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1
p. 18-22
VERS LIBRES.
Début :
Si la Prodigalité est moins condamnable que l'Avarice. / Qui donne tout est fort blasmable, [...]
Mots clefs :
Pardonner, Avares, Dangereux, Prodigue, Passions, Sentiments, Innocent
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texteReconnaissance textuelle : VERS LIBRES.
SilaProdigalité.estmoins condamnable
que l rivarce.
VERS LIBRES. QVidonne tout efl fort blafmable,
Car avec un panchant semblable
A force de s'abandonner,
On saccoutume enfin a prendre pourdon
ner;
Et cela n'est pas raisonnable,
1 e moyen de le pardonner?
Qui ga-de tout est encor pire,
Et les Avares ont beau dire,
Les croire, cefl trop hazarder.
A cette méchante habitude
Quand on se laiJlè foJlèder,
On s'accoutume enfina prendre pour
,
garder,
Et cefl pour le salut un dangereux
prélude.
Que le Prodigueefl imprudent?
Sans regle il diJIipe, il déptn/f.
Il mesure encor moins sa vie, &cependant
Il arrive souvent qu'il vit plus qu'il"
ne pense.
Oh! qu'il fait beau le voir, quand
tout est fricafé
} Mourir lançuijfant & café
Dans une honteuseindigence?
Mais aujji que 1"Avartest fou!
Tremblant sur favenir
,
il vit dansla
misere,
Comme s'il navoit pas unfou;
Et narrive-1-il pas qu'il vit moins
qu'ilnespere?
Oh! qu'il fait beau le voirvieux *
languissant, perclus,
Se retrancher le necessaire,
Pour laisser des biens superflus
A quelques héritiers, quine leplaindront
guere!
Quand un Prodigue a tout mange,
Le monde contre Iny murmure.
Franchement fen connais
s
qui fontpauvre
figure,
Et qui vaudraient peut - estre avoir
mieuxménagé.
Lorsque pour senrichir
,
sans regl,
sans mesure,
Vn Avare a tout ravagé,
Tout le monde en efl enragé;
Et dit qu'il efl contre nature.
Me voilà donc bien partagé
Pour me dberminer, Mercure;
Sur cette grande Queflion;
',MAis à ptrier sans passion,
Voulantex-cuser un Prodigue,
Ml est vray ,je prendrais des foins
fort fuperfius,
La Retorique là-dessûs
P:troit un vain effort pour si tirer
r dâi"ntrigue;
\JSkvare toutesfois me déplaift beaucoup
plus.
lEn voicylaraison qui me paroijt
sensible.
LA force de donner en fait quelques
heureux, rVn Avare au contraire, inhumAin)
inflexible,
K Vouiroit encor piller tHospital & les
Gueux.
De nul devoir il ne s'acquitte
La misere du Mendiant
Au lieu de le toucher l'irrite,
Il regarde peu le merite
Du plus honneste Suppliant.
Il veut tout engloutir, il efl insatiable,
Son aveugle fureurne peut je contenir}
Toujours tremblant & miserable,
Par la peur de le devenir.
Le Prodilue, il cft vray, qui na plus
de reffiurce,
Se voit abandonné
,
sans amis, sans
secours;
Mais tandis qu'il vuide sa burfil"
Il a du moins quelques beaux jours.
Enfin c'efi sur la Loy divine
Que je réglé mon sentiment ; Et Cans plus de raisonnement
Vcicy ce qui me determine.
Si je vay consulter F Evangile
, il
mapprend
, Qxetan lis que VEnfantProdigue
Et se ravise &se repent; Par sa detcftable intrigue
Ayant livré l'Innocent)
L'avare Judas se pend.
que l rivarce.
VERS LIBRES. QVidonne tout efl fort blafmable,
Car avec un panchant semblable
A force de s'abandonner,
On saccoutume enfin a prendre pourdon
ner;
Et cela n'est pas raisonnable,
1 e moyen de le pardonner?
Qui ga-de tout est encor pire,
Et les Avares ont beau dire,
Les croire, cefl trop hazarder.
