Résultats : 22 texte(s)
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1
p. 166
III.
Début :
Parlez-moy de ce Bois dont l'aimable Liqueur [...]
Mots clefs :
Bois, Liqueur, Vigne
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texteReconnaissance textuelle : III.
FI I.
Arlez- moy de ce Bois dont l'aimable:
Parle
Liqueur
Fait quefouvent l'on caracolle;
Mais pour la Vigne Folle,
Je fuis bien voftre Serviteur.
M
C. HUTUGE, d'Orleans..
Arlez- moy de ce Bois dont l'aimable:
Parle
Liqueur
Fait quefouvent l'on caracolle;
Mais pour la Vigne Folle,
Je fuis bien voftre Serviteur.
M
C. HUTUGE, d'Orleans..
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3
p. 260
II.
Début :
Je veux, Mercure, qu'on me berne, [...]
Mots clefs :
Nuit, Jour, Lanterne
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texteReconnaissance textuelle : II.
II.
Eveux, Mercure , qu'on me berne,,
Si ton agréable Lanterne,.
Autant la nuit comme le jour,
N'eft propre pourfaire l'amour.
C. HUTUGE, d'Orleans.
Eveux, Mercure , qu'on me berne,,
Si ton agréable Lanterne,.
Autant la nuit comme le jour,
N'eft propre pourfaire l'amour.
C. HUTUGE, d'Orleans.
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4
p. 1687-1691
LETTRE écrite d'Orleans, par M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet d'une Inscription trouvée à Auxerre.
Début :
Vous me demandez mon sentiment, Monsieur, sur l'explication que vient [...]
Mots clefs :
Inscription, Chanoine, Empereur, Sacrifice, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Orleans, par M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet d'une Inscription trouvée à Auxerre.
LETTRE écrite d'Orleans , par
M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet
d'une Inscription trouvée à Auxerre.
D Ous me demandez mon sentiment
Monsieur , sur l'explication que vient
de donner dans le Mercure de May , un
Cha
1688 MERCURE DE FRANCE
Chanoine d'Auxerre , d'une Inscription
trouvée depuis peu dans sa Ville. Je vais
vous satisfaire. Voici l'Inscription.
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COS.
Le Consulat de Modeste, de Probus, qui
tombe à l'an de Rome 981. et de J. C.
228. fait assez connoître , comme le remarque
l'Auteur de l'Explication , que
c'est à l'Empereur Severe Alexandre que
doit se rapporter cette Inscription. Ce
Prince étoit alors dans la septième année
de son regne. Ce qui embarrasse , c'est
que l'Inscription fait mention de deux
personnes , DOMINORUM , et qu'il ne paroît
pas d'abord aisé de déterminer qui a pû
partager avec Alexandre les honneurs du
Sacrifice et de l'Inscription , qui en
un Monument.
L'Auteur de l'Explication prétend que
c'est un certain Ovinius Camillus ( a ) que
Lampride dit avoir été associé à l'Empire
par Alexandre . Cette Découverte est heureuse
; mais par malheur elle n'a que l'apparence
, le récit que fait Lampride
de cet Ovinius paroît si fabuleux , qu'il
(a ) Lampride in Alexand, cum quidam Ovis
mius , &e.
n'%
JUILLET. 1731. 1689
les
uns
n'y a pas moyen de tabler dessus , il n'est
appuyé quesur des discours populaires , ( a)
encore qul different entre eux ,
rapportant cette prétendue Histoire d'O
vinius au temps de l'Empereur Trajan ,
les autres à celui d'Alexandre. Le silence.
unanime de tous les autres Historiens
sur un évenement aussi considerable ,
n'est que trop capable de nous faire re
jetter cette Histoire.
Mais quand elle seroit vraie , l'Auteur
de l'Explication se seroit toûjours trompé
, en disant que ce fût dans la guerre
d'Allemagne qu'Ovinius fut associé à
l'Empire , ce qui ne peut être . Lampride
dit que ce Sénateur , après quelques journées
de chemin qu'il fit avec l'Empereur
qui marchoit en personne contre quel
ques Barbares qui avoient fait une irruption
, fut contraint à cause de son peu
de santé , de quitter co Prince , qu'il se
retira ensuite dans ses Terres où il vécut
long-temps , (b) et où enfin il fut tué par
le commandement d'Alexandre . Or il est
certain que ce dernier fut tué dans l'ex-
(a) Le même , Ibid. Scio vulgum hanc rem
quam contexui Trajan. putare , &c.
(b) Lamprid. Ibid.Ad villas suas ire pracepit
in quibus diù vixit. Sed post jussu Imperatoris
occisus est.
pedition
160 MERCURE DE FRANCE
pedition contre les Allemans , ( a ) ainsi la
mort d'Ovinius, arrivée long- temps après
cette Expedition , et commandée par Alexandre
, est une chose qui détruit absolument
le sentiment de l'Auteur de l'Ex
plication.
Pour revenir à celle du mot de Do
MINORUM , il s'en présente une naturelle
ment à l'esprit , à laquelle je ne sçais pas
comment l'Auteur de l'Explication n'a
pas fait attention ; la voici :
On ne peut disconvenir que DOMINO
RUM ne soit mis ici pour AUGUSTORUM , et
ne signifie la même chose . Or selon tous
les Antiquaires , ( b ) quand ce dernier
mot se trouve dans les Médailles , il ne
suppose pas toûjours qu'il soit fait men
tion de deux Princes , et il s'entend bien
souvent de l'Empereur
et de l'Imperatrice.
Comme on le peut voir par la Mé.
daille de Gallien , qui porte pour Legende
CONCORDIA
AUGG . où la tête de ce
Prince se voit en regard avec celle de
Salonine , son Epouse. Cela supposé , le
Sacrifice dont l'Inscription fait mention ,
offert , Pro salute Dominorum , l'a été pour
(a) Id Ibid.
(b) v. le P. Banduri , dans son Ouvrage des
Médailles Imperiales depuis Trajan Dece jus
qu'aux Paleologues , en differens endroire.
la
JUILLET. 1731. 1691
la prosperité de l'Empereur et de l'Im
peratrice , ou plutôt de l'Empereur et de
Mammée sa Mere , qui , comme chacun
sçait , le gouvernoit entierement , et dont
le nom se trouve quelquefois joint à celui
de son fils dans les Inscriptions. DOMNORUM
en cet endroit ne voulant dire
que ce que les Marbres ont exprimé d'une
autre maniere par DOMUS DIVINA , la
Famille " Imperiale. Au reste le titre de
DOMINUS , donné à Alexandre , n'a rien
d'extraordinaire , quoique Lampride re
marque que ce Prince deffendit qu'on le
lui donnât. Dominum se appellari vetuit ,
cette même qualité lui est attribuée dans
une Inscription qu'on voit dans Gruter ,
page 121. GENIO D. N. SEVERI ALEXANDÀI.
ANG .
Il reste les quatre Lettres V. S. L. M:
dont M. le Chanoine d'Auxerre demande
l'explication , il paroît que c'est en riant
qu'il fait cette demande , aussi instruit
qu'il le paroît sur ce qui regarde les Sacrifices
, lui qui cire ceux qu'on appelloit
Tauroboles et Crioboles , n'est pas à sçavoir
que conformément aux autres Inscriptions
où elles se trouvent, elles doivent
ici s'expliquer par VOTUM SOLVIT LUBENS
MERITO. relativement à celui qui avoit fait
la dépense du Sacrifice pour la prosperité
de la Maison Imperiale . Je suis , &c.
M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet
d'une Inscription trouvée à Auxerre.
D Ous me demandez mon sentiment
Monsieur , sur l'explication que vient
de donner dans le Mercure de May , un
Cha
1688 MERCURE DE FRANCE
Chanoine d'Auxerre , d'une Inscription
trouvée depuis peu dans sa Ville. Je vais
vous satisfaire. Voici l'Inscription.
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COS.
Le Consulat de Modeste, de Probus, qui
tombe à l'an de Rome 981. et de J. C.
228. fait assez connoître , comme le remarque
l'Auteur de l'Explication , que
c'est à l'Empereur Severe Alexandre que
doit se rapporter cette Inscription. Ce
Prince étoit alors dans la septième année
de son regne. Ce qui embarrasse , c'est
que l'Inscription fait mention de deux
personnes , DOMINORUM , et qu'il ne paroît
pas d'abord aisé de déterminer qui a pû
partager avec Alexandre les honneurs du
Sacrifice et de l'Inscription , qui en
un Monument.
L'Auteur de l'Explication prétend que
c'est un certain Ovinius Camillus ( a ) que
Lampride dit avoir été associé à l'Empire
par Alexandre . Cette Découverte est heureuse
; mais par malheur elle n'a que l'apparence
, le récit que fait Lampride
de cet Ovinius paroît si fabuleux , qu'il
(a ) Lampride in Alexand, cum quidam Ovis
mius , &e.
n'%
JUILLET. 1731. 1689
les
uns
n'y a pas moyen de tabler dessus , il n'est
appuyé quesur des discours populaires , ( a)
encore qul different entre eux ,
rapportant cette prétendue Histoire d'O
vinius au temps de l'Empereur Trajan ,
les autres à celui d'Alexandre. Le silence.
unanime de tous les autres Historiens
sur un évenement aussi considerable ,
n'est que trop capable de nous faire re
jetter cette Histoire.
Mais quand elle seroit vraie , l'Auteur
de l'Explication se seroit toûjours trompé
, en disant que ce fût dans la guerre
d'Allemagne qu'Ovinius fut associé à
l'Empire , ce qui ne peut être . Lampride
dit que ce Sénateur , après quelques journées
de chemin qu'il fit avec l'Empereur
qui marchoit en personne contre quel
ques Barbares qui avoient fait une irruption
, fut contraint à cause de son peu
de santé , de quitter co Prince , qu'il se
retira ensuite dans ses Terres où il vécut
long-temps , (b) et où enfin il fut tué par
le commandement d'Alexandre . Or il est
certain que ce dernier fut tué dans l'ex-
(a) Le même , Ibid. Scio vulgum hanc rem
quam contexui Trajan. putare , &c.
(b) Lamprid. Ibid.Ad villas suas ire pracepit
in quibus diù vixit. Sed post jussu Imperatoris
occisus est.
pedition
160 MERCURE DE FRANCE
pedition contre les Allemans , ( a ) ainsi la
mort d'Ovinius, arrivée long- temps après
cette Expedition , et commandée par Alexandre
, est une chose qui détruit absolument
le sentiment de l'Auteur de l'Ex
plication.
Pour revenir à celle du mot de Do
MINORUM , il s'en présente une naturelle
ment à l'esprit , à laquelle je ne sçais pas
comment l'Auteur de l'Explication n'a
pas fait attention ; la voici :
On ne peut disconvenir que DOMINO
RUM ne soit mis ici pour AUGUSTORUM , et
ne signifie la même chose . Or selon tous
les Antiquaires , ( b ) quand ce dernier
mot se trouve dans les Médailles , il ne
suppose pas toûjours qu'il soit fait men
tion de deux Princes , et il s'entend bien
souvent de l'Empereur
et de l'Imperatrice.
Comme on le peut voir par la Mé.
daille de Gallien , qui porte pour Legende
CONCORDIA
AUGG . où la tête de ce
Prince se voit en regard avec celle de
Salonine , son Epouse. Cela supposé , le
Sacrifice dont l'Inscription fait mention ,
offert , Pro salute Dominorum , l'a été pour
(a) Id Ibid.
(b) v. le P. Banduri , dans son Ouvrage des
Médailles Imperiales depuis Trajan Dece jus
qu'aux Paleologues , en differens endroire.
la
JUILLET. 1731. 1691
la prosperité de l'Empereur et de l'Im
peratrice , ou plutôt de l'Empereur et de
Mammée sa Mere , qui , comme chacun
sçait , le gouvernoit entierement , et dont
le nom se trouve quelquefois joint à celui
de son fils dans les Inscriptions. DOMNORUM
en cet endroit ne voulant dire
que ce que les Marbres ont exprimé d'une
autre maniere par DOMUS DIVINA , la
Famille " Imperiale. Au reste le titre de
DOMINUS , donné à Alexandre , n'a rien
d'extraordinaire , quoique Lampride re
marque que ce Prince deffendit qu'on le
lui donnât. Dominum se appellari vetuit ,
cette même qualité lui est attribuée dans
une Inscription qu'on voit dans Gruter ,
page 121. GENIO D. N. SEVERI ALEXANDÀI.
ANG .
Il reste les quatre Lettres V. S. L. M:
dont M. le Chanoine d'Auxerre demande
l'explication , il paroît que c'est en riant
qu'il fait cette demande , aussi instruit
qu'il le paroît sur ce qui regarde les Sacrifices
, lui qui cire ceux qu'on appelloit
Tauroboles et Crioboles , n'est pas à sçavoir
que conformément aux autres Inscriptions
où elles se trouvent, elles doivent
ici s'expliquer par VOTUM SOLVIT LUBENS
MERITO. relativement à celui qui avoit fait
la dépense du Sacrifice pour la prosperité
de la Maison Imperiale . Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE écrite d'Orleans, par M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet d'une Inscription trouvée à Auxerre.
La lettre datée du 27 juin 1731 discute d'une inscription découverte à Auxerre et publiée dans le Mercure de mai 1731. Cette inscription, PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M. DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COS., remonte au consulat de Modeste et Probus en 228 après J.-C., sous le règne de l'empereur Sévère Alexandre. L'auteur de l'explication propose qu'Ovinius Camillus, mentionné par Lampride, aurait pu être associé à l'Empire par Alexandre. Cependant, cette hypothèse est contestée en raison des divergences historiques et du manque de preuves solides. L'auteur de la lettre propose une autre interprétation pour le terme DOMINORUM, qui pourrait signifier AUGUSTORUM, désignant l'empereur et l'impératrice ou la mère de l'empereur, Mammée. Cette interprétation est soutenue par des exemples de médailles antiques. Les lettres V. S. L. M. sont expliquées par VOTUM SOLVIT LUBENS MERITO, indiquant que le sacrifice a été offert de manière méritoire pour la prospérité de la famille impériale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 2399-2400
EXTRAIT d'une Lettre d'Orleans , écrite le 20 Septembre 1731. fur une production singuliere.
Début :
Un Orleanois, en temps de vendange, peut parler Raisin : Navita de Ventis, &. On [...]
Mots clefs :
Orléans, Vendange, Bourguignon, Vigne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre d'Orleans , écrite le 20 Septembre 1731. fur une production singuliere.
EXTRAIT d'une Lettre d'Orleans , écrite
le 20 Septembre 1731. fur une
production finguliere .
N Orleanois , en temps de vendange , peut
>
s'empresseroit,sans doute davantage, à écouter un
Champenois ou un Bourguignon. On se flateroit
de quelque nouvelle découverte ; mais un Or-
Jéanois , dira-t - on , avec son vin bier inferieur
que va-t- il nous conter quelque chose qui va
Nous surprendre , et que vous croirez peut - être
digne de faire un article du Mercure.
Voicy dequoi il est question.
>
Etant allé me promener il y a deux jours ,
chez un ami qui faisoit sa vendange , il me régala
d'une Branche de Vigne , de laquelle pendoient
deux Raisins , l'un noir , l'autre blanc ,
tous deux en parfaite maturité ; de sorte qu'on ne
pouvoit pas dire que le blanc n'étoit qu'un verjus
qui n'avoit pas encore pris couleur ; d'ailleurs
nulle supercherie pour faire donner quelqu'un
dans le panneau , cela auroit été grossier . J'examinai
la branche long- temps et de fort pres. C'étoit
réellement les deux differentes especes de blanc
et de noir , sorties du même endroit , sur la longueur
de deux pouces.
>
Aprés la branche , il me presenta une Grappe ,
moitié de grains noirs , moitié de grains blancs ,
et le tout encore de parfaite maturité , autre espece
de prodige. Je prends cette Grappe , je la
considere ; je l'examine , je tire des grains de
l'une et l'autre espece ; je les goute , je les trouve
F vj tous
2400 MERCURE DE FRANCE
tous deux bons et mûrs. Ce n'est point encore là
une Grappe qu'on auroit pû dire moitié raisin et
moitié verjus ; la parfaite maturité des grains
les deux differentes especes réünies. er ,
comme confonduës.
prouve
Sur mes questions réïterées , le maître de la
maison me répondit que les deux Seps qui produisent
ces sortes de Raisins sont dans sa Vigne,
en plein champ , qu'il me les fera voir, si je veux.
Ôn scait qu'il n'y a sur la vigne ni greffe ni
écusson , pour marier différentes especes , comme
cela se fait sur les Arbres fruitiers. Pour mertre
en quelque façon le comble à la varieté dans
ce genre , deux personnes me dirent qu'elles
connoissoient une Treille , qui produisoit une
année des raisins blancs , et l'autre année des
raisins noirs ; elles nommerent même la maison
dans cette Ville où est cette Treille singuliere.
Aprés cela , n'avouerez- vous pas que si nos
Vignes ne produisent rien d'exquis, du moins elles
font voir quelque chose d'assez rare . Que les Scavans
nous expliquent , s'il est possible , les causes
Phisiques de ces productions bizarres , où tout est
de la nature , et rien absolument de l'art. Pour
moi je ne sçai dire autre chose , si- non : J'ai vû,
et que s'il y avoit sur ce sujet des incrédules , il
esr encore temps de leur faire voir la même
chose.
le 20 Septembre 1731. fur une
production finguliere .
N Orleanois , en temps de vendange , peut
>
s'empresseroit,sans doute davantage, à écouter un
Champenois ou un Bourguignon. On se flateroit
de quelque nouvelle découverte ; mais un Or-
Jéanois , dira-t - on , avec son vin bier inferieur
que va-t- il nous conter quelque chose qui va
Nous surprendre , et que vous croirez peut - être
digne de faire un article du Mercure.
Voicy dequoi il est question.
>
Etant allé me promener il y a deux jours ,
chez un ami qui faisoit sa vendange , il me régala
d'une Branche de Vigne , de laquelle pendoient
deux Raisins , l'un noir , l'autre blanc ,
tous deux en parfaite maturité ; de sorte qu'on ne
pouvoit pas dire que le blanc n'étoit qu'un verjus
qui n'avoit pas encore pris couleur ; d'ailleurs
nulle supercherie pour faire donner quelqu'un
dans le panneau , cela auroit été grossier . J'examinai
la branche long- temps et de fort pres. C'étoit
réellement les deux differentes especes de blanc
et de noir , sorties du même endroit , sur la longueur
de deux pouces.
>
Aprés la branche , il me presenta une Grappe ,
moitié de grains noirs , moitié de grains blancs ,
et le tout encore de parfaite maturité , autre espece
de prodige. Je prends cette Grappe , je la
considere ; je l'examine , je tire des grains de
l'une et l'autre espece ; je les goute , je les trouve
F vj tous
2400 MERCURE DE FRANCE
tous deux bons et mûrs. Ce n'est point encore là
une Grappe qu'on auroit pû dire moitié raisin et
moitié verjus ; la parfaite maturité des grains
les deux differentes especes réünies. er ,
comme confonduës.
prouve
Sur mes questions réïterées , le maître de la
maison me répondit que les deux Seps qui produisent
ces sortes de Raisins sont dans sa Vigne,
en plein champ , qu'il me les fera voir, si je veux.
Ôn scait qu'il n'y a sur la vigne ni greffe ni
écusson , pour marier différentes especes , comme
cela se fait sur les Arbres fruitiers. Pour mertre
en quelque façon le comble à la varieté dans
ce genre , deux personnes me dirent qu'elles
connoissoient une Treille , qui produisoit une
année des raisins blancs , et l'autre année des
raisins noirs ; elles nommerent même la maison
dans cette Ville où est cette Treille singuliere.
Aprés cela , n'avouerez- vous pas que si nos
Vignes ne produisent rien d'exquis, du moins elles
font voir quelque chose d'assez rare . Que les Scavans
nous expliquent , s'il est possible , les causes
Phisiques de ces productions bizarres , où tout est
de la nature , et rien absolument de l'art. Pour
moi je ne sçai dire autre chose , si- non : J'ai vû,
et que s'il y avoit sur ce sujet des incrédules , il
esr encore temps de leur faire voir la même
chose.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre d'Orleans , écrite le 20 Septembre 1731. fur une production singuliere.
Le 20 septembre 1731, une lettre décrit une observation inhabituelle dans une vigne à Orléans. L'auteur rapporte avoir vu une branche de vigne portant des raisins noirs et blancs, tous parfaitement mûrs. Il mentionne également une grappe composée moitié de grains noirs et moitié de grains blancs, également mûrs. Le propriétaire de la vigne confirme la présence de ces deux types de raisins sans recours à la greffe ou à l'écusson. Deux personnes affirment connaître une treille produisant des raisins blancs une année et des raisins noirs l'année suivante. L'auteur invite les savants à expliquer les causes physiques de ces phénomènes naturels rares et inhabituels.
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6
p. 8-17
LETTRE sur une Médaille Antique d'argent.
Début :
Puisque je vous ai promis, Monsieur, de vous dire ce [...]
Mots clefs :
Médaille antique d'argent, Hercules Adsertor, Abbé de Rothelin, Galba, Suétone, Fortuna
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur une Médaille Antique d'argent.
LETTRE sur une Médaille Antique
d'argent.
HERCULES ADSERTOR. La tête d'Hercule
represente un vieillard avec une longue
barbe en pointes et une couronne de Lau- rier. Et sur le revers TUNA. P. R.
une Divinité debout, dont on ne peut pas
bien distinguer les symboles , la Médaille
qui est fourée, étant gâtée en cet endroit.
Puisque le vous ai promis , Monsieur de vous dire ce que je pensois de cette Médaille qui est à Paris , dans le riche
Cabinet de M. l'Abbé de Rothelin , et
qui jusques icy peut passer pour être
unique ; je m'acquitte aujourd'hui de ma
parole par cette Lettre , où vous trou
verez mes conjectures sur cette Antique.
Je vous y propose, deux explications
l'une et l'autre a ses avantages et ses difficultez ; je me suis servi des premiers
et j'ai tâché de répondre aux autres. Je
re me flatte pas cependant d'avoir satisfait à tout , mais du moins ce que je vous
écris pourra donner envie à quelque autre plus habile de vous contenter sur ces
JANVIER. 1732.
et article , s'il vous prend envie de com
muniquer ma Lettre à vos amis.
La premiere explication , c'est que cette
Médaille peut fort bien se rapporter au
temps de la mort de Néron , et que sous
les traits d'un Hercule vieillard , ven
geur et protecteur de la liberté , on doit
reconnoître les traits de l'Empereur
Galba , qui , lors qu'il parvint à l'Empire
étoit âgé de 73 ans , et qui en délivrant
Rome d'un Prince qu'elle regardoit avec
justice , comme un Tyran , méritoit l'éloge qu'on donne icy au Dompteur des
Monstres , et dont , au rapport de l'Histoire , Julius-Vindex l'avoit déja flatté ,
lors qu'il l'engagea à prendre les Armes
Hortantis ut humanogeneri assemorem Ducemque se accommodaret.
Outre cette convenance , vous remar
querez , s'il vous plaît , que l'épithéte
d'ADSERTOR , Sur les Médailles , est contemporaine de Galba (a) , puis qu'elle se
trouve sur un grand Bronze ( b ) de Ves
pasien. S. P. Q. R. ADSERTORI LIBERTATIS PUBLICE , dans une Couronne de chêne.
Cette observation paroît legere , mais
elle ne le sera pas pour vous , Monsieur ,
qui sçayez de quel poids sont ces ressem-
(a )Dans la vie de Galba , n. 96
b) Le P. Hardouin, page 731, chap. 2.
B blances
to MERCURE DE FRANCE
blances sur les Médailles. Le grand prin
cipe des Antiquaires et le plus sûr étant
d'expliquer ces monumens les uns par les
autres. Le Titre d'Adsertor , au reste , est
tres- rare sur les Monnoyes ; et outre ces
deux cy , je n'en connois qu'une troisiéme où il se rencontre. J'aurai occasion de
la rapporter plus bas.
Le Revers , FORTUNA P. R. Car je ne
crois pas qu'on me conteste qu'il ne faille
ainsi restituer la légende,ceRevers, dis- je,
convient encore fort bien à l'époque que
je donne à la Médaille et à Galba en particulier, Premierement il ne faut qu'ouvrir
lesHistoriens, et faire quelque attention au
triste état où Rome se trouvoit réduite
par la tyrannie de Néron , pour se convaincre que le plus grand bonheur qui
pût arriver à l'Empire , étoit de se voir
délivré d'un tel Prince. Aussi on ne peut
exprimer la joïe que ressentit tout ce vaste Corps , quand il en apprit la mort.
Adeò cuncta Provincia, dit(a)Aurelius Victor , omnisque Roma interitu ejus exultavit
ut plebs induta pileis manumissionum , tanquam savo exemto domino , triumpharet , ct
c'est ce qui nous est confirmé par les Médailles de Galba , où l'on voit : LIBERTAS
RESTITUTA FELICITAS PUBLICA FORTUNE
(a ) Epitome , 13,
REDUC
JANVIER. 1732. TI
REDUCI FELICITAS BONI EVENTUs; et autrès
Inscriptions semblables.
Pour ce qui regarde plus particulierement Galba , Suetone rapporte que cè
Prince étant encore jeune , songea une
nuit que la fortune lui disoit, que se trou
vant lasse , elle se reposoit sur sa porte ,
qu'il la fit entrer chez lui au plutôt , sinon qu'elle seroit enlevée par quelques
autres ; que s'étant réveillé là - dessus , et
ayant fait ouvrir son appartement , il
avoit effectivement trouvé une image de
bronze de cette Déesse , à qui depuis il
avoit toujours continué de rendre un culte particulier.Suétone place cette avanture parmi les pronostics qu'eut ce Prin
ce , qu'un jour il regneroit. Il n'est donc
pas surprenant que sur uneMédaille frappée pour lui , on ait representé cette mê
me Fortune, qui de protectrice de Galba , simple particulier , étoit devenuë par
son avénement à l'Empire , une Divinité
commune à tous les Romains. FORTUNA
P. R.
Il est inutile d'observer que le manquè
du nom du Prince sur la Médaille n'empêche pas qu'on ne la puisse donner à
Galba; puisque tous les Antiquaires lui en
attribuent plusieurs semblables ; telle est
(a) celle d'argent, que j'ai citée plus haut
(a )Le P. Hardoüin , pag. 728. ch. I
Bij E
12 MERCURE DE FRANCE
FELICITAS BONÍ EVENTUS , avec la tête de la
Félicité ; et au revers , deux mains , qui
tiennent un Caducée , P. R. PAX. Outre
qu'on peut ajouter que ces Médailles ont
été frappées à Rome , immédiatement
après la mort de Néron , dans le dans le temps
où Galba étant encore absent,on pouvoit
n'avoir aucun de ses portraits , et sur tout
ignorer quels titres il vouloit qu'on lui donnât sur la Monnoye.
