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1
p. 91-99
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 21 du mois passé, un Cheveau-Leger ayant été fraulé, [...]
Mots clefs :
Louvre, Duc, Agresseur, Pistolet, Seigneur, Charges, Harangue, Régent, Cérémonie, Conseil, Serment de fidélité, Duchesse, Pardon, Comte, Mariage, Tsar, Divertissements, Cérémonie nuptiale, Compagnie
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E 21 du mois paffé , un Cheveau
- Leger ayant été fraulé
, aux environs du Louvre ,
par un des chevaux du caroffe de
Mr le Duc d'Eftrées , s'en vengea
fur le Cocher par quelques coups
de plat d'épée la Livrée ayant pris
le parti du Maltraité, obligea l'Aggréffeur
de fe fauver en diligence
dans la rue Jean-Fleury , à une Auberge
où il logeoit & où il fut
bien-tôt fecouru par d'autres Chevaux
- Legers qui tirerent quelques
coups de Piſtolers par les fénétres,
pour écarter les Laquais qui
avoient caffé les vitres. Le Duc
d'Eftrées,pendant ce défordre , voulant
avoir raifon de l'infulte , envoya
chercher à la Cour des Hoquetons
avec un Commiffaire , lef92
LE MERCURE
quels après avoir dreffé un Procés
verbal , arrêterent l'Affaillant . Sur
le foir M.le Duc de Chaulnes Commandant
des Chevaux - Legers ,
ayant envoyé demander à M
d'Eftrées, quelle fatisfaction il fouhaitoit
; ce Seigneur répondit , qu'il
pouvoit faire ce qu'il jugeroit à
propos d'un homme qui devoit lui
obéir.
Le 27. les Provifions de la Charge
de Chancelier & Garde des
Sceaux de France , en faveur de
M. Dagueffeau , furent préfentées
au Parlement & enregistrées fuivant
les Conclufions de M. de
Fleury Procureur General. M.
Tartarin célébre Avocat du Parlement
prononça une Harangue fur
ce fujet.
De 40. Fermiers Generaux qui
étoient entrés dans le Bail des Fermes
Royales , 14 ont été fupprimés ,
entre autres tous les Receveurs
Generaux qui ne pourront plus à
l'avenir , réunir ces deux Charges .
enfemble. Les premiers ayanc
›
DE MAY.
93
été réduits à trente , on en a ajouté
quatre nouveaux , pour remplir le
nombre.
Le go. Mr le Duc de Melun
accompagné de toute fa famille , a
û l'honneur de faluer le Roy fans
long Manteau ; Mgr le Duc
Régent ayant trouvé bon , pendant
la Minorité du Roy , de retrancher
cette Cérémonie embaraffante.
quand on viendra faire des com
pliments au Roy fur quelque mort.'
On a difpenfe les Moufquetaires
furnuméraires d'avoir des Chevaux
dans les Ecuries de l'Hôtel.
Le r le Roy a été régalé dés le
matin , de Tambours , de Fiffres
& de Violons , à caufe du premier
jour de May.
Le 3 le Roy , avant le Conſeil
de Régence , a receu le Serment
de fidelité de Mr le Prince de Bouillon
pour la Survivance de la Charde
Grand Chambellan. ge
On entend par cetteDignité, le premier
Officier de laChambre du Roy,
ou de Monfieur. On l'a appellé
94 LE MERCURE
autrefois Grand Chambrier , & fa
Charge , Grande Chambriere. C'étoit
la feconde Dignité du Royaume
,il eft d'ordinaire nommé après
le Chancelier ; le jour du Sacre il
tire la bote & déchauffe le Roy ,
& il eft affis à fes pieds lorfqu'il
tient les Etats ou fon Lit de Juftice.
Le 4. Madame la Ducheffe
Douairiere receut la veille , des Lettres
de Mr le Comte de Charolois ,
dattées de Mons du Samedy rr du
courant, à fix heures du matin. Ce
Prince lui demande pardon de ce
qu'il eft parti fans fes ordres , l'affùrant
qu'il ne l'avoit fait que fur
de fortes raifons ; qu'il efpére qu'elle
ne fera plus fâchée contre lui , lorfqu'elle
le reverra avec les qualités
propres à fervir le Roi & l'Etat :
Qu'il pårt pour Munick où il fe
rendra en diligence & ỳ pourra recevoir
de fes Lettres.
Tout ce qu'on a pû faire , ç'a
été de faire partir ce matin une
Chaife de Poite , quelques hardes
, avec trois Valets de pied &
DE MAY.
95
un Domestique pour Mr de Billy,
Gentilhomme attaché à la Maiſonde
Condé , ce Prince n'ayant pris en
partant qu'un bonnet de nuit dans fa
poche , & deux chemiſes , dont il
chargea fon Valet de Chambre.
Le Comte, Guicciardi Envoyé
Extraordinaire de M. leDuc de Modéne
, ût Audience de Congé du
Roy.
Le s . le grand mariage fut en
fin arrêté hier par les foins de Me
le Duc d'Elbeuf. Toute la famille
d'Armagnac & de Noailles étant
venue demander la permiffion du
Roy & de M8 le Duc Régent,pour
M. le Prince Charles avec Mile de
Noailles .
Mr le Comte de Bonneval époufe
cette nuit Mlle de Biron , & dans
quatre ou cinq jours il part pour la
Hongrie avec Mr le Comte d'Aremberg
; il laiffe cette année Mde
fon époufe à Mr le Marquis de
Biron fon pere , dans le deffein
de l'emmener la Campagne prochaine
à Vienne en Autriche .
