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1
p. 68-87
MEMOIRE HISTORIQUE, De Lunéville en Lorraine, le 15 Avril 1717.
Début :
Je m'interesse trop à vôtre Mercure, Monsieur, pour ne vous pas communiquer [...]
Mots clefs :
Mémoire, Cardinal de Retz, Histoire, Monarchie, Grands hommes, Morales, Connaissances, Anecdotes, Gouvernement, Comtes, Diable, Réflexion, Vérité, Mlle de Vendôme, Roi de France, Couvent, Fontainebleau, Gouverneur, Cardinal Mazarin
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE HISTORIQUE, De Lunéville en Lorraine, le 15 Avril 1717.
MEMOIRE HISTORIQUE ,
De Lunéville en Lorraine , le 15
Avril 1717.
JE
E m'intereffe trop à vôtre Mercure
, Monfieur, pour ne vous
pas communiquer l'Extrait que
jay fait d'un Mémoire curieux, qui
m'eft tombé entre les mains ces
jours paffés. Ce Mémoire eft intitulé
, HISTOIRE OU MEMOIRES
DE MILE CARDINAL DE Retz ,
vous fçavez , Monfieur , avec quel
foin je recherche tout ce qui peut
me procurer une parfaite connoiffance
de nôtre Hiftoire , & parti
D'AVRIL. 69
tulierement des Régnes de nos derniers
Monarques , fous lefquels la
Monarchie eft montée au plus haut
période de fa Grandeur ; vous jugerez
de là que ma joye fut extrême
, de voir entre mes mains les
Mémoires d'une perfonne qui a
joué un fi grand Rôle dans le Siécle
dernier. LaLecture furpaffa mon
attente ; Jamais homme n'a eû
un efprit plus propre pour bien écrire
l'Hiftoire , que Mr le Cardinal
de Retz. La plupart des grands
Hommes qui ont écrit leurs propres
Mémoires , je n'en excepte point
Céfar , fe font contentez de nous
raporter nuënient les faits qui
étoient à leur avantage , fans nous
inftruire des motifs qui les engageoient
à agir. Le Cardinal de
Retz aucontraire , nous fait part de
tous les motifs qui conduifoient les
principaux Autheurs de fon tems.
Il parle de lui - même , comme il
parle des autres , je veux dire , qu'il
découvre également fes Vices & fes
Vertus, enforte qu'on croit en lifant
70 LE MERCURE
cette Hiftoire , que le principal but
de l'Hiftorien a été de procurer à
fes Lecteurs une exacte connoiffance
des Hommes. Une pareille Hiftoire
apprend mieux la Morale , que
tous les Traitez des Philofophes .
Vous connoîtrez mieux , Monfieur
, ce que j'ay l'honneur de
vous dire, par l'Extrait que je vous
envoye des plus beaux endroits de
ces Mémoires , & que j'ay crû plus
propre à interreffer les Lecteurs
du Mercure. Il feroit à fouhaiter
que ceux qui ont entre leurs mains
unpareilThréfor, vouluffent en faire
part au Public. En ce cas vous y
trouveriés la matiére de plufieurs
Morceaux d'autant plus interreffans
pour vos Lecteurs , qu'ils y découvriroient
plufieures Anecdotes,
qu'on ne peut trouver autre part.
Le Mémoire qui m'a été communiqué,
eft écrit de la propre main
de Son Eminence , mais ceux qui
ont eû ce Thréfor en leur poffeffion
, n'en ont point eû affez de foin ;
plufieurs feuillets font arrachez :
D'AVRIL.
78
enforte qu'il n'eft tefté qu'environ
trente pages de tout le premier
Livre de cette Hiftoire , dans lequel
il paroît que ce grand Homme
rendoit compte à la perfonne à
qui ces Mémoires fon adreffez , de
fon éducation & de la manière dont
il étoit entré dans le monde : Car
dés le prémier Livre , il nous fait
un recit trés circonftancié de fa nomination
à la Coadjutorerie de Paris
, & de ce qui y avoit donné lieu
& finit ainfi. Il me femble que j'ay
étéjufqu'ici dans le Partere ou tout
au plus dans l'Orchestre , à jouer &
à badiner avec les Violons : je vais
monter fur le Théatre, où vous verrez
des Scénes , non pas dignes de
vous , mais un peu moins indignes
de vôtre attention.
J'ay choif dans cette premiere
partie,deux endroits qui m'ont parû
devoir être les plus intereffans pour
toutes fortes de Lecteurs , quoiqu'il
y en ait d'infiniment plus intereffans
pour ceux qui fe mélent
de la Politique , & du Gouverne72
LE MERCURE
Y
ment des Etats : Voici le premier.
Feüie Mde de Choify propofa une
promenade à S. Cloud , & dit en
badinant à Me de Vendôme , qu'il
falloit donner la Comédie à Mr
de Lizieux . Le bon homme qui
admiroit les Piéces de Corneil ,
répondit qu'il n'en feroit aucune
difficulté , pourvû que ce fur à la
Campagne, & qu'il y eut peu de
monde. La partie fe fit , on convint
qu'il n'y auroit que Mde & Mile
de Vendôme , Mde de Choify ,
Mr de Turenne , Mr de Brion ,
Voiture & moi . Le Comte de Brion
qui avoit été deux fois Capucin ,
& qui faifoit un falmigondi perpétuel
de dévotion & de péché , fe chargea
de la Comédie & des Violons ;
je me chargeai de la colation.
Nous allames à S. Cloud chez
Mr l'Archevêque , les Comédiens
qui jouoient ce foir à Ruel chez
Mr le Cardinal de Richelieu , n'arriverent
qu'extrêmement tard . Mr
de Lizieux prit plaifir aux Violons ,
Mde de Vendôme ne fe laffoit point
de
D'AVRIL. 73
de voir danfer Mlle fa fille , qui
danfoit pourtant toute feule : Enfin
l'on s'amufa tant , que la petite
pointe du jour ( c'étoit aux grands
jours d'été ) commençoit à paroître,
quand on fut au bas de la defcente
des Bons-Hommes , juftement au
pied , le caroffe arrêta tout court :
Comme j'étois à une des portieres
avec Mlle de Vendôme , je demandai
au Cocher , pourquoi il arrêtoit ,
il me répondit avec une voix
fort étonnée , voulez -vous que je
palle par deffus tous les Diables qui
font devant moi ? Je mis la tête à
la portiere , & comme j'ay toûjours
cu la vûë fort baffe , je ne vis rien.
Me de Choify qui étoit à l'autre portiere
avec Mr de Turenne , fur la
premiere qui apperçût du carroſſe ,
la caufe de la frayeur du Cocher ;
je dis du carroffe , car cinq ou fix
Laquais qui étoient derriere , crioient
JESUS MARIA , & trembloient
déja de peur. Mr de Turenne fe
jetta en bas du carroffe aux cris
de Me de Choify. Je crû que c'é-
Avril 1717. G
74 LE MERCURE
toient des voleurs , je fautai auffi
en bas du carroffe , je pris l'épée
d'un Laquais , je la tirai , & j'allai
joindre Mr de Turenne de l'autre
côté , que je trouvai regardant
fixement quelque chofe que je ne
voyois point. Je lui demandai ce
qu'il regardoit , & il me répondit
en me pouffant le bras , & affés bas
je vous le dirai , mais il ne faut
pas épouventer ces Dames , qui
hûrloient plûtôt qu'elles ne crioient.
Voiture commença un OREMUS .
Vous connoilés peut-être les cris
aigûs deMde de Choify ; ils ne difcontinuerent
point. Mlle de Vendôme
difoit fon Chapelet . Mde de
Vendôme vouloit fe confefler à Mr
de Lizieux , qui lui difoit , ma fille
n'ayez point de peur , vous êtes en
la main de Dieu , & le Comte de
Brion avoit entonné bien dévotement
avec tous nos Laguais , les
Litanies de la Vierge . Tout cela fe
paffa, comme vous pouvés croire,
en même tems , & en moins de rien.
Mr de Turenne qui avoit une petite
D'A VRI L. 75
épée à ſon côté , l'avoit auffi tirée ,
& après avoir regardé , comme je
vous ai déja dit , il fe tourna vers
moi de l'air dont il eut donné une
bataille , & me dit ces paroles :
Allons voir ces gens - là. Quels
gens lui repartis- je ? Et dans la vérité,
n'appercevant rien à caufe de
ma mauvaiſe vûe , je croyois que
tout le monde eur perdu le fens.
Il me répondit , effectivement je
crois que ce pouroit bien être des
Diables. Comme nous avions déja
fait cinq ou fix pas du côté de la
CHANNERIE, & que nous étions
par conféquent plus proches du Spetacle
, je commençai à appercevoir
quelque chofe , & ce qui m'en
parut , fut une longue Proceffion
de Phantômes noirs , qui me donna
dabord plus d'émotion , qu'elle
n'en avoit caufé à Mr de Turenne ,
mais qui ,par la réflexion que je fis ',
que j'avois long-tems cherché des
Efprits , & qu'apparemment j'en
trouvois en ce lieu , me fit faire
an mouvement plus vif que les
Gij
76
LE MERCURE
manieres de Mr de Turenne ne
lui permettoient de faire. Je fis
deux ou trois fauts vers la Proceffion
Les gens du carroffe qui
croyoient que nous étions aux
mains avec tous les Diables , poufferent
un grand cri , & ce ne fut pourtant
pas eux qui eurent le plus de
frayeur. Les pauvres Auguftins Réformés
, que l'on apelle les Capucins
Noirs , qui étoient nos Diables
d'imagination , voyans venir à eux
deux hommes qui avoient l'épée
à la main , l'ûrent tres-grande ; &
l'un d'eux fe détachant de la troupe
, nous cria , Meffieurs , nous
fommes de pauvres Religieux , ne
faifins de mal à perfonne , & qui
dans venous nous rafraichir un peu
la Riviere pour notre fanté. Nous
retournâmes au carroffe Mr de
Turenne & moi , avec des éclats
de rire , que vous vous pouvés
imaginer, & nous fîmes, lui & moi ,
dés ce moment -même , deux réflexions
que nous nous communiquâ
mes dés le lendemain matin . Il me
D'AVRIL.. 77
jura que la premiere apparition de
ces phantômes imaginaires lui avoir
donné de la joye , quoiqu'il eur
toujours crû auparavant qu'il auroit
peur , s'il voyoit jamais quelque
chofe d'éxtraordinaire ; &,
je lui avouai que la premiere vûë
m'avoit ému , quoique j'euffe fouhaité
toute ma vie de voir des
Efprits. La feconde réflexion que
nous fimes , fut ; que tout ce que
nous voyons dans la vie de la plûpart
des hommes, eit faux, M de
Turenne me jura , qu'il n'avoit fenti
aucune émotion : Il convint que
j'avois eût fujet de croire par fon
regard fi fixe , & fon mouvement
flent , qu'il en avoit eû beaucoup .
Je lui confeffai que j'en avois eû
dabord , & il me protetta , qu'il avoit
juré fur fon falut , que je n'avois
eu que du courage & de la gayété .
Qui peut donc croire la vérité ,
que ceux qui l'ont fentie ; & le
Président de Thou a eu raifon de
dire , qu'il n'y a de véritables Hitoires
, que celles qui ont été écri→
↑
G iij
78 LE MERCURE
tes par des Hommes qui ont été
afles fincéres , pour parler véritablement
d'eux - mêmes. Ma Morale
ne tire aucun mérite de cette fincérité
; car je trouve une fatisfaction
fi fenfible à vous rendre compre
de tous les replis de mon ame ,
& de ceux de mon coeur , que que la
raifon à mon égard , a beaucoup
moins de part , que le plaifir dans
la Religion , & l'exactitude que
j'ay pour la Vérité. Ezany ..
Mile de Vendôme conçût un mépris
inconcevable pour le pauvre
Brion , qui en effet avoit fait voir
auffi de fon côté dans cette avanture
une foib'elle inimaginable . Elle
s'en mocqua avec moi , dès que
nous fumes rentrez en caroffe , &
me dit : Je fens , à l'estime que je fais
de la valeur , que je fuis petite Fille
de Henry le Grand . Il faut que
vous ne craigniez rien, puifque vous
n'avez pas eu peur en cette occafion.
J'ay eû peur , lui répondis-je ,
Mile , mais comme je ne fuis pas
a dévot que Brion , mapeur n'a pas
D'AVRIL . 79
que
rourné du côté des Litanies. Vous
n'en n'avez point eû , me réponditelle
; & je crois que vous ne croyez
pas aux Diables : car M de Turenne
qui est bien brave , a été bien
émû lui même , & il n'alloit pas fi
vîte que vous. Je vous confeffe
cette diftinction , qu'elle mit entre
Mr de Turenne & moi , me plût .
& me fit naître la penſée d'hazarder
quelque douceur . Je lui dis donc ;
l'on peut croire le Diable fans le
craindre, il y a des choſes au monde
plus terribles. Et quoi ? repritelle.
Elles le font fi fort que l'on n'o
feroit même les nommer , lui répondis-
je Elle m'entendit bien à ce
qu'elle m'a confeffé depuis mais
elle n'en fit pas femblant. Elle fe
remit dans la converfation publique,
l'on defcendit à l'Hôtel de Vendome
, & chacun s'en retourna chez
foir
Voici deux autres Avantures qui
m'ont frappé , non , par leurs Circonftances
, mais par les fuites qu'-
elle's eurent.
80 LE MERCURE
Le Cardinal de Richelieu étant
mort , le Roy ratifia les Legs que ce
Miniftre avoit fait des Charges &
des Gouvernemens : il careffa tous.
fes Proches il maintint dans le
Ministére toutes fes Créatures , &
il affecta de recevoir affez mal tous
ceux qui avoient été mál avec lui.,
Je fus le feul Privilegié. Lorfque
Mr l'Archevêque de Paris me préfenta
au Roy , il me traita , je ne
dis pa s feulement honnêtement ,
mais avec une diftinction qui fur..
prit & qui étonna tout le monde ..