"
Je viens à la seconde Explication :
M. Patin , dans son ( a ) Suétone , a fait
graver une Médaille d'argent , ou ďun
côté est la tête d'une femme voilée , au
devant de laquelle est une branche de
Laurier , et pour Légende : LIBERTAS RESTITUTA; au Revers,Mars debout , tenant
un Bouclier d'une main , er un Trophée
de l'autre, et ces lettres : MARS ADSERŢOR,
Cet Auteur , sans expliquer autrement la
Médaille , la place parmi celles que les
conjurez contre Jules César , firent
frapper après la mort de ce grand homme , comme des monumens de la liberté
qu'ils crurent avoir rendue à leur patrie,
Il seroit difficile de lui donner une autre Explication , et je ne doute point
que M. Vaillant dans son ouvrage des
Consulaires , n'en ait jugé de même. Or
(a) Page 63.
-
Vous
JANVIER.. 1732. 13
-
Yous conviendrez , M. que cette Médaille
et celle de M. l'Abbé de Rothelin , ont
entr'elles un grand rapport. En effet, quoi
de plus semblable que Mars et Hercule ,
fun comme l'autre , Vengeurs et Protecteurs de la liberté opprimée. ADSERTOR , les
autres Légendes de ces deux Médailles ne
vous disent elles pas la même chose ;
puisque le bonheur du peuple Romain
FORTUNA P. R. ne vient que de la liberté.
qui lui est rendue 2 LIBERTAS RESTITUTA ,
que l'une est l'effet , l'autre la cause ? ou
plutôt que toutes les deux sont produites
par la mort d'un Prince que des gens
accoutumez à vivre en République, pouvoient , avec quelque raison , regardes
comme un Tyran? Je ne m'arrêterai pas
à continuer ce Parallele , il est aisé de
conclure par le peu que j'en ai fait remarquer , que le même motifa fait battre les deux Médailles , et qu'elles sont
l'ouvrage des Meurtriers de Jules- César.
On m'a fait une objection qui mérite
d'être examinée ; à sçavoir , qu'on vois
bien la part que Mars peut avoir dans la
mort de Jules- César. C'étoit à ce Dieu
que les Romains devoient leur origine et
les interêts de ce peuple étoient les fiens 'mais pour Hercule , on ne voit rien de
semblable et il s'en falloit beaucoup
Biij que
"
14 MERCURE DE FRANCE
que ce Dieu jouat à Rome un aussi grand
rôle que Mars; ainsi nulle comparaison
à faire des Médailles , qui portent l'image de l'un , avec celles qui portent la
tête de l'autre.
apJe réponds à cela , 1 ° . que les Pontifes
Romains , c'est-à- dire , ceux à qui il
partenoit de prononcer sur tout ce qui
regardoit les Dieux , ne faisoient de Mars
et d'Hercule qu'une même Divinité. C'est-
( a ) Macrobe qui nous l'apprend : Quia·
is Deus , dit cet Auteur , en parlant du
dernier , et apud Pontifices idem qui et.
Mars habetur.
2º. A ne regarder Hercule que comme
une Divinité distincte et séparée , on ne
peut disconvenir qu'il ne fut tres- considérable à Rome. Son culte plus ancien,
que cette Ville , avoit commencé en Italie du vivant de ce Héros ; les Romains
Pavoient réçu en s'établissant , et on peut
juger de son étendue par le grand nom..
bre deTemples et de Statues qui lui étoient conservez. P. Victor nous en a laissé le
dénombrement ; mais ce qui fait le plus à
notre sujet , c'est que les premieres Monnoyes que firent fraprer les Romains , et
qui portoient une Proie de Vaisseau
empreinte d'un côté , paroissent égale-.
(a) Saturn. lib. 3. cap. 12.
ment
JANVIER. 1732.
ment de l'autre , avec la tête d'Hercule
comme avec celles de Janus et de Mars
d'où il est aisé d'inférer qu'il falloit que
ce Dieu fut une des Divinitez protectrices de Rome.
·
-
3. Un autre motifpeut avoir enga
gé les Monétaires à mettre la tête d'Her
cule sur cette Médaille. On sçait combien
ce Dieu étoit honoré à Corinthe. (a)Pau,
sanias et les Médailles nous en font foy ;
peut être par l'image de ce Dieu a
t- on voulu marquer l'origine que Brutus tiroit de cette Ville ; par Tarquin
Pancien , de la fille duquel il descendoit.
Ma conjecture se trouve appuyée par
(b ) M. Beger , dans l'explication qu'il a
donnée d'une Medaille du Cabinet det
Brandebourg , où l'on voit d'un côté une
tête couverte d'un Casque , derriere la
quelle est une massuë; et au Revers , ce
mot , ROMANO, étoit écrit sous une Louve qui allaicte deux enfans. Il n'en a pas
fallu davantage à cet Auteur , que cette
massuë , pour lui faire soupçonner que la
tête casquée étoit celle d'un des Tar
quins précisément , parce que ces Princes
venoient de Corinthe,et qu'Hercule, dont
la massuë est le symbole , étoit un des
(a ) Lib. 20
(b )Tom. 1. pag. 33.80 B. iiij Dieux
16 MERCURE DE FRANCE
Dieux Tutelaires de cette Ville. Si cette
observation a lieu , voilà l'état de la Médaille que nous examinons tout- à- fair
determiné. Elle est consulaire, et doit être
placée avec celles de la famille de Junia.
Au reste , cette Medaille , pour le dire en
passant, peut servir à determiner la leçond'une autre , de la famille de Sicinia , oùl'on lit FORT. P. R. ( a ) que Fulvius Ursi- nus , aussi- bien que M. Patin,qui n'a rien
changé à cet endroit , explique par FORTITUDO P. R. et qu'il faut lire avec (b )
M. Spanheim, FORTUNA P.R. Comme dans
la Médaille de M. de Rothelin.
Voilà , M. à peu près tout ce que j'avois à dire; il ne me reste plus qu'un mot
à ajouter , et qui encore ne regarde que
la Médaille , sans rien ôter aux explications. Par les vestiges qui restent des Lettres effacées par la rouille , il paroît qu'il
y en avoit plus que le mot de FORTUNA
P. R. n'en comprend , et il s'agit d'y suppléer. Je crois qu'on ne le peut mieuxfaire que par l'Epithete de BONA , qui a
été donnée sur les Médailles à d'autres Divinitez du même rang. ( c) BON. EVENT.
(a )Famil. Rom. 263.
(b) De Usu et Pras. Num. pag. 575.
(c) Med. de lafamille Scribonia,
BONA
JANVIER 17320- 57
(a ) BONÆ SPEI. (b) BONO GENIO IMP. et àla
fortune , elle-même sous Gallien , BONE
FORTUNÆ. Outre que vous sçavez mieux
que moi que,dès le temps de la Républi- que , cette Divinité étoit adorée dans le
Ĉapitole , sous le nom de favorable : Boni
eventus , et Bona fortune simulacra in Capi».
tolio. Pline , liv. 36. cap. 5.
Je suis , Monsieur , &c..
( a ) Med. de Pescen. Nigers.
(b) Med. de Maximin d'Aza...
AOrleans „ ce 5 , Oct. 1731 ..
d'argent.
HERCULES ADSERTOR. La tête d'Hercule
represente un vieillard avec une longue
barbe en pointes et une couronne de Lau- rier. Et sur le revers TUNA. P. R.
une Divinité debout, dont on ne peut pas
bien distinguer les symboles , la Médaille
qui est fourée, étant gâtée en cet endroit.
Puisque le vous ai promis , Monsieur de vous dire ce que je pensois de cette Médaille qui est à Paris , dans le riche
Cabinet de M. l'Abbé de Rothelin , et
qui jusques icy peut passer pour être
unique ; je m'acquitte aujourd'hui de ma
parole par cette Lettre , où vous trou
verez mes conjectures sur cette Antique.
Je vous y propose, deux explications
l'une et l'autre a ses avantages et ses difficultez ; je me suis servi des premiers
et j'ai tâché de répondre aux autres. Je
re me flatte pas cependant d'avoir satisfait à tout , mais du moins ce que je vous
écris pourra donner envie à quelque autre plus habile de vous contenter sur ces
JANVIER. 1732.
et article , s'il vous prend envie de com
muniquer ma Lettre à vos amis.
La premiere explication , c'est que cette
Médaille peut fort bien se rapporter au
temps de la mort de Néron , et que sous
les traits d'un Hercule vieillard , ven
geur et protecteur de la liberté , on doit
reconnoître les traits de l'Empereur
Galba , qui , lors qu'il parvint à l'Empire
étoit âgé de 73 ans , et qui en délivrant
Rome d'un Prince qu'elle regardoit avec
justice , comme un Tyran , méritoit l'éloge qu'on donne icy au Dompteur des
Monstres , et dont , au rapport de l'Histoire , Julius-Vindex l'avoit déja flatté ,
lors qu'il l'engagea à prendre les Armes
Hortantis ut humanogeneri assemorem Ducemque se accommodaret.
Outre cette convenance , vous remar
querez , s'il vous plaît , que l'épithéte
d'ADSERTOR , Sur les Médailles , est contemporaine de Galba (a) , puis qu'elle se
trouve sur un grand Bronze ( b ) de Ves
pasien. S. P. Q. R. ADSERTORI LIBERTATIS PUBLICE , dans une Couronne de chêne.
Cette observation paroît legere , mais
elle ne le sera pas pour vous , Monsieur ,
qui sçayez de quel poids sont ces ressem-
(a )Dans la vie de Galba , n. 96
b) Le P. Hardouin, page 731, chap. 2.
B blances
to MERCURE DE FRANCE
blances sur les Médailles. Le grand prin
cipe des Antiquaires et le plus sûr étant
d'expliquer ces monumens les uns par les
autres. Le Titre d'Adsertor , au reste , est
tres- rare sur les Monnoyes ; et outre ces
deux cy , je n'en connois qu'une troisiéme où il se rencontre. J'aurai occasion de
la rapporter plus bas.
Le Revers , FORTUNA P. R. Car je ne
crois pas qu'on me conteste qu'il ne faille
ainsi restituer la légende,ceRevers, dis- je,
convient encore fort bien à l'époque que
je donne à la Médaille et à Galba en particulier, Premierement il ne faut qu'ouvrir
lesHistoriens, et faire quelque attention au
triste état où Rome se trouvoit réduite
par la tyrannie de Néron , pour se convaincre que le plus grand bonheur qui
pût arriver à l'Empire , étoit de se voir
délivré d'un tel Prince. Aussi on ne peut
exprimer la joïe que ressentit tout ce vaste Corps , quand il en apprit la mort.
Adeò cuncta Provincia, dit(a)Aurelius Victor , omnisque Roma interitu ejus exultavit
ut plebs induta pileis manumissionum , tanquam savo exemto domino , triumpharet , ct
c'est ce qui nous est confirmé par les Médailles de Galba , où l'on voit : LIBERTAS
RESTITUTA FELICITAS PUBLICA FORTUNE
(a ) Epitome , 13,
REDUC
JANVIER. 1732. TI
REDUCI FELICITAS BONI EVENTUs; et autrès
Inscriptions semblables.
Pour ce qui regarde plus particulierement Galba , Suetone rapporte que cè
Prince étant encore jeune , songea une
nuit que la fortune lui disoit, que se trou
vant lasse , elle se reposoit sur sa porte ,
qu'il la fit entrer chez lui au plutôt , sinon qu'elle seroit enlevée par quelques
autres ; que s'étant réveillé là - dessus , et
ayant fait ouvrir son appartement , il
avoit effectivement trouvé une image de
bronze de cette Déesse , à qui depuis il
avoit toujours continué de rendre un culte particulier.Suétone place cette avanture parmi les pronostics qu'eut ce Prin
ce , qu'un jour il regneroit. Il n'est donc
pas surprenant que sur uneMédaille frappée pour lui , on ait representé cette mê
me Fortune, qui de protectrice de Galba , simple particulier , étoit devenuë par
son avénement à l'Empire , une Divinité
commune à tous les Romains. FORTUNA
P. R.
Il est inutile d'observer que le manquè
du nom du Prince sur la Médaille n'empêche pas qu'on ne la puisse donner à
Galba; puisque tous les Antiquaires lui en
attribuent plusieurs semblables ; telle est
(a) celle d'argent, que j'ai citée plus haut
(a )Le P. Hardoüin , pag. 728. ch. I
Bij E
12 MERCURE DE FRANCE
FELICITAS BONÍ EVENTUS , avec la tête de la
Félicité ; et au revers , deux mains , qui
tiennent un Caducée , P. R. PAX. Outre
qu'on peut ajouter que ces Médailles ont
été frappées à Rome , immédiatement
après la mort de Néron , dans le dans le temps
où Galba étant encore absent,on pouvoit
n'avoir aucun de ses portraits , et sur tout
ignorer quels titres il vouloit qu'on lui donnât sur la Monnoye.
"
Je viens à la seconde Explication :
M. Patin , dans son ( a ) Suétone , a fait
graver une Médaille d'argent , ou ďun
côté est la tête d'une femme voilée , au
devant de laquelle est une branche de
Laurier , et pour Légende : LIBERTAS RESTITUTA; au Revers,Mars debout , tenant
un Bouclier d'une main , er un Trophée
de l'autre, et ces lettres : MARS ADSERŢOR,
Cet Auteur , sans expliquer autrement la
Médaille , la place parmi celles que les
conjurez contre Jules César , firent
frapper après la mort de ce grand homme , comme des monumens de la liberté
qu'ils crurent avoir rendue à leur patrie,
Il seroit difficile de lui donner une autre Explication , et je ne doute point
que M. Vaillant dans son ouvrage des
Consulaires , n'en ait jugé de même. Or
(a) Page 63.
-
Vous
JANVIER.. 1732. 13
-
Yous conviendrez , M. que cette Médaille
et celle de M. l'Abbé de Rothelin , ont
entr'elles un grand rapport. En effet, quoi
de plus semblable que Mars et Hercule ,
fun comme l'autre , Vengeurs et Protecteurs de la liberté opprimée. ADSERTOR , les
autres Légendes de ces deux Médailles ne
vous disent elles pas la même chose ;
puisque le bonheur du peuple Romain
FORTUNA P. R. ne vient que de la liberté.
qui lui est rendue 2 LIBERTAS RESTITUTA ,
que l'une est l'effet , l'autre la cause ? ou
plutôt que toutes les deux sont produites
par la mort d'un Prince que des gens
accoutumez à vivre en République, pouvoient , avec quelque raison , regardes
comme un Tyran? Je ne m'arrêterai pas
à continuer ce Parallele , il est aisé de
conclure par le peu que j'en ai fait remarquer , que le même motifa fait battre les deux Médailles , et qu'elles sont
l'ouvrage des Meurtriers de Jules- César.
On m'a fait une objection qui mérite
d'être examinée ; à sçavoir , qu'on vois
bien la part que Mars peut avoir dans la
mort de Jules- César. C'étoit à ce Dieu
que les Romains devoient leur origine et
les interêts de ce peuple étoient les fiens 'mais pour Hercule , on ne voit rien de
semblable et il s'en falloit beaucoup
Biij que
"
14 MERCURE DE FRANCE
que ce Dieu jouat à Rome un aussi grand
rôle que Mars; ainsi nulle comparaison
à faire des Médailles , qui portent l'image de l'un , avec celles qui portent la
tête de l'autre.
apJe réponds à cela , 1 ° . que les Pontifes
Romains , c'est-à- dire , ceux à qui il
partenoit de prononcer sur tout ce qui
regardoit les Dieux , ne faisoient de Mars
et d'Hercule qu'une même Divinité. C'est-
( a ) Macrobe qui nous l'apprend : Quia·
is Deus , dit cet Auteur , en parlant du
dernier , et apud Pontifices idem qui et.
Mars habetur.
2º. A ne regarder Hercule que comme
une Divinité distincte et séparée , on ne
peut disconvenir qu'il ne fut tres- considérable à Rome. Son culte plus ancien,
que cette Ville , avoit commencé en Italie du vivant de ce Héros ; les Romains
Pavoient réçu en s'établissant , et on peut
juger de son étendue par le grand nom..
bre deTemples et de Statues qui lui étoient conservez. P. Victor nous en a laissé le
dénombrement ; mais ce qui fait le plus à
notre sujet , c'est que les premieres Monnoyes que firent fraprer les Romains , et
qui portoient une Proie de Vaisseau
empreinte d'un côté , paroissent égale-.
(a) Saturn. lib. 3. cap. 12.
ment
JANVIER. 1732.
ment de l'autre , avec la tête d'Hercule
comme avec celles de Janus et de Mars
d'où il est aisé d'inférer qu'il falloit que
ce Dieu fut une des Divinitez protectrices de Rome.
·
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3. Un autre motifpeut avoir enga
gé les Monétaires à mettre la tête d'Her
cule sur cette Médaille. On sçait combien
ce Dieu étoit honoré à Corinthe. (a)Pau,
sanias et les Médailles nous en font foy ;
peut être par l'image de ce Dieu a
t- on voulu marquer l'origine que Brutus tiroit de cette Ville ; par Tarquin
Pancien , de la fille duquel il descendoit.
Ma conjecture se trouve appuyée par
(b ) M. Beger , dans l'explication qu'il a
donnée d'une Medaille du Cabinet det
Brandebourg , où l'on voit d'un côté une
tête couverte d'un Casque , derriere la
quelle est une massuë; et au Revers , ce
mot , ROMANO, étoit écrit sous une Louve qui allaicte deux enfans. Il n'en a pas
fallu davantage à cet Auteur , que cette
massuë , pour lui faire soupçonner que la
tête casquée étoit celle d'un des Tar
quins précisément , parce que ces Princes
venoient de Corinthe,et qu'Hercule, dont
la massuë est le symbole , étoit un des
(a ) Lib. 20
(b )Tom. 1. pag. 33.80 B. iiij Dieux
16 MERCURE DE FRANCE
Dieux Tutelaires de cette Ville. Si cette
observation a lieu , voilà l'état de la Médaille que nous examinons tout- à- fair
determiné. Elle est consulaire, et doit être
placée avec celles de la famille de Junia.
Au reste , cette Medaille , pour le dire en
passant, peut servir à determiner la leçond'une autre , de la famille de Sicinia , oùl'on lit FORT. P. R. ( a ) que Fulvius Ursi- nus , aussi- bien que M. Patin,qui n'a rien
changé à cet endroit , explique par FORTITUDO P. R. et qu'il faut lire avec (b )
M. Spanheim, FORTUNA P.R. Comme dans
la Médaille de M. de Rothelin.
Voilà , M. à peu près tout ce que j'avois à dire; il ne me reste plus qu'un mot
à ajouter , et qui encore ne regarde que
la Médaille , sans rien ôter aux explications. Par les vestiges qui restent des Lettres effacées par la rouille , il paroît qu'il
y en avoit plus que le mot de FORTUNA
P. R. n'en comprend , et il s'agit d'y suppléer. Je crois qu'on ne le peut mieuxfaire que par l'Epithete de BONA , qui a
été donnée sur les Médailles à d'autres Divinitez du même rang. ( c) BON. EVENT.
(a )Famil. Rom. 263.
(b) De Usu et Pras. Num. pag. 575.
(c) Med. de lafamille Scribonia,
BONA
JANVIER 17320- 57
(a ) BONÆ SPEI. (b) BONO GENIO IMP. et àla
fortune , elle-même sous Gallien , BONE
FORTUNÆ. Outre que vous sçavez mieux
que moi que,dès le temps de la Républi- que , cette Divinité étoit adorée dans le
Ĉapitole , sous le nom de favorable : Boni
eventus , et Bona fortune simulacra in Capi».
tolio. Pline , liv. 36. cap. 5.
Je suis , Monsieur , &c..
( a ) Med. de Pescen. Nigers.
(b) Med. de Maximin d'Aza...
AOrleans „ ce 5 , Oct. 1731 ..
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Résumé : LETTRE sur une Médaille Antique d'argent.
La lettre examine une médaille antique en argent conservée par l'Abbé de Rothelin à Paris. Cette médaille présente Hercule sur l'avers et une divinité sur le revers. L'auteur propose deux interprétations possibles pour cette médaille. La première explication suggère que la médaille date de la mort de Néron et représente Galba, empereur de 73 ans, sous les traits d'Hercule. Galba est perçu comme un vengeur et protecteur de la liberté, ayant libéré Rome de Néron. L'épithète 'ADSERTOR' sur la médaille est contemporaine de Galba et apparaît également sur un bronze de Vespasien. Le revers, 'FORTUNA P. R.', est approprié pour cette période, symbolisant la joie de Rome après la mort de Néron. La seconde explication, avancée par M. Patin, situe la médaille parmi celles frappées après la mort de Jules César par les conjurés, célébrant la liberté retrouvée. La médaille de M. Patin montre Mars, protecteur de la liberté, et présente des similitudes avec celle de l'Abbé de Rothelin. L'auteur répond à une objection en expliquant que les Romains considéraient Mars et Hercule comme une même divinité, Hercule étant également une divinité protectrice de Rome. L'auteur conclut en proposant de compléter les lettres effacées sur la médaille par l'épithète 'BONA', comme sur d'autres médailles similaires. La lettre est datée de janvier 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 674-683
REPLIQUE à la Réponse de M.L.B. sur son Explication de l'Inscription d'Auxerre.
Début :
J'ay lû ce que M.L.B. oppose aux Remarques que [...]
Mots clefs :
Inscription d'Auxerre, Ovinius, Monnaies antiques, Ouvrage, M. L. B., Association, Guerre, Alexandre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPLIQUE à la Réponse de M.L.B. sur son Explication de l'Inscription d'Auxerre.
REPLIQUE àla Réponse de M, L. B
sur son Explication de l'Inscription d'Auxerre.
Ay lû ce que M. L. B. oppose aux
Remarques que j'ai données dans le
mois de Juillet dernier , sur son Explication de l'Inscription d'Auxerre. Sa Réponse est d'un homme du métier qui
écrit d'une maniere aussi spirituelle que
sçavante;
AVRIL. 1732. 675
sçavante ; mais les raisonnemens qu'il
employe pour soutenir sa prétendue association d'Ovinius , ne me paroissent pas
solides , et il m'accuse d'ailleurs assez légerement de lui faire dire au sujet de la
Guerre d'Allemagne , ce qu'il ne dit pas,
et cela dans la vûë de combattre son sentiment ; il me permettra donc , s'il lui
plaît, de m'expliquer sur ces deux articles.
Premierement,pour ce qui regarde Ovinius , je soutiens , comme je l'ai déja fait,
que la lecturo seule du Texte de Lampride , qui nous rapporte l'association de ce
Sénateur à l'Empire , suffit pour nous
convaincre de la fausseté de cet Evenement. En effet a-t'on jamais vû qu'un
Prince puissant et paisible , à la premiere
nouvelle qu'un de ses Sujets est dans le
dessein de brouiller l'Etat , ait aussi- tôt .
sans autre consideration et par une foiblesse indigne , partagé avec lui son pouvoir , l'ait associé au Trône, et lui ait voulû de plus laisser le commandement des
Armées , c'est-à-dire en bon François
se livrer entierement à sa discretion. Voilà
pourtant la conduite de Severe Alexandre , si l'on s'en rapporte à Lampride.
Cum quidam Ovinius ... rebellare voluisset...participem imperii appellavit ... &
eam expeditio barbarica esset nunciata
Ciij vel
676 MERCURE DE FRANCE
vel ipsum, si vellet ire, vel ut secum proficis ceretur hortatus est. Un tel récit révolte le
Lecteur le plus crédule , aussi ne suis-je
pas le seul qui le révoque en doute. It
me suffira pour la de preuve, rapporter
ici les paroles de M. de Tillemont , sur
l'action qui fait la dispute. Nous ne vou
lons pas omettre ici , ( dit cet Auteur , p.
214. du Tome 3. de l'Hist. des Empereurs ) un Evenement qui semble apparte
nir plus que tout autre à l'an 228. S'il est
veritable dans toutes les circonstances que
l'on en dit ; car il est vrai qu'il y en a qui
paroissent tenir de la fable.
Secondement, non-seulement les Auteurs qui vivoient sous Severe Alexandre
et dont les Ouvrages sont parvenus jusqu'à nous , comme Dion et Herodien, (a)
ne nous disent rien de l'Association d'O
vinius ; mais par la maniere dont ils nous
marquent que Severe Alexandre agit dans
des temps de Révolte , il nous font assez
connoître ce que nous devons penser du
(a) En citant Herodien , je réponds incidemment à une Observation de M. L. B. qui prétend
que le silence des Historiens sur le sujet d'Ovinius , ne vient que de ce que ces Auteurs n'ont
écrit que de simples abregez. Herodien seurement ne passera jamais pour un Epitomiste , et le silence d'un Ecrivain aussi exact , balancera toujours l'autorité de Lampride,
récit
AVRIL. 1732.
677
récit de Lampride. Puisque chez eux Se- vere Alexandre est un Prince ferme et
vigilant , qui au premier bruit de quel¬
que entreprise contre son autorité , a
soin de la réprimer avec courage et d'en
punir les auteurs. Conduite qui convient
parfaitement à un Empereur , que M.L.B.
lui-même compare à Trajan. Voici les
Passages des Auteurs que j'ai citez . Per
id tempus ( dit Dion ) multa rebellionesfacte
sunt , quarum cum fuissent formidolosa ,
repressa ac restincta sunt. Et selon Hérodien: Nequi non in Syria res novas contra
Imperium moliti alii , sed universioppressi
statim supplicioque affecti sunt.
En troisiéme lieu , ce qui s'observoit
d'abord dans l'association d'un Prince à
l'Empire , étoit de frapper des Monnoyes
(a) au coin du nouveau Souverain , ç'a
été un usageconstamment gardé sous tous
les Empereurs ; soit que ces Associations
ayent été libres , comme celles de Trajan
par Nerva, d'Elius par Hadrien , soit
qu'elles ayent.été forcées , comme quand
Balbin et Puppien furent obligez de déclarer Cesar le jeune Gordien , ou que
(a) Et vero simul Imperii summam adepti erant ,
Imperatores ) prima hac cura fuit nummos sua ,
mox conjugum denique et liberorum effigie insignire.
Anton, Augustinus. Dial. T. de Vet. Num. antiq..
Cij Ma-
678 MERCURE DE FRANCE
Maximien Hercule fut contraint par Galere , d'accorder le même titre à Severe.
Il nous reste des Médailles de tous ces
Princes. Ovinius seroit- il le seul pour qui
on eut négligé une coûtume si essentielle
et si continue? Sur tout ce Sénateur ayant
vécu plus de 7 ans , après sa prétendue
association , si l'on s'en rapporte à M.L.B.
qui ne le fait mourir qu'après Severe
Aléxandre.
