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1
p. 68-69
MEMOIRE.
Début :
On a oublié dans les Mercures precedens d'avertir le [...]
Mots clefs :
Mémoire, Mercures, Divertissement pastoral, Fête champêtre, Musique, Christophe Ballard, Imprimeur
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE.
MEMOJRË,ltil • I.M*
On a oubliédans lesMercures
precedensd'avertir.le
public quel'onvient, d'imprimer
unpetitiDiv^ertif-;
sementpastoral enmusque,
intitulé, LaMusette,
c&UsB(seSurêne.C'est
une petitefête champêtre,,
oùlecaractere de lamusique
pastorale est parfairement
observé
,
& dont la ,fîmplici[é'/ étudiée ne dcplaîtpointaux
connoisseurs.
Il se vend chez ChristopheBallard,
seulImprimeurdu
Roy pour la Muoc!.
dique,ruë. saint Jean jdç'
nBrauavasis
On a oubliédans lesMercures
precedensd'avertir.le
public quel'onvient, d'imprimer
unpetitiDiv^ertif-;
sementpastoral enmusque,
intitulé, LaMusette,
c&UsB(seSurêne.C'est
une petitefête champêtre,,
oùlecaractere de lamusique
pastorale est parfairement
observé
,
& dont la ,fîmplici[é'/ étudiée ne dcplaîtpointaux
connoisseurs.
Il se vend chez ChristopheBallard,
seulImprimeurdu
Roy pour la Muoc!.
dique,ruë. saint Jean jdç'
nBrauavasis
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2
p. 266-267
« J'ai lû depuis peu quelques-uns des premiers Mercures [...] »
Début :
J'ai lû depuis peu quelques-uns des premiers Mercures [...]
Mots clefs :
Morts, Mariages, Liaisons, Mercures
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texteReconnaissance textuelle : « J'ai lû depuis peu quelques-uns des premiers Mercures [...] »
J'ay lu depuis peu quelques..
uns des premiers Mercures
qu'on ait faits, pour y prendre
à proportion de l'obligation
que je veux leur avoir, 1Arc
ddeeppaaffffcerrlléécgyecrfelcmrneennttdd'i'dinneemMa3--
tière à une autre. J'y ay en er-c
set trouvé des raifonnerncnsJi
qui m'ont quelque fois donnée
l'idée dece que je devoisl
dire; mais fauf le repect que
je dois àla memoire du pre
mier Auteur de ce Livre, je
i A" n'ay pas encore pu siaccosi
tumer à le voirpasser, de l'atf
cicle des Mariages à celuy de:
Morts, sans regarder son discours
comme un faut qu'il fait
faire à l'imagination: La
mienne Pest effrayée du péril
où elle se précipitoit immediatement
après avoir lû le plus
agréable chapitre du Mercure,
& ses reflexions faites, elle mà
conseillé pour dédommager
le Lecteur, ennuyéde tant de
billets d'enterrement, de ne
mettre doresnavant l'article
des Mariages qu'à la suite de
l'article des Morts.
uns des premiers Mercures
qu'on ait faits, pour y prendre
à proportion de l'obligation
que je veux leur avoir, 1Arc
ddeeppaaffffcerrlléécgyecrfelcmrneennttdd'i'dinneemMa3--
tière à une autre. J'y ay en er-c
set trouvé des raifonnerncnsJi
qui m'ont quelque fois donnée
l'idée dece que je devoisl
dire; mais fauf le repect que
je dois àla memoire du pre
mier Auteur de ce Livre, je
i A" n'ay pas encore pu siaccosi
tumer à le voirpasser, de l'atf
cicle des Mariages à celuy de:
Morts, sans regarder son discours
comme un faut qu'il fait
faire à l'imagination: La
mienne Pest effrayée du péril
où elle se précipitoit immediatement
après avoir lû le plus
agréable chapitre du Mercure,
& ses reflexions faites, elle mà
conseillé pour dédommager
le Lecteur, ennuyéde tant de
billets d'enterrement, de ne
mettre doresnavant l'article
des Mariages qu'à la suite de
l'article des Morts.
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Résumé : « J'ai lû depuis peu quelques-uns des premiers Mercures [...] »
L'auteur lit des numéros anciens du Mercure pour s'inspirer. Il trouve des raisonnements utiles mais peine à passer des mariages aux décès. Pour éviter l'ennui, il décide de placer les mariages après les décès afin de dédommager le lecteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 182-184
Tous les Mercures Galants depuis 1677. jusqu'à 1710. où ils se vendent. [titre d'après la table]
Début :
On trouvera chez le sieur Saugrain, Libraire à Paris, Quay [...]
Mots clefs :
Libraire, Mercures, Campagnes
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texteReconnaissance textuelle : Tous les Mercures Galants depuis 1677. jusqu'à 1710. où ils se vendent. [titre d'après la table]
On trouvera chez le sieur
Saugrain
,
Libraire à Paris,
Quay des Augustins à la Fleur
de Lis, tous les Mercures Galants
depuis 1677. qu'ils ont
commencez d'estre imprimez,
ju fques &compris le mois de
May 1710. soit de fuite, soit
par années, ou parmoisséparez.
Il vendra ceux reliez en
veau dix fois,ceux en parchemin
huit sois, & en feüilles
,
six fois. Il a aussi toutes les
Campagnes, Sieges, Journaux
extraordinaires &autres pieces
imprimés pendantles dernieres
guerres. Ceux quienontdéjà
trouveront parcetteoccasion,
le moyen de par faire cc qu'ils
ont, d'autres ne seront pas fâchez
de se faireà bon marché
Acs cabinets de Livres aussicurieux,
interessans & remplis de
bonnes pieces que le font les
Mercures. Le même Libraire
vend trois Livres nouveaux
jntirule';( Les Campagnes de
M le Duc de Vendosme, in
douze, cinquante fois; La Vie
de Dom Pierre leNain, ancien
Sous Prieur del'Abbaye dela
Trappe, où il est mort en
odeur de sainteté
,
aprés45.
années de la plus austere pcni
tence, in douze, quarantecinq
fois; & un nouveau Traité du
Commerce,très utileauxMarchands,
Banquiers, Agens d
Change, & Gens d\jffdires|
in douze, deux Volumes, quatre
livres dix fois.
