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1
p. 38-65
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS du dernier Extraordinaire.
Début :
Lequel de deux Amans aime le plus, celuy qui souhaite [...]
Mots clefs :
Amants, Maîtresse, Petite vérole, Laideur, Disgrâce, Maux, Souffrance, Outrage, Amour, Mort, Passion, Amour conjugal, Transport érotique, Jalousie, Pardon, Monstres, Gloire, Corps, Enfant, Nature, Imagination
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS du dernier Extraordinaire.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la
pe.
tite Verole à la Maîtreffe, pour
luy faire voir que la laideur fe
roit incapable de le faire changer
, ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour, que
de luy voir arriver une pareille
difgrace.
Ans le vray, cela me defole ,
Duand
on me vient
parler de petite
verole ,
Ce mal injurieux & plein de cruauté ,
du
Mercure Galant.
39
Qui met en interdit les charmes de Cli
mene.
Fy de cette preuve inhumaine
Qui coufte tant à la beauté.
Eft-ce cherir une Maîtreſſe ,
Eft-ce une marque de tendreffe
Que de luyfouhaiter une infame laideur ?
Il vaut mieux paffer pour Autruche
Que de faire un fouhait fi cruche
Aux dépens d'un Objet qui nous touche
le coeur.
Un Amant fouffre à voir qu'on doute de
fa flame :
Mais fi de fa fidelité
Malgré tout fon amour fa Maitreffe a
douté ,
Pour le moins il fera garanti de tout bläme
,
N'ayant jamais rien ſouhaité
Qui puiffe faire aucun outrage
Aux attraits de ce beau vifage
Dont fon coeurfe trouve enchanté
40 Extraordinaire
Une affection bienfenfée
Doit eftre defintereffée.
Si l'on peut mourir d'amour.
Oute pafion vehemente
Eft pire qu'une fiévre lente s
Car fes paroxifmes font tels
Qu'elle peut mettre dans la Biere ,
Et dans le fond d'un Cimetiere
Le plus vigoureux des mortels.
L'amour eft de cette nature
Quand fon transport eft violent ,
C'est un Miferere , c'est un Trouffegalant
Qui vous met dans la fepulture :
Ce trifte & tenebreux fejour ,
Où l'on n'entre jamais qu'il n'en coûte
la vie.
Si donc l'on peut mourir de colere ou d'envie
,
On
peut
auffi
mourir
d'amour
?
3
Alceste Reynefort jolie ,
1
du Mercure Galant.
41
1
Femme d'un Roy de Theffalie ,
N'eut point de peine à fe priver du jour
Pour fatisfaire à ſon amour.
83
Que diray-je de Cleopatre ,
Dont Antoine fut idolatre ,
Voulut- elle pour un moment
Survivre à fan fidelle Amant ?
Pour le fuivre fa feule envie
Fut de décamper de la vie .
Afpic , vous fuftes l'inftrument
D'un fi fubit décampement.
Que diray-je auffi de Panthée
Qui d'un chaste amour enchantée,
Ayant appris que fon Mary
Eftoir dans la guerre pery's
Se perça fein d'une le fein d'une dague ,
En difant , la Parque j'incague ,"
Et je veux prévenir les coups
Pour me rejoindre à mon Epoux.
Attends-moy , mon cher Abradatte,
Toy qui fus le premier en datte
Ecrit & gravé fur mon coeur ,
Recoy ma mourante langueur-
2. d'Octobre 1685.-
D
412
Extraordinaire
Pour mieux conferver ta memoire.
Je te fuis jufqu'à l'Onde noire..
CA
De vous icy , que dira- t- on,
Illuftre Fille de Caton ,
Genereufe Femme de Brute ?
Portia , vous fuftes la butte
Des plus formidables revers
Qu'on peut craindre dans l'Univers.
Vous perdiftes ce galant Homme
Qui s'efforça d'affranchir Rome,
Mais toujours l'intrepidité
Se rangea de vostre costé.
Auffi, generenfe Romaine ,
'Dont l'Histoire le nom promene ,
Du malheur qui vous outragea,
Un charbon brûlant vous vanges.
Vous fiftes voir, Princeſſe illuftre,
De voftre Sexe le beau luftre ,
Que l'amour reftant dans fon fort ,
Eft auffi puiffant que la mort.
Plautie allant en Idumée
Avec une puiffante Armée,
Fit bien voir qu'il n'eft rien d'égal ,
du Mercure Galant,
43
Au feu de l'amour conjugal;
Car comme au milieu des Batailles
On celebroit les funerailles
De fa Femme , dont la beauté
Avoit tout fon coeur enchanté.
Luy dans un transport erotique
D'un poignard aceré fe pique ,
Se bleffe , fe perce le flanc ,
D'où coulent deux ruiffeaux de fang,
Qui bien toft fon corps affoibliffent .
Et fa vigueur aneantiffent.
Ce grand coup de defefpere
Fut par fon amour procuré.
E
Il eft rapporté chez Plutarque ,
Homme d'efprit , homme de marque,
Qu'Emilius joune Chaffeur,
Ayant en challant par malheur
Tue fa Femme & belle & riche,
Penfant mettre à mort une Biche,
Fut tonché changeant de couleur
D'une fifenfible douleur,"
Que pour la mettre en évidence,
Et pour punirfon imprudence
-
Dij
'44
Extraordinaire
Sur luy fans aucune pitié ,
Il vangea fa chafte Moitié.
Voilà ce que l'amour fçait faire
Lors qu'il pretend fe fatisfaire .
Nous lifons dans un certain lieu
Qui traite de l'amour de Dieu,
Oeuvre de Saint François de Sales ,
Lu par plus de mille Veſtales ,
Qu'un Gentilhomme Voyageur
Fort devot envers le Sauveur ,
S'attendriffant fur nos Myfteres ,
Quitta fon Pays & fes Freres
Sans fon entreprise éventer ,
Et mit fa joye à visiter ,
Pouffe par
la grace divine ,
Les beaux lieux de la Palestine,
Où reverant avec ferveur
Les divers tourmens du Sauveur,
Et les Theatres memorables
De fes fouffrances adorables,
Il pouffa mille ardens foûpirs
Qui marquoient fes brûlans defirs
Lors qu'il eut noyé de fes larmes
du Mercure Galant,
45.
Ces lieux qui faifoient tous fes charmes,
Eftant dans ce devot ſejour,
Il mourut par un trait d'amour.
Ce fut fur le Mont des Olives
Que de fes douleurs exceffives
Ne pouvant plus fouffrir l'effort ,
Ilfut le butin de la mort ,
S'il faut que mort on vous appelle ,
Paffage à la Vie eternelle .
Heureufe tranfmigration,
Voyage à la fainte Sion .
Enfans d'une aimable détreſſe,
Effets d'une fainte trifteffe ,
Adorables reffentimens ,
Sanglots , douloureux mouvemens
Avouez fans vous méconnoistre
Que c'est l'amour qui vous fit naiftre ,
Mais un amour chafte & divin
Qui n'a rien de fade & de vain
Mais une flame toute pure
Incompatible avec l'ordure.
46
Extraordinaire
Si l'on peut aimer fans jaloufie. -
L n'est presque point de ſaiſon
Où l'amour cede à la raifon ;
La paffion d'aimer trouble mille cervelles,
Elle fait des bourus , des aveugles , des
fous.
Elle fait mefme des jaloux
Qui ne peuvent fouffrir qu'on approcha
leurs belles.
Si par hazard dans leur appartement
İl entre fort innocemment
Un papillon ou quelque mouche ,
Le jaloux inquiet qui tourne tout en mal,
Devenu refveur & farouche,
Veut fçavoir de quel fexe eft ce pauvre.
animal.
**
S'il eft dufeminin fa bonté luy pardonne,
Et le laiffe entrer en riant.
S'il eft du mafculin il l'excite & bâtonne,
Toûjours grondant , toûjours criant.
Ilfaut pour des gens de la forte
Une complaisance bien forte.
du Mercure Galant.
47:
$ 3
Pour fe faire à l'extravagance
D'un homme fi fort hebeté,
C'est peu que de la complaisances ,
On a befoin d'infenfibilité ;
Mais en aimant eft- il poffible
De garder un coeur infenfible ??
03
On a bean dire à cet Amant
Qu'il agit tropfeverement ,
Qu'il faut changer de tablature ;
Il s'obftine à vouloir que fa chere Philis
Avec fes rozes & fes lis,
Ne regarde jamais les hommes qu'en
peinture.
Cela dégoûte étrangement
Et voilà cependant voftre temperament,
Habitans d'Aufonie & de l'Andaloufie,
Tous nefont paspourtant façonnez fur ce
tour ;
Comme on peut vivrefans amour,
On peut aimerfans jalousie.
L.
BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
48 Extraordinaire
De l'Origine des Monftres..
Celuy
qui d'une seule main
Soutient & le Ciel & la Terre,
Celuy qui lance le Tonnerre ,
Par foisfur tout le genre humain,
Celuyfous qui tremblent les Anges,
Celuy de qui les Ckerubins
Les Thrones & les Seraphins
Sans ceffe entonnent les Louanges,
Celuy de qui les plus grands Rois
Adorent l'effence & les Loix
Celuy qui des foux fait des Sages ,
Celuy qui tout fçait , qui tout pent.
