Provenance du texte (60)
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Provenance probable (2)
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Détail
Liste
Résultats : 60 texte(s)
2
p. 347-348
AUTRE ENIGME.
Début :
Quelqu'un pourroit me croire un Monstre de Nature, [...]
Mots clefs :
Fausset
3
p. 82-85
A Amiens ce 18. Avril. 1711.
Début :
Il arrive incessamment cent vingt-six Escadrons sur la Somme [...]
Mots clefs :
Amiens, Régiment, Escadrons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Amiens ce 18. Avril. 1711.
A Amiens cc 18.Avril.
1711.
Il arrive incessammentcent
vingt-six Escadrons sur la
Somme, quiyseront aux ordresdeMonsieurleMarquis
ifex M^icres, Gouverneur
&Amiens LieutenantGenera.
i; vingt-six Escadrons
Aix-sept Bataillons, quiétoient
dans les environs d'Ivres
,
font
-$nmarche pour venirse cantonnerfur
la Canche sous les
ordres de Monsieurde Morsarri.
Le Régiment de Picardie.
estparti ce matin d'icy
, £7* va
Je poster entre Bonchain rr Valenciennes
; celuy du Roy en
.part Mardy, £7* s'en vaà,
Miraumont
,
cjuiefl la gauche
du Camp de Crinchon;celuy
dd'eAClbheavmipllaeg,nçeyvpaaàrtBudce^muaoiyn,
qui riefl qua deux lieuës de
A4iraumont.
Quelque mal- intentionné a
jetté une Jurée dans un de nos
Magasins de paille à Dourlens,
heureusement l'objet
n'cfi pas considerable; mais
cela ne laisse pas de faire faifè
des reflexions.
JIJe forme, icy quatre Pe.-
gimens de Milice, ausquels on
donne le nom de Regimens de
Picardie; cesquatre Regimtm
sont destinez pour la garde de
la Somme.
Monsieur le Comte d'Ef
trade eJ1 nommépourcommanIlr
en Picardie; il efl bon
Lieutenant General
, (7 fort
aimé des Troupes.
-
LesRecruës arrivent à
force,l'Infanterie est plus
belle qu'ellen'ajamais esté.
1711.
Il arrive incessammentcent
vingt-six Escadrons sur la
Somme, quiyseront aux ordresdeMonsieurleMarquis
ifex M^icres, Gouverneur
&Amiens LieutenantGenera.
i; vingt-six Escadrons
Aix-sept Bataillons, quiétoient
dans les environs d'Ivres
,
font
-$nmarche pour venirse cantonnerfur
la Canche sous les
ordres de Monsieurde Morsarri.
Le Régiment de Picardie.
estparti ce matin d'icy
, £7* va
Je poster entre Bonchain rr Valenciennes
; celuy du Roy en
.part Mardy, £7* s'en vaà,
Miraumont
,
cjuiefl la gauche
du Camp de Crinchon;celuy
dd'eAClbheavmipllaeg,nçeyvpaaàrtBudce^muaoiyn,
qui riefl qua deux lieuës de
A4iraumont.
Quelque mal- intentionné a
jetté une Jurée dans un de nos
Magasins de paille à Dourlens,
heureusement l'objet
n'cfi pas considerable; mais
cela ne laisse pas de faire faifè
des reflexions.
JIJe forme, icy quatre Pe.-
gimens de Milice, ausquels on
donne le nom de Regimens de
Picardie; cesquatre Regimtm
sont destinez pour la garde de
la Somme.
Monsieur le Comte d'Ef
trade eJ1 nommépourcommanIlr
en Picardie; il efl bon
Lieutenant General
, (7 fort
aimé des Troupes.
-
LesRecruës arrivent à
force,l'Infanterie est plus
belle qu'ellen'ajamais esté.
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Résumé : A Amiens ce 18. Avril. 1711.
Le document du 18 avril 1711 à Amiens décrit plusieurs mouvements militaires. Vingt-six escadrons sont placés sous les ordres du Marquis de Mires, gouverneur d'Amiens. Vingt-sept bataillons, précédemment près d'Ivry, se dirigent vers la Canche sous les ordres de Monsieur de Morsarri. Le régiment de Picardie se poste entre Bonchain et Valenciennes, tandis que le régiment du Roi se rend à Miraumont. Le régiment d'Albemarle part pour Bucquoy. Un incendie a endommagé un magasin de paille à Dourlens, mais les dégâts sont limités. Quatre régiments de milice, nommés régiments de Picardie, sont formés pour la garde de la Somme. Le Comte d'Estrades est nommé commandant en Picardie, apprécié pour ses qualités de lieutenant général. Les recrues affluent et l'infanterie est en excellent état.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 809-810
A M. J. D. à Amiens, Sur la rareté des Canards.
Début :
On dit (mais je ne le puis croire) [...]
Mots clefs :
Canards, Froids, Temple, Rasade, Carnaval, Carême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. J. D. à Amiens, Sur la rareté des Canards.
A M. J. D.
à
Amiens ,
Sur la rareté des Canards.
ONN dit ( mais je ne le puis croire )
Que chez vous les froids sont si grands ,
Que les Canards à triples rangs ,
Pour n'avoir pu trouver à boire ,
Ont fui si bien , qu'il n'est resté ,
Pas de quoi faire un seul Pâté .
Pour vous , si l'on dit vrai , la chose est affli
geante ,
Car enfin ne comptez de
vous porter si bien ,
Comme vous avez fait en l'an mil sept cens
trente ,
Si vous ne payez pas à C ... sa rente ;
C... de sa part pour vous ne fera rien.
L'an passé qu'il reçut l'honnête redevance ; ´
Par huit ou neuf de ses Supots ,
Tous gens à Janus fort dévots ,
Il fit faire pour vous des voeux en abondance ;
Le Temple de Bacchus en diroit verité ;
A votre intention mainte razade buë ,
Et tant que chez quelqu'un raison en fut perdue,
Vous auriez pour l'année acquis force santé .
Cet an- cy n'ira pas de même :
Sans que rien ait parú voici le Carnaval ,
Ma
810 MERCURE DE FRANCE
i
Ma foi craignez la mort ou la fievre au teint
blême ,
Si vous ne prévenez le mal ;
Hazard si vous allez jusqu'à la mi-carême.
à
Amiens ,
Sur la rareté des Canards.
ONN dit ( mais je ne le puis croire )
Que chez vous les froids sont si grands ,
Que les Canards à triples rangs ,
Pour n'avoir pu trouver à boire ,
Ont fui si bien , qu'il n'est resté ,
Pas de quoi faire un seul Pâté .
Pour vous , si l'on dit vrai , la chose est affli
geante ,
Car enfin ne comptez de
vous porter si bien ,
Comme vous avez fait en l'an mil sept cens
trente ,
Si vous ne payez pas à C ... sa rente ;
C... de sa part pour vous ne fera rien.
L'an passé qu'il reçut l'honnête redevance ; ´
Par huit ou neuf de ses Supots ,
Tous gens à Janus fort dévots ,
Il fit faire pour vous des voeux en abondance ;
Le Temple de Bacchus en diroit verité ;
A votre intention mainte razade buë ,
Et tant que chez quelqu'un raison en fut perdue,
Vous auriez pour l'année acquis force santé .
Cet an- cy n'ira pas de même :
Sans que rien ait parú voici le Carnaval ,
Ma
810 MERCURE DE FRANCE
i
Ma foi craignez la mort ou la fievre au teint
blême ,
Si vous ne prévenez le mal ;
Hazard si vous allez jusqu'à la mi-carême.
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Résumé : A M. J. D. à Amiens, Sur la rareté des Canards.
Dans une lettre adressée à M. J. D. à Amiens, l'auteur évoque la rareté des canards dans la région, attribuant cette situation au froid intense et à l'absence d'eau. Il exprime son incrédulité face à cette disparition. L'auteur rappelle également une dette impayée à une personne nommée C..., soulignant que l'année précédente, après avoir reçu sa redevance, C... avait organisé des festivités en l'honneur de M. J. D., incluant des libations et des prières. Il met en garde M. J. D. contre les risques pour sa santé s'il ne règle pas cette dette, notant que le Carnaval est passé sans que les mesures nécessaires aient été prises pour éviter des problèmes de santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 692-693
SONNET Sur les Bouts-Rimez, proposez dans le Mercure, par une Dame.
Début :
Commencer un Sonnet par l'affreux mot de Mort. [...]
Mots clefs :
Sonnet, Cercueil
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texteReconnaissance textuelle : SONNET Sur les Bouts-Rimez, proposez dans le Mercure, par une Dame.
SONNET
Sur les Bouts - Rimez proposez dans
le Mercure , par une Dame.
Commencer Ommencer un Sonnet par l'affreux mot de
Mort.
Quand on ne veut parler de Cercücil ni de
C'est de gayeté de cœur vouloir périr au
Et se faire à soi- même une rude
Biere ,
Port .
Carricre.
Cet
AVRIL. 1732.
•693
Cet ouvrage sublime independant du
Ne se fait pas si-tôt qu'un tour de
Sort,
Gibeciere,
Et s'il ne nous plaît pas , quoique court ,
il en
Dort ,
Cotin , dans ses Ecrits , l'apprend mieux que Moliere
Il doit faire adoucir d'un Censeur l'œil Hagard,
Et contenter le goût du jeune et du
Rien ne doit y manquer , pas même une
Vieillard;
Apostrophe;
Si l'Auteur n'en bannit et le froid et le
Il aura sûrement , avec Echec et
·Plat ›
Mast ,
D'un Poëte crotté la triste Catastrophe.
THEVEN ART , Amiens
Sur les Bouts - Rimez proposez dans
le Mercure , par une Dame.
Commencer Ommencer un Sonnet par l'affreux mot de
Mort.
Quand on ne veut parler de Cercücil ni de
C'est de gayeté de cœur vouloir périr au
Et se faire à soi- même une rude
Biere ,
Port .
Carricre.
Cet
AVRIL. 1732.
•693
Cet ouvrage sublime independant du
Ne se fait pas si-tôt qu'un tour de
Sort,
Gibeciere,
Et s'il ne nous plaît pas , quoique court ,
il en
Dort ,
Cotin , dans ses Ecrits , l'apprend mieux que Moliere
Il doit faire adoucir d'un Censeur l'œil Hagard,
Et contenter le goût du jeune et du
Rien ne doit y manquer , pas même une
Vieillard;
Apostrophe;
Si l'Auteur n'en bannit et le froid et le
Il aura sûrement , avec Echec et
·Plat ›
Mast ,
D'un Poëte crotté la triste Catastrophe.
THEVEN ART , Amiens
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Résumé : SONNET Sur les Bouts-Rimez, proposez dans le Mercure, par une Dame.
En avril 1732, un texte critique l'usage du mot 'mort' en début de sonnet, prônant une approche plus joyeuse. La création poétique exige du travail et doit plaire à tous les âges. Un poème doit éviter le froid et le plat pour réussir. L'auteur cite Cotin comme plus instructif que Molière. Il avertit que manquer de ces qualités mène à l'échec. Le texte se termine par 'THEVEN ART, Amiens'.
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6
p. 159-167
Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
Début :
MONSIEUR, de retour depuis quelque tems dans ma patrie, j'ai saisi [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Curiosité, Pierre, Eaux , Rivière
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
HISTOIRE NATURELLE.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de *** fur les pétrifications d'Albert
en Picardie.
M
ONSIEUR , de retour depuis quel
que tems dans ma patrie , j'ai faifi
le premier moment de loifir pour fatisfaire
ma curiofité fur un des plus finguliers jeux
de la nature . Les pétrifications que l'on a
découvertes depuis peu dans la petite ville
d'Albert font ici trop de bruit pour ne
pas avoir excité l'avidité d'un homme
pour qui l'étude de la Phyfique aura toujours
mille attraits : c'eft cet efprit de re
cherche qui me conduifit au commence
ment du Carême dernier dans cette ville.