Il me parla de mes Etudes , de mes,
il
Sermons ; & il me fit même des
railleries douces & obligeantes . Il
me commanda de lui faire ma Cour
toutes les femaines . Voici les raifons
de ce bon traitement , que nous
ne fçûmes nous-mêmes que la veille
de fa mort, qu'il les dit à la Reine.
Ces deux raifons font deux avantures
qui m'arivérent au fortirduCol.
lege, & defquelles je ne vous ay pas.
parlé , parce que je n'ai pas crû ,
que n'ayant aucun raport à rien.
D'AVRIL 81
par elle -mêmes
, elles méritaffent
Teulement
vôtre réfléxion
. Je fuis
obligé
de les expofer
en ce lieu , parce que je trouve
que la fortune
leur a donné plus de fuite fans com. paraifon
, qu'elles
n'en devoient
avoir naturellement
.....
Un peu aprés que je fus forti
du College , le Valet de Chambre
de mon Gouverneur trouva chez
une miférable Epingliére une Niéce
de 14 ans qui étoit d'une beauté
furprenante. Il l'acheta pour moy
cinquante Piſtoles ; aprés me l'avoir
fait voir , il lui loua une Maiſon
à Issı , il mit fa foeur auprés d'Elle,
& j'y allai le lendemain qu'elle y fut
logée. Je la trouvai dans un abattement
extrême , & je n'en fus point
furpris , parce que je l'attribuai à
la pudeur. J'y trouvai quelque chofe
le lendemain de plus , qui fut,
une raifon encore plus furprenante
& plus extraordinaire que fa beauté
, & c'étoit beaucoup dire . Elle
me parla fagement , faintement ,
& fans emportement ; Toure -
82 LE MERCURE
fois elle ne pleura qu'autant
qu'elle ne pût s'en empêcher. Elle
craignoit fa Tante à un point qui
me fit pitié. J'admirai fon efprit,
& aprés j'admirai fa Vertu. Je la
preffois autant qu'il le falut pour
'éprouver: j'eu honte pour moi même.
J'attendis la nuit pour la mettre
dans mon carroffe . Je la menai à
ma Tante de Megnelay , qui la mit
dans un Convent , où elle mourut S
ou 10 ans aprés, en réputationde Sainteté
. Ma Tante , à qui cette fille avoua
que les menacesde l'Epingliere
l'avoient fi fort intimidée , qu'elle
auroit fait tout ce que j'aurois
voulu , fut fi touchée de mon
procédé , qu'elle alla dés le lendemain
, le conter à M¹ de Lizieux ,
qui le dit, le jour-même , au Roy à
fon dîné. Voilà la premiere de ces
deux avantures ; la feconde ne fut
pas de même nature , mais elle ne
fit pas un moindre effet dans l'ef
prit du Roy.
Un An avant cette premiere Avanture
, j'étois allé courre le Cerf &
D'AVRIL. 83
Fontainebleau , avec la Meutte de
Mr de Souvray. Comme mes Chevaux
étoient fort las , je pris la pofte
pour revenir à Paris. Etant mieux
monté que mon Gouverneur , &
qu'un Valet de chambre qui couroit
avec moi , j'arrivai le premier
à Juvify, & je fis mettre ma Selle
fur le meilleur Cheval que j'y trouvai.
Couteneau Capitaine de la petite
Compagnie des Chevaux - Legers
du Roy , brave , mais extravagant
, qui venoit de Paris auffi en
pofte , commanda à un Palfrenier
d'ôter ma Selle , & d'y mettre la
fienne. Je m'avançai , en lui difant,
que j'avois retenu le Cheval ; &
comme il me voyoit un petit colet
uni & un habit fimple , il me prit
pour ce que j'étois en effet , c'est-àdire
, pour un Ecolier , & il ne me
répondit que par un foufflet , qu'il
me donna à tour de bras , & qui me
mit tout en fang. Je mis l'epée à la
main , & lui auſſi , & dés le premier
coup que nous nous portâmes , il
tomba , le pied lui ayant gliffé ; &
84 LE MERCURE
comme il donna de la main , en fe
voulant foûtenir,contre un morceau
de bois pointu , fon épée s'en alla
auffi de l'autre côté. Je me reculai
deux pas , & lui dis de reprendre
fon épée ; il le fit , mais ce fut
par la pointe ; car il m'en préfenta
la garde en me demandant un million
de pardons. Il les redoubla
bien ; quand mon Gouverneur fut
arrivé , qui lui dit qui j'étois : il retourna
fur fes pas , & alla conter au
Roy , avec lequel il avoit une très
grande liberté , toute cette petite
Hiftoire elle lui plût , & il s'en
fouvint en tems & lieu , comme
vous l'allez voir.
Le bon traitement que je recevois
du Roy , fit croire à mes proches
, que l'on pourroit peut - être
trouver quelque ouverture pour
moi à laCoadjutorerie deParis . Ils y
trouvérent dabord beaucoup de difficulté
dans l'efprit de mon Oncle ,
très petit , & par conféquent jaloux
& difficile. Ils le gagnerent par le
moyen d'Efita fon Avocat & de
Coeuret
D'AVRI L. st
Coeuretfon Aumônier, mais ils firent
enmême tems une faute qui rompit,
au moins pour ce coup , leurs mefures.
Ils firent éclater contre mon
fentiment , le confentement de Mr
de Paris , & ils fouffrirent même .
que la Sorbonne , les Curez & le
Chapitre lui en fillent des remercîmens.
Cette conduite eut beaucoup
d'éclat , mais elle en cur
trop. Mr le Cardinal Mazarin ,
Defnoyers & Chavigny en prirent
fujet de me traverfer , en difant au
Roy,qu'il ne falloit pas accoûtumer
les Corps à fe défigner eux mêmes
des Archevêques : De forte que Mr
le Maréchal de Schomberg , qui
avoit épousé enpremieres Noces ma
Coufine germaine , ayant voulu
fonder le Gué , n'y trouvà aucun
jour. Le Roy lui répondit avec
beaucoup de bonté pour moi , mais
que j'étois trop jeune , & que l'affaire
avoit fait trop de bruit avant
que d'aller à lui ; & autres chofes ....
Le Roy mourut .... Mt de Beauvais
.. prit la figure de premier
Avril 1717. H
86. LE MERCURE
Miniftre , & demanda dés les premiers
jours aux Hollandois , qu'ils
fe convertiffent à la Religion Romaine
, s'ils vouloient demeurer
dans l'Alliance de France. La Reine
eut honte de cette momerie du
Miniftre. Elle me commanda d'aller
offrir de fa part , la premiere
place à mon pere , & voyant qu'il
refufoit obítinément de fortir de fa
Célule des Peres de l'Oratoire ,
Elle fe mit entre les mains de Mr
le Cardinal Mazarin. Vous pouvés
juger qu'il ne me fut pas difficile
de trouver ma place dans ces
premiers momens , dans lefquels
d'ailleurs l'on ne refufoit rien
Madame de Megnelay & Mr de
Lizieux demanderent la Coadjutorerie
pour moi , & la Reine
leur refufà , difant qu'elle ne l'accorderoit
qu'à mon pere , qui ne
vouloit point du tout paroître au
Louvre. Il y vint enfin une unique
fois. La Reine lui dit publiquement
qu'elle avoit reçû ordre du
feu Roy , la veille de fa mort
...
de
D'AVRIL. 87
me la faire expédier , & qu'il lui
avoit dit en préfence de Mr de
Lizieux , qu'il m'avoit toujours eû
dans l'efprit depuis les deux avantures
, de l'Epingliere & de Couteneau.
Quel raport de ces deux
bagatelles à l'Archevêché de Paris :
Et voilà toutefois comme la plupart
des chofes fe font.
J'efpere , Monfieur ; que les Extraits
que je vous fournirai du fe
cond Livre de cet excellent Ouvra
ge , vous feront encore plus de
plaifir. Vous pourrés en difpofer ,
comme de vôtre bien propre, & les
inferer dans votre Mercure , Je me
ferai toujours un plaifir de vous témoigner
& c.
De Lunéville en Lorraine , le 15
Avril 1717.
JE
E m'intereffe trop à vôtre Mercure
, Monfieur, pour ne vous
pas communiquer l'Extrait que
jay fait d'un Mémoire curieux, qui
m'eft tombé entre les mains ces
jours paffés. Ce Mémoire eft intitulé
, HISTOIRE OU MEMOIRES
DE MILE CARDINAL DE Retz ,
vous fçavez , Monfieur , avec quel
foin je recherche tout ce qui peut
me procurer une parfaite connoiffance
de nôtre Hiftoire , & parti
D'AVRIL. 69
tulierement des Régnes de nos derniers
Monarques , fous lefquels la
Monarchie eft montée au plus haut
période de fa Grandeur ; vous jugerez
de là que ma joye fut extrême
, de voir entre mes mains les
Mémoires d'une perfonne qui a
joué un fi grand Rôle dans le Siécle
dernier. LaLecture furpaffa mon
attente ; Jamais homme n'a eû
un efprit plus propre pour bien écrire
l'Hiftoire , que Mr le Cardinal
de Retz. La plupart des grands
Hommes qui ont écrit leurs propres
Mémoires , je n'en excepte point
Céfar , fe font contentez de nous
raporter nuënient les faits qui
étoient à leur avantage , fans nous
inftruire des motifs qui les engageoient
à agir. Le Cardinal de
Retz aucontraire , nous fait part de
tous les motifs qui conduifoient les
principaux Autheurs de fon tems.
Il parle de lui - même , comme il
parle des autres , je veux dire , qu'il
découvre également fes Vices & fes
Vertus, enforte qu'on croit en lifant
70 LE MERCURE
cette Hiftoire , que le principal but
de l'Hiftorien a été de procurer à
fes Lecteurs une exacte connoiffance
des Hommes. Une pareille Hiftoire
apprend mieux la Morale , que
tous les Traitez des Philofophes .
Vous connoîtrez mieux , Monfieur
, ce que j'ay l'honneur de
vous dire, par l'Extrait que je vous
envoye des plus beaux endroits de
ces Mémoires , & que j'ay crû plus
propre à interreffer les Lecteurs
du Mercure. Il feroit à fouhaiter
que ceux qui ont entre leurs mains
unpareilThréfor, vouluffent en faire
part au Public. En ce cas vous y
trouveriés la matiére de plufieurs
Morceaux d'autant plus interreffans
pour vos Lecteurs , qu'ils y découvriroient
plufieures Anecdotes,
qu'on ne peut trouver autre part.
Le Mémoire qui m'a été communiqué,
eft écrit de la propre main
de Son Eminence , mais ceux qui
ont eû ce Thréfor en leur poffeffion
, n'en ont point eû affez de foin ;
plufieurs feuillets font arrachez :
D'AVRIL.
78
enforte qu'il n'eft tefté qu'environ
trente pages de tout le premier
Livre de cette Hiftoire , dans lequel
il paroît que ce grand Homme
rendoit compte à la perfonne à
qui ces Mémoires fon adreffez , de
fon éducation & de la manière dont
il étoit entré dans le monde : Car
dés le prémier Livre , il nous fait
un recit trés circonftancié de fa nomination
à la Coadjutorerie de Paris
, & de ce qui y avoit donné lieu
& finit ainfi. Il me femble que j'ay
étéjufqu'ici dans le Partere ou tout
au plus dans l'Orchestre , à jouer &
à badiner avec les Violons : je vais
monter fur le Théatre, où vous verrez
des Scénes , non pas dignes de
vous , mais un peu moins indignes
de vôtre attention.
J'ay choif dans cette premiere
partie,deux endroits qui m'ont parû
devoir être les plus intereffans pour
toutes fortes de Lecteurs , quoiqu'il
y en ait d'infiniment plus intereffans
pour ceux qui fe mélent
de la Politique , & du Gouverne72
LE MERCURE
Y
ment des Etats : Voici le premier.
Feüie Mde de Choify propofa une
promenade à S. Cloud , & dit en
badinant à Me de Vendôme , qu'il
falloit donner la Comédie à Mr
de Lizieux . Le bon homme qui
admiroit les Piéces de Corneil ,
répondit qu'il n'en feroit aucune
difficulté , pourvû que ce fur à la
Campagne, & qu'il y eut peu de
monde. La partie fe fit , on convint
qu'il n'y auroit que Mde & Mile
de Vendôme , Mde de Choify ,
Mr de Turenne , Mr de Brion ,
Voiture & moi . Le Comte de Brion
qui avoit été deux fois Capucin ,
& qui faifoit un falmigondi perpétuel
de dévotion & de péché , fe chargea
de la Comédie & des Violons ;
je me chargeai de la colation.
Nous allames à S. Cloud chez
Mr l'Archevêque , les Comédiens
qui jouoient ce foir à Ruel chez
Mr le Cardinal de Richelieu , n'arriverent
qu'extrêmement tard . Mr
de Lizieux prit plaifir aux Violons ,
Mde de Vendôme ne fe laffoit point
de
D'AVRIL. 73
de voir danfer Mlle fa fille , qui
danfoit pourtant toute feule : Enfin
l'on s'amufa tant , que la petite
pointe du jour ( c'étoit aux grands
jours d'été ) commençoit à paroître,
quand on fut au bas de la defcente
des Bons-Hommes , juftement au
pied , le caroffe arrêta tout court :
Comme j'étois à une des portieres
avec Mlle de Vendôme , je demandai
au Cocher , pourquoi il arrêtoit ,
il me répondit avec une voix
fort étonnée , voulez -vous que je
palle par deffus tous les Diables qui
font devant moi ? Je mis la tête à
la portiere , & comme j'ay toûjours
cu la vûë fort baffe , je ne vis rien.
Me de Choify qui étoit à l'autre portiere
avec Mr de Turenne , fur la
premiere qui apperçût du carroſſe ,
la caufe de la frayeur du Cocher ;
je dis du carroffe , car cinq ou fix
Laquais qui étoient derriere , crioient
JESUS MARIA , & trembloient
déja de peur. Mr de Turenne fe
jetta en bas du carroffe aux cris
de Me de Choify. Je crû que c'é-
Avril 1717. G
74 LE MERCURE
toient des voleurs , je fautai auffi
en bas du carroffe , je pris l'épée
d'un Laquais , je la tirai , & j'allai
joindre Mr de Turenne de l'autre
côté , que je trouvai regardant
fixement quelque chofe que je ne
voyois point. Je lui demandai ce
qu'il regardoit , & il me répondit
en me pouffant le bras , & affés bas
je vous le dirai , mais il ne faut
pas épouventer ces Dames , qui
hûrloient plûtôt qu'elles ne crioient.