96 LE MERCURE
Le 6. à quatre heures du foir ,
le Roy eft allé vifiter l'Hôtel de
Lefdiguieres , deftiné pour le logement
duCzar . On l'a fait paffer par
la Place des Victoires , devant l'Hôtel
de Rohan & par la Place Royale .
Il avoit 3.Caroffes à fa fuitedans l'un
defquels étoient des Ecuyers , &
Porte-Manteaux ; dans l'autre,quatre
Gentilshommes de la Manche ,
le Roy étoit dans fon Caroffe , ayant
à fa gauche Mr le Duc du Maine ;
& pour lui donner la facilité de
voir & d'être vû , Mr le Maréchal
de Villeroy avoit pris la portiere
de fa droite & Mr le Marquis de
Louvois Capitaine desCent- Suiffes,
occupoit l'autre . Sur le devant
étoit Mr le Duc de Charoft Capitaine
des Gardes , avec Mr de
Fleury , ancien Evêque dé Frejus ,
fon Précepteur.
On trouva l'Hôtel de Lefdiguiéres
trés magnifiquement meublé ;
mais ce qui charma davantage le
Roy,vint du plaifir qu'il ût de trouver
desDanfeursde corde & d'autres
divertiffemens
DE MAY.
97
divertiffemens que Mr le Maréchal
de Villeroy lui avoit fait préparer.
L'Equipage de Mer le Comte
de Charolois eft parti avec plufieures
Lettres de Change & de l'argent
comptant ; il y a entre autres,
fix Gentil-Hommes , autant d'Officiers
de divers Regimens , particulierement
du fien , quatre Pages ,
des Valers , avec un Conducteur
d'Equipage , & le reste à proportion
. On a auffi engagé, moyennant
de gros apointemens, M'd'Alibourg
Chirurgien des Gardes Françoifes ,
à faire la Campagne de Hongrie
avec ce Prince .
Le 7. le Czar arriva à Paris à
neuf heures & demie du foir , &
alla coucher à l'Hôtel de Lefdiguieres
, n'ayant pas voulu refter
auVieux Louvre dans l'Apartement
de la feuë Reine , qui étoit fuperbe.
Le 11.Mr le Maréchal de Villeroy
fut tiré d'inquiétude , par les nouvelles
confolantes qu'il receut, que
Mr le Marquis d'Alincourt fon
tit fils , fe portoit mieux , & étoit
hors de danger. I
pe98
LE MERCURE
Le 12. ce matin à onze heures ,
s'eft célébré par M. le Cardinal de
Noailles dans l'Archevêché , le
grand Mariage du Prince Charles
avec Mlle de Noailles fa Niéce ,
dans toute la folennité la plus pompeufe
; l'Affemblée étoit des plus
nombreuſes , quoi qu'il n'y ût que la
famille des nouveaux Mariés. Après
la Cérémonie Nuptiale , M. le Cardinal
donna un dîné magnifique ,
à deux Tables de vingt Couverts
chacunne ; le Repas dura depuis
une heure & demie jufqu'à quatre.
A quatre heures , la Compagnie
s'en alla en grand cortege à l'Hôtel
de Noailles , où elle trouva une
tres belle Symphonie , fuivie de la
Comedie Italienne ; ces divertiffements
ayant duré jufqu'au foir
toute la Maifon fe trouva illuminée
tant au dedans qu'au dehors , avec
la Lanterne du Donjon ; les Parterres
étans auffi remplis de Lamperons.
Sur les dix heures , un fouper
des plus fuperbes à quatre Tables
de 40 Couverts chacune , fut
DE 99 MAY.
fervi par 40
par 40 Suiffes
, & par beaucoup
de Domeſtiques
. Après
lequel
on fit jouer
un Feu
d'Artifice
des
plus
beaux
qu'on
puiffe
imaginer
:
Il étoit
placé
dans
le Manège
derriere
le Jardin
de l'Hôtel
, & fut
parfaitement
bien
executé
.
Les Epoux fe féparérent enfuite
pour n'habiter enſemble que dans
deux ans, felon la convention qui en
a été faite , la nouvelle Epoufe n'ayant
que douze ans & demi . Il eſt
arrêté que lePrince Charles fe nommera
le Comte d'Armagnac.
E 21 du mois paffé , un Cheveau
- Leger ayant été fraulé
, aux environs du Louvre ,
par un des chevaux du caroffe de
Mr le Duc d'Eftrées , s'en vengea
fur le Cocher par quelques coups
de plat d'épée la Livrée ayant pris
le parti du Maltraité, obligea l'Aggréffeur
de fe fauver en diligence
dans la rue Jean-Fleury , à une Auberge
où il logeoit & où il fut
bien-tôt fecouru par d'autres Chevaux
- Legers qui tirerent quelques
coups de Piſtolers par les fénétres,
pour écarter les Laquais qui
avoient caffé les vitres. Le Duc
d'Eftrées,pendant ce défordre , voulant
avoir raifon de l'infulte , envoya
chercher à la Cour des Hoquetons
avec un Commiffaire , lef92
LE MERCURE
quels après avoir dreffé un Procés
verbal , arrêterent l'Affaillant . Sur
le foir M.le Duc de Chaulnes Commandant
des Chevaux - Legers ,
ayant envoyé demander à M
d'Eftrées, quelle fatisfaction il fouhaitoit
; ce Seigneur répondit , qu'il
pouvoit faire ce qu'il jugeroit à
propos d'un homme qui devoit lui
obéir.