Avant que de defcendre dans le fouterrein
où font les pétrifications , je mefurai
* Ces remarques font deM. l'Abbé de la Cailler
160 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen du puits , la profondeur de
la carriere , & , déduction faite de la diftance
de l'eau au niveau du terrein où elles
fe trouvent , je comptai trente-fix pieds &
plus. Je crus d'abord que je pouvois m'être
trompé , parce qu'avant mon voyage d'Albert
j'avois vu dans l'almanach d'Amiens
, que cette carriere de pétrification
étoit à vingt pieds de profondeur ; mais je
recommençai mon opération en préfence
de plufieurs témoins , & ils furent obligés
de reconnoître avec moi l'erreur de l'almanach.
Quand je ne donne même que tremte
- fix pieds à cette carriere , je ne parle
que
de la hauteur du terrein de la cour ,
dans laquelle eft l'ouverture du puits ; car
la partie de la pétrification qui s'étend
fous le jardin , peut avoir quarante-huit à
cinquante pieds.
Affuré de mon opération , je defcendis
dans la cave du propriétaire ; elle peut
avoir environ dix - huit à vingt pieds de
profondeur , & ne préfente rien qui foit
digne d'attention . De cette cave je parvins,
par un escalier commode , dans le corps
de la carriere ; j'y fus d'abord furpris de
l'abondance , de la variété & de la beauté
de ce phénomene terreftre. Je remarquai
dans un espace de cent quinze pieds de
* Article d'Albert.
JUI N. 1755. 161
long , & d'environ cinq à fix pieds de Iarge
, une voûte de pétrifications , composée
d'un nombre infini de rofeaux , d'argenti
*e * , de mouffe & de plufieurs herbes ma
récageufes. Un tronc d'arbre , d'où fortent
plufieurs branches qui s'élevent dans un
grouppe de rofeaux pétrifiés , attira furtout
mes regards , par la groffeur des bran
ches , qui peuvent avoir environ quinze
pouces de circonférence ; on peut juger de
la hauteur , & par conféquent de la beauté
de ce morceau. Il feroit à fouhaiter
que
quelqu'un voulût faire la dépenfe néceſſaire
pour le féparer des rofeaux & autres
herbes qui l'enfeveliffent.
Afin de pouvoir plus facilement décou
vrir la caufe de ce jeu de la nature , j'ai
confideré avec foin les différentes efpéces
de terre que la tranchée laiffe voir. J'en
remarquai d'abord une blanche & légere ,
dans laquelle fe trouve les rofeaux & les
herbes qui forment le fond de la pétrifica
tion ; plus bas je découvris une autre ter
re plus brune & plus forte , dans laquelle
je trouvai quelques morceaux de rofeaux
caffés & pétrifiés : ces rofeaux font plus
lourds , plus ferrés & plus bruns que ceux
de la pétrification fupérieure. Deffous
certe terre brune je trouvai une eſpèce de
*Merbe aquatique .
162 MERCURE DE FRANCE.
fable , tantôt gris , tantôt brun. Quelques
morceaux de rofeau que j'ai tirés de ces
deux fortes de fable font encore plus pefans
& plus denfes que ceux dont je viens
de vous parler ; j'en ai même découvert
qui reffemblent au grès & au marbre.
Enfin deffous ces efpéces différentes de
terre j'apperçus un banc de glaife , qui
peut avoir fept à huit pouces d'épaiffeur ,
& même dans quelques endroits davantage.
Cette glaife eft d'un brun très - noir
& contient une efpéce d'huile très- graffe :
elle reffemble parfaitement à cette terre
d'Angleterre dont on fe fert pour dégraiffer
les étoffes on pourroit auffi la mettre
en ufage pour nettoyer les métaux & les
polir ; ceux que j'ai frottés avec cette glai
fe font devenus très clairs.
;
C'eft dans cet intervalle qui eft entre
les rofeaux & cette glaife , qu'on trouve
certains coquillages dont j'ai ramaſſé de
trois efpéces les plus curieux font ceux
qui s'élevent en pyramides . On découvre
auffi plufieurs de ces coquillages entre les
branches de rofeaux pétrifiés. Je regarde
cette glaife dont je viens de parler comme
la matrice de la pétrification ; c'est elle
qui a arrêté & amaffé les eaux qui ont dé->
aché les principes les plus déliés des diffé
rentes terres fous lefquelles ces rofeaux &
JUIN. 1755. 163
ces herbes fe font trouvés enfevelis , & qui
les ont portés & fixés dans les pores de ces
mêmes rofeaux.
J'ai cherché en vain de la fougere dans
cette carriere immenfe. Malgré l'obſervation
annoncée dans l'almanach d'Amiens ,
je n'ai rien trouvé qui parût approcher de
cette plante , dont l'épaiffeur , la longueur
& la bordure des feuilles feroient cependant
fort aifées à diftinguer ; je crois même
qu'il n'y en a jamais eu dans ce fouterrein :
en voici la raifon . La fougere ne vient
que dans les endroits fecs & fablonneux :
or avant le remuement des terres qui a
dû néceffairement fe faire dans l'endroit
où eft actuellement Albert , le terrein où
eft la pétrification n'étoit qu'un marais peu
élevé au-deffus de la riviere ; c'étoit dans
ce marais que regnoit le foffé dont les rofeaux
& les herbes pétrifiés forment le phé
noméne qui occupe aujourdhui les Phyfi
ciens. Il n'est donc pas probable qu'une
plante qui ne fe nourrit que de fable ait
pû pouffer dans la fange & dans l'eau dont
ce foffé étoit fans doute arrofé : peut-être
que ces premiers obfervateurs ont pris Par
gentine pour de la fougere pétrifiée.
Je m'apperçois que j'entre infenfiblement
dans l'origine & dans la caufe de ces
pétrifications. Je connois trop toute la dif
164 MERCURE DE FRANCE.
ficulté d'une pareille entreprife , pour ne
pas fouhaiter de pouvoir me difpenfer
d'entamer cette difcuffion . Il eſt bien plus
aifé de rapporter ce qu'on a vû que de
retracer le chemin que l'Auteur de la nature
a fuivi dans fes productions extraordinaires
: auffije vous prie , Monfieur , de regarder
ce que je vais ajouter , comme l'opi
nion qui m'a paru la plus fimple & la plus
conforme à la vue du local : je fouhaiterois
même que ce que je vous ai rapporté de ce
prodige naturel , ainfi que les conjectures
avec lefquelles je finirai cette lettre , puiffent
affez piquer votre curiofité
pour vous
engager à faire le voyage d'Albert ; vous
y trouverez des objets dignes de votre attention
, & je jouirai du doux plaifir de
vous faire les honneurs de ma parrie..
J'aurois été affez tenté d'abord de reculer
l'origine de ces pétrifications jufqu'au tems
du déluge , & de l'attribuer à cette immenſe
révolution que fes eaux dûrent produire
fur la furface de notre globe , fi quelques
obfervations ne m'avoient déterminé à ne
placer l'époque de cette merveille qu'au
tems où les premiers Seigneurs d'Albert firent
bâtir le fort & la ville : alors il fallut
applanir la colline fur la pente de laquelle
la ville eft placée ; c'eft ce qu'on ne put
faire qu'en comblant une partie du marais
JUIN. 1755 165
qui fe trouvoit deffous , avec les terres
qu'on coupa un peu au- deffus de la naiffance
de la colline : il eft aifé de s'en
appercevoir
par la petite riviere ( appellée
Ancre ) qui arrofe aujourd'hui les environs
de la ville . Cette riviere couloit autrefois
le long d'une partie de la montagne
fur un plan à peu près également ineliné
, tandis qu'elle fe trouve à préfent
obligée , en quittant la ville , de defcendre
dans le marais voifin par une * caſcade de
près de foixante pieds . Lorfqu'on a voulu
bâtir Albert , on a donc été forcé de changer
le lit, de cette riviere jufqu'à l'endroit
de la cafcade , & de lui en tracer un beaucoup
fupérieur pour la commodité de la
2
nouvelle habitation.
Avant ce tems la carriere de pétrification
n'étoit qu'un foflé creufé dans cette
partie de la prairie , préfentement comblée
, & qui alloit fe joindre au premier
fit de la riviere ; c'eft ce que confirme la
figne que décrit la carriere . Semblable à
cés petits ravins que les eaux forment dans
les terres , où à ces foffés qu'on creufe dans
les prés pour les arrofer , elle s'étend en
ferpentant du midi au nord . Il paroît donc
évident que c'eft au bouleversement du
Cette cafcade naturelle eft une des plus belles
qu'on puiffe voir.
166 MERCURE DE FRANCE:
terrein & aux nouvelles eaux qui ont coulé
à travers ces terres , qu'on doit attribuer
la caufe de la pétrification des rofeaux &
des autres herbes qui fe font trouvés couverts
par ces terres. Les eaux , en filtrant
dans les terres nouvellement remuées , en
ont détaché une infinité de petits corpufcules
de pierre qui ſe ſont inférés & coagulés
dans les différentes matières dont
nous venons de parler ; ce qui , en confervant
la forme extérieure , a fait autant de
pierres qu'il s'eft trouvé de rofeaux &
d'herbes propres à recevoir ces principes
pétrifians.
C'eſt ainfi que Peau de la fontaine d'Arcueil
dépofe fur fon propre lit les principes
de pierre qu'elle a détachés dans la
montagne d'où elle tire fon origine , &
qu'elle roule avec elle : ce dépôt eft fi confidérable
qu'on eft de tems en tems obligé
de nettoyer les canaux qui la conduisent
depuis Arcueil jufqu'à Paris;la croûte qu'on
en tire n'eft autre chofe que l'amas des
petits corpufcules de pierre qu'elle dépoſe,
& dont la coagulation forme une pierre
véritable .
Si les eaux d'Arcueil fe pétrifient pour
ainfi dire elles-mêmes , pourquoi celles
qui roulent de femblables principes de
pierre ne pourroient-elles pas les dépofer
JUIN . 1755
167
dans les pores ouverts des roféaux & d'autres
plantes , & en former de véritables
pierres 2
Pour découvrir fi le principe pétrifiant
n'a été que paffager , ou s'il réfide encore
dans ce fouterrein , j'ai confeillé au propriétaire
d'enterrer plufieurs petits chiens
& chats dans la terre qui fe trouve audeffus
de la glaife : on pourra auffi y mettre
des rofeaux non pétrifiés , qu'il faudra
vifiter de tems en tems.
Cette découverte véritablement digne
de la curiofité des Phyficiens , eſt ſituée
dans le milieu du fauxbourg de la ville , du
côté de la porte qui conduit à Amiens.
Je ne fçaurois trop me louer de la complaifance
de M. de Calogne qui en eft le propriétaire
; c'eſt en fouillant dans fa cave
pour en tirer de la pierre , qu'il a trouvé
ce tréfor caché...
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Amiens , ce 8 Avril 1755;
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de *** fur les pétrifications d'Albert
en Picardie.
M
ONSIEUR , de retour depuis quel
que tems dans ma patrie , j'ai faifi
le premier moment de loifir pour fatisfaire
ma curiofité fur un des plus finguliers jeux
de la nature . Les pétrifications que l'on a
découvertes depuis peu dans la petite ville
d'Albert font ici trop de bruit pour ne
pas avoir excité l'avidité d'un homme
pour qui l'étude de la Phyfique aura toujours
mille attraits : c'eft cet efprit de re
cherche qui me conduifit au commence
ment du Carême dernier dans cette ville.