Saugrain
,
Libraire à Paris,
Quay des Augustins à la Fleur
de Lis, tous les Mercures Galants
depuis 1677. qu'ils ont
commencez d'estre imprimez,
ju fques &compris le mois de
May 1710. soit de fuite, soit
par années, ou parmoisséparez.
Il vendra ceux reliez en
veau dix fois,ceux en parchemin
huit sois, & en feüilles
,
six fois. Il a aussi toutes les
Campagnes, Sieges, Journaux
extraordinaires &autres pieces
imprimés pendantles dernieres
guerres. Ceux quienontdéjà
trouveront parcetteoccasion,
le moyen de par faire cc qu'ils
ont, d'autres ne seront pas fâchez
de se faireà bon marché
Acs cabinets de Livres aussicurieux,
interessans & remplis de
bonnes pieces que le font les
Mercures. Le même Libraire
vend trois Livres nouveaux
jntirule';( Les Campagnes de
M le Duc de Vendosme, in
douze, cinquante fois; La Vie
de Dom Pierre leNain, ancien
Sous Prieur del'Abbaye dela
Trappe, où il est mort en
odeur de sainteté
,
aprés45.
années de la plus austere pcni
tence, in douze, quarantecinq
fois; & un nouveau Traité du
Commerce,très utileauxMarchands,
Banquiers, Agens d
Change, & Gens d\jffdires|
in douze, deux Volumes, quatre
livres dix fois.
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4
p. 55-68
LETTRE de M. aux Auteurs du Mercure.
Début :
L'honneur que vous m'avez fait depuis long-tems, Messieurs, de m'admettre [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Opéra, Ouvrages, Ouvrage, Contes, Pièces fugitives, Lettres, Esprit, Immortalité, Article, Estime, Réputation, Auteurs, Extraits, Talents, Intérêt, Mercures
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. aux Auteurs du Mercure.
LETTRE de M. aux Auteurs du Mer-
'Honneur que
Llong-tems
cure.
vous m'avez fait depuis
Meſſieurs , de m'admettre
dans votre amitié , l'intérêt que je prends
à tout ce qui vous regarde & la joye que
j'ai reſſenti de voir le Mercure de France
entre vos mains , m'obligent à vous dire
avec verité mon avis ſur cet ouvrage , que
j'ai toujours lû avec beaucoup d'attention
& preſque toujours avec beaucoup deplaifit
depuis que le public en eſt redevable
à vos foins ; il me ſemble que vous devez
être reconnoiſſans à l'égard du public , car
il eſt content de vous & j'entends dire generalement
de votre ouvrage à-peu-près ce
que vous devez ſouhaiter qu'on en dife. On
rend juſtice au choix des piéces fugitives que
vous inferez , on vous ſçait gré même des
amis que vous avez, & en acquerant la con .
fiance de pluſieurs Ecrivains illuftres dont
vous avez obtenu des ouvrages , dont vous
avez tû ou déguiſe les noms , mais dont
vous n'avez pu cacher les talens , vous avez
rendu aux amateurs des Lettres un ſervice
dont ils ne font point ingrats. On eft con-
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
tent auſſi des extraits que vous donnez de
quelques ouvrages nouveaux , & on les
trouve faits de façon qu'on aimeroit que
vous en fiffiez davantage ; voilà , Meſſieurs
biendes choſes flateuſes pour vous j'ai
cru devoir commencer par vous les dire ,
premierement parce qu'elles font vraies ,
ſecondement pour vous faire fentir que la
reconnoiſſance que vous devez aux bontés
du public doit redoubler vos efforts pour
vous les affürer & enfin pour vous préparer
ut pueris dant Crustula , au correctif qui
va ſuivre mes louanges.
Je ne vous parlerai pas de votre premier -
Mercure donné en Novembre 1744 , où
le récit des Fêtes pour la convalefcence &
le retour du Roi fourmilloit de phraſes
louches & de termes déplacés. Il ſeroit injuſte
de vous rappeller cette premiere erreur
qu'on a aiſement pardonnée aux embarrasde
votre inſtallation dans le métier d'hoanêtes
Journaliſtes. D'ailleurs le Mercure de
Fevrier qui contient une Deſcription convenable
des Fêtes de Verſailles à l'occaſiondu
mariage de Monſeigneur le Dauphin a prouvéque
vous ſçaviez vous corriger , & c'eſt en
partant de ce dernier principe applicable à
tous les bons eſprits , que je vais vous donner
fincerement quelques conſeils qui , je
crois, peuvent vous être utiles , vous avez
AOUST 1745 . 57
donnédeux petits contes de Fées partagés &
diſtribués dans quatre differens volumes.
Cette coupure a déplu à beaucoup de gens ,
mais je ne ſuis pas de ce nombre & lorfque
la deuxième partie d'un conte n'eſt
pas moins intereſſante que la premiere j'approuve
affés qu'on ne les donne pas en même
tems ,mais vos contes ne font pas dans
ce caslà ; & entre nous la derniere partie
ne vaut pas grand choſe. Je ſerois bien faché
de déplaire aux Auteurs ou Autrices
qui vous ont confié ces petits ouvrages ,
ils font pleins de goût , de délicateffe & de
naturel ; à vous dire le vrai , je ne parle là
que des deux premieres parties que j'ai
trouvé également ingenieuſes & intéreſſantes
; la ſuite ne m'a pas fait la même impreſſion
, & j'ai dit à chaque fois. Definit in
piſcem mulierformoſa ſuperne.
Deformais quand les contes qu'on vous
envoyera n'auront que la premiere moitié
de bonne , contentez vous de promettre la
deuxiéme & ne tenez jamais parole , il vaut
mieux tromper le public que l'ennuyer , ce
dernier crime eft capital , l'autre n'eſt pas
un grand peché & c'eſt tout au plus ce que
les Caſuiſtes appellent un menſonge officieux.