A cette méchante habitude
Quand on se laiJlè foJlèder,
On s'accoutume enfina prendre pour
,
garder,
Et cefl pour le salut un dangereux
prélude.
Que le Prodigueefl imprudent?
Sans regle il diJIipe, il déptn/f.
Il mesure encor moins sa vie, &cependant
Il arrive souvent qu'il vit plus qu'il"
ne pense.
Oh! qu'il fait beau le voir, quand
tout est fricafé
} Mourir lançuijfant & café
Dans une honteuseindigence?
Mais aujji que 1"Avartest fou!
Tremblant sur favenir
,
il vit dansla
misere,
Comme s'il navoit pas unfou;
Et narrive-1-il pas qu'il vit moins
qu'ilnespere?
Oh! qu'il fait beau le voirvieux *
languissant, perclus,
Se retrancher le necessaire,
Pour laisser des biens superflus
A quelques héritiers, quine leplaindront
guere!
Quand un Prodigue a tout mange,
Le monde contre Iny murmure.
Franchement fen connais
s
qui fontpauvre
figure,
Et qui vaudraient peut - estre avoir
mieuxménagé.
Lorsque pour senrichir
,
sans regl,
sans mesure,
Vn Avare a tout ravagé,
Tout le monde en efl enragé;
Et dit qu'il efl contre nature.
Me voilà donc bien partagé
Pour me dberminer, Mercure;
Sur cette grande Queflion;
',MAis à ptrier sans passion,
Voulantex-cuser un Prodigue,
Ml est vray ,je prendrais des foins
fort fuperfius,
La Retorique là-dessûs
P:troit un vain effort pour si tirer
r dâi"ntrigue;
\JSkvare toutesfois me déplaift beaucoup
plus.
lEn voicylaraison qui me paroijt
sensible.
LA force de donner en fait quelques
heureux, rVn Avare au contraire, inhumAin)
inflexible,
K Vouiroit encor piller tHospital & les
Gueux.
De nul devoir il ne s'acquitte
La misere du Mendiant
Au lieu de le toucher l'irrite,
Il regarde peu le merite
Du plus honneste Suppliant.
Il veut tout engloutir, il efl insatiable,
Son aveugle fureurne peut je contenir}
Toujours tremblant & miserable,
Par la peur de le devenir.
Le Prodilue, il cft vray, qui na plus
de reffiurce,
Se voit abandonné
,
sans amis, sans
secours;
Mais tandis qu'il vuide sa burfil"
Il a du moins quelques beaux jours.
Enfin c'efi sur la Loy divine
Que je réglé mon sentiment ; Et Cans plus de raisonnement
Vcicy ce qui me determine.
Si je vay consulter F Evangile
, il
mapprend
, Qxetan lis que VEnfantProdigue
Et se ravise &se repent; Par sa detcftable intrigue
Ayant livré l'Innocent)
L'avare Judas se pend.
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Résumé : VERS LIBRES.
Le texte compare la prodigalité et l'avarice, deux comportements moralement répréhensibles. La prodigalité, bien que condamnable, peut amener à demander pardon, mais cela n'est pas raisonnable. Le prodigue, sans règle, dilapide ses biens sans mesure et peut vivre plus longtemps que prévu. L'avare, obsédé par l'avenir, vit dans la misère et laisse des biens superflus à des héritiers indifférents. La société critique davantage le prodigue, mais certains devraient mieux gérer leurs finances. L'avare, en accumulant sans mesure, est jugé contre nature. Le narrateur, consulté par Mercure, préfère la prodigalité car elle rend heureux quelques personnes. L'avare, inhumain et inflexible, néglige ses devoirs et ignore la misère des autres. Le prodigue, ruiné, se retrouve seul mais profite de moments agréables. La décision finale du narrateur repose sur la loi divine : l'Évangile montre le prodigue se repentant, tandis que l'avare Judas se pend.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 549-550
QUESTION.
Début :
Pourquoi a-t-on plus de peine à pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir [...]
Mots clefs :
Question, Demande, Droit, Pardonner, Calomnies
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texteReconnaissance textuelle : QUESTION.