Le 27. les Provifions de la Charge
de Chancelier & Garde des
Sceaux de France , en faveur de
M. Dagueffeau , furent préfentées
au Parlement & enregistrées fuivant
les Conclufions de M. de
Fleury Procureur General. M.
Tartarin célébre Avocat du Parlement
prononça une Harangue fur
ce fujet.
De 40. Fermiers Generaux qui
étoient entrés dans le Bail des Fermes
Royales , 14 ont été fupprimés ,
entre autres tous les Receveurs
Generaux qui ne pourront plus à
l'avenir , réunir ces deux Charges .
enfemble. Les premiers ayanc
›
DE MAY.
93
été réduits à trente , on en a ajouté
quatre nouveaux , pour remplir le
nombre.
Le go. Mr le Duc de Melun
accompagné de toute fa famille , a
û l'honneur de faluer le Roy fans
long Manteau ; Mgr le Duc
Régent ayant trouvé bon , pendant
la Minorité du Roy , de retrancher
cette Cérémonie embaraffante.
quand on viendra faire des com
pliments au Roy fur quelque mort.'
On a difpenfe les Moufquetaires
furnuméraires d'avoir des Chevaux
dans les Ecuries de l'Hôtel.
Le r le Roy a été régalé dés le
matin , de Tambours , de Fiffres
& de Violons , à caufe du premier
jour de May.
Le 3 le Roy , avant le Conſeil
de Régence , a receu le Serment
de fidelité de Mr le Prince de Bouillon
pour la Survivance de la Charde
Grand Chambellan. ge
On entend par cetteDignité, le premier
Officier de laChambre du Roy,
ou de Monfieur. On l'a appellé
94 LE MERCURE
autrefois Grand Chambrier , & fa
Charge , Grande Chambriere. C'étoit
la feconde Dignité du Royaume
,il eft d'ordinaire nommé après
le Chancelier ; le jour du Sacre il
tire la bote & déchauffe le Roy ,
& il eft affis à fes pieds lorfqu'il
tient les Etats ou fon Lit de Juftice.
Le 4. Madame la Ducheffe
Douairiere receut la veille , des Lettres
de Mr le Comte de Charolois ,
dattées de Mons du Samedy rr du
courant, à fix heures du matin. Ce
Prince lui demande pardon de ce
qu'il eft parti fans fes ordres , l'affùrant
qu'il ne l'avoit fait que fur
de fortes raifons ; qu'il efpére qu'elle
ne fera plus fâchée contre lui , lorfqu'elle
le reverra avec les qualités
propres à fervir le Roi & l'Etat :
Qu'il pårt pour Munick où il fe
rendra en diligence & ỳ pourra recevoir
de fes Lettres.
Tout ce qu'on a pû faire , ç'a
été de faire partir ce matin une
Chaife de Poite , quelques hardes
, avec trois Valets de pied &
DE MAY.
95
un Domestique pour Mr de Billy,
Gentilhomme attaché à la Maiſonde
Condé , ce Prince n'ayant pris en
partant qu'un bonnet de nuit dans fa
poche , & deux chemiſes , dont il
chargea fon Valet de Chambre.
Le Comte, Guicciardi Envoyé
Extraordinaire de M. leDuc de Modéne
, ût Audience de Congé du
Roy.
Le s . le grand mariage fut en
fin arrêté hier par les foins de Me
le Duc d'Elbeuf. Toute la famille
d'Armagnac & de Noailles étant
venue demander la permiffion du
Roy & de M8 le Duc Régent,pour
M. le Prince Charles avec Mile de
Noailles .
Mr le Comte de Bonneval époufe
cette nuit Mlle de Biron , & dans
quatre ou cinq jours il part pour la
Hongrie avec Mr le Comte d'Aremberg
; il laiffe cette année Mde
fon époufe à Mr le Marquis de
Biron fon pere , dans le deffein
de l'emmener la Campagne prochaine
à Vienne en Autriche .
96 LE MERCURE
Le 6. à quatre heures du foir ,
le Roy eft allé vifiter l'Hôtel de
Lefdiguieres , deftiné pour le logement
duCzar . On l'a fait paffer par
la Place des Victoires , devant l'Hôtel
de Rohan & par la Place Royale .
Il avoit 3.Caroffes à fa fuitedans l'un
defquels étoient des Ecuyers , &
Porte-Manteaux ; dans l'autre,quatre
Gentilshommes de la Manche ,
le Roy étoit dans fon Caroffe , ayant
à fa gauche Mr le Duc du Maine ;
& pour lui donner la facilité de
voir & d'être vû , Mr le Maréchal
de Villeroy avoit pris la portiere
de fa droite & Mr le Marquis de
Louvois Capitaine desCent- Suiffes,
occupoit l'autre . Sur le devant
étoit Mr le Duc de Charoft Capitaine
des Gardes , avec Mr de
Fleury , ancien Evêque dé Frejus ,
fon Précepteur.
On trouva l'Hôtel de Lefdiguiéres
trés magnifiquement meublé ;
mais ce qui charma davantage le
Roy,vint du plaifir qu'il ût de trouver
desDanfeursde corde & d'autres
divertiffemens
DE MAY.
97
divertiffemens que Mr le Maréchal
de Villeroy lui avoit fait préparer.
L'Equipage de Mer le Comte
de Charolois eft parti avec plufieures
Lettres de Change & de l'argent
comptant ; il y a entre autres,
fix Gentil-Hommes , autant d'Officiers
de divers Regimens , particulierement
du fien , quatre Pages ,
des Valers , avec un Conducteur
d'Equipage , & le reste à proportion
. On a auffi engagé, moyennant
de gros apointemens, M'd'Alibourg
Chirurgien des Gardes Françoifes ,
à faire la Campagne de Hongrie
avec ce Prince .