Avant que de defcendre dans le fouterrein
où font les pétrifications , je mefurai
* Ces remarques font deM. l'Abbé de la Cailler
160 MERCURE DE FRANCE.
par le moyen du puits , la profondeur de
la carriere , & , déduction faite de la diftance
de l'eau au niveau du terrein où elles
fe trouvent , je comptai trente-fix pieds &
plus. Je crus d'abord que je pouvois m'être
trompé , parce qu'avant mon voyage d'Albert
j'avois vu dans l'almanach d'Amiens
, que cette carriere de pétrification
étoit à vingt pieds de profondeur ; mais je
recommençai mon opération en préfence
de plufieurs témoins , & ils furent obligés
de reconnoître avec moi l'erreur de l'almanach.
Quand je ne donne même que tremte
- fix pieds à cette carriere , je ne parle
que
de la hauteur du terrein de la cour ,
dans laquelle eft l'ouverture du puits ; car
la partie de la pétrification qui s'étend
fous le jardin , peut avoir quarante-huit à
cinquante pieds.
Affuré de mon opération , je defcendis
dans la cave du propriétaire ; elle peut
avoir environ dix - huit à vingt pieds de
profondeur , & ne préfente rien qui foit
digne d'attention . De cette cave je parvins,
par un escalier commode , dans le corps
de la carriere ; j'y fus d'abord furpris de
l'abondance , de la variété & de la beauté
de ce phénomene terreftre. Je remarquai
dans un espace de cent quinze pieds de
* Article d'Albert.
JUI N. 1755. 161
long , & d'environ cinq à fix pieds de Iarge
, une voûte de pétrifications , composée
d'un nombre infini de rofeaux , d'argenti
*e * , de mouffe & de plufieurs herbes ma
récageufes. Un tronc d'arbre , d'où fortent
plufieurs branches qui s'élevent dans un
grouppe de rofeaux pétrifiés , attira furtout
mes regards , par la groffeur des bran
ches , qui peuvent avoir environ quinze
pouces de circonférence ; on peut juger de
la hauteur , & par conféquent de la beauté
de ce morceau. Il feroit à fouhaiter
que
quelqu'un voulût faire la dépenfe néceſſaire
pour le féparer des rofeaux & autres
herbes qui l'enfeveliffent.
Afin de pouvoir plus facilement décou
vrir la caufe de ce jeu de la nature , j'ai
confideré avec foin les différentes efpéces
de terre que la tranchée laiffe voir. J'en
remarquai d'abord une blanche & légere ,
dans laquelle fe trouve les rofeaux & les
herbes qui forment le fond de la pétrifica
tion ; plus bas je découvris une autre ter
re plus brune & plus forte , dans laquelle
je trouvai quelques morceaux de rofeaux
caffés & pétrifiés : ces rofeaux font plus
lourds , plus ferrés & plus bruns que ceux
de la pétrification fupérieure. Deffous
certe terre brune je trouvai une eſpèce de
*Merbe aquatique .
162 MERCURE DE FRANCE.
fable , tantôt gris , tantôt brun. Quelques
morceaux de rofeau que j'ai tirés de ces
deux fortes de fable font encore plus pefans
& plus denfes que ceux dont je viens
de vous parler ; j'en ai même découvert
qui reffemblent au grès & au marbre.
Enfin deffous ces efpéces différentes de
terre j'apperçus un banc de glaife , qui
peut avoir fept à huit pouces d'épaiffeur ,
& même dans quelques endroits davantage.
Cette glaife eft d'un brun très - noir
& contient une efpéce d'huile très- graffe :
elle reffemble parfaitement à cette terre
d'Angleterre dont on fe fert pour dégraiffer
les étoffes on pourroit auffi la mettre
en ufage pour nettoyer les métaux & les
polir ; ceux que j'ai frottés avec cette glai
fe font devenus très clairs.
;
C'eft dans cet intervalle qui eft entre
les rofeaux & cette glaife , qu'on trouve
certains coquillages dont j'ai ramaſſé de
trois efpéces les plus curieux font ceux
qui s'élevent en pyramides . On découvre
auffi plufieurs de ces coquillages entre les
branches de rofeaux pétrifiés. Je regarde
cette glaife dont je viens de parler comme
la matrice de la pétrification ; c'est elle
qui a arrêté & amaffé les eaux qui ont dé->
aché les principes les plus déliés des diffé
rentes terres fous lefquelles ces rofeaux &
JUIN. 1755. 163
ces herbes fe font trouvés enfevelis , & qui
les ont portés & fixés dans les pores de ces
mêmes rofeaux.
J'ai cherché en vain de la fougere dans
cette carriere immenfe. Malgré l'obſervation
annoncée dans l'almanach d'Amiens ,
je n'ai rien trouvé qui parût approcher de
cette plante , dont l'épaiffeur , la longueur
& la bordure des feuilles feroient cependant
fort aifées à diftinguer ; je crois même
qu'il n'y en a jamais eu dans ce fouterrein :
en voici la raifon . La fougere ne vient
que dans les endroits fecs & fablonneux :
or avant le remuement des terres qui a
dû néceffairement fe faire dans l'endroit
où eft actuellement Albert , le terrein où
eft la pétrification n'étoit qu'un marais peu
élevé au-deffus de la riviere ; c'étoit dans
ce marais que regnoit le foffé dont les rofeaux
& les herbes pétrifiés forment le phé
noméne qui occupe aujourdhui les Phyfi
ciens. Il n'est donc pas probable qu'une
plante qui ne fe nourrit que de fable ait
pû pouffer dans la fange & dans l'eau dont
ce foffé étoit fans doute arrofé : peut-être
que ces premiers obfervateurs ont pris Par
gentine pour de la fougere pétrifiée.
Je m'apperçois que j'entre infenfiblement
dans l'origine & dans la caufe de ces
pétrifications. Je connois trop toute la dif
164 MERCURE DE FRANCE.
ficulté d'une pareille entreprife , pour ne
pas fouhaiter de pouvoir me difpenfer
d'entamer cette difcuffion . Il eſt bien plus
aifé de rapporter ce qu'on a vû que de
retracer le chemin que l'Auteur de la nature
a fuivi dans fes productions extraordinaires
: auffije vous prie , Monfieur , de regarder
ce que je vais ajouter , comme l'opi
nion qui m'a paru la plus fimple & la plus
conforme à la vue du local : je fouhaiterois
même que ce que je vous ai rapporté de ce
prodige naturel , ainfi que les conjectures
avec lefquelles je finirai cette lettre , puiffent
affez piquer votre curiofité
pour vous
engager à faire le voyage d'Albert ; vous
y trouverez des objets dignes de votre attention
, & je jouirai du doux plaifir de
vous faire les honneurs de ma parrie..
J'aurois été affez tenté d'abord de reculer
l'origine de ces pétrifications jufqu'au tems
du déluge , & de l'attribuer à cette immenſe
révolution que fes eaux dûrent produire
fur la furface de notre globe , fi quelques
obfervations ne m'avoient déterminé à ne
placer l'époque de cette merveille qu'au
tems où les premiers Seigneurs d'Albert firent
bâtir le fort & la ville : alors il fallut
applanir la colline fur la pente de laquelle
la ville eft placée ; c'eft ce qu'on ne put
faire qu'en comblant une partie du marais
JUIN. 1755 165
qui fe trouvoit deffous , avec les terres
qu'on coupa un peu au- deffus de la naiffance
de la colline : il eft aifé de s'en
appercevoir
par la petite riviere ( appellée
Ancre ) qui arrofe aujourd'hui les environs
de la ville . Cette riviere couloit autrefois
le long d'une partie de la montagne
fur un plan à peu près également ineliné
, tandis qu'elle fe trouve à préfent
obligée , en quittant la ville , de defcendre
dans le marais voifin par une * caſcade de
près de foixante pieds . Lorfqu'on a voulu
bâtir Albert , on a donc été forcé de changer
le lit, de cette riviere jufqu'à l'endroit
de la cafcade , & de lui en tracer un beaucoup
fupérieur pour la commodité de la
2
nouvelle habitation.
Avant ce tems la carriere de pétrification
n'étoit qu'un foflé creufé dans cette
partie de la prairie , préfentement comblée
, & qui alloit fe joindre au premier
fit de la riviere ; c'eft ce que confirme la
figne que décrit la carriere . Semblable à
cés petits ravins que les eaux forment dans
les terres , où à ces foffés qu'on creufe dans
les prés pour les arrofer , elle s'étend en
ferpentant du midi au nord . Il paroît donc
évident que c'eft au bouleversement du
Cette cafcade naturelle eft une des plus belles
qu'on puiffe voir.
166 MERCURE DE FRANCE:
terrein & aux nouvelles eaux qui ont coulé
à travers ces terres , qu'on doit attribuer
la caufe de la pétrification des rofeaux &
des autres herbes qui fe font trouvés couverts
par ces terres. Les eaux , en filtrant
dans les terres nouvellement remuées , en
ont détaché une infinité de petits corpufcules
de pierre qui ſe ſont inférés & coagulés
dans les différentes matières dont
nous venons de parler ; ce qui , en confervant
la forme extérieure , a fait autant de
pierres qu'il s'eft trouvé de rofeaux &
d'herbes propres à recevoir ces principes
pétrifians.
C'eſt ainfi que Peau de la fontaine d'Arcueil
dépofe fur fon propre lit les principes
de pierre qu'elle a détachés dans la
montagne d'où elle tire fon origine , &
qu'elle roule avec elle : ce dépôt eft fi confidérable
qu'on eft de tems en tems obligé
de nettoyer les canaux qui la conduisent
depuis Arcueil jufqu'à Paris;la croûte qu'on
en tire n'eft autre chofe que l'amas des
petits corpufcules de pierre qu'elle dépoſe,
& dont la coagulation forme une pierre
véritable .
Si les eaux d'Arcueil fe pétrifient pour
ainfi dire elles-mêmes , pourquoi celles
qui roulent de femblables principes de
pierre ne pourroient-elles pas les dépofer
JUIN . 1755
167
dans les pores ouverts des roféaux & d'autres
plantes , & en former de véritables
pierres 2
Pour découvrir fi le principe pétrifiant
n'a été que paffager , ou s'il réfide encore
dans ce fouterrein , j'ai confeillé au propriétaire
d'enterrer plufieurs petits chiens
& chats dans la terre qui fe trouve audeffus
de la glaife : on pourra auffi y mettre
des rofeaux non pétrifiés , qu'il faudra
vifiter de tems en tems.
Cette découverte véritablement digne
de la curiofité des Phyficiens , eſt ſituée
dans le milieu du fauxbourg de la ville , du
côté de la porte qui conduit à Amiens.
Je ne fçaurois trop me louer de la complaifance
de M. de Calogne qui en eft le propriétaire
; c'eſt en fouillant dans fa cave
pour en tirer de la pierre , qu'il a trouvé
ce tréfor caché...
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Amiens , ce 8 Avril 1755;
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Résumé : Lettre de M. l'Abbé de J*** à M. le Chevalier de *** sur les prétrifications d'Albert en Picardie.