QUESTION.
Pourquoi a- t-on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir
les personnes calomniées , qu'à ceux qui
sont Auteurs des calomnies ?
L'Auteur de la Question ajoûte ce qui
suit,pour faire mieux entendre sa pensée :
Cette demande , dit- il , suppose ce qui
n'est que trop constant , sçavoir , qu'il
est bien plus difficile de pardonner à ceux
qui approuvent les calomnies ou qui s'en
réjouissent , qu'à ceux mêmes qui en sont
les Auteurs. Cela supposé, il s'ensuit qu'il
faut garder une conduite différente à l'égard
550 MERCURE DE FRANCE
gard de ceux qui distinguent deux sortes
d'ennemis , les uns qui ne cherchent
qu'à faire du mal aux autres , et ceux
qui se réjouissent du mal qui est fait .
Comme le coeur de l'homme est impénetrable
, on souhaiteroit sçavoir ce
que les personnes occupées d'elles- mêmes
pensent sur un sujet de cette importance
, et comme dans cette demande
on peut distinguer question de fait et
question de droit , de droit , on est tout prêt
à satisfaire sur la premiere , ceux qui
voudront bien éclairer de leurs lumieres
sur la seconde.
Pourquoi a- t-on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir
les personnes calomniées , qu'à ceux qui
sont Auteurs des calomnies ?
L'Auteur de la Question ajoûte ce qui
suit,pour faire mieux entendre sa pensée :
Cette demande , dit- il , suppose ce qui
n'est que trop constant , sçavoir , qu'il
est bien plus difficile de pardonner à ceux
qui approuvent les calomnies ou qui s'en
réjouissent , qu'à ceux mêmes qui en sont
les Auteurs. Cela supposé, il s'ensuit qu'il
faut garder une conduite différente à l'égard
550 MERCURE DE FRANCE
gard de ceux qui distinguent deux sortes
d'ennemis , les uns qui ne cherchent
qu'à faire du mal aux autres , et ceux
qui se réjouissent du mal qui est fait .
Comme le coeur de l'homme est impénetrable
, on souhaiteroit sçavoir ce
que les personnes occupées d'elles- mêmes
pensent sur un sujet de cette importance
, et comme dans cette demande
on peut distinguer question de fait et
question de droit , de droit , on est tout prêt
à satisfaire sur la premiere , ceux qui
voudront bien éclairer de leurs lumieres
sur la seconde.
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Résumé : QUESTION.
Le texte explore la difficulté de pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées par rapport à ceux qui commettent les calomnies. L'auteur observe que pardonner à ceux qui approuvent ou se réjouissent des calomnies est plus ardu que pardonner à ceux qui les commettent. Il distingue deux types d'ennemis : ceux qui cherchent à nuire et ceux qui se réjouissent du mal causé. Le texte souligne la complexité du cœur humain et l'importance de comprendre les pensées des individus sur ce sujet. Il invite ceux qui le souhaitent à éclairer la question de droit, tout en se tenant prêt à répondre à la question de fait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 988-989
Question expliquée, &c. [titre d'après la table]
Début :
On nous a envoyé la Réponse qui suit à la Question proposée dans le Mercure de Mars dernier, [...]
Mots clefs :
Pardonner, Personnes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Question expliquée, &c. [titre d'après la table]
On nous a envoyé la Réponse qui suit à la
Question proposée dans le Mercure de Mars derpage
$ 49. Pourquoi a-t - on plus de peine à
pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les
personnes calomnices , qu'à ceux qui sont les auteurs
des calomnies
C'est qu'ordinairement les calomniateurs sont
excitez par une pastion d'envie , ou de jalousie
et que tôt ou tard ils sont punis par la honte
qui
MA Y. 1733. 989
qui leur reste , de sçavoir que les personnes ca+
fomniées , aussi bien que les autres , connoissent
la source d'où viennent de tels discours et
la difficulté que l'on a de pardonner à ceux
qui les approuvent ou qui s'en réjouissent , vient .
de ce qu'on croit que ceux ci sont des ennemis
cachez que la timidité seule retient , et qu'on
s'imagine qu'ils feroient encore plus de mal
s'ils l'osoient : C'est la pensée de Mlle Archam
bault , de la Ville de Laval.