Enfin pour me servir des armes que
M. L. B. me fournit lui-même, je ferai
remarquer que si Ovinius avoit effectivement été associé par Severe Alexandre;
les Loix que ce dernier donna la même
année de cet Evénement , n'auroient pas
manqué de faire mention d'Ovinius , ou
nommément ou en nom collectif , ce qui
n'est pas., Severe Aléxandre y étant seul
nommé , et cela contre la Regle générale , s'il avoit cu un Collégue ; puisque
nous voyons dans toutes les Loix des Empereurs qui nous restent , le nombre des
Augustes qui regnoient,' exactement marqué. Divi FRATRES AA. IMP. Severus
ET ANTON. A.A. IMPP.GRATIANUS VALENS
ET THEODOSIUS AAA.
Mais , dit M. L. B. l'association d'Ovinius nous est racontée par un Auteur de
réputation , qui vivoit seulement cent ans
après
AVRIL 17320 679
après Severe Alexandre , et qui comme il
le dit lui-même , avoit emprunté ce fait
des Mémoires de quatre Courtisans de ce
Prince; en faut-il davantage pour autoriser cet Evenement ? Je réponds , que ces
quatre Auteurs n'étant point connus autrement que par ce que nous en dit Lampride , ou les autres Auteurs de l'Histoire
Auguste on n'en sçauroit tirer aucun avantage , s'il est vrai qu'on soit en droit de
révoquer en doute ce que ces Ecrivains
avancent, quand il ne se trouve pas d'ail
leurs confirmé , du moins pour le fonds;.
et c'est ce qu'il est aisé de prouver.
teurs ,
Le corps d'Histoire,appellée Auguste, est
l'ouvrage d'un Compilateur , demi sçavant, qui sans choix , et sans ordre , a
mêlé ensemble les Narrations des Audont son Recueil porte les noms
et de quelques autres , peut-être encore ,
qui nous sont inconnus. C'est le sentiment
de ( a ) Casaubon , de ( b ) Saumaise , et
de M. de ( c) Tillemont , qui suffit pour
nous convaincre, qu'à moins que les faitsqu'on trouve dans cette compilation , ne
se rencontrent ailleurs , on est toujours
(a ) Casaub. Pref. in Hist. Augustë”-
(b ) Saum. Idem .
(c) Till. tom. 4. pag. 66.
Cly bien
680 MERCURE DE FRANCE
reçu , comme je l'ai dit, à ne les point bien
recevoir comme véritables.
د
Mais M. L. B. qui veut absolument
donner la Pourpre à Ovinius , a trouvé
une maniere de le faire , sans inter
resser le Prince. C'est de dire que du côté
de Severe Alexandre , l'association d'O
vinius pouvoit n'être que simulée. J'ai
honte de rapporter un expédient aussi
foible et qui tout mysterieux qu'il est , s'il
étoit même véritable , ne changeoit rien .
aux inconveniens , que n'auroit pas manqué d'emporter avec elle une action aussi
publique , et d'une aussi grande consé→
quence , du moins pour les peuples , qui
conduit par les apparences , auroient tou
jours été dans la bonne foy.
Je passe donc à la seconde partie de la
réponse de M. L. B. mais je dois conve
nir auparavant avec lui,que le mot Vulgi,
que j'ai cité dans ma Lettre du mois de
Juillet , se rapporte moins à l'associa
tion d'Ovinius, qu'au temps où elle peutavoir été faite , sous Trajan ou sous Seve
re Alexandre. C'est un manque d'atten
tion de mapart , mais qui n'ôte rien à mes
preuves , et que je ne veux pas excuser.
M. L. B. nous dit que par l'expedition
qui suivit l'association d'Ovinius, il a entendu la guerre d'Illyrie , qu'on peut appeller :
AVRIL. 1732. 681
peller la Guerre d'Allemagne , et que je
suppose que c'est de la derniere guerre
d'Allemagne dans laquelle périt Severe
Alexandre , dont il a voulu parler. Qu'il
me soit permis de dire que jamais repro
che ne fut plus mal fondé. 1º . En parlant
simplement d'une guerre contre les Allemans , comme a fait M. L. B. dans sa
Lettre du mois de May , il est naturel
`d'entendre la derniere contre ces peuples,
comme la plus considérable , et celle où
ils sont désignez par leur nom dans Lam- "
pride. 2°. C'est , qu'en suivant cet Auteur , comme il a fait , on ne peut l'en- "
rendre autrement. Je m'explique : Lampride nous dit que Severe Alexandre "
ayant appris l'irruption de quelques Barbares sur les Terres de l'Empire , marcha
en personne contre eux , et que dans ce
voyage il mena Ovinius ; or cecy ne peut
convenir à l'expédition d'Illyrie où ce
Prince ne se trouva pas , et qui fut conduite par ses Généraux ; le Texte de Lam
pride y est précis. Acta sunt res feliciter et
in Mauretania per Durium Celsum , et in
Illyrico per Varium Macrinum. Ainsi , s'il
s'agit d'Allemans , et que Severe Alexan- 1
dre ait marché contre eux ; ce ne peutêtre
que dans la seconde guerre , et j'ai euraison d'avancer que quand même l'associa
Cvj tion
682 MERCURE DE FRANCE
tion d'Ovinius ne seroit pas insoutenable. M. L. B. se seroit toujours trompé à
cet égard.
Voilà ce que j'avois à dire pour madeffence ; mais avant que de finir,je dois rapporter une Inscription , qui fait , au sujet
qui nous divise, M. L. B. et moi. Elle se
trouve à Rome , dans les Jardins du Palais Giustiniani , et c'est Reinesius qui la
rapporte.
Syntag. Inscrip. Antiq. cxIx. Part. I.
FORTVNE AVG..
PRO. SAL VTE FERENDINE
DOMINORVM. NN.
SEVERI. PIL. AV G.
FIL. IVLIÆ. AVG. MATRIS
و
Dans cette Inscription , comme on le
voit, Antonin Caracalle et Julie sa mere
sont appellez Domini nostri, ce qui est une
confirmation tout- à- fait décisive de l'ex-.
plication que j'ai donnée de Dominorum
nostrorum , de l'Inscription d'Auxerre , en
l'entendant de Severe Alexandre et de:
Mammée , mere de ce Prince. Tout est
semblable dans ces deux Monumens ; j'ajoute seulement que quoiqu'il semble d'abord qu'on puisse aussi- bien expliquer
celle
AVRIL. 17320 6·831
celle d'Auxerre par rapport à Severe Alexandre et à Sallustia Bårbia Osbiana " son.
épouse ; et que je paroisse en quelque façon donner dans mes Remarques l'alternative sur ce sujet. Je suis néanmoins trèspersuadé que c'est de Mammée seule, que.
I'Inscription peut parler, parce que les(a)
Médailles Grecques qui nous restent d'Orbiana , et qui sont marquées des années.
du Regne de son Mary, nous offrent seu--
lement la cinquième année de ce Prince ;
et comme l'Inscription a été posée la septiéme, il n'y a pas d'apparence d'y trou
ver Orbiana, que Herodion, sans la nommer, nous dit avoir été renvoyée peu de
temps après son mariage , aux instances
de sa belle-mere, j'alouse qu'une autre
partageat avec elle les honneurs de la
Cour. Dedit autem ( Mammée ) filio in matrimoniumpuellam... eadempaulo post aula
per omnem contumeliam exegit , et quum ipsa
tantum vocari angusta vellet , &c.
A Orleans , ce 7 Fev. 1732.D.P..
(a)Vaillant. Nusmism. Graca
sur son Explication de l'Inscription d'Auxerre.
Ay lû ce que M. L. B. oppose aux
Remarques que j'ai données dans le
mois de Juillet dernier , sur son Explication de l'Inscription d'Auxerre. Sa Réponse est d'un homme du métier qui
écrit d'une maniere aussi spirituelle que
sçavante;
AVRIL. 1732. 675
sçavante ; mais les raisonnemens qu'il
employe pour soutenir sa prétendue association d'Ovinius , ne me paroissent pas
solides , et il m'accuse d'ailleurs assez légerement de lui faire dire au sujet de la
Guerre d'Allemagne , ce qu'il ne dit pas,
et cela dans la vûë de combattre son sentiment ; il me permettra donc , s'il lui
plaît, de m'expliquer sur ces deux articles.
Premierement,pour ce qui regarde Ovinius , je soutiens , comme je l'ai déja fait,
que la lecturo seule du Texte de Lampride , qui nous rapporte l'association de ce
Sénateur à l'Empire , suffit pour nous
convaincre de la fausseté de cet Evenement. En effet a-t'on jamais vû qu'un
Prince puissant et paisible , à la premiere
nouvelle qu'un de ses Sujets est dans le
dessein de brouiller l'Etat , ait aussi- tôt .
sans autre consideration et par une foiblesse indigne , partagé avec lui son pouvoir , l'ait associé au Trône, et lui ait voulû de plus laisser le commandement des
Armées , c'est-à-dire en bon François
se livrer entierement à sa discretion. Voilà
pourtant la conduite de Severe Alexandre , si l'on s'en rapporte à Lampride.
Cum quidam Ovinius ... rebellare voluisset...participem imperii appellavit ... &
eam expeditio barbarica esset nunciata
Ciij vel
676 MERCURE DE FRANCE
vel ipsum, si vellet ire, vel ut secum proficis ceretur hortatus est. Un tel récit révolte le
Lecteur le plus crédule , aussi ne suis-je
pas le seul qui le révoque en doute. It
me suffira pour la de preuve, rapporter
ici les paroles de M. de Tillemont , sur
l'action qui fait la dispute. Nous ne vou
lons pas omettre ici , ( dit cet Auteur , p.
214. du Tome 3. de l'Hist. des Empereurs ) un Evenement qui semble apparte
nir plus que tout autre à l'an 228. S'il est
veritable dans toutes les circonstances que
l'on en dit ; car il est vrai qu'il y en a qui
paroissent tenir de la fable.
Secondement, non-seulement les Auteurs qui vivoient sous Severe Alexandre
et dont les Ouvrages sont parvenus jusqu'à nous , comme Dion et Herodien, (a)
ne nous disent rien de l'Association d'O
vinius ; mais par la maniere dont ils nous
marquent que Severe Alexandre agit dans
des temps de Révolte , il nous font assez
connoître ce que nous devons penser du
(a) En citant Herodien , je réponds incidemment à une Observation de M. L. B. qui prétend
que le silence des Historiens sur le sujet d'Ovinius , ne vient que de ce que ces Auteurs n'ont
écrit que de simples abregez. Herodien seurement ne passera jamais pour un Epitomiste , et le silence d'un Ecrivain aussi exact , balancera toujours l'autorité de Lampride,
récit
AVRIL. 1732.
677
récit de Lampride. Puisque chez eux Se- vere Alexandre est un Prince ferme et
vigilant , qui au premier bruit de quel¬
que entreprise contre son autorité , a
soin de la réprimer avec courage et d'en
punir les auteurs. Conduite qui convient
parfaitement à un Empereur , que M.L.B.
lui-même compare à Trajan. Voici les
Passages des Auteurs que j'ai citez . Per
id tempus ( dit Dion ) multa rebellionesfacte
sunt , quarum cum fuissent formidolosa ,
repressa ac restincta sunt. Et selon Hérodien: Nequi non in Syria res novas contra
Imperium moliti alii , sed universioppressi
statim supplicioque affecti sunt.
En troisiéme lieu , ce qui s'observoit
d'abord dans l'association d'un Prince à
l'Empire , étoit de frapper des Monnoyes
(a) au coin du nouveau Souverain , ç'a
été un usageconstamment gardé sous tous
les Empereurs ; soit que ces Associations
ayent été libres , comme celles de Trajan
par Nerva, d'Elius par Hadrien , soit
qu'elles ayent.été forcées , comme quand
Balbin et Puppien furent obligez de déclarer Cesar le jeune Gordien , ou que
(a) Et vero simul Imperii summam adepti erant ,
Imperatores ) prima hac cura fuit nummos sua ,
mox conjugum denique et liberorum effigie insignire.
Anton, Augustinus. Dial. T. de Vet. Num. antiq..
Cij Ma-
678 MERCURE DE FRANCE
Maximien Hercule fut contraint par Galere , d'accorder le même titre à Severe.
Il nous reste des Médailles de tous ces
Princes. Ovinius seroit- il le seul pour qui
on eut négligé une coûtume si essentielle
et si continue? Sur tout ce Sénateur ayant
vécu plus de 7 ans , après sa prétendue
association , si l'on s'en rapporte à M.L.B.
qui ne le fait mourir qu'après Severe
Aléxandre.
Enfin pour me servir des armes que
M. L. B. me fournit lui-même, je ferai
remarquer que si Ovinius avoit effectivement été associé par Severe Alexandre;
les Loix que ce dernier donna la même
année de cet Evénement , n'auroient pas
manqué de faire mention d'Ovinius , ou
nommément ou en nom collectif , ce qui
n'est pas., Severe Aléxandre y étant seul
nommé , et cela contre la Regle générale , s'il avoit cu un Collégue ; puisque
nous voyons dans toutes les Loix des Empereurs qui nous restent , le nombre des
Augustes qui regnoient,' exactement marqué. Divi FRATRES AA. IMP. Severus
ET ANTON. A.A. IMPP.GRATIANUS VALENS
ET THEODOSIUS AAA.
Mais , dit M. L. B. l'association d'Ovinius nous est racontée par un Auteur de
réputation , qui vivoit seulement cent ans
après
AVRIL 17320 679
après Severe Alexandre , et qui comme il
le dit lui-même , avoit emprunté ce fait
des Mémoires de quatre Courtisans de ce
Prince; en faut-il davantage pour autoriser cet Evenement ? Je réponds , que ces
quatre Auteurs n'étant point connus autrement que par ce que nous en dit Lampride , ou les autres Auteurs de l'Histoire
Auguste on n'en sçauroit tirer aucun avantage , s'il est vrai qu'on soit en droit de
révoquer en doute ce que ces Ecrivains
avancent, quand il ne se trouve pas d'ail
leurs confirmé , du moins pour le fonds;.
et c'est ce qu'il est aisé de prouver.
teurs ,
Le corps d'Histoire,appellée Auguste, est
l'ouvrage d'un Compilateur , demi sçavant, qui sans choix , et sans ordre , a
mêlé ensemble les Narrations des Audont son Recueil porte les noms
et de quelques autres , peut-être encore ,
qui nous sont inconnus. C'est le sentiment
de ( a ) Casaubon , de ( b ) Saumaise , et
de M. de ( c) Tillemont , qui suffit pour
nous convaincre, qu'à moins que les faitsqu'on trouve dans cette compilation , ne
se rencontrent ailleurs , on est toujours
(a ) Casaub. Pref. in Hist. Augustë”-
(b ) Saum. Idem .
(c) Till. tom. 4. pag. 66.
Cly bien
680 MERCURE DE FRANCE
reçu , comme je l'ai dit, à ne les point bien
recevoir comme véritables.
د
Mais M. L. B. qui veut absolument
donner la Pourpre à Ovinius , a trouvé
une maniere de le faire , sans inter
resser le Prince. C'est de dire que du côté
de Severe Alexandre , l'association d'O
vinius pouvoit n'être que simulée. J'ai
honte de rapporter un expédient aussi
foible et qui tout mysterieux qu'il est , s'il
étoit même véritable , ne changeoit rien .
aux inconveniens , que n'auroit pas manqué d'emporter avec elle une action aussi
publique , et d'une aussi grande consé→
quence , du moins pour les peuples , qui
conduit par les apparences , auroient tou
jours été dans la bonne foy.
Je passe donc à la seconde partie de la
réponse de M. L. B. mais je dois conve
nir auparavant avec lui,que le mot Vulgi,
que j'ai cité dans ma Lettre du mois de
Juillet , se rapporte moins à l'associa
tion d'Ovinius, qu'au temps où elle peutavoir été faite , sous Trajan ou sous Seve
re Alexandre. C'est un manque d'atten
tion de mapart , mais qui n'ôte rien à mes
preuves , et que je ne veux pas excuser.
M. L. B. nous dit que par l'expedition
qui suivit l'association d'Ovinius, il a entendu la guerre d'Illyrie , qu'on peut appeller :
AVRIL. 1732. 681
peller la Guerre d'Allemagne , et que je
suppose que c'est de la derniere guerre
d'Allemagne dans laquelle périt Severe
Alexandre , dont il a voulu parler. Qu'il
me soit permis de dire que jamais repro
che ne fut plus mal fondé. 1º . En parlant
simplement d'une guerre contre les Allemans , comme a fait M. L. B. dans sa
Lettre du mois de May , il est naturel
`d'entendre la derniere contre ces peuples,
comme la plus considérable , et celle où
ils sont désignez par leur nom dans Lam- "
pride. 2°. C'est , qu'en suivant cet Auteur , comme il a fait , on ne peut l'en- "
rendre autrement. Je m'explique : Lampride nous dit que Severe Alexandre "
ayant appris l'irruption de quelques Barbares sur les Terres de l'Empire , marcha
en personne contre eux , et que dans ce
voyage il mena Ovinius ; or cecy ne peut
convenir à l'expédition d'Illyrie où ce
Prince ne se trouva pas , et qui fut conduite par ses Généraux ; le Texte de Lam
pride y est précis. Acta sunt res feliciter et
in Mauretania per Durium Celsum , et in
Illyrico per Varium Macrinum. Ainsi , s'il
s'agit d'Allemans , et que Severe Alexan- 1
dre ait marché contre eux ; ce ne peutêtre
que dans la seconde guerre , et j'ai euraison d'avancer que quand même l'associa
Cvj tion
682 MERCURE DE FRANCE
tion d'Ovinius ne seroit pas insoutenable. M. L. B. se seroit toujours trompé à
cet égard.
Voilà ce que j'avois à dire pour madeffence ; mais avant que de finir,je dois rapporter une Inscription , qui fait , au sujet
qui nous divise, M. L. B. et moi. Elle se
trouve à Rome , dans les Jardins du Palais Giustiniani , et c'est Reinesius qui la
rapporte.
Syntag. Inscrip. Antiq. cxIx. Part. I.
FORTVNE AVG..
PRO. SAL VTE FERENDINE
DOMINORVM. NN.
SEVERI. PIL. AV G.
FIL. IVLIÆ. AVG. MATRIS
و
Dans cette Inscription , comme on le
voit, Antonin Caracalle et Julie sa mere
sont appellez Domini nostri, ce qui est une
confirmation tout- à- fait décisive de l'ex-.
plication que j'ai donnée de Dominorum
nostrorum , de l'Inscription d'Auxerre , en
l'entendant de Severe Alexandre et de:
Mammée , mere de ce Prince. Tout est
semblable dans ces deux Monumens ; j'ajoute seulement que quoiqu'il semble d'abord qu'on puisse aussi- bien expliquer
celle
AVRIL. 17320 6·831
celle d'Auxerre par rapport à Severe Alexandre et à Sallustia Bårbia Osbiana " son.
épouse ; et que je paroisse en quelque façon donner dans mes Remarques l'alternative sur ce sujet. Je suis néanmoins trèspersuadé que c'est de Mammée seule, que.
I'Inscription peut parler, parce que les(a)
Médailles Grecques qui nous restent d'Orbiana , et qui sont marquées des années.
du Regne de son Mary, nous offrent seu--
lement la cinquième année de ce Prince ;
et comme l'Inscription a été posée la septiéme, il n'y a pas d'apparence d'y trou
ver Orbiana, que Herodion, sans la nommer, nous dit avoir été renvoyée peu de
temps après son mariage , aux instances
de sa belle-mere, j'alouse qu'une autre
partageat avec elle les honneurs de la
Cour. Dedit autem ( Mammée ) filio in matrimoniumpuellam... eadempaulo post aula
per omnem contumeliam exegit , et quum ipsa
tantum vocari angusta vellet , &c.
A Orleans , ce 7 Fev. 1732.D.P..
(a)Vaillant. Nusmism. Graca
Fermer
Résumé : REPLIQUE à la Réponse de M.L.B. sur son Explication de l'Inscription d'Auxerre.
L'auteur répond à M. L. B. concernant l'interprétation d'une inscription d'Auxerre. Il conteste l'idée que Ovinius aurait été associé à l'Empire sous Sévère Alexandre, comme le suggère M. L. B. Selon l'auteur, la lecture du texte de Lampride, qui mentionne cet événement, suffit à en prouver la fausseté. Un prince puissant et pacifique n'aurait pas partagé son pouvoir avec un sujet rebelle sans considération préalable. L'auteur cite également M. de Tillemont, qui exprime des doutes sur la véracité de cet événement. Les historiens contemporains de Sévère Alexandre, tels que Dion et Hérode, ne font aucune mention de cette association et décrivent l'empereur comme un prince ferme et vigilant. L'auteur souligne que les empereurs avaient l'habitude de frapper des monnaies à l'effigie des nouveaux souverains associés, ce qui n'a pas été fait pour Ovinius. L'auteur réfute également l'argument de M. L. B. selon lequel l'association d'Ovinius pourrait avoir été simulée. Il corrige une erreur concernant l'interprétation d'un mot dans sa lettre précédente. Enfin, il présente une inscription romaine qui confirme son interprétation de l'inscription d'Auxerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 912-917
LETTRE écrite d'Orleans le 12. Avril 1732. sur le nom de Guespin, qu'on donne aux Orleanois.
Début :
De bonne foi, y pensez-vous, Monsieur, de me faire [...]
Mots clefs :
Orléans, Guespin, Latin, Caractère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Orleans le 12. Avril 1732. sur le nom de Guespin, qu'on donne aux Orleanois.
LETTRE écrite d'Orleans le 11. Avril
1732. sur le nom de Guespin , qu'on
donne aux Orleanois.
D
E bonne foi , y pensez-vous , Monsieur , de me faire de pareilles demandes. Orleanois depuis le Deluge (1 )
ou peu s'en faut , vous voulez que je
vous dise d'où vient le nom de Guespin ,
et ce que l'on doit entendre par ce sobriquet , qu'on nous donne si liberalement ;il faut être bien complaisant pour
(1 ) Le Maire , Hist. d'Orleans , met la fonda
on de cette Ville seulement 350. ans après le Dé
suge.
Vous
MAY. 1732 913
vous répondre, mais l'amitié est imperieuse et je vous obéis.
Ceux qui croient que Guespin a été
formé de Genebensis , qu'on a employé ,
selon eux, pour Aurelianensis , en ont assez
bien établi la filiation ; Genebensis , Genebinus , Guebinus , et par le changement
ordinaire du B. en P. Guepinus , Guépin.
Mais par malheur les bonnes gens raisonnent sur un faux principe ; car Genebensis ne s'est jamais dit en ce sens , et
dans la Vie de S. Liphard , écrite au sixiéme siecle , où ils prétendent , d'après la
Saussaye ( 1 ) que l'Evêque d'Orleans est
appellé Episcopus Genebensis , on trouve
au contraire , Episcopus Aurelianensis ,
ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre dans
le Pere Mabillon. ( 2 ) Comme c'est le seul
monument que nos Etimonologistes rapportent pour eux , vous le voyez bien , in
Vanum laboraaverunt ; mais Dieu le leur pardonne , ils ont eu bonne volonté et leur
zele mérite quelque remerciement.
Il faut donc , malgré nous , remonter
à la veritable source , et reconnoître de
bonne foi que Quespin descend en droite
ligne de Guespa , ( 3 ) mor dont on s'est ser-
(1 ) Sausseyus Annal. Eccles. Aurel. L. 1 .
Num. 16.
(2 ) Act. SS. Bened. T. 1. p. 155. n. 8.
(3) V.le Gloss. de Ducange.
D iiij vi
914 MERCURE DE FRANCE,
vi dans la basse latinité pour Vespa , uno
Guespe. Par malheur cet Insecte mis en
symbole , n'est pas de bonne augure ; aussi
les anciens Philosophes , au rapport de
Pierius Valerianus , ( 1 ) en faisoient- ils celui d'un esprit querelleur , et il a plu au
fameux Alciat dans son 51. Emblême
d'en faire celui de la médisance.
Vespas
Esse ferunt lingua certa sigilla mala.
Rien n'est plus ordinaire dans les Au
teurs , que les reproches qu'on nous fait
sur ces deux articles. » Le naturel des
Guespins ( dit un Ouvrage ( 2 ) publié
»du temps de la Ligue , ) j'en prens Or-
»leans pour exemple , est d'être hagard ,
» noiseux , et mutin. Et vous avez lû ,
sans doute, M. de Valois , ( 3 ) sur ce sujet.
» Vespis , dit-il , en parlant des Orleanois,
» Quarum advolantium molestos ictus , im-
»portunos bombos , ac pungendi libidinem;
»vino suo inflati clamoribus , rixis et con-
» viciis imitantur. Je me garderai bien de
(1 ) Hieroglyphica , L. 4.
(2 ) Saint et charitable conseil à Mrs le Pré- vôt des Marchands et Echevins de la Ville de Pais , pour se départir de la ligue. Memoire de la Li- gue, T. 3. P. 344.
(3) Notitia Galliarum.
traduire
MAY. 1732.
915
traduire ce beau Latin , si même en letranscrivant ma main pouvoit agir sans mes
yeux , je ferois comme Socrate , quand
il parloit de l'Amour , je me couvrirois
la tête d'un voile.
C'est en vain que Théodore de Beze ;
qui avoit étudié à Orleans , et dont l'esprit et le cœur ( 1 ) étoient interessez à
aimer cette Ville , a voulu expliquer le
mot de Guespe en bonne part.
Aurelias vocare Vespas suevimus ,
Ut dicere olim mos erat nasum atticum. (2)
Ces Vers sont beaux , mais il vaudroit
mieux pour nous n'avoir point de comparaison à faire de ce côté avec les Athéniens , quoique les Peuples les plus spirituels de la Grece.
Pour continuer à vous dire ce que je
sçai sur le mot de Guespin , je trouve que
Bonaventure Des Periers , (3 ) semble opposer ce terme à civil et poli ; c'est dans -
(1) Théodore de Bese y avoit une Maitresse .
Marie de l'Etoille , dont on voit l'Epitaphe dans le
grand Cimetiere , en Prose Latine et Françoise
mais si effacée , qu'on ne peut plus en lire que quel
ques mots. On croit cette Epitaphe de la composition de Th. de Beze.
(2) Juvenilia , p. 43. verso.
(3) Les nouvelles Recréations et joyeux Devis ,
page 71. Edition de Lyon 1558. ·
D v le
916 MERCURE DE FRANCE
le Conte d'une Dame d'Orleans , qui aimoit
un Ecolier. Une Dame , dit il , gentille et ,
bonnête , encore qu'elle fût Guepine. Enfin
je ne connois qu'un seul Passage d'Auteurs où Gespin soit employé sans mauvaise interprétation; c'est dans la Relation
(1 ) de l'Entrée de l'Empereur Charles V.
dans la Ville d'Orleans en 1539. Après
venoient les Maîtres d'Ecoles , les Medecins , puis les Officiers de l'Université, les
Conseillers et Guespins d'icelle. Dans ce
Passage, Guespin , comme on le voit, ne
signifie qu'Etudiant d'Orleans.
