Résultats : 5 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 155-156
SUR LES ASTRONOMES.
Début :
L'autre jour à l'Observatoire [...]
Mots clefs :
Astronomes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES ASTRONOMES.
SUR
LES ASTRONOMES.
Lautre jour à l'Obsèrvatoire
Les ennemis du tranquile
sommeil
Voulurentparmalice noire
Me faire voir des taches
au Soleily
Pour lespunir d'ojer dans
leur Taniere
Denigrer la lumière
D'unajire divin
Je leur fis voir que leur
vin
N'ltoitpas clair fin.
LES ASTRONOMES.
Lautre jour à l'Obsèrvatoire
Les ennemis du tranquile
sommeil
Voulurentparmalice noire
Me faire voir des taches
au Soleily
Pour lespunir d'ojer dans
leur Taniere
Denigrer la lumière
D'unajire divin
Je leur fis voir que leur
vin
N'ltoitpas clair fin.
Fermer
2
p. 132-140
Note sur le Journal des Sçavans, par rapport à la connoissance des temps, pour l'année 1711.
Début :
Il s'agit de sçavoir si en 19. années Solaires [...]
Mots clefs :
Minutes, Heures, Temps, Journal des savants, Années solaires grégoriennes astronomiques, Mois lunaires astronomiques, Calendrier, Astronomes, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Note sur le Journal des Sçavans, par rapport à la connoissance des temps, pour l'année 1711.
Note fur le Journal des Scavans , par rapport à la con
noiffance des temps , pour
Fannée 1711
Il s'agit de fçavoir ſi ens
19. années Solaires Gregoriennes Aftronomiques s'acompliffent precifément
253. mois Lunaires Aftro
nomiques.
Les reformateurs du Ca--
GALANT.
433
lendrier ont pretendu juftifier par toutes les obfervations des Aftronomes , què
235. mois Lunaires Aftronomiques excedent 19. années
Aftronomiques Gregoriennes d'environ une heure, &
58. minutes. 4
M. Caffini , dansleJournal des Sçavans du Lundi
18. Février 1697. page 81. a
mis plus preciſement cet excés a une heure 37,38,52
48
Tous les Aftronomes de
puis Hypparchus saccor
dent dans le même excés ,
134
MERCURE
àсune minuteprés , &la plû.
part des Modernes depuis
deux fiecles à une feconde
prés.
M. Touraine, auteur du
Traité des Inftructions du
Calendrier univerfel , qui
veut que le temps des 19.
années foit égal dans la derniere préciſion à celui des
233. mois Lunaires , pretend
que de tout l'excés ci-def
fus il n'en peut pas revenir
à chaque Lune de ces 235.
mois Lunaires une premiere, ou une minute , parce
que hors l'heure & les 57'
GALANT. 135
!
ou minutes , qui font enfemble 117 ou minutes, tout
le refte ne monte pas à une
minute.
1. heure.
60%
7
57.
117.
Or ces 117. minutes ne
fuffifent pas pour être divifees aux 235. Lunes ou mois
Lunaires , en forte que chacun en puiffe avoir une minute, il en faudroit encore
118. autres pour aller juſ
qu'au nombre de 235. qui
136 MERCURE
eft celui des Lunes, Lunaifons , ou mois Lunaires , &
le nombre des 17, n'en eft
pas la moitié.
Par confequent de tout
cet excés il n'en peut pas revenirà chacune de ces Lunes la moitié d'une minute,
qui font 30' ou momens.
Quoique dans le Traité
des Inftructions du Calen
drier univerfel &perpetuel
page 150. dans l'entretien familier avec le R. P. Meron,
cet excés y paroiffe abfolument impoffible , on veut
bien faire la grace à chacune
GALANT 137
cune de ces 235. Lunes , ou
mois Lunaires, de leur donner gratuitement une minute de cet excés pretendu. Qu'en peut-il arriver ?
Ceft qu'au lieu qué les 235.