Question proposée dans le Mercure de Mars derpage
$ 49. Pourquoi a-t - on plus de peine à
pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les
personnes calomnices , qu'à ceux qui sont les auteurs
des calomnies
C'est qu'ordinairement les calomniateurs sont
excitez par une pastion d'envie , ou de jalousie
et que tôt ou tard ils sont punis par la honte
qui
MA Y. 1733. 989
qui leur reste , de sçavoir que les personnes ca+
fomniées , aussi bien que les autres , connoissent
la source d'où viennent de tels discours et
la difficulté que l'on a de pardonner à ceux
qui les approuvent ou qui s'en réjouissent , vient .
de ce qu'on croit que ceux ci sont des ennemis
cachez que la timidité seule retient , et qu'on
s'imagine qu'ils feroient encore plus de mal
s'ils l'osoient : C'est la pensée de Mlle Archam
bault , de la Ville de Laval.
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Résumé : Question expliquée, &c. [titre d'après la table]
Mlle Archambault de Laval souligne la difficulté à pardonner ceux qui se réjouissent des calomnies plus que les calomniateurs eux-mêmes. Les calomniateurs sont souvent motivés par l'envie et punis par la honte. Ceux qui approuvent les calomnies sont perçus comme des ennemis cachés et redoutés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1136-1142
REFLEXIONS sur la Question proposée dans le Mercure de Mars dernier. Pourquoi a-t'on plus de peine à pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées, qu'à ceux qui sont Auteurs de la calomnie.
Début :
Il est naturel de pérvoir que l'on pourroit douter du fait énoncé dans [...]
Mots clefs :
Calomnie, Question, Personnes, Mal, Pardonner, Vol, Imagination
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS sur la Question proposée dans le Mercure de Mars dernier. Pourquoi a-t'on plus de peine à pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées, qu'à ceux qui sont Auteurs de la calomnie.
REFLEXIONS sur la Question proposée
dans le Mercure de Mars dernier .
Pourquoi a- t'on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir les
personnes calomniées , qu'à ceux qui sont
Auteurs de la calomnie.
Lest naturel de prévoir que l'on
pourroit douter du fait énoncé dans
cette Question ; il se trouvera peut- être
1. Vol. peu
JUIN. 1733
1137
peu de personnes qui le connoissent par
experience , et encore moins qui se le
persuadent sans en avoir des preuves. A
la premiere vûë on jugeroit que tout le
poids de l'animosité et de l'indignation
devroit tomber plutôt sur les Auteurs
de la calomnie . Le crime le plus énorme
paroîtroit moins pardonnable et parconsequent
plus difficile à oublier ; or on
ne peut douter que celui qui invente
une calomnie ne soit beaucoup plus criminel
que ceux qui l'approuvent ou qui
s'en réjouissent, puisqu'il est la cause premiere
et principale du dépérissement ou
de la ruine entiere de l'honneur. Coml'on
sup- ment donc accorder le fait que
pose avec la raison ?
Mais il ne faut pas toujours chercher
la raison dans la passion ; il est même assez
rare que celle- cy , quand elle est violente,
ne l'obscurcisse ou ne l'éteigne presqu'entierement.
La haine est une passion
des plus vives , des plus impétueuses
des plus difficiles à surmonter ; il ne faut
donc pas être surpris si dans ses furieux
accès elle n'écoute pas la raison , si elle
est capricieuse et qu'elle s'acharne sans
discernement sur le premier objet qui
la frappe et qui l'anime.
