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1
p. 74-79
SUR LE JUBILÉ DE SON ALTESSE ROYALE.
Début :
Dans le mesme temps que le Roy a fait éclater / Vous pensez donc, Seigneur, gagner le jubilé, [...]
Mots clefs :
Jubilé, Prince d'Orange, Saint Omer, Furie, Boucherie
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texteReconnaissance textuelle : SUR LE JUBILÉ DE SON ALTESSE ROYALE.
Dans le meſme temps que le Roy a fait éclater ſa pieté par toutes ces magnificences,
Monfieur a donné des marques publiques de la fienne ,
en venant gagner icy fon Ju
GALANT.
55 bile , qu'il n'avoit pû gagner à l'Armée. Il a faitſes Stations
avec un zele qui a édifié tout
le monde. Cependant il s'eſt
trouvé un Scrupuleux qui luy a donné quelque avis ſur la préparation où ce grandPrince ſe devoit mettre pour une
action fi pieuſe. Jugez , Mada- me , par la lecture de ces Vers,
fi le ſcrupule adû l'arreſter.
SUR LE JUBILE'
DE
SON ALTESSE ROYALE.
Ous pensezdonc, Seigneur, Vousgagner leJubilé ,
Sansreparer l'outrage &l'affront Signalé,
56 LE MERCVRE Quepar une injustice étrange,
Dont toute l'Europe aparlé,
Vous fiſtes au Prince d'Orange Dans vostre dernier Démeflé?
Ne vous souvient - il plus avec quelle furie Vous fustes l'attaquer au milieu defes Gens ,
LeSaintjour de Pasquesfleurie;
Et quelle horrible boucherie
Vousfiftes des pauvres Flamans,
Qui vouloient défendreſavie?
Pour luy,graces àſon Cheval,
Qui l'a plus d'une fois secouru dans lafuite;
Ilcut plus de peur quede mal,
Etpar uneſage conduite ,
Abandonnant ſon bagage &Sa Suite ,
Ilalla repaſſeràBruges le Canal.
GALANT. 57
Mais en estes-vous moins coupable?
Et renvoyer ainſi ce Prince àfa Maiſon ,
Confus , dansun état lugubre, pi- toyable,
Sans luy faire aucune raifon,
N'est-cepas un crime effroyable,
Dont on nepeut jamais efperer le pardon ?
Jenesçay qu'un moyen pour vous tirer d'affaire ,
L'avis m'en est venu d'un fage Directcur;
Mais à vous direvray, Seigneur,
SaMorale est un peufevere,
Et la chose pour un Vainqueur
Eftaffez difficile àfaire.
Furezqu'estant vaincu dans quatre ou cinq Combats,
58 LE MERCVRE Vous quitterez aux Flamans la
Campagne;
Que vous rendrez Saint Omer à
l'Espagne ,
Que vous fouffrirez tout des Troupes d'Allemagne ;
Etcelafait , ne doutez pas Qu'on nevouspuiffe abfoudre de
tout cas.
Monfieur a donné des marques publiques de la fienne ,
en venant gagner icy fon Ju
GALANT.
55 bile , qu'il n'avoit pû gagner à l'Armée. Il a faitſes Stations
avec un zele qui a édifié tout
le monde. Cependant il s'eſt
trouvé un Scrupuleux qui luy a donné quelque avis ſur la préparation où ce grandPrince ſe devoit mettre pour une
action fi pieuſe. Jugez , Mada- me , par la lecture de ces Vers,
fi le ſcrupule adû l'arreſter.
SUR LE JUBILE'
DE
SON ALTESSE ROYALE.
Ous pensezdonc, Seigneur, Vousgagner leJubilé ,
Sansreparer l'outrage &l'affront Signalé,
56 LE MERCVRE Quepar une injustice étrange,
Dont toute l'Europe aparlé,
Vous fiſtes au Prince d'Orange Dans vostre dernier Démeflé?
Ne vous souvient - il plus avec quelle furie Vous fustes l'attaquer au milieu defes Gens ,
LeSaintjour de Pasquesfleurie;
Et quelle horrible boucherie
Vousfiftes des pauvres Flamans,
Qui vouloient défendreſavie?
Pour luy,graces àſon Cheval,
Qui l'a plus d'une fois secouru dans lafuite;
Ilcut plus de peur quede mal,
Etpar uneſage conduite ,
Abandonnant ſon bagage &Sa Suite ,
Ilalla repaſſeràBruges le Canal.
GALANT. 57
Mais en estes-vous moins coupable?
Et renvoyer ainſi ce Prince àfa Maiſon ,
Confus , dansun état lugubre, pi- toyable,
Sans luy faire aucune raifon,
N'est-cepas un crime effroyable,
Dont on nepeut jamais efperer le pardon ?
Jenesçay qu'un moyen pour vous tirer d'affaire ,
L'avis m'en est venu d'un fage Directcur;
Mais à vous direvray, Seigneur,
SaMorale est un peufevere,
Et la chose pour un Vainqueur
Eftaffez difficile àfaire.
Furezqu'estant vaincu dans quatre ou cinq Combats,
58 LE MERCVRE Vous quitterez aux Flamans la
Campagne;
Que vous rendrez Saint Omer à
l'Espagne ,
Que vous fouffrirez tout des Troupes d'Allemagne ;
Etcelafait , ne doutez pas Qu'on nevouspuiffe abfoudre de
tout cas.
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Résumé : SUR LE JUBILÉ DE SON ALTESSE ROYALE.
Le texte décrit les actions de deux figures royales. Le roi a montré sa piété par des démonstrations de magnificence. Monsieur a choisi de gagner son jubilé à Paris après ne pas avoir pu le faire à l'armée. Il a accompli ses dévotions avec zèle, mais un scrupuleux lui a conseillé de se préparer spirituellement pour une action pieuse. Un poème critique reproche à Monsieur de n'avoir pas réparé l'injustice commise envers le Prince d'Orange. Le poème rappelle une attaque brutale menée par Monsieur contre le Prince d'Orange lors du jour de Pâques, entraînant une boucherie parmi les Flamands. Le Prince d'Orange a échappé à la mort grâce à son cheval et à une sage conduite. Le poème accuse également Monsieur d'avoir renvoyé le Prince d'Orange dans un état pitoyable sans lui offrir de raison, qualifiant cet acte de crime effroyable. Pour se racheter, le scrupuleux suggère que Monsieur abandonne la campagne aux Flamands, rende Saint-Omer à l'Espagne et tolère les troupes d'Allemagne. En suivant ces conseils, il pourrait espérer éviter la damnation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 54-75
PALINODIE.
Début :
L'ouvrage que vous allez lire est la traduction d'un / Raisonnemens trompeurs, Eloquence funeste, [...]
Mots clefs :
Langue latine, Langue française, Patrie, Rome, France, Entendre, Auteurs, Muse, Parnasse, Langage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PALINODIE.
L'ouvrage que vous allez
lire est la traduction d'un
Poëme Latin composé par un
Jesuite,ensuite d'un discours
fort éloquent
,
qu'il avoit
prononcé en faveur de la langue Latine contre la Françoijfe. Celafait voir que quand
on a
de l'esprit, on peut soûtenir également le pour & le
contre.
PALINODIE.
R Aisonnemens trompeurs, Eloquencefuneste
,
Vains discours,queje vous detefie!
J'ay voulu lâchement trahirvostre
party,
France, mon aimable. Patrie:
J'ay voulu signaler mon aveugle fu*.
rie,
Et moyseulje mesuis trahy.
Ah, Mere des beauxArts, pardonne
à l'insolence
D'un Orateur trop vehement.
riens) langue des Latins, rens à
celle de France
L'honneur que tu luy doissi légitimement.
X)ou vient que malgré,tavieillesse
Tu veux tepiquer de beauté?
Scais-tu que ton éclat qui surprend
lajeunesse.
N'a rien qui nesoit emprunté ?
C'est vainement que l'on s'enteste
Desfoibles ornemens que ton adresse
aprefie,
Tous ces airsconcentrez,cettefausse
candeur,
Cefardqu'on voitsurton visage,
- Cestermes affectezquiforment lOti:
langage
,
Tefont Sibille en
âge aussi-bienqu'en,
laideur.
Voilà ce qui tefit silong-temps
Souveraine [tesloix,
Des Romainsprévenus en fAveur d,
Mais aujourd'huy tu tiens àpeine
Un petit coin de terre où tu maintiens tes droits.
Rarement on t'entend dansla bouche
des Rais
,
Le beau monde te fuit;tesplusbeaux
privilèges,
Sont renfermezdans les colleges,
Déterrons des Latins les plus vieux
monumens,
Foüillons dans leurssombres Archives.
:en verrons-nous un seul exempt des invectives
Etdes censures des Sçavans ?
Ciceron ,le premieren butte à la Critique
Laisse un peu trop voir etart,diuen,
quand il s'explique,
Il est diffus en trop d'endroits.
Live qu'on metaurangdes Auteurs
les plus rares,
Garde de son pays certains termes
barbares
Donton le raille quelquefois.
Plaute, cet illustre Comique,
A-t-ilaujourd'huy rien quipique?
Voit-on un Peupleassez badaut
A qui plustsabouffonnerie,
Etsasadeplaisanterie
Neseroit-ellepassiflée à Guenegaut ?
9
Terence , , a
toutpilléMénandre :
Seneque estempouâe>
pour ne le pas
entendre
L'Auditeur effrayése retire à
l'écart.
Enfin la Scene antique estsans regle
&sans art.
Laissons le Cothurne tragique,
Pour parler du PoëmeEpique :
Virgile a-t-il rien destbeaae?
Enparlant deses Dieux,desTroyens,
deson Pere,
Queses vers ont-ils de nouveau 'fJn ennuyeuxtissu des dépoüilles
d'Hornere!
Est-ce
d,Ovidsel'Amoureux
Dont on vaudra vanterla plume ?
-que n'a-t-ilestéplussoigneux
De remettre ses vers mal polis fils fenclume?
Scaligernous apprend qu'ils en vaudroient bien mieux.
Jï^uand au dessus du vent je vois
volerHorace
,
Iltombe, dit un autre,&sa chute me
glace.
Lucain esttropguindé;Juvenal efi
trop duri [obscur.
Evitantd'estre long,Perse devient.
Le badinage de Tibulle
Ne me charme pas plus que celuy de
Catulle,
Dont le verssautillant
>
siflant, &
mal-formé
,
Ressemble hfin Moineaudansla cage
enfermé.
Mais,France, Pepiniere agreable&
secondé
Des plus fameux auteurs du
monde,
Nous voyons aujourd'hui que tes
heureux Dessins
Te mettent au dessus des Grecs & des
Latins.
Aristote efi vaincu ,son traducteur
Cassandre
Estpluspoly, plus doux, &se fait
mieux entendre. [ voix,
Philipe qui craignit Demostene J&si
Trembleroit aux Sermons du tonnant
Bourdaloüe;
Et quand le Divin Flechierloüse,
C'est bien mieux que Pline autresiss. &
Jamais Rome au Barreauvit-elle une
éloquence
Egale au grand Patru plaidant pour
l'innocence,
Et du vainqueur d'Asie en lisant les
combats,
N'estime t-on pas moins Curse que
VaugeLu ?
Malgré les vers pompeux que Lucain
nous étaley
Cesar eust de Brebeuf adoré la Pharsale;
Toutsçavantqu'ilestoit il auroitfait
saCour,
Pour avoir un cahier chez,liUtfîre
Ablanceur.
Mais Rome enfinse glorifie
D'avoir eu dans son sein la doli
Sulpicie: [jou
Ellese vante encor d'avoirdonnél
A lasçavante Cornelie :
NostreFrance bien plus polie,
A de charmansobjets à vanter à fioti
tour.
Elle n'a pas pour une Muse;
Bregy, Des-Houlieres, la Suze,
Et mille autres Saphos que je ne nomme pas,
Font de nostre Parnasse un lieu rempli -d'dpas.
Qu'on ne nous vanteplus le theatre
d'Athene,
Dont les Acteurscruels ensanglantoient la Scene ;
Sidans Sophocle,Ajax meurtdesa
propre main
,
Etsi dans Euripide une mere cruelle
Plonge àses deux enfans unpoignard
dans lefein
, Avoüons que che.z-noUi la methode
estplusbelle.
Le Cid, Pompée, Horace en seront
les témoins;
C'estlà que le divin Corneille
Touchant le cœur,charmel'oreille.
Dans Cinna que croiroit-on moins £)uun ingrataccabléparlesfaveurs
d'Auguste,
Conspirant contre luypar un retour injuste?(sanglant
Il eustfallu dans Rome unfpeffade
Pourpunir cette audaceextrême
Maisle pardon tient lieu desang,
Auguste oublie
,
Emilie aime,
Cinna devient reconnoissant,
Et les vers du Poëte ont un toursi
puiffint
Qu'on croit entendre August
méme.
a
Represente-t-on Phedre&toutesse
On y
fureurs
plaint le
?
chaste Hyppolite.
Si la veuve d'Hectorpleure, Dieux
quelle excite
De tendressentimens dans lefond d
nos cœurs!
Raciney ce charmant Genie,
Tire des soûpirs & des pleurs
Des Peuples attendris au récit de.
malheurs,
D'une mourante Iphigenie.
Chacuns'Agamemnpn abhorre le dejsein, (victime
Voyant le couteau prest d'égorger la
Chacunsoupire de ce crime,
Etcroitsentir le coup qui luyperce U
sein.
Las de pleurersil'on- veut rire
Et dans le mêrne-inlfantî"I'nstruire,
Qu'on aille de Moliere écouter les
leçons.
En voyant le Tartusse drson misque
On apprendra
hypocrite,,comme on éviteDe tant defaux Devots les trompeurs
hameçons.
LesMarquisyles Facheax
,
l'A
vare
Et le Misantrope hitttrrt,
LesmauvaisMedecins, lesFemmes,
les Maris
verront de leurs mœurs la. critique
subtile
, -
Comme ontfait la Cour & Paris.