Voiture commença un OREMUS .
Vous connoilés peut-être les cris
aigûs deMde de Choify ; ils ne difcontinuerent
point. Mlle de Vendôme
difoit fon Chapelet . Mde de
Vendôme vouloit fe confefler à Mr
de Lizieux , qui lui difoit , ma fille
n'ayez point de peur , vous êtes en
la main de Dieu , & le Comte de
Brion avoit entonné bien dévotement
avec tous nos Laguais , les
Litanies de la Vierge . Tout cela fe
paffa, comme vous pouvés croire,
en même tems , & en moins de rien.
Mr de Turenne qui avoit une petite
D'A VRI L. 75
épée à ſon côté , l'avoit auffi tirée ,
& après avoir regardé , comme je
vous ai déja dit , il fe tourna vers
moi de l'air dont il eut donné une
bataille , & me dit ces paroles :
Allons voir ces gens - là. Quels
gens lui repartis- je ? Et dans la vérité,
n'appercevant rien à caufe de
ma mauvaiſe vûe , je croyois que
tout le monde eur perdu le fens.
Il me répondit , effectivement je
crois que ce pouroit bien être des
Diables. Comme nous avions déja
fait cinq ou fix pas du côté de la
CHANNERIE, & que nous étions
par conféquent plus proches du Spetacle
, je commençai à appercevoir
quelque chofe , & ce qui m'en
parut , fut une longue Proceffion
de Phantômes noirs , qui me donna
dabord plus d'émotion , qu'elle
n'en avoit caufé à Mr de Turenne ,
mais qui ,par la réflexion que je fis ',
que j'avois long-tems cherché des
Efprits , & qu'apparemment j'en
trouvois en ce lieu , me fit faire
an mouvement plus vif que les
Gij
76
LE MERCURE
manieres de Mr de Turenne ne
lui permettoient de faire. Je fis
deux ou trois fauts vers la Proceffion
Les gens du carroffe qui
croyoient que nous étions aux
mains avec tous les Diables , poufferent
un grand cri , & ce ne fut pourtant
pas eux qui eurent le plus de
frayeur. Les pauvres Auguftins Réformés
, que l'on apelle les Capucins
Noirs , qui étoient nos Diables
d'imagination , voyans venir à eux
deux hommes qui avoient l'épée
à la main , l'ûrent tres-grande ; &
l'un d'eux fe détachant de la troupe
, nous cria , Meffieurs , nous
fommes de pauvres Religieux , ne
faifins de mal à perfonne , & qui
dans venous nous rafraichir un peu
la Riviere pour notre fanté. Nous
retournâmes au carroffe Mr de
Turenne & moi , avec des éclats
de rire , que vous vous pouvés
imaginer, & nous fîmes, lui & moi ,
dés ce moment -même , deux réflexions
que nous nous communiquâ
mes dés le lendemain matin . Il me
D'AVRIL.. 77
jura que la premiere apparition de
ces phantômes imaginaires lui avoir
donné de la joye , quoiqu'il eur
toujours crû auparavant qu'il auroit
peur , s'il voyoit jamais quelque
chofe d'éxtraordinaire ; &,
je lui avouai que la premiere vûë
m'avoit ému , quoique j'euffe fouhaité
toute ma vie de voir des
Efprits. La feconde réflexion que
nous fimes , fut ; que tout ce que
nous voyons dans la vie de la plûpart
des hommes, eit faux, M de
Turenne me jura , qu'il n'avoit fenti
aucune émotion : Il convint que
j'avois eût fujet de croire par fon
regard fi fixe , & fon mouvement
flent , qu'il en avoit eû beaucoup .
Je lui confeffai que j'en avois eû
dabord , & il me protetta , qu'il avoit
juré fur fon falut , que je n'avois
eu que du courage & de la gayété .
Qui peut donc croire la vérité ,
que ceux qui l'ont fentie ; & le
Président de Thou a eu raifon de
dire , qu'il n'y a de véritables Hitoires
, que celles qui ont été écri→
↑
G iij
78 LE MERCURE
tes par des Hommes qui ont été
afles fincéres , pour parler véritablement
d'eux - mêmes. Ma Morale
ne tire aucun mérite de cette fincérité
; car je trouve une fatisfaction
fi fenfible à vous rendre compre
de tous les replis de mon ame ,
& de ceux de mon coeur , que que la
raifon à mon égard , a beaucoup
moins de part , que le plaifir dans
la Religion , & l'exactitude que
j'ay pour la Vérité. Ezany ..
Mile de Vendôme conçût un mépris
inconcevable pour le pauvre
Brion , qui en effet avoit fait voir
auffi de fon côté dans cette avanture
une foib'elle inimaginable . Elle
s'en mocqua avec moi , dès que
nous fumes rentrez en caroffe , &
me dit : Je fens , à l'estime que je fais
de la valeur , que je fuis petite Fille
de Henry le Grand . Il faut que
vous ne craigniez rien, puifque vous
n'avez pas eu peur en cette occafion.
J'ay eû peur , lui répondis-je ,
Mile , mais comme je ne fuis pas
a dévot que Brion , mapeur n'a pas
D'AVRIL . 79
que
rourné du côté des Litanies. Vous
n'en n'avez point eû , me réponditelle
; & je crois que vous ne croyez
pas aux Diables : car M de Turenne
qui est bien brave , a été bien
émû lui même , & il n'alloit pas fi
vîte que vous. Je vous confeffe
cette diftinction , qu'elle mit entre
Mr de Turenne & moi , me plût .
& me fit naître la penſée d'hazarder
quelque douceur . Je lui dis donc ;
l'on peut croire le Diable fans le
craindre, il y a des choſes au monde
plus terribles. Et quoi ? repritelle.
Elles le font fi fort que l'on n'o
feroit même les nommer , lui répondis-
je Elle m'entendit bien à ce
qu'elle m'a confeffé depuis mais
elle n'en fit pas femblant. Elle fe
remit dans la converfation publique,
l'on defcendit à l'Hôtel de Vendome
, & chacun s'en retourna chez
foir
Voici deux autres Avantures qui
m'ont frappé , non , par leurs Circonftances
, mais par les fuites qu'-
elle's eurent.
80 LE MERCURE
Le Cardinal de Richelieu étant
mort , le Roy ratifia les Legs que ce
Miniftre avoit fait des Charges &
des Gouvernemens : il careffa tous.
fes Proches il maintint dans le
Ministére toutes fes Créatures , &
il affecta de recevoir affez mal tous
ceux qui avoient été mál avec lui.,
Je fus le feul Privilegié. Lorfque
Mr l'Archevêque de Paris me préfenta
au Roy , il me traita , je ne
dis pa s feulement honnêtement ,
mais avec une diftinction qui fur..
prit & qui étonna tout le monde ..
Il me parla de mes Etudes , de mes,
il
Sermons ; & il me fit même des
railleries douces & obligeantes . Il
me commanda de lui faire ma Cour
toutes les femaines . Voici les raifons
de ce bon traitement , que nous
ne fçûmes nous-mêmes que la veille
de fa mort, qu'il les dit à la Reine.
Ces deux raifons font deux avantures
qui m'arivérent au fortirduCol.
lege, & defquelles je ne vous ay pas.
parlé , parce que je n'ai pas crû ,
que n'ayant aucun raport à rien.
D'AVRIL 81
par elle -mêmes
, elles méritaffent
Teulement
vôtre réfléxion
. Je fuis
obligé
de les expofer
en ce lieu , parce que je trouve
que la fortune
leur a donné plus de fuite fans com. paraifon
, qu'elles
n'en devoient
avoir naturellement
.....
Un peu aprés que je fus forti
du College , le Valet de Chambre
de mon Gouverneur trouva chez
une miférable Epingliére une Niéce
de 14 ans qui étoit d'une beauté
furprenante. Il l'acheta pour moy
cinquante Piſtoles ; aprés me l'avoir
fait voir , il lui loua une Maiſon
à Issı , il mit fa foeur auprés d'Elle,
& j'y allai le lendemain qu'elle y fut
logée. Je la trouvai dans un abattement
extrême , & je n'en fus point
furpris , parce que je l'attribuai à
la pudeur. J'y trouvai quelque chofe
le lendemain de plus , qui fut,
une raifon encore plus furprenante
& plus extraordinaire que fa beauté
, & c'étoit beaucoup dire . Elle
me parla fagement , faintement ,
& fans emportement ; Toure -
82 LE MERCURE
fois elle ne pleura qu'autant
qu'elle ne pût s'en empêcher. Elle
craignoit fa Tante à un point qui
me fit pitié. J'admirai fon efprit,
& aprés j'admirai fa Vertu. Je la
preffois autant qu'il le falut pour
'éprouver: j'eu honte pour moi même.
J'attendis la nuit pour la mettre
dans mon carroffe . Je la menai à
ma Tante de Megnelay , qui la mit
dans un Convent , où elle mourut S
ou 10 ans aprés, en réputationde Sainteté
. Ma Tante , à qui cette fille avoua
que les menacesde l'Epingliere
l'avoient fi fort intimidée , qu'elle
auroit fait tout ce que j'aurois
voulu , fut fi touchée de mon
procédé , qu'elle alla dés le lendemain
, le conter à M¹ de Lizieux ,
qui le dit, le jour-même , au Roy à
fon dîné. Voilà la premiere de ces
deux avantures ; la feconde ne fut
pas de même nature , mais elle ne
fit pas un moindre effet dans l'ef
prit du Roy.
Un An avant cette premiere Avanture
, j'étois allé courre le Cerf &
D'AVRIL. 83
Fontainebleau , avec la Meutte de
Mr de Souvray. Comme mes Chevaux
étoient fort las , je pris la pofte
pour revenir à Paris. Etant mieux
monté que mon Gouverneur , &
qu'un Valet de chambre qui couroit
avec moi , j'arrivai le premier
à Juvify, & je fis mettre ma Selle
fur le meilleur Cheval que j'y trouvai.
Couteneau Capitaine de la petite
Compagnie des Chevaux - Legers
du Roy , brave , mais extravagant
, qui venoit de Paris auffi en
pofte , commanda à un Palfrenier
d'ôter ma Selle , & d'y mettre la
fienne. Je m'avançai , en lui difant,
que j'avois retenu le Cheval ; &
comme il me voyoit un petit colet
uni & un habit fimple , il me prit
pour ce que j'étois en effet , c'est-àdire
, pour un Ecolier , & il ne me
répondit que par un foufflet , qu'il
me donna à tour de bras , & qui me
mit tout en fang. Je mis l'epée à la
main , & lui auſſi , & dés le premier
coup que nous nous portâmes , il
tomba , le pied lui ayant gliffé ; &
84 LE MERCURE
comme il donna de la main , en fe
voulant foûtenir,contre un morceau
de bois pointu , fon épée s'en alla
auffi de l'autre côté. Je me reculai
deux pas , & lui dis de reprendre
fon épée ; il le fit , mais ce fut
par la pointe ; car il m'en préfenta
la garde en me demandant un million
de pardons. Il les redoubla
bien ; quand mon Gouverneur fut
arrivé , qui lui dit qui j'étois : il retourna
fur fes pas , & alla conter au
Roy , avec lequel il avoit une très
grande liberté , toute cette petite
Hiftoire elle lui plût , & il s'en
fouvint en tems & lieu , comme
vous l'allez voir.
Le bon traitement que je recevois
du Roy , fit croire à mes proches
, que l'on pourroit peut - être
trouver quelque ouverture pour
moi à laCoadjutorerie deParis . Ils y
trouvérent dabord beaucoup de difficulté
dans l'efprit de mon Oncle ,
très petit , & par conféquent jaloux
& difficile. Ils le gagnerent par le
moyen d'Efita fon Avocat & de
Coeuret
D'AVRI L. st
Coeuretfon Aumônier, mais ils firent
enmême tems une faute qui rompit,
au moins pour ce coup , leurs mefures.
Ils firent éclater contre mon
fentiment , le confentement de Mr
de Paris , & ils fouffrirent même .
que la Sorbonne , les Curez & le
Chapitre lui en fillent des remercîmens.
Cette conduite eut beaucoup
d'éclat , mais elle en cur
trop. Mr le Cardinal Mazarin ,
Defnoyers & Chavigny en prirent
fujet de me traverfer , en difant au
Roy,qu'il ne falloit pas accoûtumer
les Corps à fe défigner eux mêmes
des Archevêques : De forte que Mr
le Maréchal de Schomberg , qui
avoit épousé enpremieres Noces ma
Coufine germaine , ayant voulu
fonder le Gué , n'y trouvà aucun
jour. Le Roy lui répondit avec
beaucoup de bonté pour moi , mais
que j'étois trop jeune , & que l'affaire
avoit fait trop de bruit avant
que d'aller à lui ; & autres chofes ....
Le Roy mourut .... Mt de Beauvais
.. prit la figure de premier
Avril 1717. H
86. LE MERCURE
Miniftre , & demanda dés les premiers
jours aux Hollandois , qu'ils
fe convertiffent à la Religion Romaine
, s'ils vouloient demeurer
dans l'Alliance de France. La Reine
eut honte de cette momerie du
Miniftre. Elle me commanda d'aller
offrir de fa part , la premiere
place à mon pere , & voyant qu'il
refufoit obítinément de fortir de fa
Célule des Peres de l'Oratoire ,
Elle fe mit entre les mains de Mr
le Cardinal Mazarin. Vous pouvés
juger qu'il ne me fut pas difficile
de trouver ma place dans ces
premiers momens , dans lefquels
d'ailleurs l'on ne refufoit rien
Madame de Megnelay & Mr de
Lizieux demanderent la Coadjutorerie
pour moi , & la Reine
leur refufà , difant qu'elle ne l'accorderoit
qu'à mon pere , qui ne
vouloit point du tout paroître au
Louvre. Il y vint enfin une unique
fois. La Reine lui dit publiquement
qu'elle avoit reçû ordre du
feu Roy , la veille de fa mort
...
de
D'AVRIL. 87
me la faire expédier , & qu'il lui
avoit dit en préfence de Mr de
Lizieux , qu'il m'avoit toujours eû
dans l'efprit depuis les deux avantures
, de l'Epingliere & de Couteneau.