Cependant j'aurois peine à souscrire à
I. Vol.
la
1138 MERCURE DE FRANCE
la Question de fait dans toute sa géné
ralité. Je veux bien croire qu'il se trouve
des personnes qui ont plus de peine à
pardonner à ceux qui se font un plaisir
de les voir calomniées ; mais est - il
à présumer que cela arrive toujours , ou
même ordinairement , comme on le donne
à entendre dans la Question proposée
? Peut-on supposer comme un fait
constant que tout le monde prend le
même parti , a les mêthes interêts , les
mêmes vûës , la même difficulté dans la
comparaison des Auteurs et des Approbateurs
de la calomnie ? Ne seroit-il
point mieux de dire que cette détermination
dépend du génie , du caractere
des personnes et de la diversité des circonstances,
qui font que les uns sont plus
frappez de la malice des Calomniateurs ,
et d'autres plus touchez de l'indigne complaisance
de ceux qui les approuvent et
qui se réjouissent aux dépens d'une rêputation
décriée ?
Les Esprits sont si differens , les tours
d'imagination si diversifiez , les circonstances
si variées , qu'on ne peut rien statuer
de fixe sur quelques exemples que
l'on pourroit alleguer pour établir la généralité
du fait ; Ainsi le point juste de
la difficulté consiste à sçavoir pourquoi
1. Vol.
quelJUIN.
1733 1139
quelques- uns ont plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à
voir les personnes calomniées , qu'à ceux
qui sont auteursdes calomnies ? Čela peut
venir de differentes causes.
1º. Il n'est pas ordinaire qu'un homme
cherche de sang froid à nous faire du
mal , et qu'il ait l'ame assez noire pour
répandre contre nous de faux bruits , sans
qu'il se croye lui - même offensé ; qu'il
s'imagine avoir lieu de se plaindre de
nous , et que , de quelque maniere que ce
soit , imprudemment ou même innocemment
, notre conduite , nos manieres , nos
discours ayent donné lieu à son animosité.
Il n'en est pas de même de ceux qui
se plaisent à l'entendre , et qui se réjouissent
de nous voir déchirez par sa mauvaise
langue . Ils n'y ont le plus souvent
aucun interêt , ils ne sçauroient alleguer
aucun prétexte pour se déclarer nos ennemis
; on suppose que ce ne peut être
que pure malignité , et que la seule dépravation
du coeur les porte à se réjouir
du mal qu'on nous fait et à voir avec
plaisir les traits que la calomnie lance
contre nous. S'ils ne sont pas dans le
fond les plus coupables , ils peuvent cependant
le paroître à cet égard et dans
ce point de vûë qui frappera la personne
1
1. Vol. E offensée;
1140 MERCURE DE FRANCE
offensée ; et elle sera plus difficile à en
revenir.
2º. Si ceux qui se réjouissent de voir
une personne deshonorée par la calomnie
, sont de ses parens , de ses amis , et
semblent plus obligez que d'autres à
prendre sa deffense , on conçoit aisément
que cette personne pourra être plus outrée
de colere contre des parens si dénaturez
, contre des amis si infidelles
contre des gens si lâches et si traîtres
que contre le premier mobile des sinis.
tres impressions qui le décréditent dans
le monde , et qu'elle aura plus de peine
à se résoudre de leur pardonner.
,
3. Celui dont l'honneur est attaqué
fera peut- être attention que la calomnie
tomberoit d'elle- même, s'il ne se trouvoit
personne qui la reçût avec plaisir . Saisi
de cette pensée , il s'en prendra principalement
à ceux qu'il croira lui avoir
fait plus de tort , en donnant cours aux
mauvais bruits qui se repandent sur son
compte , et qu'il n'auroit tenu qu'à eux
d'arrêter par le mépris ou l'indignation
qu'ils eussent témoignée au calomniateur;
pendant qu'un autre dans la même situarion
, sera tout occupé de l'injustice criante
du détracteur qui l'a noirci d'un crime
supposé, qu'il ne regardera que lui , qu'il
L. Vol. en
JUIN. 1733. 1141
en fera l'unique ou le principal objet de
sa haine. Tout cela ne dépend que de
l'imagination et de la maniere dont on
conçoit une même chose qui a differentes
faces.