Le 7. le Czar arriva à Paris à
neuf heures & demie du foir , &
alla coucher à l'Hôtel de Lefdiguieres
, n'ayant pas voulu refter
auVieux Louvre dans l'Apartement
de la feuë Reine , qui étoit fuperbe.
Le 11.Mr le Maréchal de Villeroy
fut tiré d'inquiétude , par les nouvelles
confolantes qu'il receut, que
Mr le Marquis d'Alincourt fon
tit fils , fe portoit mieux , & étoit
hors de danger. I
pe98
LE MERCURE
Le 12. ce matin à onze heures ,
s'eft célébré par M. le Cardinal de
Noailles dans l'Archevêché , le
grand Mariage du Prince Charles
avec Mlle de Noailles fa Niéce ,
dans toute la folennité la plus pompeufe
; l'Affemblée étoit des plus
nombreuſes , quoi qu'il n'y ût que la
famille des nouveaux Mariés. Après
la Cérémonie Nuptiale , M. le Cardinal
donna un dîné magnifique ,
à deux Tables de vingt Couverts
chacunne ; le Repas dura depuis
une heure & demie jufqu'à quatre.
A quatre heures , la Compagnie
s'en alla en grand cortege à l'Hôtel
de Noailles , où elle trouva une
tres belle Symphonie , fuivie de la
Comedie Italienne ; ces divertiffements
ayant duré jufqu'au foir
toute la Maifon fe trouva illuminée
tant au dedans qu'au dehors , avec
la Lanterne du Donjon ; les Parterres
étans auffi remplis de Lamperons.
Sur les dix heures , un fouper
des plus fuperbes à quatre Tables
de 40 Couverts chacune , fut
DE 99 MAY.
fervi par 40
par 40 Suiffes
, & par beaucoup
de Domeſtiques
. Après
lequel
on fit jouer
un Feu
d'Artifice
des
plus
beaux
qu'on
puiffe
imaginer
:
Il étoit
placé
dans
le Manège
derriere
le Jardin
de l'Hôtel
, & fut
parfaitement
bien
executé
.
Les Epoux fe féparérent enfuite
pour n'habiter enſemble que dans
deux ans, felon la convention qui en
a été faite , la nouvelle Epoufe n'ayant
que douze ans & demi . Il eſt
arrêté que lePrince Charles fe nommera
le Comte d'Armagnac.
Fermer
Résumé : JOURNAL DE PARIS.
En avril, un incident entre un cheval léger et un carrosse du Duc d'Estrées dégénéra en altercation. Le Duc d'Estrées demanda une enquête, et le Duc de Chaulnes intervint pour résoudre le conflit. Le 27 avril, M. Daguesseau reçut les provisions de la charge de Chancelier et Garde des Sceaux de France, avec une harangue prononcée par M. Tartarin. Quarante fermiers généraux furent réduits à trente, avec quatre nouveaux ajoutés. Le 9 mai, le Duc de Melun salua le roi sans long manteau, conformément à une décision du Duc Régent. Les Mousquetaires surnuméraires furent dispensés d'avoir des chevaux dans les écuries royales. Le roi fut accueilli par des tambours, des fifres et des violons pour le premier jour de mai. Le 3 mai, le Prince de Bouillon prêta serment pour la survivance de la charge de Grand Chambellan. Le même jour, la Duchesse douairière reçut des lettres du Comte de Charolais expliquant son départ pour Munich. Le Comte Guicciardi, envoyé extraordinaire du Duc de Modène, prit congé du roi. Le 5 mai, deux mariages furent finalisés : celui du Prince Charles d'Armagnac avec Mlle de Noailles, et celui du Comte de Bonneval avec Mlle de Biron. Le Comte de Bonneval partit ensuite pour la Hongrie avec le Comte d'Aremberg. Le 12 mai, le mariage du prince Charles avec Mlle de Noailles fut célébré solennellement dans l'archevêché, suivi de réjouissances et d'un feu d'artifice. Les époux décidèrent de ne pas habiter ensemble pendant deux ans, la mariée ayant douze ans et demi. Le prince Charles reçut le titre de comte d'Armagnac.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 261-270
LE ROMAN COMIQUE, CHAPITRE TROISIÉME, POEME BURLESQUE. Le déplorable succés qu'eut la Comédie.
Début :
Dans chaque Ville du Royaume, [...]
Mots clefs :
Roman comique, Burlesque, Comédiens, Rapinière, Agresseur, Hôtellerie, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE ROMAN COMIQUE, CHAPITRE TROISIÉME, POEME BURLESQUE. Le déplorable succés qu'eut la Comédie.
LE ROMAN COMIQUE ,
CHAPITRE TROISIE'ME ,
POEME BURLESQUE..
Le déplorable succés qu'eut la Comédie..
Dans Ans chaque Ville du Royaume ,.
Pour l'ordinaire un Jeu de Paume ,
Est le plus noble passe - temps ,
D'un grand nombre de faineans ;
C'est-là tous les jours qu'on s'assemble
Ceux +
262 MERCURE DE FRANCE..
Ceux-cy pour y jouer ensemble ,
Ceux-là pour voir ; c'est dans ce lieu ,
Qu'on rime richement en Dieu ,
Que subtilement on harangue ,
Qu'on donne de bons coups de langue ,
Qu'on épargne peu le Prochain ,
Et qu'on jure souvent en vain ;
On n'y fait quartier à personne ,
Et chacun se perfectionne ,
Selon le bon talent railleur ,
Que l'on a reçû du Seigneur ;
On s'y pille et l'on se devore ,.
