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2001
p. 84-94
DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
Début :
Le motif qui me conduisit l'année derniere dans le Sanctuaire des Muses, [...]
Mots clefs :
Espagne, Nation, Histoire, Goût, Amour, Patrie, Philippe V, Gloire, Monde, Génies, Règne, Utile, Peuples, Académie royale d'histoire d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier Basquiat de la Houze, dans une assemblée extraordinaire de l Académie Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant le Parnasse François de M. Titon du Tillet.
DISCOURS
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
85
1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
87
1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
89
1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
91
captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
93
dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
Ngitized by Goog
94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Prononcé le 28 Juillet 1751. par M. le Chevalier
Basquiat de la Houze, dans une
assemblée extraordinaire de l Académie
Royale d'Histoire d'Espagne, en lui présentant
le Parnasse François de M. Titon
du Tillet.
Le motif qui me conduisit l'année derniere
dans le Sanctuaire des Muses,
mouvre aujourd'hui le Temple de la Vé-
rité. Il restoit à M. Titon du Tillet de vous
offrir ce magnifique monument qu'il a éle-
vé à la gloire de la France, & de ses illus-
tres Poetes. J'ai l'honneur, pour la seconde
fois, d'être l'interprête de ses sentimens
auprès de votre Nation, & rien ne me
flatte davantage que de vous faire connoî-
tre un Citoyen si recommandable dans le
Monde litteraire. Il unit aux talens les plus
distingués la plus rare modostie; à son goût
pour la retraite les délices de la société; au
caractere de Phi losophe, le véritable amour
de la Patrie; à l'âge de Nestot, le juge-
ment d'Horace, & les graces d'Anacreon.
Tousc es traits sont peints, Messieurs,
dans l'Histoire du Parnasse François que
gires vLOO
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1752.
FEVRIER.
je suis chargé de vous remettre de sa part.
Outre les Médaillons qu'il a fait frapper
à la mémotre des Génies de sa Nation qui
en occupent les premiers rangs, il y joint
un essai qu'il a composé sur les honneurs
accordés aux Sçavans pendant la suite des
Siecles. Ces généreux travaux ont été cou-
ronnez par son aflociation aux plus céle-
bres Académies de l'Europe; & ne puis-je
pas déja regarder comme votre Confrere
un Auteur dont les Ouvrages font une par-
tie de l'immortalité du Regne de Louis le
Grand. Je le conjecture ainsi, sçachant
combien la memoire de ce Heros vous in-
teresse. Qui mieux que vous pourroit don-
ner une idée de ses sublimes vertus? Sa
grande ame a regné après lui dans le Mo-
narque votre Fondateur.
Que ne penfera pas la Posterité en lisant
Vos fastes, & voyant que votre seul atta-
chement à la Vérité, votre amour pour la
Patrie, & votre goût pour l'Etude ont
pour ainsi-dire guidé la main de Philippe,
qui en immortalisant son nom a rendu au-
tant de justice à votre mérite qu'il a aug-
menté la Majesté de son Trône. Quelle
doit done etre ma satisfaction en admirant
ce grand ouvrage, de penser que j'ai l'hon
neur de parler devant ceux mêmes qui en
font les Auteurs; qui ouvrant une carriere
86 MERCUREDE FRANCE.
aussi utile que glorieuse à leurs Conci-
toyens, vont découvrir à toutes les Na-
tions les Trésors que renferme l'Espagne;
qui mettant au grand jour son premier age,
sa premiere grandeur, ses differentes Re-
volutions, les Guerres cruelles qu'a porté
dans son sein la rivalité de Rome & de
Carthage, feront connoître que la conquête
de ce Royaume décide entre ces deux Ré-
publiques de l'Empire du monde. Com-
bien d'évenemens à ce fujet ne regrettons-
nous pas en admirant les précieux debris
des Decades de Tite-Live? Les monnoyes
Gaditanes & Celtiberiques ne nous presen-
tent que des caracteres inconnus sans jetter
le plus petit jour sur ces respectables Mo-
numens.
C'est à vous, Messieurs, à remplit les
vuides des premiers tems de votre Mo-
narchie: Vous peindrez ces grandes Scenes
aussi gloricuses à la valeur Espagnole,
qu aux Armes Puniques & Romaines. L'ine-
branlable Sagunte ne lailsa que des cendres
au triomphe d'Annibal, & la célebre Nu-
mance fut nommée par le fiet Senat la ter-
reur de l'Empire. Depuis la décadence de
l'ancienne Rome, vos recherches ne seront
pas moins importantes: La transmigration
des Peuples du Nord attirez par les riches-
ses de l'Espagne, & retenus par la dou-
jitized by Goc
FEVRIER.
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1752.
ceur de son climat: celle des Africains,
qui profitant du crime d'un de ses Rois,
servirent par un plus grand crime la ven-
geance d'un sujet révolté. Sa délivrance
enfin opérée par la valeur de la Nation,
qui a étendu son empire de l'un à l'autre
Hémisphére, convaincront l'Univers
que semblable à l'astre du jour, elle n'a
souffert quelque éclipse que pour reparoî-
tre avec plus d'éclat. L'Histoire ne nous
apprend presque rien du Gouvernement
des Mores depuis leur irruption en Espa-
gne. La barbarie avoit alors répandu son
voile sur toute l'Europe, quand l'Orient
voyoit refleurir les beaux Arts, sous le
Califat d'Almamon : c'est de-là que dans
le dixième siècle ces superbes conquerans
les transporterent à Cordouëm, qui devint
le nouveau portique de toutes les Nations.
Quels beaux monumens ne doit-on pas es-
pérer de vous, Messieurs, par le dépôt de
tant de manuscrits Arabes que vous posse-
dez, & qui attendent le jour de vos sça-
vantes veilles. Ce seroit ici le moment de
vous donner toutes les louanges dues à une
entreprise aussi généreuse: mais que pour-
rois-je vous dire qui pût approcher de la joie
intérieure que vous devez sentir à chaque
pas que vous faites pour la perfection de
ues
88 MERCURE DE FRANCE.
votre ouvtage, il n'en est pas un qui ne
vous conduise à l'immortalité. L'idée d'un
si utile établissement vous étoit réservée,
*Monsieur: quel autre pouvoit présider
avec plus de dignité dans cette assemblée?
Vous qui, livré au service de votre patrie
dans la portion la plus délicate & la plus
importante au maintien de sa gloire, par-
tagiez vos momens entre le soin de la fai-
re connoître au dehiors, & celui de la
rendre immuable dans ses fondemens: il
me semble pénétrer vos vûes pour le bien
de l'Etat. C'est dans les Archives des Na-
tions, que ceux qui se destinent à devemt
un jour le soutien de leur patrie, s'instrui-
ront de ce que les Puissances se doivent
entr'elles, qu'ils balanceront leuts inté-
rêts avec justesse, qu'ils connoîtront leurs
titres & leurs engagemens réciproques.
C'est là qu en fuivant le fil des affaires con-
duites par de grands génies, ils appren-
dront à leut tour à les manier, c est-là
qu'ils appercevront les différens ressorts
des passions, la complication des obstacles,
& qu'ils trouveront le secours de l'exemple
pour les surmonter. L'étude de l'Histoite
enfin leur inspirera le goût de voyager, &
dans cette brillante carriére ils devien-
dront maîtres dans l'art de développer
M. de Montiano.
giined ueO
FEVRIER.
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1752.
avec discernement les génies des peuples.
Cette étude sérieuse ne vous occupe pas
entierement, Monfieur, vous rendez utile
à votre nation les larcins que vous faites à
vos plaisits. Vos précieuses découvertes
sur l'origine & le progrès du Théatre Es-
pagnol, ont commencé à lui rendre son
ancien lustre: vos ouvrages finiront d'y
tamener le sentiment & le bon goût. Que
n'aurois- je pas à dire de chacun de vous en
particulier, Messieurs, si le concours de
tant de lumieres réunies ne me présentoit
un nouvel objet qui doit ranimer votre
zéle pour la postérité. Les plus grands
Princes, les Généraux les plus fameux,
les Ministres les plus habiles dont les noms
remplissent les annales du monde, au-
roient ils échappé à la durée des siécles
multipliés, sans les généreux travaux de ces
hommes illustres, uniquement appliqués
à nous en transmettre la mémoire? Et que
deviendroient ceux que le Ciel réserve à
l'Univers, s'ils ne suscitoit dans la même
distance des tems ces mêmes génies qui ex-
citent leurs semblables à imiter les vertus
dont ils nous conservent les modéles-
C'est ainsi que le nom de Philippe V.
sera porté par votre reconnoissance dans
les siécles à venir. Héritier du sang d'Hen-
rIIV. il en montra toutes les vertus. Com-
itized by Goc
90 MERCURE DE FRANCE.
me lui, fut adoré de ses sujets, essuya de
grands périls, surmonta de grands obsta-
cles, & triompha des rivaux de sa cou-
ronne. Il est cependant un trait dans la
vie de ce dernier Heros, qui en s'éloignant
de nos jours rendroit un Historien in-
croyable, s'il n'etoit guidé par des témoi-
gnages aussi respectables que les vôtres.
Vous l'avez vu, Messieurs, à l'âge de 37
ans abdiquer une couronne, que l'Europe
conjurée n'avoit pu lui enlever.
Déja Philippe regnoit sur lui-même
dans sa solitude de Saint Ildephonse, &
Louis I. devenu l'objet de votre amour &
de vos espérances, étoit à vos yeux l'i-
mage du Roi son pere. La fleur de sa jeu-
nesse vous annonçoit un long regne
mais que les décrets du Ciel sont incom-
prehensibles! Tout, dit un Auteur, fut
précoce dans cet aimable Prince, le mé-
rite, le thrône, le tombeau. Un deuil
imprevu couvrit l'Espagne. Les plaintes
de tant de fideles sujets se font entendre
dans la retraite du pere de la Patrie: Phi-
lippe reprend les rênes du Gouvernement,
& comme si ses hauts faits étoient déja
effacés de la mémoire des hommes, il
signale son nouveau regne par la conquê-
re d'Oran, & donne aux peuples des
deux Siciles un Souverain capable de
HnadO
FEVRIER.
1752.
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captiver leurs cœurs & de remplit leurs
desirs.
Certe suite d'événemens suffit, Mes-
sieurs, pour avancer qu'il est presqu'im-
possible a un seul Ectivain d'en remplir la
vaste carriere, quelque talent & quelque
impartialité qu on lui suppose. On recon-
noit encore la nécessité de votre fondation
quand on voit le peu de chronologie des
Historiens Grecs ou Romains, & les con-
trariétés étonnantes dans lesquelles ils
sont tombés. Quoiqu'on lise avec plai-
sir ceux qu'a produit votre nation, ils
laissent cependant bien des choses à dési-
rer. Si Garibai, Zurita, Morales, Maria-
na, Solis, Ferreras, avoient pu vous de-
vancer dans les places que vous occupez
aujourd'hui, quelle simplicité, quel ordre,
quelle majesté n admirerions-nous pas
dans leurs Ouvtages : L'intérêt de leur
union auroit perfectionné leurs connois-
sances: amis & rivaux tout à la fois, ils
se seroient communiqués leurs talens par
une critique judicieuse & polie, ils au-
roient fixé dans leurs assemblées les
loix du goût dont on s'écarte aisément
dans l'obscurité du cabinet. C'est toujours
aux yeux étrangers à nous faire apperçe-
voit nos défauts. L'expérience nous dé-
montre combien l'aveuglement de l'amour
92 MERCUREDE FRANCE.
propre est funeste au progrès de l'esprit
humain. Voilà, Messicurs, comment les
glorieux efforts de vos aînés vous ont dé-
couvert les véritables routes: leurs écrita
annoncent & promettent des modeles dans
les vôtres.
Ne bornons pas à la gloire de la litté-
rature les obligations que nous avons à
l'Antiquité. Le passé me devient présent
quand je considere dans l'Histoire Romai-
ne l'esprit politique de nos deux Monar-
chies. L'avenit s'etoit-il dévoilé à ces pre-
miers Maîtres du Monde? Semblable à
un Roi puissant qui, sur le bord du tom-
beau, partage ses nombreux Etats à ses
enfans, & leur découvre en même temps
leurs véritables intérêts, l'ancienne Romo
nous a laissé un monument de cette union
si essentielle à l'avantage des deux Cou-
ronnes sur plusicurs médailles de Galba
Auguste exposées à vos yeux dans le ca-
binet du Roi votre maître; on voit la
France & l'Espagne se donner la main:
alliance, pour ainsi dire, éternelle qui sub-
sista jusqu'à Philippe I. Il étoit réservé
à un autre Philippe de la ressusciter. Epo-
que mémorable qui fixa votre bonheur
& maintient l'unité de votre Monarchie.
De là ces solides maximes si religieuse-
ment suivies par Louis XV. & par Fer,
itized by Goo
FEVRIER.
1752.
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dinand VI. plus unis encore par les liens
de l'amitié que par ceux du sang. Ces
deux Princes sont également occupés de la
félicité de leurs sujets. La victoire a don-
né à Louis le surnom de Grand, les peuples
celui de Bien-aimé. Un intérêt aussi cher
attache tous les cœurs à Ferdinand, &
lui a déja acquis le titre de Juste.
Quelle gloire, Messieurs, pour votre
Académie d'écrire un jour l'Histoire du
Monarque votre protecteur! Quel hon-
neur pour moi de parler dès aujourd'hui
le langage de la postérité ! Mais en vous
témoignant mes sentimens d'admiration,
permettez que j'y joigne mes justes re-
grets de ne pouvoit profiter plus long-
temps de la douceur de votre Société; el-
le va m'être ravie par des ordres supé-
rieurs. Je quitte avec peine ces agréables
entretiens qui me familiarisoient avec l'i-
dée de vous appartenit, & ce qui me
rend cette séparation plus sensible, je
m'éloigne d'un Ministre qui, profond
dans la science de connoître les hommes
m'apprit le premier à vous aimer & àdus
estimer. Si quelque chose peut répondre
au souvenir que je conserverai toute ma
vie des bontés dè votre nation, c'est de
penser que je vais travailler & m'instruire
à être utile à la mienne auptès d'unę au-
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94 MERCUREDE FRANCE.
tre qui ne vous est point étrangere. Je
verrai à Naples un Prince né & élevé ea
Espagne uni au vôtre par le sang & l'ami-
tie, un Prince comme lui le honheur &
l'amour de ses sujers. Je vous aurai donc
toufours présens à l'esprit dans les nou-
veaux objets qui s'offriront à ma vue. Mon
coeur d'accord avec mes sentimens ne s'é-
loignera jamais de vous. J'ose vous de-
mander, Messieurs, la grace d'en être
bien assurés. Puis-je être assez heureux
pour que de tels motifs me conservent par-
mi vous un louvenir dont la moindte
marque me sera toujours précieuse.
Fermer
2001
2002
p. 94-100
Traduction de la Réponse que M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a faite au discours précédent.
Début :
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à cette Académie Royale un objet qui fût [...]
Mots clefs :
Titon du Tillet, Mérite, Académie royale d'histoire d'Espagne, Louanges, Gloire, Histoire, Honneur
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texteReconnaissance textuelle : Traduction de la Réponse que M. de Montiano, Directeur de l'Académie Royale d'Histoire d'Espagne, a faite au discours précédent.
Traduction de la Réponse que M. de Montiano,
Directeur de l'Académie Royale
d'Histoire d'Espagne, a faite au discours
précédent.
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à
cette Académie Royale un objet qui fût
plus digne de sa reconnoissance que les
nques du généreux souvenir de M. Ti-
ton Dutillet que vous lui remettez au-
jourd'hui; mais en même temps elle ne
pouvoit trouver un Iuterprête moins pro-
pre que moi à exprimer l'étendue de ses
sentimens & à les proportionnet au mé-
FEVRIER.
1752.
95
rite d'un tel bienfait. Tous les membres
qui compofent aujourd'hui son assemblée
voudroient que je pusse me servir d'ex-
pressions particulieres & capables de faire
connoître non seulement combien elle
estime cet illustre Auteur & ses Ouvra-
ges, mais encore la main de qui elle re-
çoit une aussi grande satisfaction. Je con-
sidere la force de mon engagement; j'en
sens toutes les difficultés; je sçais que je
ne puis les éviter.
Si le sçavant Auteur du Parnasse Fran-
çois n'étoit déja connu dans toute l'Euro-
pe, si les compagnies les plus célebres
d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne & de
Ftance ne l'avoient déja tant admiré, on
pourroit sans peine entreprendre l'éloge
qu'il mérite; mais après les louanges tant
de fois répetées, & qui ont déja placé
cette excellente plume au Temple de la
Renommée, que pourois je dire qui ne
parût trop foible au monde entier, à l'A-
cadémie & à moi-même.
L'Antiquité nous a laissé peu d'exem-
ples, & pour parler plus vrai, elle ne
nous en foutnit aucun que l'on puisse
comparer à cet homme illustre. Nous y
lisons de grandes actions entreprises pour
l'amour de la Patrie. Nous voyons à cha-
que pas dans l'Histoire l'attention des
Digstunas hoL0
96 MERCUREDEFRANCE.
Auteurs à exagéter les hauts faits de leur
Concitoyens; mais nous y remarquons
aussi souvent le peu de fruits que les uns
& les autres ont retiré de leurs travaux;
soit parce que la raison ne justisioit pas
les faits, soit parce que la passion en a
accumulé les louanges. C'est à M. Titon
Dutillet seul, & pour sa gloire, que de
pareils succès étoient réservés. Quel au-
tre particulier immortalisa jamais à ses
proptes dépens le mérite de ses plus ha-
biles Compatriotes: & quels sont les gé-
nies les plus jaloux d'une si grande gloire
qui se soient présentés pour retlir l'ob-
jet d'une si noble entreprise?
Cette réflexion que fait l'Académie
ainsi que je vous la rends, vous confit-
mera, Monsieur, la vénération sincere
que nous avons pour M. Titon Dutillet,
& combien nous sont agréables les mar-
ques qu'il nous donne de son amitié. Elles
vivront éternellement dans ses Archives,
comme dans le cœeur de chacun de ses
membres. Elles seront célébrées par ceux
qui nous succederont, & peut-être la mé-
moire en sera-t-elle renouvellée dans les
siècles à venir, quandenos productiono,
fruit de nos études, passeront dans toute l'é-
tendue de la postérité: en attendant, elles
autont toujours l'accueil qui est dû à l'a-
mitié
FEVRIER.
1752.
27
mitié que nous témoigne M. Titon Du-
tillet.
Vous ne vous êtes pas trompé, Mon-
sieur, en avançant qu'on pouvoit regar-
der M. Titon Dutillet Coadémicien de
l'Histoire. Notre inclination ne peut re-
fuser cet honneur à un Auteur qui en a em-
brassé une partie si éminente. Il a donc
pû se regarder comme tel dès l'instant que
ses ouvrages ont touché le portique de l'A-
cadémie; il le peut encore par les louan-
ges multipliées qui les suivent, la géné-
rosité avec laquelle il nous les offre, &
notre empressement à les recevoir.
Nous ny sommes pas moins portés;
(ce qui caractérise particulierement le nom
immortel de Philippe V. notre Fonda-
teur) en découvrant à l'inspection du
Parnasse François combien les Lettres ont
fleuri sous le Regne de Louis XIV,
Circonstance dont vous faites, Monsieur,
une juste application à la protection dé-
clarée que leur accorda, & à l'amour qua
eu pour elles le Prince son petit fils, qui
furent la source de cette noble émulation
qu'il eut toujours de suivre les sages maxi-
mes du grand Roi son Ayeul.
Le tendre souvenir que nous en con-
servons rend encore plus vif le desir que
nous avons de le publier, & d'en orner nos
as
93 MERCURE DE FRANCE.
Statuts; c est un tribut que nous payona
à la protection Royale & aux bontes dont
cet Auguste Souverain a bien voulu les
honorer. C'est aussi par la même raison
que nous croyons devoir inscrire dans
nos fastes un homme qui a particuliere-
ment travaillé, à éterniser le lustre des
plus dignes Enfans de cet âge d'or, sou-
tenu par le plus illustre des Princes de son
temps. Un homme qui contribue aujour-
d'hui par l'honneur qu'il rend à l'Acadé-
mie, & les louanges dont vous relevez
son établissement, à la gloire que nous
devons au Monarque bien faisant qui en a
posé les fondemens.
Outre les vœux & la satisfaction que
M. Titon Dutillet a sçu se concilier par
des motifs aussi justes, il a encore en sa
faveur, celui de vous avoir donné occa-
sion, Monsieur, de penser comme pen-
sent heureusement les sujets de notre très-
religieux Roi & notre Protecteur Ferdi-
nand VI. La justice que vous rendez à
ses vertus, la verité avec laquelle vous
manifestez l'amour de ses peuples, en
même temps qu'elles flattent notre joie
& notre félicite, nous excitent à publier
aussi de notre côté de la maniere la plus
expressive, l'obligation que nous avons
au Ciel qui nous a donné un Monarque
FEVRIER. 1752.
99
si digne du Trône qu'il occupe. Il ny a
quasi pas un seul Académicien qui n'ait
éprouvé des marques convaincantes de
la douceur d'un si aimable Maître. Tous.
le connoissent, tous l'aiment. Peut-il y
avoir des preuves plus fortes de la sincé-
rité de notre reconnoissance, que de sça-
voir distinguer le mobile auquel on don-
ne tant d'applaudissemens.
Je vous ai dit, Monsieur, suivant les
pouvoirs que m'en avoit donné l'Acadé-
mie, & je vous le confirme, que, quant,
à ce qui regarde M. Titon Dutillet, &
la juste rétribution que mérite son at-
tention, elle est resolue de lui prouver
dès à-présent l'estime particulière qu'elle
a de sa personne, pour suppléer à tout ce
que je puis oublier dans mes expressions:
je voudrois pouvoir vous peindre encore
tout ce que je lis dans le cœeur de mes
confreres, vous y verriez, Monsieur, la
distinction particuliere quel'Académie fait
de votre merite, & combien elle se félicite
d'en avoir reçu des preuves réelles. Je vous
dirai enfin qu'elle espere obtenir du temps
une occasioa favorable de pouvoir fran-
chir les bornes étroites où sa volonté se
trouve renfermée aujourd'hui.
Quant à ce qui me regarde en parti-
culier, je ne sçai comment vous répon-
E ij
nad
700 MERCURE DE FRANCE.
dte, Monsieur. Si je vous remercie des
louanges que vous me prodiguez, ce sera
donner une espéce de consentement à
un honneur si peu mérité. Si je les dissimu-
le en les couvrant d'un silence affecté
on interprétera ce silence comme une
impolitesse. Je me sens incapable de
tomber dans aucun de ces deux égare-
mens, & pour éviter l'un & l'autre
quelqu'inexcusable que je puisse vous pa-
roître, je vous laisse le juge, Monsieur,
des justes motifs qui mengagent à ne
plus parler d'une matiere où je suis le
seul interessé, & où mes remercimens
ne peuvent rien ajoûter à votre gloire.
Directeur de l'Académie Royale
d'Histoire d'Espagne, a faite au discours
précédent.
On ne pouvoit, Monsieur, présenter à
cette Académie Royale un objet qui fût
plus digne de sa reconnoissance que les
nques du généreux souvenir de M. Ti-
ton Dutillet que vous lui remettez au-
jourd'hui; mais en même temps elle ne
pouvoit trouver un Iuterprête moins pro-
pre que moi à exprimer l'étendue de ses
sentimens & à les proportionnet au mé-
FEVRIER.
1752.
95
rite d'un tel bienfait. Tous les membres
qui compofent aujourd'hui son assemblée
voudroient que je pusse me servir d'ex-
pressions particulieres & capables de faire
connoître non seulement combien elle
estime cet illustre Auteur & ses Ouvra-
ges, mais encore la main de qui elle re-
çoit une aussi grande satisfaction. Je con-
sidere la force de mon engagement; j'en
sens toutes les difficultés; je sçais que je
ne puis les éviter.
Si le sçavant Auteur du Parnasse Fran-
çois n'étoit déja connu dans toute l'Euro-
pe, si les compagnies les plus célebres
d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne & de
Ftance ne l'avoient déja tant admiré, on
pourroit sans peine entreprendre l'éloge
qu'il mérite; mais après les louanges tant
de fois répetées, & qui ont déja placé
cette excellente plume au Temple de la
Renommée, que pourois je dire qui ne
parût trop foible au monde entier, à l'A-
cadémie & à moi-même.
L'Antiquité nous a laissé peu d'exem-
ples, & pour parler plus vrai, elle ne
nous en foutnit aucun que l'on puisse
comparer à cet homme illustre. Nous y
lisons de grandes actions entreprises pour
l'amour de la Patrie. Nous voyons à cha-
que pas dans l'Histoire l'attention des
Digstunas hoL0
96 MERCUREDEFRANCE.
Auteurs à exagéter les hauts faits de leur
Concitoyens; mais nous y remarquons
aussi souvent le peu de fruits que les uns
& les autres ont retiré de leurs travaux;
soit parce que la raison ne justisioit pas
les faits, soit parce que la passion en a
accumulé les louanges. C'est à M. Titon
Dutillet seul, & pour sa gloire, que de
pareils succès étoient réservés. Quel au-
tre particulier immortalisa jamais à ses
proptes dépens le mérite de ses plus ha-
biles Compatriotes: & quels sont les gé-
nies les plus jaloux d'une si grande gloire
qui se soient présentés pour retlir l'ob-
jet d'une si noble entreprise?
Cette réflexion que fait l'Académie
ainsi que je vous la rends, vous confit-
mera, Monsieur, la vénération sincere
que nous avons pour M. Titon Dutillet,
& combien nous sont agréables les mar-
ques qu'il nous donne de son amitié. Elles
vivront éternellement dans ses Archives,
comme dans le cœeur de chacun de ses
membres. Elles seront célébrées par ceux
qui nous succederont, & peut-être la mé-
moire en sera-t-elle renouvellée dans les
siècles à venir, quandenos productiono,
fruit de nos études, passeront dans toute l'é-
tendue de la postérité: en attendant, elles
autont toujours l'accueil qui est dû à l'a-
mitié
FEVRIER.
1752.
27
mitié que nous témoigne M. Titon Du-
tillet.
Vous ne vous êtes pas trompé, Mon-
sieur, en avançant qu'on pouvoit regar-
der M. Titon Dutillet Coadémicien de
l'Histoire. Notre inclination ne peut re-
fuser cet honneur à un Auteur qui en a em-
brassé une partie si éminente. Il a donc
pû se regarder comme tel dès l'instant que
ses ouvrages ont touché le portique de l'A-
cadémie; il le peut encore par les louan-
ges multipliées qui les suivent, la géné-
rosité avec laquelle il nous les offre, &
notre empressement à les recevoir.
Nous ny sommes pas moins portés;
(ce qui caractérise particulierement le nom
immortel de Philippe V. notre Fonda-
teur) en découvrant à l'inspection du
Parnasse François combien les Lettres ont
fleuri sous le Regne de Louis XIV,
Circonstance dont vous faites, Monsieur,
une juste application à la protection dé-
clarée que leur accorda, & à l'amour qua
eu pour elles le Prince son petit fils, qui
furent la source de cette noble émulation
qu'il eut toujours de suivre les sages maxi-
mes du grand Roi son Ayeul.
Le tendre souvenir que nous en con-
servons rend encore plus vif le desir que
nous avons de le publier, & d'en orner nos
as
93 MERCURE DE FRANCE.
Statuts; c est un tribut que nous payona
à la protection Royale & aux bontes dont
cet Auguste Souverain a bien voulu les
honorer. C'est aussi par la même raison
que nous croyons devoir inscrire dans
nos fastes un homme qui a particuliere-
ment travaillé, à éterniser le lustre des
plus dignes Enfans de cet âge d'or, sou-
tenu par le plus illustre des Princes de son
temps. Un homme qui contribue aujour-
d'hui par l'honneur qu'il rend à l'Acadé-
mie, & les louanges dont vous relevez
son établissement, à la gloire que nous
devons au Monarque bien faisant qui en a
posé les fondemens.
Outre les vœux & la satisfaction que
M. Titon Dutillet a sçu se concilier par
des motifs aussi justes, il a encore en sa
faveur, celui de vous avoir donné occa-
sion, Monsieur, de penser comme pen-
sent heureusement les sujets de notre très-
religieux Roi & notre Protecteur Ferdi-
nand VI. La justice que vous rendez à
ses vertus, la verité avec laquelle vous
manifestez l'amour de ses peuples, en
même temps qu'elles flattent notre joie
& notre félicite, nous excitent à publier
aussi de notre côté de la maniere la plus
expressive, l'obligation que nous avons
au Ciel qui nous a donné un Monarque
FEVRIER. 1752.
99
si digne du Trône qu'il occupe. Il ny a
quasi pas un seul Académicien qui n'ait
éprouvé des marques convaincantes de
la douceur d'un si aimable Maître. Tous.
le connoissent, tous l'aiment. Peut-il y
avoir des preuves plus fortes de la sincé-
rité de notre reconnoissance, que de sça-
voir distinguer le mobile auquel on don-
ne tant d'applaudissemens.
Je vous ai dit, Monsieur, suivant les
pouvoirs que m'en avoit donné l'Acadé-
mie, & je vous le confirme, que, quant,
à ce qui regarde M. Titon Dutillet, &
la juste rétribution que mérite son at-
tention, elle est resolue de lui prouver
dès à-présent l'estime particulière qu'elle
a de sa personne, pour suppléer à tout ce
que je puis oublier dans mes expressions:
je voudrois pouvoir vous peindre encore
tout ce que je lis dans le cœeur de mes
confreres, vous y verriez, Monsieur, la
distinction particuliere quel'Académie fait
de votre merite, & combien elle se félicite
d'en avoir reçu des preuves réelles. Je vous
dirai enfin qu'elle espere obtenir du temps
une occasioa favorable de pouvoir fran-
chir les bornes étroites où sa volonté se
trouve renfermée aujourd'hui.
Quant à ce qui me regarde en parti-
culier, je ne sçai comment vous répon-
E ij
nad
700 MERCURE DE FRANCE.
dte, Monsieur. Si je vous remercie des
louanges que vous me prodiguez, ce sera
donner une espéce de consentement à
un honneur si peu mérité. Si je les dissimu-
le en les couvrant d'un silence affecté
on interprétera ce silence comme une
impolitesse. Je me sens incapable de
tomber dans aucun de ces deux égare-
mens, & pour éviter l'un & l'autre
quelqu'inexcusable que je puisse vous pa-
roître, je vous laisse le juge, Monsieur,
des justes motifs qui mengagent à ne
plus parler d'une matiere où je suis le
seul interessé, & où mes remercimens
ne peuvent rien ajoûter à votre gloire.
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2003
p. 107-108
AUTRE.
Début :
Je fus jadis, Lecteur, très-florissante à Rome, [...]
Mots clefs :
République
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fus jadis , Lecteur , très florifſante à Rome ,
Mes uſages , mes loix donnent la liberté ;
Mais celles d'aujourd'hui , ſans trop de dignité
De celles d'autres fois , ne ſont qu'un vrai fane
tôme.
Ce début aisément me fera deviner ,
Cela ne ſuffit point ,
il faut me combiner.
Dans les dix pieds , Lecteur , qui forment mon
effence,
Tu peux fanspeine voir ce qu'avecrévérence
On porte quelquefois à la Proceffion ,
Ou m'encenſe , on me baiſe avec dévotion...
Un Réglement Anglois... & cette humeur amére
Qui te rend fort ſouvent ſujet à la colore ...
Le noble amuſement des Sçavans curieux ;
L'inſtrument conſacré pour rendre hommage aux
Dieux ;
UnProphéte vanté dans la Sainte Ecriture ;
Ce long vaiſſeau de bois , dont le ſéjour facheux
De ton corps ſçaura faire aux vers une pâture ;
Un plaifir ; un oiſeau , plus une paflion ,
Habillement de femmes , une bonne boiſſon .
Cette terre en carreaux , qui dans un cadre cuite
Abien ſervi peut-être à bâtir la maiſon ,
Et dont même la Tour de Babel fut conftruite ;
Ce qui ſert d'aliment à tout le genre humain.
E v
108 MERCURE DEFRANCE,
Un illuftre Miniſtre ; un Empereur Romain ;
L'arme qui rompt l'effort de la Cavalerie ;
Le dépôt de tout vin ; Ville de l'Italie ;
Une Province en France ; & quatre mots Latins
La Riviere qu'on ſçait utile aux Gobelins .
Pourfuis , ami Lecteur , tu trouveras fans peine ,
Un petit animal qu'on chaſſe dans la plaine;
Le fleuve , dont les eaux mouillent les Ham
bourgeois ;
Grande Ville qui fut en Eſpagne autrefois ;
Une Iſle; un de ſes Forts ; note de la muſique ;
Ce que porte d'un Prince un Page , un domeftia
que;
Un reptile qui mord,& cauſe de grands maux ;
Un très- fimple inſtrument pour lever les fardeaux ;
Le nom d'un Patriarche ; une Tribu choifie ;
Par les pieds dénommés fix , quatre , huit , neuf
&dix.
Devine enfin , Lecteur , Ville de l'Italie ,
Situ ſçais ce qu'elle eſt , tu ſçais ce que je ſuis
1 Par M. de Montpellior.
E fus jadis , Lecteur , très florifſante à Rome ,
Mes uſages , mes loix donnent la liberté ;
Mais celles d'aujourd'hui , ſans trop de dignité
De celles d'autres fois , ne ſont qu'un vrai fane
tôme.
Ce début aisément me fera deviner ,
Cela ne ſuffit point ,
il faut me combiner.
Dans les dix pieds , Lecteur , qui forment mon
effence,
Tu peux fanspeine voir ce qu'avecrévérence
On porte quelquefois à la Proceffion ,
Ou m'encenſe , on me baiſe avec dévotion...
Un Réglement Anglois... & cette humeur amére
Qui te rend fort ſouvent ſujet à la colore ...
Le noble amuſement des Sçavans curieux ;
L'inſtrument conſacré pour rendre hommage aux
Dieux ;
UnProphéte vanté dans la Sainte Ecriture ;
Ce long vaiſſeau de bois , dont le ſéjour facheux
De ton corps ſçaura faire aux vers une pâture ;
Un plaifir ; un oiſeau , plus une paflion ,
Habillement de femmes , une bonne boiſſon .
Cette terre en carreaux , qui dans un cadre cuite
Abien ſervi peut-être à bâtir la maiſon ,
Et dont même la Tour de Babel fut conftruite ;
Ce qui ſert d'aliment à tout le genre humain.
E v
108 MERCURE DEFRANCE,
Un illuftre Miniſtre ; un Empereur Romain ;
L'arme qui rompt l'effort de la Cavalerie ;
Le dépôt de tout vin ; Ville de l'Italie ;
Une Province en France ; & quatre mots Latins
La Riviere qu'on ſçait utile aux Gobelins .
Pourfuis , ami Lecteur , tu trouveras fans peine ,
Un petit animal qu'on chaſſe dans la plaine;
Le fleuve , dont les eaux mouillent les Ham
bourgeois ;
Grande Ville qui fut en Eſpagne autrefois ;
Une Iſle; un de ſes Forts ; note de la muſique ;
Ce que porte d'un Prince un Page , un domeftia
que;
Un reptile qui mord,& cauſe de grands maux ;
Un très- fimple inſtrument pour lever les fardeaux ;
Le nom d'un Patriarche ; une Tribu choifie ;
Par les pieds dénommés fix , quatre , huit , neuf
&dix.
Devine enfin , Lecteur , Ville de l'Italie ,
Situ ſçais ce qu'elle eſt , tu ſçais ce que je ſuis
1 Par M. de Montpellior.
Fermer
2004
p. 120-124
« AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
Début :
AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...]
Mots clefs :
Nomen, Bonheur, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae gratulatio, habita in Regio Ludovici [...] »
AUGUSTIS parentibus Delphino & Delphinae
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
e
121
FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
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122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
OO
124 MERCUREDEFRANCE.
lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
gratulatio, habita in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu. Die Mer-
curii vigesima quarta mensis Novembris
1751. A Joanne Baptista Geofftoi, ejus-
dem Societatis Sacerdote, Parisiis, ex Typo-
graphia Thiboust 1751.
L'Auteur de ce beau Discours repré-
sente la naissance de Monseigneut le Duc
de Bourgogne, comme un avantage qui
manquoit seul au bonheur de la Famille
Royale, qui suffit seul au bonheur de la
Nation. Ce plan qui a paru heureux est
exécuté hardiment, fortement & agréa-
blement. L'ouvrage entier est semé de
pensées saillantes, de sentimens tendres,
de contrastes ingénieux, d'images alter-
nativement vives & gracieuses. Le mor-
ceau qu'on va lire suffira pour faire juget
du style du Pere Geoffroy.
Quod si haeredem sibi non deesse tanti Du-
cum hi etiam quibus vix quidquam haeredi-
tatis est, quanti erat illo ut non careret au-
gustissima toto terrarum orbe familia, quae
quidquid commendationis affert antiquitas
quidqnid admirationis habet celebritas, quae-
gumque jura dominatus amplitudo colligit
quoscumque
e
121
FEVRIER. 1752.
quoscumque titulos meritorum copia complec-
tiiur; illud omne ab elapsis aetatibus intactum
recipit, ad auctum transmisit sequentibus, &
majorem laudibus inchoatum nepotum virin-
tibus cumulavit.
Antiquitatem dico splendoris: cedo enim
familiam hac ipsâ pluribus aetatibus nobili-
tatam; quae duodecim jam inde à saeculis
exorsa, esse vixe incepit priùs quam regnaret,
regnare non destitii ex quo incepit esse; quae
enixa semper, numquam exhausta, penè tot
Heroum mater fuii quot Principum; & post
quam parenies habuisset quos à nepotibus
adaequandos esse non crederet, nepotes
peperit quo: ipsis parentibus invidendos esse
fateretur. Visae suni stirpes aliae Regales titu-
bare cum soliis quibus inhaerebant; haec stetit,
Adultaratae propagino deceneri livorem
duxere & squallorem; haec floruit: debilitata
ramorum multitudine & inimitiae emarcuere
aliquando & defecere; haec pullulavit; vi-
duatae foeiu adoptivos surculos recepers; hac
dedii. Ai, puto, in hanc, ut in alias, non
saeviit vis tempestatum? Imo atrocius: incli-
natae sunt, haec firmata. Ad hanc, veluti
ad reliquas, ferrum atque ignem non admo-
vit inimicus furor? Imò propius: resectae sunt.
& ambustae: intacta haec & inoffensa. Con-
tra illam, sicuti contrà caeteras non structa
sunt arcanae molitiones? Imo insidiosius; ceci-
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122 MERCUREDEFRANCE.
dere, permansit. Permansit autem non alimà
ope, sed vi propria; non inflectendo seip-
sam, & coden lo ventis, sed illorum fran-
gendo impetus; non daenno aliquot partium
sed cum singulorum incremento: ut cion
duanarent procellosi spiritus, cim vitulae-
reut tempestatum ignes, cim orbis crjuratus
in banc emnis rueret, staeret hac una in orbo
cmni, vigeret, germinaret, raelice permoa-
net terram, floreret vertice & deuunaretur.
Celebritatem dico gloria: cedo ullum lau-
dis genus quod illi defuerit quaqua padet
erbis, uunen ejus fama subvenit praeconiis
victoria insiguivit triumphis, sebacta urvi-
dia coluit obsequiis, barbaries emollita sovit
studiis, glovia horum neminibus adjanxit
Religio sanctorum fastis inscripsit; ut gens
oadem terris at coe'o denma, decorum excel-
suate superaverit id quod bumanen est, fa-
ciuorum wagnitudine adaquaverit id quod
heroicum est, imperii majestate colligerit id
quod Regium est, id etiam quod devinum est
virtutum unmensitate attigerit.
Dominatiis dico amplitudinem: codo gen-
tem ullan oui alia pluris obsecutae sunt?
Reges ab illâ procreaios sibi gratulata est
Hispania; ub illam orimdos Italia & Sicilia
venereuiur; ab illa Casares uccepit Germa-
nia, Regio plurima Principes, Europa ommt
Arbitros, Galliam foriunat legibus, Ams-
eO
* * .**
FEVRIER. 1752. 123
vicam permeavit navibus, Asiam iremefecit
urmis, orbem utrumque junxit commerciis;
Reges dedit ubi non regnavit; reverentiam
dbtinuit ubi uon exercuit imperium; subditos
fermè habet ubicumque homines natura; ut
quod Romanâ gente dictum est dici de illa
debeat, nil nisi Borbonium quod tueatur,
habere, & quocumque spectet, seipsam sibi
esse ad spectaculum.
Titulorum dico multitudinem: facessant ver)
illa ostentationis plena & invidiae nomina,
quae suis aliquot heroibus ad parennem ve-
rum ab ipsis gestarum commendationem im-
ponehat Roma, ut quae haredum pravitate
descivisseni in Republicâ familiae, majorum
revocatâ famâ se quodam modo repararent,
essetque avorum gloriosa recordatio appella-
rus ab illorum cognomento nepos etiam ab illo-
vum virtute degeneret... qui mos si apud nos
vigeret, opinor, cognomentis ejusmodi careret
Borkonia gens? cui suam appellationem pa-
tata vel domita Germania, suam subacta
toties Ratavia, suam vicla non semel An-
glia, suam Eurcpa sapius composita; suam
plaga omnis vel lustrata victoriis, vel bene-
ficiis devincta imponeret? Harum vero ap-
pellationum in locum, nomen posuit sanctitas
verendum coelo, nomen justitia borrendum
Frandibus, nomen magnanimitas timendun
bostibus, nomen amor ipse adorundum popu-
OO
124 MERCUREDEFRANCE.
lis; ut omnis virtus suum toties appellatun
audiat, quoties Borbonium appellatur.
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2005
p. 153-154
« QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
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QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...]
Mots clefs :
Académie, Discours, Jean-Jacques Rousseau, Attaquer
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texteReconnaissance textuelle : « QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
QUANTUM litteris debeat virtus..
Oratio habitajuſſu &nomine Univerfitatis
ad folemnem præmiorum diſtributionem
in majoribus Sorbonæ ſcholis , die
Jovis duodecimâAugufti 1751. àChrſtiano
leRoy , éloquentiæ Profeſſore in Collegio
Cardimalitio. Parifius apud Thibout.
L'éloquent diſcours de M. Rouſſeau,
Gy
154 MERCUREDEFRANCE.
,
couronné par l'Académie de Dijon , a
été attaqué fucceſſivement dans notre Jour-
-nal par un Grand-Prince qui aime
les hommes & qui encourage lesArts par
fon exemple & par ſesrécompenfes ; par
M. Gautierde la Société Royale de Nan .
ci , & en dernier lieu , dans le Mercure
de Décembre , parM. Borde : fon difcours
lû à l'Académie de Lyon ,
beaucoup de bruit à Paris , & y a reçu
les plus grands éloges. M. le Roi a traité
le même ſujet au nom de l'Univerſité. La
crainte de trop entretenir le public de la
même queſtion , nous empêche de donner
un extrait de cet ouvrages il mérite
d'être lu par tous ceux qui aiment les
Lettres , & un ftile Latin fort & véhément.
Oratio habitajuſſu &nomine Univerfitatis
ad folemnem præmiorum diſtributionem
in majoribus Sorbonæ ſcholis , die
Jovis duodecimâAugufti 1751. àChrſtiano
leRoy , éloquentiæ Profeſſore in Collegio
Cardimalitio. Parifius apud Thibout.
L'éloquent diſcours de M. Rouſſeau,
Gy
154 MERCUREDEFRANCE.
,
couronné par l'Académie de Dijon , a
été attaqué fucceſſivement dans notre Jour-
-nal par un Grand-Prince qui aime
les hommes & qui encourage lesArts par
fon exemple & par ſesrécompenfes ; par
M. Gautierde la Société Royale de Nan .
ci , & en dernier lieu , dans le Mercure
de Décembre , parM. Borde : fon difcours
lû à l'Académie de Lyon ,
beaucoup de bruit à Paris , & y a reçu
les plus grands éloges. M. le Roi a traité
le même ſujet au nom de l'Univerſité. La
crainte de trop entretenir le public de la
même queſtion , nous empêche de donner
un extrait de cet ouvrages il mérite
d'être lu par tous ceux qui aiment les
Lettres , & un ftile Latin fort & véhément.
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Résumé : « QUANTUM litteris debeat virtus. Oratio habita jussu & nomine Universitatis [...] »
Le texte discute du discours de Jean-Jacques Rousseau, couronné par l'Académie de Dijon, qui a suscité diverses réactions. Ce discours a été critiqué par un Grand-Prince, M. Gautier de la Société Royale de Nantes et M. Borde, dont le discours a été présenté à l'Académie de Lyon. Malgré ces critiques, le discours de Rousseau a suscité un grand intérêt à Paris et a reçu de nombreux éloges. Le Roi a également abordé le même sujet au nom de l'Université. En raison de la crainte de prolonger la discussion, le texte ne fournit pas d'extrait de l'ouvrage, bien qu'il soit recommandé pour ceux qui aiment les lettres et est noté pour son style latin fort et véhément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2006
p. 155-156
« CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
Début :
CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...]
Mots clefs :
Ville, Église, Paris, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : « CELEBRATIONS des mariages de la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale [...] »
CELEBRATIONS des mariages de
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
la Ville, de l'Eglise Collégiale & Paroissiale
de Saint Merry à Paris, faites le Mar-
dy 9 Novembre 1751. à l'occasion de la
naissance de Monseigueur le Duc de Bour
gogne; exhortation à ce sujet; par M.
Artaud Docteur de Sorbonne, Chefcier-
Curé dela dite Eglise. A Paris chez Heris-
sant, rue neuve Notre-Dame.
Si M. Artaud ne jouissoit pas depnis,
long-tems de la réputation de bien parler,
il l'auroit acquise par deux exhortations
que nous annonçons; elles sont pleines,
d'onction & de véhémence. L'Auteur y a
fait ingénieusement entrer tout ce que les
circonstances réunies de la naissance de
Fvj
156 MERCUREDEFRANCE.
Monseigneur le Duc de Bourgogne & de
la magnificence de la Ville luifournissoient.
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2007
p. 156-157
« ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...] »
Début :
ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...]
Mots clefs :
Ducs de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : « ALMANACH historique des Ducs de Bourgogne, contenant l'Histoire de [...] »
ALMANACH historique des Ducs
de Bourgogne, contenant l'Histoire de
la naisfance des premiers fils de France,
portant aujourd'hui le nom de Duc de Bour-
gogne & la relation fuccinte des fetes don-
nées à cetre occasion, fuivie de l'abrégé de
la vie de ces Princes, avec le Calen-
15
1752.
FEVRIER.
drier pour l'an 1752. Par LL. FF. LL. à Pa-
ris. 1752.
de Bourgogne, contenant l'Histoire de
la naisfance des premiers fils de France,
portant aujourd'hui le nom de Duc de Bour-
gogne & la relation fuccinte des fetes don-
nées à cetre occasion, fuivie de l'abrégé de
la vie de ces Princes, avec le Calen-
15
1752.
FEVRIER.
drier pour l'an 1752. Par LL. FF. LL. à Pa-
ris. 1752.
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2008
p. 160-162
« DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...] »
Début :
DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...]
Mots clefs :
Discours, Style épigrammatique, Style figuré, Exorde
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texteReconnaissance textuelle : « DE felici ortu Serenissimi Burgundiae Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni [...] »
DE felici ortu Serenissimi Burgundiae
Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni
Collegio Societatis Jesu; die Veneris pri-
ma Octobris, anno Domini 1751: à Jacobo
Duparc, ejusdem Societatis Sacerdot. Pa-
risiis, ex Tipographia Thiboust, 1751.
Ce discours nous a paru écrit avec beau-
coup de logique, d'ordre & de goût. L'O-
rateur a évité avec soin le style épigram-
matique & figuré, si souvent reproché,
& avec tant de raison à notre siecle. Sa-
marche est toujours sage & du ton de
Lexorde que nous allons transcrire.
» Fuit illa Voterum in consignandis lae-
titiae monumentis consuetudo, ut is
FEVRIER. 1752.
161
»quid faustum Imperio fortunatumque
„eveniret, illud in aere plerumque ad
„aternam rei memoriam curarent ex-
»primi cum hac inscriptione Felicitas pu-
»blica. Quae quàm temeraria fuerit ap-
»pellatio, quàm saepè inanitatis plenissi-
»ma, satis vel ex hoc uno colligitur,
„ quòd illam ob cruentas victorias vulgò
»consecra verint, quarum gloria non po-
» tuit ad victores Populos, nisi cum plu-
»ribus eorumdem infortumis, pertinere.
„At verò in hac communi omnium
»laetitiâ, quam attulit Serenissimi Bur-
„ gundiae Ducis ortus fortunatissimus
»nemo me, opinor, adulationis insimu-
»labit vel imprudentiae, si in auro, si in
»marmore, si in locis monumentisque
»publicis has voces, jam in Gallorum
»animis altiùs exaratas, inscribi oporte-
»re contendam, quae publicam felicita-
vtem natam esse significent. Quis enim
» eam felicitatem neget, posse publicam
»appellari, quae non solius Aulae am-
»bitu terminisque sit definita, non in
» solam stirpem Regiam permanarit, sed
» per varias totius Imperii Gallici partes
»diffundatur; neque vim aut robur ca-
u piat è vulgaribus laetitiae testimoniis,
»at solidis ranonum argumentis sit sta-
ubilita.
a
162 MERCUREDEFRANCE.
»Nam, ut rem mente conceptam va
„bis explicem, dico Galliam totam
„ cum aliqua Regia proles expectatur,
nquae sit spes Regni pretiosissima, duplici
»nec mediocri timore commoveri vehe-
» menter solere; ne scilicet expetita pro
»les mascula vel non prodeat in lucem
„ quo nihil esse potest Regiae Familiae fit-
„mitati magis inimicum; vel, postquam
„prodiit, non eos parentes habeat à qui-
„bus regaliter in publicam utilitatem
»instituatur, quo nihil populis accide-
„re solet magis incommodum. Igitur id-
»circo & Regiæe Familiae, & Gallicae
n Genti gratulabimur, quia Dux Burgun-
»diae Serenissimus, 1. in Regiae stirpis
„firmitatem opportunè nascitur; 2. in
»Imperii Gallici utilitatem regaliter ins-
»tituetur.
Ducis Oratio habita in Regio Ludovici Magni
Collegio Societatis Jesu; die Veneris pri-
ma Octobris, anno Domini 1751: à Jacobo
Duparc, ejusdem Societatis Sacerdot. Pa-
risiis, ex Tipographia Thiboust, 1751.
Ce discours nous a paru écrit avec beau-
coup de logique, d'ordre & de goût. L'O-
rateur a évité avec soin le style épigram-
matique & figuré, si souvent reproché,
& avec tant de raison à notre siecle. Sa-
marche est toujours sage & du ton de
Lexorde que nous allons transcrire.