Quel raport de ces deux
bagatelles à l'Archevêché de Paris :
Et voilà toutefois comme la plupart
des chofes fe font.
J'efpere , Monfieur ; que les Extraits
que je vous fournirai du fe
cond Livre de cet excellent Ouvra
ge , vous feront encore plus de
plaifir. Vous pourrés en difpofer ,
comme de vôtre bien propre, & les
inferer dans votre Mercure , Je me
ferai toujours un plaifir de vous témoigner
& c.
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Résumé : MEMOIRE HISTORIQUE, De Lunéville en Lorraine, le 15 Avril 1717.
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2
p. 60-91
SUITE DES MEMOIRES DE Mr LE CARDINAL DE RETZ. De Luneville, le 25 Avril.
Début :
MONSIEUR, Je commencerai l'Extrait de la seconde partie des Mémoires [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Morale, Ambition, Royauté, Ministre, Vertus, Armée, Réflexions, Révolution, Déclaration, Assemblée, Duc, Princes, Cardinal Mazarin, Négociation, Gentilhommes, Reine, Maréchal, Officiers, Médecin, Prison, Disputes, Ennemis, Chambre, Château, Sa Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES MEMOIRES DE Mr LE CARDINAL DE RETZ. De Luneville, le 25 Avril.
SUITE DES MEMOIRES
DE MILE CARDINAL DE RETZ .
M
De Luneville , le 25 Avril.
ONSIEUR ,
Je commencerai l'Extrait de la
feconde partie des Mémoires du C.
de Retz , par leportrait que cet habile
Politiquefait du C. de Richelieu .
Il ne fe contente pas de peindre fes
vertus &fes vices ,mais il en exprime
la maniere , &fait ſentirjuſqu'aux
moindres differences quife trouvent
entre des qualites quifemblent précifément
les mêmes.
Le C. de R. avoit de la Naiffance
; il ſe diſtingua en Sorbonne . On
remarqua de fort bonneheure qu'il
avoit de la force & de la vivacité
dans l'efprit. Il prenoit d'ordinaire
tres- bien fon parti . Il étoit homme
de parole , & un grand interêt ne
l'obligeoit pas au contraire . En ce
cas , il n'oublioit rien pour fauver
les apparences de la bonne foi. Il
n'étoit pas libéral , mais il donnoit
plus
DE MAY. 6D
plus qu'il ne promettoit. Il affaifon
noit admirablement fes bienfaits .
aimant la gloire beaucoup plus
que la Morale ne le permet ; mais ,
il faut avouer qu'il n'abufoit qu'à
proportion de fon mérite , de la
difpenfe qu'il avoit prife fur le point
de l'excés de fon ambition. Il n'avoit
ni l'efprit , ni le coeur au deffus
des périls ; il n'avoit ni l'un ni l'autre
au deffous ; & l'on peut dire ,
qu'il en prévint davantage par fa
capacité , qu'il n'en furmonta par
fa fermeté. Il étoit bon ami , & il
eut même fouhaité d'être aimé da
Public : Mais quoiqu'il ût de l'extérieur
, de la politeffe & beaucoup
d'autres parties propres à cet
effet , il n'en at jamais le je ne fçai
quoi , qui eft encore en cette ma .
tiere plus requis qu'en toute autre .
Il anéantifloit par fon pouvoir
& fon faite Royal , la Majefté perfonnelle
du Roy ? mais il remplif
foit avec tant de dignité , les fonctions
de la Royauté , qu'il falloit
n'être pas du vul aire , pour
May 1717.
F
62
LE
MERCURE
ne pas confondre le bien & le maf
en ce fait. Il diftinguoit plus judicieufement
qu'homme du monde,
entre le mal & le pis , entre le bien
& le mieux ; ce qui eft une gran
de qualité pour un Miniftre . Il s'impatientoit
trop facilement dans
les petites chofes , qui étoient préalables
des grandes ; mais ce défaut
qui vient de la vivacité de
l'efprit , eft toujours joint à des
lumieres qui le fuppléent. Il avoit
affez de Religion pour ce Monde :
Il alloit au bien ou par inclination ,
ou par bon fens , toutes les fois
que fon interêt ne le portoit point
au mal qu'il connoiffoit parfaitement,
quand il le faifoit. Il ne confideroit
l'Etat que pour fa vie ; mais
jamais Miniftre n'a eu plus d'application
à faire croire qu'il en ménageoit
l'avenir. Enfin , il faut confeffer
que tous fes vices ont été
de ceux que la grande fortune
rend aifément illuftres , parce qu'ils
ont été de ceux qui ne peuvent
avoir pour inftrumens , que de
DE MAY. 63
grandes vertus . Voici celui qu'il
fait de M. de Turenne.
M' de Turenne a eu dés la jeuneffe
, toutes les bonnes qualités ,
& il a acquis les grandes d'affez
bonneheure. Il ne lui en a manqué
aucunes , que celles dont il ne s'eft
point avifé;il avoitprefque touresles
Vertus comme naturelles , & il n'a
jamais eu le brillant d'aucunne . On
l'a cru plus capable d'être à la tête
d'une Armée , que d'un Parti , &
je le crois auffi ; parce qu'il n'étoit
pas naturellement entreprenant ;
mais toutefois , qui le fçait ? Il a
toujours eu en tout , comme en
fon parler , certaines obfcuritez,
qui ne fe font dévélopées que dans
les occafions,mais qui s'y font toujours
dévélopées à fa gloire.
Ces Mémoires font femez de Ré
fléxions tres -fenfées . En voici un
on deux éxemples ; choifis au hazard
, entre une infinité de même
forte , & d'un auffi grandfens.
L'extrémité du mal n'eft ja
mais à fon période , que quand ceux
Fij
64
LE MERCURE
qui commandent ont perdu la honte
, parce que c'est justement -le
moment dans lequel ceux qui obeiffent
, perdent le refpect , &
>
>
c'est dans ce même moment où
l'on revient de fa létargie , mais
par des convulfions fouvent mortelles.
Les Suiffes paroiffoient
pour ainfi parler , fi étouffés fous
la péfanteur de leurs chaines ,
qu'ils ne refpiroient plus , quand
la révolte de trois de leurs
Païfans forma des ligues .
Les Hollandois fe croyoient
fubjugez par le Duc d'Albe
quand le Prince d'Orange , par
le fort réfervé aux grands génies
qui voyent avant tous les autres,
le point de la poffibilité , conçût
& enfanta leur liberté. Voilà des
exemples , la raifon eft d'accord .
Ce qui caufe de l'affoupiffement
dans les Etats qui fouffrent , eft la
durée du mal qui faifit l'imagination
des hommes , & qui leur fair
croire qu'il ne finira jamais ; auffifôt
qu'ils trouvent jour à en for-
1
DE MAA Y.
ὃς
tir , ce qui ne manque jamais , lors
qu'il est venu jufqu'à un certain
point : Ils font fi furpris , fi aifes
& fi emportés , qu'ils paffent tout
d'un coup à l'autre extrêmité , &
que bien loin de confiderer les Révolutions
comme impoffibles , ils
les croyent faciles ; & cette dif
pofition toute feule eft capable
quelquefois de les faire.
Il n'y a rien , dit- il , dans ul
autre endroit , qui n'ait fon moment
décifif , & le chef-d'oeuvre
de la bonne conduite , eſt de connoître
& de prendre ce moment.
Si on le manque dans la révolu
tion des Etats , on court fortung
ou de ne les pas retrouver , ou de
ne le pas appercevoir. Il y en a
mille & mille éxemples.
Les 6 ou 7 femaines qui coulerent ,
depuis la Publication de la Déclaration
, jufqu'à la Saint Martin de
l'année 1648. nous en prefentent un
qui ne nous a été que trop fenfible.
Chacun trouvoit fon compte dans.
la Déclaration , c'est- à - dire , cha-
Fiij
66 LEMERCURE
cun l'y ût trouvé , fi chacun l'y ûc
bien entendu. Le Parlement avoir
l'honneur du rétabliffement de
Ordre; les Princes le partageoient
& en avoient le principal fruit ,
qui étoit la Confidération & la
Sûreté. Le Peuple déchargé de
plus de 60 millions , y trouvoit un
foulagement confidérable ; & fi
le C. Mazarin ût été de génie propre
à fe faire honneur de la Néceffité
, qui eft une des qualitez des
plus requifes au Miniftre , il fe
fut par un avantage , qui eft tout
inféparable de la faveur , il fe fut
dis-je , approprié dans la fuite , la
plus grande partie du mérite des
chofes , même auxquelles il s'étoit
le plus oppofé. Voila des avantages
fignalez pour tout le monde ,
& tout le monde manqua ces avantages
fignalez , par des confidérations
fi légeres , qu'elles n'affent
pas dû , dans les véritables
régles dubon fens , en faire perdre
de médiocres. Le Peuple qui s'appuyoit
fur les Affemblées du ParDE
MAY.
67
lement , s'effaroucha , dés qu'il
les vit ceffer , fur l'approche de
quelques troupes , defquelles dans
la vérité , il étoit ridicule de prendre
ombrage & par laconfidération
de leur petit nombre , & par beaud'autres
Circonftances.
coup
M. le Duc d'Orléans , Gaſton , vit
tout le bien qu'il pouvoit faire ,
& une partie du mal qu'il pouvoit
empêcher , mais fa timidité naturelle
le retint toujours . M. le Prince
connut le mal dans toute fon
étendue ; mais , comme fon couragc.
étoit fa vertu la plus naturelle ,
il ne fe craignit pas affés : Il vou
lut le Bien , mais il ne le voulut
qu'à la mode ; fon âge, fon humeur
& fes Victoires ne lui permirent
pas de joindre la Patience à l'Activité
, & il ne conçut pas d'affés
bonne heure cette Maxime fi néceffaire
aux Princes , de ne confidérer
les petits fujets , que comme
des Victimes que l'on doit tou
jours facrifier aux grandes.
Le.C. Mazarin , qui ne connoif68
LE MERCURE
foit en aucunne façon nos manieres,
confondoit journellement les affaireslesplusimportantes
,avec les plus
légères ; & dés le lendemain que la
Déclaration fut publiée, elle fut en.
tamée & altérée (ur des articles peu
importans , que le Cardinal devoit
même obferver avec oftentation
, pour colorer les contraventions
qu'il pouvoit être obligé de
faire aux plus confidérables.
Tout ce qui concerne les Guerres
de Paris , & le tems de la
Fronde , eft traité fort au long dans
cette partie de l'Hiftoire du Cardinal
de Retz . Ce font de ces Faits
qu'on fouhaiteroit être enfevelis
dans un éternel oubli . Ainfi , vous
me difpenferez , s'il vous plaît ,
d'extraire ici aucune de ces parti
cularitez , qui pourroient en rappeller
le fouvenir , & expofer la
réputation des Defcendans de
ceux qui ont eu part aux Mouvemens
peu réguliers , qui agitoient
alors le Royaume
Après que le Roy MajeurfutforDE
MAY. 69
ti de Paris avec la Reine , le Cardinal
raporte quelques Anecdotes affés
intereffantes de la vie de Monfieur de
Turenne,qui je crois , feront plaifir
à tout le monde , & que j'ai choifies
entr'une infinité d'autres , auffi agréables
& auffi intereffantes en
elles-mêmes , mais non pas, eu égard
aux Perfonnes qui fontfur la Scéne,
ni aux Circonftances qui les ont fait
naître. La Reine , dit-il , ne quita
pas la voye de la Négociation ,
dans le moment même qu'elle projettoit
de prendre celle des Armes .
Gourville alloit & venoit du côté
de M. le Prince. Berte vint à Paris
pour gagner Mr de Bouillon,
Mr de Turenne & moi. Cette Scéne
eft affez curieufe pour s'y arrêter
plus long-tems . Jevous ai déja
dit que Mr de Turenne & Mr de
Bouillon étoient féparés de M. le
Prince : Ils vivoient l'un & l'autre
d'une maniere fort retenue dans
Paris , & à la réferve de leurs amis
particuliers , peu de gens les voyoient
: J'étois de ce nombre , &
70 LE MERCURE
comme j'en connoiffois autant que
perfonne , le mérité & le poids , je
n'oubliai rien pour le faire connoître
à MONSIEUR & pour obliger.
les deux freres à entrer dans fes interefts,
L'averfion naturelle qu'il
avoit pour l'Aîné , fans fçavoit trop
pourquoi , l'empécha de faire ce
qu'il fe devoit à foi-même en cette
rencontre , & le mépris que le Cadet
avoit pour lui , fçachant tresbien
pourquoi , n'ayda pas au fuccés
de ma Négociation. Celle
de Berte qui arriva juſtement à Paris
dans cette conjoncture , fe trouva
commune entre Mr de Bouillon
& moi , par la rencontre de Me la
Palatine, qui étoit elle-même nôtre
amie commune , & à laquelle Berte
avoit ordre de s'adreffer directement.
Elle nous affembla chez
elle , entre minuit & une heure ,
& elle nous préfenta Berte , qui
aprés un torrent d'expreffions Gafconnes
nous dit la Reine
qui étoit réfoluë de rappeller le
Cardinal Mazarin
?
que
› n'avoit pas
DE MA Y.
voulu éxécuter fa réfolution , fans
prendre nos avis , & c. Mr de Bouil-
Ton qui me jura une heure aprés,
en préfence de Me la Palatine
qu'il n'avoit encore jufques - là
reçû aucune propofition , au moins
formée de la part de la Cour , me
parut embaraffé ; mais il s'en démefla
à fa maniere , c'eſt-à-dire ,
en homme qui fçavoit mieux qu'au
cun que j'aye jamais connu , parler
le plus , quand il difoit le moins.