Enfin l'on vit de Turc à More ,
C'est dans un de ces Tripots - là ,
Je n'ai pas oublié cela ,
Que j'ay laissé trois gens comiques ,
Qui devroient passer pour tragiques ,
Récitant d'un ton merveilleux ,
La Mariane aux blonds cheveux ,
Devant une Assemblée entiere ,
Ou présidoit la Rapiniere ,
Vous jugerez dans un instant ,
Qu'il étoit fort bon Président ,
Ou du moins qu'il avoit bon crâne 3
Au tems qu'Hérode et Mariane ,
Sans aucunes formalitez ,
S'entredisoient leurs veritez ,
Et s'échauffoient un peu la bile,
Les
FEVRIER. 1731. 263
Les deux jeunes gens de la Ville ,
Dont on avoit pris les habits
Accoururent dans le Taudis
En calleçons , en chemisettes ,
Et tenant encor leurs Raquettes ;-
Ils ne s'étoient point fait froter ,
Négligeant de se rajuster ,
Pour venir à la Comedie ;
Ce fut belle ceremonie ,
Els devinrent tous deux bouffis ,
Si -tôt qu'ils virent leurs habits ,
Que portoient Hérode et Pharore ,
Fils de chienne , double Pécore ,
Dit l'un d'eux qui n'etoit pas sot ,
Parlant au Valet du Tripot ,
Je veux te payer ton salaire ,
Qui t'a fait assez témeraire ?
Pour donner ainsi nos habits ,
A ces deux Bâteleurs maudits ,
Il faut morbleu que je t'écrase.
Le Valet étoit en extase ;
Comme il appréhendoit le mal ,
Et qu'il sçavoit que ce brutal ,
Battoit fort souvent sa Servante ,
Il lui dit d'une voix tremblante ,
Que ce n'étoit vrayement pas lui ,
Et qu'il avoit bien de l'ennui ,
De ce qu'on le croyoit capable ,
D'un
£54 MERCURE DE FRANCE.
D'un tour aussi desagréable ;
Et qui donc , barbe de cocu
Ajoûta- t- il tout éperdu.
Le Valet aima mieux se taire ,
Que d'accuser la Rapiniere ,
Mais lui se levant dans l'instant
Répondit d'un ton insolent ,
Comme s'il avoit quelque empire ,
C'est moi , morbleu , qu'en veux-tu dire è
Que tu n'es qu'un sot , qu'un faquin ,
Reprit l'autre , en levant la main ,
Et lâchant un coup de raquette ,
Qui lui fit faire une courbette..
Rapiniere fut si surpris ,
Du forfait de ce mal appris ,
Lui qui dans une telle affaire ,
En usoit ainsi d'ordinaire ,
Qu'il demeura comme endormi ,
Soit pour admirer l'ennemi ,
Ou bien parce que le Compere ,,
N'étoit point assez en colere ,
Pour se batre devant témoins 2
Ne fut-ce qu'à grands coups de poings ;;
C'étoit là le tems d'en découdre ,
Il avoit peine à s'y résoudre ,
Et peut- être que ce débat ,
N'auroit pas fait naître un combat ,
Sidans l'instant son Domestique,
Beau
FEVRIER . 1731. 265
Beaucoup plus que lui colerique ,
N'eût empoigné cet Aggresseur ,
En lui donnant de tout son coeur ,
Sans le marchander davantage,
Dans le beau milieu du vifage ,
Pour mieux dire sur le grouin ,
Un effroyable coup de poing
Avec toutes ses circonstances
Et même avec ses dépendances ,
Ensuite plusieurs autres coups ,
Et pardessus et pardessous ;
De plus le sieur la Rapiniere ,
Le prit finement par derriere ,
Comme étant le plus offensé ,
Il l'avoit déja terrassé ;
Un parent de cet Adversaire ,
Prit de même la Rapiniere ,
Mais ce parent fut investi ,
Par quelqu'un de l'autre parti,
Celui-ci le fut d'un troisième ,
Et celui- là d'un quatriéme ;
Tous dans ce vilain galetas ,
Se batoient comme chiens et chats ;
Chacun juroit à sa maniere ,
Et cependant la Tripotiere ,.
Voyant ses meubles renversez ,
Et plusieurs Escabeaux cassez ;
Faisoit des cris épouventables ,
Donnant
256 MERCURE DE FRANCE
Donnant ces gens à tous les diables.
Il est vrai qu'il faut convenir
Que chacun y devoit périr ,
Par coups de poings , de pieds , de chaises ,
Et cent tapes aussi mauvaises ,
Si quelques -uns des Magistrats ,
Qui promenoient alors leurs rats
Avec le Sénéchal du Maine ,
N'eussent entendu cette Scene
Et ne fussent accourus là ,
Afin d'appaiser tout cela.
On ne sçavoit trop comment faire ,
Dans une si cruelle affaire.
Plusieurs d'entre eux dirent tout beau ,
Qu'on jette deux ou trois sceaux d'eau,
Sur cette chienne de canaille ,
Qui trop rudement se chamaille,
Le remede si bien choisi ,
Auroit peut- être réussi ;
Mais la trop grande lassitude ,
Que causoit un combat si rude ,
Fit séparer tous ces Mutins ,
Outre que deux bons Capucins ,
Bien barbus et de riche taille ,
Vinrent sur le champ de bataille ,
Pour tâcher d'y mettre une paix ,
Non tout-à-fait bien ferme , mais
Pour faire accorder quelque tréve ,
Sur
FEVRIER. 257. 1731 .