Heureux, quijoint ainsi leplaisant
à l'utile!
Veutprodiguerses Versendéfitde
Minerve,
Et pour peu que ify-mefine on si
connoisse bien
,
Lisant le nom d'un autre on peut
lire le sien.
Heureuxenfin, heureux
,
qui pour
devenirsage,
En voyant ces Portraits peuty voir
son image!
Naissi le Lesteuraime mieuxUn Ouvrage qui soit comique &-
serieux ;
Voiture efi inventeur de ce genre
décrire
,
admire,
J%u'on ne peut imiter & que chacun
La Langue Françoisia tente
Toutcequafait l'Antiquité;
Le Bossu Phrygien d'line facile
veine -
A fait parler les Animaux,
Sesdiscours fabuleuxsont beaux;
Mais on donne la Palme à ceux dè
la Fontaine..
cf<!!oy quejelife tous lèsjours
Les entretiens& etArifte & d'EII.
gene». Je
voy je nefcty.quoy- dans leurs
charmas discours,
Dontle tour m'enchantetoujours ;
Ll-s Grâcess'unissant aux Filles
d'Hypacrene
,
Y font l'éloge de Bouhours
En cela nostreLangueétalefin (mpire.
Far longueperiphraje un Latinfiait
écrire;
£'Espagnoltrop enflé, l'Italien• trtp
doux.
Sans lesecours de l'Art ne
pourront
jamais dire
Ce que le naturel exprimera eheZ
-
nous..
Noussçavons bien que le langage
Dont nous..nous servonsaujourd'huy [ malpoly,
Futpendant certainstemps un marbre
Et brut, on ne peut davantage.
Nostre France eut besoin alors
De cesHommes fameux & de tous
leurs efforts
a
Pour polir unsigrand Ouvrage.
Malherbe d'abord l'ébaucha,
L'inutileilen retranchai.
.Sdlzac la lime en main vint & fifit connoistre,
Il radoucit, il retoucha,
Sescoups surent des coups de
Hdijlre
3/
Deces deuxOuvrierscharmans
Nojlre Langue recent ses premiers
ornemens.
La politesse alorsparlaFêurpre
affermie
Du grand Armandsuivit les loix.
Ce. futluy qftifille beau choix
Dont ilforma l'Acadtmie.
Cette Academie au Berceau,
Semblable au valeureux Alcide,
Etoussoit tous les jours quelque
Monstre nouveau
Dont l'ignoranceestoitleguide.
Arbitre déja des écrits,
Lessentimens des beaux Esprits
Estoientfournis àsapuissance.
Sa force accruë avec le temps
Sans peineproduisît dans son adolescence
Vn nombreinfny de Sçavans,
Nous la voyons enfin au comble dfr
sonâge,
Et dans ce comblefortune
c!i!.!!,'adora sous Platon l'Univers
étonné,
Dans ces fameux Jardins & danJ<
l'Areopage,
L'Eloquence, les Vers, les Languess.
les b.tltux Arts,
Les travaux de Minerve & les exploitsde Mars,
Sont les heureux emplois que les
Muses luy donnent:
LOVISson Apollon
,
l'illuminetoujours,
Son augustepresenceanime ses discours,
Son exemplel'instruit tsesbien-faits
la couronnent.
Animezvos cœurs & vos voix,
Vous
,
Homeres nouveaux,& voufi.
Cursessublimes
:
Employé£ l'Eloquence
,
& les plus
douces rimes,
Pourparlerduplusgranddes Rois.
Annoncez, par toutsesVictoires
,
Eternisez, son nom dans vos doctes
memoires.
La , que sur l'airain dureront
ses exploits.
OU), grandRoy, cessçavans Oracles
Aux siecles à venir apprendront tes
miracles.
Ils tepeindront tonnantsurle Rhin,
forClfch
Vainqueursurl'Escaut,surla Meuse;
Et triomphant tout seul d'une hgut
fameuse
.!f!.!!,i t'acquit àjamais un honneur
immortel.
On
On verra par ton bras les placesfoudroyées,
Faire voler bien loin les Aigles esfrayées:
•
On verra les Lions soûmis
Implorer à tes pieds ton auguste
clemence;
Enfin l'on te verradans le cœur de
la France,
Renverser par ta foy de plusfiers
Ennemis.
L'Indien étonné dubruit de ces
merveilles,
En croit à peine ses oreilles:
Ilpart ensuperbeappareil,
Quitteses Dieux brillans, le Soleil,
& laurare;
Il vient, il te voit,il t'adore,
Surpris en toy de voir encore Un éclat plus brillant que celuydit
Soleil.
Mais, GRAND Roi, ma
Mufe s'égare,
Et pensant ay ~destini d'Icare,
Son aiste foible encor pourtraverser
les Mers,
Vêle à fleurd'eau, tremblante,& refuse des vers.
Tant d'exploits à chanter sont de
douces amorces;
Mais c'est une entreprise au dessus de
sesforces;
Et quoy qu'elle ait long-tempssuivi
tesétendards,
Ses chants les plus hardissont peu
dignes de Mars.
Retirée, à l'écart, au coin d'une
Province
,
[Prince,
Elle adore ensecret les vertus deson
Fait mille vœux pour luy ,veut chanterses vertus
Tfend La Plume, Li quitte
,
(£•
lU
peut rien de plus.
lire est la traduction d'un
Poëme Latin composé par un
Jesuite,ensuite d'un discours
fort éloquent
,
qu'il avoit
prononcé en faveur de la langue Latine contre la Françoijfe. Celafait voir que quand
on a
de l'esprit, on peut soûtenir également le pour & le
contre.
PALINODIE.
R Aisonnemens trompeurs, Eloquencefuneste
,
Vains discours,queje vous detefie!
J'ay voulu lâchement trahirvostre
party,
France, mon aimable. Patrie:
J'ay voulu signaler mon aveugle fu*.
rie,
Et moyseulje mesuis trahy.
Ah, Mere des beauxArts, pardonne
à l'insolence
D'un Orateur trop vehement.
riens) langue des Latins, rens à
celle de France
L'honneur que tu luy doissi légitimement.
X)ou vient que malgré,tavieillesse
Tu veux tepiquer de beauté?
Scais-tu que ton éclat qui surprend
lajeunesse.
N'a rien qui nesoit emprunté ?
C'est vainement que l'on s'enteste
Desfoibles ornemens que ton adresse
aprefie,
Tous ces airsconcentrez,cettefausse
candeur,
Cefardqu'on voitsurton visage,
- Cestermes affectezquiforment lOti:
langage
,
Tefont Sibille en
âge aussi-bienqu'en,
laideur.
Voilà ce qui tefit silong-temps
Souveraine [tesloix,
Des Romainsprévenus en fAveur d,
Mais aujourd'huy tu tiens àpeine
Un petit coin de terre où tu maintiens tes droits.
Rarement on t'entend dansla bouche
des Rais
,
Le beau monde te fuit;tesplusbeaux
privilèges,
Sont renfermezdans les colleges,
Déterrons des Latins les plus vieux
monumens,
Foüillons dans leurssombres Archives.
:en verrons-nous un seul exempt des invectives
Etdes censures des Sçavans ?
Ciceron ,le premieren butte à la Critique
Laisse un peu trop voir etart,diuen,
quand il s'explique,
Il est diffus en trop d'endroits.
Live qu'on metaurangdes Auteurs
les plus rares,
Garde de son pays certains termes
barbares
Donton le raille quelquefois.
Plaute, cet illustre Comique,
A-t-ilaujourd'huy rien quipique?
Voit-on un Peupleassez badaut
A qui plustsabouffonnerie,
Etsasadeplaisanterie
Neseroit-ellepassiflée à Guenegaut ?
9
Terence , , a
toutpilléMénandre :
Seneque estempouâe>
pour ne le pas
entendre
L'Auditeur effrayése retire à
l'écart.
Enfin la Scene antique estsans regle
&sans art.
Laissons le Cothurne tragique,
Pour parler du PoëmeEpique :
Virgile a-t-il rien destbeaae?
Enparlant deses Dieux,desTroyens,
deson Pere,
Queses vers ont-ils de nouveau 'fJn ennuyeuxtissu des dépoüilles
d'Hornere!
Est-ce
d,Ovidsel'Amoureux
Dont on vaudra vanterla plume ?
-que n'a-t-ilestéplussoigneux
De remettre ses vers mal polis fils fenclume?
Scaligernous apprend qu'ils en vaudroient bien mieux.
Jï^uand au dessus du vent je vois
volerHorace
,
Iltombe, dit un autre,&sa chute me
glace.
Lucain esttropguindé;Juvenal efi
trop duri [obscur.
Evitantd'estre long,Perse devient.
Le badinage de Tibulle
Ne me charme pas plus que celuy de
Catulle,
Dont le verssautillant
>
siflant, &
mal-formé
,
Ressemble hfin Moineaudansla cage
enfermé.
Mais,France, Pepiniere agreable&
secondé
Des plus fameux auteurs du
monde,
Nous voyons aujourd'hui que tes
heureux Dessins
Te mettent au dessus des Grecs & des
Latins.
Aristote efi vaincu ,son traducteur
Cassandre
Estpluspoly, plus doux, &se fait
mieux entendre. [ voix,
Philipe qui craignit Demostene J&si
Trembleroit aux Sermons du tonnant
Bourdaloüe;
Et quand le Divin Flechierloüse,
C'est bien mieux que Pline autresiss. &
Jamais Rome au Barreauvit-elle une
éloquence
Egale au grand Patru plaidant pour
l'innocence,
Et du vainqueur d'Asie en lisant les
combats,
N'estime t-on pas moins Curse que
VaugeLu ?
Malgré les vers pompeux que Lucain
nous étaley
Cesar eust de Brebeuf adoré la Pharsale;
Toutsçavantqu'ilestoit il auroitfait
saCour,
Pour avoir un cahier chez,liUtfîre
Ablanceur.
Mais Rome enfinse glorifie
D'avoir eu dans son sein la doli
Sulpicie: [jou
Ellese vante encor d'avoirdonnél
A lasçavante Cornelie :
NostreFrance bien plus polie,
A de charmansobjets à vanter à fioti
tour.
Elle n'a pas pour une Muse;
Bregy, Des-Houlieres, la Suze,
Et mille autres Saphos que je ne nomme pas,
Font de nostre Parnasse un lieu rempli -d'dpas.
Qu'on ne nous vanteplus le theatre
d'Athene,
Dont les Acteurscruels ensanglantoient la Scene ;
Sidans Sophocle,Ajax meurtdesa
propre main
,
Etsi dans Euripide une mere cruelle
Plonge àses deux enfans unpoignard
dans lefein
, Avoüons que che.z-noUi la methode
estplusbelle.
Le Cid, Pompée, Horace en seront
les témoins;
C'estlà que le divin Corneille
Touchant le cœur,charmel'oreille.
Dans Cinna que croiroit-on moins £)uun ingrataccabléparlesfaveurs
d'Auguste,
Conspirant contre luypar un retour injuste?(sanglant
Il eustfallu dans Rome unfpeffade
Pourpunir cette audaceextrême
Maisle pardon tient lieu desang,
Auguste oublie
,
Emilie aime,
Cinna devient reconnoissant,
Et les vers du Poëte ont un toursi
puiffint
Qu'on croit entendre August
méme.
a
Represente-t-on Phedre&toutesse
On y
fureurs
plaint le
?
chaste Hyppolite.
Si la veuve d'Hectorpleure, Dieux
quelle excite
De tendressentimens dans lefond d
nos cœurs!
Raciney ce charmant Genie,
Tire des soûpirs & des pleurs
Des Peuples attendris au récit de.
malheurs,
D'une mourante Iphigenie.
Chacuns'Agamemnpn abhorre le dejsein, (victime
Voyant le couteau prest d'égorger la
Chacunsoupire de ce crime,
Etcroitsentir le coup qui luyperce U
sein.
Las de pleurersil'on- veut rire
Et dans le mêrne-inlfantî"I'nstruire,
Qu'on aille de Moliere écouter les
leçons.
En voyant le Tartusse drson misque
On apprendra
hypocrite,,comme on éviteDe tant defaux Devots les trompeurs
hameçons.
LesMarquisyles Facheax
,
l'A
vare
Et le Misantrope hitttrrt,
LesmauvaisMedecins, lesFemmes,
les Maris
verront de leurs mœurs la. critique
subtile
, -
Comme ontfait la Cour & Paris.
Heureux, quijoint ainsi leplaisant
à l'utile!
Veutprodiguerses Versendéfitde
Minerve,
Et pour peu que ify-mefine on si
connoisse bien
,
Lisant le nom d'un autre on peut
lire le sien.
Heureuxenfin, heureux
,
qui pour
devenirsage,
En voyant ces Portraits peuty voir
son image!
Naissi le Lesteuraime mieuxUn Ouvrage qui soit comique &-
serieux ;
Voiture efi inventeur de ce genre
décrire
,
admire,
J%u'on ne peut imiter & que chacun
La Langue Françoisia tente
Toutcequafait l'Antiquité;
Le Bossu Phrygien d'line facile
veine -
A fait parler les Animaux,
Sesdiscours fabuleuxsont beaux;
Mais on donne la Palme à ceux dè
la Fontaine..
cf<!!oy quejelife tous lèsjours
Les entretiens& etArifte & d'EII.
gene». Je
voy je nefcty.quoy- dans leurs
charmas discours,
Dontle tour m'enchantetoujours ;
Ll-s Grâcess'unissant aux Filles
d'Hypacrene
,
Y font l'éloge de Bouhours
En cela nostreLangueétalefin (mpire.
Far longueperiphraje un Latinfiait
écrire;
£'Espagnoltrop enflé, l'Italien• trtp
doux.
Sans lesecours de l'Art ne
pourront
jamais dire
Ce que le naturel exprimera eheZ
-
nous..
Noussçavons bien que le langage
Dont nous..nous servonsaujourd'huy [ malpoly,
Futpendant certainstemps un marbre
Et brut, on ne peut davantage.