Il est aisé à present de juger si la définition que Richelet et les Auteurs du
Dictionnaire de Trévoux , ont donnée du
mot de Guespin , est bien juste , lorsqu'ils disent que c'est un Sobriquet qu'on
employe quand on veut signifier qu'une personne est fine et rusée et qu'elle est d'Orleans. Les Orleanois ont de l'esprit assurément , c'est une justice qu'on leur doit
rendre , mais pour être fins et ruscz , c'est
un reproche qu'ils ne méritent pas ,
ne sont que trop unis et trop natu els ,
et c'est ce même caractere qui fait en
partie celui du Guespin , que je ne
puis mieux vous peindre que par ' ces
ils
(1)Ceremonial de France deT. Godefroy , Tome
.2.P. 757.
Vers
MAY. 1732 917
Vers ,où M. Despréaux , Satyre premiere,
fait son Portrait sous le nom de Damon.
Je suis rustique et fier et j'ai l'ame grossiere ,
Je ne puis rien nommer, si ce n'est par son nom,
J'appelle un chat un chat et Rolet un fripon.
Je suis , Monsieur , &c. D. P.
1732. sur le nom de Guespin , qu'on
donne aux Orleanois.
D
E bonne foi , y pensez-vous , Monsieur , de me faire de pareilles demandes. Orleanois depuis le Deluge (1 )
ou peu s'en faut , vous voulez que je
vous dise d'où vient le nom de Guespin ,
et ce que l'on doit entendre par ce sobriquet , qu'on nous donne si liberalement ;il faut être bien complaisant pour
(1 ) Le Maire , Hist. d'Orleans , met la fonda
on de cette Ville seulement 350. ans après le Dé
suge.
Vous
MAY. 1732 913
vous répondre, mais l'amitié est imperieuse et je vous obéis.
Ceux qui croient que Guespin a été
formé de Genebensis , qu'on a employé ,
selon eux, pour Aurelianensis , en ont assez
bien établi la filiation ; Genebensis , Genebinus , Guebinus , et par le changement
ordinaire du B. en P. Guepinus , Guépin.
Mais par malheur les bonnes gens raisonnent sur un faux principe ; car Genebensis ne s'est jamais dit en ce sens , et
dans la Vie de S. Liphard , écrite au sixiéme siecle , où ils prétendent , d'après la
Saussaye ( 1 ) que l'Evêque d'Orleans est
appellé Episcopus Genebensis , on trouve
au contraire , Episcopus Aurelianensis ,
ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre dans
le Pere Mabillon. ( 2 ) Comme c'est le seul
monument que nos Etimonologistes rapportent pour eux , vous le voyez bien , in
Vanum laboraaverunt ; mais Dieu le leur pardonne , ils ont eu bonne volonté et leur
zele mérite quelque remerciement.
Il faut donc , malgré nous , remonter
à la veritable source , et reconnoître de
bonne foi que Quespin descend en droite
ligne de Guespa , ( 3 ) mor dont on s'est ser-
(1 ) Sausseyus Annal. Eccles. Aurel. L. 1 .
Num. 16.
(2 ) Act. SS. Bened. T. 1. p. 155. n. 8.
(3) V.le Gloss. de Ducange.
D iiij vi
914 MERCURE DE FRANCE,
vi dans la basse latinité pour Vespa , uno
Guespe. Par malheur cet Insecte mis en
symbole , n'est pas de bonne augure ; aussi
les anciens Philosophes , au rapport de
Pierius Valerianus , ( 1 ) en faisoient- ils celui d'un esprit querelleur , et il a plu au
fameux Alciat dans son 51. Emblême
d'en faire celui de la médisance.
Vespas
Esse ferunt lingua certa sigilla mala.
Rien n'est plus ordinaire dans les Au
teurs , que les reproches qu'on nous fait
sur ces deux articles. » Le naturel des
Guespins ( dit un Ouvrage ( 2 ) publié
»du temps de la Ligue , ) j'en prens Or-
»leans pour exemple , est d'être hagard ,
» noiseux , et mutin. Et vous avez lû ,
sans doute, M. de Valois , ( 3 ) sur ce sujet.
» Vespis , dit-il , en parlant des Orleanois,
» Quarum advolantium molestos ictus , im-
»portunos bombos , ac pungendi libidinem;
»vino suo inflati clamoribus , rixis et con-
» viciis imitantur. Je me garderai bien de
(1 ) Hieroglyphica , L. 4.
(2 ) Saint et charitable conseil à Mrs le Pré- vôt des Marchands et Echevins de la Ville de Pais , pour se départir de la ligue. Memoire de la Li- gue, T. 3. P. 344.
(3) Notitia Galliarum.
traduire
MAY. 1732.
915
traduire ce beau Latin , si même en letranscrivant ma main pouvoit agir sans mes
yeux , je ferois comme Socrate , quand
il parloit de l'Amour , je me couvrirois
la tête d'un voile.
C'est en vain que Théodore de Beze ;
qui avoit étudié à Orleans , et dont l'esprit et le cœur ( 1 ) étoient interessez à
aimer cette Ville , a voulu expliquer le
mot de Guespe en bonne part.
Aurelias vocare Vespas suevimus ,
Ut dicere olim mos erat nasum atticum. (2)
Ces Vers sont beaux , mais il vaudroit
mieux pour nous n'avoir point de comparaison à faire de ce côté avec les Athéniens , quoique les Peuples les plus spirituels de la Grece.
Pour continuer à vous dire ce que je
sçai sur le mot de Guespin , je trouve que
Bonaventure Des Periers , (3 ) semble opposer ce terme à civil et poli ; c'est dans -
(1) Théodore de Bese y avoit une Maitresse .
Marie de l'Etoille , dont on voit l'Epitaphe dans le
grand Cimetiere , en Prose Latine et Françoise
mais si effacée , qu'on ne peut plus en lire que quel
ques mots. On croit cette Epitaphe de la composition de Th. de Beze.
(2) Juvenilia , p. 43. verso.
(3) Les nouvelles Recréations et joyeux Devis ,
page 71. Edition de Lyon 1558. ·
D v le
916 MERCURE DE FRANCE
le Conte d'une Dame d'Orleans , qui aimoit
un Ecolier. Une Dame , dit il , gentille et ,
bonnête , encore qu'elle fût Guepine. Enfin
je ne connois qu'un seul Passage d'Auteurs où Gespin soit employé sans mauvaise interprétation; c'est dans la Relation
(1 ) de l'Entrée de l'Empereur Charles V.
dans la Ville d'Orleans en 1539. Après
venoient les Maîtres d'Ecoles , les Medecins , puis les Officiers de l'Université, les
Conseillers et Guespins d'icelle. Dans ce
Passage, Guespin , comme on le voit, ne
signifie qu'Etudiant d'Orleans.
Il est aisé à present de juger si la définition que Richelet et les Auteurs du
Dictionnaire de Trévoux , ont donnée du
mot de Guespin , est bien juste , lorsqu'ils disent que c'est un Sobriquet qu'on
employe quand on veut signifier qu'une personne est fine et rusée et qu'elle est d'Orleans. Les Orleanois ont de l'esprit assurément , c'est une justice qu'on leur doit
rendre , mais pour être fins et ruscz , c'est
un reproche qu'ils ne méritent pas ,
ne sont que trop unis et trop natu els ,
et c'est ce même caractere qui fait en
partie celui du Guespin , que je ne
puis mieux vous peindre que par ' ces
ils
(1)Ceremonial de France deT. Godefroy , Tome
.2.P. 757.
Vers
MAY. 1732 917
Vers ,où M. Despréaux , Satyre premiere,
fait son Portrait sous le nom de Damon.
Je suis rustique et fier et j'ai l'ame grossiere ,
Je ne puis rien nommer, si ce n'est par son nom,
J'appelle un chat un chat et Rolet un fripon.
Je suis , Monsieur , &c. D. P.
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Résumé : LETTRE écrite d'Orleans le 12. Avril 1732. sur le nom de Guespin, qu'on donne aux Orleanois.
La lettre datée du 11 avril 1732 à Orléans traite de l'origine du sobriquet 'Guespin' attribué aux Orleanois. L'auteur répond à une demande d'explication sur ce terme et évoque plusieurs théories. L'une d'elles relie 'Guespin' à 'Genebensis', une forme supposée de 'Aurelianensis'. Cependant, cette théorie est réfutée car 'Genebensis' n'a jamais été utilisé dans ce sens. L'auteur conclut que 'Guespin' dérive de 'Guespa', un terme de basse latinité pour 'guêpe'. Cette association est négative, symbolisant un esprit querelleur et médisant. Des auteurs anciens et contemporains, comme Pierius Valerianus et Alciat, confirment cette interprétation péjorative. Des exemples littéraires, tels que ceux de Théodore de Bèze et Bonaventure Des Périers, montrent que 'Guespin' est souvent utilisé de manière défavorable. Un passage de la Relation de l'Entrée de l'Empereur Charles V à Orléans en 1539 utilise 'Guespin' de manière neutre, signifiant simplement 'étudiant d'Orléans'. L'auteur critique les définitions des dictionnaires comme celui de Richelet et du Dictionnaire de Trévoux, qui décrivent les Guespins comme fins et rusés. Il affirme que les Orleanois sont naturels et unis, mais ne méritent pas le reproche d'être rusés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 1141-1147
LETTRE écrite d'Orleans, au sujet d'une Inscription, &c.
Début :
Cette inscription, un des plus rares Monumens qui nous restent [...]
Mots clefs :
Inscription antique, Orléans, Église, La Saussaye, Monument
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Orleans, au sujet d'une Inscription, &c.
LETTRE écrite d'Orleans , au sujet d'une
Inscription , &c.
Ette Inscription , un des plus rares
Monumens qui nous restent en son
genre , est gravée sur deux Pierres d'inégale grandeur , qui sont restées jusqu'à
nos jours au Portail de l'Eglise Cathédrale de cette ville où elles étoient posées
l'une sur l'autre , au jambage droit de
l'Arc en entrant.La voici tres-exactement
representée.
EX BENE
FICIOS
+R
106EM
EPM
HALBER
TVMS+
CASATVM
FACT
VSE
LIBER
LETBER
TVS
ESE
HÂC
SAE
CLES .
1142 MERCURE DE FRANCE
En 1726 , lorsqu'on abbatit ce Portail
et les Tours qui l'accompagnoient , ces
deux Pierres furent transportées dans le
Chapitre , où elles sont conservées , jusqu'à ce qu'on éleve le nouveau Portail et
les Tours , dont on a déja jetté une partie
des fondemens et où l'Inscription doit
être replacée dans la même position , où
elle se trouvoit dans l'ancien ouvrage ;
ainsi qu'il a été statué dans l'Acte de dé
molition.
Cette Inscription que personne , jus
ques-icy , n'a encore donnée figurée , se
doit lire sans abbréviations de la maniere
qui suit ;
Ex. BENEFICIO. SANCTE . CRVCIS. PER.
JOHANNEM. EPISCOPVM. ET. PER. ALBERTVM. SANCTÆ. CRVCIS. CASATVM. FACTVS.
EST. LIBER. LETBERTYS. TESTE. HẠC. SANCTA. ECLESIA.
1
Ce qui signifie , qu'en l'honneur de la
Croix du Sauveur , un nommé Letbert
avoit été affranchi dans l'Eglise qui en
porte le nom , par Jean,son Evêque et Albert , Vassal , possédant un Fief de la même Eglise.
Avant que de faire quelques observations,pour l'explication de ce monument,
il n'est pas inutile de remarquer , que
1. Vol. ceux
JUIN. 1732. 1743
4
ceux qui nous l'ont cy-devant donné, ont
presque tous fait quelque faute en le rap
portant. Le Maire Antiq. de l'Egl.
d'Orl. ch.12. pag. 41.aussi- bien queCujas,
dans ses Notes, sur les Institutes , lisent ,
Lembertus , que Leon Tripault ,'Sylvula,
Antiq. Aurel. pag. 16. Ducange , Gloss.
tom. 2. pag. 417. lisent encore plus mal
Lambertus. Jodocus Sincerus , Itin. Gallpag. 5o. met Libertus , et ajoute après le
mot , Liber, celui d'ET , qui seurement
n'est pas dans l'original. La Saussaye ,
Annal. Eccles. Aurel. lib. 9. n . 4. le troisiéme Factum de M. de Sully , contre M.
de Nets, pag. 43. au lieu d'EST , lisent ;
EIVS,qui n'a point de sens. Enfin M. DeFerriere , dans les Institutes du Droit
François , Tom. 1. pag. 33. oublie le mot
de PER. avant celui d'Albertum , écrit
Cassatum , par deux ss , et appelle l'Afranchi , Lambertum. Je ne connois que
Symphorien Guyon , 2. Hist. de l'Eglise
d'Orl. pag. 184. et Hubert , 2. Annal.
Hist. de l'Egl. de S. Aignan , n. 184. qui
nous ayent rapporté l'Inscription telle
qu'elle est.
>
PER IOHANNEM. Le nom de cet Evêque
nous fait connoître à peu près le temps où
cette Inscription a été posée, qui est sur la
fin du onzième siècle. Puisque JeanI.que
•1. Vol. E la
4144 MERCURE DE FRANCE
la Notice de nos Evêques , imprimée à la
tête des Statuts Synodaux du Diocèse ,
fait Frere de Raoul Archevêque de
Tours , siégeoit en 1091.ainsi qu'on le reconnoît par un Acte du Thrésor de l'Eglise d'Orleans, cité par la Saussaye, liv.9.
n. 1. et que ce même Evêque se trouve
encore parmi ceux qui souscrivirent en
105. au Concile de Clermont , où le Roy
Philippes I. fut excommunié, à cause de
son mariage avec Bertrade de Montfort.
ALBERTVM , c'est avec assez d'apparence que les Auteurs de l'histoire d'Orleans,
ont avancé que cet Albert est le même
celui , qui dans un Acte cité par
Saussaye , liv.8. n.42. et dans les Factums
de M.le Duc de Sully , se qualifie Vassal,
tenant le Fief de Pithiviers, appartenant à
l'Evêque d'Orleans. Albertus de Castro
Piveris Casatus. Cet Acte dont la date est
tres-mal marquée par la Saussaye, est l'u
nion d'une Prébende au Doyenné de Ste
Croix , faite à la requête du Chapitre ,
par Raynerius , Evêque d'Orleans , en
1072 le 8 des Ides de Juin , Indiction 10,
et la douzième année de Philippes I. signée de 36. personnes , entre lesquelles se trouvent trois Casati , de la même
Eglise.
que la
CASATVM. Le mog de Casatus a eu plu1.Vol. sieurs
JUIN. 17325 1145.
sieurs significations. Ce nom a été donné
d'abord à des esclaves, attachez à certains
heritages , dont ils faisoient partie. EnSuite on a appellé Casati,les affranchis qui
prenoient des biens à ferme ou qui les faisoient valoir. Enfin dans les derniers ont
s'est servi de ce terme pour signifier un
Vassal , qui possedoit un Fief, lequel dans
son origine étoit un de ceux dont la possession étoirà tems,etTitulo Guardia.C'est
dans ce dernier sens qu'il est icy employé.
L'Eglise d'Orleans avoit et a encore plusieurs de ces Vassaux Casati , que les Titres de cette Eglise appellent Caseici, dont
les redevances sont differentes , les uns.
étant tenus à une présentation de cire ;
c'est ce qu'on appelle à Orleans les Gou
tieres, de la forme de la Caisse où est renfermée cette Cire, nommée dansles Titres
Latins : Cereus sancta Crucis. Les autres au
Port de l'Evêque le jour de son entrée ,
et enfin quelques- uns à tous les deux.
FACTVS EST LIBER. 'De toutes les differentes sortes de Manumissions ou affranchissemens , qui étoient en usage chez
nos premiers François , celle qui se faisoit
dans les Eglises à la face des Autels , étoit
la plus considérable et se pratiquoit plus
ordinairement à l'endroit des Serfs , appartenant aux mêmes Eglises ou à leurs
Vassaux.
1. Vol E ij Cons-
146 MER- CURE DE FRANCE
Constantin le Grand , avoit introduit
cette façon d'affranchir , pour honorer
P'Eglise , et la Loy de ce Prince , ( L. 7.
qui Cod.de hisfin Ecclesia Manumittuntur, )
nous a conservé ce qui s'observoit en
cette occasion. Il nous a plû d'ordonner,
dit cet Empereur , que dorénavant les
Maîtres puissent donner la liberté à leurs
Esclaves , dans les Eglises Catholiques ,
pourvû que cela se fasse à la vûë de tout
le peuple , et que les Evêques y assistent
auquel cas un simple exposé , ou autre
écriture, vaudra pour un Acte en forme:
Placuit ut in Ecclesia Catholica libertatem
Dominifamulis suis præstare possint , si sub
aspean Plebis , adsistentibus Christianorum
Antistibus id faciant. Utpropterfacti me
moriam vice actorum interponatur, qualis
cumque scriptura.
LETBERTYS. Nous ne connoissons ce
Letbert que par l'Inscription qui nous apprend que c'étoit un Serf, ou homme du
Corps de l'Eglise de Ste Croix , dependant du Fief de Pithiviers, puisqu'Albert
que nous avons dit en être le Casatus , affranchit ce Serf, conjointement avec l'Evêque d'Orleans.
Ĉes Serfs ou hommes de Corps , qui
étoit le nom qu'on leur donnoit plus
communément , étoient des sujets qui
LaVol.
JUIN. 17327 11:47
1
S
vivoient ,, par rapport à leurs Seigneurs ,
dans une telle dépendance , que leur condition étoit une espece de servitude; et
quoique cette servitude fut bien differente de celle des Romains , elle ne laissoit
pas de diminuer beaucoup de leur libert
feur état n'étoit pas égal , et les redevancès ausquelles ils étoient assujettis , varioient selon les temps et les lieux. Dans
differens temps les Seigneurs , par quelques considérations affranchirent ces Serfs
qui ont subsisté en France jusqu'à la moi- tié du troisième siècle. Ceux qui appartenoientà l'Eglise d'Orleans furent tous
affranchis par le Chapitre , en quelque
Province qu'ils se trouvassent demeurans
en France, par les Lettres Patentes qu'il en
obtint du Roy Philippes Auguste , en date du mois de Septembre 1204. lesquelles
Lettres servirent en 1224. pour les Serfs
de la Terre de Mesnil- Girault, près Etampes , qui lui avoit été donnée depuis , et
furent confirmées par le Roy Louis VIII.
au mois de Février de la même année.
D. P.
AOrleans , ce 3
Février 1732
Inscription , &c.
Ette Inscription , un des plus rares
Monumens qui nous restent en son
genre , est gravée sur deux Pierres d'inégale grandeur , qui sont restées jusqu'à
nos jours au Portail de l'Eglise Cathédrale de cette ville où elles étoient posées
l'une sur l'autre , au jambage droit de
l'Arc en entrant.La voici tres-exactement
representée.
EX BENE
FICIOS
+R
106EM
EPM
HALBER
TVMS+
CASATVM
FACT
VSE
LIBER
LETBER
TVS
ESE
HÂC
SAE
CLES .
1142 MERCURE DE FRANCE
En 1726 , lorsqu'on abbatit ce Portail
et les Tours qui l'accompagnoient , ces
deux Pierres furent transportées dans le
Chapitre , où elles sont conservées , jusqu'à ce qu'on éleve le nouveau Portail et
les Tours , dont on a déja jetté une partie
des fondemens et où l'Inscription doit
être replacée dans la même position , où
elle se trouvoit dans l'ancien ouvrage ;
ainsi qu'il a été statué dans l'Acte de dé
molition.
Cette Inscription que personne , jus
ques-icy , n'a encore donnée figurée , se
doit lire sans abbréviations de la maniere
qui suit ;
Ex. BENEFICIO. SANCTE . CRVCIS. PER.
JOHANNEM. EPISCOPVM. ET. PER. ALBERTVM. SANCTÆ. CRVCIS. CASATVM. FACTVS.
EST. LIBER. LETBERTYS. TESTE. HẠC. SANCTA. ECLESIA.
1
Ce qui signifie , qu'en l'honneur de la
Croix du Sauveur , un nommé Letbert
avoit été affranchi dans l'Eglise qui en
porte le nom , par Jean,son Evêque et Albert , Vassal , possédant un Fief de la même Eglise.
Avant que de faire quelques observations,pour l'explication de ce monument,
il n'est pas inutile de remarquer , que
1. Vol. ceux
JUIN. 1732. 1743
4
ceux qui nous l'ont cy-devant donné, ont
presque tous fait quelque faute en le rap
portant. Le Maire Antiq. de l'Egl.
d'Orl. ch.12. pag. 41.aussi- bien queCujas,
dans ses Notes, sur les Institutes , lisent ,
Lembertus , que Leon Tripault ,'Sylvula,
Antiq. Aurel. pag. 16. Ducange , Gloss.
tom. 2. pag. 417. lisent encore plus mal
Lambertus. Jodocus Sincerus , Itin. Gallpag. 5o. met Libertus , et ajoute après le
mot , Liber, celui d'ET , qui seurement
n'est pas dans l'original. La Saussaye ,
Annal. Eccles. Aurel. lib. 9. n . 4. le troisiéme Factum de M. de Sully , contre M.
de Nets, pag. 43. au lieu d'EST , lisent ;
EIVS,qui n'a point de sens. Enfin M. DeFerriere , dans les Institutes du Droit
François , Tom. 1. pag. 33. oublie le mot
de PER. avant celui d'Albertum , écrit
Cassatum , par deux ss , et appelle l'Afranchi , Lambertum. Je ne connois que
Symphorien Guyon , 2. Hist. de l'Eglise
d'Orl. pag. 184. et Hubert , 2. Annal.
Hist. de l'Egl. de S. Aignan , n. 184. qui
nous ayent rapporté l'Inscription telle
qu'elle est.
>
PER IOHANNEM. Le nom de cet Evêque
nous fait connoître à peu près le temps où
cette Inscription a été posée, qui est sur la
fin du onzième siècle. Puisque JeanI.que
•1. Vol. E la
4144 MERCURE DE FRANCE
la Notice de nos Evêques , imprimée à la
tête des Statuts Synodaux du Diocèse ,
fait Frere de Raoul Archevêque de
Tours , siégeoit en 1091.ainsi qu'on le reconnoît par un Acte du Thrésor de l'Eglise d'Orleans, cité par la Saussaye, liv.9.
n. 1. et que ce même Evêque se trouve
encore parmi ceux qui souscrivirent en
105. au Concile de Clermont , où le Roy
Philippes I. fut excommunié, à cause de
son mariage avec Bertrade de Montfort.
ALBERTVM , c'est avec assez d'apparence que les Auteurs de l'histoire d'Orleans,
ont avancé que cet Albert est le même
celui , qui dans un Acte cité par
Saussaye , liv.8. n.42. et dans les Factums
de M.le Duc de Sully , se qualifie Vassal,
tenant le Fief de Pithiviers, appartenant à
l'Evêque d'Orleans. Albertus de Castro
Piveris Casatus. Cet Acte dont la date est
tres-mal marquée par la Saussaye, est l'u
nion d'une Prébende au Doyenné de Ste
Croix , faite à la requête du Chapitre ,
par Raynerius , Evêque d'Orleans , en
1072 le 8 des Ides de Juin , Indiction 10,
et la douzième année de Philippes I. signée de 36. personnes , entre lesquelles se trouvent trois Casati , de la même
Eglise.
que la
CASATVM. Le mog de Casatus a eu plu1.Vol. sieurs
JUIN. 17325 1145.
sieurs significations. Ce nom a été donné
d'abord à des esclaves, attachez à certains
heritages , dont ils faisoient partie. EnSuite on a appellé Casati,les affranchis qui
prenoient des biens à ferme ou qui les faisoient valoir. Enfin dans les derniers ont
s'est servi de ce terme pour signifier un
Vassal , qui possedoit un Fief, lequel dans
son origine étoit un de ceux dont la possession étoirà tems,etTitulo Guardia.C'est
dans ce dernier sens qu'il est icy employé.
L'Eglise d'Orleans avoit et a encore plusieurs de ces Vassaux Casati , que les Titres de cette Eglise appellent Caseici, dont
les redevances sont differentes , les uns.
étant tenus à une présentation de cire ;
c'est ce qu'on appelle à Orleans les Gou
tieres, de la forme de la Caisse où est renfermée cette Cire, nommée dansles Titres
Latins : Cereus sancta Crucis. Les autres au
Port de l'Evêque le jour de son entrée ,
et enfin quelques- uns à tous les deux.
FACTVS EST LIBER. 'De toutes les differentes sortes de Manumissions ou affranchissemens , qui étoient en usage chez
nos premiers François , celle qui se faisoit
dans les Eglises à la face des Autels , étoit
la plus considérable et se pratiquoit plus
ordinairement à l'endroit des Serfs , appartenant aux mêmes Eglises ou à leurs
Vassaux.
1. Vol E ij Cons-
146 MER- CURE DE FRANCE
Constantin le Grand , avoit introduit
cette façon d'affranchir , pour honorer
P'Eglise , et la Loy de ce Prince , ( L. 7.
qui Cod.de hisfin Ecclesia Manumittuntur, )
nous a conservé ce qui s'observoit en
cette occasion. Il nous a plû d'ordonner,
dit cet Empereur , que dorénavant les
Maîtres puissent donner la liberté à leurs
Esclaves , dans les Eglises Catholiques ,
pourvû que cela se fasse à la vûë de tout
le peuple , et que les Evêques y assistent
auquel cas un simple exposé , ou autre
écriture, vaudra pour un Acte en forme:
Placuit ut in Ecclesia Catholica libertatem
Dominifamulis suis præstare possint , si sub
aspean Plebis , adsistentibus Christianorum
Antistibus id faciant. Utpropterfacti me
moriam vice actorum interponatur, qualis
cumque scriptura.
LETBERTYS. Nous ne connoissons ce
Letbert que par l'Inscription qui nous apprend que c'étoit un Serf, ou homme du
Corps de l'Eglise de Ste Croix , dependant du Fief de Pithiviers, puisqu'Albert
que nous avons dit en être le Casatus , affranchit ce Serf, conjointement avec l'Evêque d'Orleans.
Ĉes Serfs ou hommes de Corps , qui
étoit le nom qu'on leur donnoit plus
communément , étoient des sujets qui
LaVol.