Hamilton a laiſſé le conte des facardins à
la moitié ; à la vérité quand on eſtan bout
du premier volume onlui ſçait fort mauvais
C
58 MERCURE DE FRANCE. T
gré de n'avoir pas fait le deuxième , mais
s'il l'avoit fait ce deuxième & qu'il l'eut
mal fait , on lui ſçauroit bien plus mauvais
gré de l'avoir donné. Je me ſouviens un
jour d'avoir été à Milan chés unDeffinateur ,
il me montra un porte-feuille de deſſeins
arrêtés dont je fus charmé. La correction ,
l'élegance , le bean faire , tout y étoit , il
ſembloit que Raphaël, Michel Ange, le Correge
euffent conduit le crayon ; furpris
d'un talent ſi admirable , je demandai à ce
Peintre ou étoient les tableaux de ces defſeins
qui me raviſſoient , où étoient ſes frefques
, & pourquoi ? &c. Il ne me repondit
rien , & me mena dans une chambre voifine
où ily avoit deux ou trois tableaux de chevalet;
je n'ai rien vu en ma vie de fi mauvais&
je ne ie cachai pas d'autant que je n'avois
garde de ſoupçonner qu'ils fuſſent de
lamainde mon excellent Deſſinateur ; ce
lui- ci fe mit à ſourire. Je vois bien , me dit
il , Monfieur , que cela vous fait horreur
vous avez raifon& je penſe comme vous
voilà pourtant mon ouvrage , & je n'ai jamais
pû faire mieux, affés habile à manier
le crayon je ne ſuis qu'un ane le pinceau à
la main , auffi je me rends juſtice ,je deſſinerai
toujours &je ne peindrai jamais , je
Jaiſſe d'affés belles compofitions à exécuter
dont ceux qui auront le talent de les exécuter
pourront profiter.
;
AOUST 1745. 59
Cet Italien étoit un homme de très bon
eſprit , &je donnerois volontiers conſeil à
pluſieurs Peintres que je connois de ſuivre
fon exemple.
Si le porte-feuille de vos contes ne contient
que de jolis plans ébauchés ; ſi vous
n'avez de bon que les premieres moitiés ,
faites comme ce Deſſinateur Milanois ,
ne montrez que le bon & enſeveliſſez le
reſte dans votre arriere attelier ; le mieux
ſeroit d'avoir des contes qui fuſſent bons
d'un bout à l'autre. N'épargnez rien pour
cela; quand ils ſeront courts &bons , donnez
les tout entiers : quand ils ſeront bons
ſans être courts donnez les en deuxfois:quand
ils ne feront bons qu'en partie comme
ceux que vous avez donnés, gardez le ſecret
furla mauvaiſe moitié & ne vous faites pas
fcrupule de ne donner au public que ce
qui pourra l'amuſer. En voila aſſes ſur cet
article & peut être en trouverez vous trop ,
mais faites de mes avis ce que je vous propoſe
de faire de vos contes. Trayez ce qui
vous convient &feparez, Tollenda relinquendis.
د
Il y a dans vos Mercures une choſe qui
mécontente beaucoup de ceux qui vous confient
leurs productions , c'eſt une quantité
prodigieuſe de fautes d'impreſſion qui défigurent
ſouvent les phrases eſtropient les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Vers & alterent ou obſcurciſſent les penſées.
Revoyez vos épreuves avec ſoin,& changez
d'Imprimeur ſi vous m'en croyez. Je trouve
encore que vous manquez quelquefois d'économie
dans la diſtribution de vos pieces
fugitives. Il y avoit par exemple dans un
de vos derniers Mercures deux petits ouvrages
de morale ſur les femmes , cela devoit
être en deux volumes differens , ou dumoins
cela me paroîtroit mieux arrangé de
la forte , mais ce ne ſont pas-là des fautes
bien importantes , celle que je vais vous
reprocher eſt plus grave , elle eſt dans le
Mercure de Mai qui vient de paroître, &je
parie que vous devinez vous même dequor
je veux parler. Il ne ſe peut pas que vous
ne ſentiez combien l'Hiſtoire de Mademoifelle
Goton & de Monfieur le Gris eſt déplacée
dans un receuil que vous devez compoſer
d'ouvrages affés bons pour donner
envie à ceux qui ont auſſi bien où mieux ,
de vous confier les leurs , je ſçais que le
méchant petit morceau dont je parle eſt
Pouvrage ou l'erreur d'un homme de beaucoup
d'eſprit , mais en vous difant à vous ,
Meſſieurs , que ce ton là ne doit pas être
dans l'harmonie du Mercure , je prends la
liberté de dire à l'Auteur que ce n'eſt pas
là fon genre , plaiſanterie a part , ce genre
la , fi c'en eft un'; connu & créé par les
étrennes de la faintJean ,a épuisé en naif
AOUST 1745 . 61
fant toute la perfection & le ſuccès dont if
étoit fufceptible , c'eſt un monſtre qui ne
pouvoit pas vivre , dont l'organiſation ridicule
étoit bonne à montrer à la foire pendant
qu'il vivoit , mais dont les eftampes.
ne ſe vendront pas cher. Gardez vous donc
biende jamais inferer dans votre recueildes
piéces de cet acabit quelque plaiſantes quelles
puſſent étre.
Voilà tout ce que j'ai à vous dire fur vos
piéces fugitives , je vousen dirai preſqu'autant
ſur les autres diviſions du Mercure ;
quant aux extraits nous ferons bien-tot
d'accord, je les trouve très-bien fans flaterie
& fans caufticité , ils font bien connoftre
le livre dont vous parlez , & ils montrentque
vous le connoiſſez bien vous-même,
ce qui n'eſt pas un petit mérite ; n'en parlons
plus , car on dit qu'ici bas la louange
eſt fade.