Sur une attaque si griéve ,
Et cependant négocier ,
Sans pourtant préjudicier ,
Aux differentes procedures ,
Chacun voulant sur ces blessures ,
Faire des informations ,
Et prendre des conclusions .
Le Destin fit mille proüesses ,
De cent differentes especes ,
Dont on parlera bien long-temps ,
Dans la belle Ville du Mans ,
Aucun des Bourgeois n'en ignore
Même à present l'on parle encore
Du Comédien si vanté ,
Suivant ce qu'en ont rapporté ,
Les deux Auteurs de la querelle
Qu'il releva de sentinelle ,
Et qu'il pensa rouer de coups ,
Pendant qu'il étoit en courroux ,
Outre quantité d'adversaires ,
Qui reçurent les étrivieres ,
En les mettant hors de combat ,
Durant le terrible sabat ,
Il perdit pourtant son emplâtre,
Et ce bel homme de Théâtre ,
Fit voir à tous les Spectateurs ,
Malgré les coups et les clameurs ,
Qu'il avoit aussi bon visage ,
Que
268 MERCURE DE FRANCE.
Que bon air et gentil corsage.
Les nez sanglans furent lavez ,
On changea les collets troüez ,
On appliqua quelques emplâtres ,
Sur tous les plus opiniâtres ;
Un certain Soldat indiscret ,
Perisa quelques - uns du secret ,
L'on fit même des points d'éguille
Et l'on eut besoin de bequille ;
Les meubles furent ramassez "
Non sans être un peu fracassez ;
Le tout étoit vaille que vaille.
Il ne resta de la bataille ,
Malgré ce bel et bon traité ,
Que beaucoup d'animosité ,
Qui paroissoit sur le visage ,
De ces grands faiseurs de tapage ;
Mais les pauvres Comédiens ,
Ne grognant pas moins que des chiens ,
Que l'on veut pincer par derriere ,
Sortirent avec Rapiniere ,
Qui verbalisa le dernier ,
Car il entendoit le mêtier.`
Passant du Tripot sous la Halle
Six ou sept de même cabale ,
S'en vinrent l'épée à la main ,
Et les entourerent soudain ,
Il n'est pas aisé de se batre ,
Quand
FEVRIER. 269 17317
Quand on en voit sept contre quatre ,
La Rapiniere, homme d'honneur ,
A l'ordinaire eut grande peur ,
Il auroit eu bien autre chose ,
C'est - à-dire en Vers comme en Prose .
Qu'on lui donnoit un coup fouré ,
Si le Destin ne l'eût paré ,
Cependant malgré la parade ,
Ce terrible coup d'estocade ,
Lui blessa tant soit peu le bras ,
Mais Destin fit bien du fracas ;
Il pourfendit deux ou trois têtes ,
Ce fut conquêtes sur conquêtes ,
Il rompit deux Estramaçons ,
Dont il fit voler les tronçons ,
Il abatit beaucoup d'oreilles ,
En un mot , il fit des merveilles ,
Et le fameux Comédien ,
Déconfit ces Meffieurs si bien ,
Qu'on disoit que du Mans à Rome ,
Il n'étoit point de plus brave homme,
Ce guet- à-pan bien repoussé ,
Avoit , dit- on , été dressé ,
Au Seigneur de la Rapiniere ,
Qui ne cherchoit point à mal faire ,
Par deux petits Nobles , dont l'un ,
N'estoit presque jamais à jeun ,
Et l'autre étoit , je croi , beau- frere ,
De
27 MERCURE DE FRANCE
De celui qui tout en colere,
Avoit commencé le débat ,
Et livré d'abord le combat ,
Par un très - grand coup de raquette ,
Réellement faisant retraite ,
La Rapiniere étoit gâté ,
Si Dieu n'avoit pas suscité ,
Dans cette affaire formidable ,
Un deffenseur incomparable ,
En ce vaillant Comédien ,
Qui fut son unique soutien.
Un si grand bien-fait sans reproche ;
Trouva place en son coeur de Roche ,
Car il avoit pensé périr ;
Il ne voulut jamais souffrir ,
Que cette Troupe si chérie ,
Logeât dans une Hôtellerie ;
Il mena les Comédiens
Chez lui pour les combler de biens ,
Où le Chartier fort pacifique ,
Mit tout le bagage comique ,
Et s'en alla sans se fâcher ,
Pour moi je m'en vais me coucher.
Par M. le Tellier d'Orvilliers , Lieutenant
General d'Epée , à Vernon.
CHAPITRE TROISIE'ME ,
POEME BURLESQUE..
Le déplorable succés qu'eut la Comédie..
Dans Ans chaque Ville du Royaume ,.
Pour l'ordinaire un Jeu de Paume ,
Est le plus noble passe - temps ,
D'un grand nombre de faineans ;
C'est-là tous les jours qu'on s'assemble
Ceux +
262 MERCURE DE FRANCE..
Ceux-cy pour y jouer ensemble ,
Ceux-là pour voir ; c'est dans ce lieu ,
Qu'on rime richement en Dieu ,
Que subtilement on harangue ,
Qu'on donne de bons coups de langue ,
Qu'on épargne peu le Prochain ,
Et qu'on jure souvent en vain ;
On n'y fait quartier à personne ,
Et chacun se perfectionne ,
Selon le bon talent railleur ,
Que l'on a reçû du Seigneur ;
On s'y pille et l'on se devore ,.