Mr de Turenne , qui étoit plus laconique,
& dans la vérité beaucoup
plus franc , fe tourna de mon côté
& il me dit , je crois que Mr Berte
và tirer par le Manteau , tous les
gens en Manteau noir qu'il trouve
dans la ruë , pour leur demander
leur opinion , fur le retour de
Mr le Cardinal ; car je ne vois pas
qu'il y ait plus de raifon à la de
mander àMONSIEUR à mon frère &
à moi , qu'à tous ceux qui ont paffé
aujourd'hui fur le Pont-Neuf. Il
y en a beaucoup moins à moi , lui
répondis-je Car , il y a des gens
72 LE MERCURE
qui ont aujourd'hui paffè fur le
Pont- Neuf , qui pourroient donner
leur avís fur cette matiere , &
la Reine fçait bien que je n'y puis
jamais entrer. Berte me répartie
brufquement , & le Chapeau M ,
qu'on vous a promis , que deviendra
-t-il ? Ce qu'il pourra lui disje
? Et que donnerez - vous à la
Reine pour ce Chapeau , ajouta-til
Ce que je lui ai dis cent & cent
fois , répondis-je ? je ne m'accommoderai
point avec M. le Prince ,
fi l'on ne révoque pointmaNomination.
Je m'y accommoderai demain ,
& je prendrai l'Echarpe Ifabelle * fi
l'on continue feulement à m'en mécouleur
de nacer. La converfation s'échauffa ;
ceux du & nous en fortîmes toutefois affés
parti deM.
le Prince ; bien. M. de Bouillon ayant remarcon
me la qué comme moi , que l'ordre de
cit deccux Berte étoit de fe contenter de ce
du partidu que j'avois dit mille fois à la Reine
C.Mazarinfur ce fujet ,en cas qu'il n'en pût
tirer davantage. Pour ce qui étoit
de M. de Bouillon & de M. de
Turenne , la confultation fut bien
C'étoit la
vette l'é
plus
C
DE MAY.
73
plus longue ; je dis confultation ,
parce qu'il n'y avoit rien de plus
ridicule que de voir un petit Bafque
, homme de rien, entreprendre
de perfuader à deux des plus grands
Hommes du monde , de faire la
plus fignalée de toutes les fotifes
, qui étoit de fe déclarer pour
le C. Mazarin , avant que d'avoir
pris aucunes mefures avec la
Cour. Ils ne le crurent pas ,ils en pri.
rent de bonnes bien-tôt aprés .L'on
promit à Mr de Turenne le Commandement
des Armées, & l'on affu
ra à M'de Bouillon la récompenfe
immenfe , qu'il a tirée depuis , de
Sédan. Ils ûrent la bonté de
me confiér leur accommodement
quoique je fuffe des Partis contraires
, & il fe rencontra par l'événement
, que cette confiance leur
valut leur liberté. MONSIEUR qui
fut averti qu'ils alloient trouver le
Roy , & qu'ils devoient fortir de
Paris à fel jour & à telle heure , me
dit, comme je revenois de leur faire
mes adieux, qu'il les falloit arrêter,
May 1717.
G
74
LE MERCURE
& qu'il en falloit donner l'ordre au
Vicomte d'Hoftel Capitaine de
fes Gardes. Jugez , je vous prie ,
en quel embarras je me trouvai ,
en faifant réfléxion d'un côté fur
le jufte fujet que l'on auroit de
croire , que j'aurois trahi le fécret
de mes amis , & de l'autre , fur le
moyen, dont je pourrois me fervir ,
pour empêcher MONSIEUR d'éxé-
-cuter ce qu'il venoit de réfoudre. Je
combatis d'abord la vérité de l'avis
qu'on lui avoit donné : Je lui repréfentai
les inconveniens d'offencer
fur des foupçons , des gens de
cette qualité & de ce mérite ; &
comme je vis qu'il croyoit fon
avis tres-fûr , comme il l'étoit en
effet , & qu'il perfiftoit dans fon
deffein , je changeai de ton , & je ne
fongeai plus qu'à gagner du tems,
pour leur donner à eux -mêmes ,
celui de s'évader. La fortune favorifa
mon intention . Le Vicomted'Hoftel
que l'on chercha , ne fe trouva
point. MONSIEUR s'amufa à con
fidérer une Médaille que Brunneau
DE MAY.
75
lui apporta tout- à- propos , & j'u
le tems de mander à M'de Turenne
par Varennes qui me tomba fous
la main , comme par miracle , de .
fe fauver , fans perdre un moment .
Le Vicomte d'Hoftel manqua ainſi
lesz freres,de deux ou trois heures .
Le chagrin de MONSIEUR n'en dura?
guéres davantage . Je lui dis la chofe
, comme elle s'étoit paffée , cinq
ou fix jours aprés , l'ayant trouvé:
en bonne humeur. Il ne m'en voulut
point de mal' ; iût même la
bonté de me dire , que fi je m'en
fuffe ouvert à lui dans le rems ,
il ût préféré à fon interêt, celui que
j'y avois , fans comparaifon plus
confidérable , par la raifon du fécret
qui m'avoit été confié . Cette
avanture ne nuifit pas , comme vous
pouvés croire, à conferver la vieille
amitié , qui étoit entre Mr de Turenne
& moi .
Rien n'eft plusnaïf && mieux circonftancié
que le détail qu'ilfait de
fa détention & de fon féjour dans
les Prifons de Vincennes : Je fini-
Gij
76 LE MERCURE
le
rai cette Lettre par cet Extraif,
je vous envoyerai dans la prochaine
, l'Hiftoire entiere de fafuite
à Nantes , & tout ce qui fuivitfon 6-
wafion jusqu'à fon arrivée en Italie.
Comme j'entrois dans
Louvre , Mi d'Hocqueville , qui
fe promenoit dans la Cour , me
joignit à la defcente de mon caroffe ;
il vint avec moi chez Me la Maréchalle
de Villeroy , où j'allai
attendre qu'il fut jour chez le Roy.
Il me quitta pour aller en haut , où
il trouva Montmmege qui lui dit ,
que tout le monde difoit que j'allois
être arrêté. Il defcendit en diligence
pour m'en avertir & pour
me faire fortir par la cour des Cuifines
qui répondoit justement à
l'Appartement de Mr de Villeroy.
Il ne m'y trouva plus , mais il ne
m'y manqua que d'un moment ,
& ce moment m'eut infailliblement
donné la liberté. Je fus arrêté dans
P'Antichambre de la Reine par M
de Villequier qui étoit Capitaine
des Gardes de Quartier , & conduit
DE MAY .
77
dans un Appartement , où les Offi.
Giers de la Bouche m'apporterent
à diner. On trouva tres-mauvais
à la Cour , que j'cuffe bien mangé,
tant l'iniquité & la lâcheté des
Courtifans eft extréme. Je ne trou
vai pas bon que l'on m'eut fait re
tourner mes poches , comme on
fait aux Coupeurs de bourfes. Mr
de Villequier ût ordre de faire cerre
cérémonie qui n'étoit pas ordinaire.
L'on n'y trouva qu'une
Lettre du Roy d'Angleterre , qui
me chargeoit de tenter du côté de
Rome , i l'on ne pouvoit pas lui
donner quelque affiftance d'argent.
Ce nom de Lettre du Roi d'Angleterre
fe répandit dans toute la
baffe cour. Il fut relevé par un
Homme de Qualité, au nom duquel
je me crois obligé de faire
grace , à la confidération de l'un
de fes freres qui eft de mes amis.
Il crut faire fa cour , de le glofer
d'une maniere qui fut odieufe. Il
fema le bruit , que cette Lettre
étoit du Protecteur. Quelle baf
Gjij
78
LE
MERCURE
feffe ! L'on me fit paffer fur les
trois heures toute la grande Galerie
du Louvre , & l'on me fit defcendre
par le Pavillonde MADEMOI.
SELLE . Je trouvai un caroffe du Roy
danslequel Mr de Villequier monta
avec moi & cinq ou fix Officiers
des Gardes du Corps . Le caroffe
fit douze ou quinze pas du côté de
la Ville , mais il tourna tout d'un
coup à la Porte de la Conférence.
Il étoit escorté par Mr le Maréchal
d'Albret ; à la tête des Gensd'armes
, pár Mr de Vauguyon , à
la tête des Chevaux- Legers , & par
Mr de Venne Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes , qui
commandoit huit Compagnies ....
J'arrivai à Vincennes entre huit &
neufheures du foir , & Mr le Maréchal
d'Albret m'ayant demandé
à la defcente du caroffe , fi je
n'avois rien à faire fçavoir au Roy.
Je lui répondis, que je croirois manquer
au refpect que je lui devois ,
i je prenois cette liberté. L'on me
amena dans une grande Chambre ,
DE MAY 79
où il n'y avoit ni Tapifferieni Lit.
Celui qu'on y apporta fur les onze
heures du foir , étoit de Taffetas de
la Chine , peu propre pour un ameublement
d'hiver. Je dormis
tres-bien , ce que l'on ne doit pas
attribuer à fermeté , parce que le
malheur fait naturellement cet ef
fet en moi : J'ai éprouvé en plus
d'une occafion , qu'il m'éveille le
le jour , & m'affoupit la nuit. Ce
n'elt pas force , car je l'ai connu
aprés que je me fuis bien éxaminé
moi-même , parce que j'ai fenti
que ce fommeil ne vient que de
l'abbattement où je fuis , dans les
momens où la réfléxion que je fais
fur ce qui me chagrine , n'eft pas
divertie par les efforts que je fais ,
pour m'en garantir. Je trouve une
fatisfaction fenfible à me dévéloper
, pour ainfi parler , moi -même ,
& à vous rendre compte des mou
vemens les plus cachez , & les
plus intérieurs de mon ame. Je fus
obligé de me lever le lendemain
fans feu , parce qu'il n'y avoit point
Gii j
Sa LE MERCURE
de bois pour en faire , & les trois
Exempts que l'on avoit mis auprès
de moi , ûrent la bonté de m'aflùrer
que je n'en manquerois pas le
lendemain. Celui qui demeura
feul à ma garde , le prit pour lui , &
je fus quinze jours , à Noël , dans
une Chambre grande comme une
Eglife , fans me chauffer. Cet
Exempt étoit Gafcon , & il avoir
été , au moins à ce que l'on difoit ,
Valet de Chambre de Mr Servien.
Je ne crois pas que l'on eut pû
trouverfous le Ciel , un autre homme
fait comme celui - là. Il me vola
mon linge , mes habits , mes fouliers
& j'étois quelquefois obligé
de demeurer huit ou dix jours
dans le lit , faute d'avoir de quoi
m'habiller. Je ne crois pas que
T'on me pût faire un traitement
pareil , fans un Ordre fuperieur ,
& fans un deffein formé de me faire
mourir de chagrin. Je m'armai
contre ce deffein & je refolu au
moins , à ne point mourir de cette
forte de mort . Je me divertis au
DE MAY. 81
Commencement , à écrire la vie de
mon Exempt , qui fans exageration
, étoit auffi fripon que Lazarille
de Tormes. Je l'accoûtumař
à ne me plus tourmenter , à force
de lui faire connoître que je ne
me tourmentois de rien. Je ne lui
témoignai jamais aucun chagrin ;
je ne me plaignis de quoi que cet
foit , & je ne lui laiffai pas feulement
entrevoir que je m'aperçûffe .
de ce qu'il difoit pour me fâcher ,
quoiqu'il ne profera pas un mot
qui ne fut à cette intention . Il fit
travailler à un petit jardin de deux
ou trois toifes , qui étoit dans la
cour du Donjon , & comme je lui
demandai ce qu'il en prétendoit fai
re , il me répondit , que fon deffein
étoit d'y planter des Afperges. Vous
remarquerés qu'elles ne viennent
qu'au bout de trois ans. Voilà une
de fes plus grandes douceurs : Il
en avoit tous les jours une vingtaine
de cette forte , je les buvois
toutes avec douceur , & cette douceur
l'effarouchoit parce qu'il >
82 LE MERCURE
difoit que je me moquois de lui ..
Cependant, mes amis fe remuoient,
M de Caumartin fit dans cette
occafion & les fuivantes , tout ce
que l'amitié la plus véritable , &
l'honneur le plus épuré peuvent
produire. Mr d'Hocqueville y redoubla
fes foins & fon zele pour
moi. Le Chapitre de N. D. fittous
les jours chanter une Antienne
publique &expreffe pour ma
liberté: Aucun des Curés ne me
manqua, à la referve de celui de
Saint Barthelemi..La Sorbonne fe
fignala ; il y ût même beaucoup
de Religieux qui fe déclarerent.
M'de Châlons échauffoit les coeurs
& les efprits , par la réputation
& par fon éxemple . Ce foulévement
obligea la Cour à me faire trai.
ter un peu mieux que dans les
commencemens : On me donna
des Livres , mais par compte &
fans papier, ni encre , & l'on m'accorda
un Valet de Chambre & un
Médécin ; à propos de quoi , je fuis:
bien aife de ne pas omettre une:
DE MAY.
183
circonftance qui eft
remarquable.
Ce Médecin qui étoit homme de
mérite & de
réputation , & qui
s'appeloit
Vacherot , me dit lejour
qu'il entra à
Vincennes , que Mc
de
Caumartin l'avoit chargé de me
dire , que Goifel , un Avocat qui
avoit prédit la liberté de Mr de
Beaufort , l'avoit affûré que j'aurois
la mienne dans le mois deMars,
mais qu'elle feroit
imparfaite , &
que je ne l'aurois entiére & pleine
qu'au mois d'Aouft. Le préfage
fe trouva vrai dans toutes les circonftances.
Je
m'occupai fort à
l'étude dans le cours de ma Priſon
de
Vincennes , qui dura quinze
nois , & au point que les jours ne
me
fuffifoient pas , & que j'y employois
même les nuits ; je fis unė
étude
particuliére de la Langue
Latine , qui me fit connoître , que
l'on ne peut jamais trop s'y appliquer
, parce que c'eft une étude
qui comprend toutes les autres....