L'Abbé J *** adresse une lettre au Chevalier de *** pour discuter des pétrifications découvertes à Albert, en Picardie. De retour dans sa région natale, il se rend sur place pour examiner ces formations. Il mesure la profondeur de la carrière à environ trente-six pieds, rectifiant ainsi une erreur présente dans l'almanach d'Amiens. Dans la carrière, il observe une voûte de pétrifications composée de roseaux, d'argile, de mousse et d'herbes, ainsi qu'un tronc d'arbre pétrifié avec des branches imposantes. L'Abbé examine différentes couches de terre et note la présence de roseaux pétrifiés et de coquillages. Il identifie une couche de glaire noire et grasse, qu'il considère comme la matrice des pétrifications. Contrairement à ce que mentionne l'almanach, il ne trouve pas de fougère. Il explique que le terrain était autrefois un marais. Il suggère que les pétrifications datent de la construction du fort et de la ville d'Albert, lorsque le terrain a été modifié pour construire la ville. Les eaux ont alors filtré à travers les terres remuées, déposant des particules de pierre qui ont pétrifié les roseaux et les herbes. Il compare ce phénomène à celui observé dans la fontaine d'Arcueil. L'Abbé propose d'enterrer des animaux et des roseaux non pétrifiés pour observer si le processus de pétrification se poursuit. Il exprime sa gratitude envers M. de Calogne, propriétaire du site, qui a découvert les pétrifications en fouillant sa cave.
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7
p. 214-216
CONCERT D'AMIENS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Monsieur, c'est pour vous rendre un bien qui vous est dû que je vous fais [...]
Mots clefs :
Concert, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT D'AMIENS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
CONCERT D'AMIENS.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE.
Mbienqui vous eft dû , que je vous fais
part d'un phénomene auffi rare qu'honorable
pour notre patrie : c'eft l'Opera de
Daphnis & d'Amalthée , qu'on a exécuté
dans notre Concert ; Opéra dont la mufique
eft de la compofition d'une Demoifelle
de cette ville, nommée Mlle Guerin . Ce
qui vous paroîtra fans doute furprenant ,
Monfieur , c'eft que cette Demoiſelle n'a
que feize ans , & que ce coup d'effai eſt
un coup de maître . Jugez par là de la no-
Onfieur , c'eft pour vous rendre un
NOVEMBRE. 1755. 215
ble carriere que promet un aftre , dont le
lever eft aufli brillant . Tous les connoiffeurs
en musique , même les moins intéreffés
à louer Mile Guenin , conviennent
que ce morceau eft excellent , & qu'il renferme
en particulier des endroits parfaits :
On y admire fur- tout une chaconne , qu'il
faut avoir entendue pour pouvoir fentir
le deffein , la préciſion & la beauté de fon
harmonie , mais qu'il ne fuffit d'avoir
pas
entendue pour pouvoir exprimer le charme
qu'elle produit fur des ames délicatement
organifées. On ne loue ordinairement
les jeunes perfonnes qui commencent
à fe diftinguer , que pour les encourager
& pour piquer leur émulation ;
il n'en eft pas de même , Monfieur , des
éloges dont notre patrie retentit à la gloire
de la nouvelle Mufe . Ce font des actes de
juſtice dont elle ne pourroit fe difpenfer
que par la plus indigne jaloufie. Mlle
Guenin ne fe borne pas , au refte , au feul
gout pour la mufique . Outre des graces
naturelles , on retrouve en elle mille talens
pour les Belles- Lettres , & en particulier
pour l'Hiftoire & la Poëfie , talens infiniment
eftimables dans une jeune perfonne ,
fur-tout quand une modeftie , fimple & aifée
y met le prix . Je vous prie , Monfieur,
de remarquer que cette Demoiſelle n'a ja216
MERCURE DE FRANCE.
mais quitté la maifon paternelle , & que
les voyages qu'elle a faits à Paris avec fes
parens , lui ont à peine laiffé le tems de
contenter fa curiofité. Vous voyez par là
que la province eft fufceptible d'une éducation
folide & brillante , lorfque des parens
fages & éclairés veulent fe donner
la peine de préfider aux exercices de leurs
enfans : Enfin , Monfieur , ce qui établit
la gloire de Mlle Guenin , en faiſant en
même tems le plus parfait éloge des perfonnes
qui compofent notre Concert ( qui
n'eft qu'une affemblée choifie de nos concitoyens
de l'un & l'autre fexe , diftingués
par le mérite & les talens , & dans laquelle
il n'y a aucun gagifte ) c'eft le zele
avec lequel chaque membre de cette illuftre
compagnie a concouru à faire réuffir
cer Opéra. La jaloufie eft un poifon qui
infecte prefque toutes les provinces . Il n'y
a qu'un mérite fupérieur qui puiffe la forcer
de rendre juftice à la vérité .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens ce 8 Août 1755 .
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE.
Mbienqui vous eft dû , que je vous fais
part d'un phénomene auffi rare qu'honorable
pour notre patrie : c'eft l'Opera de
Daphnis & d'Amalthée , qu'on a exécuté
dans notre Concert ; Opéra dont la mufique
eft de la compofition d'une Demoifelle
de cette ville, nommée Mlle Guerin . Ce
qui vous paroîtra fans doute furprenant ,
Monfieur , c'eft que cette Demoiſelle n'a
que feize ans , & que ce coup d'effai eſt
un coup de maître . Jugez par là de la no-
Onfieur , c'eft pour vous rendre un
NOVEMBRE. 1755. 215
ble carriere que promet un aftre , dont le
lever eft aufli brillant . Tous les connoiffeurs
en musique , même les moins intéreffés
à louer Mile Guenin , conviennent
que ce morceau eft excellent , & qu'il renferme
en particulier des endroits parfaits :
On y admire fur- tout une chaconne , qu'il
faut avoir entendue pour pouvoir fentir
le deffein , la préciſion & la beauté de fon
harmonie , mais qu'il ne fuffit d'avoir
pas
entendue pour pouvoir exprimer le charme
qu'elle produit fur des ames délicatement
organifées. On ne loue ordinairement
les jeunes perfonnes qui commencent
à fe diftinguer , que pour les encourager
& pour piquer leur émulation ;
il n'en eft pas de même , Monfieur , des
éloges dont notre patrie retentit à la gloire
de la nouvelle Mufe . Ce font des actes de
juſtice dont elle ne pourroit fe difpenfer
que par la plus indigne jaloufie. Mlle
Guenin ne fe borne pas , au refte , au feul
gout pour la mufique . Outre des graces
naturelles , on retrouve en elle mille talens
pour les Belles- Lettres , & en particulier
pour l'Hiftoire & la Poëfie , talens infiniment
eftimables dans une jeune perfonne ,
fur-tout quand une modeftie , fimple & aifée
y met le prix . Je vous prie , Monfieur,
de remarquer que cette Demoiſelle n'a ja216
MERCURE DE FRANCE.
mais quitté la maifon paternelle , & que
les voyages qu'elle a faits à Paris avec fes
parens , lui ont à peine laiffé le tems de
contenter fa curiofité. Vous voyez par là
que la province eft fufceptible d'une éducation
folide & brillante , lorfque des parens
fages & éclairés veulent fe donner
la peine de préfider aux exercices de leurs
enfans : Enfin , Monfieur , ce qui établit
la gloire de Mlle Guenin , en faiſant en
même tems le plus parfait éloge des perfonnes
qui compofent notre Concert ( qui
n'eft qu'une affemblée choifie de nos concitoyens
de l'un & l'autre fexe , diftingués
par le mérite & les talens , & dans laquelle
il n'y a aucun gagifte ) c'eft le zele
avec lequel chaque membre de cette illuftre
compagnie a concouru à faire réuffir
cer Opéra. La jaloufie eft un poifon qui
infecte prefque toutes les provinces . Il n'y
a qu'un mérite fupérieur qui puiffe la forcer
de rendre juftice à la vérité .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens ce 8 Août 1755 .
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Résumé : CONCERT D'AMIENS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Une lettre adressée à l'auteur du Mercure relate un événement musical exceptionnel à Amiens. L'opéra 'Daphnis et Amalthée', composé par Mlle Guerin, une jeune fille de seize ans, a été exécuté lors d'un concert. La musique de l'œuvre a été acclamée par les connaisseurs, notamment pour une chaconne remarquable par son harmonie et son charme. Mlle Guerin est également reconnue pour ses talents en belles-lettres, en histoire et en poésie, ainsi que pour sa modestie. La lettre met en avant la qualité de l'éducation provinciale, grâce à l'engagement des parents. Le concert, organisé par des citoyens distingués par leurs mérites et talents, a vu chaque participant collaborer avec zèle pour le succès de l'opéra, malgré la jalousie souvent présente dans les provinces.
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8
p. 43-45
LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
Début :
Oui, [...]
Mots clefs :
Jean-Philippe Rameau, Sauvages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
LES SAUVAGE S.
Piece de Clavecin , de M. Rameau.
PARODI E.
C
Oui
,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui :
Sans lui la vertu
N'eft qu'un fécu.
L'efprit , les talens ,
Les fentimens ,
Les agrémens
Les plus brillans
Ne font plus fur les rangs.
C'eft
Du vil intérêt
Qu'on fuit l'arrêt ,
Qui remplit le coeur
D'un fot honneur ,
Dont le réſultat
Eft de tenir un grand état ,
Souvent l'origine d'un fat.
Dieux !
Sans jetter fes yeux
Sur leurs ayeux ,
Verra-t-on toujours
Aller au cours ,
En cabriolets ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Mille fujets
Qui font des vrais
Colifichets ,
Nous morguer à l'excès ,
Faire florès ,
Et de fix laquais ,
Bien vêtus , bien faits,
Montrer l'étalage.
Quoi ! le fage
Peut-il voir
S'écarter ainfi du devoir ,
Sans un chagrin inoui ..::
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
Quand
Le maudit clinquant
Ne fera-t-il plus fi fréquent
Jamais la raifon
Ne fera-t-elle
De faifon ?
Imitera-t-on
Toujours le ton
De Phaeton ?
Chutte qu'on rappelle.
Sots ,
Pour le vrai quittez le faux.
Foux ,
Qu'on ne parle plus de vous.
6
DECEMBRE. 1755 .
45
Grands ,
Sçachez contenir vos fens ,
Servez d'exemple en tout tems ;
Mais fans fracas quel ennui !
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
A Amiens.
Par M. Fuzillier.
T
Cette parodie nous paroît d'autant
mieux faite, qu'on ne s'apperçoit pas de la
difficulté vaincue , & que la quantité y
eft parfaitement bien obfervée. L'Auteur
avoit autrefois décoré ce Journal de plufieurs
parodies de fa compofition , qui
avoient été juſtement goutées ; entr'autres
celle de l'ouverture des Indes Galantes , en
1736. Nous le prions de nous continuer
fes bienfaits , & nous lui promettons d'être
exact à les rendre publics,
Piece de Clavecin , de M. Rameau.
PARODI E.
C
Oui
,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui :
Sans lui la vertu
N'eft qu'un fécu.
L'efprit , les talens ,
Les fentimens ,
Les agrémens
Les plus brillans
Ne font plus fur les rangs.
C'eft
Du vil intérêt
Qu'on fuit l'arrêt ,
Qui remplit le coeur
D'un fot honneur ,
Dont le réſultat
Eft de tenir un grand état ,
Souvent l'origine d'un fat.
Dieux !
Sans jetter fes yeux
Sur leurs ayeux ,
Verra-t-on toujours
Aller au cours ,
En cabriolets ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Mille fujets
Qui font des vrais
Colifichets ,
Nous morguer à l'excès ,
Faire florès ,
Et de fix laquais ,
Bien vêtus , bien faits,
Montrer l'étalage.
Quoi ! le fage
Peut-il voir
S'écarter ainfi du devoir ,
Sans un chagrin inoui ..::
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
Quand
Le maudit clinquant
Ne fera-t-il plus fi fréquent
Jamais la raifon
Ne fera-t-elle
De faifon ?
Imitera-t-on
Toujours le ton
De Phaeton ?
Chutte qu'on rappelle.
Sots ,
Pour le vrai quittez le faux.
Foux ,
Qu'on ne parle plus de vous.
6
DECEMBRE. 1755 .
45
Grands ,
Sçachez contenir vos fens ,
Servez d'exemple en tout tems ;
Mais fans fracas quel ennui !