4°. La calomnie reçûë avec plaisir , se
divulgue de même, et prend de nouveaux
accroissemens en passant de bouche en
bouche. On enchérit sur ce que l'on a
entendu dire , on y ajoute de nouveaux
traits encore plus perçans et plus mortels
, ou du moins on l'autorise , on l'appuye
, on lui donne plus de force ; et
si le fourbe qui l'a inventée n'est pas
croyable par lui-même , il le devient par
l'aveu et l'approbation des personnes qui
se plaisent à l'entendre , et qui témoi
gnent ajoûter foi à ses discours impos
teurs. La calomnie ainsi soutenue et ac
créditée pourra faire de plus cruelles
blessures dans celui qu'elle attaque ;
il en aura le coeur plus ulceré contre les
personnes par la faute desquelles il s'apperçoit
que le mal devient presque irréparable.
Mais il faut qu'il s'en apperçoive
, qu'il y fasse attention , et qu'il en
soit plus touché que de la malice même
du premier auteur de la calomnie , ce
qui n'arrive qu'en certaines rencontres.
Enfin plusieurs ne remontent point à
1. Vel.
Eij l'origine
142 MERCURE DE FRANCE
l'origine du mal , et ne regardent que ce
qui les blesse immédiatement. Cet air de
joye et de satisfaction qu'ils remarquent
dans les personnes qui applaudissent à la
calomnie , les pénetre vivement , et leur
fait presque oublier la calomnie même
et son auteur ; ils s'imaginent que c'est.
les insulter dans leur malheur que d'y
prendre plaisir , et cette insulte leur est
plus sensible que le mal qu'on leur fait 3
Ils n'y voyent que malignité , que cruauté
, qu'inhumanité , mais c'est leur imagination
qui travaille et qui grossit les
objets. La plupart de ceux qui se plaisent
à écouter les médisances , le font plutôt
par legereté et par un penchant trop naturel
à l'homme , qui le porte à s'entretenir
volontiers des défauts de ses semblables,
et à se réjouir quand on les releve,
sans presque s'appercevoir de ce déreglement
et y faire réfléxion.
Je ne prétends pas par là excuser ces
sortes de personnes qui sont réellement
très-coupables , mon dessein est seulement
de faire sentir qu'elles ne le song
pas plus que les auteurs de la calomnie
et que c'est sans raison qu'on a quelque
fois plus de peine à leur pardonner.
S. L. SIMONNET , Prieur d'Heurgeville ,
dans le Mercure de Mars dernier .
Pourquoi a- t'on plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à voir les
personnes calomniées , qu'à ceux qui sont
Auteurs de la calomnie.
Lest naturel de prévoir que l'on
pourroit douter du fait énoncé dans
cette Question ; il se trouvera peut- être
1. Vol. peu
JUIN. 1733
1137
peu de personnes qui le connoissent par
experience , et encore moins qui se le
persuadent sans en avoir des preuves. A
la premiere vûë on jugeroit que tout le
poids de l'animosité et de l'indignation
devroit tomber plutôt sur les Auteurs
de la calomnie . Le crime le plus énorme
paroîtroit moins pardonnable et parconsequent
plus difficile à oublier ; or on
ne peut douter que celui qui invente
une calomnie ne soit beaucoup plus criminel
que ceux qui l'approuvent ou qui
s'en réjouissent, puisqu'il est la cause premiere
et principale du dépérissement ou
de la ruine entiere de l'honneur. Coml'on
sup- ment donc accorder le fait que
pose avec la raison ?
Mais il ne faut pas toujours chercher
la raison dans la passion ; il est même assez
rare que celle- cy , quand elle est violente,
ne l'obscurcisse ou ne l'éteigne presqu'entierement.
La haine est une passion
des plus vives , des plus impétueuses
des plus difficiles à surmonter ; il ne faut
donc pas être surpris si dans ses furieux
accès elle n'écoute pas la raison , si elle
est capricieuse et qu'elle s'acharne sans
discernement sur le premier objet qui
la frappe et qui l'anime.