Lunes étant parfaitement
égales aux 19. années Solaires Aftronomiques, chaque Lune ſera de29. jours ,
12. heures 43 , ou minutes
33 ou momens , 8 " ou inf
tans , & cent autres inftans
de plus à rejetter fur les 235.
comme il eft prouvé & verifié par les operations d'Arithmetique convenables
Sept. 1712.
M
१
MERCURE
en la feptiéme conclufion
dudit Traité des Inftructions du Calendrier univerfel. Ainfi chaque Lune fe
trouvera de 29. jours , 12.
heures , 44. minutes , dato
non conceffo.
Dans la Connoiffance des
temps M. de Lieutaud , l'un
desMeffieurs de l'Academie
desSciences de Paris, ouvra
ge qui a l'approbation de
tous ces Meffieurs , les nou.
velles Lunes font placées en
May de cette année 1711. le
dix feptiéme jour à 3. heures, 12. minutes du matin, &
1 GALANT. 2139
en Juin de la même année
fe16. à fix heures, 18. minu
tes du matin, d'où il s'enfuit
neceffairementdeux erreurs.
confiderables que l'on releve par cet écrit. La premiere, c'eft une Lunaiſon , ou
unmois Lunaire trop grandde 14 heures, 24 minutes
La feconde, c'eft uneLunai!
fon de30 jours entiers , trois
heures & fix minutes. En
voicy la preuve.
le
Le 17. de Mayfe trouve
137. jour de l'année, & le
16. de Juin en eft le 167. Si
l'on met la nouvelle Lune
Mij
140 MERCURE:
enJuin le 167.jour de l'année ·
à 6. heures, 18. minutes , &
en May le 137. de l'année
à 3. heures , 12. minutes , &
que l'on ôte enfuite ces 137.
jours, 3 heures, 12. minutes
des 167. fix heures, dix- huit
minutes , il restera 30. jours,
3. heures , 6 minuttes : que
l'on retire de ces 30. jours,3 ..
heures, 6. minutes une Lune
ou une mois Lunaire de 29
jours , 12. heures , 44 minu
tes, ne reftera-t-il pas les 14.
heures & 22. minuttes fuf
dites ?
noiffance des temps , pour
Fannée 1711
Il s'agit de fçavoir ſi ens
19. années Solaires Gregoriennes Aftronomiques s'acompliffent precifément
253. mois Lunaires Aftro
nomiques.
Les reformateurs du Ca--
GALANT.
433
lendrier ont pretendu juftifier par toutes les obfervations des Aftronomes , què
235. mois Lunaires Aftronomiques excedent 19. années
Aftronomiques Gregoriennes d'environ une heure, &
58. minutes. 4
M. Caffini , dansleJournal des Sçavans du Lundi
18. Février 1697. page 81. a
mis plus preciſement cet excés a une heure 37,38,52
48
Tous les Aftronomes de
puis Hypparchus saccor
dent dans le même excés ,
134
MERCURE
àсune minuteprés , &la plû.
part des Modernes depuis
deux fiecles à une feconde
prés.
M. Touraine, auteur du
Traité des Inftructions du
Calendrier univerfel , qui
veut que le temps des 19.
années foit égal dans la derniere préciſion à celui des
233. mois Lunaires , pretend
que de tout l'excés ci-def
fus il n'en peut pas revenir
à chaque Lune de ces 235.
mois Lunaires une premiere, ou une minute , parce
que hors l'heure & les 57'
GALANT. 135
!
ou minutes , qui font enfemble 117 ou minutes, tout
le refte ne monte pas à une
minute.
1. heure.
60%
7
57.
117.
Or ces 117. minutes ne
fuffifent pas pour être divifees aux 235. Lunes ou mois
Lunaires , en forte que chacun en puiffe avoir une minute, il en faudroit encore
118. autres pour aller juſ
qu'au nombre de 235. qui
136 MERCURE
eft celui des Lunes, Lunaifons , ou mois Lunaires , &
le nombre des 17, n'en eft
pas la moitié.