Nostre France eut besoin alors
De cesHommes fameux & de tous
leurs efforts
a
Pour polir unsigrand Ouvrage.
Malherbe d'abord l'ébaucha,
L'inutileilen retranchai.
.Sdlzac la lime en main vint & fifit connoistre,
Il radoucit, il retoucha,
Sescoups surent des coups de
Hdijlre
3/
Deces deuxOuvrierscharmans
Nojlre Langue recent ses premiers
ornemens.
La politesse alorsparlaFêurpre
affermie
Du grand Armandsuivit les loix.
Ce. futluy qftifille beau choix
Dont ilforma l'Acadtmie.
Cette Academie au Berceau,
Semblable au valeureux Alcide,
Etoussoit tous les jours quelque
Monstre nouveau
Dont l'ignoranceestoitleguide.
Arbitre déja des écrits,
Lessentimens des beaux Esprits
Estoientfournis àsapuissance.
Sa force accruë avec le temps
Sans peineproduisît dans son adolescence
Vn nombreinfny de Sçavans,
Nous la voyons enfin au comble dfr
sonâge,
Et dans ce comblefortune
c!i!.!!,'adora sous Platon l'Univers
étonné,
Dans ces fameux Jardins & danJ<
l'Areopage,
L'Eloquence, les Vers, les Languess.
les b.tltux Arts,
Les travaux de Minerve & les exploitsde Mars,
Sont les heureux emplois que les
Muses luy donnent:
LOVISson Apollon
,
l'illuminetoujours,
Son augustepresenceanime ses discours,
Son exemplel'instruit tsesbien-faits
la couronnent.
Animezvos cœurs & vos voix,
Vous
,
Homeres nouveaux,& voufi.
Cursessublimes
:
Employé£ l'Eloquence
,
& les plus
douces rimes,
Pourparlerduplusgranddes Rois.
Annoncez, par toutsesVictoires
,
Eternisez, son nom dans vos doctes
memoires.
La , que sur l'airain dureront
ses exploits.
OU), grandRoy, cessçavans Oracles
Aux siecles à venir apprendront tes
miracles.
Ils tepeindront tonnantsurle Rhin,
forClfch
Vainqueursurl'Escaut,surla Meuse;
Et triomphant tout seul d'une hgut
fameuse
.!f!.!!,i t'acquit àjamais un honneur
immortel.
On
On verra par ton bras les placesfoudroyées,
Faire voler bien loin les Aigles esfrayées:
•
On verra les Lions soûmis
Implorer à tes pieds ton auguste
clemence;
Enfin l'on te verradans le cœur de
la France,
Renverser par ta foy de plusfiers
Ennemis.
L'Indien étonné dubruit de ces
merveilles,
En croit à peine ses oreilles:
Ilpart ensuperbeappareil,
Quitteses Dieux brillans, le Soleil,
& laurare;
Il vient, il te voit,il t'adore,
Surpris en toy de voir encore Un éclat plus brillant que celuydit
Soleil.
Mais, GRAND Roi, ma
Mufe s'égare,
Et pensant ay ~destini d'Icare,
Son aiste foible encor pourtraverser
les Mers,
Vêle à fleurd'eau, tremblante,& refuse des vers.
Tant d'exploits à chanter sont de
douces amorces;
Mais c'est une entreprise au dessus de
sesforces;
Et quoy qu'elle ait long-tempssuivi
tesétendards,
Ses chants les plus hardissont peu
dignes de Mars.
Retirée, à l'écart, au coin d'une
Province
,
[Prince,
Elle adore ensecret les vertus deson
Fait mille vœux pour luy ,veut chanterses vertus
Tfend La Plume, Li quitte
,
(£•
lU
peut rien de plus.
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Résumé : PALINODIE.
L'ouvrage est la traduction d'un poème latin intitulé 'Palinodie', composé par un jésuite. Ce poème est une rétractation où l'auteur reconnaît avoir trahi la France en défendant la langue latine. Il exprime désormais son admiration pour la langue française et critique la langue latine, soulignant que cette dernière, malgré son ancienneté, a perdu de son importance et est rarement utilisée par les rois et le beau monde. L'auteur critique les auteurs latins classiques tels que Cicéron, Live, Plaute, et Virgile pour leurs défauts stylistiques et leurs erreurs. En revanche, il présente la France comme une terre de grands auteurs et de beaux-arts. Des écrivains comme Corneille, Racine, et Molière sont loués pour leurs œuvres qui touchent le cœur et instruisent. La langue française est décrite comme ayant évolué grâce à des figures comme Malherbe, Vaugelas, et l'Académie française, qui ont polie et affiné la langue. Le poème se termine par une admiration pour le roi de France, dont les exploits militaires et la grandeur sont célébrés. L'auteur exprime également son humilité en reconnaissant l'immensité de la tâche de chanter les louanges du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 241-246
ODE. Sur la Canonisation des Saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague.
Début :
Quelle Cour pompeuse et brillante [...]
Mots clefs :
Canonisation, Stanislas Kostka, Louis de Gonzague, Regards , Cour fabuleuse, Lubriques Divinités, Trône, Religion, Couronne, Lyre
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texteReconnaissance textuelle : ODE. Sur la Canonisation des Saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague.
O D E.
Sur la Canonisation des Saints Stanislas
Kostka et Louis de Gonzague.
Q Uelle Cour pompeuse et brillante
Se dévoile à mes yeux surpris ?
Dans quelle Région charmante
Un Dieu ravit- il mes esprits ?
Que vois-je ? Ce n'est plus la Terre ;
Au-dessus même du Tonnerre
Je porte de libres regards..
Un Temple brille dans la Nuë :
Quel jour ! une main inconnuë
M'ouvre les Cieux de toutes parts.
Ce n'est point la Cour fabuleuse
Des Dieux que l'erreur a vantés ,
Séjour d'une foule orgueilleuse
De lubriques Divinités ;;
Il n'est plus ce culte coupable :
Dans le Sanctuaire adorable
Que soutient la voûte des airs ,
Un seul Maître , un seul Dieu réside
Sa Majesté sainte y préside ,
Et veille au sort de l'Univers,
247 MERCURE DE FRANCE
Inclinés au pied de son Thrône
Les Anges saisis de respect ,
De la splendeur qui l'environne ,
Ne peuvent soutenir l'aspect.
Mais quoi ! vers ce Trône terrible ,
A tout Mortel inaccessible ,
Dans un char plus brillant que
Par une route de lumiere ,
Quittant la terrestre carriere ,
l'or ,
Deux Mortels prennent leur essor !
M
Volez , Vertus , et sur vos aîles
Enlevez leur char radieux ;
Jusqu'aux demeures immortelles
Portez ces jeunes demi- Dieux :
Ils vont , ils entrent dans la Gloire ,
'Au milieu des chants de victoire
De tous les celestes Esprits ;
Frappé de cent voix unanimes ,
L'air retentit des noms sublimes
De Stanislas et de Louis.
Tout le Ciel avec allegrésse
Reçoit ces Habitans nouveaux
La Religion s'interesse
Au Triomphe de ses Héros ;
La Pieté leur dresse un Trône
La
FEVRIER.
243 1731.
La Pudeur forme leur couronne
De ses Myrrhes toujours fleuris
Et dans cette fête charmante
Chaque Vertu retrouve et vante
Ses plus fideles favoris.
L'éclat de leur saint diadême
Leur cause de moins doux transports
Que le pur amour que Dieu même ...
Mais quel bras suspend mes accords ?
Une secrette violence
Force ici ma Lyre au silence
Sur ce bonheur Mysterieux ;
Dans ses Conseils impénetrables
Dieu seul voit les dons inéfables
Que sa main répand dans les Cieur.
潞
Nouveaux Saints , ames fortunées
Regnez , jouissez , sans désirs ;
La Mort abrégea vos années
Pour éterniser vos plaisirs.
Jaloux d'une immortelle vie ,
La fleur de vos jours est ravie
Sans vous causer de vains regrets
Vous tombez dans la nuit profondé
Trop tôt pour l'ornement du monde ;
Trop tard encor pour vos souhaits.
Da
244 MERCURE DE FRANCE
Du haut des sacrés tabernacles ,
Par mille prodiges nouveaux ,
Couronnez les anciens miracles ,
Qui font l'honneur de vos tombeaux ;
Sur l'encens de nos sacrifices
Attirez les regards propices
Du Maître absolu des humains ;
Eteignez le feu du Tonnerre ,
Que l'impieté de la Terre
Allume souvent dans ses mains.
Pour un Roi pacifique et juste
Offrez nos voeux au Roi des Rois ;
Veillez sur une Reine auguste ,
Le
sang * exige ici ses droits.
Les fruits d'un heureux hymenée
Dont la France se voit ornée ,
De l'Eternel sont les bienfaits :
Soyez les Anges tutelaires
Et les premiers dépositaires
Des dons chéris qu'il nous a faits.
諾
Tout change. Aux mortelles contrées
Faut-il donc ramener mes yeux ?
Pourquoi les portes azurées
Me referment - elles les Cieux ?
* La Reine est parente de ces deux Saints:
Toug
FEVRIER. 1731 .
245
Tout a disparu comme un songe ;
Mais ce n'est point un vain mensonge
Qui trompe mes sens éblouis :
Rome a parlé tout doit l'en croire ;
Son Oracle a marqué la gloire
De Stanislas et de Louis.
M
Peuples , retracez dans vos fêtes
La Pompe du divin séjour ;
Que tout applaudisse aux conquêtes
Que le Ciel fait en ce beau jour .
- Unissons des chants de louanges
Aux Concerts que le choeur des Anges
Consacre aux nouveaux Immortels ;
Et que sous ces voutes sacrées
Leurs images de fleurs parées
Tiennent un rang sur nos Autels .
讚
Jeunes coeurs , troupe aimable et tendre
'Accourez , offrez votre encens ;
Deux jeunes Saints ont droit d'attendre
Vos hommages reconnoissans.
A leur héroïque courage.
L'Univers a vû que votre âge ,
Capable d'illustres travaux ,
Peut aux Enfers livrer la guerre ,
Etre
246 MERCURE DE FRANCE.
Etre l'exemple de la Terre ,
Et peupler le Ciel de Héros .
Gresset Jésuite .
Sur la Canonisation des Saints Stanislas
Kostka et Louis de Gonzague.
Q Uelle Cour pompeuse et brillante
Se dévoile à mes yeux surpris ?
Dans quelle Région charmante
Un Dieu ravit- il mes esprits ?
Que vois-je ? Ce n'est plus la Terre ;
Au-dessus même du Tonnerre
Je porte de libres regards..
Un Temple brille dans la Nuë :
Quel jour ! une main inconnuë
M'ouvre les Cieux de toutes parts.
Ce n'est point la Cour fabuleuse
Des Dieux que l'erreur a vantés ,
Séjour d'une foule orgueilleuse
De lubriques Divinités ;;
Il n'est plus ce culte coupable :
Dans le Sanctuaire adorable
Que soutient la voûte des airs ,
Un seul Maître , un seul Dieu réside
Sa Majesté sainte y préside ,
Et veille au sort de l'Univers,
247 MERCURE DE FRANCE
Inclinés au pied de son Thrône
Les Anges saisis de respect ,
De la splendeur qui l'environne ,
Ne peuvent soutenir l'aspect.
Mais quoi ! vers ce Trône terrible ,
A tout Mortel inaccessible ,
Dans un char plus brillant que
Par une route de lumiere ,
Quittant la terrestre carriere ,
l'or ,
Deux Mortels prennent leur essor !
M
Volez , Vertus , et sur vos aîles
Enlevez leur char radieux ;
Jusqu'aux demeures immortelles
Portez ces jeunes demi- Dieux :
Ils vont , ils entrent dans la Gloire ,
'Au milieu des chants de victoire
De tous les celestes Esprits ;
Frappé de cent voix unanimes ,
L'air retentit des noms sublimes
De Stanislas et de Louis.
Tout le Ciel avec allegrésse
Reçoit ces Habitans nouveaux
La Religion s'interesse
Au Triomphe de ses Héros ;
La Pieté leur dresse un Trône
La
FEVRIER.
243 1731.
La Pudeur forme leur couronne
De ses Myrrhes toujours fleuris
Et dans cette fête charmante
Chaque Vertu retrouve et vante
Ses plus fideles favoris.
L'éclat de leur saint diadême
Leur cause de moins doux transports
Que le pur amour que Dieu même ...
Mais quel bras suspend mes accords ?
Une secrette violence
Force ici ma Lyre au silence
Sur ce bonheur Mysterieux ;
Dans ses Conseils impénetrables
Dieu seul voit les dons inéfables
Que sa main répand dans les Cieur.
潞
Nouveaux Saints , ames fortunées
Regnez , jouissez , sans désirs ;
La Mort abrégea vos années
Pour éterniser vos plaisirs.
Jaloux d'une immortelle vie ,
La fleur de vos jours est ravie
Sans vous causer de vains regrets
Vous tombez dans la nuit profondé
Trop tôt pour l'ornement du monde ;
Trop tard encor pour vos souhaits.
Da
244 MERCURE DE FRANCE
Du haut des sacrés tabernacles ,
Par mille prodiges nouveaux ,
Couronnez les anciens miracles ,
Qui font l'honneur de vos tombeaux ;
Sur l'encens de nos sacrifices
Attirez les regards propices
Du Maître absolu des humains ;
Eteignez le feu du Tonnerre ,
Que l'impieté de la Terre
Allume souvent dans ses mains.
Pour un Roi pacifique et juste
Offrez nos voeux au Roi des Rois ;
Veillez sur une Reine auguste ,
Le
sang * exige ici ses droits.
Les fruits d'un heureux hymenée
Dont la France se voit ornée ,
De l'Eternel sont les bienfaits :
Soyez les Anges tutelaires
Et les premiers dépositaires
Des dons chéris qu'il nous a faits.
諾
Tout change. Aux mortelles contrées
Faut-il donc ramener mes yeux ?
Pourquoi les portes azurées
Me referment - elles les Cieux ?