Peut fans alterer (es Ouvrages
Faire des Monftres quand il veut.
63
Il en fait parfois pour fa gloire
Comme il fit en l'Aveugle né ,
Guery par le Verbe Incarné.
Ce que nous affurons fur la foy de l'hifoire
A qui nous devons tous la Veneration ,
Eftant
du Mercure Galant.
49
Eftant veritable , eftant fainte.
D'autresfois ilfait par indignation ,
Ce quifait le fujet de noftre jufte crainte.
Ca
Meffieurs les Medecins plus habiles
que moy
Diront furcefujer ce que Secolle en pense
Cependant le défaut ou l'excez de femence
Engendre les Monftres , je croy.
03
Mais pour mieux expliquer les chofes ,
Voyons les naturelles caufes
Quifont voir aux Monftres le jour
Dans ce periffable fejour.
03
Aux productions ordinaires
Plufieurs chofes font neceffaires.
Le tout eftant bien confulté
Laformatricefaculté ,
Cette ingenienfe puissance
Qui travaille parfa prefence ,
Et par qui tout eft difpofe
Dans le Phyfique compofe..
Q. d'Octobre 1685.
E
Extraordinaire
So
Adjoûtez encore la matiere ,
Qui quoy que portion groffiere ,
Fait cependant du bastiment
Le plus folide fondement.
Car de rien rien l'on ne peut faire
Selon l' Axiome vulguaire
Eft-ce tout ? Non il faut de plus
Le receptacle du Fetus ,
Puis aprés le jufte Triage
Et l'indifpenfable affemblage
De quatre maistreffes bontez ,
Quatre premieres qualitez
Le froid , le chaud , le fec , l'humide ,
Sans quoy tout feroit infipide ,
Vn air doux & delicieux
Avec l'influence des Cieux.
Ces cing fecours unis ensemble
Font des merveilles , ce me femble ;
Car la fabrique d'un vray Corps,
Voit les dedans & les débors..
Si l'une de ces chofes manque,
A Paris comme à Salamanque ,
Hors de doute un Monstre fe fait ,
du Mercure Galant.
Au lieu d'un Animal parfait .
Si donc la Vertuformatrice
Eft atteinte de quelque vice,
Eft foible , eft rude , & ne peut pas
Articuler jambes & bras ,
Enforte que tout ſe deſpece,
Il s'en engendre une autre espece ,
In monftreux enfantement ,
Au lieu d'un Homme , unefument ,
Quelqu'autre vile Creature :
Car enfin lorfque la Nature
Ne peut pas bien felonfon gré,
Monter jufqu'au dernier degré
D'artifice & de politeffe :
Où tendoit fa délicateffe .
Elle eft contente en fes efbats,
De defcendre un degré plus bas,
Et de faire voir un defordre
Où devoit regner le bel ordre.
Auffi parfois par ce deffaut ,
Qui meriteroit l'Echaffaut,
On voit le foye au cofté gauche,
La ratte au droit , quelle débauche !
Quelle erreur ! quel aveuglement !
E ij
52
Extraordinaire
C'eft auffi par ce manquement
Que la facultéformatrice ,
Voulant par un fatal caprice ,
Egal pouvoir , égal effort
Former un Enfant vif & fort
Qui fous double Sexe milite
Met au monde un Hermaphrodite,
Quiparfes deux fexes divers
Fait horreur à tout l'Vnivers ,
Comme feroit une Phenomene
Qui mille difgraces amene.
C'eft fous le Regne de Neron ,
Prince inhumain , Prince larron,
Prince amateur de la Cuifine,
Qu'on vid le premier Androgine.
Plus de cent mille Curieux
Ouvrirent la bourse & les yeux
Pour aller voir ce grand (pectacle
Qu'on admiroit comme un miracle ,
Carpour dire la verité
Avec toute fineerité ,
On n'avoit jamais veu dans Rome
Vn demy femme , un demy homme,
Ou plûtoft un objet hydeux
du Mercure Galant. 53
Fait & formé de tous les deux.
SA
Il faut par deffaut de Matiere ,
Que la Nature dégenere,
Et qu'elle demeure en chemin :
Ainfi l' Embryon vient fans main,
Sans jambe , fans cuiffe , oufans tefte ,
Ce qui grand déplaifir aprefte,
Et caufe un mortel defaroy
Quand on ades Monftres chezfoy,
Et qu'on voit affis à fa Table ,
Le modelle d'un Incurable.
*
Que fi par contraire fuccez ,
Nature peche par excez,
On voit des Enfans qui font honte,
Et dont on ne fait pas grand compte .
Des quatre jambes , des trois pieds,
Des Enfans tout eftropiez ,
Deux Chefs & quatre Clavicules.
On les prendroit pour des Hercules ,
Qui vont combattre Gerion
lufques aux portes de Riom .
Cependant ce n'eft rien qui vaille ;
E j
$4
Extraordinaire.
Car deux Enfans de cette taille,
A peine ont-ils jamais veſcu
L'âge d'un demy cart d'écu ,
Les genitures erronnées
Vivant toûjours fort peu d'années.
,
Mais en examinant ce poinct ,
Dites- moy ne pourroit- on point
Tirer la bafque à Nicephore ,
Dont l'Efcrit nous affure encore
Qu'on a veu dans certain Canton
Vn Nain qu'on nommoit Ragolon ,
Cela paffe le vray -femblable ,
Encore plus le veritable,
Petit entre les plus petits
Et pasplus grand' qu'une Perdris ?
RA
,
Que fi dans des heures perduës ,
Les femencesfont confonduës
De deux efpeces d' Animaux
Quece mélange fait de maux!
Que ce mélange pen modefte ,
Eft honteux , eft falle & funefte :
Qu'il marque de fon activité
du Mercure Galant .
$5.
3
Vne bruflante volupté ,
Vn embrafement de Gomorre ,
Vn emportement de Pherore,
Vn fond de fenfualité ,
Qui choque la Divinité.
De ce commerce insupportable
Qu'en peut- il naiftre d'admirable ,
Que des Capripedes cornus ,
Que des Satyres inconnus
Que des affreux hyppocentaures,
Moitié hommes , moitié pecores,
le vid à livre ouvert
Saint Antoine dans fon Défert.
Tels
que
>
Pourquoy dit-on Monftre d' Affrique ,
C'est parce qu'en ce lieu lubrique,
Chaud ardent , brûlé du Soleil ,
Se fait un amasfans pareil
D'Animaux de toutes efpeces
De Lyons , Pantheres , Tygreffes ,
Elephans , Buffles , Leopards
Qui viennent là de toutes parts,
S'affemblant auprés des Rivieres ,
Et des Fontaines les plus claires
.
E iij
56 Extraordinaire
Pour guerir la double chaleur
Qui brûle & confume leur coeur.
C'eft en ce lien que chaque Brutte
Sans choix & fans diftinction,
Sans qu'un mauvais gouft la rebutte,
Appaife avec la foiffon inclination.
Dans cette liberté commune ,
Chaque Animal prend fa cbacune,
Et s'abandonne fans retour
A la pente de fon amour.
De la des Monfires à centaines
S'engrendrent prés de ces Fontaines ,
Qui font qu'on ne peut fans danger
Dans ce noir climat Voyager.
Il n'eft aucun Autheur Claffique
Qui neparle ainfi de l' Affrique.
Si le réceptacle eft eftrait
Plus
que Nature ne voudroit ,
Il s'enfait un Monstre, un prodiges
Deux teftesfortent d'une tige
Ou deux corps n'en compoſent qu'un
Ce qui faierefver un chacun.
De là viennent les Vnipodes
Les Monocules, les Apodes,
du Mercure Galant. 57
Et d'autres Monftres differens,
Les uns morts , les autres mourans ,
Dautres jouiſſant d'une vie
Digne de pitié , non d'envie.
C'est ce que nous ont déclaré
Boiftuan , Vefulle , Paré,
Qui de femblables Creatures ,
Nous ont donné maintes figures.
Quand il arrive meſmement
Quelque notable changement ,
Aux quatre qualitez premieres ,
Plutoft qu'aux quatre fins dernieres.
Un Monftre fefait voir auffi ,
Pline en refte tout éclaircy .
Une éclatante intemperie >
Qui ne peut pas eftre guerie ,
Par tout les remedes de l'Art
Fait par fois qu'on paroift Vieillard ,
Eftant encore à la bavette,
Et faifant encore la difnette.
Semblable Monftre de mon temps
Parut environ le Printemps ,
Non au Climat de l'Aufonie,
58
Extraordinaire
Mais bien dans la Lufitanie.
Un Enfant encore au tetton
Portant de la barbe au menton ,
Mais une barbe une archi-barbe
Plus épaiffe qu'une joubarbe ;
Et nous avons veu dans Paris ,
Où regnent les jeux & les ris ,
Qu'on appelle autrement Lutece,
Une Femme ( elle eftoit Suiffeffe )
Qui portoit jufques fur le fein
Une barbe de Capucin .
Ce qui faifoit dans la Nature
Vne affez plaifante figures
D'où vient cette difformité?
D'abondance , d'humidité ,
Ou d'une chaleur exceffive
Quife trouvant & forte & vive ,
Pouffe au débors des excremens
Qui font d'étranges changemens ,
Et des vapeurs fuligineufes
Pires que des Caliginenfes ,
Qui font an dedans & dehors
Divers effets deffus les Corps.