Mon Exempt n'oublia rien pour
troubler la tranquilité de mes étu ~
8.4
LE MERCURE
des , & pour tenter de me donner
du chagrin. Il me dit un jour , que
le Roy lui avoit commandé de me
faire prendre l'air , & de me méner
fur le Donjon ; comme il crut
que
que j'y avois du divertiffement
,
il m'annonça avec une joye qui
paroiffoit dans les yeux , qu'il avoit
reçû un Contr'ordre . Je lui répondis
qu'il étoit venu tout -à-propos,
parce que l'air qui étoit trop vif
audeffus du Donjon , m'avoit fait
mal à la tête. Quatre jours après,
il me propofa de defcendre au Jeu
de Paume , pour y voir jouer mes
Gardes , je le priai de m'en difpenfer
, parce qu'il me fembloit
que l'airy devoit être trop fubtil ,
il m'y força , en me difant que le
Roy qui avoit plus de foin de ma
fanté que je ne croyois , lui avoit
commandé de me faire faire éxercice
. Il me pria de l'excufer à fon
tour de ce qu'il ne m'y faifoit
plus defcendre , pour quelque confidération
( ajouta- t- il ) que je ne
vous puis dire. Je m'étois mis ,
pour
>
DE MAY.
85
pour dire le vrai , affés audeffus
de ces petites chicannes , qui ne
me touchoient point dans le fond ,
& pour lesquelles je n'avois que
du mépris Mais , je vous confeffe
que je n'avois pas la même
fupériorité d'ame pour la fubftance
de la Priſon ( fi l'on peut fe fervir
de ce terme ) & la vûë de me
trouver tous les matins en me réveillant
, entre les mains de mes
Ennemis , me faifoit fentir que je
n'étois rien moins que Stoïque.
Ame qui vive ne s'apperçût de
mon chagrin ; mais , il fut extreme
par cette raison : Car , c'est un effet
de l'orgueil humain , & je me
fouviens que je me difois vingt
fois le jour , à moi-même , que la
Prifon d'Etat étoit le plus fenfible
de tous , fans exception . Vous avez
déja vû que je divertiffois mon ennui
par mon étude , j'y joignis
quelquefois du relâchement. J'avois
des Lapins fur le haut du Donjon
; j'avois des Tourterelles dans
une des Tourelles ; j'avois des
May 1717.
H
36 LE MERCURE
,
Pigeons dans l'autre . Les continuelles
inkances de l'Eglife de
Paris faifoient,que l'on m'accordoit
de tems en tems de petits divertiffemens
; mais on les troubloit
toujours par mille defagrémens.
Ils ne laiffoient pas de m'amufer ,
d'autant plus agréablement , que
je les avols auffi prévûs mille
& mille fois , en faifant réfléxion
à quoi je pourrois m'occuper , s'il
m'arrivoit jamais d'être arrêté. Il
n'eft pas concevable , combien l'on
fe trouve foulagé , quand l'on rencontre
dans les malheurs où l'on
tombe , les confolations , quoique
petites , que l'on s'y eft imaginé
par avance. Je ne m'occupois pas
fi fort à ces diverfions , que je ne
fongeaffe avec une extréme application
à me fauver , & le commerce
que j'û toujours au dehors
& fans difcontinuation , me donnoit
lieu d'y pouvoir penfer , &
avec efpérance & avec fruit. Nous
.imaginâmes , mon Médecin & moi,
une voye , par le moyen d'un
DE MA Y. 87
Garde que Mede Pommereüil avoit
gagné , pour me tirer de Priſon
qui ne manqua , que parce qu'il
ne plut pas à la Providence de la
faire réuflir. J'avois remarqué dans
le tems qu'on me ménoit fur la
Tour , qu'il y avoit tout au haut
un creux , dont je n'ai jamais pû
deviner l'ufage ; Il étoit plein à
demi ; mais , on pouvoit y def
cendre , & s'y cacher. Je pris fur
cela , la penſée de choisir le tems
que mes Gardes feroient allez dîner
, & que Carpentier ( c'étoit
le Garde gagné par Me de Pommereüil
) feroit de jour , pour enyvrer
fon Camarade qui étoit un
vieillard qui tomboit comme mort,
dés qu'il avoit bû deux verres de
vin ; ce que nous avions éprouvé
plus d'une fois : Je réfolus de me fervir
de ce moment , pour monter au
haut de la Tour , fans que l'on s'en
apperçût , & pour me cacher dans
ce trou , avec quelques pains &.
quelques bouteilles d'eau & de
vin. Carpentier convenoit de la .
Hij
88 LE MERCURE
facilité de ce premier pas , qui étoit
d'autant plus aifé , que les deux
Gardes qui le devoient relever , a–
vecfon Camarade, avoient toujours
eu l'honêteté de ne pas entrer dans
ma Chambre , & de demeurer à
la porte , jufqu'à ce qu'ils puffent
juger que je fuffe éveillé , car , je
m'étois accoûtumé à dormir l'aprés
midi , on plûtôt à faire femblant
de dormir. Ce n'eft pas qu'il ne
leur fut ordonné de ne me jamais
laiffer feul ; mais , il y a toujours
des gens plus honnêtes les uns
que les autres. Carpentier devoit
attacher des cordes à la fenêtre de
la Gallerie , par laquelle M. de
Beaufort s'étoit fauve,& jetter dans
le Foffe ,une Machine de Tiffus ,
que M. Vacherot avoit travaillée
dans fa Chambre , la nuit , par le
moyende laquelle on eut pû croire
que je me fuffe élevé audeffus de
la petite Muraille que l'on y avoit
faite , depuis la fortie de M. de
Beaufort. Il devoit en même tems ,
donner l'alarme , comme s'il m'aDE
MAY. 89
voit vû paffer dans la Gallerie ,
& montrer fon Epée teinte defang ,
comme fi même il m'eut bleffé en
me pourfuivant. Toute la ' Garde
fut accourue au bruit , on eut trouvé
les cordes à la fenêtre , l'on cut
vû la Machine & du fang dans le
Folle , huit ou dix Cavaliers euffent
paru, le piftolet à la main , dans le
Bois comme pour me recevoir.
Il y en eut ûun qui feroit forti des
Portes avec une Calote rouge fur
la tête ; ils fe feroient feparez , &
celui qui eut û la Calore rouge ,
auroit tiré du côté de Mézieres.
On eut tiré le Canon à Mézieres
trois ou quatre jours aprés, comme fr
j'y fuffe effectivement arrivé. Qui
eut pû s'imaginer que je fuffe encore
dans la Tour ? L'on n'eut pas
manqué de lever la Garde dans le
Bois de Vincennes & de n'y laiffer
que des Mortes-payes ordinaires ,
qui euffent fait voir pour deux fols,
à tout Paris , & la fenêtre & les
cordes , comme ils firent , celles dé
M. de Beaufort. Mes amis y fuffent
Hiij.
90. LE MERCURE
venu par curiofité , comme tous
les autres , ils m'euffent habillé en
Femme , en Moine , comme il vous
plaîras & j'en fuffè forti fans qu'il
y eut û feulement ombre de foupçon
, ni de difficulté . Cet expédient
eft fi extraordinaire
qu'il
en paroît impoffible. Il étoit néanmoins
facile , & je fuis convaincu
qu'il auroit réüffi , fi un Garde
appelé Lefcarmoufte , ne l'eut rompu
, par ,un Incident que la pure
fortune y jetta. L'on l'envoya à
la place d'un autre qui tomba malade
; & comme c'étoit un homme
dur , jufques- là , qu'il me dit , le
foir en bonne amitié , qu'il m'étrangleroit
, fi S. M. le lui commandoit
;, il dit même à l'Exempt ,
qu'il ne concevoit pas comme il
ne faifoit pas mettre une porte
à l'entrée du petit Efcalier , qui
monte à la Tour : Elle y fut placée
le lendemain au matin ; & ainfi mon
entrepriſe fut rompuë. Je ne fortis
du Château de Vincennes , que
pour être transféré à celui de NanDE
MAY. 91
tes , &c. Je finis ce long Extrait
en vous affûrant , & c.
DE MILE CARDINAL DE RETZ .
M
De Luneville , le 25 Avril.
ONSIEUR ,
Je commencerai l'Extrait de la
feconde partie des Mémoires du C.
de Retz , par leportrait que cet habile
Politiquefait du C. de Richelieu .
Il ne fe contente pas de peindre fes
vertus &fes vices ,mais il en exprime
la maniere , &fait ſentirjuſqu'aux
moindres differences quife trouvent
entre des qualites quifemblent précifément
les mêmes.
Le C. de R. avoit de la Naiffance
; il ſe diſtingua en Sorbonne . On
remarqua de fort bonneheure qu'il
avoit de la force & de la vivacité
dans l'efprit. Il prenoit d'ordinaire
tres- bien fon parti . Il étoit homme
de parole , & un grand interêt ne
l'obligeoit pas au contraire . En ce
cas , il n'oublioit rien pour fauver
les apparences de la bonne foi. Il
n'étoit pas libéral , mais il donnoit
plus
DE MAY. 6D
plus qu'il ne promettoit. Il affaifon
noit admirablement fes bienfaits .
aimant la gloire beaucoup plus
que la Morale ne le permet ; mais ,
il faut avouer qu'il n'abufoit qu'à
proportion de fon mérite , de la
difpenfe qu'il avoit prife fur le point
de l'excés de fon ambition. Il n'avoit
ni l'efprit , ni le coeur au deffus
des périls ; il n'avoit ni l'un ni l'autre
au deffous ; & l'on peut dire ,
qu'il en prévint davantage par fa
capacité , qu'il n'en furmonta par
fa fermeté. Il étoit bon ami , & il
eut même fouhaité d'être aimé da
Public : Mais quoiqu'il ût de l'extérieur
, de la politeffe & beaucoup
d'autres parties propres à cet
effet , il n'en at jamais le je ne fçai
quoi , qui eft encore en cette ma .
tiere plus requis qu'en toute autre .
Il anéantifloit par fon pouvoir
& fon faite Royal , la Majefté perfonnelle
du Roy ? mais il remplif
foit avec tant de dignité , les fonctions
de la Royauté , qu'il falloit
n'être pas du vul aire , pour
May 1717.
F
62
LE
MERCURE
ne pas confondre le bien & le maf
en ce fait. Il diftinguoit plus judicieufement
qu'homme du monde,
entre le mal & le pis , entre le bien
& le mieux ; ce qui eft une gran
de qualité pour un Miniftre . Il s'impatientoit
trop facilement dans
les petites chofes , qui étoient préalables
des grandes ; mais ce défaut
qui vient de la vivacité de
l'efprit , eft toujours joint à des
lumieres qui le fuppléent. Il avoit
affez de Religion pour ce Monde :
Il alloit au bien ou par inclination ,
ou par bon fens , toutes les fois
que fon interêt ne le portoit point
au mal qu'il connoiffoit parfaitement,
quand il le faifoit. Il ne confideroit
l'Etat que pour fa vie ; mais
jamais Miniftre n'a eu plus d'application
à faire croire qu'il en ménageoit
l'avenir. Enfin , il faut confeffer
que tous fes vices ont été
de ceux que la grande fortune
rend aifément illuftres , parce qu'ils
ont été de ceux qui ne peuvent
avoir pour inftrumens , que de
DE MAY. 63
grandes vertus . Voici celui qu'il
fait de M. de Turenne.
M' de Turenne a eu dés la jeuneffe
, toutes les bonnes qualités ,
& il a acquis les grandes d'affez
bonneheure. Il ne lui en a manqué
aucunes , que celles dont il ne s'eft
point avifé;il avoitprefque touresles
Vertus comme naturelles , & il n'a
jamais eu le brillant d'aucunne . On
l'a cru plus capable d'être à la tête
d'une Armée , que d'un Parti , &
je le crois auffi ; parce qu'il n'étoit
pas naturellement entreprenant ;
mais toutefois , qui le fçait ? Il a
toujours eu en tout , comme en
fon parler , certaines obfcuritez,
qui ne fe font dévélopées que dans
les occafions,mais qui s'y font toujours
dévélopées à fa gloire.
Ces Mémoires font femez de Ré
fléxions tres -fenfées . En voici un
on deux éxemples ; choifis au hazard
, entre une infinité de même
forte , & d'un auffi grandfens.
L'extrémité du mal n'eft ja
mais à fon période , que quand ceux
Fij
64
LE MERCURE
qui commandent ont perdu la honte
, parce que c'est justement -le
moment dans lequel ceux qui obeiffent
, perdent le refpect , &
>
>
c'est dans ce même moment où
l'on revient de fa létargie , mais
par des convulfions fouvent mortelles.
Les Suiffes paroiffoient
pour ainfi parler , fi étouffés fous
la péfanteur de leurs chaines ,
qu'ils ne refpiroient plus , quand
la révolte de trois de leurs
Païfans forma des ligues .
Les Hollandois fe croyoient
fubjugez par le Duc d'Albe
quand le Prince d'Orange , par
le fort réfervé aux grands génies
qui voyent avant tous les autres,
le point de la poffibilité , conçût
& enfanta leur liberté. Voilà des
exemples , la raifon eft d'accord .
Ce qui caufe de l'affoupiffement
dans les Etats qui fouffrent , eft la
durée du mal qui faifit l'imagination
des hommes , & qui leur fair
croire qu'il ne finira jamais ; auffifôt
qu'ils trouvent jour à en for-
1
DE MAA Y.
ὃς
tir , ce qui ne manque jamais , lors
qu'il est venu jufqu'à un certain
point : Ils font fi furpris , fi aifes
& fi emportés , qu'ils paffent tout
d'un coup à l'autre extrêmité , &
que bien loin de confiderer les Révolutions
comme impoffibles , ils
les croyent faciles ; & cette dif
pofition toute feule eft capable
quelquefois de les faire.
Il n'y a rien , dit- il , dans ul
autre endroit , qui n'ait fon moment
décifif , & le chef-d'oeuvre
de la bonne conduite , eſt de connoître
& de prendre ce moment.
Si on le manque dans la révolu
tion des Etats , on court fortung
ou de ne les pas retrouver , ou de
ne le pas appercevoir. Il y en a
mille & mille éxemples.
Les 6 ou 7 femaines qui coulerent ,
depuis la Publication de la Déclaration
, jufqu'à la Saint Martin de
l'année 1648. nous en prefentent un
qui ne nous a été que trop fenfible.
