Résultats : 4712 texte(s)
Accéder à l'ensemble des types de texte ou des types de paratexte.
Détail
Liste
3251
p. 147
« DEBURE a mis en vente depuis quelques jours le cinquième volume des Mémoires [...] »
Début :
DEBURE a mis en vente depuis quelques jours le cinquième volume des Mémoires [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DEBURE a mis en vente depuis quelques jours le cinquième volume des Mémoires [...] »
DEBURE a mis en vente depuis quelques
jours le cinquième volume des Mémoires
d'Artigny. Nous parlerons le mois
prochain de cette nouveauté, qui offrira
surement de choses rares & curieuses.
jours le cinquième volume des Mémoires
d'Artigny. Nous parlerons le mois
prochain de cette nouveauté, qui offrira
surement de choses rares & curieuses.
Fermer
3252
p. 147-148
« PISSOT, Libraire, quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu [...] »
Début :
PISSOT, Libraire, quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PISSOT, Libraire, quai des Augustins, au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu [...] »
PISSOT, Libraire, quai des Augustins,
au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu
nouvellement de Londres, les Auteurs la-
tins, publiés chez Landby & Knapion, en
Gi
148 MERCUREDE FRANCE.
six volumes in-8°. très bien imprimés, &
sur de beau papier.
Sçavoit
Le Virgile 2 volumes
Tirées des
in-8°, avec 59 figures.
Antiques, &
L'Horace 2 volumes
gravees par les
in-8°, avec 35 figures.
plus habiles
Le Térence 2 volu-
Maîtres.
mes in-8°., avec. 6 fig.
Il avertit le Public qu'il les mettra au
prix de vingt- quatre livres le petit papier,
& quarante huit livres le grand en feuilles,
pendant l'espace de deux mois, à compter
du premier Macs passé, lequel tems, s'il
lui en reste, le prix sera de trente-six li-
vres pour le petit papier, & soixante-
douze livres pour le grand.
au coin de la rue Gît-le-coeur, a reçu
nouvellement de Londres, les Auteurs la-
tins, publiés chez Landby & Knapion, en
Gi
148 MERCUREDE FRANCE.
six volumes in-8°. très bien imprimés, &
sur de beau papier.
Sçavoit
Le Virgile 2 volumes
Tirées des
in-8°, avec 59 figures.
Antiques, &
L'Horace 2 volumes
gravees par les
in-8°, avec 35 figures.
plus habiles
Le Térence 2 volu-
Maîtres.
mes in-8°., avec. 6 fig.
Il avertit le Public qu'il les mettra au
prix de vingt- quatre livres le petit papier,
& quarante huit livres le grand en feuilles,
pendant l'espace de deux mois, à compter
du premier Macs passé, lequel tems, s'il
lui en reste, le prix sera de trente-six li-
vres pour le petit papier, & soixante-
douze livres pour le grand.
Fermer
3253
p. 148-150
« L'INCREDULE détrompé, & le Chrétien affermi dans la foi, par les preuves [...] »
Début :
L'INCREDULE détrompé, & le Chrétien affermi dans la foi, par les preuves [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'INCREDULE détrompé, & le Chrétien affermi dans la foi, par les preuves [...] »
L'INCREDULE détrompé, & le Chrétien
affermi dans la foi, par les preuves
de la Religion, exposées d'une maniere
sensibles, par M. l'Abbé de Pontbriant:
à Paris chez Coignard & Boudet, 1572,
un vol. in-8°.
M. l'Abé de Pontbriant est si connu
par le talent qu'il a de ramener les ames
à Dieu, & par les religieux établissemens
qu'il a formés, qu'il suffit de le nommer
pour donner à tous les gens de bien une
AVRIL. 1752. 149
idée très-avantageuse de son Ouvrage: cer
homme respectable a mis à profit le peu
de momens que lui laissent ses édifiantes
occupations, pour étendre & pour perpé-
tuer les fruits de son zéle. Dans cette vue,
il a composé l'Ouvrage que nous annon-
çons. Nous allons copier le plan qu'il en
trace lui même, & qui est fott bien exé-
cuté.
Le Livre, dit M. de Pontbtiant, est-
partagé en quatre Parties: dans la premie-
re nous établissons quelques principes,
& nous réfutons certains Systêmès que
l'esprit de libertinage a repandu: nous
faisons voir dans la seconde Partie, l'an-
tiquité des Livres de Moyse, & la Divi-
nité de la Religion Judaîque, où nous
trouvons des argumens invincibles de la
vérité de notre toi, & pour mieux faire
sentir la force des divins Oracles, nous
joignons aux Prophéties quelques Ré-
flexionis: dans la troisième Pattie, qui est
la plus étendue, nous mettons dans le
plus grand jour l'autenticité des Evangi-
les; outre les preuves ordinaires, on ver-
ra plusieurs passages des Payens, qui con-
firment les faits Evangéliques. Après avcir
démontré la vérité des miracles de Jesus-
Christ, & de sa Resurection, nous discu-
tons les autres preuves de la Religion, &
G 11j
Digitires veOO
150 MERCURE DE FRANCE.
nous présentons dans un même point de
vue les plus puissans motifs qu'un homme
raisonnable puisse demander pour se sou-
mettre. Enfin dans la quatrième Partie
nous prémunissons le Chrétien contre l'é-
xemple & les discours des Incrédules, &
par une espéce de récapitulation, nous y
fournissons des réponses précises aux ob-
jections qu'on a coûtume de faire contre
la Revelation. Nous finissons en mettant
sous les yeux du Lecteur, les témoigna-
ges de ces grands hommes, qui par leur
science & leurs vertus, faisoient la gloire
& l'ornement des premiers siécles: la plu-
part de nos preuves consistent dans des
faits historiques, qui ne demandent d'au-
tre application que celle qu'on donne à
une Histoire que l'on veut suivre & re-
tenir, nous avons choisi ce qui nous a
paru le plus propre à persuader, & en
éclairant l'esprit, nous cherchons à tou-
cher le cœeur.
affermi dans la foi, par les preuves
de la Religion, exposées d'une maniere
sensibles, par M. l'Abbé de Pontbriant:
à Paris chez Coignard & Boudet, 1572,
un vol. in-8°.
M. l'Abé de Pontbriant est si connu
par le talent qu'il a de ramener les ames
à Dieu, & par les religieux établissemens
qu'il a formés, qu'il suffit de le nommer
pour donner à tous les gens de bien une
AVRIL. 1752. 149
idée très-avantageuse de son Ouvrage: cer
homme respectable a mis à profit le peu
de momens que lui laissent ses édifiantes
occupations, pour étendre & pour perpé-
tuer les fruits de son zéle. Dans cette vue,
il a composé l'Ouvrage que nous annon-
çons. Nous allons copier le plan qu'il en
trace lui même, & qui est fott bien exé-
cuté.
Le Livre, dit M. de Pontbtiant, est-
partagé en quatre Parties: dans la premie-
re nous établissons quelques principes,
& nous réfutons certains Systêmès que
l'esprit de libertinage a repandu: nous
faisons voir dans la seconde Partie, l'an-
tiquité des Livres de Moyse, & la Divi-
nité de la Religion Judaîque, où nous
trouvons des argumens invincibles de la
vérité de notre toi, & pour mieux faire
sentir la force des divins Oracles, nous
joignons aux Prophéties quelques Ré-
flexionis: dans la troisième Pattie, qui est
la plus étendue, nous mettons dans le
plus grand jour l'autenticité des Evangi-
les; outre les preuves ordinaires, on ver-
ra plusieurs passages des Payens, qui con-
firment les faits Evangéliques. Après avcir
démontré la vérité des miracles de Jesus-
Christ, & de sa Resurection, nous discu-
tons les autres preuves de la Religion, &
G 11j
Digitires veOO
150 MERCURE DE FRANCE.
nous présentons dans un même point de
vue les plus puissans motifs qu'un homme
raisonnable puisse demander pour se sou-
mettre. Enfin dans la quatrième Partie
nous prémunissons le Chrétien contre l'é-
xemple & les discours des Incrédules, &
par une espéce de récapitulation, nous y
fournissons des réponses précises aux ob-
jections qu'on a coûtume de faire contre
la Revelation. Nous finissons en mettant
sous les yeux du Lecteur, les témoigna-
ges de ces grands hommes, qui par leur
science & leurs vertus, faisoient la gloire
& l'ornement des premiers siécles: la plu-
part de nos preuves consistent dans des
faits historiques, qui ne demandent d'au-
tre application que celle qu'on donne à
une Histoire que l'on veut suivre & re-
tenir, nous avons choisi ce qui nous a
paru le plus propre à persuader, & en
éclairant l'esprit, nous cherchons à tou-
cher le cœeur.
Fermer
3254
p. 150
« LES Ridicules du siécle, par M. de Chevrier, membre de l'Académie des Belles [...] »
Début :
LES Ridicules du siécle, par M. de Chevrier, membre de l'Académie des Belles [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Ridicules du siécle, par M. de Chevrier, membre de l'Académie des Belles [...] »
LES Ridicules du siécle, par M. de
Chevrier, membre de l'Académie des Belles
Lettres de C**, & Associé de celle
de P
à Londres, 1752, brochure in-
12 de 152 pages.
Chevrier, membre de l'Académie des Belles
Lettres de C**, & Associé de celle
de P
à Londres, 1752, brochure in-
12 de 152 pages.
Fermer
3255
p. 150-151
« TABLETTES Dramatiques, contenant l'abregé de l'Histoire du Théâtre [...] »
Début :
TABLETTES Dramatiques, contenant l'abregé de l'Histoire du Théâtre [...]
Mots clefs :
Tablettes, Histoire, Théâtre, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TABLETTES Dramatiques, contenant l'abregé de l'Histoire du Théâtre [...] »
TABLETTES Dramatiques, contenant l'abregé de l'Histoire du Théâtre
AVRIL. 1751.
1
François, l'établissement des Théâtres à
Paris, un Dictionaire des Piéces, & l'a-
brégé de l'Histoire des Auteurs, & des
Acteurs par M. le Chevalier de Mouby,
à Paris, chez Sébastien forry, quai des
Augustins, 1752, un volume in- 82. qui
se vend broché 6 livres.
Comme l'Auteur a exposé lui même le
plan de son Ouvrage dans le dernier Mer-
cure, nous nous bornerons à dire qu'il
est bien exécuté, que ses tablettes sont
pleines de détails curieux, & qu'elles sont
nécessaires à tous ceux qui veulent avoir
une connoissance suivie du théâtre Fran-
çois.
AVRIL. 1751.
1
François, l'établissement des Théâtres à
Paris, un Dictionaire des Piéces, & l'a-
brégé de l'Histoire des Auteurs, & des
Acteurs par M. le Chevalier de Mouby,
à Paris, chez Sébastien forry, quai des
Augustins, 1752, un volume in- 82. qui
se vend broché 6 livres.
Comme l'Auteur a exposé lui même le
plan de son Ouvrage dans le dernier Mer-
cure, nous nous bornerons à dire qu'il
est bien exécuté, que ses tablettes sont
pleines de détails curieux, & qu'elles sont
nécessaires à tous ceux qui veulent avoir
une connoissance suivie du théâtre Fran-
çois.
Fermer
3256
p. 152
« M. Clement fort connu par des trio pour un clavecin & un violon qu'il [...] »
Début :
M. Clement fort connu par des trio pour un clavecin & un violon qu'il [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Clement fort connu par des trio pour un clavecin & un violon qu'il [...] »
M. Clement fort connu par des trio
pour un clavecin & un violon qu'il
a donnés il y a quelque tems au Public,
& qui ont réussi, vient de publier des
Piéces de clavecin, ausquelles nous ne
craignons pas de promettre une destinée
encore plus brillante. Ce nouveau Receuil
qui est fait avec beaucoup de goût, se
vend a Paris chez l'Auteur, Cloitre Saint
Thomas du Louvre, la veuve Boivin, le
Clerc, Mlle. Castagnery, & la veuve
Roussel.
pour un clavecin & un violon qu'il
a donnés il y a quelque tems au Public,
& qui ont réussi, vient de publier des
Piéces de clavecin, ausquelles nous ne
craignons pas de promettre une destinée
encore plus brillante. Ce nouveau Receuil
qui est fait avec beaucoup de goût, se
vend a Paris chez l'Auteur, Cloitre Saint
Thomas du Louvre, la veuve Boivin, le
Clerc, Mlle. Castagnery, & la veuve
Roussel.
Fermer
3257
p. 152-159
« Les Campagnes du Roi representées par des figures allégoriques, avec une explication [...] »
Début :
Les Campagnes du Roi representées par des figures allégoriques, avec une explication [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Campagnes du Roi representées par des figures allégoriques, avec une explication [...] »
Les Campagnes du Roi representées par
des figures allégoriques, avec une explication
Historique: par M. Grosmond de
Vernon. A Paris, chezl'Auteur, rue Saint
Honoré, au coin de la rue des Boucheries,
au coq d'ot: & le sieur Vanheck, rue
d'Enfer près Saint Landry dans la Cité,
petit in folio. Prix en feuille douze livres,
& quinze livres relié.
Le sujet du premier Médaillon de cet
agréable Ouvrage est le Portrait du Roi:
le revers représente le caractere de ce
AVRIL. 1752.
153
Ptince: on y lit cette legende: Quis feli-
ces vult Deus, his talem praeficit..... Le
sujet du second Médaillon, est le Roi dé-
clarant la guerre à l'Angleterre & à la
Reine de Hongrie, avec certe legende
amore pacis arma purat .... Le sujet du
troisième Médaillon, c'est le Roi don-
nant audience dans son camp; au Comte
de Vassenaer, Ambassadeur extraordinai-
re de la République de Hollande : légen-
de, aut pax aut bellum. ... Le fujet du
quatrième Médaillon, c'est la marche du
Maréchal Comte de Saxe avec l'armée
d'obsetvation & la réduction de la Ville
de Courtray: légende, triumphans alios
molitur triumphos..... Le sujet du cinquié-
me Médaillon, c'est la réduction des Vil-
les de Menm & d'Ypres assiègées par le
Roi: légende, domat Mavors, perficit
pretas .... Lè sujet du fixième Médaillon,
c est le Roi repandant ses libéralités, &
visitant l'Hôpital de Boësingue: légende,
Rex miles, Militum fovet vuluera.... Le
sujet du septième Médaillon,, c'est la ré-
duction du Fort de Laquenoke & de la-
Ville de Furnes: légende, Cognata dex-
tra Regi. palmam colligit.... Le sujet du-
huitième Médaillon, c'est le Roi partant
pour l'Alsace, & remettant le Comman-
dement de l'Armée de Flandre au Maré-
Gv
154 MERCURE DEFRANCE.
chal Comte de Saxe: légende, pro subdi-
tis non timidus mori ..... Le sujet du
neuvième Medaillon, c'est la convales-
cence du Roi: légende dirae morti erepto,
votis omnium readito.. Le sujet du dixième
Médaillon, c est la réduction de la Ville de
Fribourg, assiégée par le Roi: légende
hoste fugato, Friburgum expugnat ... Le
fujet du onzième Médaillon, ce sont les
heureux succès des Troupes Francoises &
Espagnoles en Italie, dans la Campagne
de 1744: légende Regali Francorum stir-
pi comes Victoria ..... Le sujet du douzié-
me Médaillon, c'est le départ du Roi avec
Monseigneur le Dauphin, pour se rendre
à son Armée devant Tournay: légende,
tali tirocinio Alexander usus .... Le sujet
du treiziéme Médaillon, c'est la Bataille
de Fontenoy, gagnée par le Roi sur l'ar-
mée des Alliés, commandée par S. A. R.
le Duc de Cumberland: légende superio-
res viribus Lodoix virtute superat . ... Le
fujet du quatorzième Médaillon, c'est la
réduction de la Ville de Tournay & de sa
Citadelle, assiègées par le Roi: légende,
vicerat in campo, vincit sub moenibus.... Le
sujet du quinzieme, ce sont les Cours Su-
péricures complimentans le Roi en Flan-
dre sur les glorieux succès de ses armes:
legende plaudit & mitissima Themis.... Le
AVRIL
1752:
155
sajet du seizième Médaillon, c'est la dé-
faite de seize mille hommes des Alliés à
Male, & la réduction des Villes de Gand
& de Bruges: légende, hoste iterum profli-
gato, Gandaevum Brugosque subegit . . ...
Le sujet du dix- septième Médaillon, c'est
la réduction de la Ville d'Oudenarde : lé-
gende jubet heros, paret Aldenarda. ... Le
sujet du dix-huitième Médaillon, c'est la-
réduction de la Ville de Dendermonde: lé-
gende, una die Rex Teneramundam domat..
Le sujet du dix neuvième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville d'Ostende:
legende Ostenda olim inexpugnabilis, intra
sex dies subacta ... Le sujet du vingtième
Médaillon, c'est l'entrée triomphante du
Roi dans Paris, au retour de la glorieuse-
Campagne de Sa Majesté: légende Gallo-
rum in animis poinpa meliore triumphat... ..
Le sujet du ving-unième Médaillon, c'est la
réduction des Villes de Nieuport & d'Ath::
legende, novo Poliorceta, cedunt Novus-
Portus & Athum... Le sujet du vingt-
deuxième Médaillon, c'est la Campagne
d'Allemagne par S. A. S. Monseigneur le
Prince de Conty; pendant l'année 1745::
legende, quis, quemve amnem, hoc probi-
bente, tranet ... Le sujet du ving. troisié-
me Médaillon, ce sont les avantages rem-
gortés en Italie pat les Troupes Françoises
Gvj
136 MERCURE DEFRANCE.
& Espagnoles dans la Campagne de l'an-
née 1745: légende, ui Annibal Alpes su-
perani, Urbes expugnam ... Le sujet du
vingt. quatriéme Médaillon c'est la réduc-
tion de Bruxelles: légende Rex imperat
Dux paret, Vrbs expugnatur ... Le sujer
du vingt-cinquième Médaillon, c'est le
Roi forçant l'Armée des Alliés à abandon-
ner entierement le Brabant, & à se reti-
rer sur les frontieres de la Holande: lé-
gende, viderunt Lodoicum hostes & fuge-
runt ... Le sujet du vingt sixième Médai-
lon, c'est la réduction de la Ville d'An-
vers & de sa Citadelle: légende, quanto
munitiores Arces, tanto nobilior Expugna-
tor .... Le sujet du ving. septième Médail-
lon, c'est la réduction de la Ville de Mons:
légende, catenis hostes Lodoions, beneficiis.
Cives vincit .... Le fujet du vingt hui-
tiéme Médaillon, c'est la réduction des vil-
les de Saint-Guissain & de Chatles le-Roi:
legende, pernici Victori alatam decet occur-
rare Hictoriam .... Le sujet du, vingt-neu-
viéme Médaillon, c'est la reduction de la
Ville de Namur & de ses Châteaux: lé-
gende Namurcum, expugnari oporiuii ui fiat-
ipexpugnabile .... Le sujet du, trentième
Médaillon, c'est la bataille de Rocoux,
gagnée par le Maréchal Comte de Saxe,
par.
tur l'Armée des Alliés, commandée,
AVRIL. 1752. 157
le Prince Charles de Lortaine : légende,
haec ulterioribus Victoria materiem adimit..
Le sujet du trente-unième Médaillon,
ce sont les Autrichieus & les Piémontois
contraints de sortit de la Provence, & de
repasser le Var: légende, est unda saluti...
Le fuiet du-trente-deuxième Médaillon,
c'est le Roi exhortant les Etats Généraux
des Provinces Unies, à mettre fin aux.
malheurs de la Guerre: légende, suadetur
meliira, deteriora sequitur. .. Le sujet du
trente troisieme Médaillon, c. est la con-
quête de la Flandre Hollandoise, sous les
ordres du Maréchal Comte de Saxe : lé-
gende, hadus respuerat, deditionem offert..
Le sujet du rrente-quatrième Médaillon,
c'est la Bataille de Lawfelt, gagnée par
le Roi sur l'Armée des Alliés, comman-
dée par S. A. R. le Duc de Cumberland:
légende, certare egregium, quid vincere?....
Le sujet du trente-cinquième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville de Berg-op-
Zoom: légende, uni inexpugnabilis....
Le sujet du trente-sixième Médaillon,
cest le ROLoffrant de nouveau la Paix,
aux Hollandois & à leurs Alliés: légende,
bis vicit qui Victor Pacem offert.... Le su-
jet du trente-septième Médaillon, c'est la,
reduction des. Forts. Frederic. Henry & de
killo: legende, bunc illa jam vicit, hana.
18 MERCUREDE FRANCE.
minitans terret .... Le sujet du trente-hui-
tieme Médaillon, c'est la conquête du
Comté de Nice : légende, quid non per-
tumpant juncta robur & vigilantia. ... Le
sujet du trente neuvième Médaillon, c'est
la Ville de Maestreicht, assiégée par le
Maréchal Comte de Saxe, remise au Roi
pour ôtage de la Paix: légende, his cla-
vibus Jani Ades occludetur. ... Le sujet
du quarantième Médaillon, c'est la Ré-
publique de Gènes, secourue pat le Roi:
légende, quid non mortalia pectora cogit li-
bertatis amor.. ... Le sujet du quarante-
uniéme Médaillon, c'est la Paix générale
conclue à Aix la Chapelle : légende, ar-
morum gloriâ insignis, datâ Pace insignior.
Le sujet du quarante-deuxième Medail-
lon, c'est la publication de la Paix, & les
réjouissances faites à Paris à cette occasion:
legende, Regia Civitas, Regiâ fruere bene-
ficentiâ . .. Le sujet du quarante. troisième
Médaillon, c'est la Naissance de Monseig.
neur le Duc de Bourgogne: légende, cres-
cere Borboniam Sobolem toti expedit Orbi...
Le sujet du dernier Médaillon, est la con-
clusion de l'Histoire des Campagnes du
Roi: légende, Ludovicus XV. Rex inter
oaeteros boneficentissimus.
Nous sommes fâchés que l'abondance
dos matieres ne nous permette pas de nous
AVRIL.
1752. 159.
arrênter davantage sur un Ouvrage qui in-
téresse l'honneur de la Nation. Nous ex-
hortons nos Lecteurs à se le procurer; ils,
y trouveront des allégories justes & ingé-
nieuses, des explications claires & preci-
ses, & des Médaillons, la plupart agréa-
blement gravés.
des figures allégoriques, avec une explication
Historique: par M. Grosmond de
Vernon. A Paris, chezl'Auteur, rue Saint
Honoré, au coin de la rue des Boucheries,
au coq d'ot: & le sieur Vanheck, rue
d'Enfer près Saint Landry dans la Cité,
petit in folio. Prix en feuille douze livres,
& quinze livres relié.
Le sujet du premier Médaillon de cet
agréable Ouvrage est le Portrait du Roi:
le revers représente le caractere de ce
AVRIL. 1752.
153
Ptince: on y lit cette legende: Quis feli-
ces vult Deus, his talem praeficit..... Le
sujet du second Médaillon, est le Roi dé-
clarant la guerre à l'Angleterre & à la
Reine de Hongrie, avec certe legende
amore pacis arma purat .... Le sujet du
troisième Médaillon, c'est le Roi don-
nant audience dans son camp; au Comte
de Vassenaer, Ambassadeur extraordinai-
re de la République de Hollande : légen-
de, aut pax aut bellum. ... Le fujet du
quatrième Médaillon, c'est la marche du
Maréchal Comte de Saxe avec l'armée
d'obsetvation & la réduction de la Ville
de Courtray: légende, triumphans alios
molitur triumphos..... Le sujet du cinquié-
me Médaillon, c'est la réduction des Vil-
les de Menm & d'Ypres assiègées par le
Roi: légende, domat Mavors, perficit
pretas .... Lè sujet du fixième Médaillon,
c est le Roi repandant ses libéralités, &
visitant l'Hôpital de Boësingue: légende,
Rex miles, Militum fovet vuluera.... Le
sujet du septième Médaillon,, c'est la ré-
duction du Fort de Laquenoke & de la-
Ville de Furnes: légende, Cognata dex-
tra Regi. palmam colligit.... Le sujet du-
huitième Médaillon, c'est le Roi partant
pour l'Alsace, & remettant le Comman-
dement de l'Armée de Flandre au Maré-
Gv
154 MERCURE DEFRANCE.
chal Comte de Saxe: légende, pro subdi-
tis non timidus mori ..... Le sujet du
neuvième Medaillon, c'est la convales-
cence du Roi: légende dirae morti erepto,
votis omnium readito.. Le sujet du dixième
Médaillon, c est la réduction de la Ville de
Fribourg, assiégée par le Roi: légende
hoste fugato, Friburgum expugnat ... Le
fujet du onzième Médaillon, ce sont les
heureux succès des Troupes Francoises &
Espagnoles en Italie, dans la Campagne
de 1744: légende Regali Francorum stir-
pi comes Victoria ..... Le sujet du douzié-
me Médaillon, c'est le départ du Roi avec
Monseigneur le Dauphin, pour se rendre
à son Armée devant Tournay: légende,
tali tirocinio Alexander usus .... Le sujet
du treiziéme Médaillon, c'est la Bataille
de Fontenoy, gagnée par le Roi sur l'ar-
mée des Alliés, commandée par S. A. R.
le Duc de Cumberland: légende superio-
res viribus Lodoix virtute superat . ... Le
fujet du quatorzième Médaillon, c'est la
réduction de la Ville de Tournay & de sa
Citadelle, assiègées par le Roi: légende,
vicerat in campo, vincit sub moenibus.... Le
sujet du quinzieme, ce sont les Cours Su-
péricures complimentans le Roi en Flan-
dre sur les glorieux succès de ses armes:
legende plaudit & mitissima Themis.... Le
AVRIL
1752:
155
sajet du seizième Médaillon, c'est la dé-
faite de seize mille hommes des Alliés à
Male, & la réduction des Villes de Gand
& de Bruges: légende, hoste iterum profli-
gato, Gandaevum Brugosque subegit . . ...
Le sujet du dix- septième Médaillon, c'est
la réduction de la Ville d'Oudenarde : lé-
gende jubet heros, paret Aldenarda. ... Le
sujet du dix-huitième Médaillon, c'est la-
réduction de la Ville de Dendermonde: lé-
gende, una die Rex Teneramundam domat..
Le sujet du dix neuvième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville d'Ostende:
legende Ostenda olim inexpugnabilis, intra
sex dies subacta ... Le sujet du vingtième
Médaillon, c'est l'entrée triomphante du
Roi dans Paris, au retour de la glorieuse-
Campagne de Sa Majesté: légende Gallo-
rum in animis poinpa meliore triumphat... ..
Le sujet du ving-unième Médaillon, c'est la
réduction des Villes de Nieuport & d'Ath::
legende, novo Poliorceta, cedunt Novus-
Portus & Athum... Le sujet du vingt-
deuxième Médaillon, c'est la Campagne
d'Allemagne par S. A. S. Monseigneur le
Prince de Conty; pendant l'année 1745::
legende, quis, quemve amnem, hoc probi-
bente, tranet ... Le sujet du ving. troisié-
me Médaillon, ce sont les avantages rem-
gortés en Italie pat les Troupes Françoises
Gvj
136 MERCURE DEFRANCE.
& Espagnoles dans la Campagne de l'an-
née 1745: légende, ui Annibal Alpes su-
perani, Urbes expugnam ... Le sujet du
vingt. quatriéme Médaillon c'est la réduc-
tion de Bruxelles: légende Rex imperat
Dux paret, Vrbs expugnatur ... Le sujer
du vingt-cinquième Médaillon, c'est le
Roi forçant l'Armée des Alliés à abandon-
ner entierement le Brabant, & à se reti-
rer sur les frontieres de la Holande: lé-
gende, viderunt Lodoicum hostes & fuge-
runt ... Le sujet du vingt sixième Médai-
lon, c'est la réduction de la Ville d'An-
vers & de sa Citadelle: légende, quanto
munitiores Arces, tanto nobilior Expugna-
tor .... Le sujet du ving. septième Médail-
lon, c'est la réduction de la Ville de Mons:
légende, catenis hostes Lodoions, beneficiis.
Cives vincit .... Le fujet du vingt hui-
tiéme Médaillon, c'est la réduction des vil-
les de Saint-Guissain & de Chatles le-Roi:
legende, pernici Victori alatam decet occur-
rare Hictoriam .... Le sujet du, vingt-neu-
viéme Médaillon, c'est la reduction de la
Ville de Namur & de ses Châteaux: lé-
gende Namurcum, expugnari oporiuii ui fiat-
ipexpugnabile .... Le sujet du, trentième
Médaillon, c'est la bataille de Rocoux,
gagnée par le Maréchal Comte de Saxe,
par.
tur l'Armée des Alliés, commandée,
AVRIL. 1752. 157
le Prince Charles de Lortaine : légende,
haec ulterioribus Victoria materiem adimit..
Le sujet du trente-unième Médaillon,
ce sont les Autrichieus & les Piémontois
contraints de sortit de la Provence, & de
repasser le Var: légende, est unda saluti...
Le fuiet du-trente-deuxième Médaillon,
c'est le Roi exhortant les Etats Généraux
des Provinces Unies, à mettre fin aux.
malheurs de la Guerre: légende, suadetur
meliira, deteriora sequitur. .. Le sujet du
trente troisieme Médaillon, c. est la con-
quête de la Flandre Hollandoise, sous les
ordres du Maréchal Comte de Saxe : lé-
gende, hadus respuerat, deditionem offert..
Le sujet du rrente-quatrième Médaillon,
c'est la Bataille de Lawfelt, gagnée par
le Roi sur l'Armée des Alliés, comman-
dée par S. A. R. le Duc de Cumberland:
légende, certare egregium, quid vincere?....
Le sujet du trente-cinquième Médaillon,
c'est la réduction de la Ville de Berg-op-
Zoom: légende, uni inexpugnabilis....
Le sujet du trente-sixième Médaillon,
cest le ROLoffrant de nouveau la Paix,
aux Hollandois & à leurs Alliés: légende,
bis vicit qui Victor Pacem offert.... Le su-
jet du trente-septième Médaillon, c'est la,
reduction des. Forts. Frederic. Henry & de
killo: legende, bunc illa jam vicit, hana.
18 MERCUREDE FRANCE.
minitans terret .... Le sujet du trente-hui-
tieme Médaillon, c'est la conquête du
Comté de Nice : légende, quid non per-
tumpant juncta robur & vigilantia. ... Le
sujet du trente neuvième Médaillon, c'est
la Ville de Maestreicht, assiégée par le
Maréchal Comte de Saxe, remise au Roi
pour ôtage de la Paix: légende, his cla-
vibus Jani Ades occludetur. ... Le sujet
du quarantième Médaillon, c'est la Ré-
publique de Gènes, secourue pat le Roi:
légende, quid non mortalia pectora cogit li-
bertatis amor.. ... Le sujet du quarante-
uniéme Médaillon, c'est la Paix générale
conclue à Aix la Chapelle : légende, ar-
morum gloriâ insignis, datâ Pace insignior.
Le sujet du quarante-deuxième Medail-
lon, c'est la publication de la Paix, & les
réjouissances faites à Paris à cette occasion:
legende, Regia Civitas, Regiâ fruere bene-
ficentiâ . .. Le sujet du quarante. troisième
Médaillon, c'est la Naissance de Monseig.
neur le Duc de Bourgogne: légende, cres-
cere Borboniam Sobolem toti expedit Orbi...
Le sujet du dernier Médaillon, est la con-
clusion de l'Histoire des Campagnes du
Roi: légende, Ludovicus XV. Rex inter
oaeteros boneficentissimus.
Nous sommes fâchés que l'abondance
dos matieres ne nous permette pas de nous
AVRIL.
1752. 159.
arrênter davantage sur un Ouvrage qui in-
téresse l'honneur de la Nation. Nous ex-
hortons nos Lecteurs à se le procurer; ils,
y trouveront des allégories justes & ingé-
nieuses, des explications claires & preci-
ses, & des Médaillons, la plupart agréa-
blement gravés.
Fermer
3258
p. 159
« Carte nouvelle des environs de l'Orient & du Port-Louis, en feuille & demie, [...] »
Début :
Carte nouvelle des environs de l'Orient & du Port-Louis, en feuille & demie, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Carte nouvelle des environs de l'Orient & du Port-Louis, en feuille & demie, [...] »
Carte nouvelle des environs de l'Orient
& du Port-Louis, en feuille & demie,
grand papier: a Paris, rue des Augustins,
chez, le sieur le Ronge.
Ce nouvel Ouvrage de M. le Rouge.
nous a paru exact, clair & détaillé.
& du Port-Louis, en feuille & demie,
grand papier: a Paris, rue des Augustins,
chez, le sieur le Ronge.
Ce nouvel Ouvrage de M. le Rouge.
nous a paru exact, clair & détaillé.
Fermer
3259
p. 159
« Fessard, Cloître Saint Benoist se trouve réduit, par des maladies & par d'autres [...] »
Début :
Fessard, Cloître Saint Benoist se trouve réduit, par des maladies & par d'autres [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Fessard, Cloître Saint Benoist se trouve réduit, par des maladies & par d'autres [...] »
Fessard, Cloître Saint Benoist se trouve
réduit, par des maladies & par d'autres
circonstances qu'il na pu prévoir, à l'im-
possibilité de livrer avant le mois de Juin
la premiere feuille de sa Chapelle des En-
fans-Trouvés: ce léger retardement ne
doit point causer d'inquiétude pour la sui-
te aux Souscripteurs. Ils auront l'Ouvrage
entier dans le tems porté dans le Prospec-
tus. Ceux. d'entr'eux qui seront curieux de
voir où en est ce grand travail, peuvent.
passer chez M. Fessard, les Jeudis sur les
cinque ou six heures du soir.
réduit, par des maladies & par d'autres
circonstances qu'il na pu prévoir, à l'im-
possibilité de livrer avant le mois de Juin
la premiere feuille de sa Chapelle des En-
fans-Trouvés: ce léger retardement ne
doit point causer d'inquiétude pour la sui-
te aux Souscripteurs. Ils auront l'Ouvrage
entier dans le tems porté dans le Prospec-
tus. Ceux. d'entr'eux qui seront curieux de
voir où en est ce grand travail, peuvent.
passer chez M. Fessard, les Jeudis sur les
cinque ou six heures du soir.
Fermer
3260
p. 161-163
« L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
Début :
L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'ACADEMIE Royale de Musique a donné le 29 Février les Amours de Ragonde. [...] »
L'ACADEMIE Royale de Musique a
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
163
tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
donné le 29 Février les Amours de Ragonde.
Ce Ballet, que le Public désiroit
de revoir, n'avoit point été donné depuis
1743. Les paroles sont de M. Nericaule
Destouches, & la. Musique qui est de
feu M. Mouret est gaye, agréable &
variée. Le premier Acte au jugemen des.
Connoisseurs l'emporte sut les deux au-
tres, on y remarque entr'autres le morceau
par lequel il commence, ullons, allons mes
onfans, &c. & dont le caractere est original
& comique; ainsi que la chanson une vielle
avoit quatre denis, &c. dont M. Geliote
releve encore le prix par la maniere naive
& pleine de graces dont il la rend. L'ariet-
te, l'Amour chérit nos paisibles boccages
est d'un chant simple & très-agréable, &
le Public applaudit très-fort à la maniere
dont elle est exécutée par le même Chan-
teur; peut-être seroit- il à désirer qu'elle
sut un peu plus dans le genre comique,
ainsi que le morceau jamais la nuit ne fut si.
noire, qui étant dans le genre le plus no-
162 MERCUREDEFRANCE.
ble de la part du Musicien, peut paroître
déplacé dans un Ballet comique: c'est peut-
être la raison pour laquelle ce dernier
morceau si connu & si chanté de tout le
monde, n'a fait à l'Opera qu'un effet mé-
diocre, quoique M. Geliotte, par l'art
avec lequel il le chante, lui donne au-
tant qu il est possible, le caractere qui lui
manque. Mademoiselle Fel a chanté le rô-
le de Mathurine avec toute la légereré & la
précision qu'on lui connoît, & a sur tout été
extrêmement applaudie dans l'ariette venez
petits oisiaux, de l'Opera d'lsbé de M. de
Mondonville, que l'on a ajoutée au troi-
fième Acte. M. de la Tour a joué le rôle
de Magister à la satisfaction du Public: il
feroit à souhaitet que celui de Ragonde,
si essentiel à la Piéce, eut été chanté plus
juste. Les Ballets de cet Opera ont paru un
peu négligés, & le Public s'est aperçu avec
chagrin de l'absence des sujets qui auroient
pu les rendre piquans par une exécution
plus vive & plus précise.
L'Opera a donné pour la capitation des
Acteurs les actes de la Guirlande, d'Aglé
& de Zelindor. On a substitué le troisiéme
jour Pygmalion à la Guirlande. Ces Ou-
vrages sont si connus qu'il est inutile d'en
faire l'éloge: les rôles en ont été joués par.
les Acteurs qui sont en possession de les
AVRIL. 1753.
163
tendre, excepté celui de la Sylphide, que
Mlle Fel a fort bien joué, quoiqu elle le
jouat pout la premiere fois.
Fermer
3261
p. 163-186
LETTRE A M. de R***. Conseiller au Parlement de *** sur la Piéce des effets du Caractère.
Début :
JE vous avois annoncé, Monsieur les effets du Caractere comme une piéce [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. de R***. Conseiller au Parlement de *** sur la Piéce des effets du Caractère.
LETTRE
A M. de R***. Conseiller au Parlement de
*** sur la Piéce des effets du Caractère.
JE vous avois annoncé, Monsieur les
effets du Caractere comme une piéce
dont on parloit assez bien, & dont on con-
cevoit assez d'espérance. Cependant le
jour du Théatre n'a pas été favorable à
cet ouvrage, que l'Auteur a retiré après la
troisième représentation.
La sévérité du jugement public, si oppo-
sé à celui de tant de particuliers éclairés,
qui avoient assisté à différentes lectures de-
cette Comedie m'a fait faire quelques ré-
flexions sur la malheureuse condition d'un-
Auteur qui se livre à l'art difficile du
Théatre.
Que peut avoir à se reprocher un Ecri-
vain, lorsqu'ayant long.tems examiné lui-
même son ouvrage, il a cherché à s'éclai-
rer encore par les lumieres d'un nombre
164 MERCUREDEFRANCE.
de personnes, qui se réunissent toutes à
ny trouver que de légers défauts, faits pour
sevanouir devant les beautés réelles de sa
Piéce.
Un Auteur Dramatique doit. il donc re-
noncer à trouver quelqu'un dans la socié-
té qui s'intéresse à lui assez vivement pour
lui parler avec cette vérité qu'il cherche,
qu il demande, & dont il a besoin? Ou
plutôt n est ce point dans notre siècle la
chose la moins aisée à juger en petites
assemblées particulieres, qu'un ouvrage
destiné au Théâtre ? Tout n est-il pas de-
venu trop arbitraire en matiere d'esprit?
Le Public qui se trompe plus rarement ne
semble-t-il. pas quelquefois oublier ses
grands principes en se livrant. d'abord à,
une séduction passagere, que bien- tôt il
désavoue lui-meme? Ne l'avons-nous pas
vu de nos jours rejetter des ouvages aus-
quels il a accordé depuis son estime? mais
c est assez causer avec vous, Monsieur
sur ce chapitre, qui n'est pas ibfolument
personnel aux effets du caractere, dont je
suis en état de vous faire un détail assez
suivi, graces à un manuscrit que je me
fuis fait prêter par un des Acteurs: atten-
dez vous, Monsieur, à tout le désintéres-
sement imaginable de ma part.
Quelque honnête que soit le motif qui
AVRIL. 1752.
165
fait agir un mauvais caractere, les moyens
qu'il employe pour parvenit à son but,
sont toujours empoisonnés par la source
d'où ils partent: voilà ce qu il paroît que
l'Auteur a voulu démontrer.
Dans la premiere Scene la Marquise avec
sa suivante Marton, se montre telle quel-
le est. C'est-à-dire méchante, hardie, co-
quette, quoique fidelle à son époux. Elle
parle des inquiétudes que lui cause une
amie de son mari, à laquelle elle croit ce
dernier attaché. L'amour de certe même
femme pour Saint-Val ne la rassure point
assez. Elle forme le projet de se venger du
trouble qu'elle lui cause, & de la désespe-
rer lorsqu'elle le pourra, en lui faisant la
fausse confidence de l'amour qu'elle fein-
dra elle même pour Saint Val : c est ainsi
qu'elle parle de ce projet.
Apprends un projet qui m'enchante:
Je prétends aujourd'hui jouir de son tourment.
je veux feindre avec elle un tendre épanchement.
Lui dire que Saint-Val rend hommage à mes
charmes.
En vain elle voudra me dérober ses larmes
Jusqu'au fond de son cœur je sçaurai les chercher-
Et je sçais le moyen de les en arracher,
La prude éclattera, nommera Saint-Val traître,
Insidelle, parjure, elle en mourra peut-être,
166 MERCURE DEFRANCE.
Cela seroit plaisant qu'en dis-tu...
Voici comme elle expose elle-même ses
principes & sa coquetterie.
Il faut apparemment, si l'on veut vous en croire,
Qu'une femme oubliant tout le soin de sa gloire
Renonce aux voux flatteurs, qu'elle peut inspire
Et du monde qu'elle orne aille se retirer:
Un tel travers d'esprit en vérité m'irrite,
Sachés que la beauté fait tout notre mérite,
Que nous n'avons de prix que par nos agrémens:
Que le Public nous juge en comptant nos amans,
Et qu'en notre faveur leur nombre le décide.
Un homme a cent chemins, où la gloire le guide,
Qui le conduisent tous à se faire estimer.
La gloire d'une semme est de se faire aimer.
Le portrait qu'elle fait de Saint Val dans
la même scéne vous fera connoître ce se-
cond Heros de la piéce.
Sous le masque imposant d'un sage Atrabilaire,
Ce Saint-Val est un fou fort extraordinaire
Qui croit malgré l'usage & les mœurs d'aujout.
d'hui
Qu'on ne peut point sans crime à la femme d'au-
trui
Adresser de l'amour les voux illégitimes,
Et qui toujours rempli de ses grandes maximes
Esclave furieux, mais soumis dans ses fers
Est forcé d'adorer mes caprices divers.
AVRIL. 1752.
167
Marton lui représente en vain qu'elle
peut se tromper. A quoi bon tant de des-
seins dangereux (dit elle) si votre mari
n'aime point la Comtesse, si dans ses fers
il n'est point arrênté.
La Marquise.
En cecas j'aurai fait une méchanceté,
Le grand mal!
Saint-Val paroît à la seconde scéne:
Rempli d'amour & de remords, il re-
procne à la Marquise l'art qu'elle a dû
employer pour le rendre si coupable en
l'arrachant à la Comtesse à laquelle il étoit
lié par la reconnoissance & la tendresse,
& en le rendant infidéle à l'amitié qui l'u-
nit à son mari.
Sain val.
Je n'aurois pas sujet, Madame de me plaindre,
Si consumé de feux que je devois éteindre
Libre dans mes désirs, j'eusse été vous offrir
Un cœur que vos atraits pouvoient vous acquetir
Mais c'est vous qui de l'art dangéreux de séduire
Exercâtes sur moi l'innévitable empire:
Ces yeux que sans trausports je ne peux admirer,
Prestiges de l'amour, & faits pour l'inspirer
Porterent dans mon coeur étonné, sans defense
168 MERCUREDEFRANCE.
Par leurs regards vainqueurs la coupable espé-
rance;
Et bientôt malgré moi l'amour s'en empara.
Sur mes devoirs trahis la raison m'éclaira.
J'évitai des regards que je craignois d'entendre.
Et d'un poison flatteur ne pouvant me défendre,
J'en dérobois du moins le progrès à vos yeux,
Et forçois au silence un feu séditieux.
Mais pénétrant bientôt jusqu'au fond de mon
ame,
Vous scûtes y chercher le secret de ma flamme,
L'aveu le plus flatteur prévenant mes césirs
M'arracha malgré moi de criminels soupirs.
la Marquise.
Mais voila des sujets de plaintes raisonnables,
Et. je sens qu'en effet je suis des plus coupables.
Notre coeur doit attendre à se laisser charmer
Que vous ayez, Messieurs le tems de nous aimer.
Quelque honnête homme que soit Saint-Val, il
est amant & foible. Il ne peut dissimuler à la Mar-
quise la jalousie que lui donnent les soins de quel-
ques agréables qui composent sa cour: le Mar-
quis d'Orbeson surtout est celui qui l'inquiete le
plus.
L'arrivée de ce Marquis & de Perdrignant fait
fuir Saint Val. La Marquise se met devant son mi-
roir. Certe scéne est le tableau d'une femme à sa
toilette, & de la conversatiou légere & frivole de
deux hommes qui y assistent.
Le mari survient, la Marquise acheve de se
coëffer
AVRIL. 1752.
169
coëffer précipitimment; & lorsqu'il veut ilui par-
ler d'une affaire importante, elle se leve sans le,
regarder & saus l'entendre, emmene les deux
jeunes gens, & laisse Clewville (c'est le nom du
mari) dans l'étonnement d'une pareille conduite.
Il termine l'acte par ces vers.
Qu'un mari raisonnable en ce siécle peu sage,
Fait un bien difficile & cruel personnage!
Et que l'on doit avoir d'indulgence pour lui,
Quand on connoit un peu les femmes d'aujour-
d'hui.
ACTEII.
Clerville fait la confidence à Saint-Val son ami
de la jalousie que lui inspire sa femme, quoiqu'il
avoue qu'il n'en est point amouteux, & que son
caractere l'a depuis quelque tems éloigné d'elle.
L'esprit & la beauté sont tout son appanage,
(dit il)
Un amant est heureux avec ce seul partage,
Il peut avec raison y borner ses souhaits;
Pour sixer un époux il faut d'autres attraits,
Il faut un caractere aimable, doux sensible,
Un esprit juste, égal, amusant & flexible,
Un coeur dans son devoir sans effort affermi,
Les graces d'une femme, & l'ame d'un ami.
D'Orbeson est l'objet de sa jalousie, il en fait
l'aveu à Saint Val, & met par là son coupable
ami en situation. Je ne me trompe point (lui dit- ilj
Jc le vois dans tes yeux, tu t'en es apperçu.
d by Goo
(170 MERCURE DEFRANCE.
Cette scene est vraiment tiéatrale par la confiance
aveugle de Clerville, & l'embarras de Saint-Val.
La Marquise, d'Orbeson, Perdrignant, & la
Comtesse interrompent la conversation des deux
amis, & la rendent générale. Cette scene ne pa-
roît faite que pour accabler les maris de mauvai-
ses plaisanteries. D'Orbeson s'y livre peut-être
avec trop peu de décence, & le mari les entend
trop patiemment. Il n'y a que la vertueuse Com-
tesse qui ose prendre un moment leur défense. Je
crois) dit elle) que la présence d'un époux,
Bien-loin d'intimider une femme qui pense,
A son esprit encore donne un nouveau ressort,
Et de son enjouement autorise l'essort.
Nons ne devons jamais enfreindre les limites
Que fixe la décence, & qui nous sont prescrites.
A ses sévéres lo ix si l'on peut déroger
C'est aux yeux d'un mari tout prêt a nous juger.
L'Auteur doit convenir d'ailleurs que cette sce-
ne ne sert guere à la Piéce, qu'autant que d'Or-
beson en entrant, témoigne à la Marquise l'inquié-
tude que lui donnent les poursuites de Saint-Val
qu'il feint de craindre, & le retour dont il suppose
que la Marquise paye sa tendresse.
Seul avec Perdrignant, ce même d'Orbeson
montre assez qu'il n'est guere plus attaché à la
Marquise, qu'effrayé de la rivalité de Saint-Val.
D'un homme tel que moi consacré par la mode
Sa vanité flattée à mon plan s'accommode,
Et pour me retenir facilementpourroit
La mener bien plus loin qu'elle ne le voudroit,
AVRIL 1752.
171
** * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * * *
* * * .* * * * * * * *
J'ai voulu la livrer à la plaisanterie
De mille amans trompés par sa coquetterie,
Et lui faire à son tour éptouver tous les maux
Que souffrent dans ces fers mes timides rivaux.
Il veut engager Perdrignant, personnage subal-
terne, à le servir dans son projet. Le reste de l'ac-
te est saus action, & ne tient point au plan géné-
ral.
ACTEIII.
Clerville a fait demander à sa femme un instant
pour l'entretenir en secret. Elle arrive fort in.
quiette du sujet de cette conversation particuliere.
Lorsqu'elle apprend que c'est de sa conduite dont
il s'agit, elle lui répond:
Ce n'est que de cela ? bon ! expliquez-vous vîte;
Sçavez-vous qu'il seroit d'un ridicule affreux
Que quelqu'un nous surprit enfermé tous les
deux?
Elle tâche dans cette scene de redoubler la jalousie
de son mari, toujours par le même motif dont on
a parlé dans le premier acte. Songez (lui répond
Clerville
Songez qu'à son mari toute femme est comptable,
Si le public l'estime on la croit méprisable;
Que c'est sur ce taux seul qu'il doit l'aprécier,
Hij
178 MERCUREDEFRANCG.E
Ou lui même à l'opprobre on peut l'associet.
Sçahés que je suis las de tant d'extravagance,
Qu'il est un terme à tout, même à la patience;
Et qu'il est dangereux de vouloir me braver,
Je vous en avertis, & vous laisse y têver.
Il est jaloux, s'écrie la Marquise à Marton qui en-
tre en ce moment. Marton, il est jaloua.
Du Marquis d'O beson la présence le blesse:
Je veux que sur mes pas il le trouve sans oesse.
Le Marquis de Saint- Val à son tour est jaloux
ils sont tous par mes soins presque devenus fous.
Du Ma rquis qui me fuit ranimons l'espérance.
La Marquise refléchit cependant que ce que lui a
dit son mari de d'Orbeson, peut être le fiuit des
conseils de Saint-Val, & elle se promet bien de
l'en punir. Une lettre qu'elle écrit à d'Orbeson lui
en fournit le moyen en voyant entrer Saint-Val,
c'est lui (dit- elle)
. Sur ce billet je veux le consultet;
Voyons si je pourois le lui faire dicter.
Elle imagine pour cela de lui dire qu'elle écrit à
son mari pour se réconcilier avec lui. Saint-Val.
que cette fausse paix de la Macquise avec son ami
rapelle à son devoir, approuve son dessein, quoi-
que son cœur en murmure. La Marquise après
avoir efsayé vainement de faire dicter sa lettre au
crédule Saint Val, se contente de le consulter sut
ro is ou quatre lignes equivoques qu'elle avoit dé-
à écrites. Saint-Val les apptouve, & croit qu'el-
Go0
AVRIL. 1752.
171
les sussisent. Alors pout se venger cruellement du
tour qu'il lui a fait, la Marquise onvoye haute-
mont la lettre au Marquis d'Oibeson. Saint-Val
furieux d'avoir été joué si inhumainement va jus-
qu'a la menace, & la Marquise toujours de sang.
froid, lui répond ironiquement:
Je ne crains point, Monsieur, votre amour irrité;
Vous avez trop d'honneur & trop de probité,
Mais je crains les fureurs où vorre ame s'emporte;
Qui vous eut soupçonné d'une ardeur aussi forte?
L'amour dans votre coeur sut toujours combatta,
Allez, consolez-vous axec votre vertu:
C'est le meilleur parti que vous ayoa à. prendret
Adieu.
Saint-Val seul.
Ca que j'ai vu, ce que je vions deentendre
Me confond à, tel point j'en suis si constamd,
Que mon juste couroun on demeuse enchainé.
Comment tant de noirceur peut elle entrer dans
l'ame!
Non rien n'est si méchann qu'une méchant e fem-
me.
AcTEIV.
La Marquise craint d'avoin poussé mal à propes
Saint-Val à bout, & d'avoir trop écouté l'envie do
se venger de lui. Ce léger remord ne lui fait ce-
pendant pas perdre de vse le projet de désespérer
la Comtesse. Matton vent l'en détouiner, en lui
Hiij
174 MERCURE DEFRANCE.
demandant ce qu'elle peut lui reprocher, la Mari
quise lui répond.
Marton, elle est trop bellel
Et joint ce motif là à ceux qu'elle a déja établis
pout sa vengeance. Prenez-y garde, ajoute Mar-
ton, vous pouriez conduire vous même la Com-
tesse à aimer votre mari.
1
Vous croyez ce matin qu'il aimoit la Comtesse;
Tous les deux par vos soins plongés dans la dou-
leur;
Ile s'iront confier leur mutuel malheur.
Et très- souvent deux cœeurs que leur chagrin rasa
semble,
Après avoir gémi se consolent ensemble.
la Marquise.
Je crains peu ce danger; la Comtesse croira
Qu'elle est inconsolable, & s'en respectera.
Pour Monsieur mon mari, qui dédaigna mes
charmes,
Je prétends lui donner de si vives allarmes,
Que je redoute peu que son cœur agité
Marton, songe à me faire une infidélité.
Marton lui représente encore que Saint-Val offenfe
peut la perdre dans l'esprit de son mari. Je veun
les désunir répond-elle.