» Fuit illa Voterum in consignandis lae-
titiae monumentis consuetudo, ut is
FEVRIER. 1752.
161
»quid faustum Imperio fortunatumque
„eveniret, illud in aere plerumque ad
„aternam rei memoriam curarent ex-
»primi cum hac inscriptione Felicitas pu-
»blica. Quae quàm temeraria fuerit ap-
»pellatio, quàm saepè inanitatis plenissi-
»ma, satis vel ex hoc uno colligitur,
„ quòd illam ob cruentas victorias vulgò
»consecra verint, quarum gloria non po-
» tuit ad victores Populos, nisi cum plu-
»ribus eorumdem infortumis, pertinere.
„At verò in hac communi omnium
»laetitiâ, quam attulit Serenissimi Bur-
„ gundiae Ducis ortus fortunatissimus
»nemo me, opinor, adulationis insimu-
»labit vel imprudentiae, si in auro, si in
»marmore, si in locis monumentisque
»publicis has voces, jam in Gallorum
»animis altiùs exaratas, inscribi oporte-
»re contendam, quae publicam felicita-
vtem natam esse significent. Quis enim
» eam felicitatem neget, posse publicam
»appellari, quae non solius Aulae am-
»bitu terminisque sit definita, non in
» solam stirpem Regiam permanarit, sed
» per varias totius Imperii Gallici partes
»diffundatur; neque vim aut robur ca-
u piat è vulgaribus laetitiae testimoniis,
»at solidis ranonum argumentis sit sta-
ubilita.
a
162 MERCUREDEFRANCE.
»Nam, ut rem mente conceptam va
„bis explicem, dico Galliam totam
„ cum aliqua Regia proles expectatur,
nquae sit spes Regni pretiosissima, duplici
»nec mediocri timore commoveri vehe-
» menter solere; ne scilicet expetita pro
»les mascula vel non prodeat in lucem
„ quo nihil esse potest Regiae Familiae fit-
„mitati magis inimicum; vel, postquam
„prodiit, non eos parentes habeat à qui-
„bus regaliter in publicam utilitatem
»instituatur, quo nihil populis accide-
„re solet magis incommodum. Igitur id-
»circo & Regiæe Familiae, & Gallicae
n Genti gratulabimur, quia Dux Burgun-
»diae Serenissimus, 1. in Regiae stirpis
„firmitatem opportunè nascitur; 2. in
»Imperii Gallici utilitatem regaliter ins-
»tituetur.
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2009
p. 163-168
« HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
Début :
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...]
Mots clefs :
Arabes, Aurangzeb, Prince, François Augier Marigny, Extérieur, Enfants, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
Fermer
2010
p. 191-195
DE STOKHOLM, le 24 Décembre.
Début :
La Diette a repris ses Séances, & le bruit court qu'il a été résolu dans le Committé secret, [...]
Mots clefs :
Roi, Royaume, États, Lois, Nation, Suède, Prince, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 24 Décembre.
DE STOKHOLM, le 24 Décembre.
La Diette a repris ses Séances, & le bruit
court qu'il a été résolu dans le Committé secret,
d'employer de nouvelles instances auprès
du Comte de Tessin, pour l'engager à ne point se
démettre de ses emplois. Les Députés de la Com-
pagnie des Indes Orientales sons retournés à Got-
tembourg, aprés avoir eu une seconde audience
du Roi, qui leur a promis de ne négliger rien de
ce qui pourroit contribuer aux progrès du Com-
merce de cette Compagnie.
Lorsque les Etats du Royaume se présenterent
devant le Tiône pour rendre leur soi & hommage
au Roi, le Comte de Tessin, coutinuant d'ex-
ercer la dignité de Président du Collége de la
Chancellerie, leur adressa le discours suivant.
»Exhorter les Suédois à la soumission & à la fideli-
»té pour leur Souverain, ce seroit paroître avoir
„oublié à quel point ils ont toujours portés ses
aOO
192 MERCURE DE FRANCE.
„sentimens, le sang qu'ils ont répandu en tant
»d'occasions, & toutes les circonstances, soit
» passées, soit présentes, consirment sussisam-
„ment, qu'il n'y a aucune considération humai.
nne, qui puisse faire balancer la Nation sur l'ac-
„complissement de pareils devoirs. Ces mêmes
„ sentimens se lisent dans vos ye ix, aujourd'hui
„que les Couronnes de Suéde, des Goths & des
„Vandales, sont sur la tête d'un Prince, dont
»la Maison est si étroitement liée avec celle des
„Gustaves, & qui pendant huit années en-
„tieres, & dans les tems les plus difficiles, a don-
„né des preuves reiterées de son dévouement
„pour le Royaume. Quelque difficiles qu'avent
»été ces tems; quelque compliqués qu'ayent
»été les soins qu'il a falu se donner, le Roi y a
„trouvé cette satisfaction, que chaque moment
„lui a fourni les moyens de nous convaincre de
uson amour paternel. Si-je voulois entrer dans
l'énumération des marques que nous en avons
„ reçues, & des vertus qui compolent le caractere
»de Sa Majesté, je ne ferois que rappeller ce qui
„ depuis long-tenis est gravé dans vos tœeurs.
„Qu'il me soit permis cependant de tracer en peu
„de mots, une légere esquisse du portrait d'un
„Monarque né pour la gloire de la Suéde L'ob-
»jet unique des désirs de ce Prince, est de nous
»renddre heureux, & il veut devoir son autorité
„beaucoup moins aux loix qu'à notre affection
» & à notre reconnoissance. Tel est le Roi que les
»Etats réverent sur le Trône, où l'a placé un
„choix libre & unanime, & où l'appelloient
»ses qualités éminentes. Appprochez donc, &
venez lui rendre vos hommages; prêtez pour
„vous, & pout la Nation qui vous autorise à
»cet effet, le serment d'une fidélité inébranla-
»ble.
FEVRIER. 1752.
193
oble Promettez que dans tous les tems, & dans
»quelques reveis que vour plissiez essuyer, vous
„ demeurerez soumis, suivant les Loix du Royau-
»me, & su vent la forme du Gouvernement
»au Très Puissant Prince Adolphe Fréséric, Roi
»de Suéde, des Goths, & des Vandales. Liez
„vos ames à celles du Roi, & posez vos mains
»dans celles de Sa Majesté, vouez-lui & confir,
»mez-luivotre obéissance & votre dévouement
„tant en votre nom, qu'au nom de vos conci-
»toyens, de vos enfans & de leur postérité.
Voici le sermant que le Roi a prété le jour
de son Couronnement Moi, Adolphe-Frederie.
»promets & jure devant Dieu & sur son saint
» Evangile: 1. que je veux aimer Dien & sa
»sainte Fglise; conserver & maintenir tous les
„ Etats du Royaume dans la pratique & l'obser.
»vance de la pure Doctrine, suivant l'afsuran-
„ce que j'en ai donnée; défendre l'Eglise & ses
„ droits, & proteger avec la même attention les
»droits de la Couronne & ceux de la Nation Sué-
„doise: 29. que je veux aimer, garder & ob-
»server la justice & la vérité; réptimer l'iniqui-
»té & l'injustice, faire servir à ces deux fius l'u-
„sage de ma puissance Royale: 3. que je veux
»être le même pour tous mes sujets, tellement
„ qu'aucun d'entre eux, soit pauvte, soit riche,
»de haute ou de basse condition, qui tomberoit
»dans quelque faute, n'ait rien à craindre pour
„ sa personne ni pour ses biens, sans avoii été
„convaincu & jugé de la maniere que les Loix
„ du Royaume & les fo mes juridiques le pres-
„crivent : 4. que je veux gouverner le Royau-
„ me avec l'avis & l'assistance des Senateurs, &
»d'autres personnes nées en Suède, & attachées
nau pays pat leur naissance & par leur serment,
194 MERCUREDE FRANCE.
„sans agit autrement qu'avec seur participation:
»5°. que je veux maintenit l'Etat & la Nation
dans la possession de ses frontieres, & dans la
o jonissance de ses revenus annuels; en sorte
„qu'il n'en soit rien distrait ou diminué au préju-
„dice de mes Succcsseurs: 6°. comme par l'Acte
o d'assurance donnée à mon avenement au Trô-
»ne, j'ai rejetté le pouvoit arbitraire & despo-
ntique, & que je ne l'introduitai jamais, ni ne
u souffiirai qu'il soit introduit par d'autres, je
o promets & jure aussi de protéger les Etas du
Royaume dans leurs personnes & dans la jouis-
»sance de leurs privilèges duement acquis; de
nconserver les Loix & les Reglemens établis du
»commun consentement des Etats; de ne pas
"souffrir que l'injustice prévale jamais sur la
„justice, & de ne point permettre que ni Droit
»Etranger, ni Loix nouvelles, soient introduits
„dans le Royaume que sous le bon plaisir des
„mêmes Etats : 7° je n'entreprendrai jamais de
»guerre, & n'imposerai aucune charge à mes
» Sujets, qu'avec la participation desdits Etats,
„dans des choses de cette nature, ou autres sem-
»blables, je me conformerai au contenu de
„ de l'Acte d'assurance, ainsi qu'au Réglement
»par lequel la forme de Régence a été établie
"en 1710: 8 de plus, je défendrai & proté-
"gerai tout le Corps des Citoyenes en général
"parriculiérement ceux, qui étant d'un caracte-
"re pacisique, mettent leur bonheur à vivre en
»paix & suivant la Loi. Je les protégerai contre
"tous esprits inquiers & torbulens, soit du
»Pays, soit Etrangers. Et comme la paix & la
a concorde sont des biens inestimables, je m'at-
»tacherai à faire tégner & à fortifier l'une &
»l'autre dans l'Eglise, dans les Conseils, dans
FEVRIER.
1752.
195
les familles, dans l'administration publique &
» & particuliere. J'employerai avec la même ap-
plication tous mes soins à réprimer sévérement
»tout ce ce qui pourroit être un sujet de trou-
ble.
La Diette a repris ses Séances, & le bruit
court qu'il a été résolu dans le Committé secret,
d'employer de nouvelles instances auprès
du Comte de Tessin, pour l'engager à ne point se
démettre de ses emplois. Les Députés de la Com-
pagnie des Indes Orientales sons retournés à Got-
tembourg, aprés avoir eu une seconde audience
du Roi, qui leur a promis de ne négliger rien de
ce qui pourroit contribuer aux progrès du Com-
merce de cette Compagnie.
Lorsque les Etats du Royaume se présenterent
devant le Tiône pour rendre leur soi & hommage
au Roi, le Comte de Tessin, coutinuant d'ex-
ercer la dignité de Président du Collége de la
Chancellerie, leur adressa le discours suivant.
»Exhorter les Suédois à la soumission & à la fideli-
»té pour leur Souverain, ce seroit paroître avoir
„oublié à quel point ils ont toujours portés ses
aOO
192 MERCURE DE FRANCE.
„sentimens, le sang qu'ils ont répandu en tant
»d'occasions, & toutes les circonstances, soit
» passées, soit présentes, consirment sussisam-
„ment, qu'il n'y a aucune considération humai.
nne, qui puisse faire balancer la Nation sur l'ac-
„complissement de pareils devoirs. Ces mêmes
„ sentimens se lisent dans vos ye ix, aujourd'hui
„que les Couronnes de Suéde, des Goths & des
„Vandales, sont sur la tête d'un Prince, dont
»la Maison est si étroitement liée avec celle des
„Gustaves, & qui pendant huit années en-
„tieres, & dans les tems les plus difficiles, a don-
„né des preuves reiterées de son dévouement
„pour le Royaume. Quelque difficiles qu'avent
»été ces tems; quelque compliqués qu'ayent
»été les soins qu'il a falu se donner, le Roi y a
„trouvé cette satisfaction, que chaque moment
„lui a fourni les moyens de nous convaincre de
uson amour paternel. Si-je voulois entrer dans
l'énumération des marques que nous en avons
„ reçues, & des vertus qui compolent le caractere
»de Sa Majesté, je ne ferois que rappeller ce qui
„ depuis long-tenis est gravé dans vos tœeurs.
„Qu'il me soit permis cependant de tracer en peu
„de mots, une légere esquisse du portrait d'un
„Monarque né pour la gloire de la Suéde L'ob-
»jet unique des désirs de ce Prince, est de nous
»renddre heureux, & il veut devoir son autorité
„beaucoup moins aux loix qu'à notre affection
» & à notre reconnoissance. Tel est le Roi que les
»Etats réverent sur le Trône, où l'a placé un
„choix libre & unanime, & où l'appelloient
»ses qualités éminentes. Appprochez donc, &
venez lui rendre vos hommages; prêtez pour
„vous, & pout la Nation qui vous autorise à
»cet effet, le serment d'une fidélité inébranla-
»ble.
FEVRIER. 1752.
193
oble Promettez que dans tous les tems, & dans
»quelques reveis que vour plissiez essuyer, vous
„ demeurerez soumis, suivant les Loix du Royau-
»me, & su vent la forme du Gouvernement
»au Très Puissant Prince Adolphe Fréséric, Roi
»de Suéde, des Goths, & des Vandales. Liez
„vos ames à celles du Roi, & posez vos mains
»dans celles de Sa Majesté, vouez-lui & confir,
»mez-luivotre obéissance & votre dévouement
„tant en votre nom, qu'au nom de vos conci-
»toyens, de vos enfans & de leur postérité.
Voici le sermant que le Roi a prété le jour
de son Couronnement Moi, Adolphe-Frederie.
»promets & jure devant Dieu & sur son saint
» Evangile: 1. que je veux aimer Dien & sa
»sainte Fglise; conserver & maintenir tous les
„ Etats du Royaume dans la pratique & l'obser.
»vance de la pure Doctrine, suivant l'afsuran-
„ce que j'en ai donnée; défendre l'Eglise & ses
„ droits, & proteger avec la même attention les
»droits de la Couronne & ceux de la Nation Sué-
„doise: 29. que je veux aimer, garder & ob-
»server la justice & la vérité; réptimer l'iniqui-
»té & l'injustice, faire servir à ces deux fius l'u-
„sage de ma puissance Royale: 3. que je veux
»être le même pour tous mes sujets, tellement
„ qu'aucun d'entre eux, soit pauvte, soit riche,
»de haute ou de basse condition, qui tomberoit
»dans quelque faute, n'ait rien à craindre pour
„ sa personne ni pour ses biens, sans avoii été
„convaincu & jugé de la maniere que les Loix
„ du Royaume & les fo mes juridiques le pres-
„crivent : 4. que je veux gouverner le Royau-
„ me avec l'avis & l'assistance des Senateurs, &
»d'autres personnes nées en Suède, & attachées
nau pays pat leur naissance & par leur serment,
194 MERCUREDE FRANCE.
„sans agit autrement qu'avec seur participation:
»5°. que je veux maintenit l'Etat & la Nation
dans la possession de ses frontieres, & dans la
o jonissance de ses revenus annuels; en sorte
„qu'il n'en soit rien distrait ou diminué au préju-
„dice de mes Succcsseurs: 6°. comme par l'Acte
o d'assurance donnée à mon avenement au Trô-
»ne, j'ai rejetté le pouvoit arbitraire & despo-
ntique, & que je ne l'introduitai jamais, ni ne
u souffiirai qu'il soit introduit par d'autres, je
o promets & jure aussi de protéger les Etas du
Royaume dans leurs personnes & dans la jouis-
»sance de leurs privilèges duement acquis; de
nconserver les Loix & les Reglemens établis du
»commun consentement des Etats; de ne pas
"souffrir que l'injustice prévale jamais sur la
„justice, & de ne point permettre que ni Droit
»Etranger, ni Loix nouvelles, soient introduits
„dans le Royaume que sous le bon plaisir des
„mêmes Etats : 7° je n'entreprendrai jamais de
»guerre, & n'imposerai aucune charge à mes
» Sujets, qu'avec la participation desdits Etats,
„dans des choses de cette nature, ou autres sem-
»blables, je me conformerai au contenu de
„ de l'Acte d'assurance, ainsi qu'au Réglement
»par lequel la forme de Régence a été établie
"en 1710: 8 de plus, je défendrai & proté-
"gerai tout le Corps des Citoyenes en général
"parriculiérement ceux, qui étant d'un caracte-
"re pacisique, mettent leur bonheur à vivre en
»paix & suivant la Loi. Je les protégerai contre
"tous esprits inquiers & torbulens, soit du
»Pays, soit Etrangers. Et comme la paix & la
a concorde sont des biens inestimables, je m'at-
»tacherai à faire tégner & à fortifier l'une &
»l'autre dans l'Eglise, dans les Conseils, dans
FEVRIER.
1752.
195
les familles, dans l'administration publique &
» & particuliere. J'employerai avec la même ap-
plication tous mes soins à réprimer sévérement
»tout ce ce qui pourroit être un sujet de trou-
ble.
Fermer
2011
p. 195-197
DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
Début :
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé à ses Ministres dans les Cours Etrangeres, [...]
Mots clefs :
Longueville, Reine, Traité, Prince, Ports, Sainte Croix, Commerce, Maroc, Danois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
DE COPPENHAGUE, le 11 Décembre.
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé
à ses Ministres dans les Cours Etrangeres,
touchant l'affaire qui regarde les Ports de Sainte
Croix & de Saffia. Cet exposé porte que Sa Ma-
jesté, toujours attentive à favoriser le commerce
de ses Sujets, accorda il y a quelques mois une
escorte de deux de ses Fregates aux Navires des-
tinés pour les deux Ports ci dessus nommés; qu'en
même tems elle chargea le sieur de Longueville,
Lieutenant Colonel dans ses troupes, de négocier
à la Cour de Maroc un traité de commerce, &
d'y sollicitet les permissions néceessaires pour que
les Danois pusseat trasiquer librement dans les Etata
de l'Empereur de Maroc; que les instructions du
sicur de Longueville étoient simples & positives.
& qu'il étoit charge seulement d'obtenir pour les
Sujets du Roi, les mêmes avantages dont jouis-
soiens d'autres Nations, que telles ont été les vues de
SaMajesté, & tels ont été ses commandemens, qu'elle
n'a donc pû qu'être extrêment surprise, en appre-
naut que le sieur de Longueville, entraîné par un
zéle inconsidéré, s'étoit écarté de l'obéissance
exacte dûc aux ordres qu'elle lui avoit donnés, &
qu'il avoit conclu avec le Prince Sidy-Mahomet
fils de l'Empereur de Maroc, & Commandant
dans les Ports de Sainte-Croix & de Saffia, un
Traité en vertu duquel les Danois devoient pren
Iij
ad by Goc
196 MERCUREDEFRANCE.
dre à ferme le commerce de la premiere de ces
deux Places, & le faire exclusivement à tous les
autres Peuples de l'Europe; que le Roi n'a point
ratifie ce Traité, dont il n'etoit pas difficile de pré.
venn les conséquences, que Sa Majesté étoit oc-
cupée du soin de les prévenir, losqu'elle fut infor-
mée par une lettre du sicur de Longueville, dattée
du 27 Sepembre detnier, que l'Empereur de Ma-
roc, non seulement avoit désaprouvé le Traité
signé par le Prince son fils, mais même avoit fait
signifier les ariêts au sieur de Longueville, & sé-
questier les effers des Danois qui sont à Sainte-
Croix
Depuis quelque tems la Reine étoir incommo-
dée d'une liernie, le mal étant devenu d'autant
plus dangereux que cette Princesse approchoit de
la fin de sa grossesse, les Médecins & les Chirurgiens
firent le 11 une consultation; Ils jugerent qu'il
ne restoit d'aurte ressource que de faire à Sa Ma-
jeste une incision latérale pour temettre les instins
dans leur plaee. Quelque douloureuse que dût
etre cette opération, la Reine se détermina à la
souffrir. L'operation fut faite le même jour au soir
aussi heureusement qu'on pouvoit le souhiaiter, &
le 17 on commençoit à augurer favorablement
de l'état de Sa Majesté, mais la nuit du 18 au 19,
on perdit toute espérance, & vers les quatre
heures du matin la Reine mourut, ayrès avoir
donné les marques de la piété la plus solide & de
la plus parfaite résignation. Cette Princesse, qui
se nommoit Louise Suphie Magdelaine étoit agee
de vingt six ans, onze mois & vingi jours, étant
née le 19 Décembre 1714. Elle étoit la cinquiéme
fille de Georges II, Roi de la Grande Bietagne
& Electeur de Hanover, & de Guillelmine Do-
rothée de Brandebourg-Anspach, morte le pre-
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
197
mier Décembre 1737. Le 9 Novembre 1743 elle
avoit épousé le Roi, & de lent mariage sont
nés le Prince Royal & les Princesles Sophie-Ma-
gdelaine, Louise Guillelmine Caroline, & Louise.
La Reine réunissoit toutes les qualités les plus
propres à la faire chérir & respecter. En ouvrant
son corps, on a reconnu que l'enfant, dont elle
étoit enceinte, étoit un Prince. Cette circonstance
redouble l'affliction du Roi, sur qui la mort de la
Reine a fait une telle impression, qu'il en est tombé
malade, & qu'il a deja eu deux accès de fievre.
Il paroît des copies de l'Exposé que le Roi a envoyé
à ses Ministres dans les Cours Etrangeres,
touchant l'affaire qui regarde les Ports de Sainte
Croix & de Saffia. Cet exposé porte que Sa Ma-
jesté, toujours attentive à favoriser le commerce
de ses Sujets, accorda il y a quelques mois une
escorte de deux de ses Fregates aux Navires des-
tinés pour les deux Ports ci dessus nommés; qu'en
même tems elle chargea le sieur de Longueville,
Lieutenant Colonel dans ses troupes, de négocier
à la Cour de Maroc un traité de commerce, &
d'y sollicitet les permissions néceessaires pour que
les Danois pusseat trasiquer librement dans les Etata
de l'Empereur de Maroc; que les instructions du
sicur de Longueville étoient simples & positives.
& qu'il étoit charge seulement d'obtenir pour les
Sujets du Roi, les mêmes avantages dont jouis-
soiens d'autres Nations, que telles ont été les vues de
SaMajesté, & tels ont été ses commandemens, qu'elle
n'a donc pû qu'être extrêment surprise, en appre-
naut que le sieur de Longueville, entraîné par un
zéle inconsidéré, s'étoit écarté de l'obéissance
exacte dûc aux ordres qu'elle lui avoit donnés, &
qu'il avoit conclu avec le Prince Sidy-Mahomet
fils de l'Empereur de Maroc, & Commandant
dans les Ports de Sainte-Croix & de Saffia, un
Traité en vertu duquel les Danois devoient pren
Iij
ad by Goc
196 MERCUREDEFRANCE.
dre à ferme le commerce de la premiere de ces
deux Places, & le faire exclusivement à tous les
autres Peuples de l'Europe; que le Roi n'a point
ratifie ce Traité, dont il n'etoit pas difficile de pré.
venn les conséquences, que Sa Majesté étoit oc-
cupée du soin de les prévenir, losqu'elle fut infor-
mée par une lettre du sicur de Longueville, dattée
du 27 Sepembre detnier, que l'Empereur de Ma-
roc, non seulement avoit désaprouvé le Traité
signé par le Prince son fils, mais même avoit fait
signifier les ariêts au sieur de Longueville, & sé-
questier les effers des Danois qui sont à Sainte-
Croix
Depuis quelque tems la Reine étoir incommo-
dée d'une liernie, le mal étant devenu d'autant
plus dangereux que cette Princesse approchoit de
la fin de sa grossesse, les Médecins & les Chirurgiens
firent le 11 une consultation; Ils jugerent qu'il
ne restoit d'aurte ressource que de faire à Sa Ma-
jeste une incision latérale pour temettre les instins
dans leur plaee. Quelque douloureuse que dût
etre cette opération, la Reine se détermina à la
souffrir. L'operation fut faite le même jour au soir
aussi heureusement qu'on pouvoit le souhiaiter, &
le 17 on commençoit à augurer favorablement
de l'état de Sa Majesté, mais la nuit du 18 au 19,
on perdit toute espérance, & vers les quatre
heures du matin la Reine mourut, ayrès avoir
donné les marques de la piété la plus solide & de
la plus parfaite résignation. Cette Princesse, qui
se nommoit Louise Suphie Magdelaine étoit agee
de vingt six ans, onze mois & vingi jours, étant
née le 19 Décembre 1714. Elle étoit la cinquiéme
fille de Georges II, Roi de la Grande Bietagne
& Electeur de Hanover, & de Guillelmine Do-
rothée de Brandebourg-Anspach, morte le pre-
zed by Goc
FEVRIER. 1752.
197
mier Décembre 1737. Le 9 Novembre 1743 elle
avoit épousé le Roi, & de lent mariage sont
nés le Prince Royal & les Princesles Sophie-Ma-
gdelaine, Louise Guillelmine Caroline, & Louise.
La Reine réunissoit toutes les qualités les plus
propres à la faire chérir & respecter. En ouvrant
son corps, on a reconnu que l'enfant, dont elle
étoit enceinte, étoit un Prince. Cette circonstance
redouble l'affliction du Roi, sur qui la mort de la
Reine a fait une telle impression, qu'il en est tombé
malade, & qu'il a deja eu deux accès de fievre.
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2012
p. 197-198
DE VIENNE, le 19 Décembre.
Début :
Il s'est tenu une conférence entre le Baron de Burmania, Envoyé Extraordinaire, des Etats [...]
Mots clefs :
États, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 19 Décembre.
DE VIENNE, le 19 Décembre.
Il s'est tenu une conférence entre le Baron de
Burmania, Envoyé Extraordinaire, des Etats
Géneraux des Provinces Unies, & les Ministres
de l'Imperattice Reine. L'affaire des limites, en-
tre les 1 tats de cette Princesse, & le territoire de
la République de Venise, est fort avancée, & l'on
ne doute pas qu'elle ne soit terminée au com-
mencement du Printems prochain, le Commis-
saires des deux Puissances devant s'assemblet vers
ce tems, pour diesser à ce lujet une convention
definitive.
Il est arrivé ici des Pays étrangers un grand
nombre d'ouvriets. L'Impératrice Reine, après
les avoir fait examiner sur la nature de leurs ta-
lens & sur le degié de leur capacité, les a enga-
gés pour un certain tems à son service. Un Con-
seiller du College de Commerce, doit se rendre
dans les principales Villes des Etats Héréditaires
pour y donner divers ordres relatifs à la pefection
des Manufactures & des Fabiiques, & pour en
1 ii
ad by Goc
198 MERCUREDEFRANCE.
établir de nouvelles dans les endroits, où il juger,
qu'elles peuvent être utiles.
L'Archevêque de cette Ville a fait publier un
Mandement, pat lequel il exhorte les Fidéles de
son Diocése, a ne point faire l'aumône aux vaga-
bonds, que la trop grande liberalité des person-
nes charitables entretiennent dans l'oisiveté. Il
invite en même tems les Diocésains, à déposer
entre les mains des Trésotiers des Pauvres les
sommes qu'ils jugeront à propos de donner, asin
que la repartition en soit faite aux véritables indi-
gens, & proportionnellement à leurs besoins.
Il s'est tenu une conférence entre le Baron de
Burmania, Envoyé Extraordinaire, des Etats
Géneraux des Provinces Unies, & les Ministres
de l'Imperattice Reine. L'affaire des limites, en-
tre les 1 tats de cette Princesse, & le territoire de
la République de Venise, est fort avancée, & l'on
ne doute pas qu'elle ne soit terminée au com-
mencement du Printems prochain, le Commis-
saires des deux Puissances devant s'assemblet vers
ce tems, pour diesser à ce lujet une convention
definitive.
Il est arrivé ici des Pays étrangers un grand
nombre d'ouvriets. L'Impératrice Reine, après
les avoir fait examiner sur la nature de leurs ta-
lens & sur le degié de leur capacité, les a enga-
gés pour un certain tems à son service. Un Con-
seiller du College de Commerce, doit se rendre
dans les principales Villes des Etats Héréditaires
pour y donner divers ordres relatifs à la pefection
des Manufactures & des Fabiiques, & pour en
1 ii
ad by Goc
198 MERCUREDEFRANCE.
établir de nouvelles dans les endroits, où il juger,
qu'elles peuvent être utiles.
L'Archevêque de cette Ville a fait publier un
Mandement, pat lequel il exhorte les Fidéles de
son Diocése, a ne point faire l'aumône aux vaga-
bonds, que la trop grande liberalité des person-
nes charitables entretiennent dans l'oisiveté. Il
invite en même tems les Diocésains, à déposer
entre les mains des Trésotiers des Pauvres les
sommes qu'ils jugeront à propos de donner, asin
que la repartition en soit faite aux véritables indi-
gens, & proportionnellement à leurs besoins.
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2013
p. 198-199
DE BERLIN, le 25 Décembre.
Début :
Léopold-Maximilien, Prince Régent d'Anhalt-Dessau, Prince de l'Empire, Chevalier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Prince régent, Anhalt-Dessau, Köthen, Plötzkau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE BERLIN, le 25 Décembre.
DE BERLIN, le 25 Décembre.
Léopold-Maximilien, Prince Régent d'Anhalt-Dessau,
Prince de l'Empire, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle Noir, Feldt-Matéchal des Armées
du Roi, & Gouverneur de Magdebourg, mourut
à Migdebourg le 15 de ce mois, âge de cin-
quante & un an, deux mois & vingt jours, étane
ne l: 25 Septembre 1700. II avoit épouse Gisele-
Hentiette d'Anhalt-Coethen, fille d'Auguste-
Louis, Prince Régent d'Anhalt-Coethen, morte
le 20 Avril dernier, & il laisse de son mariage se
Pr.nce Léopold Frederic-François, né le 10 Août
1740; le Prince Jean George, né le 28 Janvier
1748; le Prince Albert, né le 22 Avril 1750; &
les Princesses Henriette-Cathetine-Agnès, née le
4 Juin 1744; Marie-Léopoldine, née le 18 No-
vembre 1746, & Casimire, née le 19 Janviet
1749. Le Prince Thierty d'Anhalt-Dessau, frere
du feu Prince Régent, est chargé de la tutelle de
ces Princes & de ces Princesses, & il auta l'admi-
nistration de la Principauté de Dessau jusqu'à la
majorité du Priuce Léopold-Frederic-François.
jitized by Goo
199
1752.
FEVRIER.
On sçait que la Maison d'Anhalt vient de Bern-
hard, Electeur de Saxe. Henti, second fils de
Bernhard, fut Comte d'Ascanie. L'Empereut
Frederic II. le fit Prince d'Anhalt, & lui donna
tous les Fiess qu'il put séparer du Margraviat de
Brandebourg & du Duché de Saxe. De ce Henri
descendoit au neuviéme degié Joachim Ernest
d'Anhalt, dont les fils ont formé les cinq bran-
ches de Dessau, de Beinburg, de Ploetzgau, de
Zcibst & de Coethen. Après l'extinction de cette
derniere branche, qui a fini en 1665, la branche
de Ploetzgau prit le nom de Coethen, au lieu de
cel ui de Ploetzgau.
Léopold-Maximilien, Prince Régent d'Anhalt-Dessau,
Prince de l'Empire, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle Noir, Feldt-Matéchal des Armées
du Roi, & Gouverneur de Magdebourg, mourut
à Migdebourg le 15 de ce mois, âge de cin-
quante & un an, deux mois & vingt jours, étane
ne l: 25 Septembre 1700. II avoit épouse Gisele-
Hentiette d'Anhalt-Coethen, fille d'Auguste-
Louis, Prince Régent d'Anhalt-Coethen, morte
le 20 Avril dernier, & il laisse de son mariage se
Pr.nce Léopold Frederic-François, né le 10 Août
1740; le Prince Jean George, né le 28 Janvier
1748; le Prince Albert, né le 22 Avril 1750; &
les Princesses Henriette-Cathetine-Agnès, née le
4 Juin 1744; Marie-Léopoldine, née le 18 No-
vembre 1746, & Casimire, née le 19 Janviet
1749. Le Prince Thierty d'Anhalt-Dessau, frere
du feu Prince Régent, est chargé de la tutelle de
ces Princes & de ces Princesses, & il auta l'admi-
nistration de la Principauté de Dessau jusqu'à la
majorité du Priuce Léopold-Frederic-François.
jitized by Goo
199
1752.
FEVRIER.
On sçait que la Maison d'Anhalt vient de Bern-
hard, Electeur de Saxe. Henti, second fils de
Bernhard, fut Comte d'Ascanie. L'Empereut
Frederic II. le fit Prince d'Anhalt, & lui donna
tous les Fiess qu'il put séparer du Margraviat de
Brandebourg & du Duché de Saxe. De ce Henri
descendoit au neuviéme degié Joachim Ernest
d'Anhalt, dont les fils ont formé les cinq bran-
ches de Dessau, de Beinburg, de Ploetzgau, de
Zcibst & de Coethen. Après l'extinction de cette
derniere branche, qui a fini en 1665, la branche
de Ploetzgau prit le nom de Coethen, au lieu de
cel ui de Ploetzgau.
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2014
p. 199-200
DE MAYENCE, le 12 Janvier.
Début :
Par une nouvelle Ordonnance, concernant les deux Foires qui se tiennent ici tous les ans, l'Electeur [...]
Mots clefs :
Foires, Ordonnance, Électeur, Marchandises, Marchands, Routes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MAYENCE, le 12 Janvier.
DE MAYENCE, le 12 Janvier.
Par une nouvelle Ordonnance, concernant les
deux Foires qui se tiennent ici tous les ans, l'Electeur
a déclaré qu'aucune des marchandises
apportées à ces Foires, ne pourroit être faisie ni
retenue, à l'occasion des dettes contractées en
d'autres licux, qu'on observeroit pour les Let-
tres de Change, le même cours & le même paye-
ment qui s'observent à Francfort; que les procès
qui suiviendroient, seroient jugés fans frais &
sans délais, en présence de Marchands impar-
tiaux; qu'il y auroit des Courtiers jurés, établis
dans la Bourse pour la commodité du Public;
que le Bureau des emprunts seroit ouvert tous les
jours pendant la durée des Foires, & qu'on gar-
detoit aux Emprunteurs un secret inviolable; que
les grandes routes seroient reparées, & qu'on au-
roit soin de les pourvoit des gltes nécellaires
qu'on veilletoit en même tems à la sureté de ces
routes; que les Négocians, qui voudroient faire
uausporter leurs marchandises par eau, trouve-
Iiiij
200 MERCURE DE FRANCE.
roient des Bâteaux pout cet effet à Aschaffen-
bourg, à Loih, à Selingestad & à Gerasheim;
que pour assurer le ciédit, les Marchands joui-
toient du dioit d'hypothéque conventionnelle
avec préference de payement sur les autres Crean-
ciers. L'Electeur, par la même Ordonnance, ex-
horte ses Sujets de procurer aux Etiangers, qui
fréqsenteront ces Foires, toutes les facilités &
tous les secours dont ils pourront avoir besoin.
Par une nouvelle Ordonnance, concernant les
deux Foires qui se tiennent ici tous les ans, l'Electeur
a déclaré qu'aucune des marchandises
apportées à ces Foires, ne pourroit être faisie ni
retenue, à l'occasion des dettes contractées en
d'autres licux, qu'on observeroit pour les Let-
tres de Change, le même cours & le même paye-
ment qui s'observent à Francfort; que les procès
qui suiviendroient, seroient jugés fans frais &
sans délais, en présence de Marchands impar-
tiaux; qu'il y auroit des Courtiers jurés, établis
dans la Bourse pour la commodité du Public;
que le Bureau des emprunts seroit ouvert tous les
jours pendant la durée des Foires, & qu'on gar-
detoit aux Emprunteurs un secret inviolable; que
les grandes routes seroient reparées, & qu'on au-
roit soin de les pourvoit des gltes nécellaires
qu'on veilletoit en même tems à la sureté de ces
routes; que les Négocians, qui voudroient faire
uausporter leurs marchandises par eau, trouve-
Iiiij
200 MERCURE DE FRANCE.
roient des Bâteaux pout cet effet à Aschaffen-
bourg, à Loih, à Selingestad & à Gerasheim;
que pour assurer le ciédit, les Marchands joui-
toient du dioit d'hypothéque conventionnelle
avec préference de payement sur les autres Crean-
ciers. L'Electeur, par la même Ordonnance, ex-
horte ses Sujets de procurer aux Etiangers, qui
fréqsenteront ces Foires, toutes les facilités &
tous les secours dont ils pourront avoir besoin.
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2015
p. 203-204
DE LONDRES, le 23 Décembre.
Début :
En conséquence du succès des differentes expériences faites, par un Gentilhomme des environs [...]
Mots clefs :
Vers à soie, Angleterre, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 23 Décembre.
DE LONDRES, le 23 Décembre.
En conséquence du succès des differentes expériences
faites, par un Gentilhomme des environs
de cette Capitale, le Gouvernement se propose
d'établir en Angleterre l'usage d'élever des vers à
soye.
Henri de Saint Jean. Vicomre de Bolingbrone,
mourut hier dans sa Terre, près de cette Ville,
âgé de soixante-dix-huit ans. Il passoit avec justi-
ce pour l'un des hommes les plus éclaijés que
l'Angleterre ait produits. Son éloquence lui avoit
acquis de bonne heure une grande réputation
dans la Chambre des Communes. Peu après l'A-
vénement de la Reme Anne au Trône, cette
Princesse le choisit pour reinplir la place de Se-
crétaire des Guerres. En 1710, elle le nomma
Secrétaire d'Etat, & en 1711, elle le créa Pai
Ivj
204 MERCUREDE FRANCE.
de la Grande Bretagne. Les orages, qui s'éleve-
rent contre lui en Angleterre aptès la Paix d'U-
trecht, lui firent perdre sa séance au Parlement,
& l'obligerent même d'abandonner sa Patrie.
Dans la suite, il obtint la permission d'y revenit
& il fut rehabilité dans son Titre de Pair, mais
non dans le droit d'entrer au Parlement.
En conséquence du succès des differentes expériences
faites, par un Gentilhomme des environs
de cette Capitale, le Gouvernement se propose
d'établir en Angleterre l'usage d'élever des vers à
soye.
Henri de Saint Jean. Vicomre de Bolingbrone,
mourut hier dans sa Terre, près de cette Ville,
âgé de soixante-dix-huit ans. Il passoit avec justi-
ce pour l'un des hommes les plus éclaijés que
l'Angleterre ait produits. Son éloquence lui avoit
acquis de bonne heure une grande réputation
dans la Chambre des Communes. Peu après l'A-
vénement de la Reme Anne au Trône, cette
Princesse le choisit pour reinplir la place de Se-
crétaire des Guerres. En 1710, elle le nomma
Secrétaire d'Etat, & en 1711, elle le créa Pai
Ivj
204 MERCUREDE FRANCE.
de la Grande Bretagne. Les orages, qui s'éleve-
rent contre lui en Angleterre aptès la Paix d'U-
trecht, lui firent perdre sa séance au Parlement,
& l'obligerent même d'abandonner sa Patrie.
Dans la suite, il obtint la permission d'y revenit
& il fut rehabilité dans son Titre de Pair, mais
non dans le droit d'entrer au Parlement.
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2016
p. 204
DE LA HAYE, le 7 Janvier.
Début :
On vient de publier un Edit, par lequel les Etats Généraux défendent à toutes personnes [...]
Mots clefs :
États généraux, Billets, Manufactures, Fabriques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 7 Janvier.
DE LA HAYE, le 7 Janvier.
On vient de publier un Edit, par lequel les
Etats Généraux défendent à toutes personnes
tant nationales qu'étrangeres, de s'employer di-
rectement ni indirectement à faire sortit des Pro-
vinces-Unies, des ouvriers des Monulactures &
des Fabriques de ces Provinces, sous peine d'être
punies avec rigueur, & même d'être condamnées
a mort, selon l'exigence du cas. Leurs Hautes
Puissances promettent une récompense de cent
ducats, à quiconque indiquera quelqu'un des con-
trevenans. Le Conseil d'Etat a établi une nou-
velle Lotterie, dans laquelle il y aura trente mille
Billets, & quatorze mille quatre cens douze Lots.
Les Billets seront de soixante-dix florins, dont on
fournira cinq au premier payement, dix dans cha-
cun des trois payemens suivaus, quinze au cin-
quième, & vingt au derniet.
On vient de publier un Edit, par lequel les
Etats Généraux défendent à toutes personnes
tant nationales qu'étrangeres, de s'employer di-
rectement ni indirectement à faire sortit des Pro-
vinces-Unies, des ouvriers des Monulactures &
des Fabriques de ces Provinces, sous peine d'être
punies avec rigueur, & même d'être condamnées
a mort, selon l'exigence du cas. Leurs Hautes
Puissances promettent une récompense de cent
ducats, à quiconque indiquera quelqu'un des con-
trevenans. Le Conseil d'Etat a établi une nou-
velle Lotterie, dans laquelle il y aura trente mille
Billets, & quatorze mille quatre cens douze Lots.
Les Billets seront de soixante-dix florins, dont on
fournira cinq au premier payement, dix dans cha-
cun des trois payemens suivaus, quinze au cin-
quième, & vingt au derniet.
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2017
p. 205-209
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 17. Décembre, le Roi revint à Versailles du Château de Bellevue. [...]
Mots clefs :
Roi, Dauphin, Compagnie, Dauphine, Majestés, Château, Actions, Livres, Évêque, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 17. Décembre, le Roi revint à Versailles
du Château de Bellevue.
Le 18, le Roi prit le divertissement de la
chasse dans la forêt de Saint Germain.
Le 19, quatriéme Dimanche de l'Avent,
Leurs Majestés accompagnées de Monscigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France entendirent le Sermon de
l'Abbé Froquiere, Chanoine & Théologal de
l'Eglise Cathédrale de Noyon.
Monseigneur le Dauphin, Madame la Dau-
phine, & Mesdames Henriette, Victoire, So-
phie & Louise allerent le 22 souper au Château
de Trianon où le Roi étoit depuis le 20, d'où
il n'est revenu que le 23.
Un Courier extraordinaire a apporté la nou-
velle, que Madame la Duchesse de Parme étoit
accouchée d'une Princesse le 9 à huit heures du
matin.
Par un Artêt du Conseil d'Etat, le Roi a
prorogé, jusqu'au premier Janvier 1755, la
perception du droit de demi pour cent sur les mar-
chandises qui viennent des Colonies Françoises
de l'Amérique.
Le 23, les actions de la Compagnie des
Indes étoient à dix huit cens quatre-vingt deux
livres dix sols; les Billets de la p:emiere Loterie
Royale, à sept-cens-fix livres, & ceux de la se-
conde, à six cens- cinquante- une.
oogle
206 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour, le Noi reviut du Château de
Trianon.
Le 24, veille de la fête de la Nativité de Notre-
Seigneur, L. M. accompagnées de Monseigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France, entendirent daus la Cha-
pelle du Château les premieres Vêpres, qui fu-
rent chantées en musique, & ausquelles l'Evêque
de Cahors officia.
Le jour de la fête, le Roi & la Reine qui
avoient entendu trois Messes à minuit, assiste-
rent à la Grande Messe, celebrée pontificalement
par le même Prelat. Leurs Majestés étoient ac-
compagnées de Monseigneur le Dauphin, de
Madame la Dauphine & de Mesdames.
L'après-midi, le Roi, la Reine, & la Fa-
mille Royale entendirent le Sermon de l'Abbé
Froquiere, Chanoine & Théologal de l'E-
glise Cathédrale de Noyon. Leurs Majestés
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut, & l'E-
vêque de Cahors y officia.
Monseigneur le Dauphiu communia le 24, par
les mains de l'Abbé de la Chateigneraye, Au-
mônier du Roi.
Le Roi se rendit le 26 à Bellevûe, & en est
revenu le 28.
Sa Majesté a donné au Duc de Chaulnes;
le Gouvernement des Provinces de Picardie
& d'Artois, vacant par la mort du Prince
Charles.
La Compagnie des Indes tint le 24, une as-
semblée générale, à laquelle présida M de Ma-
chault, Garde des Sceaux de France, & Con-
trôleur Général des Finances. Il a été résolu
dans cette assemblée, que la Compagnie, afin
d'être plus en état d'exécuter les arrangemens
FEVRIER.
1752.
207
pris pour Paccroissement de son Commerce,
n'augmenteroit point le dividende des actions
échu en 1751.
Moyennant les réparations qui ont été faites au-
Port de Honfleur un vaisseau tirant jusqu'à seize
pieds d'cau. peut entrer dans ce Port, sans cou-
rir aucun risque.
M. Thiroux de Gerseuil a été nommé Inten-
dant Général des Couriers, Postes & Relais de
Fiance à la place de feu M. Lavechef du Parc.
Le premier jour de l'an, les Princes & Prin-
cesses, & les Seigneurs & Dames de la Cour,
eurent l'honneur de complimentet le Roi sur la
nouvelle année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à leurs Majestés, à Monseigneur le
Dauphin, à Madame la Dauphine, à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, à Madame, &
Mesdames de France.
Les Chevaliers, Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majesté tint un chapitre, & nomma
Chvalier le Prince de Condé. Le Roi sortit en-
suite de son appartement, pour aller à la Cha-
pelle. Sa Majesté, devant laquelle les deux Huis-
siers de la Chambre portoient leurs masses,
étoit en manteau, le collier de l'Ordre par des-
sus, ainsi que celui de la Toison d'or. Elle étoit
précédée de Monseigneur le Dauphin, du Duc
de Chartres, du Comte de Charolois, du Com-
te de Clermont, du Prince de Conty, du Com-
te de la Marche, du Prince de Dombes, du
Comte d'Eu, du Duc de Penthievre, & des Che-
valiers, Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Après la Grande Messe, qui fut celébrée pas
208 MERCUREDEFRANCE.
l'Abbé Gergois, Chapelain ordinaire de la Cha-
pelle de Musique, le Roi fut reconduit à son ap-
partement en la maniere accoutuinée. La Rei-
ne, Madame la Dauphine, & Mesdames de
France entendirent la Messe dans la tribune.
Leurs Majestés tinrent le soir grand appar-
tement. Le Roi joua au lansquenet, & la Rei-
ne au cavagnole, & il y eut plusieurs autres ta-
bles de jeu.
La nuit du premier au second de ce mois
le Roi se trouva indisposé. Sa Majesté a pris
trois jours de suite les Eaux de Vichy, & elle
jouit à présent d'une santé parfaite.
Le Marquis de Crillon, député de la Ville
d'Avignon, pour complimenter le Roi sut la
naissance de Monseigneur le Duc de Bourgo-
gne, eut le 3 sa premiere audience publique de
Sa Majesté: il fut conduit à cette audience, ain-
si qu'à celles de la Reine, de Monseigneur le
Dauphin, de Madame la Dauphine, de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, de Madame
& de Mesdames de France, par le Marquis de
Verneuil, Inrioducteur des Ambassadeurs
Le 2, les Députés des Etats de Bretagne
eurent audience du Roi. Ils furent présentés par
le Duc de Penthievre, Gouverneur de la Pro-
vince, & par le Comte de Saint Florentin
Ministre & Secretaire d'htat, & conduit par le
Grand Maîrre, & le Mistre des Cérémonies. La
deputation étoit composée de l'Evêque de Tre-
guier, pour le Clergé, du Vicomte de Chabot
pour la Noblesse; de M. de Bellabre, Séné-
chal de Nantes, pour le tiers Etat, du Comte
de Quelen, Procureur Général & Syn ic des
Etats, & de M. de la Boissiere, Trésorier Gé-
néral de la Province; l'Evêque de Treguier
209
FEVRIER. 1752.
étant malade, le Vicomte de Chabot porta la
parole.
Sa Majesté a permis au Comte d'Argenson,
Ministre & Secretaire d'Etat, ayant le depar-
tement de la Guerre, de se démeitre de la Di-
rection Génétale des Haras de France, en faveur
du Matquis de Vover, son fils.
Le Comte de Prunier-Saint André, Lieute-
nint Géneral des armées du Roi, & Lieute-
nant des Gardes du corps dans la Compagnie
de harost, a ob enu le Gouvernement de la
Ville de Montreuil en Basse Picardie. Il a don-
né en menie temps sa dém ssion de la place
de Lieutenant des Gardes du Corps, & la Bri-
gade, qui vacquoit dans la Compagnie de Cha-
rost par la retraite de cet Offitier, a été accor-
dée à M. de Vercel, Maréchal de Camps
Exempt dans la même Compagnie.
Le 5, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix-huit cens vingt-cinq livres;
les Billets de la premiere Lotterie Rovale à lept
cens six, & ceux de la seconde, à six ceus
cinquaute-deux.
Le 17. Décembre, le Roi revint à Versailles
du Château de Bellevue.
Le 18, le Roi prit le divertissement de la
chasse dans la forêt de Saint Germain.
Le 19, quatriéme Dimanche de l'Avent,
Leurs Majestés accompagnées de Monscigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France entendirent le Sermon de
l'Abbé Froquiere, Chanoine & Théologal de
l'Eglise Cathédrale de Noyon.
Monseigneur le Dauphin, Madame la Dau-
phine, & Mesdames Henriette, Victoire, So-
phie & Louise allerent le 22 souper au Château
de Trianon où le Roi étoit depuis le 20, d'où
il n'est revenu que le 23.
Un Courier extraordinaire a apporté la nou-
velle, que Madame la Duchesse de Parme étoit
accouchée d'une Princesse le 9 à huit heures du
matin.
Par un Artêt du Conseil d'Etat, le Roi a
prorogé, jusqu'au premier Janvier 1755, la
perception du droit de demi pour cent sur les mar-
chandises qui viennent des Colonies Françoises
de l'Amérique.
Le 23, les actions de la Compagnie des
Indes étoient à dix huit cens quatre-vingt deux
livres dix sols; les Billets de la p:emiere Loterie
Royale, à sept-cens-fix livres, & ceux de la se-
conde, à six cens- cinquante- une.
oogle
206 MERCURE DE FRANCE.
Le même jour, le Noi reviut du Château de
Trianon.
Le 24, veille de la fête de la Nativité de Notre-
Seigneur, L. M. accompagnées de Monseigneur
le Dauphin, de Madame la Dauphine, & de
Mesdames de France, entendirent daus la Cha-
pelle du Château les premieres Vêpres, qui fu-
rent chantées en musique, & ausquelles l'Evêque
de Cahors officia.
Le jour de la fête, le Roi & la Reine qui
avoient entendu trois Messes à minuit, assiste-
rent à la Grande Messe, celebrée pontificalement
par le même Prelat. Leurs Majestés étoient ac-
compagnées de Monseigneur le Dauphin, de
Madame la Dauphine & de Mesdames.
L'après-midi, le Roi, la Reine, & la Fa-
mille Royale entendirent le Sermon de l'Abbé
Froquiere, Chanoine & Théologal de l'E-
glise Cathédrale de Noyon. Leurs Majestés
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut, & l'E-
vêque de Cahors y officia.