JUIN. 17327 11:47
1
S
vivoient ,, par rapport à leurs Seigneurs ,
dans une telle dépendance , que leur condition étoit une espece de servitude; et
quoique cette servitude fut bien differente de celle des Romains , elle ne laissoit
pas de diminuer beaucoup de leur libert
feur état n'étoit pas égal , et les redevancès ausquelles ils étoient assujettis , varioient selon les temps et les lieux. Dans
differens temps les Seigneurs , par quelques considérations affranchirent ces Serfs
qui ont subsisté en France jusqu'à la moi- tié du troisième siècle. Ceux qui appartenoientà l'Eglise d'Orleans furent tous
affranchis par le Chapitre , en quelque
Province qu'ils se trouvassent demeurans
en France, par les Lettres Patentes qu'il en
obtint du Roy Philippes Auguste , en date du mois de Septembre 1204. lesquelles
Lettres servirent en 1224. pour les Serfs
de la Terre de Mesnil- Girault, près Etampes , qui lui avoit été donnée depuis , et
furent confirmées par le Roy Louis VIII.
au mois de Février de la même année.
D. P.
AOrleans , ce 3
Février 1732
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Résumé : LETTRE écrite d'Orleans, au sujet d'une Inscription, &c.
La lettre traite d'une inscription rare gravée sur deux pierres de tailles inégales, situées au portail de la cathédrale d'Orléans. Ces pierres ont été déplacées au chapitre de la cathédrale en 1726 lors de la démolition du portail et des tours, et doivent être replacées une fois les nouvelles constructions achevées. L'inscription, jamais représentée auparavant, se lit comme suit : 'Ex Beneficio Sancte Crucis. Per Johannem Episcopum. Et Per Albertum Sanctæ Crucis Casatum Factus Est Liber Letbertys. Teste Hac Sancta Ecclesia.' Cela signifie qu'en l'honneur de la Croix du Sauveur, un nommé Letbert a été affranchi dans l'église Sainte-Croix par Jean, l'évêque, et Albert, vassal possédant un fief de la même église. L'inscription date de la fin du onzième siècle, comme l'indique le nom de l'évêque Jean, frère de Raoul, archevêque de Tours, qui siégeait en 1091. Albert est identifié comme un vassal tenant le fief de Pithiviers appartenant à l'évêque d'Orléans. Le terme 'Casatum' désigne un vassal possédant un fief, et l'affranchissement de Letbert a été effectué selon une pratique introduite par Constantin le Grand, où les esclaves étaient affranchis dans les églises en présence du peuple et des évêques. Letbert était un serf ou homme du corps de l'église Sainte-Croix, dépendant du fief de Pithiviers. Les serfs de l'église d'Orléans ont été affranchis par le chapitre grâce à des lettres patentes obtenues du roi Philippe Auguste en 1204.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 1762-1768
REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Début :
Les Antiquaires sont partagez sur les Médailles qui portent le [...]
Mots clefs :
Médailles, Antiquiaires, Lucille, Princesse, Impératrice, Objection, Erreur, Observation
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
REMARQUES sur les Médailles qui
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
portent le nom de Lucille.
LMédailles qui portent le nomde Lu- Es Antiquaires sont partagez sur les
cille. Les uns les donnent toutes à Lucille,
femme de Verus , qui regna avec MarcAurele ; et selon les autres, il faut les partager entre cette Princesse , et la femme
d'Elius Cesar , adopté par Adrien.
Ceux qui reconnoissent deux Lucilles ',
se fondent principalement,sur ce que Lucille ,femme de Verus,se fait appeller sur
ses Médailles , fille d'Antonin Auguste
LUCILLE. AUG. ANTONINI AUG. F. à la
difference, de Lucille femme d'Ælius ,
qui
AOUST. 1732. 1763
qui se contente du titre d'Auguste , LuCILLA AUGUSTA. Cette raison , quelque
spécieuse qu'elle le paroît d'abord , n'est
d'aucune considération , aussi - tôt qu'on
vient à faire attention que Faustine , femme, de Marc - Aurele , s'appella dans les
commencemens , fille d'Antonin le Débonnaire. FAUSTINA AUG. PII AUG. F. et
qu'en suite elle quitta ce titre , pour ne
garder que celui d'Auguste,FAUSTINA AUSTINA
AUGUSTA. Ce qui est arrivé à cette Princesse , est sans doute arrivé à Lucille sa
fille. Toutes deux nées d'un pere Empereur ; elles eurent soin dans le commencement de s'en faire honneur, en se nommant d'eux , pour faire connoître par là
que ce n'étoit pas de leur maris seuls
qu'elles empruntoient leur noblesse, mais
ce titre une fois reconnu devint assez inutile dans la suite , et elles ont pû le négliger tres aisément.
La différence de la Coëffure qu'on re
marque dans les Médailles de l'une et de
l'autre Princesse est un argument plus
foible que le premier; car , je vous prie ,
si cette observation avoit lieu , combien
de Princesses serions - nous obligez de
multiplier. Nous reconnoitrions au moins
quatre Sabines , femmes d'Adrien , puisqu'il se trouve autant et plus de CoëffuLOS
1764 MERCURE DE FRANCE
res differentes sur les Médailles de cette
Impératrice.
J'en dis autant de quelques différences
de traits, qu'on prétend appercevoir dans
les Médailles qu'on attribueune Lucil
le , et dans celles qu'on reconnoît pour
être de l'autre , outre quelle est tres- légere ; ainsi qu'on en convient, c'est qu'on
remarque cette même différence dans les
Médailles, qui d'un communaccord n'appartiennent qu'à une seule ; c'est ce dont
il est aisé de se convaincre , en confrontant les Médailles de la Lucille , qu'on
prétend femme d'Elius , qui portent
pour légende HILARITAS. S. c. avec celles
où l'on lit FECUNDITAS. S. C. où l'on trou
vera une difference surement plus grande
que celle qu'on veut trouver dans les autres.
Mais , dit- on , Lucille , femme de Verus , n'a jamais eu d'enfans, au lieu qu'on
en trouve jusqu'à trois , sur les Médailles
de Lucille , femme d'Elius.
: Il n'est pas difficile de répondre à cette
objection , jamais proposition ne fut plus
légere ; tout concourt à en faire voir le
peu de solidité. 1º . Selon quelques His- toriens , Lucille , femme de Verns , eut
de Pompeianus , qu'elle épousa après la
mort de ce Prince , un fils qui porta le
nom de son pere , et qui fut tué par le
com-
AOUST. 17320 1769
commandement de Caracalla. Ce que je
remarque , parce qu'Angelloni , pour
mieux prouver la stérilité de Lucille , l'a
avancée , comme constant , dans son second , comme dans son premier mariage.
2. Les Médailles et les Inscriptions
nous prouvent clairement que cette Princesse eut des enfans de son premier mari ;
en effet , sur quelques- unes de ses Médailles , j'entens parler de celles qu'on ne
lui dispute point et où elle est : ANTONINI
AVG. F. Ne lit-on pas : IVNONI LVCIANAE.
FECVNDITAS. AVGVSTAE. avec l'Image de
ces Déesses , tenant un enfant dans les
bras : Qu'à-t on voulu faire entendre parlà ; si-non que Lucille étoit mere , lorsque ces monumens ont été frappez. Mais
les Inscriptions s'expliquent encore plus
clairement. Je n'en veux pour témoin que
celle- cy , rapportée par Gruter , qui semble faite exprès , pour expliquer les Médailles que je viens de citer.
IVNONI LVCINAE
PRO SALVTE DOMVS AVGVSTORVM.
IMP. CAES. M. AVREĻI. ANTONINI. AVO.
ARMENIACI. PARTICI. MAXIMI. MEDICI. ET
FAVSTINAE. AVG. EIVS. ET IMP, CAES. L.AV,
RELI. VERI. AVG, ARMENIACI, PARTICI
MEDICI. ET LVCILLAE, AVGVSTAE. EIVS.
LIBERORVM. QVE. EORVM.
FORTVNATVS , et le reste.
1766 MERCURE DE FRANCE
Peut- on avancer après cela , que Lucille n'a jamais eu d'enfans ; le silence des
Historiens sur leur sujet , insinuë seulement , que ces enfans sont morts au berceau , ou si jeunes , que l'histoire n'a pas
crû en devoir faire mention.
Après ces observations , qui pourroient
suffire pour le sentiment qui ne reconnoît qu'une Lucille , dont nous ayons eu
des Médailles, et qui est femme de Verus ;
j'ajouterai deux autres Remarques , qui achevent de mettre la chose dans une plus
grande évidence.
La premiere consiste dans le titre d'Auguste qu'on donne à la femme d'Elius.
LVCILLA AVGVSTA. titre que cette Princesse n'a jamais pû porter ; Ælius n'ayant
été que César , et n'ayant jamais eu luimême la qualité d'Auguste. Nous ne
voyons pas même , avant le regne de
Constantin , des titres particuliers pour
les femmes des Césars , qui commencerent alors à s'appeller Dames Illustres :
NOBIL. F. Mais pour le nom d'Auguste ,
aucune ne l'a jamais eu; et si Constantine ,
femme du César Gallus , paroît avec ce
titre , dans une Légende de Médaille, citée
par Golzius , on doit se souvenir qu'avant d'épouser Gallus , elle avoit été déja
mariée à Anniballien , qui prenoit le titre
de
AOUST. 1732. 1767
de Roy , et que Philostorge ( lib . 3. ) nous
marque expressement que Constantin le
Grand , son pere , avoit de son vivant
donné le titre d'Auguste à cette Princesse ; ainsi elle ne peut faire d'exception à
la Regle générale.
La seconde observation par laquelle je
finis; c'est que la dispute n'est fondée que
sur unesupposition que l'on fait. On veut
que la femme d'Alius se soit appellée Lucille, et cependant aucun Autheur ne nous
a appris sonnom.Nous sçavons seulement
qu'elle étoit fille de Nigrinus , qu'elle cut
deux enfans , l'Empereur Verus , et une
fille appellée Fadia , qui avoit été destinée par Adrien , pour épouse à MarcAurele , mais que ce Prince n'épousa pas
à cause de sa jeunesse. Voilà tout ce que
l'hitoire nous en apprend ; son nom est
un mystere inconnu ; et ceux qui l'ont
nommée Domitia Lucilla , se sont trompez. Qu'il me soit permis de le dire , un
manque d'attention les a jettez dans l'erreur. Marc Aurele et Verus sont toûjours
appellez Freres. DIVI FRATRES ; les Auteurs voyant que la mere du premier s'appelloit Domitia Lucilla, ont cru assez légerement qu'elle l'étoit du second , sans
se ressouvenir que la fraternité de ces
Princes ne venoit que d'adoption.
,
Voilà
1768 MERCURE DE FRANCE
Voilà la cause de l'erreur ; cause qui a
fait naître la question , mais qui une fois
reconnuë , ne fait plus de difficulté pour
la décision , à sçavoir que toutes les Médailles qui nous restent , avec le nom de
Lucille , appartiennent toutes à la femme
de Verus. D. P.
A Orleans, ce 12 Avril 1732.
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Résumé : REMARQUES sur les Médailles qui portent le nom de Lucille.
Le texte examine les médailles portant le nom de Lucille et présente deux interprétations principales. La première attribue toutes les médailles à Lucille, épouse de Verus et co-régnante avec Marc-Aurèle. La seconde suggère de partager ces médailles entre cette Lucille et la femme d'Élius César, adopté par Adrien. Les partisans de l'existence de deux Lucilles se basent sur les titres présents sur les médailles. Lucille, femme de Verus, se désigne comme fille d'Antonin Auguste, tandis que Lucille, femme d'Élius, utilise simplement le titre d'Auguste. Cependant, cette distinction est contestée car Faustine, femme de Marc-Aurèle, a également changé de titre au cours de sa vie. La différence de coiffure et de traits sur les médailles est jugée insuffisante pour distinguer deux Lucilles, car ces variations existent aussi parmi les médailles d'une même personne. Une objection majeure concerne la maternité. Lucille, femme de Verus, est souvent considérée comme stérile, contrairement à Lucille, femme d'Élius, qui aurait eu trois enfants. Toutefois, des historiens et des inscriptions indiquent que Lucille, femme de Verus, a pu avoir des enfants, peut-être morts jeunes. Enfin, le texte souligne que la femme d'Élius n'a jamais porté le titre d'Auguste, réservé aux épouses des empereurs. De plus, le nom de la femme d'Élius n'est pas confirmé comme étant Lucille, ce qui renforce l'hypothèse que toutes les médailles appartiennent à Lucille, femme de Verus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 177-184
RÉPONSE à deux Articles du Mercure du mois d'Octobre dernier.
Début :
Je viens de voir dans le Mercure du mois d'Octobre dernier, deux Articles [...]
Mots clefs :
Orléans, Inscription, Lettres, Serfs, Roi, Gaules, Voyage, Manumission, Guespin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à deux Articles du Mercure du mois d'Octobre dernier.
RE'PONSE à deux Articles du Mercure
du mois d'Octobre dernier.
J
E viens de voir dans le Mercure du
mois d'Octobre dernier , deux Articles
qui me concernent ; le premier, contient
des Remarques sur ce que j'ai dit au
'sujet de la Manumission d'Orleans , dans
le Mercure de Juin , et dans le second on
nous donne une nouvelle Etimologie du
mot de Guespin , contre celle qui est imprimée
dans le Mercure de May. Voicy
ce que j'ai à répondre à l'un et à l'autre.
L'Auteur des Remarques les commence
par m'avertir que l'Inscription d'Orleans,
que je croyois jusques icy , n'avoir point
été donnée figurée, se trouve neanmoins
gravée dans les Annales Benedictines, du
P. Mabillon. En effet , elle s'y rencontre
à la page 533 du 5 vol . Je remercie
l'Observateur de me l'avoir indiquée ,
mais quand j'aurois sçû cette particularité,
je n'aurois pas moins donné l'Inscription
au Mercure , qui étant un Livre en-
I tre
178 MERCURE DE FRANCE
tre les mains de tout le monde , est beaucoup
plus propre qu'aucun autre à la répandre
et à la faire connoître par tout.
On sçaura du moins ce qu'est devenu ce
Monument après la destruction desTours,
où il se trouvoit attaché , et cela pourra
engager ceux qui passeront par Orleans ,
à demander à le voir. Les Curieux doivent
tout attendre en cette occasion de la
politesse des Chanoines qui en ont la
garde.
L'Observateur se plaint ensuite , que
dans la Liste de ceux qui ont rapporté
l'Inscription , j'aie oublié l'Auteur du
Voyage Liturgique , dans l'Ouvrage duquel
elle se trouve fidelement décrite . A cela
je réponds que je n'ai jamais pensé à faire
un dénombrement complet de tous ceux
qui ont fait mention de ce Monument. Je
n'ai cité que ceux que j'avois sous la
main ; car il y en a bien un plus grand
nombre ; et je me contenterai icy d'ajouter
Guillaume Fournier ; d'autant plus
qu'en rapportant l'Inscription , ch. 4. du
liv. 1. de ses Selectiones , il s'est trompé sur
le nom de l'Affranchi , LETBERTUS , qu'il
appelle mal LEMTBERTUS . Au reste , ce
n'est point le titre de Voyage Liturgique
qui m'a empêché de penser à cet Ouvrage
, comme semble le croire l'Auteur des
Re-
,
JANVIE R. 1733 179
Remarques ; je sçavois qu'il y avoit dans
ce Livre bien des choses plus éloignées de
la Liturgie , qu'une Manumission ad altare.
Mais comme je n'avois fait que par--
courir legerement ce Voyage , lorsqu'il
parut , je ne me souvenois pas d'y avoir
vû la nôtre .
La Remarque qui suit , regarde l'Ins--
cription même: On demande pourquoi
l'affranchissement de Letbert est le seul
qui se trouve gravé sur la Pierre ; et on
ajoute que j'en devois rendre raison . J'avoue
que si je l'avois fait , j'aurois donné
un grand jour à l'Inscription . Mais com
ment en venir à bout ? Les termes simples
et concis qui la composent, ne donnent
aucun lieu à des conjectures , et les Archives
de l'Eglise d'Orleans , où ce Letbert
est entierement inconnu , ne nous
en apprennent pas davantage . Il faut
donc , sans chercher à deviner , dans un
fait entierement obscur , se contenter de
dire , avec M de Lasaussaie * , que la gravûre
de cet affrancissement n'a été que
pour suppléer à un autre Acte , selon la
disposition de la Loy de Constantin sur
ce sujet , qui permet que dans cette occasion
: Vice Actorum , interponatur qualiscunque
scriptura.
✯ Annal. Eccl. Aurel. L. 9. n. 6.
I ij Com
180 MERCURE DE FRANCE
les
Comme tout ce que j'ai dit sur les Serfs
et leurs affranchissemens , n'a été que pour
en donner une teinture legere qui pût
servir à entendre l'Inscription , j'ai pû
avancer d'une maniere generale que
Serfs avoient subsisté en France jusqu'au
milieu du treizième siècle, quoiqu'il n'en
soit fait mention que bien long- tems après,
puisque ce fut vers ce tems - là , qu'au
rapport d un des Historiens d'Orleans, *
S. Louis affranchit tous ceux qui se trouvoient
en France , moyennant quelques
sommes qu'ils payeroient à leurs Scigneurs.
Il est vrai que cette Ordonnance
que Le Maire date de l'an 1255. ne se
trouve point dans le nouveau Recueil de
celles de nos Rois de la troisiéme Race .
Mais comme dans les Lettres du Roi
Louis Hutin , du troisième Juillet 1315 ,
sur le même sujet , il est fait mention d'une
Ordonnance plus ancienne qu'on n'a
pas , il y a apparence que c'est de celle
de S. Louis qu'il est parlé. Les Seigneurs
ne se presserent pas beaucoup d'obéir à
ces ordres , qu'on avoit réïterez sous les
Régnes suivans, et il est parlé de Serfs jusques
dans le quinziéme siècle , quoiqu'a
bolis dès le treizième.
* Le Maire , p . 327. dų I. Tome,
J¢
JANVIER 1733 181
9
Je viens à la derniere Observation de
l'Auteur du Mémoire. J'ai dit que les Lettres
que le Chapitre d'Orleans avoit obtenuës
en 1204. du Roi Philippe Auguste
, pour l'affranchissement de ses Serfs
servirent vingt ans après en 1224 pour
ceux de Mesnil - Giraut , et qu'elles furent
confirmées par le Roi Louis VIII. L'Au
teur m'oppose que dans les Lettres de ce
Roi qui sont rapportées par Ducange et
par le Pere Martenne , et qui , pour le dire
en passant , ne se trouvent point dans le
Trésor de l'Eglise d'Orleans , il n'est parlé
en aucune maniere de cette confirmation
. Cela est vrai . Mais une autre Charte
de Louis VIII. du même Trésor , donnée
à Paris au mois de Septembre de la même
année 1224. en fait expresse mention .
Noveritis quod nos dilectis nostris Domino
et Cto Aurelianensi ad exemplum progenitoris
nostri Philippi recordationis inclite
Regis quondam F.illustris concessimus ut ipsi
servos suos et ancillas suas... autoritate nostra
et sua manumittant. Comme cette Charte
ne parle point de Mesnil Giraut , et
que ce sont des Lettres distinctes de celles
que
de Ducange et du Pere Martenne , c'est
une faute de les avoir confondues , mais
je ne l'ai fait qu'après les Auteurs de
I iij
l'His182
MERCURE DE FRANCE
1
l'Histoire d'Orleans , dont j'avois co-
*
pié les termes sur cet article : cela peut
me servir d'excuse .
Voilà ce que j'avois à dire sur le premier
Mémoire. L'Auteur m'en paroît aussi
poli que sçavant , et je lui ai bien de
l'obligation de l'idée avantageuse qu'il
s'est formée de moi ; j'aurois cependant
souhaité qu'il ne m'eut point désigné par
mon nom , et que me trouvant couvert
sous des Lettres initiales , il m'eut laissé
garder l'incognito.
Il s'agit à présent de la nouvelle étimologie
du mot de Guespin . L'Auteur la
tire de Guespos , mot Grec selon lui , qui
signifie une pierre brillante qui se trouve
aux environs de l'Epire , et voici l'histoire
qu'il fait de cette dénomination . Les
peuples de ces Pays étant passés dans les
Gaules environ 250 ans après la destruction
de Troye , y fonderent la Ville d'Orleans
et remarquant dans ses habitans
une finesse d'esprit qu'on ne voyoit point
dans les autres Gaulois , ils les appellerent
Guespos , par rapport à la pierre brillante
de même nom .
La Pierre dont veut parler notre Etimologiste
est le Gyp , pierre transparen
Le Maire , p. 327. T. 1. Guion. pag.
te *
JANVIER. 1732. 183
te qui se trouve avec le plastre , et qu'il
auroit dû nommer Gupsos futes , car
son Guespos ne signifie rien . Que cette
pierre se rencontre en Epire , ou non
cela ne fait rien au sujet dont il s'agit ,
puisqu'il n'est point vrai que les Epirotes
se soient jamais venus établir dans les
Gaules. L'Etimologiste a confondu les
habitans de la Phocide , Province voisine
de l'Epire , avec les Phocéens , peuples
d'Ionie en Asie , qu'on sçait avoir descendus
dans les Gaules du tems de Cyrus ,
dont ils fuyoient la domination ; mais
la fondation d'Orleans n'est pas moins
étrangere à ces derniers qu'aux Epirotes.
Les Phocéens se contenterent d'occuper les
>
côtes maritimes où ils avoient abordé
sans avancer dans les terres , bien loin de
pénétrer dans des Provinces aussi éloignées
que les nôtres. Marseille leur dût
sa naissance , mais celle d'Orleans appartient
trop aux Chartrains , sous la domi
nation desquels nous trouvons cette Ville
aussi-tôt qu'elle nous est connue , pour
vouloir la rapporter à d'autres. Tout ce
que l'Etimologiste dit là- dessus est avancé
gratuitement et sans aucune preuve.
Herodote , L. I. Justin , Liv. XLIII. Solin ,
C8. &c.
I iiij Je
184 MERCURE DE FRANCE
Je pourrois à mon tour lui reprocher sa
négligence pour la recherche de la Verité , si
je ne craignois de m'être déja trop arrêté
sur un Sujet qui peut- être ne méritoit pas
d'être refuté sérieusement.
D. P.
A Orleans , ce 7 Decembre 1732.
du mois d'Octobre dernier.
J
E viens de voir dans le Mercure du
mois d'Octobre dernier , deux Articles
qui me concernent ; le premier, contient
des Remarques sur ce que j'ai dit au
'sujet de la Manumission d'Orleans , dans
le Mercure de Juin , et dans le second on
nous donne une nouvelle Etimologie du
mot de Guespin , contre celle qui est imprimée
dans le Mercure de May. Voicy
ce que j'ai à répondre à l'un et à l'autre.
L'Auteur des Remarques les commence
par m'avertir que l'Inscription d'Orleans,
que je croyois jusques icy , n'avoir point
été donnée figurée, se trouve neanmoins
gravée dans les Annales Benedictines, du
P. Mabillon. En effet , elle s'y rencontre
à la page 533 du 5 vol . Je remercie
l'Observateur de me l'avoir indiquée ,
mais quand j'aurois sçû cette particularité,
je n'aurois pas moins donné l'Inscription
au Mercure , qui étant un Livre en-
I tre
178 MERCURE DE FRANCE
tre les mains de tout le monde , est beaucoup
plus propre qu'aucun autre à la répandre
et à la faire connoître par tout.
On sçaura du moins ce qu'est devenu ce
Monument après la destruction desTours,
où il se trouvoit attaché , et cela pourra
engager ceux qui passeront par Orleans ,
à demander à le voir. Les Curieux doivent
tout attendre en cette occasion de la
politesse des Chanoines qui en ont la
garde.
L'Observateur se plaint ensuite , que
dans la Liste de ceux qui ont rapporté
l'Inscription , j'aie oublié l'Auteur du
Voyage Liturgique , dans l'Ouvrage duquel
elle se trouve fidelement décrite . A cela
je réponds que je n'ai jamais pensé à faire
un dénombrement complet de tous ceux
qui ont fait mention de ce Monument. Je
n'ai cité que ceux que j'avois sous la
main ; car il y en a bien un plus grand
nombre ; et je me contenterai icy d'ajouter
Guillaume Fournier ; d'autant plus
qu'en rapportant l'Inscription , ch. 4. du
liv. 1. de ses Selectiones , il s'est trompé sur
le nom de l'Affranchi , LETBERTUS , qu'il
appelle mal LEMTBERTUS . Au reste , ce
n'est point le titre de Voyage Liturgique
qui m'a empêché de penser à cet Ouvrage
, comme semble le croire l'Auteur des
Re-
,
JANVIE R. 1733 179
Remarques ; je sçavois qu'il y avoit dans
ce Livre bien des choses plus éloignées de
la Liturgie , qu'une Manumission ad altare.
Mais comme je n'avois fait que par--
courir legerement ce Voyage , lorsqu'il
parut , je ne me souvenois pas d'y avoir
vû la nôtre .
La Remarque qui suit , regarde l'Ins--
cription même: On demande pourquoi
l'affranchissement de Letbert est le seul
qui se trouve gravé sur la Pierre ; et on
ajoute que j'en devois rendre raison . J'avoue
que si je l'avois fait , j'aurois donné
un grand jour à l'Inscription . Mais com
ment en venir à bout ? Les termes simples
et concis qui la composent, ne donnent
aucun lieu à des conjectures , et les Archives
de l'Eglise d'Orleans , où ce Letbert
est entierement inconnu , ne nous
en apprennent pas davantage . Il faut
donc , sans chercher à deviner , dans un
fait entierement obscur , se contenter de
dire , avec M de Lasaussaie * , que la gravûre
de cet affrancissement n'a été que
pour suppléer à un autre Acte , selon la
disposition de la Loy de Constantin sur
ce sujet , qui permet que dans cette occasion
: Vice Actorum , interponatur qualiscunque
scriptura.
✯ Annal. Eccl. Aurel. L. 9. n. 6.
I ij Com
180 MERCURE DE FRANCE
les
Comme tout ce que j'ai dit sur les Serfs
et leurs affranchissemens , n'a été que pour
en donner une teinture legere qui pût
servir à entendre l'Inscription , j'ai pû
avancer d'une maniere generale que
Serfs avoient subsisté en France jusqu'au
milieu du treizième siècle, quoiqu'il n'en
soit fait mention que bien long- tems après,
puisque ce fut vers ce tems - là , qu'au
rapport d un des Historiens d'Orleans, *
S. Louis affranchit tous ceux qui se trouvoient
en France , moyennant quelques
sommes qu'ils payeroient à leurs Scigneurs.
Il est vrai que cette Ordonnance
que Le Maire date de l'an 1255. ne se
trouve point dans le nouveau Recueil de
celles de nos Rois de la troisiéme Race .