Marton.
Le moyen!
.
AVRIL. 1752.
175
la Marquise
Le moyen n'en est pas fort louable.
Marton.
Cest. à dire qu'il est tout- à-fait condamnable.
la Marquise.
Veux-tu dans ce péril que j'aille examiner
L'espéce des moyens pour me déterminer?
Le Marquis qui a reçu le billet sur lequel Sains-
Val avoit été consulté, arrive avec toute la con-
fiance d'un homme qui plait. Il reproche à la
Marquise d'avoir pû s'attacher à Saint-Val. Elle a
beau s'en défendre, on ne veut pas l'en croire,
& suivant le projet qu'il a formé dans le second
acte avec Perdrignant de jouer la Marquise, il la
persisse cruellement dans cette scene, en affectant
un air de raison qui la désespere. Elle veut sortir:
elle défend à d'Orbeson de la revoir jamais Alors
ramené à un ton plus doux, la Marquise en prosito
pour exiger de lui qu'il écrive une lettre anonyme
à son mari pour l'instruire des vdes de Saint Val
auprès d'elle.
Le Marquis.
Il ne le croita point sur la foi d'une lettre,
Dont l'auteur clandestin craint de se compro.
mettre.
Jadis avec succès ce moyen employé
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Est depuis quelque tems tout- à fait décrié.
De leur danger commun les femmes esfrayées
Contre unpareil abus se sont tant re criées,
Ont tant dit qu'il n'étoit digne que de mépris,
Qu'elles ont convaincu leurs maris par leurs cris,
Et les ont mis au point de n'en faire que rire.
Il lui propose ensuite de faire donner cet avis à
Clerville par Perdrignant, & on Paccepte.
La Marquise restée seule s'applaudit de toutes
ses manœeuvres, en se plaignant cependant de la
nécessité où elle s'est trouvée de souffrir toutes les
impertinences du Marquis. On annonce la Com-
tesse. Il ne lui restoit plus que cette derniere vic-
time à sacrifier à ses caprices, & elle s'en fait un
plaisir en la voyant. Cette scene met sa méchan-
ceté dens tout son jour par la joye cruelle qu'on la
voit goûter. à enfoncer le poignard dans le cœeur
tendre de la Comresse. Il faudroit avoir vu
cette situation théatrale, qui est une des meil-
leures de la Piéce, pour en sentit tout l'effet. La
Marquise sort en disant à part
Il faut bien avoir l'humanité
De la lalsser enfin pleurer en liberté.
Clerville arrive, & trouve la Comtesse toute en
larmes. Cette vertueuse femme lui en cache la
source autant qu'elle peut. Tout ce qu'elle se per-
met de dire, c'est que Saint- Val est infidéle. Cler-
vilse veut combattre cette idéo: il conncît trop
bien son ami pour le croire parjure. Enfin il la
presse de lui apprendre pour qui elle imagine que
Saint- Val a pu la trahir. Elle lui répond:
AVRIL. 1752.
177
Ab! Monsieus saus former d'inutiles soupçom
Aux soins de son amant eli ! qui peut se mépren-
dre?
Qn ne sçaurois long.dems tromper une ame ten-
dre
Jamais le sentiment ne peut être imité,
Il est sans botne, & l'ort de foindre est limité.
Clerville lui propose de se confier à sa semme
Il lui parle de l'empire de la Marquisel sur Saina
Val. Autre sit uation par laquelle finit le quatriemo
acto.
ACTE. V.
Saint-Val triomphant ensin de sa foiblesse, &
ramené pat ses propres remords àtoua. ses doroiis
vient en faire l'aveu à la Marquise même, qui lui
dit en riant qu'elle ne l'a point aimé. Madame,
répond Saint- Val,
Mon malheur ne setoit pas extrême,
Si vous m'aviez toujours apprécié de même.
Elle s'offense de certe réponso, & lui demande ee
qui peut le rendre aussi hardi pour se présenter en-
eore devant elle? Saint-Val lui dit qu'il a cru de-
voir l'instruire des risques qu'elle court en laissant
à son mari tous les soupçons dont il est rempli;
elle lui répond qu'elle en est instruite. Je crois me,
me connoître, dit-elle,
Celai qui dans son ame a sçu les faise nastre.
Je ne suis point ingrato, & dans l'occasiou
J'acquieterai, Monsieur, cette obligation.
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
Saint-Val accablé de certe imputation injurieuse,
dont il sent que sa conduite n'a pas du le faire pa-
roître indigne, se livre tout entier à ses remords.
Il parle de la Comtesse, & se trouve si coupable
envers elle, qu'il n'ose espérer d'en obtenir sa
grace.
Clerville paroît tenant une lettre à la maini
Saint Val aussi- tôt prend la résoluion d'aller dé-
couvrir toute sa honte à cet ami même. Mais il
est prévenu par Clerville qui lui présente la letire
anonyme qu'il vient de recevoir, & qu'a du'écrire
Perdrignant par les ordres de d'Orbeson. Tenez,
Ini dit ili, lisez, êtes-vous encore digne de mon
amitié? non je ne le suis plus, répond Saint-Val
Clerville.
Je ne m'atiendois pas à cet aveu sincere.
.
.
Saint-Val.
..
Il est affreux pour moi, mais j'ai du vous le faire?
Clerville.
Ah! je vous en aurois volontiers dispense.
.Y,
Saint-Val.
Par un perside ami vous êtes offensé.
Clerville,
1.
De grace finissez, Monsieur, c'est un suplice:
Il lui fait des reproches sensibles d'avoir pu tra-
hir leur ancienne union. Ah ! Saint- Val, lui dit-il
AVRIL. 1752.
179
Vous voilà donc rangé parmi ces gens sans
mœurs,
Qui sous le nom d'amis se font mille noirceurs,
Qui suivant leurs penchans, sans honte sans scru-
pule
Jadis par vos vertus vous trouvoient ridicule.
Ces gens reçus par tout, mais par tout détestés.
Objet de vos mépris, quoi! vous les imitez?
Le désespoir où paroît Saint-Val, attendrit eci
pehdant son ami qui lui fait grace.
Saint-Val.
Quoi ! vous me pardonnez?
Clerville
En serois-tu surpris?
Les fautes d'un ami légérement tracées
Du cour de son ami sont bientôt effacées.
Clerville ne met de condition à la grace qu'il aca
corde que le retour sincére de Saint- Val auprès de
la Comtesse. Elle paroît, Saint-Val se jette à ses
pieds, & cette amante lui pardonne.
Tous les Acteurs entrent. La marquise qui voit
Saint-Val aux pieds de la Comtesse en présence de
son mari, découvre par-là l'inutilité de toutes sen
manœeuvres. Elle ne doute point que Saint-Val ne
se soit justifié à ses dépens auprès de son mari, elle
preud le parti de l'accuser hautement d'avoir vou
lu lui plaire. en ajoutant que l'avis qu'a du en rece-
Hvj
OO
180 MERCUREDEFRANCE.
voir son mari vient d'elle; mais qu'apparemmen
les fausses vertus de Saint Val l'avoient encore sé-
duit. Quoi! dit Clerville vous seriez l'Auteur de
la lettre anonyme ? Sans doute, reprend la Mar-
quise: sçachez, Monsieur, tout ce que j'ai fais
pour vous.
Jalouse de vos soins rendus à la Comresse,
J'ai sçu de son amant m'acquérir la tendresse.
de ma haine pour elle écoutant la fureur
Par un trompeur aveu j'ai déchiré son cœur,
Sur vos soupçons jaloux fondant mon espérance,
Du Marquis offensé de mon indifférence,
Connoissant l'amour propre & la fatuité,
J'ai ranimé l'espoir & l'assiduité.
*. * *
. .
Mais vous ne valez pas tous les soins que j'ai pris.
Quelle femme! (s'écrie Clerville, que ce tableau
effraye aussi-bien que tous les spectateurs.) Le
Marquis d'Orbeson & Perdrignant se retirent en
marquant tout le mépris qu'ils lont de la Marqui-
se, à qui le malheureux Clerville adresse encore
ainsi la parole.
Vous me faites horreur, je pourois pardonner.
Un tendre égarement, où se laisse entraîner
Souvent sans réfléchir la fragile jeunesse
Et d'un cœeur né sensible excuser la foiblesse.
Mais vorre caractere est par trop odieux:
Une semme méchante est un monstre à mes yeux.
AVRIL. 1752.
181
Sussit- il d'être sage ? Il faut être estimablo
Et le premier devoir c'est d'êtte sociable,
Si vous m'aimez, Madame, allez le devenix,
Vers vous à ce seul. prix je pourrai revenir,
On n'aura point mon cœur qu'en ayant mon es-
time.
La Marquise.
L'estime d'un maty ! ... C'est un honneur su-
blime
Que je ne puis jamais esperer avec vous.
Car peut- on aequerir Pestime d'un jaloux?
Quoiqu'à la mériter je fusse très-sensible
Je ne tenterai point une chose impossible.
La Marquise sort, & Clerville dans son ab-
battement, ne trouve de consolation que dans le
bonheur de son ami, qui va s'unir pour jamais
à la vertueuse Comtesse.
Je crois devoir vous dire, Monsieur, pour
l'honueur de no. re Théâtre François, que cette
Piéce a été parfaitement bien jouée, sur tout le
Personnage de la Marquise a été rendu pas l'ini-
mitable Mlle. Grandval, avec une perfection dont
elle seule est capable dans les rôles de ee genre.
Vous connoissez assez, Monsicur, tous les
caracteres de la Piéce, pat l'extrait que je viens
de vous en faire. Il n'y a qu'un Personnage trop
hardy, trop étranger à l'intrigne, & qui peut-
etre en a fait le malheur, dont je crois devoir
vous parler encore. Je ne doute point que quel-
ques letires de ce Pays-ci ne vous ayent piére-
ed by Goo
182 MERCURE DE FRANCE.
nu qu'on avoit voulu ridiculiser un état aussi
respectable que le vôtre. C'est le bruit qu'ont
fait courir ici les ennemis de l'Auteur. Je ne
puis m'empêcher de l'en justifier, & de me li-
vrer à cet égard à la haine que vous me con-
noissez pour toutes les injustices.
Il me paroît démontré que l'Auteur n'a en
dessein de mettre sur le Théatre qu'un de ces
gens sans état & sans aveu, qui s'introduisent
dans le monde à la faveur d'un extérieur équi-
voque; & qui pourroient contribuer par: leurs
vices & leur ridicule à diminuer la considération
qui est duc aux véritables dépositaires des Loix
si les vices mêmes de ces gens méprisables ne les
démasquoient bientôt.
Voici ce que dit Marton de ce Personnage,
à la premiere Scene du premier Acte, dans l'é-
numération qu'elle fait des Amans de la Mar-
quise.
Un Marquis d'Orbeson avec son Perdrignant,
Un homme sans aven, sans état, sans talent,
Qui sous un habit noir s'est glissé dans le monde;
Et sur qui le mépris à juste titre abonde;
Au deuxiéme Acte, d'Orbeson dit à ce Perdri-
gnant lui-même:
Prends y garde, souffert quand tu m'es néces-
saire
Dans un monde brillant au-dessus de ta sphére,
Ne vas pas t'éblouir de l'acceuil qu'on t'y fait,
Les égards qu'on me doit produisent cet effet.
Malgré le grave habit qui cache ta bassesse,
jitzed by Goo
AVRIL.
1752. 18.
On penêtre aisement que tu n'es qu'une espéce,
Un faquin déguisé, qui se dit Magistrat
Quand il est sans aveu, saus titre, sans état
Clerville au troisiême Acte le peint ainsi à la
Marquise.
Un hommie sans aveu prétendu Magistrat,
Qui tieut de d'Orbeson son équivoque état,
Aux yeux des gens sensés d'autant plus mépri-
fable,
Qu'il pourroit avilir un titre respectable.
Vous m'avouerez, Monsieur, qu'il est, on ne
peut pas plus étonnant, qu'on veuille faire d'un
Personnage Dramatique, autre chose que ce que
l'Auteur en a fait, & en a voulu faire. Les trois
morceaux que je viens de vous copier vous con-
vaincront suffisamment que, loin de s'écarter du
respect que chacun doit avoir à votre état, il
semble qu'il ait voulu par une attention sage,
le garantir même des atteintes que peuvent lui
porter le déguisement & la fausseté. Il seroit à
souhaiter qu'on n'eût pas cherché dans ce Per-
sonnage à étendre les libertés du Théâtre, que
la prudence du Gouvernement s'occupe sans cesse
à retenir dans de justes bornes. Le rôle de Per-
drignant étoit absolument contre les moeurs de
la Scene, & voilà tout ce qu'on peut dire.
Les murmures que ce Personnage a excité
avec justice au deuxième Acte, n'ont que trop
éloigné l'indulgence que pouvoit mériter le reste
de la Piéce. Je n'ai garde de vouloir combattre
ici le jugement toujours respectable du Public.
Un Ouvrage qui lui deplaît manque sans doule
194 MERCUREDEFRANCE.
de quelques qualités essentielles qu'il falloit pour
lui plaire. Les effets du caractere, par exemple,
indépendemment de co premior défaut que jo
viens de remarquer, n'avoient pas assez de fond
pour cinq Actes. La Fable avoit trop peu d'ac-
rion, de mouvement, & de véritable comique.
Le contraste de la vertueuse Comtesse avec la
Marquise, n'étoit pas dessiné assez fortement.
On avoit un peu trop sacrifié à cette Marquise
à ce Personnage vicieux de la Pièce. Les tableaux
du vice décidé n'amusent point; l'indignatios
prend la place du plaisit. L'Ingrat. & la Flattear
deux Piéces bien faites, n'ont eu qu'un leger
succès sur notre Théâtre par cette raison: & le
Tartuffe (me dira-t on) qu'on y prenne garde;
combien d'excelllent comique repandu dans l'ac-
tion! Combien de ridicule dans la bonne Dame
Barnelle, & dans la sotise de son fils Orgon. Et
d'ailleurs cet art avec lequel Tartusfe cherche
sans cesse à en imposer devient presque, dans les
mains de l'Immortel Moliere, un ridicule théa-
tral qui suspend au moins les effets de l'indi-
gnation.
Voilà, je cro is ce qu'on auroit du dire à l'Au-
teur des effets du caractere, & voilà sans doute es
qu'on ne lui a point dit.
Peut on cependant refuser son estime à des
caracteres bien pris, & toujours soutenus, à des
situations ingénieuses & fines, à des détails amu-
sans, & à une façon d'écrire noble, naturelle &
forte ? Tout cela se trouve, Monsicur, dans l'ou-
vrage dont je viens de vous entretenir. Il n'y a
que l'envie, la haine, & la critique amere qui puis-
sent voir autrement a cet égard.
Je n'ai poini choisi les vers que je vous ai
Bauscrits, ceux que vous trouverez dans mon
AVRIL.
1752. 185
Extrait, y sont entrés naturellement, & ils y
étoient nécessaires pour que je ne parusse pas
en imposer sur une Piéce que nous ne verrons
peut être pas imprimée. Ma Lettre auroit fait
un volume trop considérable, si j'avois voulu
rendre à l'Auteur le service de vous faire con-
noître tous les détails agréables de sou Ou-
vrage.
Je finis, Monsieur, par deux observations. L'u-
ne sur le dénouement de la Pièce que quelques
gens ont critiqué fortement; & l'autre sur le rô-
le de la Marquisc, que bien des femmes sur-
tout n'ont pas trouvé dans la nature.
Le vice n'est point puni dans cet Ouvrage,
a ton dit: cependant la Marquise ne l'est-elle
point par le desespoit où elle est de voir toutes
ses manoeuvres sans effet ? Ne l'est- elle point par
le mépris marqué que lui témoignent en sortant
d'Orbeson & Perdrignant : Ne l'est-elle point
encore par ce que lui ditson mari, qu'elle doit
renoncer a son cour si elle ne se rend pas digna de son
estime (Quelle autre sorte de punition pouvoit-on
infliger à cette femme : Une séparation (qui
d'ailleurs n'eût été pratiquable qu'avec le Code
Prussien (étoit-elle théâtrale? Et puis une sépa-
tion, est- elle une peine aujourd'hui? Vouloit-on
que cette semme fut frappée subitement de re-
mords? Des conversions aussi promptes sont elles
dans la nature? Le caractete flechit- il avec tant
de docilité ? Qu'arriveroit- il de plus enfin dans la
Société à une femme qui se trouveroit dans les
circonstances où l'on a placé la Marquise ? Le
mari de cette semme auroit-il, en pareil cas,
d'autre secours que sa raison & sa patience? Le
dénouement étoit donc nécessaire.
L'excès de coquetterie & de méchanceté de la
gines vdO.
186 MERCURE DEFRANCE.
Marquise a fait dire que l'Auteur s'etoit fait des
monstres pour les combattre. Assurement la So-
ciété gagneroit beaucoup à la vérité de cette Cri-
tique : cependant, pourquoi nos Romans Mo-
dernes sont ils pleins de portraits de femmes, plus
dangereuses que la Marquise ? Pourquoi les Au-
teurs de ces Romans passent-ils pour les vrais
Peintres de nos mœeurs ? Pourquoi ne s'attirent-
ils pas la haine du Public par ces mêmes portraits?
Les raisons de tout cela ne sont pas, je crois, fort
aisées à trouver. Ce qu'il y a de vrai, c'est que
la galanterie est une de nos qualités naturelles.
Cela devroit être dit, une fois pour toutes, à nos
Auteurs Dramatiques. Je me rapelle une ancien-
ne Loi de Thebes, qui ordonnoit aux Poëtes de
faire toujours les hommes meilleurs qu'ils n'é-
toient à leurs yeux. N'étois-ce pas faire comme
Alexandre, qui fit laisser dans la partie des Indes
qu'il avoit conquise, des armes d'une grandeur &
d'une force supérieures à celles dont ses Troupes
pouvoient faire usage, afin que la postérité In-
dienne crut. un jour que les anciens Vainqueurs
de leurs Pays étoient des hommes extraordinai-
res: quoiqu'il en soit, les François me parois-
sent avoir secretement adopté pour leurs Specta-
cles, la Loi de Thébes en faveur d'un Sexe qu'ils
idolâtrent
J'ai l'honneur d'être, &c.
A M. de R***. Conseiller au Parlement de
*** sur la Piéce des effets du Caractère.
JE vous avois annoncé, Monsieur les
effets du Caractere comme une piéce
dont on parloit assez bien, & dont on con-
cevoit assez d'espérance. Cependant le
jour du Théatre n'a pas été favorable à
cet ouvrage, que l'Auteur a retiré après la
troisième représentation.
La sévérité du jugement public, si oppo-
sé à celui de tant de particuliers éclairés,
qui avoient assisté à différentes lectures de-
cette Comedie m'a fait faire quelques ré-
flexions sur la malheureuse condition d'un-
Auteur qui se livre à l'art difficile du
Théatre.
Que peut avoir à se reprocher un Ecri-
vain, lorsqu'ayant long.tems examiné lui-
même son ouvrage, il a cherché à s'éclai-
rer encore par les lumieres d'un nombre
164 MERCUREDEFRANCE.
de personnes, qui se réunissent toutes à
ny trouver que de légers défauts, faits pour
sevanouir devant les beautés réelles de sa
Piéce.
Un Auteur Dramatique doit. il donc re-
noncer à trouver quelqu'un dans la socié-
té qui s'intéresse à lui assez vivement pour
lui parler avec cette vérité qu'il cherche,
qu il demande, & dont il a besoin? Ou
plutôt n est ce point dans notre siècle la
chose la moins aisée à juger en petites
assemblées particulieres, qu'un ouvrage
destiné au Théâtre ? Tout n est-il pas de-
venu trop arbitraire en matiere d'esprit?
Le Public qui se trompe plus rarement ne
semble-t-il. pas quelquefois oublier ses
grands principes en se livrant. d'abord à,
une séduction passagere, que bien- tôt il
désavoue lui-meme? Ne l'avons-nous pas
vu de nos jours rejetter des ouvages aus-
quels il a accordé depuis son estime? mais
c est assez causer avec vous, Monsieur
sur ce chapitre, qui n'est pas ibfolument
personnel aux effets du caractere, dont je
suis en état de vous faire un détail assez
suivi, graces à un manuscrit que je me
fuis fait prêter par un des Acteurs: atten-
dez vous, Monsieur, à tout le désintéres-
sement imaginable de ma part.
Quelque honnête que soit le motif qui
AVRIL. 1752.
165
fait agir un mauvais caractere, les moyens
qu'il employe pour parvenit à son but,
sont toujours empoisonnés par la source
d'où ils partent: voilà ce qu il paroît que
l'Auteur a voulu démontrer.
Dans la premiere Scene la Marquise avec
sa suivante Marton, se montre telle quel-
le est. C'est-à-dire méchante, hardie, co-
quette, quoique fidelle à son époux. Elle
parle des inquiétudes que lui cause une
amie de son mari, à laquelle elle croit ce
dernier attaché. L'amour de certe même
femme pour Saint-Val ne la rassure point
assez. Elle forme le projet de se venger du
trouble qu'elle lui cause, & de la désespe-
rer lorsqu'elle le pourra, en lui faisant la
fausse confidence de l'amour qu'elle fein-
dra elle même pour Saint Val : c est ainsi
qu'elle parle de ce projet.
Apprends un projet qui m'enchante:
Je prétends aujourd'hui jouir de son tourment.
je veux feindre avec elle un tendre épanchement.
Lui dire que Saint-Val rend hommage à mes
charmes.
En vain elle voudra me dérober ses larmes
Jusqu'au fond de son cœur je sçaurai les chercher-
Et je sçais le moyen de les en arracher,
La prude éclattera, nommera Saint-Val traître,
Insidelle, parjure, elle en mourra peut-être,
166 MERCURE DEFRANCE.
Cela seroit plaisant qu'en dis-tu...
Voici comme elle expose elle-même ses
principes & sa coquetterie.
Il faut apparemment, si l'on veut vous en croire,
Qu'une femme oubliant tout le soin de sa gloire
Renonce aux voux flatteurs, qu'elle peut inspire
Et du monde qu'elle orne aille se retirer:
Un tel travers d'esprit en vérité m'irrite,
Sachés que la beauté fait tout notre mérite,
Que nous n'avons de prix que par nos agrémens:
Que le Public nous juge en comptant nos amans,
Et qu'en notre faveur leur nombre le décide.
Un homme a cent chemins, où la gloire le guide,
Qui le conduisent tous à se faire estimer.
La gloire d'une semme est de se faire aimer.
Le portrait qu'elle fait de Saint Val dans
la même scéne vous fera connoître ce se-
cond Heros de la piéce.
Sous le masque imposant d'un sage Atrabilaire,
Ce Saint-Val est un fou fort extraordinaire
Qui croit malgré l'usage & les mœurs d'aujout.
d'hui
Qu'on ne peut point sans crime à la femme d'au-
trui
Adresser de l'amour les voux illégitimes,
Et qui toujours rempli de ses grandes maximes
Esclave furieux, mais soumis dans ses fers
Est forcé d'adorer mes caprices divers.
AVRIL. 1752.
167
Marton lui représente en vain qu'elle
peut se tromper. A quoi bon tant de des-
seins dangereux (dit elle) si votre mari
n'aime point la Comtesse, si dans ses fers
il n'est point arrênté.
La Marquise.
En cecas j'aurai fait une méchanceté,
Le grand mal!
Saint-Val paroît à la seconde scéne:
Rempli d'amour & de remords, il re-
procne à la Marquise l'art qu'elle a dû
employer pour le rendre si coupable en
l'arrachant à la Comtesse à laquelle il étoit
lié par la reconnoissance & la tendresse,
& en le rendant infidéle à l'amitié qui l'u-
nit à son mari.
Sain val.
Je n'aurois pas sujet, Madame de me plaindre,
Si consumé de feux que je devois éteindre
Libre dans mes désirs, j'eusse été vous offrir
Un cœur que vos atraits pouvoient vous acquetir
Mais c'est vous qui de l'art dangéreux de séduire
Exercâtes sur moi l'innévitable empire:
Ces yeux que sans trausports je ne peux admirer,
Prestiges de l'amour, & faits pour l'inspirer
Porterent dans mon coeur étonné, sans defense
168 MERCUREDEFRANCE.
Par leurs regards vainqueurs la coupable espé-
rance;
Et bientôt malgré moi l'amour s'en empara.
Sur mes devoirs trahis la raison m'éclaira.
J'évitai des regards que je craignois d'entendre.
Et d'un poison flatteur ne pouvant me défendre,
J'en dérobois du moins le progrès à vos yeux,
Et forçois au silence un feu séditieux.
Mais pénétrant bientôt jusqu'au fond de mon
ame,
Vous scûtes y chercher le secret de ma flamme,
L'aveu le plus flatteur prévenant mes césirs
M'arracha malgré moi de criminels soupirs.
la Marquise.
Mais voila des sujets de plaintes raisonnables,
Et. je sens qu'en effet je suis des plus coupables.
Notre coeur doit attendre à se laisser charmer
Que vous ayez, Messieurs le tems de nous aimer.
Quelque honnête homme que soit Saint-Val, il
est amant & foible. Il ne peut dissimuler à la Mar-
quise la jalousie que lui donnent les soins de quel-
ques agréables qui composent sa cour: le Mar-
quis d'Orbeson surtout est celui qui l'inquiete le
plus.
L'arrivée de ce Marquis & de Perdrignant fait
fuir Saint Val. La Marquise se met devant son mi-
roir. Certe scéne est le tableau d'une femme à sa
toilette, & de la conversatiou légere & frivole de
deux hommes qui y assistent.
Le mari survient, la Marquise acheve de se
coëffer
AVRIL. 1752.
169
coëffer précipitimment; & lorsqu'il veut ilui par-
ler d'une affaire importante, elle se leve sans le,
regarder & saus l'entendre, emmene les deux
jeunes gens, & laisse Clewville (c'est le nom du
mari) dans l'étonnement d'une pareille conduite.
Il termine l'acte par ces vers.
Qu'un mari raisonnable en ce siécle peu sage,
Fait un bien difficile & cruel personnage!
Et que l'on doit avoir d'indulgence pour lui,
Quand on connoit un peu les femmes d'aujour-
d'hui.
ACTEII.
Clerville fait la confidence à Saint-Val son ami
de la jalousie que lui inspire sa femme, quoiqu'il
avoue qu'il n'en est point amouteux, & que son
caractere l'a depuis quelque tems éloigné d'elle.
L'esprit & la beauté sont tout son appanage,
(dit il)
Un amant est heureux avec ce seul partage,
Il peut avec raison y borner ses souhaits;
Pour sixer un époux il faut d'autres attraits,
Il faut un caractere aimable, doux sensible,
Un esprit juste, égal, amusant & flexible,
Un coeur dans son devoir sans effort affermi,
Les graces d'une femme, & l'ame d'un ami.
D'Orbeson est l'objet de sa jalousie, il en fait
l'aveu à Saint Val, & met par là son coupable
ami en situation. Je ne me trompe point (lui dit- ilj
Jc le vois dans tes yeux, tu t'en es apperçu.
d by Goo
(170 MERCURE DEFRANCE.
Cette scene est vraiment tiéatrale par la confiance
aveugle de Clerville, & l'embarras de Saint-Val.
La Marquise, d'Orbeson, Perdrignant, & la
Comtesse interrompent la conversation des deux
amis, & la rendent générale. Cette scene ne pa-
roît faite que pour accabler les maris de mauvai-
ses plaisanteries. D'Orbeson s'y livre peut-être
avec trop peu de décence, & le mari les entend
trop patiemment. Il n'y a que la vertueuse Com-
tesse qui ose prendre un moment leur défense. Je
crois) dit elle) que la présence d'un époux,
Bien-loin d'intimider une femme qui pense,
A son esprit encore donne un nouveau ressort,
Et de son enjouement autorise l'essort.
Nons ne devons jamais enfreindre les limites
Que fixe la décence, & qui nous sont prescrites.
A ses sévéres lo ix si l'on peut déroger
C'est aux yeux d'un mari tout prêt a nous juger.
L'Auteur doit convenir d'ailleurs que cette sce-
ne ne sert guere à la Piéce, qu'autant que d'Or-
beson en entrant, témoigne à la Marquise l'inquié-
tude que lui donnent les poursuites de Saint-Val
qu'il feint de craindre, & le retour dont il suppose
que la Marquise paye sa tendresse.
Seul avec Perdrignant, ce même d'Orbeson
montre assez qu'il n'est guere plus attaché à la
Marquise, qu'effrayé de la rivalité de Saint-Val.
D'un homme tel que moi consacré par la mode
Sa vanité flattée à mon plan s'accommode,
Et pour me retenir facilementpourroit
La mener bien plus loin qu'elle ne le voudroit,
AVRIL 1752.
171
** * * * * * * * * * * *
. * * * * * * * * * * * *
* * * .* * * * * * * *
J'ai voulu la livrer à la plaisanterie
De mille amans trompés par sa coquetterie,
Et lui faire à son tour éptouver tous les maux
Que souffrent dans ces fers mes timides rivaux.
Il veut engager Perdrignant, personnage subal-
terne, à le servir dans son projet. Le reste de l'ac-
te est saus action, & ne tient point au plan géné-
ral.
ACTEIII.
Clerville a fait demander à sa femme un instant
pour l'entretenir en secret. Elle arrive fort in.
quiette du sujet de cette conversation particuliere.
Lorsqu'elle apprend que c'est de sa conduite dont
il s'agit, elle lui répond:
Ce n'est que de cela ? bon ! expliquez-vous vîte;
Sçavez-vous qu'il seroit d'un ridicule affreux
Que quelqu'un nous surprit enfermé tous les
deux?
Elle tâche dans cette scene de redoubler la jalousie
de son mari, toujours par le même motif dont on
a parlé dans le premier acte. Songez (lui répond
Clerville
Songez qu'à son mari toute femme est comptable,
Si le public l'estime on la croit méprisable;
Que c'est sur ce taux seul qu'il doit l'aprécier,
Hij
178 MERCUREDEFRANCG.E
Ou lui même à l'opprobre on peut l'associet.
Sçahés que je suis las de tant d'extravagance,
Qu'il est un terme à tout, même à la patience;
Et qu'il est dangereux de vouloir me braver,
Je vous en avertis, & vous laisse y têver.
Il est jaloux, s'écrie la Marquise à Marton qui en-
tre en ce moment. Marton, il est jaloua.
Du Marquis d'O beson la présence le blesse:
Je veux que sur mes pas il le trouve sans oesse.
Le Marquis de Saint- Val à son tour est jaloux
ils sont tous par mes soins presque devenus fous.
Du Ma rquis qui me fuit ranimons l'espérance.
La Marquise refléchit cependant que ce que lui a
dit son mari de d'Orbeson, peut être le fiuit des
conseils de Saint-Val, & elle se promet bien de
l'en punir. Une lettre qu'elle écrit à d'Orbeson lui
en fournit le moyen en voyant entrer Saint-Val,
c'est lui (dit- elle)
. Sur ce billet je veux le consultet;
Voyons si je pourois le lui faire dicter.
Elle imagine pour cela de lui dire qu'elle écrit à
son mari pour se réconcilier avec lui. Saint-Val.
que cette fausse paix de la Macquise avec son ami
rapelle à son devoir, approuve son dessein, quoi-
que son cœur en murmure. La Marquise après
avoir efsayé vainement de faire dicter sa lettre au
crédule Saint Val, se contente de le consulter sut
ro is ou quatre lignes equivoques qu'elle avoit dé-
à écrites. Saint-Val les apptouve, & croit qu'el-
Go0
AVRIL. 1752.
171
les sussisent. Alors pout se venger cruellement du
tour qu'il lui a fait, la Marquise onvoye haute-
mont la lettre au Marquis d'Oibeson. Saint-Val
furieux d'avoir été joué si inhumainement va jus-
qu'a la menace, & la Marquise toujours de sang.
froid, lui répond ironiquement:
Je ne crains point, Monsieur, votre amour irrité;
Vous avez trop d'honneur & trop de probité,
Mais je crains les fureurs où vorre ame s'emporte;
Qui vous eut soupçonné d'une ardeur aussi forte?
L'amour dans votre coeur sut toujours combatta,
Allez, consolez-vous axec votre vertu:
C'est le meilleur parti que vous ayoa à. prendret
Adieu.
Saint-Val seul.
Ca que j'ai vu, ce que je vions deentendre
Me confond à, tel point j'en suis si constamd,
Que mon juste couroun on demeuse enchainé.
Comment tant de noirceur peut elle entrer dans
l'ame!
Non rien n'est si méchann qu'une méchant e fem-
me.
AcTEIV.
La Marquise craint d'avoin poussé mal à propes
Saint-Val à bout, & d'avoir trop écouté l'envie do
se venger de lui. Ce léger remord ne lui fait ce-
pendant pas perdre de vse le projet de désespérer
la Comtesse. Matton vent l'en détouiner, en lui
Hiij
174 MERCURE DEFRANCE.
demandant ce qu'elle peut lui reprocher, la Mari
quise lui répond.
Marton, elle est trop bellel
Et joint ce motif là à ceux qu'elle a déja établis
pout sa vengeance. Prenez-y garde, ajoute Mar-
ton, vous pouriez conduire vous même la Com-
tesse à aimer votre mari.
1
Vous croyez ce matin qu'il aimoit la Comtesse;
Tous les deux par vos soins plongés dans la dou-
leur;
Ile s'iront confier leur mutuel malheur.
Et très- souvent deux cœeurs que leur chagrin rasa
semble,
Après avoir gémi se consolent ensemble.
la Marquise.
Je crains peu ce danger; la Comtesse croira
Qu'elle est inconsolable, & s'en respectera.
Pour Monsieur mon mari, qui dédaigna mes
charmes,
Je prétends lui donner de si vives allarmes,
Que je redoute peu que son cœur agité
Marton, songe à me faire une infidélité.
Marton lui représente encore que Saint-Val offenfe
peut la perdre dans l'esprit de son mari. Je veun
les désunir répond-elle.
Marton.
Le moyen!
.
AVRIL. 1752.
175
la Marquise
Le moyen n'en est pas fort louable.
Marton.
Cest. à dire qu'il est tout- à-fait condamnable.
la Marquise.
Veux-tu dans ce péril que j'aille examiner
L'espéce des moyens pour me déterminer?
Le Marquis qui a reçu le billet sur lequel Sains-
Val avoit été consulté, arrive avec toute la con-
fiance d'un homme qui plait. Il reproche à la
Marquise d'avoir pû s'attacher à Saint-Val. Elle a
beau s'en défendre, on ne veut pas l'en croire,
& suivant le projet qu'il a formé dans le second
acte avec Perdrignant de jouer la Marquise, il la
persisse cruellement dans cette scene, en affectant
un air de raison qui la désespere. Elle veut sortir:
elle défend à d'Orbeson de la revoir jamais Alors
ramené à un ton plus doux, la Marquise en prosito
pour exiger de lui qu'il écrive une lettre anonyme
à son mari pour l'instruire des vdes de Saint Val
auprès d'elle.
Le Marquis.
Il ne le croita point sur la foi d'une lettre,
Dont l'auteur clandestin craint de se compro.
mettre.
Jadis avec succès ce moyen employé
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Est depuis quelque tems tout- à fait décrié.
De leur danger commun les femmes esfrayées
Contre unpareil abus se sont tant re criées,
Ont tant dit qu'il n'étoit digne que de mépris,
Qu'elles ont convaincu leurs maris par leurs cris,
Et les ont mis au point de n'en faire que rire.
Il lui propose ensuite de faire donner cet avis à
Clerville par Perdrignant, & on Paccepte.
La Marquise restée seule s'applaudit de toutes
ses manœeuvres, en se plaignant cependant de la
nécessité où elle s'est trouvée de souffrir toutes les
impertinences du Marquis. On annonce la Com-
tesse. Il ne lui restoit plus que cette derniere vic-
time à sacrifier à ses caprices, & elle s'en fait un
plaisir en la voyant. Cette scene met sa méchan-
ceté dens tout son jour par la joye cruelle qu'on la
voit goûter. à enfoncer le poignard dans le cœeur
tendre de la Comresse. Il faudroit avoir vu
cette situation théatrale, qui est une des meil-
leures de la Piéce, pour en sentit tout l'effet. La
Marquise sort en disant à part
Il faut bien avoir l'humanité
De la lalsser enfin pleurer en liberté.
Clerville arrive, & trouve la Comtesse toute en
larmes. Cette vertueuse femme lui en cache la
source autant qu'elle peut. Tout ce qu'elle se per-
met de dire, c'est que Saint- Val est infidéle. Cler-
vilse veut combattre cette idéo: il conncît trop
bien son ami pour le croire parjure. Enfin il la
presse de lui apprendre pour qui elle imagine que
Saint- Val a pu la trahir. Elle lui répond:
AVRIL. 1752.
177
Ab! Monsieus saus former d'inutiles soupçom
Aux soins de son amant eli ! qui peut se mépren-
dre?
Qn ne sçaurois long.dems tromper une ame ten-
dre
Jamais le sentiment ne peut être imité,
Il est sans botne, & l'ort de foindre est limité.
Clerville lui propose de se confier à sa semme
Il lui parle de l'empire de la Marquisel sur Saina
Val. Autre sit uation par laquelle finit le quatriemo
acto.
ACTE. V.
Saint-Val triomphant ensin de sa foiblesse, &
ramené pat ses propres remords àtoua. ses doroiis
vient en faire l'aveu à la Marquise même, qui lui
dit en riant qu'elle ne l'a point aimé. Madame,
répond Saint- Val,
Mon malheur ne setoit pas extrême,
Si vous m'aviez toujours apprécié de même.
Elle s'offense de certe réponso, & lui demande ee
qui peut le rendre aussi hardi pour se présenter en-
eore devant elle? Saint-Val lui dit qu'il a cru de-
voir l'instruire des risques qu'elle court en laissant
à son mari tous les soupçons dont il est rempli;
elle lui répond qu'elle en est instruite. Je crois me,
me connoître, dit-elle,
Celai qui dans son ame a sçu les faise nastre.
Je ne suis point ingrato, & dans l'occasiou
J'acquieterai, Monsieur, cette obligation.
Hy
178 MERCUREDE FRANCE.
Saint-Val accablé de certe imputation injurieuse,
dont il sent que sa conduite n'a pas du le faire pa-
roître indigne, se livre tout entier à ses remords.
Il parle de la Comtesse, & se trouve si coupable
envers elle, qu'il n'ose espérer d'en obtenir sa
grace.
Clerville paroît tenant une lettre à la maini
Saint Val aussi- tôt prend la résoluion d'aller dé-
couvrir toute sa honte à cet ami même. Mais il
est prévenu par Clerville qui lui présente la letire
anonyme qu'il vient de recevoir, & qu'a du'écrire
Perdrignant par les ordres de d'Orbeson. Tenez,
Ini dit ili, lisez, êtes-vous encore digne de mon
amitié? non je ne le suis plus, répond Saint-Val
Clerville.
Je ne m'atiendois pas à cet aveu sincere.
.
.
Saint-Val.
..
Il est affreux pour moi, mais j'ai du vous le faire?
Clerville.
Ah! je vous en aurois volontiers dispense.
.Y,
Saint-Val.
Par un perside ami vous êtes offensé.
Clerville,
1.
De grace finissez, Monsieur, c'est un suplice:
Il lui fait des reproches sensibles d'avoir pu tra-
hir leur ancienne union. Ah ! Saint- Val, lui dit-il
AVRIL. 1752.
179
Vous voilà donc rangé parmi ces gens sans
mœurs,
Qui sous le nom d'amis se font mille noirceurs,
Qui suivant leurs penchans, sans honte sans scru-
pule
Jadis par vos vertus vous trouvoient ridicule.
Ces gens reçus par tout, mais par tout détestés.
Objet de vos mépris, quoi! vous les imitez?
Le désespoir où paroît Saint-Val, attendrit eci
pehdant son ami qui lui fait grace.
Saint-Val.
Quoi ! vous me pardonnez?
Clerville
En serois-tu surpris?
Les fautes d'un ami légérement tracées
Du cour de son ami sont bientôt effacées.
Clerville ne met de condition à la grace qu'il aca
corde que le retour sincére de Saint- Val auprès de
la Comtesse. Elle paroît, Saint-Val se jette à ses
pieds, & cette amante lui pardonne.
Tous les Acteurs entrent. La marquise qui voit
Saint-Val aux pieds de la Comtesse en présence de
son mari, découvre par-là l'inutilité de toutes sen
manœeuvres. Elle ne doute point que Saint-Val ne
se soit justifié à ses dépens auprès de son mari, elle
preud le parti de l'accuser hautement d'avoir vou
lu lui plaire. en ajoutant que l'avis qu'a du en rece-
Hvj
OO
180 MERCUREDEFRANCE.
voir son mari vient d'elle; mais qu'apparemmen
les fausses vertus de Saint Val l'avoient encore sé-
duit. Quoi! dit Clerville vous seriez l'Auteur de
la lettre anonyme ? Sans doute, reprend la Mar-
quise: sçachez, Monsieur, tout ce que j'ai fais
pour vous.
Jalouse de vos soins rendus à la Comresse,
J'ai sçu de son amant m'acquérir la tendresse.
de ma haine pour elle écoutant la fureur
Par un trompeur aveu j'ai déchiré son cœur,
Sur vos soupçons jaloux fondant mon espérance,
Du Marquis offensé de mon indifférence,
Connoissant l'amour propre & la fatuité,
J'ai ranimé l'espoir & l'assiduité.
*. * *
. .
Mais vous ne valez pas tous les soins que j'ai pris.
Quelle femme! (s'écrie Clerville, que ce tableau
effraye aussi-bien que tous les spectateurs.) Le
Marquis d'Orbeson & Perdrignant se retirent en
marquant tout le mépris qu'ils lont de la Marqui-
se, à qui le malheureux Clerville adresse encore
ainsi la parole.
Vous me faites horreur, je pourois pardonner.
Un tendre égarement, où se laisse entraîner
Souvent sans réfléchir la fragile jeunesse
Et d'un cœeur né sensible excuser la foiblesse.
Mais vorre caractere est par trop odieux:
Une semme méchante est un monstre à mes yeux.
AVRIL. 1752.
181
Sussit- il d'être sage ? Il faut être estimablo
Et le premier devoir c'est d'êtte sociable,
Si vous m'aimez, Madame, allez le devenix,
Vers vous à ce seul. prix je pourrai revenir,
On n'aura point mon cœur qu'en ayant mon es-
time.
La Marquise.
L'estime d'un maty ! ... C'est un honneur su-
blime
Que je ne puis jamais esperer avec vous.
Car peut- on aequerir Pestime d'un jaloux?
Quoiqu'à la mériter je fusse très-sensible
Je ne tenterai point une chose impossible.
La Marquise sort, & Clerville dans son ab-
battement, ne trouve de consolation que dans le
bonheur de son ami, qui va s'unir pour jamais
à la vertueuse Comtesse.
Je crois devoir vous dire, Monsieur, pour
l'honueur de no. re Théâtre François, que cette
Piéce a été parfaitement bien jouée, sur tout le
Personnage de la Marquise a été rendu pas l'ini-
mitable Mlle. Grandval, avec une perfection dont
elle seule est capable dans les rôles de ee genre.
Vous connoissez assez, Monsicur, tous les
caracteres de la Piéce, pat l'extrait que je viens
de vous en faire. Il n'y a qu'un Personnage trop
hardy, trop étranger à l'intrigne, & qui peut-
etre en a fait le malheur, dont je crois devoir
vous parler encore. Je ne doute point que quel-
ques letires de ce Pays-ci ne vous ayent piére-
ed by Goo
182 MERCURE DE FRANCE.
nu qu'on avoit voulu ridiculiser un état aussi
respectable que le vôtre. C'est le bruit qu'ont
fait courir ici les ennemis de l'Auteur. Je ne
puis m'empêcher de l'en justifier, & de me li-
vrer à cet égard à la haine que vous me con-
noissez pour toutes les injustices.
Il me paroît démontré que l'Auteur n'a en
dessein de mettre sur le Théatre qu'un de ces
gens sans état & sans aveu, qui s'introduisent
dans le monde à la faveur d'un extérieur équi-
voque; & qui pourroient contribuer par: leurs
vices & leur ridicule à diminuer la considération
qui est duc aux véritables dépositaires des Loix
si les vices mêmes de ces gens méprisables ne les
démasquoient bientôt.
Voici ce que dit Marton de ce Personnage,
à la premiere Scene du premier Acte, dans l'é-
numération qu'elle fait des Amans de la Mar-
quise.
Un Marquis d'Orbeson avec son Perdrignant,
Un homme sans aven, sans état, sans talent,
Qui sous un habit noir s'est glissé dans le monde;
Et sur qui le mépris à juste titre abonde;
Au deuxiéme Acte, d'Orbeson dit à ce Perdri-
gnant lui-même:
Prends y garde, souffert quand tu m'es néces-
saire
Dans un monde brillant au-dessus de ta sphére,
Ne vas pas t'éblouir de l'acceuil qu'on t'y fait,
Les égards qu'on me doit produisent cet effet.
Malgré le grave habit qui cache ta bassesse,
jitzed by Goo
AVRIL.
1752. 18.
On penêtre aisement que tu n'es qu'une espéce,
Un faquin déguisé, qui se dit Magistrat
Quand il est sans aveu, saus titre, sans état
Clerville au troisiême Acte le peint ainsi à la
Marquise.
Un hommie sans aveu prétendu Magistrat,
Qui tieut de d'Orbeson son équivoque état,
Aux yeux des gens sensés d'autant plus mépri-
fable,
Qu'il pourroit avilir un titre respectable.
Vous m'avouerez, Monsieur, qu'il est, on ne
peut pas plus étonnant, qu'on veuille faire d'un
Personnage Dramatique, autre chose que ce que
l'Auteur en a fait, & en a voulu faire. Les trois
morceaux que je viens de vous copier vous con-
vaincront suffisamment que, loin de s'écarter du
respect que chacun doit avoir à votre état, il
semble qu'il ait voulu par une attention sage,
le garantir même des atteintes que peuvent lui
porter le déguisement & la fausseté. Il seroit à
souhaiter qu'on n'eût pas cherché dans ce Per-
sonnage à étendre les libertés du Théâtre, que
la prudence du Gouvernement s'occupe sans cesse
à retenir dans de justes bornes. Le rôle de Per-
drignant étoit absolument contre les moeurs de
la Scene, & voilà tout ce qu'on peut dire.
Les murmures que ce Personnage a excité
avec justice au deuxième Acte, n'ont que trop
éloigné l'indulgence que pouvoit mériter le reste
de la Piéce. Je n'ai garde de vouloir combattre
ici le jugement toujours respectable du Public.
Un Ouvrage qui lui deplaît manque sans doule
194 MERCUREDEFRANCE.
de quelques qualités essentielles qu'il falloit pour
lui plaire. Les effets du caractere, par exemple,
indépendemment de co premior défaut que jo
viens de remarquer, n'avoient pas assez de fond
pour cinq Actes. La Fable avoit trop peu d'ac-
rion, de mouvement, & de véritable comique.
Le contraste de la vertueuse Comtesse avec la
Marquise, n'étoit pas dessiné assez fortement.
On avoit un peu trop sacrifié à cette Marquise
à ce Personnage vicieux de la Pièce. Les tableaux
du vice décidé n'amusent point; l'indignatios
prend la place du plaisit. L'Ingrat. & la Flattear
deux Piéces bien faites, n'ont eu qu'un leger
succès sur notre Théâtre par cette raison: & le
Tartuffe (me dira-t on) qu'on y prenne garde;
combien d'excelllent comique repandu dans l'ac-
tion! Combien de ridicule dans la bonne Dame
Barnelle, & dans la sotise de son fils Orgon. Et
d'ailleurs cet art avec lequel Tartusfe cherche
sans cesse à en imposer devient presque, dans les
mains de l'Immortel Moliere, un ridicule théa-
tral qui suspend au moins les effets de l'indi-
gnation.
Voilà, je cro is ce qu'on auroit du dire à l'Au-
teur des effets du caractere, & voilà sans doute es
qu'on ne lui a point dit.
Peut on cependant refuser son estime à des
caracteres bien pris, & toujours soutenus, à des
situations ingénieuses & fines, à des détails amu-
sans, & à une façon d'écrire noble, naturelle &
forte ? Tout cela se trouve, Monsicur, dans l'ou-
vrage dont je viens de vous entretenir. Il n'y a
que l'envie, la haine, & la critique amere qui puis-
sent voir autrement a cet égard.
Je n'ai poini choisi les vers que je vous ai
Bauscrits, ceux que vous trouverez dans mon
AVRIL.
1752. 185
Extrait, y sont entrés naturellement, & ils y
étoient nécessaires pour que je ne parusse pas
en imposer sur une Piéce que nous ne verrons
peut être pas imprimée. Ma Lettre auroit fait
un volume trop considérable, si j'avois voulu
rendre à l'Auteur le service de vous faire con-
noître tous les détails agréables de sou Ou-
vrage.
Je finis, Monsieur, par deux observations. L'u-
ne sur le dénouement de la Pièce que quelques
gens ont critiqué fortement; & l'autre sur le rô-
le de la Marquisc, que bien des femmes sur-
tout n'ont pas trouvé dans la nature.
Le vice n'est point puni dans cet Ouvrage,
a ton dit: cependant la Marquise ne l'est-elle
point par le desespoit où elle est de voir toutes
ses manoeuvres sans effet ? Ne l'est- elle point par
le mépris marqué que lui témoignent en sortant
d'Orbeson & Perdrignant : Ne l'est-elle point
encore par ce que lui ditson mari, qu'elle doit
renoncer a son cour si elle ne se rend pas digna de son
estime (Quelle autre sorte de punition pouvoit-on
infliger à cette femme : Une séparation (qui
d'ailleurs n'eût été pratiquable qu'avec le Code
Prussien (étoit-elle théâtrale? Et puis une sépa-
tion, est- elle une peine aujourd'hui? Vouloit-on
que cette semme fut frappée subitement de re-
mords? Des conversions aussi promptes sont elles
dans la nature? Le caractete flechit- il avec tant
de docilité ? Qu'arriveroit- il de plus enfin dans la
Société à une femme qui se trouveroit dans les
circonstances où l'on a placé la Marquise ? Le
mari de cette semme auroit-il, en pareil cas,
d'autre secours que sa raison & sa patience? Le
dénouement étoit donc nécessaire.
L'excès de coquetterie & de méchanceté de la
gines vdO.
186 MERCURE DEFRANCE.
Marquise a fait dire que l'Auteur s'etoit fait des
monstres pour les combattre. Assurement la So-
ciété gagneroit beaucoup à la vérité de cette Cri-
tique : cependant, pourquoi nos Romans Mo-
dernes sont ils pleins de portraits de femmes, plus
dangereuses que la Marquise ? Pourquoi les Au-
teurs de ces Romans passent-ils pour les vrais
Peintres de nos mœeurs ? Pourquoi ne s'attirent-
ils pas la haine du Public par ces mêmes portraits?
Les raisons de tout cela ne sont pas, je crois, fort
aisées à trouver. Ce qu'il y a de vrai, c'est que
la galanterie est une de nos qualités naturelles.
Cela devroit être dit, une fois pour toutes, à nos
Auteurs Dramatiques. Je me rapelle une ancien-
ne Loi de Thebes, qui ordonnoit aux Poëtes de
faire toujours les hommes meilleurs qu'ils n'é-
toient à leurs yeux. N'étois-ce pas faire comme
Alexandre, qui fit laisser dans la partie des Indes
qu'il avoit conquise, des armes d'une grandeur &
d'une force supérieures à celles dont ses Troupes
pouvoient faire usage, afin que la postérité In-
dienne crut. un jour que les anciens Vainqueurs
de leurs Pays étoient des hommes extraordinai-
res: quoiqu'il en soit, les François me parois-
sent avoir secretement adopté pour leurs Specta-
cles, la Loi de Thébes en faveur d'un Sexe qu'ils
idolâtrent
J'ai l'honneur d'être, &c.
Fermer
3262
p. 187-189
« Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...] »
Début :
Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François donnerent le 24 Février la premiere représentation [...] »
Les Comédiens François donnerent le
24 Février la premiere représentation
de Rome sauvée. Ce bel Ouvrage n'a pas
eu & ne pouvoit pas avoir le succès de
Zaire & de Mérope; mais il a réussi com-
me des Conspirations & des Tragedies
pleines de, politique réussissent. On y a
admiré une élévation de style , de pen-
sées, de sentimens dignes de Rome & de
M. dę Voltaire, & les caracteres de Cice-
ron & de Cesar, dont l'un est un des plus
forts, & l'autre des plus brillans qu'il y
ait au Théatre. En attendant que la repri-
se ou l'impression nous mettent en état de
faire un extrait exact & détaillé, nous
nous bornerons à transcrire quelques vers
que tout le monde a retenus.
Ciceron dit à Catilina qui lui reprochoit
d'ètre un homme nouveau.
Dans ces tems malheureux, dans nos jours cor-
rompus
Faut-il des noms à Rome ? il lui faut des vertus,
40 .