Monseigneur le Dauphiu communia le 24, par
les mains de l'Abbé de la Chateigneraye, Au-
mônier du Roi.
Le Roi se rendit le 26 à Bellevûe, & en est
revenu le 28.
Sa Majesté a donné au Duc de Chaulnes;
le Gouvernement des Provinces de Picardie
& d'Artois, vacant par la mort du Prince
Charles.
La Compagnie des Indes tint le 24, une as-
semblée générale, à laquelle présida M de Ma-
chault, Garde des Sceaux de France, & Con-
trôleur Général des Finances. Il a été résolu
dans cette assemblée, que la Compagnie, afin
d'être plus en état d'exécuter les arrangemens
FEVRIER.
1752.
207
pris pour Paccroissement de son Commerce,
n'augmenteroit point le dividende des actions
échu en 1751.
Moyennant les réparations qui ont été faites au-
Port de Honfleur un vaisseau tirant jusqu'à seize
pieds d'cau. peut entrer dans ce Port, sans cou-
rir aucun risque.
M. Thiroux de Gerseuil a été nommé Inten-
dant Général des Couriers, Postes & Relais de
Fiance à la place de feu M. Lavechef du Parc.
Le premier jour de l'an, les Princes & Prin-
cesses, & les Seigneurs & Dames de la Cour,
eurent l'honneur de complimentet le Roi sur la
nouvelle année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occasion
ses respects à leurs Majestés, à Monseigneur le
Dauphin, à Madame la Dauphine, à Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, à Madame, &
Mesdames de France.
Les Chevaliers, Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majesté tint un chapitre, & nomma
Chvalier le Prince de Condé. Le Roi sortit en-
suite de son appartement, pour aller à la Cha-
pelle. Sa Majesté, devant laquelle les deux Huis-
siers de la Chambre portoient leurs masses,
étoit en manteau, le collier de l'Ordre par des-
sus, ainsi que celui de la Toison d'or. Elle étoit
précédée de Monseigneur le Dauphin, du Duc
de Chartres, du Comte de Charolois, du Com-
te de Clermont, du Prince de Conty, du Com-
te de la Marche, du Prince de Dombes, du
Comte d'Eu, du Duc de Penthievre, & des Che-
valiers, Commandeurs & Officiers de l'Ordre.
Après la Grande Messe, qui fut celébrée pas
208 MERCUREDEFRANCE.
l'Abbé Gergois, Chapelain ordinaire de la Cha-
pelle de Musique, le Roi fut reconduit à son ap-
partement en la maniere accoutuinée. La Rei-
ne, Madame la Dauphine, & Mesdames de
France entendirent la Messe dans la tribune.
Leurs Majestés tinrent le soir grand appar-
tement. Le Roi joua au lansquenet, & la Rei-
ne au cavagnole, & il y eut plusieurs autres ta-
bles de jeu.
La nuit du premier au second de ce mois
le Roi se trouva indisposé. Sa Majesté a pris
trois jours de suite les Eaux de Vichy, & elle
jouit à présent d'une santé parfaite.
Le Marquis de Crillon, député de la Ville
d'Avignon, pour complimenter le Roi sut la
naissance de Monseigneur le Duc de Bourgo-
gne, eut le 3 sa premiere audience publique de
Sa Majesté: il fut conduit à cette audience, ain-
si qu'à celles de la Reine, de Monseigneur le
Dauphin, de Madame la Dauphine, de Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, de Madame
& de Mesdames de France, par le Marquis de
Verneuil, Inrioducteur des Ambassadeurs
Le 2, les Députés des Etats de Bretagne
eurent audience du Roi. Ils furent présentés par
le Duc de Penthievre, Gouverneur de la Pro-
vince, & par le Comte de Saint Florentin
Ministre & Secretaire d'htat, & conduit par le
Grand Maîrre, & le Mistre des Cérémonies. La
deputation étoit composée de l'Evêque de Tre-
guier, pour le Clergé, du Vicomte de Chabot
pour la Noblesse; de M. de Bellabre, Séné-
chal de Nantes, pour le tiers Etat, du Comte
de Quelen, Procureur Général & Syn ic des
Etats, & de M. de la Boissiere, Trésorier Gé-
néral de la Province; l'Evêque de Treguier
209
FEVRIER. 1752.
étant malade, le Vicomte de Chabot porta la
parole.
Sa Majesté a permis au Comte d'Argenson,
Ministre & Secretaire d'Etat, ayant le depar-
tement de la Guerre, de se démeitre de la Di-
rection Génétale des Haras de France, en faveur
du Matquis de Vover, son fils.
Le Comte de Prunier-Saint André, Lieute-
nint Géneral des armées du Roi, & Lieute-
nant des Gardes du corps dans la Compagnie
de harost, a ob enu le Gouvernement de la
Ville de Montreuil en Basse Picardie. Il a don-
né en menie temps sa dém ssion de la place
de Lieutenant des Gardes du Corps, & la Bri-
gade, qui vacquoit dans la Compagnie de Cha-
rost par la retraite de cet Offitier, a été accor-
dée à M. de Vercel, Maréchal de Camps
Exempt dans la même Compagnie.
Le 5, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix-huit cens vingt-cinq livres;
les Billets de la premiere Lotterie Rovale à lept
cens six, & ceux de la seconde, à six ceus
cinquaute-deux.
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2018
p. 3-6
EPITRE A Monsieur le Marquis de Crillon, Député de la Ville d'Avignon pour complimenter le Roi sur la Naissance de M. le Duc de Bourgogne.
Début :
Heritier d'un nom Héroïque [...]
Mots clefs :
Dieu, Paix
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Monsieur le Marquis de Crillon, Député de la Ville d'Avignon pour complimenter le Roi sur la Naissance de M. le Duc de Bourgogne.
EPITRE
A Monsieur le Marquis de Crillon, Député
de la Ville d'Avignon pour complimenter
le Roi sur la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne.
Heritier d'un nom Héroïque
Dont vous relevez la splendeur
Dans huit jours, la chose est publique
Traîné dans un char magnifique
Vous irez brillant Orateur,
Sur le ton du Panégyrique
Etaler votre Rhétorique
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Dans le pays de la Grandeur:
Du Peuple le plus pacisique
..
O le plus brave Ambassadeur!
C'est bien l'entendre, Monseigneur;
Lorsque la paix vous fait défense
De signaler votre grand coeur
Votre ame ardente s'en offense
Et s'ouvre un chemin à l'honneur,
Par quoi votre docte Excellence
Ne pouvant montrer sa valeur,
Va nous montrer son éloquence.
C'est-à dire, qu'avec douleur
Voyant que le Dieu de la Thrace,
Dieu de Messe & de Fontenoy,
A la Paix a cédé la place
Par l'ordre absolu d'un grand Roi,
Et souffrant sous la dure loy
Qui tient captive votre audace
Dans les Camps du Dieu du Parnasse
Vous avez cherché de l'emploi.
Dans ces Camps, paisibles retraites,
Où les Auteurs sont des Guerriers
Où les Lyres sont des trompettes,
Où les roses sont des Lauriers;
Où l'on attaque l'ignorance,
Où, sans se mouvoir, on agit,
Où l'on est Héros quand on pense,
MARS. 1752.
Où l'on combat quand on écrit,
Où l'on couronne la science,
Où la force est dans l'éloquence,
Et le courage dans l'esprit.
Puisqu'il n'en faut pas davantage
Pour prétendre aux premiers honneurs,
Vous avez assez de courage;
Sur ce poëtique rivage
Vous serez Héros comme ailleurs.
Admis dans la docte Brigade
Qui campe au sommet d'Hélicon,
Vous conserverez votre grade:
N'en doutez pas, brave Crillon;
Vous serez au moins, j'en répond
Au retour de votre Ambassade
Maréchal de Canip d'Apollon.
Suivez ce Dieu moins sanguinaire,
Son culte entraîne moins de soins;
Si vous marchez sous sa banniere
L'Autriche ne vous craindra guère,
Mais vous nous allarmerez moins.
Passez sur un nouveau Théatre,
On sçait déja que vous avez
Un cœur que rien ne peut abattre;
Faites-nous voir que vous sçavez
Tour à tour écrire & combattre,
A iij
600.
6 MERCUREDE FRANCE.
Et forcez la Cour d'avouer
Qu'ailleurs que dans une bataille
La gloire vous suit, soit qu'il faille
Servir nos Rois où les louer.
A Monsieur le Marquis de Crillon, Député
de la Ville d'Avignon pour complimenter
le Roi sur la Naissance de M. le Duc de
Bourgogne.
Heritier d'un nom Héroïque
Dont vous relevez la splendeur
Dans huit jours, la chose est publique
Traîné dans un char magnifique
Vous irez brillant Orateur,
Sur le ton du Panégyrique
Etaler votre Rhétorique
A ij
4 MERCURE DEFRANCE.
Dans le pays de la Grandeur:
Du Peuple le plus pacisique
..
O le plus brave Ambassadeur!
C'est bien l'entendre, Monseigneur;
Lorsque la paix vous fait défense
De signaler votre grand coeur
Votre ame ardente s'en offense
Et s'ouvre un chemin à l'honneur,
Par quoi votre docte Excellence
Ne pouvant montrer sa valeur,
Va nous montrer son éloquence.
C'est-à dire, qu'avec douleur
Voyant que le Dieu de la Thrace,
Dieu de Messe & de Fontenoy,
A la Paix a cédé la place
Par l'ordre absolu d'un grand Roi,
Et souffrant sous la dure loy
Qui tient captive votre audace
Dans les Camps du Dieu du Parnasse
Vous avez cherché de l'emploi.
Dans ces Camps, paisibles retraites,
Où les Auteurs sont des Guerriers
Où les Lyres sont des trompettes,
Où les roses sont des Lauriers;
Où l'on attaque l'ignorance,
Où, sans se mouvoir, on agit,
Où l'on est Héros quand on pense,
MARS. 1752.
Où l'on combat quand on écrit,
Où l'on couronne la science,
Où la force est dans l'éloquence,
Et le courage dans l'esprit.
Puisqu'il n'en faut pas davantage
Pour prétendre aux premiers honneurs,
Vous avez assez de courage;
Sur ce poëtique rivage
Vous serez Héros comme ailleurs.
Admis dans la docte Brigade
Qui campe au sommet d'Hélicon,
Vous conserverez votre grade:
N'en doutez pas, brave Crillon;
Vous serez au moins, j'en répond
Au retour de votre Ambassade
Maréchal de Canip d'Apollon.
Suivez ce Dieu moins sanguinaire,
Son culte entraîne moins de soins;
Si vous marchez sous sa banniere
L'Autriche ne vous craindra guère,
Mais vous nous allarmerez moins.
Passez sur un nouveau Théatre,
On sçait déja que vous avez
Un cœur que rien ne peut abattre;
Faites-nous voir que vous sçavez
Tour à tour écrire & combattre,
A iij
600.
6 MERCUREDE FRANCE.
Et forcez la Cour d'avouer
Qu'ailleurs que dans une bataille
La gloire vous suit, soit qu'il faille
Servir nos Rois où les louer.
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2019
p. 30-51
REFLEXIONS Sur l'exil écrites en François par Mylord Bolingbroke, mort en Angleterre le 26 Décembre 1751.
Début :
La dissipation de l'esprit & la longueur du temps sont les remedes ausquels [...]
Mots clefs :
Exil, Homme, Vertu, Pays, Hommes, Heureux, Fortune, Place, Monde, Mal, Brutus , Mort, Esprit, Perte, Marcellus
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS Sur l'exil écrites en François par Mylord Bolingbroke, mort en Angleterre le 26 Décembre 1751.
REFLEXIONS
Sur l'exil écrites en François par Mylord
Bolingbroke, mort en Angleterre le 26
Décembre 1751.
La dissipation de l'esprit & la longueur
du temps sont les remedes ausquels
la plupart des hommes ont recours dans
leurs afflictions; mais le premier n'ope-
re que pour un temps, le second a un ef-
set tardif: l'un & l'autre sont indignes
d'un homme sage.
Nous fuirons-nous nous-mêmes pour
fuit nos infortunes, & nous imagine-
rons-nous follement que le mal est gué-
ri, parce que nous trouvons quelques
momens de relâche dans nos peines?
Nous lamenterons-nous jusquau dernier
soupir, & pleurerons-nous, jusqu'à ce
que nos yeux ne puissent plus fournir des
larmes? Attendrons-nous du temps une
délivrance languissante & incertaine?
différerons-nous à être heureux jusqu'à
ce que nous ayons oublié que nous som-
mes misérables, & donnerons-nous à la
foiblesse de nos facultés une tranquilité
qui doit être l'effet de leurs forces? Met-
MARS. 1752.
31
tons au contraire toutes nos afflictions
passées & présentes à la fois devant
nos yeux.
Résolvons-nous de les surmonter plu-
tôt que de les fuir, & au lieu d'en user
le sentiment par une longue & ignomi-
nieuse patience, cherchons le fond de la
playe, & opérons une cure immédiate
& radicale.
Laissons les soupirs, les pleurs, les foi-
blesses & l'accablement sous les moindres
coups de la mauvaise fortune, à ces mal-
heureux, dont les esprits tendres & déli-
cats ont été énervés par un long cours
de prospérités; que ceux qui ont passé
des années de calamité surmontent le
poids des plus rudes coups avec une
immuable & noble constance.
Les malheurs non interrompus pro-
duisent ce salutaire effet: ils endurcis-
sent. Vous me demanderez si je prétends
être arrivé à la perfection, de la vertu
Stoîque: je vous répondrai que non.
Foible & connoissant ma foiblesse,
je ne présume pas de ma force; ję suis
l'avis que l'Oracle donna à Zenon, &
soumis à la conduite de la Philosophie,
j'en emprunte la force dont j'ai besoin,
& j'y trouve un port assuré contre les
orages de la fortune.
Biiij
Itized by Goog
32 MERCUREDE FRANCE.
Il est vrai que la Philosophie a ses
fanfarons aussi bien que la guerre, &
c'est une raisonnable précaution, que de
prendre garde que, pendant que nous
visons à nous élever audessus de l'hom-
me, nous ne tombions au dessous.
Mais fi évitant avec soin le merveil-
leux & toutes les extravagances du Por-
tique, nous adhérons aux seules doc-
trines ausquelles notre raison exempte
de préjugés se soumet avec plaisir; nous
nous mettrons dans une heureuse indépen-
dance, & deviendrons supérieurs aux
infortunes de la vie.
Pour parvenir à cette grande fin, il
est nécessaire que nous soyons attentifs
à découvrir les secrettes ruses, & les at-
taques ouvertes de la fortune, avant
qu'elles nous atteignent: lorsqu'elles
tombent sans être attendues, il est diffi-
cile de leur résister; mais ceux qui les
attendent les repousseront aisément.
L'invasion soudaine d'un ennemi ren-
verse ceux qui ne sont pas fur leurs gar-
des, mais quiconque prévoit la guerre &
s'y prépare, soutiendra sans difficulté
la plus rude attaque. J'ai appris depuis
long. tems cette importante leçon, & ne
me suis jamais fié à la fortune, quand
même elle sembloit être en paix avec
0
MARS. 1752.
33
moi. J'ai placé les richesses, les hon-
neurs, la réputation & tous les avanta-
ges que la perfide indulgence versoit
sur moi, de façon qu'elle pût les re-
prendre sans me causer de trouble. J'ai
mis un intervale entr'eux & moi;
elle les a pris, mais elle n'a pu me les
arracher.
Nul homme ne souffre par la mau-
vaise fortune que celui qui a été dé-
çu par la bonne: si nous nous passion-
nons pour ses dons; si nous nous imagi-
nons qu'ils nous appartienent, & qu'ils
doivent nous rester perpetuellement;
si nous nous appuyons sur eux, & que
nous fondions en eux notre considéra-
tion, nous nous abimerons dans tou-
te l'amertume du chagrin, aussi-tôt que
nous aurons perdu ces biens faux & pas-
sagers, & notre vain & puérile esprit
vuide de solides plaisirs se trouvera des-
titué de ceux mêmes qui sont imaginai-
res; mais si nous ne nous laissons point
emporter à la prospérité, l'adversité ne
pourra nous abbattre. Notre ame sera à
l'épreuve des dangers de l'une & de l'au-
tre. Ayant sondé nos forces, nous en
serons surs, & nous aurons appris au
milieu de la félicité à soutenir l'infor-
tune.
BV
3o
34 MERCURE DE FRANCE.
Il est beaucoup plus difficile d'exa-
miner & de juger par soi-même que de
former ses opinions sur la parole d'autrui;
c'est pourquoi la plupart des hommes
empruntent des autres celles qu'ils ont
sur toutes les affaires de la vie & de la
mort: de-là vient qu'ils sont si unani-
mement ardens à la poursuite des cho-
ses qui n ont qu'un spécieux & trom-
peur éclat. De-là vient aussi que dans
les choses qui font appellées des mal-
heurs, il n'y a rien qui soit aussi dur &
aussi terrible que le cri général nous le
fait entendre. Le mot d'exil, par exem-
ple, patoîit rude, parce que la multi-
tude en a ainsi ordonné; mais ce juge-
ment sera abrogé aux yeux du Sage qui
ne juge pas des choses par les apparen-
ces, mais par ce qu'elles sont: c est un
point que nous allons discuter.
Quest-ce que l'exil? C'est un change-
mentde place, & pour que vous ne disiez
pas que je diminue le mal, j'ajoûterai
que ce changement de place est fréquem-
ment accompagné de beaucoup d'autres
inconvéniens, de la perte des biens
dont vous jouissiez, du rang que vous
teniez, du pouvoir que vous exerciez,
de la séparation de votre famille & de
vos amis, du mépris dans lequel vous
MARS.
=35
1752.
pouvez tomber, de l'ignominie dont
ceux qui vous ont chassé, efsayeront de
noircir votre innocence. Je parlerai dans
la suite en détail de toutes ces choses.
Présentement considérons quel mal-
heur il y a dans un changement de place
solitairement pris & en lui-même.
Vivre éloigné de sa Patrie est un in-
convénient qui vous paroit intolérable;
mais si cela est ainsi, comment arrive-
t-il à un nombre infini de gens de passer
leur vie par choix hors de leur pro-
pre Pays.
Considérez combien les rues de Lon-
dres & de Paris sont remplies; appel-
lez ces millions d'hommes par leur nom,
& leur demandez de quel Pays ils
sont: combien en trouverez-vous de dif-
férentes parties de la tetre qui sont ve-
nus habiter ces grandes Villes, lesquelles
fournissent la plus grande dissipation &
les plus grands encouragemens de vertu
& de vices. Quelques-uns y font attirés
par l'ambition, & quelques autres
sont conduits par le devoir. Plusieurs se
rendent là pour perfectionner leur ef-
prit, & plusieurs pour augmenter leur
fortune. Les uns apportent leur beauté
& les autres leur éloquence au marché.
Allez plus loin, & examinez les zones
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
brûlantes & glacées, les extrêmités les
plus reculées de l'Orient & du Couchant:
visitez les Nations sauvages de l'Afrique,
ou les plus barbares régions du Nord,
vous ne trouverez point de climat si
mauvais, ni de Pays si sauvage, où
il ny ait quelques gens qui viennent
l'habiter par choix.
Parmi les innombrables extravagances
qui passent par l'esprit des hommes,
nous pouvons justement compter l'idée
d'une sécrerte affection indépendante &
supérieure à notre raison, que nous sup-
posons avoir pour notre pays, comme
s'il y avoit quelque vertu physique en
chaque canton de terre qui produisît su-
rement cet effet en ceux qui y naissent.
L'amour de la Patrie est plus puissant que
la raison, & comme si le Heimrey étoit
une maladie universelle inséparable d'un
corps humain & non particuliere aux Suis-
ses qui semblent n avoir été faits que pour
leurs montagnes, comme leurs montagnes
pour eux.
Cette notion peut avoir contribué à
la sureté & à la grandeur des Etats, &
pour cet effet elle a été habilement cul-
tivée & appuyée des préjugés de l'édu-
cacation. Il est atrivé aux hommes sur
ce sujet ce qui leur arrive sur plusieurs
MARS.
1752.
37
autres; à force d'entendre dire qu'une cho-
se doit être, ils parviennent à persua-
der aux autres & à croire eux mêmes
qu elle est.
Nous aimons le pays dans lequel
nous sommes nés à cause des biens par-
ticuliers que nous en recevons, & que
nous pourrions aussi-bien recevoir d'un
autre. Un homme sage se regarde
comme citoyen du monde, & quand
vous lui demandez où est son Pays, ain-
si qu'Anaxagoras, il vous montre le
Ciel.
Il y a encore d'autres personnes qui
ont imaginé que comme tout l'Univers
souffre une continuelle rotation, & que
la Nature semble se délecter ou se con-
server par cette révolution perpétuelle,
de inême il y a dans les esprits des hom-
mes une naturelle inquiétude laquelle les
porte à changer de place & d'habitation.
Cette opinion a au moins une apparen-
ce de vérité dont les autres manquent,
& est autant favorisée par l'expérience,
que l'autre en est contredite.
Mais quelques soient les raisons qui
ont du varier infiniment en un nom-
bre infini d'occasions & en un espace de
tems immense; c est un fait vrai que les
familles & les Nations du monde ont été
38 MERCURE DEFRANCE.
dans une continuelle agitation autour de
la face du globe, chassant & étant chas-
sées tour à tour. Quel nombre de Colo-
nies l'Asie a-t-elle envoyé à l'Europe;
les Phéniciens ont planté les côtes de
la mer méditerrannée, & poussé leurs éta-
blissemens même dans l'Océan. Les Etru-
riens étoient Asiatiques d'extraction, &
sans aller plus loin, les Romains, ces
Maîtres du Monde, reconnoistoient un
Troyen exilé pour Fondateur de leur
Empire.
Combien de transmigrations ont été
en retour de celle ci d'Europe en Afie
elles ne pourroient être nombrées. Car
outre l'Eolique, l'lonique & d'au-
tres à peu près d'égale renommée, les
Grecs, durant plusieurs fiècles firent de
continuelles expéditions, & bâtirent des
Villes en plusieurs parties de l'Asie: les
Gaulois y pénétrerent aussi, & y éta-
blirent un Royaume. Les Scythes Euro-
péens passerent dans ces vastes Provin-
ces, & porterent leurs armes jusqu'aux
confins de l'Egypte. Alexandre subjugua
tout depuis l'Hélespont jusqu'à l'Inde, ba-
tit des villes, & établit des Colonies pour
assurer ces conquêtes & éterniser son nom.
L'Afrique a reçu de l'une & de l'autre de
ces parties du Monde des Habitans &
MARS. 1752.
39
des Maîtres. Comme elle en a reçu,
elle en a donné: les Tyriens bâtirent
la Ville, & fonderent la République de
Carthage, & le grec a été le langage
d'Egypte.
Dans l'Antiquité la plus reculée nous
entendons parler de Belus en Caldée, &
de Sésostris, établissant ces Colonies ba-
za nées dans Colchos. L'Espagne n'a-t-
elle pas été dans ces derniers siécles
sous la domination des Maures.
Si nous venons à l'Histoire Runic,
nous trouverons nos Peres les Gots con-
duits par Woden & par Thors premie-
ment leur Héros & ensuite leurs Divi-
nités, de la Tartarie Asiatique en Eu-
rope; & qui peut nous assurer que c'é-
toit leur premiere transmigration? ils re-
vinrent peut-être en Asie par l'Est du
continent auquel leur fils ont depuis na-
vigé de l'Europe par le Woust; & ainsi
dans la progression de trois ou quatre
mille ans la même race d'homme a
poussé ses conquêtes & ses habitations
autour du globe.
Le monde est un grand désert où tous
les hommes ont erré & joûté l'un con-
tre l'autre depuis la création. Quelques-
uns ont changé de place par nécessité, &
quelques autres par choix. Une nation
40 MERCUREDEFRANCE.
a désiré de se faisir de ce qu'une autre
étoit lasse de posséder, & il seroit dif-
ficile de marquer quel Pays est aujour-
d'hui entre les mains de ses premiers
Habitans.
Ainsi le Destin a ordonné que rien
ne peut être long-temps dans le même
état; & que sont toutes ces transplan-
tations de Peuples, sinon autant d'exils:
Varon le plus sçavant des Romains di-
soit que, puisque la Nature est la même
par tout, il ne devoit y avoir rien de
fâcheux dans un changement de place
pris en lui-même, & dépouillé des au-
tres inconvéniens qui suivent l'exil. Mar-
cus Brutus ajoûtoit, que puisqu'on ne
peut empêcher ceux qui vont dans un
banissement de porter leur vertu par-
tout, on ne peut les rendre malheu-
reux. Que si quelqu'un croit que chacu-
ne de ces consolations prise séparément
ne suffit pas, il doit avouer au moins
que l'une & l'autre jointes ensemble
sont un grand acheminement à dissiper les
terreurs de l'exil. Car ne devons-nous pas
regarder comme des bagatelles tout ce
que nous laissons derriere nous, en com-
paraison des deux plus précieuses choses
dont les hommes puissent jouir, & que
nous sommes assurés qu'ils nous sui-
41
MARS.
1752.
vront par tout où nous tournerons nos
pas, la même nature & notre propre
vertu ? Croyez-moi; la Providence a eta-
bli un tel ordre dans le monde que,
de tout ce qui nous appartient, la moins
estimable part peut scule tomber sous la
volonté des autres, la meilleure est hors
de la portée du pouvoir humain.
Ainsi marchant intrépidement la tête
haute par tout où nous serons menés par
le cours des accidens humains, en quel-
que licu qu'ils nous conduisent, sur
quelque côte que nous soyons jettés
nous ne nous trouverons pas absolument
étrangers; nous rencontrerons des hom-
mes, créatures de la même espéce,
doués des mêmes facultés, & nés sous
les mêmes loix de nature: nous ver-
rons les mêmes vertus & les mêmes vi-
ces partir des mêmes principes géné-
raux, mais variés en mille façons diffé-
rentes & contraires, selon cette infinité
de loix & de coutumes qui sont établies
pour la même fin universelle, c'est-
a-dire pour la conservation de la So-
ciété. Nous ressentirons la même révolu-
tion de faisons, le même Soleil, la mê-
me lune; cette même voûte azurée &
parsemée d'étoiles, sera par tout éten-
due sur notre tête. Il ny a point de
42 MERCURE DE FRANCE.
partie du Monde, d'où nous ne puis-
sions admirer, ces planettes qui roulent
comme la nôtre en différens orbites au-
tout du même Soleil, & tandis que je
suis ravi par de telles contemplations,
tandis que mon ame est ainsi élevée au
ciel, que m'importe quelle terre je fou-
le à mes pieds. Brutus rapportoit dans
le livre qu'il a écrit sur la vertu, qu'il
avoit vu Marcellus en exil à Mitilene
vivant dans tout le bonheur dont la na-
ture humaine est capable, & cultivant
avec autant d'assiduité que jamais, toutes
sortes de louables connoissances; il ajoû-
toit que ce spectacle lui fit croire que,
s'en retournant sans Marcellus, c'étoit
lui même, & non ce dernier qui étoit
banni.
O Marcellus beaucoup plus heureux
quand Brutus approuva ton exil, que
quand la Répubiique approuva ton Con-
sulat! Quelle plus forte preuve du mé-
rite de ce grand homme, que de voir
que ceux qui le laissoient en exil, se re-
gardoient eux-mêmes comme bannis, &
qu'il s'attiroit l'admiration de celui qui
paroissoit un objet d'admiration à son
Caton même!
Brutus rapportoit encore que Cesat
passa sans s'arrêter à Mitilene, parce
MARS.
1752.
43
qu'il ne pouvoit soutenir la vue de Mar-
cellus dans un état si indigne de lui.
Son rétablissement fut enfin obtenu pat
la publique intercession du Senat entier,
qui étoit tellement affligé, que tous les
Senateurs paroissoient avoir les mêmes
sentimens que Brutus, & au lieu de les
supplier pour Marcellus, supplier pour
eux mêmes, ils regardoient comme un exil
de vivre plus long tems sans Marcellus; il
s'en retournoit dans son pays avec hon-
neur, mais surement il demeuroit en exil
avec un plus grand honneur encore,
lorsque Brutus ne pouvoit le résondre à
le quitter, ni Cesar à le voir. L'un &
l'autre portoient témoignage à son méri-
te: Brutus affligé, & Cesar rougissant
d'aller à Rome sans lui.
Métellus Numidicus avoir éprouvé la
même destinée quelques années aupara-
vant. Pendant que le peuple qui est tou-
jours le plus sûr instrument de sa propre
servitude étoit occupé à passer sous la con-
duite de Marius, les fondemens de cette
tyrannie qui fut achevée par Cesar
Métellus seul, au milieu d'un Senat ti-
mide & d'une insolente populace, refu-
sa de confirmer les pernicieuses Loix du
Tribun Saturninus; fa constance devint
ion crime, & l'exil sa punition, une Fac-
Digsinad vo 009
44 MERCURE DE FRANCE.
tion effrenée prévalant contre lui. Les
meilleurs Citoyens armés pour sa défen-
se, étoient prêts à donner leur vie pour
conserver tant de vertu à leur Républi-
que; mais ayant manqué de la persua-
der, il ne trouva pas juste de la con-
traindre: il jugea dans cette phrénésie
de la République Romaine, comme le
divin Platon jugea dans la décadence de
celle d'Athenes. Métellus sçavoit que
si ses Citoyens se corrigeoient, il seroit
rappellé, & s'ils ne se corrigeoient pas
qu'il ne pouvoit être nulle part plus mal
qu'à Rome: il alla volontairement en
exil, & par tout où il passoit, il por-
toit avec lui les symptômes d'un Gouver-
nement malade, & le prognostic d'une
République expirante. L'esprit qui l'ani-
ma pendant son exil paroitra mieux pat
un fragment d'une de ses Lettres, qu'Au-
lugelle, pour l'amour du mot Amilcar
nous a conservé dans une pédantes-
que compilation de phrases usitées par
l'Analiste Claudius, illi verò omni jure
atque honestate interdicti, ego neque aquâ
neque igne careo & summâ gloriâ tru-
niscor.
Heureux Métellus, heureux en ta
propre vertu, heureux en ton pieux fils,
& en cet ami qui te ressembloit en mé-
MARS.
1752.
45
rite & en fortune. Rutillius avoit défen-
fendu l'Asie contre les exactions des Pu-
blicains, conformément à l'étroite justi-
ce dont il faisoit profession. Cette pro-
bité l'avoit rendu odieux à la faction de
Marius; cette haine fit jurer sa perte.
L'homme le plus intègre fut accusé de
corruption, le plus vertueux fut pour-
suivi par le méprisable Apicius, nom
dévoué à l'infamie. Ceux qui avoient
suscité la fausse accusation étoient les Ju-
ges, & prononcerent l'injuste sentence
contre lui: à peine daigna-t-il défendre
sa cause, mais il se retira dans l'Orient,
où la vertu Romaine, que Rome ne
pouvoit plus soutenir, fut reçue avec
honneur: or Rutillius sera-t il réputé
avoir été malheureux? quand ceux qui
le condamnerent, ont été par cette ac-
tion transmis comme des criminels au tri-
bunal de la postérité; quand il fut plus
facile de l'obliger à quitter son Pays
que de l'obliger à souffrir que son exil
finit; quand lui scul osa refuser le Dic-
tateur Silla, & étant rappellé chez lui
non-seulement refusa d'y aller, mais s'en
éloigna encore davantage. Vous me di-
rez, que vous proposez- vous par ces exem-
ples dont une multitude peut être re-
cueillie dans l'Histoire des siécles passés:
46 MERCUREDEFRANCE.
Je me propose de montrer que com-
me le changement de place considéré en
lui-même ne peut cendre nul homme
malheureux: ainsi les autres maux qui
sont généralement reprochés à l'exil ne
peuvent arriver aux hommes sages &
vertueux, où s'ils leur arrivent, ne peu-
vent les rendre misérables. L'effet de ces
maux dépend non de leur propre natu-
re, mais du caractere de celui auquel
ils tombent en partage.
Les pierres sont dures, les glaçons
sont froids, & tous ceux qui les tou-
chent les sentent de même; mais les
bons ou les mauvais évenemens de la for,
tune se font sentir par rapport aux qua-
lités qui sont en nous: ils sont en eux-
mêmes indifférens, & ne sont que des
accidens communs. Ils n acquierent des
forces que par notre vice ou par notre
foiblesse, la fortune ne speut dispenser ni
félicités ni malheurs, à moins que nous
ne coopérions avec esse.
L'homme qui est malheureux par la
perte de son bien, ne seroit pas heureux
en le possédant.
Ceux qui méritent de jouir des avanta-
ges qu'ôte l'exil, ne seront point mal-
heureux quand ils en seront privés. Je
suis fâché de faire une exception à cette
MARS. 1752.
47
régle: mais Ciceron en est un exemple
si remarquable, qu'il ne peut être ni ca-
ché ni passé sous silence. Ce grand hom-
me qui avoit sauvé sa Patrie, qui
n'avoit craint en soutenant cette cause,
ni les insultes d'un parti furieux, ni les
poignards des Assassins, quand il vint à
soufftir pour cette même cause, succom-
ba sous le poids, il deshonora ce ba-
nissement que l'indulgente Providence
destinoit comme un moyen de rendre
sa gloire complette: incertain où il iroit
& ce qu'il feroit; craintif comme une
femme, ou chagrin comme un enfant,
il lamentoit la perte de son rang, de ses
richesses, de sa considération: son élo-
quence ne servoit qu'à peindre son igno-
minie avec de plus vives couleurs, il
pleuroit sur les ruines de sa belle maison
que Clodius avoit démolie: & sa sépa-
ration de Térentia qu'il répudia peu de
temps après, étoit peut-être une afflic-
tion pour lui dans ce moment.
Tout devient insoutenable à l'homme
qui est une fois subjugué par la dou-
leut; il regrette ce dont il jouissoit sans
plaisir, & surchargé déja, il succombe
sous le poids le plus léger: enfin cette
conduite de Ciceron fut telle que ses
amis, aussi-bien que ses ennemis, crurent
48 MERCURE DE FRANCE.
crurent qu'il avoit perdu le sens. Cesar
voyoit avec une sécrette satisfaction
l'homme qui avoit refusé d'être son Lieu-
tenant pleurer sous la verge de Clodius:
Pompée esperoit de trouver quelque ex-
cuse à son, ingratitude, dans le mépris
auquel s'exposoit l'ami qu'il avoit aban-
donné: Atticus même le trouva trop
misérablement attaché à sa premiere for-
tune, & le lui reprocha: Atticus de qui
les plus grands talens étoient l'usure &
l'art de se ménager entre les deux par-
tis; qui plaçoit son principal mérite à
être riche, & qui auroit été noté d'in-
famie à Athenes pour garder des mesures
avec les deux partis. Atticus même rougis-
soit pour Ciceron, & l'homme le moins
sincere qui vêcunt prit le style de Caton,
J'ai insisté sur cet exemple qui auto-
rise la vérité que nous venons d'établir
& qui nous en enseigne une autre de
grande importance.
Les hommes sages sont certainement
supérieurs à tous les maux de l'exil,
mais dans un étroit & stoique sens. Ce-
lui qui a laissé dans son ame une seule
passion sans être subjuguée, ne peut mé-
riter ce nom. Ce n'est pas assez que nous
ayons étudié tous les devoirs de la vie
publique & privée, que nous les ayons
parfaitement
MARS. 1752.
49
parfaitement connus, & qu'aux yeux
du monde nous vivions conformément
à ces devoirs. Une passion qui n est
qu'assoupie dans le coeur, & qui a échap-
pé à notre examen, ou que nous avons
regardée avec indulgence comme pardon-
nable, ou même que nous avons peut-
etre encouragée comme un principe pro-
pre à exciter notre vertu, peut dans un
tems ou daus l'autre détrusre, notre tran-
quilité, & gâter notre caractere entier.
Quand la vertu a encuirassé l'ame de tous
côntés, s'il m'est permis de me servir de
cetre expression, nous sommes de tous
contés in vulnerables, mais Achille fut bles-
sé au talon.
La moindre partie qui ne sera pas
apperçue ou qui sera négligée, peut nous
exposer à une blessure mortelle. La rai-
son ne peut obtenir l'absolue domina-
tion de nos ames par une seule victoire.
Le vice a plusieurs corps de réserve
qu'il faut battre, plusieurs forteresses
qu'il faut emporter. Nous pouvons résis-
ter aux plus rudes attaques de la fortu-
ne, & céder aux plus foibles. Nous pou-
vons avoir gagné le dessus de l'avarice,
la plus générale maladie de l'esprit, &
néanmoins être esclave de l'ambition.
Nous pouvons avoir délivré notre ame
C
50 MERCUREDEFRANCE.
de la peur de la mort, & néammoine
quesqu'autre peur pourra se cacher en
elle. C'étoit le cas de Ciceron: la vanité
étoit son vice capital. Cette vanité avoit
échauffé son zéle, animé son habileté;
encouragé l'amout de son Pays, & sou-
tenu sa constance contre Catilina; mais
elle donna à Clodius une entiere victoi-
re sur lui, il n'etoit pas effrayé de per-
dre la vie, & de quitter biens, hon-
neurs & toutes les choses dont il pleu-
toit la perte, mais il étoit efftayé de
vivre & d'en être privé: il auroit pro-
bablement vû la mort dans certe occasion
avec la même fermeté avec laquelle il
dit à Nopilius Lenas, son Client & son
meurtrier: Approche véteran, & si au
moins tu peux faire ceci, coupe-moi la
tête; mais il ne pouvoit soutenit de se
voir lui même & diêtre vû par d'autres,
dépouillé de ces ornemens dont il avoit
accoutumé d'etre entouté: ce qui le fit
se répandre ainsi en plusieurs honteuses
expressions.
Possum oblivisci qui fuerim; non sentire
qui sim; quo caream honore, quâ gloriâ.
Et parlant à son frere, citavi ne vide-
rem, ne aut illius luctum squalloremque aspi-
cerem, aut me perditum illi afflictumque
efferrem. Il avoit pensé à la mort, il y
MARS. 1752.
avoit préparé son esprit; il y avoit eu
même des occasions, où sa vanité auroit
été flattée par cette mort. La même va-
nité l'avoit empêché dans la prospérité
de supposer qu'un pareil revers put lui
arriver, celui-ci arrivant, le surprit &
le frappa d'étonnement. Il étoit encore
entêté de la pompe & du tracas de Ro-
me, fumum & opes strepitumque Romae. Il
étoit encorę attaché à toutes ces choses
que l'habitude rend nécessaites, & que
la nature a laissées indifférentes: nous
en avons fait l'énumération ci-dessus
il est tems de descendre à un examen
plus particulier.
La suite dans le prochain Mercure,
Sur l'exil écrites en François par Mylord
Bolingbroke, mort en Angleterre le 26
Décembre 1751.
La dissipation de l'esprit & la longueur
du temps sont les remedes ausquels
la plupart des hommes ont recours dans
leurs afflictions; mais le premier n'ope-
re que pour un temps, le second a un ef-
set tardif: l'un & l'autre sont indignes
d'un homme sage.
Nous fuirons-nous nous-mêmes pour
fuit nos infortunes, & nous imagine-
rons-nous follement que le mal est gué-
ri, parce que nous trouvons quelques
momens de relâche dans nos peines?
Nous lamenterons-nous jusquau dernier
soupir, & pleurerons-nous, jusqu'à ce
que nos yeux ne puissent plus fournir des
larmes? Attendrons-nous du temps une
délivrance languissante & incertaine?
différerons-nous à être heureux jusqu'à
ce que nous ayons oublié que nous som-
mes misérables, & donnerons-nous à la
foiblesse de nos facultés une tranquilité
qui doit être l'effet de leurs forces? Met-
MARS. 1752.
31
tons au contraire toutes nos afflictions
passées & présentes à la fois devant
nos yeux.
Résolvons-nous de les surmonter plu-
tôt que de les fuir, & au lieu d'en user
le sentiment par une longue & ignomi-
nieuse patience, cherchons le fond de la
playe, & opérons une cure immédiate
& radicale.
Laissons les soupirs, les pleurs, les foi-
blesses & l'accablement sous les moindres
coups de la mauvaise fortune, à ces mal-
heureux, dont les esprits tendres & déli-
cats ont été énervés par un long cours
de prospérités; que ceux qui ont passé
des années de calamité surmontent le
poids des plus rudes coups avec une
immuable & noble constance.
Les malheurs non interrompus pro-
duisent ce salutaire effet: ils endurcis-
sent. Vous me demanderez si je prétends
être arrivé à la perfection, de la vertu
Stoîque: je vous répondrai que non.
Foible & connoissant ma foiblesse,
je ne présume pas de ma force; ję suis
l'avis que l'Oracle donna à Zenon, &
soumis à la conduite de la Philosophie,
j'en emprunte la force dont j'ai besoin,
& j'y trouve un port assuré contre les
orages de la fortune.
Biiij
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32 MERCUREDE FRANCE.
Il est vrai que la Philosophie a ses
fanfarons aussi bien que la guerre, &
c'est une raisonnable précaution, que de
prendre garde que, pendant que nous
visons à nous élever audessus de l'hom-
me, nous ne tombions au dessous.
Mais fi évitant avec soin le merveil-
leux & toutes les extravagances du Por-
tique, nous adhérons aux seules doc-
trines ausquelles notre raison exempte
de préjugés se soumet avec plaisir; nous
nous mettrons dans une heureuse indépen-
dance, & deviendrons supérieurs aux
infortunes de la vie.
Pour parvenir à cette grande fin, il
est nécessaire que nous soyons attentifs
à découvrir les secrettes ruses, & les at-
taques ouvertes de la fortune, avant
qu'elles nous atteignent: lorsqu'elles
tombent sans être attendues, il est diffi-
cile de leur résister; mais ceux qui les
attendent les repousseront aisément.
L'invasion soudaine d'un ennemi ren-
verse ceux qui ne sont pas fur leurs gar-
des, mais quiconque prévoit la guerre &
s'y prépare, soutiendra sans difficulté
la plus rude attaque. J'ai appris depuis
long. tems cette importante leçon, & ne
me suis jamais fié à la fortune, quand
même elle sembloit être en paix avec
0
MARS. 1752.
33
moi. J'ai placé les richesses, les hon-
neurs, la réputation & tous les avanta-
ges que la perfide indulgence versoit
sur moi, de façon qu'elle pût les re-
prendre sans me causer de trouble. J'ai
mis un intervale entr'eux & moi;
elle les a pris, mais elle n'a pu me les
arracher.
Nul homme ne souffre par la mau-
vaise fortune que celui qui a été dé-
çu par la bonne: si nous nous passion-
nons pour ses dons; si nous nous imagi-
nons qu'ils nous appartienent, & qu'ils
doivent nous rester perpetuellement;
si nous nous appuyons sur eux, & que
nous fondions en eux notre considéra-
tion, nous nous abimerons dans tou-
te l'amertume du chagrin, aussi-tôt que
nous aurons perdu ces biens faux & pas-
sagers, & notre vain & puérile esprit
vuide de solides plaisirs se trouvera des-
titué de ceux mêmes qui sont imaginai-
res; mais si nous ne nous laissons point
emporter à la prospérité, l'adversité ne
pourra nous abbattre. Notre ame sera à
l'épreuve des dangers de l'une & de l'au-
tre. Ayant sondé nos forces, nous en
serons surs, & nous aurons appris au
milieu de la félicité à soutenir l'infor-
tune.
BV
3o
34 MERCURE DE FRANCE.
Il est beaucoup plus difficile d'exa-
miner & de juger par soi-même que de
former ses opinions sur la parole d'autrui;
c'est pourquoi la plupart des hommes
empruntent des autres celles qu'ils ont
sur toutes les affaires de la vie & de la
mort: de-là vient qu'ils sont si unani-
mement ardens à la poursuite des cho-
ses qui n ont qu'un spécieux & trom-
peur éclat. De-là vient aussi que dans
les choses qui font appellées des mal-
heurs, il n'y a rien qui soit aussi dur &
aussi terrible que le cri général nous le
fait entendre. Le mot d'exil, par exem-
ple, patoîit rude, parce que la multi-
tude en a ainsi ordonné; mais ce juge-
ment sera abrogé aux yeux du Sage qui
ne juge pas des choses par les apparen-
ces, mais par ce qu'elles sont: c est un
point que nous allons discuter.
Quest-ce que l'exil? C'est un change-
mentde place, & pour que vous ne disiez
pas que je diminue le mal, j'ajoûterai
que ce changement de place est fréquem-
ment accompagné de beaucoup d'autres
inconvéniens, de la perte des biens
dont vous jouissiez, du rang que vous
teniez, du pouvoir que vous exerciez,
de la séparation de votre famille & de
vos amis, du mépris dans lequel vous
MARS.
=35
1752.
pouvez tomber, de l'ignominie dont
ceux qui vous ont chassé, efsayeront de
noircir votre innocence. Je parlerai dans
la suite en détail de toutes ces choses.
Présentement considérons quel mal-
heur il y a dans un changement de place
solitairement pris & en lui-même.
Vivre éloigné de sa Patrie est un in-
convénient qui vous paroit intolérable;
mais si cela est ainsi, comment arrive-
t-il à un nombre infini de gens de passer
leur vie par choix hors de leur pro-
pre Pays.
Considérez combien les rues de Lon-
dres & de Paris sont remplies; appel-
lez ces millions d'hommes par leur nom,
& leur demandez de quel Pays ils
sont: combien en trouverez-vous de dif-
férentes parties de la tetre qui sont ve-
nus habiter ces grandes Villes, lesquelles
fournissent la plus grande dissipation &
les plus grands encouragemens de vertu
& de vices. Quelques-uns y font attirés
par l'ambition, & quelques autres
sont conduits par le devoir. Plusieurs se
rendent là pour perfectionner leur ef-
prit, & plusieurs pour augmenter leur
fortune. Les uns apportent leur beauté
& les autres leur éloquence au marché.
Allez plus loin, & examinez les zones
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
brûlantes & glacées, les extrêmités les
plus reculées de l'Orient & du Couchant:
visitez les Nations sauvages de l'Afrique,
ou les plus barbares régions du Nord,
vous ne trouverez point de climat si
mauvais, ni de Pays si sauvage, où
il ny ait quelques gens qui viennent
l'habiter par choix.
Parmi les innombrables extravagances
qui passent par l'esprit des hommes,
nous pouvons justement compter l'idée
d'une sécrerte affection indépendante &
supérieure à notre raison, que nous sup-
posons avoir pour notre pays, comme
s'il y avoit quelque vertu physique en
chaque canton de terre qui produisît su-
rement cet effet en ceux qui y naissent.
L'amour de la Patrie est plus puissant que
la raison, & comme si le Heimrey étoit
une maladie universelle inséparable d'un
corps humain & non particuliere aux Suis-
ses qui semblent n avoir été faits que pour
leurs montagnes, comme leurs montagnes
pour eux.
Cette notion peut avoir contribué à
la sureté & à la grandeur des Etats, &
pour cet effet elle a été habilement cul-
tivée & appuyée des préjugés de l'édu-
cacation. Il est atrivé aux hommes sur
ce sujet ce qui leur arrive sur plusieurs
MARS.
1752.
37
autres; à force d'entendre dire qu'une cho-
se doit être, ils parviennent à persua-
der aux autres & à croire eux mêmes
qu elle est.
Nous aimons le pays dans lequel
nous sommes nés à cause des biens par-
ticuliers que nous en recevons, & que
nous pourrions aussi-bien recevoir d'un
autre. Un homme sage se regarde
comme citoyen du monde, & quand
vous lui demandez où est son Pays, ain-
si qu'Anaxagoras, il vous montre le
Ciel.
Il y a encore d'autres personnes qui
ont imaginé que comme tout l'Univers
souffre une continuelle rotation, & que
la Nature semble se délecter ou se con-
server par cette révolution perpétuelle,
de inême il y a dans les esprits des hom-
mes une naturelle inquiétude laquelle les
porte à changer de place & d'habitation.
Cette opinion a au moins une apparen-
ce de vérité dont les autres manquent,
& est autant favorisée par l'expérience,
que l'autre en est contredite.
Mais quelques soient les raisons qui
ont du varier infiniment en un nom-
bre infini d'occasions & en un espace de
tems immense; c est un fait vrai que les
familles & les Nations du monde ont été
38 MERCURE DEFRANCE.
dans une continuelle agitation autour de
la face du globe, chassant & étant chas-
sées tour à tour. Quel nombre de Colo-
nies l'Asie a-t-elle envoyé à l'Europe;
les Phéniciens ont planté les côtes de
la mer méditerrannée, & poussé leurs éta-
blissemens même dans l'Océan. Les Etru-
riens étoient Asiatiques d'extraction, &
sans aller plus loin, les Romains, ces
Maîtres du Monde, reconnoistoient un
Troyen exilé pour Fondateur de leur
Empire.
Combien de transmigrations ont été
en retour de celle ci d'Europe en Afie
elles ne pourroient être nombrées. Car
outre l'Eolique, l'lonique & d'au-
tres à peu près d'égale renommée, les
Grecs, durant plusieurs fiècles firent de
continuelles expéditions, & bâtirent des
Villes en plusieurs parties de l'Asie: les
Gaulois y pénétrerent aussi, & y éta-
blirent un Royaume. Les Scythes Euro-
péens passerent dans ces vastes Provin-
ces, & porterent leurs armes jusqu'aux
confins de l'Egypte. Alexandre subjugua
tout depuis l'Hélespont jusqu'à l'Inde, ba-
tit des villes, & établit des Colonies pour
assurer ces conquêtes & éterniser son nom.
L'Afrique a reçu de l'une & de l'autre de
ces parties du Monde des Habitans &
MARS. 1752.
39
des Maîtres. Comme elle en a reçu,
elle en a donné: les Tyriens bâtirent
la Ville, & fonderent la République de
Carthage, & le grec a été le langage
d'Egypte.
Dans l'Antiquité la plus reculée nous
entendons parler de Belus en Caldée, &
de Sésostris, établissant ces Colonies ba-
za nées dans Colchos. L'Espagne n'a-t-
elle pas été dans ces derniers siécles
sous la domination des Maures.
Si nous venons à l'Histoire Runic,
nous trouverons nos Peres les Gots con-
duits par Woden & par Thors premie-
ment leur Héros & ensuite leurs Divi-
nités, de la Tartarie Asiatique en Eu-
rope; & qui peut nous assurer que c'é-
toit leur premiere transmigration? ils re-
vinrent peut-être en Asie par l'Est du
continent auquel leur fils ont depuis na-
vigé de l'Europe par le Woust; & ainsi
dans la progression de trois ou quatre
mille ans la même race d'homme a
poussé ses conquêtes & ses habitations
autour du globe.
Le monde est un grand désert où tous
les hommes ont erré & joûté l'un con-
tre l'autre depuis la création. Quelques-
uns ont changé de place par nécessité, &
quelques autres par choix. Une nation
40 MERCUREDEFRANCE.
a désiré de se faisir de ce qu'une autre
étoit lasse de posséder, & il seroit dif-
ficile de marquer quel Pays est aujour-
d'hui entre les mains de ses premiers
Habitans.