Mais comme dans les Lettres du Roi
Louis Hutin , du troisième Juillet 1315 ,
sur le même sujet , il est fait mention d'une
Ordonnance plus ancienne qu'on n'a
pas , il y a apparence que c'est de celle
de S. Louis qu'il est parlé. Les Seigneurs
ne se presserent pas beaucoup d'obéir à
ces ordres , qu'on avoit réïterez sous les
Régnes suivans, et il est parlé de Serfs jusques
dans le quinziéme siècle , quoiqu'a
bolis dès le treizième.
* Le Maire , p . 327. dų I. Tome,
J¢
JANVIER 1733 181
9
Je viens à la derniere Observation de
l'Auteur du Mémoire. J'ai dit que les Lettres
que le Chapitre d'Orleans avoit obtenuës
en 1204. du Roi Philippe Auguste
, pour l'affranchissement de ses Serfs
servirent vingt ans après en 1224 pour
ceux de Mesnil - Giraut , et qu'elles furent
confirmées par le Roi Louis VIII. L'Au
teur m'oppose que dans les Lettres de ce
Roi qui sont rapportées par Ducange et
par le Pere Martenne , et qui , pour le dire
en passant , ne se trouvent point dans le
Trésor de l'Eglise d'Orleans , il n'est parlé
en aucune maniere de cette confirmation
. Cela est vrai . Mais une autre Charte
de Louis VIII. du même Trésor , donnée
à Paris au mois de Septembre de la même
année 1224. en fait expresse mention .
Noveritis quod nos dilectis nostris Domino
et Cto Aurelianensi ad exemplum progenitoris
nostri Philippi recordationis inclite
Regis quondam F.illustris concessimus ut ipsi
servos suos et ancillas suas... autoritate nostra
et sua manumittant. Comme cette Charte
ne parle point de Mesnil Giraut , et
que ce sont des Lettres distinctes de celles
que
de Ducange et du Pere Martenne , c'est
une faute de les avoir confondues , mais
je ne l'ai fait qu'après les Auteurs de
I iij
l'His182
MERCURE DE FRANCE
1
l'Histoire d'Orleans , dont j'avois co-
*
pié les termes sur cet article : cela peut
me servir d'excuse .
Voilà ce que j'avois à dire sur le premier
Mémoire. L'Auteur m'en paroît aussi
poli que sçavant , et je lui ai bien de
l'obligation de l'idée avantageuse qu'il
s'est formée de moi ; j'aurois cependant
souhaité qu'il ne m'eut point désigné par
mon nom , et que me trouvant couvert
sous des Lettres initiales , il m'eut laissé
garder l'incognito.
Il s'agit à présent de la nouvelle étimologie
du mot de Guespin . L'Auteur la
tire de Guespos , mot Grec selon lui , qui
signifie une pierre brillante qui se trouve
aux environs de l'Epire , et voici l'histoire
qu'il fait de cette dénomination . Les
peuples de ces Pays étant passés dans les
Gaules environ 250 ans après la destruction
de Troye , y fonderent la Ville d'Orleans
et remarquant dans ses habitans
une finesse d'esprit qu'on ne voyoit point
dans les autres Gaulois , ils les appellerent
Guespos , par rapport à la pierre brillante
de même nom .
La Pierre dont veut parler notre Etimologiste
est le Gyp , pierre transparen
Le Maire , p. 327. T. 1. Guion. pag.
te *
JANVIER. 1732. 183
te qui se trouve avec le plastre , et qu'il
auroit dû nommer Gupsos futes , car
son Guespos ne signifie rien . Que cette
pierre se rencontre en Epire , ou non
cela ne fait rien au sujet dont il s'agit ,
puisqu'il n'est point vrai que les Epirotes
se soient jamais venus établir dans les
Gaules. L'Etimologiste a confondu les
habitans de la Phocide , Province voisine
de l'Epire , avec les Phocéens , peuples
d'Ionie en Asie , qu'on sçait avoir descendus
dans les Gaules du tems de Cyrus ,
dont ils fuyoient la domination ; mais
la fondation d'Orleans n'est pas moins
étrangere à ces derniers qu'aux Epirotes.
Les Phocéens se contenterent d'occuper les
>
côtes maritimes où ils avoient abordé
sans avancer dans les terres , bien loin de
pénétrer dans des Provinces aussi éloignées
que les nôtres. Marseille leur dût
sa naissance , mais celle d'Orleans appartient
trop aux Chartrains , sous la domi
nation desquels nous trouvons cette Ville
aussi-tôt qu'elle nous est connue , pour
vouloir la rapporter à d'autres. Tout ce
que l'Etimologiste dit là- dessus est avancé
gratuitement et sans aucune preuve.
Herodote , L. I. Justin , Liv. XLIII. Solin ,
C8. &c.
I iiij Je
184 MERCURE DE FRANCE
Je pourrois à mon tour lui reprocher sa
négligence pour la recherche de la Verité , si
je ne craignois de m'être déja trop arrêté
sur un Sujet qui peut- être ne méritoit pas
d'être refuté sérieusement.
D. P.
A Orleans , ce 7 Decembre 1732.
Fermer
Résumé : RÉPONSE à deux Articles du Mercure du mois d'Octobre dernier.
L'auteur réagit à deux articles du Mercure d'octobre précédent. Le premier article discute de la manumission d'Orléans, mentionnée dans le Mercure de juin. L'auteur découvre que l'inscription d'Orléans, qu'il croyait non figurée, est en réalité gravée dans les Annales Benedictines du Père Mabillon. Il remercie l'observateur pour cette information mais justifie la publication de l'inscription dans le Mercure, car ce dernier est plus accessible au public. Il reconnaît avoir omis de citer l'auteur du Voyage Liturgique, qui décrit fidèlement l'inscription, mais précise qu'il n'avait pas l'intention de faire un dénombrement complet des sources. L'auteur aborde également la question de l'unicité de l'affranchissement de Letbert gravé sur la pierre, un fait qu'il ne peut expliquer faute de preuves suffisantes. Il mentionne que les serfs ont subsisté en France jusqu'au milieu du treizième siècle, bien que des ordonnances comme celle de Saint Louis aient visé à les affranchir. Le second article propose une nouvelle étymologie du mot 'Guespin', que l'auteur réfute. Selon lui, cette étymologie est incorrecte et repose sur des confusions historiques. L'auteur critique la méthode de l'étymologiste, qui aurait confondu les habitants de la Phocide avec les Phocéens. Il souligne que la fondation d'Orléans est attribuée aux Chartrains, non aux Épirotes ou aux Phocéens. Il conclut en regrettant la négligence de l'étymologiste dans la recherche de la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 230-246
REPLIQUE à la Lettre de M. L. B. d'Auxerre, inserée dans le Mercure du mois d'Août dernier, au sujet d'une Inscription.
Début :
Je ne m'attendois à rien moins qu'à rentrer en dispute avec M. L. B. au [...]
Mots clefs :
Alexandre, Ovinius, Lampride, Prince, Guerre, Association, Sévère, Allemands, Sarmates, Médailles, Auguste, Soldats, Empereur, Circonstances, Particule vel, Inscription
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPLIQUE à la Lettre de M. L. B. d'Auxerre, inserée dans le Mercure du mois d'Août dernier, au sujet d'une Inscription.
REPLIQUE à la Lettre de M. L. B.
d'Auxerre , inserée dans le Mercure du
mois d'Août dernier , au sujet d'une Inscription
.
J
E ne m'attendois à rien moins qu'à
rentrer en dispute avec M. L. B. au
sujet de l'Inscription d'Auxerre , et je
croïois notre différend enticrement terminé,
quand la Lettre qu'il vient de don-
-ner dans le Mercure du mois d'Août , m'a
fait connoître que son silence n'étoit que
pour mieux préparer ses armes , et pour
me combattre avec plus d'avantage . En
effet cette Lettre est bien differente des
deux autres ; la premiere n'étoit qu'un
impromptu du lendemain , même de la découverte
du Monument, et M. L.B.avoit
écrit la seconde , avant que d'avoir eu le
loisir de feuilleter les immenses Recueils
d'Inscriptions ; c'est - à - dire , qu'il avoit
alors négligé les autoritez , qui sur une
pareille matiere , peuvent servir à mettre la
vérité
FEVRIER. * 1733 . 231
*
vérité dans un plus grand jour ; mais aujourd'hui
c'est après un intervale considerable
, et depuis une lecture attentive de
Lampride , que mon adversaire reparoit
sur les rangs , et comment y paroît - il encore
; appuyé d'un suffrage glorieux et
puissant. Pour le coup , peu s'en est fallu
que M.L.B.n'ait réussi. Pénétré , comme
je le suis , d'un respect infini et
infini et légitime
pour l'Illustre Magistrat à qui il addresse
sa Lettre et dont il emprunte du
secours , j'ai craint long - temps de combattre
des sentimens que je dois respecter
, et j'aurois toujours gardé le silence , si
je n'avois fait réfléxion depuis, que la part
que ce grand homme semble prendre dans
notre dispute , n'est qu'un jeu de sa part,
pour la faire durer plus long temps et s'en
divertir. C'est donc à M. L. B. seul que je
réponds icy, et tout ce que je dirai ne regarde
que lui uniquement.
Pour entrer en matiere , je commence
par examiner l'autorité de Lampride. J'ai
dit dans mes deux Mémoires , en rapportant
les sentimens de Casaubon , de
Saumaise et de M. de Tillemont , sur les
Auteurs de l'Histoire Auguste dont Lampride
est du nombre. J'ai écrit , dis- je , et
* Monsieur Boubier , Président au Parlement
de Dijon.
B vj
M.
232 MERCURE DE FRANCE
.
J
>
M.L. B. en convient en partie , que ce
Recueil étoit l'Ouvrage d'un Compilateur
demi Sçavant , qui avoit écrit sans choix ,
sans ordre , et mêlé ensemble les Narrations
des Autcurs , dont son Receuil porte le nom.
Est-il extraordinaire que j'en aye conclu
qu'on étoit toujours en droit de révoquer en
doute ce que ces Auteurs avancent quand il
ne se trouve pas confirmé d'ailleurs, du moins
pour le fonds. Il a plu à ML. B. en rappertant
ces paroles, de supprimer les derniers
mots : Du moins pour le fonds ; et ce
retranchement a donné à ma pensée une
étenduë que je n'ai jamais songé à lui
donner, et qui la rend vicieuse . M² L. B.
en a profité , et il a fait valoir cet avantage
autant qu'il a pû , mais en rétablissant
la proposition dans les termes où je
l'ai exprimée , a-t il tant de sujet de s'écrier
et de la trouver si extraordinaire ?
N'est -elle pas plutôt une conséquence
juste et mesurée qui naît d'elle- même de
l'opinion désavantageuse qu'ont eu de
l'Histoire Auguste les grands Hommes
sur lesquels je me suis réglé . Je n'ai pas
prétendu dire , au reste , qu'il fut nécessaire
que les faits alléguez dans cette Histoire
se trouvassent nommément exprimez
ailleurs;c'est assez pour y ajouter foy,
qu'on les y trouve d'une maniere implicite
FEVRIER. 1733. 233
plicite et générale , et ce sentiment n'a
rien que de naturel . Pour développer ceci
davantage , je lis dans Lampride que
Martianus conspira contre Alexandre , et
qu'Ovinius voulut se faire Empereur ; (car
pour le dire en passant , et comme je le
montrerai plus bas , il s'en faut beaucoup
que je croye Ovinius un personnage.fabuleux:
c'est son association seule que j'attaque.
) Ces faits , dis - je , n'ont rien qui
m'empêche de les croire , après avoir lû
dans les Auteurs contemporains que pendant
le Regne d'Alexandre il y eut plusieurs
séditions contre ce Prince. Multa
seditionesfacte sunt à multis . Dion. J'ai même
en quelque maniere obligation à Lampride
de m'apprendre le nom de ces
Chefs de Revolte , et de me les faire
Gonnoître. Mais aussi quand je lis dans le
même Lampride qu'Alexandre , loin de
punir Ovinius , associe ce Sénateur à son
pouvoir , et que les autres Auteurs , au
contraire , m'assurent que ce Prince scut
punir ceux qui oserent s'élever contre
lui. Supplicioque affecti funt. Herod. J'ai
alors raison de douter de l'autorité de
Lampride.
Pour faire connoître plus particulierement
cet Auteur , il est necessaire de remarquer
quelques - uns de ses deffauts ; et
sans
234 MERCURE DE FRANCE
-
sans le suivre dans toutes les Vies des Em
pereurs qui portent son nom , je ne m'attacherai
qu'à celle d'Alexandre . A peine
Lampride sçait il le nom de la Mere de
ce Prince , et ce n'est qu'en doutant
qu'il l'appelle Mammée . Alexander igitur
cui Mammea mater fuit , nam et ita dicitur
à plerisque. Peut - on dire qu'Encolpius et
les autres Courtisans d'Alexandre , dont
Lampride avoit les Memoires devant les
yeux ignorassent le nom de cette Princesse
ou pourquoi Lampride ne suit - il
plus icy ses originaux ? c'est à Mr L. B. à
nous l'apprendre . Selon le même Auteur
, Alexandre fut le seul qui cassa des
Légions entieres : Si quidem solus inventus
sit , qui tumultuan er legiones exautoraverit.
Qui voudroit l'en croire sur sa pa
role; se trouveroit bien embarassé en isant
Suerone. Cet Auteur nous marque
expressément que Jules Cesar dans la
Guerre contre Pompée , cassa auprès de
Plaisance , la neuviéme Légion qui s'étoit
révoltée. Et nonam quidem Legionem apud
Placentiam cum ignominia missam fecit 69 .
Qu'Auguste en fit autant à la dixiéme.
Decimam Legion.m contumacius parentem
cum ignominia dimisit. 24. Enfin , que
Galba ôta non- seulement les Aigles aux
Classiaires , dont Néron avoit composé
•
แล
FEVRIER. 1733. 235
un Corps de Troupes réglées , et les obligea
de rentrer dans leurs premieres fonctions
, mais même sur ce qu'ils se plaignoient
avec trop de hauteur , qu'il les
décima , fed decimavit etiam. 12. Lampride
nous dit encore qu'Alexandre , à l'imitation
d'Adrien , eut la pensée de faire
adorer J. C. dans l'Empire . Christo Templum
voluit eumque inter Divos recipere
quod et Adrianus ; et cependant Tertullien
qui vivoit sous Sévere , et qui par
conséquent étoit beaucoup moins éloigné
d'Adrien , que Lampride , nous dit au
contraire , que ce fut Tibere qui conçut
ce dessein : Tiberius ergo annunciatum sibi
ex Syria Palestina , que illius ( J. C. ) Divinitatis
revelara , detulit ad Senatum cum
prerogativa suffragii sui. Mais que dire de
la maniere dont Aléxandre parle de Caracalle
dans son Remerciment au Sénat ?
Ce Prince , comme on le verra plus bas,
se disoit fils de ce dernier Empereur ; et
cependant il le blame publiquement d'avoir
affecté , en prenant le nom d'Antonin
, un titre qui ne lui convenoit pas :
Affecratum in Bassiano . Est-ce là ce fils si
respectueux pour ceux qui lui avoient
donné le jour ? Enfin rien n'est plus plaisant
que de voir parmi les Conseillers
que Lampride donne à ce Prince , des
Per
236 MERCURE DE FRANCE
•
Personnes mortes long - temps auparavant
, tels que Pomponius , Alphenus et
d'autres , ce qui a été remarqué par Cujas
, lib. 7.Observ .
Je pourrois remarquer une infinité de
traits pareils , mais en voilà assez sur ce
sujet , et pour autoriser ce que j'ai dit . Je
viens à l'association d'Ovinius pour en faire
connoître la supposition ; j'ai dit , après
Mr de Tillemont , qu'il s'y trouvoit des
circonstances qui paroissent tenir de la Fable.
L'objection a paruë pressante à M' L.
B. il étoit naturel de s'en débarasser ; mais
je ne sçais s'il y a bien réussi , en disant
que ces circonstances tiennent seulement
du Comique, et que des circonstances pour être
Comiques , n'empêchent point le fonds de l'évenement
d'être réel. C'est ce que je nie dans
un fait de l'importance de celui que nous
examinons. En voici la preuve : Selon M²
L. B. Ovinius avoit été choisi par les
Prétoriens , et il en étoit aimé , puisque
ce fut cet amour qu'ils lui portoient qui
causa sa mort dans la suite . Aléxandre
qui redoutoit leur Puissance , entre dans
leurs vûës , associe Ovinius à l'Empire ,
mais seulement en apparence et pour
montrer à ces Troupes que le sujet qu'ils
avoient choisi pour lui opposer , n'étoit
pas digne du où ils le vouloient fai- rang
re
FEVRIER. 1733 . 237
rc monter . Mais , dira-t- on à Mr L. B. la
politique d'Alexandre se dément bien- tôts
car enfin cet air Comique dans les circonstances
de cette association auroit bientôt
ouvert les yeux aux Soldats , ils auroient
pénétré le dessein d'Alexandre , et
ce Prince par là se seroit trouvé dans le
danger qu'il vouloit éviter. L'exemple de
Septime Sévére qu'il allégue , est bien different.
Lorsque ce Prince , pour mieux combattre
Pescennius , amusa Albin , en le
déclarant César. Albin étoit alors à la tête
des armées d'Angletere, et prêt à prendre
la Pourpre. Il falloit prendre le parti de
la dissimulation , ou se résoudre à avoir
deux Concurrens sur les bras. Il n'y a rien
outre cela de Comique dans sa conduite
dont il trouvoit un modele dans Auguste
par la maniere dont il en avoit agi avec
Lépide. Selon le récit de Lamptide Ovinius
est sans Soldats , sans Troupes reglées
; à peine commence- t- il à se former
un parti pour s'élever au Trône . Quoiqu'en
veuille dire M L.B.rien ne pouvoit
forcer Alexandre d'avoir pour ce Sénateur
et ses Complices , un ménagement si rafiné
et si dangereux. Je ne sçai si je njaimerois
pas presqu'autant l'explication qu'Erasme
a donnée à cette action d'Aléxandre
238 MERCURE DE FRANCE.
dre dans ses Apothegmes , lib. 6. Selon
lui, Alexandre tout plein de bonté et tout
Philosophe , voulut corriger l'ambition
d'Ovinius ; il ne l'engagea à venir à l'Armée
avec lui que pour lui faire connoître
que la condition qu'il ambitionnoit tant ,
étoit plus remplie de peines et de travaux
qu'il ne se l'étoit imaginé. Sic illi commostravit
quod essetgerere imperium. Ce qu'il
y a de plaisant dans cette explication d'Erasme
, c'est qu'elle se trouve authorisée
par Lampride , qui nous dit qu'Aléxandre
remercia Ovinius de vouloir bien se
charger volontairement d'un fardeau aussi
pesant que celui de gouverner la République.
Eiqué gratias egit quod curam
Reip. sponte reciperet.
Pour seconde preuve contre l'association
d'Ovinius ; j'ai dit , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'Alexandre eut voulu
se livrer entierement entre ses mains ,
en lui offrant le commandement des
Troupes qu'il envoyoit contre les Barba
res , et M² L. B. avouë que ç'auroit été le
comble de l'imprudence. Aussi pour parer
cette objection , qui peut passer comme
le centre de toutes les autres , Mr L. B. a
pris le parti d'expliquer le Texte de Lampride
, autrement que tous ceux qui l'ont
traduit jusques icy . Voicy le Passage Latin:
Et
FEVRIER. 1732 . 239
Et cum expeditio Barbarica esset nuntiata ,
vel ipsum , si vellet , ire , vel ut secum proficisceretur
, hortatus est.
Mr L. B. prétend que dans ce Passage
la particule vel est mise pour et , et que
par conséquent ,au lieu d'entendre qu'Aléxandre
offrit à Ovinius de le mener à la
Guerre , s'il n'aimoit mieux y aller seul . Il
faut traduire qu'Alexandre invita Ovinius
à aller à la Guerre contre les Barbares , et
même à faire le voyage avec lui. Je sçais
que la particule vel n'est pas toujours disjonctive
, qu'elle est copulative quelquefois
; mais je sçais bien aussi que c'est
quand la Phrase le détermine, et que sans
cela on ne peut l'expliquer raisonnablement.
Quel est donc le sens le plus naturel
, et qui se présente le premier à l'esprit
dans ce Passage de Lampride. Est - ce
celui qu'y trouve Mr L. B. ou celui dans
lequel l'ont entendu tous les autres Traducteurs?
Je laisse cela à décider au Lecteur
, mais j'ose assurer que l'explication
de M' L. B. est forcée , et que la particule
vel , comme il l'entend , devient dans
la phrase un véritable Pleonasme , et n'est
plus qu'une répétition vicieuse. C'est un
grand principe et que Mr L B. doit encore
mieux sçavoir que moi , de ne point
cher126
MERCURE DE FRANCE
chercher un sens éloigné et difficile , quand
il s'en offre un simple et naturel .
Pour affermir davantage l'association,
d'Ovinius ,Mr L.B s'étend fort au long sur
le temps de cette association . Mais tout ce
qu'il dit icy ne me regarde nullement.
Je nie le fait , il ne m'importe pas en
quel temps il aa pu arriver. J'ai dit seulement
que ce n'avoit pû être dans une
Guerre contre les Allemans , comme M²
L. B. l'avoit avancé ; il a été obligé d'en
convenir, et de dire qu'il n'avoit erré que
pour avoir voulu isuivre M de Tillemont
; mais comme il donne une autre
Epoque à cette association ,
il me permettra
de l'examiner.
Lampride écrit qu'Alexandre étant à
Antioche , trouva ses Troupes dans un
grand relâchement , qu'ayant fait arrêter
les Auteurs de ce désordre , les Soldats se
mutinerent et s'éleverent tumultueusement
contre lui ; que là- dessus ce Prince
leur dit que ce n'étoit point contre leur
Souverain que leurs Chefs leur avoient enseigné
à faire usage de leurs voix ; mais
contre les Sarmates , les Allemans , les
Perses. M' L. B. saisit le Passage et met
l'association d'Ovinius dans une Guerre
qu'il prétend qu'Alexandre eut contre les
SarFEVRIER.
1733. 241
Sarmates , et qu'il place dans l'ordre où
ces Peuples sont nommez , et dans les six
premieres années du Regne d'Alexandre.
J'avoue mon peu de pénétration , je no
vois rien- icy qui prouve qu'Aléxandre ait
eu Guerre contre les Sarmates , et voicy
sur quoi je me fonde.
Si dans la derniere Guerre d'Espagne
l'âge du Roy avoit permis à ce Prince de
se trouver à la tête de ses Troupes, et que
sur le point de quelque Action , il les eut
fait souvenir de la valeur qu'elles avoient
fait paroître contre les Allemans, les Anglois
, les Hollandois ; en concluroit - on
que ce Prince auroit cu alors quelques
Guerres contre ces Peuples ? Non , sans
doute , et l'on doit raisonner de la même
maniere , sur la Harangue d'Alexandre .
Cet Empereur alors marchoit en Perse ,
comme Lampride le dit lui- même ; et
jusqu'à cette Guerre, son Regne avoit été
paisible du côté des Etrangers. Igitur cum
ad hunc modum * septem annos quod quidem
ad se attineret, sine querela cùjusquam Imperium
gubernasset, ecce tibi octavo anno , & c.
Car il paroît par toutes les Médailles.
d'Alexandre , qui portent la
temps où elles ont été frappées, et sur les
marque
du
* Suivant la correction du P. Pagi : Dissert.
Hypat. pag. 177 .
quelles
242 MERCURE DE FRANCE
>
quelles il est fait mention de Victoires
soit dans le Type , soit dans la Légende ,
que ce ne fut qu'après la Déclaration de la
Guerre de Perse , arrivée sur la fin de l'an
227 ou au commencement de 228 , comme
l'a démontré le P. Pagi , que les Généraux
de ce Prince eurent quelques avantages
en Mauritanie , en Illyrie et en Arménie
, puisque toutes ces Médailles ne
paroissent point avant la viiⓇ année de la
Puissance Tribunicienne d'Alexandre , et
que par conséquent elles ont été frappées
au plutôt en 288. c'est - à - dire , à peu
près dans le même temps qu'Alexandre
étoit à Antioche . Alexandre donc ne fait
icy que ce qu'auroit fait le Roy ; l'un et
l'autre représentent à leurs Soldats les
Guerres où ils se sont trouvez , sous les
Rois leurs Prédecesseurs ; et une marque
qu'Alexandre n'entend point parler de
celles qui le regardent , c'est qu'il cite les
Perses contre lesquels , comme je l'ai dit,
il marchoit alors , dans la seule Expedition
qu'il ait faite contr'eux.
Si cependant ML. B. soutient que les
Sarmates ont quelque rapport avec Aléxandre
, je lui répondrai que cette Guerre
n'est pas distincte de la premiere contre
les Allemans , dont il ne veut plus faire
usage ; et qu'au contraire , c'est la même.
Les
FEVRIER. 1733. 243
;
Les Sarmates occupoient tout le Païs qui
compose la Pologne et la Prusse d'à- d'à- present
ils étoient par - là trop voisins de
I'Illyrie , pour ne pas croire que ce furent
ces Peuples qui apparemment s'étoient
joints aux Allemans , que Varius
Macrinus chassa de cette Province. Les
interêts des uns et des autres étoient les
mêmes , et ils voulurent profiter de l'absence
d'Alexandre, pour ravager les Terres
de l'Empire , ce qui obligea l'Empereur
en marchant contre Artaxercés d'envoïer
des Troupes contr'eux. Comparante
jam se ut fluvios transgrederetur... Quosdam
etiam exercitus in regiones alias transtulit
, ut inde Barbarorum incursiones facilius
arcerentur. Herodien .
J'ai promis à M' L. B. de lui montrer
que les Ovinius me sont connus ; je tiens
ma parole. Outre l'Ovinius Camillus de
Lampride , et Ovinius Tertullus de la
Loy 1. ad S. C. Tertull. qu'il cite : Il y a
un Ovinius Paternus qui fut Consul sous
Alexandre même en 233. un Lucius Ovinius
Rusticus , qui le fut sous Maximin ,
l'an 237.ct l'on trouve en 317. sous Constantin
, un autre Ovinius , surnommé
Gallicanus, Consul avec Septimius Bassus,
long- temps devant ceux- cy , une Inscription
de Gruter ( CCLXI 4.)nous fait mention
244 MERCURE DE FRANCE
tion d'un Titus Ovinius Thermus , fils
d'un autre de même nom, qui vivoit sous
les Antonins. Je ne parle pas d'un M.
Ovinius M. F. Ter.Rufus, et d'un L.Ovinius
Amandus , dont les noms se trouvent
dans le même Gruter ( DLXVII. 3. )
et dans Reinesius ( XII. 110, ) Ovinius est
un nom ancien chez les Romains , puisqueVarron
qui fleurissoit dans les dernieres
années de la République , en parlant
dans son Ouvrage de Re Rustica , des
noms qui tirent leur origine des Troupeaux
, fait mention de celui d'Ovinius.