* La Reine est parente de ces deux Saints:
Toug
FEVRIER. 1731 .
245
Tout a disparu comme un songe ;
Mais ce n'est point un vain mensonge
Qui trompe mes sens éblouis :
Rome a parlé tout doit l'en croire ;
Son Oracle a marqué la gloire
De Stanislas et de Louis.
M
Peuples , retracez dans vos fêtes
La Pompe du divin séjour ;
Que tout applaudisse aux conquêtes
Que le Ciel fait en ce beau jour .
- Unissons des chants de louanges
Aux Concerts que le choeur des Anges
Consacre aux nouveaux Immortels ;
Et que sous ces voutes sacrées
Leurs images de fleurs parées
Tiennent un rang sur nos Autels .
讚
Jeunes coeurs , troupe aimable et tendre
'Accourez , offrez votre encens ;
Deux jeunes Saints ont droit d'attendre
Vos hommages reconnoissans.
A leur héroïque courage.
L'Univers a vû que votre âge ,
Capable d'illustres travaux ,
Peut aux Enfers livrer la guerre ,
Etre
246 MERCURE DE FRANCE.
Etre l'exemple de la Terre ,
Et peupler le Ciel de Héros .
Gresset Jésuite .
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Résumé : ODE. Sur la Canonisation des Saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague.
Le poème célèbre la canonisation des saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague. L'auteur décrit une vision céleste où il aperçoit un temple divin habité par un seul Dieu, entouré d'anges respectueux. Deux mortels, Stanislas et Louis, montent vers ce trône divin dans un char lumineux, accompagnés par des vertus et des esprits célestes. Le ciel accueille ces nouveaux saints avec allégresse, et chaque vertu célèbre ses favoris. La pudeur, la piété et l'amour divin sont particulièrement mis en avant. Le poème exprime également l'admiration pour ces saints dont la vie fut écourtée pour une immortalité éternelle. Les saints sont invités à intercéder pour un roi pacifique et juste, ainsi que pour une reine auguste. Le texte se termine par un appel aux peuples et aux jeunes cœurs pour honorer ces saints et suivre leur exemple héroïque.
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4
p. 950-965
LETTRE du R. P. Sicard, Jesuite, sur les differentes Pêches qui se font en Egypte.
Début :
Quelque envie que j'aye, Monsieur, d'executer vos ordres, je ne sçai s'il [...]
Mots clefs :
Égypte, Nil (cours d'eau), Poissons, Syrie, Saline, Commerce, Lac, Pélican, Oie du Nil, Macreuse
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE du R. P. Sicard, Jesuite, sur les differentes Pêches qui se font en Egypte.
d'executer vos ordres , je ne sçai s'il
sera en mon pouvoir de faire entierement
ce que vous desirez de moi. L'Egypte ,
dites- vous , a la Mer Méditerranée au
Nord , la Mer Rouge à l'Est ; elle est
coupée par le Nil ; elle a une infinité de
Lacs d'une étendue prodigieuse. Vous
avez lû dans plusieurs Auteurs qu'il y a
des Peuples entiers dans la Basse Égypte ,
qui ne vivent que de Poisson . Ainsi vous
ne doutez point que le Poisson ne soit
en Egypte en plus grande abondance
qu'en tout autre pays de la Terre ; sur
quoi vous me faites deux questions , sçavoir
, quel est le commerce de Poisson
que font les Egyptiens , tant en Egypte
que hors l'Egypte , et quelles sont les
denrées qu'ils en tirent des Pays Etrangers
; outre cela , quelles sont les especes
de Poissons que l'on pêche , soit dans le
Nil , soit dans les Lacs .
.
Le premier article m'est fort inconnu,
et un pareil détail ne convient gueres à
ma
AVRIL. 1731. 951
un Missionnaire , ni a un homme de ma
profession . Tout ce que j'ai pû faire , a
été d'interroger sur cela les plus fameux»
et les plus habiles Négocians du Grand-
Caire, et de quelques autres Villes d'Egypte.
Ce n'est donc que sur leur rapport que.
j'ai l'honneur de vous dire que ce sont uniquement
les Négocians de Damiette et de
Rosette , qui transportent sur les Côtes
de la Syrie , la Saline qui sort d'Egypte ;
et que ce sont les seuls Riverains des Lacs
de Manzalé , de Brulla et de la Beheiré
qui fournisent la Saline qui est transportée
hors du Royaume. Les Riverains des
autres Lacs ne vendent que du Poisson
frais qu'ils débitent sur les lieux.
Je conçois qu'une idée aussi generale
que celle là du Commerce que fait l'Egypte
du Poisson salé , ne vous donneroit
pas beaucoup de lumieres pour le
dessein que vous avez ; je vais donc m'étendre
plus au long sur certaines particu
laritez qui ont rapport à cela. Je les connois
par moi-même , et elles vous mettront
en partie au fait , ou du moins elles vous
seront de quelque utilité pour éclaircir
cette matiere. Je commence par les trois
Lacs dont on tire tout le Poisson que l'on
sale et que l'on fume ; au reste , ce que
je dirai de l'un , vous pourrez le
dire des autres , à proportion de leur
grandeur.
Fiij Le
952 MERCURE DE FRANCE
Le Lac de Brullos a 15. à 18. lieuës de
longueur , et 4. à 5. lieues de largeur. Il
est situé entre Damiette et Rosette.
Le Lac de Beheiré n'a tout au plus que
sept lieues de tour , et est situé entre Rosette
et Alexandrie.
Le Lac de Manzalé commence à l'Est,
à demie lieuë de Damiette , autrefois Thamiathis
, et finit au Château de Thiné ,
anciennement Peluse. Il a 22. lieuës de
long à l'Est-Ouest , et 5. à . lieuës de
large au Nord - Sud. Le fond en est boüeux
et plein d'herbes . Il n'y a que 4. pieds
d'eau ou environ , en quelque endroit
que ce soit , et il n'est séparé de la Mer
que par une langue de Sable , qui a tout
au plus une lieuë de large.
Cela n'empêche pas que ce Lac n'ait
communication avec la Mer.Il l'a au Nord
par trois Embouchures ; sçavoir , par celle
de Thimé , qui est la plus Orientale
nommée autrefois l'Embouchure du Nit
Pelusiaque , par Eummefurrege , autrefois
nommée la Tanitique ; et par Dibé
ou Pesquiere , autrefois Mendezić.
Outre cette communication avec la
Mer , le Nil tombe dans ce Lac par pluseurs
Canaux au Sud. C'est ce qui fait
pendant deux ou trois mois de l'année ,
c'est-à- dire pendant l'Automne , qui est
le tems de l'accroissement du Nil , les
<
eaux
AVRIL. 1731. 953
eaux du Lac Manzalé sont douces ; au
lieu que dans autres neuf mois de l'année
, elles sont salées et approchantes de
celles de la Mer ; ce qui n'est pas surprenant
, car alors les Canaux du Nil sont
à sec ou si peu remplis d'eau , qu'à peine
en coule t'il dans le Lac.
Tout le monde n'a pas droit de pêcher
ce droit est affermé , l'on compte 2000.
Pêcheurs. Chaque Pêcheur paye par an
soo Medins, c'est-à- dire près de 40 francs.
L'Aga du Lac tire cette somme , et en
rend compte au Pacha du Caire. Ce n'est
pas tout , le tiers de la pêche , tant fraîche
que salée , appartient au Fisc ou Trésor
Royal. L'on paye pour le reste cettains
droits de Doüanne ; de sorte que Ic
tout monte à 80. Bourses par an ; par
consequent le seul Lac Manzalé produir
par an 40000. écus au Grand Seigneur.
J'ai été surpris de voir là quantité de
Bateaux qui sont employez continuellement
à la Pêche sur le Lac Manzalé ; l'on
en compte jusqu'à mille. La verité est
que ces Bateaux sont peu de chose , ils
ont tout au plus quatre brasses de long
et une brasse de large. Ils sont plus plats
par dessous , et pointus par la Poupe et
par la Proie.
La maniere de pêcher est particuliere
et assez divertissante . Les Pêcheurs en-
F iiij tou954
MERCURE DE FRANCE.
entourent d'un Seine ou long Filet , des
enceintes de jonc qu'ils ont plantez dans
le Lac pour engager et retenir le Poisson.
Ces enceintes se nomment Gabez . Chaque
Pêcheur est proprietaire d'un ou plusieurs
de ces Gabez, Ce sont autant de divers
Domaines , dans lesquels tout autre que
le Proprietaire n'oseroit aller pêcher.
Quelquefois ils se contentent de pêcher
avec un Filet rond . Alors avant que de
se servir du filet , ils jettent dans l'eau ,
à dix pas d'eux , une corde longue de
deux brasses , qui a à un bout une grosse
pierre propre à aller au fond , et à l'autre
un morceau de bois qui surnâge ; ils
le couvrent ensuite de leur filet . Le Pois.
son qui s'est rassemblé vers la pierre comme
une proye qu'il cherche à devorer
se trouve pris dans le filet .
Vous remarquerez que le Lac Manzalé
est rempli de petites Ifles couvertes de Roseaux
, de Joncs et de broussailles . Or
c'est dans ces Illes que les Pêcheurs portent
leurs Pêches lorsqu'ils veulent habiller
, saler et boucanner le Poisson . Pour
le Poisson qu'ils veulent vendre frais , ils
le portent à Damiette ou aux Villes et
Villages qui sont aux environs du Lac ,
Ces Ifles dont je viens de vous parler vous
enchanteroient par la multitude d'oiseaux
differens , et d'une beauté surprenante
•
qui
AVRIL 1731. 955.
qui n'en sortent que pour voler d'une
ille à l'autre. Le Pelican , la Poule de Ris
la Macreuse , la Poule d'eau , l'Oye du
Nil , à plumes dorées , le Canard commun
, le Canard à tête verte , la Sarcelle,
l'Ibis noir , l'Ibis blanc et noi le Cormoran
gris blanc , le Cormoran blanc à
bec rouge, le Chevalier , le Plongeon , la
Grüe , entr'autres Oiseaux , y sont à
milliers..
*
و
Il y a un article dans notre Memoire
qui ne m'occupera pas beaucoup, et je n'ai
point à craindre de ne me pas expliquer
clairement : cet article concerne les vête→
mens des Pêcheurs. Ils sont tous et en tout
tems en simple Caleçon , et ont le reste du
corps absolument nud , ce que j'attribuë
à la chaleur du Climat , qui est excessive.
Il n'y a pas dans les Lacs de Manzalé
de Bulos , de Beheiré, une si grande quantité
de Poissons de differentes especes que,
vous pourriez vous l'imaginer. J'ai examiné
la chose de près , et j'ai fait sur cela
toutes les perquisitions possibles. Après,
bien des recherches , j'ai trouvé que tout
se réduisoit à 7. ou 8. sortes de Poissons ;
sçavoir , le Queiage , le Sourd , le Jamal
le Geran , le Nogt , le Karous , le Bouri
autrement le Muge , et le Dauphin .
Le Queiage , qui est , sans contredit , le
meilleur Poisson du Lac , est de la gros
Fy SCU
956 MERCURE DE FRANCE .
seur d'une Alose , et est verd sous le mu
seau. Le Sourd et le Jamal , sont beaucoup
plus gros que le Queiage , et sont d'excellents
Poissons. Le Geran , le Karous , et le
Nogt , qui a cela de particulier , qu'il est
picoté , peuvent passer pour de bons Poissons
, ayant ce gout exquis et fin que donnent
naturellement les eaux du Lac Manzalé
à tout le Poisson qu'on y pêche . Les
Dauphins sont des Poissons si communs
et si connus , que si je vous en parle , c'est
parce qu'il y en a une si grande abondance,
qu'on pourroit bien dire qu'ils y fourmillent
, sur tout vers les Embouchures
qui communiquent à la Mer. Le Bouri
neanmoins est encore en plus grand nom
bre que le Dauphin . C'est le Poisson dominant
du Lac , et la quantité en est si
prodigieuse qu'on a peine à le croire.
On sale le Bouri , tant mâle que femelle,
et on le fait secher ou au Soleil ou à la fumée
, avec cette difference qu'on vend
quelquefois du Bouri mâle frais ; mais jamais
du Bouri femelle , parce qu'aussi-tôt
qu'on a pêché on en leve la boutargue ;
ainsi il n'est plus temps de l'exposer cn
vente , et on est obligé de le saler .
1
On sale aussi le Queiage. Ce sont donc
là les deux sortes de Poissons dont les
Egyptiens font proprement leur commerce
de Poisson salé, aussi bien que de la boutargue
AVRIL 1731. 957
targue. Ils portent l'un et l'autre dans la
Syrie , en Chypre , à Constantinople , et
ils en fournissent toute l'Egypte en st
grande abondance , que des Marchands
Européens qui voudroient apporter iei du
Thon , de l'Esturgeon , ou autre Poisson
salé , pourroient s'assurer qu'ils n'en auroient
pas le débit.
Je ne connois en Egypte de Poisson
salé , apporté des Pays Etrangers , que la
Caviar , qui vient de la Mer Noire. On
le vend aux Négocians de Damiette et
de Rosette , en argent comptant et non
pas en échange.
Vous concevez par là qu'ils entendent
fort peu le commerce et qu'ils n'en tirent
pas un grand profit. En effet je ne
scache pas qu'ils apportent d'autres Mar
chandises de Chipre que du Carrouge
du Lodanum er du vin ; de Syrie , du
Coton et du Tabac ; de l'Archipel , des
Eponges. Mais par la Mer Rouge , les
autres Négocians ant de l'Encens , du
Caffé et des Etoffes des Indes.