*
*
Mon nom commence en moi; de votre honneun
jaloux,
Tremblez que votre nom ne finisse dans vous.
Ciceron dit à Caton qui l'exhorte à servir
* * .
la patrie.
Digisteres vOO
188 MERCUREDEFRANCE.
Les regards da Caton seront ma récompense
Au torrent de mon siécle, à son iniquité
J'oppose ton suffrage & la postétité.
Catilina peint d'un trait Crassus en disant
qu'il
Asserviroit l'Etat s'il daignoit l'acheter.
Cesar dit
Les crédits, les honneurs, l'éclat de Ciceron
Ne m'ont déterminé qu'à surpasset son nom
Cesar dit à Catilina,
Tu m'as vu ton ami, je le suis, je veux l'être;
Mais jamais mon ami ne deviendra mon maître.
Cesar dit encore à Catilina.
Pour oser dompter Rome, il faut l'avoir servio.
Sur ce que Cesar reproche à Ciceron
qu'il s'est écarté des usages reçus, celui-ci
lui dit,
Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie,
C'est d'oublien la loi pour sauver la patrie.
Ciceron peignant au Senat la maniere
dont Cesat parloit aux Soldats & aux Cou-
jurés dit,
Sa voia d'un peuple entien sollicitant l'amous,
Sembloit inviter Rome à le servir un jour.
Ciceron répond à Caton qui lui repro-
AVRIL.
1752.
189
choit de se trop confier à Cesar,
Va c'est ainsi qu'on traite avec les grandes ame-
Ciceron dit à Carilina,
Les Tyrans ont toujours quelque ombre de vertu-
Ciceron dit à Cesar
Méritez que Caton vous aime & vous admire.
24 Février la premiere représentation
de Rome sauvée. Ce bel Ouvrage n'a pas
eu & ne pouvoit pas avoir le succès de
Zaire & de Mérope; mais il a réussi com-
me des Conspirations & des Tragedies
pleines de, politique réussissent. On y a
admiré une élévation de style , de pen-
sées, de sentimens dignes de Rome & de
M. dę Voltaire, & les caracteres de Cice-
ron & de Cesar, dont l'un est un des plus
forts, & l'autre des plus brillans qu'il y
ait au Théatre. En attendant que la repri-
se ou l'impression nous mettent en état de
faire un extrait exact & détaillé, nous
nous bornerons à transcrire quelques vers
que tout le monde a retenus.
Ciceron dit à Catilina qui lui reprochoit
d'ètre un homme nouveau.
Dans ces tems malheureux, dans nos jours cor-
rompus
Faut-il des noms à Rome ? il lui faut des vertus,
40 .
*
*
Mon nom commence en moi; de votre honneun
jaloux,
Tremblez que votre nom ne finisse dans vous.
Ciceron dit à Caton qui l'exhorte à servir
* * .
la patrie.
Digisteres vOO
188 MERCUREDEFRANCE.
Les regards da Caton seront ma récompense
Au torrent de mon siécle, à son iniquité
J'oppose ton suffrage & la postétité.
Catilina peint d'un trait Crassus en disant
qu'il
Asserviroit l'Etat s'il daignoit l'acheter.
Cesar dit
Les crédits, les honneurs, l'éclat de Ciceron
Ne m'ont déterminé qu'à surpasset son nom
Cesar dit à Catilina,
Tu m'as vu ton ami, je le suis, je veux l'être;
Mais jamais mon ami ne deviendra mon maître.
Cesar dit encore à Catilina.
Pour oser dompter Rome, il faut l'avoir servio.
Sur ce que Cesar reproche à Ciceron
qu'il s'est écarté des usages reçus, celui-ci
lui dit,
Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie,
C'est d'oublien la loi pour sauver la patrie.
Ciceron peignant au Senat la maniere
dont Cesat parloit aux Soldats & aux Cou-
jurés dit,
Sa voia d'un peuple entien sollicitant l'amous,
Sembloit inviter Rome à le servir un jour.
Ciceron répond à Caton qui lui repro-
AVRIL.
1752.
189
choit de se trop confier à Cesar,
Va c'est ainsi qu'on traite avec les grandes ame-
Ciceron dit à Carilina,
Les Tyrans ont toujours quelque ombre de vertu-
Ciceron dit à Cesar
Méritez que Caton vous aime & vous admire.
Fermer
3263
p. 189
« Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi 8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale, [...] »
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi 8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi 8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale, [...] »
Les Comédiens Italiens ont donné Mercredi
8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale,
qui a réussi. L'Opera Comique a don-
né le même jour une Parodie du même
Opera, dont le sort n'a pas été si heureux.
Ce dernier théatre a du être dédommagé
de ce petit malheur par le prodigieux suc-
cès de la Chercheuse d'esprit. La naiveté
de cet agréable Ouvrage n avoit jamais été
aussi-bien rendue, qu'elle l'a été par Mlle.
Rosalie.
8 Mars Fanfale, Parodie d'Omphale,
qui a réussi. L'Opera Comique a don-
né le même jour une Parodie du même
Opera, dont le sort n'a pas été si heureux.
Ce dernier théatre a du être dédommagé
de ce petit malheur par le prodigieux suc-
cès de la Chercheuse d'esprit. La naiveté
de cet agréable Ouvrage n avoit jamais été
aussi-bien rendue, qu'elle l'a été par Mlle.
Rosalie.
Fermer
3264
p. 8-28
DISSERTATION Sur un Passage d'Herodote, qui sert d'autorité à de nouveaux systèmes.
Début :
Herodote, dans le second Livre de son Ouvrage, où il traite de l'Histoire [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION Sur un Passage d'Herodote, qui sert d'autorité à de nouveaux systèmes.
DISSERTATION
Sur un Passage d'Herodote, qui sert d'autorité
à de nouveaux systèmes.
Herodote, dans le second Livre de
son Ouvrage, où il traite de l'Histoire
des anciens Egyptiens, commence
par indiquer les secours qu'il à trouvés
pour l'écrire. Instruit à Memphis par les
Prêtres de Vulcain, (a) il le fut encore par
les descendans des Grecs, que Plammeti-
chus avoit établi en Egypte, & qu'Amasis
rassembla dans cette Ville: pour ne rien
négliger de ce qui pouvoit donner plus
de poids à son Histoire, il passa à The-
bes & dans la Thebaïde, & de retour
en Basse Egypte, il alla à Héliopolis,
dont les Pretres passoient pour les plus
sçavans d'entre les Egyptiens.
C'est avoir pris les plus sûres précautions
pour être parfaitement instruit. Mais qui
ne sçait qu'Herodote ne négligeoit au-
cune des traditions qu'il pouvoit rassem-
bler, & que les Prêtres Egyptiens affec-
(a) Her. L. 2. C. 2. 3. 154.
1752.
MAI.
toient de grossit les objets, & de dé-
corer leurs relations de tout le merveil-
leux qu'ils imaginoient. Le passage qui
suit est une preuve convaincante de cette
exagération si familiere aux Egyptiens,
& qu'Herodote passe quelquefois les
bornes qu'un Historien exact devroit tou-
jours respecter.
Il dit avoit appris que, pendant le
regne de Ménès, le premier des Rois
Egyptiens, (b) a tout ce qui en Egypte n est
»point la Thebaide, étoit un Marais,
„ qu'il n'existoit rien de tous les pays
»qui sont actuellement au-dessus du Lac
„ Moeris, & qu en remontant de la Mer
»par le fleuve, l'espace de sept jour-
»nées, on navigeoit dans une espéce
» d'Etang. »
Ainsi ils prétendent qu'il n'existoit
rien en Egypte au-dessus du Lac Moeris,
& ils ajoutent cependant que tout co
qui n'est point la Thebaide, n'étoit qu'un
Marais. Il nya quune seule façon d'en-
tendre ce passage; tout ce qui n est point
la Thebaide, étoit marécageux & non
habité.
C'est néanmoins ce discours des Prê-
tres, qui détermine Herodote à se per-
suader & à nous dire, en exagerant en-
(b) Her. L. 2. C. 4.
A v
10 MERCUREDE FRANCE.
core sur ce qu'il avoit appris, que toute
la Basse-Egypte n'étoit qu un Golfe de la
Méditerrannée; qu'elle fut par succession
de tems formée d'un amas de vase, que
le Nil déposoit dans ses débordemens;
enfin que toute la Basse Egypte fut un
don du Nil.
Ce n est point pour diminuer l'auto-
rité de cette derniere opinion, qu'on
l'attribue ici à Herodote plutôt qu'aux
Prêtres Egyptiens. (c) Soit à dessein de s'en
*M. Fréret avoit lû en 1742. à l'Académie
des Inscriptions, un Mémoire, où il démontre
principalement que le Sol de l'Egypte n'a point
été élevé pat les couches de vase qu'on prétend
que le Nil y dépose. On y reconnoît un célé-
bre Académicien, qui joignoit aux connoissan-
ces approfondies de l'Histoire, de la Géogra-
phie, & de la Chronologie, toute la sagacité
du Physicien, qui sçait, en combinant les opé-
rations de la Nature, en découvrir la mécha-
nique. Cette Dissertation sut le quatriéme
Chapitre du second livre d'Herodote, étoit fai-
te avant que le Mémoire de M. Fréret fût
publié. On se borne à y faire voir que l'opi-
nion d'Herodote, qui prétend que la Basse-
Egypte est un don du Nil, est entièrement
détruite par la suite de son Histoire, & par
les traits historiques qu'il rapporte d'après les
Prêtres Egyp:iens.
(c) Her, L. 2. C. 99. 123. 147. L. 3. C.
9. &c.
MAI.
1752.
11
faire honneur, ou plutôt pour soutenit
ce caractère de franchise & de bonne
foi, qu'il montre en toute occasion,
(d) il avoue que les Prêtres ne lui ont point
dit que la Basse-Egypte fût un don du
Nil; mais qu'il en a jugé ainsi, sur tout,
dit-il, ayant remarqué qu'en haute Mer
à une journée près des côtes, la sonde
lapportoit de la vase.
Herodote de son propre aveu, ajoute
donc fa conjecture à ce que lui avoient
dit les Prêtres Egyptiens; (e) il fait plus
il s'en sert par la suite comme d'un fait
certam.
Pour rendre plus fensible ce passage
d'Herodote, & faire mieux juger ce qu'on
en doit penser, il est à propos de don-
ner une sorte de description de l'Egypte.
Elle a en diverses circonstances, été mon-
trée sous différentes divisions; mais elle
ne sera considérée ici, que comme dans
les premiers tems sous celle de Haute &
de Basse-Egypte.
Le Nil apres avoir franchi ses dernieres
cataractes, pour se joindre à la Médi-
terrannée, coule presque en droite ligne
du Midi au Septentrion, l'espace d'en-
viron deux cens lieues, qui compren
(d) Her. L. 2. C. 5.
(*) Her. L. 2. C. 10.
A vj
12 MERCUREDE FRANCE.
nent la longueur de toute l'Egypté: Les
terres les plus élévées, les premières que
ce fleuve arrose, forment ce qu'on ap-
pelle la Thebaide, ou la Haute-Egypte.
(f) Cette Province, resserrée entre deux
chaînes de Montagnes, na en plusieurs
endroits que quatre à cinq lieues de
largeur, elle nen a dans aucune partie
plus de quinze. Sa longueur en droite
ligne est de douze à quatorze journées
de chemin, & elle confine au Pays de
Memphis, (g) l'une des pafties com-
prises sous le nom général de la Basse-
Egypte. (h
Le Pays de Memphis est resserré entre
les mêmes chaînes de Montagnes qui bor-
nent la Thebaide; mais ces Montagnes
ne se prolongent que jusqu'à quelques
distances au-dessus de l'endroit ou le Nil
se partageant en plufieurs Canaux, en-
ferme ce qu'on appelle le Delta. Dans
certe partie la Basse- Egypte commence à
s'élargir, & elle occupe près de cent
lieues sur les Côtes de la Mer, sa lon-
gueur, en remontant le Nil jusqu'aux
Confins de la Thebaide, est d'environ
(f) Str. L. 17. p. 789.
(g) Ptol. Tab. 3. p. 107.
(h) Str. L. 17. p. 813.
MAI. 1752.
13
sept journées; & C est toute cette secon-
de partie de l'Egypte qu'Herodote pré-
tend avoir été un Golse de la Méditer-
tanée.
Après cette Description, l'opinion
d'Herodote, ne peut paroître qu un Pa-
radoxe. Mais cette même Description
rend très vraisemblable ce que les Prê-
tres disoient de la Basse-Egypte. Cette
Province environnée de toutes parts de
Terrains plus elévés, se termine à la Mer;
elle est coupée par un Fleuve dont les
débordemens reguliers durent, avec une
surprenante abondance d'eau, l'espace de
trois à quatre mois, en sorte qu'elle de-
voit naturellement, pendant une grande
partie de l'année, ressembler à un Ma-
1ais.
Tel a du être l'état de la Basse Egy-
pte, lorsque Ménès & les premiers Egy-
ptiens se fixérent dans la Haute. La Na-
tion ne pouvoit alors être assez nom-
breuse, pour que la seule Thebaide ne
leur suffit pas; en sorte qu'ils ne culti-
voient ni n'habitoient point la Basse-
Egypte. C'est-là, comme il a déja été
remarqué, ce qu'Herodote devoit con-
clure du discours des Prêtres, lorsqu'au
contraire il jugea qu'il n'existoit rien de
tout ce qui est au-dessus de l'Etang de
14 MERCUREDE FRANCE.
Moris jusqu'à la Thebaide.
Que ce discours des Prêtres ait trom-
pé un Voyageur ordinaire, il n'y auroit
point à s'en étonner; mais Herodote ne
peut éviter le reproche de n'en avoir
point fenti toute T'exagération, & moins
encore de l'avoit trouvé fuffisant pout
l'autoriser à parler de ce Pays maréca-
geux, de ce Pays plus aquatique que la
Thébaide comme d'un Golfe de la Mé-
diterranée.
S'il n'avoit point eu autant de goût
pour le merveilleux, il eût remarqué que
les Prêtres reconnoissoient que tout le
Terrain de la Basse-Egypte existoit pen-
dant le Regne de Ménès. (i) « En remon-
»tant, disoient-ils, de la Mer par le
»Nil l'espace de sept journées, on na-
„vigeoit dans une espéce d'Etang. »
Comment auroient-ils pu compter sept
journées de navigation par le Nil, de-
puis la Mer jusqu'à la Thébaide, si le
Fleuve neût pas coulé dans un Terrain
où il avoit un lit & des bords fixes.
Ce Terrain de sept journées que par-
courroit le Nil, étoit alors ce qui com-
prend encore aujourd'hui toute la Basse-
Egypte. Il est donc bien certain que les
Prêtres ne prétendoient pas dire à He-
(i) Her. L. 2. C. 4.
MAI. 1752.
15
rodote que l'emplacement de la Basse-
Egypte n'existoit point; & que son opi-
nion est combattue par le sentiment des
mêmes Prêtres dont il s'appuie.
Il faut encore remarquer que dans la
suite de son Histoire, il se contredit lui-
même en une infinité de circonstances;
mais sans s'attacher à le fuivre par toui,
il suffira d'en citer un exemple, qui
prouvera plus clairement que les Prêtres
nont point prétendu lui faire juger que
la Basse-Egypte fût un Golfe de la Mé-
diterranée.
(6) IIs lui apprirent que Ménès leur pre-
mier Roi, construisit à Memphis un Pont
sur le Nil; qu'il avoit creusé pour ce
Fleuve un nouveau Canal de près de
quatre lieues, dans l'iniention de le
faire couler plus en drorte ligne: que
ce fut fur le Terrain de l'ancien lit qu'il
avoit comblé, qu'il fonda la Ville de
Memphis; & que près des murs de cette
Ville, il forma un grand Etang, qu'il
remplit des eaux de cette Riviere.
Si toute la Basse-Egypte eût été, avant
le Regne de Ménès, comme le pré-
tend Herodote, un Golfe de la Médi-
terranée, il devroit convenir que pen-
dant environ les trente premieres an-
(k) Her. L. 2. C. 99.
16 MERCURE DEFRANCE
nées du Regne de ce premier Roi, (l) qui
dura soixante-deux ans, le Nil avoit
comblé au moins la moitié de ce Gol-
fe, puisqu'il a pu construire une Ville
dans le centre de ce qui en faisoit l'em-
placement. Cette conséquence ne s'accor-
deroit point avec ses opinions: il pré-
tend que ce Golfe ne fut comblé que
dans tout l'espace de dix mille ans, qui
avoient précédé le siècle où il vivoit.
Quand il seroit arrivé, par un éve-
nement surnaturel, que ce Golfe eût été
en partie comblé dans ces trente années,
est il vraisemblable que la vase qui l'eût
rempli, eût pû être assez consolidée pour
que Ménès y eût fait tous les travaux
qu'on lui attribue?
Dailleurs, ce seroit vouloir se faire
illusion que de ne point sentir, par le
détail & l'espéce des travaux attribués
à Ménès, que les Prêtres ne parloient
de la Basse-Egypte que comme d'un Pays
marécageux. Ce premiet Roi y creufa
un Canal où il rassembla les eaux du
Nil; & à quel usage eût pû être ce grand
Etang, à côté de sa nouvelle Ville, si
ce n'est pour en déssécher les environs.
Ses Successeurs travaillerent dans les mê-
mes vûës, aussi souvent, que le peuple
(1) Afr. lus. erat. Syn. p. 14. 55. 91.
joogle
MAI.
17
1752.
s'étant multiplié, il fut nécessaire d'éten-
dre les habitations.
Sésostris, * qui regna sept cens ans
après Ménès, à son retour de la Con-
quêtede l'Asie, (m) d'où il amena un nom-
bre prodigieuxde prisonniers, (n) se trou-
va dans la même nécessité. Il occupa ces
prisonniers à élever des Digues, & à
creufer des Canaux, qui rendoient ha-
bitables des Terrains jusques- là restés
incultes: & c'est le succès de ces en-
treprises, dont l'Auteur de l'Inscription
tracée sur le grand Obélisque de Thè-
bes, (o) cherche à éterniser la mémoire,
lorsqu'il fait dire au Soleil, avec toute
l'emphase Egyptienne, que Sésostris avoit
achevé de fonder le monde.
Les anciens Rois Egyptiens usoient en
Basse-Egypte des mêmes précautions dont
on s'est toujours servi depuis, & dont on
se sert encore en pareille circonstance;
ils creuserent des Canaux, ils éleverent
des Digues: cependant ils n'étendirent
* Sésostris est le Fils de Pharaon Améno-
phis qui périt dans la Mer rouge, à la pour-
suite des Israëlites.
(m) Her. L. 2. C: 103.
(n) Diod. L. 1. sect. 2. p. 52.
(o) Am. mar. L. 17. C. 4.
18 MERCURE DE FRANCE.
point ce travail à toutes les parties de
la Basse Egypte.
En effet, (p) Anisis chassé du Trône par
Sabacon, demeura pendant cinquante ans
caché dans des Marais. (9) Plammetichus
l'un des douze Rois qui, sur la fin du
premier Empire, gouvernerent l'Egypte
en commun, devenu suspect à ses Col-
légues, fut relégué dans les Marais: &
l'Histoire, ancienne ne parle que des
fruits & des légumes que les Egyptiens
y recueilloient avec abondance. La Basse-
Egypte, comme le disoient les Prêtres, fut
donc toujours naturellement marécageuse.
Plusieurs des anciens Historiens &
Géographes, Diodore, Strabon, Pline,
Plutarque, &c. parlent, à la vérité,
des prétendus accroissemens de l'Egypte;
mais non comme d'un fait dont ils eus-
sent connoifsance, & ce n'est jamais que
d'après Herodote, dont ils s'appuient.
Sans doute que ce judicieux Ecrivain
quoiqu'il laisse appercevoir en une infi-
nité d'occasions un goût décidé pour
le merveilleux, n'eût pas donné dans
une méprise aussi grossiére, s'il ne se
fût mal-à-propos laissé éblouir par cette
fabuleuse antiquité, que les Prêtres cher-
(p) Her. L. 2. C. 137. 140. 151.
(4) Diod. L. 1. fect 2. p. 60. 40.
MAI. 1752.
1
choient tant à persuader.
Ils lui firent entendre qu'il s'étoit
écoulé dix mille ans depuis le Regne de
Ménès, jusqu'au tems où ils lui parloient;
en sorte qu'il ne pouvoit juger de ce
que son opinion avoit de déraisonnable:
il s'en seroit apperçû d'abord, s'il eût
sçû que le Regne de Ménès ne put être si,
xé qu'a l'an 1816; (r) c'est-à-dire, enviton
dix-sept Siécles avant son Voyage en
Egypte. Avec les connoissances que nous
avons, nous ne pouvons comme lui,
sans dessein prémédité, donner dans cet-
te supercherie des Prêtres.
Mais le desir d'enfanter des systèmes
singuliers, qui se trouve encore excité
aujourd'hui par le succès qui accompa-
gne fouvent les plus audacieux, enga-
ge les Auteurs à chercher de spécieuses
conséquences dans le désordre, où les
anciens Egyptiens avoient affecté de met.
tre leur Chronologie. Néanmoins ces
systèmes ne persuaderont jamais que ceux
qui voudront bien être trompés. Ce qui
reste de l'Histoire Egyptienne, sufsit pout
prouver la certitude de l'époque donnée
ici au Regne de Ménès, & pour dé-
montrer que le premier Empire des Egy-
(r) Art. Leg. vulg. 2188.
70 MERCURE DE FRANCE.
ptiens, (/) détruit par la Conquête de
Cambises, n'a duré que l'espace de sei-
ze-cens soixante-deux ans.
L'époque du Regne de Ménès une
fois établie, si on compare l'état où He-
rodote a vû ce Pays, avec ce qu'il a
toujours été depuis, on y trouvera en-
core une preuve invincible contre son
opinion.
Il prétend que du Regne de Ménès
au tems de son Voyage, le Nil avoit
reculé les bornes de l'Egypte, depuis
les Confins de la Thebaide, jusqu'à la
Mer, l'espace de sept journées de che-
min; il ajoute qu'il vit alors le Fleuve
se joindre à la Mer par sept Embou-
chures, () par deux entr'autres qu'il dési-
gne sous les noms de deux Villes bâties
alors très - près de ces deux Embouchu-
res; sçavoir, Peluse, située au Levant
du Delta, & Canope au Couchant.
Si le Nil, durant les dix-sept Sié-
cles qui ont précédé le Voyage d'He-
rodote en Egypte, avoit prolongé sur
l'emplacement de la Mer, les terres de
l'Egypte l'espace de sept journées de che-
min, comme il y a plus de deux mille
ans qu'il y a un Peluse & un Canope
(/) Du monde 3478. Art. Leg. vulg. 526.
(t) Her. L. 2. C. 15. 159.
MAI. 1752.
21
sur les bords de la Mer, les ruines de
Peluse & la Ville de Bochir ou Bequir
construite sur l'emplacement de Canope
devroient être actuellement dans les ter-
res à plus de huit journées de la Mer;
cependant elles en sont toujours aussi près
qu'il les y a vû.
En supposant même pour un moment,
ces tems immenses, dont parloient les
Egyptiens, & que cet accroissement de
sept journées de chemin à la Basse-Egy-
pte, eût été l'effet du débordement du
Nil, pendant dix mille ans, cette mê-
me partie de l'Egypte devroit, dans l'es-
pace de deux mille ans qui se sont écou-
lés, depuis le Siécle d'Herodote, avoir
été allongée par les mêmes débordemens,
d'environ une journée & demie de che-
min, ce qui surement n'est point arri-
vé: Elle a encore les bornes qu'Hero-
dote dit lui avoir vû, & que les Géo-
graphes qui ont écrit depuis & en dif-
térens Siècles, lui ont reconnu.
Il est donc bien constant, soit en
adoptant la fabuleuse Chronologie des
Egyptiens, ou en se reglant sur les tems
certains & connus, quon ne peut ap-
perce voit aucune apparence d'augmenta-
tion dans les terres de l'Egypte. Cette
question avoit déja été traitée, & il eût
12 MERCURE DE FRANCE.
été inutile de l'examiner plus à fond,
si après les premieres objections, on n'eût
de nouveau tiré de fausses conséquen-
ces de ce Passage d'Herodote; pour lui
donner plus de force, on l'appuie de
l'autorité d'Homere, qui néanmoins ne
paroît nulle part, avoir crû que la Basse-
Egypte fût un don du Nil. Cette ima-
gination conçuë par Herodote, est bien
moins ancienne qu'Homere, qui n'eût
point négligé d'orner son Poëme d'un
si surprenant évenement, s'il en eût eû
connoissance; (u) il est vrai qu'il fait dire
à Ménélas que l'Isse de Phare est éloi-
gnée de l'une des deux embouchures du
Nil, (x) d'autant de chemin qu'un Vaisseau,
avec un vent favorable, peut en faire
en un jour; il est encore vrai que plu-
sieurs des Anciens avoient regardé ce
Passage, comparé avec celui d'Herodote,
comme une preuve de l'accroissement du
Continent de l'Egypte.
Mais peut- on en inférer que dans
l'espace des quatre Siécles qui ont pré-
cédé Herodote, (y) tems qui s'est écoulé
entre Homere & lui, les terres de l'E-
(u) Hom. Odis. L. 4.
x) Str. L. 12. P. 536.
(y) Her. L. 2. C. 53.
MAI.
1752
23
gypte se soient prolongées jusques près
de l'Isse de Phare. Homere ne parle point
de la distance de cette Isse, à la rade
Rhacotis, qui y est opposée, & qui n'en
est qu'à huit à neuf cens pas, il dit que
pour arriver de l'lsse de Phare à une
embouchure du Nil, il falloit naviger
tout un jour; & il est aisé de montrer
par T'Histoire que Ménélas & tous ceux
qui vouloient aborder de cette Isse en Egy-
pte, étoient forcés de faire ce grand
détour, quoiqu'il n'y eût pat terre
que quatre lieues de l'Isse de Phare à
l'embouchure Canopique qui en est la
plus voisine.
(z) Les Anciens Egyptiens fermoient très-
exactement l'entrée de leur Pays, à tous
lesEtrangers; (a) & comme ils reconnurent
que la rade Rhacotis pouvoit faciliter
des descentes, ils en confiérent la garde
à des Bouviers, (b) qui par leur état, ne
quittoient jamais les bords de la Mer,
& qui devoient artaquer indistinctement
tous ceux qui prenoient terre sur certe
rade. Comme tout le butin restoit à
leur profit, ils remplissoient leur charge
(z) Her. L. 2 C. 91. 179.
(a) Diod. L. 1. sect. 2. p. 61.
(6) Str. L. 17. p. 792. 802.
24 MERCURE DE FRANCE.
avec une telle exactitude, & même avec
tant de cruauté, qu'aucun Voyageur
n'osoit en approcher.
Vers la fin du premier Empire, (c)
quelque tems avant la Conquête de Cam-
bises, les Egyptiens (d) permirent l'abord
de l'Egypte aux Etrangers; mais dans la
crainte de laisser prendre connoissance
de leurs usages, & pour être instruits
de tout ce qui entroit chez eux, ils ne
souffrirent point quon abordât ailleurs
que dans certains Ports, & la rade Rha-
cotis fut toujours gardée de la niême
taçon.
En sorte que tous les Vaisseaux étran-
gers, pour éviter la fureur des Bouviers,
gagnoient les embouchures du Nil: &
pour arriver de l'Isse de Phare à l'em-
bouchure Canopique, (e) il falloit, à cau-
se des rochers & des bancs de sable, qui
bordent la Côte, faire ce grand détour
dont parle Ménélas.
(f) Pline cite le passage d'Homere, & lui
fait dire qu'il y avoit vingt quatre heu-
res de navigation depuis l'Isse de Phare
(c) Diod. L. 1. sect. 2. p. 61.
(d) Her. L. 2. C. 154. & 178. &c.
e) Diod. L. 1. sect. 1. p. 27.
f) Plin. L. 2. C. 85. L. 5. C. 31. L. 13.
C 11.
jusqu'a
MAI.
1752.
25
jusqu'à Alexandrie; c'est-à- dire jusqu'à
la rade Rhacotis. Il est constant que ce
n'est point là le sens d'Homere. Pline
le fait parler comme il lui convient;
infidélité dont les citations de tous les
tems ne montrent que trop d'exemples.
Alexandrie dans l'état actuel de ses en-
virons, sembleroit plutôt donner quel-
que autorité à ceux qui veulent bien se
laisser tromper sur l'autorité d'Hero-
dote.
Cette Ville fut bâtie par Alexandre,
plus de cinq Siécles après Homere; elle
embrassoit tout le terrain qui se trouvoit
entre le Marais Mareotis & la Mer, en
y comprenant la rade Rhacotis. Les rui-
nes de cette ancienne Ville subsistent
encore aujourd'hui, mais elles sont à
quelque distance de la Mer, & les Nou-
veaux Habitans de cette Contrée ont
bâti une Ville sur ce terrain que la Mé-
diterranée couvroit du tems d'Alexan-
dre.
Il est nécessaire de remarquer que cet
accroissement des terres de l'Egypte ne
peut avoir été occasionné par la vase que
les inondations déposent. Si elles en
avoient été le principe, l'accroissement
devroit être bien plus sensible vers l'an-
cienne Canope, & sur toute la Côte du
26 MERCURE DE FRANCE.
Delta, par où les inondations s'écoulent
bien plus abondamment; cependant il
ny en a aucune trace.
Ce nouveau terrain, dont Alexandrie
s'est accrue, est l'effet de la dégradation
des travaux entrepris pour former les
deux Ports de cette Ville. Ils étoient
entre l'Isse de Phare & la rade Rhaco-
tis, (a) qui bordoit le Continent, & sé-
parés par une Digue, qui conduisoit
de l'Isse à la terre ferme. Cette Digue
pour laisser un libre passage aux eaux,
& les moyens de communiquer d'un Port
à l'autre, fut percée de deux Ponts;
mais ce monument digne des anciens Egy-
ptiens, fut en partie détruit lorsqu'Au-
guste, après la défaite d'Antoine, prit
Alexandrie; les sables s'étant depuis in-
sensiblement rassemblés contre cette Di-
gue, ont comblé une grande partie des
Ports, & formé l'emplacement où est
bâtie la Nouvelle Alexandrie.
C'est la seule augmentation qu'il y
ait au Sol de l'Egypte depuis le Siécle
d'Herodote, & encore elle n'est point
un don du Nil. Les autres Ports comblés,
& particulierement celui de Suès, nont
pû l'être par un effet du débordement,
(a) Str. L. 17. p. 792.
MAI.
1752.
27
mais par une suite de la négligence des
Egyptiens Modernes.
Ceux de nos Ports qui ne sont point
traversés par des Rivieres, n'ont-ils pas
continuellement besoin d'entretien? Ne
convient-on pas que si l'on négligeoit
celui de Marseille, il seroit bientot com-
blé ? Cependant il ne viendra pas dans
l'idée que notre Continent gagne sur
l'emplacement de la Mer.
Elle a toujours conservé les mêmes
bornes que la nature lui a données; si
quelquefois elle semble les changer, si dans
des momens d'excessive agitation elle les
couvre d'amas de sable, cen est que pour
un tems, bientôt de plus grandes ma-
rées, ou de violentes tempêtes remettent
toutes choses dans le premier état; & si
l'on apperçoit quelques changemens, ils
sont plutôt en diminution de la terre.
Le terrain de l'ancienne Carthage est sub-
mergé, parce que les travaux qu'on y avoit
fait, facilitoient l'entrée des eaux, &
il y a long-tems que la Hollande le se-
roit en grande partie sans les Digues,
& le travail assidu que ses Habitans oppo-
sent aux efforts des eaux.
Ainsi l'opinion d'Herodote est égale-
ment combattue, tant parce que les Prê-
tres lui disoient de l'ancien état de la
B ij
28 MERCURE DEFRANCE.
Basse Egypte, & par les traits historiques
qu'il rapporte lui-même, que par la com-
paraison de ce qui a dû à cet égard arri-
ver avant lui, avec ce qui s'est passé de-
puis; & enfin par l'examen de l'état des
lieux: de sorte que quand même il nen
conviendroit point, il ne seroit pas pos-
sible de douter que son opinion ne soit
entierement & uniquement à lui. Mais
il voudroit persuader que les Prêtres la
lui ont fait naître: C'est là ce qu'en bon-
ne critique on doit particulierement lui
reprocher, bien loin de se servir de cette
opinion si visiblement fausse, comme si
elle tiroit toure sa force des anciens E-
gyptiens; & cet apparent prodige, réduit
a sa juste valeur, ne peut donner aucu-
ne autorité aux systèmes qu'on a préten-
du en être la consequence.
Sur un Passage d'Herodote, qui sert d'autorité
à de nouveaux systèmes.
Herodote, dans le second Livre de
son Ouvrage, où il traite de l'Histoire
des anciens Egyptiens, commence
par indiquer les secours qu'il à trouvés
pour l'écrire. Instruit à Memphis par les
Prêtres de Vulcain, (a) il le fut encore par
les descendans des Grecs, que Plammeti-
chus avoit établi en Egypte, & qu'Amasis
rassembla dans cette Ville: pour ne rien
négliger de ce qui pouvoit donner plus
de poids à son Histoire, il passa à The-
bes & dans la Thebaïde, & de retour
en Basse Egypte, il alla à Héliopolis,
dont les Pretres passoient pour les plus
sçavans d'entre les Egyptiens.
C'est avoir pris les plus sûres précautions
pour être parfaitement instruit. Mais qui
ne sçait qu'Herodote ne négligeoit au-
cune des traditions qu'il pouvoit rassem-
bler, & que les Prêtres Egyptiens affec-
(a) Her. L. 2. C. 2. 3. 154.
1752.
MAI.
toient de grossit les objets, & de dé-
corer leurs relations de tout le merveil-
leux qu'ils imaginoient. Le passage qui
suit est une preuve convaincante de cette
exagération si familiere aux Egyptiens,
& qu'Herodote passe quelquefois les
bornes qu'un Historien exact devroit tou-
jours respecter.
Il dit avoit appris que, pendant le
regne de Ménès, le premier des Rois
Egyptiens, (b) a tout ce qui en Egypte n est
»point la Thebaide, étoit un Marais,
„ qu'il n'existoit rien de tous les pays
»qui sont actuellement au-dessus du Lac
„ Moeris, & qu en remontant de la Mer
»par le fleuve, l'espace de sept jour-
»nées, on navigeoit dans une espéce
» d'Etang. »
Ainsi ils prétendent qu'il n'existoit
rien en Egypte au-dessus du Lac Moeris,
& ils ajoutent cependant que tout co
qui n'est point la Thebaide, n'étoit qu'un
Marais. Il nya quune seule façon d'en-
tendre ce passage; tout ce qui n est point
la Thebaide, étoit marécageux & non
habité.
C'est néanmoins ce discours des Prê-
tres, qui détermine Herodote à se per-
suader & à nous dire, en exagerant en-
(b) Her. L. 2. C. 4.
A v
10 MERCUREDE FRANCE.
core sur ce qu'il avoit appris, que toute
la Basse-Egypte n'étoit qu un Golfe de la
Méditerrannée; qu'elle fut par succession
de tems formée d'un amas de vase, que
le Nil déposoit dans ses débordemens;
enfin que toute la Basse Egypte fut un
don du Nil.
Ce n est point pour diminuer l'auto-
rité de cette derniere opinion, qu'on
l'attribue ici à Herodote plutôt qu'aux
Prêtres Egyptiens. (c) Soit à dessein de s'en
*M. Fréret avoit lû en 1742. à l'Académie
des Inscriptions, un Mémoire, où il démontre
principalement que le Sol de l'Egypte n'a point
été élevé pat les couches de vase qu'on prétend
que le Nil y dépose. On y reconnoît un célé-
bre Académicien, qui joignoit aux connoissan-
ces approfondies de l'Histoire, de la Géogra-
phie, & de la Chronologie, toute la sagacité
du Physicien, qui sçait, en combinant les opé-
rations de la Nature, en découvrir la mécha-
nique. Cette Dissertation sut le quatriéme
Chapitre du second livre d'Herodote, étoit fai-
te avant que le Mémoire de M. Fréret fût
publié. On se borne à y faire voir que l'opi-
nion d'Herodote, qui prétend que la Basse-
Egypte est un don du Nil, est entièrement
détruite par la suite de son Histoire, & par
les traits historiques qu'il rapporte d'après les
Prêtres Egyp:iens.
(c) Her, L. 2. C. 99. 123. 147. L. 3. C.
9. &c.
MAI.
1752.
11
faire honneur, ou plutôt pour soutenit
ce caractère de franchise & de bonne
foi, qu'il montre en toute occasion,
(d) il avoue que les Prêtres ne lui ont point
dit que la Basse-Egypte fût un don du
Nil; mais qu'il en a jugé ainsi, sur tout,
dit-il, ayant remarqué qu'en haute Mer
à une journée près des côtes, la sonde
lapportoit de la vase.
Herodote de son propre aveu, ajoute
donc fa conjecture à ce que lui avoient
dit les Prêtres Egyptiens; (e) il fait plus
il s'en sert par la suite comme d'un fait
certam.
Pour rendre plus fensible ce passage
d'Herodote, & faire mieux juger ce qu'on
en doit penser, il est à propos de don-
ner une sorte de description de l'Egypte.
Elle a en diverses circonstances, été mon-
trée sous différentes divisions; mais elle
ne sera considérée ici, que comme dans
les premiers tems sous celle de Haute &
de Basse-Egypte.
Le Nil apres avoir franchi ses dernieres
cataractes, pour se joindre à la Médi-
terrannée, coule presque en droite ligne
du Midi au Septentrion, l'espace d'en-
viron deux cens lieues, qui compren
(d) Her. L. 2. C. 5.
(*) Her. L. 2. C. 10.
A vj
12 MERCUREDE FRANCE.
nent la longueur de toute l'Egypté: Les
terres les plus élévées, les premières que
ce fleuve arrose, forment ce qu'on ap-
pelle la Thebaide, ou la Haute-Egypte.
(f) Cette Province, resserrée entre deux
chaînes de Montagnes, na en plusieurs
endroits que quatre à cinq lieues de
largeur, elle nen a dans aucune partie
plus de quinze. Sa longueur en droite
ligne est de douze à quatorze journées
de chemin, & elle confine au Pays de
Memphis, (g) l'une des pafties com-
prises sous le nom général de la Basse-
Egypte. (h
Le Pays de Memphis est resserré entre
les mêmes chaînes de Montagnes qui bor-
nent la Thebaide; mais ces Montagnes
ne se prolongent que jusqu'à quelques
distances au-dessus de l'endroit ou le Nil
se partageant en plufieurs Canaux, en-
ferme ce qu'on appelle le Delta. Dans
certe partie la Basse- Egypte commence à
s'élargir, & elle occupe près de cent
lieues sur les Côtes de la Mer, sa lon-
gueur, en remontant le Nil jusqu'aux
Confins de la Thebaide, est d'environ
(f) Str. L. 17. p. 789.
(g) Ptol. Tab. 3. p. 107.
(h) Str. L. 17. p. 813.
MAI. 1752.
13
sept journées; & C est toute cette secon-
de partie de l'Egypte qu'Herodote pré-
tend avoir été un Golse de la Méditer-
tanée.
Après cette Description, l'opinion
d'Herodote, ne peut paroître qu un Pa-
radoxe. Mais cette même Description
rend très vraisemblable ce que les Prê-
tres disoient de la Basse-Egypte. Cette
Province environnée de toutes parts de
Terrains plus elévés, se termine à la Mer;
elle est coupée par un Fleuve dont les
débordemens reguliers durent, avec une
surprenante abondance d'eau, l'espace de
trois à quatre mois, en sorte qu'elle de-
voit naturellement, pendant une grande
partie de l'année, ressembler à un Ma-
1ais.
Tel a du être l'état de la Basse Egy-
pte, lorsque Ménès & les premiers Egy-
ptiens se fixérent dans la Haute. La Na-
tion ne pouvoit alors être assez nom-
breuse, pour que la seule Thebaide ne
leur suffit pas; en sorte qu'ils ne culti-
voient ni n'habitoient point la Basse-
Egypte. C'est-là, comme il a déja été
remarqué, ce qu'Herodote devoit con-
clure du discours des Prêtres, lorsqu'au
contraire il jugea qu'il n'existoit rien de
tout ce qui est au-dessus de l'Etang de
14 MERCUREDE FRANCE.
Moris jusqu'à la Thebaide.
Que ce discours des Prêtres ait trom-
pé un Voyageur ordinaire, il n'y auroit
point à s'en étonner; mais Herodote ne
peut éviter le reproche de n'en avoir
point fenti toute T'exagération, & moins
encore de l'avoit trouvé fuffisant pout
l'autoriser à parler de ce Pays maréca-
geux, de ce Pays plus aquatique que la
Thébaide comme d'un Golfe de la Mé-
diterranée.
S'il n'avoit point eu autant de goût
pour le merveilleux, il eût remarqué que
les Prêtres reconnoissoient que tout le
Terrain de la Basse-Egypte existoit pen-
dant le Regne de Ménès. (i) « En remon-
»tant, disoient-ils, de la Mer par le
»Nil l'espace de sept journées, on na-
„vigeoit dans une espéce d'Etang. »
Comment auroient-ils pu compter sept
journées de navigation par le Nil, de-
puis la Mer jusqu'à la Thébaide, si le
Fleuve neût pas coulé dans un Terrain
où il avoit un lit & des bords fixes.
Ce Terrain de sept journées que par-
courroit le Nil, étoit alors ce qui com-
prend encore aujourd'hui toute la Basse-
Egypte. Il est donc bien certain que les
Prêtres ne prétendoient pas dire à He-
(i) Her. L. 2. C. 4.
MAI. 1752.
15
rodote que l'emplacement de la Basse-
Egypte n'existoit point; & que son opi-
nion est combattue par le sentiment des
mêmes Prêtres dont il s'appuie.
Il faut encore remarquer que dans la
suite de son Histoire, il se contredit lui-
même en une infinité de circonstances;
mais sans s'attacher à le fuivre par toui,
il suffira d'en citer un exemple, qui
prouvera plus clairement que les Prêtres
nont point prétendu lui faire juger que
la Basse-Egypte fût un Golfe de la Mé-
diterranée.
(6) IIs lui apprirent que Ménès leur pre-
mier Roi, construisit à Memphis un Pont
sur le Nil; qu'il avoit creusé pour ce
Fleuve un nouveau Canal de près de
quatre lieues, dans l'iniention de le
faire couler plus en drorte ligne: que
ce fut fur le Terrain de l'ancien lit qu'il
avoit comblé, qu'il fonda la Ville de
Memphis; & que près des murs de cette
Ville, il forma un grand Etang, qu'il
remplit des eaux de cette Riviere.
Si toute la Basse-Egypte eût été, avant
le Regne de Ménès, comme le pré-
tend Herodote, un Golfe de la Médi-
terranée, il devroit convenir que pen-
dant environ les trente premieres an-
(k) Her. L. 2. C. 99.
16 MERCURE DEFRANCE
nées du Regne de ce premier Roi, (l) qui
dura soixante-deux ans, le Nil avoit
comblé au moins la moitié de ce Gol-
fe, puisqu'il a pu construire une Ville
dans le centre de ce qui en faisoit l'em-
placement. Cette conséquence ne s'accor-
deroit point avec ses opinions: il pré-
tend que ce Golfe ne fut comblé que
dans tout l'espace de dix mille ans, qui
avoient précédé le siècle où il vivoit.
Quand il seroit arrivé, par un éve-
nement surnaturel, que ce Golfe eût été
en partie comblé dans ces trente années,
est il vraisemblable que la vase qui l'eût
rempli, eût pû être assez consolidée pour
que Ménès y eût fait tous les travaux
qu'on lui attribue?
Dailleurs, ce seroit vouloir se faire
illusion que de ne point sentir, par le
détail & l'espéce des travaux attribués
à Ménès, que les Prêtres ne parloient
de la Basse-Egypte que comme d'un Pays
marécageux. Ce premiet Roi y creufa
un Canal où il rassembla les eaux du
Nil; & à quel usage eût pû être ce grand
Etang, à côté de sa nouvelle Ville, si
ce n'est pour en déssécher les environs.
Ses Successeurs travaillerent dans les mê-
mes vûës, aussi souvent, que le peuple
(1) Afr. lus. erat. Syn. p. 14. 55. 91.
joogle
MAI.
17
1752.
s'étant multiplié, il fut nécessaire d'éten-
dre les habitations.
Sésostris, * qui regna sept cens ans
après Ménès, à son retour de la Con-
quêtede l'Asie, (m) d'où il amena un nom-
bre prodigieuxde prisonniers, (n) se trou-
va dans la même nécessité. Il occupa ces
prisonniers à élever des Digues, & à
creufer des Canaux, qui rendoient ha-
bitables des Terrains jusques- là restés
incultes: & c'est le succès de ces en-
treprises, dont l'Auteur de l'Inscription
tracée sur le grand Obélisque de Thè-
bes, (o) cherche à éterniser la mémoire,
lorsqu'il fait dire au Soleil, avec toute
l'emphase Egyptienne, que Sésostris avoit
achevé de fonder le monde.
Les anciens Rois Egyptiens usoient en
Basse-Egypte des mêmes précautions dont
on s'est toujours servi depuis, & dont on
se sert encore en pareille circonstance;
ils creuserent des Canaux, ils éleverent
des Digues: cependant ils n'étendirent
* Sésostris est le Fils de Pharaon Améno-
phis qui périt dans la Mer rouge, à la pour-
suite des Israëlites.
(m) Her. L. 2. C: 103.
(n) Diod. L. 1. sect. 2. p. 52.
(o) Am. mar. L. 17. C. 4.
18 MERCURE DE FRANCE.
point ce travail à toutes les parties de
la Basse Egypte.
En effet, (p) Anisis chassé du Trône par
Sabacon, demeura pendant cinquante ans
caché dans des Marais. (9) Plammetichus
l'un des douze Rois qui, sur la fin du
premier Empire, gouvernerent l'Egypte
en commun, devenu suspect à ses Col-
légues, fut relégué dans les Marais: &
l'Histoire, ancienne ne parle que des
fruits & des légumes que les Egyptiens
y recueilloient avec abondance. La Basse-
Egypte, comme le disoient les Prêtres, fut
donc toujours naturellement marécageuse.
Plusieurs des anciens Historiens &
Géographes, Diodore, Strabon, Pline,
Plutarque, &c. parlent, à la vérité,
des prétendus accroissemens de l'Egypte;
mais non comme d'un fait dont ils eus-
sent connoifsance, & ce n'est jamais que
d'après Herodote, dont ils s'appuient.
Sans doute que ce judicieux Ecrivain
quoiqu'il laisse appercevoir en une infi-
nité d'occasions un goût décidé pour
le merveilleux, n'eût pas donné dans
une méprise aussi grossiére, s'il ne se
fût mal-à-propos laissé éblouir par cette
fabuleuse antiquité, que les Prêtres cher-
(p) Her. L. 2. C. 137. 140. 151.
(4) Diod. L. 1. fect 2. p. 60. 40.
MAI. 1752.
1
choient tant à persuader.
Ils lui firent entendre qu'il s'étoit
écoulé dix mille ans depuis le Regne de
Ménès, jusqu'au tems où ils lui parloient;
en sorte qu'il ne pouvoit juger de ce
que son opinion avoit de déraisonnable:
il s'en seroit apperçû d'abord, s'il eût
sçû que le Regne de Ménès ne put être si,
xé qu'a l'an 1816; (r) c'est-à-dire, enviton
dix-sept Siécles avant son Voyage en
Egypte. Avec les connoissances que nous
avons, nous ne pouvons comme lui,
sans dessein prémédité, donner dans cet-
te supercherie des Prêtres.
Mais le desir d'enfanter des systèmes
singuliers, qui se trouve encore excité
aujourd'hui par le succès qui accompa-
gne fouvent les plus audacieux, enga-
ge les Auteurs à chercher de spécieuses
conséquences dans le désordre, où les
anciens Egyptiens avoient affecté de met.
tre leur Chronologie. Néanmoins ces
systèmes ne persuaderont jamais que ceux
qui voudront bien être trompés. Ce qui
reste de l'Histoire Egyptienne, sufsit pout
prouver la certitude de l'époque donnée
ici au Regne de Ménès, & pour dé-
montrer que le premier Empire des Egy-
(r) Art. Leg. vulg. 2188.
70 MERCURE DE FRANCE.
ptiens, (/) détruit par la Conquête de
Cambises, n'a duré que l'espace de sei-
ze-cens soixante-deux ans.
L'époque du Regne de Ménès une
fois établie, si on compare l'état où He-
rodote a vû ce Pays, avec ce qu'il a
toujours été depuis, on y trouvera en-
core une preuve invincible contre son
opinion.
Il prétend que du Regne de Ménès
au tems de son Voyage, le Nil avoit
reculé les bornes de l'Egypte, depuis
les Confins de la Thebaide, jusqu'à la
Mer, l'espace de sept journées de che-
min; il ajoute qu'il vit alors le Fleuve
se joindre à la Mer par sept Embou-
chures, () par deux entr'autres qu'il dési-
gne sous les noms de deux Villes bâties
alors très - près de ces deux Embouchu-
res; sçavoir, Peluse, située au Levant
du Delta, & Canope au Couchant.
Si le Nil, durant les dix-sept Sié-
cles qui ont précédé le Voyage d'He-
rodote en Egypte, avoit prolongé sur
l'emplacement de la Mer, les terres de
l'Egypte l'espace de sept journées de che-
min, comme il y a plus de deux mille
ans qu'il y a un Peluse & un Canope
(/) Du monde 3478. Art. Leg. vulg. 526.
(t) Her. L. 2. C. 15. 159.
MAI. 1752.
21
sur les bords de la Mer, les ruines de
Peluse & la Ville de Bochir ou Bequir
construite sur l'emplacement de Canope
devroient être actuellement dans les ter-
res à plus de huit journées de la Mer;
cependant elles en sont toujours aussi près
qu'il les y a vû.
En supposant même pour un moment,
ces tems immenses, dont parloient les
Egyptiens, & que cet accroissement de
sept journées de chemin à la Basse-Egy-
pte, eût été l'effet du débordement du
Nil, pendant dix mille ans, cette mê-
me partie de l'Egypte devroit, dans l'es-
pace de deux mille ans qui se sont écou-
lés, depuis le Siécle d'Herodote, avoir
été allongée par les mêmes débordemens,
d'environ une journée & demie de che-
min, ce qui surement n'est point arri-
vé: Elle a encore les bornes qu'Hero-
dote dit lui avoir vû, & que les Géo-
graphes qui ont écrit depuis & en dif-
térens Siècles, lui ont reconnu.
Il est donc bien constant, soit en
adoptant la fabuleuse Chronologie des
Egyptiens, ou en se reglant sur les tems
certains & connus, quon ne peut ap-
perce voit aucune apparence d'augmenta-
tion dans les terres de l'Egypte. Cette
question avoit déja été traitée, & il eût
12 MERCURE DE FRANCE.
été inutile de l'examiner plus à fond,
si après les premieres objections, on n'eût
de nouveau tiré de fausses conséquen-
ces de ce Passage d'Herodote; pour lui
donner plus de force, on l'appuie de
l'autorité d'Homere, qui néanmoins ne
paroît nulle part, avoir crû que la Basse-
Egypte fût un don du Nil. Cette ima-
gination conçuë par Herodote, est bien
moins ancienne qu'Homere, qui n'eût
point négligé d'orner son Poëme d'un
si surprenant évenement, s'il en eût eû
connoissance; (u) il est vrai qu'il fait dire
à Ménélas que l'Isse de Phare est éloi-
gnée de l'une des deux embouchures du
Nil, (x) d'autant de chemin qu'un Vaisseau,
avec un vent favorable, peut en faire
en un jour; il est encore vrai que plu-
sieurs des Anciens avoient regardé ce
Passage, comparé avec celui d'Herodote,
comme une preuve de l'accroissement du
Continent de l'Egypte.
Mais peut- on en inférer que dans
l'espace des quatre Siécles qui ont pré-
cédé Herodote, (y) tems qui s'est écoulé
entre Homere & lui, les terres de l'E-
(u) Hom. Odis. L. 4.
x) Str. L. 12. P. 536.
(y) Her. L. 2. C. 53.
MAI.
1752
23
gypte se soient prolongées jusques près
de l'Isse de Phare. Homere ne parle point
de la distance de cette Isse, à la rade
Rhacotis, qui y est opposée, & qui n'en
est qu'à huit à neuf cens pas, il dit que
pour arriver de l'lsse de Phare à une
embouchure du Nil, il falloit naviger
tout un jour; & il est aisé de montrer
par T'Histoire que Ménélas & tous ceux
qui vouloient aborder de cette Isse en Egy-
pte, étoient forcés de faire ce grand
détour, quoiqu'il n'y eût pat terre
que quatre lieues de l'Isse de Phare à
l'embouchure Canopique qui en est la
plus voisine.