Enfin l'on vit de Turc à More ,
C'est dans un de ces Tripots - là ,
Je n'ai pas oublié cela ,
Que j'ay laissé trois gens comiques ,
Qui devroient passer pour tragiques ,
Récitant d'un ton merveilleux ,
La Mariane aux blonds cheveux ,
Devant une Assemblée entiere ,
Ou présidoit la Rapiniere ,
Vous jugerez dans un instant ,
Qu'il étoit fort bon Président ,
Ou du moins qu'il avoit bon crâne 3
Au tems qu'Hérode et Mariane ,
Sans aucunes formalitez ,
S'entredisoient leurs veritez ,
Et s'échauffoient un peu la bile,
Les
FEVRIER. 1731. 263
Les deux jeunes gens de la Ville ,
Dont on avoit pris les habits
Accoururent dans le Taudis
En calleçons , en chemisettes ,
Et tenant encor leurs Raquettes ;-
Ils ne s'étoient point fait froter ,
Négligeant de se rajuster ,
Pour venir à la Comedie ;
Ce fut belle ceremonie ,
Els devinrent tous deux bouffis ,
Si -tôt qu'ils virent leurs habits ,
Que portoient Hérode et Pharore ,
Fils de chienne , double Pécore ,
Dit l'un d'eux qui n'etoit pas sot ,
Parlant au Valet du Tripot ,
Je veux te payer ton salaire ,
Qui t'a fait assez témeraire ?
Pour donner ainsi nos habits ,
A ces deux Bâteleurs maudits ,
Il faut morbleu que je t'écrase.
Le Valet étoit en extase ;
Comme il appréhendoit le mal ,
Et qu'il sçavoit que ce brutal ,
Battoit fort souvent sa Servante ,
Il lui dit d'une voix tremblante ,
Que ce n'étoit vrayement pas lui ,
Et qu'il avoit bien de l'ennui ,
De ce qu'on le croyoit capable ,
D'un
£54 MERCURE DE FRANCE.
D'un tour aussi desagréable ;
Et qui donc , barbe de cocu
Ajoûta- t- il tout éperdu.
Le Valet aima mieux se taire ,
Que d'accuser la Rapiniere ,
Mais lui se levant dans l'instant
Répondit d'un ton insolent ,
Comme s'il avoit quelque empire ,
C'est moi , morbleu , qu'en veux-tu dire è
Que tu n'es qu'un sot , qu'un faquin ,
Reprit l'autre , en levant la main ,
Et lâchant un coup de raquette ,
Qui lui fit faire une courbette..
Rapiniere fut si surpris ,
Du forfait de ce mal appris ,
Lui qui dans une telle affaire ,
En usoit ainsi d'ordinaire ,
Qu'il demeura comme endormi ,
Soit pour admirer l'ennemi ,
Ou bien parce que le Compere ,,
N'étoit point assez en colere ,
Pour se batre devant témoins 2
Ne fut-ce qu'à grands coups de poings ;;
C'étoit là le tems d'en découdre ,
Il avoit peine à s'y résoudre ,
Et peut- être que ce débat ,
N'auroit pas fait naître un combat ,
Sidans l'instant son Domestique,
Beau
FEVRIER . 1731. 265
Beaucoup plus que lui colerique ,
N'eût empoigné cet Aggresseur ,
En lui donnant de tout son coeur ,
Sans le marchander davantage,
Dans le beau milieu du vifage ,
Pour mieux dire sur le grouin ,
Un effroyable coup de poing
Avec toutes ses circonstances
Et même avec ses dépendances ,
Ensuite plusieurs autres coups ,
Et pardessus et pardessous ;
De plus le sieur la Rapiniere ,
Le prit finement par derriere ,
Comme étant le plus offensé ,
Il l'avoit déja terrassé ;
Un parent de cet Adversaire ,
Prit de même la Rapiniere ,
Mais ce parent fut investi ,
Par quelqu'un de l'autre parti,
Celui-ci le fut d'un troisième ,
Et celui- là d'un quatriéme ;
Tous dans ce vilain galetas ,
Se batoient comme chiens et chats ;
Chacun juroit à sa maniere ,
Et cependant la Tripotiere ,.
Voyant ses meubles renversez ,
Et plusieurs Escabeaux cassez ;
Faisoit des cris épouventables ,
Donnant
256 MERCURE DE FRANCE
Donnant ces gens à tous les diables.
Il est vrai qu'il faut convenir
Que chacun y devoit périr ,
Par coups de poings , de pieds , de chaises ,
Et cent tapes aussi mauvaises ,
Si quelques -uns des Magistrats ,
Qui promenoient alors leurs rats
Avec le Sénéchal du Maine ,
N'eussent entendu cette Scene
Et ne fussent accourus là ,
Afin d'appaiser tout cela.
On ne sçavoit trop comment faire ,
Dans une si cruelle affaire.
Plusieurs d'entre eux dirent tout beau ,
Qu'on jette deux ou trois sceaux d'eau,
Sur cette chienne de canaille ,
Qui trop rudement se chamaille,
Le remede si bien choisi ,
Auroit peut- être réussi ;
Mais la trop grande lassitude ,
Que causoit un combat si rude ,
Fit séparer tous ces Mutins ,
Outre que deux bons Capucins ,
Bien barbus et de riche taille ,
Vinrent sur le champ de bataille ,
Pour tâcher d'y mettre une paix ,
Non tout-à-fait bien ferme , mais
Pour faire accorder quelque tréve ,
Sur
FEVRIER. 257. 1731 .