Par confequent de tout
cet excés il n'en peut pas revenirà chacune de ces Lunes la moitié d'une minute,
qui font 30' ou momens.
Quoique dans le Traité
des Inftructions du Calen
drier univerfel &perpetuel
page 150. dans l'entretien familier avec le R. P. Meron,
cet excés y paroiffe abfolument impoffible , on veut
bien faire la grace à chacune
GALANT 137
cune de ces 235. Lunes , ou
mois Lunaires, de leur donner gratuitement une minute de cet excés pretendu. Qu'en peut-il arriver ?
Ceft qu'au lieu qué les 235.
Lunes étant parfaitement
égales aux 19. années Solaires Aftronomiques, chaque Lune ſera de29. jours ,
12. heures 43 , ou minutes
33 ou momens , 8 " ou inf
tans , & cent autres inftans
de plus à rejetter fur les 235.
comme il eft prouvé & verifié par les operations d'Arithmetique convenables
Sept. 1712.
M
१
MERCURE
en la feptiéme conclufion
dudit Traité des Inftructions du Calendrier univerfel. Ainfi chaque Lune fe
trouvera de 29. jours , 12.
heures , 44. minutes , dato
non conceffo.
Dans la Connoiffance des
temps M. de Lieutaud , l'un
desMeffieurs de l'Academie
desSciences de Paris, ouvra
ge qui a l'approbation de
tous ces Meffieurs , les nou.
velles Lunes font placées en
May de cette année 1711. le
dix feptiéme jour à 3. heures, 12. minutes du matin, &
1 GALANT. 2139
en Juin de la même année
fe16. à fix heures, 18. minu
tes du matin, d'où il s'enfuit
neceffairementdeux erreurs.
confiderables que l'on releve par cet écrit. La premiere, c'eft une Lunaiſon , ou
unmois Lunaire trop grandde 14 heures, 24 minutes
La feconde, c'eft uneLunai!
fon de30 jours entiers , trois
heures & fix minutes. En
voicy la preuve.
le
Le 17. de Mayfe trouve
137. jour de l'année, & le
16. de Juin en eft le 167. Si
l'on met la nouvelle Lune
Mij
140 MERCURE:
enJuin le 167.jour de l'année ·
à 6. heures, 18. minutes , &
en May le 137. de l'année
à 3. heures , 12. minutes , &
que l'on ôte enfuite ces 137.
jours, 3 heures, 12. minutes
des 167. fix heures, dix- huit
minutes , il restera 30. jours,
3. heures , 6 minuttes : que
l'on retire de ces 30. jours,3 ..
heures, 6. minutes une Lune
ou une mois Lunaire de 29
jours , 12. heures , 44 minu
tes, ne reftera-t-il pas les 14.
heures & 22. minuttes fuf
dites ?
Fermer
Résumé : Note sur le Journal des Sçavans, par rapport à la connoissance des temps, pour l'année 1711.
Le texte traite de la précision des calendriers et des observations astronomiques, en comparant les années solaires grégoriennes et les mois lunaires. Les réformateurs du calendrier ont noté que 235 mois lunaires dépassent 19 années solaires grégoriennes d'environ une heure et 58 minutes. M. Cassini a affiné cette estimation à une heure, 37 minutes et 38,52 secondes. Depuis Hipparque, les astronomes s'accordent sur cet excédent, avec des variations mineures. M. Touraine, auteur du 'Traité des Instructions du Calendrier universel', argue que cet excédent ne permet pas de donner une minute à chaque lune des 235 mois lunaires, car 117 minutes d'excédent ne suffisent pas pour être divisées entre 235 lunes. Le texte mentionne également des erreurs dans les nouvelles lunes placées en mai et juin 1711 par M. de Lieutaud, incluant une lunaison trop grande de 14 heures et 24 minutes, et une lunaison de 30 jours entiers, trois heures et six minutes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 208-262
EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Début :
Les Sçavants ne me reprocheront plus maintenant le / Ce qu'on appelle une Tache du Soleil, est ordinairement [...]
