1767 par l'Abbé de Bassinet et publié en 1768. 'La bataille de Fontenoy', un opéra-tragédie traduit du grec, est disponible à Chambord et Paris. Le 'Nouveau Commentaire sur la coutume de la Rochelle' par René-Josué Valin est publié à Paris. La 'Légende dorée' est disponible à Genève et Paris. 'L'Existence de Dieu' par M. Bullet, professeur de théologie, répond aux philosophes contemporains et est publié à Paris. Enfin, 'Icones rerum naturalium' contient des figures enluminées d'histoire naturelle, imprimé à Copenhague et disponible à Genève et Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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148
p. 81-82
Plaidoyer pour & contre J. J. Rousseau, [titre d'après la table]
Début :
Plaidoyer pour & contre J. J. Rousseau & le docteur D. Hume, l'historien Anglois, [...]
Mots clefs :
David Hume, Jean-Jacques Rousseau, Ouvrage, Plaidoyer, Hommes, Auteur, Malade, Méchant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Plaidoyer pour & contre J. J. Rousseau, [titre d'après la table]
Plaidoyer pour & contre J. J. Rouffeли
& le docteur D. Hume , l'historien Anglois ,
avec des anecdotes intéreſſantes , relatives
ausujet : ouvrage moral & critique pour
ſervir de ſuite aux oeuvres de ces deux
grands hommes. ALondres , & ſe trouve
à Lyon , chez Pierre Cellier , libraire ,
quaiStAntoine ;& à Paris , chez Dufour,
ci-devant au cabinet littéraire , à préſent
rue de la vieille Draperie au bon Pasteur,
in- 12 . 1768 .
Ce plaidoyer pour & contre M. Roufſeau&
M. Hume ne contient que ce que
l'on ſçait déjà de la querelle de ces deux
hommes célèbres. L'Auteur ne les épargne
ni l'un ni l'autre; il ſeroit inutile d'entrer
dans un long détail fur cet ouvrage ,
Dv
S2 MERCURE DE FRANCE .
où l'on trouve peut- être autant d'injures
que de réflexions; nous nous bornerons à
en citer les dernieres phrases. « Voici ce
>> qu'a prononcé un très-honnête hom-
>> me , après avoir parcouru l'expoféfuc-
>> cinct. Rouſſeau n'eſt que malade& non
>>pas méchant ; M. Hume eſt malade &
>> méchant tout - à- la- fois. Je fais des
>> voeux pour la guériſon de tous deux ,
»& particulierement pour la conſerva-
» tion de celui qui, dans cette affaire , a
>>témoigné plus d'oſtentation , d'animo-
>> ſité & de vengeance que de générofité
»& de grandeur d'ame. « L'Auteur ne
trouve que du galimatias , de la déraifon
, & peu d'éloquence dans la grande
lettre de M. Rouſſeau àM. Hume ; il accuſe
l'éditeur de l'expoſé fuccinct , de
manquer de charité & de difcernement ;
&ce qu'il y a de fingulier , c'eſt qu'il le
fait à la fin d'un ouvrage qui n'annonce
pas l'ombre de cette premiere qualité ;
c'eſt aux lecteurs à prononcer s'il a du
moins la derniere.
& le docteur D. Hume , l'historien Anglois ,
avec des anecdotes intéreſſantes , relatives
ausujet : ouvrage moral & critique pour
ſervir de ſuite aux oeuvres de ces deux
grands hommes. ALondres , & ſe trouve
à Lyon , chez Pierre Cellier , libraire ,
quaiStAntoine ;& à Paris , chez Dufour,
ci-devant au cabinet littéraire , à préſent
rue de la vieille Draperie au bon Pasteur,
in- 12 . 1768 .
Ce plaidoyer pour & contre M. Roufſeau&
M. Hume ne contient que ce que
l'on ſçait déjà de la querelle de ces deux
hommes célèbres. L'Auteur ne les épargne
ni l'un ni l'autre; il ſeroit inutile d'entrer
dans un long détail fur cet ouvrage ,
Dv
S2 MERCURE DE FRANCE .
où l'on trouve peut- être autant d'injures
que de réflexions; nous nous bornerons à
en citer les dernieres phrases. « Voici ce
>> qu'a prononcé un très-honnête hom-
>> me , après avoir parcouru l'expoféfuc-
>> cinct. Rouſſeau n'eſt que malade& non
>>pas méchant ; M. Hume eſt malade &
>> méchant tout - à- la- fois. Je fais des
>> voeux pour la guériſon de tous deux ,
»& particulierement pour la conſerva-
» tion de celui qui, dans cette affaire , a
>>témoigné plus d'oſtentation , d'animo-
>> ſité & de vengeance que de générofité
»& de grandeur d'ame. « L'Auteur ne
trouve que du galimatias , de la déraifon
, & peu d'éloquence dans la grande
lettre de M. Rouſſeau àM. Hume ; il accuſe
l'éditeur de l'expoſé fuccinct , de
manquer de charité & de difcernement ;
&ce qu'il y a de fingulier , c'eſt qu'il le
fait à la fin d'un ouvrage qui n'annonce
pas l'ombre de cette premiere qualité ;
c'eſt aux lecteurs à prononcer s'il a du
moins la derniere.
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Résumé : Plaidoyer pour & contre J. J. Rousseau, [titre d'après la table]
Le document présente un ouvrage intitulé 'Plaidoyer pour & contre J. J. Rouffe et le docteur D. Hume', publié en 1768 à Londres, Lyon et Paris. Il traite de la querelle entre Jean-Jacques Rousseau et David Hume sans apporter de nouvelles informations. L'auteur critique sévèrement les deux hommes, notant que l'ouvrage contient autant d'injures que de réflexions. Rousseau est décrit comme malade mais pas méchant, tandis que Hume est qualifié de malade et méchant. L'auteur espère leur guérison, particulièrement pour celui ayant montré plus d'ostentation, d'animosité et de vengeance que de générosité et de grandeur d'âme. La grande lettre de Rousseau à Hume est jugée comme contenant du galimatias et de la déraison. L'éditeur est accusé de manquer de charité et de discernement, bien que l'ouvrage lui-même n'en montre pas non plus. Les lecteurs sont invités à juger si l'auteur possède au moins du discernement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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149
p. 200-209
PYGMALION, par M. J. J. ROUSSEAU. SCÈNE LYRIQUE.
Début :
Le théâtre représente un attelier de Sculpteur. Sur les côtés, on voit des blocs de marbre, des [...]
Mots clefs :
Pygmalion, Galathée, Dieux, Moi, Toi, Coeur, Marbre, Ciseau, Âme, Mains, Objet, Amour, Main, Sens, Regarder, Vie, Génie, Charmes, Figure, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PYGMALION, par M. J. J. ROUSSEAU. SCÈNE LYRIQUE.
PY G M A LION ,
par M. J. J. ROUSSEAU.
SCÈNE LYRIQUE .
-Le théâtre représente un attelier de Sculpteur. Sur
les côtés , on voit des blocs de marbre , des
grouppes , desstatues ébauchées. Dans lefond
eftune autre statue cachée sous un pavillon
d'une étoffe légère & brillante , ornée de crepines
&de guirlandes.
Pygmalion , affis&accoudé , rêvedans l'attitude
d'un homme inquiet & triſte ; puis se levant
tout- à- coup , il prend fur fa table les outils
defon art , va donner , par intervalles , quelques
coups de cizeau ſur quelqu'une de ses
ébauches,se recule& regarde d'un air mécon
tent & découragé.
PYGMALION.
IL n'y a point-là d'ame ni de vie... ce n'eſt que
de la pierre... je ne ferai jamais rien de tout cela...
JANVIER. 1771. 201
ômon génie où es-tu ?... Mon talent , qu'es-tu
devenu ? ... Tout mon feu s'eſt éteint... mon imagination
s'eſt glacée... le marbre fort froid de
mes mains... Pygmalion tu ne fais plus des Dieux...
tu n'es qu'un vulgaire artiſte... Vils inſtrumens ,
qui n'êtes plus ceux de ma gloire , allez ... ne
déshonorez plus mes mains...
:
Il jete avec dédain ſes outils , & se promène
quelque tems , en levant les bras croisés .
..
Que luis-je devenu? ... quelle étrange révolution
s'eſt faite en moi ! ... Tyr, ville opulente &
fuperbe .. les monumens des arts , dont tu brilles ,
ne m'attirent plus... J'ai perdu le goût que ję
prenois à les admirer Le commerce des Artiſtes
&des Philofophes me devient infipide... l'entretien
des Peintres & des Poëtes eſt ſans attraits
pour moi... la louange & la gloire n'élèvent plus
mon ame... les éloges de ceux qui en recevront de
la poſtérité ne metouchent plus... l'amitié même
a perdu pour moi ſes charmes .. Et vous , jeunes
objets , chefs-d'oeuvres de la nature , que mon
art oſoit imiter , & 'ſur les pas deſquels lesplaifirs
m'attiroient ſans cefle ... vous , mes charmans
modèles ... qui m'embraſiez , à- la fois , des feux
de l'amour & du génie .. depuis que je vous ai
furpaſſés , vous m'êtes tous indifférens .
Il s'affied , & contemple tout-au tour de lui.
Retenu dans cet attelier , par un charme incon
cevable... je ne fais rien faire ... &je ne puis m'en
éloignér... J'erre de grouppe en grouppe... de
figure en figure... Mon cizeau foible... incertain...
ne reconnoît plus ſon guide .. Ces ouvra
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
ges groſſiers , reſtés à leur timide ébauche , ne
ſentent plus la main , qui jadis les eûtanimés...
(Ilse lève impétueusement. )
C'en eft fait... c'en eſt fait... j'ai perdu mon
génie... Si jeune encore , je ſurvis à mon ta-
Ient... Mais quelle eſt donc cette ardeur interne
qui me dévore ?.., Qu'ai-je en moi qui ſemble
m'embrafer ... Quoi !... dans la langueur d'un
génie éteint , ſent-on ces émotions? ... ſent-on
ces élans des paſſions impétueuſes... cette inquiétude
infurmontable... cette agitation ſecrete
qui me tourmente .. &dont je ne puis démêler
la caufe ... J'ai craint que l'admiration de mon
propre ouvrage ne causât la diſtraction que j'apportois
a mes travaux... Je l'ai caché fous le
voile... mes profanes mains ont ofé couvrir ce
monument de leur gloire... Depuis que je ne le
vois plus... je ſuis plus triſte... & ne fuis pas plus
attentif... Qu'il va m'être cher ; qu'il va m'être
précieux , cet immortel ouvrage... quand mon
génme éteint ne produira plus rien de grand , de
beau... de digne de moi.... je montrerai ma
Galathée... & je dirai... Voilà ce que fit autrefois
Pygmalion... O ma Galathée! ... quand j'aurai
tour perdu , tu me feſteras... & je ferai conſolé.
( Il s'approche du pavillon , puis se retire ,
va , vient , & s'arrête quelquefois à le regarder en
Soupirant. )
Mais , pourquoi la cacher... qu'est- ce quej'y
gagne Réduit à l'oiſiveté... pourquoi moter
le plaifir de contempler la plus belle de mes
oeuvres ?... peut- être y reſte-t il quelque défaut ,
que je n'ai pas remarqué... peut- être pourrai-je
JANVIER. 1771. 203
encore ajouter quelque ornement à ſa parure ?...
Aucune grace imaginable ne doit manquer à un
objet fi charmant... Peut - être cet objet ranimera-
t- il mon imagination languiſante ... Il la
faut revoir... l'examiner de nouveau ... Que disje
? ... ah! ... je ne l'ai point encore examinée ...
je n'ai fait juſqu'ici que l'admirer.
( Il va pour lever le voile , & le laiſſe retomber
comme effrayé. )
Je ne fais quelle émotion j'éprouve en touchant
ce voile ... une frayeur me ſaiſit ... je crois
toucher au ſanctuaire de quelque Divinité... Infenſé
... c'eſt une pierre... c'eſt ton ouvrage...
Qu'importe... on ſert des Dieux dans nos Temples
, qui ne font pas d'une autre matière , & qui
n'ont pas été faits d'une autre main .
(Il lève le voile en tremblant , & se proſterne ;
on voit laftatue de Galathée pofée sur un piedestal
fort petit, mais exhauffée par un gradin de
marbre , formé de marches demi circulaires.
.. ..
foi-
O Galathée ! recevez mon hommage... oui...
je me ſuis trompé... J'ai voulu vous faire Nymphe...
& je vous ai fait Déeſſe... Vénus même
eſt moins belle que vous. Vanité.
bleſſe humaine... je ne puis me lafler d'admirer
mon ouvrage... je m'enivre d'amour propre.....
je m'adore dans ce que j'ai fait... Non... rien de fi
beau neparut dans lanature... j'ai paffé l'ouvrage
des Dieux ... Quoi ! tant debeautés fortent de mes
mains ... mes mains les ont donc touchées... Ma
bouche a donc pu ... Pygmalion.. Je vois un
défaut... ce vêtement couvre trop le nud... il
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
faut l'échancrer davantage... Les charmes qu'il
recèle doivent être mieux annoncés .
(Il prend fon maillet & ſon cizeau , puis
s'avançant lentement , il monte , en hésitant , les
gradins de la statue qu'ilsemble n'ofer toucher :
enfin , le cizeau déjà levé , il s'arrête. )
Quel tremblement... quel trouble... je tiens
le cizeau d'une main mal afſurée... Je ne puis.. ,
je n'oſe... je gâterai tout...
( Il s'encourage , & enfin , préſentantfon cizeau
, il en donne un coouupp ,, &, ſaiſi d'effroi ,
il le laiſſe tomber , en pouffant un grand cri.)
Dieux... je ſens la chair palpitante... & repouffer
le cizeau...
( Il defcend , tremblant& confus.)
Vaine terreur... fol aveuglement... Non... je
n'y toucherai point... Les Dieux m'épouvantént
fansdoute... elle eſt déjà conſacrée à leur rang.
(Il la confidère de nouveau. )
Que veux-tu changer... regarde... quels nou
veaux charmes veux-tu lui donner ? ... Ah ! c'eſt
ſa perfection qui fait ſon défaut... Divine Galathée...
moins parfaite , il ne te manqueroit
rien.
(tendrement. )
Mais , il ne te manque qu'une ame... ta figure
se peut s'en pafler...
(Avec plus d'attendriſſement encore )
Que l'ame faite pour animer un tel corps
doit être belle !
JANVIER. 1771. 205
(Il s'arrête longtems , puis retournant s'af-
Jeoir , il dit d'une voix lente , entrecoupée &
changée.)
Quels defirs ... oſois-je former... quels voeux
inſenſés ... Qu'est - ce que je ſens ... Ô ciel ... le voile
de l'illuſion tombe... & je n'ole voir dans mon
coeur... j'aurois trop à m'en indigner.
(Longuepauſe dans un profond accablement.)
Voilà donc la noble paſſion qui m'égare...
C'eſt donc pour cet objet inanimé que je n'oſe
fortir d'ici ... un marbre... une pierre... une mafle
informe ... & dure... travaillée avec ce fer... Inſenſe...
rentre en toi-même... gémis ſur toi... ſur
ton erreur ... vois ta folie ... Mais ... non ...
(Impétueusement. )
Non... je n'ai point perdu le ſens... non... je
n'extravague point... non... je ne me reproche
rien... Ce n'eſt point de ce marbre que je ſuis
épris... c'eſt d'un être vivant qui lui reſſemble...
c'eſt de la figure qu'il offre à mes yeux... En
quelque lieu que ſoit cette figure adorable...
quelque corps qui la porte... & quelque main
qui l'ait faite... elle aura tous les voeux de mon
coeur... Oui ... ma ſeule folie eſt de diſcerner la
beauté... mon ſeul crime eſt d'y être ſenſible... II
n'y a rien- là dont je doive rougir...
(Moins vivement , mais toujours avec paffion. )
Quels traits de feu... ſemblent ſortir de cet
objet , pour embraſer mes ſens... & retourner
avec mon ame à leur ſource... Hélas ! il reſte
immobile & froid... tandis que mon coeur , em
206 MERCURE DE FRANCE .
bralé par les charmes , voudroit quitter mon
corps... pour aller échauffer le ſien... Je crois ,
dans mon délire , pouvoir m'élancer hors de
moi... je crois pouvoir lui donner ma vie ... &
l'animer de mon ame... Ah ! que Pygmalion
meure pour vivre dans Galathée... Que dis -je...
Ô ciel ! fi j'étois elle , je ne la verrois pas... je
ne ferois pas celui qui l'aime... Non... que ma
Galathée vive... & que je ne fois pas elle... Ah ! ...
que je fois toujours un autre... pour vouloir
toujours être elle... pour la voir... pour l'aimer...
pour en être aimé.
..
Tranſports...tourmens.. voeux... defirs... rage...
impuiflance ... amour terrible amour funeste...
tout l'enfer eſt dans mon coeur agité... Dieux
puiflans ... Dieux bienfaiſans... Dieux du peuple ,
qui connûtes les paſſions des hommes... ah !
vous avez tant fait de prodiges pour de moindres
caufes ... Voyez cet objet ... voyez mon
coeur... ſoyez juftes , & méritez vos autels.
(Avec un enthousiasme plus pathétique. )
Et toi , fublime eſſence .. qui te caches aux
fens , & te fais ſeutir aux coeurs... ame de l'u .
nivers ... principe de toute exiſtence... toi... qui
par l'amour donnes l'harmonie aux élémens , la
vie à la matière... le ſentiment aux corps , & la
forme à tous les êtres ... feu ſacré .. céleste Vénus
parqui tout ſe conſerve & ſe reproduit ſans cefle...
ah ! ... où eſt ton équilibr.... où eſt ta force expanfive...
Où est la lor de la n ture dans le ſentiment
que j'éprouve... où eſt la chaleur vivifiante dans
Pinanité de mes vains defirs ... tous les feux font
concentrés dans mon coeur ... & le froid de la mort
refte fur ce marbre... je péris par l'excès de vie qui
lui inanque... Hélas... je n'attends point deproJANVIER.