De fait je veux que l'on me berne
du Mercure Galant. 59
Sil' excel de chaleur interne ,
N'efleve en certaines Saifons
De greffieres exhalaifons ,
Qui jufques au débors pouffees
Et violemment déchaffees ,
Font fortir le poil & les dens
Aux Enfans mefme avant le temps..
80
Adjoutons l'imaginative ,
Puiffance forte & fenfitive ,
Mais bouillante & pleine defeu ,
Qui s'attache & fe fait un jeu
D'imprimer en gros caracteres
Mille Chasteaux , mille chimeres
Sur le Corps du petit Pallot
Dont Lamnias fait le cachot.
Pour entretenir bien cette chofe
Qui Monftres & Prodige caufe,
Il faut fçavoir que l'Embrion
Au temps de fa Conception ,
Eft dans le ventre de fa Mere
D'une auffi flexible matiere ,
Qu'une cira molle , & qu'ilprend
(Ce qui fans doute nous surprend
60 Extraordinaire
Telle impreffion que luy donne
Celle qui le porte en perfonne ,
Si l'experience enfait foy,
On peut bien dire, je le croy .
93
L'Empereur Charles quatrième
Vid defes yeux & par luy-meſme ,
Un grand fujet d'étonnement
Vne espece d'enchantement
Vne Fille non mammeluë
,
Mais par le corps toute veluë ,
Comme un Ours qui n'a rien de beau.
D'où venoit cét objet nouveau ,
D'où procedoit cette avanture ,
En voicy la raifon je jure.
C'eft que fa Mere innocemment
Avoit regardé fixement
Vne image belle , mais trifte ›
Du Précurfeur Saint Iean- Baptifte ,
Du Iourdain , proche un Hameau
Veftu d'une peau de Chameau.
De cet objet la fantaisie
Eftant enyvrée & faifie ,
Deus la femelle Embrion
du Mercure Galant. 61
Avoit fait fon impreffion
De telle forte que Bodille
La defavonoit pourfa Fille ,
Et rejettoit avec fureur ;
Mais il fortit de ſon erreur,
Quand il eut apperceu l'image
Du Saint qui caufa cet Ouvrage.
N'avons- nous pas vû dans Nogent,
Prefque le mefme fans argent.
Vne Fille avecque deux teftes
Propres à faire des conqueftes ,
C'est à dire d'une Beauté
A peindre , & d'une majesté
Propre à faire une Souveraine,
Si l'on fouffre un Monstre fans peine.
D'où venoit la dupplicité
De cette irregularité?
Voicy d'où ; C'est qu'un jour la Mere
Priant Dieu dans un Monaftere,
Avec une diftraction
Qui partageoit fon action ,
Elle jetta quelques aillades
Sur deux teftes d'Anges dorez
62 Extraordinaire
Artiftement élabourez ,
Plaquez deffus une Corniche
Egalement brillante & riche ,
Qui femblent dedans ce faint lieu
S'entrexciter à louer Dieu;
Puis elle eut certain jour de Fefle
Une Pucelle à double tefte.
Qui ne voit la relation
De fon imagination
Avec la chofe imaginée?
Voilà quelle eft la destinée ,
Voilà l'inévitable fort
D'une Femme que je plains fort ,
Qui dans le temps de fa groffeffe
N'eft pas de fon efprit maîtreffe,
Mais s'abandonne impunément
Au cours de fon aveuglement ,
Et ne garde aucune meſure
Pour les yeux pour la pasture. &
69
Mais tâchons de dire comment
Ce monftrueux enfantement,
Eft l'effet de la tyrannie
D'une monstrueufe manie,
du Mercure Galant.
63
t
Et par queis degrez un foetus
Devient effroyable ou perclus .
Degenerant de fon efpece
Ont mutilé de quelques pieces.
Primò. L'imagination
Agit par fon impreffion ,
Puis elle prefente à la Femme
Un objet qui touche fon ame ,
Et le plus fouvent l'abrutit ;
Qui meut la puiſſance matrice
De fon vouloir l'executrice ;
Celle-là dans fes actions
N'executant fes fonctions
Que par les efprits qu'elle mene,
Qu'elle roule, & qu'elle promene
Par tous lesfibres du cerveau ,
Où ces efprits ont leur berceau
Sur lequel cerveau les Phantofmes ,
Moins vifibles que des Atomes ,
Sont gravez plus profondément
Que fur l'or & le diamant ;
Arrive que la Femme groffe,
Prefte affezfouvent de lafoffe,
64
Extraordinaire
Ayant l'imagination
Ou la reprefentation
De ce qu'elle appette & defire.
Les efprits fouples comme cire
Sur qui ce Portrait eft gravé
Avec un gouft fort dépravé ,
Venant à fortir de la lice
Par cette faculté matrice
En fe débandant de leur gros,
Qui garde au cerveau fon repos
Par une espece de Magie
Traifnent aprés eux l'effigie
De ce Phantofme dominant
Qui n'a rien que de furprenant ,
Et cette imperieufe image,
Qui fur le corps marque fa rage ;
Et c'eft-là la gradation
De voftre generation ,
Prodiges qui faites l'injure
Et l'opprobre de la Nature ,
Monftres que dans cet Univers
On n'appercent que de travers.
ཀ
Par fois des Monftres l'origine
du Mercure Galant. 65
Vient de la fuftice divine ,
Juftice aimable en fes bienfaits ,
Mais redoutable en fes effets ,
Mais en fes fugemens terrible ,
Et fouvent incomprehenfible ,
Si bien qu'un Monftre quelquefois
Par fon trifte & factieux minois
Montre prédit comme un Comette
Quelque accident , quelque défaite ,
Une mutation d'Eftat ,
Ou le deftin
Vous don d'un Potentat.
Eclypfes de Nature ,
Vous Oifeaux de mauvaise augure
A moins que Dieu le veuille ainfi ,
Monftres , écartez- vous d'icy.
L.
BouGHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy
SUR LES QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
Lequel de deux Amans aime le
plus , celuy qui fouhaite la
pe.
tite Verole à la Maîtreffe, pour
luy faire voir que la laideur fe
roit incapable de le faire changer
, ou celuy qui aime mieux
qu'elle doute de fon amour, que
de luy voir arriver une pareille
difgrace.
Ans le vray, cela me defole ,
Duand
on me vient
parler de petite
verole ,
Ce mal injurieux & plein de cruauté ,
du
Mercure Galant.
39
Qui met en interdit les charmes de Cli
mene.
Fy de cette preuve inhumaine
Qui coufte tant à la beauté.
Eft-ce cherir une Maîtreſſe ,
Eft-ce une marque de tendreffe
Que de luyfouhaiter une infame laideur ?
Il vaut mieux paffer pour Autruche
Que de faire un fouhait fi cruche
Aux dépens d'un Objet qui nous touche
le coeur.
Un Amant fouffre à voir qu'on doute de
fa flame :
Mais fi de fa fidelité
Malgré tout fon amour fa Maitreffe a
douté ,
Pour le moins il fera garanti de tout bläme
,
N'ayant jamais rien ſouhaité
Qui puiffe faire aucun outrage
Aux attraits de ce beau vifage
Dont fon coeurfe trouve enchanté
40 Extraordinaire
Une affection bienfenfée
Doit eftre defintereffée.
Si l'on peut mourir d'amour.
Oute pafion vehemente
Eft pire qu'une fiévre lente s
Car fes paroxifmes font tels
Qu'elle peut mettre dans la Biere ,
Et dans le fond d'un Cimetiere
Le plus vigoureux des mortels.
L'amour eft de cette nature
Quand fon transport eft violent ,
C'est un Miferere , c'est un Trouffegalant
Qui vous met dans la fepulture :
Ce trifte & tenebreux fejour ,
Où l'on n'entre jamais qu'il n'en coûte
la vie.
Si donc l'on peut mourir de colere ou d'envie
,
On
peut
auffi
mourir
d'amour
?
3
Alceste Reynefort jolie ,
1
du Mercure Galant.
41
1
Femme d'un Roy de Theffalie ,
N'eut point de peine à fe priver du jour
Pour fatisfaire à ſon amour.
83
Que diray-je de Cleopatre ,
Dont Antoine fut idolatre ,
Voulut- elle pour un moment
Survivre à fan fidelle Amant ?
Pour le fuivre fa feule envie
Fut de décamper de la vie .
Afpic , vous fuftes l'inftrument
D'un fi fubit décampement.
Que diray-je auffi de Panthée
Qui d'un chaste amour enchantée,
Ayant appris que fon Mary
Eftoir dans la guerre pery's
Se perça fein d'une le fein d'une dague ,
En difant , la Parque j'incague ,"
Et je veux prévenir les coups
Pour me rejoindre à mon Epoux.
Attends-moy , mon cher Abradatte,
Toy qui fus le premier en datte
Ecrit & gravé fur mon coeur ,
Recoy ma mourante langueur-
2. d'Octobre 1685.-
D
412
Extraordinaire
Pour mieux conferver ta memoire.
Je te fuis jufqu'à l'Onde noire..
CA
De vous icy , que dira- t- on,
Illuftre Fille de Caton ,
Genereufe Femme de Brute ?
Portia , vous fuftes la butte
Des plus formidables revers
Qu'on peut craindre dans l'Univers.