Ainsi le Destin a ordonné que rien
ne peut être long-temps dans le même
état; & que sont toutes ces transplan-
tations de Peuples, sinon autant d'exils:
Varon le plus sçavant des Romains di-
soit que, puisque la Nature est la même
par tout, il ne devoit y avoir rien de
fâcheux dans un changement de place
pris en lui-même, & dépouillé des au-
tres inconvéniens qui suivent l'exil. Mar-
cus Brutus ajoûtoit, que puisqu'on ne
peut empêcher ceux qui vont dans un
banissement de porter leur vertu par-
tout, on ne peut les rendre malheu-
reux. Que si quelqu'un croit que chacu-
ne de ces consolations prise séparément
ne suffit pas, il doit avouer au moins
que l'une & l'autre jointes ensemble
sont un grand acheminement à dissiper les
terreurs de l'exil. Car ne devons-nous pas
regarder comme des bagatelles tout ce
que nous laissons derriere nous, en com-
paraison des deux plus précieuses choses
dont les hommes puissent jouir, & que
nous sommes assurés qu'ils nous sui-
41
MARS.
1752.
vront par tout où nous tournerons nos
pas, la même nature & notre propre
vertu ? Croyez-moi; la Providence a eta-
bli un tel ordre dans le monde que,
de tout ce qui nous appartient, la moins
estimable part peut scule tomber sous la
volonté des autres, la meilleure est hors
de la portée du pouvoir humain.
Ainsi marchant intrépidement la tête
haute par tout où nous serons menés par
le cours des accidens humains, en quel-
que licu qu'ils nous conduisent, sur
quelque côte que nous soyons jettés
nous ne nous trouverons pas absolument
étrangers; nous rencontrerons des hom-
mes, créatures de la même espéce,
doués des mêmes facultés, & nés sous
les mêmes loix de nature: nous ver-
rons les mêmes vertus & les mêmes vi-
ces partir des mêmes principes géné-
raux, mais variés en mille façons diffé-
rentes & contraires, selon cette infinité
de loix & de coutumes qui sont établies
pour la même fin universelle, c'est-
a-dire pour la conservation de la So-
ciété. Nous ressentirons la même révolu-
tion de faisons, le même Soleil, la mê-
me lune; cette même voûte azurée &
parsemée d'étoiles, sera par tout éten-
due sur notre tête. Il ny a point de
42 MERCURE DE FRANCE.
partie du Monde, d'où nous ne puis-
sions admirer, ces planettes qui roulent
comme la nôtre en différens orbites au-
tout du même Soleil, & tandis que je
suis ravi par de telles contemplations,
tandis que mon ame est ainsi élevée au
ciel, que m'importe quelle terre je fou-
le à mes pieds. Brutus rapportoit dans
le livre qu'il a écrit sur la vertu, qu'il
avoit vu Marcellus en exil à Mitilene
vivant dans tout le bonheur dont la na-
ture humaine est capable, & cultivant
avec autant d'assiduité que jamais, toutes
sortes de louables connoissances; il ajoû-
toit que ce spectacle lui fit croire que,
s'en retournant sans Marcellus, c'étoit
lui même, & non ce dernier qui étoit
banni.
O Marcellus beaucoup plus heureux
quand Brutus approuva ton exil, que
quand la Répubiique approuva ton Con-
sulat! Quelle plus forte preuve du mé-
rite de ce grand homme, que de voir
que ceux qui le laissoient en exil, se re-
gardoient eux-mêmes comme bannis, &
qu'il s'attiroit l'admiration de celui qui
paroissoit un objet d'admiration à son
Caton même!
Brutus rapportoit encore que Cesat
passa sans s'arrêter à Mitilene, parce
MARS.
1752.
43
qu'il ne pouvoit soutenir la vue de Mar-
cellus dans un état si indigne de lui.
Son rétablissement fut enfin obtenu pat
la publique intercession du Senat entier,
qui étoit tellement affligé, que tous les
Senateurs paroissoient avoir les mêmes
sentimens que Brutus, & au lieu de les
supplier pour Marcellus, supplier pour
eux mêmes, ils regardoient comme un exil
de vivre plus long tems sans Marcellus; il
s'en retournoit dans son pays avec hon-
neur, mais surement il demeuroit en exil
avec un plus grand honneur encore,
lorsque Brutus ne pouvoit le résondre à
le quitter, ni Cesar à le voir. L'un &
l'autre portoient témoignage à son méri-
te: Brutus affligé, & Cesar rougissant
d'aller à Rome sans lui.
Métellus Numidicus avoir éprouvé la
même destinée quelques années aupara-
vant. Pendant que le peuple qui est tou-
jours le plus sûr instrument de sa propre
servitude étoit occupé à passer sous la con-
duite de Marius, les fondemens de cette
tyrannie qui fut achevée par Cesar
Métellus seul, au milieu d'un Senat ti-
mide & d'une insolente populace, refu-
sa de confirmer les pernicieuses Loix du
Tribun Saturninus; fa constance devint
ion crime, & l'exil sa punition, une Fac-
Digsinad vo 009
44 MERCURE DE FRANCE.
tion effrenée prévalant contre lui. Les
meilleurs Citoyens armés pour sa défen-
se, étoient prêts à donner leur vie pour
conserver tant de vertu à leur Républi-
que; mais ayant manqué de la persua-
der, il ne trouva pas juste de la con-
traindre: il jugea dans cette phrénésie
de la République Romaine, comme le
divin Platon jugea dans la décadence de
celle d'Athenes. Métellus sçavoit que
si ses Citoyens se corrigeoient, il seroit
rappellé, & s'ils ne se corrigeoient pas
qu'il ne pouvoit être nulle part plus mal
qu'à Rome: il alla volontairement en
exil, & par tout où il passoit, il por-
toit avec lui les symptômes d'un Gouver-
nement malade, & le prognostic d'une
République expirante. L'esprit qui l'ani-
ma pendant son exil paroitra mieux pat
un fragment d'une de ses Lettres, qu'Au-
lugelle, pour l'amour du mot Amilcar
nous a conservé dans une pédantes-
que compilation de phrases usitées par
l'Analiste Claudius, illi verò omni jure
atque honestate interdicti, ego neque aquâ
neque igne careo & summâ gloriâ tru-
niscor.
Heureux Métellus, heureux en ta
propre vertu, heureux en ton pieux fils,
& en cet ami qui te ressembloit en mé-
MARS.
1752.
45
rite & en fortune. Rutillius avoit défen-
fendu l'Asie contre les exactions des Pu-
blicains, conformément à l'étroite justi-
ce dont il faisoit profession. Cette pro-
bité l'avoit rendu odieux à la faction de
Marius; cette haine fit jurer sa perte.
L'homme le plus intègre fut accusé de
corruption, le plus vertueux fut pour-
suivi par le méprisable Apicius, nom
dévoué à l'infamie. Ceux qui avoient
suscité la fausse accusation étoient les Ju-
ges, & prononcerent l'injuste sentence
contre lui: à peine daigna-t-il défendre
sa cause, mais il se retira dans l'Orient,
où la vertu Romaine, que Rome ne
pouvoit plus soutenir, fut reçue avec
honneur: or Rutillius sera-t il réputé
avoir été malheureux? quand ceux qui
le condamnerent, ont été par cette ac-
tion transmis comme des criminels au tri-
bunal de la postérité; quand il fut plus
facile de l'obliger à quitter son Pays
que de l'obliger à souffrir que son exil
finit; quand lui scul osa refuser le Dic-
tateur Silla, & étant rappellé chez lui
non-seulement refusa d'y aller, mais s'en
éloigna encore davantage. Vous me di-
rez, que vous proposez- vous par ces exem-
ples dont une multitude peut être re-
cueillie dans l'Histoire des siécles passés:
46 MERCUREDEFRANCE.
Je me propose de montrer que com-
me le changement de place considéré en
lui-même ne peut cendre nul homme
malheureux: ainsi les autres maux qui
sont généralement reprochés à l'exil ne
peuvent arriver aux hommes sages &
vertueux, où s'ils leur arrivent, ne peu-
vent les rendre misérables. L'effet de ces
maux dépend non de leur propre natu-
re, mais du caractere de celui auquel
ils tombent en partage.
Les pierres sont dures, les glaçons
sont froids, & tous ceux qui les tou-
chent les sentent de même; mais les
bons ou les mauvais évenemens de la for,
tune se font sentir par rapport aux qua-
lités qui sont en nous: ils sont en eux-
mêmes indifférens, & ne sont que des
accidens communs. Ils n acquierent des
forces que par notre vice ou par notre
foiblesse, la fortune ne speut dispenser ni
félicités ni malheurs, à moins que nous
ne coopérions avec esse.
L'homme qui est malheureux par la
perte de son bien, ne seroit pas heureux
en le possédant.
Ceux qui méritent de jouir des avanta-
ges qu'ôte l'exil, ne seront point mal-
heureux quand ils en seront privés. Je
suis fâché de faire une exception à cette
MARS. 1752.
47
régle: mais Ciceron en est un exemple
si remarquable, qu'il ne peut être ni ca-
ché ni passé sous silence. Ce grand hom-
me qui avoit sauvé sa Patrie, qui
n'avoit craint en soutenant cette cause,
ni les insultes d'un parti furieux, ni les
poignards des Assassins, quand il vint à
soufftir pour cette même cause, succom-
ba sous le poids, il deshonora ce ba-
nissement que l'indulgente Providence
destinoit comme un moyen de rendre
sa gloire complette: incertain où il iroit
& ce qu'il feroit; craintif comme une
femme, ou chagrin comme un enfant,
il lamentoit la perte de son rang, de ses
richesses, de sa considération: son élo-
quence ne servoit qu'à peindre son igno-
minie avec de plus vives couleurs, il
pleuroit sur les ruines de sa belle maison
que Clodius avoit démolie: & sa sépa-
ration de Térentia qu'il répudia peu de
temps après, étoit peut-être une afflic-
tion pour lui dans ce moment.
Tout devient insoutenable à l'homme
qui est une fois subjugué par la dou-
leut; il regrette ce dont il jouissoit sans
plaisir, & surchargé déja, il succombe
sous le poids le plus léger: enfin cette
conduite de Ciceron fut telle que ses
amis, aussi-bien que ses ennemis, crurent
48 MERCURE DE FRANCE.
crurent qu'il avoit perdu le sens. Cesar
voyoit avec une sécrette satisfaction
l'homme qui avoit refusé d'être son Lieu-
tenant pleurer sous la verge de Clodius:
Pompée esperoit de trouver quelque ex-
cuse à son, ingratitude, dans le mépris
auquel s'exposoit l'ami qu'il avoit aban-
donné: Atticus même le trouva trop
misérablement attaché à sa premiere for-
tune, & le lui reprocha: Atticus de qui
les plus grands talens étoient l'usure &
l'art de se ménager entre les deux par-
tis; qui plaçoit son principal mérite à
être riche, & qui auroit été noté d'in-
famie à Athenes pour garder des mesures
avec les deux partis. Atticus même rougis-
soit pour Ciceron, & l'homme le moins
sincere qui vêcunt prit le style de Caton,
J'ai insisté sur cet exemple qui auto-
rise la vérité que nous venons d'établir
& qui nous en enseigne une autre de
grande importance.
Les hommes sages sont certainement
supérieurs à tous les maux de l'exil,
mais dans un étroit & stoique sens. Ce-
lui qui a laissé dans son ame une seule
passion sans être subjuguée, ne peut mé-
riter ce nom. Ce n'est pas assez que nous
ayons étudié tous les devoirs de la vie
publique & privée, que nous les ayons
parfaitement
MARS. 1752.
49
parfaitement connus, & qu'aux yeux
du monde nous vivions conformément
à ces devoirs. Une passion qui n est
qu'assoupie dans le coeur, & qui a échap-
pé à notre examen, ou que nous avons
regardée avec indulgence comme pardon-
nable, ou même que nous avons peut-
etre encouragée comme un principe pro-
pre à exciter notre vertu, peut dans un
tems ou daus l'autre détrusre, notre tran-
quilité, & gâter notre caractere entier.
Quand la vertu a encuirassé l'ame de tous
côntés, s'il m'est permis de me servir de
cetre expression, nous sommes de tous
contés in vulnerables, mais Achille fut bles-
sé au talon.
La moindre partie qui ne sera pas
apperçue ou qui sera négligée, peut nous
exposer à une blessure mortelle. La rai-
son ne peut obtenir l'absolue domina-
tion de nos ames par une seule victoire.
Le vice a plusieurs corps de réserve
qu'il faut battre, plusieurs forteresses
qu'il faut emporter. Nous pouvons résis-
ter aux plus rudes attaques de la fortu-
ne, & céder aux plus foibles. Nous pou-
vons avoir gagné le dessus de l'avarice,
la plus générale maladie de l'esprit, &
néanmoins être esclave de l'ambition.
Nous pouvons avoir délivré notre ame
C
50 MERCUREDEFRANCE.
de la peur de la mort, & néammoine
quesqu'autre peur pourra se cacher en
elle. C'étoit le cas de Ciceron: la vanité
étoit son vice capital. Cette vanité avoit
échauffé son zéle, animé son habileté;
encouragé l'amout de son Pays, & sou-
tenu sa constance contre Catilina; mais
elle donna à Clodius une entiere victoi-
re sur lui, il n'etoit pas effrayé de per-
dre la vie, & de quitter biens, hon-
neurs & toutes les choses dont il pleu-
toit la perte, mais il étoit efftayé de
vivre & d'en être privé: il auroit pro-
bablement vû la mort dans certe occasion
avec la même fermeté avec laquelle il
dit à Nopilius Lenas, son Client & son
meurtrier: Approche véteran, & si au
moins tu peux faire ceci, coupe-moi la
tête; mais il ne pouvoit soutenit de se
voir lui même & diêtre vû par d'autres,
dépouillé de ces ornemens dont il avoit
accoutumé d'etre entouté: ce qui le fit
se répandre ainsi en plusieurs honteuses
expressions.
Possum oblivisci qui fuerim; non sentire
qui sim; quo caream honore, quâ gloriâ.
Et parlant à son frere, citavi ne vide-
rem, ne aut illius luctum squalloremque aspi-
cerem, aut me perditum illi afflictumque
efferrem. Il avoit pensé à la mort, il y
MARS. 1752.
avoit préparé son esprit; il y avoit eu
même des occasions, où sa vanité auroit
été flattée par cette mort. La même va-
nité l'avoit empêché dans la prospérité
de supposer qu'un pareil revers put lui
arriver, celui-ci arrivant, le surprit &
le frappa d'étonnement. Il étoit encore
entêté de la pompe & du tracas de Ro-
me, fumum & opes strepitumque Romae. Il
étoit encorę attaché à toutes ces choses
que l'habitude rend nécessaites, & que
la nature a laissées indifférentes: nous
en avons fait l'énumération ci-dessus
il est tems de descendre à un examen
plus particulier.
La suite dans le prochain Mercure,
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2020
p. 52-56
LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Début :
Il est donc vrai ! de ses années [...]
Mots clefs :
Louise de Grande-Bretagne, Dieux, Vertus, Couronne, Coeur, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA MORT DE LOUISE Reine de Dannemarc. ODE AU ROI, Par M. Angliviel de la Beaumelle.
LA MORT DE LOUISE
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
..
Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
Reine de Dannemarc.
ODE AU ROI,
Par M. Angliviel de la Beaumelle.
Il est donc vrai ! de ses années
Les Dieux ont terminé le cours;
Jamais, barbares destinées
Respectâtes-vous de beaux jours!
Jusques à quand, Mort implacable
Ton glaive avide, insatiable
S'étendra-t. il sur les vertus:
Le Ciel irrité sur vos têtes,
Danois! assemble ses tempêtes
Pleurez: Louise helas n'est plus.
Vous n'êtes que de vains fantômes
Plaisirs, jeunesse, biens, honneursi
Serons-nous toujours, soibles hommes,
Séduits par vos charmes trompeurs!
Disparoissez, erreurs brillantes,
Sous mille formes différentes
Notre néant se reproduit.
Venex, voyez, Grands de la terre,
MARS.
1751.
Qu'êtes-vous? un peu de poussiere
Qu'un soussle organise & détruit.
D'un vil peuple la flatterie
Vous place au dessus des moitels,
Du Courtisan l'idolatrie
Ose vous dresser des Autels;
Que de l'immortelle Louise
Le funeste trépas instruise
Et terrasse ensin votre orgueil:
Vous serez malgré la Couronne,
Assis aujourd'hui sur le Trone,
Demain couchés dans le cercueil.
Tendre amout, sidele hymenée,
Jettez des sleurs sur son tombeau;
Elle aimoit, elle étoit aimée;
Vites-vous un destin plus beau?
Elle aimoit en toi l'homme aimable,
FRIDIRIC! ce coeur adorable
Au Heros préferoit l'Amant,
Hé! les couronnes les plus belles,
Toutes les grandeurs, que sont- elles
Au prix d'un tendre sentiment:
Vous ne verrez plus une mere,
Princes, vous presser dans ses bras,
d by Goo
Ciij
53
54 MERCUREDEFRANCE.
Suivre votre course légere,
Et sourire à votre embarras:
Croissez tendres fleurs, son ouvrag
De ses traits offrez-nous Pimage
Montrez à l'Univers surpris
Que fidéle à son origine
La grandeur d'une Héroino
Circule dans le sang des fils.
Heureux enfans de l'abondance
Beaux Arts! elle vous aimoit tous:
Elle réunit des l'enfance
Tous les talens & tous les goûts:
Sur elle, disoit la nature
Versons nos presens sans mesuro
Formons- là digne de Titus;
Soudain marcherent sur ses traces
De son sexe toutes les graces,
Du nôtre toutes les vertus.
Placez Louise sur un Trône
Avili par un de ces Rois
Qui ne peuvent de la Couronne
Soutenir le penible poids,
Automates, que la molesse
Tient dans une éternelle ivtesse
D'un Ministre esclave jaloux,
5009
MARS. 1552.
59
Louise eût sçù régir l'Empire,
**
Pourvoir à tout, à tout sussite,
*
Venger son sexe & son époux.
pet.
We
..
Cette main à qui l'harmonie.
Accordoit ses plus tendres sons,
1
..
Qui d'une riche broderie
Avec grace animoit le fonds,
Eût triomphé de nos Achilles,
. ...
Soutenu les Arts, pris des Villes;
.
Réuni Bellone & Thémis
Et Superieure aux obstacles
Renouvellé tous les miracles
D'Irene & de Semiramis.
:
Tu sçais, Monarque infatigable.
Tu sçais obscurcir ces taleus:
Louise ne patost quiaimable,
L'amour remplit tous ses momens;
Vois, admire avec quel courage
Ce coeur sublime se partage
Et par tendresse & par vertu
Comme une humble & simple bergeré
Entre le désir de te plaire
Et le plaisit de avoir plu.
C iiij
36 MERCURE DEFRANCE.
Mais quelle voix se fait entendte!
»Chet Epoux, seche ensin tes pleuis,
» C'est assez honorer ma cendte,
» Tu l'offenses par tes douleurs;
»Prince trop cheri, si tu m'aimes
» Je vis encore, les Dieux mêmes
» De mon bonheur seront jaloux
Tout est en deuil: pour ta tendresse
nQuel plaisir plus pur: ta tristesse
»Devient la tristesse de tous.
...
Que le pero de la lumiere
Se livre un instant au repos;
C'en est fait la nature entiere
Rentre dans son premier cahos:
Pour tes Provinces fortunées,
i
Tes instans valent des années;
Ceux que tu donne à tes ennuis,
Grand Roi, sont perdus pour l'Histoire,
Tu les voles tous à ta gloire,
..
Tu les voles à ton pais.
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2021
p. 71-72
DISCOURS Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, le jour de la Purification, pour la réception de M. le Prince de Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres le premier Janvier de cette année.
Début :
SIRE, Ce jour destiné à la réception de M. le [...]
Mots clefs :
Prince de Condé, Réception, Majesté, Ordres, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne, Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant des Finances des Ordres du Roi, le jour de la Purification, pour la réception de M. le Prince de Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier de ses Ordres le premier Janvier de cette année.
DISCOURS
Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne,
Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant
des Finances des
Ordres du Roi, le jour de la Purification,
pour la réception de M. le Prince de
Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier
de ses Ordres le premier Janvier de cette
année.
SIRE,
Ce jour destiné à la réception de M. le
Prince de Condé est un de ces jours
heureux qui ocquiert im nouveau lustre à
l'ordre du S. Esprit, en le décorant d'un
Prince de votee Sang.
M. le Prince de Condé a satisfait
SIRE, anx preuves de Religion ordon-
nées par les Statuts.
Les bontés dont ses illustres ayeux ont
honoré mes ancêtres, s'étant perpetuées
jusqu'à moi, je croirois, SIRE, man-
quer au devoir & à la reconnoissance si je
ne prositois de l'occasion présente pour
rappeller à la mémoire de Votre Majesté,
—
72 MERCURE DE FRANCE.
ces Héros de la branche de Condé, & en-
tr'autres ce Héros de Rocroy, de Nor-
linghen, de Lens, de Senef, &c. dont les
exploits glorieux feront toujours l'admira-
tion de la posterité & annoncent un ave-
nit favorable au digne heritier qui le re-
presente aujourd'hui comme une suite né-
cessaire de ses heureuses qualités naturel-
les & de son excellente éducation.
M. le Prince de Condé attend que Votre
Majesté veuille bien ordonner de l'intro-
duire auprès d'elle pour commencer la cé-
rémonie de sa réception.
Prononcé par M. l'Abbé de Pomponne,
Doyen du Conseil d'Etat, Commandeur-Chancelier-Surintendant
des Finances des
Ordres du Roi, le jour de la Purification,
pour la réception de M. le Prince de
Condé, nommé par Sa Majesté Chevalier
de ses Ordres le premier Janvier de cette
année.
SIRE,
Ce jour destiné à la réception de M. le
Prince de Condé est un de ces jours
heureux qui ocquiert im nouveau lustre à
l'ordre du S. Esprit, en le décorant d'un
Prince de votee Sang.
M. le Prince de Condé a satisfait
SIRE, anx preuves de Religion ordon-
nées par les Statuts.
Les bontés dont ses illustres ayeux ont
honoré mes ancêtres, s'étant perpetuées
jusqu'à moi, je croirois, SIRE, man-
quer au devoir & à la reconnoissance si je
ne prositois de l'occasion présente pour
rappeller à la mémoire de Votre Majesté,
—
72 MERCURE DE FRANCE.
ces Héros de la branche de Condé, & en-
tr'autres ce Héros de Rocroy, de Nor-
linghen, de Lens, de Senef, &c. dont les
exploits glorieux feront toujours l'admira-
tion de la posterité & annoncent un ave-
nit favorable au digne heritier qui le re-
presente aujourd'hui comme une suite né-
cessaire de ses heureuses qualités naturel-
les & de son excellente éducation.
M. le Prince de Condé attend que Votre
Majesté veuille bien ordonner de l'intro-
duire auprès d'elle pour commencer la cé-
rémonie de sa réception.
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2021
2022
p. 134-136
« RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
Début :
RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc de Bourgogne, Compagnie de Jésus, Avignon, Épître, Recueil, Naissance, Collège, Chansons, Intermède, Jésuites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « RECUEIL de Poësies sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne, [...] »
RECUEIL de Poësies sur la naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
de Monseigneur le Duc de Bourgogne,
par les Peres de la Compagnie de Jesus du
College d'Avignon. A Avignon, chez
Jacques Garrignan, 1751.
Uigsired v.20O
MARS. 1752.
137
Les Jesuites sont en possession de célé-
brer tous les événemens qui intéressent le
bonheur ou la gloire de la Nation, avec
une vivacité & un éclat qui sont des preu-
ves certaines de leur zéle & de leur ma-
gnificence. Nous avons rendu compte des
Fêtes tout à fait brillantes & bien enten-
dues qu'ils ont données à Paris & à Mar-
feille. Celles du College d'Avignon ont
été plus simples, & ne sont pas moins
touchantes: elles ont produit un volume
de vers où les sentimens que doit inspirer
la Naissance de Monseigneur le Duc. de
Bourgogne à des cœurs bien faits, sont
exprimés avec goût & avec elprit. L'im-
possibilité où nous nous trouvons de rien
transcrire du recueil que nous annon-
çons, ne doit pas nous empêcher de nom-
mer les Auteurs qui ne se sont pas nommés
dans l'Imprimé. L'Epitre dédicatoireà M. le
Vice-legat, le Conseil des Dieux, & une
Elégie latine sont duPere Feraud: laPasto-
rale & le Compliment à Monseigneur le
Duc de Bourgogne, du Pere Bernard : les
Chansons du premier intermede de la Pas-
torale, les Stances à la Reine, & un
Rondeau qui est à la fin, du Pere Borelly:
les Chansons du second intermede, du
Pere Joubert: la Cantate du troisième in-
termede, l'Ode à Monseigneur le Dau-
136 MERCUREDEFRANCE.
phin, une autre Ode Françoise, les
triomphes de la Religion, & l'Epître à
Monseigneur le Dauphin, du Pere Besson.
l'Epître au Roi, l'Ode à Madame la Dau-
phine, & une autre Ode Françoise, du
Pere Ronbaud: une Ode & une Eglogue
latine, du Pere Veillet.
Fermer
2023
p. 141-142
« La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
Début :
La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...]
Mots clefs :
Preuve, Témoins, Vie civile, Règne de Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La nouvelle Edition de la preuve par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra [...] »
La nouvelle Edition de la preuve
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
par témoins, de Danty, in-4o., qui se vendra
à Paris chez Messieurs de Nully, Li-
braire au Palais; Despilly pere & fils, Li-
braires rue Saint Jacques, à la vieille pos-
te; Vincent, Libraire, rue Saint Severin;
& à Rennes, chez Vatard fils, Libtaire
rue Dauphine à la Science.
LES préceptes de la vie civile, mis
en distiques latins, attribués à Caton, &
traduits en vers François avec quelques
Poësies sacrées, dédiés à Mesdames de
France, par M. l'Abbé S***: à Paris,
chez Nyon fils, & Guillyn, quai des Au-
gustins.
O
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HISTOIRE Littéraire du Regne de
Louis XIV. par M. l'Abbé Lambert, se
trouve à Paris, chez Prault fils, Quillan
fils & Guiltyn. Elle se vend 241. brochée,
& 30 livres reliée.
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2024
p. *191-191
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
Début :
La charge de Président de la Chancellerie étant sur le point de vacquer par les instances [...]
Mots clefs :
Stockholm, États, Majesté
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texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
DE STOKHOLM, le 14 Janvier.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
La charge de Président de la Chancellerie
étant sur le point de vacquer par les instances
que le Comte de Tessin a faites pour qu'on
lui permit de donner sa démission, quelques Dé-
putés des Etats vouloient qu'on proposât à Sa
Majesté trois Sujets, afin qu'elle en choisit un
pour remplir cette importante place. Après de
longs debats, la Diette a décidé à la pluralité de
quatre cens six voix contre deux cens vingt-
deux, qu'on n'en présenteroit qu'un, ainsi que
cela s'est pratiqué pendant le dernier regne. Cet-
te assemblée a résolu d'accorder au Roi une som-
me extraordinaire pour le voyage que Sa Majesté
doit faire l'Eté prochain pour aller voir ses Trou-
pes dans ses Provinces. Il a été aussi réglé qu'à com-
mencer de cette année, on suivroit en Suede le
Calendrier Grégorien. Depuis quelques jours, les
Etats ont suspendu leurs délibérations.
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2025
p. 192-193
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Début :
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier & Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de [...]
Mots clefs :
Saxe-Gotha, Lettres, Vienne, Roi, Princesse, Comte, Trésorier
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texteReconnaissance textuelle : DE BERLIN, le 18 Janvier.
DE BERLIN, le 18 Janvier.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
Selon les lettres de Dresde, les Princes Xavier
& Charles, fils du Roi de Pologne Electeur de
Saxe, se disposent à faire un voyage à Vienne,
d'où ils se rendront en Italie.
On a reçu avis de Dantzica, que les Com-
munautés Protestantes de la Prusse Polonoise &
du Grand Duché de Lithuanie avoient envoyé des
députations au Roi de Suede, pour le prier de
les protéger à l'exemple de ses Prédécesseurs, &
d'employer ses bous offices, lorsque les occa-
sions s'en présenteront, pour les faire rétablir
dans la jouissance des privileges qui leur ont été
accordés par le Traité d'Oliva.
On apptend de Leipsick, que le Prince Jean
Auguste de Saxe-Gotha, Chevalier de l'Ordre
de l'Aigle-noir, Géneral de Cavalerie au service
de l'Impératrice, Reine de Bohême & de Hon-
grie, & Colonel d'un Régiment de Dragons des
troupes de cette Princesse, a épousé à Roda la
Princesse, veuve du Duc Christian-Guillaume de
Saxe-Gotha.
Selon les Lettres de Vienne, le Comte Frede-
deric Melchior de Schonborn Buexeim, Graod-
Trésorier de l'Eglise Métropolitaine de Mayence
&Prevôt du Chapitre de Saint-Alban, & le
Comta
MARS.
1752.
193
Comte Adam-Frederic-Joseph de Seinskeim.
Grand-Trésorier de l'Eglise Cathédrale de Bam-
berg, ont obtenu des places de Conseillers Inti-
mes de l'Empereur.
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2026
p. 193-194
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Début :
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis, premier Commissaire de l'Empereur à la [...]
Mots clefs :
Empire, Corps, Empereur, États protestants, Augsbourg, Affaire, Constitutions, Résolution, Diète
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texteReconnaissance textuelle : DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
DE RATISBONNE, le 30 Janvier.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
Ces jours derniers, le Prince de la Tour Taxis,
premier Commissaire de l'Empereur à la
Diette del'Empire, remit à cette Assemblée un dé-
cret de commission Impériale, portant, » Que
„l'annéé derniere les Etats Protestans de la Con-
o fession d'Ausbourg ont écrit à l'Empereur une
lettre, dans laquelle, sous prétexte de justi-
»»fier les voies d'exécution employées à l'occa-
sion de l'affaire de Hohenloë, ils ont avancé
plusieurs propositions nouvelles, contraires aux
» Constitutions de l'Empire, à la Paix de Reli-
gion, au Traité de Westphalie, ainsi qu'aux
vOtdonnances pour accelerer les exécutions, &
„ tendantes à troubler le repos du Corps Germa-
nique; que non seulement ils ont paru vouloit
soutenit la validité de leurs allégations, mais
qu'ils se sont arrogé le pouvoir de se faire droit
„ eux-mêmes, sans avoir égard ni aux loix de l'Em-
„ pire, ni aux prérogatives attachées à la dignité de
2 S. M. Impériale, ni à la ferme résolution qu'elle
2 a toujours montrée de rendre justice à chacun
„ sans partialité & sans acception des personnes ni
des Religions; que comme il ne seroit pas
n juste que les Etats de la Confession d'Ausbourg
ufissent un Corps séßaré, contre la teneur des
„ Constitutions de l'Empire, & empiétassent sur
„ l'autorité de celui qui en est le Chef, l'Em-
pereur desaprouve hautement une telle condui-
te; qu'il annulle la résolution prise le 30 du
194 MERCUREDEFRANCE.
v mois d'Octobre dernier par le Corps Evangélt.
„que; que Sa Majeste Impériale déclare com-
„me non avenue tout ce qui a été entrepris en
„conséquence, & qu'elle recommande à la
»Diette, de donner la plus grande attention à
„ cette affaire, afin de prévenir les inconvéniens
»qui pourroient en résulter.
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2027
p. *198-198
DE MILAN, le 5 Janvier.
Début :
Des grains, destinés pour quelques-unes des Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers [...]
Mots clefs :
Grains, Droits de péage, Convention, Impératrice Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE MILAN, le 5 Janvier.
DE MILAN, le 5 Janvier.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
Des grains, destinés pour quelques-unes des
Troupes de l'Impératrice Reine, qui sont en quartiers
dans la Lombardie, ont été arrêtés à Ferrare.
sur le refus que les Conducteurs ont fait de payer
les Droits de Péage. Ces Conducteurs, pour justi-
fier leur refus, alléguent une convention, faite en
1736, & par laquelle il a été stipulé que tant pen-
dant la paix que pendant la guerre, les grains, qui-
descendront ou remonteront le Pô pour les Trou-
pes de l'Impératrice Reine, auront une navigation
libre & franche de tous Droits.
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2028
p. 198-199
DE LONDRES, le 20 Janvier.
Début :
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la [...]
Mots clefs :
Pêche, Capitaine, Virginie, Députés, Enfants
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texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES, le 20 Janvier.
DE LONDRES, le 20 Janvier.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
On vient de recevoir la nouvelle, que le sieur
Keppel, Commandant l'Escadre du Roi dans la
Méditerranée, a. conclu. au, nom de Sa Majesté-
1752.
MARS.
199
deux Traités de paix & de navigation, l'un avec la
Régence de Tripoli, l'autre avec celle de Tunis.
Le premier de ces Tiairés a été signé le 30 Sep-
tembre de l'année dernière, & le second le 30 du
mois fuivant.
Un Navire Espagnol de deux eens tonneaux
chargé de vin de Madere, de bois de teinture, &
de quelques autres Marchandises, a échoué le 5
près de la pointe de Cornouaille, & tout l'Equi-
page a été noyé. Afin d'eviter de semblables acci-
dens, on s'est déterminé à poser en cet endroit un
Fanal, au modele duquel on travaille actuellement.
Le Capitaine d'un Bâtiment, arrivé de la Virginie,
a rapporté qu'une Nation de Sauvages, voisine de
cette Colonie, avoit envoyé des Députés, pour
offrit d'en retenir avec les habitans une liaison de
commerce, & que la Colonie, dans le dessein de
s'acquérit l'amitié de ces Députés, leur avoit fait
divers présens. Ce Capitaine a ajouté que le Gou-
verneur de la Virginie, après leur avoit exposé
d'une maniere pathétique la perfection du Chris-
tianisme, les avoit exhortés d'envoyer leurs enfans
au Séminaire de la Colonie, pour y être instruits
des vérités de la Religion. On frete dans divers
Ports d'Angleterre un grand nombre de Navires,
qu'on destine à la Pêche de la Baleine.
La Compagnie de la Pêche du Hareng se pro-
pose d'engager à son service les Enfans Trouvés,
qui voudront & pourront lui être utiles. Pendant
PHyver, elle les fera travailler à des filets, & elle
les employera à la Pêche pendant l'Eté. Sur l'avis-
qu'on a eu que plusiturs Ouvriers des Manufac-
tures de laine se disposoient à passer dans les pays
Etrangers, on leur a défendu, sous des peines ti-
goureuses, d'exécuter leur projet.
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2029
p. 200-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12 [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Majesté, Compagnie, Dauphin, Anne-Henriette de France, Madame Henriette, Billets, Évêque, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Le 8 Janvier, le Roi partit pour le Châ[t]eau
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 12
avec Mesdames de France qui s'y étoient ren-
dues le 11.
Le 11, Monseigneur le Dauphin alla y diner
avec le Roi.
Jusqu'au 29 Février dernier, inclusivement,
les porteurs de Billets signés pour la Compagnie
des Indes par M. Pechevin, ont été reçus à les
faire convertir en reconnoissance d'un nouvel
emprunt, où en promesse de passer contrat, qui
porteront intérêt du jour de l'échéance desdits
Billets. Après ce terme, la Compagnie des In-
des remboursera ces mêmes Billets à leur
échéance.
On a ouvert le 10 Janvier, à la caisse de la
Compagnie des Assurances, établie dans cette
Capitale, le payement des dividendes à cinq pour
cent, qui sont dus pour l'année derniere aux
Porteurs de reconoissances d'intétét de ceite
Compagnie.
Le 7, on commença le quatrième Tirage de la
seconde Loterie Royale. Le principal lot de ce
tirage est échu au numero2416; le second lot au
Numero 33176, & la premiere Prime au Nu-
mero 27829.
Le 13, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente-lept, les Billets
de la premier Lotterie Royale à sept cens vingt-
MARS. 1752.
201
lix, & ceux de la seconde, à six cens soixan-
te-six.
Le 13, le Roi alla à Trianon. Sa Majesté re-
vint à Versailles l'après midi, & fit une prome-
nade en traîneaux au tour du Parc. Le Roi étoit
dans le premier avec Madame Henriette. Dans
le second étoit Monseigneur le Dauphin avec
Madame Adelaide: Madame Sophie, & Mada-
me Louise étoient dans le troisième. Il y avoit
un grand nombre d'autres traîneaux pour les Sei-
gneurs & les Dames de la Cour.
Sa Majesté partit le 15 pour le Château de
Bellevue, d'où elle revint le 19.
Le 18 , M. de Reventlau, Envoyé Extraordi-
naire du Roi de Dannemarx, eut en long man-
teau de deuil, une audience particuliere du Roi,
dans laquelle il donna part à Sa Majesté de la
mort de la Reine de Dannemarx Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celle de la Reine
par le Marquis de Verneuil, Introducteur des
Ambassa deurs.
Le Roi retourna le même jour au Château de
Bellevue.
Le même jour au matin, la Reine se trouva
un peu incommodée, & elle entendit la messe
dans son appartement. Heureusement l'indisposi-
tion de Sa Majesté n'a point eu de suite.
Madame Victoite a été attaquée d'un rhume
& d'un mal de gorge, mais cette Princesse, dès
le 19, a commencé à se mieux potter.
Le 21, le Roi prit le deuil pour trois semaines
à l'occasion de la mort de la Reine de Dan-
nemark.
Le vaisseau l'Auguste, appartenant à la Com-
pagnie des Indes, & qui étoit parti de l'Orient
le 15 Avril 1750, y est de retour depuis le 5 de
IV
202 MERCURE DE FRANCE.
ce mois. Ce Bâtiment étoit attendu beaucoup plu-
tôt, mais les mauvais tems qu'il a efsuié dans la-
route, l'ont obligé de relâcher à l'Isse de Fran-
ce, & ensuite à la Baye de tous les Saints, d'ou
il n'a pu temettre à la voile que le 20 du mois de
Septembre dernier.
Le Navire le Saint-Thomas, qui revient du-
Canada, & qui est entré dans le port de la Ro-
chelle, a eu son grand mâts emporté par un coup-
de vent.
L'Académie Royale des Sciences a élu en
qualité d'Adjoint Anatomiste, M. Lieuteaud,
Médecin de la Charité à Versailles, & ci-devant
Professeur d'Anatomie à Aix en Provence.
Le 20, les Actions de la Compagnie des Ind-
des étoient à dix huit cens trente-cinq livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quarante-cinq, & ceux de la seconde, à six censs
quarante cinque
Le 21, le Roi revint de Bellevue, à Versailles.
Sa Majesté se rendit le 24 au Château de Choi-
sy d'où elle revint le 26 au soir.
La santé de Madame Victoire est parfaite-
ment rétablie.
Leurs Majestés signerent le 24. le Contrat de
Mariage du Duc de Montmorency, & de Louise
Françoise Pauline de Montmorency-Luxembourg,
fille du Prince de Tingry.
M. de Massiac, & le Comte du Guay, Chefs-
d'Escadres des armées navales du Roi, ont été
nommés par Sa Majesté, à la place de feu M.
d'Orves, & de feu M. le Chevalier d'Epinay,
pour commander la marine, le premier à Tou-
lon, & le second à Brest.
L'Evêque de Riéz fut sacré le 23, dans la Cha--
pelle de l'Archevêché par l'Archevêque de Pa-
MARS.
1752.
203
tis, assisté des Evêques de Troyes & de Rhodez,
La Compagnie des Assurances, qui a chez M.
se Verrier, Notaire, le fond de six millions dé-
posés pour sureté des engagemens qu'elle prend
avec le Public, a maintenant vingt-six chambres
dans les différens Ports de France. Le grand
nombre d'affaires, qu'elle a faites depuis son inse
titution, pouve l'ntililité d'un établissement, qui
s'attire de plus en plus la confiance générale, &
qui a acquis une telle solidité, que la Compa-
gnie se trouve en état d'assurer en tems de guerre
comme en tems de paix-
Cette Compagnie a reçu avis que le Navire
le Lion, venant de l'Isse Royale, avoit eu le
malheur de périr le premier de ce mois, à la
pointe de Guibron, sur la cônte de Bretagne.
L'Académie Royale des Sciences ayant charge
des Commissaires, d'examiner une methode pro-
posée par M. Gaillard, pour fixer d'une maniere
invariable la situation, la sigure & l'étendue de
chaque corps d'héritages, ces Commissaires ont-
jugé que ladite methode, qui consiste principale-
ment à lever géometriquement les plans de cha-
que Seigneurie, & à les orienter suivant la ligne
Méridienne, seroit très- utile, si elle pouvoit être-
exécutée par tout avec la précision nécessaire.
Le 29, les Actions de la Compagnie des Indes
ctoient à dix- huit cens trente livres; les Billeus
de la premiere Loterie Royale à sept cens quinze
& ceux de la seconde, à six cens trente-huit.
Le Roi, qui étoit depuis le 29 à Trianon, en
rovint le 31.
L'Evêque de Glandeves fut sacré le 30 Janvier
dernier dans la Chapelle du Séminaire de Saint
Sulpioe par l'Eveque de Beauvais, assisté des Evô-
quos de Rhoduz & de Riez.
Ivi
204 MERCUREDEFRANCE.
Le 31, le Duc de Rohan-Rohan, Prince de
Soubize, fut recu au Parlement en qualité de Pair
de Franco. Il donna le même jour un repas
splendide, auquel tous les Ducs & Pairs, ainsi
que la Grande Chambre, furent invités, & qui
fut servi sur deux tables, chacune de cinquan-
te couverts. Le soir, l'intérieur de l'Hôtel de Sou-
bize fut illuminé avec autant de goût que de
magnificence.
Le preinier Février, le Roi accompagné par
le Chevaliers, Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Esprit, assista dans la Chapelle
du Château au service, qui fut célebré pour le
repos des ames des Chevaliers morts pendaut
de cours de l'année derniere L'Archevêque de
Rouen, Prélat, Commandeur de l'Ordre, y
officia pontificalement.
Le même jour, la Reine communia par les
mains de M. l'Abbé Gouyon-Launay Comats
son Aumônier en quartier. Madame la Dauphi-
ne communia par celles de l'Evêque de Bayeux,
son premier Aumônier.
Le 2, Fête de la Purification de la Sainte
Vierge, les Chevaliers Comiandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Esprit, s'étant assemblés vers
les onze heures du matin dans le Cabinet du
Roi, Sa Majestè tint un Chapitre, & nomma Che-
valier, le Comte de Brionne, Grand-Ecuyer de
France. L'information des vie & moeurs, & la
profession de soi du Prince de Condé, qui avoit
été proposé le premier du mois derniet pour être
Chevalier, ayant été admises dans le même Cha-
pitre, ce Prince fut introduit dans le Cabinet du
Roi, & recu Chevalier de l'Ordre de Saint Mi-
chel. Le Roi sortit ensuite de son appartement,
pour aller à la Chapelle. Sa Majesté, devant la-
201
MARS. 1752.
quelle les deux Huissiers de la Chambre portoient
leurs masses, étoit en manteau, le colier de l'Or-
dre par dessus, ainsi que celui de l'Ordre de la
Toison d'ot. Elle étoit précédée de Monseigneur
le Dauphin, du Comte de Chaiolois, du Comte
de Clermont, du Prince de Conty, du Comte
de la Marche, du Prince de Dombes, du Comte
d'Eu, du Duc de Penthievre & des Chevaliers
Commandeurs & Officiers de l'Ordre. Le Prince
de Condé en habit de Novice, marchoit entre
les Chevaliers & les Officiers. Le Roi assista à la
bénédiction des cierges, & à la procession qui se
fit autour de la Chapelle. Après la Grande-Mes-
se, célebrée par l'Archevêque de Rouen, Sa
Majesté monta à son trône, & le Prince de Condé
fut recu Chevalier, ayant pour Parains Monsei-
gneur le Dauphin & le Comte de Clermont,
Prince du Sang. Cette cérémonie étant finie, le
Roi fut reconduit à son appartement en la manie-
re accoutumée.
L'après-midi, le Roi & la Reine, accompa-
gnés de Monseigneur le Dauphin, de Madame
la Dauphine; & de Mesdames de France, en-
tendirent le Sermon du Pere Dumas, de la Com-
pagnie de Jesus. Ensuite Leurs Majestés assiste-
rent aux Vêpres & au Salut, chantés par la Musi-
que, ausquels l'Abbé Gergois, Chapelain ordi-
naire de la Chapelle de musique, officia.
Plusicurs Gazettes Etrangeres ont publié sans
fondement, que le Prince d'Anhalt-Zerbst étoit
mort en Allemagne. Ce Prince est encore actuel-
lement à Paris, où il jouit d'une parfaite santé.
Le 3, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix huit cens trente deux livres; les
Billets de la premiere Loterie Royale à sept cens
quinze, & ceux de la seconde, à six cens quaran,
te- cinq.
rO6 MERCURE DEFRANCE.
Le même jour Madame Henriette, étant allée
avec Monseigneur le Dauphin & Mesdames Ade
delaide, Victoire, Sophie & Louise, voir le Roi
à Triinon, s'y trouva indisposée. Cette Princesse
eut la nuit une fiévre violente, qui se soutint avec
la même force pendant trente six heures. Le 5 à
sept heures du matin, les ardeurs de la fiévre se
calmerent, & Madame Henriette dormit jusqu'à
dix heures & demie. Un redoublement, qui sur-
vint, & qui fut accompagné d'une fréquente
toux, détermina les Médecins à faire saigner
cette Princesse. La fiévre & la toux ne diminuant
point, Madame Henriette fut faignée à minuir
pour la seconde fois, & le 7 au matin pour la
troisième. Pendant la nuit du 7 au 8, Madame
Henriette fut plus tranquille. Elle eut le 8 à deux
heures après-midi un redoublement, & comme
il ne dura que jusqu'à quatre heures du soir, on
conçut quelqu'espérance; la joie qu'avoit causée
ce changement savorable, n'a pas été de longue
durée. La fievre redoubla tellement la nuit du 8
au 9, que le 9, à onze heures du matin, les Mé-
decins ordonnerent une saignée du pied: Mada-
me Henriette, dont l'état de moment en mo-
ment devenoit plus dangereux, demanda le Viai
tique, & il lui fut administré par l'Evêque de
Meaux, premier Aumônier de cette Princesse &
de Madame Adelaide. Le Roi qui étoit revenu le
4. de Trianon, assista, ainsi que la Reine, Mon-
seigneur le Dauphin & Mesdames Adelaide, Vic-
toire & Louise, à cette triste cerémonie. La nuit
du 9 au 10 a été plus fâcheuse encore que les pré-
dentes. Le 10 au matin Madame Henriette a peri-
du toute connoissance, & elle est mortę le mêmè
jour vers une heure: & demie après midi. Cette
Mincesse qui se nommoit Anne-Heurietie, étois
1752.
MARS.
207
Agée de vingt quatre ans, cinq mois & vingt-
sept jours, étant née le 14 Août 1719, Son extrê-
me affabilité, son humeur bienfaisante, & les au-
tres vertus qui formoient son caractere, lui atti-
roient l'affection & le respect de toutes les per-
sonnes qui avoient l'honneur de l'approcheri-
Leurs Majestés & la Eamille Royale sont dans la-
plus grande affliction, & la Cour & la Ville par-
tagent leur plus juste douleur.
Fermer
2030
p. 207-215
DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne ayant comblé les voeux de la France, [...]
Mots clefs :
Fêtes, Versailles, Corps, Feu, Architecture, Arc, Fleurs, Colonnes, Lapis, Guirlandes, Naissance du duc de Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION Des Fêtes données à Versailles par ordre du Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à l'occasion de la Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
DESCRIPTION
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
Des Fêtes données à Versailles par ordre du
Roi le 19 & le 30 Décembre 1751. à
l'occasion de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La Naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne
ayant comblé les voeux de la France,
le Roi voulut qu'elle fut celebrée à Versa illes par
des Fêtes dignes d'un évenement aussi cher à la
Nation.
M. le Duc deGesvres PremierGentilhomme de la
Chambre du Roi, en exercice, donna des ordres
en consequence. Ces Fêtes furent conduites par
Monsieur de Curys, Intendant & Contrôleur Gé-
néral de l'Argenterie, Menus Plaisirs, & Affaires
de la Chambre de Sa Majesté.
On n'eut que sixsemaines, environ, pour les pré-
paratifs, & tout fut prêt au terups marqué, mah-
gré les incommodités d'une saison contraire & ri-
gourense.
Musfines beO
208 MERCURE DE FRANCE.
En face de la grande Gallerie, on avoit formé ui,
vaste plancher qui s'étendoit depuis l'allée de Sa-
turne jusqu'à celle qui conduit au Bassin du Dra-
gon: ce plancher construit sur un terrain inégal
commençoit au bout du parterre d'eau à quatre
pieds de hauteur & s'avançoit de 30 toises jusqu'au
Bassin de Latone, au dessus duquel il avoit 36
pieds d'élévation.
Là sur un plancher circulaire de 142 toises re-
gnoient trois grands corps d'Architecture dont le
principal étoit un Arc de Triomphe isolé consacté
à la Félicité.
Cet édifice étoit d'ordre Corinthien; on y
montoit par 9 dégrés de maibre blanc, la porte
triomphale avoit 40 pieds d'élévation, elle étoit
accompagnée de deux autres qui terminoient leur
forme quarrée au dessous de l'Imposte à 28 pieds.
Au devant des massiss qui les divisoient étoient
accouplées des Colonnes de lapis canelées & eu-
tourées de Guirlandes de roses.
Leurs Pied-d'estaux de marbre breche violette
encadroient des Paneaux de lapis, sur lesquels
éclatoient des Festons en or.
Les Basses & les Chapiteaux étoient de bronze
doré, la Corniche de marbre breche violette, l'lm-
poste & les Archivoltes de marbre blanc veiné
ainsi que le Corps d'Architecture.
La Frise étoit festonnée de Guirlandes de lau-
rier en or sur un fond de lapis, & à l'endroit ou
l'entablement faisoit ressaut sur chaqne Grouppe
de Colonnes elle étoit enrichie de Palmes sur mon-
tées d'une Fleur de Lis.
Deux Bas reliess en or de 14 pieds de longueur
sur 8 de hauteur, décoroient le dessus des Portes
laterales.
Dans l'un paroissoit Apollon distribuant aux Mu-
MARS.
1752.
209
ses les différents attributs des Sciences & des
Beaux Arts.
On voyoit dans l'autre, Cérés sur son Char,
répandant l'abondance, elle étoit suivie de la Con-
corde & des Graces, & dans le fond du Tableau;
on découvroit un Soleil naissant.