1771
s
dige... il exiſte... il doit ceſſer.... l'ordre eſt trowblé...
la nature eſt outragée... rends leur empire à
ſes lois... rétablis ſon cours bienfaiſant , & verfe
également ta divine influence... Oui... deux êtres
manquent à la plénitude des choſes ... Partage
leur cette ardeur dévorante qui confume l'un fans
animer l'autre... C'eſt toi qui formas par ma
main ces charmes & ces traits qui n'attendent que
le ſentiment & la vie... Donne lui la moitié de
la mienne.. Donne lui tout s'il le faut... il me
fuffira de vivre en elle... O toi qui daignes ſourire
aux hommages des mortels quine fent rien
ne t'honore pas.. Etends ta gloire avec tes oeuvres...
Déeffe de la beauté, épargne cet affront à la
nature... qu'un ſi parfait modèle ſoit l'image de ce
quin'eſt pas.
..
Ilrevient à luipar degrés avec un mouvement d'afsurance
& dejoie.
Je reprends mes ſens .. quel calme inattendu ,
quel courage ineſpéré me ranime ... Une fiévre
mortelle embraſoit mon fang... Un baume de
confiance & d'eſpoir coule dans mes veines... je
crois me fentir renaître ... Ainsi , le ſentiment de
notre dépendance ſert quelquefois à notre confolation...
Quelque malheureux que foient les mortels...
quand ils ont invoqué les Dieux , ils font
plus tranquilles ... mais cette injufte confiance
trompe ceux qui font des voeux inſenſés...Hélas...
en l'état où je ſuis on invoque tout , & rien ne
nous écoute... L'eſpoir qui nous abuſe eſt plus inſenſéque
le defir... Honteux de tant d'égarement ,
je n'oſe pas même en contempler la caule. '.Quan
je veux leverles yeux fur cet objet fatal , je fens
un nouveau trouble... une palpitation me fuffoque...
une fecrète frayeur m'arrête...
208 MERCURE DE FRANCE.
(Ironie amère. )
Eh... regarde malheureux. , . deviens intrépide...
oſe fixer une ſtatue.
'Il la voit s'animer , &se détourne ſaifi d'effroi &
le coeur faifi de douleur.
Qu'ai -je vu ! .. Dieux ! .. qu'ai je cru voir...
le coloris des chairs... un feu dans les yeux...
des mouvemens mêmes ... Ce n'étoit pas aſſez
d'eſpérer des prodiges ... pour comble de misères,
enfin je l'ai vu.
(Excès d'accablement. )
Inførtuné ... c'en est donc fait... ton délire eſt
à ſon dernier terme... ta raiſon t'abandonne ainfi
que ton génie... ne la regrette point , Pigmalion...
ſa perte couvrira ton opprobre .
( Vive indignation . )
Il eſt trop heureux pour l'amant d'une pierre de
venir un homme à vifion .
(Il se retourne & voit la Statue ſe mouvoir &defcendre
elle-même les gradins. Ilſe jette à genoux
, leve les mains& les yeux au Ciel. )
Dieux immortels ! .. Vénus ! .. Galathée ... ô
preſtige d'un amour forcené ! ..
Moi.
Moi!
(Galathée ſe touche. )
GALATHÉE.
PYGMALION transporte.
JANVIER. 1771. 209
GALATHÉE , ſe touchant encore
C'eſt moi.
PYGMALION.
Raviflante illufion qui paſſez juſqu'à mes oreilles...
ah ! n'abandonnez jamais mes ſens.
(Galathée fait quelques pas&touche
un marbre. )
Ce n'eſt plus moi.
'Pygmalion , dans des agitations , dans des tranfports
qu'il a peine à contenir , fuit tous fes
mouvemens , l'écoute , l'observe avec une vive
attention qui luipermet àpeine de refpirer.
Galathée s'avance vers lui& le regarde.
Ilſe leve précipitamment , lui tend les bras & la
regarde avec extafe. Ellepose une mainfur lui,
il treſſaillit , prend cette main , la porte àfon
coeur, puis la couvre d'ardens baifers .
GALATHÉE , avec un soupir.
Ah! .. encore moi ...
PYGMALION.
Oui , cher & charmant objet... Oui , digne
chef - d'oeuvre de mes mains , de mon coeur... &
des dieux ... c'eſt toi ... c'eſt toi ſeul ... je t'ai
donné tout mon être ... je ne vivrai plus que par
toi.
par M. J. J. ROUSSEAU.
SCÈNE LYRIQUE .
-Le théâtre représente un attelier de Sculpteur. Sur
les côtés , on voit des blocs de marbre , des
grouppes , desstatues ébauchées. Dans lefond
eftune autre statue cachée sous un pavillon
d'une étoffe légère & brillante , ornée de crepines
&de guirlandes.
Pygmalion , affis&accoudé , rêvedans l'attitude
d'un homme inquiet & triſte ; puis se levant
tout- à- coup , il prend fur fa table les outils
defon art , va donner , par intervalles , quelques
coups de cizeau ſur quelqu'une de ses
ébauches,se recule& regarde d'un air mécon
tent & découragé.
PYGMALION.
IL n'y a point-là d'ame ni de vie... ce n'eſt que
de la pierre... je ne ferai jamais rien de tout cela...
JANVIER. 1771. 201
ômon génie où es-tu ?... Mon talent , qu'es-tu
devenu ? ... Tout mon feu s'eſt éteint... mon imagination
s'eſt glacée... le marbre fort froid de
mes mains... Pygmalion tu ne fais plus des Dieux...
tu n'es qu'un vulgaire artiſte... Vils inſtrumens ,
qui n'êtes plus ceux de ma gloire , allez ... ne
déshonorez plus mes mains...
:
Il jete avec dédain ſes outils , & se promène
quelque tems , en levant les bras croisés .
..
Que luis-je devenu? ... quelle étrange révolution
s'eſt faite en moi ! ... Tyr, ville opulente &
fuperbe .. les monumens des arts , dont tu brilles ,
ne m'attirent plus... J'ai perdu le goût que ję
prenois à les admirer Le commerce des Artiſtes
&des Philofophes me devient infipide... l'entretien
des Peintres & des Poëtes eſt ſans attraits
pour moi... la louange & la gloire n'élèvent plus
mon ame... les éloges de ceux qui en recevront de
la poſtérité ne metouchent plus... l'amitié même
a perdu pour moi ſes charmes .. Et vous , jeunes
objets , chefs-d'oeuvres de la nature , que mon
art oſoit imiter , & 'ſur les pas deſquels lesplaifirs
m'attiroient ſans cefle ... vous , mes charmans
modèles ... qui m'embraſiez , à- la fois , des feux
de l'amour & du génie .. depuis que je vous ai
furpaſſés , vous m'êtes tous indifférens .
Il s'affied , & contemple tout-au tour de lui.
Retenu dans cet attelier , par un charme incon
cevable... je ne fais rien faire ... &je ne puis m'en
éloignér... J'erre de grouppe en grouppe... de
figure en figure... Mon cizeau foible... incertain...
ne reconnoît plus ſon guide .. Ces ouvra
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
ges groſſiers , reſtés à leur timide ébauche , ne
ſentent plus la main , qui jadis les eûtanimés...
(Ilse lève impétueusement. )
C'en eft fait... c'en eſt fait... j'ai perdu mon
génie... Si jeune encore , je ſurvis à mon ta-
Ient... Mais quelle eſt donc cette ardeur interne
qui me dévore ?.., Qu'ai-je en moi qui ſemble
m'embrafer ... Quoi !... dans la langueur d'un
génie éteint , ſent-on ces émotions? ... ſent-on
ces élans des paſſions impétueuſes... cette inquiétude
infurmontable... cette agitation ſecrete
qui me tourmente .. &dont je ne puis démêler
la caufe ... J'ai craint que l'admiration de mon
propre ouvrage ne causât la diſtraction que j'apportois
a mes travaux... Je l'ai caché fous le
voile... mes profanes mains ont ofé couvrir ce
monument de leur gloire... Depuis que je ne le
vois plus... je ſuis plus triſte... & ne fuis pas plus
attentif... Qu'il va m'être cher ; qu'il va m'être
précieux , cet immortel ouvrage... quand mon
génme éteint ne produira plus rien de grand , de
beau... de digne de moi.... je montrerai ma
Galathée... & je dirai... Voilà ce que fit autrefois
Pygmalion... O ma Galathée! ... quand j'aurai
tour perdu , tu me feſteras... & je ferai conſolé.
( Il s'approche du pavillon , puis se retire ,
va , vient , & s'arrête quelquefois à le regarder en
Soupirant. )
Mais , pourquoi la cacher... qu'est- ce quej'y
gagne Réduit à l'oiſiveté... pourquoi moter
le plaifir de contempler la plus belle de mes
oeuvres ?... peut- être y reſte-t il quelque défaut ,
que je n'ai pas remarqué... peut- être pourrai-je
JANVIER. 1771. 203
encore ajouter quelque ornement à ſa parure ?...
Aucune grace imaginable ne doit manquer à un
objet fi charmant... Peut - être cet objet ranimera-
t- il mon imagination languiſante ... Il la
faut revoir... l'examiner de nouveau ... Que disje
? ... ah! ... je ne l'ai point encore examinée ...
je n'ai fait juſqu'ici que l'admirer.
( Il va pour lever le voile , & le laiſſe retomber
comme effrayé. )
Je ne fais quelle émotion j'éprouve en touchant
ce voile ... une frayeur me ſaiſit ... je crois
toucher au ſanctuaire de quelque Divinité... Infenſé
... c'eſt une pierre... c'eſt ton ouvrage...
Qu'importe... on ſert des Dieux dans nos Temples
, qui ne font pas d'une autre matière , & qui
n'ont pas été faits d'une autre main .
(Il lève le voile en tremblant , & se proſterne ;
on voit laftatue de Galathée pofée sur un piedestal
fort petit, mais exhauffée par un gradin de
marbre , formé de marches demi circulaires.
.. ..
foi-
O Galathée ! recevez mon hommage... oui...
je me ſuis trompé... J'ai voulu vous faire Nymphe...
& je vous ai fait Déeſſe... Vénus même
eſt moins belle que vous. Vanité.
bleſſe humaine... je ne puis me lafler d'admirer
mon ouvrage... je m'enivre d'amour propre.....
je m'adore dans ce que j'ai fait... Non... rien de fi
beau neparut dans lanature... j'ai paffé l'ouvrage
des Dieux ... Quoi ! tant debeautés fortent de mes
mains ... mes mains les ont donc touchées... Ma
bouche a donc pu ... Pygmalion.. Je vois un
défaut... ce vêtement couvre trop le nud... il
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
faut l'échancrer davantage... Les charmes qu'il
recèle doivent être mieux annoncés .
(Il prend fon maillet & ſon cizeau , puis
s'avançant lentement , il monte , en hésitant , les
gradins de la statue qu'ilsemble n'ofer toucher :
enfin , le cizeau déjà levé , il s'arrête. )
Quel tremblement... quel trouble... je tiens
le cizeau d'une main mal afſurée... Je ne puis.. ,
je n'oſe... je gâterai tout...
( Il s'encourage , & enfin , préſentantfon cizeau
, il en donne un coouupp ,, &, ſaiſi d'effroi ,
il le laiſſe tomber , en pouffant un grand cri.)
Dieux... je ſens la chair palpitante... & repouffer
le cizeau...
( Il defcend , tremblant& confus.)
Vaine terreur... fol aveuglement... Non... je
n'y toucherai point... Les Dieux m'épouvantént
fansdoute... elle eſt déjà conſacrée à leur rang.
(Il la confidère de nouveau. )
Que veux-tu changer... regarde... quels nou
veaux charmes veux-tu lui donner ? ... Ah ! c'eſt
ſa perfection qui fait ſon défaut... Divine Galathée...
moins parfaite , il ne te manqueroit
rien.
(tendrement. )
Mais , il ne te manque qu'une ame... ta figure
se peut s'en pafler...
(Avec plus d'attendriſſement encore )
Que l'ame faite pour animer un tel corps
doit être belle !
JANVIER. 1771. 205
(Il s'arrête longtems , puis retournant s'af-
Jeoir , il dit d'une voix lente , entrecoupée &
changée.)
Quels defirs ... oſois-je former... quels voeux
inſenſés ... Qu'est - ce que je ſens ... Ô ciel ... le voile
de l'illuſion tombe... & je n'ole voir dans mon
coeur... j'aurois trop à m'en indigner.
(Longuepauſe dans un profond accablement.)
Voilà donc la noble paſſion qui m'égare...
C'eſt donc pour cet objet inanimé que je n'oſe
fortir d'ici ... un marbre... une pierre... une mafle
informe ... & dure... travaillée avec ce fer... Inſenſe...
rentre en toi-même... gémis ſur toi... ſur
ton erreur ... vois ta folie ... Mais ... non ...
(Impétueusement. )
Non... je n'ai point perdu le ſens... non... je
n'extravague point... non... je ne me reproche
rien... Ce n'eſt point de ce marbre que je ſuis
épris... c'eſt d'un être vivant qui lui reſſemble...
c'eſt de la figure qu'il offre à mes yeux... En
quelque lieu que ſoit cette figure adorable...
quelque corps qui la porte... & quelque main
qui l'ait faite... elle aura tous les voeux de mon
coeur... Oui ... ma ſeule folie eſt de diſcerner la
beauté... mon ſeul crime eſt d'y être ſenſible... II
n'y a rien- là dont je doive rougir...
(Moins vivement , mais toujours avec paffion. )
Quels traits de feu... ſemblent ſortir de cet
objet , pour embraſer mes ſens... & retourner
avec mon ame à leur ſource... Hélas ! il reſte
immobile & froid... tandis que mon coeur , em
206 MERCURE DE FRANCE .
bralé par les charmes , voudroit quitter mon
corps... pour aller échauffer le ſien... Je crois ,
dans mon délire , pouvoir m'élancer hors de
moi... je crois pouvoir lui donner ma vie ... &
l'animer de mon ame... Ah ! que Pygmalion
meure pour vivre dans Galathée... Que dis -je...
Ô ciel ! fi j'étois elle , je ne la verrois pas... je
ne ferois pas celui qui l'aime... Non... que ma
Galathée vive... & que je ne fois pas elle... Ah ! ...
que je fois toujours un autre... pour vouloir
toujours être elle... pour la voir... pour l'aimer...
pour en être aimé.
..
Tranſports...tourmens.. voeux... defirs... rage...
impuiflance ... amour terrible amour funeste...
tout l'enfer eſt dans mon coeur agité... Dieux
puiflans ... Dieux bienfaiſans... Dieux du peuple ,
qui connûtes les paſſions des hommes... ah !
vous avez tant fait de prodiges pour de moindres
caufes ... Voyez cet objet ... voyez mon
coeur... ſoyez juftes , & méritez vos autels.
(Avec un enthousiasme plus pathétique. )
Et toi , fublime eſſence .. qui te caches aux
fens , & te fais ſeutir aux coeurs... ame de l'u .
nivers ... principe de toute exiſtence... toi... qui
par l'amour donnes l'harmonie aux élémens , la
vie à la matière... le ſentiment aux corps , & la
forme à tous les êtres ... feu ſacré .. céleste Vénus
parqui tout ſe conſerve & ſe reproduit ſans cefle...
ah ! ... où eſt ton équilibr.... où eſt ta force expanfive...
Où est la lor de la n ture dans le ſentiment
que j'éprouve... où eſt la chaleur vivifiante dans
Pinanité de mes vains defirs ... tous les feux font
concentrés dans mon coeur ... & le froid de la mort
refte fur ce marbre... je péris par l'excès de vie qui
lui inanque... Hélas... je n'attends point deproJANVIER.
1771
s
dige... il exiſte... il doit ceſſer.... l'ordre eſt trowblé...
la nature eſt outragée... rends leur empire à
ſes lois... rétablis ſon cours bienfaiſant , & verfe
également ta divine influence... Oui... deux êtres
manquent à la plénitude des choſes ... Partage
leur cette ardeur dévorante qui confume l'un fans
animer l'autre... C'eſt toi qui formas par ma
main ces charmes & ces traits qui n'attendent que
le ſentiment & la vie... Donne lui la moitié de
la mienne.. Donne lui tout s'il le faut... il me
fuffira de vivre en elle... O toi qui daignes ſourire
aux hommages des mortels quine fent rien
ne t'honore pas.. Etends ta gloire avec tes oeuvres...
Déeffe de la beauté, épargne cet affront à la
nature... qu'un ſi parfait modèle ſoit l'image de ce
quin'eſt pas.
..
Ilrevient à luipar degrés avec un mouvement d'afsurance
& dejoie.
Je reprends mes ſens .. quel calme inattendu ,
quel courage ineſpéré me ranime ... Une fiévre
mortelle embraſoit mon fang... Un baume de
confiance & d'eſpoir coule dans mes veines... je
crois me fentir renaître ... Ainsi , le ſentiment de
notre dépendance ſert quelquefois à notre confolation...
Quelque malheureux que foient les mortels...
quand ils ont invoqué les Dieux , ils font
plus tranquilles ... mais cette injufte confiance
trompe ceux qui font des voeux inſenſés...Hélas...
en l'état où je ſuis on invoque tout , & rien ne
nous écoute... L'eſpoir qui nous abuſe eſt plus inſenſéque
le defir... Honteux de tant d'égarement ,
je n'oſe pas même en contempler la caule. '.Quan
je veux leverles yeux fur cet objet fatal , je fens
un nouveau trouble... une palpitation me fuffoque...
une fecrète frayeur m'arrête...
208 MERCURE DE FRANCE.
(Ironie amère. )
Eh... regarde malheureux. , . deviens intrépide...
oſe fixer une ſtatue.
'Il la voit s'animer , &se détourne ſaifi d'effroi &
le coeur faifi de douleur.
Qu'ai -je vu ! .. Dieux ! .. qu'ai je cru voir...
le coloris des chairs... un feu dans les yeux...
des mouvemens mêmes ... Ce n'étoit pas aſſez
d'eſpérer des prodiges ... pour comble de misères,
enfin je l'ai vu.
(Excès d'accablement. )
Inførtuné ... c'en est donc fait... ton délire eſt
à ſon dernier terme... ta raiſon t'abandonne ainfi
que ton génie... ne la regrette point , Pigmalion...