L'éloge eſt un parfum reſervé pour les Dieux ;
En paſſant à l'article des Spectacles
je ne ſçaurois pourtant m'empêcher de
louer les principes fur lesquels ilme paroît
que vous compoſez cet article , vous vous
contentez de rapporter les drames répreſentés
& l'accueil que leur a fait le public. C'eſt
bien fait à vous; le Mercure eſt leJournal
hiſtorique , & non pas le tribunal critique
despiécesde théâtre,je ſçais bien qu'en pareil
62 MERCURE DE FRANCE.
cas , l'extenſiondu droit eſt tentante & je
vous eſtime fort de vous en défendre ; fi
vous preniez une autre voye , vous feriez
obligés d'y mettre tout votre tems , ou vous
ne feriez rien qui vaille , car une bonne critique
ne ſe jette pas en moule,& après vous
être donnébien de la peine vous vous trouveriez
fort peu d'amis ; vous faites donc très
bien devous borner à applaudir avec le public&
à nommer ſeulement ce qu'il n'a pas
applaudi , & fur cet article je n'aurois rien
du tout à vous dire , fi en quelque cas particulier
vous n'aviez tenu une conduite qui
n'eſt pas conſequente à vos principes que
j'approuve & eſtime fort. Pourquoi avez
vous dans un de vos Mercures traité fi
mal M. de Boiffi ? Ne rendez vous pasjuftice
à ſa probité & à fon eſprit , à fon talent
? vous auriez tort , mais vous ne l'avez
pas à cet égard ou du moins j'aime à le croire
, parce que j'aime à vous croire juſtes &
raiſonnables. Mais comment ſe peut il que
vous ayez pris de l'humeur ſur un vers de
ſa derniere comédie , où il dit que le Mer-,
cure n'eſt pas le chemin le plus aſſuréde l'immortalité.
En verité , Meſſreurs, éxigez-vous
qu'on mette le Mercure vis- à-vis de l'Iliade
? D'ailleurs quel intérêt ſi vif prenezvous
à la vie éternelle du Mercure ? cet ouvrage
eſt - il vôtre ? n'est- ce pas une compiAOUST
1745. 65
lation des ouvrages de tout le monde ,& ne
feroit- ce pas à chacun des Auteurs , qui
vous enrichiffent , à ſe recrier ſur le motde
M. de Boiſſy ? mais ce mot qui vous a tant
choqué , tout Paris , toute la France l'avoit
dit en Proſe avant M. de Boiffy , & fi j'avois
à accuſer celui-ci de quelque choſe ce
feroit de l'avoir pillé. Permettez moi de
déſaprouver beaucoup votre conduite en
cette occafion ; fi ce vers vous paroiffoit
injuſte & offenſant pour le Mercure , voici
qu'il falloit faire. 1I1l falfoit obtenir quelques
piéces fugitives de M. de Boifly , qui
fûrement en a fait de fort jolies,& alors vous
lui auriez prouvé ſans replique que leMercure
contenoit des choſes dignes de l'immortalité.
се
Enfin je n'entends pas comment vous
avez pû vous offenfer pour ſi peu , & je n'ai
pas même l'idée de la forted'immortalité que
vous prétendez par le Mercure , car il y
a pluſieurs fortes d'immortalités , comme il
ya pluſieurs manieres de vivre ici bas. Les
uns y jouiffent d'une ſanté vigoureuſe & inatérable
, les autres menent une vie languiffante
tous vivent à peu - prés le même
tems , mais non pas de la même façon. Il
en arrive ainſi dans la vie de la réputation
litteraire . Homere vit & vivra toujours dans
la ſanté la plus parfaite , je veux dire qu'on
د
64 MERCURE DE FRANCE.
ne ceffera de l'admirer comme le plus
beau genie du monde. Paufanias vit auffi ;
vous lavez lû , Meſſieurs , auſſi bien que moi
&je vous demande ce que vous en penſez .
Ce Paufanias eſt le Mercure des monumens
de la Grece. Il vit à peu-près comme vivra
notre Dictionaire des Arts : fi de tous les
ouvrages de T. Corneille , il ne paffe à la
poſtérité quecelui - là, de quelle vie croyez
vous que vivra le frere & l'imitateur de notre
ſophocle ? Si le Mercure jouit de l'immortalité
ce ſera de celle de Paufanias , c'eſt
la ſeule qu'il puiſſe eſpérer. Ainſi je ne vois
pas que ce ſoit un grand ſujet d'ambition .
D'ailleurs ce n'eſt pas à vous que s'addreſſe
le vers de M. de Boiffy , c'eſt à un homme
qui veut mettre des vers dans le Mercure.
Ce n'étoit donc pas à vous à prendre la
mouche , & de plus quand vous auriez été
fondés à vous croire bleffés , il falloit le dire
tout ſimplement , déclarer votre prétention
à l'immortalité , & ne pas vous venger
par une récrimination aigre , toujours
condamnable , & fur tout fort déplacée visà
vis d'un homme à qui ſes moeurs &fon efprit
ont acquis l'eſtime de tous les honnêtes
gens qui aiment les Lettres. Je ne ſçaurois
donc être de votre avis , ni aprouver votre
conduite avec M. de Boiffy , non plus
que celle que vous avez tenu avec unSpecAOUST
1745 . 64
tacle dont la fortune intéreſſe l'eſprit , le
coeur & les ſens de tous les honnêtes gens de
Paris . Les Décorations ſont vilaines , diresvous
, les habits ſont meſquins ; Amadis de
Grece eſt un mauvais Poëme , & l'Opéra Comique
est un Spectacle indécent. Cet Opéra
Comique étoit à l'Académie chantante
ce que font à la France les Iſles de l'Améri
que. Cultivées par des Sauvages , elles produiſent
& envoyent ici l'abondance ; nous
ne nous trouverions pas bien d'abandonner
leCanada ſous prétexte que les Canadiens
font d'un mauvais ton. Je crois auſſi que
l'Opera regrette & regrettera beaucoup fa
Colonie , car vous avez en ce moment cauſe
gagnée ; l'Opera Comique eſt ſupprimé , il
faut voir quel ſuccés & quelle durée par
conſequent aura la ſuppreſſion de ce Spectacle;