(z) Les Anciens Egyptiens fermoient très-
exactement l'entrée de leur Pays, à tous
lesEtrangers; (a) & comme ils reconnurent
que la rade Rhacotis pouvoit faciliter
des descentes, ils en confiérent la garde
à des Bouviers, (b) qui par leur état, ne
quittoient jamais les bords de la Mer,
& qui devoient artaquer indistinctement
tous ceux qui prenoient terre sur certe
rade. Comme tout le butin restoit à
leur profit, ils remplissoient leur charge
(z) Her. L. 2 C. 91. 179.
(a) Diod. L. 1. sect. 2. p. 61.
(6) Str. L. 17. p. 792. 802.
24 MERCURE DE FRANCE.
avec une telle exactitude, & même avec
tant de cruauté, qu'aucun Voyageur
n'osoit en approcher.
Vers la fin du premier Empire, (c)
quelque tems avant la Conquête de Cam-
bises, les Egyptiens (d) permirent l'abord
de l'Egypte aux Etrangers; mais dans la
crainte de laisser prendre connoissance
de leurs usages, & pour être instruits
de tout ce qui entroit chez eux, ils ne
souffrirent point quon abordât ailleurs
que dans certains Ports, & la rade Rha-
cotis fut toujours gardée de la niême
taçon.
En sorte que tous les Vaisseaux étran-
gers, pour éviter la fureur des Bouviers,
gagnoient les embouchures du Nil: &
pour arriver de l'Isse de Phare à l'em-
bouchure Canopique, (e) il falloit, à cau-
se des rochers & des bancs de sable, qui
bordent la Côte, faire ce grand détour
dont parle Ménélas.
(f) Pline cite le passage d'Homere, & lui
fait dire qu'il y avoit vingt quatre heu-
res de navigation depuis l'Isse de Phare
(c) Diod. L. 1. sect. 2. p. 61.
(d) Her. L. 2. C. 154. & 178. &c.
e) Diod. L. 1. sect. 1. p. 27.
f) Plin. L. 2. C. 85. L. 5. C. 31. L. 13.
C 11.
jusqu'a
MAI.
1752.
25
jusqu'à Alexandrie; c'est-à- dire jusqu'à
la rade Rhacotis. Il est constant que ce
n'est point là le sens d'Homere. Pline
le fait parler comme il lui convient;
infidélité dont les citations de tous les
tems ne montrent que trop d'exemples.
Alexandrie dans l'état actuel de ses en-
virons, sembleroit plutôt donner quel-
que autorité à ceux qui veulent bien se
laisser tromper sur l'autorité d'Hero-
dote.
Cette Ville fut bâtie par Alexandre,
plus de cinq Siécles après Homere; elle
embrassoit tout le terrain qui se trouvoit
entre le Marais Mareotis & la Mer, en
y comprenant la rade Rhacotis. Les rui-
nes de cette ancienne Ville subsistent
encore aujourd'hui, mais elles sont à
quelque distance de la Mer, & les Nou-
veaux Habitans de cette Contrée ont
bâti une Ville sur ce terrain que la Mé-
diterranée couvroit du tems d'Alexan-
dre.
Il est nécessaire de remarquer que cet
accroissement des terres de l'Egypte ne
peut avoir été occasionné par la vase que
les inondations déposent. Si elles en
avoient été le principe, l'accroissement
devroit être bien plus sensible vers l'an-
cienne Canope, & sur toute la Côte du
26 MERCURE DE FRANCE.
Delta, par où les inondations s'écoulent
bien plus abondamment; cependant il
ny en a aucune trace.
Ce nouveau terrain, dont Alexandrie
s'est accrue, est l'effet de la dégradation
des travaux entrepris pour former les
deux Ports de cette Ville. Ils étoient
entre l'Isse de Phare & la rade Rhaco-
tis, (a) qui bordoit le Continent, & sé-
parés par une Digue, qui conduisoit
de l'Isse à la terre ferme. Cette Digue
pour laisser un libre passage aux eaux,
& les moyens de communiquer d'un Port
à l'autre, fut percée de deux Ponts;
mais ce monument digne des anciens Egy-
ptiens, fut en partie détruit lorsqu'Au-
guste, après la défaite d'Antoine, prit
Alexandrie; les sables s'étant depuis in-
sensiblement rassemblés contre cette Di-
gue, ont comblé une grande partie des
Ports, & formé l'emplacement où est
bâtie la Nouvelle Alexandrie.
C'est la seule augmentation qu'il y
ait au Sol de l'Egypte depuis le Siécle
d'Herodote, & encore elle n'est point
un don du Nil. Les autres Ports comblés,
& particulierement celui de Suès, nont
pû l'être par un effet du débordement,
(a) Str. L. 17. p. 792.
MAI.
1752.
27
mais par une suite de la négligence des
Egyptiens Modernes.
Ceux de nos Ports qui ne sont point
traversés par des Rivieres, n'ont-ils pas
continuellement besoin d'entretien? Ne
convient-on pas que si l'on négligeoit
celui de Marseille, il seroit bientot com-
blé ? Cependant il ne viendra pas dans
l'idée que notre Continent gagne sur
l'emplacement de la Mer.
Elle a toujours conservé les mêmes
bornes que la nature lui a données; si
quelquefois elle semble les changer, si dans
des momens d'excessive agitation elle les
couvre d'amas de sable, cen est que pour
un tems, bientôt de plus grandes ma-
rées, ou de violentes tempêtes remettent
toutes choses dans le premier état; & si
l'on apperçoit quelques changemens, ils
sont plutôt en diminution de la terre.
Le terrain de l'ancienne Carthage est sub-
mergé, parce que les travaux qu'on y avoit
fait, facilitoient l'entrée des eaux, &
il y a long-tems que la Hollande le se-
roit en grande partie sans les Digues,
& le travail assidu que ses Habitans oppo-
sent aux efforts des eaux.
Ainsi l'opinion d'Herodote est égale-
ment combattue, tant parce que les Prê-
tres lui disoient de l'ancien état de la
B ij
28 MERCURE DEFRANCE.
Basse Egypte, & par les traits historiques
qu'il rapporte lui-même, que par la com-
paraison de ce qui a dû à cet égard arri-
ver avant lui, avec ce qui s'est passé de-
puis; & enfin par l'examen de l'état des
lieux: de sorte que quand même il nen
conviendroit point, il ne seroit pas pos-
sible de douter que son opinion ne soit
entierement & uniquement à lui. Mais
il voudroit persuader que les Prêtres la
lui ont fait naître: C'est là ce qu'en bon-
ne critique on doit particulierement lui
reprocher, bien loin de se servir de cette
opinion si visiblement fausse, comme si
elle tiroit toure sa force des anciens E-
gyptiens; & cet apparent prodige, réduit
a sa juste valeur, ne peut donner aucu-
ne autorité aux systèmes qu'on a préten-
du en être la consequence.
Fermer
3265
p. 31-48
MEMOIRE Adressé a l'Auteur du Mercure par l'Inventeur du Lithotome caché.
Début :
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome caché ci-devant dans plusieurs [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Adressé a l'Auteur du Mercure par l'Inventeur du Lithotome caché.
MEMOIRE
Adressé a l'Auteur du Mercure par
l'Inventeur du Lithotome caché.
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome
caché ci-devant dans plusieurs
occasions pour l'opération de la taille,
ayant promis aussi dans le Recueil* qu'il
a publié de toutes les pièces concernant
l'avantage de cet insttument pour la tail-
le, qu' il instruiroit le Public des évene-
mens & des progrès qui parviendroient
à sa connoissance fur cette matiere,
donne ici la seconde Liste des Malades
qui ont été taillés, depuis la pre-
miere qu'il a publiée dans le Mercure
de France 1751.
1. Le fils de Maître Pavillon, Mar-
chand Bonnetier à Ligny en Barois
Province de Lorraine, âgé de cinq ans
a été taillé le 10. Mars 1751, &
gueri.
2. Le fils de Maître Noel, Marchand
* Page 98. ce Recueil se vend chez d'Hloury
fils, Libraire, tue de la Bouclerie, à Paris.
B iiij
Digirzes beOO
32 MERCURE DEFRANCE.
Pelletier à Ligny en Barois, âgé d'en-
viron cinq ans, a été taillé le 10. du
mois d'Avril 1751, & gueri.
3. M. Desert, Prêtre, on n'a point
marqué son âge, natif du Bourg de Void,
à 3. lieues de Ligny en Barois, a été,
taillé au même lieu le 26. du mois de
Mai 1751. Ce malade se trouva gueri
de son opération vers le huitième jouc
après : Le Chirurgien lui ayant permis de
se levet, il passa & demeura plusieurs
heures dans une chambre froide & hu-
mide; ce séjour lui donna un frisson qui
fut suivi de plusieurs autres qui dégéné-
rerent en fluxion de poitrine avec cra-
chement de sang, ce qui le conduisit au
tombeau en 6. ou 7. jours, malgré tous
les secours qu'on y apporta. La mort de
ce malade n'a aucune relation à son opé-
ration, dont il étoit déja gueri & cicatri-
sé, suivant le certificat du Chirurgien
qui avoit été chargé de son pansement.
4. Clande Morillot âgé de 13. ans,
Habitant natif du Village de Naix, à
quelques lieues de Ligny en Barois.
Charles l'Héricot âgé de 5. ans,
du Village de Vélaine', près Ligny en
Parois.
6°. Antoine Dusau de la Ville de Li-
gny en Barois, (l'âge de celui-ci n'est
MAI.
1752.
33.
point marqué) ont été taillés tous les
trois le 13. Juillet 1751. à Ligny, &
gueris.
7°. Marguerite Bertrand âgée de dix
ans, fille de Mr. Bertrand, Chapelier
à Ligny en Barois, a été taillée le 10.
du mois d'Août, & guerie aussi Ces 7.
ont été taillés par M. Cambone, Chirur-
gien major du Regiment de Caraman
Dragons; cet habile Chirurgien est pré-
sentement à la suite de son Regiment.
8°. Bernard Christophe âgé de 4. ans,
fils de Jean Christophe, Brasseur à- Saint
Michel ou Saint Miel en Lorraine, a été-
taillé le 28. Août 1751. par Monsieur
Dezoteux, Chirurgien major du Regiment
du Monstier Cavalerie, en garnison au-
même endroit.
Tous ces huit ont été taillés dans la
situation horisontale, prescrite dans le
Recueil ci dessus, chez d'Houry 1751.
9. Maurice Lavillier, âgé de 15. ans,
a été taillé le 20. Mai 1751, dans l'Hô-
pital de la Charité à Paris, & fut gueri
en huit jours par M. Lesne, Substitut
du Chirurgien major du même Hôpital:
Ce célebre Chirurgien assûre dans une
lertre qu'ilnous a fait l'honneur de nous
ecrire sur ce sujet, qu'il se détermina à
se servir du Lithotome caché; pour sa-
Bv.
34 MERCURE DEFRANCE.
tisfaire au desir de M. de la Martiniere,
premier Chirurgien du Roi, qui étoit
présent, & qui avoit conçu beaucoup d'es-
time pour cet Instrument aussi-bien que
lui-même.
10°. M. Lesne tailla encore quelques
jours après dans le même Hôpital Mre.
Nicolas Cuquias Curé de Saint Maurice
au Diocèse de Sens, âgé de 60. ans. Ce
malade mourut dix-huit jours après son
opération. M. Lesne marque dans sa lettre
citée ci-dessus, que la pierre qu'il tira,
étoit d'un volume considérable, que néan-
moins il la tira aisément. Ce malade eut
pour accident une hemoragie produite
par une branche de la honteuse interne
plus grosse dans ce sujet qu'elle ne se
trouve ordinairement. La cause de sa
mort ne fut cependant qu'un gros rhûme
avec beaucoup de fièvre qui lui survint
neuf jours après l'opération. M. Lesne ou-
vrit son Cadavre, & reconnut par le
mauvais état du Poumon, qu'il étoit mort
d'une fluxion de Poitrine; n'ayant rien
trouvé du côté de l'opération, qui ne fût
en très-bon état. Quoiqu'il en soit, ajoûte
M. Lesne dans sa lettre citée ci-dessus,
cet evenement ne diminue rien en moi de
ta bonne opinion que pai du Lithotome ta-
che.
MAI. 1752.
35.
11°. Baptiste Forêt, âgé de 18. ans,
du Pays de Bresse, a eté taillé à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon, dans le mois de Mai
1751. & gueri.
12. Joseph Perset âgé de 28. ans,
du Village de Brignais dans le Lyonnois
a été taillé dans le mois de Mai, à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon. Cette opération fut
fuivie d'une grande hémoragie que le
Chirurgien attribue à la section d'une
artere qu'il nomme Bulbo caverneuse. Il
fit usage des moyens qui lui étoient con-
nus pour s'opposer à cet accident; mais
ces moyens ne lui ayant point reussi,
il eut recous au Bourdonnet trempé dans
le bûcre d'Antimoine qu'il porta sur le
vaisseau ouvert, à la faveur de la goû-
tiere d'un gorgeret; cet expédient lui
téussit; mais il causa des accidens qui pen-
ferent faire perir le malade, tels qu une
grande inflammation, hoquet, délire,
& c Ce malade néanmoins surmonta tout,
& sortit de l'Hôtel-Dieu en bonne santé
excepté que sa playe resta fistuleuse. M.
Ponteau Chirurgien major de la Maison,
qui a taillé aussi le précédent, & qui jouit
à Lyon d'une grande réputation, ajoûte
dans un détail qu'il nous en a donné
par une lettre, qu'il lui est arrivé pa-
reille hémoragie dans plusieurs autres oc-
B. vi
Digisteres vOO
36 MERCURE DE FRANCE.
casions, par sa méthode particuliere,
qu'il les avoit arrêtées par le même re-
mede, sans que les malades fussent res-
tés fistuleux, & qu'il n attribue cet ac-
cident, dans le cas dont il s'agit, qu'aux
aspérités fort longues, dont la surface
d'une grosse pierre qu'il lui tira étoit hé-
rissée; qu'au surplus, il n'attribue point
l'accident de l'hémoragie comme propre
au Lithotome caché dont il s'est servi,
parce qu'elle lui est arrivée de même d'au-
trefois pat une autre méthode.
13. Ce même Chirurgien a taillé dans
le mois de Septembre suivant dans le mê-
me Hôtel-Dieu, la fille d'un Pêcheur
de Mâcon, âgée de 12. ans, & guerie
aussi.
14. Nicolas Buzé âgé de 22. ans, a
été taillé à Reims le 15. du mois de Juin
1751, par M. Muzeux, Lieutenant du
premier Chirurgien du Roi, & Chirur-
gien major de l'Hôtel-Dieu de la même
Ville; cet habile Chirurgien affure que,
quoique ce malade fût d'un fort mauvais
temperamment, il est parfaitement gueri
sans aucun accident.
15°. M. Muzeux a encore taillé le 4.
du mois de Janvier 1752, dans la mê-
me Ville de Reims, lo nommé Herbé,
Jardinior, âgé de 28. ans, souffrant de-
MAI.
1752.
37
puis 20, ans; la pierre étoit fort grosse;
le malade a été gueri dans 23. jours, mal-
gré l'état d'astrophie, où les excessives
douleurs l'avoient réduit. On voit par cet
Article, que le choix des saisons n est pas
nécessaire à cette méthode, on n'a point
marqué dans quelle situation on a taillé
ces sept derniers.
16°. Denis Fleuret âgé de 25. ans, a
été taillé chez lui, au Village de Bessan-
court, dans la Vallée d'Anguin, le 21.
du mois de Mai 1751.
17. Agnan Petit, Vigneron, âgé de
42. aus, a été taillé le 20. du mois d'Oc-
tobre 1751, à Villiers dans la Brie, à
une lieue de Saint Maur, & parfaite-
ment gueri sans aucun accident ni pan-
sement.
18°. Le fils de Louis Cordier, Vi-
gneron au Village d'Anery près Pontoise,
agé de onze ans, a été taillé le 13. du
mois de Septembre 1751. gueri sans au-
cun pansement ni accident.
19. Le fils de François Tellier, du-
Village d'Orimaux, à trois lieues d'Amiens-
en Picardie, âgé de six ans, a été taillé
au Fauxbourg de Laumône à Pontoise
le 13. Septembre 1751, gueri sans pan-
tement ni accident. Il fut en état de re-
Digires bOO
38 MERCURE DE FRANCE.
tourner dans son Pays le 29. du même
mois.
20. Tartarin, Vigneron au Bourg d'Ar-
genteuil près Paris, âgé de 52. ans, a été
taillé le 5 du mois de Novembre 1751,
gueri sans pansenient ni accident.
21. Le fils d'Angot, Vigneron au
Bourg d'Argenteuil, agé de 4. ans, a
été taillé le 15. de Mars 1751, & gueri
sans aucun pansement ni accident.
220. Le fils de Demay, Vigneron au
Village d'Auvers près Pontoise, âgé de
23. ans, a été taillé le 3. du mois de
Février 1752. gueri.
23°. Le fils de Philipes Jupin, Vigne-
ron au Faubourg Notre- Dame à Pon-
toise, âgé de 4. ans, a été taillé le 4.
du mois de Février 1752, & gueri sans,
pansement ni accident.
Ces huit derniers ont tous été taillés-
dans la situation horisontale.
Nous observons encore ici qu'outre
les huit derniers de cette Liste qui sont
bien gueris sans aucun pansement, il y
en a aussi cinq dans la premiere Liste,,
qui a été publiée dans le Journal des Sça-
vans du mois de Janvier 1751, qui étoient
gueris sans aucun pansement. Voyez les-
NS. L. 2. 3. 5. & 6. de cette Liste,
MAI.
1752. | 39
Elle se trouve aussi dans le Mercure de
Février de la même année; ce qui fait
en tout le nombre de treixe.
Dans la Liste du Mercure ci-dessus,
on y indiqua aussi les Chirurgiens de dif-
férens endroits qui se servent du Litho-
tome caché; il ny avoit pour Paris en-
core alors que M. la Roche, mais M.
Lesne en a augmenté le nombre.
Nous ajoûtons pour la Ville d'Angers,
Messieurs Mopilliers qui sont deux fre-
res d'un grand mérite, tant pour la taillo
que pour toutes les autres opérations de
la Chirurgie les plus délicates, & les plus
difficiles.
Le même Anonyme qui a fourni ces
deux Listes, s'est engagé dans la première,
Journal des Sçavans, Janvier 1751,
pag. 42. in.4. qu'il donneroit des Ob-
servations dans la suite, pour prouver
qu'il étoit plus avantageux de ne point
panser les malades opérés avec le Litho-
tome caché, que de les panser. Voicy
ses Observations.
On doit considérer l'opération de la
taille faite avec le Lithotome ci-dessus,
comme une playe simple aussi-tôt après
Pextraction de la pierre hors de la vessie;
ainsi cette playe n'a plus d'autre indica-
ton curative que celle de la réunion.
40 MERCURE DEERANCE.
Ce Principe incontestable une fors
établi, on va prouver par plusieurs faits
& par quelques courtes réflexions, qu'il.
qu'il n'est pas nécessaire de panser la
playe des malades qu'on a taillés avec.
le Lithotome caché; mais même que le
pansement s'oppose à leur guerison. Voi-
ci les faits.
Un Chirurgien s'étant transporté à la-
campagne pour y tailler trois malades à
un mois ou environ de distance les uns
des autres, à des lieux différens, ne pou-
vant panser par lui-même ses malades,
fut obligé d'en remettre le soin au Chi-
rurgien du lieu le plus voisin de chaque
malade. Ces trois malades furent pansés
par un Chirurgien différent chacun; &
tous les. trois furent près de deux mois
sans être finis de guerir, quoiqu'il ny
eût eû aucun accident à la suite de l'opé-
ration: on suivoit pour les pansemens,
la maniere ordinaire avec le double T.
Plumaceau garni de supuratif, Compres-
ses unissantos, & les Chirurgiens rendoient
compte chacun de leur côté par lettres à
celui qui avoit taillé les malades, & sui-
voient exactement ce qu'il leur prescri-
voit par ses réponses; malgré l'exactitude
dont on usoit de part & d'autre, la fin
de la guerison n arrivoit point, & Lun-
MAI.
1752. 41
des trois fut plus de deux mois avant
d'être entierement gueri.
Ces évenemens qui par leur longueur
étoient devenus fatiguans & desagréables
pour le Chirurgien qui avoit taillé les
malades, d'autant plus qu'ils étoient tous
pauvres, & hors d'état de subvenir aux
besoins les plus essentiels, le porterent
à refléchir sur ce qui pouvoit être la vé-
ritable cause qui avoit ainsi retardé la
guerison de ses malades.
Il imagina que le séjour seul des uri-
nes dans tout le trajet de la playe pou-
voit fort bien produire cet effet, & que
ce séjour étoit occasionné par l'appareil
qu'on mettoit sur la playe, qui soutenu
pat le bandage ordinaire, retenoit toujours
une partie de l'urine dans cette playe; que
cette urine retenue délayoit par son séjour
la viscosité des sucs nourriciers qui étoient
destinés à la réunion de la playe.
Cette idée sur le mauvais effet du sé-
jour des urines dans la playe de la tail-
le se fortifia encore en lui, en se rap-
pellant qu'il avoit vû autrefois en tra-
vaillant à l'Hôtel-Dieu de Paris, qu'il
s'y rencontroit des malades après l'opéra-
tion de la taille, dont les urines étoient
si âcres, qu'elles excorioient les bords de
la playe, les environs, & même tout son
Digires baOO
42 MERCUREDE FRANCE.
trajet, jusques dans la vessie; que ces ma-
lades ne guerissant point à la suite de plu-
sieurs mois de pansement, quoique sou-
vent leur santé parût meilleure d'ailleurs,
on se détermina à abandonner la guerison
de leur playe à la nature seule, en cessant
de les panser: On voyoit ensuite les playes
de ces malades, après quelques jours d'a-
bandon, qui commençoient à devenis
mieux, & qui guerissoient peu à peu, &
souvent douze ou quinze jours suffisoient
pour terminer leur guerison.
Toutes ces réflexions lui ayant paru
bien fondées, lui firent prendre la résolu-
tion de ne point panser les malades qu'il
pouvoit avoir occasion de tailler dans la
suite. Enfin ces occasions s'étant présen-
tées, il exécuta fon projet, & il eut la
satisfaction de le voir reussir. Le premier
à qui il fit l'opération, fut gueri en moins
de vingt jours sans aucun pansement. Cet
heureux succès qui suivit le premier essai,
l'enhardit pour l'avenit; de sorte qu'il n'a
point hésité pour tenir la même conduite
sur treize de suite, sans égard aux saisons
ni aux différens âges; dans ce nombre il
y en a depuis deux ans & demi, jusqu'à
cinquante-deux ans, ainsi qu'on le
peut voir dans la Liste.
Les urines de tous ces malades sans
Digsiued vdO
MAI. 1752.
43
exception, ont cessé de passer par la playe
au-dessous du vingrième jour après l'opé-
ration, & même à la plupart au-dessous
du quinziéme.
Il est à propos de remarquer en passant
que les succès prompts & heureux de ces
treize malades, ne sçauroient être attri-
bués ni à l'exactitude des soins qu'on leur
donnoit, ni à leur opulence. Tous étoient
pauvres, mal couchés, & excepté quel-
ques uns, ils manquoient presque du né-
cessaire.
Aucun de tous ces malades na étê sai-
gné avant ni après l'opération. On ne s'est
point servi d'embrocation, ni de fomen-
tation; on les a seulement tous purgés,
excepré un qui ne l'a point été du tout:
la veille de l'opération on leur a aussi don-
né quelquefois des lavemens.
Le regime qu'on leur a fait obferver
pendant les deux ou trois premiers jours,
consistoit à boire beaucoup d'eau de grai-
ne de lin; & pour toute nourriture, une
eau legere avec le veau, dont ils prenoient
comme un bouillon ordinaire de quatre en
quatre heures. Après ces premiers jours,
on augmentoit peu-à-peu la force de ce
bouillon, & on diminuoit à proportion
la quantité de la boisson.
Après l'exposition simple qu'on vient
MeN VO
44 MERCURE DE FRANCE.
de mettre sous les yeux des Lecteurs, de
seize malades qui ont été taillés avec le
Lithotome cache par un seul Chirurgien,
nous croyons indispensable d'y ajoûter les
réflexions suivantes.
Tous les seize malades ont gueri sans au-
cun des accidens qui ont coutume d'arriver
dans la plûpart des autres méthodes ordi-
naires de tailler; mais les trois premiers ont
été seulement long-tems à guerir, & on
les pansoit: les treize derniers sont gueris-
promptement, on ne les a point pansés;
Iun de ces treizé a été taillé pour la fe-
conde fois, & est un des trois premiers
qui fut le plus long à guerir lorsqu'il fut
taillé la première fois. L'uniformité dans
la promptitude de la guérison de treize
malades de suite sans pansement, compa-
rée à celle de trois qui les ont précédés
avec pansement, ne peut être attribuée
au hazard: car si cela étoit, il n'y auroit
1 en dans la vie qu'on n'y dût rapporter.
Ils ont tous été opérés de la même façon,
tous ont été exempts d'accidens, mais
lè pansement seul y a mis de la différence;
donc que le pansement est plus con-
traire à la guerison qu'il n'y est néces-
saire.
Nous avons déja fait remarquer que
nous croyons que le séjour de l'urine dans
MAI.
1752.
45
de trajet de la playe, étoit la véritable
cause qui s'opposoit à sa réunion: Nous
ajoûrerons ici que nous considérons l'uri-
ne dans la playe de la taille, à titre de
corps étranger, mais plus ou moins nui-
sible, suivant qu'elle est plus ou moins
âcre. Suivant cette idée déja confirmée par
ce succès, nous ne faisons aucune diffi-
culté d'attribuer la longueur de la gueri-
son des trois premiers, aux seuls panse-
mens, & nous croyons en même tems
être autorisés à proposer cet exemple pour
regle de ne point panser.
Au surplus nous déclarons en même
tems que nous n'entendons point parler
des inconvéniens des pansemens à la suite
de l'opération de la taille, que de celle
qui se fait avec le Lithotome caché.
De plus nous estimons qu'indépendam-
ment d'un grand nombre d'inconvéniens
qui résultent des embarras de deux & quel-
quefois trois pansemens par chaque jour,
à la suite de cette opération, & dont
nous ne parlerons point ici; celui de re-
tenir toujours une partie des urines dans
le trajet de la playe, est le plus grand :
car la vessie, quoique malade, conserve
toujours l'urine pendant un certain tems
plus ou moins long, avant de l'expulser
au dehors, & quoique cette urine soit
46 MERCURE DE FRANCE.
obligée de passer par tout le trajet de la
playe, elle n'y séjourne cependant point,
si elle ne s'y trouve retenue.
Or c'est précisément ce que le pan-
sement qu'on a coutume de faire à cette
playe, fait en s'opposant directement à sa
sortie.
Outre cet inconvénient inévitable que
le pansement produit, il est encore la
cauie d'un autre qui mérite beaucoup d'at-
tention; c'est l'écartement que les urines
causent aux levres de la playe par la re-
sistance que l'appareil du pansement opose
à leur sortie, lorsque les ressorts de la
vessie les pousse au dehors. On conçoit
aisément que ce dernier accident ne peut
manquer d'atriver, lorsqu'on sçait que les
fluides font un effort égal en tous sens,
dans les capacités qui les compriment de
toute part.
De ces deux inconvéniens purement
méchaniques que les pansemens produi-
sent toujours, que n'arrivera-t. il pas tou-
tes les fois qu'ils se trouveront associés
avec un troisieme qui ne mérite pas moins
d'attention, & qui est souvent la vérita-
ble cause des fistules qui succedent à cette
opération: c'est l'âcreté & la corrosion
des urines qui rongent & ulcerent, non
seulement la playe, mais même toute la
MAI. 1752.
4
peau au dehors, pendant que l'appareil
des pansemens les y retient, ainsi que
nous l'avons déja remarqué dans les Hô-
pitaux.
Nous ajoûterons encore ici qu'il est
à présumer que dans toutes les méthodes
de tailler qui se pratiquent, par le col
de la vessie, on a eû pour but princi-
pal dans le pansement, de s'opposer à la
sortie de l'urine par la partie de la playe
qui regne depuis l'uretre jusqu au dehors,
en l'obligeant de reprendre sa route na-
turelle, & procurer par ce moyen, une
réunion plus prompte de cette partie de la
playe, que si l'urine avoit la liberté d'y
passer sans aucune resistance.
Nous ne nous attacherons point ici à
résoudre un problême qui est de sçavoir
s'il est aussi avantageux dans d'autres mé-
thodes que dans la nôtre, de faire effort
pour procurer promptement le passage des
urines par la voye ordinaire, en com-
primant la playe extérieure par un appa-
reil; & s'il n'est pas aussi dangereux de
retenir toujours par cette compression une
partie de l'urine, qui ne peut être expul-
sée dans le trajet de la playe, qui regne
depuis la vessie jusqu'à l'endroit de la
courbure de l'uretre où elle finit. Nous
nous bornerons à notre objet à cet égard,
48 MERCURE DE FRANCE.
puisqu'il est démontré par les preuves que
nous venons de donner, que dans celle
que l'on fait avec le Lithotome caché, il est
préférable de laisser libre l'écoulement des
urines par la playe chaque fois que la vel-
sie s'en décharge, afin que cette playe
demeure ensuite à sec, pendant l'inter-
valle d'un passage à l'autre.
La comparaison des trois premiers qui
ont été pansés, avec les treize qui ne l'ont
pas été, ne laisse rien à désirer sur ce
sujet.
Nous ne disons rien pour le cas où
la playe se trouveroit compliquée, aucun
de ces cas n'étant point arrivé encore
en notre présence: D'ailleurs ces com-
plications, quand elles se rencontrent
ne peuvent avoir rien qui ne soit com-
mun à toutes les méthodes de tailler;
ce qui a donné lieu aux grands Maîtres
de traiter ces cas à fond dans leurs Ou-
vrages.
Adressé a l'Auteur du Mercure par
l'Inventeur du Lithotome caché.
L'ANONYME qui a proposé le Lithotome
caché ci-devant dans plusieurs
occasions pour l'opération de la taille,
ayant promis aussi dans le Recueil* qu'il
a publié de toutes les pièces concernant
l'avantage de cet insttument pour la tail-
le, qu' il instruiroit le Public des évene-
mens & des progrès qui parviendroient
à sa connoissance fur cette matiere,
donne ici la seconde Liste des Malades
qui ont été taillés, depuis la pre-
miere qu'il a publiée dans le Mercure
de France 1751.
1. Le fils de Maître Pavillon, Mar-
chand Bonnetier à Ligny en Barois
Province de Lorraine, âgé de cinq ans
a été taillé le 10. Mars 1751, &
gueri.
2. Le fils de Maître Noel, Marchand
* Page 98. ce Recueil se vend chez d'Hloury
fils, Libraire, tue de la Bouclerie, à Paris.
B iiij
Digirzes beOO
32 MERCURE DEFRANCE.
Pelletier à Ligny en Barois, âgé d'en-
viron cinq ans, a été taillé le 10. du
mois d'Avril 1751, & gueri.
3. M. Desert, Prêtre, on n'a point
marqué son âge, natif du Bourg de Void,
à 3. lieues de Ligny en Barois, a été,
taillé au même lieu le 26. du mois de
Mai 1751. Ce malade se trouva gueri
de son opération vers le huitième jouc
après : Le Chirurgien lui ayant permis de
se levet, il passa & demeura plusieurs
heures dans une chambre froide & hu-
mide; ce séjour lui donna un frisson qui
fut suivi de plusieurs autres qui dégéné-
rerent en fluxion de poitrine avec cra-
chement de sang, ce qui le conduisit au
tombeau en 6. ou 7. jours, malgré tous
les secours qu'on y apporta. La mort de
ce malade n'a aucune relation à son opé-
ration, dont il étoit déja gueri & cicatri-
sé, suivant le certificat du Chirurgien
qui avoit été chargé de son pansement.
4. Clande Morillot âgé de 13. ans,
Habitant natif du Village de Naix, à
quelques lieues de Ligny en Barois.
Charles l'Héricot âgé de 5. ans,
du Village de Vélaine', près Ligny en
Parois.
6°. Antoine Dusau de la Ville de Li-
gny en Barois, (l'âge de celui-ci n'est
MAI.
1752.
33.
point marqué) ont été taillés tous les
trois le 13. Juillet 1751. à Ligny, &
gueris.
7°. Marguerite Bertrand âgée de dix
ans, fille de Mr. Bertrand, Chapelier
à Ligny en Barois, a été taillée le 10.
du mois d'Août, & guerie aussi Ces 7.
ont été taillés par M. Cambone, Chirur-
gien major du Regiment de Caraman
Dragons; cet habile Chirurgien est pré-
sentement à la suite de son Regiment.
8°. Bernard Christophe âgé de 4. ans,
fils de Jean Christophe, Brasseur à- Saint
Michel ou Saint Miel en Lorraine, a été-
taillé le 28. Août 1751. par Monsieur
Dezoteux, Chirurgien major du Regiment
du Monstier Cavalerie, en garnison au-
même endroit.
Tous ces huit ont été taillés dans la
situation horisontale, prescrite dans le
Recueil ci dessus, chez d'Houry 1751.
9. Maurice Lavillier, âgé de 15. ans,
a été taillé le 20. Mai 1751, dans l'Hô-
pital de la Charité à Paris, & fut gueri
en huit jours par M. Lesne, Substitut
du Chirurgien major du même Hôpital:
Ce célebre Chirurgien assûre dans une
lertre qu'ilnous a fait l'honneur de nous
ecrire sur ce sujet, qu'il se détermina à
se servir du Lithotome caché; pour sa-
Bv.
34 MERCURE DEFRANCE.
tisfaire au desir de M. de la Martiniere,
premier Chirurgien du Roi, qui étoit
présent, & qui avoit conçu beaucoup d'es-
time pour cet Instrument aussi-bien que
lui-même.
10°. M. Lesne tailla encore quelques
jours après dans le même Hôpital Mre.
Nicolas Cuquias Curé de Saint Maurice
au Diocèse de Sens, âgé de 60. ans. Ce
malade mourut dix-huit jours après son
opération. M. Lesne marque dans sa lettre
citée ci-dessus, que la pierre qu'il tira,
étoit d'un volume considérable, que néan-
moins il la tira aisément. Ce malade eut
pour accident une hemoragie produite
par une branche de la honteuse interne
plus grosse dans ce sujet qu'elle ne se
trouve ordinairement. La cause de sa
mort ne fut cependant qu'un gros rhûme
avec beaucoup de fièvre qui lui survint
neuf jours après l'opération. M. Lesne ou-
vrit son Cadavre, & reconnut par le
mauvais état du Poumon, qu'il étoit mort
d'une fluxion de Poitrine; n'ayant rien
trouvé du côté de l'opération, qui ne fût
en très-bon état. Quoiqu'il en soit, ajoûte
M. Lesne dans sa lettre citée ci-dessus,
cet evenement ne diminue rien en moi de
ta bonne opinion que pai du Lithotome ta-
che.
MAI. 1752.
35.
11°. Baptiste Forêt, âgé de 18. ans,
du Pays de Bresse, a eté taillé à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon, dans le mois de Mai
1751. & gueri.
12. Joseph Perset âgé de 28. ans,
du Village de Brignais dans le Lyonnois
a été taillé dans le mois de Mai, à l'Hô-
tel-Dieu de Lyon. Cette opération fut
fuivie d'une grande hémoragie que le
Chirurgien attribue à la section d'une
artere qu'il nomme Bulbo caverneuse. Il
fit usage des moyens qui lui étoient con-
nus pour s'opposer à cet accident; mais
ces moyens ne lui ayant point reussi,
il eut recous au Bourdonnet trempé dans
le bûcre d'Antimoine qu'il porta sur le
vaisseau ouvert, à la faveur de la goû-
tiere d'un gorgeret; cet expédient lui
téussit; mais il causa des accidens qui pen-
ferent faire perir le malade, tels qu une
grande inflammation, hoquet, délire,
& c Ce malade néanmoins surmonta tout,
& sortit de l'Hôtel-Dieu en bonne santé
excepté que sa playe resta fistuleuse. M.
Ponteau Chirurgien major de la Maison,
qui a taillé aussi le précédent, & qui jouit
à Lyon d'une grande réputation, ajoûte
dans un détail qu'il nous en a donné
par une lettre, qu'il lui est arrivé pa-
reille hémoragie dans plusieurs autres oc-
B. vi
Digisteres vOO
36 MERCURE DE FRANCE.
casions, par sa méthode particuliere,
qu'il les avoit arrêtées par le même re-
mede, sans que les malades fussent res-
tés fistuleux, & qu'il n attribue cet ac-
cident, dans le cas dont il s'agit, qu'aux
aspérités fort longues, dont la surface
d'une grosse pierre qu'il lui tira étoit hé-
rissée; qu'au surplus, il n'attribue point
l'accident de l'hémoragie comme propre
au Lithotome caché dont il s'est servi,
parce qu'elle lui est arrivée de même d'au-
trefois pat une autre méthode.
13. Ce même Chirurgien a taillé dans
le mois de Septembre suivant dans le mê-
me Hôtel-Dieu, la fille d'un Pêcheur
de Mâcon, âgée de 12. ans, & guerie
aussi.
14. Nicolas Buzé âgé de 22. ans, a
été taillé à Reims le 15. du mois de Juin
1751, par M. Muzeux, Lieutenant du
premier Chirurgien du Roi, & Chirur-
gien major de l'Hôtel-Dieu de la même
Ville; cet habile Chirurgien affure que,
quoique ce malade fût d'un fort mauvais
temperamment, il est parfaitement gueri
sans aucun accident.
15°. M. Muzeux a encore taillé le 4.
du mois de Janvier 1752, dans la mê-
me Ville de Reims, lo nommé Herbé,
Jardinior, âgé de 28. ans, souffrant de-
MAI.
1752.
37
puis 20, ans; la pierre étoit fort grosse;
le malade a été gueri dans 23. jours, mal-
gré l'état d'astrophie, où les excessives
douleurs l'avoient réduit. On voit par cet
Article, que le choix des saisons n est pas
nécessaire à cette méthode, on n'a point
marqué dans quelle situation on a taillé
ces sept derniers.
16°. Denis Fleuret âgé de 25. ans, a
été taillé chez lui, au Village de Bessan-
court, dans la Vallée d'Anguin, le 21.
du mois de Mai 1751.
17. Agnan Petit, Vigneron, âgé de
42. aus, a été taillé le 20. du mois d'Oc-
tobre 1751, à Villiers dans la Brie, à
une lieue de Saint Maur, & parfaite-
ment gueri sans aucun accident ni pan-
sement.
18°. Le fils de Louis Cordier, Vi-
gneron au Village d'Anery près Pontoise,
agé de onze ans, a été taillé le 13. du
mois de Septembre 1751. gueri sans au-
cun pansement ni accident.
19. Le fils de François Tellier, du-
Village d'Orimaux, à trois lieues d'Amiens-
en Picardie, âgé de six ans, a été taillé
au Fauxbourg de Laumône à Pontoise
le 13. Septembre 1751, gueri sans pan-
tement ni accident. Il fut en état de re-
Digires bOO
38 MERCURE DE FRANCE.
tourner dans son Pays le 29. du même
mois.
20. Tartarin, Vigneron au Bourg d'Ar-
genteuil près Paris, âgé de 52. ans, a été
taillé le 5 du mois de Novembre 1751,
gueri sans pansenient ni accident.
21. Le fils d'Angot, Vigneron au
Bourg d'Argenteuil, agé de 4. ans, a
été taillé le 15. de Mars 1751, & gueri
sans aucun pansement ni accident.
220. Le fils de Demay, Vigneron au
Village d'Auvers près Pontoise, âgé de
23. ans, a été taillé le 3. du mois de
Février 1752. gueri.
23°. Le fils de Philipes Jupin, Vigne-
ron au Faubourg Notre- Dame à Pon-
toise, âgé de 4. ans, a été taillé le 4.
du mois de Février 1752, & gueri sans,
pansement ni accident.
Ces huit derniers ont tous été taillés-
dans la situation horisontale.
Nous observons encore ici qu'outre
les huit derniers de cette Liste qui sont
bien gueris sans aucun pansement, il y
en a aussi cinq dans la premiere Liste,,
qui a été publiée dans le Journal des Sça-
vans du mois de Janvier 1751, qui étoient
gueris sans aucun pansement. Voyez les-
NS. L. 2. 3. 5. & 6. de cette Liste,
MAI.
1752. | 39
Elle se trouve aussi dans le Mercure de
Février de la même année; ce qui fait
en tout le nombre de treixe.
Dans la Liste du Mercure ci-dessus,
on y indiqua aussi les Chirurgiens de dif-
férens endroits qui se servent du Litho-
tome caché; il ny avoit pour Paris en-
core alors que M. la Roche, mais M.
Lesne en a augmenté le nombre.
Nous ajoûtons pour la Ville d'Angers,
Messieurs Mopilliers qui sont deux fre-
res d'un grand mérite, tant pour la taillo
que pour toutes les autres opérations de
la Chirurgie les plus délicates, & les plus
difficiles.
Le même Anonyme qui a fourni ces
deux Listes, s'est engagé dans la première,
Journal des Sçavans, Janvier 1751,
pag. 42. in.4. qu'il donneroit des Ob-
servations dans la suite, pour prouver
qu'il étoit plus avantageux de ne point
panser les malades opérés avec le Litho-
tome caché, que de les panser. Voicy
ses Observations.
On doit considérer l'opération de la
taille faite avec le Lithotome ci-dessus,
comme une playe simple aussi-tôt après
Pextraction de la pierre hors de la vessie;
ainsi cette playe n'a plus d'autre indica-
ton curative que celle de la réunion.
40 MERCURE DEERANCE.
Ce Principe incontestable une fors
établi, on va prouver par plusieurs faits
& par quelques courtes réflexions, qu'il.
qu'il n'est pas nécessaire de panser la
playe des malades qu'on a taillés avec.
le Lithotome caché; mais même que le
pansement s'oppose à leur guerison. Voi-
ci les faits.
Un Chirurgien s'étant transporté à la-
campagne pour y tailler trois malades à
un mois ou environ de distance les uns
des autres, à des lieux différens, ne pou-
vant panser par lui-même ses malades,
fut obligé d'en remettre le soin au Chi-
rurgien du lieu le plus voisin de chaque
malade. Ces trois malades furent pansés
par un Chirurgien différent chacun; &
tous les. trois furent près de deux mois
sans être finis de guerir, quoiqu'il ny
eût eû aucun accident à la suite de l'opé-
ration: on suivoit pour les pansemens,
la maniere ordinaire avec le double T.
Plumaceau garni de supuratif, Compres-
ses unissantos, & les Chirurgiens rendoient
compte chacun de leur côté par lettres à
celui qui avoit taillé les malades, & sui-
voient exactement ce qu'il leur prescri-
voit par ses réponses; malgré l'exactitude
dont on usoit de part & d'autre, la fin
de la guerison n arrivoit point, & Lun-
MAI.
1752. 41
des trois fut plus de deux mois avant
d'être entierement gueri.
Ces évenemens qui par leur longueur
étoient devenus fatiguans & desagréables
pour le Chirurgien qui avoit taillé les
malades, d'autant plus qu'ils étoient tous
pauvres, & hors d'état de subvenir aux
besoins les plus essentiels, le porterent
à refléchir sur ce qui pouvoit être la vé-
ritable cause qui avoit ainsi retardé la
guerison de ses malades.
Il imagina que le séjour seul des uri-
nes dans tout le trajet de la playe pou-
voit fort bien produire cet effet, & que
ce séjour étoit occasionné par l'appareil
qu'on mettoit sur la playe, qui soutenu
pat le bandage ordinaire, retenoit toujours
une partie de l'urine dans cette playe; que
cette urine retenue délayoit par son séjour
la viscosité des sucs nourriciers qui étoient
destinés à la réunion de la playe.
Cette idée sur le mauvais effet du sé-
jour des urines dans la playe de la tail-
le se fortifia encore en lui, en se rap-
pellant qu'il avoit vû autrefois en tra-
vaillant à l'Hôtel-Dieu de Paris, qu'il
s'y rencontroit des malades après l'opéra-
tion de la taille, dont les urines étoient
si âcres, qu'elles excorioient les bords de
la playe, les environs, & même tout son
Digires baOO
42 MERCUREDE FRANCE.
trajet, jusques dans la vessie; que ces ma-
lades ne guerissant point à la suite de plu-
sieurs mois de pansement, quoique sou-
vent leur santé parût meilleure d'ailleurs,
on se détermina à abandonner la guerison
de leur playe à la nature seule, en cessant
de les panser: On voyoit ensuite les playes
de ces malades, après quelques jours d'a-
bandon, qui commençoient à devenis
mieux, & qui guerissoient peu à peu, &
souvent douze ou quinze jours suffisoient
pour terminer leur guerison.
Toutes ces réflexions lui ayant paru
bien fondées, lui firent prendre la résolu-
tion de ne point panser les malades qu'il
pouvoit avoir occasion de tailler dans la
suite. Enfin ces occasions s'étant présen-
tées, il exécuta fon projet, & il eut la
satisfaction de le voir reussir. Le premier
à qui il fit l'opération, fut gueri en moins
de vingt jours sans aucun pansement. Cet
heureux succès qui suivit le premier essai,
l'enhardit pour l'avenit; de sorte qu'il n'a
point hésité pour tenir la même conduite
sur treize de suite, sans égard aux saisons
ni aux différens âges; dans ce nombre il
y en a depuis deux ans & demi, jusqu'à
cinquante-deux ans, ainsi qu'on le
peut voir dans la Liste.
Les urines de tous ces malades sans
Digsiued vdO
MAI. 1752.
43
exception, ont cessé de passer par la playe
au-dessous du vingrième jour après l'opé-
ration, & même à la plupart au-dessous
du quinziéme.
Il est à propos de remarquer en passant
que les succès prompts & heureux de ces
treize malades, ne sçauroient être attri-
bués ni à l'exactitude des soins qu'on leur
donnoit, ni à leur opulence. Tous étoient
pauvres, mal couchés, & excepté quel-
ques uns, ils manquoient presque du né-
cessaire.
Aucun de tous ces malades na étê sai-
gné avant ni après l'opération. On ne s'est
point servi d'embrocation, ni de fomen-
tation; on les a seulement tous purgés,
excepré un qui ne l'a point été du tout:
la veille de l'opération on leur a aussi don-
né quelquefois des lavemens.
Le regime qu'on leur a fait obferver
pendant les deux ou trois premiers jours,
consistoit à boire beaucoup d'eau de grai-
ne de lin; & pour toute nourriture, une
eau legere avec le veau, dont ils prenoient
comme un bouillon ordinaire de quatre en
quatre heures. Après ces premiers jours,
on augmentoit peu-à-peu la force de ce
bouillon, & on diminuoit à proportion
la quantité de la boisson.
Après l'exposition simple qu'on vient
MeN VO
44 MERCURE DE FRANCE.
de mettre sous les yeux des Lecteurs, de
seize malades qui ont été taillés avec le
Lithotome cache par un seul Chirurgien,
nous croyons indispensable d'y ajoûter les
réflexions suivantes.
Tous les seize malades ont gueri sans au-
cun des accidens qui ont coutume d'arriver
dans la plûpart des autres méthodes ordi-
naires de tailler; mais les trois premiers ont
été seulement long-tems à guerir, & on
les pansoit: les treize derniers sont gueris-
promptement, on ne les a point pansés;
Iun de ces treizé a été taillé pour la fe-
conde fois, & est un des trois premiers
qui fut le plus long à guerir lorsqu'il fut
taillé la première fois. L'uniformité dans
la promptitude de la guérison de treize
malades de suite sans pansement, compa-
rée à celle de trois qui les ont précédés
avec pansement, ne peut être attribuée
au hazard: car si cela étoit, il n'y auroit
1 en dans la vie qu'on n'y dût rapporter.
Ils ont tous été opérés de la même façon,
tous ont été exempts d'accidens, mais
lè pansement seul y a mis de la différence;
donc que le pansement est plus con-
traire à la guerison qu'il n'y est néces-
saire.
Nous avons déja fait remarquer que
nous croyons que le séjour de l'urine dans
MAI.
1752.
45
de trajet de la playe, étoit la véritable
cause qui s'opposoit à sa réunion: Nous
ajoûrerons ici que nous considérons l'uri-
ne dans la playe de la taille, à titre de
corps étranger, mais plus ou moins nui-
sible, suivant qu'elle est plus ou moins
âcre. Suivant cette idée déja confirmée par
ce succès, nous ne faisons aucune diffi-
culté d'attribuer la longueur de la gueri-
son des trois premiers, aux seuls panse-
mens, & nous croyons en même tems
être autorisés à proposer cet exemple pour
regle de ne point panser.
Au surplus nous déclarons en même
tems que nous n'entendons point parler
des inconvéniens des pansemens à la suite
de l'opération de la taille, que de celle
qui se fait avec le Lithotome caché.
De plus nous estimons qu'indépendam-
ment d'un grand nombre d'inconvéniens
qui résultent des embarras de deux & quel-
quefois trois pansemens par chaque jour,
à la suite de cette opération, & dont
nous ne parlerons point ici; celui de re-
tenir toujours une partie des urines dans
le trajet de la playe, est le plus grand :
car la vessie, quoique malade, conserve
toujours l'urine pendant un certain tems
plus ou moins long, avant de l'expulser
au dehors, & quoique cette urine soit
46 MERCURE DE FRANCE.
obligée de passer par tout le trajet de la
playe, elle n'y séjourne cependant point,
si elle ne s'y trouve retenue.
Or c'est précisément ce que le pan-
sement qu'on a coutume de faire à cette
playe, fait en s'opposant directement à sa
sortie.
Outre cet inconvénient inévitable que
le pansement produit, il est encore la
cauie d'un autre qui mérite beaucoup d'at-
tention; c'est l'écartement que les urines
causent aux levres de la playe par la re-
sistance que l'appareil du pansement opose
à leur sortie, lorsque les ressorts de la
vessie les pousse au dehors. On conçoit
aisément que ce dernier accident ne peut
manquer d'atriver, lorsqu'on sçait que les
fluides font un effort égal en tous sens,
dans les capacités qui les compriment de
toute part.
De ces deux inconvéniens purement
méchaniques que les pansemens produi-
sent toujours, que n'arrivera-t. il pas tou-
tes les fois qu'ils se trouveront associés
avec un troisieme qui ne mérite pas moins
d'attention, & qui est souvent la vérita-
ble cause des fistules qui succedent à cette
opération: c'est l'âcreté & la corrosion
des urines qui rongent & ulcerent, non
seulement la playe, mais même toute la
MAI. 1752.
4
peau au dehors, pendant que l'appareil
des pansemens les y retient, ainsi que
nous l'avons déja remarqué dans les Hô-
pitaux.
Nous ajoûterons encore ici qu'il est
à présumer que dans toutes les méthodes
de tailler qui se pratiquent, par le col
de la vessie, on a eû pour but princi-
pal dans le pansement, de s'opposer à la
sortie de l'urine par la partie de la playe
qui regne depuis l'uretre jusqu au dehors,
en l'obligeant de reprendre sa route na-
turelle, & procurer par ce moyen, une
réunion plus prompte de cette partie de la
playe, que si l'urine avoit la liberté d'y
passer sans aucune resistance.
Nous ne nous attacherons point ici à
résoudre un problême qui est de sçavoir
s'il est aussi avantageux dans d'autres mé-
thodes que dans la nôtre, de faire effort
pour procurer promptement le passage des
urines par la voye ordinaire, en com-
primant la playe extérieure par un appa-
reil; & s'il n'est pas aussi dangereux de
retenir toujours par cette compression une
partie de l'urine, qui ne peut être expul-
sée dans le trajet de la playe, qui regne
depuis la vessie jusqu'à l'endroit de la
courbure de l'uretre où elle finit. Nous
nous bornerons à notre objet à cet égard,
48 MERCURE DE FRANCE.
puisqu'il est démontré par les preuves que
nous venons de donner, que dans celle
que l'on fait avec le Lithotome caché, il est
préférable de laisser libre l'écoulement des
urines par la playe chaque fois que la vel-
sie s'en décharge, afin que cette playe
demeure ensuite à sec, pendant l'inter-
valle d'un passage à l'autre.
La comparaison des trois premiers qui
ont été pansés, avec les treize qui ne l'ont
pas été, ne laisse rien à désirer sur ce
sujet.
Nous ne disons rien pour le cas où
la playe se trouveroit compliquée, aucun
de ces cas n'étant point arrivé encore
en notre présence: D'ailleurs ces com-
plications, quand elles se rencontrent
ne peuvent avoir rien qui ne soit com-
mun à toutes les méthodes de tailler;
ce qui a donné lieu aux grands Maîtres
de traiter ces cas à fond dans leurs Ou-
vrages.
Fermer
3266
p. 50-63
PREMIERE LETTRE Sur le goût des Français en matiére de Litterature. Par M. Gaillard Avocat au Parlement.