ſa perte couvrira ton opprobre .
( Vive indignation . )
Il eſt trop heureux pour l'amant d'une pierre de
venir un homme à vifion .
(Il se retourne & voit la Statue ſe mouvoir &defcendre
elle-même les gradins. Ilſe jette à genoux
, leve les mains& les yeux au Ciel. )
Dieux immortels ! .. Vénus ! .. Galathée ... ô
preſtige d'un amour forcené ! ..
Moi.
Moi!
(Galathée ſe touche. )
GALATHÉE.
PYGMALION transporte.
JANVIER. 1771. 209
GALATHÉE , ſe touchant encore
C'eſt moi.
PYGMALION.
Raviflante illufion qui paſſez juſqu'à mes oreilles...
ah ! n'abandonnez jamais mes ſens.
(Galathée fait quelques pas&touche
un marbre. )
Ce n'eſt plus moi.
'Pygmalion , dans des agitations , dans des tranfports
qu'il a peine à contenir , fuit tous fes
mouvemens , l'écoute , l'observe avec une vive
attention qui luipermet àpeine de refpirer.
Galathée s'avance vers lui& le regarde.
Ilſe leve précipitamment , lui tend les bras & la
regarde avec extafe. Ellepose une mainfur lui,
il treſſaillit , prend cette main , la porte àfon
coeur, puis la couvre d'ardens baifers .
GALATHÉE , avec un soupir.
Ah! .. encore moi ...
PYGMALION.
Oui , cher & charmant objet... Oui , digne
chef - d'oeuvre de mes mains , de mon coeur... &
des dieux ... c'eſt toi ... c'eſt toi ſeul ... je t'ai
donné tout mon être ... je ne vivrai plus que par
toi.
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Résumé : PYGMALION, par M. J. J. ROUSSEAU. SCÈNE LYRIQUE.
Dans le texte 'Pygmalion' de Jean-Jacques Rousseau, le personnage principal, Pygmalion, est un sculpteur désabusé et découragé, enfermé dans son atelier parmi des blocs de marbre et des statues inachevées. Il exprime son ennui face à divers aspects de sa vie, y compris les monuments artistiques, les interactions avec d'autres artistes et philosophes, ainsi que l'amitié et les jeunes modèles. Pygmalion se sent irrésistiblement attiré par une statue qu'il a créée et nommée Galathée, qu'il a cachée par crainte de se laisser distraire par son admiration pour elle. Un jour, Pygmalion découvre la statue et se prosterne devant elle, reconnaissant qu'il l'a sculptée plus belle que Vénus. Il hésite à la toucher, craignant de gâcher sa perfection, et exprime son désir ardent de la voir prendre vie. Il implore les dieux de donner vie à la statue, manifestant une passion intense et douloureuse. Après une période de tourment, Pygmalion voit la statue s'animer. La statue, désormais vivante et nommée Galathée, reconnaît Pygmalion. Galathée s'approche de lui, le touche, et Pygmalion réagit avec émotion, prenant sa main et la couvrant de baisers. Galathée confirme son identité, et Pygmalion exprime son amour et son dévouement envers elle, affirmant qu'il ne vivra plus que par elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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150
p. 133-159
Observations sur un ouvrage nouveau, intitulé : Traité du Mélo-Drame, [titre d'après la table]
Début :
OBSERVATIONS sur un ouvrage nouveau, intitulé, Traité du Melo-Drame [...]
Mots clefs :
Musique, Mélodrame, Nature, Auteur, Idées, Goût, Ouvrage, Plaisir, Esprit, Temps, Chant, Mélodie, Formes, Imagination, Théâtre, Période, Sensations, Homme, Moyens, Idée, Charme, Drame, Réflexions, Français, Public, Principe, Concert, Beaux-arts, Jean-Jacques Rousseau, Musique italienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Observations sur un ouvrage nouveau, intitulé : Traité du Mélo-Drame, [titre d'après la table]
* OBSERVATIONSfur un ouvrage nouveau,
intitulé , Traité du Melo-Drame
ou Réflexions ſur la muſique dramati.
que. A Paris , chez Vallat la Chapelle,
libraire,fur le perron de la Ste Chapelle,
1771 ; in-80. Prix , s liv . relié.
Ona coutume de qualifier de nations rivales
celles que des intérêts oppoſés mettent ſouvent
aux priſes & précipitent dans des guerres longues
&obſtinées ; mais en y regardant de plus près ,
on s'appercevra aisément que ſi les Princes combattent
pourdéfendre ou augmenter leurs états ,
les nations ne connoiſſent guères de véritable rivalité
que dans les choſes qui intéreſſent leur vanité
; ce qui comprend toute eſpèce de gloire ,
cellequi vientdes talens comme celle qui naît des
fuccès à laguerre. En effet, la vanité comme la
lumière peur ſe diftribuer à l'infini ſans s'affoiblir
par le partage; elle eſt toujours active , toujours
éclairée ſur ſes intérêts , & c'eſt ce qui fait que la
jaloufie nationale peut encore exiſter lors même
*Ce morceau qui eſt rrès- intéreſlanr eft l'ouvraged'un
homme auſſi diſtingué par fon rang &
ſa naiſſance que par les talens&fes fumières , &
nous lui avons beaucoup d'obligation d'avoir
bienvoulu ea enrichir le Mercure.
134 MERCURE DE FRANCE.
que l'eſprit du Patriotiſme eſt détruit. Une
guerre perpétuelle s'eſt donc allumée dans l'empire
de l'opinion ; & comme les plus importantes
poſſeſſions de l'ennemi ſont toujours expoſées à la
premiere agreffion , de même dans les rivalités
littéraires les découvertes ſont toujours l'objet
des plus grands débats. Eh! quel François animé
decettenoble ambition,apu ſe contenter de lagloireque
nous avons acquiſe depuis deux fiècles ,& n'a
pas jetté des regards d'envie ſur les Galilées , les
Bacons , les Newtons ? Nous contemplons notre
puiſſance politique , & en nous rappelant la foibleſſedes
premiers Capétiens , nous remarquons
que c'eſt àde riches ſucceſſions que leurs deſcendans
ont dû l'augmentation de leurs domaines :
Craignons d'appliquer ces réflexions à notre empire
littéraire , ou plutôt , en avouant que nous
avons hérité de beaucoup de tréfors dont la découverte
eſt due à l'Etranger , cherchons à nous
confoler par une confidération qui paroît avoir
échappé à la philoſophie de notre âge; c'eſt que
lesnations qui ont le plus inventé ſont peut- être
les moins capables , nonſeulementde perfectionner
, mais de contenir les arts& les talens dans les
meſures qu'un goût ſage& épuré eft en droit de
leur preſcrite. On s'en convaincra facilement ſi
l'on obſerveque chez les peuples qui ont le plus de
découvertes à vanter, il eſt arrivé de deux choſes
l'une ; ou le goût général de la nation a réveillé
l'émulation& provoqué les découvertes , ou les
inventeurs eux-mêmes ont fait naître le goût des
arts qu'ils avoient créés : or dans le premier cas la
paffion dégénère ſouvent en manie ; & dans le
Lecond la doctrine ſe change en dogmatiſme , &
SEPTEMBRE. 1771. 135
l'on voit s'élever une ſecte au lieu d'une école.
Ainſi chez les Grecs l'éloquence dégénéra bientôt
en unevaine déclamation; ainſi chez les Anglois
Melpomène n'eſt encore queShakeſpéar traveſti,&
ce grand homme ſemble n'avoir laiſſé après lui
quedes barrieres au lieu des pierres d'attente qu'il
avoit poſées. Maintenant qu'un peuple ingénieux,
ſenſible & même appliqué s'empare de ces richefſes
étrangères ; qu'il épure dans le creuſet du goût
ces minéraux brutes , mais précieux , nés dans les
flancs de quelque montagne embratée; quellaalime
ou le ciſeau leur donnent la forme& l'éclar ,
&qu'un Public avide, mais difficile & précautionné
, vient enſuite à juger; alors & alors ſeulement,
les choſes ſeront apréciées à leur juſte valeur
, pouflées à leur dernière perfection & furtout
conſervées dansleur intégrité. Tel eſt le for
de la France ; à cette différence ſeulement que c'eſt
fans renoncer à l'honneur de pluſieurs découvertes
qu'elleprétend à la palme du goût , & qu'à la fois
juge & ouvrière , elle peut être pour les autres
peuples ce qu'eſt l'Académie Françoiſe pour elle
même.
Parmi nombre de preuves qui pourroient juſtifier
cette opinion , je me bornerai à un des objets
qui lui tiennentde plus près &dont l'examen nous
aconduits à ces réflexions,je veux parler de la mufique
, celui de tous les arts ſur lequel nous ayons
le moins de droits à réclamer à titre d'inventeurs.
Que diroit le reſte de l'Europe ſi , au bout de vinget
ans à peine écoulés depuis que la muſique italienne
, ou pour mieux m'exprimer , la véritable mufiquea
été implantée en France , nous étions tout
près d'en atteindre la perfection ; fi nous étions
même parvenus à en connoître & les moyens &
Ies effers ; àlui aſſigner ſon domaine & àlui pref
136 MERCURE DE FRANCE.
,
en
crire ſes différens emplois , foit que livrée à ellemême,
elle voulût briller de fon propre éclat , ſoit
qu'unic à la poéfie , elle en développât, elle en exagérât
pour ainſi dire les produits ; ſoit enfin qu'attachée
au drame elle en ſuivit la marche
multipliât l'action&en fortifiât l'intérét ?Ce tableau
féduiſant n'eſt pourtant point un rêve , ſi l'on en
croit l'auteur d'un livre intitulé , Traitédu Melo-
Drame , ouvrage que nous annonçons au Public
avec une confiance à laquelle les productions
récentes ne nous ontguères accoutumés. Ce fera
ſansdoute avec plaifir qu'on y verra nos compofiteurs
comparés , préférés même aux premiers maîtres
d'Italie , & nos eſſais de muſique dramatique
propoſés pour modèle à toutes les Nations.
Allertions hardies ſans doute , mais flatteuſes &
encourageantes , & fur-tout intéreſſantes par les
raiſons auſſi ſavantes qu'ingénieuſes ſur leſquelles
elle eſt établie . Pénétré comme notre auteur
d'eſtime &de reconnoiſſance pour les maîtres qui
ont enrichi depuis quelque tems notre ſcène italienne
, devenu le vrai théâtre lyrique , fi nous
différons d'opinions avec lui ſur quelques objets ,
c'eſt parce que nous croyons qu'un ouvrage commele
fien étoit encore néceflaire pour développer
nombre didées abſtraites & fugitives qui embarraſſoient
les routes de l'art ; pour prévenir furtout
l'inconvénient de l'imitation & de la dégénération
du genre en manière , en un mot pour mettre
les préceptes à la place des exemples. Nous
penfons encore que pour conduire la muſique àſa
dernière perfection , il faut joindre la ſcience qui
éclaire au goût qui aprécie ; c'eſt- à- dire , qu'il
faut ſavoircompoſer , &cependant avoir plus entendu
que compofé; qu'il eſt encore important
den'êtredans aucun parti , ni dans celui des Ita
SEPTEMBRE. 1771. 137
liensdont les principes ſont peut-être trop exclufifs
, ni dans celui des François qui répugnent
quelquefois à l'aveu de la ſupériorité dans autrui;
qu'on doit encore connoître le génie des différens
peuples & la manière dont ils ſont affectés
par les ſons ; qu'à toutes ces connoiſlances préliminaires
il faut joindre l'eſprit philoſophique
qui ſert de guide dans la diſcuſſion , & fur-tout ce
talent ſans lequel on n'enſeigne , on ne perfuade
rien , celui d'écrire avec chaleur , intérêt & clarté.
Enfin après avoir tout exigé , nous reconnoiffons
avec non moins de ſurpriſe que de plaiſir que toutes
ces conditions ſe trouvent remplies par l'auteur
dont l'ouvrage va nous occuper , non dans la
formed'un extrait ordinaire , parce que toutes les
vérités qui s'y trouvent renfermées perdroient à
être déplacées , mais en nous attachant aux idées
lesplus importantes , c'est-à-dire celles qui méritent
leplusd'êtrediſcutées&même refutées.En effet
ceux qui voudront voit en quoi l'auteur a eu raifon
ne peuvent mieux le trouver que dans ſon
livre , tandis que nous concourrons avec lui aux
progrès de l'art , ſi nous parvenons à rectifier celles
de ſes idées qui nous en paroiſſent ſuſcepti
bles.
Il ne s'agira pas ici de reveiller les diſputes po
lémiques qui ont agité la capitale depuis la fameulemiſſionde
1752, pendant laquelle on vitde
pauvres ultramontains ſimples & ſans lettres, prêcher
, convertir & faire des miracles ; mais il ſera
néceſſaire de ſe rappeler avec notre auteur quelle
fut la marchede nos connoiſſances en muſique ;
car nos idées ne ſe ſont pas toujours étendues aufſi
rapidementque notre goût , & la véritê mêmen'a
pu établir ſon empire ſans contracter quelques
dettes avec la mode & le préjugé ; nous direns
138 MERCURE DE FRANCE.
donc enpeu de mots qu'une lettre ſur l'opérad'Oma
phale avoit déjà donné le ſignal d'une révolution
prochaine à- peu-près comme les météores & les
comètes annoncent la chûte des Empires , lorſque
la muſique italienne fit ſa première invaſion dans
lacapitale. Il eſt paflé en uſage, de nos jours , que
lesmanifeſtes&les déclarations de guerre ſuivent
les armées au lieu de les précéder ; la même choſe
arriva dans cette occafion . On reconnut dans un
écrit plein de ſel,intitulé ,lepetit Prophéte , &c.
l'auteur de la lettre ſur Omphale , ou plutôt on
reconnut un homme d'eſprit qui en ſavoit plus
qu'il n'en avoitdit , & qui ne vouloit parler que
parparabole.
favoix
Mais déjà les exemples ſuffiſoient aux préceptes&
il étoit tems que ceux - là entendiſſent qui
avoient des oreilles pour entendre. C'étoit cependant
le plus petit nombre , & M. Roufleau jugea
que la vérné avoit encore affez d'ennemis pour
qu'il lui convînt de la défendre : mais en lui prêlui
donna ſa livrée: préſentée ſous
la forme du paradoxe , elle eut plus de célébrité
que de crédit; elle convainquit & révolta , & l'affaire
fut appointée. M. Roufleau ne le contentoit
pas de profcrire notre ancienne muſique , il ne
vouloit pas nous laifler l'eſpérance d'en avoir une
meilleure; notre langue même àl'entendre fe refuſoit
abſolument aux puiſſances de la mélodie.
Quels cris ne s'élevèrent pas alors! on ne prévoicit
pas fans doute les heureuſes reftitutions dont cette
injustice feroit ſuivie , autrement ont eût defire
qu'il continuât de nous injurier &de nous enrichir,
& on l'eût comparé à ce magiſtrat ſi ſouvent
applaudi au théâtre qui répare de ſes propres fonds
l'erreur qu'il a commiſe. Quelquetems après un
homme de génie , dont tous les ouvrages concou
SEPTEMBRE . 1771. 139
rent à prouver cette vérité , que la même préciſion
qui dirige l'eſprit dans les calculs les plus fublimes
eſt encore l'inſtrument caché du goût le plus
fin& le plus délicat , ne dédaigna pas de s'occuper
de la muſique , &ſes regards y répandirent la
lumière. M. d'Alembert , en condaminant en général
la muſique françoiſe , lui laifla deux motifs
de confolation en lui enſeignant les moyens de
s'améliorer & en dévoilant en même tems les erreurs
de la rivale. Inſenſiblement les eſprits ſe
rapprochoient ; le goût ſe perfectionnoit. Des
compoſiteurs , remplis de talens & d'émulation
avoient profité de certains lieux de franchiſe pour
introduire cette contrebande précieuſe à laquelle
le régime prohibitifde l'opéra étoit fi fort oppoſé.
Mais la verve qui nous précipite dans la carrière
ne nous poufle pas toujours vers le but ; ſouvent
même nous ignorons l'endroit où il ſe trouve ,
tandisque la critique aſſiſe à l'écart a ſes yeux fixés
fur lui ,&rit detous les efforts qui en éloignent.
Un amateur s'aviſa donc unjour d'obſerver que fi
les Coimpofiteurs François imitoient le faire des
Compoſiteurs Italiens , les poëtes lyriques reſteroient
encore attachés aux anciennes formes ; de.
forte qu'il s'introduiroit une contradiction marquée
entre l'intention du poëte & celle du muficien.
C'eſt que les premiers étudioient Jyomelli
&Galuppi , & que les autres n'étudioient pas Métaſtaſe.
Il s'apperçut encore que le Public tomboit
dans une plus grande erreur lorſqu'il attribuoit
aux poëmes modernes tout le dégoût qu'il
éprouvoit à l'opéra , & lorſqu'il demandoit qu'on
composât des chants nouveaux ſur des paroles
anciennes ; choſe abſolument impoffible ! ces obſervations
lui inſpirerent l'idée de ſcruter davanta
geles effets de la muſique &de chercher quel étoit
140 MERCURE DE FRANCE.
le caractère diſtinctifde la bonne muſique. Il erut
l'avoir trouvé dans la forme périodique qui fait
le charme de tout langage en proſe, en vers ou en
muſique , & il fit un rapprochement aflez heureux
de la période oratoire&de la période muſicale. Il
reconnutque ſi la muſique étoit eſſentiellement un
chant , ce chant devoit être une vraie période ,
ayant ſes membres aflortis , ſes repos balancés ,
ſamarche conféquente &ſon rhytme reflenti. Il
obſerva que l'expreſſion muſicale étant beaucoup
plus ſenſible&beaucoup moins rapide que celle
dudiſcours, les périodes en muſique ne pouvoient
pas ſe ſuivre& s'enchaîner les unes aux autres , ce
qui obligeoit les muſiciens à ſe concentrer pour
ainſi dire dans une idée qui feroit à elle ſeule un
petit dilcours ou un petit poëme dont le chant &
les accompagnemens ſeroient à la fois le ſujer& le
commentaire , &dont la muſique feroit en mêmetems
l'expoſition & le développement. En effet
L'expreffion muſicale étant agréable par elle-même
&par fon concours avec les paroles , l'oreilles'y
arrête avceplaifir , &l'etprit qui est d'intelligence
avecelle ne ſe plaint pas de voir la marche retardée.