pour les trois autres points qui forment
votre grief, je ne ſçaurois étre de votre
avis. J'ai vû deux fois l'Opera plein aux
répreſentations d'Amadis , dès la j'ai cru
qu'il méritoit de plaire puiſqu'il plaiſoit ,
& c'en étoit afſés , Meſſieurs , pour que vous
n'en diſiez point de mal ; teleſt votre ſyſtême
ſage de ſuivre dans vos extraits l'avis du
Public, ſeul vrai juge de ces ouvrages qui
font bons quand il les trouve tels , puiſqu'ils
ne ſont faits que pour lui plaire,& je ne ſçais
pourquoi en cette occaſion vous vous êtes
66 MERCURE DE FRANCE.
égarés du bon chemin que vous avez fi judicieuſement
choiſi ; pour les habits & les
décorations , je ne ſçais pas ſi dans un autre
tems on a fait plus de dépenſe , je ne ſçais
pas ſi on devroit nifi on pourroit dépenfer
plus qu'on ne fait aujourd'hui , ce que je
ſçais c'eſt que j'ai vû réuflir de bons Opera
avec de vieux habits , & que j'en ai vû de
mauvais tomber malgré l'oripeau dont on les
avoit parés ; croyez , Meſſieurs , que les
Fêtes Grecques & Romaines & les deux tiers
de Dardanus réuſſiront toujours même avec
les vieux habits du tems de Lully ; il feroic
bienmalheureuxque la réputation des Poëtes&
les plaiſirs du Public dépendiſſent du
tailleur de l'Opera , mais quand il feroit
vrai que la dépenſe ſeroit meſquine , eft-ce
à vous que l'Opéra doit en rendre compte ?
eſt-ce vous que le Public & le Miniſtere ont
chargés du ſoin de ſuivre l'adminiſtration de
ce Spectacle ? Non,Meffieurs,& vous n'avez
pas été ſages de vous mêler de ce dont vous
n'aviez que faire. De plus quand vous auriez
toute la raiſondu inonde , je vous avertis
que vous aurez toujours tort vis-à-vis de
l'Opera ; vous attaquez des Syrenes & des
Fées;vous offenſez un être qui exiſte par nos
plaiſirs&par qui nos plaiſirs exiſtent.Croyez
vous en bonne foi pouvoir gagner votre procès
? Ménagez donc cette puiſſance ſi vous
AOUST 1745 . 67
m'en croyez; elle a trop d'alliés . hâtez-vous
de faire la paix avant qu'il foient armés.
Me voilà ,Meffieurs , au bout de tous les
reproches que j'avois à vous faire , il ne me
reſte qu'à vous aſſurer qu'ils me ſont dictés
uniquement par l'intérêt que je prends àvous
& à votre ouvrage , qui mérite en effet la
confideration de tous les Amateurs des Lettres
; rien ne doit être ſi doux pour eux
qu'un dépot ſûr auquel ils peuvent confier
leurs ſecrets litteraires ; vous êtes l'azile de
tous les porte-feuilles anonymes , &l'organe
par lequel les talens qui habitent les
Provinces font entendre leurs voix à Paris ,
tandis qu'en échange vous les inftruiſez de
ce que font les Muſes de la Ville & de la
Cour , d'où reſulte pour ainſi dire la circulation
de l'eſprit & des talens , auſſi néceſſaire
pour l'avancement des Lettres que la circulation
des eſpeces à l'aiſance des Citoyens ;
rien n'eſt ſi utile dans la République des Lettres
qu'un tel établiſſement , & rien n'eſt ſi
agréable pour tous les honnêtes gens que de
vous voir à la tête de cet établiſſement; vous
devez vous appercevoirde cette opinion avantageuſedu
public àvotre égard,par la quanti
téd'exemplaires que vous vendez&par leton
quevotreMercure prenddaus lemonde ; if
eſt devenu un ouvrage de bonne compagnie
&il le mérite ; amusant , inſtructif & ho
68 MERCURE DE FRANCE.
nête , il a droit à l'eſtime de tous les ordres
de lecteurs ; il ne tient qu'à vous , Meffieurs
de conſerver cette reputation & en la conſervant
vous l'augmenterez , car c'eſt le propre
de la réputation de s'accroître par ſa durée
, Vires acquirit eundo. Ce paſſagede Virgile
peut encore s'appliquer à l'étude. Plus
on travaille plus on ſe ſent le courage & la
force de travailler. Travaillez-donc , Meffieurs
, pour notre avantage & pour le votre.
Nous vous ferons utiles en proportion de ce
que vous nous ferez agréables ; votre plaifir
¬re reconnoiſſance vous aſſemblerontun
cabinet tel que celui qu'a laiſſé M. de la Roquequimeritoit
ſa fortune par l'uſage qu'il
ena fair.
'Honneur que
Llong-tems
cure.
vous m'avez fait depuis
Meſſieurs , de m'admettre
dans votre amitié , l'intérêt que je prends
à tout ce qui vous regarde & la joye que
j'ai reſſenti de voir le Mercure de France
entre vos mains , m'obligent à vous dire
avec verité mon avis ſur cet ouvrage , que
j'ai toujours lû avec beaucoup d'attention
& preſque toujours avec beaucoup deplaifit
depuis que le public en eſt redevable
à vos foins ; il me ſemble que vous devez
être reconnoiſſans à l'égard du public , car
il eſt content de vous & j'entends dire generalement
de votre ouvrage à-peu-près ce
que vous devez ſouhaiter qu'on en dife. On
rend juſtice au choix des piéces fugitives que
vous inferez , on vous ſçait gré même des
amis que vous avez, & en acquerant la con .
fiance de pluſieurs Ecrivains illuftres dont
vous avez obtenu des ouvrages , dont vous
avez tû ou déguiſe les noms , mais dont
vous n'avez pu cacher les talens , vous avez
rendu aux amateurs des Lettres un ſervice
dont ils ne font point ingrats. On eft con-
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
tent auſſi des extraits que vous donnez de
quelques ouvrages nouveaux , & on les
trouve faits de façon qu'on aimeroit que
vous en fiffiez davantage ; voilà , Meſſieurs
biendes choſes flateuſes pour vous j'ai
cru devoir commencer par vous les dire ,
premierement parce qu'elles font vraies ,
ſecondement pour vous faire fentir que la
reconnoiſſance que vous devez aux bontés
du public doit redoubler vos efforts pour
vous les affürer & enfin pour vous préparer
ut pueris dant Crustula , au correctif qui
va ſuivre mes louanges.