Cependant j'aurois peine à souscrire à
I. Vol.
la
1138 MERCURE DE FRANCE
la Question de fait dans toute sa géné
ralité. Je veux bien croire qu'il se trouve
des personnes qui ont plus de peine à
pardonner à ceux qui se font un plaisir
de les voir calomniées ; mais est - il
à présumer que cela arrive toujours , ou
même ordinairement , comme on le donne
à entendre dans la Question proposée
? Peut-on supposer comme un fait
constant que tout le monde prend le
même parti , a les mêthes interêts , les
mêmes vûës , la même difficulté dans la
comparaison des Auteurs et des Approbateurs
de la calomnie ? Ne seroit-il
point mieux de dire que cette détermination
dépend du génie , du caractere
des personnes et de la diversité des circonstances,
qui font que les uns sont plus
frappez de la malice des Calomniateurs ,
et d'autres plus touchez de l'indigne complaisance
de ceux qui les approuvent et
qui se réjouissent aux dépens d'une rêputation
décriée ?
Les Esprits sont si differens , les tours
d'imagination si diversifiez , les circonstances
si variées , qu'on ne peut rien statuer
de fixe sur quelques exemples que
l'on pourroit alleguer pour établir la généralité
du fait ; Ainsi le point juste de
la difficulté consiste à sçavoir pourquoi
1. Vol.
quelJUIN.
1733 1139
quelques- uns ont plus de peine à pardonner
à ceux qui prennent plaisir à
voir les personnes calomniées , qu'à ceux
qui sont auteursdes calomnies ? Čela peut
venir de differentes causes.
1º. Il n'est pas ordinaire qu'un homme
cherche de sang froid à nous faire du
mal , et qu'il ait l'ame assez noire pour
répandre contre nous de faux bruits , sans
qu'il se croye lui - même offensé ; qu'il
s'imagine avoir lieu de se plaindre de
nous , et que , de quelque maniere que ce
soit , imprudemment ou même innocemment
, notre conduite , nos manieres , nos
discours ayent donné lieu à son animosité.
Il n'en est pas de même de ceux qui
se plaisent à l'entendre , et qui se réjouissent
de nous voir déchirez par sa mauvaise
langue . Ils n'y ont le plus souvent
aucun interêt , ils ne sçauroient alleguer
aucun prétexte pour se déclarer nos ennemis
; on suppose que ce ne peut être
que pure malignité , et que la seule dépravation
du coeur les porte à se réjouir
du mal qu'on nous fait et à voir avec
plaisir les traits que la calomnie lance
contre nous. S'ils ne sont pas dans le
fond les plus coupables , ils peuvent cependant
le paroître à cet égard et dans
ce point de vûë qui frappera la personne
1
1. Vol. E offensée;
1140 MERCURE DE FRANCE
offensée ; et elle sera plus difficile à en
revenir.
2º. Si ceux qui se réjouissent de voir
une personne deshonorée par la calomnie
, sont de ses parens , de ses amis , et
semblent plus obligez que d'autres à
prendre sa deffense , on conçoit aisément
que cette personne pourra être plus outrée
de colere contre des parens si dénaturez
, contre des amis si infidelles
contre des gens si lâches et si traîtres
que contre le premier mobile des sinis.
tres impressions qui le décréditent dans
le monde , et qu'elle aura plus de peine
à se résoudre de leur pardonner.
,
3. Celui dont l'honneur est attaqué
fera peut- être attention que la calomnie
tomberoit d'elle- même, s'il ne se trouvoit
personne qui la reçût avec plaisir . Saisi
de cette pensée , il s'en prendra principalement
à ceux qu'il croira lui avoir
fait plus de tort , en donnant cours aux
mauvais bruits qui se repandent sur son
compte , et qu'il n'auroit tenu qu'à eux
d'arrêter par le mépris ou l'indignation
qu'ils eussent témoignée au calomniateur;
pendant qu'un autre dans la même situarion
, sera tout occupé de l'injustice criante
du détracteur qui l'a noirci d'un crime
supposé, qu'il ne regardera que lui , qu'il
L. Vol. en
JUIN. 1733. 1141
en fera l'unique ou le principal objet de
sa haine. Tout cela ne dépend que de
l'imagination et de la maniere dont on
conçoit une même chose qui a differentes
faces.