Oui ,
L'or eft aujourd'hui
Le feul appui , &c.
A Amiens.
Par M. Fuzillier.
T
Cette parodie nous paroît d'autant
mieux faite, qu'on ne s'apperçoit pas de la
difficulté vaincue , & que la quantité y
eft parfaitement bien obfervée. L'Auteur
avoit autrefois décoré ce Journal de plufieurs
parodies de fa compofition , qui
avoient été juſtement goutées ; entr'autres
celle de l'ouverture des Indes Galantes , en
1736. Nous le prions de nous continuer
fes bienfaits , & nous lui promettons d'être
exact à les rendre publics,
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Résumé : LES SAUVAGES. Piece de Clavecin, de M. Rameau. PARODIE.
Le texte présente une parodie de la pièce de clavecin 'Les Sauvages' de Jean-Philippe Rameau. Cette parodie, écrite par un auteur anonyme, critique la société de son époque en soulignant l'importance excessive accordée à l'argent. Le poème dénonce le fait que la vertu et les talents ne suffisent plus à garantir une position sociale élevée, et que seul l'or est valorisé. Il exprime également un mécontentement face à la montée des intérêts égoïstes et à la dévalorisation des véritables qualités humaines. L'auteur déplore que les personnes sans mérite puissent accéder à des positions influentes grâce à leur richesse. La parodie se termine par un appel à la raison et à la modération, exhortant les grands à servir d'exemple. Le texte mentionne que cette parodie est bien réalisée et respecte les contraintes métriques. L'auteur de la parodie avait déjà publié d'autres œuvres similaires, comme celle de l'ouverture des 'Indes Galantes' en 1736, et est encouragé à continuer.
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9
p. 20-22
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Début :
Vous, qui courez [...]
Mots clefs :
Heureux, Plaisirs, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie.
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
PARODI E.
LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Vous ,qui courez
Après l'éclat & l'opulence ;
Qui dévorez
Tous les plaifirs outrés ;
Que je vous plains ! la moindre décadence
Vous met au rang des hommes égarés.
La trop aimable fagefle
Qui doit charmer
Sçait animer
L'honneur , le devoir & la tendreffe.
Pourquoi
Ne pas écouter fa loi ,
Qui , fans condamner les defirs,
Semble approuver fouvent l'ufage des plaifirs
Partiſan de ſon ſyſtême ,
Je ris , & j'aime
Sincerement ,
Conftamment ,
Qui ? ma femme ſeulement ;
Et fans redouter les rieurs ,
Les froids railleurs ,
Les moqueurs ,
Je ne fçais point aimer ailleurs.
DECEMBRE. 28
1755.
Je reçois dans ma retraite
Mes amis ;
A ce que chacun ſouhaite
J'applaudis ,
En menageant les eſprits ;
Et quand je vois la fin d'une Comete ,
Sans fracas ,
Trois petits plats
Affez délicats
A deux font offerts tout baş,
Minuit fonne , je me couche.
Dieux ! pour lors
Comme heureux époux je touche
Des trésors.
L'amour ſe retire , & je m'endors
Affez fouvent fur la bonne bouche,
Mais le jour venu
De mon revenu
Je vois fi tout s'eft foutenu.
Si-tôt que ma maiſon
Eft fur le ton
De la raison ,
Je lis Caton ,
Baile , Newton ,
Rollin , Platon ,
Anacréon ,
Arnaud , Virgile , Horace , ou Ciceron.
Entre-nous
Que les four
22 MERCURE DE FRANCE.
Me critiquent.
S'ils m'indiquent
L'art heureux
De vivre mieux ,
Je me rends , & fuis pour eux.
Par M. Fuzillier , à Amiens .
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Résumé : Ouverture du Ballet des Fêtes de Thalie. PARODIE. LE PHILOSOPHE AIMABLE.
Le texte 'Le Philosophe aimable' du 'Ballet des Fêtes de Thalie' décrit un philosophe qui méprise l'éclat et l'opulence, préférant les plaisirs modérés. Il valorise l'honneur, le devoir et la tendresse, et choisit de n'aimer que sa femme, indifférent aux moqueurs. Le 28 décembre 1755, il invite ses amis dans sa retraite, leur offre un repas délicat à minuit, et se couche heureux. Le lendemain, il découvre que ses revenus ont disparu. Lorsqu'il vit raisonnablement, il lit des auteurs classiques tels que Caton, Newton, Rollin, Platon, Anacréon, Arnaud, Virgile, Horace ou Cicéron. Il est ouvert aux critiques constructives qui pourraient lui apprendre à vivre mieux. Le texte est publié par M. Fuzillier à Amiens dans le Mercure de France.
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10
p. 168-184
Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Début :
Monsieur, je n'aurois jamais pensé à répondre aux remarques critiques [...]
Mots clefs :
Pétrifications, Pieds, Eau, Coquillages, Fougère, Hauteur, Profondeur, Cascade, Puits, Roseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
Lettre de M. l'Abbé J *** à M. le Chevalier
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
de B *** fur les pétrifications d'Albert.
Onfieur , je n'aurois jamais penſé à
répondre aux remarques critiques
que le prétendu Obfervateur de Peronne a
fait inférer dans le Mercure de Juillet dernier
, fi vous n'aviez pas exigé de moi cette
preuve de complaifance. Je n'avois même
fait
DECEMBRE 1755. 169
fait jufqu'alors que me divertir avec mes
amis des découvertes qui rempliffent fa
lettre. Je croyois que le parti le plus raifonnable
étoit de voir d'un oeil indifférent
cer adverfaire , m'imaginant bien que le
public judicieux ne manqueroit pas , en
comparant la differtation avec la critique ,
de me rendre juſtice ; mais vous me confeillez
de répliquer , parce que vous craignez
dites - vous , Monfieur , que l'imputation
de faux , dont on m'accuſe , ne faſſe
impreffionfur ceux qui ne font pas en état de
faire la difference d'un obfervateur attentif ,
d'avec un critique auffi prévenu que peu
éclairé : Il eft , ajoutez - vous , des accufations
qu'il n'est pas permis à un Auteur de
négliger , telle qu'eft en particulier celle d'avoir
trahi la vérité.
,
Perfuadé de la jufteffe de cette réflexion
, je vais examiner , Monfieur , avec
la plus exacte recherche les remarques du
critique.
Reprenons , Monfieur , les fix articles.
de l'anonyme de Peronne .
1°. Il fe trompe , lorfqu'il avoue avec
moi , que l'eau du puits du fieur Decalogne
eft effectivement à trente- cing pieds jusqu'à
fon niveau . Je n'ai pas dit cela dans ma
defcription , puifque je me fuis fervi du
terme de déduction faite du niveau de l'ean
11. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
à celui de la carriere. Si l'Anonyme avoit
mefuré exactement la hauteur du puits depuis
le rez-de- chauffée de la cour jufqu'au
niveau de l'eau , il auroit trouvé trentehuit
pieds , fur lefquels , pour avoir la
jufte profondeur de la carrière de pétrifications
, au niveau du commencement de
fon ouverture , il faut ôter fept pieds , ce
qui fait trente-un pieds pour la hauteur
de cette carriere du niveau de la cour , au
niveau de fon entrée ; mais comme de
l'entrée de la carriere de pétrifications jufque
vers le milieu , il y a une pente douce
qui peut avoir quatre pieds , qu'il faut
joindre avec les trente- un pieds déja ſuppofés
, j'ai eu raifon d'avancer dans ma
differtation , que la carriere de pétrifications
avoit environ 35 à 36 pieds de profondeur.
Ce qui a trompé l'Anonyme de
Peronne , ( ce qui trompe encore tous les
jours plufieurs de ceux que la curiofité ,
plutôt que l'amour de la recherche, conduit
à Albert ) c'eft qu'il a confondu la car
riere dans laquelle le propriétaire a commencé
à tirer de la pierre , laquelle carriere
n'a en effet à fon entrée que vingtquatre
pieds de profondeur , c'est - à - dire
quatorze , depuis le niveau de la cour jufques
dans la cave du propriétaire , & dix
du niveau de cette cave au niveau de la
DECEMBRE. 1755. 171
premiere carriere ; mais pour avoir la véritable
profondeur de la carriere dans laquelle
fe trouvent les pétrifications , il
falloit de plus mefurer l'efcalier de terre
qui conduit de la premiere carriere de
pierres jufques dans celle de pétrifications,
& il auroit trouvé qu'il y a fept pieds ; ce
qui , ajouté aux vingt- quatre déja connus,
donne trente-un pieds de profondeur : enfin
il falloit remarquer & ajouter à ces
trente-un pieds les quatre pieds de pente
que la carriere de pétrifications a depuis le
niveau du fol de fon entrée , jufques vers
fon milieu , ce qui , avec les trente- un
pieds , produit les trente - cinq pieds de
profondeur que j'ai affignés à la carriere
de pétrifications. Ce n'eft pas avec moins.
de raifon que j'ai ajouté dans ma differta-,
tion , que la partie de la pétrification qui
s'étend fous le jardin , eft bien plus profonde
, par rapport au niveau du jardin.
Si l'Anonyme de Peronne s'étoit donné la
peine de paffer dans ce jardin , & d'obferver
que pour y parvenir , il faut monter
un efcalier de pierre qui porte plus de dix
pieds au-deffus du niveau de la cour , &
que de plus le terrein du jardin va en montant
depuis fon entrée jufqu'au foffé qui
le borne à fon extrêmité , il ne fe feroit
pas embrouillé dans une prétendue dé-
Hij ,
172 MERCURE DE FRANCE.
monſtration inutile par rapport à la queftion
préfente , & parfaitement contraire
aux principes d'une bonne Phyfique. Je dis
d'abord inutile par rapport à la queſtion
préfente , puifque ne donnant que trentecinq
pieds de profondeur à la carriere de
pétrifications , dans fon niveau le plus bas ,
comparé avec la profondeur du niveau de
l'eau du puits au niveau de la cour , l'eau
du puits qui eft à trente- huit pieds de profondeur
, ne peut pas , dans mon obfervation
, pénétrer dans la carriere & la remplir
d'eau ; ce que l'Anonyme prétend cependant
devoir arriver dans mon fentiment.
Je dis en fecond lieu , que quand
bien même la carriere feroit plus profonde
que le niveau de l'eau du puits , il pourroit
encore fe faire que la carriere n'en fût pas
plus humide : Il ne faut qu'une couche de
glaife pour retenir l'eau : C'eft ce qu'on
remarque dans quelques maifons où les
caves font plus profondes que les puits qui
en font voilins . Je m'étonne même que
l'habitant d'une ville auffi environnée
d'eau , comme l'eft Peronne , n'ait pas remarqué
qu'il y a chez lui beaucoup de
caves , dont le niveau eft inférieur à celui
des étangs & des foffés remplis d'eau , qui
en font cependant très- proches . Enfin , fi
l'Anonyme avoit quelque connoiffance de
DECEMBRE. 1755. 173
l'origine des fontaines , & des miracles
naturels que les eaux ramaffées dans les
différens réfervoirs des montagnes , produifent
dans ces fontaines ( 1 ) minérales ,
qui , prenant leurs fources dans la même
montagne , & coulant par des canaux voifins
les uns des autres , confervent cependant
des qualités différentes , il n'auroit
pas raifonné fur un principe auffi faux en
bonne Phyfique , qu'éloigné du point de
la queftion préfente.