Un Socle de marbre verd s'affermissoit sur la
Corniche, & portoit à l'endroit des Colonnes
les Statues de la Justice, de la Prudence, de la
Modération & de la Magnanimité.
Entre ces figures s'élevoit sur cinq dégrez de mar-
bre jaune antique, un pied d'estal de forme circu-
laire orné de canelures avec des ornemens en or,
& ceint par le haut d'un tors de feuilles de Chêne
en bronze doré.
Sur ce pied-d'estal on voyoit le Globe des Ar-
mes de France, soutenu par la force & par diffé-
tens Génies, la Victoire & la Paix le présentoient
à la Félicité; cette derniere figure dominoit le
Grouppe, elle tenoit un Caducée, simbole de l'u-
nion, & selon les Egyptiens le Hyerogliphe de la
naissance des Grands Hommes. D'une Corne d'a-
bondance qui étoit à ses pieds, sortoient des fruits
mêlés de fleurs. De l'autre côté la Renommée
prenoit son vol pour aller annoncer à l'Univers la
Naissance du Prince & ses heureux destins.
Toutes les Figures étoient de bronze doré, le Glo-
be étoit de lapis, & ses Fleurs de lys d'or, de mê,
me que sa Couronne qui terminoit l'arc de triom-
phe pat amortissement à 97 pieds d'élévation.
Les deux autres corps d'architecture étoient
d'un ordre composé, ils formoient des deux côtés
de l'Arc de triomphe une continuité d'arcades en
niches ornées de Paneaux & de Coquilles, ces ni-
ches étoiant séparées par des pilastres revêtus de
Trophées en bronze doré qui se détachoient sur
Hiues vOO
LIO MERCURE DEFRANCE.
un fond verd d'émeraude incrusté dans un marbre
blanc veiné.
Au-lessus des Trophées étoient des Camayeux
en azur en forine de médaillons, réprésentans
tous les Arts qui contribuent au bonheur & tous
les Etats qui y participent.
Des Guirlandes de fleurs de toute espêce leut
fervoient de bordures & se réunissoient en festons
au dessus des Ceintres & des Pilastres.
Des avant corps terminoient les ailes, ils étoient
ornés de Statues de différentes Divinités en bronze
doré, on y remarquoit d'un côté Jupiter, Junon,
Mercure & Minerve, & de l'autre, Apollon, Dia
ne, Mars & Venus.
Les Ballustres d'or bordoient les galleries ou
plates-formes qui regnoient généralement sut les
édifices des parties laterales, ils étoient interrom-
pus sur les avant cotps seulement par des Frontons
on s'appuyoient des Faunes & des Tritons de
bronze doré, tenant des tors de feuilles de chêne
entremélés de coquillages & supportans des vases
de lapis surchargés de Girandoles.
On avoit aussi distribué des Girandoles sur tous
les couronnemens, plusieurs lustres pendoient du
sein des archivoltes, & toutes les niches étoient
garnies d'Otangers dans des vases d'or, autour
desquels jouoient des guirlandes de fleurs naturel-
les.
Trois grands escaliers de sept degrez se presen-
toienr au-devant de toute la décoration.
Le principal occupoit 20 toises de face; les deux
autres qui répondoient aux avant-corps avoient
chacun 12 toises d'ouverture, des balustres s'éten-
doient entre ces escaliers d'un aîle à l'autre & for-
moient carrément, & par des angles coupés des
retours en saillies pour accompagner les Corpo-
avancés.
MARS. 1752.
211
Ces balustrades étoient divisées par seize
Pied- d'estaux portans des girandoles sur des for-
mes d'ornemens en lapis, rehaussées d'or &
entourées de guirlandes de fleurs.
A travers les portes de l'arc triomphal
& par les espaces qui divisoient les trois grands
corps d'architecture, on découvroit dans l'é-
loignement le Temple de la Félicité sur une
vaste terrasse, audevant de laquelle étoit une
fontaine ornée de Pilastres rustiques & de
Statues.
On montoit à cette terrasse par deux grands
escaliers: des colonnades d'Ordre Dorique
conduisoient aux dégrés du Temple.
Ce Temple étoit une rotonde d'Ordre Com-
posite, dont le corps étoit de Porphire, les
Colonnes & les Frises d'émeraudes, & les Cha-
pitaux, Bazes, Architraves, & Corniches
d'or, de même que les courbes & les festons
qui enrichissoient la Coupole.
On entroit dans ce Temple par huit Porti-
ques: au milieu du Sanctuaire étoit un riche
baldaquin, dont les rideaux retroussés, lais-
soient voir sur un Pied-d'estal de marbre verd
antique, la Statue en or de la Félicité. Des
balustres entouroient l'estrade: au de vant étoit
un Autel de Sacrifice, où brûloient des par-
fums en actions de graces.
Ou appercevoit au de-là du Temple & des
colonnades, une partie des jardins de la Fé-
licité, où s'élevoient des Palmiers, des Lau-
riers, des Myrthes, des Oliviers & autres Ar-
bres chargés de fleurs & de fruits.
Le Roi ordonna que cette décoration seroit
illuminée le 17, & qu'elle serviroit le 30 ;
pour un feu d'artifice. Sa Majesté devant tenir
212 MERCURÉDE FRANCE.
ces mêmes jours grand appartement, on décora
l'intérieur du Château avec autant de soin
que les jardins.
Trois rangées de lustres étoient attachées au
platfond de la galletie par des gazes bouillon-
nées, où s'entrelaçoient des festons de rozes.
Ces gazos, & ces festons étoient disposés de
manière qu'ils laissoient voir tout l'éclat des
Peintures, & toute la richesse des lambris.
Une multitude de girandoles s'elevoient à
la hauteur des lustres de chaque côté de la gal-
lerie, sur une longue file de gueridons dorés,
& de torcheres d'argent d'une compesition ga-
lante.
Des Amours assis sur ces torcheres, entre
des palmes & des mirthes, jouoient avec des
guirlandes de fleurs en cristaux, sous des ber-
ceaux d'étoiles.
Les Sallons de la Guerre & de la Paix ter-
minoient aux deux extrémités cette brillante
perspective; les autres appartemens étoient
décorés à proportion.
Le 19, sur les six heures du soir, le Roi &
toute la Conr s'étant rendus dans la gallerie,
la décoration qui faisoit face au Château, pa-
rut tout à coup illuminée, & malgré la con-
trariété du vent, on sentit l'effet que devoient
produire les différentes espéces d'illumination,
que l'on n'avoit point encore hazardé d'em-
ployer sous un même point de vue.
Leurs Majestés, après avoir joui quelques
momens de la beauté de ce spectacle, conti-
nuerent de tenir appartement jusqu'à dix heu-
res. Il y eut ensuite grand couvert, pendant
sequel tout le monde eut la liberté d'entrer
dans les appartemens.
213
MARS. 1752.
Le 30 du même mois, jour indiqué pour le
feu d'artifice, la décoration de l'arc de triom-
phe & des ailes parut toute différente. Des
Mosaiques dorées & découpées, remplissoient
les Piedestaux, les Frises, les Bas-reliefs, les
Pilastres, les Médaillons.
Les Colonnes étoient cannelées à jour, &
ceintes de bandeaux. Leurs Bazes & leurs Cha-
piteaux étoient découpés.
Des Piramides spirales remplaçoient les
orangers qui avoient décoré les niches.
Aux lustres & aux girandoles en succederent
d'autres composés d'artisice.
En face des corps d'Architecture étoient
plusieurs grandes Cascades d'artifice en am-
phithéâtre de quarante & cinquante pieds de
hauteur.
Au-devant de l'enceinte, on avoit placé
tout le long de la balustrade & vis-à vis les
escaliers de grandes Piéces figurées en com-
partimens.
Sur les côtés on voyoit des treillages en
berceaux qui s'étendoient jusqu'aux dégres de
la terrasse du Château.
L'arangement de toutes ces différentes pié-
ces composoit une décoration légere & ga-
lante, qui constrastoit avec celle que l'on avoit
vû les jours précédens,
Sur les cinq heures du soir, la gallerie fut
éclairée comme elle l'avoit été le 19.
Au moment que Leurs Majestés s'y rendi-
rent avec toute la Cour, on donna le signal
pour tirer le feu d'artifice, qui devoit être
exécuté selon les dispositions suivantes.
Des fusées d'honneurs & des fusés de table
drées de l'arc de triomphe & des ailes, au
Vigires vOO
214 MERCURE DE FRANCE.
bruit d'une infinité de boetes distribuées odans
plusieurs endroits du Parc, devoient servit
de prélude, & annoncer la premiere décora-
tion d'artifice, composées de Pièces figurées
formant en feu brillant différentes Mosaiques
successivement variées.
Après ce tableau, des gerbes, des Ifs, &
des napes de feu devoient occuper toute l'é-
tendue comprise entre les édifices, en même
tems que les grandes Cascades paroîtroient,
& donneroient naissance à douze grands jets
portans leur feu à quarante pieds d'élévation.
On devoit voir ensuite tous les contours de
l'Architecture dessinés par des feux de lance,
ainsi que les lustres, les girandoles & les pira-
mides tournantes, pendant que les Colonnes,
les Bas-reliefs, les Pilastres & les Médaillons
seroient pronnoncés par des feux mouvants
jouant derriere leurs découpures & leurs Mo-
saiques.
Au tiers de la durée des lances, devoient
paroître les treillages en berceaux qui bornoient
la terrasse, les Gloires qui couronnoient les
entablemens, & les Soleils fixes, dont le prin-
cipal fo moit un globe de seu de soixante pieds
de diametre.
Sur les trois corps d'Architecture étoient dis-
posés des vases lumineux, jettans continuelle-
ment des étoiles & des serpentaux, pour ser-
vir de cadre à cette brillante decoration.
Des bombes, des pluyes d'or, des grenades
à étoiles, de très grosses fusées de chevalet,
des pots-à-feu, des pots-à-égrettes & des
feux de caisses de toute e spéce, etoient desti-
nés à garnir les airs pendant toute la durée du
feu, qui devoit finir par une guirlande coma
MARS.
1752.
215
posée d'une multiiude infinie de fusées cou-
romhées de bombes brillantes, s'élevant tou-
tes à la fois de l'arc de triomphe & des ailes.
Après le feu d'artifice, il y eut apparte-
ment jusqu'à dix heures, & cette journée se
termina, comme la premiere, par un grand
couvert.
Ces Fêtes furent exécutées sur les plans &
desseins des Sieurs Slodtz, Dessinateur du Ca-
binet du Roi, Peintre & Sculpteur de ses me-
nus plaisirs.
Les Sieurs Dumas, Girault & Plenet furent
chargés de la construction des charpentes, &
le Sieur Vedy, de la partie concernant la ser-
rurerie.
Le Sieur l'Evêque, Garde-Magazin des me-
nus, & toutes les personnes employées dans
cette partie, se distinguerent par leur exactitu-
de à exécuter les ordres dont on les avoit
chargés.
Fermer
2031
p. 13-33
Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord Bolinbroke.
Début :
Un changement de place peut donc être supporté par tout homme ; il [...]
Mots clefs :
Homme, Esprit, Exil, Nature, Maux, Hommes, Rang, Pauvreté, Pays, Vie, Fortune, Perte, Pouvoir, Mérite, Vérité, Avantages, Monde, Grands, Zénon, Malheurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord Bolinbroke.
Suite des Réflexions sur l'exil, par Milord
Bolinbroke.
UN changement de place peut donc
être supporté par tout homme ; il
fait même le plaisir de plufieurs; mais qui
peut soutenir les maux qui accompagnent
l'exil? Vous-mêmes qui en faites la ques-
tion, pouvez les soutenir. Tous ceux qui
les considerent tels qu'ils sont en eux mê-
mes; au lieu de les regarder au travers du
voise que le prejugé met devant nos yeux.
Car quoi. Vous avez perdu votre bien
réduisez vos désirs, & vous vous trouverez
aussi riche que jamais, avec cet avantage
que vos soins seront diminués. Les besoins
réels de la Nature sont renfermés en d'étroi-
res bornes, mais ceuxque l'éducation & l'ha-
bitude ont créés, n en ontaucunes. La vérité
a un circuit fixé & petit; mais l'erreur n'en
a point. C'est pourquoi si vous laissez écha-
per vos désirs au-delà de ce circuit, ils er-
reront éternellement. Nous devenons né-
cessiteux au milieu de l'abondance, &
notre pauvreté augmente avec nos riches-
fes. Réduisez vos défirs, pout être capable
de dire avec l'Oracle de la grace auquel
Erasme étoit prêt d'adresser ses prieres:
14 MERCURE DE FRANCE.
quàm mul is ipse non egeo? Banissez de vo-
tre exil tous les besoins imaginaires, &
vous n'en souffrirez aucuns réels, le pe-
rit filet d'eau qui vous est laissé, suffira
pour étancher la soif de la Nature, & si
elle ne peut être étanchée, ce n'est pas
une soif, mais une maladie formée par les
habitudes vicieuses de votre esprit & non-
la suite de l'exil. Combien de gens sou-
tiennent la même pauvreté gayment, par-
ce qu'ils y ont été élevés, & y sont ac-
coutumés: ne ferons-nous pas capables
d'acquerir par la raison & par la réflexion
ce que le moindre artisan possede par ha-
bitude; ceux qui ont tant d'avantages au-
dessus de lui, seront-ils les esclaves des
besoins & des nécessités qu'il ignore. Les
riches dont les apetits délicats ne peuvent
être satisfaits, ni par les productions de
tout un pays, ni même par celles d'une
partie du Monde, pour lesquels le Globe
entier est pillé, pour lesquels les Carava-
nes du Levant sont continuellement en
marche, & les Mers les plus reculés cou-
vertes de vaisseaux: ces hommes volup-
tueux rassasiés par la superfluité, sont
fouvent bien aise d'habiter dans une hum-
ble demeure, & de faire un repas simple.
Insensés qu'ils sont, ils vivent toujours
dans la crainte de de qu'ils souhaitent
AVRIL.
1752.
1§.
quesquefois, & fuyent une vie qu'ils imi-
tent par luxe.
Jettons nos yeux en arriere sur ces
grands hommes qui vivorent dans les sié-
cles de vertu, de simplicité & de frugali-
té, & rougissons de penser que nous jouis-
sons dans le banissement de plus de biens
qu'ils n'en avoient au milieu de leur gloi-
re & dans l'éclat de leur fortune. Imagi-
nons-nous que nous voyons un grand Dic-
tateur donnant audience aux Ambassadeurs
Samnites, & préparant sur le foyer son-
médiocre repas de la même main de la-
quelle il avoit si souvent subjugué les en-
nemis de la République, & porté le lau-
rier triomphal au Capitole. Souvenons-
nous que Platon n avoit que trois valets,
& que Zenon n'en avoit point: Socrate,
le Réformateur de son pays, fut nourri,
& Menenius Agripa, l'arbitre du sien, fut,
enseveli aux dépens de la République.
Pendant qu Attilius Regulus battoit les
Carthaginois en Afrique, la fuire de fon
valet de charue réduisit chez lui sa famil-
le à la mendicité, & le labourage de sa
petite ferme, devint l'objet des soins pu-
blics. Scipion mourut sans laisser de
quor marier ses filles, & leur dot fut
payée du trésor de l'Etat. Car il étoit
bien juste que le Peuple de Rome, payât
16 MERCURE DEFRANCE.
une fois tribut à celui qui avoit établi un
tribut perpétuel sur Carthage. Après de
rels exemples, pourrons-nous être effrayés
de la pauvreté, & dédaignerons nous d'ê-
tre adoptés dans une famille qui a tant
d'illustres Ancêtres: nous plaindrons-nous
du banissement, parce qu'il nous ôte ce
dont les plus grands Philosophes, & les
plus grands Héros de l'Antiquité n'ont
jamais joui.
Vous trouverez peut-être mauvais, &
regarderez comme un artifice que je consi-
dere séparément des malheurs qui tom-
bent tous ensemble sur un homme exilé,
& l'accablent sous leurs poids réuni. Vous
supporteriez, direz- vous, le change-
ment de place, s'il n'étoit pas accompa-
gné de la pauvreté, ou la pauvreté si elle
n'étoit pas accompagnée de la séparation
de votre famille & de vos amis, de la
perte de votre rang, de votre considé-
ration & de votre pouvoir, du mépris &
de l'ignominie.
Quiconque raisonne de cette maniere,
qu'il se fasse la reponse suivante. La plus
petite de ces circonstances en particulier
est suffisante pour rendre misérable l'hom-
me qui ny est pas préparé, qui ne s'est
pas dépouillé de cette passion, sur laquel-
ie elle est propre à agir, mais celui qui
AVRIL. 1752.
17
est venu à bont de maîtriser toutes ses
passions; celui qui a prévu tous ces ac-
cidens, & qui a préparé son esprit à les
endurer, nous sera supérieur à tous, & à
tous à la fois, aussi-bien qu'à chacun en
particulier. Il ne supportera pas la perte
de son rang, parce qu'il pourra sup-
porter la perte de son bien, mais il sup-
portera l'un & l'autre, parce qu'il est pré-
paré à l'un & à l'autre, & parce qu'il est
libre d'ambition, aussi-bien que d'avarice.
Vous êtes séparé de votre famille & de
vos amis, faites-en la liste, considérez-la:
combien peu en trouverez-vous dans vo-
tre famille qui méritent le nom d'amis, &
combien peu parmi ceux-ci qui soient réel-
lement tels. Effacez le nom de ceux qui ne
doivent pas rester dans ce rôle, & le gros
catalogue sera bientôt réduit à un bien pe-
tit volume. Regrettez, si vous voulez,
votre séparation de ce petit reste: car,
Dieu ne plaise, que je veuille bannir le
sentiment d'une amitié vertueufe, quand
je déclame contre une honteuse & vicieu-
se foiblesse de l'esprit. Regrettez votre
féparation de vos amis, regrettez-la com-
me un homme qui mérite d'être le leur:
ceci est force & non foiblesse d'esprit:
c est vertu & non vice; mais la moindre
inquiétude pour la perte du rang que
18 MERCURE DE FRANCE.
nous tenions est ignominieuse. Il nya
point de rang estimable parmi les hom-
mes que celui que donne le mérite réel.
Les Princes peuvent donner des noms, &
instituer des cérémonies & en exiger l'ob-
servation. Ils peuvent revêtir des fous &
des fripons avec des robes d'honneur, &
avec des emblêmes de sagesse & de vertu.
Mais nul homme ne peut être véritable-
ment supérieur à un autre sans un mérite
supérieur, & ce rang ne sçauroit non
plus nous être ôté, que le mérite qui l'é-
rablit.
L'autorité suprême donne une valeur
imaginaire & arbitraire aux espéces d'or
& d'argent: c'est pourquoi elles nont
pas le même cours en tout tems & en tous
lieux; mais la valeur réelle reste invaria-
ble, & l'homme prévoyant se défait aus-
si-tôt qu'il peut de ses pieces légeres, &
amasse le bon argent. Ainsi le mérite ne
peut procurer la même considération uni-
versellement, mais le titre à cette consi-
dération est le même, & sera reconnu le
même en chaque circonstance par ceux
qui sont sages & vertueux; s'il n'est pas
reconnu par ceux qui ne sont ni sages ni
vertueux, rien cependant ne nous est ôté.
Nous navons pas raison de nous plain-
dre: ces derniers nous considéroient pour
AVRIL. 1752.
19.
un ratig que nous avions pour notre ti-
tre, non pour notre valeur intrinseque.
Nous n'avons plus ce rang, ce titre; ils
ne nous considerent plus: ils admiroient
en nous ce que nous nadmirions pas
nous mêmes: s'ils apprennent à nous né-
gliger, apprenons à avoir pitié d'eux;
ieur assiduité étoit importune: ne nous-
plaignons pas du repos que leur change-
ment nous procure; appréhendons plutôt
le retour de ce rang & de ce pouvoir, le-
quel semblable à un jour de Soleil, pour-
roit ramener ces insectes, & les faire four-
miller autout de nous. L'inclination à
faire autant de bien qu'il est possible est
inséparable d'une ame vertueuse; mais
l'homme sage se contente lui-même,
quand il en fait autant que sa situation lui
permet d'en faire, & il n'y a point de si-
tuation dans laquelle nous n'en puissions
faire beaucoup; il se console d'être privé.
d'un plus grand pouvoir, de faire le
bien, parce qu'il évite les tentations de
faire le mal.
Les inconvéniens dont nous avons par-
lé, n'entraînent donc avec eux rien de
difficile à soutenir par un homme sage &
vertueux, & ceux dont il nous reste à
parler. Le mépris & l'ignominie ne peu-
vent jamais tomber dans son lot. Il est im-
10. MERCUREDE FRANCE.
possible que celui qui se respecte lui-men-
me, puisse être méprisé par les autres, &
comment l'ignominie peut elle intéresser
un homme qui rassemble toutes ses forces
en lui-même, qui appelle du jugement de
la multitude à un autre tribunal, & vit
indépendant du genre humain & des ac-
cidens de la vie.
Caton manqua d'être élu Préteur &
Consul. Y a-t-il personne assez aveugle
pour imaginer que ces refus ayent desho-
noré un si grand homme. La dignité de
ces deux Magistratures auroit été augmen-
tée, s'il en eut été révêtu: elles en souf
frirent, non Caton.
Vous avez remplis les devoirs d'un bon
citoyen; vous vous êtes fidelement acqui-
tez de ce qui vous avoit été confié; vous
avez suivi les intérets de votre pays, sans
regarder aux ennemis que vous vous fai-
fiez, & aux dangers qui vous entour-
roient: votre pays recueille le bénéfice
de ces services, & vous souffrez pout les
avoir rendus: les personnes malgrez les-
quelles vous serviez ou même sauviez le
Public, conspirent & achevent votre rui-
ne particuliere; ils sont vos accusateurs,
& la foule inconstante & ingrate est vo-
tre juge, votre nom est suspendu dans les
tables de proscription, & l'artifice joint
AVRIL.
1752.
21
à la malice entreptend de faire passer vos
meilleurs actions pour des crimes & de
ternir votre réputation: pour cet effet,
la sacrée voix du Sénat est obligée de pro-
noncer un mensonge, & ces Registres
qui doivent être l'éternel monument de
la vérité, deviennent les témoins de l'im-
posture & de la calomnie.
Vous croyez que de telles circonstances
sont intollérables, & vous préféreriez la
mort à un exil si ignominieux: ne vous y
trompez pas, l'ignominie reste sur ceux qui
persécutent injustement, & non sur celui
qui souffre une injuste persécution.
Supposé que dans l'acte qui vous ban-
nit, il fut déclaré que vous avez quelque
maladie contagieuse, ou que vous êtes
bossu ou défiguré; ceci rendroit les Légis-
lateurs ridicules, l'autre les rend infâmes.
Mais nul des deux ne peut intéresser un
homme, qui dans un corps sain & bien
proportionné, jouit d'une conscience net-
te de toutes les fautes qu'on lui attribue.
Mettons ceci dans un plus grand jour,
en supposant quelques cas encore plus
particuliers. Vous êtes banni & poursuivi
avec acharnement, parce que vous sépa-
riez les intérêts de votre pays de l'intérêt
des Factieux qui le troublent, & de ses
voisins: ceux que vous empêchi:z de
itredy0O
22 MERCURE DEFRANCE.
triompher plus long tems à ses dépens, se
rangent aux vôtres. Voudriez-vous re-
tourner chez vous, à condition de ne
donner que la troisième place aux intérêts
de votre Patrie, de prostituer son pouvoir
à l'ambition des autres Puissances, sous
prétexte de la sauver des dangers imaginai-
res, & à condition de faire passer les ri-
chesses entre les mains des plus vils & des
plus méprisables de ses concitoyens, sous
l'apparence de payer les dettes réelles. Si
vous pouvez vous soumettre à une aussi
infâme composition, vousn'êtes pas l'hom-
me auquel j adresse mon discours, mais si
vous avez assez de vertu pour la mépriser
pourquoi vous repentiriez-vous de l'autre
alternative; être banni d'un tel pays &
avec de tels circonstances, c'est être dé-
livré de prison. Diogene fut chassé de
Royaume du Pont pour avoit contrefait
la monoye du Prince; Stratonicus crut
qu'il lui étoit permis d'être faussaire, pour
pouvoir obtenir d'être banni de Seriphos.
Mais vous, vous avez obtenu votre li-
berté pour faire votre devoir. De toutes
les ignominies, une mort ignominieuse
est censée la plus grande; & néanmoins
quel est le blasphémateur qui osera diffa-
mer la mort de Socrate. Ce grand homme
entra dans la prison avec la même ferme-
AVRIL. 1752.
23
té avec laquelle il réduisit les trente Ty-
rans, & il rendit ce lieu respectable: car
comment eût-il été une infâme prison,
quand Socrate y étoit.
Le banissement avec toute la suite de
meaux qui l'accompagnent, loin d'être la
cause du mépris rend respectable celui
qui le supporte avec un esprit ferme. Pen-
dant que tant d'autres en sont abattus
celui- ci érige sur ces mêmes malheurs un
trophée à la réputation; car tel est la dis-
position de notre esprit que rien ne le frap-
pe avec plus d'admiration qu'un homme
intrepi de au milieu de l'infortune. Lors-
qu'Aristide fut mené au supplice tous ceux
qui rencontroient cette triste marche bais-
soient les yeux, & le cœeur serré pleuroient,
non l'homme innocent, mais la Justice
elle-même qui étoit condamnée en lui:
néanmoins il se trouva là un misérable,
car les monstres sont quelquefois produits
contre les regles de la nature, qui lui
cracha au visage, Aristide essuya sa joue,
sourit & se tournant vers le Magistrat:
admonestés, lui dit-il, cet homme pour
qu'il ne soit pas si sale à l'avenir.
L'ignominie ne peut donc prendre
sur la vertu; car la vertu est en chaque
condition la même, & exige le même res-
pect; nous applaudissons le monde quand
24 MERCUREDE FRANCE.
elle prospere, & quand elle tomnbe dans
l'adversité nous l'applaudissons elle- même:
semblable aux temples des Dieux elle est
vénérable même dans ses ruines.
Ceci posé, n'est-ce pas un dégré de folie
de différer un moment à acquerir les seu-
les armes capables de nous défendre con-
tre les attaques ausquelles nous sommes à
chaque moment exposés. Lebonheur de no-
tre vieillessedépend de la manieredont nous
avons passé notre jeunesse, & nous som-
mes heureux ou malheureux quand nous
tombons dans l'infortune, selon que nous
avons joui de notre prospérité. Si nous
nous sommes appliqués de bonne heure
à l'étude de la sagesse & à la pratique de
la vertu, ces maux deviendront indiffé-
rens: si nous avons négligé de le faire ils
deviendront pesans: dans ce premier cas
ils ne sont pas des maux, & dans le se-
cond, ils sont des remedes à de plus
grands maux.
Zénon se rejouissoit de ce qu'un naufrage
l'avoit jetté sur les côtes d'Athenes: il
dut à la perte de sa fortune l'acquisition de
la vertu de la sagesse & de l'immortalité. Il
y a de bons & de mauvais airs pour l'esprit
aussi-bien que pour le corps: souvent la
prospérité irrite nos maladies habituelles,
& nous laisse sans esperance de trouver de
spécifique
AVRIL.
1752.
25
spécisique que dans l'adversité: dans ce
cas le bannissement est semblable à un
changement d'air, & les maux que nous
y souffrons, semb ables à autant de médeci-
nes appliquées à des maladies invétérées.
Ce qu'Anacharsis disoit de la vigne,
peut être dit de la prospérité: elle porte
les trois grapes, de plaisir, d'yvresse & de
chagrin. Heureux est celui que la derniere
peut guérir du mas qu'ont opéré les deux
autres; mais si l'affliction manque d'avoir
ce salutaire effet, le cas est desespêré: cat
le dernier remede dont l'indulgente Pro-
vidence use envers nous, s'il manque,
nous languirons & mourrons dans la mi-
sere & dans le mépris.
Hommes vains que nous sommes! Com-
bien rarement Içavons-nous que souhai-
ter ou que demander: quand nous prions
pour éloigner de nous ces malheurs, &
quand nous les craignons le plus, nous en
avons le plus de besoin. C'étoit par cette
raison que Pythagore défendit à ses Dis-
ciples de demander à Dieu aucune chose
en particulier, la meilleure & la plus cour-
te priere que nous puissions adresser a ce-
Jui qui connoît nos besoins & notre igno-
rance dans nos demandes est celle- ci: ta
volonté soit faite.
Ciceron dit en quelque endroit de ses
26 MERCURE DEFRANCE.
Ouvrages que, comme le bonheur est l'ob-
jet de toute Philosophie, les disputes par-
mi les Philosophes proviennent de leurs
différentes idées du souverain bien. Ré-
conciliez-les en ce point, vous les récon-
cilirez dans le reste. L'Ecole de Zénon
plaçoit le souverain bien dans la vertu
nue. Il poussa ce principe au-delà du plus
haut point de la Nature & de la vérité.
Un esprit d'opposition à une autre doc-
trine qui devint en grande vogue, pen-
dant que Zénon étoit à la mode, pou-
voit être l'ocasion de cet excès.
Epicure plaçoit le souverain bien daus
la volupté; ces termes volontairement, ou
par hazard mal entendus par ses Secta-
teurs pouvoient aider à pervertir sa Doc-
trine; mais ce fut la rivalité qui aigrit la
dispute; car en vérité il n'y a pas si grande
différence qu'on se l'imagine entre le
Sroicisme réduit à des termes raisonnables
& intelligibles, & le vrai & ortodoxe
Epicurisme. Le felicis animi immota tran-
quillitas du premier; & le voluptas de
l'autre sont proches alliés, & je doute si
le plus ferme Héros du Portique auroit
supporté un accès de pierre sur les princi-
pes de Zénon, avec plus de magnanimité
& de patience que fit Epicure sur ceux de
sa propre Philosophie. Cependant Aristo-
AVRIL.
1752.
27
te prit un milieu, on s'expliqua mieux, il
plaça le bonheur dans ces avantages joints
ensemble, ceux de l'esprit ceux du corps
& ceux de la fortune, ils sont raisonna-
blement joints; mais il est certain qu'ils
ne doivent pas être placés sur un pied
égal. Nous pouvons beaucoup mieux sup-
porter la privation des dernieres que celle
des autres, & la pauvreté même de laquel-
le le genre humain est si effrayé, est sute-
ment moins fâcheuse que la folie ou la
pierre, quoiqu en pensât Chrisipe, qui di-
soit quil étoit meilleur de vivre fou que
de ne pas vivre.
Si le bannissement donc, en nous ôtant
les avantages de la fortune, ne peut nous
oter des avantages plus précieux, qui sont
ceux de l'esprit & du corps, & si cet
accident est capable quand nous les possé-
dons, de nous les rendre quand nous les
avons perdus: le bannissement est un
léger malheur pour ceux qui sont déja
sous la domination de la raison, & un
très-grand bien pour ceux qui sont encore
plongés dans des vices capables de ruiner
la santé du corps & de l'esprit. L'exil doit
être souhaité comme une faveur par ceux-
ci, & ne doit être craint par personne, si
nous sommes dans ce cas, secondons les
desleins de la Providence en notre fa-
B ij
28 MERCUREDE FRANCE.
veur: réparons la perte despremieres occa-
sions, en ne laissant pas échapper la der-
niere.
Nous pouvons racourcir la durée des
maux que nous aurions pu prevenir, & à
mesure que nous prendrons le dessus sur
nos passions desordonnées, & sur nos vi-
cieuses habitudes, nous sentirons nos pei-
nes diminuer à proportion. Chaque pas
qu'on fait dans le chemin de la vertu est
consolant. Avec combien de joie l'hom-
me qui prosite de ses malheurs en cette
maniere découvrira-t. il que ces maux qu'il
attribue à son exil, n'avoient leur source
que dans la vanité & la folie, & disparois-
sent avec elles.
Il verra que dans sa premiere disposi-
tion d'esprit, il ressembloit à ce Prince ef-
féminé qui ne vouloit nulle autrę eau que
celle de la riviere de Choaspes, ou à cette
sotte Reine, qui dans une des Tragédies
d'Euripide, se plaint amérement qu'elle
n'avoit pas allumé la torche nuptiale, &
que la riviere Ismeus n'avoit pas fourni
de l'eau aux nôces de son fils.
La vûe d'un état si humiliant lui en fera
souhaiter un autre; lorsqu'il y sera atrivé,
il sera convaincu par sa propre expérien-
ce, la plus forte de toutes les preuves,
qu il étoit malheureux, parce qu'il étoit vi-
AVRIL. 1752.
29
cieux & non parcequ'il étoit banni. Si je ne
traignois qu on ne dit que c'est trop rafi-
ner, je me garderois de parler ici de quel-
ques avantages de la fortune, qui nous
sont donnés pour balancer ceux que l'exil
nous ôte. Ily en a un qui a été négligé par
de grands hommes, & même par des Sages.
Démetrius Phalérius banni d'Athenes,
devint premier Ministre du Roi d'Agyp-
te, & Thémistoeles fut si bien reçu a la
Cour de Perse, qu'il disoit que sa fortu-
ne auroit été perdue, s'il n'avoit pas été
ruiné, mais Démétrius s'exposa par sa fa-
veur, sous le premier Ptolomée, à une
nouvelle disgrace; & sous le second
Thémistocles qui avoit été le Capitaine
d'un Peuple libre, devint le vassal du
Prince qu'il avoit lui-même batu. Ne vaut-
il' pas mieux jouir de l'avantage qui est
propre à l'exil, & vivre pour nous-mê-
mes, quand nous ne sommes plus obliges
de vivre pour autrui,
Si vous êtes sage, votre loisir sera uti-
lement employé, & votre retraite ajou-
tera un nouveau lustre à votre caractere.
Imitez Thucidide en Thrace, ou Xé-
nophon dans fa petite ferme à Sillus; dans
une telle retraite, vous pourrez vous éta-
blit comme un habitant d'Elis qui voyoit
les jeux Olympiques, sans y prendre aucune
Biij
30 MERCURE DEFRANCE.
part: loin de l'embaras du monde & pres-
qu'indifférent Spectateur, ayant payé dans
une viè publique, ce que vous deviez au
fiécle présent payes dans une vie privée
te que vous deviez à la postérité.
Eorivez comme vous vivez, sans pas-
tion, & établisses votte réputation, com-
me vous établissen cotre bonheur sur les
fondemens de la vérité: s'il vous manque
les talens, l'inclination ou les matériaun
nécessaires pour de tels Ouvrages; ne
tombez pas pourtant dans l'oisiveté, tâ-
chea de eopier l'exemple de Scipion à l'In-
ternum, & d'être capable de vous dire à
vous-même innocuus amo delicias, doctam-
que quietem 3 j'aime les plaisirs innocens;
& le sçavant repos.
Les amusemens rustiques & les médita-
tions Philosophiques feront couler douce-
ment vos heures; & si la bonté du Ciel
vous à donné un ami semblable à Lelius,
rien ne manquera à votre parfait bonheur.
Ce sont. là quelques unes des réflexions
qui peuvent servir à fortifier l'esprit con-
tre l'exil & contre les autres malheurs de la
vie ausquels chaque homme a intérêt de se
préparer, parce qu'ils sont communs à tous
les hommes: je dis qu'ils sont communs
à tous les hommes, car ceux qui les évitent
y sont également exposés. Les dards de la
AVRIL. 1732.
3
mauvaise fortune sont toujourspointés con-
tre nos tentes: quesques uns nous attrapent:
quelques autres glissent sur nous, & s'en-
volent pour blesser nos voisins; c'est pour-
quoi tenons notre esprit dans une égale
disposition, & payons sans murmurer le
tribut que nous devons à l'humanité: l'hy-
ver apporte le froid, & nous sommes
glacés: l'Eté ramene la chaleur, & nous
brulons: l'intempérance de l'air dérange
notre santé: ici nous sommes exposés aux
bêtes sauvages, & là à des hommes plus
sauvages que les bêtes, & si nous écha-
pons aux dangers de l'air & de la terre,
il y a des dangers d'eau & de feu: il
n est pas en notre pouvoit de changer cet
ordre des choses qui est établi; mais il est
en notre pouvoir de nous approprier une
élévation dans l'ame convenable à des
liommes sages & vertueux qui nous rende
capable de combattre avec fermeté les ac-
cidens de la vie, & de nous conformer
aux ordres de la Nature: or la Nature
gouverne son grand Royaume, le monde
par de continuelles mutations, les nuées
se dispersent, & le firmament devient clair.
Le calme succede à l'orage, & l'orage au
calme: les vents soufflent à leur tour de
chaque côté: les jours suivent les nuits,
& les nuits suivent les jours: les planet-
B iiij
32 MERCUREDE FRANCE.
tes se levent & se couchent selon leurs
différens cours; & ainsi l'éternité est con-
nue par une perpétuelle révolution de
contraires. Ceci est l'ordre auquel nous
de vons conformer nos esprits; suivons-
le, soumettons-nous y, pensons que tout
ce qui arrive doit arriver, & ne soyons
jamais assez fous pour nous plaindre de la
Nature: la meilleure résolution que nous
puissions pendre, est de fouffrir ce que
nous ne pouvons changer, & de suivre
fans murmurer la route que la Providence
qui dirige chaque chose, nous a marquée;
car ce n'est pas assez de la suivre, & ce-
lui-là, est un mauvais soldat qui soupire
& marche avec répugnance: nous devons
recevoir nos ordres avec courage & gaye-
té, & ne pas chercher à échaper du poste
qui nous est assigné dans ce bel ordre, &
cette belle disposition des choses dont nos
fouffrances mêmes font une partie néces-
saire: adressons-nous à Dieu qui gouver-
ne tout, comme Cléante fit dans ces ad-
mirables vers, qui vont perdre une partie
de leur grace & de leur énergie dans ma
Traduction.
Pere de la Nature, maître du monde,
tu vois mes pas se tourner avec une joyeu-
se résignation par tout où ta providence
les conduit.
AVRIL. 1752.
33
La Destinée mêne ceux qui marchent
volontairement, & entraîne ceux qui ré-
sistent.
Pourquoi pleurerois je quand malgré
mes pleurs il faut souffrir.
Ou pourquoi recevrai-je sans mérite co
qu'il ne dépend que de moi de recevoir
en méritant.
Parlons & agissons ainsi, la résignation
à la Providence est la véritable magnani-
mité, mais la marque d'un esprit bas &
pusillanisme est de cenfurer les ordres de
Dieu, & au lieu de rectifier notre propre
conduite, de nous élever contre celle de
notre Créateur.
Bolinbroke.
UN changement de place peut donc
être supporté par tout homme ; il
fait même le plaisir de plufieurs; mais qui
peut soutenir les maux qui accompagnent
l'exil? Vous-mêmes qui en faites la ques-
tion, pouvez les soutenir. Tous ceux qui
les considerent tels qu'ils sont en eux mê-
mes; au lieu de les regarder au travers du
voise que le prejugé met devant nos yeux.
Car quoi. Vous avez perdu votre bien
réduisez vos désirs, & vous vous trouverez
aussi riche que jamais, avec cet avantage
que vos soins seront diminués. Les besoins
réels de la Nature sont renfermés en d'étroi-
res bornes, mais ceuxque l'éducation & l'ha-
bitude ont créés, n en ontaucunes. La vérité
a un circuit fixé & petit; mais l'erreur n'en
a point. C'est pourquoi si vous laissez écha-
per vos désirs au-delà de ce circuit, ils er-
reront éternellement. Nous devenons né-
cessiteux au milieu de l'abondance, &
notre pauvreté augmente avec nos riches-
fes. Réduisez vos défirs, pout être capable
de dire avec l'Oracle de la grace auquel
Erasme étoit prêt d'adresser ses prieres:
14 MERCURE DE FRANCE.
quàm mul is ipse non egeo? Banissez de vo-
tre exil tous les besoins imaginaires, &
vous n'en souffrirez aucuns réels, le pe-
rit filet d'eau qui vous est laissé, suffira
pour étancher la soif de la Nature, & si
elle ne peut être étanchée, ce n'est pas
une soif, mais une maladie formée par les
habitudes vicieuses de votre esprit & non-
la suite de l'exil. Combien de gens sou-
tiennent la même pauvreté gayment, par-
ce qu'ils y ont été élevés, & y sont ac-
coutumés: ne ferons-nous pas capables
d'acquerir par la raison & par la réflexion
ce que le moindre artisan possede par ha-
bitude; ceux qui ont tant d'avantages au-
dessus de lui, seront-ils les esclaves des
besoins & des nécessités qu'il ignore. Les
riches dont les apetits délicats ne peuvent
être satisfaits, ni par les productions de
tout un pays, ni même par celles d'une
partie du Monde, pour lesquels le Globe
entier est pillé, pour lesquels les Carava-
nes du Levant sont continuellement en
marche, & les Mers les plus reculés cou-
vertes de vaisseaux: ces hommes volup-
tueux rassasiés par la superfluité, sont
fouvent bien aise d'habiter dans une hum-
ble demeure, & de faire un repas simple.
Insensés qu'ils sont, ils vivent toujours
dans la crainte de de qu'ils souhaitent
AVRIL.
1752.
1§.
quesquefois, & fuyent une vie qu'ils imi-
tent par luxe.
Jettons nos yeux en arriere sur ces
grands hommes qui vivorent dans les sié-
cles de vertu, de simplicité & de frugali-
té, & rougissons de penser que nous jouis-
sons dans le banissement de plus de biens
qu'ils n'en avoient au milieu de leur gloi-
re & dans l'éclat de leur fortune. Imagi-
nons-nous que nous voyons un grand Dic-
tateur donnant audience aux Ambassadeurs
Samnites, & préparant sur le foyer son-
médiocre repas de la même main de la-
quelle il avoit si souvent subjugué les en-
nemis de la République, & porté le lau-
rier triomphal au Capitole. Souvenons-
nous que Platon n avoit que trois valets,
& que Zenon n'en avoit point: Socrate,
le Réformateur de son pays, fut nourri,
& Menenius Agripa, l'arbitre du sien, fut,
enseveli aux dépens de la République.
Pendant qu Attilius Regulus battoit les
Carthaginois en Afrique, la fuire de fon
valet de charue réduisit chez lui sa famil-
le à la mendicité, & le labourage de sa
petite ferme, devint l'objet des soins pu-
blics. Scipion mourut sans laisser de
quor marier ses filles, & leur dot fut
payée du trésor de l'Etat. Car il étoit
bien juste que le Peuple de Rome, payât
16 MERCURE DEFRANCE.
une fois tribut à celui qui avoit établi un
tribut perpétuel sur Carthage. Après de
rels exemples, pourrons-nous être effrayés
de la pauvreté, & dédaignerons nous d'ê-
tre adoptés dans une famille qui a tant
d'illustres Ancêtres: nous plaindrons-nous
du banissement, parce qu'il nous ôte ce
dont les plus grands Philosophes, & les
plus grands Héros de l'Antiquité n'ont
jamais joui.
Vous trouverez peut-être mauvais, &
regarderez comme un artifice que je consi-
dere séparément des malheurs qui tom-
bent tous ensemble sur un homme exilé,
& l'accablent sous leurs poids réuni. Vous
supporteriez, direz- vous, le change-
ment de place, s'il n'étoit pas accompa-
gné de la pauvreté, ou la pauvreté si elle
n'étoit pas accompagnée de la séparation
de votre famille & de vos amis, de la
perte de votre rang, de votre considé-
ration & de votre pouvoir, du mépris &
de l'ignominie.
Quiconque raisonne de cette maniere,
qu'il se fasse la reponse suivante. La plus
petite de ces circonstances en particulier
est suffisante pour rendre misérable l'hom-
me qui ny est pas préparé, qui ne s'est
pas dépouillé de cette passion, sur laquel-
ie elle est propre à agir, mais celui qui
AVRIL. 1752.
17
est venu à bont de maîtriser toutes ses
passions; celui qui a prévu tous ces ac-
cidens, & qui a préparé son esprit à les
endurer, nous sera supérieur à tous, & à
tous à la fois, aussi-bien qu'à chacun en
particulier. Il ne supportera pas la perte
de son rang, parce qu'il pourra sup-
porter la perte de son bien, mais il sup-
portera l'un & l'autre, parce qu'il est pré-
paré à l'un & à l'autre, & parce qu'il est
libre d'ambition, aussi-bien que d'avarice.
Vous êtes séparé de votre famille & de
vos amis, faites-en la liste, considérez-la:
combien peu en trouverez-vous dans vo-
tre famille qui méritent le nom d'amis, &
combien peu parmi ceux-ci qui soient réel-
lement tels. Effacez le nom de ceux qui ne
doivent pas rester dans ce rôle, & le gros
catalogue sera bientôt réduit à un bien pe-
tit volume. Regrettez, si vous voulez,
votre séparation de ce petit reste: car,
Dieu ne plaise, que je veuille bannir le
sentiment d'une amitié vertueufe, quand
je déclame contre une honteuse & vicieu-
se foiblesse de l'esprit. Regrettez votre
féparation de vos amis, regrettez-la com-
me un homme qui mérite d'être le leur:
ceci est force & non foiblesse d'esprit:
c est vertu & non vice; mais la moindre
inquiétude pour la perte du rang que
18 MERCURE DE FRANCE.
nous tenions est ignominieuse. Il nya
point de rang estimable parmi les hom-
mes que celui que donne le mérite réel.
Les Princes peuvent donner des noms, &
instituer des cérémonies & en exiger l'ob-
servation. Ils peuvent revêtir des fous &
des fripons avec des robes d'honneur, &
avec des emblêmes de sagesse & de vertu.
Mais nul homme ne peut être véritable-
ment supérieur à un autre sans un mérite
supérieur, & ce rang ne sçauroit non
plus nous être ôté, que le mérite qui l'é-
rablit.
L'autorité suprême donne une valeur
imaginaire & arbitraire aux espéces d'or
& d'argent: c'est pourquoi elles nont
pas le même cours en tout tems & en tous
lieux; mais la valeur réelle reste invaria-
ble, & l'homme prévoyant se défait aus-
si-tôt qu'il peut de ses pieces légeres, &
amasse le bon argent. Ainsi le mérite ne
peut procurer la même considération uni-
versellement, mais le titre à cette consi-
dération est le même, & sera reconnu le
même en chaque circonstance par ceux
qui sont sages & vertueux; s'il n'est pas
reconnu par ceux qui ne sont ni sages ni
vertueux, rien cependant ne nous est ôté.
Nous navons pas raison de nous plain-
dre: ces derniers nous considéroient pour
AVRIL. 1752.
19.
un ratig que nous avions pour notre ti-
tre, non pour notre valeur intrinseque.
Nous n'avons plus ce rang, ce titre; ils
ne nous considerent plus: ils admiroient
en nous ce que nous nadmirions pas
nous mêmes: s'ils apprennent à nous né-
gliger, apprenons à avoir pitié d'eux;
ieur assiduité étoit importune: ne nous-
plaignons pas du repos que leur change-
ment nous procure; appréhendons plutôt
le retour de ce rang & de ce pouvoir, le-
quel semblable à un jour de Soleil, pour-
roit ramener ces insectes, & les faire four-
miller autout de nous. L'inclination à
faire autant de bien qu'il est possible est
inséparable d'une ame vertueuse; mais
l'homme sage se contente lui-même,
quand il en fait autant que sa situation lui
permet d'en faire, & il n'y a point de si-
tuation dans laquelle nous n'en puissions
faire beaucoup; il se console d'être privé.
d'un plus grand pouvoir, de faire le
bien, parce qu'il évite les tentations de
faire le mal.
Les inconvéniens dont nous avons par-
lé, n'entraînent donc avec eux rien de
difficile à soutenir par un homme sage &
vertueux, & ceux dont il nous reste à
parler. Le mépris & l'ignominie ne peu-
vent jamais tomber dans son lot. Il est im-
10. MERCUREDE FRANCE.
possible que celui qui se respecte lui-men-
me, puisse être méprisé par les autres, &
comment l'ignominie peut elle intéresser
un homme qui rassemble toutes ses forces
en lui-même, qui appelle du jugement de
la multitude à un autre tribunal, & vit
indépendant du genre humain & des ac-
cidens de la vie.
Caton manqua d'être élu Préteur &
Consul. Y a-t-il personne assez aveugle
pour imaginer que ces refus ayent desho-
noré un si grand homme. La dignité de
ces deux Magistratures auroit été augmen-
tée, s'il en eut été révêtu: elles en souf
frirent, non Caton.
Vous avez remplis les devoirs d'un bon
citoyen; vous vous êtes fidelement acqui-
tez de ce qui vous avoit été confié; vous
avez suivi les intérets de votre pays, sans
regarder aux ennemis que vous vous fai-
fiez, & aux dangers qui vous entour-
roient: votre pays recueille le bénéfice
de ces services, & vous souffrez pout les
avoir rendus: les personnes malgrez les-
quelles vous serviez ou même sauviez le
Public, conspirent & achevent votre rui-
ne particuliere; ils sont vos accusateurs,
& la foule inconstante & ingrate est vo-
tre juge, votre nom est suspendu dans les
tables de proscription, & l'artifice joint
AVRIL.
1752.
21
à la malice entreptend de faire passer vos
meilleurs actions pour des crimes & de
ternir votre réputation: pour cet effet,
la sacrée voix du Sénat est obligée de pro-
noncer un mensonge, & ces Registres
qui doivent être l'éternel monument de
la vérité, deviennent les témoins de l'im-
posture & de la calomnie.
Vous croyez que de telles circonstances
sont intollérables, & vous préféreriez la
mort à un exil si ignominieux: ne vous y
trompez pas, l'ignominie reste sur ceux qui
persécutent injustement, & non sur celui
qui souffre une injuste persécution.
Supposé que dans l'acte qui vous ban-
nit, il fut déclaré que vous avez quelque
maladie contagieuse, ou que vous êtes
bossu ou défiguré; ceci rendroit les Légis-
lateurs ridicules, l'autre les rend infâmes.
Mais nul des deux ne peut intéresser un
homme, qui dans un corps sain & bien
proportionné, jouit d'une conscience net-
te de toutes les fautes qu'on lui attribue.
Mettons ceci dans un plus grand jour,
en supposant quelques cas encore plus
particuliers. Vous êtes banni & poursuivi
avec acharnement, parce que vous sépa-
riez les intérêts de votre pays de l'intérêt
des Factieux qui le troublent, & de ses
voisins: ceux que vous empêchi:z de
itredy0O
22 MERCURE DEFRANCE.
triompher plus long tems à ses dépens, se
rangent aux vôtres. Voudriez-vous re-
tourner chez vous, à condition de ne
donner que la troisième place aux intérêts
de votre Patrie, de prostituer son pouvoir
à l'ambition des autres Puissances, sous
prétexte de la sauver des dangers imaginai-
res, & à condition de faire passer les ri-
chesses entre les mains des plus vils & des
plus méprisables de ses concitoyens, sous
l'apparence de payer les dettes réelles. Si
vous pouvez vous soumettre à une aussi
infâme composition, vousn'êtes pas l'hom-
me auquel j adresse mon discours, mais si
vous avez assez de vertu pour la mépriser
pourquoi vous repentiriez-vous de l'autre
alternative; être banni d'un tel pays &
avec de tels circonstances, c'est être dé-
livré de prison. Diogene fut chassé de
Royaume du Pont pour avoit contrefait
la monoye du Prince; Stratonicus crut
qu'il lui étoit permis d'être faussaire, pour
pouvoir obtenir d'être banni de Seriphos.