C'eſt ainſi qu'une penſée exprimée avec ſimplícité,
développée avec génie ,ornée avec goût
& répétée avecgrace forme un ouvrage qui a reçu
le nom d'air , aria. Il ſurvoit dela qu'un poëte qui
compoſoit des vers deſtinés à être mis en muſique
devoit aflujettir ſa marche aux formes indiquées
ci -deſſus , qu'il ne lui ſuffifoit plus d'écrire
en vers libres des ſcènes de tragédie , mais qu'il
devoit s'occuper encore de réſerver une fituation,
unmouvement , une penſée propres à être renfermés
dans une période muſicale , & cette période
muſicale exigeoit qu'on lui donnât pour baſe une
période poëtique , ou plutôt une période dont l'en.
SEPTEMBRE. 1771 : 141
lemble&lesdétails fuſſent ſoumis aux vrais princi
pesde la rhytmopée ; il falloir donc, s'il étoit poſſio
ble , écrire comme l'immortel Métaſtaſe , ou du
moins tâcher de l'imiter. Mais d'un autre côté,
les auteurs qui compoſoient des drames pour la
comédie italienne ſe contentoient en écrivant leurs
ſcènes de quitter le langage de la proſe dans les
endroits qu'ils croyoient les plus favorables à la
muſique , & ſe livroient enſuite à leur facilité,
ſans craindre d'embaraſler le muſicien , ſoiten lui
offrant trop d'idées à la fois , ſoit en les lui préſentant
au hafard , tantôt d'un façon trop complexe
, tantôt avec trop de développement ; d'où
il arrivoit que la nouvelle muſique portoit un caractère
métif qui la décréditoit ſouvent aux yeux
des amateurs. Toutes ces réflexions jettées ſur le
papier formèrent une brochure de cent pages au
plus , mais qui fut accueillie par les artiſtes &les
gens de lettres , & qui obtint entr'autres le fufrage
de M. l'AbbéMétaſtaſio,de MM. Gyomelli Gre.
tri & Philidor . Elle eut un autre ſuccès non meins
flatteur , qui tourna au profit du Public; c'eſt que
les principes qu'elle renfermoit ayant été adoptés
parunhomme très- diftingué dans la littérature ,
il voulut bien les juſtifier par des exemples dont
aucun précepte ne peut approcher & auxquels le
Public applaudit tous les jours avec tranſport &
reconnoiſſance.
C'étoit le fort de ce petit ouvrage de produire
beaucoup mieux que lui- même , ſoit qu'il fût approuvé
, foit qu'il fût refuré ; car c'eſt particulièrementàlui
que nous devons le traité du Mélodrame
, comme l'auteur a bien voulu nous le
diredans ſa préface. Il ya long-tems que ces idées
toutes raiſonnables ſur la muſique ſe trouvoient
en contradiction avec les ſenſations du Public ,
142 MERCURE DE FRANCE.
peut-être même avec les ſiennes , lorſque cet ou
vrage-ci lui donna occafion de les publier. Il crut,
dit-il , que tout principe de goût éroit détruit , &
qu'on étoit retourné à ces tems de barbarie où les
arts neconnoifloient d'autres loisque le caprice des
artiſtes . * Sans doute ſon mécontentement aug-
* Il ne ſera peut-être pas hors de propos de rapprocher
ici le jugement que M. l'Abbé Métaſtaſio
àporté de cet ouvragedans une lettre qu'il a écriteà
l'auteur , & qui a été inférée dans la Gazette
Littéraire , tome vi°. « Je n'ai pu lire votre ou-
>>> vrage , dit cet illuſtre lyrique , ſans le plus grand
>>>étonnement. On peut , par ce ſeul eſlai ,jugerde
>> la fineſſe de votre eſprit , de la ſolidité de votre
>>>goût & de la profondeur de vos connoiſſances
>>dans les arts: il n'eſt point d'Italien qui ait porté
>> ſes vues & ſes réflexions auſſi près des premières
>>ſ>ources du plaifir vif&délicat que produit , &
>> que pourroit produire encore plus efficacement
35notre drame muſical L'analyſe ingénieuſe que
> vous faites du rhytme &du chant périodique de
nos airs ; la manière adroite & neuve dont vous
faites ſentir l'obligation de n'enſevelir jamais
le motif principal dans les ornemens accefſoires
; l'heureuſe comparaiſon que vous éta-
→bliflez à ce ſujet entre l'art de la muſique & celui
du deſſin , où le nud doit toujours ſe faire ſentir
au travers des draperies ; vos remarques ſur les
progreffions au moyen deſquelles ondoit en paffant
du ſimple récitatif au récitatif compofé,
>> imiter les altérations qui naiſſent du jeu des paf-
>> ſſions violentes , & pluſieurs autres endroits de
>votre diflertation que je ne cite pas pour ne pas
>>la tranſcrire en entier, font encore moins pré
SEPTEMBRE. 1771. 143
menta & ſon zèle redoubla en voyant paroître le
dictionnaire de muſique de M. Roufleau, car on ne
peut ſe diffimuler que par une fatalité fingulière, il
le trouve que cet illuſtre auteur eſt tombé dans la
même barbarie , & que les principes ſur l'unité de
la mélodie ſont ſi conformes àceux de l'eſſai qu'il
les a appuyés ſur les mêmes exemples, témoins les
articles duo , récitatif, &c. Ce n'eſt pas tout , le
Journal Etranger & la Gazette Littéraire avoient
répandu ſucceſſivement les germes les plus féconds
de tout ce qu'une pratique induſtrieuſe peut
apprendre d'une imagination brillante & philoſophique
; déjà même ces principes étoient auroriſés
par le ſuccès de pluſieurs ouvrages récens : il
faut donc en convenir , a tout cela n'étoit qu'erreur
, jamais il ne fut plus néceſſaire de reveiller
la critique &de venger le bon goûτ .
Une choſedevoit cependant embarraſſer notre
auteur ; verſé comme il l'eſt dans la muſique, connoiflant
tout le mérite de la muſique italienne &
toute la défectuoſité , ou plutôt toute la nullité
>> cieux par la vérité qui leur eſt propre que par
>> les avantages immenfes que pourront y puiſer
>> les artistes , &c. >> L'auteur du Traité du Mélodrame
a omis à deſſein ce témoignage flatteur
pour ne s'occuper que de l'article où M. l'Abbé
Métaſtaſio ſe plaint avec les graces qui lui font
naturelles , de la préférence donnée à la muſique
fur la poësie , mais il n'a pas pris garde que cet article
eſt rélatifà un paſſage où l'auteur de l'eflai
attribuoit les progrès de la muſique chez les Grecs
àun effort qu'elle fit pour ſe ſéparer des paroles
auxquelles elle étoit plutôt enchaînée qu'attachée.
144 MERCURE DE FRANCE.
de ce que nous appelons la muſique françoiſe ; indigné
fur-toutde la barbarie dans laquelle notre
opéra eſt encore plongé , comment pouvoit - il
n'avoir pas beaucoup d'idées communes avec les
auteurs qu'il critiquoit ? N'étoit- il pas même aflez
probable que le plus grand tort qu'ils avoient á
ſes yeux étoit de l'avoir prévenu ? Il eſt vrai que
c'eſt celui qu'on pardonne le moins. Pour réſoudre
toutes ces difficultés, il faut paffer tout de
ſuite à ſon idée favorite; c'eſt l'enfant chéri de
fon imagination , &qu'il préfère à une nombreuſe
familledont nous croions cependant qu'il pourroit
tirer plus de fatisfaction .
aJe
Faiſons - le parler lui - même , afin de donner
plusde force&de conciſion à ſes opinions. Il s'adrefle
aux François italianiſans&leur dit :
vous félicite d'avoir abandonné vos vieilles plalmodies
pour vous faire initier dans la bonne mufique
dont les Pergolèze , les Galluppi vous ont
facilité l'accès , mais je ne puis m'empêcher de
vous plaindre d'avoir pouflé l'enthousiasme juſqu'à
prendre vos maîtres pour des modèles. Qui
fans doute , la muſique italienne eſt belle & touchante;
elle connoît ſeule toute la puiſſance de
Pharmonie & de la mélodie; ſa marche , ſes
moyens , ſes formes habituelles font très-propres
àlui donner tout le charme dont elle eſt ſuſceptible
: fimple & préciſe dans le récit ordinaire
hardie & pittoreſque dans le récit obligé ; mélodieuſe
, périodique , cadencée , une enfin dans
Tair, ellenous offre des procédés méthodiques &
fondés ſur ſa propre nature. Mais tout cela ,
qu'est-ce en derniere analyſe ? De la muſique , un
concert. Que ſi vous tranſportez ſur un théâtre
toutes ces formules nouvelles , fi vous voulez les
employer
SEPTEMBRE. 1771. 145
employer pour faire mieux qu'un drame ordinaire
, pour exagérer dans votre aine toutes les
impreſſions que la ſcène , que la déclamation fimpleont
coutume de lui faire éprouver , vous
verrez que votre art ſera contradictoire à votre
objet & vos moyens à votre fin. J'adopterai avec
plaifir tous vos principes ſur l'unité de la mélodie
&ſur la période muſicale ; mais je m'appercevrai
bientôt que tandis que les accens de lexpreffion
théâtrale ſont ſans liaiſon , ſans méthode , fans
ordre encyclique , vous ne cherchez à charmer
mes oreilles que par des chants ſuivis , qui ont
leur rhytmopée preſcrite , leurs membres balancés
, leurs retours marqués : J'admire votre inftrument
, mais plus je l'admire , &moins je trouve
qu'il cadre avec ſon objet. Auſſi vous eſt-il impoſſible
de diſſimuler le principe de vos erreurs.
La muſique , une fois tranſportée ſur le théâtre
vous voulez qu'elle y règne ; vous ne craignez pas
de lui ſoumettre la poësie; vous oſez même dire
à celle- ci , aflujettiflez - vous à certaines formes ;
reflerrez vos penſées , réduiſez vos tropes , vos
figures afſortiſſez vos metres ; enfin
ceſſez jamais de prévoir la muſique.... Erreur
monstrueuſe ! fubordonner le fond à la forme &
facrifier l'orateur à l'interpréte ! Ne ſoyez donc
plus étonnés ſi de tels principes produiſent des
fruits dignes d'eux. Vous en jugerez aisément ſi
vous aſſiſtez à un de ces opéras que vous admirez
le plus. Inutilement le cigne de l'Italie réuniſſant
Pélégance de Racine à la nobleſſe de Corneille ſe
ſera montré l'Emule de Voltaire ; inutilement un
Jomelli , un Gallupi auront développé toute la
magie de leur art ; des actrices froides & ridicules,
descaftrats inanimés , de longs récitatifs débités
G
ne
146 MERCURE DE FRANCE.
àl'inſçu d'un parterre bruyant , des points d'or
gues, des diminutions , des roulades auront bientôt
fait diſparoître Caton & Regulus , & vous
n'aurez vu qu'un concert groteſque où quelques
momens de raviſſement font achetés par cinq heu
res d'ennui &de mécontentement... & n'allez pas
dire que c'eſt la faute du genre en lui-même , ou
de la forme que le Melo -drame a reçue en Italie;
car , prenez un air en duo , ou tout autre morceau
iſolé , vous verrez que la paſſion pour la
mélodie vous fait facrifier à chaque inſtant la vé
rité de l'expreffion au charme de la muſique. Souvent
les deux premiers vers de votre air vous auront
fourni le ſujet de votre chant ; eh bien! quoiqu'il
y ait variété d'expreſſion dans ceux qui fuivent
, la mélodie conſerve fon motif& reſte conféquente
à elle-même. Bien plus, fi vous compoſez
un duo dialogué , vous ne craindrez pas d'appliquerlamêmemélodie
à la demande&àla réponſe
comme
Nei giorni tuoi felici
Ricorda ti di me.
Perchè cosi mi dici
Anima mea , perchè ?
Ainfi le vice dubeau chant, ou dela musique
telleque vous la conſervez , eft un vice inhérent ,
&que vous ne parviendrez jamais à détruire tant
que vous vous occuperez de la muſique en ellemême
,&que vous ne la conſidérerez pas comme
le ſimple interpréte de la ſcène . Mais direz vous,
comment cette muſique fi belle & fi touchante
mériteroit- elle d'être proſcrite , & comment ac
SEPTEMBRE. 1771. 147
corder lejugement que vous en portez avec les
effets qu'elle a produits tant de fois fur vous? C'eft
icı levéritable myſtère de ma critique , & je vais
vous le dévoiler. Ily a deux fortes de muſique ,
unemufique fimple& une muſique compoſée, une
mufique qui chante & une muſique qui peint , ou
fi l'on veut ure muſique de concert & une mufique
de théâtre. Pour la muſique de concert , fuivez
les principes de M. l'Abbé Arnaud , de l'autour
de l'Eflai ,de M. Rouſſeau , &c.; choiſulez
debeaux motifs , ſuivez bien vos chants , phrafés
- les exactement & rendés - les périodiques ,
rien ne ſera meilleur. Mais pour la muſique de
théâtre , n'ayons égard qu'aux paroles & conten
tons-nous d'en renforcer l'expreſſion par toutes
les puiſſances de notre art. Ici j'oublie tous les
principes analogiques , auxquels j'avoue que la
muſique eft redevable de ſes plus grands effets . Je
ne m'embarafle plus des formes du recit ni de cellesque
vous donnez à l'air ; je néglige enfin toute
idée de rhytme& de proportion : je ne veux qu'exprimer
chaque penſée , que rendre avec exactitudetout
ce que je voudrai peindre. Je quitterai
mes motifs , je les multiplierai , je les tronquerai ,
je mêterai l'air & le recit , je changerai les rhytmes
, je mutilerai les phraſes , mais je ſaurai bien
vous en dédommager ; car il ne paflera ici tonnerre
, ni torrent , ni ramage, ni murmure que
je ne fois en état de vous le décrire , ut pictura
poëfis , ut pictura muſica. "
Le moment est enfin arrivé d'interrompre notre
auteur, & comme c'eſt à notre tour de parler
nous obſerverons qu'il vient de décéler la cauſe
de tout ce mal-entendu. Il a cru avec bien d'autres
que l'imitation étoit l'objet des beaux arts ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
&que c'eſt d'elle ſeule qu'ils tiennent l'empire
qu'ils exercent ſur nos fens, principe que je crois
abſolument faux. Ceci tient à des idées un peu
abſtraites & qui demanderoient un ouvrage ad
hoc; mais qu'importe que ces idées ſoient déve
loppées , pourvû qu'elles ſoient ſaiſies ! D'ailleurs
nous vivons dans un tems ou quiconque a quelque
choſe de bon à dire, doit ſe preſler , de crainte
d'être prévenu.
La nature étant le ſyſtême complet de tous les
êtres , &les hommes qui n'ont d'idée que par l'entremiſe
des ſens ne pouvant rien imaginer , mais
ſeulement abſtraire & cumuler , diſtribuer & fe
xeſſouvenir , il eſt impoſſible d'exciter en eux des
ſenſations qui ne ſoient pas priſes dans la nature.
Il eſt une autre acception du mot nature qui renferme
l'abſtraction de tout concours de l'art dans
les êtres que nous voulons conſidérer , mais cette
acception eſt toujours très-vague & ne peut avoir
Lieu ici ; car un arbre enté n'eſt pas l'ouvrage de
la nature , & cependant le tableau qui le repréfente
eft appelé une imitation de la nature. Qui
eſt-ce donc qui ſera hors de la nature ? c'eſt tout
ce qui eft contradictoire ; comme , par exemple ,
qu'un tyrandéclare ſon amour dans le même ſtyle
qu'un berger; qu'un homme paſſionné differte
&qu'un homme froid s'exprime avec enthouſiaſme,
tout cela est contre nature , non pas en foimême;
car un diſcours paſſionné ni un raiſonnement
ſuivi ne font pas contre nature , mais en
conféquence de quelques données précédentes. Il
fuitdelà que comme toutes nos ſenſations font
dans la nature , tout ce qui ne ſera pas contradictoire
à des idées antérieures & auxquelles norre
eſprit auradéjà confenti ſera exactement dans la
SEPTEMBRE. 1771. 149
nature , de forte qu'il ſera impoſſible d'écrire ou
de parler raiſonnablement ſans imiter la nature ,
ou plutôt ſans être la nature même. Mais les
hommes ont bientôt reconnu que l'habitude ou le
ſpectacle de ces actions naturelles & raiſonnables
ne ſuffiſoit pas à leur bonheur ; il leur falloit de
nouveaux plaiſirs ,& ils en ont trouvédeux ſources
fécondes , 1º. La nature leur offroit quelques ſenſations
plus agréables que les autres ; ils ont cherché
à les multiplier ou à ſe les rappeler. 2°. Les
organes de leur entendement plus fins , plus déliés
que ceux des animaux , fur- tout dans l'état ſocial
, exigeoient de tems en tems certaines émotions
propres ày renouveller le mouvement & à
faciliter la circulation néceſſaire à ce confluent
mystérieux où aboutiſſent toutes les ſenſations :
c'eſt là l'origine de la curioſité &de l'amour des.
ſpectacles . La douleur d'une mère éplorée qui
croit avoir perdu ſon fils , ſa joie au retour inopiné :
decet enfant , les révolutions ſubites d'un amour
forcené , les élans de l'ambition ou les faillies de
la colère , tout cela parut aux hommes un moyen
de ſentir , de renouveller pour ainſi dire leur exiftence.