Chacun trouvoit fon compte dans.
la Déclaration , c'est- à - dire , cha-
Fiij
66 LEMERCURE
cun l'y ût trouvé , fi chacun l'y ûc
bien entendu. Le Parlement avoir
l'honneur du rétabliffement de
Ordre; les Princes le partageoient
& en avoient le principal fruit ,
qui étoit la Confidération & la
Sûreté. Le Peuple déchargé de
plus de 60 millions , y trouvoit un
foulagement confidérable ; & fi
le C. Mazarin ût été de génie propre
à fe faire honneur de la Néceffité
, qui eft une des qualitez des
plus requifes au Miniftre , il fe
fut par un avantage , qui eft tout
inféparable de la faveur , il fe fut
dis-je , approprié dans la fuite , la
plus grande partie du mérite des
chofes , même auxquelles il s'étoit
le plus oppofé. Voila des avantages
fignalez pour tout le monde ,
& tout le monde manqua ces avantages
fignalez , par des confidérations
fi légeres , qu'elles n'affent
pas dû , dans les véritables
régles dubon fens , en faire perdre
de médiocres. Le Peuple qui s'appuyoit
fur les Affemblées du ParDE
MAY.
67
lement , s'effaroucha , dés qu'il
les vit ceffer , fur l'approche de
quelques troupes , defquelles dans
la vérité , il étoit ridicule de prendre
ombrage & par laconfidération
de leur petit nombre , & par beaud'autres
Circonftances.
coup
M. le Duc d'Orléans , Gaſton , vit
tout le bien qu'il pouvoit faire ,
& une partie du mal qu'il pouvoit
empêcher , mais fa timidité naturelle
le retint toujours . M. le Prince
connut le mal dans toute fon
étendue ; mais , comme fon couragc.
étoit fa vertu la plus naturelle ,
il ne fe craignit pas affés : Il vou
lut le Bien , mais il ne le voulut
qu'à la mode ; fon âge, fon humeur
& fes Victoires ne lui permirent
pas de joindre la Patience à l'Activité
, & il ne conçut pas d'affés
bonne heure cette Maxime fi néceffaire
aux Princes , de ne confidérer
les petits fujets , que comme
des Victimes que l'on doit tou
jours facrifier aux grandes.
Le.C. Mazarin , qui ne connoif68
LE MERCURE
foit en aucunne façon nos manieres,
confondoit journellement les affaireslesplusimportantes
,avec les plus
légères ; & dés le lendemain que la
Déclaration fut publiée, elle fut en.
tamée & altérée (ur des articles peu
importans , que le Cardinal devoit
même obferver avec oftentation
, pour colorer les contraventions
qu'il pouvoit être obligé de
faire aux plus confidérables.
Tout ce qui concerne les Guerres
de Paris , & le tems de la
Fronde , eft traité fort au long dans
cette partie de l'Hiftoire du Cardinal
de Retz . Ce font de ces Faits
qu'on fouhaiteroit être enfevelis
dans un éternel oubli . Ainfi , vous
me difpenferez , s'il vous plaît ,
d'extraire ici aucune de ces parti
cularitez , qui pourroient en rappeller
le fouvenir , & expofer la
réputation des Defcendans de
ceux qui ont eu part aux Mouvemens
peu réguliers , qui agitoient
alors le Royaume
Après que le Roy MajeurfutforDE
MAY. 69
ti de Paris avec la Reine , le Cardinal
raporte quelques Anecdotes affés
intereffantes de la vie de Monfieur de
Turenne,qui je crois , feront plaifir
à tout le monde , & que j'ai choifies
entr'une infinité d'autres , auffi agréables
& auffi intereffantes en
elles-mêmes , mais non pas, eu égard
aux Perfonnes qui fontfur la Scéne,
ni aux Circonftances qui les ont fait
naître. La Reine , dit-il , ne quita
pas la voye de la Négociation ,
dans le moment même qu'elle projettoit
de prendre celle des Armes .
Gourville alloit & venoit du côté
de M. le Prince. Berte vint à Paris
pour gagner Mr de Bouillon,
Mr de Turenne & moi. Cette Scéne
eft affez curieufe pour s'y arrêter
plus long-tems . Jevous ai déja
dit que Mr de Turenne & Mr de
Bouillon étoient féparés de M. le
Prince : Ils vivoient l'un & l'autre
d'une maniere fort retenue dans
Paris , & à la réferve de leurs amis
particuliers , peu de gens les voyoient
: J'étois de ce nombre , &
70 LE MERCURE
comme j'en connoiffois autant que
perfonne , le mérité & le poids , je
n'oubliai rien pour le faire connoître
à MONSIEUR & pour obliger.
les deux freres à entrer dans fes interefts,
L'averfion naturelle qu'il
avoit pour l'Aîné , fans fçavoit trop
pourquoi , l'empécha de faire ce
qu'il fe devoit à foi-même en cette
rencontre , & le mépris que le Cadet
avoit pour lui , fçachant tresbien
pourquoi , n'ayda pas au fuccés
de ma Négociation. Celle
de Berte qui arriva juſtement à Paris
dans cette conjoncture , fe trouva
commune entre Mr de Bouillon
& moi , par la rencontre de Me la
Palatine, qui étoit elle-même nôtre
amie commune , & à laquelle Berte
avoit ordre de s'adreffer directement.
Elle nous affembla chez
elle , entre minuit & une heure ,
& elle nous préfenta Berte , qui
aprés un torrent d'expreffions Gafconnes
nous dit la Reine
qui étoit réfoluë de rappeller le
Cardinal Mazarin
?
que
› n'avoit pas
DE MA Y.
voulu éxécuter fa réfolution , fans
prendre nos avis , & c. Mr de Bouil-
Ton qui me jura une heure aprés,
en préfence de Me la Palatine
qu'il n'avoit encore jufques - là
reçû aucune propofition , au moins
formée de la part de la Cour , me
parut embaraffé ; mais il s'en démefla
à fa maniere , c'eſt-à-dire ,
en homme qui fçavoit mieux qu'au
cun que j'aye jamais connu , parler
le plus , quand il difoit le moins.
Mr de Turenne , qui étoit plus laconique,
& dans la vérité beaucoup
plus franc , fe tourna de mon côté
& il me dit , je crois que Mr Berte
và tirer par le Manteau , tous les
gens en Manteau noir qu'il trouve
dans la ruë , pour leur demander
leur opinion , fur le retour de
Mr le Cardinal ; car je ne vois pas
qu'il y ait plus de raifon à la de
mander àMONSIEUR à mon frère &
à moi , qu'à tous ceux qui ont paffé
aujourd'hui fur le Pont-Neuf. Il
y en a beaucoup moins à moi , lui
répondis-je Car , il y a des gens
72 LE MERCURE
qui ont aujourd'hui paffè fur le
Pont- Neuf , qui pourroient donner
leur avís fur cette matiere , &
la Reine fçait bien que je n'y puis
jamais entrer. Berte me répartie
brufquement , & le Chapeau M ,
qu'on vous a promis , que deviendra
-t-il ? Ce qu'il pourra lui disje
? Et que donnerez - vous à la
Reine pour ce Chapeau , ajouta-til
Ce que je lui ai dis cent & cent
fois , répondis-je ? je ne m'accommoderai
point avec M. le Prince ,
fi l'on ne révoque pointmaNomination.
Je m'y accommoderai demain ,
& je prendrai l'Echarpe Ifabelle * fi
l'on continue feulement à m'en mécouleur
de nacer. La converfation s'échauffa ;
ceux du & nous en fortîmes toutefois affés
parti deM.
le Prince ; bien. M. de Bouillon ayant remarcon
me la qué comme moi , que l'ordre de
cit deccux Berte étoit de fe contenter de ce
du partidu que j'avois dit mille fois à la Reine
C.Mazarinfur ce fujet ,en cas qu'il n'en pût
tirer davantage. Pour ce qui étoit
de M. de Bouillon & de M. de
Turenne , la confultation fut bien
C'étoit la
vette l'é
plus
C
DE MAY.
73
plus longue ; je dis confultation ,
parce qu'il n'y avoit rien de plus
ridicule que de voir un petit Bafque
, homme de rien, entreprendre
de perfuader à deux des plus grands
Hommes du monde , de faire la
plus fignalée de toutes les fotifes
, qui étoit de fe déclarer pour
le C. Mazarin , avant que d'avoir
pris aucunes mefures avec la
Cour. Ils ne le crurent pas ,ils en pri.
rent de bonnes bien-tôt aprés .L'on
promit à Mr de Turenne le Commandement
des Armées, & l'on affu
ra à M'de Bouillon la récompenfe
immenfe , qu'il a tirée depuis , de
Sédan. Ils ûrent la bonté de
me confiér leur accommodement
quoique je fuffe des Partis contraires
, & il fe rencontra par l'événement
, que cette confiance leur
valut leur liberté. MONSIEUR qui
fut averti qu'ils alloient trouver le
Roy , & qu'ils devoient fortir de
Paris à fel jour & à telle heure , me
dit, comme je revenois de leur faire
mes adieux, qu'il les falloit arrêter,
May 1717.
G
74
LE MERCURE
& qu'il en falloit donner l'ordre au
Vicomte d'Hoftel Capitaine de
fes Gardes. Jugez , je vous prie ,
en quel embarras je me trouvai ,
en faifant réfléxion d'un côté fur
le jufte fujet que l'on auroit de
croire , que j'aurois trahi le fécret
de mes amis , & de l'autre , fur le
moyen, dont je pourrois me fervir ,
pour empêcher MONSIEUR d'éxé-
-cuter ce qu'il venoit de réfoudre. Je
combatis d'abord la vérité de l'avis
qu'on lui avoit donné : Je lui repréfentai
les inconveniens d'offencer
fur des foupçons , des gens de
cette qualité & de ce mérite ; &
comme je vis qu'il croyoit fon
avis tres-fûr , comme il l'étoit en
effet , & qu'il perfiftoit dans fon
deffein , je changeai de ton , & je ne
fongeai plus qu'à gagner du tems,
pour leur donner à eux -mêmes ,
celui de s'évader. La fortune favorifa
mon intention . Le Vicomted'Hoftel
que l'on chercha , ne fe trouva
point. MONSIEUR s'amufa à con
fidérer une Médaille que Brunneau
DE MAY.
75
lui apporta tout- à- propos , & j'u
le tems de mander à M'de Turenne
par Varennes qui me tomba fous
la main , comme par miracle , de .
fe fauver , fans perdre un moment .
Le Vicomte d'Hoftel manqua ainſi
lesz freres,de deux ou trois heures .
Le chagrin de MONSIEUR n'en dura?
guéres davantage . Je lui dis la chofe
, comme elle s'étoit paffée , cinq
ou fix jours aprés , l'ayant trouvé:
en bonne humeur. Il ne m'en voulut
point de mal' ; iût même la
bonté de me dire , que fi je m'en
fuffe ouvert à lui dans le rems ,
il ût préféré à fon interêt, celui que
j'y avois , fans comparaifon plus
confidérable , par la raifon du fécret
qui m'avoit été confié . Cette
avanture ne nuifit pas , comme vous
pouvés croire, à conferver la vieille
amitié , qui étoit entre Mr de Turenne
& moi .
Rien n'eft plusnaïf && mieux circonftancié
que le détail qu'ilfait de
fa détention & de fon féjour dans
les Prifons de Vincennes : Je fini-
Gij
76 LE MERCURE
le
rai cette Lettre par cet Extraif,
je vous envoyerai dans la prochaine
, l'Hiftoire entiere de fafuite
à Nantes , & tout ce qui fuivitfon 6-
wafion jusqu'à fon arrivée en Italie.
Comme j'entrois dans
Louvre , Mi d'Hocqueville , qui
fe promenoit dans la Cour , me
joignit à la defcente de mon caroffe ;
il vint avec moi chez Me la Maréchalle
de Villeroy , où j'allai
attendre qu'il fut jour chez le Roy.
Il me quitta pour aller en haut , où
il trouva Montmmege qui lui dit ,
que tout le monde difoit que j'allois
être arrêté. Il defcendit en diligence
pour m'en avertir & pour
me faire fortir par la cour des Cuifines
qui répondoit justement à
l'Appartement de Mr de Villeroy.
Il ne m'y trouva plus , mais il ne
m'y manqua que d'un moment ,
& ce moment m'eut infailliblement
donné la liberté. Je fus arrêté dans
P'Antichambre de la Reine par M
de Villequier qui étoit Capitaine
des Gardes de Quartier , & conduit
DE MAY .
77
dans un Appartement , où les Offi.
Giers de la Bouche m'apporterent
à diner. On trouva tres-mauvais
à la Cour , que j'cuffe bien mangé,
tant l'iniquité & la lâcheté des
Courtifans eft extréme. Je ne trou
vai pas bon que l'on m'eut fait re
tourner mes poches , comme on
fait aux Coupeurs de bourfes. Mr
de Villequier ût ordre de faire cerre
cérémonie qui n'étoit pas ordinaire.
L'on n'y trouva qu'une
Lettre du Roy d'Angleterre , qui
me chargeoit de tenter du côté de
Rome , i l'on ne pouvoit pas lui
donner quelque affiftance d'argent.
Ce nom de Lettre du Roi d'Angleterre
fe répandit dans toute la
baffe cour. Il fut relevé par un
Homme de Qualité, au nom duquel
je me crois obligé de faire
grace , à la confidération de l'un
de fes freres qui eft de mes amis.
Il crut faire fa cour , de le glofer
d'une maniere qui fut odieufe. Il
fema le bruit , que cette Lettre
étoit du Protecteur. Quelle baf
Gjij
78
LE
MERCURE
feffe ! L'on me fit paffer fur les
trois heures toute la grande Galerie
du Louvre , & l'on me fit defcendre
par le Pavillonde MADEMOI.
SELLE . Je trouvai un caroffe du Roy
danslequel Mr de Villequier monta
avec moi & cinq ou fix Officiers
des Gardes du Corps . Le caroffe
fit douze ou quinze pas du côté de
la Ville , mais il tourna tout d'un
coup à la Porte de la Conférence.