Mots clefs :
Tâches, Facule, Soleil, Volcan, Noyau, Nuage, Nébulosité, Surface, Flamme, Mémoires, Facules du soleil, Corps noirs, Fournaise, Savants, Mercure galant, Dames, Journal, Astronomes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Les Sçavants ne mereprocheront
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
Fermer
Résumé : EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Le texte aborde les taches et facules solaires, des phénomènes observés à la surface du Soleil. Les taches solaires sont des zones sombres composées de corps noirs irréguliers entourés d'un nuage obscur, tandis que les facules sont des zones plus éclairées souvent associées aux taches. Ces phénomènes sont fixes et réapparaissent après plusieurs rotations solaires. Entre 1680 et 1710, des variations significatives dans la visibilité et la quantité des taches ont été notées, avec des périodes sans observation entre 1680-1685 et 1695-1700. Les taches solaires varient en apparence, forme et position, et peuvent se déplacer ou former des amas appelés taches totales. Leur temps de révolution apparent est d'environ 17 jours, 12 heures et 49 minutes, correspondant à une révolution absolue de 25 jours, 16 heures et 55 minutes en tenant compte du mouvement de la Terre. L'auteur compare les taches solaires à des îles flottantes créées par des volcans sous-marins, suggérant que sous la surface lumineuse du Soleil se trouvent des volcans produisant des flammes ou facules. Ces facules sont constituées de matière éthérée et de substances volatiles formant des écumes noires à la surface du Soleil. L'atmosphère des taches est composée de fumées volatiles qui s'échappent autour des écumes, apparaissant comme des couronnes de feu entourant les taches. Les facules peuvent subsister sans taches et les produire à mesure que leur force augmente, influençant leur mouvement et leur apparence. Le texte explore diverses théories sur la nature du Soleil et de ses taches, formulées par des astronomes et philosophes à travers l'histoire. Les anciens, comme Grégoire de Nazianze et Riccioli, voyaient le Soleil comme un corps liquide. Les modernes, tels que le Père Kircher, Kepler et Bouïllant, le décrivaient comme une boule de feu composée de matière éthérée. Riccioli observait le Soleil comme un océan de feu inégal et agité, couvert d'ondes et de tourbillons de flammes. Taquet notait que la surface solaire était hérissée de flots de feu, couverte d'ombres et de facules, changeant constamment d'apparence. Galilée, Kepler, Bouïlland, Scheiner et Blancan estimaient que les taches solaires étaient des fuliginosités ou vapeurs sortant de la fournaise solaire. Descartes, ses disciples et Newton comparaient le Soleil à un volcan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
p. 882-887
MEMOIRE au sujet d'un nouveau Calendrier.
Début :
Voicy un Ouvrage qui a été déposé par l'Auteur [...]
Mots clefs :
Calendrier, Hémisphère, Astronomes, Epacte, Lune, Éclipses de soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE au sujet d'un nouveau Calendrier.
MEMOIRE au sujet d'un nouveau
Calendrier.
Oicy un Ouvrage qui a été déposé
Vopar l'Auteur à la Bibliotheque de
l'Abbaye Royale de S. Germain des Prezlez- Paris , dont la Reconnoissance a été
donnée par les RR. P P. Dom Martin
Bouquet et Louis Lemrault , Bibliothe
quaires , le 20. Avril 1732.
DE '
882 MERCURE DE FRANCE
DECOUVERTE faiteparun travail consommé.
CREATION d'un nouveau Calendrier
pour toutes les parties du Monde , composépar le calcul Astronomique , dont le
point a été pris l'année d'une grande
Eclipse de Soleil , arrivée en 1706. sous
notre Hemisphere , qui accorde l'Ecclesiastique , le Civil , les Conciles et le sentiment des PP. de l'Eglise. Cette Découverte peut servir non- seulement pour
l'Eglise Romaine , mais encore pour
Toutes les Nations de la Terre , de toutes sortes de Religions dans l'un et
l'autre Hemisphere. Rien de plus clair
et de plus simple dans son principe lorsqu'on l'a trouvé. Rien de plus obscur, de
plus composé et de plus difficile quand on le cherche.