2º. On ne voit pas quel peut être le but de
l'Anonyme de Peronne. Qu'entend-il , lorfqu'il
dit , que les ponts qui font fur la riviere
d'Albert , n'ont pas , à vue d'oeil , plus de dix
piedsfous voute ? Parle- t'il de la hauteur du
milieu de l'arche des ponts au niveau de
l'eau , ou du niveau de l'eau au fond de la
riviere ? Au reste qu'il entende ce qu'il voudra
par cette phraſe inintelligible , quid ad
me? Que m'importe cette hauteur dont je
n'ai point parlé dans ma differtation, & qui
eft auffi étrangere à mon fyftême , que ce
( 1 ) Si l'Anonyme ne veut point aller faire cette
remarque à Forges , il lui fera facile de fatisfaire
fa curiofité à Corbie . Il verra dans cette ville
voifine de Peronne, trois fontaines minérales, différentes
dans leurs dégrés , conler cependant à
trois pieds de diſtance les unes des autres , fans fe
confondre.
· H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
que l'Anonyme de Peronne ajoute, lorſqu'il
dit que la riviere eft pleine de fources ? Encore
une fois quel rapport ces deux obfervations
ont-elles avec ce que j'ai avancé
? Pourvu que depuis l'endroit où l'on
a commencé à couper les terres de la colline
pour bâtir la ville & le fort d'Albert
, on ait tracé un nouveau lit à la riviere
pour la faire couler en forme de canal
, autour de la nouvelle habitation , &
la faire paffer dans la ville. Que m'importe
qu'elle ait à vue d'oeil dix pieds fous voute
, & qu'ellefoit pleine de fources ? il fuffit
d'examiner le cours de cette riviere lorfqu'elle
paffe autour & dans Albert , & en
particulier à l'endroit où elle coule à côté
de la place , fous quelques -maifons , pour
fe perfuader qu'elle n'eft pas là dans fon
lit naturel , & qu'elle forme un canal factice
: Voilà où tend & où fe borne mon
obfervation fur cette riviere.
3°. La troifieme remarque de l'Anonyme
de Peronne n'eft pas moins inutile que la
feconde. En difant , que les terres de la pétrification
font de différentes nuances brunes
, mais qu'il eft vrai qu'elles blanchiſſent
à l'air , que prétend- it contre mon obfervation
? S'il avoit eu l'attention de remarquer
qu'il n'y a que la glaiſe qui blanchit
à l'air , en perdant une partie de cette hui-
1
DECEMBRE. 1755. 175
.
le graffe dont elle eft emprégnée , ce
qui n'arrive pas aux autres couches de terres
, ni aux pétrifications , il nous auroit
épargné une remarque auffi fauffe qu'inutile.
-
4°. Je placerois la quatrieme remarque
de l'Anonyme de Peronne dans le même
dégré d'inutilité que les deux précédentes
, fi elle ne m'avoit pas donné occafion
dans le dernier voyage que je viens de
faire à Albert , de chercher des coquillages
avec plus d'attention que la premiere
fois , & par là de faire une découverte
nouvelle . L'Anonyme de Peronne m'accufe
de paroître infinuer que les coquillages
qu'on trouve dans la carriere , font pétrifiés
, tandis qu'ils font au naturel : mais
où ai - je dit dans ma differtation que ces
coquillages font pétrifiés ? où ai - je infinué
cette affertion ? Au contraire , en envoyant
à quelques perfonnes diftinguées , & en
particulier à Monfieur le Duc de Chaulnes
, des morceaux de ces pétrifications ,
j'ai toujours fait remarquer que les coquillages
inférés dans les rofeaux & autres
herbes pétrifiées , étoient , ainfi
que ceux
que j'ai envoyés féparément , fans aucun
changement vifible . D'ailleurs , il n'y a
rien dans ma differtation qui puiffe faire
ſoupçonner que j'aie voulu infinuer que
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE
ces coquillages font pétrifiés. C'est dans
cet intervalle qui eft entre les rofeaux & la
glaife , ai - je dit , qu'on trouve certains coquillages
dont j'ai ramaffé de trois efpeces.
Les plus curieux font ceux qui s'élevent en
pyramides : on découvre auffi de ces coquil-
Lages entre les branches des rofeaux pétrifiés.
Voilà , Monfieur , les termes dont je me
fuis fervi. Je vous demande préfentement
fi un homme qui connoît la force de fa
langue , peut tirer de cet endroit , qui eft
le feul dans lequel je parle des coquillages,
que j'ai voulu infinuer qu'ils font pétrifiés
? J'ajouterai ici la nouvelle découverte
que j'ai faite de plufieurs coquillages
incruftés d'une matiere de pierre qui leur
eft intimement adhérent , fans cependant
pénétrer dans leurs pores . J'en ai rapporté
plufieurs , & entr'autres deux d'une grandeur
affez confidérable . A la vue de cette
découverte , je me fuis perfuadé que le
principe pétrifiant , qui a roulé & qui roule
encore ( comme je le dirai à la fin de
cette lettre ) dans cette carriere , ne s'eft
attaché qu'aux corps , dont les pores ont
été propres pour le recevoir , & que les
coquillages étant compofés d'une matiere
ferrée , ce principe n'a pu que s'attacher
autour d'eux fans les pénétrer .
5 °. L'Anonyme de Peronne regarde
DECEMBRE. 1755 177
fans doute la cinquieme remarque , comme
une des plus importantes de toutes
celles qu'il a faites fur ma differtation ,
parce qu'elle femble venger l'honneur
d'un Almanach qu'il paroît vouloir défendre
envers & contre tous. En difant dans
mes obfervations que c'étoit en vain que
j'avois cherché de la fougere pétrifiée dans
la carriere , d'Albert , j'ai rapporté les raifons
pour lefquelles je n'en ai pas même
dû trouver. L'Anonyme de Peronne ne dit
pas qu'il y en ait trouvé , ce qu'il falloit
cependant avancer pour foutenir l'honneur
de l'Almanach d'Amiens : c'eſt un fait fur
lequel il devoit prononcer hardiment , fi
réellement il a été plus heureux que moi
dans cette recherche. Mais au lieu de
finir la difpute par une affirmation , il fe
retranche fur des raifons de convenance
qui ne prouvent que mieux la foibleffe de
fa caufe. Il m'accufe de ne pas avoir bien
vifité les marais d'Albert , parce que , ditil
, fi je l'avois fait avec attention , j'y aurois
trouvé des fougeres. La raifon qu'il en apporte
, c'eft qu'il y a des arbres ,
fol eft fablonneux. En vérité peut-on raifonner
de la forte ? Parce que dans la partie
fupérieure d'un marais il pourra fe
trouver du fable & de la fougere ( ce qui
cependant n'eſt pas ordinaire , puifque les
ق ب
que
le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
marais font toujours des terreins fangeux)
doit-il s'enfuivre qu'il y en ait aufli dans
la partie baile de ces mêmes marais , furtout
fi on y fuppofe un ruiffeau rempli
d'eau ? La preuve tirée des arbres qui fe
trouvent dans les marais d'Albert , pour
appuyer la poffibilité de la fougere dans
la carriere de pétrifications , n'eft - elle pas
encore auffi rifible que contraire à l'expérience
? Ne voit- on pas tous les jours dans
les marais & autour des prés , de l'ofier ,
des faules , des peupliers , & d'autres arbres
qui fe plaifent dans les terreins humides
, fans que pour cela on trouve de
la fougere dans ces mêmes marais & dans
ces mêmes prés ? Ce feroit perdre le tems
inutilement que de s'arrêter davantage à
répondre férieufement à une pareille remarque.
Il fuffit de la réduire à fa jufte
valeur , en difant d'après l'Anonyme de
Peronne , que partout où il y a des arbres ,
il doit y avoir de la J fougere , pour en fentir
tout le faux & tout le ridicule.
Quelques magnifiques morceaux de pétrifications
que j'ai choifis dans le corps
de la carriere , furtout dans l'endroit où
l'on m'a affuré que les obfervateurs cités
dans l'almanach d'Amiens , & quelques
autres curieux , ont depuis vifité la carriere
, me convainquent de plus en plus
DECEMBRE. 1755. 179
que ce qu'ils ont pris pour de la fougere ,
n'eft que de l'argentine : la grandeur ,
l'arrangement & la forme des feuilles fautent
manifeftement aux yeux. Tous ceux
qui m'ont honoré de leur vifite depuis
mon retour d'Albert , ont reconnu cette
vérité . J'ai cependant trouvé un connoiffeur
, qui d'abord ne vouloit reconnoître ,
dans ces différens grouppes de pétrifications
, ni argentine , ni fougere , ni aucune
autre herbe pétrifiée. Il les regardoit
comme une pure ftalagmite fi connue dans
la lithologie , mais fes doutes fe font bientôt
diffipés , lorfque je lui ai fait remarquer
à la bafe de chaque morceau les trous
des fibres qui fe confervent vuides dans
toutes les plantes pétrifiées , ce qui les diftingue
de la pure ftalagmite. Enfin , Monfieur
, je me fuis encore appliqué de bonne
foi , pendant l'efpace de plufieurs heures ,
à chercher de la fougere pétrifiée , fans
avoir été plus heureux qu'à mon premier
voyage. Après un fcrupuleux examen fait
en préfence de plufieurs témoins refpectables
, puis-je ne pas refter dans mon in
crédulité fur la fougere pétrifiée , juſqu'à
ce que quelqu'un de ceux qui ont eu le
bonheur d'en trouver , me faffe la grace
de m'en montrer ? A ce prix je fuis prêt à
tout croire.
H vj
1So MERCURE DE FRANCE.
6º. La derniere remarque de l'Anonyme
de Peronne regarde la hauteur de la
calcade d'Albert. J'ai donné dans ma differtation
environ foixante pieds à cette magnifique
cafcade : C'eft fur cette meſure
que l'Anonyme s'écrie , qu'il faut fçavoir
exagérer pour lui donner cette hauteur , &
me confeille de retourner fur les lieux , la
toife à la main, pour donner des dimenfions
juftes. Comme il eft probable qu'il a fait
ce voyage , au lieu de cette exclamation
qui ne dit rien , il lui étoit facile , en donnant
la juſte mefure de la caſcade , de détromper
le public qu'il fuppofe que j'ai
abufe : car ou l'Anonyme a mefuré la cafcade,
ou il ne l'a pas mefurée. S'il s'eft contenté
de la toifer à vue d'oeil , comme il
avoue lui-même avoir mefuré les ponts qui
font fur la riviere d'Albert , il n'a pas droit
d'attaquer la meſure que j'ai donnée à cette
cafcade. Si au contraire il a mefuré
exactement la cafcade , il y a dû trouver
cinquante-fept pieds de hauteur perpendiculaire.
Il a donc compris qu'il manqueroit
l'occafion de me badiner , & de me
donner l'avis de retourner à Albert , s'il
affignoit la véritable mefure de la cafcade.
Malgré le peu d'exactitude vifible de l'Anonyme
de Peronne , j'ai fuivi fon confeil.
J'ai retourné fur les lieux , & dans la
1
DECEMBRE . 1755 181
crainte de m'être trompé la premiere fois
j'ai mefuré la caſcade : j'y ai trouvé cinquante-
fept pieds de hauteur perpendiculaire
du niveau du bord fupérieur au niveau
de l'eau d'enbas , & foixante- fept
pieds en fuivant la pente. Cette double.
mefure eft conforme à celle de M. de la
Combe ( 1 ) , qui a eu occafion de faire travailler
plufieurs fois à cette cafcade.
Jugez à préfent , Monfieur , de quel
côté eft l'erreur , & à qui doit s'appliquer
à plus jufte titre le reproche que l'Anonyme
de Peronne m'a adreffé au commencement
de fa lettre. Qu'il me foit permis de
rétorquer contre lui - même l'argument
qu'il m'a fi injuſtement adreffé. De quelque
façon qu'on enrichiſſe la République des Lettres
( ne fût - ce que par de petites remarques
) il faut être vrai ; & c'est ce qui manque
à un Auteur qui , animé de la feule
envie de contredire , donne au public des
obfervations dont les unes font abfolument
fauffes , & les autres auffi inutiles
que ridicules. En effet , quand bien même
celles de fes remarques qui paroiffent les
moins étrangeres à la caufe des pétrifications
, feroient vraies , que s'enfuivroit-il
contre le fyftême que j'ai établi , & fur la
(1 ) Prevôt Général de la Maréchauffée de Pi
cardic.