Nomina multa habemus ab utroque pecore , à
majore et à minore , à minore Porcius , Ovinius
, Caprilius. En voilà suffisamment
pour dresser une longue Généalogie , à
qui voudroit en prendre la peine , mais
n'en voilà que trop pour montrer que M²
L. B. n'a pas eu raison de dire , que ce nom
ne se rencontre gueres ailleurs qu'en ces deux
endroits qu'il a cités.
Je finirois icy , sans une réfléxion qu'on
me permettra d'ajouter , quoiqu'elle ne
regarde pas mon adversaire seul. Mª L.B.
en parlant d'Alexandre , l'appelle' toujours
Alexandre Severe , et il suit en cela un
sage , qui ,pour être autorisé, n'en est pas
moins vicicux. Le nom de Sévere que
portoit Alexandre , n'étoit pas, quoiqu'en
veuille
FEVRIER. 1733 245
euille dire Lampride , une Epithete qui
lui fut donnée à cause de son exactitude
à faire observer la Discipline Militaire.
Nam et Severus est appellatus à Militibus
ob Austeritatem . C'étoit chez lui un nom
de famille , qu'il tenoit de Septime Sévere
et d'Antonin Caracalle , appellé de
même Severe , comme on le voit sur ses
Médailles Grecques , où il est nommé
AYT, K. M. ATP. CEYHPOC. ANTONEINос.
П. П. Аléxandre se disoit fils de ce
dernier. Admonete quamprimum illum , dit
ce Prince en parlant d'Artaxercés : Trophæorum
qua plurima adversus Barbaros Severo
atque Antonino parente meo ducibus.
excitastis. Herodien . Ce qui est confirmé
par les Inscriptions.
•
IMP. CAES DIVI
SEVERI. PII, NEPOTI. DIVI
ANTONINI. MAG. PII. FILIO
M. AUREL. SEVERO ALEXANDRO
PIO , &c.
Gruter MLXXVIII , 7. et 8,
C'est donc Severe - Alexandre qu'il faut
dire , selon l'usage de placer les noms de
famille , et conformément à toutes les
C Més
246 MERCURE DE FRANCE
Médailles Latines et Grecques , où l'on
lit : IMP. SEV ALEXANDER AUG.
AY.K. CEOYHPOC . AAEZANA. aussi-bien
que dans les Inscriptions que je viens de
rapporter.
D. P.
A Orleans , le 10 Octobre 1732.
d'Auxerre , inserée dans le Mercure du
mois d'Août dernier , au sujet d'une Inscription
.
J
E ne m'attendois à rien moins qu'à
rentrer en dispute avec M. L. B. au
sujet de l'Inscription d'Auxerre , et je
croïois notre différend enticrement terminé,
quand la Lettre qu'il vient de don-
-ner dans le Mercure du mois d'Août , m'a
fait connoître que son silence n'étoit que
pour mieux préparer ses armes , et pour
me combattre avec plus d'avantage . En
effet cette Lettre est bien differente des
deux autres ; la premiere n'étoit qu'un
impromptu du lendemain , même de la découverte
du Monument, et M. L.B.avoit
écrit la seconde , avant que d'avoir eu le
loisir de feuilleter les immenses Recueils
d'Inscriptions ; c'est - à - dire , qu'il avoit
alors négligé les autoritez , qui sur une
pareille matiere , peuvent servir à mettre la
vérité
FEVRIER. * 1733 . 231
*
vérité dans un plus grand jour ; mais aujourd'hui
c'est après un intervale considerable
, et depuis une lecture attentive de
Lampride , que mon adversaire reparoit
sur les rangs , et comment y paroît - il encore
; appuyé d'un suffrage glorieux et
puissant. Pour le coup , peu s'en est fallu
que M.L.B.n'ait réussi. Pénétré , comme
je le suis , d'un respect infini et
infini et légitime
pour l'Illustre Magistrat à qui il addresse
sa Lettre et dont il emprunte du
secours , j'ai craint long - temps de combattre
des sentimens que je dois respecter
, et j'aurois toujours gardé le silence , si
je n'avois fait réfléxion depuis, que la part
que ce grand homme semble prendre dans
notre dispute , n'est qu'un jeu de sa part,
pour la faire durer plus long temps et s'en
divertir. C'est donc à M. L. B. seul que je
réponds icy, et tout ce que je dirai ne regarde
que lui uniquement.
Pour entrer en matiere , je commence
par examiner l'autorité de Lampride. J'ai
dit dans mes deux Mémoires , en rapportant
les sentimens de Casaubon , de
Saumaise et de M. de Tillemont , sur les
Auteurs de l'Histoire Auguste dont Lampride
est du nombre. J'ai écrit , dis- je , et
* Monsieur Boubier , Président au Parlement
de Dijon.
B vj
M.
232 MERCURE DE FRANCE
.
J
>
M.L. B. en convient en partie , que ce
Recueil étoit l'Ouvrage d'un Compilateur
demi Sçavant , qui avoit écrit sans choix ,
sans ordre , et mêlé ensemble les Narrations
des Autcurs , dont son Receuil porte le nom.
Est-il extraordinaire que j'en aye conclu
qu'on étoit toujours en droit de révoquer en
doute ce que ces Auteurs avancent quand il
ne se trouve pas confirmé d'ailleurs, du moins
pour le fonds. Il a plu à ML. B. en rappertant
ces paroles, de supprimer les derniers
mots : Du moins pour le fonds ; et ce
retranchement a donné à ma pensée une
étenduë que je n'ai jamais songé à lui
donner, et qui la rend vicieuse . M² L. B.
en a profité , et il a fait valoir cet avantage
autant qu'il a pû , mais en rétablissant
la proposition dans les termes où je
l'ai exprimée , a-t il tant de sujet de s'écrier
et de la trouver si extraordinaire ?
N'est -elle pas plutôt une conséquence
juste et mesurée qui naît d'elle- même de
l'opinion désavantageuse qu'ont eu de
l'Histoire Auguste les grands Hommes
sur lesquels je me suis réglé . Je n'ai pas
prétendu dire , au reste , qu'il fut nécessaire
que les faits alléguez dans cette Histoire
se trouvassent nommément exprimez
ailleurs;c'est assez pour y ajouter foy,
qu'on les y trouve d'une maniere implicite
FEVRIER. 1733. 233
plicite et générale , et ce sentiment n'a
rien que de naturel . Pour développer ceci
davantage , je lis dans Lampride que
Martianus conspira contre Alexandre , et
qu'Ovinius voulut se faire Empereur ; (car
pour le dire en passant , et comme je le
montrerai plus bas , il s'en faut beaucoup
que je croye Ovinius un personnage.fabuleux:
c'est son association seule que j'attaque.
) Ces faits , dis - je , n'ont rien qui
m'empêche de les croire , après avoir lû
dans les Auteurs contemporains que pendant
le Regne d'Alexandre il y eut plusieurs
séditions contre ce Prince. Multa
seditionesfacte sunt à multis . Dion. J'ai même
en quelque maniere obligation à Lampride
de m'apprendre le nom de ces
Chefs de Revolte , et de me les faire
Gonnoître. Mais aussi quand je lis dans le
même Lampride qu'Alexandre , loin de
punir Ovinius , associe ce Sénateur à son
pouvoir , et que les autres Auteurs , au
contraire , m'assurent que ce Prince scut
punir ceux qui oserent s'élever contre
lui. Supplicioque affecti funt. Herod. J'ai
alors raison de douter de l'autorité de
Lampride.
Pour faire connoître plus particulierement
cet Auteur , il est necessaire de remarquer
quelques - uns de ses deffauts ; et
sans
234 MERCURE DE FRANCE
-
sans le suivre dans toutes les Vies des Em
pereurs qui portent son nom , je ne m'attacherai
qu'à celle d'Alexandre . A peine
Lampride sçait il le nom de la Mere de
ce Prince , et ce n'est qu'en doutant
qu'il l'appelle Mammée . Alexander igitur
cui Mammea mater fuit , nam et ita dicitur
à plerisque. Peut - on dire qu'Encolpius et
les autres Courtisans d'Alexandre , dont
Lampride avoit les Memoires devant les
yeux ignorassent le nom de cette Princesse
ou pourquoi Lampride ne suit - il
plus icy ses originaux ? c'est à Mr L. B. à
nous l'apprendre . Selon le même Auteur
, Alexandre fut le seul qui cassa des
Légions entieres : Si quidem solus inventus
sit , qui tumultuan er legiones exautoraverit.
Qui voudroit l'en croire sur sa pa
role; se trouveroit bien embarassé en isant
Suerone. Cet Auteur nous marque
expressément que Jules Cesar dans la
Guerre contre Pompée , cassa auprès de
Plaisance , la neuviéme Légion qui s'étoit
révoltée. Et nonam quidem Legionem apud
Placentiam cum ignominia missam fecit 69 .
Qu'Auguste en fit autant à la dixiéme.
Decimam Legion.m contumacius parentem
cum ignominia dimisit. 24. Enfin , que
Galba ôta non- seulement les Aigles aux
Classiaires , dont Néron avoit composé
•
แล
FEVRIER. 1733. 235
un Corps de Troupes réglées , et les obligea
de rentrer dans leurs premieres fonctions
, mais même sur ce qu'ils se plaignoient
avec trop de hauteur , qu'il les
décima , fed decimavit etiam. 12. Lampride
nous dit encore qu'Alexandre , à l'imitation
d'Adrien , eut la pensée de faire
adorer J. C. dans l'Empire . Christo Templum
voluit eumque inter Divos recipere
quod et Adrianus ; et cependant Tertullien
qui vivoit sous Sévere , et qui par
conséquent étoit beaucoup moins éloigné
d'Adrien , que Lampride , nous dit au
contraire , que ce fut Tibere qui conçut
ce dessein : Tiberius ergo annunciatum sibi
ex Syria Palestina , que illius ( J. C. ) Divinitatis
revelara , detulit ad Senatum cum
prerogativa suffragii sui. Mais que dire de
la maniere dont Aléxandre parle de Caracalle
dans son Remerciment au Sénat ?
Ce Prince , comme on le verra plus bas,
se disoit fils de ce dernier Empereur ; et
cependant il le blame publiquement d'avoir
affecté , en prenant le nom d'Antonin
, un titre qui ne lui convenoit pas :
Affecratum in Bassiano . Est-ce là ce fils si
respectueux pour ceux qui lui avoient
donné le jour ? Enfin rien n'est plus plaisant
que de voir parmi les Conseillers
que Lampride donne à ce Prince , des
Per
236 MERCURE DE FRANCE
•
Personnes mortes long - temps auparavant
, tels que Pomponius , Alphenus et
d'autres , ce qui a été remarqué par Cujas
, lib. 7.Observ .
Je pourrois remarquer une infinité de
traits pareils , mais en voilà assez sur ce
sujet , et pour autoriser ce que j'ai dit . Je
viens à l'association d'Ovinius pour en faire
connoître la supposition ; j'ai dit , après
Mr de Tillemont , qu'il s'y trouvoit des
circonstances qui paroissent tenir de la Fable.
L'objection a paruë pressante à M' L.
B. il étoit naturel de s'en débarasser ; mais
je ne sçais s'il y a bien réussi , en disant
que ces circonstances tiennent seulement
du Comique, et que des circonstances pour être
Comiques , n'empêchent point le fonds de l'évenement
d'être réel. C'est ce que je nie dans
un fait de l'importance de celui que nous
examinons. En voici la preuve : Selon M²
L. B. Ovinius avoit été choisi par les
Prétoriens , et il en étoit aimé , puisque
ce fut cet amour qu'ils lui portoient qui
causa sa mort dans la suite . Aléxandre
qui redoutoit leur Puissance , entre dans
leurs vûës , associe Ovinius à l'Empire ,
mais seulement en apparence et pour
montrer à ces Troupes que le sujet qu'ils
avoient choisi pour lui opposer , n'étoit
pas digne du où ils le vouloient fai- rang
re
FEVRIER. 1733 . 237
rc monter . Mais , dira-t- on à Mr L. B. la
politique d'Alexandre se dément bien- tôts
car enfin cet air Comique dans les circonstances
de cette association auroit bientôt
ouvert les yeux aux Soldats , ils auroient
pénétré le dessein d'Alexandre , et
ce Prince par là se seroit trouvé dans le
danger qu'il vouloit éviter. L'exemple de
Septime Sévére qu'il allégue , est bien different.
Lorsque ce Prince , pour mieux combattre
Pescennius , amusa Albin , en le
déclarant César. Albin étoit alors à la tête
des armées d'Angletere, et prêt à prendre
la Pourpre. Il falloit prendre le parti de
la dissimulation , ou se résoudre à avoir
deux Concurrens sur les bras. Il n'y a rien
outre cela de Comique dans sa conduite
dont il trouvoit un modele dans Auguste
par la maniere dont il en avoit agi avec
Lépide. Selon le récit de Lamptide Ovinius
est sans Soldats , sans Troupes reglées
; à peine commence- t- il à se former
un parti pour s'élever au Trône . Quoiqu'en
veuille dire M L.B.rien ne pouvoit
forcer Alexandre d'avoir pour ce Sénateur
et ses Complices , un ménagement si rafiné
et si dangereux. Je ne sçai si je njaimerois
pas presqu'autant l'explication qu'Erasme
a donnée à cette action d'Aléxandre
238 MERCURE DE FRANCE.
dre dans ses Apothegmes , lib. 6. Selon
lui, Alexandre tout plein de bonté et tout
Philosophe , voulut corriger l'ambition
d'Ovinius ; il ne l'engagea à venir à l'Armée
avec lui que pour lui faire connoître
que la condition qu'il ambitionnoit tant ,
étoit plus remplie de peines et de travaux
qu'il ne se l'étoit imaginé. Sic illi commostravit
quod essetgerere imperium. Ce qu'il
y a de plaisant dans cette explication d'Erasme
, c'est qu'elle se trouve authorisée
par Lampride , qui nous dit qu'Aléxandre
remercia Ovinius de vouloir bien se
charger volontairement d'un fardeau aussi
pesant que celui de gouverner la République.
Eiqué gratias egit quod curam
Reip. sponte reciperet.
Pour seconde preuve contre l'association
d'Ovinius ; j'ai dit , qu'il n'y avoit
aucune apparence qu'Alexandre eut voulu
se livrer entierement entre ses mains ,
en lui offrant le commandement des
Troupes qu'il envoyoit contre les Barba
res , et M² L. B. avouë que ç'auroit été le
comble de l'imprudence. Aussi pour parer
cette objection , qui peut passer comme
le centre de toutes les autres , Mr L. B. a
pris le parti d'expliquer le Texte de Lampride
, autrement que tous ceux qui l'ont
traduit jusques icy . Voicy le Passage Latin:
Et
FEVRIER. 1732 . 239
Et cum expeditio Barbarica esset nuntiata ,
vel ipsum , si vellet , ire , vel ut secum proficisceretur
, hortatus est.
Mr L. B. prétend que dans ce Passage
la particule vel est mise pour et , et que
par conséquent ,au lieu d'entendre qu'Aléxandre
offrit à Ovinius de le mener à la
Guerre , s'il n'aimoit mieux y aller seul . Il
faut traduire qu'Alexandre invita Ovinius
à aller à la Guerre contre les Barbares , et
même à faire le voyage avec lui. Je sçais
que la particule vel n'est pas toujours disjonctive
, qu'elle est copulative quelquefois
; mais je sçais bien aussi que c'est
quand la Phrase le détermine, et que sans
cela on ne peut l'expliquer raisonnablement.
Quel est donc le sens le plus naturel
, et qui se présente le premier à l'esprit
dans ce Passage de Lampride. Est - ce
celui qu'y trouve Mr L. B. ou celui dans
lequel l'ont entendu tous les autres Traducteurs?
Je laisse cela à décider au Lecteur
, mais j'ose assurer que l'explication
de M' L. B. est forcée , et que la particule
vel , comme il l'entend , devient dans
la phrase un véritable Pleonasme , et n'est
plus qu'une répétition vicieuse. C'est un
grand principe et que Mr L B. doit encore
mieux sçavoir que moi , de ne point
cher126
MERCURE DE FRANCE
chercher un sens éloigné et difficile , quand
il s'en offre un simple et naturel .
Pour affermir davantage l'association,
d'Ovinius ,Mr L.B s'étend fort au long sur
le temps de cette association . Mais tout ce
qu'il dit icy ne me regarde nullement.
Je nie le fait , il ne m'importe pas en
quel temps il aa pu arriver. J'ai dit seulement
que ce n'avoit pû être dans une
Guerre contre les Allemans , comme M²
L. B. l'avoit avancé ; il a été obligé d'en
convenir, et de dire qu'il n'avoit erré que
pour avoir voulu isuivre M de Tillemont
; mais comme il donne une autre
Epoque à cette association ,
il me permettra
de l'examiner.
Lampride écrit qu'Alexandre étant à
Antioche , trouva ses Troupes dans un
grand relâchement , qu'ayant fait arrêter
les Auteurs de ce désordre , les Soldats se
mutinerent et s'éleverent tumultueusement
contre lui ; que là- dessus ce Prince
leur dit que ce n'étoit point contre leur
Souverain que leurs Chefs leur avoient enseigné
à faire usage de leurs voix ; mais
contre les Sarmates , les Allemans , les
Perses. M' L. B. saisit le Passage et met
l'association d'Ovinius dans une Guerre
qu'il prétend qu'Alexandre eut contre les
SarFEVRIER.
1733. 241
Sarmates , et qu'il place dans l'ordre où
ces Peuples sont nommez , et dans les six
premieres années du Regne d'Alexandre.
J'avoue mon peu de pénétration , je no
vois rien- icy qui prouve qu'Aléxandre ait
eu Guerre contre les Sarmates , et voicy
sur quoi je me fonde.
Si dans la derniere Guerre d'Espagne
l'âge du Roy avoit permis à ce Prince de
se trouver à la tête de ses Troupes, et que
sur le point de quelque Action , il les eut
fait souvenir de la valeur qu'elles avoient
fait paroître contre les Allemans, les Anglois
, les Hollandois ; en concluroit - on
que ce Prince auroit cu alors quelques
Guerres contre ces Peuples ? Non , sans
doute , et l'on doit raisonner de la même
maniere , sur la Harangue d'Alexandre .
Cet Empereur alors marchoit en Perse ,
comme Lampride le dit lui- même ; et
jusqu'à cette Guerre, son Regne avoit été
paisible du côté des Etrangers. Igitur cum
ad hunc modum * septem annos quod quidem
ad se attineret, sine querela cùjusquam Imperium
gubernasset, ecce tibi octavo anno , & c.
Car il paroît par toutes les Médailles.
d'Alexandre , qui portent la
temps où elles ont été frappées, et sur les
marque
du
* Suivant la correction du P. Pagi : Dissert.
Hypat. pag. 177 .
quelles
242 MERCURE DE FRANCE
>
quelles il est fait mention de Victoires
soit dans le Type , soit dans la Légende ,
que ce ne fut qu'après la Déclaration de la
Guerre de Perse , arrivée sur la fin de l'an
227 ou au commencement de 228 , comme
l'a démontré le P. Pagi , que les Généraux
de ce Prince eurent quelques avantages
en Mauritanie , en Illyrie et en Arménie
, puisque toutes ces Médailles ne
paroissent point avant la viiⓇ année de la
Puissance Tribunicienne d'Alexandre , et
que par conséquent elles ont été frappées
au plutôt en 288. c'est - à - dire , à peu
près dans le même temps qu'Alexandre
étoit à Antioche . Alexandre donc ne fait
icy que ce qu'auroit fait le Roy ; l'un et
l'autre représentent à leurs Soldats les
Guerres où ils se sont trouvez , sous les
Rois leurs Prédecesseurs ; et une marque
qu'Alexandre n'entend point parler de
celles qui le regardent , c'est qu'il cite les
Perses contre lesquels , comme je l'ai dit,
il marchoit alors , dans la seule Expedition
qu'il ait faite contr'eux.
Si cependant ML. B. soutient que les
Sarmates ont quelque rapport avec Aléxandre
, je lui répondrai que cette Guerre
n'est pas distincte de la premiere contre
les Allemans , dont il ne veut plus faire
usage ; et qu'au contraire , c'est la même.
Les
FEVRIER. 1733. 243
;
Les Sarmates occupoient tout le Païs qui
compose la Pologne et la Prusse d'à- d'à- present
ils étoient par - là trop voisins de
I'Illyrie , pour ne pas croire que ce furent
ces Peuples qui apparemment s'étoient
joints aux Allemans , que Varius
Macrinus chassa de cette Province. Les
interêts des uns et des autres étoient les
mêmes , et ils voulurent profiter de l'absence
d'Alexandre, pour ravager les Terres
de l'Empire , ce qui obligea l'Empereur
en marchant contre Artaxercés d'envoïer
des Troupes contr'eux. Comparante
jam se ut fluvios transgrederetur... Quosdam
etiam exercitus in regiones alias transtulit
, ut inde Barbarorum incursiones facilius
arcerentur. Herodien .
J'ai promis à M' L. B. de lui montrer
que les Ovinius me sont connus ; je tiens
ma parole. Outre l'Ovinius Camillus de
Lampride , et Ovinius Tertullus de la
Loy 1. ad S. C. Tertull. qu'il cite : Il y a
un Ovinius Paternus qui fut Consul sous
Alexandre même en 233. un Lucius Ovinius
Rusticus , qui le fut sous Maximin ,
l'an 237.ct l'on trouve en 317. sous Constantin
, un autre Ovinius , surnommé
Gallicanus, Consul avec Septimius Bassus,
long- temps devant ceux- cy , une Inscription
de Gruter ( CCLXI 4.)nous fait mention
244 MERCURE DE FRANCE
tion d'un Titus Ovinius Thermus , fils
d'un autre de même nom, qui vivoit sous
les Antonins. Je ne parle pas d'un M.
Ovinius M. F. Ter.Rufus, et d'un L.Ovinius
Amandus , dont les noms se trouvent
dans le même Gruter ( DLXVII. 3. )
et dans Reinesius ( XII. 110, ) Ovinius est
un nom ancien chez les Romains , puisqueVarron
qui fleurissoit dans les dernieres
années de la République , en parlant
dans son Ouvrage de Re Rustica , des
noms qui tirent leur origine des Troupeaux
, fait mention de celui d'Ovinius.
Nomina multa habemus ab utroque pecore , à
majore et à minore , à minore Porcius , Ovinius
, Caprilius. En voilà suffisamment
pour dresser une longue Généalogie , à
qui voudroit en prendre la peine , mais
n'en voilà que trop pour montrer que M²
L. B. n'a pas eu raison de dire , que ce nom
ne se rencontre gueres ailleurs qu'en ces deux
endroits qu'il a cités.
Je finirois icy , sans une réfléxion qu'on
me permettra d'ajouter , quoiqu'elle ne
regarde pas mon adversaire seul. Mª L.B.
en parlant d'Alexandre , l'appelle' toujours
Alexandre Severe , et il suit en cela un
sage , qui ,pour être autorisé, n'en est pas
moins vicicux. Le nom de Sévere que
portoit Alexandre , n'étoit pas, quoiqu'en
veuille
FEVRIER. 1733 245
euille dire Lampride , une Epithete qui
lui fut donnée à cause de son exactitude
à faire observer la Discipline Militaire.
Nam et Severus est appellatus à Militibus
ob Austeritatem . C'étoit chez lui un nom
de famille , qu'il tenoit de Septime Sévere
et d'Antonin Caracalle , appellé de
même Severe , comme on le voit sur ses
Médailles Grecques , où il est nommé
AYT, K. M. ATP. CEYHPOC. ANTONEINос.
П. П. Аléxandre se disoit fils de ce
dernier. Admonete quamprimum illum , dit
ce Prince en parlant d'Artaxercés : Trophæorum
qua plurima adversus Barbaros Severo
atque Antonino parente meo ducibus.
excitastis. Herodien . Ce qui est confirmé
par les Inscriptions.
•
IMP. CAES DIVI
SEVERI. PII, NEPOTI. DIVI
ANTONINI. MAG. PII. FILIO
M. AUREL. SEVERO ALEXANDRO
PIO , &c.
Gruter MLXXVIII , 7. et 8,
C'est donc Severe - Alexandre qu'il faut
dire , selon l'usage de placer les noms de
famille , et conformément à toutes les
C Més
246 MERCURE DE FRANCE
Médailles Latines et Grecques , où l'on
lit : IMP. SEV ALEXANDER AUG.
AY.K. CEOYHPOC . AAEZANA. aussi-bien
que dans les Inscriptions que je viens de
rapporter.
D. P.
A Orleans , le 10 Octobre 1732.
Fermer
Résumé : REPLIQUE à la Lettre de M. L. B. d'Auxerre, inserée dans le Mercure du mois d'Août dernier, au sujet d'une Inscription.
L'auteur répond à une lettre de M. L. B. d'Auxerre, publiée dans le Mercure d'août précédent, concernant une inscription. Il exprime sa surprise de devoir réagir, pensant leur différend résolu. La dernière lettre de M. L. B. est plus élaborée, basée sur une lecture de Lampride et soutenue par un magistrat illustre. L'auteur examine l'autorité de Lampride, considéré comme un compilateur demi-savant par Casaubon, Saumaise et M. de Tillemont. Il souligne que les récits de Lampride doivent être vérifiés par d'autres sources. M. L. B. a omis une partie de la pensée de l'auteur, conduisant à une mauvaise interprétation. L'auteur discute des faits historiques mentionnés par Lampride, comme les conspirations contre Alexandre Sévère et les erreurs de Lampride concernant des événements et des personnages. Il critique Lampride pour ses inexactitudes et ses contradictions avec d'autres auteurs contemporains. L'auteur conteste l'association d'Ovinius avec Alexandre Sévère, arguant que les circonstances décrites par Lampride sont improbables et tiennent plus de la fable que de la réalité historique. Il réfute les explications de M. L. B. sur cette association, les trouvant peu convaincantes et contraires à la logique historique. Le texte discute également d'une controverse historique concernant Alexandre Sévère et une harangue attribuée à cet empereur. Alexandre Sévère aurait rappelé à ses troupes leurs victoires passées contre les Sarmates, les Allemans et les Perses, mais l'auteur conteste l'idée qu'Alexandre ait mené une guerre contre les Sarmates. Il compare cette situation à une hypothétique guerre en Espagne, où un roi rappelant des victoires passées ne prouverait pas qu'il a mené des guerres contre ces peuples. L'auteur affirme qu'Alexandre marchait alors en Perse et que son règne avait été paisible jusqu'à cette guerre. Il soutient que les médailles d'Alexandre mentionnent des victoires uniquement après la déclaration de la guerre contre la Perse, vers la fin de l'an 227 ou le début de 228. Les Sarmates, voisins de l'Illyrie, auraient profité de l'absence d'Alexandre pour ravager les terres de l'Empire, l'obligeant à envoyer des troupes contre eux. Enfin, l'auteur mentionne plusieurs personnes portant le nom d'Ovinius, démontrant que ce nom est ancien et courant chez les Romains. Il corrige également l'usage du nom 'Alexandre Sévère', expliquant que 'Sévère' est un nom de famille et non une épithète donnée pour sa discipline militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 249-258
EXPLICATION D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
Début :
On trouve communément dans Hadrien une Médaille de grand Bronze, [...]