L'Auteur de cet Ouvrage prie tous les
Astronomes du siecle , de lui faire l'honneur de venir à la Bibliotheque de l'Abbaye Royale S. Germain , pour être présens à ce qu'il démontrera en public , il
y aura , dit-il , deux Assemblées par Semaine; sçavoir , les Lundis et Vendredis.
11 est penetré des devoirs sacrez qu'il
doit à sa Religion , au Roy et à sa Patrie,
à laquelle il est attaché comme l'Epouse
la
M A Y. 1732. 853
la plus fidelle et la plus vertueuse l'est
à son Epoux.
L'Auteur ne veut pas aller chercher
une fortune ailleurs , il espere la trouver
dans le sein de sa Patrie, et il ne veut jamais s'en séparer.
Il prie Messieurs de l'Académie Royale des Sciences et tous les Sçavans en ce
genre , d'honorer les Assemblées de leur
présence > pour être témoins de ce que
' Auteur démontrera ; il promet de développer des choses qui n'ont pû être acquises que par un travail consommé ,
ce qui produira les effets qu'il annonce
dans tous les siecles passez , présent et à
venir.
L'Auteur s'oblige de répondre sur le
champ , en présence de l'Assemblée , à
toutes les difficultez imaginables, de quelle
nature qu'elles puissent être , concernant
la matiere qu'il traite , sans apporter pour
excuse qu'il n'avoit pas prévû la difficulté
qu'on lui fait. Outre les Assemblées , of
peut le consulter en particulier tous les
jours à la Bibliotheque de S. Germain , où
tous les Sçavans seront bien reçûs depuis
9. heures du matin jusqu'à rr. et depuis
3. heures après midi jusqu'à 6. heures du
soir , il expliquera toutes les difficultez
qu'on pourra lui opposer.
C Voici
$84 MERCURE DE FRANCE
Voici deux Observations faites par deux
celebres Astronomes dans les deux Hemispheres , l'année d'une grande Eclipse
de Soleil , arrivée en 1706. qui sert de
point fixe.
L'Epacte Astronomique de notreHemisphere a été calculée sous le méridien de
Mantoüe en Italie , où l'Auteur étoit pour
lors ; cette Epacte s'est trouvée suivant le
calcul de l'Eclipse de 16. p. 15. h. 28" 45" ,
elle con-vient à tous les Méridiens de notre Hemisphere , et c'est par cette Epacte
qu'il est remonté jusqu'à la Naissance de
J.C.et ensuite il est descendu jusqu'à 6400.
ans pour avoir la découverte complete.
Suivant le calcul d'un Astronome de
l'autre Hemisphere , l'Epacte Astronomique a été trouvée de 17. p. 8. h. 31'15"-
Nous prenons pour point fixe le 23. Mars
dans l'une et l'autre Partie du monde , et
nous cherchons la nouvelle Lune la plus
proche de ce point que nous trouvons le
14.Mars, ce 14. étoit un Dimanche, le plein
de la Lune étoit le 27. Mars , ce 27. étoit
un Samedy, la Lune étoit dans son 14.
et le 28. étoit un Dimanche , qui , selon
les Chrétiens , est la vraie Pâque.
Tous ces points sont égaux à ceux de
notre Hemisphere , puisqu'ils s'accordent
en tous sens, l'Epacte Astronomique étant
de
MAY. 1732. * 85
de 16. p. 15. h. 28 ' 45 ". suivant le Civil
on doit compter 17. d'Epacte, à cause
-que les heures qui suivent les jours passent 12. heures on compte un jour civil,
parce que le jour astronomique anticipe.
sur le jour civil , afin de s'approcher toû
jours de plus en plus de l'Equinoxe et de
faire accorder les deux Hemispheres.