Mais vous, vous avez obtenu votre li-
berté pour faire votre devoir. De toutes
les ignominies, une mort ignominieuse
est censée la plus grande; & néanmoins
quel est le blasphémateur qui osera diffa-
mer la mort de Socrate. Ce grand homme
entra dans la prison avec la même ferme-
AVRIL. 1752.
23
té avec laquelle il réduisit les trente Ty-
rans, & il rendit ce lieu respectable: car
comment eût-il été une infâme prison,
quand Socrate y étoit.
Le banissement avec toute la suite de
meaux qui l'accompagnent, loin d'être la
cause du mépris rend respectable celui
qui le supporte avec un esprit ferme. Pen-
dant que tant d'autres en sont abattus
celui- ci érige sur ces mêmes malheurs un
trophée à la réputation; car tel est la dis-
position de notre esprit que rien ne le frap-
pe avec plus d'admiration qu'un homme
intrepi de au milieu de l'infortune. Lors-
qu'Aristide fut mené au supplice tous ceux
qui rencontroient cette triste marche bais-
soient les yeux, & le cœeur serré pleuroient,
non l'homme innocent, mais la Justice
elle-même qui étoit condamnée en lui:
néanmoins il se trouva là un misérable,
car les monstres sont quelquefois produits
contre les regles de la nature, qui lui
cracha au visage, Aristide essuya sa joue,
sourit & se tournant vers le Magistrat:
admonestés, lui dit-il, cet homme pour
qu'il ne soit pas si sale à l'avenir.
L'ignominie ne peut donc prendre
sur la vertu; car la vertu est en chaque
condition la même, & exige le même res-
pect; nous applaudissons le monde quand
24 MERCUREDE FRANCE.
elle prospere, & quand elle tomnbe dans
l'adversité nous l'applaudissons elle- même:
semblable aux temples des Dieux elle est
vénérable même dans ses ruines.
Ceci posé, n'est-ce pas un dégré de folie
de différer un moment à acquerir les seu-
les armes capables de nous défendre con-
tre les attaques ausquelles nous sommes à
chaque moment exposés. Lebonheur de no-
tre vieillessedépend de la manieredont nous
avons passé notre jeunesse, & nous som-
mes heureux ou malheureux quand nous
tombons dans l'infortune, selon que nous
avons joui de notre prospérité. Si nous
nous sommes appliqués de bonne heure
à l'étude de la sagesse & à la pratique de
la vertu, ces maux deviendront indiffé-
rens: si nous avons négligé de le faire ils
deviendront pesans: dans ce premier cas
ils ne sont pas des maux, & dans le se-
cond, ils sont des remedes à de plus
grands maux.
Zénon se rejouissoit de ce qu'un naufrage
l'avoit jetté sur les côtes d'Athenes: il
dut à la perte de sa fortune l'acquisition de
la vertu de la sagesse & de l'immortalité. Il
y a de bons & de mauvais airs pour l'esprit
aussi-bien que pour le corps: souvent la
prospérité irrite nos maladies habituelles,
& nous laisse sans esperance de trouver de
spécifique
AVRIL.
1752.
25
spécisique que dans l'adversité: dans ce
cas le bannissement est semblable à un
changement d'air, & les maux que nous
y souffrons, semb ables à autant de médeci-
nes appliquées à des maladies invétérées.
Ce qu'Anacharsis disoit de la vigne,
peut être dit de la prospérité: elle porte
les trois grapes, de plaisir, d'yvresse & de
chagrin. Heureux est celui que la derniere
peut guérir du mas qu'ont opéré les deux
autres; mais si l'affliction manque d'avoir
ce salutaire effet, le cas est desespêré: cat
le dernier remede dont l'indulgente Pro-
vidence use envers nous, s'il manque,
nous languirons & mourrons dans la mi-
sere & dans le mépris.
Hommes vains que nous sommes! Com-
bien rarement Içavons-nous que souhai-
ter ou que demander: quand nous prions
pour éloigner de nous ces malheurs, &
quand nous les craignons le plus, nous en
avons le plus de besoin. C'étoit par cette
raison que Pythagore défendit à ses Dis-
ciples de demander à Dieu aucune chose
en particulier, la meilleure & la plus cour-
te priere que nous puissions adresser a ce-
Jui qui connoît nos besoins & notre igno-
rance dans nos demandes est celle- ci: ta
volonté soit faite.
Ciceron dit en quelque endroit de ses
26 MERCURE DEFRANCE.
Ouvrages que, comme le bonheur est l'ob-
jet de toute Philosophie, les disputes par-
mi les Philosophes proviennent de leurs
différentes idées du souverain bien. Ré-
conciliez-les en ce point, vous les récon-
cilirez dans le reste. L'Ecole de Zénon
plaçoit le souverain bien dans la vertu
nue. Il poussa ce principe au-delà du plus
haut point de la Nature & de la vérité.
Un esprit d'opposition à une autre doc-
trine qui devint en grande vogue, pen-
dant que Zénon étoit à la mode, pou-
voit être l'ocasion de cet excès.
Epicure plaçoit le souverain bien daus
la volupté; ces termes volontairement, ou
par hazard mal entendus par ses Secta-
teurs pouvoient aider à pervertir sa Doc-
trine; mais ce fut la rivalité qui aigrit la
dispute; car en vérité il n'y a pas si grande
différence qu'on se l'imagine entre le
Sroicisme réduit à des termes raisonnables
& intelligibles, & le vrai & ortodoxe
Epicurisme. Le felicis animi immota tran-
quillitas du premier; & le voluptas de
l'autre sont proches alliés, & je doute si
le plus ferme Héros du Portique auroit
supporté un accès de pierre sur les princi-
pes de Zénon, avec plus de magnanimité
& de patience que fit Epicure sur ceux de
sa propre Philosophie. Cependant Aristo-
AVRIL.
1752.
27
te prit un milieu, on s'expliqua mieux, il
plaça le bonheur dans ces avantages joints
ensemble, ceux de l'esprit ceux du corps
& ceux de la fortune, ils sont raisonna-
blement joints; mais il est certain qu'ils
ne doivent pas être placés sur un pied
égal. Nous pouvons beaucoup mieux sup-
porter la privation des dernieres que celle
des autres, & la pauvreté même de laquel-
le le genre humain est si effrayé, est sute-
ment moins fâcheuse que la folie ou la
pierre, quoiqu en pensât Chrisipe, qui di-
soit quil étoit meilleur de vivre fou que
de ne pas vivre.
Si le bannissement donc, en nous ôtant
les avantages de la fortune, ne peut nous
oter des avantages plus précieux, qui sont
ceux de l'esprit & du corps, & si cet
accident est capable quand nous les possé-
dons, de nous les rendre quand nous les
avons perdus: le bannissement est un
léger malheur pour ceux qui sont déja
sous la domination de la raison, & un
très-grand bien pour ceux qui sont encore
plongés dans des vices capables de ruiner
la santé du corps & de l'esprit. L'exil doit
être souhaité comme une faveur par ceux-
ci, & ne doit être craint par personne, si
nous sommes dans ce cas, secondons les
desleins de la Providence en notre fa-
B ij
28 MERCUREDE FRANCE.
veur: réparons la perte despremieres occa-
sions, en ne laissant pas échapper la der-
niere.
Nous pouvons racourcir la durée des
maux que nous aurions pu prevenir, & à
mesure que nous prendrons le dessus sur
nos passions desordonnées, & sur nos vi-
cieuses habitudes, nous sentirons nos pei-
nes diminuer à proportion. Chaque pas
qu'on fait dans le chemin de la vertu est
consolant. Avec combien de joie l'hom-
me qui prosite de ses malheurs en cette
maniere découvrira-t. il que ces maux qu'il
attribue à son exil, n'avoient leur source
que dans la vanité & la folie, & disparois-
sent avec elles.
Il verra que dans sa premiere disposi-
tion d'esprit, il ressembloit à ce Prince ef-
féminé qui ne vouloit nulle autrę eau que
celle de la riviere de Choaspes, ou à cette
sotte Reine, qui dans une des Tragédies
d'Euripide, se plaint amérement qu'elle
n'avoit pas allumé la torche nuptiale, &
que la riviere Ismeus n'avoit pas fourni
de l'eau aux nôces de son fils.
La vûe d'un état si humiliant lui en fera
souhaiter un autre; lorsqu'il y sera atrivé,
il sera convaincu par sa propre expérien-
ce, la plus forte de toutes les preuves,
qu il étoit malheureux, parce qu'il étoit vi-
AVRIL. 1752.
29
cieux & non parcequ'il étoit banni. Si je ne
traignois qu on ne dit que c'est trop rafi-
ner, je me garderois de parler ici de quel-
ques avantages de la fortune, qui nous
sont donnés pour balancer ceux que l'exil
nous ôte. Ily en a un qui a été négligé par
de grands hommes, & même par des Sages.
Démetrius Phalérius banni d'Athenes,
devint premier Ministre du Roi d'Agyp-
te, & Thémistoeles fut si bien reçu a la
Cour de Perse, qu'il disoit que sa fortu-
ne auroit été perdue, s'il n'avoit pas été
ruiné, mais Démétrius s'exposa par sa fa-
veur, sous le premier Ptolomée, à une
nouvelle disgrace; & sous le second
Thémistocles qui avoit été le Capitaine
d'un Peuple libre, devint le vassal du
Prince qu'il avoit lui-même batu. Ne vaut-
il' pas mieux jouir de l'avantage qui est
propre à l'exil, & vivre pour nous-mê-
mes, quand nous ne sommes plus obliges
de vivre pour autrui,
Si vous êtes sage, votre loisir sera uti-
lement employé, & votre retraite ajou-
tera un nouveau lustre à votre caractere.
Imitez Thucidide en Thrace, ou Xé-
nophon dans fa petite ferme à Sillus; dans
une telle retraite, vous pourrez vous éta-
blit comme un habitant d'Elis qui voyoit
les jeux Olympiques, sans y prendre aucune
Biij
30 MERCURE DEFRANCE.
part: loin de l'embaras du monde & pres-
qu'indifférent Spectateur, ayant payé dans
une viè publique, ce que vous deviez au
fiécle présent payes dans une vie privée
te que vous deviez à la postérité.
Eorivez comme vous vivez, sans pas-
tion, & établisses votte réputation, com-
me vous établissen cotre bonheur sur les
fondemens de la vérité: s'il vous manque
les talens, l'inclination ou les matériaun
nécessaires pour de tels Ouvrages; ne
tombez pas pourtant dans l'oisiveté, tâ-
chea de eopier l'exemple de Scipion à l'In-
ternum, & d'être capable de vous dire à
vous-même innocuus amo delicias, doctam-
que quietem 3 j'aime les plaisirs innocens;
& le sçavant repos.
Les amusemens rustiques & les médita-
tions Philosophiques feront couler douce-
ment vos heures; & si la bonté du Ciel
vous à donné un ami semblable à Lelius,
rien ne manquera à votre parfait bonheur.
Ce sont. là quelques unes des réflexions
qui peuvent servir à fortifier l'esprit con-
tre l'exil & contre les autres malheurs de la
vie ausquels chaque homme a intérêt de se
préparer, parce qu'ils sont communs à tous
les hommes: je dis qu'ils sont communs
à tous les hommes, car ceux qui les évitent
y sont également exposés. Les dards de la
AVRIL. 1732.
3
mauvaise fortune sont toujourspointés con-
tre nos tentes: quesques uns nous attrapent:
quelques autres glissent sur nous, & s'en-
volent pour blesser nos voisins; c'est pour-
quoi tenons notre esprit dans une égale
disposition, & payons sans murmurer le
tribut que nous devons à l'humanité: l'hy-
ver apporte le froid, & nous sommes
glacés: l'Eté ramene la chaleur, & nous
brulons: l'intempérance de l'air dérange
notre santé: ici nous sommes exposés aux
bêtes sauvages, & là à des hommes plus
sauvages que les bêtes, & si nous écha-
pons aux dangers de l'air & de la terre,
il y a des dangers d'eau & de feu: il
n est pas en notre pouvoit de changer cet
ordre des choses qui est établi; mais il est
en notre pouvoir de nous approprier une
élévation dans l'ame convenable à des
liommes sages & vertueux qui nous rende
capable de combattre avec fermeté les ac-
cidens de la vie, & de nous conformer
aux ordres de la Nature: or la Nature
gouverne son grand Royaume, le monde
par de continuelles mutations, les nuées
se dispersent, & le firmament devient clair.
Le calme succede à l'orage, & l'orage au
calme: les vents soufflent à leur tour de
chaque côté: les jours suivent les nuits,
& les nuits suivent les jours: les planet-
B iiij
32 MERCUREDE FRANCE.
tes se levent & se couchent selon leurs
différens cours; & ainsi l'éternité est con-
nue par une perpétuelle révolution de
contraires. Ceci est l'ordre auquel nous
de vons conformer nos esprits; suivons-
le, soumettons-nous y, pensons que tout
ce qui arrive doit arriver, & ne soyons
jamais assez fous pour nous plaindre de la
Nature: la meilleure résolution que nous
puissions pendre, est de fouffrir ce que
nous ne pouvons changer, & de suivre
fans murmurer la route que la Providence
qui dirige chaque chose, nous a marquée;
car ce n'est pas assez de la suivre, & ce-
lui-là, est un mauvais soldat qui soupire
& marche avec répugnance: nous devons
recevoir nos ordres avec courage & gaye-
té, & ne pas chercher à échaper du poste
qui nous est assigné dans ce bel ordre, &
cette belle disposition des choses dont nos
fouffrances mêmes font une partie néces-
saire: adressons-nous à Dieu qui gouver-
ne tout, comme Cléante fit dans ces ad-
mirables vers, qui vont perdre une partie
de leur grace & de leur énergie dans ma
Traduction.
Pere de la Nature, maître du monde,
tu vois mes pas se tourner avec une joyeu-
se résignation par tout où ta providence
les conduit.
AVRIL. 1752.
33
La Destinée mêne ceux qui marchent
volontairement, & entraîne ceux qui ré-
sistent.
Pourquoi pleurerois je quand malgré
mes pleurs il faut souffrir.
Ou pourquoi recevrai-je sans mérite co
qu'il ne dépend que de moi de recevoir
en méritant.
Parlons & agissons ainsi, la résignation
à la Providence est la véritable magnani-
mité, mais la marque d'un esprit bas &
pusillanisme est de cenfurer les ordres de
Dieu, & au lieu de rectifier notre propre
conduite, de nous élever contre celle de
notre Créateur.
Fermer
2032
p. 37-58
LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
Début :
LA Guerre a ses conquérans, comme la Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
LA GLOIRE DU ROI
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
Fermer
2033
p. 152-159
« Les Campagnes du Roi representées par des figures allégoriques, avec une explication [...] »
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Les Campagnes du Roi representées par
des figures allégoriques, avec une explication
Historique: par M. Grosmond de
Vernon. A Paris, chezl'Auteur, rue Saint
Honoré, au coin de la rue des Boucheries,
au coq d'ot: & le sieur Vanheck, rue
d'Enfer près Saint Landry dans la Cité,
petit in folio. Prix en feuille douze livres,
& quinze livres relié.
Le sujet du premier Médaillon de cet
agréable Ouvrage est le Portrait du Roi:
le revers représente le caractere de ce
AVRIL. 1752.
153
Ptince: on y lit cette legende: Quis feli-
ces vult Deus, his talem praeficit..... Le
sujet du second Médaillon, est le Roi dé-
clarant la guerre à l'Angleterre & à la
Reine de Hongrie, avec certe legende
amore pacis arma purat .... Le sujet du
troisième Médaillon, c'est le Roi don-
nant audience dans son camp; au Comte
de Vassenaer, Ambassadeur extraordinai-
re de la République de Hollande : légen-
de, aut pax aut bellum. ... Le fujet du
quatrième Médaillon, c'est la marche du
Maréchal Comte de Saxe avec l'armée
d'obsetvation & la réduction de la Ville
de Courtray: légende, triumphans alios
molitur triumphos..... Le sujet du cinquié-
me Médaillon, c'est la réduction des Vil-
les de Menm & d'Ypres assiègées par le
Roi: légende, domat Mavors, perficit
pretas .... Lè sujet du fixième Médaillon,
c est le Roi repandant ses libéralités, &
visitant l'Hôpital de Boësingue: légende,
Rex miles, Militum fovet vuluera.... Le
sujet du septième Médaillon,, c'est la ré-
duction du Fort de Laquenoke & de la-
Ville de Furnes: légende, Cognata dex-
tra Regi. palmam colligit.... Le sujet du-
huitième Médaillon, c'est le Roi partant
pour l'Alsace, & remettant le Comman-
dement de l'Armée de Flandre au Maré-
Gv
154 MERCURE DEFRANCE.
chal Comte de Saxe: légende, pro subdi-
tis non timidus mori ..... Le sujet du
neuvième Medaillon, c'est la convales-
cence du Roi: légende dirae morti erepto,
votis omnium readito.. Le sujet du dixième
Médaillon, c est la réduction de la Ville de
Fribourg, assiégée par le Roi: légende
hoste fugato, Friburgum expugnat ... Le
fujet du onzième Médaillon, ce sont les
heureux succès des Troupes Francoises &
Espagnoles en Italie, dans la Campagne
de 1744: légende Regali Francorum stir-
pi comes Victoria ..... Le sujet du douzié-
me Médaillon, c'est le départ du Roi avec
Monseigneur le Dauphin, pour se rendre
à son Armée devant Tournay: légende,
tali tirocinio Alexander usus .... Le sujet
du treiziéme Médaillon, c'est la Bataille
de Fontenoy, gagnée par le Roi sur l'ar-
mée des Alliés, commandée par S. A. R.
le Duc de Cumberland: légende superio-
res viribus Lodoix virtute superat . ... Le
fujet du quatorzième Médaillon, c'est la
réduction de la Ville de Tournay & de sa
Citadelle, assiègées par le Roi: légende,
vicerat in campo, vincit sub moenibus.... Le
sujet du quinzieme, ce sont les Cours Su-
péricures complimentans le Roi en Flan-
dre sur les glorieux succès de ses armes:
legende plaudit & mitissima Themis.... Le
AVRIL
1752:
155
sajet du seizième Médaillon, c'est la dé-
faite de seize mille hommes des Alliés à
Male, & la réduction des Villes de Gand
& de Bruges: légende, hoste iterum profli-
gato, Gandaevum Brugosque subegit . . ...
Le sujet du dix- septième Médaillon, c'est
la réduction de la Ville d'Oudenarde : lé-
gende jubet heros, paret Aldenarda. ... Le
sujet du dix-huitième Médaillon, c'est la-
réduction de la Ville de Dendermonde: lé-
gende, una die Rex Teneramundam domat..
Le sujet du dix neuvième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville d'Ostende:
legende Ostenda olim inexpugnabilis, intra
sex dies subacta ... Le sujet du vingtième
Médaillon, c'est l'entrée triomphante du
Roi dans Paris, au retour de la glorieuse-
Campagne de Sa Majesté: légende Gallo-
rum in animis poinpa meliore triumphat... ..
Le sujet du ving-unième Médaillon, c'est la
réduction des Villes de Nieuport & d'Ath::
legende, novo Poliorceta, cedunt Novus-
Portus & Athum... Le sujet du vingt-
deuxième Médaillon, c'est la Campagne
d'Allemagne par S. A. S. Monseigneur le
Prince de Conty; pendant l'année 1745::
legende, quis, quemve amnem, hoc probi-
bente, tranet ... Le sujet du ving. troisié-
me Médaillon, ce sont les avantages rem-
gortés en Italie pat les Troupes Françoises
Gvj
136 MERCURE DEFRANCE.
& Espagnoles dans la Campagne de l'an-
née 1745: légende, ui Annibal Alpes su-
perani, Urbes expugnam ... Le sujet du
vingt. quatriéme Médaillon c'est la réduc-
tion de Bruxelles: légende Rex imperat
Dux paret, Vrbs expugnatur ... Le sujer
du vingt-cinquième Médaillon, c'est le
Roi forçant l'Armée des Alliés à abandon-
ner entierement le Brabant, & à se reti-
rer sur les frontieres de la Holande: lé-
gende, viderunt Lodoicum hostes & fuge-
runt ... Le sujet du vingt sixième Médai-
lon, c'est la réduction de la Ville d'An-
vers & de sa Citadelle: légende, quanto
munitiores Arces, tanto nobilior Expugna-
tor .... Le sujet du ving. septième Médail-
lon, c'est la réduction de la Ville de Mons:
légende, catenis hostes Lodoions, beneficiis.
Cives vincit .... Le fujet du vingt hui-
tiéme Médaillon, c'est la réduction des vil-
les de Saint-Guissain & de Chatles le-Roi:
legende, pernici Victori alatam decet occur-
rare Hictoriam .... Le sujet du, vingt-neu-
viéme Médaillon, c'est la reduction de la
Ville de Namur & de ses Châteaux: lé-
gende Namurcum, expugnari oporiuii ui fiat-
ipexpugnabile .... Le sujet du, trentième
Médaillon, c'est la bataille de Rocoux,
gagnée par le Maréchal Comte de Saxe,
par.
tur l'Armée des Alliés, commandée,
AVRIL. 1752. 157
le Prince Charles de Lortaine : légende,
haec ulterioribus Victoria materiem adimit..
Le sujet du trente-unième Médaillon,
ce sont les Autrichieus & les Piémontois
contraints de sortit de la Provence, & de
repasser le Var: légende, est unda saluti...
Le fuiet du-trente-deuxième Médaillon,
c'est le Roi exhortant les Etats Généraux
des Provinces Unies, à mettre fin aux.
malheurs de la Guerre: légende, suadetur
meliira, deteriora sequitur. .. Le sujet du
trente troisieme Médaillon, c. est la con-
quête de la Flandre Hollandoise, sous les
ordres du Maréchal Comte de Saxe : lé-
gende, hadus respuerat, deditionem offert..
Le sujet du rrente-quatrième Médaillon,
c'est la Bataille de Lawfelt, gagnée par
le Roi sur l'Armée des Alliés, comman-
dée par S. A. R. le Duc de Cumberland:
légende, certare egregium, quid vincere?....
Le sujet du trente-cinquième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville de Berg-op-
Zoom: légende, uni inexpugnabilis....
Le sujet du trente-sixième Médaillon,
cest le ROLoffrant de nouveau la Paix,
aux Hollandois & à leurs Alliés: légende,
bis vicit qui Victor Pacem offert.... Le su-
jet du trente-septième Médaillon, c'est la,
reduction des. Forts. Frederic. Henry & de
killo: legende, bunc illa jam vicit, hana.
18 MERCUREDE FRANCE.
minitans terret .... Le sujet du trente-hui-
tieme Médaillon, c'est la conquête du
Comté de Nice : légende, quid non per-
tumpant juncta robur & vigilantia. ... Le
sujet du trente neuvième Médaillon, c'est
la Ville de Maestreicht, assiégée par le
Maréchal Comte de Saxe, remise au Roi
pour ôtage de la Paix: légende, his cla-
vibus Jani Ades occludetur. ... Le sujet
du quarantième Médaillon, c'est la Ré-
publique de Gènes, secourue pat le Roi:
légende, quid non mortalia pectora cogit li-
bertatis amor.. ... Le sujet du quarante-
uniéme Médaillon, c'est la Paix générale
conclue à Aix la Chapelle : légende, ar-
morum gloriâ insignis, datâ Pace insignior.
Le sujet du quarante-deuxième Medail-
lon, c'est la publication de la Paix, & les
réjouissances faites à Paris à cette occasion:
legende, Regia Civitas, Regiâ fruere bene-
ficentiâ . .. Le sujet du quarante. troisième
Médaillon, c'est la Naissance de Monseig.
neur le Duc de Bourgogne: légende, cres-
cere Borboniam Sobolem toti expedit Orbi...
Le sujet du dernier Médaillon, est la con-
clusion de l'Histoire des Campagnes du
Roi: légende, Ludovicus XV. Rex inter
oaeteros boneficentissimus.
Nous sommes fâchés que l'abondance
dos matieres ne nous permette pas de nous
AVRIL.
1752. 159.
arrênter davantage sur un Ouvrage qui in-
téresse l'honneur de la Nation. Nous ex-
hortons nos Lecteurs à se le procurer; ils,
y trouveront des allégories justes & ingé-
nieuses, des explications claires & preci-
ses, & des Médaillons, la plupart agréa-
blement gravés.
des figures allégoriques, avec une explication
Historique: par M. Grosmond de
Vernon. A Paris, chezl'Auteur, rue Saint
Honoré, au coin de la rue des Boucheries,
au coq d'ot: & le sieur Vanheck, rue
d'Enfer près Saint Landry dans la Cité,
petit in folio. Prix en feuille douze livres,
& quinze livres relié.
Le sujet du premier Médaillon de cet
agréable Ouvrage est le Portrait du Roi:
le revers représente le caractere de ce
AVRIL. 1752.
153
Ptince: on y lit cette legende: Quis feli-
ces vult Deus, his talem praeficit..... Le
sujet du second Médaillon, est le Roi dé-
clarant la guerre à l'Angleterre & à la
Reine de Hongrie, avec certe legende
amore pacis arma purat .... Le sujet du
troisième Médaillon, c'est le Roi don-
nant audience dans son camp; au Comte
de Vassenaer, Ambassadeur extraordinai-
re de la République de Hollande : légen-
de, aut pax aut bellum. ... Le fujet du
quatrième Médaillon, c'est la marche du
Maréchal Comte de Saxe avec l'armée
d'obsetvation & la réduction de la Ville
de Courtray: légende, triumphans alios
molitur triumphos..... Le sujet du cinquié-
me Médaillon, c'est la réduction des Vil-
les de Menm & d'Ypres assiègées par le
Roi: légende, domat Mavors, perficit
pretas .... Lè sujet du fixième Médaillon,
c est le Roi repandant ses libéralités, &
visitant l'Hôpital de Boësingue: légende,
Rex miles, Militum fovet vuluera.... Le
sujet du septième Médaillon,, c'est la ré-
duction du Fort de Laquenoke & de la-
Ville de Furnes: légende, Cognata dex-
tra Regi. palmam colligit.... Le sujet du-
huitième Médaillon, c'est le Roi partant
pour l'Alsace, & remettant le Comman-
dement de l'Armée de Flandre au Maré-
Gv
154 MERCURE DEFRANCE.
chal Comte de Saxe: légende, pro subdi-
tis non timidus mori ..... Le sujet du
neuvième Medaillon, c'est la convales-
cence du Roi: légende dirae morti erepto,
votis omnium readito.. Le sujet du dixième
Médaillon, c est la réduction de la Ville de
Fribourg, assiégée par le Roi: légende
hoste fugato, Friburgum expugnat ... Le
fujet du onzième Médaillon, ce sont les
heureux succès des Troupes Francoises &
Espagnoles en Italie, dans la Campagne
de 1744: légende Regali Francorum stir-
pi comes Victoria ..... Le sujet du douzié-
me Médaillon, c'est le départ du Roi avec
Monseigneur le Dauphin, pour se rendre
à son Armée devant Tournay: légende,
tali tirocinio Alexander usus .... Le sujet
du treiziéme Médaillon, c'est la Bataille
de Fontenoy, gagnée par le Roi sur l'ar-
mée des Alliés, commandée par S. A. R.
le Duc de Cumberland: légende superio-
res viribus Lodoix virtute superat . ... Le
fujet du quatorzième Médaillon, c'est la
réduction de la Ville de Tournay & de sa
Citadelle, assiègées par le Roi: légende,
vicerat in campo, vincit sub moenibus.... Le
sujet du quinzieme, ce sont les Cours Su-
péricures complimentans le Roi en Flan-
dre sur les glorieux succès de ses armes:
legende plaudit & mitissima Themis.... Le
AVRIL
1752:
155
sajet du seizième Médaillon, c'est la dé-
faite de seize mille hommes des Alliés à
Male, & la réduction des Villes de Gand
& de Bruges: légende, hoste iterum profli-
gato, Gandaevum Brugosque subegit . . ...
Le sujet du dix- septième Médaillon, c'est
la réduction de la Ville d'Oudenarde : lé-
gende jubet heros, paret Aldenarda. ... Le
sujet du dix-huitième Médaillon, c'est la-
réduction de la Ville de Dendermonde: lé-
gende, una die Rex Teneramundam domat..
Le sujet du dix neuvième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville d'Ostende:
legende Ostenda olim inexpugnabilis, intra
sex dies subacta ... Le sujet du vingtième
Médaillon, c'est l'entrée triomphante du
Roi dans Paris, au retour de la glorieuse-
Campagne de Sa Majesté: légende Gallo-
rum in animis poinpa meliore triumphat... ..
Le sujet du ving-unième Médaillon, c'est la
réduction des Villes de Nieuport & d'Ath::
legende, novo Poliorceta, cedunt Novus-
Portus & Athum... Le sujet du vingt-
deuxième Médaillon, c'est la Campagne
d'Allemagne par S. A. S. Monseigneur le
Prince de Conty; pendant l'année 1745::
legende, quis, quemve amnem, hoc probi-
bente, tranet ... Le sujet du ving. troisié-
me Médaillon, ce sont les avantages rem-
gortés en Italie pat les Troupes Françoises
Gvj
136 MERCURE DEFRANCE.
& Espagnoles dans la Campagne de l'an-
née 1745: légende, ui Annibal Alpes su-
perani, Urbes expugnam ... Le sujet du
vingt. quatriéme Médaillon c'est la réduc-
tion de Bruxelles: légende Rex imperat
Dux paret, Vrbs expugnatur ... Le sujer
du vingt-cinquième Médaillon, c'est le
Roi forçant l'Armée des Alliés à abandon-
ner entierement le Brabant, & à se reti-
rer sur les frontieres de la Holande: lé-
gende, viderunt Lodoicum hostes & fuge-
runt ... Le sujet du vingt sixième Médai-
lon, c'est la réduction de la Ville d'An-
vers & de sa Citadelle: légende, quanto
munitiores Arces, tanto nobilior Expugna-
tor .... Le sujet du ving. septième Médail-
lon, c'est la réduction de la Ville de Mons:
légende, catenis hostes Lodoions, beneficiis.
Cives vincit .... Le fujet du vingt hui-
tiéme Médaillon, c'est la réduction des vil-
les de Saint-Guissain & de Chatles le-Roi:
legende, pernici Victori alatam decet occur-
rare Hictoriam .... Le sujet du, vingt-neu-
viéme Médaillon, c'est la reduction de la
Ville de Namur & de ses Châteaux: lé-
gende Namurcum, expugnari oporiuii ui fiat-
ipexpugnabile .... Le sujet du, trentième
Médaillon, c'est la bataille de Rocoux,
gagnée par le Maréchal Comte de Saxe,
par.
tur l'Armée des Alliés, commandée,
AVRIL. 1752. 157
le Prince Charles de Lortaine : légende,
haec ulterioribus Victoria materiem adimit..
Le sujet du trente-unième Médaillon,
ce sont les Autrichieus & les Piémontois
contraints de sortit de la Provence, & de
repasser le Var: légende, est unda saluti...
Le fuiet du-trente-deuxième Médaillon,
c'est le Roi exhortant les Etats Généraux
des Provinces Unies, à mettre fin aux.
malheurs de la Guerre: légende, suadetur
meliira, deteriora sequitur. .. Le sujet du
trente troisieme Médaillon, c. est la con-
quête de la Flandre Hollandoise, sous les
ordres du Maréchal Comte de Saxe : lé-
gende, hadus respuerat, deditionem offert..
Le sujet du rrente-quatrième Médaillon,
c'est la Bataille de Lawfelt, gagnée par
le Roi sur l'Armée des Alliés, comman-
dée par S. A. R. le Duc de Cumberland:
légende, certare egregium, quid vincere?....
Le sujet du trente-cinquième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville de Berg-op-
Zoom: légende, uni inexpugnabilis....
Le sujet du trente-sixième Médaillon,
cest le ROLoffrant de nouveau la Paix,
aux Hollandois & à leurs Alliés: légende,
bis vicit qui Victor Pacem offert.... Le su-
jet du trente-septième Médaillon, c'est la,
reduction des. Forts. Frederic. Henry & de
killo: legende, bunc illa jam vicit, hana.
18 MERCUREDE FRANCE.
minitans terret .... Le sujet du trente-hui-
tieme Médaillon, c'est la conquête du
Comté de Nice : légende, quid non per-
tumpant juncta robur & vigilantia. ... Le
sujet du trente neuvième Médaillon, c'est
la Ville de Maestreicht, assiégée par le
Maréchal Comte de Saxe, remise au Roi
pour ôtage de la Paix: légende, his cla-
vibus Jani Ades occludetur. ... Le sujet
du quarantième Médaillon, c'est la Ré-
publique de Gènes, secourue pat le Roi:
légende, quid non mortalia pectora cogit li-
bertatis amor.. ... Le sujet du quarante-
uniéme Médaillon, c'est la Paix générale
conclue à Aix la Chapelle : légende, ar-
morum gloriâ insignis, datâ Pace insignior.
Le sujet du quarante-deuxième Medail-
lon, c'est la publication de la Paix, & les
réjouissances faites à Paris à cette occasion:
legende, Regia Civitas, Regiâ fruere bene-
ficentiâ . .. Le sujet du quarante. troisième
Médaillon, c'est la Naissance de Monseig.
neur le Duc de Bourgogne: légende, cres-
cere Borboniam Sobolem toti expedit Orbi...
Le sujet du dernier Médaillon, est la con-
clusion de l'Histoire des Campagnes du
Roi: légende, Ludovicus XV. Rex inter
oaeteros boneficentissimus.
Nous sommes fâchés que l'abondance
dos matieres ne nous permette pas de nous
AVRIL.
1752. 159.
arrênter davantage sur un Ouvrage qui in-
téresse l'honneur de la Nation. Nous ex-
hortons nos Lecteurs à se le procurer; ils,
y trouveront des allégories justes & ingé-
nieuses, des explications claires & preci-
ses, & des Médaillons, la plupart agréa-
blement gravés.
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2034
p. 190
DE DANTZICK, le 12 Février
Début :
LA Commission Royale prononça le 4 de ce mois son décret définitif sut les differends, qui [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE DANTZICK, le 12 Février
DE DANTZICK, le 12 Février
LA Commission Royale prononça le 4 de ce
mois son décret définitif sut les differends, qui
s'étoient élevés entre les Magistrats & la Bourgeoi-
sie de cette ville. Ce décret porte que l'ordon-
nance du Roi, publiée à Varsovie en 1750, doit
servir d'une loi perpétuelle & irrévocable, & que les
dépenses faites par la bourgeoisie pour les procé-
dures, lui seront bonifiées de la caisse de supple-
ment, ou des revenus du port. Il est enjoint aux
Magistrats d'avoir une égale attention à mainte-
nir le bon ordre, & à ne donner à la Bourgeoisie
aucun sujet légitime de se plaindre. En même
tems il est ordonné à la Bourgeoisie, de se tenit
dans les bornes de la régularité, & d'éviter tout
ce qui pourroit troubler la tranquillité publique.
On a publié ce décret à la porte de l'Hôtel de
Ville en présence des trois Ordres, & la même
publication a été faite dans toutes les rues par un
Herault. Deux Bourgeois ont été comdamnés à la
prison, l'un pour un an, l'autre pour un mois.
LA Commission Royale prononça le 4 de ce
mois son décret définitif sut les differends, qui
s'étoient élevés entre les Magistrats & la Bourgeoi-
sie de cette ville. Ce décret porte que l'ordon-
nance du Roi, publiée à Varsovie en 1750, doit
servir d'une loi perpétuelle & irrévocable, & que les
dépenses faites par la bourgeoisie pour les procé-
dures, lui seront bonifiées de la caisse de supple-
ment, ou des revenus du port. Il est enjoint aux
Magistrats d'avoir une égale attention à mainte-
nir le bon ordre, & à ne donner à la Bourgeoisie
aucun sujet légitime de se plaindre. En même
tems il est ordonné à la Bourgeoisie, de se tenit
dans les bornes de la régularité, & d'éviter tout
ce qui pourroit troubler la tranquillité publique.
On a publié ce décret à la porte de l'Hôtel de
Ville en présence des trois Ordres, & la même
publication a été faite dans toutes les rues par un
Herault. Deux Bourgeois ont été comdamnés à la
prison, l'un pour un an, l'autre pour un mois.
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2035
p. 190-192
DE COPPENHAGUE, le 12 Février.
Début :
Il est arrivé de Londres un Courier, par lequel on a appris que l'escadre Danoise, qui s'étoit rendue [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE COPPENHAGUE, le 12 Février.
DE COPPENHAGUE, le 12 Février.
Il est arrivé de Londres un Courier, par lequel
on a appris que l'escadre Danoise, qui s'étoit rendue
AVRIL. 1752.
191
l'année derniere sur les côtes d'Afrique, &
qui est en route pour revenir en Dannemark, avoit
paru à l'entrée de la Manche. La beauté des laines
d'Islande a fait prendre aux Islandois la résolution
d'établir dans leur Isse quelques manufactures de
drap, & ils ont envoyé ici plusieurs jeunes gens
les uns pour apprendre l'art de le fabriquer, les
autres pour se perfectionner dans la science du
calcul & dans la connoissance des changes étran-
gers. En même tems ils ont fait demander â la
Chambre des finances un secours de six mille écus
pour fournir à l'entretien de ces éleves. Le Roi est
si satisfait du projet des Issandois, qu'il a ordonné
qu'au lieu de six mille écus on leur en délivra dix
mille.
L'Université de cette ville a voulu par un acte
solemnel payer un juste tribut à la memoire de la
Reine. La principale salle des écoles ayant été
tendue entierement de noir, on y exécuta un mor-
ceau de Musique, convenable à l'objet pour le-
quel il avoit été composé. Le Recteur prononça
ensuite l'Oraison funebre, qui excita également
les larmes & les applaudissemens des Auditeurs,
Pendant cette cerémonie, les cloches de toutes
les Eglises sonnerent continuellement. On a frap-
pé par ordre du Roi plusieurs médailles d'or &
d'argent, sur un côté desquelles est le buste de la
Reine, avec ces mots, Ludovica Regina Dan. &
Norv. Le revers représente un tombeau à l'anti-
que: au bas on voit cette inscription, Duo moriun-
tur in una. Deux urnes sépulchrales, dont l'une
est plus grande que l'autre, sont posées sur ce
tombeau. On lit sur la premiere, Matri desidedata;
& sur la seconde Principi filios, avec cette légende,
Ante diem. Près du tombeau sont deux figures
qui paroissent plongées dans la plus profonde dou-
192 MERCURE DE FRANCE.
leur, & qui représentent le Dannemarx & la Nor-
wege. L'Exergue porte l'inscription suivante, Co-
rovam mutavit D. 19 D ecemb. MDCCLI.
Il est arrivé de Londres un Courier, par lequel
on a appris que l'escadre Danoise, qui s'étoit rendue
AVRIL. 1752.
191
l'année derniere sur les côtes d'Afrique, &
qui est en route pour revenir en Dannemark, avoit
paru à l'entrée de la Manche. La beauté des laines
d'Islande a fait prendre aux Islandois la résolution
d'établir dans leur Isse quelques manufactures de
drap, & ils ont envoyé ici plusieurs jeunes gens
les uns pour apprendre l'art de le fabriquer, les
autres pour se perfectionner dans la science du
calcul & dans la connoissance des changes étran-
gers. En même tems ils ont fait demander â la
Chambre des finances un secours de six mille écus
pour fournir à l'entretien de ces éleves. Le Roi est
si satisfait du projet des Issandois, qu'il a ordonné
qu'au lieu de six mille écus on leur en délivra dix
mille.
L'Université de cette ville a voulu par un acte
solemnel payer un juste tribut à la memoire de la
Reine. La principale salle des écoles ayant été
tendue entierement de noir, on y exécuta un mor-
ceau de Musique, convenable à l'objet pour le-
quel il avoit été composé. Le Recteur prononça
ensuite l'Oraison funebre, qui excita également
les larmes & les applaudissemens des Auditeurs,
Pendant cette cerémonie, les cloches de toutes
les Eglises sonnerent continuellement. On a frap-
pé par ordre du Roi plusieurs médailles d'or &
d'argent, sur un côté desquelles est le buste de la
Reine, avec ces mots, Ludovica Regina Dan. &
Norv. Le revers représente un tombeau à l'anti-
que: au bas on voit cette inscription, Duo moriun-
tur in una. Deux urnes sépulchrales, dont l'une
est plus grande que l'autre, sont posées sur ce
tombeau. On lit sur la premiere, Matri desidedata;
& sur la seconde Principi filios, avec cette légende,
Ante diem. Près du tombeau sont deux figures
qui paroissent plongées dans la plus profonde dou-
192 MERCURE DE FRANCE.
leur, & qui représentent le Dannemarx & la Nor-
wege. L'Exergue porte l'inscription suivante, Co-
rovam mutavit D. 19 D ecemb. MDCCLI.
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2036
p. 193-194
DE ROME, le 15 Février.
Début :
Deux députés de la République de Raguse sont venus supplier le Pape, d'interposer ses bons offices, [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE ROME, le 15 Février.
DE ROME, le 15 Février.
Deux députés de la République de Raguse sont venus supplier le Pape, d'interposer ses bons offices,
194 MERCUREDE FRANCE.
pour accommoder un differend survenu en-
tre cette République & celle de Venise. La pre-
miere se plaint de ce que des Galeres vénitiennes
ont pouiluivi & canonné jusques dans le Port de
Raguse deux Cotsaires de Tripoli.
On a reçu avis de Plaisance, que le Cardinal
Alberoni étoit dangereusement malade.
Deux députés de la République de Raguse sont venus supplier le Pape, d'interposer ses bons offices,
194 MERCUREDE FRANCE.
pour accommoder un differend survenu en-
tre cette République & celle de Venise. La pre-
miere se plaint de ce que des Galeres vénitiennes
ont pouiluivi & canonné jusques dans le Port de
Raguse deux Cotsaires de Tripoli.
On a reçu avis de Plaisance, que le Cardinal
Alberoni étoit dangereusement malade.
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2037
p. 194-195
DE LA HAYE, le 4 Mars.
Début :
Le Gouvernement a fait frapper trois médailles à l'occasion de la mort du feu Prince Stadhouder. [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE LA HAYE, le 4 Mars.
DE LA HAYE, le 4 Mars.
Le Gouvernement a fait frapper trois médailles
à l'occasion de la mort du feu Prince Stadhouder.
Sur chacune est le Buste de ce Prince, avec cette
Legende, Guillelmus IV. D. G. Princeps Arausia
& Nassavia, Foedorati Belgii Gubernator Haredita-
rius. Au tevers de la premiere est un soleil cou-
chant, avec ces mots, Vix conspectus. Ou voit sut
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AVRIL.
1752.
195
le revers de la seconde une femme en pleurs, as-
sise sur un cercueil, & tenant en main l'Ecusson
des Armes des Provinces-Unies Dans l'Exergue,
on lit, Manet alta mente repostus. Le revers de la
troisième médaille reptesente la Province de Hol-
lande, appuyée sur une Pique, au haut de la-
quelle est un chapeau donv les bords sont abbattus.
La Legende contient ces mots, Omnibus ille Bonis
flebilis occidis. On lit dans l'exorgue Non credas in-
teriturum.
Le Gouvernement a fait frapper trois médailles
à l'occasion de la mort du feu Prince Stadhouder.
Sur chacune est le Buste de ce Prince, avec cette
Legende, Guillelmus IV. D. G. Princeps Arausia
& Nassavia, Foedorati Belgii Gubernator Haredita-
rius. Au tevers de la premiere est un soleil cou-
chant, avec ces mots, Vix conspectus. Ou voit sut
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AVRIL.
1752.
195
le revers de la seconde une femme en pleurs, as-
sise sur un cercueil, & tenant en main l'Ecusson
des Armes des Provinces-Unies Dans l'Exergue,
on lit, Manet alta mente repostus. Le revers de la
troisième médaille reptesente la Province de Hol-
lande, appuyée sur une Pique, au haut de la-
quelle est un chapeau donv les bords sont abbattus.
La Legende contient ces mots, Omnibus ille Bonis
flebilis occidis. On lit dans l'exorgue Non credas in-
teriturum.
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2038
p. 195-207
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
LE 5, Février pendant la Messe du Roi, l'Evêque de Riez & l'Evêque de Glandeves ont [...]
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
LE 5, Février pendant la Messe du Roi, l'Evêque
de Riez & l'Evêque de Glandeves ont
prété serment de fidélité entre les mains de Sa
Majesté.
Le Roi quitta le deuil le dix qu'il avoit pris
le vingt-un du mois dernier pour la Reine de
Dannemarx, & le 11 il le reprit à l'occasion de
la mort du Duc d'Orleans.
Le premier de ce mois, M. Guerin, Rec-
teur de l'Université, accompagné des Doycus des
quatre Facultés, & des Procureurs des Nations
se rendit à Versailles, & suivant l'ancien usage
il eut l'honneur de présenter un cierge au Roi
à la Reine & à Monseigneur le Dauphin.
Le même jour, le Pere Gobain, Vicaire-Gé
néral de la Mercy, accompagné de trois Reli-
gieux de son Ordre, eut l'honneur de présenter
un cierge à la Reine, pour satisfaire à l'une des
conditions de leur établissement fait à Paris en
1ij
196 MERCUREDE FRANCE.
1615, par la Reine Marie de Medicis.
Le 5, le corps du feu Duc d'Orleans, après
avoir été embaumé, fut mis sur un lit de parade
dans une salle de l'Abbaye de Sainte Genevieve.
Pendant qu'il y a été exposé, les Chanoines Re-
guliers de cette Abbaye ont récité nuit & jour
l'Office des Morts auprès du cercueil, & tous les
matin depuis huit heures jusqu'à midi ils ont ce-
lebré, conjointement avec les Aumôniers du
Prince, des Messes à deux Autels, qui étoient
aux deux côtés du lit de parade. Le Chapitre de
l'Eglise Collégiale de Saint Honoré, le Clergé
des Paroisses de Saint Eustache, de Saint Etien-
ne du Mont, & de Saint Benoit, & la plupart
des Communautés Religieuses de Paris, sont
allés processionnellement jetter de l'eau benite sur
le corps. Les Chanoines Reguliers de Sainto Ge-
nevieve avoient été les premiers à s'acquitter de
ce devoir, & la même cérémonie a ete observée
par l'Ordre de Saint Lazare. Le Duc d'Orleans
ayant demandé par son testament, d'être inhu-
mé sans pompe, on ne lui a point rendu les
autres honneurs funébres, qu'on a coutume de
rendre aux Princes de son rang. Le 8, les Vé-
pres des Morts furent chantées par le Chapitre
de Sainte Genevieve, & lorsqu'on eut dit les au-
tres prieres accoutumées, le Duc d'Orleans fut
porte à l'Eglise du Val-de-Grace, qu'il a choisie
pour le lieu de sa Sépulture. Dans un premier
carosse étoient l'Abbé Onic & deux autres Au-
môniers du Prince. L'Abbé Onic tenoit le coeur
du Duc d'Orléans, enferiné dans une boëte d'ar-
gent. Il y avoit quatre Chanoines Reguliers de
Sainte Génevieve dans le carosse, ou étoit le
corps. Ce carosse étoit suivi d'un autre, dans les
quel l'Abbé de Sainte Genevieve etoit avec
AVRIL. 1751.
197
deux de ses Chanoines. Le Duc de Chartres,
à présent Duc d'Orleans, accompagné de ses
principaux Officiers, étoit dans le quatriéme ca-
rosse. Un grand nombre de valets-de-pieds
avec des flambeaux éclairoient le convoi. Le
corps fut reçu à la porte de l'Eglise du Val-
de-grace par un Clergé composé de trois cens
Ecclésiastiques, & la présentation fut faite par
l'Abbé de Sainte Genevieve.
Dès le 15 du mois de Décembre de l'année
derniere, la Faculté de Théologie de Paris, dans
une Assemblée extraordinaire, avoit condamné
la These, que le sieur Jean Martin de Prades
Prêtre du Diocese de Montauban, & l'un des
Bacheliers de la Faculté, avoit soutenue en Sor-
bonne le 18 Janvier dernier. La même Faculté
a tenu depuis, onze autres Assemblées, aus-
quelles ont assisté cent quarante six Docteurs
& dans lesquelles on a examiné, tant sépare-
ment que relativement les unes aux autres
toutes les positions de cette These. Après un
miur examen, la Faculté en a extrait dix Propo-
sitions qu'elle a jugées fausses téméraires, inju-
rieuses aux Théologiens Catholiques, scandaleu-
ses, erronées, hérétiques, blasphématoires
pernicieuses à la Société & à la tranquilité pu-
blique, tendantes à détruire les fondemens de
la Religion Chrétienne, & à favoriser l'opi-
nion du Matérialisme. La plupart des autres pro-
positions, contenues dans la These, ont été
déclarées mal sonantes, peu convenables à la
majesté de la Religion, indécentes sur tout dans
la bouche d'un Théologien, & puisées dans des
sources contagieuses. Cette Censure fut pronon-
cée le 26 du mois dernier; & dans l'assemblée
du même jour, la Faculté raya de la Liste de
I iij
158 MERCUREDE FRANCE.
ses Bacheliers le nom du Sieur de Prades.
L'Archevêque de Paris a cru ne devoir pas
non plus garder le filence sur la These, objet du
scandale. Par un Mandement qu'il a fait, pu-
blier le 3 de ce mois, il la condamne, en se
servant des mêmes qualifications employées par
la Faculté de Théologie. Le même Mandement
révoque tous pouvoirs que le Sieur de Prades
pourroit avoir obtenu de l'Archevêque ou de ses
Vicaires Généraux, de célebrer la Messe, & de
faire d'autres fonctions Ecclésiastiques dans le
Diocése de Paris. De plus, il est enjoint au Pro-
moteur, de faire au sujet de ladite These, de
son Auteur & de ses Fauteurs & Adhérens, tou-
tes les poursunes & diligences qui peuvent être
du deve ix de son ministere.
Le 10, les Actious de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens quarante livres;
les Billets de la premiere Loterie Royale à sept
cens douze, & ceux de la seconde, à six cens
quarante-une.
Le 16 Février dernier, Mercredi des Cendres
le Roi reçut les cendres des mains du Cardinal
de Soubize, Grand Aumônier de France. La Rei-
ne les reçut des mains de l'Archevêque de Rouen,
son Grand Aumônier; Monseigneur le Dauphin,
de celles de l'Abbé de Lascaris, Aumônier du
Roi, & Madame la Dauphine, de celles de
l'Evêque de Bayeux, son premier Aumónier.