Je ne vous parlerai pas de votre premier -
Mercure donné en Novembre 1744 , où
le récit des Fêtes pour la convalefcence &
le retour du Roi fourmilloit de phraſes
louches & de termes déplacés. Il ſeroit injuſte
de vous rappeller cette premiere erreur
qu'on a aiſement pardonnée aux embarrasde
votre inſtallation dans le métier d'hoanêtes
Journaliſtes. D'ailleurs le Mercure de
Fevrier qui contient une Deſcription convenable
des Fêtes de Verſailles à l'occaſiondu
mariage de Monſeigneur le Dauphin a prouvéque
vous ſçaviez vous corriger , & c'eſt en
partant de ce dernier principe applicable à
tous les bons eſprits , que je vais vous donner
fincerement quelques conſeils qui , je
crois, peuvent vous être utiles , vous avez
AOUST 1745 . 57
donnédeux petits contes de Fées partagés &
diſtribués dans quatre differens volumes.
Cette coupure a déplu à beaucoup de gens ,
mais je ne ſuis pas de ce nombre & lorfque
la deuxième partie d'un conte n'eſt
pas moins intereſſante que la premiere j'approuve
affés qu'on ne les donne pas en même
tems ,mais vos contes ne font pas dans
ce caslà ; & entre nous la derniere partie
ne vaut pas grand choſe. Je ſerois bien faché
de déplaire aux Auteurs ou Autrices
qui vous ont confié ces petits ouvrages ,
ils font pleins de goût , de délicateffe & de
naturel ; à vous dire le vrai , je ne parle là
que des deux premieres parties que j'ai
trouvé également ingenieuſes & intéreſſantes
; la ſuite ne m'a pas fait la même impreſſion
, & j'ai dit à chaque fois. Definit in
piſcem mulierformoſa ſuperne.
Deformais quand les contes qu'on vous
envoyera n'auront que la premiere moitié
de bonne , contentez vous de promettre la
deuxiéme & ne tenez jamais parole , il vaut
mieux tromper le public que l'ennuyer , ce
dernier crime eft capital , l'autre n'eſt pas
un grand peché & c'eſt tout au plus ce que
les Caſuiſtes appellent un menſonge officieux.
Hamilton a laiſſé le conte des facardins à
la moitié ; à la vérité quand on eſtan bout
du premier volume onlui ſçait fort mauvais
C
58 MERCURE DE FRANCE. T
gré de n'avoir pas fait le deuxième , mais
s'il l'avoit fait ce deuxième & qu'il l'eut
mal fait , on lui ſçauroit bien plus mauvais
gré de l'avoir donné. Je me ſouviens un
jour d'avoir été à Milan chés unDeffinateur ,
il me montra un porte-feuille de deſſeins
arrêtés dont je fus charmé. La correction ,
l'élegance , le bean faire , tout y étoit , il
ſembloit que Raphaël, Michel Ange, le Correge
euffent conduit le crayon ; furpris
d'un talent ſi admirable , je demandai à ce
Peintre ou étoient les tableaux de ces defſeins
qui me raviſſoient , où étoient ſes frefques
, & pourquoi ? &c. Il ne me repondit
rien , & me mena dans une chambre voifine
où ily avoit deux ou trois tableaux de chevalet;
je n'ai rien vu en ma vie de fi mauvais&
je ne ie cachai pas d'autant que je n'avois
garde de ſoupçonner qu'ils fuſſent de
lamainde mon excellent Deſſinateur ; ce
lui- ci fe mit à ſourire. Je vois bien , me dit
il , Monfieur , que cela vous fait horreur
vous avez raifon& je penſe comme vous
voilà pourtant mon ouvrage , & je n'ai jamais
pû faire mieux, affés habile à manier
le crayon je ne ſuis qu'un ane le pinceau à
la main , auffi je me rends juſtice ,je deſſinerai
toujours &je ne peindrai jamais , je
Jaiſſe d'affés belles compofitions à exécuter
dont ceux qui auront le talent de les exécuter
pourront profiter.
;
AOUST 1745. 59
Cet Italien étoit un homme de très bon
eſprit , &je donnerois volontiers conſeil à
pluſieurs Peintres que je connois de ſuivre
fon exemple.
Si le porte-feuille de vos contes ne contient
que de jolis plans ébauchés ; ſi vous
n'avez de bon que les premieres moitiés ,
faites comme ce Deſſinateur Milanois ,
ne montrez que le bon & enſeveliſſez le
reſte dans votre arriere attelier ; le mieux
ſeroit d'avoir des contes qui fuſſent bons
d'un bout à l'autre. N'épargnez rien pour
cela; quand ils ſeront courts &bons , donnez
les tout entiers : quand ils ſeront bons
ſans être courts donnez les en deuxfois:quand
ils ne feront bons qu'en partie comme
ceux que vous avez donnés, gardez le ſecret
furla mauvaiſe moitié & ne vous faites pas
fcrupule de ne donner au public que ce
qui pourra l'amuſer. En voila aſſes ſur cet
article & peut être en trouverez vous trop ,
mais faites de mes avis ce que je vous propoſe
de faire de vos contes. Trayez ce qui
vous convient &feparez, Tollenda relinquendis.
د
Il y a dans vos Mercures une choſe qui
mécontente beaucoup de ceux qui vous confient
leurs productions , c'eſt une quantité
prodigieuſe de fautes d'impreſſion qui défigurent
ſouvent les phrases eſtropient les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Vers & alterent ou obſcurciſſent les penſées.
Revoyez vos épreuves avec ſoin,& changez
d'Imprimeur ſi vous m'en croyez. Je trouve
encore que vous manquez quelquefois d'économie
dans la diſtribution de vos pieces
fugitives. Il y avoit par exemple dans un
de vos derniers Mercures deux petits ouvrages
de morale ſur les femmes , cela devoit
être en deux volumes differens , ou dumoins
cela me paroîtroit mieux arrangé de
la forte , mais ce ne ſont pas-là des fautes
bien importantes , celle que je vais vous
reprocher eſt plus grave , elle eſt dans le
Mercure de Mai qui vient de paroître, &je
parie que vous devinez vous même dequor
je veux parler. Il ne ſe peut pas que vous
ne ſentiez combien l'Hiſtoire de Mademoifelle
Goton & de Monfieur le Gris eſt déplacée
dans un receuil que vous devez compoſer
d'ouvrages affés bons pour donner
envie à ceux qui ont auſſi bien où mieux ,
de vous confier les leurs , je ſçais que le
méchant petit morceau dont je parle eſt
Pouvrage ou l'erreur d'un homme de beaucoup
d'eſprit , mais en vous difant à vous ,
Meſſieurs , que ce ton là ne doit pas être
dans l'harmonie du Mercure , je prends la
liberté de dire à l'Auteur que ce n'eſt pas
là fon genre , plaiſanterie a part , ce genre
la , fi c'en eft un'; connu & créé par les
étrennes de la faintJean ,a épuisé en naif
AOUST 1745 . 61
fant toute la perfection & le ſuccès dont if
étoit fufceptible , c'eſt un monſtre qui ne
pouvoit pas vivre , dont l'organiſation ridicule
étoit bonne à montrer à la foire pendant
qu'il vivoit , mais dont les eftampes.
ne ſe vendront pas cher. Gardez vous donc
biende jamais inferer dans votre recueildes
piéces de cet acabit quelque plaiſantes quelles
puſſent étre.