,
On prie les Astronomes de faire at
tention à ce que l'Auteur découvre. Il démontrera par le même principe quel
quantiéme a été celebrée la premiere Pâque du Christianisme ou pour mieux s'expliquer , il démontrera la Pâque qui a
été celebrée il y a 169 8. ans , qui est l'an
34. de J. C. qui selon les Chronologistes
Sacrez , est l'an que J. C. est mort ;
suivant notre Hemisphere l'Epacte astronomique étoit de 24. j . 6. h. 58' 29". la
nouvelle Lune la plus proche du 23 Mars
étoit le 6. Avril , qui se trouvoit un
Jeudy, parce que l'an 34 la Lettre Dominicale étoit A. le plein étoit le 19. Avril,
qui tomboit un Mercredy; la Lune étoit
ce jour- là dans son 14. le Vendredy- Saint
étoit le 21. Avril, et le Dimanche sui
vant étoit le 23. Avril pour la premiere
Pâque du Christianisme.
C'est par cette raison que l'Eglise a
tegléquele plein qui seroit le plus proche
Cij
de
886 MERCURE DE FRANCE
6
,
de l'Equinoxe seroit le plein de la Lune
Pascale , et que le Dimanche immédiatement après,seroit la Pâque des Chrétiens;
mais lorsque le plein tomberoit un Dimanche , pour ne pas faire la Pâque avec
les Juifs, on la remettroit toûjours au Dimanche suivant, pour suivre une conformité et une regle précise dans tout le
Christianisme ; et afin que toutes les Nations de la terre suivent cette regle , il
faut donc donner un calcul infaillible
qui ne s'écarte en rien du vrai , de la maniere que l'Auteur le démontre.
6
Il donne un Calcul , non-seulement
pour toute l'Europe , mais encore pour
toutes les parties de la Terre ; danslautre Hemisphere l'Epacte Astronomique
de l'an 34. de J. C. est de 23.j. 17. h.
1'31" , égal à 24..jours pour le civil, qui
donnera les nouvelles et pleines Lunes
Paschales , et si la Religion Chrétienneey.
étoit établie , on celebreroit la Pâque
le même jour qu'ici.
1 .
On prie les personnes consommées en
Astronomie et dans la matiere en question , de faire l'honneur de répondre à
Auteur , il donnera tous les mois quelque chose de nouveau et de très- interessant , qu'il espere être bien reçû du
Public. Il y a près de trente ans que cet
MAY. 17320 887
cet Auteur vit dans l'obscurité , il est
témps qu'il se fasse connoître avec son
Ouvrage.
Calendrier.
Oicy un Ouvrage qui a été déposé
Vopar l'Auteur à la Bibliotheque de
l'Abbaye Royale de S. Germain des Prezlez- Paris , dont la Reconnoissance a été
donnée par les RR. P P. Dom Martin
Bouquet et Louis Lemrault , Bibliothe
quaires , le 20. Avril 1732.
DE '
882 MERCURE DE FRANCE
DECOUVERTE faiteparun travail consommé.
CREATION d'un nouveau Calendrier
pour toutes les parties du Monde , composépar le calcul Astronomique , dont le
point a été pris l'année d'une grande
Eclipse de Soleil , arrivée en 1706. sous
notre Hemisphere , qui accorde l'Ecclesiastique , le Civil , les Conciles et le sentiment des PP. de l'Eglise. Cette Découverte peut servir non- seulement pour
l'Eglise Romaine , mais encore pour
Toutes les Nations de la Terre , de toutes sortes de Religions dans l'un et
l'autre Hemisphere. Rien de plus clair
et de plus simple dans son principe lorsqu'on l'a trouvé. Rien de plus obscur, de
plus composé et de plus difficile quand on le cherche.
L'Auteur de cet Ouvrage prie tous les
Astronomes du siecle , de lui faire l'honneur de venir à la Bibliotheque de l'Abbaye Royale S. Germain , pour être présens à ce qu'il démontrera en public , il
y aura , dit-il , deux Assemblées par Semaine; sçavoir , les Lundis et Vendredis.