Il étoit escorté par Mr le Maréchal
d'Albret ; à la tête des Gensd'armes
, pár Mr de Vauguyon , à
la tête des Chevaux- Legers , & par
Mr de Venne Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes , qui
commandoit huit Compagnies ....
J'arrivai à Vincennes entre huit &
neufheures du foir , & Mr le Maréchal
d'Albret m'ayant demandé
à la defcente du caroffe , fi je
n'avois rien à faire fçavoir au Roy.
Je lui répondis, que je croirois manquer
au refpect que je lui devois ,
i je prenois cette liberté. L'on me
amena dans une grande Chambre ,
DE MAY 79
où il n'y avoit ni Tapifferieni Lit.
Celui qu'on y apporta fur les onze
heures du foir , étoit de Taffetas de
la Chine , peu propre pour un ameublement
d'hiver. Je dormis
tres-bien , ce que l'on ne doit pas
attribuer à fermeté , parce que le
malheur fait naturellement cet ef
fet en moi : J'ai éprouvé en plus
d'une occafion , qu'il m'éveille le
le jour , & m'affoupit la nuit. Ce
n'elt pas force , car je l'ai connu
aprés que je me fuis bien éxaminé
moi-même , parce que j'ai fenti
que ce fommeil ne vient que de
l'abbattement où je fuis , dans les
momens où la réfléxion que je fais
fur ce qui me chagrine , n'eft pas
divertie par les efforts que je fais ,
pour m'en garantir. Je trouve une
fatisfaction fenfible à me dévéloper
, pour ainfi parler , moi -même ,
& à vous rendre compte des mou
vemens les plus cachez , & les
plus intérieurs de mon ame. Je fus
obligé de me lever le lendemain
fans feu , parce qu'il n'y avoit point
Gii j
Sa LE MERCURE
de bois pour en faire , & les trois
Exempts que l'on avoit mis auprès
de moi , ûrent la bonté de m'aflùrer
que je n'en manquerois pas le
lendemain. Celui qui demeura
feul à ma garde , le prit pour lui , &
je fus quinze jours , à Noël , dans
une Chambre grande comme une
Eglife , fans me chauffer. Cet
Exempt étoit Gafcon , & il avoir
été , au moins à ce que l'on difoit ,
Valet de Chambre de Mr Servien.
Je ne crois pas que l'on eut pû
trouverfous le Ciel , un autre homme
fait comme celui - là. Il me vola
mon linge , mes habits , mes fouliers
& j'étois quelquefois obligé
de demeurer huit ou dix jours
dans le lit , faute d'avoir de quoi
m'habiller. Je ne crois pas que
T'on me pût faire un traitement
pareil , fans un Ordre fuperieur ,
& fans un deffein formé de me faire
mourir de chagrin. Je m'armai
contre ce deffein & je refolu au
moins , à ne point mourir de cette
forte de mort . Je me divertis au
DE MAY. 81
Commencement , à écrire la vie de
mon Exempt , qui fans exageration
, étoit auffi fripon que Lazarille
de Tormes. Je l'accoûtumař
à ne me plus tourmenter , à force
de lui faire connoître que je ne
me tourmentois de rien. Je ne lui
témoignai jamais aucun chagrin ;
je ne me plaignis de quoi que cet
foit , & je ne lui laiffai pas feulement
entrevoir que je m'aperçûffe .
de ce qu'il difoit pour me fâcher ,
quoiqu'il ne profera pas un mot
qui ne fut à cette intention . Il fit
travailler à un petit jardin de deux
ou trois toifes , qui étoit dans la
cour du Donjon , & comme je lui
demandai ce qu'il en prétendoit fai
re , il me répondit , que fon deffein
étoit d'y planter des Afperges. Vous
remarquerés qu'elles ne viennent
qu'au bout de trois ans. Voilà une
de fes plus grandes douceurs : Il
en avoit tous les jours une vingtaine
de cette forte , je les buvois
toutes avec douceur , & cette douceur
l'effarouchoit parce qu'il >
82 LE MERCURE
difoit que je me moquois de lui ..
Cependant, mes amis fe remuoient,
M de Caumartin fit dans cette
occafion & les fuivantes , tout ce
que l'amitié la plus véritable , &
l'honneur le plus épuré peuvent
produire. Mr d'Hocqueville y redoubla
fes foins & fon zele pour
moi. Le Chapitre de N. D. fittous
les jours chanter une Antienne
publique &expreffe pour ma
liberté: Aucun des Curés ne me
manqua, à la referve de celui de
Saint Barthelemi..La Sorbonne fe
fignala ; il y ût même beaucoup
de Religieux qui fe déclarerent.
M'de Châlons échauffoit les coeurs
& les efprits , par la réputation
& par fon éxemple . Ce foulévement
obligea la Cour à me faire trai.
ter un peu mieux que dans les
commencemens : On me donna
des Livres , mais par compte &
fans papier, ni encre , & l'on m'accorda
un Valet de Chambre & un
Médécin ; à propos de quoi , je fuis:
bien aife de ne pas omettre une:
DE MAY.
183
circonftance qui eft
remarquable.
Ce Médecin qui étoit homme de
mérite & de
réputation , & qui
s'appeloit
Vacherot , me dit lejour
qu'il entra à
Vincennes , que Mc
de
Caumartin l'avoit chargé de me
dire , que Goifel , un Avocat qui
avoit prédit la liberté de Mr de
Beaufort , l'avoit affûré que j'aurois
la mienne dans le mois deMars,
mais qu'elle feroit
imparfaite , &
que je ne l'aurois entiére & pleine
qu'au mois d'Aouft. Le préfage
fe trouva vrai dans toutes les circonftances.
Je
m'occupai fort à
l'étude dans le cours de ma Priſon
de
Vincennes , qui dura quinze
nois , & au point que les jours ne
me
fuffifoient pas , & que j'y employois
même les nuits ; je fis unė
étude
particuliére de la Langue
Latine , qui me fit connoître , que
l'on ne peut jamais trop s'y appliquer
, parce que c'eft une étude
qui comprend toutes les autres....
Mon Exempt n'oublia rien pour
troubler la tranquilité de mes étu ~
8.4
LE MERCURE
des , & pour tenter de me donner
du chagrin. Il me dit un jour , que
le Roy lui avoit commandé de me
faire prendre l'air , & de me méner
fur le Donjon ; comme il crut
que
que j'y avois du divertiffement
,
il m'annonça avec une joye qui
paroiffoit dans les yeux , qu'il avoit
reçû un Contr'ordre . Je lui répondis
qu'il étoit venu tout -à-propos,
parce que l'air qui étoit trop vif
audeffus du Donjon , m'avoit fait
mal à la tête. Quatre jours après,
il me propofa de defcendre au Jeu
de Paume , pour y voir jouer mes
Gardes , je le priai de m'en difpenfer
, parce qu'il me fembloit
que l'airy devoit être trop fubtil ,
il m'y força , en me difant que le
Roy qui avoit plus de foin de ma
fanté que je ne croyois , lui avoit
commandé de me faire faire éxercice
. Il me pria de l'excufer à fon
tour de ce qu'il ne m'y faifoit
plus defcendre , pour quelque confidération
( ajouta- t- il ) que je ne
vous puis dire. Je m'étois mis ,
pour
>
DE MAY.
85
pour dire le vrai , affés audeffus
de ces petites chicannes , qui ne
me touchoient point dans le fond ,
& pour lesquelles je n'avois que
du mépris Mais , je vous confeffe
que je n'avois pas la même
fupériorité d'ame pour la fubftance
de la Priſon ( fi l'on peut fe fervir
de ce terme ) & la vûë de me
trouver tous les matins en me réveillant
, entre les mains de mes
Ennemis , me faifoit fentir que je
n'étois rien moins que Stoïque.
Ame qui vive ne s'apperçût de
mon chagrin ; mais , il fut extreme
par cette raison : Car , c'est un effet
de l'orgueil humain , & je me
fouviens que je me difois vingt
fois le jour , à moi-même , que la
Prifon d'Etat étoit le plus fenfible
de tous , fans exception . Vous avez
déja vû que je divertiffois mon ennui
par mon étude , j'y joignis
quelquefois du relâchement. J'avois
des Lapins fur le haut du Donjon
; j'avois des Tourterelles dans
une des Tourelles ; j'avois des
May 1717.
H
36 LE MERCURE
,
Pigeons dans l'autre . Les continuelles
inkances de l'Eglife de
Paris faifoient,que l'on m'accordoit
de tems en tems de petits divertiffemens
; mais on les troubloit
toujours par mille defagrémens.
Ils ne laiffoient pas de m'amufer ,
d'autant plus agréablement , que
je les avols auffi prévûs mille
& mille fois , en faifant réfléxion
à quoi je pourrois m'occuper , s'il
m'arrivoit jamais d'être arrêté. Il
n'eft pas concevable , combien l'on
fe trouve foulagé , quand l'on rencontre
dans les malheurs où l'on
tombe , les confolations , quoique
petites , que l'on s'y eft imaginé
par avance. Je ne m'occupois pas
fi fort à ces diverfions , que je ne
fongeaffe avec une extréme application
à me fauver , & le commerce
que j'û toujours au dehors
& fans difcontinuation , me donnoit
lieu d'y pouvoir penfer , &
avec efpérance & avec fruit. Nous
.imaginâmes , mon Médecin & moi,
une voye , par le moyen d'un
DE MA Y. 87
Garde que Mede Pommereüil avoit
gagné , pour me tirer de Priſon
qui ne manqua , que parce qu'il
ne plut pas à la Providence de la
faire réuflir. J'avois remarqué dans
le tems qu'on me ménoit fur la
Tour , qu'il y avoit tout au haut
un creux , dont je n'ai jamais pû
deviner l'ufage ; Il étoit plein à
demi ; mais , on pouvoit y def
cendre , & s'y cacher. Je pris fur
cela , la penſée de choisir le tems
que mes Gardes feroient allez dîner
, & que Carpentier ( c'étoit
le Garde gagné par Me de Pommereüil
) feroit de jour , pour enyvrer
fon Camarade qui étoit un
vieillard qui tomboit comme mort,
dés qu'il avoit bû deux verres de
vin ; ce que nous avions éprouvé
plus d'une fois : Je réfolus de me fervir
de ce moment , pour monter au
haut de la Tour , fans que l'on s'en
apperçût , & pour me cacher dans
ce trou , avec quelques pains &.
quelques bouteilles d'eau & de
vin. Carpentier convenoit de la .
Hij
88 LE MERCURE
facilité de ce premier pas , qui étoit
d'autant plus aifé , que les deux
Gardes qui le devoient relever , a–
vecfon Camarade, avoient toujours
eu l'honêteté de ne pas entrer dans
ma Chambre , & de demeurer à
la porte , jufqu'à ce qu'ils puffent
juger que je fuffe éveillé , car , je
m'étois accoûtumé à dormir l'aprés
midi , on plûtôt à faire femblant
de dormir. Ce n'eft pas qu'il ne
leur fut ordonné de ne me jamais
laiffer feul ; mais , il y a toujours
des gens plus honnêtes les uns
que les autres. Carpentier devoit
attacher des cordes à la fenêtre de
la Gallerie , par laquelle M. de
Beaufort s'étoit fauve,& jetter dans
le Foffe ,une Machine de Tiffus ,
que M. Vacherot avoit travaillée
dans fa Chambre , la nuit , par le
moyende laquelle on eut pû croire
que je me fuffe élevé audeffus de
la petite Muraille que l'on y avoit
faite , depuis la fortie de M. de
Beaufort. Il devoit en même tems ,
donner l'alarme , comme s'il m'aDE
MAY. 89
voit vû paffer dans la Gallerie ,
& montrer fon Epée teinte defang ,
comme fi même il m'eut bleffé en
me pourfuivant. Toute la ' Garde
fut accourue au bruit , on eut trouvé
les cordes à la fenêtre , l'on cut
vû la Machine & du fang dans le
Folle , huit ou dix Cavaliers euffent
paru, le piftolet à la main , dans le
Bois comme pour me recevoir.
Il y en eut ûun qui feroit forti des
Portes avec une Calote rouge fur
la tête ; ils fe feroient feparez , &
celui qui eut û la Calore rouge ,
auroit tiré du côté de Mézieres.
On eut tiré le Canon à Mézieres
trois ou quatre jours aprés, comme fr
j'y fuffe effectivement arrivé. Qui
eut pû s'imaginer que je fuffe encore
dans la Tour ? L'on n'eut pas
manqué de lever la Garde dans le
Bois de Vincennes & de n'y laiffer
que des Mortes-payes ordinaires ,
qui euffent fait voir pour deux fols,
à tout Paris , & la fenêtre & les
cordes , comme ils firent , celles dé
M. de Beaufort. Mes amis y fuffent
Hiij.
90. LE MERCURE
venu par curiofité , comme tous
les autres , ils m'euffent habillé en
Femme , en Moine , comme il vous
plaîras & j'en fuffè forti fans qu'il
y eut û feulement ombre de foupçon
, ni de difficulté . Cet expédient
eft fi extraordinaire
qu'il
en paroît impoffible. Il étoit néanmoins
facile , & je fuis convaincu
qu'il auroit réüffi , fi un Garde
appelé Lefcarmoufte , ne l'eut rompu
, par ,un Incident que la pure
fortune y jetta. L'on l'envoya à
la place d'un autre qui tomba malade
; & comme c'étoit un homme
dur , jufques- là , qu'il me dit , le
foir en bonne amitié , qu'il m'étrangleroit
, fi S. M. le lui commandoit
;, il dit même à l'Exempt ,
qu'il ne concevoit pas comme il
ne faifoit pas mettre une porte
à l'entrée du petit Efcalier , qui
monte à la Tour : Elle y fut placée
le lendemain au matin ; & ainfi mon
entrepriſe fut rompuë. Je ne fortis
du Château de Vincennes , que
pour être transféré à celui de NanDE
MAY. 91
tes , &c. Je finis ce long Extrait
en vous affûrant , & c.
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Résumé : SUITE DES MEMOIRES DE Mr LE CARDINAL DE RETZ. De Luneville, le 25 Avril.
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