Vous perdiftes ce galant Homme
Qui s'efforça d'affranchir Rome,
Mais toujours l'intrepidité
Se rangea de vostre costé.
Auffi, generenfe Romaine ,
'Dont l'Histoire le nom promene ,
Du malheur qui vous outragea,
Un charbon brûlant vous vanges.
Vous fiftes voir, Princeſſe illuftre,
De voftre Sexe le beau luftre ,
Que l'amour reftant dans fon fort ,
Eft auffi puiffant que la mort.
Plautie allant en Idumée
Avec une puiffante Armée,
Fit bien voir qu'il n'eft rien d'égal ,
du Mercure Galant,
43
Au feu de l'amour conjugal;
Car comme au milieu des Batailles
On celebroit les funerailles
De fa Femme , dont la beauté
Avoit tout fon coeur enchanté.
Luy dans un transport erotique
D'un poignard aceré fe pique ,
Se bleffe , fe perce le flanc ,
D'où coulent deux ruiffeaux de fang,
Qui bien toft fon corps affoibliffent .
Et fa vigueur aneantiffent.
Ce grand coup de defefpere
Fut par fon amour procuré.
E
Il eft rapporté chez Plutarque ,
Homme d'efprit , homme de marque,
Qu'Emilius joune Chaffeur,
Ayant en challant par malheur
Tue fa Femme & belle & riche,
Penfant mettre à mort une Biche,
Fut tonché changeant de couleur
D'une fifenfible douleur,"
Que pour la mettre en évidence,
Et pour punirfon imprudence
-
Dij
'44
Extraordinaire
Sur luy fans aucune pitié ,
Il vangea fa chafte Moitié.
Voilà ce que l'amour fçait faire
Lors qu'il pretend fe fatisfaire .
Nous lifons dans un certain lieu
Qui traite de l'amour de Dieu,
Oeuvre de Saint François de Sales ,
Lu par plus de mille Veſtales ,
Qu'un Gentilhomme Voyageur
Fort devot envers le Sauveur ,
S'attendriffant fur nos Myfteres ,
Quitta fon Pays & fes Freres
Sans fon entreprise éventer ,
Et mit fa joye à visiter ,
Pouffe par
la grace divine ,
Les beaux lieux de la Palestine,
Où reverant avec ferveur
Les divers tourmens du Sauveur,
Et les Theatres memorables
De fes fouffrances adorables,
Il pouffa mille ardens foûpirs
Qui marquoient fes brûlans defirs
Lors qu'il eut noyé de fes larmes
du Mercure Galant,
45.
Ces lieux qui faifoient tous fes charmes,
Eftant dans ce devot ſejour,
Il mourut par un trait d'amour.
Ce fut fur le Mont des Olives
Que de fes douleurs exceffives
Ne pouvant plus fouffrir l'effort ,
Ilfut le butin de la mort ,
S'il faut que mort on vous appelle ,
Paffage à la Vie eternelle .
Heureufe tranfmigration,
Voyage à la fainte Sion .
Enfans d'une aimable détreſſe,
Effets d'une fainte trifteffe ,
Adorables reffentimens ,
Sanglots , douloureux mouvemens
Avouez fans vous méconnoistre
Que c'est l'amour qui vous fit naiftre ,
Mais un amour chafte & divin
Qui n'a rien de fade & de vain
Mais une flame toute pure
Incompatible avec l'ordure.
46
Extraordinaire
Si l'on peut aimer fans jaloufie. -
L n'est presque point de ſaiſon
Où l'amour cede à la raifon ;
La paffion d'aimer trouble mille cervelles,
Elle fait des bourus , des aveugles , des
fous.
Elle fait mefme des jaloux
Qui ne peuvent fouffrir qu'on approcha
leurs belles.
Si par hazard dans leur appartement
İl entre fort innocemment
Un papillon ou quelque mouche ,
Le jaloux inquiet qui tourne tout en mal,
Devenu refveur & farouche,
Veut fçavoir de quel fexe eft ce pauvre.
animal.
**
S'il eft dufeminin fa bonté luy pardonne,
Et le laiffe entrer en riant.
S'il eft du mafculin il l'excite & bâtonne,
Toûjours grondant , toûjours criant.
Ilfaut pour des gens de la forte
Une complaisance bien forte.
du Mercure Galant.
47:
$ 3
Pour fe faire à l'extravagance
D'un homme fi fort hebeté,
C'est peu que de la complaisances ,
On a befoin d'infenfibilité ;
Mais en aimant eft- il poffible
De garder un coeur infenfible ??
03
On a bean dire à cet Amant
Qu'il agit tropfeverement ,
Qu'il faut changer de tablature ;
Il s'obftine à vouloir que fa chere Philis
Avec fes rozes & fes lis,
Ne regarde jamais les hommes qu'en
peinture.
Cela dégoûte étrangement
Et voilà cependant voftre temperament,
Habitans d'Aufonie & de l'Andaloufie,
Tous nefont paspourtant façonnez fur ce
tour ;
Comme on peut vivrefans amour,
On peut aimerfans jalousie.
L.
BOUCHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy.
48 Extraordinaire
De l'Origine des Monftres..
Celuy
qui d'une seule main
Soutient & le Ciel & la Terre,
Celuy qui lance le Tonnerre ,
Par foisfur tout le genre humain,
Celuyfous qui tremblent les Anges,
Celuy de qui les Ckerubins
Les Thrones & les Seraphins
Sans ceffe entonnent les Louanges,
Celuy de qui les plus grands Rois
Adorent l'effence & les Loix
Celuy qui des foux fait des Sages ,
Celuy qui tout fçait , qui tout pent.
Peut fans alterer (es Ouvrages
Faire des Monftres quand il veut.
63
Il en fait parfois pour fa gloire
Comme il fit en l'Aveugle né ,
Guery par le Verbe Incarné.
Ce que nous affurons fur la foy de l'hifoire
A qui nous devons tous la Veneration ,
Eftant
du Mercure Galant.
49
Eftant veritable , eftant fainte.
D'autresfois ilfait par indignation ,
Ce quifait le fujet de noftre jufte crainte.
Ca
Meffieurs les Medecins plus habiles
que moy
Diront furcefujer ce que Secolle en pense
Cependant le défaut ou l'excez de femence
Engendre les Monftres , je croy.
03
Mais pour mieux expliquer les chofes ,
Voyons les naturelles caufes
Quifont voir aux Monftres le jour
Dans ce periffable fejour.
03
Aux productions ordinaires
Plufieurs chofes font neceffaires.
Le tout eftant bien confulté
Laformatricefaculté ,
Cette ingenienfe puissance
Qui travaille parfa prefence ,
Et par qui tout eft difpofe
Dans le Phyfique compofe..
Q. d'Octobre 1685.
E
Extraordinaire
So
Adjoûtez encore la matiere ,
Qui quoy que portion groffiere ,
Fait cependant du bastiment
Le plus folide fondement.
Car de rien rien l'on ne peut faire
Selon l' Axiome vulguaire
Eft-ce tout ? Non il faut de plus
Le receptacle du Fetus ,
Puis aprés le jufte Triage
Et l'indifpenfable affemblage
De quatre maistreffes bontez ,
Quatre premieres qualitez
Le froid , le chaud , le fec , l'humide ,
Sans quoy tout feroit infipide ,
Vn air doux & delicieux
Avec l'influence des Cieux.
Ces cing fecours unis ensemble
Font des merveilles , ce me femble ;
Car la fabrique d'un vray Corps,
Voit les dedans & les débors..
Si l'une de ces chofes manque,
A Paris comme à Salamanque ,
Hors de doute un Monstre fe fait ,
du Mercure Galant.
Au lieu d'un Animal parfait .
Si donc la Vertuformatrice
Eft atteinte de quelque vice,
Eft foible , eft rude , & ne peut pas
Articuler jambes & bras ,
Enforte que tout ſe deſpece,
Il s'en engendre une autre espece ,
In monftreux enfantement ,
Au lieu d'un Homme , unefument ,
Quelqu'autre vile Creature :
Car enfin lorfque la Nature
Ne peut pas bien felonfon gré,
Monter jufqu'au dernier degré
D'artifice & de politeffe :
Où tendoit fa délicateffe .
Elle eft contente en fes efbats,
De defcendre un degré plus bas,
Et de faire voir un defordre
Où devoit regner le bel ordre.
Auffi parfois par ce deffaut ,
Qui meriteroit l'Echaffaut,
On voit le foye au cofté gauche,
La ratte au droit , quelle débauche !
Quelle erreur ! quel aveuglement !
E ij
52
Extraordinaire
C'eft auffi par ce manquement
Que la facultéformatrice ,
Voulant par un fatal caprice ,
Egal pouvoir , égal effort
Former un Enfant vif & fort
Qui fous double Sexe milite
Met au monde un Hermaphrodite,
Quiparfes deux fexes divers
Fait horreur à tout l'Vnivers ,
Comme feroit une Phenomene
Qui mille difgraces amene.
C'eft fous le Regne de Neron ,
Prince inhumain , Prince larron,
Prince amateur de la Cuifine,
Qu'on vid le premier Androgine.
Plus de cent mille Curieux
Ouvrirent la bourse & les yeux
Pour aller voir ce grand (pectacle
Qu'on admiroit comme un miracle ,
Carpour dire la verité
Avec toute fineerité ,
On n'avoit jamais veu dans Rome
Vn demy femme , un demy homme,
Ou plûtoft un objet hydeux
du Mercure Galant. 53
Fait & formé de tous les deux.