11 est penetré des devoirs sacrez qu'il
doit à sa Religion , au Roy et à sa Patrie,
à laquelle il est attaché comme l'Epouse
la
M A Y. 1732. 853
la plus fidelle et la plus vertueuse l'est
à son Epoux.
L'Auteur ne veut pas aller chercher
une fortune ailleurs , il espere la trouver
dans le sein de sa Patrie, et il ne veut jamais s'en séparer.
Il prie Messieurs de l'Académie Royale des Sciences et tous les Sçavans en ce
genre , d'honorer les Assemblées de leur
présence > pour être témoins de ce que
' Auteur démontrera ; il promet de développer des choses qui n'ont pû être acquises que par un travail consommé ,
ce qui produira les effets qu'il annonce
dans tous les siecles passez , présent et à
venir.
L'Auteur s'oblige de répondre sur le
champ , en présence de l'Assemblée , à
toutes les difficultez imaginables, de quelle
nature qu'elles puissent être , concernant
la matiere qu'il traite , sans apporter pour
excuse qu'il n'avoit pas prévû la difficulté
qu'on lui fait. Outre les Assemblées , of
peut le consulter en particulier tous les
jours à la Bibliotheque de S. Germain , où
tous les Sçavans seront bien reçûs depuis
9. heures du matin jusqu'à rr. et depuis
3. heures après midi jusqu'à 6. heures du
soir , il expliquera toutes les difficultez
qu'on pourra lui opposer.
C Voici
$84 MERCURE DE FRANCE
Voici deux Observations faites par deux
celebres Astronomes dans les deux Hemispheres , l'année d'une grande Eclipse
de Soleil , arrivée en 1706. qui sert de
point fixe.
L'Epacte Astronomique de notreHemisphere a été calculée sous le méridien de
Mantoüe en Italie , où l'Auteur étoit pour
lors ; cette Epacte s'est trouvée suivant le
calcul de l'Eclipse de 16. p. 15. h. 28" 45" ,
elle con-vient à tous les Méridiens de notre Hemisphere , et c'est par cette Epacte
qu'il est remonté jusqu'à la Naissance de
J.C.et ensuite il est descendu jusqu'à 6400.
ans pour avoir la découverte complete.
Suivant le calcul d'un Astronome de
l'autre Hemisphere , l'Epacte Astronomique a été trouvée de 17. p. 8. h. 31'15"-
Nous prenons pour point fixe le 23. Mars
dans l'une et l'autre Partie du monde , et
nous cherchons la nouvelle Lune la plus
proche de ce point que nous trouvons le
14.Mars, ce 14. étoit un Dimanche, le plein
de la Lune étoit le 27. Mars , ce 27. étoit
un Samedy, la Lune étoit dans son 14.
et le 28. étoit un Dimanche , qui , selon
les Chrétiens , est la vraie Pâque.
Tous ces points sont égaux à ceux de
notre Hemisphere , puisqu'ils s'accordent
en tous sens, l'Epacte Astronomique étant
de
MAY. 1732. * 85
de 16. p. 15. h. 28 ' 45 ". suivant le Civil
on doit compter 17. d'Epacte, à cause
-que les heures qui suivent les jours passent 12. heures on compte un jour civil,
parce que le jour astronomique anticipe.
sur le jour civil , afin de s'approcher toû
jours de plus en plus de l'Equinoxe et de
faire accorder les deux Hemispheres.
,
On prie les Astronomes de faire at
tention à ce que l'Auteur découvre. Il démontrera par le même principe quel
quantiéme a été celebrée la premiere Pâque du Christianisme ou pour mieux s'expliquer , il démontrera la Pâque qui a
été celebrée il y a 169 8. ans , qui est l'an
34. de J. C. qui selon les Chronologistes
Sacrez , est l'an que J. C. est mort ;
suivant notre Hemisphere l'Epacte astronomique étoit de 24. j . 6. h. 58' 29". la
nouvelle Lune la plus proche du 23 Mars
étoit le 6. Avril , qui se trouvoit un
Jeudy, parce que l'an 34 la Lettre Dominicale étoit A. le plein étoit le 19. Avril,
qui tomboit un Mercredy; la Lune étoit
ce jour- là dans son 14. le Vendredy- Saint
étoit le 21. Avril, et le Dimanche sui
vant étoit le 23. Avril pour la premiere
Pâque du Christianisme.