Sur une attaque si griéve ,
Et cependant négocier ,
Sans pourtant préjudicier ,
Aux differentes procedures ,
Chacun voulant sur ces blessures ,
Faire des informations ,
Et prendre des conclusions .
Le Destin fit mille proüesses ,
De cent differentes especes ,
Dont on parlera bien long-temps ,
Dans la belle Ville du Mans ,
Aucun des Bourgeois n'en ignore
Même à present l'on parle encore
Du Comédien si vanté ,
Suivant ce qu'en ont rapporté ,
Les deux Auteurs de la querelle
Qu'il releva de sentinelle ,
Et qu'il pensa rouer de coups ,
Pendant qu'il étoit en courroux ,
Outre quantité d'adversaires ,
Qui reçurent les étrivieres ,
En les mettant hors de combat ,
Durant le terrible sabat ,
Il perdit pourtant son emplâtre,
Et ce bel homme de Théâtre ,
Fit voir à tous les Spectateurs ,
Malgré les coups et les clameurs ,
Qu'il avoit aussi bon visage ,
Que
268 MERCURE DE FRANCE.
Que bon air et gentil corsage.
Les nez sanglans furent lavez ,
On changea les collets troüez ,
On appliqua quelques emplâtres ,
Sur tous les plus opiniâtres ;
Un certain Soldat indiscret ,
Perisa quelques - uns du secret ,
L'on fit même des points d'éguille
Et l'on eut besoin de bequille ;
Les meubles furent ramassez "
Non sans être un peu fracassez ;
Le tout étoit vaille que vaille.
Il ne resta de la bataille ,
Malgré ce bel et bon traité ,
Que beaucoup d'animosité ,
Qui paroissoit sur le visage ,
De ces grands faiseurs de tapage ;
Mais les pauvres Comédiens ,
Ne grognant pas moins que des chiens ,
Que l'on veut pincer par derriere ,
Sortirent avec Rapiniere ,
Qui verbalisa le dernier ,
Car il entendoit le mêtier.`
Passant du Tripot sous la Halle
Six ou sept de même cabale ,
S'en vinrent l'épée à la main ,
Et les entourerent soudain ,
Il n'est pas aisé de se batre ,
Quand
FEVRIER. 269 17317
Quand on en voit sept contre quatre ,
La Rapiniere, homme d'honneur ,
A l'ordinaire eut grande peur ,
Il auroit eu bien autre chose ,
C'est - à-dire en Vers comme en Prose .
Qu'on lui donnoit un coup fouré ,
Si le Destin ne l'eût paré ,
Cependant malgré la parade ,
Ce terrible coup d'estocade ,
Lui blessa tant soit peu le bras ,
Mais Destin fit bien du fracas ;
Il pourfendit deux ou trois têtes ,
Ce fut conquêtes sur conquêtes ,
Il rompit deux Estramaçons ,
Dont il fit voler les tronçons ,
Il abatit beaucoup d'oreilles ,
En un mot , il fit des merveilles ,
Et le fameux Comédien ,
Déconfit ces Meffieurs si bien ,
Qu'on disoit que du Mans à Rome ,
Il n'étoit point de plus brave homme,
Ce guet- à-pan bien repoussé ,
Avoit , dit- on , été dressé ,
Au Seigneur de la Rapiniere ,
Qui ne cherchoit point à mal faire ,
Par deux petits Nobles , dont l'un ,
N'estoit presque jamais à jeun ,
Et l'autre étoit , je croi , beau- frere ,
De
27 MERCURE DE FRANCE
De celui qui tout en colere,
Avoit commencé le débat ,
Et livré d'abord le combat ,
Par un très - grand coup de raquette ,
Réellement faisant retraite ,
La Rapiniere étoit gâté ,
Si Dieu n'avoit pas suscité ,
Dans cette affaire formidable ,
Un deffenseur incomparable ,
En ce vaillant Comédien ,
Qui fut son unique soutien.
Un si grand bien-fait sans reproche ;
Trouva place en son coeur de Roche ,
Car il avoit pensé périr ;
Il ne voulut jamais souffrir ,
Que cette Troupe si chérie ,
Logeât dans une Hôtellerie ;
Il mena les Comédiens
Chez lui pour les combler de biens ,
Où le Chartier fort pacifique ,
Mit tout le bagage comique ,
Et s'en alla sans se fâcher ,
Pour moi je m'en vais me coucher.
Par M. le Tellier d'Orvilliers , Lieutenant
General d'Epée , à Vernon.
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Résumé : LE ROMAN COMIQUE, CHAPITRE TROISIÉME, POEME BURLESQUE. Le déplorable succés qu'eut la Comédie.
Le texte relate une altercation violente survenue dans un jeu de paume à Mans. Il commence par une critique de la popularité des jeux de paume, où les disputes et les insultes sont fréquentes. L'incident implique trois comédiens récitant une pièce devant une assemblée présidée par la Rapinière. Deux jeunes hommes découvrent que leurs habits ont été utilisés par les comédiens, ce qui déclenche une dispute avec la Rapinière et son valet. La querelle dégénère en une bagarre générale impliquant plusieurs personnes, nécessitant l'intervention de magistrats et de capucins pour apaiser les combattants. La bataille cause des blessures et des dégâts matériels. Plus tard, les comédiens et la Rapinière sont attaqués par un groupe d'hommes armés d'épées. La Rapinière est blessé, mais un comédien se défend vaillamment, repoussant les assaillants. Reconnaissant, la Rapinière offre ensuite un logement aux comédiens. Le texte se termine par la mention du lieutenant général d'épée à Vernon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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