SA
Il faut par deffaut de Matiere ,
Que la Nature dégenere,
Et qu'elle demeure en chemin :
Ainfi l' Embryon vient fans main,
Sans jambe , fans cuiffe , oufans tefte ,
Ce qui grand déplaifir aprefte,
Et caufe un mortel defaroy
Quand on ades Monftres chezfoy,
Et qu'on voit affis à fa Table ,
Le modelle d'un Incurable.
*
Que fi par contraire fuccez ,
Nature peche par excez,
On voit des Enfans qui font honte,
Et dont on ne fait pas grand compte .
Des quatre jambes , des trois pieds,
Des Enfans tout eftropiez ,
Deux Chefs & quatre Clavicules.
On les prendroit pour des Hercules ,
Qui vont combattre Gerion
lufques aux portes de Riom .
Cependant ce n'eft rien qui vaille ;
E j
$4
Extraordinaire.
Car deux Enfans de cette taille,
A peine ont-ils jamais veſcu
L'âge d'un demy cart d'écu ,
Les genitures erronnées
Vivant toûjours fort peu d'années.
,
Mais en examinant ce poinct ,
Dites- moy ne pourroit- on point
Tirer la bafque à Nicephore ,
Dont l'Efcrit nous affure encore
Qu'on a veu dans certain Canton
Vn Nain qu'on nommoit Ragolon ,
Cela paffe le vray -femblable ,
Encore plus le veritable,
Petit entre les plus petits
Et pasplus grand' qu'une Perdris ?
RA
,
Que fi dans des heures perduës ,
Les femencesfont confonduës
De deux efpeces d' Animaux
Quece mélange fait de maux!
Que ce mélange pen modefte ,
Eft honteux , eft falle & funefte :
Qu'il marque de fon activité
du Mercure Galant .
$5.
3
Vne bruflante volupté ,
Vn embrafement de Gomorre ,
Vn emportement de Pherore,
Vn fond de fenfualité ,
Qui choque la Divinité.
De ce commerce insupportable
Qu'en peut- il naiftre d'admirable ,
Que des Capripedes cornus ,
Que des Satyres inconnus
Que des affreux hyppocentaures,
Moitié hommes , moitié pecores,
le vid à livre ouvert
Saint Antoine dans fon Défert.
Tels
que
>
Pourquoy dit-on Monftre d' Affrique ,
C'est parce qu'en ce lieu lubrique,
Chaud ardent , brûlé du Soleil ,
Se fait un amasfans pareil
D'Animaux de toutes efpeces
De Lyons , Pantheres , Tygreffes ,
Elephans , Buffles , Leopards
Qui viennent là de toutes parts,
S'affemblant auprés des Rivieres ,
Et des Fontaines les plus claires
.
E iij
56 Extraordinaire
Pour guerir la double chaleur
Qui brûle & confume leur coeur.
C'eft en ce lien que chaque Brutte
Sans choix & fans diftinction,
Sans qu'un mauvais gouft la rebutte,
Appaife avec la foiffon inclination.
Dans cette liberté commune ,
Chaque Animal prend fa cbacune,
Et s'abandonne fans retour
A la pente de fon amour.
De la des Monfires à centaines
S'engrendrent prés de ces Fontaines ,
Qui font qu'on ne peut fans danger
Dans ce noir climat Voyager.
Il n'eft aucun Autheur Claffique
Qui neparle ainfi de l' Affrique.
Si le réceptacle eft eftrait
Plus
que Nature ne voudroit ,
Il s'enfait un Monstre, un prodiges
Deux teftesfortent d'une tige
Ou deux corps n'en compoſent qu'un
Ce qui faierefver un chacun.
De là viennent les Vnipodes
Les Monocules, les Apodes,
du Mercure Galant. 57
Et d'autres Monftres differens,
Les uns morts , les autres mourans ,
Dautres jouiſſant d'une vie
Digne de pitié , non d'envie.
C'est ce que nous ont déclaré
Boiftuan , Vefulle , Paré,
Qui de femblables Creatures ,
Nous ont donné maintes figures.
Quand il arrive meſmement
Quelque notable changement ,
Aux quatre qualitez premieres ,
Plutoft qu'aux quatre fins dernieres.
Un Monftre fefait voir auffi ,
Pline en refte tout éclaircy .
Une éclatante intemperie >
Qui ne peut pas eftre guerie ,
Par tout les remedes de l'Art
Fait par fois qu'on paroift Vieillard ,
Eftant encore à la bavette,
Et faifant encore la difnette.
Semblable Monftre de mon temps
Parut environ le Printemps ,
Non au Climat de l'Aufonie,
58
Extraordinaire
Mais bien dans la Lufitanie.
Un Enfant encore au tetton
Portant de la barbe au menton ,
Mais une barbe une archi-barbe
Plus épaiffe qu'une joubarbe ;
Et nous avons veu dans Paris ,
Où regnent les jeux & les ris ,
Qu'on appelle autrement Lutece,
Une Femme ( elle eftoit Suiffeffe )
Qui portoit jufques fur le fein
Une barbe de Capucin .
Ce qui faifoit dans la Nature
Vne affez plaifante figures
D'où vient cette difformité?
D'abondance , d'humidité ,
Ou d'une chaleur exceffive
Quife trouvant & forte & vive ,
Pouffe au débors des excremens
Qui font d'étranges changemens ,
Et des vapeurs fuligineufes
Pires que des Caliginenfes ,
Qui font an dedans & dehors
Divers effets deffus les Corps.
De fait je veux que l'on me berne
du Mercure Galant. 59
Sil' excel de chaleur interne ,
N'efleve en certaines Saifons
De greffieres exhalaifons ,
Qui jufques au débors pouffees
Et violemment déchaffees ,
Font fortir le poil & les dens
Aux Enfans mefme avant le temps..
80
Adjoutons l'imaginative ,
Puiffance forte & fenfitive ,
Mais bouillante & pleine defeu ,
Qui s'attache & fe fait un jeu
D'imprimer en gros caracteres
Mille Chasteaux , mille chimeres
Sur le Corps du petit Pallot
Dont Lamnias fait le cachot.
Pour entretenir bien cette chofe
Qui Monftres & Prodige caufe,
Il faut fçavoir que l'Embrion
Au temps de fa Conception ,
Eft dans le ventre de fa Mere
D'une auffi flexible matiere ,
Qu'une cira molle , & qu'ilprend
(Ce qui fans doute nous surprend
60 Extraordinaire
Telle impreffion que luy donne
Celle qui le porte en perfonne ,
Si l'experience enfait foy,
On peut bien dire, je le croy .
93
L'Empereur Charles quatrième
Vid defes yeux & par luy-meſme ,
Un grand fujet d'étonnement
Vne espece d'enchantement
Vne Fille non mammeluë
,
Mais par le corps toute veluë ,
Comme un Ours qui n'a rien de beau.
D'où venoit cét objet nouveau ,
D'où procedoit cette avanture ,
En voicy la raifon je jure.
C'eft que fa Mere innocemment
Avoit regardé fixement
Vne image belle , mais trifte ›
Du Précurfeur Saint Iean- Baptifte ,
Du Iourdain , proche un Hameau
Veftu d'une peau de Chameau.
De cet objet la fantaisie
Eftant enyvrée & faifie ,
Deus la femelle Embrion
du Mercure Galant. 61
Avoit fait fon impreffion
De telle forte que Bodille
La defavonoit pourfa Fille ,
Et rejettoit avec fureur ;
Mais il fortit de ſon erreur,
Quand il eut apperceu l'image
Du Saint qui caufa cet Ouvrage.
N'avons- nous pas vû dans Nogent,
Prefque le mefme fans argent.
Vne Fille avecque deux teftes
Propres à faire des conqueftes ,
C'est à dire d'une Beauté
A peindre , & d'une majesté
Propre à faire une Souveraine,
Si l'on fouffre un Monstre fans peine.
D'où venoit la dupplicité
De cette irregularité?
Voicy d'où ; C'est qu'un jour la Mere
Priant Dieu dans un Monaftere,
Avec une diftraction
Qui partageoit fon action ,
Elle jetta quelques aillades
Sur deux teftes d'Anges dorez
62 Extraordinaire
Artiftement élabourez ,
Plaquez deffus une Corniche
Egalement brillante & riche ,
Qui femblent dedans ce faint lieu
S'entrexciter à louer Dieu;
Puis elle eut certain jour de Fefle
Une Pucelle à double tefte.
Qui ne voit la relation
De fon imagination
Avec la chofe imaginée?
Voilà quelle eft la destinée ,
Voilà l'inévitable fort
D'une Femme que je plains fort ,
Qui dans le temps de fa groffeffe
N'eft pas de fon efprit maîtreffe,
Mais s'abandonne impunément
Au cours de fon aveuglement ,
Et ne garde aucune meſure
Pour les yeux pour la pasture. &
69
Mais tâchons de dire comment
Ce monftrueux enfantement,
Eft l'effet de la tyrannie
D'une monstrueufe manie,
du Mercure Galant.
63
t
Et par queis degrez un foetus
Devient effroyable ou perclus .
Degenerant de fon efpece
Ont mutilé de quelques pieces.