Delà deux ordres de plaiſir , les ſenſations
agréables , les ſenſations fortes. Celles - ci ſont
fuffisamment connues , mais les premières ſe dérobent
abſolument à la théorie , parce qu'on ne
connoît le rapport des objets avec nous que par
l'impreſſion qui en réſulte. Ileſt impoſſible de di--
re pourquoi le criſtal des eaux , oppoſé à la ten- ,
dre verdure des gaſons & aux maſles plus
rembrunies des ombrages produit une ſenſation
agréable : c'eſt une affaire de mécanil-
& ce mécanisme , ce n'est pas nous qui
l'avons inventé. Or, ſi je ne puis connoître que
me
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
commeun fait le plaifir que je goûte en voyant
unbeau payſage, comment pourrai -je me rendre
compte de celui que j'éprouve lorſque j'entends
les fons ſucceſſifs de la mélodie, ou les fons fimultanés
de l'harmonie ? J'en dirai autant du rhytme,
foiten mufique , foit en poësie : j'en dirai autant
del'éclatd'un marbre uni , de la ſymmétrie d'une
colonade , de la variété des couleurs dans une
marquetterie , &c: &c.
Cependant les hommes avoient à peine nombré
cesdifférens effets dont ils ne pouvoient affigner
les cauſes , qu'ils commencerent à les rapprocher
&àles comparer. L'aſpect d'un beau viſage&
celui d'une belle vallée font , quoiqu'à un degré
différent , deux ſources de volupté pour les yeux
qui les confidèrent. Mais cette bouche charmante
dont j'admirois la fraîcheur va redoubler d'attraits
fi elle vient à ſourire ; car qu'est-ce que la
beauté fi elle ne promet pas les plaiſirs ? Rempli
de ces douces émotions , je cours contempler la
vallée prochaine; le printems vient de renaître ,
elle eſt émaillée de fleurs & couverte de verdure ;
mais tandis que je la conſidére , le ſoleil qui perce
un nuage lui prête un éclat inattendu : ce furcroit
de charmes modifiant mon ame d'une façon àpeu-
près ſemblable à celle que je viens d'éprouver
quelques momens plutôt ; ma nouvelle ſenſation
reveille ma première idée , &je ſalue cette riante
vallée où je retournerai avec empreflement tant
que le fourire de la beauté me fera defirer celui de
la nature. Ici la nature imite la nature ; un plaîfir
, un ſentiment en reveille un autre & les impreſſions
légères acquièrent de l'importance en ſe
joignant à celles qui ſont ſenſibles & profondes .
C'eſtainſi que les bois, les fleuves , les forêts dont
SEPTEMBRE. 1771. 191I
Taſpect eſt agréable pour tout le monde , ont un
charme particulier pour les amans & pour tous
les hommes paſſionnés.
Ce qu'eſt la nature aux paſſions de notre ame,
les beaux arts le font à la nature & aux pallions à
lafois , c'est- à-dire qu'ils offrent un plaifir poſitif
&un plaisir de relation. N'en doutons pas ; de
même qu'un beau payſage attire & charme nos regards,
de même des accens mélodieux , une ſuite
de mots cadencés portent dans nos ſens un plaiſir
qui leur eft inhérent & qui eſt antérieur à toute
unitation . Telle est la véritable originede la poéfie
&de la musique , & c'eſt de leur propre fond
quecesarts ont tiré les formules , les lois mêmes
qui les retenantdans de juſtes proportions commencerent
déjà a joindre le ſentiment réfléchi de
tadifficulté vaincue au plaifir immédiat de la ſenfarion.
Mais plus l'eſprit des homines ſe perfectionnoit,
plus il devenoie avide de ſenſation : ce
ne fut doncpas affez pour les beaux arts de plaire
par eux-mêmes , il fallut qu'ils s'animaſſent pour
ainſi dire , & qu'ils s'uniflent au ſyſtême entier de
nos perceptions : on exigea qu'ils réveillaſſent en
nous le plusgrandnombre d'idées qu'il feroit pof
fable, fans toute fois que l'occupation de notre
entendement dégénérât en fatigue. Ici commence
leur troiſième progrès : d'abord ils ont produit un
plaifir fumple & immédiat , enfuite ils ſe ſont affervis
à des formes priſes auſſi dans leur propre
eflence, &le plaisir de juger a été ajouté au plaifir
de fentir ; enfin ils ſe ſont efforcés de reveiller en
nous un grand nombre d'idées , & alors l'effer
qu'ils ont produit a été composé de l'impreſſion
immédiate , du jugement réfléchi & du charme
attaché à la variéré , ou plutôtà l'exercice doux &c
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
facile de notre entendement. Ce n'eſt pas tout encore;
il faut examiner attentivement ce dernier
principe; car nous trouverons qu'il peut nous
modifier de quatre façons différentes : par la ſeule
variété , par l'intérêt , par la ſurpriſe&par l'imagination.
Par la variété , parce que la ſucceſſion
feuledes idées produit un effet agréable ; par l'intérêt
, prce que l'homme étant un être ſenſible
par excellence , toute ſon exiſtence eſt liée à ſes
paffions, & que de toutes les idées celles qui le
Hattent le plus font celles qui le rappelent plus
fortement à lui-même ; par la ſurpriſe , parce que
moins les ſenſations ſont attendues , plus leur impreffion
eſt vive & profonde ; par l'imagination ,
parceque tous les objets s'embelliffent par elle ,
foit que l'abſtraction nous permette de les dégager
de tout alliage impur , loit que le plaifir de
les produire ajoute à leur prix , en intéreſlant notre
amour- propre qui ſe mêle de tout. Ainfi ne
foyez plus ſurpris de voir notre oreille ſuperbe
sepouffer l'artiſte qui nous définit ce que nous
voulons concevoir,& qui nous décrit ce que nous
voulons imaginer. Tels ſont les poëtes Allemands
qui, pour trop détailler , me donnent la fatigue
que j'éprouve en lifant une démonstration géométrique
ſans être aidé de la figure , & ne m'offrent
ſouvent qu'un plan au lieu d'un tableau.
Tels étoient encore les anciens compofiteurs François
lorſque pour imiter le ramage des oiſeaux ils
introduifoient dans leur orcheſtre ces petites flûtes
qu'ils nommoient des tailles , & dont l'effet
diſparate faifoit oublier la muſique ſans rappeller
legazouillementdes oiſeaux.
Réſumons donc , & reconnoiſſons qu'au lieu
d'attribuer l'effetdes beaux arts à un ſeulprincipe
SEPTEMBRE. 1771. 153
comme on l'a tenté dans un ouvrage très-eſtimable
d'ailleurs ; on peut en compter fix , favoir , la
fenſation immédiate , lejugement ou le ſentiment
de la difficulté vaincue , la variété ou les idées
reveillées , l'intérêt ou les paffions , enfin la furpriſe
& l'imagination. Il n'est pas beſoin de dire
que ces principes peuvent ſe combiner de différentes
manières ; que la ſurpriſe peut naître auſſi de
ladifficulté vaincue , & que ce ſentiment peut encore
ſe répandre ſur tous les autres effets. Nous ,
nous ſommes contentés de les placer ici dans un
ordre finthétique , ſuivant qu'ils nous ont paru
pouvoir exiſter indépendamment les uns des autres.
Maintenant appliquons ces principes à la muſique;
nous nous appercevrons aisément que ecr
art ne conſiſte pas ſeulement dans l'imitation : en
effet un muſicien qui voudroit nous repréſenter le
point du jour n'auroit rien de mieux à faire que ,
d'employer quelqu'un de ces poliflons qui gagnent
leur vieà contrefaire ſur les boullevards le
chant de l'alouette ou celui du roſſignol ; de même
pour imiter un bruit de guerre ou celui d'une
tempête , un organiſte fouleroit aux pieds toutes
ſes pédales & appuieroit le bras entier ſur ſon clavier
; invention ingénieuſe d'un muſicien François
qui eſt conſtamment applaudi au même lieu
où l'inimitable Pagin fut fifflé. Tous ces vains
efforts font rejettés par le goût avant que d'être
condamnés par la critique; mais fi un compoſiteur
habile , en ſuivant les formes générales ,
c'est -à-dire , en conſervant le rhytme de la mélodie,
fait par des fons analogiques , par des impreffions
détournées & fugitives me retracer le
bruit des flots agités , ou l'incertitude du pilote
: Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
effrayé , mon eſprit ſe reveille , mon imagination
s'échauffe , je me tranſporte au loin ſur un promontoire
, d'où je confidère le vaiſſeau battu par
les vents , je vois briller l'éclair, j'entends les cris
des matelots , & déjà le tableau animé n'eſt plus
l'ouvrage du muficien , c'eſt celui de mon imagination,
Que ſera-ce fi tandis que mon ame eſt
trompée par ce preſtige , une petite partie demon
intelligence reſte pour ainſi dire en fentinelle ;
obſerve l'artiſte & s'écrie de tems en tems : exceltent
paſſage du fecond violon , bravo l'alto , belle
modulation , &c Alors rien ne manquera à mon
plaifir , & certainementje ne le dois pas à la ſeule
imitation.
Avançons & tâchons d'atteindre notre auteur.
Vous avouez , lui dirai - je , que l'auteur de l'Effaifur
l'union de la Poëfie & de la Mufique a bien
connu&bien développé les principes de la muſique
mélodieuſe & chantante que vous appelez
muſique fimple & que vous réléguez dans les
concerts , parce qu'elle est bonne ; mais s'il eft de
l'eſſence de la muſique d'être mélodieuſe; fi les
formes de cette muſique , qu'il vous plait d'appeler
muſique de concert, ſont les plus belles que
l'art puifle vous préſenter , comment voulez-vous
compoſer votre prétendue muſique dramatique
fans ceflerde faire de la muſique ? J'infifterai , &
je vous demanderai encore pourquoi cette mufiquede
concert m'arrache des larmes , me ravit ,
me tranſporte , m'enchante C'eſt ſans doute',
parce qu'elle exprime des paſſions, le tout dans la
manière qui lui eft propre , c'est-à -dire ſans que
l'expreffion miſe au chant , fans que la muſique
cefle d'être de la muſique. Sur quoi fondez vous
donc la différence des deux gentes? .. Mais ces
xitournelles qui refroidiſſent l'action , mais ces da
SEPTEMBRE. 1771. 15ς
troutapo
fréquens , ces roulades , ces diminutions, ces
points d'orgues éternels.... Eh ! mon Dieu! qui
vous le difpute? Lifez l'Eſſai , lifez Algaroti ,
lifez le dictionnaire deM. Roufleau ,vousy
verez tous ces excès relevés & condamnés. Mais
vous avez quelque principe caché , quelque choſe
demieux ànous dire. Eh! juſtement , vous nous
avez mis ſur la voie , fans vouloir toutefois vous
expliquer. Il eſt, dites - vous quelque part , un
cliant composé qui est moins mélodieux , moins
rhytmique , moins agréable que le chant fimple ,
maisplus ſavant &plus difficile à ſaiſir : ce chane
négligeant les formes connues de l'air , des deux
récitatifs , &c. s'applique uniquement à rendre les
idées du poère , à ſuivre ſes paroles pas-à-pas.
Celui- ci ne ſera plus gêné dans la marche , je ne
lui ferai pas l'outrage fanglant de vouloir qu'en
écrivant fa pièce , il ſe ſouvienne qu'elle doit
êtremiſe en muſique', ( quorque , àla vérité, j'aie
dit ailleurs tout le contraire , voyez pag. 132 ,
144 , &c. ) & je në ferai que traduire des vers
dans le langage d'Euterpe. Pour toute répanfe
nous nous contenterons d'avertir les Etrangers
que la comédie françoiſe eſttrès -bienplacée aux
Thuilleries ,qu'on y entre & qu'on en fort trèscommodément
, qu'on y joue tous les jours les
piéces des trois grands tragiques , le tour à juſte
prix, &qu'en couléquence,nous penfons, qu'ils fer
ront encore mieux d'aller là qu'à l'opéra . Mais fi
notre auteur perſiſtoit & s'émancipoit juſqu'à convenir
que l'opéra eft le théâtre de la muſique , on
reprendroit ce qui dit ci-deſſus par rapport
aux beaux. arts ; & er Les moyens
qu'ils emploient pour nous plaire , on verroit d'abord
que le premier de tous eſt l'inftrument ca
a épé
Le rappelant
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
lui - même ou la ſenſation première : or , on a
peine à croire que pour en tirer le meilleur parti
poſſible , il faillecommencer par le gâter. 2°.On
s'appercevra que le ſecond effet , qui eft le ſentiment
de la difficulté vaincue fe perd du moment
que les moyens ſont trop multipliés , & que l'imitation
, ou pour mieux dire la copie, s'eſt aſſez
emparée de notre imagination pour chaffer tout
à-fait l'idée de l'art imitateur ; c'eſt ainſi qu'une
effigie colorée& habillée ne fait qu'une illufion
déſagréable, tandis qu'un tableau de Vandeck
me charme fans me tromper. 3 °. On obſervera
que fi dans le genre propolé , la quantité d'idées
fuggérées reſte la même, ces idées ſont plutôt
offertes que reveillées , & plutôt déterminées
qu'indiquées; de façon que l'eſprit qui connoîtra
l'étendue des moyens & qui ſe verra commandé
dans ſes perceptions perdra à la fois le plaifir de
laſurpriſe &ceux de l'imagination ; d'où je conclus
que la musique ne vaudra rien pour avoir
voulu trop peindre , & c'est ainſi que le principe
ut p tura poëfis a causé de grandes mépriſes toutes
les fois qu'on a voulu l'étendre au- delà de ſes
Jimites.
D'un autre côté , il n'eſt pas moins évident que
Jumoment que nous avons iimmaaginé d'animerla
muſique pour la mettre fur la ſcène , c'eſt une
neceflité pour elle de ne point contredire l'illufiondu
théâtre&de prendre garde qu'un effet n'en
détruiſe pas un autre : mais apprenez - nous quel
eft le terme de cette illufion ,& définiflez - nous
ceque doit pafler à la vraiſemblance lyrique celui
qur a paflé le vers hexamètre, le rouge & les lampions
à la vraiſemblance tragique, & eris miht
magnusApollo. Je crois que fur cet article,l'ex
SEPTEMBRE. 1771. 157
périence exempte de manie &d'enthousiasme, eft
lemeilleur des maîtres. Quelques réflexions qu'on
trouve dans le petit ouvrage ſur l'union de la
poësie & de la muſique avoient déjà mis ſur la
voie,&pluſieurs eſlais qui ont paru dans ce genre
ont déjà prouvé qu'on peut atteindre le but. Je ne
parle pas des drammes charmans de M. de M.
parce qu'ils font mêlés de chant&de proſe ; mais
il me ſemble que M. Philidor n'en étoit guère
éloigné lorſqu'il a donné ſon opéra d'Ernelinde;
car , à deux morceaux près , cetre muſique étoit
parfaitement théâtrale,& les défaurs du poëme
qui en ont empêché le ſuccès auroient été choquans
dans tous les tems , & avec quelque muſique
qu'on y eut adaptée.
J Nous ne quitterons pas notre ſujet ſans nous
donner la latisfaction de dire à quel point nous
partageons l'eſtime que notre auteur témoigne
pour cet excellent compoſiteur , qui n'a certainement
pas perdu de ſon prix pour avoir trouvé un
émuledigne de lui ; nous le louerons même avec
d'autant plus de plaiſir qu'il nous a fait connoître
ſouvent combien il étoit attaché à nos principes ,
dont il connoifloit bien mieux que nous la juſteſſe
& l'étendue . Nous lui avons entendu dire lorfqu'il
donna Tom Jones : Pour cette fois cij'efpère
avoir réuffi. Jamais je n'ai donné plus d'attention
à lafimplicité de mes motifs & à l'unité
de ma mélodie ; c'est ce quej'ai fait de mieux ; &
il ne changea pas d'avis lorſquil vit cet admirable
ouvrage ſi voiſin de ſa chute. Dans Einelinde
il ſuivit les mêmes principes , & c'eſt là - deſſus
qu'il fondoit ſes eſpérances. Parmi les muficiens
M. Jomelli , Galluppi , Piccini , Grétry , &c.&
parmi lesgens de lettresM. Rouſleau , M. l'Abbé
158 MERCURE DE FRANCE.
Arnaud, tous ceux enfin qui ſe ſont occupés de
cette matière n'ont eu qu'un avis. Cominent fel
fait-il quedes hommes d'efprit , & même deshommes
de beaucoup d'eſprit , ayent ſaivi une route
toure opposée ? C'eſt que l'eſprit ne peut que dérai
fonner fur les beaux arts toutes les fois qu'il parlera
ſeul. A ce proposje me rappele une histoire qui
m'a été contée par un Marfeillois , qui avoit fait
du commerce toute fon occupation & qui avoit
paflé ſa,jeuneſle dans les Echellesdu Levanti
Le Bacha , qui gouvernoit la Syrie avant la révolte
d'Aly-Bey , aimoit beaucoup les femmes ,
mais il étoit très difficile , peut-être parce qu'il
les avoit trop aimées. Un Eunuque Egyptien ,
nommé Oſmin , grand connoiffeur en pareilles
denrées, lui ſervoit de pourvoyeur & fréquentoit
tous les marchés de l'Afie , ne ménageant rien ,
ramenant toujours des eſclaves , & ne contentand
jamais fon maître , qui ne manquoit pas de s'é
crier en le voyant revenir avec ſes emplettes , vous
me ruinez , & cela enpure perte. Un jour , dit mon
Marſeillois , je le rencontrai à Smyrne , il étoir
dans le plus grand embarras parce qu'il marchandoitdes
Circaffiennes parmi leſquelles il vouloit
en choisir une qui fut digne de fon maître ; mais
plus il examinoit , moins il pouvoit fixer fon
choix. Je l'abordai , il daigna me confulter.Crois
moi , mon cher Olmin, lui répondis-je , cen'eſt
aucunedecelles-là que je choiſirois : vois-tu cette
petite brune aux yeux bleux que tu parois négli
ger prends- là forma parole & conduis là biett
vîte à ton bacha. Il ſe laiſſa perfuader , & à fix
mois delà de retrouvant à Alep , il vint à moi les
bras ouverts: Nous avons fair merveille, s'écriatik;
elle eft, apréfent la favorite , &j'aireçu une
SEPTEMBRE. 1771. 159
bonne récompense. Mais comment diable as - tu
faitpour devinerſi juſte ? Voici plus de trente ans
queje nefais d'autre métier que d'acheter desfemmes
,&jefais là- deſſus tout ce qu'on peutfavoir...