Voilà tout ce que j'ai à vous dire fur vos
piéces fugitives , je vousen dirai preſqu'autant
ſur les autres diviſions du Mercure ;
quant aux extraits nous ferons bien-tot
d'accord, je les trouve très-bien fans flaterie
& fans caufticité , ils font bien connoftre
le livre dont vous parlez , & ils montrentque
vous le connoiſſez bien vous-même,
ce qui n'eſt pas un petit mérite ; n'en parlons
plus , car on dit qu'ici bas la louange
eſt fade.
L'éloge eſt un parfum reſervé pour les Dieux ;
En paſſant à l'article des Spectacles
je ne ſçaurois pourtant m'empêcher de
louer les principes fur lesquels ilme paroît
que vous compoſez cet article , vous vous
contentez de rapporter les drames répreſentés
& l'accueil que leur a fait le public. C'eſt
bien fait à vous; le Mercure eſt leJournal
hiſtorique , & non pas le tribunal critique
despiécesde théâtre,je ſçais bien qu'en pareil
62 MERCURE DE FRANCE.
cas , l'extenſiondu droit eſt tentante & je
vous eſtime fort de vous en défendre ; fi
vous preniez une autre voye , vous feriez
obligés d'y mettre tout votre tems , ou vous
ne feriez rien qui vaille , car une bonne critique
ne ſe jette pas en moule,& après vous
être donnébien de la peine vous vous trouveriez
fort peu d'amis ; vous faites donc très
bien devous borner à applaudir avec le public&
à nommer ſeulement ce qu'il n'a pas
applaudi , & fur cet article je n'aurois rien
du tout à vous dire , fi en quelque cas particulier
vous n'aviez tenu une conduite qui
n'eſt pas conſequente à vos principes que
j'approuve & eſtime fort. Pourquoi avez
vous dans un de vos Mercures traité fi
mal M. de Boiffi ? Ne rendez vous pasjuftice
à ſa probité & à fon eſprit , à fon talent
? vous auriez tort , mais vous ne l'avez
pas à cet égard ou du moins j'aime à le croire
, parce que j'aime à vous croire juſtes &
raiſonnables. Mais comment ſe peut il que
vous ayez pris de l'humeur ſur un vers de
ſa derniere comédie , où il dit que le Mer-,
cure n'eſt pas le chemin le plus aſſuréde l'immortalité.
En verité , Meſſreurs, éxigez-vous
qu'on mette le Mercure vis- à-vis de l'Iliade
? D'ailleurs quel intérêt ſi vif prenezvous
à la vie éternelle du Mercure ? cet ouvrage
eſt - il vôtre ? n'est- ce pas une compiAOUST
1745. 65
lation des ouvrages de tout le monde ,& ne
feroit- ce pas à chacun des Auteurs , qui
vous enrichiffent , à ſe recrier ſur le motde
M. de Boiſſy ? mais ce mot qui vous a tant
choqué , tout Paris , toute la France l'avoit
dit en Proſe avant M. de Boiffy , & fi j'avois
à accuſer celui-ci de quelque choſe ce
feroit de l'avoir pillé. Permettez moi de
déſaprouver beaucoup votre conduite en
cette occafion ; fi ce vers vous paroiffoit
injuſte & offenſant pour le Mercure , voici
qu'il falloit faire. 1I1l falfoit obtenir quelques
piéces fugitives de M. de Boifly , qui
fûrement en a fait de fort jolies,& alors vous
lui auriez prouvé ſans replique que leMercure
contenoit des choſes dignes de l'immortalité.
се
Enfin je n'entends pas comment vous
avez pû vous offenfer pour ſi peu , & je n'ai
pas même l'idée de la forted'immortalité que
vous prétendez par le Mercure , car il y
a pluſieurs fortes d'immortalités , comme il
ya pluſieurs manieres de vivre ici bas. Les
uns y jouiffent d'une ſanté vigoureuſe & inatérable
, les autres menent une vie languiffante
tous vivent à peu - prés le même
tems , mais non pas de la même façon. Il
en arrive ainſi dans la vie de la réputation
litteraire . Homere vit & vivra toujours dans
la ſanté la plus parfaite , je veux dire qu'on
د
64 MERCURE DE FRANCE.
ne ceffera de l'admirer comme le plus
beau genie du monde. Paufanias vit auffi ;
vous lavez lû , Meſſieurs , auſſi bien que moi
&je vous demande ce que vous en penſez .
Ce Paufanias eſt le Mercure des monumens
de la Grece. Il vit à peu-près comme vivra
notre Dictionaire des Arts : fi de tous les
ouvrages de T. Corneille , il ne paffe à la
poſtérité quecelui - là, de quelle vie croyez
vous que vivra le frere & l'imitateur de notre
ſophocle ? Si le Mercure jouit de l'immortalité
ce ſera de celle de Paufanias , c'eſt
la ſeule qu'il puiſſe eſpérer. Ainſi je ne vois
pas que ce ſoit un grand ſujet d'ambition .
D'ailleurs ce n'eſt pas à vous que s'addreſſe
le vers de M. de Boiffy , c'eſt à un homme
qui veut mettre des vers dans le Mercure.