C'est par cette raison que l'Eglise a
tegléquele plein qui seroit le plus proche
Cij
de
886 MERCURE DE FRANCE
6
,
de l'Equinoxe seroit le plein de la Lune
Pascale , et que le Dimanche immédiatement après,seroit la Pâque des Chrétiens;
mais lorsque le plein tomberoit un Dimanche , pour ne pas faire la Pâque avec
les Juifs, on la remettroit toûjours au Dimanche suivant, pour suivre une conformité et une regle précise dans tout le
Christianisme ; et afin que toutes les Nations de la terre suivent cette regle , il
faut donc donner un calcul infaillible
qui ne s'écarte en rien du vrai , de la maniere que l'Auteur le démontre.
6
Il donne un Calcul , non-seulement
pour toute l'Europe , mais encore pour
toutes les parties de la Terre ; danslautre Hemisphere l'Epacte Astronomique
de l'an 34. de J. C. est de 23.j. 17. h.
1'31" , égal à 24..jours pour le civil, qui
donnera les nouvelles et pleines Lunes
Paschales , et si la Religion Chrétienneey.
étoit établie , on celebreroit la Pâque
le même jour qu'ici.
1 .
On prie les personnes consommées en
Astronomie et dans la matiere en question , de faire l'honneur de répondre à
Auteur , il donnera tous les mois quelque chose de nouveau et de très- interessant , qu'il espere être bien reçû du
Public. Il y a près de trente ans que cet
MAY. 17320 887
cet Auteur vit dans l'obscurité , il est
témps qu'il se fasse connoître avec son
Ouvrage.
Fermer
Résumé : MEMOIRE au sujet d'un nouveau Calendrier.
Le texte décrit un mémoire relatif à la création d'un nouveau calendrier fondé sur des calculs astronomiques. L'auteur a déposé son ouvrage à la Bibliothèque de l'Abbaye Royale de Saint-Germain-des-Prés à Paris, où il a été reconnu le 20 avril 1732. Ce calendrier, élaboré à partir d'une grande éclipse solaire observée en 1706, vise à harmoniser les calendriers ecclésiastique, civil et les conciles, tout en étant applicable à toutes les nations et religions du monde. L'auteur convie les astronomes et les savants à des démonstrations publiques à la bibliothèque, les lundis et vendredis, pour examiner son travail. Il s'engage à répondre à toutes les questions et à expliquer les difficultés liées à son calendrier. L'auteur mentionne des observations astronomiques réalisées en 1706, servant de point fixe pour ses calculs. Il démontre comment ces observations permettent de déterminer la date de la Pâque chrétienne, notamment celle de l'an 34, année supposée de la mort de Jésus-Christ. Le calendrier proposé est conçu pour être universel, applicable à toutes les parties du monde, et pour fournir un calcul infaillible afin de standardiser la célébration de la Pâque chrétienne. L'auteur espère ainsi se faire connaître après avoir vécu dans l'obscurité pendant près de trente ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 47-78
SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
Début :
L'Académie des Sciences tint une assemblée publique le 14 de ce mois, selon [...]
Mots clefs :
Terre, Équateur, Montagnes, Degrés, Pôle, Diamètre, Pays, Lieues, Axe, Observations, Opérations, Degré, Toises, Quito, Académiciens, Astronomes, Europe, Mer, Distance, Pôles, Sphéroïde, Pérou, Voyage, Cercle, Pesanteur, Zone torride, Point, Indiens , Charles-Marie de La Condamine, Pierre Bouguer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
SEANCE publique de l'Académie
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
Fermer