182 MERCURE DE FRANCE.
caufe & fur l'origine de ce phénomene naturel
? En fuppofant , par exemple , avec
l'Anonyme de Peronne , que la carriere
de pétrifications ne feroit qu'à vingt - deux
pieds de profondeur , & que la cafcade
n'auroit pas cinquante- fept pieds de hau
teur perpendiculaire , que conclure contre
mon fentiment ? Au contraire , n'est - il pas
vifible que moins la carriere auroit de
profondeur & la cafcade de hauteur , plus
mon opinion devient foutenable , puifque
dèflors le remuement des terres fur lefquelles
elle eft appuyée, a dû être moins confidérable
? Mais il falloit à l'Anonyme de
Peronne une connoiffance plus étendue de
la Phyfique pour fentir cette vérité.
Jufqu'à préfent mon fyftême refte donc,
Monfieur , dans fon entier. Ce n'eft pas
au reste que j'aie envie de le foutenir avec
cette opiniâtreté que le préjugé feul peut
donner , & que nouveau Pancrace , je fois
difpofé à le défendre ( 1 ) pugnis & calcibus ,
unguibus & roftro Non , Monfieur , mais
jufqu'à ce qu'on me donne des remarques
plus certaines & plus conféquentes que
celles de l'Anonyme de Peronne , je ne
crois pas devoir en changer. Au refte , fi
l'envie de contredire le prend dorénavant ,
(1 ) Le Mariage forcé.
DECEMBR E. 1755 183
il aura beau jeu ; je le laifferai parler ſeul .
Les ouvrages polémiques ne font agréables
qu'à ceux qui ne fçavent pas s'occuper plus
utilement . Il me fuffit d'avoir montré que
c'est à tort que l'Anonyme de Peronne
m'accufe de faux.
Je ne nierai pas cependant qu'outre
la découverte des coquillages incrultés , je
ne fois redevable à l'Anonyme d'une nouvelle
obſervation , puifque fans lui je neferois
pas retourné fur les lieux. Vers le
milieu de la carriere , fur la droite en allant
, je fentis , environ à la hauteur de
deux pieds & demi de terre , quelque cho
fe d'humide & de mol . Ayant approché
ma lumiere de cet endroit , j'y apperçus
une cavité , de laquelle j'ai retiré quelques
morceaux de rofeaux qui étoient encore
dans un état actuel de pétrification : Ces
morceaux reffembloient à une pâte trèsmolle
. Ceux que j'ai apportés à l'air , fe
font un peu affermis , mais pas affez cependant
pour être tranfportables . Ce qui
m'avoit paru mol & humide au bord de la
tranchée , n'étoit qu'un petit banc de glaife
, fur laquelle il y avoit encore un peu
d'eau qui couloit des morceaux de rofeaux
qui fe pétrifioient. Cette derniere décou
verte m'a confirmé dans l'opinion dans
laquelle j'étois déja , que le principe pé184
MERCURE DE FRANCE .
trifiant réfide encore actuellement dans
cette carriere : Ainfi , Monfieur , je penſe
que les morceaux de bois , de rofeaux , &
que d'autres corps dont les pores fe trouveront
analogues aux corpufcules pierreux
qui roulent dans ce fouterrein , pourront
réellement fe pétrifier , pourvu qu'on ait
foin de les mettre immédiatement au - deffus
de la glaife.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens , ce 28 Août 1755.
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Résumé : Lettre de M. l'Abbé J*** à M. le Chevalier de B*** sur les pétrifications d'Albert.
L'Abbé J*** répond à des critiques formulées par un anonyme de Peronne concernant ses observations sur les pétrifications d'Albert. Il explique qu'il n'avait pas initialement l'intention de répliquer, mais il le fait à la demande du Chevalier de B***. L'Abbé conteste les accusations de faux et de trahison de la vérité, affirmant que le public judicieux saura lui rendre justice. L'Abbé examine les remarques de l'anonyme point par point. Premièrement, il corrige les erreurs de mesure de la profondeur de la carrière de pétrifications, expliquant que l'anonyme a confondu plusieurs carrières et n'a pas pris en compte la pente et les escaliers. Deuxièmement, il ignore les observations sur la hauteur des ponts et le cours de la rivière, car elles sont sans rapport avec ses observations. Troisièmement, il note que les différentes nuances des terres de pétrification ne contredisent pas ses observations. Quatrièmement, il clarifie qu'il n'a jamais affirmé que les coquillages trouvés dans la carrière étaient pétrifiés, mais qu'ils sont naturels. Cinquièmement, il réfute l'accusation de ne pas avoir bien visité les marais d'Albert pour y trouver de la fougère pétrifiée, jugeant la remarque ridicule et sans fondement. Le texte relate une discussion scientifique concernant des observations faites dans une carrière et une cascade à Albert. L'auteur affirme que ce qui a été pris pour de la fougère pétrifiée est en réalité de l'argentine, une conclusion soutenue par plusieurs visiteurs et un examen minutieux des feuilles. Un connaisseur a d'abord douté, mais ses doutes ont été dissipés par la présence de trous de fibres dans les pétrifications, distinguant ainsi l'argentine de la stalagmite. L'auteur mentionne également une controverse sur la hauteur de la cascade d'Albert. Il avait initialement mesuré environ soixante pieds, mais un anonyme de Peronne a contesté cette mesure. L'auteur a donc refait les mesures, trouvant cinquante-sept pieds de hauteur perpendiculaire et soixante-sept pieds en suivant la pente, confirmant ainsi ses précédentes observations. L'auteur rejette les critiques de l'anonyme, soulignant que ses remarques sont souvent fausses ou inutiles. Il note que, même si certaines observations de l'anonyme sont correctes, elles ne remettent pas en cause son système sur les pétrifications. Il mentionne également une découverte de roseliers en cours de pétrification, confirmant la présence d'un principe pétrifiant actif dans la carrière. L'auteur conclut en exprimant sa disponibilité à changer d'avis face à des remarques plus certaines et conséquentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 12-13
LE MOT POUR RIRE. AIR : Je ne sçais pas écrire.
Début :
LA bonne chère & le bon vin, [...]
Mots clefs :
Gaîté, Amis, Allégresse, Censeur, Rire, Plaisir, Mot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MOT POUR RIRE. AIR : Je ne sçais pas écrire.
LE MOT POUR RIRE.
LA
AIR : Je ne fçais pas écrire.
A bonne chère & le bon vin ,
Premier éloge d'un feftin ,
Sont bien faits pour féduire.
Mais , ce n'eſt rien qu'un grand repas ,
Quand la gaîté n'y régne pas .
Je veux le mot pour rire.
Donnons à nos amis abfens
Moins de défauts que de talens
Pas un trait de fatyre.
Ayons le fel de la gaîté ,
Sans l'art de la méchanceté.
Je veux le mot pour rire.
Un Bel- Efprit affez ſouvent
Nous prive de l'heureux moment
Que l'allegreffe inſpire.
A table il n'eft que l'enjoûment.
Point de Cenfeur , de froid fçavant :
Je veux le mot pour rire.
Bacchus anime les propos ,
Il eft le père des bons mots ,
Sans chercher à les dire.
M A 1. 1763. 13
Buvons , peut-être en dirons-nous :
Voifin , ils font fréquents chez vous
Je veux le mot pour rire.
On doit aimer fincérement ,
S'en faire un doux amuſement ,
Un
Et non pas un martyre.
peu d'amour nous rend joyeux :
Extrême , il nous rend ennuyeux.
Je veux le mot pour rire.
Dans ce féjour délicieux ,
L'image de celui des Dieux ,
Le plaifir nous attire :
Enchaînons-le de tout côté ;
Non, laiffons-lui la liberté :
Je veux le mot pour rire.
Par M. FUZILLIER , à Amiens.
LA
AIR : Je ne fçais pas écrire.
A bonne chère & le bon vin ,
Premier éloge d'un feftin ,
Sont bien faits pour féduire.
Mais , ce n'eſt rien qu'un grand repas ,
Quand la gaîté n'y régne pas .
Je veux le mot pour rire.
Donnons à nos amis abfens
Moins de défauts que de talens
Pas un trait de fatyre.
Ayons le fel de la gaîté ,
Sans l'art de la méchanceté.
Je veux le mot pour rire.
Un Bel- Efprit affez ſouvent
Nous prive de l'heureux moment
Que l'allegreffe inſpire.
A table il n'eft que l'enjoûment.
Point de Cenfeur , de froid fçavant :
Je veux le mot pour rire.
Bacchus anime les propos ,
Il eft le père des bons mots ,
Sans chercher à les dire.
M A 1. 1763. 13
Buvons , peut-être en dirons-nous :
Voifin , ils font fréquents chez vous
Je veux le mot pour rire.
On doit aimer fincérement ,
S'en faire un doux amuſement ,
Un
Et non pas un martyre.
peu d'amour nous rend joyeux :
Extrême , il nous rend ennuyeux.
Je veux le mot pour rire.
Dans ce féjour délicieux ,
L'image de celui des Dieux ,
Le plaifir nous attire :
Enchaînons-le de tout côté ;
Non, laiffons-lui la liberté :
Je veux le mot pour rire.
Par M. FUZILLIER , à Amiens.
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Résumé : LE MOT POUR RIRE. AIR : Je ne sçais pas écrire.
La chanson 'Le mot pour rire' met en avant la gaieté et la bonne humeur lors des repas. L'auteur souligne que la bonne chère et le bon vin sont agréables, mais que la véritable joie vient de l'ambiance festive. Il prône la convivialité et l'absence de méchanceté, souhaitant que les amis soient appréciés pour leurs talents plutôt que pour leurs défauts. La chanson critique les esprits trop sérieux qui gâchent les moments de plaisir à table. Elle encourage la légèreté et l'humour, incarnés par Bacchus, le dieu du vin, qui inspire les bons mots sans effort. L'auteur exprime également l'idée que l'amour doit être source de joie et non de souffrance. Enfin, il invite à profiter pleinement des plaisirs sans les entraver, en laissant la liberté au plaisir de s'exprimer. Le texte se conclut par une référence à un séjour délicieux, comparé à celui des Dieux, où le plaisir doit être libre et non contraint.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 67-68
LOGOGRYPHE. A Madame De...
Début :
Quand le Soleil embellit la nature, [...]
Mots clefs :
Rossignol
16
p. 86-87
LOGOGRYPHE. A Madame de...
Début :
De ma soeur & de moi je tais ici l'histoire, [...]
Mots clefs :
Hirondelle
18
p. 75-76
LOGOGRYPHES.
Début :
Je suis le char flottant d'une beauté chérie, [...]
Mots clefs :
Nacre
20
p. 76
Troisiéme.
Début :
Jadis aux champs de Mars j'étois très-nécessaire, [...]
Mots clefs :
Lance
22
p. 77
Cinquiéme.
Début :
Des lieux où je parois je chasse la tristesse ; [...]
Mots clefs :
Farce
24
p. 95-98
LOGOGRYPHE. A M. F....
Début :
Dans ces cercles bruyans où règnent tour à tour, [...]
Mots clefs :
Plaisanterie
30
p. 55-57
LOGOGRYPHES.
Début :
Toujours sous mainte forme, enfant de l'artifice, [...]
Mots clefs :
Trébuchet
31
p. 86-87
AUTRE.