Début :
Qu'est-ce que le Goût ? Je n'en sçais rien, & si je le sçavois, je ne le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE LETTRE Sur le goût des Français en matiére de Litterature. Par M. Gaillard Avocat au Parlement.
PREMIERE LETTRE
Sur le goût des Français en matiére
de Litterature. Par M. Gaillard
Avocat au Parlement.
Qu'est-ce que le Goût ? Je n'en sçais
rien, & si je le sçavois, je ne le
dirois pas: Trop de gens ont intérêt
que les idées de l'esprit & du goût ne
soient jamais fixées.
Autre question. Y a-t il quelque chose
qu'on puisse appeller le Goût génétal d'u-
ne Nation en matiére de litterature? Par
exemple; voit-on sur le mérite des pro-
ductions de l'esprit, une réunion de suf-
frages, qui annonce dans tous les Fran-
çais instruits & bien élevés, la même
maniere à peu près de penser, de sentir
& de juger? J'ose trouver la chose pro-
blematique.
Je sçais bien qu'il y a des Ouvrages
dont la céputation est consommée & ne
peut jamais être attaquée avec succès, je
sçais qu'il n'est plus question aujourd'hui
d'examiner si l'lliade, si l'Encide sont
MAI.
1752.
des chefs-d'œeuvre; le tems a mis le sceau
à leut gloire, il impose un silence éter-
nel au Goût séditieux, qui voudroit sé-
couer le joug d'une admiration devenue
nécessaire. Mais ces exemples ne me per-
suadent pas. Je ne reconnois plus le Goût
dès qu'il n est pas libre, dès qu'il ne pro-
nonce pas de son chef, & qu'il ne fait
que répéter. D'ailleurs tous ces Ouvrages
si reverés, ont un malheur; c'est qu'ils
sont aussi négligés qu'ils sont vantés; il
semble qu'on craigne de leur manquer de
respect en les lisant, ou qu'on veuille,
en ne les lisant point, se vanger de la né-
cessité de les admirer.
Si l'Iliade, si l'Odissée paroissoient au-
jourd'hui pour la premiere fois, je vois
déja nos femmes dégoûtées les rejetter
avec dédain; nos Petits-Maîtres s'épuiser
en bons mots sur la force grossière d'Ajax,
sur la légereté du pied d'Achille, sur les
gigots & la marmite de Patrocle, sur la
lessive de la Princesse Nausicaa, & nos
Beaux-esprits ne trouvant dans ces deux
Poëmes, ni finesse d'allusion, ni déli-
catesse de sentimens, décider qu'ils sont
les Ouvrages d'un sot qui avoit du génie.
L'Eneide ne seroit pas plus respectée.
C'est, diroit-on, une fable mal tissue,
pompeusement & tristement versifiée, dé
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
figurée par des caracteres communs &
manqués: Ascagne paroîtroit un sot en-
fant: Monsieur son pere seroit trouvé
médiocrement brave à Troye, fort de-
vot sur mer, un peu libertin. à Cartha-
ge, & souverainement malencontreux en
Italie.
Mais comme le moins vieux de ces
Ouvrages jouit d'environ 18. fiécles de
gloire & de mérite reconnu, on n'ose ni
les juger ni les lire, on se contente d'a-
voir pour eux les mêmes sentimens qu'on
a pour la Venus d'Appelle, pour les écrits
de Varron, & pour les plaidoyers d'Hor-
tensius, ce fameux rival de Ciceron, qu'on
estime tant fur la foi de l'Antiquite, &
dont il ne nous reste rien.
Je dis à peu près la même chose de
tous les Ouvrages dont les Auteurs ne sont
ni nos compatriotes, ni nos contempo-
rains; plus ils s'éloignent de nous, moins
on les lit & plus on les admire; & cela
est bien naturel. La lecture établit entre
l'Auteur & le Lecteur une espéce de fa-
miliarité qui tourne au détriment de l'esti-
me dûe aux Ouvrages; le respect que les
hommes conçoivent pour leurs sembla-
bles, est presque toujours fondé sur ce
qu'ils imaginent, rarement sur ce qu'ils
voyent. On connoît trop M. de Voltaire,
d by Goog
MAI. 1752. 53
M. de Fontenelle, M. Gresset, on vit
avec eux, on voit que ce sont des hom-
mes; on ne connoit point du tout Ho-
mere, Virgile, Corneille, Moliére,
on ne les a pas vu, vivre, on croit que
ce sont des Dieux.
C'est donc dans le succès des Ouvra-
ges nouveaux seulement qu'il faut cher-
cher le goût public, s'il y en a un.
De tous les Tribunaux où ce Juge
peut dicter ses Oracles, le Théatre est le
plus éclatant & le plus respectable; c'est-
là que le coeur prononce sur le raport du
sentiment; c'est-la, dit M. Gresset, qu'on
entend le cri de la Nature; Mais ny en-
tend-on pas trop souvent le cri de la ca-
bale & de la confusion? Aujourd'hui un
informe avorton meurt en naissant au
bruit des sifflets; croyez vous pour cela
pouvoir prendre le public au mot? De-
main il prodiguera les honneurs suprê-
mes à un monstre cent fois plus hideux,
tandis qu'il laissera expirer un chef-d'œeu-
yre sous la rage de l'envie. De deux Ou-
vrages médiocres l'un est applaudi, l'autre
siffle, selon le tems & les circonstances.
Quel oeil assez. subtil pourra à travers ce
cahos de jugemens opposés, démêler les
traces insensibles d'un goût invariable?
S'agit- il de principes ? C'est l'unanimité
C iij
54 MERCURE DEFRANCE.
la plus parfaite. Vient-on à l'application?
C'est la varieté la plus immense.
Si donc je voulois, à quelque prix que
ce fût, trouver un Goût-général dans
la Nation Française, voici comme je m'y
prendrois. Je renoncerois d'abord à le
trouver unanime, je renoncerois aussi à
le trouver constant; j'avouerois de bonne
foi qu'il change & qu'il passe comme
nos modes & nos caprices, & pour par-
venir à m'en former une juste idée, je
raisonnerois ainii:
„Il faut supposer qu'ordinairement
„les hommes sont assez éclairés sur leurs
„propres intérêts. L'intérêt des Auteurs
„ est de plaire au Public, du moins d'en
»être lûs. Feuilletons-donc les Annales
„de la Litterature; consultons les Au-
„teurs de tous les tems, voyons quels
„ont été dans les différens siècles, les
»genres les plus cultivés, & concluons
„ qu infailliblement ils étoient aussi les
„plus goûtés. La multitude des Ouvrages
„bons ou mauvais dans un même genre,
„ prouve au moins que ce genre est à la
»mode.
Sur ce principe, je me dispenserai de
vous dire quel etoit le Goût des Français
sous les Rois barbares ou imbécilles de la
premiere Race; je crois qu'on n'en avoit
MAI.
1752.
55
point; on étoit occupé d'affaires plus im-
portantes, on s'égorgeoit, on s empoi-
sonnoit, on n'avoit pas le tems de s'in-
struire ni d'instruire les autres.
Quand Pepin le Bref eut ôté la cou-
ronne au foible Childeric; quand par sa
puissance & par ses vertus il eut affermi
son trône usurpé, Charles I. son fils, ce
grand homme, ce grand Roi, si supé-
rieur à son Pere & au reste du monde,
voulut que les Lettres & les Loix triom-
phassent de la barbarie, comme ses armes
triomphoient des Saxons & des Maures;
ses trésors appellerent les talens & les arts-
des extrêmites de l'Univers, il les cultiva
avec ardeur, il les protégea avec magni-
ficence; il fut tout a la fois le plus habi-
le Capitaine, le plus brave & le plus ro-
buste soldat, le plus puissant Monarque,
le plux sage Legislateur, lhomme le plus
éclaité & le plu éloquent de son siécle;
il préféra avec raison cette derniere gloi-
re à toutes les autres; on dut lui pardon-
ner de conquérir, parce qu'il étoit digne
de gouverner, & que sa valeur ne nuisoit
ni à son humanité ni à sa justice.
Ses successeurs furent peu jaloux de mar-
cher sur ses traces, les fruits de ses tra-
vaux sublimes furent séchés presque dans
leur fleur; la barbarie regagna ce qu'elle
.. .
CIIII
Mustnen O
56 MERCURE DE FRANCE.
avoit perdu, l'ignorance rentra dans son.
domaine; on n eut plus de talens, ou on
en fit un ridicule usage. Un mauvais Poë-
te faisoit des Vers à la louange d'un mau-
vais Prince, & se croyoit obligé de se ser-
vir de tous mots qui commençassent
par la lettre C, parce que ce Prince se
nommoit Charles, ou parce qu'il étoit
chauve.
C'est cette même manie de rendre dif-
ficiles des choses inutiles & ennuyeuses,
qui nous a valu dans des siécles bien pos-
terieurs, ces Acrostiches, ces Rondeaux,
ces Ballades, ces Triolets, ces Enigmes,
ces Logogriphes, froides délices de nos
Ayeux, justement méprisées de notre sié-
cle. Quelqu un trouvoit mauvais visage
au bon-homme Cornelli (il avoit cent
ans alors) il est bien question, dit-il, de
bon visage, c'est beaucoup d'en avoir un à
mon âge. Ces mauvais faiseurs de sottises
laborieuses avoient à peu près la même
excuse à donner à ceux qui n'approuvoient
pas leurs ouvrages; il est bien question, di-
soient ils, de faire un bon ouvrage, c'est
beauçoup de l'avoir fait, voyez les difficul-
tès qu'il a fallu vaincre. Nous leur répon-
drions aujourd'hui: De toutes ces difficultés-
là, il ne falloit combattre & vaincre que
celle qui se trouve naturellement à bien faire.
MAI. 1752.
57
Les progrès de l'esprit ne furent pas
fort rapides dans les premiers siécles de la
troisième Race; mais si on n'avançoit, gué-
res, du moins on ne reculoit pas, & il
me semble que malgré toutes les varia-
tions du goût, on marcha toujours pésam-
ment, mais directement vers la perfec-
tion.
Je ne sçais si dans le onzième siécle, les-
Homélies étoient bien généralement goû-
tées; mais on conviendra qu'il falloit les
aimer beaucoup pour en acheter un re-
cueil, moyennant 200 brebis, un muid-
de froment, un muid de seigle, un muid.
de millet & un grand nombre de peaux de
Martres. C'est ce que fit Grécie, Com-
tesse d'Anjou.
Les Lettres trouverent dans ce meme
siècle deux Protecteurs; Guillaume le
Conquerant & le pieux. Roi Robert: co
dernier fit plus que les protéger, il les-
cultiva lui-même, & donna à son peuple
l'exemple des talens comme celui des ver-
tus.
Les guerres intestines qui ravagerent la
Erance, les guerres étrangeres & lointaines
qui l'épuiserent, furent fatales aux progrès
des. Arts. Cependant l'Université alors trop
redoutable produisit des Scavans & des
Disputeurs qui trouverent bien le secret
Cv.
58 MERCURE DE FRANCE.
d'intéresser les Puissances dans leurs gran-
des querelles: les Nominaux & les Rea-
listes, après avoit sans fruit épuisé de part
& d'autre les argumens les plus convain-
cans, curent recours aux armes, comme de
raison; j'ai oublié quel parti triompha;
toutes ces affaires pouvoient être alors fort
importantes pour l'Etat; mais elles l'é-
toient assez peu pour les Lettres.
Quel étoit le Goût des Français? Vous
le voyez. Le pedantisme le plus grossier,
le respect le plus superstitieux; mais pour
les rêveries d'Aristote, c'étoit déja beau-
coup d'être superstitieux & pedant: toutes
ces épreuves étoient nécessaires, il falloit
passer par le regne des mois avant d'arri-
ver à celui des choses.
Il est certain qu'avant François I. on ne
cultivoit point les Arts agréables, du
moins on ne les cultivoit pas avec succès:
ce n'est pas que le Président Fauchet ne
nous donne une Liste de 127 Poëtes, qui
rous ont écrit avant la fin du 13e siécle;
ce n'est pas que dès le 12 un Moine ne
nous eût donné la premiere idée du Théa-
tre, par les représentations qu'il faisoit
faire à ses Disciples des Miracles de sainte
Catherine; mais je ne vois pas qu'il y eût
la dequoi faire compliment aux Muses ni
aux Lettres.
MAI 1752.
59
Plasieurs mains assez mal-adroites s'é-
toient mêlées d'écrire l'Histoire; Egin-
hard & Philippe de Comines furent goû-
tés, faute de mieux; on a même encore au-
jourd'hui la fureur de les lire sansles enten-
dre, ou de les estimer sans les lire.
François I. combla les Lettres de fa-
veurs, & les Lettres répandirent sur son
regne un éclat qui n'a pu être terni par le
supplicè de Semblançai, & par toutes les
autres fautes que fit ce Prince contre la
Justice & contre la Politique. On com-
mença sous lui à connoître l'Univers; le
Commerce & la Navigation prirent naif-
sance; Marot rondit la Poësie aimable,
on goûte encore sa naiveté, dont une
partie cependant appartient à la langue de
son tems; la Science sur tout fût cultivée,
& tout le seizième siécle fut un siécle d'é-
rudition; mais qu'étoit ce encore que cet-
te érudition? Et combien peu contribuoit-
elle à éclaiter l'esprit: On scavoit tout ce
qu avoient pensé les hommes de tous les
tems, quidquid deliraverat antiquitas, mais
on ignoroit ce qu'on devoit penser soi-mê-
me; on n'argumentoit point, on citoit,
& ce goût pedantesque infectoit tous
les ecrits, même les plus frivoles; les
têntes sçavantes subjuguées par l'autori-
té, n9 se doutoient pas qu il y eût une
G vi
60 MERCUREDE FRANCE.
raison, quand Descartes vint le leur ap-
prendre. Cet homme singulier déchira d'u-
ne main hardie le voile qui couvroit les
veux d'une Nation digne d'être éclairée;
il fit perdre aux erreurs le respect que leur
vieillesse leur attiroit; on comprit enfin
co mbien la Philosophie abrège le chemin
de la science, l'art de douter se perfec-
tionna, tout fut soumis à l'examen; tout,
ce qui, en matiére d'Histoire ou de Phy-
sique, s'écarta des loix ordinaires de la
Nature, parut suspect; on ne reconnut
point d'effet dont on ne pût expliquer la
cause d'une maniere au moins vrai- sem-
blable, & les armes dont Descartes avoit
montré l'usage, servirent quelquefois à le
combattre lui-même.
Cet esprit de liberté, de méthode & de
lumiere, portem dans toutes les facultés de
l'esprit, nous a produit ce beau siécle de
Louis XIV. égal pour les talens, supé-
rieur pour les lumieres au siécle d'Auguste;
alors le goût fut excellent, alors on aima.
tout ce qui étoit beau, tout ce qui étoit
bon, conforme à la nature, à la rai-
son, à la vérité; Corneille & Bossuet
éleverent l'ame, Racine l'attendrit, Pas-
cal l'éclaira: Bourdalouem fit la guerre aux
vices, Moliére aux ridicules, Despréaux
aux mauvais Auteurs & quelquefois, aux.
1752.
MAI.
61
bons. Un des progrès de l'esprit Philoso-
phique dans le dix-huitième siécle est de
n'en pas toujours croire Despréaux sur
sa parole; mais devons-nous croire davan-
tage cette voix qui nous crie sans cesse; le
gout tombe, les talens degénérent, le bei-esprit
a tout perdu; les beauxe jours des Lettres sont-
passes, les Plines nouveauxe corrompent l'elo-
quence, les Annéens la Poesie? La Posté-
rité décidera si ces reproches sont fondés,
& si nos bons Auteurs prodiguent l'esprit
& le déplacent, comme faisoient sous
Louis XIII. les Voitures, les Balzacs: di-
fons le mot, comme a fait Corneille lui-
même dans presque tous ses Ouvrages;
elle jugera si les Théâtres de Messieurs de
Crebillon & de Voltaire, si tant d'Ouvra-
ges délicicux de M. de Fontenelle, de
M. Gresset, &c. foutiennent le parallele
avec les chef-d'œuvres du dix septième
siécle.
Le Poëme Epique est un objet à part;
il,s.agissoit d'en donner un à la France,
asin qu'elle n'eût plus rien à envier à l'An-
tiquité ni à ses voisins; les le Moine, les.
Desmarêts, les Cassaigne, les le Labou-
reurs, les-Chapelains eurent du moins
l'honneur de l'avoir entrepris; quelques-
uus d'eux parvintent même à tracer des
plans assez reguliers & assez ingenieux;
62 MERCURE DEFRANCE.
mais le style est la partie essentielle de
l'épopée, & ces Messieurs ne fachant point
écrire, on leur fit la justice de ne les point
lire. L'imitation d'Homere & de Virgile,
au lieu d'échauffer & d'embellit leur gé-
nie, les gâta, parce qu'ils manquoient de
goût; Chapelain ayant remarquê qu'Ho-
mere en parlant des blessures de ses Heros,
faisoit quelquefois une description anato-
mique, mais Poëtique, de la partie blessée,
se crut autorisé à mettre ce jargon barbare-
dans la bouche de son Héroine.
Pour toi, puissai je avoir une mortelle pointe
Vers où l'épaule gauche à la droite est con-
jointe, &c.
L'honneur de la France demandoit qu'elle
eût un Poëme épique, l'honneur de l'E-
popée vouloit qu'il fût l'Ouvrage d'un Gé-
nie qui excellât dans tous les genres. Gette
gloite étoit réservée à M. de Voltaire.
Ne foyons pourtant pas eblouis de nos
arantages au pomt de ne convenir d'aucun
des défauts qu'on impute à notre fiècle. Il
se pent faire que par un abus de cet esprit
philosophique qui a pénétré par tout, on
affecte dans l'expression & dans les pen-
sées, un excès de précision qui méne quel-
quefois à l'obscurité; l'envie de prodiguet-
MAI. 1752.
63.
le sens & de compter les paroles, peut in-
troduire naturellement les antithéses trop
fréquentes, les énigmes, le précieux qui
ne nous déplaisent peut- être pas assez.
Nous sommes en général trop subtils rai-
sonneurs sur les questions Métaphysiques,
trop raffinés dans quelques uns de nos sen-
timens, sur tout trop délicats sur les ridi-
cules, dont l'idée est: devenue trop vague
& trop dépendante du caprice. C'est: là ce
qui caracterise particulierement aujour-
d'hui le génie Français; depuis que la
Bruyere & Moliére ont appliqué à la con-
noissance des hommes, les lumieres que
Descartes avoit employées à la connois-
sance de la Nature, le Goût des Français
s'est entierement tourné de ce côté-là; au-
cun ridicule n'échappe à leurs yeux péné-
trans, mais ils le vorent souvent où il
n'est pos; nos livres, nos brochures, nos
conversations, tout est plein de Tableaux
critiques des moeurs; on rit de tout, on
ne corrige rien, mais on plaît, on s'a-
mule, & c'est tout ce qu'on veut.
Sur le goût des Français en matiére
de Litterature. Par M. Gaillard
Avocat au Parlement.
Qu'est-ce que le Goût ? Je n'en sçais
rien, & si je le sçavois, je ne le
dirois pas: Trop de gens ont intérêt
que les idées de l'esprit & du goût ne
soient jamais fixées.
Autre question. Y a-t il quelque chose
qu'on puisse appeller le Goût génétal d'u-
ne Nation en matiére de litterature? Par
exemple; voit-on sur le mérite des pro-
ductions de l'esprit, une réunion de suf-
frages, qui annonce dans tous les Fran-
çais instruits & bien élevés, la même
maniere à peu près de penser, de sentir
& de juger? J'ose trouver la chose pro-
blematique.
Je sçais bien qu'il y a des Ouvrages
dont la céputation est consommée & ne
peut jamais être attaquée avec succès, je
sçais qu'il n'est plus question aujourd'hui
d'examiner si l'lliade, si l'Encide sont
MAI.
1752.
des chefs-d'œeuvre; le tems a mis le sceau
à leut gloire, il impose un silence éter-
nel au Goût séditieux, qui voudroit sé-
couer le joug d'une admiration devenue
nécessaire. Mais ces exemples ne me per-
suadent pas. Je ne reconnois plus le Goût
dès qu'il n est pas libre, dès qu'il ne pro-
nonce pas de son chef, & qu'il ne fait
que répéter. D'ailleurs tous ces Ouvrages
si reverés, ont un malheur; c'est qu'ils
sont aussi négligés qu'ils sont vantés; il
semble qu'on craigne de leur manquer de
respect en les lisant, ou qu'on veuille,
en ne les lisant point, se vanger de la né-
cessité de les admirer.
Si l'Iliade, si l'Odissée paroissoient au-
jourd'hui pour la premiere fois, je vois
déja nos femmes dégoûtées les rejetter
avec dédain; nos Petits-Maîtres s'épuiser
en bons mots sur la force grossière d'Ajax,
sur la légereté du pied d'Achille, sur les
gigots & la marmite de Patrocle, sur la
lessive de la Princesse Nausicaa, & nos
Beaux-esprits ne trouvant dans ces deux
Poëmes, ni finesse d'allusion, ni déli-
catesse de sentimens, décider qu'ils sont
les Ouvrages d'un sot qui avoit du génie.
L'Eneide ne seroit pas plus respectée.
C'est, diroit-on, une fable mal tissue,
pompeusement & tristement versifiée, dé
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
figurée par des caracteres communs &
manqués: Ascagne paroîtroit un sot en-
fant: Monsieur son pere seroit trouvé
médiocrement brave à Troye, fort de-
vot sur mer, un peu libertin. à Cartha-
ge, & souverainement malencontreux en
Italie.
Mais comme le moins vieux de ces
Ouvrages jouit d'environ 18. fiécles de
gloire & de mérite reconnu, on n'ose ni
les juger ni les lire, on se contente d'a-
voir pour eux les mêmes sentimens qu'on
a pour la Venus d'Appelle, pour les écrits
de Varron, & pour les plaidoyers d'Hor-
tensius, ce fameux rival de Ciceron, qu'on
estime tant fur la foi de l'Antiquite, &
dont il ne nous reste rien.
Je dis à peu près la même chose de
tous les Ouvrages dont les Auteurs ne sont
ni nos compatriotes, ni nos contempo-
rains; plus ils s'éloignent de nous, moins
on les lit & plus on les admire; & cela
est bien naturel. La lecture établit entre
l'Auteur & le Lecteur une espéce de fa-
miliarité qui tourne au détriment de l'esti-
me dûe aux Ouvrages; le respect que les
hommes conçoivent pour leurs sembla-
bles, est presque toujours fondé sur ce
qu'ils imaginent, rarement sur ce qu'ils
voyent. On connoît trop M. de Voltaire,
d by Goog
MAI. 1752. 53
M. de Fontenelle, M. Gresset, on vit
avec eux, on voit que ce sont des hom-
mes; on ne connoit point du tout Ho-
mere, Virgile, Corneille, Moliére,
on ne les a pas vu, vivre, on croit que
ce sont des Dieux.
C'est donc dans le succès des Ouvra-
ges nouveaux seulement qu'il faut cher-
cher le goût public, s'il y en a un.
De tous les Tribunaux où ce Juge
peut dicter ses Oracles, le Théatre est le
plus éclatant & le plus respectable; c'est-
là que le coeur prononce sur le raport du
sentiment; c'est-la, dit M. Gresset, qu'on
entend le cri de la Nature; Mais ny en-
tend-on pas trop souvent le cri de la ca-
bale & de la confusion? Aujourd'hui un
informe avorton meurt en naissant au
bruit des sifflets; croyez vous pour cela
pouvoir prendre le public au mot? De-
main il prodiguera les honneurs suprê-
mes à un monstre cent fois plus hideux,
tandis qu'il laissera expirer un chef-d'œeu-
yre sous la rage de l'envie. De deux Ou-
vrages médiocres l'un est applaudi, l'autre
siffle, selon le tems & les circonstances.
Quel oeil assez. subtil pourra à travers ce
cahos de jugemens opposés, démêler les
traces insensibles d'un goût invariable?
S'agit- il de principes ? C'est l'unanimité
C iij
54 MERCURE DEFRANCE.
la plus parfaite. Vient-on à l'application?
C'est la varieté la plus immense.
Si donc je voulois, à quelque prix que
ce fût, trouver un Goût-général dans
la Nation Française, voici comme je m'y
prendrois. Je renoncerois d'abord à le
trouver unanime, je renoncerois aussi à
le trouver constant; j'avouerois de bonne
foi qu'il change & qu'il passe comme
nos modes & nos caprices, & pour par-
venir à m'en former une juste idée, je
raisonnerois ainii:
„Il faut supposer qu'ordinairement
„les hommes sont assez éclairés sur leurs
„propres intérêts. L'intérêt des Auteurs
„ est de plaire au Public, du moins d'en
»être lûs. Feuilletons-donc les Annales
„de la Litterature; consultons les Au-
„teurs de tous les tems, voyons quels
„ont été dans les différens siècles, les
»genres les plus cultivés, & concluons
„ qu infailliblement ils étoient aussi les
„plus goûtés. La multitude des Ouvrages
„bons ou mauvais dans un même genre,
„ prouve au moins que ce genre est à la
»mode.
Sur ce principe, je me dispenserai de
vous dire quel etoit le Goût des Français
sous les Rois barbares ou imbécilles de la
premiere Race; je crois qu'on n'en avoit
MAI.
1752.
55
point; on étoit occupé d'affaires plus im-
portantes, on s'égorgeoit, on s empoi-
sonnoit, on n'avoit pas le tems de s'in-
struire ni d'instruire les autres.
Quand Pepin le Bref eut ôté la cou-
ronne au foible Childeric; quand par sa
puissance & par ses vertus il eut affermi
son trône usurpé, Charles I. son fils, ce
grand homme, ce grand Roi, si supé-
rieur à son Pere & au reste du monde,
voulut que les Lettres & les Loix triom-
phassent de la barbarie, comme ses armes
triomphoient des Saxons & des Maures;
ses trésors appellerent les talens & les arts-
des extrêmites de l'Univers, il les cultiva
avec ardeur, il les protégea avec magni-
ficence; il fut tout a la fois le plus habi-
le Capitaine, le plus brave & le plus ro-
buste soldat, le plus puissant Monarque,
le plux sage Legislateur, lhomme le plus
éclaité & le plu éloquent de son siécle;
il préféra avec raison cette derniere gloi-
re à toutes les autres; on dut lui pardon-
ner de conquérir, parce qu'il étoit digne
de gouverner, & que sa valeur ne nuisoit
ni à son humanité ni à sa justice.
Ses successeurs furent peu jaloux de mar-
cher sur ses traces, les fruits de ses tra-
vaux sublimes furent séchés presque dans
leur fleur; la barbarie regagna ce qu'elle
.. .
CIIII
Mustnen O
56 MERCURE DE FRANCE.
avoit perdu, l'ignorance rentra dans son.
domaine; on n eut plus de talens, ou on
en fit un ridicule usage. Un mauvais Poë-
te faisoit des Vers à la louange d'un mau-
vais Prince, & se croyoit obligé de se ser-
vir de tous mots qui commençassent
par la lettre C, parce que ce Prince se
nommoit Charles, ou parce qu'il étoit
chauve.
C'est cette même manie de rendre dif-
ficiles des choses inutiles & ennuyeuses,
qui nous a valu dans des siécles bien pos-
terieurs, ces Acrostiches, ces Rondeaux,
ces Ballades, ces Triolets, ces Enigmes,
ces Logogriphes, froides délices de nos
Ayeux, justement méprisées de notre sié-
cle. Quelqu un trouvoit mauvais visage
au bon-homme Cornelli (il avoit cent
ans alors) il est bien question, dit-il, de
bon visage, c'est beaucoup d'en avoir un à
mon âge. Ces mauvais faiseurs de sottises
laborieuses avoient à peu près la même
excuse à donner à ceux qui n'approuvoient
pas leurs ouvrages; il est bien question, di-
soient ils, de faire un bon ouvrage, c'est
beauçoup de l'avoir fait, voyez les difficul-
tès qu'il a fallu vaincre. Nous leur répon-
drions aujourd'hui: De toutes ces difficultés-
là, il ne falloit combattre & vaincre que
celle qui se trouve naturellement à bien faire.
MAI. 1752.
57
Les progrès de l'esprit ne furent pas
fort rapides dans les premiers siécles de la
troisième Race; mais si on n'avançoit, gué-
res, du moins on ne reculoit pas, & il
me semble que malgré toutes les varia-
tions du goût, on marcha toujours pésam-
ment, mais directement vers la perfec-
tion.
Je ne sçais si dans le onzième siécle, les-
Homélies étoient bien généralement goû-
tées; mais on conviendra qu'il falloit les
aimer beaucoup pour en acheter un re-
cueil, moyennant 200 brebis, un muid-
de froment, un muid de seigle, un muid.
de millet & un grand nombre de peaux de
Martres. C'est ce que fit Grécie, Com-
tesse d'Anjou.
Les Lettres trouverent dans ce meme
siècle deux Protecteurs; Guillaume le
Conquerant & le pieux. Roi Robert: co
dernier fit plus que les protéger, il les-
cultiva lui-même, & donna à son peuple
l'exemple des talens comme celui des ver-
tus.
Les guerres intestines qui ravagerent la
Erance, les guerres étrangeres & lointaines
qui l'épuiserent, furent fatales aux progrès
des. Arts. Cependant l'Université alors trop
redoutable produisit des Scavans & des
Disputeurs qui trouverent bien le secret
Cv.
58 MERCURE DE FRANCE.
d'intéresser les Puissances dans leurs gran-
des querelles: les Nominaux & les Rea-
listes, après avoit sans fruit épuisé de part
& d'autre les argumens les plus convain-
cans, curent recours aux armes, comme de
raison; j'ai oublié quel parti triompha;
toutes ces affaires pouvoient être alors fort
importantes pour l'Etat; mais elles l'é-
toient assez peu pour les Lettres.
Quel étoit le Goût des Français? Vous
le voyez. Le pedantisme le plus grossier,
le respect le plus superstitieux; mais pour
les rêveries d'Aristote, c'étoit déja beau-
coup d'être superstitieux & pedant: toutes
ces épreuves étoient nécessaires, il falloit
passer par le regne des mois avant d'arri-
ver à celui des choses.
Il est certain qu'avant François I. on ne
cultivoit point les Arts agréables, du
moins on ne les cultivoit pas avec succès:
ce n'est pas que le Président Fauchet ne
nous donne une Liste de 127 Poëtes, qui
rous ont écrit avant la fin du 13e siécle;
ce n'est pas que dès le 12 un Moine ne
nous eût donné la premiere idée du Théa-
tre, par les représentations qu'il faisoit
faire à ses Disciples des Miracles de sainte
Catherine; mais je ne vois pas qu'il y eût
la dequoi faire compliment aux Muses ni
aux Lettres.
MAI 1752.
59
Plasieurs mains assez mal-adroites s'é-
toient mêlées d'écrire l'Histoire; Egin-
hard & Philippe de Comines furent goû-
tés, faute de mieux; on a même encore au-
jourd'hui la fureur de les lire sansles enten-
dre, ou de les estimer sans les lire.
François I. combla les Lettres de fa-
veurs, & les Lettres répandirent sur son
regne un éclat qui n'a pu être terni par le
supplicè de Semblançai, & par toutes les
autres fautes que fit ce Prince contre la
Justice & contre la Politique. On com-
mença sous lui à connoître l'Univers; le
Commerce & la Navigation prirent naif-
sance; Marot rondit la Poësie aimable,
on goûte encore sa naiveté, dont une
partie cependant appartient à la langue de
son tems; la Science sur tout fût cultivée,
& tout le seizième siécle fut un siécle d'é-
rudition; mais qu'étoit ce encore que cet-
te érudition? Et combien peu contribuoit-
elle à éclaiter l'esprit: On scavoit tout ce
qu avoient pensé les hommes de tous les
tems, quidquid deliraverat antiquitas, mais
on ignoroit ce qu'on devoit penser soi-mê-
me; on n'argumentoit point, on citoit,
& ce goût pedantesque infectoit tous
les ecrits, même les plus frivoles; les
têntes sçavantes subjuguées par l'autori-
té, n9 se doutoient pas qu il y eût une
G vi
60 MERCUREDE FRANCE.
raison, quand Descartes vint le leur ap-
prendre. Cet homme singulier déchira d'u-
ne main hardie le voile qui couvroit les
veux d'une Nation digne d'être éclairée;
il fit perdre aux erreurs le respect que leur
vieillesse leur attiroit; on comprit enfin
co mbien la Philosophie abrège le chemin
de la science, l'art de douter se perfec-
tionna, tout fut soumis à l'examen; tout,
ce qui, en matiére d'Histoire ou de Phy-
sique, s'écarta des loix ordinaires de la
Nature, parut suspect; on ne reconnut
point d'effet dont on ne pût expliquer la
cause d'une maniere au moins vrai- sem-
blable, & les armes dont Descartes avoit
montré l'usage, servirent quelquefois à le
combattre lui-même.
Cet esprit de liberté, de méthode & de
lumiere, portem dans toutes les facultés de
l'esprit, nous a produit ce beau siécle de
Louis XIV. égal pour les talens, supé-
rieur pour les lumieres au siécle d'Auguste;
alors le goût fut excellent, alors on aima.
tout ce qui étoit beau, tout ce qui étoit
bon, conforme à la nature, à la rai-
son, à la vérité; Corneille & Bossuet
éleverent l'ame, Racine l'attendrit, Pas-
cal l'éclaira: Bourdalouem fit la guerre aux
vices, Moliére aux ridicules, Despréaux
aux mauvais Auteurs & quelquefois, aux.
1752.
MAI.
61
bons. Un des progrès de l'esprit Philoso-
phique dans le dix-huitième siécle est de
n'en pas toujours croire Despréaux sur
sa parole; mais devons-nous croire davan-
tage cette voix qui nous crie sans cesse; le
gout tombe, les talens degénérent, le bei-esprit
a tout perdu; les beauxe jours des Lettres sont-
passes, les Plines nouveauxe corrompent l'elo-
quence, les Annéens la Poesie? La Posté-
rité décidera si ces reproches sont fondés,
& si nos bons Auteurs prodiguent l'esprit
& le déplacent, comme faisoient sous
Louis XIII. les Voitures, les Balzacs: di-
fons le mot, comme a fait Corneille lui-
même dans presque tous ses Ouvrages;
elle jugera si les Théâtres de Messieurs de
Crebillon & de Voltaire, si tant d'Ouvra-
ges délicicux de M. de Fontenelle, de
M. Gresset, &c. foutiennent le parallele
avec les chef-d'œuvres du dix septième
siécle.
Le Poëme Epique est un objet à part;
il,s.agissoit d'en donner un à la France,
asin qu'elle n'eût plus rien à envier à l'An-
tiquité ni à ses voisins; les le Moine, les.
Desmarêts, les Cassaigne, les le Labou-
reurs, les-Chapelains eurent du moins
l'honneur de l'avoir entrepris; quelques-
uus d'eux parvintent même à tracer des
plans assez reguliers & assez ingenieux;
62 MERCURE DEFRANCE.
mais le style est la partie essentielle de
l'épopée, & ces Messieurs ne fachant point
écrire, on leur fit la justice de ne les point
lire. L'imitation d'Homere & de Virgile,
au lieu d'échauffer & d'embellit leur gé-
nie, les gâta, parce qu'ils manquoient de
goût; Chapelain ayant remarquê qu'Ho-
mere en parlant des blessures de ses Heros,
faisoit quelquefois une description anato-
mique, mais Poëtique, de la partie blessée,
se crut autorisé à mettre ce jargon barbare-
dans la bouche de son Héroine.
Pour toi, puissai je avoir une mortelle pointe
Vers où l'épaule gauche à la droite est con-
jointe, &c.
L'honneur de la France demandoit qu'elle
eût un Poëme épique, l'honneur de l'E-
popée vouloit qu'il fût l'Ouvrage d'un Gé-
nie qui excellât dans tous les genres. Gette
gloite étoit réservée à M. de Voltaire.
Ne foyons pourtant pas eblouis de nos
arantages au pomt de ne convenir d'aucun
des défauts qu'on impute à notre fiècle. Il
se pent faire que par un abus de cet esprit
philosophique qui a pénétré par tout, on
affecte dans l'expression & dans les pen-
sées, un excès de précision qui méne quel-
quefois à l'obscurité; l'envie de prodiguet-
MAI. 1752.
63.
le sens & de compter les paroles, peut in-
troduire naturellement les antithéses trop
fréquentes, les énigmes, le précieux qui
ne nous déplaisent peut- être pas assez.
Nous sommes en général trop subtils rai-
sonneurs sur les questions Métaphysiques,
trop raffinés dans quelques uns de nos sen-
timens, sur tout trop délicats sur les ridi-
cules, dont l'idée est: devenue trop vague
& trop dépendante du caprice. C'est: là ce
qui caracterise particulierement aujour-
d'hui le génie Français; depuis que la
Bruyere & Moliére ont appliqué à la con-
noissance des hommes, les lumieres que
Descartes avoit employées à la connois-
sance de la Nature, le Goût des Français
s'est entierement tourné de ce côté-là; au-
cun ridicule n'échappe à leurs yeux péné-
trans, mais ils le vorent souvent où il
n'est pos; nos livres, nos brochures, nos
conversations, tout est plein de Tableaux
critiques des moeurs; on rit de tout, on
ne corrige rien, mais on plaît, on s'a-
mule, & c'est tout ce qu'on veut.
Fermer
3267
p. 67-70
Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal. A Stokolm le 6 Mars 1752.
Début :
Je remarque, Monsieur, avec beaucoup de peine que les plus éclairés & les plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal. A Stokolm le 6 Mars 1752.
Lettre à Monsieur l'Abbé Raynal.
A Stokolm le 6 Mars 1752.
Je remarque, Monsieur, avec beaucoup
de peine que les plus éclairés & les plus
judicieux de vos écrivains parlent souvent
de Charles XII. sans avoir de justes idées
du caractere ni de la vie de ce Monarque.
Tout nouvellement encore, je viens de
lire le jugement qu'en porte l'Auteur du-
beau Parallele d'Alexandre & de Thamas
Kouli-Kan. C'est, dit-il, l'exemple d'Ale-
xandre qui fortifia l'amour des conquêntes dans
ce Prince singulier, que l'Europe a vu de nos
jours dépeupler son Royaume pour ravager les
Etats voisins, & que ses Panégyristes & set
censeurs ont également appellè l'Alexandre
du Nord.
Ce n'est point pour vous adresser des
plaintes que j'ai l'honneur de vous écrire
cette Lettre. J'avoue volontiers que M. de
Bougainville na aucun tort en jugeant le
Roi de Suede d'après les Historiens les
plus célebtes de notre siécle. Mais je dois
pour l'amour de la vérité vous observer
que ces Historiens, surtout celui qui par
les charmes de son style mérite si bien de
donner le ton aux autres, ont répandu dans,
Digitiresd vLOO
68 MERCUREDEFRANCE
le monde une opinion de Charles XIL.
que toute la Suede, & tous ceux qui ont
véritablement connu ce grand Roi, sont
obligés de désavouer.
Nous foutenons, Monsieur, qu'il n'est
nullement vrai, que Charles XII. ait dé-
peuplé son Royaume pour ravager les Etats
voisins; que l'amour des conquetes na ja-
mais eu d'empire fur lui, & que les Pané-
gyristes qui sur ce point se sont avisés de le
comparer à Alexandre ne sont au fonds
que d'injustes censeurs. Nous pensons
ainsi, parce que nous sçavons que ce
Prince n a jamais commencé aucune guer-
re dans la vue de conquérir. Il n'a pris les
armes que pour se defendre; & depuis ce
moment jusqu'à celui de sa mort il ne s'est
proposé d'autre objet que de conclure la
paix en conservant tout ce qu'il possedoit
avant la guerre. Nous ne voyons dans ce
plan que de la sagesse & de la justice, &
non cette passion immodérée pour la gloire,
à laquelle ses Historiens lui font sacrifier
sans cesse le repos de ses peuples & les vé-
ritables intérêts de sa Couronne.
Il est bien vrai, & nous n'en disconve-
nons pas, que la Suede s'est trouvée épui-
sée d'hommes & d'argent à la mort de son
Roi. Mais quel Etat dans le monde ne s'é-
puiseroit pas à soutenir sans aucun Allié
MAI.
1752.
69
& sans aucun secours une guerre de dix-
huit ans contre les forces réunies de tous
ses voisins? Il faudroit donc pour accuser
Chatles XII. de la ruine de son Royaume,
l'accuser aussi du commencement ou de la
continuation de la guerre; deux points
sur lesquels sa justification nous est dé-
montrée jusqu'à l'evidence.
Cependant vous n'êtes pas obligé, Mon-
sieur, à nous en croire sur notre parole. Il
faut des preuves pour établir une opinion;
il en faut de plus fortes encore pour dé-
truire une opinion reçue. Aussi mon in-
tention n'est-elle pas de détromper ici
ceux qui condamnent Charles XII. sur la
foi de ses Historiens. Ce que j'aurois à dire
passeroit les bornes d'une Lettre. Je veux
seulement annoncer à ceux qui s'interes-
sent à la vérité, qu'on travaille actuelle-
ment en Suede à des observations sur la
vie de Charles XII. qui feront connoître
les vues de ce Monarque, d'après les ino-
numens qui en restent dans les archives du
Royaume; monumens qui nous le mon-
trent bien different de ce qu'il est dans
tous vos écrits.
On trouvera, quand ces observations
auront paru, que Charles XII. étoit bon
Politique autant que grand Guerrier; qu'il
ne cherchoit qu'à defendre ses Etats, &
iuas hdO
70 MERCURE DE FRANCE.
nullement à envahir ceux d'autrui; que la
seule sorte de gloire qui l'animoit, étoit
celle de ne faire, ni souffrir jamais aucun
tort; que l'esprit de vangeance qu'on lui
attribue à un si haut degré, n'a jamais
dicté la moindre de ses démarches; que la
justice & l'interêt de son Etat ont seuls
presidé à toutes ses résolutions, & que ses
défauts (car nous ne dissimulerons pas
ceux qu'il avoit) n'étoient pas du moins
la cruauté & le mépris pour la vie de ses
sujets, dont on l'accuse avec si peu de fon-
dement.
Que si avec toutes ces grandes qualités,
avec des motifs si purs, avec des projets
si bien concertés il a néanmoins éprouvé
des revers qui ont fait douter de sa sagesse
& de sa bonne conduite, nous esperons
prouver que ces revers doivent être mis
au nombre des événemens que la sagesse
humaine ne sçauroit ni prévoit ni prévenir.
Nous tâcherons même de faire voir autant
qu'il est possible, que s'il n'avoit pas plû
à la Providence de trancher ses jours à la
sleur de son âge, son courage invincible
& sa bonne conduite l'eussent rendu su-
perieur à tous les événemens, & la Suede
plus redoutable qu'elle ne l'avoit encore
été.
J'ai l'honneur d'être, &c.
A Stokolm le 6 Mars 1752.
Je remarque, Monsieur, avec beaucoup
de peine que les plus éclairés & les plus
judicieux de vos écrivains parlent souvent
de Charles XII. sans avoir de justes idées
du caractere ni de la vie de ce Monarque.
Tout nouvellement encore, je viens de
lire le jugement qu'en porte l'Auteur du-
beau Parallele d'Alexandre & de Thamas
Kouli-Kan. C'est, dit-il, l'exemple d'Ale-
xandre qui fortifia l'amour des conquêntes dans
ce Prince singulier, que l'Europe a vu de nos
jours dépeupler son Royaume pour ravager les
Etats voisins, & que ses Panégyristes & set
censeurs ont également appellè l'Alexandre
du Nord.
Ce n'est point pour vous adresser des
plaintes que j'ai l'honneur de vous écrire
cette Lettre. J'avoue volontiers que M. de
Bougainville na aucun tort en jugeant le
Roi de Suede d'après les Historiens les
plus célebtes de notre siécle. Mais je dois
pour l'amour de la vérité vous observer
que ces Historiens, surtout celui qui par
les charmes de son style mérite si bien de
donner le ton aux autres, ont répandu dans,
Digitiresd vLOO
68 MERCUREDEFRANCE
le monde une opinion de Charles XIL.
que toute la Suede, & tous ceux qui ont
véritablement connu ce grand Roi, sont
obligés de désavouer.
Nous foutenons, Monsieur, qu'il n'est
nullement vrai, que Charles XII. ait dé-
peuplé son Royaume pour ravager les Etats
voisins; que l'amour des conquetes na ja-
mais eu d'empire fur lui, & que les Pané-
gyristes qui sur ce point se sont avisés de le
comparer à Alexandre ne sont au fonds
que d'injustes censeurs. Nous pensons
ainsi, parce que nous sçavons que ce
Prince n a jamais commencé aucune guer-
re dans la vue de conquérir. Il n'a pris les
armes que pour se defendre; & depuis ce
moment jusqu'à celui de sa mort il ne s'est
proposé d'autre objet que de conclure la
paix en conservant tout ce qu'il possedoit
avant la guerre. Nous ne voyons dans ce
plan que de la sagesse & de la justice, &
non cette passion immodérée pour la gloire,
à laquelle ses Historiens lui font sacrifier
sans cesse le repos de ses peuples & les vé-
ritables intérêts de sa Couronne.
Il est bien vrai, & nous n'en disconve-
nons pas, que la Suede s'est trouvée épui-
sée d'hommes & d'argent à la mort de son
Roi. Mais quel Etat dans le monde ne s'é-
puiseroit pas à soutenir sans aucun Allié
MAI.
1752.
69
& sans aucun secours une guerre de dix-
huit ans contre les forces réunies de tous
ses voisins? Il faudroit donc pour accuser
Chatles XII. de la ruine de son Royaume,
l'accuser aussi du commencement ou de la
continuation de la guerre; deux points
sur lesquels sa justification nous est dé-
montrée jusqu'à l'evidence.
Cependant vous n'êtes pas obligé, Mon-
sieur, à nous en croire sur notre parole. Il
faut des preuves pour établir une opinion;
il en faut de plus fortes encore pour dé-
truire une opinion reçue. Aussi mon in-
tention n'est-elle pas de détromper ici
ceux qui condamnent Charles XII. sur la
foi de ses Historiens. Ce que j'aurois à dire
passeroit les bornes d'une Lettre. Je veux
seulement annoncer à ceux qui s'interes-
sent à la vérité, qu'on travaille actuelle-
ment en Suede à des observations sur la
vie de Charles XII. qui feront connoître
les vues de ce Monarque, d'après les ino-
numens qui en restent dans les archives du
Royaume; monumens qui nous le mon-
trent bien different de ce qu'il est dans
tous vos écrits.
On trouvera, quand ces observations
auront paru, que Charles XII. étoit bon
Politique autant que grand Guerrier; qu'il
ne cherchoit qu'à defendre ses Etats, &
iuas hdO
70 MERCURE DE FRANCE.
nullement à envahir ceux d'autrui; que la
seule sorte de gloire qui l'animoit, étoit
celle de ne faire, ni souffrir jamais aucun
tort; que l'esprit de vangeance qu'on lui
attribue à un si haut degré, n'a jamais
dicté la moindre de ses démarches; que la
justice & l'interêt de son Etat ont seuls
presidé à toutes ses résolutions, & que ses
défauts (car nous ne dissimulerons pas
ceux qu'il avoit) n'étoient pas du moins
la cruauté & le mépris pour la vie de ses
sujets, dont on l'accuse avec si peu de fon-
dement.
Que si avec toutes ces grandes qualités,
avec des motifs si purs, avec des projets
si bien concertés il a néanmoins éprouvé
des revers qui ont fait douter de sa sagesse
& de sa bonne conduite, nous esperons
prouver que ces revers doivent être mis
au nombre des événemens que la sagesse
humaine ne sçauroit ni prévoit ni prévenir.
Nous tâcherons même de faire voir autant
qu'il est possible, que s'il n'avoit pas plû
à la Providence de trancher ses jours à la
sleur de son âge, son courage invincible
& sa bonne conduite l'eussent rendu su-
perieur à tous les événemens, & la Suede
plus redoutable qu'elle ne l'avoit encore
été.
J'ai l'honneur d'être, &c.
Fermer
3268
p. 75-77
LETTRE De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Début :
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer dans votre Journal mes remercimens [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
LETTRE
De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer
dans votre Journal mes remercimens
à Monsieur d'Alembert, pour la marque
d'estime qu'il vient de me donner en pu-
bliant ses élémens de Musique théorique
& pratique, suivant mes principes. Quel-
que publicité que je donne aux témoigna-
ges de ma vive reconnoissance, ils seront
toujours moins éclatans que l'honneur que
je reçois.
Les progrès de mon art ont été pour
moi le premier objet de mes veilles. La ré-
compense la plus flatteuse que je me sois
proposée, c'est le suffrage & l'estime des
scçavans.
Il s'est trouvé heureusement pour moi,
dans les Académies les plus célèbres, de
ces hommes éclairés & justes que leurs lu-
mières mettent au-dessus de la prévention,
& leur mérite au-dessus de l'envie. J'ay eu
le bonheur d'obtenir leurs suffrages, &
seurs sustrages ont entraîné ceux de la mul-
titude.
Parmi ces Sçavans, que je fais gloire
DI
76 MERCURE DE FRANCE.
d'appeller mes Juges & mes Maitres, il en
est un que la simplicité de ses mœeurs, l'é-
lévation de ses sentimens, & l'étendue de
ses connoissances me rendent singuliere-
ment respectable. C'est de lui, Monsieur,
que je reçois le témoignage le plus glotieux
auquel l'ambition d'un Auteur puisse ja-
mais aspirer. Quelques Ecrivains ont es-
sayé de se faire connoître tantôt en défi-
gurant mes principes, tantôt en m'en dis-
putant la découverte, tantôt en imaginant
des difficultés dont ils croyoient les obscur-
cir. Ils n ont rien fait ni pour leut réputa-
tion, ni contre la mienne; ils n ont rien
ajouté ni retranché à mes découvertes, &
l'art n'a retité aucun fruit du mal qu'ils
ont voulu me faire. Que c'est peu connoître
l'intérêt de sa propre gloire, que de préten-
dre l'établir sur les ruines de celle d'autrui!
L'homme illustre à qui s'adresse ma recon-
noissance, a cherché dans mes ouvrages
non des défauts à reprendre, mais des vé-
rités à analyser, à simplifier, à rendre
plus familières, plus lumineuses, & par
conséquent plus utiles au grand nombre.
par cet esprit de netteté, d'ordre & de pré-
cision qui caractérise ses ouvrages. Il na
pas dédaigné de se mettre à la portée mê-
me des enfans, par la force de ce génie
qui plie, maîtrise & modifie à son gré
Digsiues vOO
1751.
MAI.
97
toutes les matiéres qu'il traite. Enfin il m'a
donné à moi même la consolation de voir
ajoûter à la solidité de mes principes, une
simplicité dont je les sentois susceptibles,
mais que je ne leur aurois donné qu'avec
beaucoup plus de peine, & peut etre moins
heureusement que lui.
C'est ainsi, Monsieur, que les Scien-
ces & les Arts se prêtant des lumieres mu-
tuelles, hâteroient réciproquement leurs
progrès, si tous les Auteurs, préférant
lintérêt de la vérité à celui de l'amour
propre, les uns avoient la modestie d'ac-
cepter des secours, les autres la généro-
sité d'en offrir. J'ai l'honneur d'être,
RAMEAU.
De M. Rameau à l'Auteur du Mercure.
Permettez-moi, Monsieur, d'insérer
dans votre Journal mes remercimens
à Monsieur d'Alembert, pour la marque
d'estime qu'il vient de me donner en pu-
bliant ses élémens de Musique théorique
& pratique, suivant mes principes. Quel-
que publicité que je donne aux témoigna-
ges de ma vive reconnoissance, ils seront
toujours moins éclatans que l'honneur que
je reçois.
Les progrès de mon art ont été pour
moi le premier objet de mes veilles. La ré-
compense la plus flatteuse que je me sois
proposée, c'est le suffrage & l'estime des
scçavans.
Il s'est trouvé heureusement pour moi,
dans les Académies les plus célèbres, de
ces hommes éclairés & justes que leurs lu-
mières mettent au-dessus de la prévention,
& leur mérite au-dessus de l'envie. J'ay eu
le bonheur d'obtenir leurs suffrages, &
seurs sustrages ont entraîné ceux de la mul-
titude.
Parmi ces Sçavans, que je fais gloire
DI
76 MERCURE DE FRANCE.
d'appeller mes Juges & mes Maitres, il en
est un que la simplicité de ses mœeurs, l'é-
lévation de ses sentimens, & l'étendue de
ses connoissances me rendent singuliere-
ment respectable. C'est de lui, Monsieur,
que je reçois le témoignage le plus glotieux
auquel l'ambition d'un Auteur puisse ja-
mais aspirer. Quelques Ecrivains ont es-
sayé de se faire connoître tantôt en défi-
gurant mes principes, tantôt en m'en dis-
putant la découverte, tantôt en imaginant
des difficultés dont ils croyoient les obscur-
cir. Ils n ont rien fait ni pour leut réputa-
tion, ni contre la mienne; ils n ont rien
ajouté ni retranché à mes découvertes, &
l'art n'a retité aucun fruit du mal qu'ils
ont voulu me faire. Que c'est peu connoître
l'intérêt de sa propre gloire, que de préten-
dre l'établir sur les ruines de celle d'autrui!