Il ne tiendroit qu'à eux de faire par la
même Mer un grand commerce de Perles,
et souvent on le leur a proposé . Cela n'est
pas de leur goût , et s'ils en font venir
e'est en petite quantité , et ce n'est même
que de la semence de Perles . Quand les
Européens apportent de l'Ambre jaune et
2
F vj du
958 MERCURE DE FRANCE
du Corail , ils n'achetent ces Marchandi
ses que pour les porter au Caire , er de- là
dans l'lemen et en Ethiopie. En un mot
il seroit très- difficile de marquer de quelle
sorte de Marchandises nos Négocians
pourroient faire quelque commerce considerable
avec les Egyptiens , surtout avec
ceux de Damiette er de Rosette. Leur vie
frugale et leur. éloignement de tout luxe ,
font qu'ils n'ont besoin de rien ..
Voilà ce qui regarde le Poisson salé dont
Egypte fait un commerce réglé,
J
J
et Le Poisson frais est très - commun
ceux qui demeurent aux environs des
Lacs , en font leur nourriture ordinaire..
La chaleur du climat est cause qu'on ne
peut le transporter , comme on fait en
France aux Villes un peu éloignées . I
seroit gâté et puant avant que d'arriver.
Le Caire , par exemple , qui est une si
belle Ville , si marchande et si peuplée ,
ne tire aucun secours de tant de Pêches
que l'on fait dans les Lacs de Manzalé , de
Brullos , de Beheiré , de la Marest , de la
Corne , Maris , Cheib , et dans les deix
Mers , la Mer Rouge , et la Méditerannée.
Les habitans de cette grande Ville
par la même raison ne voyent jamais de
Marée , et ils ne mangent jamais de Poissons
frais que celui qu'on pêche dans le
Nils , par conséquent , que d'un Poisson
.
€
་
د
qui
AVRIL. 1731. 952
qui , en géneral n'est ni de bon goût , ni
d'une bonne qualité. Le Nil a dans son
lit beaucoup de limon : les Poissons s'en
nourrissent et en conservent l'odeur ; entr'autres
le Bolti , qui est une espece de
Carpe , le Bouri , le Bayad , le Chalbé , la
Ray , le Chilon , le Lebis , Alose , qui
sont les principaux Poissons du Nil , en
sont si infectez , que tout autre que la
peuple du Caire , n'en mangeroit pas.
$
•
Les riches du Caire ont de quoi se consoler
le Nil leur fournit quatre especes
de Poissons d'un goût exquis , d'une bonté
si grande , que les Egyptiens , anciennement
leur ont élevé des Temples , et
ont bâti des Villes de leur nom . Ces
qua
tre especes sont , la Variole , le Quechoué
le Bunni et la Quarmoud.
La Variole , que les Arabes nomment
Quecher , ou Latés , est d'une grosseur.
prodigieuse , et pese jusqu'à 100. et 200 .
livres. Vous la connoîtrez micux sous le
nom de DATO E dont les Auteurs font
si souvent mention .
Le Quechoué est de la grandeur d'uns
Alose , et a un museau fort pointu . C'est
POxirinchus des Anciens..
Le Bunni est assez gros , et j'en ai vû de
20 et 30 livres pesant. On ne peut s'y
méprendre , et on connoît à sa figure
qu'il est le Lepidorus , si vanté par les An
ciens Egyptiens.
25
960 MERCURE DE FRANCE
Le Quarmoud , connu dans les Auteurs
sous le nom de PHAYOB , est noir , et
un des Poissons les plus voraces qu'il y
ait , on en trouve d'aussi gros et d'aussi
pesans que le Bunni.
Deux choses augmentent fort l'avantage
que les habitans du Caire tirent de
cette pêche. La premiere est , que ce ne
sont point là de ces Poissons passagers que
F'on n'a qu'en certain temps : pendant le
cours de l'année on en trouve en abondance
dans le Nil. La seconde est , que la
Pêche en est facile. Quelque gros que soir
le Quecher et le Bunni , on les prend avec
un simple filer , et tendu de la même ma
niere que l'on fait en France.
Il ne tiendroit qu'aux Egyptiens de faire
une autre sorte de profit , que nous ne
négligerons assurément pas ; sçavoir , de
prendre des Oiseaux de Mer , et de Rivie
re , comme sont les Macreuses , les Plongeons
, et autres semblables animaux
dont le Nil est souvent couvert. Mais les
Pêcheurs , tant du Nil que des Lacs - Manzalé
et de Brullos s'attachent uniquement
à prendre des Macreuses. Pour cela , le
Pêcheur , pendant la nuit se met dans
F'eau jusqu'au col , ayant la tête couverte
d'un bonnet noir ; il s'approche doucement
et sans bruit des Macreuses , et lorsqu'il
en est proche , il jette sur elles son
filet.
›
AVRIL. 1731.901
Mon dessein étoit d'en demeurer-là , er
de finir ma Lettre , qui n'est déja que trop
longue , d'autant plus que je ne vous dirai
rien davantage sur la Pêche , que l'on fait
tant en Egypte , que dans le Nil en particulier.
Mais j'ai fait refléxion que les Oiseaux
et les Monstres , qui sont comme propres
du Nil , et dont les Européens n'ont point
assez de connoissance , méritent bien que
je vous en fasse un article séparé ; vous
m'en sçaurez gré , et je juis surpris que
vous ne m'ayez pas vous-même interrogé
sur ce point. Cependant , pour ne vous
pas ennuyer par le récit de choses qui ne
sont peut- être pas de votre goût , ou du
moins que vous ne regardez que comme
de simples curiositez , ausquelles vous ne
prenez nul interrêt , je ne vous en ferai le
détail qu'en géneral et en peu
de mots.
L'on voit sur le Nil deux sortes d'Oiseaux
, et en si grand nombre , que cela
est surprenant. Les uns sont communs
et connus en Europe ; sçavoir , le Flaman
le Chevalier , le Courlis le Courlis à
bec recourbé en haut , le Heron , le Heron
à bec sans espatule , le Pelican , la
Gruë , la Beccassine , le Pluvier , le Be
chor , la Sarcelle , le Canard à tête verte
la Macreuse , le Cormoran , le Plongeon ;
plusieurs de ces Oiseaux , comme vous
>
**
و
Voyez
981 MERCURE DE FRANCE
voyez , sont bons à manger , et l'on devroit
ici aller à la chasse , et en tuer . Mais
les Egyptiens ne chassent point , et au
Caire les Paysans n'apportent que des Canards
et des Şarcelles qu'ils prennent au
lacet. Ils y sont fort adroits . Aussi les.
Marchez sont- ils pour l'ordinaire remplis
de ces deux sortes de Gibier. Ils prennent
de la même maniere le Pelican. Les autres
Oiseaux ont beau multiplier à l'infini , ils
n'en tuent ni n'en prennent point.
L'Ibis , FOye à plumage doré , la Poule
de ris , ou Poule de Diamette , le Saqsaq ,
connu autrefois sous le nom de Trochilus ,
sont ce que j'appelle proprement les Oiseaux
du Nil. Car s'il y en a autre part
par exemple , sur le Lac Manzalé , c'est
parce qu'ils y sont venus du Nil , et que
La communication qu'il y a de l'un à l'autre
, par le moyen des canaux , les y a at
tirez.
Je ne connois dans le Nil que les Hippopotames
et les Crocodiles qui puissent
êrre appellez Monstres Marins , et je ne
sçai ou certains faiseurs de Voyages ont
trouvé ces differens Monstres Marins
dont ils prétendent que le Nil est rempli .
Apparemment que c'étoit pour embellir
leurs Relations , et pour attendrir leurs
Lecteurs par le récit fabuleux des dangers
qu'ils ont courus.
Les
AVRIL. 1731. 983
>
Les Hippopotames , ou Chevaux Marins
sont très-communs dans la haute
Egypte , surtout vers les Cataractes. A
peine en paroît - il , soit aux environs du
Caire , soit dans toute la Basse Egypte .
Ces animaux ne vont jamais en troupe , et
rarement on en voit deux ensemble . Ils
sont si défians , et ils s'échappent avec tant
de vitesse de ceux qui les poursuivent ,
que personne ne songe à aller à cette chas
se , et ne tente d'en prendre , ni par adresse
, ni autrement. Ce n'est néanmoins pas
une chose impossible , puisque les Empereurs
Romains en ont fait paroître dans
les jeux séculaires qu'ils donnoient au
Peuple.
Il n'en est pas de même des Crocodiles.
On les prend de deux manieres. La premiere
est toute simple . On prend la fres
sure d'une Vache , ou d'un Bufle , ou de
quelqu'autre animal : au milieu de cet
appas , on met un croc , on l'attache ensuite
à une longue corde , dont un bout
est amaré à terre ; on jette dans le Nil l'autre
bout , auquel est attachée la fressure ;
comme elle flotte sur l'eau , le Crocrodile
se jette dessus , et gobe l'hameçon ; alors
le Pêcheur tire sa corde , amene le Crocodile
jusqu'au bord , ' où les Arabes qui
sont stilez à cela , l'assomment.
L'autre maniere est plus dangereuse
on
964 MERCURE DE FRANCE
on épie le Crocodile , lorsqu'il est à terre
, et qu'il dort étendu le long de quelque
butte de sable : un homme se coule
doucement derriere la butte , et dès qu'il
est à portée de l'animal , il lui darde sous
l'aisselle , ou sous le ventre , un épieu qui
est armé d'un crampon qui tient à une
longue corde. Le Crocodile blessé court se
plonger dans le Nil , et entraîne avec lui
l'épieu . Le Pêcheur le suit , se saisit de la
corde , la tire , et amene le Monstre Marin
sur le rivage , où il le tuë. La Pêche
du Marsoüin a quelque chose qui approche
de cette maniere de prendre le Crocodile.
La chair du Crocodile est blanche
grasse , et est un mets exquis quand l'animal
est jeune. Les Arabes du Saïd en sont
friands , et l'aiment avec passion.
Les femelles ne fond jamais leurs oeufs
que sur le sable , chose bien singuliere.
C'est que leurs petits ne sont pas si - tôt
éclos , qu'ils ont la force de courir à toutes
jambes vers le Nil . La mere n'a pas be
soin de les deffendre , et de prendre garde
qu'on ne les lui enleve .
Les Crocodiles croissent assez vîte , et
ils ont ordinairement 20 à 25. pieds de
Jong.
Je ne vous déciderai pas combien de
sems ils vivent ; je sçai que Plutarque ne
leur
AVRIL. 1731. 955
(
leur donne que 40 ans de vie ; mais d'un
autre côté , j'entens dire à nos Arabes qui
sont croyables en cela par
les connoissances
journalieres qu'ils en ont , qu'il y a
des Crocodiles qui vivent jusqu'à cent
ans. Je suis , & c.
sera en mon pouvoir de faire entierement
ce que vous desirez de moi. L'Egypte ,
dites- vous , a la Mer Méditerranée au
Nord , la Mer Rouge à l'Est ; elle est
coupée par le Nil ; elle a une infinité de
Lacs d'une étendue prodigieuse. Vous
avez lû dans plusieurs Auteurs qu'il y a
des Peuples entiers dans la Basse Égypte ,
qui ne vivent que de Poisson . Ainsi vous
ne doutez point que le Poisson ne soit
en Egypte en plus grande abondance
qu'en tout autre pays de la Terre ; sur
quoi vous me faites deux questions , sçavoir
, quel est le commerce de Poisson
que font les Egyptiens , tant en Egypte
que hors l'Egypte , et quelles sont les
denrées qu'ils en tirent des Pays Etrangers
; outre cela , quelles sont les especes
de Poissons que l'on pêche , soit dans le
Nil , soit dans les Lacs .
.
Le premier article m'est fort inconnu,
et un pareil détail ne convient gueres à
ma
AVRIL. 1731. 951
un Missionnaire , ni a un homme de ma
profession . Tout ce que j'ai pû faire , a
été d'interroger sur cela les plus fameux»
et les plus habiles Négocians du Grand-
Caire, et de quelques autres Villes d'Egypte.
Ce n'est donc que sur leur rapport que.
j'ai l'honneur de vous dire que ce sont uniquement
les Négocians de Damiette et de
Rosette , qui transportent sur les Côtes
de la Syrie , la Saline qui sort d'Egypte ;
et que ce sont les seuls Riverains des Lacs
de Manzalé , de Brulla et de la Beheiré
qui fournisent la Saline qui est transportée
hors du Royaume. Les Riverains des
autres Lacs ne vendent que du Poisson
frais qu'ils débitent sur les lieux.
Je conçois qu'une idée aussi generale
que celle là du Commerce que fait l'Egypte
du Poisson salé , ne vous donneroit
pas beaucoup de lumieres pour le
dessein que vous avez ; je vais donc m'étendre
plus au long sur certaines particu
laritez qui ont rapport à cela. Je les connois
par moi-même , et elles vous mettront
en partie au fait , ou du moins elles vous
seront de quelque utilité pour éclaircir
cette matiere. Je commence par les trois
Lacs dont on tire tout le Poisson que l'on
sale et que l'on fume ; au reste , ce que
je dirai de l'un , vous pourrez le
dire des autres , à proportion de leur
grandeur.
Fiij Le
952 MERCURE DE FRANCE
Le Lac de Brullos a 15. à 18. lieuës de
longueur , et 4. à 5. lieues de largeur. Il
est situé entre Damiette et Rosette.
Le Lac de Beheiré n'a tout au plus que
sept lieues de tour , et est situé entre Rosette
et Alexandrie.
Le Lac de Manzalé commence à l'Est,
à demie lieuë de Damiette , autrefois Thamiathis
, et finit au Château de Thiné ,
anciennement Peluse. Il a 22. lieuës de
long à l'Est-Ouest , et 5. à . lieuës de
large au Nord - Sud. Le fond en est boüeux
et plein d'herbes . Il n'y a que 4. pieds
d'eau ou environ , en quelque endroit
que ce soit , et il n'est séparé de la Mer
que par une langue de Sable , qui a tout
au plus une lieuë de large.
Cela n'empêche pas que ce Lac n'ait
communication avec la Mer.Il l'a au Nord
par trois Embouchures ; sçavoir , par celle
de Thimé , qui est la plus Orientale
nommée autrefois l'Embouchure du Nit
Pelusiaque , par Eummefurrege , autrefois
nommée la Tanitique ; et par Dibé
ou Pesquiere , autrefois Mendezić.