Primò. L'imagination
Agit par fon impreffion ,
Puis elle prefente à la Femme
Un objet qui touche fon ame ,
Et le plus fouvent l'abrutit ;
Qui meut la puiſſance matrice
De fon vouloir l'executrice ;
Celle-là dans fes actions
N'executant fes fonctions
Que par les efprits qu'elle mene,
Qu'elle roule, & qu'elle promene
Par tous lesfibres du cerveau ,
Où ces efprits ont leur berceau
Sur lequel cerveau les Phantofmes ,
Moins vifibles que des Atomes ,
Sont gravez plus profondément
Que fur l'or & le diamant ;
Arrive que la Femme groffe,
Prefte affezfouvent de lafoffe,
64
Extraordinaire
Ayant l'imagination
Ou la reprefentation
De ce qu'elle appette & defire.
Les efprits fouples comme cire
Sur qui ce Portrait eft gravé
Avec un gouft fort dépravé ,
Venant à fortir de la lice
Par cette faculté matrice
En fe débandant de leur gros,
Qui garde au cerveau fon repos
Par une espece de Magie
Traifnent aprés eux l'effigie
De ce Phantofme dominant
Qui n'a rien que de furprenant ,
Et cette imperieufe image,
Qui fur le corps marque fa rage ;
Et c'eft-là la gradation
De voftre generation ,
Prodiges qui faites l'injure
Et l'opprobre de la Nature ,
Monftres que dans cet Univers
On n'appercent que de travers.
ཀ
Par fois des Monftres l'origine
du Mercure Galant. 65
Vient de la fuftice divine ,
Juftice aimable en fes bienfaits ,
Mais redoutable en fes effets ,
Mais en fes fugemens terrible ,
Et fouvent incomprehenfible ,
Si bien qu'un Monftre quelquefois
Par fon trifte & factieux minois
Montre prédit comme un Comette
Quelque accident , quelque défaite ,
Une mutation d'Eftat ,
Ou le deftin
Vous don d'un Potentat.
Eclypfes de Nature ,
Vous Oifeaux de mauvaise augure
A moins que Dieu le veuille ainfi ,
Monftres , écartez- vous d'icy.
L.
BouGHET ,
ancien Curé de Nogent le Roy
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS du dernier Extraordinaire.
Le texte 'Sentimens sur les questions du dernier Extraordinaire' examine divers aspects de l'amour et ses manifestations extrêmes. Il critique la jalousie excessive, qualifiée d'inhumaine, et discute de la possibilité de mourir d'amour, citant des exemples historiques tels qu'Alceste Reinefort, Cléopâtre, Portia, et Plautie. Il mentionne également des cas où l'amour pousse à des actes extrêmes, comme le suicide d'Émilie après un accident fatal. Un gentilhomme dévot, mourant d'amour sur le Mont des Oliviers après un pèlerinage, illustre comment même un amour chaste peut provoquer des émotions intenses et irrationnelles. Le texte, issu du 'Mercure Galant', est divisé en plusieurs sections. La première décrit la jalousie excessive d'un homme envers sa partenaire, comparée à un papillon ou une mouche entrant dans leur appartement. La deuxième section traite de la création des monstres par Dieu, soit pour Sa gloire, soit par indignation, et souligne l'importance des facteurs naturels pour la formation correcte des êtres humains. La troisième section explique que les monstres apparaissent lorsque ces facteurs sont absents ou en excès, citant des exemples de malformations. Le texte aborde également la brièveté de la vie des enfants malformés et pose des questions sur les conclusions tirées de cas exceptionnels. Il traite des monstres et anomalies naturelles, souvent attribués à des mélanges contre nature ou à des influences extérieures pendant la grossesse. Des exemples incluent des unions contre nature entre espèces animales et des monstres africains. Il explore les causes possibles des monstres humains, comme les excès de chaleur, d'humidité ou d'imagination maternelle, et mentionne des cas historiques spécifiques. Le texte conclut en soulignant l'influence de l'imagination maternelle sur la formation des monstres, considérés comme des oiseaux de mauvais augure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 91-99
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 21 du mois passé, un Cheveau-Leger ayant été fraulé, [...]
Mots clefs :
Louvre, Duc, Agresseur, Pistolet, Seigneur, Charges, Harangue, Régent, Cérémonie, Conseil, Serment de fidélité, Duchesse, Pardon, Comte, Mariage, Tsar, Divertissements, Cérémonie nuptiale, Compagnie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E 21 du mois paffé , un Cheveau
- Leger ayant été fraulé
, aux environs du Louvre ,
par un des chevaux du caroffe de
Mr le Duc d'Eftrées , s'en vengea
fur le Cocher par quelques coups
de plat d'épée la Livrée ayant pris
le parti du Maltraité, obligea l'Aggréffeur
de fe fauver en diligence
dans la rue Jean-Fleury , à une Auberge
où il logeoit & où il fut
bien-tôt fecouru par d'autres Chevaux
- Legers qui tirerent quelques
coups de Piſtolers par les fénétres,
pour écarter les Laquais qui
avoient caffé les vitres. Le Duc
d'Eftrées,pendant ce défordre , voulant
avoir raifon de l'infulte , envoya
chercher à la Cour des Hoquetons
avec un Commiffaire , lef92
LE MERCURE
quels après avoir dreffé un Procés
verbal , arrêterent l'Affaillant . Sur
le foir M.le Duc de Chaulnes Commandant
des Chevaux - Legers ,
ayant envoyé demander à M
d'Eftrées, quelle fatisfaction il fouhaitoit
; ce Seigneur répondit , qu'il
pouvoit faire ce qu'il jugeroit à
propos d'un homme qui devoit lui
obéir.
Le 27. les Provifions de la Charge
de Chancelier & Garde des
Sceaux de France , en faveur de
M. Dagueffeau , furent préfentées
au Parlement & enregistrées fuivant
les Conclufions de M. de
Fleury Procureur General. M.
Tartarin célébre Avocat du Parlement
prononça une Harangue fur
ce fujet.
De 40. Fermiers Generaux qui
étoient entrés dans le Bail des Fermes
Royales , 14 ont été fupprimés ,
entre autres tous les Receveurs
Generaux qui ne pourront plus à
l'avenir , réunir ces deux Charges .
enfemble. Les premiers ayanc
›
DE MAY.
93
été réduits à trente , on en a ajouté
quatre nouveaux , pour remplir le
nombre.
Le go. Mr le Duc de Melun
accompagné de toute fa famille , a
û l'honneur de faluer le Roy fans
long Manteau ; Mgr le Duc
Régent ayant trouvé bon , pendant
la Minorité du Roy , de retrancher
cette Cérémonie embaraffante.
quand on viendra faire des com
pliments au Roy fur quelque mort.'
On a difpenfe les Moufquetaires
furnuméraires d'avoir des Chevaux
dans les Ecuries de l'Hôtel.
Le r le Roy a été régalé dés le
matin , de Tambours , de Fiffres
& de Violons , à caufe du premier
jour de May.
Le 3 le Roy , avant le Conſeil
de Régence , a receu le Serment
de fidelité de Mr le Prince de Bouillon
pour la Survivance de la Charde
Grand Chambellan. ge
On entend par cetteDignité, le premier
Officier de laChambre du Roy,
ou de Monfieur. On l'a appellé
94 LE MERCURE
autrefois Grand Chambrier , & fa
Charge , Grande Chambriere. C'étoit
la feconde Dignité du Royaume
,il eft d'ordinaire nommé après
le Chancelier ; le jour du Sacre il
tire la bote & déchauffe le Roy ,
& il eft affis à fes pieds lorfqu'il
tient les Etats ou fon Lit de Juftice.
Le 4. Madame la Ducheffe
Douairiere receut la veille , des Lettres
de Mr le Comte de Charolois ,
dattées de Mons du Samedy rr du
courant, à fix heures du matin. Ce
Prince lui demande pardon de ce
qu'il eft parti fans fes ordres , l'affùrant
qu'il ne l'avoit fait que fur
de fortes raifons ; qu'il efpére qu'elle
ne fera plus fâchée contre lui , lorfqu'elle
le reverra avec les qualités
propres à fervir le Roi & l'Etat :
Qu'il pårt pour Munick où il fe
rendra en diligence & ỳ pourra recevoir
de fes Lettres.
Tout ce qu'on a pû faire , ç'a
été de faire partir ce matin une
Chaife de Poite , quelques hardes
, avec trois Valets de pied &
DE MAY.
95
un Domestique pour Mr de Billy,
Gentilhomme attaché à la Maiſonde
Condé , ce Prince n'ayant pris en
partant qu'un bonnet de nuit dans fa
poche , & deux chemiſes , dont il
chargea fon Valet de Chambre.
Le Comte, Guicciardi Envoyé
Extraordinaire de M. leDuc de Modéne
, ût Audience de Congé du
Roy.
Le s . le grand mariage fut en
fin arrêté hier par les foins de Me
le Duc d'Elbeuf. Toute la famille
d'Armagnac & de Noailles étant
venue demander la permiffion du
Roy & de M8 le Duc Régent,pour
M. le Prince Charles avec Mile de
Noailles .