Tous les honneurs funebres ayant été rendus
à Madame Henriette. l'Evêque de Meaux, pre-
mier Aumônier de cette Princesse, sit le dix-neuf
de ce mois, à six heures du soir, la cérémonie de
lever le corps, qui fut placé dans le Char desti-
né à le porter à l'Abbaye Royale de Saint De-
nis. Le Convoi, précédé de spixante Cavaliers
AVRIL. 1752.
199
du Guet, se mit peu à près en marche dans l'ordre
suivant, Deux Gardes du Corps, soixante Pau-
vres, marchant deux à deux, & portans des flam-
beaux, le carosse de la Comtesse de Brionne ;
ceux des Ecuyers des Princesses du Sang, qui
composoient le deuil; cinquante Mousquetaires
de la seconde Compagnie de la Garde du Roi
un pareil nombre de Mousquetaires de la premie-
re Compagnie; cinquante Chevaux-Legers de la
Garde de Sa Majesté, un carosse du Roi pour le
Chevalier d'honneur; le carosse de Sa Majesté,
dans lequel étoit Madempiselle de Sens, accom-
pagnée de la Comtesse de Btionne, de la Mar-
quise de L'hospital, de la Comtesse de Choyseul
de la Marquise de Laval, & de la Demoiselle de
Prulay; le carosse de Sa Majesté, dans lequel
étoit la Duchesse de Modene, accompagnée de
la Maréchale de Maillebois, de la Marquise de
la Riviere, de la Marquise de Gouy, de la Com-
tesse de la Riviere & de la Dame de Pauly; le
carosse de Sa Majesté, dans lequel étoit la Prin-
cesse de Conty, accompagnée de la Duchesse de
Beauvilliers, Dame d'honneur de Madame Hen-
riette; de la Duchesse de Brissac, de la Marqui-
se de Castries, de la Comtesse de Belsunce, &
de la Marquise de Fontanges; un autre carosse
du Roi, où l'Evêque de Meaux étoit avec deux
Aumôniers de Sa Majesté & le Curé de l'Eglise
Paroissiale de Saint Germain l'Auxeriois; dou-
ze Pages de Madame la Dauphine; douze Pages
de la Reine, vingt- quatre Pages du Roi; plusieurs
Ecuyers de Leurs Majestés; quatre Trompettes
de la Chambre; les Hérauts d'Armes, marchant
deux à deux; le Roi d'Armes, M. de Bourlama-
que, Aide des Cérémonies; M. de Giseur: Maî-
tre des Cérémonies, en survivance de M. Des-
I iiij
Mostras vO
200 MERCURE DEFRANCE.
granges; le Marquis de Brézé, Grand-Maître des
Cérémonies; quatre Chevaux-Legers de la Gar-
de; le Char funebie, des deux côtés duquel
marchoient quarante des Cent Suisses du Roi, &
qui étoit entouré d'un grand nombre de Valets
de pied de Leurs Majestés & de Madame la Dau-
phine. Deux Aumoniers & deux Chapelains de
Madame Henriette portoient les quatre coins du
Poële, dont le Char étoit couvert. Ce Poële, &
les caparaçons des chevaux qui traînoient le Char
etoient blancs avec des croix de moire d'argent
& les écussons des Armoiries en broderie. Le Com-
te de Valbelle, Commandant le détachement des
Gendarmes; le Marquis d'Escorailles, comman-
dant le détachement des Chevaux-Legers; le
Marquis de Carvoisin, commandant le détache-
ment de la premiere Compagnie des Mousqua-
taires, & le Comte de Montboissier, qui com-
mandoit le détachement des Mousquetaires de la
seconde Compagnie, marchoient près des quatre
roues. Le Baton de Montmorency, Chevalier
d'honneut de la Princesse; le Marquis de l'Hos-
pital, son premier Ecuyer, & le Marquis de Cal-
viere, Lieutenant des Gardes du Corps, dont il
commandoit le détachement, suivoient immédia-
tement le Char, & précédoient les Gardes du
Corps, après lesquels venoient cinquante Gen-
darmes de la Garde, les Gendarmes ainsi que les au-
tres troupes de la Maison de S. M. portoient des
slambeaux & marchoient deux à deux. Les Pages
& les Valets de pied marchoient de même, &
portoient aussi des flambeaux. La marche étoit
fermée par les carosses de la Princesse de Con-
ty, de la Duchesse de Modene & de Mademoi-
selle de Sens, & par celui de la Duchesse de
Beauvilliers.
AVRIL. 1752.
201
Sur les onze heures & demi du soir, le Con-
voi arriva à Saint Denis. Les Religieux de l'Ab-
baye reçurent le corps de Madame Henriette à
la porte de l'Eglise, & l'Evêque de Meaux le
présenta au Grand-Prieur de l'Abbaye, lequel ré-
pondit au discours de ce Prélat. Le cercueil fut
porté dans le Choeur, & l'on chanta les prieres
ordinaires, ausquelles les Princesses du Sang, &
toutes les personnes titrées qui s'étoient trouvées
au convoi assisterent.
Le corps de Madame Henriette a été mis dans
la haute Chapelle de l'Eglise, où il demeurera en
dépôt jusqu'au jour de l'inhumation. Il est gardé
par la Duchesse de Beauvilliers, Dame d'Hon-
neur; & par deux des Dames de la Princesse,
qui se relevent successivement. On célébre tous
les matins une Grande-Messe dans cette Chapelle.
Les principaux Officiers de Madame Henriette,
& ceux du Roi, qui étoient de service auprès de
cette Princesse, continuent d'exercer auprès d'elle
leurs fonctions, suivant le cérémonial observé
pour les Princes & les Princesses de la Famille
Royale.
Le 20, premier Dimanche de Carême, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, entendirent
le Sermon du Pere Dumas, de la Compagnie de
Jesus, & assisterent ensuite aux Vepres & au
Salut.
Monseigneur le Dauphin communia le même
jour par les mains de l'Abbé de Lascaris.
Le 22, les Princes & les Princesses du Sang
rendirent en Céremonie, à l'occasion de la mont
de Madame Henriette, leurs respects
au Roi, à
la Reine, à Monse gneur le Dauphin, à Madane
la Dauphine à Monseigneur le Duc de Bourgo-
IV
202 MERCUREDE FRANCE.
gne, à Madame & à Mesdames de France. Les
Seigneurs & les Dames de la Cour, en habits de
grand deuil, s'acquiterent du même devoir.
Madame la Dauphine fut saignée, & a été
quelques jours sans sortir de son appartement.
Le 23 au soir, le Roi quitta le deuil que Sa Ma-
jesté avoit pris le 11, à l'occasion de la mort du-
Duc d'Orleans.
Le même jour on célebra dans l'Eglise du
Val-de-Grace, pour le repos de l'ame du seu
Duc d'Orleans, un Service solemnel, auquel le
Duc d'Orleans, accompagné de toute sa Maison;
assista.
Le 24, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à 1840 l. les billets de la premiere Lo-
terie Royale à 710 livres, & ceux de la seconde
à 639 livres.
Le Roi & la Reine accompagnés de Mon-
seigneur le Dauphin & de Mesdames de France,
alsisterent le 25 à la prédication du Pere Dumas,
de la Compagnie de Jesus.
Le 29, second Dimanche de Carême, Leurs
Majestés, accompagnées de même que le 25,
entendirent le Sermon du même Prédicateur, &
ensuite les Vêpres & le Salut.
Le 24 & le 28, le Roi prit le divertissement
de la chasse du Cerf dans la Forêt de Saint Ger-
main.
Si Majesté se rendit le 29 à Choisy, d'où elle
cest revenue le lendemain premier jour du mois,
de Mars.
Le premier Mars, Mesdames Adelaide, Vic-
toite & Sophie, furent se promener à Saint Ger-
main, Madavie Louise étoit indisposée dans ce-
tems, & elle prit les eaux.
Au mois da Novembre de l'année derniere,
14
AVRIL. 1752. 203
un Marchand, sa femme & sa si le, en passant
la riviere à Argenteuil, eurent le malheur de se
noyet avec plusicurs autres personnes de leur fa-
mille Le partage de leur succession donne lieu à
la question de sçavoir, si la. Fille a survécu à ses
pee & mere, ou si le pere la mere & la Fille, du-
vent être tenses morts dans le même instant. Cette-
cause importante & singuliere se plaide actuelle-
ment à la Seconde Chambre des Requêtes du
Pulais. Messieurs du Vaudier & Gueau de Rever-
seau sont les Avocats des Parties.
Les lettres qu'on a reçues de l'Isse de Saint Do-
mingue contiennent le détail suivant, au sujes
des tremblemens de terre qui se sont fait sentir
dans cette Isle, & qui ont causé d'autant plus
d'inquiétude & d'allarme, qu'elle n'avoit jamais-
sprouvé des évenemens de cette espéce. Hy avoit-
eu dès le vingt neuf de Septembre une premiere-
secousse, à laquelle on n'avoit pas fait beaucoup-
d'attention. Le dix huit d'Octobre, on en sentit-
une assez violente dans tous les quartiers de la-
partie Françoise; mais elle ne causa pas de granda-
dommages. Il y en eut d'autres très-fréquentes,
mais assez peu sensibles, jusqu'au trente un du-
même mois. La terre demeura enfuite dans une-
forte de commotion, mais sans aucun mouve-
ment marqué, jusqu'au vingt. un de Novembre,
qu'à sept heures cinquante minutes du matin il
vint une seçousse, qui dura cinqeminutes avec-
une égale violence, & qui se fit sentir en mênie-
tems dans tous les quartiers. On en épronva d'au-
tres les jours suivans jusqu'at commence ment du-
mois de Décembre; mais elles n'ont rien ajou-
tée aux dommages qu'avoit causce celle du vingt-
un. Ces dommages n'ont été bien coi siderables,
que dans la Valle du- Port-au-Prince & dans la-
.
...
13.
204 MERCUREDEFRANCE.
plaine du cu' de sac. Plusieurs maisons ont été
renve sées dans la Ville, ainsi que deux corps de
bâtimens construits en maçonnerie pour le ser-
vice du Roi; & dans la plaine il est fort peu d'ha-
bitations, dont les batimens n'ayent été détruits
ou fort endommagés. Les autres Villes & les au-
tres quartiers de la Colonie ont fort peu sous-
fert, à l'exception de la Plaine de Maribarou, dans
laquelle il y a eu aussi quelques batimens abbatus,
& de celle del'Artibonites, où il yen a quelques-uns
considérablement maltraités. Malgré tous ces acci-
dens on a tout lieu d'espererque la recolte des don-
rées de la Colonie sera aussi abondante qu'à l'ordi-
naire, les plantations n'ayant point été endomma-
gées, & les Habitans, dont les bâtimens ont été
détruits, ayant pris de promptes mesures pour le
rétablissement de leurs Fabriques. On n'étoit pas
encore bien instruit des effets que pouvoient vois
produit ces tremblemens de terre dans la partie
Espagnole, mais on présumoit qu'elle devoit avois
beaucoup souffert.
On a reçu avis de Cadix, que le vaisseau de
Registre la Thetis, y est arrivé de la Havanne
& qu'il a apporté cent six mille quatre cent cin-
quante livres de cochenille, environ vingt deun
mille de Vanilles, cent quarante quatre mille sin
cen, cinquante livres de tabac, neul cens cin-
quante-deux cuirs à poil, & la valeur de douze
cens trente mille piastres, tant en espéce d'ot &
d'argent, qu'en argent non monnoyé
Le premier de Mars, le Régiment de Char-
tres fit célebrer à Orleans, dans l'Eglise des Do-
minicains un Service solemnel pour le repos de
P'ame du feu Duc d'Orleans Ce Régiment, s'é-
tant rendu à l'Eglise, les armes traînantes, avec
des crempes sur les caisses des tambours, fut reçu
par le Prieur du Couvent à la tête de la Com-
AVRIL.
205
1752.
monauté. Les deux bataillons entrerent sur deux
ailes dans la Nef, & apiès qu'on eut récité l'Of-
sice des Morrs, l'Abbé de Colbert, Doyen de
la Cathédrale, célébra la Grande-Messe, qui fut
chantée par la Musique de la même Cathédrale.
Tout le Chœur de l'Eglise des Dominicains étoit
tendu de noir, & de distance en distance étoient
les Ecussons des armes du Prince défunt. Le
grand Autel & le Catafalque ét oient éclairés d'un
grand nombre de cierges, ornés des mêmes
Ecussons. Sur la réprésentation l'on avoit placé
une Couronne & les marques des Ordres dont le
Prince étoit revêtu.
Les. Administrateurs de l'Hôpital de-Vichy
ont fait aussi celebrer avec beaucoup de dépense
& de solemnité un service pour le repos de l'ame
du même Prince.
Le 2, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1836, livres, les billets de la premiere
Lotetio Royale à 709 livres, & ceux de la secon-
de à 635 livtes.
Le Roi & la Reine accompagnés de Monsei-
gneur le Dauphin & de Mesdames de France, as-
sistarent le 3, à la prédication du P. Dumas, de
la Compagnie de Jesus.
Le même jour, le Roi tint Conseil d'Etat, &
Conseil des Dépéches.
Le 5, troisiéme Dimanche de Carême; Leurs
Majestés accompagnées de même que le 3, en-
tenditent le Sermon du même Prédicateur, &
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut.
Madame la Dauphine commu nia le ineine jont
par les mains de l'Evêque de Bayeux, son pre-
miet Aumônier.
Le Baron de Scehffer, Ministre Plenipoten-
tiaire du Roi de Suéde, eut le 7, une audience
206 MERCUREDE ERANCE.
particuliere du Roi, dans laquelle il présenta, à
Sa Majesté sa Lettre de récréance. Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celles de la Reine,
de Monseigneur le Dauphin, de Madame la Dau-
phine, de Monseigneur le Duc de Bourgogne
de Madame, de Madame Adelaide & de Mesda-
mes Victoire, Sophie & Louise, par le Marquis
de Verneuil, Introducteur des Ambassadeurs.
Le 8, SaMajesté se tendit au Château de Bellevue.
Les Médecins ont jugé a propos que Madame
la Dauphine gardat le lit pendant quelques jours.
On a appris que les Navires le Neptune & lo
Guillaume-Marie, qui viennent de Londres
éto ient arrivés à Bordeaux, & qu'ils y avoient
apporté une grande quantité de bled.
Selon les dernieres lettres d'Espagne, le navire
l Hercule, parti du Havre-de-Grace a échoué à
quelques lieues de Cadix, mais heureusement on
en a sauvé toutes les Marchandises.
Le 9, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1819 livres 10 sols: les billets de la pre-
miere Lotterie Royale à710 livres: ceux de la-
seconde n'avoient point de prix fixe.
Le 11 au matin, on a fait l'ouverture de la-
nouvelle Licence de la Faculté de Médecine.
Le 10 de ce mois, le Roi revint du Château
de Bellevue.
Le même jour le Roi tint conseil des dépêches.
Sa Majesté tint Conseil d'Etat le 12 & le 15.
Le Roi prit le 11 & le 13 le divertissement de
la chasse du Cerf.
Le 12, quatrième Dimanche du Carême, le
Roi & la Reine, accompagnés de Monseigneut
le Dauphin & de Mesdames Victoire, Sophie &
Louise, affisterent aux Vêpres & au Salut, après
avoir entendu la Prédication du Pere Dumas, de
la Compagnie de Jesusz.
AVRIL
207
1752.
Leurs Majestés entendirent le 10 & le 15 le Ser-
mon du même Prédicateur.
Madame Adelaide pendant quelques jours a
gardé la chambre.
Le 14, Leurs Majestés, Monseigneur le Dau-
phin, & Mesdames de France, signerent le con-
ttat de mariage du Président Turgot.
Ce même jour, la Marquise de Roncherolles fut-
présentée au Roi & à la Reine.
On tirera le 11 du mois prochain, dans la même
Salle de l'Hôtel de Ville, la huitième des quator-
ze Lotteries ordonnées par la Déclaration du Roi
qui a réuni au Domaine de la Ville de Paris les
Droits établis pour quinze années, par un Edit du
mois de Décembre 1743.
Le 16, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à 1855 livres, les Billets de la premie-
re Lotterie Royale à 712 livres, & ceux de la
leconde à 636 livres.
Le sieur Lacreuzette, ancien Mousquetaire
âgé de quatre vingt ans, a donné à Gien un
grand souper à qua re-vingt Neveux ou Niéces.
Pendant l'année 1751, il s'est fait à Paris
cinq mille treize Mariages, dix neuf mille trois-
cens vingt- un Baptêmes, & seize mille six cens-
foixante treize Enterremens. Le nombre des En-
fans-trouvés a été de trois mille sept, cens- qua-
tre-vingt. trois.
On ne sçait sur quel fondement le bruit s'est ré-
pandu, que des voleurs ayoient arrêté la Diligence
de Lyon. Ce bruit est non seulement faux, majs
destitué de toute vraisemblance. Les mesures prises
depuis un grand nombre d'années pour la sureté,
tant des personnes qui voyagent par la Diligence,
que de l'argent ou des autres effets dont elle peut-
dtte chargée, la mettent à l'abri de toute insulte.
LE 5, Février pendant la Messe du Roi, l'Evêque
de Riez & l'Evêque de Glandeves ont
prété serment de fidélité entre les mains de Sa
Majesté.
Le Roi quitta le deuil le dix qu'il avoit pris
le vingt-un du mois dernier pour la Reine de
Dannemarx, & le 11 il le reprit à l'occasion de
la mort du Duc d'Orleans.
Le premier de ce mois, M. Guerin, Rec-
teur de l'Université, accompagné des Doycus des
quatre Facultés, & des Procureurs des Nations
se rendit à Versailles, & suivant l'ancien usage
il eut l'honneur de présenter un cierge au Roi
à la Reine & à Monseigneur le Dauphin.
Le même jour, le Pere Gobain, Vicaire-Gé
néral de la Mercy, accompagné de trois Reli-
gieux de son Ordre, eut l'honneur de présenter
un cierge à la Reine, pour satisfaire à l'une des
conditions de leur établissement fait à Paris en
1ij
196 MERCUREDE FRANCE.
1615, par la Reine Marie de Medicis.
Le 5, le corps du feu Duc d'Orleans, après
avoir été embaumé, fut mis sur un lit de parade
dans une salle de l'Abbaye de Sainte Genevieve.
Pendant qu'il y a été exposé, les Chanoines Re-
guliers de cette Abbaye ont récité nuit & jour
l'Office des Morts auprès du cercueil, & tous les
matin depuis huit heures jusqu'à midi ils ont ce-
lebré, conjointement avec les Aumôniers du
Prince, des Messes à deux Autels, qui étoient
aux deux côtés du lit de parade. Le Chapitre de
l'Eglise Collégiale de Saint Honoré, le Clergé
des Paroisses de Saint Eustache, de Saint Etien-
ne du Mont, & de Saint Benoit, & la plupart
des Communautés Religieuses de Paris, sont
allés processionnellement jetter de l'eau benite sur
le corps. Les Chanoines Reguliers de Sainto Ge-
nevieve avoient été les premiers à s'acquitter de
ce devoir, & la même cérémonie a ete observée
par l'Ordre de Saint Lazare. Le Duc d'Orleans
ayant demandé par son testament, d'être inhu-
mé sans pompe, on ne lui a point rendu les
autres honneurs funébres, qu'on a coutume de
rendre aux Princes de son rang. Le 8, les Vé-
pres des Morts furent chantées par le Chapitre
de Sainte Genevieve, & lorsqu'on eut dit les au-
tres prieres accoutumées, le Duc d'Orleans fut
porte à l'Eglise du Val-de-Grace, qu'il a choisie
pour le lieu de sa Sépulture. Dans un premier
carosse étoient l'Abbé Onic & deux autres Au-
môniers du Prince. L'Abbé Onic tenoit le coeur
du Duc d'Orléans, enferiné dans une boëte d'ar-
gent. Il y avoit quatre Chanoines Reguliers de
Sainte Génevieve dans le carosse, ou étoit le
corps. Ce carosse étoit suivi d'un autre, dans les
quel l'Abbé de Sainte Genevieve etoit avec
AVRIL. 1751.
197
deux de ses Chanoines. Le Duc de Chartres,
à présent Duc d'Orleans, accompagné de ses
principaux Officiers, étoit dans le quatriéme ca-
rosse. Un grand nombre de valets-de-pieds
avec des flambeaux éclairoient le convoi. Le
corps fut reçu à la porte de l'Eglise du Val-
de-grace par un Clergé composé de trois cens
Ecclésiastiques, & la présentation fut faite par
l'Abbé de Sainte Genevieve.
Dès le 15 du mois de Décembre de l'année
derniere, la Faculté de Théologie de Paris, dans
une Assemblée extraordinaire, avoit condamné
la These, que le sieur Jean Martin de Prades
Prêtre du Diocese de Montauban, & l'un des
Bacheliers de la Faculté, avoit soutenue en Sor-
bonne le 18 Janvier dernier. La même Faculté
a tenu depuis, onze autres Assemblées, aus-
quelles ont assisté cent quarante six Docteurs
& dans lesquelles on a examiné, tant sépare-
ment que relativement les unes aux autres
toutes les positions de cette These. Après un
miur examen, la Faculté en a extrait dix Propo-
sitions qu'elle a jugées fausses téméraires, inju-
rieuses aux Théologiens Catholiques, scandaleu-
ses, erronées, hérétiques, blasphématoires
pernicieuses à la Société & à la tranquilité pu-
blique, tendantes à détruire les fondemens de
la Religion Chrétienne, & à favoriser l'opi-
nion du Matérialisme. La plupart des autres pro-
positions, contenues dans la These, ont été
déclarées mal sonantes, peu convenables à la
majesté de la Religion, indécentes sur tout dans
la bouche d'un Théologien, & puisées dans des
sources contagieuses. Cette Censure fut pronon-
cée le 26 du mois dernier; & dans l'assemblée
du même jour, la Faculté raya de la Liste de
I iij
158 MERCUREDE FRANCE.
ses Bacheliers le nom du Sieur de Prades.
L'Archevêque de Paris a cru ne devoir pas
non plus garder le filence sur la These, objet du
scandale. Par un Mandement qu'il a fait, pu-
blier le 3 de ce mois, il la condamne, en se
servant des mêmes qualifications employées par
la Faculté de Théologie. Le même Mandement
révoque tous pouvoirs que le Sieur de Prades
pourroit avoir obtenu de l'Archevêque ou de ses
Vicaires Généraux, de célebrer la Messe, & de
faire d'autres fonctions Ecclésiastiques dans le
Diocése de Paris. De plus, il est enjoint au Pro-
moteur, de faire au sujet de ladite These, de
son Auteur & de ses Fauteurs & Adhérens, tou-
tes les poursunes & diligences qui peuvent être
du deve ix de son ministere.
Le 10, les Actious de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens quarante livres;
les Billets de la premiere Loterie Royale à sept
cens douze, & ceux de la seconde, à six cens
quarante-une.
Le 16 Février dernier, Mercredi des Cendres
le Roi reçut les cendres des mains du Cardinal
de Soubize, Grand Aumônier de France. La Rei-
ne les reçut des mains de l'Archevêque de Rouen,
son Grand Aumônier; Monseigneur le Dauphin,
de celles de l'Abbé de Lascaris, Aumônier du
Roi, & Madame la Dauphine, de celles de
l'Evêque de Bayeux, son premier Aumónier.
Tous les honneurs funebres ayant été rendus
à Madame Henriette. l'Evêque de Meaux, pre-
mier Aumônier de cette Princesse, sit le dix-neuf
de ce mois, à six heures du soir, la cérémonie de
lever le corps, qui fut placé dans le Char desti-
né à le porter à l'Abbaye Royale de Saint De-
nis. Le Convoi, précédé de spixante Cavaliers
AVRIL. 1752.
199
du Guet, se mit peu à près en marche dans l'ordre
suivant, Deux Gardes du Corps, soixante Pau-
vres, marchant deux à deux, & portans des flam-
beaux, le carosse de la Comtesse de Brionne ;
ceux des Ecuyers des Princesses du Sang, qui
composoient le deuil; cinquante Mousquetaires
de la seconde Compagnie de la Garde du Roi
un pareil nombre de Mousquetaires de la premie-
re Compagnie; cinquante Chevaux-Legers de la
Garde de Sa Majesté, un carosse du Roi pour le
Chevalier d'honneur; le carosse de Sa Majesté,
dans lequel étoit Madempiselle de Sens, accom-
pagnée de la Comtesse de Btionne, de la Mar-
quise de L'hospital, de la Comtesse de Choyseul
de la Marquise de Laval, & de la Demoiselle de
Prulay; le carosse de Sa Majesté, dans lequel
étoit la Duchesse de Modene, accompagnée de
la Maréchale de Maillebois, de la Marquise de
la Riviere, de la Marquise de Gouy, de la Com-
tesse de la Riviere & de la Dame de Pauly; le
carosse de Sa Majesté, dans lequel étoit la Prin-
cesse de Conty, accompagnée de la Duchesse de
Beauvilliers, Dame d'honneur de Madame Hen-
riette; de la Duchesse de Brissac, de la Marqui-
se de Castries, de la Comtesse de Belsunce, &
de la Marquise de Fontanges; un autre carosse
du Roi, où l'Evêque de Meaux étoit avec deux
Aumôniers de Sa Majesté & le Curé de l'Eglise
Paroissiale de Saint Germain l'Auxeriois; dou-
ze Pages de Madame la Dauphine; douze Pages
de la Reine, vingt- quatre Pages du Roi; plusieurs
Ecuyers de Leurs Majestés; quatre Trompettes
de la Chambre; les Hérauts d'Armes, marchant
deux à deux; le Roi d'Armes, M. de Bourlama-
que, Aide des Cérémonies; M. de Giseur: Maî-
tre des Cérémonies, en survivance de M. Des-
I iiij
Mostras vO
200 MERCURE DEFRANCE.
granges; le Marquis de Brézé, Grand-Maître des
Cérémonies; quatre Chevaux-Legers de la Gar-
de; le Char funebie, des deux côtés duquel
marchoient quarante des Cent Suisses du Roi, &
qui étoit entouré d'un grand nombre de Valets
de pied de Leurs Majestés & de Madame la Dau-
phine. Deux Aumoniers & deux Chapelains de
Madame Henriette portoient les quatre coins du
Poële, dont le Char étoit couvert. Ce Poële, &
les caparaçons des chevaux qui traînoient le Char
etoient blancs avec des croix de moire d'argent
& les écussons des Armoiries en broderie. Le Com-
te de Valbelle, Commandant le détachement des
Gendarmes; le Marquis d'Escorailles, comman-
dant le détachement des Chevaux-Legers; le
Marquis de Carvoisin, commandant le détache-
ment de la premiere Compagnie des Mousqua-
taires, & le Comte de Montboissier, qui com-
mandoit le détachement des Mousquetaires de la
seconde Compagnie, marchoient près des quatre
roues. Le Baton de Montmorency, Chevalier
d'honneut de la Princesse; le Marquis de l'Hos-
pital, son premier Ecuyer, & le Marquis de Cal-
viere, Lieutenant des Gardes du Corps, dont il
commandoit le détachement, suivoient immédia-
tement le Char, & précédoient les Gardes du
Corps, après lesquels venoient cinquante Gen-
darmes de la Garde, les Gendarmes ainsi que les au-
tres troupes de la Maison de S. M. portoient des
slambeaux & marchoient deux à deux. Les Pages
& les Valets de pied marchoient de même, &
portoient aussi des flambeaux. La marche étoit
fermée par les carosses de la Princesse de Con-
ty, de la Duchesse de Modene & de Mademoi-
selle de Sens, & par celui de la Duchesse de
Beauvilliers.
AVRIL. 1752.
201
Sur les onze heures & demi du soir, le Con-
voi arriva à Saint Denis. Les Religieux de l'Ab-
baye reçurent le corps de Madame Henriette à
la porte de l'Eglise, & l'Evêque de Meaux le
présenta au Grand-Prieur de l'Abbaye, lequel ré-
pondit au discours de ce Prélat. Le cercueil fut
porté dans le Choeur, & l'on chanta les prieres
ordinaires, ausquelles les Princesses du Sang, &
toutes les personnes titrées qui s'étoient trouvées
au convoi assisterent.
Le corps de Madame Henriette a été mis dans
la haute Chapelle de l'Eglise, où il demeurera en
dépôt jusqu'au jour de l'inhumation. Il est gardé
par la Duchesse de Beauvilliers, Dame d'Hon-
neur; & par deux des Dames de la Princesse,
qui se relevent successivement. On célébre tous
les matins une Grande-Messe dans cette Chapelle.
Les principaux Officiers de Madame Henriette,
& ceux du Roi, qui étoient de service auprès de
cette Princesse, continuent d'exercer auprès d'elle
leurs fonctions, suivant le cérémonial observé
pour les Princes & les Princesses de la Famille
Royale.
Le 20, premier Dimanche de Carême, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, entendirent
le Sermon du Pere Dumas, de la Compagnie de
Jesus, & assisterent ensuite aux Vepres & au
Salut.
Monseigneur le Dauphin communia le même
jour par les mains de l'Abbé de Lascaris.
Le 22, les Princes & les Princesses du Sang
rendirent en Céremonie, à l'occasion de la mont
de Madame Henriette, leurs respects
au Roi, à
la Reine, à Monse gneur le Dauphin, à Madane
la Dauphine à Monseigneur le Duc de Bourgo-
IV
202 MERCUREDE FRANCE.
gne, à Madame & à Mesdames de France. Les
Seigneurs & les Dames de la Cour, en habits de
grand deuil, s'acquiterent du même devoir.
Madame la Dauphine fut saignée, & a été
quelques jours sans sortir de son appartement.
Le 23 au soir, le Roi quitta le deuil que Sa Ma-
jesté avoit pris le 11, à l'occasion de la mort du-
Duc d'Orleans.
Le même jour on célebra dans l'Eglise du
Val-de-Grace, pour le repos de l'ame du seu
Duc d'Orleans, un Service solemnel, auquel le
Duc d'Orleans, accompagné de toute sa Maison;
assista.
Le 24, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à 1840 l. les billets de la premiere Lo-
terie Royale à 710 livres, & ceux de la seconde
à 639 livres.
Le Roi & la Reine accompagnés de Mon-
seigneur le Dauphin & de Mesdames de France,
alsisterent le 25 à la prédication du Pere Dumas,
de la Compagnie de Jesus.
Le 29, second Dimanche de Carême, Leurs
Majestés, accompagnées de même que le 25,
entendirent le Sermon du même Prédicateur, &
ensuite les Vêpres & le Salut.
Le 24 & le 28, le Roi prit le divertissement
de la chasse du Cerf dans la Forêt de Saint Ger-
main.
Si Majesté se rendit le 29 à Choisy, d'où elle
cest revenue le lendemain premier jour du mois,
de Mars.
Le premier Mars, Mesdames Adelaide, Vic-
toite & Sophie, furent se promener à Saint Ger-
main, Madavie Louise étoit indisposée dans ce-
tems, & elle prit les eaux.
Au mois da Novembre de l'année derniere,
14
AVRIL. 1752. 203
un Marchand, sa femme & sa si le, en passant
la riviere à Argenteuil, eurent le malheur de se
noyet avec plusicurs autres personnes de leur fa-
mille Le partage de leur succession donne lieu à
la question de sçavoir, si la. Fille a survécu à ses
pee & mere, ou si le pere la mere & la Fille, du-
vent être tenses morts dans le même instant. Cette-
cause importante & singuliere se plaide actuelle-
ment à la Seconde Chambre des Requêtes du
Pulais. Messieurs du Vaudier & Gueau de Rever-
seau sont les Avocats des Parties.
Les lettres qu'on a reçues de l'Isse de Saint Do-
mingue contiennent le détail suivant, au sujes
des tremblemens de terre qui se sont fait sentir
dans cette Isle, & qui ont causé d'autant plus
d'inquiétude & d'allarme, qu'elle n'avoit jamais-
sprouvé des évenemens de cette espéce. Hy avoit-
eu dès le vingt neuf de Septembre une premiere-
secousse, à laquelle on n'avoit pas fait beaucoup-
d'attention. Le dix huit d'Octobre, on en sentit-
une assez violente dans tous les quartiers de la-
partie Françoise; mais elle ne causa pas de granda-
dommages. Il y en eut d'autres très-fréquentes,
mais assez peu sensibles, jusqu'au trente un du-
même mois. La terre demeura enfuite dans une-
forte de commotion, mais sans aucun mouve-
ment marqué, jusqu'au vingt. un de Novembre,
qu'à sept heures cinquante minutes du matin il
vint une seçousse, qui dura cinqeminutes avec-
une égale violence, & qui se fit sentir en mênie-
tems dans tous les quartiers. On en épronva d'au-
tres les jours suivans jusqu'at commence ment du-
mois de Décembre; mais elles n'ont rien ajou-
tée aux dommages qu'avoit causce celle du vingt-
un. Ces dommages n'ont été bien coi siderables,
que dans la Valle du- Port-au-Prince & dans la-
.
...
13.
204 MERCUREDEFRANCE.
plaine du cu' de sac. Plusieurs maisons ont été
renve sées dans la Ville, ainsi que deux corps de
bâtimens construits en maçonnerie pour le ser-
vice du Roi; & dans la plaine il est fort peu d'ha-
bitations, dont les batimens n'ayent été détruits
ou fort endommagés. Les autres Villes & les au-
tres quartiers de la Colonie ont fort peu sous-
fert, à l'exception de la Plaine de Maribarou, dans
laquelle il y a eu aussi quelques batimens abbatus,
& de celle del'Artibonites, où il yen a quelques-uns
considérablement maltraités. Malgré tous ces acci-
dens on a tout lieu d'espererque la recolte des don-
rées de la Colonie sera aussi abondante qu'à l'ordi-
naire, les plantations n'ayant point été endomma-
gées, & les Habitans, dont les bâtimens ont été
détruits, ayant pris de promptes mesures pour le
rétablissement de leurs Fabriques. On n'étoit pas
encore bien instruit des effets que pouvoient vois
produit ces tremblemens de terre dans la partie
Espagnole, mais on présumoit qu'elle devoit avois
beaucoup souffert.
On a reçu avis de Cadix, que le vaisseau de
Registre la Thetis, y est arrivé de la Havanne
& qu'il a apporté cent six mille quatre cent cin-
quante livres de cochenille, environ vingt deun
mille de Vanilles, cent quarante quatre mille sin
cen, cinquante livres de tabac, neul cens cin-
quante-deux cuirs à poil, & la valeur de douze
cens trente mille piastres, tant en espéce d'ot &
d'argent, qu'en argent non monnoyé
Le premier de Mars, le Régiment de Char-
tres fit célebrer à Orleans, dans l'Eglise des Do-
minicains un Service solemnel pour le repos de
P'ame du feu Duc d'Orleans Ce Régiment, s'é-
tant rendu à l'Eglise, les armes traînantes, avec
des crempes sur les caisses des tambours, fut reçu
par le Prieur du Couvent à la tête de la Com-
AVRIL.
205
1752.
monauté. Les deux bataillons entrerent sur deux
ailes dans la Nef, & apiès qu'on eut récité l'Of-
sice des Morrs, l'Abbé de Colbert, Doyen de
la Cathédrale, célébra la Grande-Messe, qui fut
chantée par la Musique de la même Cathédrale.
Tout le Chœur de l'Eglise des Dominicains étoit
tendu de noir, & de distance en distance étoient
les Ecussons des armes du Prince défunt. Le
grand Autel & le Catafalque ét oient éclairés d'un
grand nombre de cierges, ornés des mêmes
Ecussons. Sur la réprésentation l'on avoit placé
une Couronne & les marques des Ordres dont le
Prince étoit revêtu.
Les. Administrateurs de l'Hôpital de-Vichy
ont fait aussi celebrer avec beaucoup de dépense
& de solemnité un service pour le repos de l'ame
du même Prince.
Le 2, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1836, livres, les billets de la premiere
Lotetio Royale à 709 livres, & ceux de la secon-
de à 635 livtes.
Le Roi & la Reine accompagnés de Monsei-
gneur le Dauphin & de Mesdames de France, as-
sistarent le 3, à la prédication du P. Dumas, de
la Compagnie de Jesus.
Le même jour, le Roi tint Conseil d'Etat, &
Conseil des Dépéches.
Le 5, troisiéme Dimanche de Carême; Leurs
Majestés accompagnées de même que le 3, en-
tenditent le Sermon du même Prédicateur, &
assisterent ensuite aux Vêpres & au Salut.
Madame la Dauphine commu nia le ineine jont
par les mains de l'Evêque de Bayeux, son pre-
miet Aumônier.
Le Baron de Scehffer, Ministre Plenipoten-
tiaire du Roi de Suéde, eut le 7, une audience
206 MERCUREDE ERANCE.
particuliere du Roi, dans laquelle il présenta, à
Sa Majesté sa Lettre de récréance. Il fut conduit
à cette audience, ainsi qu'à celles de la Reine,
de Monseigneur le Dauphin, de Madame la Dau-
phine, de Monseigneur le Duc de Bourgogne
de Madame, de Madame Adelaide & de Mesda-
mes Victoire, Sophie & Louise, par le Marquis
de Verneuil, Introducteur des Ambassadeurs.
Le 8, SaMajesté se tendit au Château de Bellevue.
Les Médecins ont jugé a propos que Madame
la Dauphine gardat le lit pendant quelques jours.
On a appris que les Navires le Neptune & lo
Guillaume-Marie, qui viennent de Londres
éto ient arrivés à Bordeaux, & qu'ils y avoient
apporté une grande quantité de bled.
Selon les dernieres lettres d'Espagne, le navire
l Hercule, parti du Havre-de-Grace a échoué à
quelques lieues de Cadix, mais heureusement on
en a sauvé toutes les Marchandises.
Le 9, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1819 livres 10 sols: les billets de la pre-
miere Lotterie Royale à710 livres: ceux de la-
seconde n'avoient point de prix fixe.
Le 11 au matin, on a fait l'ouverture de la-
nouvelle Licence de la Faculté de Médecine.
Le 10 de ce mois, le Roi revint du Château
de Bellevue.
Le même jour le Roi tint conseil des dépêches.
Sa Majesté tint Conseil d'Etat le 12 & le 15.
Le Roi prit le 11 & le 13 le divertissement de
la chasse du Cerf.
Le 12, quatrième Dimanche du Carême, le
Roi & la Reine, accompagnés de Monseigneut
le Dauphin & de Mesdames Victoire, Sophie &
Louise, affisterent aux Vêpres & au Salut, après
avoir entendu la Prédication du Pere Dumas, de
la Compagnie de Jesusz.
AVRIL
207
1752.
Leurs Majestés entendirent le 10 & le 15 le Ser-
mon du même Prédicateur.
Madame Adelaide pendant quelques jours a
gardé la chambre.
Le 14, Leurs Majestés, Monseigneur le Dau-
phin, & Mesdames de France, signerent le con-
ttat de mariage du Président Turgot.
Ce même jour, la Marquise de Roncherolles fut-
présentée au Roi & à la Reine.
On tirera le 11 du mois prochain, dans la même
Salle de l'Hôtel de Ville, la huitième des quator-
ze Lotteries ordonnées par la Déclaration du Roi
qui a réuni au Domaine de la Ville de Paris les
Droits établis pour quinze années, par un Edit du
mois de Décembre 1743.
Le 16, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à 1855 livres, les Billets de la premie-
re Lotterie Royale à 712 livres, & ceux de la
leconde à 636 livres.
Le sieur Lacreuzette, ancien Mousquetaire
âgé de quatre vingt ans, a donné à Gien un
grand souper à qua re-vingt Neveux ou Niéces.
Pendant l'année 1751, il s'est fait à Paris
cinq mille treize Mariages, dix neuf mille trois-
cens vingt- un Baptêmes, & seize mille six cens-
foixante treize Enterremens. Le nombre des En-
fans-trouvés a été de trois mille sept, cens- qua-
tre-vingt. trois.
On ne sçait sur quel fondement le bruit s'est ré-
pandu, que des voleurs ayoient arrêté la Diligence
de Lyon. Ce bruit est non seulement faux, majs
destitué de toute vraisemblance. Les mesures prises
depuis un grand nombre d'années pour la sureté,
tant des personnes qui voyagent par la Diligence,
que de l'argent ou des autres effets dont elle peut-
dtte chargée, la mettent à l'abri de toute insulte.
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2039
p. 3-7
VERS Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans Premier Prince du Sang. Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
Début :
On peut mériter des lauriers [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le Duc d'Orléans Premier Prince du Sang. Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
VERS
Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le
Duc d'Orléans Premier Prince
du Sang.
Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
On peut mériter des lauriers
Sans traînet après soi les horreurs de
la guerre.
Qu'on ne nous vante plus ces funestes
guerriers
Qui du sang des Mortels faisoient fumer la terre,
Aij
4 MERCURE DE FRANCE.
Ces Ministres sanglans des cruautés du sort,
Vouloient voir en tous lieux leur fureur assouvie;
Ils portoient dans leurs mains l'instrument de la
mort;
LOUIS portoit toujours le soutien de la vie,
Ce Héros de l'humanité
A fait voir au siécle où nous sommes,
Un exemple accompli. digne d'être imité
Par toute la postérité.
Les uns mettoient leur gloire à détruire les hom-
mes
Mais toi. qui sur leurs maux aimois à t'attendrir
Tu mis ta gloire à les nourrit.
Ta présence apportoit l'abondance & la jole;
A la cruelle faim tu dérobois sa proie;
Sans cesse on voyoit tes bienfaits
Et ta pieuse vigilance
Du vice sans pudeur arrêter les effets,
Ou prévenir, avec prudence,
Les perfides conseils qu'apptêtoit l'indigence,
Pour mieux faire tomber dans de honteux filets
La crédule & foible innocence.
Quelle foule de malheureux
Auroient longtems gémi sans tes soins généteux!
Objet de nos regrets sinceres
Tu mérites les pleurs des enfans & des peres.
Pleurez, pleurez sur son cercueil;
Votre Pere n'est plus, familles désolées;
MAI. 1752.
Jamais d'un aussi juste deuil
Vos ames n'ont été troublées;
Votre Pere n'est plus! il conservoit ses jours
Pour vous prodiguer ses secours:
Mais la Mort s'indignant de ses soins magnanimes,
A voulu d'un seul coup frapper mille victimes.
Cher Prince, dont le Ciel couronne les vertus
Hélas! combien ta Mort fait renaître d'allarmes !
Le pauvre & l'oiphelin ne te verront donc plus!
Quelles mains désormais vont sécher tantde larmest
La Pénitence & la douceur
Ont illustré David bien plus que sa valeur,
Et Salomon son Fils, consacrant sa richesse
A bâtir un Temple au Seigneur,
A d'immenses trésors préféra la Sagesse.
On sçait. de son esprit quelle fût la hauteur
Il connut les secrets de la nature entière;
Le Cédre du Liban & la simple Bruyere
De ce vaste Univers lui découvroient l'auteur.
LOUIS, formé sur ce modéle,
Vient de nous retracer son génie & son zèle.
Sa sainte obscurité fit toute sa splendeur,
Et dans l'abaissement il meitoit sa grandeur.
Aux pieds du Dieu vivant dont l'amour le dévore,
*Monseigneur lo Duc d'Orléans, ainsi que Salo-
mon, étoit fort versé dans la Botanique; il avoit un
Jardin qu'il prenoit plaisir à cultiver pour le soulage-
ment des Pauvres.
A iij
0
6 MERCUREDEFRANCE.
Confondu dans la foule en un temple écarté
Il cache ses verrus, il veut qu'on les ignore,
Mais ses rares vertus le trahissent encore,
Et quand il croit jouir de tant d'obscurité,
Il frappe tous les yeux par plus d'humilité.
Ange, qui dès long. tems avez marqué sa place,
Recevez l'ame de Louis;
Et vous saints Rois, Héros de cette Auguste Race,
Sur un Trône éternel contemplez votre Fils.
Comme vous sur la terre il aima la justice;
Il changea sa Pourpre en cilice;
La timide vertu l'approchoit sans rougir,
Lui parloit avec assurance,
Et contente de sa présence
Elle revenoit sans gémir.
Qu'il veille donc, ce Prince aimable
Sur ce Roi bien-aimé dont nous suivons les Loix
Qu'il demande au Seigneur une santé durable
Pour ce nouvel enfant le sang de tant de Rois:
Et toi, Prince son Fils, qui fermas sa paupiere
Toi, qui vins recueillir ses pieux sentimens,
Tu l'as vû s'attendrir à son heure derniere;
Il étoit toujours Pere en ces tristes momens.
Tel on voit le Soleil terminant sa carriére
Nous consoler encor par sa douce lumiere;
s'il paroît pour un tems s'éclipser à nos yeux,
Il brille toujours dans les Cieux
Et conserve pour nous sa chaleur toute entiere,
lized by Goc
MAI. 1752.
7
En un si grand sujet de pleurs,
Daigne agréer ces Vers que ma main te présente,
Pai une peinture touchante,
Prince, je n'ai pas craint d'augmenter tes dou-
leurs
Four un coeur aussi bon la douleur est bien che-
te...
Mais, ma lyre, suspends des sons trop affoiblis;
J'ai trop pleuté la mort du Pere.
Pour entreprendre encor de célebrer le Fils.
Inter honoratos excipietur Avos. Ovid.
Présentés à leurs Altesses Sérénissimes
Monseigneur le Duc & Madame la
Duchesse d'Orléans; pat leur très-
humble, très-obéissant & très-respec-
tueux serviteur, LE CLERC DE MONTMERCI.
MERCI.
Sur la Mort de S. A. S. Monseigneur le
Duc d'Orléans Premier Prince
du Sang.
Multis ille honis ftebilis occidit. Horat. Liv. 1. Od. 24.
On peut mériter des lauriers
Sans traînet après soi les horreurs de
la guerre.
Qu'on ne nous vante plus ces funestes
guerriers
Qui du sang des Mortels faisoient fumer la terre,
Aij
4 MERCURE DE FRANCE.
Ces Ministres sanglans des cruautés du sort,
Vouloient voir en tous lieux leur fureur assouvie;
Ils portoient dans leurs mains l'instrument de la
mort;
LOUIS portoit toujours le soutien de la vie,
Ce Héros de l'humanité
A fait voir au siécle où nous sommes,
Un exemple accompli. digne d'être imité
Par toute la postérité.
Les uns mettoient leur gloire à détruire les hom-
mes
Mais toi. qui sur leurs maux aimois à t'attendrir
Tu mis ta gloire à les nourrit.
Ta présence apportoit l'abondance & la jole;
A la cruelle faim tu dérobois sa proie;
Sans cesse on voyoit tes bienfaits
Et ta pieuse vigilance
Du vice sans pudeur arrêter les effets,
Ou prévenir, avec prudence,
Les perfides conseils qu'apptêtoit l'indigence,
Pour mieux faire tomber dans de honteux filets
La crédule & foible innocence.
Quelle foule de malheureux
Auroient longtems gémi sans tes soins généteux!
Objet de nos regrets sinceres
Tu mérites les pleurs des enfans & des peres.
Pleurez, pleurez sur son cercueil;
Votre Pere n'est plus, familles désolées;
MAI. 1752.
Jamais d'un aussi juste deuil
Vos ames n'ont été troublées;
Votre Pere n'est plus! il conservoit ses jours
Pour vous prodiguer ses secours:
Mais la Mort s'indignant de ses soins magnanimes,
A voulu d'un seul coup frapper mille victimes.
Cher Prince, dont le Ciel couronne les vertus
Hélas! combien ta Mort fait renaître d'allarmes !
Le pauvre & l'oiphelin ne te verront donc plus!
Quelles mains désormais vont sécher tantde larmest
La Pénitence & la douceur
Ont illustré David bien plus que sa valeur,
Et Salomon son Fils, consacrant sa richesse
A bâtir un Temple au Seigneur,
A d'immenses trésors préféra la Sagesse.
On sçait. de son esprit quelle fût la hauteur
Il connut les secrets de la nature entière;
Le Cédre du Liban & la simple Bruyere
De ce vaste Univers lui découvroient l'auteur.
LOUIS, formé sur ce modéle,
Vient de nous retracer son génie & son zèle.
Sa sainte obscurité fit toute sa splendeur,
Et dans l'abaissement il meitoit sa grandeur.
Aux pieds du Dieu vivant dont l'amour le dévore,
*Monseigneur lo Duc d'Orléans, ainsi que Salo-
mon, étoit fort versé dans la Botanique; il avoit un
Jardin qu'il prenoit plaisir à cultiver pour le soulage-
ment des Pauvres.
A iij
0
6 MERCUREDEFRANCE.
Confondu dans la foule en un temple écarté
Il cache ses verrus, il veut qu'on les ignore,
Mais ses rares vertus le trahissent encore,
Et quand il croit jouir de tant d'obscurité,
Il frappe tous les yeux par plus d'humilité.
Ange, qui dès long. tems avez marqué sa place,
Recevez l'ame de Louis;
Et vous saints Rois, Héros de cette Auguste Race,
Sur un Trône éternel contemplez votre Fils.
Comme vous sur la terre il aima la justice;
Il changea sa Pourpre en cilice;
La timide vertu l'approchoit sans rougir,
Lui parloit avec assurance,
Et contente de sa présence
Elle revenoit sans gémir.
Qu'il veille donc, ce Prince aimable
Sur ce Roi bien-aimé dont nous suivons les Loix
Qu'il demande au Seigneur une santé durable
Pour ce nouvel enfant le sang de tant de Rois:
Et toi, Prince son Fils, qui fermas sa paupiere
Toi, qui vins recueillir ses pieux sentimens,
Tu l'as vû s'attendrir à son heure derniere;
Il étoit toujours Pere en ces tristes momens.
Tel on voit le Soleil terminant sa carriére
Nous consoler encor par sa douce lumiere;
s'il paroît pour un tems s'éclipser à nos yeux,
Il brille toujours dans les Cieux
Et conserve pour nous sa chaleur toute entiere,
lized by Goc
MAI. 1752.
7
En un si grand sujet de pleurs,
Daigne agréer ces Vers que ma main te présente,
Pai une peinture touchante,
Prince, je n'ai pas craint d'augmenter tes dou-
leurs
Four un coeur aussi bon la douleur est bien che-
te...
Mais, ma lyre, suspends des sons trop affoiblis;
J'ai trop pleuté la mort du Pere.
Pour entreprendre encor de célebrer le Fils.
Inter honoratos excipietur Avos. Ovid.
Présentés à leurs Altesses Sérénissimes
Monseigneur le Duc & Madame la
Duchesse d'Orléans; pat leur très-
humble, très-obéissant & très-respec-
tueux serviteur, LE CLERC DE MONTMERCI.
MERCI.
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2040
p. 64-66
ODE D'ORACE, A L'EMPEREUR AUGUSTE, Livre 4. Ode 5. Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du Mercure de Septembre, & des Morceaux du premier volume de Décembre 1751.