Outre cette communication avec la
Mer , le Nil tombe dans ce Lac par pluseurs
Canaux au Sud. C'est ce qui fait
pendant deux ou trois mois de l'année ,
c'est-à- dire pendant l'Automne , qui est
le tems de l'accroissement du Nil , les
<
eaux
AVRIL. 1731. 953
eaux du Lac Manzalé sont douces ; au
lieu que dans autres neuf mois de l'année
, elles sont salées et approchantes de
celles de la Mer ; ce qui n'est pas surprenant
, car alors les Canaux du Nil sont
à sec ou si peu remplis d'eau , qu'à peine
en coule t'il dans le Lac.
Tout le monde n'a pas droit de pêcher
ce droit est affermé , l'on compte 2000.
Pêcheurs. Chaque Pêcheur paye par an
soo Medins, c'est-à- dire près de 40 francs.
L'Aga du Lac tire cette somme , et en
rend compte au Pacha du Caire. Ce n'est
pas tout , le tiers de la pêche , tant fraîche
que salée , appartient au Fisc ou Trésor
Royal. L'on paye pour le reste cettains
droits de Doüanne ; de sorte que Ic
tout monte à 80. Bourses par an ; par
consequent le seul Lac Manzalé produir
par an 40000. écus au Grand Seigneur.
J'ai été surpris de voir là quantité de
Bateaux qui sont employez continuellement
à la Pêche sur le Lac Manzalé ; l'on
en compte jusqu'à mille. La verité est
que ces Bateaux sont peu de chose , ils
ont tout au plus quatre brasses de long
et une brasse de large. Ils sont plus plats
par dessous , et pointus par la Poupe et
par la Proie.
La maniere de pêcher est particuliere
et assez divertissante . Les Pêcheurs en-
F iiij tou954
MERCURE DE FRANCE.
entourent d'un Seine ou long Filet , des
enceintes de jonc qu'ils ont plantez dans
le Lac pour engager et retenir le Poisson.
Ces enceintes se nomment Gabez . Chaque
Pêcheur est proprietaire d'un ou plusieurs
de ces Gabez, Ce sont autant de divers
Domaines , dans lesquels tout autre que
le Proprietaire n'oseroit aller pêcher.
Quelquefois ils se contentent de pêcher
avec un Filet rond . Alors avant que de
se servir du filet , ils jettent dans l'eau ,
à dix pas d'eux , une corde longue de
deux brasses , qui a à un bout une grosse
pierre propre à aller au fond , et à l'autre
un morceau de bois qui surnâge ; ils
le couvrent ensuite de leur filet . Le Pois.
son qui s'est rassemblé vers la pierre comme
une proye qu'il cherche à devorer
se trouve pris dans le filet .
Vous remarquerez que le Lac Manzalé
est rempli de petites Ifles couvertes de Roseaux
, de Joncs et de broussailles . Or
c'est dans ces Illes que les Pêcheurs portent
leurs Pêches lorsqu'ils veulent habiller
, saler et boucanner le Poisson . Pour
le Poisson qu'ils veulent vendre frais , ils
le portent à Damiette ou aux Villes et
Villages qui sont aux environs du Lac ,
Ces Ifles dont je viens de vous parler vous
enchanteroient par la multitude d'oiseaux
differens , et d'une beauté surprenante
•
qui
AVRIL 1731. 955.
qui n'en sortent que pour voler d'une
ille à l'autre. Le Pelican , la Poule de Ris
la Macreuse , la Poule d'eau , l'Oye du
Nil , à plumes dorées , le Canard commun
, le Canard à tête verte , la Sarcelle,
l'Ibis noir , l'Ibis blanc et noi le Cormoran
gris blanc , le Cormoran blanc à
bec rouge, le Chevalier , le Plongeon , la
Grüe , entr'autres Oiseaux , y sont à
milliers..
*
و
Il y a un article dans notre Memoire
qui ne m'occupera pas beaucoup, et je n'ai
point à craindre de ne me pas expliquer
clairement : cet article concerne les vête→
mens des Pêcheurs. Ils sont tous et en tout
tems en simple Caleçon , et ont le reste du
corps absolument nud , ce que j'attribuë
à la chaleur du Climat , qui est excessive.
Il n'y a pas dans les Lacs de Manzalé
de Bulos , de Beheiré, une si grande quantité
de Poissons de differentes especes que,
vous pourriez vous l'imaginer. J'ai examiné
la chose de près , et j'ai fait sur cela
toutes les perquisitions possibles. Après,
bien des recherches , j'ai trouvé que tout
se réduisoit à 7. ou 8. sortes de Poissons ;
sçavoir , le Queiage , le Sourd , le Jamal
le Geran , le Nogt , le Karous , le Bouri
autrement le Muge , et le Dauphin .
Le Queiage , qui est , sans contredit , le
meilleur Poisson du Lac , est de la gros
Fy SCU
956 MERCURE DE FRANCE .
seur d'une Alose , et est verd sous le mu
seau. Le Sourd et le Jamal , sont beaucoup
plus gros que le Queiage , et sont d'excellents
Poissons. Le Geran , le Karous , et le
Nogt , qui a cela de particulier , qu'il est
picoté , peuvent passer pour de bons Poissons
, ayant ce gout exquis et fin que donnent
naturellement les eaux du Lac Manzalé
à tout le Poisson qu'on y pêche . Les
Dauphins sont des Poissons si communs
et si connus , que si je vous en parle , c'est
parce qu'il y en a une si grande abondance,
qu'on pourroit bien dire qu'ils y fourmillent
, sur tout vers les Embouchures
qui communiquent à la Mer. Le Bouri
neanmoins est encore en plus grand nom
bre que le Dauphin . C'est le Poisson dominant
du Lac , et la quantité en est si
prodigieuse qu'on a peine à le croire.
On sale le Bouri , tant mâle que femelle,
et on le fait secher ou au Soleil ou à la fumée
, avec cette difference qu'on vend
quelquefois du Bouri mâle frais ; mais jamais
du Bouri femelle , parce qu'aussi-tôt
qu'on a pêché on en leve la boutargue ;
ainsi il n'est plus temps de l'exposer cn
vente , et on est obligé de le saler .
1
On sale aussi le Queiage. Ce sont donc
là les deux sortes de Poissons dont les
Egyptiens font proprement leur commerce
de Poisson salé, aussi bien que de la boutargue
AVRIL 1731. 957
targue. Ils portent l'un et l'autre dans la
Syrie , en Chypre , à Constantinople , et
ils en fournissent toute l'Egypte en st
grande abondance , que des Marchands
Européens qui voudroient apporter iei du
Thon , de l'Esturgeon , ou autre Poisson
salé , pourroient s'assurer qu'ils n'en auroient
pas le débit.
Je ne connois en Egypte de Poisson
salé , apporté des Pays Etrangers , que la
Caviar , qui vient de la Mer Noire. On
le vend aux Négocians de Damiette et
de Rosette , en argent comptant et non
pas en échange.
Vous concevez par là qu'ils entendent
fort peu le commerce et qu'ils n'en tirent
pas un grand profit. En effet je ne
scache pas qu'ils apportent d'autres Mar
chandises de Chipre que du Carrouge
du Lodanum er du vin ; de Syrie , du
Coton et du Tabac ; de l'Archipel , des
Eponges. Mais par la Mer Rouge , les
autres Négocians ant de l'Encens , du
Caffé et des Etoffes des Indes.
Il ne tiendroit qu'à eux de faire par la
même Mer un grand commerce de Perles,
et souvent on le leur a proposé . Cela n'est
pas de leur goût , et s'ils en font venir
e'est en petite quantité , et ce n'est même
que de la semence de Perles . Quand les
Européens apportent de l'Ambre jaune et
2
F vj du
958 MERCURE DE FRANCE
du Corail , ils n'achetent ces Marchandi
ses que pour les porter au Caire , er de- là
dans l'lemen et en Ethiopie. En un mot
il seroit très- difficile de marquer de quelle
sorte de Marchandises nos Négocians
pourroient faire quelque commerce considerable
avec les Egyptiens , surtout avec
ceux de Damiette er de Rosette. Leur vie
frugale et leur. éloignement de tout luxe ,
font qu'ils n'ont besoin de rien ..
Voilà ce qui regarde le Poisson salé dont
Egypte fait un commerce réglé,
J
J
et Le Poisson frais est très - commun
ceux qui demeurent aux environs des
Lacs , en font leur nourriture ordinaire..
La chaleur du climat est cause qu'on ne
peut le transporter , comme on fait en
France aux Villes un peu éloignées . I
seroit gâté et puant avant que d'arriver.
Le Caire , par exemple , qui est une si
belle Ville , si marchande et si peuplée ,
ne tire aucun secours de tant de Pêches
que l'on fait dans les Lacs de Manzalé , de
Brullos , de Beheiré , de la Marest , de la
Corne , Maris , Cheib , et dans les deix
Mers , la Mer Rouge , et la Méditerannée.
Les habitans de cette grande Ville
par la même raison ne voyent jamais de
Marée , et ils ne mangent jamais de Poissons
frais que celui qu'on pêche dans le
Nils , par conséquent , que d'un Poisson
.
€
་
د
qui
AVRIL. 1731. 952
qui , en géneral n'est ni de bon goût , ni
d'une bonne qualité. Le Nil a dans son
lit beaucoup de limon : les Poissons s'en
nourrissent et en conservent l'odeur ; entr'autres
le Bolti , qui est une espece de
Carpe , le Bouri , le Bayad , le Chalbé , la
Ray , le Chilon , le Lebis , Alose , qui
sont les principaux Poissons du Nil , en
sont si infectez , que tout autre que la
peuple du Caire , n'en mangeroit pas.
$
•
Les riches du Caire ont de quoi se consoler
le Nil leur fournit quatre especes
de Poissons d'un goût exquis , d'une bonté
si grande , que les Egyptiens , anciennement
leur ont élevé des Temples , et
ont bâti des Villes de leur nom . Ces
qua
tre especes sont , la Variole , le Quechoué
le Bunni et la Quarmoud.
La Variole , que les Arabes nomment
Quecher , ou Latés , est d'une grosseur.
prodigieuse , et pese jusqu'à 100. et 200 .
livres. Vous la connoîtrez micux sous le
nom de DATO E dont les Auteurs font
si souvent mention .
Le Quechoué est de la grandeur d'uns
Alose , et a un museau fort pointu . C'est
POxirinchus des Anciens..
Le Bunni est assez gros , et j'en ai vû de
20 et 30 livres pesant. On ne peut s'y
méprendre , et on connoît à sa figure
qu'il est le Lepidorus , si vanté par les An
ciens Egyptiens.
25
960 MERCURE DE FRANCE
Le Quarmoud , connu dans les Auteurs
sous le nom de PHAYOB , est noir , et
un des Poissons les plus voraces qu'il y
ait , on en trouve d'aussi gros et d'aussi
pesans que le Bunni.
Deux choses augmentent fort l'avantage
que les habitans du Caire tirent de
cette pêche. La premiere est , que ce ne
sont point là de ces Poissons passagers que
F'on n'a qu'en certain temps : pendant le
cours de l'année on en trouve en abondance
dans le Nil. La seconde est , que la
Pêche en est facile. Quelque gros que soir
le Quecher et le Bunni , on les prend avec
un simple filer , et tendu de la même ma
niere que l'on fait en France.
Il ne tiendroit qu'aux Egyptiens de faire
une autre sorte de profit , que nous ne
négligerons assurément pas ; sçavoir , de
prendre des Oiseaux de Mer , et de Rivie
re , comme sont les Macreuses , les Plongeons
, et autres semblables animaux
dont le Nil est souvent couvert. Mais les
Pêcheurs , tant du Nil que des Lacs - Manzalé
et de Brullos s'attachent uniquement
à prendre des Macreuses. Pour cela , le
Pêcheur , pendant la nuit se met dans
F'eau jusqu'au col , ayant la tête couverte
d'un bonnet noir ; il s'approche doucement
et sans bruit des Macreuses , et lorsqu'il
en est proche , il jette sur elles son
filet.
›
AVRIL. 1731.901
Mon dessein étoit d'en demeurer-là , er
de finir ma Lettre , qui n'est déja que trop
longue , d'autant plus que je ne vous dirai
rien davantage sur la Pêche , que l'on fait
tant en Egypte , que dans le Nil en particulier.
Mais j'ai fait refléxion que les Oiseaux
et les Monstres , qui sont comme propres
du Nil , et dont les Européens n'ont point
assez de connoissance , méritent bien que
je vous en fasse un article séparé ; vous
m'en sçaurez gré , et je juis surpris que
vous ne m'ayez pas vous-même interrogé
sur ce point. Cependant , pour ne vous
pas ennuyer par le récit de choses qui ne
sont peut- être pas de votre goût , ou du
moins que vous ne regardez que comme
de simples curiositez , ausquelles vous ne
prenez nul interrêt , je ne vous en ferai le
détail qu'en géneral et en peu
de mots.
L'on voit sur le Nil deux sortes d'Oiseaux
, et en si grand nombre , que cela
est surprenant. Les uns sont communs
et connus en Europe ; sçavoir , le Flaman
le Chevalier , le Courlis le Courlis à
bec recourbé en haut , le Heron , le Heron
à bec sans espatule , le Pelican , la
Gruë , la Beccassine , le Pluvier , le Be
chor , la Sarcelle , le Canard à tête verte
la Macreuse , le Cormoran , le Plongeon ;
plusieurs de ces Oiseaux , comme vous
>
**
و
Voyez
981 MERCURE DE FRANCE
voyez , sont bons à manger , et l'on devroit
ici aller à la chasse , et en tuer . Mais
les Egyptiens ne chassent point , et au
Caire les Paysans n'apportent que des Canards
et des Şarcelles qu'ils prennent au
lacet. Ils y sont fort adroits . Aussi les.
Marchez sont- ils pour l'ordinaire remplis
de ces deux sortes de Gibier. Ils prennent
de la même maniere le Pelican. Les autres
Oiseaux ont beau multiplier à l'infini , ils
n'en tuent ni n'en prennent point.