Mr le Comte de Bonneval époufe
cette nuit Mlle de Biron , & dans
quatre ou cinq jours il part pour la
Hongrie avec Mr le Comte d'Aremberg
; il laiffe cette année Mde
fon époufe à Mr le Marquis de
Biron fon pere , dans le deffein
de l'emmener la Campagne prochaine
à Vienne en Autriche .
96 LE MERCURE
Le 6. à quatre heures du foir ,
le Roy eft allé vifiter l'Hôtel de
Lefdiguieres , deftiné pour le logement
duCzar . On l'a fait paffer par
la Place des Victoires , devant l'Hôtel
de Rohan & par la Place Royale .
Il avoit 3.Caroffes à fa fuitedans l'un
defquels étoient des Ecuyers , &
Porte-Manteaux ; dans l'autre,quatre
Gentilshommes de la Manche ,
le Roy étoit dans fon Caroffe , ayant
à fa gauche Mr le Duc du Maine ;
& pour lui donner la facilité de
voir & d'être vû , Mr le Maréchal
de Villeroy avoit pris la portiere
de fa droite & Mr le Marquis de
Louvois Capitaine desCent- Suiffes,
occupoit l'autre . Sur le devant
étoit Mr le Duc de Charoft Capitaine
des Gardes , avec Mr de
Fleury , ancien Evêque dé Frejus ,
fon Précepteur.
On trouva l'Hôtel de Lefdiguiéres
trés magnifiquement meublé ;
mais ce qui charma davantage le
Roy,vint du plaifir qu'il ût de trouver
desDanfeursde corde & d'autres
divertiffemens
DE MAY.
97
divertiffemens que Mr le Maréchal
de Villeroy lui avoit fait préparer.
L'Equipage de Mer le Comte
de Charolois eft parti avec plufieures
Lettres de Change & de l'argent
comptant ; il y a entre autres,
fix Gentil-Hommes , autant d'Officiers
de divers Regimens , particulierement
du fien , quatre Pages ,
des Valers , avec un Conducteur
d'Equipage , & le reste à proportion
. On a auffi engagé, moyennant
de gros apointemens, M'd'Alibourg
Chirurgien des Gardes Françoifes ,
à faire la Campagne de Hongrie
avec ce Prince .
Le 7. le Czar arriva à Paris à
neuf heures & demie du foir , &
alla coucher à l'Hôtel de Lefdiguieres
, n'ayant pas voulu refter
auVieux Louvre dans l'Apartement
de la feuë Reine , qui étoit fuperbe.
Le 11.Mr le Maréchal de Villeroy
fut tiré d'inquiétude , par les nouvelles
confolantes qu'il receut, que
Mr le Marquis d'Alincourt fon
tit fils , fe portoit mieux , & étoit
hors de danger. I
pe98
LE MERCURE
Le 12. ce matin à onze heures ,
s'eft célébré par M. le Cardinal de
Noailles dans l'Archevêché , le
grand Mariage du Prince Charles
avec Mlle de Noailles fa Niéce ,
dans toute la folennité la plus pompeufe
; l'Affemblée étoit des plus
nombreuſes , quoi qu'il n'y ût que la
famille des nouveaux Mariés. Après
la Cérémonie Nuptiale , M. le Cardinal
donna un dîné magnifique ,
à deux Tables de vingt Couverts
chacunne ; le Repas dura depuis
une heure & demie jufqu'à quatre.
A quatre heures , la Compagnie
s'en alla en grand cortege à l'Hôtel
de Noailles , où elle trouva une
tres belle Symphonie , fuivie de la
Comedie Italienne ; ces divertiffements
ayant duré jufqu'au foir
toute la Maifon fe trouva illuminée
tant au dedans qu'au dehors , avec
la Lanterne du Donjon ; les Parterres
étans auffi remplis de Lamperons.
Sur les dix heures , un fouper
des plus fuperbes à quatre Tables
de 40 Couverts chacune , fut
DE 99 MAY.
fervi par 40
par 40 Suiffes
, & par beaucoup
de Domeſtiques
. Après
lequel
on fit jouer
un Feu
d'Artifice
des
plus
beaux
qu'on
puiffe
imaginer
:
Il étoit
placé
dans
le Manège
derriere
le Jardin
de l'Hôtel
, & fut
parfaitement
bien
executé
.
Les Epoux fe féparérent enfuite
pour n'habiter enſemble que dans
deux ans, felon la convention qui en
a été faite , la nouvelle Epoufe n'ayant
que douze ans & demi . Il eſt
arrêté que lePrince Charles fe nommera
le Comte d'Armagnac.
E 21 du mois paffé , un Cheveau
- Leger ayant été fraulé
, aux environs du Louvre ,
par un des chevaux du caroffe de
Mr le Duc d'Eftrées , s'en vengea
fur le Cocher par quelques coups
de plat d'épée la Livrée ayant pris
le parti du Maltraité, obligea l'Aggréffeur
de fe fauver en diligence
dans la rue Jean-Fleury , à une Auberge
où il logeoit & où il fut
bien-tôt fecouru par d'autres Chevaux
- Legers qui tirerent quelques
coups de Piſtolers par les fénétres,
pour écarter les Laquais qui
avoient caffé les vitres. Le Duc
d'Eftrées,pendant ce défordre , voulant
avoir raifon de l'infulte , envoya
chercher à la Cour des Hoquetons
avec un Commiffaire , lef92
LE MERCURE
quels après avoir dreffé un Procés
verbal , arrêterent l'Affaillant . Sur
le foir M.le Duc de Chaulnes Commandant
des Chevaux - Legers ,
ayant envoyé demander à M
d'Eftrées, quelle fatisfaction il fouhaitoit
; ce Seigneur répondit , qu'il
pouvoit faire ce qu'il jugeroit à
propos d'un homme qui devoit lui
obéir.
Le 27. les Provifions de la Charge
de Chancelier & Garde des
Sceaux de France , en faveur de
M. Dagueffeau , furent préfentées
au Parlement & enregistrées fuivant
les Conclufions de M. de
Fleury Procureur General. M.
Tartarin célébre Avocat du Parlement
prononça une Harangue fur
ce fujet.
De 40. Fermiers Generaux qui
étoient entrés dans le Bail des Fermes
Royales , 14 ont été fupprimés ,
entre autres tous les Receveurs
Generaux qui ne pourront plus à
l'avenir , réunir ces deux Charges .
enfemble. Les premiers ayanc
›
DE MAY.
93
été réduits à trente , on en a ajouté
quatre nouveaux , pour remplir le
nombre.
Le go. Mr le Duc de Melun
accompagné de toute fa famille , a
û l'honneur de faluer le Roy fans
long Manteau ; Mgr le Duc
Régent ayant trouvé bon , pendant
la Minorité du Roy , de retrancher
cette Cérémonie embaraffante.
quand on viendra faire des com
pliments au Roy fur quelque mort.'
On a difpenfe les Moufquetaires
furnuméraires d'avoir des Chevaux
dans les Ecuries de l'Hôtel.
Le r le Roy a été régalé dés le
matin , de Tambours , de Fiffres
& de Violons , à caufe du premier
jour de May.
Le 3 le Roy , avant le Conſeil
de Régence , a receu le Serment
de fidelité de Mr le Prince de Bouillon
pour la Survivance de la Charde
Grand Chambellan. ge
On entend par cetteDignité, le premier
Officier de laChambre du Roy,
ou de Monfieur. On l'a appellé
94 LE MERCURE
autrefois Grand Chambrier , & fa
Charge , Grande Chambriere. C'étoit
la feconde Dignité du Royaume
,il eft d'ordinaire nommé après
le Chancelier ; le jour du Sacre il
tire la bote & déchauffe le Roy ,
& il eft affis à fes pieds lorfqu'il
tient les Etats ou fon Lit de Juftice.
Le 4. Madame la Ducheffe
Douairiere receut la veille , des Lettres
de Mr le Comte de Charolois ,
dattées de Mons du Samedy rr du
courant, à fix heures du matin. Ce
Prince lui demande pardon de ce
qu'il eft parti fans fes ordres , l'affùrant
qu'il ne l'avoit fait que fur
de fortes raifons ; qu'il efpére qu'elle
ne fera plus fâchée contre lui , lorfqu'elle
le reverra avec les qualités
propres à fervir le Roi & l'Etat :
Qu'il pårt pour Munick où il fe
rendra en diligence & ỳ pourra recevoir
de fes Lettres.
Tout ce qu'on a pû faire , ç'a
été de faire partir ce matin une
Chaife de Poite , quelques hardes
, avec trois Valets de pied &
DE MAY.
95
un Domestique pour Mr de Billy,
Gentilhomme attaché à la Maiſonde
Condé , ce Prince n'ayant pris en
partant qu'un bonnet de nuit dans fa
poche , & deux chemiſes , dont il
chargea fon Valet de Chambre.
Le Comte, Guicciardi Envoyé
Extraordinaire de M. leDuc de Modéne
, ût Audience de Congé du
Roy.
Le s . le grand mariage fut en
fin arrêté hier par les foins de Me
le Duc d'Elbeuf. Toute la famille
d'Armagnac & de Noailles étant
venue demander la permiffion du
Roy & de M8 le Duc Régent,pour
M. le Prince Charles avec Mile de
Noailles .
Mr le Comte de Bonneval époufe
cette nuit Mlle de Biron , & dans
quatre ou cinq jours il part pour la
Hongrie avec Mr le Comte d'Aremberg
; il laiffe cette année Mde
fon époufe à Mr le Marquis de
Biron fon pere , dans le deffein
de l'emmener la Campagne prochaine
à Vienne en Autriche .