Ecoute , mon ami , lui répliquaije : lorſque je te
rencontrai à Smyrne , il y avoit trois jours que
j'avois vu débarquer cette jeune eſclave : depuis
ce moment- là , je l'avois toujours révée, toujours
defirée:mon ami , je ne dormois plus ; & fois bien
aſſuré que ſi j'avois eu soo ſequins , ton bacha
n'en auroit jamais été poflefleur. Voilà mon fecret
, voilà toute ma ſcience. J'avois à peine fini
deparler que je m'apperçus que l'Eunuque m'avoit
déjà tourné le dos , mais je crus l'entendre dire en
s'éloignant : Non , je ne m'y connoîtraijamais.
intitulé , Traité du Melo-Drame
ou Réflexions ſur la muſique dramati.
que. A Paris , chez Vallat la Chapelle,
libraire,fur le perron de la Ste Chapelle,
1771 ; in-80. Prix , s liv . relié.
Ona coutume de qualifier de nations rivales
celles que des intérêts oppoſés mettent ſouvent
aux priſes & précipitent dans des guerres longues
&obſtinées ; mais en y regardant de plus près ,
on s'appercevra aisément que ſi les Princes combattent
pourdéfendre ou augmenter leurs états ,
les nations ne connoiſſent guères de véritable rivalité
que dans les choſes qui intéreſſent leur vanité
; ce qui comprend toute eſpèce de gloire ,
cellequi vientdes talens comme celle qui naît des
fuccès à laguerre. En effet, la vanité comme la
lumière peur ſe diftribuer à l'infini ſans s'affoiblir
par le partage; elle eſt toujours active , toujours
éclairée ſur ſes intérêts , & c'eſt ce qui fait que la
jaloufie nationale peut encore exiſter lors même
*Ce morceau qui eſt rrès- intéreſlanr eft l'ouvraged'un
homme auſſi diſtingué par fon rang &
ſa naiſſance que par les talens&fes fumières , &
nous lui avons beaucoup d'obligation d'avoir
bienvoulu ea enrichir le Mercure.
134 MERCURE DE FRANCE.
que l'eſprit du Patriotiſme eſt détruit. Une
guerre perpétuelle s'eſt donc allumée dans l'empire
de l'opinion ; & comme les plus importantes
poſſeſſions de l'ennemi ſont toujours expoſées à la
premiere agreffion , de même dans les rivalités
littéraires les découvertes ſont toujours l'objet
des plus grands débats. Eh! quel François animé
decettenoble ambition,apu ſe contenter de lagloireque
nous avons acquiſe depuis deux fiècles ,& n'a
pas jetté des regards d'envie ſur les Galilées , les
Bacons , les Newtons ? Nous contemplons notre
puiſſance politique , & en nous rappelant la foibleſſedes
premiers Capétiens , nous remarquons
que c'eſt àde riches ſucceſſions que leurs deſcendans
ont dû l'augmentation de leurs domaines :
Craignons d'appliquer ces réflexions à notre empire
littéraire , ou plutôt , en avouant que nous
avons hérité de beaucoup de tréfors dont la découverte
eſt due à l'Etranger , cherchons à nous
confoler par une confidération qui paroît avoir
échappé à la philoſophie de notre âge; c'eſt que
lesnations qui ont le plus inventé ſont peut- être
les moins capables , nonſeulementde perfectionner
, mais de contenir les arts& les talens dans les
meſures qu'un goût ſage& épuré eft en droit de
leur preſcrite. On s'en convaincra facilement ſi
l'on obſerveque chez les peuples qui ont le plus de
découvertes à vanter, il eſt arrivé de deux choſes
l'une ; ou le goût général de la nation a réveillé
l'émulation& provoqué les découvertes , ou les
inventeurs eux-mêmes ont fait naître le goût des
arts qu'ils avoient créés : or dans le premier cas la
paffion dégénère ſouvent en manie ; & dans le
Lecond la doctrine ſe change en dogmatiſme , &
SEPTEMBRE. 1771. 135
l'on voit s'élever une ſecte au lieu d'une école.
Ainſi chez les Grecs l'éloquence dégénéra bientôt
en unevaine déclamation; ainſi chez les Anglois
Melpomène n'eſt encore queShakeſpéar traveſti,&
ce grand homme ſemble n'avoir laiſſé après lui
quedes barrieres au lieu des pierres d'attente qu'il
avoit poſées. Maintenant qu'un peuple ingénieux,
ſenſible & même appliqué s'empare de ces richefſes
étrangères ; qu'il épure dans le creuſet du goût
ces minéraux brutes , mais précieux , nés dans les
flancs de quelque montagne embratée; quellaalime
ou le ciſeau leur donnent la forme& l'éclar ,
&qu'un Public avide, mais difficile & précautionné
, vient enſuite à juger; alors & alors ſeulement,
les choſes ſeront apréciées à leur juſte valeur
, pouflées à leur dernière perfection & furtout
conſervées dansleur intégrité. Tel eſt le for
de la France ; à cette différence ſeulement que c'eſt
fans renoncer à l'honneur de pluſieurs découvertes
qu'elleprétend à la palme du goût , & qu'à la fois
juge & ouvrière , elle peut être pour les autres
peuples ce qu'eſt l'Académie Françoiſe pour elle
même.
Parmi nombre de preuves qui pourroient juſtifier
cette opinion , je me bornerai à un des objets
qui lui tiennentde plus près &dont l'examen nous
aconduits à ces réflexions,je veux parler de la mufique
, celui de tous les arts ſur lequel nous ayons
le moins de droits à réclamer à titre d'inventeurs.
Que diroit le reſte de l'Europe ſi , au bout de vinget
ans à peine écoulés depuis que la muſique italienne
, ou pour mieux m'exprimer , la véritable mufiquea
été implantée en France , nous étions tout
près d'en atteindre la perfection ; fi nous étions
même parvenus à en connoître & les moyens &
Ies effers ; àlui aſſigner ſon domaine & àlui pref
136 MERCURE DE FRANCE.
,
en
crire ſes différens emplois , foit que livrée à ellemême,
elle voulût briller de fon propre éclat , ſoit
qu'unic à la poéfie , elle en développât, elle en exagérât
pour ainſi dire les produits ; ſoit enfin qu'attachée
au drame elle en ſuivit la marche
multipliât l'action&en fortifiât l'intérét ?Ce tableau
féduiſant n'eſt pourtant point un rêve , ſi l'on en
croit l'auteur d'un livre intitulé , Traitédu Melo-
Drame , ouvrage que nous annonçons au Public
avec une confiance à laquelle les productions
récentes ne nous ontguères accoutumés. Ce fera
ſansdoute avec plaifir qu'on y verra nos compofiteurs
comparés , préférés même aux premiers maîtres
d'Italie , & nos eſſais de muſique dramatique
propoſés pour modèle à toutes les Nations.
Allertions hardies ſans doute , mais flatteuſes &
encourageantes , & fur-tout intéreſſantes par les
raiſons auſſi ſavantes qu'ingénieuſes ſur leſquelles
elle eſt établie . Pénétré comme notre auteur
d'eſtime &de reconnoiſſance pour les maîtres qui
ont enrichi depuis quelque tems notre ſcène italienne
, devenu le vrai théâtre lyrique , fi nous
différons d'opinions avec lui ſur quelques objets ,
c'eſt parce que nous croyons qu'un ouvrage commele
fien étoit encore néceflaire pour développer
nombre didées abſtraites & fugitives qui embarraſſoient
les routes de l'art ; pour prévenir furtout
l'inconvénient de l'imitation & de la dégénération
du genre en manière , en un mot pour mettre
les préceptes à la place des exemples. Nous
penfons encore que pour conduire la muſique àſa
dernière perfection , il faut joindre la ſcience qui
éclaire au goût qui aprécie ; c'eſt- à- dire , qu'il
faut ſavoircompoſer , &cependant avoir plus entendu
que compofé; qu'il eſt encore important
den'êtredans aucun parti , ni dans celui des Ita
SEPTEMBRE. 1771. 137
liensdont les principes ſont peut-être trop exclufifs
, ni dans celui des François qui répugnent
quelquefois à l'aveu de la ſupériorité dans autrui;
qu'on doit encore connoître le génie des différens
peuples & la manière dont ils ſont affectés
par les ſons ; qu'à toutes ces connoiſlances préliminaires
il faut joindre l'eſprit philoſophique
qui ſert de guide dans la diſcuſſion , & fur-tout ce
talent ſans lequel on n'enſeigne , on ne perfuade
rien , celui d'écrire avec chaleur , intérêt & clarté.
Enfin après avoir tout exigé , nous reconnoiffons
avec non moins de ſurpriſe que de plaiſir que toutes
ces conditions ſe trouvent remplies par l'auteur
dont l'ouvrage va nous occuper , non dans la
formed'un extrait ordinaire , parce que toutes les
vérités qui s'y trouvent renfermées perdroient à
être déplacées , mais en nous attachant aux idées
lesplus importantes , c'est-à-dire celles qui méritent
leplusd'êtrediſcutées&même refutées.En effet
ceux qui voudront voit en quoi l'auteur a eu raifon
ne peuvent mieux le trouver que dans ſon
livre , tandis que nous concourrons avec lui aux
progrès de l'art , ſi nous parvenons à rectifier celles
de ſes idées qui nous en paroiſſent ſuſcepti
bles.
Il ne s'agira pas ici de reveiller les diſputes po
lémiques qui ont agité la capitale depuis la fameulemiſſionde
1752, pendant laquelle on vitde
pauvres ultramontains ſimples & ſans lettres, prêcher
, convertir & faire des miracles ; mais il ſera
néceſſaire de ſe rappeler avec notre auteur quelle
fut la marchede nos connoiſſances en muſique ;
car nos idées ne ſe ſont pas toujours étendues aufſi
rapidementque notre goût , & la véritê mêmen'a
pu établir ſon empire ſans contracter quelques
dettes avec la mode & le préjugé ; nous direns
138 MERCURE DE FRANCE.
donc enpeu de mots qu'une lettre ſur l'opérad'Oma
phale avoit déjà donné le ſignal d'une révolution
prochaine à- peu-près comme les météores & les
comètes annoncent la chûte des Empires , lorſque
la muſique italienne fit ſa première invaſion dans
lacapitale. Il eſt paflé en uſage, de nos jours , que
lesmanifeſtes&les déclarations de guerre ſuivent
les armées au lieu de les précéder ; la même choſe
arriva dans cette occafion . On reconnut dans un
écrit plein de ſel,intitulé ,lepetit Prophéte , &c.
l'auteur de la lettre ſur Omphale , ou plutôt on
reconnut un homme d'eſprit qui en ſavoit plus
qu'il n'en avoitdit , & qui ne vouloit parler que
parparabole.
favoix
Mais déjà les exemples ſuffiſoient aux préceptes&
il étoit tems que ceux - là entendiſſent qui
avoient des oreilles pour entendre. C'étoit cependant
le plus petit nombre , & M. Roufleau jugea
que la vérné avoit encore affez d'ennemis pour
qu'il lui convînt de la défendre : mais en lui prêlui
donna ſa livrée: préſentée ſous
la forme du paradoxe , elle eut plus de célébrité
que de crédit; elle convainquit & révolta , & l'affaire
fut appointée. M. Roufleau ne le contentoit
pas de profcrire notre ancienne muſique , il ne
vouloit pas nous laifler l'eſpérance d'en avoir une
meilleure; notre langue même àl'entendre fe refuſoit
abſolument aux puiſſances de la mélodie.
Quels cris ne s'élevèrent pas alors! on ne prévoicit
pas fans doute les heureuſes reftitutions dont cette
injustice feroit ſuivie , autrement ont eût defire
qu'il continuât de nous injurier &de nous enrichir,
& on l'eût comparé à ce magiſtrat ſi ſouvent
applaudi au théâtre qui répare de ſes propres fonds
l'erreur qu'il a commiſe. Quelquetems après un
homme de génie , dont tous les ouvrages concou
SEPTEMBRE . 1771. 139
rent à prouver cette vérité , que la même préciſion
qui dirige l'eſprit dans les calculs les plus fublimes
eſt encore l'inſtrument caché du goût le plus
fin& le plus délicat , ne dédaigna pas de s'occuper
de la muſique , &ſes regards y répandirent la
lumière. M. d'Alembert , en condaminant en général
la muſique françoiſe , lui laifla deux motifs
de confolation en lui enſeignant les moyens de
s'améliorer & en dévoilant en même tems les erreurs
de la rivale. Inſenſiblement les eſprits ſe
rapprochoient ; le goût ſe perfectionnoit. Des
compoſiteurs , remplis de talens & d'émulation
avoient profité de certains lieux de franchiſe pour
introduire cette contrebande précieuſe à laquelle
le régime prohibitifde l'opéra étoit fi fort oppoſé.
Mais la verve qui nous précipite dans la carrière
ne nous poufle pas toujours vers le but ; ſouvent
même nous ignorons l'endroit où il ſe trouve ,
tandisque la critique aſſiſe à l'écart a ſes yeux fixés
fur lui ,&rit detous les efforts qui en éloignent.
Un amateur s'aviſa donc unjour d'obſerver que fi
les Coimpofiteurs François imitoient le faire des
Compoſiteurs Italiens , les poëtes lyriques reſteroient
encore attachés aux anciennes formes ; de.
forte qu'il s'introduiroit une contradiction marquée
entre l'intention du poëte & celle du muficien.
C'eſt que les premiers étudioient Jyomelli
&Galuppi , & que les autres n'étudioient pas Métaſtaſe.
Il s'apperçut encore que le Public tomboit
dans une plus grande erreur lorſqu'il attribuoit
aux poëmes modernes tout le dégoût qu'il
éprouvoit à l'opéra , & lorſqu'il demandoit qu'on
composât des chants nouveaux ſur des paroles
anciennes ; choſe abſolument impoffible ! ces obſervations
lui inſpirerent l'idée de ſcruter davanta
geles effets de la muſique &de chercher quel étoit
140 MERCURE DE FRANCE.
le caractère diſtinctifde la bonne muſique. Il erut
l'avoir trouvé dans la forme périodique qui fait
le charme de tout langage en proſe, en vers ou en
muſique , & il fit un rapprochement aflez heureux
de la période oratoire&de la période muſicale. Il
reconnutque ſi la muſique étoit eſſentiellement un
chant , ce chant devoit être une vraie période ,
ayant ſes membres aflortis , ſes repos balancés ,
ſamarche conféquente &ſon rhytme reflenti. Il
obſerva que l'expreſſion muſicale étant beaucoup
plus ſenſible&beaucoup moins rapide que celle
dudiſcours, les périodes en muſique ne pouvoient
pas ſe ſuivre& s'enchaîner les unes aux autres , ce
qui obligeoit les muſiciens à ſe concentrer pour
ainſi dire dans une idée qui feroit à elle ſeule un
petit dilcours ou un petit poëme dont le chant &
les accompagnemens ſeroient à la fois le ſujer& le
commentaire , &dont la muſique feroit en mêmetems
l'expoſition & le développement. En effet
L'expreffion muſicale étant agréable par elle-même
&par fon concours avec les paroles , l'oreilles'y
arrête avceplaifir , &l'etprit qui est d'intelligence
avecelle ne ſe plaint pas de voir la marche retardée.
C'eſt ainſi qu'une penſée exprimée avec ſimplícité,
développée avec génie ,ornée avec goût
& répétée avecgrace forme un ouvrage qui a reçu
le nom d'air , aria. Il ſurvoit dela qu'un poëte qui
compoſoit des vers deſtinés à être mis en muſique
devoit aflujettir ſa marche aux formes indiquées
ci -deſſus , qu'il ne lui ſuffifoit plus d'écrire
en vers libres des ſcènes de tragédie , mais qu'il
devoit s'occuper encore de réſerver une fituation,
unmouvement , une penſée propres à être renfermés
dans une période muſicale , & cette période
muſicale exigeoit qu'on lui donnât pour baſe une
période poëtique , ou plutôt une période dont l'en.
SEPTEMBRE. 1771 : 141
lemble&lesdétails fuſſent ſoumis aux vrais princi
pesde la rhytmopée ; il falloir donc, s'il étoit poſſio
ble , écrire comme l'immortel Métaſtaſe , ou du
moins tâcher de l'imiter. Mais d'un autre côté,
les auteurs qui compoſoient des drames pour la
comédie italienne ſe contentoient en écrivant leurs
ſcènes de quitter le langage de la proſe dans les
endroits qu'ils croyoient les plus favorables à la
muſique , & ſe livroient enſuite à leur facilité,
ſans craindre d'embaraſler le muſicien , ſoiten lui
offrant trop d'idées à la fois , ſoit en les lui préſentant
au hafard , tantôt d'un façon trop complexe
, tantôt avec trop de développement ; d'où
il arrivoit que la nouvelle muſique portoit un caractère
métif qui la décréditoit ſouvent aux yeux
des amateurs. Toutes ces réflexions jettées ſur le
papier formèrent une brochure de cent pages au
plus , mais qui fut accueillie par les artiſtes &les
gens de lettres , & qui obtint entr'autres le fufrage
de M. l'AbbéMétaſtaſio,de MM. Gyomelli Gre.
tri & Philidor . Elle eut un autre ſuccès non meins
flatteur , qui tourna au profit du Public; c'eſt que
les principes qu'elle renfermoit ayant été adoptés
parunhomme très- diftingué dans la littérature ,
il voulut bien les juſtifier par des exemples dont
aucun précepte ne peut approcher & auxquels le
Public applaudit tous les jours avec tranſport &
reconnoiſſance.