L'Ibis , FOye à plumage doré , la Poule
de ris , ou Poule de Diamette , le Saqsaq ,
connu autrefois sous le nom de Trochilus ,
sont ce que j'appelle proprement les Oiseaux
du Nil. Car s'il y en a autre part
par exemple , sur le Lac Manzalé , c'est
parce qu'ils y sont venus du Nil , et que
La communication qu'il y a de l'un à l'autre
, par le moyen des canaux , les y a at
tirez.
Je ne connois dans le Nil que les Hippopotames
et les Crocodiles qui puissent
êrre appellez Monstres Marins , et je ne
sçai ou certains faiseurs de Voyages ont
trouvé ces differens Monstres Marins
dont ils prétendent que le Nil est rempli .
Apparemment que c'étoit pour embellir
leurs Relations , et pour attendrir leurs
Lecteurs par le récit fabuleux des dangers
qu'ils ont courus.
Les
AVRIL. 1731. 983
>
Les Hippopotames , ou Chevaux Marins
sont très-communs dans la haute
Egypte , surtout vers les Cataractes. A
peine en paroît - il , soit aux environs du
Caire , soit dans toute la Basse Egypte .
Ces animaux ne vont jamais en troupe , et
rarement on en voit deux ensemble . Ils
sont si défians , et ils s'échappent avec tant
de vitesse de ceux qui les poursuivent ,
que personne ne songe à aller à cette chas
se , et ne tente d'en prendre , ni par adresse
, ni autrement. Ce n'est néanmoins pas
une chose impossible , puisque les Empereurs
Romains en ont fait paroître dans
les jeux séculaires qu'ils donnoient au
Peuple.
Il n'en est pas de même des Crocodiles.
On les prend de deux manieres. La premiere
est toute simple . On prend la fres
sure d'une Vache , ou d'un Bufle , ou de
quelqu'autre animal : au milieu de cet
appas , on met un croc , on l'attache ensuite
à une longue corde , dont un bout
est amaré à terre ; on jette dans le Nil l'autre
bout , auquel est attachée la fressure ;
comme elle flotte sur l'eau , le Crocrodile
se jette dessus , et gobe l'hameçon ; alors
le Pêcheur tire sa corde , amene le Crocodile
jusqu'au bord , ' où les Arabes qui
sont stilez à cela , l'assomment.
L'autre maniere est plus dangereuse
on
964 MERCURE DE FRANCE
on épie le Crocodile , lorsqu'il est à terre
, et qu'il dort étendu le long de quelque
butte de sable : un homme se coule
doucement derriere la butte , et dès qu'il
est à portée de l'animal , il lui darde sous
l'aisselle , ou sous le ventre , un épieu qui
est armé d'un crampon qui tient à une
longue corde. Le Crocodile blessé court se
plonger dans le Nil , et entraîne avec lui
l'épieu . Le Pêcheur le suit , se saisit de la
corde , la tire , et amene le Monstre Marin
sur le rivage , où il le tuë. La Pêche
du Marsoüin a quelque chose qui approche
de cette maniere de prendre le Crocodile.
La chair du Crocodile est blanche
grasse , et est un mets exquis quand l'animal
est jeune. Les Arabes du Saïd en sont
friands , et l'aiment avec passion.
Les femelles ne fond jamais leurs oeufs
que sur le sable , chose bien singuliere.
C'est que leurs petits ne sont pas si - tôt
éclos , qu'ils ont la force de courir à toutes
jambes vers le Nil . La mere n'a pas be
soin de les deffendre , et de prendre garde
qu'on ne les lui enleve .
Les Crocodiles croissent assez vîte , et
ils ont ordinairement 20 à 25. pieds de
Jong.
Je ne vous déciderai pas combien de
sems ils vivent ; je sçai que Plutarque ne
leur
AVRIL. 1731. 955
(
leur donne que 40 ans de vie ; mais d'un
autre côté , j'entens dire à nos Arabes qui
sont croyables en cela par
les connoissances
journalieres qu'ils en ont , qu'il y a
des Crocodiles qui vivent jusqu'à cent
ans. Je suis , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE du R. P. Sicard, Jesuite, sur les differentes Pêches qui se font en Egypte.
Le texte traite du commerce du poisson en Égypte, en se basant sur des informations recueillies par un missionnaire auprès de négociants locaux. Les négociants de Damiette et de Rosette transportent la saline d'Égypte vers les côtes de Syrie. Les riverains des lacs de Manzalé, de Brulla et de Beheiré fournissent cette saline exportée, tandis que d'autres lacs fournissent du poisson frais localement. L'auteur décrit trois principaux lacs égyptiens : Brullos, Beheiré et Manzalé. Ce dernier, situé entre Damiette et le château de Thiné, communique avec la mer par trois embouchures et reçoit les eaux du Nil par plusieurs canaux. La pêche sur le lac de Manzalé est réglementée, avec 2000 pêcheurs payant des droits au fisc. Le tiers de la pêche appartient au trésor royal, et les droits de douane ajoutent à cette somme. Les techniques de pêche incluent l'utilisation de filets et d'enceintes de joncs appelés Gabez, ainsi que des filets ronds avec des appâts. Le lac est riche en oiseaux et en poissons, notamment le Queiage, le Sourd, le Jamal, le Geran, le Nogt, le Karous, le Bouri et le Dauphin. Le Bouri est le poisson le plus abondant et est souvent salé ou fumé. Le commerce du poisson salé en Égypte se fait principalement avec la Syrie, Chypre et Constantinople. Les négociants européens ne trouvent pas de débouchés pour leur poisson salé en Égypte, et les importations de poisson salé des pays étrangers sont limitées au caviar de la Mer Noire. Les négociants égyptiens importent également divers produits comme le carouge, le lodanum, du vin, du coton, du tabac, des éponges, de l'encens, du café et des étoffes des Indes. Le poisson frais est abondant près des lacs mais ne peut être transporté vers des villes éloignées comme Le Caire en raison de la chaleur. Le Caire dépend du poisson du Nil, souvent de mauvaise qualité. Les riches du Caire consomment quatre espèces de poissons de qualité supérieure : la Variole, le Quechoué, le Bunni et le Quarmoud, qui sont abondants et faciles à pêcher tout au long de l'année. Le texte mentionne également la pêche et les animaux du Nil. Les pêcheurs du Nil et des lacs Manzalé et Brullos capturent des macreuses en utilisant des filets la nuit. Le Nil abrite divers oiseaux, certains communs en Europe comme le flamant, le héron et le canard, tandis que d'autres, comme l'ibis et la poule de ris, sont spécifiques au Nil. Les Égyptiens ne chassent pas ces oiseaux, sauf les canards et les sarcelles qu'ils capturent au lacet. Les monstres marins mentionnés sont les hippopotames et les crocodiles. Les hippopotames sont rares en Basse-Égypte et difficiles à chasser. Les crocodiles sont capturés par appât ou harponnés lorsqu'ils dorment sur le sable. Leur chair est considérée comme un mets délicat. Les crocodiles pondent leurs œufs sur le sable, et leurs petits courent vers le Nil dès leur éclosion. Leur espérance de vie est incertaine, allant de 40 à 100 ans selon les sources.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. [1627]-1637
ODE A Made *** Mere d'une jeune Religieuse, morte à Amiens au mois de Mars 1731.
Début :
Quelle douleur obstinée, [...]
Mots clefs :
Tombeau, Chagrin, Funèbres couleurs, Ombre, Douleur extrême, Destin, Mort, Gémir, Ennui, Mânes paisibles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A Made *** Mere d'une jeune Religieuse, morte à Amiens au mois de Mars 1731.
ODE
A Made *** Mere.d'une jeune Religieuse,
morte à Amiens au mois de Mars 1731.
Uelle douleur obstinée ,
Change en nuits vos plus beaux
jours ?
Près d'un Tombeau prosternée ,
Voulez-vous pleurer toûjours ?
Le chagrin qui vous dévore ,
Chaque jour , avant l'Aurore ,
A ij Remet
SHIP
1628
MERCURE DE
FRANCE
Remet votre esprit aux fers :
La nuit vient , et trouve encore
Vos yeux aux larmes ouverts.
Les Graces accoûtumées ,
'A servir votre enjoûment ,
Sont surprises , allarmées ,
De cet affreux changement ;
Elles ne sçauroient se plaire ,
Dans ce réduit solitaire ,
Peint de funebres couleurs , *
Où votre ennui volontaire ,
Vient se nourrir dans les pleurs.
Trop justement attendrie ,
Vous avez dû pour un temps ,
Plaindre une fille chérie ,
Moissonnée en son printemps :
Dans ces premieres allarmes ,
La plainte même a des charmes ,
Dont un coeur triste est jaloux ;
Loin de condamner vos larmes ,
J'en répandois avec vous.
Mais c'est être trop constante ,
Dans de mortels déplaisirs :
La Nature se contente ,
T
D'u
JUILLET.
16.29
1731.
D'un mois entier de soupirs.
Hélas ! un chagrin si tendre,
Ranimera- t'il ta cendre
Ombre , encor chere à nos coeurs ?
Non , tu ne peux nous entendre ,
Ni répondre à nos clameurs.
C'en est fait : son jour suprême ,
Est expiré sans retour.;
Er votre douleur extrême ,
Ne peut lui rendre un seul jour.
Si les larmes maternelles ,
Du sein des nuits éternelles ,
Pouvoient enfin l'arracher ,
Vos yeux à l'amour fidelles ,
Ne devroient point se sécher..
La plainte la plus amére ,
N'attendrit pas le Destin :
Malgré les cris d'une mere "
La Mort retient sọn butin ;
Avide de funerailles ,
Ce Monstre né sans entrailles ,
g Sans cesse armé de flambeaux
Erre autour de nos Murailles
Pour nous creuser des Tombeaux,
y
A iij La
1630 MERCURE DE FRANCE
La Mort dans sa vaste course ,
Voit des Parens éplorez ,
Gémir ( trop foible ressource ! )
Sur des Enfans expirez ;
Sourde à leur plainte importune ,
Elle unit leur infortune-
Aux objets de leurs regrets ,
Dans une tombe commune
Et sous les mêmes Cyprès.
Des Enfers pâle Ministre ,
L'Ennui , comme un fier Vautour
Suit leurs pas d'un vol sinistre ,
Et les devore à leur tour.
De leur tragique tristesse ,
N'imitez point la foiblesse ;
Victime de vos langueurs 2
Bientôt à notre tendresse ,
Vous couteriez d'autres pleurs.
Soupirez-vous par coutume ,
Comme ces sombres Esprits ,
`Qui traînent dans l'amertume ,
La chaîne de leurs ennuis ?
C'est à tort que le Portique ,
Avec le Parnasse antiquè ,
Tient qu'il est doux de gémir ;
Un
JUILLET. 1731 , 1631
Un deüil lent et léthargique
Ne fut jamais un plaisir.
Quelle constance insensée ,
Veut nous dévouer aux Morts ?
Croit- on leur cendre glacée ,
Jalouse de ces transports ?
Pourquoi ces sanglots pénibles ,
Qui chez les Mânes paisibles ,
Ne seront point entendus ?
Leurs Ombres sont insensibles
Er nos soupirs sont perdus.
Dans l'horreur d'un bois sauvage ,
La Tourterelle gémie ,
Mais des peines du veuvage ,
Le Temps enfin l'affranchit ;
Semblable à la Tourterelle ,
En vain la douleur fidelle
T
Veut conserver son dégout ,
Le Temps triomphe enfin d'elle ,
Comme il triomphe de tout.
' D'Iphigénie immolée ,
Je vois le Bucher fumant:
Clytemnestre désolée ,
A iiij
Veut
1622
MERCURE DE FRANCE
Veut la suivre au Monument ;.
Une si triste manie ,
Par Egisthe fut bannie ,
L'Amour essuya ses pleurs.
Tels , de notre Iphigénie ,
Nous oublirons les malheurs.
Sur son aîle fugitive ,
Si le Temps doit emporter ,
Cette tristesse plaintive ,
Que vous semblez, respecter 3.
Sans attendre en servitude
Que de votre inquiétude ,
Il chasse le noir poison ,
Combattez-en l'habitude ,
Et vainquez-vous par raison.
D'une Grecque
magnanime ,
L'Héroïque fermeté ,
D'un chagrin pusillanime ,
Vous apprend l'indignité ;
Céphise , d'un oeil austere ,
Voit sa fille la plus chere ,
Entre ses bras expirer ,
Plus Heroïne que mere ,.
Elle craint de soupirer.,
D&
JUILLET. 1731. 1633
De son courage infléxible ,
Nature , ne te plains pas ;
Un coeur peut être sensible,
Sans cris pompeux sans éclats.
A la Parque en vain rebelle ,
Pourquoi m'affliger , dit-elle ,
J'y songeai , dès soǹ Berceau
J'élevois une Mortelle
Soumise au fatal Cizeau.
Mais non , Stoïques exemples ,,
Vous êtes d'un vain secours ;
Ce n'est que dans tes saints Temples ,
Grand Dieu , qu'est notre recours :
Pour guérir ce coup
funeste
Il faut une main Celeste ,
N'esperons rien des Mortels;
Un Consolateur nous reste
Il nous attend aux Autels.
"
Portez donc au Sanctuaire ,,
Soumise aux Divins Arrêts ,
Portez le coeur d'une mere
97
Chrétienne dans ses regrets..
Adorez- y , dans vos peines ,
L'Auteur des Loix souveraines ,
Qui décident de nos jours :
Av
1634 MERCURE DE FRANCE
Il rompt nos plus tendres chaînes,
Pour fixer seul nos amours.
Son choix nous l'avoit ravie ,
Celle dont j'écris le sórt ,
Long -temps avant que sa vie ,
Fût éteinte par la Mort.
D'un Monde que P'erreur vante
Une retraite fervente ,
Lui fermoit tous les chemins ;
Pour Dieu seul encor vivante ,
Elle étoit morte aux Humains...