96 LE MERCURE
Le 6. à quatre heures du foir ,
le Roy eft allé vifiter l'Hôtel de
Lefdiguieres , deftiné pour le logement
duCzar . On l'a fait paffer par
la Place des Victoires , devant l'Hôtel
de Rohan & par la Place Royale .
Il avoit 3.Caroffes à fa fuitedans l'un
defquels étoient des Ecuyers , &
Porte-Manteaux ; dans l'autre,quatre
Gentilshommes de la Manche ,
le Roy étoit dans fon Caroffe , ayant
à fa gauche Mr le Duc du Maine ;
& pour lui donner la facilité de
voir & d'être vû , Mr le Maréchal
de Villeroy avoit pris la portiere
de fa droite & Mr le Marquis de
Louvois Capitaine desCent- Suiffes,
occupoit l'autre . Sur le devant
étoit Mr le Duc de Charoft Capitaine
des Gardes , avec Mr de
Fleury , ancien Evêque dé Frejus ,
fon Précepteur.
On trouva l'Hôtel de Lefdiguiéres
trés magnifiquement meublé ;
mais ce qui charma davantage le
Roy,vint du plaifir qu'il ût de trouver
desDanfeursde corde & d'autres
divertiffemens
DE MAY.
97
divertiffemens que Mr le Maréchal
de Villeroy lui avoit fait préparer.
L'Equipage de Mer le Comte
de Charolois eft parti avec plufieures
Lettres de Change & de l'argent
comptant ; il y a entre autres,
fix Gentil-Hommes , autant d'Officiers
de divers Regimens , particulierement
du fien , quatre Pages ,
des Valers , avec un Conducteur
d'Equipage , & le reste à proportion
. On a auffi engagé, moyennant
de gros apointemens, M'd'Alibourg
Chirurgien des Gardes Françoifes ,
à faire la Campagne de Hongrie
avec ce Prince .
Le 7. le Czar arriva à Paris à
neuf heures & demie du foir , &
alla coucher à l'Hôtel de Lefdiguieres
, n'ayant pas voulu refter
auVieux Louvre dans l'Apartement
de la feuë Reine , qui étoit fuperbe.
Le 11.Mr le Maréchal de Villeroy
fut tiré d'inquiétude , par les nouvelles
confolantes qu'il receut, que
Mr le Marquis d'Alincourt fon
tit fils , fe portoit mieux , & étoit
hors de danger. I
pe98
LE MERCURE
Le 12. ce matin à onze heures ,
s'eft célébré par M. le Cardinal de
Noailles dans l'Archevêché , le
grand Mariage du Prince Charles
avec Mlle de Noailles fa Niéce ,
dans toute la folennité la plus pompeufe
; l'Affemblée étoit des plus
nombreuſes , quoi qu'il n'y ût que la
famille des nouveaux Mariés. Après
la Cérémonie Nuptiale , M. le Cardinal
donna un dîné magnifique ,
à deux Tables de vingt Couverts
chacunne ; le Repas dura depuis
une heure & demie jufqu'à quatre.
A quatre heures , la Compagnie
s'en alla en grand cortege à l'Hôtel
de Noailles , où elle trouva une
tres belle Symphonie , fuivie de la
Comedie Italienne ; ces divertiffements
ayant duré jufqu'au foir
toute la Maifon fe trouva illuminée
tant au dedans qu'au dehors , avec
la Lanterne du Donjon ; les Parterres
étans auffi remplis de Lamperons.
Sur les dix heures , un fouper
des plus fuperbes à quatre Tables
de 40 Couverts chacune , fut
DE 99 MAY.
fervi par 40
par 40 Suiffes
, & par beaucoup
de Domeſtiques
. Après
lequel
on fit jouer
un Feu
d'Artifice
des
plus
beaux
qu'on
puiffe
imaginer
:
Il étoit
placé
dans
le Manège
derriere
le Jardin
de l'Hôtel
, & fut
parfaitement
bien
executé
.
Les Epoux fe féparérent enfuite
pour n'habiter enſemble que dans
deux ans, felon la convention qui en
a été faite , la nouvelle Epoufe n'ayant
que douze ans & demi . Il eſt
arrêté que lePrince Charles fe nommera
le Comte d'Armagnac.
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3
p. 178-180
RISPOSTA. Del Sig. Ambasciatore Cesareo.
Début :
Sig. Marchese Ricero le discolpe chella mi fa, [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Noblesse, Assemblée, Pardon, Vénération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RISPOSTA. Del Sig. Ambasciatore Cesareo.
RISPOSTA .
Del Sig . Ambaſciatore Cefared.
SIg. Marcheſe Ricero le discolpe
ch'ella mi fa , e le sue eſpreſſioni ,
espero che in avvenire fu per portarsi
in maniera che il fuo contegno nonpofſa
eſſere esposto ad una finiftra interpretatione,
&ch'averàsempre l'Occhio all
effer fue , all'Onore de Suoi Antenati
ed al profittevole patrocinio , ch'elte
D'AOUST. 179
medesima bà goduto altre volte dell'
Augusta. Cafa.
On en donne ici la Traduction .
Quiconque oſa détourner la Nob'eſſe
de ſe rendre à l'aſſemblée que
VôtreExcellence avoit convoquéedans
fon Palais , les derniers jours de Carneval
de l'année 1716 , dans le deſſen
de déplaire à V.E. celui- là fans doute,
commit une action indigne d'un Galant-
homme & plus encor d'un Gentil-
homme.
Quant à moi M. je n'ai jamais û
une telle intention ; encor moins aurois-
je pû imaginer quelque choſe qui
manquât même en apparence au refpect
qui eſt dû à vôtre Caractere ; en
difant que toute Perſonne qui ſe trouveroit
à cette afſemblée , ne ſeroit pas
regardée de bon oeil de S. S. Je me déteſterois
moy même , ſi ce que j'ai dit,
ait jamais pû avoir d'autre fin . De
forte que je me ſens obligé d'en faire
une finceredéclaration à V. E,& de ' a
ſupplierde me pardonner ſi je l'ay differée
juſqu'à ce jour , vous proteſtart
que je me fuis fait honneur & que
je în'en ferai toujours , de donner des
180 LE MERCURE
marques de la parfaite vénération que
j'ai pour V.E. & pour votre Caractere
d'Ambaſſadeur de Sa Majesté Céfarienne.
Réponſe de M. l'Ambaſſadeur.
Monfieur le Marquis , je reçois les
Texcuſes que vous me faires , éſperant
qu'à l'avenir vous vous comporterés de
'relle maniere ; que vôtre conduite ne
pourra éire expoſée dorénavant àaucune
mauvaiſe interprétation , &que
vous ne perdrés jamais de vuë la gloi.
're deivos Ancetres , ni la protection
avantageuſe de l'Auguſte Maifon
d'Autriche dont vous aves réſlenti autrefois
les effets.
Del Sig . Ambaſciatore Cefared.
SIg. Marcheſe Ricero le discolpe
ch'ella mi fa , e le sue eſpreſſioni ,
espero che in avvenire fu per portarsi
in maniera che il fuo contegno nonpofſa
eſſere esposto ad una finiftra interpretatione,
&ch'averàsempre l'Occhio all
effer fue , all'Onore de Suoi Antenati
ed al profittevole patrocinio , ch'elte
D'AOUST. 179
medesima bà goduto altre volte dell'
Augusta. Cafa.
On en donne ici la Traduction .
Quiconque oſa détourner la Nob'eſſe
de ſe rendre à l'aſſemblée que
VôtreExcellence avoit convoquéedans
fon Palais , les derniers jours de Carneval
de l'année 1716 , dans le deſſen
de déplaire à V.E. celui- là fans doute,
commit une action indigne d'un Galant-
homme & plus encor d'un Gentil-
homme.
Quant à moi M. je n'ai jamais û
une telle intention ; encor moins aurois-
je pû imaginer quelque choſe qui
manquât même en apparence au refpect
qui eſt dû à vôtre Caractere ; en
difant que toute Perſonne qui ſe trouveroit
à cette afſemblée , ne ſeroit pas
regardée de bon oeil de S. S. Je me déteſterois
moy même , ſi ce que j'ai dit,
ait jamais pû avoir d'autre fin . De
forte que je me ſens obligé d'en faire
une finceredéclaration à V. E,& de ' a
ſupplierde me pardonner ſi je l'ay differée
juſqu'à ce jour , vous proteſtart
que je me fuis fait honneur & que
je în'en ferai toujours , de donner des
180 LE MERCURE
marques de la parfaite vénération que
j'ai pour V.E. & pour votre Caractere
d'Ambaſſadeur de Sa Majesté Céfarienne.
Réponſe de M. l'Ambaſſadeur.
Monfieur le Marquis , je reçois les
Texcuſes que vous me faires , éſperant
qu'à l'avenir vous vous comporterés de
'relle maniere ; que vôtre conduite ne
pourra éire expoſée dorénavant àaucune
mauvaiſe interprétation , &que
vous ne perdrés jamais de vuë la gloi.
're deivos Ancetres , ni la protection
avantageuſe de l'Auguſte Maifon
d'Autriche dont vous aves réſlenti autrefois
les effets.
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