C'étoit le fort de ce petit ouvrage de produire
beaucoup mieux que lui- même , ſoit qu'il fût approuvé
, foit qu'il fût refuré ; car c'eſt particulièrementàlui
que nous devons le traité du Mélodrame
, comme l'auteur a bien voulu nous le
diredans ſa préface. Il ya long-tems que ces idées
toutes raiſonnables ſur la muſique ſe trouvoient
en contradiction avec les ſenſations du Public ,
142 MERCURE DE FRANCE.
peut-être même avec les ſiennes , lorſque cet ou
vrage-ci lui donna occafion de les publier. Il crut,
dit-il , que tout principe de goût éroit détruit , &
qu'on étoit retourné à ces tems de barbarie où les
arts neconnoifloient d'autres loisque le caprice des
artiſtes . * Sans doute ſon mécontentement aug-
* Il ne ſera peut-être pas hors de propos de rapprocher
ici le jugement que M. l'Abbé Métaſtaſio
àporté de cet ouvragedans une lettre qu'il a écriteà
l'auteur , & qui a été inférée dans la Gazette
Littéraire , tome vi°. « Je n'ai pu lire votre ou-
>>> vrage , dit cet illuſtre lyrique , ſans le plus grand
>>>étonnement. On peut , par ce ſeul eſlai ,jugerde
>> la fineſſe de votre eſprit , de la ſolidité de votre
>>>goût & de la profondeur de vos connoiſſances
>>dans les arts: il n'eſt point d'Italien qui ait porté
>> ſes vues & ſes réflexions auſſi près des premières
>>ſ>ources du plaifir vif&délicat que produit , &
>> que pourroit produire encore plus efficacement
35notre drame muſical L'analyſe ingénieuſe que
> vous faites du rhytme &du chant périodique de
nos airs ; la manière adroite & neuve dont vous
faites ſentir l'obligation de n'enſevelir jamais
le motif principal dans les ornemens accefſoires
; l'heureuſe comparaiſon que vous éta-
→bliflez à ce ſujet entre l'art de la muſique & celui
du deſſin , où le nud doit toujours ſe faire ſentir
au travers des draperies ; vos remarques ſur les
progreffions au moyen deſquelles ondoit en paffant
du ſimple récitatif au récitatif compofé,
>> imiter les altérations qui naiſſent du jeu des paf-
>> ſſions violentes , & pluſieurs autres endroits de
>votre diflertation que je ne cite pas pour ne pas
>>la tranſcrire en entier, font encore moins pré
SEPTEMBRE. 1771. 143
menta & ſon zèle redoubla en voyant paroître le
dictionnaire de muſique de M. Roufleau, car on ne
peut ſe diffimuler que par une fatalité fingulière, il
le trouve que cet illuſtre auteur eſt tombé dans la
même barbarie , & que les principes ſur l'unité de
la mélodie ſont ſi conformes àceux de l'eſſai qu'il
les a appuyés ſur les mêmes exemples, témoins les
articles duo , récitatif, &c. Ce n'eſt pas tout , le
Journal Etranger & la Gazette Littéraire avoient
répandu ſucceſſivement les germes les plus féconds
de tout ce qu'une pratique induſtrieuſe peut
apprendre d'une imagination brillante & philoſophique
; déjà même ces principes étoient auroriſés
par le ſuccès de pluſieurs ouvrages récens : il
faut donc en convenir , a tout cela n'étoit qu'erreur
, jamais il ne fut plus néceſſaire de reveiller
la critique &de venger le bon goûτ .
Une choſedevoit cependant embarraſſer notre
auteur ; verſé comme il l'eſt dans la muſique, connoiflant
tout le mérite de la muſique italienne &
toute la défectuoſité , ou plutôt toute la nullité
>> cieux par la vérité qui leur eſt propre que par
>> les avantages immenfes que pourront y puiſer
>> les artistes , &c. >> L'auteur du Traité du Mélodrame
a omis à deſſein ce témoignage flatteur
pour ne s'occuper que de l'article où M. l'Abbé
Métaſtaſio ſe plaint avec les graces qui lui font
naturelles , de la préférence donnée à la muſique
fur la poësie , mais il n'a pas pris garde que cet article
eſt rélatifà un paſſage où l'auteur de l'eflai
attribuoit les progrès de la muſique chez les Grecs
àun effort qu'elle fit pour ſe ſéparer des paroles
auxquelles elle étoit plutôt enchaînée qu'attachée.
144 MERCURE DE FRANCE.
de ce que nous appelons la muſique françoiſe ; indigné
fur-toutde la barbarie dans laquelle notre
opéra eſt encore plongé , comment pouvoit - il
n'avoir pas beaucoup d'idées communes avec les
auteurs qu'il critiquoit ? N'étoit- il pas même aflez
probable que le plus grand tort qu'ils avoient á
ſes yeux étoit de l'avoir prévenu ? Il eſt vrai que
c'eſt celui qu'on pardonne le moins. Pour réſoudre
toutes ces difficultés, il faut paffer tout de
ſuite à ſon idée favorite; c'eſt l'enfant chéri de
fon imagination , &qu'il préfère à une nombreuſe
familledont nous croions cependant qu'il pourroit
tirer plus de fatisfaction .
aJe
Faiſons - le parler lui - même , afin de donner
plusde force&de conciſion à ſes opinions. Il s'adrefle
aux François italianiſans&leur dit :
vous félicite d'avoir abandonné vos vieilles plalmodies
pour vous faire initier dans la bonne mufique
dont les Pergolèze , les Galluppi vous ont
facilité l'accès , mais je ne puis m'empêcher de
vous plaindre d'avoir pouflé l'enthousiasme juſqu'à
prendre vos maîtres pour des modèles. Qui
fans doute , la muſique italienne eſt belle & touchante;
elle connoît ſeule toute la puiſſance de
Pharmonie & de la mélodie; ſa marche , ſes
moyens , ſes formes habituelles font très-propres
àlui donner tout le charme dont elle eſt ſuſceptible
: fimple & préciſe dans le récit ordinaire
hardie & pittoreſque dans le récit obligé ; mélodieuſe
, périodique , cadencée , une enfin dans
Tair, ellenous offre des procédés méthodiques &
fondés ſur ſa propre nature. Mais tout cela ,
qu'est-ce en derniere analyſe ? De la muſique , un
concert. Que ſi vous tranſportez ſur un théâtre
toutes ces formules nouvelles , fi vous voulez les
employer
SEPTEMBRE. 1771. 145
employer pour faire mieux qu'un drame ordinaire
, pour exagérer dans votre aine toutes les
impreſſions que la ſcène , que la déclamation fimpleont
coutume de lui faire éprouver , vous
verrez que votre art ſera contradictoire à votre
objet & vos moyens à votre fin. J'adopterai avec
plaifir tous vos principes ſur l'unité de la mélodie
&ſur la période muſicale ; mais je m'appercevrai
bientôt que tandis que les accens de lexpreffion
théâtrale ſont ſans liaiſon , ſans méthode , fans
ordre encyclique , vous ne cherchez à charmer
mes oreilles que par des chants ſuivis , qui ont
leur rhytmopée preſcrite , leurs membres balancés
, leurs retours marqués : J'admire votre inftrument
, mais plus je l'admire , &moins je trouve
qu'il cadre avec ſon objet. Auſſi vous eſt-il impoſſible
de diſſimuler le principe de vos erreurs.
La muſique , une fois tranſportée ſur le théâtre
vous voulez qu'elle y règne ; vous ne craignez pas
de lui ſoumettre la poësie; vous oſez même dire
à celle- ci , aflujettiflez - vous à certaines formes ;
reflerrez vos penſées , réduiſez vos tropes , vos
figures afſortiſſez vos metres ; enfin
ceſſez jamais de prévoir la muſique.... Erreur
monstrueuſe ! fubordonner le fond à la forme &
facrifier l'orateur à l'interpréte ! Ne ſoyez donc
plus étonnés ſi de tels principes produiſent des
fruits dignes d'eux. Vous en jugerez aisément ſi
vous aſſiſtez à un de ces opéras que vous admirez
le plus. Inutilement le cigne de l'Italie réuniſſant
Pélégance de Racine à la nobleſſe de Corneille ſe
ſera montré l'Emule de Voltaire ; inutilement un
Jomelli , un Gallupi auront développé toute la
magie de leur art ; des actrices froides & ridicules,
descaftrats inanimés , de longs récitatifs débités
G
ne
146 MERCURE DE FRANCE.
àl'inſçu d'un parterre bruyant , des points d'or
gues, des diminutions , des roulades auront bientôt
fait diſparoître Caton & Regulus , & vous
n'aurez vu qu'un concert groteſque où quelques
momens de raviſſement font achetés par cinq heu
res d'ennui &de mécontentement... & n'allez pas
dire que c'eſt la faute du genre en lui-même , ou
de la forme que le Melo -drame a reçue en Italie;
car , prenez un air en duo , ou tout autre morceau
iſolé , vous verrez que la paſſion pour la
mélodie vous fait facrifier à chaque inſtant la vé
rité de l'expreffion au charme de la muſique. Souvent
les deux premiers vers de votre air vous auront
fourni le ſujet de votre chant ; eh bien! quoiqu'il
y ait variété d'expreſſion dans ceux qui fuivent
, la mélodie conſerve fon motif& reſte conféquente
à elle-même. Bien plus, fi vous compoſez
un duo dialogué , vous ne craindrez pas d'appliquerlamêmemélodie
à la demande&àla réponſe
comme
Nei giorni tuoi felici
Ricorda ti di me.
Perchè cosi mi dici
Anima mea , perchè ?
Ainfi le vice dubeau chant, ou dela musique
telleque vous la conſervez , eft un vice inhérent ,
&que vous ne parviendrez jamais à détruire tant
que vous vous occuperez de la muſique en ellemême
,&que vous ne la conſidérerez pas comme
le ſimple interpréte de la ſcène . Mais direz vous,
comment cette muſique fi belle & fi touchante
mériteroit- elle d'être proſcrite , & comment ac
SEPTEMBRE. 1771. 147
corder lejugement que vous en portez avec les
effets qu'elle a produits tant de fois fur vous? C'eft
icı levéritable myſtère de ma critique , & je vais
vous le dévoiler. Ily a deux fortes de muſique ,
unemufique fimple& une muſique compoſée, une
mufique qui chante & une muſique qui peint , ou
fi l'on veut ure muſique de concert & une mufique
de théâtre. Pour la muſique de concert , fuivez
les principes de M. l'Abbé Arnaud , de l'autour
de l'Eflai ,de M. Rouſſeau , &c.; choiſulez
debeaux motifs , ſuivez bien vos chants , phrafés
- les exactement & rendés - les périodiques ,
rien ne ſera meilleur. Mais pour la muſique de
théâtre , n'ayons égard qu'aux paroles & conten
tons-nous d'en renforcer l'expreſſion par toutes
les puiſſances de notre art. Ici j'oublie tous les
principes analogiques , auxquels j'avoue que la
muſique eft redevable de ſes plus grands effets . Je
ne m'embarafle plus des formes du recit ni de cellesque
vous donnez à l'air ; je néglige enfin toute
idée de rhytme& de proportion : je ne veux qu'exprimer
chaque penſée , que rendre avec exactitudetout
ce que je voudrai peindre. Je quitterai
mes motifs , je les multiplierai , je les tronquerai ,
je mêterai l'air & le recit , je changerai les rhytmes
, je mutilerai les phraſes , mais je ſaurai bien
vous en dédommager ; car il ne paflera ici tonnerre
, ni torrent , ni ramage, ni murmure que
je ne fois en état de vous le décrire , ut pictura
poëfis , ut pictura muſica. "
Le moment est enfin arrivé d'interrompre notre
auteur, & comme c'eſt à notre tour de parler
nous obſerverons qu'il vient de décéler la cauſe
de tout ce mal-entendu. Il a cru avec bien d'autres
que l'imitation étoit l'objet des beaux arts ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
&que c'eſt d'elle ſeule qu'ils tiennent l'empire
qu'ils exercent ſur nos fens, principe que je crois
abſolument faux. Ceci tient à des idées un peu
abſtraites & qui demanderoient un ouvrage ad
hoc; mais qu'importe que ces idées ſoient déve
loppées , pourvû qu'elles ſoient ſaiſies ! D'ailleurs
nous vivons dans un tems ou quiconque a quelque
choſe de bon à dire, doit ſe preſler , de crainte
d'être prévenu.
La nature étant le ſyſtême complet de tous les
êtres , &les hommes qui n'ont d'idée que par l'entremiſe
des ſens ne pouvant rien imaginer , mais
ſeulement abſtraire & cumuler , diſtribuer & fe
xeſſouvenir , il eſt impoſſible d'exciter en eux des
ſenſations qui ne ſoient pas priſes dans la nature.
Il eſt une autre acception du mot nature qui renferme
l'abſtraction de tout concours de l'art dans
les êtres que nous voulons conſidérer , mais cette
acception eſt toujours très-vague & ne peut avoir
Lieu ici ; car un arbre enté n'eſt pas l'ouvrage de
la nature , & cependant le tableau qui le repréfente
eft appelé une imitation de la nature. Qui
eſt-ce donc qui ſera hors de la nature ? c'eſt tout
ce qui eft contradictoire ; comme , par exemple ,
qu'un tyrandéclare ſon amour dans le même ſtyle
qu'un berger; qu'un homme paſſionné differte
&qu'un homme froid s'exprime avec enthouſiaſme,
tout cela est contre nature , non pas en foimême;
car un diſcours paſſionné ni un raiſonnement
ſuivi ne font pas contre nature , mais en
conféquence de quelques données précédentes. Il
fuitdelà que comme toutes nos ſenſations font
dans la nature , tout ce qui ne ſera pas contradictoire
à des idées antérieures & auxquelles norre
eſprit auradéjà confenti ſera exactement dans la
SEPTEMBRE. 1771. 149
nature , de forte qu'il ſera impoſſible d'écrire ou
de parler raiſonnablement ſans imiter la nature ,
ou plutôt ſans être la nature même. Mais les
hommes ont bientôt reconnu que l'habitude ou le
ſpectacle de ces actions naturelles & raiſonnables
ne ſuffiſoit pas à leur bonheur ; il leur falloit de
nouveaux plaiſirs ,& ils en ont trouvédeux ſources
fécondes , 1º. La nature leur offroit quelques ſenſations
plus agréables que les autres ; ils ont cherché
à les multiplier ou à ſe les rappeler. 2°. Les
organes de leur entendement plus fins , plus déliés
que ceux des animaux , fur- tout dans l'état ſocial
, exigeoient de tems en tems certaines émotions
propres ày renouveller le mouvement & à
faciliter la circulation néceſſaire à ce confluent
mystérieux où aboutiſſent toutes les ſenſations :
c'eſt là l'origine de la curioſité &de l'amour des.
ſpectacles . La douleur d'une mère éplorée qui
croit avoir perdu ſon fils , ſa joie au retour inopiné :
decet enfant , les révolutions ſubites d'un amour
forcené , les élans de l'ambition ou les faillies de
la colère , tout cela parut aux hommes un moyen
de ſentir , de renouveller pour ainſi dire leur exiftence.
Delà deux ordres de plaiſir , les ſenſations
agréables , les ſenſations fortes. Celles - ci ſont
fuffisamment connues , mais les premières ſe dérobent
abſolument à la théorie , parce qu'on ne
connoît le rapport des objets avec nous que par
l'impreſſion qui en réſulte. Ileſt impoſſible de di--
re pourquoi le criſtal des eaux , oppoſé à la ten- ,
dre verdure des gaſons & aux maſles plus
rembrunies des ombrages produit une ſenſation
agréable : c'eſt une affaire de mécanil-
& ce mécanisme , ce n'est pas nous qui
l'avons inventé. Or, ſi je ne puis connoître que
me
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
commeun fait le plaifir que je goûte en voyant
unbeau payſage, comment pourrai -je me rendre
compte de celui que j'éprouve lorſque j'entends
les fons ſucceſſifs de la mélodie, ou les fons fimultanés
de l'harmonie ? J'en dirai autant du rhytme,
foiten mufique , foit en poësie : j'en dirai autant
del'éclatd'un marbre uni , de la ſymmétrie d'une
colonade , de la variété des couleurs dans une
marquetterie , &c: &c.
Cependant les hommes avoient à peine nombré
cesdifférens effets dont ils ne pouvoient affigner
les cauſes , qu'ils commencerent à les rapprocher
&àles comparer. L'aſpect d'un beau viſage&
celui d'une belle vallée font , quoiqu'à un degré
différent , deux ſources de volupté pour les yeux
qui les confidèrent. Mais cette bouche charmante
dont j'admirois la fraîcheur va redoubler d'attraits
fi elle vient à ſourire ; car qu'est-ce que la
beauté fi elle ne promet pas les plaiſirs ? Rempli
de ces douces émotions , je cours contempler la
vallée prochaine; le printems vient de renaître ,
elle eſt émaillée de fleurs & couverte de verdure ;
mais tandis que je la conſidére , le ſoleil qui perce
un nuage lui prête un éclat inattendu : ce furcroit
de charmes modifiant mon ame d'une façon àpeu-
près ſemblable à celle que je viens d'éprouver
quelques momens plutôt ; ma nouvelle ſenſation
reveille ma première idée , &je ſalue cette riante
vallée où je retournerai avec empreflement tant
que le fourire de la beauté me fera defirer celui de
la nature. Ici la nature imite la nature ; un plaîfir
, un ſentiment en reveille un autre & les impreſſions
légères acquièrent de l'importance en ſe
joignant à celles qui ſont ſenſibles & profondes .
C'eſtainſi que les bois, les fleuves , les forêts dont
SEPTEMBRE. 1771. 191I
Taſpect eſt agréable pour tout le monde , ont un
charme particulier pour les amans & pour tous
les hommes paſſionnés.
Ce qu'eſt la nature aux paſſions de notre ame,
les beaux arts le font à la nature & aux pallions à
lafois , c'est- à-dire qu'ils offrent un plaifir poſitif
&un plaisir de relation. N'en doutons pas ; de
même qu'un beau payſage attire & charme nos regards,
de même des accens mélodieux , une ſuite
de mots cadencés portent dans nos ſens un plaiſir
qui leur eft inhérent & qui eſt antérieur à toute
unitation . Telle est la véritable originede la poéfie
&de la musique , & c'eſt de leur propre fond
quecesarts ont tiré les formules , les lois mêmes
qui les retenantdans de juſtes proportions commencerent
déjà a joindre le ſentiment réfléchi de
tadifficulté vaincue au plaifir immédiat de la ſenfarion.