La Victime , Dieu propice ,
A l'Autel alloit marcher ;
Déja pour le Sacrifice ,
L'Amour Saint dresse un Bucher ;
L'Encens , les Fleurs , tout s'aprête ,
Bien- tôt ta jeune Conquête ,
Va s'offrir ... Que dis-je ? helas !
J'allois chanter une Fête ,
Il faut pleurer un Trépas.
Qu'entens -je ? quels cris funebres !"
* Quelque temps avant sa derniere maladie
alle étoit sur le point de faire ses voeux ; elle
les prononça au lit de la mort,
Je
JUILLET. 1731. 1635
Je vois la Jeunesse en deuil :
Dans ces profondes tenebres.
Pour qui s'ouvre le cercueil ?
O Mort ! s'il est temps encore
De ses jours , dans leur Aurore
Ne tranche point le tissu ;
Cruelle ! envain je t'implore ,
Elle expire ! elle a vécu.
Ainsi périt une Rose ,
Que frappe un souffle mortel
On la cueille à peine éclose ,
Pour en parer un Autel
Depuis l'Aube matinale ,
La douce odeur qu'elle exhale
Parfume un Temple enchanté ;
Le jour fuit , la nuit fatale
Ensevelit sa beauté.
}
Ciel , nous plaignons sa jeunesse ,
Dont tes Loix ferment le cours ,
de ta Sagesse
Mais aux yeux
Elle avoit rempli ses jours ;
Ce n'est point par la durée,
Que doit être mesurée ,
La course de tes Elus ::
La mort n'est prématurée ,
Que pour qui meurt sans vertusä
A vj Pour
1636 MERCURE DE FRANCE
Pour départir ses Couronnes
Dieu ne compte point les ans ,
De ceux qu'aux Celestes Trônes ,
Sa main place avant le temps ;
Oui , d'un âge exempe de vices,
Les innocentes Prémices ,
Egalent , devant ses yeux ,
Vos plus nombreux sacrifices ,
Heros , vicillis pour les Cieux..
Vous donc Objet de mes rimes
De votre coeur abbatu ,
Par ces solides maximes ,
Fortifiez la vertu ; .·
A mille maux asservie ,,
Celle qui vous est ravie
Sembloit née à la douleur ::
Pour elle une courte vie ,
Fut un bienfait du Seigneur..
Si le Ciel est son partage ),
Gardez d'elle à l'avenir ,
Sans la pleurer davantage ,
112 .
uile souvenir ;.
Arbitre des années ,
(
Dieu, qui voit nos destinées:
Eclore et s'évanouir ,
Joigne
JUILLET. 1637 1737.
Joigne à vos ans les journées ,
Dont elle auroit dû joüit.
A Tours....
A Made *** Mere.d'une jeune Religieuse,
morte à Amiens au mois de Mars 1731.
Uelle douleur obstinée ,
Change en nuits vos plus beaux
jours ?
Près d'un Tombeau prosternée ,
Voulez-vous pleurer toûjours ?
Le chagrin qui vous dévore ,
Chaque jour , avant l'Aurore ,
A ij Remet
SHIP
1628
MERCURE DE
FRANCE
Remet votre esprit aux fers :
La nuit vient , et trouve encore
Vos yeux aux larmes ouverts.
Les Graces accoûtumées ,
'A servir votre enjoûment ,
Sont surprises , allarmées ,
De cet affreux changement ;
Elles ne sçauroient se plaire ,
Dans ce réduit solitaire ,
Peint de funebres couleurs , *
Où votre ennui volontaire ,
Vient se nourrir dans les pleurs.
Trop justement attendrie ,
Vous avez dû pour un temps ,
Plaindre une fille chérie ,
Moissonnée en son printemps :
Dans ces premieres allarmes ,
La plainte même a des charmes ,
Dont un coeur triste est jaloux ;
Loin de condamner vos larmes ,
J'en répandois avec vous.
Mais c'est être trop constante ,
Dans de mortels déplaisirs :
La Nature se contente ,
T
D'u
JUILLET.
16.29
1731.
D'un mois entier de soupirs.
Hélas ! un chagrin si tendre,
Ranimera- t'il ta cendre
Ombre , encor chere à nos coeurs ?
Non , tu ne peux nous entendre ,
Ni répondre à nos clameurs.
C'en est fait : son jour suprême ,
Est expiré sans retour.;
Er votre douleur extrême ,
Ne peut lui rendre un seul jour.
Si les larmes maternelles ,
Du sein des nuits éternelles ,
Pouvoient enfin l'arracher ,
Vos yeux à l'amour fidelles ,
Ne devroient point se sécher..
La plainte la plus amére ,
N'attendrit pas le Destin :
Malgré les cris d'une mere "
La Mort retient sọn butin ;
Avide de funerailles ,
Ce Monstre né sans entrailles ,
g Sans cesse armé de flambeaux
Erre autour de nos Murailles
Pour nous creuser des Tombeaux,
y
A iij La
1630 MERCURE DE FRANCE
La Mort dans sa vaste course ,
Voit des Parens éplorez ,
Gémir ( trop foible ressource ! )
Sur des Enfans expirez ;
Sourde à leur plainte importune ,
Elle unit leur infortune-
Aux objets de leurs regrets ,
Dans une tombe commune
Et sous les mêmes Cyprès.
Des Enfers pâle Ministre ,
L'Ennui , comme un fier Vautour
Suit leurs pas d'un vol sinistre ,
Et les devore à leur tour.
De leur tragique tristesse ,
N'imitez point la foiblesse ;
Victime de vos langueurs 2
Bientôt à notre tendresse ,
Vous couteriez d'autres pleurs.
Soupirez-vous par coutume ,
Comme ces sombres Esprits ,
`Qui traînent dans l'amertume ,
La chaîne de leurs ennuis ?
C'est à tort que le Portique ,
Avec le Parnasse antiquè ,
Tient qu'il est doux de gémir ;
Un
JUILLET. 1731 , 1631
Un deüil lent et léthargique
Ne fut jamais un plaisir.
Quelle constance insensée ,
Veut nous dévouer aux Morts ?
Croit- on leur cendre glacée ,
Jalouse de ces transports ?
Pourquoi ces sanglots pénibles ,
Qui chez les Mânes paisibles ,
Ne seront point entendus ?
Leurs Ombres sont insensibles
Er nos soupirs sont perdus.
Dans l'horreur d'un bois sauvage ,
La Tourterelle gémie ,
Mais des peines du veuvage ,
Le Temps enfin l'affranchit ;
Semblable à la Tourterelle ,
En vain la douleur fidelle
T
Veut conserver son dégout ,
Le Temps triomphe enfin d'elle ,
Comme il triomphe de tout.
' D'Iphigénie immolée ,
Je vois le Bucher fumant:
Clytemnestre désolée ,
A iiij
Veut
1622
MERCURE DE FRANCE
Veut la suivre au Monument ;.
Une si triste manie ,
Par Egisthe fut bannie ,
L'Amour essuya ses pleurs.
Tels , de notre Iphigénie ,
Nous oublirons les malheurs.
Sur son aîle fugitive ,
Si le Temps doit emporter ,
Cette tristesse plaintive ,
Que vous semblez, respecter 3.
Sans attendre en servitude
Que de votre inquiétude ,
Il chasse le noir poison ,
Combattez-en l'habitude ,
Et vainquez-vous par raison.
D'une Grecque
magnanime ,
L'Héroïque fermeté ,
D'un chagrin pusillanime ,
Vous apprend l'indignité ;
Céphise , d'un oeil austere ,
Voit sa fille la plus chere ,
Entre ses bras expirer ,
Plus Heroïne que mere ,.
Elle craint de soupirer.,
D&
JUILLET. 1731. 1633
De son courage infléxible ,
Nature , ne te plains pas ;
Un coeur peut être sensible,
Sans cris pompeux sans éclats.
A la Parque en vain rebelle ,
Pourquoi m'affliger , dit-elle ,
J'y songeai , dès soǹ Berceau
J'élevois une Mortelle
Soumise au fatal Cizeau.
Mais non , Stoïques exemples ,,
Vous êtes d'un vain secours ;
Ce n'est que dans tes saints Temples ,
Grand Dieu , qu'est notre recours :
Pour guérir ce coup
funeste
Il faut une main Celeste ,
N'esperons rien des Mortels;
Un Consolateur nous reste
Il nous attend aux Autels.
"
Portez donc au Sanctuaire ,,
Soumise aux Divins Arrêts ,
Portez le coeur d'une mere
97
Chrétienne dans ses regrets..
Adorez- y , dans vos peines ,
L'Auteur des Loix souveraines ,
Qui décident de nos jours :
Av
1634 MERCURE DE FRANCE
Il rompt nos plus tendres chaînes,
Pour fixer seul nos amours.
Son choix nous l'avoit ravie ,
Celle dont j'écris le sórt ,
Long -temps avant que sa vie ,
Fût éteinte par la Mort.
D'un Monde que P'erreur vante
Une retraite fervente ,
Lui fermoit tous les chemins ;
Pour Dieu seul encor vivante ,
Elle étoit morte aux Humains...
La Victime , Dieu propice ,
A l'Autel alloit marcher ;
Déja pour le Sacrifice ,
L'Amour Saint dresse un Bucher ;
L'Encens , les Fleurs , tout s'aprête ,
Bien- tôt ta jeune Conquête ,
Va s'offrir ... Que dis-je ? helas !
J'allois chanter une Fête ,
Il faut pleurer un Trépas.
Qu'entens -je ? quels cris funebres !"
* Quelque temps avant sa derniere maladie
alle étoit sur le point de faire ses voeux ; elle
les prononça au lit de la mort,
Je
JUILLET. 1731. 1635
Je vois la Jeunesse en deuil :
Dans ces profondes tenebres.
Pour qui s'ouvre le cercueil ?
O Mort ! s'il est temps encore
De ses jours , dans leur Aurore
Ne tranche point le tissu ;
Cruelle ! envain je t'implore ,
Elle expire ! elle a vécu.
Ainsi périt une Rose ,
Que frappe un souffle mortel
On la cueille à peine éclose ,
Pour en parer un Autel
Depuis l'Aube matinale ,
La douce odeur qu'elle exhale
Parfume un Temple enchanté ;
Le jour fuit , la nuit fatale
Ensevelit sa beauté.
}
Ciel , nous plaignons sa jeunesse ,
Dont tes Loix ferment le cours ,
de ta Sagesse
Mais aux yeux
Elle avoit rempli ses jours ;
Ce n'est point par la durée,
Que doit être mesurée ,
La course de tes Elus ::
La mort n'est prématurée ,
Que pour qui meurt sans vertusä
A vj Pour
1636 MERCURE DE FRANCE
Pour départir ses Couronnes
Dieu ne compte point les ans ,
De ceux qu'aux Celestes Trônes ,
Sa main place avant le temps ;
Oui , d'un âge exempe de vices,
Les innocentes Prémices ,
Egalent , devant ses yeux ,
Vos plus nombreux sacrifices ,
Heros , vicillis pour les Cieux..
Vous donc Objet de mes rimes
De votre coeur abbatu ,
Par ces solides maximes ,
Fortifiez la vertu ; .·
A mille maux asservie ,,
Celle qui vous est ravie
Sembloit née à la douleur ::
Pour elle une courte vie ,
Fut un bienfait du Seigneur..
Si le Ciel est son partage ),
Gardez d'elle à l'avenir ,
Sans la pleurer davantage ,
112 .
uile souvenir ;.
Arbitre des années ,
(
Dieu, qui voit nos destinées:
Eclore et s'évanouir ,
Joigne
JUILLET. 1637 1737.
Joigne à vos ans les journées ,
Dont elle auroit dû joüit.
A Tours....
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Résumé : ODE A Made *** Mere d'une jeune Religieuse, morte à Amiens au mois de Mars 1731.
L'ode commémore une jeune religieuse décédée à Amiens en mars 1731. Le texte exprime la douleur intense et persistante de la mère de la défunte, qui pleure sa fille emportée en pleine jeunesse. Les Grâces, habituées à servir le bonheur, sont surprises par ce changement funeste et ne peuvent se plaire dans ce lieu de deuil. La mère reconnaît la légitimité de son chagrin après une telle perte, mais critique la constance excessive dans la douleur. Elle souligne que les larmes maternelles ne peuvent ramener les morts. La Mort est décrite comme un monstre avide, indifférent aux pleurs des parents. Le poème met en garde contre l'imitation de la faiblesse tragique et encourage à surmonter la tristesse par la raison. Il évoque l'exemple de Céphise, une mère stoïque qui, malgré sa douleur, ne se laisse pas submerger par les pleurs. La mère de la jeune religieuse trouve finalement du réconfort dans la foi chrétienne, adore Dieu et accepte la volonté divine. Elle rappelle que la mort n'est prématurée que pour ceux qui meurent sans vertus et que Dieu récompense les âmes pures, indépendamment de leur âge. Elle conclut en souhaitant que les jours perdus par la défunte soient ajoutés à sa propre vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2573-2577
CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Début :
La Fille du grand Roi que Bethléem vit naître, [...]
Mots clefs :
Naissance de Jésus-Christ, Puissance, Enfant, Univers, Adorer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
CANTAT E.
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
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Résumé : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Le poème relate la naissance de Jésus-Christ à Bethléem, la ville natale du roi David. Marie, sa mère, cherche un refuge et trouve abri dans une grotte sombre. Jésus, un Dieu Sauveur, naît en oubliant ses pouvoirs pour se sacrifier pour l'humanité. La terre tremble de joie et la mer suspend ses flots pour adorer le nouveau roi. Le jour le plus beau se hâte d'apparaître, et les anges célèbrent cet événement dans les airs. Le Verbe s'est fait chair pour sauver les mortels, et sa bonté durera éternellement. Les bergers, pleins d'amour, accourent vers l'étable pour adorer le Sauveur. Un berger exprime son admiration et son amour pour cet enfant puissant et humble, reconnaissant que sa main soutient l'univers et qu'il est l'auteur de toutes les bénédictions.
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