L'homme illustre à qui s'adresse ma recon-
noissance, a cherché dans mes ouvrages
non des défauts à reprendre, mais des vé-
rités à analyser, à simplifier, à rendre
plus familières, plus lumineuses, & par
conséquent plus utiles au grand nombre.
par cet esprit de netteté, d'ordre & de pré-
cision qui caractérise ses ouvrages. Il na
pas dédaigné de se mettre à la portée mê-
me des enfans, par la force de ce génie
qui plie, maîtrise & modifie à son gré
Digsiues vOO
1751.
MAI.
97
toutes les matiéres qu'il traite. Enfin il m'a
donné à moi même la consolation de voir
ajoûter à la solidité de mes principes, une
simplicité dont je les sentois susceptibles,
mais que je ne leur aurois donné qu'avec
beaucoup plus de peine, & peut etre moins
heureusement que lui.
C'est ainsi, Monsieur, que les Scien-
ces & les Arts se prêtant des lumieres mu-
tuelles, hâteroient réciproquement leurs
progrès, si tous les Auteurs, préférant
lintérêt de la vérité à celui de l'amour
propre, les uns avoient la modestie d'ac-
cepter des secours, les autres la généro-
sité d'en offrir. J'ai l'honneur d'être,
RAMEAU.
Fermer
3269
p. 81-85
PORTRAIT DE LA REINE CHRISTINE.
Début :
Je vais faire le portrait de Christine : Je l'ai assez étudiée pout me flatter de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE LA REINE CHRISTINE.
PORTRAIT
DE LA REINE CHRISTINE.
Je vais faire le portrait de Christine :
Je l'ai assez étudiée pout me flatter de
le faire vrai, s'il n'étoit pas si difficile de
ne se pas passionner pour elle, & de le fai-
re beau, s'il étoit aisé d'avoir le pinceau
de l'Auteur du Stathouderat.
La jeunesse de Christine annonça la
supériorité de son esprit & la grandeur de
sou ame; mille talens naquirent avec elle,
& presque autant de foiblesses.
Un certain caractère d'anthousiasme
qui paroît être le sceau de l'heroisme, se
manifesta de bonne heure dans toutes
ses démarches & jusques dans ses pa-
roles.
Pour les plus grandes Princesses la toi-
lette est une occupation, la parure est un
plaisir & le fard peut être un besoin.
Christine ne sçavoit pas être aimable, dé-
daignoit de l'être, ou ne vouloit l'être
qu'à sa maniere. Cette fille étoit toujours
un homme public.
Cesar versa des larmes où le Heros
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
se peignoit vivement à la vûë d'un ta-
bleau d'Alexandre: tout ce qui peut éle-
ver la nature humaine au- dessus d'el-
le-même, enlevoit Christine d'admira-
tion.
Son ame la portoit toujours au grand,
mais son imagination trop capable de for-
tes impressions, lui faisoit prendre quel-
quefois l'apparence de la grandeur pour la
grandeur meme.
Extraordinaire en tout, elle ne vou-
loit se distinguer que par de grandes ac-
tions, & ne dédaignoit pas assez de se sin-
gulariser par de petites.
Les Sçavans qui embellissent quelque-
sois l'esprit & qui le gâtent encore plus
souvent, eurent peut-être dans sa jeu-
nesse trop d'empire sur son goût & sur
ses sentimens.
Elle aimoit les Sciences avec passion,
les cultivoit avec un succès qui ne tenoit
rien de son rang, vouloit tout connoître,
tout approfondir.
Infatigable dans le travail, assidue aux
affaires, exécutant ses desseins avec plus
de fermeté que de prudence, incapable
de révoquer une résolution qu'elle avoit
prise, elle ne vouloit gouverner que par
elle-même.
Quel plaisir pour une jeune fille de do-
83
MAI.
1752.
miner par la force de son genie dans un
Conseil composé de vieillards qui à toute
la sagesse de l'expérience, en joignoient
toute la présomption !
Dans son esprit la mollesse étoit un
vice, & la lâcheté un crime.
Avec le goût le plus vif pour les plai-
sirs, elle fuit toujours le mariage, par-
ce qu'elle craignoit d'y en trouver qui
l'asservissent à quelqu un.
Quoique sur le trône, elle connut l'a-
mitié & son coeut n'étoit point incapa-
ble de tendresse, mais toutes ses pas-
sions étoient subordonnées à l'amour de
la gloire.
Cette passion qui ne porte pas toujours
les grandes ames au meilporte pas toujours
à l'extrême, c'est le poleur, mais souvent
qu el roule toute sa vie. int d'appui sur le-
Elle descendit du trône par dégoût, di-
sent quelques-uns, par politique, disent
quelques-autres, & par libertinage, s'il
en faut croire les libertins; pour moi je
pense que l'envie de faire une action uni-
que, fut le plus puissant ressort de son
abdication. Elle voyoit Sylla à mille
lieues d'elle.
Alexandre auroit voulu conquérir tout
l'Univers, Christine en eût voulu abdi-
quer l'Empire.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir donné ce spectacle surpre-
nant à l'Europe, elle lui en donna un
moins frappant à la verité, mais aussi ex-
traordinaire que le premier, en abjurant la
foi de ses Peres.
C'étoit autant par coquetterie que par
curiolité, qu'elle voyageoit dans les Pays
Etrangers.
En Suéde dépendante des Loix, elle
nen connut plus aucunes, dès qu'elle
n'eut plus le pouvoir d'en donner.
Monaldeschi fut moins immolé à sa
gloire qu'à la difficulté de la vengeance,
& peut-être au plaisir de faire le plus grand
acte d'autorité dans le palais du Prince le
plus jaloux de son autorité.
Par tout elle pensoit, elle agissoit en
Reine, ne pouvoit souffrit qu'on respec-
tât moins sa personne que sa dignité, &
ne croyoit pas le pouvoir nécessaire pour
se faire obéir.
Les revers qui prenent tant fur la fierté
des hommes, ajoûtoient à la sienne; elle
les supportoit avec autant d'insensibilité,
qu'elle avoit eu de mépris pour les gran-
deurs.
Le Prince qui recueillit le fruit de son
abdication, l'en fit repentir; mais ce re-
Pentir, il falloit le deviner.
Il y a dans son caractere un contraste
MAI.
1752. 85
& des traits impossibles à concilier, comme
dans les caracteres de la plûpart des He-
ros: Les grands hommes ne sont point
des Dieux, mais seulement de grands hom-
mes.
A Berlin ce 3 Mars 1752.
F. G. de B****.
DE LA REINE CHRISTINE.
Je vais faire le portrait de Christine :
Je l'ai assez étudiée pout me flatter de
le faire vrai, s'il n'étoit pas si difficile de
ne se pas passionner pour elle, & de le fai-
re beau, s'il étoit aisé d'avoir le pinceau
de l'Auteur du Stathouderat.
La jeunesse de Christine annonça la
supériorité de son esprit & la grandeur de
sou ame; mille talens naquirent avec elle,
& presque autant de foiblesses.
Un certain caractère d'anthousiasme
qui paroît être le sceau de l'heroisme, se
manifesta de bonne heure dans toutes
ses démarches & jusques dans ses pa-
roles.
Pour les plus grandes Princesses la toi-
lette est une occupation, la parure est un
plaisir & le fard peut être un besoin.
Christine ne sçavoit pas être aimable, dé-
daignoit de l'être, ou ne vouloit l'être
qu'à sa maniere. Cette fille étoit toujours
un homme public.
Cesar versa des larmes où le Heros
DV
82 MERCURE DE FRANCE.
se peignoit vivement à la vûë d'un ta-
bleau d'Alexandre: tout ce qui peut éle-
ver la nature humaine au- dessus d'el-
le-même, enlevoit Christine d'admira-
tion.
Son ame la portoit toujours au grand,
mais son imagination trop capable de for-
tes impressions, lui faisoit prendre quel-
quefois l'apparence de la grandeur pour la
grandeur meme.
Extraordinaire en tout, elle ne vou-
loit se distinguer que par de grandes ac-
tions, & ne dédaignoit pas assez de se sin-
gulariser par de petites.
Les Sçavans qui embellissent quelque-
sois l'esprit & qui le gâtent encore plus
souvent, eurent peut-être dans sa jeu-
nesse trop d'empire sur son goût & sur
ses sentimens.
Elle aimoit les Sciences avec passion,
les cultivoit avec un succès qui ne tenoit
rien de son rang, vouloit tout connoître,
tout approfondir.
Infatigable dans le travail, assidue aux
affaires, exécutant ses desseins avec plus
de fermeté que de prudence, incapable
de révoquer une résolution qu'elle avoit
prise, elle ne vouloit gouverner que par
elle-même.
Quel plaisir pour une jeune fille de do-
83
MAI.
1752.
miner par la force de son genie dans un
Conseil composé de vieillards qui à toute
la sagesse de l'expérience, en joignoient
toute la présomption !
Dans son esprit la mollesse étoit un
vice, & la lâcheté un crime.
Avec le goût le plus vif pour les plai-
sirs, elle fuit toujours le mariage, par-
ce qu'elle craignoit d'y en trouver qui
l'asservissent à quelqu un.
Quoique sur le trône, elle connut l'a-
mitié & son coeut n'étoit point incapa-
ble de tendresse, mais toutes ses pas-
sions étoient subordonnées à l'amour de
la gloire.
Cette passion qui ne porte pas toujours
les grandes ames au meilporte pas toujours
à l'extrême, c'est le poleur, mais souvent
qu el roule toute sa vie. int d'appui sur le-
Elle descendit du trône par dégoût, di-
sent quelques-uns, par politique, disent
quelques-autres, & par libertinage, s'il
en faut croire les libertins; pour moi je
pense que l'envie de faire une action uni-
que, fut le plus puissant ressort de son
abdication. Elle voyoit Sylla à mille
lieues d'elle.
Alexandre auroit voulu conquérir tout
l'Univers, Christine en eût voulu abdi-
quer l'Empire.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Après avoir donné ce spectacle surpre-
nant à l'Europe, elle lui en donna un
moins frappant à la verité, mais aussi ex-
traordinaire que le premier, en abjurant la
foi de ses Peres.
C'étoit autant par coquetterie que par
curiolité, qu'elle voyageoit dans les Pays
Etrangers.
En Suéde dépendante des Loix, elle
nen connut plus aucunes, dès qu'elle
n'eut plus le pouvoir d'en donner.
Monaldeschi fut moins immolé à sa
gloire qu'à la difficulté de la vengeance,
& peut-être au plaisir de faire le plus grand
acte d'autorité dans le palais du Prince le
plus jaloux de son autorité.
Par tout elle pensoit, elle agissoit en
Reine, ne pouvoit souffrit qu'on respec-
tât moins sa personne que sa dignité, &
ne croyoit pas le pouvoir nécessaire pour
se faire obéir.
Les revers qui prenent tant fur la fierté
des hommes, ajoûtoient à la sienne; elle
les supportoit avec autant d'insensibilité,
qu'elle avoit eu de mépris pour les gran-
deurs.
Le Prince qui recueillit le fruit de son
abdication, l'en fit repentir; mais ce re-
Pentir, il falloit le deviner.
Il y a dans son caractere un contraste
MAI.
1752. 85
& des traits impossibles à concilier, comme
dans les caracteres de la plûpart des He-
ros: Les grands hommes ne sont point
des Dieux, mais seulement de grands hom-
mes.
A Berlin ce 3 Mars 1752.
F. G. de B****.
Fermer
3270
p. 85-106
Suite du Mémoire de M. D'ANVILLE, sur la premiere partie de sa Carte d'Asie.
Début :
A l'Asie-Mineure je fais succeder la Syrie. Quelqu'étendue que j'aie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Mémoire de M. D'ANVILLE, sur la premiere partie de sa Carte d'Asie.
Suite du Mémoire de M. D'ANVILLE,
sur la premiere partie de sa Carte d'Asie.
A l'Asie-Mineure je fais succeder
la Syrie. Quelqu'étendue que j'aie
donné à la Carte d'Asie, qui dans ses
trois divisions occupera six grandes feuil-
les, il y a néanmoins des parties de ce
Contineni dont la connoissance est de
telle importance qu'on pourroit n'être
pas satisfait de les voir trop réduites. Mais,
ia Syrie est une de ces contrées Asiatiques
que la Carte d'Europe me donnera lieu de
traiter beaucoup plus amplement, en ren-
fermant ces contrées dans son quarté, com-
me je l'ai dit au sujet de l'Asie-Mineure.
Pour écrire le nom de Sham, que les
Orientaux ont donné à la Syrie, j'ai cru
86 MERCURE DE FRANCE.
devoir employer une manière d'orthogra-
phier, qui est plus propre à la langue
Angloise qu'à la nôtre. Car écrivant par
Ch, j'avois lieu de craindre qu'on ne pro-
nonçât ce nom selon que l'usage, bien
que contraire à la regle de notre orthogra-
phe, a maintenu parmi nous celui d'un
des enfans de Noë. Les Maronites qui ont
traduit en latin la Géographie de l'Edrisi,
ont écrit Sciam, & Sciamiin, en parlant
de la Syrie & des Syriens. Mais cette or-
thographe a l'inconvénient de faire deux
syl'abes d'un mot qui n'en renferme qu'u-
ne. En général, il peut y avoir des per-
sonnes, surtout parmi les étrangers, qui
dans des noms peu familiers, ou de pro-
nonciation inconnue, prennent le ch, se-
lon la force du K; au lieu qu'il est pres-
que impossible de vouloir prononcer sh.
sans approcher beaucoup, ou sans rendre
même la prononciation convenable. Ecri-
re sch, c'est multiplier les lettres, ce qu'on
est plus obligé d'éviter dans le grand dé-
tail d'une Carte Géographique que pat
tout ailleurs. C'est par cette raison, qué
dans les noms Arabes, Turcs, Persans,
dont la finale s'écrit communément ch
pour exprimer un son très-ouvert, je me
suis contenté de l'ê surmonté d'un accent
de cette manière, en sorte qu'il susfira
37
MAI. 1752.
d'en être averti, ou que ceux qui sont
instruits le reconnoissent.
Quand on songe que la Syrie renferme
diverses contrées fort célebres, l'ancienne
Phénicie, la Palestine, les bords d'une
partie de l'Euphrate, on doit être persua-
dé que ce pays a mérité une étude parti-
culiere de la part de ceux qui se livrent
à la Géographie. Le public est à portée
de juger de l'application que j'y ai don-
née, par deux morceaux qui ont paru de-
puis peu de tems; l'un représentant la Sy-
rie entiere dans son état actuel, & qui ac-
compagne une sçavante dissertation de M.
Falconet dans le Tome XVII. des Mémoi-
res de l'Académie des Belles-Lettres; l'au-
tre qui ne concerne que la Palestine, mais
fort en détail, & que M. Crévier a in-
séré dans un des derniers volumes de son
Histoire des Empereurs Romains. On re-
marquera dans le morceau de la Palestine,
l'emploi que j'ai fait d'un vuide de cette
Carte, pour donnet la détermination d'un
assez grand nombre de positions principa-
les, en vertu des distances que j'ai recuel-
lies d'une position à l'autre; ce qui forme
un tel enchainement, que la correspon-
dance établie de cette maniere dans les in-
tervalles de ces positions, suppose néces-
sairement quelque justesse. Je n'ai point
Digstines vOO
88 MERCURE DE FRANCE.
borné mes recherches sur ce sujet aux Ecri-
vains de l'Antiquité: Ceux des Croisades
s'y sont joints, ainsi que les Ecrivains Ara-
bes; & la discussion de tout ce que j'ai
fait servir à composer la Palestine, & le
reste de la Syrie, seroit la matière d'une
Ouvrage assez confidérable. Mais, après
un travail si recherché pour des morceaux
suffisamment circonstanciés, la réduction
de ces mêmes morceaux dans la Carte
d'Asie, a dû, ce semble, mettre de la pré-
cision en cette partie.
La longitude convenable à la Syrie est
fixée dans sa partie septentrionale par les
déterminations d'Alexandrette & d'Halep.
C'est ainsi qu'il faut écrire le dernier de
ces noms, plutôt qu'Alep, selon l'usage
commun, par la raison que la premiere
lettre est un hha, qui est l'aspirée la plus
rude; d'où vient que les Syriens, à re-
monter jusques dans l'antiquité, ont écrit
Khalyb, & que dans quelques Historiens
des guerres saintes, on lit Galapia. Cette
remarque faite comme en passant, peut
fervir à prévenir en général, que les noms
qu'on trouvera écrits d'une maniere un
peu différente des Cartes ordinaires, sont
en cela plus corrects, quoique je ne veuil-
le pas me flater d'avoir mis en tous une
égale correction, faute de les emprun-
89
MAI.
1752.
ter tous également des Ecrivains Orien-
taux les plus corrects sur cet article. Ceux
qui connoissent Abulfeda, sçavent la pré-
caution qu'il a jugée nécessaire en bien des
noms propres, de spécifier les lettres par les-
quelles ils doivent s'écrire & se ponctuer.
Nous n'avons point de détermination
Astronomique aussi précise pour la partie
méridionale de la Syrie. Mais je suis per-
suadé que la longitude observée d'Alexan-
drie, d'Egypte & du Caire, y influe sen-
siblement, par le moyen de diverses dis-
tances ou mesures d'espace, tant ancien-
nes que modernes, qui se combinent avec
grande apparence de justesse les unes avec
les autres, & se portent sur Gaza, Jafa,
Jerusalem. Il y a une suite itineraire de
distances sans interruption, dans la partie
maritime, depuis Alexandrette, & Anta-
kia ou Antioche, jusqu'à Acre & Césa-
rée de Palestine. Ces derniers points se lient
avec celui de Jerusalem; & la latitude qui en
a resulté, n est pas précisément celle de 31
degrés 50 minutes, que les Tables des
Orientaux fournissent, & qui a été adop-
tée dans la Connoissance des tems, mais
elle nen differe que de quelques deux mi-
nutes vers le Sud. De maniere qu'en par-
tant de la hauteur bien déterminée d'Ale-
xandrette, 35 dégrés 36 minutes, l'usa-
VigstradbL0O
90 MERCUREDE FRANCE.
ge des mesures itineraires dans un espace
qui court du Nord au Sud, & qui vaut
près de 5 degrés de laritude, conduit avec
grande sureté. Un pareil avantage ne met-
il pas en droit de présumer, qu'il en est de
meme de cet autre espace, qui s'appuyant
sur les points d'Alexandrie & du Caire,
& prenant son étendue sur la longitude,
donne lieu de conclure celle qui convient
aux parties de la Syrie reculées vers le
midi?
Par une autre route on parcourt route
l'étendue de la Syrie dans les terres depuis
Jerusalem jusqu'à Halep, & jusqu'à l'Eu-
phrate, par Damas, par Hamah, & autres
licux. La latitude de Damas tirée des meil-
leures Tables Orientales, paroît en lieu
convenable, selon la proportion des dis-
tances données sur cette route. Nous pou-
vons prendre confiance en celle de Hamah
marquée par Abulfeda, puisque cette Ville
étoit la résidence de ce Prince, qui occupe
une place distinguée parmi les Géogra-
phes. Halep a été observée par M. de Cha-
zelle; & quoique cette position soit no-
tablement plus Sud qu'Antioche, on la
voit plus au Nord dans la Carte de Syrie
du voyage du Docteur Anglois Richard
Pocoke, comme si la disette où l'on est le
plus souvent des moyens suffisans pour
MAI.
1752. 91
dresser des Cartes, souffroit qu'on né-
gligeât ceux qui nous sont donnés. J'ajoû-
terai qu'il y a des traverses étudiées entre
certains lieux de la route maritime & de
cette derniere; d'Halep à Alexandrette &
à Ladikie, de Damas à Tripoli & à Sei-
de. Je ne puis entrer dans un plus grand
détail; la brieveté de ce Mémoire ne le
comporte pas.
Quoique l'Egypte ne fasse point par-
tie de l'Asie, j'observerai néanmoins qu'el-
le est ici plus travaillée, de même qu'un peu
plus ample par le point d'Echelle, que dans
la Carte d'Afrique qui a précédé celle-ci.
La raison est qu'en 1750 jai composé une
grande Carte particuliere de l'Egypte seu-
le, que je n'ai point rendue publique, mais
dont la Carte d'Asie donne une reduction
très précise; ce qui doit bien convaincre
qu'on ne peut s'assurer de la précision
dans les Cartes les plus générales, qu'au-
tant qu'elles résulteront des études & des
travaux recherchés dans le plus grand dé-
tail des circonstances, & que ce qu'on
croit suffisant pour des représentations as-
sez succintes & bornées, ne l'est pas jus-
qu'à un certain point.
Le Golfe Arabique, ou la mer rouge,
est une des parties de la Carte que je re-
garde comme plus perfectionnée, eu égard
92 MERCURE DE FRANCE.
aux Cartes précédentes, & le détail qu'on
y remarquera doit le faire présumer. C'est
le racourci d'un ouvrage particulier, que
le mérite des matériaux que j'ai rassemblés
sur ce sujet m'a invité de faire en 1746.
J'ai même discuté dans un écrit, les moyens
qui me servirent alors à composer une
grande Carte de cette Mer, dans laquelle
les positions de l'ancienne Géographie sont
admises avec les modernes & actuelles.
L'écrit dont je parle me donnoit occasion
d'exposer les preuves qui déterminoient
ces lieux anciens. J'avois même dessein en
publiant la Carte avec son analyse, de
joindre à cette analyse avec quelques rou-
tiers modernes, & entre autres celui du
Portugais Don Jean de Castro, l'ancienne
Description d'Agatharchide. J'aurois satis-
fait au désir de quelques Sçavans de mes
amis, en mettant au jour cet ouvrage, si
les choses du genre simplement utile,
étoient à peu près autant accueillies, que
celles qui ont l'avantage d'être agréables,
& d'amuser, si j'ose le dire, plutôt que
d'instruire.
Entre les piéces manuscrites dont j'ai
fait usage ou tité du secours, il y en a une
dressée sur les galeres Turques du Suez,
qui donne un fort grand détail de la côte
orientale du Golfe Arabique jusqu'à Gid-
MAI. 1752.
93
dah, port de la Mekke. Je la tiens d'un
ancien & illustre ami, feu M. l'Abbé de
Longuerue. Le reste du Golfe est aussi com-
pris dans la même Carte, mais beaucop
plus imparfaitement, cette partiè n'étant
pas aussi fréquentée par les Turcs. Ce défaut
a été réparé par deux autres Cartes pareil-
ment manuscrites, qui s'étendent depuis
Giddah jusquau Détroit que les Arabes
ont nommé Ba bel-mandeb, pour signifier
Porta luctus, sive moeroris. Dans ces deux
Cartes, la conte Afriquaine est moins bien
traitée que l'Arabique; mais en revanche,
j'ai acquis une Carte Françoise fort cir-
constanciée, qui depuis le port de Bailul
du rivage Abissin, remonte jusqu'à Mazua.
Les environs du Détroit, depuis Moca &
en dehors jusqu'à Aden, me sont donnés
par deux Cartes Portugaises particulieres.
Enfin presque tous les ports de la côte
Afriquaine ont leurs plans, que je présu-
me avoir été levés par Jean de Castro, ou
pendant la navigation d'Etienne de Gama,
lesquels plans ont autrefois appartenu à
Melchisedec Thevenot, dont la curiosité
pour tout ce qui intéressoit les voyages est
assez connue. Et si cette partie Afriquaine
est moins bien donnée dans les Cartes que
la partie Arabique, c'est par une espéce de
dédommagement qu ayant été rasée de plus
94 MERCURE DE FRANCE.
près par la flotte de Gama, où Jean de
Castro montoit un bâtiment, elle est plus
particulierement décrite dans le journal
de ce Portugais, qui étoit homme de grand
mérite, & qui a gouverné à Goa en qua-
lité de Viceroi.
Je n'ai rien eu plus en recommanda-
tion, lorsque j'ai dressé la Carte particu-
liere du Golfe Arabique, que de recher-
cher son véritable gissement dans la manie-
re oblique dont il s'étend. Cette circons-
tance n'étoit pas moins' importante que
délicate. M. de l'Isse a varié considera-
blement sur cet article: car, entre sa Carte
intitulée Egypte, Nubie, Abissinie, publiée
en 1707, & les Cartes d'Asie & d'A-
frique qu'il renouvella en 1722 & 23,
il y a trois à quatre dégrés de différence,
dont la longitude de Bab-el-mandeb est
plus orientale dans les dernieres Cartes
de ce Géographe que dans la première.
Cependant, je pense que le gissement du
Suez au détroit en son total, est pré-
férable dans celles- ci, & sur ce point
je nen différe pas considérablement, en
conséquence de l'étude particulière que
j'en ai faite. J'ai néanmoins pénétré, que
M. de l'Isse avoit ses raisons pour croire
devoir écarter davantage le débouque-
ment de la Mer rouge. C'est qu'il avoit
I.
M
1752.
95
appris que l'estime des Navigateurs ne
permet pas autant d'espace entre Goa &
Bab-el mandeb, que d'abord il en admet-
toit. Dans un mémoire où il rend compte
de la détermination qu'il a donnée à diffé-
rentes parties de la Terre, il dit qu'un
très-habile Pilote Diépois, nommé le Tel-
lier, n a trouvé que 20 dégrés & demi,
(de la longitude ordinaire) entre Goa &
l'aterrage au Cap Guardafui. Ce qui résulte
de l'estime de ce Pilote est même confirmé
par beaucoup d'autres, sur quoi on peut
recourir à la préface de M. Daprès de son
Routier des Indes Orientales, où on trou-
vera le résultat de plusieurs traversées
de Cochin, du Mont-delli, de Bombay,
au même Cap Guardafui. Or en partant de
la longitude de Goa, comme étant déter-
minée par observation; ce qu'il y a d'es-
pace à retrancher entre ce point & le Dé-
troit de la Mer rouge, on croit pouvoir le
reprendre sur cette Mer, & l'attribuer à
une plus grande obliquité dans son gisse-
ment, Mais outre qu'elle ne le souffre pas,
à ce qu'il m'a bien paru; j'ai l'expérience
que les difficultés de cette espéce, s offrent
fréquemment dans la construction des Car-
res, ce qui me persuade qu'il faut d'autant
moins oser y donner plus d'étendue aux
espaces, qu'ils n'en prennent par la mesu-
96 MERCURE DE FRANCE.
re qui se montre propre & convenable à
chacun en particulier.
L'écrit par lequel j'ai discuté la compo-
sition de la Carte du Golfe Arabique,
mettroit en évidence, que j'ai pris à tâche
de donner plus que moins d'obliquité à son
gissement, & que si la précision absolue
peut y manquer, il nadmet pas une aug.
mentation qui seroit très considérable.
Mais c est un détail de discussion, qui ne
sçauroit trouver place dans un mémoire
abregé comme celui ci. Je crois qu'on a
fort exageré sur la largeur de ce Golfe,
& il y a des endroits ou la Carte de M.
de l'Isse prend se doubse de celle que j'ai
employée. La latitude du Détroit, ou de
Bab- el mandeb, est devenue plus Sud de 30
à 40 minutes qu'elle ne paroît dans le Pi-
lote Anglois, & dans un autre ouvrage de
Marine, où on l'a suivi sur cet article.
Les raisons qui mont autorisé sur ce point,
comme sur plusieurs autres que je suppri-
me ici, ne sont point omises dans l'écrit
dont je viens de parser.
Quant aux terres de l'Arabe qui s'é-
tendent le long du Golfe, on ne tiroit
précédemment de lumieres sur ce Pays-là,
que de l'Edrisi & d'Abulfeda. Mais les Turcs,
auxquels la conquête de l'Egypté a donné
lieu de faire celle de l'lémen, qu'ils n ont
pas
Digitnes eLOO
MAI. 1752.
97
pas néanmoins conservé, ont procuré des
connoissances locales quon navoit pas.
Leur expédition se trouve écrite en Arabe
comme en Turc, dans la Bibliotheque du
Roi. Notre Carte fournit, non seulement
dans l'étendue de l'lémen, mais encore
dans une partie qui est sensée de l'Arabie
déserte, un grand nombre de positions qui
sont tout-à-fait neuves pour la Géogra-
phie. Deux voyages de négocians François
& Anglois à Sanaa, & celui de Bartema
qui est dans la collection de Ramusio, ont
en même tems servi à ce qui concerne l'Ié-
men. Ce qu on a de mieux pour la côte
méridionale de l'Arabie, on le doit au Pi-
lote Anglois, quoique M. Daprès ait re-
marqué quelque défaut dans la latitude.
J'ai tiré des Portugais la représentation de
Socotora, qui dépend du Sultan de Ke-
sem ou de Fartach dans le continent de
l'Arabie; & la latitude par laquelle j'ai
rangé cette Isse plus au nord que dans les
Cartes marines ordinaires, est assujettie à
la hauteur observée par un Navigateur An-
glois, dans une relâche à la Baye Delicia.
La description bien circonstanciée de la cônte
Afriquaine entre le Cap Guardafui & Zei-
la, que M. Daprès a insérée das son rou-
tier, est plus exactement rendue par notre
Carte que par toute autre, où elle se trou-
98 MERCURE DE FRANCE.
ve allongée au-delà de ce que prescrit le
détail positif des instructions données. Que
si l'on fait suivre cela du résultat de diver-
ses routes, dont on a des estimes réiterées
entre le Cap Guardafui & plusieurs points
de la côte de l'Inde, selon ce que j'en ai
touché ci-dessus; on franchira de cette ma-
niere tout l'espace jusquaux terres de
l'Inde, par une voie que la Mer Rou-
ge nous a ouverte.
Je reviens maintenant vors la Syrie,
pour parcourir les pays voisins de l'Eu-
phrate & du Tigre; sçavoir, Algezire
Irak des Arabes, & Kurdistan. Le bien du
public exige qu'on releve le défaut de con-
noissance des Géographes, au sujet du nom
de Diarbek, quils donnent à l'ancienne
Mésopotamie. Les Arabes l'appellent cons-
tamment Al-gezira, l'Isse ou la presqu'isse,
nayant point dans leur langue de terme
particulier pour désigner ce qui est pres-
qu'isse plutôt qu'Isse. Dans l'étendue de ce
Pays, les Arabes distinguent trois contrées;
Diar-Bekr, Diar-Modzar, Diar-Rabiaa;
la premiere, tournée vers le nord, & dont
le nom s'est communiqué à la ville princi-
pale de la contrée; sçavoir, Diarbekir,
bien que le nom propre de cette ville soit
Kara-Amid; la seconde, qui s'étend le long
de l'Euphrate en descendant depuis l'au-
*
MAI. 1752.
99
tienne Edesse ou Roha; la troisiéme, le long
du Tigre aux environs de Nisibe & de Sin-
jar. Il falloit du moins que les Géographes
écrivissent correctement le nom de Diar-
Bekr. Diar signifie district, Bekr est le
nom d'un chef Arabe, que l'on croit avoir
précédé l'établissement du Mahométisme
en ce pays. Si les contrées d'Algezire dont
je viens de parler, ne sont point inscrites
sur la Carte, ni le nom de Kara-Amid,
joint à celui de Diarbekir, qui est plus
commun dans l'usage, on verra bien que
c'est faute de place.
Le cours de l'Euphrate & celui du Ti-
gre sont certainement tracés d'une manié-
re beaucoup plus travaillée que dans au-
cune autre Carte. On regarde communé-
ment les deux rivières qui passent aux en-
virons d'Arz-roum, conime celles qui
forment l'Euphrate, quoique la branche
nommée Murad-Shai, ou l'eau desirée,
vienne de beaucoup plus loin. La position
d'Arz-roum est en rapport immédiat avec
Trébisonde, laquelle est une suite des me-
sures propres au rivage méridional de la
Mer Noire en particulier. Mais en même
tems, cette position d'Arz-roum ma paru
se rapporter à la distance qui lui convient
à l'égard de Tocat & d'Amasie. Et la po-
sition d'Amasie, outre son lieu con venable
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
à l'égard de la Mer Noire, est conclue in-
dépendamment des melures de cette Mer,
d'une suite de route directe par les terres à
rétrograder jusqu'à Constantinople. Cette
correspondance d'espace par des voyes dif-
féreutes, mérite considération, & fait
présumer favorablement des positions qui
en résultent.
En descendant ensuite l'Euphrate, on
ne sçauroit douter qu'il ne décrive une
grande courbure entre Malatia & Samo-
sate, quand on compare dans les an-
ciens itinéraires la mesure directe entre
ces points, avec celle qui suit le rivage
du fleuve par des lieux qui le bordent. Au-
dessous de Samosate, il est bien vrai que
l'Euphrate coule, généralement parlant,
entre l'Orient & le Midi; mais pourtant
avec des replis ou des circuits très-consi-
dérables, qu'aucune carte ne représente.
Après avoir passé devant Belés, le fleuve
remonte vers le Nord pour baigner Racca;
& il est assez étonnant que les Géographes
n'ayent pas sçu que la latitude de ce lieu,
par les observations d'Al-battani (*) célé-
bre Astronome vers l'an 300 de l'Hégire,
est déterminée à 36 degrés, ausquels Ebn-
Shatir ajoute une minute, & Ebn Junis
trois, ce qui prouve la précision qu'on a
(*) Vulgò Albategni.
1752.
MAI.
101
étudiée en certe hauteur: au lieu que vous
trouverez Racca d'un dégré tout entier
plus Sud dans les Cartes précédentes. Al-
battani, qui a rapporté ses Tables Astro-
nomiques à la position de cette ville,
où quelques Khalifes ont fait leur demeu-
re, la détermine plus orientale qu'Ale-
xandrie d'Egypte de 40 minutes de tems;
& en effet la construction de ma Carte y
fait entrer dix degrés de longitude, sans
autre diversité que d'une fraction de de-
gré. Ce n'est pourtant pas l'assujetisse-
ment immédiat à la détermination d'Al-
battani, qui donne cette con venance dans
la Carte: c'est la distance que j'ai jugée
con venable avec le point d'Halep, que l'on
voit être très à portée, & qui a sa longi-
tude déterminée de nos jours, ainsi que
celle d'Alexandrie. Dans les Cartes où l'on
a déplacé Racca de sa latitude, si on ré-
formoit cette position en la pottant à un
dégré plus au Nord, il ne resteroit pas
un dégré de différence dans ces Cartes en-
tre Racca & Diarbekir, pat la raison que
Diarbekir y est placé au dessous de 37 dé-
grés, au lieu de 37 & environ 50 minu-
tes, qui est la hauteur convenable. La dis-
tance qui sépare Racca de la position de
Roha, & celle qu'il faut employer entre
Roha & Diarbekir, ne se renferment
E iij.
102. MERCUREDE FRANCE.
point dans l'espace de moins d'un dégré.
On jugera de l'effet de ces déplacemens
dę liea sur toutes les parties qui leur sont
adhérentes. Diarbekir baissé d'un degré,
en fait trouver trois au lieu de deux entre
Arz-roum & Diarbekir; d'un autre côté,
Mosul est entraîné dans le Sud par une sui-
te de son rapport avec Diarbekir. D'où il
suit, que, pour composer une nouvelle
Carte, il y avoit autant à travailler sur la
disposition la plus générale des licux, que
sur la teprésentation du détail.
La distance à laquelle je devois reculer
Bagdad a été l'objet d'une étude toute par-
ticuliere. Entre les voyages modernes, ce
que je connois de plus direct, de mieux
suivi & circonstancié, est la route de Te-
xeira, Portugais, écrite en Espagnol. Ce
voyageur ayant d'abord passé de Basra à
Bagdad, la réduction & l'estime que je
devois faire de sa marche m'étoit indiquée
par la différence des latitudes de Basra &
de Bagdad, & même d'un point inter-
médiairę qui est Kufa, dont les vestiges
sont peu distans de Mesghid-Ali, où Te-
xeira a passé. La hauteur qu'un Officier de
la Compagnie des Indes (*) qui a fait à
Bafra la fonction de Consul, m'a donnée
de cette ville, ne différe que d'une minu-
(*) M. Gosse.
MAI.
103
1752.
te ou deux, de celle que Pietro della Valie
a observée. Par dessus cela, j'ai trouvé un
objet de comparaison, pour la route de
Texeira, dans la partie d'entre Bagdad &
Halep précisément, & pour ce qu'il y a
de distance depuis Bagdad jusqu'à Anah:
car les Géographes orientaux en fournis-
sent un détail circonstancié, par Anbar,
Hit & autres lieux. Cet espace vallant
plus que le tiers de la distance entre Halep
& Bagdad, ce n'est pas juger d'une trop
grande partie par une qui soit trop petite
en proportion. Mais, ce qui ma confirmé
dans le juste éloignement de Bagdad, c'est
de le voir convenir avec précision à la dis-
tance indiquée par Pline entre Damas &
Palmyre, & entre Palmyre & Seleucie sur
le Tigre, dont la position s'éloigne peu
de Bagdad, & se fixe même sur ce que les
Orientaux disent d'Al-Modain, par où ils
désignent ce qui reste des villes de Seleu-
cie & de Ctesiphon. Le détail de ce que
j'expose ici d'une maniere fort abrégée sur
cette distance entre Halep & Bagdad, est
le sujet d'un écrit particulier dans mes pa-
piers. J'y ai discuté spécialement & par
des moyens presque Geométriques, la po-
sition qu'il convient de donner à Tadmor
ou Palmire, que les Cartes n'écartent pas
assez des villes ou lieux habités de la Syrie.
E iiij
Dustrad v00
104 MERCURE DE FRANCE.
Une partie de cet écrit concerne l'inter-
valle & la position respective de Bagdad
& de Basra. Elle renferme un objet très- in-
teressant par rapport à l'ancienne Géogra-
phie, qui est la recherche du lieu précisé-
ment qu occupoit Babylone; & ce qu'on
doit croire de ce que cette ville avoit d'é-
tendue y est développé. Une navigation
de l'Euphrate par deux Vénitiens, depuis
le Bir vis-à-vis d'Halep, jusqu'auprès de
Bagdad, & qui fournit un grand détail de
lieux, na été mise en œeuvre, quoiqu'im-
primée, par aucun Géographe. Dans l'étude
que j'ai faite du cours de ce fleuve, je n'ai
négligé, ni Xenophon dans la marche des
dix mille, ni l'expédition de l'Empereur
Julien rapportée par Ammien-Marcellin
& par Zosime. On ne peut-être assuré de
la justesse des circonstances locales, si on
ne les trouve d'accord avec tous les faits
qui y ont quelque rapport.
Je passe au Kurdistan, qui renferme
l'ancienne Assyrie. Quoique ce nom s'écri-
ve par un Kiaf, & qu'on pût vouloir écrire
Kiurd, cependant il m a semblé que l'ufa-
ge & la prononciation ordinaire devoient
prévaloir. Ce pays sur lequel toutes les
Cartes ont été très-maigres de détail, est
un de ceux où il abonde davantage dans
la nouvelle. Il compose la frontiere de
MAI. 1752.
105.
l'Empire Ottoman du côté de la Perse, &
sa partie montueuse est occupée par de pe-
tits Princes particuliers, à peu près indé-
pendans. De-là vient que ce pays est dé-
crit d'une maniere tout autrement circons-
tanciée par le Géographe Turc, que dans
les autres Géographies Orientales. Mais,
jo ne puis dire l'application qu'il a falsu
donner, pour bien entendre ou concevott
se Geographe que je cite, pour fixer par
la combinaison de ce qu'il rapporte avec
les instructions empruntées d'ailleurs, la-
représentation du local en tous ses points,
positions de Villes & de Châteaux, cours
de riviéres, emplacement des Montagnes.
Il est vrai, que le fruit de cette applica-
tior a été, que ces différentes rivieres que
l'on voit concourir à former le Tigre, ique
le cours du Zab, surtout en sa partie supé-
rieure, que beaucoup de lieux, n'ont jus-
qu'à présent paru ainsi dans aucune Carte.
M. de l'Isse, qui dans les premières de sa
composition avoit bien connu la distinc-
tion qu'il faut faire entre le Lac de Van &.
celui d'Urmia, les aejoints, ou simplement
diviso comme par un pont, dans sa carte
de la Perse, ce que néanmoins beancoup
d'instructions antérieures contredisoient
formellement. La ville de Van, en cette
Carte est transportée au côté occidental-
E
106 MERCURE DE FRANCE.
du grand Lac qui en tire son nom, lors-
que sa vraie situation est au côté Oriental:
la ville d'Ouroumi, la même qu'Urmia,
s'y voit attachée au rivage du même Lac,
quoiqu'elle en soit éloignée d'une distance
à estimer de quarante lieues Françoises,
avec de très-hautes montagnes dans l'in-
tervalle, qui n'ont jamais permis de com-
munication entre les Lacs dont ou vient
de parler. Ces circonstances ne seront pas
jugées assez indifférentes, pour qu'il soit
permis de les dissimuler, lorsqu'il est ques-
tion de servir le Public, en lui rendant
compte d'un nouvel ouvrage qu'on lui met
entre les mains.
Il faut maintenant revenit au point
d'Arz-roum, pour passet en Armenie, &c.
La suite dans d'auires Mercures.
sur la premiere partie de sa Carte d'Asie.
A l'Asie-Mineure je fais succeder
la Syrie. Quelqu'étendue que j'aie
donné à la Carte d'Asie, qui dans ses
trois divisions occupera six grandes feuil-
les, il y a néanmoins des parties de ce
Contineni dont la connoissance est de
telle importance qu'on pourroit n'être
pas satisfait de les voir trop réduites. Mais,
ia Syrie est une de ces contrées Asiatiques
que la Carte d'Europe me donnera lieu de
traiter beaucoup plus amplement, en ren-
fermant ces contrées dans son quarté, com-
me je l'ai dit au sujet de l'Asie-Mineure.
Pour écrire le nom de Sham, que les
Orientaux ont donné à la Syrie, j'ai cru
86 MERCURE DE FRANCE.
devoir employer une manière d'orthogra-
phier, qui est plus propre à la langue
Angloise qu'à la nôtre. Car écrivant par
Ch, j'avois lieu de craindre qu'on ne pro-
nonçât ce nom selon que l'usage, bien
que contraire à la regle de notre orthogra-
phe, a maintenu parmi nous celui d'un
des enfans de Noë. Les Maronites qui ont
traduit en latin la Géographie de l'Edrisi,
ont écrit Sciam, & Sciamiin, en parlant
de la Syrie & des Syriens. Mais cette or-
thographe a l'inconvénient de faire deux
syl'abes d'un mot qui n'en renferme qu'u-
ne. En général, il peut y avoir des per-
sonnes, surtout parmi les étrangers, qui
dans des noms peu familiers, ou de pro-
nonciation inconnue, prennent le ch, se-
lon la force du K; au lieu qu'il est pres-
que impossible de vouloir prononcer sh.
sans approcher beaucoup, ou sans rendre
même la prononciation convenable. Ecri-
re sch, c'est multiplier les lettres, ce qu'on
est plus obligé d'éviter dans le grand dé-
tail d'une Carte Géographique que pat
tout ailleurs. C'est par cette raison, qué
dans les noms Arabes, Turcs, Persans,
dont la finale s'écrit communément ch
pour exprimer un son très-ouvert, je me
suis contenté de l'ê surmonté d'un accent
de cette manière, en sorte qu'il susfira
37
MAI. 1752.
d'en être averti, ou que ceux qui sont
instruits le reconnoissent.
Quand on songe que la Syrie renferme
diverses contrées fort célebres, l'ancienne
Phénicie, la Palestine, les bords d'une
partie de l'Euphrate, on doit être persua-
dé que ce pays a mérité une étude parti-
culiere de la part de ceux qui se livrent
à la Géographie. Le public est à portée
de juger de l'application que j'y ai don-
née, par deux morceaux qui ont paru de-
puis peu de tems; l'un représentant la Sy-
rie entiere dans son état actuel, & qui ac-
compagne une sçavante dissertation de M.
Falconet dans le Tome XVII. des Mémoi-
res de l'Académie des Belles-Lettres; l'au-
tre qui ne concerne que la Palestine, mais
fort en détail, & que M. Crévier a in-
séré dans un des derniers volumes de son
Histoire des Empereurs Romains. On re-
marquera dans le morceau de la Palestine,
l'emploi que j'ai fait d'un vuide de cette
Carte, pour donnet la détermination d'un
assez grand nombre de positions principa-
les, en vertu des distances que j'ai recuel-
lies d'une position à l'autre; ce qui forme
un tel enchainement, que la correspon-
dance établie de cette maniere dans les in-
tervalles de ces positions, suppose néces-
sairement quelque justesse. Je n'ai point
Digstines vOO
88 MERCURE DE FRANCE.
borné mes recherches sur ce sujet aux Ecri-
vains de l'Antiquité: Ceux des Croisades
s'y sont joints, ainsi que les Ecrivains Ara-
bes; & la discussion de tout ce que j'ai
fait servir à composer la Palestine, & le
reste de la Syrie, seroit la matière d'une
Ouvrage assez confidérable. Mais, après
un travail si recherché pour des morceaux
suffisamment circonstanciés, la réduction
de ces mêmes morceaux dans la Carte
d'Asie, a dû, ce semble, mettre de la pré-
cision en cette partie.
La longitude convenable à la Syrie est
fixée dans sa partie septentrionale par les
déterminations d'Alexandrette & d'Halep.
C'est ainsi qu'il faut écrire le dernier de
ces noms, plutôt qu'Alep, selon l'usage
commun, par la raison que la premiere
lettre est un hha, qui est l'aspirée la plus
rude; d'où vient que les Syriens, à re-
monter jusques dans l'antiquité, ont écrit
Khalyb, & que dans quelques Historiens
des guerres saintes, on lit Galapia. Cette
remarque faite comme en passant, peut
fervir à prévenir en général, que les noms
qu'on trouvera écrits d'une maniere un
peu différente des Cartes ordinaires, sont
en cela plus corrects, quoique je ne veuil-
le pas me flater d'avoir mis en tous une
égale correction, faute de les emprun-
89
MAI.
1752.
ter tous également des Ecrivains Orien-
taux les plus corrects sur cet article. Ceux
qui connoissent Abulfeda, sçavent la pré-
caution qu'il a jugée nécessaire en bien des
noms propres, de spécifier les lettres par les-
quelles ils doivent s'écrire & se ponctuer.
Nous n'avons point de détermination
Astronomique aussi précise pour la partie
méridionale de la Syrie. Mais je suis per-
suadé que la longitude observée d'Alexan-
drie, d'Egypte & du Caire, y influe sen-
siblement, par le moyen de diverses dis-
tances ou mesures d'espace, tant ancien-
nes que modernes, qui se combinent avec
grande apparence de justesse les unes avec
les autres, & se portent sur Gaza, Jafa,
Jerusalem. Il y a une suite itineraire de
distances sans interruption, dans la partie
maritime, depuis Alexandrette, & Anta-
kia ou Antioche, jusqu'à Acre & Césa-
rée de Palestine. Ces derniers points se lient
avec celui de Jerusalem; & la latitude qui en
a resulté, n est pas précisément celle de 31
degrés 50 minutes, que les Tables des
Orientaux fournissent, & qui a été adop-
tée dans la Connoissance des tems, mais
elle nen differe que de quelques deux mi-
nutes vers le Sud. De maniere qu'en par-
tant de la hauteur bien déterminée d'Ale-
xandrette, 35 dégrés 36 minutes, l'usa-
VigstradbL0O
90 MERCUREDE FRANCE.
ge des mesures itineraires dans un espace
qui court du Nord au Sud, & qui vaut
près de 5 degrés de laritude, conduit avec
grande sureté. Un pareil avantage ne met-
il pas en droit de présumer, qu'il en est de
meme de cet autre espace, qui s'appuyant
sur les points d'Alexandrie & du Caire,
& prenant son étendue sur la longitude,
donne lieu de conclure celle qui convient
aux parties de la Syrie reculées vers le
midi?
Par une autre route on parcourt route
l'étendue de la Syrie dans les terres depuis
Jerusalem jusqu'à Halep, & jusqu'à l'Eu-
phrate, par Damas, par Hamah, & autres
licux. La latitude de Damas tirée des meil-
leures Tables Orientales, paroît en lieu
convenable, selon la proportion des dis-
tances données sur cette route. Nous pou-
vons prendre confiance en celle de Hamah
marquée par Abulfeda, puisque cette Ville
étoit la résidence de ce Prince, qui occupe
une place distinguée parmi les Géogra-
phes. Halep a été observée par M. de Cha-
zelle; & quoique cette position soit no-
tablement plus Sud qu'Antioche, on la
voit plus au Nord dans la Carte de Syrie
du voyage du Docteur Anglois Richard
Pocoke, comme si la disette où l'on est le
plus souvent des moyens suffisans pour
MAI.
1752. 91
dresser des Cartes, souffroit qu'on né-
gligeât ceux qui nous sont donnés. J'ajoû-
terai qu'il y a des traverses étudiées entre
certains lieux de la route maritime & de
cette derniere; d'Halep à Alexandrette &
à Ladikie, de Damas à Tripoli & à Sei-
de. Je ne puis entrer dans un plus grand
détail; la brieveté de ce Mémoire ne le
comporte pas.
Quoique l'Egypte ne fasse point par-
tie de l'Asie, j'observerai néanmoins qu'el-
le est ici plus travaillée, de même qu'un peu
plus ample par le point d'Echelle, que dans
la Carte d'Afrique qui a précédé celle-ci.
La raison est qu'en 1750 jai composé une
grande Carte particuliere de l'Egypte seu-
le, que je n'ai point rendue publique, mais
dont la Carte d'Asie donne une reduction
très précise; ce qui doit bien convaincre
qu'on ne peut s'assurer de la précision
dans les Cartes les plus générales, qu'au-
tant qu'elles résulteront des études & des
travaux recherchés dans le plus grand dé-
tail des circonstances, & que ce qu'on
croit suffisant pour des représentations as-
sez succintes & bornées, ne l'est pas jus-
qu'à un certain point.
Le Golfe Arabique, ou la mer rouge,
est une des parties de la Carte que je re-
garde comme plus perfectionnée, eu égard
92 MERCURE DE FRANCE.
aux Cartes précédentes, & le détail qu'on
y remarquera doit le faire présumer. C'est
le racourci d'un ouvrage particulier, que
le mérite des matériaux que j'ai rassemblés
sur ce sujet m'a invité de faire en 1746.
J'ai même discuté dans un écrit, les moyens
qui me servirent alors à composer une
grande Carte de cette Mer, dans laquelle
les positions de l'ancienne Géographie sont
admises avec les modernes & actuelles.
L'écrit dont je parle me donnoit occasion
d'exposer les preuves qui déterminoient
ces lieux anciens. J'avois même dessein en
publiant la Carte avec son analyse, de
joindre à cette analyse avec quelques rou-
tiers modernes, & entre autres celui du
Portugais Don Jean de Castro, l'ancienne
Description d'Agatharchide. J'aurois satis-
fait au désir de quelques Sçavans de mes
amis, en mettant au jour cet ouvrage, si
les choses du genre simplement utile,
étoient à peu près autant accueillies, que
celles qui ont l'avantage d'être agréables,
& d'amuser, si j'ose le dire, plutôt que
d'instruire.
Entre les piéces manuscrites dont j'ai
fait usage ou tité du secours, il y en a une
dressée sur les galeres Turques du Suez,
qui donne un fort grand détail de la côte
orientale du Golfe Arabique jusqu'à Gid-
MAI. 1752.
93
dah, port de la Mekke. Je la tiens d'un
ancien & illustre ami, feu M. l'Abbé de
Longuerue. Le reste du Golfe est aussi com-
pris dans la même Carte, mais beaucop
plus imparfaitement, cette partiè n'étant
pas aussi fréquentée par les Turcs. Ce défaut
a été réparé par deux autres Cartes pareil-
ment manuscrites, qui s'étendent depuis
Giddah jusquau Détroit que les Arabes
ont nommé Ba bel-mandeb, pour signifier
Porta luctus, sive moeroris. Dans ces deux
Cartes, la conte Afriquaine est moins bien
traitée que l'Arabique; mais en revanche,
j'ai acquis une Carte Françoise fort cir-
constanciée, qui depuis le port de Bailul
du rivage Abissin, remonte jusqu'à Mazua.
Les environs du Détroit, depuis Moca &
en dehors jusqu'à Aden, me sont donnés
par deux Cartes Portugaises particulieres.
Enfin presque tous les ports de la côte
Afriquaine ont leurs plans, que je présu-
me avoir été levés par Jean de Castro, ou
pendant la navigation d'Etienne de Gama,
lesquels plans ont autrefois appartenu à
Melchisedec Thevenot, dont la curiosité
pour tout ce qui intéressoit les voyages est
assez connue. Et si cette partie Afriquaine
est moins bien donnée dans les Cartes que
la partie Arabique, c'est par une espéce de
dédommagement qu ayant été rasée de plus
94 MERCURE DE FRANCE.
près par la flotte de Gama, où Jean de
Castro montoit un bâtiment, elle est plus
particulierement décrite dans le journal
de ce Portugais, qui étoit homme de grand
mérite, & qui a gouverné à Goa en qua-
lité de Viceroi.