Mais plus l'eſprit des homines ſe perfectionnoit,
plus il devenoie avide de ſenſation : ce
ne fut doncpas affez pour les beaux arts de plaire
par eux-mêmes , il fallut qu'ils s'animaſſent pour
ainſi dire , & qu'ils s'uniflent au ſyſtême entier de
nos perceptions : on exigea qu'ils réveillaſſent en
nous le plusgrandnombre d'idées qu'il feroit pof
fable, fans toute fois que l'occupation de notre
entendement dégénérât en fatigue. Ici commence
leur troiſième progrès : d'abord ils ont produit un
plaifir fumple & immédiat , enfuite ils ſe ſont affervis
à des formes priſes auſſi dans leur propre
eflence, &le plaisir de juger a été ajouté au plaifir
de fentir ; enfin ils ſe ſont efforcés de reveiller en
nous un grand nombre d'idées , & alors l'effer
qu'ils ont produit a été composé de l'impreſſion
immédiate , du jugement réfléchi & du charme
attaché à la variéré , ou plutôtà l'exercice doux &c
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
facile de notre entendement. Ce n'eſt pas tout encore;
il faut examiner attentivement ce dernier
principe; car nous trouverons qu'il peut nous
modifier de quatre façons différentes : par la ſeule
variété , par l'intérêt , par la ſurpriſe&par l'imagination.
Par la variété , parce que la ſucceſſion
feuledes idées produit un effet agréable ; par l'intérêt
, prce que l'homme étant un être ſenſible
par excellence , toute ſon exiſtence eſt liée à ſes
paffions, & que de toutes les idées celles qui le
Hattent le plus font celles qui le rappelent plus
fortement à lui-même ; par la ſurpriſe , parce que
moins les ſenſations ſont attendues , plus leur impreffion
eſt vive & profonde ; par l'imagination ,
parceque tous les objets s'embelliffent par elle ,
foit que l'abſtraction nous permette de les dégager
de tout alliage impur , loit que le plaifir de
les produire ajoute à leur prix , en intéreſlant notre
amour- propre qui ſe mêle de tout. Ainfi ne
foyez plus ſurpris de voir notre oreille ſuperbe
sepouffer l'artiſte qui nous définit ce que nous
voulons concevoir,& qui nous décrit ce que nous
voulons imaginer. Tels ſont les poëtes Allemands
qui, pour trop détailler , me donnent la fatigue
que j'éprouve en lifant une démonstration géométrique
ſans être aidé de la figure , & ne m'offrent
ſouvent qu'un plan au lieu d'un tableau.
Tels étoient encore les anciens compofiteurs François
lorſque pour imiter le ramage des oiſeaux ils
introduifoient dans leur orcheſtre ces petites flûtes
qu'ils nommoient des tailles , & dont l'effet
diſparate faifoit oublier la muſique ſans rappeller
legazouillementdes oiſeaux.
Réſumons donc , & reconnoiſſons qu'au lieu
d'attribuer l'effetdes beaux arts à un ſeulprincipe
SEPTEMBRE. 1771. 153
comme on l'a tenté dans un ouvrage très-eſtimable
d'ailleurs ; on peut en compter fix , favoir , la
fenſation immédiate , lejugement ou le ſentiment
de la difficulté vaincue , la variété ou les idées
reveillées , l'intérêt ou les paffions , enfin la furpriſe
& l'imagination. Il n'est pas beſoin de dire
que ces principes peuvent ſe combiner de différentes
manières ; que la ſurpriſe peut naître auſſi de
ladifficulté vaincue , & que ce ſentiment peut encore
ſe répandre ſur tous les autres effets. Nous ,
nous ſommes contentés de les placer ici dans un
ordre finthétique , ſuivant qu'ils nous ont paru
pouvoir exiſter indépendamment les uns des autres.
Maintenant appliquons ces principes à la muſique;
nous nous appercevrons aisément que ecr
art ne conſiſte pas ſeulement dans l'imitation : en
effet un muſicien qui voudroit nous repréſenter le
point du jour n'auroit rien de mieux à faire que ,
d'employer quelqu'un de ces poliflons qui gagnent
leur vieà contrefaire ſur les boullevards le
chant de l'alouette ou celui du roſſignol ; de même
pour imiter un bruit de guerre ou celui d'une
tempête , un organiſte fouleroit aux pieds toutes
ſes pédales & appuieroit le bras entier ſur ſon clavier
; invention ingénieuſe d'un muſicien François
qui eſt conſtamment applaudi au même lieu
où l'inimitable Pagin fut fifflé. Tous ces vains
efforts font rejettés par le goût avant que d'être
condamnés par la critique; mais fi un compoſiteur
habile , en ſuivant les formes générales ,
c'est -à-dire , en conſervant le rhytme de la mélodie,
fait par des fons analogiques , par des impreffions
détournées & fugitives me retracer le
bruit des flots agités , ou l'incertitude du pilote
: Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
effrayé , mon eſprit ſe reveille , mon imagination
s'échauffe , je me tranſporte au loin ſur un promontoire
, d'où je confidère le vaiſſeau battu par
les vents , je vois briller l'éclair, j'entends les cris
des matelots , & déjà le tableau animé n'eſt plus
l'ouvrage du muficien , c'eſt celui de mon imagination,
Que ſera-ce fi tandis que mon ame eſt
trompée par ce preſtige , une petite partie demon
intelligence reſte pour ainſi dire en fentinelle ;
obſerve l'artiſte & s'écrie de tems en tems : exceltent
paſſage du fecond violon , bravo l'alto , belle
modulation , &c Alors rien ne manquera à mon
plaifir , & certainementje ne le dois pas à la ſeule
imitation.
Avançons & tâchons d'atteindre notre auteur.
Vous avouez , lui dirai - je , que l'auteur de l'Effaifur
l'union de la Poëfie & de la Mufique a bien
connu&bien développé les principes de la muſique
mélodieuſe & chantante que vous appelez
muſique fimple & que vous réléguez dans les
concerts , parce qu'elle est bonne ; mais s'il eft de
l'eſſence de la muſique d'être mélodieuſe; fi les
formes de cette muſique , qu'il vous plait d'appeler
muſique de concert, ſont les plus belles que
l'art puifle vous préſenter , comment voulez-vous
compoſer votre prétendue muſique dramatique
fans ceflerde faire de la muſique ? J'infifterai , &
je vous demanderai encore pourquoi cette mufiquede
concert m'arrache des larmes , me ravit ,
me tranſporte , m'enchante C'eſt ſans doute',
parce qu'elle exprime des paſſions, le tout dans la
manière qui lui eft propre , c'est-à -dire ſans que
l'expreffion miſe au chant , fans que la muſique
cefle d'être de la muſique. Sur quoi fondez vous
donc la différence des deux gentes? .. Mais ces
xitournelles qui refroidiſſent l'action , mais ces da
SEPTEMBRE. 1771. 15ς
troutapo
fréquens , ces roulades , ces diminutions, ces
points d'orgues éternels.... Eh ! mon Dieu! qui
vous le difpute? Lifez l'Eſſai , lifez Algaroti ,
lifez le dictionnaire deM. Roufleau ,vousy
verez tous ces excès relevés & condamnés. Mais
vous avez quelque principe caché , quelque choſe
demieux ànous dire. Eh! juſtement , vous nous
avez mis ſur la voie , fans vouloir toutefois vous
expliquer. Il eſt, dites - vous quelque part , un
cliant composé qui est moins mélodieux , moins
rhytmique , moins agréable que le chant fimple ,
maisplus ſavant &plus difficile à ſaiſir : ce chane
négligeant les formes connues de l'air , des deux
récitatifs , &c. s'applique uniquement à rendre les
idées du poère , à ſuivre ſes paroles pas-à-pas.
Celui- ci ne ſera plus gêné dans la marche , je ne
lui ferai pas l'outrage fanglant de vouloir qu'en
écrivant fa pièce , il ſe ſouvienne qu'elle doit
êtremiſe en muſique', ( quorque , àla vérité, j'aie
dit ailleurs tout le contraire , voyez pag. 132 ,
144 , &c. ) & je në ferai que traduire des vers
dans le langage d'Euterpe. Pour toute répanfe
nous nous contenterons d'avertir les Etrangers
que la comédie françoiſe eſttrès -bienplacée aux
Thuilleries ,qu'on y entre & qu'on en fort trèscommodément
, qu'on y joue tous les jours les
piéces des trois grands tragiques , le tour à juſte
prix, &qu'en couléquence,nous penfons, qu'ils fer
ront encore mieux d'aller là qu'à l'opéra . Mais fi
notre auteur perſiſtoit & s'émancipoit juſqu'à convenir
que l'opéra eft le théâtre de la muſique , on
reprendroit ce qui dit ci-deſſus par rapport
aux beaux. arts ; & er Les moyens
qu'ils emploient pour nous plaire , on verroit d'abord
que le premier de tous eſt l'inftrument ca
a épé
Le rappelant
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
lui - même ou la ſenſation première : or , on a
peine à croire que pour en tirer le meilleur parti
poſſible , il faillecommencer par le gâter. 2°.On
s'appercevra que le ſecond effet , qui eft le ſentiment
de la difficulté vaincue fe perd du moment
que les moyens ſont trop multipliés , & que l'imitation
, ou pour mieux dire la copie, s'eſt aſſez
emparée de notre imagination pour chaffer tout
à-fait l'idée de l'art imitateur ; c'eſt ainſi qu'une
effigie colorée& habillée ne fait qu'une illufion
déſagréable, tandis qu'un tableau de Vandeck
me charme fans me tromper. 3 °. On obſervera
que fi dans le genre propolé , la quantité d'idées
fuggérées reſte la même, ces idées ſont plutôt
offertes que reveillées , & plutôt déterminées
qu'indiquées; de façon que l'eſprit qui connoîtra
l'étendue des moyens & qui ſe verra commandé
dans ſes perceptions perdra à la fois le plaifir de
laſurpriſe &ceux de l'imagination ; d'où je conclus
que la musique ne vaudra rien pour avoir
voulu trop peindre , & c'est ainſi que le principe
ut p tura poëfis a causé de grandes mépriſes toutes
les fois qu'on a voulu l'étendre au- delà de ſes
Jimites.
D'un autre côté , il n'eſt pas moins évident que
Jumoment que nous avons iimmaaginé d'animerla
muſique pour la mettre fur la ſcène , c'eſt une
neceflité pour elle de ne point contredire l'illufiondu
théâtre&de prendre garde qu'un effet n'en
détruiſe pas un autre : mais apprenez - nous quel
eft le terme de cette illufion ,& définiflez - nous
ceque doit pafler à la vraiſemblance lyrique celui
qur a paflé le vers hexamètre, le rouge & les lampions
à la vraiſemblance tragique, & eris miht
magnusApollo. Je crois que fur cet article,l'ex
SEPTEMBRE. 1771. 157
périence exempte de manie &d'enthousiasme, eft
lemeilleur des maîtres. Quelques réflexions qu'on
trouve dans le petit ouvrage ſur l'union de la
poësie & de la muſique avoient déjà mis ſur la
voie,&pluſieurs eſlais qui ont paru dans ce genre
ont déjà prouvé qu'on peut atteindre le but. Je ne
parle pas des drammes charmans de M. de M.
parce qu'ils font mêlés de chant&de proſe ; mais
il me ſemble que M. Philidor n'en étoit guère
éloigné lorſqu'il a donné ſon opéra d'Ernelinde;
car , à deux morceaux près , cetre muſique étoit
parfaitement théâtrale,& les défaurs du poëme
qui en ont empêché le ſuccès auroient été choquans
dans tous les tems , & avec quelque muſique
qu'on y eut adaptée.
J Nous ne quitterons pas notre ſujet ſans nous
donner la latisfaction de dire à quel point nous
partageons l'eſtime que notre auteur témoigne
pour cet excellent compoſiteur , qui n'a certainement
pas perdu de ſon prix pour avoir trouvé un
émuledigne de lui ; nous le louerons même avec
d'autant plus de plaiſir qu'il nous a fait connoître
ſouvent combien il étoit attaché à nos principes ,
dont il connoifloit bien mieux que nous la juſteſſe
& l'étendue . Nous lui avons entendu dire lorfqu'il
donna Tom Jones : Pour cette fois cij'efpère
avoir réuffi. Jamais je n'ai donné plus d'attention
à lafimplicité de mes motifs & à l'unité
de ma mélodie ; c'est ce quej'ai fait de mieux ; &
il ne changea pas d'avis lorſquil vit cet admirable
ouvrage ſi voiſin de ſa chute. Dans Einelinde
il ſuivit les mêmes principes , & c'eſt là - deſſus
qu'il fondoit ſes eſpérances. Parmi les muficiens
M. Jomelli , Galluppi , Piccini , Grétry , &c.&
parmi lesgens de lettresM. Rouſleau , M. l'Abbé
158 MERCURE DE FRANCE.
Arnaud, tous ceux enfin qui ſe ſont occupés de
cette matière n'ont eu qu'un avis. Cominent fel
fait-il quedes hommes d'efprit , & même deshommes
de beaucoup d'eſprit , ayent ſaivi une route
toure opposée ? C'eſt que l'eſprit ne peut que dérai
fonner fur les beaux arts toutes les fois qu'il parlera
ſeul. A ce proposje me rappele une histoire qui
m'a été contée par un Marfeillois , qui avoit fait
du commerce toute fon occupation & qui avoit
paflé ſa,jeuneſle dans les Echellesdu Levanti
Le Bacha , qui gouvernoit la Syrie avant la révolte
d'Aly-Bey , aimoit beaucoup les femmes ,
mais il étoit très difficile , peut-être parce qu'il
les avoit trop aimées. Un Eunuque Egyptien ,
nommé Oſmin , grand connoiffeur en pareilles
denrées, lui ſervoit de pourvoyeur & fréquentoit
tous les marchés de l'Afie , ne ménageant rien ,
ramenant toujours des eſclaves , & ne contentand
jamais fon maître , qui ne manquoit pas de s'é
crier en le voyant revenir avec ſes emplettes , vous
me ruinez , & cela enpure perte. Un jour , dit mon
Marſeillois , je le rencontrai à Smyrne , il étoir
dans le plus grand embarras parce qu'il marchandoitdes
Circaffiennes parmi leſquelles il vouloit
en choisir une qui fut digne de fon maître ; mais
plus il examinoit , moins il pouvoit fixer fon
choix. Je l'abordai , il daigna me confulter.Crois
moi , mon cher Olmin, lui répondis-je , cen'eſt
aucunedecelles-là que je choiſirois : vois-tu cette
petite brune aux yeux bleux que tu parois négli
ger prends- là forma parole & conduis là biett
vîte à ton bacha. Il ſe laiſſa perfuader , & à fix
mois delà de retrouvant à Alep , il vint à moi les
bras ouverts: Nous avons fair merveille, s'écriatik;
elle eft, apréfent la favorite , &j'aireçu une
SEPTEMBRE. 1771. 159
bonne récompense. Mais comment diable as - tu
faitpour devinerſi juſte ? Voici plus de trente ans
queje nefais d'autre métier que d'acheter desfemmes
,&jefais là- deſſus tout ce qu'on peutfavoir...
Ecoute , mon ami , lui répliquaije : lorſque je te
rencontrai à Smyrne , il y avoit trois jours que
j'avois vu débarquer cette jeune eſclave : depuis
ce moment- là , je l'avois toujours révée, toujours
defirée:mon ami , je ne dormois plus ; & fois bien
aſſuré que ſi j'avois eu soo ſequins , ton bacha
n'en auroit jamais été poflefleur. Voilà mon fecret
, voilà toute ma ſcience. J'avois à peine fini
deparler que je m'apperçus que l'Eunuque m'avoit
déjà tourné le dos , mais je crus l'entendre dire en
s'éloignant : Non , je ne m'y connoîtraijamais.
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Résumé : Observations sur un ouvrage nouveau, intitulé : Traité du Mélo-Drame, [titre d'après la table]
Le texte est une critique du 'Traité du Mélo-Drame' publié à Paris en 1771, qui traite de la rivalité nationale dans les arts et la musique. L'auteur souligne la nécessité pour la France de s'inspirer des autres nations pour améliorer ses arts, bien que la France ait peu contribué à l'invention de la musique. Il affirme que la France peut épurer et perfectionner la musique grâce à son goût raffiné. Le traité compare favorablement les compositeurs français aux maîtres italiens et propose des modèles pour la musique dramatique. L'évolution de la musique en France est marquée par l'influence italienne et les controverses subséquentes. Des figures comme Rousseau et d'Alembert ont critiqué ou proposé des améliorations pour la musique française. Une discordance existe entre les compositeurs français, influencés par les Italiens, et les poètes lyriques, attachés aux anciennes formes. Le texte explore la relation entre la musique et la poésie, critiquant ceux qui attribuent leur dégoût de l'opéra aux poèmes modernes. Il souligne l'importance de la structure périodique dans la musique, comparable à la période oratoire. L'expression musicale doit être agréable et en accord avec les paroles, structurée selon des formes musicales inspirées de Métastase. L'auteur critique le dictionnaire de musique de M. Roufleau et d'autres œuvres musicales, notant des erreurs communes sur l'unité de la mélodie. Il dénonce la subordination de la poésie à la musique dans les opéras, produisant des spectacles médiocres malgré quelques moments de ravissement. Le texte distingue la musique de concert de la musique de théâtre. Pour la première, il préconise de suivre les principes de compositeurs comme l'Abbé Arnaud et Rousseau, en privilégiant de beaux motifs et des structures musicales cohérentes. Pour la seconde, il insiste sur l'expression précise des paroles et des émotions, adaptant la musique pour renforcer l'impact scénique. L'auteur rejette l'idée que l'imitation soit l'objectif principal des arts, affirmant que les sensations artistiques doivent être naturelles et harmonieuses. Les arts imitent la nature et les passions, offrant un plaisir à la fois immédiat et relationnel. La poésie et la musique tirent leurs lois de leur essence propre et ajoutent un plaisir réfléchi à la sensation immédiate. Les arts ont intégré des principes comme la variété, l'intérêt, la surprise et l'imagination pour engager davantage l'entendement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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