4°. La calomnie reçûë avec plaisir , se
divulgue de même, et prend de nouveaux
accroissemens en passant de bouche en
bouche. On enchérit sur ce que l'on a
entendu dire , on y ajoute de nouveaux
traits encore plus perçans et plus mortels
, ou du moins on l'autorise , on l'appuye
, on lui donne plus de force ; et
si le fourbe qui l'a inventée n'est pas
croyable par lui-même , il le devient par
l'aveu et l'approbation des personnes qui
se plaisent à l'entendre , et qui témoi
gnent ajoûter foi à ses discours impos
teurs. La calomnie ainsi soutenue et ac
créditée pourra faire de plus cruelles
blessures dans celui qu'elle attaque ;
il en aura le coeur plus ulceré contre les
personnes par la faute desquelles il s'apperçoit
que le mal devient presque irréparable.
Mais il faut qu'il s'en apperçoive
, qu'il y fasse attention , et qu'il en
soit plus touché que de la malice même
du premier auteur de la calomnie , ce
qui n'arrive qu'en certaines rencontres.
Enfin plusieurs ne remontent point à
1. Vel.
Eij l'origine
142 MERCURE DE FRANCE
l'origine du mal , et ne regardent que ce
qui les blesse immédiatement. Cet air de
joye et de satisfaction qu'ils remarquent
dans les personnes qui applaudissent à la
calomnie , les pénetre vivement , et leur
fait presque oublier la calomnie même
et son auteur ; ils s'imaginent que c'est.
les insulter dans leur malheur que d'y
prendre plaisir , et cette insulte leur est
plus sensible que le mal qu'on leur fait 3
Ils n'y voyent que malignité , que cruauté
, qu'inhumanité , mais c'est leur imagination
qui travaille et qui grossit les
objets. La plupart de ceux qui se plaisent
à écouter les médisances , le font plutôt
par legereté et par un penchant trop naturel
à l'homme , qui le porte à s'entretenir
volontiers des défauts de ses semblables,
et à se réjouir quand on les releve,
sans presque s'appercevoir de ce déreglement
et y faire réfléxion.
Je ne prétends pas par là excuser ces
sortes de personnes qui sont réellement
très-coupables , mon dessein est seulement
de faire sentir qu'elles ne le song
pas plus que les auteurs de la calomnie
et que c'est sans raison qu'on a quelque
fois plus de peine à leur pardonner.
S. L. SIMONNET , Prieur d'Heurgeville ,
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Résumé : REFLEXIONS sur la Question proposée dans le Mercure de Mars dernier. Pourquoi a-t'on plus de peine à pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées, qu'à ceux qui sont Auteurs de la calomnie.
Le texte publié dans le Mercure de France en juin 1733 aborde la difficulté de pardonner à ceux qui prennent plaisir à voir les personnes calomniées par rapport à ceux qui sont auteurs de la calomnie. Cette observation semble paradoxale, car la calomnie est un crime grave. Cependant, la haine, une passion violente, peut obscurcir la raison et rendre difficile le discernement. L'auteur ne généralise pas cette observation et suggère que la difficulté de pardonner dépend du caractère des personnes et des circonstances. Plusieurs raisons expliquent pourquoi certains trouvent plus difficile de pardonner à ceux qui se réjouissent des calomnies. Premièrement, les calomniateurs ont souvent un motif personnel, tandis que ceux qui se réjouissent des calomnies agissent par pure malignité. Deuxièmement, si les personnes qui se réjouissent des calomnies sont des parents ou des amis, la colère peut être plus intense. Troisièmement, la victime peut blâmer ceux qui donnent crédit aux calomnies, car cela permet à la calomnie de se propager. Enfin, la calomnie, une fois approuvée, se divulgue et s'amplifie, causant des blessures plus profondes. L'auteur conclut que la plupart des gens qui se réjouissent des médisances le font par légèreté et un penchant naturel à critiquer les autres, sans se rendre compte de leur déraison. Il ne cherche pas à excuser ces personnes, mais à expliquer pourquoi elles peuvent sembler aussi coupables que les auteurs de la calomnie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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