Je n'ai rien eu plus en recommanda-
tion, lorsque j'ai dressé la Carte particu-
liere du Golfe Arabique, que de recher-
cher son véritable gissement dans la manie-
re oblique dont il s'étend. Cette circons-
tance n'étoit pas moins' importante que
délicate. M. de l'Isse a varié considera-
blement sur cet article: car, entre sa Carte
intitulée Egypte, Nubie, Abissinie, publiée
en 1707, & les Cartes d'Asie & d'A-
frique qu'il renouvella en 1722 & 23,
il y a trois à quatre dégrés de différence,
dont la longitude de Bab-el-mandeb est
plus orientale dans les dernieres Cartes
de ce Géographe que dans la première.
Cependant, je pense que le gissement du
Suez au détroit en son total, est pré-
férable dans celles- ci, & sur ce point
je nen différe pas considérablement, en
conséquence de l'étude particulière que
j'en ai faite. J'ai néanmoins pénétré, que
M. de l'Isse avoit ses raisons pour croire
devoir écarter davantage le débouque-
ment de la Mer rouge. C'est qu'il avoit
I.
M
1752.
95
appris que l'estime des Navigateurs ne
permet pas autant d'espace entre Goa &
Bab-el mandeb, que d'abord il en admet-
toit. Dans un mémoire où il rend compte
de la détermination qu'il a donnée à diffé-
rentes parties de la Terre, il dit qu'un
très-habile Pilote Diépois, nommé le Tel-
lier, n a trouvé que 20 dégrés & demi,
(de la longitude ordinaire) entre Goa &
l'aterrage au Cap Guardafui. Ce qui résulte
de l'estime de ce Pilote est même confirmé
par beaucoup d'autres, sur quoi on peut
recourir à la préface de M. Daprès de son
Routier des Indes Orientales, où on trou-
vera le résultat de plusieurs traversées
de Cochin, du Mont-delli, de Bombay,
au même Cap Guardafui. Or en partant de
la longitude de Goa, comme étant déter-
minée par observation; ce qu'il y a d'es-
pace à retrancher entre ce point & le Dé-
troit de la Mer rouge, on croit pouvoir le
reprendre sur cette Mer, & l'attribuer à
une plus grande obliquité dans son gisse-
ment, Mais outre qu'elle ne le souffre pas,
à ce qu'il m'a bien paru; j'ai l'expérience
que les difficultés de cette espéce, s offrent
fréquemment dans la construction des Car-
res, ce qui me persuade qu'il faut d'autant
moins oser y donner plus d'étendue aux
espaces, qu'ils n'en prennent par la mesu-
96 MERCURE DE FRANCE.
re qui se montre propre & convenable à
chacun en particulier.
L'écrit par lequel j'ai discuté la compo-
sition de la Carte du Golfe Arabique,
mettroit en évidence, que j'ai pris à tâche
de donner plus que moins d'obliquité à son
gissement, & que si la précision absolue
peut y manquer, il nadmet pas une aug.
mentation qui seroit très considérable.
Mais c est un détail de discussion, qui ne
sçauroit trouver place dans un mémoire
abregé comme celui ci. Je crois qu'on a
fort exageré sur la largeur de ce Golfe,
& il y a des endroits ou la Carte de M.
de l'Isse prend se doubse de celle que j'ai
employée. La latitude du Détroit, ou de
Bab- el mandeb, est devenue plus Sud de 30
à 40 minutes qu'elle ne paroît dans le Pi-
lote Anglois, & dans un autre ouvrage de
Marine, où on l'a suivi sur cet article.
Les raisons qui mont autorisé sur ce point,
comme sur plusieurs autres que je suppri-
me ici, ne sont point omises dans l'écrit
dont je viens de parser.
Quant aux terres de l'Arabe qui s'é-
tendent le long du Golfe, on ne tiroit
précédemment de lumieres sur ce Pays-là,
que de l'Edrisi & d'Abulfeda. Mais les Turcs,
auxquels la conquête de l'Egypté a donné
lieu de faire celle de l'lémen, qu'ils n ont
pas
Digitnes eLOO
MAI. 1752.
97
pas néanmoins conservé, ont procuré des
connoissances locales quon navoit pas.
Leur expédition se trouve écrite en Arabe
comme en Turc, dans la Bibliotheque du
Roi. Notre Carte fournit, non seulement
dans l'étendue de l'lémen, mais encore
dans une partie qui est sensée de l'Arabie
déserte, un grand nombre de positions qui
sont tout-à-fait neuves pour la Géogra-
phie. Deux voyages de négocians François
& Anglois à Sanaa, & celui de Bartema
qui est dans la collection de Ramusio, ont
en même tems servi à ce qui concerne l'Ié-
men. Ce qu on a de mieux pour la côte
méridionale de l'Arabie, on le doit au Pi-
lote Anglois, quoique M. Daprès ait re-
marqué quelque défaut dans la latitude.
J'ai tiré des Portugais la représentation de
Socotora, qui dépend du Sultan de Ke-
sem ou de Fartach dans le continent de
l'Arabie; & la latitude par laquelle j'ai
rangé cette Isse plus au nord que dans les
Cartes marines ordinaires, est assujettie à
la hauteur observée par un Navigateur An-
glois, dans une relâche à la Baye Delicia.
La description bien circonstanciée de la cônte
Afriquaine entre le Cap Guardafui & Zei-
la, que M. Daprès a insérée das son rou-
tier, est plus exactement rendue par notre
Carte que par toute autre, où elle se trou-
98 MERCURE DE FRANCE.
ve allongée au-delà de ce que prescrit le
détail positif des instructions données. Que
si l'on fait suivre cela du résultat de diver-
ses routes, dont on a des estimes réiterées
entre le Cap Guardafui & plusieurs points
de la côte de l'Inde, selon ce que j'en ai
touché ci-dessus; on franchira de cette ma-
niere tout l'espace jusquaux terres de
l'Inde, par une voie que la Mer Rou-
ge nous a ouverte.
Je reviens maintenant vors la Syrie,
pour parcourir les pays voisins de l'Eu-
phrate & du Tigre; sçavoir, Algezire
Irak des Arabes, & Kurdistan. Le bien du
public exige qu'on releve le défaut de con-
noissance des Géographes, au sujet du nom
de Diarbek, quils donnent à l'ancienne
Mésopotamie. Les Arabes l'appellent cons-
tamment Al-gezira, l'Isse ou la presqu'isse,
nayant point dans leur langue de terme
particulier pour désigner ce qui est pres-
qu'isse plutôt qu'Isse. Dans l'étendue de ce
Pays, les Arabes distinguent trois contrées;
Diar-Bekr, Diar-Modzar, Diar-Rabiaa;
la premiere, tournée vers le nord, & dont
le nom s'est communiqué à la ville princi-
pale de la contrée; sçavoir, Diarbekir,
bien que le nom propre de cette ville soit
Kara-Amid; la seconde, qui s'étend le long
de l'Euphrate en descendant depuis l'au-
*
MAI. 1752.
99
tienne Edesse ou Roha; la troisiéme, le long
du Tigre aux environs de Nisibe & de Sin-
jar. Il falloit du moins que les Géographes
écrivissent correctement le nom de Diar-
Bekr. Diar signifie district, Bekr est le
nom d'un chef Arabe, que l'on croit avoir
précédé l'établissement du Mahométisme
en ce pays. Si les contrées d'Algezire dont
je viens de parler, ne sont point inscrites
sur la Carte, ni le nom de Kara-Amid,
joint à celui de Diarbekir, qui est plus
commun dans l'usage, on verra bien que
c'est faute de place.
Le cours de l'Euphrate & celui du Ti-
gre sont certainement tracés d'une manié-
re beaucoup plus travaillée que dans au-
cune autre Carte. On regarde communé-
ment les deux rivières qui passent aux en-
virons d'Arz-roum, conime celles qui
forment l'Euphrate, quoique la branche
nommée Murad-Shai, ou l'eau desirée,
vienne de beaucoup plus loin. La position
d'Arz-roum est en rapport immédiat avec
Trébisonde, laquelle est une suite des me-
sures propres au rivage méridional de la
Mer Noire en particulier. Mais en même
tems, cette position d'Arz-roum ma paru
se rapporter à la distance qui lui convient
à l'égard de Tocat & d'Amasie. Et la po-
sition d'Amasie, outre son lieu con venable
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
à l'égard de la Mer Noire, est conclue in-
dépendamment des melures de cette Mer,
d'une suite de route directe par les terres à
rétrograder jusqu'à Constantinople. Cette
correspondance d'espace par des voyes dif-
féreutes, mérite considération, & fait
présumer favorablement des positions qui
en résultent.
En descendant ensuite l'Euphrate, on
ne sçauroit douter qu'il ne décrive une
grande courbure entre Malatia & Samo-
sate, quand on compare dans les an-
ciens itinéraires la mesure directe entre
ces points, avec celle qui suit le rivage
du fleuve par des lieux qui le bordent. Au-
dessous de Samosate, il est bien vrai que
l'Euphrate coule, généralement parlant,
entre l'Orient & le Midi; mais pourtant
avec des replis ou des circuits très-consi-
dérables, qu'aucune carte ne représente.
Après avoir passé devant Belés, le fleuve
remonte vers le Nord pour baigner Racca;
& il est assez étonnant que les Géographes
n'ayent pas sçu que la latitude de ce lieu,
par les observations d'Al-battani (*) célé-
bre Astronome vers l'an 300 de l'Hégire,
est déterminée à 36 degrés, ausquels Ebn-
Shatir ajoute une minute, & Ebn Junis
trois, ce qui prouve la précision qu'on a
(*) Vulgò Albategni.
1752.
MAI.
101
étudiée en certe hauteur: au lieu que vous
trouverez Racca d'un dégré tout entier
plus Sud dans les Cartes précédentes. Al-
battani, qui a rapporté ses Tables Astro-
nomiques à la position de cette ville,
où quelques Khalifes ont fait leur demeu-
re, la détermine plus orientale qu'Ale-
xandrie d'Egypte de 40 minutes de tems;
& en effet la construction de ma Carte y
fait entrer dix degrés de longitude, sans
autre diversité que d'une fraction de de-
gré. Ce n'est pourtant pas l'assujetisse-
ment immédiat à la détermination d'Al-
battani, qui donne cette con venance dans
la Carte: c'est la distance que j'ai jugée
con venable avec le point d'Halep, que l'on
voit être très à portée, & qui a sa longi-
tude déterminée de nos jours, ainsi que
celle d'Alexandrie. Dans les Cartes où l'on
a déplacé Racca de sa latitude, si on ré-
formoit cette position en la pottant à un
dégré plus au Nord, il ne resteroit pas
un dégré de différence dans ces Cartes en-
tre Racca & Diarbekir, pat la raison que
Diarbekir y est placé au dessous de 37 dé-
grés, au lieu de 37 & environ 50 minu-
tes, qui est la hauteur convenable. La dis-
tance qui sépare Racca de la position de
Roha, & celle qu'il faut employer entre
Roha & Diarbekir, ne se renferment
E iij.
102. MERCUREDE FRANCE.
point dans l'espace de moins d'un dégré.
On jugera de l'effet de ces déplacemens
dę liea sur toutes les parties qui leur sont
adhérentes. Diarbekir baissé d'un degré,
en fait trouver trois au lieu de deux entre
Arz-roum & Diarbekir; d'un autre côté,
Mosul est entraîné dans le Sud par une sui-
te de son rapport avec Diarbekir. D'où il
suit, que, pour composer une nouvelle
Carte, il y avoit autant à travailler sur la
disposition la plus générale des licux, que
sur la teprésentation du détail.
La distance à laquelle je devois reculer
Bagdad a été l'objet d'une étude toute par-
ticuliere. Entre les voyages modernes, ce
que je connois de plus direct, de mieux
suivi & circonstancié, est la route de Te-
xeira, Portugais, écrite en Espagnol. Ce
voyageur ayant d'abord passé de Basra à
Bagdad, la réduction & l'estime que je
devois faire de sa marche m'étoit indiquée
par la différence des latitudes de Basra &
de Bagdad, & même d'un point inter-
médiairę qui est Kufa, dont les vestiges
sont peu distans de Mesghid-Ali, où Te-
xeira a passé. La hauteur qu'un Officier de
la Compagnie des Indes (*) qui a fait à
Bafra la fonction de Consul, m'a donnée
de cette ville, ne différe que d'une minu-
(*) M. Gosse.
MAI.
103
1752.
te ou deux, de celle que Pietro della Valie
a observée. Par dessus cela, j'ai trouvé un
objet de comparaison, pour la route de
Texeira, dans la partie d'entre Bagdad &
Halep précisément, & pour ce qu'il y a
de distance depuis Bagdad jusqu'à Anah:
car les Géographes orientaux en fournis-
sent un détail circonstancié, par Anbar,
Hit & autres lieux. Cet espace vallant
plus que le tiers de la distance entre Halep
& Bagdad, ce n'est pas juger d'une trop
grande partie par une qui soit trop petite
en proportion. Mais, ce qui ma confirmé
dans le juste éloignement de Bagdad, c'est
de le voir convenir avec précision à la dis-
tance indiquée par Pline entre Damas &
Palmyre, & entre Palmyre & Seleucie sur
le Tigre, dont la position s'éloigne peu
de Bagdad, & se fixe même sur ce que les
Orientaux disent d'Al-Modain, par où ils
désignent ce qui reste des villes de Seleu-
cie & de Ctesiphon. Le détail de ce que
j'expose ici d'une maniere fort abrégée sur
cette distance entre Halep & Bagdad, est
le sujet d'un écrit particulier dans mes pa-
piers. J'y ai discuté spécialement & par
des moyens presque Geométriques, la po-
sition qu'il convient de donner à Tadmor
ou Palmire, que les Cartes n'écartent pas
assez des villes ou lieux habités de la Syrie.
E iiij
Dustrad v00
104 MERCURE DE FRANCE.
Une partie de cet écrit concerne l'inter-
valle & la position respective de Bagdad
& de Basra. Elle renferme un objet très- in-
teressant par rapport à l'ancienne Géogra-
phie, qui est la recherche du lieu précisé-
ment qu occupoit Babylone; & ce qu'on
doit croire de ce que cette ville avoit d'é-
tendue y est développé. Une navigation
de l'Euphrate par deux Vénitiens, depuis
le Bir vis-à-vis d'Halep, jusqu'auprès de
Bagdad, & qui fournit un grand détail de
lieux, na été mise en œeuvre, quoiqu'im-
primée, par aucun Géographe. Dans l'étude
que j'ai faite du cours de ce fleuve, je n'ai
négligé, ni Xenophon dans la marche des
dix mille, ni l'expédition de l'Empereur
Julien rapportée par Ammien-Marcellin
& par Zosime. On ne peut-être assuré de
la justesse des circonstances locales, si on
ne les trouve d'accord avec tous les faits
qui y ont quelque rapport.
Je passe au Kurdistan, qui renferme
l'ancienne Assyrie. Quoique ce nom s'écri-
ve par un Kiaf, & qu'on pût vouloir écrire
Kiurd, cependant il m a semblé que l'ufa-
ge & la prononciation ordinaire devoient
prévaloir. Ce pays sur lequel toutes les
Cartes ont été très-maigres de détail, est
un de ceux où il abonde davantage dans
la nouvelle. Il compose la frontiere de
MAI. 1752.
105.
l'Empire Ottoman du côté de la Perse, &
sa partie montueuse est occupée par de pe-
tits Princes particuliers, à peu près indé-
pendans. De-là vient que ce pays est dé-
crit d'une maniere tout autrement circons-
tanciée par le Géographe Turc, que dans
les autres Géographies Orientales. Mais,
jo ne puis dire l'application qu'il a falsu
donner, pour bien entendre ou concevott
se Geographe que je cite, pour fixer par
la combinaison de ce qu'il rapporte avec
les instructions empruntées d'ailleurs, la-
représentation du local en tous ses points,
positions de Villes & de Châteaux, cours
de riviéres, emplacement des Montagnes.
Il est vrai, que le fruit de cette applica-
tior a été, que ces différentes rivieres que
l'on voit concourir à former le Tigre, ique
le cours du Zab, surtout en sa partie supé-
rieure, que beaucoup de lieux, n'ont jus-
qu'à présent paru ainsi dans aucune Carte.
M. de l'Isse, qui dans les premières de sa
composition avoit bien connu la distinc-
tion qu'il faut faire entre le Lac de Van &.
celui d'Urmia, les aejoints, ou simplement
diviso comme par un pont, dans sa carte
de la Perse, ce que néanmoins beancoup
d'instructions antérieures contredisoient
formellement. La ville de Van, en cette
Carte est transportée au côté occidental-
E
106 MERCURE DE FRANCE.
du grand Lac qui en tire son nom, lors-
que sa vraie situation est au côté Oriental:
la ville d'Ouroumi, la même qu'Urmia,
s'y voit attachée au rivage du même Lac,
quoiqu'elle en soit éloignée d'une distance
à estimer de quarante lieues Françoises,
avec de très-hautes montagnes dans l'in-
tervalle, qui n'ont jamais permis de com-
munication entre les Lacs dont ou vient
de parler. Ces circonstances ne seront pas
jugées assez indifférentes, pour qu'il soit
permis de les dissimuler, lorsqu'il est ques-
tion de servir le Public, en lui rendant
compte d'un nouvel ouvrage qu'on lui met
entre les mains.
Il faut maintenant revenit au point
d'Arz-roum, pour passet en Armenie, &c.
La suite dans d'auires Mercures.
Fermer
3271
p. 112-114
« PLAN du Dictionnaire Universel de Mathématique & de Physique, par [...] »
Début :
PLAN du Dictionnaire Universel de Mathématique & de Physique, par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PLAN du Dictionnaire Universel de Mathématique & de Physique, par [...] »
PLAN du Dictionnaire Universel de
Mathématique & de Physique, par
M. Saverien, de la Société Royale de
Lyon, &c.
Ceci nous annonce que le grand Ou-
vrage de M. Saverien est enfin fini, &
quil ne tardera pas à paroître. C'est pour
en instruire le Public, que les Libraires-
associés, Jombert & Rollin, distribuent
aux Curieux le Plan, qui sert de Préface
au Dictionnaire Universel de Mathémati-
que. M. Saverien rend d'abord raison des
motifs, qui l'ont déterminé à composer
un pareil Dictionnaire, dans lequel on
trouvera les plus belles découvertes qui-
ont été faites jusques à ce jour dans la Ma-
thématique & dans la Physique, & l'histoi-
re générale & particulière de ces deux
sciences; ces motifs sont l'importance d'a-
voir sous un même point de vue les riches-
ses, dont nous sommes en possession. Com-
me ces découvertes & ces richesses sont ici
ctès-abondantes. M. Saverien s'est attaché
dans son Plan à les distinguer dans les clas-
ses, ausquelles elles appartiennent. Il fait
MAT.
1752.
113
voir que les unes dépendent de l'imagina-
tion; ce sont les Mathématiques pures.
D'autres font le fruit de l'usage des sens,
telles que les expériences, les observations
& en général la Physique, & enfin les
dernieres, produites par le jugement for-
ment la science des causes, annexées avec
les sciences Physico-Mathématiques. Sui-
vant ces trois divisions, l'Auteur déploye
tout le fond de la Mathématique & de la
Physique. Il forme un tableau ou une es-
pece de Mappemonde Mathématique où
l'on découvre d'un mêmè coup d'œeil les
objeis généraux des Mathématiques dans
leur véritable place; de sorte qu'on distin-
gue leur liaison & leur dépendance l'une
de l'autre. Rien n'est plus riche, plus
grand que cet assemblage; & de toutes les
connoissances, il nen est point, qui fasse
plus d'honneur à l'homme. L'Entendement,
dit M. Saverien, est là à découvert, & le
sujet de son attention paroit fort au-dessus de
sa portée.
L'Auteur expose après cela les précau-
tions qu'il a prises, pour mettre cette gran-
de entreptise à execution. Les productions
de l'imagination forment une branche de
son ouvrage; celles des sens la seconde y
& les œeuvres du jugement la troisiome.
De ces trois branches, M. Saverien com-
114MERCUREDE FRANCE.
pose l'Arbre Mathématique, dont les ra-
meaux sont les articles que contient son
Dictionnaire. On sent bien que les carac-
reres des Rameaux doivent faire le fond
des articles, & leur dépendance avec les
autres rameaux, les renvois & les liaisons
de ces mêmes articles. Aussi c'est l'atten-
tion qu'a continuellement l'Auteur en dé-
coupant ces Rameaux, pour en former son
Ouvrage. Le travail auquel M. Saverien
a été obligé de se livrer pour l'exécuter est
prodigieux. Il cite quelques-uns des livres
principaux, qui lui ont servi particuliére-
ment, & il avoue que son Dictionnaire est
le fruit de ses travaux continuels sur la
Mathématique & la Physique, commencés
dès l'âge le plus tendre. Le Plan est termi-
ne par un bel éloge des Mathématiques. M.
Saverien prouve là d'une façon nouvelle
qu'aucune science ne contribue peut-être
plus à épurer les moeurs; parce qu elle rend
l'esprit attentif & qu'elle apprend à apper-
cevoir clairement & distinctement les ob-
jets. C'est une chose à voir que le dévelop-
pement de cette preuve.
Nous ne manquerons pas de rendre
compte du Dictionnaire lorsqu'il paroîtra.
Mathématique & de Physique, par
M. Saverien, de la Société Royale de
Lyon, &c.
Ceci nous annonce que le grand Ou-
vrage de M. Saverien est enfin fini, &
quil ne tardera pas à paroître. C'est pour
en instruire le Public, que les Libraires-
associés, Jombert & Rollin, distribuent
aux Curieux le Plan, qui sert de Préface
au Dictionnaire Universel de Mathémati-
que. M. Saverien rend d'abord raison des
motifs, qui l'ont déterminé à composer
un pareil Dictionnaire, dans lequel on
trouvera les plus belles découvertes qui-
ont été faites jusques à ce jour dans la Ma-
thématique & dans la Physique, & l'histoi-
re générale & particulière de ces deux
sciences; ces motifs sont l'importance d'a-
voir sous un même point de vue les riches-
ses, dont nous sommes en possession. Com-
me ces découvertes & ces richesses sont ici
ctès-abondantes. M. Saverien s'est attaché
dans son Plan à les distinguer dans les clas-
ses, ausquelles elles appartiennent. Il fait
MAT.
1752.
113
voir que les unes dépendent de l'imagina-
tion; ce sont les Mathématiques pures.
D'autres font le fruit de l'usage des sens,
telles que les expériences, les observations
& en général la Physique, & enfin les
dernieres, produites par le jugement for-
ment la science des causes, annexées avec
les sciences Physico-Mathématiques. Sui-
vant ces trois divisions, l'Auteur déploye
tout le fond de la Mathématique & de la
Physique. Il forme un tableau ou une es-
pece de Mappemonde Mathématique où
l'on découvre d'un mêmè coup d'œeil les
objeis généraux des Mathématiques dans
leur véritable place; de sorte qu'on distin-
gue leur liaison & leur dépendance l'une
de l'autre. Rien n'est plus riche, plus
grand que cet assemblage; & de toutes les
connoissances, il nen est point, qui fasse
plus d'honneur à l'homme. L'Entendement,
dit M. Saverien, est là à découvert, & le
sujet de son attention paroit fort au-dessus de
sa portée.
L'Auteur expose après cela les précau-
tions qu'il a prises, pour mettre cette gran-
de entreptise à execution. Les productions
de l'imagination forment une branche de
son ouvrage; celles des sens la seconde y
& les œeuvres du jugement la troisiome.
De ces trois branches, M. Saverien com-
114MERCUREDE FRANCE.
pose l'Arbre Mathématique, dont les ra-
meaux sont les articles que contient son
Dictionnaire. On sent bien que les carac-
reres des Rameaux doivent faire le fond
des articles, & leur dépendance avec les
autres rameaux, les renvois & les liaisons
de ces mêmes articles. Aussi c'est l'atten-
tion qu'a continuellement l'Auteur en dé-
coupant ces Rameaux, pour en former son
Ouvrage. Le travail auquel M. Saverien
a été obligé de se livrer pour l'exécuter est
prodigieux. Il cite quelques-uns des livres
principaux, qui lui ont servi particuliére-
ment, & il avoue que son Dictionnaire est
le fruit de ses travaux continuels sur la
Mathématique & la Physique, commencés
dès l'âge le plus tendre. Le Plan est termi-
ne par un bel éloge des Mathématiques. M.
Saverien prouve là d'une façon nouvelle
qu'aucune science ne contribue peut-être
plus à épurer les moeurs; parce qu elle rend
l'esprit attentif & qu'elle apprend à apper-
cevoir clairement & distinctement les ob-
jets. C'est une chose à voir que le dévelop-
pement de cette preuve.
Nous ne manquerons pas de rendre
compte du Dictionnaire lorsqu'il paroîtra.
Fermer
3272
p. 114-118
« LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...] »
Début :
LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE sur le progrès des Sciences, par M. de Maupertuis 1752, se trouve à [...] »
LETTRE sur le progrès des Sciences,
par M. de Maupertuis 1752, se trouve à
MAI.
1752. 115
Paris chez différens Libraires.
Cette Lettre est proprement la conver-
sation d'un homme d'esprit qui a de la
Philosophie & des connoissances. Nous
allons rapporter quelques-unes des vues
qui nous ont pu le plus frapper.
J'aimerois mieux que les Rois d'Egypte
eussent employé ces millions d'hommesqui
ont élevé les pyramides dans les airs, à
creuser dans la terre des cavités, dont la
profondeur répondit à ce que les ouvrages
de ces Princes avoient de gigantesque.
Nous ne connoissons rien de la terre inté-
rieure; nos plus profondes ruines enta-
ment à peine sa premiere écorse: si l'on
pou voit parvenir au noyau, il est à croire
qu on trouveroit des matieres fort dif-
ferentes de celles que nous connoissons,
& des Phenomenes bien singuliers.
Nous ne pouvons gueres douter que
plusieurs Nations des plus éloignées
n.ayent bien des connoissances qui nous
seroient utiles. Quand on considere cette
longue suite de siécles pendant lesquels
les Chinois, les Indiens, les Egyptiens,
ont cultivé les Sciences, & les ouvrages
de l'Art qui nous viennent de leur Pays;
on ne peut s'empêcher de regretter qu'il
ny ait pas plus de communication entre
eux & nous. Un College où l'on trouve-
116 MERCURE DEFRANCE.
roit rassemblés des hommes de ces Na-
tions, bien instruits dans les Sciences de
leur Pays, & qu'on instruiroit dans la
langue du nôtre, seroit sans doute un
bel établissement, qui ne feroit pas fort
difficile; peut être n'en faudroit-il pas.
exclure les Nations les plus sauvages.
Toutes les Nations de leur gré convien-
nent de la nécessité de cultiver une Langue,
qui, quoique morte depuis longtems, se
trouve encore aujourd'hui la Langue de
toutes la plus universelle; mais qu'il faut
aller chercher le plus souvent, chez un
Prêtte ou chez un Medecin. Si quelque
Prince vouloit, il lui seroit facile de la
faire revivre: il ne faudroit que confiner
dans une même Ville tout le Latin de son
Pays, ordonner qu'on ne prêchât, qu'on
n'y plaidât, qu'on n'y jouât la Comedie
qu'en Latin. je crois bien que le Latin
qu'on n'y parleroit, ne seroit pas celui
de la Cour d'Auguste, mais aussi ce ne se-
roit pas celui des Polonois; & la jeunesse
qui viendroit de bien des Pays de l'Europe
dans cette Ville, y apprendroit en un an
plus de Latin, qu'elle n'en apprend en
cinque ou six ans dans les Colleges.
C'est une chose qu'on a déja souvent
proposée, qui a eu même l'approbation
de quelques Souverains, qui cependant
* .*
MAI.
1752. 117
est toujours restée sans exécution: que
dans le châtiment des criminels, dont
l'objet jusqu'ici n'est que de rendre les
hommes meilleurs, ou peut-être seule-
ment plus soumis aux Loix, on se propo-
sât encore des utilités d'un autre genre;
ce ne ne seroit que remplir plus com-
plettement l'objet de ces châtimens qui
est le bien de la societé. On pourroit par
là s'instruire sur la possibilité ou l'impossi-
bilité de plusieurs operations que l'Art
nose entreprendre: & de quelle utilité
n'est pas la découverte d'une operation,
qui sauve toute une espece d'hommes a-
bandonnés sans ésperance à de longues
douleurs & à la mort? pour toutes ces
nouvelles opérations, il faudroit que le
criminel en preférât l'expérience au genre
de mort qu il auroit mérité: il paroitroit
juste d'acorder la grace à celui qui y sur-
vivroit, son crime étant en quelque fa-
çon expié par l'utilité qu'il auroit pro-
curée.
On reproche souvent aux Medecins
d'être trop témeraires; moi, je leur re-
proche de manquer de hardiesse: ils ne
sortent point assez d'un petit cercle de
médicamens qui n'ont point les vertus
qu'ils leur supposent, & n en éprou-
vent jamais d'autres, qui peut- être les au-
118 MERCUREDEFRANCE.
roient. C'est au hazard & aux Nations
Sauvages qu'on doit les seuls spécisiques
qui soient connus; nous nen devons pas
un seul à la Science des Medecins.
Je croirois fort avantageux que chaque
espece de maladie fût assignée à certains
Medecins qui ne s'occupassent que de celle-
là. Chaque partie de nos besoins les plus
grossiers, à un certain nombre d'ouvriers
qui ne travaillent que pour elle: la con-
servation & le rétablissement de nos corps
dépendent d'un Art plus difficile & plus
compliqué que ne le sont ensemble tous
les autres Arts; & toutes les parties en
sont confiées à un seul !
Le sommeil est une partie de notre êtrè
le plus souvent en pure perte pour nous;
quelquefois pourtant les songes ren-
dent le sommeil aussi vif que la veille. Ne
pourroit-on point trouver l'Art de procu-
rer de ces songes? L'opium remplit d'or-
dinaire l'esprit d'images agreables: on
raconte de plus grandes merveilles encore
de certains breuvages des Indes: ne pour-
roit-on pas faire sur cela des expériences?
N'y auroit il pas encore d'autres moyens
de modifier l'ame?
par M. de Maupertuis 1752, se trouve à
MAI.
1752. 115
Paris chez différens Libraires.
Cette Lettre est proprement la conver-
sation d'un homme d'esprit qui a de la
Philosophie & des connoissances. Nous
allons rapporter quelques-unes des vues
qui nous ont pu le plus frapper.
J'aimerois mieux que les Rois d'Egypte
eussent employé ces millions d'hommesqui
ont élevé les pyramides dans les airs, à
creuser dans la terre des cavités, dont la
profondeur répondit à ce que les ouvrages
de ces Princes avoient de gigantesque.
Nous ne connoissons rien de la terre inté-
rieure; nos plus profondes ruines enta-
ment à peine sa premiere écorse: si l'on
pou voit parvenir au noyau, il est à croire
qu on trouveroit des matieres fort dif-
ferentes de celles que nous connoissons,
& des Phenomenes bien singuliers.
Nous ne pouvons gueres douter que
plusieurs Nations des plus éloignées
n.ayent bien des connoissances qui nous
seroient utiles. Quand on considere cette
longue suite de siécles pendant lesquels
les Chinois, les Indiens, les Egyptiens,
ont cultivé les Sciences, & les ouvrages
de l'Art qui nous viennent de leur Pays;
on ne peut s'empêcher de regretter qu'il
ny ait pas plus de communication entre
eux & nous. Un College où l'on trouve-
116 MERCURE DEFRANCE.
roit rassemblés des hommes de ces Na-
tions, bien instruits dans les Sciences de
leur Pays, & qu'on instruiroit dans la
langue du nôtre, seroit sans doute un
bel établissement, qui ne feroit pas fort
difficile; peut être n'en faudroit-il pas.
exclure les Nations les plus sauvages.
Toutes les Nations de leur gré convien-
nent de la nécessité de cultiver une Langue,
qui, quoique morte depuis longtems, se
trouve encore aujourd'hui la Langue de
toutes la plus universelle; mais qu'il faut
aller chercher le plus souvent, chez un
Prêtte ou chez un Medecin. Si quelque
Prince vouloit, il lui seroit facile de la
faire revivre: il ne faudroit que confiner
dans une même Ville tout le Latin de son
Pays, ordonner qu'on ne prêchât, qu'on
n'y plaidât, qu'on n'y jouât la Comedie
qu'en Latin. je crois bien que le Latin
qu'on n'y parleroit, ne seroit pas celui
de la Cour d'Auguste, mais aussi ce ne se-
roit pas celui des Polonois; & la jeunesse
qui viendroit de bien des Pays de l'Europe
dans cette Ville, y apprendroit en un an
plus de Latin, qu'elle n'en apprend en
cinque ou six ans dans les Colleges.
C'est une chose qu'on a déja souvent
proposée, qui a eu même l'approbation
de quelques Souverains, qui cependant
* .*
MAI.
1752. 117
est toujours restée sans exécution: que
dans le châtiment des criminels, dont
l'objet jusqu'ici n'est que de rendre les
hommes meilleurs, ou peut-être seule-
ment plus soumis aux Loix, on se propo-
sât encore des utilités d'un autre genre;
ce ne ne seroit que remplir plus com-
plettement l'objet de ces châtimens qui
est le bien de la societé. On pourroit par
là s'instruire sur la possibilité ou l'impossi-
bilité de plusieurs operations que l'Art
nose entreprendre: & de quelle utilité
n'est pas la découverte d'une operation,
qui sauve toute une espece d'hommes a-
bandonnés sans ésperance à de longues
douleurs & à la mort? pour toutes ces
nouvelles opérations, il faudroit que le
criminel en preférât l'expérience au genre
de mort qu il auroit mérité: il paroitroit
juste d'acorder la grace à celui qui y sur-
vivroit, son crime étant en quelque fa-
çon expié par l'utilité qu'il auroit pro-
curée.
On reproche souvent aux Medecins
d'être trop témeraires; moi, je leur re-
proche de manquer de hardiesse: ils ne
sortent point assez d'un petit cercle de
médicamens qui n'ont point les vertus
qu'ils leur supposent, & n en éprou-
vent jamais d'autres, qui peut- être les au-
118 MERCUREDEFRANCE.
roient. C'est au hazard & aux Nations
Sauvages qu'on doit les seuls spécisiques
qui soient connus; nous nen devons pas
un seul à la Science des Medecins.
Je croirois fort avantageux que chaque
espece de maladie fût assignée à certains
Medecins qui ne s'occupassent que de celle-
là. Chaque partie de nos besoins les plus
grossiers, à un certain nombre d'ouvriers
qui ne travaillent que pour elle: la con-
servation & le rétablissement de nos corps
dépendent d'un Art plus difficile & plus
compliqué que ne le sont ensemble tous
les autres Arts; & toutes les parties en
sont confiées à un seul !
Le sommeil est une partie de notre êtrè
le plus souvent en pure perte pour nous;
quelquefois pourtant les songes ren-
dent le sommeil aussi vif que la veille. Ne
pourroit-on point trouver l'Art de procu-
rer de ces songes? L'opium remplit d'or-
dinaire l'esprit d'images agreables: on
raconte de plus grandes merveilles encore
de certains breuvages des Indes: ne pour-
roit-on pas faire sur cela des expériences?
N'y auroit il pas encore d'autres moyens
de modifier l'ame?
Fermer
3273
p. 118-119
« ADAM & EVE Tragedie dediée à l'Académie Françoise, nouvelle édition [...] »
Début :
ADAM & EVE Tragedie dediée à l'Académie Françoise, nouvelle édition [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ADAM & EVE Tragedie dediée à l'Académie Françoise, nouvelle édition [...] »
ADAM & EVE Tragedie dediée à
l'Académie Françoise, nouvelle édition
MAI. 1752.
119
revue corrigée par l'Auteur. A Paris, chez
Garnier rue de la Harpe 1752.
On a du rendre compte de cet Ouvrage
de M. Tanevot lorsqu'il a paru; la nou-
velle édition est fort superieure à la pre-
miere, & beaucoup plus digne de l'estime
du Public.
l'Académie Françoise, nouvelle édition
MAI. 1752.
119
revue corrigée par l'Auteur. A Paris, chez
Garnier rue de la Harpe 1752.
On a du rendre compte de cet Ouvrage
de M. Tanevot lorsqu'il a paru; la nou-
velle édition est fort superieure à la pre-
miere, & beaucoup plus digne de l'estime
du Public.
Fermer
3274
p. 119
« ANECDOTES de la Cour de Bonhommie, à Londres, chez Jean Nourse, & se [...] »
Début :
ANECDOTES de la Cour de Bonhommie, à Londres, chez Jean Nourse, & se [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ANECDOTES de la Cour de Bonhommie, à Londres, chez Jean Nourse, & se [...] »
ANECDOTES de la Cour de Bonhommie,
à Londres, chez Jean Nourse, & se
trouvent à Paris chez Rollin, Quay des Au-
gustins, 1752 in- 12 deux volumes.
C'est un nouveau Roman de Monsieur
de la Solle, Auteur des Memoires de Ver-
sorand. On y trouvera des avantures plai-
samment imaginées & contées facilement,
mais quelquefois trop libres: elles sont
enchalsées dans une féerie dont on se se-
roit bien passé.
à Londres, chez Jean Nourse, & se
trouvent à Paris chez Rollin, Quay des Au-
gustins, 1752 in- 12 deux volumes.
C'est un nouveau Roman de Monsieur
de la Solle, Auteur des Memoires de Ver-
sorand. On y trouvera des avantures plai-
samment imaginées & contées facilement,
mais quelquefois trop libres: elles sont
enchalsées dans une féerie dont on se se-
roit bien passé.
Fermer
3275
p. 119-122
« ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...] »
Début :
ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ORAISON funebre de très-haut, très-puissant, & très-excellent Prince Louis [...] »
ORAISON funebre de très-haut, très-puissant,
& très-excellent Prince Louis
dOrléans, Duc d'Orléans, premier Prince
du Sang, prononcée dans l'Eglise de l'Ab-
baye Royale de Sainte Geneviéve le 23
Mars 1752 par le P. Bernard, Chanoine
Regulier de ladite Abbaye. A Paris chez
Simon, tue de la Harpe 1752 in-4. 59
pages.
» Comme les Grands du monde, dit
120 MERCURE DE FRANCE.
„ le P. Bernard dans son Exorde, ont plus
Ȉ perdre que les autres hommes, &
„ qu ils sont plus jaloux de leur gloire; la
»mort a aussi quelque chose de plus re-
„doutable pour eux. Elle les dépouille
ntoujours personellement, elle flétrit
o souvent leur mémoire. Le Prince dont
»j'entreprends l'Eloge, a sçu prévenir
n ces deux effets sinistres. La mort ne le
» dépouille point: il avoit sacrifié volon-
„tairement tout ce que la mort peut en-
»lever. La mort ne le dégrade point dans
» l'estime des hommes; il s'est acquis une
n gloire que la mort ne peut obscurcir „.
Tel est le plan du discours. Ce que l'Ora-
teur dit de la retraite du Prince, nous a
paru le meilleur morceau de l'Ouvrage.
„J'avoue, Messieurs, que le moyen
„ de sanctification le plus ordinaire pour
„un Prince né dans la pourpre, & à
„ l'ombre du Trône, est de demeurer dans
»son état, d'en éviter les écueils & d'en
„ pratiquer les devoirs. Il a y des graces
npour le Ministre qui gouverne, comme
»pour le Solitaire qui prie. Ce seroit
„dégrader notre Religion, que de la
»croire incompatible avec les places émi-
»nentes; & de s'imaginet que pour ê-
»tre Chrétien, il faille de nécessité ces-
»ser d'être Grand. Elle ne trouble point
l'ordre
MAI. 1752.
121
vLordre des Conditions, elle en rectifie
nl'usage. Que les Princes remplissent les
»obligations qui leur sont propres, &
»ils trouveroient le salut au milieu du
u tumulte & des écueils de la Cour. Tel
„. est l'otdre general, mais qui osera con-
„tester au Très haut le droit d'affranchir
„ des régles communes? La grace n'a-t-elle
„ pas differentes formes? Elle a sanctifié
„Louis IX. sur le Trône; il lui a plù de
„ne sanctifier le Duc d'Orléans que dans
»le silence de la retraite. Elle a inspiré à
»l'un plus de courage, à l'autre une crain-
nte plus vive; l'un a plus compté sur les
»secours divins, l'autre s'est plus défié de
»lui-même; l'un na pas rougi d'allier les
„ opprobres de la croix avec l'éclat du dia-
„dême, l'autre n'a point voulu de parta-
„ge, & s'est enfin chargé seulement de la
„ Croix. Il a été dit à l'un comme à Moy-
nse: Allez je vous envoye, soyez le Chef
„de mon Peuple; l'autre a pris pour lui
„ ces paroles de l'Ange au juste Loth: Sau-
„vez-vous sur la montagne, de peur que
„vous ne périssiez avec les autres. S. Louis
„a fait cesser les abominations de Baby-
„ lone, le Duc d'Orléans en a redouté la
ncontagion & les anathêmes. Tous deux
„dignes de notre vénération, tous deux
Heros dans le Christian isme; puisqu'il
Diggires bLO
122 MERCURE DE. FRANCE.
„ ne faut pas moins de force, pour aban-
„donner tout ce qui peut séduire, que
pour vivre au milieu des prestiges de la
„vanité, sans en être ébloui.
L'Orateur a soutenu dans certe Oraison
Funébre la réputation que lui avoient faite
ses sermons.
& très-excellent Prince Louis
dOrléans, Duc d'Orléans, premier Prince
du Sang, prononcée dans l'Eglise de l'Ab-
baye Royale de Sainte Geneviéve le 23
Mars 1752 par le P. Bernard, Chanoine
Regulier de ladite Abbaye. A Paris chez
Simon, tue de la Harpe 1752 in-4. 59
pages.
» Comme les Grands du monde, dit
120 MERCURE DE FRANCE.
„ le P. Bernard dans son Exorde, ont plus
Ȉ perdre que les autres hommes, &
„ qu ils sont plus jaloux de leur gloire; la
»mort a aussi quelque chose de plus re-
„doutable pour eux. Elle les dépouille
ntoujours personellement, elle flétrit
o souvent leur mémoire. Le Prince dont
»j'entreprends l'Eloge, a sçu prévenir
n ces deux effets sinistres. La mort ne le
» dépouille point: il avoit sacrifié volon-
„tairement tout ce que la mort peut en-
»lever. La mort ne le dégrade point dans
» l'estime des hommes; il s'est acquis une
n gloire que la mort ne peut obscurcir „.
Tel est le plan du discours. Ce que l'Ora-
teur dit de la retraite du Prince, nous a
paru le meilleur morceau de l'Ouvrage.
„J'avoue, Messieurs, que le moyen
„ de sanctification le plus ordinaire pour
„un Prince né dans la pourpre, & à
„ l'ombre du Trône, est de demeurer dans
»son état, d'en éviter les écueils & d'en
„ pratiquer les devoirs. Il a y des graces
npour le Ministre qui gouverne, comme
»pour le Solitaire qui prie. Ce seroit
„dégrader notre Religion, que de la
»croire incompatible avec les places émi-
»nentes; & de s'imaginet que pour ê-
»tre Chrétien, il faille de nécessité ces-
»ser d'être Grand. Elle ne trouble point
l'ordre
MAI. 1752.
121
vLordre des Conditions, elle en rectifie
nl'usage. Que les Princes remplissent les
»obligations qui leur sont propres, &
»ils trouveroient le salut au milieu du
u tumulte & des écueils de la Cour. Tel
„. est l'otdre general, mais qui osera con-
„tester au Très haut le droit d'affranchir
„ des régles communes? La grace n'a-t-elle
„ pas differentes formes? Elle a sanctifié
„Louis IX. sur le Trône; il lui a plù de
„ne sanctifier le Duc d'Orléans que dans
»le silence de la retraite. Elle a inspiré à
»l'un plus de courage, à l'autre une crain-
nte plus vive; l'un a plus compté sur les
»secours divins, l'autre s'est plus défié de
»lui-même; l'un na pas rougi d'allier les
„ opprobres de la croix avec l'éclat du dia-
„dême, l'autre n'a point voulu de parta-
„ge, & s'est enfin chargé seulement de la
„ Croix. Il a été dit à l'un comme à Moy-
nse: Allez je vous envoye, soyez le Chef
„de mon Peuple; l'autre a pris pour lui
„ ces paroles de l'Ange au juste Loth: Sau-
„vez-vous sur la montagne, de peur que
„vous ne périssiez avec les autres. S. Louis
„a fait cesser les abominations de Baby-
„ lone, le Duc d'Orléans en a redouté la
ncontagion & les anathêmes. Tous deux
„dignes de notre vénération, tous deux
Heros dans le Christian isme; puisqu'il
Diggires bLO
122 MERCURE DE. FRANCE.
„ ne faut pas moins de force, pour aban-
„donner tout ce qui peut séduire, que
pour vivre au milieu des prestiges de la
„vanité, sans en être ébloui.
L'Orateur a soutenu dans certe Oraison
Funébre la réputation que lui avoient faite
ses sermons.
Fermer
3276
p. 122-124
« THEORIE des Tourbillons Cartésiens, avec des Réflexions sur l'attraction, chez [...] »
Début :
THEORIE des Tourbillons Cartésiens, avec des Réflexions sur l'attraction, chez [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « THEORIE des Tourbillons Cartésiens, avec des Réflexions sur l'attraction, chez [...] »
THEORIE des Tourbillons Cartésiens,
avec des Réflexions sur l'attraction, chez
Guerin, in- 12. 1752.
Rien n'est plus glorieux au Cartésianis-
me que de trouver des défenseurs illustres
qui s'attachent à repousser les traits qu'on
cherche à lui porter aujourd'hui de toutes
parts. Cet ouvrage composé par un hom-
me célébre, dont la réputation dans tous
les genres de litterature est consacrée de
puis long. tems par la voix publique, nous
paroît devoir servir de modéle à ceux qui
entreprendront désormais de soutenir la
cause des Tourbillons. Les bornes que
nous sommes forcés de nous prescrire, &
sa nature de cet ouvrage périodique, ne
nous permettent pas de donner un Extrait
détaillé de ce livre si interessant pour les
Physiciens; ce seroit d'ailleurs lui faire
tort que de vouloit resserrer dans un ex-
trait des idées que l'Auteur a développées
d'une maniere tout à la fois si heureuse &
MAI.
1752.
123
si précise. Chaque chose y est tellement
à sa place, chaque preuve y est si bien pré-
sentée, & si bien liée avec celles qui la
précédent & qui la suivent, que nous ne
scaurions trop exhorter nos lecteurs à fe
procuret par eux-mêmes une lecture si ins-
tructive, nous pouvons ajoûter, si agréa-
ble.
Nous ne craignons point de les assurer
d'avance qu'ils trouveront dans cet ou-
vrage la méthode, la netteté, l'élegance
même que l'illustre Auteur sçait répandre
sur les matières qui en paroissent le moins
susceptibles. Il ne nous appartient pas de
prononcer sur le fonds du sujet; mais
nous ne doutons pas que les Neutoniens
même les plus décidés ne rendent justice
à la forcè des preuves que l'Auteur apporte
en faveur des tourbillons, & des argumens
même par lesquels il attaque le sisteme de
l'attraction. Cette Théorie est précedée
d'une Préface qui pour être d'une autre
main, n en paroît pas moins digne d'être
à la tête de l'Ouvrage; elle est remplie de
vues très-Philosophiques exposées avec
beaucoup de force & de netteté; on y re-
marque une connoissance très- éclairée dę
la Physique ancienne & moderne, & l'on
y verra avec plaisir les témoignages que
plusieurs Sçavans consultés sur l'ouvrag
Fi
Vigsiures bO
224 MERCURE DEFRANCE.
dont il s'agit, ont cru devoir lui rendre.
avec des Réflexions sur l'attraction, chez
Guerin, in- 12. 1752.
Rien n'est plus glorieux au Cartésianis-
me que de trouver des défenseurs illustres
qui s'attachent à repousser les traits qu'on
cherche à lui porter aujourd'hui de toutes
parts. Cet ouvrage composé par un hom-
me célébre, dont la réputation dans tous
les genres de litterature est consacrée de
puis long. tems par la voix publique, nous
paroît devoir servir de modéle à ceux qui
entreprendront désormais de soutenir la
cause des Tourbillons. Les bornes que
nous sommes forcés de nous prescrire, &
sa nature de cet ouvrage périodique, ne
nous permettent pas de donner un Extrait
détaillé de ce livre si interessant pour les
Physiciens; ce seroit d'ailleurs lui faire
tort que de vouloit resserrer dans un ex-
trait des idées que l'Auteur a développées
d'une maniere tout à la fois si heureuse &
MAI.
1752.
123
si précise. Chaque chose y est tellement
à sa place, chaque preuve y est si bien pré-
sentée, & si bien liée avec celles qui la
précédent & qui la suivent, que nous ne
scaurions trop exhorter nos lecteurs à fe
procuret par eux-mêmes une lecture si ins-
tructive, nous pouvons ajoûter, si agréa-
ble.
Nous ne craignons point de les assurer
d'avance qu'ils trouveront dans cet ou-
vrage la méthode, la netteté, l'élegance
même que l'illustre Auteur sçait répandre
sur les matières qui en paroissent le moins
susceptibles. Il ne nous appartient pas de
prononcer sur le fonds du sujet; mais
nous ne doutons pas que les Neutoniens
même les plus décidés ne rendent justice
à la forcè des preuves que l'Auteur apporte
en faveur des tourbillons, & des argumens
même par lesquels il attaque le sisteme de
l'attraction. Cette Théorie est précedée
d'une Préface qui pour être d'une autre
main, n en paroît pas moins digne d'être
à la tête de l'Ouvrage; elle est remplie de
vues très-Philosophiques exposées avec
beaucoup de force & de netteté; on y re-
marque une connoissance très- éclairée dę
la Physique ancienne & moderne, & l'on
y verra avec plaisir les témoignages que
plusieurs Sçavans consultés sur l'ouvrag
Fi
Vigsiures bO
224 MERCURE DEFRANCE.
dont il s'agit, ont cru devoir lui rendre.
Fermer
3277
p. 124
« OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...] »
Début :
OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle, sur la Physique & sur la Peinture [...] »
OBSERVATIONS sur l'Histoire Naturelle,
sur la Physique & sur la Peinture
avec des planches imprimées en couleur.
Tome premier, II. Partie. A Paris, chez
Drlaguetie, rue S. Jacques à l'Olivier.
M. Gautier, si célebre par ses planches
Anatomiques en couleur, a cru avoir des
expériences propres à renverser le sistême
de Newton sur les couleurs, & il les a pu-
bliées. Après cet ouvrage, il a entrepris
celui que nous annonçons & qui doit for-
mer quatre-vingr volumes & peut-être da-
vantage. On trouvera dans les deux pre-
miers, outre de nouvelles objections con-
tre le Philosophe Anglois, quelques ob-
servations très-intéressantes. Nous avons
été plus frappés de celles qui roulent sur
les hermaphrodites, & sur les animaux
qui engendrent sans femelles.
sur la Physique & sur la Peinture
avec des planches imprimées en couleur.
Tome premier, II. Partie. A Paris, chez
Drlaguetie, rue S. Jacques à l'Olivier.
M. Gautier, si célebre par ses planches
Anatomiques en couleur, a cru avoir des
expériences propres à renverser le sistême
de Newton sur les couleurs, & il les a pu-
bliées. Après cet ouvrage, il a entrepris
celui que nous annonçons & qui doit for-
mer quatre-vingr volumes & peut-être da-
vantage. On trouvera dans les deux pre-
miers, outre de nouvelles objections con-
tre le Philosophe Anglois, quelques ob-
servations très-intéressantes. Nous avons
été plus frappés de celles qui roulent sur
les hermaphrodites, & sur les animaux
qui engendrent sans femelles.
Fermer
3278
p. 124-125
« EXTRAIT de la premiere partie de l'art de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur, [...] »
Début :
EXTRAIT de la premiere partie de l'art de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXTRAIT de la premiere partie de l'art de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur, [...] »
EXTRAIT de la premiere partie de l'art
de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur,
avec des Observations & des Ré-
flexions traitées en abregé. Par M. le Ba-
ron de Traverse, Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Capitaine
au Regiment des Gardes Suisses, & Briga-
dier des Armées du Roi. A Paris, chez
MAI. 1752. 125
Jomber:, rue Dauphine, & Hochereau l'ai-
né, quai de Conti.
de la Guerre, de M. le Maréchal de Puysegur,
avec des Observations & des Ré-
flexions traitées en abregé. Par M. le Ba-
ron de Traverse, Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis, Capitaine
au Regiment des Gardes Suisses, & Briga-
dier des Armées du Roi. A Paris, chez
MAI. 1752. 125
Jomber:, rue Dauphine, & Hochereau l'ai-
né, quai de Conti.