Mots clefs :
Hadrien, Médaille, Hilaritas, Enfants, Femme, Aelius, Empire, Prince, Joie, Adoption
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
EXPLICATION
D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
N trouve communément dans Ha
drien une Médaille de grand Bronze
, où d'un côté est la tête de ce Prince ;
sans Couronne, avec HADRIANUS AUGUS
TUS pour Légende ; et dont le Revers est
chargé d'une femme debout , tenant de
la main droite une longue Palme , apd
Ciij puyés
250 MERCURE DE FRANCE
puyée contre terre , et de la main gauche
une Corne d'abondance ; à ses pieds sont
deux petites figures d'enfans ; la Légende
HILARITAS. P. R.Dans l'Exergue . cos. III .
et dans le Champ de la Médaille , s . c.
Tristan i et Angelloni 2 qui nous ont
donné cette Médaille , l'ont expliquée
diversement,
Le premier , fondé sur un Passage d'Artemidore
, où il est dit que les Palmes
veuës en songe sont des Pronostics
d'une heureuse fécondité , a cru que le
Senat en faisant frapper une Médaille à
Hadrien, avec la Déesse HILARITAS , dont
le Symbole ordinaire est une Palme, avoit
voulu marquer la joie du Peuple Romain
, dans l'esperance où tout l'Empire
étoit que Sabine , femme de ce Prince ,
lui donneroit des Heritiers. Les deux enfans
qu'on voit dans la Médaille , appuyent
ce sentiment ; mais comme cette
Médaille n'est pas du commencement
du Regne d'Hadrien , ce qui se reconnoit
par le titre uni d'HADRIANUS
AUGUSTUS , qu'on y lit , et par la Note
de son troisiéme Consulat pour peu
qu'on fasse d'attention à la maniere dont
1 Comment. Histor. pag. 480. du Tom. 1
La Historia Augusta , pag. 140. de l'Edit. de
Rome, 1631 .
Hadrien
FEVRIER. 1733. 257
Hadrien et Sabine vivoient ensemble , il
n'y a pas beaucoup d'apparence qu'on le
flatat sur ce sujet . Hadrien regardoit Sabine,
comme une femme fâcheuse 1 , dont
l'humeur lui étoit insupportable, et qu'îl
eut répudiée s'il n'eut été que simple particulier.
On prétend même que cette
Princesse ne mourut que du 2 Poison que
son mari lui fit donner. Elle de son côté
lui rendoit bien le change ; on en peut
juger par ce qu'elle disoit elle-même pu
bliquement : 3 Qu'elle avoit toujours fait
tous ses efforts pour n'avoir aucuns, enfans
de son mari , le fruit de pareils embrassemens
ne pouvant être que funeste à
l'Empire. Dans de pareilles conjoncttires
il n'y a pas lieu de croire que le Senat
ait voulu faire frapper une Médaille, qui ,
à l'expliquer comme fait Tristan , auroit
pu passer pour une Satire véritable , ou ,
qui du moins , n'auroit pas manqué d'ap
prêter à rire aux Courtisans assez enclins
déja à la raillerie.
Angelloni n'a gueres mieux réussi . Selon
lui , la Médaille est un monument
dia
I Uxorem etiam ut morosam et asperam
missurus , ut ipse dicebat , si privatusfuisset.Ælius
Spartian. in vita Hadriani .
2 Spartien.
3 Aurel. Victor,
Ciiij de
252 MERCURE DE FRANCE.
de la joie que tout Rome ressentit lorsqu'Hadrien
revint dans cette Ville , après
avoir parcouru toutes les Provinces de
l'Empire. Mais , 1 °.ce retour d'Hadrien est
marqué d'une maniere assez distincte sur
d'autres Médailles . ADVENTUS . AUG . ADVENTUI
AUG. ITALIA , pour ne pas en
chercher des monumens ailleurs . 2 °.Il est
difficile de trouver quelque rapport entre
ces Enfans , gravez sur la Médaille , et
l'arrivée d'un Prince. Angelloni a beau
dire que la joie étant plus particuliere
aux Enfans , on a pu par ce motif les representericy
: Come pure stanno i fanciulli
sempre allegri. Son explication est trop
generale ; et comme elle peut convenir à
tous les succès favorables , elle ne convient
à aucun en particulier.
Pour dire donc quelque chose de plus
précis , je ferai observer qu'HILARITAS ,
avec l'adjonction de P. R. Populi Romani,
ne se trouve que sur les Médailles d'Hadrien
, et sur celles d'Elius - César son
fils adoptif , avec néanmoins quelque
difference dans le Type . La Déesse HILARITAS
, sur les Médailles de ce dernier ,
portant une branche de quelque arbre
au lieu d'une Palme , et n'ayant point
d'Enfans à ses côtez . Cette différence, que
je tâcherai néanmoins d'expliquer , n'a
rapFEVRIER.
1733. 253
rapport qu'à quelques circonstances qui
ne font rien au motif qui a fait frapper
ces Médailles , que je crois toutes les
deux,avoir été pour l'adoption d'Ælius ; er
pour le prouver,je commence par la Médaille
de ce Prince , dont la connoissance
entraînera aisément celle de la Médaille
d'Hadrien.
Les fatigues qu'Hadrien avoit essuiées
dans ses longs voyages , sur tout mar
chant toujours la tête nue dans les saisons
même les plus rigoureuses de l'année
, affoiblirent extrêmement sa santé ;
il tomba dans une maladie , qui diminuant
tous les jours ses forces , le fit
. penser à se choisir un Successeur . Après
avoir jetté les yeux sur plusieurs , que sa
politique lui fit immoler ensuite , lorsque
sa maladie paroissoit moins dangeil
s'arrêta enfin sur Ceionius Com-
´modus , qu'il adoptat , le fit César et lui
changea son nom en celui d'Alius. Ce
dernier ne jouit pas long- temps de ces
écoulé une ne s'étant pas
année depuis son adoption jusqu'à sa
mort ; encore dans ce peu de temps futil
toujours si incommodé , qu'il ne put
pas même remercier Hadrien en plein
Sénat , de l'honneur qu'il lui avoit fait.
Dans un si court espace , ce Prince ma-
Cv Ladif
reuse ,
avantages ,
A
254 MERCURE DE FRANCE
ladif ne put gueres fournir de sujets qui
méritassent d'être consacrez sur les Monnoies.
Aussi toutes celles de ce Prince
ont - elles rapport à son adoption. Qu'y
voit-on en effet , sinon la bonne intelligence
du nouveau César , avec l'Empereur
? CONCORDIA. Son soin à rendre graces
aux Dieux de son élevation ? PIETAS.
TR. L'esperance que les Peuples avoient
conçue de lui , et le bonheur qu'ils attendoient
de son Regne , dans la Médaille
où ces deux Divinitez sont représentées ?
Enfin le Symbole de la Pannonie , Province
dont il avoit eu le Gouvernement,
et qui semble le féliciter sur son avenement
à l'Empire ? PANNONIA . Parmi toutes
ces Médailles , y en a- t-il quelqu'une
qui convienne mieux à son adoption , que
celle où la joie du Peuple Romain est
marquée : HILARITAS. P. R. Les largesses
qu'Hadrien fit à cette occasion au Peuple
et aux Soldats ; les Fêtes qu'il donna dans
le Cirque , en font foy. Dans ces Fêtes ,
dit Spartien , rien ne fut oublié de tout
ce qui pouvoit contribuer à la joie puplique
: Neque quicquam prætermissum quod
posset letitiam publicam frequentare.Ce Passage
semble fait pour la Médaille et fait
connoître , à n'en point douter , que le
motif qui la fit frappér , fut la joie de
tout
FEVRIER. 1733. 255
tout le Peuple Romain pour l'adoption
d'Elius, qui en assurant un Successeur à
l'Empire , assuroit en même temps la
Paix et la tranquillité de ce vaste Corps.
· La Médaille d'Ælius expliquée , celle
d'Hadrien se la trouve aussi; la même occasion
les a fait naître toutes deux , il ne s'a
git que de la difference qui se trouve dans
le Type dont je vais rendre raison .
Hadrien , à son avenement à l'Empire
après la mort de Trajan , fut obligé
avant même de se rendre à Rome,de
que
faire mourir quelques Personnages Consulaires.
Ces éxécutions , quoique justes et
necessaires , indisposerent extrêmement
cette Capitale contre lui. Aussi son premier
soin après s'être rendu au plutôt
dans cette Ville , fut de tâcher par toute
sorte de moyens de dissiper les mauvaises
impressions qu'on avoit conçûës. Pour cet
effet il fit de grandes liberalitez , et entr'autres
Spartien remarque , qu'il augmenta
les sommes que Trajan avoit assi
gnées aux Enfans. Pueris ac puellis quibus
etiam Trajanus alimenta detulerat incrementa
liberalitatis adjecit, Il y a beaucoup d'apparence
, que dans l'adoption d'Elius , où
l'on voit les mêmes Fêtes et les mêmes liberalitez
, Hadrien songea pareillement
aux Enfans , ces largesses étoient nous
Cvj velles
256 MERCURE DE FRANCE
velles , Trajan étoit le premier qui les eut
faites , et elles étoient trop agréables aut
peuple pour les negliger.
Quoi donc de plus naturel , que de fai
re paroître ces Enfans dans une Médaille
frappée pour conserver la mémoire de ces
largesses ? et s'ils ne paroissent point dans
la Médaille d'Ælius , c'est que les largesses
étant faites par Hadrien en vue de ce
Prince , c'étoit à Hadrien que toute la reconnoissance
devoit s'en rapporter ; mais
la joye du Peuple Romain pour l'adoption
d'Ælius éclatoit également en faveur
de ces deux Princes , et devoit par consé
quent paroître également sur les Monnoyes
de l'un et de l'autre , HILARItas.
P. R.
La difference d'un Rameau à une lon
gue palme on branche de quelque arbre ,
ne peut arrêter en aucune maniere ; l'un
et l'autre conviennent parfaitement à la
joye , ainsi qu'on le peut voir par ces
deux Vers , l'un de Rutilius et l'autre de
Juvenal :
Exornent virides communia gaudia Rami į
Ornentur postes , et grandi janua Lauro.
On peut me faire deux Objections aus
quelles je vais répondre.
La
FEVRIER. 1733. 257
La premiere est , qu'il se trouve une
Médaille de Lucille , femme d'Ælius , avec
HILARITAS au revers , qu'on ne peut expliquer
autrement qu'en la rapportant à
la fécondité de cette Princesse , ainsi qu'on
fait de toutes les Médailles des autres impératrices
où cette Legendè se rencontre.
Que l'explication de la Médaille de la
femme emporte l'explication de celle du
mari , et par une conséquence celle d'Hadrien
. Pour répondre à ce raisonnement ,
Outre le que PR qui donne aux Médailles
d'Hadrien et d'Elius quelque chose de
particulier et de relatif entr'elles , ne se
rencontre point sur celles de Lucille , les
Médailles qu'on nous donne pour être
de la femme d'Ælius , sont toutes de Lucille
, femme de L. Vere , ainsi qu'il est
aisé de s'en convaincre si l'on veut se
donner la peine de lire ce que j'ai écrit
sur ce sujet dans le Mercure du mois
d'Août dernier , ainsi l'Objection tombe
d'elle- même.
La seconde Objection est par rapport
à une Médaille d'Hadrien qu'on trouve
gravée dans Oiselius et dans Ant. Augustin
, où l'on voit sous la Legende HILARITAS
. P. R. une femme debout te
nant avec ses deux mains un voile qu'elle
a sur la tête. Ce Type ne peut avoir aus
cune
258 MERCURE DE FRÂNCE
cune convenance avec l'explication que
je donne. Il est vrai que ce revers est extraordinaire
, et que la figure qui y est
représentée , a beaucoup plus de rapport
avec la Pudeur ou la Pieté qu'avec la
Déesse de la Joye ; mais au lieu que cet
emblême peut avoir rapport à quelque
usage , quelque cerémonie qui se pratiquoit
dans les Fêtes publiques , et que
nous ignorons. Il me suffit que la Legende
HILARITAS. P. R. s'y rencontre, puisque
c'est cette joye universelle du Peuple
Romain que j'explique , et non pas toutes
les differentes manieres dont il se servoit
pour la représenter sur ses Monnoyes.
D. P.
A Orleans , ce & Novembre 1732.
D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
N trouve communément dans Ha
drien une Médaille de grand Bronze
, où d'un côté est la tête de ce Prince ;
sans Couronne, avec HADRIANUS AUGUS
TUS pour Légende ; et dont le Revers est
chargé d'une femme debout , tenant de
la main droite une longue Palme , apd
Ciij puyés
250 MERCURE DE FRANCE
puyée contre terre , et de la main gauche
une Corne d'abondance ; à ses pieds sont
deux petites figures d'enfans ; la Légende
HILARITAS. P. R.Dans l'Exergue . cos. III .
et dans le Champ de la Médaille , s . c.
Tristan i et Angelloni 2 qui nous ont
donné cette Médaille , l'ont expliquée
diversement,
Le premier , fondé sur un Passage d'Artemidore
, où il est dit que les Palmes
veuës en songe sont des Pronostics
d'une heureuse fécondité , a cru que le
Senat en faisant frapper une Médaille à
Hadrien, avec la Déesse HILARITAS , dont
le Symbole ordinaire est une Palme, avoit
voulu marquer la joie du Peuple Romain
, dans l'esperance où tout l'Empire
étoit que Sabine , femme de ce Prince ,
lui donneroit des Heritiers. Les deux enfans
qu'on voit dans la Médaille , appuyent
ce sentiment ; mais comme cette
Médaille n'est pas du commencement
du Regne d'Hadrien , ce qui se reconnoit
par le titre uni d'HADRIANUS
AUGUSTUS , qu'on y lit , et par la Note
de son troisiéme Consulat pour peu
qu'on fasse d'attention à la maniere dont
1 Comment. Histor. pag. 480. du Tom. 1
La Historia Augusta , pag. 140. de l'Edit. de
Rome, 1631 .
Hadrien
FEVRIER. 1733. 257
Hadrien et Sabine vivoient ensemble , il
n'y a pas beaucoup d'apparence qu'on le
flatat sur ce sujet . Hadrien regardoit Sabine,
comme une femme fâcheuse 1 , dont
l'humeur lui étoit insupportable, et qu'îl
eut répudiée s'il n'eut été que simple particulier.
On prétend même que cette
Princesse ne mourut que du 2 Poison que
son mari lui fit donner. Elle de son côté
lui rendoit bien le change ; on en peut
juger par ce qu'elle disoit elle-même pu
bliquement : 3 Qu'elle avoit toujours fait
tous ses efforts pour n'avoir aucuns, enfans
de son mari , le fruit de pareils embrassemens
ne pouvant être que funeste à
l'Empire. Dans de pareilles conjoncttires
il n'y a pas lieu de croire que le Senat
ait voulu faire frapper une Médaille, qui ,
à l'expliquer comme fait Tristan , auroit
pu passer pour une Satire véritable , ou ,
qui du moins , n'auroit pas manqué d'ap
prêter à rire aux Courtisans assez enclins
déja à la raillerie.
Angelloni n'a gueres mieux réussi . Selon
lui , la Médaille est un monument
dia
I Uxorem etiam ut morosam et asperam
missurus , ut ipse dicebat , si privatusfuisset.Ælius
Spartian. in vita Hadriani .
2 Spartien.
3 Aurel. Victor,
Ciiij de
252 MERCURE DE FRANCE.
de la joie que tout Rome ressentit lorsqu'Hadrien
revint dans cette Ville , après
avoir parcouru toutes les Provinces de
l'Empire. Mais , 1 °.ce retour d'Hadrien est
marqué d'une maniere assez distincte sur
d'autres Médailles . ADVENTUS . AUG . ADVENTUI
AUG. ITALIA , pour ne pas en
chercher des monumens ailleurs . 2 °.Il est
difficile de trouver quelque rapport entre
ces Enfans , gravez sur la Médaille , et
l'arrivée d'un Prince. Angelloni a beau
dire que la joie étant plus particuliere
aux Enfans , on a pu par ce motif les representericy
: Come pure stanno i fanciulli
sempre allegri. Son explication est trop
generale ; et comme elle peut convenir à
tous les succès favorables , elle ne convient
à aucun en particulier.
Pour dire donc quelque chose de plus
précis , je ferai observer qu'HILARITAS ,
avec l'adjonction de P. R. Populi Romani,
ne se trouve que sur les Médailles d'Hadrien
, et sur celles d'Elius - César son
fils adoptif , avec néanmoins quelque
difference dans le Type . La Déesse HILARITAS
, sur les Médailles de ce dernier ,
portant une branche de quelque arbre
au lieu d'une Palme , et n'ayant point
d'Enfans à ses côtez . Cette différence, que
je tâcherai néanmoins d'expliquer , n'a
rapFEVRIER.
1733. 253
rapport qu'à quelques circonstances qui
ne font rien au motif qui a fait frapper
ces Médailles , que je crois toutes les
deux,avoir été pour l'adoption d'Ælius ; er
pour le prouver,je commence par la Médaille
de ce Prince , dont la connoissance
entraînera aisément celle de la Médaille
d'Hadrien.
Les fatigues qu'Hadrien avoit essuiées
dans ses longs voyages , sur tout mar
chant toujours la tête nue dans les saisons
même les plus rigoureuses de l'année
, affoiblirent extrêmement sa santé ;
il tomba dans une maladie , qui diminuant
tous les jours ses forces , le fit
. penser à se choisir un Successeur . Après
avoir jetté les yeux sur plusieurs , que sa
politique lui fit immoler ensuite , lorsque
sa maladie paroissoit moins dangeil
s'arrêta enfin sur Ceionius Com-
´modus , qu'il adoptat , le fit César et lui
changea son nom en celui d'Alius. Ce
dernier ne jouit pas long- temps de ces
écoulé une ne s'étant pas
année depuis son adoption jusqu'à sa
mort ; encore dans ce peu de temps futil
toujours si incommodé , qu'il ne put
pas même remercier Hadrien en plein
Sénat , de l'honneur qu'il lui avoit fait.
Dans un si court espace , ce Prince ma-
Cv Ladif
reuse ,
avantages ,
A
254 MERCURE DE FRANCE
ladif ne put gueres fournir de sujets qui
méritassent d'être consacrez sur les Monnoies.
Aussi toutes celles de ce Prince
ont - elles rapport à son adoption. Qu'y
voit-on en effet , sinon la bonne intelligence
du nouveau César , avec l'Empereur
? CONCORDIA. Son soin à rendre graces
aux Dieux de son élevation ? PIETAS.
TR. L'esperance que les Peuples avoient
conçue de lui , et le bonheur qu'ils attendoient
de son Regne , dans la Médaille
où ces deux Divinitez sont représentées ?
Enfin le Symbole de la Pannonie , Province
dont il avoit eu le Gouvernement,
et qui semble le féliciter sur son avenement
à l'Empire ? PANNONIA . Parmi toutes
ces Médailles , y en a- t-il quelqu'une
qui convienne mieux à son adoption , que
celle où la joie du Peuple Romain est
marquée : HILARITAS. P. R. Les largesses
qu'Hadrien fit à cette occasion au Peuple
et aux Soldats ; les Fêtes qu'il donna dans
le Cirque , en font foy. Dans ces Fêtes ,
dit Spartien , rien ne fut oublié de tout
ce qui pouvoit contribuer à la joie puplique
: Neque quicquam prætermissum quod
posset letitiam publicam frequentare.Ce Passage
semble fait pour la Médaille et fait
connoître , à n'en point douter , que le
motif qui la fit frappér , fut la joie de
tout
FEVRIER. 1733. 255
tout le Peuple Romain pour l'adoption
d'Elius, qui en assurant un Successeur à
l'Empire , assuroit en même temps la
Paix et la tranquillité de ce vaste Corps.
· La Médaille d'Ælius expliquée , celle
d'Hadrien se la trouve aussi; la même occasion
les a fait naître toutes deux , il ne s'a
git que de la difference qui se trouve dans
le Type dont je vais rendre raison .
Hadrien , à son avenement à l'Empire
après la mort de Trajan , fut obligé
avant même de se rendre à Rome,de
que
faire mourir quelques Personnages Consulaires.
Ces éxécutions , quoique justes et
necessaires , indisposerent extrêmement
cette Capitale contre lui. Aussi son premier
soin après s'être rendu au plutôt
dans cette Ville , fut de tâcher par toute
sorte de moyens de dissiper les mauvaises
impressions qu'on avoit conçûës. Pour cet
effet il fit de grandes liberalitez , et entr'autres
Spartien remarque , qu'il augmenta
les sommes que Trajan avoit assi
gnées aux Enfans. Pueris ac puellis quibus
etiam Trajanus alimenta detulerat incrementa
liberalitatis adjecit, Il y a beaucoup d'apparence
, que dans l'adoption d'Elius , où
l'on voit les mêmes Fêtes et les mêmes liberalitez
, Hadrien songea pareillement
aux Enfans , ces largesses étoient nous
Cvj velles
256 MERCURE DE FRANCE
velles , Trajan étoit le premier qui les eut
faites , et elles étoient trop agréables aut
peuple pour les negliger.
Quoi donc de plus naturel , que de fai
re paroître ces Enfans dans une Médaille
frappée pour conserver la mémoire de ces
largesses ? et s'ils ne paroissent point dans
la Médaille d'Ælius , c'est que les largesses
étant faites par Hadrien en vue de ce
Prince , c'étoit à Hadrien que toute la reconnoissance
devoit s'en rapporter ; mais
la joye du Peuple Romain pour l'adoption
d'Ælius éclatoit également en faveur
de ces deux Princes , et devoit par consé
quent paroître également sur les Monnoyes
de l'un et de l'autre , HILARItas.
P. R.
La difference d'un Rameau à une lon
gue palme on branche de quelque arbre ,
ne peut arrêter en aucune maniere ; l'un
et l'autre conviennent parfaitement à la
joye , ainsi qu'on le peut voir par ces
deux Vers , l'un de Rutilius et l'autre de
Juvenal :
Exornent virides communia gaudia Rami į
Ornentur postes , et grandi janua Lauro.
On peut me faire deux Objections aus
quelles je vais répondre.
La
FEVRIER. 1733. 257
La premiere est , qu'il se trouve une
Médaille de Lucille , femme d'Ælius , avec
HILARITAS au revers , qu'on ne peut expliquer
autrement qu'en la rapportant à
la fécondité de cette Princesse , ainsi qu'on
fait de toutes les Médailles des autres impératrices
où cette Legendè se rencontre.
Que l'explication de la Médaille de la
femme emporte l'explication de celle du
mari , et par une conséquence celle d'Hadrien
. Pour répondre à ce raisonnement ,
Outre le que PR qui donne aux Médailles
d'Hadrien et d'Elius quelque chose de
particulier et de relatif entr'elles , ne se
rencontre point sur celles de Lucille , les
Médailles qu'on nous donne pour être
de la femme d'Ælius , sont toutes de Lucille
, femme de L. Vere , ainsi qu'il est
aisé de s'en convaincre si l'on veut se
donner la peine de lire ce que j'ai écrit
sur ce sujet dans le Mercure du mois
d'Août dernier , ainsi l'Objection tombe
d'elle- même.
La seconde Objection est par rapport
à une Médaille d'Hadrien qu'on trouve
gravée dans Oiselius et dans Ant. Augustin
, où l'on voit sous la Legende HILARITAS
. P. R. une femme debout te
nant avec ses deux mains un voile qu'elle
a sur la tête. Ce Type ne peut avoir aus
cune
258 MERCURE DE FRÂNCE
cune convenance avec l'explication que
je donne. Il est vrai que ce revers est extraordinaire
, et que la figure qui y est
représentée , a beaucoup plus de rapport
avec la Pudeur ou la Pieté qu'avec la
Déesse de la Joye ; mais au lieu que cet
emblême peut avoir rapport à quelque
usage , quelque cerémonie qui se pratiquoit
dans les Fêtes publiques , et que
nous ignorons. Il me suffit que la Legende
HILARITAS. P. R. s'y rencontre, puisque
c'est cette joye universelle du Peuple
Romain que j'explique , et non pas toutes
les differentes manieres dont il se servoit
pour la représenter sur ses Monnoyes.
D. P.
A Orleans , ce & Novembre 1732.
Fermer
Résumé : EXPLICATION D'une Médaille de l'Empereur Hadrien.
Le texte décrit une médaille de bronze de l'empereur Hadrien. Sur une face, la tête d'Hadrien est représentée sans couronne, accompagnée de la légende 'HADRIANUS AUGUSTUS'. Sur l'autre face, une femme debout tient une palme et une corne d'abondance, avec deux enfants à ses pieds. La légende indique 'HILARITAS P. R.' et 'cos. III' dans l'exergue, ainsi que 's. c.' dans le champ. Deux historiens, Tristan et Angelloni, ont proposé des interprétations différentes de cette médaille. Tristan suggère que la médaille célèbre la joie du peuple romain à l'idée que Sabine, femme d'Hadrien, pourrait donner des héritiers à l'empereur. Cependant, cette hypothèse est remise en question par les relations conflictuelles entre Hadrien et Sabine. Angelloni propose que la médaille commémore le retour d'Hadrien à Rome après ses voyages dans les provinces de l'Empire. Toutefois, cette interprétation est également contestée, notamment en raison de la présence des enfants sur la médaille, qui ne semble pas directement liée à un retour triomphal. L'auteur du texte avance une autre explication : la médaille célèbre l'adoption d'Ælius César, fils adoptif d'Hadrien. Cette adoption a suscité une grande joie parmi le peuple romain, car elle assurait la continuité de l'Empire et la paix. Les largesses et les fêtes organisées par Hadrien à cette occasion sont mentionnées comme des éléments de cette célébration. La présence des enfants sur la médaille est justifiée par les libéralités accordées aux enfants par Hadrien, une pratique initiée par Trajan et poursuivie par Hadrien pour renforcer la popularité de son fils adoptif.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 76-78
AUTRE à Mlle ***.
Début :
Aimable Hébé, vos desirs sont des loix ; [...]
Mots clefs :
Ambroisie
15
p. 66
AUTRE A Mademoiselle REINE L* F***.
Début :
Aimable Reine, avec le même nom, [...]
Mots clefs :
Glace
22
p. 8
CHARADE.
Début :
Trois quarts de mon second annoncent ma première, [...]
Mots clefs :
Quinze-vingts