Ce n'étoit donc pas à vous à prendre la
mouche , & de plus quand vous auriez été
fondés à vous croire bleffés , il falloit le dire
tout ſimplement , déclarer votre prétention
à l'immortalité , & ne pas vous venger
par une récrimination aigre , toujours
condamnable , & fur tout fort déplacée visà
vis d'un homme à qui ſes moeurs &fon efprit
ont acquis l'eſtime de tous les honnêtes
gens qui aiment les Lettres. Je ne ſçaurois
donc être de votre avis , ni aprouver votre
conduite avec M. de Boiffy , non plus
que celle que vous avez tenu avec unSpecAOUST
1745 . 64
tacle dont la fortune intéreſſe l'eſprit , le
coeur & les ſens de tous les honnêtes gens de
Paris . Les Décorations ſont vilaines , diresvous
, les habits ſont meſquins ; Amadis de
Grece eſt un mauvais Poëme , & l'Opéra Comique
est un Spectacle indécent. Cet Opéra
Comique étoit à l'Académie chantante
ce que font à la France les Iſles de l'Améri
que. Cultivées par des Sauvages , elles produiſent
& envoyent ici l'abondance ; nous
ne nous trouverions pas bien d'abandonner
leCanada ſous prétexte que les Canadiens
font d'un mauvais ton. Je crois auſſi que
l'Opera regrette & regrettera beaucoup fa
Colonie , car vous avez en ce moment cauſe
gagnée ; l'Opera Comique eſt ſupprimé , il
faut voir quel ſuccés & quelle durée par
conſequent aura la ſuppreſſion de ce Spectacle;
pour les trois autres points qui forment
votre grief, je ne ſçaurois étre de votre
avis. J'ai vû deux fois l'Opera plein aux
répreſentations d'Amadis , dès la j'ai cru
qu'il méritoit de plaire puiſqu'il plaiſoit ,
& c'en étoit afſés , Meſſieurs , pour que vous
n'en diſiez point de mal ; teleſt votre ſyſtême
ſage de ſuivre dans vos extraits l'avis du
Public, ſeul vrai juge de ces ouvrages qui
font bons quand il les trouve tels , puiſqu'ils
ne ſont faits que pour lui plaire,& je ne ſçais
pourquoi en cette occaſion vous vous êtes
66 MERCURE DE FRANCE.
égarés du bon chemin que vous avez fi judicieuſement
choiſi ; pour les habits & les
décorations , je ne ſçais pas ſi dans un autre
tems on a fait plus de dépenſe , je ne ſçais
pas ſi on devroit nifi on pourroit dépenfer
plus qu'on ne fait aujourd'hui , ce que je
ſçais c'eſt que j'ai vû réuflir de bons Opera
avec de vieux habits , & que j'en ai vû de
mauvais tomber malgré l'oripeau dont on les
avoit parés ; croyez , Meſſieurs , que les
Fêtes Grecques & Romaines & les deux tiers
de Dardanus réuſſiront toujours même avec
les vieux habits du tems de Lully ; il feroic
bienmalheureuxque la réputation des Poëtes&
les plaiſirs du Public dépendiſſent du
tailleur de l'Opera , mais quand il feroit
vrai que la dépenſe ſeroit meſquine , eft-ce
à vous que l'Opéra doit en rendre compte ?
eſt-ce vous que le Public & le Miniſtere ont
chargés du ſoin de ſuivre l'adminiſtration de
ce Spectacle ? Non,Meffieurs,& vous n'avez
pas été ſages de vous mêler de ce dont vous
n'aviez que faire. De plus quand vous auriez
toute la raiſondu inonde , je vous avertis
que vous aurez toujours tort vis-à-vis de
l'Opera ; vous attaquez des Syrenes & des
Fées;vous offenſez un être qui exiſte par nos
plaiſirs&par qui nos plaiſirs exiſtent.Croyez
vous en bonne foi pouvoir gagner votre procès
? Ménagez donc cette puiſſance ſi vous
AOUST 1745 . 67
m'en croyez; elle a trop d'alliés . hâtez-vous
de faire la paix avant qu'il foient armés.
Me voilà ,Meffieurs , au bout de tous les
reproches que j'avois à vous faire , il ne me
reſte qu'à vous aſſurer qu'ils me ſont dictés
uniquement par l'intérêt que je prends àvous
& à votre ouvrage , qui mérite en effet la
confideration de tous les Amateurs des Lettres
; rien ne doit être ſi doux pour eux
qu'un dépot ſûr auquel ils peuvent confier
leurs ſecrets litteraires ; vous êtes l'azile de
tous les porte-feuilles anonymes , &l'organe
par lequel les talens qui habitent les
Provinces font entendre leurs voix à Paris ,
tandis qu'en échange vous les inftruiſez de
ce que font les Muſes de la Ville & de la
Cour , d'où reſulte pour ainſi dire la circulation
de l'eſprit & des talens , auſſi néceſſaire
pour l'avancement des Lettres que la circulation
des eſpeces à l'aiſance des Citoyens ;
rien n'eſt ſi utile dans la République des Lettres
qu'un tel établiſſement , & rien n'eſt ſi
agréable pour tous les honnêtes gens que de
vous voir à la tête de cet établiſſement; vous
devez vous appercevoirde cette opinion avantageuſedu
public àvotre égard,par la quanti
téd'exemplaires que vous vendez&par leton
quevotreMercure prenddaus lemonde ; if
eſt devenu un ouvrage de bonne compagnie
&il le mérite ; amusant , inſtructif & ho
68 MERCURE DE FRANCE.
nête , il a droit à l'eſtime de tous les ordres
de lecteurs ; il ne tient qu'à vous , Meffieurs
de conſerver cette reputation & en la conſervant
vous l'augmenterez , car c'eſt le propre
de la réputation de s'accroître par ſa durée
, Vires acquirit eundo. Ce paſſagede Virgile
peut encore s'appliquer à l'étude. Plus
on travaille plus on ſe ſent le courage & la
force de travailler. Travaillez-donc , Meffieurs
, pour notre avantage & pour le votre.
Nous vous ferons utiles en proportion de ce
que vous nous ferez agréables ; votre plaifir
¬re reconnoiſſance vous aſſemblerontun
cabinet tel que celui qu'a laiſſé M. de la Roquequimeritoit
ſa fortune par l'uſage qu'il
ena fair.
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