Fermer
3279
p. 125
« Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...] »
Début :
Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Tout le monde se souvient encore des observations sur l'Esprit des Loix, Par M. [...] »
Tout le monde se souvient encore des
observations sur l'Esprit des Loix, Par M.
l'Abbé de la Porte; elles rouloient sur la
Religion, la Motale, la Politique, la Ju-
risprudence & le commerce. Nous venons
de recevoir de Province une réponse à ces
observations. Elle est sans nom de Ville &
d'Imprimeur. L'Auteur qu on nous assure
être un jeune Négociant a bien de la net-
teté, beaucoup de sagacité & une très-
bonne Métaphysique. Nous croyons que
le sublime & profond Auteur de l'Esprit
des Loix ne désavouera pas, un Apologiste
aussi éclairé & aussi sage.
observations sur l'Esprit des Loix, Par M.
l'Abbé de la Porte; elles rouloient sur la
Religion, la Motale, la Politique, la Ju-
risprudence & le commerce. Nous venons
de recevoir de Province une réponse à ces
observations. Elle est sans nom de Ville &
d'Imprimeur. L'Auteur qu on nous assure
être un jeune Négociant a bien de la net-
teté, beaucoup de sagacité & une très-
bonne Métaphysique. Nous croyons que
le sublime & profond Auteur de l'Esprit
des Loix ne désavouera pas, un Apologiste
aussi éclairé & aussi sage.
Fermer
3280
p. 125-127
« LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...] »
Début :
LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie pratiques, traduites de Langlois [sic] [...] »
LETTRES sur la Mineralogie & la Métallurgie
pratiques, traduites de Langlois [sic]
de M. Diederick-Wessel-Linden. A Paris,
chez Durand, & Pissot, 1752. 1 vol. in-11.
La premiere Lettre roule sur les con-
noissances préliminaires que doivent ac-
querir ceux qui se destinent à la conduite
& à la fouille des mines, telles entr'autres
que celles qui résultent de l'examen com-
paré de toutes les matières minerales quol-
les qu'elles soient, & des essais docimasti-
ques. La Geographie souterraine n est pas
Fiij
126 MERCUREDEFRAMCE.
moins nécessaire: c'est, pour ains. parles,
l'Anatomie de la terre qui fait découvrur
les veines, les rameaux & les lits métalli-
ques. L'Auteur passe de là à l'usage de la
baguette, non de celle dont la puissance &
les vertus sont si décriées, mais à l'usage
d'une autre baguette dont la composition
minerale & végétale tout ensemble indi-
quera les métaux: cette composition doit
etre appelléo, aimani métallique, & pent
servir à indiquer tel ou tel métal parti-
culier.
La seconde Lettre donne des préceptes
excellens, sur la conduite du feu, de l'air,
& de leur agens utiles ou dangereux, fui-
vant l'habileté de la main qui les régit. On.
y trouve ensuito des observations interes-
santes sur la réduction des métaux en
chaux, & la réduction de leur chaux en
métal. La théorie de l'Architecture des
fourneaux, la docimacie, la précipitation,
le départ & un nombre d'autres opérations
sur les matières dont on tire les métaux,
& sur les métaux eux mêmes sont expli-
quées coincidemment dans les principes
de Hahl de Kunkel & d'autres Chymistes
distingués; dont il paroît que l'Auteur a
fait une étude approfondie.
La troisiéme Lettre roule sur la maniere
de réduire en fistême raifonné la Minera-
MAI.
127
1752.
logie & la Métallurgie, & sur les difficul-
tés qui s'y opposent.
On trouve dans la quatrième un détail
d'expériences sur la découverte du moyen
que l'Auteur propose pour préserver les
vaisseaux des vers qui les rongent. Les in-
sectes transplantés des Mers de l'nde dans
nos climats y causent des ravages si affreux
qu on ne doit rien négliger pour les ex-
terminer. Les Hollandois y sont plus in-
terressés que toutes les autres nations;
mais toutes les puissances maritimes y ont
un très grand intérêt.
L'ouvrage dont nous venons de don-
ner une idée, est bien fait, sans verbiage,
& sans écarts. Le traducteur l'a rendu d'un
stile facile & avec l'élégance que compor-
tent les matieres de Physique. Il nest
point de François un peu instruit qui ne
scache à quel point nous avons besoin des
lumieres des etrangers en fait de Minera-
logie & de Métallurgie, & qui ne doive
recevoir avec reconnoissance le present
que nous annonçons.
pratiques, traduites de Langlois [sic]
de M. Diederick-Wessel-Linden. A Paris,
chez Durand, & Pissot, 1752. 1 vol. in-11.
La premiere Lettre roule sur les con-
noissances préliminaires que doivent ac-
querir ceux qui se destinent à la conduite
& à la fouille des mines, telles entr'autres
que celles qui résultent de l'examen com-
paré de toutes les matières minerales quol-
les qu'elles soient, & des essais docimasti-
ques. La Geographie souterraine n est pas
Fiij
126 MERCUREDEFRAMCE.
moins nécessaire: c'est, pour ains. parles,
l'Anatomie de la terre qui fait découvrur
les veines, les rameaux & les lits métalli-
ques. L'Auteur passe de là à l'usage de la
baguette, non de celle dont la puissance &
les vertus sont si décriées, mais à l'usage
d'une autre baguette dont la composition
minerale & végétale tout ensemble indi-
quera les métaux: cette composition doit
etre appelléo, aimani métallique, & pent
servir à indiquer tel ou tel métal parti-
culier.
La seconde Lettre donne des préceptes
excellens, sur la conduite du feu, de l'air,
& de leur agens utiles ou dangereux, fui-
vant l'habileté de la main qui les régit. On.
y trouve ensuito des observations interes-
santes sur la réduction des métaux en
chaux, & la réduction de leur chaux en
métal. La théorie de l'Architecture des
fourneaux, la docimacie, la précipitation,
le départ & un nombre d'autres opérations
sur les matières dont on tire les métaux,
& sur les métaux eux mêmes sont expli-
quées coincidemment dans les principes
de Hahl de Kunkel & d'autres Chymistes
distingués; dont il paroît que l'Auteur a
fait une étude approfondie.
La troisiéme Lettre roule sur la maniere
de réduire en fistême raifonné la Minera-
MAI.
127
1752.
logie & la Métallurgie, & sur les difficul-
tés qui s'y opposent.
On trouve dans la quatrième un détail
d'expériences sur la découverte du moyen
que l'Auteur propose pour préserver les
vaisseaux des vers qui les rongent. Les in-
sectes transplantés des Mers de l'nde dans
nos climats y causent des ravages si affreux
qu on ne doit rien négliger pour les ex-
terminer. Les Hollandois y sont plus in-
terressés que toutes les autres nations;
mais toutes les puissances maritimes y ont
un très grand intérêt.
L'ouvrage dont nous venons de don-
ner une idée, est bien fait, sans verbiage,
& sans écarts. Le traducteur l'a rendu d'un
stile facile & avec l'élégance que compor-
tent les matieres de Physique. Il nest
point de François un peu instruit qui ne
scache à quel point nous avons besoin des
lumieres des etrangers en fait de Minera-
logie & de Métallurgie, & qui ne doive
recevoir avec reconnoissance le present
que nous annonçons.
Fermer
3281
p. 127-129
« MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...] »
Début :
MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine par Mademoiselle de L***. à [...] »
MOURAT & Turquia, Histoire Afriquaine
par Mademoiselle de L***. à
Londres chez Clement, & se trouve à Paris
chez Duchesne, rue S. Jacques.
Ce sont quatre ou cinqe nouvelles, dé-
F 1ij
128 MERCURE DE FRANCE.
centes, assez bien imaginées, sagement
écrites. L'Histoire de Sophie nous a paru
la plus intéressante. Nous allons transcrire
l'Epitre dédicatoire.
A la plus belle.
Allez, mon livre, allez dans les plus belles mains,
Celle à qui je vous offre est aisée à connoître;
Chez elle, à chaque instant, on voit les Graces
naître,
Et s'il vous faut des signes plus certains,
Elle a l'air séduisant & tendre
Une taille de Nimphe, un souris enchanteur.
Un regard.. quel regard! il porte droit au cœur
Allez, vous ne sçauriez à présent vous méprendre-
Si jadis, dans l'antiquité
Le nom flatteur de la plus belle
Divisa la troupe immortelle:
Ici, le prix de la beauté
Ne pourroit être disputé.
Que votre empressement à mon zèle réponde
Partez, prenez un noble essor. . . ..
Vous allez donc fixer les plus beaux yeux du
monde
Que de Mortels enviroient votre sort!
Mais briguez, s'il se peut, un plus raré avantage,
De son goût délicat demandez le suffrage:
Plus par des sentimens que par des tours heureux,
MAI.
1752.
129
Peignez-lui les douleurs d'un cour tendre & sin-
cere:
Ah! Si vous obtenez le bonheur de lui plaire,
Ce succès comblera votre gloire & mes voeux.
par Mademoiselle de L***. à
Londres chez Clement, & se trouve à Paris
chez Duchesne, rue S. Jacques.
Ce sont quatre ou cinqe nouvelles, dé-
F 1ij
128 MERCURE DE FRANCE.
centes, assez bien imaginées, sagement
écrites. L'Histoire de Sophie nous a paru
la plus intéressante. Nous allons transcrire
l'Epitre dédicatoire.
A la plus belle.
Allez, mon livre, allez dans les plus belles mains,
Celle à qui je vous offre est aisée à connoître;
Chez elle, à chaque instant, on voit les Graces
naître,
Et s'il vous faut des signes plus certains,
Elle a l'air séduisant & tendre
Une taille de Nimphe, un souris enchanteur.
Un regard.. quel regard! il porte droit au cœur
Allez, vous ne sçauriez à présent vous méprendre-
Si jadis, dans l'antiquité
Le nom flatteur de la plus belle
Divisa la troupe immortelle:
Ici, le prix de la beauté
Ne pourroit être disputé.
Que votre empressement à mon zèle réponde
Partez, prenez un noble essor. . . ..
Vous allez donc fixer les plus beaux yeux du
monde
Que de Mortels enviroient votre sort!
Mais briguez, s'il se peut, un plus raré avantage,
De son goût délicat demandez le suffrage:
Plus par des sentimens que par des tours heureux,
MAI.
1752.
129
Peignez-lui les douleurs d'un cour tendre & sin-
cere:
Ah! Si vous obtenez le bonheur de lui plaire,
Ce succès comblera votre gloire & mes voeux.
Fermer
3282
p. 129
« LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...] »
Début :
LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses amis sur la suppression des bancs dans les [...] »
LETTRE d'un Curé de Paris à un de ses
amis sur la suppression des bancs dans les
Eglises Paroissiales. A Paris chez Desprez,
& Cavelier, 1752. Brochure in-4 de 12-
pages.
L'Auteur de cette Leitre, dit pour la
conservation des bancs dans les Paroistes,
des choses qui nous ont paru très-fensées;
ce qu'il ajoute contre le trasic qu'on fait
des chaises dans les Eglises nous paroît si-
évident que nous ne doutons pas que le
Magistrat ne réprime un jout un abus qui
devient tous les jours plus criant. Un des
plus célèbres Prédicateurs de Paris n'a ja-
mais voulû permettre qu'on abusât de sa-
réputation pour encherir les places dans les
lieux où il prêchoit: il est honteux pour le
fiecle, qu on soit réduit à remarques certe-
pratique. comme une singularité.
amis sur la suppression des bancs dans les
Eglises Paroissiales. A Paris chez Desprez,
& Cavelier, 1752. Brochure in-4 de 12-
pages.
L'Auteur de cette Leitre, dit pour la
conservation des bancs dans les Paroistes,
des choses qui nous ont paru très-fensées;
ce qu'il ajoute contre le trasic qu'on fait
des chaises dans les Eglises nous paroît si-
évident que nous ne doutons pas que le
Magistrat ne réprime un jout un abus qui
devient tous les jours plus criant. Un des
plus célèbres Prédicateurs de Paris n'a ja-
mais voulû permettre qu'on abusât de sa-
réputation pour encherir les places dans les
lieux où il prêchoit: il est honteux pour le
fiecle, qu on soit réduit à remarques certe-
pratique. comme une singularité.
Fermer
3283
p. 129-131
« MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...] »
Début :
MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange. in 4o. 30 pages. [...] »
MEMOIRE sur les Manuscrits de M. Ducange.
in 4o. 30 pages.
M. Ducange a été regarde jusqu'ici par
toute l'Eutopo comme un Historien cou-
F.
130 MERCURE DE FRANCE.
ronné, un Geographe exact, un Juriscon-
sulte profond, un Généalogiste éclairé,
un critique sage, un antiquaire scavant &
pleinement versé dans la connoisiance des
Médailles & des Inscriptions. Il scavoi:
presque toures les langues; il possedoit à
fond les Belles-Lertres, & il avoit puisé
dans un nombre infini de Manuscrits &
de piéces originales des connoissances sur
les moeurs & sur les usages des siecles les
plus obscurs. Les doctes préfaces de ses
Glossaires paro issoient une preuve de son-
génie Philosophique, & ce qu'on pouvoit
lire en leur genre de plus beau pour le
fond & pour le stile.
Lorsqu on portoit un jugement si favora-
ble du sçavoir de M. Ducange, on ne con-
noissoit peut-être que la moindre partie de
ses travaux. M. d'Aubigni, son neveu, à
force de dépenses, de soins & d'applica-
tion, est parvenu à rassembler les Manus-
crits épars de cet homme illustre & à les
mettre en ordre. Les titres seuls de ces
Manuscrits remplissent le Mémoire que
nous annonçons. S'ils n'étoient pas écrits
de la main même de l'Auteur, on ne pour-
roit pas se persuader qu'ils fussent de lui,
quoiqu'il y regne une érudition variée &
choisie qui ne pourroit pas être aisément.
d'un autit.
MAI. 1732.
131
Ces trésors sont heureusement tombés
dans des mains capables d'en rendre un bon
compte au public. C'est une nouvelle que
nous annonçons avec plaifir aux sçavans
de toutes les nations, aux François sur-
tout qui y ont un intérent particulier: pres-
que tous les Manuscrits de M. Ducange
ont pour objet l'Histoire de France.
in 4o. 30 pages.
M. Ducange a été regarde jusqu'ici par
toute l'Eutopo comme un Historien cou-
F.
130 MERCURE DE FRANCE.
ronné, un Geographe exact, un Juriscon-
sulte profond, un Généalogiste éclairé,
un critique sage, un antiquaire scavant &
pleinement versé dans la connoisiance des
Médailles & des Inscriptions. Il scavoi:
presque toures les langues; il possedoit à
fond les Belles-Lertres, & il avoit puisé
dans un nombre infini de Manuscrits &
de piéces originales des connoissances sur
les moeurs & sur les usages des siecles les
plus obscurs. Les doctes préfaces de ses
Glossaires paro issoient une preuve de son-
génie Philosophique, & ce qu'on pouvoit
lire en leur genre de plus beau pour le
fond & pour le stile.
Lorsqu on portoit un jugement si favora-
ble du sçavoir de M. Ducange, on ne con-
noissoit peut-être que la moindre partie de
ses travaux. M. d'Aubigni, son neveu, à
force de dépenses, de soins & d'applica-
tion, est parvenu à rassembler les Manus-
crits épars de cet homme illustre & à les
mettre en ordre. Les titres seuls de ces
Manuscrits remplissent le Mémoire que
nous annonçons. S'ils n'étoient pas écrits
de la main même de l'Auteur, on ne pour-
roit pas se persuader qu'ils fussent de lui,
quoiqu'il y regne une érudition variée &
choisie qui ne pourroit pas être aisément.
d'un autit.
MAI. 1732.
131
Ces trésors sont heureusement tombés
dans des mains capables d'en rendre un bon
compte au public. C'est une nouvelle que
nous annonçons avec plaifir aux sçavans
de toutes les nations, aux François sur-
tout qui y ont un intérent particulier: pres-
que tous les Manuscrits de M. Ducange
ont pour objet l'Histoire de France.
Fermer
3284
p. 131
« On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...] »
Début :
On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Berlin qu'on y imprime environ trois cens lettres de Madame de Maintenon. [...] »
On écrit de Berlin qu'on y imprime environ
trois cens lettres de Madame de Maintenon.
Ce recueil sera surement curicux
par la matiere & par la forme. Il y a appa-
rence que l'Editeur constatera l'autenticité
de son Manuscrit, & qu'il ne laissera sur
un point aussi important aucun nuage.
trois cens lettres de Madame de Maintenon.
Ce recueil sera surement curicux
par la matiere & par la forme. Il y a appa-
rence que l'Editeur constatera l'autenticité
de son Manuscrit, & qu'il ne laissera sur
un point aussi important aucun nuage.
Fermer
3285
p. 131
« ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique en vers libres & en cinq actes. Par M. [...] »
Début :
ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique en vers libres & en cinq actes. Par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique en vers libres & en cinq actes. Par M. [...] »
ABAILARD & ELOISE, Pièce dramatique
en vers libres & en cinq actes. Par M.
Guis. A Londres, & se trouve à Paris 1752.
en vers libres & en cinq actes. Par M.
Guis. A Londres, & se trouve à Paris 1752.
Fermer
3286
p. 131-132
« DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...] »
Début :
DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...]
Mots clefs :
Sciences, Lyon, Genève, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...] »
DISCOURS fur les avantages des Sciences
& des Arts , prononcé dans l'affemblée
publique de l'Académie des Sciences &
Belles Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751 , -
avec la réponse de Jean J. Rouleau , citoyen
de Geneve . A Geneve chez Barillot
82 fils ,- 1732 , in 8 °. 130. pag. -
་་ ་
Le difcours Iu à Lyon a paru pour
premiere fois dans le Mercure il y a plu
ไม่
F: vi
ijź MERCURE DEFRANCE.
fieurs mois , & nous avons dit fans flatterie
l'impreffion qu'il avoit faite dans le
public. La réponſe de M. Rouffeau nous
paroît fupérieure à tout ce qu'il a écrit fur
l'importante queftion qui l'occupe depuis
long-tems : fes expreffions font , à ce que
nous croyons , plus énergiques , fes images
plus vives , fes raifonnemens plus preffans,
Les principes plus dévelopés . Le tableau
qu'il trace de nos meurs eft affreux ; s'il
n'eft pas reffemblant , l'accufation eft on
ne peut pas plus odieuſe ; mais s'il l'eft nous
fommes bien corrompus. Le caractere de
M. Rouffeau donne malheureuſement du
poids à la fatyre : c'eſt un homme vrai &
éclairé.
& des Arts , prononcé dans l'affemblée
publique de l'Académie des Sciences &
Belles Lettres de Lyon, le 22 Juin 1751 , -
avec la réponse de Jean J. Rouleau , citoyen
de Geneve . A Geneve chez Barillot
82 fils ,- 1732 , in 8 °. 130. pag. -
་་ ་
Le difcours Iu à Lyon a paru pour
premiere fois dans le Mercure il y a plu
ไม่
F: vi
ijź MERCURE DEFRANCE.
fieurs mois , & nous avons dit fans flatterie
l'impreffion qu'il avoit faite dans le
public. La réponſe de M. Rouffeau nous
paroît fupérieure à tout ce qu'il a écrit fur
l'importante queftion qui l'occupe depuis
long-tems : fes expreffions font , à ce que
nous croyons , plus énergiques , fes images
plus vives , fes raifonnemens plus preffans,
Les principes plus dévelopés . Le tableau
qu'il trace de nos meurs eft affreux ; s'il
n'eft pas reffemblant , l'accufation eft on
ne peut pas plus odieuſe ; mais s'il l'eft nous
fommes bien corrompus. Le caractere de
M. Rouffeau donne malheureuſement du
poids à la fatyre : c'eſt un homme vrai &
éclairé.
Fermer
Résumé : « DISCOURS sur les avantages des Sciences & des Arts, prononcé dans l'assemblée [...] »
Le discours sur les avantages des Sciences et des Arts, prononcé par Jean-Jacques Rousseau à l'Académie des Sciences et Belles Lettres de Lyon le 22 juin 1751, avait été publié précédemment dans le Mercure de France et avait reçu un accueil favorable. Rousseau, citoyen de Genève, y explore une question importante qu'il étudie depuis longtemps. Sa réponse est saluée pour ses expressions énergiques, ses images vives, ses raisonnements persuasifs et ses principes bien développés. Dans ce texte, Rousseau décrit les mœurs contemporaines de manière critique, les qualifiant d'affreuses. Si son tableau ne reflète pas la réalité, l'accusation reste grave ; sinon, cela indique une corruption profonde de la société. Le caractère authentique et éclairé de Rousseau renforce la crédibilité de sa satire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3287
p. 132
« DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...] »
Début :
DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISSERTATION sur l'origine de la maladie vénérienne, pour prouver que le [...] »
DISSERTATION sur l'origine de la maladie
vénérienne, pour prouver que le
mal n est pas venu d'Amérique, mais qu'il
a commencé en Europe par une Epidemie.
A Paris, chez Durand & Pissat. fils 17521
in 12. 110. pag.
vénérienne, pour prouver que le
mal n est pas venu d'Amérique, mais qu'il
a commencé en Europe par une Epidemie.
A Paris, chez Durand & Pissat. fils 17521
in 12. 110. pag.
Fermer
3288
p. 132-133
« LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...] »
Début :
LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis de Sevigné, augmentées de sa vie [...] »
LETTRES de Ninon de Lenclos au Marquis
de Sevigné, augmentées de sa vie
& de 43. lettres. AAAmsterdam, chez Fran-
cois Joli- 1752, deux volumes in 16.
La nouvelle Edition des Lettres de Mlle-
da Lenelos commence par un avertiste-
MAI.
1752.
13.3
ment fort sage & fort modeste: l'Auteur
avoue qu'il a mérité quelques-uns des re-
proches qu'on lui a faits, il ne les mérite
plus, & il se justisie très-bien sur les autres.
La Préface est suivie d'une vie de Mlle de
Lenclos: on ne dit pas tout ce qu'on scait
de cette femme illustre; mais on y dit tout
ce qui mérite d'être dit, où il doit être dit,
& comme il doit être dit. Plusieurs des Let-
tres qui se trouvent dans les premieres Edi-
tions, ont été racourcies, allongées, sup-
primées, transposéès. Les nouvelles lettres.
sont la 8. 20. 32. 35. 41. 44. 45. 48. 49.
59. 60. 61. 62. 65. 66. & depuis la 74 jus-
qu'à la derniere. Ceux qui voudroient ju-
ger l'ouvrage tel qu'il est aujourd'hui par-
idée qu'ilss'en sont formée d'abord, ne lui-
rendroient pas justice; les idées en sont
maintenant mieux. liées, les sentimens plus,
voluptueux., les expresssons. plus justes &
plus correctes, & le dénouement plus-
heureux.
de Sevigné, augmentées de sa vie
& de 43. lettres. AAAmsterdam, chez Fran-
cois Joli- 1752, deux volumes in 16.
La nouvelle Edition des Lettres de Mlle-
da Lenelos commence par un avertiste-
MAI.
1752.
13.3
ment fort sage & fort modeste: l'Auteur
avoue qu'il a mérité quelques-uns des re-
proches qu'on lui a faits, il ne les mérite
plus, & il se justisie très-bien sur les autres.
La Préface est suivie d'une vie de Mlle de
Lenclos: on ne dit pas tout ce qu'on scait
de cette femme illustre; mais on y dit tout
ce qui mérite d'être dit, où il doit être dit,
& comme il doit être dit. Plusieurs des Let-
tres qui se trouvent dans les premieres Edi-
tions, ont été racourcies, allongées, sup-
primées, transposéès. Les nouvelles lettres.
sont la 8. 20. 32. 35. 41. 44. 45. 48. 49.
59. 60. 61. 62. 65. 66. & depuis la 74 jus-
qu'à la derniere. Ceux qui voudroient ju-
ger l'ouvrage tel qu'il est aujourd'hui par-
idée qu'ilss'en sont formée d'abord, ne lui-
rendroient pas justice; les idées en sont
maintenant mieux. liées, les sentimens plus,
voluptueux., les expresssons. plus justes &
plus correctes, & le dénouement plus-
heureux.
Fermer
3289
p. 133-134
« HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...] »
Début :
HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe, Maréchal-Général des Camps & Armées [...] »
HISTOIRE de Maurice Comte de Saxe,
Maréchal-Général des Camps & Armées
de Sa Majesté Très-Chrétienne, Duc élu
de Curlande & de Semigalle, Chevalier-
des Ordres de Pologne & de Saxe. A
Aittan. 1752, trois volumes in 12..
Dinjies hiO
134 MERCUREDEFRANCE.
Les Lecteurs qui ne sont pas disposés à
se contenter d'une compilation de Gazet-
tes, de Déclarations, de Manifestes, & c.
peuvent se dispenser de lire l'Ouvrage que
nous annonçons; il paroit que cen est pas
pour eux que l'Auteur a écrit.
Maréchal-Général des Camps & Armées
de Sa Majesté Très-Chrétienne, Duc élu
de Curlande & de Semigalle, Chevalier-
des Ordres de Pologne & de Saxe. A
Aittan. 1752, trois volumes in 12..
Dinjies hiO
134 MERCUREDEFRANCE.
Les Lecteurs qui ne sont pas disposés à
se contenter d'une compilation de Gazet-
tes, de Déclarations, de Manifestes, & c.
peuvent se dispenser de lire l'Ouvrage que
nous annonçons; il paroit que cen est pas
pour eux que l'Auteur a écrit.
Fermer
3290
p. 134
« OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...] »
Début :
OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer, Avocat au Parlement, contenant le recueil [...] »
OEUVRES de feu M. Cochin, Ecuyer,
Avocat au Parlement, contenant le recueil
de ses Mémoires & Consultations,
Tome II. A Paris, chez de Nully, Li-
braire, Grande Salle du Palais, du côté
de la Cour des Aydes, à l'Ecu de France.
& à la Palme 1752. Vol. in-4°. qui se
vend relié en veau 10 liv. ainsi que le 1er
Tome.
On a joint à la fin de ce second Volu-
me les décisions de la plus grande partie
des affaires contenues dans les Tomes i & z
de ces Ouvrages; ce qui les fera rechercher
de plus en plus, ce nouveau Volume con-
tient de très-belles causes & un nombre de-
Gonsultations fort scavantes, le 3e Tome
est sous la Presse.
Avocat au Parlement, contenant le recueil
de ses Mémoires & Consultations,
Tome II. A Paris, chez de Nully, Li-
braire, Grande Salle du Palais, du côté
de la Cour des Aydes, à l'Ecu de France.
& à la Palme 1752. Vol. in-4°. qui se
vend relié en veau 10 liv. ainsi que le 1er
Tome.
On a joint à la fin de ce second Volu-
me les décisions de la plus grande partie
des affaires contenues dans les Tomes i & z
de ces Ouvrages; ce qui les fera rechercher
de plus en plus, ce nouveau Volume con-
tient de très-belles causes & un nombre de-
Gonsultations fort scavantes, le 3e Tome
est sous la Presse.
Fermer
3291
p. 134-135
« TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...] »
Début :
TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ de la vente des immeubles par décret, avec un recueil des Edits, [...] »
TRAITÉ de la vente des immeubles
par décret, avec un recueil des Edits,
Déclarations & Reglemens des Couis-
souveraines sur ce sujet. Nouvelle Edi-
tion, revûë, corrigée & augmeniée,
PAL. M. Louis. de Hericourt, Avocat
MAI. 1752. 135
au Parlement. A Paris, chez la Veuve Ca-
velter, rue Saint Jacques, au Lys d'or,
& au Palais chez de Nully, à l'Ecu de
France & à. la Palme, 1752, Volume
in-4°. relié en veau 12. liv.
par décret, avec un recueil des Edits,
Déclarations & Reglemens des Couis-
souveraines sur ce sujet. Nouvelle Edi-
tion, revûë, corrigée & augmeniée,
PAL. M. Louis. de Hericourt, Avocat
MAI. 1752. 135
au Parlement. A Paris, chez la Veuve Ca-
velter, rue Saint Jacques, au Lys d'or,
& au Palais chez de Nully, à l'Ecu de
France & à. la Palme, 1752, Volume
in-4°. relié en veau 12. liv.
Fermer
3292
p. 135
« TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
Début :
TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique concernant les choses sacrées, traduit [...] »
TRAITÉ du pouvoir du Magistrat politique
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
concernant les choses sacrées, traduit
du latin de Grotius; Vol. in- 12 im-
primé à Londres, & se trouve à Paris,
chez G. Martin, Libraire rue S. Jacques.
C'est un Ouvrage important dont nous ren-
drons compte quelque jour.
Fermer
3293
p. 135
« HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...] »
Début :
HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes [...] »
HISTOIRE Navale d'Angleterre, traduite
de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes
in. - 4. chez le même Libraire.
de l'Anglois de Lediart. 3 Volumes
in. - 4. chez le même Libraire.
Fermer
3294
p. 135
« ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
Début :
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux principes sur la connoissance & la medecine [...] »
ELEMENS d'Hippiatrique, ou nouveaux
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
principes sur la connoissance & la medecine
des chevaux, par M. Bourgelat, Ecuyer
du Roi. 2. Vol. in 8°. chez ie même Li-
braire.
Fermer
3295
p. 135-136
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres, Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres,
Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression
de ses ouvrages. Je m'en suis ap-
perçu en parcourant les deux Brochures
intitulées Systême du vrai bonheur, & Ess.i
sur la perfection, que j'ai reçues seulement
y ai trouxé des
de purs quelques jouts.
136 MERCURE DEFRANCE.
erreurs typographiques, qui pourroient
faire croire que le François est une langue
tout-à-fait étrangere pour moi, & dont
quelques-unes forment des contrefens des-
agréables. Telles sont dans l'Essai sur la
perfection, p. 9. prince, pour principe,
Cencore cela est- il aisé à redresser,) mais
surtout. pr. 66 sujet de ceite sorte de désordre
pour exemt de, &c. compenser, pour com-
poser, p. 78. ce qui me paroit aise de prou-
ver, pour ce qu'il &c. C'est le premier
coup d'oeil qui m'a découvert ces fautes;
& j'en trouverois sans doute, si je faisois-
une lecture attentive de ces deux Ecrits.
Comme vous avez eu la bonté, Monsieur,
d'en parler dans un de vos derniers Mer-
cures de l'année passée, oserai- je vous
prier de. placer à la fin de quelqu'un de
ceux qui parcissent actuellement ce mo: de
lettre, où je serai ravi qu'on croye en mê-
me tems les afsurances de la considération
distinguée avec laquelle j'ai l'honneur-
d'être ,.
FORMEY.
Berlin le 14. Mars 1752.
L'éloignement d'un Auteur ne manque guéres,
Monsieur, d'être préjudiciable à l'impression
de ses ouvrages. Je m'en suis ap-
perçu en parcourant les deux Brochures
intitulées Systême du vrai bonheur, & Ess.i
sur la perfection, que j'ai reçues seulement
y ai trouxé des
de purs quelques jouts.
136 MERCURE DEFRANCE.
erreurs typographiques, qui pourroient
faire croire que le François est une langue
tout-à-fait étrangere pour moi, & dont
quelques-unes forment des contrefens des-
agréables. Telles sont dans l'Essai sur la
perfection, p. 9. prince, pour principe,
Cencore cela est- il aisé à redresser,) mais
surtout. pr. 66 sujet de ceite sorte de désordre
pour exemt de, &c. compenser, pour com-
poser, p. 78. ce qui me paroit aise de prou-
ver, pour ce qu'il &c. C'est le premier
coup d'oeil qui m'a découvert ces fautes;
& j'en trouverois sans doute, si je faisois-
une lecture attentive de ces deux Ecrits.
Comme vous avez eu la bonté, Monsieur,
d'en parler dans un de vos derniers Mer-
cures de l'année passée, oserai- je vous
prier de. placer à la fin de quelqu'un de
ceux qui parcissent actuellement ce mo: de
lettre, où je serai ravi qu'on croye en mê-
me tems les afsurances de la considération
distinguée avec laquelle j'ai l'honneur-
d'être ,.
FORMEY.
Berlin le 14. Mars 1752.
Fermer
3296
p. 137-147
D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
Début :
Le but de M. Serre dans ses deux réponses étoit apparemment ou de [...]
Mots clefs :
Harmonie, M. de Serre, Mélodie, Mode, Musique, Chant, Chants, Basse, Tierce, Quinte, Nature, Compositeur, Octave, Art
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
BEAUX - ARTS.
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Deffertation où l'on examine les droits de ba
mélodie de l'harmonie , pour fervir de
réponse aux réflexions de M. de Serre , inferées
dans le Mercure de Janvier. Par
M. Blainville.
LE but de M.de Serre dans les deux
réponses étoit apparemment ou de
m'éclaircir , ou d'amufer le public . La prenie
re , fous le nom de Philetius , très- laconique
, ne m'a rien appris ; la feconde,
fous le nom propre de l'Auteur , plus éten
duë , ne m'a pas inftruit davantage ; mais
peut-être ont- elles toutes deux amuſé d'autres
Lecteurs ; Ainfi foit il.
J'ai avancé que la mélodie avoit beaucoup
plus de pouvoir fur l'oreille que
T'harmonie , & M. de Serre en eft fort
furpris. Il n'a vraisemblablement
fait là
deffus qu'une femi- réflexion, & c'est ce qu'il
eft bon de lui montrer.
La mélodie naît de l'enchainement de
plufieurs fons qui forment les chants &
que l'harmonie fortifie par d'autres fons
ajoutés , mais ces derniers. ne s'ajoûrent
qu'après le chant imaginé , & celui qui
138 MERCURE DE FRANCE.
chercheroit un clrant fur une baffe donnée,
reffembleroit à peu près à celui qui rempliroit
des bouts rimés. C'eft au chant à
fuggérer l'harmonie , & non pas à l'harmonie
à fuggerer les chants.
Faire une baffe , y ajuster un - deffus ,
mettre des paroles fur ce deffus , voilà ce
qu'on pourroit appeller commencer le deffein
d'une figure par le pied d'eftal , & l'achever
par la tête. On peut quelquefois
fe propofer , tant en peinture qu'en Mufique
, ces efpeces de défis , & même s'en
tirer heureufement ; mais ce n'eft pas la
marche ordinaire du génie. La nature entraine
d'abord & prefqu'invinciblement
le Compofiteur dans les routes de la mélodie
, furtout quand il eft plein du ſujet
qu'il veut rendre , mais M. de Serre n'eft
pas obligé d'avoir fenti cet attrait mufical
, ni par conféquent d'en tirer toutes
les vérités qui en découlent. L'harmonie
eft fille de l'expérience & de l'art ; la mélodie
eft fille de la nature & du génie Les
charmes de celle - ci fe font fentir aux perfonnes
les moins expérimentées ; l'habi
tude feule apprend à fentir & à goûter
F'harmonie. La plus belle harmonie trouble
les oreilles qui n'y font pas faites. Un
payfan ne pourra fupporter l'enfemble d'un
duo de flûtesdont les parties l'auront émerMA
I. 1.752. 139
t
veillé tour-à- tour ; & puiſque j'en fuis fue
eet article , on me permettra de rapporter
l'idée d'un homme de lettres qui m'a
toujours paru fort jufte ; c'eft qu'il y auroit
un moyen de rendre un enfant excellent
juge en Mulique , fans lui faire lire ou
chanter une note . Pour cet effet , il faudroit
qu'il y eût dans fon éducation une
partie muficale ; cette partie confifteroit à
lui faire entendre avec atttention un beau
folo , de lui répéter ce folo , jufqu'à ce quele
chant lui en fût extrêmement familier ;
d'y joindre alors un accompagnement de
quelques notes difperfées , & mifes en des .
endroits firares & fi choifis, que le chant de
deffus n'en fût prefque point alteré ; de rendre
enfuite Faccompagnement un peu plus :
fuivi, puis tout- à fait continu ; enfin con-
: tinu , & chantant,pour accoutumer ainfi fes.
jeunes oreilles à faifir diftinctement deux.
parties à la fois , puis trois , quatre ; &
à la longue à juger très-folidement d'un
choeur entier , facilité qu'elles n'acquereront
jamais , tant qu'elles feront abandondonnées
à elles - mêmes , & qu'on ne les
conduira infenfiblement de la notion .
du fimple , à celle du compofé .
pas
Je prie M. de Serre de confidérer que
cet exercice eft prefque fuperflu pour la
mélodie , furtout lorfque les chants font140
MERCUREDE FRANCE:
faciles & naturels , & qu'un Compofiteur
ne s'eft pas propofé de faire preuve d'habileté
en traverfant avec rapiditéune fuite
demodulations bizares moins afforties par
le goût , qu'amenées & contraintes par la
connnoiffance de l'art. J'ai entendu raconter
du célébre M. Geminiani , que quand
il avoit un adagio touchant & pathetique
à compofer, il commençoit par fe recueillir
en lui- même , à fe repréfenter les plus
grands malheurs , la mort de fes enfans
le défefpoir de fa femme , l'incendie de fa
maifon , l'abandon de tous les amis , &
que quand il étoit bien affecté de toutes
ces cruelles peintures , alors il prenoit føn
violon & fe livroit aux lugubres images
errantes dans fon imagination. M. de Serre
croit - il , en bonne foi , que ce fût l'harmonie
qui occupoit alors principalement
le célébreMuficien dont je viens de parler.
M. de Serre ne manquera pas de me dire
que le fon confidéré phyfiquement n'exifte
point feul & que fes vibrations l'offrent
toujours avec fa tierce , fa quinte & fon
octave. Il me dira encore que ce fon
donné , paffe de préférence à fa quinte ,
à fa tierce , &c. . . . . mmaaiiss que réfulteroit-
il de ce phénomene ? Que nous tenons
de la naure la mélodie , qu'elle nous
Luggére l'harmonie , & qu'elle nous pré-
...
MAL. 1752. 141
f
Tente la route de plufieurs fons à la fois ;
c'est là tout; mais un Compofiteur fait-il
un morceau de mélodie ? Forme-t -il des
chants ? Il ne fuit alors que fon génie ;
fes tours de chant font reguliers , ils
produiront une belle modulation , une
belle harmonie ; fi le morceau manque
par la mélodie tout l'édifice s'écroulera
; le Compofiteur aura beau fe tourmenter,
mettre confonances fur diffonances
, diflonances fur confonances , multiplier
les traits , parcourir des modulations
, le tout fera fort fçavant & fort
mauvais.
Veut-on qu'une Mufique foit belle ?
Que le chant en foit bien conçû , qu'il
ait un caractere de force & de vérité ; que
cette expreflion donne lieu à des cordes
d'harmonie & à des modulations piquantes
, à des détails d'harmonie naturelle, & c.
tous ces acceffoires acheveront la peinture.
Voilà les fleurs que l'art doit apprendre à
cueillir: c'eftce qu'onpourroit appellerdars
un tableau,fonds de payfage , architecture ,
draperies , & autres parties fubordonnées ,
qui avec le coloris, complexent l'harmonie
du tableau . Mais c'eft aux traits du deffein ,
aux caracteres des figures , à la nature du
Lujet , aux contours agréables à donner
de l'expreffion aux têtes , du gefte aux fi142
, MERCURE DE FRANCE.
gures , de la vie au tout. Voilà la mélodie
, le refte n'eft que d'accompagnement
& d'harmonie. M. de Serre peut voir par
l'attention que j'ai à tirer mes comparai
fons de fon talent , combien je ferois flatté
qu'il m'entendît . ·
参
En un mot , eft ce la rime en poëfie ,
la cadence des fillabes , l'harmonie du vers
qui forment la poësie , ou plutôt le ftile ,
les penfées , les images , les expreffions ,
les peintures ? Combien de morceaux de
mufique où le chant nous ravit , & où les
parties d'accompagnement méritent à pei
ne notre attention ? Les accompagnemens
dans tous les arts d'imitation ne font beauté
, qu'autant qu'ils ajoûtent à l'expreffion
des parties principales. Je conviens qu'en
mufique ce n'eft pas du concours de ces deux
fources qu'il peut fortir un tout également
fatisfaisant pour l'efprit & pour l'organe ;
mais je n'ai garde de prendre l'acceffoire
pour le principal.
Ceft dans le deffein de perfectionner la
mélodie & l'harmonie que j'ai propofé un
troifiéme mode : j'ai cru que ce mode donnoit
plus de liberté , plus de variété & dans
les parties principales & dans les fubordonnées
; que le paffage d'un accord à un autre
, la différence du majeur au mineur
dans la tierce , le progrès d'un femi- ton à
1
MAI. 7752. 143
T'octave déterminoient notre oreille en faveur
de tel ou tel mode ; les intervalles de
tierce , quarte ou quinte donnés par la
nature , le progrès d'un ton à l'octave ,
auroient le même privilege , qu'on me
fçauroit quelque gré d'avoir indiqué un
moyen de paffer fans embarras à travers
une fuite de modulations indécifes où l'on
avoit été juſqu'à préſent très expofé à s'égarer
, &c. ... . Telle a été la baſe fur
laquelle j'ai établi le mode mixte ; quelques
Connoiffeurs , entre lefquels je me
fais un honneur de citer M. Rouffeau de
Geneve , ont approuvé ma tentative ; les
autres pourront peut-être dans la fuite en -
juger mieux , fur des morceaux propres
à ce genre , que fur les raifons de mes cenfeurs
qui ne m'ont jufqu'à préfent para ni
affez fortes ni affez claires , pour me faire
changer d'avis .
د
Je fupplie M. de Serre une autre fois de
bannir de fes écrits fur la Mufique , Donquichotte
, la Myologie , la Phyfiologie.
l'Aftronomie , le flux & reflux de la Mer ,
qui n'y ont que faire , & de fonger que
tout cet étalage ne tend gueres à prouver
qu'un mode eft bon ou mauvais. Lorfque
je l'entends débuter en ces termes , le fon
mi eft le pricipal du mode lami ; & c'eft le
centre harmonique dans amila ; elami &
7
144 MERCURE DE FRANCE.
amila ne différe que par le choix du fon
initial qui dans un des cas eft mi, & la dans
l'autre j'efpérai que ce début fimple &
rélatif à l'art , nous meneroit à quelque
chofe ; mais point du tout , il s'écarte
bientôt de fa route pour m'entraîner tout
à traver champs au tribunal de l'harmonie.
Je conviens que ce tribunal eft bon , mais
ne me paroît pas competent ici , & je
rois pouvoir m'en tenir à celui de la méodie
, jufquà ce qu'il plaife à M. de Serre
le me détromper.
J'ajoûterai feulement que le fyftème des
atins avoit douze modes ; que ces modes
A réduifoient à deux , auffi-tôt que l'harnie
fe fut arrogé l'empire fur la
lodie ; alors il ne refta prefque plus de
iges de la Mufique ancienne , elle perbeaucoup
de fa richeffe , mais elle ne
t aucun de fes admirateurs. Quelle
... bizarrerie de ces admirateurs! Ils continuent
d'attribuer à cette Mufique ancien
ne les effets les plus inouis ; ils ne ceffent
de rabaiffer la nôtre par les éloges qu'ils
lui donnent ; ce font des plaintes , des regrets
, des comparaifons odieufes que nos
plus beaux morceaux n'interrompent point;
& lorfqu'un moderne s'élance du chemin
batu & cherche à rouvrir les fources abandonnées
des prodiges de la Mufique ancienne
,
MAI. 17526 145
cienne, il ne rencontre que des ironies, des
injures , des critiques , des contradictions ,
& c.. qu'on nous dife une bonne fois que la
Mufique des anciens étoit déteftable , afin
que nous ceffions de courir en vain après des
chants perdus qui ne méritent pas la peine
d'être retrouvés , ou fi l'on perfifte à foûtenir
que la Mufique moderne a beaucoup
3 gagner dans cette recherche , qu'on applaudiffe
donc à nos efforts & qu'on nous
encourage .
En attendant que le Public fente cette
contradiction de fes jugemens , M. de
Serre me permettra de lui repréfenter , à
lui qui n'eft pas un homme de la foule , à
lui qui a des oreilles ; que l'adoption du
mode mixte augmente notre fond , n’altere
point nos principes , & ne nous induit
en aucune erreur ; que je m'en fuis
fervi avec fuccés ; qu'un autre pourra s'en
fervir avec le même avantage au moins ;
qu'étant de plus grandes reflources que
l'Enfarmonique qui ne nous fournit que
des paffages , il feroit ridicule de le prof
crire , lui qui nous fournit des chants fuivis
; que mon exemple n'autorifera perfonne
à prendte pour initiales d'autres
notes de l'octave , & abigarer notre Mufique
d'une foule de modes inconnus ;
qu'il eft démontré que le mode mixte eft
G
146 MERCURE DE FRANCE.
J
1
foit
le feul qu'on puiffe ajoûter aux deux
autres ; que toute autre initiale qu'on prît,
il en résulteroit une gamme trop vicieuſe
pour la mélodie , foit pour l'harmo
nie ; & qu'il eft même furprenant qu'on
n'ait pas employé contre le mode d'Elami ,
les raifons par lefquelles j'ai rejette les autres
gammes .
On a abandonné le mode plagal , dit
M. Broffard , & on s'en eft tenu à l'autentique
, parce que le premier étoit comme
le collateral de celui- ci , & naiffoit , pour
ainfi dire , de fon extenfion . Quand M.
de Serre fe feroit appuié de cette autorité ,
je ne m'en tiendrois pas pour mieux combattu
. Il ne s'agit ici ni de l'opinion de M.
Broffard , ni de celle de M. de Serre , ni
de la mienne , mais du fentiment de l'organe
& de la raifon ; & la fuppreffion du
mode plagal ne la juftifie nullement .
Je paffe enfin aux propofitions qui terminent
le dernier écrit de M. de Serre. Il
dit qu'un accord diffonant porte toujours
fur un doubleffon fondamental. Qu'il me
foit permis de lui demander :
1. Quels font les deux fondamentaux
de l'accord de feptumi de la dominante
tonique fol , dans le ton de ut , fol , fi ,
re , fa.
2. Pourquoi dans la progreffion fonMA
I. 1752:
147
damentale , il fe trouve de fa à fi , un
intervalle de fauffe quinte en defcendant ,
ou de triton en montant , deux intervalles
contraires à la mélodie.
3°. Quelle forte d'accord peut joindre
en montant , la dominante à la fixiéme note
, & cette fixiéme à la fenfible.
4°. Pourquoi dans les progreffions de
tierce , quarte ou quinte , le deffus eft
dans un mode & la baffe dans un autre.
5°. Pourquoi un deffus pris féparément
& fuppofé comme baffe , comporte une
harmonie qui n'eft plus la même , quand on
vient à y faire une baffe continue.
Je ne connois perfonne à qui je puiſſe
m'adreffer à plus jufte titre qu'à M. de
Serre qui paroît étudier l'harmonie en Philofophe
; mais qu'il me permette de l'avertir
que s'il fe propofe de m'éclairer moi &
beaucoup d'autres chetifs Muficiens , gens
ignares & non lettres comme moi , il faut
qu'il ait la bonté de changer de ton ; de
defcendre en notre faveur des hautes regions
où il fe plaît à planer au- delà de notre
vûë, & de marcher terre à terre ,
terre , fans
quoi les oracles continuant de nous être
inintelligibles , je me croirai difpenfé de
l'interroger & de lui répondre..
Fermer
Résumé : D[i]ssertation où l'on examine les droits de la mélodie & de l'harmonie, pour servir de réponse aux réflexions de M. de Serre, inserées dans le Mercure de Janvier. Par M. Blainville.
M. Blainville réagit aux propos de M. de Serre sur les droits de la mélodie et de l'harmonie en musique. Il affirme que la mélodie, issue de l'enchaînement naturel des sons formant les chants, exerce une influence plus puissante sur l'oreille que l'harmonie, qui renforce ces sons par des ajouts. La mélodie, considérée comme naturelle et géniale, précède l'harmonie, fruit de l'expérience et de l'art. Pour illustrer ce point, Blainville cite l'exemple d'un paysan incapable de tolérer un duo de flûtes harmonieux. Il propose une méthode pour former un jeune critique musical en l'entraînant à distinguer plusieurs parties musicales simultanément. Blainville critique ceux qui favorisent les modulations complexes au détriment des mélodies naturelles, mentionnant Geminiani qui composait des adagios en s'inspirant de ses malheurs personnels. Il soutient que la beauté musicale repose sur un chant bien conçu, exprimant force et vérité, et que l'harmonie et les modulations doivent enrichir cette expression. Le texte aborde également les éléments principaux et secondaires dans les arts, soulignant l'importance des éléments fondamentaux pour exprimer l'essence d'une œuvre. Blainville introduit le 'mode mixte', qu'il juge offrant plus de liberté et de variété, approuvé par des experts comme Rousseau de Genève. Il critique l'idéalisation excessive de la musique ancienne et défend son mode mixte comme enrichissant la musique sans altérer ses principes fondamentaux. Il rejette les autres gammes comme trop nuisibles pour la mélodie et l'harmonie. Enfin, Blainville conteste la suppression du mode plagal et pose des questions critiques sur les propositions de M. de Serre concernant les fondamentaux des accords, les intervalles mélodiques et les progressions harmoniques. Il demande des explications plus claires et accessibles pour les musiciens moins érudits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3297
p. 147-148
« Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...] »
Début :
Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval [...] »
Le Public n'a pas oublié encore l'agréable fête du premier Acte du Carnaval
..
G.ij.
148 MERCURE DE FRANCE.
du Parnasse. M. de S. Aubin a saisi dans
son tableau le caractere comique que M.
Lani avoit donné à son ballet, & M. Ba-
san a bien rendu son original.
..
G.ij.
148 MERCURE DE FRANCE.
du Parnasse. M. de S. Aubin a saisi dans
son tableau le caractere comique que M.
Lani avoit donné à son ballet, & M. Ba-
san a bien rendu son original.
Fermer
3298
p. 148
« Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...] »
Début :
Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le même Peintre & le même Graveur ont réuni leurs talens pour nous donner la [...] »
Le même Peintre & le même Graveur
ont réuni leurs talens pour nous donner la
Guinguette, divertissement pantomime du
théatre Italien, composé par M. de Hesse.
C'est une imagination Flamande, rendue
dans le goût Flamand.
ont réuni leurs talens pour nous donner la
Guinguette, divertissement pantomime du
théatre Italien, composé par M. de Hesse.
C'est une imagination Flamande, rendue
dans le goût Flamand.
Fermer
3299
p. 148
« MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans son magnifique Cabinet un Tableau de [...] »
Début :
MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans son magnifique Cabinet un Tableau de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans son magnifique Cabinet un Tableau de [...] »
MONSIEUR le Marquis de Voyer a dans
son magnifique Cabinet un Tableau de
Wouvermens, intitulé Cavalier du manège,
M. Moyreau qui est en possession de ten-
dre & de bien rendre les meilleurs quyra-
ges de ce grand Peintre, vient de grayer
ce beau tableau. C'est le 70 de sa suue.
Cet habile Graveur demeure rue des Ma-
thurins, la 4 Porte cochere à gauche en
entrant par la rue de la Harpe.
son magnifique Cabinet un Tableau de
Wouvermens, intitulé Cavalier du manège,
M. Moyreau qui est en possession de ten-
dre & de bien rendre les meilleurs quyra-
ges de ce grand Peintre, vient de grayer
ce beau tableau. C'est le 70 de sa suue.
Cet habile Graveur demeure rue des Ma-
thurins, la 4 Porte cochere à gauche en
entrant par la rue de la Harpe.
Fermer
3300
p. 148-149
« On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...] »
Début :
On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a vu dans différens Mercures quelques contestations assez vives entre MM. [...] »
On a vu dans différens Mercures quelques
contestations assez vives entre MM.
le Roi l'ainé fils & le Paute, à l'occasion
d'une nouvelle pendule à une roue qui a
fait du bruit & quij en devoit faire. M. le
Roi se disoit seul inventeur de la pendule;
149
1752.
MAI.
M. le Paute prétendoit y avoir fait quel-
ques changemens. Le premier vient de
faire imprimer un Acte public qui ne laisse
aucun nuage fur ses droits; mais le second
a répandu un mémoire dans lequel il sou-
tient que le célébre M. Rivard revendi-
que cette découverte. Toutes ces préten-
tions prouvent que la nouvelle pendule
doit avoir un grand mérite.
contestations assez vives entre MM.
le Roi l'ainé fils & le Paute, à l'occasion
d'une nouvelle pendule à une roue qui a
fait du bruit & quij en devoit faire. M. le
Roi se disoit seul inventeur de la pendule;
149
1752.
MAI.
M. le Paute prétendoit y avoir fait quel-
ques changemens. Le premier vient de
faire imprimer un Acte public qui ne laisse
aucun nuage fur ses droits; mais le second
a répandu un mémoire dans lequel il sou-
tient que le célébre M. Rivard revendi-
que cette découverte. Toutes ces préten-
tions prouvent que la nouvelle pendule
doit avoir un grand mérite.
Fermer