Début :
De mes emplois ici, sans trop vanter les droits, [...]
Mots clefs :
Hallebarde
35
p. 50-51
AUTRE. Air : Nous sommes précepteurs d'amour, &c.
Début :
Au milieu des ris & des jeux [...]
Mots clefs :
Tripot
36
p. 76-77
AUTRE. Air : Par-tout où règne le chagrin, &c.
Début :
Par des travaux multipliés, [...]
Mots clefs :
Mercure
37
p. 74-75
LOGOGRYPHE. A M. L***. Air : Ne vous laissez jamais charmer, &c.
Début :
Vers des lieux sombres, écartés, [...]
Mots clefs :
Banlieue
43
p. 102-103
LOGOGRYPHE.
Début :
Au luxe fastueux je dois mon existence ; [...]
Mots clefs :
Bijouterie
46
p. 101-102
LOGOGRIPHE.
Début :
Je suis vif ou tranquille, innocent ou coupable ; [...]
Mots clefs :
Plaisir
49
p. 27-28
LOGOGRIPHE. A Mlle. ***.
Début :
Négligé chez Zulmis, recherché chez Hortense, [...]
Mots clefs :
Maintien
52
p. 35
LOGOGRIPHE.
Début :
Sans jambes, j'ai des pieds d'assez laide figure, [...]
Mots clefs :
Chevalet
54
p. 63
ÉNIGME.
Début :
Notre nombre est celui des merveilles du Monde ; [...]
Mots clefs :
Notes de musique
57
p. 40
LOGOGRIPHE.
Début :
On me trouve, Lecteur, à la ville, au village, [...]
Mots clefs :
Maison
60
p. 7
CHARADE. AIR : Mon pere était pot, &c..
Début :
Plus d'un Marin de mon premier [...]
Mots clefs :
Mercure
Résultats : 2 texte(s)
1
p. 2036-2037
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. l'Abbé * * * * *. Chanoine de la Cathédrale d'Amiens au sujet du Tonnerre tombé dans cette Ville.
Début :
Le Tonnerre tomba ici hier 12. du courant, et fit des effets inconceyables [...]
Mots clefs :
Tonnerre, Hôtellerie Saint Antoine, Religieuses, Miséricorde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. l'Abbé * * * * *. Chanoine de la Cathédrale d'Amiens au sujet du Tonnerre tombé dans cette Ville.
EXTRAIT
d'une Lettre écrite par Ma
8 Abbé * * * * *. Chanoine de la Ca
thédrale d'Amiens au sujet du Tonnerre
tombé dans cette Ville.
#
Tonnerre tomba ici hier 12. du
Lcourant ,et fit des effets inconceyables
. I tomba d'abord dans la rue de
S. Leu , d'où il entra en roulant dans
l'Hôtellerie S. Antoine , il s'éleva ensuite
par dessus les maisons , et alla donner
dans le petit Clocher des Religieuses de
sainte Claire , d'où il entra dans leur
Choeur , et y frappa la R. M. Therese
de Jesus votre Tante , qui étoit en
Oraison devant le S. Sacrement avec une
autre Religieuse , parceque c'étoit le
jour de Sainte Claire , o que le S. Sacrement
étoit exposé. Le Tonnerre sortit
par la grille , vint blesser dans l'Eglise
une femme qui étoit sous la Chaire ,
entra dans le Sanctuaire , puis dans la
Sacristie , et blessa en sortant par
fenêtre , un jeune homme au bras , et
à la main. Il monta delà et vint tomber
la
dans
A O UST. ” 1731 . 2037
dans la rue de Sainte Claire , où il tua
une pauvre femme infirme .
Toute la Communauté des Religieuses
fut hier dérangée , il n'y eut ni salut ,
ni presque d'autre exercice , 23. de ces
Dames furent saignées. Ce coup de Ton- .
nerre arriva comme elles étoient au Refectoire
pour dîner , et qu'elles disoient le
Benedicité. Personne ne pensa ensuite à ce
Repas , et ce ne fut toute la journée qu'al-
Iarmes et confusion dans cette pauvre Maison
. Permettez -moy enfin de vous le dire ,
votre chere Tante est morte ; elle fut
inhumée hier au soir , elle ne pouvoit
paroître devant Dieu dans un meilleur
état et dans un jour de misericorde plus
marqué. c'étoit le jour de sa fête , elle ve
noit de communier , et elle étoit actuel
lement prosternée devant le Saint Sacrement.
& c .
d'une Lettre écrite par Ma
8 Abbé * * * * *. Chanoine de la Ca
thédrale d'Amiens au sujet du Tonnerre
tombé dans cette Ville.
#
Tonnerre tomba ici hier 12. du
Lcourant ,et fit des effets inconceyables
. I tomba d'abord dans la rue de
S. Leu , d'où il entra en roulant dans
l'Hôtellerie S. Antoine , il s'éleva ensuite
par dessus les maisons , et alla donner
dans le petit Clocher des Religieuses de
sainte Claire , d'où il entra dans leur
Choeur , et y frappa la R. M. Therese
de Jesus votre Tante , qui étoit en
Oraison devant le S. Sacrement avec une
autre Religieuse , parceque c'étoit le
jour de Sainte Claire , o que le S. Sacrement
étoit exposé. Le Tonnerre sortit
par la grille , vint blesser dans l'Eglise
une femme qui étoit sous la Chaire ,
entra dans le Sanctuaire , puis dans la
Sacristie , et blessa en sortant par
fenêtre , un jeune homme au bras , et
à la main. Il monta delà et vint tomber
la
dans
A O UST. ” 1731 . 2037
dans la rue de Sainte Claire , où il tua
une pauvre femme infirme .
Toute la Communauté des Religieuses
fut hier dérangée , il n'y eut ni salut ,
ni presque d'autre exercice , 23. de ces
Dames furent saignées. Ce coup de Ton- .
nerre arriva comme elles étoient au Refectoire
pour dîner , et qu'elles disoient le
Benedicité. Personne ne pensa ensuite à ce
Repas , et ce ne fut toute la journée qu'al-
Iarmes et confusion dans cette pauvre Maison
. Permettez -moy enfin de vous le dire ,
votre chere Tante est morte ; elle fut
inhumée hier au soir , elle ne pouvoit
paroître devant Dieu dans un meilleur
état et dans un jour de misericorde plus
marqué. c'étoit le jour de sa fête , elle ve
noit de communier , et elle étoit actuel
lement prosternée devant le Saint Sacrement.
& c .
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. l'Abbé * * * * *. Chanoine de la Cathédrale d'Amiens au sujet du Tonnerre tombé dans cette Ville.
Le 12 du mois en cours, un violent orage a frappé Amiens, causant des dégâts importants. Le tonnerre a d'abord touché la rue de Saint-Leu, puis s'est dirigé vers l'Hôtellerie Saint-Antoine. Il a ensuite atteint le clocher des Religieuses de Sainte-Claire. À l'intérieur, il a frappé la Révérende Mère Thérèse de Jésus, tante de l'auteur, qui priait devant le Saint-Sacrement avec une autre religieuse lors de la fête de Sainte-Claire. Le tonnerre a blessé une femme dans l'église et un jeune homme dans la sacristie. Dans la rue de Sainte-Claire, il a tué une femme infirme. La communauté des Religieuses a été profondément perturbée, avec 23 sœurs blessées. La tante de l'auteur, qui devait communier ce jour-là, a été tuée sur le coup et inhumée le soir même.
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2
p. 2037-2038
EXTRAIT d'une Lettre écrite sur le même sujet par Me. l'Abbesse de ce Monastere
Début :
Je viens M. R. P. avec bien de la douleur vous apprendre une triste [...]
Mots clefs :
Tante, Religieuse, Communauté, Coup foudroyant
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite sur le même sujet par Me. l'Abbesse de ce Monastere
EXTRAIT d'une Lettre écrite sur le même
sujet par M. l'Abbeffe de ceMonastere.
E viens M. R. P. avec bien de la
douleur vous apprendre une triste
nouvelle ; c'est la mort de vôtre chere
Tante , nôtre R. M. Therese de Jesus,
arrivée hier , jour de la Fête de nôtre
I v M.
2038 MERCURE DE FRANCE
M. Sainte Claire. Elle étoit prés de la
grille devant le Saint Sacrement , un
coup de Tonnerre l'a frappée et fait tomber
morte , la face contre terre , et les
bras étendus , comme prosternée. La
Communauté étoit au Refectoire ; vous
pouvez juger de notre consternation ,
on a saigné une partie de nos Religieuses
qui ne peuvent revenir de leur afflic
tion causée par la perte que nous faisons
; c'étoit un de nos meilleurs sujets ,
d'une solide vertu , et très capable de
toutes choses. Elle a eu le bonheur de
communier une heure avant ce coup ,
foudroyant , qui a fait un grand fracas
dans notre Maison , surtout dans le Clocher
. On regarde comme un Miracle
que les Religieuses n'étoient pas dans .
le hoeur , d'où elles venoient de sortir ,
et où nous croyons que la plus grande
partie auroit peri du même coup, Notre
chere deffunte, étoit Maîtresse des Novices:
ces pauvres Enfants font pitié. &c.
Ces deux Lettres sont écrites au R. P
Dom Martin Bouquer,Religieux de l'Abbaye
S. Germain des Prez , Bibliothe
quaire.
sujet par M. l'Abbeffe de ceMonastere.
E viens M. R. P. avec bien de la
douleur vous apprendre une triste
nouvelle ; c'est la mort de vôtre chere
Tante , nôtre R. M. Therese de Jesus,
arrivée hier , jour de la Fête de nôtre
I v M.
2038 MERCURE DE FRANCE
M. Sainte Claire. Elle étoit prés de la
grille devant le Saint Sacrement , un
coup de Tonnerre l'a frappée et fait tomber
morte , la face contre terre , et les
bras étendus , comme prosternée. La
Communauté étoit au Refectoire ; vous
pouvez juger de notre consternation ,
on a saigné une partie de nos Religieuses
qui ne peuvent revenir de leur afflic
tion causée par la perte que nous faisons
; c'étoit un de nos meilleurs sujets ,
d'une solide vertu , et très capable de
toutes choses. Elle a eu le bonheur de
communier une heure avant ce coup ,
foudroyant , qui a fait un grand fracas
dans notre Maison , surtout dans le Clocher
. On regarde comme un Miracle
que les Religieuses n'étoient pas dans .
le hoeur , d'où elles venoient de sortir ,
et où nous croyons que la plus grande
partie auroit peri du même coup, Notre
chere deffunte, étoit Maîtresse des Novices:
ces pauvres Enfants font pitié. &c.
Ces deux Lettres sont écrites au R. P
Dom Martin Bouquer,Religieux de l'Abbaye
S. Germain des Prez , Bibliothe
quaire.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite sur le même sujet par Me. l'Abbesse de ce Monastere
L'Abbé du monastère informe Dom Martin Bouquer, religieux et bibliothécaire à l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés, de la mort tragique de la tante de Dom Martin, la Révérende Mère Thérèse de Jésus. Cette dernière est décédée la veille, jour de la fête de Notre-Dame de la Merci, après avoir été frappée par un coup de tonnerre près de la grille devant le Saint Sacrement. La communauté, alors au réfectoire, a été profondément choquée. Plusieurs religieuses ont été saignées en raison de leur affliction. Thérèse de Jésus, Maîtresse des Novices, était respectée pour sa vertu et sa polyvalence. Elle avait communié une heure avant l'incident. Le coup de tonnerre a causé des dégâts importants dans la maison, notamment dans le clocher. Il est miraculeux que les religieuses n'étaient pas à la chapelle, où elles venaient de sortir, car elles auraient probablement péri. Les jeunes novices sont particulièrement affectées par sa perte.
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