Début :
Protecteur des Romains, Prince du sang des Dieux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ODE D'ORACE, A L'EMPEREUR AUGUSTE, Livre 4. Ode 5. Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du Mercure de Septembre, & des Morceaux du premier volume de Décembre 1751.
ODE D'ORACE,
A L'EMPEREUR AUGUSTE,
Livre 4. Ode 5.
Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du
Mercure de Septembre, & des Morceaux
du premier volume de Décembre 1751.
Protecteur des Romains, Prince du sang des
Dieux,
Trop long. tems votre absence a fait gémir ces
lieux.
Retournez promptement, rappellant la promesse-
Qu'à l'auguste Sénat en fit votre tendresse.
Malheureuse sans vous, Rome est dans la douleura
Votre retour peut seul la rendre à son bonheur.
Votre séjour à Rome est un primtems pour elle:
Les Cieux sont peints alors d'une couleur plus
belle :
Les jours sont plus brillans: on goûte des plaisirs :
Où le Prince paroît, finissent les désirs.
Comme une mere, en pleurs, attend sur le rivage-
Un fils, cher à son coeur, qu'un trop constant.
orage
Au-delà de la Mer, retient doin de ses yeux,
Fnisant des voux au Ciel pour l'obtenit des-
Dieux:
MAI 1752:
55
Aptès son Empereur ainsi Rome soupire.
Venez, Prince: regnez. Le boeuf, sous votro
Empire,
Sans être, comme ailleurs, pressé d'un aiguillon;
Trace paisiblement son pénible sillon.
Qui peut peindre vos dons, votre magnificence?
On voit regner partout une aimable abondance.
Tranquille, promenant ses regards dans les airs,
Le Pilote aujourd'hui court sans crainte les mers.
L'honneur parle, il sufsit, sa loi n'est point frivole;
On ose rarement manquer à sa parole;
L'épouse, à son époux sidéle en son ardeur
D'un amour étranger ne souille point son cœuf;
Ses crimes, à leur suite amenant l'infamie,
Respectent de vos loix la sagesse infinie.
Une mere triomphe, & son sort est trop doux,
En voyant que son fils ressemble à son époux.
La honte d'une femme est constamment punie.
Quand vos jours sont sereins, tranquille sur sa vie,
Un Romain fur ses pas ne voit point de danger.
Votre gloire, son cœur, lui rendent tout léger-
On lit dans ses regards, où la valeur est peinte,
Qu'il auroit ignoré jusqu'au nom de la crainte,
Si, plein d'amour pour vous, un souvenir cruel
Ne lui rappelloit pas que vous êtes mortel.
Triomphant dans la paix, saus redouter la guerre,
Rome fait aujourd'hui le destin de la Terre.
Les Romains sont heureux! chacun, sur son co-
tean,
66 MERCURE DEFRANCE.
S'occupe à marier la vigne avec l'Ormeau;
Et, sur la fin du jour, une épouse attentive,
Connoissant le moment où son époux arrive,
Lui prépare un repas où leuts cours généreux,
Adorant votre nom, vous adressent leurs vœux.
Avec les autres Dieux, sur la fin, on vous nomme:
Ainsi qu'Hercule en Gréce, on vous invoque à
Rome.
Cher Prince, éternisez ce repos, ces plaisits:
En tout tems, en tout lieu, nous formons cel
désirs.
A L'EMPEREUR AUGUSTE,
Livre 4. Ode 5.
Par M. de Lafargue, Auteur de l'Ode du
Mercure de Septembre, & des Morceaux
du premier volume de Décembre 1751.
Protecteur des Romains, Prince du sang des
Dieux,
Trop long. tems votre absence a fait gémir ces
lieux.
Retournez promptement, rappellant la promesse-
Qu'à l'auguste Sénat en fit votre tendresse.
Malheureuse sans vous, Rome est dans la douleura
Votre retour peut seul la rendre à son bonheur.
Votre séjour à Rome est un primtems pour elle:
Les Cieux sont peints alors d'une couleur plus
belle :
Les jours sont plus brillans: on goûte des plaisirs :
Où le Prince paroît, finissent les désirs.
Comme une mere, en pleurs, attend sur le rivage-
Un fils, cher à son coeur, qu'un trop constant.
orage
Au-delà de la Mer, retient doin de ses yeux,
Fnisant des voux au Ciel pour l'obtenit des-
Dieux:
MAI 1752:
55
Aptès son Empereur ainsi Rome soupire.
Venez, Prince: regnez. Le boeuf, sous votro
Empire,
Sans être, comme ailleurs, pressé d'un aiguillon;
Trace paisiblement son pénible sillon.
Qui peut peindre vos dons, votre magnificence?
On voit regner partout une aimable abondance.
Tranquille, promenant ses regards dans les airs,
Le Pilote aujourd'hui court sans crainte les mers.
L'honneur parle, il sufsit, sa loi n'est point frivole;
On ose rarement manquer à sa parole;
L'épouse, à son époux sidéle en son ardeur
D'un amour étranger ne souille point son cœuf;
Ses crimes, à leur suite amenant l'infamie,
Respectent de vos loix la sagesse infinie.
Une mere triomphe, & son sort est trop doux,
En voyant que son fils ressemble à son époux.
La honte d'une femme est constamment punie.
Quand vos jours sont sereins, tranquille sur sa vie,
Un Romain fur ses pas ne voit point de danger.
Votre gloire, son cœur, lui rendent tout léger-
On lit dans ses regards, où la valeur est peinte,
Qu'il auroit ignoré jusqu'au nom de la crainte,
Si, plein d'amour pour vous, un souvenir cruel
Ne lui rappelloit pas que vous êtes mortel.
Triomphant dans la paix, saus redouter la guerre,
Rome fait aujourd'hui le destin de la Terre.
Les Romains sont heureux! chacun, sur son co-
tean,
66 MERCURE DEFRANCE.
S'occupe à marier la vigne avec l'Ormeau;
Et, sur la fin du jour, une épouse attentive,
Connoissant le moment où son époux arrive,
Lui prépare un repas où leuts cours généreux,
Adorant votre nom, vous adressent leurs vœux.
Avec les autres Dieux, sur la fin, on vous nomme:
Ainsi qu'Hercule en Gréce, on vous invoque à
Rome.
Cher Prince, éternisez ce repos, ces plaisits:
En tout tems, en tout lieu, nous formons cel
désirs.
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2041
p. 66
« La Lettre suivante est d'un Suédois qui écrit comme s'il étoit né en France. L'idée [...] »
Début :
La Lettre suivante est d'un Suédois qui écrit comme s'il étoit né en France. L'idée [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Lettre suivante est d'un Suédois qui écrit comme s'il étoit né en France. L'idée [...] »
La Lettre suivante est d'un Suédois qui
écrit comme s'il étoit né en France. L'idée
qu'il donne de Charles XII. m'a paru
après plusicurs lectures & bien des ré-
flexions plus que vraisemblable. S'il réus-
sit à l'établir, comme je l'espére, & com-
me tout le monde doit le souhaiter, on-
lui devra le plus beau caractere que four-
nisse l'Histoire.
écrit comme s'il étoit né en France. L'idée
qu'il donne de Charles XII. m'a paru
après plusicurs lectures & bien des ré-
flexions plus que vraisemblable. S'il réus-
sit à l'établir, comme je l'espére, & com-
me tout le monde doit le souhaiter, on-
lui devra le plus beau caractere que four-
nisse l'Histoire.
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2042
p. 67-70
Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal. A Stokolm le 6 Mars 1752.
Début :
Je remarque, Monsieur, avec beaucoup de peine que les plus éclairés & les plus [...]
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal. A Stokolm le 6 Mars 1752.
Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal.
A Stokolm le 6 Mars 1752.
Je remarque, Monsieur, avec beaucoup
de peine que les plus éclairés & les plus
judicieux de vos écrivains parlent souvent
de Charles XII. sans avoir de justes idées
du caractere ni de la vie de ce Monarque.
Tout nouvellement encore, je viens de
lire le jugement qu'en porte l'Auteur du-
beau Parallele d'Alexandre & de Thamas
Kouli-Kan. C'est, dit-il, l'exemple d'Ale-
xandre qui fortifia l'amour des conquêntes dans
ce Prince singulier, que l'Europe a vu de nos
jours dépeupler son Royaume pour ravager les
Etats voisins, & que ses Panégyristes & set
censeurs ont également appellè l'Alexandre
du Nord.
Ce n'est point pour vous adresser des
plaintes que j'ai l'honneur de vous écrire
cette Lettre. J'avoue volontiers que M. de
Bougainville na aucun tort en jugeant le
Roi de Suede d'après les Historiens les
plus célebtes de notre siécle. Mais je dois
pour l'amour de la vérité vous observer
que ces Historiens, surtout celui qui par
les charmes de son style mérite si bien de
donner le ton aux autres, ont répandu dans,
Digitiresd vLOO
68 MERCUREDEFRANCE
le monde une opinion de Charles XIL.
que toute la Suede, & tous ceux qui ont
véritablement connu ce grand Roi, sont
obligés de désavouer.
Nous foutenons, Monsieur, qu'il n'est
nullement vrai, que Charles XII. ait dé-
peuplé son Royaume pour ravager les Etats
voisins; que l'amour des conquetes na ja-
mais eu d'empire fur lui, & que les Pané-
gyristes qui sur ce point se sont avisés de le
comparer à Alexandre ne sont au fonds
que d'injustes censeurs. Nous pensons
ainsi, parce que nous sçavons que ce
Prince n a jamais commencé aucune guer-
re dans la vue de conquérir. Il n'a pris les
armes que pour se defendre; & depuis ce
moment jusqu'à celui de sa mort il ne s'est
proposé d'autre objet que de conclure la
paix en conservant tout ce qu'il possedoit
avant la guerre. Nous ne voyons dans ce
plan que de la sagesse & de la justice, &
non cette passion immodérée pour la gloire,
à laquelle ses Historiens lui font sacrifier
sans cesse le repos de ses peuples & les vé-
ritables intérêts de sa Couronne.
Il est bien vrai, & nous n'en disconve-
nons pas, que la Suede s'est trouvée épui-
sée d'hommes & d'argent à la mort de son
Roi. Mais quel Etat dans le monde ne s'é-
puiseroit pas à soutenir sans aucun Allié
MAI.
1752.
69
& sans aucun secours une guerre de dix-
huit ans contre les forces réunies de tous
ses voisins? Il faudroit donc pour accuser
Chatles XII. de la ruine de son Royaume,
l'accuser aussi du commencement ou de la
continuation de la guerre; deux points
sur lesquels sa justification nous est dé-
montrée jusqu'à l'evidence.
Cependant vous n'êtes pas obligé, Mon-
sieur, à nous en croire sur notre parole. Il
faut des preuves pour établir une opinion;
il en faut de plus fortes encore pour dé-
truire une opinion reçue. Aussi mon in-
tention n'est-elle pas de détromper ici
ceux qui condamnent Charles XII. sur la
foi de ses Historiens. Ce que j'aurois à dire
passeroit les bornes d'une Lettre. Je veux
seulement annoncer à ceux qui s'interes-
sent à la vérité, qu'on travaille actuelle-
ment en Suede à des observations sur la
vie de Charles XII. qui feront connoître
les vues de ce Monarque, d'après les ino-
numens qui en restent dans les archives du
Royaume; monumens qui nous le mon-
trent bien different de ce qu'il est dans
tous vos écrits.
On trouvera, quand ces observations
auront paru, que Charles XII. étoit bon
Politique autant que grand Guerrier; qu'il
ne cherchoit qu'à defendre ses Etats, &
iuas hdO
70 MERCURE DE FRANCE.
nullement à envahir ceux d'autrui; que la
seule sorte de gloire qui l'animoit, étoit
celle de ne faire, ni souffrir jamais aucun
tort; que l'esprit de vangeance qu'on lui
attribue à un si haut degré, n'a jamais
dicté la moindre de ses démarches; que la
justice & l'interêt de son Etat ont seuls
presidé à toutes ses résolutions, & que ses
défauts (car nous ne dissimulerons pas
ceux qu'il avoit) n'étoient pas du moins
la cruauté & le mépris pour la vie de ses
sujets, dont on l'accuse avec si peu de fon-
dement.
Que si avec toutes ces grandes qualités,
avec des motifs si purs, avec des projets
si bien concertés il a néanmoins éprouvé
des revers qui ont fait douter de sa sagesse
& de sa bonne conduite, nous esperons
prouver que ces revers doivent être mis
au nombre des événemens que la sagesse
humaine ne sçauroit ni prévoit ni prévenir.
Nous tâcherons même de faire voir autant
qu'il est possible, que s'il n'avoit pas plû
à la Providence de trancher ses jours à la
sleur de son âge, son courage invincible
& sa bonne conduite l'eussent rendu su-
perieur à tous les événemens, & la Suede
plus redoutable qu'elle ne l'avoit encore
été.
J'ai l'honneur d'être, &c.
A Stokolm le 6 Mars 1752.
Je remarque, Monsieur, avec beaucoup
de peine que les plus éclairés & les plus
judicieux de vos écrivains parlent souvent
de Charles XII. sans avoir de justes idées
du caractere ni de la vie de ce Monarque.
Tout nouvellement encore, je viens de
lire le jugement qu'en porte l'Auteur du-
beau Parallele d'Alexandre & de Thamas
Kouli-Kan. C'est, dit-il, l'exemple d'Ale-
xandre qui fortifia l'amour des conquêntes dans
ce Prince singulier, que l'Europe a vu de nos
jours dépeupler son Royaume pour ravager les
Etats voisins, & que ses Panégyristes & set
censeurs ont également appellè l'Alexandre
du Nord.
Ce n'est point pour vous adresser des
plaintes que j'ai l'honneur de vous écrire
cette Lettre. J'avoue volontiers que M. de
Bougainville na aucun tort en jugeant le
Roi de Suede d'après les Historiens les
plus célebtes de notre siécle. Mais je dois
pour l'amour de la vérité vous observer
que ces Historiens, surtout celui qui par
les charmes de son style mérite si bien de
donner le ton aux autres, ont répandu dans,
Digitiresd vLOO
68 MERCUREDEFRANCE
le monde une opinion de Charles XIL.
que toute la Suede, & tous ceux qui ont
véritablement connu ce grand Roi, sont
obligés de désavouer.
Nous foutenons, Monsieur, qu'il n'est
nullement vrai, que Charles XII. ait dé-
peuplé son Royaume pour ravager les Etats
voisins; que l'amour des conquetes na ja-
mais eu d'empire fur lui, & que les Pané-
gyristes qui sur ce point se sont avisés de le
comparer à Alexandre ne sont au fonds
que d'injustes censeurs. Nous pensons
ainsi, parce que nous sçavons que ce
Prince n a jamais commencé aucune guer-
re dans la vue de conquérir. Il n'a pris les
armes que pour se defendre; & depuis ce
moment jusqu'à celui de sa mort il ne s'est
proposé d'autre objet que de conclure la
paix en conservant tout ce qu'il possedoit
avant la guerre. Nous ne voyons dans ce
plan que de la sagesse & de la justice, &
non cette passion immodérée pour la gloire,
à laquelle ses Historiens lui font sacrifier
sans cesse le repos de ses peuples & les vé-
ritables intérêts de sa Couronne.
Il est bien vrai, & nous n'en disconve-
nons pas, que la Suede s'est trouvée épui-
sée d'hommes & d'argent à la mort de son
Roi. Mais quel Etat dans le monde ne s'é-
puiseroit pas à soutenir sans aucun Allié
MAI.
1752.
69
& sans aucun secours une guerre de dix-
huit ans contre les forces réunies de tous
ses voisins? Il faudroit donc pour accuser
Chatles XII. de la ruine de son Royaume,
l'accuser aussi du commencement ou de la
continuation de la guerre; deux points
sur lesquels sa justification nous est dé-
montrée jusqu'à l'evidence.
Cependant vous n'êtes pas obligé, Mon-
sieur, à nous en croire sur notre parole. Il
faut des preuves pour établir une opinion;
il en faut de plus fortes encore pour dé-
truire une opinion reçue. Aussi mon in-
tention n'est-elle pas de détromper ici
ceux qui condamnent Charles XII. sur la
foi de ses Historiens. Ce que j'aurois à dire
passeroit les bornes d'une Lettre. Je veux
seulement annoncer à ceux qui s'interes-
sent à la vérité, qu'on travaille actuelle-
ment en Suede à des observations sur la
vie de Charles XII. qui feront connoître
les vues de ce Monarque, d'après les ino-
numens qui en restent dans les archives du
Royaume; monumens qui nous le mon-
trent bien different de ce qu'il est dans
tous vos écrits.
On trouvera, quand ces observations
auront paru, que Charles XII. étoit bon
Politique autant que grand Guerrier; qu'il
ne cherchoit qu'à defendre ses Etats, &
iuas hdO
70 MERCURE DE FRANCE.
nullement à envahir ceux d'autrui; que la
seule sorte de gloire qui l'animoit, étoit
celle de ne faire, ni souffrir jamais aucun
tort; que l'esprit de vangeance qu'on lui
attribue à un si haut degré, n'a jamais
dicté la moindre de ses démarches; que la
justice & l'interêt de son Etat ont seuls
presidé à toutes ses résolutions, & que ses
défauts (car nous ne dissimulerons pas
ceux qu'il avoit) n'étoient pas du moins
la cruauté & le mépris pour la vie de ses
sujets, dont on l'accuse avec si peu de fon-
dement.
Que si avec toutes ces grandes qualités,
avec des motifs si purs, avec des projets
si bien concertés il a néanmoins éprouvé
des revers qui ont fait douter de sa sagesse
& de sa bonne conduite, nous esperons
prouver que ces revers doivent être mis
au nombre des événemens que la sagesse
humaine ne sçauroit ni prévoit ni prévenir.
Nous tâcherons même de faire voir autant
qu'il est possible, que s'il n'avoit pas plû
à la Providence de trancher ses jours à la
sleur de son âge, son courage invincible
& sa bonne conduite l'eussent rendu su-
perieur à tous les événemens, & la Suede
plus redoutable qu'elle ne l'avoit encore
été.
J'ai l'honneur d'être, &c.
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2043
p. 81-85
PORTRAIT DE LA REINE CHRISTINE.
Début :
Je vais faire le portrait de Christine : Je l'ai assez étudiée pout me flatter de [...]
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE LA REINE CHRISTINE.
PORTRAIT
DE LA REINE CHRISTINE.
Je vais faire le portrait de Christine :
Je l'ai assez étudiée pout me flatter de
le faire vrai, s'il n'étoit pas si difficile de
ne se pas passionner pour elle, & de le fai-
re beau, s'il étoit aisé d'avoir le pinceau
de l'Auteur du Stathouderat.
La jeunesse de Christine annonça la
supériorité de son esprit & la grandeur de
sou ame; mille talens naquirent avec elle,
& presque autant de foiblesses.
Un certain caractère d'anthousiasme
qui paroît être le sceau de l'heroisme, se
manifesta de bonne heure dans toutes
ses démarches & jusques dans ses pa-
roles.
Pour les plus grandes Princesses la toi-
lette est une occupation, la parure est un
plaisir & le fard peut être un besoin.
Christine ne sçavoit pas être aimable, dé-
daignoit de l'être, ou ne vouloit l'être
qu'à sa maniere. Cette fille étoit toujours
un homme public.
Cesar versa des larmes où le Heros
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
se peignoit vivement à la vûë d'un ta-
bleau d'Alexandre: tout ce qui peut éle-
ver la nature humaine au- dessus d'el-
le-même, enlevoit Christine d'admira-
tion.
Son ame la portoit toujours au grand,
mais son imagination trop capable de for-
tes impressions, lui faisoit prendre quel-
quefois l'apparence de la grandeur pour la
grandeur meme.
Extraordinaire en tout, elle ne vou-
loit se distinguer que par de grandes ac-
tions, & ne dédaignoit pas assez de se sin-
gulariser par de petites.
Les Sçavans qui embellissent quelque-
sois l'esprit & qui le gâtent encore plus
souvent, eurent peut-être dans sa jeu-
nesse trop d'empire sur son goût & sur
ses sentimens.
Elle aimoit les Sciences avec passion,
les cultivoit avec un succès qui ne tenoit
rien de son rang, vouloit tout connoître,
tout approfondir.
Infatigable dans le travail, assidue aux
affaires, exécutant ses desseins avec plus
de fermeté que de prudence, incapable
de révoquer une résolution qu'elle avoit
prise, elle ne vouloit gouverner que par
elle-même.
Quel plaisir pour une jeune fille de do-
83
MAI.
1752.
miner par la force de son genie dans un
Conseil composé de vieillards qui à toute
la sagesse de l'expérience, en joignoient
toute la présomption !
Dans son esprit la mollesse étoit un
vice, & la lâcheté un crime.
Avec le goût le plus vif pour les plai-
sirs, elle fuit toujours le mariage, par-
ce qu'elle craignoit d'y en trouver qui
l'asservissent à quelqu un.
Quoique sur le trône, elle connut l'a-
mitié & son coeut n'étoit point incapa-
ble de tendresse, mais toutes ses pas-
sions étoient subordonnées à l'amour de
la gloire.
Cette passion qui ne porte pas toujours
les grandes ames au meilporte pas toujours
à l'extrême, c'est le poleur, mais souvent
qu el roule toute sa vie. int d'appui sur le-
Elle descendit du trône par dégoût, di-
sent quelques-uns, par politique, disent
quelques-autres, & par libertinage, s'il
en faut croire les libertins; pour moi je
pense que l'envie de faire une action uni-
que, fut le plus puissant ressort de son
abdication. Elle voyoit Sylla à mille
lieues d'elle.
Alexandre auroit voulu conquérir tout
l'Univers, Christine en eût voulu abdi-
quer l'Empire.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir donné ce spectacle surpre-
nant à l'Europe, elle lui en donna un
moins frappant à la verité, mais aussi ex-
traordinaire que le premier, en abjurant la
foi de ses Peres.
C'étoit autant par coquetterie que par
curiolité, qu'elle voyageoit dans les Pays
Etrangers.
En Suéde dépendante des Loix, elle
nen connut plus aucunes, dès qu'elle
n'eut plus le pouvoir d'en donner.
Monaldeschi fut moins immolé à sa
gloire qu'à la difficulté de la vengeance,
& peut-être au plaisir de faire le plus grand
acte d'autorité dans le palais du Prince le
plus jaloux de son autorité.
Par tout elle pensoit, elle agissoit en
Reine, ne pouvoit souffrit qu'on respec-
tât moins sa personne que sa dignité, &
ne croyoit pas le pouvoir nécessaire pour
se faire obéir.
Les revers qui prenent tant fur la fierté
des hommes, ajoûtoient à la sienne; elle
les supportoit avec autant d'insensibilité,
qu'elle avoit eu de mépris pour les gran-
deurs.
Le Prince qui recueillit le fruit de son
abdication, l'en fit repentir; mais ce re-
Pentir, il falloit le deviner.
Il y a dans son caractere un contraste
MAI.
1752. 85
& des traits impossibles à concilier, comme
dans les caracteres de la plûpart des He-
ros: Les grands hommes ne sont point
des Dieux, mais seulement de grands hom-
mes.
A Berlin ce 3 Mars 1752.
F. G. de B****.
DE LA REINE CHRISTINE.
Je vais faire le portrait de Christine :
Je l'ai assez étudiée pout me flatter de
le faire vrai, s'il n'étoit pas si difficile de
ne se pas passionner pour elle, & de le fai-
re beau, s'il étoit aisé d'avoir le pinceau
de l'Auteur du Stathouderat.
La jeunesse de Christine annonça la
supériorité de son esprit & la grandeur de
sou ame; mille talens naquirent avec elle,
& presque autant de foiblesses.
Un certain caractère d'anthousiasme
qui paroît être le sceau de l'heroisme, se
manifesta de bonne heure dans toutes
ses démarches & jusques dans ses pa-
roles.
Pour les plus grandes Princesses la toi-
lette est une occupation, la parure est un
plaisir & le fard peut être un besoin.
Christine ne sçavoit pas être aimable, dé-
daignoit de l'être, ou ne vouloit l'être
qu'à sa maniere. Cette fille étoit toujours
un homme public.
Cesar versa des larmes où le Heros
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
se peignoit vivement à la vûë d'un ta-
bleau d'Alexandre: tout ce qui peut éle-
ver la nature humaine au- dessus d'el-
le-même, enlevoit Christine d'admira-
tion.
Son ame la portoit toujours au grand,
mais son imagination trop capable de for-
tes impressions, lui faisoit prendre quel-
quefois l'apparence de la grandeur pour la
grandeur meme.
Extraordinaire en tout, elle ne vou-
loit se distinguer que par de grandes ac-
tions, & ne dédaignoit pas assez de se sin-
gulariser par de petites.
Les Sçavans qui embellissent quelque-
sois l'esprit & qui le gâtent encore plus
souvent, eurent peut-être dans sa jeu-
nesse trop d'empire sur son goût & sur
ses sentimens.
Elle aimoit les Sciences avec passion,
les cultivoit avec un succès qui ne tenoit
rien de son rang, vouloit tout connoître,
tout approfondir.
Infatigable dans le travail, assidue aux
affaires, exécutant ses desseins avec plus
de fermeté que de prudence, incapable
de révoquer une résolution qu'elle avoit
prise, elle ne vouloit gouverner que par
elle-même.
Quel plaisir pour une jeune fille de do-
83
MAI.
1752.
miner par la force de son genie dans un
Conseil composé de vieillards qui à toute
la sagesse de l'expérience, en joignoient
toute la présomption !
Dans son esprit la mollesse étoit un
vice, & la lâcheté un crime.
Avec le goût le plus vif pour les plai-
sirs, elle fuit toujours le mariage, par-
ce qu'elle craignoit d'y en trouver qui
l'asservissent à quelqu un.
Quoique sur le trône, elle connut l'a-
mitié & son coeut n'étoit point incapa-
ble de tendresse, mais toutes ses pas-
sions étoient subordonnées à l'amour de
la gloire.
Cette passion qui ne porte pas toujours
les grandes ames au meilporte pas toujours
à l'extrême, c'est le poleur, mais souvent
qu el roule toute sa vie. int d'appui sur le-
Elle descendit du trône par dégoût, di-
sent quelques-uns, par politique, disent
quelques-autres, & par libertinage, s'il
en faut croire les libertins; pour moi je
pense que l'envie de faire une action uni-
que, fut le plus puissant ressort de son
abdication. Elle voyoit Sylla à mille
lieues d'elle.
Alexandre auroit voulu conquérir tout
l'Univers, Christine en eût voulu abdi-
quer l'Empire.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir donné ce spectacle surpre-
nant à l'Europe, elle lui en donna un
moins frappant à la verité, mais aussi ex-
traordinaire que le premier, en abjurant la
foi de ses Peres.
C'étoit autant par coquetterie que par
curiolité, qu'elle voyageoit dans les Pays
Etrangers.
En Suéde dépendante des Loix, elle
nen connut plus aucunes, dès qu'elle
n'eut plus le pouvoir d'en donner.
Monaldeschi fut moins immolé à sa
gloire qu'à la difficulté de la vengeance,
& peut-être au plaisir de faire le plus grand
acte d'autorité dans le palais du Prince le
plus jaloux de son autorité.
Par tout elle pensoit, elle agissoit en
Reine, ne pouvoit souffrit qu'on respec-
tât moins sa personne que sa dignité, &
ne croyoit pas le pouvoir nécessaire pour
se faire obéir.
Les revers qui prenent tant fur la fierté
des hommes, ajoûtoient à la sienne; elle
les supportoit avec autant d'insensibilité,
qu'elle avoit eu de mépris pour les gran-
deurs.
Le Prince qui recueillit le fruit de son
abdication, l'en fit repentir; mais ce re-
Pentir, il falloit le deviner.
Il y a dans son caractere un contraste
MAI.
1752. 85
& des traits impossibles à concilier, comme
dans les caracteres de la plûpart des He-
ros: Les grands hommes ne sont point
des Dieux, mais seulement de grands hom-
mes.
A Berlin ce 3 Mars 1752.
F. G. de B****.
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2044
p. 119-122
« ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...] »
Début :
ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...] »
ORAISON funebre de très-haut, très-puissant,
& très-excellent Prince Louis
dOrléans, Duc d'Orléans, premier Prince
du Sang, prononcée dans l'Eglise de l'Ab-
baye Royale de Sainte Geneviéve le 23
Mars 1752 par le P. Bernard, Chanoine
Regulier de ladite Abbaye. A Paris chez
Simon, tue de la Harpe 1752 in-4. 59
pages.
» Comme les Grands du monde, dit
120 MERCURE DE FRANCE.
„ le P. Bernard dans son Exorde, ont plus
Ȉ perdre que les autres hommes, &
„ qu ils sont plus jaloux de leur gloire; la
»mort a aussi quelque chose de plus re-
„doutable pour eux. Elle les dépouille
ntoujours personellement, elle flétrit
o souvent leur mémoire. Le Prince dont
»j'entreprends l'Eloge, a sçu prévenir
n ces deux effets sinistres. La mort ne le
» dépouille point: il avoit sacrifié volon-
„tairement tout ce que la mort peut en-
»lever. La mort ne le dégrade point dans
» l'estime des hommes; il s'est acquis une
n gloire que la mort ne peut obscurcir „.
Tel est le plan du discours. Ce que l'Ora-
teur dit de la retraite du Prince, nous a
paru le meilleur morceau de l'Ouvrage.
„J'avoue, Messieurs, que le moyen
„ de sanctification le plus ordinaire pour
„un Prince né dans la pourpre, & à
„ l'ombre du Trône, est de demeurer dans
»son état, d'en éviter les écueils & d'en
„ pratiquer les devoirs. Il a y des graces
npour le Ministre qui gouverne, comme
»pour le Solitaire qui prie. Ce seroit
„dégrader notre Religion, que de la
»croire incompatible avec les places émi-
»nentes; & de s'imaginet que pour ê-
»tre Chrétien, il faille de nécessité ces-
»ser d'être Grand. Elle ne trouble point
l'ordre
MAI. 1752.
121
vLordre des Conditions, elle en rectifie
nl'usage. Que les Princes remplissent les
»obligations qui leur sont propres, &
»ils trouveroient le salut au milieu du
u tumulte & des écueils de la Cour. Tel
„. est l'otdre general, mais qui osera con-
„tester au Très haut le droit d'affranchir
„ des régles communes? La grace n'a-t-elle
„ pas differentes formes? Elle a sanctifié
„Louis IX. sur le Trône; il lui a plù de
„ne sanctifier le Duc d'Orléans que dans
»le silence de la retraite. Elle a inspiré à
»l'un plus de courage, à l'autre une crain-
nte plus vive; l'un a plus compté sur les
»secours divins, l'autre s'est plus défié de
»lui-même; l'un na pas rougi d'allier les
„ opprobres de la croix avec l'éclat du dia-
„dême, l'autre n'a point voulu de parta-
„ge, & s'est enfin chargé seulement de la
„ Croix. Il a été dit à l'un comme à Moy-
nse: Allez je vous envoye, soyez le Chef
„de mon Peuple; l'autre a pris pour lui
„ ces paroles de l'Ange au juste Loth: Sau-
„vez-vous sur la montagne, de peur que
„vous ne périssiez avec les autres. S. Louis
„a fait cesser les abominations de Baby-
„ lone, le Duc d'Orléans en a redouté la
ncontagion & les anathêmes. Tous deux
„dignes de notre vénération, tous deux
Heros dans le Christian isme; puisqu'il
Diggires bLO
122 MERCURE DE. FRANCE.
„ ne faut pas moins de force, pour aban-
„donner tout ce qui peut séduire, que
pour vivre au milieu des prestiges de la
„vanité, sans en être ébloui.
L'Orateur a soutenu dans certe Oraison
Funébre la réputation que lui avoient faite
ses sermons.
& très-excellent Prince Louis
dOrléans, Duc d'Orléans, premier Prince
du Sang, prononcée dans l'Eglise de l'Ab-
baye Royale de Sainte Geneviéve le 23
Mars 1752 par le P. Bernard, Chanoine
Regulier de ladite Abbaye. A Paris chez
Simon, tue de la Harpe 1752 in-4. 59
pages.
» Comme les Grands du monde, dit
120 MERCURE DE FRANCE.
„ le P. Bernard dans son Exorde, ont plus
Ȉ perdre que les autres hommes, &
„ qu ils sont plus jaloux de leur gloire; la
»mort a aussi quelque chose de plus re-
„doutable pour eux. Elle les dépouille
ntoujours personellement, elle flétrit
o souvent leur mémoire. Le Prince dont
»j'entreprends l'Eloge, a sçu prévenir
n ces deux effets sinistres. La mort ne le
» dépouille point: il avoit sacrifié volon-
„tairement tout ce que la mort peut en-
»lever. La mort ne le dégrade point dans
» l'estime des hommes; il s'est acquis une
n gloire que la mort ne peut obscurcir „.
Tel est le plan du discours. Ce que l'Ora-
teur dit de la retraite du Prince, nous a
paru le meilleur morceau de l'Ouvrage.
„J'avoue, Messieurs, que le moyen
„ de sanctification le plus ordinaire pour
„un Prince né dans la pourpre, & à
„ l'ombre du Trône, est de demeurer dans
»son état, d'en éviter les écueils & d'en
„ pratiquer les devoirs. Il a y des graces
npour le Ministre qui gouverne, comme
»pour le Solitaire qui prie. Ce seroit
„dégrader notre Religion, que de la
»croire incompatible avec les places émi-
»nentes; & de s'imaginet que pour ê-
»tre Chrétien, il faille de nécessité ces-
»ser d'être Grand. Elle ne trouble point
l'ordre
MAI. 1752.
121
vLordre des Conditions, elle en rectifie
nl'usage. Que les Princes remplissent les
»obligations qui leur sont propres, &
»ils trouveroient le salut au milieu du
u tumulte & des écueils de la Cour. Tel
„. est l'otdre general, mais qui osera con-
„tester au Très haut le droit d'affranchir
„ des régles communes? La grace n'a-t-elle
„ pas differentes formes? Elle a sanctifié
„Louis IX. sur le Trône; il lui a plù de
„ne sanctifier le Duc d'Orléans que dans
»le silence de la retraite. Elle a inspiré à
»l'un plus de courage, à l'autre une crain-
nte plus vive; l'un a plus compté sur les
»secours divins, l'autre s'est plus défié de
»lui-même; l'un na pas rougi d'allier les
„ opprobres de la croix avec l'éclat du dia-
„dême, l'autre n'a point voulu de parta-
„ge, & s'est enfin chargé seulement de la
„ Croix. Il a été dit à l'un comme à Moy-
nse: Allez je vous envoye, soyez le Chef
„de mon Peuple; l'autre a pris pour lui
„ ces paroles de l'Ange au juste Loth: Sau-
„vez-vous sur la montagne, de peur que
„vous ne périssiez avec les autres. S. Louis
„a fait cesser les abominations de Baby-
„ lone, le Duc d'Orléans en a redouté la
ncontagion & les anathêmes. Tous deux
„dignes de notre vénération, tous deux
Heros dans le Christian isme; puisqu'il
Diggires bLO
122 MERCURE DE. FRANCE.
„ ne faut pas moins de force, pour aban-
„donner tout ce qui peut séduire, que
pour vivre au milieu des prestiges de la
„vanité, sans en être ébloui.
L'Orateur a soutenu dans certe Oraison
Funébre la réputation que lui avoient faite
ses sermons.
Fermer
2045
p. 131
« On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...] »
Début :
On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...] »
On écrit de Berlin qu'on y imprime environ
trois cens lettres de Madame de Maintenon.
Ce recueil sera surement curicux
par la matiere & par la forme. Il y a appa-
rence que l'Editeur constatera l'autenticité
de son Manuscrit, & qu'il ne laissera sur
un point aussi important aucun nuage.
trois cens lettres de Madame de Maintenon.
Ce recueil sera surement curicux
par la matiere & par la forme. Il y a appa-
rence que l'Editeur constatera l'autenticité
de son Manuscrit, & qu'il ne laissera sur
un point aussi important aucun nuage.
Fermer
2046
p. 135
« TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
Début :
TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...]
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texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
Fermer
2047
p. 149-150
« Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...] »
Début :
Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Il vient d'être mis au jour par Gaignot Me Teneur de livres à Nantes trois cartes [...] »
Il vient d'être mis au jour par Gaignot
Me Teneur de livres à Nantes trois cartes
de Cabinet ou Tarifs contenans la réduc-
tion des Monnoyes étrangeres des princi-
pales Places de l'Europe, depuis le plus
bas prix de change jusqu'au plus haut, en
argent de France, & la réduction de l'ar-
gent de France en Monnoye étrangere;
lesquelles cartes se vendent à Paris, chez
Aubert, rue S. Jacques, au papillon; à
Nantes, chez l'Auteur, rue Derdre, &
chez Tanqueray, grande-rue, vis- à -vis
la rue des Jésuites. Le même Auteur espé-
re dans peu mettre au jour deux Mappe-
mondes contenans la correspondance des
poids & aulnages d'Europe, d'Asie, d'A-
frique & d'Amérique, & trois autres
livres, 1. Le guide de Commerce.
2. L'Arithmétique supputée. 3°. L'utilité
du Commerce contenant l'instruction &
G iij
150 MERCUREDE FRANCE.
opérations des changes & rechanges étran-
gers & de la teneur des livtes de compte
à parties doubles & simples avec modé-
les, &c.
Me Teneur de livres à Nantes trois cartes
de Cabinet ou Tarifs contenans la réduc-
tion des Monnoyes étrangeres des princi-
pales Places de l'Europe, depuis le plus
bas prix de change jusqu'au plus haut, en
argent de France, & la réduction de l'ar-
gent de France en Monnoye étrangere;
lesquelles cartes se vendent à Paris, chez
Aubert, rue S. Jacques, au papillon; à
Nantes, chez l'Auteur, rue Derdre, &
chez Tanqueray, grande-rue, vis- à -vis
la rue des Jésuites. Le même Auteur espé-
re dans peu mettre au jour deux Mappe-
mondes contenans la correspondance des
poids & aulnages d'Europe, d'Asie, d'A-
frique & d'Amérique, & trois autres
livres, 1. Le guide de Commerce.
2. L'Arithmétique supputée. 3°. L'utilité
du Commerce contenant l'instruction &
G iij
150 MERCUREDE FRANCE.
opérations des changes & rechanges étran-
gers & de la teneur des livtes de compte
à parties doubles & simples avec modé-
les, &c.
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2048
p. 150-152
DEVISES Pour les jettons de l'année 1752.
Début :
TRESOR ROYAL. Une Fontaine dont l'eau découle. Légende. Fluit [...]
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texteReconnaissance textuelle : DEVISES Pour les jettons de l'année 1752.
DEVISES
Pour les jettons de l'année 1752.
TRESOR ROYAL.
Une Fontaine dont l'eau découle. Légende.
Fluit aeternumque ministrat. Elle coule
sans se tarir. Exergue. Trésor Royal. 1752.
PARTIES CASUELLES.
Une Riviere formée par des torrens. Lé-
gende. Ex fortuitis crescit. Elle se forme
par les hazards. Exergue, Parties Casuelles.
1752.
MAISON DE LA REINE.
L'étoile Polaire. Légende, Cœlis hæ-
ret, Terris lucet. Fixée au Ciel, elle brille
sur la Terre. Exergue, Maison de la Reine.
1752.
MAISON DE MADAME LA
DAUPHINE.
Un grenadier en fleur cultivé par un
Amour. Légende. Nec vota fefellit. Il n'a
7—
JETTONUDELANNEE1752.
III
Gad
Gnus ongkii
1752
IV
VIII
VI
N
EA
1782
XI.
IX
Tor.
a
1732
.
JRnen Ser
—
G
- --
151
1752.
MAI.
point trompé nos vœux. Exergue, Maison
de Madame la Dauphine. 1752.
CHAMBRE AUX DENIERS.
Un soleil sortant de l'horison. Légende.
Vrbis & orbis laetitia. Il. fait la joye de la
ville & du monde entier. Exergue, Cham-
bre aux Deniers. 1752.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Le Dieu Mats qui marche à grands pas
guidé par un génie qui l'éclaire de son
flambeau. Legende. Doctus iter melius. Il lui
montre la meilleure route. Exergue, Ex-
traordinaire des Guerres. 1752.
ORDINAIRE DES GUERRES.
La Déesse de la Paix appuyée sur Mars.
Légende. Sic fulta, perennis. Elle est plus
stable avec un tel appui. Exergue. Ordinai-
re des Guerres. 1752.
MARINE.
Un nid d'Alcion sur la Mer calme, au-
dessus une troupe de jeunes Alcyons pre-
nant l'essor avec leur mere. Légende. Gau-
det prole nova. Elle se réjouit de voir sa
nouvelle race. Exergue, Marine. 1752.
LES COLONIES.
Mercure, Dieu du Commerce, avec son
G iiij
Uigstzes be0O
3
172 MERCUREDE FRANCE.
Caducée orné de fleurs de lys, volant au-
dessus de l'Ocean. Légende. Vtrique facit
commercia Mundo. Il unit le commerce des
deux Mondes. Exergue. Colonies. 1752.
BATIMENS DU ROY.
Minerve dans l'attitude d'une personne
qui pense, le coude appuyé sut une table
où sont quelques instrumens d'Archirectu-
re. Légende. Molitur grandia. Elle projet-
te de grandes choses. Exergue. Batimens du
Roi. 1752.
ARTILLERIE.
Le Soleil sortant de l'horison, & sur la
gauche un nuage d'où part la foudre, ce
qui étoit d'un heureux présage chez les
Romains. Légende, Hujus in ortu intonuit
laevum. A son lever il a tonné à gauche.
Exergue. Artillerie. 1752.
Pour les jettons de l'année 1752.
TRESOR ROYAL.
Une Fontaine dont l'eau découle. Légende.
Fluit aeternumque ministrat. Elle coule
sans se tarir. Exergue. Trésor Royal. 1752.
PARTIES CASUELLES.
Une Riviere formée par des torrens. Lé-
gende. Ex fortuitis crescit. Elle se forme
par les hazards. Exergue, Parties Casuelles.
1752.
MAISON DE LA REINE.
L'étoile Polaire. Légende, Cœlis hæ-
ret, Terris lucet. Fixée au Ciel, elle brille
sur la Terre. Exergue, Maison de la Reine.
1752.
MAISON DE MADAME LA
DAUPHINE.
Un grenadier en fleur cultivé par un
Amour. Légende. Nec vota fefellit. Il n'a
7—
JETTONUDELANNEE1752.
III
Gad
Gnus ongkii
1752
IV
VIII
VI
N
EA
1782
XI.
IX
Tor.
a
1732
.
JRnen Ser
—
G
- --
151
1752.
MAI.
point trompé nos vœux. Exergue, Maison
de Madame la Dauphine. 1752.
CHAMBRE AUX DENIERS.
Un soleil sortant de l'horison. Légende.
Vrbis & orbis laetitia. Il. fait la joye de la
ville & du monde entier. Exergue, Cham-
bre aux Deniers. 1752.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES.
Le Dieu Mats qui marche à grands pas
guidé par un génie qui l'éclaire de son
flambeau. Legende. Doctus iter melius. Il lui
montre la meilleure route. Exergue, Ex-
traordinaire des Guerres. 1752.
ORDINAIRE DES GUERRES.
La Déesse de la Paix appuyée sur Mars.
Légende. Sic fulta, perennis. Elle est plus
stable avec un tel appui. Exergue. Ordinai-
re des Guerres. 1752.
MARINE.
Un nid d'Alcion sur la Mer calme, au-
dessus une troupe de jeunes Alcyons pre-
nant l'essor avec leur mere. Légende. Gau-
det prole nova. Elle se réjouit de voir sa
nouvelle race. Exergue, Marine. 1752.
LES COLONIES.
Mercure, Dieu du Commerce, avec son
G iiij
Uigstzes be0O
3
172 MERCUREDE FRANCE.
Caducée orné de fleurs de lys, volant au-
dessus de l'Ocean. Légende. Vtrique facit
commercia Mundo. Il unit le commerce des
deux Mondes. Exergue. Colonies. 1752.
BATIMENS DU ROY.
Minerve dans l'attitude d'une personne
qui pense, le coude appuyé sut une table
où sont quelques instrumens d'Archirectu-
re. Légende. Molitur grandia. Elle projet-
te de grandes choses. Exergue. Batimens du
Roi. 1752.
ARTILLERIE.
Le Soleil sortant de l'horison, & sur la
gauche un nuage d'où part la foudre, ce
qui étoit d'un heureux présage chez les
Romains. Légende, Hujus in ortu intonuit
laevum. A son lever il a tonné à gauche.
Exergue. Artillerie. 1752.
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2049
p. 193-194
DE STOKHOLM, le 24 Mars.
Début :
La Diette envoya le 11 de ce mois au Comte de Tessin six députés de chacun des quatre Ordres [...]
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texteReconnaissance textuelle : DE STOKHOLM, le 24 Mars.
DE STOKHOLM, le 24 Mars.
La Diette envoya le 11 de ce mois au Comte
de Tessin six députés de chacun des quatre Ordres
du Royaume, pour le prier de garder ses emplois.
Le Comte de Piper, Président de la Noblesse
étoit à la tête de la députation. Une vive recon-
noissance éclata dans la. réponse du Comte de Tes-
sin; mais après avoir témoigné combien il étoit
sensible à l'honneur que lui faisoient les Etats, il
ajouta que l'état de sa santé ne lui permettoit
point de se rendre à leurs désits. Les Députés
l'ayant engagé à prendre deux jours pour se dé-
terminer, il écrivit le 14 à la Diette, qu'on ne
pouvoit être plus touché qu'il l'étoit de voir que
la continuation de ses services seroit agréable à la
Nation; qu'une assurance si consolante & si flat-
teuse pour lui seroit capable de lui faire surmon-
ter les plus grands obstacles, si ses indispositions
ne rendoient sa bonne volonté inutile; qu'en ces-
sant d'avoir part aux affaires publiques, il ne per-
droit jamais de vue les devoirs de Sujet fidele & de
zélé Citoyen, & que si daus une condition privée
il pouvoit contribuer encore à l'avantage de la Pa-
trie, il seroit prêt de faire en tout tems les plus
grands sacrifices, pour prouver à la Nation son
dévouement. Cette déclaration n'a pas empêché
la Diette de réiterer ses instances. Le Roi & la
Reine y ont joint les leurs, & le Comte de Tessin
a consenti de ne renoncer, ni à la dignité de Sé-
nateur, ni à la place de Gouverneur du Prince
Royal. Il a demandé seulement de pouvoir aller
de tems en tems à la campagne pour le bien de sa
santé. On lui a promis de lui accorder cette per-
mission, & les Etats ont accepté sa démission de
aO
294 MERCURE DE FRANCE.
la Piésidence du Collège de la Chancellerie. Les
principales affaires, sur lesquelles la Diette avoit
à delibérer, étant réglées, on croit qu'elle se sépa-
rera peu de tems apiès que le Baron de Greiffen-
heim, Ministre du Roi auprès de l'Impér atrice de
Russie, sera revenu de Petersbourg.
La Diette envoya le 11 de ce mois au Comte
de Tessin six députés de chacun des quatre Ordres
du Royaume, pour le prier de garder ses emplois.
Le Comte de Piper, Président de la Noblesse
étoit à la tête de la députation. Une vive recon-
noissance éclata dans la. réponse du Comte de Tes-
sin; mais après avoir témoigné combien il étoit
sensible à l'honneur que lui faisoient les Etats, il
ajouta que l'état de sa santé ne lui permettoit
point de se rendre à leurs désits. Les Députés
l'ayant engagé à prendre deux jours pour se dé-
terminer, il écrivit le 14 à la Diette, qu'on ne
pouvoit être plus touché qu'il l'étoit de voir que
la continuation de ses services seroit agréable à la
Nation; qu'une assurance si consolante & si flat-
teuse pour lui seroit capable de lui faire surmon-
ter les plus grands obstacles, si ses indispositions
ne rendoient sa bonne volonté inutile; qu'en ces-
sant d'avoir part aux affaires publiques, il ne per-
droit jamais de vue les devoirs de Sujet fidele & de
zélé Citoyen, & que si daus une condition privée
il pouvoit contribuer encore à l'avantage de la Pa-
trie, il seroit prêt de faire en tout tems les plus
grands sacrifices, pour prouver à la Nation son
dévouement. Cette déclaration n'a pas empêché
la Diette de réiterer ses instances. Le Roi & la
Reine y ont joint les leurs, & le Comte de Tessin
a consenti de ne renoncer, ni à la dignité de Sé-
nateur, ni à la place de Gouverneur du Prince
Royal. Il a demandé seulement de pouvoir aller
de tems en tems à la campagne pour le bien de sa
santé. On lui a promis de lui accorder cette per-
mission, & les Etats ont accepté sa démission de
aO
294 MERCURE DE FRANCE.
la Piésidence du Collège de la Chancellerie. Les
principales affaires, sur lesquelles la Diette avoit
à delibérer, étant réglées, on croit qu'elle se sépa-
rera peu de tems apiès que le Baron de Greiffen-
heim, Ministre du Roi auprès de l'Impér atrice de
Russie, sera revenu de Petersbourg.
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2050
p. 194-195
DE VIENNE, le 18 Mars.
Début :
Depuis les informations faites par le Baron de Doppelhoffen, on a reconnu que le zèle pour la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 18 Mars.
DE VIENNE, le 18 Mars.
Depuis les informations faites par le Baron de
Doppelhoffen, on a reconnu que le zèle pour la
Religion n'étoit pas la véritable cause de l'émeute,
excitée par les Paisans employés aux Salines dans
la Haute-Autriche. L'Impératrice Reine s'est dé-
terminée conséquemment, à faire arêter les prin-
cipaux auteurs de la sédition. On instruit leur pro-
ces, & vraisemblablement ils seront envoyés en
Hongrie, pour travailler aux Mines.
oog
MAI. 1752.
195
On a repris les conférences pour régler les limi-
tes entre les Etats de l'Impératrice Reine & ceux
de la République de Venise, & l'on espere que
cette affaire sera bientôt terminée à la satisfaction
des deux Puissances.
Depuis les informations faites par le Baron de
Doppelhoffen, on a reconnu que le zèle pour la
Religion n'étoit pas la véritable cause de l'émeute,
excitée par les Paisans employés aux Salines dans
la Haute-Autriche. L'Impératrice Reine s'est dé-
terminée conséquemment, à faire arêter les prin-
cipaux auteurs de la sédition. On instruit leur pro-
ces, & vraisemblablement ils seront envoyés en
Hongrie, pour travailler aux Mines.
oog
MAI. 1752.
195
On a repris les conférences pour régler les limi-
tes entre les Etats de l'Impératrice Reine & ceux
de la République de Venise, & l'on espere que
cette affaire sera bientôt terminée à la satisfaction
des deux Puissances.
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